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Timestamp: 2017-03-26 09:09:22+00:00
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Les PRISONS de LOOS à travers la Seconde GUERRE MONDIALE [sept.1939-sept.1944]
Les prisons de Loos dans la débâcle de mai-juin 1940
Les prisons de Loos sous l’occupation 1940 - 1944
Le 3 septembre 1939 la France entre en guerre et mobilise toutes ses énergies civiles et militaires. Commence alors une période de huit mois où le pays est en guerre mais sans combattre véritablement, où l’armée mobilisée reste l’arme au pied. C’est la drôle de guerre. Les prisons de Loos participent à cet effort ; l’administration pénitentiaire fait appel au civisme des détenus, impose des restrictions alimentaires. La maison centrale reçoit les détenus condamnés en correctionnelle à plus d’un an. Le 10 mai 1940 se produit l’invasion allemande à travers les Ardennes, les blindés percent à Sedan et foncent vers la Manche. La surprise pour les forces alliées c’est le choix que fait Hitler de traverser les Ardennes, zone considérée comme très difficile pour les blindés. Au bout de quelques jours, les états-majors se ressaisissent et organisent la riposte en s’appuyant sur les axes fluviaux : la Meuse, l’Escaut, la Deûle.
Du 10 mai au 22 juin 1940 commence alors la tragédie des armées alliées ; en moins de six semaines, la défaite est généralisée, l’armistice signé, les deux tiers de la France sont occupés. Comment les prisons de Loos vont vivre cette débâcle ? Elles vont se trouver pratiquement au centre du dernier bastion de résistance autour de Lille entre le 26 mai et le 31 mai 1940. L’invasion du 10 mai 1940 provoque un gigantesque exode de populations civiles du nord vers le sud. Selon l’historien, Jean-Pierre Azema, environ 10 millions de civils français, belges, hollandais fuient les combats, les bombardements, l’occupation. Ces millions d’égarés croisent les armées qui montent vers le nord ; quel embouteillage indescriptible et hétéroclite ! Les prisons, au nord de Paris, sont elles aussi évacuées vers le sud. Personnels et détenus se replient vers d’autres prisons. Les prisons de Loos vont se trouver prises au piège d’une bataille qui s’engage autour de Lille où les restes de sept divisions françaises vont livrer une bataille acharnée entre le 26 mai et le 31 mai 1940. Cette héroïque résistance va retenir d’importantes forces allemandes qui auraient été utilisées pour prendre Dunkerque et empêcher le réembarquement des forces britanniques dans l’opération Dynamo.
Harcelées, bombardées, débordées, les forces françaises se replient de l’Escaut vers la Deûle. Ainsi en est-il des 15ème et 4ème divisions du 4ème Corps d’armée qui peuvent utiliser deux axes de retraite le 26 mai : soit l’axe Orchies - Templeuve Ennevelin - Wattignies - Haubourdin, soit Bersée - Pont à Marcq - Seclin - Noyelles - Santes. Leur retraite est bloquée sur la Deûle car les ponts sautent les uns après les autres. Les unités en retraite se concentrent le long de la Deûle entre Wavrin et Lille avec Haubourdin et Loos au milieu. Les contacts avec l’ennemi le long du canal, deviennent de plus en plus violents. Les blindés allemands contrôlent l’axe La Bassée - Béthune ; à Wavrin, la 10ème batterie antichars avec 5 canons de 45 détruit 4 chars allemands et se replie sur Haubourdin. Le Général Dame installe son PC à Emmerin et indique les secteurs à défendre aux unités en repli. Les 5ème et 2ème Dina sont chargées d’Haubourdin. L’ennemi accentue sa pression, surgissant de Seclin, il apparaît aux limites de Loos - Haubourdin. Aussi le long de la Deûle se retrouvent pêle-mêle des unités désorganisées : le 106ème RI, le 4ème RI, les 5ème et 2ème Dina, le 121ème RI, le 92ème RI, le 11ème Zouave, le 8ème Zouave, le 240 RA... Ces unités, par le pont de l’abbaye, ont bien essayé de franchir la Deûle pour rejoindre Armentières, mais elles échouent et le matin du 28 mai, le Colonel Parent donne l’ordre de faire sauter les trois ponts entre Lille et Haubourdin dont celui de l’abbaye.
Les prisons se trouvent donc au centre de furieux affrontements pour le contrôle du canal de la Deûle entre le 27 et 31 mai. L’aviation, l’artillerie ennemies vont s’acharner sur la maison centrale, sur les quartiers de Loos, d’Haubourdin, faisant de nombreuses victimes et détruisant de nombreux immeubles. Les défenseurs sont encerclés et pris au piège ; à la maison centrale les destructions profitent aux détenus, certains peuvent s’échapper mais un détenu et deux gardiens sont tués. La sûreté et la sécurité ne peuvent plus êtres assurées... à la maison d’arrêt, le directeur libère les détenus dont beaucoup sont des déserteurs, certains rejoindront les défenseurs de Loos. De l’Heurtebise à la porte de Béthune, les combats sont acharnés, les civils, pour ceux qui n’ont pas évacué, sont terrés dans les caves. Beaucoup d’immeubles brûlent, l’usine Delebart-Mallet est en feu obligeant les défenseurs du 13ème RTA à se replier sur le Parc Notre Dame. Le 29 mai à 5 H 15, le Lieutenant Fournet reçoit l’ordre du Colonel Parent de faire sauter le pont de l’abbaye qui sera en partie détruit
La bataille désespérée livrée au sud de Lille s’achève par manque de munitions ; elle aura retenu six divisions allemandes dont deux divisions blindées. Le vendredi 31 mai après-midi, le Général Von Reichnau envoie une estafette au Général Molinié ; celui-ci refuse la reddition. La ville d’Haubourdin risque d’être rasée ; alors son Maire James Fleury fait pression sur le Général français. Les combats s’arrêteront le 31 mai à 21 heures. Un bataillon de soldats français défilera le lendemain à Lille, les allemands leur rendront les honneurs, ce qui mettra Hitler dans une colère noire dont le Général Von Reichnau fera les frais. Le 1er juin, à 8 heures, le Colonel Dutrey refuse la reddition et se suicide au 102 rue Sadi Carnot. Des milliers de soldats prennent le chemin de la captivité jusqu’au printemps 1945 !
Le 17 juin 1940 : Pétain, nouveau chef du gouvernement, demande l’armistice ; le 18 juin De Gaulle à la BBC de Londres lance son appel à la résistance et le 22 juin 1940, l’armistice est signé à Rethondes dans le même wagon où l’Allemagne avait signé sa défaite en 1918. Dans les clauses de l’armistice, le nord de la France (Nord - Pas de Calais - une partie de la Somme, de l’Aisne, de l’Ardenne) est rattaché au commandement de Bruxelles et forme la zone interdite. Une longue nuit commence pour le nord de la France. L’espoir renaîtra en septembre 1944.
La vie quotidienne du détenu
La fin de l'occupation des prisons [septembre 1944]
Le 10 juillet 1940, l’Assemblée Nationale, réunie à Vichy, vote les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain ; seuls 80 députés s’y opposent. La France est donc coupée en plusieurs zones : une zone interdite, une zone occupée, une zone libre gouvernée par Vichy jusqu’au 10 novembre 1942. Les prisons comptaient 18 000 détenus en 1939, 34 000 en 1940, 36 000 en 1941, 40 000 en 1942, 55 000 en 1943, 59 000 en 1944. En quatre ans, le nombre des détenus est multiplié par 3 alors que le nombre de prisons a diminué ; certaines sont réquisitionnées par les allemands. Les conditions des détenus vont très vite se dégrader par une promiscuité grandissante (on verra jusqu’à 15 détenus dans une même cellule à Loos), par une diminution des rations alimentaires. L’administration pénitentiaire n’est plus en mesure de faire face à sa fonction ; de la pénurie elle passe à l’incurie, la mortalité devient excessive due aux carences alimentaires, à l’absence d’hygiène.
La maison centrale, en partie détruite par les combats de 1940, ne sera plus occupée, pendant la guerre ; seules la prison Saint Bernard et la maison d’arrêt seront utilisées. La maison d’arrêt est une prison cellulaire récente construite en 1906 pour remplacer la vieille maison d’arrêt délabrée de Lille. Les maisons centrales étaient propriété de l’Etat alors que les maisons d’arrêt, depuis 1811, relèvent des départements. Elles deviendront à leur tour propriété de l’Etat par l’ordonnance du 20 décembre 1944. La loi du 5 juin 1875 imposait une cellule par détenu. Dans les prisons cellulaires départementales, celle loi fut difficile à appliquer. En 1939, sur 75 prisons, 50 sont des prisons cellulaires ; une cellule par détenu est souvent l’exception.
La maison d’arrêt de Loos comporte un rond-point central avec trois sections ; chaque section a un rez-de-chaussée et deux étages. La section C a un nombre de cellules plus faible.
Durant la bataille d’Haubourdin, la maison d’arrêt est bombardée ; la sécurité ne peut plus être assurée ; les 476 détenus (448 hommes et 28 femmes) vont réussir à s’évader ou sont autorisés à le faire.
[Prison de Loos sous l'occupation]
Les prisons de Loos sous l'occupation Réorganisation allemande
L’armistice, signé le 22 juin 1940, fait de notre région une zone interdite rattachée à l’autorité allemande de Bruxelles. La maison d’arrêt est occupée par les Allemands, elle se trouve en fait coupée en deux parties pendant toute la période de l’occupation. Il y aura une section française, une section allemande. L’aile A est française ; C et D sont allemandes ; le rond-point et le couloir central sont communs. C’est la section française qui nourrit la section allemande. C’est l’exploitation économique du pays vaincu qui s’inscrit dans cette exigence ! Par contre, les locaux sont bien séparés ; les Allemands ouvriront d’ailleurs une porte d’accès dans le mur nord. La section A reste française, elle regroupe les condamnés de droit commun. Les sections C : 50 cellules réservées aux femmes et D : 150 cellules réservées aux hommes seront occupées par les « terroristes » de toutes nationalités. C’est le major Kuhn, instituteur dans les prisons de Breslau, officier de l’armée allemande, qui dirige toutes les prisons de notre région. Le major réside à Lille ; réputé autoritaire, il n’approuve pas les méthodes barbares des nazis, de la Gestapo. C’est sans doute la raison pour laquelle les interrogatoires des « terroristes » se font le plus souvent hors de la prison, soit à La Madeleine, soit rue Tenremonde à Lille. Le directeur de la section allemande de la maison d’arrêt de Loos est un autrichien Otto Sieber. C’est un fonctionnaire sérieux mais pas un nazi. C’est lui qui organisa, le 1er septembre 1944, le départ des 871 résistants par le train de Loos à partir de la gare de Tourcoing. Mais c’est aussi lui qui libère le même jour 700 détenus, en particulier toutes les femmes. Otto Sieber est secondé par l’Adjudant Muller, le Sergent Albrecht, qui s’exprime correctement en Français, dont toute la famille périt sous les bombes alliées à Cologne. Il sert d’interprète à Loos, puis à Douai en 1944. Les gardiens allemands sont renforcés par les calfacteurs qui servent souvent d’interprètes et participent à la distribution des repas dans les cellules. Beaucoup de ces calfacteurs sont des étrangers.
Les prisons de Loos sous l'occupation Les méthodes de la Gestapo
Les bourreaux nazis se rendent souvent à la prison de Loos pour y récupérer ou enfermer ou interroger des terroristes. Kohls est le plus redouté, chef de la Gestapo régionale, il s’exprime en français, rusé, sadique, il participe aux interrogatoires, utilise les moyens les plus abjects pour faire parler. Il sera abattu par un chef de la résistance locale. Parman, en civil, ne parle pas notre langue ; c’est une brute sanguinaire, violent, excité, chef de la Sicherheitspolizei, des résistants sont morts entre ses mains. Les interrogatoires ont lieu hors de la prison, au 22 de la rue François de Baedts à La Madeleine, siège de la Gestapo, où certaines pièces sont aménagées en salles de torture. Certains résistants seront amenés huit, voire onze fois, de la prison à La Madeleine et ramenés dans un état pitoyable, véritables pantins disloqués sanguinolents. Les résistants sont ensuite traduits devant le tribunal exceptionnel boulevard Vauban à Lille ou devant le conseil de guerre au 6 boulevard de la Liberté à Lille. Condamné à mort, le détenu est mis dans une cellule spéciale « la 61 ». Condamné à une lourde peine, il partira vers l’Allemagne. Il y a deux convois par mois, le 12 et le 27 de chaque mois. Condamné à une peine plus légère, le détenu peut être transféré à la prison Saint Bernard. Les exécutions ont lieu à la Citadelle de Lille, au fort de Bondues, ou celui de Seclin. La cellule 61 reste éclairée toute la nuit, la surveillance est constante. Les recours en grâce sont inutiles. L’abbé Bonpain, condamné à mort, fut gracié par les autorités allemandes de Paris mais refusé par les autorités de Bruxelles qui imposent une exécution immédiate.
La vie quotidienne des détenus dans la section allemande est une angoisse permanente. Entre 1940-1944, la région est soumise à un régime d’occupation autoritaire et répressive. Les résistants sont traqués. Ils seront de plus en plus nombreux à résister mais aussi à être arrêtés et incarcérés. La pression nazie s’exerce aussi sur la population en général. Beaucoup de Français seront arrêtés comme otages, dénoncés pour marché noir.
Les prisons de Loos sous l'occupation La vie quotidienne du détenu
Le détenu, amené par la Gestapo, à la prison de Loos, entre dans un autre monde. Il est fouillé, délesté de ses biens, il reçoit deux couvertures, une cuillère en fer, un quart, une gamelle. Il est mis dans une cellule de 3,5 mètres de large sur 2 mètres de haut. Cette cellule s’ouvre par un vasistas sur l’extérieur protégé par de solides barreaux. Il est interdit de regarder à l’extérieur. Dans chaque porte de cellule, un regard vitré avec cupule métallique permet au gardien de surveiller jour et nuit l’intérieur de la cellule. Le chauffage arrive par une plaque métallique de 2412 trous ! C’est par cette plaque que les détenus peuvent parfois communiquer, ainsi qu’avec les conduites d’eau. Chaque cellule fait environ 9m² avec un petit lavabo, une table rabattable, une paillasse, un tabouret, un wc. Si le détenu est seul, l’espace est suffisant. Mais souvent les détenus s’entassent à 6, 8, 10, 12, voire 15 par cellule ! Quelles difficultés pour dormir, se soulager, se laver, d’autant que l’eau est ouverte quelques minutes par jour. Dans chaque cellule est affiché le règlement dans les deux langues. Il ne comporte que des interdictions. Les repas sont distribués par les calfacteurs, toujours avec parcimonie et toujours insuffisants : 400g de pain/jour, 100g de pommes de terre/jour, 125g de viande/semaine. Quelques colis, expédiés par la famille, la Croix Rouge, arrivent souvent ouverts et dépouillés de leurs principaux aliments de choix. Les détenus ont droit à une promenade d’un quart d’heure par jour en file indienne à 3 mètres d’intervalle. Les détenus sont dépouillés de leurs vêtements la nuit ; ils les déposent à l’extérieur de la cellule ; à partir de 17 heures, ils sont en chemise jusqu’au lendemain 7 heures.
Les détenus peuvent assister à la messe. On dresse un petit autel sur la passerelle du 3ème étage. La messe est célébrée par les prêtres détenus aussi. Le 30 mars 1943, l’abbé Bonpain donnera la communion à ses deux amis Herbeaux et Lanery qui seront fusillés le lendemain alors que l’abbé le sera le jour même à 18 heures.
De temps à autre, un détenu est extrait de sa cellule pour interrogatoire, soit dans la prison, soit au siège de la Gestapo. L’angoisse est permanente, l’incertitude pour le lendemain est totale. Les détenus succombent parfois dans les mains de leurs bourreaux. Certains sont condamnés à mort, d’autres sont déportés ; quand leur condamnation est supérieure à six mois, ils feront partie des convois de déportés qui quittent la région pour les bagnes nazis le 12 ou le 27 de chaque mois. C’est à la prison de Loos que sont regroupés tous les détenus condamnés à la déportation. Ils arrivent des prisons de Cambrai, Arras, Béthune, Douai, puis sont acheminés vers la prison de Saint Gilles à Bruxelles puis Bois le Duc en Hollande et enfin les camps allemands. Certains détenus, pour échapper à leurs bourreaux, essaieront de se suicider. Madame Raganeau, pour éviter de parler, fera plusieurs tentatives. Cinq jeunes communistes, condamnés à mort, décident de se pendre à tour de rôle dans leur cellule ! Les prisons de Loos sont proches de la grande gare de Lille Délivrance ; gare souvent bombardée par les alliés entre 1943-1944. Le plus terrible bombardement eut lieu le dimanche de Pâques du 9 avril 1944. L’enfer commença vers 0 H40 et va durer 35 longues minutes. Trois vagues d’avions vont déverser 2200 tonnes de bombes sur les 140 hectares de voies de la gare de triage. Beaucoup de bombes vont dévaster les quartiers voisins et la prison. Le bilan est excessivement lourd :
600 victimes dont 400 pour Loos, 912 maisons détruites, 3000 endommagées. L’explosion d’un train de munitions et les bombes vont détruire 3000 wagons ! La maison d’arrêt n’est pas épargnée : 48 bombes explosent à proximité dont 28 sur la prison même, faisant exploser les murs. Beaucoup de détenus ont pu s’enfuir, surtout dans la section française.
Durant l’année 1944, les bombardements s’intensifient. Après le 6 juin 1944, l’espoir renaît d’une libération prochaine. Mais au fur et à mesure que la retraite des armées allemandes s’accélère, la condition des détenus se détériore encore. Des milliers de détenus sont repliés vers le nord en même temps que la retraite générale. Ils viennent s’entasser dans les prisons qui restent sous leur contrôle, et la prison de Loos voit affluer ces malheureux. Les transports par rail deviennent problématiques, les alliés sont maîtres du ciel, la résistance intensifie ses sabotages, les trains qui circulent sont réservés en priorité aux besoins de l’armée. Que va-t-on faire de ces milliers de détenus qu’on replie de force vers la frontière du Nord ? L’angoisse augmente parmi la population pénale, partagée entre espoir et anxiété.
Les prisons de Loos sous l'occupation La fin de l’occupation des prisons : septembre 1944 Le 26 août 1944, le pasteur Pasche apprend qu’un ordre allemand prévoit la formation d’un convoi de détenus pour l’Allemagne avec les prisonniers de la prison de Loos. Le consul suisse Fred Huber réussit à obtenir la libération des détenus condamnés à moins de six mois (700 détenus dont toutes les femmes seront effectivement libérés) mais les autres ? Le vendredi 1er septembre 1944, à 3 heures du matin, ordre est donné aux gardiens de regrouper au rez-de-chaussée les détenus politiques. Les listes ont été établies par les autorités. On distribue quelques vivres, on restitue les objets confisqués à l’arrivée. Pendant toute la journée, deux voitures cellulaires et trois camions vont transporter en gare de Tourcoing 871 détenus. Le dernier transport arrivera trop tard, les détenus seront libérés. Le sinistre Parman récupère à La Madeleine les dossiers de tous ces terroristes et part pour l’Allemagne attendre l’arrivée du convoi. Le soir du 1er septembre 1944, la prison est vide ou presque, visitée par le consul suisse, car une cellule avec sept détenus a été oubliée, ainsi que les trois malades qui se trouvaient à l’infirmerie.
En gare de Tourcoing, le convoi comprend 20 wagons de marchandises dans lesquels vont s’entasser 871 détenus. Le train de Loos vient de naître, étroitement surveillé ; la locomotive, récupérée par miracle, entraîne en cette soirée du vendredi 1er septembre 1944, le dernier train de déportés vers la Belgique, les Pays-Bas, puis l’Allemagne où le train arrive le dimanche 3 septembre en gare de Cologne. Le miracle d’une libération de dernière minute n’a pas eu lieu ; ni les résistances française, belge n’ont réussi à stopper ce train maudit.
Le prison de Loos ne reste pas vide très longtemps après la libération de la région, entre le 1er et le 4 septembre, ce sont les collaborateurs qui vont occuper les cellules des résistants. Les archives de la section allemande ont toutes été brûlées. On sait qu’il y avait environ 200 cellules. On sait aussi que 346 détenus, venant d’autres prisons, entassés dans la prison Saint Bernard, feront partie du Train de Loos. Il y avait donc entre 1800 et 2000 détenus sous le contrôle des Allemands au 1er septembre 1944.
Pour conclure ces notes quelques remarques sur les rapports entre les sections allemande et française concernant le personnel de surveillance. Ce sont des rapports de méfiance, voire d’hostilité. Aussi le 7 octobre 1941, les Allemands entreprennent une fouille générale, sévère, qui dure toute la journée, de la section française en vue de trouver des armes. Le personnel de surveillance compte d’authentiques résistants qui apportent une aide précieuse à leur camarades emprisonnés, d’autres se montreront plus indifférents, accomplissant leur travail avec zèle et discipline, quelques-uns peu nombreux sans scrupules tireront avantage de certaines situations. Ce constat n’est pas propre à la prison de Loos. Il se retrouve dans toutes les prisons. A chacun de rendre des comptes à sa conscience.
Voilà, à travers les récits, les témoignages des êtres qui ont traversé ces ténèbres, un résumé du rôle et de la place qu’ont tenus les prisons de Loos durant cette seconde guerre mondiale.