Source: https://www.nevers.fr/actualites/la-maison-darret-au-parloir
Timestamp: 2020-05-31 00:06:10+00:00
Document Index: 111126265

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La maison d’arrêt au parloir | nevers.fr
La maison d’arrêt au parloir
Enchâssée dans la ville, la maison d’arrêt de Nevers est une « microsociété puissance 10 », selon Elisabeth Bortolin, première femme à diriger un établissement qui a ouvert ses portes… pour aussitôt les refermer en 1857. Un monde hermétique par nature, secret par nécessité, où l’humanité se révèle sans fard.
Comme toutes les maisons d’arrêt, celle de Nevers n’accueille que des détenus prévenus (pas encore jugés) ou condamnés à des peines de moins de deux ans, ainsi que des détenus jugés et en attente de leur affectation dans un centre de détention (condamnations supérieures à deux ans) ou une maison centrale (supérieures à dix ans).
En centre de détention et en maison centrale, l’encellulement est individuel. Ce n’est pas le cas en maison d’arrêt. À Nevers, les cellules comptent deux ou trois lits, à l’exception des quatre cellules d’isolement et des deux cellules de quartier disciplinaire. Ce qui complique le travail de réinsertion, reconnaît Elisabeth Bortolin : « C’est difficile de se poser avec soi-même quand on n’est pas seul en cellule. Etre seul leur permettrait de mieux comprendre le jugement, de mieux l’accepter, et cela améliorerait la prévention de la récidive. »
Dans leur grande majorité, les détenus sont originaires de la Nièvre ; certains viennent du Cher et de l’Yonne. Il n’y a que des hommes, dont une majorité de 25-30 ans. Les femmes sont envoyées à la maison d’arrêt de Bourges, les mineurs à Tours. En moyenne, il y a 110 détenus dans la maison d'arrêt, soit un taux d'occupation de 97-98 % : « Nous avons déjà eu un pic à 140 détenus. » Les détenus ont droit à une heure trente de promenade le matin et autant l'après-midi, dans l'une des trois cours de promenade de l'établissement. Les prévenus peuvent avoir trois visites par semaine, les condamnés une; chaque visite ne dure pas plus d'une heure. Les détenus qui le souhaitent peuvent rencontrer un des deux aumôniers, l'un catholique, l'autre musulman.
Un moniteur de sport est présent de manière pérenne pour des activités telles que la musculation (cardio), du tennis de table, de la boxe. Les détenus participent à des compétitions extérieures : tournoi de basket pénitentiaire, course à pied, vélo, pétanque.
La prison étant le reflet de l’évolution de la société, le profil des détenus neversois a changé en quelques années. Comme beaucoup de petits établissements ruraux, la maison d’arrêt de Nevers recevait plutôt des « voleurs de poules » et surtout des auteurs d’infractions à caractère sexuel (inceste, pédophilie, etc.). La plupart des détenus sont désormais là pour des affaires de stupéfiants et de violences aux personnes souvent liées à des addictions aux drogues ou à l’alcool : « On a de plus en plus de toxicos, polytoxicos, de cas psychiatriques, dont la prise en charge est de plus en plus compliquée. La population carcérale est plus irrespectueuse qu’avant. »
Chaque nouvel arrivant rencontre une commission pluridisciplinaire composée d’un membre de la direction, d’un personnel de surveillance, du référent à l’enseignement, du Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP), et d’une intervenante de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA). Dans les 48 heures suivant son entrée à la maison d’arrêt, il a droit à une visite médicale somatique et psychologique, des tests de détection du VIH et de la tuberculose. Après huit à dix jours dans le secteur arrivants, il passe en détention ordinaire : « On évite de mettre ensemble un prévenu et un condamné, un fumeur et un non-fumeur. On fait aussi attention à l’âge, au quartier d’origine. »
La maison d'arrêt est labellisée sur quatre domaines: circuit arrivant, processus sortant, gestion du quartier d'isolement et du quartier disciplinaire. Une formalisation des procédures contrôlée par un organisme extérieur et indépendant : « C'est fortement conseillé par l'administration pénitentiaire, explique Elisabeth Bortolin. C'est parfois pénible à mettre en place, mais une fois qu'on est arrivé au bout, il n'y a que des avantages: la prise en charge est claire, tracée, cohérente, et elle est la même pour tout le monde. »
Tous les détenus ont un compte bancaire, géré par le comptable de la maison d’arrêt. L’argent y est réparti en trois sous-comptes : disponible de suite, à la sortie de prison, pour l’indemnisation des victimes. Un détenu indigent est crédité de 15 € sur son compte. Les détenus peuvent recevoir des virements pour des bons de cantine (tabac, nourriture), du matériel de cuisine, des produits d’hygiène, des vêtements, du nécessaire de correspondance, des CD, des livres. Les virements supérieurs à 200 € sont automatiquement répartis sur les trois sous-comptes.
Autre source de revenus, le travail en prison, soit au service général (entretien, maintenance, buanderie, restauration, auxiliaires d’étage), soit en atelier de production, en sous-traitance pour des entreprises locales (manutention, ensachage). Lors de la réalisation de ce reportage, en octobre, 13 détenus étaient classés au service général et 6 travaillaient en atelier de production - un chiffre anormalement bas : « C'est une catastrophe. Nous avons eu jusqu'à 22 détenus dans les ateliers de production. Là, nous sommes obligés de les faire travailler à tour de rôle. » Pour les détenus au service général, la rémunération varie de 2,05 à 3,05 € de l'heure.
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