Source: http://doczz.fr/doc/10104/l-int%C3%A9r%C3%AAt-d-assurance-en-assurance-de-personnes
Timestamp: 2019-08-19 22:36:16+00:00
Document Index: 212980376

Matched Legal Cases: ['in fine', 'arrêt ', 'art. 2463', 'art. 2480', 'art. 24982504', 'art. 2415', 'art. 3', 'art. 253', '§ 1103', '§1103', 'art. 36', 'art. 140', 'art. 155', 'art. 139', 'art. 126', 'art. 9', 'art. 79', 'art. 155', 'art. 2418', 'art. 2418', 'art. 2418', 'art. 2419', 'art. 61', 'art. 1', 'art. 76']

L`intérêt d`assurance en assurance de personnes - France
L`intérêt d`assurance en assurance de personnes
Assurances et gestion des risques, vol. 80(1), avril 2012, 95-136
Insurance and Risk Management, vol. 80(1), April 2012, 95-136
L’intérêt d’assurance en assurance de personnes : une étude de droit comparé
par Sébastien Lanctôt
La souscription d’un contrat d’assurance de personnes implique, au Québec du
moins, le respect de certains impératifs. Parmi ceux-ci, on retrouve l’intérêt
d’assurance. En effet, la notion d’intérêt d’assurance est au cœur du contrat d’assurance, et, outre le cas particulier de l’obtention du consentement écrit de l’assuré,
sa présence est une condition sine qua non à la validité du contrat. Le présent
article propose une étude de la notion d’intérêt d’assurance dans le contexte de
l’assurance de personnes. Cette étude s’inscrit dans une perspective de droit
comparé. Nous examinons le cadre normatif actuellement en place dans différentes
juridictions, soit en Angleterre, aux États-Unis, dans quelques provinces canadiennes,
en France, et, finalement, au Québec.
In Quebec, the subscription of an insurance of persons contract involves compliance with certain requirements including the insurable interest. In fact, the concept
of insurable interest is at the heart of the insurance contract and unless the insured
consent is given in writing, it is a prerequisite for the validity of the contract. This
article looks at the notion of insurable interest with regards to insurance of persons.
We will review the normative framework currently in place in the jurisdictions of
England, the United States, some Canadian provinces, France and finally Quebec.
LL.B., LL.M. (Droit civil), LL.M. (Common law), D.C.L. L’auteur est avocat au barreau du
Québec, docteur en droit et Professeur à la Faculté de droit de l’Université de
Sherbrooke. Il tient à remercier très vivement Madame Marie-Claire Monty pour sa
précieuse collaboration lors de la préparation de cet article.
L’aphorisme, s’il en est un, à l’effet qu’« il n’est pas d’aventure
humaine qui ne comporte sa part de risque, souvent élevée »1 est certes
la cause d’un comportement légitime et idéal, au plan économique, de
la part des personnes physiques ou morales, soit la souscription d’une
protection assurantielle. L’assurance2, qui représente un outil de prévision et d’évaluation calculée, servant soit à limiter les impacts négatifs
susceptibles d’affecter le patrimoine3, soit à préparer la disparition
éventuelle, totale ou partielle, d’une source de revenu4, constitue souvent
un excellent moyen5 de pallier le sort et d’adoucir les conséquences
néfastes des vicissitudes de la vie. L’industrie de l’assurance, dont les
produits s’affinent, se multiplient et se diversifient constamment, répond
à un besoin6 socio-économique incessant dans le monde contemporain
dont elle est le produit.7
Or, la protection assurantielle et le contrat qui la sous-tend ne
sont viables économiquement qu’à la condition que les parties contractantes, le preneur et l’assureur, soient dans une position contractuelle
juste. Cette justesse (fairness), concept subjectif s’il en est un, s’objectivise et se précise un tant soit peu, pour le preneur-assuré, dans
la mesure où certaines conditions doivent impérativement être respectées. Une situation est juste lorsque le preneur joint la mutualité8
si, dans un premier temps, ce dernier paie un prix du risque (la prime9)
approprié, c’est-à-dire en fonction du risque potentiel qu’il encourt et
contre lequel il veut se prémunir et si, dans un deuxième temps10, les
facteurs de risque qui le caractérisent sont « comparables à ceux du
groupe auquel il appartient »11. Autrement dit, « l’assurance suppose
de pouvoir s’appuyer sur une tarification actuariellement juste, faute
de quoi elle conduirait inéluctablement à des comportements
d’ “écrémage” »12.
Quoique la notion de risque que nous venons d’évoquer - et la
tarification que son évaluation entraîne - soit au cœur de cette mécanique
contractuelle, il est une autre notion capitale qu’il importe de bien
cerner car nécessaire à la souscription (ou lors de la cession), ou,
devrait-on dire, à la validité du contrat : l’intérêt d’assurance.
Il importe toutefois de préciser qu’il y a une différence fondamentale entre l’assurance de biens et l’assurance de personnes. Dans
le domaine de l’assurance de biens, le contrat d’assurance a pour objet
l’indemnisation. Ce caractère indemnitaire, la protection du patrimoine
de l’assuré, est la notion charnière de ce type de protection et le
corolaire du caractère indemnitaire est la prohibition d’un enrichissement. L’assuré ne peut toucher une indemnité s’il n’a pas, lors du
sinistre, un intérêt d’assurance, c’est-à-dire si la perte du bien n’est pas
Assurances et gestion des risques, vol. 80(1), avril 2012
susceptible de lui causer un préjudice direct et immédiat. La règle
diffère dans le domaine de l’assurance de personnes, où, pour les
contrats individuels, le preneur doit détenir un intérêt susceptible
d’assurance dans la vie ou la santé de l’assuré (sous réserve de l’exception du consentement écrit de l’assuré), et ce, uniquement lors de
En effet, la souscription valide d’une protection assurantielle en
assurance de personnes (contrats individuels) ne peut s’effectuer que
si et seulement si une personne justifie, en droit, d’un intérêt assurable.
Si l’utilité de l’assurance ne saurait être remise en question, il importe
toutefois de déterminer dans quelle mesure une personne peut effectivement souscrire une telle protection assurantielle.
Le présent article propose une étude de la notion d’intérêt d’assurance dans le contexte de l’assurance de personnes13, pour les
contrats individuels, étude qui s’inscrit dans une perspective de droit
comparé14. Au cours des prochains chapitres, nous examinerons le
cadre normatif actuellement en place dans différentes juridictions.
Nous étudierons dans un premier temps les règles actuellement applicables en common law (Chapitre 3), soit en Angleterre (Section 1),
aux États-Unis (Section 2) et dans quelques provinces canadiennes
(Section 3). Ensuite, nous scruterons le cadre normatif français
(Chapitre 4) et terminerons notre analyse par l’étude du droit québécois
Mais avant même de débuter l’analyse de cette notion, il importe
de s’attarder sur les motifs de son élaboration, fruit d’une métamorphose
des mœurs et des valeurs ayant évolué au fil du temps (Chapitre 2).
2. L’INTÉRÊT D’ASSURANCE EN ASSURANCE
La notion d’intérêt d’assurance est à la base, ou plutôt au cœur
du contrat d’assurance, et ce, tant dans le domaine de l’assurance de
dommages que dans celui de l’assurance de personnes, objet de la
présente analyse. Il est bien évidemment utile, très intéressant, voire
presque essentiel, de comprendre les fondements qui sont à la base de
la nécessité de détenir un tel intérêt.
Il existe deux fondements principaux qui expliquent la rigueur
de la règle telle que nous la connaissons aujourd’hui. Comme l’affirme
le professeur Lluelles « [l]a prohibition de principe des assurances de
personnes à propos desquelles le preneur n’a pas d’intérêt d’assurance
[…] est fondée sur le désir d’éviter que l’assurance ne devienne un
pari; elle repose surtout sur la crainte que le preneur ne « souhaite »
trop fébrilement la réalisation du risque »15. Évidemment, l’état du droit
relativement à la notion d’intérêt d’assurance n’est ni monolithique, ni
universel et a fait l’objet de plusieurs transformations au cours des
À ses débuts, en Angleterre, l’assurance-vie était souvent utilisée
par la population aristocratique pour parier sur la vie de gens riches
et célèbres, comme l’explique l’auteur Alborn :
« Lawmakers first became concerned about the slippery slope
between life insurance and gambling during the third quarter of the
eighteen century, when the industry still catered to a relatively small,
mostly aristocratic market. Their concern grew out of a rash of cases
in which people had taken out policies on the lives of perfect strangers,
often celebrities, on the morbid chance that they would die
prematurely »16.
Ce comportement « ludique » a tôt fait de susciter des inquiétudes
et le Parlement britannique adopta, en 1774, le Gambling Act (Life
Insurance Act 1774, 14 Geo. 3 c. 48), lequel imposait alors aux preneurs
d’une police d’assurance l’obligation de détenir un intérêt d’assurance
dans la vie de la personne assurée.
La nécessité de détenir un intérêt d’assurance est également fondée
sur ce que nous appelons communément le super votum mortis, soit
le « vœu appelant la mort » en droit civil ou encore le « moral hazard »
en common law. Sans un certain lien, sans une certaine relation entre
le preneur et l’assuré, la souscription d’une assurance sur la vie d’autrui
serait entachée de suspicion, cette absence de lien pouvant ainsi devenir
l’occasion, voire le mobile du meurtre de l’assuré (le souhait de toucher
une prestation importante à la suite du décès d’un « étranger ») et, ce
faisant, devenir la première étape vers le crime17.
Face à ces deux problématiques, différentes juridictions ont eu
recours à des solutions diverses. À titre d’exemple, le droit français
requiert le consentement de l’assuré pour toute transaction effectuée
sur une police d’assurance détenue par un tiers, tandis qu’en Angleterre,
aux États-Unis et dans plusieurs provinces canadiennes, les différentes
lois prévoient des catégories de personnes à l’égard de qui l’intérêt
d’assurance est présumé. Au Québec, la solution retenue est en quelque
sorte hybride puisque le consentement de l’assuré peut se substituer à
l’intérêt d’assurance lorsque nécessaire.
Nous débuterons maintenant notre étude des règles applicables
en common law.
Insurance and Risk Management, vol. 80(1), April 2012
3. LA NOTION D’INTÉRÊT D’ASSURANCE EN
Le cadre législatif et réglementaire ainsi que la règle de droit
développée par les tribunaux de common law n’est certes pas statique
et on peut aisément déceler des dissemblances, voire des différences
importantes entre différentes juridictions de common law.
D’entrée de jeu, nous nous attarderons au droit anglais, véritable
socle et berceau de la common law nord-américaine, et poursuivrons
par l’étude du droit américain et canadien (provinces de common law).
Il est avéré que la notion d’intérêt d’assurance nous vient du droit
anglais. Malgré le fait qu’il existe une loi sur le sujet, et ce, depuis 1774,
plusieurs questions demeurent sans réponse en raison de l’absence d’une
définition claire et exhaustive, tant dans le cadre normatif qu’en jurisprudence. Mais la carence de définition législative ne trouve heureusement pas écho dans la doctrine. Les auteurs Legh-Jones, Birds et Owen
nous donnent une « good working definition », qui permet de jeter un
peu de lumière sur cette notion, gardant toutefois en tête que cette
définition ne peut être universelle et donc applicable à tous les cas :
« Where the assured is so situated that the happening of the event
on which the insurance money is to become payable would, as a
proximate cause, involve the assured in the loss or diminution of any
right recognised by law or in any legal liability there is an insurable
interest in the happening of that event to the extent of the possible loss
or liability. »18
En droit anglais, la simple expectative d’un profit, en raison du
maintien d’un statu quo ou de la préservation de l’objet de l’assurance,
n’est pas suffisante pour constituer un intérêt d’assurance19. Une grande
importance est ainsi accordée à l’existence d’un lien économique
reconnu par la loi. Selon cette perspective, il semble donc logique que
l’intérêt moral ne soit pas considéré comme suffisant pour justifier un
intérêt d’assurance puisque sans fondement légal20. Le preneur doit
avoir un intérêt d’assurance au moment de la conclusion du contrat,
mais il n’a pas l’obligation de le conserver jusqu’à la réalisation du
risque21. De plus, comme un lien économique doit impérativement être
à la base de l’intérêt d’assurance, le montant d’assurance doit être
corrélatif à ce lien économique et aux conséquences pécuniaires
envisagées. L’article 3 du Life Insurance Act énonce d’ailleurs que « […]
in all cases where the insured hath interest in such life or lives, event
or events, no greater sum shall be recovered or received from the
insurer or insurers than the amount of value of the interest of the
insured in such life or lives, or other event or events » 22.
Parmi les situations où un lien économique peut donner naissance
à un intérêt d’assurance, plusieurs peuvent être source de confusion.
Nous proposons l’examen de certaines de ces situations
Voyons tout d’abord le cas d’un employeur qui désire souscrire
une assurance-vie sur la tête d’un de ses employés.
3.1.1. L’employeur qui souscrit une assurance sur la tête
de son employé
En ce qui a trait à la relation entre un employé et son employeur,
il est clair qu’un intérêt d’assurance existe, mais celui-ci est limité23.
Dans l’affaire Hebdon, le juge Wightman mentionne :
« […] a contract to employ a person at an ascertained salary for
a term certain gives the employee an insurable interest in the life of
his prospective employer to the extent of the actuarial value of the
salary calculated at the date when the insurance is in effect. Conversely
an employer has an insurable interest in the life of his employee to the
extent of the value of the employee’s services during such time as he
is under a legal obligation to serve his employer. »24
Encore une fois, la règle, telle que définie, n’est pas adéquate.
Puisque l’intérêt devrait être basé sur la « valeur » d’un employé, selon
ce qui est établi dans le contrat d’emploi au début de la relation, cela
ne tient pas compte de l’expectative raisonnable qu’a l’employeur de
profiter du fait qu’un employé qui demeure à ses services gagne en
expérience et en valeur25. Il n’en demeure pas moins que le droit anglais
ne requiert pas que l’employé ait un statut particulier au sein de l’entreprise ou aux yeux de son employeur pour souscrire une assurance
sur « la vie de son employeur » ou être lui-même l’objet d’une assurance.
De plus, le montant d’assurance autorisé ne prend pas en compte les
efforts et investissements nécessaires pour trouver un nouvel employé
ou un nouvel emploi tout simplement, à moins d’être clairement déterminable. Ce montant est également limité à la valeur des services de
l’employé durant la période d’avis ou encore pour la durée prédéterminée
d’un contrat de services26. Comme nous le rappelle l’auteur Birds, cela
crée en quelque sorte un contrat d’assurance-vie « indemnitaire »27,
quoique la valeur de l’intérêt soit évaluée lors de la conclusion du
contrat et non lors de son exécution, comme c’est habituellement le
cas lors d’une indemnisation28. Nous reviendrons sur cette situation
lors de l’étude du droit québécois.
Par ailleurs, une autre situation susceptible de soulever des questions pratiques est le cas de l’exécuteur testamentaire qui souscrit une
assurance sur la vie du testateur.
3.1.2 L’exécuteur testamentaire qui souscrit une assurance sur
la vie du testateur
Les tribunaux anglais ont également contribué à déterminer les
liens économiques reconnus ou admis et ceux qui ne doivent pas l’être.
Par exemple, l’exécuteur testamentaire (le liquidateur de la succession
en droit québécois) n’a pas d’intérêt dans la vie du testateur. À la fin
du dix-huitième siècle, une décision britannique avait reconnu un tel
droit pour couvrir les dépenses engagées pour l’exécution du testament,
mais cette jurisprudence a été rejetée par la doctrine, car elle ne respecte
pas les exigences de la loi. En effet, cet intérêt d’assurance repose sur
une simple expectative d’une obligation purement morale.29
Si cette question semble avoir rapidement trouvé une réponse, il
en va autrement de la question de savoir si - et, dans l’affirmative, dans
quelle mesure - un créancier peut souscrire une assurance sur la tête
3.1.3 Le créancier qui souscrit une assurance sur la tête du
Évidemment, le créancier a un intérêt dans la vie de son débiteur.
La mort de son débiteur pouvant entrainer la disparition de son droit
d’action, le créancier pourrait subir une perte pécuniaire. C’est pourquoi
il est considéré comme ayant l’intérêt nécessaire pour obtenir une
assurance-vie sur la tête de son débiteur, et ce, pour un montant au
moins égal au montant de la dette et ses intérêts30. Toutefois, le montant
d’assurance possible est limité à la créance existante lors de la signature
de la proposition d’assurance, car l’intérêt d’assurance ne s’évalue qu’à
ce moment précis31. De plus, si le créancier a plusieurs débiteurs
solidaires, il peut prendre une assurance sur la vie d’un seul d’entre
eux pour le montant total de sa créance et cela, peu importe le fait que
chacun des autres soit autrement en mesure de l’acquitter32. Il demeure
néanmoins que la dette ne peut reposer sur une simple obligation
3.1.4 Le débiteur qui souscrit une assurance sur la vie de son
Pareillement, il semble admis que le débiteur a un intérêt dans
la vie de son débiteur solidaire pour la moitié de leur dette commune33.
Ce n’est pas le cas lorsque les débiteurs le sont seulement de façon
Nous discuterons plus amplement de cette question dans la section
relative à l’étude du droit québécois.
3.1.5 Les associés
En droit anglais, les tribunaux admettent depuis longtemps que
les associés ont un intérêt dans la vie des autres membres de la société34.
Bien entendu, cet intérêt est conditionnel à un risque de perte éventuelle
lors du retrait du capital du défunt de la société35.
Outre ces quelques cas particuliers que nous venons rapidement
d’aborder, le droit anglais, tout comme le droit québécois d’ailleurs,
reconnaît un intérêt d’assurance à certaines personnes.
3.1.6 Les autres personnes justifiant d’un intérêt d’assurance
Bien que le principe soit, en Angleterre, à l’effet que le preneur
de la police doit démontrer un intérêt économique dans la vie de
l’assuré, une présomption vient alléger le fardeau de certaines personnes
qui ont un intérêt auquel on ne peut attribuer de valeur pécuniaire.
Il s’agit, dans un premier temps, de l’assuré qui conclut un contrat
sur sa propre vie. Cette présomption est évidemment bienvenue car,
quoiqu’il soit périlleux de tenter d’attribuer une valeur à notre propre
vie, il est tout à fait compréhensible que nous voulions et puissions
souscrire une assurance sur notre propre vie, le tout en vue de préserver,
financièrement du moins, les intérêts des personnes que nous voulons
bien cuirasser.
Dans un deuxième temps, il peut s’agir des époux qui concluent
un contrat sur leur vie respective, sur la tête l’un de l’autre36. Les
conjoints de même sexe peuvent maintenant également bénéficier de
cette présomption37.
Outre ces exceptions, les relations familiales doivent être accompagnées d’un intérêt pécuniaire pour être recevables38. Donc, contrairement au droit québécois, le preneur n’a pas d’intérêt dans la vie de
son enfant39 dans la mesure où la présence de cet enfant ne lui procure
pas une « opportunité monétaire » comme une pension alimentaire40.
Un enfant est par contre considéré comme ayant un intérêt d’assurance
dans la vie de ses parents tant que ces derniers lui assurent une certaine
sécurité financière41. Cependant, une fois adulte, un tel intérêt disparaît42
Par ailleurs, les tribunaux anglais ont reconnu que lorsqu’une
personne a une obligation légale de payer les frais funéraires d’un
membre de sa famille, elle a également un intérêt d’assurance dans sa
vie43, mais cette obligation ne peut être simplement morale44. L’exigence
légale sur laquelle repose cette jurisprudence n’est cependant pas
d’actualité, l’État étant maintenant responsable de cette tâche. Il est
quand même possible de prendre une assurance spécifiquement pour
les frais funéraires dans certains cas prévus par la loi45.
Attardons-nous maintenant sur les règles applicables aux
La question de l’intérêt d’assurance semble avoir suscité beaucoup
plus d’intérêt de la part des auteurs américains. Tout d’abord, plusieurs
auteurs ont tenté de circonscrire l’étendue de cette notion, particulièrement en ce qui a trait aux différentes sources énoncées dans la
législation sur le sujet. De plus, un certain nombre d’auteurs ont concentré leurs recherches sur les relations entre partenaires d’affaires et
l’intérêt d’assurance qui existe entre eux. On constate également que
la question a été abordée suivant une approche fonctionnelle et philosophique, certains auteurs s’interrogeant sur la nécessité ou la valeur
La définition de l’intérêt d’assurance dans la majorité46 des États
américains reconnaît deux sources d’intérêt. L’auteur Peter Nash
Swisher les décrit comme étant « (1) love and affection insurable
interest for persons closely related by blood or affinity; and (2) for all
“other persons, a lawfull and substantial economic interest in the
continued life, health and bodily safety of the person insured” »47.
Il y a donc deux principales catégories, soit les relations familiales
(considérant les relations et la filiation) et l’intérêt d’ordre économique.
3.2.1 Les relations familiales
Les relations familiales ont été reconnues par la Cour suprême
des États-Unis comme justifiant un intérêt d’assurance puisque leur
nature aurait pour effet de protéger la vie de l’assuré plus efficacement
que toute autre considération48. En d’autres mots, il est présumé que
l’amour et l’affection qui existent entre les membres proches d’une
famille fournissent une garantie sociale - et légale - suffisante pour
que le titulaire de la police ne soit pas incité à tuer l’assuré en vue
d’obtenir le montant de la police49. Par contre, lorsqu’elle a établi cette
source d’intérêt, la Cour n’a pas fourni plus d’explications quant à la
portée de cette justification. Ainsi, la Cour a préféré donner quelques
exemples de relations acceptables, comme celle qui existe entre deux
époux ou entre des parents et leurs enfants, plutôt que de donner une
liste exhaustive. Cela a pour conséquence que l’interprétation faite par
les différents États est relativement disparate.
Une autre problématique a été soulevée par les auteurs quant à
savoir si une personne peut contracter une police d’assurance-vie sur
la tête d’une autre personne, sans que cette dernière en ait connaissance.
Face à cela, une majorité d’États américains requièrent non seulement
la connaissance de l’existence de la police, mais également le consentement de l’assuré pour des raisons d’ordre public et cela, pour toute
assurance-vie prise par un tiers50. Ce consentement, contrairement au
droit français, ne remplace pas l’intérêt d’assurance, mais s’ajoute à ce
dernier51, sauf au Texas où il en fait foi52. Il est nécessaire seulement
lors de l’évaluation de l’intérêt d’assurance, soit lors de la signature de
la proposition ou du contrat53. Certaines exceptions à cette exigence
existent cependant, par exemple en ce qui concerne les époux, parents
et enfants. Ainsi, le consentement de certaines personnes n’est pas
requis dans certains États54.
En ce qui a trait aux relations avec des membres d’une famille
d’un degré plus éloigné, les tribunaux ont généralement reconnu qu’un
lien économique était nécessaire afin de démontrer un intérêt d’assurance suffisant55.
Mais justement, cette notion de « liens économiques » peut recevoir
plusieurs interprétations. Il importe alors de s’attarder sur le sens donné
par les auteurs et la jurisprudence à cette expression.
3.2.2 Les liens économiques
La deuxième source d’intérêt d’assurance est un lien économique
reconnu par la loi. La règle générale veut qu’un intérêt d’assurance
existe lorsqu’une personne subirait une perte en raison du décès prématuré d’une autre personne. Ainsi, les relations telles que celles qui
existent entre partenaires d’affaires ou entre un créancier et son débiteur
remplissent souvent ce critère.
Bien qu’il soit reconnu qu’un employeur puisse subir une perte
lors du décès prématuré de l’un de ses employés, dans certaines circonstances, il faut tout de même porter une attention particulière à
l’importance de l’employé dans l’entreprise.
« Thus, an employer has an insurable interest only in the lives of
it’s employees who are crucial to the operation of the employer’s
business enterprise, and accordingly, a corporation would have an
insurable interest in the life of its key corporate officers, directors, or
managers, whose death would have a substantial negative economic
effect on the overall business enterprise. »56
Les tribunaux ont donc été confrontés à certaines pratiques d’entreprises qui souscrivaient des polices d’assurance sur la tête de tous
leurs employés, se basant simplement sur la relation employé/employeur
pour justifier d’un intérêt d’assurance. L’auteure américaine Charity
Rush a même surnommé ce type de pratique de « Dead peasant or
Dead janitor policies » dans un article portant sur le sujet57. Elle analyse
le jugement rendu dans l’affaire Mayo v. Hartford Life Insurance co.58,
où la Cour étudie la doctrine de l’intérêt d’assurance au Texas en lien
avec les « COLI policies59 ». Dans cette affaire, les demandeurs, anciens
employés de la compagnie Camelot, et la succession d’un ex-employé
de Wal-Mart, ont décidé de poursuivre ces employeurs afin d’obtenir
les produits des polices d’assurance qu’ils avaient souscrites sur la tête
de tous leurs employés, sans que ceux-ci en aient eu connaissance ou
n’y aient consenti. Madame Rush décrit la situation en ces termes :
« The plaintiffs and defendants had a unique relationship in the
Mayo dispute, as the plaintiffs did not participate in the creation of
the COLI contracts and did not meaningfully agree to the policies’
creation. Important to the plaintiffs’ claim was their allegation that
Camelot and Trans World (collectively, the « Camelot defendants »)
and Wal-Mart had purchased policies on hourly workers in secret,
without requesting permission or consent from the employees. Texas
law has permitted an individual to designate his own beneficiary –
even if that beneficiary otherwise lacks insurable interest under
Common Law since the mid-1950’s. However, the policies were created
in secret, without designation by the individual, then no insurable
interest exists. »60
Le droit texan prévoit que lorsqu’une police d’assurance est émise
en faveur d’une personne qui ne détient pas d’intérêt d’assurance, la
compagnie d’assurance peut tout de même être tenue de payer la
prestation prévue à une personne ayant un intérêt légal plutôt qu’au
détenteur, si celle-ci dépose une réclamation à ce titre :
Sec. 1103.102. PAYMENT TO DESIGNATED BENEFICIARY.
(a) Except as provided by Subsection (b) or (c), if an individual
obtains a policy insuring the individual’s life, designates in writing a
beneficiary to receive the proceeds of the policy, and files the written
designation with the company, the company shall pay the proceeds
that become due on the death of the insured to the designated
(b) A company that issues a life insurance policy is not required
to pay the proceeds of the policy to a designated beneficiary under
Subsection (a) if the company receives notice of an adverse claim to
the proceeds from a person who has a bona fide legal claim to all or
part of the proceeds.
(c) A private placement contract issued under Section 1152.110
may provide that: (1) settlement of that portion of the contract attributable to separate account assets is subject to the liquidity of those
assets; and (2) the portion of the contract described by Subdivision
(1) must be settled by the insurer when the separate account assets
are converted to cash under any applicable terms, which may be a
period longer than the two-month period described by Section
1101.011(a).61
Dans sa défense, Wal-Mart a fait valoir plusieurs arguments afin
de démontrer qu’elle détenait un intérêt d’assurance. Parmi ces arguments, on retrouve les deux suivants :
« In substance, Wal-Mart theorizes that because Sims was a
Wal-Mart employee and because Wal-Mart’s employees “as a group”
were important to the company’s profitability and to the continuing
functioning of its business, Wal-Mart (through its Trust) has an insurable interest in Sims’s life in conjunction with Wal-Mart’s interest in
the lives of the rest of the insured employees. »62
« Wal-Mart contends that Texas public policy on insurable interest
has not been rigidly enforced since various statutory changes limit
the traditional rule on insurable interests. The Texas Legislature, by
amending the Texas Insurance Code on two occasions, has restricted
the application of the insurable interest doctrine to permit adult Texans
to name their own beneficiaries in individual and group
policies. »63.
La Cour a rejeté chacun de ces arguments et a réaffirmé l’application du critère d’intérêt d’assurance en assurance-vie. La juge Nancy
F. Atlas a finalement conclu :
employer did not have insurable interest given nature of policies,
taken out on each of 350,000 employees covered by employer’s group
health insurance; (2) employer did not gain insurable interest by
virtue of fact that purpose of policy was to defray costs of replacing
insured upon death; and (3) employer’s status as beneficiary was not
consistent with Texas public policy.64
Finalement, il existe, aux États-Unis, un fort courant doctrinal
qui remet en cause la nécessité du critère d’intérêt d’assurance.
Effectivement, il critique notamment son efficacité lorsqu’il s’agit de
protéger l’assuré d’une mort prématurée infligée par le preneur de la
police et propose d’autres alternatives. L’auteur Jacob Loshin expose
bien les arguments proposés :
« The doctrine creates perverse incentives that encourage the very
practices the doctrine seeks to deter. In addition to failing on its own
terms, the doctrine also invites unfairness and inefficiency in the
insurance market. […] The best way for the courts to prevent insurance
contracts on the life or property of strangers may be to refrain from
invalidating such contracts in the first place. »65
Poursuivant avec le cas du Texas, Madame Rush soulève d’autres
mécanismes qui ont pour but de protéger l’assuré :
« There is a question of whether these concerns are still valid as
safeguards other than the insurable interest doctrine prevent either
[(inducement of one person to take the life of another or the wager on
the continuation of human life)] from occurring. First, article 21.23
of the Texas Insurance Code bars recovery by one who is an accomplice
to the death of the insured by providing that a beneficiary who participates in bringing about the death of the insured shall forfeit any
interest in the death of the insured; second it is most likely unprofitable
to wager against an actuarial table absent some secret knowledge of
the insured’s death. »66
Ainsi, la notion d’intérêt d’assurance a principalement pour but
de protéger les assurés contre des gestes malveillants de la part de
personnes qui pourraient causer leur mort. Ce faisant, elle permet à
certaines personnes de se protéger contre d’éventuelles pertes pouvant
survenir à la suite de la mort d’un assuré, tout en limitant le nombre
de personnes pouvant prétendre à de telles pertes. Or, cet élément, ce
critère relatif à la dissuasion, peut par contre être inefficace.
Effectivement, chaque preneur a des motifs personnels et subjectifs
de souscrire une assurance sur la tête d’autrui et les critères préétablis
ne les prennent pas toujours en considération.
C’est pourquoi plusieurs auteurs67 américains militent en faveur
de règles plus claires ou de mécanismes plus efficaces. Reste à voir si
ces revendications trouveront écho dans la littérature, dans la jurisprudence ou encore chez le législateur.
Après ce bref survol de l’état du droit en Angleterre et aux ÉtatsUnis, et toujours dans la foulée d’une étude des règles qui prévalent
en common law, nous nous livrerons, dans la prochaine section, à un
examen du droit en vigueur dans certaines provinces canadiennes.
3.3 Au Canada, dans les provinces de common law
Au Canada, la nécessité de détenir un intérêt d’assurance est
imposée par le cadre normatif des différentes provinces. Puisque
celles-ci se sont grandement inspirées de la législation anglaise, nous
nous attarderons principalement aux différences entre les deux
D’entrée de jeu, il importe de mentionner que les dispositions
statutaires que nous retrouvons dans les différentes lois provinciales
sont assez précises. Les articles 178 et 179 de l’Insurance Act68 de
l’Ontario illustrent bien le contenu de ces lois provinciales, pour la
plupart similaires69 :
178. (1) Subject to subsection (2), where at the time a contract
would otherwise take effect the insured has no insurable interest, the
(b) if the person whose life is insured has consented in writing
to the insurance being placed on his or her life.
(3) Where the person whose life is insured is under the age of
sixteen years, consent to insurance being placed on the person’s life
may be given by one of his or her parents or by a person standing in
the role of parent to him or her. R.S.O. 1990, c. I.8, s. 178.
179. Without restricting the meaning of the expression “insurable
interest”, a person has an insurable interest in the person’s own life
and in the life of,
(a) the person’s child or grandchild;
(b) the person’s spouse;
(c) any person upon whom the person is wholly or in part dependent, for, or from whom the person is receiving, support or
(d) an employee of the person; and
(e) any person in the duration of whose life the person has a
La législation des provinces canadiennes est beaucoup plus
détaillée que la législation anglaise en ce qui concerne les présomptions
d’intérêt. De plus, la reconnaissance d’un intérêt assurable, lorsqu’une
personne est dépendante du soutien ou de l’éducation de l’assuré, est
une nouveauté par rapport au droit britannique. En effet, la common
law n’avait jusqu’alors reconnu cette réalité que lorsqu’une charge
financière importante était en jeu70.
Pour ce qui est des liens familiaux, il est clair qu’ils justifient un
intérêt d’assurance. Mais quelle est la portée effective de l’expression
« liens familiaux » ? Au Canada, les liens reconnus sont expressément
identifiés dans les lois applicables. Contrairement au droit anglais,
toutes les provinces canadiennes reconnaissent au preneur un intérêt
d’assurance dans la vie de ses descendants71. Par contre, aucune mention
n’est faite d’un intérêt moral pouvant donner lieu à un intérêt
À l’instar du Royaume-Uni, on remarque qu’une grande importance est accordée, au Canada, au caractère pécuniaire de l’intérêt.
Les situations où l’intérêt d’assurance est reconnu en Angleterre
devraient ainsi recevoir le même traitement.
Il importe de souligner que dans toutes les juridictions canadiennes
l’appréciation de l’intérêt d’assurance se fait au moment de la conclusion
du contrat. Or, cela a posé problème à plusieurs reprises, notamment
lorsqu’une relation d’affaires ayant servi de fondement à des polices
d’assurance-vie a pris fin. Dans ce contexte, les tribunaux72 ont jugé
qu’un assuré ne pouvait prétendre avoir le droit de demander la « fin
du contrat ». L’affaire Piché c. Arontec Inc.73, bien que d’origine québécoise, en est une bonne illustration :
De l’avis du Tribunal, les contrats d’assurance, tels que souscrits,
sont valides et ne sauraient être résiliés au motif de retrait de certains
actionnaires. En effet, nous ne sommes pas en présence d’une cession.
Arontec était bénéficiaire des polices d’assurance en 1991, Arontec
faisait partie de l’entente du 30 avril 2002 et existe toujours à l’heure
actuelle. Il ne s’agit donc pas d’un cas de cession d’assurance, malgré
le départ de certains de ses actionnaires.
L’entente prévoit à la clause 9.2, l’obligation de maintenir les
polices d’assurance sur la vie des actionnaires restants (i.e les intimés)
jusqu’à parfait paiement de leurs engagements financiers en faveur des
actionnaires vendeurs (i.e les requérants). Après ce paiement, le maintien
ou non des polices d’assurance-vie échoit à Arontec et relève donc du
consentement unanime de ses nouveaux actionnaires. La clause 9.2
de l’entente ne peut aucunement conférer aux actionnaires vendeurs
un droit à la résiliation. Il s’agit là, selon le Tribunal, d’un voeu pieu
issu d’une interprétation non fondée du texte. Bien que Luc Piché ait
indiqué avoir insisté auprès du conseiller juridique unique Me Alfred
Belisle pour l’insertion du mot « restants » à la clause 9.2, le Tribunal
ne peut tirer de l’intention de Luc, le reflet de l’intention des parties.
Il faut lire la clause dans son ensemble ainsi que l’entente et la convention
unanime d’actionnaires, pour comprendre que le droit de maintenir
ou non les polices d’assurance sur la vie de Guy et Luc appartient à
Arontec.74
Par contre, relativement à cette question, le Manitoba se démarque.
La loi manitobaine75 permet en effet à l’assuré de se présenter devant
le tribunal pour demander l’annulation de la police lorsque l’intérêt
d’assurance disparait.
Aussi, il existe une différence au niveau de la sanction du défaut
d’intérêt en droit canadien. Une police prise sans intérêt d’assurance,
sur la tête d’autrui, est frappée de nullité absolue puisqu’elle est contraire
à l’ordre public76. Pour cette raison, il a été jugé que le preneur n’a pas
droit à la restitution des primes perçues en vertu de cette police77, à
l’instar de ce qui est applicable en Angleterre. En droit anglais, la
restitution des primes est impossible, car leur paiement a eu lieu dans
le cadre d’un acte illégal. Par contre, si le preneur a été trompé par
l’agent d’assurances qui lui a affirmé qu’il avait l’intérêt d’assurance
requis, la restitution est alors envisageable78. Finalement, dans les
provinces canadiennes, l’absence d’intérêt d’assurance ne sera pas
forcément fatale, si tant est que l’assuré a expressément consenti par
écrit à la proposition ou au contrat d’assurance79. Ce consentement
n’est toutefois pas obligatoire, contrairement à ce qui prévaut dans la
majorité des États américains80.
Conservant en tête les nuances précédemment examinées dans
le cadre de notre étude du droit anglais, du droit américain et du droit
canadien (pour les provinces de common law), nous proposons un
survol du droit applicable en France.
4. LA NOTION D’INTÉRÊT D’ASSURANCE EN
Le droit des assurances français est régi par le Code des assurances81. Plus spécifiquement, ce sont les articles L. 132-1 à L. 132-4
qui ont trait à l’intérêt d’assurance :
La vie d’une personne peut être assurée par elle-même ou par un tiers.
Plusieurs personnes peuvent contracter une assurance réciproque
sur la tête de chacune d’elles par un seul et même acte.
L’assurance en cas de décès contractée par un tiers sur la tête de
l’assuré est nulle, si ce dernier n’y a pas donné son consentement par
écrit avec indication du capital ou de la rente initialement garantis.
Le consentement de l’assuré doit, à peine de nullité, être donné
par écrit, pour toute cession ou constitution de gage et pour transfert
du bénéfice du contrat souscrit sur sa tête par un tiers.
Les dispositions du premier alinéa ne sont pas applicables aux
contrats d’assurance de groupe à adhésion obligatoir
Il est défendu à toute personne de contracter une assurance en
cas de décès sur la tête d’un mineur âgé de moins de douze ans, d’un
majeur en tutelle, d’une personne placée dans un établissement psychiatrique d’hospitalisation.
Toute assurance contractée en violation de cette prohibition est
L’assureur et le souscripteur sont en outre passibles, pour chaque
assurance conclue sciemment en violation de cette interdiction, d’une
amende de 4 500 euros.
Ces dispositions ne mettent point obstacle dans l’assurance en
cas de décès, au remboursement des primes payées en exécution d’un
contrat d’assurance en cas de vie, souscrit sur la tête d’une des personnes
mentionnées au premier alinéa ci-dessus ou au remboursement du seul
montant des primes payées, en exécution d’un contrat d’assurance de
survie, souscrit au bénéfice d’une des personnes mentionnées au premier
Une assurance en cas de décès ne peut être contractée par une
autre personne sur la tête d’un mineur parvenu à l’âge de douze ans
sans l’autorisation de celui de ses parents qui est investi de l’autorité
parentale, de son tuteur ou de son curateur.
Cette autorisation ne dispense pas du consentement personnel de
À défaut de cette autorisation et de ce consentement, la nullité
du contrat est prononcée à la demande de tout intéressé.82
À la lecture de ces articles, on remarque que le législateur français
est beaucoup plus évasif dans l’application de la notion d’intérêt d’assurance. En réalité, l’intérêt d’assurance en matière d’assurance de
personnes n’existe pas en droit français83. Cet élément n’est requis que
lorsqu’il est question d’assurances de dommages84. Un consentement
écrit est ainsi exigé pour pallier cette absence dans le cas d’une assurance-vie seulement85.
En France, le consentement de l’assuré est donc la règle. Il est
obligatoire et nécessaire à la conclusion du contrat, mais également
pour toute transaction sur la police. En plus de veiller à ce que l’assuré
soit mis au courant de l’existence d’un contrat d’assurance sur sa vie,
l’exigence du consentement vise en quelque sorte à lui permettre
d’exprimer sa confiance envers le preneur ou le bénéficiaire86 ainsi
que d’apprécier les risques encourus par la signature de la proposition87.
Aussi, comme mentionné précédemment, ce faisant, le législateur
cherche à minimiser le super votum mortis. L’auteur Mayaux énonce
justement que « [l]’autre justification au consentement de l’assuré est
la prévention du « super votum mortis » préalable à la souscription,
qui est propre aux assurances conclues sur la tête d’autrui. En imposant
au souscripteur mal intentionné que l’opération de souscription se fasse
au grand jour, le législateur lui fait perdre son attrait et chasse ainsi
les mauvaises pensées »88. Par contre, l’approbation de l’assuré ne fait
foi que de sa perception personnelle de la relation le liant au souscripteur. La notion d’intérêt d’assurance au Québec s’évalue ainsi en
considérant la situation du souscripteur ou du preneur alors que l’exigence d’un consentement concerne uniquement celle de l’assuré. Il est
envisageable que ce dernier ait de l’affection envers la personne qui
contracte l’assurance sans pour autant que ce sentiment soit réciproque.
L’objectif de prévention du super votum mortis ne serait ainsi pas
atteint89.
Pour ce qui est de l’assurance en cas de vie, le souscripteur ne
souhaitera alors pas la mort de l’assuré et donc, le droit français ne
considère pas son consentement comme étant nécessaire90. Cette même
réalité se retrouve dans un contexte d’assurance en cas de maladie,
d’accident ou d’invalidité. Dans ces situations, il est évident que l’existence du contrat d’assurance n’encouragera pas le souscripteur à mettre
fin aux jours de l’assuré. Cependant, l’absence d’un intérêt requis
implique qu’il est possible de parier sans restriction sur la santé ou la
date de décès d’une personne, ce qui peut être moralement douteux91.
Ces différentes constatations illustrent les implications de l’absence
d’un intérêt d’assurance requis en matière d’assurance de personnes
comparativement à l’assurance de dommages. En effet, la notion de
risque dans ce dernier contexte assurantiel nécessite un intérêt, contrairement aux assurances-vies ou de santé. Certains auteurs remettent en
question cette distinction en ce qui concerne ce concept92. Une auteure
souligne même que, si l’intérêt d’assurance est l’élément de différenciation entre un pari et une police d’assurance, le droit français ne
reconnaît pas le statut de contrat d’assurance, si ce dernier a comme
objet des êtres humains plutôt que des objets93. Cette vision n’est
toutefois pas partagée par tous. Monsieur Mayaux accepte, relativement
à ces arguments qu’il est possible de reconnaître la nécessité d’un
certain intérêt subjectif dans le domaine de l’assurance de personnes
pour respecter le concept de risque. Il corrobore l’opinion de Madame
Provost94 selon laquelle le détenteur de l’intérêt doit être le bénéficiaire
de la police. Par contre, il soulève que les conséquences de l’absence
de cet intérêt diffèrent de celles en assurances de dommages. L’élément
controversé, soit la désignation du bénéficiaire, peut difficilement être
affecté par la notion d’intérêt, selon lui. Il met de l’avant la difficulté
d’identifier l’existence réelle d’un intérêt dans ce secteur des assurances,
ce qui l’amène à conclure au peu d’impact qu’a ce principe et à rejeter
la conception moniste qu’ont ces auteurs95.
Quant aux actes visés par les articles exigeant le consentement,
« l’idée [est] que l’assuré consent moins à un contrat qu’il n’agrée un
bénéficiaire, il doit donner son accord à tout acte emportant désignation
d’un bénéficiaire96 ». Monsieur Mayaux mentionne que :
« Tel est le cas du contrat d’origine, même en l’absence de clause
bénéficiaire, dès lors que le souscripteur est alors bénéficiaire par
défaut contre lequel l’assuré doit être protégé. Mais tel est aussi le cas
de l’acte ultérieur qui, selon les termes de l’article L. 132-2 du Code
des assurances, emporte transfert du bénéfice. À notre sens, l’expression
doit être entendue largement comme visant tout acte par lequel le
souscripteur désigne un nouveau bénéficiaire, non seulement en remplacement de l’ancien, mais aussi en sus ou à défaut de celui-ci. »97
En outre, l’augmentation du capital, sauf celle résultant de l’application d’une clause d’indexation, nécessiterait également le consentement de l’assuré, bien que la disposition ne l’indique pas spécifiquement.
Le texte de l’article requérant le consentement de l’assuré quant aux
prestations initialement garanties, il est normal qu’une modification
de celles-ci le nécessite également98.
Les modalités du consentement sont prévues, parfois implicitement, parfois explicitement. Ainsi, ce consentement doit obligatoirement
être donné par écrit, bien que la forme de l’écrit ne soit pas spécifiée.
Plusieurs auteurs soutiennent que tous les types d’écrits doivent être
admis. Ce serait le cas des documents écrits, même non signés, quel
que soit le support, pourvu que le montant du capital ou de la rente
initialement garantie soit indiqué99. Nous croyons toutefois que, pour
des raisons évidentes et inhérentes à la preuve, la signature est le plus
souvent indiquée et recommandée. Il n’en demeure pas moins que
l’accord de l’assuré est habituellement communiqué par la signature
de la proposition ou du contrat d’assurance100. Le consentement doit
bien entendu émaner de l’assuré. Toutefois, ce dernier peut mandater
un tiers pour consentir en son nom101.
Finalement, le législateur impose des modalités supplémentaires
au consentement ou prohibe tout simplement de contracter une police
sur la tête de certaines personnes selon la catégorie dans laquelle elles
se trouvent. Il faut donc faire la distinction entre trois catégories
d’assurés : les assurés ordinaires, les assurés protégés et les autres
En premier lieu, les assurés ordinaires sont les majeurs qui ont
la pleine capacité de leurs moyens. Les exigences relatives à la souscription d’une police sur leur tête sont celles exposées
En deuxième lieu, pour ce qui est des assurés protégés, il s’agit
principalement des mineurs qui sont âgés de plus de 12 ans. Afin de
donner leur consentement validement, ceux-ci doivent être assistés de
leurs parents, comme l’explique le professeur Mayaux :
L’article L. 132-4 du Code des assurances considère que son
immaturité ne l’empêche pas de donner son consentement personnel
à l’assurance. Toutefois, elle justifie que l’autorisation d’une autre
personne soit requise. Le consentement de l’assuré ayant un caractère
personnel (car c’est à celui dont la propre vie pourrait être menacée
d’apprécier l’existence de la menace), il s’agit bien d’assistance et non
de représentation. Il en résulte que le consentement personnel du
mineur est exigé, en sus de celui des parents qui est investi de l’autorité
parentale.102
En troisième lieu, certaines personnes sont considérées comme
incapables de donner leur consentement et ne peuvent être l’objet d’un
contrat d’assurance-vie. Il s’agit du mineur âgé de moins de 12 ans,
du majeur sous tutelle et de la personne placée dans un établissement
psychiatrique d’hospitalisation selon ce qui est prévu à l’article L.
132-3. Ces prohibitions ont été mises en place dans un souci d’éviter
toute incitation à l’infanticide ou à l’euthanasie103. De surcroît, l’assureur
et le souscripteur qui concluent sciemment une telle police sont passibles
d’une amende de 4 500 euros.
Lorsqu’une assurance est souscrite avant que l’une des situations
mentionnées ne se présente, celle-ci demeure valide, mais les actes
subséquents seront frappés de nullité. Toutefois, dans le cas d’un majeur
sous tutelle, la souscription d’un contrat d’assurance-vie est possible
avec l’autorisation du juge des tutelles ou du conseil de famille104.
Ces précautions ont été mises en place pour des raisons d’ordre
public. Il paraît donc logique que la sanction à toute forme de défaut
soit la nullité absolue, qui peut être invoquée par tout intéressé, et que
celui-ci ne soit pas susceptible de confirmation105. Il faut également
préciser que la nullité absolue emporte l’anéantissement rétroactif à
l’égard de tous et que les primes reliées au contrat seront restituées
intégralement. La nullité touche la police en entier et il n’est pas possible
de la limiter à la « clause bénéficiaire » seulement106.
Bref, puisque le consentement de l’assuré est requis pour toute
opération qui exigerait normalement un intérêt d’assurance en droit
québécois, le droit français n’est pas lumineux quant à la portée que
l’on devrait accorder aux différentes sources d’intérêt prévues dans le
Code civil québécois. Par contre, il peut être intéressant de s’y référer
pour le contenu et les modalités du consentement.
C’est dans cette foulée que s’inscrit notre étude du droit québécois
relatif à l’intérêt d’assurance.
5. LA NOTION D’INTÉRÊT D’ASSURANCE EN
La notion d’intérêt d’assurance joue en droit civil québécois un
rôle de premier plan, et ce, contrairement au droit civil français. La
doctrine québécoise s’est attardée à quelques reprises à cette notion
ainsi qu’à ses modalités d’application. Nous proposons un survol des
règles générales et une étude de quelques questions, voire de problématiques soulevées en droit québécois. Il est à noter que nous examinerons les règles applicables au contrat d’assurance individuel, le
contrat collectif commandant des nuances en raison du fait que le
preneur n’est, pratiquement, que l’administrateur du plan d’assurance.
5.1 L’énoncé de base
Dans son analyse du cadre normatif québécois, le professeur
Lluelles mentionne pertinemment que « [l]e preneur d’un contrat
d’assurance de personnes possède un intérêt d’assurance s’il a intérêt
à la vie ou au maintien de la santé ou de l’intégrité physique de la
personne sur la tête de laquelle l’assurance est prise107 »108.
En droit québécois, l’intérêt d’assurance « peut provenir de liens
affectifs, économiques ou moraux entre le preneur et l’assuré » 109.
Nous étudierons de façon exhaustive ces trois catégories mais, avant
de se livrer à cet exercice, certaines précisions s’imposent.
5.2 Les personnes qui doivent détenir un intérêt d’assurance
Le processus contractuel propre au domaine de l’assurance implique souvent de nombreux acteurs. La désignation et l’identité de ces
acteurs sont capitales, surtout dans le domaine de l’assurance de
personnes où il importe notamment de distinguer le preneur, qui est
le cocontractant de l’assureur, et l’assuré, qui est la personne sur la vie
(ou la santé) de laquelle l’assurance est souscrite. Également, l’arène
assurantielle implique l’intervention des représentants en assurance.
De plus, il n’est pas rare de constater la présence d’un ou de plusieurs
bénéficiaires et d’un titulaire subrogé. Il est à noter que le ou les
bénéficiaires et, le cas échéant, le titulaire subrogé, n’ont pas, en vertu
du cadre normatif québécois, à détenir un intérêt d’assurance dans la
vie de la personne assurée.
Ce sont les articles 2418 et 2419 du Code civil du Québec (ci-après
« C.c.Q. ») qui énoncent le caractère obligatoire de l’intérêt
2418. Le contrat d’assurance individuelle est nul si, au moment
où il est conclu, le preneur n’a pas un intérêt susceptible d’assurance
dans la vie ou la santé de l’assuré, à moins que ce dernier n’y consente
Sous cette même réserve, la cession d’un tel contrat est aussi nulle
lorsque, au moment où elle est consentie, le cessionnaire n’a pas l’intérêt
2419. Une personne a un intérêt susceptible d’assurance dans sa
propre vie et sa propre santé, ainsi que dans la vie et la santé de son
conjoint, de ses descendants et des descendants de son conjoint ou des
personnes qui contribuent à son soutien ou à son éducation.
Elle a aussi un intérêt dans la vie et la santé de ses préposés et
de son personnel, ou des personnes dont la vie et la santé présentent
pour elle un intérêt moral ou pécuniaire.
Le législateur québécois a donc repris, lors de la réforme de
1991-1994, les dispositions du C.c.B.C.110, en y apportant certains
Au regard de l’article 2418 C.c.Q., on peut lire dans les
Commentaires du Ministre que « [c]et article reprend le droit antérieur.
Le preneur doit avoir, à la conclusion du contrat, un intérêt d’assurance
dans la vie ou la santé de l’assuré. À la différence de l’article 2509
C.c.B.C., la portée de la règle est étendue à toute cession ultérieure du
contrat d’assurance de personnes. Il peut être remédié à l’absence
d’intérêt d’assurance par le consentement écrit de celui dont la vie ou
la santé est assurée »111.
La principale modification apportée par le législateur québécois
concerne la cession du contrat d’assurance. Il est à noter que le législateur vise ici la cession entre vifs, à ne pas confondre avec la cession
pour cause de mort, traduite en pratique par l’opération visant à désigner
un titulaire subrogé.
Dans le domaine de l’assurance de personnes, le preneur peut,
sous réserve de certaines conditions, céder le contrat dont il est propriétaire à une autre personne, que ce soit l’assuré ou un tiers. Mais
alors que l’article 2509 C.c.B.C. prévoyait que « [l]’assurance peut être
cédée à une personne qu’elle ait ou non un intérêt susceptible d’assurance dans la vie ou la santé de l’assuré »112, l’article 2418 C.c.Q. étend
dorénavant la portée de la règle (nécessitant un intérêt) à toute cession
du contrat en prévoyant que « […] la cession d’un tel contrat est aussi
nulle lorsque, au moment où elle est consentie, le cessionnaire n’a pas
l’intérêt requis ». Le cédant peut néanmoins ne plus avoir l’intérêt lors
de la cession, car sa disparition n’emporte pas la fin de l’assurance113.
En effet, en droit québécois, au regard des contrats d’assurance-vie
individuels, dans tous les cas, l’intérêt n’est nécessaire qu’au moment
de la conclusion du contrat. La perte postérieure (de cet intérêt d’assurance) à la conclusion du contrat n’aura aucun impact et ne sera bien
évidemment pas fatale.
Or, cette exigence est particulière au domaine de l’assurance de
personnes. En effet, s’il est vrai que dans ce domaine le preneur doit
détenir un intérêt susceptible d’assurance dans la vie ou la santé de
l’assuré uniquement lors de la conclusion du contrat, cette règle diffère
dans le domaine de l’assurance de biens.
Dans ce dernier domaine, en vertu de l’article 2481 al. 1 C.c.Q.,
« [u]ne personne a un intérêt d’assurance dans un bien lorsque la perte
de celui-ci peut lui causer un préjudice direct et immédiat ». L’article
2484 C.c.Q. prévoit quant à lui que l’assurance d’un bien dans lequel
l’assuré n’a aucun intérêt d’assurance est nulle. Or, l’article 2481 al. 2
prévoit quant à lui que « [l]’intérêt doit exister au moment du sinistre,
mais il n’est pas nécessaire que le même intérêt ait existé pendant toute
la durée du contrat ».
Cette différence de traitement est tributaire du rôle joué par les
différents types de protections assurantielles. Dans un premier temps,
le contrat d’assurance de biens à pour objet l’indemnisation. Ce caractère
indemnitaire, la protection du patrimoine de l’assuré, est la notion
charnière de ce type de protection. Le corolaire du caractère indemnitaire
est la prohibition d’un enrichissement, l’assuré ne pouvant être titulaire
du contrat et donc toucher une indemnité (à titre d’assuré) s’il n’a pas,
lors du sinistre, un intérêt d’assurance, c’est-à-dire si la perte du bien
n’est pas susceptible de lui causer un préjudice direct et immédiat. La situation est différente en assurance de personnes, l’intérêt
n’étant exigé qu’au moment de la conclusion du contrat. Suivant l’article
2418 C.c.Q., c’est donc le preneur qui doit détenir un intérêt d’assurance
dans la vie ou la santé de l’assuré et non l’inverse114. En vertu de l’article
2414 al. 2 C.c.Q. l’exigence d’un intérêt d’assurance est d’ordre public
absolu. Par conséquent, il n’est pas possible d’y déroger dans le contrat
d’assurance115, et ce, même si, en apparence, cela pourrait avoir pour
effet d’avantager le preneur, l’assuré, l’adhérent, le bénéficiaire ou le
titulaire du contrat. L’absence de l’intérêt requis serait nécessairement
sanctionnée de nullité.
Quoique le cadre normatif actuellement en place semble bien établir
les contours de la notion d’intérêt d’assurance, une analyse du libellé
des articles 2418 et 2419 C.c.Q. permet de constater que les vocables
employés ne sont pas si clairs qu’il peut y paraître à première vue.
D’entrée de jeu, il importe de mentionner que la signature de la
personne assurée permet, dans tous les cas, de pallier l’absence d’intérêt
législativement établi. Par conséquent, un individu pourra souscrire
un contrat d’assurance sur la vie de toute personne qui n’est pas spécifiquement mentionnée à l’article 2419 C.c.Q., simplement en obtenant
le consentement écrit de celle-ci. Cette option reprend le droit français
sur ce point, bien que ce ne soit pas une exigence comme c’est le cas
de l’autre côté de l’Atlantique116. Le législateur a toutefois prévu, pour
des raisons qui se justifient d’intérêts pratiques et pour des raisons
liées à la preuve, que ce consentement doit impérativement être écrit.
Ce formalisme, on s’en doute, n’a pas pour unique visée de faciliter la
preuve de l’obtention du consentement. Cette prescription de forme
garantit la connaissance de l’existence d’un contrat d’assurance par
l’assuré et sa compréhension du contrat ainsi établi. Cette forme lui
offre également la possibilité de poser des limites à la portée de l’assurance ou encore des conditions d’application que l’assureur sera tenu
de respecter117.
Quoiqu’en pratique, les assureurs exigent presque systématiquement la signature de la personne assurée, il importe d’examiner la liste
des personnes à l’égard desquelles le preneur détient de facto un intérêt
d’assurance. L’article 2419 C.c.Q., de facture simple et logique, établit
trois grandes catégories d’intérêt : l’intérêt relatif aux liens affectifs,
l’intérêt relatif aux liens économiques et l’intérêt relatif aux liens
moraux118. Nous les examinerons successivement.
5.2.1 L’intérêt relatif aux liens affectifs
En vertu du premier alinéa de l’article 2419 C.c.Q., une personne
a un intérêt susceptible d’assurance :
• Dans sa propre vie et sa propre santé;
• Dans la vie et la santé de son conjoint;
• Dans la vie et la santé de ses propres descendants;
• Dans la vie et la santé des descendants de son conjoint;
• Dans la vie et la santé des personnes qui contribuent à son
soutien ou à son éducation.
À première vue, il semble que cet alinéa couvre les intérêts relatifs
aux liens affectifs. Toutefois, l’article 2419, al. 1 C.c.Q. in fine énonce
qu’une personne a un intérêt susceptible d’assurance dans la vie et la
santé des personnes qui contribuent à son soutien ou à son éducation.
Or, ce dernier intérêt déborde le cadre strictement affectif. Nous y
reviendrons. Mais avant, nous aborderons ces différentes catégories
de personnes justifiant d’un intérêt assurable.
Le premier point ne pose évidemment pas de problème. Il est
évident que toute personne a un intérêt susceptible d’assurance dans
sa propre vie et sa propre santé. Évidemment, le vocable « personne »
doit ici être entendu dans son sens restrictif, visant ainsi uniquement
les personnes physiques, et non les personnes morales.
Ensuite, le législateur énonce qu’une personne a un intérêt susceptible d’assurance dans la vie et la santé de son conjoint. La précision
que commande cette portion de l’article est relative à la notion de
« conjoint ». Ce terme inclut bien entendu les époux, mais l’introduction
de l’article 61.1 de la Loi d’interprétation119 a permis d’élargir sa
signification aux conjoints unis civilement. De plus, le libellé et l’esprit
de l’article 2419 C.c.Q. ne s’y opposant pas120, les conjoints de fait
peuvent également être visés par la disposition, tels que décrits au
Quant à la section suivante de l’article 2419 C.c.Q., une personne
a un intérêt susceptible d’assurance dans la vie et la santé de ses propres
descendants. Cette filiation peut être établie par le sang ou encore par
l’adoption121. La légitimité de l’enfant n’est plus une notion sujette à
débat dans la société actuelle, la naissance lors ou hors du mariage ne
modifiant en rien son statut122. Un enfant né par procréation assistée
est également visé par la disposition, car il a les mêmes droits et
obligations que les autres123.
En ce qui concerne la dernière portion du premier alinéa de
l’article 2419 C.c.Q., celle-ci réfère davantage à des liens de nature
économique. Le vocable « soutien » est défini par le Petit Robert comme
étant une : « Action ou moyen de soutenir (dans l’ordre financier,
politique, militaire, moral, spirituel, social) », par exemple une « aide,
appui, protection, secours ». La notion plus figurative est fort probablement celle retenue par le législateur, car elle vise les relations entre
Même si, très souvent, la personne qui contribue au soutien ou à
l’éducation d’une autre lui est liée par des liens familiaux, la portée
de cette portion de l’article n’est pas restreinte aux liens affectifs.
Prenons en exemple le cas de Monsieur X, le voisin de Madame A,
qui acquitte les frais de scolarité de cette dernière. Évidemment, dans
ce contexte, Madame A a un intérêt d’assurance dans la vie ou la santé
de Monsieur X, et non l’inverse. En effet, dans une affaire de 1897,
sous l’ancien régime, la Cour suprême du Canada a confirmé que celui
qui avait le statut de protecteur n’était pas considéré comme ayant
l’intérêt nécessaire pour contracter une assurance sur la vie de son
protégé. Surtout si l’objectif avoué était son enrichissement personnel124.
Mais qu’en est-il des liens économiques à proprement parler ?
5.2.2 L’intérêt relatif aux liens économiques
Nous aborderons maintenant, tel qu’annoncé précédemment,
quelques situations particulières en lien avec la notion de « liens économiques » appliquée en droit québécois. Il est à noter que les situations
suivantes ne sont pas limitatives, d’autres situations pouvant également
éventuellement justifier un intérêt d’assurance.
L’employeur qui souscrit une assurance sur la tête de
L’article 2419, al. 2 énonce qu’une personne a un intérêt d’assurance
dans la vie et la santé de ses préposés et de son personnel. Cette disposition consacre l’intérêt pécuniaire qui lie l’employeur et l’employé125.
Comme l’examen du droit américain et anglais l’a révélé, l’employeur
peut se retrouver dans une situation délicate advenant la perte de son
employé, surtout si celui-ci a un poste clé. Toutefois, il faut souligner
que le législateur québécois n’établit pas de distinction quant à la nature
du travail effectué par le préposé, comme cela a été fait dans l’affaire
Mayo, exposée précédemment. Il semble qu’un employé aisément
remplaçable pourrait donc être l’objet d’une assurance prise par son
employeur. La doctrine québécoise ne fait d’ailleurs pas de distinction
par rapport à la fonction occupée par l’employé. Le lien entre un
employeur et son employé est nécessairement pécuniaire126, surtout
du point de vue de l’employeur qui doit débourser le salaire de son
préposé pour obtenir ses services en vertu d’un contrat de travail127.
Cependant, sa principale motivation à souscrire une assurance dans
la vie de son employé repose sur les coûts engendrés par son remplacement. Contrairement à la situation de l’exécuteur testamentaire
étudiée plus loin, ces coûts seront assurément engendrés si un des
membres du personnel décède. Alors, seule l’ampleur de ces coûts
demeure inconnue. Cette relation semble, selon nous, clairement
génératrice d’un intérêt d’assurance, quoique la question du montant
de la prestation envisagée puisse soulever les passions, voire une
polémique doctrinale qui verra peut-être le jour incessamment. Il faut
toutefois conserver à l’esprit que cet intérêt s’évalue lors, et uniquement
lors, de la conclusion du contrat, et non lors du décès de l’assuré.
L’exécuteur testamentaire qui souscrit une assurance sur
La doctrine anglaise128 a refusé de reconnaître au liquidateur
testamentaire un intérêt d’assurance sur la vie de la personne dont il
pourrait exécuter le testament en invoquant l’argument que cela représente une expectative d’une obligation clairement morale129. En droit
québécois, le liquidateur a droit au remboursement des dépenses
encourues dans le cadre de l’exercice de sa fonction et même à une
rémunération s’il n’est pas un héritier130. Il serait donc possible d’envisager qu’il ait un intérêt de nature pécuniaire. Néanmoins, cette tâche
est habituellement facultative et ce choix peut-être fait lorsque le risque
se réalise, soit au moment de la mort du testateur131. Si ce dernier craint
alors de ne pas pouvoir obtenir la couverture de ses frais et sa rémunération, il n’aura qu’à refuser. Le choix est purement personnel, c’est
pourquoi les auteurs anglais considéraient cette situation comme
engendrant seulement une obligation morale. Cependant, nous pouvons
nous interroger en vue de déterminer si un liquidateur, autre qu’un
professionnel dans ce domaine, a un intérêt moral dans la vie du testateur au sens du deuxième alinéa de 2419 C.c.Q., dont les composantes
seront analysées plus loin.
Le créancier qui souscrit une assurance sur la tête du débiteur
Le droit d’un créancier de prendre une assurance collective sur
la vie de ses débiteurs pour le montant qu’ils lui doivent132 semble
établi. L’intérêt d’assurance est seulement requis en matière d’assurance
individuelle; toutefois, ce qui justifie le créancier d’avoir une assurancevie collective sur ses débiteurs est l’obligation pécuniaire que ces
derniers ont à son endroit. Cette même obligation devrait également
engendrer un intérêt d’assurance au sens de l’article 2419, al. 2 C.c.Q.133
Il est évident que si le débiteur décède sans s’être acquitté de sa dette
auprès de son créancier, ce dernier peut craindre de ne jamais récupérer
celle-ci. Cependant, bien que le créancier possède un intérêt d’assurance,
cet intérêt - étant pécuniaire - devrait être limité à la valeur de sa
créance. Me Plamondon « suggèr[e] que le principe indemnitaire est
fondamental à toute assurance où l’intérêt du preneur n’est que pécuniaire. Bien qu’il ne soit énoncé qu’à l’article 2463 C.c.Q. applicable
aux seules assurances de dommages, il devrait, selon les principes de
l’arrêt Goulet134, s’appliquer aux assurances de personnes qui sont de
nature indemnitaire »135. Le montant d’assurance devrait ainsi être
plafonné au montant dû par le débiteur136.
Le débiteur qui souscrit une assurance sur la vie de son
Tel que nous l’avons vu précédemment, en droit anglais, il semble
admis que le débiteur a un intérêt dans la vie de son débiteur solidaire
pour la moitié de leur dette commune137. Le principe ne trouve application qu’en cas de solidarité. Les débiteurs conjoints n’ayant pas les
mêmes obligations, ils n’ont pas cet intérêt d’assurance.
En droit québécois, le deuxième alinéa de l’article 2419 C.c.Q.
permet aux relations d’ordre pécuniaire de justifier de l’intérêt d’assurance requis pour la souscription d’une assurance-vie. Le lien entre
un débiteur et son codébiteur solidaire est clairement de cette nature
et donnerait ainsi naissance à l’intérêt nécessaire138. Il ne faut cependant
pas négliger le fait que l’obligation du codébiteur décédé ne se retrouve
pas nécessairement partagée entre les autres codébiteurs, car s’il a des
héritiers, ce sont ces derniers qui doivent l’assumer et ils peuvent
ensemble être tenus à la totalité de la dette139. Le montant d’assurance
doit donc être seulement égal à la charge supplémentaire que le codébiteur-preneur devra assumer en cas de décès d’un de ses codébiteurs140.
Une assurance distincte devrait être prise pour chacun des codébiteurs
avec un montant d’assurance établi en fonction de leur contribution
respective141 dans le paiement.
La notion d’intérêt pécuniaire trouve à nouveau application
lorsqu’il est question de la relation entre des associés d’affaires142. En
effet, il est d’usage courant de souscrire une assurance-vie pour chaque
associé et ainsi permettre, par exemple, le rachat de leur participation,
à leur décès, auprès de leurs héritiers et ainsi éviter de se retrouver
avec de nouveaux membres, non nécessairement souhaités. Les tribunaux ne se sont pas souvent attardés à cette question. La jurisprudence
a toutefois spécifié que cet intérêt s’évaluait lors de la souscription de
l’assurance et non lors de son exécution143.144
5.2.3 L’intérêt relatif aux liens moraux
La notion d’intérêt moral est certainement une notion aux contours
fuyants. Quelles sont les personnes visées par ce terme ? Le législateur
et les tribunaux sont peu loquaces à cet égard. Les commentaires du
ministre permettent tout de même de cerner en partie l’intention derrière
cette expression plutôt vague :
Il reprend l’article 2507 C.C.B.C. en ajoutant le cas où le preneur
a un intérêt simplement moral dans la santé ou la vie d’une autre
personne; cette notion d’intérêt moral permet d’inclure les personnes
qui entretiennent des relations familiales ou amicales autres que celles
déjà visées par l’article145.
La jurisprudence québécoise a déjà reconnu un lien amical comme
étant suffisant pour bénéficier d’un intérêt d’assurance dans la vie d’un
tiers. Dès que la preuve révèle un lien entre les parties, cela semble
satisfaire les exigences de la Cour146.
En analysant la notion d’intérêt moral et en tentant de déterminer
qui peut être visé par cette expression, par cette catégorie, le professeur
Lluelles mentionne qu’ « il pourrait s’agir d’un frère ou d’une cousine,
d’une amie147 ou du concubin qui ne cadrerait pas exactement avec la
définition du conjoint de fait de l’article 61.1, al. 2 de la Loi
d’interprétation »�.
Il faut toutefois se garder de voir dans cette catégorie d’intérêt
moral une « enveloppe résiduaire » permettant d’inclure toutes personnes
non spécifiquement visées par l’article 2419 C.c.Q. L’expression « liens
moraux » cible, selon nous, les personnes qui entretiennent des liens
d’une nature suffisamment intime. Évidemment, la proximité géographique ne doit pas être à la gouverne du raisonnement. Plutôt, nous
devons examiner si la substance du lien en question permet d’éviter
que la sécurité de l’assuré soit compromise149. Il faut garder en tête
l’objectif de la disposition150. Le professeur Bergeron nous met également en garde de trop élargir cette notion au point où cela inclurait
une simple « aventure d’un soir »151. Si un stipulant en faveur d’autrui
peut valablement agir avec un simple intérêt moral, le domaine de
l’assurance-vie se doit d’être plus restrictif152.
À la lumière de notre analyse, il est possible d’affirmer qu’aucune
des juridictions étudiées ne peut prétendre à un cadre normatif à la
fois clair, exhaustif et parfaitement défini. Outre le cas particulier de
la France, qui met en quelque sorte de côté la doctrine de l’intérêt
d’assurance à la faveur d’une souscription uniquement basée sur un
mécanisme de consentement, plusieurs problèmes d’interprétation et
d’application surgissent dans l’ensemble des autres juridictions.
Les catégories de personnes à l’égard desquelles le preneur justifie
d’un intérêt d’assurance sont tantôt limitatives et clairement définies
(intérêt sur sa propre tête, sur la tête de son conjoint, sur les enfants
du preneur et les enfants du conjoint du preneur), tantôt plus évasées
(intérêt économique) et présentent parfois des contours fuyants
(intérêt moral).
Malgré les « catégories » d’intérêt d’assurance (liens économiques,
familiaux, etc.) parfois générales et malgré le fait que, au Québec,
notamment, l’obtention du consentement écrit de l’assuré soit la règle
en pratique - évitant ainsi tout questionnement quant à la présence
d’un intérêt d’assurance - il sera essentiel de tenter de bien cerner cette
notion dans des circonstances particulières. En effet, en amont de la
souscription d’une protection assurantielle, et dans l’éventualité où le
consentement écrit de l’assuré n’a pas été obtenu, se trouve donc
l’évaluation de l’intérêt, la présence duquel est alors sine qua non à la
validité de cette souscription.
Le critère d’ « intérêt moral », expression sibylline, commandera
quant à lui certainement plusieurs interprétations jurisprudentielles et
des applications pratiques qui seront basées sur un examen factuel au
cas par cas. Considérant le fait que la notion d’intérêt d’assurance est
d’ordre public (2414 al. 2 C.c.Q.), les preneurs et les assureurs doivent
être vigilants153 et il est à prévoir que les tribunaux auront à se pencher
sur cette capitale notion au cours des années à venir, permettant ainsi
de définir davantage ses contours en fonction de la diversité des situations particulières qui feront l’objet d’études spécifiques.
1. Michèle RUFFAT, Edouard VINCENT et Bernard LAGUERRE, L’UAP et l’Histoire
de l’Assurance, Paris, Lattès, 1990, p. 8.
2. L’assurance est tout d’abord divisée en deux grandes familles : l’assurance
maritime, la première à avoir vu le jour, et l’assurance terrestre, sur laquelle nous nous
attarderons au cours de cette étude. Dans le domaine de l’assurance terrestre, quoique
certains secteurs puissent être qualifiés d’hybrides, l’assurance est normalement soit
publique, soit privée. Le présent article s’attardera principalement aux contrats d’assurance privés. Or, l’assurance terrestre se divise en assurance de personnes et en
assurance de dommages. Pour plus de détails sur les catégories d’assurance, voir infra,
note 14. Concernant les catégories d’assurance, voir les articles 11 à 28 du Règlement
d’application de la Loi sur les assurances, c. A-32, r. 1.
3. C’est le cas de l’assurance de dommages (art. 2463-2504 C.c.Q.) qui comprend
l’assurance de biens (art. 2480-2497 C.c.Q.) et l’assurance responsabilité (art. 24982504 C.c.Q.). Les contrats d’assurance non-vie (visant normalement l’assurance de
dommages) « gèrent la prévoyance des personnes physiques et celle des entreprises
au sens large (avec ou sans but lucratif) » : Daniel ZAJDENWEBER, Économie et Gestion
de l’Assurance, Paris, Economica, 2006, p. 136.
4. C’est le cas, en assurance de personnes (art. 2415-2462 C.c.Q.), de l’assurancevie et de l’assurance-invalidité. Les contrats d’assurance-vie « gèrent l’épargne des
personnes physiques » […] et on peut ajouter qu’il « convient de distinguer les contrats
en cas de vie, qui sont une modalité de la constitution de l’épargne, des contrats en
cas de décès, qui sont une modalité de la prévoyance, au même titre que l’assurance
en cas de maladie, d’invalidité ou d’accident corporel » : Id., p. 136.
5. Didier LLUELLES, Précis des assurances terrestres, 5e éd., Montréal, Éditions
Thémis, 2009, p. 1. Certains autres moyens, moins efficaces, sont également disponibles
en vue de pallier la réalisation des risques, dont l’épargne et l’assistance. L’assistance
est également appelée « solidarité » : voir Cyril ROUX, « Assistance », dans Christian
GOLLIER et François BOURGUIGNON (dir.), « Dictionnaire de l’économie de l’assurance » (1994) 17 Risques 15; Id., p. 70; Sébastien BEAUGENDRE, Contrat d’assistance
et activité d’assurance, Paris, L.G.D.J., 2000. Également, Bénédicte PIGANEAUDESMAISONS, L’assistance aux personnes en difficulté, Paris, Presses Universitaires de
France, 1993; Bénédicte PIGANEAU-DESMAISONS, L’assistance touristique, coll. « Que
sais-je ? », Paris, Presses Universitaires de France, 1996; Philippe LE TOURNEAU J.-Cl.
contrats distribution, fasc. 2040, no 104 et suiv.; Véronique NICOLAS, Essai d’une nouvelle
analyse du contrat d’assurance, Paris, L.G.D.J., 1996; Isabelle PARIENTE, Assistance et
assurance, thèse de doctorat, Paris, Université Paris V, 1990, p. 190 et suiv.; Jean-Pierre
BABEY, « L’Assistance, l’assurance et les services », (1994) 3 Revue des Affaires Européennes
22, 23; A. DUMORTIER, « Une directive de la C.E.E. concernant l’assistance touristique »,
(1985) Lettre d’information de l’A.I.D.A. 307; Joël MOLINIER, « L’assistance », (1983) 54
R.G.A.T. 161, 162 et suiv.; Brigitte SOLLETY, « Le rapatriement médical dans le contrat
d’assistance touristique », (1989) 60 R.G.A.T. 749, 749 et suiv. Voir également, Jack A.
FINGLAND, An Introduction to the History of Life Assurance, Londres, E.P. Dutton &
Company, 1912, p. 10. Voir également, relativement à la notion de tontines : Institut
d’études sociales de Lyon. Histoires de développement : des tontines aux banques populaires,
Cahier no 1, 1er trimestre, 1988; A. LAFFITE, Les Tontines, Famille et Développement,
no 25, janvier-mars 1981, pp. 43-49; P. LEBOUCQ, Les tontines : un phénomène
important et prometteur, Marchés Tropicaux, 6 février 1987, pp. 301-302; B. BÉKOLOEBÉ, Le système des tontines. Liquidité, intermédiation et comportement d’épargne
dans les tontines, Revue d’Économie Politique, juillet-août 1989, pp. 616-638; E. ATCHAKA,
E., Observations et inductions sur les tontines comme circuit informel et continuum de prévoyance et de crédit mutuels, Mémoire EHESS, Paris, 1985; J. MOULIN, Des Tontines,
Paris, Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence, Arthur Rousseau éd., 1903, 220
p.; H. DESROCHE, « Nous avons dit « tontines », des tontines Nord aux tontines Sud,
allers et retours », dans M. LELART, La Tontine, Ed. AUPEL-UREF, John Libeey Eurotext,
Paris, 1990; Mathieu Sirois, « Gérer les risques de catastrophes : avantages et inconvénients des outils traditionnels et modernes », (2000) 68 Assurances 367-400.
6. Le corollaire de ce besoin et de la demande qui s’ensuit se retrouve dans
l’envergure de son rôle économique indéniable, son marché n’étant certes pas négligeable,
au Québec comme ailleurs. En 2010, pour la province de Québec, les primes versées
aux assureurs relativement à des contrats d’assurance de personnes totalisaient 11,8
milliards de dollars, soit une hausse de 2,3 % par rapport à 2009 (Rapport sur les
Assurances de 2010 – Autorité des Marchés Financiers, p. 12.). En assurance de dommage,
ces primes totalisaient 7,8 milliards de dollars, en hausse de 2,9 % par rapport à 2009
(Rapport sur les Assurances de 2010 – Autorité des Marchés Financiers, p. 18). Les
assureurs ont pour leur part eu à verser des prestations de 7,9 milliards de dollars et
de 4,3 milliards de dollar aux assurés québécois, respectivement relativement à des
contrats d’assurance de personnes et de dommages. Voir Rapport sur les Assurances de
2010 – Autorité des Marchés Financiers, p. 12-18. À titre comparatif et selon la Fédération
française des sociétés d’assurances (2006), le total des primes versées aux assureurs
s’élevait, pour la France en 2005, à 267,6 milliards d’euros : Id., p. 5.
7. L’assurance a pour principal but de compenser les effets négatifs du hasard
sur « le patrimoine de l’homme par la mutualité organisée suivant les lois de la statistique », Albert CHAUFTON, Les assurances, leur passé, leur présent, leur avenir, Paris,
Chevalier-Maresq, 1884, p. 347.
8. Voir à propos des principales caractéristiques du mouvement mutualiste
québécois et son développement : Martin PETITCLERC, « La riante bannière de la
démocratie : les sociétés de secours mutuels québécois au 20 e siècle », (2002) 70
Assurances 73. Voir aussi un ouvrage du même auteur : Martin PETITCLERC, « Nous
protégeons l’infortune » - Les origines populaires de l’économie sociale au Québec, Montréal,
VLB, 2007.
9. Or, « le prix d’un contrat d’assurance est le résultat d’un assemblage complexe » :
D. ZAJDENWEBER, préc., note 4, p. 61. Pour le fixer, on doit considérer plusieurs
paramètres, lesquels justifient l’imposition de tarifs fort variés, et ce, même pour des
risques en apparence semblables : Id. Les primes d’assurance payées par les preneurs
vont servir à couvrir un risque qui, suivant les calculs probabilistes, ne se réalisera que
pour une part des membres de ce groupe, et ce, fort probablement à des moments
différents : voir COMMISSION DES ASSURANCES, Avis relatif à la proposition de
directive du Conseil mettant en œuvre le principe de l’égalité de traitement entre les femmes
et les hommes dans l’accès aux biens et services et la fourniture de biens et services
(COM(2003)657final), DOC C/2004/3, Bruxelles, Commission Bancaire, Financière
et des Assurances, 2004, p. 3, en ligne : <http : //www.cdv-oca.be/fr/aboutcbfa/advorg/
cvv/pdf/advice_c_2004_3.pdf> (consulté le 22 avril 2011).
10.Élément intrinsèquement lié au premier, la prime étant d’ailleurs fixée sur le
taux de prime, lequel dépend notamment de la mutualité et du risque particulier
contextualisé dans cette mutualité.
11.Commission des assurances, préc., note 10, p. 3.
12.Pierre PICARD, « Marchés d’assurance et solidarité », (2001) 45 Risques 53,
54. Il est évident que le but ultime est de procurer un taux de prime « just and fair »
pour chaque personne assurée : voir VAN SCHOUBROEK, Caroline et THIERY, Yves.
« Discrimination law within the economic sphere of insurance classification » dans
Caroline Van Schoubroek et Herman Cousy, dir. Discriminatie in Verzekering - Discrimination
et Assurance, Antwerpen-Apeldoorn, Maklu, Academia Bruylant, 2007, 207, à la p. 222.
13.L’assurance de personnes regroupe l’assurance sur la vie et l’assurance contre
la maladie ou les accidents. En vertu des articles 13 et 14 du Règlement d’application de
la Loi sur les assurances, « 13. La catégorie « assurance sur la vie » est celle en vertu de
laquelle l’assureur s’engage à payer une somme convenue au décès de l’assuré. Cette
assurance peut aussi comporter l’engagement de payer une somme du vivant de l’assuré,
que celui-ci soit encore en vie à une époque déterminée ou qu’un événement touchant
son existence arrive. Cette catégorie comprend en outre les rentes viagères et à terme
pratiquées par les assureurs »; « 14. La catégorie « assurance contre la maladie ou les
accidents » est celle en vertu de laquelle l’assureur offre une ou plusieurs des protections
suivantes : 1° le paiement d’une indemnité en cas d’atteinte corporelle, y compris le
décès, résultant d’un accident subi par une personne assurée; 2° le paiement d’une
indemnité en cas de maladie ou d’invalidité d’une personne assurée; 3° le remboursement
des frais engagés à la suite d’une maladie ou d’un accident dont une personne assurée
est victime; 4° le remboursement des frais engagés pour les soins de santé d’une
personne assurée. Concernant les catégories d’assurance, voir les articles 11 à 28 du
Règlement d’application de la Loi sur les assurances, c. A-32, r. 1.
14.Nous examinerons les règles actuellement applicables en common law en
Angleterre, aux États-Unis et dans quelques provinces canadiennes. Ensuite, nous
scruterons le cadre normatif français et terminerons notre analyse par l’étude du droit
15.D. LLUELLES, préc., note 6, p. 178. Voir également Louise THISDALE, Précis
de droit des assurances, Montréal, Librairie de l’université de Montréal, 1979, p. 22;
Albert MAYRAND, « Brefs commentaires sur l’intérêt assurable et la responsabilité
de l’assureur », (1959-60) 6 McGill L.J. 127.
16.Timothy ALBORN, « A licence to bet : Life insurance and the Gambling Act
in the British Courts », (2007-08) 14 Conn. Ins. L.J. 1.
17.Luc MAYAUX, « Les assurances de personnes », dans Jean Bigot (dir.), Traité
de Droit des assurances, t. 4, Paris, L.G.D.J., 2007, 169.
18.Nicholas LEGH-JONES, John BIRDS et David OWEN, Macgillivray on life
insurance, 11e éd., Londres, Sweet and Maxwell, 2008, p. 27.
19.Griffiths v. Fleming, [1909] 1 KB 805, 820. Le juge Farwell mentionne à ce
propos que : « And the interest must be a legal interest, not a mere chance or expectation : Hebdon v West (11) Halford v Kymer (1) It is to be observed that the words of s
1 are assurance “by any person on the life of any person,” not on the life of any other
person, and s 2 applies to an insurance effected by a man on his own life : McFarlane v
Royal London Friendly Society (12). I find it difficult, however, to see what pecuniary
interest, in the sense of pecuniary loss arising from the loss of some legal interest, a
man can be said to loss on his own death, and it has been held, in Wainewright v Bland
(2) that every man is presumed to have an interest in his own life and in every part of
it, and that an executor suing on a policy effected by his testator on two years of his
life is not bound to show that such testator had any special reason for making such
limited assurance. But this must be on the ground that an insurance by a man on his
own life is not within the mischief of the Act. A man does not gamble on his own life
to gain a Pyrrhic victory by his own death. I cannot persuade myself that such an
insurance is of a pecuniary interest, or within LORD BLACKBURN’S words, that if
the man dies he will gain an advantage, if he lives he will suffer a loss. The loss is in both
cases his own, being either of his life or of his premiums; the pecuniary gain is his
executor’s ».
20.Hebdon c. West, (1863) 3 B. & S. 579.
21.Dalby v. India and London Life Ass. Co., (1854) 15 C.B. 365.
22.Life Insurance Act, 1774, art. 3.
23.Hebdon v. West, préc., note 21.
24.N . LEGH-JONES, J. BIRDS et D. OWEN, préc., note 19, p. 37.
25.Id., p. 39.
26.Id.; Simcock v. Scottish Imperial Ins. Co., (1902) 10 S.L.T. 286.
27.Les expressions et le nom donnés à cet intérêt varie d’un État à l’autre. Ce
qu’on appelle « intérêt pécuniaire » en Angleterre se nomme « intérêt patrimonial » en
28.John BIRDS, Modern Insurance Law, 2e éd., Londres, Sweet & Maxwell, 1988,
29.N. LEGH-JONES, J. BIRDS et D. OWEN, préc., note 19, p. 39.
30.Law v. London Indisputable Life, (1855) 1 K. & J. 223.
31.N. LEGH-JONES, J. BIRDS et D. OWEN, préc., note 19, p. 42.
33.Branford v. Saunders, (1877) 25 W.R. 650.
34.Griffiths v. Fleming, préc., note 20, p. 820. Le juge Vaughan mentionne que « It
is to be observed that there is a practical reason for construing these joint insurances
by husband and wife as insurances by each of the other’s life and not as an insurance
by each of his or her own life, viz, that these joint insurances in practice are generally
effected by partners, no as to afford protection against the loss to the surviving members
of the firm likely to arise from the withdrawal of the capital of the deceased partner
and in such case the nature of the loss provided against seems to negative the construction which would treat the policy as being on the life of each insuring partner.
Nevertheless, it is desirable to consider the question of how things would stand if it
were held that the husband has no presumable interest in his wife’s life, and the policy
were treated as one by the deceased wife on her own life ».
35.N . LEGH-JONES, J. BIRDS et D. OWEN, préc., note 19, p. 44; R.MERKIN,
Colinvaux’s Law of Insurance, 6e éd., Londres, Sweet & Maxwell, 1990, p. 269.
36.N . LEGH-JONES, J. BIRDS et D. OWEN, préc., note 19, p. 44; R.MERKIN,
préc., note 36, p. 35.
37.Civil Partnership Act, 2004, c. 33, art. 253 : Civil partners to have unlimited
insurable interest in each otherE+W+S+N.I.This section has no associated Explanatory
Notes (1)Where two people are civil partners, each of them is to be presumed for the
purposes of section 1 of the Life Assurance Act 1774 (c. 48) to have an interest in the
life of the other. (2)For the purposes of section 3 of the 1774 Act, there is no limit on
the amount of value of the interest.
38.N . LEGH-JONES, J. BIRDS et D. OWEN, préc., note 19, p. 44; R. MERKIN,
préc., note 36, p. 44.
39.Halford v. Kylmer, (1830) 10 B. & C. 724.
40.Law v. London Indisputable Life, préc., note 31.
41.J. BIRDS, préc., note 29, p. 269
42.Harse v. Pearl Life Assurance Co., [1904] 1 KB 558.
43.N . LEGH-JONES, J. BIRDS et D. OWEN, préc., note 19, p. 44; R. MERKIN,
préc., note 36, p. 45.
44.Harse v. Pearl Life Assurance Co., préc., note 43.
45.John BIRDS, préc., note 29, p. 29; R. MERKIN, préc., note 36, p. 269.
46.Franklin L. BEST Jr., « Defining insurable interest in lives », (1986) 22 Tort. &
Ins. L.J. 104, 106. À l’exception de la Californie et le Dakota du Nord, qui refusent de
considérer les liens familiaux comme un fondement pour un intérêt d’assurance.
47.Peter NASH SWISHER, « The insurable interest requirement for life insurance :
a critical reassessment », (2005) 53 Drake L. Rev. 477, 483.
48.Warnock v. Davis, 104 U.S. 775 (1881).
49.P. NASH SWISHER, préc., note 48, 499.
50.Id., 500.
51.Meerdink v. Am, Ins. Co. 137 Fla. 587, 588 So. 764, 766 (1939); Corat Int’l Inc. v.
Taylor, 462 So. 2d 1186, 1187 (Fla. Dist. Ct. App. 1985).
52.John Alan APPLEMAN, Appleman on Insurance 2d, vol. 28 « Life Insurance »,
Newark, LexisNexis, 2006, p. 61; TEX. INS. CODE, § 1103.
53.Hilliard v. Jacobs, 874 N.E.2d 1060 (Ind. Ct. App. 2007).
54.J. A. APPLEMAN, préc., note 53.
55.L iberty Nat’l Life Ins. Co. v. Weldon, 267 Ala. 171, 100 So. 2d 696 (1957); Appeal
of Corson, 113 Pa. 438, 6 A. 213 (1883); In re CRS Steam, Inc., 217 B.R. 365 (D. Mass.
1998); Grant’s Adm’r v. Kline, 115 Pa, 618 9 A. 150 (1887).
56.P. NASH SWISHER, préc., note 48, 514.
57.Charity RUSH, « Corporate owned life insurance : has Texas burried the
insurable interest requirement ? », (2004-05) 41 Hous. L. Rev. 135.
58.Mayo v. Hartford Life Insurance Co., 220 F. Supp. 2d. 794 (S.D. Tex. 2002).
59.Acronyme signifiant « Corporate Owned Life Insurance ».
60.C . RUSH, préc., note 58, 147.
61.TEX. INS. CODE, §1103.102.
62.Mayo v. Hartford Life Insurance Co., préc., note 59.
65.Jacob LOSHIN, « Insurance Law’s hapless body : a case against the insurable
interest requirement », (2007-08) 117 Yale L.J. 474, 474.
66.C . RUSH, préc., note 58, 158.
67.J. LOSHIN, préc., note 66, 474; Id.
68.Insurance Act, R.S.O., 1990, c. I-8. Voir Michael S. TEITELBAUM, Ontario
Insurance Law & Commentary, Markham, LexisNexis, 2005, p. 145-146.
69.On remarque qu’il n’y a pas de différences majeures entre ces dispositions
et les articles 2418 et 2419 du Code civil du Québec. Ainsi, les mêmes questions sont
souvent soulevées par les auteurs et la jurisprudence, questions sur lesquelles nous
reviendrons sous peu. Craig Brown mentionne ceci : « They are based on the assumption
that, when one of your close relatives, or other person on whom you are economically
dependant, dies, you suffer a loss, even if it cannot be measured in precise economics
terms. It is also assumed that in most cases, the incentive of financial gain is more than
off-set by familial affection so that the temptation to aid in the demise of the person
whose life is insured is minimised. », Craig BROWN, Insurance Law in Canada, 3rd ed.,
Brown Menezes and Cassels, Brock & Blackwell LLP, Toronto, Thomson Carswell,
1997, p. 92. Il ajoute également : « Note that, although financial loss need not be proved
when a claim is made, there is almost a presumption that such loss is involved. », Craig
BROWN, Insurance Law in Canada, 3rd ed., Brown Menezes and Cassels, Brock &
Blackwell LLP, Toronto, Thomson Carswell, 1997, p. 99.
70.N . LEGH-JONES, J. BIRDS et D. OWEN, préc., note 19.
71.David NORWOOD et John P. WEIR, Norwood on life insurance in Canada, 3e
éd., Toronto, Carswell, 2002, p. 84. Les dispositions canadiennes en matière d’intérêt
d’assurance : Insurance Act, R.S.B.C. 1996, c. 226, art. 36-37; Saskatchewan Insurance
Act, R.S.S. 1978, c. S-26, art. 140-141; Loi sur les assurances, C.P.L.M., c. I40, art. 155-156;
Loi sur les assurances, L.R.N.-B. 1973, c. I-12, art. 139-140; Insurance Act, R.S.P.E.I. 1988,
c. I-4, art. 126-127; Life Insurance Act, R.S.N.L. 1990, c. L-14, art. 9-10; Insurance Act,
R.S.N.S. 1989, c. 231, art. 79-80.
72.Elizabeth RAYMER, « Can’t cancel life insurance policy held by rival », (1998)
18 The Lawyers Weekly n°3 et Chantiam v. Packall Packaging Inc., (1998) 38 O.R. (3d) 401.
Dans l’affaire Chantiam, le juge Robins, s’exprimant au nom de la Cour d’appel, mentionne
pertinemment, à la page 405, que : « It is a well-established principle of law, here and
elsewhere, that an insurable interest is required only at the commencement of the
policy. Life insurance, unlike many other forms of insurance, is not a contract of
indemnity where an insurable interest is required at the time of the loss. If the policy
is validly issued, then, in the absence of a contrary provision in the policy or the Act,
the rights of the owner-beneficiary are not affected by the termination of his insurable
interest in the life of the person insured. Under s. 178(1), a contract of insurance is
void only if the owner-beneficiary had no insurable interest at the time the contract
would otherwise take effect. The subsequent termination of the insurable interest
does not render the contract a wagering contract or otherwise invalidate the policy ».
Il poursuit, à la page 406, en écrivant que : « In the absence of a clear statutory provision
to this effect, I am of the opinion that the court cannot intervene to cancel an otherwise
valid contract. The respondent consented to the policy and there was an insurable
interest when it was issued. The termination of the insurable interest does not operate
to defeat the validly effected contract of insurance or render it voidable by the insured
life ». Il conclut, à la page 406, en affirmant que : « While one can readily understand
that the continuance of the insurance after the relationship giving rise to the insurable
interest has ended may, as it is in this case, be offensive to the insured life, this is not
a basis for nullifying or revoking an existing policy or for rendering it voidable at the
request of the insured life ».
73.Piché c. Arontec inc., J.E. 2006-1400 (C.S.) (appel rejeté, C.A., 22-04-2008,
500-09-016798-068, demande d’autorisation d’appel rejetée, CSC, 09-10-2008). Cette
décision fut confirmée en appel. La Cour d’appel mentionne qu’ « [i]l est reconnu par
la doctrine que le consentement de l’assuré n’est qu’un équivalent fonctionnel de
l’intérêt d’assurance. En outre, dans l’état actuel du droit, l’absence d’intérêt d’assurance
n’est déterminante qu’au moment de la formation du contrat d’assurance et non par
la suite. C’est ainsi qu’après la dissolution du mariage, un ex-conjoint ne peut invoquer
le divorce pour obtenir la résiliation d’un contrat d’assurance-vie qui, pendant le mariage,
avait été souscrit en faveur de l’autre conjoint. Au regard de l’article 2418 C.c.Q.,
l’analogie avec la situation des appelants est assez évidente. La première question ici
était de savoir si, en 1991, moment où la police fut souscrite, il y avait eu un consentement écrit de la part des appelants à ce qu’Arontec assure la vie de chacun d’eux. Le
choix fait par le législateur est clair : les mots « au moment où il est conclu » employés
à l’article 2418 C.c.Q. doivent recevoir ici toute leur portée, comme l’a conclu la juge
de première instance. Elle a décidé correctement d’écarter ce moyen », Piché c. Arontec
inc., préc., note 74, par. 13.
74.Piché c. Arontec inc., préc., note 74.
75.Insurance Act, R.S.M. 1987, ch. I-40, art. 155(4) : 155(4) Si l’assurance souscrite
sur la tête d’une personne n’a plus sa raison d’être, cette personne peut demander au
tribunal de rendre une ordonnance demandant à l’assureur de mettre fin immédiatement
à la police d’assurance et de payer au titulaire la valeur de rachat de la police.
76.Craig BROWN, Insurance Law in Canada, 5e éd., Toronto, Thomson Carswell,
2005, p. 4-3
77.North American Life Assurance Co. v. Brophy, (1902) 32 S.C.R. 261
78.Harse v. Pearl Life Assurance Co., préc., note 43. À cet effet, le juge Sir Richard
Henn Collins mentionne, à la page 562, que : « Nevertheless, what he was intending
was clearly a contract forbidden by law, with the consequence that money paid under
it cannot be recovered back. He seeks to get out of that position by saying that ha
acted on the advice of a person who told him to the best of his opinion what he believed
to be the law, though there is no evidence, as I have said, of any oppression or any
fraud having been practised upon him. Under these circumstances, in my judgment, he
cannot recover back, and I think there is clear authority for that proposition in the
case of British Workman’s and General Assurance Co, Ltd v Cunliffe (2). In that case it had
been held in the court below that the money could be recovered back where it had
been paid by a person relying upon the statement of the agent of the insurance company
that the policy would be valid. That case came up to this court, and the decision of the
court below was affirmed, but on the ground that the statement made by the agent
on which the person seeking to recover back the money had acted was fraudulently
made. The Court of Appeal expressly put their decision on that ground ». Par ailleurs,
dans l’affaire Hughes v. Liverpool Victoria Legal Friendly Society, [1916­­­­] 2 KB 482, à la
page 487, le juge Swinfen Eady mentionne que : « In Harse v Pearl Life Assurance Co, Ltd
(2) COLLINS, MR, pointed out ([1904] 1 KB at p 563) that the Court of Appeal in British
Workman’s and General Assurance Co, Ltd v Cunliffe (1) affirmed the decision of the
Divisional Court that the money could be recovered, expressly on the ground that the
statement on which the assured acted was fraudulently made. The facts of the present
case afford much stronger evidence of fraud than the facts in British Workman’s and
General Assurance Co, Ltd v Cunliffe (1) and the fraud is established by the verdict of the
jury ».
79.Denis BOIVIN, Le droit des assurances dans les provinces de common law,
Markham, LexisNexis, 2006, p. 75. Selon le professeur Boivin, le motif en fonction
duquel une assurance a été prise n’importe pas tant que la relation qui unit l’assuré et
le preneur fait partie de la liste établie par le législateur. La motivation du preneur peut
seulement se révéler utile dans l’évaluation de l’intérêt lorsque la situation n’appartient
à aucune des catégories énumérées dans la loi, ce qui est plutôt rare considérant
l’étendue de certaines comme celle de l’intérêt pécuniaire. Même une totale indifférence
de la part de l’assuré envers le preneur n’empêche pas l’existence de l’intérêt légal
80.Meerdink v. Am, Ins. Co., préc., note 52, Corat Int’l Inc. v. Taylor, préc., note 52.
81.En France, contrairement au Québec, le domaine des assurances est surtout
règlementé par le Code des assurances, et non le Code civil français.
82.C . assur., art. L. 132-1 à 132-4.
83.Magalie PROVOST, « La notion d’intérêt d’assurances », (2009) 3 R.G.D.A. 714.
Madame Provost mentionne que : « [d]e plus, il faut souligner l’absence surprenante
de palliatif de l’intérêt pour la validité des assurances en cas de vie. Ce silence est
regrettable à cause du risque de pari latent dans cette matière : un souscripteur qui
conclut à son profit une assurance en cas de vie sur la tête d’un tiers pour lequel il
n’éprouve aucun intérêt, spécule sur la survie d’autrui à une date déterminée dans le
but de s’enrichir, ce qui n’a rien de semblable avec le contrat d’assurance. Force est
d’admettre, contrairement au droit français, l’utilité de la notion d’intérêt dans toutes
les assurances de personnes, à l’instar du Life Assurance Act de 1774, de l’article 2418
du Code civil du Québec : « Le contrat d’assurance individuelle est nul si, au moment
où il est conclu, le preneur n’a pas un intérêt susceptible d’assurance dans la vie ou la
santé de l’assuré à moins que ce dernier n’y consente par écrit »; de l’article 790 du
Code civil du Brésil : « Dans les assurances sur la vie des tiers, le souscripteur est obligé
de déclarer, sous peine de faux, son intérêt à la préservation de la vie de l’assuré. Jusqu’à
preuve du contraire, l’intérêt est présumé lorsque l’assuré est le conjoint, l’ascendant
ou le descendant du souscripteur »; ou de l’article 59 de la loi luxembourgeoise sur le
contrat d’assurance du 27 juillet 1997 : « La vie ou l’intégrité d’une personne peut être
assurée par elle-même ou par un tiers. L’assurance sur la vie ou l’intégrité physique
d’un tiers est nulle, s’il est établi que le bénéficiaire de l’assurance n’avait aucun intérêt
à l’existence et à la santé de ce tiers » ».
84.C . assur., art. L. 121-6.
85.André FAVRE ROCHEX et Guy COURTIEU, Le droit du contrat d’assurance
terrestre, Paris, L.G.D.J., 1998, p. 400; Roger BOUT, Le contrat d’assurance en droit
comparé français et québécois, Montréal, Université McGill - Centre de recherche en
droit privé et comparé du Québec/ Cowansville, Éditions Yvon Blais, 1988, p. 15-17.
Monsieur Bout mentionne en regard de la nécessité de détenir un intérêt que : « […]
cette exigence se limite aux assurances de dommages. Elle ne se retrouve pas dans les
assurances de personnes. Ainsi, le législateur français n’exige pas, de la part du souscripteur d’une assurance sur la vie, un intérêt à l’existence de la personne sur la tête
de qui l’assurance est contractée. Il se limite à exiger de la personne assurée le consentement écrit à l’assurance faite sur sa tête, avec l’indication de la somme assurée ».
86.Id., p. 170.
87.Jérôme BONNARD, Droit des assurances, 2e éd., Paris, LexisNexis Litec, 2007,
88.L. MAYAUX, préc., note 18, p. 169.
89.Magalie PROVOST, « La notion d’intérêt d’assurances », (2009) 3 R.G.D.A. 713, 717.
90.Jérôme KULLMANN (dir.), Lamy assurances, Paris, Wolters Kluwer France,
2011, n°3813.
91.Magalie PROVOST, « La notion d’intérêt d’assurances », (2009) 3 R.G.D.A. 713,
717et 718.
92.Magalie PROVOST, « La notion d’intérêt d’assurances », (2009) 3 R.G.D.A. 713,
719; René VANARD, « La théorie de “l’intérêt” dans l’assurance », (1932) R.G.A.T., 695,
714 et 715; L’article concernant le sujet en matière d’assurance de dommages : C. assur.,
art. L. 121-6 « Toute personne ayant intérêt à la conservation d’une chose peut la faire
assurer. Tout intérêt direct ou indirect à la non-réalisation d’un risque peut faire l’objet
d’une assurance. »
93.Magalie PROVOST, « La notion d’intérêt d’assurances », (2009) 3 R.G.D.A. 713, 719.
94.Magalie PROVOST, « La notion d’intérêt d’assurances », (2009) 3 R.G.D.A. 713, 719.
95.Luc MAYAUX, Les grandes questions du droit des assurances, Paris, L.G.D.J.,
2011, p. 51-55.
96.Id., p. 171.
98.A . FAVRE ROCHEX et G. COURTIEU, préc., note 86, p. 400; J. KULLMANN,
préc., note 88, n°3813.
99.L . MAYAUX, préc., note 18, p. 172; J. KULLMANN, préc., note 88, n°3813.
100. J. KULLMANN, préc., note 91, n°3813; Jérôme BONNARD, Droit des
assurances, 2e éd., Paris, LexisNexis Litec, 2007, p. 298.
101. Civ. 1re, 2 oct. 2002, Bull. civ. I, n°223
102. L. MAYAUX, préc., note 18, p. 172.
103. Yvonne LAMBERT-FAIVRE et Laurent LEVENEUR, Droit des assurances, 12e
éd., Paris, Dalloz, 2005, p. 764.
104. Jérôme BONNARD, Droit des assurances, 2e éd., Paris, LexisNexis Litec,
2007, p. 299; C.assur., art. L. 132-4-1 : « Lorsqu’une tutelle a été ouverte à l’égard du
stipulant, la souscription ou le rachat d’un contrat d’assurance sur la vie ainsi que la
désignation ou la substitution du bénéficiaire ne peuvent être accomplis qu’avec l’autorisation du juge des tutelles ou du conseil de famille s’il a été constitué. Après l’ouverture
d’une curatelle, ces mêmes actes ne peuvent être accomplis qu’avec l’assistance du
curateur. Pour l’application du premier alinéa, lorsque le bénéficiaire du contrat d’assurance sur la vie est le curateur ou le tuteur, il est réputé être en opposition d’intérêts
avec la personne protégée. L’acceptation du bénéfice d’un contrat d’assurance sur la
vie conclu moins de deux ans avant la publicité du jugement d’ouverture de la curatelle
ou de la tutelle du stipulant peut être annulée sur la seule preuve que l’incapacité était
notoire ou connue du cocontractant à l’époque où les actes ont été passés. ».
105. Civ. 1re, 10 juill. 1995, Bull. civ. I, n°310.
106. L. MAYAUX, préc., note 18, p. 172-173.
107. Jean-Guy BERGERON, « Assurances », (1975-76) C.F.P.B.Q. 16.
108. D. LLUELLES, préc., note 6, p. 177. Voir également l’article de R. MOREAU,
« Parallèle sur l’intérêt assurable », (1979-80) 47 Assurances 261 dans lequel l’auteur
mentionne, à la page 263, que « [p]our les assurances individuelles, l’intérêt assurable
ne se mesure pas par l’étendue du sinistre, mais par l’existence d’in lien précis, stipulé
au code civil, au moment de la souscription ».
109. Id. Voir également Sonia PARADIS, « De l’intérêt d’assurance (art. 2418-2419
C.c.Q.) », dans S. LANCTÔT (dir.) et P.A MELANÇON (dir.), Commentaires sur le droit
des assurances et textes législatifs et réglementaires, Montréal, LexisNexis, 2011, p. 85-86.
Voir également R. MOREAU, « Les principes d’assurance », (1999) 67 Assurances 433,
aux pages 446-447.
110. Art. 2506 C.c.B.C. : « En assurance individuelle, le contrat est sans effet si,
au moment où elle est contractée, le preneur n’a pas un intérêt susceptible d’assurance
dans la vie ou la santé de l’assuré ». Art. 2507 C.c.B.C. : « Une personne a un intérêt
susceptible d’assurance dans sa propre vie et sa propre santé ainsi que dans la vie et
la santé : a) de son conjoint; b) de ses descendants et de ceux de son conjoint, quelle
que soit leur filiation; c) de ceux qui contribuent à son soutien ou à son éducation; d)
de ses préposés et de son personnel; e) de ceux dont la vie et la santé présentent pour
elle un intérêt pécuniaire ». Art. 2508 C.c.B.C. : « L’absence d’intérêt susceptible
d’assurance n’empêche pas la formation du contrat d’assurance si l’assuré donne son
consentement par écrit. Si l’assuré est mineur, ce consentement est donné par son
père, sa mère, son tuteur ou son curateur sans consultation du conseil de famille ni
autorisation judiciaire ». Art. 2509 C.c.B.C. : « L’assurance peut être cédée à une
personne qu’elle ait ou non un intérêt susceptible d’assurance dans la vie ou la santé
de l’assuré ». Concernant des cas de cessions illégales, sous l’égide du C.c.B.C., voir
Lamothe c. The North American Life Assurance Company, (1907) 39 R.C.S. 323; The
Manufacturers Life Insurance Company c. Anctil, (1899) 28 R.C.S. 103 – [1899] A.C. 604
(C. privé); Vézina c. The New York Life Insurance Commpany, (1881) 6 R.C.S. 30, 9 Q.L.R.
67. Voir notamment F.-X. SIMARD, et G. de K. MARCEAU, Le droit des assurances
terrestres depuis 1976, Montréal, Wilson et Lafleur, 1988, p. 100-104.
111. GOUVERNEMENT DU QUÉBEC, Commentaires du ministre de la Justice,
Québec, Publications du Québec, 1993, art. 2418. L’intérêt doit exister lors de la
conclusion du contrat mais, à la différence de l’assurance de biens, « la disparition de
l’intérêt d’assurance en cours de contrat n’aura pas d’effet sur la validité de ce dernier »,
A. BÉLANGER, « Contenu de la police, intérêt d’assurance et déclaration de l’âge et
du risque », dans Jurisclasseur Québec, « Contrats nommés II », Fascicule 17, p. 17/5;
Sonia PARADIS, « De l’intérêt d’assurance (art. 2418-2419 C.c.Q.) », dans S. LANCTÔT
(dir.) et P.A MELANÇON (dir.), Commentaires sur le droit des assurances et textes législatifs
et réglementaires, Montréal, LexisNexis, 2011, p. 85-86; Didier LLUELLES, Précis des
assurances terrestres, 5e éd., Montréal, Éditions Thémis, 2009, p. 179.
112. Le professeur Lluelles rappelle qu’ « à condition que le preneur ait eu, lui,
un intérêt, la cession à une personne dépourvue de tout intérêt était valide » : Vézina
c. New York Life Insurance Co., (1882) 6 R.C.S. 30, 43-44; Roy c. L’Ordre Indépendant des
Forestiers, (1920) 58 C.S. 338, 340; Hervé MATTE, « La nouvelle loi sur les assurances
et l’assurance-vie (Intérêt susceptible d’assurance – Bénéficiaires) », (1975) 77 R.du N.
535, 536 », Didier LLUELLES, Précis des assurances terrestres, 5e éd., Montréal, Éditions
Thémis, 2009, p. 178, note 79.
113. Piché c. Arontec inc., préc., note 74. Un auteur rappelle par ailleurs que « le
Code civil n’exige pas l’existence d’un intérêt d’assurance dans le cas d’une cession en
garantie des droits découlant de la police », A. BÉLANGER, « Contenu de la police,
intérêt d’assurance et déclaration de l’âge et du risque », dans Jurisclasseur Québec,
« Contrats nommés II », Fascicule 17, p. 17/7; Jean-Guy BERGERON, Précis de droit des
assurances, Sherbrooke, Éditions Revue de droit Université de Sherbrooke, 1996, p. 94;
Didier LLUELLES, Précis des assurances terrestres, 5e éd., Montréal, Éditions Thémis,
2009, p. 179; JOBIN-LABERGE, O. et L. PLAMONDON, « Les assurances et les rentes »,
dans Barreau du Québec et Chambre des notaires du Québec, La réforme du Code civil,
Québec, Presses de l’Université Laval, 1993, p. 1127.
114. D. LLUELLES, préc., note 6, p. 178.
115. Rodrigue c. Larochelle, [1987] R.R.A. 467, G.M.A.C. Location ltée c. Promutuel
Lanaudière, mutuelle d’assurances générales, [2001] R.L. 122; Roberge c. L’Économie,
mutuelle vie, [1984] C.P. 123.
116. C. assur., art. L. 132-2.
117. Jean-Guy BERGERON, Les contrats d’assurance, t. 2, Sherbrooke, SEM, 1992,
118. GOUVERNEMENT DU QUÉBEC, préc., note 112, art. 2419 : Cet article
énumère les cas où l’intérêt d’assurance existe sans qu’il y ait besoin d’être autrement
établi. 119. Loi d’interprétation, L.R.Q., c. I-16, art. 61.1 : 61.1. Sont des conjoints les
personnes liées par un mariage ou une union civile. Sont assimilés à des conjoints, à
moins que le contexte ne s’y oppose, les conjoints de fait. Sont des conjoints de fait
deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui font vie commune et se
présentent publiquement comme un couple, sans égard, sauf disposition contraire, à
la durée de leur vie commune. Si, en l’absence de critère légal de reconnaissance de
l’union de fait, une controverse survient relativement à l’existence de la communauté
de vie, celle-ci est présumée dès lors que les personnes cohabitent depuis au moins
un an ou dès le moment où elles deviennent parents d’un même enfant.
120. Id., art. 1
121. J.-G. BERGERON, préc., note 108, p. 210; article 578 al. 1 C.c.Q. : 578.
L’adoption fait naître les mêmes droits et obligations que la filiation par le sang.
122. Article 522 C.c.Q. : 522. Tous les enfants dont la filiation est établie ont les
mêmes droits et les mêmes obligations, quelles que soient les circonstances de leur
123. Article 538.1 al. 2 C.c.Q. : 538.1. La filiation de l’enfant né d’une procréation
assistée s’établit, comme une filiation par le sang, par l’acte de naissance. À défaut de
ce titre, la possession constante d’état suffit; celle-ci s’établit par une réunion suffisante
de faits qui indiquent le rapport de filiation entre l’enfant, la femme qui lui a donné
naissance et, le cas échéant, la personne qui a formé, avec cette femme, le projet
parental commun. Cette filiation fait naître les mêmes droits et obligations que la
filiation par le sang.
124. Manufacturers Life Insurance Co. v. Anctil, (1897), 28 S.C.R. 103 – [1899] A.C.
604 (C. privé).
125. Supra, note 110, p. 210.
126. J.-G. BERGERON, préc., note 108, p. 210 et D. LLUELLES, préc., note 6, p. 183.
127. Article 2085 C.c.Q. : « 2085. Le contrat de travail est celui par lequel une
personne, le salarié, s’oblige, pour un temps limité et moyennant rémunération, à
effectuer un travail sous la direction ou le contrôle d’une autre personne,
l’employeur ».
128. N. LEGH-JONES, J. BIRDS et D. OWEN, préc., note 19, p. 39.
129. S’opposant ainsi à une décision de 1792 : Tidswell v. Ankerstein, (1792) Peake
N. P. Cas. 151.
130. Belley c. Belley, REJB 2000-20641 (C.S.) et Marilyn PICCINI ROY, « La
liquidation de la succession », Personnes, famille et successions, Collection de droit 20102011, École du Barreau du Québec, vol. 3, 2010, p. 6.
131. Article 784 C.c.Q. : « 784. Nul n’est tenu d’accepter la charge de liquidateur
d’une succession, à moins qu’il ne soit le seul héritier ».
132. Règlement d’application de la Loi sur les assurances, c. A-32, r. 1, art. 76 à 79 :
« 76. Sous réserve des dispositions de la présente sous-section, tout créancier peut
souscrire un contrat d’assurance collective sur la vie ou sur la santé de ses débiteurs,
produisant ses effets à concurrence des sommes dues. Cette assurance peut aussi
couvrir la vie ou la santé de personnes autres que des débiteurs, mais seulement lorsque
le créancier a un intérêt pécuniaire dans leur vie ou dans leur santé ».
133. J.-G. BERGERON, préc., note 108, p. 211et D. LLUELLES, préc., note 6, p. 183.
134. Goulet c. Cie d’assurance-vie Transamerica du Canada, [2002] 1 R.C.S. 719 :
Un principe en assurance de dommages peut s’appliquer dans le contexte d’assurance
de personnes lorsqu’il y a un « lien étroit avec le concept même de l’assurance ».
135. Luc PLAMONDON, « L’erreur sur l’âge en assurance de personnes », (2006)
40 R.J.T. 509, n° 436.
136. Ibid, n° 433 et 437.
137. Branford v. Saunders, (1877) 25 W.R. 650.
138. J.-G. BERGERON, préc., note 108, p. 211.
139. Article 1540 C.c.Q. : « 1540. L’obligation d’un débiteur solidaire se divise de
plein droit entre ses héritiers, à moins qu’elle ne soit indivisible. » et Jean-Louis
BAUDOUIN et Pierre-Gabriel JOBIN, Les obligations, 6e éd. par P.-G. JOBIN avec la
collab. de Nathalie VÉZINA, Cowansville, Éditions Yvon Blais, 2005, n° 652; Didier
LLUELLES et Benoît MOORE, Droit des obligations, Montréal, Éditions Thémis, 2006,
no 2575, 2612 et 2614. Voir également : Lemay c. Godin, B.E. 98 BE-812 (C.Q.); Maurice
TANCELIN, Des obligations : actes et responsabilités, 6e éd., Montréal, Wilson & Lafleur,
1997, no 1395, p. 706.
140. Branford v. Saunders, (1877) 25 W.R. 650 et N. LEGH-JONES, J. BIRDS et
D. OWEN, préc., note 19, p. 52.
141. Article 1537 C.c.Q. : « 1537. La contribution dans le paiement d’une obligation
solidaire se fait en parts égales entre les débiteurs solidaires, à moins que leur intérêt
dans la dette, y compris leur part dans l’obligation de réparer le préjudice causé à
autrui, ne soit inégal, auquel cas la contribution se fait proportionnellement à l’intérêt
de chacun dans la dette. Cependant, si l’obligation a été contractée dans l’intérêt exclusif
de l’un des débiteurs ou résulte de la faute d’un seul des codébiteurs, celui-ci est tenu
seul de toute la dette envers ses codébiteurs, lesquels sont alors considérés, par rapport
à lui, comme ses cautions ».
142. J.-G. BERGERON, préc., note 108, p. 211. D. LLUELLES, préc., note 6, p. 183.
143. Piché c. Arontec inc., préc., note 74.
144. La « liquidation d’une société n’empêchera pas la validité d’une assurance
prise sur la vie d’un associé », A. BÉLANGER, « Contenu de la police, intérêt d’assurance
et déclaration de l’âge et du risque », dans Jurisclasseur Québec, « Contrats nommés
II », Fascicule 17, p. 17/5; Jean-Guy BERGERON, Précis de droit des assurances, Sherbrooke.,
R.D.U.S., 1996, p. 94. Sous l’ancien Code, la Cour d’appel avait confirmé qu’une personne
ayant pris une assurance sur la vie d’un de ses associés et qui par la suite, revendait ses
parts à l’entreprise perdait son droit dans cette assurance, car il cessait ainsi d’être
responsable du paiement de la prime : Caron c. Boivin, (1987) 9 Q.A.C. 208.
145. Commentaires du ministre sur l’article 2419 C.c.Q.
146. Laboratoire dentaire Joly et Lanois Inc. c. Hébert, [2003] R.R.A. 565.
147. Commentaires du ministre de la Justice, t. II, p. 1521.
148. D. LLUELLES, préc., note 6, p. 183. Le professeur Lluelles mentionne qu’ « [o]
n pourrait songer aux personnes dont, lors de la conclusion du contrat, la vie commune
n’est pas notoire, dont l’union n’a pas donné naissance à des enfants et dont la cohabitation est alors inférieure à 12 mois. Pour un exemple d’utilisation du critère de
l’intérêt moral en matière de concubins, avant la loi de 2002, on peut consulter : Syndic
de Di Paolo, [1998] R.J.Q. 174, 175 et 176 (C.S.) ». Voir également R. MOREAU, « L’intérêt
d’assurance : un élément fondamental du contrat d’assurance », (1994), 62 Assurances
353. Consulter en particulier la page 365, où l’auteur réfère à l’extrait suivant : « En
incluant l’intérêt moral dans la liste des situations pour lesquelles l’intérêt d’assurance
est reconnu, on rejoint ainsi les concubins et les relations familiales ou amicales autres
que celles visées par l’article », Lafleur Brown, avocats, « Le Nouveau Code civil et
l’assurance de personnes », Le Journal de l’Assurance, 1993, p.18.
149. Jean-Guy BERGERON, Précis de droit des assurances, Sherbrooke, Éditions
Revue de droit Université de Sherbrooke, 1996, p. 96.
150. Life Insurance Act 1774 pour contrer le super votum mortis.
151. Ibid, p. 97.
152. Jean-Louis BAUDOUIN et Pierre-Gabriel JOBIN, Les obligations, 6e éd. par
P.-G. JOBIN avec la collab. de Nathalie VÉZINA, Cowansville, Éditions Yvon Blais,
2005, n° 490.
153. Dans certaines juridictions, si les assureurs font preuve de négligence lors
de l’évaluation de cette question, ils peuvent potentiellement engager leur responsabilité
civile. J.-G. BERGERON, préc., note 150, p. 94; MAYRAND, A., « Brefs commentaires
sur l’intérêt assurable et la responsabilité de l’assureur », (1959-60) 6 McGill L.J. 127;
du risque », dans Jurisclasseur Québec, « Contrats nommés II », Fascicule 17, p. 17/5.
Voir également à cet effet la littérature américaine : « Life insurance purchased to insure
the life of another can have the unintended effect of tempting a murderous beneficiary
to kill the insured to obtain the insurance proceeds. Although the insurer rarely
anticipates these situations, it nonetheless may bear some responsibility for its insured’s
safety-and indeed holds the power to protect the insured-when the beneficiary has
known murderous designs. (…) A body of law related to these cases demonstrates
that a cause of action exists against insurers that unreasonably imperil the lives of their
insureds by insuring them », Ben KINGREE et Louise TANNER, « Life Insurance as
Motive for Murder », (1994) 29 Tort and Insurance L.J. 761, p. 761 et 764 (référence citée
par le professeur Bergeron : J.-G. BERGERON, préc., note 150, p. 94).
Taux de Complément d`Assistance Médicale Mensuels pour 06/08
Prêts accordés par l`employeur
Commercial Property Policy Conditions (all provinces
RÈGLES FONCTIONNELLES ET DE GESTION SADA CAMPING
Name, Address and Official Representative of the Company in Canada