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Timestamp: 2017-01-17 23:56:43+00:00
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Matched Legal Cases: ['arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'art. 14', 'art. 16', 'art. 3', 'art. 4', 'art. 12', 'arrêt ', 'art. 5', 'art. 24', 'arrêt ', 'art. 140', 'art. 141', 'art. 310', 'art. 113', 'art. 113', 'arrêt ', "l'article 57", 'art. 21', 'art. 21', 'arrêt ', "l'article 42", 'arrêt ', 'arrêt ', 'art. 32']

⭐JURISPRUDENCE BELGE RELATIVE AU DROIT INTERNATIONAL
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1 JURISPRUDENCE BELGE RELATIVE AU DROIT INTERNATIONAL par Joe VERHOEVEN Chargé de cours à PUmversité catholique de Louvain ANNEE 1973 SOMMAIRE CHAPITRE I. LES TRAITES IN TERN A TIO N A U X i. N o t i o n d e t r a i t é... 1 i i. I n t r o d u c t i o n d e s t r a i t é s... 2 n i. A u t o r i t é d e s t r a i t é s... 3 i v. I n t e r p r é t a t i o n d e s t r a i t é s... 4 v. A p p l i c a t i o n d e s t r a i t é s Traités m u ltila téra u x Traités bilatéraux... 6 v i. V i o l a t i o n d e s t r a i t é s... 7 CHAPITRE II L 'E T A T i. R e c o n n a i s s a n c e d E t a t... 8 i i. C o m p é t e n c e t e r r i t o r i a l e A. Condition des étrangers2 672 JO E VERHOEVEN LISTE DES ABREVIATIONS Bull. A.M.I. Bull. Ass. Bull. Contrib. D.E.T. Ing.-Cons. J.C.B. J.J.P. J.L. (.P.A. IJ>.D.F.F. ht. J.T.T. Pas. R.A.C.E. R.B.D.I. Rev. b. sêc. soc. R.C.J.B. R.D.I.D.C. Rêp. fisc. Rev. ad ni. Rev. comm. Rev. dr. fam. Rev. dr. pén. crim. Rev. dr. soc. Rev. fisc. Rêp. prat. not. Rev. prat. soc. R.G.A.R. R.J.D.A.C.E. RJ.T.A.N. R.W. Bulletin d information de l institut national d'assurance maladie-invalidité. Bulletin des Assurances. Bulletin des contributions. Droit européen des transports. Revue de droit intellectuel : L Ingénieur-Conseil. Jurisprudence commerciale de Belgique. Journal des Juges de paix. Jurisprudence de la Cour d appel de Liège. Jurisprudence du port d Anvers. Journal pratique de droit fiscal et financier. Journal des tribunaux. Journal des tribunaux du travail. Pasicrisie. Recueil des arrêts du Conseil d Etat. Revue belge de droit international. Revue belge de sécurité sociale. Revue critique de jurisprudence belge. Revue de droit international et de droit comparé. Répertoire fiscal. Revue de l administration et du droit administratif de Belgique. Revue communale. Revue de droit familial. Revue de droit pénal et de criminologie. Revue de droit social. Revue fiscale. Répertoire pratique du notariat. Revue pratique des sociétés. Revue générale des assurances et des responsabilités. Recueil de jurisprudence du droit administratif et du Conseil d Etat. Recueil de jurisprudence des tribunaux de l arrondissement de Nivelles. Rechtskundig Weekblad.3 JU RISPR U D EN C E BELGE 673 CHAPITRE PREMIER LES TRAITES INTERNATIONAUX I. NOTION DE TRAITE 1. Dans runion économique Benelux, le régime des licences et des contingents à l importation, à l exportation et au transit des marchandises est commun. La fixation et la répartition du contingent incombe au Comité des ministres. Dans les rapports avec l Europe orientale, la partie des contingents attribués à l U.E.B.L. est répartie par préférence entre les pays exportateurs avec lesquels des accords commerciaux ont été conclus, le solde constituant le cas échéant un contingent dit «tous Est». Au nombre des pays liés par un accord commercial figure depuis 1961 la République démocratique allemande. La légalité de ce «classement» a été contestée devant le Conseil d Etat par une société belge qui sollicitait l annulation de diverses décisions du ministre des Affaires économiques1. L occasion était ainsi donnée au Conseil d Etat de préciser sa notion de «traité x>dans la mesure où, pour justifier la place privilégiée faite à la R.D.A. dans la répartition du contingent U.E.B.L., le défendeur se prévalait d un «accord» sur l échange de marchandises conclu en février 1961 «entre la Kammer fur Aussenhandel de la République démocratique allemande et l Office économique belge (O.R.E.) pour PUnion économique belgo-luxembourgeoise», accord publié le 31 mars 1961 dans les «Informations commerciales» de l Office belge du commerce extérieur. Ce à quoi la requérante opposait la non-reconnaissance de la R.D.A. à l époque de la conclusion de l accord, le défaut de personnalité juridique de l Office économique belge ou l incompétence de l Office de récupération économique et, subsidiairement, le défaut d assentiment des chambres. Le problème est pour le moins délicat. Il ne semble guère toutefois avoir embarrassé le Conseil d'etat qui a rejeté le moyen par le motif suivant : «Considérant que cet accord n est ni un traité ni un accord en forme simplifiée, mais une convention entre l O.R.E. et la Kammer fiir Aussenhandel; qu aucune disposition législative 1 Voy. infra, nob 2, 7 et 62.4 674 JO E VERHOEVEN ou réglementaire n exclut la possibilité de tenir compte d une telle convention pour la fixation des contingents de marchandises dont l importation, l exportation ou le transit sont soumis à licence3.» (C.E., 14 décembre 1973, n , S.A. Fabrique de colorants Anilina c. Etat belge, ministre des Affaires économiques, R.A.C.E., 1973, ) L accord auquel s appliquent ces affirmations péremptoires participe dune politique bien connue qui consistait, à l époque de la non-reconnaissance comme Etat de la «soi-disant» République démocratique allemande, à faire conclure par des organismes publics de statut fréquemment indéterminé, agissant en lieu et place des autorités officielles, des «accords» dont le statut était volontairement impréciss. L on entendait ainsi ménager des intérêts commerciaux tout en respectant l intégrité d une politique de non-reconnaissance que pourrait paraître affecter la conclusion d un traité en bonne et due forme4. Les incertitudes qui entouraient la condition juridique de ces accords ne dérangeaient à dire vrai personne; bien au contraire, l on se louait de l ingéniosité des politiques. L espèce présente témoignera toutefois de ce qu aucune bonne volonté n est sans limite. En considérant que rien n interdit de fixer des contingents de marchandises en tenant compte de conventions qui n ont pas le caractère d un accord de droit des gens, le Conseil d Etat paraît vouloir éluder le problème. L esquive n est pas entièrement convaincante. S il est vrai que le pouvoir de déterminer les contingents est, dans les limites légales, discrétionnaire, l on voit mal pourtant cette détermination être effectuée sur la base de conventions privées qui, à la limite, permettraient de détourner tout le système du contingentement. En toutes hypothèses, dès l instant où l existence de conventions est invoquée pour légitimer une pratique, il importe de vérifier s il y a véritablement convention, et notamment si ses signataires avaient compétence pour s engager. L on en revient alors aux objections du requérant relatives à l absence de personnalité juridique et au défaut de compétence, objections que le Conseil d Etat écarte par une lapalissade. Trois solutions sont à cet égard possibles : soit dénier à l accord tout caractère juridique et le répudier dans les modus vivendi politiques; soit le qualifier de convention de droit interne, passée entre organismes de droit public; soit l assimiler à un accord en forme simplifiée régi par le droit des gens. Il est possible de découvrir dans la doctrine et dans les jurisprudences étrangères, principalement allemandes, des arguments en faveur de chacune de ces solutions. Le Conseil d Etat ne paraît guère pourtant s en être soucié. Notre propos n est pas de trancher la nature juridique de l accord querellé. Ce n est pas la tâche 2 Comp. notre chronique in R.B.D.I., 1974, 681, n 1. 3 Comp. notre chronique in R.B.D.I., 1972, 656, n Voy. J. V e r h o e v e n, «La reconnaissance internationale dans la pratique contemporaine, Les relations publiques internationale», Paris, Pédone, 1975.5 JU RISPR U D EN C E BELGE 675 d un chroniqueur. Sans cacher la part d artifice que recouvre inévitablement une qualification juridique lorsqu elle procède de la nécessité d inscrire dans le droit des arrangements manifestement construits en dehors de lui, relevons cependant que la qualification d'accord en forme simplifiée, qui peut se revendiquer d une pratique internationale importante, paraît la plus raisonnable. Infirme-t-elle la solution du Conseil d Etat au motif que l accord aurait dû en pareil cas être soumis à l assentiment des Chambres comme le requiert l article 68 de la Constitution? Non point car, pour reprendre l argumentation du Conseil d Etat, rien ne saurait interdire aux autorités du Benelux et de PU.E.B.L. et, conformément à leurs directives, aux autorités nationales de se fonder, pour répartir un contingent d importation, sur des accords de droit des gens qui lient l Etat, même s ils n ont pas été régulièrement approuvés dans l ordre interne. Il serait en effet difficile d admettre qu un pouvoir qui paraît discrétionnaire ne puisse être exercé conformément aux obligations internationales qui pèsent sur I Etat. Tout grief d excès ou de détournement de pouvoir ne peut qu être rejeté en pareille perspective. La non-reconnaissance de la R.D.A. comme Etat, à l époque de la conclusion de l accord, est-elle par elle-même de nature à s opposer à ce qu il ait valablement qualité d'accord de droit des gens? C est ce que soutenait le requérant. Le Conseil d Etat, ici aussi, a éludé le problème. Nul doute qu une doctrine et qu une jurisprudence, anciennes, puissent être invoquées à l appui de cette proposition. Dans le droit contemporain, il est clair toutefois à l examen de la pratiqué internationale que, quel que soit l effet de la non-reconnaissance, elle n empêche plus, si elle a jamais empêché, la conclusion d accords en forme simplifiée tout comme celle de traités en bonne et due forme avec un Etat non reconnu. II. ~ INTRODUCTION DES TRAITES 2. L assentiment requis des Chambres par l article 68 de la Constitution pour donner «effet» dans l ordre interne aux traités de commerce, ainsi qu à ceux «qui pourraient grever l Etat ou lier individuellement des Belges», est en droit belge la seule condition d introduction des traités. S il n est pas contesté que les traités doivent être publiés au Moniteur belge, il ny a en effet pas là à proprement parler une formalité de «réception» du droit conventionnel international. Il est admis à l ordinaire qu à défaut d assentiment et de publication, le traité ne peut être appliqué par les juridictions belges. Comme en témoigne indirectement la décision du Conseil d Etat rapportée à la rubrique précédente, cette proposition classique doit être atténuée. Il paraît en effet logique et raisonnable d admettre que le défaut d assentiment et de publication ne doit pas nécessairement permettre à l Etat de violer impunément ses obligations internationales.6 676 JO E VERHOEVEN Dans certaines limites, il y a lieu, par exemple, d admettre que des particuliers, lorsqu ils justifient de l intérêt requis, puissent obtenir du Conseil d Etat l annulation des actes administratifs qui constituent une violation par l Etat de ses engagements internationaux, même en l absence d assentiment ou de publication. Telle n est assurément pas la jurisprudence du Conseil d Etat, depuis l arrêt Lippens. Certaines décisions paraissent cependant faire preuve d une orientation nouvelle, tel l arrêt Wildiers dont il a été rendu compte dans la présente chronique 5, quoiqu il soit difficile d en tirer des conclusions très sûres. Le chroniqueur doit d ailleurs à ce propos faire amende honorable, dans la mesure où il s étonnait alors de ce que le Conseil d Etat faisait application de conventions qui n avaient été ni approuvées ni publiées, ce qui, après nouvelle réflexion, paraît légitime. L arrêt Wildiers ordonnait l annulation d une décision ministérielle qui retirait à un agent de l assistance technique belge au Zaïre son agréation en qualité de technicien au service de la Coopération au développement. L annulation était essentiellement fondée sur le fait que la décision violait la convention de coopération en personnel signée à Léopoldville le 8 janvier 1964 entre la Belgique et le Congo. Un arrêt de la Cour d appel de Bruxelles a été plus loin, puisqu il a considéré que cette décision dont l annulation par le Conseil d Etat ne préjugeait pas de soi le caractère fautif constituait une faute au sens de l article 1382 du Code civil qui engageait la responsabilité de l Etat (19 décembre 1972, Etat belge c. Wildiers, J.T., 1973, 407, note Jacques Salmon). L arrêt est intéressant comme contribution à la mise en œuvre de la responsabilité de la puissance publique. Du point de vue qui nous occupe, il est à souligner toutefois que la faute dont la réparation fut ordonnée résidait dans la violation de la convention belgo-congolaise p ré citéeq u i n avait été ni approuvée ni publiée. La solution de la Cour d appel nous paraît devoir être approuvée. Il est difficile toutefois d en déduire des conclusions définitives sur le plan des effets des traités en droit belge, du fait, d abord, que le défaut d assentiment et de publication ne semble pas avoir été formellement soulevé et du fait, ensuite, que l article 20 de l arrêté royal du 10 avril 1967 portant statut des agents de la coopération au développement les soumet expressément aux accords et conventions et autres arrangements relatifs à la coopération, lesquels «sont portés à la connaissance du personnel dans la mesure où ils le concernent». 5 R.B.D.L, 1971, 716, n 4. 8 Alors que le Conseil d Etat ne précisait pas quelle convention avait été violée, la Cour d appel se réfère expressément à «la convention de coopération en personnel du 31 août 1963». Sauf erreur de notre part, il s agit'plus exactement de la convention de Léopoldville du 8 janvier 1964, qui est entrée rétroactivement en vigueur le l'er septembre 1963.7 JU RISPRUDEN CE BELGE 677 ni. AUTORITE DES TRAITES 3. Depuis l arrêt Le S\i rendu le 27 mai 1971 par la Cour de cassation7, la primauté des dispositions directement applicables d un traité international sur le droit interne ne paraît plus guère contestée en jurisprudence. Cette primauté a été réaffirmée par diverses juridictions (Bruxelles, 30 avril 1973, Rev. fisc., 1973, 423, voy. infra, n 10; 15 janvier 1973, Carbon c. The British Commonwealth Insurance Company et consorts, Pas., 1973, II, 79; 4 juillet 1973, S.A. de droit français Flamba c. Jean de la Brière, Rev. prat. soc., 1973, 292, n 5780, voy. infra, n 37; Trib. trav. Liège, 29 janvier 1973, Revue b. sic. soc., 1973, 1093). Il est heureux que pareille primauté soit ainsi réaffirmée. Il n empêche que le recours qui y est fait paraît en bien des cas abusif. Il est parfaitement inutile dans l affaire soumise au Tribunal du travail de Liège puisque celui-ci constate expressément qu en vertu des termes mêmes de la loi dont l application était demandée, ses dispositions «ne portent pas préjudice aux dispositions des conventions internationales de sécurité sociale en vigueur en Belgique» a. Il l est tout autant lorsqu une interprétation raisonnable des termes des lois et conventions en présence, dont l on ne peut se dispenser à prétexte de primauté, suffit à écarter toute contradiction (voy. Bruxelles, 30 avril 1973, précité). II est d autre part manifestement abusif lorsqu il entend attribuer aux parties contractantes des intentions qui n auraient pas été les leurs (voy. Cour trav. Bruxelles, 4 juillet 1973, précité, et infra, n 37). Si l on approuvera la Cour d appel de Bruxelles d avoir, dans son arrêt Carbon précité, appliqué à la détermination du délai dans lequel appel peut être interjeté d une décision d exequatur, les dispositions de la Convention belgonéerlandaise du 28 mars 1925 applicable au litige, et non point les dispositions du Code judiciaire, l on ne l approuvera par ailleurs point de paraître réserver aux tribunaux la faculté d appliquer le traité plutôt que la loi, lorsqu ils se contredisent. S il y a contradiction, quod non en l espèce, il y a obligation et point seulement faculté pour le juge de sanctionner la primauté du traité lorsqu il est directement applicable. L on reste enfin quelque peu confondu devant un motif d un arrêt rendu par la Cour du travail de Bruxelles le 8 décembre 1972 (Zoroddu c. Union nationale des mutualités neutres et Institut national d assurance maladie-invalidité, J.T.T., 1973, 204), selon lequel «il faut assurément considérer que le régime communautaire n est encore possible à l heure actuelle que s il impose ou tolère le respect absolu des législations nationales». Le régime visé paraît être le régime 7 Voy. notre chronique in R.B.D.I., 1973, 636, n 1. 6 Article 146 de la loi du 9 août 1963 instituant et organisant un régime d assurance obligatoire contre la maladie et l invalidité.8 678 JO E VERHOEVEN de sécurité sociale des travailleurs migrants. Le litige concernait le droit pour un travailleur italien établi en B elgique d obtenir une indemnité d invalidité complémentaire à la pension partielle d invalidité dont il jouissait comme ouvrier - mineur, ce qui mettait en cause la compatibilité de la législation belge avec les dispositions communautaires. Quelle qu ait été l intention de la Cour, son motif, tel qu il est rappelé ci-dessus, ne peut qu être condamné. IV. INTERPRETATION DES TRAITES 4. Il est inutile de revenir sur les mérites de la procédure de renvoi préjudiciel organisée à l article 177 du traité C.E.E., pour assurer, sous l autorité de la Cour de Luxembourg, l uniformité de son interprétation. Cette procédure a été utilisée par le Conseil d Etat pour solliciter de la Cour de justice des précisions importantes sur la portée des articles 52 et suivants du Traité de Rome relatifs à la liberté d établissement. En l espèce, le requérant, de nationalité néerlandaise et titulaire d un diplôme belge de docteur en droit, sollicitait l annulation de l article 1, 3 de l arrêté royal du 24 août 1970 qui, s agissant de l exercice de la profession d avocat, déroge à la condition de nationalité énoncée à l article 428 du Code judiciaire «en faveur de l étranger... qui produit,. un certificat délivré par le ministre des Affaires étrangères aux termes duquel sa loi nationale ou une convention internationale autorise la réciprocité». A l appui de sa requête, il invoquait les articles 52, 54, 55 et 57 du Traité C.E.E. du 25 mars 1957, considérant qu à l expiration de la période de transition, ces articles autorisaient le ressortissant d un Etat membre à exercer la profession d avocat sur tout le territoire de la Communauté, sous la seule réserve des activités participant accessoirement ou occasionnellement à l exercice de l autorité publique. L absence des directives prévues aux articles 54, 2, et 57, 1, du traité, devait à son estime d autant moins lui être opposée «que les difficultés qui expliquent que les autorités communautaires n ont point réglé définitivement le droit d établissement pour la profession d avocat, à savoir l équivalence des diplômes et l harmonisation des règles professionnelles, ne le concernent pas, parce qu il est titulaire d un diplôme de docteur en droit obtenu en Belgique et qu il ne serait soumis qu aux règles déontologiques belges s il obtenait satisfaction». Défendeur, l Etat belge se retranchait principalement derrière l absence d applicabilité directe des dispositions communautaires invoquées, qui interdirait aux particuliers de s en prévaloir dans l ordre interne. Partie intervenante, l Ordre national des avocats émettait une objection plus fondamentale, à savoir que la profession d avocat en elle-même, et point seulement certaines activités de cette profession, participait de l exercice de l autorité publique, au sens de l article 55 du traité, et devait, à ce titre, être exclue de la liberté d établissement.9 JU RISPRU D EN CE BELGE 679 Ce sommaire résumé des moyens permet de se rendre compte de l importance des questions d interprétation du Traité de Rome soulevées par la requête. A ces questions, il appartenait à la Cour de justice d apporter une réponse, l article 177 C.E.E. faisant obligation au Conseil d Etat de les lui renvoyer pour décision préjudicielle. Ce qu il fit dans les termes suivants : «1) Que faut-il entendre par tl activités participant dans un Etat, même à titre occasionnel, à l exercice de l autorité publique au sens de l article 55 du Traité de Rome? Cet article doit-il être interprété en ce sens qu au sein d'une profession comme celle d'avocat, sont exceptées de l application du chapitre II de ce Traité les seules activités qui participent à l'exercice de l autorité publique, ou dans le sens que cette profession elle-même serait exceptée à raison du fait que son exercice comprendrait des activités participant à l exercice de l autorité publique? 2) L article 52 du Traité de Rome est-il, depuis la fin de la période de transition, une disposition directement applicable et ce nonobstant, notamment, l absence des directives prévues aux articles 54.2 et 57.1 dudit Traité?» (C.E., 21 décembre 1973, n , Reyners c. Etat belge, ministre de la Justice, R.A.C.E., 1973, 1002.) L on sait que la Cour de justice de Luxembourg a répondu positivement à la seconde question, alors qu à la première question, elle a donné la réponse suivante : «L exception à la liberté d établissement prévue par l article 55, al. 1, du Traité C.E.E. doit être restreinte à celle des activités visées par l article 52 qui, par elles-mêmes, comportent une participation directe et spécifique à l exercice de l autorité publique; on ne saurait donner cette qualification, dans le cadre d une profession libérale comme celle de l avocat, à des activités telles que la consultation et l assistance juridique, ou la représentation et la défense des parties en justice, même si l accomplissement de ces activités fait l objet d une obligation ou d une exclusivité établies par la loi» (arrêt du 21 juin 1974, aff. 2/74, Rec., 1974, 631). V. APPLICATION DES TRAITES 1. Traités multilatéraux. Convention de Paris pour la protection de la propriété industrielle du 20 mars 1883, revisée en dernier lieu à Lisbonne le 31 octobre 1958 (loi du 27 avril 1965) : Civ. Brux., 21 février 1973, Ing.-Cons., 1973, 87. Convention de Berne pour la protection des œuvres littéraires et artistiques, signée le 9 septembre 1886, revisée en dernier lieu à Bruxelles le 26 juin 1948 (loi du 26 juin 1951) : Civ. Liège, 15 novembre 1972, /.T., 1973, 61. Convention internationale pour l unification de certaines règles en matière d abordage, faite à Bruxelles le 23 septembre 1910 (loi du 14 septembre 1911) : Cass., 18 mai 1973, Pas., 1973, I, 880.10 6 8 0 JO E VERHOEVEN Convention internationale portant loi uniforme sur les chèques, faite à Genève le 19 mars 1931 (loi du 23 mars 1951) : Cass., 29 septembre 1972, Pas,, 1973, I, 119; id., 18 décembre 1972, ibid., 378; Comm. Gand, 25 avril 1972, R.W., , 815. Convention O.I.T. concernant la liberté syndicale et la protection du droit syndical, adoptée à San Francisco le 9 juillet 1948 (loi du 13 juillet 1951) : C.E., 14 décembre 1973, n 16112, R.A.C.E., 1973, 859. Convention de Genève du 12 août 1949 sur le traitement des prisonniers de guerre (loi du 3 septembre 1952) : Cons, guerre Liège, 20 novembre 1972, J.T., 1973, 148. Convention de sauvegarde des droits de l homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950 (loi du 13 mai 1955) : Cass., 8 septembre 1972, Pas., 1973, I, 26; 27 septembre 1972, ibid., 97; 17 octobre 1972, ibid., 172; 23 octobre 1972, ibid., 184; 24 octobre 1972, ibid., 196; 19 décembre 1972, ibid., 396; 2 avril 1973, ibid., 751; 15 mai 1973, ibid., 842; 22 mai 1973, ibid., 885; C.E., 8 mars 1973, n , R.A.C.E., 1973, 204; 27 mars 1973, n , ibid., 272; Brux., 21 novembre 1972, Rev. fisc., 1973, 218; 13 février 1973, Pas., 1973, II, 97; Civ. Brux., 11 octobre 1972, J.T., 1973, 80; Cons. guerre Liège, 20 novembre 1972, J.T., 1973, 148. Convention entre les Etats parties au Traité de l Atlantique-Nord sur le statut de leurs forces, signée à Londres le 19 juin 1951 (loi du 9 janvier 1953) : Civ. Brux., 30 juin 1971, R.W., , 1776; Civ. Tongres, 22 février 1972, ibid., 917; Cour militaire Brux., 29 avril 1971, ibid., 1764; Trib. trav. Brux., 9 janvier 1973; J.T., 1973, 352; Trib. trav. Anvers, 1er novembre 1972, J.T.T,, 1973, 173. Convention sur le statut de l Organisation du traité de l Atlantique-Nord, des représentants nationaux et du personnel international, signée à Ottawa le 20 septembre 1951 (loi du 1er février 1955) : Trib. trav. Anvers, 1er novembre 1972, J.T.T., 1973, 173. Premier protocole additionnel à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l homme et des libertés fondamentales, signé à Paris le 20 mars 1952 (loi du 13 mai 1955); C.E., 8 mars 1973, n , R.A.C.E., 1973, 204. Convention internationale sur les droits politiques de la femme, conclue à New York le 31 mars 1953 (loi du 19 mars 1964) : C.E., 21 juin 1973, n" et n , R.A.C.E., 1973, 505. Convention internationale relative au statut des apatrides, signée à New York le 28 septembre 1954 (loi du 12 mai 1960) : C.E., 26 juin 1973, n , R.A.C.E., 1973, 539. Convention conclue à La Haye le 1er mars 1954 relative à la procédure civile (loi du 28 mars 1958) : Comm. Brux., 21 juin 1973, ƒ.71., 1973, 696. Convention relative au contrat de transport international de marchandises11 JU RISPR U D EN C E BELGE 681 par route (C.M.R.), conclue à Genève le 19 mai 1956 (loi du 4 septembre 1962) : Bruxelles, 19 octobre 1972, D.E.T., 1973, 503; Comm. Anvers, 12 septembre 1972, ibid., 640; 13 octobre 1972, ibid., 330; 7 septembre 1973, ibid., 754; 8 mai 1973, J.P.A., 1973, 245; Comm. Brux., 26 décembre 1972, D.E.T., 1973, 516; Comm. Dinant, 31 octobre 1972, J.L., , 285; Comm. Malines, 14 février 1973, D.E.T., 1973, 630. Convention sur le recouvrement des aliments à l étranger, faite à New York le 20 juin 1956 (loi du 6 mai 1966) : Civ. Brux., 11 octobre 1972, J.T., 1973, 80. Convention sur la loi applicable aux obligations alimentaires envers les enfants, faite à La Haye le 24 octobre 1956 (loi du 17 juillet 1970) : Civ. Brux., 11 octobre 1972, /.T., 1973, 80. Traité instituant l Union économique Benelux, signé à La Haye le 3 février 1958 (loi du 20 juin 1960); C.E., 14 décembre 1973, ri , R.A.C.E., 1973, 955. Convention concernant la reconnaissance et l exécution des décisions en matière d obligations alimentaires envers les enfants, signée à La Haye le 15 avril 1958 (loi du 11 août 1961) : Civ. Bruxelles, 11 octobre 1972, J.T., 1973, 80. Convention internationale concernant le transport des marchandises par chemin de fer (C.I.M.), signée à Berne le 25 février 1961 (loi du 4 mars 1964) : Brux., 5 avril 1973, J.P.A., 1973, 110; Comm; Anvers, 3 avril 1973, Pas., 1973, III, 82. Loi uniforme Benelux sur les marques de produits, signée à Bruxelles le 19 mars 1962 (loi du 30 juin 1969) : Comm, Gand, 1er février 1973, Ing. Cons., 1973, 83; Comm. Courtrai, 24 mai 1973, ibid., 50. Convention entre les Etats membres de la C.E.E. concernant la compétence judiciaire et l exécution des décisions en matière civile et commerciale, signée à Bruxelles le 27 septembre 1968 (loi du 13 janvier 1971) : Comm. Anvers, 29 mai 1973, J.P.A., 1973, 250; Trib. arrond. Brux., 5 mars 1973, ].T., 1973, 373. Sur le Traité C.E.E. et ses mesures d application, voy. infra, n Traités bilatéraux. Convention conclue à Paris le 8 juillet 1899 entre la Belgique et la France sur la compétence judiciaire, sur l autorité et l exécution des décisions judiciaires, des sentences arbitrales et des actes authentiques (loi du 31 mars 1900) : Brux., 31 janvier 1973, Pas., 1973, II, 90; Cour trav. Brux., 4 juillet 1973, Rev. prat. soc., 1973, ri0 5780; Trib. arrond. Brux., 5 mars 1973, J.T., 1973, 373. Convention conclue le 28 mars 1925 entre la Belgique et les Pays-Bas sur la compétence judiciaire territoriale, sur la faillite, sur l autorité et l exécution12 682 JO E VERHOEVEN des décisions judiciaires, des sentences arbitrales et des actes authentiques (loi du 16 août 1926) : Brux., 15 janvier 1973, Pas., 1973, II, 79. Convention conclue le 20 février 1933 entre la Belgique et les Pays-Bas pour éviter les doubles impositions et régler certaines autres questions en matière fiscale (loi du 2 juin 1934) : Brux., 9 janvier 1973, J.P.D.F.F., 1973, 102; 21 février 1973, ibid., 110; Gand, 29 décembre 1972, ibid., 88. Convention entre la Belgique et le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d Irlande du Nord en vue d éviter la double imposition et l évasion fiscale en ce qui concerne les impôts sur les revenus, signée à Londres le 27 mars 1953 (loi du 7 janvier 1954) : Brux., 30 avril 1973, Rev. fisc., 1973, 423. Convention entre la Belgique et l Espagne sur la sécurité sociale, faite à Bruxelles le 28 novembre 1956 (loi du 12 mars 1958) : C.E., 16 février 1973, n , R.A.C.E., 1973, 147. Convention d extradition et d entraide judiciaire en matière pénale entre le Royaume de Belgique et la République fédérale d Allemagne, signée à Bruxelles le 17 janvier 1958 (Mon., 19 juin 1959) : Cass., 24 octobre 1972, Pas., 1973, I, 196. Convention entre le Royaume de Belgique et la République fédérale d Allemagne concernant la reconnaissance et l exécution réciproque, en matière civile ou commerciale, des décisions judiciaires, sentences arbitrales et actes authentiques, signée à Bonn le 30 juin 1958 (loi du 10 août 1960) : Civ. Brux., 11 octobre 1972, f.t., 1973, 80; Brux., 14 février 1973, ibid., 256. Accord, signé à Bruxelles le 25 avril 1959, entre le Gouvernement Belge et le gouvernement de la République fédérale d Allemagne en vue de faciliter l application de la Convention de La Haye, du 1er mars 1954, relative à la procédure civile (Mon., 31 décembre 1959, 12 janvier 1960) : Comm. Brux., 21 juin 1973, J.T., 1973, 696. Accord complémentaire à la convention entre les Etats parties au Traité de l Atlantique-Nord sur le statut de leurs forces, signée à Londres le 19 juin 1951, conclu à Bonn le 3 août 1959 entre le Royaume de Belgique et la République fédérale d Allemagne (loi du 6 mai 1963) : Cour. mil. Brux., 29 avril 1971, R.W., , 1764; Civ. Brux., 30 juin 1971, ibid., 1776; Civ. Tongres, 22 février 1972, ibid., 917. Accord entre le Royaume de Belgique et la République fédérale d Allemagne sur les prestations à effectuer en faveur des ressortissants belges ayant été l objet de mesures de persécution national-socialistes, signé le 28 septembre 1960 (loi du 4 mars 1961) : C.E., 8 janvier 1973, n , RA.C.E., 1973, 10. Convention de coopération en personnel entre le Royaume de Belgique et la République du Congo, signée à Léopoldville le 8 janvier 1964 : Brux., 19 décembre 1972, I.T., 1973, 407.13 JU RISPR U D EN C E BELGE 683 Convention entre le Royaume de Belgique et la République fédérale d Allemagne en vue d éviter les doubles impositions et de régler certaines autres questions en matière d impôts sur le revenu et sur la fortune, y compris la contribution des patentes et les impôts fonciers, signée à Bruxelles le 11 avril 1967 (loi du 9 juillet 1969) : Civ. Liège, 9 juin 1972, Bull. Contrib., 1973, VI. VIOLATION DES TRAITES 7. Même si l appréciation de la responsabilité de la puissance publique est toujours délicate, il ne paraît guère contesté en jurisprudence que l Etat belge puisse être tenu pour civilement responsable des dommages qu il cause aux particuliers par sa violation d accords internationaux 8. Avec les réserves qu appelle cette décision, c est de cette jurisprudence qu il a été fait application dans l affaire Wildiers où l Etat belge a été déclaré responsable du préjudice subi par un agent de l assistance technique du fait de la violation d une convention de coopération, sur base de l article 1382 du Code civil (voy. supra, n 2). Encore faut-il cependant qu il y ait véritablement faute. Dans l affaire de la S.A. Fabrique de colorants Anilina (voy. supra, n 1), le Conseil d Etat a rappelé à cet égard qu il n appartenait aux particuliers ni de «critiquer l opportunité de conclure des traités de commerce ni de fixer au gouvernement une ligne de conduite concernant le montant du contingent global [d importation de produits colorants en provenance de l Europe de l Est] et sa répartition entre les divers pays exportateurs». CHAPITRE II L ETAT I. RECONNAISSANCE D ETAT 8. Sur la non-reconnaissance de la République démocratique allemande et ses incidences sur la conclusion de «traités», voy. supra, n 1. A. Condition des étrangers. II. COMPETENCE TERRITORIALE 9 Voy. nos chroniques in R.B.D.I., 1974, 690, n 9; 1972, 647, n 1; 1968, 574, n 5.14 684 JO E VERHOEVEN 1. Droit conventionnel. i) Convention belgo-allemande. a) Droit iiscal 9. Aux termes de la convention préventive de la double imposition, conclue à Bruxelles le 11 avril 1967 entre la Belgique et la R.F.A. (loi du 9 juillet 1969), sont imposables en principe dans l Etat de résidence les revenus que le titulaire d une profession libérale tire de ses activités, même exercées sur le territoire de l Etat cocon tractant (art. 14). En revanche, sont imposables dans l Etat de résidence de la société les tantièmes et autres rémunérations que perçoit le membre du conseil d administration d une société par actions, même s il «réside» sur le territoire de l Etat cocontractant (art. 16). C est de l article 14 précité que se prévalait un avocat allemand, résidant en Allemagne, pour voir imposées en ce pays les «rétributions» qu il avait perçues du chef de divers services prestes au profit d une société établie en Belgique. Considérant en fait qu après avoir exercé statutairement les fonctions d administrateur de cette société, l intéressé avait continué de les exercer comme «administrateur de fait», la Cour d appel de Bruxelles les a toutefois déclarées imposables en Belgique, conformément à l article 16 de la convention belgoallemande (14 juin 1972, Schütt Henrich c. Etat belge, ministre des Finances, Bull. Contrib., 1973, n 2236, 2233). ii) Convention belgo-britannique. 10. Selon la convention belgo-britannique préventive de la double imposition, signée à Londres le 27 mars 1953 (loi du 7 janvier 1954) 10, les «bénéfices industriels et commerciaux» d une société britannique ne sont imposables en Belgique que si elle y exerce «une activité industrielle ou commerciale par l intermédiaire d un établissement stable y situé», au prorata des revenus produits par celui-ci [art. 3 (1)]. La notion d établissement stable est précisée à l article 2 ( 1) (k) de la convention, alors que son article 2 ( 1) (i) exclut les loyers des bénéfices «industriels ou commerciaux». Cette exclusion des loyers signifie-t-elle qu ils ne peuvent être imposés en Belgique comme bénéfices industriels ou commerciaux ou signifie-t-elle qu ils peuvent y être imposés à ce titre sans que soit requise la présence de l établissement stable visé à l article 3 (1) de la convention, dès l instant où cette imposition est prévue par le droit interne belge? Cette seconde proposition était défendue par l Etat belge, s agissant des loyers perçus en Belgique par une société britannique dont il n était pas contesté qu elle n y jouissait pas d un établissement stable au sens de la convention. Jugeant cette «interprétation restrictive... incompatible avec la généralité du texte» de la convention, la Cour d appel 10 Aujourd hui remplacée par la convention du 29 août 1967 (loi du 27 février 1970).15 JU RISPR U D EN C E BELGE 685 de Bruxelles l a rejetée. Elle a toutefois admis que si les loyers litigieux ne peuvent être imposés comme bénéfices industriels ou commerciaux ils peuvent, dans la mesure où ils sont «censés représentés par le revenu cadastral», être imposables en Belgique à la contribution foncière (30 avril 1973, Rev. fisc., 1973, 423). iij) Convention belgo-néerlandaise. 11, Dans le système de la convention belgo-néerlandaise du 20 février 1933 (loi du 2 juin 1934) 12, c est également dans l Etat de F«établissement stable» qu est imposable une société établie sur le territoire de l Etat cocontractant, au prorata des revenus produits par cet établissement (art. 4). Il y a établissement stable néerlandais lorsqu une société belge a conclu avec des sociétés hollandaises une association momentanée en vue d effectuer aux Pays-Bas des travaux portuaires impliquant l établissement d un chantier constituant une «installation fixe de caractère productif». Lorsque cette société belge s associe elle-même avec une autre société belge par une convention dite de «croupier» (art Code civil) 13 pour exécuter ses engagements, les revenus perçus par cette dernière restent-ils des revenus imposables aux Pays-Bas au titre de revenus produits par un établissement stable y situé? La Cour d appel de Bruxelles (21 février 1973, S.A. Sagetra c. Etat belge, ministre des Finances, Rev. fisc., 1973, 408; f.pjd^.f., 1973, 110) ne l a pas admis, considérant que l établissement stable situé aux Pays-Bas reste exclusivement celui de l'association momentanée originaire et que le bénéfice réalisé par la société belge partie à celle-ci perd son caractère de revenu d origine étrangère lorsqu il est affecté «à l exécution d engagements effectués en Belgique envers une firme belge». L interprétation peut être discutée. Un pourvoi a été introduit contre l arrêt. Il permettra à la Cour de cassation d en décider. 12. Lorsqu une société dispose en Belgique et aux Pays-Bas d un établissement stable, elle est imposable dans chacun des deux Etats au prorata des revenus produits sur son territoire. L article 4 de la convention impose à cet égard aux administrations fiscales belge et néerlandaise de s entendre sur la ventilation des revenus, son art. 12, 1, réglant la transmission des renseignements nécessaires. Par des motifs contestables, la Cour d appel de Bruxelles a jugé que les pouvoirs d investigation prévus par ces articles, de même que ceux qui résultent de l article 221 C.I.R. selon lequel la vérification des écritures du redevable et des pièces à l appui doit avoir lieu sans déplacement, «sont mis à la disposition de l administration fiscale pour étayer les impositions dont elle 11 Comp., dans les relations belgo-luxembourgeoises, notre chronique in R.B.D.I., , 6 8 8, n 2 0 ; , 6 0 0, n Aujourd'hui remplacée par la convention du 19 octobre (loi du 1 6 août ). la «Chaque associé peut, sans le consentement de ses associés, s associer à une tierce personne relativement à la part qu'il a dans la société; il ne peut pas, sans ce consentement, l associer à la société, lors même qu il en aurait l administration.»16 686 JO E VERHOEVEN a en principe la charge de la preuve». Même si une société néerlandaise est en droit de déduire des revenus produits par son établissement belge une quote-part de ses frais d administration générale, ces pouvoirs ne doivent toutefois pas être utilisés en pareil cas, puisque la preuve incombe au redevable, à tout le moins dès lors qu il a toujours adopté «une attitude passive» qui légitimerait le refus de l administration de «prêter ses bons offices» (9 janvier 1973, S.A. de droit néerlandais G.W. Ventilatie c. Etat belge, ministre des Finances, Rev. fisc., 1973, 383; J.P.DJF.F., 1973, 102, obs. B). 2. Droit commun. 13. L un des aspects de la territorialité de l impôt est exprimé à l article 3 du Code des impôts sur les revenus (C.I.R.) qui assujettit à l impôt des personnes physiques «les habitants du Royaume, c est-à-dire 1 les* personnes physiques qui ont établi en Belgique leur domicile ou le siège de leur fortune». Comme en témoigne la jurisprudence14, la vérification de cette condition peut, dans un milieu internationalisé, susciter certaines difficultés. Mentionnons à cet égard un arrêt de la Cour d appel de Bruxelles (Mac Kim Browning c. Etat belge, ministre des Finances, J.P.DJF.F., 1973, 152) qui a considéré qu avait qualité d habitant du Royaume et était, partant, soumis à l impôt des personnes physiques pour la totalité de ses revenus, même produits ou recueillis à l étranger (art. 5 C.I.R.), le redevable qui, nonobstant une activité itinérante, vit en Belgique et tire l essentiel de ses revenus de sa qualité d administrateur d une société anonyme belge dont il est par ailleurs l un des actionnaires principaux et dont son épouse était commissaire. 14* Toute entreprise établie en Belgique doit ajouter à ses propres bénéfices les «avantages anormaux ou bénévoles» consentis à une entreprise établie à l étranger, ou à des entreprises ayant avec celle-ci des intérêts communs, en raison des liens quelconque d interdépendance (art. 24 C.I.R.). La Cour de cassation a jugé que l article 24 précité prend exclusivement en considération un «avantage», quel qu il soit, que cet avantage constitue ou non à proprement parler un «bénéfice» ie. Il en résulte «que... bien que l avantage... doive être ajouté aux bénéfices de l entreprise établie en Belgique, les règles relatives aux éléments constitutifs du bénéfice, notamment celles des articles 21 et 34 C.I.R., ne sont pas applicables à la détermination de ces avantages», lesquels doivent être évalués en fait, et souverainement, par le juge (Cass., 20 septembre 1972, S.A. Compagnie belge Transmarine c. Etat belge, ministre des Finances, Pas., 1973, I, 72). 15. S agissant des «habitants du royaume», l article 71, 3e, C.I.R. autorise le n Voy. nos chroniques in R.B.D.L, , 6 9 5, n 1 6 ; , 6 9 5, n Sur l arrêt attaqué, voy. notre chronique in R.B.D.L, , n 1 9. Comp. ibid., ,17 JU RISPR U D EN C E BELGE 687 contribuable à déduire de ses revenus imposables les rentes alimentaires qu il verse «à des personnes auxquelles il doit des aliments conformément aux obligations prévues au Code civil et qui ne font pas partie de son ménage». Une contribuable se prévalait de cette disposition pour obtenir déduction de la rente qu il payait à la femme dont il avait divorcé par décision d une juridiction de l Etat de Floride. Considérant «qu aux termes de l article 301 du Code civil, l obligation alimentaire n est prévue qu en cas de divorce pour cause déterminée et au profit du conjoint qui a obtenu le divorce», ce qui ne paraît pas contestable, la Cour d appel de Bruxelles (16 avril 1973, Mac Kim Browning, précité) a rejeté cette prétention par les motifs suivants : «Attendu qu il apparaît de cette décision étrangère qu il a été jugé, ordonné et décrété que l accord de séparation (seperation agreement), conclu entre parties litigantes le 24 avril 1956, sera, et il est par les présentes, ratifié et confirmé et que ses clauses et conditions seront reprises dans les présentes (pièce 63, sub. 1 et sa traduction déposée à l'audience du 20 mars 1973); Que cette même décision mentionne que le demandeur a apparemment raison et qu il a prouvé par des témoignages valables les raisons de sa demande» Rieu de tout cela n est très convaincant, puisque l on ne sait si c est le fait que le demandeur paraît avoir «obtenu» le divorce ou si c'est le fait que ce divorce s apparente à un divorce par consentement mutuel, qui justifie le refus de déductibilité. L ambiguïté manifestera toutefois la difficulté d appliquer dans des relations internationales les catégories du droit belge qui peuvent n être pas adaptées à des institutions étrangères et les obligations, telles celles qu énonce l article 301 du Code civil, qui s y adaptent. 16. Les personnes qui n ont pas qualité d habitants du royaume sont soumises en Belgique à l impôt des «non-résidents» en raison des revenus «produits ou recueillis en Belgique». Sont comprises dans ces revenus «les rentes alimentaires à charge d habitants du royaume» (art. 140, 2, 5, d). Cette notion de rente alimentaire a été discutée s agissant de la «pension» versée par un ressortissant néerlandais domicilié en Belgique à son épouse, résidant aux Pays-Bas, dont il était séparé de fait. Rappelant que «seule la législation belge peut être appliquée pour déterminer les caractères des versements en cause au plan civil et leur imposabilité», la Cour d appel de Gand (29 décembre 1972, Rustwat c. Etat belge, ministre des Finances, J.P.DJF.F., 1973, 88) a considéré que ces versements constituaient des contributions aux charges du ménage, régies par l article 218 du Code civil, et non des rentes alimentaires exprimant le devoir de secours entre époux organisé par l article 212 du Code civil lorsque l un d eux est dans le besoin et acquiert de ce fait une créance d aliments. Sur la foi de cette interprétation «civiliste», la Cour a exclu des revenus imposables en Belgique, et de l article 140, 2, 5 C.I.R., les sommes versées au titre de contributions aux charges du ménage. En revanche sont exclues des revenus imposables en Belgique «les rémunérations... dont le débiteur est un habitant du royaume... en raison d une activité18 JO E VERHOEVEN exercée à l étranger par les bénéficiaires» (art. 141, 2 C.I.R.). Il a été jugé que devaient y être comprises les pensions versées à un non-habitant du royaume en raison d une activité professionnelle antérieurement exercée à l étranger10. (Bruxelles, 16 avril 1973, cause n , Rev. fisc., 1973, 490). 17. Aux termes des articles 278 et 280 C.I.R., les décisions des directeurs des contributions peuvent être l objet d un recours devant la Cour d appel dans le ressort de laquelle la cotisation attaquée a été établie, dans le délai de quarante jours francs à compter de sa notification à l intéressé. Il a été rappelé que ce délai préfix est d ordre public et ne peut, à défaut de disposition légale, être augmenté à raison de la distance, «même pour les personnes qui n ont ni domicile ni résidence en Belgique» (Bruxelles, 16 avril 1973, cause nd24.267, Rev. fisc., 1973, 490). La Cour paraît toutefois admettre qu il puisse y être dérogé par suite de force majeure, tout en constatant en l espèce que la preuve de la force majeure n était pas apportée dès lors que la difficulté et la perturbation des communications entre la Belgique et Bukavu (Zaïre), dont se réclamait le requérant, n ont pas empêché, «dans les exemples donnés», des «communications postales... réalisées en seize jours». 18. Sur la caution exigée des redevables dont les biens en Belgique sont insuffisants pour couvrir le montant de l imposition présumée d une année (art. 310bis C.I.R.), voy. Bruxelles, 19 janvier 1971, Bull. Contrib., 1973, 79 ; 30 février 1970, ibid., 809; Liège, 20 septembre 1971, ibid., 282; 20 janvier 1972, ibid., 640; Corr. Anvers, 1er juin 1972, ibid., 2231; Corr. Bruxelles, 12 avril 1972, ibid., 1353; 3 novembre 1972, ibid., 811; Prés. civ. Bruxelles, 21 août 1969, ibid., Sur l applicabilité de l article 6 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l homme et des libertés fondamentales aux litiges fiscaux, voy. infra, n 52. b) Droit social et sécurité sociale 20. Le libéralisme de la législation belge, en ce qu elle ne subordonne plus à l ordinaire le bénéfice des prestations de sécurité sociale à la jouissance de la nationalité belge, a plus d une fois été souligné. Des conditions de résidence ou d occupation régulière en Belgique restent néanmoins fréquemment imposées. Ainsi dans l assurance-chômage qui subordonne en principe le bénéfice des allocations de chômage à une occupation antérieure en Belgique. C est l un des intérêts des conventions bilatérales de sécurité sociale que d autoriser le cas échéant le ressortissant d un des Etats contractants à se prévaloir de journées de travail dans son Etat national pour bénéficier des allocations dans I Etat cocontractant. Dès lors qu un travailleur de nationalité espagnole a été exclusivement occupé aux Pays-Bas durant la Voy. n o t r e chronique in R.B.D.I., , 6 9 6, n 2 9.19 JU RISPR U D EN C E BELGE 689 période de référence, il n est toutefois pas en droit d obtenir des allocations de chômage en Belgique, la convention hispano-belge du 28 novembre 1956 (loi du 12 mars 1958) ne prévoyant que des journées de travail en Espagne ou en Belgique pour l acquisition de la qualité de bénéficiaire de l assurance-chômage. Le fait qu il y ait été admis par erreur ne saurait l autoriser à contester la décision du directeur du bureau régional de l emploi qui lui retire, non rétroactivement, le bénéfice de ces allocations (C.E., 16 février 1973, ri , Martin c. Office national de l'emploi, R.A.C.E., 1973, 147). 21. De même, l article 2, 1, de l arrêté royal du 29 mai 1968 relatif au reclassement social des handicapés de nationalité étrangère admet au bénéfice de ses dispositions les ressortissants étrangers lorsqu ils ont établi «leur résidence régulière sur le territoire national avant la première constatation médicale de l invalidité sur laquelle se fonde la demande d enregistrement auprès du Fonds national de reclassement social des handicapés». Il a été jugé que cette «première constatation» vise la première constatation médicale de l incapacité de travail et non celle de la maladie ou de l invalidité qui en est éventuellement la cause (Cour trav. Bruxelles, 26 octobre 1972, F.N.R.H. c. Konstcmtinou, J.T.T., 1973, 235). 22. En revanche, la condition de nationalité belge est très classique dans toute la législation réparatrice des dommages de guerre, étrangère à la sécurité sociale proprement dite. Les dérogations à pareille condition sont relativement exceptionnelles. L article 53, 2, b, des lois coordonnées sur les pensions de réparation déchoit, dans cette perspective, «du droit aux pensions de réparation... les étrangers admis à la pension de réparation... qui acquièrent par la suite une nationalité autre que la nationalité belge». Le Conseil d Etat a jugé que cette disposition était d interprétation restrictive. L acquisition d une nationalité étrangère qu elle vise «suppose un élément volontaire dans le chef du bénéficiaire de la pension». La déchéance qu elle énonce n est dès lors pas applicable lorsque la perte et le recouvrement de la nationalité américaine ont eu lieu en vertu de l automatisme d une loi américaine et de sa déclaration d inconstitutionnalité par la Cour suprême des Etats-Unis (C.E., 3 juillet 1973, n , Krochmal c. Etat belge, Vice-premier ministre et ministre du Budget, R.A.C JE 1973, 568). 23. Sur l arrêté royal du 23 novembre 1961, modifié les 7 février 1963 et 2 avril 1965, organisant la répartition du montant de 80 millions de Deutsche Mark versé par la R.F.A. à la Belgique en exécution de l accord du 28 septembre 1960 relatif à l indemnisation des ressortissants belges ayant été l objet de mesures de persécution national-socialistes (loi du 4 mars 1961), voy. C.E., 8 janvier 1973, n , De Kaezemac\er c. Etat belge, ministre de la Santé publique et de la Famille, R.A.C.E., 1973, Sur la condition de nationalité exigée en droit belge pour l exercice de la profession d avocat et la liberté d établissement dans le Marché commun, voy. supra, n 4.20 690 JO E VERHOEVEN c) Etat civil 25. Légitimé par adoption, un enfant mineur indien acquiert la nationalité (belge) et le nom de ses parents adoptifs. Désireux de lui conférer un état civil régulier, son identité, son lieu et sa date de naissance n étant connus que par une attestation du directeur-adjoint d un home établi à Bombay (Inde), ceux-ci sollicitent du tribunal de première instance de leur domicile (Louvain) un jugement déclaratif d état civil, en application des articles 46 et 99 du Code civil. Le tribunal se déclare incompétent, au motif qu est seul compétent le tribunal du lieu où a été dressé l acte de naissance. Or, l enfant est né à Bombay : «dit is buiten het rechtsgebied van het gerechterlijk arrondissement Leuven». Sa décision a été heureusement réformée en appel par la Cour de Bruxelles. La Cour a affirmé sa compétence en considérant que lorsque la commune où l acte aurait dû être dressé ne peut être déterminée, la compétence appartient au tribunal du dernier domicile de l intéressé. Sur le fond, elle a jugé que la procédure de rectification des actes de l état civil pouvait être utilisée lorsque c était «absolument nécessaire» pour obtenir un jugement déclaratif «substituant un état civil provisoire à l état civil inconnu». Non sans préciser «que l ordre public comme l intérêt privé de l enfant exigent impérieusement qu il ait une identité qui apparaisse sur les registres de l état civil». Il fut dès lors ordonné que la mention suivante soit transcrite par l officier compétent : «en Inde, probablement à Bombay, est né, le 4 avril 1967, de parents inconnus un enfant de sexe masculin qui a reçu les prénoms...» La solution paraît raisonnable. Soulignons, si besoin est, qu il n y a pas en l espèce rectification d un acte de l état civil dressé par une autorité étrangère, rectification ordinairement admise lorsque l acte a été préalablement transcrit dans les registres d une commune belge. Tout acte, même étranger, fait en effet défaut. II ne saurait dès lors être question d empiéter, indirectement, sur les compétences d une autorité étrangère ni de lui adresser abusivement des injonctions. Encore faut-il cependant que la preuve de l absence de tout acte civil étranger soit clairement apportée, car l on ne saurait admettre que des jugements «provisoires» pallient l incurie ou la paresse des intéressés. d) Extradition 26. Il est une règle bien établie selon laquelle un Etat n extrade jamais ses nationaux. Elle est notamment consacrée par l article 1er de la loi du 15 mars 1874 sur les extraditions, modifiée le 22 février La détermination de la nationalité, belge ou étrangère, d un individu dont l extradition est demandée par un gouvernement étranger revêt en pareille perspective une importance certaine. Deux questions intéressantes ont à ce sujet été soumises à la Cour de cassation. 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