Source: http://www.juricaf.org/arret/CONSEILDELEUROPE-COUREUROPEENNEDESDROITSDELHOMME-20120531-001111235
Timestamp: 2017-07-22 16:53:16+00:00
Document Index: 288825804

Matched Legal Cases: ["l'article 6", "l'article 1", 'arrêt ', 'arrêt ', '§ 37', '§ 19', '§ 19', '§ 19', '§ 3', '§ 1', '§ 3', '§ 4', '§ 21', '§ 45', '§ 24', 'arrêt ', '§ 2']

AFFAIRE KAYNAK ET COKKALENDER c. TURQUIE
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Type d'affaire : Arrêt (au principal et satisfaction équitable)Type de recours : Violation de l'article 6 - Droit à un procès équitable (Article 6 - Procédure d'exécution ; Article 6-1 - Délai raisonnable) ; Violation de l'article 1 du Protocole n° 1 - Protection de la propriété (article 1 al. 1 du Protocole n° 1 - Respect des biens)Numérotation : Numéro d'arrêt : 001-111235Identifiant URN:LEX : urn:lex;coe;cour.europeenne.droits.homme;arret;2012-05-31;001.111235 Parties : Demandeurs : KAYNAK, MehmetDéfendeurs : TURQUIETexte : DEUXIÈME SECTION
AFFAIRE KAYNAK ET ÇOKKALENDER c. TURQUIE
(Requête no 34445/08)
En l’affaire Kaynak et Çokkalender c. Turquie,
1. A l’origine de l’affaire se trouve une requête (no 34445/08) dirigée contre la République de Turquie et dont trois ressortissants de cet État, MM. Mehmet Kaynak et Mustafa Kaynak, et Mme Zühre Çokkalender (« les requérants »), ont saisi la Cour le 8 avril 2008 en vertu de l’article 34 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (« la Convention »).
2. Les requérants ont été représentés par Mes A. Çağer et B. Gebololoğlu, avocats à Diyarbakır. Le gouvernement turc (« le Gouvernement ») a été représenté par son agent.
5. Les requérants sont nés respectivement en 1943, 1946 et 1947 et résident à Şanlıurfa.
6. Les requérants étaient propriétaires d’un terrain, situé à Halfeti.
8. Une commission d’experts de l’administration fixa la valeur du terrain concerné et une indemnité d’expropriation fut versée aux requérants.
9. Le 7 juin 2000, en désaccord avec le montant payé par l’administration, les requérants introduisirent devant le tribunal de grande instance de Halfeti (« le tribunal ») une action en augmentation de l’indemnité d’expropriation.
10. Le 23 novembre 2001, le tribunal leur donna gain de cause et condamna l’administration à payer aux requérants une indemnité complémentaire de 24 471 385 600 livres turques (TRL) [environ 18 233 euros (EUR)], assortie d’intérêts moratoires à compter du 10 juillet 2000.
11. Le 15 avril 2002, la Cour de cassation confirma cette décision.
12. Le 28 mars 2007, l’administration paya une partie de l’indemnité des requérants.
13. Faute par l’administration de payer le restant de leurs indemnités, les requérants saisirent le bureau de l’exécution et de recouvrement des créances de Birecik (« le bureau de l’exécution »).
14. Le 4 février 2008, le bureau de l’exécution adressa à l’administration une injonction de payer pour le restant de la créance, à savoir 4 708 nouvelles livres turques [environ 2 706 EUR].
15. Dans ses observations du 14 juin 2010, le Gouvernement présenta à la Cour un document selon lequel la créance des requérants s’élevait à 658,40 livres turques [environ 340 EUR] à compter du 1er juillet 2010.
16. Les requérants se plaignent de l’inexécution partielle du jugement du 23 novembre 2001, devenu définitif en leur faveur dans un délai raisonnable. Ils invoquent l’article 6 de la Convention ainsi que l’article 1 du Protocole no 1, ainsi libellés en leurs parties pertinentes :
18. Le Gouvernement soulève des exceptions. En premier lieu, il excipe du non-respect de la règle de six mois. Selon lui, les requérants auraient dû saisir la Cour dans les six mois suivant l’arrêt de la Cour de cassation qui a été rendu le 15 avril 2002, alors que la requête a été introduite le 8 avril 2008. En deuxième lieu, il soutient que la créance des requérants a été intégralement payée de sorte que ces derniers n’ont pas la qualité de victime. Finalement, le Gouvernement soulève une exception tirée du non‑épuisement des voies de recours internes en deux branches. A cet égard, il soutient, d’une part, que les requérants n’ont pas utilisé le recours prévu à l’article 105 du code des obligations et, d’autre part, qu’ils n’ont pas introduit d’action en indemnisation à l’encontre de l’administration ni engagé des procédures d’exécution à son encontre. Selon lui, la réparation des prétendues pertes aurait été possible si les requérants avaient établi l’existence d’un dommage subi au-delà de ce qui se trouve compensé par les intérêts moratoires.
19. Les requérants combattent ces arguments.
20. Concernant l’exception tirée du non-respect de la règle de six mois, la Cour rappelle que lorsqu’un grief porte sur une situation continue contre laquelle il n’existe aucun recours, le délai de six mois court à compter de la fin de cette situation. Tant que celle-ci perdure, la règle de six mois ne trouve pas à s’appliquer (voir, par exemple, Lemke c. Turquie, no 17381/02, §§ 37 et 38, 5 juin 2007, et Yerlikaya c. Turquie, nos 10985/02 et 10993/02, §§ 19‑23, 8 avril 2008). En l’occurrence, les requérants se plaignent de l’inexécution par les autorités nationales d’une décision judiciaire, inexécution qui perdurait à la date d’introduction de la présente requête. Il convient donc de rejeter l’exception du Gouvernement sur ce point.
21. Quant à l’exception selon laquelle les requérants ont perdu la qualité de victime, les requérants nient avoir reçu l’intégralité de leur créance. A cet égard, tant le Gouvernement que les requérants présentent à la Cour des documents établissant le restant de la créance des requérants.
22. La Cour observe qu’au vu des pièces soumises par les parties, les requérants n’ont pas reçu la totalité de leur créance à la date du présent arrêt.
23. Quant à l’épuisement des voies de recours internes, la Cour observe que l’article 105 du code des obligations prévoit la réparation du dommage au-delà de ce qui se trouve compensé par les intérêts moratoires. Or, en l’espèce, le grief des requérants ne concerne que l’absence de paiement de leur créance due à l’inexécution d’un jugement définitif en leur faveur et non pas l’insuffisance d’intérêts moratoires de leur créance. A cet égard, la Cour constate que la voie de recours prévue par l’article 105 du code des obligations n’était pas une voie de recours à épuiser en l’espèce. Concernant l’exception tenant à l’absence d’action introduite à l’encontre de l’administration, la Cour rappelle qu’il n’est pas opportun de demander à un individu, qui a obtenu une créance contre l’État à l’issue d’une procédure judiciaire, de devoir par la suite engager la procédure d’exécution forcée afin d’obtenir satisfaction (Arat et autres c. Turquie, nos 42894/04, 42904/04, 42905/04, 42906/04, 42907/04, 42908/04, 42909/04 et 42910/04, § 19, 13 janvier 2009, et Metaxas c. Grèce, no 8415/02, § 19, 27 mai 2004). De plus, la Cour observe qu’en l’espèce, les requérants ont dûment saisi le bureau d’exécution de Birecik et mis l’administration en demeure, en vain (paragraphes 13 et 14 ci-dessus). Il convient donc de rejeter l’exception du Gouvernement tenant au non-épuisement des voies de recours internes.
24. La Cour constate que les griefs des requérants ne sont pas manifestement mal fondés au sens de l’article 35 § 3 de la Convention. Elle relève par ailleurs qu’ils ne se heurtent à aucun autre motif d’irrecevabilité. Il convient donc de les déclarer recevables.
26. En l’espèce, la Cour observe qu’au vu des pièces fournies par les parties et des informations présentées et bien qu’ayant entamé des procédures d’exécution forcée, les requérants n’ont toujours pas obtenu le paiement intégral de leur créance. Autrement dit, le jugement en faveur des requérants, devenu définitif en 2002, reste à ce jour partiellement inexécuté. Cette omission amène la Cour à considérer qu’en s’abstenant pendant ce laps de temps de prendre les mesures nécessaires pour se conformer à la décision judiciaire définitive rendue en l’espèce, les autorités turques ont partiellement privé les dispositions de l’article 6 § 1 de la Convention et de l’article 1 du Protocole no 1 de leur effet utile.
28. Invoquant l’article 6 de la Convention, les requérants se plaignent de l’iniquité de la procédure menée devant le tribunal de grande instance du fait de l’absence de motivation de son jugement.
30. Invoquant l’article 2 du Protocole no 7, les requérants se plaignent de l’absence de double degré de juridiction.
31. La Cour note que la Turquie n’est pas partie à ce protocole. Il s’ensuit que ce grief est incompatible ratione personae avec les dispositions de la Convention au sens de l’article 35 § 3 et doit être rejeté en application de l’article 35 § 4.
33. Les requérants réclament 150 000 euros (EUR) au titre du préjudice matériel qu’ils auraient subi.
34. Le Gouvernement conteste ces prétentions.
35. La Cour rappelle qu’en l’espèce elle a trouvé une violation de l’article 6 de la Convention et de l’article 1 du Protocole no 1 en raison de l’inexécution partielle d’un jugement devenu définitif en faveur des requérants. Elle considère que l’État défendeur doit garantir, par des mesures appropriées, que le jugement du tribunal de grande instance de Halfeti du 23 novembre 2001 (devenu définitif le 15 avril 2002) soit dûment exécuté par les autorités internes (voir Akıncı c. Turquie, no 12146/02, § 21, 8 avril 2008, Yavuz Sarıkaya c. Turquie, no 1098/04, § 45, 13 janvier 2009, et Kaçar et autres c. Turquie, nos 38323/04, 38379/04, 38389/04, 38403/04, 38423/04, 38510/04, 38513/04, et 38522/04, § 24, 22 juillet 2008).
36. Les requérants réclament 30 000 EUR à titre de préjudice moral.
38. La Cour estime qu’il y a lieu d’octroyer conjointement aux requérants la somme de 350 EUR.
39. Les requérants demandent également 12 320 EUR pour les frais et dépens engagés devant les juridictions internes et pour ceux engagés devant la Cour. A cet égard, ils présentent un décompte des dépenses, sans soumettre aucun justificatif.
41. Selon la jurisprudence de la Cour, un requérant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et dépens que dans la mesure où se trouvent établis leur réalité, leur nécessité et le caractère raisonnable de leur taux. En l’espèce, la Cour constate que les requérants ne justifient pas les dépenses prétendument engagées. Elle considère toutefois qu’ils ont indéniablement encouru des frais et dépens pour la présentation de leur requête et estime raisonnable de les rembourser à hauteur d’une somme forfaitaire de 300 EUR. Elle leur alloue donc cette somme pour la procédure devant la Cour.
a) que l’État défendeur, dans les trois mois à compter du jour où l’arrêt sera devenu définitif conformément à l’article 44 § 2 de la Convention, doit garantir, par des mesures appropriées, l’exécution du jugement du 23 novembre 2001 du tribunal de grande instance de Halfeti (devenu définitif le 15 avril 2002) ;
b) que l’État défendeur, dans la même période de trois mois, doit verser conjointement aux requérants 350 EUR (trois cent cinquante euros) pour dommage moral, plus tout montant pouvant être dû à titre d’impôt, à convertir en livres turques à la date du règlement ;
c) que l’État défendeur, dans la même période de trois mois, doit verser conjointement aux requérants 300 EUR (trois cents euros) pour frais et dépens, plus tout montant pouvant être dû à titre d’impôt par les requérants, à convertir en livres turques à la date du règlement ;