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Timestamp: 2016-10-26 17:15:18+00:00
Document Index: 196392894

Matched Legal Cases: ["l'article 42", "l'article 36", "l'article 1", "l'article 4", "l'article 1", "l'article 36", "l'article 1", "l'article 2", "l'article 20", "l'article 3", "l'article 20", "l'article 3", "l'article 1", "l'article 4", "l'article 4", "l'article 86", "l'article 76", "l'article 67", "l'article 67", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 5", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 59", "l'article 5", "l'article 1", "l'article 5", "l'article 32", "l'article 32", "l'article 5", "l'article 5", "l'article 5", "l'article 5", "l'article 5", "l'article 5", "l'article 5", "l'article 5", "l'article 5", "l'article 5", "l'article 5", "l'article 5", "l'article 5", "l'article 5", "l'article 5", "l'article 5", "l'article 5", "l'article 5", "l'article 5"]

⭐JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
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1 Année N 107 A. N. Le Numéro : 15 francs. Samedi 27 Octobre 1956 * JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE DÉBATS PARLEMENTAIRES 9 ASSEMBLÉE NATIONALE 1 COMPTE RENDU IN EXTENSO DES SÉANCES QUESTIONS ÉCRITES ET REPONSES DES MINISTRES A CES QUESTIONS ; ; Abonnements à l'édition des DÉBATS DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE : MÉTB.OPOLE ÇT FRANCE ^'O^ffTIVE-lsdlEIR. : 800 fr. ; ÉTRANGER î 2.100FTT» {Compte chèque postal: , Paris.) PRIÈRE DE JOINDRE LA DERNIÈRE BANDE DIRECTION, RÉDACTION ET ADMINISTRATION POUR LES CHANGEMENTS D'ADRESSÏ aux renouvellements et réclamations '«UAI VOLTAIRE) M 0 31, PARIS-7 AJOUTER 2 0 FRANCS 3 e LEGISLATURE SESSION DE COMPTE RENDU IN EXTENSO 16 e SEANCE Séance du Vendredi 26 Octobre Procès-verbal (p. 4334)'. 2. Excuses et congés (p. 4334). SOMMAIRE 3. Protection des intérêts des médecins et chirurgiens dentistes rappelés sous les drapeaux. Adoption sans débat d'un projet ' de loi (p. 4334). 4. Retrait de l'ordre du jour d'un vote sans débat (p. 4331). 5. Composition des assemblées territoriales d'a. 0. F., d'a. E. F., du Cameroun et des Comores. Adoption sans débat d'une proposition de loi (p. 4336). 6. Prolongation d'un délai imparti au Conseil de la République. «Adoption d'une proposition de résolution (p. 4336). T. Propositions de la conférence des présidents (p. 4336). MM. Edouard Thibault, Anthonioz, Triboulet, Thamier,-Verdier, Laborbe, Guille, secrétaire d'etat à la présidence du conseil; Delachenal. s Scrutin sur les propositions de la conférence des présidents. Pointage. 8. Réponses des ministres à. des questions orales' (p. 4338). Report des questions de MM. de Lipkowski, Depreux et Pronteau. Question de M. Boùxom, relative h la répercussion des événements de Pologne: MM. Maurice Faure, secrétaire d'etat aux affaires étrangères; Bouxom. Question de M. Damasio, relative h l'exigence de droits de V douane pour un colis destiné à un militaire stationné à la Martinique: MM. Filippi, secrétaire d'etat*au budget; Damasio. Question de M. Deixonne, relative à la notification ministérielle en matière de pension militaire d'invalidité: MM. Tanguy Prigent, ministre des anciens combattants et victimes de guerre ; Deixonne. * (2 f ) Question, de M. Triboulet, relative à l'application du, statut du réfractaire : MM. Tanguy Prigent, ministre des anciens combattants et victimes de guerre; Triboulet. Question de M. Tourtaud, relative à la manifestation de La Villedieu: MM. Guille, secrétaire d'etat à la présidence du conseil;, Tourtaud. 9. Propositions de la conférence des présidents {suite) (p. 4313). Proclamation du résultat du scrutin: adoption des propositions. 10. Commission de l'intérieur. Demande de pouvoirs d'enquête.(p. 4343). MM. Isdrni, Frédéric-Dupont, Brocas, vice-président de la commission de l'intérieur; Bichet, Mérigonde, Merle, Dreyfus-Schmidt. Motion de M. Biche t: adoption, au scrutin. 11. Elections aux chambres de métiers. Discussion d'urgence, en 2 lecture, d'un projet de loi (p..4348). (M. Rolland, rapporteur. Discussion générale : M. Damasio. Clôture. Art. 1 er (texte du Conseil de la République). Adoption. Art. 5 (texte du Conseil de la République). Amendement n<> 2 de M. Denis, tendant à supprimer l'article: MM. Denis, le rapporteur, Lemaire, secrétaire d'etat à l'industrie "et au commerce. Rejet, au scrutin. Amendement n<> 4 de M. Icher: MM. Icher, le rapporteurr, le secrétaire d'etat. Rejet, au scrutin. Amendement n<> 1 de M. Gautier-Chaume t: MM. Gautier-Chaume t, le secrétaire d'etat. Retrait. Amendement n 5 de M. Icher: MM. Icher, le rapporteur. Rejet, au scrutin. Adoption de l'article. Art. 5 bis (texte du Conseil de la République). Amendement n<> 3 de Mme Estachy: Mme Estachy, MM. le rapporteur, le secrétaire d'etat. Rejet. 1722 Amendement n 6 de M. Icher: MM. Icher, le rapporteur, le secrétaire d'etat. Rejet.. Adoption de l'article. Explications de vote : M. Denis. Adoption de l'ensemble du projet de loi. f2. Prix du lait. Renvoi de la suite de la discussion d'une proposition de loi (p. 4353). M. Laborbe, Mme Lefebvre, MM. le président, Ninine, Barry Diawadou. 13. Inscription d'affaires sous réserve qu'il n'y ait pas débat (p. 4354). 14. Renvois pour avis (p. 4351). 15. Dépôt d'un projet de loi (p. '4354). "le. Dépôtçde propositions de loi (p. 4354). *I7. Dépôt de propositions de résolution (p. 4355). 1B. Dépôt de rapports (p. 4355). 19. Reprise d'un rapport (p. 4355). 20. Dépôt d'un avis transmis par l'assemblée de l'union française (p. 4355). 21. Ordre du jour (p. 4356). PRESIDENCE DE M. MODIBO KEITÀ, vice-président. La séance est ouverte à quinze heures. PROCES-VERBAL M. le président. Le procès-verbal de la séance d'hier a été affiché et distribué. Il n'y a pas d'observation Le procès-verbal est adopté*. 2 EXCUSES ET CONGES M. le président. MM. Edouard Daladier et Gilbert Martin s'excusent de ne pouvoir assister à la séance de ce jour et demandent des congés. Le bureau est d'avis d'accorder ces congés. Conformément à l'article 42 du règlement, je soumets cet avis à l'assemblée. Il n'y pas d'opposition?... Les congés sont accordés. 3. PROTECTION DES INTERETS DES MEDECINS ET CHIRURGIENS DENTISTES RAPPELES SOUS LES DRAPEAUX Adoption sans débat d'un projet de loi. M. le président. L'ordre du jour appelle le vote sans débat, conformément à l'article 36 du règlement: I. du projet de loi n 2766 tendant à protéger les intérêts des médecins, et chirurgiens dentistes rappelés sous les drapeaux; II. 'des propositions de résolution: de M. André Beauguitte n 2664 tendant à inviter le Gouvernement à prendre les mesures nécessitées par la situation- des médecins rappelés sous les drapeaux; 2 de M. Hovnanian et plusieurs de ses collègues n 2729 tendant à inviter le Gouvernement à prendre des dispositions interdisant l'installation de nouveaux cabinets de professions libérales (médecins, dentistes, etc.) jusqu'à l'expiration d'une période de trente jours suivant le retour des disponibles actuellement sous les drapeaux (n 2937). Je consulte l'assemblée sur le passage aux articles. (L'Assemblée, consultée, décide de passer aux articles.) M. le président. «Art. 1 er. Jusqu'à une date qui sera fixée par décret, la protection des intérêts des médecins et des chirurgiens dentistes requis hors de leur résidence, rappelés ou maintenus provisoirement sous les drapeaux, est assurée par les dispositions suivantes qui ne valent que pour les communes de habitants et au-dessous.» Je mets aux voix l'article 1 er. (L'article 1 er, mis aux voix, est adopté.) «Art. 2. Sur demande du praticien intéressé, ou de sa famille, il est créé, par arrêté préfectoral, autour de son cabinet, une circonscription réservée qui dans, les régions rurales peut atteindre un rayon de 20 kilomètres au maximum. «Les limites de cette circonscription sont fixées par le préfet sur proposition du praticien en cause, après consultation du conseil départemental de Tordre intéressé et des organisations syndicales correspondantes et compte tenu des besoins de la santé publique. «L'annonce de la demande dé création d'une circonscription réservée, portant la date de départ du requérant, doit être affichée sans délai à la mairie de la commune où son cabinet est. installé et notifiée aux organismes précités. «La ^décision préfectorale précitée, définissant la zone de protection accordée, devra également être affichée sans délai, dans toutes les mairies de la circonscription réservée, publiée dans un journal des annonces légales du département et notifiée à l'intéressé ou à ses "avants droit ainsi qu'aux organismes intéressés et au secrétaire d'etat à la santé publique et à la population.» (Adopte.) «Art. 3. Sans préjudice des dispositions de l'article 4 ci-après, aucun praticien ne peut s'installer dans une circonscription ainsi réserves. «Les remplacements y sont toutefois autorisés dans lés conditions prévues par l'article L. 359 du code de la santé publique et par_les codes de déontologie concernant respectivement les professions de médec-in et de chirurgien dentiste. «L'interdiction prévue au premier alinéa prend effet à compter de la date de départ du praticien bénéficiaire du présent «texte, et expire six mois après la date à laquelle aura cessé l'empêchement d'exercer.» {Adopté.) «Art. 4. Sauf besoins de la santé publique, appréciés par le préfet après consultation des mêmes organismes que ceux qui sont visés à" l'article, 2, et sauf accord avec l'intéressé, suivant les règles prévues par leurs codes de déontologie, les médecins ou chirurgiens dentistes installés dans une circonscription réservée, avant la publication de la présente loi, mais depuis le départ de leur confrère, devront cesser d'exercer au plus tard trois mois après la-date de reprise d'activité de celui-ci, si leur présence accroît le nombre des praticiens de la même profession existant à la date de départ du praticien protégé.» (Adopté.) «Art. 5. Le logement des praticiens visés à l'article 1 er ne pourra faire l'objet d'aucune réquisition durant le temps de leur éloignement.» (Ado>pté.) «Ait. 6. Les praticiens qui auront installé ou maintenu leur cafoinet en violation des dispositions de k présente loi seront passibles d'une amende de à francs, et, en cas de récidive, d'une amende de à 1 millions de francs et d'un emprisonnement d'un mois à six mois ou de l'une de,ces deux peines seulement. «Les tribunaux pourront en outre, accessoirement à l'une* de ces peines, prononcer contre le délinquant la suspension temporaire pour une durée de trois ans au plus.» (Adopté.) «Art. 7. Un décret pris sur le rapport des minisires inté-, ressés déterminera s'i-l y a lieu les modalités d'application de la présente loi.» (Adopté.) «Art. 8. Sont abrogées toutes dispositions antérieures; contraires à celles prévues par la présente loi, notamment l'ordonnance n 45-15S5 du "18 juillet 1945.» (Adopté.) «Art. 9. La présente loi est applicable à l'algérie. "» (Adopté.) M. le président. Avant de mettre aux voix l'ensemble, jè doï^ faire connaître à l'assemblée que la commission propose de rédiger comme suit le titre du iprojet de loi: «Projet de. loi tendant à protéger les intérêts des médecine et chirurgiens-dentistes rappelés sous les drapeaux.» Il n'y a pas d'opposition?... Le titre demeure ainsi rédigé. Je mets aux voix l'ensemble du projet de loi. IL'ensemble du projet de loi, mis aux voix, est adopté.) M. le président. L'Assemblée nationale prend acte qu'en application de Partiele 20, alinéa 2, de la Constitution, le Conseilde la République, dispose, pour son examen en première lecture,; d'un délai maximum de deux mois de, session, à compter dyj dépôt du texte sur son bureau. 4 RETRAIT DE L'ORDRE DU JOUR D'UN VOTE SANS DEBAT Wl. le président. L'ordre du jour appellerait le vote sans débat] de la proposition de loi, adoptée par le Conseil de la Répu-' blique, tendant à la réglementation de l'ouverture et de la? fermeture des boulangerie pendant la période des congés annuels payés (n os 2692,^2701, 2320). Mais une opposition a été formulée et sera insérée à la suite du compte rendu in extenso dè la présente séance. En conséquence, ce vote.sans débat est retiré de l'ordre du; jour.3 5 COMPOSITION DES ASSEMBLEES TERRITORIALES D'A. 0. F., D'A. E. F., DU CAMEROUN ET DES COMORES Adoption sans débat d'une proposition de loi. M. le président. L'ordre du jour appelle le vote sans débat, -conformément à l'article 36 du règlement, des propositions de loi: 1 de M. Barry Diawadou et plusieurs de ses collègues h 1471 relaîive à la formation des assemblées de groupes et des assemblées d'afrique occidentale française et du Togo, d'afrique équatoriale française et du Cameroun et de Madagascar; 2 de M. Senghor et plusieurs de ses collègues n 2169 tendant à modifier la composition des assemblées locales dans les territoires d'outre-mer ; 3* de M. Bruelle n 2427 rectifié relative à la création d'une province de Diégo-Suarez (Madagascar) ; 4 de M. Maurice Lenormand n 2532 relative à la formation et à la composition de l'assemblée territoriale de la Nouvelle-Calédonie et dépendances; 5 de M. Oopa Pouvanaa n Q 2617 relative à la formation et à la composition de l'assemblée territoriale de Tahiti, actuellement dénommée «Etablissements français de l'océanie» (dispositions relatives aux assemblées territoriales d'afrique occidentale française, d'afrique équatoriale française, du Cameroun et des Comores),(n of 2514, 2704, 2982, 2991). Je consulte l'assemblée sur le passage aux articles. (VAssemblée, consultée, décide de passer aux articles.) M. le président. «Art. 1 er. Le nombre des membres qui composent les assemblées territoriales d'afrique occidentale française, d'afrique équatoriale française, du Cameroun et des Comores est fixé conformément au tableau ci-après: Sénégal Mauritanie Soudan Guinée Côte d'ivoire... Niger Haute-Volta... Dahomey Gabon Moyen-Congo... Oubangui-Chari Tchad Cameroun Comores TERRITOIRES NOMBRE î conseillers. Je mets aux voix l'article 1 er. {L'article 1 er, mis aux voix, est adopté.) «Art. 2. Les dispositions contraires à la présente loi, et notamment celles de l'article 2 de la loi n du 6 février 1952, sont abrogées.» {Adopté.) M. le président. Avant de mettre aux voix l'ensemble, je dois faire connaître à l'assemblée que la commission propose de rédiger comme suit le titre de la proposition de loi: «Proposition de loi relative à la composition des assemblées territoriales d'afrique occidentale française, d'afrique équatoriale française, du Cameroun et des Comores.» Il n'y a pas d'opposition Le titre demeure ainsi rédigé. Je mets aux voix l'ensemble de la proposition de loi. (L'ensemble de la proposition de lot, mis aux voix, est adopté-) M. le président. L'Assemblée nationale prend acte qu'en application de l'article 20, alinéa 2 de la Constitution, le Conseil de la République dispose, pour son examen en première lecture, d'un délai maximum de deux mois de session à compter du dépôt du texte sur son bureau. 6 PROLONGATION D'UN DELAI IMPARTI AU CONSEIL DE LA REPUBLIQUE Adoption d'une proposition de résolution M. le président. Au cours de la séance du 18 octobre 1956, j'ai donné connaissance à l'assemblée de la résolution par laquelle le Conseil de la République lui demande de prolonger le délai constitutionnel dont il dispose pour examiner en première lecture la proposition de loi tendant k compléter l'article 3 de la loi n du 19 juillet 1954 autorisant la cession à l'etat, par la ville de Paris, d une parcelle du bois de Vincennes en vue de la construction d'un lvcée de jeunes filles. La commission de l'intérieur propose d'accorder le délai demandé. Je consulte l'assemblée sur le passage à la discussion de la proposition de résolution. {L'Assemblée, consultée; décide de passer à la discussion de la proposition de résolution-) M. le président. Je donne lecture de la proposition de résolution : «L'Assemblée nationale, par application du dernier alinéa de l'article 20 de la Constitution, décide de prolonger de deux mois le délai constitutionnel de deux mois dont dispose le Conseil de la République pour examiner en première lecture la proposition de loi adoptée par l'assemblée nationale, tendant à compléter l'article 3 de la loi n du 19 juillet 1954 autorisant la cession à l'etat, par la ville de Paris, d'une parcelle du bois de Vincennes en vue de la construction d'un lvcée de jeunes filles.» Personne ne demande la parole?... Je mets aux voix la proposition de résolution. {La proposition de résolution, mise aux voix } est adoptée.) 7 PROPOSITIONS DE LA CONFERENCE DES PRESIDENTS M. le président. La conférence des présidents propose $ l'assemblée : i m D'aménager comme suit l'ordre du jour législatif: Demande de pouvoirs d'enquête présentée par la commission de l'intérieur; Deuxième lecture en urgence du projet sur les élections aux chambres de métiers; Proposition de loi sur le prix du lait; Troisième lecture de la proposition de loi sur la compétence' des conseils de prud'homme- en matière de différends intéressant les employés du commerce et de l'industrie; Projet de loi sur la composition du conseil supérieur de la fonction publique, étant entendu que celte affaire ne pourra pas être appelée avant le mardi 30, après-midi; Projet de loi sur la réorganisation municipale dans les territoires d'outre-mer; Propositions de loi sur la formation des assemblées provinciales de Madagascar; Proposition de loi sur le reclassement des fonctionnaires d'indochine ; Propositions de loi et de résolution concernant l'application du salaire minimum garanti aux salariés de l'agriculture; Propositions de loi sur le logement des mineurs; Proposition de loi sur le payement mensuel des retraites minières ; Proposition de loi sur la durée du travail dans les commerces de détail; Propositions de loi sur le régime des fêtes légales dans les commerces de détail; Propositions de loi et de résolution tendant à rétablir l'indemnité de doctorat; Projet et propositions sur le reclassement des travailleurs handicapés ; Proposition de résolution sur le régime des annuités de service du personnel de la R. A. T. P. ; Proposition de loi sur le service militaire des jeunes Français résidant à l'étranger; Proposition de loi sur le service militaire en France des jeunes Fiançais ayant satisfait à la loi militaire d'un pavs de ro. T. A. N.; 2 De réserver les séances de cet après-midi; de mardi 30 octobre, matin et après-midi; de mercredi 31 octobre, aprèsmidi; de mardi 6 novembre, matin et après-midi; de mercredi 7 novembre, après-midi; de jeudi 8 novembre, après-midi; de vendredi 9 novembre, après-midi, à la discussion de cet ordre du jour législatif, sous les réserves suivantes: a) Inscrire en tête de l'ordre du jour de la séance de mardi 30 octobre, matin, les affaires suivantes: Projet de loi portant ouverture de crédits spéciaux d'exercices clos et d'exercices périmés; Deuxième lecture du statut des officiers de réserve ; Deuxième lecture du projet de loi sur l'appellation des chambres de commerce ; b) Inscrire en tête de l'ordre du jour de mercredi 31 octobre, après-midi : Les questions orales hors tour-de M. Boscary-Monsservin sur la réorganisation du marché de la viande, et de M. Bichet sur le fonctionnement de la télévision;4 c) Inscrire en tête de l'ordre du jour de mardi 6 novembre, après-midi, mercredi 7 novembre, après-midi, jeudi 8 novembre, après-midi, les deuxièmes lectures éventuelles des deux projets sur les assemblées locales d'outre-mer et la discussion d'urgence de la proposition de loi tendant à réserver les fonda publics à l'enseignement public; d) Inscrire en tête de l'ordre du jour de la séance de vendredi 9 novembre, après-midi, la discussion de l'interpellation de M. Raymond Mondon (Moselle) sur la réforme de la taxe locale et la suite de la discussion de la proposition tendant à réserver les fonds publics à l'enseignement public. La parole est à M. Thibault. M. Edouard Thibault. Mes chers collègues, le groupe du mouvement républicain populaire votera contre lés propositions de la conférence des présidents. l.e vote de confiance émis hier a traduit la volonté d'union du pays autour du Gouvernement. Les propositions de la conférence des présidents traduisent incontestablement une volonté de désunion. (Applaudissements au centre et à droite.) Le rapport établi par notre collègue M. Cartier a été, comme chacun le sait, adopté par la majorité de la commission compétente. Il viendra inéluctablement en discussion. A ce momentlà, chacun sera en mesure ici de prendre ses responsabilités. Au demeurant, les positions sur le fond du problème sont bien connues, mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit aujourd'hui. On se perd véritablement en conjectures sur les mobiles qui peuvent animer certains de nos collègues qui se livrent périodiquement à des relances qui se traduisent dans cette enceinte par des épreuves de force dont le moins qu'on puisse dire est que l'autorité de l'assemblée n'a rien à y gagner. (Très bien! très bien! à droite.) Si l'ordre du jour était épuisé, si la matière venait à manquer, alors je comprendrais qu'on meuble nos séances m me avec des débats difficiles. «En effet, il s'agit là, comme chacun le sait, d'un débat qui sera pénible, long, difficile et, pourquoi ne pas le dire, douloureux même. Mais ce n'est pas la matière qui manque. Bien plus, si l'assemblée venait à suivre les conclusions de la conférence des présidents, l'inscription du rapport Cartier aurait pour effet d'empêcher, et pour longtemps, la mise en discussion d'un certain nombre de textes qui sont prêts et dont l'urgence et l'intérêt ne peuvent être contestés par personne. Je n'en veux retenir que quelques-uns, par exemple, le rapport repris relatif au taux des pensions d'invalidité dont M. Meck est le rapporteur; le rapport repris tendant à éviter les doubles demandes d'allocation spéciale, dont Mme Lefebvre est le rapporteur; le rapport repris relatif aux pensions de vieillesse en Alsace et Moselle... M. Auguste Tourtaud. Pourquoi n'avez-vous pas, à la conférence des présidents, demandé l'inscription de ces affaires? M. Edouard Thibault....la proposition de loi de M. Ballanger relative aux assurances sociales des Algériens travaillant en métropole; la proposition de loi de M. Marcel Cachin relative aux prestations familiales des Algériens travaillant en métropole; îa proposition de Mme Lefebvre relative au cumul des cotisations d'assurance vieillesse ; la proposition de la même Mme Lefebvre relative aux retraites des femmes assurées volontaires; la proposition de M. Mignot relative aux frais de fonctionnement des conseils de prud'hommes; les propositions de loi de MM. Coquelle, Renard et Titeux relatives à l'indemnisation du chômage; les propositions de loi de M. de Léotard et de M. Villard relatives au travail noir... M. Jean Damasio. Et la proposition de loi de M. Privât sur l'amnistie fiscale. M. Edouard Thibault. L'Assemblée serait heureusement inspirée si elle consacrait la semaine parlementaire du 6 novembre à l'examen de propositions constructives et si elle refusait d:a même coup d'entamer des luttes idéologiques périmées qui ont pour premier et peut-être unique résultat d'offrir le navrant spectacle de notre division, donc de notre faiblesse. Telles sont, mesdames, messieurs, les raisons pour lesquelles le groupe du mouvement républicain populaire se prononce contre des propositions qui sont un défi à l'unité nationale et qui marquent un singulier mépris pour les véritables aspirations populaires. (Applaudissements au centre et à droite.) M. le président. La parole est à M. Anthonioz. M. Marcel Anthonioz. Mesdames, messieurs, hier le président Pin^y, tout en exprimant notre inquiétude à l'égard de certains aspects de la politique gouvernementale actuelle, tant sur le plan économique, social et financier que sur le plan extérieur, a néanmoins, au nom du groupe des indépendants et paysans d'action sociale, répondu présent à la demande du Gouvernement, attestant ainsi son souci de faire passer en priorité l'affirmation de îa souveraineté nationale. M. Roland Boscary-Monsservin. Très bien! M. Marcel Anthonioz. Aussi quelle n'a pas été notre-surprise, si tant est qu'on puisse encore en avoir dans cette enceinte de trouver inscrite parmi les propositions de la conférence des présidents la discussion du rapport de notre collègue M. Cartier. M. Robert Bruyneel. Avec l'appui du Gouvernement. M. Marcel Anthonioz. M'associant. au nom de notre groupe, aux considérations fort pertinentes qui ont été énrses par M. Thibault, je m'étonne également de l'attitude qui fut celle du Gouvernement en cette occasion. Son porte-parole ne pourra certainement pas faire état de sa surprise puisque, si mes renseignements sont exacts, celuici s'est nettement divisé à cette occasion : vingt-sept de ses membres se sont prononcés en faveur de l'inscription du rapport, cinq seulement s'y sont opposés et il y a eu une abstention. Le Gouvernement a donc, dans sa majorité, au lendemain du vote de confiance, affirmé son souci de faire passer au premier plan des questions de basse et regrettable politique intérieure. Je demande qu'il nous en soit donné acte. Il me revient à l'esprit ies propos que tenaient ici, hier encore, M. Deixonne et M. le président Guy Mollet qui voulaient bien nous dire que les divisions intérieures du parti socialiste n'avaient pas à être évoquées à cette tribune. Mais je ne voudrais pas, avec les membres du groupe des indépendants et paysans d'action sociale que ces'mêmes divisions aient sur la vie du pays des répercussions désastreuses. Si, vraiment, l'unité du parti socialiste doit être payée de difficultés pour notre pays, eh bien! permettez-nous d'en exprimer publiquement et sincèrement le regret. (Applaudissements à droite.) M. Francis Vais. Ce sont des contes de fée, monsieur Anthonioz! Occupez-vous plutôt de vos affaires! M. Marcel Anthonioz. Si cela vous gêne, c'est que, peut-être il y a quelque vérité dans mon affirmation. Toujours est-il que mes anr's et moi avons le sentiment qu'il' y a là je m'exprime en termes mesurés une opération curieuse. Je le déplore, car nous pensions qu'au travers de l'élan qui s'est; exprimé par ie vote d'hier, qui a confirmé l'existence d'une majorité nationale, il devait y avoir autre chose que l'affirmation de dissentiments étrangers aux véritables intérêts du pays. Tel est le sens de *notre vote d'hier. Nous ne regrettons pas ce vote, mais nous ne pouvions pas imaginer qu'il serait suivi d'une telle inconséquence. C'est pourquoi mes amis et moi voterons contre les propositions de la conférence des présidents. (Applaudissemenls à droite et au centre.) M. le président. La parole est à M. Triboulet. M. Raymond Triboulet. Mes chers collègues, nous vous demandons de repousser les propositions de la conférence des présidents. Il y a trois semaines exactement, M. Tourtaud, au nom du groupe communiste, demandait à la conférence des présidents d'inscrire la discussion du rapport Cartier à l'ordre du jour. M. Auguste Tourtaud. A une date ferme. M. Raymond Triboulet. Une majorité s'était trouvée à la conférence des présidents pour le suivre, mais l'assemblée repoussa ces propositions. Aujourd'hui, ce n'est plus M. Tourtaud qui est demandeur, mais M. Verdier, au nom du groupe socialiste. Je le regrette sincèrement. Je n'en demande pas moins à l'assemblée de confirmer son vote du 5 octobre et de refuser d'inscrire à l'ordre du jour; la discussion du rapport Cartier. Il y a quelques instants, M. Thibault évoquait les questions urgentes à résoudre. Tous les collègues présents savent que le défaut le plus grave de notre système actuel réside dans l'inefficacité des travaux des commissions. Leurs membres discutent longuement certaines questions, un rapport est finalement publié; ce rapport n'est pas suivi d'effet durant de longs mois et quelquefois la fin de la législature arrive sans qu'il ait jamais été discuté par l'assemblée. Il y a là vraiment de quoi décourager ceux de nos collègues qui travaillent assidûment en commission. Un ordre du jour législatif a été établi. Si vous voulez inscrire la discussion du rapport Cartier, pourquoi, ainsi que je l'ai d'ailleurs demandé à la conférence des présidents, ne pas l'inscrire à la suite? M. Auguste Tourtaud. A la Saint-Glin-Glin! M. Raymond Triboulet. Tous les citoyens qui s'intéressent aux travaux de l'assemblée savent qu'un certain nombre de projets, intéressants à des titres divers, figurent déjà à l'ordre du jour. Pourquoi interrompre cet ordre du jour par cette, nouvelle discussion? Celle-ci est d'ailleurs parfaitement inopportune puisqu'il s'agit d'abroger une loi qui, tout en apportant un soutien indispensable à l'enseignement libre, avait permis la modernisation de toutes no*s écoles publiques. Par suite, elle est loin,5 4386 ASSEMBLEE NATIONALE nseance DU 30 OCTOBRE 1956 vous le savez, d'être impopulaire même dans les milieux attachés à l'école publique. Au lendemain d'une rentrée scolaire difficile, où il est apparu à la France entière que le concours de toutes les bonnes volontés était indispensable afin que tous les enfants de France puissent recevoir l'enseignement, au lendemain d'une rentrée qui a déjà posé de graves problèmes et alors que chacun sait que la prochaine en posera de plus difficiles encore, est-il souhaitable de régler la question par le biais d'une simple abrogation d'une loi, au lieu de traiter le problème dans son enser ime, ainsi qu'il mérite de l'être? M'associant aux deux collègues qui m'ont précédé, j'indiquerai encore qu'au lendemain d'une manifestation d'unité nationale comme celle qui a eu lieu hier soir, il est regrettable que, par l'effet d'une triste loi des compensations, nous devions immédiatement revenir aux divisions. Hier, le patriotisme a parlé dans cette Assemblée. Pourquoi donner le sentiment au pays que, demain, ce serait le sectarisme? Mes chers collègues, je vous demande de repousser les propositions de la conférence des présidents. (Applaudissements sur certains bancs au centre et à droite.) 13. le président. La parole est à M. Thamier. M. Henri Thamier. Pour notre; part, nous nous réjouissons de constater que la conférence des présidents propose enfin d'inscrire le rapport Cartier à l'ordre du jour. (Interruptions à droilc.) Avec ténacité et conformément aux engagements pris devant le corps électoral et le comité national d'act on la que, antérieurement au 2 janvier, nous étions intervenus à maintes reprises pour obtenir ce débat. M. Roland Boscary-Monsservin. En dlscute-t-on au Parlement de Iïongri<T? M. Henri Thamier. Nous voulons même, dès aujourd hui, inviter tous les laïques à la vigilance afin d'éviter que l'inscription qui nous est proposée ne revête un caractère platonique. MVI. Thibault, Anthonioz et Triboulet viennent de nous expliquer que l'inscription ne serait pas opportune. Ils se réveillent bien tard et beaucoup de Français auraient aimé, en 1951, les entendre tenir pareils propos lorsque furent votées les lois de division nationale que sont les lois Barangé et Marie. XApplaudissements à l'extrême gauche.) A ce moment, la guerre d'indochine faisait rage, la situation des travailleurs n'était pas particulièrement brillante, mais vous avez trouvé le temps de consacrer de longues séances à discuter d'une loi qui divisait les Français. M. Antoine Guitton. Les séances ont été nombreuses parce que vous avez pratiqué l'obstruction. M. Henri Thamier. Vous nous parlez de «luttes idéologiques périmées». Mais qui donc fait renaître de telles luttes sinon ceux qui, cinquante ans après l'établissement de la paix scolaire dans notre pays... M. Michel Raingeard. C'est une contre vérité historique! M. Henri Thamier....ont eu l'audace de remettre en cause le vieux principe républicain qui assurait les fonds publics à l'école publique et les fonds privés à l'école privée? (Applaudissements à Vextrême gauche.) 1/3. Roland Boscary-Monsservin. Les contribuables ne sont pas les mêmes. M. Henri Thamier. Quant à M. Triboulet, il invoque la nécessité de faire de gros efforts pour la rentrée scolaire. Précisément, nous avons été de ceux qui, il y a quelques mois, à la tribune du Parlement, considéraient le budget de l'éducation nationale comme en progrès, certes, mais comme lin budget nettement insuffisant. Nous sommes aussi de ceux qui n'oublient pas les responsabilités de la majorité dont faisaient partie M. Triboulet, M. Anthonioz, les républicains populaires et quelques autres, majorité réactionnaire qui, depuis des années, et particulièrement depuis 1951, refuse les fonds indispensables à l'école publique dans notre pays et qui, aujourd'hui, proclame la misère de nos écoles. (Applaudissements à rextrême gauche.) M. Fernand Bouxom. C'est absolument faux! M. Henri Thamier. MM. Bouxom et Thibault savent pertinemment... M. Fernand Bouxom. Que nous avons voté les budgets et que yous, vous ne les avez pas votés! M. Henri Thamier. Vous avez voté des budgets bien insuffisants, qui ne permettaient pas de créer les postes d'instituteurs indispensables et de construire les classes qui manquent dans notre pays. (Applaudissements à Vextrême gauche.) Les classes, en effet, ne se construisent pas en huit jours et l'on pouvait prévoir dès la période de forte natalité qu'il faudrait en construire. M. Michel Raingeard. Adressez-vous aux ministres responsables i Nous n'avons jamais occupé la rue de Grenelle l M. Henri Thamier, M. Triboulet a également usé d'un argument qui a cours dans certains milieux. On veut faire croire à des maires, à des élus municipaux, que si Le rapport Cartier était adopté, les communes ne bénéficieraient plus de l'aide de l'etat. C'est le contraire qui est exact: si le rapport Cartier est voté tel qu'il est présenté, c'e-t une masse plus importante de crédits qui ira à l'école publique en vue d'aider davantage les écoles nationales qui sont les seules que nous devrions soutenir. (Applaudissements à l'extrême gauche.) Cette discussion est d'autant plus opportune que l'assemblée va examiner sans tarder les comptes spéciaux du Trésor, à propos desquels certains se préparent à vouloir reconduire les crédits attribués à l'école privée. Pour' notre part, nous nous élevons contre de telles pratiques. Enfin, le groupe communiste s'étonne que M. Thibault, porteparole du groupe du mouvement républicain populaire, et quelques autres se soient découvert, à quinze heures trente, une Ame de défenseur des travailleurs, alors que, ce matin, à la conférence des présidents, ce groupe n'a nullement demandé l'inscription des propositions dont notre collègue a fait état. Au contraire, le groupe du mouvement républicain populaire a voté, par exemple, récemment, contre le treizième mois d'allocations familiales que demandent, avec les travailleurs communistes. les travailleurs catholiques, les travailleurs socialistes et bien d'autres. Ce matin encore, le groupe du mouvement républicain populaire a voté contre une telle proposition. Nous ne sommes pas dupes, le pa^s non plus n'est pas dupe. Au fond, les positions de chacun ici sont bien connues et le débat peut être mené rapidement. M. Roland Boscary-Monsservin. Comme le précédent î M. Henri Thamier. Vous voterez comme vous l'entendrez. Quant à nous, ayant reçu du peuple de France le mandat d'abroger les lois antilaïques, nous lui serons fidèles et nous appellerons tous les républicains à nous aider à faire respecter un principe qui nous est cher et qui est inscrit dans l'article 1 er de la Constitution. [Applaudissements à Vextrême gauche.) M. le président. La parole est à M. Verdier. M. Robert Verdier. Mes chers collègues, M. Thibault nous a donné un excellent argument pour justifier l'inscription du rapport de M. Cartier à notre ordre dû jour. En effet, très opportunément, notre collègue a donné lecture d'une longue liste de propositions, en elles-mêmes fort intéressantes, qui méritent d'être rapidement discutées par l'assemblée. Mais il nous a apporté cette liste maintenant, alors qu'il n'en avait été nullement question ce matin, à la conférence des présidents. (Exclamations au centre.) M. Robert Eichet. Pas du tout! Ce sont les propositions mêmes de la conférence des présidents. M. Robert Verdier. Mes chers collègues,, s'il s'agit des propositions mêmes de la conférence des présidents, les textes évoqués se trouvent donc inscrits à l'ordre du jour qui nous est proposé î Sur plusieurs bancs au centre et à droite. Non! M. Robert Bruyneel. Ce sont les propositions formulées par les commissions! M. Roland Boscary-Monsservin. Monsieur Verdier, voulez-vous me permettre une simple observation? (Protestations à gauche.) M. Robert Verdier. Non. Je préfère achever. (Protestations à droite et au centre. Interruptions à gauche et à Vextrême gauche.) Depuis un certain nombre de mois, nous voyons se développer la même tactique. Chaque fois que la conférence des présidents propose d'inscrire la discussion du rapport Cartier à l'ordie du jour de l'assemblée, nous voyons surgir dans l'hémicycle un collègue qui, comme vient de le faire M. Thibault, apporte une longue liste de propositions dont on tente de nous démontrer l'intérêt et l'urgence. On a parié de «relance périodique». Mais c'est nous qui avons le droit de retourner cette expression à ceux qui l'emploient. Elle serait, vous le sentez, indigne de l'assemblée. Nous estimons qu'il se présente maintenant une opportunité... Au centre. Pour en finir! M. Robert Verdier.... pour en finir, parfaitement! L'Assemblée a consacré les premières séances de cette session et nous nous en félicitons à un débat de politique générale au cours duquel nous avons eu l'occasion de discuter amplement des plus grands problèmes d'actualité qui, normalement. devaient être au premier plan de nos préoccupations. Ensuite elle abordera la discussion jdu budget. Mais elle ne pourra pas le faire avant le 20 novembre. Il y a donc, actuellement, une période qui nous offre assez de temips pour discuter au fond d'un problème dont nous reconnaissons l'importance et, même, la" gravité, mais qu'il vaut mieux aborder franchement au lieu He continuer à se6 livrer au petit jeti auquel l'assemblée s'est complu depuis quelques mois. (Applaudissements à gauche. Interruptions U droite.) On nous parle du réveil de luttes périmées, de vieux débats, de volonté cle désunion. Mais ces sentiments, qui honorent ceux qui les expriment, ils auraient dû être les leurs aussi durant l'été 1951, au début de la précédente législature. (Applaudissements à gauche et à Vextrême gauche. Interruptions au centre et à droite.) Alors., ne nous laissez pas l'impression que vous faites appel au sentiment d'unité nationale et à la volonté d'union. (Vives interruptions an centre et à droite.) M. Robert BruyrceeL Pourquoi pas? M. Marcel Anthonioz. Après le vole d'hier, vos propos sont une insulte, monsieur Verdier, et j'ai l'habitude de mesurer mes termes! (Exclamations à gauche et à Vextrême gauche.) M. Roland Boscary-îfôonsssrvin. Abstenez-vous, monsieur Verdier, de rappels historiques à propos de la législature précédente! Jamais les socialistes n'ont voté pour le gouvernement dans la précédente législature. Nous l'avons fait hier parce que l'ixi-- téret national l'exigeait. M. Antoine Guiêton. Vos propos sont odieux, monsieur Verdier. M. Robert Verdier. Mes chers collègues, je viens d'entendre que mes propos sont odieux et, par la voix de M. Anthonioz, que l'ouverture de ce débat était une insulte. M. Marcel Anthonioz. J'ai dit qu i vos propos étaient une insulte. M. Robert Verdier. Dans chacune de mes interventions, mes chers collègues, je ne manque jamais aux règles de la courtoisie parlementaire. J'exprime la conviction de mon groupe et je le fais en termes mesurés. M. Antoina Guitton. Il f al'ait la dire hier! M. Robert Verdier. Vos appels au sentiment de l'unité nationale... M. Antoine Guitton. Vous la brisez, l'unité nationale. M. Robert Verdier.... auraient plus de valeur si nous n'avions le sentiment que vous les lancez uniquement quand vous y trouver avantage! (Protestations au centre et à droite. Applaudissements à yauche et à Vextrême gauche.) M. le président. La parole est à M. Labonbe. M. Jean Laborbe. Mesdames, messieurs, M. Verdier vient d'indiquer que la discussion des textes législatifs inscrits à l'ordre du jour proposé par la conférence des présidents serait probablement épuisée le 6 novembre et que, de ce fait, l'assemblée disposerait d'un certain nombre de séances avant le débat budgétaire. J'apporte un démenti à cette assertion. Il est fort probable que cet après-midi, après les réponses des ministres aux questions orales, les discussions inscrites à l'ordre du jour seront à peine abordées, qu'elles seront renvoyées aux séances de mardi et de mercredi prochains et qu'on ne pourra pas en terminer avant le 6 novembre. Deux ou trois textes seulement pourront être examinés, alors qu'il nous en est soumis une page entière. Les déclarations de M. Verdier ne correspondent donc pas à la réalité et la discussion de lextes, importants, puisqu'ils sont inscrits à l'ordre du jour établi déjà à maintes reprises par la conférence des présidents, serait interrompue si nous suivions les propositions qui nous sont faites aujourd'hui. (Applaudissements à droite.) M. le président. La parole est à M. le secrétaire d'etat h la présidence du conseil, chargé des relations avec les Assemblées et de l'énergie atomique. M. Georges Guilie, secrétaire d'etat à la présidence du conseil, chargé des relations avec les Assemblées et de Vénergie atomique. Je me serais abstenu d'intervenir dans cette discussion 6i M. Anthonioz ne m'y avait contraint. Je désire, toutefois, marquer quelque étonnement au sujet des jugemenls formulés par M- Anthonioz, avec une véhémence a ppa rein ment excessive, quant à l'attitude du Gouvernement. (Exclamations à droite.) Je ne participe pas à 1a passion collective. J'ai déjà eu l'occasion, en eltet, de répondre ici à une question semblable dans des circonstances identiques. Je m'étais alors contenté de rappeler les termes de la déclaration d'investiture. Je croyais n'avoir plus besoin de le faire, mais puisque c'est utile et apparemment nécessaire, je vais recommencer. ' Dans la déclaration d'investiture'et sur ce sujet précis... M. Roland Boscary-Monsservin. Quelques événements se sont produits depuis! M. Georges Guille, secrétaire d'etat à la présidence du conseil...le président du conseil s'était exprimé en ces termes: «Le Gouvernement en tant que tel ne prendra pas position dans ce débat.» Je veux dire à M. Anthonioz que le Gouvernement en tant que tel n'a jamais pris position dans ce débat. Mais et je suis surpris qu'on l'ait oublié - le président du conseil avait ajouté : «Les hommes qui y participent arrêteront librement leur altitude et s'acquitteront chacun pour son compte des engagements qu'ils ont pris devant les électeurs.» (Applaudissements à gauche.) M. Auguste Joubert. Alors, il fallait s'abstenir à la conférence des présidents. M. Georges Guille, secrétaire d'etat à la présidence du conseil. On semble dire que c'est un fait nouveau. Ce n'est pas un fait nouveau: à deux ou trois reprises, déjà, dans des circonstances semblables, les membres du Gouvernement ont participé aux scrutins. De toute façon, le Gouvernement reste lié par les termes de la déclaration d'investiture à laquelle, dans ce domaine comme dans d'autres, ii reste fidèle. Je réaffirme donc que le Gouvernement, en tant que tel, ne participe pas à ce débat et que les membres du Gouvernement, individuellement, participeront aux scrutins auxquels ce débat donnera lieu. (Applaudissements à gauche.) M. le président. Je vais mettre aux voix les propositions de la conférence des présidents... M. Joseph Delachenal. Je demande la parole pour répondie au Gouvernement. M. le président. Non, monsieur Delachenal, vous n'avez pas droit à la parole, un orateur de votre groupe étant déjà intervenu. M. Joseph Delachenal. On a toujours le droit de répondre au Gouvernement. M. le président. Je regrette, mais je ne peux pas vous donner la parole à ce tiîre. M. Joseph Delachenal. Dans ces conditions, je la demande pour un rappel au règlement. Je n'ai que quelques mots à dire et, m'étant toujours montré ici très courtois, j'espère que l'assemblée voudra bien m'écouter. M. le président. La parole est à M. Delachenal, à condition qu'il s'agisse bien d'un rappel au règlement. M. Joseph Delachenal. Je me permets de rappeler encore que, d'après le règlement, un orateur a toujours le droit de répondre au Gouvernement. Je voulais simplement faire remarquer très 'courtoisement à M. le secrétaire d'etat à la présidence du conseil que, dans les discours, que j'ai d'ailleurs applaudis, prononcés par M. Guy Mollet, soit mardi, soit jeudi, il a été ^question d'un nouveau contrat à passer avec l'assemblée. M. le président. Je vous en prie, monsieur Delachenal, ce n'est pas un rappel au règlement! M. Joseph Delachenal. Or, dans le programme pour la réalisation duquel ce nouveau contrat devait être conclu, il n'était pas question de l'abrogation de la loi Barangé. (Applaudissements à droite et au centre.) M. le président. Je mets aux voix les propositions de la conférence des présidents. Je suis saisi d'une demande de scrutin. Le scrutin est ouvert. (Les votes sont recueillis.) M. le président. Personne ne demande plus à voter?..«le scrutin est clos. (MM. les secrétaires font le dépouillement des votes.) M. le président. MM. les secrétaires m'informent qu'il y a lieu de faire le pointage des votes. Il va y être procédé. Le résultat en sera proclamé ultérieurement. L'Assemblée voudra sans doute ahorder maintenant les questions orales. (Assentiment.) 8 REPONSES DES MINISTRES A DES QUESTIONS ORALES M. le président. L'ordre du jour appelle les réponses des ministres à des questions orales. REPORT DE QUESTIONS M. le président. L'ordre du jour appellerait la réponse de M. le ministre de l'intérieur à la question de M. de Lipkowski. Mais M. le ministre de l'intérieur m'a fait connaître qu'en accord avec l'auteur de la question il en demandait le report à quinzaine. Il en est ainsi décidé. L'ordre du jour appellerait les réponses de M. le secrétaire» d'etat aux affaires économiques et de M. le secrétaire d'etat à la présidence du conseil, chargé de la fonction publique, aux questions de M. Edouard Depreux et de M. Prqnteau*7 fe ASSEMBLEE NATIONALE SEANCE DU 26 OCTOBRE Mais les ministres intéressés m'ayant fait connaître qu'ils ne pouvaient assister à la présente séance, ces questions sont reportées d'office, conformément au quatrième alinéa de l'article % du règlement, à l'ordre du jour du premier vendredi utile RÉPERCUSSION DEÔ ÉVÉNEMENTS DE POLOGNE M. le président. M. Bouxom demande à M. le ministre des "affaires étrangères s'il est en mesure d'informer l'assemblée nationale sur la portée des récents incidents survenus en Pologne et leurs répercussions possibles sur le plan international, et s'il n'a pas eu connaissance d'incidents analogues dans des pays voisins (3 e appel). La parole est à M. Maurice Faure, secrétaire d'etat aux affaires étrangères. M. Maurice Faure, secrétaire d'etat aux affaires étrangères. Les événements dont la ville de Poznan a été le. théâtre le 26 juin dernier ont attiré l'attention du inonde entier sur la Pologne. L'interprétation des faits ne prête pas à équivoque. La version de la provocation impérialiste présentée dans la fièvie des premières heures s'effondra d'elle-même. Les autorités polonaises ne tardèrent pas à reconnaître officiellement qu'il s'agissait d'une grève ouvrière spontanée ayant dégénéré en émeute. ' II est superflu de revenir sur les circonstances dans lesquelles une grève ouvrière a pu survenir à Poznan. Les autorités polonaises ont reconnu que la situation économique était mau-., vaise et que le mécontentement était grand. Par contre, il faut insister sur ce que pouvait avoir de nouveau le fait qu'un gouvernement de démocratie populaire, non seulement fasse officiellement état d'une grève survenue sur son territoire, mais reconnaisse que les revendications des travailleurs étaient fondées. Il convient également de souligner le caractère des procès de Poznan dont la presse mondiale a rendu compte abondamment depuis quelques semaines. Ces assises, auxquelles ont pu assister des représentants de la presse ainsi que divers observateurs étrangers, n'ont pas ressemblé à certains procès encore trop récents et trop tristement fameux pour qu'il soit nécessaire de les énumérer ici. Quant à la portée d'événements dont un pays étranger est le théâtre, il ne nous appartient pas d'émettre un jugement qui pourrait être interprété comme une ingérence regrettable. M. Gomulka a affirmé, le 20 octobre, devant le comité central du parti ouvrier unifié, que la classe ouvrière ne renoncerait jamais à la grève en tant qu'arme de combat. Les ouvriers de Poznan, a-t-il déclaré, n'avaient pas protesté contre le socialisme quand ils sortirent dans les rues de la ville; ils avaient protesté contre le mal qui s'était largement implanté dans le régime, contre la déformation fondamentale des principes du socialisme et de leur idéal. Mon département pense que ce serait nuire à l'héroïque peuple polonais que de, ne pas nous borner à l'assurer * que la nation française n'oublie pas, dans ces heures sol'ennelles, l'amitié qui l'a toujours unie à la Pologne. L'évolution qu l'on constate en Pologne ne pouvaif d'ailleurs se limiter à ce seul pays. Les événements qui viennent de se_ produire en Hongrie démontrent que certaines causes tendent a engendrer partout les mêmes effets. Si la Pologne et la Hongrie ont les premières retenu l'attention du monde, c'est sans doute parce que ces peuples fiers ont. maintes fois donné dans l'histoire l'exemple du courage dans l'adversité. {Applaudissements à gauche, au centre et à droite.) M. le président. La parole est à M. Bouxom. (Applaudissements au centre.) M. Fernand Bouxom. Je remercie d'abord le Gouvernement en la personne de M. le secrétaire d'etat aux affaires étrangères pour ses déclarations à la suite de ma question orale. Mes chers collègues, le règlement exige que je sois bref et je le serai. Cette question orale sur la portée des récents incidents de Poznan fut déposée au début de juillet, mais les vacances parlementaires en ont retardé la venue à l'ordre du jour de l'assemblée nationale. Notre pressentiment s'est trouvé confirmé. Les événements dramatiques qui se déroulent présentement à quelques centaines de kilomètres de nos frontières revêtent un caractère d'une exceptionnelle gravité, dépassant de beaucoup l'intérêt que peut présenter une simple question orale. Les événements vous sont connus. Chaque jour, nous prenons connaissance avec émotion de, ces événements dans la presse française, où l'on peut lire : «Des centaines de milliers dé Hongrois insurgés luttent farouchement contre le,s troupes soviétiques M. André Mercier (Oise). Payés en dollars! (Exclamations et protestations sur de nombreux bancs.) M. Robert Bichet. Qui? Les troupes soviétiques? M. Fernand Bouxom.... «Au chànt de La Marseillaise, aux cris de: «Les Russes dehors», le peuple ouvrier et étudiant résiste aux chars les armes à la main en laissant des centaines de morts sur le pavé de la capitale.» Je cite encore la presse: «Les Soviets sont contraints d'amener des renforts devant l'héroïque résistance- des insurgés»... «Huit cents officiers hongrois ^t une partie des troupes rejoignent les insurgée en lutte»... «Des soldats russes désertent et fraternisent avec les révoltés»... «De^ troubles auraient éclatés en Roumanie, en Tchécoslovaquie, en Bulgarie.» «Des groupes de combat lit-on encore dans la presse sont en état d'alerte dans les usines de Berlin-Est.» Nous ne pouvons pas encore mesurer toutes les répercussions qu'entraîneront ces. journées héroïques. Il est devenu évident que nous assistons non pas seulement à une révolte contre les méthodes staliniennes, mais à une lutte pour la désatellisation, à une lutte contre l'occupant oppresseur pour l'indépendance nationale. A ce titre, ces événements peuvent bouleverser la situation politique de l'europe et du monde. Le monde s'interroge. Ceux qui conduisirent Rajk à la potence, puis au Panthéon, ceux qui firent de Staline le génial conducteur des peuples, puis le plus grand assassin de tous les temps, les successeurs de Staline qui furent ses complices et qui présentement sont encore au pouvoir n'en seront-ils pas chassés? Après Berlin, Poznan; après Poznan, Budapest. N'allons-nous pas assister à l'effondrement du système colonial russe? Quelle sera l'attitude de l'u. R. S. S. menacée, de perdre son prestige et sa puissance dans le inonde? (Interruptions à Vextrême' gauche.) M. Marc Dupuy. Vous déchanterez bientôt! M. Fernand Bouxom. Mais, messieurs (Vorateur se tourne vers l'extrême gauche), vous n'êtes pas, me semble-t-il, en cause. (Rires au centre.) Les dirigeants actuels, ayant ces craintes, vont-ils user de violence pour se maintenir au pouvoir et pour reprendre en main ces pays satellites qui ont levé l'étendard de la révolte et de la rébellion? La terrible répression de l'armée soviétique n'a-t-elle pas cette signification? Le Monde du jeudi 25 octobre n'affirmait-il pas : «L'armée est intervenue en Hongrie canonnant et mitraillant de propos délibéré la population, non pas à la demande de M. Nagy, mais avant sa nomination au pouvoir N'est-il pas' question que M. Nagy négocie le retrait de cette armée russe? Cette intervention de l'armée soviétique n'explique-t-elle*pas l'extension de la'rebellion, la levée de nouveaux insurgés, la reprise des combats qui, à l'heure présente, n'ont pas encore cessé? Une instance internationale ne pourrait-elle intervenir pour? que soit sauvegardé le droit de ç s peuples à disposer d'euxmêmes? Le traité de paix conclu entre l'u. R. S. S. et la Hongrie, garanti par les grandes puissances occidentales, stipule notamment que les troupes soviétiques d'occupation sont obligées de quitter la Hongrie dans un délai de trois mois après le retrait des troupes d'occupation soviétiques du territoire de l'autriche. Dans ce cas une protestation officielle ne doit-elle pas s'élever contre cette violation flagrante du traité? M. André Mercier. C'est une revye de presse capitaliste! M. Fernand Bouxom. Si nous ne pouvons mesurer les conséquences de ces événements dans un avenir plus ou moins proche, ceux-ci et M. le secrétaire d'etat l'a souligné auront au moins révélé de façon irréfutable que les travailleurs de Berlin-Est voici trois ans, les métallurgistes de Poznan fin juin dernier, le peuple hongrois aujourd'hui ne sont, contrairement à ce qu'il fut affirmé, ni des agents de.l'étranger, ni des mercenaires, ni des provocateurs. La premième victime à Poznan fut'un gamin de seize ans, le frère de Gavroche, et stfn sang teinta le drapeau qui servit de ralliement aux travailleurs en révolte. La seconde victime? Un soldat qui refusa de tirer sur la foule et fut abattu par son officier. _«Nous n'en pouvons plus. Nous sommes écrasés par une cadence de travail inhumaine», ont déclaré les témoins au procès de Poznan. «Je gagne 350 zlotys par mois, le prix d'une paire de chaussures», s'est écrié un ouvrier au coure de ce même procès. Le chef du parti communiste polonais,edward Ocbab ne promettaitol pas de porter le salaire mensuel minimum à 500 zîo tys, quand un imperméable coûte zlotys, un costume d'homme zlotys, un kilogramme de café 360 zlotys et un kilogramme de viande, 30 zlotvs? On peut donc affirmer que c'est dans la misère, dans la souffrance et dans l'espérance de la # liberté que les insurgés ont puisé le courage et l'héroïsme. Un immense cri de révolte î8 a monté de Berlin, de Poznan, de Budapest, et on peut penser qu'il sera repris par d'autres. Il se termine par la même accu-^ sation : «l'u. R. S. S. et ses gauleiters sont responsables 1 A la porte les Russes! Nous voulons être libres!» M. Robert Biche t. U. R. S. S. go home! (Sourires au centre et à droite. Exclamations à Vextrême gauche.) M. Raoul Galas. Sans l'u. R. S. S. vtfus ne seriez peut-être pas là aujourd'hui. * M. Fernand Bouxom. Devant cette constatation, toute l'opinion française et libre est unanime. v II n'est que le journal Libération pour parler d'un coup du fascisme en Hongrie. Il n'est que le journal L'Humanité pour pser écrire : «Les travailleurs risposent aux manifestations antisovié- Jiques». Et, plus loin: «Les travailleurs de France approuvent toutes les mesures prises dans les pays qui construisent le socialisme pour sauvegarder et consolider les conquêtes révolutionnaires contre Jes forces hostiles à la société nouvelle». Je conseille au rédacteur de cet article de demander Y avis des travailleurs français, y compris des communistes français. Mais en est-il ibesoin? Les dirigeants du ' parti communiste ne reçoivent-ils pas de leurs adhérents de nombreuses lettres de protestation et de démission? Dernièrement encore, dans le métro, un ouvrier communiste disait: «Nous frémissons à la-pensée que la France pourrait être traitée comme la Pologne et la Hongrie. On nous a trompés. Nous sommes contre le. capitalisme mais nous ne voulons pas âu communisme russe». (Applaudissements au centre.) M. Raoul Calas. Ce n'est pas l'opinion des électeurs de Tours! M. Alphonse Denis. Ils vous ont répondu. M. Henri Thamier, Vous, monsieur Bouxom, vous êtes pour le capitalisme. M. Fernand Bouxom. Votre attitude ne nous étdnne pas. Mais allez vous expliquer avec les ouvriers français et vous verrez ce qu'ils pensent. (Applaudissements au centre.) M. Marc Dupuy. Vous viendrez avec nous vous expliquer idevant eux!' M. Raoul Calas. Vous voulez prendre votre revanche du débat d'hier, monsieur Bouxom I M. Auguste Tourtaud. Il a appris sa leçon au confessionnal! M. le président. Veuillez cesser ces interruptions. M. Fernand Bouxom. S'il en est encore qui ont le front de se solidariser avec les fusilleurs et les massacreurs d'ouvriers et de patriotes (interruptions à Vextrême gauche) il fallait au moins que l'assemblée nationale française et les citoyens libres que nous sommes affirment leur solidarité... M. Henri Thamier. Avec les 95,000 hommes massacrés à Madagascar, par l'un des vôtres! M. Fernand Bouxom.... avec ceux qui sont tombés en revendiquant le droit essentiel, de l'homme: le pain et la liberté. (Applaudissements au centre. Interruptions à Vextrême gauche.) * M. Henri Thamier. La liberté d'adenauer! M. Fernand Bouxom (s'adressant à Vextrême gauche). Nous constatons que vous êtes toujours du _côté des assassins! M. Henri Thamier, Monsieur le président, nous ne sommes pas plus des assassins que M. Bouxom! M. Fernand Bouxom. Notre groupe, dans sa dernière réunion, a voté la motion que je me permets de lire à l'assemblée: «Le groupe du mouvement réipublicain populaire suit avec émotion les événements de Hongrie et de Pologne... M. Henri Thamier. Et d'alleînagne! M. Fernand Bouxom.... «il condamne l'ing4rence inadmissible de l'u. R. S. S. dans la politique intérieure d'autres pays et exprimera sympathie à tous ceux qui, en ce, mpment, souf-, frent et meurent pour que vive la liberté!» au centre. Exclamations à Vextrême gauche.) M. Henri Thamier. Celle d'adenauer 1 (Applaudissements EXIGENCE DE DROITS DE DOUANE POUR UN COLIS DESTINÉ A UN MILITAIRE STATIONNÉ A LA MARTINIQUE ', M. le président. M. Damasio expose^ à M. le secrétaire d'etat au budget qu'un militaire de l'armée de mer stationné à Fort-de-France (Martinique) a dû payer à la douane francs de droits pour pouvoir retirer un colis contenant du linge de corps envoyé comme cadeau (par sa mère. Il lui demande si la direction des douanes considère pu non la Martinique comme territoire français. La parole est à M. le secrétaire d'etat au budget. M. Jean Filippi, secrétaire d'etat au budget. Des précisions complémentaires, comportant notâmment l'indication des noms de l'expéditeur et du destinataire du colis, ainsi que la date approximative de son envoi sont indispensables pour l'étude du cas.très particulier qui a été signalé par M. Damasio. La direction générale des douanes se tient à la disposition de l'honorable parlementaire pour faire effectuer une enquête* M. le président. La parole est à M. Damasio. M. Marcel Mérigonde. Pour une fois, vous demanderez un contrôle, monsieur Damasio. M. Jean Damasio. Monsieur le ministre, vous comprendrez que la réponse que vous venez de me faire ne me donne pas entièrement satisfaction. Je vous ferai parvenir le nom du militaire en question dont les parents demeurent à Paris. C'est lors de mon récent déplacement à la Martinique que j'ai rencontré ce marin qui m'a soumis son cas tout particulier: il venait de recevoir un colis familial à l'occasion de sa fête et n'avait pu le retirer parce que le service de la douane lui réclamait une certaine somme qu'il n'avait pas en sa possession, te colis contenait eiïtre autres objets une chemise que lui envoyait sa mère. Imaginez, monsieur le ministre, l'état d'esprit et la rancœur de ce jeune matelot qui n'avait pas sur lui la somme nécessaire pour retirer ce colis et ne voulait pas qu'il soit retourné à sa mère qui n'aurait jamais compris les raisons de cette réexpédition. Je vous demande instamment, monsieur le ministre, de bien vouloir veiller à ce que des faits semblables ne se reproduisent pas et donner les instructions nécessaires au service de la douane dé nos départements français des Antilles, afin que, tout de même, une discrimination soit faite entre un colis ^familial et toute autre expédition. Il est indispensable que nos jeunes soldats qui sont envoyés dans des départements aussi lointains n'aient pas le sentiment qu'ils n'ont pas les mêmes droits que ceux qui accomplissent leur temps de service dans la métropole. NOTIFICATION MINISTÉRIELLE EN MATIÈRE DE PENSION MILITAIRE D'INVALIDITÉ M. le président. M. Deixonne attire l'attention de M. le ministre des anciens combattants et victimes de guerre sur les faits suivants :, 1 de nombreux ayants droit, après avoir subi l'examen d'un centre de réforme, attendent pendant des années la notification ministérielle de la décision qui, seule, rend possible un recours devant les tribunaux. Le cas n'est pas rare de blessés de guerre qui meurent des suites de leurs blessures sans avoir'pu faire valoir leur droit à réparation; 2 les avis des centres de réformes comportent fréquemment des indications sybillines, par exemple, la mention A-. T. D. qui signifie, paraît-il, «à titre documentaire», mais que l'intéressé peut interpréter de façon erronée «à titre définitif», ce qui risque de lui causer un sérieux préjudice. Il lui depaande s'il n'est pas possible d'obtenir des centres que leurs avis soient formulés en clair et que la notification ministérielle parvienne aux intéressés dans le délai maximum de trois mois. La parole est à M. le ministre.des anciens combattants et victimes de guerre. M. Tanguy Prigent, ministre des anciens combattants et vietimes de guerre. Les retards constatés dans la notification des décisions ministérielles, portant concession de -pension ou rejet de demande de pension militaire d'invatidité ou de victime de la guerre, s'expliquent à la fois par la pénurie de personnel dont souffrent les services centraux et extérieurs du ministère des anciens combattants et victimes de guerre, et par la très forte augmentation du "nombre des dossiers % traiter, qui s'est produite ces dernières années en raison notamment de l'afflux des demandes émanant des postulants aux divers avantages nouveaux prévus par les lois du 24 mai 1951, du 31 décembre 1953 et du 3 avril 1955 et les décrets du 20 Juillet Le ministère des anciens combattants et victimes de guerre s'efforce, dans toute la mesure des moyens dont il dispose, de remédier à cette situation. De nouvelles dispositions ont été prises à cet effet, depuis un an, afin d'unifier les méthodes de liquidation et de concession des pensions, de simplifier les procédures et les imprimés.» s Récemment, par arrêté du 19 juillet 1956, le pouvoir des directeurs interdépartementaux ayant reçu délégation de signature, en application de la loi du 3 septembre 1947, a été étendu^ Ces fonctionnaires o$t désormais une compétence générale pour prendre toute décision à l'égard de tous les invalidés, militaires non de carrière pu assimilés, qui invoquent des droits à pension r ou à accessoires de pensions ou demandent le bénéfice d'avantages nouveaux conférés par de nouvelles dispositions législatives. D'autres mesures sont envisagées, pour la réalisation desquelles l'effort accompli dans le cadre du collectif 1956, en vue d'étoffer les effectifs du département des anciens combattants et victimes de guerre, par l'apport de vacateurs supplémentaires, est déjà et sera d'un précieux secours. Toutefois,9 4386 ASSEMBLEE NATIONALE n SEANCE DU 30 OCTOBRE 1956 cet effort devra être.poursuivi dans les prochaines années pour que. ces mesures puissent avoir leur plein effet. Je signale au passage qu'il n'est pas possible de recruter des vacateurs pour trois mois. Il faut que nous ayons les crédits nécessaires pour les maintenir en fonction pendant quelques années, afin de rattraper le retard. Nonobstant les dispositions récemment prises et celles qui doivent intervenir, il convient de noter que, depuis l'application de la nouvelle procédure de liquidation des pensions instituée par la loi du 3 septembre 1947, la majorité des postulants à pension n'ont plus besoin d'attendre la notification de la déci-, sion ministérielle pour pouvoir intenter un recours devant les tribunaux. En effet, les décisions dites «primitives» prises par les directeurs interdépartementaux des anciens combattants et victimes de guerre, en vertu de la délégation de signature qui leur a été accordée décisions dont il est possible d'aflirmer qu'elles interviennent dans les trois mois suivant les propositions, des commissions de réforme sont susceptibles d'être attaquées devant les tribunaux départementaux des pensions. Voilà pour le premier point de la question de M. Deixonne. Pour le deuxième point, mon cher collègue, vous avez une satisfaction totale. L'usage des initiales A. T. D.» sur les imprimés utilisés par les centres de réforme a été proscrit par la circulaire n 548/E. M. P. du 19 novembre 1953, qui a recommandé l'emploi de l'expression «à titre documentaire» en toutes lettres. Une enquête effectuée auprès de tous les centres de réforme " a montré que ces instructions, à quelques rares exceptions près, portant d'ailleurs essentiellement sur des imprimés destinés à l'usage interne de l'administration, étaient unanimement et rigoureusement respectées. A toutes fins utiles.^ l'attention de MM. les médecins-chefs des centres de réforme a été* néanmoins appelée à nouveau sur cette question. Kl. le président. La parole est à M. Deixonne. M. Maurice E>ei'xonne. Monsieur le ministre, la courtoisie de votre réponse témoigne que vous ne vous êtes nullement mépris sur les sentiments qui avaient inspiré ma question. A la vérité, ce n'est pas un ministre que je prétendais mettre en cause, mais l'administration dont il endosse parfois injustement la responsabilité, responsabilité qu'un public, qui n'est pas toujours très averti, des choses de l'etat, rejette même volontiers sur des parlementaires qui n'en peuvent mais. Je n'apprendrai rien à mes collègues en déclarant ici qu'une ipartie fort importante du courrier parlementaire n'a pas d'autre cause que des protestations souvent fort légitimes contre les erreurs et, plus souvent encore, contré les lenteurs inconcevables d'une machine administrative qui il faut bien le dire semble parfois destinée à écraser les usagers plutôt qu'à les servir. Je n'insiste pas sur l'abus ' des initiatives qui peut se concevoir entre fonctionnaires également avertis, des questions qui relèvent de leur compétence, mais qui engendre une logomachie prétentieuse et parfois burlesque dès lors qu'elle s adresse à des non-initiés. Dans le cas précis que je vous ai cité, le danger évident de cette déformation professionnelle a été d'induire en erreur un mutilé de guerre dont le temps serait évidemment plus utilement employé à faire valoir ses droits qu'à déchiffrer les grimoires de 'l'administration. Vous avez mis fin à cet abus, je vous en remercie, mais à vrai dire j'entendais avant tout protester contre le scandale car c'est cela qui est à l'origine de ma réclamation, un peu, permettez-moi l'expression, comme la goutte d'eau qui fait. déborder le vase le scandale qui fait qu'un ancien combattant qui demandait à passer devant une commission de réforme en 1952 attend encore, fin 1956, la notification ministérielle qui,, jusqu'à présent, aux termes de l'imprimé qu'il avait en main, pourra seule faire éventuellement, de sa part, l'objet d'un recours judiciaire. Si, effectivement, vous permettez cette instance judiciaire sans la notification ministérielle, c'est une manière de révolution dans la procédure que je ne puis que saluer. Je signale que, dans le cas particulier que j'ai le regret de porter à la connaissance de l'assemblée, l'intéressé est aujourd'hui âgé de soixante-huit ans. Son état de santé ne s'améliore évidemment pas avec les années. Je vous sais beaucoup trop humain, monsieur le ministre, pour vous prêter un instant, pour prêter même à des fonctionnaires que je n'ai pas l'honneur de connaître, le macabre calcul qui consisterait à attendre la disparition de l'ayant droit pour résoudre son douloureux problème. Néanmoins, je vous supplie de continuer dans la voie que vous indiquez, fût-ce au prix, non seulement de quelques mesures nouvelles, mais de quelques sanctions exemplaires, et de faire circuler dans vos services une volonté d'efficacité qui, entre autres avantages, se traduira immédiatement par un» diminution des récriminations dont les élus du peuple ont le devoir de vous faire part et dont ils s'excusent auprès de vous. (.Applaudis sentent s à gauche.) APPLICATION DU STATUT DU RÉFRACTAIRE M. le président. M. Triboulet rappelle à M. le ministre des anciens combattants et victimes de la guerre que le statut du réfractaire n'est pas encore appliqué et que, d'ailleurs, des difficultés juridiques tendent, sur certains pqints, à le rendre à peu près inapplicable. Cette situation étant particulièrement pénible, étant donné les sacrifices volontairement consentis par les intéresés pour la libération de notre pays., il lui demande les mesures qu'il compte prendre pour que les réfractaires puissent bénéficier, dès maintenant, de l'application du statut et profiter dans un avenir prochain d'un statut modifié et amélioré. La parole est à M. le ministre des anciens combattants et victimes de guerre. M. Tanguy Prigent, ministre des anciens combattants et victimes de guerre. Cette fois-ci encore, je suis heureux de pouvoir apporter une réponse satisfaisante à mon collègue et ami M. Triboulet. L'application des dispositions de la loi n du 22 août 1950 établissant le statut du réfractaire et particulièrement de l'article 4, dont l'interprétation a fait l'objet d'un avis du conseil d'etat 'en date du 23 août 1953 a suscité des difficultés qui ont retardé la mise en place de la commission nationale et, par voie de conséquence, l'installation des commissions départementales prévues par les textes. En vue de remédier à cet état de choses, un projet de loi a été élaboré par mes services. Examiné récemment par le conseil d'etat et par le conseil des ministres, ce projet de loi va être déposé sur le bureau de l'assemblée nationale dans les jours et, peut-être, dans les heures qui viennent. M. le président. La parole est à M. Triboulet. M. Raymond Triboulet. Monsieur le ministre, vous nous apportez une très heureuse nouvelle. C'est vraiment une coïncidence due je n'en doute pas au hasard si cetle question, posée au mois de juillet, est appelée à la veille même du dépôt du projet de loi que vous annoncez. * Les deux statuts du réfractaire au travail obligatoire et des Français qui ont été soumis au travail obligatoire sont, en effet, les seuls qui ne soient pas encore en application. S'il s'agit pour ceux qui ont été soumis au travail obligatoire d'une question de titre vous le savez tous, mes chers collègues, pour en avoir débattu récemment il s'agit pour les réfractaires d'un problème juridique. Trois propositions de loi étaient en instance devant la commission. Je suis fort heureux d'apprendre que le Gouvernement dépose un projet de loi dont le vote permettra certainement d'accélérer la parution du statut. Un problème subsiste pourtant des deux qui étaient posés dans ma question, celui de l'application immédiate. Je me demande s'il ne vous serait pas enfin possible, monsieur le ministre, de lever maintenant la défiance et l'hostilité inexplicables envers l'administration de l'un des principaux groupements de réfractaires. Ce groupement s'est obstiné, en effet, à refuser l'application du statut même dans les cas les plus évidents, s'agissant de dossiers qui eussent pu, sans délai et sans texte nouveau, être réglés et donner lieu à l'attribution de la carte de réfractaire, parce qu'il n'avait pas confiance dans la volonté réformatrice de vos prédécesseurs et de l'administration que vous dirigez aujourd'hui. Puisqu'un projet de loi va être déposé, peut-être serait-il opportun de demander à cette association d'accepter enfin de désigner aussitôt ses représentants à la commission nationale ou dans les commissions départementales. De.la sorte, il n'y aurait pas de temps perdu au rebours de ce qui se passe depuis 1950 et les réfractaires qui, dans l'état actuel des textes, y ont droit, recevraient la carte. Quant à ceux qui ne peuvent la recevoir sans qu'ait, été modifié l'article 4, je compte que le vote rapide du projet de loi permettra de leur donner satisfaction quelques semaines ou quelques mois plus tard. MANIFESTATION DE LA VILLEDIEU if. le président. M. Tourtaud expose à M. le ministre de l'intérieur qu'à la suite d'une manifestation qui a eu lieu, le 7 mai, à la Villedieu Creuse et où 200 personnes ont exprimé leur opposition à la guerre en Algérie et réclamé le cessez-le-feu et la négociation, le maire communiste de cette localité a été suspendu pour un mois, arrêté, puis remis en liberté provisoire, l'instituteur d'une commune voisine, Faux-10 la-montagnè, a été arrêté et transféré au fort du Hâ, à Bordeaux. Elevant une énergique protestation contre ces actes arbitraires qui sont en contradiction absolue avec les déclarations du Gouvernement affirmant son désir d'aboutir à la paix en Algérie et avec la volonté du coips électoral qui, ]e 2 janvier dernier, s'est prononcé dans sa majorité pour un règlement pacifique du problème algérien, il lui demande s'il compte donner les instructions nécessaires afin que l'instituteur de Faux-la-Montagne soit libéré immédiatement et que les sanctions prises à rencontre du maire de la Yilledieu soient rapportées sans délai. La parole "est à M. Guille, secrétaire d'etat à la présidence du conseil, suppléant M. le ministre de l'intérieur. M. Georges Guille, secrétaire d'etat à la présidence du conseil, suppléant M. le ministre de Vintérieur. Le maire de la Villedieu ayant, le 7 mai 1956, gravement failli à l'une des missions essentielles que lui confère la' loi, à savoir le maintien de l'ordre public dans sa commune, c'est à très juste titre que le préfet de la Creuse l'a suspendu de ses fonctions pour une durée d'un mois, comme l'y autorisait l'article 86 de la loi du 5 avril D'ailleurs, en raison de la gravité de la faute commise par ce magistrat municipal, qui a pris une part active dans les événements qui troublèrent l'ordre public à la Yilledieu, et en attendant le résultat de l'instance judiciaire en cours devant le tribunal permanent des forces armées de Bordeaux, le ministre de l'intérieur, comme la loi l'y autorisait, a porté à trois mois la durée de la sanction iprise par le préfet de la «Creuse. En ce qui concerne l'instituteur de Faux-la-Montagne, c'est à la suite d'une information judiciaire ouverte par le commissaire du Gouvernement auprès du tribunal des forces armées de la IV e région militaire qu'il a été placé sous mandat de dépôt et écroué au fort du Hâ. C'est à cette juridiction qu'il appartient de donner la suite qui convient à ces poursuites, faites en application de l'article 76, paragraphe C, du code pénal, interruption violente de la circulation de matériel militaire. M. le président. La parole est à M. Tourtaud. M. Auguste Tourtaud. Mesdames, messieurs, le 15 mai, j'adressais cette question à M. le ministre de l'intérieur. M. le ministre de l'intérieur vient, non pas de me répondre, niais de me faire répondre aujourd'hui seulement, 26 octobre. Notons en passant que certaines questions reçoivent une réponse beaucoup plus rapidement. Nous en avons eu un exemple il y a quelques instants. Si. Fernand Bouxom. Ma question date du mois de juin dernier. M. Auguste Tourtaud. Mais les deux patriotes creusois, M. Ramonet et M. Fanion, sont toujours présumés coupables et n'ont pas encore été jugés. L'un, M. Fanion, ancien résistant interné à Fresnes en 1943, officier F. F. I.-F. T. P., est toujours emprisonné au fort du lia où il fut conduit le 9 mai. Il n'a pu obtenir, ainsi que les autres emprisonnés, d'être soumis au régime politique.. L'autre, M. Ramonet, résistant également, maire de la Villedieu, demeure en liberté provisoire et a été suspendu, comme on vient de le rappeler, non pas pour un mois mais pour trois mois, de ses fonctions de maire. Les populations de la Yilledieu et de la région savent exactement ce qui s'est passé à la Yilledieu le 7 mai. Us ne peuvent admettre que M. Ramonet et M. Fan ton aient été poursuivis à la suite des incidents qui s'y sont déroulés. L'enquête qui a été menée n'a pu prouver qu'ils aient eu dans cette affaire des activités particulières. Ils ont été solidaires de la population de la Yilledieu qui traduisait sa volonté de négociation et de paix en Algérie par l'accueil chaleureux de rappelés qui avaient arrêté eux-mêmes leurs camions dans ce petit bourg creusois. Il est flagrant que ni l'arrestation ni le maintien en forteresse de M. Fanton n'étaient nécesaires à la manifestation de la vérité. Le fait que l'on ait recours à la détention préventive dans de telles conditions et en de semblables et nombreux cas alerte tous les républicains, surtout que ces mesures, dont on ne saurait nier qu'elles sont de nature à menacer gravement les libertés démocratiques, ne cessent de s'intensifier. (Interruptions au centre et à droite.) Depuis plusieurs mois, en effet, la répression s'est abattue sur de nombreux citoyens une centaine environ présumés coupables de. participation à des manifestations qui se sont produites, en diverses localités, lors du départ de disponibles rappelés sous les drapeaux du fait de la guerre d'algérie. Pourtant, ces citoyens n'ont fait qu'exercer les droits qui leur sont reconnus par la Constitution. Au surplus, ils ont agi en conformité avec la Constitution qui proclame: «La République française, fidèle à ses traditions, se conforme aux règles du droit public international. Elle n'entreprendra aucune guerre dans des vues de conquête et n'emploiera jamais sa force contre la liberté d'aucun peuple.». Lors du scrutin du 2 janvier lé56 je veux le rappeler encore une fois la majorité du corps électoral s'est prononcée pour le cessez-le-feu et une solution pacifique du problème algérien. Les partis politiques actuellement représentés au Gouvernement avaient pris à cet égard des engagements solennels devant le pays pendant la campagne électorale. Ils ont renouvelé ces engagements à l'occasion de congrès récents. Nous voulons rappeler encore une fois qu'à Lille le congrès socialiste, dans sa résolution, a déclaré notamment: «Pour mettre fin à l'effusion de sang dans le délai le plus bref, c'est avec ceux qui se battent qu'il convient de discuter le cessezle-feu». La résolution demandait au Gouvernement de mettre tout en œuvre pour aboutir au cessez-le-feu, étape préliminaire et" condition première d'un règlement d'ensemble. A Lyon, M. Mendès-France, s'adressant au congrès radical, a renouvelé les engagements du 2 janvier lorsqu'il a déclaré,- parlant de la guerre d'algérie: «La solution de force est évidemment un non-sens. Nous l'avons toujours dit, nous, Français, nous devons savoir qu'on n'impose pas la collaboration par la force et par les armes.» A n'en pas douter, les- arrestations et les poursuites engagées contre des citoyens ayant exprimé leur volonté de paix à l'occasion du départ des rappelés sont considérées par la majorité de la population comme des actes d'arbitraire. Sur les 75 personnes arrêtées, 15 demeurent à ce jour en détention préventive, pour certaines depuis six mois, alors que le tribunal correctionnel de Grenoble a condamné à quatre mois de prison maximum et avec sursis des gens qui avaient participé à la manifestation de la gare de Grenoble, à laquelle fut pourtant donné le plus large écho. ' La justice, qui devrait être la même pour tous, ne saurait s'accommoder de tels errements, d'autant plus que l'on sait par ailleurs que quelques-uns seulement des énergu mènes qui ont participé à l'émeute du 6 février à Alger ont été condamnés par la justice civile à des peines d'amende s'élevant au maximum à francs. La prolongation de la détention préventive est d'autant plus grave que souvent elle est obtenue au moyen de graves illégalités. C'est le cas en particulier pour MM. Vigier, Fanton, Bonnet, emprisonnés au fort du lia, qui ont, conformément à l'article 67 du code de justice militaire, adressé, au début de juillet, des demandes de mise en liberté provisoire au président du tribunal militaire de Bordeaux. En violation de l'article 67, le président s'est déclaré incompétent. De son coté, la chambre des mises en accusation s'étant déclarée, à juste titre, incompétente, le parquet a fait un pourvoi en règlement de juge devant la cour de cassation. Le président du tribunal militaire a, en conséquence, sursis à statuer sur la demande de mise en liberté jusqu'à ce que la cour de cassation ait rendu son arrêt. Par conséquent, depuis juillet, par décision illégale d'un président de tribunal militaire, ces trois citoyens n'ont pu s'adresser à une autorité. judiciaire compétente capable de répondre à leur demande de mise en liberté provisoire, en violation du principe de droit français selon lequel, à tout moment, un prévenu doit pouvoir s'adresser à une autorité judiciaire compétente pour sa mise en liberté provisoire. Il convient de rappeler en outre que l'un des prévenus dans l'affaire dite de Castres, M. Esclassan, est resté cinq mois en détention préventive pour se voir accorder un non-lieu, après avoir d'ailleurs attendu un mois la décision du juge d'instruction. Les sept autres prévenus dans la même affaite voient leur inculpation passer d'entrave volontaire à la libre circulation de matériel à «tentative d'entrave volontaire».' Ainsi, ce qui est maintenant retenu à rencontre de ccs pré-, venus, c'est une intention d'empêcher le départ d'un fiairn C'est un procès d'intention contraire aux principes de droit français qui leur est fait. Trois prévenus, dans cette affaire, n'en'restent pas mrnns détenus. Les quinze citoyens incarcérés sont, pour la plupart, pères de famille; beaucoup sont anciens résistants, anciens prisonniers de guerre. L'un, M. Chapelain, arrêté après la manifestation de Saint-Aignan, a été déporté à Bûche nwald où il se trouva avec quelques-uns de nos collègues dont MM. Christian Pineau et André Marie. Il est aujourd'hui en prison à Fresnes. Nous croyons devoir attirer l'attention de l'assemblée nationale sur le'fait qu'étant civils, ces citoyens sont déférés devant les tribunaux militaires. Sous la III e République, de nombreuses personnalités politiques se sont souvent élevées contre la compétence des tribunaux militaires en matière de délits commis, en temps de paix, par des civils. En juin dernier, la ligue des Droits de l'homme a rappelé, à nouveau, son opposition de toujours à la traduction, en temps de paix, de civils devant, les juridictions militaires. M. Maurice Patin, président de la chambre criminelle de la cour de cassation, examinant les dispositions du décret-loi du11 4386 ASSEMBLEE NATIONALE n SEANCE DU 30 OCTOBRE juillet 1939, pris à l'approche de la dernière guerre, et toujours appliqué à la répression des «atteintes y* à. la sûreté extérieure de l'etat, souligne notamment que l'action publique est engagée contre des civils, non sur les réquisitions d'un magistrat, mais en vertu d'un ordre d'informer émanant du général commandant la circonscription. M. Marc Dupuy. Voilà le scandale î M. Auguste Tourtaud. Il n'hésite pas à écrire, dans son étude que vient de publier le Recueil de droit pénal: «On peut s'étonner que l'honneur et la liberté des citoyens soient ainsi placés sous dépendance d'un chef militaire». Enfin, alors que la mise en liberté provisoire doit être la règle et la détention préventive l'exception, soulignons que ces citovens incarcérés sont soumis au régime du droit commun et qu'ils sont d'ailleurs victimes, non pas seulement de la censure dans leur courrier, mais de tracasseries, de vexations de la part de l'administration. La détention de citoyens contre lesquels, en définitive, ne pourrait être retenu qiie le fait d'avoir chanté la Marseillaise et réclamé la paix en Algérie au moment du départ des rappelés, ne saurait être prolongée plus longtemps. Cette détention prolongée crée une très vive émotion dans tout le pavs. Dans toutes les couches de la population, de nombreuses personnalités conseils municipaux, conseils généraux, maires, etc. prennent position. De nombreuses organisations, parmi lesquelles des syndicats ouvriers, des sections départementales du syndicat national des instituteurs, ont voté des motions réclamant la libération des emprisonnés. Dans le département de la Creuse, plus de personnes ont signé l'appel départemental pour la libération de Gaston Fanton, rédigé par quatre-vingts personnalités de toutes opinions parmi lesquelles dix-huit maires onze maires communistes et sept maires socialistes trois conseillers généraux. seize instituteurs, deux directeurs de cours complémentaires, etc., plus de vingt conseils municipaux, les maires du canton de la Souterraine, à l'exception d'un seul. Même appui de l'ensemble des maires des cantons de Bourganeuf et de Pontarion au comité départemental de libération de Fanton. Le même appui a été donné ces jours-ci par six maires du canton d'evaux-les-bains. Ainsi, dans ce département, des dizaines de maires de toutes opinions manifestent leur volonté de voir libérer ce patriote qu'est Gaston Fanion. M. Bernard Paumier. Il en est de même dans le Loir-et-Cher. M. Auguste Tourtaud. La grève scolaire a eu lieu au lendemain de l'arrestation de Fanton. Elle s'est renouvelée à la rentrée d'octobre. La section du syndicat national des instituteurs votait la motion suivante lors de son assemblée générale, le 12 juillet 1956 : «La section... «Après s'être informée des motifs qui ont entraîné l'arrestation de Fanton, instituteur à Faux-la-Montagne ; «S'étonne que des poursuites ne s'exercent que dans "un seul sens et que, des manifestants ayant insulté le pays, notamment le 6 février 1956 à Alger, en la personne des chefs qu'il s'est librement donnés, n'aient pas été inquiétés; «Demande sa mise en liberté provisoire ; «Kéciame pour Fanton le bénéfice immédiat du régime politique ; «S'étonne que le jugement n'ait pas été encore rendu et proteste contre la longueur de la détention; «Demande au bureau national du S. N. I. la poursuite de ses efforts pour atteindre ces objectifs.» Voici, d'autre part, le texte de la résolution qui a été votée, le 4 octobre par la commission administrative : «La. commission... «Rappelle que la longueur de la détention donne à penser que Fanton est une victime frappée du délit d'opinion; «Demande : «Qu'il bénéficie du régime politique ; «Qu3 conformément à la Déclaration des droits de l'homme, il. soit présumé innocent et, qu'en conséquence, il soit traité comme tel; «Que l'on rende enfin à sa classe un instituteur dont chacun reconnaît les qualités professionnelles.» (Applaudissements à l'extrême gauche.) f Ces jours derniers, lors de la tenue des conférences pédagogiques dans les cantons du département de la Creuse, à Bourganeuf, à Grand-Bourg, à Jarnages, vingt-huit instituteurs sur trente et un présents ont signé pour la libération de Fanton. Il en a été de même à Boussac. Six milles missives ont été envoyées au président du tribunal militaire de Bordeaux pour la libération de Fanton. Il est bien vrai que dans les départements ou demeurent les emprisonnés au fort du Hâ ou à Fresnes, la même action est; menée et avec autant d'ampleur. M. Bernard Paumier. C'est exact. M. Auguste Tourtaud. C'est vrai pour l'indre-et-loire, pour l'indre. Dans l'indre-et-loire, quatre-vingts maires de toutes opinions ont signé une pétition. Sur ce nombre, cinq seulement appartiennent à notre parti, les autres représentent toutes les tendances de l'opinion politique. Des syndicats prennent position. De très nombreuses délégations sont envoyées au fort du Hâ. Nous vous demandons, monsieur le ministre, de faire part à M. le garde des sceaux, à M. le ministre de l'intérieur, puisque vous le suppléez ici, à M. le président du conseil, au Gouvernement lui-même, de l'émotion que provoque dans la popu-' "lation de nos départements le maintien en prison de patriotes qui n'ont fait que réclamer la paix en Algérie et qui ont cru,en des promesses qui leur ont été faites au moment de la consultation électorale du 2 janvier dernier. (Applaudissements à l'extrême gauche.) 9 PROPOSITIONS DE LA CONFERENCE DES PRESIDENTS Proclamation du résultat d'un scrutin. (suite)' M. le président. Voici, après vérification, le résultat du dépouillement du scrutin sur les propositions de la conféience des présidents : Nombre des votants 559 Majorité absolue 2^0 Pour l'adoption 289 Contre 270 L'Assemblée nationale a adopté. (Applaudissements à l'extrême gauche.) M. Marc Dupuy. Vive la majorité de gauche! M. Roland Boscary-Monsservsn. Combien y a-t-il de voix antinationales dans cette majorité? M. Robert Bîcfiet. Exactement 144! SVt. Bernard Paumier. Les antinationaux sont à droite! COMMISSION 10 DE L'ULTERIEUR Demande de pouvoirs d'enquête. M. le président. L'ordre du jour appelle l'examen d'une demande présentée par la commission de l'intérieur et tendant à l'octroi des pouvoirs d'enquête prévus par l'article 9 de la loi n du 6 janvier 1950 portant modification et codification des textes relatifs aux pouvoirs publics. J'ai donné lecture à l'assemblée de cette demande au cours de la première séance du 16 octobre 1956., La parole est à M. Isorni. M. Jacques Isorni. Mesdames, messieurs, à la suite d'une campagne de presse dénonçant des sévices qu'aurait commis la police à Oran contre des membres du parti communiste algérien... M. Bernard Paumier. Et d'autres! M. Jacques Isomi....le ministre résidant adressait au président de la commission de l'intérieur le télégramme suivant: «Vous transmets en l'appuyant vivement le désir que m'a exprimé M. Lambert, préfet d'oran, de voir une délégation de la commission de l'intérieur enquêter dans le département d'oran sur les prétendus sévices infligés par la D. S. T. à des inculpés membres du P.. C. A. et sur la tenue des camps! d'hébergement. «Je me permets insister pour réponse favorable.» Le 10 octobre, un débat s'instituait à la commission de Tinté-" rieur sur cette requête, et, par 21 voix contre 17 et une abstention, la commission décidait d'envoyer à Oran une délégation de sept membres choisis à la représentation proportionnelle des groupes. Elle décidait également de demander à l'assemblée de lui accorder les pouvoirs d'enquête prévus par l'article 9 de la loi du 6 janvier Cette demande d'enquête pose deux problèmes, l'un mineur de caractère réglementaire, l'autre -de caractère politique et moral. Le problème réglementaire, sur lequel je n'insiste pas, peut être celui-ci: je crois que notre,commission a confondu deux notions différentes, la commission d'enquête et l'enquête de commission. En efl'et, elle a désigné sept membres, comme le prévoit le paragraphe 7 de l'article 5 de l'instruction générale destinée à réglementer les enquêtes de commissions, alors qu'en réalité vous êtes saisis d'une demande de pouvoirs de. commission d'enquête.12 Mais, peu importe! Ce qui compte, c'est le problème politique, et k* problème politique est de savoir si l'assemblée, accordant à la commission de l'intérieur les pouvoirs spéciaux qu'elle demande, acceptera aujourd'hui d'envoyer en Algérie une délégation comprenant un représentant du parti communiste. En vous demandant, au nom de mon groupe, de repousser cette demande, je tiens à préciser que nous entendons non pas nous opposer à 'une enquête, mais mettre l'assemblée à même de signifier qu'elle se refuse à une telle mesure qui constituerait en ce moment, tant vis-à-vis des forces du maintien de l'ordre que de la population, une véritable provocation. M. Auguste Tourtaud. On se croirait en 1940, avec un tel orateur à la tribune. M. Isorni doit regretter Vichy! M. Jacques Isorni. Car, le parti communiste n'a cessé de manifester son étroite solidarité avec le parti communiste algérien... M. Alphonse Denis. Votre solidarité, vous la manifestiez avec Hitler et Pétain. M. Jacques Isorni....dont vous connaissez l'action qu'il a entreprise en Algérie. M. Soustelle l'a rappelée, et, dans son discours du 18 octobre, jl Lacoste disait* M. Auguste Tourtaud. En 1915, vous n'auriez sans doute pas dit cela! M. Jacques Isorni. «...Nous devons réduire à l'impuissance t les communistes algériens dont la collusion avec les rebelles ne peut plus être niée. M. Auguste Tourtaud. Taisez-vous? M. Jacques Isorni. «Ils sont, en effet, les fournisseurs bombes des terroristes, cela est prouvé, archi-prouvé, ce< bombes qui, un après-midi de dimanche, ont blessé, souvent affreusement, soixante paisibles consommateurs, hommes, femmes et enfants, de deux cafés algérois.» «...Il est établi que les communistes algériens, dans leur désir de dépasser le F. L. N. et de se rendre indispensables aux rebelles, ont atteint un degré véritablement abject d'inhumanité.» M. Marc Dupuy. Benbhamed est passé du côté du front de Libération nationale. Il appartenait au même groupe que le président du conseil! M. Jacques Isorni. En attendant, mesdames, messieurs, les révélations des papiers de Ben Bella, je voudrais apporter quelques autres précisions. M. Marc Dupuy. Vous ne me répondez pas? M. Jacques Isorni. Au début de 1956, les communistes sont passés du soutien politique à l'action armée. Après la constitution, dans la région d'orléans ville, d'un groupe armé dirigé par l'aspirant Maillot et par l'instituteur Maurice Laban, d'autres maquis spécifiquement communistes se sont progressivement implantés dans différents secteurs, en Oranie et dans la zone située entre un axe Miliana-Orléansville et le littoral. Parallèlement, des réseaux terroristes spécifiquement communistes sont créés dans de nombreuses villes et ceux qui y sont 1 affiliés prennent le nom de «combattants de la libération», mais, le 1 er juillet, les communistes décident d'intégrer purement et simplement leurs groupes armés à l'armée de libération nationale. Voici le communiqué qu'ils font paraître: «Combattants de la libération, organisation militaire clandestine, quartier général, Communiqué. «La direction des combattants de la libération demande à tous ses membres 4 e rejoindre l'armée de la libération nationale en bloc, avec tous leurs groupes, tout leur armement, tout leur matériel et d'accepter le contrôle du front de libération nationale.» M. Marc Dupuy. Ils sont Algériens et ils ont combattu le régime de Vichy... M. Roland Boscary-Monsservin. En attendant, ils tuent des * Français! M. Marc Dupuy....pendant que vous le souteniez! M. Robert Bichet. Cela ne leur donne pas le droit de devenir des assassins! M. Jacques Isorni. Cette prise de position est suivie de nombreuses déclarai ions diffusées par voie de tracts ou publiées dans le journal Liberté qui est l'organe officiel du parti communiste algérien. Voici ce qu'écrit le parti communiste algérien dans le n 13 du journal Liberté du mois d'août: «Sur le plan militaire, le mois de juillet a été le plus meurtrier non pas pour «notre jeune armée nationale», mais, au contraire, pour les forces d'intervention. «Nous venons d'apprendre que notre cher camarade Hilali Moussa, dirigeant commuirste de la région de T'.emcen, est tombé héroïquement au champ d'honneur, près de Sebdou, au cours d'un combat qui a coûté une vingtaine de morts aux forces colonialistes.» Les forces colonialistes, mes chers collègues, ce sont les troupes françaises! Dans le numéro 14 du mois de septembre 1956, les communistes écrivent : «Les communistes participent partout, avec courage, au combat libérateur. Que ce soit les armes à la main dans les maquis et dans les villes, ou dans les autres formes de la lutte politique de masse, musulmans et européens, les communistes apportent une contribution importante à la guerre nationale.» Dans un article intitulé «Unité», du même numéro: «L'intégration des «combattants de la libération» dans l'armée de la libération nationale, après des pourparlers fraternels entre les représentants des deux organisations, consacre l'unification de la résistance armée. Tous les patriotes s'en félicitent. «Désormais, côte à côte, luttent dans la guerre libératrice, nationalistes et communistes, musulmans avec de nombreux Européens.» M. Roland Boscary-Monsservin. Autrefois, cela s'appelait de la trahison! M. Hubert Ruffe. Il s'y connaît en matière de trahison, celui qui est à la tribune! M. Jacques. Isorni. «Cetle unification offre des possibilités d'action nouvelles à l'armée de libération nationale face au rassemblement considérable des forces impérialistes.» C'est ainsi que dans le numéro 2 de Combattant, organe du front de libération nationale, Ben Mliidi, chef de zone du F.L.N., écrit : «Le peuple algérien reprend une autre fois les armes pour chasser l'occupant impérialiste, pour se donner comme forme de gouvernement une république démocratique et sociale pour un système socialiste. «Cette unification a été rendue possible parce que sur l'objectif essentiel de l'heure, la libération nationale, F. L. N. et parti communiste algérien sont d'accord. De même qu'ils sont d'accord sur des aspects généraux importants du contenu de cette libération.» Voici, mesdames, messieurs, parce qu'il faut que cela soit connu, ce que dit un tract communiste du 12 septembre M. Hubert Ruffe. Le mot «libération» vous donne des cauchemars^ M, Jacques Isorni. Le 12 septembre 1956, les communistes d'oran-ville diffusaient le tract suivant: «Le parti communiste a donné à la cause nationale des héros et des martyrs... {Interruptions à Vextrême droite et à l ' ext rem e g au c h e.) M. le président. Messieurs, veuillez laisser l'orateur poursuivre son intervention. M. Marcel Hamon. Isorni, avocat de Pélain! M. Jacques Isorni. «Le parti communiste algérien a donné à la cause nationale des héros et des marivrs. Les noms d'henr i Maillot et de Maurice Laban seront toujours dans la mémoire des patriotes... M. Roland Bosoary-lfêonsservin. Il v a des vérités qui ne sont pas bonnes à dire. M. Henri Dorgères-d'Halluin (S'adressant à Vextrême gauche.). A Budapest, assassins d'ouvriers! M. Marcel Hamon. Monsieur Dorgères, vous étiez plus discret en août 1944, lorsque la justice de votre pays vous recherchait pour intelligences avec l'ennemi. M. le président. J'insiste à nouveau auprès de nos collègues pour qu'ils laissent continuer l'orateur. M. Jacques Isorni. Mes chers collègues, fl'orateur s'adresse à Vextrême gauche) ce sont des tracts communistes. Laissez-moi vous les lire. «Les noms d'henri Maillot et de Maurice Laban seront toujour clans la mémoire des patriotes avec ceux de Lakhdar Hamme, Ali Boudour, Moussa Hilali, Belkacem Hanoun et de tant d'autres qui ont fait le sacrifice de leur vie pour que naisse une Algérie fraternelle, débarrassée des, chaînes de l'oppression et de la misère.» %, Et comme conclusion de cette propagande et de cette activité. on comprend que le parti communiste algérien ait pu faire v paraître il y a quelques jours un dernier tract ainsi conçu: «Le parti communiste algérien estime nécessaire de rappeler : «1,J Que les communistes n'ont jamais caché leur participation active à la résistance armée du peuple algérien contre le colonialisme ; «2 Que les communistes membres des «combattants de la libération», se sont intégrés depuis le 1 er juillet dernier à l'armée de libération nationale, à la suite de pourparlers fraternels et d'un accord réalisé entre les deux organisations; <c 3 Que les communistes algériens, qu'ils soient musulmans, européens ou juifs, ne sont pas Français, mais Algériens...» Nous, nous sommes Français. (Applaudissements à droite et à Vextrême droite.)13 Enfin, je voudrais en terminer «avec les lectures par celle de l'interrogatoire d'un officier passé au parti communiste, Gherab, qui, interrogé, a répondu ainsi: «Ï1 était bien entendu de passer à l'action dès que nous serions en possession des armes. «Le plan d'action pour Beni Racbed a été préparé par moimême, Laban, Maillot, Noureddine Mustapha, et discuté, par N l'ensemble du groupe. M. Auguste Tourtaud. Comment avez-vous eu ce papier? fi. Marc Dupuy, Il y a eu des fuites.. M. Jacques Isorni. J'accomplis mon devoir de parlementaire et je donne des renseignements précieux à l'assemblée'nationale, Ecoutez-les* M. Auguste Tourtaud. Le contenu ne nous gêne pas, mais dites-nous comment vous vous êtes procuré ce papier. M. Robert Bichet, Qu'est-ce que cela peut vous faire, puisque vous prétendez que cela ne vous gêne pas? M. Roland Boscary-Monsservin. Monsieur Tourtaud, vous reconnaissez donc l'exactitude du document? M. Robert Bichet. Il s'agit d'ailleurs d'un type qui a trahi deux fois. M. Jacques Isornî. Permettez-moi de poursuivre ma lecture : «Zehmàt Abdelkader, une nouvelle recrue, originaire des Beni Rached, nous a indiqué les personnes susceptibles d'être dangereuses pour la sécurité du groupe. Nous avons fait vérifier ces renseignements par une autre nouvelle recrue, Mekaoui Abdelkader, également originaire des Beni Rached. ' «Nous avons décidé de revenir passer la nuit à Beni Rached chez Zelmat, où nous avons aussi conçu le plan de l'action. «Nous devions remonter tous ensemble vers le café de Zerrouki, qui était également une des personnes à abattre, ou se réunissaient tous ceux devant être abattus. «Arrivés au café vers 21 heures, nous avons trouvé du mondp devant le café dont les portes étaient fermées. «Nous avons alors, sur indication de Zelmat, séparé les personnes désignées comme dangereuses du reste des gens rassemblés. Pendant que l'un des groupes, qui comprenait notamment Maillot, Henni-Douma, Djilalli (nouvelle recrue originaire de Medjadja) gardait à vue vies gens qui ne devaient pas être inquiétés et discutait avec eux, un autre groupe s'était porté en avant et surveillait le chemin devant nous. Il s'agissait de Boualem, Abd el Kader, Noureddine et Nah. «Je signale qu'à cette date Sadek n'était pas"avec nous; il avait été retenu à Orléansville. «Quant à moi, ainsi que Hannoun et Laban, nous avons placé les personnes.désignées derrière le mur du moulin où nous les avons abattues par rafales de mitraillettes. «Plus, nous sommes montés jusqu'à une place où se trouvent le bureau du caïd et une épicerie que nous avons décidé de brûler. Tandis qu'un groupe se plaçait entre le bureau du caïd et l'école qui était occupée à cette heure et qu'un autre groupe, dont moi-même, discutai} dans deux cafés avec les clients, Laban et Hanoun mettaient le feu au bureau et à l'épicerie à l'aide d'essence et de pétrole.» M.Roland Boscary-Monsservin. Assassinat, pillage et incendie! M. Marc Dupuy. Ce sont des rapports de police! M. Antoine Guitton. Taisez-vous, défenseur des assassins! M. Jacques Isorni. Ainsi, bombes et incendies volontaires, telles, sont les armes'du parti communiste algérien. En vérité, le parti communiste algérien est en guerre centre la France. Le parti communiste, français est solidaire moralement et politiquement du parti communiste algérien. Si nous en avions le moindre doute., le souvenir que nous avons gardé du discours de Mme Vernieersch lèverait ce doute. Avons-nous le droit d'envoyer en Algérie un représentant de ce parti pour interroger sous la foi du serment ét ayant le droit d'exiger le serment, ceux qui luttent et tombent victimes du parti communiste algérien? (Interruptions à l'extrême, gauche). / ' * M. Marcel Hamon. Avocat de Pétain! M. Jacques Isorni. J'affirme que les fonctionnaires de police, les militaires qui seraient interrogés dans de telles conditions auraient le droit de refuser de répondre et que si, d'après la lettre de la loi, ils commettaient, en refusant de répondre, un délit, il n'y aurait pas un tribunal en France pour les condamner. (Applaudissements sur quelques bancs à droite.) M. Robert Manceau. Vous voulez empêcher l'enquête. M. Jacques Isorni. Nous n'avons pas le droit d'ajouter aux difficultés en Algérie par une décision qui constituerait un véritable désordre moral susceptible d'entraîner là-bas des désordres publics. En repoussant la demande Cle pouvoirs d'enquête, l'assemblée manifestera sa volonté que la commission se saisisse de nouveau de la requête du ministre résidant et qu'elle envoie à Oran pour y faire la lumière car il faut la faire une délégation composée uniquement de représentants.des partis nationaux. M. Robert Manceau. Nationaux-socialistes! M. Jacques Isorni. Au nom de mon groupe, je demanderai à l'assemblée de se prononcer par scrutin, et ce scrutin aura une importance pontique qui n'échappera à personne. (Applaudissements à droite. Exclamations à l'extrême gauche.) M. Auguste Tourtaud. On a vraiment choisi l'homme qu'il fallait pour soutenir une telle eau e! M. Alphonse j Denis. L'Assemblée ne suivra pas l'avocat du traître Pétain. : M. le président. La parole est à M. Frédéric-Dupont. M. Frédéric-Dupont. Ce n'est pas la première fois qu'il est question à cettje tribune de prétendues atrocités françaises. Nous en avops déjà entendu parler-pendant la guerre d'indochine. N'ous ndus souvenons des campagnes systématiques de diffamation par lesquelles on cherchait à salir l'armée française* et notamment de ces campagnes de Témoignage chrétien] qui ont fait l'objet; d'une mission d'enquête dont les conclusions ont établi que ces accusations étaient des mensonges. Aujourd'hui comme naguère, ce sont les mêmes journaux qui se livrent aux jmêmes campagnes. Quelle est l'a rrière-pensée de leurs auteurs? Il s'agit d'abord, en parlant de prétendues atrocités de la police, de faire oublier les crimes de ceux dont on prétend qu'ils ont été torturés^ Il s'agit ensuite de,f fournir des arguments contre nous à l'o. N. U. Trop souvent, vous le savez, les réquisitoires prononcés contre nous à l'o. N. U. sont établis à l'aide de coupures de journaux français. Il s'agit enfin de séparer le ipeuple de son armée, de démoraliser les soldats. C'est ainsi que jadis les numéros de Témoignage chrétien étaient envoyés par le parti communiste à tous les tirailleurs partant pour l'indochine., j, - - Nous sommes en présence d'une technique de guerre nouvelle, de cette;guerre psychologique évoquée hier, à cette tribune, par le président Guy Mollet, en présence de méthodes nouvelles, travaillées et mises au point par les écoles de Moscou.- Il importe de savoir si, aujourd'hui, le Parlement français s'associera à ces manœuvres. - Oui, la guerre qui nous est faite est bien une guerre psychologique! Cela est tellement vrai que lorsqu'on fouille les casernes de fellagha, on se trouve moins en face d'armes que de certains journàux français. Il nous appartient donc de trouver la parade à cette forme de guerre nouvelle. Nous sommes en effet victimes d'une immense crise de confiance dans! la résolution française. Ceux d'entre vous qui se sont rendus en Algérie le savent. L'Arabe se dit: la France avait déclaré qu'elle n'abandonnerait jamais l'indochine, et elle l'a abandonnée ; qu'elle ne traiterait jamais avec Bourguiba et elle l'a ramené à Tunis; qu'elle ne'lestaurerait jamais l'autorité du sultaii et le gouvernement qui l'avait juré l'a ramené sur le trône, fct, chaque fois, ce sont les amis de la France* ceux qui avaiejnt éu ç-gnfiance dans sa parole, qui se sont montrés les plus fidèles à notre drapeau qui, pour avoir eu cofinance en rious, ont été odieusement massacrés. Eh bien! mesdames, messieurs, ne pensez-vous pas que la présence d'un commissaire communiste dans upe délégation d'enquête, le fait de conférer une autorité à un membre du parti communiste et de faire de ce parti une sorte d'arbitre, d'enquêteur témoin, ne seraient pas justement de nature à donner à pensier à nos soldats que leur sacrifice est inutile et à faire croire à tous les musulmans que la France est décidément destinée à partir et que se compromettre encore pour elle est un acte vraiment trop dangereux? Mes chers collègues, depuis quelques jours, le courage renaît chez nos amis.: L'affaire de l'athcs, l'arrestation des cinq bandits de l'avion, ce^ faits heureux dont nous nous félicitons et qui ont, pour une; large part, incité notre groupe à voter.unanimement la confiance au Gouvernement... M. Marc Dupjuy. Cela devient indécent. M. Frédéric-Dupont.... commencent à créer un effet nouveaii dans ce pays. ; Même des hommes qui jusqu'à présent se montraient assez Réticents à l'égard des méthodes de M. Lacoste, reconnaissent, dans leurs articles dans certains grands journaux du soir,; qu'en fait l'arrestation de ces bandits a déjà jeté la consternation dans les éléments qui nous sont hostiles et augmenté là confiance parmi ceux qui nous sont favorables. Je m'adresse en particulier à mes collègues socialistes et je leur demahde: Ne pensez-vous pas que vous risquez de compromettre cet effort, que vous risquez de réduire à néant ce qui est considéré aujourd'hui comme. le grand espoir, ce rétablissement de la confiance dans la France? M. Marc Dupuy. C'est comme cela que TLOUS avons eu Dien- Bien-Phu! M. Frédéric-Dupont. Mesdames, messieurs, j'ai toujours protesté, j'appartiens à une profession dans laquelle on a l'habitude de protester, contre les voies de fait à l'égard des inculpés. J'ai souvent demandé des enquêtes à ce sujet au ministre de la justice, en matière de droit commun comme.en toute autre matière..14 Mais ; avons-nous jamais pensé une seule minute, mes confrères et moi, quand nous protestions, qu'il faudrait, dans ces enquêtes, admettre en quelque sorte un délégué des assassins... {Protestations à l'extrême gauche. Applaudissements à droite.) M. Mare DupUy. C'est indigne! Nous sommes des députés français comme vous! C'est vous l'assassin! Dien-Bien-Phu! M. Frédéric-Dupont.... pour examiner dans quelle mesure la police aurait pu maltraiter des inculpés et exercer des sévices? - M. Marcel Hamon. Ils ont la nostalgie du temps où leurs amis torturaient les patriotes et en particulier les communistes! M. Frédéric-Dupont. M. Soustelle a très bien dit, acclamé par tous les députés nationaux de cette Assemblée, qu'il est inadmissible de faire ici une politique et d'en faire une autre en Algérie. Il est inadmissible, il nous l'a dit et nous l'avons acclamé, de mettre les communistes en prison en Algérie et d'en faire ici des juges. Notre opinion,, mesdames, messieurs, est ~que la place des communistes, ici comme en Algérie, est en prison. (Applaudissements à droite. Protestations à l'extrême gauche.) M. Marc Dupuy. Vous n'étiez pas si fier en 1945*! II. Arthur Musvneaux. Tant qu'il n'y aura que des Frédéric- Dupont pour nous mettre en prison! M. le président. La parole est à M. Brocas, vice-président de la commission de l'intérieur. >- M. Parlrice Brocas, vice-président de la commission de l'intérieur. Mes chers collègues, la commission de l'intérieur a été saisie d'une demande d'enquête sur des faits qui seraient des plus regrettables, s'il s'avérait qu'ils ont réellement eu lieu. Non seulement d'après ies avocats des accusé*»,' mais aussi d'après certains articles de presse de diverses tendances, des sévices odieux, incompatibles avec- les principes fondamentaux de toute justice et contraires à la dignité qui doit toujours être respectée même chez les plus coupables, auraient été infligés au cours d'instructions judiciaires ou d'enquêtes de police. En présence de telles /accusations, votre commission de l'intérieur a estimé qu'il fallait faire toute la lumière sur ces faits. Mais deux thèses se sont opposées. Certains ont pensé qu'une commission d'enquête devait comprendre des représentants de tous les groupes de l'assemblée, sans aucune espèce d'exclusive, par conséquent aussi bien des communistes. Une fraction de la commission et, je n cache pas que telle était mon opinion personnelle, a cru qu'étant donné l'objet particulier de cette enquête, il ne pouvait pas y avoir de communistes au sein de la commission.. Les arguments de lamnajàrité se comprennent facilement: Pourquoi, dans une commission chargée d'enquêter sur des faits qui se sont passés en Algérie., exclure a priori des membres de l'un des groupes de FAssemiblée? En outre, il ne serait peut-être pas mauvais que ces dépdfés se rendent compte sur place à cette occasion de la situation algérienne. Ils verraient que certains jeunes rappelés, dont les sympathies communistes ou communisantes sont notoires, accomplissent néanmoins très correctement leur devoir et ne songent nullement à épouser la cause des rebelles, et cela pourrait leur donner de précieuses indications sur le sentiment profond du peuplede France. M. Marcel Mérigonde. Voulez-vous me permettre une courte mise au point, monsieur Brocas? M. le vice-président de la commission. Volontiers. M. Marcel Mérigonde. Je m'en excuse, mais il n'a jamais été question, parmi les commissaires qui ont voté pour la présence d'un communiste dans la commission d'enquête, de rapports avec les rappelés., La demande formulée par la commission précise très nettement qu'il s'agit uniquement d'enquêter sur les sévices et il n'y a absolumènt aucune référence à des visites aux camps d'hébergement. Par conséquent l'argument que vous exposez n'a jamais été employé par les membres de la majorité de la commission, lesquels n'auraient jamais voulu ces contacts. M. Jacques Isorni. Mais le télégramme de M. Lacoste visait aussi la visite des camps d'hébergement. M. Marcel Mérigonde. Oui, mais la demande d'enquête de la commission de l'intérieur ne vise que les sévices. M. Jacques Isornî. C'est exact! M. le vice-président de la commission. Je suis heureux de cette mise au point. Par 21 voix contre' 17 la commission a donc estimé qu'il y avait lieu d'inclure dans cçtte 'commission des représentants de tous les groupes., En ce qui concerne la minorité, certains de ses arguments viennent d'être exposés avec grand talent par M. Isorni. Je Voudrais exprimer les sentiments qui m'ont personnellement guidé t ~ L'objet particulier de l'enquête, objet qui vient d'être souligné par M. Mérigonde, commandait l'éviction des communistes pour deux raisons.. En premier lieu, un principe supérieur d'équité. Dans notre droit, il n'est jamais admis que l'on puisse être à la fois juge et partie, à la fois a'ccusâteur et juge, et le juge doit présumer les accusés innocents. Or, non seulement les premiers accusateurs ont été des communistes, mais aussi nos collègues communistes, futurs membres de la commission, nous ont déclaré qu'ils étaient d'ores et déjà absolument certains de la réalité des faits allégués. Comment donc pourraient-ils encore être considérés comme des enquêteurs impartiaux ou comme des juges irrécusables? En second lieu, il y a une question de dignité de l'adminis tration: il serait intolérable que le comportement de fonctionnaires français, chargés de combattre les rebelles fût apprécié par ceux qui, ouvertement, se sont faits les apologistes des ennemis de la France. C'est donc le souci de l'équité et celui de respecter la dignité des serviteurs de l'etat qui ont notamment inspiré les dix-sept membres de la commission qui ont voté contre. M. le président. La parole est à M. Bichet. M. Robert Bichet. Des accusations graves ont été portées contre la police, et le préfet d'oran a demandé qu'une commission parlementaire se rende sur place pour enquêter. Je crois personnellement qu'il est indispgisable, en effet, qu'une commission d'enquête aille à Oran. Mais il serait intolérable que ceux qui, par leur action, sont à l'origine des faits reprochés aux accusés participent à ses travaux. La commission de l'intérieur, dit-on, n'a vu aucun inconvénient à ce qu'un communiste fasse partie de cette commission d'enquête, mais je crois savoir que sa décision est intervenue avant que Mme Thorez ne soit venue faire l'apologie dé la trahison à cette tribune. Il est évident qu'il serait absolument intolérable qu'à cette commission d'enquête participent des gens qui, à l'avance, sont d'accord avec les traîtres. Toutefois, comme la lumière doit être faite, j'ai l'honneur de proposer à l'assemblée la motion suivante :. «L'Assemblée nationale donne les pouvoirs d'enquête prévus par l'article 9 de la loi n du 6 janvier 1950 à la délégation de la commission de 'l'intérieur qui s'est rendue en Algérie au mois de juillet 1956 et la charge de se rendre à Oran dans le plus bref délai possible.» Je pense qu'ainsi la vérité pourra être faite avec toutes les garanties nécessaires par une commission d'enquête déléguée par l'assemblée nationale. (Applaudissements du centre.) M. le président, La parole est à M. Mérigonde. M. Marcel Mérigonde. Mes chers collègues, M. Isorni a déclaré que le vote que nous allons émettre avait une portée politique. Je tiens à déclarer au nom du groupe socialiste, que si, au mois de juillet dernier, nous nous sommes opposés à la présence de communistes dans la délégation qui s'est rendue en Algérie pour une mission d'information étendue, nous l'avons fait après que M. Gagnaire eut posé à M. Merle la question suivante: «Vous solidarisez-vous avec l'aspirant Maillot, oui ou noir?» Et c'est pa r ce que M. Merle a répondu qu'il n'avait pas à s'immiscer dans les affaires du parti communiste algérien qui était seul maître en la matière, et qu'il n'avait, par conséquent, ni à désavouer ni à reconnaître ia valeur du geste de Maillot, que la commission de l'intérieur a décidé de se priver de collègues communistes. II n'aurait pas été concevable, en effet, que dan^ une mission d'information des députés qui ont pris parti pour les traîtres à la patrie entrent en contact avec des militaires. Telle fut la position que nous avions prise et nous nous en sommes félicités car nous avons eu là-bas une mission, très intéressante. Tout nous a été montré ; nous avons entendu des jeunes gens nous tenir des langages qui leur auraient valu immédiatement, dans certaines répufiliques, la prison ou l'envoi dans de véritables camps de concentration, et qui ont pu partir libres dans la plus grande dignité. Nous avons, par conséquent, fait, là-fbas, un travail sérieux. Mais, cette fois, ie problème est différent et j'ai l'impressiôn qu'on lui donne beaucoup trop d'importance. Il s'agit d'une campagne de presse sur de prétendus -sévices, des sévices qui, comme par hasard, ne laissent pas de traces dans la plupart des cas et sont pratiqués sur des membres du parti communiste algérien. Et ce sont les membres du parti communiste français qui demandent que l'on enquête sur ces faits. Si vous ne les emmenez pas, les jugements que nous pourrons porter, le témoignage que nous pourrons rendre, aussi sincères qu'ils puissent être seraient toujours attaqués. - M. Robert Bichet. Ils le seront de toute façon. M. Marcel Mérigonde. Vous avez vu que dans (bien des cas les textes eux-mêmes sont interprétés ou sollicités. Nos témoignages le seraient tout autant.15 4386 ASSEMBLEE NATIONALE n SEANCE DU 30 OCTOBRE 1956 Ce qui fait le plus de mal dans, une affaire comme celle-là c'est la calomnie; on n'a pas le droit de la laisser se développer; on n'a surtout pas le droit de donner des excuses à ceux qui n'hésitent pas à la lancer. Les membres de la commission de l'intérieur qui étaient avec moi auraient été heureux que des communistes fussent à nos côtés le jour où nous avons visité le. camp d'internement de Saint-Leu, ce camp qu'on avait appelé camp de concentration, pour un peu on aurait dit camp d'extermination. Nos collègues communistes auraient ainsi pii se rendre compte que ce qu'on leur avait raconté était absolument faux. Ils auraient peut-être éprouvé du remords à entendre certains détenus protester parce que la commission, au lieu de les interroger dans une salle qui avait été spécialement aménagée à cet effet, s'entretenait individuellement avec les prisonniers dans les baraquements. Trois fois de suite, on nous a rappelés, mes collègues Hovnanian, Cayeux et moi-même et la délégation officielle du camp qui était composée de détenus a protesté contre notre curiosité. - Nos collègues communistes auraient certainement été étonnés d'entendre un certain nombre d'intellectuels et de bourgeois égarés au F. L. N. protester contre la promiscuité dans laquelle ils étaient tenus. A la question que nous leur avons posée : «Promiscuité avec qui? Avec des bandits de droit commun? avec des assassins, avec des voyous?», ils ont répondu : «Non, mais promiscuité avec des gens qui sont sales, avec des- gens qui n'ont aucune éducation». Je vous assure que la promiscuité que nous déplorions, nous, dans les camps de concentration d'allemagne, c'était celle qui nous était imposée avec les bandits de droit commun, avec les voleurs et les assassins, avec toute la pègre internationale qui vivait dans certains camps, mais jamais la promiscuité avec nos camarades de la Résistance, quelle que soit leur origine. C'est pourquoi nous pensons qu'en limitant nettement la mission de la commission d'enquête, il ne peut en sortir que du bien pour la recherche et la reconnaissance de la vérité totale. Aussi le groupe socialiste votera-t-il pour qu'an communiste fasse partie de cette commission, dont l'unique ' but est de faire la lumière sur des affirmations que nous considérons dès maintenant comme calomnieuses. (Aijplaudissements à gauche.) M. le président. La parole est à M. Merle. M. Toussaint Merle. Mesdames, messieurs, l'assemblée doit statuer -aujourd'hui sur la demande présentée par la commission de l'intérieur et tendant à l'octroi des pouvoirs d'enquête prévus par l'article 9 de la loi n du 6 janvier Il ne s'agit pas d'autre chose, contrairement à ce qu'ont exposé les orateurs qui m'ont précédé. Or, ii est clair que certains de nos collègues s'efforcent de s'opposer à cette demande en argumentant, non pas sur la question à l'ordre du jour, mais essentiellement sur une décision de la commission de l'intérieur qui a désigné sa délégation à la représentation proportionnelle. Chacun connaît les faits qui motivent la demande de la commission de l'intérieur. Ils ont soulevé une émotion et une indignation considérables dans tout le pays. Et la saisie de l'humanité n'a pas empêché qu'ils soient révélés et commentés par une partie de la presse qui, à l'ordinaire, ne témoigne pas d'une grande amitié pour le parti communiste, qu'ils soient sévèrement condamnés par de nombreuses organisations ainsi que par de nombreuses personnalités qui sont aussi très éloignées du parti communiste français. La commission de l'intérieur donc a décidé de désigner à la représentation proportionnelle les membres de la commission d'enquête. Avec la nature des actes -incriminés, c'est surtout ce qui gêne un certain nombre de nos collègues, ainsi que l'a démontré amplement M. Isorni. Il n'entre pas clans nos intentions de revenir aujourd'hui sur les faits; à savoir que des Algériens d'origine musulmane et d'origine européenne ont été torturés après leur arrestation, alors que certains avaient déjà subi des souffrances de la part des tortionnaires de Vichy. Il n'est pas question aujourd'hui non plus, comme l'ont fait certains, de revenir sûr le débat de politique générale qui s'est terminé hier soir et au cours duquel des représentants du parti communiste français ont exposé noire point de vue et nos solutions sur le problème algérien. Il s'agit, je le répète, d'accorder ou de refuser les pouvoirs d'enquête demandés par la commission de l'intérieur. Nous estimons c'est un principe constant de notre groupe que toute commission d'enquête doit être désignée à 1a. représentation proportionnelle, afin qu'elle présente toutes les garanties d'efficacité et d'impartialité, d'autant plus que nous sommes le groupe le plus nombreux de l'assemblée. D'ailleurs, vous en avez ainsi décidé bier à l'unanimité, à propos de la demande présentée par la commission des territoires d'outre-mer # Vous voudriez, aujourd'hui, établir une différence entre la Guinée et l'algérie. C'est la démonstration que les événements d'algérie vous gênent sérieusement et que vos arguments ne sont pas solides. D'autre part, je rappelerai à M. Bichet, qui faisait allusion aux événements antérieurs ou postérieurs à l'objet de notre discussion, qu'avant hier la commission de l'éducation nationale a confirmé la représentation des communistes au sein de la délégation qui se rendra en Algérie dans quelques jours. De plus, si nous estimons que toute commission d'enquête doit être désignée à la représentation proportionnelle, nous voulons ajouter un autre argument. Hier, le groupe communiste a indiqué pourquoi il ne pouvait pas voter la confiance au Gouvernement. Ce matin, la presse se réjouit du fait que le parti communiste soit dans l'opposition êt qu'il y soit seul, notamment en ce qui concerne l'algérie. Encore que nous ayons beaucoup à dire à ce sujet, nous pensons que, dans un régime démocratique, le parti de «l'opposition» doit être représenté dans une commission d'enquête, sans quoi cela signifierait que la majorité a quelque chose à cacher, quelque chose qui la gêne. Mieux, vous devriez souhaiter. vous devriez exiger la présence du parti de «l'opposition». Voilà pourquoi, mesdames, messieurs, nous vous demandons d'accepter la demande que vous présente la commission de l'intérieur en vue d'enquêter sur les sévices en Algérie. (Applaudissements à l'extrême gauche.) M. le président. La parole est à M. Drevfus-Schmidt. M. Dreyfus-Schmidt. Mes chers collègues, je voudrais qu'on revienne à la véritable question qui est posée dans cette affaire. Il importe d'abord de savoir qui a demandé la commission d'enquête. A cet égard, M. Isorni a donné lecture d'un télégramme, celui-là même qui a été produit à la commission de l'intérieur. Il émane du préfet d'oran, appuyé par M. Lacoste. Je rappelle à ce propos que lors d'un débat, répondant à M. Pierre Cot, M. Lacoste a tiré ici l'argument du fait qu'il avait lui-même demandé la nomination de cette commission d'enquête. La commission de l'intérieur a demandé à M. Champeix, secrétaire d'etat, quelle était l'opinion du Gouvernement. Je rappelle ses propos: «L'enquête est demandée par M. Lambert, appuyé par M. le ministre résidant, le Gouvernement n'y voit pas d'inconvénient.» C'est donc le Gouvernement qui, dans un but facile à comprendre, demande que la lumière soit faite.sur certains faits et ce sont M. Lambert et M. Lacoste, les premiers intéressés, qui veulent qu'une commission d'enquête, impartiale, je suppose, les lave des accusations qui ont été portées contre eux. En effet, on comprend parfaitement qu'ils éprouvent le besoin de se justifier devant l'opinion française. Certains de nos collègues, en particulier M. Isorni, ont ajouté qu'un débat sur ces faits pouvait avoir lieu à l'organisation des nations unies et qu'il serait utile que le Gouvernement français produisît un document présentant toutes garanties d'impartialité. Cela dit, quel est aujourd'hui le débat? Je crois que nous sommes d'accord pour nommer une commission. La question qui se pose est celle de savoir si ce- sera une commission sans pouvoirs d'enquête, c'est-à-dire désignée comme l'a déjà été une délégation de la commission de l'intérieur, ou au contraire une commission disposant des pouvoirs d'enquête qui vous sont demandés. C'est cette dernière solution qu'a adoptée la commission de l'intérieur. 11 est évident tous les orateurs, notamment M. Mérigonde, l'ont indiqué qu'il est inutile d'envoyer en Algérie une commission si ses membres ne peuvent entendre sous la foi du serment les fonctionnaires qui peuvent être impliqués dans cette affaire. La commission de l'intérieur a donc décidé de demander les pouvoirs d'enquête pour cettç commission. Automatiquement, en vertu du règlement, cette commission d'enquête doit être désignée à la représentation proportionnelle. Ne pensez-vous pas qu'il serait d'a? sez mauvais goût que cette commission ne fût composée que de membres de la majorité gouvernementale? Certains collègues tel M. Brocas avaient indiqué à la commission de l'intérieur qu'ils faisaient confiance au Gouvernement. Précisément, leur avons-nous fait remarquer, c'est le Gouvernement qui demande une commission d'enquête. Allonsnous, alors, envoyer là-bas une commission d'enquête dont on dira à l'avance, si elle n'est composée que de membres de la majorité, que, bien entendu, M. Lacoste l'a demandée pour se faire couvrir par ses amis? Dans l'esprit de M. Lacoste, dans l'esprit de nos collègues socialistes M. Mérigonde l'a bien précisé et, je le suppose, dans l'esprit de l'assemblée tout entière, la commission doit être composée de telle façon qu'on ne puisse accuser le Gouvernement d'avoir voulu mettre la lumière sous le boisseau. Elle doit donc comprendre des représentants de tous les groupes16 l'assemblée, qui prendront une décision collégiale après avoir enquêté sur des faits précis qui n'ont rien à voir avec la politique algérienne elle-même. Aussi bien, M. Frédéric-Dupont le rappelait, de pareilles enquêtes n'ont-elles pas été demandées déjà? Dans ecs conditions, je vous demande à mon tour de suivre la commission de l'intérieur, dans l'intérêt de ceux-là mêmes qui ont demandé la désignation d'une commission d'enquête, c'est-à-dire de M. Lambert, de M. Lacoste et du Gouvernement tout entier. M. le président. Je suis saisi par M. Bichet d'une motion qui s'oppose à la demande de la commission de l'intérieur. Je donne lecture de celte motion : «L'Assemblée nationale donne les pouvoirs d'enquête prévus par l'article 9 de la loi n du 6 janvier 1950 à la délégation de la commission de l'intérieur qui s'est rendue en Algérie au mois de juillet 1956 et la charge de se rendre à Oran dans le plus bref délai possible pour enquêter sur les sévices qui auraient été infligés au cours de leur interrogatoire à certaines personnes dans le département d'oran». Personne ne demande la parole?... Je mets aux voix cette motion. M. Robert Bichet. Nous demandons le scrutin. M. le président. Je suis saisi d'une demande de scratin. Le scrutin est ouvert. (Les votes sont recueillis.) M. le président. Personne ne demande plus à voter?... Le scrutin est clos. (MM. les secrétaires font le dépouillement des votes.) M. le président. Voici le résultat du dépouillement du scrutin : Nombre des votants 519 Majorité absolue 2o0 Pour l'adoption 281 Contre 238 L'Assemblée nationale a adopté. (Exclamations à gauche.) M. Antoine Cuitton. La trahison est battue! 11 ELECTIONS AUX CHAMBRES DE METIERS Vextrême Discussion d'urgence, en deuxième lecture, d'un projet de loi. M. le président. L'ordre du jour appelle la discussion d'urgence, en deuxième lecture, du projet de loi, modifié. ipar le Conseil de la République, tendant à modifier certaines dispositions relatives à l'élection aux chambres de métiers et aux jnétiers artisanaux (n 3015). M. Henri Dorgères d'halluin. Cette affaire n'est pas inscrite à l'ordre du jour. M. le président. Vous semblez oublier que la conférence des présidents a modifié celui-ci et que l'assemblée a approuvé cette modification. La parole est à M. Rolland, rapporteur de la commission des affaires économiques. M. Jacques Rolland, rapporteur. La discussion de ce projet 'a-yant été demandée par le Gouvernement selon la procédure d'urgence, la conférence des présidents a pu l'inscrire à l'ordre du jour de la première séance réservée aux urgences. Mesdames, messieurs, au cours de sa séance du 25 octobre '1956 votre commission des affaires économiques a examiné le projet de loi, modifié par le Conseil de la République, relatif aux élections aux chambres de métiers et aux métiers artisanaux. Le Conseil de la République a adopté ce texte à l'unanimité, en apportant à la plupart des articles certaines modifications que votre commission,, après avoir procédé à un échange de yues, a cru devoir retenir. Je ne vous donnerai pas lecture du rapport qui vous a été distribué. Je me bornerai simplement, lors de la discussion des articles, à vous présenter les observations que la commission des affaires économiques m'a chargé de formuler. M. le président. Dans la discussion générale, la parole est à M. Damasio. M. Jean Damasio. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'etat, mesdames, messieurs, du débat qui s'est institué il y a quelques jours à l'assemblée nationale et qui s'est poursuivi récemment au Conseil de la République, le monde artisanal a simplement retiré l'annonce d'élections partielles aux chambres de métiers pour le 16 décembre. Il a profondément regretté qu'une discussion s'engageât sur des problèmes de fond touchant à la définition de l'artisan ei abordant une conception de l'artisanat hors du débat général sur les principes mêmes de l'organisation de l'artisanat, de son mouvement institutionnel, de son cadre social et administratif. C'est tout à fait incidemment et à l'occasion d'un débat purement électoral qu'une discussion a pu s'engager sur un problème partiel qui ne <se conçoit que dans une étude d'ensemble. C'est cela qui est très regrettable. Il nous a été donné d'assister, à l'occasion de l'examen d'un amendement présenté par M. Bouxom, à une discussion sur l'éventualité de modifier le décret d'organisation des catégories de la chambre de métiers de la Seine et d'y retirer de la septième catégorie po<ur ies mettre dans la sixième les cordonniers qui, dirait-on, ne pouvaient voisiner avec les coiffeurs. M. Bouxom a eu parfaitement raison de venir nous parler de la chambre de métiers de la Seine, bien qu'il me paraisse assez contestable du point de vue de la rectitude juridique que l'on puisse modifier par une loi un article isolé d'un décret d'administration publique, en déséquilibrant, au surplus, l'harmonie des catégories professionnelles qui avait déjà été modifiée ii y a deux ans. Il m'a été donné de constater dans le fonctionnement de la chambre de métiers de la Seine un ceitain nombre d'anomalies qui m'ont paru suffisamment graves pour qu'elles soient commentées à la tribune de l'assemblée nationale et pour que le Gouvernement prenne les mesures qui s'imposent. Déjà, par voie de question écrite, M. Tixier-Vignaneour avait attiré l'attention de M. le secrétaire d'etat à l'industrie et au commerce sur un certain nombre de faits qui paraissaient scandaleux. C'est ainsi que cette chambre de métiers édite et distribue gratuitement un périodique qu'elle intitule Bulletin officiel de la chambre de métiers de la Seine, qui ne sert en réalité qu'à faire l'apologie de ses dirigeants et qui est, bien entendu, payé par la taxe pour frais de chambre de métiers acquittée par tous les artisan*. Ceux qui ne s'associent pas à la politique de ces hommes en place payent néanmoins leur publicité. Cette atteinte à l'objectivité et à l'indépendance dont doivent faire preuve les chambres de métiers est déjà particulièrement grave. Ce manque d'objectivité s'est encore amplifié ces derniers jours, monsieur le secrétaire d'etat. En effet, l'annonce des élections aux chambres de métiers a amené tous ceux dont le renouvellement du mandat est proche à faire parmi les électeurs artisans une propagande dont le Bulletin officiel de la chambre de métiers de la Seine est, semble-t-il, le meilleur véhicule. C'est ainsi que le dernier numéro d'octobre de cet organe comportait une page entière de publicité consacrée à une organisation.professionnelle qui se propose de présenter des candidats aux prochaines élections. Cette organisation faisait déjà de la publicité dans le bulletin; à l'occasion de ces élections elle a décidé d'atigmenter la surface de ses annonces et a pris une page entière. Nous ne nous élèverions pas contre cette façon de procéder si toutes les organisations professionnelles étaient autorisées à user de la possibilité d'insérer des annonces dans le Bulletin officiel de la chambre de métiers, ce qui, bien entendu, leur est absolument refusé. Il me semble que la responsabilité de celui ou de ceux qui ont pî-4s de telles décisions est particulièrement engagée, soit en face de l'opinion publique, soit même devant les tribunaux. J'estimerais tout à fait normal, en présence d'une atteinte aussi violente au principe de l'égalité de tous les citoyens, de voir les pouvoirs publics intervenir en usant des moyens dont ils disposent, auprès de cette chambie de métiers pour rétabli: l'équilibre entre les divers candidats. Et puisqu'il m'est ainsi donné, monsieur le secrétaire d'etat, à l'occasion de cet incident d'actualité concernant les prochaines élections, de vous parler de l'attitude de la chambre de métiers de la Seine, je vous donnerai quelques détails sur les graves erreurs qui ont été commises par ceux que les intrigues électorales poussèrent à la direction de cette.compagnie. Au cours cle ce dernier fcriennat qui fut allongé d'une année par suite d'une réforme, réalisée l'an dernier, des statuts de l'artisanat, la chambre de métiers de la Seino s'est singularisée < par son obstination à vouloir maintenir en fonctions des membres dont Finégibilité avait été judiciairement constatée. On s'est aperçu en effet après les élections partielles de novembre 1952 qu'un certain nombre des membres ne remplissaient pas les conditions légales d'électorat et d'éligibilité. Un certain nombre de procès furent engagés dans le but de faire constater l'incapacité de ces memîbres. Après de nombreuses peripéties judiciaires sur lesquelles je n'insisterai pas, me bornant à signaler que l'on alla deux fois jusqu'en cassation, les décisions définitives intervinrent. Priée par le préfet de la Seine d'inviter les membres inéligibles à donner leur démission, la chambre de métiers se solidarisa avec eux et refusa d'agir. Mieux: on vit le président de cette compagnie venir témoigner en faveur de l'un d'eux, déclarant aux juges qu'il reconnaissait personnellement l'inéligibilitc ei qu'il en répondait17 4386 ASSEMBLEE NATIONALE n SEANCE DU 30 OCTOBRE 1956 C'est contre îa volonté exprimée à deux reprises dans des assemblées générales extraordinaires que le préfet de la Seine dut, par arrêté, exclure les membres jugés indésirables. C'est dans ces conditions qu'il en exclut une première fournée de cinq ; par un arrêté ultérieur, il procéda à l'exclusion de deux autres membres qui étaient aussi contestés. Il faut dire que les débats des diverses juridictions devant lesquelles fut porté le différend avaient révélé que le trésorier de ia chambre de métiers de la Seine avait produit, pour s'inscrire, un certain certificat de complaisance. Plus récemment, en mai dernier, monsieur le secrétaire d'etat, le vice-président de la chambre de métiers fut déclaré inéligible par les tribunaux. Sans attendre une décision préfectorale, ii préféra démissionner. D'autres membres contestés préférèrent également donner leur démission. En dernière analyse, on aboutit à cette singularité de voir quatorze membres de la chambre de.métiers de la Seine, dont le vice-président, le trésorier, le secrétaire chargé des questions d'apprentissage, etc., convaincus d'inéligibilité comme n'étant ni artisans ni compagnons et n'ayant, de ce fait, aucun droit à siéger à la chambre ae métiers. La chambre de métiers de la Seine a couvert cet ensemble d'anomalies en se solidarisant avec ceux qui n'avaient aucun droit pour siéger. II est vrai que l'ensemble des inéligibles formaient un bloc dont les voix se portaient dans la direction que vous devinez. En ce qui concerne le personnel, il a été enregistré quatre démissions de membres de cadres supérieurs sur six fonctions, notamment celle du secrétaire général, celle de la directrice des services d'apprentissage, celle du directeur des services d'orientation professionnelle et, enfin, tout récemment, celle du chef du secrétariat. A fin d'illustrer l'ampleur du sentiment de honte qu'inspirent ces faux représentants de l'artisanat qui siègent à la chambie de métiers de la Seine, il me faut vous signaler que cette compagnie a été condamnée par la cinquième chambre du tribunal de la Seine à francs d'amende, de dommages-intérêts pour des attaques injustifiées à l'égard d'une société mutualiste. Dans un autre domaine, je me dois de mentionner une politique curieuse menée par cette chambre de métiers sur le plan social. Sous le prétexte de colonies de vacances, la chambre de métiers de la Seine, suivant, en cela, des exemples donnés par maints organismes dont les excès furent dévoilés à ce.tte même tribune, a acquis un certain nombre de châteaux dans lesquels, pendant les deux mois d'été, il est reçu quelques dizaines d'enfants seulement, ce qui, ces dernières années, a conduit la chambre de métiers à s'adresser à un organisme extérieur auquel elle a concédé l'organisation de ses colonies de vacances, à charge pour cet organisme d'y recevoir les enfants des artisans. En réalité, ces colonies de vacances ne servent, il faut bien le dire, sous le paravent social, qu'aux dirigeants de cette chambre de métiers, qui y font de fréquents mais onéreux séjours, pas à leur charge, bien évidemment. Il m'a été donné d'apprendre que le château de Bellefontairie, en Seine-et-Oise, avait reçu la visite, outre des dirigeants de la chambre de métiers de la Seine, de fonctionnaires soit de l'administration préfectorale, soit de l'administration centrale, qui avaient été invités par ces dirigeants. En définitive, pour la chambre de mét ; ers de la Seine, ces châteaux constituent une charge considérable, attestée par les frais très élevés d'entretien figurant au budget de cette chambre de métiers, charge qui représente 5 p. 100 du budget total de îa compagnie et qui incombe aux artisans par le jeu de la taxe pour frais des chambres de métiers. J'ai également, monsieur le secrétaire d'etat, à vous relater des faits d'une particulière gravité. Cette fois, je ne vous adresserai pas de reproches car votre administration aura convenablement agi sur le plan administratif. Mais, sur le pian humain, rien, ibien entendu, n'a encore été fait. En mai 1950, la chambre de métiers de la Seine a été dissoute parce que les amis de ceux qui'sont actuellement en fonctions avaient, dans des conditions particulièrement affligeantes, donné leur patronage à la constitution d'organisations satellites, dont une coopérative et une mutuelle médico-chirurgicale pour lesquelles des souscriptions avaient été demandées aux artisans. Ces souscriptions ayant eu lieu dans les locaux mêmes de la chambre de métiers le secrétaire général de l'époque en était l'instigateur il en résulta, monsieur le secrétaire d'etat, après que ces diverses organisations se furent effondrées, la perte du montant des souscriptions pour plus de artisans. Pour ces raisons et pour bien d'autres, le gouvernement de l'époque trancha dans le vif. Par décret, il procéda à la dissolution de cette chambre de métiers. Pour bien situer l'institution, je dirai que ce sont les mêmes hommes ou leurs complices qui" sont de nouveau en fonctions. Jamais il ne leur fut imposé le principe de l'indemnisation des artisans spoliés dans cette très pénible affaire. En résumé, la situation que présente la chambre de métiers de la Seine, face au monde artisanal, peut se définir de la façon.suivante: elle ne constitue qu'une véritable agence de voyages, dans l'intérêt de ses dirigeants, assortie d'une machine à distribuer des jetons de présence habilement camouflés en frais de représentation. Je ne veux pas insister sur des faits mineurs bien que regrettables, par exemple, monsieur le secrétaire d'etat, sur la médiocrité de l'apprentissage dans la Seine où un seul apprenti a été classé depuis plusieurs années au concours national de l'apprentissage, ou sur le fait que la majorité de cette assemblée s'arroge le droit de retirer des procès-verbaux les propos tenus par les membres de la minorité, ou encore sur la véritable déliquescence des services intérieurs qui se manifeste aux esprits les plus superficiels. Il était nécessaire de clamer ces vérités à un moment où ceux qui, pour quelques jours, sont chargés de responsabilités rétendent par la voie de leur Bulletin officiel s'accorder un revet de virilité et un certificat de compétence. Comme je le disais récemment lors du précédent débat sur les chambres de métiers, c'est plutôt un bulletin de congé que ces messieurs recevront le. 16 décembre et c'est pour cela, monsieur le secrétaire d'etat, que je confirme ma position: avant tout projet de réforme, quel qu'il soit, il faut procéder à une large consultation ; ce seront les artisans qui vous mandateront, qui mandateront à côté de vous les hommes qu'ils jugeront les plus dignes de les représenter. (Applaudissements à Vextrême droite.) M. le président. Personne ne demande plus la parole dans la discussion générale?... La discussion générale e^t close. Conformément à l'article 59 du règlement, je vais appeler l'assemblée à se prononcer sur les conclusions de la commission portant sur les seuls articles qui n'aient pas été adoptés par les deux Chambres.dans un texte identique. [Article 1 er.] M. le président. La commission propose, pour l'article d'adopter le texte du Conseil de la République. l ef t Ce texte est ainsi conçu: «Art. l 8r. L'article 5 du décret n du 20 mai 1955 modifiant le titre II du code de l'artisanat est abrogé. «Les membres des chambres de métiers dont la durée du mandat avait été limitée par application des dispositions de l'article 5 susvisé resteront en fonction jusqu'en novembre «Le mandat des membres des chambres de métiers d'alsace et de Moselle, élus en 1952, est prorogé jusqu'en 1959.» Personne ne demande la parole?... Je mets aux voix l'article 1 er ainsi rédigé. (L'article 1 er, ainsi rédigé, mis aux voix, est adopté.) [Article 5.] M. le président. La commission propose, pour l'article 5, d'adopter le texte du Conseil de la République. Ce texte est ainsi conçu: «Art. 5. Seuls les titulaires du certificat d'artisan visé à l'article 32 du code de l'artisanat, ou de tout diplôme reconnu équivalent par le ministre chargé de renseignement technique pourront exercer les métiers pour lesquels une formation professionnelle complète est indispensable, afin. de donner toutes garanties dans l'exécution des travaux. «Lorsqu'une'entreprise, quelle qu'en soit la forme, n'occupera pas un effectif supérieur à celui fixé par les textes régissant l'artisanat, son personnel devra comprendre un titulaire au moins du certificat ou du diplôme visés à l'alinéa premier du présent article. «La liste de ces métiers, avec leurs spécialités connexes ou complémentaires, sera établie dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la présente loi, par décrets pris sur le rapport du ministre chargé de l'artisanat, et, éventuellement, des autres ministres intéressés, après avis de l'assemblée des présidents des chambres de métiers de France, de l'assemblée des présidents de chambres de commerce et des organisations professionnelles nationales les plus représentatives qui pourront ultérieurement demander que de nouveaux décrets, pris dans les mêmes conditions, puissent compléter ladite liste. «Le Gouvernement fixera par décret les règles transitoires concernant l'application des dispositions du premier alinéa du présent article. «Sont considérées comme justifiant de leur qualification professionnelle pour le métier considéré, les personnes qui l'auront exercé pour leur propre compte antérieurement à la18 publication des décrets prévus au troisième alinéa du présent article.» M. Alphonse Denis et Mme Estachy ont déposé.un amendement n 2 tendayt à supprimer cet article. La parole est à M. Alphonse Denis. M. Alphonse Denis. Je demande à l'assemblée de rejeter le texie du Conseil de la République, proposé par notre rapporteur. Ce texte, plus encore que celui que l'assemblée nationale a voté en première, lecture, s'éloigne des principes qui doivent régir l'artisanat français. Nous avons déjà exposé le point de vue du groupe communiste sur ce problème et nous avons posé en principe que la notion d'artisan est celle d'un travailleur autonome justifiant de ses qualités professionnelles attestées par un certificat ou par un exercice prolongé de la profession, inscrit au registre des métiers, exerçant un métier manuel dans une entreprise financée par lui et employant, en dehors des membres de sa famille et de quelques apprentis, un nombre très limité de compagnons. C'est dans le but d'appliquer de tels principes que nous avions déposé en première lecture un amendement qui aurait permis d'accorder la qualification professionnelle, non seulement par un diplôme, mais également, en admettant que cette qualification pourrait être obtenue sur les chantiers et dans les ateliers, sous la forme d'équivalences, au brevet de maîtrise appréciées par les organisations professionnelles et les chambres des métiers.. Notre amendement a été repoussé. M. Rolland, rapporteur, le prélendait inutile, le titre I er du code de l'artisanat nous donnant, disait-il, satisfaction. Nous avons insisté sur le fait qu'il s'agissait de légiférer sur un nouveau texte remplaçant les dispositions légales antérieures et sur la nécessité de préciser notre position sur ce point très important. M. le secrétaire d'etat à l'industrie et au commerce, dans sa réponse, justifiait notre inquiétude. Il ne soutenait pas les arguments du rapporteur sur la pretendue répétition d'un texte déjà existant. Voici, en effet, comment s'exprimait M. le secrétaire d'etat, ainsi qu'on peut le lire au Journal officiel, dans le compte rendu de la séance du 10 octobre 1956, page 4101: «Le Gouvernement s'oppose à l'adoption de l'amendement de M. Denis. «En effet, c'est là une façon de restreindre encore le principe de la qualification professionnelle. «Seuls les titulaires du certificat d'artisan visé à l'article 32 du code de l'artisanat...», dispose l'article 5. Or il est bien évident que les chambres des métiers ne délivreront le certificat d'artisan que lorsque cette délivrance sera vraiment justifiée. Si un artisan n'est pas qualifié, il n'obtiendra pas le certificat d'artisan. «Si votre amendement est adopté, M. Denis, aucune nécessité de qualification ne s'imposera plus. «Pour les artisans actuellement en fonction, le dernier paragraphe de l'article 5 donne toute satisfaction puisqu'il dispose : «Sont considérées comme justifiant de leur qualification professionnelle pour le métier considéré les personnes qui l'auront exercé pour leur propre compte antérieurement à la publication des décrets prévus au troisième alinéa du présent article.» On refuserait ainsi à un ouvrier de haute qualification professionnelle l'inscription au registre des métiers sous prétexte d'absence de diplôme, motivée souvent par une insuffisance de connaissances en matière d'instruction générale, par des erreurs de calcul ou des fautes d'orthographe, par exemple. En revanche, l'inscription pourrait être accordée, selon les dispositions qui ont été adoptées.par le Conseil de la Répuïdique, à toute personne fortunée mais sans connaissances professionnelles. Voici, en effet, le texte en question: «Lorsqu'une entreprise, quelle qu'en soit la forme, n'occupera pas un effectif supérieur à celui fixé par les textes régissant l'artisanat, son personnel devra comprendre un titulaire au moins du certificat ou du diplôme visés à l'alinéa 1 er du présent article.» On est loin, comme il est possible de le constater par ce texte, des bonnes intentions proclamées en faveur de l'artisanat, des principes inscrits dans le code de l'artisanat et traditionnellement reconnus concernant la définition de l'artisanat. Le fait d'adopter un tel texte favoriserait, à notre sens, les gens fortunés, au détriment de la qualification, sous le prétexte de la «liberté d'entreprise» chère aux gros capitalistes. C'est pourquoi nous demandons à l'assemblée de rejeter purement et simplement le texte proposé par notre rapporteur, étant bien entendu que M. Klock, désigné comme rapporteur du projet de loi portant réforme de l'artisanat, devra présenter rapidement ses conclusions. Il est à noter que M. Klock, membre du mouvement républicain populaire, fut désigné rapporteur du statut de l'artisanat en 1951 et que, depuis, durant toute la précédente législature, il n'a pas fait l'effort nécessaire pour aboutir aux conclusions ae son rapport. Nous demandons aux organisations professionnelles de l'artisanat de continuer leur action, que nous soutiendrons dans cette Assemblée, afin que, dans le plus bref délai, nous puissions donner à l'artisanat français le statut juridique et fiscal tant attendu et si nécessaire à la protection d'une catégorie sociale dont la production de bon goût et de qualité est À l'honneur de notre pays. (Applaudissements à l'extrême gauche.) il. le président. La parole est à M. le rapporteur. ifl. le rapporteur. La commission repousse l'amendement, qih est contraire au vote précédent de l'assemblée. D'autre part, l'article 5 a été adopté à l'unanimité par le Conseil de la République, y compris le groupe communiste. M. Maurice Lemaire, secrétaire d'etat à l'industrie et au commerce. Le Gouvernement repousse également l'amendement. M. Francis Vais. Je demande le scrutin. M. le président. Je mets aux voix l'amendement n 2 de M. Alphonse Denis et Mme Estachy tendant à la suppression de l'article 5. Je suis saisi d'une demande de scrutin. Le scrutin est ouvert. (Les votes sont recueillis.) M. le président. Personne ne demande plus à voter?... Le scrutin est clos. (MM. les secrétaires font le dépouillement des votes.) M. le président. Voici le résultat du dépouillement du scrutin : Nombre des votants Majorité absolue Pour l'adoption 192 Contre 395 L'Assemblée nationale n'a pas adopté. M. Icher a déposé un amendement n 4 tendant à rédiger comme suit le deuxième alinéa de l'article 5: «Lorsqu'une entreprise, quelle qu'en soit la forme, n'occupera pas un effectif supérieur à celui fixé par les textes régissant l'artisanat, le maître ou le patron devra être titulaire du certificat ou du diplôme visé à l'alinéa premier du présent article.» La parole est à M. Icher. M. René Icher. Mesdames, messieurs, mon amendement tend à lever toute équivoque concernant le deuxième alinéa de l'article 5 du projet de loi rapporté par M. Rolland. En effet, cef alinéa dispose : «Lorsqu'une entieprise, quelle qu'en soit la forme, n'occupera pas un effectif supérieur à celui fixé par les textes régissant l'artisanat, son personnel devra comprendre un titulaire au moins du certificat ou du diplôme visé à l'alinéa premier du présent article.» Or, dans une entreprise artisanale, il faut tout de même que ce soit le responsable de l'entreprise <jui soit le titulaire du certificat ou du diplôme exigé pour s'établir et exploiter. L'artisan est bien celui qui dirige sa petite entreprise sans Je concours d'un directeur commercial ni même d'un directeur technique. C'est donc bien lui qui doit être titulaire du cerlificat mentionné au piemier alinéa de cet article. Il est inutile que j'insiste. Mon raisonement est clair. Il faut qu'il n'y* ait aucune équivoque. C'est pourquoi il sejnble bien que les deux mots: «son personnel» doivent être suprimés et que le deuxième alinéa de l'article 5 doit être rédigé ainsi que je le propose par mon amendement. J'espère que M. le rapporteur donnera un avis favorable à mon amendement. Ou alors, je ne comprends plus ce qu'est l'artisanat. M. le président. La parole est à M. le rapporteur. M, le rapporteur. M. Icher, quant au fond, a parfaitement raison. Mais son amendement lui-même est tout à fait inutile car il n'ajoute rien au texte qui est présenté. En effet, deux situations sont prévues dans l'alinéa en question. Il commence en ces fermes: «.Lorsqu'une entreprise, quelle qu'en soit la forme...» Cela veut dire: que la forme de l'entreprise soit artisanale ou commerciale. Si l'entreprise est artisanale, elle est régie par les textes qui sont réunis dans le code de l'artisanat. Ce coae prévoit expressément que, pour être artisan, il faut être titulaire soit d'un certificat d'artisan, soit d'un diplôme reconnu équivalent. Dans le cas d'une entreprise artisanale, il est évident que c'est l'artisan seul qui doit être titulaire du diplôme exigé par le texte en question.19 Mais la disposition que nous envisageons a-été prévue pour le cas particulier ou le propriétaire d'une entreprisé non artisanale, un commerçant par exemple, adjoint à son commerce un atelier de réparations. Dans ce cas, le commerçant peut ne pas avoir de diplôme et s'occuper de la partie commerciale, avec, à ses côtés, une entreprise artisanale de réparations: c'est le cas, en particulier, des entreprises d'installation électrique et d'entretien. La partie artisanale des prestations dé service doit être assurée par une personne qualifiée, disposant des diplômes reconnus., M. Icher a raison quant à l'esprit de son amendement, mais le texte que nous proposons lui* donne entière satisfaction, et M. le ministre reconnaîtra sans doute l'exactitude de mon interprétation. Cet amendement est donc inutile et je depiande à M. Icher de le retirer. M. le président. La parole est à M. Icher. BS. René Icher. Je maintiens mon amendement précisément parce que les artisans ne veulent pas^ee que vous proposez. Ils veulent que l'atelier artisanal ait à sa tête un artisan et non pas un commerçant. Je rejoins d'ailleurs sur ce point M. Denis; avec le texte que vous proposez, un commerçant riche, qui ne "ferait rien, pourrait monter un atelier artisanal, en ayant recours à un contremaître technicien qui connaît le métier. Ce n'est pas concevable. Je suis sûr que les organisations artisanales, les chambres de métiers -s'élèveront avec véhémence contre votre projet. Je maintiens donc mon amendement. Les mots «son personnel» ne conviennent pas. Il faut que l'artisan lui-même soit le patron de l'entreprise., M. le. président. La parole est à M. le rapporteur. M. le rapporteur. Je précise que le texte adopté par l'assemblée en première lecture était exactement celui que M. Icher demande maintenant de reprendre, texte contre lequel, d'ailleurs, il avait voté. (Sourires.) Cependant, ce texte que M. Icher nous demande maintenant de voter, apyès avoir changé d'avis, a été légèrement modifié. ' M. René Icher. Erreur ne fait pas compte, monsieur le rapporteur. Dans cette Assemblée, je suis un novice. Si je me suis trompé, veuillez m'en excuser. Mais aujourd'hui je ne me trompe pas; je sais ce que je veux, M. Alphonse Denis. Vos collègues de groupe n'assistent jamais aux réunions de commission. On comprend fort bien qu'ils se trompent. m. le rapporteur. Ce texte, dis-je, a été légèrement modifié au Conseil de la République, à M siiite d'auditions de membres de chambres de commerce et de représentants de l'artisanat, lesquels ont, d'un commun accord, reconnu qu'il fallait prévoir le cas particulier que je vous ai signalé du commerçant non artisan qui exécute des travaux de réparation, et effectue ainsi un service mi-commercial, lûi-technique étant entendu que, pour l'artisan, rien n'est changé. Il est le seul maître de son entreprise et doit posséder le diplôme requjs. Telle est la raison pour laquelle ce texte a été légèrement modifié. Il nç change rien à l'esprit du texte voté précédemment mais il permet simplement de reconnaître l'utilité de certaines activités commerciales très particulières. Je crois donc, monsieur Icher, que votre amendement, parfaitement justifie quant à son esprit, ne s'impose pas étant donné qx\e le présent texte a été accepté par tous les professionnels de l'artisanat. M. René Icher. Monsieur» le rapporteur, je vous remercie de vas explications, mais je ne peux m'y rallier. Je maintiens donc mon amendement et je demande le scrutin. M, le président. La parole est à M. le secrétaire d'etat à l'industrie et au commerce. M. le secrétaire d'etat à l'industrie et au commerce. Le Gouvernement s'oppose à l'amendement de M. Icher. Les choses sont claires "maintenant. M. Icher voudrait qu'il n'existe qu'une seule forme d'entreprise; l'entreprise artisanale. Le texte prévoit que, comme auparavant, l'entreprise ordinaire à la dimension artisanale subsistera, mais le chef d'entreprise ne sera pas obligé d'être lui-même qualifié. C'est bien ce que j'avais expliqué ici lors de la discussion du projet en première lecture. L'assouplissement apporté par le Conseil de la République et les éclaircissements donnés dans le nouvel article 5 montrent, en toute clarté, que telle a bien été la volonté du Conseil de la République comme de l'assemblée nationale. C'est pourquoi le Gouvernement repousse l'amendement de M. - Icher. M. René Icher. Tout cela manque de clarté. Je maintiens mon amendement. ASSEMBLEE. NATIONALE SEANCE DU. 26 OCTOBRE M. le président. Je mets aux voix l'amendement n 4 de M. Icher. Je suis saisi d'une demande de scrutin. Le scrutin est ouvert. (Les votes sont recueillis.) ** M. le président. Personne ne demande plus à voter?.,. Le scrutin est clos. (MM. les secrétaires font le dépouillement des votes.) t ifl. le président. Voici le résultat du dépouillement du scrutin: Nombre des votants Majorité absolue 295 Pour l'adoption ; 145 Contre 443 L'Assemblée nationale n'a pas adopté. M. Gaûtier-Chaumet a déposé un amendement n i tendant à compléter ainsi le deuxième alinéa de l'article 5: «...à moins qu'elle ne soit titulaire d'un certificat de quali* fication délivré par un organisme officiellement reconnu.» La parole est à M. Gautier-Chaumet. M. Louis Gautier-Chaumet. J'estime, avec certains des précédents orateurs, qu'il n'est pas raisonnable d'inclure un embryon de statut de l'artisanat dans un texte circonstanciel dont l'urgence n'est justificable qu'en raison de la proximité des élections aux chambres de métiers. Nous savons bien que toutes les organisations professionnelles de l'artisanat veulent qu'un statut soit voté dans les - plus brefs délais et la journée d'études de Saint-Germain l'a démontré. ", ~ Un projet gouvernemental est actuellement soumis à nos commissions. Sans doute, ne sera-t-il pas discuté par l'assemblée dans les semaines qui viennent. Mais si nous le voulons, nous pouvons voter cette loi avant la fin de l'année. Il suffit d'un-peu de bonne volonté de la part des rapporteurs j'espère qu'ils y sont disposés et jâç l'accord de la conférence des présidents qui semble acquis d'avance. C'est pourquoi je regrette de voir qu'aujourd'hui on apporte 1 une précipitation brouillonne là où mieux aurait, valu une efficace rapidité. Le but que. nous devons rechercher est de donner à l'artisanat une charte qui exige la qualification professionnelle de tous les artisans, qui précise le cadre de l'entreprise artisanale et assure à tous les artisans sans restriction le bénéfice d'un régime fiscal préférentiel. Voilà ce que nous devons faire. Le texte que l'on nous propose ne traite que du seul point de la qualification professionnelle, sans apporter, à mon sens, une codification suffis samment claire. Le certificat d'artisan que l'on cite en référence correspond strictement à l'inscription réglementaire à la chambre de métiers, sans qu'aucun texte détermine sûr quels critères la chambre de métiers doit se baser pour accepter ou refuser cette inscription. Par ailleurs, le deuxième alinéa de l'article 5 inclut dans la nouvelle réglementation toutes les entreprises, quelle que soit leur forme, qui n'occupent pas un nombre de compagnons plus grand que celui qui est autorisé pour les entreprises artisanales. C'est là ne pas tenir compte d'autres textes réglementaires * et, à propos de l'artisanat, provoquer un certain trouble dans un autre secteur de l'activité économique. N'existe-t-il pas notamment, depuis 1949 entre le ministre de la reconstruction et du logement et l'organisme professionnel de qualification et dç classification du bâtiment et des activités annexes, un protocole qui confie, à des commissions d'examen constituées par cet organisme, le soin d'accor* * der un certificat de qualification aux entreprises nouvelles qui en font la demande, certificat de qualification accordé au vu des références techniques présentées par les intéressés et aussi de leurs références morales et financières? Le texte qu'on nous propose ne saurait annuler ces dispositions,» mais je crains qu'il crée au moins une certaine confusion et, qu'il m'en excuse, M. Rolland, dans son rapport, où il demande au Gouvernement de s'en tenir à l'esprit de la loi, sans préciser davantage, ajoute à mon inquiétude. J'ai déposé mon amendement pour obvier aux difficultés que je pressens, mais je réalise qu'une nouvelle navette risque de nous empêcher de voter la loi en temps opportun* pour ce qui concerne les élections aux chambres de métiers et je suis tout prêt à retirer mon texte si vous voulez bien m'assurer, monsieur le ministre, que dans le décret d'application vous tiendrez compte de ces observations et respecterez les légitimes intérêts professionnels que je viens d'avoir l'honneur de vous signaler. M, le président, La parole est à M. le secrétaire d'etat à l'in-» dustrie et au commerce.20 M. le secrétaire d'etat à l'industrie et au commerce. Je suis tout prêt à donner à M. Gautier-Chaumet les assurances qu'il réclame et dont il trouvera l'effet dans les décrets d'application. Jje lui fais toutefois observer que l'alinéa 1 er de l'article 5 propose à l'assemblée répond à la question qu'il a soulevée. Mais je ne m'oppose pas pour autant à lui donner les explications qu'il juge utiles ou nécessaires. C'est pourquoi je déclare que le département de l'éducation nationale examinera certainement avec le plus grand soin tous les cas qui pourront s présenter et qu'il pourra notamment admettre la validité des certificats qui seront délivres par les organismes professionnels organisateurs de cours qui se terminent par la délivrance de certificats d'aptitude. Dans ces conditions, je pense que M. Gautier-Chaumet a satisfaction. M. Louis Gautier-Chaumet. Je vous remercie, monsieur le ministre,-et je retire mon amendement. M. le président. L'amendement est retiré. M. Iclier a déposé un amendement n 5 tendant, dans le troisième alinéa de l'article 5, à supprimer les mots : «de l'assemblée des présidents des chambres de commerce». La parole est à M. Icher. M. René Icher. Mesdames, messieurs, l'artisanat, les chambres de métiers et toutes les organisations syndicales artisanales constituent aujourd'hui un ensemble bien défini, je dirai même une entité sociale à part. Je ne comprends donc pas qu'on les place toujours sous la tutelle d'un autre organisme, par exemple sous la tutelle des chambres de commerce qui n'ont aucun rapport avec eux. Les artisans sont majeurs. La liste des métiers les concerne et il me semble que l'assemblée des présidents de chambre de eommerce n'a ipas à prononcer en la matière. C'est pourquoi je demande, par mon amendement, la suppression, dans le troisième alinéa de Tarticle 5, des mots «de l'assemblée des présidents des châmbres de commerce». M. le président. Quel est l'avis de la commission? M. le rapporteur. La proposition de M. Icher est parfaitement logique et correspond à l'amendement qu'il avait déposé précédemment. Mais, du fait du rejet de celui-ci, il semble que le texte qu'il vient de défendre n'ait plus d'objet, l'assemblée ayant considéré qu'un commerçant peut avoir, à côté de son entreprise, un atelier cle réparations. L'amendement de M. Icher n'ayant plus' de raison d'être, je demande à l'assemblée de le repousser. M. René Icher. Et moi, je suis toujours torturé par la même préoccupation et je demande un scrutin. M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement? M. le secrétaire d'etat à l'industrie et au commerce. Le Gouvernement repousse l'amendement. M. le président. Je mets -aux voix l'amendement n 5 de M. Icher. Je suis saisi d'une demandé de scrutin. Le scrutin e$t ouvert. (Les votes sont recueillis.) x M. le président. Personne ne demande plus à voter?.-? Le scrutin est clos. (MM. les secrétaires font le dépouillement des votes.) M. le président. Voici le résultat du dépouillement du scrutin : Nombre des votants 564 Majorité' ^absolue 283 Pour l'adoption 128 Contre 436 L'Assemblée nationale n'a pas adopté. Personne ne demande plus la parole?.-; Je mets aux voix l'article 5. (L^mticle 5, mis aux voix, est adopté.)» [Article 5 bis.] M. le président. La commission propose d'adopter l'article 5 bis nouveau introduit par le Conseil de la République et ainsi conçu: «Art. 5 bis. - Par voie de dérogation individuelle et dans des conditions fixées par décret et pour chaque profession, les préfets pourront permettre l'exercice de l'un des métiers visés à l'article 5 ci-dessus.» Mme Estachy a déposé un amendement n 3 tendant à supprimer cet article. La parole est à Mme Estachy. Mme Yvonne Estachy. Mesdames, messieurs, l'article 5 bis, dont nous demandons la suppression, reprend le texte disjoint par notre Assemblée en première lecture. En effet, nous nous étions déclarés contre les pouvoirs donnés aux préfeis. Nous répétons qu'il est dangereux d'accorder ces droits aux préfets. ^ On nous dit qu'il s'agit, par cet article, de permettre à certaines catégories d'artisans d'obtenir le droit d'exercer leur profession et l'on cite l'exemple des artisans ruraux. Nous maintenons cependant que ce droit de décision ne peut être accordé aux préfets. ^ Lorsque nous discuterons le statut de l'artisanat et notre groupe souhaite que ce soit très prochainement nous aurons la possibilité d prévoir des dérogations individuelles et nous verrons, à ce moment, quels doivent en être les bénéficiaires. Je pense, par exemple, aux veuves d'artisans. Mais cela doit rester du domaine du législatif et ne saurait, être confié à la discrétion d'un préfet. C'est pourquoi, au nom du groupe communiste, je demande la suppression de l'article 5 bis..m. le président. La parole est à M. le rapporteur. M. le ' rapporteur. Si l'amendement de Mme Estachy était adopté, il aboutirait exactement au résultat inverse de celui qu'elle désire, En effet, si j'ai bien compris le sens de son amendement, Mme Estachy, conformément d'ailleurs au désir de la commission des affaires économiques de l'assemblée nationale et du Conseil de la République, souhaite que des dérogations individuelles soient possibles, par exemple en faveur des veuves d'artisan et des mineurs ou lorsque, dans un département, certaines branches de l'artisanat ne sont pas suffisamment représentées. Si nous maintenons cet article pendafit lâ période transitoire celle qui s'étendra du vote de ce texte au vote du statut de l'artisanat les préfats pourront prendre de telles mesures pour remédier à la situation signalée par Mme Estachy. Au contraire, si nous supprimons l'article 5 bis, pendant cette période transitoire tous les cas auxquels s'intéresse Mme Estachy ne pourront pas être pris en considération. Son amendement va donè à l'opposé de ce qu'elle désire. C'est pourquoi la commission repousse l'amendement et demande à Mme Estachy de ne pas insister. % M. le président. La parole est à M. le secrétaire d'etat à,l'industrie et au commerce. # / M. le secrétaire d'etat à l'industrie et au commerce. Je compléterai les indications de M. le rapporteur en disant à Mme Estachy que, s'il se présente, une difficulté quelconque, un recours au ministre cela va de soi, mais il vaut mieux le dire sera possible. Notre collègue doit donc être «rassurée sur le sort des justiciables de cett procédure. M. le président. Madame Estachy, maintenez-vous votre amendement? Mme Yvonne Estachy. Oui, monsieur le président. M. le président. Je mets aux voix l'amendement n 3 de Mme Estachy. (L'amendement, mis aux voix, n'est pas adopte.) M. le président. M. Icher a déposé un amendement n 6 tendant à compléter l'article 5 bis par la disposition suivante : «Après avis favorable de la chambre de métiers dont dépendra cet artisan ou cette entreprise artisanale.» La parole est à M. Icher. M. René Icher. Pour être inscrit au registre des métiers, il faut au préalable obtenir un certificat d'artisan qui est déli- - vré par la chambre de métiers. Même si un artisan a plusieurs activités, l'une d'elles, en général, est la principale; mais il peut les désigner toutes dans son inscription au registre des métiers. Alors, pourquoi des dérogations individuelles? Je ne le comprend pas. On est artisan ou on ne l'est pas, et la règle doit être la même pour tous.. Quoi qu'il en soit, si l'on désire maintenir l'article 5 bis, il faut, en toute logique, accepter mon amendement. M. le président. La parole est à M. le rapporteur. M. le rapporteur. Dans son esprit, l'amendement de M. Icher est excellent, mais il ne me semble pas nécessaire. Il suffirait que M. le secrétaire d'etat fit obligation aux préfets de demander l'avis des chambres de métiers pour que M. Icher eût satisfaction et pour qu'on évitât une navette supplémentaire. Pour le reste, l'assemblée, lorsqu'elle sera saisie du projet de statut de l'artisanat j'espère que ce sera très prochainement pourra préciser ce cas particulier. Il n'est donc pas nécessaire, dans l'immédiat, de se prononcer sur un tel amendement,. si M. le ministre accepte de donner des instructions conformes au désir de notre collègue. M. le président. La parole est à M. le secrétaire 'd'etat à l'industrie et au commerce. M. le secrétaire d'etat à l'industrie et au commerce. Je suis tout disposé à préciser dans le décret que la chambre de métiers sera,consultée. M. le président. La parole est à M. Icher. M. René Icher. Je fais du vote de cet amendement une question de confiance. Mon passé d'artisan m'incite à penser qu'il ne faut pas toujours se "fonder sur ce qui est dit* Montrer encore
CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958 COMPTE RENDU INTEGRAL - 82 SEANCE
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Année 2002. N o 14 [3] A.N. (C.R.) ISSN 0242-6765 CPPAP 0503 B 05115 Mercredi 13 février 2002 ASSEMBLÉE NATIONALE DÉBATS PARLEMENTAIRES JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE Plus en détail JOURNAL OFFICIEL DÉBATS PARLEMENTAIRES QUESTIONS RÉPONSES DES MINISTRES AUX QUESTIONS ÉCRITES ASSEMBLÉE NATIONALE QUESTIONS ÉCRITES
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Édouard DOLLÉANS (877-954) (939) Histoire du mouvement ouvrier Tome II ** 87-936 Un document produit en version numérique par Jean-Claude Bonnier, bénévole, professeur d'histoire et d'économie au Lycée Plus en détail 2016 © DocPlayer.fr Politique de confidentialité | Conditions de service | Feed-back