Source: http://santepublique-editions.fr/andre-claude-lacoste-president-de-l-asn-c.html
Timestamp: 2018-01-19 09:02:48+00:00
Document Index: 39840192

Matched Legal Cases: ['arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ']

andre claude lacoste president de l'asn
Annie Lobé écrit à André-Claude Lacoste,
Président de l’Autorité de sûreté nucléaire
Cliquez ici pour un
affichage correct du site
22 octobre 2014 :
Tous les incidents officiellement répertoriés dans les nucléaires françaises par l’ASN
3 janvier 2012 :
Rapport de l’Autorité de sûreté nucléaire
Lettre ouverte à Monsieur André-Claude Lacoste
6, place du Colonel Bourgoin
Objet : Prolongation de Fessenheim jusqu’en 2016
Vétusté du parc nucléaire français et accident majeur
Situation des piscines de combustible irradié à la centrale de Fukushima
J’ai bien reçu la réponse du 29 mai 2012, signée par Sophie Mourlon, votre directrice-générale adjointe, à ma lettre du 29 février 2012, et je vous en remercie.
J’ai pris bonne note de la phrase suivante qui constitue son troisième paragraphe : « L’ASN considère que, malgré les précautions prises, un accident ne peut jamais être exclu » . Elle confirme votre déclaration publiée le 29 juin 2012 en p. 6 du quotidien Le Monde :
« Fukushima a confirmé ce que j’ai toujours dit :
un accident ne peut jamais être exclu.
Personne ne peut garantir qu’il n’y aura jamais
d’accident nucléaire en France. »
En d’autres termes, le rôle de l’ASN qui est d’assurer « au nom de l’État le contrôle de la sûreté des installations nucléaires » (V/Lettre du 29 mai 2012, p. 2) n’est selon vous qu’une obligation de moyens et non de résultats.
Mais tous les Français, tous les parlementaires, tous les ministres et le président de la République le savent-ils ? Sont-ils pleinement conscients de ce que cela implique ?
Je retiens donc qu’en réponse à ma question, vous reconnaissez votre incapacité à garantir la France contre un accident nucléaire.
Dans les livres d’histoire contemporaine française, on constate que les périodes de paix durable et de prospérité ont toujours coïncidé avec la capacité des dirigeants à créer des institutions capables d’organiser le réel et à les doter des pouvoirs nécessaires à leur action (cela est particulièrement vrai en France pour la période postérieure à la Deuxième Guerre mondiale).
Notre époque constitue une nouvelle charnière qui appelle l’action de personnalités charismatiques et visionnaires, capables de restructurer les grands équilibres.
J’espère que dans le temps qu’il vous reste avant la fin de votre mandat, vous serez de ceux-là.
Vous trouverez ci-joint copie des deux lettres que je viens d’adresser au président François Hollande, qui avait bien voulu me faire part dès le 2 mai 2012 de sa vision de la politique énergétique de la France (voir la photocopie ci-jointe de sa lettre de quatre pages).
Je vous prie de bien vouloir examiner ces lettres avec attention afin de pouvoir y donner la suite que vous jugerez utile.
J’attire tout particulièrement votre attention sur les révélations faites le 2 mai 2012 par le réseau Sortir du nucléaire à propos de la fragilité à la rupture de la robinetterie du circuit primaire de 31 réacteurs.
Je constate que ce type d’accident dû au vieillissement, qui n’était pas pris en compte spécifiquement dans vos évaluations complémentaires de sûreté, ne serait pas non plus résolu par les importantes mesures que vous avez imposées aux exploitants nucléaires dans votre rapport rendu public le 28 juin 2012.
Que comptez vous faire de ces révélations, puisque « L’ASN est dotée de moyens et de pouvoirs de sanction, prévus par la loi, gradués selon la gravité des écarts qu’elle peut être amenée à constater. L’ASN peut sanctionner l’exploitant si celui-ci ne respecte pas la réglementation en vigueur » ? (V/Lettre du 29 mai 2012, p. 2)
La quantité de bore disponible en permanence sur chaque site nucléaire permet-elle de pouvoir rapidement en déverser manuellement assez dans les cœurs et dans les piscines (avec un système de poulies) pour réduire suffisamment les réactions nucléaires, de façon à empêcher tout début de fusion, quitte à sacrifier les réacteurs et à les condamner définitivement ?
Yannick Rousselet, chargé des questions nucléaires pour Greenpeace, m’a affirmé récemment que « rien n’aurait pu être fait » pour éviter la catastrophe à Fukushima, compte tenu de la situation : routes impraticables, lignes d’alimentation électrique irréparables, groupes électrogènes arrachés.
Mais si un tel déversement massif de bore avait été opéré dès que les travailleurs présents ont constaté le « black-out », la catastrophe aurait peut-être été évitée.
Est-il vrai qu’aujourd’hui, les experts du nucléaire ne savent toujours pas ce qu’il aurait fallu faire pour éviter la catastrophe ? Cela signifie-t-il que si une situation similaire devait se reproduire dans une centrale nucléaire implantée n’importe où dans le monde, les conséquences en seraient identiques ?
Concernant la situation actuelle à Fukushima, ne pensez-vous pas que la première action à entreprendre devrait être d’évacuer sans délai la totalité des barres de combustibles usagés « équivalant à 20 cœurs de réacteurs » , selon Olivier Isnard, responsable du Centre Technique de Crise de l’IRSN, qui sont encore stockées dans les piscines du site, et auxquelles plus personne ne pourrait accéder en cas d’effondrement de la piscine du réacteur n° 4 située à 30 mètres de hauteur ?
Compte tenu de l’incompréhensible négligence de l’AIEA à ce sujet, serait-il possible que vous preniez contact avec vos homologues des pays nucléarisés pour organiser d’urgence le dispatching et l’évacuation de ces barres dans les différents pays nucléarisés susceptibles de les « héberger » ?
Ce serait, me semble-t-il, la parade la plus rapide à mettre en œuvre, à titre préventif. Car tôt ou tard la piscine du réacteur n° 4 s’effondrera : dans un mois, dans six mois ou dans un an, et chacun alors se mordra les doigts de n’avoir pas anticipé la catastrophe.
Il me semble également primordial que l’AIEA soit désormais dirigée par un non-japonais (par exemple en modifiant ses statuts pour qu’un pays ayant connu un accident nucléaire majeur ne soit plus habilité à la diriger) et que ses règles de fonctionnement soient modifiées d’urgence afin de rendre possible la mise en place coercitive d’une task-force habilitée à intervenir dans un pays récalcitrant dès lors qu’il mettrait en danger des pays tiers, comme c’est le cas actuellement.
Aurez-vous le courage de dire au président François Hollande que le moment est venu pour la France d’arrêter la majorité de ses réacteurs, et non pas seulement celui de Fessenheim, au lieu d’y consacrer 10 milliards d’euros sans garantie aucune de sûreté, et d’investir ces moyens dans les énergies renouvelables pour conquérir une réelle et durable indépendance énergétique ?
Aurez-vous le courage de suggérer au président François Hollande de créer une structure totalement indépendante des lobbies nucléaires pour piloter et mettre en œuvre la politique énergétique de demain, et dont la direction devrait être exclusivement confiée aux spécialistes français des énergies renouvelables tels que Marc Vergnet, fondateur de la société Vergnet, spécialiste de l’éolien ?
Je ne veux même pas remettre pas en cause les choix faits depuis 1945 : les décideurs ont utilisé les informations dont ils disposaient pour faire les choix qui leur paraissaient les plus pertinents. Ils ont sincèrement cru en cette science et n’en on accepté les dommages collatéraux que parce qu’il ne pouvaient en prévoir l’ampleur.
Toutefois, force est de constater que nous sommes aujourd’hui arrivés au bout de leur logique, au fond de cette impasse nucléaire dans laquelle ils se sont et nous ont engagés. Et que leurs erreurs involontaires sont en train de devenir nos fautes intentionnelles, lesquelles ne sont pas excusables.
Pour vous, le nucléaire, qu’est-ce que c’est ?
Pour moi, le nucléaire, c’est :
La mort par leucémie d’enfants nés à proximité des centrales (au moins un quart des 99 cas constatés depuis 1992 sont décédés)
L’incitation à tous les gaspillages mortifères (« changer les atomes en jeux vidéo », comme le claironnait la publicité d’EDF au début de ce mois)
Le lessivage et l’essorage de ceux qui travaillent comme des forçats dans nos centrales (j’ai interviewé récemment Philippe Billard, travailleur et syndicaliste du nucléaire : il préconise lui aussi l’arrêt des réacteurs)
Le risque croissant exponentiellement, en raison du vieillissement du parc, de destruction absolue sur notre propre sol par un accident majeur qui n’aurait pas de fin et provoquerait la ruine de notre pays
La mort des mineurs d’uranium qui travaillent et vivent comme des galériens (voir le chapitre IV : « Areva au Niger : une triple catastrophe », p. 157-187 du livre AREVA en Afrique, une face cachée du nucléaire français , de Raphaël Granvaud, éditions Agone, 2012).
L’insoluble casse-tête des déchets nucléaires dont il devient évident que personne, jamais, ne saura le résoudre.
Le nucléaire a le pouvoir de changer notre planète Terre en enfer.
Peu d’hommes sont, comme vous, en mesure de l’en empêcher. Le ferez-vous ?
L’anagramme de
« CENTRALE NUCLEAIRE »
« LE CANCER ET LA RUINE »
(trouvaille du réseau Sortir du nucléaire)
J’ai appris que les radioastronomes français que vous avez consultés vous ont assurés que le risque de black-out électrique consécutif à une éruption solaire était nul. Pourriez-vous prendre la précaution de vérifier leurs dires auprès des radioastronomes américains, russes et britanniques ?
Dans l’attente votre réponse, je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Annie Lobé,
PJ : Lettre du 2 mai 2012 de M. François Hollande
Mes lettres au président Hollande des 13 et 20 septembre 2012
Lettres adressées aux 577 députés et 348 sénateurs
Photographies de Paul Fusco
Communiqué de presse du 2 mai 2012 du réseau Sortir du Nucléaire et
Dernières nouvelles de Fessenheim , avril 2009.
Télécharger la réponse de l’ASN du 29 mai à la lettre d’Annie Lobé du 29 février 2012
Lettre recommandée AR n° 6, place du Colonel Bourgoin
Objet : Garantir la France contre un accident nucléaire dû au vieillissement des centrales
J’ai reçu hier la réponse datée du 6 février dernier, signée par Jean-Luc Lachaume, votre directeur-général adjoint, à ma lettre du 23 janvier 2012, ainsi que le rapport ASN 2010 et votre rapport de décembre 2011 qui y étaient joints.
Votre réponse appelle de ma part les observations et questions suivantes.
Lorsqu’il autorisa le développement de l’aviation civile aux Etats-Unis, le président Kennedy y mit une condition : « Je veux zéro mort ». Si aujourd’hui, l’avion est le plus sûr des modes de transports au regard du ratio entre le nombre de voyageurs transportés et le nombre de morts provoquées, c’est donc à lui que nous le devons. A contrario dans les pays de l’Est, qui n’ont pas pris en compte une telle exigence, des avions « tombent » régulièrement sans que nous n’en entendions jamais parler, sauf lorsqu’ils avaient à leur bord des personnalités politiques de premier plan.
Lequel de ces deux choix inspire votre conception de votre rôle et de votre mission ? Avez-vous pour ambition de garantir la France contre un accident nucléaire ?
Vous avez bien voulu attirer mon attention sur des résultats précis d’inspections réalisées in situ par l’ASN en 2011 ou sur les conséquences projetées par EDF de la perte de l’alimentation électrique, ainsi que sur certains passages de votre rapport de 2010.
Le détail des défaillances constatées et la faible durée d’autonomie théorique des installations de secours (batteries : 2 heures ; groupes électrogènes : 3,5 jours) ont de quoi faire dresser les cheveux sur la tête du plus convaincu des nucléocrates.
Corrosion, fuites, éclairage défaillant rendant les interventions plus difficiles, demandes d’intervention non traitées, absence de pièces de rechange du fait de leur obsolescence, surveillance de la sous-traitance en cascade inexistante ou pas assez approfondie, conditions de travail dégradées… votre rapport met en lumière le fait que nos centrales nucléaires sont loin d’être « bichonées » à hauteur de la gravité des conséquences encourues en cas d’accident.
Votre fonctionnement actuel consiste à contrôler des rapports écrits rédigés par l’exploitant EDF et à faire effectuer des visites périodiques par vos inspecteurs. Est-ce approprié ? Ne vaudrait-il pas mieux, grâce à une présence permanente de vos inspecteurs sur les sites électronucléaires, exercer une surveillance étroite pour s’assurer chaque jour du bon déroulement des actions de maintenance au fur et à mesure de leur déroulement et réaliser un reporting correct ?
Permettez-moi de vous raconter une anecdote qui concerne Henri Proglio, ex-pdg de Veolia et actuel pdg d’EDF.
Dans la ville où je réside, j’avais remarqué un avaloir (communément appelé « bouche d’égout ») en voie de comblement du fait de l’accumulation de poussières et autres matières. Fin 2011, je constate la présence, autour d’un camion de Veolia, de plusieurs ouvriers occupés à la vidange des égouts, à quelques mètres de cet avaloir. Je leur signale le problème. Ils me répondent que les avaloirs ne relèvent pas de leur responsabilité, qu’ils ne s’occupent que de la partie souterraine des égouts. Je leur demande s’ils peuvent au moins « faire remonter l’information » à la personne en charge. Ils me répondent que le contrat de Veolia ne comprend pas l’entretien des avaloirs. Fin de non recevoir.
Quelques jours plus tard, je revois cette équipe, cette fois accompagnée d’un « chef » auquel je formule la même demande. Il m’oppose la même fin de non recevoir, rétorquant que les avaloirs sont à la charge du Conseil Général, car il s’agit d’une route départementale.
Lorsque je vous aurai dit que cet avaloir nauséabond est situé à l’endroit précis où un commerçant du marché entrepose ses poulets à rôtir et que le placier de ce marché m’a confié y avoir vu des vers grands comme le doigt, vous comprendrez pourquoi cette anecdote m’a particulièrement marquée.
Dans le nucléaire, les conséquences d’une culture d’entreprise telle que celle impulsée chez Veolia par M. Proglio auraient autrement plus d’impact que l’ingestion d’une nourriture malsaine par quelques amateurs de poulet dominical…
Vous pointez dans votre lettre les risques liés au recours à la sous-traitance. Pourquoi n’exigez-vous pas d’EDF qu’elle emploie directement toutes les personnes affectées à l’entretien de ses centrales plutôt que de recourir à des salariés de sociétés prestataires travaillant comme des forçats modernes, comme l’ont révélé le réalisateur Alain de Halleux dans son film RAS, nucléaire rien à signaler et la sociologue du travail Annie Thébaud-Mony dans son livre Travailler peut nuire gravement à votre santé (La Découverte, 2007) ?
Il est tout de même surprenant qu’une entreprise semi-publique qui réalise un chiffre d’affaires annuel de 70 milliards d’euros ne soit pas en mesure d’embaucher les personnes qui assurent la pérennité de ses installations et de leur assurer des conditions de travail décentes !
Vous indiquez dans votre lettre ne pas être « en charge de la politique énergétique nationale ». Pourtant, lors de la publication le 13 février dernier du rapport Energies 2050 , qui préconise de prolonger le fonctionnement des réacteurs au-delà de 40 ans, le ministre de l’Industrie Eric Besson a bel et bien précisé que cette option serait soumise à votre accord.
En matière d’énergie, la faisabilité technique est un élément déterminant du choix politique. Et c’est vers vous, et vous seul, que se tournent les responsables politiques pour être éclairés dans ce domaine. Votre responsabilité est donc bien réelle.
Si nous prenons le cas de la centrale de Fessenheim, mise en service en 1978, il y a 34 ans, vos collaborateurs m’ont confirmé en juillet 2011 les dires du réseau Sortir du nucléaire, selon lesquels elle n’est pas rentable, c’est-à-dire que le coût pour EDF de son fonctionnement et de sa maintenance est supérieur à ce que lui rapporte la vente de l’électricité produite (voir ci-joint un extrait des Dernières nouvelles de Fessenheim, avril 2009 ).
Ces mêmes collaborateurs m’affirmaient pourtant que ce n’était pas votre problème, mais celui de l’exploitant, EDF. Je m’inscris en faux contre cette appréciation restrictive de votre cadre d’intervention. C’est bel et bien à vous qu’il revient de prendre en compte le fait qu’une vieille centrale coûte plus qu’elle ne rapporte, car si la France poursuit sa trajectoire nucléaire, le jour viendra où toutes les centrales seront vieilles, donc non rentables.
Par conséquent, il est économiquement absurde de s’entêter dans la voie du nucléaire. Et cela, c’est à vous de le dire aux politiques, puisqu’ils ne daignent pas écouter les associations antinucléaires. Vous devez faire ce que personne d’autre ne fera à votre place, même si cela vous semble excéder les limites fixées à votre mission.
Revenons maintenant à la question principale : devez-vous autoriser les réacteurs nucléaires à fonctionner au-delà des 25 années initialement prévues et non 30 années comme tout le monde le croit ?
Votre rapport 2010 (p. 334), mentionne la perte d’étanchéité des enceintes des bâtiments réacteurs due aux « effets combinés des déformations du béton et de la perte de précontrainte de certains câbles ».
Concrètement, cela signifie que le fonctionnement normal des centrales génère une pollution atmosphérique radioactive, même en dehors de tout accident. Et ceux qui savent que ces fuites sont colmatées avec de la résine tiennent un élément d’explication à l’augmentation du taux de leucémies infantiles autour des centrales.
Vous ajoutez : « Bien que ces phénomènes aient été pris en compte à la conception, ils ont parfois été sous-estimés. » Pourquoi ne voulez-vous pas admettre que, les bâtiments réacteurs faisant partie des structures impossibles à remplacer, il s’agit au contraire d’un critère sur lequel se sont basés les concepteurs des réacteurs de 900 MWe pour délimiter la durée de vie des centrales à 25 ans ? Pourquoi ne révélez-vous pas clairement que pour les réacteurs les plus récents (1300 et 1450 MWe), cette durée de vie maximale devrait être encore réduite car la perte d’étanchéité des bâtiments réacteurs est plus rapide ?
La catastrophe nucléaire de Fukushima avait pour origine un événement naturel aléatoire. Le vieillissement des centrales, quant à lui, est à la fois certain, prévisible et inéluctable.
Ni l’actuel gouvernement ni les candidats à l’élection présidentielle n’ont encore intégré cette contrainte absolue, qu’ils prônent la continuation du nucléaire ou son arrêt à plus ou moins longue échéance.
Seul Didier Migaud, Premier président de la Cour des Comptes, semble l’avoir comprise, lui qui a souligné dans la conférence de presse qu’il a donné le 31 janvier dernier que « d’ici la fin de l’année 2022, 22 réacteurs sur 58 auront atteint leur quarantième année de fonctionnement ».
Mais son propos n’a pas été repris par la presse (ce qui ne m’étonne pas outre mesure car seuls des journalistes détenteurs d’une carte de presse, donc salariés d’un média dépendant des subsides publicitaires d’EDF, ont été autorisés à suivre sa conférence de presse ; pour ma part, j’ai dû me contenter de télécharger son topo sur le site Internet de la Cour des Comptes).
Plus grave : certains journalistes déforment son propos, comme Patrick Bonazza, Mélanie Delattre et Marc Vignaud, qui affirment qu’il « invite » à prolonger les centrales au-delà de 40 ans ( Le Point , 23 février 2012, p. 42), alors qu’il exhorte les responsables politiques à prendre rapidement des décisions, mais sans se prendre position sur le fond.
D’autres induisent leurs lecteurs en erreur au sujet de l’âge des centrales, comme Pierre le Hir, qui écrit : « Sur les 58 [réacteurs] du parc actuel, 24 atteindront, d’ici à 2050, la limite des quarante ans ». ( Le Monde , mardi 14 février 2012, p. 9). La réalité, c’est qu’en 2050, nos centrales françaises auront entre 48 et… 72 ans. Les journalistes du Point citent également les USA, où l’on parle de « conserver des réacteurs jusqu’à soixante ans », mais oublient de préciser qu’Outre-Atlantique, le temps de la construction, qui est d’environ dix ans, est inclus dans cette durée.
Je crois qu’il est de votre responsabilité de communiquer clairement et sans ambiguïté aucune, tant avec les responsables politiques qu’avec la presse, sur le vieillissement des centrales, car il s’agit d’un facteur majeur de risque d’accident nucléaire et de pollution radioactive atmosphérique en dehors de toute situation accidentelle. Facteur majeur car inéluctable, prévisible, non contestable.
C’est en tout cas, sur le territoire français, le facteur de risque dont la probabilité d’occurrence est la plus grande, et il ne pourra aller qu’en s’aggravant.
Par ailleurs, je ne suis pas la seule à m’interroger sur ce qu’il adviendrait des centrales nucléaires en cas de black-out total de plusieurs mois provoqué par une tempête solaire de forte intensité.
Vous trouverez ci-joint un article en anglais posant les données du problème, rédigé par Steve Tracton le 16 mars 2011 juste après la catastrophe de Fukushima, ainsi qu’un article publié le 17 février 2009 par Corinne Bensimon sur liberation . fr citant une publication de la NASA, qui a reconstitué en 2003 le phénomène de grande ampleur survenu le 1er septembre 1859.
Ces documents m’ont été transmis par une correspondante qui, comme moi, souhaite alerter les autorités sur ces questions rendues brûlantes par la similarité de l’activité solaire actuelle avec celle de 1859, dans un contexte où aujourd’hui, tous les réseaux électriques européens sont interconnectés et absolument pas préparés ni protégés contre ce type de tempêtes solaires (voir l’article Avis de tempête joint à mon précédent courrier).
J’ai pris bonne note qu’en cas d’indisponibilité de la ligne principale d’alimentation des centrales nucléaires par le réseau électrique, un système d’alimentation autonome peut être activé, soit via le transformateur de soutirage, soit via le transformateur auxiliaire, soit via un turbo-alternateur qui fonctionne avec la vapeur produite par le réacteur lui-même (Rapport ASN 2010, p. 40-41).
Mais ce dernier système, le seul subsistant en cas de black-out , permet uniquement d’alimenter les tableaux de commande et de contrôle et non l’ensemble du système de refroidissement du réacteur et des piscines de stockage du combustible usé. Est-ce exact ?
Il ne vous a sans doute pas échappé qu’une tempête solaire de faible intensité a eu lieu le lundi 23 janvier dernier, au moment même où je vous écrivais ma précédente lettre (voir, ci-joint, les articles publiés le mercredi 25 janvier dans Le Parisien (p. 12) et Direct Matin (p. 13).
Si j’analyse l’ensemble des éléments actuellement en ma possession, j’arrive à la conclusion qu’en cas de tempête solaire de forte intensité, en moins d’une semaine l’ensemble des 143 réacteurs en fonctionnement au niveau européen serait dans une situation similaire à ceux de Fukushima. Mon analyse est-elle correcte ?
PS : Pouvez-vous me donner des nouvelles de l’état de santé des quatre fondeurs blessés, dont un grièvement, le 12 septembre 2011 à Centraco / Marcoule ?
PJ : - Dernières nouvelles de Fessenheim , Avril 2009, p. 2-3.
- Article de Corinne Bensimon publié sur le site de Libération le 17 février 2009.
- Article de Steve Tracton Are nuclear reactors vulerable to solar storms ?
- Le Parisien , 25 janvier 2012, p. 12 et Direct Matin , 25 janvier 2012, p. 13.
Télécharger la réponse de l’ASN à la lettre d’Annie Lobé du 23 janvier 2012
Lettre recommandée AR n°
Objet : Sortir la France du nucléaire avant la prochaine catastrophe
La lettre adressée le 5 juillet 2011 à votre Directeur général, Monsieur Jean-Christophe Niel, est restée sans réponse. Je m’adresse donc directement à vous.
Tout d’abord, pour vous faire part de mon étonnement à la lecture de votre rapport de 500 pages rendu public le 3 janvier dernier : pas une seule ligne n’évoque le vieillissement des installations électronucléaires et le risque causé par l’usure des pièces impossibles à remplacer.
Vous savez pourtant que ceux qui ont construit ces centrales avaient prévu pour leur fonctionnement une durée de vingt-cinq ans et non pas de trente ans, comme cela est dit partout. Je l’ai appris par celui qui a mis en place le système de maintenance à Fessenheim, et cela m’a été confirmé par plusieurs sources bien informées.
Dès lors, de quel droit pouvez-vous décréter la possibilité d’une prolongation bien au-delà des délais initialement prévus par les concepteurs des centrales eux-mêmes ? Sur quels éléments vous basez-vous pour vous affranchir de leurs préconisations ? Eux qui avaient à la fois la connaissance des matériaux utilisés et des défauts de fabrication, les avez-vous retrouvés pour les consulter au sujet de chaque réacteur, avant que leur mémoire soit définitivement perdue ?
Jeudi dernier, j’ai rencontré par hasard des collégien-ne-s de la ville de Fessenheim, venus assister à un spectacle à Paris. L’une m’a dit : « Cela fait 14 ans que j’habite à Fessenheim, il n’y a jamais eu aucun problème. Mon oncle y travaille. »
Sa candeur était poignante. Cette adolescente ignore bien entendu qu’en cas d’accident nucléaire, elle sera forcée d’avorter si elle est enceinte, pour ne pas donner naissance à un être humain monstrueux, comme ceux photographiés par Paul Fusco, car la radioactivité modifie l’ADN. Elle ne sait pas non plus que son oncle sera contraint de devenir un liquidateur et d’absorber d’importantes doses de radioactivité. Elle n’a aucune idée de la vie d’errance qui sera la sienne, en tant que réfugiée ayant tout perdu, puisque la maison de ses parents n’aura plus aucune valeur.
Elle ignore tout cela et ne voit pas plus loin que le bout de son nez. Ce qui peut se comprendre, à son âge. Mais vous, vous savez tout cela.
Partout en France, des proches riverains de centrales, comme elle, sont les plus farouches défenseurs du nucléaire, alors qu’ils sont les plus menacés. Ce paradoxe est le résultat de la manipulation exercée depuis 60 ans par EDF et par le lobby dont vous êtes, malgré votre « indépendance », l’actuelle figure de proue.
Néanmoins, depuis Fukushima, on sent la peur dans vos rangs. L’inconcevable s’est produit. Et chacun sait qu’en cas d’accident nucléaire majeur en France, vous serez tenu pour responsable. Alors vous avez ouvert le parapluie.
Vous préconisez d’équiper chacun des 58 réacteurs français d’un générateur diesel « d’ultime secours » (coût unitaire : 50 millions d’euros) et d’un circuit d’alimentation en eau de secours, ainsi que de doter chaque site nucléaire d’un bâtiment bunkerisé servant de centre de gestion de crise en cas d’accident.
Dans l’attente de ces travaux pharaoniques, vous autorisez nos centrales nucléaires à continuer de fonctionner, telles des Titanics dotés de canots de sauvetage en nombre insuffisant pour tous les passagers.
C’est un risque inacceptable, selon les critères de l’acceptabilité des risques qui se mesurent en nombre de personnes affectées en cas de réalisation du risque.
Ceux qui ont lancé le programme électronucléaire dans les années 1970 comptaient sur la génération suivante pour régler les problèmes dont ils n’avaient pas la solution comme celui du traitement des déchets. Une génération plus tard, force est de constater que nous n’avons pas réussi ce challenge. C’est donc à nous qu’il revient de prendre la décision d’arrêter, plutôt que de transmettre à la génération suivante ce fardeau dont nous avons hérité. Piégée dans les mirages du monde virtuel, la génération qui vient ne sait entrer en relation avec le monde qu’à travers des écrans (téléphones portables, SMS, ordinateurs, Facebook, jeux vidéo, télévision…). Elle n’est pas aux prises avec la réalité et sera tout aussi incapable de réussir là où nous avons échoué.
Ayons l’humilité de le reconnaître et d’en tirer les conclusions qui s’imposent.
Les Japonais ont diminué en 6 mois leur consommation électrique de 28 %. Or, ils sont deux fois plus nombreux que nous (126 millions), et leur tissu industriel est plus fourni que le nôtre. 90 % de leurs centrales nucléaires sont d’ores et déjà fermées, et elles seront toutes à l’arrêt à compter d’avril prochain.
Pourquoi ne pas envoyer au Japon une mission d’étude pour bénéficier de ce formidable « retour d’expérience » sur la réduction de la consommation, de façon à réduire la production électrique nucléaire française de 25 % en un an ?
Autre piste : la remise en service des centrales électriques au fioul qu’EDF a mises à l’arrêt. Ce fioul lourd sort à jet continu des raffineries du groupe pétrolier Total, situées sur le sol français, qui n’arrive plus à trouver preneur. Avec de nouveaux filtres antipollution et des systèmes de désulfurisation performants, ces centrales électriques au fioul permettraient de fermer rapidement autant de réacteurs nucléaires. Il faut donc organiser d’urgence la reprise de la raffinerie Petroplus, qui produit sur le sol français ce combustible bon marché, sous-produit du raffinage.
Il est grand temps de susciter l’union nationale des X-Mines autour de la réorientation des choix énergétiques de la France pour élaborer un calendrier opérationnel de remplacement des centrales nucléaires, région par région.
Vous avez l’autorité morale nécessaire pour le faire, et il vous est possible de réunir à nouveau les acteurs qui étaient présents la semaine dernière à la Maison de la Chimie, au colloque organisé par le député Gonnot, mais cette fois en leur tenant un discours de vérité.
Vous ne pouvez pas vous contenter de vous défausser sur EDF en lui imposant des investissements importants, et lui laisser la responsabilité de décider si le jeu en vaut la chandelle, car elle pourra toujours les financer sur le dos des consommateurs, qui sont captifs.
En 2025, 34 réacteurs auront plus de 40 ans (9 centrales) et 20 réacteurs auront plus de 30 ans (8 centrales). Seuls 4 réacteurs auront moins de 30 ans (2 centrales).
Compte tenu de l’usure des pièces impossibles à remplacer, même si François Hollande ou François Bayrou, qui ont un programme quasiment identique de réduction de 25 % la part du nucléaire dans la production électrique d’ici 2025, sont élus, ce sera l’assurance d’une catastrophe nucléaire en France !
Et vous savez que les EPR qu’il faudra construire si la France se maintient dans le nucléaire fonctionnent au MOX, qui contient du plutonium, ce qui augmentera la criticité des accidents à venir.
Vous savez aussi que les centrales les plus récentes (Civaux, Cattenom) ont d’ores et déjà autant d’incidents annuels que les plus vieilles (Fessenheim, Tricastin). Pourquoi ? Parce qu’elles sont plus « grosses » (1 350 MW contre 900 MW) et que les ingénieurs n’y arrivent pas. D’ailleurs, chez EDF, on ne les « aime » pas.
Depuis Fukushima, vous savez également que la France est dans le peloton de tête des candidats à l’accident grave. Parce qu’elle a le même système de gestion du nucléaire que le Japon, avec le recours massif à la sous-traitance et la minimalisation des coûts de maintenance.
Le réalisateur Alain de Halleux a révélé dans une interview les confidences de sous-traitants qu’il n’a pas fait figurer dans son film RAS nucléaire, rien à signaler : un vendredi à 16 heures, une équipe reçoit la consigne de faire 90 soudures. C’est impossible, bien sûr, mais le donneur d’ordre d’EDF balaie les objections. L’un des sous-traitants a une idée. Faire UNE soudure et la photographier 90 fois. Ce qui fut fait. Voilà comment sont entretenues nos centrales. Belle culture de la sûreté, en vérité !
Ne croyez-vous pas que ceux qui travaillent dans les centrales préfèreraient se reconvertir dans le démantèlement plutôt qu’être contraints de devenir des liquidateurs en cas d’accident, comme au Japon où 17 000 d’entre eux sont intervenus à Fukushima Daiichi ?
Une autre raison de préparer énergiquement l’arrêt de l’ensemble des centrales françaises dès aujourd’hui, c’est qu’une vision à 30 ans ne suffit pas. Cette erreur a été commise par la génération qui nous a précédé et nous en subissons les conséquences aujourd’hui. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une vision à 100 ans.
Nos ancêtres nous ont montré l’exemple pour la gestion de l’eau à la fin du 19ème siècle : c’est grâce à la vision à très long terme de ceux qui ont conçu, il y a 130 ans, le système d’adduction d’eau de la région parisienne, que le Franciliens ont encore, aujourd’hui, de l’eau potable au robinet. Adoptons la même vision de très long terme pour régler nos problèmes en matière d’énergie.
Pierre Messmer, le Premier ministre qui engagea la France dans le tout nucléaire en mars 1974, est désormais bien à l’abri dans sa tombe. Nous avons encore le choix de refuser son héritage, pour ne surtout pas avoir à le transmettre, nous-mêmes, à nos enfants.
Le recours aux énergies renouvelables est la seule option durable. Et la France dispose du deuxième gisement éolien et solaire d’Europe.
De plus, j’attire votre attention sur le fait que les pays qui n’investissent pas, dès aujourd’hui, dans les énergies renouvelables (Recherche & développement, fabrication) seront un jour définitivement dépendants de ceux qui ont compris la nécessité économique d’un tel virage, comme l’Allemagne.
Je me permets également d’attirer votre attention sur le fait que les bouleversements climatiques en cours n’affectent plus désormais uniquement des pays pauvres ou des zones faiblement peuplées, comme ce fut le cas durant plusieurs décennies.
En 2011, les dégâts provoqués par les catastrophes naturelles sont devenus le premier motif de remboursement des compagnies d’assurance au niveau mondial. Cela signifie non seulement que les événements climatiques majeurs ont été plus nombreux, mais également qu’ils ont affecté des régions « riches » (ouragan à New York, inondations au centre de Bangkok). En France, à la suite de vents violents, jusqu’à 40.000 personnes ont été privées d’électricité dans les tout premiers jours de 2012.
Du reste, un accident nucléaire que vous avez classé au niveau 1 s’est produit le 12 septembre 2011 à Marcoule, dans le Gard : l’explosion du four de fusion pour métaux faiblement radioactifs, qui a provoqué la mort d’un ouvrier et blessé quatre autres, dont un jeune homme de 28 ans, brûlé à 80 % et transféré à l’hôpital militaire Percy de Clamart, qui dispose d’un service spécialisé pour les blessés contaminés par la radioactivité. Les circonstances de cet accident, révélées par le Canard enchaîné le 26 octobre 2011, sont détaillées dans la lettre que j’adresse ce jour à François Hollande, ci-jointe.
Pourquoi cet accident s’est-il produit ? Parce que, sur les 180 salariés de CENTRACO, qui appartient à SOCODEI, filiale d’EDF, il ne s’en est pas trouvé un seul pour faire respecter les consignes du fabricant allemand du four !
Nul ne peut donc se gargariser avec la « sûreté » du nucléaire français.
Ce qui m’a choquée, c’est d’entendre un cadre d’EDF rencontré la semaine dernière sur le perron de la Maison de la Chimie, parler « d’accident industriel », alors qu’il s’agit bien d’un accident nucléaire puisque vous l’avez classé au niveau 1 et que le fondeur blessé a vraisemblablement été contaminé, d’où sa prise en charge à Percy. Quand arrêterons-nous de nous voiler la face ?
Votre rapport est centré sur le risque de perte totale d’alimentation électrique et des circuits de refroidissement d’une centrale ou plusieurs. Avez-vous envisagé aussi les conséquences possibles d’une panne d’électricité généralisée à la France entière ?
Je dois porter à votre connaissance l’éventualité de cette occurrence qui, selon Mike Hapgood, astrophysicien et ancien président du Groupe d’études sur la météorologie spatiale, pourrait être causée par une tempête solaire de même ampleur que celle qui s’est produite en 1859. Selon lui, « les coupures de courant seraient générales, surtout dans les pays situés à une latitude moyenne, comme la Pologne, l’Allemagne et la France » (voir l’article ci-joint « Avis de tempête », publié en juillet-août 2011 dans la Sélection Readers’ digest, p. 67-73).
En 1859, les dommages se sont limités à des câbles fondus et à des feux déclenchés dans les réseaux télégraphiques. Aujourd’hui, la désorganisation que provoquerait une tempête solaire de cette ampleur pourrait avoir pour conséquence la fusion de tous les cœurs de réacteurs européens !
En effet, l’Europe est particulièrement exposée, avec ses « 305 000 km de lignes de transmission aériennes à haute tension, qui fournissent de l’électricité à 525 millions d’utilisateurs dans 34 pays [ via ] un réseau électrique très dense de systèmes interconnectés, qui s’étend du Portugal au Danemark et à la Grèce [et] fonctionne comme un réseau unique. » (op. cit., p. 71)
Or, d’après les spécialistes, lorsqu’en 1859 « une super-tempête solaire a frappé la Terre, les phases des deux cycles solaires étaient très similaires à ce qu’elles seront dans les prochaines années. »
Un rapport du Dr William Radasky estimait « qu’une répétition du scénario de 1859 se traduirait par la fusion de 300 transformateurs aux Etats-Unis et plongerait l’Amérique du Nord dans un black-out total durant de longs mois ».
Aussi je me permets de vous suggérer de prendre rapidement contact avec ces deux spécialistes pour examiner les conséquences possibles sur les installations nucléaires et les protections à mettre en œuvre sans délai au niveau européen.
A la centrale de Fukushima, les réacteurs 5 et 6 ne sont pas entrés en fusion parce qu’ils étaient en « arrêt à froid » et la situation a pu être contrôlée.
La conclusion est que l’arrêt d’urgence est une situation à haut risque, et qu’il faudrait peut-être revoir les procédures. Je m’interroge par exemple sur l’idée d’une extraction immédiate des barres de combustibles du cœur de réacteur, qui seraient placées dans une « piscine améliorée », parfaitement étanche, dans laquelle la chaleur produite par les réactions de fission alimenterait automatiquement un circuit de refroidissement et un système favorisant le ralentissement des réactions.
Encore une fois, le coût de ces investissements est tel, qu’il faut avoir le courage et l’honnêteté de reconnaître que la poursuite de la production nucléaire est l’option la plus onéreuse qui soit. Il faut en informer clairement la population, sans attendre, pour qu’elle accepte de réduire volontairement sa consommation. Les professionnels du bâtiment (architectes, artisans…) devraient aussi faire l’objet d’une campagne d’information spécifique à organiser sans tarder…
Beaucoup de gens me disent : « Je voudrais bien sortir du nucléaire, mais comment fait-on ? »
La première réponse, c’est arrêter de mentir sur les coûts. A cet égard, j’espère que la Cour des Comptes, qui n’a pas manqué de vous consulter, sera claire dans le rapport qu’elle rendra public le 31 janvier prochain.
La démission anticipée de Monsieur Jean-Cyril Spinetta du Conseil de surveillance d’Areva, où il avait été reconduit pour un second mandat au printemps dernier (La Tribune, lundi 12 décembre 2011, p. 11) a un goût de rat qui quitte le navire, si vous me permettez l’expression. Il s’est repositionné dans un autre secteur d’activité.
Mais ni vous ni les 300 salariés de l’ASN ne pourront en faire autant si vous aidez la France à décider d’arrêt de la production électrique nucléaire. Vous êtes donc dans la même situation que les médecins des sanatoriums après l’invention des antibiotiques en 1945. Ils ont accepté que leurs patients tuberculeux guérissent, ce qui les a obligés à se reconvertir. Vous devrez aussi faire ce sacrifice, car il est évident que l’ASN devra poursuivre sa mission avec des effectifs réduits en cas de sortie du nucléaire. Etes-vous prêts à le faire, dans l’intérêt de la France ?
Dans l’attente votre réponse, je vous prie de recevoir, Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
PS : Je vous adresse ci-joint des extraits de mon enquête menée depuis l’accident nucléaire de Fukushima et vous invite à prendre connaissance de l’intégralité, en ligne à l’adresse suivante : www.santepublique-editions.fr
Vous avez maintes fois affirmé que vous êtes « opposé à la sortie du nucléaire » et promettez, si vous êtes élu en mai prochain, de seulement réduire la part du nucléaire dans la production électrique française de 75 à 50 % à l’horizon 2025.
PJ : - Article : Avis de tempête, Sélection du Readers’ digest, juillet-août 2011
- Palmarès en 2025 des 29 très grandes villes à risque nucléaire, actuel et en 2025
- Lettre que j’adresse ce jour à Monsieur François Hollande, candidat PS à l’élection présidentielle
- Article : Risque nucléaire : Et la France ?
- Article : Centrale inondée à Fort Calhoun : Daddy’s capitalism is over
- Article : Réagir en situation d’urgence
et copie de la lettre aux Maires du 7 septembre 2011.
“Les installations nucléaires françaises ne peuvent continuer à fonctionner que moyennant de l’investissement massif en personnel et en moyens. Si les exploitants jugent que la poursuite de l’exploitation n’en vaut pas la peine, ils arrêtent leurs installations”, a déclaré sur BFM-TV André-Claude Lacoste, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire, pour résumer le rapport de 500 pages qu’il a présenté à la presse le mardi 3 janvier 2012.
Pas une ligne de ce rapport n’évoque les risques liés au vieillissement des centrales et à l’usure de pièces impossibles à remplacer.
Quels investissements sont requis ? L’ajout d’un générateur diesel d’ultime secours sur chaque réacteur, dès 2012, pour un coût unitaire de 50 millions d’euros, la construction sur chaque site d’un bâtiment “bunkerisé” pour servir de centre de gestion de crise en cas d’accident, la création d’un circuit d’alimentation en eau de secours...
À la centrale de Fessenheim mise en service il a 34 ans, en 1977, l’ASN avait recommandé en juillet 2011 l’augmentation de l’épaisseur du radier, c’est-à-dire du plancher sous le cœur de réacteur, qui n’est que de 1,50 mètres selon Philippe Jamet, l’un des signataires du rapport, alors qu’il faudrait pas moins de 20 mètres de béton pour arrêter un cœur de réacteur en fusion. Nous souhaitons bonne chance aux architectes, calculateurs-projeteurs, ingénieurs et maçons qui réaliseront cette prouesse technique encore jamais vue...
Le coût de ces investissements est-il chiffrable ? Pour l’instant, l’estimation est large : entre 10 et 15 milliards d’euros. Soit entre 161 et 241 euros par personne vivant sur le territoire français (de 644 à 964 euros pour une famille de 4 personnes), soit un tiers du coût de l’incendie du Crédit Lyonnais en 1996.
EDF a indiqué qu’elle réalisera ces investissements. Mais sans préciser dans quel délai. Ce qui signifie que jusqu’à nouvel ordre, le nucléaire français n’est pas du tout sûr.
Il ne nous reste plus qu’à croiser les doigts pour qu’aucune centrale nucléaire française ne perte son alimentation électrique et/ou sa source de refroidissement avant que les travaux ne soient réalisés.
La France va donc rester dans le peloton de tête des candidats à la catastrophe nucléaire, qui pourrait être engendrée par une tempête ou une sécheresse, l’usure des matériaux, une défaillance humaine ou mécanique, un défaut de maintenance dû à la combinaison de la réduction des coûts et du recours à la sous-traitance depuis 20 ans.
Comment EDF compte-t-elle financer ces investissements ? Mystère. C’est donc le moment d’acheter une action EDF et la faire inscrire au “nominatif pur”, pour être sûr de pouvoir assister à l’Assemblée générale qui se déroulera en mai 2012, afin de savoir si ces sommes seront facturées aux clients, prélevées sur les contribuables ou déduites des bénéfices des actionnaires...
Nucléaire : Fukushima, et après ?
Vieillissement des centrales, risque nucléaire ville par ville, conséquences d’un black-out électrique : ces documents inédits intéresseront les spécialistes.
Envoyer à un ami Retour à l’accueil Nos publications Plan du site Espace lecteurs
© Copyright SantéPublique éditions 2006 - 2018 Titre et textes déposés
Reproduction même partielle interdite