Source: https://www.courdecassation.fr/jurisprudence_2/arrets_publies_2986/chambre_commerciale_financiere_economique_3172/2020_9593/juillet_9791/354_01_45085.html
Timestamp: 2020-08-10 08:27:30+00:00
Document Index: 2164534

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Arrêt n°354 du 01 juillet 2020 (18-25.487) - Cour de cassation - Chambre commerciale, financière et économique - ECLI:FR:CCASS:2020:CO00354 | Cour de cassation
>Arrêt n°354 du 01 juillet 2020 (18-25.487) - Cour de cassation - Chambre commerciale, financière et économique - ECLI:FR:CCASS:2020:CO00354
Demandeur(s) : M. K... Y... et autre(s) ;
Défendeur(s) : société GMDP, société civile immobilière
1. Selon l’arrêt attaqué (Douai, 4 octobre 2018), M. Y... , liquidateur judiciaire de Mme B..., a été autorisé par une ordonnance du juge-commissaire du 7 octobre 2011, à céder le fonds de commerce de la débitrice au profit de M. M... . Cette cession a été contestée par la SCI GMDP (la SCI), société bailleresse, qui invoquait la violation de la clause d’agrément figurant dans le bail. Au terme d’un long contentieux, la cession, qui a été définitivement autorisée, a été conclue le 28 octobre 2013.
2. Parallèlement, la SCI a fait délivrer le 17 janvier 2013 au liquidateur un commandement de payer visant la clause résolutoire du bail pour obtenir le paiement de la somme de 19 760,68 euros au titre des loyers et de la taxe foncière. Un arrêt du 28 novembre 2013 a suspendu les effets de la clause pour une durée de trois mois, reportant au prononcé de l’arrêt le point de départ du délai pour la régularisation de l’acte de cession, et dit que les fonds provenant de la vente seraient consignés entre les mains du notaire jusqu’à l’issue des procédures judiciaires en cours.
3. Sur le fondement de cette décision, la SCI a fait délivrer à M. M... un commandement de quitter les lieux, que ce dernier a contesté devant le juge de l’exécution en invoquant la compensation entre les sommes dues par le liquidateur et celles dont ce dernier était lui-même créancier à l’égard de la SCI au titre des frais de justice. Le liquidateur est intervenu à l’instance en cause d’appel.
4. M. M... et le liquidateur font grief à l’arrêt de rejeter leur demande tendant à déclarer nul et de nul effet le commandement de quitter les lieux alors « que dans le cadre d’une procédure collective, la compensation légale peut être invoquée pour le paiement de créances réciproques nées postérieurement à l’ouverture de cette procédure ; qu’en l’espèce, M. Y... , ès qualités de liquidateur judiciaire de Mme B..., et M. M... , cessionnaire du bail commercial dont cette dernière était titulaire, faisaient valoir que les causes du commandement de payer délivré à M. Y... par le bailleur, la SCI GMDP, à hauteur de 19 760,68 euros, avaient été réglées par compensation légale avec les sommes dues par la SCI, à hauteur de 20 709,99 euros, le 15 mai 2015, soit avant l’expiration du délai imparti pour régler les sommes dues à la SCI avant que la clause résolutoire ne retrouve son effet ; que la cour d’appel a considéré que la compensation légale ne pouvait pas être invoquée pour faire échec à l’expulsion de M. M... , au motif que « la compensation légale ne joue pas lorsque les créances ne sont pas exigibles avant le prononcé de la liquidation judiciaire, étant observé au surplus que sont des créances connexes celles qui sont issues de l’exécution ou de l’inexécution d’un même contrat, ce qui n’est pas le cas en l’espèce » ; qu’en se prononçant ainsi, sans rechercher, comme elle y était invitée, si les créances en cause étaient toutes deux postérieures à l’ouverture de la liquidation judiciaire, de sorte qu’elles pouvaient faire l’objet d’une compensation légale, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard de l’article 1347 du code civil, anciennement l’article 1290 du même code, des articles L. 622-7 et L. 622-17 du code de commerce et de l’article L. 411-1 du code des procédures civiles d’exécution. »
Vu les articles L. 641-13 et L. 622-7 du code de commerce, ce dernier rendu applicable à la liquidation judiciaire par l’article L. 641-3 du même code, et l’article 1290 du code civil dans sa rédaction antérieure à celle issue de l’ordonnance du 10 février 2016 :
5. Il résulte de la combinaison de ces textes que des créances nées régulièrement après l’ouverture de la procédure de liquidation judiciaire et payables à leur échéance, si elles remplissent les conditions du premier des textes susvisés, peuvent faire l’objet d’une compensation légale.
6. Pour rejeter la demande, l’arrêt énonce qu’avant le jugement d’ouverture de la procédure collective, le paiement par compensation est licite, sous réserve de répondre aux conditions de liquidité, d’exigibilité, de certitude et de connexité des obligations prévues par l’article 1291 ancien du code civil et qu’à l’inverse, la compensation ne joue pas lorsque les créances ne sont pas exigibles avant le prononcé de la liquidation judiciaire. Il en déduit que les créances invoquées n’étant pas issues de l’exécution ou de l’inexécution d’un même contrat, elles ne sont pas connexes et ne permettent donc pas d’invoquer la compensation ;
7. En statuant ainsi, alors qu’ayant relevé que la créance impayée de la SCI était née postérieurement à l’ouverture de la liquidation judiciaire de Mme B... et permettait à la société bailleresse, exerçant son droit individuel de poursuite, de mettre en oeuvre la clause résolutoire, de sorte que toute référence à la connexité des créances réciproques était exclue, la cour d’appel, qui devait seulement vérifier si les conditions de la compensation légale étaient réunies, a violé les textes susvisés.
PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur le premier moyen, la Cour :
CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 4 octobre 2018, entre les parties, par la cour d’appel de Douai ;
Avocat(s) : SCP Baraduc, Duhamel et Rameix - SCP Rousseau et Tapie
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