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Timestamp: 2016-10-25 10:20:50+00:00
Document Index: 5770087

Matched Legal Cases: ['art. 725', 'art. 63', 'art. 64', 'ATF ', 'art. 55', 'ATF ', 'art. 64', 'art. 63', 'ATF ', 'art. 63', 'ATF ', 'ATF ', 'in fine', 'art. 55', 'ATF ', 'art. 755', 'art. 753', 'art. 725', 'ATF ', 'art. 394', 'art. 754', 'art. 755', 'ATF ', 'art. 755', 'art. 754', 'ATF ', 'art. 729', 'art. 729', 'art. 729', 'art. 725', 'art. 725', 'art. 729', 'art. 729', 'art. 727', 'ATF ', 'in fine', 'in fine', 'art. 725', 'art. 725', 'art. 725', 'ATF ', 'art. 729', 'art. 729', 'art. 725', 'ATF ', 'in fine', 'art. 755', 'art. 754', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 729', 'art. 729', 'art. 156']

4C.200/2002 (13.11.2002)
4C.200/2002 /dxc
Corboz, Klett, Nyffeler et Favre,
greffi�re Aubry Girardin.
AX.________ et BX.________,
demandeurs et recourants, repr�sent�s par Me Henri Carron, avocat, case postale 1472, 1870 Monthey 2,
Fiduciaire Z.________ S.A.,
d�fenderesse et intim�e, repr�sent�e par Me Jean-Marie Closuit, avocat, place Centrale 98, case postale 212,
1920 Martigny.
responsabilit� de l'organe de r�vision; cr�ance postpos�e
(recours en r�forme contre le jugement de la Ie Cour
civile du Tribunal cantonal valaisan du 2 mai 2002)
La soci�t� C.________ S.A., qui avait pour but la confection et le commerce de mat�riaux de construction, a �t� fond�e � F.________ le 1er ao�t 1989. Son capital social de 900'000 fr. a �t� souscrit � raison de 500'000 fr. par D.________, de 100'000 fr. par E.________, de 150'000 fr. par AX.________ et de 150'000 fr. par BX.________.
D.________ a �t� nomm� pr�sident du conseil d'administration, E.________ vice-pr�sident et BX.________ secr�taire.
La Fiduciaire Y.________ S.A. � F.________ a �t� d�sign�e comme organe de contr�le; elle a �t� relev�e de son mandat le 6 novembre 1989 sans avoir v�rifi� les comptes du premier exercice et a �t� remplac�e par la Fiduciaire Z.________ S.A. (ci-apr�s : Z.________). Hormis une fonction de r�viseur, cette derni�re jouait un r�le de conseil aupr�s de C.________ S.A., proc�dait � la saisie comptable sur la base des pi�ces pr�par�es par la soci�t� et �tablissait les comptes. Elle s'occupait notamment du compte courant actionnaire dont disposait D.________ aupr�s de C.________ S.A. Z.________ tenait aussi les comptes de l'entreprise de transport exploit�e en raison individuelle par D.________ et donnait des conseils personnels � celui-ci.
C.________ S.A. a rapidement connu des difficult�s en raison du mauvais fonctionnement d'une machine achet�e � une soci�t� italienne et elle a d� cesser sa production d�s le 12 d�cembre 1990.
L'exercice 1989/1990 a fait l'objet d'un seul bouclement comptable et a enregistr� une perte de 491'329 fr. 50. Au 31 d�cembre 1990, le compte courant actionnaire de D.________ aupr�s de C.________ S.A. pr�sentait un solde en faveur de son titulaire de 1'307'944 fr.
Face aux difficult�s financi�res de C.________ S.A., D.________ a effectu� des versements en esp�ces sur les comptes de la soci�t�, dont 470'000 fr. le 11 juin 1991, et pay� de nombreuses factures.
Le rapport du conseil d'administration pr�sent� � l'assembl�e g�n�rale du 27 juin 1991 a relev� que C.________ S.A. avait �vit� le surendettement gr�ce aux versements de D.________ et que l'avenir de la soci�t� d�pendait principalement du succ�s de la proc�dure judiciaire engag�e contre la soci�t� italienne.
Les �poux X.________ ont refus� de donner d�charge aux administrateurs et BX.________ a d�missionn� du conseil d'administration. Les comptes ont �t� approuv�s par D.________ et E.________.
Les comptes de l'exercice 1991 ont mis en �vidence une perte de 937'778 fr. 75 qui, additionn�e � celle de l'exercice pr�c�dent, entra�nait une perte report�e de 1'429'108 fr. 25.
Le 31 d�cembre 1991, D.________ d�tenait une cr�ance de 2'306'540 fr 20. � l'encontre de la soci�t�. Le 19 ao�t 1992, il a d�clar� renoncer au paiement de celle-ci "dans la mesure o� cela sera n�cessaire pour que tous les autres cr�anciers soient enti�rement couverts".
Dans son rapport du 21 ao�t 1992, l'organe de r�vision a propos� d'approuver les comptes, relevant que la soci�t� �tait surendett�e, que les conditions de l'art. 725 al. 2 CO �taient r�unies, mais que les actionnaires avaient accept� de postposer leurs cr�ances pour 2'306'540 fr. 20. Les comptes ont �t� approuv�s lors de l'assembl�e g�n�rale du 14 septembre 1992; les �poux X.________ ont refus� de donner d�charge � l'administrateur.
Dans le courant de l'ann�e 1992, D.________ a acquis de C.________ S.A. du mat�riel pour 161'613 fr. 50. Ces achats n'ont pas fait l'objet de paiements en esp�ces, mais ont �t� compens�s avec la cr�ance qu'il d�tenait aupr�s de la soci�t�. Durant cette m�me ann�e, D.________ a notamment pay� des factures de C.________ S.A. � hauteur de 158'121 fr. 35 et sa cr�ance envers la soci�t� a augment� de 344'307 fr.
L'exercice 1992 a �t� d�ficitaire pour un montant de 638'008 fr. Dans son rapport du 16 juin 1993, l'organe de r�vision a relev� une perte au bilan s'�levant � 2'067'116 fr. 25 et a conclu que la soci�t� �tait surendett�e. Il a ajout� que la postposition pouvait se r�v�ler insuffisante pour permettre � la soci�t� de faire face � ses engagements � moins de vendre les machines et installations pour 320'000 fr. au moins.
Celles-ci n'ayant pu �tre vendues, le juge a �t� inform� le 3 ao�t 1993 et la faillite de C.________ S.A. a �t� prononc�e le 16 ao�t 1993 sur r�quisition d'un cr�ancier.
Les �poux X.________ ont produit une cr�ance de 202'600 fr. dans la faillite, correspondant � une caution qu'ils ont d� verser et pour laquelle ils ont obtenu un acte de d�faut de biens.
D.________ est � son tour tomb� en faillite le 27 septembre 1993. Sa masse a produit la cr�ance d'actionnaire qu'il avait envers C.________ S.A. et elle a obtenu un acte de d�faut de biens s'�levant � 2'650'848 fr. 25.
Le 16 d�cembre 1993, les �poux X.________ ont d�nonc� p�nalement D.________.
Le 6 novembre 1997, ils se sont fait c�der les droits de la masse en faillite de C.________ S.A. contre toutes les personnes charg�es de la fondation, de l'administration, de la gestion ou du contr�le de la soci�t�.
Le 27 avril 1998, les �poux X.________ ont introduit une action en responsabilit� � l'encontre de Z.________, en concluant au paiement par cette derni�re de 202'600 fr. avec int�r�t � 5 % d�s le 30 septembre 1993.
Le 8 juin 2000, D.________ a �t� condamn� par un tribunal valaisan � une peine de huit mois d'emprisonnement, assortie d'un sursis pendant deux ans, pour banqueroute frauduleuse, obtention frauduleuse d'une constatation fausse et fausse d�claration d'une partie en justice.
Par jugement du 2 mai 2002, la Ie Cour civile du Tribunal cantonal valaisan a rejet� la demande des �poux X.________, consid�rant qu'aucun comportement fautif ne pouvait �tre reproch� � la fiduciaire, que ce soit en tant qu'organe de r�vision ou en tant que mandataire.
Contre ce jugement, les �poux X.________ (les demandeurs) interjettent un recours en r�forme au Tribunal f�d�ral. Ils concluent, avec suite de frais et d�pens, � l'admission de leur recours et � la r�forme du jugement entrepris dans le sens que Z.________ soit condamn�e � leur verser, en tant que cr�anciers solidaires, la somme de 161'613 fr. 50, avec int�r�t � 5 % d�s le 1er janvier 1993, le dossier �tant renvoy� au Tribunal cantonal valaisan pour qu'il statue � nouveau sur les frais et d�pens de la proc�dure cantonale.
Z.________ (la d�fenderesse) propose d'�carter le recours en r�forme, avec suite de frais et d�pens.
1.1 Saisi d'un recours en r�forme, le Tribunal f�d�ral doit mener son raisonnement juridique sur la base des faits contenus dans la d�cision attaqu�e, � moins que des dispositions f�d�rales en mati�re de preuve n'aient �t� viol�es, qu'il y ait lieu de rectifier des constatations reposant sur une inadvertance manifeste (art. 63 al. 2 OJ) ou qu'il faille compl�ter les constatations de l'autorit� cantonale parce que celle-ci n'a pas tenu compte de faits pertinents r�guli�rement all�gu�s et clairement �tablis (art. 64 OJ; ATF 127 III 248 consid. 2c et les arr�ts cit�s). Hormis ces exceptions que le recourant doit invoquer express�ment, il ne peut �tre pr�sent� de griefs contre les constatations de fait, ni de faits ou de moyens de preuve nouveaux (art. 55 al. 1 let. c OJ).
Il ne sera par cons�quent pas tenu compte des faits all�gu�s par les demandeurs qui ne figurent pas dans le jugement entrepris, en particulier lorsque ceux-ci se r�f�rent � des �l�ments ressortant de la proc�dure p�nale dirig�e contre le pr�sident du conseil d'administration (ci-apr�s: l'administrateur). D�s lors que ce n'est � l'�vidence pas par inadvertance manifeste, au sens o� l'entend la jurisprudence (cf. ATF 109 II 159 consid. 2b), que la cour cantonale n'a pas tenu compte de ces �l�ments, il appartiendra uniquement au Tribunal f�d�ral de faire usage de l'art. 64 al. 1 OJ s'il devait estimer que les faits constat�s ne suffisent pas pour statuer sur le pr�sent recours. Les demandeurs se r�f�rent du reste �galement � cette possibilit�.
1.2 Le Tribunal f�d�ral applique le droit d'office, sans �tre li� par les motifs que les parties invoquent (art. 63 al. 1 et 3 OJ; ATF 122 III 150 consid. 3 p. 156; 117 II 494 consid. 3), ni par l'argumentation juridique retenue par la cour cantonale (art. 63 al. 3 OJ; ATF 128 III 22 consid. 2e/cc p. 29 et les arr�ts cit�s). Il peut donc admettre un recours pour d'autres motifs que ceux soulev�s par le recourant et il peut �galement rejeter le recours en adoptant une autre argumentation juridique que celle retenue par les juges cantonaux (ATF 127 III 248 consid. 2c in fine et la r�f�rence cit�e).
En instance cantonale, les demandeurs reprochaient � la fiduciaire d'avoir commis plusieurs n�gligences distinctes de nature � engager sa responsabilit� d'organe de r�vision et de mandataire de la soci�t�. Tous leurs griefs ont �t� �cart�s par la cour cantonale. Devant le Tribunal f�d�ral, les demandeurs ne s'en prennent plus qu'� un seul point, � savoir le refus d'admettre une responsabilit� de l'organe de r�vision en relation avec l'acquisition, en 1992, par l'administrateur de C.________ S.A., de mat�riel appartenant � la soci�t� pour 161'613 fr. 50, dont le prix a �t� pay� par compensation op�r�e sur le compte courant actionnaire de l'acqu�reur, alors que la cr�ance de ce dernier aupr�s de la soci�t� �tait postpos�e. Les demandeurs ont du reste r�duit leurs conclusions dans le recours en r�forme au montant compens�. Seule cette question sera donc revue dans le cadre de la pr�sente proc�dure (cf. art. 55 al. 1 let. b et c OJ).
L'op�ration � propos de laquelle les demandeurs estiment que la responsabilit� de l'organe de r�vision devrait �tre engag�e n'a caus� aucun dommage � la soci�t�. Comme il n'a pas �t� constat� que le montant de 161'613 fr. 50 port� au d�bit du compte courant de l'administrateur en contrepartie de l'acquisition de mat�riel et de marchandises aurait correspondu � un prix inf�rieur � celui du march�, la soci�t� a fait une op�ration neutre sur le plan comptable: ses actifs ont diminu� dans la m�me proportion que ses passifs, puisque sa dette envers l'administrateur a �t� r�duite d'un montant �quivalant � la valeur du mat�riel c�d�. En revanche, par ce transfert, la soci�t� s'est dessaisie de biens r�alisables au profit d'un seul de ses cr�anciers. Les autres cr�anciers, qui ont obtenu un acte de d�faut de biens dans la faillite, ont donc subi un pr�judice.
Dans ces circonstances, les distinctions op�r�es par la jurisprudence dans le but de d�terminer qui de la soci�t� ou des cr�anciers ainsi que des actionnaires peut obtenir r�paration du dommage subi (cf. ATF 125 III 86 consid. 3 et 122 III 176 consid. 7) ne sont pas pertinentes, d�s lors que la soci�t� n'a en l'occurrence pas �t� l�s�e (cf. Hirsch, La responsabilit� des organes en cas d'insolvabilit� de la SA: dommage direct et indirect des cr�anciers, RSDA 2/2000 p. 94 ss, 99 s.; Widmer/Banz, Commentaire b�lois, art. 755 CO no 10). Les demandeurs sont donc l�gitim�s, en tant que cr�anciers, � s'en prendre � l'organe de r�vision, pour obtenir r�paration de leur propre dommage (arr�t du Tribunal f�d�ral 4C.198/2000 du 28 septembre 2000 consid. 4b; cf. en ce sens B�rgi/ Nordmann-Zimmermann, Commentaire zurichois, n. 15 et 105 ad art. 753/754 CO; Chaudet, Responsabilit� civile et principaux devoirs des r�viseurs, L'expert-comptable suisse 2000 p. 306 ss, 310).
La cour cantonale a ni� que la responsabilit� de la d�fenderesse puisse �tre engag�e en relation avec les compensations intervenues en 1992 pour deux motifs distincts. D'une part les juges ont estim� qu'aucun manquement ne pouvait �tre reproch� � la fiduciaire, car, en vertu du rapport de compte courant liant la soci�t� � son administrateur, ce dernier �tait en droit de compenser ses dettes envers celle-l� r�sultant de l'acquisition de mat�riel ou de marchandises, pour autant que cette compensation ne diminue pas la cr�ance postpos�e au point d'imposer un constat de surendettement. Or, au cours de l'exercice 1992, la moiti� du capital social, � savoir 450'000 fr., avait toujours �t� couverte, de sorte que l'art. 725 aCO n'avait pas �t� viol�. D'autre part, les juges ont relev� qu'aucun dommage n'avait �t� caus� � la soci�t�, car, m�me si l'on pouvait reprocher � l'administrateur, par le jeu des compensations, de s'�tre rembours� momentan�ment une partie de la cr�ance postpos�e sans l'accord des autres cr�anciers, la cr�ance de celui-ci envers la soci�t� en fin d'exercice �tait sup�rieure de 344'307 fr. � celle qu'il avait accept� de postposer en d�but d'exercice et elle n'avait pas diminu� avant la mise en faillite.
Les demandeurs critiquant les deux pans de cette motivation, il convient d'entrer en mati�re (cf. ATF 122 III 488 consid. 2; 115 II 300 consid. 2a).
Avant d'examiner si les conditions de la responsabilit� de la fiduciaire � l'encontre des deux cr�anciers sont r�unies, le fondement juridique de cette action doit encore �tre pr�cis�. En effet, il ressort du jugement entrepris que la fiduciaire a agi non seulement comme organe de r�vision, mais �galement en qualit� de mandataire de la soci�t� au sens des art. 394 ss CO, dans la mesure o� elle jouait un r�le de conseil, qu'elle proc�dait � la saisie comptable sur la base des pi�ces pr�par�es par la soci�t� et qu'elle �tablissait les comptes.
A l'�gard de la soci�t�, la responsabilit� de la d�fenderesse pourrait �tre engag�e aussi bien en cas de violation des obligations d�coulant de sa fonction d'organe de r�vision que de celles r�sultant des attributions suppl�mentaires qui lui ont �t� confi�es (Forstmoser, La responsabilit� du r�viseur en droit des soci�t�s anonymes, Publications de la Chambre fiduciaire, Zurich 1997, no 19). Il n'en va pas de m�me envers les demandeurs, d�s lors qu'ils r�clament la r�paration de leur propre dommage subi en qualit� de cr�anciers (cf. supra consid. 3). Ceux-ci ne peuvent donc fonder leur action sur la violation par la fiduciaire de ses devoirs issus du mandat suppl�mentaire qu'elle a conclu avec la soci�t�. En revanche, les demandeurs, en tant que cr�anciers, sont en droit d'invoquer les dispositions relatives � la responsabilit� de l'organe de r�vision pr�vues par le droit de la soci�t� anonyme.
Il ressort du jugement entrepris que c'est "dans le courant de l'ann�e 1992" que les acquisitions de mat�riel et les compensations litigieuses ont �t� effectu�es sur le compte courant actionnaire de l'administrateur. Cette p�riode est trop vague pour d�terminer si les �ventuels manquements reproch�s � la d�fenderesse en relation avec ces op�rations sont ant�rieurs ou post�rieurs � l'entr�e en vigueur, le 1er juillet 1992, du nouveau droit de la soci�t� anonyme et, par cons�quent, s'ils doivent �tre appr�ci�s � la lumi�re des anciennes ou des nouvelles dispositions (cf. B�ckli, Schweizer Aktienrecht, 2e �d. Zurich 1996, nos 2049 et 2054 p. 1122). Cette question peut toutefois demeurer ind�cise. Que l'on applique l'art. 754 al. 1 aCO ou l'art. 755 CO, la responsabilit� de l'organe de r�vision est subordonn�e � la r�union des quatre conditions g�n�rales suivantes, � savoir un dommage, un manquement par l'organe � ses devoirs, une faute (intentionnelle ou par n�gligence) et un lien de causalit� ad�quate entre le manquement et le dommage (ATF 127 III 453 consid. 5a pour l'ancien droit; Chaudet, op. cit., p. 310 pour le nouveau droit). Quant au contenu des devoirs de l'organe de r�vision, les nouvelles dispositions n'ont pas apport� de changements propres � modifier l'appr�ciation du comportement de la d�fenderesse qui lui est reproch� en l'esp�ce.
Pour que la responsabilit� de l'organe de r�vision soit engag�e en vertu de l'art. 755 CO ou de l'art. 754 al. 1 aCO, il faut en premier lieu que l'on puisse lui reprocher la violation d'un devoir lui incombant.
7.1 De mani�re g�n�rale, l'organe de r�vision n'est pas charg� de contr�ler la gestion de la soci�t� et de rechercher syst�matiquement d'�ventuelles irr�gularit�s (cf. ATF 112 II 461 consid. 3c), mais si, au cours de sa v�rification, il constate des violations de la loi ou des statuts, il doit en aviser par �crit le conseil d'administration et, dans les cas graves, �galement l'assembl�e g�n�rale (art. 729b al. 1 CO, qui correspond mat�riellement � l'art. 729 al. 3 aCO; Watter, Commentaire b�lois, art. 729b CO no 2). Ce devoir d'avis n'est pas limit� aux objets sur lesquels porte la v�rification du r�viseur, mais s'applique � toutes les irr�gularit�s constat�es (B�ckli, Nouveaut�s relatives � la responsabilit� de l'organe de r�vision, Zurich 1995, p. 70; Chaudet, op. cit., p. 318 s.).
Afin d'�viter l'avis au juge en cas de surendettement, il est possible d'utiliser le moyen de la postposition (cf. art. 725 al. 2 CO, qui ne fait que codifier une pratique largement r�pandue; B�ckli, Schweizer Aktienrecht, op. cit., no 1699; Charles Jaques, Subordination (postposition) et ex�cution, L'expert-comptable suisse 1999, p. 899 ss, 900). L'organe de r�vision doit alors v�rifier sa validit� (J�rg Witmer, Der Rangr�cktritt im schweizerischen Aktienrecht, th�se St-Gall 1999, p. 139; Chaudet, op. cit., p. 315; Gabriel Heldner, Rangr�cktritt und Kontrollstelle, L'expert-comptable suisse 1998, p. 113 ss, 115), la respectabilit� du cr�ancier postposant (W�stiner, Commentaire b�lois, art. 725 CO no 48; Witmer, op. cit., p. 140; Heldner, op. cit., p. 114) et l'�ventuel risque de conflits d'int�r�ts (Witmer, op. cit., p. 141). S'il constate que ces exigences ne sont pas respect�es, l'organe de r�vision a le devoir de proc�der aux avis prescrits par l'art. 729b al. 1 CO (B�ckli, Nouveaut�s, op. cit., p. 81 s.), sous peine de voir sa responsabilit� engag�e (Watter, op. cit., art. 729b CO no 1; B�ckli, Nouveaut�s, op. cit., p. 69 ss).
7.2 Les t�ches suppl�mentaires confi�es � l'organe de r�vision sur la base d'un mandat conclu avec la soci�t� qu'il est cens� contr�ler ne sont pas sans incidence lors de l'appr�ciation de l'�tendue de ses devoirs. L'organe de r�vision qui accepte d'effectuer d'autres activit�s pour la soci�t�, souvent au m�pris de son devoir d'ind�pendance (cf. art. 727c al. 1 CO; ATF 123 III 31 consid. 1a in fine; B�ckli, Nouveaut�s, op. cit., p. 36), prend le risque de voir sa responsabilit� accrue. La Cour de c�ans, se pronon�ant dans un cas o� l'organe de r�vision, � l'instar de la d�fenderesse, tenait les comptes de la soci�t� qu'il devait contr�ler, a indiqu� que, pour examiner si cet organe avait rempli correctement sa mission l�gale, il fallait tenir compte de tous les �l�ments dont il avait pu avoir connaissance dans le cadre de ses attributions sp�ciales (arr�t du Tribunal f�d�ral 4C.506/1996 du 3 mars 1998, publi� in SJ 1999 I p. 228, consid. 6a in fine).
7.3 Il ressort du jugement entrepris que la soci�t� se trouvait dans une situation financi�re difficile depuis 1990 d�j� et que, chaque ann�e, elle a enregistr� de nouvelles pertes. A la fin de l'exercice 1991, la soci�t� �tait surendett�e. L'avis au juge a toutefois pu �tre �vit� gr�ce � la postposition de la cr�ance de l'administrateur qui s'�levait � 2'306'540 fr. 20 au 31 d�cembre 1991. En revanche, lors du bouclement de l'exercice 1992, qui est intervenu au mois de juin 1993, l'organe de r�vision a express�ment indiqu� que les conditions de l'art. 725 al. 2 CO �taient r�unies et la faillite a finalement �t� prononc�e le 16 ao�t 1993. C'est dans le courant de 1992, soit dans une p�riode particuli�rement d�licate pour la soci�t�, que l'administrateur a acquis du mat�riel et des marchandises appartenant � celle-ci pour un montant de 161'613 fr. 50, dont il n'a pas vers� le prix en esp�ces, mais qu'il a compens� par sa cr�ance envers la soci�t� au moyen de son compte courant, alors que celle-ci �tait postpos�e. La d�fenderesse, qui tenait les comptes de la soci�t�, en particulier le compte courant de l'administrateur, a pass� les �critures s'y r�f�rant, mais il n'a pas �t� constat� � quel moment elle y avait proc�d�.
Il convient de se demander si, comme le soutiennent les demandeurs, elle a viol� ses devoirs en consentant � ces op�rations.
7.4 Conform�ment � la jurisprudence pr�cit�e (cf. supra consid. 7.2), il importe peu que la d�fenderesse ait eu connaissance de l'achat de mat�riel par l'administrateur et des compensations en d�coulant dans le cadre de son activit� li�e � la tenue des comptes de la soci�t�, et non pas en effectuant des t�ches relevant du contr�le. Seule est d�terminante la question de savoir si sa qualit� d'organe de r�vision lui imposait de r�agir.
Dans ce contexte, les demandeurs ne peuvent reprocher � la d�fenderesse d'avoir proc�d� � l'inscription des compensations sur le compte courant de l'administrateur, d�s lors que ces t�ches n'entraient pas dans les attributions de l'organe de r�vision, qui agissait alors uniquement dans le cadre des activit�s suppl�mentaires pour lesquelles la soci�t� l'avait mandat� (cf. supra consid. 5). Ces actes ne sauraient donc engager sa responsabilit� au sens du droit des soci�t� anonymes (Chaudet, op. cit., p. 311). En revanche, il faut se demander si la connaissance de ces op�rations n'aurait pas d� �veiller aupr�s de la d�fenderesse, en tant qu'organe de r�vision, des doutes l�gitimes sur leur l�galit�.
Tout d'abord, il ne pouvait lui �chapper qu'en compensant le prix d'acquisition du mat�riel par la cr�ance r�sultant de son compte courant, l'administrateur d�tournait les r�gles de la postposition. En effet, aussi longtemps que dure la situation de surendettement, le cr�ancier postposant perd le droit � faire valoir sa pr�tention (cf. Homburger, Commentaire zurichois, n. 1263 et 1265 ad art. 725 CO), ce qui exclut implicitement la facult� pour celui-ci de compenser sa cr�ance (W�stiner, op. cit., n. 46 ad art. 725 CO; B�ckli, Schweizer Aktienrecht, op. cit., n. 1703 s.; Thomas Rihm, Nachrangige Schuldverpflichtungen, Zurich 1992, p. 67; Witmer, op. cit., p. 175). L'administrateur n'avait ainsi pas le droit d'utiliser son compte courant pour compenser une partie de sa cr�ance postpos�e en contrepartie de l'acquisition de mat�riel appartenant � la soci�t�, alors que, comme on l'a vu, la situation financi�re de cette derni�re ne s'am�liorait pas.
Par ailleurs, la d�fenderesse aurait d� se rendre compte que les op�rations effectu�es par l'administrateur ne servaient ni les int�r�ts de la soci�t� ni ceux des actionnaires. Du point de vue de la soci�t�, la vente de mat�riel � l'administrateur a eu pour seul r�sultat de lui faire perdre une partie de sa substance, sans qu'elle b�n�ficie en contrepartie de liquidit�s qu'elle aurait pu consacrer � la reprise de ses activit�s, alors qu'� cette p�riode, ses perspectives d'assainissement �taient qualifi�es de raisonnables par la cour cantonale. Quant aux autres cr�anciers, ils ont �t� priv�s d'une partie des actifs r�alisables de leur d�bitrice au profit d'un seul d'entre eux, alors que le remboursement de cette cr�ance ne rev�tait aucune urgence, d�s lors qu'elle �tait postpos�e.
Enfin, bien que le jugement entrepris ne soit pas tr�s clair � ce sujet, il semble que l'administrateur ait acquis le mat�riel de la soci�t� en agissant � la fois comme repr�sentant de la soci�t� et pour lui-m�me, de sorte que l'organe de r�vision aurait �galement d� �tre attentif � la validit� de l'op�ration et se demander s'il n'y avait pas un "contrat avec soi-m�me" qui aurait d� �tre ratifi� par un organe sup�rieur de la soci�t� (cf. ATF 127 III 332 consid. 2b/aa).
En pareilles circonstances, la d�fenderesse avait l'obligation, en vertu de l'art. 729b al. 1 CO (art. 729 aCO), d'aviser par �crit les organes d�sign�s par la loi du caract�re pour le moins suspect des op�rations de compensation dont elle avait eu connaissance en tenant le compte courant actionnaire de l'administrateur. Un tel manquement est de nature � engager sa responsabilit� en tant qu'organe de r�vision.
7.5 Le raisonnement de la cour cantonale, qui a consid�r� qu'aucun reproche ne pouvait �tre fait � l'organe de r�vision, car les compensations en cause ne mettaient pas la soci�t� dans une situation financi�re tombant sous le coup de l'art. 725 aCO, ne peut ainsi �tre suivi. En n'envisageant les obligations de l'organe de r�vision que sous l'angle de cette disposition, les juges ont appr�ci� de mani�re partielle les devoirs lui incombant. En outre, du point de vue des cr�anciers l�s�s, l'augmentation de la cr�ance postpos�e en fin d'exercice n'enl�ve rien au fait que la soci�t� a �t� vid�e d'une partie de sa substance.
D�s lors que le Tribunal f�d�ral n'est pas li� par l'argumentation juridique retenue dans l'arr�t attaqu� (ATF 127 III 248 consid. 2c in fine), encore faut-il, pour que le recours puisse �tre admis, que les autres conditions g�n�rales de l'art. 755 CO (art. 754 aCO) soient r�unies (cf. supra consid. 6). En d'autres termes, la responsabilit� de la d�fenderesse ne peut �tre engag�e que si son comportement, en tant qu'organe de r�vision, se trouve dans un rapport de causalit� ad�quate avec le r�sultat dommageable (Chaudet, op. cit., p. 312). Comme le manquement qui est reproch� � la fiduciaire (d�faut d'avis concernant les op�rations de compensation inscrites au compte courant) consiste en une omission, il convient de s'interroger sur le cours hypoth�tique qu'auraient pris les �v�nements si l'organe de r�vision avait agi conform�ment � ses devoirs (cf. ATF 127 III 453 consid. 5d p. 456), en prenant en consid�ration toutes les circonstances concr�tes (Forstmoser, op. cit., no 162 et 206).
A cet �gard, il ne faut pas perdre de vue que l'organe de r�vision a une position atypique dans la soci�t� anonyme. Il s'agit d'un organe secondaire, qui n'intervient que de mani�re sporadique (cf. B�ckli, Nouveaut�s, op. cit., p. 9), g�n�ralement apr�s coup (Forstmoser, op. cit., no 119 et 188). De plus, il n'est en principe pas l'auteur unique du pr�judice, qui d�coule avant tout du comportement des organes ex�cutifs (Forstmoser, op. cit., no 187). Cette situation particuli�re peut avoir pour r�sultat de d�charger l'organe de r�vision de toute responsabilit�, lorsqu'il s'av�re que, m�me si celui-ci avait agi conform�ment � ses devoirs et � temps, le cours des choses qui a provoqu� le dommage et qui a �t� d�clench� � l'origine par les organes ex�cutifs, n'aurait, selon l'exp�rience de la vie, pas �t� diff�rent ou ne se serait pas modifi� avec suffisamment de vraisemblance (cf. ATF 119 II 255 consid. 4b p. 259; B�ckli, Nouveaut�s, op. cit., p. 19).
En l'esp�ce, il ressort du jugement entrepris que les compensations litigieuses portant sur un montant total de 161'613 fr. 50 se sont d�roul�es exclusivement durant l'exercice 1992. Comme d�j� indiqu� (cf. supra consid. 7.4), on ne peut reprocher � la d�fenderesse, en qualit� d'organe de r�vision, d'avoir pass� les �critures comptables se r�f�rant � ces op�rations, mais seulement de ne pas avoir avis� par �crit, en violation de l'art. 729b al. 1 CO (art. 729 aCO), les organes comp�tents du caract�re suspect des transactions dont elle avait eu connaissance. Or, m�me si la fiduciaire avait respect� ses devoirs, elle n'aurait �t� en mesure de proc�der � cet avis qu'a posteriori et n'aurait, par cons�quent, pas pu emp�cher les op�rations en cause, limit�es dans le temps, de se r�aliser. En outre, il n'a pas �t� constat� que l'administrateur aurait effectu� de nouvelles compensations durant la premi�re moiti� de l'exercice 1993, qui a pr�c�d� la faillite de la soci�t�, de sorte que l'avis prescrit n'aurait pas eu non plus pour effet de pr�venir la r�alisation d'op�rations similaires qui se seraient d�roul�es ult�rieurement.
En pareilles circonstances, on ne voit pas en quoi les manquements commis par la d�fenderesse en tant qu'organe de r�vision auraient pu provoquer ou accro�tre le dommage dont se pr�valent les demandeurs.
Toutes les conditions permettant de retenir la responsabilit� de l'organe de r�vision n'�tant pas r�unies, il ne peut �tre reproch� � la cour cantonale d'avoir viol� le droit f�d�ral en d�boutant les demandeurs de leurs pr�tentions � l'encontre de la d�fenderesse. Le recours doit par cons�quent �tre rejet� et le jugement attaqu� confirm�.
Compte tenu de l'issue du litige, les frais et d�pens seront mis � la charge des demandeurs, solidairement entre eux (art. 156 al. 1 et 7; 159 al. 1 et 5 OJ).
Un �molument judiciaire de 4'000 fr. est mis � la charge des demandeurs, solidairement entre eux.
Les demandeurs, d�biteurs solidaires, verseront � la d�fenderesse une indemnit� de 5'000 fr. � titre de d�pens.
Le pr�sent arr�t est communiqu� en copie aux mandataires des parties et � la Ie Cour civile du Tribunal cantonal valaisan.