Source: http://www.unita-naziunale.org/portail/dossier%20defense%20castela.htm
Timestamp: 2018-03-19 07:03:51+00:00
Document Index: 277284696

Matched Legal Cases: ['arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ']

DOSSIER DE DEFENSE JEAN CASTELA ET VINCENT ANDRIUZZI
Eléments pour mieux comprendre le dossier
Défense de Jean Castela
Une de l’édition corse du Nice Matin du 3 décembre 2001
Page 2 : Corse-Matin annonçant la libération de Jean Castela dans l’affaire du préfet.
Page 3 : Sommaire
Page 6 : Photo de Jean Castela
Page 7 : Curriculum Vitæ
Page 8 : Témoignages sur Jean Castela
Page 9 : Professeur José Tomasi
Page 10 : Professeur Dominique Salini
Page 12 : Etudiants
Page 19 : Les communiqués de revendication du groupe sans sigle
Page 20 : Dossier Erignac
Page 24 : Dossier attentat de Strasbourg
Page 29 : Dossier des attentats de 1994
Page 30 : Les problèmes de santé de Jean Castela
Page 32 : témoignage de Jean Castela sur son état de santé (Juin 2002)
Page 36 : Vincent Andriuzzi
Page 45 : Revue de presse
Il y a plus de 7 ans, Jean Castela, Stella Castela, Vincent Andriuzzi et Ghjuvan Filippu Antolini étaient placés garde-à-vue dans les locaux du ministère de l’intérieur.
A ce jour, seul Ghjuvan Filippu Antolini a été jugé. Stella Castela, après avoir été incarcérée pendant 6 mois à Fleury-Mérogis est actuellement, 6 ans et demi après, toujours astreinte à un contrôle judiciaire. Quant à Vincent Andriuzzi et Jean Castela, ils attendent respectivement depuis 6 ans et demi et 7 ans dans les geôles françaises d’être définitivement jugés.
La multiplication des mises en examens
Jean Castela a tout d’abord été mis en examen, placé sous mandat de dépôt et incarcéré en novembre 1998 dans l’affaire dite de la piste agricole, c’est-à-dire pour association de malfaiteurs. Quelques semaines plus tard, en décembre, c’est pour un attentat de 1994 (à Paris) qu’il était de nouveau mis en examen et placé sous mandat de dépôt. En avril 1999, après 5 mois d’enquête, sans aucun élément nouveau à charge, Jean Castela est mis en examen dans l’affaire de Strasbourg (1997). En décembre 1999, après un an d’enquête depuis son arrestation, alors, rappelons-le, qu’il avait été suivi pendant de nombreux mois avant son interpellation, et encore une fois, sans qu’aucun élément nouveau ne soit porté au dossier, Jean Castela est mis en examen pour une prétendue complicité de l’assassinat du préfet Erignac (dont on ne sait toujours pas sur quoi elle repose…).
A ce niveau, on peut faire un premier bilan. Lorsque l’on a tous les éléments et que l’on a un coupable sous la main, qui pourrait prétendre que l’on puisse attendre plus d’un an avant de mettre une personne en examen ?
Des mises en examens qui ont fait « Pchiiit »
Finalement, après plus de 7 ans, que reste-t-il contre Jean Castela qui a été mis en examen dans 5 dossiers différents ?
1994 : Pratiquement tous les faits étaient prescrits ce que personne n’a voulu reconnaître, mais malgré tout, Jean Castela a admis au cours du procès en première instance avoir été un supplétif des clandestins corses.
1997, Strasbourg : Jean Castela a été reconnu innocent de la participation à l’attentat au cours du procès en première instance, même s’il a été condamné pour complicité.
1997, Vichy et Petrusedda : la chambre d’accusation qui a libéré Jean Castela pour l’affaire du préfet s’est toujours refusée à le libérer dans ce dossier de complicité alors que les éléments à charge étaient exactement les mêmes !
1998, Préfet Erignac, piste agricole (dossier 1337, association de malfaiteur) : remis en liberté en mars 2000 par non-renouvellement du mandat de dépôt.
1998, Préfet Erignac, piste intellectuelle : Jean Castela a été remis en liberté par la Chambre d’accusation en décembre 2001 car les éléments contre lui ne justifiaient plus un maintien en détention.
Comment, après ces mises en liberté successives et cet acquittement, dans ces conditions pourrait-on considérer qu’il y ait le moindre élément pour condamner Jean Castela dans l’affaire Erignac et dans les attentats de 1997 ?
Le fonctionnement de la justice a été des plus étranges dans cette affaire d’Etat, cause sacrée qui a permis de multiplier les dénis de justice. Les attentats de 1994 étaient prescrits ? Ce n’est pas grave, pour une cause sacrée ça ne compte pas.
Le parquet fait fort dans cette affaire : pour ne pas tenir compte de la prescription, il explique que les trois faits dans ce dossier (attentats à Mende en février, concours de l’agrégation perturbée en avril, et attentat de Paris en septembre) sont connexes. C’est-à-dire qu’ils ont été décidés en même temps. Mais, ensuite, pour expliquer une pseudo scission politique, ce même parquet explique que le troisième attentat n’a pas été commis par la même organisation politico-militaire, mais par des dissidents !
Le procès en première instance que la presse a improprement baptisé Erignac, et nous ouvrons ici une parenthèse pour demander aux médias de ne pas se tromper pour le procès en appel qui ne sera pas celui du défunt préfet mais celui de Castela et Andriuzzi, dans ce procès en première instance donc, tout comme pour le procès en appel, on a artificiellement mélangé des attentats de différentes époques (1994, 1997 et 1998) revendiqués par différentes organisations politico-militaires !
Le procès en première instance a été une véritable parodie de procès. Un procès fleuve, la presse dans son ensemble l’a reconnu, dans lequel le seul objectif du président était de terminer après le vote du référendum.
Au cours de ce procès, Roger Marion le chef de la DNAT a témoigné. Les avocats de la défense lui ont naturellement demandé quels étaient les éléments, les preuves matérielles ou les pièces à conviction qui constituaient l’association de malfaiteurs à laquelle Jean aurait, d’après l’inspecteur, participé pour préparer l’assassinat du préfet.
A la surprise générale, l’avocat a dû poser trois fois la question avant que Roger Marion ne daigne répondre. Et la réponse… a déclenché l’hilarité dans la salle au point que le président a failli la faire évacuer ! En effet, Roger Marion a répondu : « l’instinct policier » ! Qui peut imaginer une seule seconde que si Roger Marion avait eu de réels éléments à sa disposition, il ne les aurait pas évoqués devant le tribunal ? Cet aveu de l’inspecteur en chef de la DNAT est bien la preuve qu’il n’y absolument rien dans ce dossier qui puisse relier Jean Castela à l’affaire du préfet. Jean est innocent, il est victime d’un montage intellectuel des enquêteurs et des juges d’instruction qui ont décidé qu’il y avait une piste intellectuelle et qu’il fallait donc condamner des intellectuels. Après s’être fourvoyés dans la piste agricole, les juges n’ont pas voulu reconnaître que les enquêteurs s’étaient également trompés dans la piste intellectuelle. Les juges ont en fait avalisé ce scénario de substitution.
Quel exemple pourrait-on trouver dans les annales de la justice française où un homme arrive libre au procès dans une affaire de complicité d’assassinat (comme c’était le cas pour Jean Castela ou Vincent Andriuzzi) et repart avec une condamnation de 30 ans ??? Tout le monde sait que pour la justice française l’incarcération, qui dans les textes demeure l’exception, est en fait la règle. Si Jean Castela a été libéré par la chambre d’accusation, c’est bien qu’il est innocent !
Qui est Jean Castela ?
Curriculum Vitæ de Jean Castela
• 1977 : Etudes secondaires classiques. Baccalauréat A, mention AB - Lycée Masséna - Nice.
• 1978-1980 : Etudes supérieures : DEUG et Licence de Géographie - Faculté des Lettres de Nice.
- U.V. Histoire de l’Antiquité, du Moyen Age, Histoire contemporaine.
- Géographie physique, géomorphologie, climatologie.
- Géographie humaine et régionale, géographie rurale et urbaine.
- Aménagement du Territoire et Géographie du Tourisme.
- Diplôme d’aménagement touristique sur «Les îles de Méditerranée».
- Voyages d’études universitaires au Maroc, en Gascogne, Berry, Quercy, Dauphiné.
• 1981 : Maîtrise de Géographie : «Les pouvoirs dans la viticulture languedocienne» - Université de Strasbourg.
• 1982 : Préparation de l’Agrégation de Géographie - Ecole Normale Supérieure de Fontenay.
• 1982 : Réussite au CAPES d’Histoire-Géographie.
• 1983 : Canonnier-Professeur à l’Ecole d’Artillerie de Draguignan - Chargé de cours de culture générale et d’histoire auprès des officiers et élèves officiers.
• 1983 : Diplôme de Langue et Culture des Pays d’Oc - Mention TB - Université de Nice.
• 1983 : Reçu à l’Agrégation de Géographie.
• 1983-1984 : Professeur stagiaire au C.E.S. Dufy - Nice.
• 1984-1985 : Professeur agrégé au collège d’Aumetz .
• 1985-1998 : Professeur agrégé (chargé de la formation B.T.S. Tourisme) - Lycée Giocante de Casabianca - Bastia.
• 1996-1998 : Chargé de cours à l’Université de Corse.
• 2005 : Soutenance de thèse à la prison de Frersnes, sur “La Corse et l’hiostoire des civilisations méditerranéennes (VIIIème - XIème siècles)”- Mention Très Honorable avec félicitations du jury - Université de Corse.
• Pendant les études secondaires et universitaires, voyages en Italie (Toscane, Latium, Vénétie, Pouilles, Calabre, Sicile, Piémont, Lombardie, Ligurie) ; France (Alsace, Bretagne, Auvergne, Savoie, Flandres, Gascogne, Languedoc, Provence, etc.) ; Belgique ; Pays Bas ; Suède ; Norvège ; Espagne ; Yougoslavie ; Autriche ; Allemagne ; Turquie ; Syrie ; Canada ;
• Organisation et accompagnement de voyages étudiants en France, Italie, Suisse, Turquie, Espagne.
• Français lu, écrit, parlé.
• Italien : lu, écrit, parlé.
• Anglais : lu, écrit, parlé.
• Arabe : bonnes notions.
• Russe : notions scolaires.
• Corse.
• Divers dossiers pédagogiques sur le monde méditerranéen.
• Un livre de 120 pages, in quarto, « La chapelle de la Miséricorde, chef d’œuvre baroque niçois ».
Témoignages sur Jean Castela
Voici des lettres d’enseignants et d’anciens étudiants qui ont eu l’occasion de côtoyer Jean Castela.
Pour lire les lettres il suffit de cliquer sur l'image réduite de ces lettres
La lettre de José Tomasi La lettre de Sophie Rabazzani La lettre de Fabrice
La lettre de josette La lettre d'Hélène Ghipponi La lettre d'Hélène Ghipponi
La lettre du professeur Dominique Salini
Professeur Dominique Salini
Cette lettre se veut témoignage. Je voudrais, en tant que professeur à l’Université de Corse et Directrice de son Doctorat en Sciences Humaines, option Langue et Culture corses, attester des grandes compétences scientifiques de Jean Castela en rappelant notamment un moment fort pour nous tous : la soutenance de sa thèse à la maison d’arrêt de Fresnes, le 27 mai 2005, trois mois après une grave opération du cœur et 2385 jours d’incarcération pour ses convictions politiques. C’était un défi intellectuel et politique que Jean Castela se devait de relever en tant que professeur agrégé de géographie, enseignant et militant syndical, ayant toujours mis son intelligence, ses certitudes et sa très grande culture au service du peuple corse. C’était aussi une gageure de faire aboutir un travail universitaire de cette ampleur en milieu hostile : le pari a été gagné. Pendant plus de trois heures, Jean Castela a présenté son travail, La Corse et l’histoire des civilisations méditerranéennes (8ème-11ème siècles) devant un jury composé de trois professeurs des Universités. Le grade de docteur avec la mention Très honorable et les félicitations lui a été décerné.
Le contexte singulier dans lequel ce travail a été initié, rédigé puis soutenu mérite d’être relevé. Bien évidemment, il était exclu que Jean Castela puisse bénéficier d’une exceptionnelle permission de regagner la Corse pour y soutenir normalement sa thèse à l’Université. La soutenance devait avoir lieu dans l’enceinte même de l’établissement et se dérouler quasiment à huit clos - alors qu’une soutenance de thèse est toujours publique - devant seulement trois membres de sa famille. La possibilité même de la soutenance dépendait de la seule autorisation du Procureur de la république de laisser le jury pénétrer à l’intérieur de la maison d’arrêt. Celle-ci n’a été officielle que le jeudi 26 mai, soit la veille de la soutenance ! Il est inutile d’insister d’avantage sur la pression psychologique et le harcèlement moral exercés depuis si longtemps sur Jean Castela et sa famille.
La thèse compte 654 pages et comprend 4 tomes dont un Atlas de 446 cartes représentant les données historiques des tomes 1 et 2 et un tome d’exemples illustrant les analyses théoriques. Le doctorat a conclu, sous la forme académique d’une thèse soutenue devant un jury de professeurs des universités, une recherche initiée depuis des années. Cette recherche qui a notamment nourri son enseignement à l’Université de Corse a été poursuivie pendant plus de six ans en milieu carcéral, c’est-à-dire dans un environnement peu propice à la réflexion et à la sérénité. Interpellé le 18 novembre 1998, Jean Castela a d’abord été incarcéré à Fleury-Mérogis avant d’être transféré à la maison d’arrêt de Fresnes, réputée pour la rigueur des conditions de détention. A titre d’exemple, Jean Castela n’a disposé d’un matériel informatique que par intermittence ; il a dû travailler de manière très artisanale (les cartes décalquées sur les vitres de sa cellule) et surtout au gré des fouilles régulières et imprévisibles, bien sûr : il fallait, à chaque fois, remettre de l’ordre dans les documents dérangés, dispersés, éparpillés. Chaque difficulté que rencontre tout doctorant dans la recherche de ses sources documentaires était ici décuplée : les documents ne pouvaient parvenir que sous certaines formes et pas d’autres (ouvrage sans couverture, document non plastifié, pas de disquettes informatiques..), sans compter le temps nécessaire pour les obtenir. L’autre difficulté a consisté à « sortir » progressivement son travail pour la reprographie. Bref, on l’aura compris, cette thèse n’aurait pu être soutenue sans l’obstination de Jean et le soutien sans faille de sa famille durant ces six longues années.
Jean Castela n’a jamais caché son attachement profond à la Corse mais son attachement n’est pas seulement sentimental. La Corse préoccupe l’historien qui a pu se rendre compte au fil de ses recherches à quel point l’histoire de l’île est méconnue à certaines époques, combien parfois elle a été oubliée par les historiens parce que jugée sans doute trop peu active dans l’histoire des grandes civilisations méditerranéennes. Or, écrit Jean Castela, en Méditerranée, « se mêlent en permanence, à toutes les époques, les phénomènes locaux et les grands mouvements qui s’expliquent par les contingences politiques et économiques générales à tout le bassin ». Et il le répète à plusieurs reprises dans le corps du texte : il est temps de renouveler la lecture de l’histoire des civilisations méditerranéennes en redonnant à chacune la place qui lui est due et de rectifier ainsi tant d’injustices créées par les hiérarchisations abusives et la négation du local au profit des grands courants prestigieux. L’histoire de la Méditerranée ne peut se passer de celle de la Corse et il faut bien admettre que la Corse a fait partie – et sans doute devrait continuer à le faire - d’une histoire géopolitique large et surtout mouvante. Là sans doute réside l’aspect le plus novateur de la thèse : élaborer une modélisation des dynamiques spatiales méditerranéennes. C’est seulement en abordant l’histoire de la Corse de cette manière que l’on évitera banalités et autres poncifs et que la compréhension politique de cet espace singulier pourra sans doute commencer. Base de données en histoire, géographie et histoire de l’art, ce travail est en perpétuelle évolution et s’enrichit chaque jour.
Certes Jean continue à travailler. On pourrait sans doute se satisfaire de cette assertion. Mais si les soutiens amicaux lui ont été et lui sont aujourd’hui encore une aide précieuse, il serait temps que cesse cet assassinat intellectuel, cette destruction de l’homme et que Jean recouvre enfin sa liberté.
Pr.Dominique Salini
Les communiqués de revendication du groupe sans sigle
Selon les enquêteurs, l’un des principaux éléments qui les a amené à croire que Jean Castela était l’auteur des communiqués de revendication du groupe sans sigle est le fait que l’on retrouve de nombreux éléments historiques dans ces communiqués alors que justement Jean Castela est professeur d’histoire géographie et qu’il est spécialisé dans l’Histoire de la Corse.
Or, l’étude approfondie de ces communiqués, chose qui n’a pas été possible lors de l’instruction et lors du procès en première instance, démontre à l’évidence que les auteurs de ces communiqués sont sans doute d’excellents moines copistes, mais absolument pas des historiens car nous y avons trouvé 5 erreurs historiques grossières, très importantes, qu’un historien corse n’aurait pas pu commettre et certainement pas Jean Castela.
Voici les cinq passages comportant des erreurs et les explications historiques
Communiqué du 11 novembre 1997, deuxième communiqué du groupe sans sigle
« Le peuple corse quant à lui a eu l’honneur de se libérer dès septembre 1943 grâce au soulèvement des patriotes corses qui ont affronté les troupes de l’Africa Korps avec pour emblème le seul brassard à tête de maure. »
C’est une erreur historique qui n’a pas été soulevée lors de l’instruction, mais que les avocats avaient soulevée lors du procès en première instance. Septembre 1943 n’est pas la date de la libération de la Corse mais seulement de l’insurrection. C’est-à-dire que le 8 septembre, le gouvernement italien du général Badaglio qui a pris la succession de Mussolini au cours de l’été 1943, signe l’Armistice avec les alliés. Le 9 septembre, sans attendre l’accord des alliés, la résistance corse déclare l’insurrection. S’il y avait 80 000 Italiens qui occupaient la Corse et qui n’ont pratiquement pas combattu la résistance corse, il ne faut pas oublier qu’il y avait 12 000 Allemands et que pendant un mois, des combats acharnés ont eu lieu pour libérer la Corse, le dernier Allemand quittant le port de Bastia le 4 octobre seulement. La date du 9 septembre est généralement fêtée pour commémorer cet événement, mais ne correspond en rien à la libération de la Corse. Un profane en histoire peut faire l’erreur, mais certainement pas un spécialiste de l’Histoire de la Corse. D’ailleurs, il a été projeté lors du procès en première instance des documents saisis chez Jean où il est écrit de sa main que la libération de la Corse date du 4 octobre !
Deuxième passage du même communiqué :
Voici une énumération de faits historiques concernant les grandes dates de l’Histoire de la Corse (nous avons rajouté en rouge, entre parenthèses [ ], l’époque à laquelle ils correspondent) :
« La France, au mépris du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, a acheté la Corse en 1768 comme un vulgaire troupeau de moutons et l’a conquise par le feu et par le sang au prix de nombreux revers subis face aux patriotes corses [1768/69]. Bonaparte a exprimé en termes on ne peut plus clairs la nature de la présence française en Corse : "Je naquis quand la patrie périssait. Trente mille Français vomis sur nos côtes noyant le trône de la liberté dans les flots de sang, tel fut le spectacle odieux qui vient frapper mes regards." [1789]
De pendaisons en déportations massives au bagne de Toulon, [fin XVIIIe, début XIXe] de gouvernements militaires en régimes d’exception, la Corse a toujours été gérée par la France comme une colonie : destruction de son économie par des lois douanières qui pendant un siècle ont taxé lourdement les produits corses à l’exportation et détaxé les produits français à l’importation [XIXe siècle]; utilisation du peuple corse comme chaire à canon (plus de trente mille morts lors de la guerre de 14-18, soit 15% de la population contre 5% en France) selon la même logique coloniale appliquée pour les tirailleurs sénégalais ou pour les troupes levées en Afrique du Nord et en Indochine par la "patrie des droits de l’homme" [1914/18]; planification de la francisation obligatoire par la fermeture de l’Université de Corse [1769] et une guerre idéologique sans merci conduite contre la langue et la culture corse. [deuxième moitié du XXe siècle]»
On réalise immédiatement à la lecture des dates que nous avons rajoutées en rouge qu’il y a un problème. Nous sommes ici dans une suite chronologique d’événements historiques et sans que l’on comprenne pourquoi, la fermeture de l’Université de Corse se retrouve entre la première guerre mondiale et la deuxième moitié du XXe siècle. Les historiens de la Corse savent très bien que l’Université créée par Pascal Paoli a été fermée dès la conquête militaire de la Corse en 1769 et non pas après la première guerre mondiale. Le fait de positionner dans cette suite chronologique la fermeture de l’université après la première guerre mondiale ne peut être qu’une erreur de date de la part du rédacteur du communiqué, erreur que Jean Castela n’aurait pas pu commettre. Cette erreur n’a jamais été soulevée, ni pendant l’instruction, ni lors du procès en première instance, tout comme les erreurs qui suivent.
Dans cette même citation que nous venons d’étudier, deux autres erreurs flagrantes sont à noter.
« La France, au mépris du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, a acheté la Corse en 1768 comme un vulgaire troupeau de moutons et l’a conquise par le feu et par le sang au prix de nombreux revers subis face aux patriotes corses (…) »
Tout d’abord, le fait de livrer comme date du rattachement de la Corse à la France 1768 est une erreur considérée par les historiens nationalistes comme un négationnisme, puisque cela revient à dire qu’il n’y a pas eu de résistance, alors que ce n’est qu’au bout de deux campagnes militaires que les troupes du roi de France ont pu conquérir la Corse. Ensuite, le fait de parler d’achat en ce qui concerne le traité de Versailles de 1768 est aussi une autre erreur, souvent commise, car en fait ce n’est pas un traité de vente, mais au contraire un traité à travers lequel la République de Gênes demande l’aide de la France pour pacifier l’île. Un article secret fait état d’un don de la France à la République de Gênes, mais ce don ne correspond pas à la somme qu’aurait représenté la vente de la Corse. D’ailleurs, en 1789, lors de la convocation des Etats généraux, Gênes s’indignera de constater que les députés corses ont le droit de vote, car les Génois considéraient toujours la Corse comme leur appartenant.
« (…) utilisation du peuple corse comme chaire à canon (plus de trente mille morts lors de la guerre de 14-18, soit 15% de la population contre 5% en France) »
Cette erreur est sans doute la plus grossière et comme les précédentes n’a jamais été soulevée. 30 000 morts pendant la première guerre, c’est un chiffre qui est ouvertement contesté et contestable. Aujourd’hui, de nombreux historiens parlent plutôt de 12 000 morts, mais cela ne prouve rien. Le premier problème vient du fait qu’entre ce deuxième communiqué et le quatrième du groupe sans sigle, ce chiffre de 30 000 est devenu 40 000 ! Cela ne correspond pas à la rigueur d’un professeur d’Histoire d’avancer des chiffres fluctuants. Mais, cette analyse n’est pas nouvelle, elle a déjà été évoquée.
Par contre, ce que personne n’avait remarqué, c’est que si l’on considère que 30 000 morts représentent 15% de la population corse de l’époque, cela veut dire qu’il y avait en Corse 200 000 habitants en 1914. Pour quelqu’un qui n’y connaît rien en Histoire de la Corse, c’est plausible, puisqu’il y a actuellement 260 000 habitants. Par contre, pour n’importe quel historien qui s’intéresse un tant soit peu à l’Histoire de la Corse, c’est une erreur qui remet en cause toute l’histoire du XXe siècle en Corse ! En effet, cette histoire est basée sur le fait qu’il y avait 320 000 Corses en Corse au début du XXe siècle et qu’au cours de ce siècle la population a diminué pour arriver actuellement à 260 000. L’exil vers les Amériques, les colonies, les guerres mondiales et enfin l’exode vers la France, notamment à travers de nombreux emplois offerts dans l’administration et l’armée, sont les raisons de cette diminution de la population. Penser que la population corse a pu augmenter, ou ne pas savoir qu’elle a diminué au cours du XXe siècle revient donc à ne pas connaître l’Histoire de la Corse. Ou alors, il faudrait qu’il soit très mauvais en mathématique, ce qui ne peut pas être le cas de Vincent Andriuzzi, professeur dans ce domaine !
Quatrième communiqué de revendication, septembre 1998, première page :
« Il y a une trentaine d’années, des patriotes corses se sont levés et ont ravivé une lutte ancestrale pour la dignité et la liberté, suivant le processus classique d’un mouvement de libération nationale confronté à un état colonial : l’objectif naturel était le rétablissement des droits fondamentaux du peuple corse sur sa terre, c’est-à-dire l’indépendance nationale. »
Tous les historiens, et encore plus les observateurs attentifs de l’histoire du nationalisme corse dont notamment Jean Castela, savent très bien que le début de la revendication nationaliste n’était pas, à la fin des années 60 une revendication pour l’indépendance, mais bien au contraire, une revendication d’abord régionaliste avec l’ARC, action régionaliste corse, devenue en 1973 Action pour la Renaissance Corse au moment où le mouvement devenait autonomiste. Les premières revendications d’indépendance ne remontent qu’en 1976, à la création du FLNC, c’est à dire 21 ans avant les communiqués du groupe sans sigle et non pas 30 ans.
De plus, on remarque tout au long des textes de revendications qu’il y a de nombreuses fautes d’orthographe qu’un agrégé de géographie n’aurait pas pu commettre, ni même un enseignant de mathématique. Le problème des fautes d’orthographe a été soulevé pendant le procès en première instance.
Les fautes d’orthographe dans les communiqués de revendications :
• 4ème paragraphe : « (...) les fondements même (...) » il faut le pluriel à « même »
• 2ème page , 3ème paragraphe en partant de la fin : « sensibilié » faute de frappe ?
• 2ème paragraphe en partant de la fin : « Aux peuples du monde la Nation Corse envoit (...) ». Erreur de conjugaison « envoie ».
• 1er paragraphe : « (…) par les philosophes "des lumières" (…) » il faut un « l » majuscule à lumières car dans ce cas ce terme évoque une période historique précise.
• 3ème paragraphe « La désertification (…) que connaît (…) ». Il faut un accent circonflexe à « connaît ».
• 4ème paragraphe : « (...) avec le suicide de la République à Vichy proclamé (...) ». ll faut « ée » à « proclamé » car l’accord se fait avec République (c’est elle qui est proclamée) et non pas avec « suicide ».
• 5ème paragraphe : « raffle » ne prend qu’un « f ». Il y a également une erreur à « (...) Vél d’Hiv » ; Il s’agit de l’abréviation de Vélodrome d’Hiver, que les historiens écrivent donc « Vél’d’Hiv ». Il manque l’apostrophe.
• 2ème page, 1ère ligne : « (...) De Gaulle (...) ». Il ne faut pas de majuscule à « de ».
• 1er paragraphe , 5ème ligne : « (...) Gênois (...) » il ne faut pas d’accent circonflexe !
• 2er paragraphe, 8ème ligne : « (...) innéluctable (...) ». Il ne faut qu’un « n ».
• 3ème page, 4ème ligne : « (...) Républiques banannières (…) » ; Il seul « n » à « bananières ».
• 3ème page, 5ème ligne : « (…) bodruches (…) ». Baudruches.
Dossier Erignac
(à partir de l’ordonnance de mise en accusation de la Chambre de l’instruction)
Tout d’abord, on peut se poser la question de savoir pourquoi une chambre d’accusation (devenue entre temps chambre de l’instruction) qui remet en liberté Jean Castela et Vincent Andriuzzi pour manque de preuve à leur encontre dans l’affaire Erignac peut quelques mois plus tard, sans qu’aucun élément nouveau porté au dossier, décider de leur renvoi devant une cour d’assise spéciale.
Dans l’arrêt rendu qui reprend les grandes lignes de l’ordonnance de mise en accusation émise par le juge d’instruction, on peut noter les éléments suivants qui concernent Jean Castela :
Page 27 de l’ordonnance : « (…) lors de la parution dans le quotidien "Le Monde", du 3 février 1999, d’un article intitulé : "Les enquêteurs auraient "ciblé" les auteurs de l’assassinat du préfet" fournissant des indications désignant implicitement Alain Ferrandi, Jean Castela et Vincent Andriuzzi. »
Effectivement, trois mois après l’incarcération de Jean Castela, la presse dévoile les thèses des enquêteurs. A ce moment, Jean n’est toujours pas mis en examen dans l’affaire Erignac, mais placé sous mandat de dépôt dans d’autres affaires. N’ayant aucun élément à son encontre dans l’affaire du préfet, on jette son nom en pâture à la presse pour faire passer le montage intellectuel qui conduira Jean Castela et Vincent Andriuzzi jusqu’à la cour d’assises spéciale. On peut noter que cet article intervient à un moment où la piste agricole est en train de s’écrouler, les enquêteurs ont perdu une grande partie de leur crédit auprès de la presse et de l’opinion publique, il faut alors à tout prix prouver qu’ils ne se sont pas entièrement trompés et que la piste intellectuelle (ou enseignante) est fondée. Sans mise en examen, on utilise la presse pour accuser les gens.
Page 27 de l’ordonnance : « (…) des renseignements anonymes (…) désignant un nommé "Castola", (…) comme l’un des commanditaires de l’assassinat de Claude Erignac. »
Il faut savoir qu’au cours de l’année 1998, plus de 2500 interpellations ont eu lieu en Corse, et plus particulièrement dans le milieu nationaliste. Le simple fait d’avoir été à un moment de sa vie nationaliste, ou sympathisant, pouvait suffire à justifier une interpellation. Dans ces conditions, chaque personne gardée à vue qui livrait un nom d’une personne ayant approché le nationalisme ces trente dernières années pouvait être considérée comme ayant donné « un renseignement anonyme ». Si l’on pense qu’une partie seulement de ces renseignements ont conduit à des interpellations, on peut penser que plusieurs centaines de personnes ont pu ainsi être désignées.
Page 28, 29, de l’ordonnance : La rencontre entre Vincent Andriuzzi et Alain Ferrandi, en compagnie de Jean Castela, le 19 août 1998 à Ajaccio.
Avant toute chose, il est primordial de rappeler que cette rencontre a lieu 6 mois après l’assassinat du préfet et que dès lors, elle ne peut pas être considérée comme une réunion préparatoire.
Cependant, Jean Castela et Vincent Andriuzzi se sont longuement expliqués sur cette rencontre.
Vincent Andriuzzi était en relation professionnelle avec Alain Ferrandi dans le cadre du groupe Filcar notamment pour réaménager certains locaux. Vincent, apparenté à la famille Filippi propriétaire du groupe avait remplacé dans ce rôle son propre père. L’agence où travaillait Alain Ferrandi ne possédait pas de bureau, et en cette période extrêmement chaude, c’est en toute logique qu’Alain Ferrandi a proposé à Vincent de se rendre dans un autre lieu, en l’occurrence l’appartement de sa sœur, pour pouvoir travailler dans de bonnes conditions. Jean Castela a accompagné Vincent Andriuzzi ce jour là comme il en avait l’habitude.
D’ailleurs, tous dans l’attitude des deux hommes ce jour est des plus banal. Ils se sont arrêtés pour manger en terrasse, au bord de la route dans un petit restaurant à l’entrée de la ville. Pour des gens qui chercheraient à se cacher, on peut trouver mieux !
On peut par ailleurs se poser la question de savoir, si cela avait été une réunion entre ce que l’accusation a appelé la cellule sud et la cellule nord, pourquoi le sud n’aurait envoyé qu’une personne et le nord deux.
La longue liste des appels téléphoniques qui apparaît aux pages 30 et 31 entre les différents accusés ne représente en aucune manière la moindre preuve et le fait de mettre en évidence uniquement les appels des uns, de manière arbitraire ne prouve rien.
Il est simplement logique de constater que des gens qui sont amis s’appellent souvent. Et pas uniquement comme voudrait le faire croire l’accusation, uniquement quand il y a des revendications ou des attentats.
On peut par contre noter l’absence de coups de fils entre Jean Castela et l’ensemble des membres qui ont été condamnés en première instance pour l’assassinat ou la complicité d’assassinat du préfet, ce qui prouve bien qu’il ne les connaissait pas ou qu’il ne les fréquentait pas. De même Vincent Andriuzzi n’est en contact qu’avec Alain Ferrandi, et encore pour des raisons de travail.
Les appels téléphoniques le soir de l’assassinat du préfet.
Le vendredi soir, à 22 heures 26, Jean Castela a appelé Jean-Philippe Antolini. A cette époque, Jean était joueur et dirigeant de l’équipe de football de l’ASPTT, dont Jean-Philippe était l’entraîneur et le secrétaire général. Ce soir là, il y avait un entraînement de prévu, le dernier avant les matchs du dimanche, et Jean n’ayant pas pu y assister a logiquement téléphoné à l’entraîneur après l’entraînement (qui finissait en général vers 22 heures 15) pour avoir sa convocation pour le week-end.
Le matériel Apple. (Page 32)
Jean Castela, tout comme Vincent Andriuzzi possédaient en 1998 un matériel informatique sous environnement Macintosh. Il faut savoir qu’une grande partie des Corses était à cette époque équipée de Macintosh et encore plus dans le milieu nationaliste, pour des raisons évidentes de compatibilité car dans les années quatre vingt dix, la compatibilité entre Macintosh et Windows était très aléatoire. Pour cela, les militants nationalistes avaient choisi Macintosh car tous les locaux politiques étaient équipés de ce type de matériel.
Stella Castela a travaillé pendant des années comme secrétaire de rédaction du journal nationaliste U Ribombu, qui fonctionnait uniquement sous environnement Macintosh comme (à l’époque) tous les spécialistes de la PAO ou des travaux d’imprimerie, et qu’elle a ainsi été formée à l’informatique Macintosh.
Stella Castela donnait à l’époque des cours d’informatique à l’Université de Corse, qui elle aussi fonctionnait sous environnement Macintosh.
Comme on le constate à la lecture de ces exemples, Jean et Vincent ne sont pas les seuls à fonctionner en Macintosh en Corse !
A la page 33 « Si les textes de revendications n’ont pas été retrouvés sur les ordinateurs saisis, il convient de rappeler que Joseph Versini a expliqué à sa concubine que Jean Castela aurait détruit l’ordinateur sur lequel les textes de revendications avaient été rédigés. Au demeurant, lors de l’interpellation de ce dernier, le disque dur de son ordinateur était confié pour réparation à la société MIC Informatique Corse.
Le technicien du service après-vente a prétendu que le disque dur était délabré et qu’il n’avait pas encore procédé à sa réparation, alors qu’il ressort de l’expertise ordonnée par le juge d’instruction que le disque dur ne présentait aucun symptôme de défaillance. »
Lorsqu’une personne achète un ordinateur, elle laisse une trace, et comme on le constate à travers cet exemple, il est impossible de faire réparer clandestinement un ordinateur. Nous devons tout d’abord rappeler que Jean Castela n’a pas eu d’ordinateur qui aurait mystérieusement disparu, on en aurait retrouvé la trace. Ensuite, de la manière dont est rédigée la phrase de l’ordonnance de mise en accusation, on a l’impression que le réparateur a menti pour justifier de la présence du disque dur de Jean Castela chez lui. Or, ce disque dur a été saisi et analysé par les spécialistes de la DNAT qui ont trouvé la preuve que c’était bien le disque dur que Jean utilisait d’habitude, et qu’il ne comportait rien de clandestin. Ce qui est bien la preuve que Jean n’avait rien à se reprocher par rapport à son disque dur. De plus, s’il avait voulu s’en débarrasser clandestinement, il ne l’aurait pas confié à un spécialiste de l’informatique en attendant d’hypothétiques réparations.
Ensuite, par rapport aux déclarations de Joseph Versini, il s’en est clairement expliqué, dès sa garde-à-vue. Au moment où il reconnaissait sa participation aux faits pour lesquels il a été condamné, au moment où sa vie entière s’écroulait, il a tenu quand même à s’expliquer sur cette phrase qu’il a dite à sa femme, le jour où Jean Castela a été arrêté et où son arrestation a été médiatisée. Pour rassurér sa femme qui avait compris les activités clandestines de son mari, puisque la presse annonçait des arrestations en rapport à l’affaire Erignac, Joseph Versini lui dit alors qu’elle ne doit pas s’inquiéter car « Jean Castela a jeté son ordinateur à la mer ». Joseph Versini ne connaît Jean qu’à travers la médiatisation dont il a été l’objet après son interpellation. Et comme nous l’avons dit plus haut, l’enquête a démontré que Jean n’avait pas eu d’ordinateur qui aurait disparu, mais qu’au contraire, tout son matériel informatique a été retrouvé lors des perquisitions.
Page 34 : Giamarchi et Giammarchi
Contrairement à ce que laisse supposer l’ordonnance, on trouve en Corse aussi bien des Giamarchi que des Giammarchi, ce deuxième patronyme ne pouvant en aucun cas être considéré comme une invention.
On a remarqué à l’occasion du premier procès que même dans les conclusions des avocats des parties civiles qui demandent à ce que Jean Castela soit renvoyé devant les assises spéciales pour une complicité dans l’affaire de l’assassinat du préfet Erignac, aucun élément directement en liaison avec la mort du préfet n’est avancé.
On se contente de parler de prétendu passé clandestin de Jean, de matériel informatique et documents saisis (or l’expertise du matériel informatique est négative et les documents saisis sont en rapports à des affaires du début des années 1990), de la rencontre du 19 août (postérieure de 6 mois à la mort du préfet), des appels téléphoniques (qui ne mettent absolument pas en cause Jean dans quoi que ce soit), des contradictions dans les déclarations de Jean Castela sur son emploi du temps le soir des faits (il est à noter que cet argument est ridicule car Jean n’est pas mis en accusation pour assassinat, mais pour complicité, donc que son emploi du temps, au demeurant clairement établi, le soir de l’assassinat ne saurait constituer un élément l’accablant).
La faiblesse de ses mises en causes résume bien le dossier de l’accusation à l’encontre de Jean Castela.
A la page 41 on peut lire au sujet de Jean Castela et de Vincent Andriuzzi, que les éléments du dossier : « laissent présumer que Jean Castela et Vincent Andriuzzi ont participé à l’élaboration, à la rédaction et à la diffusion du communiqué de revendication, mais aussi qu’ils étaient, avec Alain Ferrandi, les dirigeants du groupe sans sigle ou des anonymes, et qu’à ce titre, ils ont pris part à la décision d’assassiner le préfet Claude Erignac, décision, qui en raison de son caractère hautement symbolique, n’a pu être décidée que par les chefs idéologiques quand bien même elle a également été soumise aux membres de la cellule du sud. »
Il est intéressant de noter que l’on ne parle pas d’éléments matériels qui prouvent de façon irrévocable la participation de Jean au groupe des anonymes, mais simplement d’éléments qui « laissent présumer ». Dans cette affaire, on a aucun élément matériel à charge, la chambre de l’instruction le reconnaît, on a juste des choses qui « laissent présumer ». On ne prouve rien, on présume.
Suivant en cela les chemins tracés par les enquêteurs, les magistrats de la chambre de l’instruction décrètent que la décision de l’assassinat du préfet n’a pu être prise que par des « chefs idéologiques ». C’est une erreur, et c’est bien mal connaître la Corse que de le penser. Tous les observateurs de la situation politique en Corse ces 30 dernières années, ou bien même au cours de l’Histoire de la Corse savent très bien que dans cette société méditerranéenne, où l’honneur est poussée à son paroxysme, les forts ont toujours eu le dessus sur les penseurs, les militaires sur les intellectuels. Dans le nationalisme corse, les chefs qui ont émergé ces 30 dernières années ne sont pas des intellectuels promus par leurs capacités à conceptualiser, mais plutôt des « militaires » ou d’anciens prisonniers politiques qui ont su forger leur légende dans les prisons françaises.
Dossier de l’attentat de Strasbourg
A partir de l’avis d’ordonnance de mise en accusation devant la cour d’assises rendue du juge Thiel dans l’affaire de Pietrosella, Strasbourg et Vichy.
Jean Castela, arrivé au procès toujours incarcéré, a été condamné pour la complicité, mais acquitté pour l’attentat de Strasbourg.
Environnement Apple (Macintosh) : Les revendications des attentats de Vichy, Pietrosella et de l’assassinat du préfet Erignac ont toutes été dactylographiées à l’aide de matériel informatique de type Apple. Jean et Stella Castela, tout comme Jean-Philippe Antolini fonctionnent également sous environnement Apple, ce qui a permis aux enquêteurs de faire de cet élément une preuve de l’implication de Jean Castela dans toutes ces actions. A lire les ordonnances de renvoi, on pourrait croire que seuls les Castela et Antolini fonctionnaient sous environnement Apple en Corse.
Page 42 de l’ordonnance de renvoi, le juge se permet certaines affirmations, qui ne sont pas étayées par des preuves et qui permettent d’alourdir le climat du dossier à l’encontre de Jean.
Il est notamment dit ! « (…) lors de la reprise des réunions des différentes sections du mouvement "A Cuncolta", Jean CASTELA, adhérent de ce mouvement dont il avait été jusqu’alors un membre certes très discret mais incontestablement influent, compte-tenu de ses responsabilités au sein du syndicat des travailleurs de l’enseignement (…) »
On peut être surpris à ce stade de l’enquête, qu’un magistrat instructeur qui doit enquêter à charge et à décharge puisse avoir un tel comportement. Le fait d’avoir des responsabilités dans un syndicat d’enseignants ne fait absolument pas de Jean Castela un responsable de la Cuncolta, et d’ailleurs dans l’Histoire des mouvements et partis nationalistes ou indépendantistes, les syndicalistes n’ont jamais été des responsables politiques. Et on peut encore le constater actuellement puisque par exemple, les leaders du STC ne sont même pas militants de Corsica Nazione !
A la page 43, il est fait état d’un renseignement anonyme transmis aux enquêteurs début juillet 98 mettant en cause un nommé « CASTOLA », comme « étant l’un des commanditaires de l’assassinat du préfet ERIGNAC et un ancien photographe de l’hebdomadaire nationaliste "U RIBOMBU" comme faisant partie du groupe clandestin à l’origine de cette action criminelle. »
Dans les explications qui suivent, le juge désigne Jean Castela pour correspondre à « CASTOLA » et Jean Philippe Antolini comme ancien photographe du Ribombu. Or, il est intéressant de constater que Jean Philippe Antolini, contrairement à ce prétendu renseignement, n’a jamais été mis en cause dans l’affaire du préfet Erignac. Ensuite, on peut remarquer que Jean Philippe Antolini n’a pas été le seul ancien photographe du Ribombu à être mis en examen et incarcéré dans le cadre du dossier 1337.
Présenté de la sorte, ce renseignement mettant en cause Jean Castela peut apparaître comme une preuve, mais il faut savoir que les services enquêteurs ont reçu des milliers de déclarations de ce type pendant les mois qui ont suivis l’assassinat du préfet, et d’ailleurs, les enquêteurs eux-mêmes ont procédé à des milliers d’interpellations au cours de l’année 1998.
A la page 44, le juge met en avant le nombre de conversations téléphoniques entre les co-mis en examen. Etablissant ainsi un lien entre tous, donnant l’impression au lecteur que tous les protagonistes sont en relation très étroite.
Or, si Jean Castela est en relation téléphonique quasi-permanente avec Vincent Andriuzzi et Jean-Philippe Antolini, et si Vincent de par son travail est en relation avec Alain Ferrandi, ce que le magistrat instructeur ne fait pas remarquer, c’est qu’il n’y pas de relations téléphonique entre Alain Ferrandi et Jean Castela ou Jean-Philippe Antolini, et pratiquement aucune entre Jean-Philippe Antolini et Vincent Andriuzzi.
À la page 64, le juge fait état du matériel saisi chez Jean Castela. En parlant de matériel de reproduction, le lecteur peut penser que Jean Castela possédait une imprimerie clandestine, alors qu’il s’agit en faite d’un vieux photocopieur et d’une imprimante d’ordinateur comme on peut en trouver chez tout le monde.
A la page 66, le juge écrit : « Jean Castela s’était livré à une activité subversive pour le compte du "F.L.N.C.-historique" jusqu’en 1994, année durant laquelle il est entré en dissidence avec les dirigeants d’"A Cuncolta Naziunalista", vitrine légale de cette organisation terroriste. »
Le juge se contente ici de lancer plusieurs affirmations, sans les étayer par des éléments matériels, et notamment en ce qui concerne le fait que Jean Castela serait entré en dissidence avec les dirigeants de A Cuncolta en 1994. Ceci est inexact, et ne sert qu’un seul but, qui n’est pas celui de rechercher la vérité en instruisant à charge et à décharge, mais au contraire de préparer le terrain pour tenter de faire tenir la route à la construction intellectuelle des enquêteurs qui ont pensé à un moment que c’étaient des intellectuels qui avaient imaginé l’action contre le préfet, après être entré en dissidence de A Cuncolta. Donc, tout au long de l’ordonnance de mise en accusation, on tente d’aller dans cette direction, et là, sans aucun élément, on annonce que Jean Castela est entré en dissidence de A Cuncolta en 1994. Or, jusqu’en 1996, Stella Castela était secrétaire de rédaction du Ribombu, et en 1995 Jean-Philippe Antolini était attaché du groupe Corsica Nazione à l’Assemblée de Corse, ce qui pour des dissidents est plutôt… étrange !
Page 67 : la facture et la nuit à Strasbourg de Jean Philippe Antolini et Jean Castela plusieurs mois avant l’attentat de l’ENA.
Rappelons que Jean-Philippe Antolini n’a été mis en examen que pour la complicité d’attentat et non pas pour l’attentat et d’ailleurs, le jour de l’attentat il est en photo sur le journal local corse avec son équipe de football. Et il a été libéré par le juge de la liberté et de la détention après deux ans de détention car les éléments à son encontre ne justifiaient plus une incarcération. C’est donc en homme libre (dans ce dossier) qu’il s’est présenté à la cour d’assise spéciale. Quant à Jean Castela, s’il a bien été condamné en première instance pour une complicité pour cet attentat, il a été acquitté pour l’attentat lui-même.
En 1997, Jean-Philippe Antolini a suivi une formation de guide interprète national. Les autres étudiants de cette formation avaient pour la plupart suivi les cours de BTS tourisme et avaient donc des connaissances en Histoire de l’Art, et avaient eu l’occasion de participer à un « tour de France » qui est un voyage au cours duquel les élèves en formation visitent (au pas de course) un maximum de régions et de monuments pour avoir une idée de certaines architectures religieuses qui n’existent pas en Corse (comme le gothique par exemple) ainsi que pour appréhender la manière dont certaines régions mettent en place une signalétique spécifique pour le développement de leur zones touristiques. Ce « tour de France » est donc un voyage de découvertes culturelles, mais pas dans le sens d’un voyage organisé au cours duquel les personnes présentes peuvent prendre le temps de visiter chaque monument en détail. Le but des visites lors de ce genre de voyage n’est pas le même. C’est pour voir un maximum de monuments différents et non pas comme dans un voyage traditionnel certains monuments à fond.
Cette différence est très importante car elle a totalement échappé aux enquêteurs et aux magistrats instructeurs.
En juin 1997, peu de temps avant de passer son examen de guide interprète, Jean-Philippe Antolini est invité, ainsi que Jean Castela à participer à une réunion de l’association suisse, du canton du Jura, « Solidarité Jura Corse », qui est le pendant de l’association Corse « Solidarité Corse Jura ». Jean Castela, Jean-Philippe Antolini et Stella Castela participent à cette association qui a pour but de développer les échanges entre ces deux peuples. D’ailleurs, en 1998, tous les trois sont partis en Suisse dans le canton du Jura pour participer à une foire commerciale où ils ont pu présenter certains produits corses comme la bière à la farine de châtaigne.
Pour se rendre en Suisse, Jean Castela et Jean-Philippe Antolini décident logiquement de partir en avion jusqu’à Nice, de louer une voiture et de se rendre en Suisse en passant par certaines région de l’Est de la France qui sont d’ordinaire objet de visite lors des « Tour de France ». Ceci, pour permettre à Jean-Philippe Antolini de préparer dans de meilleures conditions son examen et son futur métier de guide.
Jean est déjà en région niçoise où il doit faire passer des examens. Jean-Philippe Antolini le rejoint en prenant un billet d’avion à son nom (logique), qu’il paye en liquide car il est interdit bancaire et n’a droit ni aux chèques, ni à la carte de crédit.
Les deux amis louent une voiture par l’intermédiaire d’une de leur connaissance, Jean-Patrick Constantini qui a une société de production de film et qui bénéficient de tarifs de locations très avantageux.
Après un arrêt à Tournus, église célèbre en histoire de l’Art, Jean-Philippe Antolini et Jean Castela se rendent à l’Archéodrome de Beaune. C’est important pour Jean-Philippe Antolini car dans le cadre de sa formation il doit rendre un mémoire d’une dizaine de page portant sur la mise en valeur touristique de la micro-région du Niolu et il souhaite présenter un projet de création d’un archéodrome. Dans ce petit mémoire rendu quelques semaines plus tard, il fait donc largement allusion à l’arrêt dans cet archéodrome. D’ailleurs, dans sa maîtrise qu’il rendra l’année suivante, sur le même sujet, il évoque de nouveau cet arrêt à l’Archéodrome de Beaune.
Après Beaune, Jean Philippe Antolini et Jean Castela se rendent en Alsace à Mulhouse où ils mangent et dorment. Jean Castela paye les notes avec sa carte de crédit et donne à l’hôtel son patronyme.
Le lendemain, Jean Castela et Jean-Philippe Antolini vont à Strasbourg et vont emprunter la route des vins d’Alsace et en prenant des notes car un autre étudiant de la formation de guide prépare un mémoire sur une route des vins du Cap Corse. D’ailleurs, lors de l’examen du disque dur des ordinateurs de Jean Castela, les enquêteurs retrouveront ce mémoire, écrit en très grande partie par Jean lui-même.
A Strasbourg, Jean et Jean-Philippe éprouvent la plus grande difficulté à trouver une chambre en raison du fait qu’il y a à ce moment dans la région de nombreuses activités qui ont attiré du monde, comme vraisemblablement une session du parlement européen.
Dans son ordonnance, le juge utilise volontairement des mots forts pour tenter de faire passer Jean Castela et Jean-Philippe Antolini pour des menteurs : « leurs déclarations devaient être largement prises en défaut ». En fait d’être largement prise en défaut, Jean Castela et Jean-Philippe Antolini ont simplement déclaré être arrivé tardivement à Strasbourg, ce qui sera confirmé (et non mis en défaut) par l’examen de leurs téléphones qui atteste qu’ils n’étaient à Strasbourg qu’à 17 heures. A ce moment, ils ont tourné en ville pour chercher un hôtel, et après de nombreux échecs qui expliquent qu’ils n’ont pas eu le temps de visiter la ville dès leur arrivée, ils ont fini par aller à un hôtel Ibis du centre de Strasbourg.
Cet établissement était lui aussi complet, mais après consultation de ses ordinateurs, le réceptionniste a informé Jean Castela et Jean-Philippe Antolini qu’il restait des chambres de libre dans un autre Ibis, celui de la rue de Molsheim. Nos deux amis s’y sont rendus pour prendre leur chambre. Jean avait payé la veille, et comme cela est souvent le cas en Corse, on ne partage jamais les notes de frais en deux, mais on paye chacun son tour, donc c’est Jean-Philippe Antolini qui paye l’hôtel. Il règle en liquide, comme pour son billet d’avion puisqu’il est interdit bancaire, et quand on lui demande son nom, il répond fièrement « Friess ». Bien entendu, ce n’est pas un faux nom comme le prétendent les juges, mais le nom de sa mère et surtout le nom de la famille alsacienne de sa mère, famille très célèbre puisque anobli au XIIIe siècle pour sa participation au croisade. Jean-Philippe est donc l’héritier des Barons de Friess, baron d’Alsace. Cette famille est l’une des plus ancienne d’Alsace, et son ancêtre direct Henri Friess dont Jean-Philippe porte le prénom (Jean Philippe Henri Joseph) est attesté sur le livre d’or de la ville de Mulhouse dès le XIIIe siècle.
Les enquêteurs découvrent lors de la perquisition chez Jean Philippe Antolini la facture de cette chambre d’hôtel que ce dernier avait gardé soigneusement en souvenir, avec d’autres factures du même voyage, et il comptait la montrer à l’occasion à son grand-père maternel. Dès la garde-à-vue, et sans même que les enquêteurs ne lui pose la question, Jean-Philippe Antolini explique qu’il a utilisé le nom de sa famille alsacienne, c’est-à-dire, le nom de sa mère, pour rendre hommage à ces ancêtres. Il répètera tout au long de l’instruction et pendant son procès la même version des faits, ne bougeant pas d’un iota. Ce comportement est à rapprocher de celui de tous les Corses de la diaspora qui rentrent en Corse et qui ont un patronyme français. Ils n’hésitent pas à donner le nom de leur mère pour rappeler aux gens qu’ils sont Corses. C’est la démarche que Jean Philippe a toujours fait par rapport à son cousin germain Stéphane Lesavéant, qu’il a par exemple toujours inscrit lors des tournois de football estivaux sous le patronyme de sa mère, Antolini. D’autre plus célèbres ont également choisi de se corsiser en utilisant le nom de leur mère, comme Patrick Fiori qui a pris pour nom de scène celui de sa mère qui était corse, au moment de sa première chanson « mamma corsica » qui l’a rendu célèbre. Un Durand qui aurait chanté la même chanson n’aurait sans doute pas eu le même succès. En utilisant le nom de ces ancêtres, Jean Philippe n’a pas cherché à dissimuler son identité, bien au contraire, il a cherché à se faire remarquer et à appliquer un mode de fonctionnement qu’il a toujours connu en Corse.
Le voyage a repris le lendemain matin avec une visite rapide de la cathédrale de Strasbourg et puis le départ vers le Jura suisse pour participer à la réunion avec l’association. Puis le retour, encore une fois, pour visiter un maximum de choses par la route de Napoléon.
Encore une fois, les déclarations de Jean Castela et Jean-Philippe Antolini sont confirmées par l’examen des factures téléphoniques qui atteste qu’ils étaient à 120 kilomètres de Strasbourg à 10 heures du matin, et comme la cathédrale ouvre à 7 heures (pièce versée au dossier), ils ont largement eu le temps de la visiter (et non pas « très peu de temps » comme l’insinue le juge) puis de reprendre la route. Sans oublier que ce type de visite n’est pas une visite classique comme on pourrait la faire avec un groupe mais était destinée simplement à voir un monument gothique.
Qui peut imaginer une seule seconde que des « terroristes » vont laisser autant de trace derrière eux s’ils veulent dissimuler leur passage ? Billet d’avion à leur nom, payement la veille à Mulhouse avec carte de crédit et sous le nom de Jean Castela, mention dans différents mémoires du voyage… Qui peut imaginer une seule seconde des terroristes en train de visiter des archéodromes, des édifices religieux, participer à des réunions associatives et en même temps s’arrêter faire des repérages qu’ils ne vont même pas utiliser eux-mêmes car il ne faut pas oublier que Jean-Philippe Antolini n’a jamais été mis en examen pour l’attentat, mais seulement pour une prétendue complicité…
Quant à Jean Castela, s’il a bien été mis en examen pour cet attentat ainsi que pour la complicité, il faudra quand même que les juges enquêteurs nous explique l’intérêt d’aller faire un repérage à deux pour qu’au final une seule des personnes revienne faire l’attentat. Mais, les juges de la cour d’assise spéciale ne s’y sont pas trompés en acquittant Jean Castela pour l’attentat.
Le jour de l’attentat de Strasbourg, Jean a expliqué aux enquêteurs qu’il s’était rendu dans le Jura suisse pour régler des problèmes internes de fonctionnement entre jurassien qui nécessités une intervention extérieure.
Jean avait donc convenu d’un rendez-vous avec eux quelques semaines auparavant et s’est rendu en train jusque dans une gare proche française frontalière. C’est à ce moment qu’un jurassien est venu le chercher à la gare française pour l’amener de l’autre côté de la frontière. Puis, un autre est venu le chercher pour l’amener à sa destination finale. Le fait que ces deux jurassiens ont tous les deux le même prénom (Cédric) a semé une certaine confusion chez les enquêteurs, puis, à la lecture du procès verbal de la réunion jurassienne à laquelle Jean Castela et Jean-Philippe Antolini avait participé, les enquêteurs se sont rendus compte qu’il y avait deux jurassiens qui portaient ce prénom, et ils ont tous les deux été interrogés. Ils ont confirmé être allés chercher à cette époque Jean (l’un en France pour l’amener à Porrentruy et l’autre à Porrentruy pour l’amener à Moutier). L’étude des déplacements de Jean Castela hors de Corse et plus particulièrement dans le Jura suisse prouve que c’est bien à cette occasion que sa montée dans cette région s’est effectuée de la sorte.
Il est intéressant de noter que la mère de Jean Castela a un carnet dans lequel elle note tout ce qu’elle fait et ce que font les siens. Ainsi, on retrouve bien dans ce carnet traces d’une mention faisant état d’un voyage de Jean dans le Jura suisse à cette date !
Enfin, le juge termine sur le chapitre en expliquant que Jean Castela avait « organisé sa clandestinité » au moment de ce voyage car l’analyse de son téléphone portable révèle qu’il n’a pas passé de coup de fil. Or, il n’est pas précisé qu’à cette époque Jean Castela ne bénéficiait pas de l’abonnement international et que de ce fait il lui était impossible d’utiliser son téléphone en Suisse !
Quant aux contacts téléphoniques entre Jean Castela et Vincent Andriuzzi « dans les périodes cruciales précédant et suivant les attentats mais aussi l’assassinat du préfet… » cela relève de la supercherie car Jean et Vincent étaient en contact téléphonique permanent, qu’il y ait des attentats ou pas. De même Vincent avait des contacts pour le travail très fréquents avec Alain Ferrandi et pas uniquement au moment des attentats comme tente de le faire croire le juge. S’il y avait de véritables éléments à charge contre Jean et Vincent, les juges ne se contenteraient pas d’utiliser ces artifices cousus de fil blanc.
A la page 76 de l’ordonnance, le juge change totalement de version et fait de Jean-Philippe Antolini, Jean et Stella Castela et même Vincent Andriuzzi des dissidents de la Cuncolta uniquement à partir du printemps 97 !!! Alors que pour Jean-Philippe Antolini par exemple, il est attesté qu’il n’est jamais entré en dissidence mais simplement qu’il s’est retiré de la politique le 31 août 1995, à la date de l’assassinat de son parent Pierre Albertini. Le juge lui-même le dit dans son ordonnance page 67 ! Et de dissidents en septembre 94, date de l’attentat revendiqué d’un rectorat de Paris puis démenti par le FLNC, Jean Castela devient à la fin de l’ordonnance un dissident seulement au printemps 1997 ! Il faudrait quand même savoir !!!
Dossier des attentats de 1994
Concernant les affaires de 1994 (attentats de Mende, opération de Nice et attentat de Paris), nous ne nous étendrons pas sur ces affaires sans aucun rapport avec l’assassinat du préfet en 1998 ou avec les attentats commis par le groupe sans sigle en 1997.
Il apparaît comme une évidence que Jean Castela a, à cette époque, rendu des services aux clandestins du FLNC en acceptant de jouer les supplétifs de cette organisation, en leur fournissant des informations techniques sur l’enseignement de la langue corse à insérer dans un communiqué et des informations pratiques sur les plans de bâtiments de l’éducation nationale. Un de ces plans a pu être utilisé par le FLNC lors de l’attentat contre le rectorat de Paris.
S’il s’est refusé tout au long de l’instruction et pendant une partie du procès à reconnaître son rôle de supplétif, Jean Castela l’a reconnu à la fin du procès en première instance. On peut s’interroger sur le fait que Jean Castela ait attendu aussi tard pour parler sur ce sujet, mais quand l’on sait que sans aucun élément de preuve, il a été condamné à 30 ans de prison, on peut comprendre que certaines personnes aient des réticences à considérer cette justice !
On peut lui reprocher cette attitude et on peut certes le condamner pour ces actes datant de 1994, mais en aucune façon ces actes ou ces actions de 1994 ne peuvent être constitutifs d’un commencement de preuve dans une affaire totalement différente, celle de l’assassinat du préfet Erignac en 1998.
Et si Jean Castela doit être condamné, c’est pour cette affaire de 1994, et non pas pour autre chose. D’ailleurs, si ce dossier de 1994 se trouve mélangé dans l’affaire Erignac, c’est uniquement pour tenter de semer la confusion en faisant condamner Jean Castela pour 1994, dossier dans lequel il y a quelques éléments.
Jean Castela a reconnu qu’il avait été un supplétif du FLNC à cette époque, et nous acceptons qu’il soit condamné pour ces faits. Nous estimons par ailleurs qu’avec 7 années de détention préventive, il a largement payé cette aide qu’il a apporté, il y a 12 ans, aux clandestins.
Les problèmes de santé de Jean Castela
Jean Castela a été victime d’un grave malaise cardiaque le 16 mai 2002, dans la cour de promenade de la prison de Fresnes.
Alors qu’il a perdu connaissance et qu’il est sous perfusion dans l’ambulance des pompiers, les gendarmes lui mettent les entraves.
Il a dans un premier temps été transporté à l’hôpital de Villeneuve-Saint-Georges.
La présence policière est pesante, avec 4 à 5 gardes mobiles en permanence dans la chambre, avec mitraillette et gilet pare-balles, sans compter ceux qui stationnent dans les couloirs. La présence militaire est tellement pesante que le médecin dit à Jean Castela qu’il ne supporte plus la situation et le renvoie, le 18 mai, sur l’hôpital pénitentiaire de Fresnes.
Dix jours plus tard, Jean Castela est transféré à l’hôpital de Kremlin Bicêtre, là encore menotté et entravé. Puis il réintégrera l’hôpital de Fresnes où il restera jusqu’au 20 juin, avant de réintégrer sa cellule.
Au cours de ces divers changements d’hôpital, Jean Castela verra 11 médecins différents – mais aucun ne suit réellement le dossier médical de bout en bout - et ferra toute une série d’examens : coronarographie, échographie, test d’effort.
Une tachycardie ventriculaire est diagnostiquée, les pulsations cardiaques étant montées lors du malaise à 200/mn, responsables d’une syncope à l’effort.
Jean a été très éprouvé par ce malaise. Il pesait le 16 mai 73 kg (pour 1m72). A sa sortie de l’hôpital le 20 juin, il pèse 63 kg. Il descendra jusqu’à 55 kg, sans pour autant revoir un médecin.
C’est dans cet état de faiblesse extrême qu’il comparaîtra en juin et juillet 2003 lors du procès en première instance. Sa faiblesse et sa tension très basse ne lui permettent pas d’accéder seul à la salle d’audience et ce sont les gardes mobiles qui le portent tous les jours, assis sur une chaise, jusqu’à la salle d’attente du box des accusés. Mais c’est sans aide qu’il pénètre dans la salle d’audience.
Le stress est tel pour lui qu’il développera également un zona pendant le procès.
Les interventions médicales que Jean Castela a subi
Depuis 2003, Jean Castela a subi deux autres coronarographies. Or, il ne s’agit en aucun cas d’un acte médical anodin. En effet, tous les spécialistes s’accordent sur ce point. A titre d’exemple, voici quelques extraits d’articles médicaux traitant du sujet :
Le Dr N. Boyadjian, dans un article intitulé « Le cœur, son histoire, son symbolisme, son iconographie et ses maladies » dit : « La coronarographie n’est pas dépourvue de tout danger. Elle comporte une mortalité qui varie d’après les diverses statistiques de 1 à 10 pour 1000 ».
Pierre Hillion, dans la « Chronique Santé du Corse-Matin » du 23/10/2005 affirme : « La coronarographie est un acte à risque. Les médecins ne l’ignorent pas, les patients non plus : on leur demande d’ailleurs de "signer une décharge sur les risque qu’ils encourent" comme le confirme le professeur Pierre Gibelin (Service de cardiologique du CHU de Nice). La coronarographie consiste sous anesthésie locale à ponctionner l’artère fémorale au niveau de l’aine (ou l’artère radiale au bras) pour y placer un cathéter – minuscule tuyau – que le cardiologue spécialisé (le coronarographiste) va remonter par le système artériel jusqu’à l’entrée du cœur, à toucher les valves aortiques. On injecte alors le produit de contraste pour effectuer une radiographie ou angiographie numérique des artères coronaires ».
« Incontestablement, ce n’est pas un geste anodin, c’est une technique invasive, oui, c’est un acte à risque » explique le professeur Bernard Padovani.
« La coronarographie classique présente des risques connus, soit un décès pour 1000 patients, (selon une étude portant sur 222 553 coronarographies). Si l’on reporte ce taux au total des coronarographies réalisées chaque année en France (200 000) cela représente donc 200 décès par an.
A ces décès il convient de rajouter : 0,6 cas pour 1000 d’infarctus du myocarde, directement provoqué par la coronarographie ; 0,6 cas pour 1000 d’accident vasculaire cérébral ; 0,47 cas pour 1000 d’hémorragie vasculaire… ce qui, au bout du compte, finit par représenter des centaines de complications graves liées chaque année à la coronarographie ».
Philippe Beaufils, Professeur à la faculté de médecine de Lariboisière-Saint Louis, service de cardiologie de l’hôpital Lariboisière à Paris, nous dit ceci : « Les méthodes invasives, qu’il s’agisse de l’exploration électrophysiologique, du cathétérisme cardiaque, de l’angiocoronarographie ou encore de l’artériographie sont considérées comme la référence, le Gold standard, tant en matière d’imagerie que de fonction cardiaque. Toutefois elles sont dangereuses et coûteuses : responsables d’une morbi-mortalité qui est faible mais non négligeable, même dans des mains expérimentées, elles sont aujourd’hui des indications limitées, codifiées, correspondant schématiquement à des situations d’urgence, à l’évaluation d’un risque grave et à la décision d’un traitement lourd de conséquences, notamment chirurgical ».
La maladie de Jean Castela
Deux ans et demi après le malaise cardiaque de Jean Castela, et après trois coronarographies à risques (qui en fin de compte n’étaient pas nécessaires), les médecins réussissent enfin à diagnostiquer sa maladie.
Il s’agit d’une Dysplasie Ventriculaire Droite Arythmogène (DVDA) qui est une maladie génétique rare.
Le professeur G. Thiene la définit comme suit : « La DVDA constitue une forme assez unique de cardiomyopathie du fait de la disparition progressive du myocarde et de son remplacement par du tissu fibro-adipeux. La DVDA affecte principalement le ventricule droit, mais progressivement le ventricule gauche peut être aussi atteint. La fréquence réelle de cette maladie est encore inconnue (…). La maladie serait une cause majeure de décès chez les athlètes. Malheureusement, il arrive que l’arrêt cardiaque soit le premier symptôme de la maladie (…). Le diagnostic peut être posé de manière non invasive[1] grâce à l’électrocardiogramme, qui met en évidence des caractéristiques de la maladie (…). Le traitement est actuellement palliatif[2] est vise à éviter, à l’aide d’anti-aryhtmiques (bêta-bloquants, amiodarone, flécainide), le début d’une instabilité électrique menaçant le pronostic vital ».
Le docteur Guy Fontaine, spécialiste dans ce domaine, nous dit : « La DVDA peut rester longtemps asymptomatique, (…). Il existe un risque de mort subite (…) »
Jean Castela a donc subi une opération appelée « ablation par radiofréquence », le 14 janvier 2005, à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière à Paris. Il est actuellement sous traitement médicamenteux de flécaïne et aspégic.
Pour le procès en appel qui débutera le 1er février, le médecin de la prison de Fresnes, compte tenu de l’état de santé de Jean Castela, a demandé aux autorités compétentes que les déplacements de Jean Castela de la prison au palais de justice pendant son procès se fassent exclusivement en ambulance et non pas en fourgon cellulaire. De plus, Jean Castela devra être équipé pendant tout le procès d’un électrocardiogramme pour contrôler son rythme cardiaque.
Témoignage de Jean Castela
sur son état de santé (juin 2002)
« Le 16 mai 2002, lorsque l’accident est arrivé, j’étais en excellente condition.
J’ai d’abord eu un étourdissement, la tête qui tourne et une sensation de “jambes vides”. Je me suis appuyé à l’ombre contre un mur mais la même sensation persistait. Je me suis assis puis après quelques minutes, on m’a amené boire à un robinet. Mais la vision était de plus en plus embrouillée, le malaise persistant. J’étais toujours conscient et debout mais j’avais perdu un peu la notion du temps.
On m’a amené à l’infirmerie, en marchant mais soutenu par un bras (au cas où), et là on m’a allongé. A aucun moment je n’ai ressenti de palpitations. Immédiatement on a pris ma tension, très basse, et on m’a piqué le bout du doigt pour évaluer le taux de sucre. Il était lui aussi très bas. On m’a fait un électrocardiogramme. Toujours conscient mais avec des difficultés pour parler, je répondais aux questions que l’on me posait. De plus en plus de monde s’agitait autour de moi. J’ai vu ainsi arriver les pompiers avec un matériel d’intervention. Je me rappelle que l’un d’entre eux m’a appuyé fortement sur les yeux. C’est vers ce moment là que je ne me souviens plus de rien, si ce n’est d’avoir entendu un pompier dire “on va le choquer”.
Je me suis réveillé sur un brancard en train de sortir d’une ambulance à l’hôpital de Villeneuve-St-Georges. J’étais sous perfusion. Je me rappelle qu’une fois installé dans une salle au service de cardiologie (cela ressemblait aux urgences) un gendarme est venu m’enlever les entraves qu’on m’avait mis aux pieds.
On m’a placé ensuite dans une chambre, toujours dans le même service, où la surveillance des infirmières était constante. J’avais en permanence la perfusion, un brassard pour me prendre la tension et le rythme cardiaque, une sorte de capuchon au bout du doigt pour mesurer l’oxygénation (si j’ai bien compris) et un petit tuyau qui m’amenait de l’air dans les narines. Durant toute la durée de ma présence à cet hôpital un garde mobile avec mitraillette et gilet pare-balles est resté planté devant la porte, toujours ouverte, ne me quittant pas des yeux, refusant de laisser ouvrir la fenêtre (alors que dans la journée la canicule continuait). Les autres, ils étaient toujours 4 ou 5, restaient à proximité (sans parler de ceux qui étaient dehors !).
Un cardiologue est venu me voir (je vais les numéroter pour qu’on s’y retrouve). C’est le n°1. Il m’a dit que j’avais fait un accident très grave, peut-être un infarctus. Le lendemain, après de nombreuses piqûres et prises de sang, il est revenu me disant qu’il ne pensait plus à l’infarctus, même si au niveau du foie il y avait une légère trace de ce qui est, ou peut être secrété lors d’un infarctus. L’hypothèse a été finalement écartée. Il a diagnostiqué une tachycardie ventriculaire en m’expliquant que j’avais fait l’équivalent d’une mort subite, pas totale évidemment. Mon cœur se serait emballé lors du malaise, se maintenant à 200, et en présentant de graves troubles du rythme.
Le même jour un autre cardiologue (n°2) m’a pris en charge, avec un interne. Il a confirmé ce que m’avait dit le n°1, me disant que je l’avais échappée belle. Leur problème était qu’ils n’avaient pas identifié la cause. Ce cardiologue m’a dit, comme je lui posais la question, qu’on m’avait endormi pour me “choquer”, sans que je perde connaissance.
Le 17 en fin d’après-midi j’ai subi une coronarographie. Pour me transporter en salle d’opération il a fallu traverser quelques couloirs et changer d’étage. Il y avait une dizaine de garde-mobiles, armés jusqu’aux dents qui entouraient le brancard. L’un d’entre eux est resté tout le temps dans la salle d’opération. Lors des déplacements j’étais pourtant sous perfusion et nu sous un drap.
Le 18 le n°2 et l’interne m’ont fait une échographie. Ils m’ont expliqué que la coronarographie n’avait rien révélé de grave. En cherchant bien il y avait peut être un léger rétrécissement d’une artère, mais quelque chose de très courant et inoffensif d’après eux. Les examens de sang ont par contre montré un manque de potassium. Tout le reste allait bien. Le n°2, lors de nombreuses discussions, m’a confirmé qu’il ne fallait plus songer à faire du sport, sauf si on me plaçait un petit boîtier dans le thorax (un “défibrillateur” ou quelque chose d’approchant). Cela dépendrait d’un nouvel examen à réaliser, un cathétérisme. Celui-ci ne pouvant se faire à Villeneuve St Georges le n°2 m’a avoué ne plus supporter la présence envahissante des gendarmes dans le service, si bien que le 18 dans l’après-midi j’ai été transféré à l’hôpital de Fresnes, à l’unité des soins continus, en ambulance.
Au service des soins intensifs j’étais en permanence branché à un appareil contrôlant le rythme cardiaque et la tension. On ne m’a enlevé les perfusions qu’au bout de 3 ou 4 jours. Tous les jours j’avais une piqûre (anticoagulant je crois), une prise de sang, une analyse d’urine, et la prise de médicaments (cordarone, sectral, kardégic). Sont passés un cardiologue (n°3) et un médecin (n°4). A mon arrivée dans ce service j’ai été pesé à 73 kg.
J’ai été transféré le 23 mai au service cardiologie, laissant ainsi l’unité des soins continus. J’ai été pesé à 68 kg. J’ai vu un médecin (n°5) le 27. Je passe sur la surveillance régulière de ma tension et de mon rythme cardiaque, 3 fois par jour, et sur un électrocardiogramme quotidien.
Le 28 j’ai été pesé à 67 kg. Le 30 au matin on est venu me chercher pour me conduire à l’hôpital du Kremlin Bicêtre, sous escorte toujours du même type. On m’avait mis sous perfusion. J’ai quand même été entravé et menotté au brancard ! Le trajet s’est fait en ambulance. Après une traversée de l’hôpital digne de Starsky et Hutch, j’ai subi un cathétérisme. Le gendarme a refusé de me désentraver pendant l’examen. Deux cardiologues ont procédé au cathétérisme (n° 6 et 7), naturellement différents de celui de la coronarographie (n°8). J’étais de retour dans la matinée à Fresnes. Après ces 2 examens, il faut rester 24 h la jambe absolument tendue, au lit, car un gros pansement maintient un point de compression à l’aine à l’endroit où le câble a été introduit. C’est dire, dans l’état où j’étais, l’utilité de l’escorte et de son zèle.
Le trois juin le médecin (n°5) est venu me dire qu’a priori tout allait bien, ce qui m’a été confirmé le 5, aucune grave anomalie n’ayant été trouvée. Le 4 juin j’ai été pesé à 66 kg. Le 6 juin un cardiologue (n°9) est venu me parler des résultats des examens. Si la cause précise n’était pas identifiée, visiblement en concertation avec d’autres cardiologues ils ont estimé que désormais seul un test d’effort était nécessaire. Dans le cas où celui-ci ne révélait rien, avec un traitement, à vie (cordarone), je pourrais refaire du sport “sans faire toutefois de compétition” ! Dans le cas contraire il faudrait me faire une électro-simulation à l’hôpital de la Salpêtrière. Au départ le n°2 avait prescrit de faire cette électro-simulation en même temps que le cathétérisme mais par la suite les autres cardiologues et en particulier celui de la Salpêtrière que je ne connais pas mais qui visiblement suit le dossier de près, ont décidé que cela n’était pas utile.
Le 6 juin un autre médecin (n°10) est venu me voir. Il est je crois responsable du service où je me trouve, mais ce n’est pas un cardiologue. Il est repassé à plusieurs reprises mais reste dans des généralités. Son passage à toutes les chambres n’est qu’un contrôle de routine. Le 11 juin j’ai été pesé à 65 kg.
Le 13 juin j’ai été convoqué par une cardiologue (n°11) ici à Fresnes pour passer le test d’effort. Auparavant elle a lu le dossier et elle est tombée sur l’avis du n°2 demandant, en son temps, une électro-stimulation. Elle voulait refuser alors le test d’effort. Elle a téléphoné au cardiologue de la Salpêtrière (n°12) pour avoir son avis puisqu’à l’évidence c’est lui qui doit être supérieur. Il a dit que le test d’effort ne posait aucun problème. Celui-ci s’est très bien passé et rien n’est apparu. Depuis le début, en raison du traitement mon rythme cardiaque oscille entre 42 et 48 et la tension reste de l’ordre de 9 - 5,5. Elle m’a dit donc que tout allait bien. Ce que m’a confirmé le n°5 le lendemain, le 14 juin. Le n°5 m’a dit que j’allais retourner dans ma cellule en début de semaine et que si, éventuellement, il était décidé de me faire l’électro-stimulation, je reviendrais plus tard. Lors de cette conversation elle m’a dit que j’avais perdu connaissance lors de mon malaise du 16 mai, contrairement à ce que m’avait dit le n°2. En fait ils lisent chacun le dossier qui commence à être épais et je n’ai pas forcément le point de vue exact.
Le 14 j’ai porté pendant 24 h un Holter-E.C.G., c’est à dire un électro-cardiogramme qui a enregistré pendant 24 h. La cassette est partie à l’analyse dont les résultats devaient être connus sous quinzaine. Le 18 j’ai été pesé à 63 kg. Une infirmière m’indique que je suis inscrit pour un examen (peut-être l’électro-stimulation) mais elle n’en était pas sûre.
Mon souci est donc d’avoir un avis unique sur la cause de cette tachicardie ventriculaire, sur les risques de récidive, sur le traitement à suivre, sur le suivi médical à respecter et sur les activités physiques possibles.
Dernières nouvelles, le 19. Le docteur n°5 m’annonce qu’elle vient de téléphoner au cardiologue de la Salpêtrière et qu’il a confirmé que l’électro-stimulation n’était pas nécessaire. J’ai réintégré la cellule en 1° division à Fresnes quelques jours plus tard.
La “convalescence” va donc se faire dans une cour surchauffée de 9 m de long sur 4 de large, avec 15 personnes entassées, entre 4 hauts murs de briques qui réfractent la chaleur… »
Jean Castela, en juin 2002
Vincent Andriuzzi
La lettre de sa femme
« En juillet 2003, mon mari Vincent Andriuzzi a été condamné à 30 ans de réclusion dans le cadre de l’affaire Erignac, bien que depuis son arrestation en mai 1999 il ait toujours clamé son innocence.
Nous avons aussitôt fait appel de cette condamnation. Aujourd’hui, alors qu’il est emprisonné depuis près de six ans, il m’apparaît essentiel de faire connaître la véritable personnalité de mon époux.
En juillet 2004, j’ai décidé de constituer un comité de soutien sous la forme d’une association loi 1901. Ce comité de soutien est composé du noyau familial et de personnes de sensibilités différentes parmi lesquelles : Francis Pancrazi, maire de Monte et conseiller général ; Pierre Jean Franceschi, diacre ; Michel Quilichini ; Vital Geronimi ; Jean Alain Papi ; Michel Cacciaguerra ; André Leporati ; Jean-Paul Luciani …
Les différentes actions entreprises par le comité de soutien ont été : la création d’un site web, la mise en circulation d’un texte pétitionnaire demandant un procès équitable au plus tôt, l’envoi d’un courrier type aux différents décideurs de l’île (évêque de la Corse, élus, président de l’université etc…), enregistrement, en septembre 2004 d’une émission par RCFM sur la situation judiciaire de Vincent Andriuzzi, conférence de presse à Ajaccio le 06/12/2004 avec la ligue des droits de l’Homme, suivie le 08/12/2004 d’une réunion d’information en présence d’élus d’horizons politiques divers. Toutes nos actions ont bénéficié en Corse d’une bonne couverture médiatique.
M. Ange Santini, président de l’exécutif de l’assemblée de Corse et M. Simon Renucci, député maire d’Ajaccio ont chacun relayé notre action en écrivant à M. Dominique Perben, Ministre de la Justice. A ce jour, plus de 3000 personnes d’horizons sociaux et politiques divers ont adhéré à notre démarche.
Être jugé équitablement au plus tôt est le seul et unique but que nous poursuivons. »
Rose-Marie Andriuzzi
Vincent ANDRIUZZI, son parcours
Vincent Andriuzzi est né le 16 septembre 1955 à Bastia où il a eu une enfance heureuse avec une scolarité normale jusqu’au baccalauréat scientifique, section C, obtenu en 1974.
Il a ensuite entrepris des études scientifiques à Marseille jusqu’à la licence de mathématiques, obtenue en partie en juin 1977. Il n’a pu terminer le cursus car en septembre de la même année, Vincent rejoignait son affectation au Service National où, au titre de la coopération militaire, il exerçait pendant deux années scolaires en Algérie, dans la région des Aurès, en qualité de professeur de mathématiques.
A son retour en Corse, Vincent Andriuzzi a occupé différents postes de maître auxiliaire en mathématiques jusqu’en 1981. Las d’une situation professionnelle instable, il exerçait alors une activité de représentant de commerce jusqu’en 1983, année où il décidait de reprendre ses études en mathématiques pour terminer ma licence et passer le CAPES qu’il a obtenu en 1985, à la fin de l’année de stage pratique. Ce stage ayant été effectué à Bastia, c’est tout naturellement que Vincent Andriuzzi a demandé une affectation en Corse, dans le cadre du mouvement national auquel il était astreint à participer.
Alors que l’Académie de Corse disposait de places dans la discipline, c’est en région parisienne que l’administration entendait l’affecter. Avec d’autres collègues dans la même situation, ils ont contesté leurs affectations et après quelques moments de vive tension, ils ont obtenu gain de cause et sont restés en Corse où Vincent Andriuzzi a exercé dans plusieurs établissements bastiais. Lors de son interpellation du 26 mai 1999, Vincent exerçait précisément au collège de Lucciana.
Par ailleurs, au registre de sa formation, il a été amené à suivre un cursus de Conducteur de Travaux en bâtiments à Toulouse, de septembre 1991 à janvier 1993 en prévision de la création à venir d’un BTS du bâtiment dans l’Académie de Corse. Cette création était envisagée par la Collectivité Territoriale de la Corse, responsable du schéma régional des formations. Malheureusement, à son retour dans l’île, la Collectivité Territoriale avait changé ses projets en la matière. Vincent Andriuzzi a pu néanmoins mettre en pratique ses nouvelles connaissances dans le domaine du bâtiment puisque le Rectorat lui a proposé d’intervenir pendant deux années en tant que formateur et coordonnateur au sein du GRETA, organisme de formation continue pour adultes. Vincent obtenait aussi l’autorisation de son administration de tutelle d’exercer une activité complémentaire au sein du monde de l’entreprise, l’objectif étant d’approfondir sa propre formation professionnelle et de développer un tissu relationnel dans la profession dont il entendait faire profiter ses élèves stagiaires.
Sur un plan plus personnel et depuis 1980, Vincent partage la vie de Rose-Marie MATTEI, son épouse, Directrice d’une agence du Crédit Agricole en Corse et qui ont deux enfants : Francesca-Maria, née en 1987 et Antone-Michele, né en 1995".
Vincent ANDRIUZZI et l'affaire Erignac : ses explications
« Mon premier contact avec ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire ERIGNAC » a eu lieu lors de mon interpellation suivie de ma mise en garde à vue le 18 novembre 1998.
A mon domicile ont été saisis mon matériel informatique, ainsi que mon agenda et mon téléphone portable, pour l’essentiel. Transféré à Paris aux services de la DNAT, avec quatre autres personnes (Jean-Philippe ANTOLINI, Jean CASTELA et son épouse Stella, Jean-Nicolas ANTONIOTTI). J’ai répondu du mieux possible aux innombrables questions posées. Au terme de soixante-douze heures de garde-à-vue, j’ai été remis en liberté, avant donc la fin de celle-ci, sans qu’à l’évidence aucune charge ne soit retenue contre moi. Il en a été de même pour Jean-Nicolas ANTONIOTTI mais par contre Jean-Philippe ANTOLINI ainsi que Jean et Stella CASTELA ont été incarcérés à l’issue de leur garde-à-vue dans le cadre d’une commission rogatoire annexe.
J’ai ensuite été convoqué par le juge d’instruction Mme LE VERT, le 02 avril 1999, en qualité de témoin pour une audition de plus de quatre heures. Là encore sans conséquences.
Enfin, le 26 mai 1999, j’ai été arrêté et transféré de nouveau à Paris, mon épouse subissant le même sort. Cette fois-ci je décidai de garder le silence durant toute ma garde-à-vue et m’en expliquai devant les policiers. C’est ainsi que, présenté devant le magistrat instructeur, j’ai été mis en examen pour « complicité d’assassinat » et écroué à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, mon épouse quant à elle ayant été libérée après quarante-huit heures d’interrogatoire. Sur mon attitude, je me suis complètement expliqué devant le juge BRUGUIERE à l’occasion du débat contradictoire pour le maintien en détention.
J’évoquai devant lui ma très grande inquiétude à l’occasion de cette deuxième interpellation. En effet dès les premiers moments, j’ai senti de la part des policiers un net changement d’attitude par rapport à la première fois, me laissant entendre que « cette fois-ci, ce ne serait pas comme la dernière fois…». Arrivant dans les locaux de la DNAT, j’ai pu constater de suite l’extrême tension qui y régnait.
Il faut rappeler que le 21 mai précédent avaient été arrêtées plusieurs personnes à Ajaccio parmi lesquelles certaines avaient reconnu leur implication dans l’assassinat du Préfet Erignac. Parmi ces personnes figurait Alain FERRANDI avec qui j’entretenais des relations professionnelles que j’expliciterai plus loin.
Et puis surtout, il y avait ces rumeurs largement diffusées, y compris par la presse, concernant une réunion, soit disant conspiratrice, à Ajaccio le 19 août 1998, plus de six mois après la mort du Préfet Erignac, à laquelle j’aurais participé en compagnie de Jean CASTELA et d’Alain FERRANDI, au domicile de la sœur de ce dernier. Nous y reviendrons.
Ayant eu connaissance de ces rumeurs et autres articles de presse avant mon interpellation, en entendant dans les médias qu’Alain FERRANDI avait reconnu sa participation à l’assassinat du Préfet Erignac, j’ai eu peur de me trouver au centre d’une manipulation et je préférai garder le silence, réservant mes explications au juge d’instruction.
J’ai du attendre la fin août pour être entendu par Mme LE VERT sur le fond et ainsi m’expliquer complètement. Mais pour autant, j’ai été maintenu en détention par la suite malgré mes demandes de mise en liberté. Pire, le 2 décembre 1999, j’ai été mis en examen dans un dossier connexe, celui des attentats de Strasbourg, Pietrosella et Vichy perpétrés en 1997, ainsi que dans un troisième dossier relatif à des attentats ayant eu lieu en 1994 où j’étais mis en cause - fort opportunément - comme un ancien membre du FLNC canal historique. La nasse judiciaire ainsi constituée, je demeurais incarcéré à Fleury-Mérogis.
Néanmoins une lueur d’espoir m’est apparue lorsque la chambre d’appel (devenue désormais chambre de l’instruction) m’a remis en liberté dans le dossier Erignac le 12 janvier 2001. C’était pour moi un signe fort. Mais je demeurais incarcéré dans les deux autres dossiers car la Justice estimait que bien qu’offrant toutes les garanties de représentation il y avait me concernant une suspicion de délit de fuite.
J’ai donc dû attendre le procès qui s’est ouvert deux ans et demi plus tard pour tenter de débloquer ma situation, mes nombreuses demandes de libération recevant toutes, entre temps, une réponse négative. Pour mémoire, je signalerais que j’ai même écrit en février 2000 au Garde des Sceaux, en recommandé avec accusé de réception, avec copie au Premier Ministre, pour l’éclairer sur ma situation. Je n’ai pu que déplorer que ma correspondance soit restée sans suite.
A noter que concernant mes conditions carcérales, j’ai été transféré de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis à celle de Fresnes le 11 janvier 2002, sur instruction de Mme LE VERT, sans qu’il y ait eu de ma part une quelconque entorse au règlement de l’Administration Pénitentiaire. Ne peut-on penser alors que mon déplacement vers une maison d’arrêt aux conditions plus difficiles s’inscrivait dans une tentative de déstabilisation psychologique ?
C’est donc le 2 juin 2003 que s’est ouvert à Paris « le procès Erignac », les trois dossiers évoqués plus haut ayant été regroupés en un seul. Inutile d’insister sur la charge émotionnelle de ce moment qui était à son comble. Ce sont au total onze personnes qui ont comparu, dont deux en prévenus libres.
Pour ma part, l’accusation dans son ordonnance de renvoi me présentait comme un des responsables de l’assassinat, ayant participé à la rédaction des communiqués de revendication du " groupe des anonymes ", ce que bien sur je contestais avec force comme je l’ai fait depuis le premier jour.
Sans entrer ici dans le récit exhaustif de l’audience, d’une durée de six semaines, on retiendra que les débats ont permis de mettre à bas les éléments présentés contre moi par l’accusation à l’appui de sa thèse.
Avant d’y revenir plus en détail, notons que les principales questions me concernant et qui posaient problèmes ont été abordées, que ce soit ma mise en cause comme ex-membre du FLNC canal historique, la présence sur mon ordinateur d’un texte pour le moins bizarre, mes relations téléphoniques ou encore cette fameuse journée du 19 août 1998.
J’ai tenté d’éclairer la Cour sur toutes ces questions et mon avocat, Me MAISONNEUVE s’est attaché à démonter la construction de l’accusation. Par ailleurs, concernant les attentats de Strasbourg, Pietrosella et Vichy, où j’ai été condamné, on peut remarquer qu’en plusieurs semaines d’audience aucune question ne m’a été posée sur ces faits.
Au final, le 11 juillet 2003, la Cour d’assises de Paris spécialement composée m’a condamné à trente ans de réclusion criminelle. Les observateurs avisés n’ont pas manqué de souligner l’incohérence de cette sanction, soulignant même que pesaient contre moi « les charges les plus évanescentes » (Le Figaro du 12 et 13 juillet 2003). Manifestement, d’autres considérations que celles du droit ont motivé la décision finale me concernant. Pour ma part, toujours décidé à faire reconnaître mon innocence dans ce dossier, j’ai décidé de faire appel de ce jugement inique ».
Vincent Andriuzzi : son engagement associatif
Le 5 mai 1992 tombait la tribune de Furiani. Avec elle, 2000 spectateurs sont projetés dans le vide… La Corse, la France, sont en deuil… Certaines personnes resteront handicapées. Un homme, parmi elles, faisait construire sa maison individuelle. Quant elle fut finie, quelques semaines plus tard, il ne put y entrer…
C’est avec cette triste réalité qu’en septembre 1993 Vincent Andriuzzi, alors Président de l’Association pour la Valorisation de la Qualité de l’Habitat en Corse, décide de mener à bien la réalisation du projet « Megliu Esse ». Traduisez : mieux être.
Rien n’est prévu pour vivre en fauteuil roulant dans cette maison neuve.
L’AVQHC n’ayant pas spécialement vocation à s’occuper des problèmes des handicapés, engage tout de même une réflexion sur l’adaptation de l’habitat pour les personnes à mobilité réduite. Pour atteindre cet objectif, l’association a travaillé en partenariat avec des étudiants en B.T.S. d’action commerciale du lycée Jeanne d’Arc de Bastia. Avec eux, l’AVQHC a développé un véritable projet éducatif. Les résultats de cette étude ont été rendus publics le 18 décembre 1993 à l’occasion d’un colloque.
L’étape suivante a été la construction d’une unité pilote. Cette partie du projet a impliqué des constructeurs, membres de l’Union Nationale des Constructeurs de Maisons Individuelles (UNCMI), ainsi que de nombreux acteurs de la construction et du monde associatif comme la délégation de Haute Corse de l’Association des Paralysés de France (APF). Le Ministère de l’Equipement, du Logement et des Transports est aussi partenaire de ce formidable projet. La coordination du groupe de travail ainsi mis en place étant assurée par Vincent Andriuzzi pour l’AVQHC. Ce projet a été présenté en mairie d’Ile Rousse devant Mr Pierre Pasquini, alors Député-Maire de cette ville, le 18 mars 1994. L’unité pilote d’habitation conçue et adaptée pour le mieux vivre des personnes à mobilité réduite a été inaugurée le 25 juin 1994, en présence de très nombreuses personnalités liées au projet. Parce ce que les enjeux humains et économiques sont d’importance, l’entreprise s’inscrit dans le temps. Débutée en septembre 1993, elle s’est poursuivie jusqu’en 1995. Cette démarche a été reprise au niveau national par l’UNCMI, pour lui donner encore plus d’ampleur.
L’implication dans l’associatif de Vincent Andriuzzi est à l’évidence totale et on pourra noter, qu’à la période 1994 son réel centre d’intérêt était bien dans ce projet.
Vincent ANDRIUZZI : son engagement nationaliste
L’essentiel de l’engagement nationaliste de Vincent Andriuzzi a eu lieu dans le domaine syndical. C’est en 1985 qu’il a adhéré au S.C.I. (Sindicatu Corsu di l’Insignamentu). Il y a trouvé un espace de réflexion et d’action sur la question des affectations des personnels enseignant en Corse, ainsi que sur la valorisation de l’enseignement de la langue corse, thèmes auxquels il était très sensible. Vincent Andriuzzi a même occupé la fonction de Président du syndicat pendant une année et a été élu en tant que représentant des personnels certifiés à la Commission Administrative Paritaire Académique en 1990.
A partir de 1991, pour des raisons professionnelles liées d’une part à sa formation et d’autre part à son activité complémentaire dans le domaine du bâtiment, Vincent Andriuzzi a considérablement réduit son militantisme syndical. Néanmoins, poursuivant son métier d’enseignant, il a tenu à maintenir son adhésion, fut-elle formelle, à une organisation syndicale.
A noter qu’en 1989 Vincent Andriuzzi s’est rapproché de la Cuncolta Naziunalista, en tant que sympathisant. Il a eu l’occasion d’assister à des réunions sans pour autant avoir une présence régulière et du fait, là encore, de ses activités professionnelles qui l’ont éloigné de Corse en 1991, il n’a plus donné suite.
D’autant que, dans les années qui ont suivi, les fortes tensions entre les mouvements, avec ce qu’il est convenu d’appeler la guerre fratricide, l’ont fortement perturbé. Depuis lors, il n’a plus d’attache avec aucun parti nationaliste, bien que Vincent Andriuzzi maintienne ses convictions.
Vincent ANDRIUZZI et le Groupe FILIPPI
En 1995, alors que Vincent Andriuzzi poursuivait son métier d’enseignant, il a accepté de collaborer avec le Groupe Filippi dont l’activité principale est la location de voitures. Le Groupe le sollicitait pour une mission de conduite de travaux pour l’ensemble de ses infrastructures : il s’agissait d’intervenir, en fonction des besoins, sur les différents sites de l’entreprise afin d’y diriger les travaux. C’est cette activité que, parallèlement à celle de professeur, Vincent Andriuzzi exerçait encore en mai 1999, lors de son arrestation.
Il faut préciser qu’au sein du Groupe Filippi, dont le PDG, feu Jean-François Filippi était le cousin germain de Vincent Andriuzzi, le propre père de Vincent avait exercé la même fonction de conduite de travaux pendant plus d’une décennie, avant de s’en retirer, atteint par la maladie. C’est donc au titre d’une certaine continuité familiale, fort de sa formation et d’un héritage d’expérience paternelle que Vincent Andriuzzi a accepté la proposition faite par ses cousins, les enfants de Jean-François Filippi, qui reprenaient la direction de l’entreprise après l’assassinat de leur père en décembre 1994.
Il est particulièrement important d'apprécier le travail considérable effectué par Vincent Andriuzzi, malgré les tentatives par l'accusation de minimiser la réalité de cette collaboration. D'autant que, concrètement son action a été possible, en complément de son activité principale de professeur, grâce d'une part à la proximité du siège social du Groupe où il se rendait régulièrement et d'autre part du fait d'un emploi du temps de professeur qui lui laissait des demi-journées (voire des journées entières) de libre, sans parler des congés scolaires.
Travaux que Vincent Andriuzzi a supervisé pour le Groupe FILIPPI
Agence / Lieux
Aéroport de CAMPO DELL'ORO AJACCIO
Aménagement du Parc Maçonnerie
Travaux portiques de lavage
Ets François LECCIA ZI Baleone 20167 MEZZAVIA.
SARL BATEX 6, rue San Lazaro 20000 AJACCIO.
Automatismes Corses 20290 BORGO.
E.U.R.L. MURA Appieto 20167 MEZZAVIA.
PETRACUMPAC ZI Vazzio 20090.
RENOVA Rue Del Pellegrino 20000 AJACCIO.
TNA ZI Baleone 20167 MEZZAVIA.
Ets SPANU 20117 CAURO.
NEMA 20166 PORTICCIO.
ATS 20167 ALATA.
ARTS ET FACADES 20117 CAURO.
BUDGET Bd Lantivy 20000 Ajaccio
Fev 97
Tous corps d'états (projet)
SARL ART DECO 13 av. Impératrice Eugénie 20000 Ajaccio.
HERTZ Porto Vecchio
Avr 97
Ent SCAMPUDDU 20114 FIGARI.
CORSE ENSEIGNES Av Noël Franchini 20000 Ajaccio
Agence HERTZ AJACCIO Ville
TNA 20167 MEZZAVIA.
Agence HERTZ ILE ROUSSE
Fev 98
TIBERI J.P. 20220 MONTICELLO.
Enseignes VINCENTI ZI 20600 BASTIA.
Agence HERTZ BASTIA Ville
Avr 99
BATI DECORS 2B 20620 BIGUGLIA.
Ets CRUCIANI Casatorra 20620 BIGUGLIA.
Déc 96
PIMENTA ANGELO 20620 BIGUGLIA.
Box Accueil Aéroport Poretta
BUDGET PORETTA
Bâtiment SOBADI PORETTA
Etp FERREIRA Antonio BASTIA.
SOCOMETAL 20620 BIGUGLIA.
Garage FILIPPI AUTO Aéroport de
Avr 98
Déc 98
Ets CRUCIANI Casatorra 20620 BIGUGLIA
SARL FRANCESCHINI 20600 FURIANI.
ISOLA 20600 FURIANI.
SARL FRANCESCHINI 20600 FURIANI
Ets LIMONGI 20600 FURIANI.
FERROSUD 20213 FOLELLI.
Travaux en cours(à la date de l'interpellation de Vincent Andriuzzi, en Mai 99)
Aménagements du Garage de l'aéroport de BASTIA-PORETTA
Permis de construire N°2B1489B0019, Architecte: Paul NAVARRA 20620 BIGUGLIA
Aménagement de la villa de
Mme FILIPPI Geneviève
Aou 96
Etp PASQUALE Francesco Ortale 20620 BIGUGLIA.
Rénovation de l'appartement de M. Eric FILIPPI Rés. A Canonica
PRO'POSE Falconaja 20600 FURIANI
Bastia Protection 20 Av Emile Sari 20000 BASTIA.
ISOLA 20620 BIGUGLIA.
Corse Carrelages 20600 FURIANI.
LE ROCH 20600 Casatorra.
Rénovation de la résidence secondaire
De M. Eric FILIPPI Mariana- Plage
LE ROCH 20600Casatorra.
Restaurant " Mariana Plage" Quartier
Pineto 20290 Lucciana
Déc 97
Stores, Baches
BATI DECORS 2B 20620BIGUGLIA.
Comptoir de plâtre 20600 FURIANI.
La Marbrerie ZI Bastia 20600 BASTIA.
SARL MORELLINI 20290 BORGO.
MDL 20215 VESCOVATO.
CASAVER 20600 FURIANI.
Bastia Publicités ZI FURIANI 20600 BASTIA.
Articles évoquant Jean Castela et Vincent Andriuzzi dans différents magazines et journaux.
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Pour toute question ou complément d’information, vous pouvez joindre au téléphone les porte-parole du CAR :
Stella Castela au 06 22 20 88 84,
Jean Philippe Antolini au 06 23 53 65 26,
et avant le procès, vous pourrez envoyer des fax au 04 95 35 04 54
ou des e-mail à l’adresse Internet suivante :
ghjuvan.filippu.antolini@wanadoo.fr
[1] C’est-à-dire sans intervention chirurgicale impliquant le passage d’un cathéter dans les artères, ce qui veut dire explicitement qu’il n’y a pas besoin de coronarographie.
[2] C’est-à-dire que ce traitement ne permet pas de guérir mais seulement de prévenir un nouveau malaise.