Source: https://www.ordrepsy.qc.ca/centre-de-documentation3_old?p_p_id=101_INSTANCE_wwDDo24KSQCb&p_p_lifecycle=0&p_p_state=normal&p_p_mode=view&p_p_col_id=article&p_p_col_count=1&_101_INSTANCE_wwDDo24KSQCb_delta=20&_101_INSTANCE_wwDDo24KSQCb_keywords=&_101_INSTANCE_wwDDo24KSQCb_advancedSearch=false&_101_INSTANCE_wwDDo24KSQCb_andOperator=true&p_r_p_564233524_resetCur=false&_101_INSTANCE_wwDDo24KSQCb_cur=2
Timestamp: 2019-10-17 09:34:05+00:00
Document Index: 8874431

Matched Legal Cases: ['art. 351', 'art. 36', 'art. 23', 'art. 36', 'art. 35', 'art. 36', 'art. 24']

Au moment de mon élection en mai 2015, j’ai vite compris que l’année qui m’attendait serait riche de défis. Le système professionnel est un univers complexe, dont le fonctionnement et les rouages sont méconnus tant des membres que du public et dans lequel on ne peut naviguer uniquement à vue. Il m’aura fallu plusieurs mois pour me familiariser avec les fonctions statutaires d’un ordre et en saisir toutes les fonctions, règlements et obligations. J’avais également souligné l’importance d’une période d’observation et de consultation qui permettent de prendre des orientations éclairées et conformes à la mission de protection du public. Toutefois, je demeure soucieuse de la proximité de l’Ordre avec ses membres et, comme il est utile pour les professionnels de connaître les actions concrètes que mène leur ordre professionnel au regard de sa mission, je tiens à dresser ici le bilan de cette première année de mandat.
Depuis l’entrée en vigueur du projet de loi no 21, l’Ordre détient le pouvoir exclusif de poursuivre devant les tribunaux toute personne pour pratique illégale de la psychothérapie ou d’une autre des activités réservées aux psychologues. Ce secteur de l’Ordre a été particulièrement occupé en 2015-2016 avec des centaines de signalements reçus, traités, réglés. Bien que l’Ordre privilégie une approche d’éducation, de sensibilisation et d’information et toute approche de non-judiciarisation lorsque les personnes impliquées s’engagent à changer leurs pratiques et lorsque l’on considère que cela ne constitue pas un risque pour la protection du public, nous avons dû engager une douzaine de poursuites devant la cour pour pratique illégale de la psychothérapie, usurpation de titre et pratique illégale d’autres activités réservées.
C’est également dans ce contexte d’activités réservées que les travaux interordres se sont poursuivis toute l’année, une collaboration interprofessionnelle exigeante, mais extrêmement fructueuse, qui permet de baliser, dans la pratique, l’exercice des activités réservées à chacun et notamment d’en arriver à une compréhension commune de la définition de la psychothérapie.
J’en profite pour souligner l’apport considérable de tous les psychologues consultés qui ont permis d’enrichir substantiellement nos réflexions et qui ont contribué à l’avancement de ce dossier. Cette coopération est tout aussi présente entre les présidents des ordres de la santé mentale et des relations humaines, puisque nous nous réunissons régulièrement pour réfléchir et discuter de dossiers communs.
Je suis particulièrement préoccupée par l’accessibilité des services psychologiques dans le réseau de la santé et de l’éducation, une question étroitement liée au volet protection du public de la mission de l’Ordre. C’est toujours dans cet esprit et avec la plus grande rigueur possible que nous préparons les avis et mémoires que nous sommes régulièrement invités à produire. Je remercie tous nos collègues qui oeuvrent dans différents milieux et qui nous ont fait profiter de leur expertise.
Parmi les avis et mémoires produits en cours d’année, je vous fais part de quelques-uns qui me semblent d’intérêt général. Nous avons produit, en réponse à la consultation menée par le Commissaire à la santé et au bien-être au sujet du panier de services assurés en santé et services sociaux, un avis sur les rôles et mandats des psychologues et sur l’espace professionnel qui leur est imparti. Nous avons également contribué de manière importante au mémoire présenté par le Collectif pour l’accès à la psychothérapie, pour l’équité d’accès aux traitements psychothérapeutiques. Nous avons écrit un document-cadre sur les rôles et mandats des psychologues en CHSLD. Nous avons produit un mémoire à l’intention du groupe de travail du Collège des médecins sur la place des psychologues dans l’évaluation et le traitement des problèmes de santé mentale auprès des médecins de famille. Nous avons rédigé un document sur la frontière entre l’examen perceptivo- visuel et moteur effectué en optométrie fonctionnelle et l’évaluation neuropsychologique. Finalement, nous avons tenu des discussions avec des représentants du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur en vue d’une mise à jour des critères servant à l’allocation de services aux élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage. Dans chacun des documents produits ou encore dans ceux qui ont fait l’objet de la consultation, nous avons réitéré la position de l’Ordre sur l’importance du jugement clinique dans le choix du traitement, de l’approche à privilégier, ses modalités et sa durée, selon l’analyse et la compréhension des problématiques auxquelles les cliniciens sont confrontés.
Sur le plan des communications, l’amélioration de l’efficience du service de référence, la refonte complète du site Web de l’Ordre et la préparation du congrès de 2016 ont notamment été priorisées. Les 24 interventions médiatiques que j’ai effectuées en cours d’année m’ont permis de faire part de la position de l’Ordre sur des sujets d’intérêt public, notamment sur le rapport de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) sur l’accès à la psychothérapie et sur le plan d’action en santé mentale du gouvernement, mais également sur des préoccupations sociales comme la prévention du suicide ou l’anxiété chez les jeunes.
Les enjeux auxquels l’Ordre a été confronté ont été nombreux, tant dans ses fonctions statutaires que dans celles, non statutaires et moins tangibles, mais combien essentielles, comme les relations avec les universités et celles avec les membres ou avec les autres ordres professionnels. Ces relations prennent différentes formes, mais contribuent toutes à remplir la mission de l’Ordre. Il m’est bien difficile de faire état de l’ensemble des travaux qui ont mobilisé l’Ordre en cours d’année. Voici toutefois quelques faits saillants :
518 000 utilisateurs ont consulté le site Web en cours d’année.
144 000 utilisateurs ont consulté le service de référence.
251 nouveaux permis de psychologues ont été délivrés.
401 inspections professionnelles ont été réalisées.
574 nouvelles activités ont été offertes au catalogue de formation continue.
315 signalements ont été reçus pour usurpation de titre ou exercice illégal.
12 consultations et représentations ont eu lieu auprès d’instances diverses pour souligner les habilitations, rôles et mandats des psychologues.
En terminant, je salue la collaboration des administrateurs, du personnel, des membres des différents comités. Je tiens à remercier tous nos membres qui ont pris part aux consultations engagées par l’Ordre et qui ont enrichi nos mémoires et avis par le fruit de leur expertise. Ce sont toutes ces personnes qui, par leur engagement et leurs compétences, ont permis à l’Ordre de relever les défis de la dernière année. Il faut beaucoup d’expertise, de travail, de rigueur et de dévouement pour y arriver.
Les services psychologiques dans le réseau public : les dangers d’une pénurie anticipée
Les services psychologiques au sein du réseau public constituent pour moi une préoccupation majeure. J’entends par réseau public tout le réseau de la santé, mais également les centres jeunesse et le réseau de l’éducation.
Les personnes qui présentent une problématique de santé mentale ou encore une détresse psychologique importante sont trop souvent laissées à elles-mêmes. La porte d’entrée pour obtenir des services psychologiques demeure fréquemment celle du médecin de famille. Or il est difficile d’accéder à ces derniers rapidement, et ils ne disposent pas toujours du temps nécessaire pour effectuer une évaluation et pour offrir le traitement approprié. Lorsque les médecins de famille souhaitent diriger leurs patients vers des psychologues, ces derniers ne sont pas nécessairement accessibles dans le réseau de la santé, les listes d’attente étant souvent trop longues pour que l’on puisse parler d’accessibilité compétente en temps requis, et l’option de consulter en bureau privé est souvent balayée en raison de la couverture d’assurance déficiente ou du manque de ressources financières des patients.
On connaît aujourd’hui la prévalence des troubles mentaux dans la population, de même que les impacts de ceux-ci au quotidien. Au regard des services de santé, le rapport produit cette année par le Commissaire à la santé et au bien-être faisait état du besoin accru de services psychologiques, notamment des services psychothérapeutiques. Lors d’une rencontre entre les ordres professionnels de la santé mentale et des relations humaines et la Protectrice du citoyen, celle-ci soulignait l’importance d’offrir le bon service au bon moment et par le bon professionnel. Enfin, le premier volet du rapport de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) sur l’accès à la psychothérapie faisait état de son efficacité, de ses coûts relativement faibles et de la durée de ses bienfaits à plus long terme, en comparaison avec la pharmacopée. Nos institutions ne cessent de souligner l’importance des services psychologiques. Pourtant, l’offre de services en santé mentale ne répondent pas aux besoins de la population.
L’Ordre a récemment été interpellé par les médias sur l’incidence croissante des troubles de santé mentale, entre autres les troubles anxieux et les troubles de l’humeur chez les jeunes. Dans le réseau scolaire, la détresse de certains enfants, auprès desquels on ne peut intervenir faute de ressources, est désolante et non sans risque d’aggravation ou de répercussions à moyen ou à plus long terme. Aux prises avec une problématique dépistée, les parents, sans ressources professionnelles compétentes gratuites et rapidement accessibles, se trouvent eux-mêmes aux prises avec la détresse
causée par leur impuissance. Qui plus est, lorsque les services psychologiques sont trop dispersés, tant au sein du réseau de la santé qu’en milieu scolaire, le psychologue ne peut être partie intégrante de l’équipe. Il ne peut alors prendre part à la concertation ni contribuer à la compréhension globale du client ou de l’enfant pour que le plan d’intervention soit mieux adapté. Il ne peut non plus, dans ce contexte, exercer son rôle de consultant auprès des enseignants, des autres professionnels, de la direction ou des autres gestionnaires.
Actuellement, on soutient que les psychologues sont disponibles dans le réseau public, mais ce n’est que très partiellement vrai, puisque leur présence est à géométrie variable dans les cliniques de médecine familiale et les CLSC. Il semble y avoir un attrait accru des psychologues vers la pratique privée. Nombreux sont les psychologues qui m’avouent que les facteurs d’attraction au sein du réseau public (par exemple la stimulation intellectuelle, le sentiment d’appartenance, la richesse des contacts, le développement des connaissances, les occasions de formation, la reconnaissance de l’expertise) se sont estompés.
Les psychologues sont bien sûr accessibles pour ceux qui ont la chance d’avoir un régime d’assurance collective ou privée, ce qui n’est évidemment pas le propre des clientèles vulnérables. Ils sont également accessibles en vertu de certaines couvertures publiques d’assurance, telles que la Société de l’assurance automobile du Québec, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail ou l’Indemnisation des victimes d’actes criminels, mais ici, l’iniquité semble encore plus frappante, puisque le service psychologique est offert en fonction d’une étiologie (l’accident ou l’agression) plutôt qu’en fonction d’une problématique. Quelle est la logique de couvrir le traitement d’une dépression si elle est la résultante d’un accident de la route, mais de ne pas le couvrir si la dépression est causée par la perte d’un proche ou de la maladie chronique d’un enfant? Peut-on trouver pareil exemple pour le traitement de la santé physique?
En dépit des discours sur la juste évaluation des besoins de santé populationnelle et sur la prévalence des problèmes de santé mentale, il demeure des iniquités importantes dans le traitement de ces problématiques comparativement aux problèmes de santé physique. C’est pourquoi, dans les prochaines années, l’accessibilité à des services psychologiques compétents et gratuits sera certainement un cheval de bataille considérable pour l’Ordre des psychologues. Nous devrons défendre cette cause dans le plus grand intérêt de la population québécoise.
Aussi, bien que je reconnaisse que le travail que les psychologues accomplissent dans le réseau public fait appel à leurs capacités d’adaptation et de résilience compte tenu des facteurs de stress qui sont accrus en période de grandes transformations, je souhaite très sincèrement nous voir demeurer au sein de ce réseau, pour le meilleur intérêt de la population. Le réseau public demeure à ce jour le lieu où les services psychologiques sont accessibles gratuitement et donc, universellement. C’est aussi un lieu où l’expertise reconnue des psychologues demeure un facteur influent sur le mieux-être populationnel. Pour ces raisons, je souhaite fermement voir les psychologues continuer de faire la démonstration de leur expertise auprès des personnes qui nécessitent nos services. Je vous invite toutefois à bien choisir vos combats et à mettre vos énergies là où elles comptent. Je vous souhaite de conserver la plus grande adéquation possible entre vos intérêts, vos passions et votre apport à vos organisations respectives. Car il ne faut surtout pas abandonner la population.
Les impacts du manque d’accès aux services psychologiques
En janvier dernier, le journaliste Patrick Lagacé publiait dans La Presse une chronique intitulée « “Demandez de l’aide”, disent-ils », à la suite de laquelle l’Ordre des psychologues a publié un communiqué saluant ses propos et réitérant que le manque de psychologues dans le réseau public est un problème sous-estimé au Québec.
« Pour l’aide psychologique, écrit M. Lagacé, le plus simple est de payer, d’“aller au privé”, selon la formule consacrée en tout. Ça coûte entre 80 $ et 125 $ la séance de 50 minutes. La plupart des plans d’assurance collective ne paient que quelques séances, bien moins que ce qui est requis pour vraiment identifier ses bibittes en thérapie… On nous dit de demander de l’aide. Mais même quand on CRIE pour avoir de l’aide, il y a de grandes chances – y a des exceptions – qu’on ne vous en donne pas. »
La situation décrite par le réputé journaliste est bien réelle, conforme à ce que vivent les personnes en détresse qui demandent de l’aide psychologique. Les réactions à cet article démontrent à quel point la population du Québec s’y est reconnue : plus de 4300 partages de l’article sur Facebook et des centaines de commentaires et de témoignages ont fusé sur les réseaux sociaux.
Un très grand nombre de psychologues, autant dans le réseau que dans les cliniques privées, ressentent les impacts importants de cet état de choses tous les jours. En effet, chaque jour, des personnes qui ont été placées sur des listes d’attente du réseau public communiquent avec l’Ordre pour savoir où s’adresser pour accéder à des services. Souvent, la seule porte d’entrée à des services psychologiques est le privé, pour ceux qui en ont les moyens ou qui sont assurés.
Or, lorsqu’une personne se décide à consulter, c’est parce que la détresse est très importante ou que sa problématique de santé mentale la rend souffrante, voire dysfonctionnelle. En étant placées sur des listes d’attente, faute de moyens, les personnes qui ont besoin de ces services sont à risque de voir s’aggraver leur problématique, de la voir se complexifier et se chroniciser, entraînant des impacts familiaux, relationnels et professionnels importants. Il coûte plus cher à l’État de ne pas prioriser le problème et d’en subir les conséquences plutôt que d’offrir un accès adéquat à des services psychologiques.
Il existe par ailleurs une autre réalité qui n’a pas été abordée par le journaliste de La Presse et qui découle de cet engorgement dans le réseau. En effet, plusieurs psychologues qui pratiquent en bureau privé nous rapportent qu’ils se retrouvent avec une clientèle accrue de personnes vivant avec des problématiques multiples et complexes ( troubles concomitants), les troubles dépressifs réfractaires aux traitements ou récidivants avec problématiques secondaires (consommation, troubles de la personnalité) les troubles bipolaires, voire des troubles psychotiques ou encore un trouble de la personnalité avec passage à l’acte, risque suicidaire, etc.. Il peut, dans certains cas, paraître périlleux, compte tenu de la complexité, de l’évaluation des ressources psychiques et des risques potentiels, de traiter des personnes présentant des problématiques aussi lourdes dans le cadre de certaines pratiques privées : particulièrement lorsque le psychologue doit travailler dans un cadre thérapeutique limité par le mandat donné par le client ou par un tiers payeur (p. ex. une seule rencontre par semaine ou aux deux semaines).
Le cadre actuel de la pratique privée ne facilitant pas toujours la collaboration interprofessionnelle requise dans ces cas complexes, la valse des démarches commence alors pour les psychologues en bureau privé, comme pour leurs clients.
Selon l’évaluation qu’il fait du niveau de détresse et du niveau de risque pour son client, le psychologue se voit parfois contraint de diriger celui-ci vers les urgences des hôpitaux ou des centres de crise. Or, dans le contexte actuel des urgences, il n’y a pas non plus d’accès direct aux services psychologiques. On évalue la personne, et si la problématique concorde avec l’offre de soins et de services de santé mentale de l’organisation, on l’envoie (ou non) dans un programme où elle sera (ou non) en attente. Au terme de cette attente, il y aura réévaluation des besoins et on pourra (ou non) offrir un service psychologique, s’il en est de disponibles dans ce programme. Dans l’intervalle de l’attente de suivi, le risque que la personne abandonne la démarche et se trouve plus tard dans une crise plus importante augmente.
Il paraît donc important pour la population que des moyens soient pris afin que les personnes pour lesquelles des services psychologiques sont nécessaires puissent y avoir accès gratuitement lorsque requis, et ce, en temps opportun. Depuis de nombreuses années, l’Ordre des psychologues fait des représentations pour que les services psychologiques soient plus accessibles tant dans le secteur privé que sans le secteur public.
En 2012, le Commissaire à la santé et au bien-être a recommandé au gouvernement du Québec d’offrir un accès équitable aux services de psychothérapie. L’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) travaille actuellement à l’amélioration de l’accès à la psychothérapie, dont l’efficacité et le rapport coûts-bénéfices ont largement été démontrés. Le rapport final est attendu en 2017. L’Ordre des psychologues s’attend à ce que les conclusions de ce rapport de l’INESSS permettent au gouvernement de prendre les moyens de faciliter l’accès à la psychothérapie. Il s’agirait là d’un pas dans la bonne direction.
Avis du 6 septembre 2018 - Interprétation relative à la TPS Interprétation relative à la TVQ Services de supervision clinique et d'évaluations psychologiques
Avis du 18 février 2016 - Interprétation relative à la TPS - Interprétation relative à la TVQ - Services de neuropsychologie
Interprétation de Revenu Québec concernant l'application de la TPS et de la TVQ aux services de psychothérapie
Interprétation relative à la TPS Interprétation relative à la TVQ Services de psychothérapie
Denis Houde, psychologue | Conseiller en déontologieEnregistrerEnregistrerEnregistrer
Certains clients établissent des relations interpersonnelles empreintes de rigidité, ce qui soulève des pièges et des défis auxquels le psychologue doit être préparé. Généralement perceptible dès le premier contact, cette rigidité relationnelle caractérise plusieurs clients souffrant d’un trouble de la personnalité.
Le psychologue qui porte une attention particulière à ces indices peut s’assurer de poser les balises de l’intervention avant même le consentement initial. À cet égard, le code de déontologie offre aux psychologues des indications utiles qui leur permettent de mieux aider cette clientèle.
Le cadre du service
Avant que le client ne consente au service et afin que ce dernier lui soit bien adapté, l’établissement des limites de ce service professionnel est une étape cruciale afin d’offrir un service professionnel adapté à ce type de clientèle1. C’est ce que nous appelons le cadre du service.
Rappelons que le client difficile vit généralement des impasses personnelles, familiales, sociales ou professionnelles. En toute logique et peu importe le contexte, il est probable qu’il éprouve des difficultés au cours d’une intervention proposée par un psychologue. En outre, le client peut être tenté de déstabiliser à son tour le cadre du service en remettant en question les limites imposées ou en refusant certaines clauses pourtant ordinairement admises. Il peut également défier la solidité du psychologue en stimulant chez lui des sentiments comme par exemple la contrariété ou la pitié.
Ceci pourrait avoir pour effet, dans une certaine mesure, d’amener le psychologue à perdre de vue ses objectifs. De telles situations indiquent au psychologue qu’il pourrait avoir besoin de soutien pour rendre des services au client qui exige des interventions particulières.
L’établissement du cadre du service s’avère donc crucial : il permettra au psychologue de s’y référer, le cas échéant, lorsque le client sera pris entre son désir de collaborer au processus et sa résistance au changement.
Formation, supervision et consultation
Malgré le degré de difficulté et les émotions désagréables qu’un tel client peut engendrer chez le psychologue, ce dernier doit en tout temps offrir le service professionnel dans le respect de la dignité du client2.
Ainsi, afin de maintenir une conduite irréprochable dans ses gestes, dans ses attitudes et dans ses paroles3, le psychologue peut obtenir l’aide nécessaire pour comprendre et résoudre les phénomènes déclenchés par la rencontre avec ce client et qui semblent stimuler l’instabilité en lui.
Pour ce faire, le psychologue peut suivre une formation d’appoint sur les personnalités difficiles, aller en supervision ou encore, si la déstabilisation est importante sur le plan personnel, entreprendre une psychothérapie4. Le but de ces démarches est de pouvoir s’acquitter de ses obligations professionnelles avec compétence, intégrité, objectivité (le plus possible) et modération, et ce, dans l’intérêt supérieur du client5.
Refuser d’intervenir?
Si le psychologue n’a pas les compétences pour travailler avec un client difficile, ou si le psychologue est dans un état qui ne permet pas d’offrir un service professionnel de qualité, il peut être tenté de refuser de rendre le service à ce client6.
S’il choisit cette voie, le psychologue doit orienter son client vers une ressource disponible, appropriée et compétente pour l’aider à affronter ses difficultés, dans l’intérêt de ce dernier7. Cela évite que le client ne soit référé sans cesse et que sa motivation au changement ne s’effrite.
L’obligation de maintenir la relation de confiance
Dans de telles circonstances, le psychologue a non seulement l’obligation de subordonner ses intérêts à celui de son client, mais il a également l’obligation de maintenir la relation de confiance dans l’intérêt supérieur de son client8. Concrètement, cela n’équivaut pas à se plier aux désirs du client, mais plutôt à prendre les moyens pour que le client ressorte de cette brève relation avec le sentiment d’avoir été orienté plutôt que d’avoir (encore) été abandonné à lui-même. Même si la référence à un autre psychologue est décevante pour le client, le psychologue doit maintenir ce qu’il reste de relation dans le respect de la dignité du client9.
Un client difficile a parfois recours à des services de couple ou de groupe. Ainsi, il peut arriver qu’un autre client du groupe, quelqu’un de la famille ou du couple, demande au psychologue une rencontre confidentielle pour exprimer son désarroi à l’égard de ce client difficile. Cela se produit parfois parce que cette personne veut préserver l’estime de soi du client difficile, ou parce qu’elle souhaite préserver son propre sentiment de sécurité, ou encore éviter des remous dans sa relation avec le client difficile. Il peut également arriver que le client difficile demande le même type de service confidentiel pour des motifs similaires.
Dans de telles circonstances, il sera essentiel d’assurer la confidentialité pour tous ces clients en prenant soin de discriminer ce qui peut être ramené dans le groupe ou dans la famille de ce qui demande d’être gardé confidentiel10. Ces renseignements s’avèrent souvent utiles pour saisir les non-dits des relations entre les clients en vue d’orienter les services à venir.
En tout temps, le psychologue doit ainsi chercher à préserver l’équilibre entre le secret professionnel et la prestation du service avec la plus grande transparence possible lorsqu’il est question d’intervention avec plusieurs clients, dont un client difficile, et ce, en toute impartialité11.
Urgence et trouble de la personnalité
Les crises suicidaires et les projets homicides sont souvent associés aux clients difficiles souffrant d’un trouble de la personnalité. Nous ne détaillerons pas les divers points de vue scientifiques sur le sujet, mais nous devons tenir pour acquis que ce type de clientèle se trouve représenté, dans une certaine proportion, parmi les gens qui pourraient se mettre en danger ou mettre la vie des autres en danger.
Avant d’aller plus loin, il convient également de préciser quelques définitions. L’évaluation du risque suicidaire ou du risque homicide est différente de l’évaluation de l’urgence suicidaire ou de l’urgence homicide. L’urgence fait référence à l’imminence d’un danger, à la probabilité qu’une personne se suicide dans les 48 heures. Cette probabilité est fonction de la crise actuelle et ne tient donc pas compte de l’histoire passée ni des antécédents suicidaires de la personne12. Elle peut varier grandement d’une journée à l’autre, d’heure en heure, alors que le risque fait référence à la probabilité qu’un individu passe à l’acte dans une période de deux ans en fonction des facteurs liés à l’individu (santé mentale, consommation, maladie physique, etc.), au milieu social (isolement, famille, etc.) et aux circonstances de la vie (décès, chômage, séparation, échec scolaire, etc.)13.
Si un client exprime au psychologue qu’il pourrait commettre l’irréparable dans un avenir très rapproché (moins de 48 heures), en ayant un moyen létal et un lieu prédéterminé, ce dernier peut briser le secret professionnel et aviser la personne ou le groupe ciblé par la menace, ou l’entourage de cette personne, ou les autorités pouvant apporter un secours immédiat afin de prévenir le geste mortel14.
Le psychologue devra envisager que le client, contrarié dans ses plans, puisse mettre fin au service professionnel. Autrement, le psychologue prendra tous les moyens nécessaires pour assurer le maintien de la relation de confiance en tout respect de son jugement professionnel, de sa conscience professionnelle, de son autonomie professionnelle et de l’intérêt supérieur de son client. La gestion de la dangerosité ne se fait jamais seule. Le psychologue cherchera à ce qu’un filet de protection se déploie autour du client qui vit une période de crise.
Il convient également de souligner que le client difficile, en attaquant régulièrement le cadre du service, peut offrir des propositions très « créatives » au psychologue.
Par exemple, il pourrait offrir gratuitement un produit ou un service qu’il sait de nécessité pour le psychologue (la réparation d’un lampadaire dans le bureau, de son ordinateur, etc.). Le client peut également avoir le désir de partager des activités professionnelles (faire ses impôts), commerciales (écrire un livre ensemble), personnelles (s’abonner au même club de course, prendre ses vacances dans le même hôtel que son psychologue, devenir ami, tenir les rencontres dans un café pour faire changement) ou financières (nommer le psychologue comme exécuteur testamentaire, lui donner une somme ou une option d’achat de titre pour son entreprise en croissance)15.
Parfois, parce que le client a son psychologue en très haute estime, il lui arrive de vouloir partager ce qu’il considère être « la très grande expertise de son psychologue » avec des membres de sa famille, de ses amis et de son entourage (collègues et employés). La prudence est de mise pour le professionnel, et l’indépendance professionnelle doit être préservée16.
Lorsqu’il vit une séparation, le client peut aussi inciter le psychologue à prendre parti en sa faveur au détriment des autres membres de sa famille. Par exemple, il pourrait amorcer la demande pour une expertise psychosociale et vouloir orienter les conclusions en inondant d’information le psychologue expert sur les aspects favorables de sa conduite et les aspects défavorables de la conduite de l’autre parent.
Toutes ces offres peuvent placer le psychologue dans une situation de conflit de rôles ou d’intérêts et menacer l’intégrité de la relation professionnelle.
C’est pourquoi le psychologue doit répondre à ces tentatives d’immixtion dans la vie privée et d’orientation des services en la faveur du client par l’affirmation de son impartialité et de son indépendance professionnelle. Dans ces circonstances, il réaffirmera respectueusement le cadre du service. Il peut réviser le cadre du service en fonction de nouveaux besoins, besoins qui iront dans le sens des intérêts du client plutôt que dans le sens de ses désirs.
La tenue de dossier et l’accès au dossier
En tout temps, le psychologue est invité à rédiger ses notes au dossier le plus fidèlement possible au plan d’intervention découlant de son évaluation initiale et des besoins du client. Ainsi, il rédige ses notes en fonction des objectifs, des moyens pour atteindre ces objectifs, des progrès réalisés en fonction de l’utilisation et de l’efficacité de ces moyens, de la réévaluation des objectifs et des moyens, et des thèmes liés au motif de consultation et aux objectifs établis17.
Le psychologue ayant un client difficile devra soumettre sa prise de notes à une rigueur renouvelée. Cette rigueur est essentielle, car s’il arrive des moments de schisme (certains diront de clivage) dans la relation où le client met abruptement un terme au service professionnel, le client pourra être tenté d’exercer son droit d’accès à son dossier afin de savoir ce que le psychologue a écrit sur lui18.
Afin d’éviter toute mauvaise interprétation, la prise de notes devra donc être irréprochable, fidèle au plan d’intervention, exempte de jugements, le tout afin de répondre au critère établi plus tôt dans le texte : maintenir une relation de confiance. Pour ce faire, le psychologue aura pris soin de s’abstenir de recueillir des renseignements sur des aspects de la vie privée du client qui n’ont aucun lien avec les éléments du plan d’intervention précités19.
Cette chronique a fait le survol de la plupart des articles du code de déontologie qui font référence aux devoirs généraux, aux devoirs et aux obligations envers le client. Les psychologues qui offrent des services à des clients difficiles ou souffrant d’un trouble de la personnalité font face à différentes réactions et à différentes demandes de leurs clients qui les obligent à s’interroger sur le cadre du service. La réglementation est un moyen pour affirmer que certaines dimensions des limites du cadre du service qui peuvent heurter les clients proviennent d’un encadrement plus général de la profession, donc moins personnel.
1 Québec. Code de déontologie des psychologues, Codes des professions, ch. C-26, r. 212, Éditeur officiel du Québec, article 10.
2 Ibid., article 3.
3 Ibid., article 4.
4 Ibid., articles 39 et 40.
5 Ibid., articles 7 et 23.
6 Ibid., articles 35 et 37.
7 Ibid., articles 36 et 23.
8 Ibid., articles 23 et 41.
9 Ibid., articles 3 et 41.
10 Ibid., article 16.
11 Ibid., article 33.
12 Centre de recherche et d'intervention sur le suicide et l'euthanasie (2008). Application des connaissances scientifiques en prévention du suicide. Repéré à http://www.criseapplication.uqam.ca/theme4.asp?partie=partie1_1
14 Québec. Code de déontologie des psychologues, op. cit., article 18.
15 Ibid., articles 25, 26 et 30.
16 Ibid., articles 23, 31 et 32.
17 Québec. Règlement sur la tenue des dossiers et des cabinets de consultation des psychologues. C-26, r. 221, Éditeur officiel du Québec, article 3.
18 Québec. Code de déontologie des psychologues, op. cit., article 20.
19 Ibid., article 14.
Le Code de déontologie des psychologues a pour but de baliser la conduite à adopter dans les situations les plus courantes et prévisibles de la vie professionnelle. Toutefois, dans bien des cas, il ne procure que des repères partiels. Il existe alors un ensemble de bonnes décisions possibles, toutes correctes pour des raisons différentes. Le professionnel doit exercer son jugement et procéder à un exercice de réflexion afin de choisir la meilleure. Voici quelques exemples :
• Un psychologue doit procéder à une évaluation psychologique, mais n’a pas à sa disposition les outils psychométriques les plus récents.
• Un psychologue doit décider de poursuivre ou non un mandat accepté de bonne foi mais pour lequel de nouvelles informations révèlent que son intervention pourrait être instrumentalisée dans un conflit.
• Un psychologue pourrait signaler une enfant au DPJ, mais réalise que cela ferait plus de tort que de bien au système familial et au développement de l’enfant.
• Un psychologue doit décider s’il prend des mesures de protection dans une situation où le niveau de dangerosité n’est que difficilement évaluable. Toutes ces situations reflètent bien le fait que l’exercice de la profession est ponctué de décisions difficiles. La confiance du public envers les professionnels s’appuyant entre autres sur leur capacité à prendre de telles décisions, celles-ci ne doivent pas être arrêtées à la légère.
S’il n’y a pas de recette infaillible pour faire le meilleur choix ni pour garantir au public une protection complète contre les erreurs et les fautes professionnelles, le psychologue doit quand même prendre de telles décisions régulièrement et gérer les risques qui en découlent. Comme pour l’ensemble de ses obligations, il a le devoir de prendre ces décisions « avec compétence, intégrité, objectivité et modération » (Gouvernement du Québec, 2008, article 7). Ce texte propose quelques points de repère pour soutenir le psychologue lors des prises de décision difficiles.
Les valeurs et principes Les décisions difficiles s’inscrivent souvent dans un contexte où plusieurs valeurs et principes sont en opposition et mènent à des possibilités d’action différentes, voire tout à fait contraires. Le professionnel doit alors déterminer la primauté d’un principe sur un autre et prendre sa décision en fonction de cette hiérarchie. C’est pourquoi certaines organisations ont identifié des principes universels et les ont hiérarchisés. Le tableau 1 présente des hiérarchies de principes éthiques proposées par deux associations de psychologie, en comparaison avec les articles clés du Code de déontologie des psychologues du Québec.
On constate, sans grande surprise, une forte convergence dans les valeurs et principes énoncés par les trois documents, même si leur ordonnancement et leur libellé varient. Précisons ici que les valeurs du Code de déontologie des psychologues s’imbriquent dans les valeurs clés du Code des professions, notamment en ce qui concerne les principes de compétence et de secret professionnel (Gouvernement du Québec, 2016b, article 25), ce dernier étant lui-même enchâssé dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne (Gouvernement du Québec, 2016a, article 9). Ensemble, ces principes constituent les assises fondamentales de la profession et doivent gouverner toutes les conduites des psychologues.
La plupart des décisions prises par les professionnels au quotidien le sont de façon intuitive et implicite. Mais le professionnel doit se méfier des automatismes de sa pensée. On sait en effet que, en contexte d’incertitude, les décisions se prennent le plus souvent à partir de biais de la pensée, qui peuvent mener à de mauvaises décisions même chez les experts (Kahneman, 2012). C’est pourquoi il peut être utile de soutenir sa réflexion par un modèle de prise de décision. Il en existe de multiples variantes, pour une variété de contextes. Par exemple, Knapp et VandeCreek (2009) proposent un modèle en cinq étapes. La Société canadienne de psychologie inclut dans son code d’éthique une section présentant un modèle décisionnel en 10 étapes (SCP, 2000). Plus près de nous, le modèle de Langlois (2011), propose cinq étapes. Celui-ci qui nous a été utile pour construire le tableau 2 qui propose des questions clés à se poser pour chacune des cinq étapes de ce processus décisionnel.
Se décentrer, discuter et construire
Lorsque le problème à résoudre comporte de multiples contributions causales et met en opposition plusieurs principes fondamentaux, il est très difficile de prendre en compte seul tous ces éléments. De plus, il faut se rappeler que la sensibilité éthique varie d’un individu à l’autre et selon la nature de la situation. C’est pourquoi, à l’étape de l’identification et de la définition du problème (étape 1), la multiplicité des points de vue et des canaux d’alerte joue un rôle non négligeable. Le professionnel doit se montrer attentif aux signes de l’environnement qui lui indiquent un problème potentiel. Pour mieux saisir celui-ci et le définir de façon plus complète et sensible, le fait d’imaginer le point de vue d’une autre personne, de discuter avec des collègues pour comprendre leur perspective, de prendre en considération le point de vue du client ou d’un partenaire peut être très utile. Être ainsi en mesure de se décentrer est une composante essentielle de la compétence éthique en contexte professionnel (Bégin, 2011). Il en va de même pour la recherche et l’analyse de solutions (étapes 2 et 3). Il est en effet reconnu que la discussion et les échanges entre pairs aident à créer des options de conduites originales et moins contaminées par ses propres biais (intérêts, préférences et croyances). Plus la situation est complexe et les conséquences imprévisibles, graves ou immédiates, moins il est recommandé que le clinicien soit seul dans sa prise de décision. Le recours à des collègues ou à une équipe afin de se décentrer de son point de vue et d’apprécier la variété des angles de la situation et des solutions possibles s’avère un exercice souhaitable, voire incontournable. La discussion et la délibération demeurent des outils essentiels pour mettre au jour les points de vue complémentaires et jeter un éclairage plus riche sur la situation et les solutions envisageables (Langlois, 2011). Lorsque la situation le permet1, ces échanges permettent de construire une réponse adaptée à une situation unique en s’appuyant sur la richesse que procure la multiplicité des points de vue.
Finalement, on peut soumettre le choix d’une conduite (étape 4) à un test simple, largement utilisé en contexte de management et de gestion de projet (OIQ, 2016). Ce test, reproduit ci-dessous, consiste en trois petites questions. Si le psychologue répond « non » à l’une de ces questions, il est bien possible que sa décision ne soit pas mûre, qu’elle ne convienne pas ou qu’elle comporte des risques majeurs qu’il lui conviendra de contrer.
Documenter sa décision
Structurer par écrit les arguments qui mènent à une décision difficile est un exercice fort utile, qui impose d’argumenter et de justifier sa décision. Cela permet aussi de rendre compte du travail accompli et de gérer les risques qui découlent de la décision. Le psychologue ne doit pas négliger de documenter celle-ci ; la documentation peut être intégrée succinctement dans le dossier du client ou dans un registre de travail si nécessaire.
Prendre des décisions difficiles fait partie de la vie professionnelle. Chacune comporte son niveau de risque et de stress et ses conséquences potentielles, plus ou moins désirables et prévisibles. Prendre des décisions de façon structurée, argumentée et documentée ne signifie pas que celles-ci seront nécessairement les bonnes. Mais prendre de telles décisions n’est-il pas là l’essence même du professionnalisme ?
Principes et valeurs hiérarchisés de deux associations de psychologie et articles correspondants dans le Code de déontologie des psychologues du Québec
Articles du Code de déontologie des psychologues (2008) qui affirment les valeurs de la profession
Hiérarchie des principes de la Société canadienne de psychologie (2000)
Hiérarchie des principes de l’American Psychological Association (2010)
3 Le psychologue exerce sa profession dans le respect de la dignité et de la liberté de lapersonne. 1 Le respect et la dignité de la personne 1 La bienfaisance et la
4 Le psychologue a une conduite irréprochable envers toute personne avec laquelle il entre en relation dans l’exercice de sa profession, que ce soit sur le plan physique ou psychologique. 2 Les soins responsables 2 La fidélité et la responsabilité
5 Le psychologue exerce sa profession selon des principes scientifiques et professionnels généralement reconnus et de façon conforme aux règles de l’art en psychologie. 3 L’intégirté dans les rélations 3 L’intégrité
6 Le psychologue tient compte de l’ensemble des conséquences prévisibles que peuvent avoir sur la société ses recherches et travaux. 4 Le respect et la dignité de la personne 4 La justice
7 Le psychologue s’acquitte de ses obligations professionnelles avec compétence, intégrité, objectivité et modération. 5 La responsabilité envers la société 5 Le respect des droits et de la dignité des personnes
8 Le psychologue évite toute fausse représentation en ce qui a trait à sa compétence, à l’efficacité de ses propres services ou de ceux généralement rendus par les membres de sa profession.
Étapes et questions clés d’un processus décisionnel
ÉTAPES QUESTIONS CLÉS
1 Identifier et définir le problème • Quelle est la nature du problème à résoudre ? En quoi est-ce un problème ?
• Comment suis-je alerté ? Qu’est-ce qui me cause un inconfort dans cette situation ?
• Comment mes pairs réagiraient-ils devant cette situation ? Quel inconfort ressentiraient-ils ?
• Qui sont les acteurs de cette situation ?
• Quels sont les faits importants dans la situation ?
2 Développer et évaluer des options de solutions • Quel est le cadre normatif entourant la situation ? Quel est le cadre déontologique, réglementaire
et juridique en jeu ?
• Quel est le contexte du problème sur le plan organisationnel, social, juridique, personnel, culturel, économique ?
• Quel est mon rôle dans cette situation ? Mon mandat ? La finalité recherchée ?
• Quels sont mes biais personnels (intérêts, croyances) qui peuvent influencer mes décisions ?
• Quels sont les valeurs ou principes en conflit ?
• Avec quelle autre personne puis-je travailler dans cette situation ? Qui sont mes partenaires ?
• Quels sont les risques pour le client ? Pour moi en tant que professionnel ? Pour mon organisation ?
3 Développer et évaluer des options de solutions • Quelles sont les conduites et solutions possibles ?
• Pour chacune de ces conduites, quels sont les pour et les contre :
Du point du vue du client ?
Du point de vue de l’évolution du suivi ?
Du point de vue de mes obligations légales et déontologiques ?
Du point de vue du bien général de la société ?
De tout autre point de vue des acteurs concernés ?
• Quels principes ou valeurs essentiels chacune des options favorise-t-elle ?
• Auprès de qui puis-je valider mes réponses et décisions ?
4 Choisir et implanter une option • Que veux-je accomplir en traitant ce problème ? Quel résultat vise-t-on ?
• Au nom de quel(s) principe(s) prioritaire(s) ai-je choisi cette option ?
• Quels sont les risques associés à ce choix ? Pour mon client ? Ses proches ? Mon organisation ?
Ma profession ? Moi-même ?
• Quelles mesures de mitigation des risques dois-je mettre en place ?
• Ai-je suffisamment consulté mes collègues pour prendre cette décision ?
• Comment dois-je documenter ma décision ?
• Ma décision répond-elle au test d’une décision éthique ? (Voir tableau 3.)
5 Évaluer les résultats et prévenir • Quels sont les effets de ma décision ?
• Quels sont mes apprentissages ? Ceux de ma profession ? Ceux de mon organisation ?
• Comment améliorer ma pratique et prévenir une telle situation à l’avenir ?
Comment en améliorer le dénouement et mieux servir le public ?
Test pour valider une décision difficile
Un test simple pour aider à valider vos décisions :
Serais-je à l’aise d’expliquer ma décision publiquement ?
Ma décision pourrait-elle servir d’exemple dans d’autres situations similaires ?
Si c’était moi qui subissais les conséquences de ma décision, est-ce que je considérerais toujours qu’il s’agit d’une bonne décision?
Lorsqu’un client confie un mandat à un psychologue, il s’attend à recevoir des services dispensés avec professionnalisme du début à la fin. Parfois, il arrive que le psychologue ne puisse pas continuer d’offrir le service tel que convenu au départ. Les cinq situations suivantes, inspirées de cas réels, illustrent le questionnement des psychologues confrontés à de tels scénarios et proposent des façons de clore précocement un épisode de services avec rigueur, professionnalisme et doigté. L’article 35 du code de déontologie prévoit une série de motifs justes et raisonnables pour cesser de rendre des services professionnels à un client. Nous nous y rapporterons dans cet article pour mettre en lumière les applications concrètes de ces règles.
L’article 35 du Code de déontologie des psychologues
1° la perte de la relation de confiance entre le client et le psychologue ;
2° l’incapacité pour le client de tirer avantage des services professionnels offerts par le psychologue ;
3° le risque que le maintien des services professionnels puisse, au jugement du psychologue, devenir plus dommageable que bénéfique pour le client;
4° l’impossibilité pour le psychologue de maintenir une relation professionnelle avec le client, notamment en raison d’une situation de conflit d’intérêts ;
5° l’incitation par le client à l’accomplissement d’actes illégaux, injustes, frauduleux ou qui vont à l’encontre des dispositions du présent code ;
6° le non-respect par le client des conditions convenues et l’impossibilité de convenir avec ce dernier d’une entente raisonnable pour les rétablir, y incluant les honoraires ;
7° la décision du psychologue de réduire sa pratique ou d’y mettre fin pour des raisons personnelles ou professionnelles.
QUESTION : Après quelques séances avec une cliente, je viens de réaliser qu’elle est la conjointe d’un autre de mes clients. Que faire ?
RÉPONSE : Le psychologue doit tout d’abord déterminer s’il a encore l’indépendance professionnelle requise pour poursuivre les services auprès de ses deux clients. S’il constate que ce n’est pas le cas, il se trouve devant une situation de conflit d’intérêts. Dire à l’un de ses clients qu’on ne peut poursuivre la démarche avec lui à cause d’un conflit d’intérêts sans violer la confidentialité à laquelle a droit l’autre client est une opération délicate, mais faisable. Ainsi, le psychologue pourrait recourir à une explication générale, invoquant par exemple « l’incapacité pour le client de tirer avantage des services professionnels offerts par le psychologue » (art. 351, alinéa 2), ou encore « le risque que le maintien des services professionnels puisse, au jugement du psychologue, devenir plus dommageable que bénéfique pour le client » (alinéa 3).
QUESTION : Oui, mais mes clients consentent à la poursuite des deux processus. Puis-je continuer à les rencontrer ?
RÉPONSE : Il n’existe pas de code de déontologie pour les clients, mais il en existe un pour les psychologues. Qu’ils soient d’accord ne soustrait en rien le psychologue à ses obligations professionnelles. La réaction la plus prudente à cette situation est de maintenir la relation thérapeutique avec le premier client et de diriger le second client vers un autre psychologue qui a des disponibilités (art. 36). Dans de rares exceptions, lorsqu’il n’y a pas d’autre psychologue disponible, le psychologue peut subordonner son intérêt (éviter de risquer une demande d’enquête) à celui du client (obtenir un service que seul ce psychologue peut lui offrir) (art. 23). Le cas échéant, il faudrait s’assurer que les difficultés soulevées par les clients soient bien distinctes ; autrement, les risques de contamination des histoires et de perte d’objectivité sont très grands, ce qui peut avoir des effets néfastes sur la qualité du service. Si les motifs de consultation proviennent d’une situation commune, il est nécessaire que le second client consulte plutôt un autre professionnel. En outre, la cessation des services ne doit pas lui être préjudiciable et le psychologue doit contribuer, dans la mesure du possible, à ce que son client puisse continuer à obtenir les services professionnels requis (art. 36). Si les conditions nécessaires sont réunies pour que le psychologue puisse continuer à offrir des services à ces deux clients en toute objectivité, il doit informer ces clients qu’il a le devoir de maintenir une indépendance professionnelle totale pour chacun, qu’il ne doit pas mélanger les histoires et qu’il prendra les mesures appropriées pour s’assurer de le faire (recourir à la supervision, par exemple). Il informe le second client de la possibilité d’interrompre le service en cours de processus, selon le développement des besoins des clients et si les conditions changent. Le second client aura alors à décider s’il préfère prendre ce risque ou s’il préfère changer de psychologue immédiatement.
32. Lorsque le psychologue constate qu’il se trouve en situation de conflit d’intérêts ou qu’il risque de s’y trouver, il définit la nature et le sens de ses obligations et de ses responsabilités, en informe son client et convient avec lui, le cas échéant, des mesures appropriées.
QUESTION : Je viens d’avoir un enfant et je souhaite réduire mes heures de travail et travailler à temps partiel. Puis-je cesser de rendre des services à certains de mes clients ?
RÉPONSE : Un p sychologue p eut m ettre fi n à u n s ervice p rofessionnel s’il a décidé « de réduire sa pratique ou d’y mettre fin pour des raisons personnelles ou professionnelles » (art. 35, alinéa 7). Toutefois, cela ne le dégage pas de ses obligations quant à la transition à opérer avec le client concerné. En plus de s’assurer de limiter les préjudices que subira le client, le psychologue qui veut mettre fin à la relation avec celui-ci doit l’en informer dans un délai raisonnable en fonction de la nature de la problématique, de la fréquence des rencontres et d’un échéancier prévisible (art. 36).
QUESTION : Une dame me consulte depuis plusieurs mois. Elle m’a récemment amené sa fille de 16 ans, qui présentait des comportements suicidaires. Ma cliente, la mère de l’adolescente, voulait que je voie celle-ci en urgence. Suis-je en conflit d’intérêts ?
RÉPONSE : Le psychologue est probablement en conflit d’intérêts et il n’a vraisemblablement pas l’indépendance et l’objectivité requises pour offrir des services de qualité à cette jeune cliente. Toutefois, en situation d’urgence, le psychologue pourrait offrir des services professionnels. Le psychologue devra prévoir d’orienter l’adolescente vers un professionnel disponible et apte à la recevoir dès que possible (art. 24).
QUESTION : Un client éprouvé et fragilisé par deux situations importantes de sa vie développe subitement des symptômes qui demandent une intervention pour laquelle je n’ai pas les compétences. Peu à peu, j’ai l’impression de devenir le souffre-douleur de ce client, qui me rend responsable de tous ses malheurs. Que faire ?
RÉPONSE : Le psychologue doit maintenir un climat de confiance dans la relation professionnelle. De plus, il doit agir avec compétence et objectivité. Si la situation dégénère et risque de devenir incontrôlable, il doit consulter un superviseur. S’il constate que ses interventions ne sont plus aidantes, il doit inviter son client à consulter un autre psychologue. Autrement, ses interventions pourraient devenir nuisibles et causer un préjudice au client. Dans ce type de situation, le psychologue peut invoquer son code de déontologie afin de dépersonnaliser la délicate intervention qu’il devra faire auprès de son client.
QUESTION : Je rencontre depuis quelques mois un client, que je sens désintéressé et parfois intoxiqué d’alcool, à qui j’ai consenti un crédit pour les honoraires professionnels. Il me déclare tardivement dans la démarche avoir besoin d’une lettre pour son avocat afin que je témoigne de sa bonne conduite, de son sens du devoir parental et de son implication soutenue dans les rencontres en psychologie, sans quoi il ne paiera pas les honoraires en souffrance. Comment doisje réagir ?
RÉPONSE : Ce client monnaye une fausse déclaration. Il s’agit d’un acte illégal. C’est un motif raisonnable pour mettre fin au service professionnel et l’orienter vers une ressource plus appropriée à sa condition. La question des honoraires professionnels demeure à la discrétion du psychologue. Évidemment, si le psychologue était cité à comparaître pour témoigner de son assiduité et de sa collaboration aux services professionnels, il devrait informer le client qu’il ne peut mentir ou déformer les faits. Le client aurait à prendre une décision à cet égard.
Guide explicatif concernant la tenue de dossier | A guide to record keeping
A guide to record keeping | Guide explicatif concernant la tenue de dossier
Explanatory guide to the code of ethics of the psychologists of Quebec | Guide explicatif concernant le code de déontologie des psychologues du Québec
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