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Timestamp: 2020-01-22 10:20:31+00:00
Document Index: 81629104

Matched Legal Cases: ['arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ']

Cette page a fait l'objet d'un enregistrement sonore
Aves mes remerciements à Mme Barbier-Mathis pour cet enregistrement
Reportage d'Albert Londres "Au bagne"
Totalisation carcérale en terre coloniale : la carcéralisation à Saint-Laurent-du-Maroni (XIXe-XXesiècles) par Martine Coquet
La relégation à la Guyane Française et à la Nouvelle Calédonie - Année 1904-1905
Chronique de l'assassinat de Madame Louise Marechal née Degoix le mercredi 4 février 1903 à Fontaine-les-Vervins (Aisne)
Par son arrière-petit-fils Patrick Mara
Mes remerciements à Mr Marcel Carnoy de Vervins pour son aide.
Création : 21.01.2005 / Mise à jour : 07.07.2008
La victime Louise Degoix
L'assassin Victor Moort
JDA : Journal de l'Aisne, CDA : Courrier de l'Aisne, TDA : La Tribune de l'Aisne
JDA du 07.02.1903 / TDA du 07.02.1903 / CDA du 08.02.1903 / JDA du 08.02.1903
CDA du 09.02.1903 - Les obsèques / JDA du 11.02.1903 / CDA du 13.02.1903 / CDA du 15.02.1903
TDA du 20.05.1903 - L'audience et le verdict
CDA du 20.05.1903 - L'audience et le verdict
L'acte d'accusation / A l'audience / Interrogatoire / Les témoins / Le réquisitoire de la défense / Le verdict
JDA du 20.05.1903 - L'audience et le verdict
JDA du 12 et 13.07.1903 - La grâce
Les illustrations et documentations
Les lieux cités dans les articles de presse / Le lieu du crime
Reportage photographique réalisé en octobre 2004
La ferme du Maltara
Le dernier parcours de Mme. Marechal
Lettre du 27 juin 1903 à Monsieur le Garde des Sceaux
Extrait du 19 mai 1903 des minutes du greffe de la Cour d’Assises de l’Aisne
Rapport du 12 juin 1903 du Procureur de la République de Laon
Lettre du 16 juin 1903 au Garde des Sceaux
Lettre du 26 mai 1903 au Garde des Sceaux
Rapport du 26 mai 1903 du Président des Assises de l'Aisne séant à Laon
Lettre du 4 juin 1903 de la Présidence de la République au Garde des Sceaux
Lettre du 3 juin 1903 à Monsieur le Président de la République
Lettre des jurés du 20 mai 1903 qui ont initié le recours en grâce
Rapport sur une condamnation à mort
Conseil d'administration du 3 juillet 1903 du Ministère de la Justice
Lettre du 3 juillet 1903 à Monsieur le Garde des Sceaux
La GRÂCE - Extrait du 9 juillet 1903 des minutes du greffe de la cour d’appel d’Amiens
Lettre du 17 juillet à Monsieur le Garde des Sceaux
Victor Moort : matricule 33198 aux bagnes de Guyane
Scénario possible de la transportation et de la vie au bagne de Victor Moort
Le bagnard Victor Moort
Albert Londres et le bagne
Louise Degoix etait l'arrière grand-mère de Patrick du côté paternel. Voir sa généalogie
Marie Lucie « Louise » Degoix est née le samedi 24 décembre 1870 à 3h à La Capelle (02).
Elle est la fille légitime de "Augustin Louis" Degoix, marchand de grain, âgé de 44 ans et de "Luce" Victorine Triquet, cabaretière, âgée de 45 ans. Sont présents : "Joseph" Eugène Proisy (Témoin), "Augustin Louis" Degoix (Déclarant), "Isidore" Ferdinand Deharbe (Témoin).
Son père Augustin meurt le 10 mai 1884 à 4h, Louise est âgée de 13 ans.
Sa mère Luce meurt entre 1890 et 1903, Louise est âgée de 19 ans au moins.
Elle épouse "Edmond" Zéphir Joseph Marechal, marchand de fromage, le fils légitime de "Zéphire" Joseph Marechal et de "Palmyre" Adeline Triquet.
-"Marie Louise" née en 1891.
-"Palmyre" Marie Louise née en 1894.
-"André" né en 1902.
Ils se marient le lundi 17 novembre 1890 à 10h à LERZY (02).
Sont présents : "Sylvain" Depoisse (Témoin), "Victor Ernest" Letot (Témoin), "Ulysse" Letot (Témoin), "Alfred" Zéphir Joseph Marechal (Témoin).
Le 3 septembre 1891 à 3h naît sa fille Marie Louise. Louise est âgée de 20 ans.
Le 27 juin 1894 à 4h naît sa fille Palmyre. Louise est âgée de 23 ans.
En 1902 naît son fils André. Louise est.âgée de 31 ans
Louise Degoix est décédée le mercredi 4 février 1903 à 7h, à l'âge de 32 ans, à Fontaine-lès-Vervins (02). Sont présents : "Edmond" Zéphir Joseph Marechal (Déclarant), "Marcel" Bailly (Déclarant).
Au cours de sa vie, on note les liens suivants : Sœur utérine de "Ulysse" Letot et de "Victor Ernest" Letot
Moort est de taille moyenne, élancé, cheveux ras, petite moustache et barbe en pointe. Les yeux sont vifs, le teint coloré, sa physionomie indiquerait plutôt la douceur. Il a reçu en Belgique une assez bonne instruction primaire, il est laborieux et sobre, il ne s’adonne pas à la boisson, il est vigoureux, sain d’esprit.
N° 92 - Moort Victor Joseph
L'an mille huit cent quatre-vingt-trois, le trente et un décembre à deux heures après-midi, par-devant nous Paulin (???) Echevin délégué pour remplir les fonctions d'officier de l'Etat-Civil de la commune de Flobecq, arrondissement judiciaire de Tournai, province de Hainaut, est comparu : la nommée Virginie Merlin ? , âgée de cinquante quatre ans, ménagère, domiciliée à Flobecq, ayant été présente à l'accouchement, laquelle nous a déclaré que hier trente décembre, à onze heure du matin, Marie Louise Philomène Moort, âgée de vingt ans, journalière, célibataire, domiciliée à Flobecq, est accouchée en la maison de sa mère au hameau de la Motte d'un enfant de sexe masculin, qu'elle nous présente et auquel elle a déclaré vouloir donner les prénoms Victor Joseph.
Les dites présentation et déclaration faites en présence de ? Degueldre, âgé de trente six ans, garde champêtre, domicilié à Flobecq, et de Charles Louis Monseur? âgé de trente six ans, domicilié à Flobecq, garde champêtre, et après lecture faite du présent acte, nous l'avons signé avec les témoins sans la comparante qui a déclaré ne pas savoir le faire faute d'instruction.
On notera que Victor Moort est un enfant naturel.
Acte de naissance de Victor Moort
Lieu de naissance de Victor Moort
Journal de l'Aisne du samedi 7 février 1903
Le crime de Fontaine - Les renseignements que nous avons donnés hier sur le crime de Fontaine-lès-Vervins étaient surtout l'écho des bruits qui circulaient en ville, apportés par des voyageurs. Le récit détaillé que nous adresse notre correspondant devra être considéré par nos lecteurs comme la seule expression de la vérité. Nous donnons acte à Verbinensis qu'il ne nous avait téléphoné que deux faits : le fait de l'assassinat de la malheureuse madame Marechal et le fait de l'arrestation de son assassin. Cette petite rectification faite, nous lui passons la parole.
Je vous ai téléphoné à une heure, l'assassinat de Mme. Marechal, une des plus braves marchandes qui alimentent votre marché de Laon, et l'arrestation de son assassin. Dans ma communication téléphonique, j'ai tenu à être sobre de détail, parce que - comme presque toujours en pareil cas - il circulait ici les versions les plus opposées.
A l'heure ou je vous écris, l'instruction est presque terminée dans son objet et les faits matériels ont pu être établis
La victime est une jeune femme, mère de trois petits enfants, qui était, au dire de tous les habitants de Fontaine, l'honnêteté l'intelligence et l'activité mêmes. Pendant que son mari, avec un domestique, cultivait, à Fontaine-lès-Vervins, une modeste ferme, la ferme de Maltara, elle faisait avec un succès chaque jour grandissant, le commerce des fromages que l'on produit chez nous. Habile dans ses achats, avenante et probe dans sa vente, elle s'était assurée une clientèle fidèle à Laon aussi bien qu'à Vervins. Tous les mercredis, vous avez pu la voir, place de la cathédrale, contentant toujours ses chalands.
Elle était hier chez vous.
Comme d'habitude, revenue par le train, de cinq heures du soir, elle a pris, en débarquant du chemin de fer, une petite voiture qui l'avait amenée le matin.
Elle rentrait toujours à Maltara entre six heures et demie et sept heures.
On l'a vu hier à cinq heures cinquante cinq, heure contrôlée, s'engageant, au sortir de l'auberge du Coeur d'Or, dans un chemin de traverse qui abrége le chemin pour atteindre sa maison.
Sans être bordé d'habitations, ce chemin, sur lequel accèdent les vastes bâtiments de Mme. veuve Duflot, un moulin important et l'ancien château de Fontaine occupé par M Penant-Godon, n'est pas, comme on le voit, une route déserte. Aussi. Marechal le parcourait-elle seule l'hiver comme l'été et de nuit comme de jour.
Mais il était d'usage qu'on vint à sa rencontre à l'intersection de Fontaine et de Voulpaix où commençait la solitude des champs.
Hier, il était difficile à M. Marechal de sortir au devant de sa femme car son unique valet de ferme, un Belge du nom fatidique de Moort, parti tirer au sort dans son pays, n'était pas revenu reprendre son travail. Cela étant, M. Marechal ne crut pas devoir laisser ses trois jeunes enfants seuls dans une maison isolée, sa femme - une intrépide - n'avait jamais fait de mauvaise rencontre; une fois de plus elle rentrerait à bon port.
M. Marechal attendit.
A sept heures cependant l'inquiétude le gagna. Sa femme ne lui avait pas donné l'habitude d'un pareil retard. Prenant donc son fusil, et aussi une somme de quatre cents francs qu'il ne voulait pas laisser au logis, il s'avança sur la route de Fontaine, jusqu'à un endroit appelé les Peupliers.
A cet endroit un chemin creux s'enfonce dans les terres chemin dit du Marronnier. M. Marechal, qui avait l'oreille aux aguets, pensant entendre le bruit des roues de la voiture de sa femme, perçut un ébrouement qu'il reconnut pour celui de son cheval. Il pénétra dans le chemin creux jusqu'à une distance de cent cinquante mètres et découvrit alors dans un ravin profond la carriole vainement attendue.
Dans cette carriole gisait, au milieu d'une mare de sang, le corps de l'infortunée Mme. Marechal. Ne pouvant, par cette nuit noire, savoir si sa femme était morte ou si on pouvait encore la sauver, M. Marechal conduisit la voiture à la maison la plus voisine, chez un M. Bailly. C'est alors que tout le village apprit le crime qui venait d'être commis. M. Billoit, maire de Fontaine, et M. Penant-Godon, propriétaire du château voisin, arriva un des premiers sur les lieux.
M. Billoit envoie prévenir immédiatement la gendarmerie et, de son côté, M. Penant-Godon va sonner chez le Procureur de la République. Avant onze heures du soir l'enquête était ouverte, et l'on recherchait le coupable.
A quoi tiennent parfois notre existence et notre honneur ?
Le fusil et l'argent que M. Marechal portait le rendirent l'objet des premiers soupçons.
Circonstance terrible pour cet homme parfaitement innocent, le fusil qui est à deux coups, n'en avait plus qu'un seul de chargé, Si donc l'assassin de la pauvre jeune femme s'était servi d'une arme à feu, il est plus que probable que son mari serait incarcéré à l'heure présente et inculpé d'assassinat,
Heureusement pour M. Marechal, les premières constatations établirent que le meurtrier n'avait employé qu'une arme contondante et un couteau.
M. Marechal fut gardé à vue, mais comme. le domestique devait revenir d'un moment à l'autre, l'idée vint de le faire rechercher dans Vervins, à l'aide d'un signalement qui fut bientôt constitué.
C'était la bonne piste.
Le belge Moort, après avoir assassiné sa patronne et l'avoir dévalisée, s'était rendu à Vervins, où, se présentant successivement chez un marchand de confections et un chemisier, il avait renouvelé ses vêtements.
Ce misérable a agi avec un épouvantable sang froid, Après avoir vidé la sacoche de Mme. Marechal qui devait contenir, entre 3 et 400 fr. Il avait jeté cette sacoche dans la haie d'une pâture appartenant à M. Billoit. Traversant un très vaste champ, il était allé se dévêtir, dans un bosquet, de sa chemise ensanglantée et d'une cravate multicolore qui a contribué à mettre sur ses traces. Détail horrible: une moitié de cigarette trouvée à côté de ces deux objets prouve que, après un crime aussi odieux, il songeait encore à fumer.
Où a-t-il attendu sa victime ? Où se faisant reconnaître d'elle, a-t-il monté dans la voiture ? c'est ce qu'il n'a pas encore voulu nettement avouer, bien qu'il ait déjà reconnu être le seul assassin. On dit que, sans doute pour écarter la circonstance aggravante de préméditation, il donne à entendre qu'il jouissait des faveurs de Mme. Marechal. Toute la population de Fontaine qui a la plus grande estime pour la morte, est indignée de cette abominable calomnie.
Comment voir, en effet, un Antony, c'est-à-dire un amant jaloux de sa maîtresse, jusqu'à l'assassinat dans ce misérable qui a passé la nuit en une de ces maisons que l'on numérote mais qu'on ne nomme. pas. Le système de défense du Belge Moort ne tient pas debout. La vérité est qu'il croyait pouvoir prendre un train de nuit. Ce train, Dieu merci, n'existe que trois fois par semaine. Il n'existait pas hier. De là le choix de son lieu de refuge tout voisin de la gare.
C'est auprès de la gare qu'il a été arrêté hier matin. Il ne nie pas le meurtre. Au moment où je vous écris, il se débat en contradictions faciles à relever dans l'interrogatoire que le parquet continue à lui faire subir.
Pour nous, le mobile de l'assassin est facile à comprendre. Nous avons dit que Mme. Marechal réussissait très bien dans son commerce. La preuve est qu'elle allait s'établir très prochainement à peu de distance de notre gare. Elle ne devait plus faire que quelques voyages à Maltara. Moort, décidé à la voler, a profité pour accomplir sa lâche besogne des circonstances particulières que nous avons signalées au début de ce triste récit.
Signé Verbinensis
PS - Sur les lieux du crime, hier soir. Victor Moort a fini par avouer la préméditation, voici comment :
Il était porteur d'un billet de chemin de fer aller et retour, qu'on a saisi sur lui. Cela constituait déjà une présomption grave. Mais le plus important. c'est qu'il a fini par connaître qu il avait attendu sa patronne au tournant de la route qui mène de Fontaine à Voulpaix, c'est à dire à 300 mètres à peu près du chemin creux dans lequel on a découvert la voiture.
Suivant lui, madame Marechal l'aurait invité à monter, mais lui aurait fait des reproches. On sait le reste. Le parquet est donc en présence purement et simplement d'un bandit qui, dans l'unique dessein de voler a assassiné une femme avec une véritable sauvagerie.
En terminant, il convient de féliciter spécialement de son adresse et de son énergie, le gendarme DUPRIET qui a arrêté l'assassin et les gendarmes qui, sous l'habile direction du Marechal des logis chef, M. LAVALLEE, ont si rapidement retrouvé les pièces à conviction, ont dirigé l'enquête et obtenu les aveux de l'assassin.
Tribune de l'Aisne du samedi 7 février 1903
L'assassinat de Fontaine - Nous lisons dans le Libéral :
Un crime épouvantable a été commis hier soir entre 6 heures et demie et 7 heures, demie, à proximité du village de Fontaine, sur le chemin qui conduit à Laigny par la ferme de Maltara. C'est un chemin fort peu fréquenté, surtout le soir, d'autant plus que de Fontaine à Laigny existe, un autre chemin de grande communication.
Cette ferme de Maltara dont nous Parlons plus haut et qui se trouve à peu prés à mi chemin de Fontaine et de Laigny est occupée depuis plusieurs années par des herbagers, M. et Mme. Marechal Degoix.
Depuis longtemps déjà, M. et Mme. Marechal avait adjoint à leur exploitation un commerce de beurre et fromages. Aussi Mme. Marechal était-elle très connue à Vervins où chaque samedi elle venait faire le marché. Tous les mercredis, également, elle se rendait au marché de Laon où elle faisait un chiffre d'affaires relativement important, et c'est justement pour lui voler lui le produit de sa vente d'hier qu'un malfaiteur bien au courant de ses habitudes, l'a assassiné à la sortie de Fontaine.
Mme. Marechal était rentrée de Laon hier par le train de 4 h58. Après avoir repris à la gare sa voiture qu'elle y avait laissée le matin, elle était remontée en ville pour différentes commissions et il pouvait être 6 heures du soir tout au plus quand elle avait quitté Vervins. Avec sa voiture, une carriole attelée d'un cheval, Mme. Marechal aurait dû être rentrée chez elle vers 7 heures et, après l'avoir attendue une demi heure encore, inquiet de ne pas la voir rentrer, son mari résolut de partir à sa rencontre.
Il faut dire ici que les époux Marechal ont trois enfants, deux fillettes de 10 et 11 ans et un bébé de 8 mois.
En voyant leur père disposé à partir, les fillettes prirent peur devant la perspective de rester seules dans cette ferme isolée et le supplièrent de ne point les quitter. M. Marechal rassura ses enfants du mieux possible et leur dit que, quant à lui, il ne courait aucun danger; pour leur donner plus de confiance encore, il sortit armé de son fusil.
Le malheureux partit ainsi plein de confiance, comptant rencontrer bientôt sa femme Rien, assurément, ne pouvait lui raire prévoir le terrible drame dont celle ci venait d'être la victime.
Après avoir parcouru ainsi douze à quinze cents mètres et au moment d'arriver à Fontaine à proximité du chemin creux qui conduit derrière le château; M. Marechal entendit dans ce chemin hennir un cheval. Pris d'un pressentiment, il descendit vers l'endroit où son attention venait d'être attirée et il ne tardait pas à trouver un attelage paraissant complètement abandonné et qui n'était autre que le cheval et la voiture qui devaient ramener sa femme Le cheval avait la tête tournée du côté opposé à celui qu'il devait suivre.
La nuit était très sombre, et M. Marechal n'apercevant personne dans la voiture, il appela sa femme de tous côtés; enfin, las de ne recevoir aucune réponse, il fit faire demi-tour au cheval et monta dans la voiture. Mais, à peine avait-il mis le pied dans le véhicule qu'il heurtait un cadavre, celui de sa malheureuse femme, sa main errant ça et là, au milieu de l'obscurité la plus profonde, sur des vêtements en désordre et tout maculés de sang, sur des blessures multiples par où la vie avait dû s'échapper, M. Marechal acquit bientôt la presque certitude la triste réalité. Et c'est aussi vite que, possible qu'avec son funèbre chargement il gagna la première maison de Fontaine, celle de M. Bailly.
Ne pouvant encore croire au terrible malheur qui le frappait, M. Marechal, tenant dans ses bras sa pauvre femme, la suppliait de répondre à ses questions, ne pouvant se faire à l'idée que la vie avait pour toujours quitté ce corps si plein d'énergie et de force. Mais il fallut bien se rendre à l'évidence et penser aussi au criminel qui ne pouvait être loin.
Le maire de Fontaine fut donc prévenu, puis le garde-champêtre et enfin la gendarmerie.
Le cadavre de Mme. Marechal ayant été déposé chez M. Bailly, c'est là que les gendarmes procédèrent aux premières constatations. Ils apprirent que la victime pouvait rapporter du marché de Laon trois ou quatre cents francs, et comme sa sacoche avait disparu, le crime apparemment du moins, avait eu pour mobile le vol. Ils s'enquirent naturellement des circonstances qui entourèrent la découverte du cadavre par le maire lui même, circonstance presque mystérieuses et bien faites pour autoriser toutes sortes de suppositions; et puis; M. Marechal n'avait-il pas dans sa poche quatre cents et quelques francs -- coïncidence plus singulière encore !
L'infortuné avait beau donner sur tous les points tous les éclaircissements qu'on lui demandait, il devint bientôt évident pour lui qu'il était soupçonné. Et tout ou presque tout, en somme, paraissait être contre lui et on ne peut, par cela même, blâmer de leurs interrogations et de leurs recherches ceux qui, en pareils cas, assument la lourde responsabilité d'éclairer la justice.
Mais il est impossible aussi de penser sans un frisson aux heures terribles passées par l'infortuné mari qui sent peser sur lui une accusation aussi odieuse et qui n'a pour la combattre d'autres armes, d'autres preuves en somme, que toute la force de son innocence. Heureusement, car quelque chose d'heureux peu encore arriver en un pareil malheur l'assassin a été arrêté le matin à 8 heures à la gare de Vervins, au moment où il se disposait à prendre le train pour la Belgique. Des express furent immédiatement envoyés à Fontaine et .M. Marechal fut enfin délivré de l'affreux cauchemar qui l'enserrait depuis la veille.
Comment l'assassin fut-il arrêté ? C'est bien simple; Dès le matin des télégrammes avaient été adressés à toutes les brigades de gendarmerie et les gares étaient l'objet d'une surveillance toute particulière. Un gendarme se trouvait donc ce matin à la gare de Vervins, lorsqu'il vit s'avancer pour prendre un billet dans la direction d'Hirson un jeune homme fort bien mis, vêtu complètement de neuf et dont les souliers crottés juraient seuls avec le reste; il le regarda da plus près et constata qu'il portait à la figure d'innombrables traces toutes récentes d'égratignures.
Il le pria de le suivre au bureau de la gare et là Il ne tarda pas à apprendre que la veille au soir croyant qu'il existait toujours un train pour Hirson à 10 heures 1/2 le même individu venu pour le prendre. Ses soupçons devinrent presque immédiatement une certitude que des aveux partiels ne firent bientôt que confirmer. Notre voyageur fut donc séance tenante mis en état d'arrestation et conduit à la gendarmerie, où il ne tarda pas à passer des aveux à peu près complets.
Nous disons à peu près, non pas parce qu'il nie le crime; il s'en reconnaît au contraire, l'auteur, mais parce que, dès le début, il a semblé obéir â une préoccupation bien évidente, celle de nier tout ce qui pourrait établir la préméditation.
L'assassin est un nommé Moort, Victor, âgé de 19 ans, sujet belge, il était occupé depuis un certain temps à la ferme de Maltara comme domestique et il était retourné ces jours derniers dans son pays pour y tirer au sort, paraît-il.
Moort devait reprendre son service hier matin; mais, ayant évidemment prémédité son crime et sachant que sa patronne ne rentrait du marché de Laon que vers 5 heures du soir, il s'était arrêté à Vervins. C'est ainsi qu'il a été vu dans le courant de l'après-midi dans un débit où après avoir écouté des airs d'un phonographe que possède cet établissement, il s'enquit du prix que l'instrument pouvait coûter et dit qu'il s'en paierait un avec l'argent qu'il aurait bientôt, puis qu'il retournerait en Belgique pour vivre de son exploitation.
C'est après seulement qu'il a dit se diriger sur Fontaine où à la sortie du village il a attendu sa patronne. Il a prétendu d'abord qu'il était monté avec elle dans le village de Fontaine même, ce qui en somme n'avait rien d'invraisemblable, mais il a fini par avouer qu'il l'avait attendu à la sortie.
A peine avaient ils fait ensemble 150 mètres sur la route de Maltara, à peine avaient-ils quitté la ligne des pâtures qui servent de prolongement aux dernières maisons de la commune, qu'il essayait de l'étrangler avec le cordon do son tablier et avec les mains; puis comme Mme. Marechal qui était non seulement très vigoureuse mais aussi très courageuse, se défendait énergiquement, Moort pris son couteau et frappa la malheureuse à coups redoublés, avec un acharnement féroce, jusqu'à ce qu'elle succombe.
C'est ainsi qu'on n'a pas compté moins de 14 coups sur le sommet du crâne, deux au front, deux à l'oeil gauche, huit à la main gauche qui fut littéralement hachée en voulant parer les coups et un à la main droite.
Puis son coup fait l'assassin s'empara de la sacoche de Mme. Marechal et disparut à travers champs après avoir dirigé la voiture dans le chemin creux où elle a été retrouvée.
Il s'est ensuite débarrassé dans un bosquet, ou ils turent retrouvés, de sa chemise, de la sacoche vide, à quelques sous près, et du couteau avec lequel il avait frappé.
Moort gagna bientôt Vervins ou Il acheta des vêtements et une chemise de rechange. Comme les négociants chez lesquels il s'était adressé lui faisaient remarquer qu'il était égratigné et rempli de sang, il répondait qu'il revenait de Belgique où il avait été tirer au sort et qu'il été arrangé ainsi par d'autres conscrits jaloux de ce qu'il avait pris un bon numéro.
Moort tenta ensuite de quitter Vervins par le train, mais il était trop tard et comme à l'hôtel de la gare on refusa de le loger à cause de sa mauvaise mine, il dû chercher un refuge plus hospitalier.
Ajoutons que la malheureuse victime, Mme. Marechal, née Louise Degoix, n'était âgée que de 31 ans.
Le couteau qui a servi à commettre la crime est un vulgaire couteau de poche dont la pointe sous la violence des coups, a été repliée de prés d'un centimètre.
Le corps de Mme. Marechal a été amenée ce matin à l'hospice de Vervins ou cet après-midi a eu lieu la confrontation avec l'assassin, puis de l'autopsie de laquelle il résulterait qu'aucun des coups n'était mortel et que le décès est survenu par suite de l'énorme perte, de sang s'échappant par d'innombrable blessures.
On a retrouvé cet après midi le paletot et le gilet de l'assassin en face l'hospice dans la frète qui domine la place de le Crèche, où il les avait jetés hier soir.
Courrier de l'Aisne du dimanche 8 février 1903
L'assassinat de Fontaine - On lit dans le Libéral de l'Aisne :
Nous avons dit que; l'assassin Moort s'attachait surtout, dans ses premières déclarations, à écarter le plus possible la circonstance aggravante de préméditation qui pesait sur, lui. Toutes ses réponses, tous ses efforts tendaient à ce but ; mais tout son sang - froid incroyable, tout son cynisme révoltant n'auront pas empêché l'instruction d'établir d'une façon péremptoire cette préméditation.
Non seulement Moort a lui même dû reconnaître qu'il avait attendu sa patronne à la sortie de Fontaine, le soir du crime, pendant au moins trois quarts d'heure ; mais encore d'autres preuves plus indéniables les unes que les autres viennent prouver la préméditation.
C'est d'abord un billet d'aller et retour de Hirson à Vervins dont il a été trouvé porteur et qui démontre bien son intention, une fois le crime accompli, de se soustraire le plus rapidement possible aux recherches de la justice.
c'est encore une. lettre qu'il écrit au mari de sa blanchisseuse qui habite Cambron et dans laquelle il le prie de lui expédier son linge chez ses parents en Belgique, parce qu'il n'a plus l'intention de retourner au Maltara. Et cette lettre porte le cachet de la poste d'Hirson à la date du 4 février, alors que ce jour-là même il prend le train pour Vervins.
C'est enfin un numéro de tirage an sort, le numéro 202, trouvé sur lui qui, malgré ses affirmations n'est pas celui qui lui est attribué. Son véritable numéro, il l'ignore, parce qu'il ne s'est pas présenté à l'appel de son nom. On a tiré pour lui, ainsi que !e constate une lettre de ses parents reçue ce matin par M. le juge d instruction.
D'autres preuves ne peuvent manquer par la suite da venir encore s'accumuler sur la tête de ce misérable.
Hier après midi, après sa confrontation à l'hospice, entre l'assassin et sa victime, Moort a été conduit sur les lieux, pour la reconstitution du crime en présence des membres du Parquet. Sur tout le parcours il a été l'objet, de la part de toute une population indignée de manifestations hostiles et il a fallu, en cette circonstance, toute l'énergie de !a gendarmerie pour te protéger contre la légitime fureur de la foule. Des cris : "A mort" l'ont accompagné depuis son départ de l'hospice jusqu'à son retour à la maison d'arrêt.
Il est juste de rendre hommage à la diligence et à l'habileté dont ont fait preuve à propos de ce crime, MM. les magistrats du Parquet et de l'instruction, et il est juste aussi d'ajouter avec quelle intelligence ils ont été servis par le gendarme Dupriez, le vétéran de nos brigades de Vervins - qui du premier coup a deviné l'assassin dans ce voyageur disposé à filer vers des cieux plus cléments.
Nous apprenons que les obsèques de Mme. Marechal auront lieu demain samedi, à dix heures du matin. On se réunira chez Mme. Cochet, rue des Prêtres, où le corps sera transporté dans la soirée.
Toute la population de Vervins voudra suivre demain, à sa dernière demeure, cette femme courageuse, aimable, sympathique, que chacun ici connaissait et estimait, cette infortunée mère que le couteau d'un assassin a ravie si prématurément à l'affection de tous les siens.
Journal de l'Aisne du dimanche 8 février 1903
Le crime de Fontaine - Victor Moort, le jeune assassin de Madame Marechal, de Maltara, est entré dans la voie des aveux, dit l'Echo Républicain Vervinois.
Conduit avant hier après-midi par le parquet sur les lieux du crime: il a semblé éprouver un certain soulagement à dire la vérité.
Il est maintenant établi que Madame Marechal a quitté à six heures du soir exactement le débit du Coeur d'Or à la Chaussée de Fontaine et s'est dirigée sur Maltara par le chemin du Fosse Bourdon.
M. Lefevre, charpentier à Fontaine l'a rencontrée sur la route de Cambron à Fontaine entre 6 heures 1/4 et 6 heures 1/2.
Ces heures concordent exactement avec le trajet du Coeur d'Or à Fontaine.
Moort a reconnu qu'il n'était entré dans aucun débit de Fontaine; qu'aussitôt après avoir bu une chope à une auberge près du pont de la gare, à Vervins, il est allé se mettre en embuscade à un endroit qu'il désigna, à la sortie de Fontaine sur le chemin de Maltara ; qu'il avait attendu trois quarts d'heure au moins; qu'il s'était fait reconnaître de sa patronne lorsqu'il avait aperçu la voiture et qu'aussitôt monté il s'était jeté sur elle pour lui enlever sa sacoche.
Madame Marechal s'étant énergiquement défendue il avait alors sorti son couteau de sa poche et l'avait frappée de la façon que l'on sait.
Il reconnaît également, contrairement à sa première version, qu'il n'a essayé de l'étrangler qu'après lui avoir porté des coups de couteau.
Redoutant ses cris, a-t-il dit, et craignant qu'elle ne revienne à la vie j'ai voulu l'achever avant de prendre la fuite.
Je ne voulais pas être dénoncé par elle.
Enfin, et c'est un point qui n'avait pas encore été établi, et qui montre le cynisme de cet assassin de 20 ans, c'est lui qui a guidé le cheval dans l'ancien chemin, alors que sa victime se débattait encore dans la voiture.
Moort essaye cependant d'atténuer son crime en disant qu'il n'avait que le désir de voler sa patronne mais qu'il ne voulait pas la tuer. C'est son énergique résistance qui a fait d'elle une victime.
Il a terminé en disant : « J'ai mérité d'avoir le cou coupé, ma destinée n'a qu'à s'accomplir. »
La préméditation de cet horrible crime est maintenant établie non seulement par les aveux de l'assassin mais aussi par différents détails qui viennent la corroborer.
C'est ainsi que Moort avait prétendu être venu à pied d'Hirson à Vervins ; or, on sait qu'on a trouvé sur lui un coupon de chemin de fer retour de Vervins à Hirson, ce qui prouve qu'il était descendu à la gare de Vervins d'un des trains de la matinée avec l'intention de retourner le jour même.
Une autre particularité vient encore à la charge de Moort. C'est une lettre écrite par lui le matin même du crime et mise à la poste à Hirson, lettre adressée au mari de sa blanchisseuse qui habite Cambon et dans laquelle ce jeune homme le priait d'aller, vendredi, chercher ses vêtements chez M. Marechal, son patron, ne voulant plus être domestique de ferme, fiancé qu'il était avec une jeune fille qui lui apportait en mariage 125 000 Francs.
A n'en pas douter cette lettre était destinée à égarer les soupçons de la justice dans le cas où Moort aurait pu échapper à une arrestation,
L'instruction du crime épouvantable qui a tant émotionné la région où la victime était honorablement connue et estimée, est maintenant à peu près terminée et Moort, rendra compte de son forfait aux prochaines assises à la session de mai.
L'autopsie pratiquée par le médecin légiste, .a révélé que la victime n'avait pas reçu moins de 26 coups de couteau : 14 au sommet du crâne, 2 au front, 2 à l'oeil gauche et enfin 8 à la main gauche.
Aucun cependant n'était mortel et la mort n'est survenue que quand la malheureuse fut complètement exsangue
A la prison Moort se montre d'une insouciance rare.
Les obsèques de Mme. Marechal ont été célébrées aujourd'hui à Vervins à dix heures du matin.
Courrier de l'Aisne du lundi 9 février 1903 - Les obsèques
Le crime de Fontaine. - C'est samedi qu'ont eu lieu, ainsi que nous l'avions annoncé, les obsèques de Mme. Marechal, la malheureuse victime du drame de Fontaine. Bien qu'aucune lettre d'invitation n'ait été adressée, bien que trop tardivement la date et l'heure de l'enterrement aient été connues, un cortège qu'on peut évaluer de 250 à 300 personnes et au milieu duquel on remarquait la présence de M. Velsche, procureur de la République, se pressait derrière le cercueil.
La levée du corps s'est faite chez Mme. Cochet, rue des Prêtres, où hier soir les restes da Mme. Marechal avaient été déposés
Sur tout le parcours, de la rue des Prêtres à l'église, et de l'église au cimetière, une foule énorme, douloureusement émue, occupait les trottoirs et laissait deviner combien plus grandiose encore eût été la manifestation d'estime et de sympathies envers Mme. Marechal, si les funérailles avait eu lieu demain.
Au cimetière, devant cette tombe si prématurément ouverte par le couteau d'un assassin, l'émotion était des plus vives et tous les yeux étaient baignés de larme. Et, si aucune parole de haine et de vengeance ne s'échappait de la bouche des assistants,. du moins chacun maudissait-il au fond du coeur la main criminelle qui en séparant si brutalement des siens cette mère et cet époux, avait fait du même coup tant de victimes.
Plusieurs bouquets et couronnes avaient été déposés sur le cercueil, notamment une superbe couronne offerte par les marchands forains de marché de Vervins.
Caveau de Mme. Marechal.
Ont également été inhumés
dans ce caveau :
Edmond son mari, André son fils.
Journal de l'Aisne du mercredi 11 février 1903
Le crime de Fontaine - Nous disions dans un de nos derniers numéros que tout le sang froid incroyable et tout le cynisme révoltant de Moort n'avaient pas empêché l'instruction d'établir d'une façon péremptoire l'accusation de préméditation qui pesait sur lui.
Cette préméditation était donc certaine, elle était un fait acquis, puisque l'assassin avait lui-même finit par avouer et que des faits indéniables la prouvaient surabondamment.
Aujourd'hui, un fait nouveau - ou plutôt une déclaration nouvelle - vient encore rendre plus de force à la conviction qu'on avait déjà à ce sujet.
Cette déclaration, dit le Libéral, a été faite à la gendarmerie d'Hirson par M. Rambaud, hôtelier à la gare, chez qui Moort a logé avant de commettre son forfait.
De cette déclaration qui a, comme les précédentes, son importance, il résulte que Moort s'est présenté chez M. Rambaud mardi dernier, vers cinq heures et demie, a dîné, a demandé ce qu'il lui fallait pour écrire, puis s'est couché vers neuf heures et demie.
Tout en mangeant, Moort raconta aux domestiques qu'il venait de tirer au sort en Belgique et qu'il reTournait dans les environs de Vervins, où il était domestique dans une ferme.
Le lendemain mercredi, il descendit de sa chambre vers neuf heures et demie du matin et sortit. Vers onze heures et demie il revint à l'hôtel, puis disparut à nouveau sans avoir déjeuné et ne revint plus.
Cette déclaration, en effet, indique une fois de plus la préméditation. Si Moort avait eu l'intention de rentrer à la ferme de Maltara, le 3 courant, pourquoi ne l'aurait-il pas fait, puisque, étant arrivé à Hirson â cinq heures et demie, il y avait encore deux trains en partance pour Vervins, l'un, l'express, à 6 heures 05 et l'autre à 6 h. 58 ?
Mais non, Moort ne voulait partir que le lendemain, c'est-à-dire le mercredi, le jour où il savait que Mme. Marechal devait rentrer du marché de Laon, le jour enfin, où il devait commettre l'épouvantable crime que l'on sait et qu'il avait longuement prémédité.
Si Moort essayait de revenir sur ses déclarations, s'il cherchait à revenir sus ses aveux, il perdrait maintenant son temps et sa peine; son système de défense s'effondrerait sur le champ devant l'évidence.
Courrier de l'Aisne du vendredi 13 février 1903
Fontaine-lès-Vervins - L'assassin de Mme. Marechal Victor Moort, avait été condamné le 19 janvier 1900, par le tribunal correctionnel de Pontoise, à huit jours de prison, pour vagabondage.
Le 27 janvier de la même année, il était expulsé de France, en vertu d'un arrêté du ministère de l'intérieur et reconduit à la frontière belge.
Le 16 février, il était arrêté de nouveau en France et le tribunal de Vervins lui infligeait pour infraction à l'arrêté d'expulsion, une condamnation à 8 jours de prison, après quoi Moort fut expulsé de nouveau.
Le 6 mars, nouvelle rentrée en France, nouvelle condamnation à Avesnes, à 8 jours de prison et nouvelle expulsion.
Moort n'en revint pas moins en France et s'employa dans le région jusqu'au jour où il devait se signaler par le meurtre de Mme. Marechal.
Nous ne pouvons que regretter que les arrêtés d'expulsion n'aient pas été exécutés avec plus de rigueur et que les peines d'emprisonnement prononcées contre Moort, n'aient pas provoqué, à son égard une surveillance plus active. On aurait évité ainsi un irréparable malheur.
Courrier de l'Aisne du dimanche 15 février 1903
Le crime de Fontaine. - On lit dans le Républicain Vervinois :
L'instruction du crime de Fontaine habilement et rapidement menée, se continue et chaque jour amène une révélation nouvelle.
C'est ainsi qu'il est établi que Moort n'est pas retourné en Belgique.
Une lettre d'un de ses parents qui ignore encore le crime dont il s'est rendu coupable, adressée à Maltara et remise au juge d'instruction, l'avise que le bourgmestre de Flobecq a tiré pour lui au sort le numéro 127.
Le numéro de conscription et les rubans qui ont été trouvés dans ses poches le jour de son arrestation ont été achetés à Hirson.
Moort a quitté Maltara vendredi matin. Des bruits avaient couru qu'il avait déjà, ce soir là, attendu Madame Marechal à l'endroit que l'on sait, mais l'instruction vient de révéler que Moort est arrivé vendredi dans l'après midi chez M. Hachin, à Cambron, qu'il y avait couché et qu'il en était reparti samedi matin.
L'emploi de son temps n'est pas encore bien déterminé jusqu'au mardi suivant où vers cinq heures du soir il se présente à l'Hôtel Rambaud, à Hirson.
Il y dîne, demande ce qu'il faut pour écrire et se couche à neuf heures après avoir raconté au personnel de l'hôtel qu'il venait de tirer au sort en Belgique et qu'il reTournait dans la ferme où il était domestique aux environs de Vervins.
Moort s'est bien gardé de partir ce jour là; son plan était conçu, il ne devait commettre que le lendemain soir son abominable forfait
Mercredi, il quitte sa chambre vers neuf heures du matin, sort en ville, revient vers onze heures et demie à l'Hôtel Rambaud qu'il quitte pour prendre à 1h40 un billet d'aller et retour à destination de Vervins.
Détail particulièrement, pénible : il y a quelque temps, Moort s'est plaint d'avoir perdu son couteau; la jeune Marechal en prit un dans l'armoire et le lui donna. C'est celui qui a servi à tuer sa malheureuse mère.
Nous avons dit que Moort, expulsé trois fois de France, en 1900, n'en était pas moins revenu dans notre région, où il a été occupé pendant trois ans, jusqu'au jour où il devait se signaler par un forfait aussi abominable.
On sait maintenant pourquoi Moort ne tenait pas a séjourner dans sa patrie d'origine : c'est qu'il avait été condamné en 1899, pour vols qualifiés, par le tribunal de Tournai.
Tribune de l'Aisne du mercredi 20 mai 1903 - L'audience et le verdict
Extrait transcrit de l'article sur l'audience et le verdict, la photo est extraite d'une carte postale.
Audience du 19 mai 1903 - L'assassinat de Fontaine-lès-Vervins
Le nommé Moort, Victor, domestique, né à Flobecq (Belgique), province de Hainaut, le 30 décembre 1883, a été renvoyé devant la Cour d'Assises de l'Aisne, séant à Laon, comme prévenu d'assassinat et de vol.
Courrier de l'Aisne du mercredi 20 mai 1903 - L'audience et le verdict
Département de l'Aisne - Cour d'Assises de l'Aisne
Présidence de M. Rault, conseiller à la Cour d'appel d'Amiens.
Assesseurs : MM. Turquin, juge, et Thiercy, juge suppléant au Tribunal de première instance de Laon.
Audience du 19 mai 1903 - Le crime de Fontaine
Les époux Marechal habitaient le hameau de Maltara, commune de Fontaine.
Tout en faisant valoir le domaine attenant à la ferme, ils se livraient aussi à l'exploitation d'un important commerce de fromages fabriqué par eux.
Chaque semaine, la dame Marechal se rendait sur différents marchés et tous les mercredis allait à Laon d'où elle revenait toujours avec une somme d'argent assez considérable.
Le 4 février 1903, elle partit comme de coutume pour le marché de Laon. Elle conduisait seule sa voiture, grande charrette très haute, découverte, qu'elle laissa, suivant son habitude, chez M. Wimy, aubergiste. Elle la reprit dans la soirée et, vers 5 heures 1/2, se dirigea sur Maltara, où elle devait arrivée vers 7 heures 1/2.
Elle n'y arriva point. Aussi, après avoir attendu quelques moments, son mari inquiet et sollicité par ses enfants qui réclamaient leur mère, prit un fusil et sortit pour aller à sa rencontre. Ne l'ayant pas trouvée, il allait rentrer chez lui quand il perçut le bruit d'un cheval et d'une voiture qui avançaient lentement. Il se dirigea de ce côté, reconnut sa charrette.
Personne ne répondant à son appel, il y monta rapidement et découvrit le corps de sa femme inanimée. Il se hâta aussitôt vers la première maison du village où, après avoir lavé le visage ensanglanté de la dame Marechal, l'on du constater qu'elle était morte.
Les blessures multiples dont elle était atteinte ne laissaient aucun doute sur le meurtre. En l'absence de toute indication, les recherches pour découvrir le coupable risquaient de s'égarer. Pourtant, sans que rien parût le désigner spécialement à l'attention, les soupçons se concentrèrent presque aussitôt sur le nommé Moort Victor, domestique des époux Marechal qui, parti pour tirer au sort en Belgique devait rentrer le soir même et n'était pas encore arrivé.
Un mandat d'arrêt fut décerné contre lui et, grâce à l'activité de la gendarmerie, dès le lendemain matin, quelques heures à peine après le crime, il était mis en état d'arrestation.
Il commença par nier d'une façon absolue avoir pris une participation quelconque au crime; mais les constations opérées sur lui-même et qui firent découvrir sur son corps des blessures récentes et en sa possession une somme d'argent considérable, ne lui permirent pas de maintenir longtemps ce système. Il finit par avouer, et ses déclarations entrecoupées de mensonges, de rétractations, de réticences, mais vérifiées et contrôlées par une instruction minutieuse et précise, permirent d'une façon sûre d'établir les faits criminels qui lui étaient reprochés.
Après avoir demandé à son patron l'autorisation de s'absenter quelques jours pour allez tirer au sort en Belgique, Moort quitta la ferme Maltara le vendredi 30 janvier. Au lieu de se rendre dans son pays, il alla passer une journée à Cambron, puis gagna La Capelle et de là le "Petit Bois" où il demeura jusqu'au mardi et revint ensuite à Hirson.
Le mercredi, il se rendit à Vervins, où il attendit jusqu'au soir; et, vers cinq heures enfin, alla s'embusquer dans un chemin creux par où, à son retour, devait passer la femme Marechal. Quand celle-ci passa vers sept heures, Moort se fit connaître et monta dans sa charrette, où il fut reçu sans défiance.
Il se mit aussitôt en devoir de détacher la sacoche que portait sa patronne. Comme celle-ci se défendait, il lui asséna sur la tête et sur les mains plusieurs coups de couteau qui l'étendirent dans la voiture. Les cris qu'elle poussait et qui pouvaient être entendus des maisons très voisines vers lesquelles on s'approchait firent craindre à Moort de ne pouvoir arriver à son but.
Il s'acharna sur sa patronne, la frappa de son couteau jusqu'à ce que la pointe retournée en fit un instrument inutile; et comme elle respirait encore, il détacha rapidement un tablier qui recouvrait un panier, et lia les cordons et les serra autour du cou de sa victime pour l'étrangler.
Puis, comme on arrivait au village il prit les rênes du cheval, la détourna de la route, conduisit la voiture dans un chemin creux à l'opposé de la route qui devait être prise ; et tranquille alors pour quelques instants il acheva de détacher la sacoche et s'enfuit.
Un peu plus loin, il vida dans sa poche la somme qu'il avait prise à la dame Marechal et jeta la sacoche dans les bois. Il quitta ensuite sa chemise tachée de sang, l'abandonna dans le bois, non sans avoir eu la précaution d'en enlever les boutons et se dirigea aussitôt sur Vervins.
Là, il se rendit vers neuf heures dans deux magasins où il acheta des vêtements et, ne pouvant prendre le train pour Hirson, il alla passer la nuit dans la maison de tolérance. Le lendemain, il était arrêté au moment où il allait s'embarquer pour la Belgique.
L'autopsie pratiquée par le médecin - expert a permis de constater sur la tète de la victime 14 ou 15 plaies, sur le front trois autres blessures, une à la main droite et enfin à la main gauche 7 ou 8 dont quelques-unes très profondes. Autour du cou, les traces d'une tentative de strangulation.
La préméditation n'est pas douteuse : elle résulte non seulement des aveux formels et réitérés de l'accusé, mais aussi et surtout des circonstances relevées par l'information.
C'est ainsi qu'il fixa son départ le vendredi 30 janvier sous un prétexte mensonger ; le soin qu'il prend d'écrire d'Hirson à un camarade, le mardi 3, d'aller à Maltara chercher ses effets pour les lui renvoyer; le billet d'aller et retour qu'il prend d'Hirson à Vervins, comme aussi les propos qu'il tient à l'aubergiste Belleville à qui il déclare, la 4 février, que lui aussi bientôt pourra avoir un phonographe ; enfin l'attente très longue à laquelle il s'astreint dans le chemin creux jusqu'au passage de la dame Marechal, ne laissent au sujet de la préméditation place à aucune hésitation.
Mais, tout en l'avouant, l'accusé a prétendu que son intention n'avait jamais été de tuer sa patronne, mais seulement de la voler. Ici encore l'information lui donne un démenti formel. Il savait en effet que la dame Marechal portait toujours son argent dans une sacoche qu'elle liait par, une courroie autour de son corps. Il savait pertinemment que cette sacoche ne pouvait être enlevée sans que sa patronne s'en aperçût ; qu'elle se défendrait et qu'il serait ainsi inévitablement amené à la tuer pour s'emparer de son argent.
En admettant même qu'il put la dévaliser sans de trop grandes difficultés, le meurtre était encore pour ainsi dire obligatoire, afin d'assurer ainsi le temps à l'accusé de se mettre en sûreté et d'éviter surtout toute dénonciation ultérieure, suivie certainement d'une arrestation presque immédiate.
Enfin, le crime devait être chez l'accusé l'objet de réflexions déjà anciennes. Le propos tenu dès le 25 décembre à un sieur Guilpin avec qui il passait non loin de l'endroit où fut commis l'assassinat, et à qui il disait, sans que rien dans la conversation donnât lieu à une pareille observation : « Drôle d'idée de rester dans ces parages, on pourrait vous y tuer sans qu'on n'y voit rien », permet de croire que Moort songeait déjà à l'acte qui lui est reproché ; et on peut penser qu'en se servant d'un couteau qui appartenait à Marechal , il avait eu l'intention de détourner les soupçons et de les faire peser sur le mari de la victime. Cette opinion est justifiée par des propos tenus à différentes reprises par l'accusé sur le compte de son patron, qu'il représentait comme un jaloux, un coureur et un brutal.
Les renseignements recueillis sur le compte de l'accusé ne lui sont pas favorables. Si l'on ne peut critiquer sa façon de travailler, on lui reproche d'être un incorrigible menteur. Il a déjà subi quatre condamnations dont une pour vol à 15 jours de prison, et les trois autres pour vagabondage et infraction à arrêté d'expulsion.
L'assassinat de la coquetière de Maltara si connue au marché de Laon, qui a produit en notre ville un vif émoi, amène, dans la salle des assises, de Laon et de Vervins, un public nombreux et c'est encore au milieu du brouhaha des conversations que se prépare l'audience.
L'affaire de Moort est moins dramatique que celle de Loizemant, mais les détails en sont épouvantables.
L'assassin - à l'air abruti - a avoué son crime, mais il a fallu la perspicacité d'un gendarme pour qu'il fût découvert et qu'un horrible soupçon ne planât davantage sur un innocent qui n'était autre que le mari de la victime, qui est là avec sa petite fille.
Les débats, à moins d'incidents improbables, seront donc assez courts. L'accusation est soutenue par M. Rencker, substitut.
La défense de Moort est présentée par Me. Baillet, du barreau de Laon.
Il y a onze témoins cités par le ministère public. Les voici :
Hélène Pochon, femme Belleville, de Vervins.
Marechal, coquetier, mari de la victime.
Palmyre Marechal, fille de la victime.
Dupriet, gendarme à Vervins.
Josset, négociant à Vervins.
A Lamory, négociant à Vervins.
Ducrot, cultivateur au Petit Bois (La Flamengrie).
Gourisse, cultivateur au Petit Bois (La Flamengrie).
Th. Hachin, de Cambron.
Guilpin, de Burelles.
Docteur Penant, médecin légiste à Vervins.
L'accusé est amené à son banc à 11 heures 3/4.
Il est de taille moyenne, élancé, cheveux ras, petite moustache et barbe en pointe. Les yeux sont vifs, le teint coloré, sa physionomie indiquerait plutôt la douceur. Il est vêtu d'un complet ardoise neuf et son linge est irréprochable. C'est le Belge soigné et endimanché qu'on aperçoit quelquefois dans nos fermes.
D. Vous êtes domestique de ferme vous avez déjà été condamné en Belgique à la prison pour vol ?
D. La seconde fois, vous avez été condamné pour vagabondage à Pontoise ?
D. Vous avez été expulsé puis vous êtes rentré en France et vous avez été de nouveau condamné. Le bourgmestre de Flobecq dit que vous êtes mal noté en ce pays.
D. En France, vous avez travaillé en dernier lieu chez M. Marechal à Maltara ?
D. Les renseignements recueillis sur vous vous représentent comme bon ouvrier, sobre, économe ?
L'accusé répond faiblement : oui
D. Mais vous passiez pour un menteur fieffé, mentant même sans nécessité Au juge d'instruction vous avez déclaré plusieurs; choses fausses, invraisemblables. Pourquoi disiez-vous tout cela ? Vous ne savez pas ?
- Non, je n'entends pas fort bien, Monsieur le président.
On fait venir l'accusé sur l'estrade de la Cour, devant M. le président qui continue son interrogatoire.
D. Vous êtes entré en novembre 1902 chez M. Marechal ?
D. Mme. Marechal se rendait deux fois par semaine au marché de Marle et de Laon vous le saviez ?
D. Mme. Marechal revenait avec le produit de sa vente. Elle vous avait dit qu'elle avait sur elle pas mal d'argent.
D. Dans l'hiver 1902, Mme. Marechal rencontra un malfaiteur sur la route; elle fouetta son cheval pour lui échapper et réussit à rentrer chez elle. A partir de ce moment là, M. Marechal prit des mesures de précaution. Il allait au devant d'elle. Vous même y êtes allé ?
M. le président fait remettre à MM. les jurés le plan des environs de la ferme de Maltara.
D. L'instruction a établi la préméditation de votre crime. Le 31 janvier, vous êtes parti pour Hirson et La Flamengrie ?
11 Est-ce à ce moment là que vous avez résolu de voler Mme. Marechal ?
R. Non, monsieur, c'est plus tard
M. le président examine les faits et gestes de l'accusé avant le crime.
D. Vous êtes allé vous poster sur la route où devait passer Mme. Marechal ?
D. Vous avez dit que lorsque vous vous êtes embusqué, vous vouliez la voler, mais pas la tuer ?
D. Vous pensiez donc que Mme. Marechal se laisserait voler sans résister ?
R. Je n'ai pas pensé plus loin.
On sort du sac des pièces à conviction la sacoche de Mme. Marechal avec sa courroie à boucle.
D. Mme. Marechal arrive. Vous la reconnaissez; vous vous nommez. Elle pensait que vous veniez au devant d'elle envoyé par son mari; elle vous laissa monter à côté d'elle sans défiance. Racontez ce qui s'est passé.
R. J'ai voulu prendre la sacoche; elle s'est défendue; alors j'ai pris mon couteau et j'ai frappé comme un fou !...
D. Cette scène a demandé un certain temps ?
D. Puis vous avez conduit le cheval hors du chemin, Mme. Marechal était alors étendue au fond de la voiture ?
D. Mme. Marechal avait dix-sept plaies à la tête et à la face; des plaies aux mains. Toutes ces plaies avaient été faites à l'aide de ce couteau de poche ?
D. Le médecin a constaté qu'aucune de ces plaies ne pouvait, à elle seule, entraîner la mort. Celle-ci a été amenée par l'hémorragie provenant de la multiplicité des plaies.
D. On a constaté que vous portiez des excoriations produites par des coups d'ongle. M. Marechal attendait toujours sa femme Il va au-devant d'elle Il arrive près du vieux chemin. A l'intersection, il entend un bruit de cheval. Il aperçoit sa voiture, son cheval, et, dans la voiture, sa femme dans un état lamentable et qu'il conduit à la maison la plus proche. Mais revenons au crime.
Malgré vos coups de couteau, Mme. Marechal n'était pas morte, n'avez-vous pas cherché à l'étrangler en lui serrant le cou avec les cordons de son tablier ?
R.. Oui, parce qu'elle criait encore !
D. Et vous avez pris la fuite ?
D. Mme. Marechal était une fermière irréprochable. Cependant, vous avez été dire à La Flamengrie qu'elle avait des amants, que son mari était jaloux. Pourquoi ce mauvais propos ? On se demanda si vous n'aviez pas formé un plan, si vous ne vouliez pas faire croire que M. Marechal avait tué sa femme par jalousie ?
D Alors vous obéissiez encore à votre besoin de mentir continuellement ?
D. Une fois votre crime commis, vous rentrez à Vervins et vous allez chez un marchand de nouveautés. Vous étiez plein de sang. Vous avez dit que vous reveniez de tirer au sort en Belgique et que vous vous étiez battu. Vous achetez des vêtements et vous remplacez les vôtres par ceux-là. Ailleurs, vous achetez un porte monnaie. Puis vous allez à la gare, demandant un billet pour Hirson. On vous dit qu'il n'y a plus de train pour cette direction. Alors vous allez passer la nuit dans une maison de tolérance.
M. le président explique dans quelles circonstances a eu lieu l'arrestation de Moort, qui a commencé par nier, a avoué et renouvelé ses aveux.
M. Ducrot, cultivateur à La Flamengrie, dit que l'accusé a été domestique chez lui pendant deux ans et qu'il a toujours été content de lui. Je ne sais rien, dit M. Ducrot, quant au crime.
M. Le président : N'avez-vous pas vu Moort chez vous, au mois de février ? Ne vous a t'il pas demandé 9 fr ? Ne vous a t'il pas dit que le ménage Marechal n'allait pas ?
Le témoin : Oui, il m'a dit qu'il n'allait pas fort.
M. le président à l'accusé: Pourquoi avez vous dit cela ?
Moort : Je ne sais pas !...
M. Guilpin, domestique à Burelles. L'accusé qu'il rencontra, lui a dit que c'était une drôle d'idée de rester dans les parages du Maltara qu'on y tuerait quelqu'un sans qu'on en sache jamais rien. Le témoin dépose sur d'autres propos de l'accusé au sujet de la ferme du Maltara et de M. et Mme. Marechal.
M. Hachin de Cambron. C'est à ce témoin que Moort a dit qu'il avait un père assez riche et qu'il aurait de l'argent. Moort ne causait pas beaucoup. M. Hachin ne pouvait pas croire que Moort eût assassiné Mme. Marechal.
Jules Gourisse, maçon à La Flamengrie, a vu Moort qui lui a dit revenir de tirer au sort en Belgique. II est venu "Tournailler" comme pour s'embaucher chez M. Ducrot. Puis, dit le témoin, il m'a raconté un tas de bricoles, entre autres "qu'on était bien nourri chez M. Marechal ; qu'il avait manqué de partir parce que M. Marechal lui avait dit qu'il avait l'air d'être bien avec sa femme, que c'était une p ..., qu'il avait vu partir Mme. Marechal avec un homme et qu'elle lui avait donné 40 sous pour ne rien dire.... »
De nouveau, M. le président est obligé de faire venir l'accusé près de lui pour lui demander ce qu'il pense de la déclaration du témoin. Moort a l'air de plus en plus ahuri et l'on a bien de la peine à saisir ses réponses.
Sur une question de Me. Baillet, le témoin répond qu'ayant été alité pendant quatre mois, Moort l'avait soigné tous les jours, après son travail fini.
Dame Belleville, débitante à Vervins, dit que Moort a fait une consommation chez elle et que, tout en mangeant, Il a demandé le prix d'un phonographe. C'était une heure avant le crime.
M. Marechal marchand de beurre, âgé de 36 ans, mari de la victime, raconte comment il a découvert sa femme; sa déposition est assez pénible, cela se conçoit. Il dit que la pauvre femme avait le pressentiment d'être tuée en ce chemin creux, en cet endroit désert si dangereux. M. Marechal ne se figurait pas tout d'abord que sa femme était morte. Il avait envoyé plusieurs fois Moort l'attendre, pour la protéger en cas de besoin même jusque Vervins.
La Jeune Palmyre Marechal 8 ans fille de la victime fait une déposition, nous ne voyons rien à relever.
M. Josset, négociant à Vervins, dépose sur l'achat de vêtements fait chez lui par Moort.
M. Lamory, chemisier à Vervins, a vendu une chemise à l'accusé. Celui-ci avait l'air pressé de changer de linge. Il était plein de sang. C'était deux heures après le crime. M. Lamory a remarqué que les blessures de l'accusé étaient toutes fraîches.
Le gendarme Dupriet de Vervins, est appelé. Il raconte comment il a opéré l'arrestation de Moort, comment il l'a filé jusqu'à la gare, comment il l'a abordé et remarqué ses éraflures au visage. Il lui demanda d'où elles venaient. Moort répondit d'abord avec inconvenance au gendarme. Il disait que cela ne le regardait pas. Insistance du gendarme et même réponse de Moort qui grinçant des dents dit "Oui ! C'est moi qui l'ai tuée !" Puis il raconta de quelle façon il avait prémédité et commis son crime.
C'est grâce à vous, dit M. le président, au gendarme Dupriet, que Moort a été arrêté, la cour vous en félicite.
M. le docteur Penant, médecin légiste à Vervins, qui a examiné Mme. Marechal et l'inculpé, rend compte de son examen. Le docteur attribue la mort à une hémorragie provenant de la multiplicité des blessures. Peut être que si Mme. Marechal eût reçu des soins immédiats, on aurait pu la sauver. Son état s'est aggravé par une syncope et le froid de la nuit.
Le réquisitoire de la défense
Dans son réquisitoire, M. Rencke substitut, demande au jury de se montrer impitoyable pour le criminel qui a frappé avec une telle cruauté Mme. Marechal. Il requiert sans hésiter la peine capitale.
Me Baillet, défenseur de Moort, demande aux jurés de tenir compte à celui ci de ses antécédents, de sa bonne conduite et aussi de sa jeunesse. Il espère que le verdict ne sera pas muet sur les circonstances atténuantes.
A 3 heures 10, les débats sont clos et M. le président lit à MM. les jurés les neufs questions sur lesquelles ils ont à répondre.
Après une demi heure de délibération, le jury rapporte un verdict affirmatif sur huit de ces questions. Il n'y a pas de circonstances atténuantes.
Lorsque le greffier lui fait connaître le verdict, Moort, qui était resté impassible jusque là, pâlit et paraît suffoqué. Il sait, lui aussi, la peine qui l'attend.
La cour condamne l'accusé Moort à la peine de mort et ordonne que l'exécution aura lieu sur une des places publiques de Laon.
Cette seconde condamnation capitale produit une certaine émotion, moins vive cependant que le sentence rendue contre Loizemont.
Journal de l'Aisne du mercredi 20 mai 1903 - L'audience et le verdict
Extrait de l'article sur l'audience et le verdict/
Neuf questions ont posées à MM. les Jurés dans l'ordre suivant :
Moort est-il coupable d'avoir dans la soirée du 3 février 1903 soustrait frauduleusement du numéraire à la dame Marechal.
Cette soustraction a-t-elle été commise pendant la nuit.
A t-elle été commise sur un chemin public.
A-t-elle été commise à l'aide de violence.
L'auteur de la soustraction était-il porteur d'armes apparentes ou cachées.
Moort est-il coupable d'homicide volontaire commis sur la personne de la dame Marechal.
L'homicide a t-il été commis avec préméditation.
A t-il été commis avec guet-apens.
A t-il immédiatement procédé ou suivi la soustraction frauduleuse spécifiée à la première question.
Le verdict - Condamnation à mort
Le jury répond affirmativement aux 1re, 2e, 3e, 4e, 6e, 7e, 8e et 9e question. Il répond négativement à la cinquième question seulement.
Le verdict est muet sur la question des circonstances atténuantes.
En conséquence, la Cour prononce contre l'accusé Moort reconnu coupable d'homicide avec préméditation et guet-apens la peine de mort et dit que l'exécution aura lieu sur une place publique de Laon.
Le condamné, d'une voix faible : "Je n'avais pas eu l'intention de commettre un crime.
Journal de l'Aisne du 12 et 13 juillet 1903 - La grâce
Fontaine-Iès-Vervins - Victor Moort, I'assassin de Mme. Marechal, qui vient d'être gracié par le président de la République, est parti mercredi de la prison de Laon pour Amiens à l'effet d'assister à l'entérinement de ses lettres de grâces qui a eu lieu le lendemain en la première chambre de la Cour d'Appel.
Un peu avant midi, Moort, étroitement enchaîné, est introduit entre deux gendarmes. On le place debout au milieu du prétoire, face au fauteuil du président et en avant plusieurs gendarmes en grande tenue.
M. le commandant de gendarmerie Descharte est présent.
Un coup de sonnette, voici la Cour. M. Pironneau, avocat général, requiert de la Cour l'entérinement des lettres de grâce.
M. Macque, greffier en chef, donne lecture du décret présidentiel. Puis M. le Premier Président Marquet, donne acte à M. l'avocat général de ce qu il a été satisfait à la loi et lève la séance solennelle.
Pendant toute la durée de la cérémonie, Moort est resté d'une parfaite indifférence.
NDR le président de la république, la III ème, était à l'époque Emile LOUBET, présidence de 1899 à 1906
Illustations et documentations
Le crime de Fontaine-lès-Vervins (Aisne)
1 - Le Lieu du Crime
Le 4 février vers 7 heures du soir, un crime horrible était accompli dans ce carrefour chemin du Maltara au sortir des dernières maisons de Fontaine.
Madame Marechal, née Degoix Louise, 33 ans, marchande de fromages, revenant du marché de Laon était lâchement assassinée dans sa voiture, non loin de sa demeure, la ferme du Maltara, elle tombait sous le couteau d'un jeune misérable de 19 ans, Moort Victor, sujet belge, son domestique, devenu son bourreau !
Caché derrière un arbre, comme un tigre guettant sa proie, il attendit sa victime. Bientôt un drame affreux s'accomplit. Avec une férocité atroce, inouïe, il s'acharna sur la pauvre femme. L'ayant dépouillé de son argent, il conduisit la voiture dans un chemin creux, où, quelques instants après, elle fut retrouvé par le mari de l'infortunée qui, hélas, avait déjà cessé de vivre.
2 - L'assassin Moort, conduit au palais, devant le juge d'instruction.
Cet épouvantable crime causa dans toute la région, où Madame Marechal était bien connue et estimée de tous, une poignante et douloureuse émotion. Son horrible forfait accompli, le meurtrier retourna à Vervins, fit achat d'un complet (le voir sous ce costume C. 3), l'échangea contre ses vêtements ensanglantés et se rendit à la gare vers 7 heures du soir, pour filer vers la Belgique. A cette heure tardive, il n'y avait plus de train, heureusement, ce soir là. Sans trouble ni remords, il trouva asile en lieu hospitalier….
Le lendemain matin, vers 7 heures, il se présenta derechef à la gare, prit un billet pour Hirson, et…. Se crut sauvé ! Mais un brave gendarme M. Dupriet était là ! D''un rapide et perçant coup d'œil, il devina l'assassin et l'arrêta immédiatement.
3 - L'Assassin Moort, sur le quai de la gare, à Vervins, est transféré à la prison de Laon.
Moort, ce précoce criminel, qui sans pitié, priva à jamais de leur malheureuse mères trois pauvres petits enfants, dont un bébé de 8 mois, fut transféré, le 28 avril, à la prison de Laon, sous l'étroite surveillance de deux gendarmes dont l'un, M. Dupriet, à droite, qui procéda à son arrestation. Moort a comparu devant les assises de l'Aisne, le 19 mai 1903, pour y répondre de son crime. Malgré l'éloquente et chaleureuse parole de son défenseur, le Jury est demeuré ferme et inflexible : un verdict sévère, mais juste, a condamné Moort, à la PEINE CAPITALE !
NDR : Je suis à la recherche d'un original de la carte originale n° 3.
Les lieux cités dans les articles de presse
Le logement d'habitation aménagé dans la grange après un incendie, il n'existait pas en 1903
Il ne reste que la cave du corps d'habitation détruit par un incendie
La cave certainement utilisée par Mme Maréchal pour l'affinage de fromage
Le dernier parcours de Mme Marechal
La gare de Vervins
L'avenue de la gare vers le centre ville
Sur la gauche de cette carte postale, une maison avec 2 portes pleines et 4 fenêtres à croisillon aux étages
La même maison photographiée un siècle plus tard. Immédiatement après cette maison sur la chaussée de Fontaine se trouvait l'auberge "Au Coeur d'Or" qui existait encore au moment du reportage
Le lieu tragique
Dossier de recours en grâce n° 3719 S1903
Enregistré le 30 mai 1903, demandé le 26 juin 1903, accordée le 4 juillet et notifiée le 4 à Amiens avec commutation en travaux forcés à perpétuité.
Dossier conservé aux Archives Nationales, Archives du Ministère de la Justice, dossiers de recours en grâce, demandé, accordé et refusé, de condamné à mort
série BB / 24 / 2085 à 2122 / 2090, période de 1900 à 1916 ( la série BB / 24 / 2001 à 2084 concerne la période 1826 à 1899)
Les premières pièces du dossier, n° 1 à 6, concernent le pourvoi en cassation, les pièces suivantes, n° 7 à 14, sont celles spécifiques au recours en grâce.
Transcription à partir de la photographie de l'original de la piéce n°1 du dossier.
PARQUET DU PROCUREUR GENERAL
Paris, le 27 juin 1903,
J’ai l’honneur de vous informer que, dans son audience du 25 juin 1903 la chambre criminelle de la Cour de cassation a rejeté le pourvoi formé par le nommé Moort, contre un arrêt de la Cour d’Assises de l’Aisne en date du 19 mai 03, qui l’a condamné à la peine de mort.
Ci-joint les pièces de la procédure.
pièce n°2, pièce n°3, pièce n°4, pièce n°5 et pièce n°6
Veuillez agréer, Monsieur le Garde des Sceaux, l’hommage de mon respect,
Extrait du 19 mai 1903 des minutes du greffe de la Cour d'Assises de l'Aisne
Extrait inclus dans l'expédition du 27 juin 1903 au Garde des Sceaux ( pièce n°1 )
Transcription à partir de la photographie de l'original de la piéce n°2 du dossier.
Du 19 Mai 1903
Arrêt Moort
Extrait des minutes du greffe de la Cour d’Assises de l’Aisne siégeant à Laon
Cour d’Assises de l’Aisne
Vu par la Cour l’arrêt portant accusation et renvoi devant la Cour d’Assises du département de l’Aisne séant à Laon, rendu par la cour d’Appel d’Amiens, chambre d’accusation, le huit avril mil neuf cent trois, contre le nommé Moort, Victor, fils naturel de Philomène Moort, âgé de dix neuf ans, né le trente décembre mil huit cent quatre vingt trois à Flobecq (Belgique) domestique demeurant à Laigny, accusé d’assassinat et de vol.
Et l’acte d’accusation rédigé en exécution dudit arrêt le vingt trois avril mil neuf cent trois par Monsieur le Procureur Général près la Cour d’Appel d’Amiens
Oui le Ministère Public en ses moyens à l’appui de l’accusation. L’accusé et son conseil en leurs moyens de défense ;
Vu la déclaration du Jury portant oui à la majorité sur huit des neuf questions qui lui ont été posées, la cinquième ayant été répondue négativement ;
Oui de nouveau le Ministère Public en ses réquisitions sur l’application de la peine ;
Oui le défenseur de l’accusé et l’accusé lui-même qui a eu la parole le dernier, en leurs observations.
Attendu que les faits dont l’accusé a été déclaré coupable par le Jury constituent les crimes prévus et punis par les articles deux cent quatre vingt quinze, deux cent quatre vingt seize, deux cent quatre vingt dix sept, deux cent quatre vingt dix huit, trois cent deux, trois cent soixante dix neuf, trois cent quatre vingt un, trois cent quatre vingt deux paragraphe premier, trois cent quatre vingt quatre paragraphe premier du Code Pénal.
Faisant au sus nommé application des dits articles deux cent quatre vingt quinze, deux cent quatre vingt seize, deux cent quatre vingt dix sept, deux cent quatre vingt dix huit, trois cent deux, trois cent soixante dix neuf, trois cent quatre vingt un, trois cent quatre vingt deux paragraphe premier, trois cent quatre vingt quatre paragraphe premier du Code Pénal ensemble des articles douze, vingt six, trente six du même code ?? lesquels articles ont été lus par Monsieur le Président et sont ainsi conçus :
Deux cent quatre vingt quinze. L’homicide commis volontairement est qualifié de meurtre.
Deux cent quatre vingt seize. Tout meurtre commis avec préméditation ou guet-apens est qualifié d’assassinat.
Deux cent quatre vingt dix sept. La préméditation consiste dans le dessein formé, avant l’action, d’attenter à la personne d’un individu déterminé, ou même de celui qui sera trouvé ou rencontré, quand même ce dessein serait dépendant de quelque circonstance ou de quelque condition.
Deux cent quatre vingt dix huit. Le guet-apens consiste à attendre plus ou moins de temps dans un ou divers lieux, un individu, soit pour lui donner la mort, soit pour exercer sur lui des actes de violence.
Trois cent deux. Tout coupable d’assassinat, de parricide, d’infanticide et d’empoisonnement, sera puni de mort, sans préjudice de la disposition particulière contenu dans l’article 13 relativement au parricide.
Trois cent soixante dix neuf. Quiconque a soustrait frauduleusement une chose qui ne lui appartient pas est coupable de vol.
Trois cent quatre vingt un. Seront punis des travaux forcés à perpétuité les individus coupables de vols commis avec la réunion des cinq circonstances suivantes :
Primo, si le vol a été commis la nuit.
Secundo, s’il a été commis par deux ou plusieurs personnes.
Tertio, si les coupables ou l’un deux étaient porteur d’armes apparentes ou cachées.
Quarto, s’ils ont commis le crime, soit à l’aide d’effraction extérieure ou d’escalade, ou de fausses clefs dans une maison, appartement, chambre ou logement habité ou servant à l’habitation, ou leurs dépendances, soit en prenant le titre d’un fonctionnaire public ou d’un officier civil ou militaire ou après s’être revêtus de l’uniforme ou du costume de fonctionnaire ou de l’officier, ou en alléguant un faux ordre de l’autorité civile ou militaire.
Quinto, s’ils ont commis le crime avec violence ou menace de faire usage de leurs armes.
Trois cent quatre vingt deux paragraphe premier. Sera puni de la peine des travaux forcés à temps tout individu coupable de vol commis à l’aide de violence.
Trois cent quatre vingt trois. Les vols commis sur les chemins publics emporteront la peine des travaux forcés à perpétuité lorsqu’ils auront été commis avec deux des circonstances prévues dans l’article trois cent quatre vingt un.
Ils emporteront la peine de travaux forcés à temps, lorsqu’ils auront été commis avec une seule de ces circonstances.
Dans les autres cas, la peine sera celle de la réclusion.
Trois cent quatre paragraphe premier. Le meurtre emportera la peine de mort lorsqu’il aura précédé, accompagné ou suivi un autre crime.
Douze. Tout condamné à mort aura la tête tranchée.
Vingt six. L’exécution se fera sur l’une des places publiques du lieu qui sera indiqué par l’arrêt de condamnation.
Trente six. Tous arrêts qui porteront la peine de mort les travaux forcés à perpétuité et à temps, la déportation, la détention, la réclusion, la dégradation civique et le bannissement seront imprimés par extrait, Ils seront affichés dans la ville centrale du département, dans celle où l’arrêt aura été rendu, dans la commune du lieu où le délit aura été commis, dans celle où se fera l’exécution et dans celle du domicile du condamné.
Condamne Moort Victor à la peine de Mort et au remboursement envers l’état des frais de poursuite et d’instruction du procès conformément à l’article trois cent soixante huit du code d’instruction criminelle liquidés à la somme de deux cents cinquante deux francs quatre vingt centimes.
Dit que l’exécution se fera sur l’une des places publiques de la ville de Laon.
Ordonne la remise à qui et dans les délais de droit des pièces et objets servant à la conviction. Ordonne que le présent arrêt sera exécuté, imprimé et affiché à la diligence de Monsieur le Procureur de la République.
Ainsi fait et prononcé à l’audience publique de le Cour d’Assises du département de l’Aisne séant à Laon du mardi dix neuf mai mil neuf cent trois par Messieurs Raoult, conseiller à la Cour d’appel d’Amiens Président, Turquin, juge au Tribunal Civil de Laon, Thiercy, juge suppléant au même siège assesseurs, composant ladite Cour d’Assises,ces deux derniers nommés par ordonnance de Monsieur le Premier Président de la Cour d’Appel d’Amiens en date du trente et un mars mil neuf cent trois, en présence de Monsieur Reucher substitut de Monsieur le Procureur de la République, remplissant les fonctions de Ministère Public assistés de Monsieur Gourdoux commis Greffier. Signé Raoult, Turquin, Thiercy et Gourdoux.
Signé illisible, tampon de Cour d’Assises du département de l’Aisne
Rapport inclus dans l'expédition du 27 juin 1903 au Garde des Sceaux ( pièce n°1 )
Transcription à partir de la photographie de l'original de la piéce n°3 du dossier.
Parquet de cour d'assises de l’Aisne et du Tribual de Laon
Laon, le 12 juin 1903
Le Procureur de la République près le Tribunal de Laon, à Monsieur le Procureur Générale près la Cour d’Appel d’Amiens,
Le Procureur de la République soussigné à l’honneur d’exposer que par arrêt du 19 mai 1903, la Cour d’Assises de l’Aisne a condamné à la peine de mort le nommé Moort Victor Joseph né le 30 décembre 1884 à Flobecq (Belgique) déclaré coupable de meurtre avec préméditation et guet-apens et de vol qualifié.
Les faits établis par l’instruction et les débats sont les suivants : Moort qui depuis le 22 novembre 1902 était au service des époux Marechal, cultivateurs et marchands de fromages à la ferme du Maltara prés de la commune de Fontaine-les-Vervins, ayant obtenu de sa patronne l’autorisation de s’absenter pendant quelques jours pour tirer au sort en Belgique. Il quittait la ferme du Maltara le vendredi 30 janvier.
Au lieu de se rendre dans son pays, il passait une journée à Cambron chez son ancien patron le sieur Hachin, puis gagnait Le Petit Bois, hameau dépendant de La Flamengrie, où il demeurait jusqu’au mardi 4 février. Il passait à Hirson la nuit suivante et le mercredi 5 il était à Vervins où, vers les cinq heures du soir, il allait s’embusquer dans un chemin creux, ??? où, à son retour du marché de Laon serait nécessairement passer la femme Marechal.
Quand elle arriva vers 5 heures 1/2 , Moort se fit connaître et monta dans la charrette où il fut reçu sans défiance. Sur le champ, avec son couteau probablement ouvert dans sa poche, il porta à sa patronne de nombreux coups qui l’atteignirent à la figure et au crâne, et l’étendaient dans la voiture. Comme on s’approchait de la ferme, Moort prit les rênes du cheval, le détourna de la route et conduisit la voiture dans un chemin abandonné à l’opposé de la direction qui devait être suivi, puis il recommença à frapper Madame Marechal avec son couteau, jusqu’à ce que la pointe repliée en fit une arme inutile.
Comme la victime respirait encore, il détacha les cordons du tablier qui recouvrait un panier, et les lia autour du cou de sa patronne afin de l’étrangler. Quand les cris cessèrent il s’empara de la sacoche que portait Madame Marechal et en vida dans sa poche le contenu, soit une somme d’environ trois cent cinquante francs.
Frappée de vingt six coups de couteau, victime d’une tentative de strangulation, Madame Marechal laissée inanimée dans sa voiture, ne tarda pas à mourir par suite de l’abondante hémorragie et sous l’effet du froid de la nuit.
Quand le crime fut découvert vers huit heures du soir, le mort remontait déjà à plus d’une heure. Moort, pendant ce temps, avait gagné Vervins, où dans deux magasins, il achetait des vêtements neufs. Quand il se présenta à la gare le dernier train pour Hirson venait de partir, il dut donc rester à Vervins et passa la nuit à la maison de tolérance.Le lendemain il fut arrêté au moment de s’embarquer pour la Belgique.
Sa préméditation n’est pas douteuse. Selon toute vraisemblance le condamné devait avoir résolu son crime avant le 30 janvier date de son départ de Maltara. En tout cas, il a été forcé d’avouer que dans la soirée du 3 février à Hirson, il avait formé le projet d’attendre sa patronne pour la voler, mais, aussi bien à l’instruction qu’à l’audience il a persisté à soutenir que son intention n’était pas de commettre un meurtre, et qu’il a été contraint par la résistance de la victime.
Ce système est démenti par les résultats de l’information. Madame Marechal portait son argent dans une sacoche qu’elle liait par une courroie autour de son corps, il était donc impossible de la dévaliser sans qu’elle s’en aperçoive. Moort, avant de monter dans la voiture, avait ouvert son couteau qu’il tenait caché dans sa poche. Enfin la scène a été si rapide qu’une tentative de vol ne peut trouver place. Moort a rencontré Madame Marechal à cent mètres de l’intersection de la route du Maltara avec l’ancien chemin dans lequel il a conduit la voiture ; cette distance a dû être franchie en moins d’une demie minute, la victime a été évidemment frappée par surprise avant que l’assassin ait cherché à s’emparer de la sacoche.
Le vol est le seul mobile du crime, car Moort n’avait qu’à se louer de la conduite des patrons à son égard. Il était pourtant loin d’être ?? à la ??. Le 30 janvier il avait reçu du Sieur Marechal la somme de quarante cinq francs ; le travail ne lui manquait pas, les époux Marechal ne songeaient nullement à le congédier, et, d’ailleurs, pendant son séjour au Petit Bois, Moort avait reçu un de ses anciens patrons, Monsieur Ducrot qui avait manifesté l’intention de le reprendre à son service le plus (vite?) possible.
Le condamné qui a reçu en Belgique une assez bonne instruction primaire, est laborieux et sobre, il ne s’adonne pas à la boisson, il est vigoureux, sain d’esprit, rien ne permet un doute à ce sujet de l’intégrité de ses facultés mentales.
Sa condamnation qui a été prononcée est absolument méritée. Moort est vraiment inexcusable et indigne de toute pitié. Néanmoins j’estime qu’une commutation de peine pourrait (??). Cette mesure de clémence serait suffisamment justifiée par le jeune âge de Moort qui a dix neuf ans à peine et par son passé qui ne faisait nullement prévoir l’assassinat dont il s’est rendu coupable.
Signé ? Reucher
Lettre incluse dans l'expédition du 27 juin 1903 au Garde des Sceaux ( pièce n°1 )
Transcription à partir de la photographie de l'original de la piéce n°4 du dossier.
Parquet de la cour d'appel d’Amiens Direction des affaires criminelles et des grâces
Amiens, le 16 Juin 1903
Le Procureur Général près la Cour d’Appel d’Amiens à Monsieur le Garde des Sceaux,
J’ai l’honneur de vous transmette le rapport de mon Substitut de Laon sur l’opportunité de l’exécution du nommé Moort, Victor, Joseph, condamné à la peine de mort par le Cour d’assises de l’Aisne le 19 mai 1903.
J’approuve les conclusions de ce rapport.
Transcription à partir de la photographie de l'original de la piéce n°5 du dossier.
Cours d'appel d’Amiens - Assises de l’Aisne
2e Trimestre 1903
3719S03
Le Président des Assises de l’Aisne a l’honneur d’adresser à Monsieur le Garde des Sceaux le rapport ci-joint ( pièce n°6 ) concernant le nommé Moort, Victor, Joseph, condamné à la peine de mort par la Cour d’Assises de l’Aisne le 19 mai 1903.
Amiens, le 26 mai 1903
Rapport du 26 mai 1903 du président de la Cour d'Assises de l'Aisne
Transcription à partir de la photographie de l'original de la piéce n°6 du dossier.
Assises de l'Aisne
2éme trimestre de 1903
Rapport concernant le nommé Moort (Victor Joseph) condamné à la peine de mort par la Cour d’assises de l’Aisne le 19 mai 1903 (il y a eu pourvoi en cassation)
Moort Victor Joseph, enfant naturel, sujet belge, est né à Flobecq (Belgique) le 30 décembre 1883.
A la suite d’une condamnation à 45 jours de prison avec sursis, prononcée contre lui par défaut, pour vol qualifié, le 2 décembre 1883 par le tribunal de Tournai, il se rendit en France et fut condamné le 12 janvier 1900 par le tribunal de Pontoise à 8 jours de prison pour vagabondage. Un arrêt d’expulsion fut pris contre lui le 27 janvier 1900 et il fut reconduit à la frontière mais il rentra presque aussitôt en France et fut condamné le 14 février 1900, à Vervins, à 8 jours de prison pour infraction à arrêt d’expulsion, puis le 6 mars 1900 à 8 jours de prison par le tribunal d’Avesnes pour le même délit. Il revint encore en France, travaille pendant 2 ans comme domestique de ferme, chez Monsieur Ducrot, à La Flamengrie (Aisne), qui fut satisfait de sa conduite, et entra le 22 novembre 1902 au service du sieur Marechal, fermier à Maltara, commune de Fontaine-les-Vervins.
Le sieur Marechal fabrique du fromage et du beurre, et sa femme allait, tous les mercredi, au marché de Laon, vendre les produits de la ferme, elle revenait ensuite par le train du soir, à Vervins, se rendait à l’auberge du « Coeur d’Or » où elle avait laissé son cheval et sa voiture, et rentrait ensuite à la ferme. La voiture dont elle se servait était une charrette à 2 roues, munie d’un marchepied assez élevé, et traînée par un cheval jeune et vigoureux ; de plus , comme elle rapportait toujours avec elle une somme de 3 à 400 francs renfermé dans une sacoche, et qu’elle craignait d’être victime d’une agression, son mari allait souvent au devant d’elle, ou y envoyait son domestique.
Le vendredi 30 janvier, Moort annonça qu’il était obligé de s’absenter pour aller tirer au sort à Flobecq, ajoutant qu’il serait de retour le mercredi 4 février. ?? Il partit en effet le 30 janvier, mais au lieu d’aller en Belgique, il se rendit à La Flamengrie où il reçut l’hospitalité chez un ami. Le 3 février, il gagna Hirson, couche dans un h^tel près de la gare et le lendemain le 4 février, il prit un billet d’aller et retour pour Vervins et partit par le train de 1h47. Arrivé à Vervins à 2h14, il alla, vers 4 heures, prendre un léger repos dans un estaminet et en sortit vers 5heures. Il gagna alors la route du Maltara et se posta à un endroit où il avait souvent l’occasion d’aller attendre sa patronne pour monter dans sa voiture et rentrer avec elle à la ferme, puis il attendit son passage.
La dame Marechal partie de Vervins à 5h1/2 arriva vers 6 heures à l’endroit où l’attendait Moort, celui-ci se nomma ; la dame Marechal arrêta sa voiture et, sans défiance, le fit monter à côté d’elle, croyant qu’il était envoyé par son mari. Mais à peine monté, Moort qui tenait à la main un couteau de poche lui en porta plusieurs coups avec une violence telle que l’extrémité de la lame se trouva recourbée. Ne pouvant plus se servir de son arme, il chercha à étrangler la dame Marechal avec un tablier dont il noua le cordon autour du cou, puis quand il la crut morte, il dirigea la voiture dans un chemin creux, et prit la fuite en jetant dans le champ la sacoche qu’il avait volé et dont il avait retiré le contenu (350 francs environ), le couteau dont il venait de se servir et sa chemise tachée de sang.
La dame Marechal s’était défendue avec énergie ; elle avait reçu au visage et aux mains 28 blessures et son agresseur portait à la figure une quinzaine d’excoriations produites par des coups d’ongle.
Vers 8 heures, le sieur Marechal, inquiet de ne pas voir rentrer sa femme, alla au devant d’elle et environ 1500 mètres de chez lui, il découvrit la voiture et y aperçut le cadavre de sa femme, qui avait succombée à une hémorragie abondante déterminée par la multiplicité de ses blessures.
Après avoir commis son crime et nanti du produit de son vol, Moort se rendit à Vervins, entre chez ???? un marchand de nouveautés et y acheta un veston et un gilet. Comme les vêtements qu’il portait étaient couverts de sang et qu’il portait plusieurs plaies au visage, il raconta au marchand qu’il venait de tirer au sort et qu’il s’était battu avec des conscrits ; puis il revêtit le veston et le gilet qu’il venait d’acheter, et se débarrassa de ses vêtements maculés de sang, qu’il alla jeter dans un terrain vague. Il alla ensuite acheter une chemise et se rendit à la gare, comptant prendre le train d’Hirson avec son billet retour ; mais il était alors 10 heures du soir, et le dernier train était parti à 9h19. Il alla donc passer la nuit dans une maison de tolérance et revint le lendemain à la gare à 7h45. Son billet de retour n’étant plus valable, il se présenta au guichet pour prendre un autre billet mais, à ce moment, un mandat d’arrêt avait été décerné contre lui et le gendarme DUPRIET le mis en état d’arrestation.
Moort a passé des aveux à peu près complets, il a déclaré qu’il se proposait de voler la sacoche de la dame Marechal, ajoutant que c’est à Hirson qu’il avait formé ce projet. C’est dans ce but qu’il était allé se poster sur sa route, comptant la voler une fois monté dans sa voiture, mais il a soutenu qu’il n’avait pas l’intention de la tuer, disant qu’il avait frappé avec son couteau que parce qu’elle avait cherché à se défendre au moment où il la volait.
Ce système ne parait pas admissible : la dame Marechal portait sa sacoche à sa ceinture, ; elle y était attachée par une solide courroie; Moort n’ignorant pas qu’il ne pourrait s’emparer de la sacoche qu’après avoir tué la dame Marechal. En outre, quand il a été arrêté le 5 février à la gare de Vervins, il a déclaré au gendarme DUPRIET que, quand il était monté dans la voiture, il avait son couteau ouvert dans sa poche.
Moort était accusé d’homicide volontaire avec préméditation et guet-apens, le dit homicide volontaire ayant précédé ou suivi un vol commis la nuit, sur le chemin public à l’aide de violences, et étant porteur d’arme apparente ou cachée.
Le jury a répondu affirmativement à toutes les questions qui lui étaient posés, sauf à celle relative au port d’arme apparente ou cachée, et Moort a été condamné à la peine de mort, par application des articles 379, 381, 382, 383, 295, 296, 297, 298, 302, 304, 12 et 26 du code pénale.
Moort est âgé de 19 ans et parait bien constitué ; il est seulement atteint d’une légère surdité ; mais son intelligence est peu développée et son caractère est bizarre. Un de ses amis, entendu comme témoin, a dit de lui : qu’il ne pouvait pas dire deux mots de vérité de suite, et en fait, il faisait à tout le monde, sans y être prié, des récits auxquels personne ne croyait et qui tendaient tous au même but : se faire passer pour riche et faire croire qu’il avait chez Marechal une situation supérieure à celle de domestique. C’est ainsi qu’il cherchait à faire croire qu’il était en quelque sorte, l’ homme de confiance de son patron, racontant qu’il l’envoyait souvent au marché de Laon et qu’il en revenait avec des sommes de 4 à 500 francs, alors que jamais on ne lui avait confié d’argent.
A la cours d’assises, quand je l’ai interrogé sur ce propos, lui demandant pourquoi il avait tenu, il m’a fait la réponse : « c’est pour l’honneur !» Il racontait qu’il allait se marier prochainement et que son père naturel lui donnerait à cette occasion 100 000 francs et une maison. A l’instruction, il dit au magistrat instructeur qu’il avait eu à la caisse d’épargne postale un livret assez élevé qu’on lui avait remboursé à LA Capelle à la fin de décembre 1902. La recherche faite à cet égard ayant démontré la fausseté du propos, il n’en persista pas moins à soutenir qu’il était exact.
Il dit aussi au juge d’instruction que, lors de l’un des condamnations qu’il avait subis, il possédait 3 ou 400 francs en pièce de 100 francs, indiquant qu’il avait gagné cette somme. Cette nouvelle allégation ayant été contrôlée et encore reconnue inexacte, il y persista néanmoins. Il déclara encore qu’il avait eu des relations avec une jeune fille (??) demeurant au hameau du PETIT BOIS, qu’il avait eu d’elle, en 1902, un enfant qui était mort au commencement de l’année 1903. Comme cette jeune fille n’avait jamais été enceinte, et que les registres de l’état civil ne faisaient pas mention de cette naissance de ce décès, il finit par reconnaître qu’il avait menti et quand on lui demanda pourquoi il avait fait ce mensonge qui ne présentait aucun intérêt, il répondit : « je ne sais pas ! »
Moort ne se livrait pas à la boisson, il était même très sobre ; on n’a découvert dans sa famille aucune tare héréditaire. Il n’a pas été examiné au point de vue mental; aucune conclusion n’a été prise à cet égard et je ne crois pas qu’il y eût lieu de faire procéder à un examen de cette nature; mais ses réponse, son attitude insouciante, un peu hébété et qui m’a paru n’avoir rien simulé m’ont fait croire qu’il n’avait pas dû se rendre un compte exact de l’horreur de l’acte qu’il avait commis. Quand l’arrêt prononçant contre lui la peine capitale a été rendu, il ne s’est pas départi de l’indifférence qu’il avait toujours montrée et qui semblait dénoté chez lui une sorte d’inconscience.
En notant ses aveux et ses réticences, j’ai indiqué, au cours de mon rapport, que Moort n’ignorait pas que pour prendre la sacoche, il faudrait tuer la dame Marechal et c’est là, en effet, la conclusion nécessaire à la quelle il devait arriver en raisonnant son action et les moyens de la commettre ; mais, en présence du peu de développement de son intelligence, je me suis demandé si, ayant l’esprit hanté par la convoitise de l’or qu’il avait devoir de trouver dans la sacoche, il n’avait pas pu ne pas raisonner et ne pas bien se rendre compte que, pour s’en emparer, il faudrait commettre un meurtre.
Toutes ces considérations m’ont amené à penser que son esprit un peu faible avait pu être dominé par une sorte d’auto-suggestion qui ne l’avait pas laissé en possession de l’intégralité de son libre arbitre.
Dans ces conditions et tenant, en outre, compte de son jeune âge, je conclu à une commutation de peine.
Transcription à partir de la photographie de l'original de la piéce n°7 du dossier.
Paris, le 4 Juin 1903
Le général Dubois, Secrétaire Général de la Présidence de la République, à Monsieur le Garde Des Sceaux, Ministre de la Justice.
J’ai l’honneur de vous transmettre un recours en grâce qui a été adressé à M. le Président de la République par M. Baillet, Bâtonnier de l’Ordre des Avocats à Laon, en faveur du nommé Moort, condamné à mort par la Cour d’Assises de l’Aisne. Je vous serais reconnaissant de vouloir bien faire joindre les deux pièces ci incluses ( pièce n°8 et pièce n°9 ) au dossier du condamné.
Signé Dubois
Transcription à partir de la photographie de l'original de la piéce n°8 du dossier.
J’ai l’honneur de vous adresser et de recommander à votre haute bienveillance le recours en grâce ci inclus, relatif à Moort Victor, condamné le 19 mai 1903, par la Cour d’Assises de l’Aisne, à la peine capitale pour assassinat et vol.
Je joins, à ce recours en grâce, la lettre d’envoi ( pièce n°9 ) qui l’accompagnait et qui vous expliquez, Monsieur le Président de la République, sa rédaction défectueuse, et la raison pour laquelle il ne porte que neuf signataires sur douze.
Moort Victor, malgré la gravité de son crime, vous paraîtra digne, j’ai l’espoir Monsieur le Président de la République, d’une mesure de clémence, c’est un sujet belge, il n’est âgé que de 19 ans 1/2. Ses condamnations antérieures sont légères, et ne dénotent point une nature mauvaise et (??) son intelligence est obscure, son caractère (??) et (??).
J’ai le plus grand espoir, Monsieur le Président de la République, que toutes ces considérations seront largement accueillies par vous, et assureront à Moort la commutation de peine humblement sollicitée par le jury qui l’a condamné et l’avocat qui l’a défendu.
Veuillez, Monsieur le Président de la République, avoir la bonté d’agréer la très sincère expression de nos plus respectueux sentiments.
Signé Georges BAILLET
Laon le 3 juin 1903
Transcription à partir de la photographie de l'original de la piéce n°9 du dossier.
Lettre rédigée sur papier à entête de la : Brasserie Saint Quentinoise Ancienne maison LABERGRIS fondée en 1825, 1&3, Boulevard GAMBETTA, Auguste GROZO
St QUENTIN (Aisne) le 20 Mai 1903,
J’ai l’honneur de vous adresser ci joint les signatures de jurés qui ont siégé dans l’affaire Moort et que j’ai pu rencontrer tant à Laon qu’à St QUENTIN.
Ce sont celles de ?? SCHMIDT, BROGLIN, HUCHE, BRISMONTIER, DUCLERE, ANCIAUX, GROZO, ……. N’ayant aucune relation avec les autres jurés qui avaient quitté Laon ce matin ou hier soir, je ne puis me procurer leur signature pour le recours en grâce de Moort.
M. Schmidt et moi vous prions de rectifier la tournure peu française du libellé à M. le Président de la République, qui a été rédigé sans doute à la hâte par un de nos collègues, et au pied levé.
Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de notre parfaite considération.
Signé Grozc
Les soussignés Jurés dans l’affaire Moort recommandent à la bienveillance de Monsieur le Président de la République de vouloir bien commuer la peine de mort en celle des travaux forcés à perpétuité.
Transcription à partir de la photographie de l'original de la piéce n°10 du dossier.
N° 3719.S03
Rapport sur une condamnation capitale
Moort (Victor), fils naturel de Philomène Moort, né le 30 Décembre 1883, à Flobecq (Belgique), domestique de ferme, demeurant à Laigny, a été condamné le 19 mai 190, par la Cour d’Assises de l’Aisne, à la peine de mort pour assassinat et vol qualifié. Son pourvoi en cassation a été rejeté le 25 juin 1903. Son défenseur et neuf membres du jury sollicitent une commutation de la peine capitale en celle des travaux forcés à perpétuité.
Sont repris ici des éléments de la pièce n°6.
Les magistrats ne pensent pas qu’il y ait lieu de laisser la Justice suivre son cours dans cette affaire.
Le Procureur de la République près le tribunal de Laon, dont le Procureur Général déclare approuver les conclusions, estime comme le Président des Assises, qu’une commutation de peine serait suffisamment justifiée par le jeune âge du condamné (19 ans) et par son passé qui ne faisaient nullement prévoir l’assassinat dont il s’est rendu coupable.
Transcription à partir de la photographie de l'original de la piéce n°11 du dossier.
N° 3719 S.03
Séance du 3 juillet 1903
sur le rapport de M. le Directeur des affaires criminelles et des grâces;
vu l’arrêt de la Cours d’Assises de l'Aisne, en date du 19 mai 1903 qui a condamné à mort pour assassinat et vol qualifié Moort Victor, 19 ans, domestique de ferme ;
vu l’arrêt de la Cour de Cassation du 25 juin 1903 qui a rejeté le pourvoi du condamné ( pièce n°12 );
Vu les rapports de M. le Président des Assises , de M. le Procureur de la République puis le tribunal de première instance de Laon et de M. le Procureur Général d’Amiens ( pièce n°3 et pièce n°6 );
Attendu que, quelque odieuses que soient les circonstances du crime, il importe de remarquer que Moort était à peine âgé de 19 ans à l’époque où il l’a commis;
Qu’il est permis de se demander, étant donné son jeune âge et sa faiblesse d’esprit, s’il doit être considéré comme pleinement responsable de ses actes;
Attendu que les magistrats ont à se prononcer en faveur d’une commutation de peine;
le met à la majorité l’avis qu’il y lieu de commuer en travaux forcés à perpétuité la peine de mort prononcée contre Moort.
Signé E Valle
Transcription à partir de la photographie de l'original de la piéce n°12 du dossier.
Parquet de procureur général
Paris, le 3 juillet 1903,
Monsiur de Garde des Sceaux,
J’ai l’honneur de vous informer que, dans son audience du 25 juin 1903 la chambre criminelle de la Cour de cassation a rejeté le pourvoi formé par le nommé Moort condamné à la peine de mort par un arrêt de la Cour d’Assises de l’Aisne en date du 19 mai 1903.
La Grâce - Extrait du 9 juillet 1903 des minutes du greffe de la cour d'appel d'Amiens
Transcription à partir de la photographie de l'original de la piéce n°13 du dossier.
Extrait des minutes du greffe de la cour d’appel d’Amiens
Cejourd’hui neuf juillet mil neuf cent trois , à l’audience publique et solennelle tenue par le Cour d’Appel séant à Amiens, Chambre Civile et Chambre des appels de police correctionnelle réunies, le nommé Moort Victor Joseph, libre, mais accompagné de gardes, ayant été amené devant la cour où il est resté debout, Monsieur Pironneau, Avocat Général, a présenté à la cour l’ampliation d’un décret rendu par Monsieur le Président de la République le quatre Juillet 1903 par lequel a été commuée en la peine de travaux forcés à perpétuité la peine de mort prononcée le 19 mai 1903 par la Cour d’Assises de L’Aisne contre le nommé Moort Victor Joseph pour assassinat et vol qualifié.
Monsieur l’Avocat Général a ensuite requis qu’il fut fait lecture de ce décret et ordonné qu’il serait transcrit en marge de l’arrêt de condamnation.
De l’ordre de Monsieur le Premier Président, le Greffier en Chef a donné lecture de ce décret et la Cour a rendu immédiatement l’arrêt suivant : La Cour : donne acte à Monsieur le Procureur Général de ses réquisitions, ordonne que le décret de commutation de peine accordé à Moort sera transcrit en marge de l’arrêt de condamnation.
A cet arrêt assistait Monsieur le Commandant de Gendarmerie.
Etaient présents Messieurs Marquet Premier Président, Burdin de Péronne, Bory, Présidents, Courmartin, Fourrier, Durand, Desrosiers, Mesnard, Moll, de Job, Lebégue, Thorel, Milet, Conseillers ; Monsieur Pironneau, Avocat Général, assistés de M. Macque, Greffier en Chef.
Signé : Augustin Marquet et L Macque
Pour expédition conforme délivrée à Monsieur le Procureur Général, par le Greffier en Chef soussigné
NDR : signé L Macque, tampon de la Cour d’Appel d’Amiens
Vu au Parquet pour le Procureur Général
Transcription à partir de la photographie de l'original de la piéce n°14 du dossier.
Parquet de la cour d'appel d’Amiens
Direction des affaires criminelles et des grâce
N° 3719 S03
Amiens, le 17 Juillet 1903
Le Procureur Général prés la Cour d’Appel d’Amiens à Monsieur le Garde des Sceaux,
J’ai l’honneur de vous accuser réception de l’ampliation de décret en date du 1er Juillet par lequel Monsieur le Président de la République a commué en celle des travaux forcés à perpétuité la peine de mort prononcée contre le nommé Moort Victor Joseph, par la cour d’Assises de l’Aisne le 19 mai 1903
Ci joint l’expédition de l’arrêt ( pièce n°13 ) portant entérinement de la lettre de grâce.
Victor Moort : matricule 33198 au bagne de Guyane
D'après son dossier de transportation ouvert au Ministère des Colonies, Moort a fait l'objet d'une tranportation dans un bagne de Guyane Française sur un avis du 23 octobre 1903. Il a donc était bagnard avec le matricule 33198 et a commencé sa peine de travaux forcés en classe 3.
A l'époque c'est le bateau "La Loire" qui était utilisé pour la tranportation des bagnards entre la France et la Guyane.
St Martin-de-Ré - Départ des forçats pour la guyane - Embarquement
"La Loire" bateau de transport des condamnés à la Guyane
Le trajet de transportation vers la Guyane
La carte des pénitentiers de Guyane
L'entrée du penitentier de St Laurent-du-Maroni
Extrait de "Le Petit Journal" supplément illustré du 29 Septembre 1907 sur http://cent.ans.free.fr/pj1907/pj88029091907.htm
Cette extrait concerne la grâce d'Albert Solielland : à la fin de janvier 1907, l'ébéniste Albert Soleilland se présente chez ses amis Erbelding: il vient chercher Marthe, leur fille, pour l'emmener au Bataclan. Il en reviendra seul... Le 8 février, on retrouve le corps de la fillette de 11 ans, violé et dépecé, dans une consigne de la gare de l'Est. Nul n'en doute, Soleilland est le coupable: il est jugé et condamné à mort le 24 juillet par les assises de la Seine. La physionomie effroyable du meurtre provoque alors un déchaînement des passions, qui atteint son paroxysme lorsque le président Fallières gracie le coupable, le 13 septembre.
Dans quelque temps, le condamné sera transporté au dépôt de SAINT-MARTIN-DE-RE; là, il revêtira le droguet, qui est depuis tantôt quatre siècles le vêtement spécial des bagnards, puis un vapeur de l'état le conduira dans la rade de l' île d'AIX, où il montera à bord de la LOIRE, bâtiment affecté au transport des forçats. Pendant la traversée, il aura pour séjour l'un des deux entreponts du navire où se trouvent les bagnes qui peuvent contenir de 75 à 100 condamnés.
S'il se conduit mal, il sera logé dans un des cachots qui se trouvent à l'avant du navire, et dans lesquels on enferme les plus mauvais sujets du convoi.
A bord, il sera chargé, avec ses compagnons de détention, du nettoyage des batteries et entreponts, sous la surveillance de gardiens qui veillent revolver au poing.
Il déjeunera, à sept heures, de 25 centilitres de café et d'un quart de biscuit ; à huit heures, il aura droit à une demi-heure de promenade en commun sur le pont; à dix heures, il fera un premier repas composé de la ration ordinaire des matelots : soupe ou viande fraîche avec légumes et 25 centilitres de vin. L'après-midi, lavage du linge et autres travaux organisés par équipes, puis promenade d'une heure. A cinq heures, repas du soir, soupe, et légumes sans vin, et à six heures, coucher.
Le dimanche, les bienfaits de la loi sur le repos hebdomadaire n'ayant pas encore été appliqués aux forçats, on travaille aussi, mais la durée de la promenade est doublée : trois heures au lieu d'une heure et demie.
Telle sera l'existence du condamné à bord de la LOIRE. Le régime, on le voit, ne lui sera pas trop cruel.
A la Guyane, il sera débarqué à l'île ROYALE, chef-lieu du groupe des îles du SALUT. Là, on l'immatriculera, on le numérotera et on l'enverra dans l'un des pénitenciers, soit à CAYENNE, à SAINT-JEAN-DU-MARONI, à KOUROU ou aux îles du SALUT.
Au bagne, les forçats sont répartis en trois catégories. Il faut, bien entendu, lorsqu'on est condamné à perpétuité, commencer par être de la troisième. Si l'on se conduit bien, on accède à la seconde. Quant à la première, ce n'est qu'après des années de travail et de bonne conduite qu'on peut espérer y arriver.
Les besognes les plus rudes sont réservées aux condamnés de la troisième catégorie. Ils sont chargés de la construction et de la réfection des routes, du transport des bois, du défrichement des terrains boisés, etc.
La durée de la journée de travail est de sept heures. Les bagnards ont, vous le voyez, conquis mieux que la journée de huit heures. Mais ce travail s'accomplit parfois dans des conditions terribles, sous un soleil de plomb, dans une atmosphère de feu qui a bien vite raison des natures les plus vigoureuses.
La nourriture quotidienne se compose de 750 grammes de pain, de 250 grammes de viande fraîche ou de conserve et de légumes verts ou secs, à condition, toutefois, que le forçat travaille.
S'il se refuse à accomplir la besogne réglementaire, on le met au pain et à l'eau d'abord; puis, en cas de récidive, on le condamne à la cellule pour une durée de six mois à deux ans.
S'il est incorrigible, on l'expédie au camp de discipline, et on l'y laisse aussi longtemps qu' il est nécessaire pour l'amender et l'assouplir. Là, on le condamne à la marche forcée dans le silence absolu; on peut même l'enfermer, pour un mois, dans un cachot où il est complètement privé de lumière.
Enfin, s'il commet quelque crime sur la personne de ses co-détenus ou de ses gardiens, il passe devant un tribunal spécial qui peut le condamner à mort.
Voilà quelle est la vie, quels sont les devoirs des forçats au bagne, et quelles sont les pénalités qui les attendent s'ils ne se plient pas aux rigueurs de la discipline.
Moort a donc fait partie des quelques 70000 condamnés aux travaux forcés en Guyane (52000 transportés, 15600 relégués) entre 1852 et 1938.
Vers 1900, la justice "expédiait" en Guyane près de 1200 condamnés par an en deux transportations, la population carcérale se situait entre 4500 et 5000 bagnards dont l'espérance de vie était d'environ 5 ans. 90% des bagnards décédaient de façon prématurée par maladie et malnutrition, d'où le nom donné au bagne : la guillotine sèche.
Les articles et le livre du journaliste Albert Londres décrivent de manière plus détaillée les conditions de vie épouvantables dans les Bagnes de Guyane. Ceux ci ont eu pour effet de relancer les débats sur la fermeture des bagnes décrétée en 1938.
Les bagnes ont donc été abrogés par le décret du 17 juin 1938, mais 5 mois après, le 22 novembre 1938, 666 condamnés aux travaux forcés ont encore fait l'objet de ce qui a été la dernière transportation vers la Guyane.
La seconde guerre mondiale, au cours de laquelle plus de la moitié des bagnards sont morts de faim, a retardé le rapatriement des bagnards.
En 1945 la population carcérale de Guyane n'était plus que de 2036 bagnards (1268 transportés en cours de peine et 768 relégués) et 2346 libérés restaient sur place.
Ce n'est que le 17 août 1946 qu'un premier convoi de 144 bagnards définitivement libérés est arrivé à Marseille. Les derniers reviendront en 1953.
Pénitencier de St Laurent
Bagnards dans leur case
Une case aves les taulas (lits)
Une briquerie
Pénitencier de Charvein
Scierie de Charvein
Lépreux sur l'ilet St Louis
vu par Francis Lagrange dit Flag
Les principaux événements de la vie du bagnard Moort, selon divers documents et procès-verbaux archivés aux Archives Nationales d’Outre Mer d’Aix-en-Provence.
Moort a embarqué le 23 décembre 1903 sur la Loire à destination de la Guyane.
Il a été placé au pénitencier de Saint-Laurent du Maroni.
Le 20 Août 1904 il s’évade de ce pénitencier et a été repris le 27 août par un libéré Mohamed Saïd numéro matricule 8228. Moort a déclaré au surveillant qui l’a interrogé : « Je me suis évadé de Saint-Laurent étant employé à la briqueterie le 20 août parce que je ne m’y plaisais pas ».
Le 13 novembre 1904, il est condamné par le Tribunal Maritime spécial à deux ans de double chaîne (les rebelles, les évadés repris et les violents condamnés à cette peine ne sortaient pas de la salle des «incorrigibles », où ils demeuraient constamment entravés à leur taulas) et aux frais envers l’Etat.
Le montant des frais de justice a été liquidé à la somme de douze francs et quatre vingt centimes.
Il est alors placé au camp disciplinaire de Charvein le 16 novembre 1905 et fait l’objet d’un classement aux incorrigibles le 24 novembre 1904.
Le 2 novembre1905, il fait l’objet d’une punition pour un motif non précisé.
Le 29 septembre 1906, il fait l’objet d’un classement sanitaire à Charvein un mois en travaux légers étant atteint de fièvre paludéenne.
Le 24 juin 1907 il est nommé à la 2ème classe.
Le 13 mai 1909, il fait l’objet d’une punition à 8 jours de cellule, pour s’être installé dans un endroit découvert pour satisfaire un besoin naturel, s’exposant ainsi aux yeux de tous. Dans la demande de punition il est précisé que Moort est employé à l’hôpital.
Le 1er juillet 1910, il est nommé à la 1ère classe.
Le 4 septembre 1912, il fait et l’objet d’une punition à 2 jours de cellule, Moort étant assigné chez Monsieur Diamanthe, il a été rencontré le 31 août 1912 boulevard Malouet sans ses souliers et revêtu d’un pantalon bleu.
Entre 1912 et 1916, Victor Moort a contracté la lèpre, en effet, le 4 novembre 1916, un procès verbal de réintégration, suite à une évasion, est rédigé comme suit :
Ministère de Colonies / Guyane Française / Administration pénitentiaire Corps militaire des surveillants / Pénitencier de Saint Jean Pour la constatation des crimes, délits ou contraventions Procès verbal constatant la réintégration d’un transporté de 1ère compagnie Moort Victor, N° Me 33198 interné à la léproserie de Saint-Louis.
Ce jourd’hui quatre novembre 1916 à quatorze heures vingt nous, soussigné Finidori Jean surveillant militaire de 3ème classe de Saint-Louis département de la Guyane Française, revêtu de notre uniforme et conformément aux ordres de nos chefs, agissant en vertu des décrets des 10 mars 1873 et 2 septembre 1889 constatons :
Que ce jour et à l’heure précités nous rendant à Saint-Laurent pour le service après avoir dépassé l’aiguille de Saint-Maurice de deux cent mètres environs nous avons aperçu un individu à travers brousse qui se dirigeait sur la voie ferrée, lequel nous avons reconnu pour le nommé Moort lépreux interné à la léproserie de Saint-Louis.
Aussitôt mis en état d’arrestation et conduit en lieu de sureté où nous lui avons fait subir l’interrogatoire suivant :
D (demande) – Quels sont vos noms, prénoms et numéro matricule ? R (réponse) – Moort Victor numéro matricule 33198
D – Pourquoi vous êtes-vous évadé, et comment avez-vous traversée l’ilot pour venir ici ? R – C’’est une pirogue qui m’a traversé, j’ai été à Saint-Laurent pour acheter des vivres
D – Avez-vous autre chose à dire ? R – Non
Le dit transporté était vêtu d’un complet bleu d’une casquette de la même couleur et d’une paire de souliers. Il était porteur d’une musette et d’un litre de tafia que nous avons saisis en présence de notre chef de camp.
Lecture faite au transporté Moort Victor numéro matricule 33198.
De son interrogatoire, il a reconnu ses réponses fidèlement transcrites, contenir vérité y persiste. En raison de sa maladie contagieuse il n’a pas pu signer. En foi de quoi nous avons dressé le présent procès verbal pour servir et valoir à qui de droit. Fait et clos à Saint-Louis les jour mois et an qui et autre part Signature Finidori.
Une note du 21 septembre 1917 mentionne une évasion de Moort Victor le 9 janvier 1917 et son arrestation le lendemain 10 janvier 1917.
Enfin, un dossier précise une évasion de Saint-Laurent le 12 août 1918, la date de réintégration n’est pas précisée.
Après cette date, plus aucun document ne figure dans les dossiers de Victor Moort conservés aux Archives Nationales d’Outre-Mer. Ceci laisse à penser que Victor Moort a fini sa vie libre, mais au prix d’une maladie à laquelle la justice ne l’avais pas condamné, une double peine en sorte pour le crime qu’il a commis.
D’autres issues sont bien sûr envisageables : règlement de compte, assassinat, suicide, noyade, égarement dans la brousse mais….
Ceci dit, si tout criminel mérite une juste peine, aucun ne méritait l’effroyable bagne, surtout dans le pays des droits de l’homme !
"La peine du bagnard" par Bertrand Piechaud
Sculpture érigée en bordure du Maroni et à quelques mètres de l'entrée du camp de la transportation.
« Cayenne est une machine à produire du vide. On n'y fait rien, on tente de vider les êtres de leur humanité ».
Journaliste, il se rend en 1923 en Guyane où il visite le bagne aux Îles du Salut, à Cayenne et à Saint-Laurent-du-Maroni. Décrivant les horreurs de ce qu'il voit, son reportage « Le Bagne » suscite de vives réactions dans l'opinion mais aussi au sein des autorités, qui en viendront à supprimer le bagne.
Extrait du chapitre « Chez les lépreux »
Cette petite île à l’air d’un jouet…..
C’est l’îlet Saint-Louis des lépreux……
Il ne nous restait qu’une maison à visiter.
Il le releva tout doucement, avec le dos de ses mains. Ses yeux n’étaient plus que deux pétales roses.
Nous ne dirons pas davantage, vous permettez ?
Et montrant l’îlet