Source: http://relevancy.bger.ch/php/aza/http/index.php?lang=de&zoom=&type=show_document&highlight_docid=aza%3A%2F%2F13-03-2006-I_134-2005
Timestamp: 2016-10-20 19:45:51+00:00
Document Index: 330754137

Matched Legal Cases: ['art. 132', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 4', 'art. 16', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 159', 'art. 134']

I 134/05 (13.03.2006)
I 134/05
Arr�t du 13 mars 2006
MM. les Juges Ferrari, Pr�sident, Meyer et Seiler. Greffier : M. M�tral
F.________, recourante, repr�sent�e par Me Gis�le de Benoit, avocate, rue du Lion-d'Or 2, 1003 Lausanne,
(Jugement du 8 octobre 2004)
F.________, n�e en 1955, originaire du P�rou, a exerc� la profession d'infirmi�re dans ce pays jusqu'en 1977. Arriv�e en Suisse en 1993, elle a obtenu un dipl�me d'infirmi�re en soins g�n�raux, d�livr� par la Croix-rouge suisse en 1996. Elle a par la suite exerc� son m�tier pour le compte de plusieurs employeurs successifs, dont l'H�pital X.________. Elle a cess� de travailler le 27 juin 2001 � la demande de son employeur, qui lui a par la suite notifi� son licenciement pour le 31 janvier 2002. Le docteur S.________, sp�cialiste en oto-rhino-laryngologie et allergologie, a attest� une incapacit� de travail totale du 25 juillet au 14 octobre 2001, en raison d'un �tat anxio-d�pressif s�v�re; il a �galement fait �tat de plusieurs autres pathologies, notamment d'an�mie, de dysfonction cervicale, de syndrome lombo-vert�bral et d'allergie respiratoire, en niant toutefois une incapacit� de travail en raison de ces atteintes � la sant� (rapports des 18 et 20 septembre 2002). Le docteur E.________, m�decin traitant de F.________, atteste pour sa part une incapacit� de travail totale depuis le mois d'octobre 2001 en raison d'un trouble de la personnalit� non sp�cifi� et d'un �pisode d�pressif d'intensit� moyenne avec syndrome somatique (rapport du 13 janvier 2003). Il se r�f�re, pour ces diagnostics, � un rapport du 20 mars 2002 des docteurs C.________ et B.________, m�decins au D�partement universitaire de psychiatrie adulte des hospices cantonaux vaudois.
F.________ a d�pos� une demande de prestations de l'assurance-invalidit�, le 6 ao�t 2002. Elle a �galement demand� le versement d'indemnit�s journali�res en cas de maladie par �La Suisse� Compagnie anonyme d'assurances g�n�rales (ci-apr�s : �La Suisse�), avec laquelle l'H�pital X.________ avait conclu un contrat d'assurance collectif. �La Suisse� a confi� au docteur P.________, psychiatre, le soin de r�aliser une expertise en vue de d�terminer la capacit� r�siduelle de travail de l'assur�e. Celui-ci a �tabli son rapport le 13 d�cembre 2002 et a notamment pos� le diagnostic de trouble de l'adaptation avec r�action anxio-d�pressive (F 43.22, selon la Classification statistique internationale des maladies et des probl�mes de sant� connexes �tablie par l'Organisation mondiale de la sant�, 10�me r�vision [CIM-10]) avec somatisations (nucalgies, vertiges occasionnels en tant qu'�quivalents de l'angoisse, gastrites). Il a �galement fait �tat de traits de personnalit� anancastique avec des traits de n�vrose de caract�re (F 60.5; F 60.9). Selon le docteur P.________, ces atteintes � la sant� n'entra�naient pas d'incapacit� de travail. A r�ception de cette expertise, �La Suisse� a refus� d'allouer ses prestations au-del� du 31 d�cembre 2002.
Pour sa part, l'Office de l'assurance-invalidit� pour le canton de Vaud (ci-apr�s : office AI) a rejet� la demande, par d�cision du 18 mars 2003. L'assur�e s'y est oppos�e, en produisant un rapport �tabli le 23 juin 2003 par la doctoresse V.________, sp�cialiste en m�decine interne et rhumatologie, et faisant �tat d'une polyarthralgie dans le contexte d'une fibromyalgie. Selon le docteur E.________, ce diagnostic nouveau justifiait un r�examen du droit aux prestations (lettre du 26 ao�t 2003). Par d�cision sur opposition du 15 d�cembre 2003, l'office AI a maintenu le rejet de la demande de prestations.
F.________ a d�f�r� la cause au Tribunal des assurances du canton de Vaud, en concluant l'octroi d'une rente d'invalidit� avec effet d�s le 1er juillet 2001. Par jugement du 8 octobre 2004, la juridiction cantonale a rejet� le recours.
L'assur�e interjette un recours de droit administratif contre ce jugement, dont elle demande l'annulation. Elle conclut, principalement, � l'octroi d'une rente enti�re d'invalidit�, et subsidiairement, au renvoi de la cause � la juridiction cantonale pour instruction compl�mentaire et nouveau jugement, le tout sous suite de frais et d�pens. A titre pr�alable, la recourante demande la mise en oeuvre d'une expertise m�dicale par le Tribunal f�d�ral des assurances et l'audition des docteurs E.________, V.________ et M.________ (psychiatre), aupr�s desquels elle est en traitement.
L'intim� conclut au rejet du recours, alors que l'Office f�d�ral des assurances sociales a renonc� � se d�terminer.
Le litige porte sur le droit de la recourante � une rente de l'assurance-invalidit�. Le pouvoir d'examen du Tribunal f�d�ral des assurances n'est donc pas limit� � la violation du droit f�d�ral - y compris l'exc�s et l'abus du pouvoir d'appr�ciation - mais s'�tend �galement � l'opportunit� de la d�cision attaqu�e. Le tribunal n'est pas li� par l'�tat de fait constat� par la juridiction inf�rieure et peut s'�carter des conclusions des parties � l'avantage ou au d�triment de celles-ci (art. 132 OJ).
2.1 La l�gislation applicable en cas de changement de r�gles de droit reste celle qui �tait en vigueur lors de la r�alisation de l'�tat de fait qui doit �tre appr�ci� juridiquement ou qui a des cons�quences juridiques, sous r�serve de dispositions particuli�res de droit transitoire (ATF 130 V 446 sv. consid. 1.2.1, 127 V 467 consid. 1, 126 V 166 consid. 4b), Par ailleurs, les faits sur lesquels le Tribunal f�d�ral des assurances peut �tre amen� � se prononcer dans le cadre d'une proc�dure de recours de droit administratif sont ceux qui se sont produits jusqu'au moment de la d�cision administrative litigieuse (ATF 121 V 366 consid. 1b).
2.2 La loi f�d�rale du 6 octobre 2000 sur la partie g�n�rale du droit des assurances sociales (LPGA) et la novelle du 21 mars 2003 modifiant la LAI (4�me r�vision) sont entr�es en vigueur les 1er janvier 2003 et 1er janvier 2004, entra�nant de nombreuses modifications l�gales dans le domaine de l'assurance-invalidit�. Compte tenu de la date de la d�cision administrative litigieuse (15 d�cembre 2003), la juridiction cantonale devait examiner les pr�tentions du recourant � l'aune des dispositions de la LAI en vigueur jusqu'au 31 d�cembre 2002, pour la p�riode courant jusqu'� cette date, puis en tenant compte des modifications l�gislatives entr�es en vigueur le 1er janvier 2003, pour la p�riode courant depuis cette date. En revanche, les modifications introduites par la 4�me r�vision de l'AI depuis le 1er janvier 2004 ne sont pas applicables en l'esp�ce.
Cela �tant, la LPGA n'a pas modifi� la notion d'invalidit� ni les principes relatifs l'�chelonnement des rentes selon le taux d'invalidit� ainsi qu'� la mani�re d'�valuer ce taux. Le jugement entrepris les expose correctement, de sorte qu'il convient d'y renvoyer, quand bien m�me les normes cit�es le sont exclusivement dans leur teneur post�rieure � l'entr�e en vigueur de la LPGA, mais ant�rieure � la 4�me r�vision de l'AI.
3.1 Les premiers juges ont consid�r� que l'assur�e ne souffrait d'aucune atteinte � la sant� physique ou psychique entra�nant une diminution durable de sa capacit� de travail et de gain. En ce qui concerne les atteintes � la sant� physique, ils pouvaient fonder cette constatation, notamment, sur les rapports �tablis par le docteur E.________ jusqu'en janvier 2003. Selon ce m�decin, les atteintes � la sant� de l'assur�e ayant des effets sur sa capacit� de travail �taient d'ordre psychique (trouble de la personnalit� non sp�cifi� et �pisode d�pressif avec syndrome somatique); les autres atteintes diagnostiqu�es �taient sans r�percussion sur la capacit� de travail (rapport du 18 janvier 2003). Le docteur S.________ a lui aussi pr�cis� que les atteintes � la sant� physique qu'il avait diagnostiqu�es n'entra�naient pas d'incapacit� de travail (rapports des 18 et 20 septembre 2002). Quant aux atteintes � la sant� psychique de l'assur�e, le docteur P.________ a exclu qu'elles aient pour effet une incapacit� de travail. Les autres psychiatres consult�s par la recourante ne se sont pas prononc�s sur ce point.
La recourante s'appuie, pour sa part, sur le rapport du 23 juin 2003 �tabli par la doctoresse V.________, qui pose le diagnostic de fibromyalgie, ainsi que sur le rapport du 26 ao�t 2003 du docteur E.________, d'apr�s lequel ce nouveau diagnostic justifie un r�examen du cas par l'assurance-invalidit�. La recourante est d'avis que la fibromyalgie et ses effets sur sa capacit� de travail n'ont pas fait l'objet de mesures d'instruction suffisantes par l'office AI et la juridiction cantonale; elle exige la mise en oeuvre d'une expertise pluridisciplinaire, ainsi que l'audition, par le Tribunal f�d�ral des assurances, des docteurs E.________, V.________ et M.________ (psychiatre), aupr�s desquels elle est en traitement.
3.2 Dans un arr�t S. du 8 f�vrier 2006 (I 336/04), destin� � la publication, le Tribunal f�d�ral des assurances a pr�cis� comme suit sa jurisprudence relative � la fibromyalgie :
3.2.1.1 La fibromyalgie est une affection rhumatismale reconnue par l'Organisation mondiale de la sant� (OMS; CIM-10 : M 79.0), caract�ris�e par une douleur g�n�ralis�e et chronique du syst�me ost�o-articulaire et s'accompagnant g�n�ralement d'une constellation de perturbations essentiellement subjectives (tels que fatigue, troubles du sommeil, sentiment de d�tresse, c�phal�es, manifestations digestives et urinaires d'allure fonctionnelle). Les crit�res diagnostiques, �tablis pour la premi�re fois par l'American Rheumatism Association, sont la combinaison d'une douleur g�n�ralis�e int�ressant l'axe du corps, les h�micorps droit et gauche, � la fois au-dessus et en dessous de la taille, durant au moins trois mois, ainsi que des douleurs � la palpation d'au moins 11 points douloureux (�tender points�) sur 18 (Pierre-Alain Buchard, Peut-on encore poser le diagnostic de fibromyalgie ?, in : Revue m�dicale de la Suisse romande, 2001, p. 444). Il existe deux formes de fibromyalgies (voir Pschyrembel, Klinisches W�rterbuch, �d. Walter de Gruyter, 2004; voir aussi Springer Lexikon Medizin, �d. 2004). Si les sympt�mes fibromyalgiques se manifestent de la m�me mani�re sous les deux formes, celle secondaire - qui est trois fois plus r�pandue dans la population - se distingue de celle primaire par le fait qu'elle se trouve associ�e � d'autres maladies (par exemple des maladies d�g�n�ratives rhumatismales). Aucune �tiologie n'a pu �tre clairement �tablie pour la forme primaire de la fibromyalgie, dont le diagnostic est pos� par exclusion (�tender points� douloureux en l'absence de toute autre maladie, en particulier inflammatoire).
3.2.1.2 Depuis plusieurs ann�es, le diagnostic de fibromyalgie fait l'objet d'une controverse dans la communaut� m�dicale. Parce qu'un tel diagnostic ne fait que d�finir un �tat douloureux et qu'� ce jour, les recherches entreprises n'ont r�v�l� aucune explication pathog�nique satisfaisante � cette situation clinique (absence d'anomalies tissulaires ou biochimiques �videntes), certains m�decins en contestent l'existence m�me. Selon eux, la fibromyalgie n'est pas une maladie, mais une �tiquette pour d�crire des maux inexplicables qui rel�veraient davantage d'une probl�matique bio-psycho-sociale que d'une v�ritable pathologie m�dicale. D'autres, en revanche, y attachent une valeur de maladie. Il est � noter que la fibromyalgie est tr�s souvent mise en relation avec d'autres ph�nom�nes douloureux, dont le trouble somatoforme douloureux et le syndrome de fatigue chronique, en raison notamment d'une importante similitude dans leur symptomatologie respective. Comme la fibromyalgie ne peut gu�re, �tant donn�e son �tiologie incertaine, �tre rang�e dans la cat�gorie des atteintes � la sant� psychiques ou psychosomatiques, ou encore dans celle des atteintes � la sant� organiques, il se d�gage une tendance g�n�rale parmi les auteurs d'admettre une combinaison de ces deux �l�ments, avec cependant une pr�pond�rance des facteurs psychosomatiques (sur cette controverse m�dicale, voir par exemple Pierre-Alain Buchard, op. cit., p. 443 ss; Jacques-Antoine Pfister, Fibromyalgie, trouble somatoforme douloureux, syndrome de fatigue chronique - quels rep�res m�dicaux, humains et ass�curologiques ?, in : Revue m�dicale de la suisse romande, 2003 p. 650 ss; Wolfgang Haushotter, Begutachtung somatoformer und funktionneller St�rungen, 2�me �d. Urban et Fischer, Munich 2004, p. 105 ss; Herbert Csef, Was sind CFS, MCS und FM ? Stellenwert und Gemeinsamkeiten dreier �Modekrankheiten� in : Grenzwertige psychische St�rungen, Diagnostik und Therapie in Schwellenbereichen, �d. Thieme 2004, p. 63 ss, plus sp�cialement p. 73; N.M. Hadler, Die Semiotik der Fibromyalgie und verwandter somatoformer St�rungen, in : Praxis 94/2005, �d. Hans Huber, Berne, p. 1999 ss; Karl C. Mayer, Fibromyalgie - Stichworte zu einer Kontroverse, sous http://www.neuro24.de/fibromyalgie.htm).
3.2.1.3 Il n'est pas n�cessaire de prendre position sur cette controverse m�dicale. D'une part, il n'appartient pas � l'administration ou au juge de remettre en cause le diagnostic pos� par un m�decin, quel que soit le courant m�dical dont il se r�clame; est seul d�cisif que le diagnostic s'appuie lege artis sur les crit�res d'un syst�me de classification reconnu. D'autre part, ce qui importe pour juger du droit aux prestations d'un assur�, c'est la r�percussion de l'atteinte � la sant� diagnostiqu�e sur la capacit� de travail (art. 4 al. 1 LAI, art. 16 LPGA). Seule la r�ponse � cette question int�resse finalement le juriste dans une proc�dure portant sur l'incapacit� de travail ou l'invalidit�; le d�bat m�dical relatif � la d�nomination diagnostique la mieux appropri�e pour d�crire l'�tat de souffrance du patient se r�v�le dans ce contexte plut�t secondaire (Meyer-Blaser, Der Rechtsbegriff der Arbeitsunf�higkeit und seine Bedeutung in der Sozialversicherung, in : Schmerz und Arbeitsunf�higkeit, St. Gall 2003, p. 64, note 93). On rappellera qu'un diagnostic est une condition juridique n�cessaire, mais non suffisante pour conclure � une atteinte � la sant� invalidante (cf. ATF 131 V 50 consid. 1.2, 130 V 353 consid. 2.2.3).
3.2.1.4 En ce qui concerne la question de l'appr�ciation de la capacit� de travail d'une personne atteinte de fibromyalgie, il faut admettre que l'on se trouve dans une situation comparable � celle de l'assur� souffrant d'un trouble somatoforme douloureux. Ces deux atteintes � la sant� pr�sentent en effet des points communs. Tout d'abord, on peut constater que leurs manifestations cliniques sont pour l'essentiel similaires (plaintes douloureuses diffuses; pour la d�finition du trouble somatoforme douloureux, voir CIM-10 : F 45.4). C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il n'est pas rare de voir certains m�decins poser indistinctement l'un ou l'autre diagnostic ou assimiler la fibromyalgie au trouble somatoforme douloureux. Ensuite, dans l'un comme dans l'autre cas, il n'existe pas d'�tiologie claire et fiable pouvant expliquer l'origine des douleurs exprim�es. Cela rend la limitation de la capacit� de travail difficilement mesurable, car l'on ne peut pas d�duire l'existence d'une incapacit� de travail du simple diagnostic pos�. En particulier, un diagnostic de fibromyalgie ou de trouble somatoforme douloureux ne renseigne pas encore sur l'intensit� des douleurs ressenties par la personne concern�e, ni sur leur �volution ou sur le pronostic qu'on peut poser dans un cas concret. Certains auteurs d�clarent du reste que la plupart des patients atteints de fibromyalgie ne se trouvent pas notablement limit�s dans leurs activit�s (voir Haushotter, op. cit., p. 119; Karl C. Mayer, loc. cit.). Eu �gard � ces caract�ristiques communes et en l'�tat actuel des connaissances, il se justifie donc, sous l'angle juridique, d'appliquer par analogie les principes d�velopp�s par la jurisprudence en mati�re de troubles somatoformes douloureux lorsqu'il s'agit d'appr�cier le caract�re invalidant d'une fibromyalgie.
3.2.2.1 Selon la jurisprudence, les troubles somatoformes douloureux n'entra�nent pas, en r�gle g�n�rale, une limitation de longue dur�e de la capacit� de travail pouvant conduire � une invalidit� (ATF 130 V 354 consid. 2.2.3). Il existe une pr�somption que les troubles somatoformes douloureux ou leurs effets peuvent �tre surmont�s par un effort de volont� raisonnablement exigible (ATF 131 V 50). Pour les raisons qui viennent d'�tre expos�es, il y a lieu de poser la m�me pr�somption en ce qui concerne la fibromyalgie.
3.2.2.2 Le Tribunal f�d�ral des assurances a toutefois reconnu qu'il existe des facteurs d�termin�s qui, par leur intensit� et leur constance, rendent la personne incapable de fournir cet effort de volont�, et �tabli des crit�res permettant d'appr�cier le caract�re invalidant de troubles somatoformes douloureux (cf. ATF 130 V 354 et 131 V 50). Il est l�gitime d'admettre que ces circonstances sont �galement de nature � fonder, exceptionnellement, un pronostic d�favorable dans les cas de fibromyalgie. A cet �gard, on retiendra, au premier plan, la pr�sence d'une comorbidit� psychiatrique importante par sa gravit�, son acuit� et sa dur�e. Peut constituer une telle comorbidit� un �tat d�pressif majeur (en mati�re de troubles somatoformes douloureux, voir ATF 130 V 358 consid. 3.3.1 et la r�f�rence). Parmi les autres crit�res d�terminants, doivent �tre consid�r�s comme pertinents et transposables au contexte de la fibromyalgie, un processus maladif s'�tendant sur plusieurs ann�es sans r�mission durable (symptomatologie inchang�e ou progressive), des affections corporelles chroniques, une perte d'int�gration sociale dans toutes les manifestations de la vie et l'�chec de traitements ambulatoires ou stationnaires conformes aux r�gles de l'art (m�me avec diff�rents types de traitement), cela en d�pit de l'attitude coop�rative de la personne assur�e. En pr�sence d'une comorbidit� psychiatrique, il sera �galement tenu compte de l'existence d'un �tat psychique cristallis� r�sultant d'un processus d�fectueux de r�solution du conflit, mais apportant un soulagement du point de vue psychique (profit primaire tir� de la maladie, fuite dans la maladie). Enfin, comme dans les cas de troubles somatoformes douloureux, on conclura � l'absence d'une atteinte � la sant� ouvrant le droit aux prestations d'assurance si les limitations li�es � l'exercice d'une activit� r�sultent d'une exag�ration des sympt�mes ou d'une constellation semblable (par exemple une discordance entre les douleurs d�crites et le comportement observ�, l'all�gation d'intenses douleurs dont les caract�ristiques demeurent vagues, l'absence de demande de soins, de grandes divergences entre les informations fournies par le patient et celles ressortant de l'anamn�se, le fait que des plaintes tr�s d�monstratives laissent insensible l'expert, ainsi que l'all�gation de lourds handicaps malgr� un environnement psychosocial intact).
3.2.2.3 Une expertise psychiatrique est, en principe, n�cessaire quand il s'agit de se prononcer sur l'incapacit� de travail que les troubles somatoformes douloureux sont susceptibles d'entra�ner (ATF 130 V 353 consid. 2.2.2 et 399 consid. 5.3.2). Quand bien m�me le diagnostic de fibromyalgie est d'abord le fait d'un m�decin rhumatologue, il convient ici aussi d'exiger le concours d'un m�decin sp�cialiste en psychiatrie, d'autant plus que, comme on l'a dit, les facteurs psychosomatiques ont, selon l'opinion dominante, une influence d�cisive sur le d�veloppement de cette atteinte � la sant�. Une expertise interdisciplinaire tenant � la fois compte des aspects rhumatologiques et psychiques appara�t donc la mesure d'instruction ad�quate pour �tablir de mani�re objective si l'assur� pr�sente un �tat douloureux d'une gravit� telle - eu �gard �galement aux crit�res d�terminants pr�cit�s (consid. 3.2.2.2 supra) - que la mise en valeur de sa capacit� de travail sur le march� du travail ne peut plus du tout ou seulement partiellement �tre exigible de sa part (voir aussi P. Henningsen, Zur Begutachtung somatoformer St�rungen, in : Praxis 94/0025, p. 2007 ss). On peut r�server les cas o� le m�decin rhumatologue est d'embl�e en mesure de constater, par des observations m�dicales concluantes, que les crit�res d�terminants ne sont pas remplis, ou du moins pas d'une mani�re suffisamment intense, pour conclure � une incapacit� de travail.
3.3 En l'occurrence, tous les m�decins consult�s jusqu'en juin 2003 ont consid�r� que les douleurs de l'assur�e �taient essentiellement dues � des facteurs d'orde psychique. Pour la premi�re fois le 23 juin 2003, la doctoresse V.________ a pos� le diagnostic de fibromyalgie, sans prendre position sur la capacit� de travail r�siduelle de l'assur�e. Contrairement � ce que soutiennent le docteur E.________ et la recourante, ce diagnostic ne justifie pas la mise en oeuvre d'une nouvelle expertise. Comme on l'a vu, les facteurs psychiques ont une influence d�cisive sur la mani�re d'appr�cier l'incapacit� de travail d'une personne atteinte de fibromyalgie. Or, le docteur P.________, au terme d'un rapport psychiatrique probant, a consid�r� qu'une reprise du travail � 100 % pouvait �tre exig�e de l'assur�e, malgr� l'existence d'atteintes � la sant� psychique (troubles de l'adaptation avec r�action anxio-d�pressive, traits de personnalit� anancastiques et de n�vrose de caract�re). Selon ce m�decin, la recherche de prestations d'assurance (profit secondaire tir� de la maladie, avec une attitude revendicatrice massive) constitue en l'occurrence un facteur d�terminant sur l'�volution des plaintes de F.________, dont les activit�s habituelles ne sont par ailleurs pas entrav�es (�elle d�termine autrement et sans autre pouvoir s'occuper du m�nage, des achats, s'occuper des enfants. Elle peut regarder sans autre et sans difficult�s de concentration la t�l�vision, lit le journal sans difficult�s particuli�res. Elle fait de longues promenades�). Le docteur P.________ a encore mis en �vidence une nette discordance entre les douleurs d�crites et le comportement observ� pendant l'entretien, avec une grande d�monstrativit� (�[...] � peine assise et comme sur demande, elle pleure et se plaint imm�diatement [...], ceci � plusieurs reprises tout en �tant en m�me temps tr�s confortablement et sans une quelconque crispation visible assise dans la chaise�; �lors de l'examen, elle ne montre pas de troubles affectifs particuliers, ne pr�sente pas de trouble de l'�prouv� vital, ni une tristesse particuli�re, pleurant d'une fa�on inad�quate, surtout visiblement volontaire par rapport � l'obtention des prestations ass�curologiques.�). Finalement, et toujours selon
le docteur P.________, l'assur�e est consciente que son �tat de sant� lui permet de travailler et une reprise du travail est clairement exigible.
Ces conclusions sont suffisamment pr�cises, et sont �mises au terme d'un rapport suffisamment probant pour nier l'existence d'une incapacit� de travail en raison de troubles psychiques. Elle permettent �galement de retenir qu'eu �gard � son �tat de sant� psychique, la recourante est en mesure de surmonter sans incapacit� de travail durable les cons�quences d'une �ventuelle fibromyalgie, diagnostiqu�e par la doctoresse V.________, sans que la mise en oeuvre des nouveaux moyens de preuve propos�s en instance f�d�rale soit n�cessaire. En particulier, une expertise pluridisciplinaire n'appara�t pas n�cessaire, compte tenu des rapports �tablis par les diff�rents m�decins consult�s jusqu'en juin 2003 et du caract�re manifestement pr�dominant, en l'occurrence, des aspects psychiques de l'affection dont souffre la recourante.
Vu ce qui pr�c�de, le recours est mal fond�. La recourante ne peut donc pas pr�tendre de d�pens (art. 159 al. 1 OJ). Par ailleurs, la proc�dure porte sur l'octroi ou le refus de prestations d'assurances, de sorte qu'elle est gratuite (art. 134 OJ).