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Timestamp: 2016-10-25 03:16:14+00:00
Document Index: 45365336

Matched Legal Cases: ['art. 46', 'art. 62', 'art. 10', 'art. 48', 'art. 46', 'art. 54', 'art. 55', 'art. 59', 'art. 59', 'art. 55', 'in fine', 'art. 55', 'art. 55', 'art. 54', 'art. 54', 'art. 43', 'ATF ', 'art. 63', 'art. 64', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 55', 'ATF ', 'art. 63', 'art. 63', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 55', 'art. 90', 'art. 46', 'art. 62', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 42', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 42', 'art. 64', 'art. 63', 'art. 5', 'art. 87', 'in fine', 'art. 10', 'art. 10', 'art. 10', 'art. 10', 'art. 4', 'art. 22', 'art. 10', 'art. 8', 'art. 63', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 42', 'ATF ', 'art. 55', 'art. 35', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 181', 'art. 55', 'art. 46', 'art. 156', 'art. 159']

4C.194/2002 (19.12.2002)
Arr�t du 19 d�cembre 2002
Les juges f�d�raux Walter, pr�sident de la Cour, Corboz, Klett, Rottenberg Liatowitsch et Favre,
Soci�t� d'assurances X.________,
d�fenderesse et recourante, repr�sent�e par Me Christian Grosjean, avocat, rue Etienne-Dumont 1, case postale 3487, 1211 Gen�ve 3,
d�fendeur,
A.________, demandeur, intim� et recourant par voie de jonction, repr�sent� par Me Christel Gobeli-D�ll, avocate, chemin des Verjus 89, 1212 Grand-Lancy,
responsabilit� civile du d�tenteur de v�hicule automobile; calcul du dommage
A.a A.________ est n� au Vietnam en 1957. Il est arriv� en Suisse en 1979 et a obtenu l'asile politique. Ne disposant d'aucune formation particuli�re, il a suivi des cours de fran�ais, langue dans laquelle il peut s'exprimer oralement, mais qu'il ne peut ni lire ni �crire. Il a �pous� une compatriote en 1985 � Gen�ve; une fille est n�e de cette union, le 22 janvier 1989.
En 1981 ou 1982, A.________ a �t� engag� par l'entreprise Y.________ SA o� il a re�u une formation de monteur en transformateurs �lectriques. Son travail, organis� en deux �quipes, consistait � installer manuellement de lourds composants en fer dans de grands transformateurs. En 1989, le salaire mensuel brut moyen vers� � cet employ� �tait de 4'546 fr., compte tenu des allocations familiales, des indemnit�s pour travail en �quipe et de la r�mun�ration d'heures de travail suppl�mentaires.
A.________, dont l'�pouse travaillait � temps complet, participait activement aux t�ches du m�nage (nettoyage, cuisine, lessive, courses et garde de l'enfant) en fonction de ses disponibilit�s d�coulant de son horaire de travail variable.
A.b Le 14 octobre 1989, un grave accident de la circulation s'est produit sur la route d'A�re, � Gen�ve, dans lequel ont �t� impliqu�s le v�hicule conduit par A.________ et une automobile conduite par B.________, assur�e en responsabilit� civile aupr�s de la soci�t� d'assurances X.________ (ci-apr�s: X.________). La responsabilit� de cet accident incombe exclusivement � B.________.
A.________ a subi diverses l�sions importantes, en particulier un polytraumatisme avec traumatisme cr�nio-c�r�bral, une commotion c�r�brale, une contusion h�patique et de multiples fractures dont le tiers moyen de l'hum�rus gauche, l'anneau pelvien, le f�mur gauche et la t�te du p�ron� gauche. Ces l�sions ont n�cessit� de nombreuses interventions chirurgicales et le patient n'a pu rentrer chez lui que le 24 novembre 1989.
A la date du jugement de premi�re instance, soit onze ans apr�s la survenance de l'accident, A.________ pr�sentait un raccourcissement du f�mur gauche de 1 � 1,5 cm, dont la fracture avait consolid� avec un cal vicieux en rotation externe de 30 � 35�, entra�nant une nette claudication sur le c�t� gauche. Par ailleurs, un mauvais fonctionnement de l'articulation de l'�paule gauche subsiste, qui entra�ne une limitation mod�r�e des mouvements de cette derni�re. Les blessures et les nombreuses interventions chirurgicales subies ont laiss� des s�quelles cutan�es, soit de nombreuses et peu esth�tiques cicatrices. Sur le plan neurologique, le traumatisme cr�nio-c�r�bral a eu des incidences sur les fonctions cognitives, l'humeur, la capacit� de concentration et la r�sistance � la fatigue de A.________ qui est devenu constamment triste, voire irritable, et a perdu toute joie de vivre depuis son accident.
A.________ arrive � marcher, en boitant, entre une heure et une heure trente, � l'aide d'une canne qu'il tient dans sa main droite. Il �prouve des douleurs permanentes � l'�paule gauche, ainsi que des douleurs au niveau de la fesse gauche, essentiellement lorsqu'il se tient debout et qu'il marche. Par ailleurs, le port de charges d'une certaine importance lui est impossible en raison notamment des l�sions subies � l'�paule gauche.
Les experts judiciaires C.________ et D.________ ont �valu� � 62,7% l'invalidit� m�dico-th�orique globale et d�finitive r�sultant de ces diff�rentes atteintes � la sant�. Pour sa part, le m�decin traitant de A.________ a estim� ce taux � 80%.
A.c Une tentative de reprise du travail aupr�s de Y.________ SA, de m�me qu'un essai de reconversion dans le secteur de l'horlogerie se sont sold�s par un �chec, nonobstant la bonne volont� de A.________ et son d�sir de travailler.
Les experts C.________ et D.________ ont estim� � 50% la capacit� r�siduelle de gain de l'int�ress� dans une profession ne n�cessitant pas le port de charges ni l'ex�cution de travaux lourds. En revanche, le m�decin traitant, de m�me que le Dr E.________, commis en tant qu'expert dans un litige opposant A.________ � Z.________, ont conclu � une incapacit� de travail totale, quelle que soit la profession envisag�e.
Apr�s son accident, A.________ a cess� d'assurer sa part des t�ches m�nag�res, lesquelles ont �t� accomplies int�gralement, depuis lors, par son �pouse qui a cess� son activit� professionnelle � cette fin. Les experts m�dicaux ont estim� � 30% le degr� d'invalidit� m�dico-th�orique de A.________ relativement � ces t�ches, tandis que, dans un rapport du 28 janvier 2000, le Centre d'ergoth�rapie fonctionnelle, mis en oeuvre par le m�decin traitant du l�s�, a �valu� � 88% le degr� d'inaptitude de ce dernier � accomplir des t�ches m�nag�res.
A.d Depuis son accident survenu en octobre 1989, jusqu'� l'expiration de son contrat de travail en f�vrier 1992, A.________ a re�u de son employeur - par le biais des versements de la Caisse nationale suisse d'assurance en cas d'accidents (CNA), de l'assurance-invalidit� (AI) et de la Caisse-maladie de Y.________ SA - un salaire; il a ainsi touch� quelque 128'228 fr. durant cette p�riode.
D�s l'expiration du contrat de travail, Y.________ SA a cess� de verser un salaire � cet employ�. Depuis lors, celui-ci a per�u des rentes de la CNA, de l'AI et de la Caisse de pension de Y.________ SA.
Les montants vers�s � A.________ depuis la survenance de l'accident dont il a �t� victime jusqu'� la date retenue pour le calcul du dommage (15 mars 2002) repr�sentent un total de 787'448 fr. S'y ajoute la somme de 40'800 fr. vers�e par la CNA � titre d'indemnit� pour atteinte � l'int�grit� corporelle.
Enfin, X.________ a vers� en date du 14 septembre 1992 la somme de 25'000 fr. � A.________ � titre d'acompte.
A.e Depuis l'expiration du contrat de travail qui les liait, Y.________ SA a cess� de payer un salaire � A.________ et, par cons�quent, de verser la part "employeur" des cotisations � la Caisse de pension de Y.________ SA, destin�es � assurer la retraite du travailleur. Le montant total des cotisations perdues par ce dernier, entre mars 1992 et mars 2002, calcul� en fonction d'un taux moyen de 11,15% du salaire brut, s'�l�ve � environ 86'534 fr.
A.f Pour l'assister dans ses d�marches envers son employeur, les assurances sociales et X.________, A.________ a eu recours, d�s le mois de mai 1992, aux services d'un avocat. Il en est r�sult� des frais se montant � 34'785 fr. pour l'activit� d�ploy�e par ce dernier jusqu'au d�but de l'ann�e 1995.
B.a Par demande du 13 juin 1996, A.________ a assign� X.________ et B.________, recherch�s solidairement, en paiement d'un montant de 1'222'566 fr.74 avec int�r�ts � 5% d�s le 14 octobre 1989. Ce montant �tait r�clam� � diff�rents titres (gain manqu�, atteinte � l'avenir �conomique, tort moral et frais d'avocat hors proc�s). En cours de proc�s, le demandeur a augment� ses conclusions et r�clam� le paiement de 3'038'635 fr. 21, plus 148'000 fr. � titre d'indemnit� de proc�dure pour ses frais de conseil. Son avocat a sollicit� la distraction � son profit, non seulement des d�pens de la proc�dure, mais �galement de l'indemnit� r�clam�e au titre des frais d'avocat avant proc�s.
La d�fenderesse a conclu au rejet int�gral de la demande. De son c�t�, le d�fendeur s'est born� � contester sa responsabilit� dans l'accident du 14 octobre 1989, sans prendre de conclusions.
B.b Par jugement du 14 septembre 2000, le Tribunal de premi�re instance du canton de Gen�ve a condamn� solidairement les d�fendeurs � payer au demandeur 724'953 fr. d'indemnit�s diverses ainsi qu'une indemnit� de proc�dure de 35'000 fr. dont il a ordonn� la distraction en faveur de Me Christel Gobeli-D�ll.
"1. Condamne X.________ et B.________ � payer � A.________, � titre solidaire, les sommes de:
2. Condamne X.________ et B.________, � titre solidaire, en tous les d�pens de premi�re instance et d'appel, lesquels comprendront une indemnit� de proc�dure de 50'000 fr. � titre de participation aux honoraires de conseil du demandeur.
En ordonne la distraction en faveur de Me Christel Gobeli-D�ll qui affirme qu'ils lui sont dus.
L'arr�t attaqu� repose, en substance, sur les motifs suivants:
B.c.a Les conditions fix�es par le droit de proc�dure genevois pour une amplification de la demande n'�tant pas r�alis�es en l'esp�ce, il convient, en accord avec le premier juge, de limiter l'examen du cas aux conclusions figurant dans l'assignation, soit 1'152'566 fr. 75 de dommages-int�r�ts et 70'000 fr. de r�paration morale.
B.c.b La responsabilit� dans la survenance de l'accident du 14 octobre 1989 incombant exclusivement au d�fendeur, le demandeur est fond� � r�clamer � ce dernier ainsi qu'� la d�fenderesse, en sa qualit� d'assureur en responsabilit� civile du v�hicule conduit par le d�fendeur, la r�paration du dommage subi, en application des art. 46 et 47 CO auxquels renvoie l'art. 62 al. 1 LCR.
B.c.c S'agissant des frais d'avocat, la jurisprudence admet que les d�penses relatives � l'intervention n�cessaire d'un homme de loi avant l'ouverture du proc�s, lorsqu'elles ne sont pas comprises dans les d�pens de la proc�dure cantonale, comme c'est le cas � Gen�ve, constituent un �l�ment du dommage. En l'occurrence, vu la complexit� du cas et le fait que le demandeur, pour diverses raisons, ne pouvait effectuer aucune d�marche lui-m�me, le nombre d'heures port�es en compte par son avocate, qui correspond � moins d'une semaine de travail par an, semble � tout le moins admissible. La part du dommage constitu� par les frais d'avocat pour l'activit� d�ploy�e entre mai 1992 et la fin de l'ann�e 1994 sera donc arr�t�e � 34'785 fr., montant qui portera int�r�ts � 5% � compter du d�p�t de la demande. En revanche, les interventions ult�rieures ont �t� pour la majeure partie d�ploy�es en vue du d�p�t de l'assignation; elles sont donc comprises dans les d�pens et n'ont pas � �tre indemnis�es s�par�ment.
B.c.d Le pr�judice �conomique r�sultant d'une diminution de la capacit� de gain constitue un �l�ment du dommage. Pour d�terminer le dommage cons�cutif � une invalidit�, le juge part du taux d'invalidit� m�dico-th�orique abstrait, bas� sur la nature et la gravit� des atteintes � l'int�grit� corporelle. Puis il appr�cie l'incidence de cette invalidit� sur la diminution concr�te de l'aptitude du l�s� � exercer une activit� lucrative et � r�aliser un gain. In casu, le Tribunal de premi�re instance n'a pas m�connu ces principes en jugeant totale et permanente l'incapacit� du demandeur � r�aliser un gain, et cela du jour de l'accident.
Jusqu'au jour du jugement, la perte de salaire r�sultant de l'incapacit� de gain doit �tre �tablie, autant que possible, de mani�re concr�te. Avec le premier juge, on doit tenir pour �tabli que, sans son accident, le demandeur aurait continu� � exercer son activit� professionnelle de monteur en transformateurs aupr�s de Y.________SA, qu'il aurait tr�s vraisemblablement �t� appel� � continuer � fournir des heures suppl�mentaires, � tout le moins dans la m�me mesure que pendant les deux ann�es pr�c�dant son accident, et que son salaire aurait connu une augmentation moyenne annuelle de 4%. La perte de salaire brut du demandeur pour la p�riode comprise entre l'accident et le jour du pr�sent jugement s'�l�ve ainsi � 911'757 fr. Il y a lieu d'imputer sur ce montant les prestations vers�es par les assurances sociales et par la Caisse de pension de Y.________ SA, soit un total de 787'448 fr., de m�me que l'acompte de 25'000 fr. vers� par la d�fenderesse. Ainsi, le demandeur a droit � un montant de 99'309 fr., avec int�r�ts � 5% d�s la date moyenne du 31 d�cembre 1995, au titre de la perte de salaire actuelle.
En ce qui concerne la perte de salaire future, il faut partir du salaire brut que le l�s� aurait obtenu, sans atteinte � l'int�grit� corporelle, � la date du jugement. Le manque � gagner doit �tre calcul� � l'aide des tables de capitalisation de Stauffer et Sch�tzle; comme celles-ci prennent en compte, � tout le moins partiellement, une adaptation au rench�rissement de 3,5% du revenu futur hypoth�tique, les �ventuelles augmentations de salaire d�coulant de l'indexation ne doivent pas �tre prises en consid�ration. En l'esp�ce, le demandeur, s'il en avait eu la possibilit�, aurait continu� � travailler comme salari� jusqu'� l'�ge de la retraite. Il sera donc fait application de la table de capitalisation no 18 de Stauffer et Sch�tzle, ce qui donne, pour un revenu annuel brut de 94'296 fr. (ann�e 2002) et un taux d'incapacit� de gain de 100%, une perte de salaire future capitalis�e de 1'255'080 fr. Il convient de retrancher de ce montant la valeur capitalis�e des rentes de l'AI (378'693 fr.), de la CNA (419'371 fr.) et de la Caisse de pension de Y.________ SA (114'679 fr.) que le demandeur percevra jusqu'� ce qu'il atteigne l'�ge de la retraite (65 ans), soit un total de 912'743 fr. Par cons�quent, le demandeur a droit, au titre de la perte de gain future, � un montant de 342'337 fr., lequel portera int�r�ts � 5% d�s le 15 mars 2002.
B.c.e S'agissant de la pr�voyance professionnelle, force est d'admettre que la perte des cotisations vers�es � ce titre par l'employeur � une institution ad hoc constitue un �l�ment du pr�judice subi par le demandeur. En l'esp�ce, contrairement � ce qui a �t� retenu par le premier juge, le versement de la part patronale de ces cotisations n'a pas cess� le jour de l'accident, mais s'est poursuivi jusqu'� l'expiration du contrat de travail, � fin f�vrier 1992. La d�fenderesse invoque en vain une disposition sp�cifique du r�glement de la Caisse de pension de Y.________ SA pour soutenir que l'avoir de vieillesse du demandeur sera aliment� jusqu'� l'�ge-terme, nonobstant l'extinction des rapports de travail. La disposition invoqu�e est, en effet, incompatible avec l'art. 10 al. 2 LPP (RS 831.40) qui pr�voit la cessation de l'obligation d'assurance � la dissolution des rapports de travail. In casu, l'obligation de cotiser des parties a donc cess� � fin f�vrier 1992. S'il n'avait pas �t� accident�, le demandeur aurait travaill� jusqu'� l'�ge de la retraite et b�n�fici� des cotisations paritaires de son employeur. Il subit d�s lors une perte du fait que les rentes d'invalidit� que lui sert la Caisse de pension sont bas�es sur un avoir constitu� pendant une plus courte dur�e. En revanche, le demandeur a tort lorsqu'il soutient qu'il faut �galement tenir compte de la part employ� des cotisations � la Caisse de pension pour calculer le montant de cette perte. Il oublie, ce faisant, que la somme allou�e � titre de perte de gain est calcul�e sur la base du salaire brut, lequel inclut les cotisations au deuxi�me pilier incombant au travailleur.
Cela �tant, le demandeur a droit, � titre de perte de pr�voyance actuelle, � la somme de 86'534 fr., qui correspond � 11,15% du salaire brut qu'il aurait r�alis� entre mars 1992 et mars 2002, cette somme portant int�r�ts au taux de 5% d�s la date moyenne du 31 d�cembre 1995.
Pour calculer la perte de pr�voyance future, il sied de prendre en consid�ration le fait que la part patronale des cotisations durant la p�riode allant du 45e anniversaire du demandeur jusqu'� l'�ge de sa retraite, passera de 11,15% � un taux moyen de 13,78%. Eu �gard � ce pourcentage et au salaire annuel brut d�terminant pour l'ann�e 2002 (94'926 fr.), l'employeur du demandeur aurait vers� chaque ann�e 12'993 fr. � la Caisse de pension au profit de son employ� si les rapports de travail ne s'�taient pas �teints. Capitalis� jusqu'� l'�ge de la retraite du demandeur au moyen de la table 18 de Stauffer et Schaetzle, ce montant donne un total de 172'936 fr. Le demandeur se verra allouer cette somme et les int�r�ts y aff�rents au taux de 5% courant d�s la date du jugement.
B.c.f La perte de la valeur �conomique des travaux m�nagers accomplis par le l�s� dans le cadre de son foyer constitue un �l�ment du pr�judice indemnisable. Jusqu'� la stabilisation m�dicale de son cas, survenue � la fin de l'ann�e 1991, le demandeur a �t� totalement incapable d'effectuer des travaux m�nagers, alors qu'il y consacrait quelque 60 heures par mois avant son accident, � l'instar de son �pouse avec laquelle il partageait l'ensemble des travaux domestiques en vertu de la r�partition �galitaire des t�ches au sein de ce couple. Depuis lors, il est � nouveau � m�me d'effectuer des travaux domestiques dans une certaine mesure. Pour fixer celle-ci, on admettra que l'invalidit� m�dico-th�orique de 62,7%, retenue par les experts judiciaires, a diminu� de 50% l'aptitude du demandeur � effectuer des travaux domestiques, cette valeur se situant entre les 30% auxquels parviennent les experts, sur la base toutefois d'une analyse lacunaire de la question, et les 88% retenus par le Centre d'ergoth�rapie fonctionnelle. Quant � la valeur �conomique de l'activit� m�nag�re, elle peut �tre actuellement estim�e � 25 fr. par heure de travail.
Pour la p�riode durant laquelle il a �t� totalement incapable d'accomplir une quelconque activit� m�nag�re, soit du 14 octobre 1989 au 31 d�cembre 1991, le demandeur a ainsi subi un pr�judice de 39'750 fr. (60 heures x 25 fr. x 26,5 mois x 100%); son pr�judice peut �tre fix� � 91'875 fr. pour la p�riode du 1er janvier 1992 au 15 mars 2002 (60 heures x 25 fr. x 122,5 mois x 50%). Le demandeur a droit, partant, en r�paration de son dommage m�nager actuel, � la somme de 131'628 fr. � laquelle s'ajouteront les int�r�ts � 5% d�s la date moyenne du 31 d�cembre 1995.
Calcul� sur les m�mes bases � l'aide de la table 20a de Stauffer et Schaetzle (moyenne activit�/mortalit�), le dommage m�nager futur se monte � 157'860 fr., somme qui sera allou�e au demandeur avec les int�r�ts � 5% d�s la date de l'arr�t.
B.c.g Eu �gard � la gravit� des l�sions subies par le demandeur, � leurs s�quelles physiques et psychiques permanentes (auparavant actif, volontaire au travail et soucieux d'am�liorer les conditions de sa famille, le demandeur est d�sormais incapable d'assumer le moindre effort physique et il devra mener � l'avenir une vie d'assist�; irritable, il a perdu toute joie de vivre et l'accident l'a rendu st�rile, de sorte que le couple n'aura jamais le second enfant pr�vu), ainsi qu'� l'absence de toute faute du l�s�, il y a lieu d'allouer � celui-ci une indemnit� de 70'000 fr. � titre de r�paration morale, sous d�duction des 40'800 fr. que la CNA lui a vers�s au m�me titre. Le solde de la r�paration morale due au demandeur s'�l�ve ainsi � 29'200 fr. S'y ajoutent les int�r�ts au taux de 5% � compter du 15 mars 2002.
B.c.h Le demandeur a droit � des d�pens. Il r�clame un montant global de 183'000 fr. de ce chef. Sur le principe, l'obligation pour les d�fendeurs d'indemniser le demandeur n'est pas contestable. Le montant des d�pens doit �tre fix� en fonction, notamment, de l'importance des sommes en jeu, de la dur�e de l'instance et de la complexit� de la mati�re. Il faut �galement tenir compte, en l'occurrence, de la qualit� tr�s relative des �critures d�pos�es et des correspondances adress�es avant le d�but du litige, certains passages des �critures du demandeur �tant � peine intelligibles. Tout bien consid�r�, l'indemnit� de proc�dure sera fix�e � 50'000 fr.
La d�fenderesse interjette un recours en r�forme. Elle y invite le Tribunal f�d�ral � annuler les chiffres 1b, 1c, 1d, 1e, 2, 3 et 4 du dispositif de l'arr�t cantonal, � confirmer celui-ci pour le surplus, puis, statuant � nouveau, � annuler le jugement du Tribunal de premi�re instance, � d�bouter le demandeur de toutes ses conclusions, � le condamner aux frais et d�pens et � renvoyer le dossier � la Cour de justice pour qu'elle se prononce sur les frais et d�pens de la proc�dure cantonale.
Le demandeur conclut au rejet du recours avec suite de frais et d�pens. Agissant par la voie du recours joint, il prie le Tribunal f�d�ral d'annuler les chiffres 1f, 1g, et 2 de l'arr�t attaqu�, de condamner solidairement les d�fendeurs � lui payer 239'040 fr. avec int�r�ts � 5% d�s le 31 d�cembre 1995 au titre du dommage m�nager actuel et 323'297 fr. avec int�r�ts � 5% d�s le 15 mars 2002 en r�paration de son dommage m�nager futur, de r�server les frais m�dicaux futurs en relation avec l'accident qui ne seraient pas pris en charge par une assurance et de condamner solidairement les d�fendeurs � les lui payer, de mettre �galement � la charge solidaire de ceux-ci les d�pens de la proc�dure cantonale, y compris les frais et honoraires d'avocat � concurrence de 148'000 fr. pour la proc�dure de premi�re instance et de 35'000 fr. pour la proc�dure d'appel, d'ordonner la distraction de l'int�gralit� des frais et d�pens en faveur de Me Christel Gobeli-D�ll, de confirmer pour le surplus l'arr�t attaqu� (ch. 1a-1e, 1h et 3 du dispositif de celui-ci), enfin de mettre tous les frais et d�pens de la proc�dure f�d�rale � la charge de la d�fenderesse.
Les arguments d�velopp�s dans le recours principal et dans le recours joint seront mentionn�s, dans la mesure n�cessaire, lors de l'examen de chacun des diff�rents griefs formul�s par la d�fenderesse et par le demandeur.
Le cod�fendeur n'a pas d�pos� de r�ponse au recours principal dans le d�lai qui lui a �t� accord� pour ce faire.
Par d�cision du 8 octobre 2002, la Ire Cour civile a rejet� la requ�te d'assistance judiciaire pr�sent�e par le demandeur et fix� au requ�rant un d�lai pour verser une avance de frais. Le demandeur s'est ex�cut� en temps utile.
La d�fenderesse a alors �t� invit�e � d�poser sa r�ponse au recours joint. Elle l'a fait le 28 novembre 2002, en proposant le rejet de toutes les conclusions du demandeur.
1.1 Interjet� par la partie qui a �t� condamn�e � verser des dommages-int�r�ts � la partie adverse et dirig� contre un arr�t final rendu en derni�re instance cantonale par un tribunal sup�rieur (art. 48 al. 1 OJ) sur une contestation civile dont la valeur litigieuse atteint le seuil de 8'000 fr. (art. 46 OJ), le recours exerc� par la d�fenderesse est en principe recevable, puisqu'il a �t� d�pos� en temps utile (art. 54 OJ) dans les formes requises (art. 55 OJ).
1.2 Il en va de m�me du recours joint (art. 59 al. 2 et 3 OJ), d�pos� dans le d�lai de r�ponse (art. 59 al. 1 OJ) par la partie qui n'a pas obtenu l'int�gralit� des conclusions condamnatoires qu'elle avait prises � l'encontre des deux autres parties. Deux remarques liminaires s'imposent toutefois en ce qui concerne la recevabilit� des conclusions prises dans ledit recours.
Premi�rement, il appert de la comparaison entre les conclusions formelles figurant en t�te dudit recours et les chiffres r�sultant des calculs op�r�s dans le corps de celui-ci que les montants qui y sont indiqu�s ne co�ncident pas. Ainsi, pour ce qui est du dommage m�nager actuel, les calculs effectu�s par le demandeur sous ch. 84 de son m�moire de recours aboutissent � un total de 295'683 fr. 60 alors que la conclusion ad hoc ne porte que sur 239'040 fr. (B.1.f); de m�me, le r�sultat du calcul du dommage m�nager futur, op�r� sous ch. 85 du m�moire de recours (366'200 fr. 12), ne correspond pas � la somme de 323'297 fr. mentionn�e dans la conclusion y relative (B.1.g). Toutefois, il serait par trop formaliste de s'en tenir aux seules conclusions prises par le demandeur en t�te de son recours joint, alors que les explications et calculs d�taill�s figurant dans le corps de cette �criture aboutissent � des chiffres diff�rents et plus �lev�s, lesquels correspondent de toute �vidence aux sommes que l'int�ress� entend se voir allouer de ce chef.
Secondement, il ressort de l'arr�t attaqu� que la cour cantonale, confirmant le refus du premier juge d'admettre l'amplification de la demande intervenue en cours de proc�s, a limit� son examen aux conclusions initiales, lesquelles portaient sur 1'152'566 fr. 75 de dommages-int�r�ts et 70'000 fr. de r�paration morale, soit un total de 1'222'566 fr. 75, la demande �tant jug�e irrecevable au surplus pour un motif tir� du droit de proc�dure cantonal qui �chappe � l'examen de la juridiction f�d�rale de r�forme. A teneur de l'art. 55 al. 1 let. b in fine OJ, il ne peut �tre pr�sent� de conclusions nouvelles. Ce qualificatif vise notamment les conclusions augment�es qui sont, partant, irrecevables (Poudret, COJ, n. 1.4.3 ad art. 55, p. 427). Or, en l'esp�ce, le demandeur conclut � l'allocation d'un montant total de 1'426'984 fr. 72 (i.e. 34'785 fr. + 99'309 fr. + 342'337 fr. + 86'534 fr. + 172'936 fr. + 295'683 fr. 60 + 366'200 fr. 12 + 29'200 fr.), d�pens non compris. Ce montant d�passe de 204'418 fr. celui du plafond fix� par la cour cantonale pour les conclusions admissibles de la demande. Dans cette mesure, le recours joint du demandeur est, en cons�quence, irrecevable.
1.3 Le Tribunal f�d�ral n'examine que les moyens soulev�s par le recourant et d�ment motiv�s (art. 55 al. 1 let. c OJ). L'arr�t� d�f�r� n'est pas critiqu� en tant qu'il admet le principe de la responsabilit� du d�fendeur, reconna�t au demandeur le droit d'agir directement contre la d�fenderesse et fixe � 29'200 fr. la r�paration morale � laquelle peut pr�tendre le demandeur (ch. 1h du dispositif). Ces diff�rents points ne seront donc pas inclus dans l'analyse juridique du cas. Force est de relever, en outre, que, lorsque plusieurs personnes sont recherch�es solidairement et reconnues cod�bitrices solidaires, il n'existe point entre elles de rapport de consorit� n�cessaire, leur cause �tant divisible. L'arr�t attaqu� est donc entr� en force, en tant qu'il condamne le d�fendeur (art. 54 OJ; cf. arr�t C.42/1983 du 13 avril 1983, consid. 1, publi� in SJ 1983 p. 259; voir aussi: Poudret, op. cit., n. 2.2 ad art. 54, p. 409). Aussi ce dernier a-t-il �t� mis en cause ind�ment par le demandeur dans son recours joint. De fait, d�s lors que le d�fendeur n'a pas interjet� de recours contre l'arr�t cantonal, il ne saurait ni profiter de l'�ventuelle admission du recours principal interjet� par la cod�bitrice, ni p�tir d'une condamnation p�cuniaire plus lourde de celle-ci ensuite de l'admission �ventuelle du recours joint. Ce n'est, en effet, qu'en interjetant lui-m�me un recours principal que le demandeur aurait pu obtenir une aggravation de la condamnation prononc�e contre le d�fendeur, en l'absence de recours exerc� par celui-ci.
1.4.1 Le recours en r�forme est ouvert pour violation du droit f�d�ral, mais non pour violation directe d'un droit de rang constitutionnel (art. 43 al. 1 OJ) ni pour violation du droit cantonal (ATF 127 III 248 consid. 2c; 126 III 189 consid. 2a, 370 consid. 5).
Saisi d'un recours en r�forme, le Tribunal f�d�ral doit conduire son raisonnement juridique sur la base des faits contenus dans la d�cision attaqu�e, � moins que des dispositions f�d�rales en mati�re de preuve n'aient �t� viol�es, qu'il y ait lieu � rectification de constatations reposant sur une inadvertance manifeste (art. 63 al. 2 OJ) ou qu'il faille compl�ter les constatations de l'autorit� cantonale parce que celle-ci n'a pas tenu compte de faits pertinents, r�guli�rement all�gu�s et clairement �tablis (art. 64 OJ; ATF 127 III 248 consid. 2c; 126 III 59 consid. 2a). Dans la mesure o� une partie recourante pr�sente un �tat de fait qui s'�carte de celui contenu dans la d�cision attaqu�e sans se pr�valoir avec pr�cision de l'une des exceptions qui viennent d'�tre rappel�es, il n'est pas possible d'en tenir compte (ATF 127 III 248 consid. 2c). Il ne peut �tre pr�sent� de griefs contre les constatations de fait, ni de faits ou de moyens de preuve nouveaux (art. 55 al. 1 let. c OJ). Le recours en r�forme n'est pas ouvert pour remettre en cause l'appr�ciation des preuves et les constatations de fait qui en d�coulent (ATF 127 III 547 consid. 2c; 126 III 189 consid. 2a; 125 III 78 consid. 3a).
Le Tribunal f�d�ral ne peut aller au-del� des conclusions des parties, mais il n'est pas li� par les motifs qu'elles invoquent (art. 63 al. 1 OJ), ni par l'argumentation juridique retenue par la cour cantonale (art. 63 al. 3 OJ; ATF 128 III 22 consid. 2e/cc p. 29; 127 III 248 consid. 2c; 126 III 59 consid. 2a). Le Tribunal f�d�ral peut donc admettre un recours pour d'autres motifs que ceux invoqu�s par le recourant; il peut aussi rejeter un recours en op�rant une substitution de motifs, c'est-�-dire en adoptant une autre argumentation juridique que celle retenue par la cour cantonale (ATF 127 III 248 consid. 2c).
1.4.2 En l'occurrence, tant le recours principal que le recours joint ne satisfont qu'en partie � ces exigences. Ils contiennent l'un et l'autre la copie int�grale, respectivement la photocopie, de l'�tat de fait figurant dans l'arr�t attaqu�, ce qui est parfaitement superflu et ne correspond � aucune exigence de la loi d'organisation judiciaire f�d�rale (cp l'art. 55 al. 1 let. c OJ avec l'art. 90 al. 1 let. b OJ). Au demeurant, comme on le pr�cisera lors de l'examen des diff�rents griefs, leur motivation rev�t souvent un caract�re appellatoire, en ce sens qu'elle prend appui, � maintes reprises, sur des faits qui n'ont pas �t� constat�s par la cour cantonale.
Ces remarques pr�alables �tant faites, il y a lieu de passer � l'examen des griefs articul�s dans le recours principal et le recours joint. Il y sera proc�d� dans un ordre logique, lequel ne correspondra pas n�cessairement � celui qui a �t� adopt� par les recourants.
2.1 Le principal grief formul� dans le recours principal a trait au dommage de perte de gain, plus pr�cis�ment aux modalit�s de son calcul. La d�fenderesse soutient que, pour �valuer la perte de gain actuelle et future du demandeur du fait de l'accident provoqu� par son assur�, il convient de prendre en consid�ration, non pas le salaire brut, mais le salaire net que le l�s� aurait touch� s'il avait continu� � travailler jusqu'� l'�ge de la retraite. Sur ce point, la jurisprudence du Tribunal f�d�ral, qui se fonde sur le revenu brut, devrait �tre modifi�e � son avis. Par ailleurs et en toute hypoth�se, la d�fenderesse fait grief � la cour cantonale de ne pas avoir tenu compte de la surassurance appliqu�e par la Caisse de pension de Y.________ SA et qui justifierait, selon elle, de limiter les pr�tentions du demandeur � 10% au maximum du salaire brut qu'il aurait per�u sans l'accident.
Le demandeur pr�conise, pour sa part, de s'en tenir � la jurisprudence actuelle, s'agissant du type de revenu - brut ou net - d�terminant pour calculer la perte de gain. Il consid�re toutefois que les juges pr�c�dents ont �valu� la perte de gain qu'il a �prouv�e et qu'il subira jusqu'� ce qu'il atteigne l'�ge de la retraite de mani�re erron�e, parce qu'ils n'ont pas ou pas suffisamment tenu compte, par inadvertance, des augmentations de son salaire r�el dont il aurait b�n�fici� durant toute sa p�riode d'activit�.
2.2 En vertu de l'art. 46 al. 1 CO, applicable par renvoi de l'art. 62 al. 1 LCR, la victime de l�sions corporelles a droit � la r�paration du dommage qui r�sulte de son incapacit� de travail totale ou partielle, ainsi que de l'atteinte port�e � son avenir �conomique. Le pr�judice s'entend au sens �conomique; est d�terminante la diminution de la capacit� de gain. Selon la jurisprudence, le dommage cons�cutif � l'invalidit� doit, autant que possible, �tre �tabli de mani�re concr�te. Le juge partira du taux d'invalidit� m�dicale (ou th�orique) et recherchera ses effets sur la capacit� de gain ou l'avenir �conomique du l�s� (ATF 117 II 609 consid. 9 p. 624; 113 II 345 consid. 1a p. 347; 100 II 298 consid. 4a p. 304; 99 II 214 consid. 3a p. 216).
Pour d�terminer les cons�quences p�cuniaires de l'incapacit� de travail, il faut estimer le gain que le l�s� aurait obtenu de son activit� professionnelle s'il n'avait pas subi d'accident. Les augmentations (ATF 116 II 295 consid. 3a/aa) ou les diminutions (ATF 100 II 352 consid. 6) futures probables du salaire du l�s� durant la p�riode consid�r�e doivent �tre prises en compte par le juge. Encore faut-il qu'il dispose pour cela d'un minimum de donn�es concr�tes (arr�t 4C.278/1999 du 13 juillet 2000, consid. 3c/cc). Il incombe au demandeur, respectivement � la partie d�fenderesse, de rendre vraisemblables les circonstances de fait dont le juge pourra inf�rer la probabilit� des augmentations ou diminutions all�gu�es du salaire du l�s�. Savoir si le l�s� pouvait compter avec une augmentation effective de son revenu (ou s'il devait s'attendre � une diminution de celui-ci) est un �l�ment de la fixation du dommage et donc une question de fait (ATF 117 II 609 consid. 12b/aa; Brehm, La r�paration du dommage corporel en responsabilit� civile, Berne 2002, n. 43). Les tribunaux se montrent g�n�ralement prudents s'agissant d'admettre l'existence de telles variations salariales. Il y a en effet trop d'inconnues et d'impond�rables pour permettre une estimation suffisante (sur cette question, cf., parmi d'autres, Brehm, op. cit., n. 29 ss; Schaetzle/Weber, Manuel de capitalisation, Zurich 2001, n. 3.447 ss et n. 4.4 ss). Point n'est besoin, pour les motifs indiqu�s ci-apr�s (cf. consid. 2.3.2.1), de rechercher plus avant si une attitude prudente reste toujours de mise en ce domaine ou s'il ne conviendrait pas d'opter plut�t pour une approche dynamique du probl�me, comme le pr�conisent Schaetzle/Weber qui recommandent de tabler sur une augmentation g�n�rale des salaires de 1% en moyenne par an et de tenir compte, en sus, de l'�volution individuelle du revenu (op. cit., n. 3.458 � 3.465).
Dans son arr�t 4C.197/2001 du 12 f�vrier 2002, consid. 4b, le Tribunal f�d�ral a modifi� sa jurisprudence relative au dommage de rente (Rentenschaden; ledit arr�t est comment� par Marc Schaetzle in HAVE [Haftung und Versicherung]/REAS [Responsabilit� et assurance] 3/2002 p. 205 ss sous le titre "Rentenschaden-Praxis�nderung"). Alors que, pr�c�demment, il avait pos�, par mesure de simplification, que le dommage de rente devait �tre calcul� en capitalisant les cotisations formatrices de rentes vers�es par l'employeur aux assurances sociales (ATF 113 II 345 consid. 1b/aa), avant de relativiser sa position (arr�t 4C.343/1994 du 16 d�cembre 1997 consid. 9; arr�t 4C.35/1999 du 27 mai 1999, consid. 2) et de laisser entrevoir un prochain changement de jurisprudence (ATF 126 III 41 consid. 3), il a d�cid�, dans l'arr�t susmentionn�, que, d�sormais, pour d�terminer le dommage de rente direct, il convenait de comparer les rentes d'invalidit� et de vieillesse vers�es par les assurances sociales (AVS, LAA [RS 832.20], LPP) avec les prestations de vieillesse que le l�s� aurait touch�es sans l'accident, le pr�judice cons�cutif � la r�duction d'une rente correspondant donc � la diff�rence entre les prestations de vieillesse hypoth�tiques et les prestations d'invalidit� et de vieillesse d�terminantes. Dans l'arr�t en question, le Tribunal f�d�ral a n�anmoins calcul� la perte de gain subie par le l�s� sur la base du salaire brut, conform�ment � une jurisprudence constante (cf., par ex., ATF 116 II 295 consid. 4a), ce qui a �t� critiqu� par le commentateur de cette d�cision (Schaetzle, op. cit., p. 206). De fait, comme le rel�vent avec pertinence Schaetzle/Weber (op. cit., n. 2.194, 2.200 et 3.440), si le dommage de rente de vieillesse doit �tre indemnis� concr�tement - ce qui sera le cas � l'avenir, sur le vu de la nouvelle jurisprudence f�d�rale en la mati�re -, il y a lieu alors de prendre le revenu net comme base de calcul pour �valuer le dommage de perte de gain jusqu'� l'�ge pr�sum� de la retraite. Aussi bien, seule cette solution est dans la logique du syst�me: d�s lors que le dommage direct de rente est int�gralement indemnis�, le l�s� ne peut pr�tendre qu'� la r�paration totale de son dommage durant la phase active, c'est-�-dire du jour de son accident � celui o� il aurait cess� d'exercer une activit� lucrative; or, avec la compensation du salaire net, il obtient la r�paration int�grale de son dommage pour cette p�riode, vu qu'il ne dispose, pour satisfaire ses besoins, que du salaire net de toute cotisation sociale; s'il fallait tabler, comme jusqu'� ce jour, sur le salaire brut, on aboutirait � une surindemnisation contraire � un principe cardinal du droit de la responsabilit� civile. Il convient donc de poser que, dor�navant, le calcul de la perte de gain s'effectuera sur la base du salaire net, toutes les cotisations aux assurances sociales devant �tre d�duites du salaire brut. Telle est d'ailleurs la solution pr�conis�e par l'OFAS, la CNA et l'ASA dans leur "Recommandation relative au calcul du dommage de rente" publi�e in HAVE/REAS 2/2002 p. 140 ss, 144 ch. 2 (dans le m�me sens, voir aussi, parmi d'autres, Bruno Schatzmann, Die Erschwerung des wirtschaftlichen Fortkommens, Berne 2001, p. 54 s., et le m�me, Rentenschaden im Invalidit�tsfall: Stand der Diskussion, in HAVE/REAS 4/2002 p. 253 ss, 260/261; apparemment d'un autre avis, mais dans l'ignorance du changement de jurisprudence concernant le dommage de rente intervenu depuis lors, Brehm, op. cit., n. 53).
2.3.1 Selon la d�fenderesse, le r�glement de la Caisse de pension de Y.________ SA contiendrait une disposition topique concernant la surassurance. La Caisse de pension aurait appliqu� cette disposition pour r�duire de 1'442 fr. les rentes mensuelles allou�es au demandeur (1'770 fr. plus 354 fr. pour l'enfant) et les ramener � un total de 682 fr. par mois. La d�fenderesse voit dans cette r�duction la preuve que le demandeur �tait au b�n�fice de prestations sociales
sup�rieures au 90% de son salaire perdu pr�sum�. Pour elle, la perte de gain indemnisable ne saurait donc exc�der en l'occurrence le 10% du revenu brut que le demandeur aurait r�alis� sans son accident.
A cet �gard, force est d'observer d'embl�e, avec le demandeur, que les all�gations de la d�fenderesse touchant le probl�me de la surassurance - qu'il s'agisse des dispositions du r�glement de la Caisse de pension cit�es � la page 19 de l'acte de recours ou des chiffres sus-indiqu�s, cens�s ressortir d'une pi�ce vers�e au dossier cantonal - ne correspondent � aucune constatation de la Cour de justice. Il faut encore pr�ciser que la d�fenderesse ne reproche pas � cette autorit� d'avoir omis de proc�der, sur ce point, aux constatations n�cessaires � la suite d'une inadvertance et qu'elle ne requiert pas non plus un compl�tement des constatations de la cour cantonale. C'est le lieu de rappeler que, selon une jurisprudence bien �tablie, le Tribunal f�d�ral ne revoit les moyens de droit nouveaux que s'ils d�duisent des cons�quences juridiques de faits r�guli�rement soumis � l'appr�ciation de la juridiction cantonale et constat�s par elle dans la d�cision attaqu�e (ATF 123 III 129 consid. 3b/aa p. 133 et les r�f�rences).
2.3.2.1 Pour la p�riode comprise entre la date de l'accident et celle de l'arr�t cantonal, la Cour de justice a tenu pour �tabli, en substance, que le demandeur, sans son accident, aurait continu� � exercer son activit� professionnelle de monteur en transformateurs aupr�s de Y.________ SA, qu'il n'aurait pas �t� vis� par les restructurations intervenues au sein de cette entreprise et que son salaire moyen global, y compris les allocations familiales, les indemnit�s pour travail en �quipe et la r�mun�ration des heures suppl�mentaires, aurait connu une augmentation moyenne annuelle de 4%, passant de 4'546 fr. par mois en 1989 � 7'858 fr. en 2002, �tant pr�cis� que le salaire mensuel brut de base d'un ouvrier qualifi� chez Y.________ SA se situait dans une fourchette de 4'500 fr. � 5'500 fr. en 2000. Ainsi, selon les juges pr�c�dents, durant la p�riode consid�r�e, le demandeur aurait pu percevoir une r�mun�ration brute totale se montant � 911'757 fr.
Quant � la p�riode subs�quente, la cour cantonale a retenu que le demandeur aurait continu� � travailler comme salari� jusqu'� l'�ge de la retraite, mais pas au-del� de cette limite. Elle a jug� qu'il fallait partir du salaire que le l�s� aurait obtenu, sans atteinte � l'int�grit� corporelle, � la date de l'arr�t et qu'il n'y avait pas lieu d'envisager les possibles augmentations relatives de salaire d�coulant d'une �ventuelle indexation, le rench�rissement futur �tant d�j� compens� par le taux d'int�r�t de capitalisation de 3,5%. Ainsi, la cour cantonale a calcul� la perte de gain future subie par le demandeur en se fondant sur le revenu annuel brut que ce dernier aurait per�u sans son accident � la date de l'arr�t, soit 94'296 fr. (i.e. 7'858 fr. x 12).
Dans son m�moire de r�ponse et de recours joint, le demandeur fait grief � la cour cantonale de n'avoir pas tenu compte des augmentations r�elles de son salaire entre 1989 et 1993 et de n'avoir pas port� � son cr�dit l'augmentation moyenne minimale de 4% intervenue depuis lors en raison de l'anciennet�, du co�t de la vie et du m�rite. Il proc�de ensuite � un calcul rectificatif dont il r�sulte que le total des salaires annuels bruts perdus depuis l'accident jusqu'au jour de l'arr�t se monterait � 967'283 fr. 77 avec un salaire mensuel brut de 8'326 fr. 75 en 2002. Les juges pr�c�dents se voient encore reprocher par le demandeur d'avoir oubli� toutes les augmentations de salaire dont il aurait b�n�fici� depuis mars 2002 jusqu'� sa retraite s'il avait pu continuer � travailler dans l'entreprise pr�cit�e, soit 480'315 fr., montant qui viendrait s'ajouter aux 1'329'958 fr. 23 provenant de la capitalisation du dommage de perte de gain. Sur tous ces points, le demandeur invoque, p�le-m�le, l'inadvertance et l'arbitraire dans la constatation des faits, de m�me que la violation de l'art. 42 al. 2 CO et des principes pos�s dans l'ATF 125 III 312, publi� in SJ 2000 I p. 39).
L'argumentation ainsi r�sum�e, qui n'est d'ailleurs gu�re compr�hensible, ne saurait �tre retenue. En effet, sous le couvert du grief d'inadvertance manifeste (sur cette notion, cf. ATF 115 II 399 consid. 2a; 109 II 159 consid. 2b), le demandeur se borne en r�alit� � critiquer la mani�re dont la cour cantonale a appr�ci� les preuves pertinentes - il utilise du reste le qualificatif d'"arbitraire" � ce propos - et � soumettre au Tribunal f�d�ral son propre d�compte, en se r�f�rant � des pi�ces d�termin�es du dossier cantonal ainsi qu'� son m�moire apr�s enqu�tes dat� du 25 f�vrier 2000. Il voudrait donc que la juridiction f�d�rale de r�forme f�t office de cour d'appel, ce qui n'est �videmment pas son r�le. Comme on l'a indiqu� plus haut, dire si le l�s� pouvait compter avec une augmentation effective de son revenu est une question de fait et la r�ponse qui lui est apport�e ne peut pas �tre critiqu�e dans un recours en r�forme, sauf exceptions non r�alis�es en l'esp�ce. Pour le surplus, le demandeur ne d�montre pas en quoi la Cour de justice aurait viol� l'art. 42 al. 2 CO et l'on ne voit pas o� il veut en venir en citant l'arr�t publi� in SJ 2000 I 39. Enfin, la simple r�f�rence, faite par lui, aux th�ses de Schaetzle/Weber , quant � la n�cessit� de prendre en compte l'�volution des salaires r�els (op. cit., n. 3.456 ss), ne suffit pas � �tablir la violation qu'il impute aux juges pr�c�dents pour avoir fond� leurs calculs sur le revenu pr�sum� du l�s� � la date de l'arr�t. La prudence dont ont fait preuve les juridictions genevoises, s'agissant de supputer le salaire futur que le l�s� aurait pu percevoir sans l'accident, non seulement �tait conforme � la pratique g�n�ralement suivie par les tribunaux, mais pouvait s'expliquer, de surcro�t, par diverses raisons. Il ressort, en particulier, de l'arr�t attaqu� que des restructurations internes, accompagn�es de licenciements, ont �t� op�r�es au sein du personnel de Y.________ SA depuis 1986; en outre, la d�fenderesse a vers� au dossier des coupures de presse de l'ann�e 2001 faisant �tat de suppression massive d'emplois au sein du groupe Y.________ et, singuli�rement, de 43 postes de travail dans l'activit� transformateurs de puissance et de distribution � Gen�ve en raison, notamment, de surcapacit�s de production dans le domaine des transformateurs (art. 64 al. 2 OJ). Il serait donc bien hasardeux d'�mettre aujourd'hui un pronostic un tant soit peu fiable quant � une �volution favorable des salaires dans cette branche et encore plus quant � une augmentation g�n�rale de 1% en moyenne par an des salaires r�els vers�s au personnel de ladite entreprise. Plus g�n�ralement, on observe que, pour les personnes d'un certain �ge, on ne doit plus s'attendre � de grandes modifications du salaire, les bas salaires atteignant leur niveau maximum avant l'�ge de 50 ans (cf. Schaetzle/Weber, op. cit., n. 2.59, 4.39 et 4.40). Or, il ne faut pas perdre de vue que, du fait de la dur�e du proc�s en responsabilit�, le demandeur avait d�j� atteint l'�ge de 45 ans au moment retenu pour la d�termination de sa perte de gain future.
2.3.2.2 S'il n'avait pas �t� accident�, le demandeur aurait touch� une r�mun�ration brute totale de 911'757 fr. du jour de l'accident � celui de l'arr�t attaqu�. Pour savoir quelle e�t �t� sa r�mun�ration nette, il convient de d�duire du salaire brut global l'ensemble des contributions aux assurances sociales - 4,2% pour l'AVS, 0,7% pour l'AI, 0,15% pour l'APG et 1,5% pour l'AC (cf. Schaetzle/Weber, op. cit., n. 3.443) -, soit le 6,55% dudit salaire, ce qui donne un montant de 59'720 fr. La d�duction doit �galement porter sur les contributions du travailleur � la pr�voyance professionnelle, qui sont fix�es d'apr�s les statuts ou le r�glement de la Caisse de pension. Pour ce poste, la d�fenderesse propose une d�duction de 11,15% en accord avec la Cour de justice. Toutefois, comme le rel�ve � juste titre le demandeur, l'autorit� cantonale a commis une inadvertance manifeste en constatant que les cotisations � la Caisse de pension de Y.________ SA rev�taient un caract�re paritaire. C'est pr�cis�ment le contraire qui ressort du bar�me standard annex� au r�glement de ladite Caisse de pension (pce 128, p. 38) et appliqu� par elle. Il y a lieu de rectifier cette constatation erron�e (art. 63 al. 2 OJ) et d'admettre une d�duction de 6,58% qui �quivaut � la moyenne des pourcentages de cotisations que le demandeur, n� en 1957, aurait d� verser de 1989 � fin 2001, selon le bar�me standard, soit dans la tranche d'�ge allant de 32 � 44 ans inclusivement. Cette d�duction doit porter, non pas sur le salaire brut, contrairement au calcul effectu� par la d�fenderesse, mais sur le salaire assur� au sens de l'art. 5.3 du r�glement, � savoir le salaire brut annuel apr�s imputation de la d�duction de coordination correspondant � un tiers de ce salaire, mais au plus � la rente de vieillesse AVS maximale (concernant les augmentations successives du montant de coordination durant la p�riode consid�r�e, cf. le tableau reproduit in HAVE/REAS 4/2002 p. 261). La d�duction des primes LPP s'effectue d�s lors de la mani�re suivante, en fonction des salaires annuels retenus par la cour cantonale � la page 12 de son arr�t et du taux r�sultant du bar�me standard sus-indiqu�:
1989 : salaire annuel = 54'552 fr. (4'546 fr. x 12); d�duction de coordination = 18'000 fr. (1/3 de 54'552 fr. mais limit�e � la rente AVS maximale de18'000 fr.);
salaire assur� = 36'552 fr.; taux de cotisation (�ge de l'assur�: 32 ans) = 5,50%;
d�duction (36'552 fr. x 5,50%) = 2'010 fr.; d�duction pour 2 mois = 335 fr.
1990: salaire annuel = 56 664 fr ; d�duction de coordination = 18'888 fr. (1/3 de 56'664 fr.) ; salaire assur� = 37'776 fr.; taux de cotisation (�ge de l'assur�: 33 ans) = 5,65%; d�duction (37'776 fr. x 5,65%) = 2'134 fr.
1991: salaire annuel = 61'284 fr.; d�duction de coordination = 19'200 fr. (1/3 de 61'284 fr. mais limit�e � la rente AVS maximale de 19'200 fr.) ; salaire assur� = 42'084 fr.; taux de cotisation (�ge de l'assur�: 34 ans) = 5,85%; d�duction (42'084 fr. x 5,85%) = 2'462 fr.
1992: salaire annuel = 63'735 fr. ; d�duction de coordination = 21'245 fr. (1/3 de 63'735 fr.); salaire assur� = 42'490 fr.; taux de cotisation (�ge de l'assur�: 35 ans) = 6,05%; d�duction (42'490 fr. x 6,05%) = 2'570 fr.
1993: salaire annuel = 66'276 fr.; d�duction de coordination = 22'092 fr. (1/3 de 66'276 fr.); salaire assur� = 44'184 fr.; taux de cotisation (�ge de l'assur�: 36 ans) = 6,20%; d�duction (44'184 fr. x 6,20%) = 2'739 fr.
1994: salaire annuel = 68'928 fr.; d�duction de coordination = 22'560 fr. (1/3 de 68'928 fr. mais limit�e � la rente AVS maximale de 22'560 fr.); salaire assur� = 46'368 fr.; taux de cotisation (�ge de l'assur�: 37 ans) = 6,40%; d�duction (46'368 fr. x 6,40%) = 2'967 fr.
1995: salaire annuel = 71'688 fr.; d�duction de coordination = 23'280 fr. (1/3 de 71'688 fr. mais limit�e � la rente AVS maximale de 23'280 fr.); salaire assur� = 48'408 fr.; taux de cotisation (�ge de l'assur�: 38 ans) = 6,60%; d�duction (48'408 fr. x 6,60%) = 3'195 fr.
1996: salaire annuel = 74'556 fr.; d�duction de coordination = 23'280 fr. (1/3 de 74'556 fr. mais limit�e � la rente AVS maximale de 23'280 fr.); salaire assur� = 51'276 fr.; taux de cotisation (�ge de l'assur�: 39 ans) = 6,75%; d�duction (51'276 fr. x 6,75%) = 3'461 fr.
1997: salaire annuel = 77'532 fr.; d�duction de coordination = 23'880 fr. (1/3 de 77'532 fr. mais limit�e � la rente AVS maximale de 23'880 fr.); salaire assur� = 53'652 fr.; taux de cotisation (�ge de l'assur�: 40 ans) = 6,95%; d�duction (53'652 fr. x 6,95%) = 3'729 fr.
1998: salaire annuel = 80'633 fr.; d�duction de coordination = 23'880 fr. (1/3 de 80'633 fr. mais limit�e � la rente AVS maximale de 23'880 fr.); salaire assur� = 56'753 fr.; taux de cotisation (�ge de l'assur�: 41 ans) = 7,15%; d�duction (56'753 fr. x 7,15%) = 4'057 fr.
1999: salaire annuel = 83'853 fr.; d�duction de coordination = 24'120 fr. (1/3 de 83'853 fr. mais limit�e � la rente AVS maximale de 24'120 fr.); salaire assur� = 59'733 fr.; taux de cotisation (�ge de l'assur�: 42 ans) = 7,30%; d�duction (59'733 fr. x 7,30%) = 4'360 fr.
2000: salaire annuel = 87'192 fr.; d�duction de coordination = 24'120 fr. (1/3 de 87'192 fr. mais limit� � la rente AVS maximale de 24'120 fr.); salaire assur� = 63'072 fr.; taux de cotisation (�ge de l'assur�: 43 ans) = 7,50%; d�duction (63'072 fr. x 7,50%) = 4'730 fr.
2001: salaire annuel = 90'679 fr.; d�duction de coordination = 24'720 fr. (1/3 de 90'679 fr. mais limit�e � la rente AVS maximale de 24'720 fr.); salaire assur� = 65'959 fr.; taux de cotisation (�ge de l'assur�: 44 ans) = 7,70%; d�duction (65'959 fr. x 7,70%) = 5'079 fr.
2002 : salaire annuel = 94'926 fr. (7'858 fr. x 12); d�duction de coordination = 24'720 fr. (1/3 de 94'926 fr. mais limit�e � la rente AVS maximale de 24'720 fr.); salaire assur� = 69'576 fr.; taux de cotisation (�ge de l'assur�: 45 ans) = 7,85%; d�duction (69'576 fr. x 7,85%) = 5'462 fr.; d�duction pour 2,5 mois = 1'138 fr.
Il faut donc d�duire un montant total de 42'956 fr. du salaire brut au titre des cotisations LPP. Il en r�sulte une d�duction globale de 102'676 fr. (59'720 fr. + 42'956 fr.). S'il n'avait pas �t� accident�, le demandeur aurait pu percevoir, jusqu'au jour de l'arr�t cantonal, une r�mun�ration nette totale de 809'081 fr. (911'757 fr. - 102'676 fr.). Sur ce montant, il y a lieu d'imputer, en vertu du principe de la subrogation, les prestations effectu�es par les assurances sociales durant la m�me p�riode, � savoir 787'448 fr. en tout. La diff�rence de 21'633 fr. repr�sente la perte de salaire actuelle subie par le demandeur. De ce montant, il convient de d�duire encore l'acompte de 25'000 fr. vers� par la d�fenderesse avant l'introduction de la demande (cf. art. 87 al. 1 CO). Il en r�sulte un solde n�gatif (- 3'367 fr.) qui sera imput� sur la perte de gain future. C'est dire que le demandeur ne peut faire valoir aucune pr�tention du chef de la perte de gain ant�rieure au prononc� de l'arr�t cantonal. Dans la mesure o� les juges pr�c�dents en ont d�cid� autrement, en condamnant la d�fenderesse � payer la somme de 99'309 fr., leur d�cision ne saurait �tre maintenue. Partant, l'arr�t attaqu� sera r�form� et la demande rejet�e sur ce point.
Pour les motifs susmentionn�s (cf. consid. 2.3.2.1), on tablera sur le revenu brut que le demandeur aurait pu acqu�rir � l'�poque o� l'arr�t attaqu� a �t� rendu, soit 94'296 fr. (i.e. 7'858 fr. x 12). Sur ce montant seront imput�es les cotisations AVS, AI, APG et AC (6,55%), par 6'176 fr., ainsi que les cotisations LPP, par 6'665 fr., calcul�es sur la base du salaire assur� (69'576 fr.; cf. consid. 2.3.2.2 in fine) et en fonction d'un pourcentage de 9,58% correspondant � la moyenne des pourcentages de cotisations pr�vus dans le bar�me standard du r�glement de la Caisse de pension pour les assur�s de la tranche d'�ge comprise entre 45 et 65 ans. Il en r�sulte un salaire net d�terminant de 81'455 fr. Ce montant sera capitalis� � l'aide de la table 11 de Stauffer/Schaetzle (Tables de capitalisation, 5e �d.; la table 11 correspond � la table 18 de la pr�c�dente �dition de cet ouvrage, utilis�e par la cour cantonale), ce qui donne - pour un homme �g� de 45 ans au jour de la capitalisation et une dur�e limit�e � 65 ans - un facteur de 13.50 et, partant, une perte de gain future de 1'099'642 fr. Sur ce montant, il faut imputer la totalit� des prestations sociales couvrant la m�me p�riode. Pour ce faire, on partira des chiffres mentionn�s aux pages 33 et 34 de l'arr�t attaqu�, puis on les multipliera par les facteurs de capitalisation actualis�s (table 11 [facteur 13.50] pour les rentes du l�s�, table 16a [facteur 13.37] s'agissant de la rente pour l'�pouse et table 22y [facteur 6.43] en ce qui concerne la rente pour l'enfant) et non pas par les anciens facteurs que la cour cantonale a utilis�s. On obtient ainsi la somme globale de 925'958 fr. et, apr�s imputation, un solde de 173'684 fr. repr�sentant la perte de gain future subie par le demandeur, sans compter l'�ventuel dommage de rente pour la p�riode post�rieure � l'�ge de la retraite.
Dans un second groupe de moyens, la d�fenderesse s'en prend aux modalit�s du calcul du dommage de rente, tel qu'il a �t� effectu� par la cour cantonale. Elle conteste, avant tout, que ce type de dommage puisse consister en la perte des cotisations aux assurances sociales vers�es par l'employeur. A son avis, le dommage de rente correspond � la perte des rentes de vieillesse provoqu�e par une diminution du revenu. La d�fenderesse soul�ve, en outre, le moyen pris de la surassurance, qu'elle avait d�j� fait valoir dans le cadre de son argumentation relative � l'estimation de la perte de gain subie par le demandeur. Enfin, elle reproche � la Cour de justice d'avoir rejet� son argumentation fond�e sur l'art. 10.4 du r�glement de la Caisse de pensions de Y.________ SA.
3.1 Le grief tir� de la surassurance a d�j� �t� �cart� par ailleurs (cf. consid.
3.2 L'art. 10.4 du r�glement de la Caisse de pension de Y.________ SA dispose que pendant la dur�e de l'invalidit�, l'avoir de vieillesse continue � �tre aliment� jusqu'� l'�ge-terme, sur la base du dernier salaire assur�, par des bonifications de vieillesse selon le bar�me standard annex�, augment� des int�r�ts ordinaires et suppl�mentaires. Le calcul des prestations de vieillesse se base sur l'avoir de vieillesse ainsi obtenu. Selon la cour cantonale, pour �tre conforme � l'art. 10 al. 2 LPP, lequel pr�voit que l'obligation d'�tre assur� cesse, entre autres hypoth�ses, en cas de dissolution des rapports de travail, la disposition r�glementaire cit�e ne devrait �tre appliqu�e que lorsque le contrat de travail perdure malgr� l'invalidit� permanente ou temporaire de l'assur�. Ainsi, du moment que le contrat de travail concernant le demandeur a pris fin en f�vrier 1992, il en est all� de m�me de l'obligation de cotiser des parties.
A l'encontre de cette argumentation, la d�fenderesse objecte - � juste titre - que l'art. 10 al. 2 LPP a trait uniquement � l'assurance obligatoire, mais qu'il n'interdit en rien l'assurance facultative post�rieurement � la dissolution des rapports de travail (cf. art. 4 et 47 LPP). Ce n'est pas dire qu'elle ait raison de ce seul fait. Aussi bien, � supposer que l'ex-employeur du demandeur ait r�ellement continu� � alimenter l'avoir de vieillesse de l'int�ress� par des bonifications de vieillesse - ce qui ne ressort pas des constatations de la cour cantonale -, il est constant que l'assur�, �tant donn� son invalidit� totale, a �t� lib�r� de son obligation de cotiser (cf. art. 22.2 du r�glement de la Caisse de pension), partant que son avoir de vieillesse, constitu� notamment par les bonifications de vieillesse (cotisations), s'en trouvera r�duit d'autant. D'autre part, il est clair que m�me si, en application de l'art. 10.4 du r�glement de la Caisse de pension, Y.________ SA continuait d'alimenter l'avoir de vieillesse du demandeur, elle le ferait "sur la base du dernier salaire assur�", c'est-�-dire du salaire que son ancien employ� touchait en f�vrier 1992, � l'expiration du contrat de travail. Or, de cette ann�e-l� jusqu'� celle o� l'arr�t attaqu� a �t� rendu (2002), le salaire que le l�s� aurait pu toucher sans l'accident a augment� de quelque 50%, augmentations qui ne sont pas venues grossir l'avoir de vieillesse de l'assur� comme c'e�t �t� le cas en l'absence d'accident.
Il faut ensuite additionner les rentes d'invalidit� effectivement allou�es au demandeur du fait de son accident, respectivement les prestations futures de l'AVS � hauteur des prestations AI, ainsi que les prestations compl�mentaires de la LAA et de la LPP, dont le total doit �tre d�duit des rentes de vieillesse pr�sum�es. On obtient de la sorte un montant annuel de 27'365 fr. au titre de la LAA et une rente annuelle LPP de 8'616 fr. (cf. arr�t attaqu�, p. 34). Pour l'AI, la d�fenderesse propose de porter en compte 32'664 fr. par an. Toutefois, ce montant inclut, � concurrence de 7'680 fr., la rente annuelle pour la fille du demandeur, n�e en 1989, dont le versement cessera au plus tard en 2014, lorsque celle-ci aura atteint l'�ge de 25 ans, soit avant que son p�re n'atteigne l'�ge de la retraite (2022). Autrement dit, lorsqu'il aura atteint cet �ge-l�, le demandeur ne b�n�ficiera plus de la rente pour enfant qui lui est vers�e actuellement. Pour cette raison, il y a lieu de faire abstraction du montant y aff�rent. Le total des prestations AI qui seront servies au demandeur durant la m�me p�riode que les rentes de vieillesse peut donc �tre fix� � 24'984 fr. (19'224 fr. + 5'760 fr.; cf. arr�t attaqu�, p. 33). Additionn� aux 27'365 fr. et 8'616 fr. sus-indiqu�s, ce montant donne un total de 60'965 fr. de prestations � imputer sur les 61'292 fr. de rentes de vieillesse pr�sum�es. La diff�rence de 327 fr. �quivaut au dommage direct de rente que le demandeur �prouvera chaque ann�e � partir de l'�ge de la retraite. Conform�ment � la suggestion de la d�fenderesse et en accord avec Schaetzle/Weber (op. cit., exemple 5b p. 106), ce montant sera capitalis� � l'aide de la table 1b de Stauffer/Schaetzle (rente viag�re diff�r�e d�s l'�ge de l'AVS) et multipli�, en cons�quence, par le facteur 6.07 (�ge d�terminant: 45 ans; personne de sexe masculin). Il en r�sulte un dommage direct de rente total de 1'985 fr. Cette somme sera allou�e au demandeur avec les int�r�ts y aff�rents courant d�s le 15 mars 2002. L'arr�t attaqu� sera donc r�form� sur ce point �galement en ce sens que les montants
allou�s par la cour cantonale pour ce poste du dommage (86'534 fr. et 172'936 fr.) seront ramen�s � 1'985 fr.
A l'appui de son recours joint, le demandeur s'en prend, au premier chef, � la mani�re dont la cour cantonale a estim� son pr�judice m�nager. Invoquant � ce propos de multiples inadvertances manifestes et reprochant aux juges pr�c�dents d'avoir viol� les art. 8 CC, 42 al. 2 et 46 CO, il critique les consid�rations de ceux-ci relatives, d'une part, au temps consacr� par lui aux activit�s domestiques et, d'autre part, � son taux d'invalidit� en rapport avec ces t�ches. En revanche, la valeur du travail m�nager, soit la r�mun�ration de 25 fr. par heure retenue par la cour cantonale, n'est pas contest�e par le demandeur.
4.1 Avant d'examiner les m�rites des arguments d�velopp�s par le demandeur, il faut souligner, comme on l'a d�j� fait plus haut � propos d'un grief similaire formul� dans un autre contexte (cf. consid. 2.3.2.1), que les nombreuses inadvertances manifestes all�gu�es par le demandeur ne r�pondent en rien � la notion de l'inadvertance manifeste, au sens de l'art. 63 al. 2 OJ et de la jurisprudence pr�cit�e (ibid.).
Ainsi, lorsque le demandeur reproche � la cour cantonale de n'avoir pas tenu compte, dans son appr�ciation juridique, des preuves administr�es (expertises et t�moignages) ou m�me d'en avoir pris le contre-pied, il critique derechef l'appr�ciation des preuves et soul�ve des moyens qui auraient leur place dans un recours de droit public, mais en aucun cas dans un recours en r�forme, f�t-il joint.
La m�me remarque s'applique globalement � toutes les critiques �mises sous les ch. 60 ss du recours joint. On a de nouveau affaire ici � une argumentation appellatoire par laquelle le demandeur, sous pr�texte de rectifier des inadvertances commises par les juges cantonaux, cherche en r�alit� � corriger l'�tat de fait de l'arr�t attaqu� dans un sens qui soit favorable aux th�ses juridiques qu'il d�veloppe par ailleurs. Que la Cour de justice ait omis de prendre en consid�ration une pi�ce d�termin�e, vers�e au dossier, ou l'ait mal lue, s'�cartant par m�garde de sa teneur exacte, en particulier de son vrai sens litt�ral, ne ressort aucunement des explications fournies par le demandeur. Contrairement � ce que voudrait faire croire ce dernier, appr�cier d'une certaine fa�on un �l�ment de preuve d�termin�, d�nier toute force probante � un autre moyen de preuve administr� ou encore �carter telle preuve au profit de telle autre sont autant de d�marches qui s'inscrivent dans le processus d'appr�ciation des preuves et qui n'ont rien � voir avec le fait, par exemple, de constater erron�ment qu'une pi�ce, pourtant vers�e au dossier cantonal, n'existe pas ou encore avec l'indication d'un autre montant que celui qui figure sur une pi�ce mentionn�e dans la d�cision entreprise.
Pour l'examen des griefs articul�s par le demandeur dans ce contexte, la juridiction f�d�rale de r�forme s'en tiendra, d�s lors, aux seules constatations de la cour cantonale.
4.2 Le rappel pr�alable des principes juridiques applicables pour d�terminer le pr�judice domestique s'impose avant de proc�der � cet examen. Il sera effectu� � la lumi�re des consid�rations �mises notamment dans l'arr�t 4C.195/2001 du 12 mars 2002 (consid. 5, avec de nombreuses r�f�rences � la jurisprudence et � la doctrine en la mati�re).
C'est le lieu de rappeler, � titre de remarque liminaire d'ordre g�n�ral, que l'�tablissement du pr�judice m�nager est essentiellement une question de fait et d'appr�ciation. Le Tribunal f�d�ral n'intervient donc que si le juge cantonal a m�connu la notion juridique de cette cat�gorie de dommage ou d'autres principes de droit qui en r�gissent le calcul (ATF 127 III 403 consid. 4a p. 405; 117 II 609 consid. 12a) ou si, sans disposer d'�l�ments concrets, il s'est laiss� guider par des consid�rations contraires � l'exp�rience de la vie.
Le pr�judice s'entend au sens �conomique; est d�terminante, dans ce contexte �galement, la diminution de la capacit� du l�s� � accomplir les t�ches m�nag�res. Selon la jurisprudence, le dommage cons�cutif � l'invalidit� doit, autant que possible, �tre �tabli de mani�re concr�te. Le juge partira du taux d'invalidit� m�dicale (ou th�orique) et recherchera ses effets sur la capacit� de gain ou l'avenir �conomique du l�s� (ATF 117 II 609 consid. 9 p. 624; 113 II 345 consid. 1a p. 347; 100 II 298 consid. 4a p. 304; 99 II 214 consid. 3a p. 216). Il ne saurait en aller diff�remment en ce qui concerne le dommage domestique. L'�valuation d'un tel dommage suppose que le juge du fait examine l'incidence de l'invalidit� m�dicale sur la capacit� du l�s� � accomplir des t�ches m�nag�res. Il est tout � fait possible que le handicap dont souffre le l�s� n'exclue pas la poursuite d'une telle activit� ou ne commande qu'une faible diminution de celle-ci; inversement, il se peut qu'une certaine affection g�n�re, sur le plan du dommage domestique, des effets sans commune mesure avec le taux d'invalidit� m�dicale qui s'y rapporte. Dire s'il y a eu dommage et quelle en est la quotit� est une question de fait qui lie le Tribunal f�d�ral en instance de r�forme (ATF 127 III 73 consid. 3c, 543 consid. 2b; 126 III 388 consid. 8a). Saisi d'un recours en r�forme, le Tribunal f�d�ral n'intervient que si l'autorit� cantonale a m�connu la notion juridique du dommage (ATF 127 III 73 consid. 3c, 543 consid. 2b; 120 II 296 consid. 3b). Le taux d'invalidit� m�dicale (degr� de l'atteinte m�dico-th�orique � l'int�grit� corporelle) rel�ve du fait (ATF 113 II 345 consid. 1a p. 348). En revanche, le Tribunal f�d�ral, statuant sur un recours en r�forme, revoit librement si l'autorit� cantonale est partie de crit�res justifi�s pour appr�cier la diminution de la capacit� d'ex�cuter les t�ches m�nag�res, si elle n'a pas �cart� � tort certains facteurs ou, inversement, si elle n'a pas pris en consid�ration des �l�ments d�nu�s de pertinence.
4.2.2.1 S'agissant du temps consacr� par le demandeur aux t�ches m�nag�res, la cour cantonale a retenu, dans ses constatations de fait, que le demandeur, dont l'�pouse travaillait � temps complet, participait activement aux t�ches du m�nage (nettoyage, cuisine, lessive, courses et garde de l'enfant), en fonction de ses disponibilit�s d�coulant de son horaire variable, et qu'il assumait la moiti� des travaux domestiques. Elle a cependant jug� incertain le nombre d'heures que le demandeur consacrait � cette activit� et s'est d�s lors bas�e sur la jurisprudence publi�e in SJ 1994 p. 589 ss pour fixer, en accord avec le premier juge et en application de l'art. 42 al. 2 CO, � 30 heures le temps consacr� chaque semaine par le demandeur et son �pouse aux travaux domestiques. Partant, elle a fix� � 15 heures, respectivement � 60 heures, la dur�e hebdomadaire et mensuelle du travail domestique accompli par le demandeur.
A l'appui de son recours joint, le demandeur fait grief aux juges pr�c�dents d'avoir largement sous-estim� le temps consacr� par lui aux t�ches m�nag�res et aux soins prodigu�s � sa fille, qui n'avait pas encore une ann�e lorsque l'accident s'est produit. Il serait "notoire", � l'en croire, qu'un b�b� et un enfant en bas �ge n�cessitent des soins et la pr�sence d'un adulte au moins 15 heures par jour, y compris le samedi et le dimanche. Toujours selon le demandeur, il serait �galement "notoire" qu'il devait travailler au moins une trentaine d'heures par semaine pour le m�nage et pour les soins donn�s � l'enfant du couple jusqu'� ce qu'il aille � l'�cole. Aussi, en r�clamant de ce chef la r�mun�ration de 25 heures de travail par semaine ou 100 heures par mois, le demandeur estime-il avoir fait preuve de mod�ration et s'�tre conform� aux indications statistiques ressortant des pi�ces vers�es au dossier et de la jurisprudence invoqu�e par la Cour de justice. A partir du moment o� l'enfant devait aller � l'�cole, soit d�s l'�ge de six ans (1995), le demandeur, se fondant sur l'arr�t pr�cit�, �value � 38,4 heures le temps consacr� chaque semaine par le couple � la tenue du m�nage et aux soins prodigu�s � l'enfant en �ge de scolarit�. Il pr�tend d�s lors � une indemnit� �quivalant � 76,8 heures de travail par mois (38,4 h. x 4 s. : 2) pour la p�riode comprise entre le 1er septembre 1995 et le 15 mars 2002. En ce qui concerne le dommage m�nager futur, le demandeur propose de comptabiliser 48 heures par semaine jusqu'� ce que sa fille et un enfant vietnamien actuellement en placement dans sa famille aient quitt� le foyer au terme de leurs �tudes, soit lorsqu'ils auront entre 25 et 30 ans. Par la suite, il pr�voit, en se fondant sur l'ATF 108 II 434, que la dur�e hebdomadaire que le couple consacrera aux t�ches m�nag�res se r�duira � 25 heures. Il en d�duit une moyenne hebdomadaire de 36,5 heures (48 h. + 25 h. : 2) ou 18,25 heures par conjoint, ce qui donne un total de 949 heures par ann�e (18,25 h. x 52 s.).
Les juges pr�c�dents n'ont pas d�termin� concr�tement le temps hebdomadaire consacr� aux t�ches m�nag�res par le demandeur - ils reconnaissent express�ment que le point est "incertain" (arr�t attaqu�, p. 42) -, mais ils se sont fond�s sur des statistiques tir�es de l'arr�t 4C.101/1993 du 23 f�vrier 1994, consid. 4a, publi� in SJ 1994 p. 589 ss. Reposant sur l'exp�rience g�n�rale de la vie, cette appr�ciation peut �tre revue par la juridiction f�d�rale de r�forme.
L'enqu�te suisse sur la population active (ESPA; en allemand: SAKE), effectu�e p�riodiquement par l'Office f�d�ral de la statistique, offre une base idoine pour la d�termination du temps effectif moyen consacr� par la population suisse aux activit�s m�nag�res et pour la fixation du temps consacr� dans chaque cas individuel, compte tenu de la dynamique temporelle du travail m�nager (cf. au sujet de cette enqu�te, des critiques qu'elle a suscit�es et de leur r�futation, l'article convaincant de Volker Pribnow/Rolf Widmer/Alfonso Sousa-Poza/Thomas Geiser, intitul� "Die Bestimmung des Haushaltsschadens auf der Basis der SAKE, Von der einsamen Palme zum Palmenheim", in HAVE/REAS 1/2002 p. 24 ss; voir aussi: Brehm, op. cit., n. 563 p. 254). Il ressort des tableaux dress�s sur cette base par les auteurs pr�cit�s que, dans un m�nage comprenant deux adultes et un enfant de moins de six ans, l'homme, qui travaille par ailleurs � plein temps, consacre en moyenne 108 heures par mois aux t�ches m�nag�res (55 h.) ainsi qu'� l'entretien de l'enfant (53 h.), cette dur�e se r�duisant � 91 heures (51 h. et 40 h.) avec un enfant �g� de six ans et plus. En l'absence d'enfant et dans les m�mes conditions, le temps consacr� par l'homme aux travaux domestiques ne sera plus que de 66 heures (cf. les tableaux 2, 5 et 6 reproduits in HAVE/REAS 1/2002 p. 37 s.). Ces valeurs, qui d�passent m�me celles indiqu�es dans le recours joint, d�montrent clairement que la cour cantonale a sous-estim� le temps que le demandeur consacrait avant son accident et aurait pu consacrer depuis lors aux activit�s m�nag�res. Elles seront retenues pour le calcul du dommage domestique actuel et futur effectu� plus loin (cf. consid. 4.2.2.3), �tant pr�cis� que le Tribunal f�d�ral pourra en tenir compte pour effectuer ce calcul, sans �gard au fait qu'elles sont sup�rieures aux chiffres avanc�s par le demandeur, d�s lors qu'il ne s'agit pas ici de constater des faits, mais d'appliquer une r�gle d'exp�rience ou, en d'autres termes, de dire le droit. Il conviendra, en outre, de proc�der, dans le sens pr�conis� par le demandeur, � une ventilation de ces valeurs en fonction de l'�volution de la structure du m�nage, conditionn�e par l'entr�e de la fille du couple � l'�cole et son d�part ult�rieur du foyer familial au terme pr�visible de ses �tudes.
La cour cantonale retient, en fait, que le demandeur arrive � marcher en boitant, entre une heure et une heure trente, en s'appuyant sur une canne qu'il tient dans sa main droite; qu'il �prouve en outre des douleurs permanentes � l'�paule gauche, ainsi qu'au niveau de la fesse gauche, essentiellement lorsqu'il se tient debout et qu'il marche; qu'en plus, de fr�quentes c�phal�es affectent la moiti� gauche de sa t�te, dont le tremblement intermittent et d'intensit� variable s'intensifie sous le coup des �motions et peut interf�rer avec l'activit� men�e; enfin, que le port de charges d'une certaine importance lui est impossible en raison notamment des l�sions subies � l'�paule gauche. Les juges pr�c�dents expliquent, par ailleurs, que le demandeur souffre de troubles de m�moire et de concentration et qu'il est incapable d'accomplir le moindre effort physique. Ils vont m�me jusqu'� consid�rer que "sa situation n'est donc pas fort �loign�e � (sic) celle d'une personne t�trapl�gique" (arr�t attaqu�, p. 47). D'autre part, la Cour de justice, au motif que la profession manuelle qu'exer�ait le demandeur avant son accident serait en maints points comparable � l'accomplissement des t�ches m�nag�res en termes de sollicitations physiques - ce qui para�t � tout le moins discutable -, en tire la conclusion qu'il convient de se baser sur le taux d'invalidit� m�dico-th�orique retenu dans l'expertise quant � la profession du demandeur (62,7%) pour en appr�cier les cons�quences sur l'aptitude de ce dernier � effectuer des travaux m�nagers. Toutefois, quand bien m�me elle rel�ve les lacunes de l'expertise sur ce point et souligne � l'inverse le caract�re exhaustif du rapport du centre d'ergoth�rapie fonctionnelle du 28 janvier 2000 sur l'ensemble des activit�s m�nag�res (nettoyage de l'appartement, vaisselle, lessive, repassage, d�marches administratives, entretien et �ducation de l'enfant), la cour cantonale, curieusement, n'en tient pas moins compte de l'expertise pour d�terminer le taux d'incapacit� du demandeur � accomplir le travail domestique et, coupant en quelque sorte la poire en deux, d�cide d'appliquer un taux de 50% d�s la fin de 1991, lequel se situe entre le taux retenu par les experts m�dicaux (30% d'incapacit�) et celui qui a �t� admis par le Centre d'ergoth�rapie fonctionnelle (88% d'incapacit�).
Le demandeur conteste avec raison cette mani�re de proc�der qui n'est gu�re cons�quente. Il est effectivement pour le moins contradictoire, apr�s avoir assimil� le travail domestique � la profession manuelle exerc�e par le l�s�, de n'admettre qu'un taux d'incapacit� de 50% en ce qui concerne la premi�re activit� alors que l'on a conclu � l'incapacit� totale d'accomplir la seconde. Il y a �galement contradiction irr�ductible � comparer la situation du demandeur � celle d'une personne t�trapl�gique, tout en concluant � une capacit� r�siduelle de 50% relativement aux t�ches m�nag�res. Au demeurant, on voit mal pour quelle raison les juges pr�c�dents se sont fond�s sur l'expertise judiciaire, s'agissant de d�terminer cette capacit� r�siduelle, puisqu'ils soulignent eux-m�mes que le rapport d'expertise ne dit rien � ce sujet. Ce faisant, ils ont m�connu la notion juridique du dommage domestique.
Le dommage m�nager concernant la p�riode du 14 octobre 1989 au 31 d�cembre 1991, durant laquelle le demandeur a �t� totalement incapable d'effectuer des travaux domestiques, se calcule comme il suit: 108 heures par mois x 25 fr. par heure x 26,5 mois x 100% d'incapacit� = 71'550 fr. Pour la p�riode du 1er janvier 1992 au 30 ao�t 1995, date � laquelle la fille du demandeur est entr�e � l'�cole obligatoire, il convient de porter en compte la somme de 104'544 fr. (108 heures par mois x 25 fr. par heure x 44 mois x 88% d'incapacit�). Enfin pour la p�riode du 1er septembre 1995 au 15 mars 2002, date (fictive) de l'arr�t cantonal, il y a lieu de rajouter la somme de 157'157 fr. (91 heures par mois x 25 fr. par heure x 78,5 mois x 88% d'incapacit�). On obtient d�s lors un montant total de 333'251 fr. Ce montant sera allou� au demandeur avec les int�r�ts y aff�rents, calcul�s selon les modalit�s fix�es par la cour cantonale.
Pour calculer le dommage m�nager futur, le Tribunal f�d�ral ne tiendra pas compte de l'all�gation, nouvelle, concernant le placement d'un gar�on vietnamien dans la famille du demandeur (art. 55 al. 1 let. c OJ). Pour le surplus, il partira de l'hypoth�se selon laquelle la fille du demandeur quittera le foyer familial au plus tard � 25 ans, �ge co�ncidant avec celui qui marque la fin du versement de la rente pour enfants ou orphelins dans les assurances sociales (cf. art. 35 LAI, 25 LAVS et 30 LAA). Enfin, au lieu de proc�der, comme le demandeur, � un calcul fond� sur la moyenne du temps que celui-ci aurait consacr� aux travaux domestiques pendant les deux p�riodes, de dur�e in�gale, prises en consid�ration - soit avant et apr�s 2014, ann�e o� la fille du demandeur atteindra l'�ge de 25 ans -, on effectuera les calculs n�cessaires conform�ment aux suggestions de Schaetzle/Weber (op. cit., exemple 7 p. 114 s.), qui tiennent compte du caract�re �volutif du dommage m�nager futur. En ce qui concerne la capitalisation, la jurisprudence actuelle calcule le dommage domestique en prenant la moyenne arithm�tique entre activit� et mortalit� (ATF 113 II 345 consid. 2b). Ce faisant, elle prolonge la capacit� de travail, en y incluant l'esp�rance de vie (tables de mortalit�), parce qu'il est notoire qu'une m�nag�re travaille g�n�ralement jusqu'� un �ge plus avanc� � la maison qu'une personne exer�ant une activit� lucrative hors de son foyer. Selon les deux auteurs pr�cit�s, cette pratique pouvait se justifier tant que la perte de gain �tait calcul�e en capitalisant une rente d'activit� non temporaire. Elle n'est, en revanche, plus de mise aujourd'hui, �tant donn�, d'une part, que le dommage de perte de gain est calcul� en capitalisant une rente temporaire jusqu'� l'�ge pr�sum� de la retraite et, d'autre part, que la notion d'activit�, dans la 5e �dition des tables Stauffer/Schaetzle, se confond avec celle de capacit� de travail, qui prend fin lorsqu'on n'est plus en mesure physiquement de tenir son propre m�nage. Au demeurant, les tables d'activit� tiennent compte de la probabilit� de d�c�s, en plus de la probabilit� d'invalidit�, raison pour laquelle la probabilit� de d�c�s ne doit pas �tre prise en compte une seconde fois en tant que valeur moyenne entre activit� et mortalit�. Aussi convient-il de capitaliser le dommage domestique futur � l'aide de la table d'activit� non temporaire n� 10 (Schaetzle/Weber, op. cit., n. 2.228, 2.500, 3.280 s., 3.522 et 5.60 ss; voir aussi: Brehm, op. cit., n. 571, lequel souligne en outre que l'activit� de m�nag�re est tr�s largement repr�sent�e dans les statistiques � la base des tables). La solution pr�conis�e facilite le calcul, en particulier lorsqu'il faut s'attendre � un changement dans l'activit� domestique (d�part des enfants du foyer familial, r�int�gration dans la vie professionnelle, etc.); on dispose pour ce faire des tables d'activit� temporaires et diff�r�es nos 12 � 14 (Schaetzle/Weber, op. cit., n. 3.282). Les arguments avanc�s par ces auteurs paraissent convaincants. Partant, il y a lieu de poser, en modification de la jurisprudence actuelle, que le dommage m�nager futur sera d�sormais capitalis� exclusivement au moyen des tables d'activit�. Rapport�s � la cause en litige, ces principes permettent d'effectuer le calcul suivant:
4.3 Dans ces conditions, l'arr�t cantonal devra �tre r�form� en tant qu'il n'a port� en compte que 131'628 fr., respectivement 157'860 fr., au titre du dommage domestique actuel et futur. Ces montants seront remplac�s par ceux de 333'251 fr., pour le dommage actuel, et de 361'743 fr., pour le dommage futur. Il en r�sulte un total de 694'994 fr, qui est certes sup�rieur � celui des conclusions prises par le demandeur, dans son recours joint, pour ce poste du dommage (661'883 fr., soit 295'683 fr. + 366'200 fr.; cf. consid. 1.2), mais qui peut n�anmoins �tre admis d�s lors que le total des montants allou�s au demandeur au titre des dommages-int�r�ts demeure inf�rieur aux pr�tentions �lev�es par l'int�ress� au m�me titre (cf. ATF 119 II 396 consid. 2 p. 397 et les r�f�rences).
Sous ch. 88 � 100, le demandeur soul�ve la question des frais d'avocat avant proc�s.
Certes, d'apr�s la jurisprudence, les frais li�s � l'intervention d'un avocat avant l'ouverture du proc�s civil constituent un dommage r�parable selon le droit de la responsabilit� civile (ATF 97 II 259 consid. 5b p. 268; 117 II 101 consid. 5 p. 106, 394 consid. 3a p. 396). Cependant, lorsque le droit de proc�dure civile permet de d�dommager le l�s� de tous les frais n�cessaires et indispensables qui lui ont �t� occasionn�s par le proc�s, ce droit seul est applicable (arr�t 4C.51/2000 du 7 ao�t 2000, consid. 2). En l'esp�ce, c'est pour cette derni�re raison que la Cour de justice n'a pas allou� au demandeur les 47'025 fr. qu'il r�clamait du chef de ses frais d'avocat hors proc�s. Elle a, en effet, consid�r� que les interventions faites par l'avocate du demandeur depuis le d�but de l'ann�e 1995 avaient �t� d�ploy�es, pour la majeure partie, en vue du d�p�t de la demande et qu'elles �taient en cons�quence comprises dans le montant allou� � ce titre dans les d�pens. C'est ce qui l'a conduite � exclure, dans sa quasi-totalit�, la derni�re facture de 15'290 fr. produite par le demandeur. Or, ce dernier, ne s'en prend pas � cette argumentation dans son recours joint. Il se borne bien plut�t � expliquer, comme il le ferait devant une cour d'appel, en quoi la facture de 15'290 fr. correspondrait � diverses d�marches effectu�es par son mandataire. En cela, il se trompe de cible, de sorte que son recours ne peut qu'�tre rejet� sur ce point.
Le demandeur conteste aussi le montant que la cour cantonale lui a allou� � titre de d�pens (50'000 fr.) et dont elle a ordonn� la distraction en faveur de son avocate. Il soutient, � ce propos, qu'il aurait pu pr�tendre de ce chef, selon la jurisprudence du Tribunal f�d�ral, � un montant minimum de l'ordre de 10% des sommes qui lui ont �t� allou�es � titre de r�paration du dommage cons�cutif � ses l�sions corporelles.
Le demandeur sollicite la jurisprudence lorsqu'il entend poser en principe que les d�pens devraient toujours �quivaloir � 10% au minimum des sommes allou�es au l�s� pour la r�paration de son pr�judice. Les arr�ts qu'il cite (ATF 117 II 101 consid. 6c; 113 II 323 consid. 7 p. 340; SJ 1989 p. 516) n'autorisent nullement semblable extrapolation. Le pourcentage invoqu� n'appara�t du reste que dans le premier d'entre eux et le r�sum� qui figure en t�te de cet arr�t ne permet pas d'en g�n�raliser la port�e (ATF 117 II 101 ch. 4: "en l'esp�ce,...").
Quoi qu'il en soit, l� n'est pas la question. En l'occurrence, la Cour de justice a admis que tous les frais consentis par le demandeur pour la d�fense de ses droits contre l'auteur de l'accident et l'assureur en responsabilit� civile �taient inclus dans les d�pens. On rappellera, � cet �gard, que, selon la jurisprudence, nonobstant l'utilisation de l'expression "participation aux honoraires d'avocat " � son art. 181 al. 1, la loi genevoise de proc�dure civile permet le d�dommagement de tous les frais n�cessaires, y compris la totalit� des honoraires d'avocat, si bien que ceux-ci ne sauraient faire l'objet d'une conclusion distincte dans le proc�s en dommages-int�r�ts (arr�t 4C.51/2000 du 7 ao�t 2000, consid. 3). Le probl�me � r�soudre se r�sume donc au calcul du montant des honoraires, autrement dit � la fixation de l'indemnit� pour les d�pens. Il ressortit exclusivement au droit de proc�dure genevois et est soustrait, comme tel, � l'examen de la juridiction f�d�rale de r�forme (art. 55 al. 1 let. c OJ).
Le recours joint sera d�s lors rejet� sur ce point.
Dans un dernier moyen, le demandeur fait grief � la cour cantonale de n'avoir pas r�serv� une r�vision du jugement en consid�ration des frais m�dicaux futurs, ignorant la conclusion expresse qu'il avait prise � cet effet sur la base de l'art. 46 al. 2 CO. Il a tort. Cette disposition exceptionnelle suppose l'existence de doutes justifi�s portant sur des modifications importantes et essentielles des suites des l�sions corporelles (sur cette question, voir, parmi d'autres, Brehm, op. cit., n. 614 ss). Il n'en va pas ainsi, en l'esp�ce, puisque, aussi bien, la cour cantonale a constat� souverainement que l'�tat de sant� du demandeur s'�tait stabilis� m�dicalement � fin 1991 d�j�. Par cons�quent, il n'y a aucune raison valable qui puisse justifier, en l'occurrence, la r�serve requise.
Cet ultime moyen se r�v�le donc infond�.
Au terme de cet examen, il y a lieu d'admettre partiellement tant le recours principal que le recours joint. Le ch. 1 du dispositif de l'arr�t attaqu�, en tant qu'il concerne la d�fenderesse, sera d�s lors r�form� en ce sens, d'une part, que ses lettres b) et d) seront annul�es et, d'autre part, que la d�fenderesse sera condamn�e � payer au demandeur: 34'785 fr. (let. a), 170'317 fr. (let. c), 1'985 fr. (let. e), 333'251 fr. (let. f), 361'743 fr. (let. g) et 29'200 fr. (let. h), chacun de ces montants portant int�r�ts au taux de 5% l'an � compter des dates retenues par la Cour de justice. L'issue du litige commande de renvoyer le dossier � cette autorit� pour qu'elle se prononce � nouveau sur la question des frais et d�pens de la proc�dure cantonale, ce qui implique l'annulation des ch. 2 et 3 du dispositif de l'arr�t cantonal. En revanche, le dispositif peut �tre maintenu pour le surplus, c'est-�-dire dans la mesure o� il d�boute les parties de toutes autres conclusions (ch. 4).
Il ressort de la comparaison faite entre, d'une part, ce que r�clamaient la d�fenderesse et le demandeur devant le Tribunal f�d�ral, respectivement ce � quoi chacun d'eux s'opposait relativement au recours adverse et, d'autre part, ce qui a �t� d�cid�, que la d�fenderesse a obtenu gain de cause � concurrence des 3/5 de ses conclusions actives et passives, le succ�s du demandeur se limitant � 2/5 des m�mes conclusions. Il se justifie, partant, de mettre les frais et d�pens de la proc�dure f�d�rale � raison de 2/5 � la charge de la d�fenderesse et de 3/5 � celle du demandeur (art. 156 al. 3 OJ). Celui-ci devra en outre verser � celle-l� des d�pens r�duits dans la m�me proportion (art. 159 al. 3 OJ).
Le recours principal et le recours joint sont partiellement admis, les chiffres 2, en tant qu'il concerne la d�fenderesse, et 3 du dispositif de l'arr�t attaqu� sont annul�s et le chiffre 1 du m�me dispositif est modifi� et compl�t� comme il suit:
"1. Condamne X.________ � payer � A.________ les sommes de:
1ter. Reconna�t X.________ et B.________ d�biteurs solidaires de A.________ � concurrence des montants mis � la charge de chacun d'entre eux."
Un �molument judiciaire de 16'000 fr. est mis � raison de 3/5 � la charge du demandeur et de 2/5 � la charge de la d�fenderesse.
Le demandeur versera � la d�fenderesse une indemnit� de 3'600 fr. � titre de d�pens r�duits.
Lausanne, le 19 d�cembre 2002