Source: http://jesusmarie.free.fr/sup_q_002.htm
Timestamp: 2018-11-16 14:11:25+00:00
Document Index: 59808639

Matched Legal Cases: ['art. 1', 'art. 2', 'art. 1', 'art. 1', 'art. 8', 'art. 2', 'art. 1', 'art. 1', 'art. 1', 'art. 2', 'art. 1', 'art. 41', 'art. 5']

Question 2 : De l’objet de la contrition
Nous devons considérer l’objet de la contrition. A cet égard il y a six questions à faire : 1° Doit-on être contrit des peines du péché ? (Dans les définitions que les conciles donnent de la contrition, ils ne parlent pas de la peine. Le concile de Trente la définit : Cordes contritio est ad quam pertinet ut doleat de peccato commisso cum proposito non peccandi de cætero, ce qui revient à la définition du concile de Trente que nous avons donnée (quest. 1, art. 1). La peine n’est donc pas l’objet de la contrition, puisqu’ils ne font pas mention dans sa définition. Le sentiment de saint Thomas est communément suivi par les théologiens.) — 2° Doit-on l’être du péché originel ? (Les conciles ont indiqué que la contrition n’avait pas pour objet le péché originel, puisqu’ils disent qu’elle se rapporte au péché qu’on a commis soi-même de peccato commisso, et qu’elle implique la résolution de ne plus le commettre, ce qui n’est applicable qu’aux péchés actuels.) — 3° Doit-on l’être de tout péché actuel qu’on a commis ? (Les conciles indiquent que la contrition a pour objet tous les péchés actuels, puisqu’ils disent de peccato comisso sans faire aucune distinction.) — 4° Doit-on l’être du péché actuel qu’on doit commettre ? (En disant que la contrition est une douleur de epccato commisso, cum proposito non peccandi de cætere, les conciles déterminent par là même que la contrition a pour objet les péchés passés, mais qu’à l’égard de l’avenir elle implique seulement la disposition de les éviter autant que possible. C’est ce que saint Thomas établit dans cet article.) — 5° Doit-on l’être des péchés des autres ? (On n’est contrit que de ses propres péchés, mais non des péchés des autres. La douleur que l’on éprouve en voyant les autres mal faire n’est pas un acte de pénitence, mais un acte de charité qui est inspiré par l’amour que nous avons pour eux.) — 6° Doit-on l’être de chaque péché mortel ? (Tout le monde convient que la contrition doit être universelle, dans le sens qu’elle doit embrasser tous les péchés mortels que l’on a commis, sans en excepter un seul ; mais il y a des théologiens qui prétendent qu’il suffit que le pénitent déteste tous ses péchés par un seul acte, et qu’il n’est pas nécessaire qu’il les déteste tous en particulier et d’après un motif spécial.)
Article 1 : L’homme doit-il être contrit non seulement de la faute, mais encore des peines du péché ?
Objection N°1. Il semble qu’on doive être contrit non seulement de la faute, mais encore des peines. Car saint Augustin dit dans son livre sur la pénitence (hom. ult. int. quinquaginta, chap. 2 à princ.) : Personne ne désire la vie éternelle à moins qu’il ne se repente de cette vie mortelle. Or, la mortalité de la vie est une peine. Donc le pénitent doit aussi être contrit des peines.
Réponse à l’objection N°1 : La pénitence selon saint Augustin doit avoir pour objet cette vie mortelle (L’objet propre de la pénitence, dit saint Thomas, ce sont les choses que nous avons commises par notre volonté (3a pars, quest. 84, art. 2, Réponse N°3) ; la peine n’étant pas volontaire, n’est pas une chose dont on doive être contrit, mais c’est un moyen que l’on emploie pour arriver au but que la pénitence se propose.), non en raison de sa mortalité même, à moins qu’on ne prenne la pénitence dans un sens large pour toute douleur, mais en raison des péchés auxquels nous sommes entraînés par les infirmités de cette vie.
Objection N°2. Le Maître des sentences dit (4, dist. 16) d’après saint Augustin (alius auct. in liv. De vera et falsa pœnitent., chap. 14 ant. med.) que le pénitent doit gémir de ce qu’il s’est privé de la vertu. Or, la privation de la vertu est une peine. La contrition est donc une douleur qui a aussi les peines pour objet.
Réponse à l’objection N°2 : La douleur que l’on conçoit de la perte de la vertu par le péché n’est pas essentiellement la contrition elle-même, mais elle en est le principe ; car comme on est porté à désirer une chose à cause du bien qu’on en attend, de même on est porté à en gémir à cause du mal qui s’en est suivi.
Mais c’est le contraire. On ne retient pas la chose dont on gémit. Or, le pénitent (pœnitens), comme son nom l’indique, retient la peine (pœnam tenet). Il n’en gémit donc pas, et, par conséquent, la contrition qui est une douleur pénitentielle n’a pas la peine pour objet.
Conclusion Puisque la dureté de la volonté dont la contrition exprime le brisement ne se rencontre pas dans le mal de la peine, la contrition ne peut avoir pour objet que le péché, quoique nous puissions gémir du mal de la peine.
Il faut répondre que la contrition, comme nous l’avons dit (quest. préc., art. 1), implique le broiement d’une chose dure et entière. Or, cette intégrité et cette dureté se trouvent dans le mal de la faute, parce que la volonté qui en est la cause dans celui qui agit mal se tient opiniâtrement attachée à ses sentiments et ne cède pas au précepte de la loi. C’est pour ce motif qu’on donne métaphoriquement le nom de contrition à la détestation de ce mal. Mais cette image ne peut convenir au mal de la peine, parce que la peine signifie simplement un abattement. C’est pourquoi on peut avoir de la douleur au sujet de ce mal, mais on ne peut avoir de contrition.
Article 2 : La contrition doit-elle avoir pour objet le péché originel ?
Objection N°1. Il semble que la contrition doive avoir pour objet le péché originel. Car nous devons être contrits à l’égard du péché actuel, non en raison de l’acte selon qu’il est un être, mais en raison de la difformité ; parce que l’acte est quelque chose de bon selon sa substance et qu’il vient de Dieu. Or, le péché originel a une difformité aussi bien que le péché actuel. Nous devons donc en être contrits.
Réponse à l’objection N°1 : La contrition n’a pas pour objet le péché en raison de la substance de l’acte seulement, parce que ce n’est pas de là qu’il tire sa malice, ni en raison de la difformité seulement, parce que la difformité ne désigne pas d’elle-même la nature de la faute, et qu’elle implique quelquefois la peine, mais elle doit avoir pour objet le péché, selon qu’il implique une difformité qui provient de l’acte de la volonté ; et cela n’existe pas dans le péché originel. C’est ce qui fait que la contrition ne peut l’avoir pour objet.
Objection N°2. L’homme a été détourné de Dieu par le péché originel, parce qu’il a eu pour peine la privation de la vision divine. Or, tout le monde doit être fâché d’avoir été détourné de Dieu. L’homme doit donc détester le péché originel et par conséquent il doit en être contrit.
Réponse à l’objection N°2 : De même que pour la première, parce que l’éloignement de la volonté à l’égard de Dieu est l’acte dont on doit être contrit.
Mais c’est le contraire. La médecine doit être proportionnée à la maladie. Or, le péché originel a été contracté sans notre volonté. Il n’est donc pas nécessaire que nous en soyons purifiés par l’acte de la volonté qui est la contrition.
Conclusion La contrition étant une douleur qui brise d’une certaine manière la dureté de la volonté qu’on a contractée par suite du péché, elle n’a pas proprement pour objet le péché originel, qui ne provient pas de notre volonté, mais que nous contractons plutôt par l’origine d’une nature corrompue. Cependant on peut concevoir un certain déplaisir à l’égard de ce péché.
Il faut répondre que la contrition est une douleur, comme nous l’avons dit (quest. préc., art. 1 et 2), qui se rapporte à la dureté de la volonté et qui la brise d’une certaine manière. C’est pourquoi elle ne peut avoir pour objet que les péchés qui proviennent de la dureté de notre volonté. Et parce que le péché originel n’a pas été produit par notre volonté, mais que nous l’avons contracté d’après l’origine de notre nature qui a été viciée, il s’ensuit que la contrition ne peut avoir pour objet ce péché à proprement parler, mais qu’on ne peut avoir à son égard que du déplaisir et de la douleur (Nous pouvons regretter d’être né avec ce péché et nous efforcer d’en détruire les suites, en éteignant en nous la concupiscence et les autres restes de ce péché.).
Article 3 : Devons-nous être contrits de tout péché actuel ?
Objection N°1. Il semble que nous ne devions pas être contrits de tout péché actuel que nous avons commis. Car les contraires se guérissent par les contraires. Or, il y a des péchés qu’on commet par tristesse, comme le dégoût et l’envie. Le remède à ces péchés ne doit pas être la tristesse, qui est la contrition, mais la joie.
Réponse à l’objection N°1 : Comme on le voit d’après ce que nous avons dit (dans le corps de l’article et art. préc., Réponse N°1), la contrition est opposée au péché selon qu’il procède de la libre élection de la volonté qui ne suit pas l’ordre de la loi divine, mais non selon ce qu’il y a de matériel en lui. Et c’est là-dessus que tombe le choix de la volonté. Or, le choix de la volonté ne tombe pas seulement sur les actes des autres puissances dont la volonté se sert pour atteindre sa fin, mais encore sur l’acte propre de la volonté elle-même. Car la volonté veut s’attacher à une chose. Et par conséquent, l’élection de la volonté tombe sur cette douleur ou sur cette tristesse qui se trouve dans le péché de l’envie et dans les autres péchés semblables, soit que cette douleur existe dans les sens, soit qu’elle existe dans la volonté elle-même. C’est pour cela que la douleur de la contrition est opposée à ces péchés.
Objection N°2. La contrition est un acte de la volonté qui ne peut avoir pour objet ce qui n’est pas soumis à la connaissance. Or, il y a des péchés dont nous n’avons pas la connaissance, comme les péchés qu’on oublie. La contrition ne peut donc pas avoir ces péchés pour objet.
Réponse à l’objection N°2 : On peut oublier une chose de deux manières ; de telle sorte qu’elle soit complètement échappée de la mémoire, et alors on ne peut plus la chercher ; ou de façon qu’elle soit en partie sortie de la mémoire et qu’elle y soit en partie restée ; comme quand je me rappelle avoir entendu quelque chose en général, mais que je ne sais pas ce que j’ai entendu spécialement. Dans ce cas je cherche dans ma mémoire à me rappeler. Or, un péché peut être aussi oublié de deux manières. Ainsi il peut l’être de telle sorte qu’il soit dans la mémoire en général, mais non en particulier. Alors on doit chercher à le trouver, parce qu’on est tenu d’être spécialement contrit de tout péché mortel. Mais si on ne peut le découvrir, après y avoir mis tous les soins suffisants, il suffit d’en être contrit, selon la connaissance que nous en avons conservée ; et on ne doit pas seulement gémir sur son péché, mais encore sur son oubli qui est provenu de la négligence. Si le péché est absolument sorti de la mémoire alors on est exempt de son devoir, par là même qu’on est dans l’impuissance de le remplir, et il suffit d’avoir la contrition générale pour toutes les offenses qu’on a pu faire contre Dieu (Le concile de Trente s’exprime ainsi à ce sujet : Constat nihil aliud in Ecclesia à pœnitentibus exigi quàm ut postquam quisque diligentiùs se excusserit et conscientiæ suæ sinus omnes et latebras exploraverit, ea peccata confiteatur, quibus se Dominum et Deum suum mortaliter offendisse meminerit : reliqua autem peccata, qua diligenter cogitanti non occurrunt, in universum, eâdem confessione inclusa esse intelliguntur (sess. 14, chap. 5).). Mais quand cette impuissance cesse, comme dans le cas où le péché revient à la mémoire, alors on est tenu d’être spécialement contrit ; comme le pauvre qui ne peut payer ses dettes en est exempt, quoiqu’il soit tenu de le faire aussitôt qu’il le peut.
Objection N°3. Par la contrition volontaire, on efface les fautes qu’on commet par la volonté. Or, l’ignorance enlève le volontaire, comme on le voit (Eth., liv. 3, chap. 1). On ne doit donc pas avoir la contrition de ce qui arrive par ignorance.
Réponse à l’objection N°3 : Si l’ignorance détruisait absolument la volonté de mal faire, elle excuserait et ne serait pas un péché. Mais quelquefois elle n’enlève pas totalement la volonté, et alors elle n’excuse pas totalement le péché, mais elle l’atténue. C’est pourquoi on doit être contrit du péché commis par ignorance (Au sujet de l’ignorance, voyez ce qui a été dit 1a 2æ, quest. 6, art. 8).).
Objection N°4. La contrition ne doit pas avoir pour objet le péché qui n’est pas détruit par elle. Or, il y a des péchés qui ne sont pas détruits par la contrition, comme les péchés véniels qui subsistent encore après la contrition. On ne doit donc pas avoir la contrition de tous les péchés passés.
Réponse à l’objection N°4 : Après avoir eu la contrition d’un péché mortel un péché véniel peut subsister, mais il ne subsiste pas après qu’on a eu la contrition de ce péché même. C’est pourquoi la contrition doit avoir pour objet les péchés véniels de la même manière que la pénitence, ainsi que nous l’avons dit (4, dist. 16, quest. 2, art. 2 et 3a pars, quest. 87, art. 1).
Mais c’est le contraire. La pénitence est un remède contre tous les péchés actuels. Or, la pénitence n’embrasse pas les fautes dont on n’a pas la contrition, qui est sa première partie. La contrition doit donc avoir pour objet tous les péchés.
Aucun péché n’est pardonné si on n’est pas justifié. Or, pour la justification il faut la contrition, comme nous l’avons dit (quest. préc., art. 1). Il faut donc qu’on soit contrit de tout péché quel qu’il soit.
Conclusion Puisque la volonté contracte par suite de tout péché actuel une certaine dureté, pour obtenir la rémission du péché il faut la contrition qui brise cette dureté.
Il faut répondre que toute faute actuelle résulte de ce que la volonté ne se soumet pas à la loi de Dieu, soit en la transgressant, soit en l’omettant, soit en agissant en dehors d’elle (Comme lorsqu’on pèche véniellement.). Et parce que ce qui est dur, c’est ce qui a la puissance de ne pas fléchir facilement, il s’ensuit que dans tout péché actuel il y a une certaine dureté de la volonté. Et c’est pour cela que si le péché doit être guéri il faut qu’il soit remis par contrition qui brise le cœur.
Article 4 : Doit-on être contrit des péchés futurs ?
Objection N°1. Il semble qu’on doive être aussi contrit des péchés à venir. Car la contrition est un acte du libre arbitre. Or, le libre arbitre s’étend plus vers l’avenir que vers le passé ; parce que l’élection qui est un acte du libre arbitre a pour objet les futurs contingents, comme le dit Aristote (Eth., liv. 3, chap. 2 et 3). La contrition a donc plus pour objet les péchés futurs que les péchés passés.
Réponse à l’objection N°1 : On dit que le libre arbitre se rapporte aux futurs contingents, selon qu’il s’agit des actes, mais non selon qu’il s’agit des objets des actes ; parce que l’homme peut d’après son libre arbitre penser à des choses passées et nécessaires, et cependant cet acte de la pensée, selon qu’il tombe sous le libre arbitre, est un futur contingent. De même l’acte de la contrition est aussi un futur contingent, selon qu’il tombe sous le libre arbitre ; mais son objet peut être néanmoins une chose passée.
Objection N°2. Le péché est aggravé par l’effet qui s’ensuit. D’où saint Jérôme dit (id. hab. implic. Basil. in liv. De vera virg., par. ante med.) que la peine d’Arius n’est pas encore déterminée, parce qu’il est encore possible que son hérésie fasse tomber quelqu’un dont la chute augmente son châtiment. Il en est de même de celui qu’on juge homicide, s’il a frappé quelqu’un mortellement, même avant la mort de celui qu’il a frappé. Or, pendant l’intervalle le pécheur doit être contrit de son péché. Il ne doit donc pas seulement le déplorer, selon la gravité qu’il a, d’après l’acte qui s’est passé, mais encore selon celle qu’il doit avoir d’après ce qui arrivera à l’avenir. Par conséquent, la contrition se rapporte à l’avenir.
Réponse à l’objection N°2 : L’effet qui résulte du péché et qui l’aggrave a déjà préalablement existé dans l’acte comme dans sa cause. C’est pourquoi quand le péché a été commis, il a eu toute sa gravité, et l’effet qui s’en est suivi ne l’a point augmenté quant à la nature de la faute, quoiqu’il l’accroisse quant à la peine accidentelle ; en ce sens que le pécheur aura plus de raisons de souffrir dans l’enfer, suivant qu’il sera résulté de son péché de grands maux. C’est ainsi que parle saint Jérôme (Basile). Il n’est donc pas nécessaire que la contrition ait pour objet les péchés passés (Car la contrition n’a pas pour objet la peine, comme nous l’avons démontré (art. 1), mais la faute.).
Mais c’est le contraire. La contrition est une partie de la pénitence. Or, la pénitence se rapporte toujours au passé. Donc la contrition aussi, et par conséquent elle n’a pas pour objet le péché à venir.
Conclusion La contrition étant l’acte principal de la pénitence, dont l’objet propre est le péché qu’on a commis auparavant elle ne se rapporte proprement qu’aux péchés passés ; mais elle prend des précautions contre les péchés à venir, selon la prudence qui lui est unie.
Il faut répondre que dans tous les moteurs et les mobiles ordonnés entre eux, le moteur inférieur a un mouvement propre, et indépendamment de ce mouvement il suit sous un rapport le mouvement du moteur supérieur. C’est ce qu’on voit évidemment dans le mouvement des planètes, qui indépendamment de leurs mouvements propres suivent le mouvement du premier mobile. Or, dans toutes les vertus morales, le premier moteur est la prudence, qu’on appelle la directrice des vertus. C’est pourquoi toute vertu morale, indépendamment de son mouvement propre, a quelque chose du mouvement de la prudence. C’est pour cela que la pénitence étant une vertu morale, parce qu’elle est une partie de la justice, elle suit, tout en produisant l’acte qui lui est propre, le mouvement de la prudence. Or, son acte propre a pour objet le péché qui a été commis. C’est pour cela que son acte propre et principal, c’est-à-dire la contrition, ne se rapporte qu’au péché passé, selon son espèce. Mais par voie de conséquence, elle se rapporté au péché futur, selon qu’elle a quelque chose de l’acte de la prudence qui lui est adjoint. Toutefois elle ne se porte pas vers l’avenir, selon la nature de son espèce propre. C’est pour ce motif que celui qui est contrit se repent du péché passé et prends des précautions à l’égard de l’avenir. Aussi on ne dit pas que la contrition a pour objet le péché futur, mais on rapporte cet acte à la précaution qui est une partie de la prudence jointe à la contrition.
Article 5 : Doit-on être contrit du péché d’autrui ?
Objection N°1. Il semble qu’on doive être contrit du péché d’autrui. Car on ne demande pardon que pour le péché dont on est contrit. Or, David demande pardon pour les péchés des autres (Ps. 18, 13) : Pardonnez à votre serviteur les péchés des autres. On doit donc être contrit des péchés des autres.
Réponse à l’objection N°1 : Le prophète demande que Dieu lui pardonne les péchés des autres, parce que dans les rapports qu’on a avec les pécheurs, on contracte en consentant à leurs crimes (Soit affirmativement, soit négativement, comme quand on laisse faire le mal sans s’y opposer, quoiqu’on soit tenu par position de l’empêcher.) une certaine souillure, suivant ce qu’il est dit ailleurs (Ps. 17, 27) : Vous vous pervertirez avec celui qui est pervers.
Objection N°2. On doit aimer le prochain comme soi-même d’après la charité. Or, l’amour qu’on a pour soi fait qu’on gémit sur ses maux et qu’on se souhaite des biens. Par conséquent, puisque nous sommes tenus de désirer pour le prochain, comme pour nous-mêmes, les biens de la grâce, il semble que nous devions gémir de ses fautes, comme nous gémissons des nôtres. Et comme la contrition n’est rien autre chose que la douleur que nous avons du péché, il s’ensuit qu’on doit être contrit des péchés des autres.
Réponse à l’objection N°2 : Nous devons gémir des péchés des autres, mais il n’est pas nécessaire que nous en soyons contrits, parce que toute douleur qu’on a d’un péché passé n’est pas la contrition, comme on le voit d’après ce que nous avons dit (dans le corps de l’article et art. 2).
Mais c’est le contraire. La contrition est un acte de la vertu de pénitence. Or, on ne se repent que des choses qu’on a faites. On n’est donc jamais contrit des péchés des autres.
Conclusion Puisque la contrition doit être dans celui qui a eu lui-même la dureté du péché, nous ne sommes pas contrits des péchés des autres, quoique nous disions que nous en sommes affligés.
Il faut répondre que ce qui est contrit, c’est ce qui a été auparavant dur et entier. Il faut donc que la contrition du péché soit dans le sujet même où la dureté du péché a préalablement existé. Et par conséquent la contrition n’a pas pour objet les péchés des autres.
Article 6 : Requiert-on la contrition pour chaque péché mortel ?
Objection N°1. Il semble que la contrition ne soit pas requise pour chaque péché mortel. Car le mouvement de la contrition dans la justification est instantané. Or, on ne peut pas instantanément se rappeler chaque péché. Il ne faut donc pas que la contrition ait pour objet chaque péché.
Objection N°2. La contrition doit avoir pour objet les péchés selon qu’ils détournent de Dieu, parce que quand on se tourne vers la créature sans se détourner de Dieu il n’est pas nécessaire qu’on soit contrit. Or, tous les péchés mortels ont de commun ce mouvement par lequel on se détourne de Dieu. Il suffit donc d’une seule contrition à l’égard de tous.
Réponse à l’objection N°2 : Quoique tous les péchés mortels aient de commun le mouvement qui nous détourne de Dieu, cependant ils diffèrent dans la cause de cet éloignement, dans on mode et dans son étendue ; et cela résulte de la diversité du mouvement par lequel on se porte vers la créature.
Objection N°3. Les péchés mortels actuels ont plus de choses communes entre eux que le péché actuel et le péché originel. Or, un seul baptême efface tous les péchés actuels et le péché originel. Il ne faut donc qu’une seule contrition générale pour effacer tous les péchés mortels.
Réponse à l’objection N°3 : Le baptême agit en vertu du mérite du Christ qui a eu une puissance infinie pour effacer tous les péchés, et c’est pour cela qu’il suffit d’un seul baptême pour effacer toutes les fautes. Mais dans la contrition il faut avec le mérite du Christ notre action, et c’est pour cela qu’à chaque péché il faut qu’il y ait un acte particulier qui y corresponde, parce que nos actes n’ont pas une vertu infinie par rapport à la contrition. — Ou bien il faut dire que le baptême est une espèce de génération spirituelle ; au lieu que la pénitence quant à la contrition et à ses autres parties est une sorte de guérison spirituelle qui se produit à la manière d’une certaine altération. Or, il est évident que dans la génération corporelle d’une chose qui résulte d’une corruption, une seule et même génération écarte tous les accidents contraires à la chose engendrée qui étaient les accidents de la chose corrompue ; au lieu que dans l’altération on n’écarte qu’un seul accident contraire à l’accident que l’altération doit avoir pour terme. De même un seul baptême efface simultanément tous les péchés en donnant à celui qui le reçoit une vie nouvelle ; tandis que la pénitence n’efface tous les péchés qu’autant qu’elle est appliquée à chacun d’eux. C’est pourquoi il faut qu’on soit contrit de chaque péché et qu’on les confesse tous en particulier.
Mais c’est le contraire. Il faut des remèdes différents pour des maladies différentes, parce que ce qui guérit le talon ne guérit pas l’œil, comme le dit saint Jérôme (Sup. illud Marc, chap. 9 : Hoc genus dæmoniorum). Or, la contrition est un remède particulier pour guérir un péché mortel. Il ne suffit donc pas d’une contrition générale pour tous les péchés.
La contrition se manifeste explicitement par la confession. Or, il faut qu’on confesse chaque péché mortel. On doit donc être contrit de chacun d’eux.
Conclusion la contrition, considérée dans son principe, doit avoir pour objet chacun des péchés mortels qui se présentent à la mémoire ; mais quant au terme il suffit d’une seule contrition pour tous les péchés.
Il faut répondre qu’on peut considérer la contrition de deux manières, quant à son principe et quant à son terme. J’appelle principe de la contrition la pensée par laquelle on songe au péché et on en a de la douleur, sinon la douleur de la contrition, du moins celle de l’attrition. Le terme de la contrition c’est quand cette douleur est animée par la grâce. Par rapport au principe de la contrition, il faut que l’on soit contrit de chacun des péchés que l’on a dans la mémoire (Saint Thomas dit encore (3a pars, quest. 87, art. 1) : Exigitur ad remissionem peccati mortalis ut homo diligentiam adhibeat ad rememorandum singula peccata mortalia, ut singulia detestetur. Et (De malo, quest. 7, art. 41 ad 3) : Oportet quòd peccata mortalia quæ propriâ voluntate commisit et directè contrariantur gratiæ, in speciali detestetur. Dans un autre endroit il semble dire le contraire (De verit., quest. 9, art. 5) : Sufficit quòd cogitet de hoc quod per culpam suam est aversus à Deo. On pourrait peut-être concilier ces passages en admettant avec Sylvius que cela n’est pas essentiellement requis, au moins pour la contrition imparfaite, et que dans certains cas, lorsque le temps manque par exemple, il suffit d’un regret général, mais qu’ordinairement il faut se repentir de chaque péché. C’est d’ailleurs ce que conseillent dans la pratique tous les théologiens, quelle que soit leur opinion spéculativement sur ce point (Cf. S. Alphonse de Liguori, liv. 6, n° 438).), mais par rapport au terme il suffit d’un acte général qui embrasse toutes les fautes ; car alors ce mouvement agit en vertu de toutes les dispositions intérieures.