Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/EtatsNsouverains/inde-Sikkim.htm
Timestamp: 2017-11-21 21:11:40+00:00
Document Index: 88259042

Matched Legal Cases: ["l'article 2", "l'article 38", "l'article 38", "l'article 6", "l'article 26", "l'article 7", "l'article 8", 'art. 31', "l'article 21", "l'article 3", "l'article 5", 'art. 102', "l'article 2", "l'article 10", "l'article 350"]

Population: 540 851 (2001)
Langues officielles : népalais, bhotia, lepcha et limbo (de jure); anglais et hindi (de facto)
Groupe majoritaire: népalais (62,6 %)
Groupes minoritaires: bhotia (7,7 %), hindi (6,6 %), lepcha (6,6 %), limbo (6,3 %), sherpa (2,5 %), tamang (1,8 %), rai, bengali, etc.
Lois de l'État: Loi sur les frais judiciaires (1870); Règlement relatif à l'enregistrement des documents (1930); Proclamation de la Haute Cour de justice (compétence et pouvoirs) (1955); Règlement prévoyant l'inscription et la célébration d'une formule de mariage (1963); Loi sur le panchayat du Sikkim (1965); Ordonnance constitutionnelle (suppression des difficultés) n° XI (1975); Loi sur les langues officielles (1977); Règlement sur les services judiciaires (1980); Règlement sur les sociétés coopératives (1981); Loi sur les langues officielles (modification de 1981); Loi sur les langues officielles (modification de 1990); Loi sur l'enseignement primaire (2000); Loi sur le droit à l'information (2005); Règles de procédure et conduite des débats à l'Assemblée législative du Sikkim (2009); Règlement de la Haute Cour - pratique et procédure (2011).
Le Sikkim est l'un des plus petits États de l'Inde avec une superficie de 7107 km². Celle-ci équivaut à la superficie de la Corse (8680 km²). Cet État, situé à l'extrémité septentrionale de l'Inde, est limité à l'ouest par le Népal, au nord et à l'est par le Tibet (Chine), au sud-est par le Bhoutan et au sud par l'État indien du Bengale occidental. Le Sikkim est entouré par les chaînes de l'Himalaya sur toutes ses frontières, sauf dans le Sud. L'ensemble de l'État est vallonné, avec une altitude allant de 280 à 8598 mètres. De plus, un tiers du territoire est densément boisé.
L'État du Sikkim est subdivisé en quatre districts : le Sikkim de l'Est, le Sikkim de l'Ouest, le Sikkim du Nord et le Sikkim du Sud. La capitale de l'État est Gangtok, la seule ville importante, avec une population d'environ 98 658 habitants, ce qui représentait 16,2 % de la population du Sikkim au recensement de 2011. La ville de Gangtok est située dans la zone la plus densément peuplée, le sud-est de l'État (281 293 hab.).
Le Sikkim est un ancien royaume qui s'est rattaché à l'Inde en 1975 en tant que 22e État, à la suite d'un référendum, ce qui abolissait la monarchie héréditaire.
Au recensement de 2001, la population du Sikkim était de 540 851 habitants. En 2011, la population était estimée à 607 688. À l'échelle de l'Inde, le Sikkim ne représente que 0,04 % de la population totale (1,2 milliard d'individus). Non seulement le Sikkim est numériquement l'État indien le moins peuplé de l'Inde, mais il est également l'un des moins densément peuplés avec seulement 86 habitants au kilomètre carré, surtout dans le Sikkim du Nord (10 hab./km²).
District Chef-lieu Population (2011) Pourcentage Superficie Densité Alphabétisation Carte
Sikkim de l'Est
(East Sikkim) Gangtok
(98 658 hab.) 281 293 46,2 % 954 km² 257/km² 83,8 %
(North Sikkim) Mangan
(4 644 hab.) 43 354 7,2 % 4226 km² 10/km² 78,0 %
Sikkim du Sud
(South Sikkim) Namchi
12 190 hab.) 146 742 24,2 % 745 km² 175/km² 81,4 %
Sikkim de l'Ouest
(West Sikkim) Geyzing
(4 013 hab.) 136 299 22,4 % 1166 km² 106/km² 77,3 %
Près de la moitié de la population sikkimaise vit dans le district de l'Est, là où est située la capitale, Gangtok (98 658 hab.). La majorité des habitants du district appartiennent à l'ethnie népalaise. Les autres groupes, tous minoritaires, comprennent les Bhotia, les Tibétains et les Lepcha. Le district du Nord est celui qui est le moins peuplée au Sikkim; il ne représente que 7,2 % de la population de l'État; la majorité est d'origine népalaise, alors que les minorités regroupent surtout les Bothia et les Lepcha. Le district du Sud et le district de l'Ouest (ou Sikkim occidental) présentent les mêmes similitudes démographiques avec une majorité de Népalais et des minorités ethniques telles que les Bhotia, les Lepcha et les Limbo.
2 Les principaux groupes ethniques
Depuis longtemps, le Sikkim est caractérisé par sa grande diversité ethnique. Bien que les deux tiers des habitants, appelés Sikkimais, soient d'origine népalaise, d'autres peuples viennent du Tibet, alors que des vagues d'immigration plus récentes ont amené d'autres peuples depuis les États indiens voisins (Bengale occidental, Bihar, Meghalaya, Orissa, etc.). Cette diversité touche principalement certaines ethnies autochtones himalayennes: les Bhotia, les Lepcha et les Limbo (Limboo ou Limbu).
- Les Lepcha (6,6 %)
Selon les historiens, les Lepcha seraient les premiers habitants du Sikkim. Ils ne constituent aujourd'hui que 6,6 % de la population; ils résident surtout dans la partie centrale du Sikkim. Leur langue, le lepcha, est d'origine sino-tibétaine, et leur religion est multiforme: on distingue le bön, le mun et le bouddhisme tibétain. La langue lepcha s'écrit avec un alphabet particulier dérivé de l'alphabet tibétain, l'alphabet lepcha, appelé aussi alphabet rong. Le lepcha est parlé également au Népal et au Bhoutan, ainsi qu'au Bengale occidemntal.
- Les Bhotia (7,7 %)
Les Bhotia (ou Bhotiya) sont aussi d'origine tibétaine, mais ils ont émigré au Sikkim vers le XVe siècle. Leur langue est appelée «bhotia» ou «sikkimais tibétain»; elle appartient à la famille sino-tibétaine et est aisément intelligible avec le tibétain et le dzongkha du Bhoutan. Selon la région (Inde, Népal et Bhoutan), le bhotia utilise l'alphabet tibétain ou l'alphabet devanagari modifié. En plus du Sikkim, le bhotia est parlé dans les États indiens suivants: l'Himachal Pradesh, l'Uttarakhand, l'Uttar Pradesh, le Bengale occidental, l'Arunachal Pradesh et le Tripura. La religion pratiquée est généralement le bouddhisme.
- Les Limbo (6,3 %)
C'est un autre peuple d'origine sino-tibétaine (Tibet et Yunnam), connu aussi sous le nom de «Yakthung Thibong». La langue des Limbo est fragmentée en quatre variétés (phedāppe, panchthare, chathare et taplejunge) et elle est parlée au Sikkim, en Assam, au Bengale occidental, au Nagaland, mais aussi en Népal, au Bhoutan, en Birmanie et en Thaïlande. Leur religion est autant influencée par le bouddhisme tibétain que par l'hindouisme indien.
- Les Népalais (62,6 %)
Au Sikkim, les Népalais sont arrivés dans la région longtemps après les Lepcha et les Bhotia, c'est-à-dire au XIXe siècle. Ils constituent aujourd'hui plus de 60 % de la population totale du Sikkim et leur langue, le népalais (ou le népali), sert de langue véhiculaire pour la plupart des Sikkimais; plus de 90 % des habitants peuvent parler cette langue indo-aryenne, que ce soit comme langue maternelle ou comme langue seconde. Le népalais s'écrit avec l'alphabet devanagari. La majorité des Népalais pratique l'hindouisme.
Au cours des XIXe et XXe siècle, beaucoup de Népalais hindouistes (népalophones) ont émigré dans les basses terres du Sikkim dans le but d'y pratiquer l'agriculture. Le Népal commençait alors à être surpeuplé; c'est un pays de hautes montagnes avec de grande régions presque inhabitables. On peut comprendre les Népalais de vouloir améliorer leur sort en s'expatriant pas trop loin dans des régions sous-peuplées, comme le Sikkim et le Bhoutan, avec en plus des conditions géo-climatiques assez similaires au sud du Népal. Parce qu'ils ont continué d'affluer au Sikkim durant plusieurs décennies, les immigrants népalais sont devenus l'ethnie majoritaire dans trois districts du Sikkim, et ils font valoir aujourd'hui leurs revendications autonomistes.
Dans l'espoir sans doute de faire contrepoids aux populations népalophones et hindouistes, les Sikkimais entretiennent d'étroites relations avec les populations du Tibet et du Bhoutan, tant au plan commercial que culturel; ils espèrent ainsi préserver leur culture sikkimaise.
La langue majoritaire dans l'État du Sikkim est le népalais (62,6 % en 2001), appartenant au groupe indo-iranien (ou indo-aryen) de la famille indo-européenne. Les autres langues de la même famille sont le bengali, l'ourdou, le manipouri, le panjabi, l'assamais, le maithili, le marathi et l'oriya. L'État du Sikkim est l'un des rares États indiens à abriter autant de langues sino-tibétaines : le bhotia, le lepcha, le limbo (ou limbu ou limboo), le sherpa, le tamang, le rai et le tibétain. Les langues autochtones protégées sont le bhotia, le lepcha et le limbo. Une seule langue appartient à la famille dravidienne : le malayalam.
Népalais (népali) 338 606 62,6 % langue indo-iranienne
Bhotia 41 825 7,7 % langue sino-tibétaine
Hindi 36 072 6,6 % langue sino-tibétaine
Lepcha 35 728 6,6 % langue sino-tibétaine
Limbo 34 292 6,3 % langue sino-tibétaine
Sherpa 13 922 2,5 % langue sino-tibétaine
Tamang 10 089 1,8 % langue sino-tibétaine
Rai 8 856 1,6 % langue sino-tibétaine
Bengali 6 320 1,1 % langue indo-iranienne
Ourdou 2 930 0,5 % langue indo-iranienne
Manipouri 2 082 0,3 % langue indo-iranienne
Tibétain 1 977 0,3 % langue sino-tibétaine
Panjabi 1 364 0,2 % langue indo-iranienne
Malayalam 1 021 0,1 % famille dravidienne
Assamais 545 0,1 % langue indo-iranienne
Maithili 543 0,1 % langue indo-iranienne
Marathi 521 0,0 % langue indo-iranienne
Oriya 515 0.0 % langue indo-iranienne
Autres langues 3 643 1,0 % -
Total du recensement de 2001 540 851 100 % -
Il existe encore plusieurs autres langues parlées par de toutes petites minorités, la plupart étant des langues de la famille sino-tibétaine: le zongkha, le newari, le groma, le gouroung (ou gurung), le magar, le nepâlbhâshâ, le sounuwar, le thoulung et le yakha. Deux autres petites langues méritent qu'on les mentionne: le majhi (groupe indo-aryen d'origine népalaise) et le majhwar (isolat). Toutes les langues sino-tibétaines, y compris le bhotia, le lepcha et le limbo, sont en danger d'extinction.
Parmi toutes les langues parlées au Sikkim, trois d'entre elles se distinguent des autres du fait qu'elle servent de langues véhiculaires et qu'elles sont comprises dans tout l'État: le népalais, l'anglais et l'hindi. En effet, le népalais serait parlé par 94 % de la population, dont 62,6 % comme langue maternelle et 31,4 % comme langue seconde. L'hindi serait compris par 67 % des Sikkimais, dont 6,6 % comme langue maternelle. L'anglais, étant essentiellement une langue étrangère, est parlé par 74 % des locuteurs comme langue seconde.
Langue Langue maternelle Peuvent parler la langue
Népalais 62,6 % 94 %
Anglais 1,0 % 74 %
Hindi 6,6 % 67 %
Bhotia 7,7 % 7 %
Lepcha 6,6 % 5 %
Limbo 6,3 % 3 %
Plus de 90 % des jeunes Sikkimais déclarent pouvoir parler et écrire au moins en trois langues. De toute façon, les locuteurs des toutes petites langues parlent généralement le népalais qu'ils déclarent souvent aux recenseurs comme leur langue maternelle.
Il existe effectivement trois lingues véhiculaires au Sikkim (par ordre d'importance): le népalais, l'anglais et l'hindi. Le népalais parce que c'est la langue parlée par le plus grand nombre de locuteurs à la fois comme langue maternelle et comme langue seconde (94 % de la population). L'anglais, hérité de la colonisation britannique comme langue véhiculaire dans toute l'Inde, et l'hindi parce que c'est la langue de l'État central.
Cependant, ces trois langues n'ont pas la même utilité selon les circonstances: on peut donc parler de triglossie. On utilise le népalais pour le commerce de proximité et les communications locales entre les différentes ethnies. L'anglais est principalement la langue de l'école et le véhicule de communication avec les communautés des autres États indiens. Quant à l'hindi, c'est la langue de l'administration centrale indienne et celle de la télévision, incluant le cinéma.
Cette concurrence entre les trois langues réduit la possibilité que l'une domine entièrement les deux autres. Bref, le Sikkim ne constitue guère un État linguistique comme il en existe ailleurs: l'hindi dans les territoires ou États de Delhi (80 %), de l'Haryana (87 %), de l'Himanachal Pradesh (88 %), du Madya Pradesh (87 %), le tamoul au Pondichéry (88 %) et au Tamil Nadu (89 %), le télougou en Andhra Pradesh (84 %), le panjabi au Panjab (92 %).
Les Sikkimais sont adeptes de l'hindouisme dans une proportion de 59,8 % de la population; c'est donc la principale religion. Bien que les bouddhistes constituent une minorité religieuse (30,3 %), le bouddhisme est la religion officielle de l'État. Les chrétiens comptent pour 5,6 % des Sikkimais, en général des gens d'origine lepcha qui ont été convertis par des missionnaires britanniques vers la fin du XIXe siècle. Parmi les autres minorités, on trouve des musulmans (1,7 % et des Sikhs (0,3 %).
Religion District de l'Est District du Sud District de l'Ouest District du Nord Moyenne
Hindous 60,1 % 65,5 % 61,1 % 35,3 % 59,8 %
Bouddhistes 29,0 % 25,5 % 29,7 % 55,9 % 30,3 %
Chrétiens 5,3 % 6,0% 6,6 % 3,4 % 5,6 %
Musulmans 2,4 % 1,4 % 0,7 % 1,9 % 1,7 %
Sikhs 0,3 % 0,1 % 0,0 % 1,9 % 0,3 %
Autres 2,8 % 1,2 % 1,7 % 0,8 % 2,0 %
Total 2016 - Projet Joshua 252 000 139 000 125 000 42 000 100 %
L'État du Sikkim reconnaît le dalaï-lama comme l'«autorité suprême» en matière de religion.
À l'origine le Sikkim était un royaume bouddhiste qui s'étendait entre le Tibet, le Népal, le Bhoutan et l’Inde. C'est un maître indien du nom de Padmasambhava, qui aurait introduit au VIIIe siècle le bouddhisme. Au XIIIe siècle, des Lepcha, originaires des collines de l'Assam, virent occuper le Sikkim. Au cours des XVe et XVIe siècles, les Tibétains commencèrent à s’installer au Sikkim.
3.1 Le royaume du Sikkim
De 1642 à 1975, le Sikkim allait être gouverné par la dynastie Namgyal, également appelée monarchie des Chogyal. De fait, en 1642, le 5e descendant d'une famille princière du Tibet fut consacré le premier chogyal (roi) du Sikkim par trois lamas venus du Nord, de l'Ouest et du Sud. En 1700, le Sikkim fut envahi par le Bhoutan avec l'aide de la demi-sœur du chogyal, qui avait été écartée du trône. Les Bhoutanais furent par la suite chassés par les Tibétains qui restituèrent le trône au chogyal en 1710. Durant les décennies qui suivirent, le royaume du Sikkim dut faire face à de nombreuses incursions à la fois de la part des Népalais à l'ouest et de la part des Bhoutanais à l'est. En 1791, la Chine envoya des troupes pour appuyer le Sikkim et défendre le Tibet contre les Indiens gurkhas. Une fois que la Chine eût réussi à vaincre le Népal, elle installa un représentant de la dynastie Qing pour prendre le contrôle du Sikkim.
Quelques décennies plus tard, les Sikkimais s'allièrent aux Britanniques pour combattre leur ennemi séculaire, le Népal. À la suite de disputes territoriales qui les opposèrent au Népal de 1814 à 1816, les Britanniques obtinrent une route d’accès par le Sikkim vers le Tibet et Darjeeling (aujourd'hui au Bengale occidental). Les Britanniques encouragèrent des travailleurs népalais à venir travailler dans les plantations de thé du Sikkim. Après quelques décennies, les Népalais dépassèrent numériquement les habitants autochtones, les Lepcha et les Bhotia. En 1890, le Sikkim devint un protectorat britannique. Dès lors, le chogyal se transforma en dirigeant sous la férule du gouverneur britannique du Sikkim. En 1904, les Britanniques et les Tibétains signèrent un traité qui reconnaissait les frontières entre le Sikkim et le Tibet.
3.2 Le protectorat indien
Le 15 août 1947, l'Inde obtint son indépendance de la Grande-Bretagne et Nehru devint premier ministre du nouveau pays. À la suite d'un référendum rejeté sur l'intégration du Sikkim dans l'Union indienne en 1947, Jawaharlal Nehru accorda un statut de protectorat indien au royaume du Sikkim. En 1973, des émeutes éclatèrent devant le palais du chogyal qui demanda officiellement la protection de l'Inde. En avril 1975, l'armée indienne prit le contrôle de Gangtok, la capitale, et désarma les gardes du palais. Fervent bouddhiste, afin d'éviter un massacre de la population, le chogyal renonça à sa couronne et consentit à ce que le Sikkim devienne un État indien.
3.3 L'État indien
La même année, la première ministre de l'Inde, Indira Gandhi, fit appel au Parlement indien pour modifier le statut du Sikkim et le faire admettre comme un État à part entière de l'Union. Un référendum, auquel 59 % des électeurs participèrent, approuva l'union avec l'Inde dans une proportion de 97,5 %. Le 16 mai 1975, le Sikkim devint officiellement le 22e État de l'Union indienne, la monarchie étant alors abolie. Deux ans plus tard, le Sikkim adoptait la Loi sur les langues officielles qui déclarait que le népalais et le bhotia étaient les langues officielles de l'État. En 1981, étaient ajoutés le lepcha et le limbo. En 1990, une autre modification à la Loi sur les langues officielles (modification de 1990) autorisait la prolongation de l'anglais pour son emploi dans les affaires de l'Assemblée législative.
Le multilinguisme qui caractérise ce petit État entraîne forcément une politique linguistique particulière axée sur la pluralité des langues. C'est pourquoi le statut de certaines langue en présence peut sembler ambigu, notamment au sujet de l'anglais et de l'hindi.
Beaucoup d'observateurs laissent entendre que l'anglais est la langue officielle de l'État du Sikkim, mais d'autres affirment que c'est l'hindi. Qu'en est-il exactement? Le 16 mai 1975, le Sikkim est devenu officiellement le 22e État de l'Union indienne. Auparavant, alors que le royaume du Sikkim faisait partie de l'Empire britannique, la langue la plus utilisée aux fins officielles de l'État était sans doute l'anglais. L'Ordonnance constitutionnelle (suppression des difficultés) n° XI, adoptée le 16 mai 1975, le précisait ainsi:
Until the Legislature of the State of Sikkim otherwise provides by law, the English language shall continue to be used for those official purposes within the State for which it was being used immediately before the 26th day of April, 1975. Article 8
Il était bien dit que «jusqu'à ce que la Législature de l'État du Sikkim en décide autrement par une loi, la langue anglaise doit continuer d'être utilisée à des fins officielles au sein de l'État». Autrement dit, l'anglais continuait d'être utilisé à des fins officielles jusqu'à une loi en décide autrement. Or, cette loi a été adoptée deux ans plus tard, en 1977. À la lumière de la Loi sur les langues officielles adoptée le 17 octobre 1977, on peut lire que le népalais et le bhotia doivent être les langues utilisées pour toutes les fins officielles de l'État:
With effect from such date, as the State Government may, by notification in the Official Gazette, specify in this behalf, the Nepali and the Bhutia languages shall be the languages to be used for all official purposes of the State of Sikkim:
Avec effet à partir de cette date, le gouvernement de l'État peut, par un avis au Journal officiel, préciser sous ce nom que le népalais et le bhotia doivent être les langues utilisées pour toutes les fins officielles de l'État du Sikkim:
La loi n'emploie pas la formule «langues officielles» ("official languages"), mais des langues utilisées à toutes les fins officielles de l'État. Nous pouvons supposer qu'il s'agit là des langues officielles du Sikkim, puisque la loi est désignée sous le titre de "Official Languages Act". Par ailleurs, la loi de 1977 ne mentionne aucune autre langue, pas davantage l'anglais que l'hindi. Donc, si l'on en croit le texte de cette première loi linguistique, seuls le népalais et le bhotia devaient être les langues officielles de l'État du Sikkim.
En 1981, l'Assemblée législative du Sikkim a adopté une modification à la Loi sur les langues officielles (modification de 1981):
In the Sikkim Official Languages Act, 1977 (5 of 1977), in the long title, the preamble and section 2, for the words "the Nepali and the Bhutia", the words "the Nepali, the Bhutia, the Lepcha and the Limbu" shall be substituted. Article 2
Dans la Loi sur les langues officielles du Sikkim, 1977 (5 de 1977), dans le titre long, le préambule et l'article 2, les mots «le népalais et le bhotia» doivent être remplacés par les mots «le népalais, le bhotia, le lepcha et le limbo».
Dans la modification de 1981, le lepcha et le limbo ont été ajoutés aux deux langues officielles. Dès lors, le Sikkim aurait quatre langue officielles: le népalais, le bhotia, le lepcha et le limbo. Mais ce n'est pas aussi simple, car depuis l'adoption en 1990 de la Loi sur les langues officielles (modification de 1990), l'anglais doit continuer d'être employé pour la transaction des affaires à l'Assemblée législative du Sikkim, en plus des langues officielles de l'État :
Bref, le népalais, le bhotia, le lepcha et le limbo sont bel et bien les langues officielles de l'État, mais l'anglais peut l'être aussi à l'Assemblée législative pour les affaires courantes, ce qui implique la rédaction des lois. Quant à l'hindi, il ne peut être totalement ignoré, car c'est la langue officielle de l'Union indienne et celle du gouvernement central. De plus, c'est la langue de l'armée, dont de forts contingents sont stationnés au Sikkim parce que c'est un État frontalier.
4.2 La hiérarchisation des langues
Les langues ne sont pas officielles au même titre, que ce soit à l'Assemblée législative, dans les tribunaux, dans l'administration ou dans les établissements d'enseignement. En principe, on s'attendrait à ce que les quatre langues officielles (népalais, bhotia, lepcha et limbo) soient présentes dans toutes les activités de l'État et à l'exclusion de toute autre langue. Pourtant, ce n'est pas le cas, car il faut aussi tenir compte de l'anglais et de l'hindi.
À l'Assemblée législative, l'article 38 des Règles de procédure et de conduite des débats à l'Assemblée législative du Sikkim (2009) énonce que les débats de l'Assemblée doivent se dérouler dans les langues officielles de l'État du Sikkim, en hindi ou en anglais:
Bref, au moins six langues sont théoriquement possibles à l'Assemblée législative. Les parlementaires peuvent en principe employer n'importe laquelle de ces langues qui sont traduites simultanément en népalais. En fait, les débats parlementaires se déroulent en népalais et en anglais; ils sont traduits et consignés dans le Journal officiel (Gazette Extraordinary) uniquement en anglais. Si les lois peuvent être discutées en népalais, elles sont adoptées dans leur version anglaise, mais les règlements du gouvernement peuvent être traduits à l'occasion dans les langues co-officielles.
En principe, la connaissance de la langue officielle régionale (népalais, lepcha, bhotia ou limbo) est une condition incontournable pour le recrutement des fonctionnaires au services de l'État. Localement, les citoyens peuvent obtenir une réponse dans la langue officielle de leur choix. Dans les faits, les textes en népalais sont les plus utilisés parce que la plupart des Sikkimais comprennent cette langue. Il n'existe pas de règlement obligeant les fonctionnaires des districts et des municipalités à répondre obligatoirement dans la langue du citoyen, même dans les localités où une minorité représente au moins 15 % de la population. Sur une base locale, outre l'incontournable népalais, le bhotia, le lepcha, le limbo, l'hindi, voire le sherpa et le tamang, peuvent être utilisés pour les services de proximité (municipalités et villages). L'administration fédérale, pour sa part, n'utilise que l'hindi et l'anglais.
Cependant, les textes officiels sont plus ambigus. Ainsi, l'article 38 du Règlement relatif à l'enregistrement des documents de 1930 (encore en vigueur) exige qu'un document soumis au Bureau d'enregistrement doit être présenté dans une langue couramment utilisée au Sikkim, soit le népalais, ou c'est l'anglais:
À cette époque, le Sikkim était un protectorat britannique et l'anglais était la langue officielle. Les langues autres que le népalais n'étaient pas reconnues.
En 1981, le statut des langues avaient en principe beaucoup changé. En effet, la Loi sur les langues officielles (1977) reconnaissait le népalais et le bhotia comme les langues officielles, alors que le Sikkim faisait partie de l'Union indienne. L'article 3 du Règlement sur les sociétés coopératives (1981) reconnaît, pour sa part, l'hindi, l'anglais ou une langue locale:
En 2005, l'article 6 de la Loi sur le droit à l'information reconnaît également l'anglais, l'hindi et la langue officielle de la région (il y en a quatre):
Quant à l'article 26 de la Loi sur le droit à l'information (2005), il utilise l'expression «dans sa langue officielle» (en anglais: "in its official language"), comme s'il n'y avait qu'une seule langue officielle, sans mentionner laquelle:
Dans les faits, le népalais sert de langue véhiculaire dans la plupart des bureaux de l'administration de l'État, des municipalités et des villages, aussi bien que dans les entreprises et les établissements commerciaux.
- L'affichage public et l'affichage commercial
Pour ce qui est de l'affichage public, il demeure massivement en anglais. Même l'Assemblée législative porte l'inscription unilingue "Sikkim Legislativ Assembly". Il en est ainsi pour les ministères ou départements ("Department"), les commissions ("Sikkim Public Service Commission"), les services ("Office of the Additionmal Controller"), etc., y compris la signalisation routière.
En ce qui a trait à l'affichage public, cette ancienne colonie britannique semble être demeurée très anglaise et certainement anglophile.
Cette anglophilie se maintient dans l'affichage commercial qui est rarement en népalais ou en d'autres langues. De façon générale, les affiches publicitaires sont présentées massivement en anglais, notamment les panneaux souhaitant la bienvenue aux touristes: "Welcome to West Sikkim", Welcome to Sikkim" ou "Welcome to you at Mangan". C'est comme si les touristes ne pouvaient être qu'anglophones, le tourisme indien ou chinois n'existant manifestement pas. Parfois, apparaissent ici et là des mots écrits avec l'alphabet devanagari, mais ce phénomène semble plutôt isolé. Dans certains cas, la publicité commerciale est carrément «à l'occidentale» (photo de droite). En somme, le Sikkim est un État au visage anglais, un vestige du colonialisme britannique.
Au Sikkim comme ailleurs en Inde, l'anglais est la langue d'une élite qui impose cette langue pour des raisons avant tout commerciales. La différence au Sikkim, c'est que l'anglais peut plus facilement s'imposer dans la mesure où il ne concurrence aucune autre langue forte dans l'État, comme ce peut être le cas, par exemple, dans l'État de l'Himachal Pradesh, alors que l'hindi est parlé par 89 % de la population locale.
Publicité à l'occidentale
- Les panchayats
Au Sikkim, comme dans plusieurs autres États indiens, il existe un système d'administration locale appelée «panchayat». Traditionnellement, il s'agit d'assemblées populaires dont le rôle était de régler les différends entre individus ou entre villages. Aujourd'hui, le terme désigne un système d'administration locale, connu le plus souvent sous le nom de «gram panchayat»; il y en aurait plus de 265 000 en Inde. Ce système se veut une forme d'autonomie politique propre à un village ou une localité. Le président et le vice-président du panchayat sont connus respectivement comme le «sabhapati» et le «saha sabhapati». Il existe une différence fondamentale entre le «gram panchayat» et le «gram sabha». Le «gram sabha» réunit tous les membres adultes d'un village (en règle générale, de plus de 1500 habitants), tandis que le «gram panchayat» représente l'exécutif composé de cinq membres élus par les membres du «gram sabha». Les panchayats utilisent la langue locale dans leurs inscriptions.
La Loi sur le panchayat du Sikkim de 1965 mentionnait que les activités d'un panchayat devaient se dérouler «en anglais» ou «dans la langue de la région», sans en mentionner une seule:
Il existe une grande différence entre l'article 7 et l'article 8: dans le premier cas, les activités du gram panchayat doivent se dérouler en anglais ou dans la langue de la région, alors que dans le second cas les activités du sabha doivent se dérouler «dans la langue de la région», ce qui exclut l'anglais.
En 1993, la Loi sur le panchayat du Sikkim oblige à ce que les activités du gram panchayat se déroulent «dans la langue couramment parlée et comprise par les membres», mais cette langue doit être l'une des langues officielles de l'État (art. 31) :
Depuis 1981, les langues officielles sont le népalais, le bhotia, le lepcha et le limbo, mais l'anglais et l'hindi ont aussi droit de cité.
En matière de justice, les textes officiels paraissent tous aussi ambigus en ce qui a trait à l'emploi des langues. Ainsi, l'article 21 de la Loi sur les frais judiciaires de 1870 (encore en vigueur) énonce que les frais judiciaires doivent être affichés sur un tableau «en anglais et dans les langues vernaculaires»:
Mais l'article 3.4 du Règlement sur les services judiciaires de 1980 exige qu'un candidat aux services judiciaires doit «être capable de communiquer en népalais ou dans les autres langues de l'État»:
Plus précisément, on s'attend à ce qu'un justiciable puisse pouvoir communiquer dans un tribunal dans l'une des langues officielles de l'État, c'est-à-dire le népalais, le bhotia, le lepcha et le limbo, sans oublier l'anglais et l'hindi. Dans les faits, ce sont le népalais et l'hindi qui sont utilisés par le juge dans les tribunaux d'instance inférieure; le justiciable peut utiliser sa langue maternelle s'il ne peut pas faire autrement, mais le juge n'est pas tenu de connaître une autre langue que l'anglais, l'hindi ou le népalais. On a forcément recours à la traduction. Le juge doit rendre sa sentence en népalais ou en hindi, voire en anglais.
Cependant, il n'en n'est pas ainsi à la Haute Cour de justice du Sikkim ("Sikkim High Court"). En 1955, la Proclamation de la Haute Cour de justice (compétences et pouvoirs) imposait l'anglais «pour le moment» ("for the time being") dans les témoignages de la Haute Cour:
On aurait pu penser que, après être devenu un État indien en 1975, la Haute Cour de justice du Sikkim deviendrait plus multilingue. Or, ce n'est pas le cas. En effet l'article 5.1 du Règlement de la Haute Cour - pratique et procédure (2011) prescrit l'anglais dans tout le déroulement de la procédure:
L'article 19 du règlement énonce que la langue de la requête judiciaire est l'anglais:
Toute requête judiciaire doit être accompagnée de documents traduits en anglais s'ils sont rédigés dans une autre langue (art. 102 du Règlement de la Haute Cour) :
Même les documents déposés dans les «langues vernaculaires locales» doivent être traduits en anglais, alors que les frais de traduction doivent être assumés par les parties concernées:
Cet article 140 du Règlement de la Haute Cour est manifestement en contradiction avec la Loi sur les langues officielles qui prévoit à l'article 2 que le népalais, le bhotia, le lepcha et le limbo doivent être les langues utilisées pour toutes les fins officielles de l'État du Sikkim. Mais, pour la Haute Cour de justice, l'anglais est la seule langue officielle, alors que cette langue ne l'est pas explicitement dans la loi de 1977. Manifestement, la tradition a eu priorité sur le droit linguistique et la Haute Cour de justice semble une exception.
En 2011, le taux d'alphabétisation des adultes du Sikkim était de 82,2 %, dont 87,2 % pour les hommes et 76,4 % pour les femmes. Le Sikkim comptait alors un total de quelque 1160 écoles, y compris 765 écoles gérées par l'État sikkimais, 7 écoles sous la juridiction du gouvernement central et 385 écoles privées. De plus, 12 collèges et autres établissements offrent un enseignement supérieur. La plus grande institution du genre est la Sikkim Manipal University of Technological Sciences, qui offre un enseignement supérieur notamment en ingénierie, en médecine et en gestion; il existe aussi deux écoles polytechniques gérée par l'État.
Pour ces langues minoritaires, il suffit d'une demande de 10 élèves sur 40 pour que l'État, par exemple le Sikkim, soit obligé de fournir un enseignement dans une langue donnée. Le Sikkim compte 2677 écoles, dont 1630 primaires de premier cycle et 518 écoles de second cycle, ainsi que 347 école secondaires de premier cycle et 182 écoles secondaires de second cycle.
Langue Total des écoles Primaire
Népalais 743 490 131 86 36
Anglais 727 480 132 79 36
Hindi 524 312 112 64 36
Bhotia 250 123 50 46 31
Lepcha 229 116 49 37 27
Limbo 182 101 40 28 13
Autres 22 8 4 7 3
Total 2677 1630 518 347 182
Le tableau ci-dessus montre la répartition des écoles primaires et secondaires selon la langue d'enseignement. Le népalais, l'anglais et l'hindi accaparent près de 75 % des écoles sikkimaises. Ce sont les trois langues les plus importantes pour la communication. Plusieurs petites langues minoritaires sont aussi enseignées: outre le bhotia, le lepcha et le limbo, il faut ajouter les quelques écoles où la langue d'enseignement est le néwari, le gouroung, le mangar, le mukhia, le rai, le sherpa ou le tamang. À ces langues langues il faut ajouter le lepcha, le bhotia, le limbo et le népalais, comme langue officielles, ce qui donne un total de 13 langues reconnues.
De plus, il existe quelque écoles d'alphabétisation des adultes où le népalais est utilisé comme langue d'enseignement. Les écoles privées administrées par une organisation religieuse emploient également le népalais dans leur enseignement.
L'article 3 de la Loi sur l'enseignement primaire (2000) prévoit une répartition des écoles en fonction de «la langue parlée par les enfants»:
Selon l'article 10 de la Loi sur l'enseignement primaire, les parents peuvent soustraire leur(s) enfant(s) à une école donnée si l'instruction n'est pas offerte dans «la langue parlée par l'enfant»:
Une distinction importante émerge entre les langues nationales indiennes, qui figurent dans l'annexe VIII de la Constitution de l'Inde (le népalais est maintenant inclus), et les langues régionales officielles du Sikkim, qui sont des langues non prévues dans la Constitution, mais qui peuvent être reconnues par le gouvernement sikkimais, par exemple, le lepcha, le bhotia et le limbo. Au Sikkim, les exigences concernant les langues nationales et régionales se chevauchent. Le Département des ressources humaines de l'État a mis au point des documents pédagogiques scolaires pour toutes les langues officiellement reconnues par l'État pour les années scolaires I à XII. Le contenu est tiré en partie de la culture de la communauté de locuteurs (mythes, histoire orale, alimentation locale, etc.) et en partie de l'histoire et la culture indienne au sens large.
Nous pouvons penser que le gouvernement du Sikkim se montre très ouvert à l'enseignement des langues minoritaires autochtones. Il faut comprendre que le bhotia le lepcha, le limbo, le néwari ou le rai peut effectivement être utilisé en tant que «matière supplémentaire» par les élèves originaires de ces communautés. Dans les faits, les parents des élèves qui choisissent une instruction dans ces langues ne doivent pas s'attendre à ce que leurs enfants acquièrent de véritables compétences langagières dans leur langue maternelle. Ces enfants apprennent plutôt le patrimoine de leur communauté, sa culture, son histoire et sa philosophie ancestrale à travers ce moyen qu'est la langue maternelle. En effet, l'apprentissage de ces langues ancestrales sert avant tout comme un instrument d'identité plutôt qu'un instrument langagier utile dans la vie quotidienne. Ces langues constituent aujourd'hui une valeur symbolique et affective plutôt qu'une importance stratégique et pratique. Les élèves fréquentent les écoles minoritaires pour apprendre les symboles et les métaphores du patrimoine ancestral; c'est pour cette raison que le gouvernement du Sikkim se permet de les faire apprendre. Pour être clair, la langue d'enseignement à travers le Sikkim reste d'abord l'anglais, puis le népalais et l'hindi. Les autres langues, c'est du folklore.
Dans tout le Sikkim, l'anglais continue d'être la langue d'enseignement qui prime sur les autres. Le gouvernement justifie cette politique par le fait que l'éducation est dictée par «la demande du public» ("public demand"). L'anglais n'est pas une langue d'identité territoriale, car il demeure une langue véhiculaire à valeur presque anti-territoriale. En fait, l'anglais est à sa manière aussi une langue d'appartenance, non pas une appartenance ethnique ou linguistique, mais une appartenance sociale ou plutôt de classe sociale. Le gouvernement veut sans doute se servir de l'anglais dans le but de supprimer les classes ou les différences sociales. Mais cet objectif ne semble pas très réaliste, car non seulement la richesse est inégalement répartie chez les Sikkimais, mais les individus n'acquièrent pas les mêmes compétences en anglais au terme de leurs études secondaires.
De façon générale, les compétences à l'écrit sont plus élevées en anglais que les compétences à l'oral. Si 74 % des Sikkimais disent pourvoir parler l'anglais (à des degrés divers), 88 % sont en mesure de l'écrire. Si 94 % des Sikkimais peuvent parler le népalais, seulement 80 % peuvent écrire cette langue. Par contre, les compétences en ce qui a trait au bhotia, au lepcha et au limbo sont particulièrement basses et tout à fait inversées. Ces résultats n'ont rien de surprenant, car le statut de l'anglais dans l'enseignement en fait une langue écrite plus qu'une langue parlée. Étant donné qu'il n'y pas d'anglophones ayant l'anglais comme langue maternelle, les locuteurs de l'anglais langue seconde n'ont personne à qui parler dans cette langue. Au Sikkim, l'anglais est donc avant tout une langue écrite.
Au Sikkim, le système scolaire fonctionne avec la formule appelée "The Three-Language Formula», c'est-à-dire la «formule des trois langues» ou encore mieux la «formule trilingue»: la langue maternelle (ou la langue régionale), une langue officielle (hindi ou anglais) et une autre langue moderne, indienne ou étrangère : l'hindi, l'anglais et la langue officielle régionale. Dans le programme scolaire du Sikkim, trois langues sont enseignées jusqu'à la 8e année, dont l'une doit être l'hindi. Par la suite, les élèves ont à apprendre deux langues, dont l'une doit être une langue nationale (anglais, hindi ou népalais) et une autre une langue régionale (népalais, lepcha, bhotia, limbo, etc.). Autrement dit, il faut apprendre l'anglais et l'hindi, puis une langue régionale. Pour un Népalais, ce sera le lepcha, le bhotia ou le limbo. Pour un Lepcha, un Bhotia ou un Limbo, c'est nécessairement le népalais.
Environ 75 % des écoles sont gérées par le gouvernement du Sikkim, les autres relèvent des établissements privés. Or, ces établissements ne sont pas tenus de respecter les programme scolaires du gouvernement qui, lui, est dans l'obligation de tenir compte de la langue maternelle des enfants en vertu de l'article 350A de la Constitution indienne. De façon générale, les établissements privés utilisent l'anglais comme langue d'enseignement.
Dans tous les établissements d'enseignement supérieurs, l'anglais est la seule langue d'enseignement. Cette pratique est étendue partout: la Sikkim University de Gangtok, la Sikkim Manipal University de Gangtok, le Loyola College of Education de Namchi, le Manipal Institute of Technology de Namthang, l'Industrial Technical Institute de Rangpo, le Namgyal Institute of Tibetology de Gangtok, le Sikkim Manipal Institute of Medical Sciences de Gangtok, etc.
Plus de 50 journaux sont publiés au Sikkim, dont la plupart en népalais, mais plusieurs journaux locaux sont également publiés en anglais, alors que les journaux nationaux le sont en hindi et/ou en anglais; ces derniers ont imprimés ailleurs en Inde où ils sont également diffusés. Les quotidiens publiés en népalais sont les suivants: Hamro Prajashakti, Hemali Bela, Samaya Dainik, Sikkim Darpan, Sangrila Times, Dainik Marmeray, etc. L'Anugamini est l'un des rares quotidiens publiés en hindi. Beaucoup de journaux en népalais, la majorité, sont des hebdomadaires: Bemarsha, Bilokan, Chetna, Frontier Samachar, Goanlay Awaaz, Gantantra Gatipath, Gangtok Umbel, Gangtok, Halkhabar, Hamro Prajashakti, etc. Au Sikkim, les journaux en anglais comprennent l'Himalayan Mirror, le Sikkim Now, le Sikkim Express, le Sangrila Times, le Sikkim Mail, le Sikkim Reporter, le Statesman et le Telegraph ; le Hindu et le Times of India sont imprimés à Kolkata (Calcutta) dans le Bengale occidental. Au Sikkim, le Sikkim Herald est un hebdomadaire du gouvernement du Sikkim, qui est publié en treize langues. La capitale, Gangtok, dispose de deux salles de cinéma mettant en vedette des films diffusés surtout en népalais et en hindi, puis en anglais.
Les antennes paraboliques existent dans la plupart des maisons de la région et les canaux sont disponibles dans toute l'Inde, y compris au Sikkim, avec quelques chaînes de langue népalaise. Les principaux fournisseurs de services sont Sikkim Cable, Najuma, Dish TV et Doordarshan. La India Radio a une station locale à Gangtok, qui transmet les divers programmes d'intérêt populaire. Les autres stations radiophoniques sont Nine FM, Radio Misty et Ed FM, qui diffusent toutes dans els principales langues himalayennes.
La politique linguistique du Sikkim est complexe et ambigüe. Elle est complexe parce qu'elle concerne un grand nombre de langues qui, d'un point de vue ou d'un autre, ont acquis un certain statut. Il convient de distinguer les langues officielles (népalais, lepcha, bhotia et limbo), les langues nationales (l'hindi et l'anglais) et les autres langues reconnues à des fins éducatives (néwari, gouroung, mangar, mukhia, rai, sherpa et tamang), ce qui fait un total de 13 langues pour une population de plus de 540 000 habitants. La politique linguistique est complexe parce qu'elle superpose des statuts linguistiques différents qui se chevauchent dans certaines circonstances, par exemple l'école. Comment évaluer adéquatement le statut des «langues officielles» au niveau régional et au niveau national? Une langue officielle au gouvernement central a-t-elle plus de poids qu'une langue officielle au plan régional? Si l'on se fie sur les pratiques réelles, force est de conclure que l'hindi, qui n'est pas une langue officielle au Sikkim, a beaucoup plus d'importance que les langues officielles régionales que sont le bhotia, le lepcha et le limbo.
Tous ces chevauchements entraînent une situation ambigüe au point de vue du statut linguistique. Les quatre langues officielles formellement désignées dans la Loi sur les langues officielles de 1977 (népalais, bhotia, lepcha et limbo) ne le sont pas au même degré, car le népalais l'est plus que les trois autres. Par contre, l'anglais qui n'est pas formellement une langue officielles le devient de facto («dans les faits») au Parlement, dans les tribunaux, dans les écoles et dans l'affichage. L'hindi qui n'a aucun statut au niveau régional est une langue officielle au niveau national et, de ce fait, est beaucoup plus important que des langues comme le bhotia, le lepcha et le limbo. Les langues officielles du Sikkim ne sont pas reconnues dans les tribunaux, sauf le népalais; à la Haute Cour de justice, seul l'anglais est autorisé. Il y a 13 langues officielles dans l'enseignement, mais l'anglais, l'hindi et le népalais le sont plus que les autres.
En définitive, on peut se demander quelles sont les langues officielles du Sikkim? Il y a quatre langues officielles régionales, deux langues officielles nationales et 13 langues officielles scolaires. À l'Assemblée législative et dans les tribunaux, le népalais et l'anglais prédominent. Dans l'administration publique sikkimaise, le népalais est omniprésent, mais c'est l'hindi dans l'administration indienne. Dans l'affichage, c'est l'anglais presque partout. À l'école, les véritables langues d'enseignement sont l'anglais, l'hindi et le népalais. Enfin, pour l'identité culturelle, ce sont les langues locales (bhotia, lepcha, limbo, néwari, etc.). Bref, les langues locales sont avant tout des instruments pour conserver l'identité communautaire. Or, au Sikkim, cette réalité est importante, car l'État régional est confronté au problème de la préservation de sa culture dans un contexte d'immigration massive de la part des Népalais venus s'installer au sud de la région. Il n'en demeure pas moins que l'élite qui dirige le Sikkim est forcément très anglophile; elle impose cette langue seconde à toute la population qui doit pratiquer une véritable triglossie en fonction des circonstances et des besoins de la communication.
Dernière mise à jour: 05 mai 2016