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⭐Projet TADAM RAPPORT FINAL
Projet TADAM RAPPORT FINAL
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1 Projet TADAM RAPPORT FINAL Recherche subventionnée par la Ministre fédérale de la Santé publique, l'université de Liège et la Ville de Liège. Auteurs : Isabelle Demaret, Géraldine Litran, Cécile Magoga, Clémence Deblire, Jérôme De Roubaix, Etienne Quertemont, Didier Van Caillie, Nathalie Dubois, André Lemaître et Marc Ansseau. Octobre 20132 Table des matières Section I. PREPARATION... 4 Chapitre A. L'héroïne...7 Chapitre B. L'efficacité du traitement à l'étranger...9 Chapitre C. Les centres de traitement à l'étranger...10 Chapitre D. Le nombre d'usagers d'héroïne en province de Liège...11 Section II. PROTOCOLE Section III. RESULTATS Processus de recrutement des patients...18 Chapitre A. Déroulement de l'inclusion - Résumé...18 Chapitre B. Motivation à participer au projet - Résumé...20 Chapitre C. Centres référents - Résumé...22 Chapitre D. Caractéristiques des patients - Résumé...24 Résultats de l'étude contrôlée randomisée...26 Chapitre E. Efficacité - Résumé...26 Chapitre F. Evaluation socioéconomique - Résumé...29 Chapitre G. Aspects criminologiques - Résumé...31 Chapitre H. Satisfaction des patients en traitement - Résumé...33 Fonctionnement du centre DAM et impact sur l'extérieur...35 Chapitre I. Observations dans le Centre DAM - Résumé...35 Chapitre J. Trois mois après l'arrêt du traitement par diacétylmorphine - Résumé...37 Chapitre K. Expérience des soignants du Centre DAM - Résumé...38 Chapitre L. Intégration du centre DAM dans le réseau en assuétudes (INTRES) - Résumé...40 Chapitre M. Impact du centre DAM sur son environnement urbain (IMPEN) - Résumé...42 Section IV. RECOMMANDATIONS Bibliographie Liste des fichiers et des fascicules Version 10 octobre3 Rédaction Ce document constitue le rapport final du volet Evaluation et suivi scientifique du projet pilote de traitement assisté par diacétylmorphine (TADAM). Ce travail a été mené à l'université de Liège sous la direction des professeurs Marc Ansseau, chef du service de psychiatrie, et André Lemaître, de l'institut des Sciences Humaines et Sociales (section criminologie). Les tâches ont été réalisées et coordonnées par Isabelle Demaret avec la collaboration des chercheuses, Géraldine Litran, Cécile Magoga et Clémence Deblire, pour la récolte des données, l'analyse et la rédaction des chapitres Résultats. Chaque début de chapitre reprend le nom des personnes qui ont rédigé, analysé ou récolté les données du chapitre. L'équipe de recherche a également été aidée par : Jérôme De Roubaix, pour l'inclusion des patients et les examens médicaux ; le professeur Etienne Quertemont, pour l'informatisation des questionnaires et les analyses statistiques ; Nathalie Dubois et le professeur Corinne Charlier, pour les analyses toxicologiques ; le professeur Didier Van Caillie, pour l'analyse socioéconomique ; les étudiants Anicée Dupont, pour une analyse sur les patients non inclus, et Antoine Pieri, pour le classement des résultats d'analyses biologiques ; l'éducateur de rue de la Fondation privée TADAM, Roger Collinet, pour l'accompagnement des chercheuses lors des relevés et observations autour du centre DAM ; Morgane Lottin, de la Fondation privée TADAM, pour l'envoi des fiches de suivi psychosocial et de prescription de méthadone ; et bien sûr par les patients qui se sont prêtés, souvent très patiemment, aux longs entretiens avec l'équipe de recherche. La recherche a également bénéficié des conseils des experts scientifiques : les professeurs Wim van den Brink, Christian Haasen, Uwe Verthein, Serge Brochu, Brice De Ruyver et Bernard Sabbe. Version 10 octobre4 Section I. PREPARATION 1. Historique En 1995, la presse quotidienne a relayé les discussions des autorités et du secteur des soins en assuétudes sur la possibilité d'un traitement assisté par diacétylmorphine 1 à Liège. Les discussions ont débuté sur le sujet parce que les personnes dépendant de l'héroïne étaient particulièrement nombreuses à Liège et que les intervenants de terrain ont constaté que les traitements par méthadone étaient insuffisants pour une fraction de ces personnes dépendantes. Dans les années qui ont suivi, les discussions ont abouti à un consensus local sur l'installation de ce nouveau type de traitement. Ainsi, en 1998 et 1999, le Bourgmestre et les membres du Conseil Communal se sont accordés sur la possibilité de débuter ce traitement à Liège, de même que les centres de traitement par méthadone, les autorités médicales, le Parquet et l'université de Liège. Les négociations sur l'avenir du projet se sont ensuite prolongées au niveau du gouvernement fédéral. Un accord définitif n'est toutefois intervenu qu'en février 2007, date à laquelle les ministres fédéraux de la Santé publique et de la Justice ont annoncé le lancement du projet TADAM et l'octroi d'un budget. Les ministres fédéraux ont décidé que le projet aurait la forme d'une étude contrôlée randomisée, pour évaluer l'efficacité et la faisabilité du traitement assisté par diacétylmorphine en Belgique en comparaison avec les traitements par méthadone existants. Comme à l'étranger, le traitement expérimental consistait à administrer de la diacétylmorphine à des personnes sévèrement dépendantes de l'héroïne dans un cadre médical et contrôlé, avec une offre de suivi psychosocial. Le projet TADAM a été subventionné pour sa plus grande partie par la Ministre de la Santé publique. Sous la supervision du SPF Santé publique, deux opérateurs principaux ont géré l'ensemble du projet : l'équipe de recherche de l'université de Liège pour le volet Evaluation et suivi scientifique et la Ville de Liège 2, via la Fondation privée TADAM, pour le volet Traitement. L'Université de Liège a été chargée de réaliser l'évaluation scientifique de ce projet du 15 mai 2007 au 30 septembre 2013 via une convention de recherche avec la Ministre de la Santé publique. Les professeurs Marc Ansseau et André Lemaître ont dirigé l'équipe de recherche. 1 Le terme "diacétylmorphine" (DAM) sera utilisé ici pour désigner l'héroïne pharmaceutique prescrite et administrée sous la supervision des infirmiers dans le centre de traitement TADAM. Ce terme permet de distinguer l'héroïne prescrite de l'héroïne de rue vendue illégalement. 2 En 2007, la Ville de Liège était la seule ville en Belgique qui réclamait ce nouveau traitement. Version 10 octobre5 Ils ont désigné Isabelle Demaret comme coordinatrice de l'équipe de recherche, composée par ailleurs de Géraldine Litran (criminologue), Cécile Magoga (psychologue), de Clémence Deblire (psychologue et criminologue) ainsi que de Jérôme De Roubaix (médecin généraliste). La recherche a également été soutenue par l'université de Liège (qui a complété le salaire des chercheuses, offert son infrastructure et contribué au soutien administratif du projet) ainsi que par la Ville de Liège qui a détaché un de ses agents (Cécile Magoga) pour renforcer l'équipe de recherche pendant deux ans. Via des arrêtés ministériels, la Ministre a chargé la Ville de Liège de gérer l'installation et le fonctionnement du centre de traitement par diacétylmorphine (centre DAM). La Ville a désigné Dominique Delhauteur pour réaliser ces tâches via la constitution de la Fondation privée TADAM, dont il a été le coordinateur-général. Cette fondation qui rassemblait quatre hôpitaux, la Ville et la Province de Liège 3 a installé et géré le centre DAM selon le protocole développé par l'équipe de recherche. 2. Contenu du rapport Ce rapport final reprend la préparation du projet, les résultats de son évaluation et les recommandations qui en découlent. Pour faciliter la lecture de ce rapport, nous ne reprenons ci-dessous qu'un résumé de chaque aspect de l'étude et nous renvoyons le lecteur vers les annexes de ce rapport pour une version in extenso de notre évaluation. Dans la suite de cette section I. Préparation, nous commençons par résumer les recherches qui ont précédé l'installation du projet. Ainsi, nous ne pouvons décrire le projet belge de traitement par diacétylmorphine sans faire référence aux expériences à l'étranger qui ont servi de modèle tout au long de l'expérience. Le compte rendu des expériences à l'étranger est illustré par les visites qui ont été réalisées dans des centres de traitement par diacétylmorphine en Suisse, aux Pays-Bas, en Allemagne et au Royaume-Uni. Nous finissons cette section par un résumé de notre étude sur le nombre de personnes qui pouvaient bénéficier du nouveau traitement dans la région de Liège. La section II. Méthode est constituée par un résumé du protocole. Nous renvoyons le lecteur à celui-ci pour une description détaillée des conditions du traitement par diacétylmorphine et de l'étude contrôlée randomisée. Ces conditions ont été respectées tout au long du projet. Les annexes du protocole reprennent le formulaire de consentement éclairé que chaque patient a dû signer. Les aspects particuliers de la méthode qui n'ont pas été décrits dans le protocole sont repris dans les chapitres de la section suivante. La section III. Résultats présente les résultats de l'évaluation en trois catégories. La première comporte quatre chapitres décrivant le processus de recrutement des patients (les caractéristiques des patients inclus sont notamment reprises dans le chapitre 3 Voir le protocole pour plus de détails sur la Fondation privée TADAM. Version 10 octobre6 D. Caractéristiques des patients inclus). La deuxième explique extensivement les résultats de l'étude contrôlée randomisée (les résultats principaux se retrouvent dans le chapitre E. Efficacité). Enfin, la troisième et dernière catégorie décrit le fonctionnement du centre DAM et son impact sur l'extérieur, selon différents points de vue. Des tests statistiques ont été réalisés dans différents chapitres de cette section. Nous n'expliquons pas le fonctionnement des différents tests pour ne pas alourdir inutilement le document et parce que ces explications ne pas nécessaires à la compréhension des résultats. En effet, la seule notion importante à connaître est la notion de significativité statistique. Un résultat est dit significatif lorsqu'un test statistique conclut que le résultat n'est probablement pas l'effet du hasard. Un résultat non significatif est un résultat qui (statistiquement) pourrait être attribué au hasard. L'absence de significativité d'un résultat ne rend donc pas ce résultat caduc. Pour résumer, la significativité est donc une mesure de probabilité. Le lecteur n'a besoin que de cette notion pour comprendre les résultats. Ajoutons que plus un échantillon de données est petit, plus la probabilité d'avoir un test non significatif est grande. Les seuls tests statistiques utilisés sont ceux qui ont été reconnus au niveau scientifique. Ils ont été utilisés par un spécialiste, le professeur Etienne Quertemont, qui nous a aidés également pour la description des statistiques utilisées. La dernière section IV. Recommandations reprend les principales recommandations, découlant de notre recherche, destinées à aider les décideurs lors de la création (ou prolongation) d'un centre DAM. Version 10 octobre7 Chapitre A. L'héroïne Dans un numéro spécial de la Revue Médicale de Liège (Demaret, Lemaitre, & Ansseau, 2013), l'équipe de recherche a publié un article sur l'héroïne basée sur une étude de 2005 réalisée par l'université de Liège (Ansseau et al., 2005). Nous reprenons ci-dessous le résumé de cet article. L héroïne (ou diacétylmorphine), un dépresseur du système nerveux central, est un opiacé semi-synthétique obtenu à partir de l opium. L effet secondaire le plus important est la dépression respiratoire qui peut être mortelle en cas de dose trop élevée, particulièrement si l'héroïne est injectée par voie intraveineuse. Les décès par overdose surviennent fréquemment après une période d abstinence (volontaire ou non). Le taux de mortalité, toutes causes confondues, chez les consommateurs d héroïne serait actuellement de 1 à 3%. La consommation par inhalation de l'héroïne chauffée se répand en Europe depuis les années 70. Ce mode de consommation est moins dangereux que l'injection puisque le consommateur peut arrêter l'administration s'il est trop intoxiqué, avant une overdose mortelle. Ce mode d'administration limite également la transmission des infections. Dans notre étude, 93% (n=69) des 74 patients ont choisi d inhaler la diacétylmorphine dans le centre DAM. Ainsi, sur les 21 patients qui avaient injecté dans le mois précédant leur inclusion dans le projet, 16 ont préféré inhaler dans le centre DAM. Le traitement par diacétylmorphine permet donc aux patients de passer à un mode d'administration présentant moins de risques que l'injection. Quel que soit le mode de consommation, l'héroïne comme les autres opioïdes peut à long terme entraîner des effets secondaires au niveau cardiaque. La consommation d'héroïne accompagnée de la consommation d'autres drogues (comme le tabac et l'alcool) peuvent également avoir des conséquences négatives sur la dentition. En outre, les consommateurs d'opioïdes (héroïne ou méthadone par exemple) présentent souvent une diminution de la masse osseuse. Cette diminution pourrait cependant, comme les problèmes dentaires, être aussi liée à leur mode de vie comme à la consommation chronique d'autres drogues. L assuétude, résultat d une consommation régulière et répétée, surviendrait chez moins d un quart des personnes qui ont essayé l héroïne. Les personnes dépendantes présentent souvent des problèmes multiples (notamment, une insertion dans un milieu délinquant) sans qu un lien de causalité puisse être toujours établi entre ces problèmes et l assuétude. Chez une partie des personnes dépendantes, l assuétude devient une maladie chronique, nécessitant une prise en charge continue. Le traitement par méthadone reste le traitement le plus recommandé pour l'assuétude à l'héroïne. Cette prise en charge est efficace et améliore la condition des personnes dépendantes, même si les traitements sont marqués par des rechutes et, parfois, par la poursuite de la consommation d héroïne. Une offre de suivi psychosocial est recommandée mais sans que cette offre ne doive être obligatoire. En effet, un suivi psychosocial obligatoire ne montre pas d'efficacité supérieure à un suivi non obligatoire. Pour des personnes Version 10 octobre8 particulièrement dépendantes, qui continuent à consommer de l'héroïne de rue malgré les traitements, le traitement par diacétylmorphine peut être une réponse efficace permettant une diminution ou un arrêt de la consommation d héroïne de rue. Parmi les différentes drogues (légales et illégales), l héroïne est considérée actuellement comme la drogue ayant les conséquences négatives les plus importantes pour le consommateur. Version 10 octobre9 Chapitre B. L'efficacité du traitement à l'étranger Au cours de l'évaluation, l'équipe de recherche s'est renseignée sur les autres études contrôlées randomisées sur le traitement par diacétylmorphine, non seulement grâce aux articles publiés dans des revues scientifiques mais également grâce aux rapports de recherche et à l'aide des chercheurs à l'étranger. Nous résumons ci-dessous l'article publié dans la Revue Médicale de Liège (Demaret, Lemaitre, & Ansseau, 2010) sur cette revue de la littérature. Depuis 1994, six études contrôlées randomisées ont été développées sur le modèle suisse de traitement par diacétylmorphine, consistant en une auto-administration de diacétylmorphine (par injection ou inhalation) dans un centre spécifique sous contrôle médical. Chacune de ces études a conclu à l efficacité supérieure de ce traitement par rapport au traitement par méthadone pour le groupe cible spécifique des personnes sévèrement dépendantes de l'héroïne, résistant aux traitements existants. Sur base de ces études, nous avons cherché à définir les principaux effets positifs pour les patients. Les améliorations se sont manifestées dès les six premiers mois au niveau de la consommation d héroïne de rue, de la santé (physique et mentale) et du comportement délinquant. A plus long terme, les patients ont montré au niveau social des améliorations modestes. Malgré ces améliorations plus importantes qu'avec un traitement par méthadone, ce traitement devrait rester un traitement de deuxième ligne compte tenu de son coût élevé. Il est recommandé dès lors pour le groupe cible spécifique des personnes sévèrement dépendantes de l héroïne qui ont déjà essayé un traitement par méthadone. Après la publication de cet article, une nouvelle revue de la littérature (Ferri, Davoli, & Perucci, 2011) a encore confirmé l'efficacité supérieure du traitement par diacétylmorphine pour le même groupe cible. L'Observatoire Européen des Drogues et des Toxicomanies 4 de l'union Européenne a également recommandé ce traitement, pour des personnes réfractaires à d'autres traitements (Strang, 2012). 4 Appelé aussi OEDT ou EMCDDA (www.emcdda.europa.eu). Version 10 octobre10 Chapitre C. Les centres de traitement à l'étranger Pour obtenir des précisions sur le fonctionnement concret du traitement par diacétylmorphine (DAM), l'équipe de recherche a visité plusieurs centres de traitement à l'étranger. Ces visites ont contribué à préciser le protocole. Elles nous ont permis également d'avoir un aperçu des difficultés rencontrées par les équipes soignantes au cours de ce traitement. Un article sur le sujet a été publié en 2012 (Demaret, Lemaitre, & Ansseau, 2012), dont voici le résumé. Nous avons visité sept centres de traitement par DAM dans quatre pays (Suisse, Pays-Bas, Allemagne et Angleterre). L'objectif était d'observer les aspects pratiques de l'administration de DAM. Dans chaque centre, un membre de l'équipe soignante a détaillé le parcours d'un patient depuis son entrée jusqu'à sa sortie du centre. Nous avons pris des notes et, lorsque l'équipe le permettait, nous avons enregistré l'entretien et pris des photos. Les centres visités comptaient entre 18 et 80 patients en traitement par DAM. Dans chaque centre, la DAM pouvait être auto-administrée par injection. Seuls les trois centres visités aux Pays-Bas offraient en plus de la DAM inhalable. Dans ces trois centres, de 75% à 95% des patients inhalaient la DAM. Dans quatre des sept centres visités, le centre recevait également des patients en traitement par méthadone. Ces derniers venaient à des heures différentes. Pendant l'administration, les équipes craignaient le détournement de la DAM et surveillaient dès lors attentivement l'auto-administration. Les infirmiers étaient également concernés par le risque pris si une personne déjà intoxiquée recevait une dose de DAM. Les intoxications pouvaient être dues aux consommations d'autres drogues avant de venir dans le centre. Pour vérifier si un patient avait consommé avant l'administration de DAM, les infirmiers avaient comme seuls outils leur expérience et un alcootest. Une fatigue importante pouvait également provoquer une faiblesse telle qu'un patient pouvait être intoxiqué avec sa dose habituelle de DAM. Les équipes ne sanctionnaient pas les consommations parallèles mais, au contraire, encourageaient le patient à en parler pour pouvoir intervenir en évitant les intoxications et en vérifiant si le patient n'avait pas besoin d'une aide complémentaire. Devant des pratiques d'injection risquées, comme les intramusculaires ou les injections dans la veine fémorale, les centres HAT se trouvaient face à un dilemme. En tolérant ces pratiques, ils acceptaient des pratiques dangereuses pour la santé du patient et contraire à leur mission de soin. Par contre, s'ils les refusaient, ils risquaient de renvoyer le patient vers la consommation d'héroïne de rue car le patient n'avait parfois plus de veine accessible pour injecter autrement. Certains centres ont finalement refusé l'injection intra-fémorale trop risquée tout en tolérant les intramusculaires, dans la mesure où un patient n'arrivait pas à injecter autrement. L'inhalation, moins risquée, ne posait pas ce type de problème. Les équipes rencontrées ont mentionné avoir eu peu de conflits avec les patients. Ces équipes semblaient désireuses de défendre ce traitement et d'en démontrer la faisabilité. Version 10 octobre11 Chapitre D. Le nombre d'usagers d'héroïne en province de Liège Pendant la phase de préparation, nous nous sommes également renseignés sur le nombre de personnes dépendant de l'héroïne dans la province de Liège, grâce aux données récoltées par le professeur Herné (Demaret, Herné, Lemaître, & Ansseau, 2011). Grâce aux prescriptions des pharmacies de la province de Liège pour la méthadone et la buprénorphine, reçues par l'inspecteur de la pharmacie, nous avons calculé le nombre de personnes en traitement de substitution en décembre 2007 et nous avons estimé le nombre de personnes dépendant de l'héroïne et de participants potentiels au projet TADAM. Les données provenaient de 599 pharmacies (5 pharmacies sur les 604 pharmacies de la province n'avaient pas renvoyé de données). Les prescriptions de méthadone et de buprénorphine de décembre 2007 avaient été émises par 438 médecins et 387 pharmacies sur la province de Liège. 89% des médecins et 89% des pharmacies avaient 10 patients au maximum. Les pharmacies dispensant des traitements par méthadone étaient particulièrement nombreuses dans l'agglomération liégeoise. Les traitements par méthadone étaient distribués de manière inégale sur le territoire. Certaines zones urbaines comptaient de nombreux patients en traitement de substitution : Huy (9 pour 1000 habitants âgés de 15 à 64 ans) ; Liège (8 pour 1000) et Seraing (6 pour 1000). Mais, pour 30% des communes de la province, nous n'avions pas de prescription de méthadone. Nous avons estimé (sur base d'études semblables) que de 50% à 64% des personnes dépendantes étaient en traitement de substitution. Selon ces estimations, en 2007 sur la province, entre et personnes dépendaient de l'héroïne et, sur la commune de Liège, entre et personnes. Ce nombre était très élevé proportionnellement au nombre d'habitants puisqu'il signifie que sur la commune de Liège de 13 à 17 personnes dépendaient de l'héroïne pour 1000 habitants âgés de 15 à 64 ans. Ces estimations constituent un minimum puisque 5 pharmacies n'ont pas renvoyé de prescription à l'inspecteur de la pharmacie et que seuls les patients ayant reçu une prescription en décembre 2007 ont été comptés dans nos données. En conclusion, le projet TADAM s'est adéquatement installé dans une zone urbaine où les personnes dépendant de l'héroïne étaient particulièrement nombreuses et où le traitement par méthadone était largement répandu. Version 10 octobre12 Section II. PROTOCOLE 1.1. Introduction Nous reprenons sous ce point un résumé du protocole qui détaillait les conditions dans lesquelles l'étude contrôlée randomisée allait être réalisée. Lors du déroulement du projet, aucun changement n'a été apporté au protocole. Ce dernier ne reprenait cependant en détail que la méthode de l'étude contrôlée randomisée. La méthode particulière de chaque autre aspect de la recherche a été décrite dans le chapitre correspondant de la section III. Résultats. Comme le protocole devait être rédigé et approuvé avant le début de l'étude, nous conservons le texte du résumé au présent Définition du traitement par diacétylmorphine Le traitement par diacétylmorphine consiste à délivrer de la diacétylmorphine à une personne sévèrement dépendante de l'héroïne de rue sous la supervision d'une équipe médicale, dans un cadre clinique strictement contrôlé, en ambulatoire. Ce traitement n est réservé qu aux personnes pour lesquelles les traitements existants se sont avérés inefficaces. L objectif est d améliorer la santé physique et psychique des patients, de favoriser leur intégration sociale, en diminuant leur consommation d'héroïne de rue et leur insertion dans un milieu délinquant Le projet pilote belge Opérateurs Selon les termes du Comité d'ethique Hospitalo-Facultaire Universitaire de Liège, le professeur Marc Ansseau assume seul les responsabilités de promoteur pour les deux volets de l'étude, à savoir le traitement assisté par diacétylmorphine dans le centre de délivrance ainsi que l'évaluation scientifique des deux procédures de traitement. L'opérationnalisation du volet Traitement, selon le Protocole, est confiée à la Fondation TADAM qui construit et gère le centre DAM pour le groupe expérimental. En outre, sur base d une convention de partenariat, des institutions existantes (les centres partenaires) assurent le traitement par méthadone pour les patients du groupe contrôle et le suivi psychosocial de tous les patients de l étude. Ces centres partenaires sont choisis parmi des institutions qui offrent de façon habituelle des traitements par méthadone et un suivi psychosocial à des personnes dépendant de l'héroïne. Version 10 octobre13 Description La présente étude évalue si, et si oui, dans quelle mesure, l implémentation de ce type de traitement est intéressante en Belgique. Cette étude est destinée à inclure 200 sujets répartis par randomisation en deux groupes. Le patient du groupe expérimental reçoit de la diacétylmorphine dans le centre DAM et celui du groupe contrôle de la méthadone dans un centre partenaire. Les patients des deux groupes bénéficient en outre d un suivi psychosocial dans leur centre partenaire. Durée du projet La période de recrutement des 200 patients est de 12 mois et chaque patient est traité pendant 12 mois. Cela porte à 2 ans la durée totale de la période d inclusion et de traitement ainsi que la période d'ouverture du centre DAM. Une phase de clôture de 6 mois est également prévue pour réorienter les derniers patients du groupe expérimental vers le meilleur traitement disponible. Le traitement par diacétylmorphine n'est en effet pas poursuivi après les 12 mois Le groupe cible et les critères de sélection Critères d'inclusion et d'exclusion Afin d être inclus dans l étude, le sujet doit répondre aux critères d inclusion ci-dessous : 1) Présenter une dépendance à l héroïne résistant aux traitements actuels c est-à-dire : i) Etre dépendant de l héroïne (DSM-IV, code ) depuis au moins 5 ans ; ii) La dépendance à l héroïne étant l assuétude principale au moment de l inclusion ; iii) Présenter un usage quotidien (ou pratiquement quotidien) de l héroïne pendant le mois précédent ou une consommation d au moins 3 fois par semaine durant le mois précédent alors que le patient suivait un traitement par méthadone ; iv) Avoir fait au moins une tentative de traitement par méthadone avec une dose d'au moins 60 mg pendant un mois ; v) Présenter une santé déficiente au niveau physique indiquée par un score d au moins 8 sur l échelle MAP-HSS, et/ou une santé déficiente au niveau mental indiquée par un score d au moins 41 (pour les hommes) ou 60 (pour les femmes) sur le Global Severity Index de l échelle SCL- 90-R, et/ou une insertion dans un milieu délinquant indiquée par au moins 6 actes délinquants commis ou subis sur les 30 derniers jours (d'après les questionnaires d'auto-délinquance et de victimisation). 2) Utiliser l héroïne soit en injection, soit en inhalation. 3) Etre citoyen belge ou résident légal en Belgique. 4) Résider dans l arrondissement judiciaire de Liège depuis au moins 12 mois. 5) Etre âgé de 20 ans au moins. Version 10 octobre14 6) Accepter et être capable de se déplacer vers le site de délivrance au moins 2 fois par jour. 7) Donner par écrit son consentement éclairé aux conditions de l'expérience. 8) S engager à ne pas conduire de véhicule à moteur en étant sous l'influence de substances psychoactives. 9) Si le sujet n est pas en traitement dans un centre partenaire, accepter un suivi psychosocial dans un de ces centres et accepter de suivre un traitement par méthadone dans ce centre si la randomisation désigne le sujet pour le groupe contrôle. Les critères d exclusion sont les suivants : 1. Présenter des problèmes médicaux, psychiatriques ou psychosociaux sévères qui pourraient constituer une contrindication pour la participation du sujet à l étude. 2. Présenter des problèmes médicaux, psychiatriques ou psychosociaux sévères qui pourraient interférer avec la conduite de l étude. 3. Présenter des antécédents de comportements perturbateurs ou agressifs qui pourraient entrer en conflit avec le bon déroulement de l étude s ils devaient se reproduire. 4. Etre incapable ou refuser d aller dans le centre DAM pour les besoins de l étude. 5. Avoir connu une période d abstinence volontaire de 2 mois pendant les 12 derniers mois. 6. Pour les sujets féminins, être enceinte ou allaitante. 7. Avoir une forte probabilité d être incarcéré pour une période de plusieurs mois au cours des 12 mois de traitement. 8. Les sujets requérant des doses de méthadone excédant 150 mg par jour. Les personnes intéressées par l étude doivent d abord s adresser à un centre partenaire. Celuici accepte ou non une personne en traitement par méthadone selon ses critères habituels. Si la personne est acceptée pour le traitement par méthadone, le centre l'envoie auprès de l équipe de recherche qui évalue les critères d inclusion et d exclusion, qui fait passer les premiers tests et qui applique ensuite la procédure de randomisation. Les critères d'inclusion ne sont évalués que par l'équipe de recherche Les traitements La prescription, la délivrance et l administration de diacétylmorphine se font exclusivement dans le centre DAM. Ce centre est accessible trois fois par jour, tous les jours, y compris les week-ends et jours fériés. La diacétylmorphine est prescrite par les médecins de ce centre. Elle ne peut en aucun cas être consommée à l'extérieur du centre. Les patients s'administrent la diacétylmorphine par injection ou par inhalation, dans le centre, sous la supervision constante d'une équipe d'infirmiers. Version 10 octobre15 Chaque patient du groupe contrôle suit son traitement par méthadone en ambulatoire dans le centre partenaire qui l'a envoyé dans l'étude. Ce traitement se fait dans les conditions habituelles du centre partenaire. Chaque patient (dans les deux groupes) reçoit un suivi psychosocial dans le centre partenaire qui l'a envoyé dans l'étude. Le suivi psychosocial est une offre de services adaptée au profil des patients de l'étude Evaluation Chaque patient doit répondre à des questionnaires et se prêter à des analyses d'urine et de sang ainsi qu'à des examens médicaux réalisés par l'équipe de recherche. Ces évaluations ont lieu avant la randomisation pour vérifier les critères d'inclusion et ensuite tous les 3 mois (au 3 e, 6 e, 9 e et 12 e mois de traitement). Les temps d'évaluation sont appelés T03, T06, T09 et T12 selon le mois de traitement. L'équipe de recherche assure les évaluations pour tous les patients. Elle décide seule de l'inclusion ou non d'un patient. Le médecin de l'équipe de recherche effectue la randomisation de chaque patient. Les patients sont suivis et évalués qu'ils continuent ou non à suivre leur traitement initial (selon l'analyse en Intention-To-Treat). Objectif principal L objectif principal vise à déterminer si, dans le système de soins belge, le traitement assisté par diacétylmorphine tel qu il est appliqué dans l étude peut apporter une plus-value aux personnes du groupe cible par rapport aux traitements par méthadone existants. L efficacité d un traitement est décidée sur base du nombre de répondeurs dans chaque groupe. Est répondeur un patient qui rencontre les critères suivants : une amélioration de la santé au niveau physique ou mental sans détérioration de l autre niveau, une diminution de la consommation d héroïne de rue sans augmentation de la consommation de cocaïne, une diminution de l'insertion dans un milieu délinquant. Objectifs secondaires L évaluation porte également sur la faisabilité du traitement par diacétylmorphine : L efficience des deux traitements est évaluée au niveau sociétal grâce notamment à une analyse des coûts des traitements et une mesure de l évolution de la qualité de vie chez les patients. Une recherche étudie l impact du centre DAM et de ses patients sur l environnement urbain et sur les riverains. La possibilité d intégrer le traitement expérimental dans le réseau des institutions d aide et de soins en assuétudes est évaluée avec des représentants des institutions d aide et de soins en assuétudes de l arrondissement judiciaire de Liège. Version 10 octobre16 Sur base d interviews qualitatives semi-dirigées, une enquête exploratoire dans le centre DAM étudie la manière dont est perçu le traitement expérimental dans le centre DAM par les patients et par l équipe soignante Consentement du patient et protection de la vie privée Les entretiens d évaluation, réalisés par l équipe de recherche, se font en face-à-face dans un local fermé pour garantir la confidentialité de l interview. L anonymat des patients est garanti à tous les niveaux de la procédure, c'est-à-dire qu aucune donnée ou combinaison de données qui permette de retrouver l identité d un patient ne sera diffusée par l équipe de recherche. Le sujet doit signer un formulaire de consentement. Il est prévenu qu'il peut quitter l étude à tout moment afin de poursuivre son traitement selon d autres voies. Lorsqu un sujet arrête son traitement, le centre DAM et le centre de traitement partenaire recherchent avec le patient le meilleur traitement alternatif possible. Version 10 octobre17 Section III. RESULTATS L'équipe de recherche a détaillé les résultats du projet TADAM dans 13 chapitres repris sous trois thèmes : Processus de recrutement des patients A. Déroulement de l'inclusion B. Motivations à participer à TADAM C. Centres référents D. Caractéristiques des patients inclus Résultats de l'étude contrôlée randomisée E. Efficacité comparée des traitements F. Efficacité économique G. Aspects criminologiques H. Satisfaction des patients pendant les traitements Fonctionnement du centre DAM et impact sur l'extérieur I. Observations dans le centre DAM J. Trois mois après l'arrêt du traitement par diacétylmorphine K. Expérience des soignants du centre DAM L. INTRES: Intégration du centre dans le réseau de soins M. IMPEN: Impact du centre sur son environnement urbain Version 10 octobre18 PROCESSUS DE RECRUTEMENT DES PATIENTS Chapitre A. Déroulement de l'inclusion - Résumé 1. Introduction Ce chapitre décrit la préparation et le déroulement de l'inclusion des sujets dans le projet TADAM. La préparation de l'inclusion comprenait la diffusion de l'information sur le projet, par l'équipe de recherche et la Fondation privée TADAM. Cette information avait pour premier objectif de recruter des centres partenaires. Ceux-ci étaient chargés d'envoyer des sujets potentiels à l'équipe de recherche, d'assurer le traitement par méthadone du groupe contrôle ainsi que le suivi psychosocial de tous les sujets. Le deuxième objectif était d'informer sur le projet tous les intervenants sociaux ou médicaux potentiellement en contact avec le public cible de l'étude. Pendant l'inclusion, l'équipe de recherche a également réalisé des enquêtes auprès des intervenants et des usagers d'héroïne pour vérifier le bon déroulement de la phase d'inclusion et la diffusion de l'information. Ce chapitre se termine par une analyse des raisons qui pouvaient expliquer la différence entre le nombre de sujets prévus (200) et le nombre inclus (74). A ce niveau, nous comparons également notre étude avec celles réalisées à l'étranger. 2. Recherche de partenariat et de patients Pour rechercher des centres partenaires, l'équipe de recherche a présenté le projet dans les centres intéressés qui répondaient à deux conditions principales : assurer un traitement par méthadone de façon habituelle et avoir une équipe multidisciplinaire. Pour diffuser plus largement une information sur le projet, l'équipe de recherche a distribué des dépliants et affiches également dans d'autres centres qui pouvaient être en contact avec des usagers d'héroïne. Comme, dès les premiers mois, le rythme de l'inclusion était plus lent que prévu, l'équipe de recherche a lancé différentes actions pour essayer de relancer le recrutement : discussions avec les centres partenaires, informations des médecins généralistes, recherche de partenariat avec des maisons médicales, enquête auprès des centres non partenaires mais potentiellement en contact avec le public cible et enquête auprès des usagers non inclus pour connaître leur opinion sur le projet. 3. Résultats de l'inclusion 9 centres sont devenus partenaires de l'étude (dont les 7 centres spécialisés en assuétudes de l'arrondissement judiciaire liégeois qui rentraient dans les conditions du partenariat et 2 maisons médicales). Grâce à eux, 74 patients ont été inclus. Sur les 116 patients inscrits dans Version 10 octobre19 l'étude par les centres partenaires, 64 (55%) étaient déjà en traitement dans le centre partenaire et 52 (45%) sont venus s'inscrire dans le centre uniquement pour participer au projet. Sur ces 116 inscrits, 33 ne se sont jamais présentés à l'équipe de recherche. Sur les 83 personnes vues par les chercheurs, 9 ne répondaient pas aux critères d'inclusion. 4. Raisons possibles de l'écart entre les 200 recherchés et les 74 inclus Après avoir examiné différentes raisons pouvant expliquer l'écart entre le nombre d'inclus et le nombre de sujets prévus dans l'étude, nous sommes arrivés à une série de constatations : Le nombre de personnes dépendant de l'héroïne semblaient suffisant sur l'arrondissement judiciaire de Liège. L'afflux de patients à la fin de l'inclusion indiquait que le groupe cible n'était pas épuisé. En outre, lors de l'enquête sur des usagers d'héroïne, nous avons rencontré plusieurs dizaines de personnes dépendant de l'héroïne qui ne se sont jamais inscrites dans le projet. L'équipe de recherche et la Fondation privée TADAM ont largement diffusé l'information sur le projet. Cette information semble avoir été suffisante car les intervenants et les usagers d'héroïne contactés connaissaient le projet, parfois de façon précise. La coopération avec les centres partenaires s'est déroulée sans problème. Rien n'a indiqué qu'un manque de collaboration des intervenants de terrain ait empêché des patients de rentrer dans le projet, au contraire. Des difficultés pour effectuer les formalités pour l'inclusion n'expliquaient pas le taux de recrutement plus faible que prévu. En effet, sur les 9 personnes refusées par l'équipe de recherche, aucune ne l'a été pour un problème de document. Cependant, parmi les 52 usagers d'héroïne non inclus dans le projet, 7 étaient rebutés par les formalités à réaliser. Même des usagers d'héroïne très désinsérés ont pu rentrer dans le projet. Etaient également incluses des personnes à la santé physique très détériorée ou présentant des problèmes de santé mentale ou sévèrement délinquantes. Sur les 52 usagers d'héroïne non inclus, 40 ne voulaient pas participer au projet, surtout à cause de la durée limitée de l'expérimentation. Ils se montraient méfiants vis-à-vis de ce nouveau traitement et craignaient une aggravation de leur situation après la fin de l'étude. Dans les autres études à l'étranger, le nombre prévu de patients dépassait également nettement le nombre d'inclus. 5. Conclusion La raison principale expliquant la différence entre les 200 patients prévus et les 74 inclus était la motivation des usagers d'héroïne. Leurs motifs tenaient notamment à leur crainte de devenir plus dépendants, à diverses conditions du traitement par diacétylmorphine mais surtout à la durée du traitement limitée à 12 mois. Version 10 octobre20 Chapitre B. Motivation à participer au projet - Résumé 1. Introduction Grâce à trois séries d'interviews, nous avons analysé les motifs donnés par les usagers d'héroïne de rue pour participer ou non au projet TADAM. 2. Méthode La première série d'interviews était constituée par les pré-tests réalisés auprès de 65 usagers d'héroïne en 2010 (PRÉ-TESTS). Ces interviews se sont déroulées dans les locaux de centres partenaires et surtout dans un centre d'accueil à bas-seuil. Ces PRÉ-TESTS reprenaient les questions de l'évaluation effectuée avant la randomisation. Nous avons analysé la réponse donnée directement à une des premières questions, portant sur les raisons qui incitaient (ou pourraient inciter) l'interviewé à rentrer dans le projet. Comme de nombreuses autres questions suivaient, ces raisons de rentrer ou non dans le projet n'ont pas été approfondies. Cette question a été reprise sans modification dans les questionnaires utilisés pour l'évaluation des 74 patients (INCLUS) avant leur inclusion dans le projet en Ces évaluations ont été réalisées dans les locaux de l'équipe de recherche. Enfin, 52 usagers d'héroïne ont été interrogés de manière approfondie sur leur connaissance du projet et leur désir d'y rentrer ou non (NON-INCLUS). Les deux critères principaux pour recruter les NON-INCLUS étaient de consommer de l'héroïne de rue et de ne pas être inclus dans le projet. Ces interviews ont été enregistrées et intégralement retranscrites avant leur analyse dans Nvivo 9. Les usagers ont été contactés et interrogés dans la rue, dans un centre d'accueil à bas-seuil et dans des centres partenaires en 2011 pendant la période d'inclusion. 3. Résultats Les trois groupes de personnes interrogées avaient des caractéristiques semblables : plus de 40 ans en moyenne, plus de 80% d'hommes, entre 23% et 32% avec un diplôme du secondaire et plus de 28% sans domicile fixe. Dans chaque groupe, 70% des personnes inhalaient l'héroïne de préférence. 51 des 52 NON-INCLUS connaissaient le projet, principalement via des intervenants en assuétude et via d'autres usagers d'héroïne. Cependant, 3 d'entre eux auraient souhaité plus de renseignements avant de participer. Pour chacun des trois groupes, le motif principal de rentrer dans le projet était l'usage régulier d'héroïne de rue malgré les traitements déjà essayés. Ils étaient aussi motivés par leur désir d'arrêter ou de diminuer leur consommation d'héroïne de rue ainsi que par leur âge et la durée de leur dépendance. Ils souhaitaient également rentrer dans le projet pour prendre de l'héroïne Version 10 octobre Montrer encore
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