Source: https://howlingpixel.com/i-fr/Mouvement_des_Gilets_jaunes
Timestamp: 2019-07-17 14:48:17+00:00
Document Index: 21148495

Matched Legal Cases: ['arrêt ', 'art, 15', 'art, 25', 'art, 8', 'art, 17', 'art, 19', 'art, 27', 'art, 11', 'art, 7']

Mouvement des Gilets jaunes - Howling Pixel
L'Inspection générale de la Police nationale (IGPN) a ouvert, au début du mois de février 2019 , un total de 116 enquêtes après des plaintes de manifestants[122]. Le journaliste David Dufresne dénombre, au 13 avril 2019 , 1 décès et 613 personnes blessées par les forces de l'ordre, dont 238 blessées à la tête, 23 éborgnées et 5 ayant eu une main arrachée[123]. Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, réfute toute violence policière[124],[123].
Le 19 avril 2019 , l'Ordre des médecins saisit la CNIL et le ministère de la Santé pour demander des précisions sur l'utilisation du fichier « SI-VIC » dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes. Ce fichier, mis en place après les attentats de 2015 en France, est utilisé dans des situations sanitaires exceptionnelles pour le dénombrement, l’aide à l’identification et le suivi des victimes. Il s'agit d'un fichier purement administratif, comportant notamment le nom et prénom de la victime, son heure d'admission, son éventuel décès, mais aucune information médicale. Mais, alerté par des médecins, l'Ordre des médecins s'inquiète de l'emploi du fichier dans un « contexte qui paraît être bien différent ». Les médecins affirment en particulier que leurs patients n'ont pas été avertis de l'utilisation du fichier et que certaines fiches des victimes comportent des précisions concernant les différents types de blessures tels que « tir flash-ball : plaie arcade » ou « problème au poignet, suite coup de matraque selon le patient ». Quelques jours plus tard, la direction de l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) reconnaît un usage inapproprié du fichier SI-VIC pour quelques patients en raison d'un mémo erroné qu'elle avait fait circuler[125],[126],[127], induisant leurs équipes en erreur[128].
L'urgentiste qui a découvert que l'AP-HP avait activé l'application SI-VIC affirme : « Le système informatique est même prévu pour que dès qu’un service d’urgence enregistre une fiche, elle aille directement à la direction générale de la Santé et même au dessus. En clair, chaque service d’urgence peut permettre de localiser les blessés gilets jaunes… En violation complète du secret médical. »[129]. Les autorités compétentes démentent la possibilité d'un usage abusif, affirmant notamment que le ministère de l’Intérieur n'a pas accès à l'outil informatique, sauf en situation d’attentat. La direction générale de la Santé affirme que l'outil informatique SI-VIC n'a été déclenché au niveau national que le 8 et 15 décembre 2018 , et qu'il n'a été ensuite activé qu'au niveau local et ponctuellement[126].
Le 29 novembre 2018 , une délégation de huit Gilets jaunes, désignés dans l'urgence et à titre provisoire par des animateurs du mouvement, communique une liste de 45 revendications dans plusieurs domaines (transports, pouvoir d'achat, impôts, retraites et aides sociales, travail, démocratie et institutions, services publics et de proximité, entreprises, santé, logement, immigration)[149]. Ils proposent notamment la mise en place d'une taxe sur le fioul maritime et le kérosène, l'augmentation du SMIC à 1 300 euros et l'abandon de l'impôt retenu à la source[156],[157],[158]. L'historien Samuel Hayat écrit à ce sujet : « Cette liste a été qualifiée de « magma de revendications hétéroclite ». Il me semble au contraire qu’elle est profondément cohérente, et que ce qui lui donne sa cohérence est aussi ce qui a permis à la mobilisation des Gilets jaunes de prendre et de durer : elle s’ancre dans ce que l’on peut appeler l’économie morale des classes populaires. »[159].
Dans un premier temps, le 14 novembre 2018 , le Gouvernement réaffirme qu'il ne reviendra pas sur la hausse prévue des taxes sur les carburants, et annonce la revalorisation de la prime à la conversion[h] et l'augmentation du nombre de bénéficiaires du chèque énergie[i] et du système d’indemnités kilométriques[j],[184],[185],[186]. Le 18 décembre suivant, l'exécutif affirme qu’il renonce à une partie de ces mesures, puis annonce le même jour son souhait de toutes les maintenir[187],[188].
Lors d'une allocution prononcée le 10 décembre 2018 et vue par 23 millions de personnes, Emmanuel Macron annonce l'augmentation du revenu[199] d'un travailleur au SMIC de 100 euros par mois dès 2019 « sans qu'il en coûte un euro de plus pour l'employeur », le retour à la défiscalisation des heures supplémentaires, l'annulation de la hausse de la CSG pour les retraites de moins de 2 000 euros par mois et une défiscalisation de la prime de fin d'année dans les entreprises[k],[203],[204]. Il s'oppose au rétablissement de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), une demande de certains Gilets jaunes[205],[m].
À partir du dimanche 6 janvier 2019 , à la suite d'un appel pour une « marche pour les femmes », des femmes se regroupent et manifestent dans plusieurs villes afin de donner une image plus « pacifique » du mouvement[252],[253],[254].
Le désintérêt des personnalités féministes pour le mouvement est remarqué[255],[256]. Toutefois, un parallèle est dressé avec le mouvement féministe dans la mesure où des mères célibataires témoignent de leur difficulté à terminer financièrement leurs fins de mois et à élever seules leurs enfants[255],[257]. De plus, selon LCI, qui note notamment l'existence d'un groupe Facebook réservé exclusivement aux femmes, « certains comportements se rapportent bel et bien à la sphère militante », et certaines femmes partagent des initiatives féministes comme le port du pussyhat[258].
Une enquête d'opinion réalisée par Elabe fin novembre 2018 fait état d'une « sur-représentation des électeurs de Marine Le Pen chez les Français se définissant comme Gilets jaunes », 42 % de ses électeurs lors de l'élection présidentielle de 2017 se définissant comme tels (contre respectivement 20 % et 5 % chez les électeurs de Jean-Luc Mélenchon et d'Emmanuel Macron)[259]. Les autres études confirment que les sympathisants RN et FI sont plus enclins à soutenir le mouvement que ceux des autres partis[260],[261].
Réagissant notamment à l'analyse de Luc Rouban, le collectif d'universitaires Quantité critique souligne que « cette interprétation de la politisation du mouvement à l’extrême droite est loin de faire consensus dans le foisonnement d’enquêtes collectives apparues depuis novembre [2018] », et considère que « l’échelle d’observation » a « une influence déterminante sur les résultats obtenus par les enquêtes ». Il fait ainsi « l’hypothèse d’une configuration du mouvement en cercles concentriques. On constate un succès des discours d’extrême droite dans ses marges extérieures peu mobilisées, sensibles aux thèmes réactionnaires. En revanche, ces idées ne parviennent que très difficilement à pénétrer le noyau dur des gilets jaunes actifs »[262].
Se référant aux programmes des candidats à la présidentielle de 2017, Les Décodeurs du quotidien Le Monde estiment que les revendications du mouvement — dont ils précisent qu’« [elles] ne sont pas officielles, le mouvement étant caractérisé par son horizontalité »[n] — sont « très proches de la gauche radicale »[o], « compatibles avec l’extrême droite »[p] et « très éloignées des programmes libéraux d’Emmanuel Macron ou de François Fillon »[263]. L’historien Sylvain Boulouque indique que le « nouveau serment du Jeu de paume », prononcé par des figures des Gilets jaunes le 13 décembre 2018, « représente un étonnant syncrétisme » entre les programmes du Rassemblement national, de La France insoumise et de l'Union populaire républicaine[143].
Au fil des semaines, notamment à partir de février 2019 , les études d’opinion montrent une baisse sensible du soutien des sympathisants du Rassemblement national (RN) aux Gilets jaunes, les partisans de La France insoumise étant désormais plus favorables au mouvement que ceux du RN[264],[265]. À l'approche des élections européennes de 2019, pour lesquelles les sondages situent le RN en tête avec LREM, certains observateurs considèrent cependant que le RN est la force d’opposition qui a le plus bénéficié de la crise des Gilets jaunes[262]. Selon le dernier sondage Ifop paru avant les élections européennes de 2019, 44 % des personnes interrogées déclarant « se sentir » Gilets jaunes indiquent vouloir voter pour le RN, contre 12 % pour LFI et 4 % pour LREM, tandis que 31 % des simples « soutiens » des Gilets jaunes affirment vouloir voter en faveur du RN[266]. Selon une enquête Ipsos, parmi les soutiens du mouvement, 44 % ont déclaré voter pour le RN, 20 % pour LFI, et environ la moitié d’entre eux déclarent s’être abstenus[267].
De précédents mouvements ont néanmoins atteint des niveaux de soutien supérieurs (mobilisations des policiers en novembre 2001 et octobre 2016, des éleveurs laitiers en septembre 2009, des éleveurs bovins en novembre 2010, des surveillants de prison en janvier 2018, du personnel hospitalier en juin 2019), avec plus de 90 % de soutien[282]. Un soutien d'un niveau similaire avait également été observé lors du conflit des marins pêcheurs de juin 2008 ou des mobilisations syndicales de janvier et mars 2009[282]. Cependant, ces mouvements sociaux avaient été beaucoup moins importants et médiatisés.
Elabe[283]
Ifop[284]
OpinionWay[285]
Odoxa[286]
En raison de la fin du grand débat, de la baisse du nombre de manifestants lors de chaque « acte » et de la proximité des élections européennes, le nombre de sondages consacrés au mouvement baisse fortement avec le temps. Seul l'institut OpinionWay continue à poser chaque semaine la question du soutien au mouvement. Au début du mois de juin, il mesure un niveau d'hostilité jamais atteint, avec 33 % des personnes interrogées déclarant « ne pas du tout » soutenir le mouvement, contre 17 % le soutenant « tout à fait »[287].
En France, l'automobiliste possède un certain « poids électoral », qui est revendiqué par des mouvements associatifs[288].
Rapidement, le mouvement est soutenu par des dirigeants de partis politiques comme Marine Le Pen (Rassemblement national), Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) — qui commence par s'interroger sur les insurgés « fachos et fâchés », avant de coller aux revendications des Gilets jaunes[289] — et Laurent Wauquiez (Les Républicains)[290],[291],[292]. Libération évoque une tentative de récupération politique du mouvement par l’extrême droite, tout en affirmant que l'initiative est partie de « l'Internet vrai » et non de la « fachosphère »[293].
Les Gilets jaunes divisent notamment à gauche[294]. Si certains d'entre eux affichent leur compréhension ou soutien au mouvement, la plupart ne cautionnent pas le blocage des routes[295]. Selon l'historien Gérard Noiriel, la méfiance que témoigne initialement la gauche à l'égard du mouvement s'explique par le soutien que lui apporte l'animateur Éric Brunet à la veille de la première grande manifestation, le 17 novembre 2018, au nom du fait que « la France est le pays le plus taxé au monde », avant de s'en désolidariser deux semaines plus tard[296]. Daniel Cohn-Bendit, ancien meneur de Mai 68 désormais soutien d'Emmanuel Macron, voit derrière la mobilisation une « tentation totalitaire », établissant un parallèle entre le port du gilet jaune et celui de l'étoile jaune pendant la Seconde Guerre mondiale[297].
Le 21 novembre 2018 , en soutien au mouvement, le député non-inscrit Jean Lassalle porte un gilet jaune à l'Assemblée nationale, entraînant une suspension de la séance et une retenue sur ses indemnités parlementaires[298],[299]. Jean-Hugues Ratenon, élu insoumis pour La Réunion, brandit cinq jours plus tard un gilet jaune à la tribune ; sa prise de parole est arrêtée par une suspension de séance[300],[301]. Nicolas Hulot, ancien ministre de la Transition écologique et solidaire sous la présidence Macron, déclare le 22 novembre : « Les gens savent que le kérosène des avions n'est pas taxé, que le fioul lourd des cargos n'est pas taxé. Pas besoin d'être un Gilet jaune pour s'en indigner »[302].
Pour dénouer la crise, fin novembre, le Rassemblement national et la France insoumise réclament la dissolution de l’Assemblée nationale, tandis que Les Républicains demandent à Emmanuel Macron de soumettre à référendum le plan de transition écologique qu'il a présenté le 27 novembre précédent[303]. La France insoumise, le Parti communiste français et le Parti socialiste déposent contre le Gouvernement une motion de censure, qui est largement rejetée par l’Assemblée nationale le 13 décembre [304],[305].
En marge du mouvement, des députés, en particulier ceux de LREM, sont pris à partie, dans des proportions inédites sous la Ve République selon l'historien Christophe Bellon[306].
Les principaux syndicats professionnels de salariés refusent pendant longtemps de s'associer directement à la contestation. Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, condamne la première manifestation du mouvement, qui a lieu le 17 novembre 2018, en évoquant un mouvement patronal[296], et affirme vouloir éviter toute récupération politique[307]. Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, déclare avant le début du mouvement : « Ces blocages, tout le monde a compris qu’ils sont récupérés politiquement par l’extrême droite. »[308].
Cependant, des initiatives locales de la part de responsables de la CGT, comme dans les Pyrénées-Orientales, sont en contradiction avec les directives confédérales[309]. Le 19 novembre 2018 , plusieurs syndicats, dont le FNTR, appellent le Gouvernement soit à entamer un processus de négociation avec les Gilets jaunes, soit à faire respecter la liberté de circulation des opérateurs économiques. Ils ajoutent qu'ils interviendront pour préserver les intérêts des transporteurs et la sécurité de leurs personnels si le Gouvernement n'agit pas[310]. Dans le même temps, FO Transport exprime son souhait d'organiser des actions pour le pouvoir d'achat en solidarité avec les Gilets jaunes[311].
Un collectif de plus de 1 400 artistes, qui se nomme « Yellow Submarine », apporte son soutien au mouvement des Gilets jaunes le 4 mai 2019 [312]. Il compte dans ses rangs des personnalités telles que Bruno Gaccio, Juliette Binoche, Emmanuelle Béart, Robert Guédiguian, Frank Margerin, Fanny Cottençon, Jean-Claude Petit et Jean-Luc Moreau[313]. Les signataires du collectif indiquent que, précaires ou non, qu'ils soient artistes, techniciens ou auteurs, ils se sentent « absolument concernés par cette mobilisation historique ». Ils indiquent que « le mouvement réclame des choses essentielles : une démocratie plus directe, une plus grande justice sociale et fiscale, des mesures radicales face à l'état d'urgence écologique »[312].
La présence d'un négationniste connu, Hervé Ryssen, dans la manifestation du 2 décembre 2018, place de l'Étoile à Paris, et sa mise en couverture par Paris-Match inquiètent des personnalités juives[314].
Quelques actes à connotation antisémites ont lieu dès les débuts des manifestations du mouvement. Le 22 décembre 2018 , des Gilets jaunes entonnent le « chant de la quenelle », inventé par l’humoriste antisémite Dieudonné[315]. L'historien Vincent Duclert publie deux jours plus tard, le 24 décembre , une tribune dans Le Monde où il regrette le manque d'indignation quant aux violences antisémites[316]. Le 2 février , à Strasbourg, en marge du cortège des Gilets jaunes, des slogans antisémites sont lancés devant la synagogue de la Paix tandis que des pétards sont lancés contre sa porte[317].
Le 16 février 2019 , en rentrant à son domicile, le philosophe Alain Finkielkraut est sifflé et victime d’insultes antisémites[318]. Cet événement suscite l’indignation de la classe politique, bien que des membres de l'extrême gauche et des indigénistes le minimisent[318],[319]. Alors qu'un individu proche de la mouvance islamiste est suspecté par les autorités, Alain Finkielkraut évoque « un mélange de gens des banlieues, de l'extrême gauche et peut-être aussi des soraliens », et non « des Gilets jaunes d'origine »[320],[321].
Dans la nuit du 9 au 10 mars 2019, dans la ville de Tarbes, des Gilets jaunes vandalisent le temple maçonnique de la ville[322].
Le sujet est souvent celui qui est le plus traité par les médias français[q],[323],[324]. De la mi- novembre 2018 à la mi- janvier 2019 , ce sont près de 645 000 mentions du mouvement que l'institut Kantar Media recense en tenant compte de la plupart des médias français[325],[326].
Le traitement médiatique du mouvement par certains médias est critiqué par l'association Acrimed. Elle reproche notamment au quotidien Le Parisien de nombreuses unes et articles qu'elle estime partiaux et faisant preuve de « suivisme vis-à-vis du gouvernement et de la police »[327]. Les chaînes de télévision d'information continue BFM TV et CNews sont accusées tout particulièrement de participer à l'élaboration « avec les autorités, d’un récit médiatique anxiogène ». Beaucoup d'éditorialistes de différents médias (Yves Calvi sur RTL, Bernard-Henri Lévy au Point, Gérard Leclerc sur CNews) sont décrits comme partisans du Gouvernement et de la police, qui « condamn[ent] par avance » les manifestations et attribuent « l'entière responsabilité des violences » aux Gilets jaunes[328],[329]. Frédéric Lemaire, membre d'Acrimed, dénonce une « couverture médiatique quasi-nulle » d'un rapport d'Amnesty International sur la violence excessive de forces de l'ordre, contrairement aux violences commises par les manifestants, qui sont « scrutées, commentées, dénoncées à longueur de journées »[r],[331]. Tony Le Pennec d'Arrêt sur images condamne aussi la disproportion « frappante » de couverture médiatique envers les agressions de journalistes commises par des manifestants et celles commises par les forces de l'ordre[332], alors que, comme le note Acrimed, les violences des manifestants ont « un degré bien moindre et bien moins grave »[333].
Dans les médias traditionnels, les Gilets jaunes sont parfois victimes de mépris et d'insultes ou amalgamés dans leur totalité avec les casseurs. Des éditocrates les qualifient ainsi d’« olibrius » et de « beaufs » (Jacques Julliard), de « racailles cagoulées » (Pascal Bruckner), de « salopards d'extrême droite ou d'extrême gauche qui viennent taper du policier » (Luc Ferry) ou de « hordes de minus, de pillards rongés par le ressentiment comme par les puces » (Franz-Olivier Giesbert)[334].
Le mouvement des Gilets jaunes s'accompagne de la diffusion de fausses informations (fake news), notamment concernant la présence supposée de « mercenaires » anti-Gilets jaunes sur le territoire, et la rumeur de la disparition de la Constitution française. Des vidéos et des clichés sont parfois détournés dans un but de propagande[335],[336]. Ces fausses informations sont surtout répandues sur des groupes de discussion rassemblant des Gilets jaunes[337],[338]. Selon l'ONG américaine Avaaz, les fausses informations liées au mouvement ont été vues plus de 100 millions de fois[339]. Selon l'historien Gérard Noiriel, « en matière de « fausses nouvelles », les Gilets jaunes ont surpassé les membres du gouvernement[340] ».
Des membres de la majorité présidentielle et de l'exécutif diffusent ou relaient également des fausses informations. En janvier 2019 , Emmanuel Macron affirme qu'il n'y eu aucun mort « victime des forces de l'ordre » alors qu'une femme de 80 ans est morte le mois précédent à Marseille après avoir été touchée par une grenade lacrymogène[341]. Des élus LREM, dont le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand, accusent des manifestants d'avoir incendié des voitures devant les locaux du Parisien alors que l'incendie était d'origine accidentelle[342]. D'autres personnalités, notamment Naïma Moutchou, rapporteure de la loi contre la manipulation de l’information, relaient un détournement d'image présentant un Gilet jaune faisant le salut fasciste sur les Champs-Élysées[343]. Les députés Émilie Chalas, Aurore Bergé, Coralie Dubost et Naïma Moutchou font état de l'intervention de Steve Bannon, ancien conseiller du président américain Donald Trump, dans l'origine du mouvement[344],[345]. Lors des manifestations du 1er mai 2019 , auxquelles participent des Gilets jaunes, Christophe Castaner annonce une attaque à l’hôpital de la Salpêtrière par des manifestants ainsi que l’agression du personnel soignant et d'un policier, avant de faire son mea culpa deux jours plus tard[346],[347],[348].
Des médias sont également à l'origine de fausses informations, BFM TV accusant par exemple à tort des Gilets jaunes d'actes de vandalisme[349].
En Russie, même si le Kremlin déclare ne pas voir d'influence des États-Unis dans le mouvement des Gilets jaunes, plusieurs médias comparent ce mouvement aux Révolutions de couleur et affirment qu'il a été organisé par les États-Unis afin de punir Emmanuel Macron de s'être prononcé en faveur d'une armée européenne[350],[351],[352].
Le Times du 8 décembre 2018 publie des extraits de note des services de renseignement français concernant des comptes de réseaux sociaux qui auraient amplifié le mouvement[353]. Selon le journal, des centaines de comptes seraient alimentés par la Russie, qui dément[354],[355]. Le secrétaire d’État Mounir Mahjoubi dénonce ainsi une ingérence de « forces étrangères » sur les réseaux sociaux[356]. Mais selon une déclaration d'un cadre des services de renseignement français rapportée par Le Journal du dimanche le 16 décembre 2018, l'implication de la Russie n'est pas établie, ni par la DGSE ni par la DGSI[357]. En mars 2019, Mediapart indique que « la DGSI et la DGSE n’auraient toujours pas trouvé la moindre trace d’ingérence russe » et fait état de « « l’effarement » d’un haut cadre du renseignement français quand il a découvert les propos d’Emmanuel Macron »[161].
Dans un entretien avec l'hebdomadaire Le Point, le président français, Emmanuel Macron, affirme que les Gilets jaunes ont été « conseillés » par une puissance étrangère ; il cite les médias russes RT et Sputnik pour leur influence supposée sur le développement du mouvement[358]. Au vu de « la position de certains responsables italiens », la secrétaire d'État Marlène Schiappa se demande s'« il y a des puissances étrangères qui financent les casseurs et les violences dans Paris »[359].
Rudy Reichstadt, fondateur de Conspiracy Watch, estime que « si l'on ne peut affirmer catégoriquement que le complotisme est réellement plus présent dans ce mouvement que dans d'autres, on ne connaît pas, en revanche, de figure marquante du complotisme francophone qui n'ait pas revêtu le gilet jaune »[360]. Samuel Laurent, responsable des Décodeurs, insiste sur l'extrême porosité des Gilets jaunes face « à des informations qui les confortent »[361]. Selon un sondage mené par l'Ifop en décembre 2018, les Français qui se définissent comme Gilets jaunes sont plus sensibles que la moyenne aux théories du complot[279].
Après la fusillade du 11 décembre 2018 à Strasbourg, plusieurs figures des Gilets jaunes déclarent sur Facebook que l'attentat a été organisé par le Gouvernement pour « détourner l'attention »[362]. La rumeur prend rapidement de l'ampleur, plus rapidement que lors des précédents attentats selon la journaliste à France Inter Sonia Devillers[363],[364]. Selon un sondage, 23 % des Français qui se définissent comme Gilets jaunes sont d'accord avec l'affirmation selon laquelle cet attentat est « une manipulation du gouvernement pour détourner l'attention des Français et créer de l'inquiétude dans la population en plein mouvement des Gilets jaunes », contre 10 % des Français en moyenne[279].
Certaines personnalités favorables aux Gilets jaunes développent des théories du complot. Le démographe Emmanuel Todd envisage que les actes de vandalisme commis le 1er décembre 2018 dans l'arc de triomphe de l'Étoile soient le fait d'« agents provocateurs » au service des autorités[365]. L'essayiste Jean-Claude Michéa affirme pour sa part que les Black bloc et les antifas sont au service de l'« État macronien » et visent à discréditer les Gilets jaunes par leurs violences[352].
D'autres théories ont trait à l'organisation du mouvement des Gilets jaunes, comme celle de l'éditorialiste Jean-Michel Aphatie, qui déclare en décembre dans l'émission de France 5 C l'hebdo : « Dans ce mouvement [des Gilets jaunes], je pense depuis le début qu’il y a une organisation souterraine, cachée. Il y a des tireurs de ficelles »[366].
Dix morts surviennent à l'occasion de blocages routiers et une onzième lors d'une manifestation qui se déroulait près du domicile de la victime[367]. Plus de 4 000 personnes sont en outre blessées, parfois très gravement, parmi les manifestants et les forces de l'ordre. Le mouvement a également des conséquences globalement négatives sur l'économie française, notamment en raison d'une baisse des dépenses de consommation ; ces conséquences sont encore difficiles à mesurer. Les manifestations perturbent en outre le déroulement de plusieurs événements et suscitent de nombreux commentaires à l'étranger. Enfin, sur le plan politique, la contestation entraîne une baisse de la popularité de l'exécutif français. La question de la traduction du mouvement dans le débat politique traditionnel se pose en vue des élections européennes de 2019.
Parmi les dix personnes mortes lors des barrages routiers entre le 17 novembre et le 21 décembre 2018 , trois sont des Gilets jaunes participant aux blocages et sept des conducteurs de véhicule[s],[t]. Les familles de trois conducteurs dénoncent une récupération de ces drames par le mouvement des Gilets jaunes[380]. Par ailleurs, plusieurs automobilistes forcent des barrages, renversant des manifestants et des membres des forces de l'ordre[381],[382].
Le 2 décembre 2018 , Zineb Redouane, une Marseillaise de 80 ans, meurt à l'hôpital d'un choc opératoire, après avoir été vraisemblablement blessée au visage par une grenade lacrymogène MP7[383] alors qu'elle fermait les volets de son appartement situé au 4e étage afin de se prémunir des gaz lacrymogènes répandus dans sa rue. Selon plusieurs témoins, elle a déclaré avoir été visée par les forces de l'ordre[384]. Une information judiciaire est ouverte en mars 2019[385]. La famille porte plainte pour violences ayant entraîné la mort[386] et obtient le dépaysement de l'enquête six mois après le décès, en faisant valoir le fait que l’enquête n’a pas avancé et que le policier n’a toujours pas été identifié malgré la présence d’une caméra de surveillance[387],[388]. Une nouvelle autopsie, pratiquée en Algérie, conclut que la mort de Zineb Redouane est directement liée au tir policier[389]. L’enquête judiciaire est très critiquée[390].
Le 17 janvier 2019 , une enquête Checknews recense 1 700 blessés (dont 94 dit « graves ») chez les Gilets jaunes ainsi que 1 000 blessés chez les forces de l'ordre[391]. Le 19 mars 2019 , le ministre de l'Intérieur fait état de « près de 4 000 blessés chez les manifestants et les forces de l'ordre »[392]. Le sociologue Fabien Jobard indique que le bilan humain « dépasse tout ce que l’on a pu connaître en métropole depuis Mai 68, lorsque le niveau de violence et l’armement des manifestants étaient autrement plus élevés, et le niveau de protection des policiers, au regard de ce qu’il est aujourd’hui, tout simplement ridicule »[176]. Une enquête de France Culture rappelle néanmoins que la violence de Mai 68, tant du côté des manifestants que du côté de la police, a été largement sous-évaluée[393]. La commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Dunja Mijatović, s'inquiète publiquement du grand nombre de blessés[170].
Le Délégué interministériel à la sécurité routière, estime que les dégradations de radars intervenues lors du mouvement ont entraîné la mort d'environ 60 personnes pour les mois de novembre et décembre 2018[394]. Selon la Sécurité routière, le mois de février 2019 voit un accroissement de la mortalité de 17 %, soit 37 morts supplémentaires, par rapport à février 2018[395]. Cette attribution aux Gilets jaunes de la hausse de la mortalité fait polémique en France, et quelques voix relèvent que la hausse des morts peut être due à d'autres facteurs, les piétons et cyclistes, catégorie la plus touchée par la hausse, étant plus susceptibles d'avoir un accident en ville, loin des radars[396]. Un site défavorable aux radars présente en décembre des statistiques d'accidents en baisse pour le mois précédent, alors que 65 % des radars ont été détruits, et fait le lien inverse[397].
Selon l'INSEE, le mouvement est associé à la perte d'environ 0,1 point de croissance au quatrième trimestre 2018, soit un impact économique « modéré », équivalent à celui des grèves SNCF et Air France sur les résultats économiques français du deuxième trimestre 2018[398]. L'INSEE estime également que sans les mesures votées fin 2018 en réaction au mouvement, la conjoncture française aurait été bien plus mauvaise au premier semestre 2019[398]. La Banque de France revoit, quant à elle, la croissance du dernier trimestre 2018 à 0,2 % au lieu de 0,4 %[399]. À la mi-décembre, le ministère de l’Économie mentionne une baisse de chiffre d'affaires de 40 % pour les « petits commerçants » et de 15 % pour la grande distribution[u]. Le délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution évalue le manque à gagner total à un milliard d'euros[401]. Plusieurs enseignes et syndicats annoncent un fort report des ventes vers l'e-commerce, notamment vers Amazon et Rakuten France, qui a vu ses ventes bondir de 50 % le samedi 1er décembre et de 63 % le samedi suivant[401]. Le mouvement a également des conséquences sur l'industrie et l'agriculture[402]. Début janvier 2019 , la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, indique avoir « débloqué » 32 millions d’euros pour payer les salaires des quelque 58 000 personnes ayant connu une période de chômage partiel depuis le début de la crise[403].
Lors des rassemblements à Paris, en particulier entre le 24 novembre et le 8 décembre 2018 , plusieurs enseignes, restaurants et automobiles sont la cible de violences. Du mobilier urbain est également dégradé et des barricades sont dressées[404]. Le préjudice est estimé à plusieurs centaines de milliers d'euros[v],[406]. Selon le groupe Vinci Autoroutes, les dégâts s’élèvent à la mi- décembre 2018 à « plusieurs dizaines de millions d'euros » sur l'ensemble du réseau français[407]. Entre le début du mouvement et janvier 2019 , plus de 60 % des radars automatiques de contrôle routier sont masqués, dégradés ou détruits[408],[409].
Selon l'Union française des industries pétrolières (UFIP), sur le mois de décembre, la crise des Gilets jaunes a conduit à une baisse de 9 % de la consommation de carburant délivré par les stations-service françaises ; pour Francis Duseux, président de l'UFIP, c'est une première en quarante années[410].
En mai 2019 , le ministre Bruno Le Maire reconnaît que la crise « n'a pas eu d'impact sur l'attractivité de la France » et qu'elle a eu des effets moindres sur l'économie que ce qu'il avait envisagé[411]. En juillet suivant, la Direction générale des entreprises indique que le mouvement n’a pas conduit à une augmentation des défaillances d'entreprises dans les secteurs du commerce et de l'artisanat[412].
Des musées, théâtres et autres lieux culturels sont préventivement fermés en raison des manifestations, des concerts ou festivals de musique sont également reportés ou annulés[413]. Pour assurer la pleine disponibilité des forces de l’ordre pour les manifestations des Gilets jaunes, le ministère de l’Intérieur fait reporter plusieurs matchs du championnat de France de football[414].
Commencée en mai 2018, la baisse de popularité du président de la République, Emmanuel Macron, et du Premier ministre, Édouard Philippe, s’accentue au début du mouvement[415],[416],[417],[418]. Le président Macron, qui cristallise les tensions des manifestants, voit son image se dégrader, aussi bien en raison de sa politique et de sa gestion du conflit que de sa personnalité[419],[420]. Alors qu’il est perçu comme faisant partie d'une élite déconnectée du quotidien de beaucoup de Français, le président français voit sa capacité à réformer la France d’ici à la fin de son quinquennat remise en cause à l'international[421],[422],[423],[424],[425]. Après un record d'impopularité atteint mi-décembre 2018, les cotes de popularité du Président et du Premier ministre remontent et se stabilisent au printemps 2019 à un niveau souvent équivalent ou supérieur à celui de novembre 2018, avant le début du mouvement[426],[427],[428].
La crise conduit plusieurs dirigeants étrangers à s'exprimer. Aux États-Unis, le président Donald Trump indique dans un tweet que « les émeutes dans cette France socialiste sont provoquées par des taxes d'extrême gauche sur le carburant », se sert du mouvement pour maintenir la pression commerciale exercée sur l'Union européenne, et critique l'accord de Paris sur le climat[w],[431],[432],[433]. Le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, explique le mouvement des Gilets jaunes en France de la sorte : « Les Français n'ont pas aimé de devoir payer de leur poche les changements dans la politique énergétique de leur pays »[434]. Le chef de l'Autorité judiciaire iranienne, Sadeq Larijani, déclare que « si ces manifestations n'avaient pas eu lieu en Occident, l'ONU et de nombreux autres ministères des Affaires étrangères s'en seraient déjà mêlés »[435]. Le 7 janvier 2019 , le Gouvernement italien (M5S-Lega), conduit par Giuseppe Conte, annonce son soutien au mouvement français[436].
Le 14 février 2019 , un groupe d'experts faisant partie du Système des droits de l'homme de l'ONU évoque des restrictions « disproportionnées » au droit de manifester en France[171],[437]. Le 26 février suivant, la Haut Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe « estime que le nombre et la gravité des blessures infligées aux manifestants « mettent en question la compatibilité des méthodes employées dans les opérations de maintien de l’ordre avec le respect de ces droits » »[438]. Le 6 mars , le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, s'inquiète d’un « usage excessif de la force » contre les Gilets jaunes et demande à la France « urgemment une enquête approfondie sur tous les cas rapportés d'usage excessif de la force »[439] ; réagissant sur ce discours, le porte-parole du gouvernement s'étonne que la France se retrouve « sur une liste entre le Vénézuela et Haïti » et ajoute : « On a toujours été extrêmement clairs : à chaque fois que cela est nécessaire, des enquêtes ont été lancées »[440],[441].
En décembre 2018 , la possibilité d'une évolution du mouvement en une organisation politique susceptible de se présenter aux élections européennes de 2019 est envisagée[442]. Selon un sondage Ipsos, commandé par le parti de la majorité présidentielle et réalisé début décembre 2018 , une liste liée au mouvement des Gilets jaunes arriverait en quatrième position des élections européennes de 2019, avec 12 % des voix[443]. Les sondeurs indiquent qu'une telle liste réduirait avant tout les intentions de vote en faveur du Rassemblement national et de La France insoumise, dont de nombreux sympathisants soutiennent les Gilets jaunes[444],[445].
Lors des élections européennes, deux listes se revendiquent finalement des Gilets jaunes. Elles obtiennent des scores très faibles au regard des sondages réalisés au début du mouvement : 0,54 % pour l'Alliance jaune, conduite par le chanteur Francis Lalanne, et 0,01 % pour la liste Évolution citoyenne, menée par Christophe Chalençon[446]. Les partis politiques ayant fait figurer des Gilets jaunes sur leur liste (Debout la France, Les Patriotes, Parti communiste français, Union populaire républicaine) ne dépassent pas les 5 %[266]. Selon des enquêtes Ipsos et IFOP, les personnes déclarant se sentir Gilets jaunes ou soutiens du mouvement votent majoritairement pour le Rassemblement national[266],[267].
Selon Bruno Jeanbart, de l'institut Opinionway, l'existence du mouvement des Gilets jaunes a pu favoriser, en réaction, le vote d'électeurs de droite en faveur de la liste LREM et ainsi augmenter son résultat[447],[448].
Une proposition de référendum d'initiative citoyenne relayée en 2018[449],[450].
Le 16 décembre 2018 , alors que le référendum d'initiative citoyenne (RIC) émerge comme la principale revendication du mouvement, le Premier ministre, Édouard Philippe, déclare : « Le référendum peut être un bon instrument dans une démocratie, mais pas sur n'importe quel sujet ni dans n'importe quelles conditions. C'est un bon sujet du débat que nous allons organiser partout en France[451]. » Le groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale dépose en février 2019 une proposition de loi visant à instaurer le RIC, mais celle-ci est rejetée[452],[453].
Les contestations contre les taxes sur les carburants et contre la vie chère gagnent d’autres pays, en Europe et dans le reste du monde[454].
Les « Gilets orange » regroupent des militants dont les revendications se rapprochent de celles du mouvement des Gilets jaunes, en particulier au niveau des prix du carburant[455], et les « Gilets rouges » des militants de la CGT solidaires des Gilets jaunes[456]. Le mouvement des « Stylos rouges » rassemble sur les réseaux sociaux plusieurs dizaines de miliers de membres de l'Éducation nationale française[457],[458]. Les « Gyros bleus » (policiers) appellent à un mouvement non déclaré pour dénoncer la fatigue engendrée par leur métier[459].
Sur les réseaux sociaux, déplorant les violences, plusieurs mouvements critiquent le mode d’action des Gilets jaunes, notamment les « Foulards rouges » et les « Gilets bleus »[460],[461]. Une manifestation organisée par les Foulards rouges le 27 janvier 2019 à Paris rassemble 10 500 personnes d’après la préfecture de police, un chiffre surévalué selon les médias nationaux[462],[463],[464] ; à nouveau appelés à manifester dans la capitale le 7 avril suivant, ils ne sont qu'une cinquantaine[465].
La France a connu d'autres manifestations et révoltes spontanées qui sont parfois comparées au mouvement des Gilets jaunes. La Révolution française est régulièrement évoquée[466],[467],[468]. Les révoltes viticoles, comme celle de 1907, sont aussi mentionnées[469]. Le mouvement des Gilets jaunes est également parfois comparé à celui des Bonnets rouges, qui conduit en 2013 à la suppression des portiques écotaxe. Toutefois, selon la géopolitologue Béatrice Giblin, cette comparaison avec les Bonnets rouges est peu pertinente dans la mesure où ce mouvement « avait été pris en main par des vrais leaders, comme le maire de Carhaix, ou les grands patrons de Bretagne »[470].
En s'opposant à l'augmentation des taxes et impôts, le mouvement des Gilets jaunes peut également évoquer les jacqueries de l'Ancien Régime et le poujadisme des années 1950[x],[471]. Sont également cités les mouvements de protestation massifs étant intervenus à partir du deuxième choc pétrolier contre la hausse des prix à la pompe et plus généralement contre le coût de la vie, et ayant entraîné un blocage du pays ou de certains secteurs d'activité[472],[473].
Dans le monde arabe, un parallèle est parfois établi entre le mouvement des Gilets jaunes et le printemps arabe[474]. Samir Aita, ancien directeur du Monde diplomatique, indique ainsi que les deux révoltes trouvent leur origine dans le fait que les campagnes ont été délaissées au profit des centres urbains[475]. Des éditorialistes sont toutefois plus sceptiques : dans le quotidien L'Orient-Le Jour, Anthony Samrani affirme qu'il n'y a ici « pas de dictateur à faire tomber, pas non plus d'État policier ou de moukhabarate [services secrets] prompts à vous faire disparaître à la moindre critique »[474]. Des parallèles sont également faits avec la révolution ukrainienne de 2014[476].
Une vidéo de l'humoriste La Bajon dans le rôle de l'avocate d'Emmanuel Macron portant un gilet jaune, est vue plusieurs millions de fois sur les réseaux sociaux, ce qui consolide sa célébrité dans le mouvement[477],[478]. La danseuse Nadia Vadori-Gauthier improvise une chorégraphie en pleine rue lors des manifestations avec pour fond les fumées des différents gaz et feux de voitures[479]. Le 15 décembre 2018 , en marge de la manifestation sur les Champs-Élysées, Deborah De Robertis organise un happening lors duquel cinq femmes se présentent seins nus face aux gendarmes, avec un costume évoquant Marianne[480].
À Paris, rue d’Aubervilliers (19e arrondissement), début janvier 2019 , l’artiste urbain Pascal Boyart peint une fresque inspirée de La Liberté guidant le peuple de Delacroix représentant une Marianne guidant des Gilets jaunes[481]. Le mouvement Black Lines, un groupe d'une trentaine d'artistes, réalise une fresque de 300 mètres de long s'inspirant des divers faits relatifs aux manifestations[482],[483].
Gilets jaunes par Kopp Johnson (2018)[484]
Tensions sociales par D.ace (2018)[484]
Débranche ta télé et enfile ton gilet par Antoine Froideveaux (2018)[484]
Gilets jaunes, colère noire par l'1consolable (2019)
Les Gentils, les Méchants par Marguerite (2019)[485],[486],[487]
Plusieurs pamphlets anti-Macron sont publiés durant le mouvement de protestation : Ce pays que tu ne connais pas de François Ruffin[488] ou Contre Macron et Crépuscule de Juan Branco[489].
Onze personnes sont décédées dans des accidents de la route liés aux manifestations. Une personne est morte après avoir été blessée dans son appartement, touchée par un éclat de grenade lacrymogène alors qu'elle fermait ses volets[1].
2 448 manifestants, 1 268 policiers et 474 gendarmes[2].
En effet, en euros constants 2017, le prix de l'essence à la pompe, qui était de l'ordre d'1,60 € en 1960, est descendu puis monté jusqu'à près d'1,80 € en 1979-1980, puis redescendu avant de remonter assez régulièrement jusqu'au-dessus d'1,60 € au début des années 2010, avant de redescendre jusque vers 1,40 € en 2017[3],[4],[5].
Concernant l'évolution des prix en salaire horaire courant, il était possible pour une heure de SMIC en 1973 d'acheter trois litres d'essence, contre six litres en 2018[6].
De 7 € pour la valeur de la tonne de CO2 en 2014, celle-ci passe à 30,5 € en 2017[8],[9].
Il existe des dizaines de groupes Facebook de Gilets jaunes. En janvier 2019 , les trois groupes les plus importants numériquement sont :
Les LBD sont classés « armes de guerre » par la règlementation internationale, car, à l'origine, un LBD est un lance-grenade militaire et son calibre ne permet pas de le classer comme arme civile[100].
Jusqu'alors d'un montant de 1 000 € pour les ménages imposables et 2 000 € pour les ménages non imposables, elle devrait passer à 4 000 € pour les 20 % de Français les plus modestes et pour les ménages non-imposables qui habitent à une distance supérieure à 30 km de leur lieu de travail.
Le chèque énergie s'est substitué en 2018 aux tarifs sociaux de l'énergie. Il devrait bénéficier à 2,2 millions de personnes supplémentaires.
Le système d’indemnités kilométriques serait élargi aux gros rouleurs, à partir de soixante kilomètres par jour, pour les petites cylindrées (4 CV), qui « consomment peu ou ne polluent pas ». L’État laisserait ces aides à la charge des collectivités et des entreprises.
À la suite de l’appel présidentiel à un « effort national de solidarité », la Fédération bancaire française s'engage à ce que les banques n’augmentent pas leurs tarifs en 2019[200] et plusieurs grandes entreprises annoncent leur intention de verser une prime volontaire de fin d'année[201],[202].
Le comité se penchera également sur le prélèvement forfaitaire unique (PFU) au taux de 30 % sur les revenus du capital, plus connu sous le nom de flat tax
Un comité d'évaluation des réformes sur la fiscalité du capital, dont celle de l'ISF, est toutefois installé le 20 décembre 2018 . Ce comité doit remettre un rapport en septembre 2019, avant le dépôt du projet de loi de finances 2020[l],[206].
L'article prend en compte les revendications communiquées par la délégation de huit Gilets jaunes le 29 novembre 2018 , ainsi qu'une autre liste de doléances assez similaire, établie la semaine précédente selon la même méthode de consultation en ligne, et « d’autres demandes entendues lors des manifestations et des publications partagées sur les réseaux sociaux ».
« […] Les deux tiers sont compatibles avec le programme de Jean-Luc Mélenchon. Elles se rapprochent aussi du candidat socialiste Benoît Hamon, désormais chef de file de Génération.s. Les plus sociales, sur le smic et les retraites par exemple, sont directement inspirées des idées de Philippe Poutou ou Nathalie Arthaud »
« Près de la moitié des propositions sont partagées par Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen, en particulier sur la défense des services de proximité (commerces, poste, école) ou la renationalisation des infrastructures (autoroutes, aéroports) »
Exception faite notamment de l'attaque du marché de Noël de Strasbourg et des fêtes de Noël. Voir [1].
Cédric Mathiot de Libération reconnaît que le rapport « a été peu mentionné dans la presse », tout en affirmant que son journal a déjà écrit « largement » sur les violences policières[330]. Pour Lemaire, les différents articles de Libération ne semblent pas être à la « hauteur de l'ampleur nouvelle de la brutalité de la répression policière »[331].
Le 17 novembre 2018 , au Pont-de-Beauvoisin (Savoie), une conductrice d'un 4x4, arrêtée par un barrage de manifestants à un rond-point, redémarre son véhicule et renverse une manifestante de 63 ans, qui est tuée[368]. Au vu des images d'une caméra de vidéosurveillance, le parquet déclare qu'il est « impossible de qualifier l’acte d’involontaire ». Elle est mise en examen pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner [avec arme par destination] »[369]. Les 13 et 20 décembre , deux Gilets jaunes trouvent la mort après avoir été renversés par un camion[370],[371].
Entre le 19 novembre et le 21 décembre , sept conducteurs meurent après avoir percuté des véhicules. Le 19 novembre , dans la Drôme (sur la N7), un motard remontant une file de voitures bloquées par un barrage percute une camionnette et meurt le lendemain[372]. Le 2 décembre , un artisan conduisant une fourgonnette meurt après avoir percuté un camion sur la RN 113 à Arles[373],[374]. Le 10 décembre , à Chasseneuil-sur-Bonnieure (Charente), une voiture percute un camion à l'arrêt au niveau d'un barrage des Gilets jaunes : la conductrice de la voiture, âgée de 25 ans, meurt sur le coup[375]. Le 14 décembre , une femme est tuée dans un accident de la route près d'un barrage de Gilets jaunes dans l'Aisne[376]. Le 14 décembre également, un homme meurt dans la collision de son véhicule avec un camion, à la frontière franco-belge, bloquée par un barrage de Gilets jaunes[377]. Le 19 décembre, un homme meurt dans la collision de son camion avec un autre camion, à la frontière franco-belge, bloquée par un barrage de Gilets jaunes[378],[379]. Le 21 décembre , un automobiliste meurt après avoir percuté un camion bloqué à un barrage à Perpignan.
du fait de magasins fermés, de ruptures de stocks ou du blocage d'accès routiers vers des zones commerciales[400]
Philippe Bélaval, président du Centre des monuments nationaux, estime que la remise en état de l'arc de triomphe, vandalisé le 1er décembre , ne devrait pas dépasser le million d’euros tout en indiquant que certaines œuvres d’art dégradées ne pourront être restaurées[405].
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, demande alors à Donald Trump de ne pas prendre parti dans la politique intérieure française[429],[430].
Cependant, selon Alexis Spire, sociologue au CNRS, le mouvement se distingue du poujadisme : « Les Gilets jaunes n’appellent pas à attaquer les dépôts de carburant pour faire le plein gratuitement. C’est plutôt le constat que l’argent public est mal utilisé. Que l’argent ne va pas là où il devrait aller : dans le maintien de la petite gare, du centre de Trésor public, du bureau de poste, de la gendarmerie »[229].
« Combien de morts y a-t-il eu pendant le mouvement des gilets jaunes ? », sur Answiki, 24 avril 2019 .
« « Allô place Beauvau, c'est pour un bilan », une cartographie des violences policières », sur Mediapart, 15 juin 2019 .
Évolution du prix de l'essence en France (1960-2007).
Voir sur fiches-auto.fr.
« Carburants : paye-t-on vraiment plus cher qu'il y a 40 ans ? », sur le site de la chaîne de télévision France Info, 6 novembre 2018 (consulté le 29 novembre 2018).
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Certaines entreprises suivent le mouvement ; La transition écologique pousse les entreprises à des alliances inédites, La tribune, 2013-02-12.
Cabinet Lamy Environnement, « La taxe carbone : une taxe qui va enfin compter! », sur apc-climat.fr, février 2018 (consulté le 22 novembre 2018).
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"Ce qui se passe n'est pas surprenant" : comment les "gilets jaunes" s'inscrivent dans l’histoire des révoltes populaires, France TV Info
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Ce pays que tu ne connais pas est un essai politique français du « député-reporter » François Ruffin, écrit en opposition au président de la République Emmanuel Macron lors du mouvement des Gilets jaunes. Il paraît le 21 février 2019.
L'auteur est également rédacteur en chef du journal Fakir et auteur de nombreux ouvrages, dont Les Petits soldats du journalisme, Quartier Nord, Leur grande trouille, ainsi que des documentaires Merci Patron ! et J'veux du soleil.
Christophe Dettinger, dit « le Gitan de Massy », né le 3 mai 1981, est un boxeur professionnel français. Il est champion de France poids lourds-légers en 2007 et 2008. Il met fin à sa carrière en 2013.
En 2019, il est condamné pour avoir frappé deux gendarmes mobiles après des affrontements à Paris dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes.
Crépuscule (livre)
Crépuscule est un pamphlet de l'avocat, homme politique et auteur franco-espagnol Juan Branco, publié en décembre 2018 en téléchargement libre puis le 21 mars 2019 au format papier aux éditions Au diable vauvert. Son édition physique bénéficie d'une mise à jour et d'une préface de Denis Robert. L'ouvrage rapporte notamment les liens de pouvoir unissant selon l'auteur Emmanuel Macron avec Bernard Arnault, Arnaud Lagardère et Xavier Niel, ou encore les liens familiaux de personnes proches d'Emmanuel Macron.
Contemporain du mouvement des Gilets jaunes, il rencontre un important succès commercial et d'audience.
Si ce type de vêtement existe en plusieurs couleurs, le jaune est le plus courant, au point que l'expression « gilet jaune » [ʒile ʒɔn] est souvent utilisée pour désigner ces gilets de façon générique.
Le terme Gilets jaunes peut faire référence :
au mouvement des Gilets jaunes
mouvement des Gilets jaunes en France, le plus massif et long ;
mouvement des Gilets jaunes en Belgique ;
mouvement des Gilets jaunes dans le monde.
au gilet de haute visibilité ;
au parti politique australien Yellow Vest Australia (en).
La Ligue du Midi est un groupuscule régionaliste identitaire et un mouvement républicain d'extrême droite créé en 2011 par Richard Roudier.
En Belgique, le mouvement des Gilets jaunes fait partie du mouvement homonyme qui se déroule en France depuis novembre 2018.
Les pétitions en ligne sont parfois associées à d'autres techniques de mobilisation de masse pour faire pression sur les décideurs, comme on l'observe par exemple dans le cadre des marches mondiales pour le climat initiées par Avaaz.org qui rassemblent des centaines de milliers de personnes dans de nombreuses villes du monde entier.
Vincent Cespedes, né le 14 septembre 1973 à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), est un philosophe, essayiste et compositeur français.
Yvan Benedetti, né le 16 septembre 1965, est un militant d'extrême droite français.
Il préside L'Œuvre française en 2012-2013.