Source: http://doczz.fr/doc/29890/la-r%C3%A9sistance-dans-le-puy-de-d%C3%B4me
Timestamp: 2020-02-28 03:32:49+00:00
Document Index: 324025458

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La résistance dans le Puy-de-Dôme - France
Service départemental de l’Office National des Anciens Combattants et Victimes
de Guerre du Puy-de-dôme - Commission Mémoire
Cité Administrative - Rue Pélissier - B.P. 151 - 63034 Clermont-Ferrand
Cedex 1 - 04 73 98 39 45
Brochure réalisée avec le soutien financier de l’Office National des Anciens
Combattants et Victimes de Guerre (ONAC).
Mémoires du Puy-de-Dôme
des années 1939 à 1945
Le Puy-de-Dôme pendant la Seconde Guerre Mondiale
1er septembre Entrée des troupes allemandes en Pologne. Mobilisation
Déclaration de guerre de l’Angleterre et de la France à
23 novembre Repli à Clermont-Ferrand de l’Université de Strasbourg.
La Wehrmacht attaque la France.
Les Allemands entrent dans Paris.
Mutinerie à la prison de Riom.
Philippe Pétain est appelé par le président de la IIIe
République, Albert Lebrun, à former le gouvernement.
Philippe Pétain demande l’armistice ; il est signé le 22
De Londres, à partir de la BBC, le général de Gaulle
appelle les Français à continuer la lutte contre les forces
Entrée des Allemands à Clermont-Ferrand. Instauration
Départ des Allemands.
Le gouvernement décide de s’installer à ClermontFerrand. Cérémonie des couleurs, place de Jaude.
Départ du gouvernement pour Vichy.
Le gouvernement de Pétain s’installe à Vichy.
Prise de fonctions du général de Lattre de Tassigny,
commandant la 13e région militaire du Puy-de-Dôme. Il
crée l’école des cadres à Opme.
Le tribunal militaire de la 13e division condamne à mort
par contumace le général de Gaulle pour trahison, atteinte à la sûreté de l’État et désertion à l’étranger en
Jean Zay est interné à la prison militaire de ClermontFerrand. Les responsables de Vichy l’accusent d’avoir
voulu constituer un gouvernement libre en Afrique du
Arrestation de Pierre Mendès France ; il est conduit à la
prison militaire de Casablanca.
Le général Cochet, ancien commandant des Forces
aériennes de la Ve armée lance de la Haute-Loire son
premier appel à la Résistance.
Généralisation des tickets d’alimentation.
Le tribunal militaire permanent de la 13e division militaire, siégeant à Clermont-Ferrand, condamne Jean Zay
à la déportation à vie et à la dégradation militaire, pour
désertion en présence de l’ennemi.
Transfert de Pierre Mendès France à la prison militaire
Loi portant sur le statut des Juifs, décrétée et signée par
Entrevue Hitler-Pétain à Montoire (Loir-et-Cher).
Après avoir été transféré, le 4 décembre 1940, au fort
Saint-Nicolas, à Marseille, Jean Zay est incarcéré au
quartier spécial de la maison d’arrêt de Riom.
Procès des meneurs de la mutinerie de la prison de
Arrivée en gare de Clermont-Ferrand du premier train
de prisonniers rapatriés.
Alerte aérienne à 23 h 30.
Pierre Mendès France, inculpé de désertion devant le
tribunal militaire de Clermont-Ferrand, est condamné à
Création du mouvement de résistance "Front National"
par les communistes.
Évasion de Pierre Mendès France de l’hôpital de la
Providence, annexe de l’hôpital militaire de ClermontFerrand.
Création d’une Direction régionale des questions juives
Recensement des réfugiés.
Délai de rigueur pour le recensement des Juifs.
Création du groupe armé "Francs-Tireurs et Partisans"
par Charles Tillon.
Remise de son nouveau drapeau au 92e RI.
Rassemblement à Volvic des Chantiers de la jeunesse
d’Auvergne avec participation des autres mouvements
29 novembre Arrestation de 11 communistes.
Ouverture du procès de Riom où sont jugés : Léon
Blum, ancien président du Conseil du Front populaire ;
Édouard Daladier, ancien ministre de la Guerre et président du Conseil de 1938 à 1940 ; Paul Reynaud, ancien
président du Conseil en 1940 ; Georges Mandel, ancien
ministre de l’Intérieur ; le général Maurice Gamelin, ancien chef d’état-major ; Guy La Chambre, ancien ministre de l’Air ; Robert Jacomet, ancien contrôleur général
de l’administration des armées.
Suspension du procès de Riom.
Les Juifs français devront se faire recenser "au bureau
spécial de l’intendant de police".
Recensement des Juifs étrangers.
Laval instaure la relève.
Rassemblement à Gergovie. Pétain mêle la terre apportée de tous les départements à l’occasion du deuxième
anniversaire de la Légion des combattants. 30 000 légionnaires sont réunis place de Jaude.
Débarquement des Alliés en Afrique du Nord (opération Torch).
11 novembre Les troupes allemandes occupent la zone sud.
Henry Ingrand est nommé chef régional du mouvement
"Combat" pour la région R6.
Occupation de la caserne d’Assas par la Wehrmacht.
Démobilisation des casernes et établissements militaires. Occupation de la base aérienne d’Aulnat.
28 novembre Démobilisation de l’armée d’armistice.
28 décembre Naissance de l’ORA sous l’impulsion du général Frère.
Condamnation, par le tribunal d’État de Lyon, du général de Lattre à 10 ans d’emprisonnement.
Création de la Milice.
Loi instituant le Service du travail obligatoire (STO).
Création des Mouvements Unis de la Résistance
(MUR).
(CNR), dirigée par Jean Moulin.
Création à Alger du Comité français de Libération nationale (CFLN).
Arrestation du général Frère, chef de l’ORA à Royat.
Événements de la Rapine : arrestations des résistants
qui interceptaient les messages radio entre les armées
allemandes et le maréchal Pétain.
Manifestation de 1.500 Clermontois et étudiants de
Strasbourg, de la place de Jaude à la cathédrale de
Arrestation de Marcel Michelin. Mort en déportation le
21 janvier 1945.
Sabotage de l’imprimerie du journal Le Moniteur, à
Clermont-Ferrand, par Camille Leclanché et Raymond
Labaune.
Évasion de seize patriotes, en gare de Pontmort, organisée par les MUR.
Établissement du couvre-feu.
Alexandre Varenne décide d’arrêter la parution de La
Montagne, qui reparaîtra le 15 septembre 1944.
Attaque du maquis des "Ardents" au "Bac-deMontmeyre" (Ceyssat) par la Gestapo.
2-3 septembre Évasion du général de Lattre de la maison d’arrêt de
Arrivée à Chamalières et Clermont-Ferrand du
Sonderkommando de l’Hauptsturmführer Geissler.
Évasion de la maison d’arrêt de Clermont-Ferrand
de Robert Janthial, de Georges Gance et de Camille
Arrestation de Nestor Perret (Serge), responsable des
MUR pour Clermont, à son domicile. Après de nombreuses tortures, il décède dans sa cellule.
25 novembre L’Université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand
subit une rafle englobant la presque totalité des universitaires alsaciens et auvergnats. Le professeur Paul
Collomp trouve la mort.
Peter Dmytruck (Pierre le Canadien), du 1er Corps
franc d’Auvergne, est tué en combattant aux Martresde-Veyre.
16 décembre Attaque de l’hôtel du Globe, rue Montlosier, par les
FTP du groupe Gabriel Péri.
16 décembre La Wehrmacht et la Gestapo, aux ordres de Geissler,
investissent Billom. 200 personnes sont arrêtées.
20 décembre 20 patriotes arrêtés à Billom et dans l’agglomération
clermontoise sont fusillés au stand de tir du 92.
27 décembre Combats FTP de Sarpoil, près de Parentignat.
130 étudiants alsaciens détenus à la prison militaire allemande du 92 sont déportés en Allemagne.
Tentative de sabotage des usines Michelin. Son échec
entraînera le bombardement du 16 mars.
Première réunion du Comité départemental de
Libération présidé par Émile Coulaudon (Gaspard).
Exécution du commandant Madeline dans la prison militaire allemande du 92.
Sept FTP, en gare de Clermont-Ferrand, s’emparent
de plus de 1 003 millions appartenant à la Banque de
Émile Coulaudon est nommé chef régional action pour
la région R6.
Investissement par la Luftwaffe et la Gestapo de la commune de Volvic, après l’attaque du QG du 1er Corps
franc à Lespinasse.
Attentat, rue Montlosier, contre un détachement de
la Wehrmacht, par la 1re compagnie FTP du Puy-deDôme.
Bombardement par la RAF de l’aérodrome d’Aulnat.
Bombardement des usines Michelin par quatre Lancaster
À la Brasserie des Sports, à Clermont-Ferrand, plusieurs
chefs de la Résistance, dénoncés, sont pris au piège par
la Gestapo et la Milice. La brasserie est incendiée, les
propriétaires – les époux Lafarge – sont déportés.
Le corps franc dit "Les Truands" du capitaine Mazuel
détruit cinquante pylônes, privant Clermont-Ferrand
L’hôtel International du Mont-Dore est transformé en
centre d’internement par le préfet.
Bombardements par la RAF des installations de la base
école allemande et de l’AIA à Aulnat.
3e réunion du Comité régional de Libération. Émile
Coulaudon devient chef régional FFI. La concentration
du mont Mouchet est organisée.
Arrestation en gare de Clermont-Ferrand, puis suicide
de Jacques Bingen ("Baudet", "Necker", "Cléante"), dans
les locaux du SD, 2 bis avenue de Royat. Il était le successeur de Jean Moulin.
Arrestation de Mgr Piguet, évêque de Clermont.
Première attaque du mont Mouchet.
Deuxième attaque du mont Mouchet.
Troisième attaque du mont Mouchet. Les FFI sont obligés de se replier.
Geissler est abattu à Murat.
Une colonne de blindés allemande pille et incendie le
village d’Esteil, près de Jumeaux, dans sa totalité.
Ratissage de la région du mont Mouchet par la
20 juin 1944 Des miliciens de Joseph Darnand viennent chercher Jean
Zay à la prison, sous le prétexte d’un transfert à la prison de Melun. Ils lui laissent entendre ensuite qu’ils sont
des résistants déguisés qui ont pour mission de lui faire
rejoindre le maquis. Ils l’assassinent dans un bois, près
d’une carrière abandonnée, au lieu-dit "Les Malavaux",
à Molles, dans l’Allier.
La Gestapo et la Milice investissent Gerzat et procèdent
à des arrestations. 33 personnes sont déportées. Il y
aura cinq survivants.
Départ d’un convoi d’internés vers Compiègne, d’où ils
seront déportés.
Bombardements de Saint-Floret par la Luftwaffe.
24 résistants sont fusillés à Orcines.
Exécution d’Anne-Marie Menut, épouse de Max-Roger
24 résistants sont fusillés à Bourg-Lastic.
Rafles en ville. Des miliciens de Nîmes, de ClermontFerrand et des GMR encerclent les cités ouvrières de
la Plaine. 200 arrestations, 25 personnes partiront travailler dans les usines autrichiennes.
16 détenus s’évadent de l’hôtel-Dieu.
Combats de Chaméane.
Combats du Lioran (Cantal).
114 détenus sont libérés de la prison de Riom après un
coup de main organisé par Jean Bac, dit "commandant
Lenoir".
Débarquement des Alliés en Provence.
Déportation des détenus de la prison militaire allemande du 92, dans la soirée.
À 18 h 40, départ du dernier convoi de déportés de
Libération de la ville de Thiers par les armes.
Entrée des FFI dans Clermont-Ferrand : libération de la
24 septembre Découverte d’un charnier à l’AIA et au 92.
Capitulation sans condition de l’Allemagne – Fin de la
guerre en Europe.
Préambule sur les origines
Les traités de paix signés après la Première Guerre Mondiale, avaient suscité
rancœurs, frustrations et désirs de reconquête chez les peuples Allemands,
Autrichiens, Hongrois et Bulgares. La crise de 1929 avait conduit les différents
états à adopter des mesures protectionnistes et à se placer en position de
rivalité les uns par rapport aux autres. Alors que l’agressivité des démocraties se situe sur le plan économique, les dictatures fascistes vont adopter une
stricte autarcie et, naturellement, concevoir leur défense et leur expansion en
termes militaires. Mais partout, les politiques d’armement sont mises en place
efficacement pour sortir du marasme économique. Ces faits auraient pu servir
à expliquer une guerre dans un contexte où la politique de l’Allemagne aurait
été inspirée par les classes dominantes traditionnelles. La guerre en Europe
est toutefois directement issue des ambitions expansionnistes du parti nazi,
au pouvoir en Allemagne, et exprimées dès 1924 par Adolf Hitler dans Mein
Kampf. A ces ambitions visant à reconstituer un espace vital pour le peuple
germanique se greffent les velléités expansionnistes du régime fasciste italien
qui essaie tant bien que mal de se constituer un empire colonial en Éthiopie et
en Europe du Sud.
La France et le Royaume-Uni veulent combattre pour le respect des traités
internationaux, notamment ceux garantissant les frontières des pays menacés
par l’Allemagne comme la Pologne, la Grèce ou la Turquie.
Le pacte germano-soviétique signé le 23 août 1939 scelle une alliance surprenante entre les dictatures nazie et bolchevique.
Le 1er septembre 1939, l’Allemagne, prétextant une agression, attaque la
Pologne. La France et le Royaume-Uni qui ont promis assistance à leur alliée,
se déclarent le 3 septembre en état de guerre contre le Reich. En moins d’un
mois, la Wehrmacht balaie l’armée polonaise. Varsovie, encerclée, capitule le
28 septembre 1939. La Pologne est également envahie à l’est par les Soviétiques en vertu d’une clause secrète du pacte germano-soviétique. L’armée
allemande menace le reste de l’Europe. Les Français partent à la guerre sans
enthousiasme : ils gardent tous en mémoire l’effroyable hécatombe de 19141918. Quatre millions et demi de Français sont appelés sous les drapeaux. Les
espoirs de la nation reposent surtout sur la ligne Maginot, réputée invincible,
qui doit garantir la frontière. Après quelques combats en Sarre, le front se
stabilise et commence une longue période calme où les ennemis s’observent :
c’est la "drôle de guerre".
A l’arrière, le sentiment de la population se situe entre résignation et résolution. Sur le front du Nord et de l’Est, l’état-major français, avec à sa tête
le général Gamelin, s’en tient à la défensive. L’armée se retranche derrière la
ligne Maginot et espère retarder l’offensive pour combler son retard matériel
et profiter des ressources de l’Empire. Gamelin a partagé ses forces en deux :
une partie orientée vers la Belgique, en cas d’agression de ce pays neutre ;
l’autre partie derrière la ligne Maginot pour contrecarrer une attaque par la
Après un conflit soviético-finlandais, Hitler engage ses troupes à l’assaut du
Danemark puis de la Norvège, en avril 1940. Le royaume norvégien présente
un intérêt stratégique car il commande le bon approvisionnement du Reich
en minerai de fer suédois et en pétrole russe. En quelques jours toute résistance sérieuse est anéantie. Un corps expéditionnaire franco-anglais est alors
constitué pour reprendre pied en Norvège. Cette bataille du fer se solde par
une victoire alliée, alors qu’en France, dans le même temps, l’issue du conflit
bascule en faveur de l’Allemagne.
Avec la campagne de France
qui débute en mai-juin 1940,
s’ouvrent. Les événements de
ces années sombres vont marquer durablement les mentalités. Le Puy-de-Dôme est un
département qui a su résister
contre les Allemands. En effet
il possède dès 1940, toutes
les caractéristiques sociales,
politiques et géographiques
favorables à la naissance de la
Affiche de mobilisation générale, 2 septembre 1939.
Musée de la Résistance, de l’Internement et de la déportation de Clermont-Communauté - AMRID (Droits réservés)
I. Clermont-Ferrand sous l’occupation
1. Les prémices de la guerre dans le département
et le gouvernement de Vichy
Suite au début de l’offensive allemande du 10 mai 1940, les premières colonnes de la Wehrmacht apparaissent aux faubourgs de Clermont-Ferrand et
plus particulièrement à Aulnat le 20 juin 1940. Le 21, les Allemands entrent
dans la ville proclamée ouverte comme toutes les villes de plus de 20 000
habitants. L’avancée de l’occupant allemand a duré quatre semaines. Elle va
marquer le département, tant du point de vue militaire, que du point de vue
politique, avec la présence à 36 kilomètres, de Vichy qui deviendra capitale de
En juin 1940, la présence allemande à Clermont-Ferrand fut de courte durée. Arrivée le 20 juin, la Wehrmacht se replie en direction de la Loire le 28, en
accord avec les conventions d’armistice signées le 22 juin 1940.
La première attaque allemande eut pour conséquence le bombardement
des Ancizes le 10 mai 1940 ainsi que la réquisition de l’aérodrome d’Aulnat et
de la totalité de la garnison du 92e régiment d’infanterie stationné à Riom et à
Clermont-Ferrand le 21 juin. Le Puy-de-Dôme a connu une semaine d’occupation qui contribua à créer, chez certaines personnes, un début de sentiment
anti-allemand.
En juillet 1940, les contraintes imposées par la situation de guerre et par
l’occupant sont levées : couvre-feu, interdiction de circulation, suspension de
parution de journaux (La Montagne ne paraît pas entre le 21 et le 28 juin 1940
en protestation contre le contrôle allemand sur la presse). Le département est
dit "libre" jusqu’au sud de la ligne de démarcation qui passe à Moulins. Jusqu’au
11 novembre 1942, la guerre est une affaire de journaux et de radios. Le 28
juin 1940, les troupes allemandes évacuent Clermont. Mais le "Grand Hôtel"
demeure le siège de la commission d’armistice.
Le 29 juin 1940, le maréchal Pétain s’installe à Clermont-Ferrand, il est proclamé chef de l’État français le 10 juillet 1940. Comme le souligne Michelle Audouin dans Clermont-Ferrand sous l’occupation : "Pour la première fois de
son histoire, Clermont-Ferrand va s’endormir capitale de la France". Le mercredi
10 juillet 1940 est soumise au Parlement, c’est-à-dire la réunion de la Chambre
des députés et du Sénat, une proposition de révision de la Constitution per11
mettant d’attribuer les pleins pouvoirs au maréchal Philippe Pétain, président
du Conseil. Sur 649 suffrages exprimés, 57 députés et 23 sénateurs votent
"non", 20 autres parlementaires s’abstiennent (dont 3 après demande de rectification de leur vote) et le reste approuve. La séance fut présidée par Jules
Jeanneney. Il est à noter que 27 parlementaires sont à ce moment-là en fuite
vers Casablanca sur le bateau Massilia. Quant aux parlementaires communistes, ils ne peuvent siéger. En effet, depuis le 16 janvier 1940, ils sont déchus de
leur mandat et condamnés à la clandestinité. Parmi les courageux qui votèrent
non, Vincent Badie est célèbre pour s’être écrié après le vote "Vive la République quand même !". Le texte adopté était : "Article unique – L’Assemblée
nationale, donne tous pouvoirs au gouvernement de la République sous la signature et l’autorité du maréchal Pétain, président du Conseil, à l’effet de promulguer par un ou plusieurs actes la nouvelle Constitution de l’État français.
Cette Constitution sera ratifiée par les assemblées qu’elle aura créées."
Le 1er juillet 1940, Clermont-Ferrand perd son rang de capitale au profit de
Vichy qui allait accueillir le gouvernement officiellement le 3 juillet 1940. Le
gouvernement renonce à Clermont-Ferrand en raison du trop petit nombre
de locaux disponibles et du caractère ouvrier de la ville. En revanche, Vichy
a de grands hôtels de luxe qui peuvent être transformés en ministères, une
bonne liaison avec Paris par l’autorail et un central téléphonique international
moderne. De plus, Vichy est une station thermale renommée.
2. Le repli de l’Université de Strasbourg
Le 23 novembre 1939, l’Université de Strasbourg est repliée à ClermontFerrand. En effet, à la déclaration de guerre, la ville de Strasbourg avait été
déclarée zone militaire par l’état-major Français et évacuée d’office, ce qui ne
fut pas le cas pour tout le reste de l’Alsace-Lorraine. Les premiers regroupements d’étudiants et de professeurs alsaciens contestataires eurent lieu durant l’été 1940 autour de Gergovie. Après l’armistice de juin 1940, les Allemands annexèrent l’Alsace-Lorraine, rouvrirent les Facultés à Strasbourg et
ordonnèrent aux professeurs et étudiants alsaciens-lorrains qui se trouvaient à
Clermont-Ferrand de rentrer immédiatement chez eux. Un certain nombre,
réunis autour du vice-recteur Danjon refusèrent catégoriquement toute idée
de retour. Cette décision de "non jamais" des professeurs et des étudiants alsaciens-lorrains de l’Université Française de Strasbourg représentait déjà une
forme de résistance. Les Allemands allaient leur faire payer très cher cette
attitude. Le professeur d’histoire Gaston Zeller décida d’édifier à Gergovie sur
les lieux de fouilles gallo-romains, un chalet qui servirait de maison de vacances aux étudiants dont la famille était restée en Alsace-Lorraine. Grâce à l’aide
du général de Lattre de Tassigny, le bâtiment fut édifié au cours de l’été 1940.
Le général de Lattre de Tassigny a séjourné en 1940, au château d’Opme où il
créa l’école des cadres qui devait former des officiers pour l’armée française
3. La présence allemande
Les services de police allemands, Sicherheitsdientst (SD) et Sicherheitspolizei (SIPO) sont sous les ordres du capitaine Hugo Geissler à Vichy avec pour
mission de maintenir l’ordre et de contrôler le gouvernement du maréchal
Pétain. Au 2, bis avenue de Royat à Chamalières, se trouve l’antenne du KDS
(Kommando der SIPO und SD) de Vichy. C’est l’équivalent en zone libre de la
Gestapo, chargé comme elle, des affaires politiques et de la recherche des ennemis du régime nazi. La présence allemande vient renforcer l’occupation des
esprits qu’exerce le régime de Vichy sur la population du Puy-de-Dôme.
Le 22 mai 1940, le maréchal Pétain a su mettre fin au conflit perdu, il est
donc perçu par une certaine catégorie de la population comme un "sauveur".
Le régime de Vichy se maintient et se renforce dans les premiers temps, grâce
à la politique de la Révolution Nationale qui repose sur l’ordre, le corporatisme, l’encadrement de la population, le travail, la famille et la patrie. Pétain bénéficie également du soutien d’une partie des anciens combattants de la première guerre 1914-1918, qui le considèrent comme le vainqueur de Verdun.
4. La Légion Française des Combattants
Elle est créée le 29 août 1940, elle regroupe des anciens combattants fidèles au maréchal qui lui portent un soutien inconditionnel. Elle s’installe dans le
Puy-de-Dôme en octobre
1940 à l’initiative du Docteur Grasset qui est désigné par le maréchal Pétain.
R. Lachal, ancien député
d’Ambert devient président communal. Les visites officielles du maréchal
remportent une grande
ferveur populaire comme
l’indiquent G. Lévy et F.
Cordet dans A nous Auvergne. Le gouvernement de
Vichy, de par le statut d’anCongrès cantonal de la Légion Française des combattants à
cien combattant de son
Courpière en 1940. Musée de la Résistance, de l’Internement et de
la déportation de Clermont-Communauté. AMRID (Droits réservés)
chef, s’efforce de fabriquer
un paravent entre lui et le peuple français. Il filtre les décisions du gouvernement vers la population et les réactions de celle-ci sur Vichy. Les anciens combattants ne sont pas les seuls à bénéficier des attentions de Vichy, les jeunes
5. Les Chantiers de Jeunesse
Créés à l’initiative du général de la Porte du Theil, à Clermont-Ferrand,
en juin 1940, ils remplacent le service militaire supprimé par la convention
d’armistice. En juillet 1940, ils sont obligatoires pour les jeunes de 20-22 ans.
Quatre chantiers sont fondés dans le Puy-de-Dôme : Pontgibaud, Messeix,
Châtel-Guyon et Courpière. Les jeunes du Puy-de-Dôme seront ensuite recrutés par le STO, (le 16 février 1943), mais les désertions sont nombreuses.
Les Compagnons de France ou le mouvement des Scouts de France essaieront
de les enrôler dans l’idéal de la Révolution Nationale. Le maréchal Pétain se
rendra régulièrement dans les camps des Compagnons de France où ses visites
suscitent une grande ferveur. Après le 11 novembre 1942, les jeunes hommes
préfèreront "prendre le maquis" et entrer dans la clandestinité.
Affiche de propagande en faveur des Chantiers de la Jeunesse.
AMRID (Droits réservés)
6. Le 11 novembre 1942, invasion de la zone sud
Le siège du gouvernement du maréchal Pétain était à Vichy depuis le 3 juillet
1940. Toutefois, Clermont-Ferrand demeurait la "capitale administrative". En
effet le service de renseignement militaire était à Royat, la direction des groupements de jeunesse était à Châtel-Guyon, la direction de la gendarmerie à
Romagnat puis à Chamalières. Le Conseil d’État s’était replié à Royat de 1940
à 1942. La caisse des dépôts et consignations ainsi que le tribunal militaire
étaient à Clermont-Ferrand.
Le 8 novembre 1942, le Ministère de la Guerre installé à Royat et les services spéciaux de la Défense du colonel Rivet, sont informés de l’imminence du
franchissement de la ligne de démarcation par les troupes allemandes. Un plan
de résistance était prévu par l’intermédiaire des 90 000 hommes de l’armée
d’armistice. Le 9 novembre 1942, selon les écrits de A. Alizon : Rapine – 1er
juillet 1940 – 8 juillet 1943 : "…convoqué à Vichy, le chef de bataillon, Leschi
prit connaissance d’un télégramme secret adressé par l’état-major allemand aux
divisions militaires." Il prescrivait qu’en cas de franchissement de la ligne de
démarcation par les troupes allemandes : "les troupes et états-majors quitteront
leurs casernements en emportant leurs munitions…" Il était urgent de contrer
l’avancée allemande. Cependant rien ne fut fait. L’ordre est donné, le 11 novembre 1942, aux troupes de regagner leurs cantonnements.
La 189e division de la Wehrmacht va s’installer dans le Puy-de-Dôme jusqu’au
7 juillet 1944. Deux escadrilles de la Luftwaffe et quelques bataillons antiaériens
sont stationnés sur la base d’Aulnat comme l’évoque Eugène Martres dans Les
troupes allemandes dans le Massif Central. Après l’occupation de la zone sud,
des états-majors de liaison appelés Verbindungsstäbe s’installent dans tous
les chefs lieux des départements dont Clermont-Ferrand. Ces états-majors
étaient des organismes administratifs en relation avec les autorités françaises.
Leur fonctionnement était assuré par des hommes âgés, des secrétaires, des
interprètes et des spécialistes de l’économie et de la surveillance.
Les états-majors sont relayés par la Feldgendarmerie qui se consacre à la
lutte anti-résistance.
Le général Niehoff commande l’état-major principal de Clermont-Ferrand,
dix départements sont placés sous son autorité et il dispose d’environ
6 000 hommes. Un chiffre qui augmentera selon les besoins comme l’atteste
Eugène Martres car ils seront : "7 200 après le 15 mai 1944 et 12 000 du 3
au 10 juin 1944". L’armée allemande avait pour principal objectif d’assurer le
contrôle et le bon fonctionnement des voies de communication. Les groupes
mobiles allemands étaient chargés de repousser de manière très violente, les
résistants selon la méthode "rücksichtslos", c’est-à-dire de façon impitoyable.
En novembre 1942, à l’arrivée des forces allemandes en zone sud, le général
de Lattre donne l’ordre à ses troupes de sortir des garnisons et de résister.
Trahi, arrêté, il est interné à Toulouse, puis au Fort Montluc à Lyon. Condamné
à dix ans de prison en janvier 1943, il est transféré à Riom, d’où il s’évade, dans
la nuit du 2 au 3 septembre 1943, pour rejoindre Londres. Sous le faux nom de
Dequesne, le général de Lattre quitte la France, grâce à un appareil de la RAF
venu le chercher à Manziat dans l’Ain, le 17 octobre. Le 11 novembre 1943,
il est promu général d’armée par le général de Gaulle, il le rejoint à Alger cinq
En annexe page 62 : télégramme adressé au Préfet de la Région Auvergne
annonçant l’arrivée des troupes allemandes à Clermont-Ferrand.
7. La démobilisation du 92e RI et la création de la "prison
militaire allemande du 92"
Après l’invasion de la zone sud, le 11 novembre 1942, les troupes allemandes vont prendre possession des bâtiments de la caserne du 92e à ClermontFerrand. Le 27 novembre, le 92e RI est cerné et démobilisé en quelques heures par les Allemands. Il est alors dissout comme la majorité des régiments
situés sur le sol français. Du 11 novembre 1942 à fin août 1944, la prison
militaire allemande du 92 a détenu une grande partie des résistants internés et
des personnes raflées de la région Auvergne avant leur déportation. Avant sa
démobilisation, la caserne du 92e comprenait des cellules qui étaient utilisées
en cas de problèmes de discipline comme l’indiquent Manuel Rispal et Paul
Santoni dans leur rapport1.
La prison militaire allemande du 92 : bâtiment. AMRID (Droits réservés)
1. "La prison du 92 à Clermont-Ferrand pendant l’occupation allemande (novembre 1942-août
1944"), 14 février 2003.
Trois bâtiments formaient la prison allemande du 92 : le premier bâtiment situé
sur la rue Pélissier était
celui de l’ancien Conseil
de guerre où se trouvait durant l’occupation,
l’administration de la
prison. C’est là que les
familles des internés
venaient déposer des
colis de nourriture ou
Poteaux d’exécution, stand de tir du 92.
vêtements : "Beaucoup
de familles se souviennent encore de ces mercredis où la file d’attente débordait sur la rue" relatent
Manuel Rispal et Paul Santoni. Les personnes internées dans cette prison sous
commandement du SD Siecherheitsdienst (service de sécurité) venaient de
toute la région Auvergne (Puy-de-Dôme, Cantal, Haute-Loire, Allier) et audelà (Corrèze, Creuse) avant de partir en déportation. Les cellules où étaient
enfermés les prisonniers étaient situées sur deux niveaux, dans le deuxième
bâtiment de la prison militaire allemande. Une chapelle désaffectée servait de
cellule mais on y célébrait également des offices. Les gardiens étaient des soldats âgés de la Wehrmacht d’origine allemande ou autrichienne mais la prison
était contrôlée par le service de sécurité de l’armée allemande qui comprenait
des agents allemands et français. Les femmes étaient internées dans des cellules du deuxième bâtiment de la prison jusqu’au début de l’année 1944.
La troisième bâtiment regroupait quatre grandes cellules : H1, H2, H3 et H4.
Dans le même secteur de la caserne, jouxtant le quartier Verdun, se trouvait le
bâtiment du stand de tir. C’est là que seront fusillés, le 20 décembre 1943, 20
patriotes, dont 17 seront identifiés en 1945. Ils figurent sur une plaque, dans
l’impasse d’Estaing. Ces derniers n’étaient pas internés dans la prison militaire
allemande du 92 mais dans un des bâtiments de l’ancienne caserne du 92 (voir
rafle de Billom).
Dans le Puy-de-Dôme, deux lieux de détention existaient : la Maison d’arrêt
de Clermont-Ferrand et celle de Riom où furent internés essentiellement des
prisonniers politiques. Avant d’être enfermées à la prison du 92, les personnes
subissaient, à la villa "René" du 2, bis avenue de Royat, à Chamalières, tout
près de Clermont-Ferrand, un ou plusieurs interrogatoires ainsi que des tortures par les membres du SD allemand. Une plaque apposée sur le premier
bâtiment de la prison militaire allemande témoigne de l’horreur vécue par les
La villa "René" du 2, bis avenue de Royat à Chamalières.
prisonniers qui partaient ensuite pour les camps de la mort : "1942-1944 Gloire
et honneur aux martyrs, souvenons-nous ! De ces lieux partirent vers les camps de
concentration et la mort les patriotes victimes de la cruauté nazie"
Le 92e régiment d’infanterie a été reconstitué, après la Libération. Le drapeau du régiment a été remis aux Invalides, par le général de Gaulle, chef
du gouvernement provisoire, le 2 avril 1945, au commandant Luc Belmont. Il
était l’adjoint du colonel Prince (Robert Huguet) et dirigea la première colonne
8. Les difficultés de la vie quotidienne
• Le rationnement alimentaire
Dès le 1er octobre 1940, le régime
des tickets et cartes d’alimentation
est mis en place dans le Puy-deDôme. La nourriture est rationnée
selon l’âge et la catégorie sociale :
La catégorie E désigne les enfants, la catégorie J1 (avant 6 ans), J2
(de 6 à 14 ans), J3 (de 14 à 21 ans),
A (Adultes), T et C (travailleurs
et cultivateurs), la catégorie V
(vieillards).
Carte de denrées. AMRID (Droits réservés)
Les attributions sont effectuées
en fonction des lettres A, B, C et D
qui désignent des catégories de denrées. Les tickets d’alimentation sont
remis en échange de la nourriture
achetée. Les restrictions s’étendent
aussi à l’énergie, car dès le 19 février 1941, le Préfet Chevreux exige des Puydômois qu’ils réduisent
de 30 % leur consommation de gaz
domestique, sous peine d’amendes.
Pour ce qui est de l’alimentation,
les rations de pain en 1940 étaient
de 350 grammes par jour, en avril
1943, elles ont diminué pour passer
entre 100 et 350 grammes par jour
selon les catégories de personnes
Carte d’alimentation : fromages, matières grasses.
concernées. La consommation de matière grasse est aussi réglementée. Elle
varie entre 220 et 225 grammes par mois, 100 grammes supplémentaires sont
accordés aux travailleurs de force.
En février 1944, un arrêté préfectoral fixe de nouvelles rations pour le lait
réservé aux enfants et aux femmes enceintes : entre trois-quarts et un demilitre par jour. Le café introuvable est remplacé par des grains d’orge grillés. Ces
taux de ravitaillement ne sont bien sûr pas suffisants. Un marché parallèle dit
"marché noir" voit le jour dès 1940. L’élevage urbain se développe.
• Les restrictions de liberté
En dehors des mesures limitées à certaines catégories de population, tout le
monde doit respecter le couvre-feu, la fermeture des débits de boisson tôt le
soir, l’interdiction de se réunir à plus de deux personnes.
La vie intellectuelle est également orientée. Les cinémas proposent des films
imposés par le service de propagande tels que "le Juif Sûss" diffusé à ClermontFerrand car "les Allemands sans faire une pression énorme, poussaient tout de
même à sortir leurs films" comme l’atteste Marcel Ophuls dans Le chagrin et la
L’écoute de la radio est aussi réglementée. Un arrêté préfectoral du 22 novembre 1940 interdit : "sur tout le territoire du Puy-de-Dôme la réception dans
les lieux ouverts au public des émissions radiophoniques anglaises". Le 11 novembre 1942, l’interdiction est totale.
Les habitants du Puy-de-Dôme doivent faire face à des restrictions de plus
en plus importantes de leurs libertés, un facteur favorable à l’action de la
En annexe page 63 : courrier daté du 28 octobre 1941, de Monseigneur
Piguet adressé au maire de Clermont-Ferrand relatif au film Monsieur
Brotonneau. L’avenir du Plateau Central du 28 octobre 1941. Archives
Départementales du Puy-de-Dôme 901 W 116. Droits réservés.
II. La Résistance dans le Puy-de-Dôme
La géographie du département du Puy-de-Dôme de par son relief et son
climat est propice à la création de zones refuges inaccessibles. Le Puy-deDôme a résisté en moyenne trois fois plus que l’ensemble de la France.
Le nombre total des résistants en France est évalué à environ 200 000 et
300 000. Le SD allemand prévoit le 9 août 1944 une "attaque concentrique de
Clermont-Ferrand menée par quelques 12 000 FFI" comme l’attestent G. Lévy
et F. Cordet dans A nous Auvergne.
On peut distinguer trois phases de recrutement dans la Résistance dans le
département : la première période se situe autour de juin 1940 à décembre
1941, c’est une résistance active : en effet, le département est en zone libre.
De plus, cette période correspond à la naissance d’un certain nombre de
mouvements de résistance sur lesquels on reviendra. La deuxième phase
commence avec l’année 1942 et ce jusqu’en octobre. La troisième phase
débute en octobre 1942 et jusqu’en juin 1944 et correspond à l’invasion
de la zone sud au mois de novembre 42. En effet, le refus de la défaite et
de l’occupation du territoire national par les Allemands sont les principales
raisons de la naissance de la Résistance en France. Les mesures telles que le
STO fin 1942 – début 1943, ont également plongé certaines personnes dans
la clandestinité obligée.
1. Le Service du Travail Obligatoire : STO
Le service du travail obligatoire (STO) fut, durant l’occupation de la France
par l’Allemagne nazie, la réquisition et le transfert contre leur gré vers l’Allemagne de centaines de milliers de travailleurs français, afin de participer
à l’effort de guerre allemand (usines, agriculture, chemins de fer, etc.). Les
personnes réquisitionnées dans le cadre du STO étaient placées dans des
camps de travailleurs situés sur le sol allemand. Avec la complicité active du
gouvernement de Vichy, les travailleurs forcés français sont les seuls d’Europe à avoir été requis par les lois de leur propre État, et non pas par une
ordonnance allemande. Le régime nazi imposa la mise en place du STO pour
compenser le manque de main-d’œuvre dû à l’envoi de ses soldats sur le
front russe. Au total, 600 000 à 650 000 travailleurs français sont acheminés
vers l’Allemagne entre juin 1942 et juillet 1944.
En juin 1942, l’Allemagne exige de la France 350 000 travailleurs. Pierre
Laval obligé de maquiller cette sommation, annonce le 22 juin la création de
la Relève qui consiste à échanger un prisonnier libéré contre trois travailleurs
volontaires envoyés. Mais seuls les ouvriers "spécialistes" sont en fait pris
en compte dans l’échange, tandis que les prisonniers libérés doivent être
des paysans, ou des hommes déjà âgés et malades, donc improductifs et
qui auraient probablement été rapatriés de toute façon. La Relève n’est pas
nominative. Toutefois, on ne peut pas s’enrôler pour faire libérer son frère,
son mari, son voisin, etc. Le manque de succès de cette mesure (17 000
volontaires fin août) sonne le glas du volontariat. Pétain promulgue alors la
loi de réquisition du 4 septembre 1942, malgré l’opposition de quatre ministres et une aggravation sensible de l’impopularité du régime. Moins connue
que la loi du 16 février 1943, la loi du 4 septembre ne frappe de fait que
des ouvriers. Elle fut surtout appliquée en zone occupée, la plus industrielle
et la plus peuplée. Cette loi est responsable du départ forcé de près de
250 000 travailleurs en six mois. Le 16 février 1943, Pierre Laval instaure
le Service Obligatoire du Travail, ainsi appelé la première semaine, et en
raison des railleries dues aux initiales, fut rebaptisé STO. Le recrutement par
catégories se fait désormais par classes d’âge entières. Les jeunes gens nés
entre 1920 et 1922, c’est-à-dire ceux des classes 40, 41 et 42 sont obligés
d’aller travailler en Allemagne. La classe d’âge 1942 fut la plus touchée, et les
exemptions ou sursis initialement promis aux agriculteurs ou aux étudiants
disparurent dès juin. Les filles pouvaient être aussi concernées.
Les Chantiers de Jeunesse contribuèrent aussi activement à l’envoi de leurs
propres jeunes en Allemagne, par groupements entiers. Un grand nombre de
requis pour le STO refuseront de se soumettre. Beaucoup d’entre eux viendront rejoindre les maquis de la Résistance et participer aux combats pour la
libération de la France. Selon John F. Sweets dans Clermont-Ferrand à l’heure
allemande : "Plus le gouvernement augmentait les forces de police qui pourchassaient les réfractaires au STO, plus vive était la résistance. Sur les 630 000 Français
qui furent requis pour aller travailler en Allemagne, près de la moitié étaient partis
avant que le STO ne fût officiellement mis en place et le nombre des départs décrut
régulièrement après le printemps 1943".
2. La naissance des mouvements de Résistance
• Le Groupe de Gergovie
Dès les premiers mois de l’année 1941, les étudiants alsaciens-lorrains, les
"Gergoviotes", se réunissent dans le chalet de Gergovie. Ils accueillent de nouveaux étudiants évadés d’Alsace qui avaient franchi la ligne de démarcation. A
la fin de l’année 1941, ils diffusent les premiers numéros des journaux clandestins des premiers mouvements de Résistance puis ils adhérent et militent au
sein des mouvements "Combat", "Libération" puis "Franc-Tireur".
• Les Mouvements Unis de Résistance : MUR
La majorité des résistants du Puy-de-Dôme adhère aux MUR. Ceux-ci sont
créés dans le département en mars 1943, ils regroupent les trois grands mouvements de la zone sud : "Combat" d’Henri Frenay, "Libération Sud" d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie et "Franc-Tireur" d’Antoine Avinin.
- Combat est la principale composante en importance numérique des MUR
puisqu’il regroupe 24,8 % de leurs effectifs. Henri Frenay installe son mouvement dans le Puy-de-Dôme en 1941, en contact avec le général Cochet.
Dès le début, il est structuré et cloisonné en section ROP : Recrutement
Organisation Propagande et complété par deux centres, Renseignement et
Choc. Les Groupes-Francs sous la direction régionale de Pierre Thiébaut
dit "Théret" sont les exécutants du mouvement dont la base géographique est l’Auvergne (région R6). Henry Ingrand est désigné chef régional
du mouvement en novembre 1942. L’Armée Secrète dont le responsable
est Pierre-Marie Dejussieu est l’autre volet militaire de Combat. L’Armée
Secrète se compose essentiellement de sédentaires. Le NAP : Noyautage
des Administrations publiques est placé sous la direction de Nestor Perret.
C’est le principal centre de renseignements. Émile Coulaudon, "colonel
Gaspard" est le chef départemental des MUR. Ce dernier formera le 23
avril 1943, le Premier Corps Franc d’Auvergne avec l’aide d’Antoine Llorca,
"Laurent" et de Robert Jeanthial, "Dumas".
• Le premier Corps Franc d’Auvergne
C’est Lucien Blanchet, "Bernard", chef du canton de Pontgibaud qui, le
28 avril 1943, proposa la masure de Lespinasse, située au cœur des bois de
Louchadière, dans la chaîne des Volcans d’Auvergne, sur la commune de
Pulvérières. Les propriétaires acceptent de louer leur maison et les deux remises attenantes à M. Coulaudon qui s’était présenté pour la circonstance comme exploitant forestier devant loger ses bûcherons. Ce Corps Franc, composé
de volontaires, qui œuvrent depuis novembre 1942 dans la Résistance, est
situé au Nord-Est de Pontgibaud, il est à l’origine des opérations les plus remarquables qu’ait connues le département. Gaspard répartissait les tâches,
Robert Huguet, "Prince" qui n’avait pas réussi à passer en Angleterre, accepta
de s’occuper des réfractaires au STO dans le Puy-de-Dôme. Il était nécessaire de sauver et de préparer à la Résistance ceux qui avaient refusé de partir travailler en Allemagne. Le responsable régional était Gabriel Montpied.
Raymond Labaune, "Irma", Camille Leclanché, "Buron", étaient les spécialistes
des explosifs et avaient pour tâche les destructions de voies ferrées, usines,
lignes électriques etc…Antoine Llorca, "Laurent" et Robert Jeanthial, "Dumas"
étaient chargés de préparer des expéditions en vue de récupérer du matériel
de toute sorte : carburant, armes, vivres et habillement. Max Roger Menut,
"Bénévol" est responsable des effectifs. Les membres du Corps Franc organisèrent en août 1943, en gare de Pontmort, l’évasion de 10 maquisards en
route pour la centrale d’Eysses. Irma et Buron, détruisirent, en plein midi à
Clermont-Ferrand, la rotative du Moniteur, journal de Pierre Laval. La première grande action organisée par le 1er Corps Franc fut celle d’Authezat en
octobre 1943. 70 hommes se retrouvèrent pour subtiliser dans un énorme
dépôt de matériel et de carburant appartenant aux ateliers de l’Air, 20 000
litres d’essence, 2 500 litres d’huile à moteur, des pneus, des batteries et de
l’outillage. Après l’arrestation de plusieurs membres du Corps Franc et la mort
de Nestor Perret, le 26 octobre 1943, le responsable des MUR pour la ville de
Clermont-Ferrand, Émile Coulaudon, demande à tous les chefs actifs de prendre le maquis et aux chefs politiques cantonaux de quitter le département. Les
responsables doivent changer de pseudonyme. Le 15 janvier 1944, le Corps
Franc va subir la perte de Camille Leclanché dit "Buron". En effet, ce dernier
est arrêté à la Bourboule avec "Irma". C. Leclanché sera torturé, son corps ne
Après la rafle de Volvic, le 1er mars 1944, les SS mettront le feu à l’hôtel du
Commerce et à la vieille maison de Lespinasse qui avait vu naître le 1er Corps
Franc d’Auvergne.
- Le mouvement Franc-Tireur, ex-France-Liberté est créé le 20 novembre 1940 à Lyon par Antoine Avinin, Noël Cavier, Elie Peju, Gayet et Jean
Soudeille, autour de la rédaction et la diffusion du journal Franc-Tireur. Il
s’installe à Clermont-Ferrand début 1941. Il recrute principalement au sein
du milieu étudiant avec Marc Gerschel mais aussi parmi le monde ouvrier par
l’intermédiaire de Claudius Jeantet de l’action ouvrière des usines Michelin
et de Maurice Jouaneau comme l’indiquent G. Levy et F. Cordet dans A nous
Auvergne. Au début de l’année 1942, Marc Gerschel en deviendra le responsable régional.
- Libération Sud s’installe, en juillet 1941, dans le Puy-de-Dôme à l’initiative
de Lucie Aubrac et Jean Cavaillès, maître de conférence à la faculté des
Lettres de Strasbourg. Il entre en contact avec Emmanuel d’Astier de La
Vigerie et Samuel Spanien. Jean Rochon, secrétaire de rédaction au journal
La Montagne, prendra contact avec Jean Cavaillès, il deviendra le chef régional du mouvement. Les objectifs de Libération Sud sont la propagande
et le renseignement. Propagande dans les usines et les administrations avec
Gabriel Montpied dit "Monique" et dans les universités avec Henri Rochon.
Le renseignement est placé sous la responsabilité de Jean Michel Flandin
et André Paquot. Libération Sud parrainera la naissance du Mouvement
Ouvrier Français (MOF) en mai 1942 qui regroupe des militants CGT et
Ces trois mouvements : Combat, Franc-Tireur et Libération Sud ont des
contacts de plus en plus nombreux et vont fusionner au sein des MUR, en mars
1943, avec à leur tête, comme chef régional, Henry Ingrand dit "Mazière" assisté de Pierre-Marie Dejussieu dit "Pontcarral", Jean Rochon et Robert Waitz.
Le Mouvement de résistance Les Ardents adhère aussi aux MUR Il est créé
dès la défaite de juin 1940 à l’initiative de Roger Lazard, général François sous
le haut patronage du général Cochet. En 1941, Roger Lazard fait paraître un
aide-mémoire "un seul ennemi, le boche et avec lui, tous ceux qui l’aident ou
l’appellent" comme le soulignent G. Lévy et F. Cordet dans A nous Auvergne2.
Il rédigera un manifeste "La délivrance par l’insurrection" et l’enverra en mai
1941 aux 80 députés et sénateurs qui avaient voté contre les pleins pouvoirs
de Pétain les incitant à passer à l’action. Charles Rauzier, Tranchet était le chef
régional des Ardents. L’objectif de ce mouvement de résistance était la délivrance de l’Auvergne et du territoire national.
Les Ardents étaient présents dans tous les corps de métiers : Compagnie des
tramways, SNCF, PTT et Compagnie du Gaz et d’Electricité. Début 1943, le
Corps Franc des Ardents constitue son maquis dans les bois du col de Ceyssat.
Le responsable en est Pierre Bellut dit Contact. Ce maquis servira de cachette
à de nombreux réfractaires. A partir du mois d’avril 1943, il sera reconnu par
l’autorité militaire en unités combattantes.3
• Les FTPF : Francs Tireurs et Partisans Français
Ce mouvement de résistance est issu du Front National (FN). D’origine
communiste, il a pour objectif "la libération, la renaissance et l’indépendance de
la France". Il rassemble des hommes de tous milieux et de toutes conditions.
Organisation paramilitaire issue du Front National, la création des FTPF :
Francs-Tireurs et Partisans Français intervient au printemps 1942. Elle résulte
de l’unification de trois branches paramilitaires et groupes de défense issus du
• les OS : organisations spéciales créées par le PC fin 1940, pour assurer la
défense des militants et effectuer les premiers sabotages économiques ;
• les groupes de jeunesse communistes, auteurs des premiers attentats
contre l’occupant ;
• les combattants de la main d’œuvre immigrée (MOI).
2. A nous Auvergne, G. Lévy, F. Cordet, p. 26.
3. Historique des Unités Combattantes de la Résistance, général de la Barre de Nanteuil, Ministère
des Armées, Service Historique, Château de Vincennes, 1985, p. 122.
Les FTP sont créés pour coordonner ces groupes et intensifier leur action.
Ils sont dirigés par un comité militaire national composé de Charles Tillon,
commandant en chef, Henaff (puis Complein), Albert Ouzoulias, Beyer.
Prenant est le chef d’état-major.
Ils possèdent un service de renseignements militaires en relation avec le
BCRA à Londres, le réseau "Fana" ainsi qu’un service de santé et d’armement.
Le 16 décembre 1942, l’état-major FTP crée les camps "Gabriel Péri" et "Guy
Mocquet". Il assure le recrutement, l’organisation et le contrôle des premiers
éléments de la Résistance armée FTPF du département du Puy-de-Dôme.
Le responsable du camp Gabriel Péri est "Delmas". "Bigot" est le chef du
camp Guy Mocquet. L’instauration du STO entraîne l’afflux de jeunes dans les
rangs FTP. L’organisation des FTP est différente de celle des autres mouvements de la Résistance, comme le soulignent G. Lévy et F. Cordet dans A nous
Auvergne. En effet, la région FTP est constituée par un ou deux départements.
On retrouve également la structure régionale triangulaire, la troïka composée
d’un commissaire aux effectifs (CER), un commissaire aux opérations (COR)
et d’un commissaire technique (CTR). Ces trois commissaires conjointement
responsables, forment le Comité militaire régional avec à sa tête, le commissaire aux effectifs. Dans le Puy-de-Dôme, les responsables formant une unité
de base, sont au nombre de sept : Raoul Sauer "La Meuse", Crevat, Henri
Martin, Marcel Sanitas, Einchelin, Prugne, Besse. Les FTP pratiquent la tactique des gouttes de mercure selon l’expression de Charles Tillon : les groupes
de combat doivent être assez mobiles pour devenir insaisissables. Les priorités
d’action des FTPF sont les sabotages de transport du courant électrique et de
chemins de fer et surtout l’attaque directe de l’occupant.
Les Milices Patriotiques : émanation du parti communiste. Elles sont
constituées de résistants sédentaires. Elles ont été créées dans les villes pour
aider à la prise du pouvoir. Elles représenteront de juin à août 1944 une des
principales forces résistantes organisées à l’intérieur de Clermont. Durant
cette période, elles seront responsables de nombreux attentats et sabotages
commis dans l’agglomération.
Le commandant Debain dit "Ligier" est à la tête des Milices patriotiques
jusqu’au 17 août 1944 puis c’est le lieutenant-colonel Tabouis "Barrère" qui
les dirigera.
• L’ORA : Organisation de Résistance de l’Armée
L’ORA, anciennement appelée l’OMA (Organisation Militaire d’Action) est
née le 28 décembre 1942 à Clermont-Ferrand, sous l’impulsion du général
Frère, comme le soulignent G. Lévy et F. Cordet dans A nous Auvergne : « "Frère
explique au lieutenant-colonel Bonotaux : "vous tâcherez de convaincre l’état-ma26
jor inter-allié que nous sommes en mesure de réaliser le vieux projet de l’armée
d’armistice, ce réduit national d’Auvergne d’où nous sortirons un jour pour couper
toutes les communications allemandes en France". »
Pour le Puy-de-Dôme, le responsable est le lieutenant-colonel Jean Garcie,
sous les ordres du commandant régional, le lieutenant-colonel Jacques Boutet
assisté d’Henri Madeline. En raison de ses contacts avec certains mouvements
de résistance dont "Combat" et de son implantation dans les services spéciaux
de l’État français, l’ORA va rapidement disposer d’armes camouflées avant
novembre 1942. Bien que jalouse de son indépendance, l’ORA va conclure
des accords avec le PCF et les FTPF en zone sud, en 1943, accords d’entente
locale en vue d’actions immédiates, d’opérations de libération mais aussi d’encadrement et d’instruction des réfractaires.
Le 1er octobre 1943, l’ORA va subir plusieurs rafles, au siège de l’état-major
à Clermont-Ferrand, à Royat, à Romagnat, au cours desquelles le lieutenant
colonel Boutet et le commandant Madeline, entre autres, vont être arrêtés. Si
de nombreuses arrestations ont pu avoir lieu, c’est en raison des forces de police qui connaissent parfaitement le terrain. C’est pourquoi, le maréchal Pétain
crée la Milice, le 5 janvier 1943 dans le département pour les renforcer.
3. La création de la Milice
Créée par la loi du 30 janvier 1943, à la demande de Pierre Laval, elle demeure le symbole d’une collaboration policière et paramilitaire dont le but est
la lutte contre le "terrorisme". Cependant, ni la police, ni la gendarmerie, ni les
groupes mobiles de réserve, ne sont en mesure de répondre à cette exigence.
Laval a donc décidé de mettre en place une formation nouvelle en marge des
structures étatiques classiques. Sur le plan national, Joseph Darnand assure le
commandement de la Milice assisté de Pierre Cancé, Noël de Tissot et Francis
Bout de l’An. En Auvergne, Jean Achon est le responsable régional de la Milice
dont le siège est situé 3, boulevard Desaix à Clermont-Ferrand. Autissier
en est le responsable départemental. L’état-major est installé tout d’abord à
l’hôtel Moderne puis à l’hôtel Métropole. La Milice a une double mission de
répression et de propagande active en faveur de l’ordre politique. Elle est dotée d’une école chargée de la formation des futurs cadres et elle se compose
d’une base d’éléments non permanents et de membres très actifs appelés les
"francs-gardes". Au 15 juillet 1943, l’effectif des francs-gardes clermontois est
d’environ 100 personnes : trois trentaines qui se divisent en trois dizaines. La
Milice, lors d’opérations, agit soit seule, soit en liaison avec la Gestapo ou les
troupes allemandes, soit encore avec les forces de police françaises. Cette
collaboration est confirmée dans les interrogatoires de miliciens et ex-membres de la Gestapo clermontois tristement célèbres pour leurs exactions, tels
que Jean et Gérard Vernières, Georges Mathieu et Louis Bresson entre autres.
Ces miliciens étaient motivés par la haine du communisme, le goût du pou27
voir, la soif de commandement pour Mathieu, l’appât du gain pour Bresson.
Ils étaient grassement rémunérés, entre 3 000 et 6 000 francs par mois.
Quant à Jean et Gérard Vernières, ils croyaient en l’idéal national-socialiste.
On retrouve toutes les raisons de l’engagement de ces miliciens dans leurs
interrogatoires.4
4. Une Résistance active dès 1943
Dans la nuit du 2 au 3 juin 1943, des ouvriers Michelin brûlent les entrepôts,
rue d’Estaing. Le 20 juin1943, un attentat a lieu, rue Jolie, contre deux soldats allemands qui regagnent leur cantonnement. En représailles, la Préfecture
communique : "jusqu’au 28 juin, seront fermés, cinémas, théâtres, cafés, concerts
et autres lieux publics. Jusqu’au 5 juillet, les cafés restaurants, salons de thé seront
fermés à 20 heures. Le couvre-feu est établi de 21 heures à 5 heures du matin."
Entrepôts Michelin rue d’Estaing après l’incendie du 3 juin 1943.
Camille Leclanché dit Buron forme avec Raymond Labaune dit Irma, au sein
du Premier Corps Franc d’Auvergne, une équipe chargée de réaliser les principaux sabotages de la région Auvergne. On peut citer à leur actif, entre autres :
4. Interrogatoires de Mathieu, Vernières Jean et Gérard : service de recherche des crimes de
Guerre : AD 908W614.
le 31 juillet 1943, la destruction du matériel aux imprimeries Mont-Louis à
Clermont-Ferrand, notamment la rotative imprimant Le Moniteur : journal de
Le 1er août, ils sabotent un transformateur électrique à l’usine Michelin de
Cataroux.
Le 23 octobre 1943, une bombe explose au dépôt de la SNCF, route d’Aulnat. A 22 heures, avenue des États-Unis, au centre de la propagande de
Vichy, une explosion fait voler les vitrines en éclat. Le 18 novembre 1943, sur
ordre de Londres, A. Llorca procède avec ses hommes à la destruction de
30 000 pneumatiques au dépôt des usines Michelin.
Après la disparition de Camille Leclanché, le 15 janvier 1944, c’est son frère
Edmond, alias "Tonio" qui prendra sa place au service sabotage et assumera
cette responsabilité jusqu’à la Libération. Antoine Llorca dit "Laurent", responsable du matériel au sein du 1er Corps Franc d’Auvergne va effectuer lui aussi,
une série d’actions d’envergure qui ont déjà été évoquées dans la présentation
du premier Corps Franc d’Auvergne.
III. La déportation dans le
Le Puy-de-Dôme a été particulièrement touché par la déportation comme
le souligne Daniel Martin dans La déportation dans le Puy-de-Dôme. Deux facteurs l’expliquent : tout d’abord sa situation de terre d’accueil proche de la
ligne de démarcation. On recense en effet, entre 1936 et 1946, un afflux de
600 000 personnes, ce qui accentue l’incertitude quant au nombre exact de
victimes de la déportation. Le deuxième facteur est la présence de nombreux
maquis qui sont durement réprimés par les services de répression allemande,
SD, Feldgendarmerie et Wehrmacht qui procèdent à 80 % des arrestations à
partir de 1943. Ainsi comme l’indique Daniel Martin : "1 689 personnes (de nationalité française) arrêtées dans le Puy-de-Dôme furent envoyées dans les camps
de concentration allemands et plus de la moitié n’en revinrent pas. Ce sont les
jeunes gens de 18 à 30 ans qui fournirent le plus gros contingent (754) mais ni les
enfants et adolescents, ni les femmes ni les personnes âgées ne furent épargnés."
De 1940 à 1942, on recense 40 arrestations suivies de déportations, ce chiffre s’explique par la situation de zone dite "libre" du Puy-de-Dôme. Il faut
cependant établir une distinction entre les personnes arrêtées pour motif politique "communisme" par le gouvernement de Vichy dès 1940-1941 et les
Certificat de non-appartenance à la race juive. AMRID (Droits réservés)
arrestations des premiers résistants et personnes d’origine israélite qui interviennent fin 1942. Le 3 octobre 1942, l’intendant de police Mayade ordonne
que les commerçants juifs de Clermont collent sur la vitrine de leur magasin
une affiche jaune.
Ce sont les Juifs qui paient le plus lourd tribut, en 1941, 1 776 Juifs français
sont recensés dans le département, 188 sont déportés, soit près de 16 %
et 86,7 % d’entre eux sont morts dans les camps d’extermination. Les Juifs
déportés en 1942 résident en zone libre, c’est-à-dire dans la partie de France
non occupée par les Allemands où le gouvernement de Vichy est souverain et
exerce son autorité sans partage. En février 1942, des affiches apposées dans
les mairies appellent les chefs de famille à se faire recenser. Tous les membres
doivent être déclarés et indiquer l’emploi occupé, les moyens d’existence, le
tout sous contrôle de la municipalité et de la gendarmerie locale. Les pères de
famille n’imaginaient pas que pour beaucoup d’entre eux, ils signaient l’arrêt de
mort de leurs familles. En juillet, une convention est signée entre Pierre Laval
et les SS de Paris sur la déportation des Juifs de France. Bousquet est alors
secrétaire général de la police, des réunions ont lieu avec les Allemands pour
organiser l’arrestation des Juifs étrangers à Paris. Elle aboutissent le 16 juillet
1942 aux événements tragiques connus sous le nom de la "rafle du Vélodrome
d’Hiver » où 12884 Juifs étrangers (hommes, femmes et enfants de moins de
16 ans) sont arrêtés par les gendarmes et les GMR.
Le 26 août 1942, à Herment, dans le Puy-de-Dôme, des gendarmes rassemblent devant l’hôtel Moderne des femmes et des jeunes qui figurent sur la
liste des étrangers établie à la demande de l’État français, pour les envoyer en
déportation. Ils sont une soixantaine de Juifs étrangers réfugiés à Herment et
aux alentours. Une seconde rafle a lieu le 27 février 1943 et une troisième le
1er novembre 1943.
Cette même année, la Résistance s’organise, les Allemands décident alors de
démanteler les organisations de résistance, 681 personnes sont arrêtées dans
1. La répression allemande : rafles et exécutions
• 2 septembre 1943 : les Ardents
Le 2 septembre 1943, un camion et une voiture de la Gestapo gagnent le
Col de Ceyssat. Les Allemands ont découvert la véritable activité des "bûcherons". Les maquisards n’ont pas le temps de se sauver. Trois d’entre eux, âgés
d’une vingtaine d’années sont tués, trois blessés et deux meurent en déportation. La destruction du maquis de Ceyssat oblige les membres du maquis à
cesser quelque temps leur activité. Le maquis de Brousse le remplace mais est
aussi détruit par l’ennemi en février 1944.
• 1er octobre 1943, les rafles de l’état-major
Le Capitaine Hugo Geissler, chef de la délégation de la police allemande
auprès du gouvernement décide de mener une offensive contre l’état-major de
la XIIIe division militaire à Clermont-Ferrand, le 1er octobre 1943, à 9 heures.
Elle concerne à la fois, le bâtiment du 35, cours Sablon, l’Inspection centrale
du Matériel à Romagnat, la Direction de ce service à Royat ainsi qu’un autre
organisme du Matériel à Clermont-Ferrand. Le bâtiment du cours Sablon est
rapidement encerclé par la Feldgendarmerie, le lieutenant Arno Weser du SD
de Vichy donne l’ordre de conduire toutes les personnes arrêtées à la caserne
du 92e pour vérification d’identités. Parmi celles-ci on peut noter la présence
du commandant Henri Madeline, adjoint du chef régional de l’ORA, le commandant de gendarmerie Antoine Fontfrède et Henri Weilbacher, secrétaire
de l’Intendant de police. D’autres arrestations suivent à la direction du matériel, rue Pascal, à Romagnat où le capitaine de la Blanchardière est appréhendé.
Au total, 32 personnes dont 16 officiers sont emprisonnées. Certains détenus
importants sont transférés à Vichy, d’autres à la prison allemande du 92e ou
envoyés en déportation. Henri Weilbacher, François Marzolf et le commissaire
Marc Juge seront fusillés les 22 et 24 mars 1944.
Le 26 juin 1943, la cité universitaire Gallia rue de Rabanesse est assiégée par
la Feldgendarmerie suite à l’assassinat de deux officiers allemands au domicile
du professeur Flandin. 35 arrestations s’en suivent, 26 étudiants sont déportés
et 9 meurent en Allemagne.
Le 25 novembre 1943, une véritable opération de police est menée contre
l’Université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand. De nombreux étudiants font partie des réseaux de résistance et l’Université représente aux
yeux des Allemands : "un foyer d’action subversive tant par ses étudiants…
que par ses professeurs." comme l’indiquent G. Lévy et F. Cordet dans A nous
Auvergne. Les ordres sont d’arrêter 17 personnes, en majorité des professeurs dont les noms ont été relevés à la suite des actions menées contre
le réseau Mithridate et l’ORA, mais également d’appréhender les étudiants
d’origine juive et tous les Alsaciens et Lorrains âgés de 18 à 30 ans. Pour
mener à bien l’ensemble de cette opération, la Gestapo a demandé l’appui
d’une unité de la Luftwaffe placée sous le commandement du colonel Eltsatz.
Pour ne pas attirer l’attention, le convoi doit partir d’Aulnat où stationnaient
les aviateurs allemands. Le jeudi 25 novembre 1943, tous les effectifs disponibles de la Gestapo de Clermont-Ferrand et de Vichy pénètrent dans les
bâtiments de l’Université. C’est Blumenkampf et Ursula Brandt qui mènent
les interrogatoires assistés de 6 spécialistes et du milicien Georges Mathieu.
Ce dernier se rend au secrétariat afin de recueillir la liste des adresses des
professeurs au cas où certains d’entre eux n’auraient pas eu cours à l’heure
de l’arrestation. Toutes les personnes appréhendées sont réunies dans la
cour de l’Université. Le professeur Paul Collomp refuse d’obtempérer, il est
abattu sur place. Au total près de 800 personnes sont arrêtées et transférées à la prison militaire allemande du 92e. Après plusieurs vérifications, 83
d’entre elles sont maintenues prisonnières. Les femmes sont libérées à l’exception de celles d’origine étrangère, alsacienne-lorraine ou ayant un nom à
consonance juive. Les étudiants israélites sont envoyés à Drancy, les étrangers dans des camps d’internement et les Alsaciens-Lorrains à Compiègne
d’où 39 sont déportés et 11 meurent dans les camps.
• 12 décembre 1943 : rafle de Saint-Maurice-ès-Allier
Blumenkampf décide de mener une action importante dans la région de
Vic-le-Comte et Saint-Maurice où il a découvert qu’une habitation servait de
refuge aux réfractaires au STO et qu’un membre important de la résistance,
Lucien Jarrige "Lamy" résidait à Vic-le-Comte. La maison en question est en
réalité le PC d’Antoine Llorca dit "Laurent". De plus, Lucien Jarrige était détenteur d’un porte-documents contenant des informations capitales sur l’organisation des MUR du Puy-de-Dôme et la liste des collaborateurs à éliminer. Le
12 décembre 1943, les Allemands procèdent à l’arrestation de 15 personnes,
le village sera pillé et les maison brûlées.
• 16 décembre 1943 : rafle de Billom
Le matin du 16 décembre 1943, Hugo Geissler, à la recherche du PC des
MUR, déclenche une vaste opération punitive sur Billom. Deux mille hommes
sont réquisitionnés, membres de la Gestapo de Vichy, de Clermont-Ferrand,
un bataillon de la Feldgendarmerie de Gannat et des unités motorisées allemandes de Clermont. La ville de Billom est occupée en totalité, les résistants
n’ont pas d’échappatoire. Geissler arrête 200 personnes parmi lesquelles se
trouvent quelques dirigeants locaux des MUR. Il saisit également une grosse
quantité d’armes et de munitions. Les résistants arrêtés seront conduits dans
un des bâtiments de l’ancienne caserne du 92e, certains sont fusillés sans même
subir d’interrogatoire.
Le 16 décembre, les FTP du groupe Gabriel Péri déclenchent une attaque
contre l’hôtel du Globe à Clermont-Ferrand. En représailles, Blumenkampf
demande la mort de 24 personnes arrêtées à Billom qui doivent elles-mêmes creuser leur tombe. Cette exécution supervisée par Kaltseiss et Roth,
aura lieu le 20 décembre 1943 au stand de tir du 92. Les autres prisonniers
arrêtés à Billom partiront vers les camps de concentration de Flossenburg et
• 1er mars 1944 : rafle de Volvic
Le matin du 1er mars 1944, Lespinasse est encerclé par les troupes allemandes composées d’une quarantaine d’hommes de la Luftwaffe, 14 feldgendarmes et un officier. Très vite, le PC est investi, seuls trois maquisards sont
présents : Jean Lesme dit "Milano" originaire de Volvic est abattu, Georges
Marchadier et Guy Penide sont arrêtés et faits prisonniers en compagnie de
trois paysans du hameau : Marcel Chaput, Marius Chaput et Antonin Paquet.
En tout début d’après-midi, la colonne allemande se rend à Volvic. L’hôtel
Martinon, qui servait de refuge aux résistants du 1er Corps Franc d’Auvergne,
est encerclé ainsi que la Place de l’Eglise. Raymond Labaune "Irma", Edmond
Leclanché dit "Tonio" et Maurice Pérol qui se cachaient à l’hôtel Martinon
parviennent à s’échapper et tuent un Allemand du nom d’Otto Staage. Les
clients de l’hôtel et les familles de Volvic sont rassemblés devant l’hôtel du
Commerce. Une fusillade s’ensuit au cours de laquelle de nombreux habitants
sont touchés y compris des enfants. Une vingtaine de personnes sont arrêtées et transférées à la prison militaire allemande du 92e. Avant de partir, les
Allemands mettent le feu à l’hôtel du Commerce et aux maisons alentour.
• 8 mars 1944 : attentat et rafles de la Poterne
Le 8 mars 1944, un détachement de troupes allemandes passe dans la rue
Montlosier en contrebas de la terrasse du quartier de la Poterne. Une grenade
explose, la troupe riposte. Les soldats assaillent la place, fouillent et incendient
les maisons les plus proches de l’avenue. Les habitants tentent de s’enfuir sous
les tirs des armes. Rue Montlosier, les immeubles sont fouillés, les SS arrêtent
et déporteront un groupe d’étudiants en conférence au cercle Saint-Louis.
D’autres rafles d’étudiants sont organisées à l’Académie de Billard, au Café des
Sports et autres lieux fréquentés par les jeunes.
Ottmann, chef de la section criminelle du SD de Vichy, organise une série de
rafles dans les cafés des quartiers de la place de Jaude, de la Gare où résident
de nombreux réfugiés d’origine alsacienne. On estime les arrestations à plus
de 100 personnes. A cela, s’ajouteront les exécutions de cinquante résistants
considérés comme des "ennemis du Reich" comme le soulignent G. Lévy et F.
Cordet dans A nous Auvergne.
Il s’en suivit une série d’opérations de représailles menées par les occupants :
le 1er avril, rue Fontgiève à Clermont-Ferrand on dénombrera 26 arrestations,
une vingtaine à Randan le 19 avril 1944 et 26 à Aigueperse le 8 mai 1944.
• 21 juin 1944 : rafle de Gerzat
Le 21 juin 1944, le major Bambach établit une liste de 40 résistants à appréhender. Ce même jour, la commune de Gerzat est investie par la Gestapo et
les miliciens. En peu de temps, trente-cinq Gerzatois (hommes et femmes)
sont arrêtés, un seul est relâché. Tous les autres sont transférés à la prison
allemande du 92e, torturés puis envoyés en déportation. Cinq seulement reviennent des bagnes nazis. Parmi les personnes appréhendées à Gerzat, se
trouvait Mme Simone Godard, institutrice et directrice de l’école, elle-même
résistante, arrêtée à la place de son mari. Elle sera déportée au camp de Belzig
où elle décèdera le 21 avril 1945, cinq jours avant la libération du camp. Son
fils, Serge Godard est l’actuel maire de Clermont-Ferrand.
• 13 juillet 1944 : les fusillés d’Orcines
Le 13 juillet 1944, 24 résistants sont fusillés sur l’initiative du chef milicien,
Jean Filliol. Ces hommes venaient pour la plupart des quatre départements
d’Auvergne. Ils sont tous extraits de leur cellule de la prison militaire allemande du 92 de Clermont-Ferrand. Des membres du SD allemand les ont
conduits dans une carrière d’Orcines, tout près de Clermont-Ferrand où ils les
ont fusillés. L’un d’entre eux était le maire de Saint-Floret.
Leurs noms sont inscrits sur le monument aux Morts d’Orcines : "A la mémoire de 24 patriotes morts en ce lieu fusillés par les Allemands le 13 juillet 1944".
Certains d’entre eux n’avaient que 17 ans. Louis Dabert "Jean-Pierre" un des
premiers résistants d’Auvergne, était un militaire courageux, un organisateur
remarquable et un chef estimé. Le "fusillé inconnu" a maintenant une identité, il
s’agirait d’Edouard-Louis Carmarans, un maquisard aveyronnais, né en 1903 à
Enguialès. Celui-ci aurait participé aux combats du mont Mouchet et aux combats du réduit de la Truyère, dans la région de Chaudes-Aigues (Cantal). Lors des
Les fusillés d’Orcines. AMRID (Droits réservés)
combats vers le bois de Vedrines (entre Jabrun et Chaudes-Aigues) son camion
aurait pris feu. Lorsque la Wehrmacht et le SD ont ratissé ce secteur, ils ont fait
prisonnier Édouard Carmarans et l’ont conduit à la prison militaire allemande
du 92 à Clermont-Ferrand. De là, il a été conduit avec les 23 autres résistants à
la clairière d’Orcines. Une demande de rectification de jugement déclaratif de
décès est en cours car Edouard-Louis Carmarans a été déclaré mort dans le bois
de Védrines. Cet acte est nécessaire pour ses ayants droit.
• 15 juillet 44 : les fusillés de Bourg-Lastic
Bourg-Lastic et Messeix, communes proches de la Corrèze, sont en 1944,
depuis des mois, une région acquise à la Résistance. Après la dissolution du camp
de Saint-Genès-Champespe, les maquisards chevronnés sont regroupés dans
les première et deuxième compagnies FFI. Le 7 juillet 1944, une colonne de
ravitaillement de la Wehrmacht est attaquée par surprise par la 3e compagnie
de la zone 3 dans les gorges du Chavanon. Elle laisse sur le terrain 24 morts et 7
prisonniers, dont un milicien qui sera fusillé quelques jours plus tard. Ce convoi
est chargé de ravitailler la garnison d’Ussel, encerclée par les FTP.
Le dimanche 9 juillet, c’est la fête patronale de Bourg-Lastic. Vers 19 heures,
une fusillade a lieu en Corrèze et Bourg-Lastic est envahi. Tous les maquisards
se dispersent, mais certains sont pris au piège par le déploiement du régiment
ennemi. La première victime sera Monsieur Chalus, capturé dans les gorges
du Chavanon. Il est abattu sur la place, sous les yeux de sa fillette de cinq ans
qui se couche sur son cadavre. Tous les hommes sont rassemblés à la Mairie,
certains sont relâchés, d’autres gardés. Parmi eux se trouvent des résistants.
Un détachement du SD, ayant à sa tête le sinistre Hector Martin "Braun", est
arrivé. Ce dernier, un Sarrois ayant séjourné avant-guerre dans la région, a été
interné en 1919 au camp de Lastic, il connaît tout le monde.
Des interrogatoires sévères ont lieu. Vingt-quatre résistants sont condamnés à mort, Vingt-quatre autres, dont plusieurs maquisards non identifiés, vont
être envoyés en Allemagne. Ils partent le 14 juillet pour Clermont-Ferrand
mais une lettre de dénonciation provoque l’arrestation de quatre d’entre eux,
dont trois de la même famille. Ils sont déportés au Struthof puis à Dachau.
Deux reviennent, mais l’un meurt quelques mois après. Deux femmes résistantes sont envoyées à Ravensbrück et survivent.
Le 15 juillet à l’aube dans un vallon désert du camp militaire de Lastic qui sert
habituellement de champ de tir, un peloton d’exécution de la Wehrmacht, sous
les ordres d’Hector Martin, fusille les condamnés par groupe de 5, semant ainsi le deuil et la douleur dans toute la région. Le maire de Bourg-Lastic, Pierre
Chassagny, âgé de 75 ans, Lucien Giraud, 19 ans, sont parmi les 23 victimes,
ainsi que 3 frères dont l’un père de 5 enfants. Messeix a aussi payé son tribut
à la bestialité nazie. Deux instituteurs seront fusillés : Maurice Piedpremier et
Louis Beaulaton. Le lendemain, une 24e victime sera tuée.
En annexe page 67 : lettre de l’adjoint au maire de Bourg-Lastic adressée
au Préfet de la Région Auvergne concernant les événements du 15 juillet
1944. Archives départementales du Puy-de-Dôme 901 W 175. (Droits réservés)
• 22 juillet 1944 : rafle de la Plaine
Une vaste opération policière dans les cités ouvrières Michelin de la Plaine,
centre actif de la résistance, a lieu ce jour-là. Très vite, les issues sont bloquées
et investies par les GMR. Des miliciens de Nîmes se dirigent vers le nord de
Clermont-Ferrand et envahissent les cités. Les maisons des habitants sont
fouillées, saccagées, pillées. Deux cents personnes sont arrêtées dont deux
femmes qui sont alors dirigées vers l’école Diderot. Les miliciens recherchent
certains résistants, ils ont une liste de noms, les interrogatoires se succèdent.
Le 22 juillet au soir, 110 arrestations sont maintenues. Les détenus sont
incarcérés dans les écoles Amédée Gasquet, Godefroy de Bouillon et le
lendemain, à la maison d’arrêt de Clermont-Ferrand. L’opération est un
échec car les miliciens ne parviennent pas à trouver les "terroristes" qu’ils
recherchent. 25 personnes sont remises à l’Office de Placement Allemand,
place Delille.
Le 1er août 1944, les détenus sont emmenés en gare de Clermont-Ferrand,
le voyage en direction de Vienne, en Autriche, sera long et pénible, il va durer
quatorze jours. A leur arrivée, les prisonniers sont répartis dans des usines où
ils se mélangent aux STO. Ils y resteront jusqu’à leur libération par l’Armée
rouge qui démantèlera le matériel et l’enverra en URSS. Sur le chemin du
retour, ils s’arrêteront à Ebensee, commando de Mauthausen, libérés par les
Américains, ils verront l’horreur des camps de concentration. La Plaine était
un centre de résistance actif, quarante-huit noms inscrits sur le monument aux
Morts témoignent de son martyrologe. Des familles entières furent décimées.
Tous les ans, aux dates anniversaires de ces événements tragiques, les familles
et les autorités rendent hommage à ces résistants fusillés, raflés et morts en
2. Bilan de la déportation dans le Puy-de-Dôme
Toutes ces rafles ont pour but la destruction des organisations de résistance
en particulier celles de l’Université et de Billom. Comme le souligne Daniel
Martin le motif "résistance" : "englobe celle-ci sous tous ses aspects, depuis la
résistance armée ou l’activité de renseignement jusqu’au refus du STO, l’écoute
clandestine de la radio anglaise ou l’affichage de sentiments anti-allemands…"
Un nombre important de personnes a été fusillé pour cause de résistance dans le département du Puy-de-Dôme puisqu’on en relève 238 selon les
Archives Départementales (MO 7244). 60 % des déportés du Puy-de-Dôme
l’ont été pour faits de résistance, 15 % en tant qu’otages, 10 % pour raison
raciale (Judaïsme) et 8,5 % pour motif politique, c’est-à-dire l’appartenance au
parti communiste ou à une activité syndicaliste marquée (voir tableau n°2 AD).
Les déportés du Puy-de-Dôme ont été envoyés majoritairement à Buchenwald,
1/3, puis à Dachau 1/5 et Mauthausen à 13 %. Neuengamme, AuschwitzBirkenau, Ravensbrück – seul camp de femmes – Dora et Flossenburg ont
reçu entre cent et deux cents déportés puydômois. (Voir tableau n°5 AD).
Selon Daniel Martin, les déportés du Puy-de-Dôme ont subi un lourd tribut
car plus de la moitié ne rentrèrent pas. A ce chiffre, s’ajoutent les personnes
décédées à leur retour, des suites de maladies contractées en déportation ainsi
que celles qui ont souffert et souffrent encore de séquelles physiques et morales dont elles ont été et sont encore victimes.
Comme on peut le constater dans le tableau n°3 de la série M des archives
départementales du Puy-de-Dôme, établi par le comité d’histoire de la Seconde
Guerre Mondiale, l’année de départ en déportation influait sur les pourcentages
de retour. En effet, comme l’atteste Daniel Martin : "les déportés partis en 1942
ne rentrèrent pas à 90 %, ceux de 1943 à plus de 56 % et ceux de 1944 à 48 %".
Plus le séjour se prolongeait plus les chances de retour diminuaient. L’objectif de
ce travail n’est pas d’établir des comparaisons entre les camps de déportation
aussi durs les uns que les autres. Toutefois, on peut dire qu’Auschwitz-Birkenau
a été le plus meurtrier. C’était un camp d’extermination où périrent en majorité
des milliers de Juifs et Tziganes. Si certains Juifs échappèrent à la déportation,
c’est grâce à l’aide de personnes qui les cachèrent au péril de leur vie. Celles-ci
sont reconnues depuis la loi de 1953, "Justes parmi les Nations". Monseigneur
Piguet, évêque de Clermont-Ferrand pendant la seconde guerre a été l’un d’eux.
Au début, après la défaite de juin 1940, Mgr Piguet est un fervent pétainiste.
Sa pensée évoluera. Il demandera aux congrégations religieuses du diocèse qui
avaient des écoles de cacher des enfants juifs. Pour cela, il sera convoqué par la
Gestapo le 28 mai 1944 puis interné et finalement déporté à Dachau en passant
par le Struthof. Il est le seul évêque français à avoir été déporté. C’est à Dachau
que Gabriel Piguet procédera à l’ordination de Karl Leisner le 17 décembre
1944. Le 14 janvier 1945, il est de retour à Clermont-Ferrand.
Le 22 juin 2001, le comité Yad Vashem a décerné à titre posthume à Gabriel
Piguet la médaille des Justes parmi les nations, pour le sauvetage de familles
A ce jour, le Puy-de-Dôme compte quarante-trois Justes (voir liste page 71).
En annexe pages 69 et 70 : tableaux n°2, 3 et 5 série M des Archives
Départementales du Puy-de-Dôme. Droits réservés.
IV. Les principaux événements
de février 1944 à juin 1944
Au début de l’année 1944, les Allemands et leurs auxiliaires français vont
renforcer leur position et perfectionner leur organisation. Les mois de janvier et février 1944 vont être vécus difficilement par les résistants du Puy-deDôme car les occupants vont multiplier les actions de répression. En réponse,
la Résistance va élaborer des plans d’action et rassembler ses forces pour faire
1. Février 1944 : le plan du maintien de l’ordre
Pour maintenir l’ordre, les Allemands installent dans la région clermontoise
des états-majors de liaison. A Clermont-Ferrand, l’état-major principal de
liaison 588 (HVS 588) est présent du 1er février au 16 août 1944. C’est un
organisme attaché à la Wehrmacht spécialisé dans la lutte contre les maquis.
Il centralise les renseignements venant de toute l’Auvergne, de la Creuse, la
Haute-Vienne, la Corrèze, la Dordogne, le Cher, l’Indre-et-Loire, la Vienne et
la Charente pour les parties de ces départements situées en zone sud.
Le général de division Fritz von Brodowski est le commandant de l’étatmajor principal de liaison 588 qui est situé à côté de la préfecture régionale de
Clermont-Ferrand. Son chef est le lieutenant-colonel Kurt Aweyden, il a sous
ses ordres plusieurs chefs de bureau qui gèrent les "opérations", le "renseignement", le "ravitaillement et l’administration", etc. Un état-major de liaison 785,
spécialisé dans la lutte contre les maquis se situe dans un immeuble adjacent à
la préfecture du Puy-de-Dôme.
- Le service de sécurité (der Sicherheitsdienst ou SD) et la police de sûreté
(die Sicherheitspolizei ou SIPO). Ces deux formations sont plus connues, bien
que le terme soit impropre, sous le nom de Gestapo par analogie avec la
Geheim Staatspolizei ou police secrète de l’État qui sévissait en Allemagne.
Le siège régional est à Vichy mais une antenne importante est située au 2, bis
avenue de Royat à Chamalières.
- La police de l’ordre (die Ordnungspoliezi ou ORPO) basée à ClermontFerrand, est une police militaire en uniforme chargée du maintien de l’ordre,
de la répression des "terroristes".
- La feldgendarmerie n°932 (gendarmerie aux armées) est placée sous le
commandement de l’état-major principal de liaison 588, elle est presque
entièrement motorisée.
Les agents de l’Abwehrstelle qui opèrent à Clermont dépendent de la centrale de Lyon. Leur activité consiste principalement à traquer les réseaux de
résistance, ils les infiltrent, les sabotent et pratiquent également le contre-espionnage. Si l’agent est appréhendé avec les membres de l’organisation qu’il a
dénoncée, il doit se laisser emprisonner puis s’évader. Les agents de l’Abwehrstelle actifs dans le Puy-de-Dôme étaient des anciens policiers français ou
Les services allemands engagés dans la répression contre la résistance ont
recours aux autorités françaises du maintien de l’ordre dont la Milice, l’OPA
- La Milice : son rôle a déjà été évoqué, il sera renforcé avec la création d’une
brigade spéciale dirigée à Vichy par Gilbert Blanchard dit Gil et de la francgarde permanente de Marcel Venturini à Clermont-Ferrand. A partir du 1er
janvier 1944, Joseph Darnand s’installe à Vichy. Le 20 janvier 1944, l’appareil
juridique de la Milice se perfectionne sous l’impulsion de Darnand avec l’instauration des cours martiales et d’une procédure expéditive aboutissant à la
peine de mort. On recense sept cent soixante-dix miliciens pour la région
clermontoise dont six cent dix pour l’agglomération de Clermont-Ferrand.
- L’OPA : office de placement allemand. Les bureaux sont situés, 16, place
Delille à Clermont-Ferrand. Dans l’immeuble au numéro 20, se trouve la
prison où les détenus sont incarcérés aux deuxième et troisième étages.
Tout individu peut y contracter un engagement, même si l’OPA est composé
en grande majorité de membres de la Milice ou du parti populaire français.
Les volontaires doivent suivre un stage à Paris au cours duquel, ils apprennent le maniement des armes, la manière de perquisitionner, d’opérer une
rafle etc.
A la fin du stage, le futur inspecteur regagne son office de placement allemand où il reçoit une carte signée par le Kommandeur der Sicherheitspolizei
und des Sicherheitsdienst de sa région l’accréditant dans son travail auprès
des autorités allemandes et françaises.
opèrent en civil, ils traquent les réfractaires au STO, les résistants, les Juifs
et les communistes. Au cours de leurs opérations, ils s’accaparent bijoux et
- Les indicateurs : ils dénoncent les opposants au régime (les résistants) en
envoyant des lettres anonymes aux autorités allemandes et françaises soit
pour assouvir des vengeances personnelles, soit par appât du gain.
Le système de répression allemand se perfectionne afin d’appréhender les
résistants qui vont intensifier leur action.
2. L’affaire du milliard de la Banque de France
Les FTPF ne reçoivent pas tout le matériel et les fonds qui leur sont destinés
lors des parachutages. Aussi, le 9 février 1944, un commando dirigé par Henri
Saintes alias Marceau, commissaire militaire FTP et Eugène Rougier, alias Marc
s’empare du milliard de la Banque de France dont les billets sont fabriqués à
Chamalières. Le wagon de la Banque de France, contenant un montant de
17 milliards de francs est stationné en gare de Clermont-Ferrand. Il est en
partance pour Paris. L’opération se déroule sans incident. Cependant, la fourgonnette des résistants ne parvient pas à contenir l’ensemble du chargement.
De nombreux sacs sont laissés sur place. L’argent prélevé pour la Résistance
s’élève à 1 003 008 540 de francs. La police ne récupérera que 35 millions de
Six membres de la Résistance sont arrêtés et identifiés : Rougier, Calverie,
Chollet, Lothe, Waleski et Rey. Ils sont condamnés à mort et exécutés. Victor
Lothe mourra au cours de son transfert pour Dachau.
3. Les Aciéries Aubert et Duval des Ancizes :
"l’usine du maquis"
Aubert et Duval est l’une des rares entreprises françaises à ne pas collaborer avec l’occupant allemand dès juin 1940. A Manzat, se trouve un important camp de réfugiés où se mêlent Polonais, Anglais, Belges, Espagnols,
Luxembourgeois et Juifs d’origine étrangère. Les dirigeants d’Aubert et Duval
aux Ancizes connaissaient l’existence de ce camp. Ils mettront tout en œuvre
pour faciliter la vie de ces réfugiés en les intégrant aux activités de l’usine. De
plus, Aubert et Duval est l’usine française qui a le moins "donné" au STO. Très
vite, les Allemands espèrent s’approvisionner auprès des aciéries des Ancizes
en matière première transformée. Ils font pression sur les dirigeants de l’entreprise mais les produits demandés ne sont jamais livrés grâce à divers prétextes fournis comme les sabotages, qui servent à justifier la non production
de matériel de guerre, ou les rebuts. La consigne est de ne rien livrer aux
Allemands. Ces derniers ne tardent pas à se rendre compte que l’on se joue
d’eux, que les dirigeants de l’usine sont complices de l’opération et que l’usine des Ancizes est un nid de résistance. On l’appelle d’ailleurs dans la région
"l’usine du maquis".
Londres avait donné l’ordre de saboter dès que cela serait nécessaire les
usines Aubert et Duval. La direction ne parvenant pas à freiner suffisamment
d’elle-même sa production, l’aide nécessaire vint du sabotage organisé par le
maquis. Cette même direction a indiqué où il fallait provoquer une explosion
afin d’assurer l’immobilisation partielle de l’usine.
Un premier sabotage d’envergure auquel participe une quinzaine de personnes, est organisé le 13 novembre 1943. Il consiste à la destruction du château
d’eau qui alimente l’usine, le transformateur est également atteint ainsi que les
disjoncteurs. Un second a lieu le 18 février 1944 avec cette fois sept ou huit
4. Tentative de sabotage et bombardements
des usines Michelin
A la demande de Londres, le bombardement des usines Michelin est
programmé par la Résistance car la production était utilisée par les nazis.
Cependant, une telle entreprise engendrerait des pertes civiles et un manque
à gagner pour les ouvriers. Émile Coulaudon dit "Gaspard" réunit son corps
franc composé de "Irma, Buron, Judex et Dumas", Henry Ingrand supervise les
opérations. Après plusieurs interrogations, la décision est prise de bombarder
l’usine des Carmes qui est le point clé du circuit de fabrication, ce qui devait
entraîner l’arrêt des usines de la ville.
Le dimanche 15 janvier 1944, à 5 heures du matin, l’équipe du corps franc
est sur le point de passer à l’action mais une patrouille de gendarmes survient
et les oblige à ralentir le processus. A 6 heures du matin, les bombes sont lancées mais les systèmes de sécurité se mettent en action aussitôt et l’incendie
est circonscrit. L’opération a avorté. Son échec entraînera le bombardement
du 16 mars 1944.
Le 10 mars 1944, la base d’Aulnat va être bombardée par 33 Lancaster de
Le 16 mars 1944, les alliés bombardent les usines Michelin, les dégâts
sont lourds, en effet, comme l’attestent G. Lévy et F. Cordet dans A nous
Auvergne : "30 maisons sont détruites, 100 gravement endommagées, 200 touchées. Il y a plus de 19 morts et blessés.". Le maréchal Pétain se rendra sur les
lieux le 19 mars.
Dans la nuit du 25 au 26 avril 1944, le groupe des "Truands" de Jean Mazuel
dit "Judex" fera exploser une vingtaine de pylônes autour de Clermont-Ferrand,
la ville sera ainsi paralysée pendant quelques jours.
5. Vers l’unification de la Résistance
Sous l’impulsion d’Henry Ingrand, le 20 janvier 1944, à Aubière, le Comité
départemental de Libération se réunit pour la première fois. Émile Coulaudon, chef départemental des MUR, assure la présidence du comité avec les
principaux responsables de la Résistance du Puy-de-Dôme. Cependant, cette
première tentative d’unification n’aboutira pas en raison de trop nombreuses
divergences entre les responsables des différents mouvements de résistance
6. Les projets de réduits dans le Massif Central
L’idée de constituer un réduit militaire dans une région favorable de la zone
sud de la France a été formulée par l’état-major du général de Gaulle en octobre 1942, lors de la mission d’Henri Frénay (chef du mouvement Combat) à
Londres. De retour en France, Frénay étudie le projet avec d’autres chefs de
la résistance intérieure et établit un rapport le 28 janvier 1943 dans lequel il
propose l’installation de plusieurs réduits dans les régions montagneuses des
Alpes, du Jura, et du Massif Central à condition d’avoir l’assurance formelle
de Londres que ces maquis soient ravitaillés en vivres et munitions.
A partir de janvier 1944, l’imminence d’un débarquement allié et les problèmes provoqués par la présence de nombreux maquisards dans les monts
d’Auvergne pour échapper au STO, amènent les Mouvements Unifiés de
Résistance d’Auvergne à étudier concrètement le projet d’un réduit, mais
sans aucune coordination avec le Bureau Central de Recherches et d’Action en Angleterre. Dans l’ignorance de ce qui se passe à Londres, Émile
Coulaudon, dit "Gaspard", devenu chef de L’Armée Secrète en R6 (Puy-deDôme, Cantal, Allier, Haute-Loire) en avril après l’arrestation de son chef
"Christophe", recherche des liaisons avec l’extérieur et réclame des cadres,
des armes et munitions. Il rencontre le major "Philippe" chef des réseaux
Buckmaster du SOE : Special Operation Executive, réseau de l’intelligence
service britannique. Très vite l’aide lui parvient en Margeride, d’abord le 8
mai par une mission Jedburgh puis le 10 par un gros parachutage d’armes
non loin de la Truyère qui sera suivi de beaucoup d’autres. Ainsi "Gaspard" se
croit assuré de l’appui du haut commandement allié. Pourtant il est clair que
la décision des chefs auvergnats de constituer des réduits est une initiative
locale bien antérieure à l’élaboration du plan "Caïman" et de la force C. Ce
plan, confié au colonel Billotte pour étude en juin 1944, envisageait dans le
cadre du débarquement en Provence en août 1944 de soutenir la résistance
intérieure en Auvergne avec des troupes aéroportées. Il fut abandonné le 31
V. Les combats du mont Mouchet
1. La mobilisation du 2 mai 1944
Le 2 mai 1944, près de Paulhaguet (Haute-Loire) non loin du mont Mouchet,
une réunion des chefs des mouvements de résistance d’Auvergne, sous la présidence de Henry Ingrand chef des MUR, prend la décision de constituer trois
• Le réduit du mont Mouchet, situé sur un large plateau de 1 000 à
1 500 mètres d’altitude, est à cheval sur les trois départements de la
Haute-Loire, du Cantal et de la Lozère et fait environ 15 kilomètres de
• Le réduit de la Truyère, vers Chaudes-Aigues, beaucoup plus difficile d’accès, est protégé au nord par les gorges de la Truyère.
• Le réduit du Lioran est au pied du Plomb du Cantal.
La décision est prise à l’unanimité mais non sans heurt à cause de divergences sur le rôle précis à donner aux réduits. Elle semble s’imposer à tous
par la situation difficile de la Résistance en Auvergne en raison des attaques
et des risques encourus par les résistants et réfractaires.
Les représentants de l’organisation de résistance de l’armée (ORA) ne
participent pas à cette réunion car ils n’ont pas été invités, mais Gaspard assure qu’il sera aidé par des officiers de carrière pour encadrer les réduits. En
s’installant au mont Mouchet il choisit comme chef d’état-major le colonel
Garcie Gaston. Le colonel Mondange Thomas est nommé responsable militaire du réduit de la Truyère. L’ordre de mobilisation générale n’intervient
que le 20 mai 1944. Cependant, la décision de rejoindre immédiatement
le maquis avait commencé à circuler le 8 mai. Le 20 mai ne fait qu’accélérer le mouvement. A pied, en voiture, par car ou par le train, les volontaires de toute la région et spécialement du Puy-de-Dôme convergent vers la
Margeride. De nombreux Clermontois ont répondu à l’appel de mobilisation
générale du 20 mai 1944 pour les rassemblements.
En quinze jours, 2 700 hommes rejoignent le mont Mouchet, 1 500 la
Truyère. L’engagement est tel que l’on a dû ouvrir un passage à Saint-GenèsChampespe, à la limite du Puy-de-Dôme et du Cantal.
Les maquisards du mont Mouchet, bien armés grâce aux parachutages antérieurs, sont répartis en 15 compagnies occupant des emplacements sur le
pourtour de la zone. La Margeride avait reçu en effet plus de 55 tonnes d’armes et matériels dont 3 000 armes individuelles, 150 fusils mitrailleurs, 3 600
à 4 000 grenades. Six compagnies sont dotées de mitrailleuses légères et de
bazookas. Beaucoup de jeunes cependant n’ont pas le temps de se familiariser
avec cet armement par manque de formation.
2. L’assaut allemand contre le mont Mouchet
Tout au long du mois de mai 1944 les Allemands apparaissent bien renseignés sur les regroupements des maquis en Margeride. En avril, des accrochages avaient opposé maquisards et Allemands et avaient apporté des
renseignements précis qui permettaient de délimiter les zones de regroupement. Le général von Brodowski qui commande l’état-major principal
de liaison de Clermont-Ferrand et qui avait la responsabilité du maintien
de l’ordre dans le Massif central, réclame des troupes au commandant allemand pour la zone sud. Le 3 juin, 1800 hommes environ, sous le commandement du général Jesser, sont mobilisés pour "rétablir l’autorité des
troupes d’occupation dans le Cantal, combattre et détruire par tous les
moyens les bandes existantes".
Sur la scène nationale, l’annonce du débarquement du 6 juin 1944 va créer
une exaltation collective, la nouvelle court dans toute l’agglomération et
beaucoup de personnes ont du mal à cacher leur joie. Dans le camp allemand, elle va générer une certaine fébrilité, notamment à la prison militaire
allemande du 92, où certains détenus vont être changés de cellule.
Le 9 juin à 15 heures la circulation des véhicules est interdite sur les routes
de campagne, la mise en place des troupes pour l’assaut du mont Mouchet
Le 10 juin 1944, dans l’après-midi, l’attaque allemande est menée par 3 colonnes avec mitrailleuses sur pneus, mortiers légers, canons anti-aériens de
calibre 20 mm. convergeant vers le réduit :
• L’une sur l’axe ouest-est, Saint-Flour, Ruynes-en-Margeride, Clavières
(400 à 450 hommes) côté cantal.
L’autre, sur l’axe nord-sud Brioude, Pinols, (500 à 600 hommes).
La troisième venant du sud en direction de Saugues et Monistrol (500 à
600 hommes).
Des combats très violents vont se dérouler jusqu’à la nuit sur les axes de
pénétration du réduit :
• à Saugues d’abord où les maquis du réduit de Venteuges (Haute-Loire)
bloquent la colonne sud ;
vers Brioude
repli des maquisards
zone des réduits
direction d'attaques allemandes
vers Plomb du Cantal
et Lioran
Fridelons
à Pinols, où 2 compagnies du maquis et le célèbre corps franc des Truands
stoppent la progression de l’adversaire ;
à Ruynes-en-Margeride où les Allemands fusillent 27 civils ;
autour de Clavières en flammes où la colonne allemande venant de SaintFlour progresse, quand elle le peut, sur deux itinéraires au milieu de plusieurs compagnies de maquisards.
Toutefois les attaques déclenchées trop tard dans la matinée ne permettent
pas l’encerclement du réduit et obligent les Allemands à se replier. Dans la
soirée du 10 juin, "Gaspard"et son état-major décident un repli général vers
la Truyère pour le 11 juin au matin. Durant ce temps, le poste de commandement est transféré à Paulhac en Margeride. Le colonel Garcie se rend dans
le réduit de la Truyère pour demander au colonel Mondange que des renforts
soient dirigés sur Clavières dans la nuit.
Le dimanche 11 juin 1944, vers 10-11 heures, l’attaque allemande reprend
avec un effectif d’environ 2 700 à 2 800 hommes avec artillerie et aviation, qui
s’élance vers le mont Mouchet sur trois axes.
Les combats sont acharnés à Saugues, Pinols et Clavières où des compagnies
contiennent la progression allemande pendant que d’autres s’échappent par la
route du sud laissée libre avec une seule idée : trouver une voie de retraite ou
périr. A la nuit, toutes les compagnies avaient pu s’échapper, et les trois colonnes allemandes n’avaient pas réussi à faire leur jonction grâce au courage et à
la résistance des maquisards.
3. Le bilan des pertes
Coté français, les documents, enquêtes et publications donnent un total de
119 à 126 maquisards tués. En majorité, ils appartenaient à la 26e compagnie
venant de la Truyère près de Clavières, à la 14e compagnie située au nord du
dispositif et aux Truands au sud. On dénombre également 60 blessés ainsi que
54 à 57 civils fusillés.
Les pertes allemandes en Margeride se situent entre 25 et 37 tués et une
soixantaine de blessés. Les sources allemandes et les enquêtes menées par E.
Martres, publiées dans son article intitulé : Le Cantal de 1939 à 1945 ; les troupes allemandes, à travers le Massif Central, confirment la modestie des pertes
4. Le combat de la Truyère
Le réduit de la Truyère était tenu depuis octobre 1943 par le maquis
Revanche rattaché à l’AS. Il est composé de 300 à 400 hommes environ.
Après le 20 mai 1944, 1 300 hommes répartis en 14 compagnies sont rassemblés sur le plateau entre la Truyère et le Bès. A la veille de l’attaque
allemande l’effectif, brutalement renforcé par des hommes échappés du
réduit de la Margeride dans la nuit du 11, atteint environ 3 000 hommes.
Les Allemands, informés par leurs reconnaissances aériennes et les divers
accrochages qui se déroulent autour du réduit, localisent dès le 18 mai avec
précision le nouveau rassemblement.
Le mardi 20 juin l’assaut allemand se développe à partir de 3 axes de pénétration avec un effectif de 1 700 à 2 000 hommes et pour ne pas renouveler les erreurs de la Margeride, l’attaque est déclenchée dès 8h30. Assaillis
de toutes parts, les maquisards défendent pied à pied leurs positions. Les
villages d’Anterrieux, Pradelles, Saint-Martial où "Gaspard" a son PC, sont
totalement détruits. Dans de nombreux hameaux, des maisons sont pillées
et incendiées. Devant la supériorité du feu allemand "Gaspard" donne alors,
dans l’après-midi, l’ordre d’abandonner le réduit et de décrocher à la nuit
en direction du Plomb du Cantal. Dans la nuit du 20 au 21 les maquisards
abandonnent tout le matériel, notamment les véhicules dont une partie est
détruite avant leur départ. Ils se sont bien battus et la grande majorité des
hommes a pu échapper à la mort ou à la capture en traversant la Truyère qui
heureusement était très basse et guéable en de nombreux points.
Les pertes françaises se chiffrent le soir du 20 juin à 113 combattants FFI et
à une dizaine de civils qui seront abattus dans les jours suivants. On dénombre
une trentaine de prisonniers dont le sort reste inconnu. Les pertes allemandes
sont faibles et se situent autour de 15 tués.
Après les combats du mont Mouchet, les responsables de la Résistance
constatent que les grandes concentrations d’hommes et de matériel rendent les
forces de libération plus vulnérables. En analysant cette situation, ils décident de
Refusant un affrontement massif, les forces de libération qui étaient concentrées au mont Mouchet s’éclatent en plusieurs groupes. La tactique adoptée
sera la guérilla qui permettra à ces groupuscules de se rapprocher de ClermontFerrand en l’encerclant. Il est important de créer un climat d’insécurité autour
des colonnes allemandes. Afin de parvenir à la libération de la capitale régionale,
il s’avère nécessaire qu’une certaine union règne au sein des formations de résistance. En effet, chaque mouvement veut prendre une part active à la libération
de la ville. Un manque d’organisation mettrait les mouvements de résistance
en concurrence et ne ferait qu’accroître leurs divergences politiques. Après de
nombreux pourparlers, les groupements arrivent à une fusion qui est effective le
13 juillet 1944 au barrage de l’Aigle (Cantal, limite Corrèze).
5. Unification des Mouvements de Résistance :
Les FFI sont créées (Forces Françaises Intérieures) le 1er juin 1944 par ordonnance du Comité Français de Libération Nationale. Leur commandant régional est le général de La Laurencie. Il ne prendra jamais ses fonctions car
Londres s’y opposera formellement. En effet, il faisait partie du tribunal militaire qui avait condamné le 2 août 1940 le général de Gaulle à la peine de mort. Il
sera remplacé par son adjoint Émile Coulaudon dit colonel "Gaspard". Le Chef
d’état-major est le colonel Roger Fayard, membre de l’ORA (Organisation de
Résistance de l’Armée). Le lieutenant-colonel Robert Huguet est responsable
des 1er et 3e bureaux. Une étape essentielle de l’histoire de la Résistance vient
d’être franchie. FTPF, ORA, Milices patriotiques se joignent aux MUR pour
réaliser l’unité complète de la Résistance sous le sigle FFI.
L’ordonnance du 9 juin 1944 du Gouvernement Provisoire de la République
Française (GPRF) définit les FFI de la façon suivante :
"Ensemble des unités combattantes ou de leurs services qui prennent part à
la lutte contre l’ennemi sur le territoire métropolitain, dont l’organisation est reconnue par le gouvernement et qui servent sous les ordres des chefs reconnus
par lui comme responsables. Ces forces armées font partie intégrante de l’armée
française et bénéficient de tous les droits et avantages reconnus aux militaires par
les lois en vigueur."
Les autorités allemandes et le gouvernement de Vichy les considèrent en
outre comme des rebelles, passibles de la peine capitale.
Entre le mois de juin et le 25 août 1944, les résistants multiplient les attentats et les sabotages. En effet, on dénombre 121 actions "terroristes" dans la
région clermontoise. Les sabotages d’installations ferroviaires (53,60 %) et
téléphoniques (21,40 %) sont également en nombre important, la Résistance
cherche à empêcher les liaisons ennemies.
De leur côté, les Allemands procèdent à de nombreuses perquisitions et
opérations punitives. Les maquisards effectuent des missions afin d’évacuer
les prisons et hôpitaux où sont enfermés de nombreux prisonniers politiques.
On compte 7 opérations d’évasion entre le mois de juin et le 25 août 1944 qui
ont permis à 118 détenus d’échapper aux polices allemande et française. Le
13 août, une opération FTP de grande envergure a lieu à la prison de Riom où
70 résistants parviennent à libérer 114 détenus politiques.
Dans l’organisation du commandement lors de la création de l’état-major
FFI, la région Auvergne a été divisée en 29 zones, Clermont en est la 17e.
Chacune possède un chef civil et un chef militaire. Depuis le débarquement
de Provence du 15 août 1944, l’état-major régional FFI et le commissaire de la
République d’Auvergne Henry Ingrand se sont installés à La Tour d’Auvergne
et au Mont-Dore. Les forces FFI se rapprochent de Clermont-Ferrand. Les
premiers indices de la retraite allemande se précisent.
VI. La libération de Clermont-Ferrand
A La Tour d’Auvergne, les responsables FFI réfléchissent à la manière de
procéder afin de libérer la capitale régionale totalement encerclée. Ils envisagent la mise en place des nouvelles autorités dont le commissaire de la
République et le préfet et souhaitent empêcher les vengeances personnelles.
Des contacts sont établis avec les Milices patriotiques de la ville placées sous
la direction du lieutenant-colonel Tabouis (Barrère) afin que la prise du pouvoir se déroule dans le calme. Certains groupes FFI font des incursions dans
la ville. Les Milices patriotiques apposent de nombreuses affiches destinées
à informer les Clermontois, leur demandant de rester calmes, de suivre les
En effet, le jour de la libération, le nouveau pouvoir ne supporte aucun
excès quelle qu’en soit la forme. Des mesures sont mises en place par le
commandant d’armes de Clermont le lieutenant-colonel Tabouis. Elles figurent sur les affiches diffusées dans la ville dont : la fermeture des cafés, les
restaurants seront autorisés à servir les repas de 11 heures à 14 heures et de
19 heures à 21 heures. Tous les magasins seront fermés sauf ceux d’alimentation. Les ouvriers devront suivre les consignes de leurs organismes syndicaux
respectifs. Aucune exécution ne devra être faite. Un tribunal sera constitué à
cet effet afin de juger les traîtres ayant travaillé au profit de l’ennemi.
Le 25 août 1944, le couvre-feu est institué de 23 heures à 5 heures du
matin. Les laissez-passer doivent être demandés au commissariat central. Le
feu sera ouvert sur toute personne trouvée dans la rue entre ces heures et
ne s’arrêtant pas aux sommations.
Le lieutenant-colonel Tabouis obtient du préfet Brun la libération de 98
détenus politiques sur les 103 que comptent encore les prisons de l’agglomération. Les Allemands préparent méthodiquement leur départ avec des
destructions progressives.
1. La libération de la ville de Thiers
Les FFI locaux apprennent dans la nuit du 23 au 24 août que la garnison
allemande se prépare au départ. En effet, les 400 hommes du 18e bataillon de
grenadiers SS de la Panzer Division "Horst Wessel" sont encore dans la ville
attendant un ordre de départ de Vichy.
Le 25 août au matin, des combats ont éclaté entre résistants et soldats allemands au Moutier. Le pilote d’un véhicule léger allemand passant à proximité
des Français est abattu sur le champ.
Le 103e bataillon FTP met en place une colonne rapide à partir des trois
compagnies aux ordres du capitaine Bonnet soit 32 hommes du maquis du
Grand Cognet et 90 résistants des groupes sédentaires de la ville également
FTPF auxquels se sont ajoutés quelques patriotes FFI-MUR au sein du CFL
(Corps Franc de Libération). L’heure est à l’insurrection. Un groupe de combattants tente de rejoindre le centre ville où se trouvent les forces ennemies.
Il passe par le quartier de la Vidalie afin d’éviter des tirs venant de l’école SaintJoseph où sont installés une quarantaine de SS. Les camions allemands prêts à
partir sont stationnés rue des Grammonts, rue Nationale et rue Pasteur. Les
résistants s’ils veulent libérer la ville doivent neutraliser les centres névralgiques de l’occupant dont la mairie et l’école Saint-Joseph utilisée comme dépôt
Assez rapidement, les officiers allemands demandent une trêve afin d’évacuer leurs nombreux blessés vers Vichy. Le président de la commission spéciale de Thiers, le lieutenant-colonel Brasset nommé en remplacement d’Antonin Chastel, sert d’intermédiaire entre les SS et les commandants Pigeon
(FTPF) et Victoire (FFI-MUR) ainsi qu’avec le Capitaine Bonnet. Les Allemands
demandent quatre heures pour se retirer. Les résistants refusent, acceptant
seulement de cesser les combats en ville, afin de protéger les civils. Un drame survient ensuite, 3 hommes, Claude Goutequillet, Charles Hainchelin et
Antoine Calmard tombent sous les balles allemandes. Puis c’est au tour d’André Ossedat de trouver la mort alors qu’il sort d’un bâtiment occupé par l’armée allemande en brandissant un drapeau blanc et que le président de la commission spéciale venait de faire sonner la sirène du cessez-le-feu. Les soldats
allemands retranchés à l’école Saint-Joseph se sont rendus entre temps. Les
combats pour la libération de la ville font une dernière victime le 26 août 1944
alors que l’évacuation commence : Pierre Bernardi, âgé de 18 ans.
Le 26 août au soir, Thiers est définitivement libérée.
2. La libération de la capitale de l’Auvergne
Dès le 25 août 1944, les troupes allemandes se concentrent à la Fontaine
du Berger, à Royat et à Aubière. Avant de quitter la capitale auvergnate, les
occupants vont se livrer à certaines destructions notamment sur le terrain
d’aviation d’Aulnat.
Le 25 août vers 19 heures 30, des soldats allemands font sauter la poudrière de Crouël. Deux jours plus tard, le 27 août, vers 8 heures 45, la place des
Bughes est détruite ainsi qu’une partie des installations du poste de relais.
Toujours le 27 août 1944, de nombreuses explosions provoquées par les oc54
cupants détruisent la majeure partie des ateliers de l’arsenal des Gravanches.
A 11 heures 30, les troupes d’occupation quittent Clermont-Ferrand en direction de Riom. Les Milices patriotiques prennent la Préfecture d’assaut,
l’état de siège est proclamé. Le soir même, des membres des FFI pénètrent
dans la ville et mettent en place le nouveau préfet Pierre Sauvanet et le lieutenant-colonel Huguet "Prince" sera nommé secrétaire général pour la police.
Simultanément, de nombreuses arrestations ont lieu : le préfet de Région,
le préfet délégué du Puy-de-Dôme, Honoré Guérin, le secrétaire général de
la Préfecture, le commissaire central de Clermont, le directeur de cabinet du
préfet, le rédacteur en chef de l’Avenir du plateau central, Maurice Vallet et un
certain nombre de fonctionnaires ayant prêté leur concours aux autorités allemandes. Des groupes FFI se rendent aux sièges des organismes gouvernementaux et pro-allemands tels que la Milice, la Légion Française des Combattants
etc. et les incendient. Henry Ingrand fera dissoudre ces derniers.
Le lendemain, 28 août 1944, le commissaire régional de la République,
Henry Ingrand est solennellement installé à la Préfecture. Il fait un discours
empreint d’émotion et d’enthousiasme d’un balcon de la Préfecture devant
15000 personnes massées boulevard Desaix, place Sugny et place de Jaude.
Pierre Sauvanet prend également la parole ainsi que les membres de l’étatmajor FFI, ils sont chaleureusement ovationnés. La manifestation se termine
par le chant de la Marseillaise repris par la foule à l’unisson et par des "Vive la
France" "Vive la République".
La garnison allemande de Riom peu nombreuse attend le passage des unités
venant de Clermont-Ferrand dans la matinée du dimanche 27 août 1944, pour
quitter la ville. A 15h30, les derniers éléments se replient en direction d’Aigueperse après avoir fait sauter un dépôt de munitions situé rue Chaptal et détruit
le central téléphonique des PTT. Il n’y aura pas de combats, ni de mesures
prises par les Allemands contre la population de Riom. Dans l’après-midi du
même jour, vers 16 heures, les FFI pénètrent dans la ville sous les acclamations
de la foule. Ils procèdent à une soixantaine d’arrestations dont le sous-préfet,
le lieutenant de gendarmerie et le sous-directeur de la maison centrale.
A partir du 27 août 1944, la joie règne parmi les habitants de ClermontFerrand. Ils pavoisent leurs habitations aux couleurs françaises et alliées. Ils
espèrent que la guerre se terminera rapidement et que le changement de
régime s’effectuera dans l’ordre. Un relatif sentiment de sécurité règne sur la
capitale de l’Auvergne.
La Libération de Clermont-Ferrand s’est déroulée dans le calme, sans bataille, sans victime, ni destruction matérielle importante. La poursuite de la
libération s’effectue au rythme du repli des colonnes allemandes pressées par
les troupes FFI. Le 31 août 1944, les FFI d’Auvergne ont achevé, seuls, la libération de la région R6.
Entrée des FFI à Clermont-Ferrand et défilé, place de Jaude,
le dimanche 27 août 1944, en fin d’après-midi. AMRID (Droits réservés)
La foule en liesse devant l’opéra municipal. AMRID (Droits réservés)
La Seconde Guerre Mondiale a bouleversé le paysage politique. A la
Libération du département du Puy-de-Dôme, l’attribution des postes clés sera
liée à l’attitude de chacun durant les années noires de l’occupation. Un vaste
mouvement général d’épuration va secouer également le département mais il
sera rapidement maîtrisé par les autorités.
Les résistants vont être au centre de la vie politique dans la période qui va
suivre la Libération. Le rôle le plus important est dévolu aux commissaires
de la République qui sont chargés d’administrer une région entière. La
victoire du 8 mai 1945 n’a pas suscité dans le Puy-de-Dôme, les mêmes
manifestations d’explosion de joie que celles exprimées lors de la libération du
département. Dans l’après-midi du 8 mai 1945, à 15 heures, au moment où
retentissent partout les sirènes et les cloches des églises, la population descend
dans les rues, sur les places publiques, devant les mairies, pour écouter
l’annonce officielle de la capitulation allemande faite à la radio par le général de
Gaulle et diffusée par des haut-parleurs.
Cependant, l’euphorie de la victoire va faire place peu à peu à l’inquiétude
et à la déception face au problème du ravitaillement. Les magasins ne sont pas
approvisionnés, tout manque. C’est ce que découvrent les prisonniers à leur
retour, en 1945. Malgré la joie de recouvrer la liberté, les retrouvailles sont
difficiles dans un pays si éloigné des rêves faits pendant leur détention : il leur
faut réapprendre à vivre. Tous les prisonniers n’ont pas subi la même captivité.
1 800 000 soldats français ont été capturés dans la débâcle de mai-juin 1940.
1 600 000 ont été emmenés en Allemagne. Ils sont encore près de 1 000 000
à rentrer en 1945 après cinq ans passés en terre ennemie. Cependant, les
prisonniers, comme les travailleurs requis dans le cadre du STO, savent que
la privation de liberté, l’humiliation, la promiscuité, la faim qu’ils ont connues,
sont sans commune mesure avec les souffrances endurées par les personnes
Le 27 janvier 1945, les troupes soviétiques entrent dans le camp
d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, mais ce n’est que le 25 avril 1945
que les Anglo-Américains et les Soviétiques libèrent les autres camps de
concentration. Sur 220 000 Français déportés, 38 000 sont rentrés ; 2 à 3000
ont succombé dans les deux mois qui ont suivi leur retour. Les survivants de
l’univers concentrationnaire n’ont pas la force physique de prendre la parole,
ils doivent d’abord se reconstruire physiquement et moralement. L’indicible
les condamne aussi au silence, comment faire comprendre la violence absolue
vécue dans les camps. De plus, les récriminations matérielles et catégorielles
l’emportent souvent sur le sort des déportés. Les autorités et le nouveau
pouvoir en place vont devoir faire face à un mécontentement grandissant.
L’heure est à la réorganisation, à la reconstruction et aux transformations dans
tous les domaines. La Libération ouvre une période transitoire qui s’achèvera
à la fin de l’année 1946 avec la naissance de la IVe République.
AUDOUIN Michelle
Clermont-Ferrand sous l’occupation, éd. Ouest-France, 1985.
COINTET Michèle et Jean-Paul
Dictionnaire Historique de la France sous l’occupation, éd. Tallandier, 2000.
GIBOT Françoise
De la Libération à la Quatrième République, Evolution politique du Puy-de-Dôme :
août 1944-décembre 1946, Mémoire de Maîtrise, M. J. J. Becker, 1983.
LA BARRE DE NANTEUIL (général Hugues de)
Historique des unités combattantes de la Résistance (1940-1944), Puy-de-Dôme,
Vincennes, 1985, 139 p.
LÉVY Gilles et CORDET Francis
A nous Auvergne, Presses de la Cité, 1974.
MARTIN Daniel, La déportation dans le Puy-de-Dôme, Revue d’Auvergne, Tome
VI, n°3, 1972, pp. 282-293.
MARTRES Eugène
Le Cantal de 1939 à 1945, Les troupes allemandes à travers le Massif Central,
Cahiers d’Histoire, Occupants, Collaborateurs et Résistants,1940-1944, Tome
XXII, IV, 1977, pp. 406-420.
L’Auvergne dans la tourmente 1935-1945, éd. de Borée, 1998.
Sociologie de la Résistance du Puy-de-Dôme 1940-1944, Professeur A. Gueslin,
Les chemins de la Victoire, Auvergne 1945, numéro spécial La Montagne, horssérie, 2005.
RISPAL Manuel, SANTONI Paul
La prison du 92 à Clermont-Ferrand pendant l’occupation allemande (novembre
1942-août 1944), 14 février 2003.
SWEETS John F.
Clermont-Ferrand à l’heure allemande, éd. Plon, 1996.
Télégramme adressé au Préfet de la Région Auvergne annonçant l’arrivée des
troupes allemandes à Clermont-Ferrand.
Archives Départementales du Puy-de-Dôme 901 W 570
Courrier daté du 28 octobre 1941, de Mgr Piguet adressé au maire de ClermontFerrand relatif au film Monsieur Brotonneau.
Archives Départementales du Puy-de-Dôme 901 W 116.
L’avenir du Plateau Central du 28 octobre 1941.
Lettre de l’adjoint au maire de Bourg-Lastic adressée au Préfet de la Région
Auvergne concernant les événements du 15 juillet 1944.
Archives départementales du Puy-de-Dôme 901 W 175.
Statistiques relatives aux déportés du Puy-de-Dôme :
Tableau n°2 : motifs d’arrestation des déportés (hommes et femmes).
Tableau n°3 : année et mois de départ en Allemagne.
Archives Départementales du Puy-de-Dôme série M.
Tableau n°5 : répartition des déportés par camps de déportation.
Liste des villes décorées
Aulnat, Bourg-Lastic, Billom, Clermont-Ferrand, Gerzat,
Saint-Floret et Volvic
2 Régiments : 92e RI et 28e RT
Liste des Justes du Puy-de-Dôme
Abbé Marius Imberdis, Amélie Imberdis et Jean Imberdis à
Gabrielle Rémy à Clermont-Ferrand.
Marie-Louise Matinier, Michel Matinier et Mme Trébose-Matinier à
André Jourdan à Aigueperse et Yvonne Patras de Campaigno-Beghin
Emma Chantelauze et Joseph Chantelauze à Clermont-Ferrand.
Marius Péraudeau à Ambert.
Marthe Schmidt à Saint-Anthème.
Maurice Berger à Riom, Marie-Lafarge et mère Marie-Angélique
Murat à Clermont-Ferrand, Marthe Guillaume à La Tour d’Auvergne,
Marie Pelin à Vertolaye, Jeanne Vernusse et Mme Vernusse à
Ernest Blaise à Saint-Nectaire, Alice Chevalier (sœur MarieAngélique) au Vernet-la-Varenne.
Denis Jourdan et Henri Jourdan à Clermont-Ferrand, Marie Pillière
et Marius Pillière à Vertolaye, Eugénie Rolhion à Vertolaye.
Gaston Créon et Marie Créon à Chamalières.
Claude Deschamps et Maria Deschamps à Effiat.
Marcel Genestier à Pontgibaud, Georges Mazeau et Marie-Louise
Mazeau à La Bourboule. Monseigneur Gabriel Piguet à ClermontFerrand.
Lucienne Defaisse à Clermont-Ferrand, François Quinsat à Gelles,
Germaine Retrut à Clermont-Ferrand.
Françoise Vigne et Paul Vigne à Youx.
Georgette et Pierre Zwiller à Paris.
Institution Saint-Pierre de Courpière à titre posthume pour le père
• Les membres de la Commission mémoire du conseil départemental de
l’Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre (ONAC)
• Le comité de lecture composé des membres de la commission mémoire.
• Les Archives Départementales du Puy-de-Dôme.
• Micheline Vaillant, Présidente du Musée de la Résistance, de l’Internement
et de la déportation de Clermont-Communauté.
• Les animatrices du Musée de la Résistance, de l’Internement et de la
déportation de Clermont-Communauté : Christine Perraud et Isabelle
• Monsieur Manuel Rispal.
• Monsieur Daniel Massacrier, photographe de la ville de Clermont-Ferrand.
• Monsieur Stéphane Le Borgne, responsable du département de la mémoire
combattante de la direction générale de l’Office National des Anciens
Anne-Marie Coffi, déléguée à la mémoire combattante au service départemental
de l’ONAC du Puy-de-Dôme.
Photos figurant sur la couverture :
La Libération de Clermont-Ferrand, D. R.
Photo du mont Mouchet : Manuel Rispal
Achevé d’imprimer au CRDP d’Auvergne - décembre 2008
4. La libération de la France (1944-1945)
portfolio fr - SEBASTIEN MALOBERTI
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