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Timestamp: 2019-10-22 22:33:59+00:00
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L'État retient les clefs de la prison Saint-Michel
Gilbert Laval 16 septembre 2010
SOCIÉTÉ. Rien ne paraît y faire. La ville de Toulouse confirme son intention d’acquérir le site de la prison Saint-Michel. Le comité de quartier demande au préfet que le site, sans ses murs d’enceinte, soit au moins protégé au titre des Monuments historiques. Mais l’État propriétaire n’est pas pressé de répondre.
L’État en question ferait même durer les choses, soupçonne le maire Pierre Cohen, pour ne pas céder les lieux à d’autres clients que des promoteurs privés. Pour refaire ses fonds de caisse, le ministère de la Justice pourrait ainsi oublier le caractère historique de cette prison où furent exécutés de grands résistants comme Marcel Langer de la FTP-MOI.
C’est en janvier 2010 que la prison devait être «disponible», selon un courrier daté de mars 2009 de la Garde des Sceaux Rachida Dati. En septembre 2010, la commission du patrimoine ne l’a toujours pas classée, la laissant libre à une vente au privé et à la démolition.
Épaulé par les associations d’anciens combattant telles l’ANACR et les Guérilleros espagnols et Garibaldiens, le comité de quartier s’y manifestera samedi 18 septembre à 11h à l’occasion de la journée du patrimoine. En attendant, il adresse une lettre recommandée au préfet Dominique Bur que LibéToulouse publie. La lettre :
«Monsieur le préfet de région
L’ancienne Maison d’arrêt Saint-Michel à Toulouse, libérée de ses derniers occupants depuis l’automne 2009, va être vendue très prochainement par l’État. N’étant aujourd’hui l’objet d’aucune protection, elle est menacée de démolition
Nous demandons que l’ensemble de cet édifice monumental soit protégé au titre des Monuments Historiques. Plus précisément, nous demandons la protection au titre des Monuments Historiques du terrain d’assiette et de la totalité des bâtiments d’origine qui suivent: la rotonde centrale et les cinq corps de bâtiments rayonnant depuis cette rotonde qui constituent la raison d’être de l’ensemble, ainsi que tous les bâtiments de la cour carrée ou cour d’honneur, dont le castelet d’entrée.
Conçue et réalisée durant la seconde moitié du XIXe siècle par l’architecte départemental Jacques Esquié (1817-1884), l’ancienne Maison d’arrêt Saint-Michel présente un intérêt architectural et historique -au plan local, national et international- qui a été déjà souligné par le Ministère de la culture :
«Le bâtiment de la vieille Maison d’arrêt Saint-Michel (XIXe siècle), de par son architecture et son insertion dans le tissu urbain, est un témoignage quasi unique de l’histoire des prisons.»
ainsi qu’unanimement par de nombreux historiens de l’art et de l’architecture, tels que Odile Foucaud, maître de conférences en histoire de l’art à l’université Paul Valéry de Montpellier :
«L’ancienne prison Saint-Michel de Toulouse constitue un exemple remarquable, original et édifiant des réalisations nées de la réforme de la pénalité dans le monde occidental au XIXe siècle.»
et Louis Peyrusse, professeur d’histoire de l’art à l’université de Toulouse-Le Mirail :
«Jacques-Jean Esquié est l’auteur de deux chefs d’œuvre du rationalisme architectural: la prison Saint-Michel et l’asile d’aliénés de Braqueville.»
L’ancienne Maison d’arrêt Saint-Michel est l’un des rares exemples qui subsiste aujourd’hui, conservé en bon état dans sa quai totalité, de l’architecture pénitentiaire panoptique à plan radial de la 2nde moitié du XIXe siècle. C’est probablement le première Maison d’arrêt conçue en France en application de la circulaire ministérielle du 13 mai 1854 pour le système pénitentiaire avec séparation des détenus par catégories. Cet ensemble monumental est unique avec sa structure à la fois radiale et axiale avec cinq branches équilibrées et de taille humain (les rues du Gorp et Saint-Denis ont été tracées en fonction du projet architectural, d’où la forme pentagonale du parcellaire). Sa réalisation de 1861-1869 avec des matériaux locaux a été l’occasion d’innovations techniques.
De plus, l’ancienne Maison d’arrêt Saint-Michel a marqué l’histoire de Toulouse et au-delà, notamment à cause d’événements douloureux qui s’y déroulèrent pendant la seconde guerre mondiale. Ce serait faire injure à la mémoire de tout ceux -femmes et hommes- qui y furent incarcérés, tels qu’André Malraux, torturés et exécutés, tels Marcel Langer (la station de métro devant le site porte son nom) que de détruire un tel édifice, lieu de leurs souffrances. La libération des détenus par les familles des détenus, en particuliers leurs femmes, est aussi l’un des épisodes marquants de la Résistance toulousaine pour la libération de notre ville.
Aujourd’hui, l’ancienne Maison d’arrêt Saint-Michel pourrait redevenir un équipement public en l’affectant à de nouveaux usages et en créant des jardins publics autour des branches du bâtiment central. Les conseils municipaux successifs de la ville de Toulouse se sont engagés unanimement, majorité comme opposition, pour la conservation de l’ensemble des bâtiments d’origine et leur réhabilitation dans ce sens. Missionné par la mairie de Toulouse, le cabinet Atlante sous la direction de Richard Edwards a montré l’intérêt et la faisabilité d’un tel projet de réhabilitation (2003, 2005-2006).
Nous rappelons que l’ancienne Maison d’arrêt Saint-Michel a été conçue comme un projet global cohérent. Il serait donc absurde, au regard des conditions de sa création et de la qualité de sa conservation, que cette ensemble monumental ne soit protégé que partiellement.
Nous tenant à votre disposition pour tout renseignement complémentaire, nous vous prisons de croire, Monsieur le préfet, en l’expression de nos salutations respectueuses.
Pour le Comité de quartier Saint-Michel
Guillaume Drijard, président»
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