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Timestamp: 2017-12-17 17:32:50+00:00
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janvier 2017 – Historius : le Droit à travers l'Histoire
Cycle d’Histoire du Droit de l’Outre-Mer – Etude de l’oeuvre d’Albert Sarraut : Grandeurs et Servitudes Coloniales (part.5/6)
« Il est plus facile de faire la guerre que la paix » Georges Clémenceau, Discours de Verdun, 14 juillet 1919
CHAPITRE II – LES DEVOIRS INCOMBANT AUX PUISSANCES COLONIALES
Pour éviter l’implosion d’un système apparaissant à bout de souffle, Albert Sarraut – convaincu qu’une nouvelle étape avait été franchie au sein des Empire coloniaux – prônait désormais[1] l’ouverture des pays à une coopération interétatique, à l’heure où les intérêts personnels et collectifs s’entrecroisaient de manière toujours plus mondiale. Et ce constat demeurait d’autant plus perceptible, que la Première Guerre mondiale avait déjà gravement nuit à l’image de la domination Occidentale.
C’est ainsi que l’auteur plaidera pour la création d’une unité politique européenne, centrée autour de la coopération coloniale, pour ne plus reproduire les erreurs d’autrefois, mais au contraire tourner tous les efforts – auparavant consacrés à cette lutte régionale – autours d’une réponse commune, qui saura restaurer l’aura coloniale d’autrefois, pour ainsi poursuivre ces efforts, visant au développement de l’humanité. Pour autant, les obstacles semblent être encore bien trop nombreux pour espérer l’adhésion générale à cette entreprise, semblant irréaliste au vue des nombreuses dissensions qui attisaient les tensions de l’époque (Section I).
Et parce que de grandes puissances mondiales avaient progressivement émergées en dehors du cercle restreint européen, désormais le nouvel ordre mondial ne pouvait s’organiser sans ces États, à la seule gouvernance du Vieux Continent. Albert Sarraut préconisait en effet l’intégration de l’entente européenne, au sein d’une nouvelle organisation internationale, nouvellement crée par le Traité de Versailles de 1919, destinée à la création d’une « morale internationale.[2] » Mais encore une fois, les réalités d’un monde devenu résolument multipolaire, viendront mettre en difficulté cette volonté (Section II).
Section I : Un problème devant être traité à échelle régionale
Après les déboires de la Première Guerre mondiale, la coopération des États européens deviendra inévitable pour le maintien de son autorité dans le monde (§1). Mais cette unification sera d’autant plus problématique, en raison des nombreuses dissensions qui subsisteront au lendemain de la Grande Guerre (§2).
Paragraphe 1 : L’obligation d’une coopération européenne étroite
L’éclatement de la Première Guerre mondiale en Europe sonna le début d’un Conflit qui allait entrainer une ruine aussi bien matérielle que morale de l’Europe, qui fut en tous points profondément affectée (A). Cette autodestruction imposera dès lors une unification du Continent, pour restaurer le pouvoir d’antan (B).
A- L’irruption de la Grande guerre
L’auteur considérait la situation comme urgente, et appelait à cette union le plus rapidement possible, car les problèmes ne manquaient pas à la charge de ses artisans à cette époque. En effet, en sus de toutes les erreurs évoquées précédemment, le premier véritable évènement qui fit trembler les fondations coloniales de la planète, fut sans conteste la Première Guerre mondiale : « Dans le conflit dont la commotion s’est propagée jusqu’aux confins de la planète, l’Europe a perdu, avec son unité, l’autorité de ce commandement moral qui lui avait permis la domination et la régulation de l’univers.[3] »
La perte de ce commandement, fut autant due au handicap moral que cette guerre causa à la grandeur européenne vis-à-vis des populations indigènes, par une violation systématique de tous les engagements pris par le passé (gaz de combats, villes ouvertes bombardées, massacres de civils…), qu’au désastre financier que ce conflit entraina, ruinant ainsi l’Europe entière au prix d’une guerre totale, qui mobilisa les fruits de sa civilisation non plus au service de l’humanité, mais dans un unique but de destruction, qui grèvera pendant longtemps les budgets européens.
Car le bilan fut à la hauteur de cette catastrophe : Le premier conflit mondial fut d’un choc sans précédent qui faucha des millions de personnes, créant ainsi un déficit démographique comme l’Europe n’en avait jamais connu, et plus particulièrement pour la France.[4] Mais à cette hécatombe des armes, bientôt succédera la Grippe Espagnole, qui d’après des estimations fit au moins autant de victimes que la Grande Guerre elle-même.[5]
Sans parler de l’irruption des puissances américaines et japonaises, qui profitèrent pleinement des marchés délaissés par les puissances européennes, pour ainsi inonder ces derniers de leurs produits et en tirer de nombreux bénéfices commerciaux. Mais pourtant, l’Europe se releva matériellement assez vite de cette guerre. La contribution de leurs colonies, et le perfectionnement d’une industrie qui avait pris son essor – par les fournitures d’armements – permirent au Vieux Continent de retrouver son apparence d’avant-guerre, voire même de renouer avec une croissance significative, et ce dès le années 1920. On parlera d’ailleurs des Années Folles pour caractériser cette prospérité retrouvée.
Cette force amoindrie n’en demeurait pas moins toujours étincelante. Et sa grandeur d’Outre-Mer pouvait toujours être restaurée, à la seule condition toutefois, qu’elle soit le fruit d’une coopération européenne.
B- Les États-Unis d’Europe
Un jour viendra où la France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l’Alsace, toutes nos provinces, se sont fondues dans la France.[6]
Tel que le prophétisait déjà Victor Hugo, la volonté d’unir la puissance européenne, en tant que réalité politique et effective, fut un rêve de longue date. Mais ce dernier se sera longtemps heurté à des intérêts divergents, qui poussèrent les États à agir pour leurs comptes personnels, éblouit par l’éclat de bénéfices à court terme. Ainsi Albert Sarraut citera pour souligner ces discordes l’exemple du « Colonial Office anglais et ses Lawrence,[7] » ayant : « maintes fois essayé d’ébranler notre autorité et suscité sous nos pas les pires embûches.[8] »
Selon l’auteur, les grandes puissances coloniales ayant les mêmes origines historiques, et la même politique de rayonnement sur le reste du monde – via l’exploitation d’un domaine colonial – se devront de coopérer pour conserver leurs Empires, et de coopérer efficacement. Car les actions de l’une de ces puissances sur ses possessions, qu’elles soient négatives ou au contraire positives, amènent indirectement et irrésistiblement leurs lots de répercussions sur les territoires contrôlés par d’autres Nations. L’auteur parlera à cet effet d’une certaine « Fédération organisée des États européens[9] » devant « vouer sa grande force unanime à la même cause, son attention au même problème.[10] »
En effet, le Continent – regroupant en son sein la totalité des peuples colonisateurs – n’est-il pas lui-même le résultat d’une fédération indirecte, qui se sera nourris des fruits de sa différenciation des siècles durant ? Avec l’achèvement de son statut d’État-nation, par lequel sa culture délimitait aussi précisément les lignes de ses frontières qu’un obstacle naturelle et infranchissable le ferait. C’est cette force – décrite par Sarraut – qui s’élança en dehors de ses frontières, aussi sûre que ces siècles de réflexion qui lui avait permis de forger les armes, et les outils de sa domination, qui feront sa grandeur, aboutissant ainsi à propager une identité Occidentale servant alors de gouvernail pour l’humanité. C’est pourquoi l’auteur propose la création d’une fédération européenne : « Car celle-ci s’organiserait sur la base d’une entente économique, cette entente s’incorporerait nécessairement à l’économie coloniale.[11] »
Cependant, ces volontés hautement humanistes, et ambitieuses quant aux résultats recherchés, étaient restées au simple stade de souhait. Car une nouvelle fois, les réalités d’une Europe plus que jamais divisée persistaient.
Paragraphe 2 : La réalité d’une Europe fracturée
L’existence d’une Europe d’États désunies est une conséquence majeure du Traité de Versailles de 1919, qui entendait traiter toutes les conséquences de la fin de la Première Guerre mondiale. Et loin d’avoir apaisé une situation obscurcie depuis plus de quatre années, ce Traité au contraire posa les jalons d’une nouvelle période d’incertitude, qui connaitra son point d’orgue lors de la Seconde Guerre mondiale.
En effet, le sort réservé aux pays vaincus fut logiquement dicté par la passion du drame qu’avait été le dernier conflit. Ce traité signé à Versailles fut déjà par le lieu, d’une portée hautement symbolique. Car de cette même salle, qui allait entériner la défaite allemande, fut proclamé un demi-siècle auparavant, l’unité et la grandeur de ce même Empire. Le ton était alors donné quant au sort réservé pour les vaincus de l’Histoire, qui signèrent – sans conditions – le Traité le 28 juin 1919, à la date anniversaire des cinq années où commença le conflit, sous le regard bienveillant de l’immense peinture qui dominait la pièce – installée pour l’occasion – Louis XIV traversant le Rhin.
Le contenu de cet accord fut le fruit de longues tractations, lors de la Conférence de paix de Paris débutée en janvier de la même année. Et cette dernière révélait déjà les nombreuses dissensions européennes qui subsistaient, quant à la position à adopter pour le sort de l’Allemagne. La France souhaitait faire payer le prix fort à l’Allemagne par son démantèlement, qui aurait entrainé sa disparition pure et simple. L’Angleterre quant à elle prônait plutôt la restauration du pays en tant que grande puissance, dans un souci de rééquilibrage du Continent. Tandis que l’Italie ne réclamait rien d’autre que de modestes territoires autour de la mer Adriatique, au détriment de l’Empire Austro-Hongrois. Ces négociations aboutirent à des concessions draconiennes pour l’Allemagne – qui n’avait pas été conviée à ces négociations – et refusa même dans un premier temps de signer le Traité, avant de finalement se résigner à ratifier ce qui sera considéré comme un diktat par l’opinion allemande.
Ainsi les termes du Traité de Versailles prévoyaient en outre, de nombreuses amputations territoriales de l’Allemagne au profit des alliés, avec notamment la restitution de l’Alsace-Lorraine à la France, annexées depuis 1871. Si bien que le territoire sera amoindrit d’un huitième de sa surface d’avant-guerre, et du dixième de sa population.[12] Son armée sera réduite, et son territoire occupé. De très lourdes indemnités de guerre seront également exigées par les vainqueurs : 132 milliards de mark-or,[13] à titre de dédommagement pour la responsabilité du conflit. Ce montant sera jugé comme beaucoup trop excessif par les économistes de l’époque, mais les représentants des États victorieux n’écoutèrent pas les avertissements des spécialistes sur les conséquences dangereuses d’un tel traité :
Après la dépression économique causée par la perte de ses colonies, de sa flotte marchande, de ses possessions à l’étranger, l’Allemagne ne serait plus en état d’importer de l’étranger des matières premières en quantité suffisante. Fatalement, une partie énorme de l’industrie allemande serait donc condamnée à cesser d’exister. En même temps, le besoin d’importer des vivres augmenterait considérablement, tandis que la possibilité de le satisfaire diminuerait au même degré.[14]
Et, parmi toutes ces sanctions spectaculaires, la confiscation de ses colonies, selon Albert Sarraut, aura été l’une des principales servitudes pour l’économie allemande. Cette dernière rendra de fait, la satisfaction des exigences du Traité de Versailles irréalisable, par l’incapacité de l’Allemagne à se reconstruire économiquement : « Elle a privé l’économie germanique de ravitaillements en matières premières et de débouchés commerciaux qu’elle peut avoir la tentation de retrouver, au besoin par la force, dans ses confins européens.[15] »
En effet, ses colonies lui auront été retirées et placées sous le contrôle de la S.D.N par l’utilisation de mandats, cogérées par l’Angleterre et la France. Cette situation précaire de la santé économique allemande, se répercuta inévitablement sur les conditions de vie de sa population, qui multiplièrent alors les protestations au travers de révoltes et de grèves du travail. Ce climat insurrectionnel qui traversa l’Allemagne, eu pour conséquence d’amoindrir plus encore les capacités productives du pays, incapable de rembourser l’énorme dette de guerre. En conséquence de quoi, en 1923 la France aidée de la Belgique décida d’envahir les centres de production industrielle situées dans la vallée de la Ruhr, pour ainsi faire pression sur les autorités allemandes et obtenir les indemnités. En vain.
La situation de l’Italie était également un autre symbole de cette profonde fracture qui s’était installée sur le Vieux-Continent. A l’origine, le pays qui faisait partie de la triple Alliance,[16] rejoint la triple Entente le 24 mai 1915, au terme d’un accord secret conclu quelques mois plus tôt,[17] prévoyant le gain de provinces de la côte Adriatique, à la fin de la guerre. Mais les promesses ne furent pas tenues par les Alliés, et l’Italie demeurera la grande perdante du partage des territoires coloniaux, si bien que la notion de « victoire mutilée.[18] » pour évoquer la Première Guerre mondiale emportera très vite l’adhésion nationale.
Ainsi, l’absence de débouchés marchandes, le manque de matières premières, et l’impossibilité de réguler des populations en surplus, seront autant de germes fertiles au morcellement de l’Europe, d’où émergera des régimes autoritaires – au sein des deux pays précédemment cités – le parti national fasciste de Mussolini pour l’Italie en 1922, et le parti nazi d’Hitler pour l’Allemagne en 1933. Face à ces nombreux périls qui menacèrent à nouveau la sécurité mondiale, le rôle de la communauté internationale – comme possibilité de refonder la doctrine coloniale – s’avéra être le seul salut pour éviter un nouvel embrasement du Continent.
Section II : La recherche d’une coopération avec la communauté internationale
Albert Sarraut entendait au travers de la nouvelle organisation internationale de la Société des Nations – qui a vocation à maintenir la paix dans le monde – encadrer efficacement la question coloniale pour maintenir cette fraternité mondiale (§1). Mais les souhaits de l’auteur se heurteront une nouvelle fois à une fracture de la cohésion universelle, qui du fait de la non-adhésion de grandes puissances, reposait sur un équilibre fragile (§2).
Paragraphe 1 : La Société des Nation : une organisation à vocation internationale
La S.D.N fut créée en 1919, par le Traité de Versailles, sous l’impulsion notable du président américain Thomas Woodrow Wilson. Ce dernier fera état de la nécessité de la création d’une « Association générale des nations.[19] » qui « devra être formée sur la base de pactes spécifiques afin d’assurer les garanties mutuelles d’indépendance politique et d’intégrité territoriale, aussi bien aux petits États qu’aux grands.[20] » au travers de ce discours devant le Congrès américain, où il égrènera ses 14 points visant à ramener la paix et la sécurité en Europe.
Albert Sarraut considérait cet organisme comme indispensable pour assurer la coexistence pacifique du monde : « La paix de l’Europe, en la supposant fondée, n’est qu’une étape, une préface, capitale à coup sûr, mais insuffisante dans le grand œuvre de la paix universelle.[21] », en considération de la nouvelle multi-polarité qui avait émergé de l’émancipation des peuples, via l’action coloniale. Le droit international se voyait reconnaitre une nouvelle fonction incontournable, car désormais des troubles tout aussi destructeurs pouvaient déchirer les peuples du monde entier, et plus seulement en Europe, mais également en Asie, dont le déchainement mondial, par ses masses, sa puissance et ses passions, pouvait se répercuter d’une manière beaucoup plus grave sur le reste du monde.
Car le cœur du problème résidait finalement dans l’apparition de ce péril, crée par l’action coloniale elle-même selon l’auteur, par l’armement matériel et démographique réalisé par l’outillage européen sur les peuples asiatiques, qui fort de ces acquis, en démultiplièrent les bénéfices, bouleversant alors la place des hommes au sein du monde, et appelant de cette manière à la création d’un nouvel ordre mondial : « L’œuvre de la Société Des Nations serait vaine s’il n’en devait sortir la fondation d’un ordre nouveau réglant sur d’autres données les rythmes et les interférences de la vie universelle.[22] »
De cette manière, l’auteur entendait repenser totalement les rapports qui régissaient la hiérarchie des peuples, selon la logique d’un « prétendu postulat darwinien.[23] » qui n’avait que trop souvent atteint un point de discorde tel, que la guerre ne fut que l’éternelle réponse à une question, qui trouvait son lointain écho dans les derniers soupirs d’anciens peuples massacrés, qui avaient déjà questionné de la même manière les ancêtres des massacreurs, sans que ces derniers purent douter du bien-fondé de cette réponse, apportée par leurs prédécesseurs, et dont le flambeau, illuminait leur glorieuse destinée depuis les temps des premiers massacreurs, aussi sûrement que le soleil illuminait leur chemin, et évitait ainsi qu’ils soient les massacrés.
Ainsi, au vu de l’immensité de la tâche, ce type de logique dominatrice commandait inexorablement la majorité des rapports coloniaux entre les différentes Civilisations, et ce depuis les débuts de cette entreprise, surtout à son commencement. Mais changer ce postulat semblait relever de l’impossible pour des peuples, qui tout en récoltant les bénéfices de cette domination, n’oubliez pas les servitudes qu’elles lui avaient causées, et qui lui permettront, un jour, comme la moisson du printemps porteuse de tous ses fruits succède irrésistiblement à la rigueur de l’hiver, de s’affranchir eux-mêmes de leurs chaînes, et peut-être de dominer ensuite à leur tour.
C’est un Albert Sarraut empreint de réalisme, qui considérait alors que l’apport de la science Occidentale à ces pays leur avait conféré désormais une certaine maturité institutionnelle, obligeant ainsi les Empires à repenser leur doctrine de domination, pour ne pas que ces derniers s’évanouissent. Dans cette optique, l’émergence de la Société Des Nations, au travers de la communauté internationale, était l’occasion de recourir au contrepoids d’un arbitre, qui imposerait de ce fait, sa décision, par l’influence unie de l’ensemble des puissances qui la composerait :
Il faudra bien en arriver là pour résorber, dans la paix durable issue des accords équitables entre les continents, la crise qui met en jeu l’avenir de la civilisation européenne et a déjà tant fait parler de la ‘‘ Déchéance de l’Occident. ’’ Et j’entends bien, je n’entends que trop, hélas ! les objections qui se pressent à la pensée dès qu’un tel dessein se formule.[24]
En effet, la réalisation d’un tel projet de gouvernance mondial et non plus régional, sera stoppé par de nombreux intérêts divergents, que commandèrent des actions dissidentes, dirigées par des pays peu soucieux de la restauration de la puissance européenne, et à la préservation de la paix mondiale.
Paragraphe 2 : Une stature internationale non-assumée
La position de plusieurs puissances au sortir de la Grande Guerre, donna lieu à de nombreuses interrogations quant à l’utilité de la constitution d’une communauté internationale, qui était alors dès le départ, amputée de l’influence Américaine (A), et Soviétique (B).
A- L’imposture des États-Unis
Suite à la surenchère destructrice en Europe durant la Grande Guerre, les États-Unis – qui étaient déjà la première puissance économique mondiale depuis le dépassement de l’Angleterre en 1872 – sortirent d’autant plus renforcés par la dévastation du Vieux-Continent, qui permis de déplacer le centre de gravité mondial de l’économie, de l’Europe à l’Amérique, grâce à de nombreux prêts d’argent, qui avaient été réclamés par la Triple Entente[25] alors en sérieuse difficulté financière :
Pour payer son coûteux outillage public et son large équipement industriel, l’Amérique était devenue, selon l’expression d’un professeur de son Université de Columbia, M. Edwin Seligman, ‘‘ la grande débitrice du monde européen ’’. Si elle en est aujourd’hui la plus grande créancière, c’est que la guerre, qui a ruiné l’Europe, l’a enrichie de tout l’or de la vieille terre maternelle.[26]
En effet, les Etats-Unis, forts déjà de leur prééminence avant l’irruption du conflit mondial – en tant que première puissance agricole et industrielle respectivement dès 1840[27] et 1900[28] – deviendront alors les principaux créanciers des pays européens à l’issu de la guerre. De plus, les américains auront également réussi à capter une très grande partie des réserves d’or mondiales.
Cette hégémonie permis en outre de faire basculer le sort de la guerre, et de sortir le conflit de son enlisement, passant ainsi d’une phase de position qui piétinait depuis quatre années, vers un retour au mouvement, qui viendra à bout des forces allemandes au terme de l’armistice du 11 novembre 1918. Ce changement de doctrine – qui avait été caractérisé par un certain isolationnisme américain depuis la doctrine Monroe de 1823 – semblait devenue effectif avec la déclaration des 14 points de la nouvelle politique américaine du président Wilson, qui précéda la création de la S.D.N sous l’impulsion de ce dernier, laissant présager un futur plus interventionniste de la part des États-Unis, plus enclin à participer à la construction du nouvel ordre mondial.
Mais pourtant, il n’en fut rien. La Grande Guerre terminée, les États-Unis repartirent aussitôt dans leur isolement qui les avaient si bien caractérisés jusqu’à lors, avant d’enterrer définitivement les espoirs de naissance d’une communauté internationale influente, par le refus de la ratification du Traité de Versailles du Congrès américain le 19 mars 1920.
Et plus que ce simple refus d’adhérer à l’organisation internationale de maintien de la paix, les États-Unis n’en demeuraient pas moins être les organisateurs d’une conférence mondiale portant sur le désarmement naval, qui aboutira à la réduction des forces maritimes dans le pacifique : « Ce qui revient à appauvrir les moyens de défense de l’Europe coloniale dans les domaines d’outre-mer où la prédication wilsonienne, exploitée par le bolchévisme, a provoqué l’indiscipline des races.[29] » Ce double jeu dénoncé par Albert Sarraut, sera responsable d’un affaiblissement plus conséquent encore, de la force politique et économique de l’Europe, alors embourbée en plein marasme de la Grande Dépression. Cette attitude sera dénoncée avec force par l’auteur : « A-t-elle bien pesé les responsabilités qu’elle assume, non seulement au regard de l’humanité, qui a besoin du génie de l’Occident, mais au regard de sa propre fortune, lorsqu’elle sépare sa cause de celle de l’Europe et travaille à amoindrir celle-ci ?[30] »
Une autre puissance étrangère contribuera également à ce discrédit européen, tout comme les États-Unis, par son refus d’adhérer à la Société Des Nations.
B- L’imposture de la Russie Communiste
La Russie participa pendant longtemps à l’essor colonial mondial, avant de finalement adopter une politique hostile à l’égard des Empires, suite à la Révolution Bolchévique de 1917, qui aboutira à l’instauration d’un régime Soviétique. Par la suite, la Russie devint hostile aux Empires coloniaux européens, et n’aura de cesse de lutter contre ces derniers, à l’aide notamment d’une propagande communiste incisive à l’adresse des indigènes sous domination occidentale, qui créa de nombreux troubles au sein des possession asiatiques du Vieux-Continent : « Je parle de la Russie, de la Russie Soviétique, de la puissante nation qui, après avoir formé pendant plusieurs siècles la pointe d’avant-garde de l’expansion européenne en Asie, est devenue contre l’Europe la tête de colonne de l’offensive asiatique.[31] »
Ce changement de doctrine brutale alors orchestré par l’U.R.S.S[32], n’eut d’égal que son changement de régime – suite à l’adoption du communisme – tout aussi abrupt, qui lui imposa dès lors à lutter contre le système capitaliste, et donc par ricochet contre les Empires coloniaux qui en furent les pionniers. Ainsi, face à l’instabilité provoquée par les actions de la Russie, Albert Sarraut appelle les États européens à prendre une décision urgente quant à la position à adopter à l’égard de ce pays, intrinsèquement adverse à la restauration des Empires coloniaux : « Dès lors, la nécessité s’impose d’une politique cohérente des colonisateurs européens, commandée par un choix catégorique entre deux solutions : celle de l’accord, ou celle du combat.[33] »
Par ailleurs, à l’instar des États-Unis, les soviétiques qui étaient alors en pleine restructuration communiste, n’adhérèrent pas au Traité de Versailles prévoyant la création d’une communauté internationale au travers de la S.D.N. Ce refus symbolisa encore une fois les desseins hostiles de ce pays, qui en ne ratifiant pas ce traité, signifiait ainsi d’une manière détournée à l’Europe, son intention de ne pas choisir la voie de la conciliation politique et pacifique, destinée à la construction d’un nouvel ordre mondial fondé sur une coexistence pacifique des peuples. Bien au contraire, par cet isolement diplomatique consentit, l’U.R.S.S ne fit qu’accroitre davantage les tensions face à une Europe résolument désunie.
En effet, une telle union de pays ne pouvait s’effacer de la carte du monde aussi aisément, par sa puissance démographique tout d’abord – 160 millions d’habitants[34]– mais surtout par son emprise idéologique, avec l’avènement du communisme, et de l’influence de cette force dogmatique, qui recruta de nombreux prédicateurs à travers le monde, y compris au sein des démocraties occidentales, avec la fondation de partis communistes influents en Europe.
[1] Au jour où son livre paraît pour rappel en 1931.
[2] Albert Sarraut, op. cit., p. 169.
[3] Ibid., p.8.
[4] Proportionnellement à sa population, la France fut le belligérant le plus affecté de tous les acteurs de la Première Guerre mondiale, avec 1,4 millions de soldats tués. La classe d’âge la plus touchée fut celle des moins de 20 ans, qui en sus des morts naturels, fut amputée à hauteur de 52% à l’issu du conflit.
[5] Sciences et Avenirs, Grippe espagnole : le mystère de son origine enfin résolu, http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20140430.OBS5630/grippe-espagnole-le-mystere-du-virus-resolu.html, en ligne, page consultée le 1er mai.
[6] Discours Victor Hugo, Congrès de la paix à Paris en 1849.
[7] Albert Sarraut, op. cit. p.158.
[9] Ibid., p.164.
[12] Hérodote, 28 juin 1919 paix bâclée à Versailles, en ligne, page consultée le 1er mai 2016, https://www.herodote.net/28_juin_1919-evenement-19190628.php
[13] Larousse, Histoire : l’ambiguïté du Traité de Versailles, en ligne, page consultée le 1er mai 2016, http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/question_des_r%C3%A9parations/87469
[14] Keynes, Les conséquences économiques de la paix, Paris, Collection Gallimard, 1920, p. 42.
[15] Albert Sarraut, op. cit., p. 172.
[16] Groupement politique de 1882, formé de l’Allemagne, L’Autriche-Hongrie, et de l’Italie.
[17] Pacte de Londres du 26 avril 1915 entre la Triple Entente et l’Italie pour que cette dernière rejoigne leur rang, en échange de la promesse de territoires.
[18] Expression de Gabriele D’Annunzio de 1919, prince de Montenevoso.
[19] Président Américain Thomas Woodrow Wilson devant le Congrès, le 8 janvier 1918.
[21] Albert Sarraut, op. cit., p.160.
[22] Ibid. p.161.
[23] Ibid., p.163.
[24] Ibid., p.164.
[25] Accord diplomatique et militaire de 1892, formé par la France et la Russie à l’origine, elles seront rejointes par l’Angleterre en 1907.
[26] Albert Sarraut, op. cit., p. 163.
[27] Bairoch Paul, Niveaux de developpement économique de 1810 à 1910, In : Annales. Economies, Sociétés, Civilisations. 20°année, N°6, 1965, tableau p. 1096.
[28] Ibid., p.1110.
[29] Albert Sarraut, op. cit., p.167.
[31] Ibid., p.168.
[32] Union des Républiques Socialistes et Soviétiques fondée en 1922.
[33] Albert Sarraut, op. cit., p.169.
Auteur Benjamin KAROUBYPublié le 30 janvier 2017 20 novembre 2017 Catégories Cycle d'Histoire du Droit ColonialÉtiquettes Colonies, Droit colonial, Histoire de l'Outre-mer, Histoire des idées politiques, Histoire des Institutions, Histoire des relations internationales, Histoire des traitésLaisser un commentaire sur Cycle d’Histoire du Droit de l’Outre-Mer – Etude de l’oeuvre d’Albert Sarraut : Grandeurs et Servitudes Coloniales (part.5/6)
Cycle d’Histoire du Droit de l’Outre-Mer – Etude de l’oeuvre d’Albert Sarraut : Grandeurs et Servitudes Coloniales (part.4/6)
Le président de la République, Raymond POINCARÉ et le général MANGIN passant en revue un régiment de tirailleurs sénégalais à Fismes dans la Marne.
PARTIE II – LE PÉRIL D’UNE DOCTRINE COLONIALE NON RENOUVELÉE
La réalisation de ce grand dessein ne se fera pas sans causer de nombreux désagréments. Le mouvement européen, par le choc causé de son action, se heurtera à de multiples périls, qui se seront formés inexorablement contre ce dernier, sous l’instigation de grandes puissances mondiales hostiles à cette domination. (Chapitre I)
Car l’éclatement de la Grande Guerre, et l’incapacité d’un nouvel ordre mondial à émerger des ruines de l’ancienne hégémonie du Vieux Continent, s’avéreront être les principaux défis pour une Europe affaiblit, voyant son emprise sur le reste du monde diminuer, à mesure que sa puissance économique et politique déclinait. (Chapitre II)
CHAPITRE I – LES MENACES CRÉES PAR L’ACTION COLONIALE
La réalisation de cette grande aventure, qui affrontera des phénomènes aussi complexes que ceux engendrés au cours de luttes armées, et idéologiques, contre des cultures millénaires fermement établies, ne se fit pas sans causer de nombreux désagréments, se répercutant d’une manière irrésistible aux quatre coins de la planète par un jeu de vase communiquant, exposant ainsi les artisans de la colonisation à l’implosion d’un système, par les vertus exportées à ce dernier.
Ces menaces enfantées par l’action coloniale elle-même, auront eu pour conséquence de créer un climat d’hostilité à l’égard des grandes puissances, contre leur action civilisatrice, perturbant du même coup l’exercice de cette dernière. En effet, l’émergence de pays hostile à la colonisation ne tardera pas à venir menacer directement la pérennité durement établie par le système colonial, due en grande partie à la renaissance de l’Asie qui ne tardera pas à reformer le péril qu’elle fut autrefois (Section I).
Et les raisons de ce soulèvement ne manqueront pas à la charge des européens, qui sous couvert de la réalisation d’une entreprise délicate et périlleuse, n’en auront pas moins aiguiser les armes contre les propres justifications de leur présence. En raison de la complexité de la tâche, ces erreurs furent naturellement nombreuses, mais prendre conscience de ces failles permettrait, de les dépasser, pour ainsi les sublimer selon l’auteur (Section II).
Section I : L’émergence de pays hostiles à la colonisation
Cette nouvelle menace amorcera pour les européens le début d’une nouvelle ère de servitudes, durant laquelle le continent devra lutter face aux menaces faisant poindre la renaissance asiatique (§1). Mais cette résurrection précoce n’aura été possible que grâce à l’instigation de nouvelles puissances montantes, s’étant elles-mêmes érigées contre les Empires coloniaux, pour ainsi mieux les affaiblir (§2).
Paragraphe 1 : La renaissance asiatique
Ces pays profitèrent de nouvelles richesses matérielles et culturelles, procurées par la mise en valeur de leurs territoires, pour ainsi mieux s’émanciper de la tutelle européenne (A). Et cette menace deviendra d’autant plus pesante, par l’influence exercée de la seule puissance coloniale d’Asie ; le Japon (B).
A- La sédition des peuples asiatiques par l’islam
La déliquescence de l’Empire ottoman, qui abordait alors sa phase terminale lors du XIXème siècle, auquel se mêla l’impérialisme chrétien d’Occident, précipitèrent une remise en question de la foi musulmane : « dans la réforme islamique, spirituelle, et philosophique, la renaissance arabe trouve son plein épanouissement.[1] » Très vite, l’islam, qui se mua dans une révolution idéologique, redevint une menace pour les occidentaux qui avaient d’une certaine manière permis cette renaissance, par l’éducation de ses réformateurs :
Le prestige européen rencontrait devant lui d’âpres censeurs. Dix avant la grande guerre qui devait déchirer l’Europe, un musulman élevé dans nos écoles, un magistrat de droit égyptien, licencié en droit de l’Université de Toulouse, Yahya Sadyk, prophétisait le conflit européen en dénonçant la dégénérescence du monde occidental.[2]
La sédition de l’immense continent asiatique s’organisait irrésistiblement, poussé par une nouvelle vague islamique provoquée par la création du Wahhabisme, qui s’était érigé contre la présence occidentale, dominant alors une large partie des pays islamiques du monde. Ainsi la création de ce courant doctrinal donna un nouveau regain à l’influence mahométane, et revitalisa l’onde musulmane, qui bientôt fera trembler l’Asie tout entière sous son poids. Et le Premier Conflit mondial participera davantage à l’affaiblissement de l’aura européenne, confortant les musulmans de la planète dans leurs oppositions. De telle manière, qu’à la fin de la Grande Guerre, de nombreuses révoltes inspirées par ce nouveau courant éclatèrent, obligeant ainsi l’Angleterre à pacifier des régions indiennes, et à libérer l’Afghanistan,[3] ainsi que la Perse de sa tutelle, avec lesquels des protectorats partielles avaient été conclus. De plus, l’émancipation des nouveaux Turc, ayant échappés au démantèlement de leur pays prévu par le traité de Lausanne de 1919, réussirent à renégocier un nouvel accord aux conditions beaucoup plus avantageuses en 1923.
Tous ces évènements firent planer la menace de l’apparition d’une Asie affranchie, et unie contre l’oppresseur européen. Menace d’autant plus inquiétante, que sa population avait depuis plus que décuplée grâce aux bienfaits coloniaux : « je cite celui de l’Inde, où la population depuis un siècle s’est élevée de cent à trois cent cinquante millions de vivants.[4] » et péril d’autant plus imminent, car une puissance coloniale asiatique inspirait la crainte, par sa faculté de s’imposer en guide d’une fédération asiatique, formée contre l’oppression Occidentale.
B- L’Empire du soleil levant
L’existence du Japon ne fut découverte que tardivement par les européens, en raison de son éloignement, situé aux confins de l’Extrême-Orient. Alors en pleine unification du pays au XVIème siècle, le Japon autorisa l’ouverture de comptoirs sur ses côtes par le Portugal et Angleterre, en 1613 et 1609,[5] permettant ainsi d’acquérir le fruit du savoir européen de la Renaissance. Mais rapidement, les succès de l’avancée chrétienne dans le pays inquiétèrent le pouvoir central, qui décida le 22 juin 1636 de fermer totalement ses frontières. Les japonais ne pouvaient plus quitter leur pays, tandis que la construction de bateaux était quant à elle prohibée.[6] Commence alors une longue période de repli pour le Japon, qui allait durer plus de deux siècles.
Les Etats-Unis, jeune puissance industrielle montante, viendront mettre fin à cet isolement, par l’intervention de sa marine de guerre qui rouvrira ainsi les ports japonais au commerce mondial :
Mais voici qu’un jour, en 1853, au seuil des rades apaisées que sillonnent les jonques légères et, de loin en loin, quelques bateaux hollandais, seuls admis par le Japon à commercer, apparaissent soudain de grands vaisseaux de guerre, imposants et noirs, crachant la fumée par leurs hautes cheminées. C’est une flotte étrangère, l’escadre américaine de l’amiral Perry, qui vient sommer le Japon d’ouvrir ses portes au monde civilisé et d’entrer en rapports avec la vie de la race blanche.[7]
Incapable de faire face à la force de frappe occidentale, le Japon se résigna. Mais cette puissance en torpeur renaitra bientôt de ses cendres : « Il se courbe pour mieux se relever bientôt, avec un front plus haut et des yeux plus aigus.[8] » Le Shogunat qui dirigeait le pays jusqu’à présent, fut renversé au profit du nouvel Empereur Meiji en 1868, qui dès son arrivée au pouvoir, lança de vastes réformes pour moderniser son pays en profondeur, et le lancer aussitôt dans la course industrielle sur le modèle occidental.[9] Après la rénovation de son armée, la guerre sino-japonaise de 1895 confirmera l’efficacité de cette dernière, qui lui permettra de soumettre la Chine, et de coloniser l’île de Formose. Mais la véritable prouesse que réalisèrent les japonais, fut sans conteste l’anéantissement de la flotte Russe en 1905, qui plaça définitivement le Japon au rang de puissance mondiale de premier plan, faisant jeu égal avec l’Occident. C’était la première fois qu’un État européen était battu par une Nation asiatique.
Et cette renaissance ne fut pas le fruit du hasard, bien au contraire, elle fut même l’œuvre indirecte de puissances occidentales, hostiles aux Nations européennes coloniales, qui par leurs actions et à l’aide de leurs systèmes d’alliance, contribuèrent fortement à cette révolte venue d’Asie.
Paragraphe 2 : Les responsables de cette contestation
Les principaux instigateurs de ce vent de révolte qui secoua la prédominance européenne à travers le monde, fut un produit même de l’action coloniale qu’elle avait engendrée : les États-Unis (A). L’autre Nation responsable était celle étant naturellement opposé à l’impérialisme économique européen, de par son système économique : L’URSS (B).
A- Les États-Unis d’Amérique
Cette ancienne illustre colonie de la couronne britannique, qui ne gagna son indépendance pleine et entière qu’en 1776, connu une prospérité économique foudroyante, soutenu par un essor industriel tout aussi conséquent. Albert Sarraut la considèrera comme : « la plus belle des enfants de l’Europe.[10] » l’ayant alors construite, modernisée et industrialisée. En effet, les États-Unis ont la particularité d’avoir été une colonie de peuplement, toute la population était issue des migrations de pays européens : « Elle est issue de son propre sang. Tous les peuples européens l’ont fait de leur sève.[11] » Après avoir reçu les secrets de la science et de la technique, l’ascension fulgurante de ce jeune pays pourra dès lors commencer.
Plusieurs facteurs peuvent être avancés pour expliquer cette prospérité sans précédent. Avant tout, son insularité, protégé par deux océans de part et d’autre, lui permis un développement économique loin des tumultes européens. Les richesses de ses sous-sol, d’autre part, avec notamment la conquête de vastes et riches territoires vers l’ouest, lui firent bénéficier de matières premières en quantités nécessaires pour le développement de leur activité industrielle, sans ressentir de fait, le besoin de partir pour une couteuse et lointaine expédition coloniale. Tous ces facteurs prospères, lui auront permis de s’affirmer en tant que grande puissance industrielle en un temps record, et de se confirmer comme rivale des européens hostile à leurs Empire coloniaux, elle-même ayant été une colonie auparavant.
En effet, à peine la seconde guerre d’indépendance contre l’Angleterre fut achevée en 1814, que les États-Unis entreprirent l’évincement des derniers vestiges coloniaux espagnols sur le continent. L’attaque de la Floride qui précédera sa vente en 1819, signe le premier acte de ce changement de politique, qui confortera l’emprise du pays sur l’ensemble du territoire. La doctrine Monroe de 1823,[12] en sera la logique extension. Cette dernière proclamait les Amériques fermées à une nouvelle colonisation européenne, que projetait la Sainte-alliance,[13] ainsi que d’une manière générale, l’interdiction pour ces Nations d’intervenir, quelque en soit la cause, dans les Amériques. Les expéditions françaises au Mexique en 1861, ainsi que la crise diplomatique entre l’Angleterre et le Venezuela en 1895, créèrent de nombreuses tensions, en conséquence de quoi, un corolaire à la doctrine Monroe visant à légitimer les conquêtes impérialistes américaines fut adopté en 1904.[14]
Ainsi les États-Unis justifièrent de nombreuses interventions militaires en Amérique Latine, considérée alors comme étant sa « chasse gardée » au détriment des européens, et notamment de l’Espagne,[15] impuissants à pouvoir exercer une quelconque influence sur cette partie du monde. Entre temps, l’obtention de la colonie des Philippines en 1898 par les États-Unis, signifiera ouvertement aux puissances européennes, que l’Amérique désormais se posait en concurrente directe et hostile aux Empires coloniaux. Opposition qui connaitra son point d’orgue au crépuscule de la Grande guerre, avec la prédication wilsonienne de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes.[16]
La seconde puissance qui entravera la suprématie coloniale européenne fut la Russie communiste.
B- L’URSS
« Pour eux comme pour les masses laborieuses, la devise, le mot d’ordre doit rester le même : le communisme, voilà l’ennemi ![17] » Tel que l’affirma Albert Sarraut lors de son discours de Constantine de 1933, la Russie fut depuis la révolution bolchévique de 1917, l’ennemi des puissances coloniales, qu’elle s’efforça de combattre à l’aide de sa propagande communiste.
Ce pays présente des caractères communs à celui présenté précédemment, en effet, il s’agit d’une Nation immense, la première de la planète en terme de superficie, aux sous-sols regorgeant de richesses, s’étendant ainsi sur deux continents, entre l’Europe et l’Asie. Cette présence Eurasienne lui assura un large rayon d’action pour la réalisation de ces desseins anti-coloniaux :
En contact par ses frontières avec les musulmans de Turquie, de l’Asie Mineure, de la Perse, de l’Afghanistan, du Turkestan ; en contact avec les avenues de l’Inde, avec la Mongolie, le Thibet et la Chine, la Russie des soviets, après l’échec de son assaut de 1920 sur l’Europe, s’est repliée sur l’Asie où elle prépare contre cette Europe une offensive nouvelle, celle du monde asiatique.[18]
Ce projet visant à soulever une véritable croisade contre le capitalisme, visait originairement l’Angleterre, qui était la puissance occidentale la plus implantée sur le continent asiatique : « De nouvelles forces sont en train de surgir en Asie mineure et, si le bolchevisme et le nationalisme turc venaient à se joindre, la situation serait grave pour la Grande-Bretagne.[19] »
Ce sera contre ce flot intarissable de propagande communiste que les puissances coloniales durent lutter. Ces actions réveillant les nationalismes des pays sous domination européennes, provoquèrent de nombreuses révoltes au sein de ces territoires.
Mais comme l’explique l’auteur, la stratégie moscovite ne consistait qu’en l’exploitation d’erreurs déjà commises par le colon, et utilisées contre lui-même : « Jeter ce voile sur le mal n’est pas le moyen de le guérir. Moscou n’a pu agir que sur un terrain déjà propice.[20] »
Section II : Les erreurs concédées du fait colonial
L’introspection du fait colonial français permettra d’en dégager ses nombreuses vertus, évoquées précédemment, mais aussi les erreurs commises, qui en raison de la complexité de la tâche auront été également nombreuses. Ces erreurs concerneront majoritairement, l’échec de la doctrine d’assimilation française (§1), ainsi que la négligence de la métropole vis-à-vis de l’administration coloniale (§2).
Paragraphe 1 : L’échec de la doctrine de l’assimilation
Le principe de l’assimilation utilisé par les français, aura été l’une des plus grandes erreurs du système colonial. Et cette dernière aura été d’autant plus grande concernant principalement deux écueils : l’exportation de l’école laïc dans les colonies (A), ainsi que la volonté d’étendre l’abolition de l’esclavage Outre-Mer (B).
A- Un système pédagogique laïc
Aussi grande que soit la démarche, la tentative s’avère néanmoins être un échec, et plus précisément le modèle de l’éducation laïc : « Prétendre imposer à d’autre race nos concepts de la morale et du bonheur, […] c’était une entreprise hasardeuse, inspirée par une sentimentalité de circonstances plutôt que par des considérations de saine raison, et vouée par suite à un médiocre succès.[21] » D’autant plus que le domaine colonial français par son étendu et sa diversité, contenait une infinité de cultures et de civilisations diverses et variées, qui ne pouvaient de facto, être appréhendées d’une manière uniforme et universelle, telle que l’exaltation de la IIIème République – ayant impulsée l’école laïc – le préconisait : « Elle ne peut pas appliquer une commune mesure aux villages canaques et aux ruines d’Angkor, à telle peuplade anthropophage du centre africain et aux lettrés annamites nourris de la philosophie chinoise qui a précédé le christianisme de trois siècles.[22] »
En effet, tel que le suggéra Ferdinand Buisson, pionnier de l’école laïc républicaine, la pédagogie coloniale repose avant tout sur un effort d’adaptabilité : « C’est assez dire qu’il n’y a pour l’instruction aux colonies que des solutions d’espèces.[23] » L’école étant un moyen de domination culturelle des plus importants, la rapidité avec laquelle cette dernière fut mise en place, mènera le plus souvent à la déconstruction des rares matières enseignées auparavant, par une refonte complète d’un programme, résolument calqué sur celui de la métropole, et donc profondément inadapté aux populations indigènes, ayant même pu y voir, dans les pires des cas, le dessein d’une acculturation forcée, mais pourtant maladroite :
Sans doute eût-il mieux valu, dès l’abord modifier lentement l’enseignement traditionnel, le rapprocher peu à peu du nôtre, et pour cela transformer les pratiques et l’esprit du personnel enseignant, en éduquant soigneusement de nouveaux maître formés avec méthode à la mission qu’ils devaient remplir.[24]
La faute de cette carence fut principalement due à la précipitation dans laquelle l’école coloniale fut mise en place, et fut également le résultat des conditions difficiles dans lesquelles cette installation se réalisa.
Cette doctrine de l’assimilation rencontra encore bien d’autres déconvenues, dont l’une d’elle fut pourtant d’exporter l’un des meilleurs acquis républicains.
B- L’abolition de l’esclavage
Le 27 avril 1848, dans l’effervescence général de la IIème République nouvellement proclamée, Victor Schœlcher présente le décret d’abolition de l’esclavage, à destination de toutes les colonies et possessions françaises, devant être effectif dans les deux mois. Mais l’application de ce décret se heurta à de nombreuses réalités pratiques, dont la résistance des planteurs des vieilles colonies, voyant leurs intérêts personnels en danger, en fut la meilleure illustration. Et déjà le 1er mai 1848 l’auteur de ce décret s’indigna : « En vérité, je ne croyais pas qu’il serait si long et si difficile de tuer l’esclavage sous la République.[25] » En fait, la rédaction de ce texte était-t-elle peut être trop ambitieuse pour son temps, et plus particulièrement en son article 7 qui disposait que : « Le principe ‘‘ que le sol de la France affranchit l’esclave qui le touche ’’ est appliqué aux colonies et possessions de la République.[26] »
Cette disposition aux intérêts éminemment louables, mais beaucoup trop utopistes pour l’époque, a été accueillie par les pays sous domination française, comme un flot de promesses, écumant l’espoir et la liberté, pour des peuples qui n’en connaissaient depuis des générations alors que les mots. Ainsi cette vague se heurta très vite au barrage immense des réalités, qui n’alimenteront que d’autant plus les ressentiments de ces populations désabusées.
Car cette pratique était fermement implantée en Afrique, et ce depuis des siècles. Elle avait été mis en œuvre par la présence arabe à son arrivée sur le continent au VIIIème siècle,[27] et perdura longtemps encore après leur départ dans de nombreux pays africains. Ainsi lutter contre cet usage quasiment coutumier dans certaines régions relevait de l’impossible, d’un travail d’Hercule au meilleur des cas : « Nous l’avons aboli en droit ; mais l’abolition proclamée, notre tâche de libération ne fait que commencer.[28] »
Et la désillusion fut d’autant plus grande, que les indigènes bénéficiant de cette libération tant attendue, se retrouvaient de pas leur statut, dans un état de quasi-servitude. La faute incombant une nouvelle fois à la doctrine de l’assimilation, qui n’avait pas suffisamment éclairée le statut juridique des peuples colonisés pourtant promis à la citoyenneté : « Cela se traduit dans les faits par une semi-exclusion qui renforce la confusion : les affranchis hommes deviennent des citoyens tout en restant des colonisés.[29] » Alors que cette promesse d’émancipation hautement humaniste, avait l’un des faire-valoir de la justification coloniale occidentale. Ou pire encore, lorsque ces mêmes indigènes furent replacés en état de servilité, via les campagnes de travaux forcés réalisées par des compagnies privées, phénomène qui sera évoqué postérieurement.
Mais l’échec due à la doctrine de l’assimilation ne fut pas la seule grande erreur réalisée pendant l’œuvre coloniale, de nombreuses carences furent aussi à déplorer, concernant la gestion de l’administration générale de ses colonies par la métropole.
Paragraphe 2 : Une négligence de la métropole sur l’administration coloniale
Cette insuffisance de l’administration coloniale de la part de la France est avant tout à mettre sur le compte de ses agents, qui furent au contact avec les populations indigènes (A), et sur une carence générale des dotations fournies aux colonies (B).
A- L’indiscipline des services coloniaux
Les premiers colons et fonctionnaires au contact des indigènes qui furent envoyés vers ces terres lointaines, étaient la plupart du temps des désœuvrés partant pour une aventure incertaine, sinon des rebus de la société, voyant en cette œuvre l’occasion d’un enrichissement purement personnel, et non de l’humanité. Ces hommes étaient envoyés vers les colonies par la métropole dans l’opportunité d’éloigner leurs méfaits de cette dernière. Cette conséquence s’explique principalement par la dureté coloniale qui accompagnait invariablement le quotidien de chaque colon, dont la brutalité n’eut d’égal que l’immense tâche à affronter :
Le colon s’est expatrié sur une terre au dur climat, où le labeur est pénible, le déboire fréquent, le bénéfice problématique, l’entreprise souvent compromise par les routines, l’ignorance ou la paresse de l’auxiliaire indigène. Sous des cieux incléments, ce colon, qui trime dur, souffre et son esprit s’aigrit.[30]
Pourtant la sélection de ces agents, selon l’auteur, aurait dû être au contraire très sélective, pour une mission aussi délicate et hautement humaine qu’est celle de la colonisation. Mais la cruauté des climats, et les nombreux obstacles qui entraveront le chemin de l’aventure coloniale, seront autant d’éléments qui ne feront que décourager davantage ses artisans, mêmes pour ceux étant pétris des meilleures intentions. Ces conditions les inciteront le plus souvent à se laisser aller à la facilité, et à suivre ainsi la mauvaise voie, qui leur feront prendre de mauvaises décisions : « Il prend dès lors vis-à-vis d’elle des habitudes mauvaises, la rudoie, la bouscule, la tutoie, l’offense, sans discerner s’il s’adresse à un coolie ou à un indigène lettré et dignitaire, sans rassurer les rancœurs durables qu’il inscrit au tréfonds d’âmes qui savent ne pas oublier.[31] »
Par ailleurs, le système juridique à deux, voire trois vitesses, qui régira les rapports de droit à la fois des colons et des fonctionnaires français d’outre-mer, ayant le plein exercice de leur personnalité juridique au travers de la jouissance de leur citoyenneté, et des autres indigènes, bénéficiant d’une sous citoyenneté, voire parfois d’un statut inexistant, contribuera d’autant plus à stigmatiser ces populations indigènes, juridiquement et intrinsèquement inférieurs à l’homme blanc : « Cette condition de l’indigène colonisé, astreint à un régime de sous-citoyenneté, voire de non citoyenneté, tout en ‘‘ bénéficiant ’’ de la nationalité française dans ses aspects de contrainte (notamment, le service militaire) est bien connu globalement.[32] »
Ce fossé creusé de lui-même par l’administration coloniale et par l’indiscipline de ses agents vis-à-vis des gouvernements locaux, auront été : « l’une des pires servitudes de la colonisation .[33] » selon Albert Sarraut, en poursuivant : « Ceux qui s’en rendent coupables ne mesurent pas la part de leurs responsabilités dans les agitations qui secouent nos domaines coloniaux.[34] »
Et cette introspection expiatoire de l’administration coloniale ne s’arrête pas à ses simples agents, la faiblesse des ressources allouées aux colonies aura été également l’un de ses pires manquements.
B- Une carence de la métropole pour ses dotations coloniales
La métropole aurait dû dès le départ – d’après Albert Sarraut – doter ses colonies des premières infrastructures nécessaires à une exploitation économique suffisante, telles étaient les critiques récurrentes de l’auteur à l’égard de la politique coloniale de la France, qu’il avait déjà formulées, dès la parution de son livre « Mise en valeur des colonies » de 1922. Mais faute de moyens financiers, le pays ne s’y employa que très peu, à l’aide principalement de prêts restant toujours à la charge des colonies. De nombreuses inégalités de dotations étaient même à déplorer entre les différentes colonies sous domination française. Ainsi les deux principales possessions qu’étaient l’Algérie et l’Indochine absorbaient à elles seules la majeure partie des crédits coloniaux. Mais face au gouffre économique que représentaient le budget d’Outre-Mer, une loi de 1905 vint consacrer le principe d’autonomie financière des colonies.
Si bien que très vite, ces disparités firent apparaître des différenciations de traitement entre la métropole et ces territoires. La colonie la plus pauvrement dotée fut sans nul doute l’A.E.F,[35] qui en raison de son éloignement, et d’intérêts stratégiques quasiment nuls – dues en majeur partie au manque de ressources présentes sur le territoire – se verra être négligée par l’Empire d’investissements financiers, ou d’une politique de mise en valeur efficace.
Pire que cela, l’auteur critique la nouvelle politique de l’État, en appelant aux investissements privés pour pallier le déficit d’infrastructure, par une prise en charge de compagnies d’exploitations pour le développement de ces colonies faiblement dotées. En effet, pour tenter de rentabiliser un secteur largement déficitaire, la métropole entrepris le partage de l’A.E.F en quarante concessions d’une zone vaste comme la France[36] :
« Il s’agissait en fait d’une véritable démission de l’État : renonçant à faire lui-même les énormes investissements d’infrastructure nécessaires, celui-ci espérait que l’initiative privée, sous l’aiguillon des bénéfices escomptés, mettrait le pays en valeur.[37] »
Ces compagnies n’hésiteront pas à exploiter les indigènes par un travail forcé, aux seules bénéfices économiques à courts termes, qui ne permirent pas l’installation durable d’infrastructures productives dans cette région africaine, et animeront d’autant plus la méfiance des indigènes.
Mais pour autant, l’auteur n’était pas fondamentalement contre l’idée des travaux forcés, devant être exercés toutefois exclusivement au service de l’intérêt général, et non pas pour le compte d’intérêts privés ne justifiant pas de besoins urgents : « Il faut, souvent d’extrême urgence, y assurer à l’individu les satisfactions des besoins premiers : alimentation, vêtements, logement, communications.[38] »
Ainsi, ces menaces créent par l’action coloniale elle-même, eurent certes pour conséquence de remettre en cause la présence des puissances Occidentales sur ces terres d’Outre-Mer, aux yeux des indigènes, mais eurent cependant la vertu de mettre en lumière ces failles, aux yeux des colons, alors souvent bercés par la douceur d’une mission civilisatrice, apportant avec elle, les progrès de la science, qui dédouanaient parfois l’impunité de leurs actes. Des devoirs se présentèrent dès lors face aux Occidentaux.
Un appel de nouveaux devoirs, auxquelles ils devront nécessairement répondre, sous peine de voir leur domination remise définitivement en cause.
[1] Charles Rizk , Entre l’Islam et l’arabisme: Les Arabes jusqu’en 1945, Coll présence du monde arabe, édition Albin Michel, 1983, p.132.
[2] Albert Sarraut, op. cit., p.125.
[3] Sophie Chautard, Géopolitique du XXème siècle et du nouvel ordre mondial, P.216, Coll principes, édition Jeunes édition, 2005, p.216.
[4] Albert Sarraut, op. cit., p.125.
[5] Biraben Jean-Noël. Le point sur l’histoire de la population du Japon. In: Population, 48ᵉ année, n°2, 1993. pp. 450.
[6]Hérodote, 22 juin 1636(1115-1227) le Japon se replie sur lui-même, https://www.herodote.net/22_juin_1636-evenement-16360622.php
[7] Albert Sarraut, op. cit., pp. 119-120.
[8] Ibid., p. 120.
[9] Gérard Vindt, Alternatives Economiques, Meiji : une industrialisation mercantiliste, n° 219 – novembre 2003.
[10] Ibid., p.4.
[12] Alain Rouquié, l’Histoire, Amérique Latine, la chasse gardée des États-Unis, n°322, juillet 2007, p.96.
[13] Alliance monarchique entre la Russie, la Prusse, et l’Autriche de 1815. La France y adhère en 1818, et après avoir été chargée de restaurer la monarchie absolue d’Espagne en 1823, propose de réaffirmer la puissance espagnole en raffermissant son autorité sur ses anciennes colonies d’Amérique Latine devenus indépendantes.
[14] Granjon Marie-Christine. Les interventions des États-Unis en Amérique centrale (1885-1980) : le poids du passé. In: Politique étrangère, n°2 – 1982 – 47ᵉannée. pp. 299.
[15] Lors de la guerre hispano-américaine de 1898, l’Espagne perdra ses dernières possessions américaines, mettant fin ainsi à plus de quatre siècles de présence au nouveau monde.
[16] Discours du président américain du 11 février 1918.
[17] Albert Sarraut, Discours de Constantine, 1927.
[18] Albert Sarraut, op. cit., p. 132.
[19] Discours de Winston Churchill, 1920.
[20] Albert Sarraut, op. cit., p.136.
[21] Ibid., p.98.
[22] L’édition électronique, Ferdinand Buisson, http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=2374
[24] Albert Sarraut, op. cit., p.98.
[25] Lettre Victor Schœlcher au député Laurent-Antoine Pagnerre le 1 er Mai 1848.
[26] Décret d’abolition de l’esclavage du 27 avril 1848, article 7.
[27] Daniel Lefeuvre, Pour en finir avec la repentance coloniale, Paris, Flammarion, Champs actuel, 2008, p.23.
[28] Albert Sarraut, op. cit., p.88.
[29] Françoise Vergnés, Abolir l’esclavage une utopie coloniale : les ambiguïté d’une politique humanitaire, Paris, Albin Michel, l’Harmattan, 2001, p. 35.
[30] Albert Sarraut, op. cit., p.138.
[31] Ibid., p.138.
[32] Andrés Hervé, « Droit de vote : de l’exclusion des indigènes colonisés à celle des immigrés », Revue Asylon(s), Numéro 4, mai 2008, “Institutionnalihttp://www.historius.fr/wp-admin/post-new.phpsation de la xénophobie en France”
[33] Albert Sarraut, op. cit., p.139.
[35] Afrique Équatoriale française : Fédération de l’Empire colonial français crée en 1910, regroupant quatre pays équatoriaux : Congo, Gabon, Tchad, Oubangui-Tchari-Tchad.
[36] Catherine Coquery-Vidrovitch , l’Histoire, « Le Congo au temps des colonies », collections n°11,avril 2001,p.36.
[38] Albert Sarraut, op. cit., p.90.
Auteur Benjamin KAROUBYPublié le 30 janvier 2017 18 octobre 2017 Catégories Cycle d'Histoire du Droit ColonialÉtiquettes Colonies, Droit colonial, Histoire, Histoire de l'Outre-mer, Histoire de la philosophie politique, Histoire des relations internationales, Histoire des traités, Histoire du DroitLaisser un commentaire sur Cycle d’Histoire du Droit de l’Outre-Mer – Etude de l’oeuvre d’Albert Sarraut : Grandeurs et Servitudes Coloniales (part.4/6)
Cycle d’Histoire du Droit de l’Outre-Mer – Etude de l’oeuvre d’Albert Sarraut : Grandeurs et Servitudes Coloniales (part.3/6)
CHAPITRE II – UNE NÉCESSITE IMPOSÉE PAR UN DEVOIR HUMANISTE
Le phénomène de colonisation s’explique également par une justification profondément philanthrope, pour venir en aide aux populations indigènes, qui vivaient alors dans l’ignorance des bienfaits occidentaux.
C’est cette légitimation emprunte d’humanité qui justifia les grandes campagnes de colonisation lancées par la France, sous la IIIème République et qui, sous couvert de cet argument, colonisèrent une très large partie de l’Empire français pendant cette période. Cette légitimation pris plus encore de sens, en considération de la dureté de la tâche pour les artisans de la colonisation, qui s’exposaient alors à tous les dangers pour mener à bien leur dessein de suppression des frontières, à l’image de la longue conquête algérienne, qui cristallisa l’ensemble de ces périls (Section I).
Pour arriver au bout de leur mission civilisatrice, la plupart des colons durent alors faire preuve d’une certaine grandeur morale, eu égard à tous les apports de leurs actions au bénéfice des populations indigènes, qui permirent ainsi la pénétration des bienfaits de la Civilisation occidentale Outre-Mer, par la pacification obligatoire des territoires contrôlés et de la transmission de savoirs et de techniques, qui profitèrent durablement aux sociétés indigènes. (Section II).
Section I : Les servitudes de l’action coloniale
L’aventure coloniale aura été l’une des plus délicate réalisée par l’Homme. En effet, cette dernière, qui aura été jonchée d’obstacles (§1) et contournée d’embuches, aboutira, au prix de nombreux efforts, à une fragile et difficile mise en place de l’unité mondiale (§2).
Paragraphe 1 : Une entreprise jonchée d’obstacle
La colonisation d’un pays imposera à ses débuts d’aller au-devant de dangers multiples, parfois inconnus, mais pourtant bien présents, pour des colons s’exposant alors à de nombreux dangers (A), d’autant plus que les résultats de cette action demeuraient plus qu’incertains (B).
A- Une action délicate et dangereuse : une servitude physique
En effet, les périls auxquels s’exposaient les artisans de la colonisation européenne étaient innombrables. Ces derniers durent quitter leurs foyers pour aller au-devant d’une mission périlleuse, qui fut le prix à payer, destinée à civiliser les pays d’Outre-Mer.
Sa formule est : ‘‘ La colonisation œuvre de solidarité humaine. ’’ Pour demeurer légitime, la colonisation doit demeurer le grand fait par lequel un élan de civilisation, compensant et corrigeant les injustices de la nature, se propose de créer, parmi les êtres et les choses, un état de progrès matériel et moral amplifiant les moyens du mieux-être universel.[1]
Pour y parvenir, les colons envoyés pour asseoir l’autorité de la métropole réalisèrent un travail de longue haleine, destiné à porter les fruits de la culture occidentale. Les colonisateurs arriveront dans un pays inconnu et hostile, avec le plus souvent un climat harassant, ayant développé une nature hostile. Et s’il est bien un péril qui menaçait constamment les colonisateurs, ce fut sans conteste les épidémies qui décimèrent les corps expéditionnaires. L’exemple de la conquête d’Algérie en est la meilleure illustration :
L’année 1840 est la plus noire depuis le début de la conquête : près de 10.000 morts, la plupart par suite de maladies endémo-épidémiques. La répercussion atteint le pouvoir, touche l’opinion. Pour remédier à l’état sanitaire déplorable de l’Armée d’Afrique, le projet de construire des hôpitaux militaires permanents prend forme dès l’arrivée du lieutenant-général Bugeaud, nouveau Gouverneur général de l’Algérie.[2]
Ainsi, tel que le déclara le médecin principal du contingent d’Algérie : « L’histoire des possessions d’Afrique est presque exclusivement médicale.[3] » Ce ne sera qu’avec la construction d’hôpitaux permanents sur le théâtre algérien, que le nombre de décès dus aux maladies commença à baisser.
L’autre grande menace qui pesait sur les soldats était bien entendu les forces ennemies qui, sur les théâtres d’opération, incapables de faire face à l’arme de guerre occidentale, adoptaient le plus souvent une position non conventionnelle de guérilla, destinée à user les opposants au terme d’une véritable guerre psychologique.
Et l’autre servitude qui harassait les soldats sans cesse était le risque d’échec. Car bien que les soldats se heurtaient à d’innombrables difficultés, braver ces dernières ne garantissait aucunement la réussite de cette mission aussi complexe.
B- Une action aux résultats incertains : une servitude morale
Parmi les nombreux obstacles de la colonisation, l’incertitude quant à la réussite de l’opération participait grandement au découragement des colonisateurs, et résidait principalement dans les conditions très précaires dans lesquels se lançait les pionniers de cette aventure. A l’image de la conquête d’Algérie, débutée le 31 janvier 1830 et justifiée par une simple dette de blé impayée par la France. La prise d’Alger fut rapide et la nécessité d’envahir l’intérieur des terres se présenta tout aussi rapidement, au vu des harcèlements continus que subissait l’Armée française. Mais très vite, le pouvoir central fut lui aussi des plus incertains, quant à la position à adopter pour la nouvelle conquête française. La faute à une instabilité politique qui secoua le plus haut sommet de l’État. En effet entre 1830 et 1848, la France connu successivement trois régimes politiques qui participèrent d’autant plus à ce climat d’instabilité :
Les projets d’encerclement et de protection d’Alger dans les années 1840 sont l’écho des incertitudes politiques qui caractérisent les premières décennies de la colonisation française en Algérie. Dix ans après le débarquement à Alger en 1830, les Français tentent par tous les moyens d’asseoir leur domination coloniale. En 1840, Constantine a été soumise, mais la guerre avec Abd El Kader a repris aux portes d’Alger. De fait, la domination militaire est loin d’être acquise, la guerre se poursuit. Le principe même de la conquête territoriale, première étape dans l’entreprise de domination politique, est discuté. La question majeure est celle du territoire algérien utile et colonisable.[4]
Les dirigeants hésitèrent durant de nombreuses années, au terme de débats qui enflammèrent la vie politique de la métropole tandis que, pendant ce temps, les soldats français stationnant en Algérie essuyaient des attaques quotidiennes répétées. Car Abd El Kader avait réorganisé la défense algérienne et se dota d’une cavalerie puissante, mobile et polyvalente, de plus de 10.000 hommes.[5] Ainsi de nombreuses tribus se rallièrent à la cause de l’Émir contre l’envahisseur, profitant de l’inertie politique des colonisateurs. Si bien que l’idée d’abandonner cet héritage encombrant fut même envisagée par le roi Louis-Philippe nouvellement intronisé.
Finalement, les partisans d’une occupation restreinte de l’Algérie, qui préconisaient une limitation de la présence française aux seules grandes villes et régions les plus fertiles, furent supplantés par les défenseurs d’une occupation entière du territoire, qui ne sera obtenue qu’au prix d’une guerre totale, menée quarante années durant.
Une fois la servitude de la conquête terminée, commença aussitôt la servitude de l’administration de terres si chèrement acquises. Au-delà de tous les périls alimentant la conquête coloniale, les plus grandes difficultés viendront également entraver la mise en place d’une unité mondiale.
Paragraphe 2 : Une difficile mise en place de l’unité mondiale
L’Europe a supprimé l’obstacle des distances qui séparait les différents peuples des confins du monde. Cette rencontre occasionna le plus souvent un véritable choc des civilisations (A), laissant ainsi apparaître un devoir de prise en charge des indigènes qui fera alors émerger les premiers sentiments nationaux de ces pays (B).
A- Un choc des civilisations
Une fois la conquête de l’Algérie achevée, il faudra par la suite maintenir l’autorité de la métropole sur cette nouvelle possession, doublement illégitime, en ce que les colons étaient des étrangers et, de surcroît, de confession chrétienne. Cette confrontation fut révélatrice des dissensions qui animaient ces deux religions :
C’était le tout premier choc. Non pas l’Islam de plus tard, troublé, désorganisé, doutant de soi, mais l’Islam ‘‘solidement assis’’ alors ‘‘sur son orgueil intégral’’. C’était tout de même autre chose que les Peaux-Rouges de l’Amérique, les Mélanésiens d’Australie, voire les Bochimans, les Hottentots et les Nègres de l’Afrique. Si on a le souci de comprendre, il ne faut pas négliger le rapport entre les transformations réalisées et la puissance de l’obstacle surmonté.[6]
Cette confrontation directe entre civilisations fut le premier vecteur de nombreux désaccords que rencontrèrent les colons, dans les démarches entreprises pour l’administration de l’Algérie, et des autres colonies plus généralement. En effet, la religion entretient un rapport très étroit avec la civilisation que cette dernière aura enfantée selon un mode de processus originaire : « Les religions ont exercé et exercent encore une influence évidente sur la marche des civilisations, dont elles ont fait ou dont elles font partie ; c’est un élément qu’on ne saurait supprimer.[7] »
Deux conceptions de la vie s’affrontèrent au travers de cette entreprise coloniale qui ne fut finalement qu’une nouvelle rencontre avec l’Islam, après les affrontements qui les avaient déjà opposés au VIIIème siècle avec l’invasion arabe, puis lors de la Renaissance, et les menaces qu’avait fait peser l’Empire ottoman sur les frontières européennes. Mais cette fois, il s’agissait d’un choc des cultures à l’initiative européenne. Dès lors, les colons s’évertueront à tenter de concilier deux mondes que tout semblait opposer et d’assurer ainsi leur coexistence au sein d’une même société, pour le profit et au nom de l’Humanité.
Et si les colons furent exposés à ce type de contradiction, c’est bien à cause de leur nouvelle servitude, qui imposera la prise en charge des populations sous leur domination.
B- Un devoir de prise en charge des indigènes
Cette obligation, qui découle de la mission civilisatrice des colonisateurs, est une conséquence directe de la prise de possession de terres, destinée à contrebalancer cette dernière, pour alors en évincer son caractère de spoliation.
Si son droit est, en effet, de suppléer l’incapable pour l’utilisation des biens qu’il laisse dépérir, son devoir est, dans le même temps, de prendre charge de cet incapable, de le mettre, lui aussi, ‘‘ en valeur ’’, de le cultiver, physiquement et moralement, de le protéger contre lui-même et contre les misères qui l’assiègent, de l’éduquer enfin et de l’habiliter à devenir ‘‘ l’associé ’’ dans la gestion, l’exploitation et les bénéfices du domaine commun.[8]
Ainsi les colonisateurs prendront en charge le fardeau de leur conquête, au travers d’une nouvelle réorganisation de la société indigène, destinée à ouvrir les portes du Maghreb au reste du monde. Pour se faire, une rationalisation administrative complète, destinée à la mise en valeur du territoire algérien, fut réalisée. Cet autre système de gouvernance aura eu comme principal vertu de faire émerger un sentiment national au sein des consciences collectives algérienne qui, au moment où les premiers soldats français débarquèrent en 1830, était alors la plupart du temps inexistant, ou bien, dans le meilleur des cas, au simple stade embryonnaire.
Cette unité, nous avons fortement contribué à la façonner. En 1830, à notre arrivée, la population algérienne se décomposait en communautés distinctes par l’origine, les coutumes, la langue, les institutions, le genre de vie, les conceptions religieuses mêmes […] Mieux, dans un dessein de simplification, nous avons imposé, dans la rédaction des actes administratifs et judiciaires, l’emploi de la langue arabe à des gens qui n’avaient jamais parlé que la langue berbère ; aux vieilles coutumes des djemââs kabyles, nous avons substitués le droit musulman des cadis. C’est nous qui, achevant la conversion du pays à l’Islam. […] Dans quelle mesure, d’ailleurs, n’est-elle pas aujourd’hui le fondement même du nationalisme algérien ?[9]
La présence française aura donc par son action, unifiée l’identité algérienne qui sommeillait dans les profondeurs de l’Histoire et qui, à force de rationalisation et d’éveil de conscience, suscitera un sentiment de fierté pour les algériens, ayant enfin pu raccrocher leur Histoire nationale, à la locomotive de l’Histoire mondiale. Mais ce nationalisme, bien qu’ayant contribué à une certaine ouverture de l’Algérie au reste du monde, n’en sera pas moins la cause d’innombrables révoltes qui embrasèrent des villages entiers, au détriment des colonisateurs ayant eux-mêmes ravivés cette flamme.
Ainsi, le travail harassant des colons, aussi bien pour la phase de conquête de terres que pour celle de l’administration de ces dernières, constituera alors la servitude de ses artisans, qui ne pourront pas se dérober de leurs responsabilités. Et plus qu’un simple objectif de mise en valeur des territoires, les Occidentaux feront preuve d’une véritable grandeur morale, par l’octroi aux peuples colonisés d’un savoir-faire au travers des apports de leur civilisation, qui élèvera de manière durable leur condition.
Section II : Une grandeur morale comme vertu des colonisateurs
L’expansion coloniale de la France aura eu de nombreuses répercussions positives sur les pays sous sa tutelle. Elle utilisa notamment la force armée afin de pacifier totalement des territoires en vue de leur bonne exploitation (§1) et, une fois les conditions réunies, fera profiter à ses colonies des bienfaits de sa civilisation (§2).
Paragraphe 1 : Une pacification des territoires contrôlés
L’apaisement de ces possessions supposera l’annihilation par la force de toutes les menaces, intérieures comme extérieures, qui perturbaient jusqu’à présent la paix des territoires d’Outre-Mer, aussi bien en Afrique du Nord (A) que dans le reste de l’Empire Français (B).
A- La fin des terreurs locales d’Afrique du Nord
La première mission qui incomba aux colons, une fois la conquête achevée, était de sécuriser ces régions, trop longtemps soumises à l’injustice naturelle de la loi du plus fort : « Leur histoire semblable n’est qu’un long et tragique récit de guerre, de massacres, de razzias, de pillages, de servitudes affreuses. Guerre de tribus à tribus, guerre de roitelets à tyranneaux, guerres de pays à pays.[10] » Cette action était une condition sine qua non pour permettre une mise en valeur effective des terres, ainsi que la promotion des indigènes qui allaient les exploiter.
En effet, avant le débarquement français en Algérie, les pirates barbaresques écumaient les eaux de la Méditerranée, perturbant le commerce européen par une terreur qui inspirait la tyrannie sur mer. Des pays européens acceptèrent même de financer des accords avec la régence d’Alger, repaire des bandits, pour que leurs navires ne soient pas inquiétés. De nombreux bateaux occidentaux, aussi bien marchands que militaires[11] furent capturés et, au début du XIXème siècle, la razzia de l’île de Sant’Antioco en Sardaigne fut même évoquée pour la prise de mesures maritimes contre ce fléau lors du Congrès de Vienne de 1815.[12] Le bombardement d’une flotte britannico-néerlandaise de la ville d’Alger, l’année suivante, porta un coup décisif aux barbaresques, dont la menace fut définitivement anéantie par la conquête française d’Alger en 1830.
Les pillages répétés des tribus algéro-marocaines entre elles, affaiblissaient également les régences depuis des siècles. Ce ne sera qu’après l’invasion complète de l’Algérie que les forces françaises purent enfin se consacrer à stopper ces incursions, en dépêchant des renforts à la frontière avec le Maroc, afin d’arrêter les pillages de la tribu des Kroumirs[13] pour ainsi : « mettre à l’abri de façon sérieuse et durable la sécurité de l’avenir de l’Algérie.[14] » De la même manière, des tribus tunisiennes ajoutèrent aussi leurs pierres à cet édifice de barbarie :
Presque chaque incursion des Tunisien en Algérie était enregistrée, qu’il s’agît d’un vol de bétail, de l’incendie criminel d’une récolte ou d’autres méfaits, de représailles ou d’une entrée en territoire algérien en quête de pâtis. (…) En 1852, 1853, 1863 et 1864 les troupes françaises firent des expéditions punitives contre ces Tunisiens indisciplinés sans que le gouvernement beylical manifestât son mécontentement.[15]
Et très vite, à mesure que le domaine colonial s’élargissait, la même nécessité d’apaiser ces nouveaux territoires apparut.
B- La pacification du reste de l’Empire
Les terreurs locales, qui perturbaient la bonne administration du territoire, étaient loin d’être l’apanage de l’Afrique du Nord. Ces dernières sévissaient sur l’ensemble du continent africain, souvent en réaction à l’arrivée étrangère. Ainsi, la région du Sénégal connaîtra les mêmes types de troubles armés, avec l’appel au djihâd de El Hadj Homar, en 1854, contre l’invasion chrétienne : « Il avait conquis un vaste empire théocratique, s’étendant sur mille kilomètres, d’est en ouest, qui n’a eu d’émules que les grandes formations étatiques du Moyen-Orient.[16] » A sa mort, ses fils et son neveu continueront la lutte armée, mais leurs fiefs tomberont un à un, entre 1890 et 1893, par l’action des forces françaises.[17]
L’Afrique équatoriale quant à elle connaîtra également de nombreux troubles :
L’Afrique équatoriale, que Cameron appelle la ‘‘ terre de l’épouvante ’’ n’échappe pas à ce régime de sang et d’infortune ; des rives du Tchad, Rabah aux mains rouges étend sur elle son despotisme, par les vallées du Chari et de l’Oubangui, et se repose sur la tuerie indigène en massacrant la mission Crampel.[18]
En effet, Rabah, dernier souverain du Bornou,[19] tenta d’étendre son territoire, en engageant la guerre contre les français, qui se heurtèrent à sa progression au terme de plusieurs campagnes militaires, avant d’être défait définitivement en 1900, durant la bataille de Kousséri.
Et la situation de l’autre côté de l’Afrique, à Madagascar, ne dérogeait pas à la règle. Alors que le pays venait d’être annexé en 1896, de nombreuses insurrections menaçaient la nouvelle gouvernance de l’île. Mais la double action, à la fois politique et économique, menées par le général Joseph Gallieni, apaisèrent ces tensions, aussi surement que le progrès refoule l’ignorance.
Quant à la région indochinoise, à l’origine un protectorat avait été conclu avec le Cambodge, elle voyait ses frontières violées sans cesse par les pays limitrophes. Car la région était en réalité sous la menace d’une insécurité permanente et la proie de nombreuses conquêtes :
En Indochine, quand nous arrivons, le peuple cambodgien est près de succomber sous la double pression des Siamois et des Annamites ; le doux Laos est ravagé par les invasions de ses voisins ou par les conflits des féodaux héréditaires qui s’y disputent le pouvoir ; le Tonkin est assailli par les Pavillons Noirs de la Chine et désolé par les guérillas quotidiennes des pirates.[20]
Ainsi, partout où s’affirmait la puissance française, cette dernière rendait propice les conditions à l’émancipation des indigènes, et par extension à une bonne exploitation des territoires. Laissant alors le champ libre à la France pour faire pénétrer le produit de son savoir-faire accumulés par les siècles, au sein de ces territoires pacifiés.
Paragraphe 2 : Les bénéfices de l’action coloniale aux indigènes
L’apport de la science et de l’industrie européenne à ses colonies aura eu des répercussions positives sans précédents pour les peuples colonisés, grâce notamment à sa médecine (A), et avec la mise en place d’institutions vouées à perdurer à travers les âges (B).
A- Les apports de la médecine occidentale
Les servitudes de la conquête, ayant précédé le fardeau de la pacification, appelleront à l’obligation immédiate d’investissements humanistes, afin de doter les peuples indigènes des bienfaits de la science et de la technique moderne. Ces apports firent augmenter sensiblement la population de ces colonies, par le truchement des répercussions positives de la médecine occidentale préservant la vie, et de la productivité industrielle décuplant les rendements :
Notre labeur n’en a pas moins obtenu le résultat d’augmenter largement, de décupler en certains endroits le chiffre de la population noire. (…) En Algérie la population arabe et kabyle se chiffrait, il y a soixante ans, par deux millions d’habitants. Elle dépasse aujourd’hui cinq millions d’individus ![21]
En effet, la transmission de la médecine européenne, et plus particulièrement française,[22] fut fondamentale dans l’amélioration de la condition indigène, en considération des climats chauds, favorisant le développement de maladies endémo-épidémiques qui caractérisaient la totalité des possessions de l’Empire : « Peste, choléra, typhus, dysenterie, variole, paludisme, maladie du sommeil, fièvre jaune, béribéri, lèpre, trachome, fièvres récurrentes [23]. » Ces maladies furent un double défi pour les colons qui durent supporter la coexistence de leurs menaces perpétuelles, tout en permettant l’acheminement des infrastructures sanitaires indispensables à une lutte efficace contre ces infections qui sévissaient, par un aménagement efficace des territoires : « Des programmes de jour en jour élargis ont incorporé à l’œuvre générale de salubrité l’assainissement des agglomérations, l’asséchement des marais, l’adduction de l’eau potable, la construction des égouts, les prévoyances de l’urbanisme.[24] »
Les administrateurs organisèrent, dès 1905, des services de santé destinés aux seules populations africaines via l’Assistance Médicale Indigène.(A.M.I)[25] Ainsi, parallèlement à l’installation progressive de cette lutte de santé publique, symbolisée par les vastes campagnes de vaccination mises en place, qui virent le taux de mortalité indigène largement diminuer – par une construction toujours plus nombreuse de dispensaires et d’hôpitaux – un autre effort important par ses répercussions démographiques fut consenti, concernant le taux de mortalité infantile, qui fauchait les progénitures des peuples colonisés en masse, avec l’installation de maternités sur les territoires d’outre-mer.
Ces bienfaits eurent pour conséquence directe de réaliser un accroissement démographique sans précédent, accompagnant une amélioration des conditions de vie indigène tout aussi remarquable. Et, après avoir commencé à élargir l’horizon des indigènes, en améliorant la garantie fondamentale de leur survie, les colons poursuivront cette entreprise par la mise en place d’institutions qui régiront la nouvelle société indigène, basée sur les mêmes fondements d’équité, qui auront fait la grandeur de l’Europe.
B- La construction de « masses de granits » : par la mise en place d’institutions solides
En effet, l’une des grandes garanties élémentaires de la pérennité d’une société repose sur sa faculté de rétablir la justice, punir les contrevenants, pour ainsi réparer le préjudice causé à la communauté :
La justice générale est la vertu par laquelle l’homme se voue à l’œuvre du progrès humain, à ce que les auteurs scolastiques appellent ‘‘ le bien commun ’’, bonum commune. Nous avons vu que c’est la raison d’être de l’Homme sur la Terre ; il doit s’y consacrer tout entier. Prendre sa place dans l’ordre universel, c’est se mettre au service du progrès humain en collaboration avec les autres hommes.[26]
Car avant l’arrivée des occidentaux, la majorité des territoires d’Outre-Mer étaient alors en proie à un régime de droit largement coutumier,[27] et inégalement répartie sur le territoire, le plus souvent responsable de peines relevant d’un système archaïque d’ordalie : « Il existait en effet, à peu près partout, parmi les races noires ou jaunes, des formes de justice plus ou moins caractérisée. Mais imprégnés pour la plupart de l’état barbare où vivaient les uns, du régime despotique où se courbaient les autres.[28] » De cette manière, les Européens vont progressivement rebâtir le système judiciaire indigène, en le calquant sur l’organisation française, et introduire de nouvelles notions de droits qui avaient totalement été ignorés par la plupart de ces sociétés, tels que le droit du travail, des sociétés, ou encore le droit commercial.
De cette nouvelle conception de la justice va découler de nombreuses autres institutions, qui sous-tendent l’exercice judiciaire, telle que la codification du droit coutumier indigène[29] à la lumière des droits de l’Homme, pour rendre ainsi plus clairs et lisibles ces droits. Par ailleurs, le régime de la propriété collective s’effacera au profit de la propriété individuelle, qui précédera ainsi la création des premiers registres fonciers, ainsi que des crédits hypothécaires y afférents.
Ce nouveau système juridique complet viendra renforcer les droits des indigènes et accroître leur solidarité commune, par l’exercice d’une bonne et saine justice. Mais le plus grand œuvre réalisé par les colonisateurs fut sans doute la création d’un système pédagogique, pour ainsi éduquer les indigènes dès leur plus jeune âge : « L’instruction de la jeunesse, son éducation morale et civique doivent nous permettre de parachever l’œuvre de régénération dont nous sommes chargés. [30] »
Alors les indigènes, protégés par un système de droits complets, pourront dès lors, grâce à cette émancipation, participer à l’exploitation et la mise en valeur de leurs territoires, sous le contrôle des colons.
[1] Albert Sarraut, op. cit., pp. 69-70.
[2] Pierre-Jean Linon, Pourquoi un Programme de Construction d’Hôpitaux militaires permanents en Algérie avant la fin de la Conquête ? (1841-1860), Histoire des Sciences Médicales, Tome XLIII, numéro 3, 2009, p. 261.
[3] Médecin principal Antonini, 1841.
[4] Hélène Blais (dir), Florence Deprest, Fortifier Alger ? Le Territoire de la Colonie en débat vers 1840, dossier Géographie et colonisation, sous la direction de Blais, M@ppemonde, 2008-3 (http://mappemonde.mgm.fr/num19/articles/art08301.html)
[5] Mehdi Benchabane, L’Emir Abdelkader Face à la Conquête Française de l’Algérie (1832–1847). Éditions Édilivre, 2014, p. 32.
[6] Emile-Félix Gautier, Un siècle de colonisation. Etudes au microscope, Alcan, Paris, 1930, p. 47.
[7] Dr Coudereau, De l’Influence de la Religion sur la Civilisation, Bulletins de la Société d’Anthropologie de Paris, II° Série. Tome 2, 1867, p. 580.
[8] Albert Sarraut, op. cit., p. 73.
[9] Isnard Hildebert, Aux Origines du Nationalisme Algérien, Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 4ᵉ année, n° 4, 1949, p. 469.
[10] Albert Sarraut, op. cit., p. 81.
[11] La capture de la frégate Philadelphia en 1803, fleuron de la jeune US Navy, fut sans doute la prise la plus mémorable des barbaresques.
[12] Ganiage Jean. Daniel Panzac, Les Corsaires Barbaresques. La Fin d’une Epopée (1800-1820). In : Annales. Histoire, Sciences Sociales. 56ᵉ année, n° 3, 2001, p. 762.
[13] Pierre Montagnon, La France Coloniale la Gloire de l’Empire, Paris, Coll. Broché, Editions Pygmalion, 1988, p. 221
[14] Jules Ferry, devant le Parlement, le 4 avril 1881.
[15] G.-J. Van Krieken : Khayr al-Dîn et la Tunisie (1850-1881). In : Revue Française d’Histoire d’Outre-Mer, tome 64, n°235, 2e trimestre 1977, p. 220.
[16] Muriel Devey, La Mauritanie, Paris, Coll. Méridiens, Edition Khartala, 2005, p.125.
[17] Émile Ducoudray‪, Ibrahima Baba Kaké, El-Hadj Oumar Tall : le Prophète Armé, Editions ABC, Paris-Dakar-Abidjan, 1975, p.109.
[18] Albert Sarraut, op. cit., p. 82.
[19] Ancien Royaume formé au VIIIème siècle au Nord du Tchad.
[20] Albert Sarraut, op. cit., p. 83.
[22] La France qui était alors à la pointe de la médecine mondiale, avec les découvertes microbiennes de Pasteur à la fin du XIXème siècle, installa un réseau d’instituts dans l’Empire français, destiné à l’étude des maladies tropicales et fut à l’origine de nombreuses découvertes.
[23] Albert Sarraut, op. cit., p.83
[25] Dozon Jean-Pierre. Quand les Pastoriens traquaient la maladie du sommeil, In : Sciences sociales et santé. Vol. 3, n° 3-4, 1985. Anthropologie, Sociétés et Santé, p. 30.
[26] Leclercq Jacques, Note sur la justice. In : Revue néo-scolastique de philosophie. 28ᵉ année, 2e série, n° 11, 1926, p. 274.
[27] Maquet Jacques J. Droit Coutumier Traditionnel et Colonial en Afrique centrale. Bibliographie commentée. In : Journal de la Société des Africanistes, 1965, Tome 35, Fascicule 2, p. 411.
[28] Albert Sarraut, op. cit., p.93.
[29] « Les droits originellement africains dans les récents mouvements de codification : le cas des pays d’Afrique francophone subsaharienne » Vincent Kangulumba Mbambi, Les Cahiers de Droit, vol. 46, n°1-2, 2005, p. 411.
[30] Albert Sarraut, op. cit., p.96.
Auteur Benjamin KAROUBYPublié le 18 janvier 2017 13 juin 2017 Catégories Cycle d'Histoire du Droit ColonialÉtiquettes Histoire, Histoire de l'Outre-mer, Histoire des idées politiques, Histoire des Institutions, Histoire du Droit internationalLaisser un commentaire sur Cycle d’Histoire du Droit de l’Outre-Mer – Etude de l’oeuvre d’Albert Sarraut : Grandeurs et Servitudes Coloniales (part.3/6)
La procédure judiciaire à l’époque franque
La procédure judiciaire à l’époque franque : l’ordalie
L’organisation judiciaire à la période franque marque une rupture avec le système romain. La vengeance privée ou faïda fait son retour rendant le recours à la justice publique facultatif en cas d’homicide, de rapt ou d’adultère. Pour autant, dotée d’une organisation structurée avec des tribunaux, la justice publique dispose d’une procédure spécifique et d’un système de peine qui lui est propre. Dans le système germanique qui s’impose après les invasions, procès civil et pénal se confondent. Les procédures privées de type accusatoire concernent les crimes et délits entre particuliers tandis que les procédures publiques, organisées par le pouvoir royal opposent le roi et son sujet.
La procédure privée s’ouvre sur plainte de la victime ou de la famille. La charge de la preuve pèse sur l’accusé qui doit démontrer son innocence. L’aveu par la torture est réservé aux esclaves et aux témoignages ayant besoin d’être confortés. Les juges préfèrent se tourner en premier lieu vers des procédés plus irrationnels tels que le serment irréfutable ou l’ordalie. L’accusé prend Dieu à témoin de son innocence et se purge ainsi de l’accusation dirigée contre lui. Seul l’homme libre bénéficie du serment purgatoire corroboré par l’assistance de co-jureurs choisis parmi les parents ou amis. En 597, la reine Frénégonde soupçonnée d’adultère sollicite pas moins de 300 co-jureurs. Cependant, la contradiction apportée par la partie adverse réfute le serment. L’ordalie devient ainsi l’épreuve ultime, la preuve irréfutable à laquelle est soumise le condamné. Cette épreuve physique imposée aux parties manifeste la volonté de Dieu qui soit protège l’innocent, soit démasque le coupable. Le corps supplicié, au cœur du procès est la véritable pièce maîtresse, le support public de la procédure. C’est à travers le corps interrogé dans le supplice qu’on cherche à obtenir la vérité. « Le vrai supplice a pour fonction de faire éclater la vérité (…) il apporte à la condamnation la signature de celui qui la subit »[1]. Le supplicié agonisant dans la douleur est soumis à son ultime épreuve. Son agonie sur l’échafaud illustre une certaine vérité. Vérité du crime ou erreur judiciaire, la torture est le point de jonction entre le jugement des Hommes et celui de Dieu. La souffrance est à la fois mesure de punition et acte d’investigation. Les preuves établissent de manière graduelle la démonstration du degré de culpabilité du condamné. La seule existence de soupçon suffit à engendrer le supplice et établit déjà pour l’individu, la marque d’une certaine culpabilité. Le récit d’un témoin musulman des ordalies dans les principautés franques[2] témoigne de la cruauté de la pratique. Le calvaire renseigne sur la culpabilité. Si le jeune homme soupçonné, garroté et suspendu par les omoplates s’enfonce dans l’eau il sera considéré comme étant innocent. Au contraire, s’il lui est impossible de plonger dans l’eau alors il sera considéré comme coupable. D’après Foucault, la torture est un jeu judiciaire strict (…) ordalies, duels judiciaires, jugements de Dieu où le « patient », le supplicié est soumis à une série d’épreuves, graduées en sévérité et auxquelles il réussit en tenant, ou auxquelles il échoue en avouant »[3]. A l’époque mérovingienne les Francs privilégient l’épreuve du chaudron d’eau bouillante, progressivement remplacée par le duel judiciaire, ordalie bilatérale. « Dans la torture pour faire avouer il y a enquête mais il y a du duel »[4]. Malgré une réticence des juridictions ecclésiastiques à ce type de pratique, celles-ci finissent par l’admettre, si bien que certains clercs recourent à l’épreuve des bras en croix où celui baisse les bras le premier perd le procès. Les juges, ayant par avance déclaré à quel mode de preuve ils souhaitent s’en tenir, serment purgatoire ou ordalie, exploitent les preuves recueillies. Le coupable est condamné à une peine purement pécuniaire, le wergeld dont le montant varie selon la nature et la gravité du dommage, les circonstances ainsi que la condition de la victime. Un tiers de la somme acquittée revient au roi en réparation du trouble causé à la paix publique, le reste est restitué à la victime ou à sa famille.
Le déclenchement de la procédure publique se fait très rare dans la période franque et ne concerne que des cas précis tels que la trahison, la désertion ou les crimes de lèse-majesté. Le souverain exerce son « droit de glaive, de pouvoir absolu de vie ou de mort dont il est parlé dans le droit romain sous le nom de merum imperium, droit en vertu duquel le prince fait exécuter la loi en ordonnant la punition du crime »[5]. Le juge cite le défendeur, dirige le procès et choisit le mode de preuve qui lui semble approprié. Le duel judiciaire n’a pas lieu contre le roi. La procédure inquisitoire se déroule au tribunal du palais. Les missi dominici (assises) instaurées sous le règne de Charlemagne peuvent rechercher d’office les criminels de toute sorte et conduire des enquêtes pour pallier aux carences de la procédure privée. La sentence publique revêt la forme d’une amende ou d’une peine corporelle, mort ou mutilation. En outre, le rétablissement de l’ordre et de la justice n’est pas la visée principale du royaume. Il s’agit de réactiver le pouvoir, en admettant que l’offense du crime était non seulement dirigée contre Dieu mais aussi contre le roi. Le criminel est celui qui, s’étant soulevé contre la loi est l’ennemi du prince. L’échafaud, bien plus qu’un spectacle sordide, est une scène d’affrontement où le pouvoir royal exprime sa toute puissance. Le bourreau quant à lui, agent de cette violence, acclamé pour les foules, a la lourde de tâche de la bonne exécution. Le peuple, acteur principal du supplice est le garant des punitions. Son droit de regard sur l’exécution vient accréditer le pouvoir royal. Cette justice royale devient par la suite une justice des seigneurs, qui à leur tour, deviennent les hauts justiciers.
[1] M. FOUCAULT, Surveiller et punir, 1975, p. 55
[2] A. MAALOUF, Les croisades vues par les autres, Paris, 1986, p. 146-147
[3] M. FOUCAULT, Surveiller et punir, 1975, p. 51
[4] Ibid, p. 51
[5] Ibid. p. 59
GASPARINI Eric, GOJOSSO Eric, Introduction historique au Droit et Histoire des Institutions, Lextenso, 6ème édition, 2015
CASTALDO André, MAUSEN Yves, Introduction historique au droit, 4ème édition, Dalloz, 2013
BREGI Jean-François, Introduction historique au droit, 2ème édition, Ellipses, 2009
FOUCAULT Michel, Surveiller et punir, Gallimard, 1975
Auteur Aurélie HoareauPublié le 9 janvier 2017 30 janvier 2017 Catégories Histoire des Institutions, L'époque franqueÉtiquettes Francs, Histoire de la Pensée juridique, Histoire de la procédure, Histoire des Institutions, Histoire du Droit, Histoire du Droit pénalLaisser un commentaire sur La procédure judiciaire à l’époque franque
Les rapports Empereur – Pape pendant l’époque franque, l’exemple de Charlemagne
Comme pourrions-nous illustrer en un minimum de mots une caractéristique de la période franque qui soit accessible à tous, initié comme profane ? D’aucuns parleront de Clovis et sa célèbre aventure à Soissons, d’autres pourraient s’attacher à voir chez les Francs les ancêtres uniques des Français actuels comme le véhicula l’intelligentsia en omettant au passage les ¾ des tribus qui s’installèrent dans l’hexagone. D’autres enfin, probablement les plus nombreux mentionneront l’inénarrable Charles le Grand, dit Charlemagne, roi à la barbe fleurie [1] , en faisant mention de son fait d’arme majeur : avoir été couronné Empereur par le Pape.
Nous avons tous en tête l’image d’Épinal du nouvel empereur, richement vêtu et, sous le regard bienveillant du pape, embrassant avec ferveur ses nouvelles attributions le jour même de la naissance du Christ, 25 décembre 800. Et il est commun de s’arrêter à cette image d’harmonie parfaite. Pourtant, les rapports entre ces deux personnages que sont l’Empereur et le Pape ne furent pas si simples, au-delà même de la situation de Charlemagne.
Naturellement, quand on regarde bien l’Histoire de l’Europe depuis ce couronnement, on réalise cette ambigüité existante entre les monarques temporels et le souverain pontife, évêque de Rome. Nous aurions pu notamment mentionner l’avant-dernier Empereur français en date, Napoléon Bonaparte, tant ses rapports avec le Saint-Siège furent particuliers. Le contexte de son couronnement étant teinté d’une forme de réaction à l’héritage franc, nous serons amenés à évoquer son cas en fin de démonstration. Néanmoins, le présent développement se centralisant sur l’époque franque, nous bornerons nos observations à celle-ci en gardant à l’esprit l’absence d’exhaustivité due aux choix des aspects précis que nous sommes amenés à mettre en exergue.
De ce constat liminaire découle alors un ensemble de questions. En premier lieu, quelles sont les raisons qui ont poussé un roi franc à chercher le soutien du Pape pour asseoir son autorité par le titre d’Empereur ? Sur quelle base se situe l’alliance qui fut créée entre les incarnations du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel ? Et au-delà de tout, l’exercice du pouvoir conjoint a-t-il débouché sur la domination d’un souverain sur l’autre ?
I. Le pouvoir impérial, la volonté d’unification.
Il est assez fréquent dans le domaine historique et politique, selon le contexte, de citer intuitivement la phrase suivante : « rendons à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Une phrase dont la paternité est toujours sujette à caution[2] et qui par ailleurs a été détournée à de multiples occasions, mais qui a le mérite d’illustrer à merveille la situation qui s’est présentée durant l’Antiquité gréco-latine. De fait, l’idée d’un Empire trouve sa source dans l’Empire Romain. Mais pas uniquement. Car bien avant son accession au trône impérial, le peuple franc a eu un rapport privilégié avec la Papauté (A), contexte bien particulier qui conduira finalement à un objectif ultime : l’accession au titre d’Empereur (B).
A. L’importance de la papauté dans la royauté franque : vers le besoin de légitimité.
Si l’Histoire retient à juste titre le nom de Charlemagne comme celui qui renoue avec le pouvoir papal pour obtenir son titre d’Empereur, il apparaît en réalité que son intervention se place dans une continuité. En effet, c’est par son père, Pépin III dit le Bref[3] , Maire du palais[4] que débute véritablement la première entente officielle entre les Francs et le Saint-Siège. Il apparaît en effet que le Pape Zacharie[5], questionné, viendra officialiser la position royale de Pépin en estimant que « celui qui exerce véritablement le pouvoir porte le titre de roi ». Néanmoins, le Pape exige une contrepartie. Avec le déclin de Rome, son pouvoir temporel a décru aussi. Pour s’affirmer comme État, la Papauté doit avoir des territoires à occuper[6] . Par la même, cela implique de se distinguer de son puissant voisin Lombard[7] , et ne pouvant compter sur le soutien de l’empire byzantin en proie à des luttes intestines, il s’adresse aux Francs.
Cette entente se renforcera également en 754 lorsque le Pape Étienne II [8]traverse les Alpes pour quérir protection du souverain franc. C’est par sa main que Pépin est sacré, pour la deuxième fois, roi dans l’Abbaye de Saint-Denis[9] où il sera oint d’huiles saintes, dans la pure tradition des rois de l’Ancien Testament élus de Dieu sur terre. C’est un retour à une interpénétration de la royauté temporelle avec la royauté spirituelle telle que décrite dans ces textes anciens [10] .
Ainsi, par le couronnement de Pépin, débute une distinction, parfois ambigüe entre royauté terrestre et pouvoir spirituel qui perdura pendant de nombreux siècles en France, mais aussi dans toute l’Europe.
Quand Charles devient roi des Francs en 768, il a dans l’idée de continuer l’œuvre paternelle par la consolidation de son royaume et par la place de la religion chrétienne au sein de celui-ci.
Le couronnement de Charles 1er fait partie de ces histoires qui ont circulé dès le Moyen-âge et jusqu’à nos jours. Il n’y a guère de pays en Europe occidentale et centrale qui n’y fassent pas mention. Mais bien avant d’être Empereur, Charles était déjà un fervent chrétien, élevé comme nous l’avons préalablement mentionné, dans l’idée que toute royauté se devait d’entretenir un rapport proche avec la personne du Pape, et par extension avec la Foi de manière générale.
C’est cette stricte ligne de conduite qui pousse le roi Charles à évangéliser par le fer les peuples voisins de son royaume.
B. L’ultime récompense : vers le titre d’Empereur.
Dans ces débuts de dynastie mérovingienne, le royaume franc ne manque pas d’ennemis. Parmi les plus proches, on peut citer notamment les Bretons[11] et les Saxons[12] , mais également les Musulmans, hérétiques parmi les hérétiques [13]. Mais Charles parvient à ses fins, bataille après bataille.
C’est dans ce contexte que l’Évêque de Rome et Vicaire du Christ se rappelle à son bon souvenir. En effet, le roi de Lombardie, Didier[14] , dans la lignée de ses prédécesseurs entend unifier l’Italie sous sa seule suprématie et a ses vues sur Rome.
Alors, la puissante armée de Charles franchit les Alpes pour attaquer directement l’ennemi lombard. Débute alors une longue bataille de position où les troupes franques font le siège de Pavie, la capitale. Mais ce voyage poursuit un autre objectif, autrement plus symbolique. Le Roi se rend à Rome. Depuis trois siècles que l’Empire romain d’occident a disparu, la ville a beaucoup perdu de sa puissance mais conserve encore une aura spirituelle. Elle demeure la ville de Saint-Pierre et Saint-Paul, celle de la Papauté.
Ainsi, le roi des Francs rencontre l’héritier putatif des Empereurs romains, Hadrien 1er [15]en 774. Dès lors les choses s’accélèrent. La même année Charlemagne défait Didier de Lombardie et s’empare du trône d’Italie. Ce faisant, il se pose en unique concurrent de l’Empereur byzantin. Durant les vingt-six années qui suivirent, Charles continua à renforcer son royaume. Et ce faisant, ses conseillers le poussaient à prendre une place plus importante, à s’insérer dans un héritage ancien, celui des Empereurs chrétiens du IVème siècle que furent Constantin[16] et Théodose [17], notamment. L’un de ses conseilleurs, Alcuin[18] évoque ainsi la « dignité royale que le Notre-Seigneur que Jésus-Christ vous a réservée pour que vous gouverniez le peuple chrétien » [19].
Peu après, Charles est de retour à Rome pour rétablir à nouveau la dignité pontificale. Léon III, Pape aux multiples facettes récemment élu, est victime d’un guet-apens de l’aristocratie romaine. Grâce à son soutien, le Saint Père est réhabilité. En cette année 800, le moment paraît idéal à Charles pour se faire couronner Empereur. En effet, suite à un coup d’État à Byzance, il n’y a plus d’Empereur en titre apte à lui contester ses droits. De plus il sait que le Pape est son débiteur. Le 25 décembre, jour de la naissance du Christ, il est sacré Empereur à Saint-Pierre de Rome, emplacement du tombeau du premier Pape, Pierre, tandis que les témoins l’acclamèrent par « A Charles Auguste, empereur des Romains, vie et victoire »[20]
Le nouvel Empereur ressortira toutefois un peu dépité de cette cérémonie qui ne correspond pas exactement à ses attentes[21] .
Devenu Charlemagne, le roi des Francs se trouve désormais entré dans la Légende. Mais son apport et ses liens avec le Pape ne s’arrêtent pas là.
II. L’Empereur, véritable représentant de la chrétienté.
A peine couronné, Charlemagne retourne à ses occupations. Pourtant, avec cette consécration, son rôle va peu à peu évoluer. Bientôt, de nouveaux objectifs viennent remplacer les précédents. Il ne s’agit plus guère de conquérir, mais de pérenniser. Et pour ce faire, il se doit de s’ériger en véritable autorité ecclésiastique (A). Et ce faisant, il laisse à la postérité un héritage qui supplante ses exploits purement guerriers (B).
A. L’apport significatif de l’Empereur comme autorité ecclésiastique
Nous l’avons dit, Charles le Grand, est un conquérant. Devenu Empereur, il ne change guère ses habitudes les premiers temps. Et son évangélisation passe par les armes et la destruction.
Pourtant, considérant certainement son objectif premier atteint, suite au couronnement, Charlemagne ressent, à cinquante-huit ans, un besoin de se sédentariser et d’exercer son pouvoir par d’autres biais. De même son rapport au pape prend une dimension différente.
En effet, la question des rapports d’autorité entre les autorités pontificales et royales n’a pas réellement trouvé de réponse depuis le « capitulaire contre le Synode » [22]en 789.
Le monarque impérial multiplie d’ailleurs les capitulaires sur tous les sujets possibles [23]. Il créé une monnaie unique dans tout l’Empire, le Denier sur lequel figure son titre d’Empereur, accompagné de la mention « Christana religio » ce qui atteste, s’il en était besoin, du fait qu’il agisse au nom et pour le compte de Dieu.
Mais plus que ça, il s’attaque à l’exercice de la religion et de la liturgie. En effet, d’un point à l’autre de son vaste empire, la messe n’est pas dispensée de la même façon. De même, il va jusqu’à modifier le Credo (la profession de Foi de tous les chrétiens), ce qui ne fait qu’accroitre la distinction avec la chrétienté d’orient. C’est donc un Charlemagne, non plus conquérant mais réformateur qui s’inscrit dans ce début du IXème siècle. Un Charlemagne qui, sans passer par la doctrine papale, édifie son propre ensemble de règles. Des règles qu’il entend, de fait, instaurer mais aussi transmettre. Et avec cela débute la seconde légende rattachée à Charlemagne, celle d’inventeur de l’école[24] . A noter cependant que son apport dans l’instruction se manifeste essentiellement dans le domaine religieux. Sous sa férule, les lettres et les sciences ont connu de nombreuses avancées. Il a encouragé le développement des monastères et des études.
Ce sont ces travaux en profondeur qui vont durablement marquer son époque et les suivantes. De fait, on appellera cette période de renouvellement la « Renaissance carolingienne » [25].
B. La postérité de Charlemagne.
A la mort de Charlemagne en 814, il laisse derrière lui un Empire considérable recouvrant l’actuelle France, le Benelux d’aujourd’hui mais également l’Autriche, l’Allemagne, le nord de l’Espagne, l’Italie ainsi que d’autres territoires d’Europe centrale comme ce qui deviendra la Pologne et la Tchécoslovaquie [26].
Le propre fils de Charlemagne, Louis 1er dit le Pieux [27]ne conservera d’ailleurs que le titre d’Empereur d’Occident après son couronnement, afin de mettre en avant la dimension universelle de son pouvoir [28]. Il sera cependant sacré à Reims, pratique qui sera suivie par tous les Rois de France après ça.
Car l’héritage n’est pas seulement étatique. Il implique aussi une manière d’agir régissant les couronnements de tous les monarques qui suivront. Pour prétendre devenir Empereur, il faudra obligatoirement la présence papale, soit qu’il se déplace, soit qu’il ne faille faire le voyage jusqu’à Rome.
Ce rapport avec le pouvoir pontifical continuera durant le millénaire qui suivit, résistant bon gré mal gré aux tentatives de réforme orchestrées par les Empereurs romains germaniques qui se succédèrent[29] . Tous se réclamant de Charlemagne, allant même jusqu’à proposer sa canonisation pour l’Empereur Barberousse au XIIème siècle.
Mille ans plus tard, en 1804, un autre Empereur vint lui aussi chercher une légitimité dans le pouvoir pontifical. Mais retenant la leçon du couronnement de Charlemagne, il fera en sorte d’afficher son couronnement par ses propres mains. Et à peine deux ans plus tard, devant les réticences du souverain pontife à prendre parti dans les conflits du continent, Napoléon ira jusqu’à le faire enlever avant d’annexer les États pontificaux à l’Empire[30] , ces mêmes territoires qui tiraient leur existence d’une première entente avec Pépin le Bref, ainsi que nous l’évoquions. Ainsi dira Napoléon, « Votre Sainteté est souveraine de Rome, mais j’en suis l’Empereur[31] ».
[1] Précisons en guise de précision purement superfétatoire que de nombreux récits attestent de son visage imberbe, quand il ne portait tout simplement pas une moustache représentative de la période franque. Cela ne porte cependant aucune conséquence au présent développement.
[2] Néanmoins on peut la remonter avec relative certitude au Nouveau-Testament dans les paroles de l’apôtre Matthieu notamment.
[3] Roi des Francs, initiateur de la dynastie carolingienne, né vers 714 et mort en 768.
[4] Titre aujourd’hui disparu mais que l’on pourrait assimiler à celui d’intendant, chargé de prendre la place du roi notamment sur les champs de bataille.
[5] Accède au trône de Saint Pierre en 752, Pape d’origine grecque.
[6] Philippe Brochard « L’Histoire de France », p.26.
[7] Royauté très ancienne qui occupe à cette époque une grande partie de l’Italie à l’exception notamment des terres entourant directement Rome.
[8] Pape issu de la riche aristocratie vivant encore à Rome. Consacré en 752.
[9] En guise d’anecdote, rappelons que Saint-Denis, le Saint, était considéré comme le saint patron de la dynastie mérovingienne.
[10] BERTHOUD P. « La royauté divine et la royauté terrestre » http://larevuereformee.net/articlerr/n233/la-royaute-divine-et-la-royaute-terrestre-dans-lancien-testament-quelques-reflexions
[11] Peuple qui tient en effet le territoire de l’actuelle Bretagne française. Pour s’en prémunir, Charlemagne créé un territoire spécialement adapté à la protection du royaume : les Marches de Bretagne. « L’histoire de France » Op. cit. p.31.
[12] Les Saxons sont un peuple germanique particulièrement bien implanté vénérant des idoles paiennes. Pour en venir à bout, Charles devra faire bruler l’Irminsul, arbre gigantesque censé soutenir le ciel.
[13] Musulman est ici un terme anachronique puisqu’il n’existe pas à l’époque médiévale. La célèbre « chanson de Roland » dont le récit, au Moyen-Âge, est inhérent à la légende Charlemagne dépeint d’ailleurs à tort un traquenard des musulmans sur l’arrière garde alors qu’il s’agissait plus vraisemblablement de Basques.
[14] Desiderius, dernier roi des Lombards d’Italie, né en 710 environ et mort en 774.
[15] Pape d’origine romaine de 772 à 775.
[16] Constantin 1er, trente quatrième empereur romain de 306 à 337. Figure emblématique du courant césaropapiste.
[17] Flavius Theodosius Augustus dit Théodose le Grand. Empereur romain de 379 à 395. Dernier monarque à régner sur l’Empire romain unifié.
[18] Alcuin de York, Savant et théologien anglais sous Charlemagne, un des esprits les plus instruits de son temps.
[19] « Lettre d’Alcuin à Charles de juin 799 ».
[20] « L’Histoire de France ». op. cit. p.28
[21] Son biographe et ami Eginhard aurait raconté que Charlemagne avait été couronné par surprise alors qu’il priait, assurant ainsi l’ascendant du Pape sur lui. Et que l’ayant su il aurait « renoncé à entrer dans l’Eglise ce jour-là ».
[22] Le Capitulare adversum synodum où Charlemagne s’était opposé par rapport à la doctrine du Synode de Nicée II.
[23] A noter qu’il ira même jusqu’à changer la direction des vents dans l’un d’eux selon Eginhard.
[24] Basée sur une croyance erronée du roi Louis XI qui prêtait à Charlemagne la paternité de l’université de Paris.
[25] http://www.clioetcalliope.com/medieval/charlemagne/culture.htm
[26] SOMERSET F.« Le grand livre de l’Histoire du monde » p. 216
[27] Louis Le Pieux ou le Débonnaire. Roi d’Aquitaine puis Empereur d’Occident à partir de 814 et jusqu’en 840.
[28] PIRENNE H., Histoire de l’Europe des invasions au XVIe siècle, éditions les Perséides, Mai 2011, p. 74
[29] Frédéric Ier de Hohenstaufen, dit Frédéric Barberousse, notamment était par exemple un antipape convaincu.
[30] https://www.histoire-image.org/etudes/pape-pie-vii-prisonnier-empereur-napoleon
[31] NAPOLEON 1er, Lettre à sa Sainteté le pape, 13 février 1806.
– BROCHARD P. « L’Histoire de France », Nathan, pp. 171
– BERTHOUD P. « La royauté divine et la royauté terrestre » http://larevuereformee.net/articlerr/n233/la-royaute-divine-et-la-royaute-terrestre-dans-lancien-testament-quelques-reflexions consultée le 19 décembre 2016
– PIRENNE H., Histoire de l’Europe des invasions au XVIe siècle, éditions les Perséides, Mai 2011, pp. 560
– SOMERSET F. « Le grand livre de l’Histoire du monde », préface de Hubert Méthivier, Deux coqs d’or, pp. 439
– Collection des mémoires relatifs à l’Histoire de France, « Vie de Charlemagne, par Eginhard », M. Guizot, Paris, 1824
– « Le pape Pie VII, prisonnier de l’Empereur Napoléon », https://www.histoire-image.org/etudes/pape-pie-vii-prisonnier-empereur-napoleon, consultée le 1er janvier 2017.
– « La renaissance carolingienne », http://www.clioetcalliope.com/medieval/charlemagne/culture.htm, consultée le 20 décembre 2016.
Auteur Clément GuichardPublié le 6 janvier 2017 30 janvier 2017 Catégories Histoire des Institutions, L'époque franqueÉtiquettes Francs, Histoire de la Pensée juridique, Histoire de la philosophie politique, Histoire des idées politiquesLaisser un commentaire sur Les rapports Empereur – Pape pendant l’époque franque, l’exemple de Charlemagne