Source: https://www.reiso.org/articles/themes/politiques/99-l-a-b-c-du-nouveau-droit-de-protection-de-la-personne
Timestamp: 2020-07-04 09:42:36+00:00
Document Index: 80733288

Matched Legal Cases: ['art. 360', 'art. 370', 'art. 374', 'art. 378', 'art. 382', 'art. 383', 'art. 387', 'art. 391', 'art. 394', 'art. 429', 'art. 430', 'art. 431', 'art. 432', 'art. 439', 'art. 433', 'art. 434', 'art. 435', 'art. 438', 'art. 440', 'art. 420', 'art. 451', 'art. 416', 'art. 441', 'art. 449', 'art. 454']

REISO - Politiques - L’a b c du nouveau droit de protection de la personne
Par Olivier Guillod, professeur, directeur de l’Institut de droit de la santé, Université de Neuchâtel
Les principales critiques adressées au droit actuel de la tutelle portaient, en résumé, sur les points suivants :
- le catalogue des mesures (interdiction, conseil légal, curatelle) au contenu prédéterminé ne permettait pas d’individualiser suffisamment la mesure de protection ni de respecter pleinement le principe de proportionnalité ;
- le pouvoir de prendre des décisions, notamment dans le domaine personnel, pour des personnes incapables de discernement dépourvues d’un mandataire tutélaire, n’était pas réglé clairement ;
- la protection des personnes incapables de discernement vivant en EMS était insuffisante, de même que la protection juridique des personnes placées à des fins d’assistance ;
- le traitement des personnes placées à des fins d’assistance en raison de troubles psychiques n’était absolument pas réglé au niveau fédéral ;
- la terminologie utilisée dans le Code civil (par exemple : interdiction, interdit, pupille, ivrognerie, inconduite, maladie mentale, etc.) était à la fois surannée et stigmatisante pour les personnes concernées ;
- l’organisation de la tutelle était compliquée et les autorités de tutelle manquaient parfois des connaissances et des compétences professionnelles nécessaires à l’accomplissement de leurs tâches ;
- le régime de responsabilité personnelle des organes de la tutelle ne correspondait plus aux conceptions.
- promouvoir l’auto-détermination de la personne, notamment en prévoyant divers instruments lui permettant de disposer d’elle-même au-delà de l’éventuelle survenance d’une incapacité de discernement (mandat pour cause d’inaptitude, art. 360ss ; directives anticipées, art. 370ss) ;
- renforcer la solidarité familiale et, en même temps, réduire l’intervention de l’Etat. Les liens étroits existant entre des personnes formant une communauté de vie justifient de leur attribuer un pouvoir de représentation quand leur partenaire perd le discernement (représentation par le conjoint ou le partenaire enregistré pour les actes quotidiens, art. 374ss ; représentation par les proches dans le domaine médical, art. 378), ce qui clarifie la situation juridique et permet aussi d’éviter l’ouverture de procédures menant à la désignation d’un mandataire tutélaire ;
- améliorer la protection juridique des personnes incapables de discernement résidant en EMS, pour remédier au flou juridique sur les conditions-cadre d’accueil de la personne dans l’institution et sur l’étendue des restrictions qui peuvent être imposées à sa liberté de mouvement (exigence d’un contrat d’assistance écrit, art. 382 ; encadrement des mesures limitant la liberté de mouvement, art. 383ss ; assujettissement des EMS à une surveillance cantonale, art. 387) ;
- flexibiliser les mesures d’assistance personnelle et patrimoniale prises par l’autorité afin qu’elles puissent tenir compte au maximum des besoins individuels (principe des « mesures sur mesure », art. 391 ; limitation individualisée de l’exercice des droits civils, art. 394ss) ;
- renforcer la protection juridique des personnes privées de liberté à des fins d’assistance. La durée limitée du placement qui peut être ordonné par un médecin (art. 429), les exigences formelles posées à la décision prise par un médecin (art. 430), le réexamen périodique du placement (art. 431), le droit de faire appel à une personne de confiance (art. 432) et le droit de recourir au juge contre un traitement sans consentement et contre une mesure limitant la liberté de mouvement (art. 439 al. 1 ch. 4 et 5) vont clairement dans ce sens ;
- unifier la réglementation de la prise en charge institutionnelle des personnes placées à des fins d’assistance pour des troubles psychiques. Les dispositions sur le plan de traitement (art. 433), sur le traitement sans consentement (art. 434), sur les cas d’urgence (art. 435) et sur les mesures limitant la liberté de mouvement (art. 438) donneront des points de repère plus clairs aux établissements traitant des personnes placées à des fins d’assistance ;
- créer une autorité interdisciplinaire de protection de l’enfant et de l’adulte, composée de personnes disposant des compétences professionnelles requises (art. 440).
- l’abandon de l’autorité parentale prolongée au-delà de la majorité, au profit d’un assouplissement des exigences (notamment quant à la remise d’un inventaire, de rapports et de comptes périodiques) posées au curateur quand il est un proche de la personne concernée (art. 420) ;
- le remplacement de la publication des mesures prises par l’autorité par un droit de chaque personne faisant valoir un intérêt digne de protection de se renseigner auprès de l’autorité compétente sur l’existence d’une mesure de protection (art. 451 al. 2) ;
- la simplification du système d’approbation de certains actes du mandataire tutélaire par l’autorité : le consentement émanera toujours de l’autorité de protection de l’adulte et la liste des actes visés a été raccourcie (art. 416) ;
- l’utilisation d’une nouvelle terminologie dénuée (pour le moment !) de connotation péjorative ou stigmatisante. Par exemple, toutes les mesures de protection de l’adulte prises par l’autorité sont des formes de « curatelle » (plus d’« interdiction ») ; la loi parle de « personne concernée » (et plus de « pupille »), de « troubles psychiques » (plutôt que de « maladie mentale ») et de « placement à des fins d’assistance » (au lieu de « privation de liberté à des fins d’assistance ») ;
- le rôle réduit des autorités cantonales de surveillance (art. 441 CC) qui ne feront plus qu’exercer une surveillance de nature administrative sur les autorités de protection de l’adulte, sans compétence juridictionnelle ;
- la possibilité de placer une personne dans une institution appropriée à des fins d’expertise psychiatrique, en respectant les garanties procédurales de la privation de liberté à des fins d’assistance (art. 449 CC) ;
- l’introduction d’une responsabilité causale exclusive du canton en lien avec toutes les mesures (curatelles et placements à des fins d’assistance) prises par l’autorité de protection de l’adulte (art. 454 CC).
[5] Recueil officiel des lois fédérales 2011, p. 725. Les documents relatifs à cette réforme sont accessibles en ligne sur le site de la Confédération.
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