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Timestamp: 2016-10-21 16:55:03+00:00
Document Index: 136878520

Matched Legal Cases: ['art. 82', 'art. 83', 'art. 89', 'art. 93', 'art. 90', 'art. 105', 'art. 10', 'art. 10', 'art. 10', 'art. 10', 'art. 10', 'art. 1', 'art. 1', 'art. 1', 'art. 1', 'art. 36', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 65']

rue de l'H�tel-de-Ville 2, 1204 Gen�ve, repr�sent� par le D�partement des constructions et des technologies de l'information du canton de Gen�ve, place de la Taconnerie 7, 1204 Gen�ve.
recours contre les arr�ts du Tribunal administratif du canton de Gen�ve des 7 mars 2006 et 27 octobre 2010.
Par arr�t� du 24 mars 2004, le Conseil d'Etat genevois a class� les b�timents G912, G913 (parcelle n� 5750 de la commune de Gen�ve), G900 � G904 (parcelle n� 5754), G948 (parcelles n� 5755 et 5758) et G905 (parcelle n� 6712). Situ�s � l'angle rue de Chantepoulet-rue du Cendrier et propri�t� (� l'exception de l'immeuble G948) de la soci�t� Mont-Blanc Centre SA, ces immeubles forment le complexe "Mont-Blanc centre - Cin�ma Plaza". Oeuvre de l'architecte genevois Marc-Joseph Saugey, l'ensemble se compose du cin�ma Plaza (construit en 1951-1953), du b�timent n� 5 de la rue Chantepoulet (construit en (1954-1955) et de deux tours � la rue du Cendrier (construites en 1958-1968). Le classement �tait motiv� par l'int�r�t historique et technique des b�timents.
Sur recours de Mont-Blanc Centre SA, le Tribunal administratif genevois a, par arr�t du 7 mars 2006, renvoy� la cause au Conseil d'Etat afin qu'il proc�de � une �tude claire et compl�te des cons�quences du classement pour ce qui concerne la salle de cin�ma. Il y avait lieu de d�terminer si celui-ci permettait un rendement acceptable ou s'il convenait d'envisager d'autres possibilit�s d'am�nagement. Pour le surplus, l'arr�t� de classement �tait confirm�.
Le recours d�pos� par Mont-Blanc Centre SA au Tribunal f�d�ral contre cette d�cision a �t� d�clar� irrecevable par arr�t du 9 ao�t 2006 (cause 1P.258/2006); le renvoi au Conseil d'Etat n'�tait pas une d�cision finale et la propri�taire ne subissait pas de pr�judice irr�parable s'agissant uniquement d'un allongement de la proc�dure.
Le 28 janvier 2009, le Conseil d'Etat a rejet� la demande d'annulation du classement du cin�ma Plaza pr�sent�e par Mont-Blanc Centre SA.
Par arr�t du 27 avril 2010, le Tribunal administratif a partiellement admis le recours de l'int�ress�e contre la d�cision pr�cit�e et renvoy� la cause au Conseil d'Etat pour qu'il proc�de � une �tude claire et compl�te des possibilit�s d'am�nagement du cin�ma Plaza et de leur rendement. La cour cantonale n'est pas revenue sur l'examen de la mesure de classement en tant qu'elle concernait les autres b�timents du Mont-Blanc Centre, question qui avait �t� examin�e dans son arr�t du 6 mars 2006 et qui n'avait pas fait l'objet du renvoi pour instruction compl�mentaire au Conseil d'Etat.
Le 30 novembre 2011, le Conseil d'Etat a annul� le chiffre 1 du dispositif de son arr�t� du 24 mars 2004 en tant qu'il visait le classement du b�timent abritant le cin�ma Plaza. La demande d'annulation relative aux autres b�timents situ�s dans le complexe "Mont-Blanc centre" a en revanche �t� d�clar�e irrecevable.
Agissant par la voie du recours en mati�re de droit public, Mont-Blanc Centre SA demande au Tribunal f�d�ral d'annuler les arr�ts du Tribunal administratif des 7 mars 2006 et 27 avril 2010, sauf en ce qu'ils concernent le cin�ma Plaza, de constater que le classement des autres b�timents du complexe dont elle est propri�taire est inconstitutionnel et, partant, d'annuler cette mesure. Elle se plaint pour l'essentiel d'une mauvaise application du droit cantonal relatif � la protection des monuments, d'une violation du principe de la proportionnalit� et d'une in�galit� de traitement.
La Chambre administrative de la Cour de justice du canton de Gen�ve, qui a succ�d� au Tribunal administratif, s'en rapporte � justice quant � la recevabilit� du recours et persiste dans les consid�rants et le dispositif de ses arr�ts. Le Conseil d'Etat s'en rapporte � justice en ce qui concerne la recevabilit� du recours. Au fond, il conclut au rejet du recours et � la confirmation des arr�ts du Tribunal administratif des 7 mars 2006 et 27 avril 2010. Invit�e � se d�terminer, la soci�t� Patrimoine Suisse Gen�ve a indiqu� ne pas vouloir intervenir dans la proc�dure. La recourante a r�pliqu� le 30 mai 2012; elle persiste dans les conclusions de son recours.
1.1 Dirig� contre des d�cisions rendues dans le domaine du droit public de l'am�nagement du territoire et des constructions, le recours est en principe recevable comme recours en mati�re de droit public conform�ment aux art. 82 ss LTF, aucune des exceptions pr�vues � l'art. 83 LTF n'�tant r�alis�e. En tant que propri�taire des immeubles concern�s par la mesure de classement litigieuse, la recourante est particuli�rement touch�e par les arr�ts attaqu�s et peut ainsi se pr�valoir d'un int�r�t personnel et digne de protection � leur annulation ou � leur modification. Elle a d�s lors qualit� pour agir au sens de l'art. 89 al. 1 LTF.
1.2 La recourante demande l'annulation des arr�ts du Tribunal administratif des 7 mars 2006 et 27 avril 2010.
1.2.1 L'arr�t du Tribunal administratif du 7 mars 2006 a confirm� le classement du complexe "Mont-Blanc Centre", � l'exception du cin�ma Plaza, pour laquelle la cause a �t� renvoy�e au Conseil d'Etat. Consid�rant que cette d�cision n'�tait pas finale, le Tribunal f�d�ral a d�clar� irrecevable le recours d�pos� � son encontre par la recourante.
Le 27 avril 2010, le Tribunal administratif a de nouveau renvoy� la cause au Conseil d'Etat s'agissant de la question du cin�ma Plaza; il n'est toutefois pas revenu sur l'examen de la mesure de classement en tant qu'elle concernait les autres b�timents du Mont-Blanc Centre.
Faisant suite � ce dernier renvoi, le Conseil d'Etat a, par arr�t� du 30 novembre 2011, annul� la mesure de classement relative � la salle de cin�ma Plaza et d�clar� irrecevable la demande d'annulation de l'arr�t� du 24 mars 2004 en tant qu'elle concernait les autres b�timents du complexe.
1.2.2 Le classement du cin�ma Plaza ayant �t� annul�, ce point n'est plus litigieux. En revanche, la question du classement des autres b�timents du complexe Mont-Blanc Centre, li�e � celle du cin�ma Plaza n'a pas �t� examin�e par le Tribunal f�d�ral, l'arr�t du Tribunal administratif, qui renvoyait la cause au Conseil d'Etat, ayant �t� consid�r� comme une d�cision incidente par le Tribunal f�d�ral (arr�t 1P.258/2006 du 9 ao�t 2006). Un recours contre l'arr�t du Tribunal administratif du 27 avril 2010 aurait �galement �t� d�clar� irrecevable (cf. art. 93 LTF). L'arr�t� du Conseil d'Etat du 30 novembre 2011, qui fait suite au renvoi du dossier par le Tribunal administratif et refuse d'entrer en mati�re sur le classement des autres b�timents du complexe Mont-Blanc Centre, met un terme d�finitif � la proc�dure � cet �gard au niveau cantonal; la voie du recours en mati�re de droit public est par cons�quent ouverte contre les arr�ts des 7 mars 2006 et 27 avril 2010 en vertu de l'art. 90 LTF.
La recourante se plaint tout d'abord d'une constatation incompl�te des faits.
2.2 La recourante reproche au Tribunal administratif d'avoir occult� dans son raisonnement juridique les faits confirm�s par les expertises financi�res relatives � l'impact du classement sur sa situation. Il s'agit des expertises Hiltbrand, Engel & V�lkers ainsi que Rieben. Il ressort toutefois de l'arr�t du 27 avril 2010 que le Tribunal administratif a mentionn� les expertises pr�cit�es, dont il a fait un r�sum� succinct. Comme le rel�ve la recourante elle-m�me, il serait excessif d'attendre d'un juge qu'il reproduise chaque ligne d'un document scientifique auquel il se r�f�re. Dans ces conditions, il appara�t que les juges cantonaux n'ont pas proc�d� � une constatation inexacte des faits en r�sumant le contenu des expertises en question. Mal fond�, ce premier grief doit �tre rejet� et Tribunal f�d�ral est par cons�quent li� par les faits retenus dans les arr�ts des 7 mars 2006 et 27 avril 2010, conform�ment � l'art. 105 al. 1 LTF.
La recourante fait valoir qu'en vertu de l'art. 10 al. 3 LPMNS, le Conseil d'Etat aurait d� d�clarer la demande de classement d�pos�e par la soci�t� d'art public (ci-apr�s: la SAP) irrecevable.
L'art. 10 al. 3 LPMNS pr�voit que si la demande de classement porte sur un immeuble dont la d�molition ou la transformation a fait l'objet d'un pr�avis favorable de la commission des monuments, de la nature et des sites (ci-apr�s: la CMNS) et est pr�vue par une autorisation de construire ou de d�molir en force, elle est sans d�lai d�clar�e irrecevable.
4.1 Il ressort du dossier que la SAP a demand� le classement du complexe Mont-Blanc Centre le 10 janvier 2002. Pr�alablement � cette demande, la recourante avait obtenu, le 30 juin 1997, une autorisation de r�novation des fa�ades de ses immeubles, prolong�e � cinq reprises, la derni�re fois jusqu'en juillet 2003. La CMNS avait pr�avis� favorablement la demande de r�novation des fa�ades, sous certaines r�serves.
4.2 Le Tribunal administratif a retenu, dans son arr�t du 7 mars 2006, que l'autorisation de r�novation avait �t� pr�avis�e favorablement par la CMNS, sous r�serve de la r�alisation de certaines conditions, dont la n�cessit� de soumettre les r�gles de menuiserie ainsi que le choix des mat�riaux et des teintes au service des monuments et des sites; cette condition avait �t� reprise par le d�partement lors de la d�livrance de l'autorisation, le 30 juin 1997. Lorsque la demande de classement des b�timents de la recourante avait �t� d�pos�e par la SAP, des propositions �taient �tudi�es par la CMNS et par le d�partement pour permettre la r�novation des fa�ades conform�ment � l'autorisation d�livr�e, et en particulier � la condition susmentionn�e. Finalement, les travaux avaient �t� autoris�s par le d�partement le 14 avril 2003. Dans ces conditions, les juges cantonaux ont consid�r� que le Conseil d'Etat �tait fond� � statuer sur la demande de classement formul�e par la SAP. Au surplus, les modifications apport�es � l'art. 10 al. 3 LPMNS en 2004 et 2005 �taient motiv�es par le d�sir d'�viter les demandes de classement dilatoires. Or, en l'occurrence, la demande de classement n'avait nullement emp�ch� l'autorisation et l'ex�cution des travaux de r�novation des fa�ades.
La recourante tient ce raisonnement pour arbitraire. L'autorisation dont elle disposait, accord�e en 1997 et prolong�e jusqu'en 2004, �tait en force depuis moins de cinq ans lors du d�p�t de la demande de classement. De plus, elle faisait l'objet d'un pr�avis favorable de la CMNS. Elle estime que les discussions relatives au prototype de fa�ade ne suppriment en rien le caract�re ex�cutoire et l'entr�e en force de l'autorisation de construire de 1997. Par ailleurs, la demande de classement avait eu pour effet de stopper net le projet de fa�ade qu'elle avait d�velopp�. Le d�partement et la CMNS avaient par la suite pr�text� de l'existence de la demande de classement pour refuser son prototype et l'obliger � r�aliser un prototype financ� et command� par la direction du patrimoine et des sites.
4.3 En l'esp�ce, la recourante ne conteste pas que la demande de classement n'a pas emp�ch� la mise en oeuvre de l'autorisation de construire obtenue le 30 juin 1997, de m�me que l'ex�cution des travaux de r�novation des fa�ades. Or, le but de l'art. 10 al. 3 LPMNS est d'�viter les demandes de classement dilatoires, ce qui n'appara�t pas �tre le cas de la demande de la SAP; la recourante ne le pr�tend d'ailleurs pas. Au demeurant, l'imp�ratif de conserver le caract�re d'origine des b�timents n'a pas co�ncid� avec le d�p�t de la demande de classement, cette exigence remontant d�j� � l'�poque de la d�livrance de l'autorisation de construire, celle-ci �tant assortie de conditions ad hoc touchant � la protection du patrimoine. A cela s'ajoute que, comme le souligne le Conseil d'Etat dans sa r�ponse du 29 mars 2012, l'autorisation de construire d�livr�e par le d�partement en 1997, relative � la r�novation des fa�ades, ne portait pas � proprement parler sur la d�molition ou la transformation de b�timents existants, mais sur des travaux d'entretien des immeubles. Il appara�t d�s lors que le Tribunal administratif n'est pas tomb� dans l'arbitraire en retenant que l'art. 10 al. 3 LPMNS n'imposait pas au Conseil d'Etat de d�clarer d'embl�e la demande de classement irrecevable.
La recourante consid�re que la LPMNS ne saurait servir de base l�gale au classement de fa�ades enti�rement reconstruites. Invoquant l'art. 1 let. a LPMNS, elle all�gue que le but de la loi est le maintien de la substance mat�rielle originale des monuments et de prohiber les transformations lourdes, du type de celles impos�es par le Conseil d'Etat pour les fa�ades. Il serait d�s lors arbitraire, apr�s avoir impos� une reconstruction des fa�ades, de classer ce pastiche. Cette d�marche serait �galement contraire � la Charte de Venise.
5.1 Selon l'art. 1 let. a LPMNS, le but de cette loi est de conserver les monuments de l'histoire, de l'art ou de l'architecture et les antiquit�s immobili�res ou mobili�res situ�s ou trouv�s dans le canton.
5.2 Dans son arr�t du 7 mars 2006, le Tribunal administratif a constat� que les fa�ades des immeubles de la recourante avaient �t� r�nov�es. Cette r�novation, qui avait fait l'objet de nombreux rapports et pr�avis, respectait toutefois les �l�ments d'origine et ne d�naturait aucunement l'oeuvre de Saugey. Elle ne s'opposait ainsi pas au prononc� d'une mesure de classement. L'�volution en mati�re de conservation des monuments, et partant de leur classement, pouvait en effet se r�sumer en deux mots : "conserver n'est pas congeler".
La recourante ne partage pas l'avis des juges cantonaux. Selon la Chartre internationale sur la conservation et la restauration des monuments et des sites, adopt�e par le 2�me congr�s international des architectes et des techniciens des monuments historiques en 1964 (ci-apr�s: la Chartre de Venise), la conservation des monuments devait se fonder sur le respect de la substance ancienne. Les op�rations visant la reconstruction, et non pas la restauration des sites, constitueraient donc des "falsifications" et seraient inacceptables dans le contexte de la conservation du patrimoine. Le terme "conservation", dans le contexte de la LPMNS, visait le maintien de la substance originale des b�timents.
5.3 Il est douteux que la motivation de la recourante soit suffisante sous l'angle de la d�monstration de l'arbitraire (cf. consid. 3 ci-dessus). Celle-ci se contente en effet d'opposer son opinion � celle des juges cantonaux, sans d�montrer en quoi cette derni�re serait insoutenable. Quoi qu'il en soit, celle-ci n'appara�t pas d�raisonnable. La recourante semble tout d'abord perdre de vue que ce ne sont pas les fa�ades en tant que telles qui ont fait l'objet de la mesure de classement, mais les b�timents eux-m�mes, ainsi que leurs �l�ments dignes d'int�r�t qui en d�pendent; selon les sp�cialistes, lesdits immeubles pr�sentent une valeur historique et architecturale au point de faire partie du patrimoine construit de l'architecture moderne. La recourante ne conteste pas que la r�novation des fa�ades respecte les �l�ments d'origine et ne d�nature pas l'oeuvre de Saugey. Or, l'on ne voit pas que l'art. 1 let. a LPMNS exclurait la protection des monuments dont certains �l�ments d'origine n'ont pas pu �tre conserv�s. Ainsi que le rel�ve le Conseil d'Etat, la plupart des monuments qui subsistent de nos jours ont fait l'objet, au travers de leur histoire, d'interventions diverses, plus ou moins importantes selon les cas, ce qui n'emp�che pas a priori qu'ils puissent b�n�ficier d'une mesure de protection, tel un classement. Au surplus, la Chartre de Venise, qui traite des principes qui doivent pr�sider � la conservation et � la restauration des monuments, laisse � chaque Etat signataire le soin d'en assurer l'application dans le cadre de leur propre culture et de leurs traditions. Elle n'impose aucun crit�re aux Etats concernant les mesures de protection ad�quates (classement, mise � l'inventaire, etc.) et ne saurait par principe faire obstacle � la r�novation d'un b�timent, voire au classement d'un b�timent r�nov�.
Dans ces conditions, il appara�t que le Tribunal administratif n'a pas fait une application arbitraire de l'art. 1 LPMNS en consid�rant que la r�novation de la fa�ade des immeubles du complexe Mont-Blanc Centre ne s'opposait pas au prononc� d'une mesure classement. La recourante se plaint d�s lors en vain, dans ce contexte, de ce que le classement litigieux serait d�pourvu de fondement l�gal.
La recourante conteste ensuite que la mesure querell�e remplisse la condition de l'int�r�t public impos�e par l'art. 36 al. 2 Cst.
6.1 D'apr�s la jurisprudence, les restrictions de la propri�t� ordonn�es pour prot�ger les monuments et les sites naturels ou b�tis sont en principe d'int�r�t public (ATF 126 I 219 consid. 2c p. 221; 119 Ia 305 consid. 4b p. 309 et les arr�ts cit�s). Le Tribunal f�d�ral examine librement si une mesure de protection est justifi�e par un int�r�t public suffisant; il s'impose toutefois une certaine retenue lorsqu'il doit se prononcer sur de pures questions d'appr�ciation ou tenir compte de circonstances locales, dont les autorit�s cantonales ont une meilleure connaissance que lui, notamment en mati�re de protection des monuments ou des sites (ATF 132 II 408 consid. 4.3 p. 416 et les arr�ts cit�s). Il appartient en effet de fa�on prioritaire aux autorit�s des cantons de d�finir les objets m�ritant protection (ATF 126 I 219 consid. 2c p. 222; 120 Ia 270 consid. 3b p. 275; 119 Ia 88 consid. 5c/bb p. 96; 118 Ia 394 consid. 2b p. 397; cf. aussi ATF 129 I 337 consid. 4.1 p. 344).
Tout objet ne m�ritant pas une protection, il faut proc�der � un examen global, objectif et bas� sur des crit�res scientifiques, qui prenne en compte le contexte culturel, historique, artistique et urbanistique du b�timent concern�. Les constructions qui sont les t�moins et l'expression d'une situation historique, sociale, �conomique et technique particuli�re, doivent �tre conserv�s. De plus, la mesure ne doit pas �tre destin�e � satisfaire uniquement un cercle restreint de sp�cialistes; elle doit au contraire appara�tre l�gitime aux yeux du public ou d'une grande partie de la population, pour avoir en quelque sorte une valeur g�n�rale (arr�t 1P.79/2005 du 3 septembre 2005, in ZBl 2007 p. 83; ATF 120 Ia 270 consid. 4a p. 275; 118 Ia 384 consid. 5a p. 389).
6.2 Dans le cas particulier, la recourante all�gue que, contrairement � ce qu'a indiqu� la SAP pour justifier sa demande de classement, le Mont-Blanc Centre n'est pas la premi�re exp�rimentation constructive d'une fa�ade rideau en aluminium en Suisse. Par ailleurs, l'architecture du complexe litigieux faisait l'objet d'un manque de reconnaissance, voire d'hostilit� de la part du grand public. M�me les utilisateurs et locataires des immeubles commerciaux n'appr�ciaient gu�re l'int�rieur des b�timents, qu'ils estimaient impropres � l'utilisation en l'�tat actuel et lui pr�f�raient un aspect en meilleure ad�quation avec leur activit� commerciale et administrative. Enfin, la reconstruction des fa�ades, tout comme l'annulation du classement du cin�ma Plaza, supprimait l'int�r�t de la conservation des immeubles du complexe.
6.3 Pour confirmer la d�cision de classement, le Tribunal administratif s'est fond� sur les pr�avis de la CMNS et du Conseil administratif de la ville de Gen�ve, des 29 avril, respectivement 12 f�vrier 2003, lesquels �taient favorables au classement des immeubles litigieux. D'autres sp�cialistes s'�taient �galement exprim�s sur les qualit�s des immeubles, � savoir le conservateur des monuments, le bureau d'architectes Richter et Dahl Rocha, les architectes F. Graf et J. Menoud et le professeur Reichlin. Ces sp�cialistes ont en particulier retenu la valeur historique, architecturale, technique et urbanistique de l'immeuble Mont-Blanc Centre, qui faisait partie du patrimoine construit de l'architecture moderne. La valeur du complexe se retrouvait encore dans la litt�rature sp�cialis�e, selon laquelle cet immeuble de bureaux repr�sentait un cas unique � Gen�ve, tant au niveau des principes d'implantation, du contenu et de l'expression architecturale; il concr�tisait d'id�e d'un type de b�timent nouveau, celui de l'immeuble commercial de l'apr�s-guerre, v�ritable conteneur des fonctions urbaines modernes. L'expression architecturale du complexe s'exprimait notamment par ses fa�ades; pour la premi�re fois en Suisse, une fa�ade rideau d'aluminium et de verre habillait un immeuble commercial.
6.4 Malgr� les critiques de la recourante, il appara�t que les juges cantonaux n'avaient pas de raison de s'�carter de l'appr�ciation des diverses expertises et avis �manant de sp�cialistes, lesquels mettaient en avant le caract�re particulier digne de protection du complexe Mont-Blanc Centre. Les consid�rations de l'int�ress�e ne permettent pas de minimiser l'oeuvre de l'architecte Saugey et de discuter que les b�timents du complexe en cause pr�sentent un int�r�t historique, architectural, urbanistique et technique. En particulier, m�me � consid�rer qu'il ne s'agisse pas de fa�ades-rideaux au sens strictement architectural du terme, le caract�re novateur des fa�ades ressort clairement de la litt�rature, ainsi que l'a relev� le Tribunal administratif. En tout �tat de cause, la d�cision de classement de l'ensemble n'a pas �t� dict�e par le seul int�r�t attach� � ses fa�ades. La recourante ne conteste au demeurant pas que, m�me si la population n'avait pas eu � se prononcer sur la mesure de classement, ce complexe avait, depuis son �dification, marqu� la vie genevoise, comme il ressort de l'arr�t du 7 mars 2006. Il importe peu � cet �gard que, selon l'int�ress�e, les b�timents fassent l'objet d'un manque de reconnaissance, voire d'hostilit� de la part du grand public, ce qui n'est d'ailleurs qu'une simple all�gation. La recourante se plaint �galement en vain de ce que les utilisateurs n'appr�cient gu�re l'int�rieur des b�timents, cet �l�ment n'ayant aucune incidence sur leur int�r�t architectural digne de protection. Quoi qu'il en soit, selon les faits retenus par le Tribunal administratif et qui lient le Tribunal f�d�ral, la distribution int�rieure des locaux lou�s reste am�nageable; cela correspondrait � la conception de Saugey, pour lequel la r�partition de l'espace devait �tre adaptable aux besoins de chaque �poque. Au demeurant, l'annulation du classement du cin�ma Plaza ne prive pas le complexe Mont-Blanc Centre de son int�r�t, sur le plan de sa valeur historique et architecturale. Sur le vu de l'ensemble de ces �l�ments, le Tribunal administratif n'a pas viol� le droit f�d�ral en confirmant l'int�r�t public du complexe litigieux.
Enfin, la recourante reproche sans succ�s aux juges cantonaux d'avoir commis un d�ni de justice en n'analysant pas certaines de ses objections. L'arr�t du 7 mars 2006 traite en effet de son grief relatif � l'absence d'un int�r�t public suffisant et la motivation de la cour cantonale appara�t satisfaisante au point de vue du droit d'�tre entendu. Le pr�tendu d�ni de justice n'a de toute fa�on pas emp�ch� la recourante de recourir sur cette question. En outre, en consid�rant que le Tribunal administratif avait proc�d� � une constatation arbitraire des faits pertinents pour la d�termination de l'int�r�t public, la recourante critique en r�alit� leur appr�ciation juridique, question de droit qui a �t� examin�e avec le fond.
Il r�sulte de ce qui pr�c�de que le grief relatif � la d�termination de l'int�r�t public est mal fond� et le recours doit �tre rejet� sur ce point.
La recourante estime que la mesure de classement adopt�e par les autorit�s cantonales viole le principe de la proportionnalit�.
7.1 Le principe de la proportionnalit� exige qu'une mesure restrictive soit apte � produire les r�sultats escompt�s (r�gle de l'aptitude) et que ceux-ci ne puissent �tre atteints par une mesure moins incisive (r�gle de la n�cessit�); en outre, il interdit toute limitation allant au-del� du but vis� et il exige un rapport raisonnable entre celui-ci et les int�r�ts publics ou priv�s compromis (principe de la proportionnalit� au sens �troit, impliquant une pes�e des int�r�ts; ATF 126 I 219 consid. 2c et les arr�ts cit�s). L'examen, par le Tribunal f�d�ral, de la proportionnalit� d'une mesure de protection d'un b�timent ou d'un site est en principe libre mais, comme pour l'int�r�t public, il s'exerce avec une certaine retenue (cf. consid. 6.1 ci-dessus et la jurisprudence cit�e).
7.2 Selon la recourante, le classement aurait des effets dramatiques sous l'angle du confort et de la gestion des b�timents et des cons�quences �conomiques n�gatives. Les mesures li�es au classement lui imposeraient des contraintes tr�s importantes quant aux possibilit�s de d�molition, reconstruction ou transformation des b�timents, pr�judiciables voire incompatibles avec l'objectif d'un rendement acceptable. D'apr�s l'expertise Engel & V�lkers du 10 d�cembre 2009, le pr�judice subi en cas de maintien de la mesure est d'au moins 64'158'000 fr. L'expertise Hiltbrand l'estime � 56'000'000 fr. Le Tribunal administratif aurait enti�rement omis d'analyser l'impact des mesures de classement, et tout particuli�rement la r�novation des fa�ades qui lui a �t� impos�e dans ce cadre, commettant un d�ni de justice. De m�me, la pes�e des int�r�ts effectu�e par les juges cantonaux n'auraient pas tenu compte des aspects �nerg�tiques li�s � l'isolation des fa�ades.
7.3 Il ressort de l'arr�t du 7 mars 2006 que, lors de la comparution personnelle et du transport sur place, il a �t� pr�cis� que les contraintes se situaient au niveau de la fa�ade, des structures et de la salle de cin�ma. La distribution faisait partie de la typologie du b�timent et devait �tre maintenue. Les surfaces des couloirs et des escaliers ne pouvaient d�s lors pas �tre modifi�es. En revanche, un remodelage des surfaces de bureaux � l'int�rieur de celles-ci �tait possible. D'ailleurs des autorisations pour des modifications de cloisons avaient d�j� �t� d�livr�es. La recourante pouvait ainsi continuer � r�aliser des travaux dans ses b�timents et r�pondre � la demande des locataires dans les limites susmentionn�es. En particulier, la distribution int�rieure des locaux lou�s restait am�nageable. Cela r�pondait d'ailleurs � la conception de Saugey, pour lequel la r�partition de l'espace devait �tre adaptable aux besoins de chaque �poque. La cour cantonale a par cons�quent consid�r� que, pour les immeubles qui abritaient les bureaux et les commerces, il n'y avait pas de violation du principe de la proportionnalit�. Ce faisant, elle a r�pondu de fa�on suffisante du point de vue du droit d'�tre entendu au grief de la recourante et cette derni�re se plaint en vain d'un d�ni de justice. Par ailleurs, il appara�t que la motivation des juges cantonaux �chappe � la critique et que ceux-ci n'ont pas exc�d� leur large pouvoir d'appr�ciation. On peut en effet relever que, malgr� les contraintes r�sultant de la mesure de classement, la recourante peut continuer � louer ses locaux et les adapter � la demande des locataires, en respectant certaines conditions. La mesure litigieuse ne l'emp�che d�s lors pas d'avoir un rendement, m�me si celui-ci n'est pas optimal, comme elle l'all�gue, et d'utiliser ses immeubles � des fins commerciales. Les diff�rents arguments de la recourante ne permettent pas de consid�rer que son int�r�t priv� � r�aliser un b�n�fice plus �lev� primerait l'int�r�t public � la protection du complexe Mont-Blanc Centre. La mesure de classement litigieuse est par cons�quent conforme au principe de la proportionnalit� et le grief doit �tre rejet�.
La recourante se plaint finalement d'une in�galit� de traitement. Elle fait valoir que le complexe Mont-Blanc Centre comporte deux autres immeubles, propri�t� du groupe Axa-Winterthur, et que ceux-ci ont pu �tre modifi�s. Comme l'ont relev� les juges cantonaux, la mesure de classement litigieuse inclut �galement les b�timents propri�t�s de la Winterthur, sis � la rue du Cendrier 15 et 17. Il ne saurait d�s lors y avoir d'in�galit� de traitement. Il appara�t au demeurant que la recourante conteste plut�t les conditions de l'autorisation accord�e � Axa-Winterthur en 1998, soit avant la mesure litigieuse. Or, le bien-fond� de cette autorisation ne fait pas l'objet du pr�sent litige et n'a pas � �tre examin� c�ans.
Il r�sulte de ce qui pr�c�de que le recours doit �tre rejet�, aux frais de la recourante qui succombe (art. 65 et 66 LTF).
Le pr�sent arr�t est communiqu� aux mandataires de la recourante, au Conseil d'Etat du canton de Gen�ve et � la Cour de justice de la R�publique et canton de Gen�ve, Chambre administrative.