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medecine legale - NOYADE - CRIMINALISTIQUE & PREVENTION
24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 10:06
Définition : La cyanose est la coloration bleuâtre ou mauve de la peau et des muqueuses. Elle se traduit par un aspect violacé des ongles des mains, de pieds, voire de la face du cadavre.
- Lorsque l'oxygène pénètre le corps, une partie va servir à oxygéner les tissus et une autre partie vient s'insérer dans l'hémoglobine. Lorsqu'il y a manque d'oxygène, les organes vont puiser dans l'hémoglobine l'oxygène dont ils ont besoin. Cela représente en quelque sorte une réserve en cas de problème.
- Lorsqu'une personne est en détresse respiratoire, son besoin d'oxygène est très important. L'oxygène que les organes reçoivent va se révéler insuffisant. L'individu en souffrance respiratoire voit sont rythme cardiaque augmenter afin de recevoir plus de sang oxygéné. Ses tissus vont donc le puiser dans l'hémoglobine encore en circulation.
- La cyanose représente ce surplus d'hémoglobine utilisée pour oxygéner les organes. Elle se traduit par une infiltration hématique, c'est à dire une coloration des extrémités de doigts, des orteils et, dans certains cas, de la face.
Utilisation pratique du phénomène :
- Lorsqu'un cadavre présente une cyanose très marquée, ont peut supposer que la victime était déjà en grand manque d'oxygène avant de mourir. C'est un signe cadavérique particulièrement visible chez les pendus, les asphyxiés ou les individus décédés à la suite d'une mort toxique.
- La cyanose est un phénomène péri mortem, c'est à dire qu'elle apparaît dès le décès, voire juste avant.
- L'anémie* retarde la cyanose (qui passe parfois inaperçue en présence d'une anémie très grave). Inversement, la polyglobulie (augmentation du nombre des globules rouges) accentue la cyanose.
* L'anémie est caractérisée par un manque de globules rouges ou d'hamaglobine. Ses principaux symptömes, lorsqu'il y en a, sont la fatigue, une pâleur et essoufflement accru à l'effort.
Définition : Après la mort, la régulation thermique disparaît (arrêt des phénomènes d'homéothermie). Cela se traduit par un équilibrage de la température du corps avec celle de son environnement.
Température corporelle normale :
- Elle varie de 34°,2 à 37°,6 avec une moyenne à 36°,9 et est soumise à de nombreux facteurs :
● L'âge (les enfants et les adolescents ont une température plus élevée de 0,5 à 1°C) ;
● Le stress émotionnel
● Le cycle menstruel
● Les maladies (hyper ou hypothermiques)
● Les désordres métaboliques (hypothyroïdie)
● Les perturbations de la circulation périphérique
Modélisation du refroidissement :
- Le décroissance thermique d'un cadavre est la base de la datation de la mort.
- Classiquement, la chronologie est la suivante : Les extrémités, puis la région épigastrique (au-dessus du nombril).
- La baisse de la température s'effectue en 3 phases :
1°) Plateau thermique initial d'une durée de 0,5 à 3 heures, pendant cette période, la température décroît peu.
2°) Phase intermédiaire de décroissance rapide, qui est celle où la méthode thermométrique se révèle la plus pertinente pour dater la mort.
3°) Phase terminale de décroissance lente durant laquelle la température corporelle finit progressivement par s'égaliser avec celle du milieu ambiant.
Les facteurs correctifs :
- La détermination du délai post-mortem peut être biaisée par un certain nombre de facteurs interférents d'origine endogène (cadavérique) ou exogène(environnementale) :
●« Enrobage » du corps (drap, couette ... ) ;
●Masse corporelle (refroidissement est d'autant plus lent que le poids du sujet est élevé)
●La taille du sujet (les enfants et les adolescents refroidissent plus vide) ;
●La position du corps (en modifiant l'importance de la surface exposée, elle modifie la conduction et la convection) ;
●La surface sur laquelle repose le corps (carrelage, moquette ... ) ;
● Les mouvement de l'air qui accélèrent les pertes thermiques par convection ;
● L'humidité de l'air : les pertes thermiques sont d'autant plus importantes que le degré hygrométrique de l'air est élevé ;
● La température ambiante (chauffage, climatisation ... ) ;
● La pluie, la neige, le froid ....
● La présence de vêtements : les vêtements jouent le rôle d'isolant thermique et le refroidissement du corps sera d'autant plus retardé que leur épaisseur sera importante ;
● Personne en hyperthermieau moment du décès (refroidissement lent) ;
● Personne en hypothermie(refroidissement rapide) ;
● Corps immergé : la déperdition thermique du cadavre est beaucoup plus rapide dans l'eau que dans l'air, et se voit encore accélérée lorsque le corps se trouve plongé en eau courante.
Délai Post-Mortem :
- Sous les climats tempérés (18°C), la température de la peau rejoint celle du milieu environnant en 8 à 12 heures en moyenne mais la température centrale du cadavre nécessite 2 à 3 fois plus de temps.
■ En moyenne, la température centrale du corps s'égalise avec le milieu ambiant en 24 heures ;
■ La vitesse de refroidissement est de 0,5 à 1°C par heure ;
■ Au bout de 2 heures, le visage et les extrémités sont froids ;
■ Pas ou peu de baisse de température au niveau des aisselles, cavité buccale et rectales.
La température du corps doit être considérée comme l'un des meilleurs estimateurs du délai post-mortem pendant et seulement les 24 premières heures de la mort.
Les sites de prise de température :
● Température cérébrale (La plus précise) ;
● Température du foie (La plus précise) ;
● Température rectale (La plus courante) ;
● Température des cuisses ;
● Température oreilles ;
● Température avant bras.
- Dans la pratique, la température du cadavre sera mesurée au niveau rectal tout en sachant que ce site anatomique peut présenter des problèmes lorsque la victime a pu faire l'objet de violences sexuelles.
Qui provient de l'extérieur du corps, qui est dû à des causes externes, par opposition à endogène.
Terme ou adjectif désignant ce qui se produit dans un organisme ou qui émane de celui-ci (qui provient du dedans, qui prend naissance à l'intérieur) par opposition à ce qui est exogène.
Élévation de la température du corps ou d'une partie du corps au dessus de la valeur normale qui chez l'homme est 37° centigrades en moyenne.
Le terme fièvre (dont le synonyme est pyrexie), souvent à tort considéré comme synonyme d'hypertermie, désigne, pour les physiologistes (spécialité s'intéressant au fonctionnement de l'organisme), une élévation secondaire de la température du corps sous l'effet d'un décalage à la hausse du thermostat (régulateur de la température du corps) qui se trouve dans l'hypothalamus. Dans ce cas l'organisme met en place des moyens pour lutter contre le froid (frisson, etc.). Le terme d'hypertermie correspond également à une élévation de la température mais sous l'effet d'un environnement chaud ou d'un travail musculaire particulièrement important. Ceci ne signifie pas que l'hypertermie n'est pas pathologique. En effet il existe des hypertermies malignes correspondant un ensemble de symptômes apparus brutalement et déclenchés par l'effort musculaire important et prolongé dans une ambiance particulièrement chaude et humide alors que l'individu qui subit cette modification corporelle est normal.
Augmentation de la température corporelle au delà de la valeur normale de 37°C. Cette élévation de température peut avoir plusieurs causes :
- Réaction à une infection (fièvre)
- Surexpostion au rayons solaires (Insolation)
- Effort intense prolongé, forte chaleur (Coup de chaleur)
On parle d'hypotermie quand la température du corps est trop basse et qu'elle ne permet plus d'assurer les fonctions vitales. La température du corps humain est d'environ 37°C. Cette température est régulée naturellement, mais dans certains cas le corps n'est plus capable de maintenir la température. Entre 37 et 35 °C, on parle normothermie, en dessous on parle d'hypothermie. Cette hypothermie devient grave en dessous de 32°C.
L'hypothermie se déclenche en milieu froid, et plus facilement à la suite d'un accident. Ses symptômes sont les frissons, baisse de la tension artérielle, ralentissement du coeur. Ce ralentissement peut déboucher sur un arrêt cardiaque.
NONOGRAMME DE HENSSGE
Nomogramme inventé par le docteur Hengsse et donnant, en fonction de la température du corps, de la température extérieure et de la masse corporelle, le délai écoulé entre la mort et la mesure.
Exemple d'utilisation : Cadavre de 80 kg dont la température interne est de 20° alors que la température extérieure est de 10°
On trace un trait reliant la température interne de 20 °(à gauche) et la température ambiante de 10° (à droite). Ce trait coupe la droite diagonale en un point.
On trace alors une seconde droite partant du centre de la cible et passant par le point précédent. Sur l'arc de cercle correspondant à une masse corporelle de 80 kg, on lit un délai post-mortem de 20h. Sur l'arc le plus extérieur, on lit que l'intervalle de confiance à 95% est de +/- 3,2h (sans facteur correctif) ou 4,5h (si facteur correctif).
Cela signifie qu'un corps nu, de 80kg dans un air calme de 10° dont la température interne est de 20° est mort entre 16,8h et 23,2h plus tôt.
18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 17:54
Définition: Les lividités cadavériques (ou livor mortis ou hypostase) constituent le deuxième signe indiquant le décès. Il s'agit d'une coloration « lie de vin » ou rouge pourpre de la peau liée à un déplacement passif de la masse sanguine vers les parties déclives du cadavre, à l'exception des points d'appui. Ce phénomène débute dès l'arrêt de la circulation sanguine (arrêt du coeur).
- Après la mort, le sang ne circule plus. L'arrêt de la pompe cardiaque entraîne la stagnation du sang dans les vaisseaux.
- Sous l'action de la gravité, les globules rouges et le plasma vont rejoindre les parties les plus basses du corps, en remplissant en particulier les veines et les capillaires.
- Des ouvertures se forment dans la paroi des vaisseaux qui ne sont plus étanches et laissent filtrer les globules rouges qui finissent par envahir les tissus.
- Le sang en s'accumulant, devient visible par translucidité de la peau et donne une coloration « lie de vin » à l'épiderme au niveau des zones déclives du corps en épargnant les points d'appui.
- Les lividités sont visibles jusqu'à l'installation de la putréfaction.
► Les lividités se répartissent de manière caractéristique sur le cadavre :
- Leur topographie dépend de la position du cadavre et doit être cohérente avec celle-ci.
- Elles épargnent les points d'appui(tous les points qui supportent le poids du corps) et les zones supportant un lien ou un vêtement serré (soutien-gorge, collier ... ). Ces zones d'appui et de contact ne se colorent pas et restent pâles, car les veines et les capillaires à ce niveau restent collabés sous l'action de la pression.
Exemple: Pour un cadavre un décubitusdorsal, les lividités vont siéger au niveau du cou, des flancs et de la face postérieure des cuisses. En revanche, elles seront absentes (plages blanchâtres cernées de lividités) au niveau de la région occipitale, des épaules, des fesses, des mollets et des talons.
► La coloration des lividités :
- Les lividités correspondent à une accumulation de globules rouges, leur coloration dépend étroitement du contenu en hémoglobine oxygénée. Dans la plupart des cas, elles sont de teinte rose foncé.
- Avec le temps, les lividités sont de plus en plus présentes et de plus en plus marquées.
- La coloration est foncée, lorsque le contenu en hémoglobine oxygénée est faible (hypothermie, réfrigération ou environnement froid).
- Intoxication au monoxyde de carbone = Rouge vif (rouge carmin) ;
- Asphyxie mécanique ou décès secondaire provoqué par une pathologie cardiaque ou pulmonaire = Rouge sombre (L'asphyxie est précédée d'une détresse respiratoire. La victime manquant d'oxygène, reçoit du sang veineux non oxygéné, c'est à dire du sang « noir », ce qui explique la couleur singulière des lividités) ;
- Intoxication au chlorate de potassium = Chocolat ;
- Hémorragie = Lividités très pâles ;
- Submersion = Rose clair ;
- Intoxication par des produits méthémoglobisants = Bleu ardoisé.
- Les lividités sont peu visibles chez les personnes de couleur, les personnes exsangues, les personnes âgées et les personnes anémiées ;
- Les lividités sont accentuées chez les personnes décédées après une longue agonie.
► La mobilité des lividités :
- Les lividités sont dans un premier temps effaçable à la pression. Un appui appliqué sur une zone de lividité chasse le sang des vaisseaux et la peau prend une teinte plus pâle. On dit que les lividités sont « non fixées » ;
- Dans un deuxième temps, et suite à la perte d'étanchéité des parois vasculaires, le sang imbibe le tissu interstitiel et l'appui appliqué sur une zone de lividité ne peut plus déplacer le sang. On dit que les lividités « son fixes ».
- La fixité des lividités dépend de la température, mais sans relation linéaire ;
- La fixité dépend également de la saison avec une perte de la mobilité pendant l'été.
► Migration des lividités :
- Jusqu'à la fixation, les lividités sont mobiles.
- Si une personne manipule le cadavre alors que les lividités sont « non fixées », de nouvelles lividités s'ajoutent aux premières. Il y a alors apparition de lividités mixtes (ou paradoxale).
- Si ces zones mixtes de lividités sont incompatibles avec la topographie du corps et de la gravité, il y a eu mobilité du cadavre post-mortem.
Chronologie Post-Mortem :
◘ Les lividités débutent en moyenne entre 2 et 4 heures après la mort ;
◘ Les lividités sont complètes (ineffaçables) en moyenne entre 6 et 15 heures après la mort ;
◘ Les lividités sont immuables entre 12 et 24 heures ;
◘ Disparition des lividités à la vitropression en moyenne avant 12 heures ;
◘ Disparition complète des lividités après retournement du cadavre en moyenne entre 4 et 6 heures ;
◘ Disparition incomplète des lividités (zones mixtes) après retournement du cadavre en moyenne entre 6 et 15 heures ;
◘ Immuabilité des lividités après retournement du cadavre entre 12 et 30 heures .
▲ Un cadavre qui ne présente pas de lividités = mort récente, moins de 3 heures ;
▲ Un cadavre qui présente des lividités mixtes, tant sur la face postérieure et antérieure alors que la personne est décédée en décubitus = manipulation du cadavre entre l'installation des lividités et la 12ème heure environ ;
▲ Un cadavre découvert face contre terre et qui présente uniquement des lividités sur la face postérieure = victime décédée sur le dos et manipulé après immuabilité des lividités, au-delà de la 12ème heures environ ou personne décédée sur le ventre et dont le corps a été retourné dans les premières heures suivant le décès (- de 6 heures), puis à nouveau placée sur le ventre à l'issue de l'immuabilité des lividités (+ de 12 heures).
Les lividités constituent le deuxième signe indiquant le décès. C'est également le plus visible.
Comme dans le cas de la rigidité, la chronologie des lividités cadavériques est soumise à des très importantes variations interindividuelles, pour cette raison ce marqueur ne doit pas non plus être utilisé isolément pour tenter de déterminer le délai post-mortem.
Elles peuvent être un moyen de savoir si un corps a été déplacé post-mortem ou une orientation vers certaines intoxications telles que le monoxyde de carbone (lividités très rosées)
Les capillaires sont les plus fins et les plus petits vaisseaux sanguins qui existent chez les animaux à sang chaud et à sang froid.
Ils relient les veines aux artères, fermant la boucle du réseau de la circulation sanguine.
Ils constituent la partie du système sanguin où le flux est le plus faible.
On les qualifie de « capillaires » par analogie avec les cheveux, du fait de leur extrême finesse, mais leur diamètre (diamètre de 8 à 10 µm)est bien plus fin que celui d'un cheveu (40 à 100 µm).
Couleur « lie de vin »
Rouge violacé légèrement fade.
Terme de chirurgie qui marque le point le plus bas d'une plaie, d'une cavité ou d'une partie du corps.
Collabé
Terme désignant ce qui provoque l'affaissement d'un organe
Position du corps qui repose sur un plan horizontal, couché, sur le dos (décubitus dorsal), sur le ventre (décubitus ventral) ou sur le côté (décubitus latéral)
30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 20:25
Avant de poursuivre les articles sur la noyade en criminalistique, certains d'entre vous m'ont demandé de rentrer plus dans le détail sur les différentes signes visuels pouvant aider à dater un décés, quelque soit le type de mort.
A l'aide de mon expérience et de la littérature sur le sujet, j'ai essayé de vous faire des résumés de ces différents signes pouvant aider à la datation de la mort.
Le premier article porte sur la rigidité cadavérique.
Définition: La rigidité cadavérique (ou rigor mortis) est un raidissement progressif de la musculaturecausé par des transformations biochimiquesirréversibles affectant les fibres musculaires au cours de la phase post-mortemprécoce. Cet état disparaît habituellement lorsqu'apparaît la putréfaction, c'est-à-dire au bout de deux à quatre jours selon les circonstances.
- La rigidité se caractérise par une perte d'élasticité des tissus, et notamment des muscles, causée par la coagulation de la myosine, une protéine qui y est présente.
- Ce phénomène est dû au fait que le corps ne fournit plus d'ATP (adénosime triphosphate), donc ne fournit plus de glucose et d'énergie aux muscles (similitudes avec la crampe musculaire).
- La disparition de la rigidité est en rapport avec l'autolyse et la putréfaction qui détruisent la structure des filaments d'actine et de myosine ainsi que les liaisons qui les unissent.
Modélisation de la rigidité cadavérique :
- La rigidité cadavérique affecte l'ensemble des muscles (striés et lisses). La topographie de son installation est descendante. Elle débute à l'extrémité cervico-céphalique, à savoir la nuque et les muscles masticateurs puis suit les bras, les mains, le troc, l'abdomen et les extrémités inférieures.
- En effet, la rigidité touche d'abord les petits muscles situés en haut du corps puis les muscles plus importants (fléchisseurs aux membres supérieurs, extenseurs aux membres inférieurs) où elle prédomine.
- Ce phénomène se manifeste par une demi-flexion au niveau des membres supérieurs, un enroulement des doigts dans les paumes, une extension des membres inférieurs. Les maxillaires sont serrés.
- Le durcissement des muscles lisses peut expliquer après le décès la présence de matières fécales ou de liquide spermatique.
- Le coeur est très rapidement rigide après le décès (moins de deux heures).
- La rigidité, si elle est rompue avant 12 heures, se reconstitue. En effet, les muscles contiennent deux types de fibres musculaires (type I riche en mitochondries et myosine lente et type II, pauvre en mitochondries et myosine rapide) et il est concevable que la rigidité apparaisse à des moments différents pour ces deux types de fibres musculaires. Lors de la rupture volontaire de cette rigidité initiale, les fibres encore relâchées vont garder leur pouvoir de contraction post-mortem, se contracter ensuite et provoquer une « nouvelle » rigidité.
- Elle disparaît ensuite progressivement à partir de la 30ème heure environ en respectant le même ordre que lorsqu'elle s'est installée. La partie supérieure du corps redeviendra souple avant la partie inférieure du cadavre, laissant place au processus de putréfaction.
◘ La rigidité débute en moyenne entre 3 et 4 heures après la mort(exceptionnel avant 2 heures) ;
◘ La rigidité est complètement installée et d'intensité maximale entre 8 et 12 heures après la mort ;
◘ En cas de rupture artificielle intervenant moins de 8 à 12 heures après la mort, la rigidité peut se reconstituer. Ce n'est pas le cas lorsque la rupture intervient au-delà de ce délai ;
◘ La rigidité se maintient ensuite entre 12 et 36 heures ;
◘ La rigidité disparaît progressivement en deux ou trois jours, lorsqu'apparaît la putréfaction.
- Cette chronologie n'est qu'indicative et en réalité on observe des variations considérables sous l'influence de très nombreux facteurs :
► La rigidité est plus rapide, en cas :
● D'activité musculaire intense avant le décès (jogging, course, fuite ou bagarre) ;
● Etat de stress intense (mort violente précédée de signes tels que la peur) ;
● L'effet de certains poisons (strychnine....) ;
● Convulsions ante-mortem ;
● La chaleur ;
● Électrocution ;
● Immersion en eau chaude ;
● Constitution anatomique robuste (rigidité importante et prolongée).
► La rigidité est plus lente, en cas :
● Décès par asphyxie (pendaison, intoxication au monoxyde de carbone ...) ;
● Hémorragie massive ;
● L'air froid et sec et l'eau froide (durée prolongée) ;
● Agonie prolongée (rigidité peu intense) ;
● Personne âgée ou émaciée (rigidité peu intense).
● Si le corps est congelé alors que l'ATP est encore élevée, la rigidité commencera au dégel..
▲ Cadavre complètement souple, la rigidité n'est pas installée = moins de 3 heures 00
ou + de 24 heures, la rigidité a déjà disparu. Dans ce dernier cas, d'autres signes cadavériques permettront de faire le diagnostic différentiel ;
▲ Cadavre rigide sur sa partie supérieure mais souple sur sa partie inférieure. Rigidité en cours d'installation = moins de 12 heures ;
▲ Cadavre souple sur sa partie supérieure mais rigide sur sa partie inférieure. Rigidité en phase descendante = plus de 24 heures.
La rigidité cadavérique est seulement une méthode complémentaire pour estimer le délai post-mortem. Elle ne doit jamais être utilisée isolément.
La myosine est une protéine qui joue un rôle fondamental dans les mécanismes de la contraction musculaire. Cette protéine intracytoplasmique se rencontre dans les cellules à activité contractile des vertébrés, telles que les cellules musculaires.
Nucléotide de la famille des purines, servant à emmagasiner et à transporter de l'énergie.
L'adénosine triphosphate (ATP) est une substance chimique qui participe à la transformation du glycogène en glucose dans les organismes vivants.
Le terme autolyse désigne l'autodestruction.
Le terme est utilisé en médecine pour désigner le suicide, et en biologie pour désigner l'autodestruction de cellules.
C'est une protéine présente dans toutes les cellules du corps et spécialement dans les cellules musculaires.
La strychnine est un alcaloïde très toxique extrait de la noix vomique. Il est utilisé comme stimulant à très faibles concentrations. C'est le poison classique dans la lutte contre les corbeaux et les petits rongeurs. Curieusement, elle n'est pas toxique pour les cochons d'inde. Cette utilisation est interdite en France depuis 1999.
Pour extraire la strychnine, on râpe la noix vomique dans de l'alcool bouillant, on distille la liqueur alcoolique obtenue et on purifie par différents traitements. À l'état cristallisé, elle a la forme de petits prismes rhomboïdaux incolores, inodores et de forte saveur amère.
La dose létale est de 0,2mg·kg-1 : Spasmes musculaires au bout de 10 à 20 minutes en commençant par la tête et le cou, fortes douleurs, convulsions, arrêt cardiaque, puis la mort par asphyxie. Les meilleurs antidotes sont les barbituriques.
La plupart des signes décrits précédemment peuvent se retrouver chez des personnes décédées d'autres causes que la noyade vitale et ne suffisent donc pas au médecin légiste pour se prononcer sans ambiguïté sur les circonstances de la mort, malgré le contexte hydrique de la découverte du cadavre. De plus, selon l'état de putréfaction du corps, tous ces signes pourront avoir totalement disparus. Le médecin légiste va donc procéder lors de l'autopsie à divers prélèvements tissulaires, d'organes, de fluides (sang, urine, bile …) et demander des analyses scientifiques pour compléter et étayer son expertise visuelle.
Ces analyses auront soit un intérêt général, pour comprendre ou exclure des causes de décès (alcool, drogue, médicament, recherche de tumeurs et maladies, malformation, estimation du délai post-mortem, expertise d'une lésion …. ), soit un intérêt particulier lié à la submersion (diatomées, strontium, étude microscopique des poumons … ), ou bien un intérêt d'identification de la victime.
Les expertises toxicologiques : Les prélèvements porteront principalement sur le sang, l'urine, la bile, le contenu gastrique ou bien même les cheveux, les poils en fonction de l'état du corps, la putréfaction faisant disparaître partiellement ou en totalité les fluides corporels. Le but de ces analyses est de connaître au moment de la mort ou dans un temps proche, l'état d'imprégnation d'alcool, de stupéfiants, de médicaments …. de la victime. Ces résultats pourront évaluer son état de vigilance au moment du décès et ainsi orienter le médecin légiste et les enquêteurs en privilégiant une hypothèse accidentelle, suicidaire ou criminelle. Ce type d'analyse ne permet pas de mettre en évidence un élément spécifique de la noyade mais elle peut amener à comprendre les circonstances de la noyade par une absorption excessive d'alcool ou d'un produit stupéfiant, par exemple.
Dans le cadre d'un cadavre putréfié, certains laboratoires peuvent effectuer des recherches à partir de fragments d'organes, voire de muscles. Ces expertises ont des limites, elles sont uniquement qualitative, c'est à dire qu'elles peuvent montrer la présence de produits médicamenteux, stupéfiants ou toxiques sans toutefois les quantifier. Il est donc impossible, d'imputer l'hypothèse du décès à la présence d'une ou plusieurs substances, puisqu'elles ne peuvent être dosées.
Les Méthodes biochimiques : Il s'agit de diverses méthodes qui visent à caractériser le passage dans l'organisme, plus particulièrement dans le sang d'un élément naturel présent en abondance dans l'eau ou de mettre en évidence des perturbations liées au phénomène de l'osmose (hémodilution en eau douce et hémoconcentration en eau de mer). Pour notre étude, nous retiendrons la méthode qui est la plus couramment employée, « le dosage du strontium » élément considéré actuellement comme le marqueur biochimique de référence caractérisant la noyade vitale et tout particulièrement dans l'eau de mer où cet élément est présent en forte concentration. Le médecin légiste ne pourra s'appuyer sur cette technique que sur un sujet frais, moins d'une semaine environ, la putréfaction détruisant toutes les preuves du passage du strontium dans la circulation sanguine. De plus, comme nous l'avons précisé dans la paragraphe consacré au strontium, l'interprétation du dosage de ce marqueur pour qu'il soit décisif dans le diagnostic devra être confronté à la concentration de ce métal dans l'eau de submersion, notamment dans l'eau douce ainsi qu'à l'environnement alimentaire et médical de la victime (traitement de l'ostéoporose). Pour les besoins de cette analyse, le médecin légiste procédera à trois prélèvements de sang (cœur droit, cœur gauche et périphérique) et si possible en double pour une éventuelle contre analyse.
Les examens histologiques ou anatomopathologiques : Ces examens sont basés sur l'étude macroscopique et microscopique des tissus biologiques et des cellules qui les composent afin d'y découvrirent d'éventuelles anomalies. Pour cela, le médecin légiste prélève des organes en intégralité ou des fragments de quelques grammes qu'il devra placer dans une solution de formol afin de supprimer toute activité de l'organe et ainsi le fixer dans un état proche duquel il se trouvait au moment de la mort. En laboratoire, les prélèvements sont ensuite recouverts de paraffine puis coupés en fines lamelles de quelques microns pour y être observés sous microscope.
Dans le cadre de la noyade, ces analyses ont trois objectifs :
- Le premier est directement lié à la noyade. Le praticien va observer sur les poumons l'état morphologique des alvéoles pulmonaires (échanges gazeux entre l'air et le sang) qui peuvent être rompues ou dilatées à la suite de l'inhalation du liquide dans les poumons ainsi que les traces d'un œdème pulmonaire. Lorsqu'ils sont présents, se sont deux signes positifs de la noyade vitale, sans en être exclusif, sachant qu'il existe de nombreuses causes pouvant amener à cette même observation, notamment d'autres types d'asphyxie.
- Le deuxième est la recherche sur l'ensemble des prélèvements d'informations complémentaires, telles que des lésions, traumatismes, altération et pathologie non spécifiques de la noyade afin de pouvoir éliminer d'autres causes possibles de décès que la submersion asphyxique (Preuves négatives ou d'exclusion).
- Le troisième est l'étude des éventuelles lésions (plaies, amputations …) présentes sur le corps que le médecin légiste pourra en fonction de l'état du cadavre avoir du mal à interpréter (plaie par arme blanche ou acte d'un rongeur) ou à évaluer dans le temps (ante ou post-mortem). Au moindre doute, le praticien procédera à un prélèvement de la lésion pour tenter de déterminer son origine et si elle a été occasionnée du vivant de la victime (caractère hémorragique).
Classiquement, le médecin légiste procède à des prélèvements de poumons, rate, rein, foie qui peuvent être complétés selon les cas par le cœur, l'encéphale, le pancréas. Ces examens sont malheureusement impossibles dans le cas d'un corps putréfié.
Dans le cadre de la noyade, il n'existe en histologie aucune lésion caractéristique de cette mort. Lorsque l'anatomopathologiste constate un poumon œdémateux, plus ou moins hémorragique avec des alvéoles pulmonaires rompues ou dilatées et qu'il n'a découvert aucune preuve positive d'une autre cause ou pathologie, alors, il indique que les signes observés sont compatibles avec une submersion vitale par rapport au contexte .
Les diatomées ou méthodes limnologiques : Les diatomées, algues microscopiques présentes dans tous les milieux aquatiques sont des marqueurs biologiques très intéressant de la noyade et tout particulièrement dans le cas d'un corps putréfié ou il reste l'unique signe positif pouvant aider le médecin légiste à se prononcer sur les causes de la mort. En effet, à la différence des autres marqueurs connus et maîtrisés par les scientifiques, les diatomées vont se répandre dans les différents organes lors de leur passage dans le système sanguin, et cela jusqu'à la moelle osseuse qui les protégera de la putréfaction. Même si cette méthode est moins performante dans les cas de noyade en eau de mer où la concentration de ces algues est beaucoup plus faible que dans l'eau douce, elle ne doit pas être écartée pour autant car le corps peut avoir été rejeté à la mer après une immersion en eau douce. Toutefois, cette expertise ne donnera aucun élément en cas de décès dans une eau d'adduction urbaine car celle-ci est très pauvre en diatomées du fait de son traitement. Pour que cette méthode ne souffre d'aucune contestation, le médecin légiste doit, lors de l'autopsie, suivre rigoureusement le protocole de prélèvement des différents organes afin qu'ils ne soient pas souillés par l'eau d'immersion présente à l'extérieur du corps (peau et vêtement). Les instruments de dissection et les gants devront être changés après chaque prélèvement. Dans la mesure du possible et selon l'état du corps, les échantillons tissulaires, d'environ une dizaine de grammes au minimum chacun porteront sur le poumon, les reins, foie, rate, encéphale, cœur et moelle osseuse issue si possible d'un os long comme le fémur. Ils seront conditionnés séparément dans des récipients secs sans conservateur, pour être acheminés rapidement vers un laboratoire à une température de +4°C ou congelés. Pour les diatomées, le diagnostic de la noyade repose sur l'analyse qualitative, quantitative et comparative de cette algue dans les échantillons de tissus ainsi que dans l'eau d'immersion.
L'identification : Dans le cadre d'un cadavre de noyé et tout particulièrement devenu méconnaissable par la putréfaction, les enquêteurs ainsi que le médecin légiste pourront être confrontés à une difficulté supplémentaire, celle de l'identification formelle de la victime.
L'autopsie devra donc s'attacher à recueillir un maximum de renseignements ou de prélèvements pour permettre cette identification :
■ Inventaire et description détaillés des effets vestimentaires, objets et documents découverts sur le corps ;
■ Radiologie ou scanner (présence et identification de prothèses, fractures, opérations chirurgicales … ) ;
■ Critère anthropologique (sexe, âge, taille, ethnie, morphologie … ) ;
■ Tatouage, cicatrice … ;
■ Examen ou comparaison odontologique (déterminer les caractéristiques d'un individu à partir de ses dents ou effectuer une comparaison avec le dossier dentaire d'une victime supposée) ;
■ Comparaison des empreintes digitales et palmaires dans le Fichier Automatisé des Empreintes Digitales (FAED)pour les personnes connues des services de police et de gendarmerie ;
■ L'ADN (Acide Désoxyribo Nucléique) soit par comparaison avec un membre de la famille de la victime ou bien avec l'ADN de la victime supposée (brosse à dents, à cheveux, vêtements …), ou encore par comparaison dans le Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques (FNAEG).
En fonction de l'état du cadavre et des éléments d'enquête, le médecin légiste pourra donc être amené à procéder à divers prélèvements, comme par exemple du muscle (ADN), l'amputation des deux mains (empreintes digitales), dépose des maxillaires (odontologie), prélèvement de peau (reconstitution d'un tatouage) et autres ….
Affirmer la noyade sur un seul signe est donc impossible. Le médecin légiste doit avoir une approche globale du diagnostic. C'est pourquoi, l'autopsie est indispensable, elle va permettre au praticien de rechercher et d'inventorier tous les signes classiques présents dans un submersion vitale, par l'observation externe et interne du corps, par la réalisation d'expertises microscopiques, biochimiques, biologiques et toxicologiques mais aussi en s'assurant que la victime ne présente pas une pathologie ou de lésions pouvant évoquer une autre cause de mort. C'est seulement en confrontant l'ensemble de ses observations visuelles avec les résultats des diverses analyses et les données de l'enquête que le médecin légiste pourra se prononcer sur les causes de la mort.
La Leçon d'anatomie du Docteur Tulp (Rembrandt)
L'autopsie est l'examen médical des cadavres. Le terme vient du grec « le voir de vos propres yeux », c'est une expertise qui est pratiquée par des médecins spécialisés, sur réquisition de l'autorité judiciaire. Elle doit être effectuée selon une technique et une méthodologie rigoureuses, ne laissant aucun organe, aucun tissu sans examen. L'autopsie médico-légale a plusieurs buts :
L'identification du cadavre lorsque celui-ci n'a pas été identifié ;
L'évaluation du moment de la mort ;
Rechercher des causes médicales du décès ;
En cas de mort violente, déterminer les causes du décès en développant les arguments en faveur d'un homicide, d'un suicide ou d'un accident ;
Procéder à tous les prélèvements pouvant confirmer ou infirmer la cause du décès.
Sans rentrer dans les détails du protocole de l'autopsie, classiquement celle-ci se décompose de la façon suivante :
Radiographie ou clichés scanner de la totalité du cadavre à la recherche de corps étrangers, d'éléments d'identification ou de traumatismes comme les fractures ;
Examen externe du corps en l'état avant et après déshabillage. Le médecin légiste décrit précisément les effets vestimentaires (type, marque, déchirure, orifice … ), vient ensuite un examen complet de la face antérieure et postérieure du corps au cours duquel, il est procédé à une description générale du cadavre (sexe, type ethnique, les signes cadavériques, les éléments putréfactifs ….) puis à une description détaillée de toutes les lésions externes même les plus anciennes en précisant leurs topographies. Cet examen peut être complété de petites incisions de la peau appelées « crevées » qui peuvent permettre de mettre en évidence des ecchymoses et hématomes ante ou péri-mortem (Dans un temps trés proche de la mort) ;
Dissection du corps qui consiste à son ouverture selon un protocole défini. Elle doit être totale et décrire minutieusement l'ensemble des éléments observés. La boite crânienne, le cou, le thorax, l'abdomen, les viscères sont explorés dans le détail à la recherche de toutes les lésions, blessures, anomalies, tumeurs …. ;
L'éviscération consiste à extraire du corps l'ensemble des organes. Il existe plusieurs techniques, certains légistes retirent les organes un par un et d'autres par bloc ;
Dissection des blocs d'éviscération. Cette opération consiste pour le médecin légiste d'observer macroscopiquement (ce que l'on peut observer à l'œil nu) les différents organes en procédant à des découpes soit par tranches ou selon un protocole défini. Comme pour la dissection du corps, cet examen permet au praticien de rechercher toutes traces et indices pouvant orienter, confirmer ou infirmer une cause de décès ;
Les prélèvements. Au cours de cet examen détaillé, le médecin légiste va procéder à divers prélèvements dont certains sont réalisés de manière systématique sans distinction des circonstances du décès et d'autres le seront en fonction du contexte de découverte du corps. Ils peuvent être à visée :
■ Toxicologique (dosage alcool, médicaments, stupéfiants, diabète … ) ;
■ Anatomopathologie ou histologique (étude microscopique des tissus et organes pour la recherche de lésions, de tumeurs, de modifications ….) ;
■ Génétique (identification d'une victime ou d'un agresseur) ;
■ Bactériologie (virus, méningite …) ;
■ Biochimique (strontium) ;
■ Limnologique (diatomées) ….. .
C'est au médecin légiste d'adapter les prélèvements en fonction de ses constatations et des situations. Toutes ces analyses sont indispensables, elles vont permettre de confirmer un diagnostic ou bien de l'écarter, de l'étayer ou de découvrir une cause médicale qui n'avait pu être identifiée auparavant.
Généralement, un technicien et(ou) un enquêteur de la police ou de la gendarmerie assiste le ou les médecins légistes en procédant à de nombreux clichés photographiques de leurs constatations. Afin de garantir une parfaite authenticité et traçabilité, un officier de police judiciaire place sous scellé l'ensemble des prélèvements réalisés et si possible en double exemplaire pour garantir une contre-expertise éventuelle.
Ce qui est important de rappeler, c'est que la noyade vitale est avant tout une asphyxie résultant d'une pénétration d'un liquide dans l'arbre respiratoire et que cette inondation va provoquer chez la victime un ensemble de phénomènes qui va entraîner l'arrêt cardio-respiratoire. En conséquence, le médecin légiste va rechercher lors de l'autopsie des preuves positives d'une asphyxie, d'un séjour dans l'eau ainsi que d'une pénétration significative d'un liquide traumatisant et perturbant l'organisme, tout en s'assurant que tous ces éléments sont indissociables les uns des autres et qu'il n'existe pas une autre cause que la noyade pouvant expliquer ces phénomènes, les preuves négatives.
Les ouvrages ainsi que les médecins légistes consultés font ressortir un certain nombre de signes qui peuvent être observables chez un sujet mort d'une submersion-asphyxique lors de l'examen interne :
Présence possible chez le cadavre « frais » d'un champignon de mousse dans les voies aériennes supérieures (signe d'un brassage eau / air) ;
Présence possible dans la trachée et les bronches de corps étrangers tels que de la vase, sable ou algues (évocateur d'aspiration dans milieu aquatique) ;
Les poumons sont distendus, spongieux, lourds, congestionnés de teinte violacée à noire présentant au niveau de l'enveloppe des poumons (sous pleurales) de nombreux petits points hémorragiques appelés pétéchies ou «tache de Tardieu ». Au touché et à la dissection, on observe un œdème mousseux au niveau de l'arbre respiratoire du poumon (évocateur asphyxie et œdème pulmonaire) ;
On observe une congestion générale des viscères (rein, foie, poumons, rate, cœur). Ces organes ont augmenté en poids, ont un aspect foncé et sont gorgés de sang à la coupe (signe d'asphyxie) ;
Présence possible d'eau dans l'estomac et (ou) les intestins (évocateur d'un séjour dans l'eau) ;
Fluidité du sang cardiaque.
Comme pour l'examen de levée de corps, tous les signes que nous venons d'énumérer témoignent seulement d'un séjour dans l'eau, d'un syndrome asphyxique, ou bien d'une pathologie mais ne sont pas spécifiques de la noyade, ils peuvent s'observer dans d'autres circonstances. Le diagnostic de la submersion s'établit par rapport au contexte du lieu de découverte (l'eau), des investigations des enquêteurs et de l'absence de preuves négatives de la noyade (trace de strangulation, absence de signe d'asphyxie, blessure vitale ante-mortem ….). C'est la présence de signes positifs ajoutés à l'absence de signes négatifs qui va permettre au médecin légiste de détenir un faisceau de preuves positives permettant d'évoquer fortement la noyade vitale. Cependant ces signes ne sont observables que chez un cadavre récent, chez le cadavre putréfié, il n'existe aucun élément visible tant à la levée de corps qu'à l'autopsie permettant au médecin légiste à se prononcer sur les causes de la mort.
Autre indicateur caractéristique du séjour d'un corps dans l'eau, le strontium est un métal dit « alcalino-terreux » qui désigne les métaux qui résistent au feu. Il est naturellement présent dans les sols et dans les composants de certains minerais. Il est utilisé dans l'industrie, sous forme de sel pour la fabrication de produits pyrotechniques ou revêtements anti-corrosifs par exemple, ainsi que dans certains médicaments (traitement de l'ostéoporose*). On trouve également des particules de strontium dans l'air mais aussi dans l'eau. En effet, plusieurs de ses composés sont très solubles et se retrouvent donc facilement en suspension dans l'eau ou dans les sédiments, tout particulièrement dans la mer. Il est considéré comme un marqueur de pollution de l'environnement.
Le strontium n'existe pas naturellement dans l'organisme, mais de faibles concentrations sont retrouvées dans tous les êtres vivants. Cette présence a principalement une origine alimentaire, issue essentiellement de la consommation de produits de la mer (coquillages, poissons) ou provenant d'eaux de sources fortement minéralisées, mais aussi médicamenteuse. Le corps humain a une concentration de strontium bien moindre que dans le milieu naturel et notamment les eaux.
D'où l'idée pour les scientifiques d'utiliser le strontium comme un marqueur possible du passage de l'eau dans le système sanguin. Le principe étant que lors de la phase d'inondation des voies aériennes et des poumons, les particules de strontium présentes dans l'eau passent dans le système sanguin selon le principe de l'osmose et augmentent le taux de concentration de ce métal normalement trouvé dans le corps humain. Une élévation significative du dosage du strontium dans le sang serait de nature à prouver le passage de l'eau dans les poumons et donc une excellente référence pour le diagnostic de la noyade.
Cependant, les études montrent de très grandes variations de concentration de strontium dans le milieu naturel hydrique d'un site de prélèvement à un autre. La conséquence est que dans certains cas, le taux de ce marqueur est proche de celui présent dans l'organisme, et donc peu discriminant comme le montre le tableau ci-dessous.
Nature et site de prélèvement
Teneurs moyenne en Strontium (Sr) en Microgrammes/Litre (µg/l)
Moyenne chez l'être humain
Entre 10 et 60
Ranélate de strontium (traitement de l'ostéoporose)
Détergents, détartrants, dentifrice ….
19 000 dans l'eau d'une baignoire suivant le produit de détartrage (source CH Le Havre)
Eau douce (Cours d'eau)
Eau douce stagnante
Étang (Ile de France)
Ce tableau permet de mettre en évidence une très forte concentration de strontium dans l'eau de mer, jusqu'à environ 700 fois plus en méditerranée par exemple que dans le corps humain. Mais l'on constate également dans les eaux douces et l'eau du robinet des différences de concentration très notables d'un site à l'autre avec parfois des taux proches de ceux habituellement constatés dans l'organisme humain.
Les différentes études ont montré que les taux retrouvés chez des victimes non noyées s'échelonnaient entre 17,57 µg/l et 64,27 µg/l. Chez les noyés en eau douce, entre 27,5 µg/l et 452 µg/l et en eau de mer entre 63,68 µg/l et 3 050 µg/l.
Par conséquent, cette méthode basée sur la constatation d'une augmentation importante du taux de strontium dans le système sanguin par rapport à la moyenne normalement rencontrée, est plus facilement interprétable lorsque la concentration de ce marqueur est particulièrement élevée dans l'eau de submersion. C'est pourquoi, étant donné la grande variabilité de la teneur de strontium dans les eaux et tout particulièrement dans les eaux douces, il est indispensable de prélever un échantillon du liquide d'immersion du cadavre afin d'en vérifier sa teneur exacte en strontium. Ainsi, selon l'importance de sa concentration et surtout de l'amplitude du contraste avec le taux moyen chez l'humain, le résultat de cette analyse pourra ou non être un indicateur valable de la noyade.
Cette technique présente néanmoins certaines limites, :
■ Elle semble fiable pour les cadavres récents, moins de sept jours, au-delà, elle devient très évasive, voir ininterprétable lorsque le corps est en état de putréfaction ;
■ Les blessures importantes favorisent la pénétration passive de l'eau dans le corps et donc du strontium dans les organes et dans le sang ;
■ Une longue agonie favorise l'augmentation du strontium dans le sang cardiaque ;
■ La prise régulière de certains médicaments à base de strontium, comme le PROTELOS** pour le traitement de l'ostéoporose peut venir perturber le résultat de l'analyse ;
■ Une alimentation régulière à base de produits de la mer ou de certaines eaux minérales peut entraîner à terme au augmentation du strontium dans le système sanguin au-delà de la moyenne généralement constatée chez l'humain.
Le dosage du strontium nécessite d'effectuer sur les lieux de découverte du corps un prélèvement de l'eau de submersion et lors de l'autopsie des prélèvements de sang périphérique et intracardiaque (cœur gauche et droit). Il est intéressant pour le laboratoire de connaître également les habitudes alimentaires et médicamenteuses de la victime.
Le strontium sanguin est un très bon indicateur de la noyade en eau de mer, mais son interprétation dans les autres milieux hydriques doit être maniée avec prudence ou du moins systématiquement confrontée à une analyse comparative du l'eau d'immersion. Cette technique ne doit pas se substituer à la recherche des diatomées ou autres méthodes, elle est un élément supplémentaire en faveur de la noyade asphyxique lorsque les résultats sont représentatifs.
Les diatomées et le strontium sont considérés comme d'excellents marqueurs en faveur du de la noyade vitale. Lorsque cela est réalisable, ces deux techniques complémentaires l'une de l'autre devraient être systématiquement réalisées pour toutes découvertes de cadavres immergés. Néanmoins, il peut être hasardeux de les apprécier isolément en raison de tous les éléments parasites pouvant venir fausser l'interprétation des résultats. Ces deux méthodes sont des compléments utiles au diagnostic de la noyade à la condition de les placer en perspective avec avec l'ensemble des preuves médico-légales.
* L'ostéoporose est une maladie caractérisée par une fragilité excessive du squelette, due à une diminution de la masse osseuse et à l'altération de la micro architecture osseuse.
** PROTELOS est un médicament contenant de la Ranélate de Strontium prescrit pour le traitement de l'ostéoporose chez la femme ménopausée. Ce traitement augmente significativement la concentration sanguine du strontium
Le diagnostic de la submersion vitale est toujours difficile à mettre en évidence pour la médecine légale aussi bien pour un cadavre récent, que bien évidemment pour un corps putréfié et mutilé. Les scientifiques ont recherché depuis le début du XXème siècle d'autres méthodes que celles que nous avons déjà évoquées pour, soit affirmer la noyade par inhalation d'eau, soit apporter des arguments supplémentaires au médecin légiste pour appuyer son diagnostic.
Les travaux ont porté sur la recherche d'indicateurs caractéristiques du passage de l'eau dans l'organisme et tout particulièrement dans le système sanguin du fait du principe de l'osmose que nous avons expliqué dans un précédent article. Ainsi, 2 marqueurs ont retenu l'intérêt de la médecine légale, le premier est une algue microscopique présente dans tous les types de milieux aquatiques appelée Diatomées et le second est un métal naturel qui est présent dans les sols, dans l'air mais aussi dans l'eau et tout particulièrement dans la mer, le strontium.
Tout d'abord, les diatomées sont des algues microscopiques unicellulaires, composant principal du plancton, leurs tailles varies de quelques microns à presque 1 mm pour certaines espèces. Elles sont présentes dans tous les milieux aquatiques, aussi bien dans les océans que dans les eaux douces courantes ou stagnantes et les sols humides, à l'exception des plus chaudes et des plus salées. Il existe de très nombreuses espèces de diatomées qui vivent isolément ou en colonies, en suspension dans l'eau, fixées à des supports immergés ou déposées au fond.
Ces algues sont très sensibles aux variations saisonnières, à la température, à l'intensité lumineuse, à la pollution, aux caractéristiques hydrauliques et nutritionnelles du milieu qu'elles colonisent. Cela peut avoir comme incidence de ne pas retrouver la même espèce entre deux points distants de quelques mètres seulement d'un même cours d'eau, ni au même endroit à deux périodes différentes de l'année.
L'intérêt de cette algue en médecine légale, c'est la particularité qu'elle présente un squelette constitué de silice, ce qui rend les diatomées résistantes aux acides, à la chaleur mais aussi à la putréfaction. En cas de noyade, les diatomées sont inhalées en même temps que l'eau envahit les voies respiratoires et les poumons. Par osmose, l'eau avec les diatomées pénètrent le système sanguin, et de là se diffusent dans les différents organes comme le foie, les reins, le cerveau et jusqu'à la moelle osseuse, d'où l'utilité de cette méthode dans le cas d'un corps putréfié.
Il existe néanmoins un débat sur l'intérêt des diatomées dans le diagnostic médico-légal de la submersion, du fait de la découverte de cette algue dans les échantillons d'organes de personnes n'étant pas décédées de noyade. Il semble donc exister des faux positifs et des sources de contamination. En effet, il est possible au quotidien d'ingérer ou d'inhaler des diatomées, par exemple dans la nourriture avec des coquillages, ou bien par contamination passive lors de l'autopsie avec la possibilité de souiller les organes internes avec l'eau d'immersion présent sur la surface du corps. Pour que cette technique puisse être recevable, il est important que l'analyse médico-légale des diatomées soit à la fois comparative, quantitative et qualitative :
Comparative : Les espèces retrouvées et identifiées dans les tissus de la victime doivent correspondre à celles présentes dans l'eau de submersion.
Quantitative : Il est indispensable d'identifier un nombre minimum de diatomées par prélèvement au delà duquel l'analyse pourra être considérée comme fortement représentative de la noyade et ainsi réduire tous risques de faux positifs ou de contamination. La norme reconnue par l'ensemble des experts dans ce domaine pour conclure à une noyade asphyxique est de retrouver plus de 20 diatomées dans 10 ou 2 grammes de tissu pulmonaire selon la méthode utilisée par le laboratoire et plus de 5 diatomées dans 10 ou 2 grammes provenant des autres tissus (rein, foie, cerveau, moelle osseuse).
Qualitative : Il est très important que les prélèvements d'échantillons d'eaux réalisés sur les lieux de la découverte de cadavre ainsi que ceux des tissus lors de l'autopsie suivent rigoureusement les protocoles établis par les différents laboratoires d'analyses ou de police scientifique. Globalement, la méthodologie consiste sur les lieux de la découverte à réaliser 2 prélèvements d'eaux, l'un en surface et l'autre en profondeur et de renouveler cette opération en amont du cours d'eau, si possible sur le site supposé de précipitation de la victime. A l'autopsie, les prélèvements comprendront des blocs de tissus (entre 10 et 50 grammes environ) de poumons, rein, foie, cerveau et un os long entier (fémur) et devront être réalisés et conditionnés par le médecin légiste à l'aide d'instruments et de récipients lavés à l'eau distillée pour éviter toute contamination.
Cette méthode a des limites : elle ne peut être employée dans les hypothèses de noyades survenues dans de l'eau distribuée par les réseaux urbains (baignoire, piscine). Le traitement et la présence de filtres empêchent la colonisation de cette eau par les diatomées qui en sont, soit absentes, soit dans des proportions non significatives pour le diagnostic de la noyade. De même, cette technique semble moins appropriée à la noyade en eau de mer. En effet, le phénomène osmotique typique à ce milieu a pour conséquence par rapport à l'eau douce, de ne pas, ou de peu pénétrer le système sanguin et donc ne pas diffuser les diatomées dans les différents organes. Le professeur LUDES auteur du livre « Diatomées et médecine légale » interrogé sur cette question précise, nous a fait la réponse suivante « Le principe de l'osmose est certes un phénomène important mais il n'empêche pas la pénétration des diatomées dans les tissus. La négativité fréquente des analyses des tissus des noyés en mer est principalement due à la faible concentration en diatomées dans cette eau, tout particulièrement celle du large. Nous avons bien eu des cas de noyade en mer avec des résultats positifs dans les tissus». ----
Il est donc néanmoins préférable de réaliser cet examen en eau de mer, même si les résultats sont très souvent négatifs. De plus, les enquêteurs ne peuvent écarter la possibilité du déplacement du corps d'un cours d'eau douce vers la mer.
La recherche de diatomées dans les découvertes de cadavres en milieu hydrique devrait être réalisée de manière automatique et tout particulièrement sur les corps en putréfaction. Une présence significative de cette algue de la même espèce, aussi bien dans les différents organes analysés et principalement dans la moelle osseuse qui est un tissu particulièrement bien protégé des contaminations, que dans les échantillons de l'eau de submersion, est un élément très significatif d'une vraie noyade malgré l'existence de quelques controverses et permet, en outre de confirmer la localisation de la noyade.Ce constat accroît l'importance de la qualité des prélèvements aussi bien sur le terrain que lors de l'autopsie afin d'éviter toutes sources de contamination et de contestation quant aux résultats des analyses. La négativité des analyses n'exclue pas la noyade des hypothèses des causes de la mort car la quantité de diatomées dans l'eau peut varier d'un jour sur l'autre et même parfois d'une heure sur l'autre en fonction des conditions climatiques.
Le Cadavre Putréfié :
Le processus de putréfaction modifie rapidement et considérablement l'aspect externe du corps ne le rendant plus « lisible » pour le médecin légiste.
La putréfaction masque ou fait disparaître les lésions, les hématomes ainsi que l'ensemble des signes de la mort et de la submersion vitale. Chez le cadavre putréfié, il n'existe AUCUN élément observable pouvant seulement évoquer la noyade, ni même déterminer si la victime était vivante ou déjà morte au moment de son immersion. En fonction de l'état de décomposition du corps, certains des signes évoqués précédemment (macération de la peau, adipocire ...) peuvent seulement témoigner d'un séjour plus ou moins long dans un milieu liquide ou humide.
Le déplacement d'un médecin légiste sur les lieux d'une découverte de cadavre en milieu aquatique devrait être un acte indissociable à ce type d'enquête. Il est très important que le praticien puisse observer tous les signes externes pouvant faire penser à une noyade vitale, même si pris individuellement, ils ne sont pas significatifs à ce type de mort.
Son transport permettra au médecin légiste :
■ De s'imprégner des lieux et de son ambiance ;
■ De visualiser le corps dans son environnement ;
■ D'examiner les éventuels liens ou mécanisme de lestage avant le transport du corps sur l'Institut Médico-légal (IML) ;
■ D'échanger sur place avec les enquêteurs, les secours et les témoins.
Seule une vision globale de tous ces éléments peut lui permettre d'évoquer une ou plusieurs hypothèses quant aux circonstances de la mort.
La levée de corps est une première approche du diagnostic médico-légal dans toutes les morts mais encore plus dans la noyade en raison de toutes ces difficultés d'interprétations que nous venons de discuter. Cet examen externe à lui seul ne peut suffire au médecin légiste à ce prononcer de manière certaine sur les causes de la mort, il doit être systématiquement accompagné d'une autopsie.
Tout d'abord, à l'inverse du cadavre putréfié, l'appellation « noyé frais » s'applique à une victime dont le séjour dans l'eau n'a pas suffisamment entraîné sur le corps des modifications telles, qu'elle reste visuellement identifiable.
Chez le « noyé frais », les signes externes de la noyade fréquemment observables peuvent être nombreux mais pas toujours révélateurs d'une submersion asphyxique. Nous pouvons citer :
- La cyanose : La conséquence de la détresse respiratoire (asphyxie) peut se traduire par un visage violacé / bleuté d'où l'appellation de « noyé bleu » qui théoriquement permet de le distinguer de la noyade syncopale « noyé blanc ». Cette cyanose est la conséquence d'un manque d'oxygénation des tissus et organes internes. Elle est particulièrement présente sur la face, les lèvres, le cou et peut s'étendre aux extrémités comme les ongles. Elle sera d'autant plus prononcée que l'agonie se sera prolongée dans le temps.
- La spume : La spume ou champignon de mousse est une substance blanchâtre ayant l'apparence de l'écume, visible au niveau des voies respiratoires (bouche et nez). Cette mousse s'est constituée par le mixage de l'eau inhalée par la victime de son vivant avec de l'air et du mucus* bronchique lors des mouvements respiratoires dans le liquide. Ce champignon mousseux apparaît 2 à 3 heures après le retrait du corps de l'eau est disparaît avec le début de la putréfaction. A l'air libre, la spume évolue vers un liquide brunâtre.C'est un phénomène intéressant qui tend à montrer une inondation des voies respiratoires du vivant de la personne et marque l'existence d'un œdème pulmonaire particulièrement important.
- Langue protuse** : La langue est parfois retrouvée coincée entre les dents, avec présence d'une morsure. Cela peut être la conséquence de crises convulsives intervenues pendant la noyade.
- Oeil de poisson : Les yeux ont un aspect enflés, exorbités. Les paupières peuvent être boursouflées.
- La peau ansérine : La peau peut être ansérine (du latin anser = oie). L'épiderme à un aspect chair de poule qui est provoqué par la rigidité des muscles fixés à la base des bulbes pileux.
- Macération de la peau : L'épiderme du noyé en fonction du temps passé dans l'eau et de la température du milieu hydrique dans lequel il se trouve, évolue rapidement. La macération dans l'eau donne à la peau du front, aux mains et aux pieds s'ils ne sont pas protégés, un aspect blanchâtre et ridé. Avec le temps, s'opère tout d'abord un décollement cutané du derme suivit de son détachement complet comme un gant pour les mains, en chaussettes pour les pieds et le front entraînant les ongles, les poils et les cheveux.
Tous ces signes que nous venons d'évoquer ne sont malheureusement pas caractéristiques d'une mort par submersion vitale, ils témoignent pour certains d'un séjour plus ou moins long d'immersion d'un corps dans l'eau (peau ansérine, macération, œil de poisson) et ne constituent en rien une preuve positive de la noyade. De même, la cyanose qui est décrite comme une des caractéristiques de la submersion asphyxique, du « noyé bleu » doit être pris en considération avec prudence. La cyanose évoque une asphyxie aiguë accompagnée d'une agonie, certes présente lors de la noyade mais ne permet pas à elle seule de l'affirmer. La détresse respiratoire a très bien pu intervenir avant l'immersion du corps (strangulation, gaz toxique, fausse route ...).
Depuis le début du XXème siècle, le signe externe se rapprochant le plus de la preuve positive de submersion vitale est la présence d'un volumineux « champignon de mousse » au niveau du nez et de la bouche. La littérature et les experts qualifient ce signe de « très évocateur de la noyade » lorsqu'il est constaté sur un cadavre immergé, sans toutefois en être spécifique. En effet, la spume peut être observée dans d'autres phénomènes comme les œdèmes pulmonaires aigus contractés à la suite de maladies cardiaques ou lors de crises d'épilepsies mais cela reste néanmoins, un élément d'orientation intéressant par rapport au contexte aquatique.
Le médecin légiste au cours de son examen de levée de corps sera attentif à toutes les lésions, traumatismes et agressions diverses que le corps pourra subir tout le temps de son immersion et de son trajet dans l'eau (charriage). Classiquement, le cadavre va rencontrer en fonction du lieu de précipitation (falaise, pont, écluse … ), de l'environnement agité ou non dans lequel il se trouve (mer, marais, bateaux, rochers … ), de la faune aquatique et (ou) terrestre (crabes, brochets, rats … ) des obstacles, des charognards qui ajoutés au phénomène de putréfaction, vont laisser sur le corps des blessures que le praticien va devoir tenter d'expliquer.
Ces lésions peuvent être bénignes et peu nombreuses mais être aussi très traumatisantes pour le corps, avec des fractures et des amputations. Sur les lieux de la découverte, et toujours en fonction de l'état de putréfaction, il ne sera pas toujours facile pour le médecin légiste de différencier une lésion ante-mortem, d'une lésion post-mortem. Néanmoins, le déplacement du médecin légiste sur les lieux de la découverte reste essentiel à l'enquête en raison de la dégradation très rapide d'un corps hors de l'eau. A l'autopsie, certaines lésions ou traces ne seront déjà plus lisibles ce qui compliquera encore le travail d'interprétation des blessures.
* Mucus : Substance fluide ou légèrement solide, de consistance visqueuse, d'aspect translucide sécrétée par les glandes muqueuses. Le rôle du mucus est de protéger des muqueuses recouvertes par lui (bronche, utérus, intestin …) - Vulgaris-médical.com
** Protruse : Se dit d'un organe qui semble avoir été poussé en avant