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Timestamp: 2018-04-20 12:26:08+00:00
Document Index: 312541472

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xiberoa17 - 1661-07: Brosser.Costere [L.20]
Catégorie : Licharre	Publication : dimanche 2 novembre 2014
Nous, Jacques de Brosser, conseiller du roi, lieutenant de robe longue, juge civil et criminel au pays de Soule et Arnaud d'Abadie Costere aussi conseiller du roi et procureur au pays, voyant les grands mouvements et désordres qui sont dans le pays dont les habitants du tiers état sont en armes, en nombre de quatre ou cinq mille hommes et marchent de paroisse en paroisse, tambour battant, font des prisonniers et rasent des maisons, avons cru obligés de donner à sa majesté une connaissance particulière de ces désordres et mouvements et du sujet qui les a causés, afin qu'il lui plaise d'y remédier par sa puissance et justice souveraine.
Il est ainsi qu'en conséquence de l'édit du mois de mars 1639 fait par le feu roi d'heureuse mémoire, pour l'aliénation des domaines des provinces de Guyenne et de Languedoc. Le domaine de ce pays de Soule ayant été exposé en vente l'adjudication en avait été faite à mr de Troisvilles, la nouvelle de cette vente ayant été portée dans ce pays, les trois ordres d'icelui délibérèrent par acte du 3 juillet 1641 de demander à sa majesté qu'il lui plût leur permettre de se racheter en pure perte au profit de sa majesté, suivant la clause de l'édit qui admettait les peuples à semblables rachats et qui leur permettait de faire les emprunts ou cotisations nécessaires pour y parvenir. Les trois ordres choisirent sept ou huit députés auxquels ils donnèrent le pouvoir requis pour emprunter les sommes necessaires pour le rachat et il fut convenu que les 3/4 parties des emprunts et frais qu'il conviendrait faire pour le rachat seraient payées par le tiers état et la 4ème partie par le clergé et la noblesse. En conséquence de cet acte, les députés empruntèrent la somme de 60 000 livres d'un coté et 20 000 d'autre sous le cautionnement de mrs les barons de Monens et de Mesples qui, après avoir payé les intérêts durant plusieurs années, auraient enfin été contraints d'en payer les parties principales.
Mr le comte Toulonjon ayant été pourvu par sa majesté du gouvernement du pays de Soule et l'ayant trouvé embarrassé dans cette dette générale, dont aucun des quartiers du pays prétendait n'être pas tenu d'en payer leur part, par prétexte de ce qu'ils disaient avoir révoqué les actes de délibération pour la poursuite du rachat, mr le comte de Toulonjon aurait porté tant les créanciers que les habitants du tiers état à nommer trois arbitres chacun de sa part pour sortir de cette affaire.
Les parties ayant passé compromis et nommé leurs arbitres, sentence aurait été rendue, par laquelle les habitants du tiers état auraient été condamnés de payer aux créanciers les 3/4 parties de la dette avec les intérêts légitimes. Quelque temps après les créanciers ayant voulu poursuivre leur paiement par execution contre quelques particuliers, on aurait sonné le beffroi et couru sus aux sergents exécuteurs, et un degan ou deputé d'un des sept quartiers du pays s'étant rendu appelant de cette sentence arbitrale au parlement de Bordeaux dont le pays de Soule relève, les sieurs de Monens et de Mesples créanciers auraient obtenu arrêt contradictoire à ce parlement le 8 avril 1659, par lequel les habitants du tiers état auraient été condamnés de leur payer les 3/4 de la somme de 92 000 livres ou environ avec les intérêts légitimes et les dépens, la taxe réservée, sans préjudice de la 1/4 part incombant au clergé et à la noblesse. Et le sieur comte Tholonjon est exorté par cet arrêt de prêter la main forte requise pour son exécution.
En vertu de cet arrêt les sieurs de Monens et de Mesples continuant leurs exécutions et les habitants du tiers état de ce pays y formant toujours des rebellions, les sieurs de Monens et de Mesples auraient porté leurs plaintes de ces rebellions tant à mgnr le Duc Despernon, gouverneur de la province de Guyenne qu'à sa majesté même, si bien que le seigneur Despernon aurait ordonné, après avoir ouy les syndic general du tiers état assisté de ces septs degans ou syndics particuliers, que l'arrêt serait exécuté suivant sa forme et teneur et qu'à ses fins, la main forte requise y serait prêtée et sa majesté aurait aussi fait expédier ses ordres, adressant au sieur comte de Tholonjon gouverneur pour prêter la main forte requise pour la pleine exécution de l'arrêt.
En suite de ce, le sieur comte de Tholonjon ayant convoqué diverses assemblées du pays et y ayant fait faire lecture des ordonnances du seigneur Despernon et des ordres de sa majesté, il aurait été supplié par les habitants du pays de liquider avec les sieurs de Moneins et de Mesples les principales et les dépens par eux prétendues et de leur procurer d'eux quelques conditions favorables pour le paiement de ce à quoi la somme serait réduite. Tellement que le comte de Tholonjon ayant assemblé tant nous, officiers du roi, que les députés du clergé et de la noblesse et les plus intelligents et bien affectionnés au bien public, la prétention des sieurs de Moneins et de Mesples aurait été réduite, de leur consentement à la somme de 123.000 livres outre quelques cessions. Et aurait été convenu que chaque paroisse serait reçue à payer la part en trois années tiers par tiers.
Le regallement des 3/4 de la somme de 123.000 livres ayant été fait sur le tiers état et le 1/4 sur le clergé et la noblesse, aucune des paroisses aurait en effet payé leurs portions aux sieurs de Moneins et de Mesples, d'autres auraient passé des contrats d'obligation en leur faveur, et d'autres auraient approuvé le regalement et cotisation, en sorte que comme un chacun se disposait de sortir de l'affaire qui a fort embarrassé et fatigué les habitants du pays depuis vingt ans. Mr Bernard de Goyhenexe, prêtre curé de Moncayolle au pays de Soule, fils d'une maison roturière du lieu aurait fait courrir le bruit dans le pays qu'il ne fallait pas faire ce paiement, qu'il en garantirait le pays et qu'il avait un arrêt de la cour des Aides qui défendait de faire les paiements.
Pour y mieux réussir il aurait fait disperser plusieurs copies de l'arrêt par le pays, en ayant par ce moyen une partie du public à soi, aurait pris l'occasion de s'approcher d'une assemblée du tiers état du pays convoquée le 1er mai dernier au lieu ordinaire dit Silviet, en laquelle nous officiers du roi assistions et en ayant été proposé par quelqu'un du peuple qu'il fallait sçavoir ce qu'était l'arrêt de la cour des aides, et que Goyheneche était en un bois assis près de là, il s'est résolu que le syndic general du tiers état irait parler à lui avec trois ou quatre mais Goyheneche ayant attiré à lui les degans et presque tout le peuple de l'assemblée, il leur aurait persuadé qu'ils devaient rompre toutes les résolutions bien concertées touchant cette dette, leur aurait promis de leur donner des moyens de l'exempter, de n'en rien payer et il voulut les obliger à destituer sur le champ le syndic, lequel ayant voulu répondre quelque chose, Goyheneche poussa son cheval vers lui et lui lacha quelques coups d'un baton dans lequel il porte ordinairement une espee, cria sur lui herria herria qui est le cri de nation pour exciter le peuple à sédition, en sorte que le syndic évita par la fuite et par le secours de quelques amis particuliers d'être noyé ou massacré comme il en fut menacé.
Le Goyheneche fit un pareil traitement à Jean d'Etchart, avocat en la cour et dit au peuple qu'il fallait chasser et exterminer tous ceux du pays qui portaient des chapeaux, de quoi nous officiers du roi ayant été avertis, nous nous transportâmes en diligence au lieu où était Goyheneche que nous trouvâmes haranguant au peuple auquel ayant voulu représenter le tort qu'il avait d'avoir ainsi quitté ce lieu de l'assemblée et qu'il ne devait pas croire le gèrement des discours de Goyheneche, nous aurions trouvé les esprits de ce peuple tellement préoccupés de sédition et de méfiance pour nos conseils qu'ils ne voulurent pas nous écouter, ainsi Goyheneche les fit retirer et se retira lui même avec eux.
Le 3 mai Goyheneche assembla chez lui les degans avec cent hommes environ, leur fit signifier l'arrêt de la cour des Aides, en laquelle il leur fit donner assignation et leur donna ordre de lever trois ou quatre cents livres pour envoyer faire donner d'autres arrêts à la cour des Aides. Le 5 du mois, Goyheneche assembla derechef les degans et environ cent hommes en la ville de Mauleon et leur donna ordre de se trouver chez lui le 11 du mois pour s'en aller ensemble à Bordeaux. Et par ce que le degan ou député du quartier de Domezain qui s'était obligé par contrat particulier de payer sa portion aux sieurs de Moneins et de Mesples ne se trouva pas chez lui avec les autres degans, il fut avec eux le 12 du mois de juin au lieu de Domezain où il fit sonner le beffroi et ayant assemblé le peuple au son d'icelui, les intimida si fort d'être punis et pignorés s'ils ne se tenaient avec eux, qu'ils les contraignirent à venir avec eux et de renvoyer leur contrat.
Quelques jours après, étant de retour, il publia partout qu'il ne faisait rien que par ordre expres de sa majesté. Les sieurs de Moneins et de Mesples ayant envoyé un sergent le 10 juin pour faire des commandements aux habitants de Moncayolle de payer leur portion, et le sieur de Nogues, commandant au chateau royal de Mauleon, y étant aussi pour bailler main forte à l'execution de l'arrêt, Goyheneche sortit sur le sergent et sur de Nogues avec un fusil à la main qu'il pointa sur eux et un sien neveu armé d'une fourche de fer en fit de même et ayant en même temps fait sonner le beffroi sur eux, ils les contraignirent de quitter certains bestiaux qu'ils avaient pris et de se retirer.
Le 13 du mois Goyheneche feignant d'avoir eu avis qu'on voulait le prendre prisonnier fit sonner le beffroi au lieu de Moncayolle pour reconnaitre s'il serait secouru en cas de besoin et si ses ordres seraient bien exécutés. En effet comme il avait baillé l'ordre à ce peuple que dès qu'on verrait des sergents pour faire des saisies sur eux ou qu'on en voudrait sonner le beffroi, ils le sonnassent de paroisse en paroisse et qu'on courut à celle où il commencerait. le beffroi fut d'abord sonné en cinq ou six paroisses voisines dont les habitants coururent en armes vers le lieu de Moncayolle et la maison de Goyheneche qui se servit de l'occasion pour les raffermir dans la rebellion et dans ses defenses.
Le lendemain 14 juin, il fit convoquer par les degans du pays une assemblée génerale du tiers état, à peine de 25 livres pour qui ne s'y trouverait. Il alla à cette assemblée escorté de cinq cents fusilliers et en revint de même et la tint à cheval parmi ce peuple dans un bois du roi appelé Tibarrené qui est fort proche et à la vue du chateau royal de Mauleon et du siège de la justice. Il dit au peuple qu'il fallait se méfier entièrement de ceux qui portent chapeau dans le pays et que si les curés des lieux ne tenaient avec eux en cette affaire, il fallait qu'ils leur déviassent les premisses et les offrandes . Et que s'ils le faisaient, il leur porterait des patentes du roi qui les exempteraient de cela, il détacha de cette assemblée deux cents hommes armés de fusils ou autres armes offensives pour signifier à nous, officiers du roi, les arrêts de la cour des Aides, passant pour cet effet aussi armés dans la ville de Mauleon et lieu de Lixarre qui sont les sièges de la justice royale.
Nous officiers du roi voyant toutes ces menées et entreprises de Goyheneche n'auraient pas manqué d'en informer et d'envoyer copie d'une partie des informations au parlement de Bordeaux pour donner plus de crainte à ces séditieux par les décrets que nous espérions que cette compagnie souveraine descernerait contre eux comme elle fit, mais cela ne servit que pour augmenter leur insolence et comme nous avons été contraints par la force des armes et d'une sédition publique de leur remettre en main les originaux des informations comme il sera dit ci-dessous, nous n'avons pas osé entreprendre d'en faire d'autre de crainte d'être découverts et ensuite saccages et et brutes dans nos maisons et de voir nos personnes exposées à la merci et à la fureur de ce peuple mutiné comme nous en avons été menacés, en sorte que lorsqu'on informera de tous ces désordres, il y ait des troupes sur les lieux pour retenir ce peuple et y faire valoir l'autorité du roi.
Mr l'évêque d'Oloron diocezain de ce pays de Soule étant venu le 18 du mois de juin vers la ville de Mauleon pour y faire ses fonctions épiscopales, Goyheneche lui sortit en chemin escorté de quelques fusilliers, l'évêque lui ayant reproché son mauvais comportement, Goyheneche lui écrivit le lendemain une lettre par son neveu aussi prêtre par laquelle le sieur evêque lui ayant mandé de se trouver en sa maison le lendemain, Goyheneche lui sortit seulement en la chapelle de Lixarre, escorté de cinq fusilliers et se retira en cet équipage après leur entretien.
Le 25 du mois eut lieu une assemblée génerale du peuple armé en un autre endroit appelé la borde d'Arquebisquey et après avoir confirmé ses troupes dans ses desseins et leur avoir fait résoudre de faire unir toutes les paroisses à eux par des pignorations qu'il ferait à ceux qui refuseraient de le faire et en allant loger chez eux, y mangeant et buvant à discretion, il reprit le chemin de Moncayolle. Et parce que la meilleure partie des habitants de ce lieu qui sont ses brebis n'avaient pas voulu suivre d'abbort les sentiments à la voie de ce pasteur, il fit loger ses troupes chez eux par billets et étiquettes donnant à l'un cent hommes, à l'autre quatre vingt et à l'autre soixante. Et par prétexte de ce qu'il disait que quelques uns de la paroisse ont pris la main à la prise de quelques boeufs que les sieurs de Moneins et de Mesples avaient fait faire, il donna ordre à ses troupes de ne pas déloger de ses ennemis jusqu'à ce que les boeufs fussent rendus et fit d'ailleurs piller la maison d'un de ceux qu'il n'aime pas.
Quelques ayant du parmi ses troupes que le sieur de Livron, prêtre commandeur de l'hopital, gentilhomme de naissance et qui après avoir été conseiller au parlement de Navarre, a rendu l'office à ses neveux et s'est retiré en sa commanderie pour y vivre en bon prêtre avait été causé que les boeufs n'avaient pas été rendus par le sieur de Mesples qui les tenaient au Bearn, Goyheneche détacha d'abord soixante des quatre vingt hommes avec ordre d'aller manger et boire ce qu'ils trouveraient chez le sieur de Livron et de le mener prisonnier après. C'est ce qu'ils firent quoique le sieur de Livron leur prouvât sur le champ qu'il était innocent de ce dessus et que au contraire, celui qui avait perdu les boeufs leur assurât que le sieur de Livron avait été expres chez le sieur de Mesples pour les y faire rendre, en sorte que l'ayant pris prisonnier le 26 du mois et lui ayant mangé ces petites provisions, ils le menèrent devant Goyheneche qui l'a fort maltraité de paroles et qui l'a fait conduire par ses troupes durant trois ou quatre jours en divers lieux pendant lequel temps ils l'ont menacé de le jeter à l'eau et de ne relacher avant d'avoir les boeufs en main. Le beffroi sonna la nuit dans toutes les églises du pays et il se fit le lendemain une assemblée de près de trois mille hommes au pont de Chéraute où Goyheneche parut monté sur son cheval, faisant conduire toujours le sieur de Livron qu'il mena avec ses troupes vers le bourg de Cheraute, où après avoir fait ses logements sur ceux qui avaient été les derniers à suivre ses sentiments et après avoir fait enfermer le sieur Livron dans l'église où il coucha cette nuit, il fit donner l'alarme à la ville de Mauleon dans laquelle le bruit courut que ces troupes renversèrent plusieurs maisons des principales et même celles des officiers du roi.
Le sieur evêque d'Oloron ayant accouru au bruit vers ces troupes et les habitants de Mauleon s'étant mis en armes pour se défendre, le sieur évêque revint au bout d'un peu vers la ville aux habitants de laquelle il dit que Goyheneche et ses troupes demandaient premièrement les originaux des informations qui avaient été faites par nous, officiers du roi, sur les entreprises ci-dessus contenues plus les décrets de prise de corps décrites dans ces informations par le parlement de Bordeaux contre Goyheneche, plus les arrêts du parlement donnés à la requête de mr le procureur géneral en icelui portant cassation de ceux de la cour des Aides, plus un acte contenant la rupture et le deppartement de la mayade de Mauleon, et qu'en fin ils voulaient faire une promenade dans la ville et qu'à moins de leur accorder ces choses, ils s'en venaient loger dans la ville contre les habitants de laquelle ils étaient de tant plus en colère qu'ils avaient appris qu'ils avaient pris les armes pour se défendre contre eux.
Les habitants de cette ville ayant tenu conseil de ce qu'ils devaient faire et considérant qu'ils ne sauraient résister à la multitude et à la furie de ces séditieux, auraient été contraints de consentir et même de moyenner que les pièces leur furent rendues et l'évêque les ayant emportées et les ayant remises en mains de Goyheneche, ils firent incontinant bruler les informations et les décrets du parlement de Bordeaux où étaient les armes et sceau du roi sur lequel ils tiraient des coups de fusil. L'evêque s'étant retiré sur ce que Goyheneche et ses troupes lui promirent qu'ils n'iraient pas à Mauleon et qu'ils ne feraient point de désordre dans le lieu de Cheraute, ils y abbatirent neanmoins la maison de mr Pierre d'Arhetz, avocat au parlement, par prétexte de ce qu'il avait poursuivi contre eux l'arrêt de condamnation et autres obtenus au parlement de Bordeaux par les sieurs de Moneins et de Mesples, coupèrent tous les arbres et pieds de vigne d'un bel hautin qui joignait la maison d'Arhetz en emportant les bleds et meubles qui lui appartenaient, et sachant qu'il était à Bordeaux à la poursuite de l'affaire, cherchèrent avec soin sa femme et ses enfants qui s'étaient réfugiés à Mauleon et enfin ils délogèrent vers le lieu de Domezain.
Goyheneche fit conduire vers le lieu le sieur de Livron qu'ils contraignirent d'écrire une lettre au sieur de Mesples pour lui prier de racheter sa liberté par la remise des boeufs de Domezain où il logea avec ses troupes. Le 29 du mois de juin, chargeant de logement ceux qui avaient le plus resisté à ses intentions et qu'il ne fallait plus plaider sur cette affaire, il manda aux habitants de la ville de St Palais où il avait quelques prisonniers du pays de Soule arrêtées faute de paiement des sommes dues au sieur de Moneins et de Mesples, que s'ils ne remettaient incontinant les prisonniers, ils allaient raser leurs prisons, et comme l'evêque d'Oloron avait donné avis aux sieurs de Moneins et de Mesples que ces troupes voulaient entrer en Navarre et Bearn et y raser leurs maisons, et ainsi les avoir priés de relacher les prisonniers et les boeufs, ils furent relachés à la prière du sieur evêque, après portant que Goyheneche et ses troupes furent entrés dans le royaume de Navarre et furent fort près de la ville de St Palais, tirant force coups de fusil et faisant beaucoup d'insolences.
Le trente du mois, Goyheneche vint avec ses troupes en nombre de trois mille hommes ou environ et les ayant menés toujours tambour battant jusqu'au bois de Tibarrenne, il les y fit camper et l'alarme fut fort chaude et confirmée dans la ville de Mauleon, que ses troupes les voulaient raser et piller et même s'emparer du chateau du roi. A l'occasion de quoi les plus considérables de la ville s'étant activés dans le chateau, tant pour le défendre que pour garantir leurs vies qui étaient en péril, le sieur evêque d'Oloron alla au devant de ce peuple avec lequel il fut obligé de capituler après deux heures d'exhortations et remontrances, qu'ils passèrent par la ville ainsi armés et rangés tambour battant et que les habitants de la ville leur baillèrent deux barriques de vin à boire, moyennant quoi ils promirent aussi de ne faire point de désordre.
Le sieur évêque qui travailla beaucoup pour apaiser ce peuple marcha toujours à leur tête pour empêcher qu'ils ne fissent point de désordre tandis qu'ils passèrent dans la ville conduits par Goyheneche et tirant un grand nombre de coups de fusil, après ils se séparèrent avec ordre de rassembler le dimanche après troisième du mois de juillet.
Ce jour étant arrivé, ce peuple se rassembla au lieu de Lixarre vers lequel, comme Goyheneche allait escorté de sept ou huit cents hommes, il fit abattre dans le lieu de Cheraute une maison particulière dans laquelle ceux de la ville de Mauleon et lieux circonvoisins qui font profession de la R P R faisant leur exercice depuis quelque temps. Etant arrivé au lieu de Lixarre, il appela les habitants de Montory et quelques d'entr'eux ayant répondu, il lui demanda s'il était de cette religion prétendue réformée, à quoi lui ayant été dit qu'oui, il lui commanda d'aller faire préparer des vivres dans ce lieu, disant qu'il voulait loger et visiter les huguenots . Et après s'être un peu entretenu avec les troupes, ils apprirent que les canons du chateau du roi fussent braqués droit à eux, c'est pourquoi ils mandèrent au sieur d'Aroue commandant les armes du chateau et pays de Soule en absence du sieur comte Tholonjon gouverneur du pays qu'il retire les canons et qu'autrement ils feraient desordre et dormiraient sur le chateau mais le sieur d'Aroue leur ayant mandé que tandis qu'ils seraient ainsi armés et attroupés, il prendrait la place et les canons en cet état. Goyheneche et ses gens portèrent leur plainte d'icela au sieur evêque qui monta aussitôt au chateau et dit au sieur d'Aroue que le peuple trouvait étrange la posture des canons et le pria de les faire retirer, mais le sieur d'Aroue ayant répondu au sieur évêque que quoique les canons ne fussent pas braqués ainsi à dessein de tirer qu'en cas d'attaque faite par le peuple dont il lui donnait sa parole néanmoins en l'état présent de se tenir en état de défendre la place, sur laquelle parole le sieur évêque se retira vers le peuple.
En suite de ce, Goyheneche demanda que nous, lieutenant et juge, eussions à tenir la cour d'ordre, et nous lui fait réponse que ce désordre que nous voyons être dans le pays depuis quelques jours ayant empêché la convoquation de l'assemblée generale, le procureur du roi au pays, le syndic géneral du tiers état n'étant pas sur les lieux, ainsi ayant été contraint de s'écarter pour ne trouver non plus que nous de sureté pour leurs personnes parmi tant de violence et de gens armés qui nous auraient menacés de nous brûler dans nos maisons, l'assemblée n'ayant pas été dûment convoquée, ne pouvait non plus être valablement tenue, mais Goyheneche ayant la force et les armes nous aurait contraints de paraître et de faire une figure d'assemblée en laquelle il faisait le président tout ainsi que le tribun du peuple et la taxe qu'on donna aux (vinros ?) fut faite non pas suivant nos sentiments que nous n'avions la liberté de donner mais comme il plût à ce peuple qui n'oublia pas de la faire favorable pour soi puis qu'il jugeait pour soi-même.
Ce fait, ce peuple conduit par Goyheneche s'en alla vers le bourg de Tardets où il logea en partie et le reste dans les paroisses voisines et il n'oublia pas de pratiquer de changer de logement ceux qui n'avaient pas été volontaires à ses intentions et le lendemain, 4ème du mois de Juillet, Goyheneche marcha avec toutes ses troupes en nombre de près de trois mille hommes, vers le lieu de Montory où il fit leurs logements et surtout chargea des gens ceux de la religion prétendue réformée et contraignit quinze ou seize chefs de famille de jurer en main du vicaire du lieu devant l'autel tenant une torche à la main de revenir en la foi catholique apostolique et romaine et leur déclara que s'ils changeaient derechef de religion, il les feraient brûler dans leur maison , ordonna que ceux qui logaient chez les nouvellement convertis allassent loger chez ceux qui avaient résisté à la conversion et fit raser une maison où se célebrait la religion reformée depuis plusieurs années.
Le lendemain il congédia ses troupes jusqu'à nouvel ordre, leur a donné le beffroi pour signal d'assemblée et de besoin de secours. Il leur a fait retirer un grand nombre de fois par serment les promesses qu'il leur a fait faire par un écrit auquel tous les chefs de famille sont intervenus de s'entraider et secourir en toutes choses de force et d'argent et d'entretenir à peine de la vie l'union qu'ils ont contracté tant entr'eux qu'avec lui. Il leur a fait promettre de restituer à la noblesse et aux curés le paiement des dîmes et des premises et que s'ils étaient contraints par la justice de les leur payer, ils ne feront point de froment sur leur terre mais feront du millet afin que les honnêtes gens ne mangeant point de millet soient contraints de quitter ce pays et pour avoir plus de créance parmi ce peuple et leur persuader qu'il ne faisait rien que par ordre de sa majesté. Il leur a fait voir des lettres de sa fabrique qu'il leur dit que le roi et la reine lui avaient adressé tellement que ce peuple est en état et en disposition de faire tous les jours de semblables désordres et il ne leur faut pas plus de trois heures pour s'assembler, pour piller et saccager les maisons des honnêtes gens tant du clergé que de la noblesse et officiers du roi, à tous lesquels géneralement ils en veulent même à leurs personnes. Si bien que pour l(...) de tous les gens de bien de ce pays fait qu'il plaise à sa majesté de res(..)er par son autorité de justice ordinaire les emportements de Goyheneche et ses adhérents et de quoi supplions très humblement, ses très humbles et très fidèles officiers au pays de Soule
de Brosser, Abadie Costere, procureur du roi en Soule
de Mauleon le 9 juillet 1661
Licharre 1661-07: Brosser.Costere [L.20]