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Timestamp: 2017-02-21 05:21:01+00:00
Document Index: 153768334

Matched Legal Cases: ['art. 9', 'arrêt ', 'arrêt ', 'art. 19', 'arrêt ', 'arrêt ', 'art. 68', 'arrêt ', 'arrêt ', 'ATF ', 'art. 268', 'ATF ', 'art. 184', 'art. 268', 'art. 87', 'art. 50', 'ATF ', 'art. 50', 'art. 57', 'art. 50', 'ATF ', 'art. 159', 'ATF ', 'art. 152']

6P.57/2002 (26.06.2002)
6P.57/2002/svc
Schneider, Wiprächtiger, Kolly et Karlen.
recourant, représenté par Me Olivier Jornot, avocat,
rue De-Beaumont 3, 1206 Genève,
L.R.________, représenté par Me Lorella Bertani, avocate, boulevard Georges-Favon 14, case postale 5129,
art. 9 et 29 al. 2 Cst. (procédure pénale; arbitraire, droit d'être entendu)
(recours de droit public contre l'arrêt de la Cour de cassation du canton de Genève du 15 mars 2002)
Par arrêt rendu le 9 mai 2001, la Cour d'assises genevoise a condamné N.________, né en 1960, d'origine algérienne, à huit ans de réclusion, pour infraction à l'art. 19 ch. 1 de la loi fédérale sur les stupéfiants, menaces, séquestration aggravée et délit manqué de contrainte, et a prononcé son expulsion du territoire suisse pour une durée de dix ans. N.________ a en revanche été libéré de la prévention du délit manqué de meurtre sur la personne de L.R.________.
En bref, la Cour d'assises a retenu les faits suivants: N.________ exerçait l'activité de vendeur de haschisch. Parmi ses revendeurs figuraient notamment C.________ et L.R.________. Le 19 avril 2000, N.________ a entraîné L.R.________ dans son appartement, sous prétexte d'avoir une explication au sujet de la disparition d'une somme de 250 fr. provenant d'une revente de haschisch. Arrivé dans l'appartement, il a frappé L.R.________ à de nombreuses reprises et a proféré à son encontre de lourdes menaces. Il a demandé par téléphone à plusieurs de ses comparses de lui prêter main forte, en particulier à C.________, qui l'a rejoint dans l'appartement. Les coups et les menaces ont alors continué, jusqu'à ce que L.R.________ tombe par la fenêtre et s'écrase sur une marquise située au-dessus de la rue.
Concernant la chute de L.R.________, le jury a constaté ce qui suit:
"- les circonstances concrètes et exactes de la défenestration de L.R.________ n'ont pas pu être déterminées.
- si L.R.________ avait été poussé par la fenêtre il serait vraisemblablement tombé au-delà de la marquise de l'immeuble.
- si, à l'audience de la Cour d'assises, C.________ a déclaré avoir vu N.________ pousser L.R.________, le jury constate qu'aucun élément concret n'a été fourni quant aux circonstances qui ont précédé la chute de L.R.________ et les gestes exacts de N.________ lequel a pu notamment ne pas avoir poussé l'accusé par la fenêtre.
- le jury souligne qu'il ne s'agit pas d'envisager un suicide de L.R.________, mais de constater qu'un doute subsiste quant aux circonstances de la défenestration et que ce doute doit profiter à l'accusé. "
N.________ s'est pourvu en cassation contre ce jugement auprès de la Cour de cassation genevoise. Simultanément, L.R.________ et M.R.________, parties civiles, ont également recouru contre l'arrêt de la Cour d'assises pour dénoncer l'acquittement de N.________ du chef de délit manqué de meurtre.
Par arrêt du 15 mars 2002, la Cour de cassation genevoise a rejeté le pourvoi de N.________, a admis le recours des parties civiles et a retourné la cause à la Cour d'assises pour qu'elle établisse un verdict de culpabilité pour le crime manqué de meurtre et fixe une nouvelle peine qui tienne compte de ce chef de culpabilité supplémentaire (art. 68 CP).
En bref, elle a considéré que la motivation à l'appui du verdict était insoutenable. Selon elle, au vu des faits constatés par le jury, la cause la plus déterminante, si ce n'est la plus directe, de la chute de L.R.________ est l'ensemble des violences et menaces subies par ce dernier. D'après elle, il n'était pas imprévisible que la victime, prise de panique, choisisse de faire une folie plutôt que de se laisser défigurer par un jet d'acide. Sur le plan subjectif, il était impossible que N.________ n'ait pas envisagé ni accepté le risque que ses violences et menaces conduisent L.R.________ à se rapprocher de la fenêtre et à tomber.
Agissant par l'entremise de son avocat, N.________ a déposé un recours de droit public au Tribunal fédéral contre l'arrêt du 15 mars 2002. Invoquant l'arbitraire dans l'application du droit cantonal et dans l'établissement des faits ainsi que la violation du droit d'être entendu, il demande l'annulation de cet arrêt et sollicite par ailleurs l'assistance judiciaire.
L.R.________ conclut également au rejet du recours et sollicite l'assistance judiciaire.
Cette limitation des possibilités de recours vise à éviter que l'instance cantonale ne soit inutilement interrompue et renchérie et à empêcher que le Tribunal fédéral ne soit saisi du même procès à plusieurs reprises. Le dommage irréparable qui ouvre exceptionnellement la voie du recours de droit public doit être de nature juridique; un préjudice de pur fait tel que la prolongation ou le renchérissement de la procédure ne suffit pas. L'application de ces principes rendrait irrecevable le présent recours de droit public, puisque le recourant pourrait encore faire valoir ses griefs en attaquant le jugement final de la Cour de cassation genevoise (ATF 127 I 92 consid. 1c p. 94 s.; 126 I 207 consid. 2 p. 210 s.; 118 Ib 335 consid. 1c p. 338 s.; 117 Ia 251 consid. 1a/b p. 253 s., 396 consid. 1 p. 398 s.).
1.2.1 En vertu de l'art. 268 ch. 1 PPF, le pourvoi en nullité au Tribunal fédéral est recevable contre les jugements qui ne peuvent pas donner lieu à un recours de droit cantonal pour violation du droit fédéral. Selon la jurisprudence, on entend par jugements non seulement ceux qui statuent sur l'ensemble de la cause, mais aussi les décisions préjudicielles et incidentes qui tranchent des questions préalables de droit fédéral. En conséquence, le pourvoi en nullité est recevable contre une décision préjudicielle ou incidente émanant d'une autorité cantonale de dernière instance, lorsque cette dernière s'est prononcée définitivement sur un point de droit fédéral déterminant, sur lequel elle ne pourra pas revenir (ATF 119 IV 168 consid. 2a p. 170; 111 IV 189 consid. 2 p. 191; 70 IV 129 consid. 1 p. 131 s.; 68 IV 113). En l'espèce, la Cour de cassation genevoise retourne la cause à la Cour d'assises pour qu'elle établisse un verdict de culpabilité pour le crime manqué de meurtre et rejette le recours de N.________ concernant l'application des art. 184 et 64 CP. Elle tranche ainsi de manière définitive des questions qui relèvent du droit fédéral. Le pourvoi en nullité est donc recevable sous l'angle de l'art. 268 ch. 1 PPF.
1.2.2 En matière civile, la jurisprudence a renoncé à l'exigence posée à l'art. 87 al. 2 OJ et a admis la recevabilité du recours de droit public dirigé contre une décision incidente qui faisait simultanément l'objet d'un recours en réforme recevable selon l'art. 50 OJ (ATF 117 II 349; 108 Ia 203).
Selon cette disposition, le recours en réforme est en effet exceptionnellement recevable contre les décisions préjudicielles et incidentes prises séparément du fond lorsqu'une décision finale peut ainsi être provoquée immédiatement et que la durée et les frais de la procédure probatoire seraient si considérables qu'il convient de les éviter en autorisant le recours immédiat au Tribunal fédéral. Le Tribunal fédéral pourra être amené dans ce cas à rendre une décision finale s'il statue dans le sens contraire à la décision attaquée et mettre ainsi fin à l'action, à la contestation elle-même (Jean-François Poudret, Commentaire de la loi fédérale d'organisation judiciaire, vol. II, Berne 1990, p. 347, n. 2.3 ad art. 50 OJ). L'entrée en matière sur le recours en réforme implique donc l'examen préalable du recours de droit public (art. 57 al. 5 OJ), faute de quoi le recourant perdrait la faculté de faire valoir les griefs qui sont propres à ce recours avant que la juridiction de réforme ne statue (Georges Scyboz, Le recours en réforme au Tribunal fédéral, in Les recours au Tribunal fédéral, publication FSA, vol. 15, Berne 1997, p. 7 ss, spéc. p. 24; Poudret, op. cit., n. 4.3 ad art. 50 OJ, p. 356).
Le recours de droit public de N.________ est dès lors recevable. Le recourant invoque l'arbitraire dans l'application du droit cantonal et dans l'établissement des faits ainsi que la violation du droit d'être entendu.
2.3 En l'espèce, la Cour d'assises a exclu tout lien de causalité entre la bagarre et la chute de la victime et ne s'est donc pas prononcée sur la volonté homicide du recourant. La Cour de cassation genevoise a cependant retenu que le recourant avait agi par dol éventuel, déclarant qu'il lui était impossible de ne pas envisager et de ne pas accepter le risque que ses violences et menaces conduisent la victime à se rapprocher de la fenêtre et à tomber. Ce que l'auteur savait, voulait ou ce dont il acceptait l'avènement fait partie du contenu de la pensée et relève de l'établissement des faits (ATF 119 IV 1 consid. 5a p. 3). En retenant la volonté homicide du recourant, la Cour de cassation genevoise a complété l'état de fait et est clairement sortie du rôle qui lui est assigné par le Code de procédure pénale genevois. Elle a donc appliqué de manière arbitraire le droit de procédure cantonal.
Le recours doit être admis pour ces motifs, sans qu'il soit nécessaire d'examiner au surplus si la Cour de cassation genevoise a établi de manière arbitraire les faits et si elle a violé le droit d'être entendu, comme le soutient encore le recourant.
Comme le recourant a obtenu gain de cause, il ne sera pas perçu de frais et le canton de Genève lui versera une indemnité à titre de dépens (art. 159 OJ; ATF 107 Ib 279 c. 5 p. 283) . La demande d'assistance judiciaire devient ainsi sans objet.
Il y a lieu d'accorder l'assistance judiciaire à la victime qui est incapable de travailler à la suite de sa chute. Elle sera dès lors dispensée de payer les frais judiciaires et la Caisse du Tribunal fédéral versera à son mandataire une indemnité pour la procédure devant le Tribunal fédéral (art. 152 OJ).
Le canton de Genève versera à Me Olivier Jornot, mandataire du recourant, une indemnité de 3'000 fr. à titre de dépens.
La requête d'assistance judiciaire de la victime est admise.
La Caisse du Tribunal fédéral versera une indemnité de 1'500 fr. à Me Lorella Bertani, mandataire de la victime.