Source: https://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriAdmin.do?oldAction=rechJuriAdmin&idTexte=CETATEXT000022364699&fastReqId=159370794&fastPos=136
Timestamp: 2019-12-14 07:28:13+00:00
Document Index: 7562513

Matched Legal Cases: ["l'article 23", "l'article 23", "l'article 6", "l'article 1", "l'article 16", "l'article 76", "l'article 16"]

Conseil d'État, 4ème et 5ème sous-sections réunies, 18/06/2010, 339175, Inédit au recueil Lebon | Legifrance
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Conseil d'État, 4ème et 5ème sous-sections réunies, 18/06/2010, 339175, Inédit au recueil Lebon
N° 339175
Vu l'ordonnance du 30 avril 2010 par laquelle le tribunal administratif de Paris, avant de statuer sur la demande de Mme Lynda Ratiba A tendant à ce qu'il soit enjoint à l'Etat de lui attribuer un hébergement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, a décidé, par application des dispositions de l'article 23-2 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958, de transmettre au Conseil d'Etat la question de la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution des cinquième et sixième alinéas du II de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation ;
Vu le mémoire, enregistré le 9 avril 2010 au greffe du tribunal administratif de Paris, présenté par Mme A, demeurant ..., en application de l'article 23-1 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 ; Mme A soutient que les cinquième et sixième alinéas du II de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, applicables au litige, méconnaissent le principe d'égalité devant la loi garanti par l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et par l'article 1er de la Constitution ; qu'ils méconnaissent le principe de l'indépendance du pouvoir judiciaire issu de l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ; qu'ils sont contraires au droit au recours effectif et à un procès équitable garanti par le même article 16 ; qu'ils méconnaissent le droit au logement découlant du droit au respect de la dignité de la personne humaine et du principe fondamental reconnu par les lois de la République du droit au logement ; qu'ils méconnaissent le droit de résister à l'oppression et le droit de propriété ;
Vu le code de la construction et de l'habitation, notamment le II de son article L. 441-2-3-1 ;
Considérant qu'aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : Le droit à un logement décent et indépendant (...) est garanti par l'Etat à toute personne qui (...) n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ; qu'en cas de reconnaissance du caractère prioritaire de la demande par la commission de médiation prévue à l'article L. 441-2-3, et en l'absence d'hébergement dans le délai indiqué par l'article R. 441-16-1 du même code dans une des structures mentionnées à l'article L. 441-2-3-1, le II de cet article ouvre un recours contentieux devant le tribunal administratif, permettant au juge, lorsqu'il constate la carence de l'administration, d'ordonner l'hébergement de l'intéressé dans une de ces structures en assortissant, le cas échéant, cette injonction d'une astreinte ; que, selon les cinquième et sixième alinéas de cet article, dans leur rédaction issue de l'article 76 de la loi du 25 mars 2009 : Le montant de cette astreinte est déterminé en fonction du coût moyen du type d'hébergement considéré comme adapté aux besoins du demandeur par la commission de médiation. / Le produit de l'astreinte est versé au fonds institué en application du dernier alinéa de l'article L. 302-7 dans la région où est située la commission de médiation saisie par le demandeur. ;
Considérant que Mme A soutient que les cinquième et sixième alinéas du II de l'article L. 441-2-3-1 sont contraires aux principes constitutionnels d'égalité des citoyens devant la loi, d'indépendance du pouvoir judiciaire, du droit au recours effectif et à un procès équitable, du droit au logement, du droit de propriété et du droit de résister à l'oppression ;
Considérant, en premier lieu, que les dispositions contestées prévoient un mode de détermination du montant de l'astreinte identique sur tout le territoire et que les personnes introduisant un recours sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation se trouvent dans une situation différente de celle des personnes introduisant un recours de droit commun ; qu'ainsi, le moyen tiré de ce que ces dispositions méconnaîtraient le principe d'égalité ne soulève pas une question sérieuse ;
Considérant, en deuxième lieu, qu'en indiquant au juge des critères de détermination de l'astreinte dont il peut assortir l'injonction prévue à l'article L. 441-2-3-1, les dispositions du cinquième alinéa du II de cet article ne portent atteinte ni à l'indépendance des juridictions, ni au droit à un recours effectif et à un procès équitable ; que, dès lors, le moyen tiré de ce qu'elles seraient contraires à l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, à laquelle renvoie le préambule de la Constitution, ne soulève pas non plus une question sérieuse ; que ne soulève pas davantage une telle question le moyen tiré d'une atteinte au droit de propriété, qui résulterait des dispositions du sixième alinéa fixant la destination du produit de l'astreinte, dès lors que celle-ci est dépourvue de caractère indemnitaire ;
Considérant, en troisième lieu, qu'eu égard à l'objet du dispositif institué par les articles mentionnés plus haut du code de la construction et de l'habitation, le moyen tiré de ce que les dispositions contestées méconnaîtraient le droit au logement ne saurait, en tout état de cause, être regardé comme sérieux ;
Considérant, enfin, que le moyen tiré de la méconnaissance du droit de résister à l'oppression est dépourvu de précisions permettant d'en apprécier le caractère sérieux ;
Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par Mme A, qui n'est pas nouvelle, ne présente pas un caractère sérieux ; que, par suite, il n'y a pas lieu de la renvoyer au Conseil constitutionnel ;
Article 1er : Il n'y a pas lieu de renvoyer au Conseil constitutionnel la question prioritaire de constitutionnalité transmise par le tribunal administratif de Paris.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme Lynda Ratiba A, au Premier ministre et au ministre d'Etat, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat.
Copie en sera adressée au Conseil constitutionnel et au tribunal administratif de Paris.