Source: http://jesusmarie.free.fr/2a2ae_q016.htm
Timestamp: 2017-10-17 20:45:22+00:00
Document Index: 246668717

Matched Legal Cases: ['art. 1', 'art. 3', 'art. 4', 'art. 6', 'art. 7', 'art. 1', 'art. 1']

Question 16 : Des préceptes de la foi, de la science et de l’intelligence
Nous avons en dernier lieu à nous occuper des préceptes qui regardent la foi, la science et l’intelligence. — Il y a ici deux choses à examiner : 1° Les préceptes qui regardent la foi. — 2° Les préceptes qui regardent les dons de la science et de l’intelligence.
Article 1 : Dans l’ancienne loi devait-il y avoir des préceptes a l’égard de la foi ?
Objection N°1. Il semble que dans l’ancienne loi on ait dû ordonner de croire. Car le précepte a pour objet ce que l’on doit faire et ce qui est nécessaire. Or, il est surtout nécessaire à l’homme de croire, puisque, selon l’expression de l’Apôtre (Héb., 11, 6), sans la foi il est impossible de plaire à Dieu. Les préceptes ont donc dû avoir principalement la foi pour objet.
Réponse à l’objection N°1 : La foi est nécessaire comme étant le principe de la vie spirituelle ; c’est pourquoi l’acceptation de la loi la suppose.
Objection N°2. Le Nouveau Testament est renfermé dans l’Ancien, comme la chose figurée dans la figure qui la représente, ainsi que nous l’avons dit (1a 2æ, quest. 107, art. 1 et art. 3, réponse N°1). Or, dans le Nouveau Testament il y a sur la foi des préceptes expresses, comme on le voit par ces paroles (Jean, 14, 1) : Vous qui croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Il semble donc que dans l’ancienne loi, on aurait dû faire des préceptes qui eussent la foi pour objet.
Réponse à l’objection N°2 : Le Seigneur dans cet endroit présuppose quelque chose de foi, c’est-à-dire la foi en l’unité de Dieu, puisqu’il dit : Vous qui croyez en Dieu ; et il ordonne une autre chose, qui est la foi dans l’incarnation par laquelle la même personne est Dieu et homme. Ce développement de la foi appartient au Nouveau Testament ; c’est pourquoi il ajoute : Croyez en moi (La foi au Christ ou à l’Eglise, qui le représente sur la terre, renferme implicitement l’acquiescement à toutes les vérités révélées.).
Objection N°3. La raison qui fait ordonner un acte de vertu est la même que celle qui fait défendre les vices opposés. Or, dans l’ancienne loi il y a beaucoup de préceptes qui défendent l’infidélité. Ainsi il est dit (Ex., 20, 3) : Vous n’aurez point de dieux étrangers en ma présence. Et dans le Deutéronome (chap. 13) il est ordonné aux Juifs de ne pas écouter les paroles des prophètes ou des visionnaires qui voudraient les détourner de la croyance de Dieu. Dans l’ancienne loi on a donc dû aussi donner des préceptes à l’égard de la foi.
Réponse à l’objection N°3 : Les préceptes prohibitifs regardent les péchés qui corrompent la vertu. Or, la vertu est corrompue par des défauts particuliers, comme nous l’avons dit (1a 2æ, quest. 18, art. 4, réponse N°3, et quest. 19, art. 6, réponse N°1, et art. 7, réponse N°3). C’est pourquoi la foi en l’unité de Dieu étant présupposée dans la loi ancienne, on a dû établir des préceptes prohibitifs qui détournent les hommes de ces défauts particuliers, par lesquels la foi pourrait être corrompue.
Objection N°4. La confession est un acte de foi, comme nous l’avons dit (quest. 3, art. 1). Or, il y a dans l’ancienne loi des préceptes sur la confession et la promulgation de la foi. Car il est commandé aux Juifs (Ex., chap. 12) de faire connaître à leurs enfants le motif de l’observance pascale. Et il est ordonné (Deut., chap. 12) de mettre à mort celui qui prêche une doctrine contraire à la foi. Donc la loi ancienne a dû renfermer des préceptes de foi.
Réponse à l’objection N°4 : La confession ou l’enseignement de la foi présuppose la soumission de l’homme envers Dieu par cette même vertu. C’est pourquoi dans l’ancienne loi on a pu établir des préceptes à l’égard de la confession ou de l’enseignement de la foi (Ces préceptes ont pour but la confession des gentils, et ils avaient aussi l’avantage d’obliger les juifs à rendre publiquement témoignage à la vérité.) plutôt qu’à l’égard de la foi elle-même.
Objection N°5. La loi ancienne comprend tous les livres de l’Ancien Testament. C’est ce qui fait dire au Seigneur (Jean, 15, 25) qu’il est écrit dans la loi : Ils m’ont haï gratuitement, bien que ces paroles se trouvent dans les Psaumes (Ps. 34 et 68). Or, il est dit (Ecclésiastique, 2, 8) : Vous qui craignez le Seigneur, croyez en lui. Il y a donc eu dans l’ancienne loi des préceptes qui se rapportent à la foi.
Réponse à l’objection N°5 : Le passage allégué présuppose la foi par laquelle nous croyons que Dieu existe. Car il est dit d’abord : Vous qui craignez le Seigneur, ce qui ne pourrait avoir lieu sans la foi. Quant à ce que l’écrivain sacré ajoute : Croyez en lui, on doit l’entendre de certaines vérités particulières (Ces vérités particulières sont les vérités révélées que nous avons reçues postérieurement à la connaissance de l’unité de Dieu.) que l’on doit croire et principalement des biens que Dieu promet à ceux qui lui obéissent. C’est ce qui lui fait dire : Votre récompenses ne sera pas vaine.
Mais c’est le contraire. L’Apôtre appelle l’ancienne loi (Rom., 33, 27) la loi des œuvres, et la met en opposition avec la loi de la foi. Donc dans l’ancienne loi on n’a pas dû faire de préceptes qui se rapportent à la foi.
Conclusion. — Puisque dans l’ancienne loi on ne devait pas exposer au peuple les secrets de la loi, on ne devait point non plus établir de préceptes qui s’y rapportent.
Il faut répondre qu’une loi n’est imposée par un maître qu’à ses sujets. C’est pourquoi les préceptes d’une loi présupposent la soumission de celui qui reçoit la loi à l’égard de celui qui la fait. Or, la première soumission de l’homme envers Dieu a lieu parla foi, suivant cette parole de l’Apôtre (Héb., 11, 6) : Pour approcher de Dieu il faut croire qu’il existe. C’est pourquoi, les préceptes de la loi (La loi nouvelle aussi bien que l’ancienne, présuppose la foi en l’existence et l’unité de Dieu. Car si on ne croyait pas à l’existence de Dieu, il ne serait pas possible d’accepter ses ordres.) présupposent la foi. C’est pour cette raison que ce qui est de foi (Ex., 20, 2) sert de préliminaire aux préceptes de la loi ; comme quand il est dit : Je suis le Seigneur votre Dieu qui vous ai tiré de la terre de l’Egypte. Et ailleurs (Deut., 6, 4) : Ecoute, Israël, le Seigneur ton Dieu est le seul et unique Seigneur, et c’est après cette déclaration que viennent immédiatement les préceptes. — Mais comme dans la foi il y a beaucoup de choses qui se rapportent à la croyance en l’existence de Dieu (Ainsi, dans l’idée de Dieu il y a beaucoup de vérités que la raison ne peut percevoir d’elle-même. Nous ne pouvons, par exemple, connaître par nous-mêmes la trinité des personnes, l’Incarnation, etc. Il n’y a que la révélation qui puisse nous apprendre ces choses. Une fois qu’elle nous les a apprises, Dieu a pu nous ordonner de les croire.), qui est la première et la principale chose que l’on doive croire, comme nous l’avons dit (quest. 1, art. 1 et 7) ; il s’ensuit que la foi en l’existence de Dieu, par laquelle l’esprit de l’homme lui est soumis, étant préalablement supposée, les autres choses de foi peuvent être l’objet de préceptes particuliers, et saint Augustin, en expliquant ces paroles de saint Jean (Jean, 15, 12) : Ceci est mon commandement, dit qu’il y a une fouie de préceptes qui regardent la foi (Tract. 83 a med.). Mais dans l’ancienne loi les mystères secrets de la foi ne devaient pas être dévoilés au peuple (Le peuple ne les connaissait qu’en figure, il était réservé aux sujets de la loi nouvelle d’en connaître la réalité.). C’est pourquoi la foi dans l’unité de Dieu étant supposée, il n’y a pas eu dans l’ancienne loi d’autres préceptes qui regardent cette vertu.
Article 2 : Etait-il convenable qu’il y eût dans l’ancienne loi des préceptes qui se rapportent à la science et à l’intelligence ?
Objection N°1. Il semble que ce soit à tort que dans l’ancienne loi, il y ait des préceptes qui se rapportent à la science et à l’intelligence. Car la science et l’intelligence appartiennent à la connaissance ; et comme la connaissance précède et dirige l’action, il s’ensuit que les préceptes qui regardent la science et l’intelligence doivent précéder ceux qui regardent l’action. Par conséquent puisque les premiers préceptes de la loi sont les préceptes du Décalogue, il semble que parmi ces préceptes il devait y en avoir qui se rapportent à la science et à l’intelligence.
Réponse à l’objection N°1 : Comme le dit l’Ecriture (Deut., 4, 6) : C’est la loi qui fera éclater votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples. Ce qui signifie que la science et l’intelligence des fidèles consiste dans les préceptes de la loi. C’est pourquoi il faut d’abord exposer les préceptes de la loi, et ensuite on doit amener les hommes à les connaître et à les comprendre. C’est pour ce motif que les préceptes dont il est préalablement question n’ont pas dû être rangés parmi les préceptes du Décalogue qui sont les premiers.
Objection N°2. On est élève avant d’être maître ; car l’homme apprend d’un autre avant d’enseigner lui-même. Or, à l’égard de l’enseignement il y a dans l’ancienne loi des préceptes affirmatifs, comme quand il est dit (Deut., 4, 9) : Vous enseignerez ces choses à vos enfants et à vos petits-enfants, et il y a des préceptes négatifs comme celui-ci (Deut., 4, 2) : Vous n’ajouterez rien à ce que je vous dis et vous n’en retrancherez rien. Il semble donc qu’on aurait dû aussi faire des préceptes pour obliger l’homme à apprendre.
Réponse à l’objection N°2 : Il y a dans la loi des préceptes qui regardent ceux qui apprennent, comme nous l’avons dit (dans le corps de l’article.). Néanmoins on ordonne plus expressément d’enseigner que d’apprendre ; parce que l’enseignement appartient aux anciens, qui sont maîtres de leurs actes et auxquels les préceptes de la loi se rapportent immédiatement ; tandis que l’étude regarde les plus faibles, auxquels les préceptes de la loi ne peuvent parvenir que par l’intermédiaire de ceux qui sont au-dessus d’eux.
Objection N°3. La science et l’intelligence paraissent plus nécessaires aux prêtres qu’aux rois. C’est ce qui fait dire au prophète Malachie (Mal., 2, 7) : Les lèvres du prêtre seront les dépositaires de la science, et c’est de sa bouche que l’on recherchera la connaissance de la loi. Et à Osée (4, 6) : Parce que vous avez repoussé la science, et moi aussi je vous repousserai, pour que vous ne remplissiez pas les fonctions de mon sacerdoce. Or, il est ordonné au roi d’apprendre la science de la loi, comme on le voit (Deut., chap. 17). Donc à plus forte raison la loi devait-elle ordonner aux prêtres de l’apprendre aussi.
Réponse à l’objection N°3 : La science de la loi est tellement inséparable des fonctions du prêtre qu’on suppose que cette science existe du moment où le prêtre est revêtu de ses pouvoirs ; c’est pourquoi il n’a pas été nécessaire d’établir des préceptes particuliers à l’égard de l’instruction des prêtres. Mais la science de la loi de Dieu n’est pas aussi nécessairement unie à la royauté, parce que le roi est placé au-dessus du peuple pour les choses temporelles. C’est pour ce motif qu’il est spécialement ordonné que le roi soit instruit par les prêtres des choses qui appartiennent à la loi de Dieu.
Objection N°4. On ne peut méditer ce qui a rapport à la science et à l’intelligence pendant le sommeil. On en est aussi empêché par les occupations extérieures. C’est donc à tort qu’il est écrit (Deut., 6, 7) : Vous les méditerez assis dans votre maison, en marchant dans le chemin, pendant votre sommeil et à votre réveil. L’ancienne loi n’a donc pas ordonné ce qu’il faut relativement à la science et à l’intelligence.
Réponse à l’objection N°4 : On ne doit pas entendre ainsi ce précepte de la loi, il ne signifie pas que l’homme doit méditer la loi de Dieu en dormant, mais qu’il doit la méditer lorsqu’il est prêt à se livrer au sommeil ; parce que les hommes ont dans ce cas de meilleurs songes, selon les mouvements qui se produisent de la veille au sommeil, comme le dit Aristote (Eth., liv. 1, chap. ult.). De même on commande à l’homme de méditer toujours la loi, non qu’il doive y penser actuellement sans cesse, mais pour que tout ce qu’il fait y soit conforme (Billuart complète ce traité en parlant ici des règles de la foi, ce qui lui donne l’occasion d’examiner toutes les questions qui se rapportent à l’Eglise, et de combler ainsi une des lacunes de la Somme.).
Mais c’est le contraire. Car il est dit (Deut., 4, 6) : Tous ceux qui entendront ces préceptes diront : Voilà un peuple sage et intelligent.
Conclusion. — Dans l’ancienne loi les préceptes qui se rapportent à la science et à l’intelligence ont été sagement établis et promulgués.
Il faut répondre qu’à l’égard de la science et de l’intelligence on peut considérer trois choses : 1° la manière dont on l’acquiert ; 2° l’usage qu’on en fait ; 3° sa conservation. On acquiert la science en enseignant et en écoutant, et la loi commande ces deux choses. Car il est dit (Deut., 6, 6) : Les commandements que je vous donne seront gravés dans votre cœur ; ce qui est le fait de celui qui apprend : car il appartient au disciple de s’attacher de cœur à ce qu’on dit. Puis on ajoute : Et vous en instruirez vos enfants (ibid., 7) ; ce qui est l’office du maître. — L’usage de la science ou de l’intelligence est la méditation des choses qu’on sait ou qu’on comprend. C’est à cela que se rapportent les paroles suivantes : Vous les méditerez assis dans votre maison (ibid.), etc. La conservation de la science est due à la mémoire. Et à ce sujet la loi dit : Vous les lierez comme une marque dans votre main, vous les porterez comme un tableau devant vos yeux, vous les écrirez sur le seuil et sur l’entrée de votre maison (ibid., 8). Par toutes ces figures elle indique qu’on doit perpétuellement se souvenir des ordres de Dieu. Car les choses qui frappent continuellement nos sens, soit que nous les touchions comme celles que nous tenons dans nos mains, soit que nous les voyions comme celles qui sont constamment sous nos yeux, soit que nous soyons obligés d’y avoir recours souvent comme à l’ouverture d’une maison, ne peuvent sortir de la mémoire. La loi dit encore plus clairement (Deut., 4, 9) : N’oubliez point les grandes choses que vos yeux ont vues et qu’elles ne s’effacent point de votre cœur tous les jours de votre vie. Ces préceptes sont d’ailleurs exposés avec plus de développement (Le motif pour lequel ces préceptes sont plus développés dans te Nouveau Testament, c’est que les chrétiens sont appelés à la participation des mystères secrets de la foi, tandis que les juifs n’en avaient que la figure.) dans le Nouveau Testament, soit dans les Evangiles, soit dans les écrits des apôtres.