Source: http://doczz.fr/doc/44983/l-%C3%A9volution-paradoxale-du-droit-de-garder-le-silence---hal
Timestamp: 2020-02-27 13:04:23+00:00
Document Index: 225963464

Matched Legal Cases: ['arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ']

L`évolution paradoxale du droit de garder le silence - HAL - France
L`évolution paradoxale du droit de garder le silence - HAL
L’évolution paradoxale du droit de garder le silence:
analyse de l’argumentation juridique de deux arrêts de
la Cour suprême des États-Unis Miranda (1966) et
Berghuis (2010)
Marion Charret del Bove. L’évolution paradoxale du droit de garder le silence: analyse de
l’argumentation juridique de deux arrêts de la Cour suprême des États-Unis Miranda (1966)
et Berghuis (2010). ASp - La revue du GERAS, revue.org (en ligne) / Bordeaux : GERAS
(imprimé), 2013, 63, pp.93-111. <hal-00980082>
HAL Id: hal-00980082
https://hal-univ-lyon3.archives-ouvertes.fr/hal-00980082
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Multiplicités des approches en anglais de spécialité
L’évolution paradoxale du droit
de garder le silence : analyse de
l’argumentation juridique de deux
arrêts de la Cour suprême des ÉtatsUnis, Miranda (1966) et Berghuis
Marion Charret-Del Bove, « L’évolution paradoxale du droit de garder le silence : analyse de l’argumentation
juridique de deux arrêts de la Cour suprême des États-Unis, Miranda (1966) et Berghuis (2010) », ASp [En ligne],
63 | 2013, mis en ligne le 07 octobre 2014, consulté le 04 juillet 2016. URL : http://asp.revues.org/3315 ; DOI :
10.4000/asp.3315
Éditeur : Groupe d’étude et de recherche en anglais de spécialité
http://asp.revues.org/3315
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L’évolution paradoxale du droit de garder le silence : analyse de l’argumentation juridiq (...)
L’évolution paradoxale du droit de garder
le silence : analyse de l’argumentation
juridique de deux arrêts de la Cour
suprême des États-Unis, Miranda (1966) et
Pagination de l’édition papier : p. 93-111
Sir, you have these rights under the Supreme Court’s decision of Miranda v. Arizona. You
have the right to remain silent and anything you say can and may be used against you;
you have a right to have a lawyer present prior to and during any questioning; if you can’t
afford a lawyer and you want one, one will be appointed for you; and, you have a right to
terminate this interview at any time.
Les propos ci-dessus font référence aux droits parmi les plus connus au monde, ceux
énoncés aux personnes arrêtées aux États-Unis avant qu’elles soient interrogées. Il s’agit de
l’avertissement oral utilisé quotidiennement par les forces de l’ordre, les « mots magiques »
selon la juge Sotomayor (Berghuis 2010 : 20, Sotomayor dissenting) que les spectateurs de
chaque série américaine attendent tant ils sont devenus, comme l’indique le Chief Justice
Rehnquist, une partie intégrante de la culture de ce pays (Dickerson 2000: 443).
Ainsi se trouve illustrée l’idée du continuum qui existe, selon Pierre Lerat, entre langue
générale et langue de spécialité (1995 : 20) : un discours spécialisé (juridique dans notre
étude) est ancré dans la langue commune, celle du quotidien des justiciables et des policiers
américains. Il ne s’agit pas ici d’une langue cabalistique et obscure mais bien de « l’usage
d’une langue naturelle pour rendre compte techniquement de connaissances spécialisées »,
« une langue naturelle considérée en tant que vecteur de connaissances spécialisées » (Lerat
1995 : 21, 20), à savoir la notification de droits qui doivent être clairement énoncés pour
être compréhensibles. En effet, les officiers de police outre-Atlantique doivent employer des
expressions précises et simples afin de transmettre aux personnes placées en état d’arrestation
en vue d’un interrogatoire1, la connaissance de certains de leurs droits fondamentaux parmi
lesquels le droit de garder le silence. Cet emploi particulier de la langue juridique vise la nonambiguïté de la communication dans un contexte particulier, celui de l’arrestation policière2
aux États-Unis. L’énonciation des droits doit être claire de manière à rendre, d’une part,
ces droits compréhensibles et, d’autre part, les déclarations volontaires qui découlent de
l’arrestation et de l’interrogatoire recevables dans le cadre d’une procédure pénale. Ainsi se
pose la question de la clarté de la langue du droit.
Nul ne peut contester « l’extrême diversité des discours du droit » (Cornu 2005 : 213) parmi
lesquels Gérard Cornu répertorie les textes de nature juridictionnelle (les décisions de justice)
qui, selon Claude Bocquet, relèvent du mode syllogistique (2008 : 10). Le syllogisme est défini
comme « un raisonnement qui contient trois propositions dont la troisième dite conclusion est
la conséquence des deux autres, appelées prémisses (la majeure et la mineure) » (Bissardon
2009 : 421). De ce fait, toute décision de justice prend la forme d’un syllogisme judiciaire
dans lequel la majeure est la règle de droit, la mineure les faits de l’espèce et la conclusion
la décision rendue par le juge.
Mais quelle que soit la nature du texte, les spécificités de la langue juridique, d’ordre
terminologique ou phraséologique sont susceptibles de constituer un obstacle à la
compréhension tel un voile opaque qu’il semble parfois impossible à lever. Notre propos est
ici d’analyser deux arrêts de la Cour suprême des États-Unis, Miranda v. Arizona rendu en
ASp, 63 | 2013
1966 et Berghuis v. Thompkins en 2010, tous deux relatifs au droit de garder le silence3. Ross
Charnock explique que, confronté à une décision de justice, le non-juriste « a quelquefois
l’impression d’une discipline purement technique et d’un raisonnement objectif qui amène
inévitablement à des décisions claires et indiscutables » (2002 : 7).
Certes, une décision de justice se doit de dire le droit et d’interpréter un point juridique
de manière claire. Camille-Julia Guillermet souligne l’existence de quatre grandes fonctions
de la motivation des décisions de justice en France : lutte contre l’arbitraire, contrôle par
la Cour de cassation, constitution d’une doctrine et compréhension des parties (2006 : 17).
Cette dernière fonction s’applique également aux arrêts émanant de la plus haute juridiction
fédérale américaine. En effet, dans le cadre d’un litige où deux parties s’affrontent, la solution
fournie par les neuf sages modifie l’environnement de ces parties : « tenues de l’exécuter, il
est judicieux qu’elles la comprennent et qu’elles y adhèrent » (Guillermet 2006 : 18). Plus
une décision de justice est claire, mieux elle sera comprise et appliquée de part et d’autre. La
force argumentative d’un texte juridique normatif hautement spécialisé dépend donc de son
degré de compréhension.
Notre étude porte sur la question de l’interprétation du cinquième amendement qui indique que
« nul ne pourra, dans une affaire criminelle, être obligé de témoigner contre lui-même » (nor
shall be compelled in any criminal case to be a witness against himself). Ce droit qui
garantit une protection contre l’auto-incrimination (privilege against self-incrimination) était
initialement prévu dans un contexte judiciaire très limité, celui de la salle de tribunal.
La question posée aux juges américains en 1966 était de savoir si l’interprétation dudit
amendement pouvait étendre la notion de protection contre l’auto-incrimination au contexte de
l’arrestation et de la salle d’interrogatoire. La réponse fut affirmative et l’application du droit
au silence, énoncée dans la décision Miranda, fut par la suite modifiée par plus de quarante
ans de jurisprudence jusqu’à l’affaire Berghuis de 2010.
Plusieurs questions méritent ici d’être soulevées. Quels sont les indices textuels présents dans
les deux arrêts permettant de repérer les différents arguments employés par les juges ? Dans
quelle mesure l’arrêt Miranda était-il clair pour permettre une application efficace du droit au
silence et du maintien de l’ordre ? L’arrêt rendu en 2010 constitue-t-il une clarification du droit
au silence ? Afin de répondre à ces diverses interrogations, nous proposons dans un premier
temps de procéder à une étude comparative des deux décisions de justice du point de vue de
leur structuration et de leur argumentation. De cette étude découlera notre seconde partie : se
dirige-t-on vers une clarification de l’application du droit de garder le silence ?
2. Étude comparative de la macro-structure des arrêts
Miranda v. Arizona et Berghuis v. Thompkins
Les deux arrêts qui composent notre corpus se distinguent par une structuration identique
en deux ou trois parties, caractéristique des décisions de justice rendues par les juridictions
du second degré aux États-Unis. Le découpage suit donc le schéma suivant : la première
partie, appelée opinion of the Court ou majority opinion, constitue la partie de la décision
rendue par la majorité des juges de la Cour ; cette partie contient le ratio decidendi,
« expression latine signifiant “raison de décider”, parfois utilisée pour désigner le processus
décisionnel d’une autorité, le motif essentiel, la raison décisive, la donnée déterminante de la
décision » (Cornu 2008 : 762), et qui produit les effets juridiques de l’arrêt, comme le démontre
l’expression trouvée à la fin de chaque avis majoritaire dans les deux décisions : « It is so
ordered » (Miranda 496, Berghuis 19). Des notes en bas de page doivent être lues au fur et
à mesure de la consultation des arrêts.
Si les neufjuges ne sont pas d’accord avec une décision unique, deux cas de figure peuvent
se présenter. Celui, celle ou ceux qui acceptent tout ou partie du jugement définitif, mais ne
partagent pas le raisonnement juridique suivi pour rendre ledit jugement, rédigent également
un avis appelé concurring opinion. T.R. van Geel (2008) indique : « [...] the writer of the
concurring opinion may agree with the majority on the judgment, but not on the majority’s
reasoning » (2008 : 11-12). La situation se retrouve dans Miranda puisque le juge Clark rédige
un avis par lequel il exprime son désaccord et son accord partiels avec le jugement majoritaire,
« Dissenting in Part, Concurring in Part » (Miranda 499-504). Clark est d’accord avec le
jugement rendu dans les trois premières affaires, Miranda v. Arizona, Vignera v. New York
et Westover v. United States, mais pas avec celui rendu dans la dernière affaire California v.
Stewart, ces quatre affaires étant en fait jugées dans le même arrêt. Un tel avis ne se trouve
pas dans Berghuis.
Le deuxième cas de figure correspond à l’avis appelé dissenting opinion, signé par le ou les
juges qui ne partagent pas le point de vue de la majorité et qui expriment les raisons de leur
désaccord. C’est le cas des juges Harlan et White qui rédigent chacun un avis dissident dans
l’arrêt Miranda : p. 504 à 526 pour Harlan, p. 526 à 545 pour White. En effet, lorsque des
juges se trouvent dans la minorité, ils estiment parfois nécessaire d’expliquer les arguments
qui les ont conduits à s’opposer à l’avis majoritaire, arguments qui peuvent différer d’un juge
dissident à un autre. Dans Berghuis, les juges Stevens, Ginsburg et Breyer se sont ralliés à
l’avis dissident rédigé par la juge Sotomayor.
Ces remarques préliminaires relatives à la structure d’ensemble des arrêts Miranda et Berghuis
permettent d’ores et déjà de comprendre l’emploi des pronoms personnels « I » et « we »
inexistants dans un arrêt de la Cour de cassation en France. Le « I » renvoie au juge qui prend
la parole, parfois de manière très personnelle, pour exprimer son point de vue ou un point de
vue partagé par plusieurs juges, par opposition aux autres membres de la cour.
It is with regret that I find it necessary to write in these cases. However, I am unable to join the
majority because its opinion goes too far on too little, while my dissenting brethren do not go
quite far enough. (Miranda, Justice White dissenting 499)
Il s’agit ici, pour le locuteur, de se démarquer à la fois de la majorité et de la minorité dissidente.
Le pronom personnel de la première personne du pluriel, équivalent de l’expression française
« la cour », désigne l’unité établie entre les différents juges (de la majorité ou de la minorité) :
« We next consider whether Thompkins waived his right to remain silent » (Berghuis, opinion
of the Court 11).
Il est possible de conclure de l’analyse de la macro-structure des deux arrêts de la Cour suprême
des États-Unis que ces textes syllogistiques sont de véritables partitions à plusieurs voix ;
une voix majoritaire et une ou plusieurs voix dissidentes qui se font écho notamment grâce
à l’expression latine ante :
The foregoing discussion has shown, I think, how mistaken is the Court in implying that the
Constitution has struck the balance in favor of the approach the Court takes. Ante, p. 479. (Miranda
The Court’s conclusion that Thompkins’ inculpatory statements were sufficient to establish an
implied waiver, ante, at 14, finds no support in Butler. (Berghuis 12)
Dans le premier exemple, le juge Harlan réfute un argument proposé par la majorité à la page
479. Dans le second arrêt, la juge Sotomayor réfute un argument exposé à la page 13 de la
décision des juges de la majorité. Il est donc important de savoir repérer les indices textuels
de ce dialogue intertextuel entre avis divergent(s) et majoritaire.
De plus, la clarté de la structuration à l’intérieur de chaque avis (majoritaire et minoritaire)
frappe à la lecture de Miranda et de Berghuis. Ainsi, dans le premier arrêt étudié, la partie
rédigée par le président de la Cour est composée d’une introduction dans laquelle les deux
grandes questions soumises aux neuf juges sont rappelées d’emblée :
More specifically, we deal with the admissibility of statements obtained from an individual who
is subjected to custodial police interrogation and the necessity for procedures which assure that
the individual is accorded his privilege under the fifth Amendment to the Constitution not to be
compelled to incriminate himself. (Miranda 439-440)
Il s’agit ici de déterminer, dans les quatre affaires jugées, dans quelle mesure les déclarations
faites par une personne interrogée par la police sont recevables et quelles sont les procédures
à mettre en place pour garantir le respect de la protection constitutionnelle contre l’autoincrimination. L’effort de clarification passe parfois par la formulation claire des questions
juridiques soulevées (van Geel 2008 : 17). Dans les six pages d’introduction de Miranda se
trouve le ratio decidendi précédemment évoqué :
Prior to any questioning, the person must be warned that he has a right to remain silent, that
any statement he does make may be used as evidence against him, and that he has a right to the
presence of an attorney, either retained or appointed. The defendant may waive effectuation of
these rights, provided the waiver is made voluntarily, knowingly and intelligently. (Miranda 444)
Puis l’avis de la majorité se décline en cinq parties, repérables grâce aux chiffres romains I à
V, et qui portent successivement sur les points suivants :
• méthodes d’interrogatoire des forces de police ;
• clause constitutionnelle de protection contre l’auto-incrimination ;
• garde-fous à mettre en place pour garantir le respect du cinquième amendement (règles
Miranda) ;
• équilibre entre, d’une part, les besoins de la société d’interroger des suspects pour
protéger les citoyens et, d’autre part, l’absolue nécessité de préserver les droits
constitutionnels de tous ;
• rappel des faits, des étapes de la procédure en première instance et en appel ainsi que de
la décision finale de la Cour suprême pour chaque affaire.
Les avis relevant des juges dissidents sont tout aussi clairement structurés. Le discours du
juge Clark compte trois parties (I, II et III), celui du juge Harlan quatre qui portent même
les titres suivants : I. Introduction, II. Constitutional premises, III. Policy considerations, IV.
Conclusions. L’avis du juge White est découpé en quatre parties numérotées de I à IV. Il est
donc plus aisé pour un lecteur non spécialiste de parcourir rapidement l’arrêt et de repérer les
grandes articulations des différentes parties susmentionnées.
À titre de comparaison, l’utilisation d’une structuration visible pour le lecteur est également
présente dans l’arrêt Berghuis puisque l’avis de la majorité suit un découpage en trois parties :
tout d’abord, les étapes de la totalité de la procédure sont retracées (I) en deux temps, du point
de départ de l’infraction commise jusqu’à la condamnation en première instance (A), puis du
début de la procédure d’appel jusqu’à la décision finale de la juridiction de dernier ressort (B).
Ensuite, une transition est ménagée (II) pour clarifier les questions posées et la portée de la
décision. Puis, la réponse à la première question portant sur la renonciation du droit au silence
est donnée (III) en quatre temps : la notion d’ambiguïté (A), la question de la renonciation (B)
et du droit à interroger (C), la conclusion (D). En dernier lieu, la réponse à la seconde question
(IV) (l’absence de défense efficace de la part de l’avocat du mis en cause) est donnée. L’avis
de la minorité, dissenting opinion, est comparable à celui de la majorité du point de vue de
la structuration car le lecteur retrouve le même type de découpage : trois grandes parties (I
à III) avec deux sous-parties A et B respectivement dans II et III, toutes visant à réfuter ce
qui s’est dit et écrit dans la décision des juges Kennedy, Roberts, Scalia, Thomas et Alito.
Il semble possible de conclure que les deux arrêts se distinguent par une organisation claire
et visible du discours, chose qui devrait logiquement faciliter la lecture de textes hautement
spécialisés. Cependant, est-il si aisé de suivre le cheminement d’un raisonnement en apparence
si structuré ?
3. Les indices textuels de l’argumentation
Il faut tout d’abord repérer les multiples transitions ménagées par les juges qui ont rédigé ces
discours argumentatifs. En effet, même s’il n’est parfois pas très facile de comprendre tous
les tenants et aboutissants des arguments présentés, il est plus simple de repérer les différents
moments de l’argumentation car les juges prennent soin de régulièrement guider le lecteur dans
l’avancée de ladite argumentation en résumant ce qui précède, en donnant des conclusions
intermédiaires ou en annonçant ce qui va suivre. Les exemples ci-dessous l’indiquent, les
propositions en gras étant soulignées par l’auteur du présent article :
From the foregoing, we can readily perceive an intimate connection between the privilege against
self-incrimination and police custodial questioning. It is fitting to turn to history and precedent
underlying the Self-Incrimination Clause to determine its applicability in this situation. (Miranda
We have concluded that, without proper safeguards, the process of in-custody interrogation of
undermine the individual’s will to resist and to compel him to speak where he would not otherwise
do so freely. (Miranda 467)
To summarize, we hold that, when an individual is taken into custody or otherwise deprived of
his freedom by the authorities in any significant way and is subjected to questioning, the privilege
against self-incrimination is jeopardized. Procedural safeguards must be employed to protect the
privilege, and unless other fully effective means are adopted to notify the person of his right of
silence and to assure that the exercise of the right will be scrupulously honored, the following
measures are required. (Miranda 478-479)
Le premier exemple constitue la transition entre les parties I et II de l’argumentation
majoritaire ; tout en résumant la conclusion de la partie I (lien étroit établi entre clause de
protection contre l’auto-incrimination et interrogatoire de garde à vue), les juges annoncent
la prochaine étape de leur logique juridique : ils vont s’intéresser à l’histoire jurisprudentielle
pour déterminer dans quelle mesure ladite clause peut s’appliquer aux faits de l’espèce (partie
II). Le second passage se situe au tout début de la partie III et a pour objet de clarifier les
conclusions de la partie précédente dans laquelle l’analyse jurisprudentielle a permis d’établir
que, sans garde-fous appropriés, le contexte d’interrogatoire lors de la garde à vue n’était
pas propice à un respect du droit de garder le silence. Le passage qui illustre le mieux cette
« rhétorique de la transition » est sans doute le dernier exemple qui conclut la partie III et
reprend de manière extrêmement synthétique la quintessence de la décision, à savoir les règles
Miranda telles qu’elles sont actuellement connues.
L’emploi de telles transitions plus ou moins longues est repérable également dans Berghuis :
« Like the Sixth Circuit, I begin with the question whether Thompkins waived his right to
remain silent » (Berghuis, 6 dissenting opinion). Le début de la partie III de cet arrêt mérite
ici d’être cité en entier pour expliciter le rôle de transition qu’il joue :
The Miranda Court formulated a warning that must be given to suspects before they can be
subjected to custodial interrogation. The substance of the warning still must be given to suspects
today. A suspect in custody must be advised as follows:
“He must be warned prior to any questioning that he has the right to remain silent, that anything he
says can be used against him in a court of law, that he has the right to the presence of an attorney,
and that if he cannot afford an attorney one will be appointed for him prior to any questioning if
he so desires.” 384 U. S., at 479.
All concede that the warning given in this case was in full compliance with these requirements.
The dispute centers on the response—or nonresponse—from the suspect. (Berghuis 8)
Ce seul paragraphe résume ce qui précède (le rappel de l’avertissement Miranda tel qu’il a été
formulé par la jurisprudence éponyme) et annonce ce qui va suivre : la question de la réponse,
ou de la non-réponse de Thompkins. Ce temps d’arrêt dans l’argumentation peut être interprété
comme une clarification du texte juridique à l’attention du lecteur qui pourrait avoir besoin de
ces précisions synthétiques pour mieux cerner les arguments développés par l’avis majoritaire.
En effet, comme l’indique T.R. Van Geel, il n’est pas souhaitable pour les juges de la plus
haute juridiction d’appel de se limiter à une simple décision déclarant qui est le gagnant :
Courts, including the Supreme Court, could operate by simply declaring a winner in the
dispute before them—“petitioner wins”—without offering any explanation or justification for the
decision. But were the Supreme Court to operate this way, lower courts and future Supreme Courts
would be left with no guidance. [...] Written constitutional opinions can and do have an important
educational and moral function that would obviously be lost if the Court merely declared winners
and losers without explanation. (2008 : 41)
Si la décision de justice se doit d’apporter des explications permettant de comprendre pour
quelles raisons les arguments de telle ou telle partie ont prévalu, les juges qui la rédigent sont
dans l’obligation de structurer leur discours et de ménager des transitions visant à guider le
Cet effort de clarification du discours argumentatif par le recours aux transitions se double
d’un soin tout particulier d’indiquer les mouvements à l’intérieur de chaque argument par
des mots de liaison appropriés. Ainsi sont recensés « first », « firstly » « the first + nom »,
« second », « secondly » ou « the second + nom », « next », « therefore », « furthermore »,
« thus », « moreover », « however », « In addition » pour ne citer que quelques exemples mis
en gras ci-dessous.
There are several relevant lessons to be drawn from this constitutional history. The first is that,
with over 25 years of precedent, the Court has developed an elaborate, sophisticated, and sensitive
approach to admissibility of confessions. [...] The second point is that, in practice and, from
time to time, in principle, the Court has given ample recognition to society’s interest in suspect
questioning as an instrument of law enforcement. [...] Finally, the cases disclose that the language
in many of the opinions overstates the actual course of decision. (Miranda 508-509)
The modes by which the criminal laws serve the interest in general security are many. First, the
murderer who has taken the life of another is removed from the streets, deprived of his liberty,
and thereby prevented from repeating his offense. [...] Secondly, the swift and sure apprehension
of those who refuse to respect the personal security and dignity of their neighbor unquestionably
has its impact on others who might be similarly tempted. [...] Thirdly, the law concerns itself with
those whom it has confined. (Miranda 539-541)
Lorsqu’une question est posée par un juge, la réponse qu’il apporte est structurée suivant un tel
schéma, le plus souvent explicite et clair. Cependant, ce schéma, qui ne permet pas directement
de décrypter la nature des arguments ou des illustrations donnés, a l’avantage d’aider le
lecteur à les repérer plus facilement pour ensuite les comprendre. L’effet argumentatif du texte
syllogistique découle de la construction logique d’arguments clairs et structurés (van Geel
44). Le recours à l’énumération des idées ou des réponses est également systématique dans
Berghuis :
The record in this case shows that Thompkins waived his right to remain silent. [...].
First, there is no contention that Thompkins did not understand his rights; and from this it follows
that he knew what he gave up when he spoke. [...]
Second, Thompkins’s answer to Detective Helgert’s question about whether Thompkins prayed
to God for forgiveness for shooting the victim is a “course of conduct indicating waiver” of the
right to remain silent. [...]
Third, there is no evidence that Thompkins’s statement was coerced. [...]
In these circumstances, Thompkins knowingly and voluntarily made a statement to police, so he
waived his right to remain silent. (Berghuis 13-15)
Dans ce passage, l’argumentation se veut claire ; le fait à démontrer est annoncé en premier
(Thompkins a renoncé à son droit de garder le silence), puis il est prouvé en trois temps :
tout d’abord, rien n’indique qu’il n’a pas compris ses droits, donc il savait de quoi il
était question ; ensuite, son comportement constitue un élément prouvant sa renonciation ;
troisièmement, il n’existe aucune preuve que ses déclarations ont été extorquées, ce qui conduit
tout naturellement à la conclusion, introduite par « so », selon laquelle il a renoncé à ses droits,
idée justement énoncée au début de la démonstration.
Finalement, le dernier indice textuel visible de l’argumentation juridique réside dans l’annonce
explicite des conclusions, par le biais d’expressions telles que « In conclusion » (Miranda
525), « In sum » (Berghuis 17), « For these reasons » (Berghuis 14, 22 dissenting) ou « In these
circumstances » (Miranda 476, 496, 497 ; Berghuis 7, 9, 10, 15). Ces différentes expressions
toutes annonciatrices de la conclusion du raisonnement des juges témoignent ici d’une volonté
de transmettre un discours aussi clair que possible (même s’il demeure hautement spécialisé)
aux juridictions inférieures qui devront en appliquer les effets juridiques. Cet effort de clarté
rappelle les propos tenus lors d’un entretien donné au New York Times Magazine par le juge
Blackmun qui se remémorait son arrivée à la Cour suprême fédérale ainsi que les conseils
prodigués par Hugo Black : « Harry, never display agony in public, in an opinion. Never say
that this is an agonizing, difficult decision. Always write it as though it’s clear as crystal » (van
Geel 2008 : 13). Même si la décision a été difficile à prendre, le juge qui la rédige devrait se
garder de laisser paraître ces difficultés dans le texte final de l’arrêt.
Avec ces conseils en tête, le lecteur peut mieux comprendre l’ajout du syllabus au texte de
la décision de justice. Il faut d’emblée préciser que cet élément, bien qu’il constitue une
introduction au texte syllogistique, n’est pas une partie de la décision à proprement parler,
comme l’indique la note suivante présente avant tout arrêt de la Cour suprême américaine
depuis l’arrêt United States v. Detroit Timber & Lumber Co. rendu en 1906 :
Where it is feasible, a syllabus (headnote) will be released, as is being done in connection with
this case, at the time the opinion is issued. The syllabus constitutes no part of the opinion of the
Court but has been prepared by the Reporter of Decisions for the convenience of the reader.
Le syllabus est effectivement rajouté dans un second temps par l’éditeur spécialisé dans le
but de résumer de manière synthétique la décision et d’en préciser les arguments essentiels.
Il est donc possible d’interpréter l’insertion de cette partie comme un procédé de clarification
visant à éclairer le lecteur sur la structuration et l’argumentation de l’arrêt. En effet, le syllabus
joue le rôle d’une table des matières fournissant aux lecteurs (avertis ou non) les grandes
articulations de la décision de la Cour (mais pas de l’avis de la minorité) en indiquant les divers
arguments employés (dont le ratio decidendi), les conclusions proposées et les numéros de
page où trouver ces éléments. L’effet de clarification est d’autant plus efficace et apprécié que
les arrêts comptent parfois plus d’une centaine de pages.
Par conséquent, le syllabus présente un double avantage : d’une part, en résumant les
différentes étapes de la procédure (pénale ou civile) jusque devant la Cour suprême fédérale,
il clarifie les questions posées aux différentes juridictions ; d’autre part, en résumant les
principaux éléments du syllogisme juridique, annoncés par l’expression « Held », il clarifie
un texte juridique hautement spécialisé sans pour autant le simplifier mais en soulignant les
articulations de la logique appliquée. Prenons l’exemple de la première partie du syllabus de
l’arrêt Berghuis. Les expressions en gras sont celles soulignées par l’auteur.
After advising respondent Thompkins of his rights, in full compliance with Miranda v. Arizona,
384 U. S. 436, Detective Helgert and another Michigan officer interrogated him about a shooting
in which one victim died. At no point did Thompkins say that he wanted to remain silent, that
he did not want to talk with the police, or that he wanted an attorney. He was largely silent
during the 3-hour interrogation, but near the end, he answered “yes” when asked if he prayed to
God to forgive him for the shooting. He moved to suppress his statements, claiming that he had
invoked his Fifth Amendment right to remain silent, that he had not waived that right, and that
his inculpatory statements were involuntary. The trialcourt denied the motion. At trial on firstdegree murder and other charges, [...] the jury found Thompkins guilty, and he was sentenced
tolife in prison without parole. [...] On appeal, the Michigan Court of Appeals rejected both
Thompkins’ Miranda and his ineffective-assistance claims. The FederalDistrict Court denied
his subsequent habeas request [...] The Sixth Circuitreversed, holding that the state court was
unreasonable in finding an implied waiver of Thompkins’ right to remain silent and in rejecting
his ineffective-assistance-of counsel claim. (Berghuis syllabus 1-2)
We granted certiorari. 557 U. S. ___ (2009). (Berghuis 7)
L’intérêt de ce texte, ajouté par l’éditeur avant la publication de l’arrêt, réside dans la
possibilité pour le lecteur de retracer l’historique de la procédure de l’affaire, que les juristes
américains appellent procedural history, résumé dans le schéma 1.
Une fois la macro-structure analysée, les articulations de l’argumentation repérées, il
semble nécessaire de s’intéresser au type de logique juridique qui émerge des deux textes
syllogistiques étudiés.
4. Une logique inductive et jurisprudentielle
La logique déductive des systèmes de droit de tradition civiliste est traditionnellement opposée
à celle inductive des systèmes juridiques de common law. Un bref rappel de ces concepts est
d’abord fourni avant de déterminer quelle logique est à l’œuvre dans les arrêts de la Cour
suprême qui sont l’objet de l’étude. Un raisonnement déductif est un procédé par lequel une
conclusion est inférée à partir de propositions prises comme prémisses en vertu des lois de la
logique : des règles spécifiques sont déduites de principes généraux élaborés par des juristes.
Par opposition, la méthode inductive est définie de la manière suivante : « the establishment
of a general proposition from a number of particular instances » (Garner 1995 : 440). Ainsi,
ce second type de raisonnement permet de formuler des règles générales en se fondant sur les
faits observés.
À plusieurs reprises, les juges de Miranda et de Berghuis fondent leur argumentation sur une
logique inductive puisqu’ils passent en revue les arrêts rendus par leurs prédécesseurs, les
precedents, puis ils en tirent des règles juridiques. C’est le cas en particulier de l’arrêt Berghuis
qui établit un rapide bilan de la jurisprudence relative à la question suivante depuis Miranda :
dans quelles circonstances peut-on prouver l’existence d’une renonciation valable au droit de
One of the first cases to decide the meaning and import of Miranda with respect to the question
of waiver was North Carolina v. Butler. The Butler Court, after discussing some of the problems
created by the language in Miranda, established certain important propositions. Butler interpreted
the Miranda language concerning the “heavy burden” to show waiver, 384 U. S., at 475, in
accord with usual principles of determining waiver, which can include waiver implied from all the
circumstances. See Butler, supra, at 373, 376. And in a later case, the Court stated that this “heavy
burden” is not more than the burden to establish waiver by a preponderance of the evidence.
Colorado v. Connelly, 479 U. S. 157, 168 (1986).
The prosecution therefore does not need to show that a waiver of Miranda rights was express. An
“implicit waiver” of the “right to remain silent” is sufficient to admit a suspect’s statement into
evidence. (Berghuis 11-12)
Ces deux paragraphes illustrent clairement la logique jurisprudentielle (et donc inductive) au
cœur du système juridique de common law. En effet, les juges de l’avis majoritaire doivent
déterminer quel est le critère à retenir pour savoir s’il y a eu renonciation valable de la part
du gardé à vue. Pour trouver la réponse, nul besoin d’un code de procédure pénale, mais
il faut analyser les décisions précédemment rendues en la matière depuis l’arrêt Miranda.
Tout d’abord, dans North Carolina v. Butler, la Cour a établi le principe selon lequel une
renonciation pouvait être déduite des circonstances. Ensuite, dans Colorado v. Connelly, le
principe retenu pour établir le caractère effectif de la renonciation est « une prépondérance des
preuves ». Dans un dernier temps, la Cour présidée par le juge Kennedy tire le principe suivant
de l’analyse jurisprudentielle des deux arrêts précités : une renonciation expresse n’est pas
requise car elle peut être implicite, c’est-à-dire déduite du silence du suspect. Nous retrouvons
bien ici la définition de Bryan Garner, à savoir le fait qu’un principe général est dégagé à partir
d’un certain nombre de cas particuliers, principe qui sera ensuite appliqué aux faits de l’espèce
pour en tirer la réponse à la question initiale : Thompkins a bel et bien renoncé à son droit
de garder le silence (Berghuis 15). Le même mouvement du principe général vers les faits de
l’affaire se retrouve dans l’arrêt Miranda :
Because of the nature of the problem and because of its recurrent significance in numerous cases,
we have to this point discussed the relationship of the Fifth Amendment privilege to police
interrogation without specific concentration on the facts of the cases before us. We turn now to
these facts to consider the application to these cases of the constitutional principles discussed
above. (Miranda 491)
Les juges résument ici leur argumentation (discussion du principe constitutionnel de l’autoincrimination relatif au contexte de la garde à vue) pour déterminer la portée de son application
aux quatre affaires en question.
Ce raisonnement jurisprudentiel au cœur de la logique inductive est clairement visible par le
biais de plusieurs indices textuels qu’il faut savoir décoder. Tout d’abord, la citation de la
jurisprudence témoigne du phénomène d’intertextualité juridique (Kirby 2005 : 90) mais peut
être particulièrement obscure pour les non-initiés : « Escobedo v. Illinois 378 U.S. 478 (1964)
(Miranda 439) » ou encore « seeMichigan v. Mosley, 423 U.S. 96, 103 (1975) (citing Miranda,
384 U.S., at 474) ». Ainsi, dans ces deux exemples, figurent tout d’abord le nom des parties au
litige de part et d’autre du « v. », le volume du recueil de jurisprudence dans lequel la décision
est publiée, l’abréviation de ce recueil (U.S. pour United States Reports), la page (ou les pages)
où la citation choisie peut être retrouvée, enfin l’année durant laquelle la décision a été rendue.
Le second indice de la logique jurisprudentielle est le phénomène de retour en arrière repérable
dans les arrêts par les expressions suivantes « in the past » et « today » comme dans l’extrait
Indeed, we have in the past summarily reversed a state-court decision that inverted Miranda’s
antiwaiver presumption, characterizing the error as “readily apparent.” Tague, 444 U. S., at 470–
471. At best, the Court today creates an unworkable and conflicting set of presumptions that will
undermine Miranda’s goal of providing “concrete constitutional guidelines for law enforcement
agencies and courts to follow,” 384 U. S., at 442. (Berghuis 11-12 dissenting)
Ce mouvement de va-et-vient passé-présent n’est guère surprenant dans un texte syllogistique
relevant d’une logique jurisprudentielle. Lorsqu’une décision doit être motivée, la Cour est
amenée à exposer des motifs et des principes en se référant aux arrêts antérieurs. Le rôle du
juge américain ne peut alors se réduire à la simple application d’un texte législatif aux faits
de l’espèce. Il doit acquérir une vision diachronique de la question juridique posée afin de
trouver la solution la plus juste possible. Après avoir analysé la rigueur de la macro-structure
des décisions, la clarté de leur argumentation juridique et de leur logique jurisprudentielle et
inductive, nous pouvons maintenant nous interroger sur la clarté de l’application du droit de
5. De Miranda à Berghuis : une clarification de l’application
du droit de garder le silence ?
La première remarque qui se dégage de l’observation des deux arrêts est l’apparente
accessibilité de certaines parties des décisions qui relèvent plus du factuel que du juridique. Le
texte-récit relate alors les faits de l’espèce et ancre la langue spécialisée (celle de la procédure
pénale avec des termes tels que « notification », « sentenced »...) dans la langue commune des
justiciables américains face à la criminalité. Ainsi, la partie I.A de l’arrêt Berghuis expose de
manière très précise les circonstances de l’affaire (dates, lieux, personnes impliquées, rôles
joués) allant même jusqu’à préciser la taille de la salle d’interrogatoire. Si l’on compare ces
passages à certains articles publiés à ce sujet dans des quotidiens américains, les similitudes
sont frappantes (voir tableau 1).
Berghuis v. Thompkins, Opinion of the Court 2
Article de presse rédigé par Adam Liptak pour le New
On January 10, 2000, a shooting occurred outside a mall
in Southfield, Michigan. Among the victims was Samuel
Morris, who died from multiple gunshot wounds. The
other victim, Frederick France, recovered from his
injuries and later testified. Thompkins, who was a
suspect, fled. About one year later he was found in
Ohio and arrested there.
Two Southfield police officers traveled to Ohio to
interrogate Thompkins, then awaiting transfer to
Michigan. The interrogation began around 1:30
p.m. and lasted about three hours. The interrogation
was conducted in a room that was 8 by 10 feet, and
Thompkins sat in a chair that resembled a school desk (it
had an arm on it that swings around to provide a surface
to write on).
The latest case concerned Van Chester Thompkins,
a Michigan man accused of shooting another man to
death in 2000 outside a mall. Arrested a year later, Mr.
Thompkins was read his Miranda rights but refused to
sign a form acknowledging that he understood them.
Mr. Thompkins then remained almost entirely silent in
the face of three hours of interrogation, though he did
say that his chair was hard and that he did not want a
After two hours and 45 minutes of questioning, Mr.
Thompkins said yes in response to each of three
questions: “Do you believe in God?” “Do you pray to
God?” And, crucially, “Do you pray to God to forgive
you for shooting that boy down?”
Le texte juridique se rapproche ici de l’article de presse ou de la brève, ou vice-versa,
permettant aux lecteurs initiés ou non-initiés de prendre connaissance des faits des affaires et
d’être mieux armés pour comprendre le reste du texte syllogistique.
Le but avoué des juges de la majorité dans l’affaire Miranda était de « fournir aux forces de
l’ordre et aux juridictions des conseils constitutionnels concrets à suivre [...] un procédé de
protection qui vise à dissiper les effets coercitifs de l’interrogatoire » (Miranda 442, 462). Il
existait donc une volonté affichée de clarification de l’application du droit de garder le silence
dans une décision cependant très dense. En effet, l’argumentation employée dans Miranda,
même s’il a été précédemment souligné que ses articulations étaient claires, fait appel à toute
une palette d’arguments allant de références à la Constitution et à son histoire, aux systèmes
de procédure pénale fédérale (les pratiques d’interrogatoire du FBI Miranda 486) et étatique,
en passant par la jurisprudence américaine, anglaise et écossaise (Miranda note 4, 487), et des
rapports parlementaires sur les brutalités policières durant la garde à vue (Miranda note 5,
445). Du fait de la densité et de la diversité des arguments, la lecture devient plus laborieuse.
L’arrêt est d’ailleurs souvent qualifié de « produit d’un compromis » (Thomas 2008 : 218)
fondé sur de nombreux arguments de nature différente. Dans son analyse des techniques de
rédaction des arrêts de la Cour suprême, T.R. van Geel met en lumière les conséquences qu’ont
les nécessaires compromis passés entre les juges sur la clarté de la décision finale :
It is frequently the case that even the justices in the majority disagree among themselves over
how the justification of the result, which they agree upon, should be phrased. Consequently the
justices will have to compromise, to engage in some bargaining over the crafting of the opinion.
As a consequence, some things may be deliberately phrased in general or ambiguous terms to
ensure agreement among the five justices. (2008 : 44)
Cette impression domine parfois certains passages de l’arrêt de 1966. Toutefois, un aspect se
dégage clairement dudit arrêt : la mise en place d’une procédure à suivre par les forces de
police lors d’une arrestation suivie d’un interrogatoire. Après avoir été arrêté et notifié de ses
droits, le suspect peut interrompre à tout moment l’interrogatoire mené par les policiers en
invoquant son droit de garder le silence. Cependant, selon l’arrêt Miranda, le simple fait de
rester silencieux dans la salle d’interrogatoire ne présume pas d’une renonciation au droit de
se taire (waiver). En cas de poursuite de l’interrogatoire, la charge de la preuve (burden of
proof) incombe à l’accusation qui doit prouver que le gardé à vue a effectivement renoncé à
son droit de garder le silence pour que les déclarations recueillies par les interrogateurs soient
Qu’en est-il de l’arrêt Berghuis rendu en 2010 ? Marque-t-il une clarification des modalités du
droit au silence ? Les avis divergent. D’aucuns estiment qu’effectivement, la décision Berghuis
constitue une clarification :
Berghuis v. Thompkins lessens the government’s burden to show waiver of a suspect’s right
to remain silent and clarifies law enforcement obligations established in Miranda v. Arizona
more than 40 years ago. [...] Is Thompkins the death knell of Miranda? No it is a clarification.
The decision creates a bright-line rule to guide police and criminal suspects during custodial
interrogations. (Crites & Chanvan 2010)
Pour les partisans de l’avis majoritaire, l’arrêt est « raisonnable » (reasonable),
« logique » (logical), relevant du « bon sens » (common sense) et « clarifie une règle non fondée
sur la Constitution » (clarifies a rule that itself is not based on the Constitution) (Lackner
2010). Cependant, de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer la décision rendue par
cinq juges contre quatre. Il s’agirait d’un « coup mortel » porté aux droits du suspect (death
blow), d’une « disparition » (demise) (Weisselberg 2010), ou d’une érosion de ces droits (Ifill
2010). Certains journalistes se font l’écho de la juge Sotomayor, porte-parole de l’avis de la
minorité. D’une part, elle insiste sur la clarté de l’arrêt Miranda : « Rarely do this Court’s
precedents provide clearly established law so closely on point with the facts of a particular
case » (Berghuis dissent 8). D’autre part, elle critique sans ambiguïté la décision prise par la
majorité qui va à l’encontre de la clarté procédurale souhaitée par l’arrêt Miranda :
At best, the Court today creates an unworkable and conflicting set of presumptions that will
agencies and courts to follow,” 384 U. S., at 442. (Berghuis dissent 12)
En effet, après Berghuis, tout suspect placé en garde à vue et interrogé par les forces de l’ordre
doit (paradoxalement) parler et dire de manière non ambiguë qu’il souhaite invoquer son droit
au silence. Cela constitue un quasi-renversement de la jurisprudence Miranda : « Today’s
decision turns Miranda upside down » (Berghuis 23 dissenting). Cette analyse est partagée
dans les articles de presse consultés : « It’s a strong decision that departs from Miranda’s
original intention and, in effect, turns that case on its head » (Buh 2010). De ce fait, « parler
pour se taire » serait une manière de résumer le principe juridique dégagé par l’arrêt de 2010
qui renverse la charge de la preuve. C’est désormais au suspect de prouver qu’il n’a pas renoncé
à son droit de se taire, et non plus à l’accusation de démontrer que le gardé à vue a bel et
bien renoncé à ce même droit. Charles Weisselberg décrit ce renversement de la sorte : « The
Court has formally transformed Miranda from a rule aimed at protecting suspects to one
that protects police » (Weisselberg 2010). La renonciation au droit de garder le silence est
désormais présumée si le suspect n’exprime pas clairement son choix : invoquer son droit au
silence ou y renoncer. Ainsi, loin d’être une clarification des modalités de renonciation au droit
de garder le silence, l’arrêt Berghuis est critiqué par de nombreux observateurs américains pour
la situation paradoxale et ambiguë qu’il crée, en dépit de la clarté de son argumentation et de
sa structure soulignée précédemment. Comment, dans ces conditions, peuvent se comprendre
les rouages de ces deux décisions, leur logique et leur terminologie en particulier si l’on se
place du point de vue d’un juriste civiliste ?
Conclusion : un point de vue comparatiste pour plus de
L’angle d’approche proposé à partir de cette étude réside dans le repérage de certaines
différences entre le common law et le droit de tradition civiliste. L’arrêt Miranda est intéressant
à ce titre dans la mesure où les juges eux-mêmes font référence à la différence entre les
systèmes juridiques dits accusatoire (adversarial) et inquisitoire (inquisitorial) (Miranda 469,
477, 511).La différence entre les deux se double d’une différence d’évolution des principes
juridiques. Dans leur article « The Miranda right to remain silent: After Thompkins, don’t be
silent », Michael Crites et Anjali Chavan dégagent de l’analyse des arrêts rendus entre Miranda
et Berghuis une évolution jurisprudentielle des modalités d’application. Comment le droit de
garder le silence a-t-il évolué en France ?
La réponse est l’évolution législative, c’est-à-dire l’évolution par la loi qui a profondément
modifié l’article 63-1 du code de procédure pénale notamment par le biais de la loi du 15
juin 2000 renforçant la présomption d’innocence et les droits des victimes. Les dispositions
législatives entrées en vigueur à cette époque ont introduit officiellement la notification au
gardé à vue du droit de se taire : « La personne gardée à vue est également immédiatement
informée qu’elle a le droit de ne pas répondre aux questions qui lui seront posées par les
enquêteurs » (Article 63-1 en vigueur du 1er janvier 2001 au 5 mars 2002, site de Legifrance).
Cette formulation fut très rapidement modifiée par la loi du 4 mars 2002 amendant la loi
du 15 juin 2000 au profit de l’énoncé suivant : « la personne gardée à vue est également
immédiatement informée qu’elle a le choix de faire des déclarations, de répondre aux questions
qui lui seront posées ou de se taire » (article 63-1 en vigueur du 05 mars 2002 au 19 mars
2003, site de Legifrance). Puis la loi du 18 mars 2003 pour la sécurité intérieure modifie encore
la situation en abrogeant l’ensemble de la formule ; à partir de 2003 en France, le droit au
silence existe sans qu’il soit pour autant formellement notifié aux personnes placées en garde
à vue jusqu’à la loi du 14 avril 2011 relative à la garde à vue qui dispose que le gardé à vue
est informé de son droit « lors des auditions, après avoir décliné son identité, de faire des
déclarations, de répondre aux questions qui lui sont posées ou de se taire » (article 63-1 en
vigueur au 1er juin 2011, site de Legifrance).
Reste à savoir s’il est plus facile de saisir le sens de cette inflation législative qui a
profondément modifié l’application du droit au silence en France ou les quelques centaines de
pages de jurisprudence américaine relative au même droit. Même si les systèmes juridiques
sont différents, il semble toujours difficile de saisir toute l’ambiguïté de l’application de la
protection contre l’auto-incrimination, notion clé du principe de droit à un procès équitable
cher à la Constitution des États-Unis dans son cinquième amendement, comme à la Convention
européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans son article
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La Cour avait à statuer sur la constitutionnalité de plusieurs procédures pénales jugées conjointement
dans lesquelles les prévenus avaient été placés en garde à vue, puis interrogés par la police. Dans Vignera
v. New York, Westover v. United States et California v. Stewart, les gardés à vue furent interrogés par
des forces de l’ordre sans notification préalable de leurs droits. Tous firent des aveux oraux et écrits les
incriminant. Dans l’affaire Miranda v. Arizona, le suspect fut arrêté par la police qui l’interrogea sans
l’informer de ses droits, y compris le droit de garder le silence. Il avoua l’enlèvement et le viol pour
lesquels il avait été placé en garde à vue. La question posée aux juges portait sur la recevabilité des
déclarations faites lors d’interrogatoires sans notification préalable des droits.
Van Chester Thompkins fut arrêté dans le cadre d’une enquête pour meurtre. Informé de ses droits avant
l’interrogatoire par les policiers, il n’invoqua pas son droit de garder le silence mais se tut pendant
trois heures. Les seules déclarations faites furent trois « oui » consécutifs après la formulation des trois
questions suivantes : « croyez-vous en Dieu? » « Priez-vous Dieu? » « Est-ce que vous priez Dieu de vous
pardonner d’avoir tiré sur la victime ? ». Thompkins déposa une requête afin d’annuler ses déclarations
affirmant qu’il avait invoqué son droit de garder le silence, droit auquel, selon lui, il n’avait pas renoncé.
Cette requête fut rejetée et Thompkins fut reconnu coupable, puis condamné à la réclusion à perpétuité.
La question posée était de savoir si le droit de garder le silence avait été effectivement invoqué et, si tel
était le cas, dans quelle mesure les déclarations faites lors de la garde étaient recevables.
1 Il existe des arrestations sans lecture immédiate des droits si les forces de police ne souhaitent pas
interroger immédiatement la personne privée de sa liberté.
2 Il existe également, dans de nombreux États américains, un second type d’arrestation, citizen’s arrest,
réalisée cette fois, non plus par les forces de police, mais par les citoyens eux-mêmes.
3 Pour le résumé des faits de chaque affaire, voir annexe 1.
Marion Charret-Del Bove, « L’évolution paradoxale du droit de garder le silence : analyse de
l’argumentation juridique de deux arrêts de la Cour suprême des États-Unis, Miranda (1966) et
Berghuis (2010) », ASp [En ligne], 63 | 2013, mis en ligne le 07 octobre 2014, consulté le 04 juillet
2016. URL : http://asp.revues.org/3315 ; DOI : 10.4000/asp.3315
l’argumentation juridique de deux arrêts de la Cour suprême des États-Unis, Miranda (1966)
et Berghuis (2010) », ASp, 63 | 2013, 93-111.
Marion Charret-Del Bove est maître de conférences à l’Université Paris 13 dans l’UFR Droit, sciences
politiques et sociales ; elle y enseigne l’anglais juridique. Elle est membre du centre de recherches
Pléiade CRIDAF (EA 453). Ses recherches portent sur la comparaison des systèmes juridiques en
Angleterre, au pays de Galles, aux États-Unis et en France, en particulier dans le domaine de la
procédure pénale. [email protected]
Aux États-Unis, le droit de garder le silence pour les personnes arrêtées et interrogées par
les forces de police est bien connu. Il est, la plupart du temps, clairement énoncé par les
policiers qui procèdent à l’arrestation du suspect en vue d’un interrogatoire. L’objet de cet
article est d’analyser la structure et l’argumentation de deux arrêts majeurs relatifs à ce droit
au silence, Miranda v. Arizona (1966) et Berghuis v. Thompkins (2010), puis de repérer les
indices textuels permettant de retrouver les différents arguments employés par les juges pour
instaurer les règles Miranda. Cette étude vise donc à comparer les deux arrêts susmentionnés
afin de déterminer l’évolution du droit garantissant la protection contre l’auto-incrimination
au début du XXIe siècle des deux côtés de l’Atlantique.
In the United States, the right to remain silent for people arrested and taken into police custody
for interrogation is well-known. Most of the time, this right is clearly stated by police officers
when they arrest a suspect before interrogating him. The purpose of the paper is to analyse the
structure and the argumentation of two significant U.S. Supreme Court decisions dealing with
the right to silence, Miranda v. Arizona (1966) and Berghuis v. Thompkins (2010), then to pick
out the textual clues that enable the reader to find the different arguments used by the Justices
to devise and implement the Miranda rules. The study, thus, aims at comparing the two legal
decisions in order to determine if the privilege against self-incrimination has evolved in the
early 21st century both in France and in the U.S.A.
Mots-clés : argumentation, arrêt de la Cour suprême des États-Unis, discours
juridique, droit de garder le silence, règles Miranda, common law
Keywords : argumentation, legal discourse, Miranda warning, privilege against selfincrimination, U.S. Supreme Court decision, common law
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Reflets N°13-mars 2006 - Université Sorbonne Nouvelle
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