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Timestamp: 2020-08-12 04:29:51+00:00
Document Index: 262507084

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k+a 2017.3 : Gefängnisbauten | Prisons | Carceri | GSK shop
Au premier abord, les lieux de privation de liberté n’ont pas grand-chose de réjouissant à offrir. Pourtant, les établissements pénitentiaires – notamment les prisons de district – ont souvent été, jusqu’en plein XXe siècle, installés dans des portes de ville, des châteaux ou des monastères. Outre ces réaffectations, la Suisse s’est aussi montrée très innovante, au milieu du XIXe siècle, dans la construction d’édifices ad hoc, ainsi qu’en témoigne par exemple, en Argovie, la maison d’arrêt de Lenzbourg, un exemple majeur du système panoptique. A l’époque de son inauguration, en 1864, ce complexe réalisé d’après les plans de Robert Moser passait pour la prison la plus moderne d’Europe, et il suscita un vif intérêt bien au-delà des frontières nationales. Lorsque l’établissement fut, 150 ans plus tard, complété par une nouvelle prison centrale, on restaura aussi le complexe historique. Le présent numéro d’Art + Architecture en Suisse décrit – entre autres – la manière dont on est intervenu sur cet exigeant patrimoine.
Ce n’est bien sûr pas un hasard si nous traitons de l’architecture et de l’histoire des maisons d’arrêt en Suisse à l’occasion des Journées européennes du patrimoine qui seront consacrées, les 9 et 10 septembre 2017, au thème « Héritage du pouvoir » (voir page 70). L’angle d’attaque adopté est certes assez singulier, mais il se révèle d’autant plus fécond qu’il permet de découvrir des lieux en général inaccessibles, tout en illustrant les contradictions de notre société ouverte.
Prison, architecture pénitentiaire et patrimoine carcéral en Suisse
Les prisons, à l’architecture si particulière, constituent-elles un patrimoine ?
Le système pénitentiaire suisse, dont la structure et la composition sont restés longtemps stables, se composait jusqu’au milieu du XXe siècle d’établissements pénitentiaires nouvellement construits et de prisons qui avaient été aménagées dans des bâtiments existants – des châteaux, des couvents, des portes de ville, des hôpitaux, des greniers. Alors que les prisons utilisées pour la détention provisoire étaient peu sécurisées et rarement organisées selon les principes modernes de la privation de liberté, les établissements prévus pour l’exécution des peines avaient été construits selon un plan en étoile, pour un encellulement individuel, avec des centrales de surveillance et des murs d’enceinte. Ces deux types de lieux de détention sont restés en fonction, en moyenne, pendant 100 ans. Autour de 1900, les établissements d’exécution des peines ont été, dans beaucoup de cantons, transférés de la ville à la campagne ; ils sont devenus des colonies pénitentiaires – implantées aujourd’hui encore sur les mêmes lieux – basées sur l’agriculture, comme par exemple les Etablissements de la plaine de l’Orbe, les Etablissements de Witzwil ou de Bellechasse. Dans la majorité des cas, ceux situés en milieu urbain ont été démolis. En revanche, le paysage des prisons n’a été fortement modernisé qu’à partir de la fin du XXe siècle ; beaucoup de prisons de district ont été fermées, remplacées par des prisons régionales ou cantonales. En 30 ans, le nombre total des lieux de détention est tombé de 200 à un peu plus de 100. Au moment de la fermeture des prisons encore installées durant le XXe siècle dans des châteaux, des couvents, des portes de ville, des hôpitaux ou des greniers, les bâtiments dans lesquels elles étaient aménagées devinrent des monuments historiques, objets de nouvelle attention et de conservation dans le cadre du mouvement pour la protection du patrimoine. Nombreux sont les bâtiments qui ont préservé au moins partiellement la trace de leur passé comme prison, sans qu’on leur ait reconnu un statut de monument carcéral.
Die Strafanstalt Lenzburg
Hauptwerk der radialen Gefängnisbauweise in der Schweiz
La maison d’arrêt de Lenzbourg – principal complexe panoptique de Suisse
Erigé d’après les plans de Robert Moser, le pénitencier argovien de Lenzbourg représentait, au moment de son inauguration en 1864, la prison la plus moderne d’Europe, tant sur le plan architectural que sur celui du régime d’exécution des peines. Il s’agissait, en Suisse, du plus grand établissement pénitentiaire réalisé selon le système radial, ou panoptique, alors considéré comme progressiste. Aujourd’hui, la maison d’arrêt de Lenzbourg est le seul établissement de ce type encore en service en Suisse. Lors de sa conception, une grande attention fut portée à l’adaptabilité du bâtiment. Cela s’explique par le fait qu’au moment de la formulation du programme, les autorités ne s’étaient pas encore déterminées sur les modalités de détention à appliquer. En 2014, l’établissement a été complété par une nouvelle prison centrale. Entre 2015 et 2017, l’étoile à cinq branches du complexe d’origine a été soumise à une restauration qui devait se conformer aux directives en matière de conservation des monuments historiques, tout en tenant compte des besoins liés à un régime moderne d’application des peines – ce qui relevait parfois du grand écart.
Denkmalpflege hinter Gittern …
Vom Korrigieren einer «Corrections-Anstalt»
La conservation du patrimoine derrière les barreaux
Dans le contexte actuel, conserver un monument historique n’est pas toujours simple : cela nécessite de concilier les multiples exigences des divers acteurs concernés – du propriétaire aux utilisateurs, en passant par les architectes. Mais lorsqu’il s’agit d’agrandir et restaurer un établissement pénitentiaire vieux de 150 ans comme celui de Lenzbourg, tout en le maintenant en service, les défis sont encore d’un autre ordre. Grâce à la collaboration constructive de tous les partenaires impliqués dans le projet, on est parvenu à des solutions et compromis satisfaisants. Ainsi cette maison d’arrêt – qui suscita un vif intérêt dans toute l’Europe dès son inauguration en 1864 – répond-elle aujourd’hui parfaitement aux exigences actuelles, tant du point de vue de la conser vation du patrimoine que de l’exécution des peines. On peut d’ailleurs s’en convaincre soi-même : des visites guidées permettent en effet de découvrir les deux cellules historiques encore conservées, datant respectivement de 1864 et 1957.
«Gegen Unglück und Kerker ist niemand gefeit»
Über die Freiheit der Kunst für das Gefängnis
De la liberté de l’art destiné aux prisons
Si art et milieu carcéral semblent tout à fait compatibles, il existe peu de projets d’interventions artistiques dans les établissements de détention. D’une part, il n’est pas très fréquent de construire de nouvelles maisons d’arrêt ; d’autre part, une prison n’est pas un espace public comme un autre. Les artistes qui s’engagent dans un projet lié à l’exécution des peines s’aventurent dès lors sur un terrain glissant, et leurs interventions doivent répondre à de multiples exigences. Un tel cadre permet cependant précisément à l’art de déployer pleinement sa capacité d’ouvrir des espaces et d’envisager les choses sous un autre angle.
Fotoessay | Essai photographique | Saggio fotografico
Les photographies de Peter M. Schulthess présentent, à l’aide de six exemples, la diversité architecturale des « prisons » et leurs fonctions.
Vom Gefängnis zum Hotel ist es nur ein kleiner Schritt
De la prison à l’hôtel, il n’y a qu’un pas
Les prisons désaffectées se trouvent la plupart du temps à des endroits bien centrés, souvent dans des édifices classés. Aussi n’est-il en général pas question de les démolir. Les possibilités de réaffecter ces bâtiments se révèlent cependant limitées, car il n’est pas facile d’utiliser les cellules à d’autres fins. Trois exemples suisses illustrent bien l’éventail des solutions envisageables : le Lohnhof à Bâle, transformé en hôtel, le Pénitencier à Sion, reconverti en musée, et la Käfigturm à Berne, qui abrite le Forum politique de la Confédération. Si ces lieux accueillent aujourd’hui d’intéressantes manifestations et expositions, ils continuent de susciter au sein du public des sentiments ambivalents, tant ils rappellent leur ancienne fonction, à laquelle on peine à associer des expériences positives.
De la prison à la banque : itinéraires du chemin de ronde
Thème récurrent dans les fortifications d'une ville ou dans l'architecture castrale, le chemin de ronde est également présent dans les prisons aux XIXe et XXe siècles. L'exemple de Genève (Samuel Vaucher, 1825) montre qu'un établissement tirant parti des réflexions les plus avancées en la matière – concernant notamment la surveillance exercée à partir d'un noyau central – n'est pas incompatible avec le chemin de ronde périphérique hérité du château médiéval. S'il s'agit en l'occurrence d'empêcher les évasions et non plus de repousser une invasion, l'itinéraire du chemin de ronde ne s'arrête pas là puisqu'il apparaît dès la fin du XIXe siècle dans l'architecture bancaire, notamment à Genève et Lausanne. Autre type, autre fonction : ce n'est plus l'évasion mais l'infraction qu'il s'agit de contrecarrer. Et tout se passe désormais au sous-sol, là où se trouve la chambre forte contenant le trésor de la banque.
Von der Pein im Loch zu Tobel
Oder «… was für jetzt und künftige Zeiten ein ehrenvolles und lobenswertes Denkmal stiftet»
Complainte de la geôle de Tobel
Situé sur la route de Saint-Jacques, entre Constance et Fischingen, l’ancien pénitencier de Tobel, classé monument historique d’importance nationale, est un témoin éminent de l’histoire de l’Etat thurgovien. La fondation de la commanderie des hospitaliers de Saint-Jean de Tobel remonte à 1228. Le domaine, mentionné sous le nom de « herrliche Komturei » dans la chronique de Stumpf, au milieu du XVIe siècle, connut une histoire mouvementée. Au début du XIXe siècle, les bâtiments furent transformés en établissement pénitentiaire par le jeune canton de Thurgovie. Outre l’exploitation du domaine, la vie y était rythmée par les activités exercées dans un atelier de tissage, une cordonnerie, une scierie et un atelier de menuiserie. En 1973, le complexe fut jugé impossible à rénover et, en 1979, la démolition de plusieurs bâtiments entraîna des pertes de substance considérables. A partir de 2004-2005, une association et une fondation se sont efforcées de développer, sous le slogan « Komturei Tobel – wo Generationen sich finden », une vision d’avenir pour l’ancienne commanderie. Les deux initiatives ont toutefois échoué et l’association a été dissoute en 2017. Aujourd’hui, il est prévu de procéder à des transformations douces pour créer de nouveaux logements, et de conserver autant que possible la substance historique.
Luisella Demartini e Daniel Fink
Carcere di ieri, di oggi e di domani
Trasformazione e diversificazione del sistema carcerario nel Canton Ticino
Transformation du système carcéral dans le canton du Tessin
Coupé du reste de la Suisse par les Alpes et canton frontière, le Tessin a depuis toujours ambitionné de disposer de la panoplie complète des établissements de privation de liberté. Il visait à pouvoir faire exécuter l’ensemble des modes de détention sur son propre territoire. Dès sa naissance comme canton, en 1803, il aménage des carceri pretoriali dans ses districts et un établissement d’exécution des peines dans le Castello San Michele à Bellinzona. Alors que les prisons de district resteront en fonction, l’établissement d’exécution des peines est remplacé en 1871 par le Penitenziario cantonale di Lugano, détruit en 1968 après la mise en service du Penitenziario dello Stato La Stampa, implanté à Cadro. Dès 2009, les travaux de planification débutent pour réaliser une nouvelle construction pénitentiaire fortement diversifiée qui ne verra le jour que dans la prochaine décennie. Si durant les deux derniers siècles les tentatives pour disposer de structures carcérales adaptées à tous les besoins dans le canton ne manquent pas, de projet en projet la solution tarde à être trouvée.
« L’héritage du pouvoir »
Das Unperfekte akzeptieren
Restaurierung einer Gewerbeliegenschaft in Zug
Die Kunstdenkmäler des Kantons Uri III, Schächental und unteres Reusstal
Die Kunstdenkmäler des Kantons Glarus II, Glarus Nord
Johanna Strübin, Christine Zürcher, mit Beiträgen von Stefan Blank und Samuel Rutishauser
Die Kunstdenkmäler des Kantons Solothurn IV, Die Stadt Solothurn III, Sakralbauten
Festungsbauten der Schweiz | Fortifications de Suisse
Kunst, Landschaft, Tradition – mit Logis im Negresco
978-3-03797-300-4
68. Jahrgang, 3.2017