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Timestamp: 2020-04-10 00:12:07+00:00
Document Index: 12023894

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Travail en prison : une main d’oeuvre docile, rentable et peu avouable
Par Antoine Sanchez-Operiol publié le 01/05/2015 à 06h15 actualisé le 03/07/2015 à 12h56 imprimé le 10/04/2020 à 02h12
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actualisé le 03/07/2015 à 12h56
Le travail en prison a évolué, mais il reste très favorable aux entreprises (-)
En prison, le travail n’est plus obligatoire mais fortement conseillé… Que ce soit pour le fonctionnement de l’établissement pénitentiaire ou pour des entreprises privées, le travail d’un détenu n’est pas encadré par un contrat de travail. Une situation précaire qui l’empêche de défendre ses droits et qui ne semble pas favoriser une réinsertion par le travail.
Des travailleurs sans le droit du travail. L’expression peut paraître provocante, mais elle décrit la situation des détenus. Depuis la loi pénitentiaire de novembre 2009 qui aurait pu instaurer le contrat de travail, le détenu volontaire signe seulement un « acte d’engagement » auprès de l’administration pénitentiaire. Une fois cet acte signé, il peut travailler dans des ateliers rattachés à la prison, les « concessions », pour le compte d’entreprises privées. Il n’est donc pas lié contractuellement à son employeur.
Philippe Bertrand, responsable du développement, du travail et de l’emploi à la Direction interrégionale des services pénitentiaires Est-Strasbourg, décrit la procédure d’engagement :
« Lorsqu’un détenu arrive, il passe entre 8 et 15 jours dans le quartier des arrivants. Le chef de détention, des surveillants, et des membres du personnel le rencontrent pour connaître son parcours et l’orienter dans son projet de réinsertion. La commission pluridisciplinaire unique le classe pour une éventuelle demande. S’il en fait la demande, la commission de classement lui propose un poste dans un atelier ou au service général, ou encore une formation. »
« Il y a toujours plus de détenus que de travail »
À la maison d’arrêt de Strasbourg, ils sont environ 170 à travailler : 80 dans le service général (les services de l’établissement), 90 en concessions et 40 en formation professionnelle. Mais beaucoup plus à vouloir le faire. Vivre en prison a un coût et les listes d’attente pour l’emploi sont souvent longues. Ce n’est donc pas vraiment dans l’intérêt du détenu de se plaindre ou de refuser un travail :
« Si le détenu refuse un poste, il sort de la liste d’attente et doit refaire une demande de classement. Mais c’est rare car les détenus savent que le fait de travailler permet d’obtenir des remises de peine. Le nombre de postes est nettement inférieur à la demande et l’offre varie beaucoup dans l’année. En moyenne, ils attendent deux à trois mois avant de pouvoir travailler. »
Coralie Maignan, étudiante en master 2 en droit pénal et sciences criminelles rédige un mémoire sur le statut juridique du travailleur détenu. Pour elle, le système de la prison contraint les détenus à travailler sans se préoccuper de leurs droits :
« Les détenus ont besoin d’argent pour “cantiner”, c’est à dire consommer les produits vendus dans la supérette. La cantine est souvent mauvaise, alors ils s’achètent de quoi manger mais certains produits y sont bien plus chers qu’à l’extérieur. À cela s’ajoute l’abonnement TV et le prix exorbitant du téléphone à cause du monopole d’un opérateur. Tout ce système pousse à travailler mais personne ne se plaint car il y a toujours plus de détenus que de travail. »
Un salaire minimum de référence pas toujours appliqué
Sur son acte d’engagement, le détenu peut y lire ses conditions de travail ainsi que sa rémunération. Celle-ci se fait à la pièce ou à la journée, et ne doit pas être inférieure à 45% du SMIC dans le cas du travail en atelier. Elle est entre 20 et 33% du SMIC pour le travail en service général. Cependant, ce salaire minimum de référence n’est pas toujours appliqué, comme le constate dans ses rapports le Contrôleur général des lieux de privation des libertés. À la maison d’arrêt de Strasbourg, les détenus travaillant en atelier sont payés à la pièce. Donc le salaire dépend de la productivité comme l’explique Philippe Bertrand :
« Le salaire moyen d’un détenu est inférieur à cette base de 45%. C’est l’employeur qui fixe le nombre de pièces à réaliser. Il ne peut pas se permettre de payer les détenus de la même façon s’ils n’ont pas tous le même rendement. C’est à nous, en interne, de valoriser le détenu en lui proposant des missions qui lui correspondent. Pour cantiner, les détenus nous disent qu’ils n’ont besoin que d’une somme entre 100 et 150 euros par mois. À raison de 30 heures par semaine, ils les gagnent… »
Sur ce salaire, 10% sont prélevés automatiquement pour l’indemnisation des parties civiles et 10% pour le pécule de sortie si le détenu gagne plus d’une centaine d’euros. Mais plus que la faiblesse des salaires, c’est aussi la nature des tâches proposées qui pose question. Dans la loi de 2009, une obligation d’activité a été instaurée pour favoriser la réinsertion sociale par des activités culturelles ou sportives, la formation mais surtout par le travail. Difficile de voir dans des activités aussi répétitives que du conditionnement ou du cartonnage une préparation à la réinsertion. Philippe Bertrand concède que le travail en prison sert surtout à maintenir un rythme de vie :
« Oui dans l’idéal l’insertion passerait par un travail à la sortie. Mais malheureusement, ici, c’est déjà une victoire si en sortant, ils arrivent à se lever le matin et respectent les ordres d’un contremaître. »
Une alternative à la délocalisation
Cette main d’oeuvre bon marché, qui ne fait pas grève, n’est pas syndiquée, ne peut difficilement refuser un travail, et qui est coupée d’une relation directe avec son employeur, profite à des entreprises privées. Dans le cas d’un grand établissement comme la maison d’arrêt de Strasbourg, les entreprises n’ont même pas directement affaire à la prison. C’est un concessionnaire qui les démarche et centralise le travail dans les ateliers. Tout comme les entreprises, cet intermédiaire préfère garder l’anonymat. Contactées par Rue89 Strasbourg, les entreprises Wurth et Heineken qui fournissent du travail à la maison d’arrêt de Strasbourg n’ont pas souhaité répondre à nos questions.
Pour l’étudiante en droit pénal, ce sont les entreprises privées qui ont bloqué l’instauration d’un contrat de travail en 2009 :
« Les arguments sont nombreux. Dans les maisons d’arrêt, les détenus sont là pour des courtes peines, alors les entreprises expliquent qu’elles n’ont pas temps de les former. Comme la population est perçue comme dangereuse, elles disent qu’elles ne peuvent pas apporter tout le matériel. Résultat, le travail en prison a plus vocation à maintenir le calme que favoriser l’insertion. Car au fond, c’est juste une question de budget. En Suisse par exemple, les prisons ouvertes permettent réellement de former par le travail. Ça demande plus d’espace, mais un détenu en prison ouverte coûte moins cher qu’en prison fermée. Et le taux de récidive est beaucoup plus faible ! »
Depuis quelques années, le nombre d’entreprises faisant appel aux prisons diminue. Cette année, la maison d’arrêt de Strasbourg dit avoir perdu trois clients, réduisant davantage l’offre faite aux détenus.
Sur Libération : Le travail en prison, un boulot comme un autre ?
Stagiaire Rue89 Strasbourg et étudiant en master journalisme à Science po Rennes.
Publié le 22/06/2015 à 07h15
Pierrick Lange
la maison d'arrêt perd des clients ... il serait intéressant de se poser des questions sur les commissions d'attribution des emplois dans cette maison d'arrêt
Publié le 04/06/2015 à 18h27
Je ne verserai pas de larmes pour les délinquants, je suis bien trop touché par le sorts de leurs victimes. Alors les trucs larmoyants sur les pauv' z'innocents exploités en prison, bof.
Publié le 03/05/2015 à 12h19
Publié le 01/05/2015 à 16h22
dire que le temps de peine est trop court pour que le travail soit formateur est faux pour 2/3 de la population carcérale.
Travailler en cuisine pourrait devenir une formation. Mais le chef de cuisine est un agent pénitentiaire non formé a encadrer. Le travail et les conditions ne permettent pas, sauf grands changements dans l'organisation. Le groupe de détenus travaillant en cuisine devrait faire l'objet d'une sélection. Et la pénitentiaire n'aime ni le changement, ni ce qui va dans le sens d'une insertion.
Auxiliaire aux domaines : espaces verts, entretiens pourrait être une formation...
Il y a des tas de postes qui pourraient se transformer mais il n'y a aucune volonté car la pénit ne vise que la rentabilité, la 2e raison est que donner du boulot permet de faire du chantage sur les détenus...
Publié le 01/05/2015 à 16h10
Comment la pénitentiaire communique vers les entreprises.
• Les avantages pour l'entreprise
Le travail en prison offre trois avantages
- proximité : avec 191 établissements il existe au moins un établissement par région
- gain financier : un mode de rémunération basé sur la production réelle et des charges patronales moindres
- flexibilité : une souplesse et une réactivité qui permettent de mobiliser rapidement un grand nombre d'opérateurs pour répondre aux demandes
Le gain financier est évident. La production réelle signifie que les gars sont payés à la pièce. Toutes les manipulations que demande la pièce sont du temps non rémunéré. Les "salaires" qui font l'objet d'une fiche mensuelle sont très bas...
Mobiliser un grand nombre ; il y a des gens qui sont classés mais pas appelés au travail. Chaque matin faut se lever, se préparer parfois pour rien...
Publié le 01/05/2015 à 15h57
Il y a deux grands postes de travail à l'elsau. Les Ateliers et le service général. Le service général : classé en cuisine, magasinier, auxiliaire d'étage. L'auxiliaire d'étage signe un support d'engagement, pas de contrat, sur lequel est noté la "rémunération" de 8,11 euros par JOUR et les horaires : 7H30 à 11H30 puis 13H30 à 16H30. Les horaires ne sont jamais respectés, on ne termine jamais avant midi. Le soir vous êtes sans cesse sollicité par les agents, les chefs, pour tout et n'importe quoi. Avec ces contraintes l'accès à l'école, aux activités est impossible. L'accès aux formations est interdit pour celui qui travaille.
Publié le 01/05/2015 à 14h25
Hausse de la productivité, contremaître, inexistence du contrat de travail, interdiction du droit de grève et de rassemblement syndical... au tarif de 150 euros pour 30 heures de travail... et au profit d'une ou deux multinationales philanthrope : c'est l'avenir !
Publié le 01/05/2015 à 14h36
Johnny de l'elsau
répond à Charlot
Les banques adorent cette main d'oeuvre
Publié le 01/05/2015 à 19h55
répond à Johnny de l'elsau
Commandé un paquet sur Amazon il y a quelque temps.
Assez surpris d'avoir lu dans le suivi du colis un passage par Fleury Mérogis.
J'avais bien entendu tout de suite pensé à la prison.
Et aussi à ce sketch de Michael Moore qui prévenait le voyageur de quelque compagnie aérienne de ne pas s'engueuler avec un conseiller téléphonique, les plate-formes se trouvant parfois dans les prisons et le conseiller en question - "un violeur ou serial killer" - ayant maintenant votre numéro de téléphone et agdresse...:-)
Publié le 01/05/2015 à 08h50
Les commissions de classement sont pipées. Les listes d'attente ne sont pas respectées. Il y a des gens qui ne travailleront jamais, d'autres seront classées rapidement. Dans les commissions ils font des régularisations pour ceux qui sont choisis par la chef des ateliers sans passer par les commissions.
Ceux qui ont commis des délits sexuels ou des crimes ont un atelier à part et du boulot rapidement.
Publié le 01/05/2015 à 09h29
Ils devrait organiser un concours de chansons comme dans le système pénitentiaire russe avec remise de peine et contrat de disque à la clef pour le gagnant, enfin la gagnante puisque c'est réservé aux femmes.
Blatnoy exclu bien sûr...
Publié le 01/05/2015 à 07h28
On ne peut que souligner l'évolution très favorable de Rue 89 Strasbourg qui multiplie les articles de fond et les recherches authentiques et en féliciter les journalistes qui éclairent sans frilosité des aspects tout à fait intéressants mais peu connus de la vie locale mais aussi bien "universalisable" (en soulignant ici par exemple une faille dans le droit français du travail ) sans le scrupule souvent réducteur d'une presse écrite classique trop soumise au politiquement correct et aux diktats des annonceurs.
A féliciter donc l'auteur de cet article mais aussi bien toute la rédaction, en ce jour de 1er Mai, pour leur travail et la qualité croissante de leurs contributions à une information locale (mais non limitée) de fond et de qualité ! :-)
Publié le 01/05/2015 à 09h20
Je suis d'accord avec vous Vassili.
Publié le 01/05/2015 à 09h25
répond à Agathezeblouse
Publié le 03/05/2015 à 23h50
Waw. Merci.
https://www.rue89strasbourg.com/travail-en-prison-main-oeuvre-docile-rentable-85409