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Timestamp: 2016-10-28 11:06:42+00:00
Document Index: 154730047

Matched Legal Cases: ['art. 1403', 'art. 51', 'art. 448', 'art. 5', 'art. 6', 'art. 4', 'art. 28', 'art. 2', 'art. 29', 'art. 3', 'art. 2', 'art. 5', 'art. 3', 'art. 7', 'art. 4', 'art. 7', 'art. 30', 'art. 30', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'art. 32', 'arrêt ']

⭐COMMISSION DES NORMES COMPTABLES. Avis CNC 2011/16 - Le traitement comptable des comptes de tiers. Avis du 6 juillet 2011
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1 I. Introduction COMMISSION DES NORMES COMPTABLES Avis CNC 2011/16 - Le traitement comptable des comptes de tiers Avis du 6 juillet Certains professionnels sont amenés à recevoir et à manier des fonds en provenance ou à destination de clients ou de tiers. Tel est notamment le cas des notaires, des avocats, des huissiers de justice et des agents immobiliers. Ces professionnels sont déontologiquement tenus de déposer ces sommes sur des comptes bancaires spéciaux, communément appelés «comptes de tiers» (ou «comptes qualitatifs»). Lorsqu ils sont soumis à la loi comptable du 17 juillet , il y a lieu de déterminer comment ces professionnels doivent mentionner ces comptes dans leur comptabilité et/ou leurs comptes annuels 2. II. Position de la question 2. Ouverts au nom des huissiers de justice, avocats, agents immobiliers ou notaires (ou de leur société professionnelle), les comptes de tiers sont toutefois affectés à une destination spécifique, à savoir la réception et le maniement de fonds de tiers 3. Cette affectation particulière du compte de tiers implique-t-elle que celui-ci ne doive pas être considéré comme un actif du professionnel ou de sa société? Dans ce cas, le compte de tiers devraitil figurer dans l annexe, parmi les droits et engagements hors bilan 4? 3. Le présent avis tend à déterminer quel traitement comptable les avocats, les huissiers de justice et les agents immobiliers doivent réserver à leurs comptes de tiers 5. 1 Ceci ne pouvant être le cas, pour les avocats et les huissiers de justice, que lorsqu ils exercent leur profession sous la forme d une société à forme commerciale. 2 Aux termes de l article 22 de l arrêté royal du 30 janvier 2001 d exécution du Code des Sociétés (AR C.Soc., «les comptes annuels comprennent le bilan, le compte de résultats ainsi que l annexe. Ces documents forment un tout». 3 Comme on le verra ci-après, la notion de comptes de tiers recouvre des réalités quelque peu différentes pour chacune de ces professions, aux termes de leurs règles déontologiques respectives. Chez les avocats et les agents immobiliers, les comptes de tiers ne peuvent comporter que des fonds de tiers, tandis que pour les huissiers de justice, ces comptes ne recueillent que principalement des fonds de tiers (mais, par exemple, les provisions versées à l huissier doivent également l être sur ce compte tant que l huissier n a pas exécuté les prestations couvertes par celles-ci). 4 Voir, en ce qui concerne cette alternative, pour les comptes de tiers des avocats, M. GATZ et G. CARNOY, «Les aspects particuliers de la comptabilité et du contrôle des comptes des sociétés d avocats», in La société professionnelle d avocats, Actualités déontologiques, fiscales, comptables et financières, 2010, pp. 38 à L avis ne traite pas des comptes de tiers des notaires, dont le traitement comptable est réglé par un arrêté royal (arrêté royal du 9 mars 2003 portant approbation des règlements de la Chambre nationale des notaires pour l'organisation de la comptabilité notariale et pour le contrôle de la comptabilité - voir le règlement du 9 octobre 2001 de la Chambre nationale des notaires pour l'organisation de la comptabilité notariale et le modèle de plan comptable annexé) : tous les comptes de tiers (qu ils soient collectifs ou rubriqués, voir infra, n 6) sont repris dans le bilan des notaires (en classe 4 : créances et dettes, et classe 5 : valeurs disponibles). 12 4. Après avoir brièvement décrit les obligations déontologiques des différents professionnels concernés, l avis s attachera à déterminer, au plan civil, quels sont les droits dont disposent les professionnels titulaires sur leur(s) compte(s) de tiers. Sur la base de ces éléments, l avis fera l analyse du traitement comptable le plus indiqué pour les comptes de tiers. 5. Comme on le verra, la Commission des Normes Comptables aboutit à la conclusion que les comptes de tiers ont en principe leur place dans le bilan des professionnels ou sociétés professionnelles concernés. III. Analyse A. Obligations déontologiques des avocats, huissiers de justice et agents immobiliers en ce qui concerne la tenue de comptes de tiers 6. Les règles déontologiques imposent aux avocats, huissiers de justice et agents immobiliers la tenue de comptes de tiers dans le but de répondre à la nécessité, éprouvée de longue date, de séparer et de maintenir séparés de leur patrimoine propre les fonds reçus par ou à destination de clients ou tiers 6. Ces règles déontologiques ayant été adoptées en exécution d une disposition légale ou confirmées par arrêté royal 7, elles ont force obligatoire pour les titulaires de ces professions. Les comptes de tiers visés sont des comptes à vue ouverts auprès d une institution financière, aux termes d une convention comportant certaines dispositions spécifiques (voir infra, n 10), et destinés, on l a dit, exclusivement à toute opération relative au maniement de fonds de clients ou de tiers. Seuls ces comptes peuvent être utilisés pour effectuer une opération relative au maniement de fonds de clients ou de tiers 8. Il s agira, selon le cas, de comptes de tiers «collectifs» destinés à recueillir toute somme remise au professionnel et destinée à un client ou un tiers, ou de comptes «individualisés» (aussi dits «rubriqués»), destinés à un bénéficiaire spécifique ou liés à un dossier spécifique. 7. Les avocats ont l obligation de détenir un compte de tiers collectif, appelé compte «Carpa». Cette obligation procède, à l heure actuelle, des règlements de l Ordre des barreaux francophones et germanophones (OBFG) du 16 janvier 2006 et de l Orde van Vlaamse Balies (OVB) du 11 décembre 2002 sur le maniement des fonds de clients ou de tiers, pris en vertu de l article 496 du Code 6 Voir, pour les avocats, le préambule des règlements de l Ordre des barreaux francophones et germanophones du 16 janvier 2006 et de l Orde van Vlaamse Balies du 11 décembre 2002 sur le maniement des fonds de clients ou de tiers, voir infra, n 7, préambule. Pour les huissiers de justice, voir la directive de la Chambre nationale des Huissiers de Justice pour la tenue d un compte tiers, approuvée par l Assemblée générale obligatoire de la Chambre nationale le 18 novembre 2006, préambule et article 1er. Pour les agents immobiliers, voir Code de déontologie de l Institut professionnel des agents immobiliers et la directive déontologique relative au compte de tiers de l agent immobilier, ayant pour objet les articles 28, 67 et 69 du code de déontologie de l IPI, tous deux approuvés par arrêté royal du 27 septembre A l exception toutefois des huissiers de justice, voir infra, n 9. 8 Qu il s agisse de fonds reçus en espèces, par chèque, versement ou virement. 23 judiciaire. L avocat doit veiller à transférer à qui de droit les fonds enregistrés sur son compte Carpa dans les plus brefs délais 9. Par ailleurs, lorsque l avocat est appelé à recevoir des fonds appartenant à un client ou à un tiers à titre de cantonnement (Code judiciaire, art. 1403), de consignation (notamment celle tenant lieu de cantonnement amiable) ou de séquestre (Code civil, art et suivants), il est tenu de déposer ces fonds sur un compte bancaire ouvert spécialement à cet effet 10. A la différence du compte «Carpa» (voir infra, n 10), un tel compte bancaire porte intérêts et ces intérêts reviennent au destinataire des sommes 11. Dans ces différents cas, le compte sera souvent ouvert conjointement par les avocats de chaque partie au litige. L avocat peut encore être amené à ouvrir des comptes bancaires individualisés dans le cadre de missions spécifiques assignées par un juge (mandats judiciaires), telles que celle de curateur (loi du 8 août 1997 sur les faillites, art. 51), de médiateur de dettes (loi du 5 juillet 1998 relative au règlement collectif de dettes et à la possibilité de vente de gré à gré des biens immeubles saisis), ou d administrateur provisoire de biens de personnes hors d état de gérer leurs biens (Code civil, art. 448bis 12 ). 8. Chez les agents immobiliers, l obligation de détenir un compte de tiers procède du Code de déontologie de l Institut professionnel des agents immobiliers (IPI ou Beroepsinstituut van Vastgoedmakelaars, BIV) et d une directive déontologique relative au compte de tiers de l agent immobilier, ayant pour objet les articles 28, 67 et 69 du code de déontologie de l IPI, tous deux approuvés par arrêté royal du 27 septembre L agent immobilier doit ouvrir un compte de tiers exclusivement destiné à réceptionner ou transférer les fonds et valeurs qu il détient ou gère dans le cadre de sa mission 13. Il est tenu de remettre ou de transférer sans retard les fonds et valeurs dont il n est pas le destinataire final, après décompte, aux ayants droit ou aux personnes que ces derniers lui désignent 14. En pratique, les agents immobiliers détiennent un compte de tiers collectif et ils sont également amenés à ouvrir des comptes individualisés (rubriqués), qui ne reçoivent que les fonds destinés à un seul client, par exemple dans le cadre de la gestion des flux financiers relatifs à un immeuble que ce client les charge de gérer (activité de «régisseur»). 9 Règlements de l OBFG du 16 janvier 2006 et de l OVB du 12 décembre 2002, relatifs au maniement de fonds de clients et de tiers, respectivement, art. 5 et art Règlements de l OBFG du 16 janvier 2006 et de l OVB du 12 décembre 2002, relatifs au maniement de fonds de clients et de tiers, respectivement, art. 6 et 4. Le règlement de l OVB impose par ailleurs à l avocat de procéder de même lorsqu il ne peut transférer les fonds immédiatement à leur destinataire pour des raisons indépendantes de sa volonté (art. 4). 11 Règlement de l OVB du 12 décembre 2002 relatif au maniement de fonds de clients et de tiers, art Voir en particulier l article 488bis, f, Code de déontologie de l IPI, art. 28 et directive déontologique relative au compte de tiers de l agent immobilier, ayant pour objet les articles 28, 67 et 69 du Code de déontologie de l IPI, art. 2, sauf à justifier de l usage du compte de tiers d un autre agent immobilier ou d une personne morale dans la cadre de laquelle des activités d agent immobilier son exercées. 14 L agent immobilier peut convenir avec les ayants droit de l indemnisation de ses propres frais de transfert ou d encaissement (Code de déontologie de l IPI, art. 29). 34 9. Pour les huissiers de justice, c est une directive de la Chambre nationale des Huissiers de Justice pour la tenue d un compte tiers, approuvée par l Assemblée générale obligatoire de la Chambre nationale le 18 novembre 2006, qui fixe les règles en la matière. Le compte de tiers de l huissier de justice 15 se distingue quelque peu des comptes de tiers des avocats et des agents immobiliers, puisque ce compte est destiné à recueillir tout paiement reçu par l huissier de justice comprenant ou pouvant comprendre des fonds de tiers 16. Sont notamment également déposées sur le compte de tiers les provisions destinées à l huissier, tant que les prestations qu elles couvrent n ont pas été exécutées 17. Les huissiers de justice ne peuvent en principe conserver plus d un mois des sommes destinées à des tiers 18. Les sommes qui n ont pu être versées à leur destinataire dans un délai d un mois doivent dès lors être versées sur un compte individualisé (dit «rubriqué») 19. Les huissiers sont par ailleurs également amenés à ouvrir des comptes (individualisés) en tant que séquestre (Code civil, art et suiv.) ou en qualité de mandataire judiciaire 20, par exemple dans le cadre de médiations de dettes (loi du 5 juillet 1998 relative au règlement collectif de dettes et à la possibilité de vente de gré à gré des biens immeubles saisis, précitée). 10. Les conventions d ouverture des comptes de tiers (collectifs) conclues entre les établissements financiers, d une part, et les professionnels eux-mêmes (pour les agents immobiliers 21 ), ou leurs organes représentatifs (l OBFG 22 et l OVB 23 pour les avocats et, pour les huissiers de justice, la Chambre nationale des huissiers de justice 24 ), d autre part, contiennent toujours, entre autres, les dispositions suivantes : 1) le compte de tiers ne peut jamais être en débit ; 15 Chaque huissier de justice a l obligation de tenir un ou plusieurs comptes de tiers (directive de la Chambre nationale des Huissiers de Justice pour la tenue d un compte tiers, art. 3). 16 Directive de la Chambre nationale des Huissiers de Justice pour la tenue d un compte tiers, préambule et art. 2. Voir aussi la directive de la Chambre nationale des Huissiers de Justice relative au contrôle des obligations financières, légales et réglementaires des huissiers de justice approuvée par l assemblée générale de la Chambre le 18 novembre 2006, art. 5. Ces directives imposent à l huissier de disposer en permanence sur ses comptes de tiers «collectifs» d un montant permettant au minimum de couvrir les fonds dus aux tiers et ne se trouvant pas sur un compte rubriqué. 17 Voir aussi la directive de la Chambre nationale des Huissiers de Justice relative au contrôle des obligations financières, légales et réglementaires des huissiers de justice, précitée, art Conformément à l article 2 de l arrêté royal du 30 novembre 1976 fixant le tarif des actes accomplis par les huissiers de justice en matière civile et commerciale ainsi que celui de certaines allocations. Les notaires connaissent également pareille interdiction. 19 Cette obligation ressort implicitement de la directive de la Chambre nationale des Huissiers de Justice pour la tenue d un compte tiers, approuvée par l Assemblée générale obligatoire de la Chambre nationale le 18 novembre 2006 : voir notamment la distinction entre les différents types de comptes des huissiers reprise dans le préambule de cette directive. On retrouve également cette obligation dans la directive de la Chambre nationale des Huissiers de Justice relative au contrôle des obligations financières, légales et réglementaires des huissiers de justice, art Directive de la Chambre nationale des Huissiers de Justice pour la tenue d un compte tiers, art Directive déontologique de l IPI relative au compte de tiers de l agent immobilier, ayant pour objet les articles 28, 67 et 69 du Code de déontologie de l IPI, art Règlement de l OBFG du 16 janvier 2006 sur le maniement de fonds de clients ou de tiers, art Règlement de l OVB du 11 décembre 2002 relatif au maniement de fonds de clients ou de tiers, art Directive de la Chambre nationale des Huissiers de Justice pour la tenue d un compte tiers, art. 3 et suiv. 45 2) aucun crédit, sous quelque forme que ce soit, ne peut être consenti sur le compte de tiers, lequel ne pourra jamais servir de sûreté ; 3) aucune compensation, fusion, ou stipulation d unicité de compte entre le «compte de tiers» et d autres comptes en banque ne pourra exister. Les règles déontologiques des avocats interdisent par ailleurs que le compte de tiers collectif rapporte un intérêt ou un profit de quelque type que ce soit à son titulaire. L OBFG, l OVB, ou les ordres d avocats peuvent convenir avec l institution financière que les intérêts produits par les comptes, sous déduction des éventuels frais, leur seront versés annuellement aux fins d assurer par chacun de ceux-ci un meilleur service aux justiciables 25 : les comptes Carpa des avocats ne rapportent dès lors pas d intérêts, ni à l avocat, ni au client ou tiers destinataire, ces intérêts revenant aux ordres précités. Pour les huissiers de justice, une telle interdiction n existe pas en ce qui concerne les comptes de tiers collectifs : les règles déontologiques prévoient même que le taux d intérêt, les frais liés à un compte de tiers, ainsi que d éventuelles autres clauses peuvent faire l objet d une convention individuelle entre l huissier de justice titulaire et la banque Quant aux agents immobiliers, ils ne bénéficient en principe pas des intérêts produits par leur compte de tiers, leur Code de déontologie précisant à cet égard que : «Sans préjudice d une décision de justice, [ou] de conventions particulières nouées avec des tiers ou avec le commettant, les éventuels intérêts produits par les fonds et valeurs placés sur ce compte de tiers sont acquis au destinataire final de ces fonds et valeurs» 28. L esprit des règles déontologiques des avocats, des huissiers de justice et des agents immobiliers paraît être, de façon générale, d empêcher les professionnels titulaires des comptes tiers d en disposer librement à leur profit. Notons cependant, à titre marginal, qu elles autorisent ces professionnels, dans une certaine mesure, à utiliser les sommes déposées sur leur compte de tiers comme une garantie pour le paiement de leurs honoraires : les avocats et les huissiers de justice se voient ainsi autorisés, après en avoir dûment averti leur client à compenser leur dette de restitution des sommes déposées sur le compte de tiers avec leur créance d honoraires ou de frais, lorsque celle-ci est établie par un état 25 Règlement de l OBFG du 16 janvier 2006 et de l OVB du 12 décembre 2002, relatifs au maniement de fonds de clients et de tiers, respectivement art Directive de la Chambre nationale des Huissiers de Justice pour la tenue d un compte tiers, art Cette interdiction existe, en revanche, en ce qui concerne les comptes rubriqués : l huissier de justice ne peut en retirer aucun avantage (Directive de la Chambre nationale des Huissiers de Justice relative au contrôle des obligations financières, légales et réglementaires des huissiers de justice, art. 7). L huissier a uniquement droit au remboursement de ses frais de gestion. 28 Code de déontologie de l IPI, art L avocat ne peut transférer des fonds reçus sur son compte de tiers (Carpa) vers un compte honoraires ou à son profit, qu il s agisse du paiement de provisions, d honoraires ou de remboursement de frais, sans en aviser simultanément son client par écrit (règlement de l OBFG du 16 janvier 2006 et de l OVB du 12 décembre 2002 relatifs au maniement de fonds de clients et de tiers, art. 4). 30 L huissier de justice peut également retenir ses honoraires et ses frais sur le montant se trouvant sur un compte de tiers (rubriqué) (directive de la Chambre nationale des Huissiers de Justice relative au contrôle des obligations financières, légales et réglementaires des huissiers de justice, art. 7). 56 d honoraires (comp. la situation des curateurs, qui ne peuvent en aucun cas s approprier, à titre d honoraires ou de frais, les sommes détenues sur le compte de faillite sans y avoir été autorisés par le tribunal de commerce : Cass., 11 octobre 2002, cité infra n 13, note de bas de page 48). Quant aux agents immobiliers, ils ne pourront en revanche opérer une telle compensation que moyennant l accord exprès de leur client 31. B. Analyse en droit civil 11. La rationalité du compte de tiers des avocats, des huissiers de justice et des agents immobiliers est, on l a vu, de séparer de leur patrimoine propre les fonds de tiers qu ils sont appelés à recevoir et à manier. Sur le plan civil, cet objectif ne paraît pourtant pas atteint, en l état actuel du droit 32. Il n existe pas pour les comptes de tiers des avocats, des huissiers de justice et des agents immobiliers (qu il s agisse de leurs comptes individualisés ou des comptes collectifs) de disposition légale spécifique définissant le statut de ces comptes sur le plan civil et en particulier sur le plan des droits réels 33. Relevons que pour les notaires en revanche, l obligation de déposer les fonds de clients ou de tiers sur un compte de tiers (rubriqué) est inscrite dans la loi du 16 mars loi 25 ventôse an XI contenant organisation du notariat 34 et qu il est généralement admis, sur la base de cette loi, que les fonds déposés sur les comptes rubriqués 35 des notaires sont juridiquement séparés du patrimoine du notaire 36, ou, à tout le moins, selon une doctrine minoritaire, qu ils sont à l abri des créanciers de celui-ci L agent immobilier peut, de l accord de son commettant, prélever sa rémunération sur les fonds et valeurs définitivement acquis au commettant (Code de déontologie de l IPI, art. 30). Le cas échéant, il ne peut opérer cette compensation qu après paiement des tiers convenus avec le commettant ou paiement des sommes liquidées par une décision de justice contraignante en la matière, et dont il serait avisé (Code de déontologie de l IPI, art. 30 et 31). 32 Hormis dans des cas particuliers, évoqués infra, n Il n existe à cet égard que certaines dispositions spécifiques, comme la loi relative aux faillites, par exemple, qui vise le compte individualisé que le curateur ouvre pour la faillite (voir infra, n 13). 34 L article 34 de cette loi dispose : «Aucune somme reçue par un notaire pour le compte d autrui, à l occasion d un acte ou d une opération de son ministère, ne peut être conservée par lui pendant plus d un mois à compter du jour de sa réception. Si avant l expiration de ce délai, la somme reçue n a pu recevoir sa destination, elle doit être versée, pour le compte de la personne à qui la somme est due, sous une rubrique distincte, à un compte spécial ouvert dans un établissement public ou privé, conformément aux dispositions arrêtées par le Roi. Les alinéas qui précèdent ne sont pas applicables lorsque le total des sommes reçues, soit pour le compte d'une même personne, soit à l'occasion d'un même acte ou d'une même opération, n'excède pas EUR.» (voir également l arrêté royal du 10 janvier 2002 relatif à la gestion des sommes, titres et valeurs au porteur reçus par un notaire et au contrôle de la comptabilité des notaires). Cette obligation ressort en outre de l arrêté royal du 21 septembre 2005 portant approbation du code de déontologie établi par la Chambre nationale des notaires. 35 La loi ne vise en revanche pas leurs comptes collectifs. 36 Voir notamment R. DE VALKENEER et P.-E. BROHEE, Eléments de comptabilité notariale, Bruxelles, Bruylant, 1991, pp. 88 et suiv. ; J. DEMBLON «Des incidences des ouvertures de crédit sur les dépôts clients et leur individualisation», Rev. not. b., 1984, pp. 166 et suiv. ; P. JAMAR et A. MOREAU, «La comptabilité notariale», in Répertoire notarial, tome XI, livre 3, p. 19 ; E. DIRIX, «Kwaliteitsrekeningen», T.P.R. 1996, pp. 71 à 89 ; L. LANOYE, «Kwaliteitsrekeningen praktische toepassing : derdenrekening notarissen», in Le trust et la fiducie, 67 En l absence d une telle disposition légale spécifique, les comptes de tiers des avocats, des huissiers de justice et des agents immobiliers paraissent devoir être considérés comme faisant partie de leur patrimoine. C est en ce sens que s est prononcée la Cour de cassation, dans un arrêt du 27 janvier , au sujet du compte de tiers (Carpa) d un avocat, en jugeant que les créanciers personnels de cet avocat pouvaient saisir-arrêter entre les mains de la banque le solde créditeur de son compte Carpa. L arrêt énonce notamment qu : «En l absence d une disposition légale spécifique, les fonds, quelle que soit leur provenance, qui sont déposés sur un compte de tiers ouvert en son nom dans les livres d une banque par un avocat agissant pour son compte font partie de la créance de cet avocat contre la banque et ne se distinguent pas de l ensemble de son patrimoine» 39. La doctrine débattait depuis un certain temps du statut civil des comptes de tiers (et, plus largement, des comptes détenus «en une qualité particulière» par leur titulaire), en particulier du point de savoir s ils faisaient ou non partie du patrimoine de leur titulaire 40. Avant l arrêt de la Cour de cassation, précité, la jurisprudence s était montrée divisée sur la question. Bruxelles, Bruylant, 1997, pp. 199 à 211, spéc. p. 204 ; J.-L. LEDOUX, «Ouverture de crédit - Unicité de comptes Compensation», in La comptabilité notariale, Bruxelles, Bruylant, 1993, p. 229 ; A.-M. STRANART, G. BLOCK et O. CLEVENBERG, «La saisie-arrêt bancaire», R.P.D.B., compl. VIII, pp. 828 et 829, n 68 ; R. BOURSEAU, «Les comptes rubriqués du notaire», Rev. not. b., 2004, pp. 54 et suiv. ; G. DE LEVAL, «Saisies et droit commercial», in Les créanciers et le droit de la faillite, Bruxelles, 1983, pp. 299 et 300 ; Travaux du Comité d Etudes et de Législation de la Fédération Royale des Notaires de Belgique, 1961, t. I, pp. 5 à 67 et 144 à 150. Le professeur H. DE PAGE justifie quant à lui la séparation du compte de tiers et du patrimoine du notaire par la figure du dépôt irrégulier (Traité élémentaire de droit civil belge, t. V., 1 ère éd et 2 ème éd. 1975, n 267). 37 En raison de leur affectation légalement protégée : P. VAN DEN EYNDE, «Les effets juridiques de l individualisation en droit belge et en droit comparé», in La comptabilité notariale, Bruxelles, Bruylant, 1993, pp. 199 et suiv., spéc. pp. 216 et Cass., 27 janvier 2011, F F/10, commenté notamment par A. MICHIELSENS, «Cassatie zet voortbestaan derdenrekening op de helling», De Juristenkrant, 2011, 9 février 2011, n 233, pp. 6 et 7, G. DE LEVAL et F. GEORGES, note sous l arrêt, J.T., 2011, liv 6427, pp. 164 et suiv.,p. VANLERSBERGHE, note dans R.A.B.G., 2011/6, pp. 462 et suiv. et, de façon très critique, par V. SAGAERT, «Beslag op een derdenrekening van een advocaat. De teloorgang van het vermogensbegrip», RW, , n 42, pp et suiv. 39 Notons que le pourvoi en cassation faisait état de la possibilité éventuelle, pour les destinataires de fonds (clients ou tiers) d exercer sur les sommes déposées sur le compte de tiers une action en revendication, mais l arrêt de la Cour ne reprend pas cet élément. Il ne semble pas que l on ne puisse en tirer un enseignement particulier. 40 Une partie de la doctrine estimait que tel était le cas : les sommes d argent, même détenues par le professionnel sur un compte spécial, étant des choses fongibles, elles s intègrent, selon cette doctrine, dans le patrimoine du professionnel, à défaut de règlementation dérogatoire les en excluant expressément (voir notamment A.-M. STRANART, G. BLOCK et O. CLEVENBERG, op. cit., p. 825, n 61). D autres auteurs (certains se fondant sur une théorie dite des «kwaliteitsrekeningen») estimaient au contraire qu il fallait admettre que les comptes de tiers se distinguent du patrimoine de leur titulaire (voir notamment E. DIRIX et K. BROECKS, Beslag, 1992, p. 339, n 658 ; E. DIRIX, «Kwaliteitsrekeningen : algemene inleiding en toepassingsgevallen», in De kwaliteitsrekening naar Belgisch en Nederlands recht, Deventer, Kluwer, 1998, pp. 3 à 16, voir aussi «De kwaliteitsrekening herbezocht», T.P.R., 2004, pp. 265 à 274, avec V. SAGAERT ; V. SAGAERT,«De derdenrekening van een advocaat : een algemene kwaliteitsrekening?», noot onder Brussel 26 mars 2002, T.B.B.R., 2003, pp. 317 à 327; L. LANOYE, «Beslag onder derden op een (bank)rekening» in Liber amicorum Marcel Briers, Mys & Breesch, 1993, pp. 285 et 286. Voir aussi G. DE LEVAL, Traité des saisies, Liège, Faculté de droit de Liège, 1988, pp. 629 et 630 ; F. GEORGES, La saisie de la monnaie scripturale, Bruxelles, De Boeck Larcier, 2006, pp. 418 à 476, n s 304 à 355 et X. DIEUX et C. ALTER, «Observations sur la nature juridique de la 78 12. Il n appartient pas à la Commission des Normes Comptables de se prononcer sur cette controverse de droit civil. Toutefois, sur la base de la jurisprudence de la Cour de cassation, précitée, la Commission estime qu en l état actuel du droit et en dehors des cas particuliers qui seront évoqués ci-après, il n existe pas d éléments suffisants permettant de conclure que le solde créditeur des comptes de tiers d un avocat ne fait pas partie du patrimoine de son titulaire. Cet arrêt de la Cour de cassation, dont il ressort que l affectation particulière du compte n a pas pour effet de l exclure du patrimoine de son titulaire, se prononce sur le cas d un compte Carpa d un avocat, c est-à-dire un compte collectif, mais les motifs de l arrêt paraissent transposables aux comptes individualisés, en tout cas lorsque ces comptes individualisés sont ouverts par l avocat en son nom et pour son propre compte 41. Certes, dans le cas d un compte individualisé, une différence est que les sommes remises à l avocat par ou au profit du client ou du tiers sont, précisément, individualisées à l intention du bénéficiaire (potentiel). Toutefois, l'individualisation des sommes sur un compte, à l intention de leur bénéficiaire, ne permet en principe pas, à elle seule, de considérer que ces sommes sont exclues du patrimoine de l avocat, lorsque que le compte est ouvert au nom de l avocat et pour son compte 42. A la suite de l arrêt, précité, de la Cour de cassation, il paraît dès lors qu il faille considérer que les sommes déposées sur un compte individualisé mais ouvert au nom de l avocat et pour son compte font partie du patrimoine de l avocat. On examinera infra, n 13, d autres hypothèses de comptes individualisés pour lesquels il paraît légitime de retenir une solution différente. L on n aperçoit par ailleurs pas ce qui justifierait de ne pas étendre ces principes aux comptes de tiers des huissiers de justice 43 et des agents immobiliers De l avis de la Commission, les principes de l arrêt de la Cour de cassation pourraient en revanche ne pas trouver application dans les cas où le professionnel (avocat, huissier de justice ou agent immobilier) ouvre un compte individualisé, et le gère, au titre de mandataire de son client ou d un tiers (c est-à-dire au nom et pour le compte de celui-ci) 45. Conformément aux règles de droit civil en monnaie scripturale (spécialement en relation avec l opposabilité aux tiers des comptes qualifiés)», in Liber Amicorum Jacques Malherbe, Bruxelles, Bruylant, 2006, pp. 383 à 404). 41 Voir en ce sens, A. MICHIELSENS, op. cit., p. 7 et, implicitement, G. DE LEVAL et F. GEORGES, op. cit., p Ce n est que dans certaines hypothèses particulières que les sommes déposées sur un tel compte individualisé pourraient éventuellement être considérées comme exclues du patrimoine de l avocat, notamment lorsque le bénéficiaire a lui-même déposé les sommes chez l avocat (dépôt) et que ces sommes sont individualisées chez l avocat, ce qui pourrait, le cas échéant, permettre au bénéficiaire de revendiquer ces sommes (voir, quant aux principes d une telle action en revendication, H. DE PAGE, Traité élémentaire de droit civil belge, t. V., 1 ère éd et 2 ème éd. 1975, n 263 et suiv.). Voir également, pour une synthèse des positions de la doctrine à cet égard, F. GEORGES, La saisie de la monnaie scripturale, op. cit., pp. 466 et suiv. 43 Pour les huissiers de justice, il paraît même exclu de considérer que le solde du compte de tiers ne fasse pas partie du patrimoine de l huissier, dès lors que le compte de tiers peut également recueillir des sommes destinées à l huissier (par exemple, les provisions) ainsi que les intérêts sur ces sommes, et que l ensemble de ces montants se confondent sur un même compte. 44 En ce sens, que le Code de déontologie des agents immobiliers impose à ceux-ci de faire garantir les fonds et valeurs qu ils détiennent ou gèrent dans le cadre de l exercice de leur mission (Code de déontologie de l IPI, art. 32 et directive déontologique de l IPI relative à l assurance responsabilité civile professionnelle et cautionnement ayant pour objet les articles 5 et 32 du code de déontologie de l IPI). 45 C est du reste ce que paraît suggérer l arrêt de la Cour de cassation du 27 janvier 2011, précité, n 12, en ne visant que le compte de tiers «ouvert en son nom dans les livres d une banque par un avocat agissant pour son compte». 8 Montrer encore
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