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Timestamp: 2016-10-26 19:36:12+00:00
Document Index: 212087994

Matched Legal Cases: ['art. 363', 'art. 74', 'art. 51', 'art. 53', 'ATF ', 'art. 53', 'art. 47', 'art. 95', 'art. 95', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 97', 'art. 9', 'art. 106', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 180', 'art. 180', 'art. 180', 'art. 180', 'art. 166', 'art. 368', 'ATF ', 'art. 180', 'art. 370', 'art. 199', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 180', 'ATF ', 'art. 66', 'art. 68']

4A_94/2013 (29.08.2013)
4A_94/2013 � � Arr�t du 29 ao�t 2013
Mmes et M. les Juges f�d�raux Klett, Pr�sidente,
tous deux repr�sent�s par Me Claire Bolsterli,
Z.________, repr�sent� par Me Beno�t Carron,
contrat d'entreprise; d�fauts de l'ouvrage; dissimulation intentionnelle,
recours en mati�re civile contre l'arr�t rendu
le 11 janvier 2013 par la Chambre civile
A.a.�Par "contrat d'entreprise int�grale" du 30 mai 2001, X.________ et Y.________, en qualit� de ma�tres de l'ouvrage, ont charg� l'architecte Z.________ (ci-apr�s: l'entrepreneur) de construire une villa de trois �tages sur leur parcelle genevoise, pour le prix forfaitaire de 530'100 fr. Le plan de la villa, le descriptif des travaux et l'autorisation de construire faisaient partie int�grante de la convention, qui renvoyait � titre suppl�tif � la norme SIA 118 et aux art. 363 ss CO.
Le descriptif des travaux pr�voyait notamment, au chapitre de l'"isolation", la pose d'une "isolation de la toiture par FLUMROC 120 mm. ou similaire avec pare-vapeur". Il contenait aussi une rubrique finale intitul�e "important", dans laquelle "l'entreprise se r�serv[ait] le droit de proc�der � des modifications des mat�riaux pr�vus dans le (...) descriptif ou sur les plans par des mat�riaux de qualit� �quivalente".
Les travaux ont d�but� le 18 juillet 2001. Simultan�ment, deux villas contigu�s semblables �taient construites par l'entrepreneur. Pour l'isolation de la toiture des trois maisons, un syst�me de la marque Ysox (ou Isobloc) a �t� pos� en lieu et place du syst�me Flumroc. Les ma�tres d'ouvrage n'avaient pas form� d'objection lorsqu'une employ�e de l'entrepreneur leur avait propos� cette modification.
La remise des cl�s a eu lieu le 6 ao�t 2002. Un repr�sentant de l'entrepreneur et les ma�tres, assist�s de deux architectes, ont proc�d� � la v�rification finale de l'ouvrage, qui a �t� accept�. Le proc�s-verbal �tabli � cette occasion recense plusieurs travaux non encore ex�cut�s, de nombreuses finitions et retouches n�cessaires ainsi que des d�fauts de l'ouvrage, dont certains affectant la toiture. Les ma�tres ont demand� une expertise priv�e � une entreprise de ferblanterie, laquelle a constat� des d�fauts de couverture et de ferblanterie de la toiture, en particulier des d�fauts d'�tanch�it� g�n�rant des infiltrations d'eau dans la villa. Ces d�fauts ont �t� supprim�s pendant le premier semestre 2003, aux frais de l'entrepreneur.
Les ma�tres ont refus� de payer le dernier acompte de 79'515 fr. repr�sentant le solde du prix forfaitaire. Ils exigeaient divers travaux de r�fection, dont la liste augmentait avec la d�couverte de nouveaux d�fauts; l'entrepreneur refusait d'ex�cuter les travaux sauf les plus urgents, faute d'avoir �t� pay�. En novembre 2003, les ma�tres ont accept� de verser 14'187 fr. 15 "pour solde de tous comptes", sans que le litige ne prenne fin.
A.b.�L'une des villas contigu�s a �galement connu des probl�mes d'isolation de la toiture (�tanch�it� et fissures sur les murs), d�s la livraison. Ces d�fauts ont �t� r�par�s par l'entrepreneur en 2002. En ao�t 2006, les propri�taires de ladite villa ont d�couvert une nouvelle fissure sur un mur, qu'ils ont signal�e � l'entrepreneur; ils se sont aussi plaints d'une mauvaise �tanch�it� de la toiture. Les parties ont alors sign� une convention d'expertise-arbitrage. Le rapport du 6 octobre 2008 conclut que les d�fauts d'isolation et les fissures sur les murs ont pour origine des malfa�ons commises dans la pose du mat�riau isolant. Rien n'indique que ces malfa�ons soient intentionnelles, mais elles proc�dent d'une m�connaissance de certaines contraintes propres au type d'isolation choisie. La qualit� du mat�riau n'est en revanche pas mise en cause. Le co�t pour l'�limination des malfa�ons est estim� � 15'200 fr.
B.a.�Le 21 juillet 2008, l'entrepreneur a assign� les ma�tres devant le Tribunal de premi�re instance du canton de Gen�ve en concluant au paiement de 80'946 fr. 20 plus int�r�ts. Il entendait obtenir le solde du prix forfaitaire et le paiement de diverses factures concernant des travaux suppl�mentaires et honoraires y relatifs.
Le 29 septembre 2008, les ma�tres ont signal� pour la premi�re fois � l'entrepreneur que "le mode de construction de [leur] toiture n'�tait pas conforme avec le descriptif des travaux" et qu'ils avaient constat� sur les murs des fissures dont "le mauvais syst�me de mise en place du toit sembl[ait] �tre � l'origine".
Par r�ponse et demande reconventionnelle du 18 f�vrier 2009, les ma�tres ont conclu au rejet de l'action principale, excipant de la compensation avec diverses cr�ances fond�es sur des d�fauts et un retard dans la livraison de l'ouvrage. Ils ont contest� le bien-fond� de plusieurs factures et ont oppos� des frais qu'ils avaient eux-m�mes d� engager pour des travaux de r�paration ou de finition. A titre reconventionnel, ils ont conclu au paiement de 88'396 fr. plus int�r�ts � raison des d�fauts dans le syst�me d'isolation de la toiture, somme qu'ils ont ensuite augment�e � 108'000 fr.
B.b.�Une expertise judiciaire a �t� mise en oeuvre. Il en ressort que les syst�mes d'isolation Ysox et Flumroc proc�dent d'une conception diff�rente, mais sont tous deux destin�s et parfaitement ad�quats � l'isolation d'une toiture. Ils pr�sentent des qualit�s �quivalentes, si ce n'est que l'Ysox est plus cher et offrirait un peu moins d'isolation phonique. Toutefois, le syst�me Ysox a �t� pos� en contravention des r�gles de l'art, de sorte que l'ouvrage pr�sente une moindre isolation phonique et des fissures en plusieurs endroits sur les murs de la villa. Le co�t d'�limination des d�fauts est estim� � 99'000 fr. Ce montant couvre les travaux recommand�s, consistant � d�poser toute la toiture et la charpente de la villa et � reprendre la construction d'une nouvelle toiture.
B.c.�Par jugement du 10 mai 2012, le Tribunal de premi�re instance a partiellement admis l'action principale de l'entrepreneur, soit � concurrence de 52'988 fr. 45 plus int�r�ts; il a retenu que l'entrepreneur avait une cr�ance de 66'310 fr. 40, partiellement compens�e par une dette de 13'321 fr. 95 envers les ma�tres, fond�e sur la garantie des d�fauts de l'ouvrage. Le tribunal a par ailleurs rejet� l'action reconventionnelle des ma�tres, au motif que la pr�tention de 108'000 fr. fond�e sur le d�faut d'isolation du toit �tait p�rim�e; elle ne pouvait donc m�me pas �tre oppos�e en compensation.
B.d.�Les ma�tres ont d�f�r� cette d�cision � la Cour de justice. Par arr�t sur appel du 11 janvier 2013, cette autorit� a r�form� le jugement en ce sens que l'action principale est admise � concurrence de 51'998 fr. 55 plus int�r�ts. Elle a confirm� le jugement pour le surplus.
Les ma�tres saisissent le Tribunal f�d�ral d'un recours en mati�re civile dans lequel ils concluent en substance au rejet de l'action principale, apr�s constatation de ce que le montant d� au titre de la demande principale est compens� par la cr�ance tir�e de la demande reconventionnelle. A titre reconventionnel, ils r�clament 56'001 fr. 45 plus int�r�ts.
L'entrepreneur intim� conclut au rejet du recours et s'en remet � justice quant � sa recevabilit�. L'autorit� pr�c�dente se r�f�re � son arr�t.
La loi subordonne la recevabilit� du recours � une valeur litigieuse minimale de 30'000 fr. (art. 74 al. 1 let. b LTF), qui se d�termine d'apr�s les conclusions rest�es litigieuses devant l'autorit� pr�c�dente (art. 51 al. 1 let. a LTF). Les montants de la demande principale et de la demande reconventionnelle ne sont pas additionn�s (art. 53 LTF), de sorte qu'il faut examiner si chacune des actions atteint le seuil de 30'000 fr. Sont d�terminants les montants effectivement r�clam�s par chaque partie. Lorsque le d�fendeur reconna�t en soi la cr�ance du demandeur, mais lui oppose en compensation une cr�ance contest�e, la premi�re reste litigieuse et son montant d�termine la valeur de la demande principale, tandis que l'exc�dent de la cr�ance oppos�e en compensation, s'il est r�clam�, d�termine la valeur de la demande reconventionnelle (cf. ATF 95 II 281 sp�c. p. 282; 102 II 397 consid. 1a; JEAN-MAURICE FR�SARD, in Commentaire de la LTF, 2009, n� 7 ss ad art. 53 LTF; JEAN-FRAN�OIS POUDRET, in Commentaire de la loi f�d�rale d'organisation judiciaire, vol. II, 1990, n� 2.3 ad art. 47 OJ).
En l'occurrence, le jugement de premi�re instance avait admis l'action principale de l'entrepreneur � concurrence de 52'988 fr. 45 et rejet� l'action reconventionnelle des ma�tres. En appel, ces derniers ont contest� partiellement la cr�ance de l'entrepreneur (9'490 fr. 40) et, pour le solde reconnu (43'498 fr. 05), ont oppos� en compensation leur cr�ance fond�e sur le d�faut d'isolation de la toiture (108'000 fr.). L'entrepreneur a requis la confirmation du jugement attaqu�. Ainsi, dans l'action principale, le litige portait sur la totalit� du montant de 52'988 fr. 45 allou� par le premier juge. A titre reconventionnel, les ma�tres ont r�clam� 64'501 fr. 95 (108'000 - 43'498,05); la valeur litigieuse �quivaut � ce montant, enti�rement contest� par l'entrepreneur. En d'autres termes, le seuil l�gal de 30'000 fr. est atteint pour les deux actions.
Le recours peut �tre form� pour violation du droit f�d�ral (art. 95 let. a LTF). Les clauses contractuelles ne constituent pas du droit f�d�ral, mais peuvent conduire � l'application des r�gles de droit f�d�ral qui r�gissent notamment leur interpr�tation ( BERNARD CORBOZ, in Commentaire de la LTF, op. cit., n� 29 ad art. 95 LTF).
Le Tribunal f�d�ral est en principe li� par les constatations de fait de l'autorit� pr�c�dente, respectivement par celles du juge de premi�re instance, dans la mesure o� elles sont reprises au moins implicitement dans l'arr�t attaqu� (cf., sous l'OJ, ATF 129 IV 246 consid. 1, confirm� sous la LTF par ex. � l'arr�t 4A_623/2012 du 15 avril 2013 consid. 1.2). Le Tribunal f�d�ral peut toutefois s'en �carter si elles ont �t� �tablies en violation du droit ou de fa�on manifestement inexacte - c'est-�-dire arbitraire (ATF 137 I 58 consid. 4.1.2), ce qu'il incombe en principe au recourant de d�noncer (cf. art. 97 al. 1 LTF). S'il invoque l'interdiction de l'arbitraire (art. 9 Cst.), le recourant doit satisfaire aux exigences de motivation plus strictes de l'art. 106 al. 2 LTF: il doit express�ment soulever le grief et exposer de mani�re claire et circonstanci�e, si possible document�e, en quoi consiste la violation du droit constitutionnel (ATF 134 II 244 consid. 2.2; 133 II 249 consid. 1.4.2 et 1.4.3). Le grief doit �tre d�velopp� dans le recours m�me, un simple renvoi � d'autres �critures ou � des pi�ces n'�tant pas admissible (ATF 133 II 396 consid. 3.1�
i.f.�).
Par ailleurs, s'il entend faire compl�ter l'�tat de fait, le recourant doit d�montrer, r�f�rences � l'appui, qu'il a d�j� all�gu� les faits en question et fourni les moyens de preuve ad�quats devant les instances cantonales, dans le respect des r�gles de proc�dure (cf., sous l'OJ, ATF 115 II 484 consid. 2a p. 486, confirm� par ex. � l'arr�t 4A_324/2012 du 24 septembre 2012 consid. 1.4).
3.1.�Le litige porte essentiellement sur le point de savoir si l'entrepreneur a "intentionnellement dissimul�" des d�fauts de l'ouvrage, au sens de l'art. 180 de la norme SIA 118, auquel cas les droits d�coulant de ces d�fauts se prescrivent par le d�lai extraordinaire de dix ans (art. 180 al. 2) en lieu et place du d�lai de cinq ans, qui court d�s la r�ception de l'ouvrage (art. 180 al. 1).
Les parties ne contestent pas la qualification de contrat d'entreprise total retenue par la Cour de justice, ni l'applicabilit� de la norme SIA 118 (�d. 1977/1991, ci-apr�s: SIA-118), en particulier son art. 180.
3.2.�L'art. 166 SIA-118 donne du d�faut une d�finition qui co�ncide sur le principe avec celle d�velopp�e par la jurisprudence en relation avec l'art. 368 CO ( PETER GAUCH, Der Werkvertrag, 5
e��d. 2011, n
os�2648-2650; ANNETTE LENZLINGER GADIENT, M�ngel- und Sicherungsrechte des Bauherrn im Werkvertrag, 1994, p. 247). L'ouvrage livr� est entach� d'un d�faut lorsqu'il n'est pas conforme � ce qui avait �t� contractuellement pr�vu. Le d�faut peut r�sider dans l'absence d'une qualit� convenue express�ment ou tacitement par les parties, ou l'absence d'une qualit� � laquelle le ma�tre pouvait s'attendre selon les r�gles de la bonne foi (ATF 114 II 239 consid. 5a/aa p. 244). Pour d�terminer quelles qualit�s sont dues conventionnellement, il faut interpr�ter le contrat selon les r�gles habituelles ( GAUCH, op. cit., n� 1366).
L'expression "intentionnellement dissimul�" employ�e � l'art. 180 SIA-118 doit recevoir le m�me sens qu'en droit des obligations, o� elle appara�t � l'art. 370 CO ( GAUCH, op. cit., n� 2731; LENZLINGER GADIENT, op. cit., p. 95 note 150; FRANCO PEDRAZZINI, La dissimulation des d�fauts, 1992, n� 590). Il serait plus ad�quat de parler de dissimulation frauduleuse, comme � l'art. 199 CO. En effet, l'entrepreneur n'a pas un devoir g�n�ral de collaborer � la d�couverte des d�fauts; il faut une certaine astuce ou fraude de sa part (Gauch, op. cit., n� 2090; LENZLINGER GADIENT, ibidem), un comportement dolosif (cf. arr�t 4A_301/2010 du 7 septembre 2010 consid. 3.2, in SJ 2011 I 17; PEDRAZZINI, op. cit., n��
s�40 ss, 86 s. et 1167). Il y a dissimulation frauduleuse lorsque l'entrepreneur - ou le vendeur - n'avise pas son cocontractant d'un d�faut alors qu'il a une obligation de renseigner, laquelle peut d�couler des r�gles de la bonne foi (Gauch, op. cit., n��
s�2093 et 2731; PEDRAZZINI, op. cit., n��
s�421 et 435 ss; cf. ATF 116 II 431 consid. 3a p. 434). Une telle obligation existe d�s que l'entrepreneur doit partir du principe que le ma�tre ignore le d�faut, ne va pas le d�couvrir et voudrait exercer ses droits � la garantie si ce d�faut �tait port� � sa connaissance ( GAUCH, op. cit., n�
�2093, qui se r�f�re � l'ATF 66 II 132 consid. 6). Une ex�cution imparfaite n'implique pas n�cessairement une telle dissimulation; encore faut-il que l'entrepreneur connaisse les d�fauts et qu'il les taise volontairement (ATF 89 II 405 consid. 2b). La n�gligence m�me grave ne suffit en principe pas. La doctrine r�serve le cas o� l'entrepreneur �vite volontairement d'�tre mieux inform� (Gauch, op. cit., n� 2092).
4.1.�Les recourants plaident que l'intim� leur a frauduleusement dissimul� deux types de d�faut: d'une part, la modification du syst�me d'isolation de la toiture, qui serait contraire au contrat; d'autre part, les malfa�ons dans l'installation du syst�me Ysox, qui sont � l'origine des fissures constat�es et d'une isolation phonique moindre.
S'agissant du premier type de d�faut invoqu�, les recourants reprochent � la cour cantonale d'avoir mal interpr�t� le descriptif des travaux, qui ne permettait pas un tel changement. Ils formulent aussi des critiques quant � la pr�tendue �quivalence des deux syst�mes et taxent d'arbitraire la constatation selon laquelle ils ont �t� inform�s de cette modification et l'ont accept�e. L'ouvrage serait donc entach� d'un d�faut, que l'entrepreneur aurait frauduleusement dissimul� en leur remettant apr�s l'ach�vement de l'ouvrage des plans d'ex�cution qui n'int�graient pas les modifications apport�es � la toiture.
4.2.�La cour cantonale a argument� que d'une part, les ma�tres avaient consenti � la modification du syst�me d'isolation et que d'autre part, le contrat autorisait le changement de mat�riau; le syst�me d'isolation Ysox offrait en l'occurrence des qualit�s �quivalentes au syst�me Flumroc. Le d�faut invoqu� �tait inexistant, ce qui privait d'objet la question de la dissimulation intentionnelle (arr�t p. 19 s. consid. 12.2 et 12.3).
4.3.�Savoir si le type d'isolant choisi rev�t les m�mes qualit�s que le mat�riau convenu est une question de fait. Interpr�ter le contrat et ses parties int�grantes pour savoir s'il autorisait le remplacement du syst�me convenu par le syst�me choisi est en l'occurrence une question de droit; en effet, il n'appara�t pas que la volont� r�elle des parties ait pu �tre constat�e (cf. par ex. ATF 133 III 61 consid. 2.2.1; 131 III 606 consid. 4.1 p. 611). De la r�ponse � ces questions d�pend le point - juridique - de savoir si l'ouvrage est entach� d'un d�faut.
4.4.�Le grief r�futant l'�quivalence de qualit� des isolants Flumroc et Ysox n'est pas recevable. Si le moyen est soulev� dans une longue rubrique consacr�e aux "faits appr�ci�s arbitrairement", les recourants ne pr�tendent pas que la constatation critiqu�e serait arbitraire. Ils "pr�cisent" tout au plus que l'expertise judiciaire dit le contraire de la Cour de justice, en se r�f�rant � la page topique. Dans une note de bas de page, ils expriment leur "�tonnement" quant � l'appr�ciation de la cour, qui serait contraire � deux autres moyens de preuve auxquels ils renvoient. Un tel proc�d� ne satisfait pas aux exigences strictes rappel�es ci-dessus (consid. 2). De surcro�t, les recourants n'�voquent pas la totalit� des moyens de preuve qui ont conduit le premier juge � retenir des qualit�s �quivalentes, "si ce n'est que l'Ysox offrirait peut-�tre un peu moins d'isolation phonique" (cf. jgt du 10 mai 2012 p. 30
i.f.et les preuves cit�es), constat que la cour d'appel a repris � son compte (arr�t, p. 9). L'on rel�vera simplement que l'expert a certes r�pondu dans son rapport que les deux syst�mes n'�taient pas �quivalents sur le plan sonique, accusant une diff�rence de 3-4 d�cibels (dB) en d�faveur du syst�me Ysox; toutefois, il a pr�cis� lors de son audition que si l'on posait convenablement la solution Ysox en l'augmentant d'une sous-couche, elle offrait une isolation phonique �quivalente � la solution contractuelle (proc�s-verbal du 15 juin 2011, p. 3).
4.5.�Les recourants plaident ensuite que le contrat d'entreprise permettait de changer uniquement le mat�riau d'isolation et non pas, comme en l'esp�ce, le syst�me de construction de la toiture.
4.5.1.�Les recourants citent�
in extenso�un passage de l'expertise judiciaire, dont il ressort en substance les �l�ments suivants:
- la solution dite traditionnelle Flumroc 120 mm consiste � empiler successivement des couches crois�es (mat�riaux) constituant au final l'ensemble de la toiture. Ce proc�d� permet le recouvrement successif (joints) et l'embo�tement des diff�rentes pi�ces entre elles, dans le respect de la fonction et des limites physiques de chaque mat�riau. Il assure un traitement efficace des rencontres entre charpente et murs, raccord lambrissage et poutraison, et tous les autres composants d'une toiture (chemin�es, ventilations, lucarnes, velux).
- La solution dite Ysox implique de poser un �l�ment "sandwich" unique (panneau de bois avec isolant au milieu) sur la charpente (pannes sabli�res, interm�diaires et fa�ti�res); elle dispense de poser des chevrons. La pose de cet �l�ment unique et important ne permet pas de r�soudre de mani�re optimale les rencontres avec les autres mat�riaux; elle ne solutionne pas la question de la barri�re vapeur n�cessaire � l'int�rieur de la maison pour contrer la propagation de la vapeur d'eau dans les mat�riaux. L'absence de cette barri�re renforce la dilatation de la partie en bois du panneau Ysox et implique des mouvements de toiture plus importants que dans une solution classique. Toutes ces caract�ristiques appellent un soin particulier dans la pose, plus sp�cialement lors des rencontres avec d'autres mat�riaux, afin d'�viter le report de certains efforts (principalement la dilatation) susceptibles de cr�er des fissures sur les murs internes.
S'agissant du descriptif des travaux, les d�cisions cantonales �voquent simplement le chiffre 7, intitul� "isolation", qui pr�voit pour l'isolation de la toiture "Flumroc 120 mm. ou similaire avec pare-vapeur". Une rubrique g�n�rale autorise par ailleurs � substituer au mat�riau convenu un mat�riau "de qualit� �quivalente".
Le jugement de premi�re instance constate que l'entrepreneur n'a semble-t-il "jamais report�, sur les plans d'ex�cution de la villa, les modifications substantielles induites par la pose sous toiture du syst�me d'isolation Ysox, en lieu et place du syst�me Flumroc (jgt, p. 31 let. e).
4.5.2.�Le fait que les deux syst�mes en cause offrent des qualit�s �quivalentes quant � l'isolation thermique et phonique ne suffit pas en soi � exclure une contravention au contrat. Au vu des explications de l'expert quant � l'impact des deux produits sur la technique de construction de la toiture, l'on peut l�gitimement se demander si la modification apport�e entre encore dans le cadre d'un simple changement de mat�riau. L'on parle du reste de "syst�mes" de conception diff�rente. Les explications de l'expert donnent � penser que le syst�me Ysox ne comporte pas de pare-vapeur, qui est mentionn� dans le descriptif des travaux. La solution choisie ne permet pas d'effectuer du "sur-mesure" et de r�soudre les probl�mes de jonction entre les divers mat�riaux, ce qui cr�e des probl�mes de dilatation; elle requiert une attention particuli�re lors des travaux de pose. La constatation concernant le non-report des modifications sur les plans d'ex�cution laisse entendre que les plans initiaux pr�voyaient une charpente construite selon la m�thode "traditionnelle" avec chevrons. L'expert a pr�cis� que sur les plans fournis par l'entrepreneur, la coupe repr�sente une toiture "classique" non compos�e d'�l�ments Ysox (rapport d'expertise, p. 5).
Quoi qu'il en soit, il n'est pas n�cessaire d'examiner plus avant si les recourants ont all�gu� et prouv� avec la pr�cision suffisante les �l�ments de fait - en partie d'ordre technique - permettant de retenir que les caract�ristiques du syst�me finalement choisi sont telles qu'il sort du cadre contractuel. Il s'av�re en effet que l'expert ne r�pond pas � la question d'une �ventuelle moins-value en cas de maintien du syst�me Ysox - par hypoth�se pos� selon les r�gles de l'art - par rapport au syst�me traditionnel Flumroc. Interrog� � ce propos, l'expert se contente de dire que la construction actuelle n'est pas conforme aux r�gles de l'art et ne peut �tre maintenue telle quelle (cf. rapport d'expertise, p. 3 s. ad point b/3). L'on ignore �galement le co�t que repr�senterait le remplacement du syst�me Ysox par le syst�me contractuel Flumroc; l'expert a tout au plus chiffr� le co�t d'une repose du syst�me Ysox conform�ment aux r�gles de l'art, en pr�conisant de remplacer l'avant-toit en profil Ysox par un avant-toit "conventionnel" (cf. rapport, p. 3 s. ad "r�ponse b"). Ainsi, quand bien m�me l'on devrait retenir un d�faut li� au changement de syst�me d'isolant, il faudrait constater que les recourants n'ont de toute fa�on pas fourni suffisamment d'�l�ments pour retenir une pr�tention p�cuniaire li�e � ce d�faut pr�cis.
4.6.�Ces consid�rations privent d'objet les autres moyens soulev�s par les recourants en relation avec ce premier type de d�faut, notamment le point de savoir s'il �tait arbitraire de retenir qu'ils avaient �t� inform�s de la modification litigieuse et y avaient consenti (cf. au surplus infra, consid. 5.4).
5.1.�Il n'est pas contest� que le syst�me d'isolation de la toiture est d�fectueux, en raison de malfa�ons lors de son installation. Celles-ci sont la cause des fissures apparues sur les murs et d'une isolation phonique moindre. Les recourants plaident que l'entrepreneur a frauduleusement dissimul� ce d�faut, ce que l'int�ress� r�fute.
5.2.�D�terminer quelles �taient les connaissances de l'entrepreneur quant � l'existence d'un d�faut rel�vent du fait. En revanche, rel�ve du droit la question de savoir s'il y a dissimulation frauduleuse, respectivement si la bonne foi commandait de communiquer aux ma�tres les �l�ments dont l'entrepreneur avait connaissance.
5.3.�La cour d'appel retient qu'en 2002 sont apparus des d�fauts dans la toiture relatifs � la couverture et � la ferblanterie, qui ont caus� des infiltrations d'eau; l'entrepreneur a fait proc�der aux travaux de r�paration � ses frais. Apr�s ceci, il n'a plus �t� inform� de d�fauts de ce type jusqu'au mois d'ao�t 2006, �poque � laquelle les voisins des ma�tres ont signal� une fissure dans leur maison. Un arbitrage s'en est suivi. Seul le rapport de l'expert-arbitre dat� du 6 octobre 2008 a permis d'�tablir l'origine des d�fauts d'isolation et des fissures, � savoir les malfa�ons commises dans la pose du mat�riau isolant.
En d�finitive, la cour reproche aux ma�tres de ne pas avoir d�montr� que l'entrepreneur avait connaissance de la source des d�fauts et du fait que le syst�me d'isolation n'avait pas �t� pos� dans les r�gles de l'art; ils n'ont pas non plus prouv� ni rendu vraisemblable que l'entrepreneur connaissait le risque que des fissures apparaissent plus de six ans apr�s la livraison de l'ouvrage (arr�t, p. 21 consid. 12.5).
5.4.�Les recourants eux-m�mes ne pr�tendent pas qu'� la livraison de l'ouvrage, l'entrepreneur aurait eu une connaissance effective des malfa�ons et des cons�quences qu'elles pouvaient entra�ner. Ils lui reprochent d'avoir fait poser la toiture sans s'�tre au pr�alable inform� de mani�re compl�te sur ce syst�me constructif, alors qu'il n'avait manifestement aucune exp�rience dans le domaine, respectivement d'avoir choisi un charpentier qu'il savait incomp�tent, ou � tout le moins dont il ne pouvait ignorer l'incomp�tence.
L'intim� n'a pas effectu� les travaux lui-m�me. M�me si l'on consid�re que l'entreprise mandat�e a commis des manquements relativement graves en contrevenant aux instructions du fabriquant de l'isolant, cet �l�ment ne suffit pas � d�montrer un comportement dolosif de l'entrepreneur. On ignore tout des d�tails quant � l'organisation mise en place pour diriger les travaux, proc�der � leur surveillance et � leur v�rification. La doctrine �voque certes une possible dissimulation frauduleuse en cas de carence dans l'organisation des travaux, mais encore faut-il que l'entrepreneur ait cherch�, avec cette organisation, � se soustraire � la responsabilit� pour fraude ( GAUCH, op. cit., n��
s�2101 s.). L'argumentation des recourants ne contient rien de tel et les faits retenus ne permettent pas non plus d'aller en ce sens.
En relation avec le premier type de d�faut, les recourants ont certes soulev� des griefs de fait et de droit destin�s � d�montrer que l'entrepreneur leur avait frauduleusement dissimul� le changement du syst�me d'isolation. Toutefois, ils n'en d�duisent pas que l'entrepreneur avait une connaissance effective des d�fauts dans la pose du syst�me et de leurs cons�quences. Ils ne plaident pas non plus que la d�couverte des d�fauts a �t� entrav�e par la pr�tendue dissimulation du changement de syst�me isolant.
Les recourants ne tirent pas non plus argument du fait que des fissures semblent avoir �t� constat�es chez les voisins d�s la livraison de l'ouvrage (cf. arr�t, p. 10 � 2).
En bref, les recourants ne d�montrent pas en quoi il serait arbitraire de constater que l'entrepreneur ignorait les malfa�ons dans l'ex�cution de la toiture � la r�ception de l'ouvrage.
5.5.�Les recourants invoquent par ailleurs des faits post�rieurs � la livraison de l'ouvrage, pass�s sous silence par la Cour de justice, qui r�v�leraient que l'entrepreneur a pris connaissance des malfa�ons et de la source des fissures et s'est abstenu dolosivement de les informer.
Pour l'essentiel, ces faits ne figurent pas dans les d�cisions cantonales. Les recourants pr�tendent compl�ter l'�tat de fait � ce sujet; toutefois, ils ne cherchent pas � d�montrer qu'ils auraient r�guli�rement all�gu� les faits devant les instances cantonales, ce qui suffit � exclure le compl�tement demand�.
L'on peut tout au plus donner acte aux recourants d'un fait qui ressort du jugement de premi�re instance (p. 23), � savoir qu'en juillet 2003 a �t� verbalis�e l'existence d'une fissure sur un mur s�parant deux chambres de leur villa. Ce constat a �t� fait par un huissier en pr�sence de l'entrepreneur, qui n'a pas r�par� cette fissure.
Les recourants objectent que l'entrepreneur aurait d� faire des investigations pour trouver la cause de cette fissure. Sans autre �l�ment, l'on ne saurait retenir que l'entrepreneur a volontairement renonc� � �claircir l'origine de l'unique fissure signal�e presque un an apr�s la livraison de l'ouvrage, afin de se soustraire � une �ventuelle garantie des d�fauts.
5.6.�En d�finitive, les faits ressortant des d�cisions cantonales ne donnaient pas mati�re � retenir une dissimulation frauduleuse au sens de l'art. 180 SIA-118.
Cette conclusion s'imposerait quand bien m�me l'on tiendrait compte des faits irrecevables ressortant de la pi�ce 134. Celle-ci r�v�le que l'entrepreneur, � une date non pr�cis�e, s'est vu communiquer un rapport priv� dat� du 21 d�cembre 2006, dans lequel une entreprise de charpenterie mandat�e par les propri�taires voisins attribuait les fissures observ�es dans leur villa � la dilatation des madriers en bois massif. Les voisins avaient observ� une nouvelle fissure en ao�t 2006, qui paraissait cons�cutive � des variations de temp�rature (pi�ce 134, p. 3 ch. 15 et p. 4 ch. 19 s.). Or, les recourants n'ont signal� aucune nouvelle fissure � ce moment-l�, attendant le 29 septembre 2008 pour d�noncer des fissures dont l'expert n'a pu dater l'apparition, tout en les jugeant "certainement ant�rieure[s]" � la date de d�nonciation (rapport d'expertise, p. 4
i.f.et 5). M�me en pr�supposant que ce rapport de d�cembre 2006 a �t� communiqu� rapidement � l'entrepreneur, l'on ne saurait lui reprocher, dans le contexte pr�cit�, d'avoir enfreint les r�gles de la bonne foi en ne communiquant pas ses conclusions aux recourants, qui n'avaient signal� qu'une seule fissure pr�s de trois ans et demi auparavant.
5.7.�A d�faut de dissimulation frauduleuse, le d�lai de prescription de cinq ans �tait applicable et a expir�. Contrairement � ce que plaident les recourants, ils ne peuvent pas m�me opposer en compensation leur cr�ance en garantie prescrite. Leurs droits sont en effet p�rim�s, d�s lors que le d�faut n'a pas �t� signal� dans le d�lai quinquennal (� ce sujet, cf. ATF 130 III 362 consid. 4.3; GAUCH, op. cit., n
os�2288, 2295 et 2732). Le fait que les recourants aient signal� une fissure en juillet 2003 ne change rien � cette analyse. L'avis de nouvelles fissures et du d�faut primaire concernant les malfa�ons dans l'isolation de la toiture a �t� donn� apr�s le d�lai de prescription quinquennal, sans que l'entrepreneur n'ait commis de fraude.
En d�finitive, le recours est rejet� dans la mesure o� il est recevable. En cons�quence, les recourants assumeront les frais de proc�dure et verseront une indemnit� de d�pens � l'intim� (art. 66 al. 1 et 5 LTF; art. 68 al. 1, 2 et 4 LTF).
Les frais judiciaires, arr�t�s � 5'000 fr., sont mis � la charge des recourants, solidairement entre eux.
Les recourants sont condamn�s solidairement � verser � l'intim� une indemnit� de 6'000 fr. � titre de d�pens.