Source: https://solar-club.web.cern.ch/gazette/2002/195_196_17.html
Timestamp: 2020-08-03 12:30:58+00:00
Document Index: 223568552

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L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) lève la surveillance renforcée de la centrale nucléaire EDF de Dampierre..
L’ASN avait mis, au mois de septembre 2000, le site de Dampierre sous surveillance renforcée pour une période de six mois. Cette décision était la conséquence d’une accumulation de dysfonctionnements révélateurs d’un manque de rigueur dans l’exploitation, ainsi que d’une dégradation des relations humaines et sociales, susceptibles d’avoir des conséquences sur la sûreté.
Au mois de mars 2001, terme de ces six mois, l’Autorité de sûreté nucléaire avait constaté un arrêt de la dégradation de la situation du site, mais aussi la persistance d’un niveau de rigueur insuffisant dans les opérations d’exploitation et de maintenance. L’ASN avait estimé nécessaire de maintenir une surveillance renforcée sur les domaines identifiés comme fragiles : les moyens humains, la qualité des opérations de maintenance et la rigueur du comportement en salle de commande.
Aujourd’hui, l’Autorité de sûreté nucléaire constate une situation améliorée. Elle constate également une tendance à la poursuite de cette amélioration. L’Autorité de sûreté nucléaire a donc décidé de lever la surveillance renforcée du site de Dampierre. L’Autorité de sûreté nucléaire considère toutefois que le site de Dampierre doit poursuivre activement les efforts engagés, en particulier dans les domaines essentiels suivants :
- il doit renforcer la rigueur dans l’application des spécifications techniques d’exploitation, qui fixent les exigences de sûreté dans la conduite de la centrale ;
Par ailleurs l’Autorité de sûreté nucléaire attend que le site maintienne son effort de transparence, aussi bien vis-à-vis d’elle même que vis-à-vis de la Commission locale d’information.
L’Autorité de sûreté nucléaire contrôlera avec vigilance la réalisation des progrès encore attendus de la part du site de Dampierre.
ÉTANCHÉITÉ DE L ‘ENCEINTE: LES CERTITUDES S’EFFRITENT
Au cours de l’arrêt longue durée de la tranche 1, des tests ont été effectués entre le 6 et le 9 juin 2001 pour évaluer l’étanchéité de l’enceinte du réacteur. Ils ont mis en évidence un taux de fuite important de la paroi interne, très supérieur à celui attendu et dépassant le taux autorisé (2,7 % pour 1 à 1,5 % admis).
L’analyse des causes aurait mis en évidence un double phénomène de retrait (perte d’eau du béton) et de fluage (déformation) sous l’influence des éléments de précontrainte.
Il n’a pas été question, dans les explications fournies, d’un éventuel mouvement du radier ou d’un tassement du sous sol qui auraient pu affecter la structure. Pourtant, nous nous souvenons des injections de béton nécessaires à la consolidation du sous-sol. Nous avons toujours pensé que sa nature était un facteur de vulnérabilité des installations.
Quelques doutes subsistent sur la première épreuve d’enceinte. La CGT a fait remarquer lors de la CLI du 27 septembre 2001 que des colmatage avaient eu lieu après cette première mise en pression. Elle signale que la formule du béton de la tranche 2 à été par la suite modifiée.
TAPISSERIE DE SECOURS
Des travaux sont en cours pour ramener l’enceinte à un taux de fuite qualifié d’acceptable. Ils consistent, après sablage du béton, à appliquer un enduit sur les zones fuyardes ou susceptibles de la devenir, puis à y ajouter des couches successives de résine et de tissu de verre. Et ce sur une surface de 2240m2 (25% de la surface totale). Il est prévu que ces travaux de tapisserie soient terminés fin octobre et que de nouveaux tests d’étanchéité soient menés pour un redémarrage en fin d’année…
Le béton a 8 ans, pourtant le réacteur n’a fonctionné guère plus d’un an en durée cumulée. Confier de façon si précoce, l’étanchéité d’une enceinte à quelques couches de résine et de papier de fibre de verre, il y a vraiment quelque chose qui ne colle pas !
Enfin, si les soins quelque peu “ cosmétiques ” apportés à l’enceinte lui permettent de passer le prochain test de pression, si la colle résiste, la “ peau ” devra tenir 10 ans avant d’être soumise à une nouvelle épreuve au prochain grand arrêt de tranche. En attendant, pour les rejets, il faudra faire confiance aux chiffres communiqués par EDF.
Le côté artisanal du remède contraste avec la sophistication technologique présente sur le site. Un paradoxe qui se retrouve dans l’hypertechnicité des contrôle et le recours à une main d'oeuvre intérimaire au statut précaire, envoyée sur le front radioactif.
Ces travaux exposés s’ajoutent aux autres opérations du grand arrêt de tranche qui ont mobilisé entre 1500 et 2000 personnes . Pour EDF le bilan dosimétrique est satisfaisant, 6 prestataires “ seulement ” ayant reçu une dose supérieure à 16 mSv et aucune dose supérieure à 18 mSv n’a été enregistrée.
Nous croyons savoir pourtant qu’il y a eu quelques “ mises au vert ”.
De plus, le bilan présenté par l’Autorité de Sûreté est nettement moins satisfait. Dans sa revue Contrôle (n° 142), celle-ci relève que des inspections de chantier ont mis en évidence des points chauds non balisés et constate : “ il a été relevé que certain chantiers ne font pas l’objet d’une analyse de risques d’irradiation ou de contamination radioactive, alors que ces risques sont notablement présents. En outre, les analyses de risques ne sont pas présentes sur les lieux mêmes des interventions .
Une évaluation préalable des risques permet d’organiser le travail pour réduire les doses reçues par les prestataires. De plus, les intérimaires ne doivent pas être envoyés en zone irradiante. Comment peut-on être en mesure de respecter la loi si aucune évaluation préalable du risque n’est menée ?
La DIN note encore “ il a été observé que certains intervenants ne respectaient pas les consignes ” et ne portaient pas de combinaisons de papier, de gants ou de surbottes.
Les employés peuvent-ils être taxés de négligence ou n’avaient-ils pas le choix ? A leur décharge, un représentant syndical a fait remarquer que ces tenues n’étaient pas toujours disponibles ! A qui la faute ? A EDF chargée de veiller au respect des consignes de sécurité ou aux entreprises sous-traitantes pour des économies de bouts de chandelle ?
TENUE DE L’ENCEINTE AUX SÉISMES
Le 20 juillet, EDF déclarait à l’Autorité de sûreté “ un incident relatif à une erreur de conception affectant la résistance au séisme du système de fermeture du sas d’accès matériel des réacteurs de 1450 mégawatts (Chooz B et Civaux) ” (classé au niveau 1). L’ouverture du sas d’accès est obturée par un tampon dont il s’avère, après maints calculs et recalculs et compte tenu de ses dimensions et de sa conception, qu’il n’est pas sûr de résister à un séisme de force VIII.
Simultanément nous avons adressé un autre courrier à la Préfecture pour faire remarquer que le décret d’autorisation de création de la centrale (DAC), qui fixe les normes de résistance à un séisme de force VIII pour Civaux, n’était pas respecté alors que les réacteurs (de même conception) continuaient quand même à fonctionner. Des explications techniques ont été fournies par courrier (voir gazette 193/194) et lors de la CLI du 27 septembre mais elles sont loin de nous satisfaire. En effet, l’Autorité de sûreté reconnaît que : “ il s’agit bien d’une situation où le conformité aux exigences de conception n’est pas démontrée ” mais elle juge qu’une “ mise en conformité immédiate des réacteurs n’est pas nécessaire. ”. C’est-à-dire que tout en exigeant que la situation soit corrigée, elle n’impose pas à EDF l’arrêt de ses réacteurs tant que la mise aux normes n’est pas faite. A quand la tolérance zéro?
Lors de la dernière CLI, EDF a présenté les mesures qu’elle compte prendre sur les centrales du type N4 : 8 butées antisismiques doivent être ajoutées pour renforcer la résistance du tampon de fermeture en cas d’efforts latéraux La centrale ne devrait pas être autorisée à fonctionner avant de s’être acquittée de ces travaux. En effet, la possibilité d’un séisme n’a rien d’un fantasme. C’est ce que démontre le tremblement de terre survenu le 8 juin dernier pendant l’épreuve d’enceinte justement. Si son origine doit être recherchée dans les Deux-Sèvres, il n’en a pas moins été enregistré jusqu’à la centrale de Civaux. Son intensité était légèrement supérieure à V.
Ajoutons que la plupart des centrales sont situées au bord de fleuves (voire d’une rivière pour Civaux) qui en assurent le refroidissement. Or ces cours d’eau empruntent des voies correspondant le plus souvent à des accidents de terrain, à des zones de failles qui font du risque sismique un paramètre non négligeable ;
LA TRANCHE 2 AYANT FUMÉ TOUT L’ÉTÉ…
(sans que son enceinte ait été vérifiée) sera mise à l’arrêt avant que l’hiver ne soit venu.
Les interventions prévues pour débuter fin novembre 2001 se prolongeront jusqu’en 2002. Et si l’épreuve d’enceinte est aussi bonne que pour la tranche 1, ça pourrait durer un bout de temps.
Le béton est moins “ vieux ” de quelques années mais si la première épreuve d’enceinte avait donné entière satisfaction (le taux de fuite le plus bas de tout le parc français), on se souvient des piètres performances du béton “ haute performance ” en matière de cohésion : pour des raison encore floues, des plaques s’étaient décrochées lors de la première mise en pression de l’enceinte.
EDF conclut à l’absence d’amibes pathogènes dans les rejets de la centrale cet été. Sur les relevés communiqués par le CNPE il n’en apparaît pas.
La tranche 1 étant à l
La tranche 1 étant à l’arrêt la concentration en amibes n’a pas été mesurée. Cela évite évidemment d’en trouver.
BÉMOLS SUR LES FUITES ?
Soucieux de l’impact de Civaux et des autres sites nucléaires, nous nous sommes penchés sur les anomalies et dysfonctionnements concernant les rejets radioactifs gazeux et liquides que l’OPRI recense dans son bulletin “ Points et Commentaires ”.
Les pannes affectant les dispositifs de mesure de la radioactivité et la ventilation des rejets gazeux ainsi que les rejets non-conformes sont très communes sur l’ensemble des installations nucléaires françaises (rejets de krypton ou d’iode en l’absence de filtre par exemple, ou de Ruthénium comme ce fut le cas à La Hague le 18 mai dernier. En outre ces incidents ne sont pas toujours rendus publics ou signalés par l’exploitant à l’autorité de sûreté. Ils sont, dans tous les cas, indécelables par le commun des mortels qui n’a ni les moyens de vérifier les rejets, ni accès aux balises. (Dans le cas du nucléaire, non sens même sont de peu d’utilité.)
Dans son bulletin de décembre 2000, l’OPRI signalait pour Civaux une “ indisponibilité d’une chaîne de mesure de radioactivité à la cheminée de rejets ” en septembre 2000. Le directeur du CNPE de Civaux a été interrogé lors de la Commission Locale d’Information (CLI) du 30 mai 2001, sur les raisons de cette panne et la nature et l’activité des rejets éventuels qui auraient pu avoir lieu en l’absence de contrôle. Un mois plus tard, des éléments d’explications ont été fournis par l’intermédiaire d’un courrier adressé par le président de la CLI et dont voici la teneur :
“ Les deux unités de production sont dotées chacune d’une cheminée d’évacuation d’effluents gazeux au sein de laquelle sont disposés deux automates de contrôle de la radioactivité. Ces automates sont redondants deux par deux ; deux automates ont pour objet de contrôlent les activités basses, et deux autres contrôlent les activités hautes. L’un des deux automates redondants qui contrôlent l’activité basse et l’activité haute appartiennent à l’OPRI. En outre, ces automates comprennent un filtre qu’il convient de changer régulièrement.
Ainsi, le 8 septembre 2000, sur l’unité de production n°2, après un changement de filtre, l’automate activité basse de l’OPRI n’a pas redémarré. LE service chimie du site a immédiatement averti l’OPRI par télécopie le 8 septembre de l’indisponibilité de l’automate et comme quoi, aucun rejet ne sera effectué pendant cette indisponibilité.
Le 12 septembre, l’automate est remis en service et l’OPRI est de nouveau prévenu par télécopie. Celui-ci souligne qu’aucune élévation d’activité n’a été constatée sur l’automate redondant.
Il est bon enfin de rappeler que la redondance – la totalité d’une même fonction peut-être assurée par plusieurs appareils – est un des principes sur lesquels repose la sûreté des centrales françaises.
Cette opération de maintenance fait partie de la vie courante d’un site industriel et ne fait l’objet d’aucun classement ayant rapport avec la sûreté (échelle INES). Elle est enregistrée dans la base de données ‘Saphir ” destinée à informer les techniciens du site de Civaux (une partie de cette base est d’ailleurs accessible à l’Autorité de sûreté), afin d’alimenter le retour d’expérience. ”.
Aucun rejet n’aurait donc eu lieu pendant ce dysfonctionnement de la balise de mesure de l’OPRI. Dont acte. Nous voulons bien croire en la bonne foi de l ‘exploitant.
Il nous reste toutefois des explications à demander sur d’autres incidents qui seraient passés inaperçus si l’OPRI ne les avait mentionnés très succinctement plusieurs mois après qu’ils ne soient survenus.
Il s’agit notamment pour Civaux,
- d’arrêts ou de baisses de début de ventilation au –dessous du seuil réglementaire aux cheminées de rejets gazeux (4 ont eu lieu entre septembre 1999 et janvier 2000, puis 2 entre avril et mai 2001 et 1 le 24 juillet 2001),
Nous chercherons à connaître la nature des gaz rejetés, leur activité et la cause ou les circonstances de ces derniers incidents*. Vu la densité des installations nucléaires dans ce pays, la fréquence de ces fuites, accidentelles ou pas tout à fait, en fait un phénomène non négligeable de contamination chronique de l’environnement dont l’impact mérite d’être évalué.
CLI : Commission Locale d’Information. Une instance mise en place pour accompagner les établissements industriels à fort impact potentiel sur l’environnement.
Office de Protection contre les Rayonnement Ionisants, chargé en autres des contrôles des rejets gazeux et liquides et de la contamination par des matières radioactives ;
* Les causes peuvent être : une panne sur un appareil ou une absence de branchement. Une inspection sur le site de Creys-Malville (Superphénix) a fait apparaître le 8 juin dernier que deux tuyaux flexibles de l’appareil de contrôle des rejets gazeux étaient débranchés, et que de ce fait le contrôle n’était plus assuré en continu conformément aux dispositions réglementaires en vigueur…Débranchement volontaire ou oubli de rebranchement après une intervention ? D’après l’exploitant, il n’y a eu aucune conséquence pour le personnel et l’environnement. Refrain connu.
COMMENT SONT FIXÉES LES NORMES DE TENUE AU SÉISME ?
La sismicité, en ce qui concerne la sûreté nucléaire, n’est pas prise en compte d’une façon probabiliste. On définit une échelle MSK (Medvedev-Sponheur-Karnik) qui traduit l’importance des séismes par les dégâts rapportés dans les textes historiques (il y a 12 degrés dans cette échelle).
On a une échelle qui définit les séismes historiques et une échelle qui détermine le séisme historiquement vraisemblable. A partir de cette échelle on détermine une région par le “ séisme maximum historiquement vraisemblable ” (SMHV). Pour la sûreté on ajoute 1 à l’échelle qui caractérise la région. C’est ce qui définit le Séisme Majoré de Sécurité SMS avec SMS=SMHV+1. Si le SMS atteint IX, l’installation nucléaire doit être soumise à des contraintes supplémentaires antisismiques assez importantes qui ont des conséquences financières non négligeables.
Ce qui n’est pas défini dans les règles de sûreté c’est: qui doit établir le séisme maximum historiquement vraisemblable(…). Ainsi EDF peut imposer ses propres critères pour déterminer dans quelle catégorie il faudra implanter un réacteur nucléaire. Ce qui est assez curieux c’est que la centrale de Saint-Alban est antisismique alors que Tricastin ne l’est pas à quelques km au sud...
Pour Civaux, le séisme de référence est survenu à Vendœuvre le 11 mars 1704. Il était d’intensité VII sur l’échelle MSK (c’est-à-dire qu’il a occasionné des dégâts aux bâtiments).