Source: https://fr.scribd.com/document/323595524/Annexe-Archeologie-Projet-Fevrier-2011
Timestamp: 2020-08-13 03:36:33+00:00
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Annexe Archeologie Projet Fevrier 2011 | Environnement naturel | Archéologie
Annexe Archeologie Projet Fevrier 2011
Pierre Kinyock
Annexe PGES Lom Pangar.Archéologie
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Communiqué de presse mosquée lalla bayt-ullah kasbah agadir amghrar - febbraio 2012
Phases Elabo Plan Formation Cle271379
Cadre Juridique Des Patrimoines Amazoniens
PROJET HYDROELECTRIQUE DE LOM PANGAR EVALUATION ENVIRONNEMENTALE ET SOCIALE (EES) VOLUME 1. EVALUATION DES IMPACTS ENVIRONNEMENTAUX ET SOCIAUX (EIES) ANNEXE 3 ÉTUDE DE FAISABILITE DU PLAN DE GESTION DES RESSOURCES ARCHEOLOGIQUES
Projet de rapport final pour commentaires des bailleurs
Dr Noemie Arazi – HMS Pierre Kinyock – HMS Bienvenu Gouem Gouem – HMS Pascal Nlend Nlend – HMS
Projet hydroélectrique de Lom Pangar. Evaluation environnementale et sociale. Volume 1 : Evaluation des impacts environnementaux et sociaux. Etude de faisabilité du plan de gestion des ressources archéologiques. Février 2011.
1 RESUME DE L’ETUDE
1.1 LE PROJET ET SON IMPACT SUR LE PATRIMOINE CULTUREL
1.2 OBJECTIFS DE L’ETUDE D’IMPACT DU PATRIMOINE CULTUREL
1.4 ANALYSE D’IMPACT
1.5 MESURES D’ATTENUATION DE L’IMPACT
1.6 RECOMMANDATIONS POUR LE PGES
2 CADRE ET CONTEXTE DE L’ETUDE
2.1 LE PROJET ET SON IMPACT SUR LE PATRIMOINE CULTUREL
2.2 GESTION DU PATRIMOINE CULTUREL
2.3 ASPECTS ADMINISTRATIFS ET REGLEMENTAIRES
2.4 RECOMMANDATIONS DE LA BANQUE MONDIALE ET DE LA COMMISSION MONDIALE
2.4.1 Politique opérationnelle 4.11 de la Banque mondiale
2.4.2 Document technique N° 62 de la Banque mondiale, « La Gestion des
biens culturels dans les projets assistés par la Banque mondiale »
OBJECTIFS DE L’ETUDE D’IMPACT DU PATRIMOINE CULTUREL
3 METHODE D’INVESTIGATION
3.2 PROSPECTIONS
3.3 ÉVALUATION DES SITES
3.4 ENREGISTREMENT DES DONNEES
3.5 UTILISATION DES CONNAISSANCES ARCHEOLOGIQUES PREALABLES
4 CALENDRIER DE L’ETUDE
5 RESULTATS DE LA PROSPECTION
5.1 SYNTHESE DES RESULTATS DE L’EIE (2005)
5.2 RESULTATS DE L’EES (2010 ET 2011)
5.2.1 Zone couverte
5.2.2 Sites archéologiques
5.2.3 Sites sacrés
5.2.4 Zones Sensibles
6 DONNEES DE L’OLEODUC TCHAD-CAMEROUN
6.1 ZONE COUVERTE
6.2 DESCRIPTION DES SITES
7 INTERPÉTATIONS CHRONOCULTURELLES PRÉLIMINAIRES
8 ANALYSE DE L’IMPACT DU PROJET SUR LE PATRIMOINE ARCHEOLOGIQUE
8.1 IMPACT DANS LA ZONE DE CONSTRUCTION
8.2 IMPACT DANS LA ZONE INONDEE
9 MESURES D’ATTENUATION DE L’IMPACT : PLANS DE TRAITEMENT SPECIFIQUES
9.1.1 Dans la zone de construction
9.1.2 La zone inondée
10 RECOMMANDATIONS POUR LE PGES
10.2 FONDEMENT NORMATIF ET INSTITUTIONS NATIONALES EN PLACE PERMETTANT DE
MENER LES ETUDES
10.2.1 Experts et organismes existants au Cameroun
10.2.2 La Banque mondiale
10.2.3 Rôle et participation de la Direction du patrimoine du ministère de la
PLAN DE GESTION DES SITES CULTURELS
10.3.1 Cérémonies rituelles pour déplacements des sites sacrés
10.3.2 Identification des sites durant les travaux
10.3.3 Méthodes pour minimiser les impacts relatifs aux biens culturels
10.3.4 Formation des contractants et programme de sensibilisation
10.3.5 Types de récupération des donnés
10.3.6 Traitement en laboratoire et conservation
10.3.7 Analyse spécialisée des artefacts récupérés
10.3.8 Préparation du compte-rendu
10.3.9 Responsabilités de la gestion
12.1 GRILLE THEMATIQUE PGES
12.2 DETAIL DE L’ACTION DE GESTION DES RESSOURCES CULTURELLES PHYSIQUES
12.3 BUDGET PROVISOIRE POUR L’ARCHEOLOGIE DU PGES
12.4 INVENTAIRE ET DESCRIPTION DES SITES (2010)
12.4.1 LP 24 – Bétaré Oya Ancien
12.4.2 LP 25
12.4.3 LP 26 – Touraké Ancien Bétaré Oya Ancien
12.4.4 LP 27 - Sarambi
12.4.5 LP 28 – Bouli
12.4.6 LP 29
12.4.7 LP 30
12.4.8 LP 31 – Mararaba Ancien
12.4.9 LP 32 – Kambu Kassi
12.4.10 LP 33
12.4.11 LP 34 - Mali
12.4.12 LP 35 – Mali II
12.4.13 LP 36 – Mali III
12.4.14 LP 37 – Mali IV
12.4.15 LP 38 – Mali V
12.4.16 LP 39 – Usine SCT
12.4.17 LP 40 – Tapare Salao
12.4.18 LP 41 – Ndongo Ancien
12.4.19 LP 42 – Ndongo I
12.4.20 LP 43 – Ndongo II
12.4.21 LP 44 - Bangbel
12.4.22 LP 45 - Mandjou
12.4.23 LP 46 – Mandjou II
12.4.24 LP 47 - Deoulé
12.4.25 LP 48 - Ouami
12.4.26 LP 49 - Songo
12.4.27 LP 50 – Songo II
12.4.28 LP 51 – Songo III
12.4.29 LP 52 - Mboala
12.4.30 LP 53 Nya-Mboala
12.4.31 LP 54 Nya Mboala II
12.4.32 LP 55
12.4.33 LP 56
12.4.34 LP 57
12.4.35 LP 58
12.4.36 LP 59
12.4.37 LP 60
12.4.38 LP 61
12.4.39 LP 62
12.4.40 LP 63
12.4.41 LP 64
12.4.42 LP 65
12.4.43 LP 66
12.4.44 LP 67
12.4.45 LP 68
12.4.46 LP 69
INVENTAIRE ET DESCRIPTION DES SITES (2011)
12.2.1 Les tombes
12.2.2 Arbres sacrés
12-2-3-Plantes sacrées
12.2.4 Marécages sacrés
12.2.5 Sites archéologiques
Tableau 1 : Classement prioritaire des sites découverts Tableau 2 : Calendrier du premier programme du processus d’EES Tableau 3 : Calendrier du deuxième programme du processus d’EES
Tableau 4 : Nombre et fréquences des tombes par village Tableau 5 : Lois et réglementations relatives aux biens culturels au Cameroun
Figure 1 : Sites archéologiques découverts lors de l’EIE 2005 et dans l’emprise de l’oléoduc
Figure 2 : Sites archéologiques découverts lors de l’EES en 2010 entre Bangbel et Mbekep
Figure 3 : Sites archéologiques découverts lors de l’EES entre Deng Deng et Lom Pangar
Figure 4 : Sites archéologiques découverts lors de l’EES en 2011 (route Belabo – Deng
Agence d’électrification rurale Agence de régulation du secteur de l’énergie Banque mondiale Cameron Oil Transportation Company Electricity Development Cooperation Etude d’impact environnemental Global Positioning System Ministère de l’Agriculture et du Développement rural Ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation Ministère de l’Environnement et de la Protection de la nature Ministère des Domaines et des Affaires foncières Mission de développement de la Pêche artisanale et maritime Ministère du Développement urbain et de l’habitat Ministère de l’Elevage, des Pêches et des Industries animales Ministère de l’Enseignement supérieur Ministère de l’Energie et de l’Eau Ministère des Forêts et de la Faune Ministère de la Planification, de la Programmation du développement et de l’Aménagement du territoire Ministère de la Recherche scientifique et de l’innovation Ministère du Tourisme Ministère des Travaux publics Programme d’appui aux actions d’encadrement et de développement Plan d’action Environnemental Plan de gestion Environnementale et Sociale
MIDEPECAM
MINPLAPDAT
Procédure de la Banque Politique opérationnelle
Dans le cadre des études préalables à la construction du barrage de Lom Pangar et de ses investissements associés, le Gouvernement camerounais s’est engagé à exécuter une évaluation sur le patrimoine culturel de la zone d’influence du projet. L’objectif est de finaliser l’ensemble des études antérieures (réalisées par le consortium ISL/Oréade- Brèche/SOGREAH en 2005) en menant une évaluation environnementale et sociale (EES) cohérente et conforme aux exigences nationales ainsi qu’aux politiques de sauvegarde de la Banque mondiale en matière de gestion de l’environnement. L’EES comprendra également un plan de gestion environnementale et sociale (PGES) définissant les mesures d’atténuation qui seront incorporées dans le projet pour la gestion des risques associés.
Un travail de terrain a été effectué au cours duquel un total de 72 sites archéologiques, 15 sites sacrés et 115 sépultures ont été recensé sur une distance d’environ 190 kilomètres, soit une densité de 1 site tous le 900 mètres.
Vu le nombre de sites archéologiques identifiés lors des prospections, il est évident que la zone a été assez densément peuplée depuis des millénaires. Il faut s’attendre à ce que l’ennoiement de la zone et les travaux à entreprendre provoquent la perte de sites datés, pour la plupart, d’une période comprise entre 1 000 (voire 2 000) ans et 200 ans avant l’époque actuelle. Il s’agira principalement de villages de l’Age du Fer et des sites de réduction du fer ; la présence de sites remontant à l’Age de Pierre (plus de 3 000 ans) n’est toutefois pas exclue.
Le projet et son impact sur le patrimoine culturel
Dans les prochaines années, le projet de barrage de Lom Pangar constituera l’un des plus grands chantiers d’Afrique centrale avec la création d’une retenue d’eau d’environ 540 km 2 sur les cours d’eau inférieurs des rivières Lom et Pangar localisées dans la Région de l’Est, au centre-est du Cameroun. Sa construction sera assortie de la réalisation d’une usine hydroélectrique de pied d’une puissance de 30 à 50 mégawatts, d’une ligne HT de transport de l’électricité reliant le site du barrage à la ville de Bertoua et d’une route d’accès entre le village de Deng Deng et le site du barrage ainsi que d’autres infrastructures associées.
Si la vocation des promoteurs de grands travaux d’aménagement n’est pas de faire de la recherche scientifique, ils ont, au cours des dernières décennies, pris conscience des impacts négatifs potentiels de ces chantiers sur l’environnement et donc de la nécessité de les atténuer au maximum.
Parmi les différents aspects environnementaux, le patrimoine culturel retient de plus en plus l’attention. Cette prise de conscience résulte, entre autres, des recommandations de l’UNESCO ainsi que des politiques de sauvegarde de la Banque mondiale qui concernent les projets que l’institution finance. Ces recommandations s’appliquent entre autres à tous les types de chantiers impliquant des terrassements à grande échelle et l’ennoiement de larges superficies.
Dans le cadre de la préparation du projet de Lom Pangar, le Gouvernement camerounais s’est engagé à suivre les politiques de sauvegarde de la Banque mondiale. L’objectif est de finaliser l’ensemble des études antérieures (réalisées par le consortium ISL/Oréade- Brèche/SOGREAH depuis 2005) aux fins de formuler une évaluation environnementale et sociale (EES) cohérente qui réponde aux exigences nationales ainsi qu’aux politiques de la Banque mondiale en matière environnementale et sociale. L’EES comprend un processus d’identification et d’analyse des impacts associés au projet de barrage de Lom Pangar et un Plan de gestion environnementale et sociale (PGES) définit des mesures opérationnelles de mitigation qui seront incorporées dans le projet pour la gestion préventive de ces impacts.
Le barrage de Lom Pangar va donc submerger définitivement ou temporairement (mais de façon récurrente) des sites culturels dotés d’une valeur historique et spirituelle, ce qui conduira à terme à leur disparition. D’autres vestiges culturels peuvent être également détruits ou endommagés par les chantiers de construction du barrage comme de ses infrastructures associées.
Objectifs de l’étude d’impact du patrimoine culturel
Deux prospections préliminaires ont été effectuées en 2005 lors de l’Étude d’Impact Environnementale (EIE), une sur l’héritage archéologique et l’autre sur le patrimoine culturel (sites sacrés) L’étude archéologique a porté essentiellement sur la prospection du cours du Lom et de sa vallée entre les villages de Ouami et de Doué (environ 52 kilomètres). Vingt trois sites archéologiques ont ainsi été découverts. La prospection de 2005 s’est, en partie, fondée sur les découvertes réalisées lors de l’étude d’impact de l’oléoduc Tchad-Cameroun dont le tracé recoupe le cours supérieur du Pangar puis le suit jusqu’à proximité du futur barrage.
L’étude sur le patrimoine culturel a inventorié les sites sacrés (sépultures, arbres/rochers/lacs sacrés) dans les zones de Goyom – Deng Deng – Lom Pangar et Doyo
– Tourake – Bangbel, sur la route de Betaré Oya à Petit Bello, sur le « chemin de fer » Mbitom et tête d’éléphant, et sur les hameaux et campements hors route. Les sites sacrés recensés se composent de sépultures (y compris ceux de personnes noyées, de lacs et cours d’eau sacrés et de plantes sacrées (y compris les arbres).
Dans le cadre de la présente finalisation de l’EES, la stratégie a été d’échantillonner différents types de contextes susceptibles de contraster avec ce qui a été révélé par les travaux de prospection de 2005 et ceux de l’oléoduc, notamment la route d’accès entre Deng Deng et Lom Pangar, le cours du Lom entre Ouami et Lom Pangar, la zone autour de Bétaré Oya et la route Belabo – Deng Deng.
Ces prospections complémentaires furent également l’occasion de mieux évaluer la stratégie à élaborer pour la mise en œuvre d’un plan de gestion des ressources culturelles physiques dans la zone d’influence du barrage de Lom Pangar. Cet exercice a été conduit en collaboration avec la direction du Patrimoine du ministère de la Culture, et les résultats obtenus seront insérés dans le PGES d’ensemble.
Selon les données fournies par la prospection préliminaire de 2005 (l’EIE) et la présente mission, un total de 72 sites archéologiques, 90 sépultures et 11 sites sacrés a été recensé sur une distance d’environ 190 kilomètres, soit une densité de 1 site par kilomètre.
Parmi les sites archéologiques, 64 d’entre eux sont probablement datés d’une période comprise entre l’Age du Fer et la période historique et 8 sont des sites récents (villages abandonnés récemment). 22 de ces sites ont livré de la poterie, parfois associée aux meules. 7 d’entre eux consistaient en des restes d’habitation et autres vestiges récents, et 13 sites ont apporté des indices sur le travail du fer.
64% seront impactés (l’impact a en fait déjà commencé avec l’élargissement de la route d’accès entre Deng Deng et Lom Pangar), soit par les chantiers du barrage, soit par la montée des eaux. Toutefois, ce chiffre comprend outre les sites sacrés, uniquement les sites archéologiques qui ont pu être répertoriés aux endroits présentant une couverture de végétation suffisamment faible pour permettre les investigations. Il est donc fort probable qu’un grand nombre de sites archéologiques soit découverts lors du commencement des travaux de terrassement.
Dans la zone ennoyée :
 l’impact est inévitable,
 l’impact est irréversible, puisque chaque site archéologique est par essence unique et irremplaçable,
 l’impact peut toutefois être atténué.
Dans la zone de construction :
 l’impact est théoriquement évitable,
 comme pour la zone inondée, s’il y a un impact, il est irréversible,
 l’impact peut être atténué.
Mesures d’atténuation de l’impact
Fouille des sites importants
Dans la zone de terrassement :
 Contournement (le chantier prévu est déplacé définitivement),
 Enterrement volontaire (une couche de terre est déposée sur le site si les infrastructures prévues sont temporaires),
 Fouille des sites importants qui ne peuvent être évités.
Les sites fouillés seront étudiés selon les modalités suivantes :
 Inventaire des sites, objets et données collectées,
 Description des sites et des artéfacts,
 Datation radiocarbone,
 Analyse des données,
 Publication des données (rapports, articles scientifiques).
Recommandations pour le PGES
 Exhumation des sépultures se situant dans l’emprise, et transfère vers d’autres sites d’inhumation,
 Réalisation de cérémonies traditionnelles en vue de déplacer ou de détruire les lieux sacrés (arbres, plantes et marécages),
 Prospections des zones non couvertes dans le cadre de l’EIE et l’EES,
 Fouilles des sites archéologiques importants,
 Surveillance des travaux,
 Consignes aux entreprises pour la protection des sites,
 Renforcement des capacités auprès du ministère de la Culture et de l’Université,
 Réouverture du laboratoire archéologique à Yaoundé,
 Publications scientifiques,
 Vitrine d’exposition au Musée national.
CADRE ET CONTEXTE DE L’ETUDE
Le projet de barrage Lom Pangar (nommé ci-après, le Projet) doit créer une retenue d’eau d’environ 540 km 2 sur les cours d’eau inférieurs des rivières Lom et Pangar, localisée dans la Région de l’Est du Cameroun. Il comprend : i) le développement, la construction et le fonctionnement d’un réservoir de 6 milliards de m 3 , ii) une usine hydroélectrique de pied d’une puissance de 30 mégawatts, principalement pour alimenter la Région de l’Est, iii) une ligne de transmission du site du barrage à Bertoua 1 , iv) une route d’accès entre Bertoua, le site du barrage, Goyoum et Belabo 2 , v) une zone de réinstallation du village de Lom Pangar entre Ouami et Haman, vi) deux carrières (Ouami et Mbi Bawara), vii) le Pont de chantier, viii) la cité du maître d’ouvrage, ix) la cité des ouvriers, x) la route d’accès et le débarcadère de Dongo, xi) la route de contournement de l’oléoduc Tchad-Cameroun, et xii) le Pont de Tourake.
On ignore quasiment tout de la zone d’impact du Projet au plan archéologique. Les seules données disponibles sont celles des travaux menés dans les aires avoisinantes, notamment l’emprise de l’oléoduc Tchad-Cameroun (au nord et à l’ouest de la zone à inonder) et les bas-côtés de la route Bertoua – Garoua Boulai (à l’est de la zone à ennoyer). Grâce à ces deux opérations de surveillance archéologique, on sait à présent que la région est riche en vestiges archéologiques. Des sites de l’Age de Pierre (outils lithiques en stratigraphie ou en surface), datant vraisemblablement de 2 000 à 50 000 ans (voire plus), ainsi que des sites de l’Age du Fer (tessons de poterie, industrie lithique, traces de villages, fourneaux de réduction du fer) dont l’ancienneté remonte aux deux derniers millénaires y seront probablement découverts.
Le barrage touchera un territoire archéologiquement quasi inconnu et la retenue d’eau ennoiera définitivement ces sites. Il est donc particulièrement important que les traces d’occupation ancienne de la région soient soigneusement relevées et étudiées avant, car ce ne sera plus jamais possible par la suite.
Si les promoteurs de grands travaux d’aménagement n’ont pas pour vocation de faire de la recherche scientifique, ils ont pris conscience de l’impact de leurs chantiers sur l’environnement et donc de la nécessité d’atténuer cet impact au maximum.
La gestion du patrimoine culturel telle qu’on la conçoit actuellement est née des recommandations de l’UNESCO telles qu’appliquées dans les projets financés par la Banque mondiale 3 .
Au Cameroun, une véritable gestion préventive du patrimoine culturel n’a été mise en œuvre qu’une seule fois, lors du Projet d’oléoduc Tchad-Cameroun (2000-2003). Les autres projets (la route Bertoua - Garoua Boulaï 4 , la Centrale thermique de Dibamba 5 , par exemple) ont davantage consisté en des fouilles de sauvetage (découvertes fortuites lors des travaux).
Voir « Projet de barrage réservoir de Lom Pangar. Finalisation de l’Étude environnementale et sociale.
Termes de référence. Version du 15 Juin 2009 ».
2 Voir « Etude d’impact environnemental. Sommaire des Pistes d’accès au site de Lom Pangar ». Mars 2009.
3 Campbell 2009.
4 (a) Mbida, Asombang et Delneuf 2001; (b) Asombang, Mbida et Delneuf 2003.
5 Oslisly et al. 2008.
Cette gestion consiste à réduire l’impact des grands travaux d’aménagement sur le patrimoine culturel. Elle implique donc de connaître ce patrimoine avant les travaux afin de concevoir un plan d’action à mettre en œuvre avant le lancement des chantiers.
La gestion du patrimoine culturel, telle que définie en Europe et aux USA, veut que les sites importants soient, en priorité, évités afin d’annuler l’impact de la construction. Cette démarche s’avère malheureusement impossible dans le cadre du présent Projet (particulièrement en ce qui concerne la zone à inonder) ; les sites importants affectés devront donc être traités dans un Plan de gestion des ressources culturelles physiques.
Aspects administratifs et réglementaires
La gestion du patrimoine culturel (y compris des sites archéologiques) relève de la loi n° 91/008 du 31 juillet 1991 intitulée : « Sur la protection du patrimoine culturel et naturel de la nation ». Elle stipule que les opérateurs de travaux d’aménagement ont le devoir de signaler toutes découvertes importantes et que des spécialistes adéquats doivent être contactés pour procéder à leur évaluation et protection. Toutefois cette loi n’a jamais fait l’objet d’un décret d’application présidentiel (cf. 10.2.1.5 pour une révision du cadre réglementaire).
Le Cameroun est également signataire des conventions de 1970 6 et 1972 7 de l’UNESCO ainsi que de la troisième convention ACP-CEE 8 , laquelle porte sur les aspects relatifs au patrimoine culturel. Ces conventions concernent la protection du patrimoine culturel et, bien que ne faisant pas force de loi, définissent un engagement gouvernemental sur les dispositions à prendre en la matière par le pays concerné.
C’est, normalement le ministère de la Culture qui délivre les autorisations officielles pour entreprendre tous les travaux liés au patrimoine culturel de la nation réalisés en dehors du cadre universitaire.
Tout le matériel archéologique collecté lors des fouilles appartient à l’État camerounais et devra donc être remis au ministère de la Culture après finalisation de l’étude.
Recommandations de la Banque mondiale et de la Commission mondiale des Barrages
Politique opérationnelle 4.11 de la Banque mondiale
La loi camerounaise n°91/008 portant sur la protection du patrimoine culturel et naturel national ne s'adressant pas à la gestion des propriétés culturelles d’une manière précise, le gouvernement s’est engagé à suivre les règles de sauvegardes édictées par la Banque Mondiale.
Dans l'optique de ce Projet, la définition des biens culturels sera celle formulée par la Politique opérationnelle 4.11 de la Banque Mondiale :
« La présente politique a trait aux ressources culturelles matérielles définies comme des objets transportables ou fixes, des sites, des structures, groupes de structures ainsi que des caractéristiques naturelles et des paysages ayant une valeur
6 UNESCO 1970 Convention on the Means of Prohibiting and Preventing the Illicit Import, Export and Transfer of Ownership of Cultural Property. 7 UNESCO 1972 Convention Concerning the Protection of the World Cultural and National Heritage. 8 Troisième Convention ACP-EEC3, (Rome III) partie II, titre VIII, chapitre 3 Article 127.
archéologique, paléontologique, historique, architecturale, religieuse, esthétique ou tout autre signification culturelle. »
La Banque mondiale poursuit une politique générale d'aide et de préservation des biens culturels afin d'éviter leur destruction. C'est tout particulièrement dans ce but que la Banque Mondiale :
 Refuse de financer des projets qui viendraient à détruire de façon irrémédiable des biens culturels impossibles à reproduire,
 Apporte son soutien pour protéger et restaurer les biens culturels.
Dans certains cas, une meilleure implantation du projet sera recherchée. Souvent l'étude scientifique, la récupération sélective et la conservation dans des musées seront indispensables. La plupart de ces projets entraînent une formation et un renforcement des capacités institutionnelles. La gestion des biens culturels d'un pays est du ressort de son gouvernement dans le cadre du processus d’EES. Avant de lancer un projet, il conviendra de déterminer les informations disponibles relatives aux biens culturels concernés. Si l'on rencontre le moindre bien culturel sur la zone du projet, il faudra qu'un spécialiste procède à une brève expertise de reconnaissance sur le terrain.
Document technique N° 62 de la Banque mondiale, « La Gestion des biens culturels dans les projets assistés par la Banque mondiale »
Le chapitre 5 du document technique procède à la description des types de projets impliquant la mise en œuvre d’actions relatives aux biens culturels, incluant notamment des projets de terrassement à grande échelle. Pour les projets les plus sensibles, les actions à mener sont les suivantes :
 a) Conception du projet ou changement d’implantation ;
 b) Étude archéologique ou paléontologique ou récupération ;
 c) Restauration et préservation des structures historiques et religieuses ;
 d) Préservation des sites sacrés appartenant à des groupes déterminés ;
 e) Préservation des sites naturels à caractère unique ; et
 f) Formation et création des institutions.
Le document technique (p.19) décrit dans les grandes lignes les séquences de l'archéologie de récupération ou de sauvetage 9 :
 a) Une étude de reconnaissance régionale avec cartographie et échantillonnage de tous les sites ; un relevé bibliographique ;
 b) L'évaluation « in situ » sur la zone du projet ou dans sa proximité afin de déterminer l’importance scientifique relative et le potentiel de préservation, y compris, si possible, une fosse-témoin pour aider à la datation des objets recueillis en surface. Cette évaluation remplira une fonction de tri permettant : i) l'abandon de quelques sites sans autre forme d'étude particulière, dans la mesure où ils ne représentent pas une perte importante pour le patrimoine national ; ii) l'étude de quelques sites ou leur archivage avant leur abandon ; et iii) la protection que réclament certains sites ou leur déplacement ;
9 Traduction de l’auteur.
 c) La détermination de l'impact du projet de développement économique proposé sur de tels sites ;
 d) La préservation « in situ » de sites de prime importance, dans les limites autorisées par l'étendue du projet ou la modification du projet pour permettre une telle préservation ;
Les travaux de fouilles et la collecte de données sur les sites risquant d'être
affectés ;
 f)
La maintenance, la préservation et l'étude des sites significatifs et des artefacts représentatifs ;
 g) Enfin, la préparation, la publication et la diffusion de comptes rendus scientifiques ;
La Commission mondiale des barrages (CMB), après avoir étudié de nombreux projets dans le monde, a constaté que le patrimoine archéologique n’était qu’exceptionnellement pris en compte. Pour améliorer cet état de fait, elle propose 10 :
 La réalisation d’une étude d’impact pour chaque projet concernant l’héritage culturel (y compris le patrimoine archéologique) ;
 La présentation, dans un plan spécifique, des mesures d’atténuation des impacts, voire de leur élimination totale ;
 L’attribution du temps nécessaire et l’allocation de ressources financières propres à la gestion du patrimoine archéologique ;
 L’intégration systématique d’archéologues dans l’équipe chargée de l’évaluation de l’impact ;
 L’inclusion des mesures de préservation des sites (contournement) ou de collecte et traitement des données (fouilles, étude, curation) dans le plan d’atténuation de l’impact ;
 La production d’un rapport final spécifique à l’issue du programme.
Afin de répondre à la fois aux exigences de la législation et à celles d’une bonne gestion de l’environnement culturel, une étude d’impact du patrimoine culturel préalable est nécessaire et doit répondre aux objectifs suivants :
 Evaluer l’impact potentiel du projet sur le patrimoine culturel sur la base d’un échantillon prospecté de façon contrôlée sans chercher à examiner la zone d’impact dans son intégralité ;
 Identifier les sites archéologiques et sacrés dans la zone échantillon afin d’en évaluer l’intérêt scientifique et patrimonial, de les classer selon leur importance et d’établir un plan de traitement spécifique pour chacun d’eux ;
 Procéder à un inventaire des sites découverts aux fins d’évaluer l’impact du projet sur l’ensemble de la zone (reste du Lom, Pangar, carrières, routes), impact à gérer lors de la mise en œuvre du PGES, avant le commencement du chantier de construction.
10 Brandt and Hassan 2000 (Traduction de l’auteur).
Il n’y a pas eu de recherches ou de découvertes archéologiques nouvelles dans la région depuis les prospections réalisées lors de l’EIE en 2005, lesquelles concernaient essentiellement le cours du Lom sur une petite cinquantaine de kilomètres entre les villages de Ouami (UTM 33N, E 341508, N 579702) et de Doué (UTM 33N, E 367378, N 590185). Elles reposaient également sur les découvertes faites lors de l’étude d’impact de l’oléoduc dont le tracé recoupe le cours supérieur de Pangar, puis le suit jusqu’à proximité du barrage proposé.
Au cours de ces études, 23 sites archéologiques ont été identifiés, souvent situés en dehors des limites de la future retenue. Sept de ces sites présentent un intérêt scientifique certain, mais seulement cinq d’entre eux doivent être considérés comme prioritaires dans le PGES. Ces données sont cependant suffisantes pour montrer toute la richesse archéologique de la région.
En ce qui concerne les sites sacrés, l’objectif de l’analyse a été d’identifier les différents sites ou ressources concernés, en discutant avec les populations riveraines et des informateurs clés de la zone d’étude dont les principaux sont les chefs et les notables des villages.
Les prospections lors de l’EES ont été réalisées par deux équipes de 9 personnes :
 Un docteur en archéologie (Dr. Noemie Arazi),
 Deux doctorants en archéologie (MM. Bienvenue Gouem Gouem et Pascal Nlend Nlend),
 Un « master » en archéologie (M. Pierre Kinyock),
 Cinq guides (M. Valentin Zimi pour la zone autour de Bétaré Oya, MM. Bernard Hamoua et Bienvenu Biré Biré pour la zone entourant Deng Deng, et MM. Didier Ndoum et Samuel Gara pour la route Belabo – Deng Deng),
 Un chauffeur (M. Jules Tsague Keumeze).
Certaines prospections ciblées sur quelques endroits particuliers des cours du Lom, de la confluence du Lom et du Pangar, et le long des routes d’accès 11 ont été jugées utiles. La stratégie a été d’échantillonner différents types de contexte pouvant compléter ce qu’avaient révélé les travaux de prospection de 2005 et de l’emprise de l’oléoduc.
Ainsi, en fonction des accès possibles par pistes ou embarcations, les zones suivantes ont été couvertes :
La zone autour de Bétaré Oya, située plus en amont, qui ne sera touchée que par les retenues en hautes eaux :
11 La prospection de surface a pour objectif de détecter et caractériser d’éventuels vestiges archéologiques et historiques. Cette prospection se fait en marchant. Les experts s’alignent et avancent au même rythme en respectant chacun un couloir qu’il observe. Le matériel archéologique se trouvant sur le passage est ramassé. Selon la quantité de vestiges rassemblés par chaque participant, dans chaque zone du site prospecté, les endroits les plus susceptibles d’avoir un intérêt scientifique pourront ainsi être fouillés. Dans une zone archéologiquement inconnue, seules les fouilles permettront de dater les sites avec exactitude.
 Bétaré Oya – Mararaba (environ 27 km),
 Mararaba – Mélou (sur la piste entre le Lom et le Pangar, environ 6 km),
 Bétaré Oya – Bangbel (environ 14 km).
 La zone de Deng Deng, notamment autour de la piste d’accès au chantier du barrage et du Lom (Deng Deng – Ouami – Lom Pangar, environ 27 km),
 Les berges du Lom entre Ouami et Lom Pangar (environ 15 km),
 La piste Belabo – Carrefour Satando – Carrefour Mansa – Deng Deng (environ 54 km).
Ces prospections complémentaires furent aussi l’occasion d’interroger les villageois et d’observer la végétation afin de déceler des lieux d’occupation humaine passée où revêtant une importance culturelle, spirituelle ou économique.
Les prospections autour de Bétaré Oya et Deng Deng ont été effectuées en véhicule et à pied. Seules les zones « stratégiques » ont été ciblées : zones d’érosion, sommets de colline (photo 1), villages modernes et anciens ainsi que talus en bord de route (photo 2). La prospection des berges du Lom entre Ouami et Lom Pangar s’est faite en pirogue, en descendant la rivière à la pagaie. Là aussi, les zones d’érosion, plages, îlots et campements de pêcheurs ont été visitées à pied.
Étant donné le temps imparti et les difficultés d’accès, ces zones n’ont pas fait l’objet de prospections plus poussées, comme par exemple des sondages à la tarière. L’expérience des archéologues impliqués (connaissance des signes anthropiques et géographiques indicatifs d’anciens établissements humains) et l’exploitation des traditions historiques des populations locales (toponymie, emplacement des anciens villages et sites sacrés) (photo 3) ont donc été décisives pour l’identification des sites archéologiques et historiques. A ce titre ce rapport devra donc être considéré non comme un inventaire définitif et exhaustif mais comme une évaluation sur le potentiel du patrimoine culturel de la zone et un outil de gestion des biens culturels.
Photo 1 : Vue générale du site LP 25, situé au sommet d’une colline
Photo 2 : Vue générale d’un talus en bord de route (route d’accès Deng Deng - Lom Pangar)
Photo 3 : Entretien dans la concession du Chef de canton à Mararaba.
Photo 4: Entretien avec le chef et les populations de Mbaki Village.
Dans le but d’organiser les mesures d’atténuation des impacts ainsi que le PGES, les sites identifiés sont classés selon 1) leur importance scientifique (quantité d’informations qu’ils peuvent livrer) ou culturel et 2) l’intervention requise (dépendant de leur importance et de leur emplacement par rapport aux plans de construction).
 Sites importants : prioritaires (intervention obligatoire selon le plan de traitement),
 Sites d’importance incertaine : prioritaires (évaluation supplémentaire requise),
 Sites non importants : non prioritaires (intervention non requise).
En ce qui concerne les sites archéologiques, le classement d’un site comme site prioritaire ne constitue pas une démarche définitive quant à son importance scientifique mais, plutôt, une étape intermédiaire permettant de prendre en compte son potentiel scientifique et les mesures à prendre dans le cadre des projets de construction. De cette manière, un site classé « important » lors de sa découverte peut être réévalué plus tard comme étant sans importance après étude. De la même manière, il est possible que des sites dont
l’importance est incertaine soient classés importants puis déclassés ensuite et ne pas être fouillés ou abandonnés.
Les critères utilisés pour définir la valeur scientifique d’un site sont multiples et complexes. Toutefois, puisqu’un archéologue cherche à comprendre à la fois l’histoire du peuplement d’une région et les modes de vie des populations disparues, ces critères peuvent être résumés de la façon suivante :
 Ancienneté du site,
 Densité et/ou variété des découvertes,
 Contexte des découvertes,
 Signification sociale des découvertes,
 Connaissances archéologiques préalables.
Ancienneté du site :
L’âge est un critère qui s’explique de lui-même : plus un site est ancien, plus il est, en principe, important. Ceci se justifie par la rareté des sites anciens par rapport aux sites récents. Trouver un site ancien est donc une opportunité exceptionnelle de comprendre le passé lointain d’une région. De plus, les sites de plus de 10 000 ans d’âge ne sont, pour la plupart, découverts que lors de grands travaux d’infrastructure nécessitant des terrassements importants ; ils sont, en effet, le plus généralement enfouis profondément.
Densité et/ou variété des découvertes :
Pour être considéré comme important, un site doit également (le plus souvent) présenter une relativement grande densité et/ou variété d’artefacts. Les trouvailles isolées sont difficiles à interpréter car un échantillon représentatif du matériel est nécessaire pour : 1) décrire valablement une culture matérielle ; et 2) comprendre les activités menées sur le site par ses occupants.
Contexte des découvertes :
Les artefacts doivent aussi se trouver en contexte primaire (comme les préhistoriques les ont laissés) pour être exploitables scientifiquement (stratigraphie et paléo-ethnographie). Si des phénomènes naturels (érosion, activité animale, etc.) ou anthropiques (piétinement, nettoyage, agriculture, terrassement, etc.) ont perturbé le site de manière trop profonde, l’association et la position des artefacts ne peuvent plus être interprétées. Bien sûr les sites archéologiques sont pour la plupart découverts lorsque qu’une partie de leur surface a été mise au grand jour par l’érosion ou le terrassement ; il faudra, donc, focaliser l’intervention archéologique sur les zones non encore perturbées.
Signification sociale des découvertes :
Des sites récents (tombes, monuments, aires sacrées, etc.) peuvent posséder une signification sociale très importante pour les populations actuelles ; il est, dans ce cas, indispensable qu’ils ne subissent aucun dommage du fait des activités de construction ou de l’intervention des archéologues sans qu’il n’y ait eu concertation avec les villages concernés et sans qu’une compensation adéquate n’ait été négociée, le cas échéant. C’est pourquoi, les sites funéraires, même récents, sont toujours considérés comme importants. Une attention particulière doit, dès lors, être accordée aux anciens villages susceptibles de contenir des tombes.
Connaissances archéologiques préalables :
Les connaissances archéologiques locales préalables dans une zone où un site a été identifié font aussi partie des critères importants. Dans une région inexplorée, des sites d’importance moyenne peuvent être considérés comme prioritaires car ils représentent les premières informations disponibles.
La façon dont ces critères se combinent et mènent à un classement provisoire de l’importance d’un site archéologique est illustrée dans le tableau 1 :
Tableau 1 : Classement prioritaire des sites découverts
Densité/Variété
d’Artefacts
Élevée/Faible
3.4 Enregistrement des données
Les données suivantes ont été enregistrées pour chaque site archéologique et sacré découvert :
 Coordonnées GPS (UTM wgs 84),
 Date de découverte,
 Étendue approximative du site,
 Contexte géomorphologique,
 Artefacts/structures observés,
 Photographie d’un échantillon d’artefacts,
 Photographie générale du site.
3.5 Utilisation des connaissances archéologiques préalables
À ce stade, les données collectées directement sur le terrain sont minimes, comparé au potentiel archéologique de la zone d’impact du Projet. Toutefois, on peut compléter ces informations en consultant les données publiées par deux projets qui ont touché des régions très proches, voire même contiguës :
 Le Projet d’oléoduc Tchad-Cameroun,
 Le Projet de la route Bertoua-Garoua/Boulaï.
Les auteurs du présent rapport sont en possession des rapports finaux de ces deux projets.
CALENDRIER DE L’ETUDE
La première prospection conduite au cours du processus d’EES a duré 23 jours, dont 2 ont
été consacrés à la préparation logistique, 5 aux déplacements longue distance et 16 à la
prospection proprement dite (tableau 2).
La deuxième prospection (Route Belabo – Deng Deng) a duré 15 jours, dont 2 ont été
consacrés à la préparation logistique, 2 aux déplacements longue distance et 11 à la
prospection proprement dite (ta bleau 3).
Tableau 2 : Calendrier du premier programme du processus d’EES
Voyage Yaoundé – Bétaré Oya
Prospection Bétaré Oya – Mararaba
Prospection Bétaré Oya – Bangbel
Prospection Mararaba – Mélou
Prospection Touraké
Prospection Bétaré Oya – Mali
Prospection Bétaré Oya
Voyage Bétaré Oya – Bertoua
Voyage Bertoua – Deng Deng
Prospection Deng Deng – Lom Pangar
Prospection Ouami – Lom Pangar (Lom)
Voyage Deng Deng – Bertoua
Voyage Bertoua – Yaoundé
NA 12 , PK 13
NA, PK
NA, PK, ZV 14
NA, PK, ZV
NA, PK, HB 15 , BBB 16
NA, PK, HB, BBB
Tableau 3 : Calendrier du deuxième programme du processus d’EES
12 Noemie Arazi
13 Pierre Kinyock
14 Valentin Zimi
15 Bernard Hamoua
16 Bienvenu Biré Biré
Voyage Yaoundé – Belabo
Prospection Belabo – Deng Deng – Ouami - Haman
Prospection Belabo – Yebi
BGG 17 , PNN 18
BGG, PNN
BGG, PNN, JTK 19
BGG, PNN, JTK
BGG, PNN, JTK, SG 20 ,
Prospection Yebi – Mbambo « Ecole »
Prospection Mbambo « Ecole » – Carrefour Satando
Prospection Carrefour Satando – Kambo Kassi
Prospection Hona – Kambo Kassi
Prospection Kambo K. – Deng Deng – Ouami - Haman BGG,
Prospection Site Réinstallation Lom Pangar
Rédaction rapport préliminaire
Voyage Belabo – Yaounde
17 Bienvenu Gouem Gouem
18 Pascal Nlend Nlend
19 Jules Tsague Keumeze
20 Samuel Gara
21 Didier Ndoum
RESULTATS DE LA PROSPECTION
Selon les données fournies par la prospection préliminaire de 2005 (l’EIE) et les deux missions de l’EES, un total de 173 sites culturels a été recensé sur une distance d’environ 190 kilomètres, soit une densité de 1 site tous les kilomètres.
Synthèse des résultats de l’EIE (2005)
Lors de l’EIE, vingt-trois sites archéologiques ont été identifiés dans la zone située entre Ouami et Doué le long du Lom (carte 1). Parmi ces 23 sites, 21 sont des sites de surface et 2 sont des sites en stratigraphie (voir tableau 4 dans l’annexe pour un inventaire des sites répertoriés). Dix-neuf d’entre eux sont probablement datés de l’Age du Fer, 4 sont des sites sub-récents ou récents (sites historiques ou anciens villages.). Dix-neuf de ces sites ont livré de la poterie, parfois associée à des débris de débitage lithique ou de métallurgie ; 4 d’entre eux consistaient en des restes d’habitation et autres artefacts récents de fabrication occidentale (les anciens villages). Sept de ces sites (30 %) présentent un intérêt scientifique certain ou probable mais seulement 5 d’entre eux (22 %) doivent être considérés comme prioritaires pour le PGES.
Parmi les sites sacrés recensés en 2005 les catégories suivantes ont été identifiées :
 En premier lieu les tombes dans les anciens villages et hameaux,
 Les personnes noyées qui sont traditionnellement inhumées à côté de l’endroit où elles ont trouvé la mort,
 Des rochers qui apparaissent le plus souvent être – du fait de leur altitude – en dehors de la zone à ennoyer,
 Des sites de petits lacs et bras de rivières temporaires qui ont une importance sacrée,
 Des arbres sacrés : souvent de grands arbres utilisés comme lieu de consultation et d’offrande pour demander l’aide des ancêtres pour l’agriculture, la pêche, la chasse, la paix au village, etc.,
 Des sites utilisés lors des sessions d’initiation des jeunes.
Résultats de l’EES (2010 et 2011)
Pour la finalisation du rapport d’EES, il s’agissait de prospecter les zones suivantes :
 les zones plus en amont du Lom qui ne seront touchées que par les retenues en hautes eaux (prospection sur terre de Bétaré Oya à Mararaba, de Bétaré Oya à Bangbel, et de Mararaba à Mélou) ;
 le long des routes et les zones connexes au barrage qui vont être aménagées pour son exploitation et sa construction (prospection sur terre de la piste Deng Deng – Ouami - Lom Pangar, et Belabo – Deng Deng) ;
 le cours du Lom entre la retenue (Lom Pangar) et le village d’Ouami.
Environ 128 kilomètres ont été parcourus sur terre et 15 kilomètres sur la rivière. Le but était d’échantillonner les zones qui seront impactées par les travaux associés au barrage :
 les routes d’accès Deng Deng – Lom Pangar et Belabo – Deng Deng (néanmoins l’élargissement de la route Deng Deng – Lom Pangar a commencé un mois après la mission du consultant, il donc est probable que tous les sites répertoriés sur cette route aient déjà subi un impact),
 une zone qui sera constamment submergée (de Lom Pangar à Ouami),
 une zone inondée lors des hautes eaux (de Bétaré Oya à Mararaba, de Bétaré Oya à Bangbel, et de Mararaba à Mbore).
Quarante neuf sites archéologiques ont été identifiés (cartes 2, 3 et 4) (voir l’annexe pour une description des tous les sites inventoriés) :
Quarante cinq d’entre eux sont probablement datés d’une période comprise entre l’Age du Fer et la période historique et 4 sont des sites récents (villages abandonnés récemment). Vingt deux de ces sites ont livré de la poterie, parfois associée aux meules. Sept d’entre eux consistaient en restes d’habitation et autres vestiges récents et 13 sites ont apporté des indices sur le travail du fer.
41 % d’entre eux seront impactés, soit par le chantier du barrage, soit par la montée des eaux. En effet tous les sites qui ont été considérés prioritaires lors de la première prospection de l’EES en 2010 (un total de 18) ont subi un impact par les travaux de la route d’accès Deng Deng – Lom Pangar, à l’exception d’un site (Mali II) situé entre Betaré Oya et Bangbel.
Lors de la prospection Belabo – Deng Deng en Janvier 2011, quatre-vingt-dix tombes et onze sites sacrés (6 arbres, 3 plantes et 2 marécages) ont été recensés, sur une distance de 54 kilomètres, soit des densités respectives de :
 2 tombes tous les kilomètres (carte 4),
 1 site sacré tous les 5 kilomètres (carte 5).
Tombes Il s’agit exclusivement de tombes récentes (d’un âge qui varie entre moins de 1 an et 90 ans), recensées entre les villages Ebaka 1 et Kambo-Kassi (à 3 km de Deng Deng), soit sur une distance totale de 51 kilomètres. La majorité a été localisée dans les villages de Yébi et
Sakudi (voir
Tableau 4 : Nombre et fréquences des tombes par village
Village ou
Ebaka 1
Yébi
Les sites funéraires peuvent être répartis en deux grands groupes (
 Les tombes matérialisées, soit par une butte cimentée (photo 5a), soit par une butte latéritique (photo 5b) ;
 Les tombes non matérialisées (photo. 5c) : leur présence est signalée par les propriétaires des terres (membres de la famille) ou/et le chef du village. Dans ce groupe, il faut distinguer, (i) les tombes d’enfants (photo 6), toujours enfouis dans les bordures de maisons 22 , et (ii) les "maison-tombes", qui sont des habitations à l’intérieur desquelles les propriétaires signalent la présence d’une ou de plusieurs sépultures plus ou moins récentes.
Photo 5 : Tombes signalisées par une butte cimentée (a) ou latéritique (b), et tombe non matérialisée (c).
22 Dans la tradition des Bobilis et des Képéré, tout enfant qui décède entre 0 et 2-3 ans est toujours enterré à proximité de l’habitation du/des parents, afin d’assurer la continuité de la procréation.
Photo 6 : Tombe d’enfant (à gauche) et "Maison-tombe" (à droite). La flèche et le cercle indiquent respectivement les endroits où ont été signalées les sépultures.
Onze tombes ne seront probablement pas affectées par les travaux, car elles sont situées soit à la limite de l’emprise (9 tombes), soit un peu en dehors (entre 1 et 2 m de la limite) du périmètre de la zone des travaux (2 tombes). Elles ont été classées respectivement de
). Le reste des sépultures (83,4 %) sera
moyenne et de faible priorité (voir
impacté par les terrassements et doit être considéré comme prioritaire pour le PGES.
Arbres sacrés Ce sont souvent de grands arbres (
), auxquelles les populations et les Autorités
traditionnelles accordent des vertus mystiques, parfois thérapeutiques, et aux pieds desquels les mêmes informateurs déclarent fréquemment organiser des rites spécifiques. Sur les alentours de certains de ces arbres (villages Hona et Komba Kassi en particuliers) sont posées de poteries richement décorées, à l’intérieur desquelles sont plantées des liliacées sauvages.
Un total de six arbres a été enregistré, dont trois à Ebaka 1, deux à Hona et un à Kambo
Kassi (voir
pour les descriptions détaillées).
Photo 7 : Arbre sacré Ebaka.
Plantes sacrées Il s’agit exclusivement de liliacées (oignons) sauvages ou « laki » en langues locales (Bobilis et Képéré). Certaines d’entre elles (à Mbambo ”Chefferie” par exemple) auraient été enterrées avec des poteries entières. Les chefs et les notables des villages respectifs où elles ont été trouvées leurs accordent des vertus mystiques et/ou thérapeutiques, bénéfiques à l’ensemble de leurs communautés (protection du village). Ces types de biens culturels ont été recensés dans trois villages, Doubé "Chefferie", Mbambo "Chefferie" et Mansa.
Marécages sacrés Signalés seulement à Sakudi et à Mbambo par les chefs respectifs des deux villages, la présence des marécages sacrés dans les cultures des populations de l’arrondissement de Belabo a été confirmée par le chef Supérieur (Canton Képéré) de Deng Deng. Selon leurs témoignages, il s’agirait de zones qui abriteraient des esprits et des totems qui protègeraient ces villages.
Les prospections le long des routes d’accès entre Deng Deng – Lom Pangar et Belabo – Deng Deng ont permis d’identifier une zone particulièrement sensible. Ces pistes ont été singulièrement riches en sites archéologiques de grande importance et en sites sacrés. Elles ont livré, en effet, des témoignages sur une occupation quasi permanente de cet espace depuis au moins l’Âge de Fer. La production de céramique et la réduction du fer y étaient pratiquées à très grande échelle.
L’étude d’impact du projet de barrage sur la piste d’accès entre Deng Deng et Lom Pangar, réalisée en 2009, n’a pas examiné le potentiel archéologique de la zone. En conséquence, tous les sites répertoriés lors du processus d’EES ont été détruits par les travaux d’élargissement de la piste d’accès (quelques mètres de part et d’autre) qui ont commencé peu après les prospections du consultant. Seuls les trois sites archéologiques identifiés le long de la route Belabo – Deng Deng ont été épargnés car les travaux n’ont pas encore débutés.
Toutefois, en raison de l’existence d’un nombre considérable de vestiges en surface, sur la route d’accès au chantier ainsi que sur les zones annexes (pont chantier, cité des ouvriers, carrières, etc.) mériteraient, sans conteste, la présence permanente d’une équipe d’archéologues sur place pendant toute la phase de terrassement. Il est impératif de prendre en considération la probabilité de découvrir un plus grand nombre de sites sous la surface lors de la formulation du PGES.
La prospection autour de Bétaré Oya a également confirmé la grande richesse de la zone en sites archéologiques. Mais contrairement aux pourtours de Deng Deng, cette zone subira beaucoup moins les effets des travaux. Toutefois elle mériterait également une surveillance archéologique au moment de la construction du pont de Tourake, en raison de l’existence potentielle de sites enfouis en dessous de la surface.
La prospection préliminaire effectuée en 2005 le long des berges sud du Lom a permis d’identifier une zone particulièrement sensible entre les points GPS UTM 33 N – E 351999, N 585826 et E 353996, N 586240. Il a été signalé que ce coude très accentué de la rivière est singulièrement riche en sites archéologiques de peu d’importance, constituant, toutefois, vraisemblablement un indice de la présence de sites beaucoup plus grands et plus riches dans l’intérieur des terres, non loin de là (carte 2). Toute cette partie du cours du Lom doit, de ce fait, être considérée comme zone sensible.
Figure 4 : Sites archéologiques découverts lors de l’EES en 2011 (route Belabo – Deng Deng)
DONNEES DE L’OLEODUC TCHAD-CAMEROUN
Le Pangar n’a pu être prospecté dans le cadre du processus de reformulation de l’EES pour des raisons de contraintes calendaires. Il est toutefois possible de se faire une idée assez précise du patrimoine archéologique potentiel de la zone grâce aux données collectées par le Projet d’oléoduc Tchad-Cameroun. En effet, l’emprise de l’oléoduc coupe la zone inondable au nord-est du barrage en plusieurs points.
À la différence de la prospection réalisée dans le contexte de l’EIE 2005 et de l’EES du Projet Lom Pangar, l’emprise de l’oléoduc dans la zone a été contrôlée à plusieurs reprises par les archéologues : une prospection préalable avant la construction du pipeline (comprenant un programme de carottage systématique) et une surveillance des travaux (lors du terrassement et du creusement de la tranchée). Il faut tenir compte de cette différence dans la comparaison des résultats des deux projets.
Dix-neuf sites archéologiques ont été identifiés sur les 52 kilomètres de l’emprise de l’oléoduc, et ce entre les villages de Lom I (KP 537) et Mararaba (KP 485) (voir inventaire et descriptions, annexes B et C). Cela représente une densité de 1 site tous les 2,7 kilomètres (0,37 site/km).
Quatorze d’entre eux sont des sites de surface et 5 sont des sites stratifiés. Parmi les sites de surface, 11 consistent en des concentrations de tessons de poterie et 2 en des concentrations d’artefacts divers (poterie, tuyères, meules). Les sites stratifiés comprennent 2 horizons de céramique et 3 horizons d’artefacts divers (poterie, scories, tuyères, éclats de débitage).
Cinq (ou six) de ces sites ont été classés importants : ECA 163, ECA 171 - Pangar, ECA 173 – Pangar, ECA 177 – Lom I, ECA 185 – Lom I et ECA 199 – Pangar.
ECA 163 – Lom I est une concentration de tessons, de scories et de fragments de tuyères situés au sommet d’une colline (400 m2). La poterie est de facture Gbaya et le matériel a livré une date radiocarbone assez récente (240+/-70 BP) située entre 1500 et 1950 cal D. Le site est manifestement un ancien village Gbaya, habité dans les derniers siècles de notre ère.
ECA 171 et 173 sont peut-être un seul et même vaste site de surface livrant de la poterie décorée à la roulette (CWR) et des fragments de meule. Les artefacts sont répartis sur une superficie de 350 000 m2 sur un vaste sommet de colline (approximativement 754 m d’altitude).
ECA 177 – Lom I est une trouvaille isolée : une hache polie en dolérite. L’outil n’était associé à aucun autre artefact ni structure, mais la rareté de ce type d’objet et le fait qu’il suggère la présence d’un site à proximité de l’emprise de l’oléoduc a justifié son classement.
ECA 185 – Lom I consiste en une concentration de tessons de poterie décorée à la roulette (KPR) répartis sur une centaine de mètres le long de l’emprise de l’oléoduc (2 500 m2), au sommet d’une colline (altitude 704 m).
ECA 199 – Pangar est un site majeur de la région : il s’agit d’un horizon de tessons de poterie et de débris de débitage lithique, enfouis à 50-60 cm sous la surface et répartis sur une distance de 200 mètres, le long de l’emprise de l’oléoduc. La surface totale du site est
évaluée à quelque 40 000 m2, peut-être plus. La céramique est décorée principalement à la roulette (CWR, TGR, KPR). Le site a été sondé dans l’emprise de l’oléoduc et un échantillon de charbon de bois a été daté de 920+/-120 BP (885-1295 cal AD). Il semble qu’ECA 199 soit situé dans la zone inondable.
Quelle que soit la méthode de prospection utilisée (prospection de surface, carottage systématique, surveillance des travaux), des sites archéologiques sont identifiés. L’intégralité de la zone du Pangar doit, en conséquence, à ce stade, être considérée comme une zone sensible devant faire, en priorité, l’objet d’une prospection systématique.
INTERPÉTATIONS CHRONOCULTURELLES PRÉLIMINAIRES
Les emprises du barrage de Lom Pangar et de ses infrastructures associées recèlent de nombreux sites archéologiques. La densité des sites répertoriés au cours de l’EIE et de l’EES en témoigne. À cela s’ajoutent les sites déjà répertoriés sur le tracé de l’oléoduc au nord du Pangar. Cette richesse en vestiges archéologiques pourrait résulter d’un réseau hydrographique dense et propice à l’occupation humaine. Celle-ci pourrait d’ailleurs avoir été beaucoup plus dense par le passé qu’elle ne l’est aujourd’hui.
En l’absence de datations absolues, il est difficile de donner un âge précis aux occupations humaines identifiées le long des prospections. Le seul indice chronologique utilisable pour le moment est la typologie de la poterie. Les populations actuelles de la zone (principalement Gbaya) produisent (ou produisaient encore récemment) une céramique de forme sphérique, noire ou brune (du fait d’un onguent organique posé en fin de cuisson), richement décorée à la roulette, gravée de motifs géométriques (notamment un quadrillage enserré dans des bandeaux limités par des incisions), alternant avec de vastes zones non décorées et parfaitement polies 23 . Effectivement, la poterie archéologique de certains sites recensés lors de l’EES ne semble pas très différente : les décors d’impressions à la roulette en bois et en fibres apparaissent sur des formes sphériques, noires ou brunes. Au sein de l’échantillon de mobilier céramique récolté, nous avions pu reconnaître la céramique dite Gbaya et donc attribuée au subactuel ou historique.
D’un autre côté, nous avons eu l’occasion de constater une tradition céramique plus ancienne, datant de l’Âge de Fer (moyen et ancien), identifiée lors des travaux sur l’axe routier Bertoua – Garoua-Boulai 24 . C‘est une céramique de facture très fine, engobée et souvent polie, de couleur brune ou noire, décorée à la roulette, gravée en triangles, losanges, type « grains de mais », aux impressions d’un poinçon et au peigne trainé. Ces types ont été attribués aux sites datés de 755 + /- 50 BP (entre les 12 è et 14 è siècles AD). Les cannelures incisées, réalisées en traînant les dents d’un peigne, ont aussi été identifiées. Ce type de décor est plutôt caractéristique de l’Âge de Fer ancien (daté entre 2000 et 1325 BP, ou entre le début de notre ère et le 9 ème siècle AD) sur l’axe Bertoua – Garoua-Boulai.
Il semble donc que l’on soit en présence de deux ensembles culturels, distincts typologiquement et chronologiquement. Il n’est pas impossible, si l’on en croit les études ethno-historiques 25 , qu’il s’agisse de l’illustration, dans la culture matérielle, de deux phases distinctes de peuplement.
Effectivement, une phase de peuplement ancien autour de 2 000 BP a été confirmée sur le site d’ECA 47 – Djaoro Mbama sur l’emprise de l’oléoduc. ECA 47 est un groupe de fourneaux de réduction du fer prouvant que la métallurgie était déjà connue il y a deux millénaires à 150 km au nord de la zone alors que, sur l’axe routier Bertoua–Garoua- Boulai, Wélé Maroua est un ensemble de fosses détritiques typiques de la zone forestière, représentant un vaste village de l’Age de Fer à 70 km au sud-est de la zone. De nombreux sites de l’Age de Pierre (plus anciens que 3 000 BP) ont aussi pu être identifiés le long de l’emprise de l’oléoduc, au nord de la zone du Projet.
Il est impossible, au jour d’aujourd’hui, d’attribuer les différences stylistiques observées sur les décors de la poterie de Lom Pangar à une hétérogénéité synchronique ou à une variation diachronique. Au mieux, on peut penser que la diversité culturelle dans la zone,
23 Gosselain 1995.
24 Mbida, Asombang et Delneuf 2001; Asombang, Mbida et Delneuf 2003.
25 (a) Burnham 1981; (b) Burnham et al. 1986.
tant dans l’espace que dans le temps, a été beaucoup plus grande dans le passé qu’actuellement.
D’une façon générale, ces constats confirment que : la région a été occupée depuis plusieurs milliers d’années ; diverses traditions culturelles s’y sont succédées ; l’occupation des sols a varié tant en matière de lieux d’implantation que de densité au fil du temps.
ANALYSE DE L’IMPACT DU PROJET SUR LE PATRIMOINE ARCHEOLOGIQUE
Nous avons vu que toute la zone concernée par le Projet était riche en patrimoine archéologique : l’impact négatif du barrage et de la retenue sur ce patrimoine sera indubitable. Toutefois, cet impact sera différent dans la zone de construction et dans la zone inondée.
Impact dans la zone de construction
La zone de construction comprend 26 :
 Le barrage lui-même,
 Le pont de chantier,
 La cité des ouvriers,
 L’usine hydroélectrique de pied d’une puissance de 30 mégawatts,
 La ligne de transmission du site du barrage à Bertoua,
 La carrière de Ouami,
 La carrière de Mbi Bawara,
 La route d’accès Belabo – Deng Deng,
 La route d’accès et le débarcadère de Dongo,
 La route de contournement pour l’oléoduc Tchad-Cameroun,
 Le pont de Tourake,
 La zone de réinstallation du village de Lom Pangar entre Haman et Ouami.
Les caractéristiques de l’impact dans les zones de construction sont les suivantes :
 S’il y a impact, il est irréversible,
En l’absence d’une connaissance exacte de l’étendue de la surface totale concernée par les travaux, il est difficile de chiffrer le potentiel de sites culturels qui sera touché. Cependant 24 sites archéologiques ont été découverts le long de la piste Deng Deng - Lom Pangar, y compris les sites témoignant de la réduction du fer. Cela équivaut à une densité de 1 site/km. Treize d’entre eux ont été classés importants (55 %). On peut donc conclure que sans l’application de mesures d’atténuation, le barrage et ses infrastructures associées auront un impact très important sur l’héritage archéologique de la région.
Impact dans la zone inondée
Les caractéristiques de l’impact du Projet sur le patrimoine culturel dans la zone inondée sont les suivantes :
26 La cité de maitre d’ouvrage ainsi que la route Deng Deng – Lom Pangar n’est pas mentionnés car les travaux de ces deux zones ont déjà commencés et/ou sont terminés.
 L’impact est également irréversible, puisque chaque site archéologique est par essence unique et irremplaçable,
 L’impact peut, toutefois, être atténué.
Le patrimoine culturel de la zone inondée (540 km 2 ) n’est pas encore connu de façon exhaustive, mais il peut être évalué grâce aux données collectées lors des prospections et de l’installation de l’oléoduc Tchad-Cameroun.
Dix-neuf sites ont été identifiés dans l’emprise de l’oléoduc (52 km de long sur 30 m de large) entre les villages de Lom I et de Mararaba, sur une surface de 16 km 2 . En ligne, cela équivaut à une densité de 1 site tous les 2,7 km. Ces sites présentaient un diamètre variant de 10 à 700 mètres et 5 d’entre eux ont été classés importants (26 %).
Nous avons vu que 23 sites ont été identifiés sur les 52 km de berges du Lom. Cela équivaut à 1 site tous les 2,3 km. Six d’entre eux ont été classés prioritaires (26 %). Selon ces données, il pourrait y avoir entre 250 et 350 sites dans la zone inondée, dont 40 à 80 pourraient être scientifiquement importants (de 15 à 25 %).
L’impact du Projet sur le patrimoine culturel de la région sera donc considérable en termes quantitatifs. Il le sera également au plan qualitatif ; l’étude préliminaire des sites déjà repérés le long de l’emprise de l’oléoduc laisse, en effet, entendre que des sites relativement anciens sont concernés et menacés de disparition.
MESURES D’ATTENUATION DE L’IMPACT : PLANS DE TRAITEMENT SPECIFIQUES
Dans la zone de construction
Ici, l’impact du Projet peut théoriquement être évité grâce aux mesures suivantes (souvent plus rapides et moins onéreuses que les fouilles) :,
 Contournement (le chantier prévu est déplacé définitivement)
 Enterrement volontaire (une couche de terre est déposée sur le site si les infrastructures prévues sont temporaires).
Toutefois, les données obtenues dans le cadre du processus d’EES sur la piste d’accès entre Deng Deng et Lom Pangar, ainsi que pour tous les autres travaux, indiquent qu’une grande partie de l’impact ne pourra pas être évité. Étant donné la difficulté rencontrée pour accéder au calendrier des travaux, il n’a pas été possible dans le cadre de cette étude, d’élaborer un calendrier précis de prospections préalables, la mesure d’atténuation la plus appropriée apparaît donc être la mise en place d’une surveillance archéologique du chantier. Les composantes concernées comprennent :
 Le pont de Tourake.
En effet, EDC devrait engager un organisme professionnel d’archéologie préventive et de sauvetage avec un Directeur de Projet qui en sera le coordinateur. Ce Directeur de Projet sera chargé d’organiser les équipes, la logistique, le planning, et la rédaction des rapports. Il fera le lien entre l’équipe de terrain située sur le site du Barrage et le maître d’ouvrage. L’équipe du terrain sera en contact journalier avec le Directeur de Projet et lui enverra des comptes rendus écrits chaque semaine.
Les fouilles de sauvetage ne seront réalisées sur un site qu'à condition que celui-ci soit évalué comme important. Elles seront effectuées selon les pratiques habituelles, soit par des unités de fouilles contrôlées, creusées à la main, soit à partir de tranchées creusées mécaniquement.
Unités de fouilles contrôlées
Des unités de fouilles contrôlées seront creusées pour des sites déjà répertoriés ou découverts pendant les travaux, et évalués comme importants. Elles seront creusées à la
main, suivant des niveaux stratigraphiques à caractère naturel et/ou discriminant. Les fouilles seront menées avec des outils manuels (tels que, truelles, pioches, pelles, etc.) et leurs contenus pourront être passés au crible de tamis présentant des mailles de 3 mm à 12 mm (= 0,125 à 0,5 pouces) de diamètre. Pour le traitement spécialisé des vestiges, on aura recours à des tamis encore plus fins.
Durant les fouilles, les artefacts tels que les débris de poterie, les pierres taillées et les silex seront ramassés pour être traités. On ramassera aussi, s'ils existent, tous les ossements , coquillages, fossiles carbonisés (pour les besoins de la datation au carbone 14) et autres restes de matières organiques. Des échantillons de sol seront prélevés pour procéder ultérieurement à l'extraction du carbone 14 ou pour servir à identifier les différents niveaux stratigraphiques. On rédigera des notes exhaustives et précises sur les relevés de terrain dont les résultats seront conservés, et l'on illustrera ces fouilles à l'aide de clichés, de cartes, de profils, de dessins et de plans.
Les sites déjà identifiés devant être fouillés en priorité, car ultérieurement détruits sont :
 BDD2
 BDD3
Ces sites se trouvent sur la piste Belabo – Deng Deng, et ont été répertoriés durant la mission de Janvièr 2011 27 .
Récupération des données à partir de tranchées creusées mécaniquement
Au cours du déroulement du Projet, on devra prévoir la possibilité de découvrir des sites durant les travaux. Sous des circonstances contrôlées, la récupération des données au cours des fouilles pourra apporter des informations de première importance relatives aux sites concernés.
L'examen du profil d’une tranchée par exemple peut souvent révéler un ensemble de traits difficiles à mettre en relief dans des unités de fouilles de plus petite envergure. En procédant au décapage et à l'examen du profil d’une tranchée, on pourra révéler des sites enfouis, des vestiges archéologiques (par exemple, des foyers, des fosses) et des concentrations d'artefacts. Selon les types d'artefacts et de vestiges mis au jour, des échantillons d'artefacts et de terrain pourront alors être prélevés en vue de leur analyse ultérieure ; on en tirera des clichés avant d'établir des dessins de leurs profils.
Ces fouilles devraient également être l’occasion de former des étudiants d’Universités camerounais à la pratique de l’archéologie préventive.
Suite à la récupération de données, tous les artefacts recueillis seront lavés, triés, catalogués et classifiés par tableaux des matériels récupérés, pour être conservés par une institution camerounaise compétente.
Les artefacts et copies de tous les documents, fiches, notes, comptes-rendus, clichés ou cartes concernant le site et générés par les opérations d'identification, de gestion et d'analyse des biens culturels, devront être conservés dans leur intégralité pour être déposés auprès d'un institut de conservation désigné par la République du Cameroun (MinCult).
Des analyses adéquates devront être menées sur les artefacts recueillis (y compris la datation au radiocarbone), tels que céramiques, artefacts de pierre taillée, etc. dès leur découverte. Il sera permis de procéder à des prêts de matériels récupérés, au cours du Projet, surtout pour mener des analyses scientifiques qui ne peuvent pas se faire au Cameroun (datation au radiocarbone, analyse de pollen, faune et sol) dans un but scientifique, après autorisation des autorités compétentes.
27 Rapport d’Inventaire des Biens Culturels, Historiques et Archéologiques. Projet de Réaménagement de la Route Belabo – Deng Deng.
La publication d'un compte-rendu final servira à décrire et interpréter les vestiges culturels découverts pour les resituer dans un cadre historique et culturel plus large.
La préparation du compte-rendu et les analyses scientifiques devront être conformes aux pratiques courantes reconnues au plan international.
La zone inondée
La zone inondée ayant un impact direct sur le patrimoine culturel physique, il est indispensable de prévoir, dans le calendrier des opérations futures, un inventaire exhaustif supplémentaire de la région afin d’établir une carte archéologique beaucoup plus détaillée de la zone. Cette opération permettra de planifier les actions à réaliser dans les zones et sites prioritaires.
Ces zones prioritaires feront l’objet de fouilles archéologiques afin d’enregistrer un maximum d’informations sur les sites. Donc, contrairement aux zones qui seront impactés par les travaux d’infrastructure, cette zone pourra profiter d’un travail préventif qui comprendra des prospections le long le Lom (entre Doué et Bangbel) et le Pangar pour compléter l’inventaire des sites. Les sites qui seront classés prioritaire seront fouillés selon la technique des unités de fouille contrôlées (voir ci-dessus).
Les sites déjà identifiés (EIE, EES, oléoduc) devant être fouillés en priorité, car ultérieurement ennoyés sont :
 ECA 199 – Pangar
 LP 35 - Mali II
Les artefacts récupérés de la zone inondée feront l’objet des mêmes traitements et analyses que ceux appliqués aux artefacts trouvés dans la zone de construction.
Une première description des sites sacrés impactés a été réalisée en 2005, leur recensement a fait l’objet d’une mise à jour dans les Plans d’Installation et de Recasement du projet et d’un complément dans le cadre des études réalisées lors de la prospection de la route Belabo – Deng Deng en 2011.
L’annex 12.4 et 12.5 A présentent l’inventaire de tous les sites sacrés identifiés en 2005 et
Les sites sacrés se composent de tombes, d’arbres, de plantes et de marécages sacrés. Les mesures d’atténuation suivantes seront utilisées :
 Pour les tombes : après que les légitimes propriétaires auront été recensés et compensées (en nature et/ou en espèces), elles devront être systématiquement déterrées et ré-enfouies hors de l’emprise des travaux, dans chaque village ;
 Pour les arbres, plantes et marécages sacrés : ni le contournement ni le ré- enfouissement étant impossible, leur destruction est inévitable. Cependant, des compensations en nature et/ou en espèces devront être octroyées aux familles ou aux communautés auxquelles ils appartiennent. Ces compensations permettront d’organiser des cérémonies rituelles spécifiques qui, selon les autorités traditionnelles, nécessitent des sacrifices (moutons chèvres, poulets, etc.).
L’objectif principal du PGES est d’identifier les actions nécessaires pour enregistrer et sauvegarder systématiquement les sites sacrés et archéologiques de la zone d’influence du projet avant qu’ils ne soient ennoyés par la retenue ou détruits par les travaux dans la zone de construction. Selon les réglementations et pratiques internationales concernant la protection du patrimoine culturel, cinq étapes sont à respecter :
 Cérémonies rituelles pour déplacements des sites sacrés,
 Prospections supplémentaires,
 Fouilles des sites importants,
 Consignes aux entreprises,
 Renforcement des capacités.
Fondement normatif et institutions nationales en place permettant de
Le tableau ci-dessous résume les lois en vigueur ainsi que les réglementations relatives à la gestion des biens culturels. En outre, le Cameroun a signé plusieurs conventions internationales relatives à la protection de biens et produits du patrimoine culturel.
Tableau 5 : Lois et réglementations relatives aux biens culturels au Cameroun
La Loi N° 91/008 du 31 juillet 1991, portant protection du patrimoine culturel national ; stipule les procédures à suivre pour inventorier et protéger les biens culturels de première importance.
La République du Cameroun est signataire des conventions suivantes :
La troisième convention ACP-CEE3
(Rome III) partie II, titre VIII, chapitre 3
Article 127, qui porte sur les aspects relatifs au patrimoine culturel ;
La convention 170 de l'UNESCO
concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l'importation, l'exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels ;
La convention 1972 de l'UNESCO
concernant la Protection du patrimoine mondial, culturel et naturel.
Experts et organismes existants au Cameroun
Le Cameroun possède un programme restreint mais très actif d'étude archéologique à l'Université de Yaoundé. Ce programme, sous la direction du professeur Joseph-Marie Essomba, comprend plusieurs archéologues, docteurs en faculté, qui sont tous engagés activement dans des recherches locales. En outre, une douzaine d'archéologues expatriés travaillent régulièrement au Cameroun, plusieurs d'entre eux sont originaires de la Communauté européenne et du Canada. Depuis peu, il existe une structure en dehors du Cameroun qui regroupe un grand nombre de professionnels (camerounais et étrangers) ayant de l'expérience dans des projets de gestion des propriétés culturelles de grande envergure comme celui de l’oléoduc Tchad-Cameroun.
Le programme archéologique de l'Université de Yaoundé, n'est toutefois pas explicitement conçu pour assurer la gestion de projets de grande envergure impliquant des ressources culturelles. Par conséquent, les activités du projet proposées mettront l’accent sur la limitation ou la minimisation de tous les impacts directs affectant les vestiges culturels identifiés dans le périmètre du projet.
La loi camerounaise No 91/008 portant sur la protection du patrimoine culturel et naturel national ne s'adressant pas spécifiquement à la gestion des propriétés culturelles nationales, le processus à suivre sera donc celui fixé par la Banque mondiale.
Il existe un bon nombre de sources légales et normatives relatives aux problèmes d'identification et de gestion des biens culturels se trouvant directement affecter par les projets de développement. La PO/PB 4.11 de la Banque mondiale, notamment, indique la stratégie à suivre.
S’agissant du barrage de Lom Pangar, la définition des biens culturels sera celle formulée par la PO 4.11 de la Banque mondiale :
ressources culturelles matérielles définies comme des objets transportables ou fixes,
des sites, des structures, groupes de structures ainsi que des caractéristiques naturelles et des paysages ayant une valeur archéologique, paléontologique, historique, architecturale, religieuse, esthétique ou tout autre signification culturelle. »
La Banque mondiale poursuit une politique générale d'aide à la préservation des biens culturels afin d'éviter leur destruction. C'est pourquoi l’institution refuse de financer des projets qui viendraient à détruire de façon irrémédiable des biens culturels impossibles à reproduire et apporte son soutien à la protection et à la restauration des biens culturels (cf. § 12.4).
La note technique N° 62 de la Banque mondiale donne, dans son chapitre 5, une description des types de projets impliquant des aspects relatifs aux biens culturels, notamment les projets de terrassement à grande échelle (cf. cf. § 12.4). C’est le cas du projet de barrage de Lom Pangar pour lequel l’attention devra se concentrer sur deux points principaux : l'étude archéologique/paléontologique ou la récupération et la préservation des sites sacrés appartenant à des groupes déterminés. L'identification et la préservation de ces sites ont été définies par l’EES et l’EIE (cf. § 5).
On estime que la majorité des biens culturels situés dans la zone du Projet Lom Pangar sont des sites archéologiques. La plupart ne pourront être évités malgré une possible réduction – dans une proportion acceptable – des impacts affectant les sites les plus importants. Le gouvernement pourrait recourir à des institutions impliquées dans la gestion des biens culturels pour respecter les séquences de l'archéologie de récupération ou de sauvetages préconisés dans la note technique no 62.
Rôle et participation de la Direction du patrimoine du ministère de la Culture au Cameroun
La Direction du patrimoine du ministère de la Culture de la République du Cameroun est responsable de l’application et du respect de la loi n°91/008 du 31 Juillet 1991 portant sur la protection du patrimoine culturel national. Cette loi stipule les procédures à suivre pour inventorier et protéger les biens culturels de première importance.
Le ministère de la Culture sera donc responsable du suivi-évaluation du volet gestion des ressources culturelles physiques d’une part et, d’autre part, de la surveillance périodique de la bonne exécution du PGES.
Le Bureau des sites et des monuments à la Direction du patrimoine culturel compte 12 techniciens de haut niveau et de niveau intermédiaire, mais, en dépit de leurs compétences, ils ne sont pas dotés de l’expertise nécessaire à la gestion des sites archéologiques 28 .
Dans le cadre du projet CAPECE (Renforcement des capacités environnementales dans le secteur pétrolier camerounais), il a notamment été reconnu nécessaire non seulement d’accorder une plus forte priorité à la gestion des impacts des grands projets d’infrastructures sur les ressources culturelles physiques, mais aussi de renforcer le cadre réglementaire actuel afin de se conformer aux meilleures pratiques internationales en matière de normes et procédures. Pour ce faire, le ministère de la Culture a fait appel à la Banque mondiale pour développer le Projet de renforcement des capacités environnementales et sociales dans le secteur de l’énergie (PRECESSE).
Le projet PRECESSE appuiera les activités suivantes 29 :
 Révision du cadre réglementaire. La législation actuelle sur la protection du patrimoine culturel national est tantôt incomplète, tantôt obsolète par rapport aux normes internationales. Pour exemple, le décret d'application de la loi n° 91/08 du 30 juillet 1991 sur la protection du patrimoine culturel et naturel national n'a jamais été signé. Le projet financera les consultants et les coûts associés à la révision et à la finalisation du cadre réglementaire actuel, et définira les obligations et les responsabilités des opérateurs de grands projets d'infrastructure en tenant compte de l'impact de ces projets sur le patrimoine culturel national ;
 Renforcement des ressources humaines. Le projet financera la formation d’un minimum de 5 personnes – titulaires d’une licence ou d’un diplôme équivalent – aux techniques de conservation et de restauration, à la gestion des ressources culturelles, à la muséologie, aux techniques d’exposition et de décoration, ainsi qu’aux techniques de laboratoires; un anthropologue sera également formé à la gestion socioculturelle des impacts des grands projets d'infrastructure ;
 Lieux de conservation. Le projet financera la réhabilitation et l’extension du site actuel de conservation des artéfacts archéologiques exhumés sur le site d'Ekounoudu. Le coût de cette opération qui sera lancée sitôt la réalisation d’une ESES et la mise en œuvre d’un PGE jugés satisfaisants, est estimé à 300 000 dollars ;
 Capacités opérationnelles. Le projet financera l’achat de : i) trois véhicules 4 roues motrices, ii) l’équipement pour les fouilles et le laboratoire, et iii) le mobilier pour le site de conservation, notamment des étagères, des placards à vitrines, un climatiseur et des chaises.
28 Projet de renforcement des capacités environnementales et sociales dans le secteur de l’énergie (PRECESSE). Ministère de l’Environnement et de la Protection de la Nature. Yaoundé 2008. 29 Voir pages 42-43, « Projet de renforcement des capacités environnementales et sociales dans le secteur de l’énergie (PRECESSE). Ministère de l’Environnement et de la Protection de la nature. Yaoundé 2008. »
Toutes ces activités permettront au ministère de la Culture de renforcer son rôle et son savoir faire dans l’élaboration des plans de gestion des ressources culturelles rencontrées lors des projets d’infrastructure de grande envergure.
Pour conclure, l’aspect « renforcement des capacités » dans le cadre du PRECESSE et du projet de barrage de Lom Pangar devra se concentrer sur les activités clés correspondant aux rôle et responsabilités du ministère de la Culture :
 Révision du cadre réglementaire,
 Renforcement des ressources humaines dans les secteurs suivants :
 Techniques d’évaluation socioculturelle,
 Suivi/évaluation,
 Conservation et restauration des biens culturels,
 Gestion des collections,
 Muséologie,
 Réhabilitation et extension du site d’Ekounoudu,
 Renforcement des capacités opérationnelles.
Le MinCult sera responsable du suivi la bonne exécution du PGES selon les standards internationaux, ainsi que de la communication en temps utile à l’EDC des écarts par rapport aux objectifs du PGES sur les sites sacrés et culturels, et de la vérification de la mise en œuvre des mesures correctives.
Le MinCult assistera l’EDC dans la procédure de déplacement des sites sacrés et sera chargé de payer les indemnisations, selon les barèmes usuels en accord avec le Plan d’Indemnisation et de Recasement du Projet, pour la perturbation des sépultures.
Il est, néanmoins, important de souligner que la Direction du patrimoine n’est pas responsable de la mise en œuvre du programme archéologique de Lom Pangar, mais participe à son contrôle. L’exécution d’une telle mission est du ressort d’organismes compétents en la matière, capables de mobiliser de solides équipes professionnelles et de mener à terme les travaux archéologiques associés à un projet de barrage d’une telle envergure. Le ministère de la Culture et l’université de Yaoundé assurent un nombre important d’activités prioritaires et de responsabilités, sans liens avec le projet, ils pourraient donc rencontrer des difficultés à assurer sans soutien extérieur une telle entreprise.
Les vestiges archéologiques et historiques exhumés dans le cadre du projet de construction du barrage de Lom Pangar seront la propriété de l’État camerounais et celui-ci pourra les mettre à la disposition des archéologues pour analyses et études approfondies ultérieures.
Le Cameroun ne disposant pas des structures autorisant les diverses analyses (carbone 14, datation par thermoluminescence, collections comparatives de faune, anthracologiques, etc.), il pourra être envisagé d’envoyer temporairement à l’étranger les artefacts susceptibles de présenter un intérêt afin qu’ils puissent être étudiés plus finement. Un local, idéalement situé sur le site d’Ekounoudu, permettant le stockage des vestiges archéologiques tout au long de la durée du projet, sera également à prévoir.
10.3 Plan de gestion des sites culturels
Ce plan souligne les procédures et méthodes à appliquer en vue d'une gestion des biens culturels au cours des travaux de construction du barrage de Lom Pangar. Les étapes suivantes sont décrites de façon plus détaillée dans le développement du plan ci-dessous :
 Identification des sites durant les travaux,
 Méthodes pour minimiser les impacts relatifs aux biens culturels,
 Formation des contractants et programme de sensibilisation,
 Types de récupération des donnés,
 Traitement en laboratoire et conservation,
 Analyse spécialisée des artefacts récupérés,
 Préparation du compte-rendu,
 Responsabilités de la gestion.
Cérémonies rituelles pour déplacements des sites sacrés
Pour les sites sacrés et sépultures qui ne peuvent être évités par les travaux ou qui seront submergés par la montée des eaux, les mesures suivantes devront être adoptées :
 Exhumation des tombes se situant dans la zone d’impact, et leur transfèrement vers d’autres sites d’inhumation,
 Paiement des indemnisations, selon les barèmes usuels en accord avec le Plan d’Installation et de Recasement, pour la perturbation des sépultures et sites sacrés,
 Cérémonies rituelles traditionnelles en vue de déplacer ou de détruire les lieux sacrés (arbres, plantes et marécages),
 Choix d’autres lieux (espaces) qui serviront à abriter les nouveaux sites rituels.
Identification des sites durant les travaux
Les zones recelant des couches archéologiques en plein air importantes et/ou présentant un haut potentiel de biens culturels susceptibles d'y être enfouis (voir section 9) devraient rester sous surveillance au cours des travaux de construction sauf si elles sont évitées. Une organisation chargée des travaux déterminera si des couches archéologiques enfouies dans le sol sont présentes à l'intérieur du périmètre du Projet. De gros volumes de terrain devant être brassés durant ces travaux, on peut s'attendre à y identifier :
 Des sites enfouis sans indices visibles en surface ;
 Des fosses, foyers et tous autres vestiges en plein air ;
 Des traces d'occupation à des périodes antérieures sur des sites présentant des signes d'occupation visibles en surface.
Les techniques de collecte des données ne seront mises en œuvre qu'à la condition que le site soit évalué comme important (cf. § 3.3).
Méthodes pour minimiser les impacts relatifs aux biens culturels
Un certain nombre de méthodes peuvent être mises en œuvre afin de minimiser les effets directs sur les biens culturels importants. Selon le type de bien culturel, on pourra recommander la mise en œuvre de l'une ou de plusieurs des méthodes suivantes. L'option généralement préférée consiste à éviter les sites culturels importants, puisque l'on évite complètement tout impact direct potentiel. Si un site ne peut être évité, alors on entreprend généralement des démarches afin de réduire les impacts directs. Ces techniques peuvent inclure, par exemple, recouvrir le site, ou conserver les données architecturales et historiques relatives aux structures, si cela est approprié. Si le site ne peut pas être protégé
de façon convenable, la supervision de la construction et la collecte des données peuvent s’avérer être les méthodes les plus appropriées.
 Eviter le site constitue une des premières méthodes afin d'atténuer les impacts directs portant sur des biens culturels de grande importance. Souvent, la méthode la plus simple pour éviter les impacts consiste à détourner la zone d'impact due aux travaux de construction en dehors des limites du bien culturel. On recourt souvent au marquage du bien culturel pour éviter que la circulation des véhicules, par exemple, ne bouleverse malencontreusement la surface du sol. Toutefois, à l'exception des sites importants et étendus, ou des sites contenant des artefacts de première importance très fragiles et uniques dans leur genre, déplacer le Projet ne constitue pas obligatoirement au regard d’autres critères (techniques, économiques, sociaux ou environnementaux) l’option la mieux indiquée. S'il s'agit de grandes sections de territoire, il suffit souvent, pour éviter les sites, de disposer les installations autour de ceux-ci. Il est possible que certains sites importants ne puissent pas être évités, auquel cas d'autres, techniques de minimisation des impacts seront mises en œuvre, telles que celles décrites ci-dessous.
 Enfouir un bien culturel sous une couche protectrice peut aussi représenter une méthode efficace de protection. Selon les types d'artefacts en présence et les caractéristiques propres au sol (comme, par exemple, les caractéristiques du pH et l'intensité des cycles d'humidité/de sécheresse), l'enfouissement peut souvent procurer la protection adéquate contre les effets dus à la compression provoquée par des équipements lourds. L'enfouissement contrecarre aussi les effets du vandalisme. Si un site est enfoui, la terre utilisée pour recouvrir le site doit être dépourvue de tous artefacts. On peut occasionnellement recouvrir le site et le comblement principal d'une terre ayant une couleur distinctive (comme du sable, par exemple). Cette méthode facilite un déplacement futur du comblement, si besoin est, tout en permettant, pour un certain laps de temps du moins, une nette distinction entre la terre du comblement et la surface naturelle.
 Avant de diagnostiquer un enfouissement, les artefacts sont souvent collectés sur la surface du site. D'autres types d'artefacts peuvent aussi être collectés si le site doit rester enfoui en permanence. Recouvrir un bien culturel au moyen de matériaux de surface n'est pas, en général, une méthode adéquate.
 Il est également possible de superviser les travaux, ce qui nécessite de la part de l'exécutant une expérience solide pour identifier les types de biens culturels, d'artefacts et d'éléments caractéristiques qui leur sont associés, qui peuvent apparaître accidentellement. Cette approche poursuit les objectifs suivants :
 s'assurer qu'un site a bien été évité (en vérifiant si les limites du site ont été correctement clôturées ou marquées) et/ou qu'il ne sera pas accidentellement bouleversé au cours des travaux s'il est enfoui ;
 récupérer des artefacts en surface, au cours et juste à la suite des activités de débroussaillement et de déboisement, et pour inventorier des éléments mis à découvert durant le déboisement ;
 évaluer la présence de sites enfouis durant les travaux ;
 enregistrer des éléments caractéristiques durant les travaux à travers des sites connus, pour collecter des informations sur les relations stratigraphiques et pour récupérer des échantillons d'artefacts.
 Dans certain cas, la récupération de données peut représenter l'option la plus appropriée et la seule facilement réalisable. Cette méthode peut inclure la fouille d'unités, l'enregistrement de profils, d'analyses et de comptes-rendus scientifiques. Les méthodes de récupération des données font l'objet d'une discussion plus détaillée au paragraphe suivant.
Formation des contractants et programme de sensibilisation
Au titre du programme de formation à la sensibilité culturelle générale, les contractants et les sous-traitants recevront une formation sur l'identification des artefacts qui pourraient être trouvés dans l'aire du Projet, ainsi que les procédures pour dresser un rapport de découverte au personnel d'encadrement. Tous les artefacts découverts seront considérés comme propriété de la République du Cameroun et après leur enregistrement, analyse, et catalogage ils seront préparés pour conservation dans une institution officielle.
Types de récupération des donnés
Unités des fouilles contrôlées
Des unités de fouilles contrôlées peuvent être creusées à la main. Elles seront menées avec des outils manuels (telles que truelles, pioches, pelles, etc.) et leurs contenus pourront être passés au crible de tamis présentant des réseaux de 3 mm à 12 mm (= 0,125 à 0,5 pouces) de diamètre. Pour le traitement spécialisé des vestiges, on aura recours à des tamis encore plus fins.
Durant les fouilles, les artefacts tels que les débris de poterie, les pierres taillées et les silex seront ramassés pour être traités. On ramassera aussi, s'ils existent, tous les ossements, coquillages, fossiles carbonisés (pour les besoins de la datation au carbone 14) et autres restes de matières organiques. Des échantillons de sol seront prélevés pour procéder ultérieurement à l'extraction du carbone 14 ou pour servir à identifier les différents niveaux stratigraphiques.
On rédigera des notes exhaustives et précises sur les relevés de terrain dont les résultats seront conservés et l'on illustrera ces fouilles à l'aide de clichés, de cartes, de profils, de dessins et de plans.
Des unités de fouilles contrôlées seront creusées pour des sites déjà répertoriés ou découverts pendant les travaux, et évalués comme important.
Au cours du Projet, on devra prévoir la découverte possible de sites pendant les travaux. Sous des circonstances contrôlées, la récupération des données au cours des fouilles pourra apporter des informations de première importance concernant tel ou tel site.
L'examen du profil d’une tranchée peut souvent révéler un ensemble de traits difficiles à mettre en relief dans des unités de fouilles de plus petite envergure. En procédant au décapage et à l'examen du profil d’une tranchée, on pourra révéler des sites enfouis, des vestiges archéologiques (tels que, par exemple, des foyers, des fosses) et des concentrations d'artefacts. Selon les types d'artefacts et de vestiges mis au jour, des échantillons d'artefacts et de terrain pourront alors être prélevés en vue de leur analyse ultérieure ; on en tirera des clichés avant d'établir des dessins de leurs profils.
Traitement en laboratoire et conservation
L'analyse en laboratoire constitue une nouvelle étape dans l'interprétation d'une investigation archéologique. Tandis que l'évaluation in situ permet la collecte de données, le traitement et l'analyse en laboratoire récapitulent ces informations et permettent d'établir des constats significatifs portant sur le site en question. Le traitement en laboratoire comporte d'ordinaire les étapes suivantes : lavage, tri, catalogage et classification par tableaux des matériels récupérés.
Les artefacts et copies de tous documents, fiches, notes, comptes-rendus, clichés ou cartes concernant le site et générés par les opérations d'identification, de gestion et d'analyse des
biens culturels devront être conservés dans leur intégralité pour être déposés auprès d'un institut de conservation désigné par la République du Cameroun. Il faut noter que le Cameroun ne dispose, à l'heure actuelle, d'aucune institution de conservation qui réponde aux normes internationales en vigueur.
Analyse spécialisée des artefacts récupérés
L'analyse comporte une grande variété de techniques, allant de l'analyse optique menée par des spécialistes aux techniques spéciales de datation (c'est-à-dire la datation au carbone 14), qui doivent être réalisées dans des instituts spécialisés d'Europe ou des Etats- Unis. Au Cameroun, l'article 14 de la loi No. 91/008 du 30 juillet, 1991, "portant protection du patrimoine culturel et naturel national", permet un tel prêt. Cet article précise que :
"L'exportation de tout bien classé ou proposé au classement est interdite. Cependant dans certaines circonstances, l'autorité compétente peut accorder une autorisation spéciale d'exportation temporaire. Il en est ainsi notamment dans le cadre des expositions organisées par les pouvoirs publics, des foires ou pour des besoins scientifiques."
Préparation du compte-rendu
Responsabilités de la gestion
Pour que la gestion efficace du PGES puisse avoir lieu pendant le déroulement d’un projet, toutes les parties participant au Projet doivent connaître leurs responsabilités liées à la protection des ressources culturelles et s’engager à mettre en œuvre les actions et mesures requises pour satisfaire ces charges. Les parties responsables de la gestion de l’environnement devraient être les suivantes :
 Les Archéologues
 Les Entrepreneurs
 L’EDC
 Le Ministère de la Culture du Cameroun.
L’EDC, avec la participation du MinCult, devraient remettre le plan de traitement de mesures d’atténuation ainsi que le PGES de la présente étude aux Entrepreneurs pour les sensibiliser à la participation d’archéologues dans le Projet.
L’EDC obligera contractuellement les entrepreneurs qui travaillent sur la phase de construction du Projet, à satisfaire ces exigences, spécifications et procédures telles qu’elles s’appliquent à leurs travaux respectifs, et à obliger leurs sous-traitants à agir de même.
Avant de commencer les travaux dans le cadre du Projet, l’entrepreneur principal devra se réunir avec le Directeur de Projet archéologique pour recevoir des informations par rapport à la méthodologie du travail archéologique sur le terrain.
Pendant la phase de construction du Projet, les activités de travail seront suivies sur quatre niveaux pour assurer la satisfaction des exigences, opérations, buts et objectifs des aspects archéologiques.
Le Directeur et les Superviseurs du programme archéologique du Projet seront responsables de s’assurer que leurs travaux seront conformes aux exigences et spécifications concernant les aspects « Environment, Health and Safety (EHS) » du Projet. L’équipe archéologique doit assurer le Client que leurs interventions ne retarderont pas les travaux du Projet. Ils produiront un rapport mensuel, avec une copie
pour EDC et un autre pour le MinCult. En cas de conflit avec l’EDC et/ou le MinCult, l’équipe archéologique pourra contacter le panel environnemental et social d’experts indépendants du Projet.
 Le responsable environnement de l’entrepreneur observera les activités de l’Entrepreneur afin de s’assurer de la bonne mise en œuvre des prescriptions du PGES du Projet. Les ouvriers du chantier recevront une formation sur l'identification des artefacts qui pourraient être trouvés dans l'aire du Projet, ainsi que sur les procédures à suivre pour signaler une découverte au personnel d'encadrement.
 EDC tiendra le Directeur du Programme archéologique au courant du calendrier de tous les chantiers associés au Projet, afin que les archéologues puissent assurer la bonne mise en œuvre de mesures d’atténuation et du PGES.
 Le MinCult sera chargé d’examiner la conformité à priori, vérifier la mise en œuvre, et vérifier à posteriori les mesures prises par EDC sur les sites sacrés et culturels ainsi que les résultats de ces mesures sur les objectifs du PGES. La responsabilité de MinCult sera aussi de communiquer en temps utile à EDC, les écarts par rapport aux objectifs du PGES sur les sites sacrés et culturels et vérifier la mise en œuvre des mesures correctives. Le MinCult assistera EDC dans la procédure de délocalisation des sites sacrés et sera chargé de payer les indemnisations, selon les barèmes usuels en accord avec le Plan de Recasement d’Indemnisation, pour la perturbation des sépultures. Le MinCult délivrera en temps utile les autorisations administratives pour étudier les sites sacrés et culturels identifiés par le Projet. Il facilitera la résolution des conflits qui pourraient survenir en relation avec le traitement des sites sacrés et culturels par le Projet.
Le renforcement des capacités est l’une des exigences de la Banque mondiale imposée aux pays emprunteurs (PO/PB 4.11, par. 16) 30 . La présente proposition est une approche pour l’identification des besoins en renforcement des capacités dans le cadre de la mise en œuvre du Plan de gestion environnementale et sociale du projet de construction du barrage de Lom Pangar :
 Formation continue et supervision par le ministère de la Culture,
 Stages pour les étudiants,
 Renforcement de la capacité d’accueil du laboratoire d’archéologie de Yaoundé,
 Formation du personnel du laboratoire à la gestion et conservation des collections,
 Valorisation : vitrine archéologique de Lom Pangar au Musée national,
 Publication des résultats sous forme d’ouvrage ou d’article.
30 Banque mondiale 1987, 1991.
Soixante douze sites archéologiques et environ cent cinquante-et-un sites sacrés ont été identifiés lors des prospections de 2005, 2010 et 2011. En se fondant sur les résultats de ces prospections et sur les données publiées à propos de l’Oléoduc Tchad-Cameroun et de la route Bertoua – Garoua-Boulai, il est possible d’évaluer assez précisément la richesse du patrimoine culturel potentiel de la zone.
Il faut s’attendre à ce que l’ennoiement de la zone ainsi que les travaux provoquent la perte de sites pour la plupart datés d’une période comprise entre 1 000 (voire 2 000) ans et 200 ans avant l’époque actuelle. Il s’agira principalement de villages de l’Âge de Fer et de sites de réduction du fer. La présence de sites remontant à l’Âge de Pierre (de plus de 3 000 ans) n’est toutefois pas exclue.
Bien arrosée, la zone a manifestement été assez densément peuplée depuis des millénaires. Située en position de carrefour de cette partie du continent en matière de peuplement ancien, son intérêt ne doit pas être sous-estimé. La majeure partie des impacts du barrage est totalement inévitable et irréversible, mais peut être atténuée. Alors que les sites qui seront identifiés dans la zone des travaux de construction pourront théoriquement être contournés (annulant ainsi l’impact), ceux situés dans la zone inondée seront perdus.
La fouille et/ou le déplacement de ces sites atténuera les conséquences de cette perte grâce à la récolte des artefacts et des données archéologiques, l’indemnisation de sites sacrés ainsi qu’au dialogue avec les populations locales.