Source: https://www.appri.fr/recommandations-conferences-2004/
Timestamp: 2020-05-30 14:05:10+00:00
Document Index: 225678793

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Recommandations de la Conférence de Consensus « Grossesse et tabac Oct. 2004»[1]
En s’associant pour organiser cette conférence de consensus, l’Alliance contre le tabac, l’APPRI (Asso. Périnatalité Prévention Recherche Information). La Ligue Nationale Contre le Cancer et les Réseaux Français et Européen des Hôpitaux et Maternités Sans Tabac, ont voulu dynamiser leurs forces et leurs actions pour réussir la mesure 10 du Plan Cancer : « lutter contre le tabagisme des femmes enceintes ».
En effet, par sa fréquence et la gravité de ses complications pendant la grossesse, le tabagisme actif et passif représente un des problèmes de santé publique les plus importants tant pour la France que pour ses partenaires de la Communauté Européenne.
Le tabagisme des mères et des pères constitue un enjeu de prévention et de soins considérables pour tous les acteurs sanitaires et sociaux, et à travers eux, pour tous les citoyens. Les réponses prometteuses se trouvent dans l’information du grand public, l’éducation des parents, la pertinence des formations, l’exemplarité des professionnels hospitaliers et libéraux, la popularisation de la mesure du monoxyde de carbone dans l’air expiré, l’accessibilité aux thérapeutiques validées et la mise en réseau des ressources humaines compétences.
Avec le partage des connaissances scientifiques et des expériences positives, la Conférence a le projet de réconcilier les acteurs des soins et les bénéficiaires de la Sécurité Sociale, ceux qui développent la promotion de la santé ou la communication et ceux qui reçoivent leurs messages. Ainsi, au-delà de la nécessaire prise de conscience de mieux prévenir, diagnostiquer ou prendre en charge le tabagisme pendant la grossesse, cette conférence permettra en même temps que la « dénormalisation » du tabac, l’élaboration des conditions de sécurité de la naissance et ainsi la préservation de toutes les potentialités des enfants à naître.
La conférence de consensus Grossesse et tabac a donné lieu aux recommandations suivantes concernant les modalités de prise en charge du tabagisme chez la femme, avant, pendant et juste après la grossesse.
L’arrêt du tabac doit intervenir de préférence avant la conception, sinon le plus tôt possible pendant la grossesse. Il reste utile tout au long de grossesse et même après l’accouchement. Un arrêt total est recommandé, car la diminution du tabagisme maternel n’est pas suffisante pour prévenir l’apparition de complications maternelles, fœtales ou néonatales pendant la grossesse ou au décours de l’accouchement… .
La meilleure prévention du tabagisme pendant la grossesse est celle qui vise à éviter que les femmes n’entrent dans le tabagisme. Il faut privilégier les actions de sensibilisation dès la préadolescence et surtout à l’adolescence dans les milieux scolaires, parascolaire et familial, en s’appuyant sur tous les réseaux associatifs, les organismes nationaux d’éducation sanitaire. Le principe doit être celui d’un partenariat avec les jeunes afin de mieux les impliquer.
Pour aider les adolescent(s), il est important de modifier l’image de la consommatrice de tabac en valorisant l’image de la femme non fumeuse.
Il faut développer des campagnes d’information pour faire face à la manipulation des jeunes par l’industrie du tabac, en utilisant tous les médias et en particulier ceux destinés aux jeunes filles.
Tous les rendez-vous santé des adolescent(e)s doivent être l’occasion d’insister sur les méfaits du tabagisme.
Pendant la grossesse : les médecins du travail doivent s’impliquer pour faire respecter la loi qui impose de soustraire la femme enceinte non fumeuse du tabagisme passif en lui proposant un aménagement ou un changement de poste de travail, ou même en cas d’impossibilité, une interruption d’activité. Ils doivent proposer aux femmes enceintes fumeuses une aide à l’arrêt du tabac…
Toutes les maternités doivent être des espaces strictement non-fumeurs…
L’existence d’un tabagisme chez la femme enceinte est à noter dans le carnet de maternité. La réalité de l’intoxication tabagique est à évaluer par le dosage du monoxyde de carbone (CO) dans l’air expiré. L’analyseur de CO est un outil facilement utilisable au cours de toute consultation pré ou post-natale. Il peut aider à motiver à l’arrêt du tabac, adaptée à chaque cas. Une tarification spécifique de ces entretiens est à définir. L’existence d’un tabagisme chez la femme enceinte est à noter dans le carnet de maternité. Read more
Les approches psychologiques et comportementales ont leur place en première intention aux différentes étapes de la prise en charge de la femme enceinte fumeuse.
Si la femme enceinte ne parvient pas à s’arrêter rapidement, seule ou avec l‘aide d’une approche psychologique et comportementale, c’est le signe d’une dépendance tabagique importante et le recours au traitement substitutif nicotinique (TNS) peut lui permettre d’arrêter le tabac plus facilement. Le TNS peut être prescrit à tout moment de la prise en charge d’une femme enceinte fumeuse.
Le bupropion est actuellement déconseillé dans l’aide à l’arrêt du tabac chez la femme enceinte.
Au moment de l’accouchement : lors de la prise en charge périnatale, il importe au-delà de la thérapeutique bien codifiée des complications maternelles et néonatales liées au tabagisme, de repérer les femmes qui continuent de fumer jusqu’à l’accouchement et au décours de celui-ci, sans les culpabiliser.
A son arrivée à la maternité, la mesure du taux de CO chez une femme qui a continué de fumer tout au long de sa grossesse peut permettre de renforcer la vigilance des professionnels de la naissance pour diagnostiquer, prévenir ou traiter précocement des complications maternelles et/ou néonatales.
Après la naissance : les professionnels de la naissance doivent être convaincus de leur rôle dans :
-la promotion de l’allaitement maternel tous les cas, y compris chez les mères fumeuses ou sous TNS ;
-la valorisation de la capacité de ces femmes à être mères ;
-l’information sur les aides à l’arrêt du tabac pour les mères, mais aussi pour le père s’il est fumeur ;
-l’initiation encore possible de l’arrêt du tabac chez la jeune mère au décours de l’accouchement, mais aussi chez le père, afin d’éviter l’exposition du nouveau-né au tabagisme passif.
Les approches psychologiques et comportementales ont leur place en première intention au décours de l’accouchement, pour aider la mère, mais également le père, à l’arrêt du tabac.
Le TNS peut être prescrit en suites de couches et au cours de l’allaitement maternel. Le bupropion est actuellement déconseillé dans l’aide à l’arrêt du tabac chez la femme qui allaite.
Une attention particulière doit être portée aux jeunes mères qui ont arrêté de fumer juste avant ou pendant leur grossesse. Elles doivent être particulièrement accompagnées pour éviter une reprise du tabagisme après l’accouchement.
L’environnement de l’enfant doit être exempt de toute pollution tabagique, au domicile et dans tous les lieux qu’il fréquente.
En plus, des autres recommandations sur la prévention de la mort subite du nourrisson, il est d’autant plus indispensable de proscrire le partage du lit parental avec l’enfant que le risque est aggravé si la mère et/ou le père fument.
Propositions d’études futures : des travaux complémentaires s’avèrent nécessaires sur le thème « au tabagisme et femme enceinte ». Il est notamment recommandé de mettre en place :
-une enquête nationale pour évaluer, avec l’aide d’un marqueur du tabagisme, la prévalence du tabagisme actif et passif en France chez la femme enceinte et dans son environnement : des enquêtes locales qui peuvent servir d’indicateurs pour adapter des réponses à une problématique de proximité ; des recherches complémentaires sur les marqueurs du tabagisme, dans le but d’adapter individuellement le TNS chez la femme enceinte ou qui allaite ; la recherche d’aides spécifiques à l’arrêt du tabac chez les adolescent(e)s, en particulier quand le tabagisme est lié aux autres conduites addictives ; des études sur les effets du TSN sur le fœtus. La mine en place d’un registre commun aux praticiens utilisant des médicaments d’arrêt du tabac chez la femme enceinte pourrait permettre de partager leurs données concernant le déroulement de la grossesse et de ses suites ; des études sur les risques à moyen et long terme chez les adolescents exposés in utero au tabagisme de leur mère (cancers, malformations congénitales, obésité, syndrome X, développement psychomoteur, troubles du comportement, addiction au tabac ou autres addictions) ; un registre national des malformations fœtales inclinant les paramètre tabac, alcool et cannabis.
Mesures de prévention générale :
Le statut tabagique devrait être inscrit dans le dossier médical personnel.
Il est nécessaire d’inscrire l’exposition du bébé au tabagisme familial dans le certificat du 8è jour et dans les 2 autres certificats obligatoires (9è et 24è mois).
La lutte contre le tabagisme passif des femmes enceintes et des enfants doit faire l’objet de campagnes d’information, en particulier, il faut relancer périodiquement des campagnes d’information sur le rôle du tabagisme dans la survenue de morts subites du nourrisson. Il faudrait une réflexion sur l’intérêt de signaler les espaces fumeurs, prévus par la loi Evin dans les lieux recevant du public, et en particulier les restaurants, bars, brasseries, par une mention « Espace fumeur déconseillé aux femmes enceintes et aux jeunes enfants ». La vente de cigarettes sans tabac doit être interdite, leur consommation apportant notamment un taux élevé de CO.
Mesures d’aide aux femmes enceintes fumeuses :
Il convient d’apporter une réponse de proximité aux femmes enceintes fumeuses et à leurs compagnons, en créant des lieux de consultations multidisciplinaires d’aide à l’arrêt du tabac, si possible situés dans les maternités… .
Mesures concernant les professionnels de santé :
Les professionnels de santé doivent être conscients de leur exemplarité en matière de tabagisme… .
Les assistantes maternelles doivent être sensibilisées aux éventuels effets néfastes de leur tabagisme et de celui de leur entourage sur les enfants dont elles ont la charge. Leur tabagisme est à prendre en compte lors de leur agrément.
Conférence de consensus Grossesse et tabac, 7 et 8 octobre 2004 Lille (Grand Palais) –Texte court des recommandations.
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[1] Anaes. texte des recommandations de la conférence de consensus Grossesse et tabac, Lille 7-8 octobre 2004. J Gynecol Obstet Biol Reprod, 2005, 34, (Hors série n°1) p : 3S 9-14.