Source: http://caravelle.revues.org/1794
Timestamp: 2017-04-26 04:08:56+00:00
Document Index: 215065489

Matched Legal Cases: ['art. 1', 'art. 11', 'art. 1', 'art. 11', 'art. 25', 'art. 28', 'art. 42', 'art. 43', 'art. 49', 'art. 53', 'art. 57', 'art 62', 'art. 79', 'art. 95', 'art. 103', 'art. 114', 'art. 119', 'art. 122', 'art. 151', 'art. 154', 'art. 158']

La Magna Carta des coupeurs de canne dans le Pernambouc (Brésil) selon les archives de la Justice du Travail (1963-1965)
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105 | 2015 : Cuba, cultures contemporaines
Français Português English La situation des coupeurs de canne au Brésil, en particulier au Pernambouc, connut une amélioration considérable au tout début des années 1960. La législation du travail les admit finalement au rang des catégories de travailleurs salariés. En outre, la Justice du Travail installa alors ses tribunaux dans certaines villes moyennes, leur offrant ainsi la possibilité concrète de défendre leurs droits. Si le régime militaire instauré en 1964 remit beaucoup de ces gains en question, il en maintint néanmoins le cadre juridique et syndical. Les archives judiciaires permettent de brosser un portrait des plaignants et d’apporter maint détail à la description de la condition des ouvriers agricoles employés dans les cannaies.
A situação dos cortadores da cana no Brasil, especialmente em Pernambuco, conheceu uma melhoria significativa na década de 1960. A legislação trabalhista acabou admitindo-lhes na categoria dos trabalhadores assalariados. Além disso, a Justiça do Trabalho instalou seus tribunais em algumas cidades medias, dando-lhes a possibilidade efectiva de defenderem os seus direitos. Se, com o regime militar instaurado em 1964 muito desses ganhos foram perdidos, ele, no entanto, manteve o quadro jurídico e sindical. Os arquivos judiciais permitem pintar um retrato dos queixosos e dar uma descrição detalhada da condição de trabalhadores agrícolas empregados nos canaviais.
Sugar cane rural workers’ condition in Brazil, and particularly in Pernambuco, was considerably improved in the early 1960’s. Newly voted labor legislation finally raised them to the level of the other wage earners categories. Besides, Labor courts were installed in some medium-sized towns in the region, thus offering them the concrete possibility of defending their rights. The military regime, from 1964 on, questioned many of those benefits, but nevertheless maintained legal framework and trade-unions. Judicial archives provide data permitting to draw a profile of the plaintiffs, and add many details about their lives and labor as rural workers on sugar cane plantations.
Mots-clés :Relations de travail, Justice du travail, Coupeurs de canne, Pernambouc, Brésil
Keywords :Labor relationship, Labor courts, Sugar cane cutters, Pernambuco, Brazil
Palavras chaves :Relaçõe de trabalho, Justiça do trabalho, Cortadores de cana, Pernambuco, BrasilHaut de page
Un contexte historique singulier
L’introduction de la législation du travail
La première convention collective des coupeurs de canne
Les archives du Tribunal régional du Travail
Ébauche du profil des travailleurs selon les procès du TRT 6e région
Raisons invoquées pour le recours à la Justice du Travail
Rescision de contrat
En guise de conclusion : « Les droits nous mettaient en danger ! »Haut de page
L’auteur remercie les rapporteurs de Caravelle ainsi que M. Jean Hébrard et M. Richard Marin pour leurs suggestions qui ont considérablement amélioré le présent article.
2 Titre donné en français à la traduction de Nordeste de Gilberto Freyre.
1La Zone de la Forêt – Zona da Mata – est depuis cinq siècles la région la plus importante du Nord-Est du Brésil en termes économiques. Son potentiel comme « terre du sucre2 » conduisit les colonisateurs portugais à y affermir leur emprise dès le XVIe siècle. Les cannaies supplantèrent peu à peu la forêt tout au long d’un corridor littoral humide de 60 à 150 kilomètres de large.
2Au cours des années 1960, cette région fut le théâtre d’événements marquant une rupture dans l’histoire séculaire de l’activité sucrière, sans équivalent depuis l’abolition de l’esclavage, en 1888. Soixante-quinze ans après, les coupeurs de canne furent enfin légalement considérés comme travailleurs à part entière. Derniers sur le continent à devenir hommes et femmes libres, leur statut en tant que salariés agricoles n’avait auparavant fait l’objet d’aucune mesure légale. Et ils ne disposaient même pas des institutions capables de les défendre face aux employeurs : syndicats et tribunaux du travail. Ceux-ci seraient finalement créés de façon concomitante au début des années 1960.
3Le présent article utilise les archives judiciaires pour mieux connaître les conditions de travail des coupeurs de canne. Cette documentation constitue de fait le seul ensemble écrit d’une certaine portée qui en traite. Elle fournit des données jusqu’alors inconnues sur la composition de la main d’œuvre agricole et son niveau de rémunération. L’issue des procès peut indiquer aussi dans quelle mesure l’État de Droit est respecté pour ces travailleurs par une machine judiciaire marquée en termes de classe.
3 L’Estado Novo de 1937 à 1945, et le coup d’État militaire installant une nouvelle dictature de 1964 (...)
4Le climat politique de la période postérieure à la fin de la dictature de Getúlio Vargas (1945) – un moment démocratique inséré entre deux régimes autoritaires3 – est caractérisé par une relative liberté d’expression et d’association. Des perspectives de changement social accompagnent les progrès économiques et laissent espérer une rapide sortie du pays du sous-développement. L’ambiance générale est alors à l’optimisme. Tout semble possible car 4 Ferreira, Jorge, O imaginário trabalhista: getulismo, PTB e cultura política popular 1945-1964, Rio (...)
une génération d’hommes et de femmes partageant des idées, croyances et représentations, adhérait au nationalisme, à la défense de la souveraineté nationale, à des réformes structurelles socio-économiques dans le pays, à l’élargissement des droits sociaux des travailleurs, à la ville comme à la campagne, entre autres exigences matérielles et symboliques qui parachèveraient ainsi le développement réel du pays et le bien-être social4.
5 L’univers ici considéré comporte à l’époque, selon Mary Wilkie, environ 300 000 personnes engagées (...)
5De conviction nationaliste et progressiste, une partie des dirigeants nationaux et locaux propose alors des stratégies pour moderniser le domaine rural au même titre que le reste de la société. Les entrepreneurs du secteur sucrier sont même encouragés par les autorités, qui les financent par ailleurs avec générosité, à accepter pour la première fois un pacte social incluant les travailleurs agricoles. Sa dimension la plus connue consiste à mettre cette catégorie de salariés au nombre des bénéficiaires de droits déjà acquis par leurs collègues citadins et employés de l’industrie. En effet, l’amélioration des conditions de vie des coupeurs de canne fait partie des objectifs de modernisation de la société sur lesquels d’amples secteurs de l’opinion publique s’accordent. La forte polarisation sociale régnant dans la région du nord-est du Brésil5, surtout à la campagne, suscite des inquiétudes dans tout le spectre politique. L’effervescence sociale croît à l’échelle nationale et l’un de ses lieux d’élection est précisément la zone de la canne à sucre du Pernambouc. Les mouvements sociaux y donnent la mesure de ce que l’on pourrait appeler la demande réprimée de la population travailleuse en termes de droits, pouvoir d’achat, participation syndicale et politique. 6 Page, Joseph, A Revolução que Nunca Houve, O Nordeste do Brasil 1955-1964, Rio de Janeiro, Record, (...)
7 Andrade, Manuel Correia de, A Terra e o Homem no Nordeste, São Paulo, Livraria Ed. Ciências Humanas (...)
6Le contexte de la guerre froide fournit la grille de lecture du moindre événement, au Pernambouc comme ailleurs, à quelque échelle que ce soit. L’exemple de la Chine continentale et de Cuba alimentent d’ailleurs les attentes de certains. Il pousse par ailleurs les milieux conservateurs à s’organiser pour prendre les devants face à ce qu’ils considèrent comme une menace de répétition : la prise du pouvoir par des forces communistes soutenues par de forts contingents paysans. Un témoin étatsunien, Joseph Page, raconte qu’on ne se demande pas s’il y aura une révolution, « mais quand elle se produirait et quelle direction elle prendrait6 ». La pauvreté extrême des populations rurales est la cause première de la menace d’explosion. « Les trois quarts du Nord-Este ne mangent pas à leur faim tous les jours » déplore Celso Furtado, annonçant un « cataclysme » si rien n’était fait7. La SUDENE qu’il dirige, bien que destinée à trouver des solutions pour les zones sèches et l’industrie, se lance même dans une expérience dans la zone de la canne à sucre : Tiriri, une coopérative gérée par les ouvriers agricoles. 8 «Northeast Brazil Poverty Breeds Threat of Revolt», New York Times, 31/10/1960 et «Marxists Are Org (...)
7La presse, jusqu’alors muette, révèle au grand public la misère des coupeurs de canne en de grands reportages de journalistes fameux. Après Tad Szulc du New York Times8, Antônio Callado brosse dans Cruzeiro de Rio de Janeiro un tableau alarmant, fait inédit en soi, la tradition journalistique depuis Euclides da Cunha préférant comme théâtre du famélique les zones sèches du Sertão et ses famines épisodiques.
8Il revient donc à l’État de promouvoir la modernisation, non seulement des travaux publics pour remédier aux effets de la sécheresse ou pour l’amélioration du parc industriel, mais aussi, dans la région sucrière, en termes sociaux. Pour la première fois donc, il s’emploie à agir en faveur des familles de coupeurs de canne. Les trois pouvoirs s’y engagent : outre le législatif, le ministère du Travail dont les bureaux régionaux sont chargés du contrôle de l’application des lois, mais surtout l’appareil judiciaire spécifique – avec sa pyramide d’instances nationale, régionale et locale – gagne en efficacité par la multiplication de tribunaux de première instance, appelés Juntes de Conciliation et Jugement (JCJ).
9 Biavaschi, Magda Barros, O Direito do Trabalho no Brasil 1930-1942, A construção do sujeito de dire (...)
9L’abolition de l’esclavage, en 1888, avait amorcé une nouvelle phase dans l’histoire des relations de travail au Brésil mais elle laissa néanmoins les travailleurs dans ce que Magda Biavaschi a qualifié de situation « lacunaire en termes juridiques... sans sauvegardes qui garantissent une certaine protection aux travailleurs ‘‘libres’’9 ». Un appareil juridique complet pour les travailleurs de l’industrie et du commerce est mis en place en 1943 par le régime autoritaire de l’Estado Novo qui a instauré le salaire minimum. La promulgation de la Consolidation des Lois du Travail (CLT) étend à tous les salariés les dispositifs de protection conquis localement. Elle régit aussi leur organisation professionnelle ainsi que les modalités de négociation avec le patronat. Cet ensemble de dispositions vise à garantir l’harmonie entre classes sociales. Mais elle offre tout de même aux travailleurs urbains et industriels de réelles garanties et, peu après, les moyens de les faire valoir devant des tribunaux.
10Malgré leur nombre, les ouvriers agricoles ne sont pas inclus dans la CLT en raison de l’opposition virulente des grands propriétaires, puissants au Parlement. Euclides do Nascimento, fondateur du Syndicat de Nazaré da Mata, exprime l’attente déçue des bénéficiaires potentiels.
10 Nascimento, Euclides Almeida do, A história do sindicato dos trabalhadores rurais que viviam no Est (...)
Les années passaient et la situation ne faisait qu’empirer. Dans les années 1950, on parla de démocratie, de partis politiques : UDN, PSD, PTB, etc. On faisait des promesses, toujours plus de promesses affirmant que la situation des paysans allait s’améliorer. Des promesses d’amélioration. C’est alors que, bien que les paysans ne le sachent pas, le député Fernando Ferrari proposa trois projets de loi à la Chambre des députés, défendant les travailleurs de la campagne. [...] Ils furent tous refusés et escamotés dans des tiroirs, à cause de pressions d’en haut, de certaines personnes qui y avaient intérêt10. 11 «O ministro que conversava». Titre du deuxième chapitre du livre de Jorge Ferreira, O imaginário tr (...)
11Le Statut du Travailleur Rural fut finalement décrété vingt ans après la CLT par le président João Goulart. Connu pour être « ouvert au dialogue11 » avec les syndicats tout en respectant leur liberté de fonctionnement, il avait essuyé un échec, dix ans auparavant, qui lui avait même coûté son poste de ministre du Travail. Perpétuant la tradition ‘‘varguiste’’ dans toute son ambiguïté, João Goulart, défenseur des droits des travailleurs face à ce qu’il appelait « le capitalisme dominant et dépourvu de patriotisme12 », répondit aux pressions des organisations de coupeurs de canne. Il lui en coûta cette fois non seulement son mandat mais probablement la vie.
13 Prado Jr, Caio, «O Estatuto do Trabalhador Rural», Revista Brasiliense, no 47, maio-junho 1963, réé (...)
14 Une définition claire de la catégorie professionnelle (art. 1 à 10) ; livret de travail (art. 11 à (...)
15 Furtado, Celso, Dialética do Desenvolvimento, Rio de Janeiro, Fundo de Cultura, 1964.
16 Callado, Antonio, Tempo de Arraes, A Revolução Sem Violência. Rio de Janeiro, Paz e Terra, 1980, p. (...)
12Promulguée le 2 mars 1963, la loi nº 4.214 connue comme Statut du Travailleur Rural (STR), est saluée para Caio Prado Jr, qui la désigne comme un « véritable complément à la loi qui abolit l’esclavage en 1888 ». Et l’auteur d’ajouter : « je n’exagère pas13 ». Le STR réitère pour les ouvriers agricoles – de façon explicite et spécifique – la plupart des droits déjà reconnus aux autres salariés14. Victoire pour ces mouvements sociaux de diverses obédiences politiques, le STR est appliqué avec un certain enthousiasme dans la zone de la canne du Pernambouc, alors qu’il reste « lettre morte15 » dans d’autres régions du pays. De fait, le Congrès l’a approuvé comme un moindre mal. « Personne ne croyait qu’il entrerait en vigueur16. » Néanmoins trop peu de temps sépare la promulgation du STR du coup d’État pour que son application soit évaluée à l’échelle du pays.
17 Sociedade Agrícola e Pecuária de Plantadores de Pernambuco. 13Au Pernambouc, cependant, le terrain social et politique est particulièrement favorable. La relative démocratisation de 1945 a permis une amorce d’organisation des ouvriers agricoles à l’initiative du Parti communiste, alors très brièvement toléré. En 1955, une nouvelle forme d’association de secours mutuel, la SAPPP17 (Société Agricole et d’Élevage des Planteurs du Pernambouc) surgit et connaît, sous le nom de Ligues paysannes, un succès inattendu sous la houlette de Francisco Julião.
18 Abreu e Lima, Maria do Socorro de, Construindo o Sindicalismo Rural. Lutas, Partidos, Projetos, Rec (...)
19 Marin, Richard, Dom Hélder Camara. Les puissants et les pauvres, Paris, Éd. l’Atelier, 1995, p. 96.
20 Gallindo, José Felipe Rangel, Jeremias, O trotskismo no campo em Pernambuco, Recife, EDUFPE, 2013.
21 La législation du travail brésilienne prévoit que chaque circonscription administrative/géographiqu (...)
14Le ministère du Travail est finalement décidé à promouvoir la syndicalisation rurale, une de ses prérogatives légales. L’annonce en est faite au congrès paysan de Belo Horizonte (novembre 1961). Au Pernambouc, dix-huit syndicats d’ouvriers agricoles sont en activité dans la zone de la canne à la veille du coup d’État militaire18. Les forces politiques qui les animent consistent en deux blocs antagonistes : au Sud, autour du grand syndicat de Palmares, le Parti communiste brésilien ; au Nord et au Cabo, l’Église catholique dont Richard Marin précise que « par son intermédiaire, une idéologie syndicaliste chrétienne s’introduisit dans le milieu rural, visant à la conciliation entre les classes19 ». Des trotskystes agissent plus localement, comme Jeremias, à Itambé20. Le syndicalisme rural, de tendance très légaliste, fleurit donc dans toute la région de la canne21.
15Ligues paysannes, Parti communiste et Église catholique ont permis aux revendications des coupeurs de canne de prendre forme légale et à leur force d’apparaître au grand jour, y compris aux yeux de la presse internationale. L’essentiel de leurs demandes trouve enfin un cadre légal prévu de longue date, quoique doté d’une coloration bien différente de celle que ses concepteurs avaient envisagée. En effet, le gouverneur Miguel Arraes et son administration innovent jusque dans le domaine complexe de la sûreté publique. 22 Entretien avec Eliana Moury Fernandez.Projet «A História Oral do Movimento Político-militar de 1964 (...)
23 Y compris des violences physiques parfois fatales. Celles-ci, même à l’état de menace, peuvent être (...)
16Son responsable, Hangho Trench, inaugure un climat inédit défini comme « une position équidistante » entre employeur et employés, ce qui « révolta les planteurs car ils étaient habitués à utiliser la police comme si elle était leur propriété22 ». Auparavant, dans la zone de la canne à sucre, les forces de l’ordre n’hésitaient pas à réprimer sans état d’âme la moindre velléité d’organisation des travailleurs ruraux, la moindre revendication voire la résistance aux exactions les plus violentes23. Les employeurs étaient encore imbus des habitudes et préjugés de leurs proches ancêtres, maîtres d’esclaves. Or, pour quelques mois à peine, l’État ne réprime plus systématiquement les manifestations individuelles et collectives des travailleurs.
24 Accord de la campagne, ce nom comporte des connotations presque poétiques.
17Dans un contexte résultant de la convergence de facteurs exceptionnels, est signée la première convention collective de travail dans la zone de la canne du Pernambouc – Acordo do campo24. Elle cumule des connotations symboliques et pratiques sans égales à ce jour. En effet, elle résulte d’un consensus improbable, sur un spectre politique qui va bientôt se scinder, au sujet de la nécessité d’une modernisation sociale. 25 Naît alors ce qui serait réaffirmé, lors de son deuxième mandat (1987-1991) et de la promulgation d (...)
26 Cf. à cet égard l’étude de Júlio César Pessoa de Barros : O “Zé Ninguém” e o “Pai Arraia”: órgãos d (...)
18Miguel Arraes a assis une solide réputation de démocrate par sa gestion comme maire de la capitale, Recife. Élu gouverneur du Pernambouc en 1962, il agit en médiateur. L’époque d’Arraes reste dans la mémoire collective des coupeurs de canne comme une période pleine d’espérances25. En dépit de sa brièveté (31/01/1963 à 31/03/1964) ce moment démocratique – sans doute le premier qui atteigne de fait les populations rurales des zones sucrières – comporte un impressionnant éventail d’innovations dont la liberté d’action des organisations nouvellement créées : Ligues paysannes, Syndicats de travailleurs ruraux, coopératives, etc. Leur succès même révèle le potentiel politique – souhaité ou redouté – des grands contingents de salariés agricoles employés dans les cannaies. Or le nouveau gouverneur tient à réduire les tensions entre employeurs et employés dans tous les secteurs d’activité et donne une ample marge de manœuvre à un secrétariat spécifique, la Secretaria Assistente26, afin qu’il contribue à l’apaisement des conflits sociaux.
27 Sigaud, Lygia, «A luta de classes em dois atos: Notas sobre um ciclo de greves camponesas», Dados, (...)
28 Entre autres, Manoel Gonçalo Ferreira (Président de la Fédération des Syndicats Ruraux), Adauto Fer (...)
19Quant au patronat, la pression des autorités fédérales doublée d’avantages financiers et associée aux promesses du marché étatsunien de sucre (privé du produit cubain) donnent une flexibilité inédite à sa posture. Jusqu’à l’époque de la redémocratisation (1985) on ne connaît pas pareil faisceau de tendances contribuant à une issue positive et pacifique. Il s’agit d’un tournant malgré tout durable dans les relations entre employeurs et employés agricoles, car la négociation entre classes avec la médiation de l’État établit une convention collective de travail des coupeurs de canne pour toute la région27. Outre Arraes et le délégué du ministère du Travail, des représentants patronaux et des dirigeants syndicaux et des Ligues paysannes28 signent alors un texte qui stipule l’augmentation du salaire journalier. Dès le mois d’août de la même année, les parties sont parvenues à un barème de tarification des diverses tâches agricoles. 29 Nascimento, Euclides Almeida do, A história do sindicato dos trabalhadores rurais que viviam no est (...)
Les syndicats de coupeurs de canne devinrent une véritable force au Pernambouc en 1963. Nous avons déclenché une grève générale dans toute la région des cannaies et réussi à obtenir 80 % de réajustement du salaire minimum garanti par le gouvernement. Avec l’augmentation de salaire, tout alla mieux, à la campagne comme à la ville. Il convient aussi de souligner que cette grève fut l’œuvre de la force unie des travailleurs. Les syndicats comme les Ligues paysannes unirent leurs efforts autour d’un seul objectif : promouvoir leur classe. Il n’y eut aucune diminution de la production, au contraire, elle augmenta29. 30 «Aos Industriais do Açúcar e aos outros proprietários rurais», Diário de Pernambuco, 27/10/1963, p. (...)
20En fait, l’augmentation réelle du salaire – considérable, au point qu’elle bouleverse les marchés de la région – correspond simplement à l’entrée en vigueur du STR, en juillet de la même année, associée à la tarification des tâches. Même les journaux patronaux comme le Diario de Pernambuco se font l’écho de l’opinion des bénéficiaires : cela signifie que finalement la loi « ignorée jusqu’alors, depuis vingt ans30 », est finalement respectée.
31 Le Tribunal régional du Travail 6e Région et l’Université Fédérale du Pernambouc. Ce projet, mis en (...)
21Grâce à une source préservée par accord entre le Judiciaire et des universitaires31, il est possible d’explorer plus amplement cet univers connu jusqu’ici par des descriptions d’ensemble ou les souvenirs de témoins. L’importance du secteur sucrier, particulièrement dans le domaine des relations de travail, ne connaît en effet pas d’équivalent dans les archives de l’État, même pour des époques aussi récentes que la deuxième moitié du XXe siècle. Certains résultats d’une étude en cours permettent de tracer un tableau des relations de travail entre employés des plantations et raffineries de sucre et planteurs dans la Mata Sul au début des années 1960. Des séries, constituées à partir des pièces de nombreux procès, révèlent le profil des travailleurs ayant intenté une action judiciaire ou visés par elle. Ces documents ne fournissent que des indications succinctes : le nom et le sexe des coupeurs de canne, s’ils savent lire et écrire, ou du moins signer, leur lieu de résidence (sur la plantation où ils travaillent, ou en ville, etc.) de même que leurs demandes et l’issue du procès. 32 Comme le montre l’étude détaillée de l’anthropologue Moema Maria Marques de Miranda, Espaço de honr (...)
33 Rufino Dabat, Christine, Guimarães Neto, Leonardo, «Modernização e Exclusão: A situação social na Z (...)
22L’entrée de travailleurs ruraux dans l’espace de la justice du travail est alors facilitée et encouragée par les mouvements sociaux, surtout les syndicats. Par leur intermédiaire, les futurs plaignants ont connaissance des nouveaux droits qui leur sont échus et pour lesquels ils se sont d’ailleurs mobilisés. Ils les aident aussi à faire face au monde judiciaire, aux juristes et employés des tribunaux dont l’origine sociale est différente sinon opposée en termes de classe32. En outre, l’application de la loi tient du domaine complexe d’un langage écrit spécialisé, absolument étranger à des populations adultes mais analphabètes à plus de 80 %33.
34 Effectué avec l’aide d’étudiants en histoire, entre autres Michel Cavassano Galvão (pour Jaboatão) (...)
23Le relevé34 et l’exploitation des données fournies par ces archives comprend les procès provenant des JCJ d’Escada, de Palmares et de Jaboatão, des tribunaux situés dans la région sud de la zone de la canne. Ces documents concernant les employés de l’agro-industrie sucrière disponibles pour les années 1963 à 1965 correspondent à un total de 2149, dont 1509 pour Palmares, 463 pour Escada et 182 pour Jaboatão.
35 À Escada le 12/03/63, à Jaboatão le 1/03/63, à Palmares le 21/1/63. Deux autres tribunaux siègent d (...)
24Ces tribunaux du travail de première instance, établis par la loi nº 4.088, du 12/07/1962, n’entrent en fonction qu’en 196335. Les communes de leur ressort sont les suivantes : Água Preta, Catende, Maraial, Bonito, Quipapá, Joaquim Nabuco, Amaragy, Brejo da Madre de Deus, Cabo, Cortêz, Vitória de Santo Antão, Moreno, Gravatá, Glória de Goitá, Pombos, Tapera, Ipojuca, Limeira, Primavera, Ribeirão, Rio Formoso, Serinhaém et Gameleira.
25La sauvegarde des dossiers grâce au zèle de Cézar Ramos, ancien directeur des archives du Tribunal régional du travail 6e région (TRT), garde néanmoins la marque des dégâts causés par l’incurie antérieure à sa gestion ainsi que de catastrophes naturelles. Ainsi, à Palmares, un seul dossier a été préservé pour 1963. Toutefois, son numéro d’ordre 292/63 et le fait qu’il a été ouvert le 15/10/1963 permettent d’induire un total qui doit dépasser les 300 pour cette seule année. 36 Selon la fraction du mouvement syndical d’origine catholique qui n’a pas été opposée à la première (...)
26Après le coup d’État, bien que soumis aux autorités militaires, certains syndicats continuent à défendre leurs membres. S’il faut attendre 1979 pour que se reproduise une action collective à l’échelle de toute la région, la multiplication des mises en cause d’employeurs lors de procès individuels ou de petits groupes, est la tactique la plus utilisée36. La fédération syndicale (FETAPE), qui a survécu au coup d’État militaire quoique mise sous tutelle, embauche dans ce but une équipe de jeunes avocats.
37 Cette carteira de trabalho sert de document d’identité aux travailleurs qui n’en ont souvent pas d’ (...)
27Les documents qui constituent ces dossiers sont la plupart du temps très génériques. Ils contiennent seulement l’acte d’ouverture du procès et la sentence, des formulaires imprimés, rédigés en phrases sèches selon le jargon juridique. D’autres documents en complètent rarement la teneur, comme des reçus de paye, des dépositions de témoins, exceptionnellement un livret de travail37. La plupart des procès sont individuels. Parfois, deux ou trois membres d’une même famille comparaissent ensemble : c’est toujours le cas lorsqu’un mineur est impliqué, mais on rencontre aussi des couples et des fratries. Quelques cas isolés de procès collectifs regroupent plusieurs dizaines de salariés. 28La présence féminine surprend, surtout dans la région évoquée ici, où le régime de plantation est le plus ancien. Pour l’ensemble de la Mata Sul, on obtient des données très proches : 21 % de femmes et 79 % d’hommes. Ainsi, à Palmares, les procès mentionnent 341 femmes, soit 22,5 % du total des salariés : quelques maîtresses d’école employées par les grandes sucreries pour les enfants de leurs ouvriers des raffineries – licenciées en masse dès 1964 – mais surtout des salariées agricoles. Elles sont souvent seules à porter plainte, ou en petit groupe : deux sœurs par exemple. 38 Rufino Dabat, Christine, Moradores de Engenho, op. cit. Cf. en particulier le sous-chapitre : 6.1. (...)
29La littérature universitaire présente volontiers les coupeurs de canne comme étant de sexe masculin. Mais d’autres recherches montrent combien le travail dans les cannaies implique éventuellement toute la famille38 qui habite alors encore sur les plantations. Certaines tâches y sont réservées aux femmes ou aux enfants comme les semailles de tronçons de canne. Étant donné la dureté du régime de travail, les familles essayent de leur mieux de les protéger en évitant leur embauche dans des équipes de travail sous la tutelle d’un contremaître. Par contre, elles constituent elles-mêmes des équipes, le père (et éventuellement la mère, en tandem ou substitution lorsque celui-ci est décédé, malade ou absent) coupant la canne et les enfants nouant les gerbes qui sont décomptées par le contremaître pour calculer la paye. 39 Certains dossiers ne comportent pas d’indication et les procès collectifs ne portent que la signatu (...)
40 Les données détaillées du recensement démographique de 1980, par exemple, fournissent des taux enco (...)
30Donnée attendue, par contre, 70 % des travailleurs ruraux environ39 ne savent pas signer et sont donc contraints de laisser leur empreinte digitale sur les documents. Cette donnée est spatialement constante (68 % contre 30 % qui signent ; 2 % sans indication) et est confirmée par les données officielles40.
31L’État étant dorénavant présent dans les relations entre employeurs et employés, les raisons invoquées par les parties pour leur comparution devant les tribunaux reflètent les nouveaux droits garantis aux travailleurs. Ils se réfèrent aussi bien à la CLT que, plus rarement, au STR. Motifs invoqués pour intenter une action selon les actes des procès de la justice du travail à Escada, Jabotão et Palmares (en chiffres)Agrandir Original (png, 41k)
32Dans ce domaine, le treizième mois de salaire représente 37,5 % des cas. Mais, si en 1963 il figure dans 61,8 % des revendications des travailleurs, ce n’est plus le cas que pour 21,9 % d’entre elles en 1964 et 10,5 % en 1965. On peut associer à cette conquête récente de la catégorie professionnelle (décembre 1962) le droit aux congés payés, soit 40,2 % des procès en tout. Le déclin de cette revendication est aussi manifeste après le coup d’État : 64,9 % en 1963 ; 19,7 % en 1964 et seulement 13,4 % en 1965. L’exigence du respect du repos hebdomadaire suit la même tendance (13,3 %).
33Le rituel judiciaire, réputé de conciliation, est souvent le moyen pour les employeurs de mettre fin, sous le couvert de légalité, à certaines relations parfois fort anciennes – sans que cela soit pris en considération pour l’indemnisation des salariés – ou pour des raisons essentiellement politiques, quoique tues. Cela explique la prépondérance de rescisions de contrat à partir du coup d’État : 50,7 % sur le total des raisons formulées.
41 JCJ de Nazaré da Mata, procès 301/63.
42 JCJ de Nazaré da Mata, procès 1071/63.
34La question salariale est centrale et tout d’abord, le salaire en lui-même. L’amplitude des variations en matière de rémunération au début des années 1960 est notable. Maria Rosa da Conceição, par exemple, reçoit un salaire de Cr $ 60,00 par jour41. Elle déclare qu’elle ne jouit ni de repos hebdomadaire, ni de jours fériés. Embauchée en août 1961, elle est licenciée en janvier 1963. À cette même époque, de nombreux travailleurs masculins déclarent gagner un salaire de base de Cr $ 100,00. D’autres reçoivent des rémunérations encore inférieures. Un ouvrier agricole, José Ferreira de Paula, justifie ainsi son refus de continuer à travailler pour un planteur car, en juin 196342, il ne lui offre que Cr $ 80,00 par jour. Après le coup d’État, ces revendications salariales diminuent considérablement : 60,3 % des procès en 1963 contre seulement 26,7 % en 1964.
43 Des témoins comme le médecin Fernando Barbosa mentionnent la duplication du nombre des bœufs abattu (...)
35La confirmation de l’extrême modestie – pour utiliser un euphémisme – de ces salaires se trouve dans l’impact considéré historique de l’application de la loi du salaire minimum et plus encore de l’Accord de la campagne. L’augmentation des salaires nominaux permet aux travailleurs ruraux de se transformer en consommateurs enthousiastes de biens de première nécessité (aliments dont de la viande fraîche, lits, vêtements) provoquant un effet bénéfique en cascade sur le commerce local43. À Nazaré da Mata, par exemple, un ouvrier agricole qui a commencé à travailler en janvier, reçoit jusqu’en mars 1963 Cr $ 100,00 ; de mars à avril, Cr $ 150,00 ; d’avril à juin Cr $ 250,00 ; de juin à septembre, Cr $ 410,00 et à partir de ce mois Cr $ 503,00 par journée de travail.
44 «Nordeste - Retrato sem retoque», Visão, 16/10/1959. In Callado, Antônio, Os industriais da seca e (...)
45 Durant la morte-saison, la main-d’œuvre restait ainsi disponible sur la plantation.
46 Prado Jr, Caio, «O Estatuto do Trabalhador Rural», op. cit., p. 155.
« La loi sur l’abolition de l’esclavage ne fonctionne pas44 » affirmait peu auparavant le journaliste Antônio Callado. Les salaires misérables en vigueur avant le STR et la convention collective « permettent la rentabilité » d’une grande quantité d’exploitations rurales. Disposant traditionnellement d’un lopin cédé par le propriétaire de la plantation, la famille de coupeurs de canne parvient en effet tout juste à subsister en combinant un salaire extrêmement réduit et éventuellement saisonnier45, et la production de cultures vivrières. La « faible productivité est ainsi compensée par le prix insignifiant de la main d’œuvre46 ».
47 Instituto do Sucre et de l’Acool.
48 «O Açúcar (1): Economia Mundial (2) , Economia Brasileira», apud Szmrecsányi, Tamás, O Planejamento (...)
49 Idem, p. 29.
36La perspective d’une altération de ce panorama en vertu de l’évolution de la loi et de la situation politique est déjà manifeste dans une étude de l’IAA (Instituto do Açúcar e do Álcool)47, l’organe de l’État fédéral destiné à contrôler le secteur. En avril 196348, immédiatement après la promulgation du STR et avant même la première convention collective, il alerte les autorités dans un rapport mettant l’accent sur « l’élévation générale du coût des matériaux, des produits et services nécessaires au maintien des cultures et raffineries, [...] des réajustements salariaux, conséquence des nouveaux niveaux du salaire minimum, et des implications du treizième mois de salaire aussi bien pour les travailleurs industriels que ruraux49 ».
50 Wilkie, Mary, A Report on Rural Syndicates in Pernambuco, op. cit., p. 2.
37En outre, si l’on considère qu’une bonne partie des salaires sont payés en bons valables seulement dans le magasin de la plantation, comme le note Mary Wilkie50, la masse salariale se situe à un niveau encore réduit du fait de toutes sortes de retenues effectuées par le boutiquier, un agent du patron, lors du règlement hebdomadaire des salaires, les dettes de la famille étant déduites de la paye. C’est d’ailleurs là l’objet de nombreuses réclamations, les retenues salariales apparaissant avec une fréquence croissante après le coup d’État. Elles passent de 8 en 1963, à 16 en 1964 et à 75 en 1965.
38Avant l’entrée en vigueur du STR, il n’existait aucune norme légale concernant le temps de travail (journalier, hebdomadaire ou annuel) des travailleurs ruraux. Leurs témoignages et ceux d’observateurs sont unanimes à mentionner des journées allant du lever au coucher du soleil et des semaines de travail de six jours sur sept. Si le repos du dimanche était respecté, à l’incitation des autorités catholiques, il n’était pas rémunéré.
51 JCJ de Palmares, procès 111/64.
52 JCJ de Palmares, procès 4428/65.
53 Procès 823/64.
39On rencontre quelques cas où des précisions sont apportées par des témoins ou par la plainte du travailleur. Ainsi, ce salarié agricole qui entame une action en justice à Palmares51 avec l’appui du syndicat, affirme-t-il avoir travaillé cinq mois pour son employeur, dont trois mois de cueillette durant lesquels il a exécuté diverses tâches jusqu’à 22 heures. Son salaire reste cependant aligné sur la valeur accordée pour une journée de travail de huit heures. Au cours des deux autres mois, il travaille en moyenne 15 heures par jour, sans supplément de salaire. Un autre travailleur se plaint l’année suivante de travailler de 5 heures à 23 heures. Il déclare que « certains jours il n’y avait même pas de pause pour le déjeuner », et s’estime, de ce fait « spolié par le planteur52 ». À Jaboatão53 un travailleur affirme être occupé tous les jours, sans interruption, une semaine de minuit à midi et la suivante le contraire.
54 Remarque faite par Anthony Pereira dans sa thèse publiée sous le titre : The End of the Peasantry. (...)
40Si la fréquence des procès concernant des rescisions de contrat peut surprendre, il faut tenir compte du fait que localement – à Palmares, par exemple, région où la présence de très grandes raffineries domine la société, y compris en milieu urbain, les villes étant souvent de véritables company towns54, comme Catende – la plupart des dossiers conservés concernent des actions en justice intentées par des entreprises pour licencier des travailleurs, surtout agricoles. Ainsi, dans la JCJ de Palmares, 1322 des 1509 procès sont de ce type, et pour l’ensemble des trois juntes, on atteint la proportion de 74,5 %. En 1964, la proportion y passe à 71,5 % et presque 80 % en 1965. Certains procès mentionnent aussi, en cas de licenciement, le préavis (10,1 %) et l’indemnité (7,7 %). 55 «De livre e espontânea vontade».
41La demande de rescision de contrat est parfois attribuée au salarié. Le document ouvrant ces procès consiste alors en une lettre (dactylographiée ou même ronéotypée, techniques inaccessibles aux coupeurs de canne) et rédigée dans un langage juridique classique. Toutes comportent typiquement l’expression supposée de la plume du travailleur : « en toute liberté et de son plein gré55 ». Lygia Sigaud a pu montrer l’ambiguïté de cette expression si répandue et parfois doublée de « pour des raisons de son propre intérêt » ou plus clairement « sans obligation ni contrainte ».
42À Escada cela concerne plus de 30 % des actions en 1965. Certains de ces dossiers ne comportent même pas le nom du travailleur censé s’adresser – bien qu’analphabète – dans ce langage fleuri mais clair à l’autorité judiciaire chargée de faire respecter la loi. Aucune compensation ou indemnité de licenciement ne lui est d’ailleurs reconnue, comme dans le procès725/64 de Palmares. Autre trait curieux, la demande du travailleur porte souvent la même date que la rescision prononcée par le juge (par exemple dans les procès 53/65, 55/65 et 57/65 de Palmares, tous à l’initiative de diverses raffineries). Quant aux lettres des entreprises communiquant au tribunal la demande de démission du travailleur, elles ne sont pas datées. Ces indices laissent deviner le faible contrôle effectif qu’il exerçait sur le déroulement de l’action.
43Si à partir du STR certains rituels de procédure judiciaire, surtout à propos de rescisions de contrat, sont identiques pour les salariés agricoles et pour les autres salariés, l’application du préavis de licenciement ou des indemnités censées correspondre au temps de travail du travailleur dans l’entreprise divergent considérablement. Dans le cas des coupeurs de canne, on ne trouve pas les calculs détaillés habituels aux plaintes des ouvriers ou employés urbains comparaissant devant les mêmes tribunaux. L’indemnisation semble nivelée, la même somme étant ordonnée par le juge indépendamment de l’ancienneté du salarié.
44En outre, les conciliations accompagnées du renoncement à une partie des droits comme la stabilité dans l’emploi, l’ancienneté, l’indemnisation, etc. représentent plus du quart des actions qui ne sont pas des homologations de rescision de contrat. À Escada, sur 753 procès, 292 (38,8 %) font l’objet d’une conciliation, à Jaboatão sur 182 cas, 63 (34,6 %) et à Palmares à peine 2,8 %. Certains procès sont aussi archivés en raison de l’absence du travailleur lors de l’audience : 174 soit 8,1 % du total de 2 149.
Résultats des procès devant les JCJ de Escada, Jaboatão et PalmaresAgrandir Original (png, 34k)
En guise de conclusion : « Les droits nous mettaient en danger56 ! »
56 José Severo da Silva, in Rufino Dabat, Christine, Moradores de Engenho, op. cit., p. 673.
57 Wilkie, Mary, A Report on Rural Syndicates in Pernambuco, op. cit., p. 5.
58 Prado Jr, Caio, «O Estatuto do Trabalhador Rural», op. cit., p. 148.
45Les syndicats de travailleurs ruraux occupent rapidement un espace important dans les tentatives individuelles ou de groupes de coupeurs de canne pour obtenir le respect de leurs droits devant les JCJ. Ils sont chargés de la défense de contingents de salariés fort nombreux. Mary Wilkie donne le chiffre de 253 128 travailleurs agricoles57. Caio Prado souligne combien, à l’aube du syndicalisme rural, les « masses rurales » souffrent de leur « organisation débutante » face aux « intérêts conservateurs solides et bien protégés qui dominent encore complètement les campagnes brésiliennes et la plupart des organes administratifs et judiciaires qui y opèrent58 ». À cet égard Edward Bruner commente : 59 Bruner, Edward M. (ed.), “On Carnival, Informality and Magic: A Point of View from Brazil”, in Text (...)
Roberto da Matta a montré que, quoique la loi brésilienne soit fondée sur les principes libéraux et démocratiques de l’universalité et de l’égalité, sa mise en œuvre divergeait souvent de la théorie et « tendait à peine à s’appliquer de façon rigoureuse aux masses qui n’ont ni parents puissants ni patronymes importants. » Il ajouta que « dans une société comme la brésilienne, les lois peuvent être utilisées pour exploiter la main-d’œuvre plutôt que pour la libération de la société. Ceux qui sont riches ou ont des relations politiques peuvent s’arranger pour glisser par dessus ou dessous les barrières légales59. »
60 Les auteurs du coup d’État et les forces de police, pressionnés par les planteurs, pensent même pro (...)
46Toutefois dans la zone de la canne du Pernambouc, des forces sociales dynamiques ont convergé pour promouvoir de fortes mobilisations de travailleurs, même à la campagne. Des organisations qui en sont issues, une fois le coup d’État survenu et les Ligues Paysannes annihilées, subsistent seulement des syndicats sous intervention60, qui ont peu à peu reconquis leur rôle et leur place dans la lutte pour la défense des travailleurs. Ils adoptent la voie judiciaire comme recours, en attendant la reprise des négociations collectives. Car le STR est maintenu malgré tout pour quelques années, et peu à peu assimilé à la CLT. Les JCJ continuent à siéger et leur nombre augmente. Il ne fait pas de doute, comme le souligne Scheper Hughes que : 61 Scheper-Hughes, Nancy, Death without weeping, op. cit., p. 227.
dans ce contexte politique et légal, on peut comprendre que les travailleurs résidents soient dans une crainte révérencielle du système judiciaire et leurs hésitations à utiliser les tribunaux pour redresser ne serait-ce que les plus horribles violations de leurs plus élémentaires droits humains61.
47En outre, des obstacles culturels comme les échelles de prestige et leur expression spatiale dans les bâtiments des tribunaux, comme l’a montré Moema Miranda, ne favorisent pas l’accès des moins téméraires à l’unique instance de recours que l’État leur propose.
62 L’auteur utilise le terme « senhor », abréviation du nom généralement employé pour désigner les pla (...)
63 M. de Miranda, Moema Maria, Espaço de honra e de guerra,etnografia de uma junta trabalhista, op. ci (...)
64 Récemment encore des inspecteurs du ministère du Travail ne purent effectuer de contrôles à propos (...)
65 M. de Miranda, Moema Maria, Espaço de honra e de guerra, op. cit., p. 100.
48D’autre part, un instrument d’envergure pour le maintien de l’ordre traditionnel sur les plantations consiste dans l’impossibilité pour tout élément externe d’accéder à la propriété, ou de sanctionner la relation directe du planteur62 avec ses travailleurs. Rares sont les moments dans l’histoire où l’on constate une interférence de l’État dans l’ordre interne de la plantation. La Justice du travail seule n’aurait certainement pas pu atteindre un tel objectif. Pour ce faire, il fallait que surgisse, ou mieux soit créé, un élément externe au système doté de telle capacité63. Les syndicats associés à l’exercice du nouveau complexe légal constituent ainsi l’amorce de ce phénomène encore loin d’avoir acquis toute l’ampleur désirable64. Malgré ses fortes limitations, la modestie des résultats de son action, la Justice du travail et le mouvement syndical contribuent toutefois à la modernisation des relations de travail dans la zone de la canne à sucre du Pernambouc. « Il y a quarante ans, il était inimaginable que le moindre planteur soit puni officiellement65 » conclut l’anthropologue Moema Miranda. Il illustre le chemin parcouru en citant le vice-président du Syndicat de travailleurs ruraux de Serrinha, Abel Santos. 66 Ibid.
Bon, avant les droits on recevait des coups. [...] Nos droits, c’était ça, recevoir des coups. Le travailleur risquait sa vie et il devait fuir. [...] C’est arrivé à mon père. [...] L’administrateur arriva à notre porte, armé d’un revolver, pour le menacer, pour qu’il aille travailler de force. [...] Il voulait qu’il aille remplir des charrettes de force, à dix heures du soir, sous une pluie battante... Alors, il a dit : j’y vais pas. Le lendemain, on partit en cachette pour ne pas mourir, toute la famille avec les meubles sur le dos. [...] Avant ces droits, le droit c’était la cravache66.
49Le rôle de ces syndicats et de leurs stratégies peut être complété par l’étude du rôle de la violence patronale (et policière), effective ou à l’état de menace, sur les lieux de travail mais aussi au domicile (surtout rural à l’époque) des coupeurs de canne. De trop nombreux cas d’assassinats (impunis) de travailleurs ruraux sont liés au fait qu’ils avaient eu l’audace d’intenter un procès à leur employeur, ou même en avaient envisagé la possibilité, voire avaient tenté de convaincre leurs collègues de le faire. 50Les résultats chiffrés demeurent modestes. Néanmoins, l’instauration du Droit du travail, la mise en place d’instances judiciaires appropriées et l’essor des syndicats ont rendu possible ce moment inaugural de la phase moderne des relations de travail. Et c’est sans doute dans les régions de monoculture, dans le cadre des grandes plantations multiséculaires, que le changement a été le plus spectaculaire.
3 L’Estado Novo de 1937 à 1945, et le coup d’État militaire installant une nouvelle dictature de 1964 à 1985.
4 Ferreira, Jorge, O imaginário trabalhista: getulismo, PTB e cultura política popular 1945-1964, Rio de Janeiro, Civilização Brasileira, 2005, p. 119.
5 L’univers ici considéré comporte à l’époque, selon Mary Wilkie, environ 300 000 personnes engagées dans l’agriculture. L’extrême concentration foncière est marquée par la présence de petites propriétés (jusqu’à 10 ha) constituant 84 % du total, mais occupant seulement 5,2 % de la zone de la canne, alors que les grandes, de 100 ha et plus en occupent 68,7 %. Cette grande concentration foncière sous-tend la polarisation sociale dont tous les témoins et analystes font état. Wilkie, Mary, A Report on Rural Syndicates in Pernambuco, Rio de Janeiro, CLAPCS, 1964, mimeo, p. 4. 6 Page, Joseph, A Revolução que Nunca Houve, O Nordeste do Brasil 1955-1964, Rio de Janeiro, Record, 1989, p. 134.
7 Andrade, Manuel Correia de, A Terra e o Homem no Nordeste, São Paulo, Livraria Ed. Ciências Humanas, 1980, p. 260.
8 «Northeast Brazil Poverty Breeds Threat of Revolt», New York Times, 31/10/1960 et «Marxists Are Organizing Peasants in Brazil. Leftist League Aims at a Political Army 40 Million Strong», 1/11/1960.
9 Biavaschi, Magda Barros, O Direito do Trabalho no Brasil 1930-1942, A construção do sujeito de direitos trabalhistas, São Paulo, LTr Jutra-Associação Luso-Brasileira de Juristas do Trabalho, 2007, p. 179.
10 Nascimento, Euclides Almeida do, A história do sindicato dos trabalhadores rurais que viviam no Estado de Pernambuco, Manuscrit, p. 3.
11 «O ministro que conversava». Titre du deuxième chapitre du livre de Jorge Ferreira, O imaginário trabalhista, op. cit., p. 97 et ss. 12 Ibid.
13 Prado Jr, Caio, «O Estatuto do Trabalhador Rural», Revista Brasiliense, no 47, maio-junho 1963, réédition in A Questão Agrária, São Paulo, Brasiliense, 1979, p. 143.
14 Une définition claire de la catégorie professionnelle (art. 1 à 10) ; livret de travail (art. 11 à 24), durée des contrats et de la journée de travail (art. 25 à 27) ; salaire minimum (art. 28 à 41) ; repos hebdomadaire (art. 42) ; congés payés (art. 43 à 48) ; hygiène et sécurité du travail (art. 49 à 52) ; travail des femmes (art. 53 à 56) ; travail des mineurs (art. 57 à 61) ; contrats de travail (art 62 à 77) ; licenciement (art. 79 à 94) ; stabilité de l’emploi (art. 95 à 102) ; contrat collectif (art. 103 à 113) ; syndicat de travailleurs ruraux (art. 114 à 118) ; procédures auprès du ministère du Travail (art. 119 à 121) ; sur l’administration et le financement des syndicats (art. 122 à 150) ; décisions judiciaires à propos des contrats collectifs (Dissídios) (art. 151 à 154) ; des amendes en cas de non-application de la loi (art. 154 à 157) ; projet de sécurité sociale pour les travailleurs ruraux (art. 158 à 177) mis en place en 1972 sous le nom de FUNRURAL. Les derniers articles réitèrent la filiation entre CLT et STR. 15 Furtado, Celso, Dialética do Desenvolvimento, Rio de Janeiro, Fundo de Cultura, 1964.
16 Callado, Antonio, Tempo de Arraes, A Revolução Sem Violência. Rio de Janeiro, Paz e Terra, 1980, p. 114.
17 Sociedade Agrícola e Pecuária de Plantadores de Pernambuco. 18 Abreu e Lima, Maria do Socorro de, Construindo o Sindicalismo Rural. Lutas, Partidos, Projetos, Recife, EDUFPE/ Editora Oito de Março, 2005, p. 46.
21 La législation du travail brésilienne prévoit que chaque circonscription administrative/géographique (le plus souvent la commune) ne comporte qu’un syndicat par catégorie professionnelle.
22 Entretien avec Eliana Moury Fernandez.Projet «A História Oral do Movimento Político-militar de 1964 no Nordeste», Recife, FUNDAJ, CEHIBRA.
23 Y compris des violences physiques parfois fatales. Celles-ci, même à l’état de menace, peuvent être considérées comme un facteur économique dans la mesure où elles contribuent à la réduction de la masse salariale. Rufino Dabat, Christine, Moradores de Engenho, Recife, EDUFPE, 2012, p. 734 et ss.
25 Naît alors ce qui serait réaffirmé, lors de son deuxième mandat (1987-1991) et de la promulgation de la Constitution de 1988, comme la « citoyenneté » des coupeurs de canne : une somme de droits en tant que travailleurs dont le salaire minimum, les congés payés, le repos hebdomadaire rémunéré, etc., mais aussi de droits politiques, couronnés par la condition d’électeur, un siècle exactement après l’abolition de l’esclavage. 26 Cf. à cet égard l’étude de Júlio César Pessoa de Barros : O “Zé Ninguém” e o “Pai Arraia”: órgãos das classes patronais e movimentos sociais em Pernambuco durante o governo Arraes (1963-1964), Recife, EDUFPE, 2015.
27 Sigaud, Lygia, «A luta de classes em dois atos: Notas sobre um ciclo de greves camponesas», Dados, Revista de Ciências Sociais, Rio de Janeiro, vol. 29, no 3, 1986, p. 333-334. Après le coup d’État, elle fut rénovée formellement, mais de vraies négociations ne survinrent qu’en 1979, à la suite de la première grève post-coup d’État, décrétée dans presque toute la région. Cf. du même auteur, Greve nos Engenhos, Rio de Janeiro, Paz e Terra, 1980.
28 Entre autres, Manoel Gonçalo Ferreira (Président de la Fédération des Syndicats Ruraux), Adauto Ferreira da Cruz (Ligues Paysannes), Antonio Guedes da Silva (Président du Syndicat Rural de Igarassu), Antonio Castro de Cerqueira (Syndicat des Employeurs de la Canne du Pernambouc), Júlio Santana (Syndicat Rural de Barreiros, Serinhaém et Rio Formoso), Manoel Felix da Silva (Syndicat Rural de Palmares), Renato Bezerra de Melo (Président du Syndicat de l’Industrie du Sucre). Archives publiques. Secretaria de Segurança Pública, dossier n° 28688 – doc. 49.
29 Nascimento, Euclides Almeida do, A história do sindicato dos trabalhadores rurais que viviam no estado de Pernambuco, Manuscrit, p. 4. 30 «Aos Industriais do Açúcar e aos outros proprietários rurais», Diário de Pernambuco, 27/10/1963, p. 9.
31 Le Tribunal régional du Travail 6e Région et l’Université Fédérale du Pernambouc. Ce projet, mis en place sous ma responsabilité en 2004, est actuellement coordonné par le Pr Antônio Montenegro.
32 Comme le montre l’étude détaillée de l’anthropologue Moema Maria Marques de Miranda, Espaço de honra e de guerra: etnografia de uma junta trabalhista, Rio de Janeiro, UFRJ/Museu Nacional, Programa de Pós Graduação em Antropologia Social, 1991.
33 Rufino Dabat, Christine, Guimarães Neto, Leonardo, «Modernização e Exclusão: A situação social na Zona da Mata», Revista de Geografia, Recife, UFPE/DCG-NAPA, vol. 14, n° 1/2, jan./dez. 1998, p. 114.
34 Effectué avec l’aide d’étudiants en histoire, entre autres Michel Cavassano Galvão (pour Jaboatão) et José Marcelo Marques Ferreira Filho (pour Escada), que je remercie aussi pour leur dévouement lors du sauvetage de ces archives. Cf. leurs articles intitulés respectivement : «Processos de Trabalhadores da Agroindústria açucareira na Junta de Conciliação e Julgamento de Jaboatão de 1963 a 1965» et «Entre ‘‘Direitos’’ e ‘‘Justiça’’: Os Trabalhadores do Açúcar Frente à Junta de Conciliação e Julgamento de Escada/Pe (1963-1969)», in Cadernos de História: Oficina da História. Trabalhadores em Sociedades Açucareiras, Recife, EDUFPE, 2010.
35 À Escada le 12/03/63, à Jaboatão le 1/03/63, à Palmares le 21/1/63. Deux autres tribunaux siègent dans la région Nord de la zone de la canne, ouverts à Goiana le 19/03/63 et Nazaré da Mata le 19/05/63.
36 Selon la fraction du mouvement syndical d’origine catholique qui n’a pas été opposée à la première phase de la Revolução, terme utilisé par les militaires pour désigner leur mouvement d’avril 1964.
37 Cette carteira de trabalho sert de document d’identité aux travailleurs qui n’en ont souvent pas d’autre. Elle garantit leur qualité de salarié et en est la preuve en cas de mise à pied. Elle deviendra aussi un moyen d’accès aux services de santé et à la retraite à partir du début des années 70.
38 Rufino Dabat, Christine, Moradores de Engenho, op. cit. Cf. en particulier le sous-chapitre : 6.1. Memórias de infância nos canaviais, p. 493-521. Pour une période plus récente, voir: Bezerra, Marcela Heráclio, Mulheres (des)cobertas, Histórias reveladas. Relações de trabalho, práticas cotidianas e lutas políticas das trabalhadoras canavieiras na Zona da Mata Sul de Pernambuco (1980-1988), Recife, UFPE, 2012.
39 Certains dossiers ne comportent pas d’indication et les procès collectifs ne portent que la signature ou empreinte des premiers cités.
40 Les données détaillées du recensement démographique de 1980, par exemple, fournissent des taux encore plus élevés pour la population domiciliée à la campagne. En outre, considérer comme alphabétisé un adulte qui parvient, par un effort douloureux visant à éviter l’humiliation de l’empreinte digitale, à griffonner son nom, est pour le moins optimiste. 41 JCJ de Nazaré da Mata, procès 301/63.
43 Des témoins comme le médecin Fernando Barbosa mentionnent la duplication du nombre des bœufs abattus pour approvisionner le marché du Cabo, par exemple. 44 «Nordeste - Retrato sem retoque», Visão, 16/10/1959. In Callado, Antônio, Os industriais da seca e os “Galileus” de Pernambuco: Aspectos da luta pela Reforma Agrária no Brasil, Rio de Janeiro, Civilização Brasileira, 1960, p. 124.
48 «O Açúcar (1): Economia Mundial (2) , Economia Brasileira», apud Szmrecsányi, Tamás, O Planejamento da Agroindústria Canavieira no Brasil, 1930-1970, São Paulo, HUCITEC, 1979, p. 382 et ss.
54 Remarque faite par Anthony Pereira dans sa thèse publiée sous le titre : The End of the Peasantry. The rural labor movement in Northeast Brazil, 1961-1988, Pittsburgh, University of Pittsburgh Press, 1997.
55 «De livre e espontânea vontade».
59 Bruner, Edward M. (ed.), “On Carnival, Informality and Magic: A Point of View from Brazil”, in Text, Play and Story: The Construction and Reconstruction of Self and Society, Washington D.C., Am. Ethn. Soc. 1984, p. 230-246. Apud Scheper-Hughes, Nancy, Death without weeping. The violence of everyday life in Brazil, Berkley, University of California Press, 1992, p. 226.
60 Les auteurs du coup d’État et les forces de police, pressionnés par les planteurs, pensent même procéder à leur élimination, mais finalement préfèrent opter pour un contrôle étroit. Abreu e Lima, Maria do Socorro de, Construindo o Sindicalismo Rural, op. cit., p. 114-115.
61 Scheper-Hughes, Nancy, Death without weeping, op. cit., p. 227.
62 L’auteur utilise le terme « senhor », abréviation du nom généralement employé pour désigner les planteurs: « senhor de engenho », soit maître de moulin, mais assorti de la connotation de seigneur d’esclaves.
63 M. de Miranda, Moema Maria, Espaço de honra e de guerra,etnografia de uma junta trabalhista, op. cit., p. 103.
64 Récemment encore des inspecteurs du ministère du Travail ne purent effectuer de contrôles à propos de travail en situation analogue à l’esclavage qu’accompagnés d’hommes armés de la police fédérale.
66 Ibid.Haut de page
Motifs invoqués pour intenter une action selon les actes des procès de la justice du travail à Escada, Jabotão et Palmares (en chiffres)
http://caravelle.revues.org/docannexe/image/1794/img-1.png
Résultats des procès devant les JCJ de Escada, Jaboatão et Palmares
http://caravelle.revues.org/docannexe/image/1794/img-2.png
Christine Rufino Dabat, « La Magna Carta des coupeurs de canne dans le Pernambouc (Brésil) selon les archives de la Justice du Travail (1963-1965) », Caravelle, 105 | 2015, 117-135.
Christine Rufino Dabat, « La Magna Carta des coupeurs de canne dans le Pernambouc (Brésil) selon les archives de la Justice du Travail (1963-1965) », Caravelle [En ligne], 105 | 2015, mis en ligne le 05 février 2016, consulté le 26 avril 2017. URL : http://caravelle.revues.org/1794 ; DOI : 10.4000/caravelle.1794 Haut de page
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