Source: https://issuu.com/js-ror/docs/970925_icj-weeramantry_husl
Timestamp: 2017-07-22 15:19:34+00:00
Document Index: 199366957

Matched Legal Cases: ['art. 9', 'art. 2', 'art. 1', "l'article 9", 'art53', 'art. 6', 'art. 3', "l'article 19", 'arrêt ', 'art. 3', 'art. 9', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ']

ICJ: 97-09-25: Weeramantry Opinion: Hungary v. Slovakia: by Andrea Muhrrteyn - issuu
SEPARATE OPINION OF VICE-PRESIDENT WEERAMANTRYThis case raises a rich array of environmentally related legal issues. A
discussion of some of them is essential to explain my reasons for voting
as 1 have in this very difficult decision. Three issues on which 1 wish to
make some observations, supplementary to those of the Court, are the
role played by the principle of sustainable development in balancing the
competing demands of development and environmental protection; the
protection given to Hungary by what 1 would describe as the principle of
continuing environmental impact assessment; and the appropriateness of
the use of inter partes legal principles, such as estoppel, for the resolution
of problems with a n erga omnes connotation such as environmental
damage.Had the possibility of environmental harm been the only consideration
t o be taken into account in this regard, the contentions of Hungary could
well have proved conclusive.
Yet there are other factors to be taken into account - not the least
important of which is the developmental aspect, for the GabĂŤikovo
scheme is important to Slovakia from the point of view of development.
The Court must hold the balance even between the environmental considerations and the developmental considerations raised by the respective
Parties. The principle that enables the Court to d o so is the principle of
The Court has referred to it as a concept in paragraph 140 of its Judgment. However, 1 consider it to be more than a mere concept, but as a
principle with normative value which is crucial to the determination of
this case. Without the benefits of its insights, the issues involved in this
case would have been difficult to resolve.
Since sustainable development is a principle fundamental to the determination of the competing considerations in this case, and since, although
it has attracted attention only recently in the literature of international
law, it is likely to play a major role in determining important environmental disputes of the future, it calls for consideration in some detail.
Moreover, this is the first occasion on which it has received attention in
the jurisprudence of this Court.OPINION INDIVIDUELLE D E M. WEERAMANTRY,
VICE-PRÉSI DENTRiche est l'éventail de questions de droit liées à l'environnement que
soulève la présente affaire. Il est essentiel d'examiner certaines d'entre elles
afin d'expliquer les raisons pour lesquelles j'ai voté comme je l'ai fait lorsque cette décision très difficile a été prise. Je voudrais présenter certaines
observations, en plus de celles de la Cour, sur trois aspects particuliers: le
rôle que joue le principe du développement durable pour concilier les exigences rivales du développement et de la protection de l'environnement; la
protection de la Hongrie par ce que j'appellerais le principe de I'évaluation continue de l'impact sur l'environnement; et l'opportunité de recourir
à des principes juridiques applicables inter partes, par exemple l'estoppel,
pour résoudre des problèmes qui présentent un caractère erga omnes, par
exemple le dommage causé à I'environnement.
A. LE CONCEPTDU DEVELOPPEMENT DURABLESi l'éventualité d'un dommage causé à I'environnement avait été la
seule considération à prendre en compte en l'espèce, les moyens invoqués
par la Hongrie auraient bien pu s'avérer déterminants.
Il y a cependant d'autres facteurs à faire entrer en ligne de compte et
celui du développement n'est pas le moindre car le projet de Gabtikovo
est important à cet égard pour la Slovaquie. La Cour doit maintenir
l'équilibre entre les considérations relatives à l'environnement et celles
relatives au développement invoquées par les Parties respectivement. Le
principe qui permet à la Cour d'y parvenir est celui du développement
La Cour l'a qualifié de concept au paragraphe 140 de son arrêt.
J'estime cependant qu'il est davantage qu'un simple concept, c'est un
principe d e valeur normative, crucial pour statuer en I'espèce. Sans l'aide
des perspectives qu'il apporte, il aurait été difficile de résoudre les problèmes que soulève la présente affaire.
Etant donné que le développement durable est un principe fondamental pour statuer sur les considérations en présence en l'espèce et qu'il
semble destiné à l'avenir - bien qu'il n'ait attiré l'attention que récemment dans la doctrine du droit international - à jouer un rôle de premier
plan dans la solution d'importants différends relatifs à l'environnement,
il appelle un examen assez détaillé. De plus, c'est la première fois qu'il
retient l'attention dans la jurisprudence de la Cour.89GABC~KOVO-NAGYMAROS
PROJECT (SEP.OP.WEERAMANTRY)When a major scheme, such as that under consideration in the present
case, is planned and implemented, there is always the need to weigh considerations of development against environmental considerations, as their
underlying juristic bases
the right to development and the right to
environmental protection - are important principles of current international law.
-In the present case we have, on the one hand, a scheme which, even in
the attenuated form in which it now remains, is important to the welfare
of Slovakia and its people, who have already strained their own resources
and those of their predecessor State to the extent of over two billion dollars to achieve these benefits. Slovakia, in fact, argues that the environment would be improved through the operation of the Project as it would
help to stop erosion of the river bed, and that the scheme would be an
effective protection against floods. Further, Slovakia has traditionally
been short of electricity, and the power generated would be important to
its economic development. Moreover, if the Project is halted in its tracks,
vast structural works constructed at great expense, even prior to the
repudiation of the Treaty, would be idle and unproductive, and would
pose an economic and environmental problem in themselves.
On the other hand, Hungary alleges that the Project produces, or is
likely to produce, ecological damage of many varieties, including harm to
river bank fauna and flora, damage to fish breeding, damage to surface
water quality, eutrophication, damage to the groundwater rĂŠgime, agriculture, forestry and soil, deterioration of the quality of drinking water
reserves, and sedimentation. Hungary alleges that many of these dangers
have already occurred and more will manifest themselves, if the scheme
continues in operation. In the material placed before the Court, each of
these dangers is examined and explained in considerable detail.
How does one handle these considerations? Does one abandon the
Project altogether for fear that the latter consequences might emerge?
Does one proceed with the scheme because of the national benefits it
brings, regardless of the suggested environmental damage? O r does one
steer a course between, with due regard to both considerations, but
ensuring always a continuing vigilance in respect of environmental harm?
It is clear that a principle must be followed which pays due regard to
both considerations. 1s there such a principle, and does it command recognition in international law? 1 believe the answer to both questions is in
the affirmative. The principle is the principle of sustainable development
and, in my view, it is a n integral part of modern international law. It is
clearly of the utmost importance, both in this case and more generally.
1 would observe, moreover, that both Parties in this case agree on theQuand on planifie et réalise un projet de grande ampleur, tel que
celui dont il s'agit en la présente espèce, il faut toujours apprécier le
poids respectif des considérations relatives a u développement et de celles
relatives à I'environ:nement, car les fondements sur lesquels elles reposent
le droit au développement et le droit à la protection de
sont d'importants principes du droit international
Nous sommes en l'espèce en présence d'un projet qui. même dans la
forme atténuée sou:< laquelle il subsiste aujourd'hui, est important pour
la prospérité de la Slovaquie et de son peuple, qui ont déjà grevé leurs
propres ressources iet celles de 1'Etat prédécesseur à hauteur de plus de
2 milliards de dollars afin d'obtenir les avantages qui en découlent. La
Slovaquie, de fait, soutient que la mise en œuvre du projet améliorera
l'environnement en ce qu'elle aidera à arrêter l'érosion du lit du fleuve, et
que le projet assurera une protection efficace contre les crues. De plus la
Slovaquie manque traditionnellement d'électricité et le courant produit
devrait être très utile pour son développement économique. Qui plus est,
si le projet est bloqué net, des ouvrages considérables édifiés à grands
frais, même avant It: rejet d u traité, resteront inutilisés et improductifs et
poseront par eux-mêmes un problème sur le plan d e l'économie et de
La Hongrie allègue, elle, en revanche que le projet entraîne ou entraînera probablement une grande variété de préjudices écologiques, notamment des dommage:; à la faune et à la flore des rives du fleuve ainsi qu'au
frai des poissons, la détérioration de la qualité des eaux de surface, l'eutrophisation, la dégradation d u régime des eaux souterraines, de I'agriculture, des forêts et du sol, la détérioration de la qualité des réserves
d'eau potable et la sédimentation. La Hongrie prétend que nombre de
ces dangers se sont déjà réalisés et qu'il s'en manifestera davantage si
l'exploitation du projet continue. Chacun de ces dangers est examiné et
expliqué avec beaucoup de détails dans les documents présentés à la
Comment aborder ces considérations? Abandonne-t-on le projet complètement par crainte de subir les conséquences que l'on vient d'énumérer? Le mène-t-on ri terme à cause des avantages qu'il apporte a u pays,
sans tenir compte des dommages à l'environnement qui ont été évoqués?
O u garde-t-on un cap intermédiaire en tenant compte comme il se doit de
ces deux considérat:ions, mais en faisant preuve d'une vigilance constante
a l'égard des attein1.e~à I'environnement?
II est clair que l'on doit suivre un principe qui tienne dûment compte
des deux considérations. Un tel principe existe-t-il et s'impose-t-il à la
reconnaissance en droit international? I l faut, je crois, répondre aux
deux questions par l'affirmative. Ce principe est celui d u développement
durable et. selon moi, il fait partie intégrante du droit international moderne. I l revêt manifestement la plus grande importance, à la fois dans la
présente affaire et de façon plus générale.
De plus, je ferais observer que les deux Parties sont d'accord sur
--90GABCIKOVO-NAGYMAROS PROJECT(SEP.OP.WEERAMANTRY)applicability to this dispute of the principle of sustainable development.
Thus, Hungary states in its pleadings that:
"Hungary and Slovakia agree that the principle of sustainable
development, as formulated in the Brundtland Report, the Rio Declaration and Agenda 21 is applicable to this dispute . . .
International law in the field of sustainable development is now
sufficiently well established, and both Parties appear to accept this."
(Reply of Hungary, paras. 1.45 and 1.47.)
Slovakia states that "inherent in the concept of sustainable development is the principle that developmental needs are to be taken into
account in interpreting and applying environmental obligations"
(Counter-Memorial of Slovakia, para. 9.53; see also paras. 9.54-9.59).
Their disagreement seems to be not as to the existence of the principle
but, rather, as to the way in which it is to be applied to the facts of this
case (Reply of Hungary, para. 1.45).
The problem of steering a course between the needs of development
and the necessity to protect the environment is a problem alike of the law
of development and of the law of the environment. Both these vital and
developing areas of law require, and indeed assume, the existence of a
principle which harmonizes both needs.
T o hold that no such principle exists in the law is to hold that current
law recognizes the juxtaposition of two principles which could operate in
collision with each other, without providing the necessary basis of principle for their reconciliation. The untenability of the supposition that the
law sanctions such a state of normative anarchy suffices to condemn a
hypothesis that leads to so unsatisfactory a result.
Each principle cannot be given free rein, regardless of the other. The
law necessarily contains within itself the principle of reconciliation. That
principle is the principle of sustainable development.
This case offers a unique opportunity for the application of that principle, for it arises from a Treaty which had development as its objective,
and has been brought to a standstill over arguments concerning environmental considerations.
The people of both Hungary and Slovakia are entitled to development
for the furtherance of their happiness and welfare. They are likewise
entitled to the preservation of their human right to the protection of
their environment. Other cases raising environmental questions have been
considered by this Court in the context of environmental pollution arising
from such sources as nuclear explosions, which are far removed from
development projects. The present case thus focuses attention, as no
other case has done in the jurisprudence of this Court, on the question of
the harmonization of developmental and environmental concepts.PROJET GABCIKOVO-NAGYMAROS(OP. IND. WEERAMANTRY) 90I'applicabilité du principe du développement durable en l'espèce. Ainsi la
Hongrie déclare-t-elile dans ses écritures:
«La Hongrie et la Slovaquie admettent toutes deux que le principe
du développenient durable, tel qu'il est formulé dans le rapport
Brundtland, la déclaration de Rio et action 21, est applicable au présent différend.. .
Le droit international en matière de développement durable est
maintenant suffisamment bien établi et les deux Parties semblent en
convenir. » (Réplique de la Hongrie, par. 1.45, 1.47.)
La Slovaquie déclare, elle, que: «la notion de développement durable
est liée au principe que les besoins du développement doivent être pris en
compte lors de l'interprétation et de l'application des obligations en
matière d'environnement)) (contre-mémoire de la Slovaquie, par. 9.53;
voir aussi par. 9.54-9.59).
Les Parties ne seinblent pas être en désaccord sur l'existence du principe, mais plutôt sur la manière dont il doit être appliqué aux faits de
l'espèce (réplique de la Hongrie, par. 1.45).
Le problème qui consiste à tenir le cap entre les besoins du développement et la nécessité de protéger I'environnement se pose à la fois dans le
droit du développement et dans celui de l'environnement. Ces deux
domaines vitaux et en plein développement du droit requièrent et même
admettent l'existence d'un principe qui harmonise ces deux impératifs.
Juger qu'aucun principe juridique de ce genre n'existe, c'est juger que
le droit actuel reconnaît la juxtaposition de deux principes susceptibles
d'entrer en conflit, sans fournir le principe sur lequel on aurait besoin de
se fonder pour les c.oncilier. Supposer que le droit sanctionne un tel état
d'anarchie normative est une proposition qu'on ne saurait retenir, qui
suffit à condamner .une hypothèse aboutissant à des résultats si peu satisfaisants.
On ne peut pas lâcher la bride à chaque principe, sans tenir compte de
l'autre. Le droit inclut nécessairement en lui-même le principe de conciliation. Ce principe est celui du développement durable.
La présente affaire donne une occasion unique d'appliquer ce principe,
car elle a ii son origine un traité qui avait pour but le développement et
qui a été rendu inopérant à cause de désaccords sur des considérations
relatives à l'environnement.
Les peuples de la Hongrie et de la Slovaquie ont tous deux droit au
développement pour favoriser leur bonheur et leur prospérité. De même
ils ont tous deux droit à la sauvegarde du droit de l'homme qu'est pour
eux la protection de leur environnement. La Cour a déjà examiné d'autres
affaires qui posaient des questions relatives à I'environnement dans le
contexte de polluti.ons d'autres origines, par exemple des explosions
nucléaires, bien éloignées des projets de développement. Ainsi la présente
affaire fait-elle porter l'attention, comme aucune autre affaire antérieure
dans la jurisprudence de la Cour, sur la question de l'harmonisation des
concepts du développement et de la protection de I'environnement.(a) Development as a Principle of lnternutional Luw
Article 1 of the Declaration on the Right to Development, 1986,
asserted that "The right to development is an inalienable human right."
This Declaration had the overwhelming support of the international
community and has been gathering strength since then2. Principle 3 of
the Rio Declaration, 1992, reaffirmed the need for the right to development to be fulfilled.
"Development" means, of course, development not merely for the sake
of development and the economic gain it produces, but for its value in
increasing the sum total of human happiness and welfare'. That could
perhaps be called the first principle of the law relating to development.'T o the end of improving the sum total of human happiness and welfare, it is important and inevitable that development projects of various
descriptions, both minor and major, will be launched from time to time
in al1 parts of the world.
(b) Environrnentul Protection as a Principle of' Internutionul Law
The protection of the environment is likewise a vital part of contemporary human rights doctrine, for it is a sine qua non for numerous
human rights such as the right to health and the right to life itself. It is' 146 votes in favour, with one vote against.Many years prior to the Declaration of 1986, this right had received strong support in
the field of human rights. As early as 1972, at the Third Session of the Institut international de droits de l'homme, Judge KĂŠba Mbaye, President of the Supreme Court of Senegal and later to be a Vice-President of this Court, argued strongly that such a right
existed. He adduccd detailed argument in support of his contention from economic. political and moral standpoints. (See K. Mbaye, "Le droit au dĂŠveloppement comme un droit
de l'homme", Rcixuc tles droits de l'liommc, 1972, Vol. 5, p. 503.)
Nor was the principle without influential voices in its support from the developed world
as well. Indeed, the genealogy of the idea can be traced much further back even to the
conceptual stages of the Universal Declaration of Huinan Rights, 1948.
Mrs. Eleanor Roosevelt, who from 1946 to 1952 served as the Chief United States representative to Committee III, Humanitarian, Social and Cultural Affairs, and was the first
Chairperson, from 1946 to 1951. of the United Nations Human Rights Commission, had
observed in 1947, "We will have to bear in mind that we are writing a bill of rights for
the world and that one of the most important rights is the opportunity for development."
(M. Glen Johnson, "The Contribution of Eleanor and Franklin Roosevelt to the Development of the International Protection for Human Rights", Huriion Rigllts Quurterljl, 1987,
Vol. 9, p. 19, quoting Mrs. Roosevelt's column, "My Day". 6 February 1947.)
General Assembly resolution 642 (VII) of 1952, likewise, referred expressly to "integrated economic and social development".
The Preamble to the Declaration on the Right to Development (1986) recites that
development is a comprehensive, economic. social and cultural process which aims ai the
constant improvement and well-being of the entire population and of al1 individuals on
the basis of their active, free and meaningful participation in development and in the fair
distribution of the benefits resulting therefrom.PROJET GABC~KOVO-NAGYMAROS(OP. IND. WEERAMANTRY) 9 1a) Le dével~pp~ement
en tant que principe du droit internationul
L'article premier de la déclaration sur le droit au développement de
1986, affirme que: le droit au développement est un droit inaliénable de
l'hornde)). Cette déclaration a recueilli l'appui massif de la communauté
internationale' et son poids s'est renforcé depuis lors2. Le principe 3 de
la déclaration de Rio de 1992 a réaffirmé la nécessité de réaliser le droit
Bien entendu, le ((développement))signifie le développement non pas
seulement pour lui-même et les gains économiques qu'il engendre, mais
pour la valeur qu'il a parce qu'il accroît la somme de bonheur et de bienêtre des êtres humains3. Tel est, pourrait-on peut-être dire, le premier
principe du droit relatif au développement.
Pour améliorer la somme de bonheur et de bien-être des êtres humains,
il importe et il est inévitable que des projets de développement de diverses
sortes, petits ou grands, soient lancés périodiquement dans toutes les
(4b) Lu protection de l'environnenzent
en tunt que principe du droit international
La protection de l'environnement est, elle aussi, un élément essentiel de
la doctrine contemporaine des droits d e l'homme, car elle est une condition sine qucz non di: nombre de droits de l'homme, tels que le droit à la' Cent quarante-six voix pour, une voix contre.
Bien des années avant la déclaration de 1986 ce droit avait requ un soutien énergique dans
le domaine des droits de I'homme. Dès 1972, à la troisième session de l'Institut international
des droits de l'homme, NI. Kéba Mbaye, président de la Cour suprême du Sénégal, qui devint
plus tard Vice-Président cle la Cour internationale de Justice, a soutenu avec vigueur l'existence
d'un tel droit. II a fait valoir des arguments détailles à l'appui de cette affirmation du point de
vue économique. politiq~ieet moral (voir K. Mbaye, «Le droit au développement comme un
des (Iroirs de l'/tomme, 1972, vol. 5, p. 503).
droit de l'homnie)), Rev~ic~
II n'a pas non plus manqué de voix influentes à l'appui de ce principe dans le monde
développé lui aussi. Pour suivre la genèse de cette idée. on peut même remonter jusqu'aux
moments de la conception de la déclaration universelle des droits de I'homme en 1948.
Mme Eleanor Roosevelt, qui a exercé de 1946 à 1952 les fonctions de représentant principal des Etats-Unis à l;i Troisième Commission (questions sociales, humanitaires et culturelles) et fut. de 1946 à 1951. le premier président de la Commission des droits de
I'homme de l'Organisation des Nations Unies. a fait observer en 1947: «Nous ne devons
pas oublier que nous écrivons une déclaration des droits pour le monde entier et que l'un
des droits les plus importants est la possibilité du développement.)) ( M . Glen Johtison,
<<TheContribution of Eleanor and Franklin Roosevelt to the Development of the International Protection for Human Rights)), Humun Rigllts Quurtc~r(v,1987, vol. 9. p. 19,
citant la chronique de bAn" Roosevelt, « M y Day o. 6 février 1947.)
La résolution 642 (VII) de l'Assemblée générale de 1952 s'est référée de même en termes
exprès au «développement économique et social intégré)).
Aux ternies du préambule de la déclaration sur le droit au développement de 1986, le
développement est un processus global, économique, social, culturel et politique. qui vise
à améliorer sans cesse le bien-être de l'ensemble de la population et d e tous les individus.
sur la base de leur participation active, libre et significative au développenient et au
partage équitable des bienfaits qui endécoulent.92GABC~KOVO-NAGYMAROSPROJECT(SEP.OP.WEERAMANTRY)scarcely necessary to elaborate on this, as damage to the environment can
impair and undermine al1 the human rights spoken of in the Universal
Declaration and other human rights instruments.
While, therefore, al1 peoples have the right to initiate development
projects and enjoy their benefits, there is likewise a duty to ensure that
those projects d o not significantly damage the environment.
(c) Sustainable Development as u Principle of International Lali~
After the early formulations of the concept of development, it has been
recognized that development cannot be pursued to such a point as to
result in substantial damage to the environment within which it is to
occur. Therefore development can only be prosecuted in harmony with
the reasonable demands of environmental protection. Whether development is sustainable by reason of its impact on the environment will, of
course, be a question to be answered in the context of the particular situation involved.
It is thus the correct formulation of the right to development that that
right does not exist in the absolute sense, but is relative always to its
tolerance by the environment. The right to development as thus refined
is clearly part of modern international law. It is compendiously referred
to as sustainable development.
The concept of sustainable development can be traced back, beyond
the Stockholm Conference of 1972, to such events as the Founex meeting
of experts in Switzerland in June 197 1 4; the conference on environment
and development in Canberra in 1971; and United Nations General
Assembly resolution 2849 (XXVI). It received a powerful impetus from
the Stockholm Declaration which, by Principle 11, stressed the essentiality of development as well as the essentiality of bearing environmental
considerations in mind in the developmental process. Moreover, many
other Principles of that Declaration5 provided a setting for the development of the concept of sustainable development6 and more than onethird of the Stockholm Declaration related to the harmonization of environment and development '. The Stockholm Conference also produced
an Action Plan for the Human Environment8.See Sustuinable Dri~rlopmrntand Intc,rnational Lait,, Winfried Lang (ed.), 1995. p. 143.
For example, Principles 2. 3, 4, 5, 8, 9, 12, 13 and 14.
These principles are thought to be based to a large extent on the Founex Report see Sustainahle Drvrlopment and Interncrtional Law, Winfried Lang (ed.), supra, p. 144.
' lhid.
Action Plan for the Human Environment, United Nations doc. A/CONF.48/14/
Rev.1. See especially Chapter II which devoted its final section to development and the
environment.PROJETGABCIKOVO-NAGYMAROS
(OP. IND. WEERAMANTRY) 92santé et le droit a la. vie lui-même. Il n'est guère nécessaire de développer
cette question, car les dommages causés à l'environnement peuvent compromettre et saper tous les droits de l'homme dont parlent la déclaration
universelle et les autres actes consacrant de tels droits.
Ainsi, a u droit qu'ont tous les peuples d'entreprendre des projets d e
développement et dle profiter des bienfaits qui en découlent correspond
une obligation d e veiller à ce que ces projets ne causent pas d e dommages
significatifs i l'enviironnement.
c) Le diveloppemeirt durable en tant que principe du droit internutional
Après les formulations initiales du concept du développement, on a
reconnu que le développement ne pouvait pas être poursuivi jusqu'au point
où il entraînait un dommage grave pour I'environnement dans lequel il
devait se produire. Le développement ne peut donc être poursuivi qu'en
harmonie avec les exigences raisonnables de la protection de l'environnement. Quant à savoir si le développement est durable compte tenu de son
effet sur l'environnement, il s'agit là, à l'évidence, d'une question qui
appelle une réponse dans le contexte de la situation particulière envisagée.
Correctement formulé, le droit a u développement n'existe donc pas en
un sens absolu, mais reste toujours relatif par rapport à ce que l'environnement tolère. Ainsi précisé, le droit a u développement fait clairement
partie du droit international moderne. O n l'appelle d e façon concise le
On peut retrouver les origines d u concept d u développement durable
en remontant, au-deli de la conférence de Stockholm d e 1972, jusqu'à
des événements tels que la réunion d'experts de Founex en Suisse en juin
19714, la conférence sur l'environnement et le développement de Canberra de 1971 et la résolution 2849 (XXVI) de l'Assemblée générale de
l'organisation des Nations Unies. Un élan puissant lui a été imprimé par
la déclaration de Stockholm, dont le principe I I souligne que le développement est essentiel et que, dans sa mise en œuvre, il est fondamental de
tenir compte des considérations relatives a l'environnement. De plus,
nombre d'autres principes de cette déclaration5 établissent un cadre pour
formuler le concept du développement durableh et plus du tiers de la
déclaration a pour objet l'harmonisation de la protection d e I'environnement et d u développement7. La conférence de Stockholm a produit aussi
un plan d'action pour l'environnement8.
Voir Sustuitiuble Development und Internationul Luii, Winfried Lang (dir. publ.),
1995, p. 143.
Par exemple, les principes 2, 3, 4, 5. 8, 9, 12, 13 et 14.
Ces principes semblent ètre fondés dans une large mesure sur le rapport de Founex (voir
Su.stuinablr Drvc~lopmrnfand Inirrnutionrrl Luii, Winfried Lang (dir. publ.), supru. p. 144).
Plan d'action pour l'environnement, Nations Unies, doc. A/CONF.48114/Rev. 1 ; voir
en particulier le chapitre II, dont la section finale est consacrée au développement et à
I'environnement.'The international community had thus been sensitized to this issue
even as early as the early 1970s, and it is therefore no cause for surprise
that the 1977 Treaty, in Articles 15 and 19, made special reference to
environmental considerations. Both Parties to the Treaty recognized the
need for the developmental process to be in harmony with the environment and introduced a dynamic element into the Treaty which enabled
the Joint Project to be kept in harmony with developing principles of
Since then, it has received considerable endorsement from al1 sections
of the international community, and at al1 levels.
Whether in the field of multilateral treatiesy, international declarationslO; the foundation documents of international organizations"; the
practices of international financial institutions12; regional declarations
and planning document^'^; o r State practiceI4, there is a wide and general recognition of the concept. The Bergen ECE Ministerial Declaration
on Sustainable Development of 15 May 1990, resulting from a meeting of
For example, the United Nations Convention to Combat Desertification (The United
Nations Convention to Combat Desertification in those Countries Experiencing Serious
Droughts andlor Desertification, Particularly in Africa). 1994, Preamble, Art. 9 (1); the
United Nations Framework Convention on Climate Change, 1992 (ILM. 1992,
Vol. XXXI, p. 849. Arts. 2 and 3); and the Convention on Biological Diversity (ILM,
1992. Vol. XXXI, p. 818, Preamble, Arts. I and 10 - "sustainable use of biodiversity").
"' For example, the Rio Declaration on Environment and Development, 1992, emphasizes sustainable development in several of its Principles (e.g., Principles 4, 5, 7, 8, 9, 20,
21, 22. 24 and 27 refer expressly to "sustainable development" which can be described as
the central concept of the entire document); and the Copenhagen Declaration, 1995
(paras. 6 and 8). following on the Copenhagen World Summit for Social Development,
' ' For example, the North American Free Trade Agreement (Canada, Mexico, United
States) (NAFTA, Preamble, ILM, 1993. Vol. XXXII, p. 289); the World Trade Organization (WTO) (paragraph 1 of the Preamble of the Marrakesh Agreement of 15 April 1994,
establishing the World Trade Organization, speaks of the "optimal use of the world's
resources in accordance with the objective of sustainable development"
ILM, 1994.
Vol. XXXIII. pp. 1143-1 144); and the European Union (Art. 2 of the ECT).
-l 2 For example, the World Bank Group, the Asian Development Bank. the African
Development Bank, the Inter-American Development Bank, and the European Bank for
Reconstruction and Development al1 subscribe to the principle of sustainable development. Indeed, since 1993, the World Bank has convened an annual conference related to
advancing environmentally and socially sustainable development (ESSD).l 3 For example, the Langkawi Declaration on the Environment, 1989, adopted by the
"Heads of Government of the Commonwealth representing a quarter of the world's population" which adopted "sustainable development" as its central theme; Ministerial Declaration on Environmentally Sound and Sustainable Development in Asia and the Pacific,
Bangkok, 1990 (doc. 38a. p. 567); and Action Plan for the Protection and Management of
the Marine and Coastal Environment of the South Asian Seas Region. 1983 (para. 10:
"sustainable, environmentally sound development").
l 4 For example, in 1990. the Dublin Declaration by the European Council on the Environmental Imperative stated that there must be an acceleration of effort to ensure that
economic development in the Community is "sustainable and environmentally sound"PROJET GAEICIKOVO-NAGYMAROS(OP. I N D . WEERAMANTRY) 9 3Ainsi la cornmuniauté internationale a-t-elle été rendue sensible à cette
question dès le début des années soixante-dix; on ne doit donc pas s'étonner que le traité de 1977 ait fait une mention spéciale des considérations
relatives à l'enviroinnement à ses articles 15 et 19. Les deux parties a u
traité ont reconnu la nécessité d'un processus de développement qui fût
en harmonie avec I'environnement et elles ont introduit dans le traité un
élément dynamique permettant de maintenir le projet conjoint en accord
avec les principes dle droit international en voie d'évolution.
Depuis lors, le développement durable a bénéficié d'un soutien considérable de la part de toutes les sections de la communauté internationale
Le concept jouit donc d'une reconnaissance ample et générale, que ce
soit dans le domaine des traités multilatéraux9; des déclarations internationales "'; des actes fondateurs d'organisations internationales " ; de la
pratique des institutions financières internationales l'; des déclarations et
des documents de planification de caractère régional13; ou de la pratique
des Etats". La déclaration ministérielle de Bergen sur le développement'Par exemple. la convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification
dans les pays gravement touchés par la sécheresse etiou la désertification, en particulier en
Afrique, 1994, préambule, art. 9, par. 1 ; la convention-cadre des Nations Unies sur les
changements climatiques, de 1992 (Reiwc, gén(;rulc, de tlroit inferncitional public,. t. 96,
1992. p. 925, art. 2 et 3), et la convention sur la diversité biologique (ibid., p. 952, préambule. art. 1 et 10: ((utilisation durable de la diversité biologique))).
l u Par exemple, la déclaration de Rio sur l'environnement et le développement, de 1992.
qui met l'accent sur le développement durable dans plusieurs de ses principes (les principes
4, 5, 7, 8, 9, 20, 21. 22. 24 et 27 se réfèrent notamment en termes exprès au ((développement durable)), que l'on peut qualifier de concept central de l'acte tout entier), et la déclaration de Copenhague de 1995 (par. 6 et 8). qui a fait suite au sommet mondial de
Copenhague de 1995 pour le développement social.
Par exemple, l'accord de libre-échange nord-américain (Canada. Mexique, EtatsUnis) ( A L E N A , préambule, I L M . 1993, vol. XXXII, p. 289); l'organisation mondiale du
commerce (OMC) (l'alinéa 1 du uréambule de l'accord de Marrakech du 15 avril 1994
instituant l'orga~isation mondiaie du commerce parle de «l'utilisation optimale des
ressources mondiales conformément ii I'obiectif de dévelopuement durable))), Rc,vu<,rc;nc;rtrlc (/(, droit inrc~rnutio~zal
pul~lic.t. 98, 1994, p. 803: et l'union européenne (article 2 du
'' Par exemple. le groupe de la Banque mondiale. la Banque asiatique de développement, la Banque africaine de développement, la Banque interaméricaine de développement et la Banque eui-opéenne pour la reconstruction et le développement souscrivent
tous au principe du dkveloppement durable. De fait, depuis 1993, la Banque mondiale
organise une conférence annuelle visant à promouvoir le développement écologiquement
rationnel et durable (ESSD).
l 3 Par exemple, la dkclaration de Langkawi sur l'environnement. de 1989, adoptée par
les «chefs de gouvernement du Commonwealth représentant un quart de la population
mondiale)). qui a reteriu le ((développement durable» comme thème central: la déclaration ministérielle sur un développement écologiquement rationnel et durable en Asie et
dans le Pacifique. Bangkok, 1990 (doc. 38a. p. 567). et le plan d'action pour la protection
et la gestion de l'environnement marin et côtier de la région des mers du sud asiatique,
1983 (par. 10 : « u n développement durable sans danger pour l'environnement »).
l 4 Par exemple. en 1990, la déclaration de Dublin du Conseil européen sur les impératifs de l'en\iroiinement indique qu'il faut intensifier les efforts pour garantir que le développement économique de la Communauté soit ((durable, sans danger pour I'environ-94GABCIKOVO-NAGYMAROS PROJECT (SEP. OP.WEERAMANTRY)Ministers from 34 countries in the ECE region, and the Commissioner
for the Environment of the European Community, addressed "The challenge of sustainable development of humanity" (para. 6), and prepared a
Bergen Agenda for Action which included a consideration of the Economics of Sustainability, Sustainable Energy Use, Sustainable Industrial
Activities, and Awareness Raising and Public Participation. It sought to
develop "sound national indicators for sustainable development"
(para. 13 ( b ) )and sought to encourage investors to apply environmental
standards required in their home country to investments abroad. It also
sought to encourage UNEP, UNIDO, UNDP, IBRD, ILO, and appropriate international organizations to support member countries in ensuring environmentally sound industrial investment, observing that industry
and government should CO-operate for this purpose (para. 15 (f))15.
Resolution of the Council of Europe, 1990, propounded a European
Conservation Strategy to meet, inter alia, the legitimate needs and aspirations of al1 Europeans by seeking to base economic, social and cultural
development on a rational and sustainable use of natural resources, and
to suggest how sustainable development can be achieved 1 6 .The concept of sustainable development is thus a principle accepted
not merely by the developing countries, but one which rests on a basis of
In 1987, the Brundtland Report brought the concept of sustainable
development to the forefront of international attention. In 1992, the Rio
Conference made it a central feature of its Declaration, and it has been a
focus of attention in al1 questions relating to development in the developing countries.
(Bulletin of' the Europeun Cornmuniries, 6, 1990, Ann. II. p. 18). It urged the Community and Member States to play a major role to assist developing countries in their efforts
to achieve "long-term sustainable development" (ibid., p. 19). I t said, in regard to countries of Central and Eastern Europe, that remedial measures must be taken "to ensure
that their future economic development is sustainable" (ihid.). It also expressly recited
"As Heads of State or Government of the European Community, . . . [w]e intend
that action by the Community and its Member States will be developed . . . on the
principles of sustainable development and preventive and precautionary action."
(Ihid., Conclusions of the Presidency. Point 1.36, pp. 17-18.)
I s Basic Documents o f Internationril Environmentcil Lait.. Harald Hohmann (ed.),
Vol. 1, 1992, p. 558.
l 6 Ibid., p. 598.PROJET GABCIKOVO-NAGYMAROS (OP. I N D . WEERAMANTRY)94durable, du 15 mai 1990, de la Commission économique pour l'Europe,
issue d'une réunion de ministres de trente-quatre pays de la région relevant
de la Commission, et du commissaire pour I'environnement de la Communauté européenne, a examiné «le défi du développement durable de l'humanité)) (par. 6 ) ; elle a préparé le programme d'action de Bergen, qui
incluait l'examen dt: l'économie de la durabilité, des utilisations durables
de l'énergie, des activités industrielles durables et de la prise de conscience,
ainsi que de la participation publique. Elle tendait a développer «des indicateurs nationaux sûrs pour le développement durable)) (par. 13 h ) ) et
s'efforçait d'encourager les investisseurs a appliquer a leurs investissements
à l'étranger les critères écologiques requis dans leurs pays d'origine.
Elle s'est efforcée aussi d'encourager le Programme des Nations Unies
pour l'environnement (PNUE), l'organisation des Nations Unies pour
le développement industriel (ONUDI), le Programme des Nations Unies
pour le développement (PNUD), la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), l'Organisation internationale du
travail (OIT) et les organisations internationales compétentes à aider les
pays membres a effectuer des investissements industriels sans danger pour
I'environnement, faisant observer que l'industrie et les gouvernements
Une résolution du Conseil
devraient coopérer à cette fin (par. 15 f))I5.
de l'Europe de 1990 a proposé une stratégie européenne de la conservation pour subvenir, notamment, aux besoins et aspirations légitimes de
tout le développem'ent avec un emploi rationnel et durable des ressources
naturelles, ainsi que pour indiquer comment réaliser un développement
durable 1 6 .
Le concept du développement durable est donc un principe que non
seulement les pays en développement acceptent, mais aussi qui se fonde
sur une adhésion mondiale.
En 1987, le rapport Brundtland a placé le concept d u développement
durable a u premier plan des préoccupations internationales. En 1992, la
conférence de Rio a fait de lui l'une des pièces maîtresses de sa déclaration et il s'est trouvé au centre de toutes les considérations relatives a u
développement daris les pays en développement.
nement)) (Bulletin des tiommunuufc~sruropi.enncs, no 6, 1990, annexe II, p. 19). Elle invite
instamment la Communauté et ses Etats membres à jouer un rôle de premier plan pour
aider les pays en développement dans leurs efforts visant à aboutir à un ((développement
durable à long terme)) (ihid.. p. 20). En ce qui concerne les pays d'Europe centrale et orientale. il est dit que des mesures correctives doivent être prises ((pour garantir la viabilité de
leur développement économique futur)) lihid.). II est aussi déclaré en termes exprès
«[E]n tant que chefs d'Etat ou de gouvernement de la Communauté européenne ...
[nlous souhaitons que l'action entreprise par la Communauté et ses Etats membres
soit développée ... selon les principes du développement durable et du recours aux
mesures préventives » (ihid., conclusions de la présidence, point 1.36, p. 17-18).
1 5 Busic Doclirnents ~JlnternutionulEni,ironmentul Lubv. Harald Hohmann (dir. publ.),
I h Ihid.. p. 598.95GABCIKOVO-NAGYMAROS
PROJECT (SEP.OP.WEERAMANTRY)The principle of sustainable development is thus a part of modern
international law by reason not only of its inescapable logical necessity,
but also by reason of its wide and general acceptance by the global community.
The concept has a significant role to play in the resolution of environmentally related disputes. The components of the principle come from
well-established areas of international law - human rights, State responsibility, environmental law, economic and industrial law, equity, territorial sovereignty, abuse of rights, good neighbourliness - to mention a
few. It has also been expressly incorporated into a number of binding and
far-reaching international agreements, thus giving it binding force in the
context of those agreements. It offers an important principle for the resolution of tensions between two established rights. It reaffirms in the arena
of international law that there must be both development and environmental protection, and that neither of these rights can be neglected.
The general support of the international community does not of course
mean that each and every member of the community of nations has given
its express and specific support to the principle
nor is this a requirement for the establishment of a principle of customary international law.
-As Brierly observes :
"lt would hardly ever be practicable, and al1 but the strictest of
positivists admit that it is not necessary, to show that every state has
recognized a certain practice, just as in English law the existence of a
valid local custom or custom of trade can be established without
proof that every individual in the locality, or engaged in the trade,
has practised the custom. This test of generul recognition is necessarily a vague one; but it is of the nature of customary law, whether
national or international . . ." l 7
Evidence appearing in international instruments and State practice (as
in development assistance and the practice of international financial institutions) likewise amply supports a contemporary general acceptance of
Recognition of the concept could thus, fairly, be said to be worldwide lx.I 7 J. Brierly, Tlie Lait, uf Nations, 6th ed., 1963. p. 61 ; emphasis added.
'"ee,
further, L. Kriimer, EC Treaty und Environt~ietitalLu~i,,2nd ed.. 1995, p. 63.
analysing the environmental connotation in the word "sustainable" and tracing it to the
Brundtland Report.Le principe du développement durable fait ainsi partie du droit international moderne d'abord en vertu de sa nécessité logique inéluctable,
mais aussi à cause de son acceptation générale par la communauté mondiale.
Un tel concept a un r6le appréciable à jouer dans la résolution des
différends relatifs à I'environnement. Les éléments constitutifs du principe proviennent de domaines bien établis du droit international: droits
de l'homme, responsabilité des Etats, droit de I'environnement, droit économique et industriel, équité, souveraineté territoriale, abus de droit,
bon voisinage, pour n'en citer que quelques-uns. 11 a été aussi expressément incorporé dans un certain nombre d'accords internationaux obligatoires et de grancle portée, ce qui lui confère une force obligatoire aux
fins de ces accords. Il fournit un principe important pour dissiper les
tensions entre deux droits établis. Il réaffirme, dans le domaine du droit
international, qu'il faut à la fois le développement et la protection de
I'environnement et que l'on ne saurait négliger ni l'un ni l'autre de ces
Certes, l'appui genéral de la communauté internationale ne signifie pas
que chaque membre de la communauté des nations, à titre individuel, ait
expressément donné son soutien à ce principe; cela n'est du reste pas
requis pour l'établiissement d'un principe de droit international coutumier.
Comme le fait observer Brierly:
«Ce ne serait quasi jamais réalisable et seuls les positivistes les
plus rigoureux se refusent à admettre que point n'est besoin d'établir
que tous les E:tats aient reconnu une certaine pratique, de même
qu'en droit anglais on peut établir l'existence d'une coutume locale
ou professionr~ellevalide sans prouver que chacun des individus de
la localité ou du métier ait suivi cette coutume. Ce critère de la
reconnaissance gknérulr est nécessairement vague; mais telle est la
nature du droit coutumier national ou international ... » l 7
On recense également dans des actes internationaux et dans la pratique des Etats (par exemple l'assistance au développement et la pratique
des institutions fin,ancières internationales) des éléments qui confirment
largement, eux aussi, l'acceptation générale de ce concept à l'heure
On pourrait donc bel et bien qualifier de mondiale la reconnaissance de
ce concept 18.J. Brierly, The Luit, qf'Nutions, 6' éd., 1963, p. 61 ; les italiques sont de moi.
Voir aussi, L. Kramer. EC Treutjl unci Environntrntal Luiv, 2' éd., 1995, p. 63. avec
une analyse des connotations écologiques du terme «durable». que cet ouvrage fait
remonter au rapport Brundtland.
I7lx(d) The Need for International Law to Druw upon the WorldS Diversity of Cultures in Hurmonizing Development and Environmental Protection
This case, which deals with a major hydraulic project, is an opportunity to tap the wisdom of the past and draw from it some principles
which can strengthen the concept of sustainable development, for every
development project clearly produces an effect upon the environment,
and humanity has lived with this problem for generations.
This is a legitimate source for the enrichment of international law,
which source is perhaps not used to the extent which its importance
In drawing into international law the benefits of the insights available
from other cultures, and in looking to the past for inspiration, international environmental law would not be departing from the traditional
methods of international law, but would, in fact, be following in the path
charted out by Grotius. Rather than laying down a set of principles a
priori for the new discipline of international law, he sought them also a
posteriori from the experience of the past, searching through the whole
range of cultures available to him for this purpose '? From them, he drew
the durable principles which had weathered the ages, on which to build
the new international order of the future. Environmental law is now in a
formative stage, not unlike international law in its early stages. A wealth
of past experience from a variety of cultures is available to it. It would be
pity indeed if it were left untapped merely because of attitudes of formalism which see such approaches as not being entirely de rigueur.
1 cite in this connection a n observation of Sir Robert Jennings that, in
taking note of different legal traditions and cultures, the International
Court (as it did in the Western Sahara case):
"was asserting, not negating, the Grotian subjection of the totality
of international relations t o international law. It seems t o the writer,
indeed, that at the present juncture in the development of the international legal system it may be more important to stress the imperative need to develop international law t o comprehend within itself
the rich diversity of cultures, civilizations and legal traditions . . ."'O
Moreover, especially at the frontiers of the discipline of international
I y Julius Stone, Human Law and Humun Justice, 1965, p. 6 6 : "It was for this reason
that Grotius added to his theoretical deductions such a mass of concrete examples from
*" Sir Robert Y. Jennings, "Universal International Law in a Multicultural World", in
International Law and the Grotiun Heritage: A Cornmernorative Colloquiurn on tlze Occasion of the Fourth Centrnary of the Birth o f Hugo Grotius. edited and published by the
T.M.C. Asser Institute, The Hague, 1985, p. 195.PROJET GABC~KOVO-NAGYMAROS (OP. IND.WEERAMANTRY)96d) Lu nécessité, pour le droit international,
de mettre ù contribution la diversité culturelle du monde
u$n d'harmoniser le développement et la protection de l'environnement
La présente affaire, relative à un grand projet hydraulique, donne
l'occasion de tirer parti de la sagesse d u passé et d'y puiser certains principes susceptibles de renforcer le concept d u développement durable, car
il est clair que tout projet d e développement produit un effet sur I'environnement et l'humanité vit avec ce problème depuis des générations.
C'est là une source légitime d'enrichissement d u droit international,
dont on ne se sert peut-être pas dans la mesure justifiée par son importance.
Quand le droit iriternational de I'environnement introduit dans le droit
international les bénéfices des perspectives qu'ouvrent d'autres cultures et
demande une inspiration a u passé, il ne s'écarte pas des procédés traditionnels du droit international, mais suit, en réalité, le chemin tracé par Grotius.
Plutôt que d'établir une série de principes à priori pour la nouvelle discipline du droit international, Grotius a cherché a les tirer aussi à posteriori
de l'expérience du passé, en explorant tout l'éventail des cultures auxquelles
il avait accès à cett~rfinI9. C'est chez elles qu'il a trouvé les principes durables qui avaient rksisté à l'épreuve du temps afin d'édifier sur cette base le
nouvel ordre international de l'avenir. Le droit de I'environnement traverse
maintenant une période de formation, qui n'est pas sans rappeler le droit
international à ses tout débuts. Il peut faire appel à un trésor d'expériences
passées venant de cultures diverses. Quel dommage ce serait vraiment si l'on
s'abstenait d'y puise:r, rien qu'a cause d'attitudes formalistes pour lesquelles
de telles méthodes ne sont pas tout à fait de rigueur!
Je cite à ce propos une remarque de sir Robert Jennings, qui disait qu'en
prenant note de la diversité des traditions juridiques et des cultures la Cour
internationale, comme elle l'a fait dans l'affaire du Sahara occidental:
«s'est prononcée pour et non pas contre la façon dont Grotius a
soumis la totalité des relations internationales au droit international.
Le présent auteur estime, même, qu'en l'état actuel du développement du système juridique international il importe peut-être plus de
souligner le besoin impératif de développer le droit international afin
d'y inclure la riche diversité des cultures, des civilisations et des traditions juridique^...))'^
De plus, la discipline du droit international se doit, surtout a ses'"Julius Stone, Humun Laii und Humun Justice, 1965, p. 6 6 : ((Voilà pour quelle raison
Grotius a ajouté à ses déductions théoriques une telle masse d'exemples concrets tirés de
2u Sir Robert Y. Jennings, «Universal International Law in a Multicultural World)),
dans lnternritional Luis and the Grotiun Herituge: A Commemorutive Colloquium on the
Occusion of the Fourrh Centrnury o f t h e Birth of Hugo Grotius, T. M. C . Asser lnstitute
(dir. publ.). La Haye, 1985, p. 195.97GABCIKOVO-NAGYMAROS PROJECT(SEP.OP. WEERAMANTRY)law, it needs to be multi-disciplinary, drawing from other disciplines such
as history, sociology, anthropology, and psychology such wisdom as may
be relevant for its purpose. On the need for the international law of the
future to be interdisciplinary, 1 refer to another recent extra-judicial
observation of that distinguished former President of the Court that:
"there should be a much greater, and a practical, recognition by
international lawyers that the rule of law in international affairs, and
the establishment of international justice, are inter-disciplinary subject~"~'.
Especially where this Court is concerned, "the essence of true univer~ a l i t y " ' ~of the institution is captured in the language of Article 9 of the
Statute of the International Court of Justice which requires the "representation of the main ,forms of'civilizution and of the principal legal systems of the world" (emphasis added). The struggle for the insertion of the
italicized words in the Court's Statute was a hard one, led by the Japanese representative, Mr. Adatci2', and, since this concept has thus been
integrated into the structure and the Statute of the Court, 1 see the Court
as being charged with a duty to draw upon the wisdom of the world's
several civilizations, where such a course can enrich its insights into the
matter before it. The Court cannot afford to be monocultural, especially
where it is entering newly developing areas of law.
This case touches an area where many such insights can be drawn to
the enrichment of the developing principles of environmental law and to
a clarification of the principles the Court should apply.
It is in this spirit that 1 approach a principle which, for the first time in
its jurisprudence, the Court is called upon to apply - a principle which
will assist in the delicate task of balancing two considerations of enormous importance to the contemporary international scene and, potentially, of even greater importance to the future.
(e) Some Wisdom from the Pus/ Reluting to S~rstuinubleDevelopment
There are some principles of traditional legal systems that can be
woven into the fabric of modern environmental law. They are specially
pertinent to the concept of sustainable development which was well""International Lawyers and the Progressive Development of International Law",
T/~c~ory
of'lnrernutioticil LUM.ut tlic, Tlrrc~.slioldcf'ilir 21st Ceniurj., Jerzy Makarczyk (ed.),
1996, p. 423.
'Z Jennings, "Universal International Law in a Multicultural World", op. cit., p. 189.
" On this subject of contention, see Procc;s- Verhcru'r oJ' rlir P/.oc~~dings
qf t l i ~Comniirrc~c~.
16 June-24 July 1920. esp. p. 136.confins, d'être multidisciplinaire et d'emprunter à d'autres disciplines,
telles que l'histoire, la sociologie, l'anthropologie et la psychologie, toute
sagesse susceptible de lui être utile. A propos de la nécessité, pour le droit
international de l'avenir, d'être interdisciplinaire, je me réfère à une autre
remarque faite récemment hors du prétoire par cet éminent ancien président de la Cour:
«Les juristes de droit international devraient reconnaître beaucoup plus et de. façon pratique que le respect de la primauté du droit
dans les affaires internationales et l'instauration de la justice internationale sont des sujets interdisciplinaires. » 2 1
Surtout quand c'est de la Cour internationale de Justice qu'il s'agit,
((l'essence de l'universalité ~éritable»~"e cette institution se trouve saisie
dans les termes de l'article 9 de son Statut qui prescrit la ((représentation
des grundes formes do civilisation et des principaux systèmes juridiques
du monde» (les italiques sont de moi). La lutte a été dure pour faire
introduire les mots en italiques dans le Statut de la Cour, elle a été menée
par le représentant du Japon, M. A d a t ~ i et~ ~puisque
ainsi ce concept a
été intégré à la structure et au Statut de la Cour j'estime que celle-ci est
tenue de faire appel à la sagesse des diverses civilisations du monde,
lorsqu'une telle méthode peut enrichir sa perspective de l'affaire portée
devant elle. La Cour ne peut se permettre d'être monoculturelle, surtout lorsqu'elle pénètre dans des domaines du droit de développement
La présente affaire touche à un domaine où nombre de perspectives de
ce genre s'offrent pour enrichir les principes du droit de l'environnement
qui se développent et tirer au clair les principes que la Cour devrait appliquer.
Voilri dans quel esprit j'aborde un principe qu'il est demandé à la Cour
d'appliquer pour la première fois dans sa jurisprudence - un principe
qui facilitera la tâche délicate de concilier deux considérations d'une très
grande importance sur la scène internationale contemporaine et susceptibles d'en présentex une plus grande encore à l'avenir.
e) Quelques éliments de lu sugesse du passé reluifs
uu développement duruble
Il existe certains principes des systèmes de droit traditionnels qui peuvent être inclus dans la trame du droit moderne de l'environnement. Ils
présentent une pertinence spéciale du point de vue du concept du déve2' ((International Lawyers and the Progressive Development of International Law»,
Theorj ofhitc,rnutiona/ LUICut [/le Thre.s/iu/d ( ~[/le
f 21~C
t ~ I I / U I Jerzy
: I . , Makarczyk (dir.
publ.), 1996. p. 423.
I 2 Jennings, «Universal International Law in a Multicultural World)), op. ci!., p. 189.
2 3 Sur ce point controversé, voir Procés-verbau'r des s6ancrs du Comité. 16 juin-24 juilIci 1920, en particulier p. 136.recognized in those systems. Moreover, several of these systems have
particular relevance t o this case, in that they relate t o the harnessing of
streams and rivers and show a concern that these acts of human interference with the course of nature should always be conducted with due
regard to the protection of the environment. In the context of environmental wisdom generally, there is much to be derived from ancient civilizations and traditional legal systems in Asia, the Middle East, Africa,
Europe, the Americas, the Pacifie, and Australia - in fact, the whole
world. This is a rich source which modern environmental law has left
As the Court has observed, "Throughout the ages mankind has, for economic and other reasons, constantly interfered with nature." (Judgment,
para. 140.)
The concept of reconciling the needs of development with the protection of the environment is thus not new. Millennia ago these concerns
were noted and their twin demands well reconciled in a manner so meaningful as to carry a message to Our age.1 shall start with a system with which 1 a m specially familiar, which
also happens to have specifically articulated these two needs - development and environmental protection - in its ancient literature. 1 refer to
the ancient irrigation-based civilization of Sri Lanka24. It is a system
which, while recognizing the need for development and vigorously implementing schemes t o this end, at the same time specifically articulated the
need for environmental protection and ensured that the technology it
employed paid due regard to environmental considerations. This concern
for the environment was reflected not only in its literature and its technology, but also in its legal system, for the felling of certain forests was prohibited, game sanctuaries were established, and royal edicts decreed that
the natural resource of water was to be used to the last drop without any
This system, some details of which 1 shall touch on25, is described by
24 This was not an isolated civilization, but one which maintained international relations with China, on the one hand, and with Rome (1st c.) and Byzantium (4th c.), on the
other. The presence of its ambassadors at the Court of Rome is recorded by Pliny (lib. vi
c. 24), and is noted by Grotius - De Jure Pruedue Commentarius, G . L. Williams and
Law, James B. Scott (ed.), 1950, pp. 240-241.
W. H. Zeydol (eds.), Clussics oJ'In~ernufional
This diplomatic representation also receives mention in world literature (e.g., Milton,
Paradise Reguined, Book IV). See also Grotius' reference to the detailed knowledge of
Ceylon possessed by the Romans - Grotius, Mare Liberutx (Freedom of the Seas),
trans. R. van Deman Magoffin, p. 12. The island was known as Taprobane to the Greeks,
Serendib to the Arabs, Lanka to the Indians, Ceilao to the Portuguese, and Zeylan to the
Dutch. Its trade with the Roman Empire and the Far East was noted by Gibbon
25It is an aid to the recapitulation of the matters mentioned that the edicts and works1 shall refer to have been the subject of written records, maintained contemporaneouslyand over the centuries. See footnote 38 below.loppement durable, que ces systèmes connaissaient bien. De plus, plusieurs de ces systèmes sont d'une pertinence particulière en l'espèce, car
ils se rapportent a l',aménagement des cours d'eau et attestent le souci de
faire en sorte que ces interventions humaines dans le cours de la nature
soient toujours accomplies dans le respect qui se doit de la protection de
I'environnement. Er1 matière de sagesse écologique en général, il y a beaucoup à apprendre des civilisations anciennes et des systèmes juridiques
traditionnels de l'Asie, du Moyen-Orient, de l'Afrique, de l'Europe, des
Amériques, du Pacifique et de l'Australie - en fait du monde entier. Il
s'agit là d'une source abondante que le droit moderne de l'environnement
a laissée, dans une large mesure, inexploitée.
Comme l'a fait observer la Cour, «[a]u cours des âges, l'homme n'a
cessé d'intervenir dans la nature pour des raisons économiques et autres))
(arrêt, par. 140).
L'idée de concilier les besoins du développement et la protection de
l'environnement n'est donc pas nouvelle. Il y a des milliers d'années, ces
préoccupations étaient déjà à l'ordre du jour et la conciliation opérée
entre leurs exigences jumelles était si fructueuse qu'elle est porteuse d'un
message pour notre époque.
Je commencerai par un système que je connais particulièrement bien et
qui se trouve avoir aussi énoncé avec précision ces deux besoins - le
développement et la protection de I'environnement - dans sa littérature
ancienne. Je parle cle l'antique civilisation, fondée sur l'irrigation, du Sri
Lanka24. Il s'agit d'un système qui, tout en reconnaissant la nécessité du
développement et en entreprenant résolument la réalisation de projets à
cette fin, a dans le même temps expressément énoncé le besoin de protéger l'environnement et s'est assuré que les techniques qu'il utilisait
tenaient bien compte des considérations liées à l'environnement. Ce souci
de I'environnement trouve son expression non seulement dans sa littérature et ses techniques, mais aussi dans son système juridique, car I'abattage de certaines forêts était interdit, des refuges pour la faune furent
créés et des édits royaux prescrivaient d'utiliser jusqu'à la dernière goutte
sans le moindre gaspillage la ressource naturelle que constituait l'eau.
Ce système, dorit je mentionnerai certains détails25, est décrit par
24 Ce n'était pas une civilisation isolée, elle entretenait des relations internationales,
d'une part avec la Chine, d'autre part avec Rome (1'' siècle) et Byzance (IV' siècle).
La présence de ses ambassadeurs à la cour de Rome est consignée par Pline (livre VI,
chap. 24) et relevée par Grotius (Dr Jure Prurdae Conimrnturius, Le droit de pri.rr, traduction de Houwens Post, 1936, p. 262-263). Cette représentation diplomatique est aussi
mentionnée dans la littérature mondiale (par exemple Milton, «Le paradis reconquis», livre IV). Voir aussi la référence de Grotius à la connaissance détaillée de Ceylan
qu'avaient les Romains (Grotius, Mare liherum (De la liberté des mers), traduction de
M . A. Guichon de Gi-andpont, p. 26). L'île était appelée Taprobane par les Grecs,
Serendib par les Arabes, Lanka par les Tndiens, Ceilao par les Portugais et Zeylan par les
Hollandais. Gibbon fait état des relations commerciales qu'elle entretenait avec 1'Empire romain et l'Extrême-Orient.
25 Pour faire le point sur les questions mentionnées, le texte écrit des édits et ouvrages
que je vais indiquer, élaborés à l'époque et conservés pendant des siècles, est d'une grande
aide. Voir note 38 ci-après.99GABC~KOVO-NAGYMAROS PROJECT(SEP.OP.WEERAMANTRY)Arnold Toynbee in his panoramic survey of civilizations. Referring to it
as an "amazing system of w a t e r ~ o r k s " ~Toynbee
describes2' how hill
streams were tapped and their water guided into giant storage tanks,
~ ~ , which channels ran
some of them four thousand acres in e ~ t e n t from
on to other larger tanks29.Below each great tank and each great channel
were hundreds of little tanks, each the nucleus of a village.
The concern for the environment shown by this ancient irrigation system
has attracted study in a recent survey of the Social and Environmental
Effects of Large Dams3(', which observes that among the environmentally
related aspects of its irrigation systems were the "erosion control tank"
which dealt with the problem of silting by being so designed as to collect
deposits of silt before they entered the main water storage tanks. Several
erosion control tanks were associated with each village irrigation system.
The significance of this can well be appreciated in the context of the present
case, where the problem of silting has assumed so much importance.
Another such environmentally related measure consisted of the "forest
tanks" which were built in the jungle above the village, not for the purpose of irrigating land, but to provide water to wild animals3'.2 h Arnold J. Toynbee, A S t u d j ~of Hisrory, Somervell's Abridgment, 1960, Vol. 1,
27 Ibid., p. 81, citing John Still, The Jungle Tide.
2"everal of these are still in use, e.g., the Tissaiveivu (3rd c. BC); the Nuivaralt~eivu(3rd
~ c. A D ) ; and the Purukrania
c. B C ) ; the Minneriyu funk (275 A D ) ; the K u l a i v r ~ t .(5th
Sunzudru (Sea of Parakrama, I l th c. AD).
2y The technical sophistication of this irrigation system has been noted also in Joseph
Needham's monumental work on Science and Civilizution in China. Needham, in describing the ancient irrigation works of China. makes numerous references to the contemporary irrigation works of Ceylon, which he discusses at some length. See especially, Vol. 4,
Physics und Phy.c.icu1 Technology, 1971, pp. 368 et .seq. Also p. 215: "We shall see how
skilled the ancient Ceylonese were in this art."
30 Edward Goldsmith and Nicholas Hildyard, The Social und Eni~ironmentulEffrcts o f
Large Danzs, 1985, pp. 291-304.
For these details. see Goldsmith and Hildyard, ibid., pp. 291 and 296. The same
authors observe :'"Sri Lanka is covered with a network of thousands of man-made lakes and ponds,
known locally as tanks (after tanque, the Portuguese word for reservoir). Some are
truly massive, many are thousands of years old, and almost al1 show a high degree of
sophistication in their construction and design. Sir James Emerson Tennent, the nineteenth century historian, marvelled in particular at the numerous channels that were
dug underneath the bed of each lake in order to ensure that the flow of water was
'constant and equal as long as any water remained in the tank'."PROJETGABC~KOVO-NAGYMAROS
(OP. IND.WEERAMANTRY) 99Arnold Toynbee dans son panorama des civilisations. Le qualifiant de
((système hydraulique étonnant»26, Toynbee expose27 comment, après
des prises dans les cours d'eau des montagnes, on guidait l'eau jusqu'a
des réservoirs géarits, dont certains avaient une superficie supérieure
à 16 000 hectares2", et d'où partaient des canaux se prolongeant jusqu'à d'autres grandis réservoir^^^. En aval de chaque grand réservoir et de
chaque grand canal, il y avait des centaines de petits réservoirs, dont
chacun constituait le noyau d'un village.
Le souci que cet antique système d'irrigation témoigne pour l'environnement a été examiné dans une analyse récente des effets sociaux et écologiques des grands barrages3", où il est dit qu'il faut, parmi les aspects
- liés a la protection de l'environnement - de la construction de ces
systèmes d'irrigation, relever les ((réservoirs antiérosion)) qui résolvaient
le problème de l'envasement du fait de leur conception qui permettait a la
vase de s'y déposer avant de pénétrer dans les principaux réservoirs
d'accumulation de l'eau. Chaque système d'irrigation des villages comportait plusieurs réservoirs antiérosion. On appréciera l'importance de
ce facteur en l'espèce où le problème de l'envasement a pris une telle
Une autre mesurl: liée i la protection de l'environnement est celle des
((réservoirs forestiers)) construits dans la jungle en amont du village, non
pas pour irriguer les terres, mais pour fournir de l'eau aux animaux sauvages l .Arnold J. Toynbee, A S t u d ~of~ History, Somervell's Abridgment, 1960, t. 1, p. 257." 7hici.. p. 81, citant John Still, The JungleTido.
2Vlusieurs d'entre jeux sont encore en service, par exemple celui de Tissuiirivu
(111' siècle av. J.-C.);celui de Nu~varuit~riia
(IIIe siècle av. J.-C.);le réservoir de Minneriyu
(275 de notre ère); celui de Kulaireii~u (V' siècle); et le Parukrumu Samudra (mer de
Parakrama, XIe siècle).
2y La complexité technique de ce système d'irrigation a été aussi relevée dans l'ouvrage
monumental de Joseph Needham, Science and Civilization in Chinu. Décrivant les ouvrages
d'irrigation antiques de la Chine, Needham se réfère souvent aux travaux d'irrigation de
Ceylan de l'époque, qu'il discute assez longuement. Voir en particulier le tome 4, Physics
und Physical Technology, 1971 (p. 368 et suiv.). Aussi page 215: ((Nous verrons à quel
point les anciens habitants de Ceylan étaient habiles dans cet art. )>
j0 Edward Goldsmith et Nicholas Hildyard, The Social and Environmental E1fect.s of
Large Dams, 1985, pp. 291-304.
Pour en savoir plus à ce sujet, voir Goldsmith et Hildyard (ibid., p. 291 et 296). Les
mêmes auteurs font ob::erver:
((Sri Lanka est couvert par un réseau de lacs et d'étangs artificiels connus dans le
pays sous le nom de tanks (d'après tanque, qui signifie réservoir en portugais). Certains sont vraiment énormes, bon nombre existent depuis des milliers d'années, des
perfectionnements très poussés caractérisent la construction et la conception de
presque tous. Sir James Emerson Tennent, l'historien du XIX' siècle, s'est émerveillé
en particulier devant les nombreux canaux creusés sous le lit de chaque lac pour
garantir un flux d'eau ((constant et régulier tant qu'il restait de I'eau, si peu soit-il.
dans le réservoir. »100GABCIKOVO-NAGYMAROS PROJECT (SEP.OP. WEERAMANTRY)This system of tanks and channels, some of them two thousand years
old, constitute in their totality several multiples of the irrigation
works involved in the present scheme. They constituted development as it
was understood at the time, for they achieved in Toynbee's words, "the
arduous feat of conquering the parched plains of Ceylon for agriculturemS2.Yet they were executed with meticulous regard for environmenta1 concerns, and showed that the concept of sustainable development
was consciously practised over two millennia ago with much success.
Under this irrigation system, major rivers were dammed and reservoirs
created, on a scale and in a manner reminiscent of the damming which
the Court saw on its inspection of the dams in this case.
This ancient concept of development was carried out on such a large
scale that, apart from the major r e s e r v ~ i r s of
there were several32 Toynbee, op. cit., p. 81. Andrew Carnegie, the donor of the Peace Palace, the seat of
this Court, has described this ancient work of development in the following terms:"The position held by Ceylon in ancient days as the great granary of Southern Asia
explains the precedence accorded to agricultural pursuits. Under native rule the
whole island was brought under irrigation by means of artificial lakes. constructed by
one still existing is twenty miles
dams across ravines, many of them of great extent
but the system has been allowed to fall into decay." (Andrew
Carnegie, Round the World, 1879 (1933 ed.), pp. 155-160.)
--33 The first of these major tanks was thought to have been constructed in 504 BC (Sir
James Emerson Tennent, Crqlon, 1859, Vol. 1, p. 367). A few examples, straddling 15 centuries, were :the Vavunik-kulam (3rd c. BC)(1,975 acres water surface, 596 million cubic feet water
m or 2nd c. BC)(2,029 acres water surface, 770 million
capacity); the P a ~ ~ u t k u l a(3rd
Parker, Ancic~ntCeylun, 1909. pp. 363, 373;
cubic feet water capacity)
---the Ti.~suwei.ia(3rd c. BC);and the Nuivuraiven'a (3rd c. RC),both still in service and
still supplying water to the ancient capital Anuradhapura. which is now a provincial
the Minneriya tank (275 AD)("The reservoir upwards of twenty miles in circumference
. . . the great embankment remains nearly perfect") (Tennent, op. rit., Vol. II. p. 600);u c. AD).area considerably in excess of 1,000 acres;
the T o p a ~ c r ~ v(4th
embankment 3.25 miles long, rising to a height of 40 feet,
the Kaluiveli~a(5th c. A D )
tapping the river Kala Oya and supplying water to the capital Anuradhapura through
a canal 50 miles in length;
the Yodaiveiva (5th c. AD).Needham describes this as "A most grandiose conception
. . . the culmination of Ceylonese hydraulics . . . an artificial lake with a six-and-a-half
mile embankment on three sides of a square, sited on a sloping plain and not in a river
valley at all." It was fed by a 50-mile canal from the river Malvatu-Oya;
--the Parakruniu Samudra (Sea of Parakrama) (1 lth c. AD),embankment 9 miles long,
up to 40 feet high, enclosing 6,000 acres of water area. (Brohier, Ancient Irrigution
Works in Ce~,lon,1934, p. 9.)PROJET GABC~KOVO-NAGYMAROS (OP.IND.WEERAMANTRY)100Les dimensions de l'ensemble de ce réseau de réservoirs et de canaux,
dont certains existent depuis deux mille ans, sont de plusieurs fois supérieures a celles des 'ouvrages d'irrigation du projet qui nous occupe. Ces
réservoirs et canau.x constituaient un «développement» au sens où on
l'entendait a cette époque, car ils réalisaient, selon les termes de Toynbee,
«l'exploit pénible de conquérir les plaines desséchées de Ceylan pour
l'agri~ulture»~*.
Et pourtant ils étaient construits avec un souci méticuleux de l'environnement et démontraient que le concept du développement durable était rnis en œuvre consciemment avec de bons résultats il y
a plus de deux mille ans.
Dans ce système d'irrigation, on établissait des barrages sur de grands
cours d'eau et on cr.éait des réservoirs à une échelle et selon des procédés
qui rappellent les ouvrages que la Cour a pu voir en visitant les barrages
dans la présente affaire.
Cette conception ;ancienne du développement a été réalisée à une si vaste
échelle qu'en dehors de ces réservoirs principauxs3, qui se comptent par32
Toynbee, op. cit., p. 81. Andrew Carnegie, le donateur du Palais de la Paix, le siège
de la Cour, a décrit ces anciens travaux d'aménagement dans les termes suivants:« L a position de grenier de l'Asie du Sud, qui était celle de Ceylan dans l'Antiquité,
explique la primauté donnée à l'activité agricole. Sous l'autorité des dirigeants du
pays, l'île entière a tSté irriguée au moyen de lacs artificiels, établis par des barrages en
travers de ravins et souvent d'une superficie considérable - l'un d'eux qui subsiste
mais on a laissé ce système tomber en
encore a une circonférence de 32 kilomètres
ruine.)) (Andrew Carnegie, Round //te World, 1879, éd. 1933, p. 155-160.)
-"On pense que le premier de ces grands réservoirs a été construit en 504 av. J.-C. (sir
James Emerson Tenneni;. Ceylon, 1859, t. 1. p. 367). Citons quelques ouvrages sur quinze
--------le Vui~inik-kulum,IlII" siècle av. J.-C. (eaux d'une superficie de 790 hectares, capacité
de 596 millions de pieds cubes); le Pirvutkulum, IllCou IIe siècle av. J.-C. (eaux d'une
superficie de 812 hectares, capacité de 770 millions de pieds cubes) (Parker, Ancirnf
Crj.lon, 1909. p. 363. 373):
le Tissuii~rii~u,
III' siécle av. J.-C., et le Nuivuruir~ii.u,IIIe siècle av. J.-C., les deux toujours en service et qui continuent à fournir de l'eau à l'ancienne capitale Anuradhapura, maintenant capitale de province;
le rtservoir de Minnrriyu, 275 de notre ère («le réservoir faisait plus de 32 kilomètres
de circonférence ... 1.1berge principale reste presque parfaite))) (Tennent. op. cit., t. II,
p. 600);
le Topu~.rii.u,IVe sikcle, dont la superficie dépasse nettement 400 hectares;
le Kaluirt~r~~u,
V' siècle, ses bords ont 5,2 kilomètres de long et s'élèvent à une hauteur
de 12.20 mètres; il recueille l'eau de la rivière Kala Oya et alimente la capitale
Anuradhapura par lin canal d'une longueur de 80 kilomètres;
le Yoduii,ei.vu. VC siécle. Needham le décrit comme «une conception des plus grandioses ... l'apogée de l'hydraulique de Ceylan ... un lac artificiel avec des digues de
remblai de 10.5 kilomètres sur trois cotés d'un carré, situé sur une plaine en pente et
pas du tout dans la vallée d'un cours d'eau)). Il était alimenté par un canal de 80 kilomètres venant de la rivière Malvatu-Oya;
la Purakramu Sumudru (mer de Parakrama), XIe siécle, avec des rives de 14.5 kilomètres de long, atteignant 12,20 mètres de haut et enserrant un réservoir d'une superficie de 2400 hectares (Brohier, Ancient Irrigution Works in Ceylon, 1934, p. 9).dozen, between 25,000 and 30,000 minor reservoirs were fed from these
reservoirs through an intricate network of ~ a n a l s ~ ~ .
The philosophy underlying this gigantic s y ~ t e m which
~ ~ , for upwards
of two thousand years served the needs of man and nature alike, was
articulated in a famous principle laid down by an outstanding monarch 3"
that "not even a little water that comes from the rain is to flow into the
ocean without being made useful to man"". According to the ancient
c h r o n i c l e ~ ~these
~ , works were undertaken "for the benefit of the country", and "out of compassion for al1 living creature~"~'.This complex of
irrigation works was aimed at making the entire country a granary. They
embodied the concept of development par p.\-cellencc.
Just as development was the aim of this system, it was accompanied by
a systematic philosophy of conservation dating back to at least the third
century BC. The ancient chronicles record that when the King (Devanampiya Tissa, 247-207 BC) was on a hunting trip (around 223 BC), the
Arahat40 Mahinda, son of the Emperor Asoka of India, preached to him
7 4 On the irrigation systems, generally, see H. Parker, Anrient Crylon, op. cit.: R. L.
Brohier, Ancient Irrigation Works in Cejdon, 1934; Edward Goldsmith and Nicholas
Hildyard, op. rit., pp. 291-304. Needham, describing the ancient canal system of China,
observes that "it was comparable only with the irrigation contour canals of Ceylon, not
with any work in Europe" (op. rit., Vol. 4. p. 359).
"so vast were the dimensions of some of these gigantic tanks that many still in existence cover an area from fifteen to twenty miles in circumference" (Tennent, op. cit., Vol. 1,
36 King Parakrama Bahu (1 153-1 186 AD). This monarch constructed or restored 163
major tanks, 2,376 minor tanks, 3,910 canals, and 165 dams. His masterpiece was the Sea
of Parakrama, referred to in footnote 33. All of this was conceived within the environmental philosophy of avoiding any wastage of natural resources."'7See Toynbee's reference to this:
"The idea underlying the system was very great. It was intended by the tank-building kings that none of the rain which fell in such abundance in the mountains should
reach the sea without paying tribute to man on the way." (Op. cit., p. 81.)38 The Mal~avarnsa,Turnour's translation. Chap. XXXVII, p. 242. The Mrrhavatn.su
was the ancient historical chronicle of Sri Lanka, maintained contemporaneously by
Buddhist monks, and an important source of dating for South Asian history. Commencing at the close of the 4th century AD, and incorporating earlier chronicles and oral
traditions dating back a further eight centuries, this constitutes a continuous record for
over 15 centuries - see The Muhuvumsu or. The Greut C/~ronirleof' Ceylon. translated
into English by Wilhelm Geiger, 1912, Introduction, pp. ix-xii. The King's statement,
earlier referred to, is recorded in the Muhui~an~sa"In the realm that is subject to me are . . . but few fields which are dependent on
rivers with permanent flow . . . Also by many mountains, thick jungles and by widespread swamps my kingdom is much straitened. Truly, in such a country not even a
little water that comes from the rain must flow into the ocean without being made
useful to man." ( I h i d . Chap. LXVIII, verses 8-12. )
39 See also, on this matter. Emerson Tennent, op. rit., Vol. 1, p. 31 1.
40 A person who has attained a very high state of enlightenment. For its more technical
meaning, see Walpola Rahula. History of Buddhism in Ccylon, 1956, pp. 217-221.PROJET G A B ~ ~ K O V O - N A G Y M A R O (OP.
IND.WEERAMANTRY)101plusieurs dizaines, de vingt-cinq mille à trente mille réservoirs secondaires étaient alimentés à partir des grands par l'intermédiaire d'un réseau
complexe de canaux.34.
La philosophie de base de ce système g i g a n t e s q ~ e ~
~ , a servi aux
besoins tant de l'homme que de la nature pendant plus de deux mille ans,
s'incarne dans un principe fameux posé par un monarque exceptionnel 3 6 :
«pas la moindre goutte d'eau de pluie ne doit s'écouler dans l'océan sans
avoir été rendue utile Dour l'homme»37. Selon les anciennes chroniq u e ~ ces
~ ~ouvrages
ont été entrepris «pour le bien du pays» et «par
com~assionDour toutes les créatures vivantes»39. Cet ensemble d'ouvrages d'irrigation avait pour but de transformer la totalité du pays en un
grenier à grains. Il incarnait le concept du développement par excellence.
Le développement, qui constituait le but de ce système, s'accompagnait
d'une philosophie systématique de la conservation: celle-ci remonte au
moins au IIIe siècle avant Jésus-Christ. Les anciennes chroniques relatent
que le roi (Devanan-ipiya Tissa, 247-207 av. J.-C.) était parti chasser (vers
223 av. J.-C.), lorsque 1'arhat4O Mahinda, fils de l'empereur Asoka de
34 Sur les systèmes d'irrigation en général, voir H. Parker, Ancient Ceylon, op. cit. ;
R. L. Brohier, Ancient Iivrigation Works in Ceylon, 1934; Edward Goldsmith et Nicholas
Hildyard, op. rit., p. 291-304. Décrivant le système ancien des canaux de la Chine, Needham fait observer qu'«il n'était comparable qu'aux canaux d'irrigation selon les courbes
de niveau de Ceylan et 5i aucun ouvrage en Europe)) (op. cit., t. 4, p. 359).
jS «Les dimensions de certains de ces réservoirs gigantesques étaient telles que nombre
d'entre eux, qui existent toujours, ont une circonférence de 24 à 32 kilomètres. » (Tennent,
op. cit., t. 1, p. 364.)
j6 Le roi Parakrama IBahu, 1153-1 186 de notre ère. Ce monarque a construit ou restauré 163 réservoirs principaux, 2376 réservoirs secondaires, 3910 canaux et 165 barrages.
Son chef d'œuvre a été la mer de Parakrama, cité ci-dessus à la note 33. Tout cela prenait
place dans le cadre de la philosophie environnementaliste, qui entend éviter le gaspillage
37 Voir la mention qu')en fait Toynbee:
((L'idée sur laquelle se fondait le système était très remarquable. Les rois bâtisseurs
de réservoirs vou1aii:nt qu'aucune partie de la pluie qui tombait avec une telle abondance dans les montagnes n'atteignît la mer sans payer au passage un tribut à
I'homme. » (Op. cil., p. 81 .)
j8 Mahavamsa, traduc:tion de Turnour, chap. XXXVII, p. 242. Le Mahavamsa était la
chronique historique ancienne du Sri Lanka, tenue à l'époque par des moines bouddhistes, source importante de la chronologie de l'histoire de l'Asie du Sud. Commençant
à la fin du IVe siècle de notre ère et incluant des chroniques antérieures et des traditions
orales qui remontent à huit siècles plus loin dans le passé, elle constitue une documentation continue sur plus di: quinze siècles (voir The Mahavamsa or The Great Chronicle of
Ceylon, traduite en anglais par Wilhelm Geiger, 1912, introduction, p. ix-xii). La déclaration du roi, mentionnke ci-dessus, se lit comme suit dans le Mahavamsa:«Dans mon royaume ... il n'y a que quelques champs tributaires de cours d'eau aux
flots continus ... De même, ce royaume est enserré par des montagnes, des jungles
épaisses et de vastes marais. A la vérité, dans un tel pays, la moindre goutte de
pluie doit être utiliske par l'homme avant de rejoindre l'océan.)) (Ibid., chap. LXVIII,
vers 8-12.)
3y Voir aussi, sur ce point, Emerson Tennent, op. cit., t. 1, p. 3!1.
40 Personne qui a atteint un degré élevé d'illumination. Pour son sens plus technique,
voir Walpola Rahula, fistory of Buddhism in Ceylon, 1956, p. 217-221.102GABC~KOVO-NAGYMAROSPROJECT(SEP.OP. WEERAMANTRY)a sermon on Buddhism which converted the king. Here are excerpts from
that sermon :"O great King, the birds of the air and the beasts have as equal a
right to live and move about in any part of the land as thou. The
land belongs to the people and al1 living beings; thou art only the
guardian of it."4'
This sermon, which indeed contained the first principle of modern
environmental law - the principle of trusteeship of earth resources caused the king to start sanctuaries for wild animals - a concept which
continued to be respected for over twenty centuries. The traditional legal
system's protection of Sauna and flora, based on this Buddhist teaching,
extended well into the eighteenth c e n t ~ r y ~ ~ .
The sermon also pointed out that even birds and beasts have a right to
freedom from fear43.
The notion of not causing harm to others and hence sic utere tuo ut
alienum non luedus was a central notion of Buddhism. It translated well
into environmental attitudes. "Alienurn "in this context would be extended
by Buddhism to future generations as well, and to other component elements of the natural order beyond man himself, for the Buddhist concept
of duty had an enormously long reach.
This marked concern with environmental needs was reflected also in
royal edicts, dating back to the third century BC, which ordained that
certain primeval forests should on n o account be felled. This was because
adequate forest cover in the highlands was known to be crucial to the
irrigation system as the mountain jungles intercepted and stored the
They attracted the rain which fed the river and irrigation systems of the country, and were therefore considered vital.
Environmental considerations were reflected also in the actual work of
construction and engineering. The ancient engineers devised a n answer to
the problem of silting (which has assumed much importance in the
present case), and they invented a device (the bisokotuwa o r valve pit),
the counterpart of the sluice, for dealing with this environmental probThis sermon is recorded in The Mahavamsa, Chap. XIV.
See K. N. Jayatilleke, "The Principles of International Law in Buddhist Doctrine",
Recueil des cours de l'AcadĂŠmie de droit international, Vol. 120, 1967, p. 558.
43 For this idea in the scriptures of Buddhism, see Digha Nikaya, III, Pali Text Society,
44 Goldsmith and Hildyard, op. cit., p. 299. See, also, R. L. Brohier, "The Interrelation
of Groups of Ancient Reservoirs and Channels in Ceylon", Journal of the Royal Asiatic
Society (Ceylon), 1937, Vol. 34, No. 90, p. 65. Brohier's study is one of the foremost
authorities on the subiect.
42PROJETGAB(?~KOVO-NAGYMAROS
(OP.IND.WEERAMANTRY)102l'Inde, lui a prêché un sermon sur le bouddhisme, qui a converti ce roi.
Voici un passage de ce sermon :
((0grand roi; les oiseaux de l'air et les bêtes ont autant que toi le
droit de vivre et de se mouvoir en toute partie du pays. La terre
appartient au peuple et à tous les êtres vivants; tu n'en es que le gardien. p 4 '
Ce sermon, qui contenait en réalité le premier principe du droit moderne
de I'environnement - le principe de la garde tutélaire des ressources de la
terre - incita le roi à faire établir des refuges pour les animaux sauvages,
conception que l'on n'a cessé de respecter pendant plus de vingt siècles.
La protection accordée à la faune et a la flore par le système juridique
traditionnel, sur la base de cet enseignement bouddhiste, s'est prolongée
jusqu'à une date avancée au XVIIIe siècle42.
Le sermon faisait aussi remarquer que même les oiseaux et les bêtes ont
le droit d'être a l'abri de la peur43.
Le principe de ne pas causer de tort a autrui et donc sic utrre tuo ut
alienum non lardas était une pensée centrale du bouddhisme. Il se traduisait bien dans les attitudes adoptées à l'égard de I'environnement. Dans
ce contexte, le bouddhisme étendrait alienum aux générations futures
elles aussi, ainsi qu'à d'autres éléments constitutifs de l'ordre naturel en
plus de l'homme lu:i-même, car la notion bouddhiste de l'obligation avait
une portée immenslr.
Ce souci caractérisé des besoins de I'environnement transparaît encore
dans des édits royaux, remontant au IIIe siècle avant Jésus-Christ, qui
décidaient que certaines forêts vierges ne devaient en aucun cas être abattues. La raison en, était que l'on savait qu'une couverture forestière
appropriée en altit~iderevêtait une importance essentielle pour le système
d'irrigation, car les jungles des montagnes interceptaient et emmagasinaient les pluies de la mousson44. Elles attiraient la pluie, qui alimentait
les systèmes de cou.rs d'eau et d'irrigation du pays, et on les considérait
donc comme vitales.
Des considérations écologiques trouvent aussi leur expression dans les
travaux de construction et de génie civil. Les ingénieurs antiques ont
conçu une réponse au problème de l'envasement (qui revêt beaucoup
d'importance en l'espèce), ils ont inventé un dispositif (le bisokotuwa ou
fosse à vannes), le pendant de l'écluse, pour faire face a ce problème écoCe sermon est consigné dans le Mahavamsa, chap. XIV.
Voir K. N. Jayatilleke, «The Principles of International Law in Buddhist Doctrine)),
Recueil des cours de l'Académie de droit internutional de La Haye, t. 120, 1967, p. 558.
43 Pour cette idée da.ns les textes du bouddhisme. voir Digha Nikaya. III, Pali Text
Society, p. 850.
44 Goldsmith et Hild:yard, op. cit., p. 299. Voir aussi R. L. Brohier, «The Interrelation
of Groups of Ancient Fleservoirs and Channels in Ceylan)), Journal of the Royal Asiaric
Society (Ceylan), vol. 34, no 90, 1937, p. 65. L'étude de Brohier est l'une de celles qui font
le plus autorité sur ce sujet.
4'42103GABC~KOVO-NAGYMAROS PROJECT(SEP.OP. WEERAMANTRY)lem45, by controlling the pressure and the quantity of the outflow of
~ ~ . were also built, as
water when it was released from the r e ~ e r v o i rWeirs
in the case of the construction involved in this case, for raising the levels
of river water and regulating its flow4'.
This juxtaposition in this ancient heritage of the concepts of development and environmental protection invites comment immediately from
those familiar with it. Anyone interested in the human future would perceive the connection between the two concepts and the manner of their
Not merely from the legal perspective does this become apparent, but
even from the approaches of other disciplines.
Thus Arthur C. Clarke, the noted futurist, with that vision which has
enabled him to bring high science to the service of humanity, put his
finger on the precise legal problem we are considering when he observed:
"the small Indian Ocean island . . . provides textbook examples of many
~ , proceeds
modern dilemmas: development versus e n v i r ~ n m e n t " ~and
immediately to recapitulate the famous sermon, already referred to,
relating to the trusteeship of land, observing, "For as King Devanampiya Tissa was told three centuries before the birth of Christ, we are
its guardians - not its ownet- S."^^
The task of the law is to convert such wisdom into practical terms 45H. Parker, Ancienr Ceylon, op. cit., p. 379:
"Since about the middle of the last century, open wells, called 'valve towers' when
they stand clear of the embankment or 'valve pits' when they are in it, have been built
in numerous reservoirs in Europe. Their duty is to hold the valves, and the liftinggear for working them, by means of which the outward flow of water is regulated or
totally stopped. Such also was the function of the bisokotu~vuof the Sinhalese engineers; they were the first inventors of the valve-pit more than 2,100 years ago."H. Parker, op. rit. Needham observes:
"Already in the first century AD they [the Sinhalese engineers] understood the
principle of the oblique weir . . . But perhaps the most striking invention was the
intake-towers or valve towers ( B i s o k o f u ~which
~ ~ j were fitted in the reservoirs perhaps from the 2nd Century BC onwards, certainly from the 2nd Century AD . . . In
this way silt and scum-free water could be obtained and at the same time the pressure-head was so reduced as to make the outflow controllable." (Joseph Needham,
Science and Civilization in China, op. cit.. Vol. 4, p. 372.)
47 K. M. de Silva, A Hisrory of Sri Lanka, 1981, p. 30.
48 Arthur C. Clarke, "Sri Lanka's Wildiife Heritage", Narional Geographic, August
1983, No. 2, p. 254; emphasis added.
49 Arthur C. Clarke has also written:
"Of al1 Ceylon's architectural wonders, however, the most remarkable
and certainly the most u s e f u l is the enormous irrigation system which, for over two thouSand years, has brought prosperity to the rice farmers in regions where it may not
rain for six months at a time. Frequently ruined, abandoned and rebuilt, this legacy
of the ancient engineers is one of the island's most precious possessions. Some of its
artificial lakes are ten o r twenty kilometres in circumference, and abound with birds
and wildlife." (The View frorn Serendip, 1977, p. 121.)
46-PROJET ~ ~ 1 3 ~ 1 ~ 0 ~ 0 - N A G Y M A (OP.
R O S IND.WEERAMANTRY)103logique45,en réglant la pression et le débit de I'eau à la sortie, quand on
la laissait s'écouler du réservoir46. Des déversoirs ont été aussi construits,
comme c'est le cas en l'espèce, pour élever le niveau des eaux des rivières
et régler leur débit 17.
Dans cet héritage ancien, la juxtaposition des concepts du développement et de la protection de l'environnement appelle immédiatement des
observations de la part de ceux qui la connaissent bien. Quiconque s'intéresse à l'avenir de l'humanité ne peut manquer de percevoir le lien qui
unit les deux conce:pts et la manière de les concilier.
Cela n'apparaît pas seulement dans la perspective du droit, mais même
du point de vue d'autres disciplines.
Ainsi Arthur C. Clarke, le futuriste bien connu, avec cette vision qui lui
a permis de mettre la science fondamentale au service de l'humanité, a-t-il
mis le doigt sur le problème juridique précis que nous examinons quand
il a fait observer: «la petite île de l'océan Indien ... fournit des exemples
classiques de nomlbre de dilemmes modernes: le développement contre
l'envir~nnement))~~,
et il reprend aussitôt le fameux sermon déjà mentionné, qui se rapporte à la garde tutélaire des terres, en faisant observer:
«Comme il a été dit au roi Devanampiya Tissa trois siècles avant la naissance du Christ, nous en sommes les gardiens -pus les propriétaires. »49
Le droit a pour tâche de transformer cette sagesse en propositions praH. Parker, Ancient Ceylon, op. cil., p. 379:
((Depuis le milieu du siècle dernier, des puits à ciel ouvert, appelés «tours de prise
d'eau)) quand ils sont hors rive, ou «fosses à vannes)) quand ils sont dedans. ont été
construits dans nombre de réservoirs en Europe. Ils ont pour fonction d'abriter les
vannes et les dispositifs de commande de celles-ci, ce qui permet de régler ou de fermer complètement le débit de I'eau. Telle était aussi la fonction du bisokoruiia des
ingénieurs cinghalais; ce furent eux les premiers inventeurs de la fosse à vannes il y a
plus de deux mille cent ans. ))
4h H. Parker, op. cit., Needham fait observer:
«Dès le 1" siècle de notre ère, ils [les ingénieurs cinghalais] comprenaient le
principe du déversoir à crête oblique ... Mais leur invention peut-être la plus frappante était celle des tours de prise d'eau lhisokotuu~u),qui ont été installées dans les
réservoirs peut-être à partir du IIe siècle av. J.-C. et certainement à partir du IIe siècle
de notre ère ... Airisi pouvait-on obtenir une eau sans vase et sans écume, tandis que
la pression maximale était assez réduite pour permettre de régler l'écoulement.»
(Joseph Needham, Sciuncr und Civilization in China. op. rit., t. 4, p. 372.)
47 K. M. de Silva, A History of Sri Lanka, 1981, p. 30.
48 Arthur C. Clarke, «Sri Lanka's Wildlife Heritage)), Nurionul Grogruphic, août 1983,
no 2, p. 254; les italiques sont de moi.
4y Arthur C. Clarke a aussi écrit:
((Cependant, de toutes les merveilles architecturales de Ceylan, la plus remarquable et certainement la plus utile est l'immense système d'irrigation qui a donné la
prospérité aux rizi,rulteurs pendant plus de deux mille ans, dans des régions où il ne
pleut quelquefois pas pendant six mois d'affilée. Souvent détruit, abandonné et
reconstruit, cet héritage des ingénieurs antiques est l'une des possessions les plus précieuses de l'île. Certains de ces lacs artificiels ont une circonférence de 10 ou 20 kilomètres, avec une abondance d'oiseaux et de vie sauvage. » (The Vietvfrom Serundip,
1977, p. 121.)
45and the law has often lagged behind other disciplines in so doing.
Happily for international law, there are plentiful indications, as recited
earlier in this opinion, of that degree of "general recognition among
States of a certain practice as 0b1igatory"~Oto give the principle of sustainable development the nature of customary law.
This reference to the practice and philosophy of a major irrigation civilization of the pre-modern world5' illustrates that when technology on
this scale was attempted it was accompanied by a due concern for the
environment. Moreover, when so attempted, the necessary response from
the traditional legal system, as indicated above, was one of affirmative
steps for environmental protection, often taking the form of royal decrees,
apart from the practices of a sophisticated system of customary law
which regulated the manner in which the irrigation facilities were to be
used and protected by individual members of the public.
The foregoing is but one illustrative example of the concern felt by
prior legal systems for the preservation and protection of the environment. There are other examples of complex irrigation systems that have
sustained themselves for centuries. if not millennia.
My next illustration comes from two ancient cultures of sub-Saharan
Africa - those of the Sonjo and the Chagga, both Tanzanian t r i b e ~ ~ ~ .
Their complicated networks of irrigation furrows, collecting water from
the mountain streams and transporting it over long distances to the fields
below, have aroused the admiration of modern observers not merely for
their technical sophistication, but aiso for the durability of the complex
irrigation systems they fashioned. Among the Sonjo, it was considered to
be the sacred duty of each generation to ensure that the system was kept
in good repair and al1 able-bodied men in the villages were expected
to take part53. The system comprised a fine network of small canals,
reinforced by a superimposed network of larger channels. The water didJ. Brierly, The Luit. of Nations, op. rit., p. 61.
"It is possible that in no other part of the world are there to be found within the same
space the remains of so many works for irrigation, which are at the same time of such
great antiquity and of such vast magnitude as in Ceylon . . ." (Bailey, Report on Irrigation in Uva, 1859; see also R. L. Brohier, Ancient Irrigation Works in Ceylon, op. rit.,
p. 1 ) ;
"No people in any age or country had so great practice and experience in the construction of works for irrigation." (Sir James Emerson Tennent, op. rit., Vol. 1,
p. 468);
"The stupendous ruins of their reservoirs are the proudest monuments which
remain of the former greatness of their country. . . Excepting the exaggerated dimensions of Lake Moeris in Central Egypt, and the mysterious 'Basin of Al Aram' . . . no
similar constructions formed by any race, whether ancient o r modern, exceed in
colossal magnitude the stupendous tanks of Ceylon." (Sir James Emerson Tennent,
quoted in Brohier, supra, p. 1.)
52 Goldsmith and Hildyard, op. cit., pp. 282-291.
53 Ibid., pp. 284-285.
50tiques
et, à cet égard, il est souvent resté en retard par rapport à
d'autres disciplines. Heureusement pour le droit international, comme on
l'a indiqué plus haut dans la présente opinion, il y a beaucoup d'indications d'un degré siiffisant de cette ((reconnaissance générale d'une certaine pratique comme obligatoire parmi les E t a t s ~ ~pour
O conférer au
principe du développement durable le caractère d'un droit coutumier.
La mention de la pratique et de la pensée d'une importante civilisation
fondée sur l'irrigation dans le monde prémoderne5' illustre le fait que le
souci de l'environnement a accompagné les efforts déployés pour mettre en
œuvre une techno10,gie à cette échelle. De plus, dans cette tentative, la réaction nécessaire du système juridique traditionnel a consisté, comme on l'a
indiqué ci-dessus, à prendre des mesures positives afin de protéger l'environnement, souvent sous la forme de décrets royaux, en dehors des pratiques d'un système perfectionné de droit coutumier qui prescrivait de quelle
manière chacun devait utiliser et protéger les installations d'irrigation.
Ce qui précède n'est qu'un exemple pour illustrer les préoccupations
qu'inspiraient aux systèmes juridiques antérieurs la préservation et la protection de l'environriement. Il y a d'autres exemples de systèmes d'irrigation
complexes. qui se sont perpétués pendant des siècles, voire des millénaires.
Mon exemple suivant provient de deux anciennes cultures de l'Afrique
subsaharienne: les !Sonjo et les Chagga, toutes deux des tribus de Tanzanie52. Leurs réseaux compliqués de rigoles d'irrigation, qui recueillaient
l'eau des cours d'eau de la montagne et la transportaient sur de longues
distances jusqu'aux champs situés en contrebas, ont suscité l'admiration
des observateurs m,odernes, non pas seulement à cause de leur perfection
technique, mais aussi à cause du caractère durable des systèmes complexes d'irrigation ainsi construits. Chez les Sonjo, on estimait que chaque
génération avait l'obligation sacrée de veiller à maintenir le système en
bon état de réparation et tous les hommes valides des villages étaient
censés y p a r t i ~ i p e r ~Le~ .système comprenait un réseau dense de petits
-J. Brierly, The Laçr, of Nations, op. rit., p. 61.
((11 se peut qu'en aucune autre partie du monde on ne puisse trouver dans le même
espace les vestiges de tant d'ouvrages d'irrigation, qui aient à la fois la même antiquité et autant d'ermpleur que ceux de Ceylan...)) (Bailey, Report on Irrigation in
Uva, 1859; voir aussi R. L. Brohier, Anrient Irrigation Works in Ceylon, op. cit.,
«Aucun peuple, à aucune époque ou dans aucun pays, n'a eu tant de pratique et
d'expérience de la construction des ouvrages d'irrigation. » (Sir James Emerson Tennent, op. cit., t. 1, p. 468.)
«Les ruines étonnantes de leurs réservoirs sont les plus fiers monuments qui subsistent de l'ancienne grandeur de leur pays ... Si l'on excepte les dimensions démesurées du lac Moeris en Egypte centrale et le mystérieux ((bassin d'Al Aramn ... aucune
construction de ce genre, réalisée par une race quelconque, ancienne ou moderne, ne
dépasse par sa grandeur colossale les stupéfiants réservoirs de Ceylan. » (Sir James
Emerson Tennent, cité dans Brohier, op. rit., p. 1 . )
5 2 Goldsmith et Hildyard, op. rit., p. 282-291.
Ihid., p. 284-285.50not enter the irrigation area unless it was strictly required, and was not
allowed to pass through the plots in the rainy season. There was thus no
over-irrigation, salinity was reduced, and water-borne diseases avoided s4.
Sir Charles Dundas, who visited the Chagga in the first quarter of this
century, was much impressed by the manner in which, throughout the
long course of the furrows, society was so organized that law and order
prevailed5j. Care of the furrows was a prime social duty, and if a furrow
was damaged, even accidentally, one of the elders would sound a horn in
the evening (which was known as the cal1 to the furrows), and next morning everyone would leave their normal work and set about the business of
r e ~ a i rThe
~ ~ .furrow was a social asset owned by the clan5'.
Another example is that of the qanatss8 of Iran, of which there were
around 22,000, comprising more than 170,000 miles 59 of underground
irrigation channels built thousands of years ago, and many of them still
functioning60. Not only is the extent of this system remarkable, but also
the fact that it has functioned for thousands of years and, until recently,
supplied Iran with around 75 per cent of the water used for both irrigation and domestic purposes.
By way of contrast, where the needs of the land were neglected, and
massive schemes launched for urban supply rather than irrigation, there
was disaster. The immense works in the Euphrates Valley in the third
millennium BC aimed not at improving the irrigation system of the local
tribesmen, but at supplying the requirements of a rapidly growing urban
society (e.g., a vast canal built around 2400 BC by King Entemenak) led
to seepage, flooding and over-irrigation6'. Traditional farming methods
and later irrigation systems helped to overcome the resulting problems of
waterlogging and salinization.
China was another site of great irrigation works, some of which are
still in use over two millennia after their construction. For example, the
ravages of the Mo river were overcome by an excavation through aGoldsmith and Hildyard, op. cit., p. 284.
Sir Charles Dundas, Kilimanjaro and Its Peuples, 1924, p. 262.
56 Goldsmith and Hildyard, op. ci?., p. 289.
57 See further Fidelio T. Masao, "The Irrigation System in Uchagga: An EthnoHistorical Approach", Tanzania Notes and Records, No. 75, 1974.
58 Qanats comprise a series of vertical shafts dug down to the aquifer and joined by a
horizontal canal - see Goldsmith and Hildyard, op. cit., p. 277.
59 Some idea of the immensity of this work can be gathered from the fact that it would
cost around one million dollars to build an eight kilometres qanat with an average tunnel
depth of 15 metres (ibid., p. 280).
60 Ibid., p. 277.
Goldsmith and Hildyard, op. cil., p. 308.
55PROJETGAE;C~KOVO-NAGYMAROS
(OP. IND. WEERAMANTRY) 105canaux, renforcé par un réseau surimposé de canaux plus grands. L'eau
ne pénétrait dans la zone d'irrigation qu'en cas de besoin absolu et on ne
la laissait pas traverser les parcelles pendant la saison des pluies. Il n'y
avait donc pas d'irrigation excessive, la salinité était réduite et on évitait
les maladies dont I'eau est le vecteurs4.
Sir Charles Dunclas, qui a fait un voyage au pays des Chagga pendant
le premier quart de ce siècle, a été très impressionné quand il a vu comment, sur tout le long du tracé des rigoles, la société était organisée de
manière à assurer :le respect de l'ordre publics5. L'entretien des rigoles
constituait un devo-ir social primordial; si l'une d'elles était endommagée,
même de façon acc:identelle, l'un des anciens sonnait la trompe dans la
soirée (on appelait cela l'appel aux rigoles) et le matin suivant chacun
quittait son travail normal pour œuvrer aux réparationssh. La rigole était
un avoir social propriété d u clans7.
s ~ ~ dont il en existait enviUn autre exempli: est celui des q a n ~ t d'Iran,
ron vingt-deux mille, qui incluaient plus de 272 000 kilomètres59 de
canaux d'irrigation souterrains construits il y a des milliers d'années et
dont beaucoup fonctionnent encoreh". Ce qu'il y a là de remarquable,
c'est non seulement l'étendue de ce système, mais aussi le fait qu'il ait
fonctionné pendant des milliers d'années et que, jusqu'à récemment, il ait
fourni à l'Iran près de soixante-quinze pour cent de I'eau utilisée pour
l'irrigation et à des fins domestiques.
Par contraste, la où on a négligé les besoins de la terre et lancé d'énormes
projets pour distribuer de I'eau aux villes plutôt que pour assurer l'irrigation, ce
fut la catastrophe. L,es grands travaux de la vallée de l'Euphrate pendant le
troisième millénaire avant Jésus-Christ n'avaient pas pour but d'améliorer le
système d'irrigation des membres des tribus locales, mais de subvenir aux
besoins d'une société urbaine en croissance rapide (par exemple un vaste canal
construit par le roi Entemenak aux alentours de 2400 av. J.-C.): ils ont eu pour
effets l'infiltration, les inondations et I'irrigation excessive6'. Les modes traditionnels de culture el: les systèmes d'irrigation ultérieurs ont aidé à surmonter
les problèmes de saturation et de salinisation des sols qui en sont résultés.
La Chine a été un autre chantier de grands ouvrages d'irrigation, dont certains sont encore en service plus de deux mille ans après leur construction.
Par exemple on est venu a bout des ravages causés par le fleuve Mo en creu-Goldsmith et Hildjard, op. cit., p. 284.
Sir Charles Dundas, Kilimunjuro und Its Peuples. 1924. p. 262.
r6 Goldsmith et Hild:jard, op. rit., p. 289.
57 Voir aussi Fidelio T. Masao, «The Irrigation System in Uchagga: An Ethno-Historical Approach)), Tur!;uniu Notes und Records, no 75, 1974.
Les qunars comprennent une série de puits verticaux creusés jusqu'à l'aquifère et
reliés par un canal horizontal (voir Goldsmith et Hildyard, op. cit., p. 277).
5y On peut se faire une idée de l'ordre de grandeur de ces travaux en considérant qu'il
faudrait dépenser un million de dollars environ pour construire un qunut de 8 kilomètres
avec un tunnel d'une orofondeur movenne de 15 mètres ( i h i d . v. 280).
Goldsmith et Hildyard, op. cit., p. 308.
54106GABC~KOVO-NAGYMAROS PROJECT(SEP.OP. WEERAMANTRY)mountain and the construction of two great canals. Needham describes
this as "one of the greatest of Chinese engineering operations which, now
2,200 years old, is still in use t ~ d a y " ~An
~ . ancient stone inscription
teaching the art of river control says that its teaching "holds good for a
thousand a u t ~ m n s " ~
~ . action was often inspired by the philosophy
recorded in the Tao Te Ching which "with its usual gemlike brevity says
'Let there be no action [contrary to Nature] and there will be nothing
that will not be well regulated'". h4 Here, from another ancient irrigation
civilization, is yet another expression of the idea of the rights of future
generations being served through the harmonization of human developmental work with respect for the natural environment.
Regarding the Inca civilization at its height, it has been observed that
it continually brought new lands under cultivation by swamp drainage,
expansion of irrigation works, terracing of hillsides and construction of
irrigation works in dry zones, the goal being always the same - better
utilization of al1 resources so as to maintain an equilibrium between production and c o n ~ u m p t i o n In
. words of a noted writer on this civilization, "in this respect we can consider the Inca civilization triumphant,
since it conquered the eternal problem of mu'cimum use and conservation
of soir6('. Here, too, we note the harmonization of developmental and
Many more instances can be cited of irrigation cultures which accorded
due importance to environmental considerations and reconciled the rights
of present and future generations. 1 have referred to some of the more
outstanding. Among them, 1 have examined one at greater length, partly
because it combined vast hydraulic development projects with a meticulous regard for environmental considerations, and partly because both
development and environmental protection are mentioned in its ancient
records. That is sustainable development par excellence; and the principles on which it was based must surely have a message for modern law.
Traditional wisdom which inspired these ancient legal systems was able
to handle such problems. Modern legal systems can d o no less, achieving
a blend of the concepts of development and of conservation of the environment, which alone does justice to humanity's obligations to itself andOp. cit., Vol. 4, p. 288.
64 Needham, Science und Civilization Ni Chinu, Vol. 2, Hisrory of ScientiJic Thoughr.
1969, p. 69.
6 5 Jorge E. Hardoy, Pre-Columbiun Ciries, 1973, p. 415.
Oh John Collier, Los indios de lus Ameriras, 1960, cited in Hardoy, op. cil., p. 415. See
also Donald Collier, "Development of Civilization on the Coast of Peru", in Irrigution
Civilizations: A Conzparutivr S t u b . Julian H . Steward (ed.). 1955.
h263sant un passage à travers une montagne et en construisant deux grands
canaux. Needham parle, a ce propos, de «l'un des plus grands travaux
d'ingénieurs chinois, qui a maintenant deux mille deux cents ans et sert toujours»62. Une ancienne inscription dans la pierre destinée a enseigner l'art de
la maîtrise des cours d'eau déclare que ce qu'elle enseigne «reste valable pendant un millier d'automnes»63. Une telle mesure a été inspirée souvent par la
philosophie du Tuo Te Ching, «qui déclare, avec sa concision lapidaire habituelle, «que l'on ne fasse rien [de contraire a la nature] et tout sera parfaitement
On trouve encore ici, dans une ancienne civilisation fondée sur
l'irrigation, une nouvelle expression de l'idée de la prise en compte des droits
des générations futures par l'harmonisation des travaux de développement
entrepris par l'homme et du respect de l'environnement naturel.
A propos de la civilisation des Incas a son apogée, on a fait observer
qu'elle mettait sans cesse en culture de nouvelles terres et pour ce faire drainait des marais, étendait les travaux d'irrigation, aménageait en terrasses
les pentes des colliries et édifiait des ouvrages d'irrigation dans les zones
sèches, toujours dans un même but: mieux utiliser toutes les ressources afin
de maintenir l'équilibre entre la production et la consommationb5.Selon les
termes dont s'est servi un auteur connu qui a écrit sur cette civilisation, «à
cet égard nous pouvons considérer la civilisation des Incas comme triomphante, car elle a surmonté le problème éternel de l'utilisation maximale et
de la conservation des sols»bb.Ici encore nous constatons l'harmonisation
des considérations relatives a u développement et à l'environnement.
O n pourrait citer nombre d'autres cultures fondées sur l'irrigation, qui
ont accordé l'importance qui se doit aux considérations écologiques et
concilié les droits des générations présentes et futures. J'ai mentionné certaines des plus remarquables. Parmi celles-ci, il en est une que j'ai examinée plus longuement, en partie parce qu'elle a associé a la réalisation
de vastes projets de développement hydraulique un respect méticuleux
des considérations écologiques, et en partie encore parce qu'on a conservé
des traces dans ses textes anciens de l'importance du développement et de
la protection de 1'r:nvironnement. Voilà le développement durable par
excellence et les principes sur lesquels il se fondait doivent sûrement être
porteur d'un message pour le droit moderne.
La sagesse traditionnelle qui a inspiré ces anciens systèmes juridiques a
permis de faire face a de tels problèmes. Les systèmes juridiques modernes ne
sauraient faire moins, il leur faut réaliser l'union des concepts du développement et de la conservation de l'environnement, qui seule rend justice aux62
63h4Op. rit.. t . 4 , p. 288.
Needham. Science and Civilization, t. 2, History qf Scientific Tl~ouglit,1969, p. 69Jorge E. Hardoy, Pre-Columhiun Cities, 1973, p. 415.
John Collier. Los indios de las Americus. 1960, cité dans Hardoy, op. rit., p. 415.
Voir aussi Donald Collier, « Development of Civilization on the Coast of Peru», dans
Irrigation Civilizations: A Comparatiiw Srudy, Julian H. Steward (dir. publ.), 1955.
6566107GABCIKOVO-NAGYMAROS PROJECT(SEP.OP. WEERAMANTRY)to the planet which is its home. Another way of viewing the problem is to
look upon it as involving the imperative of balancing the needs of the
present generation with those of posterity.
In relation to concern for the environment generally, examples may be
cited from nearly every traditional system, ranging from Australasia and
the Pacific Islands, through Amerindian and African cultures to those of
ancient Europe. When Native American wisdom, with its deep love of
nature, ordained that no activity affecting the land should be undertaken
without giving thought to its impact on the land for seven generations to
when African tradition viewed the human community as threefold - past, present and future - and refused to adopt a one-eyed vision
of concentration on the present ; when Pacific tradition despised the view
of land as merchandise that could be bought and sold like a common
article of commerce68,and viewed land as a living entity which lived and
grew with the people and upon whose sickness and death the people likewise sickened and died; when Chinese and Japanese culture stressed the
need for harmony with nature; and when Aboriginal custom, while maximizing the use of al1 species of plant and animal life, yet decreed that no
land should be used by man to the point where it could not replenish
i t ~ e l f these
~ ~ , varied cultures were reflecting the ancient wisdom of the
human family which the legal systems of the time and the tribe absorbed,
reflected and turned into principles whose legal validity cannot be denied.
Ancient Indian teaching so respected the environment that it was illegal67 On Native American attitudes to land, see Guruswamy, Palmer and Weston (eds.),
Inrernutionul Environmenral Luic and World Order, 1994, pp. 298-299. On American
Indian attitudes, see further J. Callicott, "The Traditional American Indian and Western
European Attitudes towards Nature: An Overview", Environmental Erhics. 1982, Vol. 4,
p. 293; A. Wiggins, "lndian Rights and the Environment", Yule J. Inr'l Law, 1993,
Vol. 18, p. 345; J. Hughes, Americun Indiun Ecology, 1983.
A Pacific Islander, giving evidence before the first Land Commission in the British
Solomons (1919-1924), poured scorn on the concept that land could be treated "as if it
were a thing like a box" which could be bought and sold, pointing out that land was
treated in his Society with respect and with due regard for the rights of future generations.
(Peter G. Sack, Land hetic,een TWOLun:r, 1993, p. 33.)69 On Aboriginal attitudes to land, see E. M. Eggleston, Fear, Fai~ourund Affection,
1976. For al1 their concern with the environment, the Aboriginal people were not without
their own development projects:
"There were remarkable Aboriginal water control schemes at Lake Condah,
Toolondo and Mount William in south-western Victoria. These were major engineering feats, each involving several kilometres of Stone channels connecting swamp and
watercourses.At Lake Condah, thousands of years before Leonardo da Vinci studied the hydrology of the northern Italian lakes, the original inhabitants of Australia perfectly
understood the hydrology of the site. A sophisticated network of traps, weirs and
sluices were designed . . ." (Stephen Johnson et (il., Engineering and Society: An Ausfralian Perspective, 1995, p. 35.)PROJET GABCIKOVO-NAGYMAROS (OP. IND.WEERAMANTRY)107obligations de l'humanité envers elle-même et envers la planète où elle
demeure. On peut ailssi envisager le problème d'une autre manière et considérer qu'il emporte :l'impératif de concilier les besoins de la génération présente et ceux de la postérité.
En guise de témoignage de l'intérêt porté à l'environnement en général,
on pourrait citer nombre d'autres cas, pris dans presque tous les systèmes
traditionnels, qui vont de l'Australasie et des îles du Pacifique, en passant
par les cultures arriérindiennes et africaines, jusqu'à celles de l'Europe
antique. Quand la sagesse des autochtones d'Amérique, avec son amour
profond de la nature, a décrété que l'on ne devait entreprendre aucune
activité intéressant la terre sans réfléchir à ce que serait son effet sur ladite
terre pendant sept générations à venir6'; quand la tradition africaine a
envisagé la communauté humaine comme triple
future - et s'est refusée à adopter une vision exclusive axée sur le présent; quand la tradition du Pacifique a méprisé la conception de la terre
qui faisait d'elle une marchandise susceptible d'être achetée et vendue
comme un article commun dans le commerce68,et quand elle a considéré
la terre comme une entité vivante, qui vivait et croissait avec les gens et
dont la maladie ou la mort entraînait aussi la maladie ou la mort des
gens; quand les cul1:ures chinoise et japonaise ont souligné la nécessité de
l'harmonie avec la nature; et quand la coutume aborigène, tout en portant au maximum 1"utilisation de toutes les espèces de vie végétale et animale, n'en a pas moins décrété qu'aucune terre ne devait être utilisée par
l'homme au point ou elle ne pouvait plus se régénérer elle-mêmeh9; ces
-h7 Sur les attitudes des autochtones d'Amérique à l'égard de la terre, voir Guruswamy,
Palmer et Weston (dir. publ.), International Environmental Law and World Order, 1994,
p. 298-299. Sur les attitudes des Indiens d'Amérique, voir aussi J. Callicott, «The Traditional
American Indian and Western European Attitudes towards Nature: An Overview », Environmental Erhics, 1982, vol. 4, p. 293 ; A. Wiggins, « Indian Rights and the Environment )), Yale
JournaloJ'Internutional Law, 1993, vol. 18. p. 345; 3. Hughes, Amrrican Indian Ecology, 1983.
68 Un insulaire du Pacifique, déposant devant la première commission des terres des îles
Salomon britanniques ( 1919-1924) a accablé de son mépris la notion selon laquelle la terre
pouvait être traitée «coinme une chose du genre d'une boîte)) susceptible d'étre achetée et
vendue et il a fait observer que, dans sa société, on envisageait la terre avec respect et en
tenant dûment comote clu droit des générations futures (Peter G. Sack, Lund b c t ~ . e e nT i i ~
L a w , 1993, p. 33).
hy Sur les attitudes des aborigènes à l'égard de la terre, voir E. M . Eggleston, Fear,
Favour and A f f c t i o n , 1976. Le souci qu'ils avaient de l'environnement ne les empêchait
pas d'entreprendre leur:; propres projets d'aménagement :
« D e remarquables projets d'aménagement des eaux ont été réalisés par les aborigènes aux lacs Condah, Toolondo et Mount William dans la partie sud-ouest de
1'Etat de Victoria. Il s'agit là de grands exploits techniques, chacune de ces réalisations comporte des canaux faits de pierres de plusieurs kilomètres de long reliant les
marais et les cours d'eau.
Au lac Condah, des milliers d'années avant que Léonard de Vinci n'étudie
l'hydrologie des lacs du nord de l'Italie, les premiers habitants de l'Australie comprenait parfaitement l'hydrologie du milieu en question. Ils ont conçu un réseau perfectionné de collecteurs, de déversoirs et de vannes ...» (Stephen Johnson et al., Engineering und Society: An Australian Perspective, 1995, p. 35.)-108GABcIKOVO-NAGYMAROS PROJECT (SEP. OP.WEERAMANTRY)to cause wanton damage, even to an enemy's territory in the course of
military conflict 'O.Europe, likewise, had a deep-seated tradition of love for the environment, a prominent feature of European culture, until the industrial revolution pushed these concerns into the background. Wordsworth in England, Thoreau in the United States, Rousseau in France, Tolstoy and
Chekhov in Russia, Goethe in Germany spoke not only for themselves,
but represented a deep-seated love of nature that was instinct in the
ancient traditions of Europe - traditions whose gradua1 disappearance
these writers lamented in their various ways7'.
Indeed, European concern with the environment can be traced back
through the millennia to such writers as Virgil, whose Georgics, composed between 37 and 30 BC, extols the beauty of the Italian countryside
and pleads for the restoration of the traditional agricultural life of Italy,
which was being damaged by the drift to the ~ i t i e s ' ~ .
This survey would not be complete without a reference also to the principles of Islamic law that inasmuch as al1 land belongs to God, land is
never the subject of human ownership, but is only held in trust, with al1
the connotations that follow of due care, wise management, and custody
for future generations. The first principle of modern environmental law
the principle of trusteeship of earth resources
is thus categorically
formulated in this system.
--The ingrained values of any civilization are the source from which its
legal concepts derive, and the ultimate yardstick and touchstone of their
validity. This is so in international and domestic legal systems alike, Save
that international law would require a worldwide recognition of those
values. It would not be wrong to state that the love of nature, the desire
for its preservation, and the need for human activity to respect theNagendra Singh, Humun Rights and the Future of'Mankind, 1981, p. 93.
Commenting on the rise of naturalism in al1 the arts in Europe in the later Middle
Ages, one of this century's outstanding philosophers of science has observed:
"The whole atmosphere of every art exhibited direct joy in the apprehension of the
things around us. The craftsmen who executed the later mediaeval decorative sculpture. Giotto, Chaucer, Wordsworth, Walt Whitman, and at the present day the New
England poet Robert Frost, are al1 akin to each other in this respect." (Alfred North
Whitehead, Science and the Modern World, 1926, p. 17.)'* See the Georgics, Book I I , 1. 36ff.; 1. 458 ff. Also Encjclopaedia Britunnica, 1992,
Vol. 29, pp. 499-500.diverses cultures ont chaque fois exprimé la sagesse antique de la famille
humaine, que les systèmes juridiques de l'époque et de la tribu avaient
absorbée, méditée et transformée en des principes d'une validité juridique
incontestable. Les enseignements antiques de l'Inde respectaient tant
I'environnement qu'il était illicite de causer des dommages gratuitement,
même sur le territoire d'un ennemi pendant un conflit militaire70.
De même l'Europe avait une tradition profondément enracinée d'amour
pour I'environnement, qui est restée un élément marquant d e la culture
européenne, jusqu'a~umoment où la révolution industrielle a refoulé cette
préoccupation a l'arrière-plan. Wordsworth en Angleterre, Thoreau aux
Etats-Unis, Rousse;*u en France, Tolstoï et Tchekhov en Russie, Goethe
en Allemagne n'ont pas seulement parlé pour eux-mêmes; ils représentaient un amour de la nature profondément enraciné, inné dans les traditions anciennes de l'Europe - traditions dont ces auteurs ont déploré
la disparition progressive d e diverses manières7'.
En réalité le souci européen d e l'environnement remonte, si on le suit
i travers les millénaires, jusqu'à des écrivains tels que Virgile dont les
GPovgiques, composées entre 37 et 30 avant Jésus-Christ, vantent la
beauté de la campagne italienne et plaident en faveur du retour A la vie
paysanne traditionnelle en Italie menacée par le mouvement vers la
ville 72.
Ce tour d'horizon ne serait pas complet sans mentionner aussi les principes d u droit islamique qui, dans la mesure où toutes les terres appartiennent a Dieu, postule qu'aucune terre n'est donc jamais la propriété de
l'homme, et n'est détenue qu'en dépôt, avec toutes les conséquences qui
en découlent: obligation de diligence, de gestion sage et de garde pour les
générations a venir. Le premier principe du droit moderne de I'environnement
le principe de la garde tutélaire des ressources de la terre
donc énoncé explicitement dans ce système.
Les concepts juridiques d'une civilisation procèdent des valeurs enracinées de celle-ci, elles sont l'étalon et la pierre de touche de leur validité.
Il en va de la sorte dans les systèmes juridiques tant internationaux
qu'internes, sous cette réserve qu'il faut a u droit international une reconnaissance mondial<: de ces valeurs. Il ne serait pas faux de dire que
l'amour d e la nature, le désir de la préserver et la nécessité pour l'activité
--Nagendra Singh, Human Rights and the Future uf'Monkind, 1981. p. 93.
L'un des éminents philosophes de la science de notre siècle a fait observer. à propos
de l'essor du naturalisme dans tous les arts d'Europe à la fin du Moyen Age:
71«Toute l'atmosphère de chacun des arts témoigne d'une joie directe dans
l'appréhension des choses qui nous entourent. Les artisans qui ont réalisé les sculptures décoratives du Moyen Age tardif, Giotto, Chaucer, Wordsworth, Walt Whitman et, de nos jours, le poète de la Nouvelle Angleterre, Robert Frost. tous sont
parents entre eux ;i cet égard.» (Alfred North Whitehead, Science and the Modern
Worltl, 1926, p. 17.)
7' Voir les G@orgiques,livre II, 1. 36 et suiv.: 1. 458 et suiv. Voir aussi Encyclopuetiia
Britut~nicu.1992, vol. 29, p. 499-500.109GABCIKOVO-NAGYMAROS PROJECT(SEP.OP. WEERAMANTRY)requisites for its maintenance and continuance are among those pristine
and universal values which command international recognition.
The formalism of modern legal systems may cause us to lose sight of
such principles, but the time has come when they must once more be integrated into the corpus of the living law. As stated in the exhaustive study
of The Social und Environmental Effects of Large Dams, already cited,
"We should examine not only what has caused modern irrigation systems
to fuil; it is much more important to understand what has made traditional irrigation societies to succeed." 73
Observing that various societies have practised sustainable irrigation
agriculture over thousands of years, and that modern irrigation systems
rarely last more than a few decades, the authors pose the question
whether it was due to the achievement of a "congruence of fit" between
their methods and "the nature of land, water and limat te"^^. Modern
environmental law needs to take note of the experience of the past in pursuing this "congruence of fit" between development and environmental
By virtue of its representation of the main forms of civilization, this
Court constitutes a unique forum for the reflection and the revitalization
of those global legal traditions. There were principles ingrained in these
civilizations as well as embodied in their legal systems, for legal systems
include not merely written legal systems but traditional legal systems as
well, which modern researchers have shown to be no less legal systems
than their written cousins, and in some respects even more sophisticated
and finely tuned than the latter75.
Living law which is daily observed by members of the community, and
compliance with which is so axiomatic that it is taken for granted, is not
deprived of the character of law by the extraneous test and standard of
reduction to writing. Writing is of course useful for establishing certainty,
but when a duty such as the duty to protect the environment is so well
accepted that al1 citizens act upon it, that duty is part of the legal system
in q ~ e s t i o n ' ~ .
Moreover, when the Statute of the Court described the sources of
international law as including the "general principles of law recognizedGoldsmith and Hildyard, op. rit., p. 316
75 See, for example, M. Gluckman, African Truditional Law in Historical Perspective,
1974, The Ideas in Barotse Jurisprudence, 2nd ed., 1972, and The Judicial Process umong
the Burotse, 1955; A. L. Epstein, Juridical Techniques und the Judicial Process: A Study
in African Customary Law, 1954.
76 On the precision with which these systems assigned duties to their members, see
Malinowski, Crime und Custom in Suvuge Society, 1926.
7374humaine de respecter les conditions de sa protection et de sa pérennité
comptent parmi ces valeurs primitives et universelles, qui exigent la
Le formalisme des systèmes juridiques modernes peut nous faire perdre
de vue ces principes, mais le moment est venu de les réintégrer dans
le corpus du droit. vivant. Comme il est dit dans l'étude exhaustive
déjà citée, The Social and Environmental Effects of Large Dams, «[n]ous
ne devrions pas nous contenter d'examiner pourquoi les systèmes d'irrigation modernes ont échoué, il importe bien plus de comprendre
ce qui a permis ailx sociétés traditionnelles fondées sur l'irrigation de
réussir ))
Faisant ,observer que diverses sociétés ont pratiqué une agriculture
d'irrigation durable pendant des milliers d'années et que les systèmes
d'irrigation modernies durent rarement plus de quelques dizaines d'années,
les auteurs demandent si cela tient à la réalisation d'une ((convergence
d'adaptation)) entre les méthodes de ces sociétés et «la nature du pays, de
l'eau et du climat))74.Le droit moderne de l'environnement se doit de
considérer l'expérience du passé quand il cherche à réaliser cette ((convergence d'adaptation)) entre les impératifs du développement et ceux de la
Etant donné qu"elle représente les grandes formes de civilisation, la
Cour constitue un organe unique pour exprimer ces traditions juridiques
du monde et leur insuffler vie a nouveau. Ces principes étaient enracinés
dans ces civilisations tout autant que consacrés dans leurs systèmes juridiques, car les systèmes juridiques ne se limitent pas à ceux qui sont écrits,
mais englobent aussi les systèmes traditionnels, dont les chercheurs modernes ont établi qu'ils ne sont pas moins juridiques que leurs cousins
écrits et qu'à certains égards ils sont même plus perfectionnés et mieux
adaptés que ces dernier^'^.
Le droit vivant, appliqué tous les jours par les membres de la communauté, et dont le respect constitue un axiome au point d'être tenu pour
acquis, n'est pas dépouillé de son caractère de droit par le critère et la
norme externes de la forme écrite. Bien entendu, l'écrit est utile pour
atteindre la certitude, mais quand un devoir tel que celui de protéger
I'environnement est si bien accepté que tous les citoyens le mettent en
ceuvre, ce devoir fait partie du système juridique en cause76.
De plus, le Statut de la Cour incluant, parmi les sources du droit international, les ((principes généraux de droit reconnus par les nations civi-Goldsmith et Hilclyard, op. rit., p. 316.
7 5 Voir par exemple M. Gluckman, Africun Truditionul Lait. in Historicul Perspective,
1974, The Ideas in Burotse Jurisprudence, 2' éd., 1972, et The Judiciul Process among the
Barofsr, 1955: A. L. E;pstein, Juridical Trchniqurs und the Judirial Process: A Study in
Africun Custonzury Labr., 1954.
7 h Sur la précision avec laquelle de tels systèmes imposaient des obligations à leurs
membres, voir Malinowski, Crime und Custom in Suvuge Society, 1926.
7374110GABC~KOVO-NAGYMAROS
PROJECT (SEP.OP. WEERAMANTRY)by civilized nations", it expressly opened a door to the entry of such principles into modern international law.(f) Traditional Principlrs That Cun Assist in the Devrlopment of
As modern environmental law develops, it can, with profit to itself,
take account of the perspectives and principles of traditional systems, not
merely in a general way, but with reference to specific principles, concepts, and aspirational standards.
Among those which may be extracted from the systems already referred
to are such far-reaching principles as the principle of trusteeship of earth
resources, the principle of intergenerational rights, and the principle that
development and environmental conservation must go hand in hand.
Land is to be respected as having a vitality of its own and being integrally
linked to the welfare of the community. When it is used by humans, every
opportunity should be afforded to it to replenish itself. Since flora and
fauna have a niche in the ecological system, they must be expressly protected. There is a duty lying upon al1 members of the community to preserve the integrity and purity of the environment.
Natural resources are not individually, but collectively, owned, and a
principle of their use is that they should be used for the maximum service
of people. There should be no waste, and there should be a maximization
of the use of plant and animal species, while preserving their regenerative
powers. The purpose of development is the betterment of the condition of
Most of them have relevance to the present case, and al1 of them can
greatly enhance the ability of international environmental law to cope
with problems such as these if and when they arise in the future. There
are many routes of entry by which they can be assimilated into the international legal system, and modern international law would only diminish
itself were it to lose sight of them - embodying as they d o the wisdom
which enabled the works of man to function for centuries and millennia
in a stable relationship with the principles of the environment. This
approach assumes increasing importance at a time when such a harmony
between humanity and its planetary inheritance is a prerequisite for
human survival.Sustainable development is thus not merely a principle of modern
international law. It is one of the most ancient of ideas in the human
heritage. Fortified by the rich insights that can be gained from millenniaPROJETGAB~~~KOVO-NAGYMAROS
(OP. IND. WEERAMANTRY) 1 10lisées », a ouvert la porte en termes exprès à l'entrée de tels principes dans
le droit international moderne.
f) Les principes des systèmes traditionnels susceptibles de contribuerau dkveloppement du droit moderne de l'environnement
Au fur et à mesure de son développement, le droit moderne de I'environnement peut teriir compte, avec profit, des perspectives et principes
des systèmes traditionnels, non pas seulement de façon générale, mais en
se référant a des principes, des concepts et des critères souhaités de caractère déterminé.
Parmi ceux que I'on peut dégager des systèmes déjà mentionnés, figurent des principes d'une grande portée, tels que celui de la garde tutélaire
des ressources de la terre, celui des droits appartenant aux générations
futures et celui voulant que le développement et la conservation de I'environnement aillent dle pair. Il faut respecter la terre, car elle a sa vitalité
propre et est étroitement liée a la prospérité de la communauté. Quand
les êtres humains s'en servent, toute possibilité doit lui être donnée de se
reconstituer elle-même. Puisque la flore et la faune ont leur propre place
dans le système écologique, elles doivent bénéficier d'une protection
expresse. Tous les niembres de la communauté sont tenus de sauvegarder
l'intégrité et la pureté de l'environnement.
Les ressources naturelles font l'objet d'une propriété non pas individuelle, mais collective, et l'un des principes de leur utilisation c'est
qu'elles doivent être utilisées de manière a rendre le plus grand service à
la population. II ne doit pas y avoir de gaspillage et I'on doit porter au
maximum l'utilisation des espèces végétales et animales, tout en sauvegardant leur pouvoir de régénération. Le développement a pour fin
d'améliorer la condition de la population.
La plupart de ceij principes sont utiles en l'espèce et tous peuvent renforcer nettement l'aptitude du droit international de l'environnement a
résoudre des problèmes de ce genre, quand ils viendront le cas échéant a
se poser. Nombreuses sont les voies d'accès qui permettent leur assimilation par le système juridique international et le droit international
moderne se diminuerait lui-même s'il les perdait de vue, car ils incarnent
la sagesse qui a permis aux ouvrages de l'homme de fonctionner pendant
des siècles et des millénaires dans un rapport stable avec les principes
régissant I'environriement. Cette attitude revêt une importance croissante
a une époque à laquelle une telle harmonie entre l'humanité et le patrimoine qu'est la planète est une condition de la survie humaine.Le développement durable n'est donc pas qu'un principe du droit
international mode:rne. Il est l'une des idées les plus anciennes de I'héritage humain. Renforcé par les perspectives fertiles que permettentof human experience, it has an important part to play in the service of
international law.(a) The Principle of Continuing Environmental Impact Assessment
Environmental Impact Assessment (EIA) has assumed an important
In a previous opinion771 have had occasion to observe that this principle was gathering strength and international acceptance, and had
reached the level of general recognition at which this Court should take
notice of it 78.
1 wish in this opinion to clarify further the scope and extent of the environmental impact principle in the sense that environmental impact assessment means not merely an assessment prior to the commencement of the
project, but a continuing assessment and evaluation as long as the project
is in operation. This follows from the fact that EIA is a dynamic principle
and is not confined to a pre-project evaluation of possible environmental
consequences. As long as a project of some magnitude is in operation,
EIA must continue, for every such project can have unexpected consequences; and considerations of prudence would point to the need for
continuous m~nitoring'~.
The greater the size and scope of the project, the greater is the need for
a continuous monitoring of its effects, for EIA before the scheme can
never be expected, in a matter so complex as the environment, to anticipate every possible environmental danger.
In the present case, the incorporation of environmental considerations
into the Treaty by Articles 15 and 19 meant that the principle of EIA was
also built into the Treaty. These provisions were clearly not restricted to
EIA before the project commenced, but also included the concept of
77 Request for an Examinution of the Situation in Accor첫unce ivith Puragraph 63 of the
Court> Judgment o f 2 0 December 1974 in the Nuclear Tests (New Zealand v. France)
Case. I.C.J. Reports 1995. p. 344. See, also, Legalil). of rhe Use by a State of Nucleur
Weapons in Armed Conflirt, 1. C.J. Reports 1996, p. 140.
7R Major international documents recognizing this principle (first established in
domestic law under the 1972 National Environmental Protection Act of the United
States) are the 1992 Rio Declaration (Principle 17); United Nations General Assembly
resolution 2995 (XXVII), 1972; the 1978 UNEP Draft Principles of Conduct (Principle 5); Agenda 21 (paras. 7.41 ( h ) and 8.4); the 1974 Nordic Environmental Protection
Convention (Art. 6); the 1985 EC Environmental Assessment Directive (Art. 3); and the
1991 Espoo Convention. The status of the principle in actual practice is indicated
also by the fact that multilateral development banks have adopted it as an essential
precaution (World Bank Operational Directive 4.00).
Truil Smelfer Arhitration (United Nations, Reports of International Arbitral Aivards,
( R I A A ) , 1941, Vol. I I I , p. 1907).PROJETGAB(:IKOVO-NAGYMAROS
(OP.IND. WEERAMANTRY)1 11d'acquérir des millé~iairesd'expérience humaine, il a un rôle important à
jouer au service du droit international.a) Le principe de l'kvuluution continue de l'impact
sur I'environnement
L'évaluation de l'impact sur I'environnement (EIE) revêt une importance considérable dans la présente affaire.
Dans une opinion antérieure7' j'ai eu l'occasion de faire observer que
ce principe bénéficiait d'un poids et d'une reconnaissance croissants a
l'échelon internatiorial et avait en fait atteint le niveau de reconnaissance
qui justifiait que la Cour en tînt compte78.
Dans la présente opinion, je voudrais préciser davantage la portée et
l'étendue du principe de l'évaluation de l'impact sur I'environnement en
ce sens que cette hialuation ne se limite pas à une évaluation avant le
début du projet, mais se poursuit tant que le projet fonctionne. Cela
résulte du fait que 1'EIE est un principe dynamique, qui ne se limite pas
à l'évaluation des elrets écologiques possibles avant le projet. Tant qu'un
projet d'une certaine envergure est en activité, I'EIE doit continuer, car
tout projet de ce genre peut produire des effets inattendus; des considérations de prudence semblent dicter la nécessité d'un suivi continu79.
Plus les dimensions et la portée du projet sont importantes, plus il est
nécessaire de suivre ses effets de façon continue: dans un domaine aussi
complexe que I'environnement, on ne peut s'attendre à ce que I'EIE préalable au projet prévoie tous les dangers écologiques possibles.
Dans la présente affaire, l'incorporation de considérations écologiques
dans le traité par les articles 15 et 19 signifiait que le principe de I'EIE
était aussi incorporé au traité. A l'évidence ces dispositions ne se limitaient pas à I'EIE avant le début du projet, mais incluaient aussi la notion
" Demunde d'examen de la situution uu titre du puragruphe 63 de I'urrét rendu par lu
Cour le 20 décemhre 1974 dans I'uJjfuire des Essais nucléaires (Nouvelle Zélande
c. France). C.1.J. Recueil 1995, p. 344. Voir aussi Licéité de l'utilisation des armes nucléairespar un Etut dur~sun conflit armé. C.I.J. Recueil 1996, p. 140.
7 X Voici d'importants actes internationaux qui reconnaissent ce principe (d'abord établi
en droit interne par le Nurionul Environmentul Protection Act des Etats-Unis de 1972):
déclaration de Rio de 1992 (principe 17); résolution 2995 (XXVII) de l'Assemblée générale de 1'ONLi de 1972; projet de principes de conduite du PNUE de 1978 (principe 5);
Action 21 (par. 7.41 hl et 8.4); convention nordique pour la protection de I'environnement
(art. 6). directive de la Communauté européenne sur l'évaluation de l'environnement, de
1985 (art. 3). et convention d'Espoo de 1991. Le statut du principe dans la pratique réelle
ressort aussi du fait que les banques multilatérales de développement l'ont adopté comme
mesure de précaution essentielle (directive opérationnelle de la Banque mondiale 4.00).
" Arbitrage de la Fondilrie de Truil (Nations Unies, Recueil des sentences urhirrulcs,
1941, vol. 111, p. 1907).monitoring during the continuance of the project. Article 15 speaks
expressly of monitoring of the water quality during the operation of the
System of Locks, and Article 19 speaks of compliance with obligations
for the protection of nature arising in connection with the construction
and operation of the System of Locks.
Environmental law in its current state of development would read into
treaties which may reasonably be considered to have a significant impact
upon the environment, a duty of environmental impact assessment and
this means also, whether the treaty expressly so provides or not, a duty of
monitoring the environmental impacts of any substantial project during
Over half a century ago the Trail Smrlter Arbitration recognized the
importance of continuous monitoring when, in a series of elaborate provisions, it required the parties to monitor subsequent performance under
the decisionR'. It directed the Trail Smelter to install observation stations,
equipment necessary to give information of gas conditions and sulphur
dioxide recorders, and to render regular reports which the Tribunal
would consider at a future meeting. In the present case, the Judgment of
the Court imposes a requirement of joint supervision which must be similarly understood and applied.
The concept of monitoring and exchange of information has gathered
much recognition in international practice. Examples are the Co-operative Programme for the Monitoring and Evaluation of the Long-Range
Transmission of Air Pollutants in Europe, under the ECE Convention,
the Vienna Convention for the Protection of the Ozone Layer, 1985
(Arts. 3 and 4), and the Convention on Long-Range Transboundary Air
Pollution, 1979 (Art. 9)X2.There has thus been growing international
recognition of the concept of continuing monitoring as part of EIA.
The Court has indicated in its Judgment (para. 155 (2) (C)) that a joint
operational régime must be established in accordance with the Treaty
of 16 September 1977. A continuous monitoring of the scheme for its
environmental impacts will accord with the principles outlined, and be
a part of that operational régime. Indeed, the 1977 Treaty, with its
contemplated régime of joint operation and joint supervision, had itself
a built-in régime of continuous joint environmental monitoring. This
principle of environmental law, as reinforced by the terms of the Treaty
and as now incorporated into the Judgment of the Court (para. 140),
would require the Parties to take upon themselves an obligation to set up
the machinery for continuous watchfulness, anticipation and evaluation82R I A A . 1941. Vol. III, p. 1907.
See ihid., pp. 1934-1937.
ILM, 1979, Vol. XVIII, p. 1442.PROJET GAB~~IKovO-NAGYMAROS(OP. IND.WEERAMANTRY)1 12d'un suivi pendant la durée du projet. L'article 15 parle en termes exprès
du contrôle de la q~ialitédes eaux pendant le fonctionnement du système
d'écluses et l'article 19 parle du respect des obligations concernant la protection de la nature découlant de la construction et du fonctionnement du
système d'écluses.
Le droit de I'environnement en son état de développement actuel tend
à inclure une obligation d'évaluation de l'impact sur I'environnement
dans les traités dorit il est raisonnable d'attendre une incidence écologique appréciable et cela implique aussi, que le traité le prévoie ou non en
termes exprès, l'obligation de surveiller les impacts de tout projet important sur l'environnement pendant la durée de son fonctionnement.
II y a plus d'un demi-siècle l'arbitrage de la Fonderie de Trail" a
reconnu l'importance d'un suivi continu lorsque, dans une série de dispositions détaillées, il a obligé les parties A assurer un suivi d'activité
après la décisionR'.Il a enjoint à la fonderie de Trail d'installer des stations d'observation, avec le matériel nécessaire pour renseigner sur la
situation des gaz et des enregistreurs de dioxyde de souffre, ainsi que de
présenter des rapports réguliers, que le tribunal devait examiner lors
d'une séance ultérieure. Dans la présente affaire, l'arrêt de la Cour
impose une exigence de surveillance conjointe, qui doit être interprétée et
appliquée de façon semblable.
La notion du suivi et des échanges d'informations a bénéficié d'une
importante reconnaissance dans la pratique internationale. On peut en
donner comme exemple le programme concerté de surveillance continue
et d'évaluation du transport à longue distance des polluants atmosphériques en Europe daris le cadre de la convention de la Commission économique pour l'Europe, la convention de Vienne de 1985 sur la protection
de la couche d'oz0n.e (art. 3 et 4) et la convention de 1979 sur la pollution
atmosphérique trarisfrontière à longue distance (art. 9)X2.La notion du
contrôle continu a donc bénéficié d'une reconnaissance croissante dans le
cadre de I'EIE.
La Cour indique dans son arrêt (par. 155, al. 2 C) qu'un régime opérationnel conjoint doit être établi conformément au traité du 16 septembre 1977. Un contrôle continu du projet du point de vue de son impact
sur l'environnement s'accordera avec les principes esquissés et fera partie
de ce régime opérationnel. D'ailleurs, le traité de 1977, qui envisageait un
régime opérationne.1 et de surveillance conjoint, comportait lui-même un
régime conjoint intégré de suivi écologique continu. Ce principe du droit
de I'environnement, renforcé par les termes du traité et maintenant
consacré dans l'arrêt de la Cour (par. 140), obligerait les Parties a assumer l'obligation de mettre en place des mécanismes permettant de surveiller, de prévoir et d'évaluer de façon continue les impacts du projet àNations Unies. Recueil c/es sentences urbirrulr.î, 1941, vol. I I I . p. 1907" Voir ibid., p. 1934.1937.
X2Journul qfficiel, 6 mai 1983. p. 1071.113GABC~KOVO-NAGYMAROS PROJECT(SEP.OP. WEERAMANTRY)at every stage of the project's progress, throughout its period of active
Domestic legal systems have shown an intense awareness of this need
and have even devised procedural structures to this end. In India, for
example, the concept has evolved of the "continuous mandamus" - a
court order which specifies certain environmental safeguards in relation
to a given project, and does not leave the matter there, but orders a continuous monitoring of the project to ensure compliance with the standards which the court has ordainedx3.
EIA, being a specific application of the larger general principle of
caution, embodies the obligation of continuing watchfulness and anticipation.
(b) The Principle of Contemporaneity in the Application of
This is a principle which supplements the observations just made
regarding continuing assessment. It provides the standard by which the
continuing assessment is to be made.
This case concerns a treaty that was entered into in 1977. Environmenta1 standards and the relevant scientific knowledge of 1997 are far in
advance of those of 1977. As the Court has observed, new scientific
insights and a growing awareness of the risks for mankind have led to the
development of new norms and standards:
"Such new norms have to be taken into consideration, and such
new standards given proper weight, not only when States contemplate new activities but also when continuing with activities begun in
the past." (Para. 140.)
This assumes great practical importance in view of the continued joint
monitoring that will be required in terms of the Court's Judgment.
Both Parties envisaged that the project they had agreed upon was not
one which would be operative for just a few years. It was to reach far into
the long-term future, and be operative for decades, improving in a permanent way the natural features that it dealt with, and forming a lasting
contribution to the economic welfare of both participants.
If the Treaty was to operate for decades into the future, it could not
X3 For a reference to environmentally related judicial initiatives of the courts of the
SAARC Region. see the Proceedings of the Regional Symposium on the Role of the Judiciary in Promoting the Rule of Law in the Area of Sustainahle Development, held in
Colombo, Sri Lanka, 4-6 July 1997, shortly to be published.PROJET GAB~:IKOVO-NAGYMAROS (OP.IND.WEERAMANTRY)113tous les stades de son avancement, pendant toute la durée de son fonctionnement.
Les systèmes juridiques nationaux ont témoigné d'une conscience aiguë
de ce besoin, ils ont même inventé des mécanismes procéduraux à cette
fin. En Inde, par exemple, on a vu s'établir le concept du ((mandamus
continu)): il s'agit d'une ordonnance judiciaire qui énonce certaines sauvegardes écologiques pour un projet déterminé et qui, Sans en rester là,
enjoint de procéder à un suivi continu du projet pour assurer le respect
des critères fixés par le tribunalg3.
L'EIE, application particulière du principe général plus vaste de précaution, inclut l'obligation d'une surveillance et d'une anticipation continues.
b) Le principe de la contemporanéité dans l'application
Il s'agit là d'un principe qui complète les observations que l'on vient de
faire à propos de l'évaluation continue. Il établit la norme d'exécution de
l'évaluation continue.
La présente affaire se rapporte à un traité conclu en 1977. Les normes
écologiques et les connaissances scientifiques pertinentes de 1997 dépassent de loin celles de 1977. Comme la Cour l'a fait observer, les nouvelles
perspectives qu'offre la science et la conscience croissante des risques
courus par l'humanité ont conduit à la mise au point de nouvelles normes
«Ces normes nouvelles doivent être prises en considération et
ces exigences riouvelles convenablement appréciées non seulement
lorsque des Etats envisagent de nouvelles activités, mais aussi lorsqu'ils poursuivent des activités qu'ils ont engagées dans le passé.»
(Par. 140.)
Cette observation revêt une grande importance pratique au vu du suivi
continu conjoint que prescrira l'arrêt de la Cour.
Les deux Parties avaient pris en considération le fait que le projet sur
lequel elles s'étaient mises d'accord n'allait pas fonctionner que quelques
années. Il devait s'iinscrire dans le long terme et rester opérationnel pendant des dizaines d"années de manière à améliorer de façon permanente
les éléments topographiques naturels qu'il visait, ainsi qu'à contribuer
durablement à la prospérité économique des deux participants.
Si le traité devait s'appliquer pendant des dizaines d'années, les normes
83 Pour une référence: aux initiatives relatives à l'environnement des tribunaux de la
région de l'association sud-asiatique de coopération régionale (ASACR), voir les travaux
du colloque régional sur le rôle des tribunaux dans le développement du principe de la
primauté du droit en matière de développement durable, tenu à Colombo, Sri Lanka,
4-6 juillet 1997, sous presse.1 14GABC~KOVO-NAGYMAROSPROJECT(SEP.OP. WEERAMANTRY)operate on the basis of environmental norms as though they were frozen
in time when the Treaty was entered into.
This inter-temporal aspect of the present case is of importance to al1
treaties dealing with projects impacting on the environment. Unfortunately, the Vienna Convention offers very little guidance regarding this
matter which is of such importance in the environmental field. The provision in Article 3 1, paragraph 3 ( c ) , providing that "any relevant rules of
international law applicable in the relations between the parties" shall be
taken into account, scarcely covers this aspect with the degree of clarity
requisite to so important a matter.
Environmental concerns are live and continuing concerns whenever the
project under which they arise may have been inaugurated. It matters
little that an undertaking has been commenced under a treaty of 1950,
if in fact that undertaking continues in operation in the year 2000. The
relevant environmental standards that will be applicable will be those of
As this Court observed in the Namibia case, "an international instrument has to be interpreted and applied within the framework of the entire
legal system prevailing at the time of the interpretation" (Legal Consequences for States of the Continued Presence of South Africa in Numibia
(South West Africa) notwithstanding Security Council Resolution 276
(1970), Advisory Opinion, I.C.J. Reports 1971, p. 31, para. 53), and
these principles are "not limited to the rules of international law applicable at the time the treaty was concluded" 84.
Environmental rights are human rights. Treaties that affect human
rights cannot be applied in such a manner as to constitute a denial of
human rights as understood at the time of their application. A Court cannot endorse actions which are a violation of human rights by the standards of their time merely because they are taken under a treaty which
dates back to a period when such action was not a violation of human
Support for this proposition can be sought from the opinion of Judge
Tanaka in South West Africa, when he observed that a new customary
law could be applied to the interpretation of an instrument entered into
more than 40 years previously (I.C.J. Reports 1966, pp. 293-294). The
ethical and human rights related aspects of environmental law bring it
within the category of law so essential to human welfare that we cannot
apply to today's problems in this field the standards of yesterday. Judge
Tanaka reasoned that a party to a humanitarian instrument has no right
to act in a manner which is today considered inhuman, even though the
action be taken under an instrument of 40 years ago. Likewise, no action
should be permissible which is today considered environmentally" Oppenheim's Internurionul Law, R. Y . Jennings and A. Watts (eds.), 1992, p. 1275,
note 21.PROJETGAB~:IKOVO-NAGYMAROS
(OP. IND.WEERAMANTRY)1 14écologiques sur lesquelles il se fondait ne pouvaient pas être considérées
comme figées dans le temps à l'époque de la conclusion du traité.
Cet aspect intertemporel de la présente affaire revêt de l'importance
pour tous les traités relatifs à des projets ayant une incidence écologique.
Malheureusement la convention de Vienne n'awworte au'une aide très
limitée sur ce point., si important dans le domaine de I'environnement.
L'article 31, paragraphe 3, alinéa c ) , qui prescrit de tenir compte «de
toute règle pertinente de droit international applicable dans les relations
entre les parties)) ne: traite guère cet aspect de la question avec la clarté
que commande une affaire de cette importance.
Les préoccupations écologiques gardent leur actualité et demeurent
constantes, peu importe l'époque à laquelle a été inauguré le projet à propos duquel elles surgissent. Peu importe qu'une activité ait été entreprise
en vertu d'un traité de 1950; si elle s'exerce encore en I'an 2000, les critères écologiques applicables seront ceux de I'an 2000..AComme la Cour l'a fait observer dans l'affaire de la Namibie «tout
instrument international doit être interprété et appliqué dans le cadre de
l'ensemble du système juridique en vigueur au moment où I'interprétation a lieun (Conséqfuencesjuridiques pour les Etats de la présence continue de l'Afrique du Sud en Namibie (Sud-Ouest africain) nonobstant lu
résolution 276 (1970) du Conseil de sécurité, avis consultatg C.I.J.
Recueil 1971, p. 31, par. 53), et ces principes «ne se limitent pas aux
règles de droit international applicables au moment de la conclusion du
traité )) s4.
Les droits relatifs à I'environnement sont des droits de l'homme. Les
traités qui ont des effets sur les droits de l'homme ne peuvent pas être
appliqués de manière à nier ces droits tels qu'on les entend au moment de
l'application. Un tribunal ne peut approuver des actes qui enfreignent les
droits de I'homme selon les critères de son époque, simplement parce
qu'ils sont accomplis en vertu d'un traité qui remonte à une époque où de
tels actes ne constituaient pas une violation des droits de I'homme.
A l'appui de cette proposition on peut invoquer l'opinion de
M. Tanaka dans l'affaire du Sud-Ouest africain, où il a fait observer
qu'une nouvelle règle de droit coutumier pouvait être appliquée à I'interprétation d'un instrument conclu il y avait plus de quarante ans (C.I.J.
Recueil 1966, p. 293-294). Les aspects du droit de I'environnement qui
ressortissent a l'éthique et aux droits de I'homme font rentrer ce droit
dans la catégorie dei3 règles qui présentent un caractère si essentiel pour la
prospérité humaine qu'en ce domaine nous ne pouvons pas appliquer les
critères d'hier aux problèmes d'aujourd'hui. Selon le raisonnement de
M. Tanaka, une p,artie à un instrument humanitaire n'a pas le droit
d'agir d'une façon que l'on considère aujourd'hui comme inhumaine,s4 R. Y. Jennings et A. Watts (dir. publ.), Oppenheim's International Law, 1992,
p. 1275, note 21.unsound, even though it is taken under an instrument of more than
Mention may also be made in this context of the observation of the
European Court of Human Rights in the Tyrer case that the Convention
is a "living instrument" which must be interpreted "in the light of
present-day conditions" s5.
It may also be observed that we are not here dealing with questions of
the validity of the Treaty which fall to be determined by the principles
applicable at the time of the Treaty, but with the application of the
TreatyS6. In the application of an environmental treaty, it is vitally
important that the standards in force ut the time of application would be
A recognition of the principle of contemporaneity in the application of
environmental norms applies to the joint supervisory rĂŠgime envisaged in
the Court's Judgment, and will be an additional safeguard for protecting
the environmental interests of Hungary.(a) The Factual Background: The Presence of the Elements of Estoppel
It is necessary to bear in mind that the Treaty of 1977 was not one that
suddenly materialized and was hastily entered into, but that it was the
result of years of negotiation and study following the first formulations
of the idea in the 1960s. During the period of negotiation and implementation of the Treaty, numerous detailed studies were conducted by
many experts and organizations, including the Hungarian Academy of
The first observation to be made on this matter is that Hungary went
into the 1977 Treaty, despite very clear warnings during the preparatory
studies that the Project might involve the possibility of environmental
damage. Hungary, with a vast amount of material before it, both for and
against, thus took a considered decision, despite warnings of possible
danger to its ecology on almost al1 the grounds which are advanced
Secondly, Hungary, having entered into the Treaty, continued to treat
it as valid and binding for around 12 years. As early as 1981, the Gov8 5 Judgment of the Court. Tyrer case, 25 April 1978, para. 31, publ. Court A, Vol. 26,
at 15, 16.
86 See further Rosalyn Higgins, "Some Observations on the Inter-Temporal Rule
in International Law", in Theory of International Law ut the Threshold of the 2lst
Centurj, op. rit., p. 173.PROJETGAB~IKOVO-NAGYMAROS
(OP.IND. WEERAMANTRY)1 15même si elle agit en vertu d'un instrument conclu il y a plus de quarante
ans. De même, aucune mesure ne devrait être licite si elle est considérée
aujourd'hui comme dangereuse pour l'environnement, même si elle est
accomplie en vertu d'un instrument qui remonte à il y a plus de vingt ans.
Dans ce contexte, on peut aussi mentionner l'observation de la Cour
européenne des droits de l'homme dans l'affaire Tyrer, selon laquelle la
convention est «un instrument vivant ... à interpréter a la lumière des
conditions de vie actuelles»85.
On peut aussi faire observer que nous n'avons pas ici affaire à des
questions de validi~édu traité, sur lesquelles il convient de statuer en
vertu des principes applicables à l'époque du traité, mais a son applica[ionx6. Dans le cas 'de la mise en œuvre d'un traité relatif a l'environnement, il est d'une importance capitale que les critères en vigueur a u
moment de son application soient les critères déterminants.
La reconnaissance du principe de la contemporanéité dans I'application des normes écologiques vaut aussi pour le régime de surveillance
conjoint envisagé dans l'arrêt de la Cour et constituera une garantie supplémentaire pour protéger les intérêts écologiques de la Hongrie.
C. LE TRAITEMENTAPPLIQUÉ AUX OBLIGATIONS ERGA OMNES
DANS U N E INSTANCE JUDICIAIRE INTER P A R T E Sa) Les données de fait: la présence des éléments de I'estoppel
Le traité de 1977, on doit s'en souvenir, n'a pas pris corps de façon
soudaine ni été coriclu a la hâte: il résulte d'années de négociations et
d'études après les premières formulations de son idée dans les années
soixante. Pendant la période de la négociation et de l'exécution du traité,
nombre d'études di:taillées ont été effectuées par beaucoup d'experts et
d'organisations, y compris l'Académie des sciences de Hongrie.
La première observation à formuler à ce sujet, c'est que la Hongrie a
conclu le traité de 1977, malgré des avertissements très clairs pendant les
études préparatoires, indiquant que le projet comportait un risque de
dommages écologiques. En possession comme elle l'était d'une documentation considérable: à la fois pour et contre, la Hongrie a donc pris une
décision réfléchie, bien qu'elle eût été prévenue d'un risque possible pour
son environnement pour presque toutes les raisons que l'on invoque
Deuxièmement, a.près avoir conclu le traité, la Hongrie a continué à le
considérer comme en vigueur et obligatoire pendant environ douze ans.
8 5 Arrêt de la Cour, affaire Tyrer, 25 avril 1978, par. 31, publications de la Cour A,
vol. 26, p. 15.
8h Voir aussi Rosalyri Higgins, «Some Observations on the Inter-Temporal Rule in
International Law)), dans Theory of Internutionul Law ut the Threshold of the 2lst Centurj. op. cit., p. 173.1 16GABC~KOVO-NAGYMAROSPROJECT(SEP.OP. WEERAMANTRY)ernment of Hungary had ordered a reconsideration of the Project and
researchers had then suggested a postponement of the construction,
pending more detailed ecological studies. Yet Hungary went ahead with
the implementation of the Treaty.
Thirdly, not only did Hungary devote its own effort and resources to
the implementation of the Treaty but, by its attitude, it left Czechoslovakia with the impression that the binding force of the Treaty was not
in doubt. Under this impression, and in pursuance of the Treaty which
bound both Parties, Czechoslovakia committed enormous resources to
the Project. Hungary looked on without comment or protest and, indeed,
urged Czechoslovakia to more expeditious action. It was clear to Hungary that Czechoslovakia was spending vast funds on the Project resources clearly so large as to strain the economy of a State whose
economy was not particularly strong.
Fourthly, Hungary's action in so entering into the Treaty in 1977 was
confirmed by it as late as October 1988 when the Hungarian Parliament
approved of the Project, despite al1 the additional material available to it
in the intervening space of 12 years. A further reaffirmation of this Hungarian position is to be found in the signing of a Protocol by the Deputy
Chairman of the Hungarian Council of Ministers on 6 February 1989,
reaffirming Hungary's commitment to the 1977 Project. Hungary was in
fact interested in setting back the date of completion from 1995 to 1994.
Ninety-six days after the 1989 Protocol took effect, Le., on 13 May
1989, the Hungarian Government announced the immediate suspension'
for two months of work at the Nagymaros site. It abandoned performance on 20 July 1989, and thereafter suspended work on al1 parts of the
Project. Forma1 termination of the 1977 Treaty by Hungary took place
It seems to me that al1 the ingredients of a legally binding estoppel are
here present *'.
The other Treaty partner was left with a vast amount of useless project
construction on its hands and enormous incurred expenditure which it
had fruitlessly undertaken.
(b) The Context of Hungary's Actions
In making these observations, one must be deeply sensitive to the fact
that Hungary was passing through a very difficult phase, having regard
87 On the application of principles of estoppel in the jurisprudence of this Court and its
predecessor, see Legal Status of Eastern Greenland, P. C.I.J . , Series A/B. No. 53, p. 2 2 ;
Fisheries (United Kingdom v. Norivuy), I.C.J. Reports 1951, p. 116; Temple of Preuh
Vihear, I. C .J . Reports 1962, p. 15 1 . For an analysis of this jurisprudence, see the separate
opinion of Judge Ajibola in Territorial Dispute (Libyan Arab Jamahiriya/Chad), I. C.J.
Reports 1994, pp. 77-83.Dès 1981 le Gouvernement hongrois avait ordonné de réexaminer le projet et des chercheurs avaient alors proposé de reporter les travaux de
construction dans l'attente d'études écologiques plus détaillées. Pourtant
la Hongrie a mis à exécution le traité.
Troisièmement, non seulement la Hongrie a consacré ses propres efforts
et ressources à l'exécution du traité, mais elle a donné à la Tchécoslovaquie, par son attitude, l'impression que la force obligatoire du traité
n'était pas douteuse. Se fiant à cette impression la Tchécoslovaquie a, en
application du traitci qui obligeait les deux Parties, consacré au projet des
ressources énormes. La Hongrie a regardé faire sans observations ni protestations, elle a même demandé instamment A la Tchécoslovaquie de
hâter les travaux. Pour la Hongrie, il était clair que la Tchécoslovaquie
affectait au projet des sommes énormes
des ressources à l'évidence
assez grandes pour mettre à l'épreuve l'économie d'un Etat qui n'était pas
Quatrièmement, la Hongrie a confirmé en octobre 1988 sa décision de
conclure le traité en 1977 quand le Parlement hongrois a approuvé le projet, malgré tous les documents supplémentaires qui avaient été mis à sa
disposition pendant les douze années écoulées dans l'intervalle. On trouve
une nouvelle affirmation de cette position de la Hongrie dans la signature, le 6 février 1989, par le vice-président du conseil des ministres hongrois, d'un protocole réaffirmant que la Hongrie restait obligée par le
projet de 1977. De fait, la Hongrie voulait faire avancer la date d'achèvement de 1995 à 1994.
Quatre-vingt-seize jours après l'entrée en vigueur du protocole de 1989,
le 13 mai 1989, le Gouvernement hongrois a annoncé la suspension
immédiate, pour deux mois, des travaux au chantier de Nagymaros. Il en
a abandonné l'exécution le 20 juillet 1989 et, par la suite, suspendu les
travaux relatifs à toutes les parties du projet. C'est en mai 1992 que la
Hongrie a mis fin officiellement au traité de 1977.
Il me semble que tous les éléments d'un estoppel obligatoire en droit
sont ici réuniss7.
L'autre partie ail traité se retrouvait avec une quantité importante
d'ouvrages inutiles du projet sur les bras et avait engagé des dépenses
considérables en vain.
-b) Les circonstances des actes de la Hongrie
En présentant ces observations, on doit être profondément sensible au
fait que la Hongrie traversait une période très difficile, compte tenu des
87 Sur l'application d1:s principes d'estoppol dans la jurisprudence de la Cour et de sa
devancière, voir Statut juridique du Groënland oriental. arrét, 1933, C.P. J.I. série A/B
nu 53, p. 22; Pêcheries. arrét, C.I.J. recueil 1951, p. 116; Temple de Prc'ah Vihéar, fond,
arrêt, C.I.J. Recueil 1962, p. 151. Pour une analyse de cette jurisprudence, voir I'opinion individuelle de M. Ajibola dans l'affaire du D o r e n d territorial iJan~uhiriyaarabe
libyenne/Tchad), arrêt, C.I.J. Recueil 1994, p. 77-83.to the epochal events that had recently taken place in Eastern Europe.
Such historic events necessarily leave their aftermath of internal tension.
This may well manifest itself in shifts of officia1 policy as different emergent groups exercise power and influence in the new order that was in the
course of replacing that under which the country had functioned for close
on half a century. One cannot but take note of these realities in understanding the drastic officia1 changes of policy exhibited by Hungary.
Yet the Court is placed in the position of an objective observer, seeking
to determine the effects of one State's changing official attitudes upon a
neighbouring State. This is particularly so where the latter was obliged, in
determining its course of action, to take into account the representations
emanating from the official repositories of power in the first State.
Whatever be the reason for the internal changes of policy, and whatever be the internal pressures that might have produced this, the Court
can only assess the respective rights of the two States on the basis of their
official attitudes and pronouncements. Viewing the matter from the
standpoint of an external observer, there can be little doubt that there
was indeed a marked change of official attitude towards the Treaty,
involving a sharp shift from full officia1 acceptance to full officia1 rejection. It is on this basis that the legal consequence of estoppel would
follow.(c) Is It Appropriate to Use the Rules of Inter Partes Litigation to
Determine Erga Omnes Obligations ?
This recapitulation of the facts brings me to the point where 1 believe a
distinction must be made between litigation involving issues inter partes
and litigation which involves issues with an erga omnes connotation.
An important conceptual problem arises when, in such a dispute inter
partes, an issue arises regarding an alleged violation of rights or duties in
relation to the rest of the world. The Court, in the discharge of its traditional duty of deciding between the parties, makes the decision which is in
accordance with justice and fairness between the parties. The procedure it
follows is largely adversarial. Yet this scarcely does justice to rights and
obligations of an erga omnes character - least of al1 in cases involving
environmental damage of a far-reaching and irreversible nature. 1 draw
attention to this problem as it will present itself sooner or later in the field
of environmental law, and because (though not essential to the decision
actually reached) the facts of this case draw attention to it in a particularly pointed form.
There has been conduct on the part of Hungary which, in ordinaryPROJETGABCIKOVO-NAGYMARos
(OP.IND. WEERAMANTRY)1 17événements historiqlues qui venaient de se produire en Europe orientale. De tels événements laissent nécessairement des séquelles sous forme
de tensions intérieures. Celles-ci peuvent se manifester par des modifications de la politique officielle, à mesure que des groupes différents émergent et exercent pouvoir et influence au sein du nouvel ordre qui est en
train de remplacer celui qu'avait connu le pays pendant près d'un demisiècle. On ne peut que prendre acte de ces réalités pour comprendre les
changements radicaux dont la Hongrie a fait montre dans sa politique
Cependant la Cour se trouve dans la situation d'un observateur objectif aui cherche à déterminer les effets de la modification des attitudes officielles d'un Etat sur un Etat voisin. Il en est spécialement ainsi lorsque ce
dernier Etat se trouvait obligé, pour déterminer sa ligne de conduite, de
tenir compte des déclarations émanant des dépositaires officiels du pouvoir dans le ~ r e m i e r .
Quelles qu'aient été les raisons des changements de politique interne, et
quelles qu'aient pu être les pressions internes qui pouvaient en être la
cause, la Cour ne saurait évaluer les droits respectifs des deux Etats que
sur la base de leurs attitudes et déclarations officielles. Si l'on examine
l'affaire du point de vue d'un observateur extérieur, il n'y a guère de
doute qu'il y a bien eu changement caractérisé de l'attitude officielle à
l'égard du traité, qui est passée abruptement de l'acceptation officielle
totale au rejet officiel total. Voilà sur quelle base les effets juridiques de
l'estoppel doivent s'ensuivre.
c) Convient-il d'utiliser les règles du contentieux inter partes
pour déterminer des obligations erga omnes ?
Cette récapitulation des faits m'amène au point où j'estime qu'il faut
opérer une distinction entre le contentieux portant sur des questions inter
partes et le contenitieux portant sur des questions de caractère erga
Il se pose un important problème conceptuel lorsque, dans un différend inter partes comme celui-ci, il est excipé de la violation de droits ou
d'obligations opposables au reste du monde. La Cour, dans l'exercice de
son obligation tradiitionnelle de statuer entre les parties, se prononce de
la manière conforme à la justice et à l'équité entre les purties. La procédure qu'elle suit est dans une large mesure contradictoire. Or, cela ne
rend guère justice aux droits et obligations opposables erga omnes, surtout dans les affaires où il s'agit d'un dommage écologique d'une grande
portée et d'un caractère irréversible. J'attire I'attention sur ce problème,
car il se posera tôt ou tard dans le domaine du droit de l'environnement
et parce que, bien qu'il ne soit pas essentiel pour la décision effectivement
prononcée, les faits en l'espèce appellent I'attention sur lui de façon particulièrement aiguë.
La Hongrie a eu un comportement qui l'empêcherait, dans un conten-1 18GABC~KOVO-NAGYMAROS PROJECT(SEP.OP. WEERAMANTRY)inter partes litigation, would prevent it from taking up wholly contradictory positions. But can momentous environmental issues be decided on
the basis of such inter partes conduct? In cases where the erga omnes
issues are of sufficient importance, 1 would think not.
This is a suitable opportunity, both to draw attention to the problem
and to indicate concern at the inadequacies of such inter partes rules as
determining factors in major environmental disputes.
1 stress this for the reason that inter partes adversarial procedures,
eminently fair and reasonable in a purely inter partes issue, may need
reconsideration in the future, if ever a case should arise of the imminence
of serious or catastrophic environmental danger, especially to parties
other than the immediate litigants.
Indeed, the inadequacies of technical judicial rules of procedure for the
decision of scientific matters has for long been the subject of scholarly
comment 8 R .
We have entered a n era of international law in which international law
subserves not only the interests of individual States, but looks beyond
them and their parochial concerns to the greater interests of humanity
and planetary welfare. In addressing such problems, which transcend the
individual rights and obligations of the litigating States, international law
will need to look beyond procedural rules fashioned for purely inter
partes litigation.
When we enter the arena of obligations which operate erga omnes
rather than inter partes, rules based on individual fairness and procedural
compliance may be inadequate. The great ecological questions now surfacing will cal1 for thought upon this matter. International environmental
law will need to proceed beyond weighing the rights and obligations
of parties within a closed compartment of individual State self-interest,
unrelated to the global concerns of humanity as a whole.
The present case offers an opportunity for such reflection.Environmental law is one of the most rapidly developing areas of international law and 1 have thought it fit to make these observations on a few
aspects which have presented themselves for consideration in this case.
88 See, for example, Peter Brett, "Implications of Science for the Law", McGill Luiv
Journal, 1972. Vol. 18, p. 170, at p. 191. For a well-known comment from the perspective
of sociology, see Jacques Ellul, The Technologicul Society, trans. John Wilkinson, 1964,
pp. 251, 291-300.tieux inter partes ordinaire, d'adopter des positions tout à fait incompatibles. Cependant, des questions écologiques graves peuvent-elles être tranchées sur la base d'un tel comportement inter partes? Dans des affaires
où les questions rrga omnes présentent une importance suffisante, je
C'est la une occasion appropriée a la fois d'attirer l'attention sur le problème et d'exprimer la crainte que de telles règles inter partes conviennent
mal pour résoudre des différends écologiques majeurs.
Je souligne ce point parce que la procédure contradictoire inter partes, éminemment équitable et raisonnable dans une affaire purement
inter partes, peut nécessiter un nouvel examen a l'avenir, si jamais
surgissait une affaire concernant un danger écologique grave ou catastrophique imminenl., surtout pour d'autres parties que les plaideurs euxmêmes.
Les défauts des rllgles techniques de procédure contradictoire lorsqu'il
s'agit d'établir des faits dans des domaines scientifiques ont depuis longtemps d'ailleurs donné matière à des observations en doctrine".
Nous sommes entrés dans une ère du droit international où celui-ci ne
se contente pas de servir les intérêts des Etats a titre individuel, mais projette son regard au-delà de ceux-ci et de leurs querelles de clocher pour
considérer les intérkts majeurs de l'humanité et le bien-être de la planète.
Pour examiner de tels problèmes, qui dépassent les droits et obligations
propres des Etats en litige, le droit international devra voir plus loin
que les règles de procédure élaborées aux seules fins du contentieux inter
Quand nous entrons dans le monde des obligations opposables erga
ornrzes plutôt qu'intrrpartes, les règles fondées sur l'équité individuelle et
le respect de la procédure peuvent se révéler inadéquates. Les grandes
questions écologiques qui se font jour maintenant vont obliger à réfléchir
à cette question. Le droit international de l'environnement devra faire
plus que peser les droits et obligations des parties a l'aune unique de
l'intérêt individuel propre des Etats, sans tenir compte des préoccupations générales de l'humanité dans son ensemble.
La présente affaire donne l'occasion d'engager cette réflexion.Le droit de l'enviironnement est l'un des domaines du droit international qui se développe le plus vite et il m'a semblé approprié de présenter
ces observations sur quelques-uns de ses aspects qu'il y a eu lieu d'exa88 Voir, par exemple, Peter Brett, ((Implications of Science for the Law)), McGill LUM.
Journal, 1972. vol. 18, p. 170, p. 191. Pour une réflexion bien connue du point de vue
sociologique, voir Jacques Ellul, Lu technique ou l'enjeu du si;rle, 1954, p. 227 et 228,
264-27 1.As this vital branch of law proceeds to develop, it will need al1 the
insights available from the human experience, crossing cultural and
disciplinary boundaries which have traditionally hemmed in the discipline of international law.
(Signed) Christopher Gregory WEERAMANTRY.PROJETGAI~CIKOVO-NAGYMAROS
(OP.IND. WEERAMANTRY) 1 19miner en l'espèce. Au fur et à mesure que cette branche vitale du droit se
développera, elle aura besoin de toutes les perspectives qu'offre l'expérience humaine, par-delà les frontières érigées entre les cultures et les disciplines, qui ont traditionnellement enserré dans un carcan la discipline
du droit international.(Signé) Christopher Gregory WEERAMANTRYAll pages:123456789101112131415161718192021222324252627282930313233343536373839404142434445464748495051525354555657585960616264InfoSaveLikeShareDownloadMoreICJ: 97-09-25: Weeramantry Opinion: Hungary v. Slovakia: Published on Sep 18, 2012 International Court of Justice: Opinion of Weeramantry J in the Case Concerning the Gabcikovo-Nagymaros Project (Hungary v Slovakia) (1998)...See Morejs-rorFollowRead moreRead moreSimilar toPopular nowJust for youGo explore