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Timestamp: 2020-07-13 07:58:47+00:00
Document Index: 129648264

Matched Legal Cases: ['§17', '§17', '§17', '§ 12', 'art. 12', '§22']

Hyper-Spinoza - Traité politique, VII, §17
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Traité politique, VII, §17
C’est pour cette même raison, pour que les citoyens demeurent leurs propres maîtres et gardent leur liberté, que la force armée doit être composée des seuls citoyens et de tous sans exception [1]. Un homme armé, en effet, est plus son propre maître qu’un homme désarmé (voir le § 12 de ce chapitre), et les citoyens transfèrent absolument leur droit à un autre et s’en remettent entièrement à sa loyauté, quand ils lui laissent leurs armes et lui confient la défense des villes. A cela s’ajoute l’avidité humaine, mobile de la plupart des hommes : il ne peut arriver qu’un soldat auxiliaire soit engagé sans grands frais et les citoyens auront peine à supporter la charge d’une armée au repos. Que d’autre part on ne doive pas nommer pour plus d’un an, sauf nécessité absolue, le chef de l’armée ou d’une partie notable de l’armée, tous le savent qui ont lu les récits des historiens tant sacrés que profanes [2]. Et la raison n’enseigne rien plus clairement. Certes il dispose entièrement de la force de l’État, celui à qui l’on donne le temps d’acquérir de la gloire militaire, d’élever son propre nom au-dessus de celui du roi, de s’attacher l’armée par des complaisances, de la libéralité et par les autres procédés habituels aux généraux qui cherchent à asservir les autres et à établir leur propre domination [3]. Enfin, j’ai ajouté pour donner plus de sécurité à tout l’État, que les grands chefs devront être choisis parmi les conseillers du roi ou ceux qui auront exercé ces fonctions, c’est-à-dire parmi les hommes parvenus à un âge où, la plupart du temps, on préfère un ordre de choses ancien et sûr à un ordre nouveau et périlleux [4].
C’est aussi pour cette raison, je veux dire afin que les citoyens restent leurs maîtres et protègent leur liberté, qu’il faut exclure de l’armée tout soldat étranger. Et, en effet, un homme armé est plus son maître qu’un homme sans armes (voyez l’article 12 du présent chapitre) ; et c’est transférer absolument son droit à un homme et s’abandonner tout entier à sa bonne foi que de lui donner des armes et de lui confier les fortifications des villes. Ajoutez à cela la puissance de l’avarice, principal mobile de la plupart des hommes. Il est impossible, en effet, d’engager des troupes étrangères sans de grandes dépenses, et les citoyens supportent impatiemment les impôts exigés pour entretenir une milice oisive. Est-il besoin maintenant de démontrer que tout citoyen qui commande l’armée entière ou une grande partie de l’armée ne doit être élu que pour un an, sauf le cas de nécessité ? C’est là un principe certain pour quiconque a lu l’histoire, tant profane que sacrée. Rien aussi de plus clair en soi. Car évidemment la force de l’empire est confiée sans réserve à celui à qui on donne assez de temps pour conquérir la gloire militaire et élever son nom au-dessus du nom du Roi, pour attacher l’armée à sa personne par des complaisances, des libéralités et autres artifices dont on a coutume de se servir pour l’asservissement des autres et sa propre domination. Enfin pour compléter la sécurité de tout l’empire, j’ai ajouté cette condition, que les chefs de l’armée doivent être choisis parmi les conseillers du Roi, ou parmi ceux qui ont rempli antérieurement cette fonction, c’est-à-dire parmi des citoyens parvenus à un âge où les hommes aiment généralement mieux les choses anciennes et sûres que les nouvelles et les périlleuses.
Hac eadem etiam de causa, ut cives scilicet sui iuris maneant et libertatem tueantur, militia ex solis civibus nullo excepto constare debet. Etenim homo armatus magis, quam inermis sui iuris (vide art. 12. huius cap.), et ii cives suum ius in alterum absolute transferunt, eiusdemque fidei omnino committunt, cui arma dederunt et urbium munimenta crediderunt. Huc accedit humana avaritia, qua plerique maxime ducuntur. Fieri enim non potest, ut auxiliarius miles sine magnis sumptibus conducatur, et cives vix pati possunt exactiones, quae sustentandae otiosae militiae requiruntur. Quod autem nullus, qui integrae militiae vel magnae eius parti imperet, nisi cogente necessitate in annum ad summum eligendus sit, norunt omnes, qui historias tam sacras quam profanas legerunt. Ratio autem nihil hoc clarius docet. Nam sane imperii robur ei omnino creditur, cui satis temporis conceditur, ut militarem gloriam occupet, ipsiusque nomen supra regis attollatur, vel fidum sibi exercitum faciat obsequio, liberalitate et reliquis artibus, ducibus assuetis, quibus alienum servitium et sibi dominationem quaerunt. Denique ad maiorem totius imperii securitatem addidi, quod hi militiae imperatores eligendi sunt ex regis consiliariis, vel qui eodem officio functi sunt, hoc est, viris, qui eo aetatis pervenerunt, qua homines plerumque vetera et tuta, quam nova et periculosa malint.
[1] Voyez le Traité théologico-politique, chap. XVII, §22.
[2] Voyez par exemple Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, III, chap. XXIV : "Que c’est la prorogation des commandements militaires qui rendit Rome esclave".
[3] Voyez Tacite, Annales, I, chap.II : « Lorsque, après la défaite de Brutus et de Cassius, la cause publique fut désarmée, que Sextus Pompée eut succombé en Sicile, que l’abaissement de Lépide et la mort violente d’Antoine n’eurent laissé au parti même de César d’autre chef qu’Auguste, celui-ci abdiqua le nom de triumvir, s’annonçant comme simple consul, et content, disait-il, pour protéger le peuple, de la puissance tribunitienne. Quand il eut gagné les soldats par des largesses, la multitude par l’abondance des vivres, tous par les douceurs du repos, on le vit s’élever insensiblement et attirer à lui l’autorité du sénat, des magistrats, des lois. Nul ne lui résistait : les plus fiers républicains avaient péri par la guerre ou la proscription ; ce qui restait de nobles trouvaient, dans leur empressement à servir, honneurs et opulence, et, comme ils avaient gagné au changement des affaires, il aimaient mieux le présent et sa sécurité que le passé avec ses périls. Le nouvel ordre des choses ne déplaisait pas non plus aux provinces, qui avaient en défiance le gouvernement du Sénat et du peuple, à cause des querelles des grands et de l’avarice des magistrats, et qui attendaient peu de secours des lois, impuissantes contre la force, la brigue et l’argent. »
[4] Voyez Traité politique, VI, 10.