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Timestamp: 2018-01-16 11:19:25+00:00
Document Index: 168055826

Matched Legal Cases: ["l'article 65", "l'article 65", "l'article 21", "l'article 52", "l'article 4", "l'article 52", "l'article 56", "l'article 52", "l'article 72"]

Registre public des espèces en péril - Plan de gestion pour l'esturgeon à museau court (Acipenser brevirostrum) au Canada [Proposition]
Plan de gestion pour l'esturgeon à museau court (Acipenser brevirostrum) au Canada [Proposition]
2.1. Désignations au Canada
2.2. Désignation des États-Unis
2.3. Désignations internationales
3.1.1. Caractère distinctif sur le plan génétique
3.1.2. Importance particulière de l'espèce
3.1.3. Caractéristiques physiques
3.1.4. Biologie
3.2.1. Aire de répartition
3.2.2. Abondance de la population
3.3.1. Habitat
3.3.2. Qualité de l'eau
4. Menaces et limites
4.2.1. Habitat
4.2.2. Mortalité directe et prélèvements
4.2.3. Autres menaces
4.2.4. Limites : Lacunes dans les connaissances
6.1.1. Stratégie générale no 1 : Recherche, surveillance et évaluation
6.1.2. Stratégie générale no 2 : Protection et gestion
6.1.3. Stratégie générale no 3 : Intendance, sensibilisation et communication
6.2. Actions supplémentaires à mettre en oeuvre
6.2.1. Stratégie générale no 1 : Recherche, surveillance et évaluation
6.2.2. Stratégie générale no 2 : Protection et gestion
6.2.3. Stratégie générale no 3 : Intendance, sensibilisation et communication
6.3. Mesures de conservation et calendrier de mise en œuvre
Annexe B : Régistre des initiatives de collaboration et consultation
Tableau 1. Résumé de la protection actuelle et d'autres statuts attribués à l'esturgeon à museau court
Tableau 2. Caractéristiques distinctives de l'esturgeon à museau court et de l'esturgeon noir, selon les renseignements fournis par le COSEPAC (2005) et provenant des références énumérées
Tableau 3. Évaluation des menaces pour l'esturgeon à museau court
Tableau 4. Mesures de conservation et calendrier de mise en œuvre
Tableau 5. Liste des participants à l'atelier sur le plan de gestion de l'esturgeon à museau court, tenu le 4 juillet 2013
Figure 1. Vue ventrale des bouches et des museaux d'un esturgeon à museau court (à gauche) et d'un esturgeon noir (à droite) juvéniles (COSEPAC, 2005).
Figure 2. Aire de répartition mondiale de l'esturgeon à museau court comprenant 17 des 19 rivières natales (les populations de Winyah Bay ainsi que les populations des bassins d'Ashepoo, de Combahee et d'Edisto (ACE) en Caroline du Sud ne sont pas montrées). La portion canadienne de l'aire de répartition de l'esturgeon à museau court, encerclée sur la carte, est restreinte au réseau hydrographique de la rivière Saint-Jean (après l'évaluation du COSEPAC en 2005).
Figure 4. Le confluent des rivières Kennebecasis et Hammond, où les esturgeons à museau court hivernants ont été échantillonnés par Usvyatsov et al. (2012c) . Flèches = direction du débit de la rivière. Rectangle blanc = lieu d'échantillonnage).
Figure 5. Barrages hydroélectriques et autres barrages dans le bassin de la rivière Saint-Jean (Kidd et al., 2011)
Figure 6. Utilisation des terres dans le bassin de la rivière Saint-Jean, Nouveau-Brunswick (Kidd et al., 2011; données du ministère de l'Environnement du Nouveau-Brunswick, 2007)
Pêches et Océans Canada. 2015. Plan de gestion pour l'esturgeon à museau court (Acipenser brevirostrum) au Canada [Proposition]. Série des plans de gestion de la Loi sur les espèces en péril. Pêches et Océans Canada, Ottawa. v + 66 pp.
Illustration de la couverture : MPO (2007)
« Management Plan for the Shortnose Sturgeon (Acipenser brevirostrum) in Canada »
©Sa Majesté la Reine du chef du Canada, représentée par le ministre des Pêches et des Océans, 2015. Tous droits réservés.
Le numéro de catalogue doit être indiqué par l'organisme responsable de la LEP
La ministre des Pêches et des Océans est la ministre compétente aux termes de la LEP pour l'esturgeon à museau court et elle a préparé ce plan de gestion, en vertu de l'article 65 de la Loi sur les espèces en péril (LEP). Ce plan a été préparé en collaboration avec différents ministères du gouvernement, des Premières Nations, des organisations autochtones, des universités et des représentants de l'industrie, conformément au paragraphe 66(1) de la LEP (annexe B).
La réussite dans la gestion de cette espèce dépend de l'engagement et de la collaboration d'un grand nombre de parties qui participeront à la mise en œuvre des orientations formulées dans le présent programme. Cette réussite ne peut uniquement reposer sur Pêches et Océans Canada ou toute autre compétence. La population canadienne est invitée à appuyer et à mettre en œuvre ce plan de gestion dans l'intérêt de l'esturgeon à museau court, mais également de l'ensemble de la société canadienne.
La mise en œuvre du présent plan de gestion dépend des crédits, des priorités et des contraintes budgétaires des administrations et des organisations participantes.
Pêches et Océans Canada (MPO) aimerait remercier les nombreuses personnes qui ont offert informations et conseils dès le début du processus d'élaboration du présent document. Le MPO remercie tout particulièrement les participants à l'atelier concernant le plan de gestion de l'esturgeon à museau court qui ont fourni des renseignements importants et qui ont par la suite examiné l'ébauche du plan. Le MPO souhaite aussi reconnaître l’apport du grand public qui a participé au processus de consultation (annexe B).
L'esturgeon à museau court (Acipenser brevirostrum) est une espèce aquatique inscrite en tant qu'espèce préoccupante en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP). Cette inscription à la liste de la LEP résulte de l'exigence d'un plan de gestion qui vise à déterminer les mesures requises pour éviter que l'espèce ne soit pas davantage mise en péril. Les interdictions générales de la LEP ne s'appliquent pas aux espèces préoccupantes et il n'est pas nécessaire de délimiter ni de protéger l'habitat essentiel.
Les populations de l'esturgeon à museau court se trouvent dans les grandes rivières le long de la côte est de l'Amérique du Nord. La seule population d'esturgeon à museau court connue au Canada vit dans la rivière Saint-Jean qui coule au sud-ouest du Nouveau-Brunswick et qui se jette dans la baie de Fundy. Cette population canadienne est la plus septentrionale de l’espèces et est génétiquement différente des autres populations aux États-Unis.
Au Canada, l'espèce a une importance historique, économique et écologique, ainsi qu’une importance pour les Autochtones. À l'heure actuelle, deux exploitants en aquiculture font l'élevage de l'esturgeon à museau court de la rivière Saint-Jean et en font des produits dans des installations terrestres. En outre, les esturgeons jouent un rôle important dans la biodiversité. Issus d'une lignée de poissons à grande longévité qui remonte 100 millions d'années, ils vivent au fond de l’eau et consomment des proies vivant dans les sédiments. De plus, ils ont des aires de reproduction et d'alimentation limitées, ce qui fait d'eux un important indicateur de la qualité de l'habitat.
La population d'esturgeons à museau court de la rivière Saint-Jean est considérée comme étant amphibiotique; en d'autres termes, ce poisson demeure généralement dans la rivière et l'estuaire où il est né. L'habitat des esturgeons à museau court est restreint au cours inférieur de la rivière Saint-Jean, en aval du barrage de Mactaquac, et à ses affluents. Ce plan de gestion reconnaît deux zones d'habitat importantes : une aire de frai en aval du barrage de Mactaquac et une aire d'hivernage à proximité du confluent de deux affluents majeurs de la rivière, les rivières Hammond et Kennebecasis.
Les menaces les plus préoccupantes pour la population canadienne d'esturgeons à museau court comprennent les prises accessoires lors de la pêche commerciale (notamment dans des filets maillants fixes), ainsi que la disponibilité et qualité de l'habitat (les débits) causées par des installations hydroélectriques (le barrage de Mactaquac), suivies de la pêche récréative dirigée. Le fait de combler des lacunes dans les connaissances sur l'abondance de la population, la qualité et l'utilisation de l'habitat, et les répercussions provenant des menaces identifiées peut représenter la plus grande opportunité pour informer la gestion de l'espèce.
L'objectif général du présent plan de gestion est de : Maintenir des niveaux de population durables et la répartition actuelle de l'esturgeon à museau court au Canada. Afin d'atteindre cet objectif, des mesures de conservation sont présentées et réparties conformément à trois stratégies générales : 1. recherche, surveillance et évaluation; 2. protection et gestion; 3.intendance, sensibilisation et communication. La priorité a été accordée aux mesures de conservation visant à combler le manque de connaissances et à faire face aux menaces considérées comme étant les plus préoccupantes.
La réussite dans la gestion de l'esturgeon à museau court nécessite l'engagement et la coopération d'un grand nombre d'acteurs qui prendront part à la mise en œuvre des mesures établies dans le présent plan de gestion. Par conséquent, le présent plan de gestion comprend un calendrier de mise en œuvre qui présente les responsables, les partenaires et les échéances pour chaque mesure de conservation indiquée. Les autres organismes peuvent participer à l'une de ces mesures en communiquant avec le bureau des espèces en péril de la Région des Maritimes, par courriel, à l'adresse xmarsara@mar.dfo-mpo.gc.ca ou, par téléphone, au 1-866-891-0771.
Des indicateurs de rendement sont également inclus afin de fournir un moyen de surveiller et d'évaluer les progrès réalisés quant à l'atteinte de l'objectif du plan de gestion. Pêches et Océans Canada continuera de travailler en collaboration avec d'autres autorités, intervenants, les Premières Nations et autres organisations autochtones ainsi qu'avec toutes autres parties intéressées à la conservation de l'esturgeon à museau court.
Nom commun (population) : Esturgeon à museau court
Statut selon le COSEPAC : Espèce préoccupante2
Justification de la désignation : Il s'agit d'une espèce anadrome limitée au Canada à un seul réseau hydrographique où le poisson frayant nécessite un accès sans entraves à des zones de frai en eau douce; mais, depuis 1967, la population a possiblement été séparée par le barrage Mactaquac. Ces grands poissons à croissance lente et à maturité tardive dépendent de la mise en place de mesures de conservation. La mortalité associée aux installations hydroélectriques, aux prises accessoires lors des pêches au gaspareau et à l'alose ainsi qu'au braconnage représente un risque à la survie de l'espèce. Cependant, il n'existe aucune menace immédiate susceptible d'entraîner l'élimination de la population sur une courte période de temps.
Historique de la situation selon le COSEPAC : Espèce désignée comme préoccupante en avril 1980. Réexamen et confirmation de la désignation en mai 2005. Dernière évaluation fondée sur une mise à jour d'un rapport de situation.
Au cours du siècle dernier, la pêche intensive et le développement industriel ont contribué au déclin des populations d'esturgeon à museau court dans certaines parties de l'aire de répartition de l'espèce en Amérique du Nord. Par conséquent, on a accordé à l'espèce différentes désignations nationales et internationales de statut d'espèce en péril, résumées ci-dessous et dans le tableau 1.
Au Canada, l'esturgeon à museau court (Acipenser brevirostrum) a été désigné comme une espèce préoccupante pour la première fois par le COSEPAC en 1980. Une réévaluation de l'espèce en 2005 a confirmé ce statut (COSEPAC, 2005) en raison de leur aire de répartition se limitant à une seule rivière au Canada. Un statut d'espèce préoccupante signifie qu'une espèce sauvage peut devenir menacée ou en voie de disparition en raison de l'effet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces reconnues qui pèsent sur elle. Malgré la désignation d’« espèce préoccupante », le COSEPAC reconnaît qu'il n'existe aucune menace immédiate qui entraînerait l'élimination de cette population sur une très courte période de temps. (COSEPAC, 2005). En 2009, l'esturgeon à museau court a été inscrit en tant qu'espèce préoccupante à l'annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (S.C. 2002, ch. 29) [LEP]. Il a résulté de cette mesure l'exigence de préparer un plan de gestion. Le présent plan de gestion a été préparé conformément à l'article 65 de la LEP et vise à déterminer les mesures de conservation requises pour assurer, à tout le moins, que l'esturgeon à museau court ne soit pas davantage mis en péril. Les interdictions automatiques de la LEP (articles 32 et 33) ne s'appliquent pas aux espèces préoccupantes et il n'est pas nécessaire de délimiter ni de protéger l'habitat essentiel. L'espèce fera l'objet d'une réévaluation par le COSEPAC en avril 2015.
À l'échelle nationale, l'esturgeon à museau court figure aussi à l'annexe 1 du Règlement sur le commerce d'espèces animales et végétales sauvages (DORS/96-263), conformément à l'article 21 de la Loi sur la protection d'espèces animales ou végétales sauvages et la réglementation de leur commerce international et interprovincial (L.C. 1992, ch. 52). La Loi vise à protéger certaines espèces en réglementant leur commerce international et interprovincial.
Au Nouveau-Brunswick, le ministère des Ressources naturelles contribue à l'élaboration de la situation générale des espèces sauvages, un rapport national produit tous les cinq ans, conformément à l'Accord pour la protection des espèces en péril (Conseil canadien de conservation des espèces en péril [CCCEP] de 2011). Ce rapport offre un aperçu de la présence et de la situation générale de diverses espèces sauvages au Canada. L'esturgeon à museau court a été évalué et figure dans le rapport en tant qu'espèce vulnérable3. En outre, l'esturgeon à museau court est inclus en tant qu'espèce préoccupante à l'annexe A de la Liste réglementaire des espèces en péril de la Loi sur les espèces en péril du Nouveau-Brunswick (L.N.B. 2012, ch. 6), qui est entrée en vigueur en juin 2013.
Aux États-Unis, l'esturgeon à museau court est inscrit comme espèce en voie de disparition4 depuis mars 1967, et son statut a été confirmé par l'adoption de l'Endangered Species Act of 1973. Le National Marine Fisheries Service (NMFS) reconnaît 19 segments de population distincts présents le long de la côte est de l'Amérique du Nord, du Nouveau-Brunswick jusqu'à la Floride. Bien que l'esturgeon à museau court soit toujours inscrit à la liste en tant qu'espèce en voie de disparition dans l'ensemble de son aire de répartition le long de la côte est des États-Unis, le « Final Recovery Plan for the Shortnose Sturgeon » préparé pour le NMFS en 1998 rapporte des signes de rétablissement dans quelques segments de population (NMFS, 1998). Selon les conclusions d'une plus récente évaluation de la population effectuée par l'équipe responsable de l'examen de la situation de l'esturgeon à museau court (the Shortnose Sturgeon Status Review Team [SSSRT]), certaines des populations des rivières plus nordiques sont relativement en santé, et on observe des tendances stables ou croissantes relatives à l'abondance, ainsi qu'un certain nombre d'autres populations modérément en santé (SSSRT, 2010).
À l'échelle internationale, l'esturgeon à museau court a été désigné comme une espèce vulnérable5 par l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) en 1996, et a été inscrit à la Liste rouge (UICN, 2014). Ce statut a été confirmé en 2004 (Friedland et Kynard, 2004). Même si les stocks de certains systèmes hydrographiques ont augmenté et qu'un plan de récupération a été mis en œuvre aux États-Unis, l'esturgeon à museau court demeurait sérieusement affaibli dans d'autres systèmes au moment de la mise à jour.
En tant qu'espèce susceptible d'avoir une valeur commerciale et en raison de sa surpêche dans la mer Caspienne pour son caviar, l'esturgeon à museau court est inscrit à l'annexe I de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (en anglais Convention on International Trade of Endangered Species, CITES) depuis 1975. L'annexe I de la CITES comprend les espèces actuellement en voie d'extinction et dont le commerce n'est autorisé qu'en des circonstances exceptionnelles. Le commerce de spécimens sauvages est strictement interdit. Toutefois, les spécimens élevés en captivité provenant d'installations d'aquaculture enregistrées à la CITES peuvent faire l'objet de transactions commerciales.
NatureServe, un réseau international d'inventaires de données biologiques, a élaboré une procédure d'évaluation de la situation des espèces dans laquelle une « cote de conservation » mondiale, nationale ou régionale est attribuée aux espèces en péril (Faber-Langendoen et al., 2009, 2012). Dans le cadre de ce système, on a attribué à l'esturgeon à museau court le classement mondial de G3 – vulnérable,6 et le classement régional (Nouveau-Brunswick) de S2 – en péril7. Cependant, le classement régionale (selon NatureServe Explorer; NatureServe, 2004) n'a pas été examiné depuis plus de dix ans et n'est peut-être plus pertinent (Ormes comm. pers., 2014).
Le tableau 1, intitulé Résumé de la protection actuelle et d'autres statuts attribués à l'esturgeon à museau court, est composé de quatre colonnes. Les titres des colonnes du tableau, de gauche à droite, sont les suivants : Pays, Administration ou Organisation, Année(s) d'évaluation et/ou d'inscription et Statut ou Description. L'information est présentée dans huit rangées qui fournissent des détails sur la protection existante ou les statuts attribués au Canada, suivies de ceux des États-Unis et ensuite de la protection ou des statuts attribués à l'échelle internationale.
Tableau 1 . Résumé de la protection actuelle et d'autres statuts attribués à l'esturgeon à museau court
Administration /Organisation
Année(s) d'évaluation/ d'inscription
Statut/Description
Niveau de la désignation
Canada LEP du N.-B. 2013 Annexe A : Espèces préoccupantes Population Canadienne
Canada LEP 2009 Annexe 1 : Espèces préoccupantes Population Canadienne
Canada (N.-B.) Situation générale des espèces sauvages au N.-B. 2006 Vulnérable Population Canadienne
Canada COSEPAC 1998 et 2005 Espèce préoccupante Population Canadienne
Canada Loi sur la protection d'espèces animales ou végétales sauvages et la réglementation de leur commerce international et interprovincial 1992 Annexe I du Règlement sur le commerce des espèces animales et végétales sauvages Population Canadienne
États-Unis Endangered Species Act 1967 En voie de disparition Espèce
International CITES 1975 Annexe I Espèce
International UICN 1996 et 2004 Vulnérable Espèce
International NatureServe 2011 Mondialement : G3 – vulnérable Espèce
Régionalement (N.-B.) : S2 – en péril8 Population Canadienne
En plus des documents cités dans le texte qui va suivre, de plus amples renseignements sur l'esturgeon à museau court, notamment sur la biologie générale de l'espèce, sa population et sa répartition, ses besoins en matière d'habitat et les menaces qui pèsent sur elle sont disponibles dans l'« Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l'esturgeon à museau court Acipenser brevirostrum au Canada » (COSEPAC, 2005) qui s'appuie sur des travaux antérieurs de Dadswell (1976, 1979, 1984), de Dadswell et al. (1984), et d'autres auteurs. Les informations fournies dans le présent plan de gestion sont de nouveau mises à jour s'il y a lieu, d'après des publications plus récentes, dont Li et al. (2007), Deslauriers et Kieffer (2012), Usvyatsov et al. (2012a, b, c et 2013a, b).
Espèce : A. brevirostrum (LeSueur, 1818)
Anglais : Shortnose Sturgeon
Français : Esturgeon à museau court
Malécite : Pasokas (Atwin comm. pers., 2014)
Mi'kmaq : Apsisquna't Kumkatamuj (Hunka et al., 2010)
Autres noms : Little Sturgeon (nom local, la rivière Saint-Jean, N.-B.)
À l'échelle mondiale, 19 populations distinctes d'esturgeon à museau court sont reconnues le long de la côte est de l'Amérique du Nord, du sud du Nouveau-Brunswick (c.-à-d., la population de la rivière Saint-Jean) jusqu'à la Floride (NMFS, 1998; figure 2). Depuis la publication du rapport du National Marine Fisheries Service (NMFS), des rapports plus récents ont présenté des opinions sur le nombre de « segments de population discrète » de l'esturgeon à museau court dans l'aire de répartition de l'espèce, selon les données génétiques. Une évaluation récente de l'espèce effectuée par l'équipe responsable de l'examen de la situation de l'esturgeon à museau court pour le NMFS a examiné des renseignements supplémentaires, y compris des résultats d'analyse génétique et a conclu qu'il existe cinq groupes de populations génétiquement distinctes au sein de l'aire de répartition géographique de l'espèce aux États-Unis, et au moins une population génétiquement distincte au Canada, dans la rivière Saint-Jean (SSSRT, 2010). D'autres études génétiques récentes confirment également la différenciation génétique de la population de la rivière Saint-Jean par rapport aux autres segments de population de rivière (Wirgin et al., 2010, King et al., 2014). En août 2014, un processus de réponse des Sciences régional s'est déroulé dans la Région des Maritimes du MPO afin d'examiner la situation de la population et la différenciation génétique de la population d'esturgeons à museau court de la rivière Saint-Jean plus précisément (MPO, 2014). Plusieurs études génétiques ont été examinées au cours de ce processus, y compris les études mentionnées ci-dessus par Wirgin et al. (2010) et King et al. (2014), et selon les conclusions, il est possible d'avancer un argument solide selon lequel la population de la rivière Saint-Jean de l'esturgeon à museau court est reconnue comme étant suffisamment distincte sur le plan génétique de toutes les autres populations de l'esturgeon à museau court au sein de l'aire de répartition de l'espèce.
Les autres travaux génétiques non publiés entrepris en 2013 et 2014 sur les poissons sauvages de la rivière Saint-Jean et les poissons provenant des entreprises aquacoles ont découvert un nouveau haplotype (un groupe de gènes, transmis ensemble à un organisme, par un des parents) non déclaré auparavant dans toute l'aire de répartition de l'espèce (Wilson et Kerr comm. pers., 2014). Cette constatation appuierait d’avantage la distinction entre la population d'esturgeons à museau court de la rivière Saint-Jean et celles des États-Unis.
L'esturgeon à museau court est l'une des quelque 25 espèces survivantes de la famille des Acipenseridae9, un groupe de poissons appartenant à l'ordre des poissons primitifs à nageoires rayonnées, apparu il y a plus de 100 millions d'années pendant la période du Crétacé supérieur. Certains registres fossiles d'esturgeon remontent à 225 millions d'années (Hilton et Grande, 2006). Des 17 espèces d'Acipenser évaluées par l'UICN, toutes sauf quatre sont inscrites en tant qu'espèces en péril (UICN, 2014). L'esturgeon à museau court est l'une des cinq espèces d'esturgeon au Canada. Il ne vit qu'en un seul endroit, soit la rivière Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. Cette population particulière, qui coexiste dans la rivière Saint-Jean avec l'esturgeon noir (Acipenser oxyrinchus), est génétiquement distincte et constitue la présence la plus septentrionale de l'espèce (COSEPAC, 2005; Wirgin et al., 2010, SSSRT, 2010).
L'esturgeon à museau court a une importance historique pour les Autochtones du Canada. Les données laissent entendre que les Mi'kmaq pêchaient déjà l'esturgeon il y a 5 000 ans (MAPC, 2011). Diverses techniques de pêche traditionnelles étaient utilisées, dont celle de la « saksegwa », qui consiste à exploiter la curiosité naturelle des esturgeons à l'aide d'une torche pour ainsi les attirer à la surface. Pendant de nombreuses années, les collectivités autochtones côtières ont pu compter sur la chair, l'huile, les œufs et la peau de l'esturgeon noir et de l'esturgeon à museau court. Ces espèces allaient également devenir une denrée essentielle pour les colonisateurs européens. Les connaissances traditionnelles des peuples autochtones (CTA) concernant la rivière Saint-Jean et l'esturgeon à museau court ainsi que la vision du monde des autochtones voulant que toutes les formes de vie soient interreliées et interdépendantes sont des considérations importantes pour le plan de gestion.
L'esturgeon à museau court au Canada était pêché commercialement jusqu'à ce qu'on exige, à partir de 1978, que les prises conservées mesurent au moins 120 cm, ce qui a dans les faits permis d'exclure l'esturgeon à museau court de la pêche. À la fin des années 1990, on commencé de travaux visant à évaluer si l'esturgeon à museau court de la rivière Saint-Jean pourrait être élevé en captivité et utilisé dans le cadre de l'aquaculture commerciale. Une industrie de l'aquaculture commerciale de l'esturgeon à museau court a vu le jour et a commencé la production de viande et de caviar d'esturgeon à museau court en 2011. Deux exploitants en aquiculture ayant des stocks de reproduction établis existent actuellement au Nouveau-Brunswick : ils font l'élevage de l'esturgeon à museau court de la rivière Saint-Jean et en font des produits dans des installations terrestres.
Les esturgeons jouent un rôle important dans la biodiversité. Issus d'une lignée de poissons à grande longévité qui remonte 100 millions d'années, ils vivent au fond de l’eau et consomment des proies vivant dans les sédiments. De plus, ils disposent des aires de reproduction et d'alimentation limitées, ce qui fait d'eux un important indicateur de la qualité de l'habitat et de la concentration de contaminants dans les sédiments et les proies.
L'esturgeon à museau court est un poisson fortement blindé. Il possède cinq rangées de plaques osseuses, aussi appelées « scutelles », situées le long de son corps, qui couvrent leur peau coriace ayant l'aspect du cuir. De plus, au lieu d'écailles, les différentes espèces d'esturgeon ont des denticules cutanés très petits (un peu comme des dents), comparables à ceux des requins et des raies. Ces denticules donnent à la peau sa dureté lorsqu'on passe la main dans un sens et sa douceur, lorsqu'on passe la main dans l'autre sens. Même si la taxonomie classe l'esturgeon parmi les poissons osseux, d'autres de ses caractéristiques physiques telles que son squelette essentiellement cartilagineux et la valvule spirale de son intestin s'apparentent davantage à celles des requins et des raies (la classe des chondrichthyens). La nageoire caudale hétérocerque de l'esturgeon ressemble aussi à celle des requins. C’est-à-dire que la colonne vertébrale se prolonge vers le haut dans le lobe supérieur de la nageoire, qui est aussi le plus grand lobe de la nageoire caudale. L'esturgeon à museau court a une large bouche protractile semblable à un siphon dépourvue de dents sur le dessous et près de l'arrière de son museau allongé en forme de V. Quatre organes sensoriels charnus ressemblant à des moustaches, appelés barbillons sont présents à l'avant de la bouche et sont utilisés pour trouver de la nourriture au fond (figure 1).
La figure 1 est une photographie présentant la vue ventrale des bouches et des museaux d'un esturgeon à museau court (à gauche) et d'un esturgeon noir (à droite) juvéniles. À partir de cette image, on peut voir que le museau de l'esturgeon à museau court est relativement plus court et que sa bouche est relativement plus grande que celle de l'esturgeon noir.
Figure 1. Vue ventrale des bouches et des museaux d'un esturgeon à museau court (à gauche) et d'un esturgeon noir (à droite) juvéniles (COSEPAC, 2005)
L'esturgeon à museau court est un petit esturgeon d'Amérique du Nord. Dans la rivière Saint-Jean, il coexiste avec l'esturgeon noir. L'esturgeon à museau court adulte se distingue de l'esturgeon noir adulte par sa taille, l'esturgeon à museau court adulte étant beaucoup plus petit que l'esturgeon noir. Les longueurs10 enregistrées d'esturgeons à museau court capturés dans la rivière Saint-Jean sont comprises entre 50 cm et 150 cm, la catégorie de taille la plus fréquente étant d'environ 80 cm. Ils atteignent rarement 120 cm. Par comparaison, l'esturgeon noir peut atteindre 400 cm. Il est toutefois plus difficile de distinguer les esturgeons juvéniles, mais souvent il est possible de le faire à l'aide des caractéristiques décrites au tableau 2.
Le tableau 2, intitulé Caractéristiques distinctives de l'esturgeon à museau court et de l'esturgeon noir, selon les renseignements fournis par le COSEPAC (2005) et provenant des références énumérées, est composé de trois colonnes et il décrit les diverses caractéristiques distinctives de l'esturgeon à museau court et de l'esturgeon noir. Les titres des colonnes du tableau, de gauche à droite, sont les suivants : Caractéristiques, Esturgeon à museau court et Esturgeon noir. Les caractéristiques sont indiquées pour chaque espèce dans huit rangées et elles comprennent les suivantes : longueur à l'âge adulte, longueur du museau, taille de la bouche, nombre de rayons des nageoires anales, nombre de rayons des nageoires dorsales, position de la nageoire dorsale par rapport à la nageoire anale, nombre de plaques derrière la nageoire dorsale et nombre de plaques derrière la nageoire anale.
Tableau 2 . Caractéristiques distinctives de l'esturgeon à museau court et de l'esturgeon noir, selon les renseignements fournis par le COSEPAC (2005) et provenant des références énumérées
Longueur à l'âge adulte Relativement plus court
(50 à 150 cm de LF, mais rarement plus de 120 cm) Relativement plus long
(peut dépasser 400 cm de LF)
Longueur du museau Relativement plus court Relativement plus long
Taille de la bouche Relativement plus grande; plus de 63 % de la distance entre les yeux Relativement plus petite; moins de 55 % de la distance entre les yeux
Nombre de rayons des nageoires anales 19 à 22 rayons 26 à 28 rayons
Nombre de rayons des nageoires dorsales 38 à 42 rayons 38 à 46 rayons
Position de la nageoire dorsale par rapport à la nageoire anale Nageoire dorsale au-dessus et à la hauteur de la nageoire anale Amorce de la nageoire dorsale devant l'amorce de la nageoire anale
Nombre de plaques derrière la nageoire dorsale Deux plaques 69 plaques, la plupart d'entre elles en paires
Nombre de plaques derrière la nageoire anale Une ou deux plaques Quatre plaques, en paires
La biologie de la population d'esturgeons à museau court de la rivière Saint-Jean est relativement bien connue malgré certaines lacunes restantes. Un certain nombre d'études entreprises dans les années 1970 (en partie en réponse à l'inscription de l'espèce sur la liste en vertu de la Endangered Species Act des États-Unis en 1973) ont enrichi la base de connaissances générales de l'espèce dans toute son aire de répartition, y compris celle pour la population de la rivière Saint-Jean. Cette base de connaissances a été enrichie davantage au cours des dernières années, principalement en raison des contributions provenant de collaborations entre les chercheurs et l'industrie de l'aquaculture concernant les populations sauvages et les populations élevées en captivité. Étant donné que le présent plan de gestion vise la population sauvage de l'esturgeon à museau court dans la rivière Saint-Jean, cette section est axée sur l'état actuel des connaissances sur la biologie de la population sauvage. Toutefois, certains renseignements limités sur la biologie de l'espèce en captivité sont aussi inclus.
L'esturgeon à museau court se nourrit au fond de l'eau, aspirant ses proies des sédiments. Les juvéniles se nourrissent principalement de crustacés et d'insectes alors que les adultes consomment surtout des mollusques, en particulier la mye, Mya arenaria. Des études précédentes et récentes (Usvyatsov et al., 2012a) ont constaté que les estomacs des esturgeons à museau court provenant de site en eau douce contenaient principalement des gastéropodes (p. ex. des escargots), des mollusques bivalves d'eau douce (p. ex. des moules), des chironomes (p. ex. des larves de moucherons) et des amphipodes. Quant aux estomacs des poissons provenant d'eaux salines ou saumâtres, ils contenaient principalement des amphipodes, des myes, des isopodes et des chironomes. Dans la rivière Saint-Jean, les femelles jeûnent pendant approximativement huit mois avant le frai; les mâles, eux, continuent de se nourrir. L'esturgeon à museau court et l'esturgeon noir peuvent se faire compétition pour la nourriture, particulièrement aux stades juvéniles.
Tout comme d'autres esturgeons, l'esturgeon à museau court est une espèce à grande longévité. La femelle et le mâle les plus âgés capturés dans la population de la rivière Saint-Jean avaient respectivement 67 et 32 ans (COSEPAC, 2005). On estime que le temps de génération est de 30 ans pour les esturgeons à museau court vivant dans les rivières aux États-Unis (NMFS, 1998). Dadswell (1979) a calculé la courbe de croissance des femelles et des mâles esturgeons à museau court (population de la rivière Saint-Jean) en se basant sur l'âge et la longueur à la fourche. Les résultats laissent entendre que les taux de croissance des mâles et des femelles diffèrent légèrement. Les jeunes mâles (de moins de 15 ans) étaient généralement plus longs et plus lourds que les femelles du même âge; cependant, les taux de croissance décélèrent plus rapidement chez les mâles que chez les femelles. En captivité, les femelles ont tendance à être plus grosses selon l'âge et ont une croissance plus rapide à celle des mâles (Barry comm. pers., 2014). De 1998 à 2002, l'augmentation du poids moyen pour la population de la rivière Saint-Jean a été estimée à 540 g (Litvak, comm. pers., 2013). Les taux de croissance se sont avérés être inversement proportionnels à la latitude, c'est-à-dire que les populations nordiques ont une croissance plus lente que les poissons vivant plus au sud (NMFS, 1998). Les conditions nordiques plus froides occasionnent une croissance plus lente. Sur la base de l'échantillonnage durant les années 1998-2002, la distribution de taille des esturgeons à museau court reste similaire à celui des années 1970 et les taux de croissance moyens des esturgeon à museau court de la rivière Saint-Jean sont similaires ou ont augmenté (MPO 2014).
Le sex-ratio historique des esturgeons à museau court adultes de la rivière Saint-Jean était approximativement de deux femelles pour un mâle (Dadswell, 1979). Ce constat, associé à l'étude d'échantillons de juvéniles indiquant un rapport de 1:1 entre les mâles et les femelles, laisse croire que les mâles vivent moins longtemps que les femelles.
Reproduction et frai
L'esturgeon à museau court est un poisson très fécond et itéropare (ce qui signifie qu'il peut se reproduire plus d'une fois durant sa vie). L'âge du premier frai de l'esturgeon à museau court dans la rivière Saint-Jean est plus tardif que celui des populations du sud. Pour l'esturgeon à museau court de la rivière Saint-Jean, le premier frai survient à 13 ans pour les femelles et à 11 ans pour les mâles (Dadswell, 1984). Il s'écoule au moins trois ans entre les frais des femelles et de un à deux ans du côté des mâles (Dadswell, 1979). Les renseignements des travaux sur l'esturgeon à museau court en captivité de la rivière Saint-Jean indiquent qu'à des températures de l'eau saisonnières similaires à celles dans la rivière, les femelles fraient tous les 20 à 28 mois et peuvent frayer dès l'âge de cinq ans (Barry comm. pers., 2014).
Selon sa taille, une femelle peut produire entre 27 000 et 208 000 œufs démersaux adhésifs (Dadswell, 1979). Les premières recherches ont suggéré que dans la rivière Saint-Jean, l'esturgeon à museau court fraie de la mi-mai à la mi-juin (Dadswell, 1979). Des recherches plus récentes menées par Usvyatsov et al. (2012b) laissent plutôt à penser que le frai se produit généralement de la fin avril à début mai dans des eaux à une température de 9 °C et de la mi-mai à la fin mai dans des eaux à 13 °C, avec un pic d'éclosion à la fin mai. En captivité, les températures optimales pour le frai sont de 12 °C à 16 °C et on n'observe aucun signe de développement de l'œuf à des températures inférieures à 10 °C (Barry comm. pers., 2014).
Dans la rivière Saint-Jean, l'esturgeon à museau court pond des œufs qui coulent et se fixent aux pierres et au gravier dans les courants rapides en aval du barrage de Mactaquac. Une fois les œufs éclos, les larves dérivent en aval. En 9 à 12 jours, les larves se transforment en juvéniles capables de nager dans la colonne d'eau et commencent à se nourrir. On croit qu'elles migrent alors en aval (Richmond et Kynard, 1995). Aucune larve et aucun œuf n'ont été interceptés en aval dans les tronçons inférieurs de la rivière Kennebecasis, où l'esturgeon à museau court hiverne (Usvyatsov et al., 2012c).
Sur la base de l'échantillonnage durant les années 1998-2002, la distribution de taille des esturgeons à museau court reste similaire à celui des années 1970 et les taux de croissance moyens des esturgeon à museau court de la rivière Saint-Jean sont similaires ou ont augmenté (MPO 2014).
Au cours des toutes premières années du développement, la dynamique des populations d'esturgeon varie surtout en fonction des changements concernant la survie. Bien qu'un nombre d'œufs relativement élevé soit pondu annuellement dans la rivière Saint-Jean (p. ex. Dadswell [1979] a estimé une production annuelle d'œufs de 3,76 x 109), les juvéniles semblaient rares. Cette observation peut découler de la difficulté à capturer des juvéniles plus âgés en raison de leur préférence pour les eaux profondes. On sait que le taux de mortalité des larves d'esturgeon est élevé, ce qui fait croire que c'est aux premiers stades biologiques que survient le goulot d'étranglement limitant le recrutement. Cette observation a mené Usvyatsov et al. (2013a) à étudier la dispersion des larves de l'esturgeon à museau court sur le tronçon de la rivière Saint-Jean qui se trouve directement en aval du barrage de Mactaquac, un site de frai connu. Entre 2008 et 2011, les estimations d'abondance larvaire en amont ont varié de 21 000 à 245 000 larves; cependant, l'abondance calculée à 4,5 km en aval était de 49 à 76 % inférieure. Usvyatsov et al. (2013b) croient que la mortalité due à l'environnement était en cause dans au moins 4 à 25 % de la mortalité larvaire observée dans une étude qui a cherché à distinguer la mortalité attribuable à l'échantillonnage et la mortalité imputable à des sources environnementales.
Dadswell (1979) a établi les taux de mortalité chez les esturgeons à museau court âgés de 14 à 55 ans dans la rivière Saint-Jean. Il a découvert que le taux de mortalité chez les adultes était faible et à peu près égal au taux de mortalité naturelle attendu pour une espèce à croissance lente. En revanche, le taux de mortalité était relativement élevé chez les individus plus jeunes, mais ce taux tendait à diminuer avec le temps. Au moment de l'étude, la mortalité découlant de la pêche accidentelle représentait 7 % de la mortalité totale.
3.2.1 Aire de répartition
À l'échelle mondiale, les populations de l'esturgeon à museau court se trouvent le long de la côte est de l'Amérique du Nord, du Nouveau-Brunswick, au sud du Canada jusqu'à la Floride, aux États-Unis (NMFS, 1998; figure 2). La seule population connue au Canada se trouve dans la plus longue rivière du Canada atlantique : la rivière Saint-Jean, qui coule dans le sud-ouest du Nouveau-Brunswick et se jette dans la baie de Fundy (figure 3). L'aire de répartition de l'esturgeon à museau court au sein de ce réseau hydrographique s'étend à son affluent le plus important, la rivière Kennebecasis (figure 3). La présence de l'esturgeon à museau court dans la rivière Saint-Jean a été répertoriée pour la première fois en 1957. Comme cela a été le cas dans de nombreux réseaux hydrographiques, auparavant, on ne distinguait pas l'esturgeon à museau court de l'esturgeon noir (probablement confondu avec l'esturgeon noir juvénile) et il était classé dans le groupe « esturgeons » dans les statistiques sur les pêches.
La figure 2 est une carte présentant l'aire de répartition globale de l'esturgeon à museau court et l'emplacement de 17 des 19 rivières natales le long de la côte est de l'Amérique du Nord. L'emplacement de la population canadienne de l'esturgeon à museau court dans la rivière Saint-Jean est encerclé.
Figure 2 . Aire de répartition mondiale de l'esturgeon à museau court comprenant 17 des 19 rivières natales (les populations de Winyah Bay ainsi que les populations des bassins d'Ashepoo, de Combahee et d'Edisto (ACE) en Caroline du Sud ne sont pas montrées). La portion canadienne de l'aire de répartition de l'esturgeon à museau court, encerclée sur la carte, est restreinte au réseau hydrographique de la rivière Saint-Jean (après l'évaluation du COSEPAC en 2005).
Dans la rivière Saint-Jean, les esturgeons à museau court adultes se trouvent autant dans les zones d'eau douce que dans les zones subissant l'influence des marées. En général, ils hivernent dans les tronçons inférieurs à marée de la rivière Saint-Jean et, au printemps, ils migrent en amont jusqu'au barrage Mactaquac pour frayer en eau douce. Bien que les captures d'esturgeons noirs soient courantes dans la baie de Fundy, les signalements (non confirmés) d'esturgeon à museau court, en comparaison, sont rares. On en compte en effet un ou deux par année depuis dix ans (Dadswell et al., 2013). La première capture confirmée d'un esturgeon à museau court dans la baie de Fundy a eu lieu le 29 juin 2013 dans une fascine intertidale pour le hareng (Clupea harengus) dans le bassin Minas près d'Economy, à une distance d'environ 165 km à partir de l'embouchure de la rivière Saint-Jean (Dadswell et al., 2013). La population d'origine de l'individu est inconnue. De récents travaux de télémétrie acoustique menés dans le Maine ont révélé que jusqu'à 70 % des esturgeons à museau court adultes effectuent régulièrement des migrations côtières d'environ 130 km entre les rivières Kennebec et Penobscot (Zydlewski et al., 2011; Dionne et al., 2013). On ignore si la population de la rivière Saint-Jean effectuera généralement des migrations de cette ampleur ou d'une ampleur moindre. Cependant, les différences génétiques entre la population de la rivière Saint-Jean et la population américaine la plus près (c.-à-d. celle de la rivière Penobscot) laissent croire qu'elles sont peu mélangées (Wirgin et al., 2010). Dans l'ensemble, on croit que l'esturgeon à museau court demeure dans la rivière et l'estuaire où il est né, comme on l'observe couramment dans d'autres parties de son aire de répartition. Leur présence en dehors de ces zones est relativement rare.
La figure 3 est une carte de la rivière Saint-Jean, entre les chutes réversibles à l'embouchure et le barrage de Mactaquac. Les kilomètres fluviaux représentent la distance en kilomètres de l'embouchure de la rivière jusqu'à un certain nombre de lieux mentionnés dans le document. La ville de Fredericton est située au kilomètre fluvial 120. Le barrage de Mactaquac se trouve au kilomètre fluvial 138.
Figure 3 . La rivière Saint-Jean, entre les chutes réversibles à l'embouchure et le barrage de Mactaquac. L'abréviation « RKM » fait référence aux kilomètres fluviaux, c'est-à-dire à la distance en kilomètres d'un point à partir de l'embouchure de la rivière. Cette carte a été créée par la Division de la gestion côtière et des océans de Pêches et Océans Canada, d'après une carte dans le COSEPAC (2005).
La rivière Saint-Jean s'étend sur 673 kilomètres fluviaux (distance par rapport à l'embouchure, en km), depuis son cours supérieur jusqu'aux chutes réversibles à son embouchure (figure 3). De ce total, 138 km fluviaux se trouvent en aval du barrage de Mactaquac et comprennent cinq affluents majeurs (les rivières Nashwaak, Oromocto, Jemseg, Canaan et Kennebecasis). La zone de drainage en aval du barrage est d'approximativement 15 000 km2, ce qui représente 27 % de l'ensemble du réseau hydrographique de la rivière Saint-Jean. On peut trouver une description détaillée de la rivière dans Kidd et al. (2011). La proportion exacte de la zone en aval du barrage utilisée par l'esturgeon à museau court est inconnue; cependant, des spécimens à divers stades biologiques ont été capturés à l'embouchure de la rivière, y compris dans le port de Saint John ainsi qu'en amont, près du barrage de Mactaquac. On a émis l'hypothèse que les esturgeons à museau court adultes en condition de reproduction sont géographiquement séparés des adultes qui ne frayeront qu'au printemps suivant. Toutefois, les poissons reproducteurs et les poissons non reproducteurs ont été observés ensemble dans la rivière Saint-Jean (M. Litvak comm. pers., 2014).
Le barrage de Mactaquac a été construit en 1967. Bien qu'il n'existe aucun mécanisme efficace visant à faciliter le passage d'une espèce vivant au fond de l’eau comme l'esturgeon à museau court au-delà du barrage, aucune preuve scientifique publiée n'indique que l'esturgeon à museau court a franchi le barrage ni avant, ni après sa construction. Cependant, un document sur le vieux fort Meductic (situé à environ 200 km fluviaux près du petit village de Meductic, au sud de Woodstock) lu par le Révérend W. O. Raymond M. A. (1897) devant la Société Historique du Nouveau-Brunswick rapportait que « la chasse dans la région était excellente; le saumon, l'esturgeon, l'achigan, la truite et d'autres poissons abondaient dans les rivières (...). » De plus, des observations anecdotiques d'esturgeons dans la rivière Saint-Jean près de Woodstock ont été rapportées dans les années 1940 et 1950 (LaBillois comm. pers., 2013). Cette information indique la présence d'esturgeons en amont du barrage de Mactaquac avant sa construction; on ignore cependant s'il s'agissait d'esturgeons à museau court ou d'esturgeons noirs, jusqu'où la population s'étendait en amont de la rivière et si une partie de la population continue de vivre en amont du barrage.
Il n'y a eu qu'un seul recensement complet de la population d'esturgeons à museau court occupant l'ensemble de la rivière Saint-Jean en aval du barrage de Mactaquac, et celui-ci a été effectué dans les années 1970. On ne dispose d'aucun renseignement sur la situation de la population avant la construction du barrage de Mactaquac au milieu des années 1960. Dadswell (1979) a estimé la taille de la population adulte à 18 000 individus (+/-30 %) dans le cours inférieur de la rivière Saint-Jean pour la période 1973 à 1977, ainsi que la taille de la population canadienne totale à 100 000 individus au moyen d'une extrapolation de la relation basée sur la mortalité. Au moment de l'étude, la population de la rivière Saint-Jean était considérée comme l'une des plus importantes en Amérique du Nord. Plusieurs estimations partielles de la population plus récentes ont été essayées. On a réalisé une étude de marquage-recapture sur le poisson migrateur capturé dans le cadre du tournoi annuel automnal de pêche d'esturgeons dans la rivière Kennebecasis de 1998 à 2004 et on a estimé une abondance de 2 068 poissons (COSEPAC, 2005; Litvak comm. pers., 2014). Cependant, cette estimation de la population est caractérisée par une grande variabilité interannuelle (801-11 277) probablement attribuable à l'immigration et à l'émigration variables des individus provenant des autres affluents de la rivière Saint-Jean. Par conséquent, malgré les indications d'une population persistante étant donné les prises annuelles à long terme dans le cadre du tournoi de pêche d'esturgeons, cette estimation de la population n'est pas suffisamment précise pour effectuer le suivi des changements d'abondance de la population au fil du temps. D'autres études, visant principalement à repérer et à décrire les habitats d'hivernage, ont également fourni l'occasion d'obtenir une estimation de l’abondance de la population lorsque celle-ci était rassemblée et sédentaire. Ces études d'emplacement unique portant sur l'hivernage de l'esturgeon au confluent des rivières Kennebecasis et Hammond ont permis d'estimer que la population s'élevait à 4 836 poissons en 2005, à 3 852 en 2009 et à 5 222 en 2011 (Li et al., 2007; Usvyatsov et al., 2012c). On croit que ces estimations plus récentes représentent une portion inconnue de la population totale et l'une de plusieurs concentrations d'hivernage possibles. Alors que ces estimations partielles sont instructives, elles ne sont pas facilement comparables avec les estimations historiques à cause des différences en matière d'endroit, de méthodologie, et des périodes de relevés; rendent le suivi des changements liés aux populations difficile. Par conséquent, on ne dispose pas d'estimation actuelle de la population d'esturgeons à museau court pour l'ensemble de l'estuaire maritime de la rivière Saint-Jean depuis 1979, quoiqu’il existe aussi aucune indication de changement de la situation de la population en général (abondance et répartition) depuis les années 1970. Un résumé complet et actuel de ces études portant sur la situation de la population d'esturgeons à museau court de la rivière Saint-Jean se trouve dans le document du MPO (2014).
L'esturgeon à museau court est considéré comme une espèce anadrome ou amphibiotique. Une espèce anadrome migre généralement d'un milieu marin à un milieu d'eau douce aux fins de frai. Toutefois, une espèce amphibiotique migre d'un milieu d'eau douce au milieu marin ou vice versa, mais pas nécessairement aux fins de reproduction. Les populations d'esturgeons à museau court dans toute l'aire de répartition de l'espèce ont tendance à demeurer dans leur bassin hydrographique natal et à effectuer des migrations courtes, mais restreintes vers la mer. La population d'esturgeons à museau court de la rivière Saint-Jean (comme les autres populations nordiques des États-Unis) est définie plus exactement comme étant amphibiotique, étant donné qu'elle a tendance à demeurer principalement dans la rivière et l'estuaire; on l'observe rarement dans le milieu marin de la baie de Fundy.
Le résultat des marées et des importantes inondations printanières le long de la rivière Saint-Jean forme le plus grand complexe de milieux humides du Canada atlantique, lequel comprend des eaux dormantes, des criques, et des marais qui s'étendent jusqu'au barrage de Mactaquac, et de 2 à 5 km au-delà des rives de la rivière Saint-Jean. Leavitt (1995) mentionne qu'il y avait un lieu appelé « Aukpaque » à 5 km en amont de Fredericton, et que le nom de ce lieu signifie « limite de la marée » en langue malécite. L'emplacement de la limite supérieure des eaux de marée sur la rivière Saint-Jean est actuellement défini dans la réglementation sur les pêches comme étant à l’endroit de Crocks Point, située à environ 20 km en amont de Fredericton. Cet emplacement est situé près du McKinley Ferry, un traversier à câbles de fer qui servait à rallier les collectivités situées de chaque côté de la rivière.
L'habitat aquatique dans la rivière Saint-Jean n'a pas été quantifié (Kidd et al., 2011); nous savons tout de même certaines choses sur l'habitat de l'esturgeon à museau court. Dans la rivière Saint-Jean, les esturgeons à museau court adultes se trouvent autant dans les zones d'eau douce que dans les zones subissant l'influence des marées. Bien que le vaste habitat côtier, inondé de façon saisonnière, soit disponible pour l'esturgeon à museau court, on ignore s'il en profite (MPO, 2009).
En général, l'habitat de l'esturgeon à museau court semble comprendre principalement le cours inférieur de la rivière Saint-Jean et ses affluents. Une zone d'habitat de frai importante est située près du barrage de Mactaquac et une zone d'habitat d'hivernage importante se trouve près du confluent des rivières Hammond et Kennebecasis. D'autres zones d'habitat importantes (couloirs de migration, zones de frai, d'hivernage, et d'alimentation) existent probablement dans la rivière Saint-Jean, mais elles doivent être étudiées davantage. On ne sait pas actuellement si des zones d'habitat importantes existent dans la baie de Fundy. De plus amples informations sur l'habitat de l'esturgeon à museau court et les zones d'habitat importantes reconnues dans ce plan de gestion sont présentées ci-dessous.
L'habitat de l'esturgeon à museau court juvénile (c.-à-d. moins de 45 cm de long) se limite essentiellement aux portions d'eau douce et riveraine du cours inférieur de la rivière Saint-Jean. On retrouve des concentrations de juvéniles entre Evandale (46 RKM) et Oromocto (105 RKM) (Dadswell, 1979; figure 3).
Habitat de frai des adultes
La migration de frai de l'esturgeon à museau court adulte débute lorsque la température de l'eau atteint 8 ou 9 °C. Le frai a été observé dans des zones de haut débit à proximité du barrage de Mactaquac, comme en témoigne la présence d'œufs et de larves en nombre important (Usvyatsov et al., 2012b). Le frai a généralement lieu dans des zones où le substrat est de gravier ou de blocs rocheux et où la salinité est faible (proche des conditions d'eau douce), à des températures d'environ 8 à 13 °C et à des débits compris entre 0,4 et 1,0 m³/s (Usvyatsov et al., 2012b). Les œufs sont pondus sur des lits de gravier. Une fois les œufs éclos, les larves sont transportées en aval par les débits qui s'écoulent à partir du barrage de Mactaquac. Ces zones de frai, en aval du barrage de Mactaquac, où le substrat est de gravier ou de blocs rocheux, sont donc considérées comme d'importantes zones d'habitat pour l'esturgeon à museau court. Le frai pourrait aussi se produire ailleurs dans le réseau hydrographique de la rivière Saint-Jean, mais il n'existe à l'heure actuelle aucune preuve documentaire permettant de corroborer cette hypothèse.
L'esturgeon à museau court hiverne dans les tronçons inférieurs du réseau hydrographique de la rivière Saint-Jean, où la salinité peut atteindre 20 parties par milliers (ppm). Des concentrations d'esturgeon à museau court en hivernage ont été confirmées dans une petite zone au confluent des rivières Kennebecasis et Hammond, où la salinité avoisine zéro, même à marée haute (Li et al., 2007; Usvyatsov et al., 2012c) (figure 4). À cet endroit, les marées, les fonds presque plats et les vastes barres de sable semblent offrir à l'esturgeon à museau court les conditions d'hivernage parfaites. Les esturgeons à museau court se regroupent sur le substrat sablonneux de cette zone, à des profondeurs de 3,1 à 6,9 m, et préfèrent les portions les plus profondes de la zone. Cette zone d’hivernage peut être une importante zone d'habitat pour l'esturgeon à museau court, et toute perturbation qui pourrait altérer la composition du substrat pourrait avoir un effet négatif sur l'habitat et sur sa fréquentation par le poisson. Bien que plusieurs autres sites d'hivernage ont été signalés dans des études précédentes (Dadswell, 1979, 1984), aucun d'entre eux n'a été confirmé dans le cadre d'études de marquage récentes (Li et al., 2007).
La figure 4 est une série de trois cartes parallèles (a, b et c) de différentes résolutions, qui présente la carte précédente en plus gros vue. La carte « a » indique l'emplacement de la côte atlantique et les provinces maritimes du Canada, de même que le Québec et le Maine. La carte « b » indique le cours inférieur de la rivière Saint-Jean et la rivière Kennebecasis (avec un rectangle qui représente le lieu d'échantillonnage). La carte « c » indique le confluent des rivières Kennebecasis et Hammond, où les esturgeons à museau court hivernants ont été échantillonnés par Usvyatsov et al. en 2009 et en 2011 (tel qu'il est publié dans Usvyatsov et al. 2012). Les flèches qui se trouvent sur la carte « c » montrent la direction du débit de la rivière.
Figure 4 . Le confluent des rivières Kennebecasis et Hammond, où les esturgeons à museau court hivernants ont été échantillonnés par Usvyatsov et al. (2012c)11. Flèches = direction du débit de la rivière. Rectangle blanc = lieu d'échantillonnage).
Dans la rivière Saint-Jean, l'esturgeon à museau court peut être observé dans des eaux dont la salinité varie grandement, et ce, à différents moments de l'année et à différents stades biologiques. Il fraye près du barrage de Mactaquac, où la salinité avoisine zéro, ce qui laisse croire que les œufs et les larves requièrent des conditions d'eau douce pour survivre. Il hiverne dans les tronçons inférieurs de la rivière, où la salinité peut atteindre 20 ppm ainsi que dans la rivière Kennebecasis, ou la salinité avoisine 0 ppm. La présence de l'esturgeon à museau court a aussi été documentée dans le port de Saint John, en aval des chutes réversibles, où la salinité est encore plus élevée. L'observation récente de l'esturgeon à museau court dans le bassin Minas démontre également que l'espèce peut tolérer des taux de salinité plus élevés, quoique ces occurrences sont rares. Des études concernant les effets de la salinité sur la croissance de l'espèce ont en outre démontré que ses jeunes ont une meilleure croissance en eau douce, ce qui corrobore les observations selon lesquelles les plus jeunes juvéniles démontrent une préférence pour des conditions de salinité faible.
Tel qu'il est indiqué à la section 3.3.1, la migration de frai de l'esturgeon à museau court adulte débute au printemps, lorsque l'eau atteint une température de 8 ou 9 °C. De plus, le frai se produit généralement à des températures de 8 à 13 °C (Usvyatsov et al., 2012b). Des études en laboratoire ont démontré que l'esturgeon à museau court tolère une grande fourchette de températures et que ses performances de nage varient peu selon qu'il se trouve dans des eaux plus chaudes ou plus froides (Deslauriers et Kieffer, 2012). Néanmoins, ses performances diminuent sous les 10 °C et atteignent un plateau entre 15 et 25 °C. Il semble que 25 °C pourrait constituer la limite de tolérance supérieure, puisque des individus sont rarement observés dans des eaux excédant cette température.
Nous n'avons que peu d'information concernant les effets de la concentration en oxygène sur l'esturgeon à museau court au Canada, mais selon des études menées aux États-Unis, les esturgeons sont sensibles aux conditions de faible concentration d'oxygène (Secor et Niklitschek, 2002). Quoique non spécifiques à l'esturgeon, les niveaux de concentration acceptables pour les poissons aux premiers stades biologiques sont de 9,5 mg/L en eau froide et de 6 mg/L en eau chaude (Conseil canadien des ministres de l'environnement [CCME], 1999). Kidd et al. (2011) ont constaté qu'au cours des dernières années, les niveaux d'oxygène dans la rivière Saint-Jean en aval du barrage de Mactaquac étaient d'environ 9 à 10 mg/L, ce qui est nettement supérieur aux niveaux observés dans les années 1960 (approx. 7 mg/L). Ce changement est en grande partie attribuable à l'amélioration de la gestion des déchets dans les installations industrielles et du traitement des eaux usées dans les municipalités. Des études en captivité ont démontré que l'esturgeon à museau court est capable de survivre pendant au moins de courtes périodes (heures ou jours) à de faibles concentrations d'oxygène de 4 mg/L ou à une concentration inférieure d'oxygène dans l'eau chaude de 15 à 19 °C (Barry comm. pers., 2014).
Une évaluation des menaces potentielles et existantes sur la population d'esturgeons à museau court de la rivière Saint-Jean figure au tableau 3, et est expliquée plus en détail dans la section 4.2. Cette évaluation s'appuie sur l'évaluation de la situation des espèces du COSEPAC (COSEPAC, 2005) ainsi que sur des discussions subséquentes avec des spécialistes de l'esturgeon à museau court. Comme il a été mentionné précédemment, les interdictions de la LEP et la nécessité de déterminer et de protéger l'habitat essentiel ne s'appliquent pas aux espèces préoccupantes. De plus, selon le COSEPAC (2005), il n'existe aucune menace immédiate susceptible d'entraîner l'élimination de l'espèce dans une très courte période de temps. Un examen récent de la situation de la population a permis de conclure que rien n'indique que la situation générale (abondance et répartition de la population) de l'esturgeon à museau court de la rivière Saint-Jean a changé depuis les années 1970 (MPO, 2014). Par conséquent, les menaces identifiées sont celles où la gestion appropriée de l'espèce et de son habitat pourrait être nécessaire pour veiller à ce que l'esturgeon à museau court ne devienne pas une espèce menacée ou en voie de disparition. Les niveaux de préoccupation attribués aux diverses menaces sont hiérarchisés de manière interdépendante et reflètent des priorités de gestion fondées sur nos connaissances actuelles, mais limitées, de ces menaces et leur incidence sur la population. Dans cette optique, les prises accessoires lors de la pêche commerciale (notamment dans des filets maillants fixes) ainsi que la disponibilité et la qualité de l'habitat découlant des installations hydroélectriques (le barrage de Mactaquac) sont considérées comme les menaces les plus préoccupantes, suivies de la pêche récréative dirigée. Le niveau de connaissances (c.-à.-d. degré de preuves) à l'égard d'une menace donnée se reflète dans les certitudes causales lui étant associées (voir la définition des titres des colonnes dans les notes sous le tableau 3 pour de plus amples détails sur ces critères de classification). Bien qu'il ne s'agisse pas d'une menace directe à l’espèce, le manque de connaissances représente une limite importante à la gestion de l'esturgeon à museau court, étant donné que plusieurs des menaces qui pèsent sur lui sont encore mal comprises, et ce, malgré la meilleure compréhension de la biologie de l'espèce. C'est l'évaluation des menaces nous permet de classer par ordre de priorité les mesures de gestion recommandées.
Le tableau 3, intitulé Évaluation des menaces pour l'esturgeon à museau court, présente une évaluation des menaces potentielles et existantes pesant sur la population d'esturgeons à museau court dans la rivière Saint-Jean. Ce tableau est composé de sept colonnes et se lit horizontalement. Les titres des colonnes du tableau, de gauche à droite, sont les suivants : Menace, Niveau de préoccupation, Étendue, Occurrence, Fréquence, Gravité et Certitude causale. La colonne des menaces décrit l'activité précise qui présente une menace pour la conservation de l'esturgeon à museau court. Celle du niveau de préoccupation indique si la gestion de la menace est préoccupante à un degré élevé, moyen ou faible pour la conservation de l'espèce. Le niveau de préoccupation attribué à chaque menace prend en compte l'évaluation de tous les renseignements contenus dans les autres colonnes du tableau. Des explications supplémentaires sur certains de ces critères et sur certaines de leurs valeurs sont fournies dans les notes de bas de page qui suivent le tableau. Les menaces sont regroupées en trois principales catégories, qui sont séparées par des sous-titres dans le tableau. Cinq menaces sont exposées sous les menaces pesant sur l'habitat. Six menaces sont exposées sous les menaces Mortalité directe et prélèvements. Trois menaces sont exposées sous le sous-titre Autres menaces.
Degré de préoccupation1a
Étendue2a
Occurrence3a
Fréquence4a
Gravité5a
Certitude causale6a
Menace pesant sur l'habitat
Installations hydroélectriques (barrage de Mactaquac) Élevée Localisée Actuelle Saisonnière Inconnue Moyenne
Ruissellement agricole Faible Généralisée Actuelle Saisonnière Inconnue Faible
Activités industrielles Faible Généralisée Actuelle Continue Inconnue Faible
Foresterie Faible Localisée Actuelle Continue Inconnue Faible
Développement urbain Faible Localisée Actuelle Continue Inconnue Faible
Menace de mortalité directe et prélèvements
Prises accessoires dans le cadre de la pêche commerciale Élevée Généralisée Actuelle Saisonnière Inconnue Moyenne
Pêche récréative dirigée Moyenne Localisée Actuelle Saisonnière Inconnue Faible
Prises accessoires dans le cadre de la pêche récréative Faible Généralisée Actuelle Saisonnière Inconnue Faible
Pêches autochtones Faible Localisée Actuelle Saisonnière Inconnue Faible
Prélèvements aux fins d'aquaculture Faible Localisée Actuelle Saisonnière Inconnue Faible
Prélèvements aux fins scientifiques ou à d'autres fins Faible Généralisée Prévue Inconnue Faible Faible
Pêche illégale Faible Inconnue Actuelle Inconnue Inconnue Faible
Échappement d’hybrides Faible Localisée Inconnue Inconnue Inconnue Faible
Espèces non indigènes envahissantes Faible Généralisée Actuelle Inconnue Inconnue Faible
Maladie Faible Inconnue Inconnue Inconnue Inconnue Faible
1aDegré de préoccupation: signifie que l'importance de la gestion de la menace est élevée, moyenne ou faible pour le rétablissement de l'espèce. Ce critère tient compte de l'évaluation de toute l'information contenue dans le tableau.
2aÉtendue : indique si les renseignements relatifs aux menaces portent sur un site spécifique ou sur une partie restreinte (localisée) de l'aire de répartition de l'espèce, ou s'ils portent sur l'ensemble ou sur une partie importante de l'aire de répartition de l'espèce (généralisée).
3aOccurrence : indique si la menace est historique (a contribué au déclin, mais ne touche plus l'espèce), courante (touche l'espèce actuellement), imminente (devrait toucher l'espèce très bientôt), anticipée (pourrait toucher l'espèce dans l'avenir) ou inconnue (on ignore si la menace est actuellement présente, mais il s'agit quand même d'une menace réelle).
4aFréquence : définit l'étendue de la menace sur une année (saisonnière, parce que la présence de l'espèce est saisonnière ou que la menace n'est présente qu'à certaines périodes de l'année; récurrente; continue).
5aGravité : rend compte des effets sur la population (élevée, effets très importants; modérée; faible; inconnue).
6aCertitude causale : représente les preuves connues à l'égard de la menace (élevée, des preuves scientifiques solides établissent un lien causal et permettent de quantifier les effets sur les populations; moyenne, des preuves scientifiques établissent un lien entre la menace et les stress touchant les populations; faible, un lien est possible et peu de preuves indiquent que la menace a entraîné un stress chez les populations).
4.2 Description des menaces et des limites
Installations hydroélectriques: barrage de Mactaquac
Les répercussions du barrage de Mactaquac sur l'habitat de l'esturgeon à museau court constituent l'une des menaces les plus préoccupantes pour cette espèce. Le barrage limite peut-être l'accès aux habitats en amont de la rivière, et le régime de gestion des eaux pourrait influer sur le frai et sur la survie des individus au début de leur cycle biologique. De plus amples renseignements sur ces répercussions sont présentés plus bas. Un haut niveau de préoccupation est attribué au barrage, à cause de l'incertitude associée à cette menace. Des études scientifiques visant à évaluer les répercussions possibles du barrage sont considérées comme des mesures de conservation hautement prioritaires (section 6.3). À l'heure actuelle, aucun plan n'est en place pour gérer ou restaurer les débits environnementaux12 dans la rivière Saint-Jean, mais une étude de grande envergure portant sur les écosystèmes aquatiques est en cours en vue d'éclairer une décision d'ici 2017 quant à l'avenir de la centrale hydroélectrique de Mactaquac. Les résultats de ces études scientifiques peuvent également orienter l'élaboration de mesures d'atténuation des menaces pour l'esturgeon à museau court. Consultez les mesures achevées ou en cours à la section 6.1 du présent document pour obtenir plus de détails sur l'étude des écosystèmes aquatiques.
Disponibilité de l'habitat : La construction de barrages sur des rivières importantes de l'Amérique du Nord est réputée pour avoir des répercussions négatives sur les espèces anadromes. Sur la rivière Saint-Jean, la construction du barrage hydroélectrique de Mactaquac, qui a eu lieu entre 1964 et 1968, a limité l'accès aux habitats en amont du barrage à plusieurs espèces de poissons. Bien qu'il y ait plusieurs autres barrages hydroélectriques sur la rivière Saint-Jean, le barrage de Mactaquac est le barrage le plus en aval et limite l'accès à approximativement 75 % du réseau hydrographique (figure 5). Le témoignage anecdotique laisse entendre que l'esturgeon était présent en amont du barrage de Mactaquac avant sa construction; cependant, comme l'esturgeon à museau court et l'esturgeon noir n'étaient pas distingués dans les dossiers des pêches avant 1957, on ne sait pas très bien si ces observations comprenaient l'esturgeon à museau court. Depuis la construction du barrage, aucune observation d'esturgeon à museau court n'a été enregistrée en amont du barrage. Un ascenseur à poissons a mis été en place tout au long du cycle de vie du barrage, mais il n'a jamais capturé d'esturgeon à museau court. Cela n'est sans doute pas surprenant, étant donné que l'ascenseur à poissons est un dispositif de collecte spécifiquement conçu pour intercepter le saumon de l'Atlantique (Salmo salar), et non pas les poissons de fond comme les esturgeons. Il semble plausible que l'esturgeon à museau court ait occupé la rivière en amont du barrage avant la construction de ce dernier. Si tel est le cas, le barrage représente un bloquage d’accès à une zone d'habitat convenable entre le barrage de Mactaquac et le prochain barrage impraticable sur la rivière Saint-Jean (figure 5).
Débits : Le débit d'une rivière à une incidence sur sa vitesse d'écoulement, sa profondeur, sa largeur, sa température, les niveaux d'oxygène, la forme du canal et les mouvements des sédiments (Kidd et al., 2011). Ainsi, le débit est un important indicateur de la qualité de l'habitat pour une espèce donnée. Les débits de la rivière Saint-Jean sont décrits dans Kidd et al. (2011), en particulier ceux qui sont liés aux effets du barrage de Mactaquac. Comme l'esturgeon à museau court fraie à proximité immédiate du barrage, les premiers stades biologiques de l’espèce peuvent être vulnérables aux changements des conditions de la rivière dus aux opérations du barrage qui modifient les débits. Les changements dans les débits et dans les températures peuvent nuire à la qualité de l'habitat en vue du frai et de l'incubation des œufs. Les fortes turbulences, ainsi que la fluctuation des débits et des niveaux d'eau peuvent poser un risque pour les larves de poissons (Caroffino et al., 2010). Usvyatsov et al. (2012b) ont constaté que les opérations du barrage pourraient produire des fluctuations importantes dans les débits immédiatement en aval du barrage de Mactaquac, dans une aire de frai importante pour l'esturgeon à museau court. On ignore jusqu'à quel point la température, les débits et les fluctuations du niveau d'eau peuvent nuire au frai de l'esturgeon à museau court et à la survie des individus au début de leur cycle biologique dans la rivière Saint-Jean. En captivité, les larves d'esturgeons à museau court de la rivière Saint-Jean sont très vulnérables aux changements de débit, aux changements de température de 2 à 5 oC et à l'ajout de particules dans l'eau (Barry comm. pers., 2014). L'esturgeon à museau court a néanmoins continué de frayer avec succès immédiatement en aval du barrage de Mactaquac depuis sa construction. La courbe en forme de cloche illustrant la répartition en fonction de la taille des captures d'esturgeon à museau court entre 1998 et 2002 montre la capacité de frai et de recrutement de l'espèce au cours des quelques dernières décennies.
La figure 5 est une carte présentant le bassin de la rivière Saint-Jean qui indique l'emplacement des barrages hydroélectriques et d'autres barrages. La carte présente et situe onze barrages hydroélectriques dans le réseau hydrographique de la rivière Saint-Jean. Le barrage de Mactaquac est représenté par le numéro 1. Tous les autres barrages hydroélectriques sont situés au-dessus du barrage de Mactaquac et ils sont numérotés de manière consécutive montant le long du bras principal de la rivière. Environ 120 autres barrages plus petits sont dispersés un peu partout dans le bassin hydrographique et indiqués par un point.
Figure 5 . Barrages hydroélectriques et autres barrages dans le bassin de la rivière Saint-Jean (Kidd et al., 2011)
Foresterie, ruissellement agricole, activités industrielles et développement urbain
La période des années 1900 aux années 1960 a été caractérisée par une industrialisation croissante sur la rivière Saint-Jean, et par l'augmentation du développement urbain, de la foresterie, de l'agriculture et des pratiques industrielles. Ces types d'activités et de développement humains ont contribué à l'envasement, à l'eutrophisation et à l'augmentation des concentrations de contaminants, ce qui a mené à une très forte pollution de certaines étendues de la rivière Saint-Jean (Kidd et al., 2011). Bien que la qualité de l'eau se soit considérablement améliorée dans le réseau hydrographique de la rivière Saint-Jean depuis les années 1970 en raison du durcissement des lois en matière de pollution et des investissements dans le traitement des eaux usées par les municipalités et les industries (COSEPAC, 2005; Kidd et al., 2011), ces mêmes types d'activités sont en cours et elles ont le potentiel d'avoir une incidence sur l'esturgeon à museau court et sa gestion.
Comptant cinq usines de pâtes et papiers à divers emplacements le long de la rivière, l'industrie forestière est largement présente. La vallée de la rivière Saint-Jean est aussi une région agricole productive où sont installées quatre usines de transformation de la pomme de terre. On retrouve également deux villes le long de la rivière Saint-Jean en aval du barrage de Mactaquac, soit Fredericton, qui compte 56 000 habitants, et Saint John, qui en compte 70 000 (Statistique Canada, 2011) (figure 5). Plusieurs villes de taille moins importante longent aussi la rivière et toutes possèdent des infrastructures de traitement, à divers niveaux, des eaux usées. Ces stations d'épuration sont équipées de dispositifs de trop-plein, mais ils ont rarement été employés. Un certain pourcentage des eaux d'égout de la ville de Saint John est rejeté dans l'embouchure de l'estuaire sans être traité, mais la plupart des esturgeons à museau court se retrouvent plus en amont. Kidd et al. (2011) ont constaté que la plupart des problèmes restants (envasement, ruissellement agricole) sur la rivière Saint-Jean ont lieu dans des zones en amont du barrage de Mactaquac. Leurs effets en aval sont inconnus et Kidd et al. (2011) n'ont pas établi de corrélation directe entre l'évaluation du bassin hydrographique de la rivière Saint-Jean et le statut de l'esturgeon à museau court. Le text qui suit présente une description des menaces associées avec les activités décrites ci-dessus. Compte tenu de l'état actuel d'amélioration de la qualité de l'eau et des règlements, ainsi que de leur incidence potentielle sur l'esturgeon à museau court, ces menaces sont actuellement considérées comme suscitant un faible degré de préoccupation.
Eutrophisation : Les déversements des usines de pâte à papier, la sylviculture, l'agriculture et les égouts municipaux peuvent causer l'eutrophisation et mener ainsi à de faibles niveaux d'oxygène. Aux États-Unis, Collins et al. (2000) ont émis l'hypothèse que la détérioration de la qualité de l'eau avait une incidence sur la production d'esturgeons à museau court juvéniles dans les zones d’alvelinage et que les faibles niveaux d'oxygène en particulier pourraient créer un goulot d'étranglement limitant le recrutement. Au cours des années 1970, dans la rivière Saint-Jean, on constatait vers la fin de l'été une mortalité massive d'esturgeons et d'autres espèces dans les zones eutrophiques de l'estuaire étouffées par la végétation. Ces événements ont été attribués à l'appauvrissement en oxygène causé par des charges en nutriments élevées et à la prolifération de la végétation. La hausse des températures de l'eau peut accélérer le processus d'eutrophisation. Cependant, la rivière Saint-Jean se trouve à l'extrémité septentrionale de l'aire de répartition de l'esturgeon à museau court, où la température de l'eau est généralement plus fraîche et les niveaux d'oxygène plus élevés qu'ailleurs dans l'aire de répartition.
Comme il a été indiqué ci-dessus, la qualité de l'eau de la rivière Saint-Jean s'est grandement améliorée depuis les années 1970. Dans leur rapport sur l'évaluation environnementale du système hydrographique de la rivière Saint-Jean, Kidd et al. (2011) ont conclu que comme la majeure partie de la rivière n'est pas développée (83 % de forêts et 5 % de zones humides), les effects urbains sont relativement mineur (figure 6). Les faibles concentrations d'oxygène sont un problème moins grave que dans d'autres réseaux hydrographiques hébergeant des populations d'esturgeon. En fait, les concentrations d'oxygène dans les tronçons inférieurs de la rivière Saint-Jean se sont améliorées au cours des dernières années (Kidd et al., 2011).
Contaminants : Les pratiques industrielles (p. ex. les usines de pâte à papier), les activités urbaines, l'agriculture et la foresterie influent sur la concentration de contaminants dans la rivière Saint-Jean. La longue durée de vie et les habitudes alimentaires benthiques de l'esturgeon à museau court peuvent lui en faire une espèce sensible aux effets néfastes de la bioaccumulation de métaux lourds et d'autres substances toxiques comme le mercure, le DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane) et les BPC (biphényles polychlorés) (voir Dadswell,1976b pour connaître les teneurs précises chez l'esturgeon à museau court à l'époque). Kocan et al. (1996) ont étudié les effets du lexivat de goudron de houille (hydrocarbures aromatiques polycycliques [HAP]) sur le développement de l'embryon et de la larve de l'esturgeon à museau court et ont découvert que l'exposition résultait en une mortalité extrêmement élevée dans les 18 jours suivant l'exposition. De tels effets n'ont pas été observés dans le réseau hydrographique de la rivière Saint-Jean. La qualité de l'eau est généralement meilleure en aval de la ville de Fredericton qu'ailleurs sur la rivière en raison de l'absence de barrages et du fait que les activités industrielles et agricoles y sont réduites (Kidd et al., 2011). Toutefois, dans certains secteurs en amont du barrage de Mactaquac, plus précisément Edmundston-Grand-Sault et Florenceville-Woodstock, la qualité de l'eau est relativement mauvaise (Kidd et al., 2011). Les répercussions potentielles de ces zones sur la qualité de l'eau en aval sont inconnues. Le déversement accidentel de toxines ou d'autres polluants pourrait avoir une incidence négative sur la population d'esturgeon à museau court de la rivière Saint-Jean. Cependant, aucune preuve documentée indique qu'à l'heure actuelle, de fortes concentrations de contaminants nuisent à l'esturgeon à museau court ou à son habitat.
La figure 6 est un diagramme à secteurs présentant les divers pourcentages de l'utilisation des terres dans le bassin de la rivière Saint-Jean. Voici les secteurs du diagramme : 83 % – foresterie, 6 % – agriculture, 5 % – terres humides, 2 % – eau, 2 % – aménagement et 2 % – autre.
Figure 6 . Utilisation des terres dans le bassin de la rivière Saint-Jean, Nouveau-Brunswick (Kidd et al., 2011; données du ministère de l'Environnement du Nouveau-Brunswick, 2007)
Prises accessoires dans le cadre de la pêche commerciale
Les prises accessoires dans le cadre de la pêche commerciale (notamment dans des filets maillants fixes) sont considérées comme hautement préoccupantes et figurent parmi les menaces classées les plus élevées pour l'esturgeon à museau court. Plusieurs types de pêche commerciale dans la rivière Saint-Jean sont susceptibles de capturer accidentellement l'esturgeon à museau court. Bien que l'esturgeon à museau court soit un poisson résilient et que la plupart sont remis à l'eau vivants, les répercussions des prises accessoires peuvent comprendre les effets de mortalité directe ou indirecte, y compris les modifications du comportement, la mortalité ou les blessures après la remise à l'eau.
Aucune pêche commerciale à l'esturgeon à museau court n'a actuellement lieu dans la rivière Saint-Jean et l'espèce est en grande partie protégée par une loi fédérale qui limite la rétention de tous les esturgeons (à museau court et noir) dans la rivière Saint-Jean aux individus excédant 120 cm de longueur totale (LT). Néanmoins, un niveau inconnu de prises accessoires d'esturgeons à museau court dans le cadre de la pêche commerciale à l'esturgeon noir, à l'anguille d'Amérique (Anguilla rostrata), à l'alose (p. ex. le gaspareau[Alosa spp.] et à l'alose savoureuse [Alosa sapidissima]) peut entraîner une certaine mortalité. La pêche commerciale de plusieurs de ces espèces est effectuée à l'aide de filets maillants. La pêche au filet maillant se fait à l'aide d'un filet suspendu sous l'eau. Les poissons nagent dans le filet et sont pris lorsque leurs branchies ou leur corps s'emmêlent dans les mailles des filets. Les filets maillants actuellement installés à certains endroits comme la zone en amont et en aval des chutes réversibles constituent la préoccupation principale, car ils pourraient provoquer directement la mortalité d'esturgeons à museau court.
Pêche à l'esturgeon noir : la pêche commerciale de l'esturgeon noir au filet maillant a commencé sur la rivière Saint-Jean en 1880 (MPO, 2013). On compte actuellement quatre détenteurs de permis de pêche commerciale de l'esturgeon noir dans la rivière Saint-Jean et les quatre sont en activité. Ce permis est non transférable et, à moins d'un changement de politique, expirera quand le détenteur cessera ses activités. L'esturgeon noir ne peut être pêché commercialement qu'à l'aide de filets maillants dont la taille est d'au moins 330 mm (13 po). Ce règlement a été mis en œuvre pour réduire les prises d'esturgeons juvéniles et empêcher les prises accessoires d'autres espèces telles que l'esturgeon à museau court. L'esturgeon à museau court, qui excède rarement 120 cm, est généralement assez petit pour passer à travers des mailles de 330 mm.
Pêches à l'alose : Pêches et Océans Canada (MPO) a délivré 85 permis de pêche commerciale pour la pêche au gaspareau et 74 permis pour la pêche à l'alose savoureuse dans la rivière Saint-Jean (MPO Région des Maritimes, Division des Licences). Un total de 38 et 37 licences respectivement sont dans le comté de Saint John (c.-à-d., la zone du port de Saint-Jean en amont et en aval des chutes réversibles), bien que, à l'exception de 5 licences, les licences d'alose et gaspareau dans cette zone sont détenus par les mêmes personnes. Les prises accessoires d'esturgeons à museau court dans le cadre de la pêche commerciale à l'alose n'ont pas été signalées de manière rigoureuse (p. ex. journaux de bord du MPO). Des signalements non confirmés indiquent que des esturgeons à museau court sont accidentellement capturés aux filets maillants fixes et dérivants qu'on utilise dans ces pêches. Des pêcheurs ont indiqué capturer des esturgeons noirs à l'occasion (MPO, données inédites). Certaines de ces captures pouvaient en fait être des esturgeons à museau court, particulièrement vulnérables à la capture lors de leur migration de frai printanière, qui coïncide avec la montaison du gaspareau. Bien qu'on ait rapporté que les esturgeons à museau court capturés lors des pêches à l'alose sont le plus souvent relâchés sains et saufs, les captures dans des filets maillants fixes ou ancrés, dans des zones de forts courants comme la zone en amont et en aval des chutes réversibles, pourraient occasionner chez l'esturgeon des interruptions de montaison ou des mortalités directes beaucoup plus élevées qu'avec des filets maillants dérivants (ASSRT, 2007). Dans le port de Saint John, les pêches à l'alose savoureuse et au gaspareau sont principalement faites au filet maillant fixe.
Pêche à l'anguille d'Amérique : la pêche commerciale à l'anguille d'Amérique dans la rivière Saint-Jean est effectuée à l'aide de verveux et de casiers à anguille appâtés. Les deux méthodes permettent la remise à l'eau vivant des prises accessoires. Des pêcheurs commerciaux ont indiqué que des esturgeons à museau court juvéniles étaient parfois capturés accidentellement lors de cette pêche. Les informations concernant la capture d'adultes sont moins claires, mais compte tenu de la taille et de l'emplacement des verveux déployés, il est possible que des esturgeons à museau court soient capturés. Toutefois, les chiffres réels des pêches accessoires n'ont pas été déclarés. Les mesures prises pour établir le nombre d'individus capturés accessoirement et relâchés ainsi que le nombre de captures annuelles résultant en mortalité contribueront à informer les futures décisions de gestion.
Outre la mortalité directe d'esturgeons à museau court dans le cadre de la pêche commerciale, les individus capturés et relâchés dans le cadre de cette pêche sont aussi sujets à des effets indirects, y compris le stress, les changements de comportement, la mortalité après la remise à l'eau ou les blessures. L'esturgeon à museau court démontre moins d’épuisement après la capture dans un filet maillant par rapport aux autres espèces de poissons. Cela pourrait signifier que cette espèce est plus tolérante à la capture et qu'elle a de meilleures chances de survie après la remise à l'eau. Cependant, l’évidence suggère que dans certaines rivières américaines, la capture et la remise à l'eau durant la migration de frai pourrait avoir comme effets secondaires l'interruption du frai et l'abandon de la migration (NMFS, 1998), mais de tels effets sur l'esturgeon à museau court de la rivière Saint-Jean n'ont pas été étudiés. Baker et al. (2008) ont examiné les conséquences physiologiques de la capture dans les filets maillants et de la manipulation d'une espèce étroitement apparentée, l'esturgeon jaune (Acipenser fulvescens). Lors d'expériences de marquage, des paramètres hématologiques élevés indicateurs de stress ont été observés chez les poissons capturés; cependant, les valeurs sont revenues à la normale en trois jours, ce qui indique un rétablissement. Ces résultats ne peuvent être directement liés à l'esturgeon à museau court, mais ils indiquent cependant qu'une espèce lui étant étroitement liée est capable de tolérer la capture dans des filets maillants et d'être retirée de l'eau pour de courtes périodes.
Les estimations de prise accessoire ou de la mortalité attribuable à la prise accessoire d'esturgeon à museau court dans la rivière Saint-Jean n'ont pas été calculées récemment, mais une estimation historique effectuée par Dadswell (1979) a indiqué que 7 % de la mortalité attribuable à la prise accessoire des esturgeons à museau court a été causée par les pêches commerciales au filet maillant de l'époque. Aux États-Unis, la mortalité attribuable à la prise accessoire de l'esturgeon noir e été estimée pour différents engins et différentes pêcheries ciblées (ASSRT, 2007), fournissant une indication de l'ampleur de la mortalité attribuable à la prise accessoire généralement observée lors des pêches à l'esturgeon, quoique pour une espèce différente et dans un habitat différent. Aux États-Unis, la mortalité attribuable à la prise accessoire lors des pêches à l'alose savoureuse aux filets maillants (une pêche ayant également lieu dans la rivière Saint-Jean) variait entre 4 et 16 %.
Prises accessoires dans le cadre de la pêche récréative
Les prises accessoires d'esturgeons à museau court lors des pêches récréatives à l'esturgeon et au bar rayé (Morone saxatilis) représentent une menace suscitant un faible niveau de préoccupation, l'espèce ciblée lors de la pêche à l'esturgeon étant habituellement l'esturgeon noir. Le taux de conservation de l'esturgeon à museau court dans le cadre de ces deux types de pêche n'est donc pas considéré comme un problème. Les engins utilisés pour la pêche récréative permettent une remise à l'eau plus fréquente et une réduction des effets indirects. De plus, les leurres de fond, qui sont nécessaires à la capture de l'esturgeon, sont peu utilisés pour la pêche récréative au bar rayé. Une pêche récréative saisonnière à l'esturgeon noir sur la rivière Saint-Jean attire les pêcheurs qui doivent remettre à l'eau tous les esturgeons mesurant moins de 120 cm LT. La saison de cette pêche se déroule du 1er janvier au 31 mai, et du 1er juillet au 31 décembre. Conformément au Règlement de pêche des provinces maritimes, aucune limite de prises quotidiennes ou de limite de possession n'est fixée pour cette pêche, et seuls les esturgeons excédant une longueur totale de 120 cm LT peuvent être conservés. Des esturgeons à museau court sont parfois capturés au cours de cette pêche ainsi que lors de la pêche récréative au bar rayé. Bien que les prises accessoires soient peu probables, il arrive que certains esturgeons à museau court capturés puissent être légalement conservés. Les informations concernant la répartition selon la taille font référence à la longueur à la fourche (LF), tandis que la réglementation sur les pêches fait référence à la longueur totale (LT). Comme la longueur à la fourche d'un poisson est moindre que sa longueur totale, une restriction sur la rétention des esturgeons mesurant moins de 120 cm LT permettra la conservation de certains esturgeons à museau court. La répartition selon la taille des espèces capturées entre 1998 et 2002 dans le cadre de l'échantillonnage du tournoi de pêche d'esturgeons (Litvak comm. pers., 2013) laisse également entendre que certains esturgeons à museau court dépasseront cette restriction de longueur.
Pêche récréative dirigée(tournoi)
En plus de la pêche récréative, le Pickwauket Lions Club of Hampton au Nouveau-Brunswick organise annuellement un tournoi de pêche avec remise à l'eau (« The Great Sturgeon Hunt »). Ce tournoi se déroule en octobre sur la rivière Kennebecasis, un secteur dans lequel les esturgeons à museau court se rassemblent pendant l'hiver. Le tournoi cible particulièrement l'esturgeon à museau court, compte tenu du lieu et du moment où il se déroule. Le nombre de participants dépasse largement la centaine et le nombre de prises annuelles varie entre 40 et 60 poissons (selon les données de 2011 et 2012, Pickwauket Lions Club, 2014). Cet événement annuel se poursuit depuis près de trente ans sans observation de mortalité directe; cependant, la mortalité directe ou après la remise à l'eau et les blessures n'ont jamais été quantifiées. Cette activité est considérée comme une menace présentant un degré de préoccupation moyen, étant donné que les interactions avec les poissons sont directes (p. ex. l'hameçonnage et la manipulation), nombreuses, et peuvent produire des effets indirects ou après la remise à l'eau.
L'esturgeon noir et l'esturgeon à museau court sont des espèces à valeurs alimentaires, sociales et rituelles (ASR) chez les autochtones. Les pêches autochtones ASR sont gérées par la délivrance de permis en vertu du Règlement sur les permis de pêche communautaires des Autochtones (SOR/93-322). En outre, certains projets financés en vertu de la Stratégie relative aux pêches autochtones et des programmes du Fonds autochtone pour les espèces en péril peuvent contribuer à la gestion de ces espèces. Deux organisations autochtones du Nouveau-Brunswick ont des allocations de pêche ASR pour l'esturgeon noir et l'esturgeon à museau court dans la rivière Saint-Jean, qui font l'objet de négociations annuelles. Les conditions comprennent certaines restrictions sur le type d'engin utilisé, la méthode et les saisons de pêche. De plus, des limites de prises quotidiennes individuelles pour chaque espèce d'esturgeon sont fixées, bien que la déclaration par espèce n'est pas toujours assurée. Le niveau de préoccupation associée aux prélèvements ASR est faible, puisque les allocations annuelles à ces fins pour cette espèce ne sont pas actuellement considérables.
Prélèvements aux fins d'aquaculture
Les deux exploitants en aquiculture au Nouveau-Brunswick faisant l'élevage de l'esturgeon à museau court pour la vente commerciale ont préalablement obtenu des esturgeons à museau court sauvages conformément à des autorisations écrites ou à des permis délivrés en vertu de la Loi sur les pêches ou du Règlement de pêche (dispositions générales) [SOR/93-53]. Ces installations ont maintenant établi leur propre stock de géniteurs à l'aide de poissons prélevés à l'état sauvage, et le MPO n’est pas au courant de nouveaux besoins immédiats de prélèvement d'individus sauvages. En conséquence, le degré de préoccupation pour cette menace est jugé faible à l'heure actuelle, mais il devrait être reconsidéré si d'autres demandes de prélèvements d'individus sauvages étaient reçues.
Prélèvements à des fins scientifiques ou à d'autres fins
Le MPO n’est pas au courant de besoin immédiat de prélèvement d'individus sauvages à des fins scientifiques, à des fins éducatives, aux fins de recherche, ou pour des expositions publiques; toutefois, tout prélèvement d'individus sauvages nécessiterait un permis en vertu de l'article 52 du Règlement de pêche (dispositions générales). En conséquence, le degré de préoccupation pour cette menace est jugé faible à l'heure actuelle, mais les demandes de prélèvements d'individus sauvages devraient être examinées à la lumière des objectifs du présent plan de gestion si d'autres demandes étaient reçues.
Des pêches illégales à l'esturgeon à museau court ont été signalées dans des rivières aux États-Unis (p. ex. Kynard 1997). Jusqu'à maintenant, seules des informations anecdotiques ont été reçues en ce qui concerne la pêche illégale de l'esturgeon dans la rivière Saint-Jean. La mesure dans laquelle des esturgeons à museau court sont conservés lors de cette activité est inconnue et aucune preuve ne permet de corroborer que de tels prélèvements ont lieu. En conséquence, le nombre d'esturgeons à museau court disparus à cause de la pêche illégale est inconnu, mais probablement faible.
Échappement d’hybrides
Des hybrides interspécifiques de l'esturgeon à museau court et de l'esturgeon noir (p. ex. une progéniture d'espèces différentes au sein du même genre) sont actuellement élevés dans des installations d'aquaculture terrestre au Nouveau-Brunswick, dans le bassin versant de la rivière Saint-Jean. On ignore pour l'instant si ces hybrides sont fertiles et quelles seraient les conséquences pour les populations d'esturgeon sauvage existantes si les hybrides devaient s'échapper dans la rivière Saint-Jean (p. ex. croisements, compétition). Comme les hybrides sont actuellement maintenus en confinement strict dans des installations d’aquaculture terrestres, le risque de fuite est considéré comme étant très bas.
La rivière Saint-Jean coule principalement dans la province du Nouveau-Brunswick, mais elle provient aussi de la province de Québec et de l'État américain du Maine. Le maskinongé (Esox masquinongy) est une espèce de poisson prédateur non indigène introduite au cours des années 1970 au Québec dans un lac tributaire de la rivière Saint-Jean. Il a depuis établi des populations autosuffisantes dans la rivière (Stocek et al., 1999; Curry et al., 2007). Cette espèce semble maintenant courante dans le bassin supérieur. Yoder et al. (2005) ont signalé la présence d'adultes et de juvéniles dans 8 des 13 sites des eaux du Maine, et Kidd et al. (2011) ont prélevé des adultes dans différents emplacements et des juvéniles dans le lac Glazier, un lac du Maine tributaire de la rivière Saint-Jean. Les adultes et les jeunes adultes (individus excédants 40 cm de longueur) sont aujourd'hui régulièrement capturés par les pêcheurs en aval de Fredericton et un adulte a été capturé dans la rivière Otnabog, près de Gagetown en 2010 (Kidd et al., 2011). Le maskinongé est un prédateur vorace qui augmente la pression exercée sur de nombreuses espèces de la rivière Saint-Jean. Son régime alimentaire se compose principalement de perchaude (Perca flavescens), de meunier noir (Catostomus commersonii), et de cyprinidés13, mais il consomme probablement la plupart des espèces de poissons disponibles, selon les occasions et les chevauchements des habitats (Stocek et al., 1999). D'après nos connaissances, le maskinongé, comme l'esturgeon à museau court, habite des tronçons de cours d'eau aux courants lents dans lesquels on retrouve de la végétation immergée et émergée (Scott et Crossman, 1973). Bien que les habitats de ces espèces se chevauchent, la prédation de l'esturgeon à museau court adulte par le maskinongé est hautement improbable, compte tenu de la taille et de la robustesse de cet esturgeon. Les esturgeons à museau court juvéniles pourraient cependant se trouver à risque d'une telle prédation. La gravité de la menace de prédation posée par le maskinongé pour l'esturgeon à museau court est actuellement inconnue, mais cette menace est actuellement considérée comme étant de préoccupation faible.
D'autres espèces envahissantes non indigènes telles que l'achigan à petite bouche (Micropterus dolomieu) et le brochet maillé (Esox niger) sont aussi présentes dans la rivière Saint-Jean, mais contrairement au maskinongé, elles y sont établies depuis longtemps, c'est-à-dire depuis le début des années 1800 (Cox, 1896; Catt, 1949) et ne sont pas considérées comme une menace émergente pour l'esturgeon à museau court.
Peu de travaux ont été effectués sur les vecteurs de maladies et leurs effets sur l'esturgeon à museau court, et aucune étude n'a été effectuée sur la population de la rivière Saint-Jean en particulier. Cependant, l'introduction de pathogènes et de maladies constitue une menace potentielle pour l'esturgeon à museau court. Une source potentielle de transmission de maladies pourrait provenir de l'installation d'aquaculture de l'esturgeon sur la rivière Saint-Jean, qui libère ses effluents par les ruisseaux avant d'être rejetés dans la rivière. Les installations d'aquaculture sont toutefois réglementées par les lois fédérales et provinciales y compris le Règlement sur la protection de la santé des poissons de la Loi sur les pêches, et le Règlement sur la qualité de l'eau de la Loi sur l'assainissement de l'environnement du Nouveau-Brunswick et de la Loi sur l'aquaculture qui exigent de mesures visant à surveiller et à contrôler les maladies au sein de l'installation et à réduire au minimum le risque de rejet d'effluents contaminés dans le milieu naturel environnant. Ces règlements et le niveau d'atténuation actuellement en place sont jugés efficaces pour empêcher la propagation de maladie à la population sauvage de l'esturgeon à museau court. Cette menace est donc considérée comme étant de préoccupation faible, à l'heure actuelle.
Bien qu'il ne s'agisse pas d'une menace directe à la survie de l'espèce, la plus grande opportunité pour améliorer l'évaluation et la compréhension des menaces visant la population d'esturgeon à museau court de la rivière Saint-Jean est l’amélioration de nos connaissances sur l'abondance de la population, la qualité et l'usage de l'habitat, ainsi que les menaces identifiées. Cette amélioration des connaissances peut aussi représenter la plus importante opportunité pour guider et améliorer la gestion de cette espèce et de son habitat. Ces lacunes et d'autres lacunes dans les connaissances sont plus amplement décrites ci-dessous.
Abondance des populations: Il n'existe aucune estimation moderne complète de l'abondance de la population d'esturgeons à museau court. Il n'existe qu'une seule estimation complète de l'abondance de la population d'esturgeons à museau court de la rivière Saint-Jean, soit l'estimation historique effectuée par Dadswell (1979). Bien que plusieurs estimations partielles de l'abondance de la population adulte ont été tentées au cours des dernières années, l'abondance de la population (voir « Abondance de la population » dans la section 3.2.2 du présent document), elles ne sont pas facilement comparables et ne permettent pas d'effectuer un suivi des changements de l'abondance de la population au fil du temps. Par conséquent, étant donné l'absence d'une série chronologique comparable de l'abondance des populations, et malgré les prises annuelles stables et continues dans le cadre de tournois de pêche d'esturgeons, l'abondance de la population au fil du temps est donc inconnue. De plus, ces dernières estimations plus récentes n'incluent pas les estimations d'abondance juvénile.
Zone d'occurrence et habitat important: Des questions subsistent sur la zone d'occurrence de la population d'esturgeon à museau court de la rivière Saint-Jean, particulièrement en amont du barrage de Mactaquac, dans les affluents en aval du barrage, et dans la baie de Fundy. Bien qu’une zone importante d’habitat de frai en aval du barrage de Mactaquac et une zone importante d’habitat d'hivernage près du confluent des rivières Hammond et Kennebecasis aient été confirmés et sont reconnues dans le présent plan de gestion, on ignore s'il existe d'autres habitats importants de frai et d'hivernage, d'autres couloirs de migration et d'autres zones d'alimentation.
Les conditions de l'habitat en raison du régime de fonctionnement du barrage de Mactaquac : Les concentrations d'oxygène en aval du barrage de Mactaquac se sont améliorées au cours des dernières années; cependant, on dispose de peu de renseignements sur l'état de l'habitat de l'esturgeon en aval du barrage et ses modifications au fil du temps. Les effets du régime de fonctionnement du barrage de Mactaquac (p. ex débits en aval, changements de température) aux premiers stades biologiques de l'esturgeon à museau court n'ont pas été évalués et restent inconnus.
Prises accessoires et taux de mortalité : Les prises accessoires et les taux de mortalité occasionnés par diverses pêches commerciales et récréatives ne sont pas quantifiés. La surveillance et la déclaration pourraient être améliorés.
Connaissances traditionnelles autochtones : Les dépositaires des connaissances traditionnelles autochtones ont partagé des connaissances contemporaines et traditionnelles concernant l'espèce dans le cadre de l'élaboration du présent plan de gestion. La collecte et le partage de connaissances traditionnelles autochtones supplémentaires sur l'esturgeon à museau court et son habitat seraient bienvenus.
Ce plan de gestion vise à ce que l'esturgeon à museau court ne devienne pas menacé ou en voie de disparition. L'échelle géographique pour la gestion de l'espèce est le réseau hydrographique de la rivière Saint-Jean dans la province du Nouveau-Brunswick, principalement entre le barrage de Mactaquac et le port de Saint John. Pour l'instant il n'existe ni le besoin ni la justification d'élargir l'aire de répartition de l'esturgeon à museau court au Canada.
En conséquence, l'objectif général de ce plan de gestion est de :
Maintenir des niveaux de population durables et la répartition actuelle de l'esturgeon à museau court au Canada.
À l'heure actuelle, un objectif numérique de population ne peut être élaboré en l'absence d'une estimation récente et complète d'abondance de la population d'esturgeons à museau court de la rivière Saint-Jean. Les niveaux de population durables pourront être définis une fois déterminée la taille de la population actuelle. Cependant, un récent examen effectué par Stokesbury et al. (2014) laisse entendre qu’une taille minimale de population viable de 5 000 adultes est appropriée pour l'esturgeon à museau court sur la côte est de l'Amérique du Nord, étant donné que leurs caractéristiques du cycle vital et leur faible taux de mortalité (naturelle et liée aux pêches) que l'on suppose.
Ce plan de gestion comprend des stratégies générales et des mesures de conservation connexes pour le maintien de la population d'esturgeons à museau court au Canada. Ces stratégies et mesures attestent que l'esturgeon à museau court a une importance biologique et écologique, mais qu'il a aussi une valeur sociale, culturelle et économique pour les Premières Nations et les organisations autochtones locales, l'industrie et la population canadienne dans son ensemble, en lien avec l'éducation, la recherche et l'exploitation durable.
Les mesures de conservation pour l'esturgeon à museau court sont organisées sous trois stratégies générales :
1. Recherche, surveillance et évaluation;
2. Protection et gestion;
3. Intendance, sensibilisation et communication.
La mise en œuvre de ces mesures de conservation aidera à atteindre l'objectif général de gestion de ce plan. Les sections 6.1 et 6.2 présentent respectivement un aperçu des mesures de conservation actuellement en cours et ceux qui n'ont pas encore été mises en œuvre. Les mesures qui n'ont pas encore été mises en œuvre sont résumées dans un calendrier de mise en œuvre à la section 6.3. Le calendrier établit la priorité des mesures de conservation et présente les responsables, les partenaires et les échéances, dans la mesure du possible à l'heure actuelle.
Études biologiques sur la population sauvage
Avant 2010, l'information publiée au sujet de l'esturgeon à museau court dans la rivière Saint-Jean se limitait principalement à des études effectuées dans les années 1970 et 1980 (p. ex. Dadswell, 1976a, 1979, 1984). Au cours des dernières années, des chercheurs scientifiques de l'Université Mount Allison, de l'Université Acadia et de l'Université du Nouveau-Brunswick ont étudié une vaste gamme de sujets, dont : les effets de la capture en filets maillants; la température, la croissance, la survie et les performances de nage; l'alimentation et la croissance; les effets de la vitesse du courant sur la physiologie et le comportement; l'habitat d'hivernage; les périodes du frai et de l'éclosion; estimation de la population et de leur âge; la dérive larvaire; l'écologie alimentaire; la mortalité environnementale. Les renseignements provenant de ces études récentes ont été intégrés à ce plan de gestion comme il convient.
Études biologiques sur l'espèce en captivité
L'industrie de l'aquaculture de l'esturgeon à museau court dans le Nouveau-Brunswick a également mené une gamme d'études liées à l'élevage en captivité de l'esturgeon à museau court, y compris : l'oxygène dissous, les taux de croissance et d'alimentation, les périodes de frai, la vitellogénèse (formation du jaune d'œuf), la température de l'eau, la croissance larvaire, les répercussions de la température sur les larves, des débits, des niveaux d'oxygène et des chocs de limon/substrat, et autres. Une grande partie de ces travaux de recherche ont été partagés, et ont contribué aux travaux de chercheurs universitaires.
Étude de l'écosystème aquatique de Mactaquac
D'ici 2017, Énergie NB prendra la décision de reconstruire ou de détruire la centrale hydroélectrique de Mactaquac sur la rivière Saint-Jean, qui devrait atteindre la fin de sa durée de vie utile d'ici 2030. Afin de prendre une décision scientifique éclairée sur les options privilégiées, Énergie NB a mobilisé le Canadian Rivers Institute (CRI) pour élaborer une vaste étude multidisciplinaire des écosystèmes aquatiques afin d'appuyer leur processus de prise de décisions et les exigences réglementaires ultérieures. L'étude de l'écosystème aquatique de Mactaquac est une étude pluriannuelle, et planifiée de l'écosystème de l'ensemble de la rivière et de la manipulation du barrage (débit, charge sédimentaire et régime thermique). L’étude comprend plusieurs éléments distincts de projet organisés sous les trois thèmes suivants : 1- écosystème de l'ensemble de la rivière, 2- passage du poisson, et 3- débits environnementaux. L'un des projets (prévu pour 2014-2017) vise à déterminer l'emplacement des frayères de l'esturgeon noir et de l'esturgeon à museau court, à améliorer la compréhension des habitats saisonniers pour les adultes des deux espèces dans la rivière Saint-Jean, et à déterminer les scénarios de régime d'écoulement pour les rénovations ou la démolition du barrage. Un autre projet (prévu pour 2014) est axé sur le passage du poisson pour plusieurs espèces afin d'orienter la conceptualisation des options de conception technique pour le passage des poissons dans un barrage de Mactaquac future. De plus amples renseignements sur l'étude de l'écosystème aquatique de Mactaquac et les différents thèmes de l'étude et projets distincts peuvent être consultés sur le site Web du CRI.
Collecte des connaissances traditionnelles autochtones
Certaines connaissances traditionnelles autochtones ont été rassemblées au cours des dernières années par les organisations autochtones locales. Le Maliseet Nation Conservation Council (MNCC) a récemment terminé une étude sur les connaissances traditionnelles au sein de six collectivités de la Première Nation Malécite du Nouveau-Brunswick visant à recueillir des connaissances traditionnelles des peuples autochtones concernant plusieurs espèces de poissons pertinentes pour la Première Nation Malécite, y compris l'esturgeon à museau court. Un rapport sur l'étude a été produit par le MNCC en 2012 (MNCC, 2012). Les connaissances traditionnelles autochtones recueillies comprenaient des renseignements sur la biologie, la nourriture et de l'alimentation de l'espèce, l'importance historique de l'espèce pour les Premières Nations, les emplacements actuels de l'esturgeon à museau court dans la rivière et les menaces à long terme qui pèsent sur l'existence de l'espèce. En 2014, le MNCC entreprendra une étude pour évaluer l'efficacité des différents mécanismes de collecte de données sur les connaissances traditionnelles autochtones (c.-à-d. questionnaires, discussions dirigées et narration) et examiner l'importance sociale et culturelle des espèces en péril, notamment l’importance de l'esturgeon à museau court, pour les Premières Nations. Les connaissances traditionnelles autochtones recueillies dans le cadre des deux études seront présentées sur les cartes du système d'information géographique (SIG).
Plusieurs mécanismes sont en place pour gérer les activités de protection de l'esturgeon à museau court et de son habitat.
Gestion des activités de pêche et de transfert
Plusieurs textes de loi gèrent les activités relatives à la pêche de l'esturgeon à museau court, son transfert vers des sites d'élevage, et leur relâchement dans l'habitat du poisson:
L'esturgeon à museau court est en grande partie protégé de la pêche commerciale et récréative dans la rivière Saint-Jean en raison de la taille totale minimale de conservation de 120 cm, qui avoisine la taille maximale de l'espèce. Cette limite de taille a été introduite pour la première fois en vertu du Règlement de pêche du Nouveau-Brunswick (C.R.C. 1978, c.844). En 1993, le règlement du Nouveau-Brunswick a été remplacé par le Règlement de pêche des provinces maritimes (DORS/93-55) en vertu de l'autorité fédérale de la Loi sur les pêches (S.R.C. 1985, ch. F-14). L'article 97 de ce règlement maintient la restriction de longueur de 120 cm pour les esturgeons. Le règlement prévoit aussi des dispositions sur les engins de pêche et les fermetures saisonnières. Un permis de pêche récréative est requis pour la pêche dans les eaux intérieures, selon la Loi sur la pêche sportive et la chasse du Nouveau-Brunswick (SNB, 1980, ch. F‑14.1). Cependant, seulement une toute petite section de la rivière Saint-Jean en aval du barrage de Mactaquac est considérée comme des eaux intérieures; du barrage Mactaquac en aval de la rivière jusqu'à Crocks Point, une distance d’environ 2 km. Le reste de la rivière jusqu’au port de Saint John est considéré comme des eaux de marée.
En vertu de l'article 4 de la Loi sur les pêches, une autorisation écrite est requise pour l'obtention d'esturgeons à museau court aux fins de reproduction artificielle (aquaculture).
Un permis est requis en vertu de l'article 52 du Règlement de pêche (dispositions générales) pour la pêche d'esturgeons à museau court à des fins scientifiques, éducatives, de recherche, ou pour des expositions publiques (les seules raisons pour lesquelles des prélèvements directs sont autorisés).
Un permis est requis en vertu de l'article 56 du Règlement de pêche (dispositions générales) pour le transfert d'esturgeons à museau court vers des sites d'élevage (p. ex. aquaculture), ou pour les relâcher dans l’habitat du poisson.
Les opérations aquacoles actuelles disposent d'un stock de géniteurs établi. Toutes nouvelles demandes dans l’avenir pour l'obtention de stocks supplémentaires de géniteurs seront traitées selon les exigences réglementaires pertinentes mentionnées ci-dessus. Les objectifs de ce plan de gestion seront aussi considérés. Les autorisations écrites et les permis comprennent des modalités et conditions strictes relatives aux endroits où la pêche peut avoir lieu, aux types d'engins de pêche pouvant être utilisés, ainsi qu’au nombre (et au sexe) de poissons qui peuvent être retenus. Leur détenteur a aussi l'obligation de signaler toutes les activités effectuées en vertu de cette autorisation ou de ce permis. Les agents des pêches effectuent, dans le cadre de leurs fonctions, des tâches de surveillance de la conformité de tous les types d'autorisations et de permis. De plus, des rapports à jour sur le nombre d'autorisations écrites et de permis par espèce sont disponibles à l'MPO aux fins de suivi et pour surveiller le nombre potentiel autorisé de poissons pouvant être retirés du milieu sauvage.
L'esturgeon à museau court est inscrit à l'annexe I de la CITES. Il est donc seulement permis d'en faire le commerce dans des circonstances exceptionnelles. Le commerce de spécimens sauvages est strictement interdit. Toutefois, les spécimens élevés en captivité provenant d'installations d'aquaculture enregistrées à la CITES peuvent faire l'objet de transactions commerciales. La CITES doit réglementer l'exportation, la réexportation, l'importation et l'introduction de plantes ou d'animaux vivants ou morts inscrits à la liste de la CITES, tout comme leurs parties et produits dérivés, au moyen d'un système de permis et de certificats. Pour les espèces inscrites à l'annexe I, des permis ou des certificats ne peuvent être délivrés que si le commerce international ne nuit pas à leur survie à l'état sauvage (CITES, 2010).
Gestion de la qualité de l'habitat
La qualité de l'habitat de l'esturgeon à museau court dans la rivière Saint-Jean est gérée conformément à la législation et aux règlements provinciaux et fédéraux actuels. La qualité de l'eau de la rivière Saint-Jean s'est améliorée depuis que de graves préoccupations ont été soulevées dans les années 1950 et 1960, grâce aux améliorations apportées par le gouvernement dans la mise en application des règlements sur la pollution et aux améliorations en matière de traitement des eaux usées par les municipalités et l'industrie le long de la rivière.
Le ministère de l'Agriculture, de l'Aquaculture et des Pêches du Nouveau-Brunswick (MAAPNB) a formé le personnel du bassin versant de la rivière Saint-Jean, et a offert une aide financière importante, afin d'aider les producteurs agricoles dans la sélection et la mise en œuvre des pratiques de gestion bénéfiques visant à réduire la contamination agricole du bassin hydrographique par les particules du sol, les engrais chimiques, les pesticides, et les déjections du bétail. Le MAAPNB entreprend aussi des travaux de recherche environnementale dans le but de réduire les effets néfastes de l'agriculture.
Les nouveaux projets de développement, tout comme le fonctionnement, les modifications et l'entretien des installations existantes sont, de manière générale, examinés en vertu de la législation provinciale et fédérale actuelle (p. ex. la Loi sur les pêches du gouvernement fédéral, la Loi sur l'assainissement de l'eau du gouvernement du Nouveau-Brunswickainsi que la Loi sur les terres et forêts de la Couronne pour veiller à ce que les répercussions soient acceptables. Tel qu'il est indiqué à la section 4.2.1 « Nouvelles activités de développement », ces examens visent à éviter les dommages sérieux aux poissons et à l’habitat du poisson en mettant en œuvre des mesures d'atténuation. Cela pourrait comprendre le travail à un moment, dans un endroit, ou d'une manière à réduire au minimum les risques de répercussions.
La formation communautaire et les programmes de sensibilisation fournissent au public, aux résidents locaux et à d'autres intervenants les informations, les outils et les compétences permettant de réduire et d'atténuer les menaces pour l'esturgeon à museau court dans la rivière Saint-Jean, ce qui peut favoriser la conservation et la gestion de l'espèce.
Le Maritime Aboriginal Peoples Council (MAPC) a produit et distribué plusieurs affiches et dépliants informatifs qui mettent l'accent sur l'anatomie, le cycle vital et l'importance de l'esturgeon noir et de l'esturgeon à museau court, de même que sur les menaces qui les guettent (p. ex. MAPC, 2011). Le MPO a créé et distribué des affiches au sujet de l'esturgeon à museau court au Canada atlantique lors des événements de la Journée des océans. De nombreux employés des gouvernements fédéral et provinciaux participant à la conservation de l'esturgeon à museau court fournissent de l'information (dépliants, affiches, courriels, réunions) aux intervenants afin d'accroître la sensibilisation et de promouvoir les pratiques exemplaires en matière de prévention de la pollution par l'industrie, l'agriculture et les municipalités. Les gouvernements fédéral et provinciaux appuient des programmes d'éducation, des initiatives d'intendance et des projets de restauration dirigés par des groupes de gestion de bassins hydrographiques et d'autres organisations non gouvernementales. Le Programme d'intendance de l'habitat (PIH) et le Fonds autochtone pour les espèces en péril (FAEP) sont des exemples de programmes fédéraux conçus pour aider les Canadiens à protéger les espèces en péril et leur habitat. Les projets précédents (2012) et actuels (2014) du MNCC ont été financés par le FAEP. Ces programmes font la promotion des pratiques d'utilisation des terres et des ressources qui préservent l'habitat essentiel nécessaire à la survie et au rétablissement de certaines espèces en péril en améliorant les activités de conservation existantes, en plus d'en encourager d'autres. Ils représentent une source potentielle de ressources continues pour les parties intéressées par la protection et les efforts de rétablissement des espèces en péril. Le Programme de partenariats relatifs à la conservation des pêches récréatives (PPCPR) peut également fournir des possibilités de financement aux personnes qui souhaitent entreprendre des activités visant à rétablir l'habitat du poisson.
Ces actions constituent un point de départ pour sensibiliser le public à l'espèce et pour solliciter la participation des Premières Nations, des organisations autochtones, des collectivités locales, des intervenants et du grand public à la conservation de l'esturgeon à museau court.
Tel qu'il est décrit ailleurs dans le plan de gestion, la plus grande opportunité pour assurer le succès de la gestion et la conservation de l'esturgeon à museau court dans la rivière Saint-Jean est de combler les lacunes dans les connaissances. L'acquisition des connaissances constitue donc un objectif principal du présent plan de gestion. La recherche, la surveillance et l'évaluation devraient se concentrer sur l'accroissement des connaissances sur l'espèce, en particulier les connaissances sur les premiers stades biologiques (biologie, écologie et mortalité, y compris la vulnérabilité d'esturgeons juvéniles à la prédation par des prédateurs invasifs comme le maskinongé), l'abondance de la population adulte, la zone d'occurrence de l'espèce et la confirmation de zones additionnelles d'habitat important, la mortalité dans les prises accessoires, les répercussions du barrage de Mactaquac et, enfin, sur la collecte de connaissances traditionnelles autochtones. L'acquisition de ces informations est importante pour informer les autres mesures de conservation nécessaires pour atteindre l’objectif du plan de gestion.
Détermination de l'abondance de la population
La détermination de l'abondance de la population actuelle et continue constitue une mesure à priorité élevée. Une estimation quantitative moderne de la population adulte qui peut être comparée à l'estimation de base de 1979 devrait être effectuée et la taille de population adulte devrait être réévaluée tous les dix ans. Il s'agit là d'une démarche nécessaire pour déterminer la stabilité actuelle de la population et évaluer si l’objectif d'abondance visant à maintenir la population actuelle serait suffisant ou si des démarches devraient être entreprises pour accroître l'abondance de cette population. Pour ce faire, l'une des méthodes pourrait être d'entreprendre des efforts supplémentaires pour repérer et caractériser tous les lieux de rassemblement hivernale pour l'esturgeon à museau court dans la rivière Saint-Jean (MPO, 2014). Déterminer la taille de la population juvénile représente aussi un objectif important, mais de priorité moindre (c.-­à-d. moyenne).
Prélèvement, archivage et analyse du tissu génétique
Des échantillons génétiques ont été prélevés et analysés à partir de la rivière Saint-Jean et des autres populations (voir la section 3.1.1 « Différenciation génétique » pour obtenir plus de détails). Les données laissent entendre qu'il n'y a pas eu de goulot d'étranglement génétique au sein de la population d'esturgeons à museau court de la rivière Saint-Jean. Il serait toutefois judicieux de constituer une banque de tissus au cas où l'étranglement génétique devenait préoccupant, ou si de telles informations étaient nécessaires pour définir la taille cible de la population qui permettrait le maintien de la santé génétique.
De plus, compte tenu des possibles migrations côtières et de la proximité des populations d'esturgeon à museau court du Maine avec celles de la baie de Fundy, l'origine des esturgeons à museau court repérés dans la baie de Fundy restera incertaine jusqu'à ce qu'une analyse génétique fournisse une réponse à ce sujet. L'établissement du génotype de spécimens d'esturgeon présents hors de la rivière de Saint-Jean dans la baie de Fundy pourrait aider à confirmer si cette population séjourne dans le milieu marin et comment elle s'y comporte.
Confirmation de la zone d'occurrence
La zone d'occurrence de la population d'esturgeons à museau court de la rivière Saint-Jean pourrait être plus étendue qu'on ne le croit actuellement. La présence ou l'absence d'esturgeons à museau court en amont du barrage de Mactaquac, dans les affluents en aval du barrage de Mactaquac et dans la baie de Fundy devrait être confirmée.
Surveillance de l'utilisation des zones d'habitat importantes et détermination d'autres zones
Deux zones d'habitat importantes ont été confirmées pour l'esturgeon à museau court dans la rivière Saint-Jean et sont reconnues dans le présent plan de gestion, dont une aire de frai, immédiatement en aval du barrage de Mactaquac et une zone d'hivernage près du confluent des rivières Kennebecasis et Hammond. D'autres zones d'habitat importantes ont déjà été signalées et il en existe probablement d'autres. Un programme de surveillance et de recherche devrait être lancé afin de a) surveiller l'utilisation de ces deux zones d’habitats importantes pour les principaux processus biologiques de l'esturgeon à museau court et de b) déterminer s'il existe d'autres zones d'habitat importantes, comme des couloirs de migration, des zones de rassemblement et d'autres sites de frai et d'hivernage, en particulier les sites d'hivernage signalés auparavant par Dadswell (1979 et 1984).
Évaluation des effets des menaces identifiées
On comprend mal les menaces découlant de l'activité humaine et leurs effets sur la population. Certains problèmes ayant trait à la qualité de l'habitat sont connus, mais leurs effets sur l'esturgeon à museau court comme tel demeurent inconnus. Parmi ceux-ci, l'on comprend mal les effets des débits d'eau du barrage de Mactaquac et de la qualité de l'eau sur l'activité de frai et le transport larvaire. Ainsi, l'ajout d'une mesure de conservation consistant à évaluer les effets possibles du régime de fonctionnement du barrage de Mactaquac sur les premiers stades biologiques de l'esturgeon à museau court constitue une priorité élevée. Bien qu'historiquement on ait estimé que la mortalité découlant de la pêche commerciale historique représentait environ 7 % du taux de mortalité total, il n'existe pas d'estimations récentes de la mortalité de l'esturgeon à museau court due aux prises accessoires dans le cadre des pêches commerciales dans la rivière Saint-Jean, et aucune estimation de la mortalité associée à la pêche récréative n'a été effectuée. Étant donné le niveau de préoccupation associé à la mortalité attribuable aux prises accessoires, il convient d'estimer le nombre d'esturgeons à museau court capturés accessoirement dans le cadre des pêches commerciales, et de quantifier les taux de mortalité connexes. Dans le même ordre d'idées, les taux de mortalité directe et de mortalité après la remise à l'eau, ainsi que les effets (p. ex. blessures, changements de comportement) provoqués par la pêche récréative d'esturgeons à museau court devraient eux aussi être établis.
Collecte de connaissances traditionnelles autochtones supplémentaires
Les connaissances traditionnelles autochtones sont une source importante de connaissances locales et empiriques de l'état actuel de l'esturgeon à museau court et des menaces qui pèsent sur lui. Des dépositaires des connaissances traditionnelles autochtones ont donc transmis des connaissances empiriques et traditionnelles concernant la zone d'occurrence historique, lesquelles ont été prises en compte lors de l'élaboration du présent plan de gestion. Suivant ceci, une étude des connaissances traditionnelles autochtones devrait être entreprise pour recueillir davantage de connaissances sur l'utilisation de l'habitat par l'esturgeon à museau court, sur la zone d'occurrence et sur les menaces, et les communiquer.
Réduire au minimum les répercussions sur l'habitat important et explorer les options de gestion et de protection
Comme il a été mentionné précédemment, les projets de développement sont généralement examinés en vertu des lois provinciales (c.-à-d. la Loi sur l'assainissement de l'eau et la Loi sur les terres et forêts de la Couronne) et fédérales (c.-à-d. les dispositions relatives à la protection des pêches de la Loi sur les pêches) en vigueur. Il s'agit ainsi d'éviter les dommages sérieux aux poissons et à l’habitat du poisson. Afin de veiller à ce que les habitats importants de l'esturgeon à museau court soient pris en considération de façon appropriée dans le cadre de ces examens, une carte de ces zones devrait être élaborée et mise à la disposition des organismes de réglementation. Ces derniers pourront alors tenir compte de ces zones lorsqu'ils examinent les projets de développement le long de la rivière. De plus, les résultats de l'étude de l'écosystème aquatique de Mactaquac et les options de sélection pour la centrale hydroélectrique de Mactaquac (rénovations ou démolition) devraient faire l'objet d'une discussion entre les parties concernées (c.-à-d., l'industrie, les organismes de réglementation, les experts scientifiques) afin de guider le processus ultérieur de manipulation de l'eau (débit, charge sédimentaire et température) et les régimes de gestion appropriés pour les habitats importants de l'esturgeon à museau court. Les options visant à protéger davantage ces zones devraient aussi être explorées, puis mises en œuvre.
Tenir compte de l'esturgeon à museau court dans les options de conception du passage du poisson
En attendant les résultats de la décision sur l'avenir du barrage de Mactaquac et des travaux de recherche sur la présence ou l'absence d'esturgeons à museau court en amont du barrage de Mactaquac, il faudrait évaluer la nécessité de fournir un accès à l’habitat en amont du barrage pour les esturgeons à museau court. Si le barrage doit être reconstruit et le fait de fournir un passage en amont pour l'esturgeon à museau court présente un intérêt, cette espèce devrait être incluse dans la conception technique pour assurer le passage du poisson.
Réexamen de la longueur minimale pour la rétention
Les prises accessoires d'esturgeons à museau court lors des pêches récréatives et commerciales visant d'autres espèces ont lieu à l'occasion; toutefois, les niveaux précis de prises accessoires sont mal connus. En raison de cet écart indiqué précédemment entre les mesures de longueur totales et les mesures de longueur à la fourche pour l'esturgeon à museau court et les restrictions de taille connexes (voir la section 4.2.2), on devrait envisager des mesures de gestion permettant de réduire le risque de rétention légale d'esturgeons à museau court dans le cadre de pêches récréatives visant d'autres espèces ou en tant que prises accessoires dans le cadre de pêches commerciales visant d'autres espèces, y compris la pêche dirigée d'esturgeon noir.
Amélioration de la surveillance des prises et des prises accessoires et la déclaration des prises
Même si les prises accessoires d'esturgeons noirs, d'aloses savoureuses, de gaspareaux et d'anguilles d'Amérique (entre autres) faites dans le cadre des pêches commerciales en eau douce doivent être déclarées dans les journaux de bord des navires, le respect de cette exigence demeure préoccupant. Pour garantir un plus grand respect de l'exigence en matière de déclaration obligatoire, des mesures supplémentaires devraient être explorées et mises en œuvre. L'amélioration du processus de remise des journaux de bord, y compris l'augmentation de la déclaration par espèce d'esturgeon (c.-à-d. l'esturgeon à museau court ou l'esturgeon noir) dans toutes les pêches, y compris les pêches autochtones ASR, ainsi qu'une surveillance accrue devraient aider à établir plus exactement le taux de prises ou de prises accessoires. Si les prises accessoires de l'esturgeon à museau court dans une ou plusieurs de ces pêches s'avéraient être une préoccupation plus importante qu'elles ne le sont actuellement, des mesures de gestion additionnelles relatives aux périodes, aux zones ou aux changements d'engin devraient être explorées pour aider à réduire les prises accessoires de l'esturgeon à museau court. La validation par les agents des pêches des taux de prises accessoires déclarées favorise la conformité et aide à la surveillance. Des méthodes possibles de surveillance des prises et des prises accessoires dans les pêches récréatives de l'esturgeon à museau court devraient aussi être explorées.
Évaluation de l'étendue de la pêche illégale
Malgré l'information anecdotique obtenue sur la pêche illégale ciblée, on ignore quelle est l'espèce d'esturgeon ciblée de même que le taux de rétention. L'étendue de la pêche illégale devrait être évaluée, et des mesures visant à enrayer une telle pratique devraient être mises en œuvre.
Examen des demandes de prélèvement
Toute nouvelle demande de prélèvement de stocks de reproduction sauvages (p. ex. pour l'expansion d'installations d'aquaculture existantes, pour l'établissement de nouvelles installations ou en réponse à une perte catastrophique) serait examinée en vertu de la politique d'accès aux ressources aquatiques sauvages de l’MPO. Il s'agit ainsi de garantir que le nombre d'individus retirés du milieu sauvage n'aurait pas de répercussions sur les niveaux de population durables ni ne nuirait aux objectifs du présent plan de gestion. Toute nouvelle demande de prélèvements d'individus sauvages à des fins scientifiques ou autres (p. ex. à des fins éducatives ou pour des expositions publiques) serait aussi examinée à la lumière des objectifs du présent plan de gestion et des exigences du permis en vertu de l'article 52 du Règlement de pêche (dispositions générales).
Le fait de sensibiliser l'industrie locale de la pêche, les municipalités et d'autres intervenants le long du bassin versant des cours inférieurs de la rivière Saint-Jean à l'égard de cette espèce ancienne de poisson, de son existence dans la rivière Saint-Jean, la seule population au Canada, et de son importance pour l'écosystème contribuera à mettre de l'avant et à appuyer les mesures de conservation. L'une des manières de conscientiser les pêcheurs sportifs, par exemple, serait d'ajouter une page du profil de l'espèce dans le guide de la pêche sportive du Nouveau-Brunswick, comme on le fait pour le corégone de l'Atlantique, une espèce en voie de disparition, dans le guide du pêcheur à la ligne de la Nouvelle-Écosse.
Mobilisation des groupes à l'égard de la réduction des menaces
Les efforts que feront les Premières Nations, les organisations autochtones, les intervenants et les divers groupes d'intérêts afin de réduire les menaces pesant sur cette espèce seront importants pour a conservation de l'esturgeon à museau court et de son habitat. Il pourrait s'agir notamment d'étendre les programmes d'éducation et les initiatives d'intendance, ou encore de mettre sur pied de nouveaux programmes ou de nouvelles initiatives au besoin. L'élaboration et la distribution de matériel d'information (dépliants, affiches, courriels) visant la prévention de la pollution issue de l'activité industrielle, de l'agriculture et des municipalités le long de la rivière Saint-Jean et de ses affluents, en particulier dans les zones d'habitat importantes pour l'esturgeon à museau court, figurent parmi les sujets qu'il pourrait être bon d'examiner. Il existe déjà des documents potentiellement utiles (p. ex. les documents d'intendance sur les meilleures pratiques de gestion du Nouveau-Brunswick et d'Agriculture et Agroalimentaire Canada). Des efforts devraient être déployés pour veiller à ce que ceux qui prennent part aux pêches pertinentes puissent facilement faire la distinction entre un esturgeon à museau court et un esturgeon noir. En outre, il faudrait continuer de faire la promotion des meilleures pratiques concernant les méthodes de manipulation et de remise à l'eau des prises ou des prises accessoires dans le cadre des pêches commerciales et récréatives. Les gouvernements fédéral et provinciaux devraient continuer d'appuyer les programmes d'éducation et les initiatives d'intendance déjà en place ainsi que les projets de restauration de parties externes dans le cadre de programmes comme le Programme d'intendance de l'habitat (PIH), le Fonds autochtone pour les espèces en péril (FAEP) et le Programme de partenariats relatifs à la conservation des pêches récréatives (PPCPR).
Afin d'atteindre les objectifs de gestion de l'esturgeon à museau court, des mesures de conservation et un calendrier de mise en œuvre ont été élaborés (tableau 4). Ce calendrier présente les mesures de conservation prioritaires qui sont nécessaires au maintien d'un niveau de population durable et de la répartition actuelle de l'esturgeon à museau court au Canada. Les responsables, les partenaires, l'état et les échéances nécessaires à la réussite de la mise en œuvre sont également inclus, dans la mesure où l'information est disponible. La saine gestion de cette espèce ne dépend pas uniquement des mesures prises par une seule administration; elle nécessite plutôt l'engagement et la coopération d'un grand nombre de parties. Le MPO encourage fortement autres agences, organisations et tous les Canadiens à participer à la conservation de l'esturgeon à museau court en prenant part aux mesures de conservation prioritaires indiquées dans le présent plan de gestion. Bien que le MPO ait déjà commencé les efforts pour mettre en œuvre le plan de gestion, la performance des activités qui ont été inclus dans le tableau 4, mais qui n’ont pas encore été mis en œuvre, sera soumise au financement disponible et d'autres ressources. Le cas échéant, le partenariat avec les organisations et secteurs spécifiques fournira l’expertise et la capacité nécessaires pour effectuer les mesures énumérées. Si votre organisation est intéressée à participer à l'une des mesures de conservation mentionnées, veuillez communiquer avec la Division de la gestion des espèces en péril de la Région des Maritimes au xmarsara@mar.dfo-mpo.gc.ca; ou par téléphone (numéro sans frais) au 1-866-891-0771.
Explications des titres des colonnes du tableau 4
Le tableau 4 regroupe d'abord chacune des mesures de conservation sous l'une des trois stratégies générales mises en évidence dans le présent plan de gestion. Ces mesures sont ensuite regroupées en fonction de la catégorie de menace visée ou limites à aborder. Dans les autres colonnes sont indiqués les mesures de conservation, le niveau de priorité, de l'état de l'activité, les responsables et l'échéancier.
Mesures de conservation : Les activités ou les mesures qui devraient être adoptées pour la mise en œuvre du plan de gestion sont décrites et réparties selon les trois stratégies générales décrites plus haut. De plus amples renseignements concernant chacune des mesures sont fournis à la section 6.2.
Priorité : Les niveaux de priorité (faible, moyenne ou élevée) sont attribués pour refléter l'effet direct d'une mesure de conservation sur la menace ou la limite énoncée, donc la probabilité qu'une activité contribue à la réussite de l'objectif de gestion de l'esturgeon à museau court. Ces niveaux ne tiennent pas compte des priorités et des contraintes budgétaires des instances et des organismes participants, mais ils peuvent aider à prendre des décisions éclairées en ce qui concerne le financement ainsi qu'à établir les priorités ministérielles et ceux de conservation.
Les mesures dont le niveau de priorité est jugé élevé sont celles qui sont susceptibles d'avoir une influence immédiate ou directe sur l'atteinte des objectifs de gestion. Ce sont donc les mesures les plus urgentes. Dans certains cas, une mesure dont le niveau de priorité est élevé peut être un préalable à une mesure qui contribue à la gestion de l'espèce.
Les mesures dont le niveau de priorité est jugé moyen ont une influence moins immédiate ou moins directe sur l'atteinte des objectifs de gestion, mais elles sont quand même importantes pour la gestion des populations.
Enfin, les mesures dont le niveau de priorité est jugé faible n'auront probablement qu'une influence indirecte ou graduelle sur l'atteinte des objectifs de gestion, mais elles sont considérées comme d'importantes contributions à la base des connaissances, à la participation du public aux mesures nécessaires pour la gestion de l'esturgeon à museau court, et à l'acceptation de ces mesures par le public.
État : La colonne « État actuel » indique si une activité a été entreprise, les deux catégories étant « non commencée » et « en cours ».
Responsabilité : Les colonnes « Responsables » et « Partenaires » énumèrent les instances, organismes et autres parties qui participent actuellement ou qui participeront potentiellement à la réalisation des mesures de conservation indiquées. Le présent plan de gestion vise également à encourager la participation d'autres groupes, et il se peut qu'à l'heure actuelle, ces partenariats éventuels ne soient pas tous énoncés dans le présent document. Dans certains cas, les organismes ou parties qui pourraient s'engager ne sont pas encore connus. Figure plus bas la liste d'acronymes employés dans les colonnes « Responsables » et « Partenaires ».
MAAPNB :
MEGL NB :
MRNNB :
Échéancier : La colonne « Échéancier » indique l'échéancier prévu pour la réalisation de la mesure de conservation à partir de la date de publication du présent plan de gestion. L'échéancier peut être un intervalle de temps précis (moins de 2 ans; de 2 à 5 ans; plus de 5 ans) ou être continu (c.-à-d. que l'activité se déroulera de façon continue au cours d'une période de temps indéterminée). L'abréviation « AD » est employée si l'échéancier est inconnu ou indéterminé au moment de la publication du plan de gestion.
Le tableau 4, intitulé Mesures de conservation et calendrier de mise en œuvre, présente les activités ou les mesures qui doivent être prises pour effectuer la mise en œuvre du plan de gestion de l'esturgeon à museau court. De gauche à droite, les six colonnes du tableau sont les suivantes : Mesure de conservation, Niveau de priorité, État actuel, Responsables, Partenaires et Échéancier. Les explications des titres des colonnes sont fournies dans le texte. Les mesures de conservation sont résumées et classées selon l'une des trois stratégies générales déterminées et elles sont ensuite regroupées en fonction de la catégorie de menace visée. La stratégie générele 1 est liée à la recherche, au suivi et à l'évaluation, et elle contient 16 mesures de conservation. La stratégie générele 2 est liée à la protection et à la gestion, et elle contient 11 mesures de conservation. La stratégie générale 3 est liée à l'intendance, la sensibilisation et la communication, et elle contient 4 mesures de conservation.
Tableau 4 . Mesures de conservation et calendrier de mise en œuvre
Stratégie générale no 1 –Recherche, surveillance et évaluation
A. Menace pesant sur l'habitat
Quantifier la mortalité durant les premiers stades biologiques (œufs, larves, juvéniles) dans les habitats importants de la rivière Saint-Jean pouvant servir au frai et à la croissance. Élevée En cours Milieu universitaire OA, communautés, industrie Continue
Définir les effets du régime de fonctionnement (débit) du barrage de Mactaquac sur les premiers stades biologiques. Élevée En cours CRI MPO, OA, communautés, industrie 2 à 5 ans
Quantifier les prises accessoires et la mortalité dans le cadre des pêches commerciales de l'alose, du gaspareau et de l'anguille. Élevée Non commencée MPO OA, milieu universitaire, industrie 2 à 5 ans
Quantifier la mortalité des adultes dans le cadre de la pêche récréative dirigée. Élevée Non commencée MPO Milieu universitaire, organisations non gouvernementales, pêcheurs récréatifs 2 à 5 ans
Quantifier les prises accessoires et la mortalité des adultes dans le cadre d'autres pêches récréatives. Moyenne Non commencée Milieu universitaire OA, MPO, pêcheurs récréatifs 2 à 5 ans
C. Autres menaces
Quantifier la mortalité des juvéniles liée à la prédation par les espèces envahissantes. Moyenne Non commencée AD AD AD
D. Limites à aborder : Lacunes dans les connaissances
Déterminer l'abondance de la population adulte actuelle Élevée En cours Milieu universitaire OA, MPO 2 à 5 ans
Établir un protocole et mettre en œuvre un programme d'évaluation de l'abondance de la population adulte (une estimation par décennie) Élevée En cours Milieu universitaire OA, MPO 2 à 5 ans (élaboration)
Confirmer l'emplacement des frayères et améliorer la compréhension des habitats saisonniers adultes Élevée En cours CRI Industrie (p. ex. Acadian Sturgeon and Caviar Inc.) 2 à 5 ans
Faire un suivi de l'utilisation des zones d'habitat importantes pour les processus biologiques clés que sont le frai et l'hivernation, et en apprendre davantage sur les habitats connus. Élevée En cours Milieu universitaire, OA, communautés MPO Continue
Confirmer la présence ou l'absence hors des zones d'occurrences connues (se concentrer sur les zones en amont du barrage Mactaquac et sur les affluents en aval de celui-ci et de la baie de Fundy). Élevée En cours Milieu universitaire, OA MPO 2 à 5 ans
Recueillir et partager les connaissances traditionnelles autochtones sur l'utilisation de l'habitat de l'esturgeon à museau court et sur les zones d'occurrence. Élevée Non commencée Premières Nations, OA MPO, milieu universitaire, communautés AD
Confirmer l'existence de toute autre zone d'habitat importante et faire le suivi des processus vitaux. Moyenne En cours Milieu universitaire, OA, communautés MPO Continue
Définir la taille de la population juvénile. Moyenne En cours Milieu universitaire OA, MPO 2 à 5 ans
Quantifier la mortalité liée à la prédation sur les premiers stades biologiques. Faible Non commencée Milieu universitaire OA, industrie, MPO plus de 5 ans
Établir une banque de tissus à des fins d'évaluation génétique. Faible Non commencée Milieu universitaire À déterminer 2 à 5 ans
Stratégie globale no 2 – Protection et gestion
Réduire au minimum les répercussions sur les habitats importants (p. ex. zones connues de frai et d'hivernage). Élevée En cours MPO, EC, N.‑B., MEGL, industrie S.O. Continue
Élaborer une carte des zones d'habitat importantes de l'esturgeon à museau court dans la rivière Saint-Jean et transmettre cette carte aux autres organismes de réglementation. Moyenne Non commencée MPO Milieu universitaire moins de 2 ans
Éxplorer et mettre en œuvre des solutions favorisant la protection des habitats importants. Moyenne Non commencée MPO, autres (AD) AD 2 à 5 ans
Tenir compte de l'esturgeon à museau court dans les options de conception de passage du poisson pour un barrage de Mactaquac future. Faible Non commencée CRI, Énergie NB MPO 2 à 5 ans
B. Menace de mortalité directe et prélèvements
Surveiller les prises accessoires dans le cadre des pêches commerciales (alose, gaspareau, anguille). Élevée En cours MPO Industrie moins de 2 ans
Améliorer la conformité en matière de déclaration obligatoire. Élevée En cours MPO Industrie moins de 2 ans
Évaluer l'étendue de la pêche illégale et mettre en œuvre des mesures pour la réduire au necessaire. Élevée Non commencée Organismes de réglementation (MPO/ MRNNB) S.O. Continue
Réexaminer la réglementation en vigueur afin de réduire le risque associé à la rétention d'esturgeon à museau court (longueur à la fourche par rapport à la longueur totale). Faible En cours MPO S.O. moins de 2 ans
Définir et mettre en œuvre la meilleure méthode pour surveiller les prises d'esturgeons à museau court dans le cadre de la pêche récréative. Moyenne Non commencée (il n'existe aucune exigence en matière de déclaration obligatoire à l'heure actuelle) MPO, MRNNB S.O. 2 à 5 ans
Limiter au necessaire les prélèvements totaux à des fins d'aquaculture ou autres fins. Faible En cours (authorisé seulement sous permis délivré par le MPO) MPO S.O. Continue
Améliorer la déclaration dans les pêches autochtones. Faible En cours MPO OA Continue
Stratégie globale no 3 – Intendance, sensibilisation et communication
Obtenir l'engagement des Premières Nations, des organisations autochtones et des groupes d'intérêts locaux envers la réduction des menaces auxquelles sont confrontés l’espèce et son habitat. Moyenne Non commencée MPO OA, ONG AD
Concevoir et distribuer du matériel de sensibilisation sur l'emplacement d'habitats importants et les menaces connexes pesant sur les utilisateurs d'habitat et les organismes de réglementation Moyenne Non commencée MPO AD AD
Mettre de l'avant des pratiques exemplaires afin de réduire la pollution causée par l'agriculture et les municipalités pour ainsi améliorer la qualité de l'eau. Moyenne Non commencée MEGLNB, EC, MAAPNB MPO, industrie AD
Poursuivre et étendre les programmes d'éducation et de sensibilisation, les initiatives d'intendance de même que divers projets de restauration. Moyenne En cours OA (p.ex. MAARS, MAPC, MNCC), ONG Tous Continue
Les rapports sur la mise en œuvre du plan de gestion en vertu de l'article 72 de la LEP s'appuieront sur l'évaluation des progrès réalisés à l'égard de la mise en œuvre des stratégies générales et des mesures de conservation. La mise en œuvre du présent plan de gestion fera l'objet d'un suivi constant et sera évaluée cinq ans après son ajout au Registre public.
Les indicateurs de rendement ci­-dessous fournissent un moyen de faire le suivi et d'évaluer les progrès à l'égard de l’objectif général de ce plan de gestion. Ils servent également à évaluer si les mesures de conservation énoncées au tableau 4 sont adéquates pour l'usage auquel ils sont destinés.
Stratégie générale no 1 : Recherche, surveillance et évaluation
Les estimations quantitatives de toutes les sources de mortalité adulte et juvénile ont-elles été obtenues?
Les effets du barrage de Mactaquac sur l'utilisation de l'habitat et sur la survie des premiers stades biologiques ont-ils été déterminés?
Les prises accessoires dans les pêches commerciales et récréatives ont-elles été quantifiées?
La taille des populations adultes a-t-elle été établie?
Un programme de surveillance de l'abondance des adultes a-t-il été élaboré, puis mis en œuvre?
L'emplacement des frayères a-t-il été confirmé et la compréhension des habitats saisonniers des adultes a-t-elle été améliorée?
Des études ont-elles été entreprises pour confirmer l'existence d'autres zones d'habitat importantes?
L'utilisation des habitats importants confirmés fait-elle l'objet d'une surveillance?
La zone d'occurrence de l'espèce a-t-elle été mieux définie?
Autres connaissances traditionnelles autochtones concernant la répartition et l'utilisation actuelles et historiques de l'habitat de l'esturgeon à museau court ont-elles été recueillies?
La taille des populations juvéniles a-t-elle été établie?
Des échantillons de tissu ont-ils été archivés?
Stratégie générale no 2 : Protection et gestion
Les effets sur les zones d’habitats importants connus ont-ils été réduits au minimum? Des options pour leur protection ont-elles été explorées?
Les zones d'habitat importantes ont-elles été cartographiées? Ces informations ont-elles été communiquées aux organismes de réglementation?
L'esturgeon à museau court a-t-il été pris en considération dans les options de conception de passage du poisson pour le futur barrage potentiel de Mactaquac?
Des systèmes ont-ils été mis en place pour faire le suivi des prises accessoires dans les pêches commerciales pertinentes et les prises, accidentelles ou directes, dans les pêches récréatives de la rivière Saint-Jean.
L'exigence en matière de déclaration obligatoire des pêches pertinentes dans la rivière Saint-Jean est-elle mieux respectée (p. ex. esturgeon noir, alose savoureuse, gaspereau, anguille d'Amérique)?
Les niveaux de pêche illégale sont-ils mieux compris? La pêche illégale a-t-elle été réduite, le cas échéant?
Les règlements sur la taille minimale des poissons qu'on peut retenir ont-ils été examinés et précisés?
Les prélèvements aux fins d'aquaculture ou autres fins ont-ils été limités, le cas échéant?
Les exigences en matière de déclaration relatifs aux pêches autochtones ont-elles été améliorées?
Stratégie générale no 3 : Intendance, sensibilisation et communication
Les Premières Nations, organisations autochtones et groupes d'intérêts locaux se sont-ils engagés envers la conservation de l'esturgeon à museau court?
Les intervenants ont-ils reçu des renseignements sur l'espèce, sur son habitat et sur les menaces auxquelles elle est confrontée?
Du matériel éducatif sur la prévention de la pollution issue des activités industrielles, de l'agriculture et des infrastructures municipales dans la rivière Saint-Jean et ses affluents, en particulier dans les zones d'habitat importantes de l'esturgeon à museau court a-t-il été élaboré?
Des programmes de sensibilisation et d'éducation, des initiatives d'intendance et de communication ainsi que des projets de restauration sont-ils en place?
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Une évaluation environnementale stratégique est menée pour tous les documents de planification du rétablissement en vertu de la Loi sur les espèces en péril, conformément à la Directive du Cabinet sur l'évaluation environnementale des projets de politiques, de plans et de programmes. L’objet de l’évaluation environnementale stratégique est d’incorporer les considérations environnementales à l'élaboration des projets de politiques, de plans et de programme publiques pour appuyer une prise de décision éclairée du point de vue de l’environnement.
La planification relative à la gestion vise à favoriser les espèces en péril et la biodiversité en général. Il est cependant reconnu que des plans peuvent, par inadvertance, produire des effets environnementaux qui dépassent les avantages prévus. Le processus de planification fondé sur des lignes directrices nationales tient directement compte de tous les effets environnementaux, notamment des incidences possibles sur des espèces ou des habitats non ciblés. Les résultats de l'évaluation environnementale stratégique sont directement inclus dans le plan lui-même, mais également résumés ci-dessous.
La possibilité que le plan de gestion de l'esturgeon à museau court ait des effets négatifs non voulus sur l'environnement et d'autres espèces a été envisagée. Puisque les mesures de conservation recommandées se limitent à des mesures non intrusives telles que de la surveillance de populations ou des activités de sensibilisation, nous pouvons conclure que le plan de gestion n'entraînera pas d'effets négatifs importants.
De plus, selon toute vraisemblance, certaines des mesures proposées dans le présent plan de gestion contribueront à la conservation d'autres espèces. L'esturgeon noir, une espèce similaire qui coexiste avec l'esturgeon à museau court dans la rivière Saint-Jean, a été désigné comme une espèce menacée par le COSEPAC en 2011 et on considère son ajout à l'annexe 1 de la LEP. Une fois mises en œuvre, les mesures de conservation destinées à l'esturgeon à museau court pourraient aussi contribuer à la conservation de l'esturgeon noir, compte tenu du chevauchement de leur répartition géographique et des similarités entre les deux espèces. Le bar rayé (population de la baie de Fundy), une autre espèce qui habite la rivière Saint-Jean, a été réévalué et jugé comme une espèce en voie de disparition par le COSEPAC en 2012. On considère également l'ajout de cette espèce à l'annexe 1 de la LEP. Les mesures de conservation pour établir les effets du régime d'exploitation du barrage de Mactaquac sur les premiers stades biologiques de l'esturgeon à museau court pourraient également donner des renseignements utiles sur le frai du bar rayé, étant donné que ce dernier fraie aussi immédiatement en aval du barrage.
On considère que le cours inférieur de la rivière Saint-Jean contient la plus grande diversité de poissons d'eau douce à l'est de la province du Québec. En plus de celles mentionnées plus haut, de nombreuses espèces de poissons vivent dans la rivière Saint-Jean, y compris le saumon de l'Atlantique, l'anguille d'Amérique, l'alose savoureuse, l'alose d'été (Alosa aestivalis), le gaspareau (Alosa pseudoharengus), le baret (Morone Americana) et l'éperlan arc-en-ciel (Osmerus mordax). Deux d'entre elles (saumon de l'Atlantique et anguille d'Amérique) sont considérées comme des espèces en péril et leur inscription à liste de la LEP est en considération. Par ailleurs, c'est dans le cours inférieur de la rivière Saint-Jean que se situe la majorité des aires de répartition connues du crapet rouge (Lepomis auritus) au Canada, une espèce que le COSEPAC a évaluée en 2008 et qu'elle a placée dans la catégorie « Données insuffisantes ». Bien que les besoins et les préférences en matière d'habitat de ces espèces puissent différer de ceux de l'esturgeon à museau court, les efforts pour assurer la conservation et la viabilité à long terme de l'esturgeon à museau court peuvent aussi améliorer les efforts de conservation et de sensibilisation dirigés vers ces autres espèces.
L'esturgeon à museau court est considéré comme un prédateur possible et une espèce-hôte pour la lampsile jaune (Lampsilis cariosa), qui est une moule bivalve d'eau douce se trouvant aussi dans le cours inférieur de la rivière Saint-Jean et inscrite comme espèce préoccupante en vertu de la LEP. Le plan de gestion de la lampsile jaune comprend une mesure de conservation visant à déterminer les interactions possibles prédateur-proie et hôte-parasite entre les deux espèces (MPO, 2010). Si des interactions sont définies, il sera important de gérer les deux espèces d'une façon qui appuie l'objectif de gestion de chacune.
Une première ébauche du plan de gestion de l'esturgeon à museau court a été élaborée en mars 2013 avec la collaboration d'experts, internes et externes, de l'esturgeon à museau court ainsi que diverses parties intéressées. Puis, le 4 juillet 2013, un atelier d'une journée a eu lieu à Saint John, au Nouveau-Brunswick; il s'agissait de passer en revue les principales sections de l'ébauche et d'obtenir des commentaires et des conseils supplémentaires à propos des mesures de conservation nécessaire pour l'esturgeon à museau court. Parmi les participants à cet atelier figuraient des représentants des secteurs concernés de Pêches et Océans Canada, des Premières Nations et autres organisations autochtones, de l'industrie de l'aquaculture, du milieu universitaire et de ministères du gouvernement provincial du Nouveau-Brunswick (tableau 5).
Les nations des Mi'kmaq et des Malécites sont perçues comme d'importants partenaires dans la gestion de l'esturgeon à museau court. En effet, les connaissances autochtones peuvent fournir des observations, de l'expérience, des connaissances locales et une vision du monde différente à l'égard de l'état actuel de l'esturgeon et des menaces auxquelles il est confronté. Ainsi, les autochtones ont contribué à la première ébauche à l'occasion de réunions bilatérales, en plus de participer à l'atelier. Les dépositaires de ces connaissances ont librement partagé des savoirs traditionnels dans l'élaboration de ce plan de gestion.
Le tableau 5, intitulé Liste des participants à l'atelier sur le plan de gestion de l'esturgeon à museau court, tenu le 4 juillet 2013, présente la liste des experts internes et externes ainsi que les parties intéressées qui ont participé à un atelier d'une journée le 4 juillet 2013 à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. Cet atelier a eu lieu afin de solliciter des commentaires sur l'ébauche du plan de gestion. Le tableau est divisé en deux colonnes, dont les titres sont, de gauche à droite : Participants et Organisation. Un total de 22 participants ont assisté à l'atelier. Dans le tableau, ces participants sont classés par secteur pertinent. Huit participants étaient affiliés à Pêches et Océans Canada. Deux participants provenaient du milieu universitaire. Trois participants provenaient de la province du Nouveau-Brunswick. Trois participants provenaient de l'industrie. Six participants représentaient les organisations autochtones.
Bradford, Rod (Ph. D.) Région des Maritimes/Sciences - Pêches et Océans Canada
Floyd, Trevor Région des Maritimes/Division de la gestion des espèces en péril - Pêches et Océans Canada
Gaudet, Odette Région des Maritimes/Conservation et Protection - Pêches et Océans Canada
Kesselring-Cheney, Sarah Région des Maritimes/Gestion des ressources (St. George) - Pêches et Océans Canada
Robichaud-Leblanc, Kimberly Région des Maritimes/Division de la gestion des espèces en péril - Pêches et Océans Canada
Savoie, Fernand Région du Golfe/Programme de protection des pêches - Pêches et Océans Canada
Stevens, Greg Région des Maritimes/Gestion des ressources - Pêches et Océans Canada
Themelis, Daphne Région des Maritimes/Sciences - Pêches et Océans Canada
Dadswell, Mike (Ph. D.) Université Acadia - Milieu universitaire
Litvak, Matthew (Ph. D.) Université Mount Allison - Milieu universitaire
Collet, Kathryn Ministère des Ressources naturelles - Province du Nouveau-Brunswick
McEachreon, Tom Ministère de l'Agriculture, de l'Aquaculture et des Pêches - Province du Nouveau-Brunswick
Sabine, Mary Ministère des Ressources naturelles - Province du Nouveau-Brunswick
Barry, Jonathan Breviro Caviar (président) - Industrie
Ceapa, Cornel (Ph. D.) Acadian Sturgeon & Caviar - Industrie
Labadie, Holly Breviro Caviar/Université Mount Allison - Industrie
Atwin, Phil Maliseet Nation Conservation Council (MNCC) - Organisations autochtones
Augustine, Trenton North Shore Micmac District Council - Organisations autochtones
Francis-Kennedy, Julia Assemblée des Chefs des Premières Nations du Nouveau-Brunswick - Organisations autochtones
Stuart, Brian Maliseet Nation Conservation Council (MNCC) - Organisations autochtones
LaBillois, Barry MAARS/NB Aboriginal Peoples Council (NBAPC) - Organisations autochtones
Ward, Devon North Shore Micmac District Council - Organisations autochtones
L'ébauche du plan de gestion a aussi été évaluée par des représentants compétents des régions de la capitale nationale, des Maritimes et du Golfe de Pêches et Océans Canada. Elle a été également été distribué aux autres ministères fédéraux pertinents (p. ex. le ministère de la Défense nationale, les bases des Forces canadiennes à Gagetown) et aux représentants provinciaux concernés des Ressources naturelles, de l'Agriculture, de l'Aquaculture et des Pêches ainsi que de l'Environnement du Nouveau-Brunswick. Tous les commentaires reçus durant cet examen ont été pris en compte et inclus de la manière jugée appropriée dans cette version du document.
L’ébauche du plan de gestion a également été distribuée en mars 2014 aux représentants concernés des Premières Nations et des autres organisations autochtones, à des organismes d'intervenants, à des organisations non gouvernementales, à des chercheurs universitaires et à des groupes de l'industrie du Nouveau-Brunswick afin de favoriser l'échange de suggestions et de commentaires pouvant enrichir le plan de gestion. Tous les commentaires reçus dans le cadre de cet examen ont été pris en compte et éventuellement inclus dans le document. De plus, des réunions ont eu lieu avec l'Assemblée des Chefs des Premières Nations du Nouveau-Brunswick et le New Brunswick Aboriginal Peoples Council les 21 et 22 mai 2014 pour discuter de l'ébauche du plan de gestion.
Tous les commentaires reçus au sujet du plan de gestion proposé pendant la période de commentaires de 60 jours sur le Registre public (jour mois 2014 à jour mois 2014) seront pris en compte et inclus de la manière jugée appropriée dans la version finale du document.
1 L'espèce répond au critère pour la catégorie « menacée », D2, (c.-à-d., population très petite ou répartition limitée), puisqu'elle est présente dans un seul emplacement (dans une seule rivière), mais elle est désignée comme préoccupante, puisqu'il n'existe aucune menace immédiate (COSEPAC 2005).
2Espèce dont on ne croit pas qu'elle risque, de façon imminente, de disparaître du pays ou de la planète, mais qu'elle pourrait nécessiter une attention ou une protection particulière pour ne pas devenir en péril.
3 L'article 3.6 de l'Endangered Species Act of 1973 définit une espèce en voie de disparition comme toute espèce susceptible d’être menacée d’extinction dans la totalité ou une grande partie de son habitat.
4 Une espèce est considérée comme vulnérable lorsque les renseignements disponibles les plus fiables indiquent qu'elle répond à l'un des critères concernant les espèces vulnérables définis par l'UICN (2012), et que l'on considère donc comme étant confrontée à un risque très élevé d'extinction en milieu sauvage.
5 Pour les espèces vulnérables, le risque de devenir en voie de disparition ou d'élimination est modéré lorsque leurs aires de répartition sont passablement restreintes, que les populations ou le nombre d'occurrences sont relativement faibles, et lorsqu'elles ont subi des déclins récents et généralisés, des menaces et autres facteurs.
6 Pour les espèces en péril, le risque de disparation d'un territoire est élevé lorsque leurs aires de répartition sont restreintes, que leurs populations ou le nombre d'occurrences sont relativement faibles et lorsqu'elles ont subi d'importants déclins, des menaces graves ou d'autres facteurs.
7 Pour les espèces en péril, le isque de disparation d'un territoire est élevé lorsque leurs aires de répartition sont restreintes, que leurs populations ou le nombre d'occurrences sont relativement faibles et lorsqu'elles ont subi d'importants déclins, des menaces graves ou d'autres facteurs
8La méthode de classement et le calculateur de NatureServe ont récemment été actualisés et utilisés pour mettre à jour les classements mondiaux; toutefois, le classement infranational n'a pas été examiné depuis plus de dix ans et n'est peut-être plus précis.
9 Selon FishBase, une base de données en ligne des espèces de poissons à l'échelle mondiale.
10 La longueur à la fourche (LF) est la distance entre le bout du museau et la fourche de la queue.
11 Figure : Usvyatsov, S., J. Watmough, et M.K.Litvak, 2012a. Les estimations de l'âge et de la taille de la population d'esturgeons à museau court hivernants dans la rivière Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick (Canada). Journal canadien des sciences halieutiques et aquatiques 141(4):1126-1136 © Éditions Sciences Canada ou ses concédants de licences.
12 Les débits environnementaux constituent des débits d'eau variables selon l'année et la saison qui favorisent les écosystèmes et les moyens de subsistance humains, tout en permettant d'autres utilisations comme l'énergie hydroélectrique, l'irrigation et l'approvisionnement en eau.
13 Cyprinidés : tous les poissons d'eau douce, souvent petits, appartenant à la famille des Cyprinidae, qui comprend les vairons, les carpes et les ménés.