Source: http://axl.cefan.ulaval.ca/asie/tadjikistan-3politk-lng.htm
Timestamp: 2020-07-07 11:38:12+00:00
Document Index: 228866200

Matched Legal Cases: ["l'article 2", "l'article 2", "l'article 17", "l'article 3", "l'article 67", "l'article 88", "l'article 18", "l'article 16", "l'article 10", "l'article 12", "l'article 14", 'art. 7', "l'article 5", "l'article 15", "l'article 4", "l'article 20", "l'article 19", 'art. 13', "l'article 5", "l'article 7", "l'article 1", "l'article 17", "l'article 9"]

Tadjikistan: (3) La politique linguistique
3) La politique linguistique actuelle
1 La protection des langues
La protection des langues par voie législative se fait, d'une part, par la Constitution de 1994, d'autre part, par la Loi sur la langue officielle de 2009, ainsi que par un grand nombre de lois ordinaires dont certains articles portent sur les langues.
1.1 La protection constitutionnelle
La politique linguistique du Tadjikistan porte à la fois sur la langue officielle, le tadjik, et les langues des minorités nationales. La Constitution du 6 novembre 1994, actuellement en vigueur, précise ce qui suit à l'article 2:
1) La langue officielle du Tadjikistan est le tadjik. Le russe est une langue de communication interethnique.
Cela signifie qu'en principe le tadjik, le russe et les langues des minorités nationales sont en cause et qu'ils bénéficient d'une protection de la loi. Conformément à l'article 2.2 de la Constitution, toutes les nationalités résidant sur le territoire du Tadjikistan ont le droit d'utiliser librement leur langue maternelle. C'est une disposition qui, en principe, doit s'appliquer dans les tribunaux, dans les écoles et dans certains services publics, de même que dans les médias.
Quant à l'article 17 de la Constitution, il établit que «le gouvernement garantit les droits et les libertés de tous, indépendamment de l'appartenance ethnique, de la race, du sexe, de la langue, de la religion, des croyances politiques, de l'éducation, du statut social ou de la propriété»:
2) Le gouvernement garantit les droits et les libertés de tous, indépendamment de l'appartenance ethnique, de la race, du sexe, de la langue, de la religion, des croyances politiques, de l'éducation, du statut social ou de la propriété.
1.2 La Loi sur la langue officielle
Il ne faudrait pas oublier l'article 3 de la Loi sur la langue officielle qui déclare que la langue officielle du Tadjikistan est le tadjik :
Par ailleurs, la loi ne fait aucune allusion au russe dans les 28 articles de la Loi sur la langue officielle.
2 Les langues de la législation
L'Assemblée suprême du Tadjikistan (Majlisi Oli) est le Parlement du pays, qui comprend deux chambres :
• une Chambre haute : l'Assemblée nationale (Majlisi Milli), composée de 33 membres, dont 25 sont élus par des représentants locaux pour une durée de cinq ans et les huit autres, nommés par le président;
• une Chambre basse : l'Assemblée des représentants (Majlisi Namoyandagon) comprenant 63 membres élus pour une durée de cinq ans, dont 22 au scrutin proportionnel plurinominal et 41, élus de manière uninominale dans des circonscriptions.
Selon la Loi sur les partis politiques (1998), la création et l'activité des partis politiques dont les buts ou les actions visent à renverser l'ordre constitutionnel, ainsi que l'organisation de groupes armés, la propagande du localisme, la haine nationale, sociale et religieuse sont interdites. Aucun article porte sur la langue.
2.1 La langue des actes
Les langues de la législation sont définies dans la Loi sur la langue officielle et dans la Loi sur les actes juridiques. L'article 6 de la Loi sur la langue officielle prescrit que les lois et tous les actes juridiques réglementaires soient adoptés dans la langue officielle, le tadjik:
Les articles 49 et 51 de la Loi sur les actes juridiques (2017-2019) décrivent les contraintes ou les prescriptions d'un texte juridique, lequel doit être adopté dans la langue officielle et ne pas employer des dialectalismes, ni des régionalismes, ni des mots étrangers, ni une terminologie abusive, ni des phrases floues, ni des abréviations :
2.1 Le bilinguisme russe-tadjik
L'article 65 de la Loi sur les actes juridiques impose l'emploi de la langue officielle et une traduction en russe dans la publication officielle des actes juridiques, mais une traduction en d'autres langues peut être nécessaire:
Enfin, l'article 67 de la même loi oblige à ce que le Journal officiel de l'Assemblée suprême du Tadjikistan (Majlisi Oli) soit publié mensuellement dans la langue officielle et en russe:
Le «Bulletin du Majlisi Oli de la république du Tadjikistan»
En fait, toutes les lois tadjikes sont traduites en russe, souvent en anglais et parfois en ouzbek et/ou en kirghiz, mais ce sont des traductions qui n'ont pas de valeur légale, sauf pour le russe. Pour les parlementaires, la traduction des lois en russe est une solution dite «technique». Étant donné que ces derniers sont membres de l'Assemblée interparlementaire de la CEI (Communauté des États indépendants), qui comprend également des lois adoptées dans le pays, il est plus commode d'avoir recours au russe plutôt qu'en tadjik pour envoyer des documents à des collègues des pays de la CEI, lesquels regroupent 9 des 15 anciennes républiques soviétiques.
2.3 La candidature à la présidence
Quelques membres des minorités nationales, généralement deux ou trois représentants des Ouzbeks et des Kirghiz, sont élus aux Chambres haute et basse du Parlement du pays. Toutefois, ils doivent employer le tadjik dans leurs communications.
Les langues de la justice sont définies dans la Constitution et dans plusieurs lois: la Loi sur la langue officielle (2009), le Code pénal (1998-2020), le Code d'exécution des peines criminelles (2001-2017), le Code de procédure civile (2008-2019), le Code de procédure pénale (2010-2016), la Loi sur les notaires publics (2012), le Code de procédure relatif aux infractions administratives (2013-2020) et le Code de procédure économique (2018-2019).
3.1 La procédure judiciaire et la traduction
Le paragraphe 4 de l'article 88 de la présente Constitution stipule que «les poursuites judiciaires sont effectuées dans la langue officielle ou dans la langue de la majorité des habitants d'une localité donnée». Le paragraphe suivant prévoit que les personnes qui ne parlent pas la langue de la procédure judiciaire peuvent recourir aux services d'un interprète.
5) Il est prévu pour les personnes qui ne parlent pas la langue de la procédure judiciaire peuvent recourir aux services d'un interprète.
L'article 16 de la Loi sur la langue officielle précise que les activités judiciaires doivent s'effectuer en tadjik, la langue officielle:
L'article 5 du Code pénal (1998-2020) reconnaît l'égalité juridique des citoyens devant la loi:
Quant à l'article 18 du Code de procédure pénale (2010-2016), il prévoit l'emploi obligatoire de la langue officielle, mais le recours à un interprète lorsque la procédure pénale se déroule dans la langue de la majorité de la population de la région ou lorsqu'un justiciable ne parle pas la langue de la procédure :
Selon l'article 16 de la le Code d'exécution des peines criminelles (2001-2017), les personnes reconnues coupables ont le droit d'employer leur langue maternelle ou toute autre langue qu'elles maîtrisent grâce au besoin à la traduction:
4) Les personnes reconnues coupables ont le droit de donner des explications et de recevoir de la correspondance, ainsi que de présenter une demande avec des propositions, des déclarations et des plaintes, tel qu'il est prévu au paragraphe 3 du présent article, dans leur langue maternelle ou dans toute autre langue qu'elles maîtrisent et, s'il est nécessaire, d'utiliser les services d'un interprète. Les réponses aux personnes reconnues coupables sont données dans la langue de traitement et, en l'absence de possibilité de donner une réponse dans la langue de traitement, elles sont transmises dans la langue officielle de la république du Tadjikistan. La traduction de la réponse dans la langue de traitement est assurée par l'institution ou l'organisme d'exécution de la sanction.
3.2 L'emploi de la langue locale et la traduction
Quant au Code de procédure civile (2008-2019), l'article 10 énonce que «la procédure civile doit se dérouler dans la langue officielle ou dans la langue de la majorité de la population» et aussi «de recourir aux services d'un interprète»:
L'article 18 du Code de procédure relatif aux infractions administratives (2013-2020) reprend les mêmes dispositions que dans le Code de procédure civile:
Il en est ainsi à l'article 12 du Code de procédure économique (2018-2019):
En somme, les juges dans un procès ne sont pas tenus de connaître une autre langue que le tadjik. Même s'ils connaissent, par exemple, le russe, ils ne peuvent y avoir recours, sauf lorsque la procédure pénale se déroule dans la langue de la majorité de la population de la région. Dans la plupart des cas où une autre langue que le tadjik est utilisée, le tribunal requiert les services d'un traducteur.
Enfin, la Loi sur les notaires publics (2012) exige que les activités d'un notaire se déroulent «dans la langue officielle» et que, à la demande des requérants, il peut avoir recours à la traduction dans une autre langue à la condition que la traduction d'un document soit authentifié et certifié par ce notaire:
Bref, les membres des minorités nationales ont effectivement le droit d'employer leur langue maternelle dans les instances judiciaires, mais pas celui d'être compris dans leur langue, sinon par le biais de la traduction.
4 Les langues de l'administration
Avant la Loi sur la langue officielle de 2009, le russe pouvait être employé dans toute l'administration publique au même titre que le tadjik. C'était la règle du bilinguisme russe-tadjik qui s'appliquait à toute l'administration du pays. Avec la loi de 2009, la place du russe dans l'administration a beaucoup diminué, bien que tous les documents officiels du gouvernement soient encore publiés en tadjik et en russe.
4.1 La langue de la fonction publique
Depuis l'adoption de la Loi sur la langue officielle, la connaissance du tadjik est devenue obligatoire pour les employés de l'État dans la fonction publique, le russe demeurant insuffisant. L'article 11 de la Loi sur la fonction publique (2006-2013) rappelle cette obligation pour les candidats à des postes de la fonction publique:
En vertu de l'article 14 de la Loi sur la langue officielle, la langue de l'information et de la communication est la langue officielle:
Selon les articles 16 et 17 de la Loi sur la langue officielle, la langue de travail des organismes opérant sur le territoire du Tadjikistan doit être effectuée dans la langue officielle:
2) La correspondance avec les organisations internationales doit se faire dans la langue officielle et dans la langue acceptée (par les parties).
Il fallait bien s'attendre à ce qu'il en soit ainsi dans les forces armées (art. 7 de la Loi sur la langue officielle):
L'article 14 bis de la Loi sur la réglementation des traditions, des célébrations et des cérémonies (2007-2017) oblige les personnes physiques et morales de protéger des éléments de la culture nationale, y compris la langue officielle et les vêtements nationaux:
Cependant, le Code des douanes (2004-2016) autorise aussi l'emploi de la langue de la communication interethnique dans le dédouanement des marchandises:
Le dédouanement, y compris la mainlevée des documents nécessaire pour le dédouanement, est effectué dans la langue officielle ou dans la langue de la communication interethnique, à l'exception des cas prévus par le présent code. L'organisme autorisé des affaires douanières a le droit de déterminer d'autres cas dans lesquels les autorités douanières peuvent accepter et employer des documents et des informations dans des langues étrangères appartenant à des agents des douanes à des fins douanières.
Dans la Loi sur les marchés publics des biens, des travaux et des services (2006-2012), l'article 5 autorise que la procédure administrative des marchés publics puisse se dérouler, en cas de nécessité, également en russe ou en anglais:
Dans la pratique, il ne faut pas croire que les services gouvernementaux sont offerts dans une multitude de langues. Ceux-ci sont d'abord en tadjik, puis en russe. Dans des zones d'établissement où sont concentrées certaines minorités, l'ouzbek, le kirghiz et/ou une autre langue (cas rarissimes) peuvent être admis localement, mais pas dans l'administration centralisée.
Ajoutons aussi que des représentants des peuples ouzbek, kirghiz, turkmène et russe sont employés comme fonctionnaires dans les ministères et les institutions nationales, y compris à des postes de responsabilité, ce qui peut favoriser un certain bilinguisme régional. En 2010, sur un total de 4976 fonctionnaires employés dans les ministères, 4059 (81,5%) étaient tadjiks, 55 (1,1%) étaient russes, 244 (4,9%) étaient ouzbeks, 9 (0,18%) étaient kirghizes et 39 (0,78%) provenaient d'autres nationalités.
Dans les comités d'État du Tadjikistan, on comptait en 2010 quelque 780 fonctionnaires, dont 632 Tadjiks, 31 Russes, 70 Ouzbeks, 5 Kirghizes et 15 d'autres nationalités. Dans les départements du gouvernement du Tadjikistan, quelque 3601 fonctionnaires œuvraient dans les départements, dont 3099 Tadjiks, 36 Russes, 277 Ouzbeks, 25 Kirghizes et 20 d'autres nationalités. Dans les organismes exécutifs locaux du pouvoir de l'État, on comptait 6650 fonctionnaires, dont 5382 Tadjiks, 32 Russes, 861 Ouzbeks, 109 sont Kirghizes et 23 d'autres nationalités. À la Commission centrale des élections et des référendums, sur un total de 13 fonctionnaires, on relevait dix Tadjiks, deux Ouzbeks et un Russe.
4.2 L'accessibilité à la citoyenneté tadjike
Pour bien montrer aux ressortissants étrangers que la langue officielle est nécessaire, l'article 15 de la Loi sur la citoyenneté (2015) exige que l'une des conditions pour l'obtention de la citoyenneté tadjike est la connaissance de la langue officielle:
4.3 Les actes d'état civil
La question des actes d'état civil a fait couler beaucoup d'entre au Tadjikistan. Rappelons que des modifications importantes ont été apportées à la Loi sur l'enregistrement par l'État des actes de l'état civil (2006-2011). Non seulement l'article 4 de cette loi impose que la tenue des registres dans les bureaux de l'état civil soit faite dans la langue officielle, mais l'article 20 précise que, lors de l'enregistrement de la naissance par l'État, toute personne a droit à un nom, un prénom et un patronyme justifiés par les valeurs historiques et la culture nationale tadjike. C'est pourquoi les noms sont attribués et épelés correctement conformément au registre spécialement créé pour les noms nationaux tadjiks. En outre, le choix des noms tadjiks n'est prévu que pour les Tadjiks «de nationalité». Quant aux minorités nationales, c'est-à-dire les Russes, les Kirghiz, les Kazakhs, les Ukrainiens et les Azerbaïdjanais, qui ont la nationalité tadjike, ils peuvent continuer à utiliser leurs noms traditionnels.
Ainsi, le nom d'un enfant doit être enregistré avec l'accord des parents. Le deuxième prénom de l'enfant est écrit à partir du nom du père et peut être formé selon les traditions nationales en ajoutant les suffixes «-zoda», «-zod», «-i», «-iy», «-iyon», «-pur», «-dukht» ou des éléments de «-puri» ou de «-dukhti», ou après le nom de l'enfant ou de son père en ajoutant la racine de son nom de famille. De plus l'ajout de suffixes comme mullo (mollah), xalifa (calife), manora (minaret), şajx (cheik), valī (wali), amir (émir), sufī (soufi), etc., au prénom est interdit. De plus, il n'est pas interdit de donner aux enfants le nom d'un prophète et de ses plus proches collaborateurs.
Voici comment se lisent les articles 4 et 20 de la Loi sur l'enregistrement par l'État des actes de l'état civil (2006-2011):
Quoi qu'il en soit, les autorités soulignent que tous les noms doivent être approuvés en tenant compte des intérêts historiques, linguistiques et nationaux.
4.4 Les appellations et les noms de lieux
Le nom des appellations, que ce soit pour les autorités, les ministères et les départements de l'État, ainsi que tout autre organisme, quelles que soient leurs formes juridiques, doit s'effectuer dans la langue officielle:
1) L'attribution des appellations aux autorités, aux ministères et aux départements de l'État, ainsi qu'à d'autres organismes, quelles que soient leurs formes juridiques, doit s'effectuer dans la langue officielle.
Selon l'article 19 de la Loi sur la langue officielle, l'attribution des noms de lieux doit se faire dans la langue officielle:
Les noms géographiques sont des entités représentant des caractéristiques spatiales et géographiques à la surface du sol, comme les montagnes, les villes, les cours d’eau, etc. Chaque nom géographique se rattache à un type d’objet, ce qui permet de différencier des entités du même nom, par exemple le «Rhône» en France peut être perçu comme un fleuve ou comme un département. Au Canada, «Québec» peut désigner une ville ou la province du même nom. En anglais, il faut distinguer le pays de la ville dans le terme «Mexico». L'article 6 de la Loi sur les noms d'objets géographiques (2006-2013) énonce que l'aménagement des noms des objets géographiques doit être effectué en conformité avec les règles et les traditions d'usage des noms des objets géographiques dans la langue officielle de la république du Tadjikistan:
1) L'aménagement des noms des objets géographiques est effectué conformément aux règles et aux traditions d'usage des noms des objets géographiques dans la langue officielle de la république du Tadjikistan.
Plus précisément, le bilinguisme n'est pas interdit, ce qui l'est, c'est le non-emploi de la langue officielle.
4.5 La langue de la publicité et des consommateurs
Le marché publicitaire du Tadjikistan est principalement divisé par la publicité extérieure (48%), par la publicité télévisée (21%) et par la publicité radio (20%). Les parts restantes sont réparties comme suit: 7% provenant des journaux et des magazines, et seulement 4% sont des publicités sur l'Internet.
À la fin de 2017, le volume total de publicité au Tadjikistan ne dépassait pas les neuf millions de dollars (US). Si l'on compare le Kirghizistan voisin, avec une population inférieure (5,8 millions) à celle du Tadjikistan (9,2 millions), le marché de la publicité dans la République kirghize dépassait les 20 millions de dollars. Au Tadjikistan, comme dans de nombreux autres pays, il existe une interdiction directe de la promotion ou de la publicité des produits du tabac et de l'alcool.
De façon générale, la publicité se fait dans la langue officielle au Tadjikistan avec l'alphabet cyrillique. Des inscriptions avec des lettres latines sont possibles, notamment pour certaines raisons sociales étrangères, que ce soit pour les hôtels, les restaurants, des établissements d'enseignement ou des organismes internationaux. Dans ce cas, ces inscriptions sont généralement en anglais, rarement en russe. Quant au bilinguisme, il est rarissime en dehors des lieux touristiques.
La Loi sur la langue officielle ratisse large, car elle comprend la langue des annonces et des publicités (art. 13):
On comprend qu'au paragraphe 2 ce que signifie l'expression «conformément à la législation de la république du Tadjikistan» : «dans la langue officielle».
L'article 20 de la Loi sur la langue officielle inclut les marques et les informations visuelles:
Selon l'article 5 de la Loi sur la publicité (2003), celle-ci doit être présentée dans la langue officielle, ainsi que, à la discrétion des annonceurs, dans d'autres langues:
Les autorités tadjikes ont fait retirer les panneaux d'affichage rédigés dans les langues étrangères dans les villes et les établissements régionaux. Dans le cadre de la campagne nationale pour éliminer les «fautes de langue», les noms des magasins, des salons de beauté et des restaurants, ainsi que toute publicité extérieure, ont été traduits à la hâte en tadjik. Cependant, les commissions spéciales de district, sous la direction de la Commission de la langue et de la terminologie (Komissijai zaʙon va istilohot), chargées de la traduction du russe et d'autres langues étrangères sont confrontées à des problèmes inattendus. Les autorités de contrôle du Tadjikistan ont traduit en justice des dizaines de poursuites contre des propriétaires de lieux de divertissement, de points de vente au détail et des pharmacies dont les noms ne tenaient pas compte des «intérêts» historiques, nationaux et linguistiques du Tadjikistan. Tous ces cas ont été jugés conformément au Code de procédure relatif aux infractions administratives (2013-2020) et ont entraîné des sanctions pour les contrevenants.
Enfin, la Loi sur la protection du consommateur (2004-2018) stipule que les informations sur les biens et services doivent être rédigées «dans la langue officielle et en russe», voire «en russe et en d'autres langues»:
4.6 La langue dans les relations internationales
Dans les relations internationales, la situation linguistique a beaucoup changé depuis l'indépendance. Alors qu'auparavant le russe était nettement prédominant, voire exclusif, le tadjik a repris sa place. En vertu de la Loi sur la langue officielle, toutes les activités d'ordre international doivent se dérouler à la fois dans la langue officielle du Tadjikistan et également dans la langue convenue entre les parties:
Les négociations et la correspondance avec les missions diplomatiques et les bureaux consulaires, les organisations internationales, régionales et interétatiques opérant en République du Tadjikistan doivent se dérouler dans la langue officielle et les langues officielles de ces organismes. S'il est nécessaire dans les négociations et dans la correspondance, l'emploi d'une autre langue n'est pas limité.
Dans les faits, les langues étrangères les plus employées sont le russe et l'anglais, puis l'allemand et le français.
5 Les langues dans l'enseignement
Le régime soviétique avait créé un système d'éducation moderne au Tadjikistan, alors que rien de comparable n'avait existé auparavant. Le gouvernement soviétique avait aboli l'ancien système d'éducation — les écoles primaires dans les mosquées (maktabs) et les écoles théologiques supérieures dans les grandes villes (madrassas) — et introduit de nouvelles écoles de style européen. Dans les années qui ont suivi l'indépendance, le système d'éducation soviétique a prévalu, même s'il est resté sous le contrôle du ministère tadjik de l'Éducation. Avant 1991, le niveau d'instruction de la population adulte des Tadjiks se situait un peu en dessous de la moyenne des anciennes républiques de l'URSS. Selon les statistiques de 1989, seulement 16 % des Tadjiks avaient terminé leurs études primaires, 21 % n'avaient pas complété leur secondaire, contre 55 % qui l'avaient achevé. Seuls quelque 7,5 % des Tadjiks avaient terminé des études dans un établissement d'enseignement supérieur. Les langues d'enseignement étaient le russe, le tadjik, l'ouzbek et le kirghiz. Cependant, à l'exception du russe, peu de manuels étaient disponibles dans les autres langues, même en tadjik.
Auparavant, le Tadjikistan avait un niveau d'instruction élevé. Cependant, pendant la période de transition, le niveau d'instruction s'est détérioré en raison d'une réduction des fonds budgétaires pour l'éducation, d'un faible salaire et des départs d'enseignants, de la destruction des infrastructures, en particulier dans les zones où des hostilités ont eu lieu, et de la fréquentation scolaire en raison de difficultés économiques.
Selon des études du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, environ 20% des écoles furent détruites et pillées, avec le résultat que des centaines de bâtiments durent être réparés. La guerre a nui non seulement aux infrastructures, mais aussi à la capacité de réaliser le potentiel des enfant; elle a aussi changé le comportement des jeunes, elle a entraîné des formes non pacifiques de résolution des conflits et la perte de tolérance, car le processus de développement humain était pratiquement suspendu. Par conséquent, au Tadjikistan, dans les années qui suivirent le conflit, une grande attention a dû être accordée à la restauration des infrastructures et au développement accéléré de l'éducation.
5.1 Le système d'éducation actuel
Le système d'éducation actuel au Tadjikistan compte quatre années d'école primaire suivies par deux périodes d'enseignement secondaire d'une durée respective de cinq ans et de deux ans. L'école est obligatoire de 7 à 17 ans. Le tadjik est la principale langue d'enseignement durant tout l'enseignement secondaire. En 2003, le russe a été restauré comme langue seconde obligatoire. Il existe aussi des établissements préscolaires, des internats spécialisés pour enfants ayant des capacités limitées, ainsi que des établissements d'enseignement supérieur.
Niveau Nombre d'élèves (2015)
Préprimaire 959 702
Primaire 799 736
Secondaire 1 162 310
Supérieur 849 185
L'article 21 de la Loi sur la langue de 1989 garantissait la liberté à tous les citoyens de choisir leur langue d'instruction pour la réalisation de l'éducation générale dans les langues tadjike, russe, ouzbek et, dans les territoires où est concentrée une population d'une autre nationalité, dans leur langue maternelle:
5.2 Les langues d'enseignement
Les données du tableau (ministère tadjik de l'Éducation) qui suivent montrent que, sur un total de 1 305 119 élèves en 1991-1992, au lendemain de l'indépendance, quelque 67,5% avaient reçu leur instruction primaire en tadjik, 24,2 % en ouzbek, 6,8 % en russe, 1,1 % en kirghiz, 0,3% en turkmène et 0,01% en kazakh.
ministère de l'Éducation Nombre %
Tadjik 881 262 67,5 %
Ouzbek 315 913 24,2 %
Russe 89 115 6,8 %
Kirghiz 14 657 1,1 %
Turkmène 4 122 0,3 %
Kazakh 50 0,01 %
Total 1 305 119
L'article 8 de la Loi sur la langue officielle de 2009 impose le tadjik comme langue d'enseignement dans tout le système d'éducation, mais les minorités nationales ont le droit de recevoir leur instruction dans leur langue maternelle:
L'article 9 de la même loi, il est aussi énoncé que «l'étude de la langue officielle est obligatoire», ce qui implique un enseignement du tadjik comme langue seconde pour les minorités:
Pour diverses raisons pratiques, l'introduction de l'alphabet arabo-persan fut rapidement abandonnée.
Dans la Loi sur l'éducation (2014-2018), l'article 7 reprend les mêmes dispositions que précédemment, mais précise aussi que la langue russe est obligatoire en tant que langue de communication interethnique et l’une des langues étrangères en tant que moyen d’apprentissage du patrimoine scientifique et culturel de l’humanité:
Pour l'année scolaire 2014-2015, les écoliers ont reçu leur instruction dans 3836 établissements d'enseignement général, dont 2799 écoles en tadjik (74,7%), 632 écoles bilingues en tadjik-ouzbek (16,8%), 107 écoles bilingues en tadjik-russe (2,8%), 181 écoles en ouzbek (4,8%), 24 écoles en russe (0,6%) et 2 écoles en turkmène (0,05%). Il restait 191 écoles dans les autres langues (kirghiz, tatar, pachtou, kazakh, persan ou farsi, anglais, etc.).
ministère de l'Éducation Nombre d'écoles %
Tadjik 2799 74,7 %
Ouzbek + tadjik 632 16,8 %
Russe + tadjik 107 2,8 %
Ouzbek 181 4,8 %
Russe 24 0,6 %
Turkmène 2 0,05 %
Autres (kirghiz, tatar, pachtou, kazakh, persan, anglais, etc.) 191 2,3 %
Rappelons que la langue d'enseignement relève du choix des parents pour que leurs enfants reçoivent leur instruction dans une langue donnée. Le tadjik est enseigné dans tous les établissements d'enseignement publics de niveau primaire et secondaire comme langue maternelle ou comme langue seconde dans les écoles destinées aux minorités nationales. L'un des principaux aspects positifs de l'enseignement de la langue tadjike est l'introduction et la diffusion de la culture tadjike. En classe, l'enseignant aborde des sujets historiques et culturels grâce auxquels les élèves peuvent se familiariser avec l'histoire et la culture de la république du Tadjikistan.
Le plus grand nombre de classes dont la langue d'enseignement est le russe se trouve dans les villes de Douchanbé, de Khujand, de Chkalovsk, de Tursunzadé, de Kurgan-Tyubé; les classes dont la langue d'enseignement est l'ouzbek sont concentrées dans cinq ou six villes du Nord et du Sud-Ouest. Dans les districts de Murghab (dans le Haut-Badakhchan) et de Jigital, on trouve des cours avec le kirghiz comme langue d'enseignement, tandis que l'enseignement en turkmène et présent dans le district de Jilikul (province de Khatlon).
Les écoles dont la langue d'enseignement n'est pas le tadjik font face à de sérieux problèmes en raison d'une pénurie aiguë de manuels dans leur langue maternelle qui sont conformes aux programmes du Tadjikistan, de la réduction des heures d'apprentissage de la langue maternelle (en russe, en ouzbek, en kirghiz et en turkmène) et du manque d'heures pour étudier l'histoire, la géographie, la littérature de leur pays d'origine ethnique.
Ajoutons aussi que l'État a des possibilités limitées en raison des difficultés financières liées à la formation des enseignants dans les écoles des minorités nationales. Actuellement, la formation de premier cycle n'est possible que pour les enseignants de tadjik, de russe et d'ouzbek. Les capacités du gouvernement ne permettent pas la formation des enseignants dans d’autres pays, par exemple le Turkménistan. Par contre, devons remarquer la formation professionnelle des enseignants de la langue kirghize au Kirghizistan, sur la base d'un accord intergouvernemental.
5.3 Le poids de la langue russe
Par comparaison avec la période soviétique, la langue russe a perdu un certain nombre de ses privilèges. Cette situation est due à la fois à l'exode de la population russophone après l'effondrement de l'Union soviétique et la guerre civile qui a suivi, et en général à la politique linguistique de construction nationale. La formation d'une nouvelle approche de la question linguistique a commencé en 1989, lorsque la République socialiste soviétique tadjike a adopté la Loi sur la langue (aujourd'hui abrogée), puis elle a été poursuivie en 2009 avec l'adoption de la Loi sur la langue officielle.
Malgré le fait qu'environ 70% de la population russophone ait quitté le Tadjikistan au début des années 1990, la langue russe est encore employée dans le pays dans de nombreux domaines, notamment dans les affaires, l'éducation, les arts et le journalisme. Ainsi, la langue russe ne bénéficie pas seulement, selon l'article 1.2 de la Constitution, du statut de «langue de la communication interethnique». Les médias de langue russe, les journaux locaux, les plateformes en ligne et les stations de radio, ainsi que les chaînes de télévision russes sont très populaires au Tadjikistan. Par ailleurs, le russe reste la langue véhiculaire pour de nombreux autres groupes ethniques vivant dans le pays, y compris les Tatars, les Ossètes, les Ukrainiens, les Coréens, sans oublier les «Russes ethniques» sur le reste du contingent. De plus, environ 68% de la population du Tadjikistan déclare parler couramment la langue russe à un degré ou à un autre. Selon une enquête de 2018, quelque 69% des répondants ont indiqué le russe comme langue d'enseignement préférée pour leurs enfants, avec le tadjik et l'anglais.
Dans le domaine de l'éducation, la langue russe bénéficie d'un fort statut, puisque dans chaque école, quelle que soit la langue d'enseignement, des heures d'apprentissage de la langue russe sont attribuées de manière obligatoire. Dans les écoles dites tadjikes, c'est-à-dire dans les écoles où toutes les matières sont enseignées en tadjik, la langue russe doit être étudiée à partir de la deuxième année, contrairement aux autres langues étrangères qui sont enseignées à partir de la cinquième année et au choix de l'élève.
Un autre facteur associé à l'emploi de la langue russe au Tadjikistan est la migration des ressortissants tadjiks. En effet, la formation en russe est offerte non seulement en tant que matière obligatoire dans les écoles, mais également dans le cadre d'une formation supplémentaire pour ceux qui envisagent d'aller travailler en Russie. Le pays dispose de centres linguistiques dans lesquels les futurs migrants sont formés pour s'adapter aux nouvelles conditions et réussir la certification pour obtenir un permis de travail.
En somme, après presque trois décennies après l'indépendance du Tadjikistan, la langue russe demeure toujours puissante, et ce, d'autant plus que, ces dernières années, l'enseignement du russe a pris un second souffle. L'augmentation de la demande pour la langue russe est également associée au grand désir des citoyens tadjiks de s'installer en Russie, ou du moins de migrer de façon saisonnière. En 2019, l'instruction en russe était donnée dans 185 établissements d'enseignement du Tadjikistan. Par comparaison avec l'année scolaire 2010-2011, le nombre d'étudiants ayant le russe comme langue d'enseignement a augmenté de 27,7%. Au total, 215 800 écoliers ou étudiants apprenaient le russe dans le pays, selon les données de 2019 du ministère de l'Éducation. Au Tadjikistan, malgré l'émigration massive des Russes, la présence militaire russe ainsi que les liens économiques particulièrement forts qui unissent le pays à la Russie contribuent au maintien d'une politique favorable au russe.
5.4 L'enseignement de l'anglais
À l'heure actuelle, les écoles tadjikes enseignent le russe trois heures par semaine contre deux heures à l'enseignement de l'anglais. Ainsi, au cours de l'année universitaire 2019-2020, quelque 102 heures ont été consacrées à la langue russe et 68 heures à l'étude de l'anglais. L'enseignement du russe dans les écoles du Tadjikistan commence en deuxième année et l'anglais en troisième année.
Selon l'Association des professeurs d'anglais au Tadjikistan, il n'y a qu'environ 800 professeurs de langue anglaise dans le pays et d'autres matières sont enseignées à la place dans les écoles. Malgré les velléités du président du pays pour favoriser l'étude de l'anglais, l'enseignement de cette langue laisse à désirer. D'abord, le niveau de qualification des professeurs d'anglais semble très faible. De plus, les écoles ne sont pas équipées de programmes à jour pour l'enseignement des langues étrangères, sauf pour le russe. Bien qu'il existe de nombreux centres de formation en anglais dans le pays en plus des écoles, apprendre l'anglais à un niveau efficace ne fait pas partie des pratiques actuelles. Dans les faits, la méthode d'enseignement de l'anglais, en particulier dans les universités du Tadjikistan, est obsolète depuis l'époque soviétique et se limite généralement à la lecture et à la traduction. Cette méthode n'est pas efficace par comparaison aux méthodes modernes d'apprentissage des langues étrangères. Dans la plupart des écoles, les manuels d'anglais datent de l'époque soviétique et au mieux de l'ère post-soviétique.
L'une des difficultés vient du fait que dans les écoles secondaires le conseil scolaire de chaque établissement a le droit de déterminer son programme d'études. Par conséquent, les heures d'enseignement de la langue anglaise en tant que langue étrangère diffèrent également en fonction du programme scolaire de l'école. En général, c'est deux heures par semaine, mais les langues étrangères sont choisies par l'école. Or, il y a des écoles qui enseignent l'arabe, l'allemand ou le français en lieu et place de l'anglais. De plus, l'enseignement de l'anglais dans les écoles tadjikes commence à partir de la troisième année, mais il y a des écoles qui commencent à enseigner des langues étrangères à partir de la deuxième année.
Les sociologues du Tadjikistan attribuent la faiblesse de l'apprentissage de la langue anglaise au Tadjikistan à la dépendance accrue du Tadjikistan envers la Russie et au fait que plus d'un million de Tadjiks vivent dans les pays russophones. Autrement dit, le russe est plus important que l'anglais pour les Tadjiks! Mais ce n'est pas le cas pour toutes les minorités nationales. Par exemple, les jeunes Ouzbeks sont plus limités en russe et ils se concentrent davantage sur l'apprentissage de l'anglais, ce qui leur permet de travailler et d'étudier à l'étranger plus facilement. Quant aux tadjikophones, ils sont confinés à la Russie.
Aujourd'hui, une trentaine d'écoles primaires et secondaires enseignent le français à quelque 7000 élèves à travers le pays. De plus, plusieurs universités disposent d'un département de français. Malgré un contexte défavorable et un manque cruel de supports, nombreux sont les professeurs qui s’efforcent de proposer un enseignement du français à travers tout le pays, à Khodjent ou dans les hautes montagnes du Pamir appelées «le Toit du monde».
5.5 Les difficultés en éducation
Il existe un problème important en ce qui concerne les manuels scolaires destinés aux enfants des minorités nationales, que ce soit en russe, en ouzbek, en kirghiz, en turkmène ou en anglais, par comparaison aux écoles tadjikes. Il faudrait des mesures immédiates pour y remédier, y compris la recherche de ressources financières pour la publication de manuscrits de manuels ou de la traduction de nouveaux manuels du tadjik en kirghiz, en turkmène et en ouzbek, sans oublier du matériel pédagogique pour les enseignants dans les langues d'enseignement.
De plus, les imprimeries du Tadjikistan n'arrivent pas à publier des manuels parce qu'elles manquent de papier et d'autres ressources nécessaires à l'impression. Il faut aussi souligner que les vieux manuels existants sont devenus inutilisables, car ils ont beaucoup servi et ne peuvent être réparés faute de moyens, ce qui ne fait qu'aggraver le problème de pénurie. Bref, dans ces conditions, certains établissements d'enseignement du Tadjikistan se retrouvent sans aucun manuel dans les écoles avec le résultat que la qualité de l'enseignement pourrait se détériorer de façon catastrophique.
Comme si ce n'était pas suffisant, l'État connaît beaucoup de difficultés dans le recrutement du personnel enseignant qualifié. Pour les disciplines de base, il manquerait quelque 13 300 enseignants en supposant que les professeurs toucheraient une fois et demie, sinon plus, le salaire habituel. La pénurie des enseignants s'explique surtout par la médiocrité des salaires (environ 100 $ US par mois) et l'absence de protection sociale.
Autrement dit, la qualité de l'enseignement au Tadjikistan ne tient que pour fort peu aux relations interethniques, car elle relève d'un manque d'infrastructures et de budget. Pour maintenir une certaine qualité dans l'enseignement fondamental, il faudrait garantir des crédits annuels pour l'éducation, mettre en place l'infrastructure économique, matérielle et technique pour l'éducation, résoudre le problème de l'absence des ressources dans la publication de manuels et de textes pédagogiques.
L'une des principales difficultés du monde scolaire multiculturel au Tadjikistan est la barrière de la langue. Les diplômés des écoles ouzbèkes, turkmènes et kirghizes ne parlent pas suffisamment le tadjik, ce qui les empêche de poursuivre leurs études dans les universités en raison du manque de classes pour ces langues d'enseignement. L'obligation de réussir un seul examen pour entrer dans les universités du pays — lorsque les examens sont acceptés uniquement en tadjik et en russe — conduit à une situation où la majorité des représentants des minorités nationales ne peuvent pas accéder à l'enseignement supérieur au Tadjikistan en raison de leur méconnaissance de la langue officielle. Les personnes diplômées des écoles qui ne parlent pas le tadjik et qui maîtrisent mal la langue officielle, en particulier dans les régions densément peuplées de minorités nationales ouzbèkes, turkmènes et kirghizes, sont forcément discriminées. Depuis les cinq dernières années, le nombre de classes et d'élèves recevant leur instruction en ouzbek, en kirghiz ou en turkmène a diminué au profit du russe et du tadjik.
5.6 L'enseignement supérieur
Le Tadjikistan dispose d'une bonne trentaine d'universités. Rappelons que, selon l'article 17 de la Loi sur l'enseignement professionnel supérieur et postuniversitaire (2009),
Or, l'article 9.1 de la Loi sur la langue officielle de 2009 prescrit que, dans les établissements préscolaires, les établissements d'enseignement professionnel primaire, secondaire professionnel, supérieur professionnel et postuniversitaire, l'enseignement dans la langue officielle est obligatoire.
Dans le domaine de l'enseignement supérieur, il existe trois universités offrant un enseignement complet en russe, dont un campus de l'Université d'État de Moscou, l'Université slave russe-tadjike et un campus de l'Institut de Moscou de l'acier et des alliages. De nombreuses autres institutions ont également des départements d'enseignement de la langue russe. Au cours de l'année scolaire 2008-2009, plus de 33 500 étudiants ont étudié en russe dans l'ensemble des universités, ce qui représente 28% du nombre total d'étudiants. Sur ordre du ministère de l'Éducation et des Sciences du Tadjikistan, les universités peuvent accepter les travaux des étudiants en tadjik, en russe ou en anglais. Le problème, c'est que peu de professeurs peuvent évaluer les travaux d'étudiants dans ces trois langues.
L'éducation dans les universités russes reste extrêmement populaire parmi les jeunes tadjiks. Au Tadjikistan, la demande d'enseignement supérieur dans les universités russes et leurs succursales reste élevée. Les experts déclarent que les meilleurs représentants des jeunes tadjiks préfèrent suivre des études supérieures à l'étranger. Selon le gouvernement, on compterait plus de 20 000 citoyens tadjiks qui étudient dans des établissements d'enseignement supérieur en Russie et environ 4000 étudiants partent chaque année étudier en Russie. Une situation similaire est observée chez ceux qui souhaitent obtenir une éducation religieuse.
Selon le ministère de l'Éducation, au cours de l'année universitaire 2009-2010, plus de 3500 individus ont étudié dans les universités en ouzbek. Les jeunes étudiants de langue ouzbek, kirghiz et turkmène ont certes des possibilités universitaires plus limitées, mais ce problème est étroitement lié à la formation et à la disponibilité du personnel parlant ces langues. Dans un certain nombre de spécialités pédagogiques, une formation en langue ouzbek est offerte à l'Université pédagogique d'État tadjike, à Khujand et aux universités d'État de Kurgan-Tyubé. Les spécialistes qui parlent le kirghiz et le turkmène sont principalement formés au Kirghizistan ou au Turkménistan, ou bien ils sont formés dans les universités du pays en russe et en tadjik.
La situation des médias au Tadjikistan est très différente de celle des autres pays de l'Asie centrale. Du fait que le pays a subi les effets d'une guerre civile dévastatrice, des générations entières de journalistes et de spécialistes de divers domaines ont quitté ce pays au fil des ans. Cette situation a affecté l'état des médias, car à l'origine de la guerre civile ce sont les médias qui sont devenus l'instrument des conflits conduisant à une guerre fratricide. Actuellement, la situation politique au Tadjikistan se stabilise, mais elle reste fragile.
Les activités des médias au Tadjikistan sont régies par la Loi sur la presse périodique et les autres médias, adoptée le 14 décembre 1990, mais des corrections mineures furent apportées à cette loi en 2013. L'article 6 de la loi énonce que les médias ne doivent pas être utilisés pour divulguer des informations constituant des secrets d'État ou d'autres secrets spécialement protégés par la loi, appelant au renversement ou au changement forcé du système politique et social existant, ni à la propagande de la guerre, à la violence et à la cruauté, à l'exclusivité raciale, nationale, religieuse ou à l'intolérance, et enfin à la distribution de la pornographie. L'article 4 de la Loi sur la presse périodique et les autres médias (2013) stipule que les médias de la république du Tadjikistan exercent leurs activités dans la langue officielle et dans d'autres langues de la manière prescrite par la législation en vigueur:
L'article 19 de la Loi sur la radiodiffusion télévisuelle et radiophonique (1996-2013) énonce le même type de mesure:
La liberté de la presse au Tadjikistan est protégée par la Constitution (article 30) :
1) Chacun bénéficie de la liberté d'expression, de la liberté de presse et le droit d'utiliser les médias.
2) La propagande et l’agitation incitant à l’hostilité sociale, raciale, nationale, religieuse et linguistique sont interdites.
3) La censure de la part de l'État et les poursuites pour critiques sont interdites. La liste des informations constituant un secret d'État est déterminée par la loi.
Bien que la censure ne soit pas autorisée, les responsables des médias préfèrent ne diffuser que les informations qui touchent favorablement leurs activités et gardent le silence sur les questions sensibles. En retour, la plupart des journalistes semblent satisfaits de cet état de fait et la plupart d'entre eux sont sous le contrôle explicite de l'État, car les médias demeurent généralement proches du gouvernement afin de ne pas être inquiétés.
6.2 Les médias imprimés
Au moment de l'indépendance, le Tadjikistan comptait plusieurs journaux officiels établis de longue date et soutenus par le régime communiste. Il s'agissait notamment de journaux diffusés dans toute la république en tadjik, en russe et en ouzbek, ainsi que de journaux au niveau des provinces, des districts et des villes. À partir de 1991, les changements de noms des journaux ont reflété les changements politiques dans la république. Par exemple, le journal tadjik, longtemps connu sous le nom de Tojikistoni Soveti («Tadjikistan soviétique»), est devenu le premier Tojikistoni Shuravi (en utilisant le mot persan pour «conseil» ou «soviétique»), puis Jumhuriyat («République»). Le journal équivalent en langue russe est passé de Kommunist Tadzhikistana («Communiste du Tadjikistan») à Narodnaya Gazeta («Journal du peuple»).
À en juger par leur nombre, la variété des médias imprimés au Tadjikistan semble impressionnante. En août 1999, on comptait 255 publications, dont 199 journaux, enregistrés auprès du ministère de la Culture. Quatre journaux appartiennent au gouvernement, 21 à des partis et mouvements politiques, 64 à diverses entreprises. On y publie également 64 journaux régionaux ou municipaux, et 14 trois journaux indépendants à Douchanbé. Cependant, à l'heure actuelle, il n'y a pas un seul quotidien au pays et seules certaines publications sont imprimées régulièrement, en partie en raison de problèmes financiers. Cette situation est aggravée par le fait que toutes les imprimeries du Tadjikistan sont aux mains de l'État, de sorte que des publications indépendantes peuvent se voir refuser arbitrairement les services d'impression.
De façon régulière, seule une vingtaine de journaux sont publiés. Les publications gouvernementales incluent la Sadoi Mardum («La Voix du peuple»), la Jumhuriyat («La République»), la le Narodnaya Gazeta («Journal populaire»). L'Union des écrivains publie l'Adabiyot va Sanat («Littérature et Art»); le ministère de la Culture, le Bahori Ajam («Le Printemps nouveau»). Parmi les journaux, mentionnons d'abord ceux publiés en tadjik: le Jumhuriyat (gouvernement), le Minbar-i Khalq (Partie populaire démocratique), le Nido-i Ranjbar (gouvernement), le Tojikiston (privé), le Najot (Parti de la renaissance islamique), le Neru-i Sukhan (privé), le Nido-i Ranjbar (Parti communiste).
Par ailleurs, la Khalq Ovozi (gouvernement) est publiée en ouzbek, la Narodnaya Gazeta (gouvernement) en russe, le Golos Tajikistana (Parti communiste) en russe. Ces journaux sont publiés généralement trois fois par semaine, parfois une seule fois (ce sont des hebdomadaires). Deux fois par mois, le Tojikiston de Douchanbé publie des articles en tadjik, en russe et normalement une page ou deux en anglais. Depuis 1996, le ministère de la Culture et de l'Information publie un journal hebdomadaire appelé Panorama de la presse, qui est publié en cinq langues: tadjik, russe, ouzbek, farsi et anglais. L'État garantit aux citoyens du Tadjikistan le droit d'utiliser leur langue maternelle et d'autres langues des peuples de la République lorsqu'ils reçoivent et diffusent les médias. Dans les langues des minorités ethniques et linguistiques, 42 journaux et 24 magazines sont publiés en russe, d'autres en ouzbek, en kirghiz, en chougnan, en farsi, et six agences de presse diffusent des informations en russe.
En l'absence de quotidiens dans le pays, l'agence de presse privée Asia-Plus publie des bulletins imprimés et électroniques en russe et en anglais sur les questions politiques, sociales et économiques et commerciales. Le bulletin Asia Plus Blitz est publié cinq fois par semaine et la Revue économique du Tadjikistan est publiée deux fois par mois. Cette agence de presse sert de source d'information aux journaux et à un certain nombre de chaînes de télévision indépendantes; avec une expansion constante de la couverture, il ne fournit pratiquement pas de matériel analytique. Les publications d'Asian-Plus sont populaires parmi les employés des organisations internationales et dans le corps diplomatique; les services gouvernementaux s'y intéressent également, mais le coût élevé de l'abonnement les rend complètement inaccessibles à la population locale. Parmi les autres agences de presse privées figurent Infocon et Mizon, et il existe également une agence de presse publique, Khovar ("Tajikistan News"). Bien que les journaux locaux soient extrêmement bon marché selon les normes occidentales, le prix est trop élevé pour la plupart des lecteurs du Tadjikistan.
6.3 Les médias électroniques
La télévision d'État possède des antennes régionales dans la majeure partie du pays. Entre 12 et 15 chaînes de télévision indépendantes diffusent actuellement, bien que plusieurs aient reçu des licences de diffusion; le nombre de chaînes qui fonctionnent à un moment donné varie en raison de difficultés financières et techniques. La majorité des chaînes de télévision indépendantes produisent des programmes d'information au moins trois fois par semaine.
Les chaînes de télévision russes incluent ORT (Télévision publique russe), RTR (Télévision et radio russe) et la TV-6 basée à Moscou. En russe, ORT est diffusé dans tout le pays, RTR dans plusieurs régions et TV-6 à Douchanbé. La télévision ouzbèke de Tachkent, en ouzbek, a cessé d'émettre au Tadjikistan au début de 1996, en raison de difficultés financières, bien que l'aggravation des relations tadjiks-ouzbeks ait presque certainement joué un rôle important dans la décision.
La radio d'État est diffusée en tadjik et en russe dans tout le pays. La programmation étrangère comprend la Radio Liberty des États-Unis (services tadjik, ouzbek et russe) et Voice of America (en dari, en anglais et en russe), la BBC (en tadjik et en ouzbek), Voice of America (dari, anglais et russe), Sadoi Khuroson (en persan ou farsi, en ouzbek, en tadjik et en russe), et la radio gouvernementale iranienne, Radio Iran (en tadjik, en russe et en ouzbek).
Il existe en outre plusieurs stations de radio russes, dont Radio Mayak et Mir, basées à Moscou, qui ne diffusent qu'en russe. À l'heure actuelle, aucune station de radio indépendante n'existe au Tadjikistan, bien qu'au moins deux aient reçu du matériel et attendent les licences d'exploitation pour commencer leur diffusion. Pourtant, les membres appartenant à des minorités ethniques, religieuses et linguistiques ont le droit d'exprimer librement leurs convictions et leurs opinions, de les diffuser sous quelque forme que ce soit dans la presse et les autres médias. Le nombre d'émissions par jour dans les langues minoritaires sur les chaînes de radio d'État, au 1er juin 2010, se présentait comme suit: 6 h en russe, 2 h en ouzbek, 6 h 55 en arabe, 4 h en persan, 4 h en dari et 72 h en tadjik.
Plus de 70 % des habitants des différentes régions peuvent capter des émissions de télévision, soit en tadjik, soit en russe. Sur plus d'une trentaine, citons pour le tadjik le canal Tajik TV (Télévision Tadjikistan), Soghd TV (station régionale du Nord) et Khatlon TV (station régionale du Sud). Toutes les matinées de la semaine, Tajik TV diffuse des nouvelles en anglais. Les stations russes ORT 1 et RTR sont retransmises dans l'ensemble du pays, sauf pour les régions sans récepteurs. Il n'existe pas de programmation particulière à l'intention des minorités nationales, sauf pour les russophones et les ouzbekophones. En règle générale, la répartition hebdomadaire des programmes en langues minoritaires sur les chaînes de télévision publiques, régionales et municipales au 1er janvier 2009 était la suivante: 39 h 55 min en russe, en ouzbek 3 h 45 min, en arabe 50 min et en anglais 50 min.
Le Tadjikistan pratique une politique linguistique globale pour le tadjik, mais strictement sectorielle pour les langues des minorités nationales, y compris le russe, bien que cette langue bénéficie de privilèges que n'ont pas les autres langues. La politique de tadjikisation semble être un succès et n'a pas eu pour effet de discriminer systématiquement la langue russe. Cette politique était certes nécessaire, car il n'était pas normal que la langue nationale des Tadjiks soit reléguée à un rôle fonctionnel minoritaire. Contrairement à certaines autres républiques de l'Asie centrale, le russe n'a pas été évacué, mais il dû retrouver un rôle moins flamboyant, celui des communications interethniques. Dans un pays comme le Tadjikistan, le rôle du russe demeure non négligeable. D'ailleurs, du point de vue du prestige social, le russe est resté presque aussi important qu'auparavant.
C'est au sujet des langues minoritaires nationales que la politique linguistique est la moins réussie. Malgré les dispositions constitutionnelles et la législation linguistique, les petites langues nationales ne sont guères protégées, notamment dans la Région autonome du Haut-Badakhchan. Si l'on fait exception du russe, de l'ouzbek, du kirghiz et du turkmène pour les écoles primaires, les langues des minorités nationales semblent pratiquement oubliées. Il s'agit bien d'une politique sectorielle, puisqu'elle est pratiquement limitée à l'accès aux écoles dans quelques langues seulement (russe, ouzbek, kirghiz, turkmène et kazakh). Ce n'est pas pour rien que certaines minorités, surtout les Ouzbeks, se plaignent d'être sous-représentées dans les services administratifs. Il est vrai que les langues minoritaires ne sont pas systématiquement pourchassées ni discriminées, mais elles ne reçoivent que fort peu de protection de la part de l'État.