Source: http://hrc.revues.org/501
Timestamp: 2017-06-23 20:34:02+00:00
Document Index: 329103776

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La transition Lure-Soleil et le démantèlement des accélérateurs de l’Installation nucléaire de base (INB) 106
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Français English L’arrêt et le démantèlement des installations du Lure (INB 106) dès la décision de construire Soleil ont été programmés par les tutelles (CNRS, CEA, ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche) et pris en charge par le CNRS, exploitant nucléaire de l’INB 106. Nous évoquons dans cette contribution la phase de transition du Lure vers Soleil dans sa dimension scientifique, technologique et humaine, en liaison avec le démantèlement de l’INB dans le cadre de la règlementation.
The shut-down and the dismantling of the accelerators of LURE (French Nuclear Facility) upon the SOLEIL building approval were decided by the supervisory bodies (CNRS, CEA, Ministry) and handled by the CNRS, as nuclear operator of INB106. This paper presents the transition phase from LURE to SOLEIL in its scientific, technologic and human aspects in connection with the dismantling of the installation within the nuclear safety regulations. Haut de page
Mots-clés :Rayonnement synchrotron, transition Lure-Soleil, gestion humaine, Installation nucléaire de base, démantèlement
Keywords :Synchrotron radiation, Transition from LURE to SOLEIL, Human Resources Management, Nuclear facility, DismantlingHaut de page
1Les quinze dernières années de fonctionnement du Lure, unité mixte de recherche CNRS, CEA, ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et université Paris-sud, ont été largement marquées par le projet Soleil (Source optimisée de lumière d’énergie intermédiaire du Lure). Ce laboratoire a été, en effet, à l’origine des prospectives et des initiatives pour anticiper les besoins de la communauté et la nécessité de lui offrir une machine de troisième génération pour remplacer ses installations obsolescentes. Il a contribué fortement à la genèse, la définition et la défense du projet Soleil.
2À l’aube du troisième millénaire, il devenait nécessaire de remplacer des accélérateurs vieillissants par une source de troisième génération complémentaire de l’ESRF pour couvrir les besoins croissants de la communauté nationale. En effet, à l’exception de l’anneau Super ACO, ils n’étaient pas conçus ni optimisés pour la production du rayonnement synchrotron. Cet outil de caractérisation de la matière, mutualisé et multidisciplinaire, accueillait de plus en plus d’équipes, issues de tous les champs de recherche, avec une exigence de lignes expérimentales toujours plus performantes, alimentées par une source spécifique et qui intégrait les dernières découvertes scientifiques et technologiques. Plusieurs années d’un travail rigoureux, impliquant les tutelles, la direction, les personnels scientifiques, administratifs et techniques du Lure, ainsi que ses utilisateurs ont permis de définir des besoins précis. In fine et après les péripéties qui sont décrites par ailleurs, la décision fut prise de construire Soleil sur le plateau de Saclay et de lui attribuer un statut de société civile, comme annoncé le 11 septembre 2000. 1 Le rapport APD Soleil peut être consulté sur le site http://www.synchrotron-soleil.fr/portal/page/p (...)
3Le choix de séparer structurellement Soleil du Lure (choix que je ne partageais pas mais qui était majoritaire au niveau des tutelles et était annoncé dans l’Avant-projet détaillé (APD)1conférait donc à la direction du Lure une responsabilité lourde : celle d’assurer la transition Lure-Soleil dans les meilleures conditions possibles. C’est à cette tâche qu’Élisabeth Dartyge, Jean Daillant et moi-même nous sommes attelés, en liaison avec les tutelles et sous la conduite du Conseil d’administration du Lure, avec des objectifs précis : 4- assurer le fonctionnement des accélérateurs du Lure dans des conditions optimales et fournir aux utilisateurs un faisceau et un accueil de qualité jusqu’à l’arrêt définitif des accélérateurs programmé pour décembre 2003 ;
5- cogérer la transition avec la direction de Soleil dans le cadre d’un Directoire ;
6- concevoir et réaliser – avec le CNRS et l’université, le personnel CEA du Lure, lui, ayant toujours été géré directement par la DSM (Direction des sciences de la matière) de Saclay - une politique de gestion des ressources humaines, qui permette de stabiliser le personnel au Lure jusqu’à l’arrêt du faisceau, en lui garantissant une mutation choisie, via une procédure de mobilité adaptée. Il était en effet évident que, malgré l’annonce ministérielle offrant à tout « luron » (mot familier qui désignait tout membre du personnel du Lure) qui le désirait une place « au Soleil », des chercheurs, des ingénieurs, des techniciens et des administratifs du Lure devraient être affectés dans d’autres structures. Ce redéploiement, concernant une centaine de chercheurs et d’enseignants-chercheurs et deux-cent-vingt ITA, IATOS et TPN, ne pouvait absolument pas être traité dans le cadre des procédures de mobilité ordinaire et nécessitait une approche spécifique (voir l’encadré 1).
Redéploiement des personnels du Lure.
Les quinze IATOS du Lure ont été redéployés sur le site de l’université car le statut de Soleil rendait leur détachement difficile : un seul détachement obtenu après plusieurs mois de négociations !
Le cas des chercheurs CNRS a été traité avec les quatre départements scientifiques (l’INSERM pour un collègue) et les quatorze sections du Comité national concernées. La stratégie de redéploiement des ITA et des TPN a été définie avec la DRH, le département SPM (Sciences physiques et mathématiques) du CNRS, l’IN2P3 (Institut national de physique nucléaire et de physique des particules) et la délégation Ile-de-France-Sud du CNRS. Des entretiens individuels avec chaque agent du Lure nous ont permis d’identifier très tôt ceux qui n’iraient pas à Soleil et de connaître leur projet de mobilité thématique et géographique. Trois propositions étaient alors faites par SPM à chaque agent avec possibilité de mission dans les laboratoires d’accueil potentiel. Cette procédure a fonctionné parfaitement comme je l’avais souligné à la trentième session du Conseil d’administration du Lure, le 26 septembre 2005 :
« Stimulés par la construction de Soleil et par notre volonté d’éviter le gâchis humain, nous avons travaillé aussi bien avec le CNRS (SPM, IN2P3, DRH, DR4) et l’université de Paris-Sud 11, qu’en interne pour identifier le plus tôt possible les vœux des personnels et aider à la définition de procédures d’affectation qui ont fait leurs preuves : au 1er janvier 2004 tous les collaborateurs techniques qui n’avaient pas d’activité définie au Lure ou à Soleil étaient affectés dans une autre unité. Au 1er janvier 2006, tous les chercheurs, ITA et IATOS du Lure (à l’exception peut-être du directeur) auront été affectés. »
Elle a démontré que le CNRS est capable de redéployer un potentiel humain important en intégrant le choix personnel de l’agent dans la stratégie RH de l’institution. 7- poursuivre l’exploitation du laser à électrons libres Clio (mis en service en 1992 sur un accélérateur indépendant) en rattachant l’installation et son personnel au Laboratoire de chimie physique d’Orsay qui exploite le centre Élise disposant d’un accélérateur de même type ;
8- engager les opérations de démantèlement des accélérateurs du Lure dans le cadre de la règlementation des Installations nucléaires de base (INB). En effet l’énergie et la puissance de l’accélérateur linéaire et de Clio classent ces deux installations dans l’INB 106, seule INB exploitée par le CNRS. Ce dernier a décidé de procéder au démantèlement dès l’arrêt des installations fin 2003 et de confier cette mission à une Unité propre de service (UPS) dédiée. Cette UPS, créée le 1er janvier 2003 et que j’ai dirigée jusqu’à mon départ à la retraite en 2009 a recruté, sur concours externe, un ingénieur chef de projet, Nicolas Pauwels. Il a immédiatement commencé à préparer le dossier et a pu identifier son personnel, sur la base du volontariat, parmi les agents du Lure, notamment les anciens de l’accélérateur linéaire qui connaissaient l’installation et son histoire mais aussi les personnels des services généraux et ceux des services de sécurité et de sûreté radiologique. Nicolas, actuellement directeur de l’unité, a assuré avec succès toutes les phases du démantèlement et le déclassement de l’INB. Le CNRS aura ainsi réussi le démantèlement et le déclassement de l’INB 106, en y mettant des moyens humains et financiers importants, dans le strict respect de la réglementation. Les compétences acquises dans le domaine du nucléaire, de la sécurité et de la sûreté, de la radioprotection, de la conduite de projet et dans les relations avec l’Autorité de sûreté nucléaire pourront servir à d’autres opérations [1] [2] ;
9- privilégier autant que possible la cession du matériel plutôt que son évacuation comme déchets, le bénéficiaire prioritaire étant, bien entendu, Soleil. Sans rentrer dans les détails nous pouvons affirmer que tout le matériel scientifiquement et techniquement utilisable a été transféré, soit à Soleil, soit dans des laboratoires français et européens, soit vers d’autres centres de rayonnement synchrotron en opération ou en construction, soit enfin au CERN auquel nous avons cédé, grâce à une autorisation spéciale de l’Autorité de sûreté nucléaire, les éléments magnétiques de Super ACO ;
10- engager des opérations scientifiques spécifiques destinées à maintenir et améliorer les compétences scientifiques et techniques en attendant leur transfert à Soleil. Le budget de ces projets, sélectionnés par le Conseil scientifique, a été financé exclusivement par le CNRS à hauteur de 16,5 MF. Dix-neuf opérations ont été réalisées, dont une ligne de lumière installée à SLS (Swiss Ligth Source) en Suisse et transférée depuis à Soleil, un microscope PEEM (Photoemitted Electron Microscopy, Microscopie d’électrons photoémis) installé à Elettra (Italie) puis à Soleil et un STM (Scanning Tunneling Microscope, Microscope à effet tunnel) en ultravide. Ces opérations ont permis aux scientifiques, aux ingénieurs et aux techniciens du Lure de maintenir et développer leurs compétences et de préparer Soleil, contre vents et marées, même durant la période où le projet était gelé ;
11- négocier avec les centres de synchrotron européens des conditions d’accès des utilisateurs du Lure entre l’arrêt des machines et le démarrage de Soleil. Des conventions ont été signées avec Elettra et SLS pour l’accueil des scientifiques français par des responsables de ligne du Lure sur un contingent de sessions de faisceau dédié. Nous avons ainsi accueilli des utilisateurs pendant les années séparant l’arrêt des sources du Lure et le démarrage de celles de Soleil. Même si tous les projets n’ont pas pu être réalisés, cette stratégie nous a permis de limiter l’évaporation des équipes utilisatrices et de passer le témoin à Soleil lors d’une réunion commune des utilisateurs qui a été symboliquement la dernière du Lure et celle du lancement de Soleil. 12En conclusion, dans mon rapport à la trentième session du CA du Lure j’écrivais :
13« La direction du Lure – dont je reste le seul « rescapé », Jean Daillant ayant rejoint Saclay dès l’arrêt des machines fin 2003 et Elisabeth Dartyge ayant fait valoir ses droits à la retraite fin 2004 – n’ignorait ni les difficultés, ni le côté ingrat et somme toute peu valorisant d’une mission de fermeture d’unité. C’est en toute connaissance de cause qu’elle a pris en charge la transition vers Soleil, le redéploiement des personnels et des moyens matériels et le démantèlement de l’INB 106, seule installation nucléaire de base exploitée par le CNRS. » 14Effectivement cette période de fermeture du Lure et de démantèlement de ses accélérateurs, qui aurait pu être une période de pessimisme et de tension, a été pour moi une expérience scientifique et humaine extraordinaire. Nous avons vécu la décision de construire Soleil comme une victoire, même si certains d’entre nous l’auraient vu laboratoire national plutôt que société civile. Nous nous sommes donc toutes et tous engagés corps et âme pour le succès de Soleil et pour une transition maîtrisée du point de vue scientifique, technique et humain. Nous avons travaillé en forte interaction avec le CNRS tant au niveau du Conseil d’administration, de la Direction générale, du Secrétariat général, des Départements scientifiques et particulièrement de SPM dont relevait le Lure ; de l’IN2P3 pour la gestion des TPN ; des directions et particulièrement celle de la stratégie et de la planification, de la Mission des grands équipements scientifiques, de la DRH et de la délégation Ile-de-France-Sud, enfin. L’appui de la Direction de la recherche du Ministère a été permanent et les crédits spécifiques importants que le Ministère et le CNRS nous ont alloués (le CEA qui s’est retiré du Lure dès l’arrêt du faisceau fin 2003 n’a pas contribué financièrement à ces opérations) nous ont permis de gérer avec succès cette période et de remplir la mission qui nous a été confiée.
15[1] A. Tadjeddine « Bilan des travaux du Conseil supérieur de la sûreté et de l’information nucléaires (CSSIN) sur la question du démantèlement des installations nucléaires de base », Contrôles 181 (2008) 133. (Peut être consulté sur le site de l’autorité de sûreté nucléaire : http://www.asn.fr)
16[2] N. Pauwels, J. M. Horodynski, P. Robert et A. Tadjeddine « Démantèlement de l’Installation nucléaire de base 106 », Radioprotection 48(4), 2013, p. 545.
1 Le rapport APD Soleil peut être consulté sur le site http://www.synchrotron-soleil.fr/portal/page/portal/Recherche/Bibliotheque/DocumentationEnLigne/apdHaut de page
Abderrahmane Tadjeddine, « La transition Lure-Soleil et le démantèlement des accélérateurs de l’Installation nucléaire de base (INB) 106 », Histoire de la recherche contemporaine, Tome III - N°1 | -1, 45-48.
Abderrahmane Tadjeddine, « La transition Lure-Soleil et le démantèlement des accélérateurs de l’Installation nucléaire de base (INB) 106 », Histoire de la recherche contemporaine [En ligne], Tome III - N°1 | 2014, mis en ligne le 15 juin 2016, consulté le 23 juin 2017. URL : http://hrc.revues.org/501 ; DOI : 10.4000/hrc.501 Haut de page
Abderrahmane Tadjeddine est directeur de recherche émérite au CNRSAncien directeur du Lure, ancien directeur scientifique adjoint au CNRS chargé des grandes infrastructures de recherche pour la chimie et les sciences du vivant. Il est l’ancien directeur de l’unité de démantèlement de l’INB 106. Haut de page
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