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Timestamp: 2016-10-25 03:16:32+00:00
Document Index: 251957222

Matched Legal Cases: ['art. 292', 'art. 9', 'art. 48', 'art. 54', 'art. 55', 'art. 46', 'ATF ', 'art. 44', 'art. 46', 'art. 43', 'ATF ', 'art. 63', 'art. 64', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 55', 'ATF ', 'art. 63', 'art. 63', 'ATF ', 'art. 2', 'art. 2', 'art. 2', 'ATF ', 'ATF ', 'in fine', 'ATF ', 'ATF ', 'in fine', 'art. 2', 'art. 2', 'art. 3', 'art. 3', 'in fine', 'ATF ', 'art. 3', 'art. 16', 'ATF ', 'art. 3', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 3', 'art. 3', 'art. 3', 'art. 3', 'ATF ', 'art. 3', 'art. 3', 'art. 3', 'in fine', 'art. 3', 'art. 3', 'ATF ', 'art. 3', 'art. 9', 'ATF ', 'art. 292', 'art. 9', 'art. 156', 'art. 3', 'art. 292']

4C.375/2002 (02.05.2003)
4C.375/2002/svc
Arr�t du 2 mai 2003
Walter, Klett, Nyffeler et Favre.
Me Kamen Troller, avocat, rue de l'Ath�n�e 6,
case postale 393, 1211 Gen�ve 12,
d�fenderesse et intim�e, repr�sent�e par
Me Beno�t Chappuis, avocat, Grand'Rue 25,
case postale 5560, 1211 Gen�ve 11.
concurrence d�loyale; publicit� comparative,
recours en r�forme contre l'arr�t de la Chambre civile
de la Cour de justice du canton de Gen�ve
du 11 octobre 2002.
A.a X.________ AG, dont le si�ge est � A.________, appartient � un groupe de soci�t�s actif dans le domaine de l'optique. Elle dispose de nombreux points de vente en Suisse.
Y.________ SA, dont le si�ge est � B.________, est l'un des principaux concurrents de X.________ AG. Implant�e dans toute la Suisse, elle pratique une politique commerciale similaire en mati�re de bas prix.
A.b Le 28 mars 2001, "Z.________", magazine d'information � l'intention des consommateurs, a publi�, sous le titre (traduction fran�aise): "Lunettes: politique opaque des prix des opticiens", une �tude comparative des prix pratiqu�s dans le secteur de la lunetterie. La politique en mati�re de prix d'une douzaine d'opticiens, dont les deux soci�t�s susmentionn�es, a �t� examin�e sur la base d'un �chantillonnage de six mod�les de lunettes (quatre montures de lunettes optiques et deux paires de lunettes de soleil) et de deux mod�les de verres optiques. Les r�sultats obtenus ont �t� discut�s dans une partie r�dactionnelle, puis pr�sent�s sous la forme d'un tableau comparatif. "Z.________" a relev� que X.________ AG n'�tait pas toujours le concurrent le plus avantageux, puisque, dans quatre cas (trois montures et une paire de lunettes de soleil), Y.________ SA s'�tait r�v�l�e meilleur march� gr�ce � des offres promotionnelles limit�es dans le temps.
Le 9 mai 2001, "Z.________" a publi� un rectificatif intitul� "Falsche Preisangaben". Il y �tait pr�cis� qu'un opticien avait livr� de faux renseignements quant aux prix qu'il pratiquait. Tel n'�tait pas le cas des deux soci�t�s pr�cit�es. L'article soulignait, � leur sujet, que Y.________ SA �tait en mesure, par des actions limit�es dans le temps, d'offrir des prix tr�s avantageux mais que, lorsque l'on comparait les prix dits normaux, X.________ AG faisait presque toujours la meilleure offre pour la plupart des mod�les compar�s.
A.c Entre le 20 mai et le 6 juin 2001, Y.________ SA a fait para�tre, dans plusieurs journaux suisses, avec l'autorisation expresse de "Z.________" donn�e le 7 mai 2001, un article publicitaire intitul� (en fran�ais): "Optique: les r�sultats d'une �tude comparative de prix". L'article reprenait partiellement (quatre opticiens sur douze) le tableau publi� par "Z.________" mais ne faisait aucune r�f�rence au rectificatif. Une lettre "c)", �crite en petits caract�res apr�s certains des chiffres de la ligne du tableau concernant Y.________ SA, renvoyait � l'une des quatre notes figurant au pied du tableau, qui �tait ainsi libell�e: "c) Soldes � demi-prix. Action limit�e dans le temps". Le tableau publi� par Y.________ SA comportait une colonne, intitul�e "Total", qui faisait ressortir, par des chiffres en gros caract�res, le prix global de tous les articles compar�s. Dans le texte de sa publicit�, Y.________ SA se r�f�rait � l'enqu�te r�alis�e par "Z.________" pour pr�tendre �tre meilleur march� que ses concurrents ("Y.________, leader suisse du march� de l'optique, se r�v�le �tre le moins cher"). Elle expliquait cela par le fait que les collections des grandes marques qu'elle vendait sortaient en moyenne deux � quatre fois par an, si bien que "les collections d�mod�es" pouvaient faire l'objet de soldes � moiti� prix. L'annonce vantait, pour le surplus, la qualit� du conseil donn� et de l'accueil r�serv� aux clients de la soci�t�, ainsi que la rapidit� des services qui leur �taient propos�s.
X.________ AG a mis Y.________ SA en demeure de renoncer imm�diatement � cette campagne publicitaire qu'elle jugeait trompeuse et mensong�re. Face au refus de sa concurrente d'obtemp�rer, elle a requis des mesures provisionnelles visant � faire cesser ce qu'elle consid�rait �tre de la concurrence d�loyale. Statuant le 6 juin 2001, la Cour de justice du canton de Gen�ve a rejet� la requ�te de mesures provisionnelles au motif que le comportement de Y.________ SA ne pouvait �tre consid�r� comme d�loyal.
A.d Entre le 30 mars et le 18 novembre 2001, X.________ AG a �galement fait para�tre, dans divers quotidiens suisses, des annonces publicitaires. Elle y soulignait notamment ce qui suit: "Chez X.________, vous ne payez jamais trop. Les lunettes de marque vous sont propos�es � moiti� prix. Celui-ci est, en fait, 70% au-dessous du niveau du march�. Acheter ailleurs, c'est payer plus du double! ...". Cette publicit� ne se r�f�rait pas � l'analyse comparative r�alis�e par "Z.________".
Le 3 septembre 2001, X.________ AG a assign� Y.________ SA devant la Cour de justice genevoise � qui elle a demand� de:
1. Constater le caract�re illicite de l'article publicitaire de Y.________ SA dans la mesure o� il affirme:
�Selon une enqu�te parue le 28 mars dernier dans la revue "Z.________", magazine d'information � l'intention des consommateurs, Y.________, leader suisse du march� de l'optique, se r�v�le �tre le moins cher.�
�Cette entreprise suisse �vite de ce fait les interm�diaires et propose ainsi des verres de qualit� � des prix comp�titifs, de m�me qu'un service rapide et sur mesure.�
�En effet, il appara�t que sur les 8 produits identiques test�s, soit 4 montures optiques de marque, 2 paires de verres et 2 lunettes de soleil, Y.________ est en r�alit� moins cher que ses concurrents. [...] En r�sum�, lorsque l'on compare des produits comparables et que l'on tient compte de l'ensemble des prestations, le leader du march� suisse n'occupe pas cette position par hasard, mais bien parce qu'il est globalement le meilleur.�
2. Faire interdiction � Y.________ SA d'all�guer, dans ses publicit�s et autres publications, des phrases telles que:
�Y.________, leader du march� suisse du march� de l'optique, se r�v�le �tre le moins cher.�
�Y.________ est en r�alit� moins cher que ses concurrents ... En r�sum�, lorsque l'on compare des produits comparables et que l'on tient compte de l'ensemble des prestations, le leader du march� suisse n'occupe pas cette position par hasard, mais bien parce qu'il est globalement le meilleur.�
Et ceci sous les menaces des peines pr�vues � l'art. 292 CPS, soit des arr�ts et de l'amende.
3. Ordonner la publication du dispositif de l'arr�t � prononcer par Y.________ SA et � ses frais � deux reprises dans les journaux ...
La d�fenderesse a conclu au rejet de la demande.
Statuant par arr�t du 11 octobre 2002, la Chambre civile de la Cour de justice a d�bout� X.________ AG des fins de sa demande. Cet arr�t repose, en substance, sur les motifs suivants:
Le bien-fond� des reproches formul�s par la demanderesse doit �tre examin� � la lumi�re de la loi f�d�rale contre la concurrence d�loyale du 19 d�cembre 1986 (LCD; RS 241). La publicit� comparative est une pratique commerciale admissible au regard de cette loi � certaines conditions. Il en va de m�me de la publicit� qui reprend des �tudes comparatives.
En l'occurrence, la d�fenderesse n'a pas fauss�, dans son article publicitaire, les r�sultats de l'�tude r�alis�e par "Z.________". M�me si elle n'en a publi� qu'une partie, le consommateur n'a pas �t� induit en erreur dans la mesure o� elle lui a clairement expliqu� sa politique commerciale en mati�re de prix. Cette politique n'�tait pas vis�e par le rectificatif qui se bornait � stigmatiser le comportement d'un autre concurrent et, s'agissant des parties en litige, ne faisait que rappeler les conclusions de l'article initial.
La d�fenderesse n'a pas non plus d�pass� les limites assign�es � la publicit� comparative. Comme l'�tude du magazine "Z.________", elle a propos� une comparaison fond�e sur les prix effectifs � payer par le consommateur, sans omettre de pr�ciser que certains d'entre eux d�coulaient d'offres promotionnelles. Le reproche qui lui est fait d'avoir mentionn�, dans sa publicit�, des prix qui n'�taient d�j� plus d'actualit� tombe �galement � faux, d'autant plus que ladite soci�t� pratique, de mani�re permanente, une politique commerciale de soldes � moiti� prix. L'insertion d'une colonne suppl�mentaire dans le tableau comparatif ne saurait �tre qualifi�e de comportement d�loyal: d'une part, le prix de chaque produit ressort clairement des chiffres d�taill�s reproduits dans ce tableau; d'autre part et en tout �tat de cause, le montant total qui y est indiqu� n'est pas susceptible d'influencer le comportement des consommateurs, car il est peu vraisemblable que ceux-ci acqui�rent l'ensemble des �l�ments constituant le lot retenu pour effectuer la comparaison.
La d�fenderesse se voit, en outre, reprocher sans raison valable d'avoir m�connu le principe de v�racit� dans sa publicit� superlative. D'abord, elle n'a pas formul� ses arguments publicitaires en leur donnant l'apparence que l'organisme neutre qui avait proc�d� � l'�tude comparative des prix avait cautionn� les all�gations subjectives utilis�es dans les articles publicitaires. Ensuite, la d�fenderesse n'a pas menti en pr�tendant �tre meilleur march� que ses concurrents: le propos s'av�re exact si l'on tient compte de la colonne "Total" relative � tout l'assortiment examin�; certes, l'affirmation doit �tre nuanc�e si l'on consid�re individuellement chaque produit, mais la d�fenderesse n'a pas pass� cette circonstance sous silence d�s lors que le tableau publi� par elle permet de comparer les prix pratiqu�s pour chaque produit; au demeurant, les �l�ments appr�ciatifs utilis�s dans la publicit� comparative sont in�vitablement empreints de la partialit� inh�rente � ce type de publicit�. Enfin, all�guer, comme l'a fait la d�fenderesse, que l'on est le leader du march� suisse dans un secteur donn� rel�ve d'une r�clame superlative ne constituant pas une concurrence d�loyale.
Force est de souligner, par ailleurs, que la demanderesse "a �galement contrevenu aux principes de v�racit� et de loyaut� relatifs � la publicit� comparative", sa publicit� tapageuse ayant �t� clairement d�mentie par les r�sultats de l'enqu�te publi�e par "Z.________" et �tant donc manifestement mensong�re. Aussi le principe de la bonne foi interdit-il � la demanderesse de fustiger le comportement de sa concurrente, alors qu'elle-m�me fait preuve de d�loyaut� dans sa propre publicit�.
En conclusion, comme la d�fenderesse n'a pas agi de fa�on d�loyale, l'action de la demanderesse n'est pas fond�e pour ce motif d�j�, sans qu'il soit n�cessaire d'examiner les autres conditions d'application de l'art. 9 LCD.
Parall�lement � un recours de droit public qui a �t� rejet�, dans la mesure o� il �tait recevable, par arr�t s�par� de ce jour, la demanderesse interjette un recours en r�forme au Tribunal f�d�ral. Elle y reprend les conclusions au fond qu'elle avait soumises aux premiers juges. Les griefs articul�s dans ce recours seront indiqu�s � l'occasion de leur examen.
La d�fenderesse propose le rejet du recours en r�forme.
1.1 Interjet� par la partie qui a succomb� dans ses conclusions tendant notamment � faire constater le caract�re pr�tendument d�loyal du comportement adopt� par la partie adverse, sa principale concurrente, dans la campagne publicitaire incrimin�e, et dirig� contre un jugement final rendu en instance unique par le tribunal supr�me du canton concern� (art. 48 al. 1 OJ), le recours en r�forme est en principe recevable, puisqu'il a �t� d�pos� en temps utile (art. 54 al. 1 OJ) dans les formes requises (art. 55 OJ).
Les contestations en mati�re de concurrence d�loyale sont soumises aux dispositions de l'art. 46 OJ. Elles ne sont donc susceptibles d'un recours en r�forme que lorsque la valeur litigieuse atteint le seuil de 8'000 fr. Ce principe s'applique m�me si, comme c'est ici le cas, la partie demanderesse n'a pas pris de conclusions en paiement de dommages-int�r�ts (ATF 103 II 211 consid. 1; Jean-Fran�ois Poudret, COJ, n. 1.3.5 ad art. 44 et n. 1.2 ad art. 46 p. 234; Kamen Troller, Manuel du droit suisse des biens immat�riels, Tome II, 2e �d. [cit� ci-apr�s: Manuel], p. 1025). En l'occurrence, sur le vu des explications non contest�es fournies par la demanderesse, il est manifeste que la valeur litigieuse d�passe nettement le minimum requis.
Rien ne s'oppose donc � l'entr�e en mati�re.
1.2 Le recours en r�forme est ouvert pour violation du droit f�d�ral, mais non pour violation directe d'un droit de rang constitutionnel (art. 43 al. 1 OJ) ou pour violation du droit cantonal (ATF 127 III 248 consid. 2c; 126 III 189 consid. 2a, 370 consid. 5). Saisi d'un recours en r�forme, le Tribunal f�d�ral doit conduire son raisonnement juridique sur la base des faits contenus dans la d�cision attaqu�e, � moins que des dispositions f�d�rales en mati�re de preuve n'aient �t� viol�es, qu'il y ait lieu � rectification de constatations reposant sur une inadvertance manifeste (art. 63 al. 2 OJ) ou qu'il faille compl�ter les constatations de l'autorit� cantonale parce que celle-ci a consid�r� � tort des faits r�guli�rement all�gu�s comme �tant sans pertinence (art. 64 OJ; ATF 127 III 248 consid. 2c; 126 III 59 consid. 2a). Si la partie recourante pr�sente un �tat de fait qui s'�carte de celui contenu dans la d�cision attaqu�e sans se pr�valoir avec pr�cision de l'une des exceptions qui viennent d'�tre rappel�es, il n'est pas possible d'en tenir compte (ATF 127 III 248 consid. 2c). Il ne peut �tre pr�sent� de griefs contre les constatations de fait, ni de faits ou de moyens de preuve nouveaux (art. 55 al. 1 let. c OJ). L'appr�ciation des preuves et les constatations de fait qui en d�coulent ne peuvent donner lieu � un recours en r�forme (ATF 127 III 543 consid. 2c p. 547; 126 III 189 consid. 2a; 125 III 78 consid. 3a).
Le Tribunal f�d�ral ne peut aller au-del� des conclusions des parties, mais il n'est pas li� par les motifs qu'elles invoquent (art. 63 al. 1 OJ), ni par l'argumentation juridique retenue par la cour cantonale (art. 63 al. 3 OJ; ATF 128 III 22 consid. 2e/cc p. 29; 127 III 248 consid. 2c; 126 III 59 consid. 2a).
2.1 Dans une argumentation subsidiaire critiqu�e par la demanderesse, la Cour de justice consid�re que celle-ci ne saurait faire grief � la d�fenderesse d'avoir adopt� un comportement pr�tendument d�loyal d�s lors qu'elle a fait preuve de d�loyaut� dans sa propre pratique publicitaire. Aussi lui d�nie-t-elle, en vertu du principe de la bonne foi, la qualit� pour agir en justice contre sa concurrente.
Cette argumentation repose sur des donn�es factuelles qui n'ont pas �t� jug�es arbitraires dans l'arr�t rendu s�par�ment ce jour par la Cour de c�ans sur le recours de droit public connexe exerc� par la demanderesse. Elle suffirait � justifier la solution retenue par les juges cantonaux m�me s'il fallait admettre, contrairement � leur opinion, que la d�fenderesse a commis des actes de concurrence d�loyale. Aussi l'�conomie de la proc�dure commande-t-elle d'examiner en premier lieu les critiques dirig�es contre cette argumentation subsidiaire, car, si elles se r�v�laient infond�es, le sort du litige s'en trouverait scell�, que l'argumentation principale - elle soul�ve des probl�mes d�licats - viole ou non le droit f�d�ral.
2.2 L'argumentation subsidiaire critiqu�e correspond � ce qu'il est convenu d'appeler, par r�f�rence au droit anglo-saxon, l'objection des "unclean hands" (sur la question, cf., parmi d'autres: Carl Baudenbacher, Lauterkeitsrecht, B�le/Gen�ve/Munich 2001, n. 35 ss ad art. 2 LCD; Mario M. Pedrazzini/Federico A. Pedrazzini, Unlauterer Wettbewerb UWG, 2e �d., n. 4.69; J�rg M�ller, in Schweizerisches Immaterialg�ter- und Wettbewerbsrecht, vol. V/1, 2e �d., p. 11; Sibylle M. Wirth, Vergleichende Werbung in der Schweiz, den USA und der EG, th�se Zurich 1993, p. 250 ch. 8; pour le droit allemand, voir notamment: Adolf Baumbach/Wolfgang Hefermehl, Wettbewerbsrecht, 22e �d., n. 448 ss ad UWG Einl; J�rgen Pr�lss, Der Einwand der "unclean hands" im B�rgerlichen Recht sowie im Wettbewerbs- und Warenzeichenrecht, in Zeitschrift f�r das gesamte Handelsrecht und Wirtschaftsrecht 121/1968 p. 35 ss; Christian-F. Friehe, "unclean hands" und lauterer Wettbewerb, in Wettbewerb in Recht und Praxis 33/1987 p. 439 ss, avec une typologie des cas de "unclean hands"). Cette objection signifie, litt�ralement, que quiconque a "les mains sales" ne peut pas reprocher � autrui de les avoir dans le m�me �tat. En d'autres termes, admettre une telle objection revient � refuser la protection de la loi � celui qui ne la respecte pas lui-m�me. C'est imputer au demandeur une attitude contraire aux r�gles de la bonne foi et un abus manifeste de son droit d'agir en justice (art. 2 CC). Certes, un tel comportement ne rend pas licite la violation du droit par le d�fendeur, mais il a un effet paralysant en ce sens qu'il prive le demandeur de la possibilit� de faire sanctionner cette violation par le juge.
Il n'existe pas de r�gle g�n�rale voulant que seul celui qui respecte la loi puisse en r�clamer le respect (cf. Hans Merz, Commentaire bernois, n. 582 ss ad art. 2 CC). Aussi la jurisprudence f�d�rale exclut-elle de longue date la susdite objection, m�me si elle n'utilise pas l'expression qui la caract�rise ("unclean hands"). Elle s'en est expliqu�e dans l'arr�t publi� aux ATF 81 II 65 consid. 4 et confirm� par la suite (ATF 104 II 124 consid. 4a p. 129). Selon cet arr�t, la concurrence d�loyale imputable � la partie d�fenderesse suffit � l�gitimer l'action de la partie demanderesse, sans que cette derni�re puisse se voir opposer un abus de droit quand bien m�me elle se serait rendue coupable, elle aussi, de concurrence d�loyale. Adopter l'opinion contraire �quivaudrait, en effet, � rendre la loi sur la concurrence d�loyale inapplicable lorsque deux ou plusieurs entreprises se font une concurrence d�loyale. Les cas o� la concurrence d�g�n�rerait de fa�on particuli�rement grave �chapperaient ainsi � la justice, alors que l'intervention du juge serait des plus n�cessaires. Telle n'a pas pu �tre l'intention du l�gislateur. Il a, au contraire, voulu que, dans l'int�r�t de la lutte contre les abus de concurrence, d�s que les r�gles de la bonne foi sont viol�es, tout concurrent l�s� par de tels agissements puisse exercer les actions pr�vues par la loi. Si donc, de son c�t�, la partie d�fenderesse estime que son adverse partie a �galement enfreint les r�gles de la concurrence, il lui est loisible de l'actionner en justice (dans le m�me sens, au niveau cantonal, voir l'arr�t du Tribunal sup�rieur argovien publi� in RSPI 1981 p. 160 ss, 166/167).
La doctrine suisse partage cet avis (voir les auteurs pr�cit�s, ibid.), tandis que la doctrine allemande, plus h�t�roclite, semble vouloir laisser la porte ouverte � l'objection des "unclean hands" dans certaines hypoth�ses (voir les auteurs pr�cit�s, en particulier Pr�lss, op. cit., p. 70 ss et Friehe, op. cit., p. 442 s. ch. 5), suivie en cela, au point de vue th�orique du moins, par la jurisprudence (voir par ex. les arr�ts publi�s in GRUR 1957 p. 24, avant-dernier � in fine, et 1971 p. 584 ch. 3, ainsi que la jurisprudence mentionn�e par Friehe, op. cit., p. 447 ch. 2).
La jurisprudence actuelle, en tant qu'elle exclut l'objection des "unclean hands" m�rite d'�tre confirm�e. De m�me que le citoyen ne peut en principe pas faire valoir un droit � l'�galit� de traitement dans l'ill�galit� (ATF 127 I 1 consid. 3a et les r�f�rences), de m�me un concurrent ne saurait-il se pr�valoir de l'ill�galit� du comportement d'un ou de plusieurs concurrents pour adopter un comportement semblable et r�clamer l'impunit� de ce chef en soulevant l'objection en question (cf. l'arr�t argovien pr�cit�, RSPI 1981 p. 167: "Unrecht schafft kein Recht"). A ce d�faut, la loi contre la concurrence d�loyale deviendrait lettre morte puisque l'on tol�rerait que la victime d'un acte de concurrence d�loyale se fasse justice en adoptant elle-m�me un comportement d�loyal. Un autre motif milite contre l'admissibilit� de ladite objection: il s'agit du caract�re tridimensionnel du droit de la concurrence, lequel a ceci de particulier qu'il vise la protection non seulement des concurrents, mais �galement de la collectivit� et des consommateurs (ATF 120 IV 287 consid. 2f p. 293 s.; Kamen Troller, Pr�cis du droit suisse des biens immat�riels, B�le/Gen�ve/Munich 2001 [cit� ci-apr�s: Pr�cis], p. 329 in fine; Ania Koralnik, La publicit� comparative en droit suisse et en droit europ�en, in RSDA 2000 p. 116 n. 63 avec d'autres r�f�rences). Cette sp�cificit� rev�t toute son importance dans le domaine de la publicit� comparative, ici en cause, o� l'accent est mis au premier chef sur la protection du consommateur et la transparence des informations qu'elle suppose (cf. le Message du Conseil f�d�ral � l'appui de la LCD [cit� ci-apr�s: Message], in FF 1983 II 1037 ss, sp�c. p. 1081 et 1096 ss; Lucas David/Mark A. Reutter, Schweizerisches Werberecht, 2e �d., p. 115). Or, il va sans dire que, dans la mesure o� une action intent�e par un concurrent contre un autre concurrent, en vue de faire respecter les r�gles de la concurrence, int�resse indirectement la collectivit� en g�n�ral et les consommateurs en particulier, elle concerne �galement des tiers auxquels on ne saurait opposer le comportement d�loyal de la partie demanderesse. Il y a l� une raison suppl�mentaire pour ne pas admettre l'objection des "unclean hands". Celle-ci ne pourrait entrer en ligne de compte, tout au plus, que dans l'hypoth�se o� les effets du comportement d�loyal incrimin� se feraient sentir exclusivement ou essentiellement dans le rapport de concurrence liant les parties en litige, sans que la situation des tiers (autres concurrents et consommateurs) ou de la collectivit� en soit affect�e. Tel n'�tant pas le cas en l'esp�ce, il n'y a pas lieu de pousser plus avant l'examen sur ce point (cf. Baudenbacher, op. cit., n. 38 ad art. 2 LCD, lequel exclut de soulever l'objection m�me en pareille hypoth�se).
2.3 Pour admettre l'objection des "unclean hands", la Cour de justice s'est fond�e sur un arr�t zurichois publi� in ZR 82/1983 n� 96 et r�sum� in Isabelle Romy/Eve Wollmann Gautier/Martin Wernli, Concurrence d�loyale, Cedidac, Lausanne 1989, p. 159. Toutefois, hormis le fait que ce pr�c�dent n'est pas conforme � la jurisprudence du Tribunal f�d�ral, les consid�rations qui y figurent ne peuvent pas �tre reprises telles quelles dans la pr�sente cause. Le Tribunal sup�rieur �tait en effet saisi d'une action en dommages-int�r�ts que l'�diteur d'un "plan de ville pour hommes" avait ouverte contre un imprimeur pirate de son plan. Il a admis l'objection d'abus de droit soulev�e par le d�fendeur dans le cadre de cette action en r�paration, tout en soulignant qu'il l'aurait �cart�e si le demandeur avait pris des conclusions en cessation de trouble afin que son nom ne soit pas utilis� de mani�re trompeuse (pour une semblable diff�renciation op�r�e en fonction du type d'action, cf. Baumbach/Hefermehl, op. cit., n. 449 � 451a ad UWG Einl; contre une telle diff�renciation: Baudenbacher, op. cit., n. 36 ad art. 2 LCD). C'est dire que, m�me sur la base de la jurisprudence zurichoise invoqu�e par elle, la Cour de justice, qui n'�tait saisie que d'une action en constatation de droit et en interdiction ou cessation de trouble, aurait d� �carter l'objection des "unclean hands". En ne le faisant pas, elle a viol� le droit f�d�ral.
Cela �tant, il est n�cessaire d'examiner le bien-fond� de l'argumentation principale sur laquelle repose l'arr�t attaqu�.
La demanderesse fait grief � la cour cantonale d'avoir viol� les r�gles du droit f�d�ral r�gissant la publicit� comparative en ne sanctionnant pas, sous l'angle de la concurrence d�loyale, la pratique publicitaire de la d�fenderesse.
3.1.1 A la diff�rence d'autres pays (l'Allemagne, par exemple), la Suisse a toujours consid�r� la publicit� comparative comme �tant en principe licite (voir l'�num�ration chronologique des arr�ts du Tribunal f�d�ral publi�s en la mati�re, faite par Magda Streuli-Youssef, Unlautere Werbe- und Verkaufsmethoden [Art. 3 UWG], in Schweizerisches Immaterialg�ter- und Wettbewerbsrecht, vol. V/1, 2e �d., p. 126 n. 37; pour la situation dans les pays limitrophes de la Suisse et en droit europ�en, cf. Baudenbacher, op. cit., n. 10 � 25 ad art. 3 let. e LCD avec d'autres r�f�rences). En effet, la publicit� comparative favorise la transparence des march�s, sert � l'information du public et fournit au consommateur la possibilit� de faire le choix le plus avantageux pour lui (cf. Message, op. cit., p. 1081; David/Reutter, ibid.; Lucas David, Schweizerisches Wettbewerbsrecht, 3e �d., n. 247). Encore faut-il qu'elle respecte les principes g�n�raux de la loyaut� commerciale. Consacrant une jurisprudence constante du Tribunal f�d�ral, l'art. 3 let. e LCD lui assigne, en cons�quence, des limites afin qu'il en aille ainsi. Aux termes de cette disposition, agit de fa�on d�loyale celui qui compare, de fa�on inexacte, fallacieuse, inutilement blessante ou parasitaire sa personne, ses marchandises, ses oeuvres, ses prestations ou ses prix avec celles ou ceux d'un concurrent ou qui, par de telles comparaisons, avantage des tiers par rapport � leurs concurrents. Il suffit qu'un seul des diff�rents faits constitutifs mentionn�s dans cette disposition existe pour que la publicit� devienne d�loyale (Message, op. cit., p. 1096 in fine).
Selon la jurisprudence et la doctrine, � l'instar d'autres m�thodes publicitaires, la comparaison doit �tre objective, v�ridique et r�aliste. Une comparaison est inexacte lorsqu'elle repose sur des donn�es fausses. Cela suffit � lui conf�rer un caract�re d�loyal. Mais une comparaison qui s'appuie sur des donn�es v�ridiques peut �galement rev�tir un tel caract�re, si ces donn�es sont impr�cises, secondaires ou incompl�tes et qu'elles sont propres � susciter des erreurs aupr�s d'une partie non n�gligeable du public. Doit �tre qualifi�e de fallacieuse, notamment, la comparaison qui prend en consid�ration des facteurs secondaires sans mentionner des circonstances essentielles. D'un autre c�t�, une comparaison n'est pas constitutive de concurrence d�loyale du simple fait qu'elle n'inclut pas tous les crit�res concevables, pour autant que cette limitation y soit �nonc�e sans �quivoque de mani�re � ne pas sugg�rer que les offres ont �t� soumises � un test comparatif complet (ATF 125 III 286 consid. 5a et les r�f�rences; voir aussi, parmi d'autres: Baudenbacher, op. cit., n. 39 ss ad art. 3 let. e LCD; Troller, Manuel, p. 953 ss et Pr�cis, p. 364 s.; Koralnik, op. cit., p. 117 s.). De surcro�t, on ne comparera que ce qui est comparable. Cela vaut en particulier pour les comparaisons de prix, lesquelles ne sont admissibles que lorsqu'elles portent sur des quantit�s et qualit�s identiques; elles doivent, en outre, respecter les dispositions de l'ordonnance du 11 d�cembre 1978 sur l'indication des prix (OIP, RS 942.211; art. 16 ch. 1 let. c et ch. 5). Pour pr�venir les conclusions erron�es que le public pourrait en tirer, il conviendra d'indiquer, au besoin, les fondements arithm�tiques de la comparaison des prix (ATF 125 III 286 consid. 5a p. 289; 104 II 124 consid. 5b p. 133, chacun avec des r�f�rences; Baudenbacher, op. cit., n. 122 ss ad art. 3 let. e LCD; Troller, Manuel, p. 953 et 1002). La transparence sera �galement de mise en ce qui concerne les diff�rents types de prix retenus pour la comparaison. Il est ainsi exclu, par exemple, de comparer un prix r�sultant d'une offre sp�ciale (prix de lancement, prix sold�, prix de gros, etc.) avec un prix dit normal sans faire clairement �tat de la sp�cificit� de cette offre (cf., mutatis mutandis, ATF 116 IV 371 consid. 2d).
Pour d�terminer si une publicit� comparative contient des indications inexactes ou fallacieuses, le juge doit se placer du point de vue du destinataire. Ce qui importe, c'est le sens que le lecteur est fond� de bonne foi � donner � la publicit� selon l'exp�rience de la vie et les circonstances du cas particulier (cf. ATF 94 IV 34 consid. 1 p. 36; David/Reutter, op. cit., p. 116). Il s'agit d'un acheteur suisse moyen, non professionnel et normalement dou� (cf. Koralnik, op. cit., p. 118; Baudenbacher, op. cit., n. 44, 47 et 57 ad art. 3 let. e LCD). D�s que cet acheteur type risque d'�tre tromp� ou induit en erreur, la d�marche du concurrent est d�loyale; la preuve que ce risque s'est concr�tis� n'est pas exig�e (Troller, Pr�cis, p. 337; Baudenbacher, op. cit., n. 58 ad art. 3 let. e LCD). Il ne faut d'ailleurs pas sous-estimer le pouvoir attractif et l'impact de la publicit� sur le consommateur moyen, ni surestimer la capacit� d'attention et l'esprit critique de celui-ci. De fait, pour ce consommateur, comparaison sera souvent raison. Aussi se justifie-t-il de poser des exigences relativement s�v�res, s'agissant d'appr�cier le caract�re trompeur d'une publicit� comparative, sous peine d'ouvrir la porte � tous les abus (cf. David/Reutter, ibid.).
3.1.2 La publicit� dite superlative (Alleinstellungswerbung, Superlativwerbung) constitue une forme de publicit� comparative tr�s pris�e en Suisse (Streuli-Youssef, op. cit., p. 129). Elle se caract�rise par le fait que son auteur compare ses propres prestations non pas uniquement avec celles de tel ou tel concurrent d�termin�, mais avec les prestations de l'ensemble de la concurrence (David, op. cit., n. 260). Dans la mesure o� il contient des donn�es concr�tes et objectivement v�rifiables, ce genre de publicit� tombe sous le coup de l'art. 3 let. e LCD; ces donn�es doivent donc �tre exactes (Streuli-Youssef, ibid.; David, op. cit., n. 262; David/Reutter, op. cit., p. 120; Koralnik, op. cit., p. 117; Baudenbacher, op. cit., n. 41 ad art. 3 let. e LCD). Il en va ainsi du prix (Thomas Wyler, Werbung mit dem Preis als unlauterer Wettbewerb, th�se B�le 1990, p. 97). Partant, celui qui affirme que ses prix sont "les plus bas de Suisse" est tenu de prouver ses dires (voir l'arr�t du Tribunal f�d�ral C.271/1981 du 12 novembre 1981, publi� in RSPI 1983 p. 109 ss de m�me que l'ATF 94 IV 34; pour d'autres exemples, cf. David, op. cit., n. 257 et 262; voir aussi l'arr�t du Tribunal de commerce de Zurich du 6 novembre 1998 reproduit in sic! 2001 p. 41 ss). Plus g�n�ralement, il convient de faire preuve d'une grande prudence si l'on pr�tend �tre unique. On ne peut rien objecter � l'affirmation lorsqu'elle est vraie. Toutefois, s'il existe un doute, il est pr�f�rable d'y renoncer (Troller, Pr�cis, p. 338).
En revanche, lorsqu'une r�clame n'�veille que l'impression d'une emphase publicitaire, lorsqu'elle a recours � des jugements de valeur, � des expressions de volont� subjective ou � des exag�rations reconnaissables par le destinataire ("le must", "le fin du fin", "la plus belle cr�ation de l'homme", "la meilleure odeur du monde", "l'unique voiture de vos r�ves", "l'appareil de photo incomparable", "la lessive qui nettoie la concurrence", etc.), cette r�clame tapageuse ne pr�te pas le flanc � la critique sous l'angle de l'art. 3 let. e LCD (Troller, Pr�cis, p. 337 s.; Koralnik, op. cit., p. 113 s. et 117; David, op. cit., n. 261 avec des exemples).
3.1.3 La publicit� comparative peut aussi consister en l'utilisation de tests comparatifs � des fins publicitaires (sur les tests eux-m�mes, cf. parmi d'autres: Bernard Abrecht, La lic�it� des tests comparatifs, th�se Lausanne 1994, passim). La lic�it� de l'usage publicitaire d'un test fait avec s�rieux, soit de fa�on neutre et objective, par des personnes comp�tentes, n'est pas discutable. Cependant, il va de soi que ceux qui veulent tirer parti d'un test doivent le faire de fa�on absolument loyale et compl�te afin que le public puisse avoir une compr�hension exacte et enti�re de l'�tude effectu�e (Edmond Martin-Achard, La loi f�d�rale contre la concurrence d�loyale du 19 d�cembre 1986, Lausanne 1988, p. 60). Le concurrent qui utilise un test comparatif pour sa publicit� devra donc faire preuve de r�serve et d'objectivit� pour ne pas faire ressortir uniquement les �l�ments en faveur de son produit. Il devra aussi mentionner ceux qui le sont moins et ne pas taire des �l�ments importants (Troller, Pr�cis, p. 344 s. et Manuel, p. 954 s.). Il �vitera de n'en citer qu'une partie ou de les extraire de leur contexte et sollicitera l'autorisation expresse de l'auteur du test effectu� par un institut neutre lorsqu'il entend citer son nom (David, op. cit., n. 263 s.; David/Reutter, op. cit., p. 121 s.; Baudenbacher, op. cit., n. 130 ad art. 3 let. e LCD). Enfin, le concurrent veillera tout particuli�rement � ne pas franchir les limites de la concurrence loyale lorsqu'il voudra ajouter son propre commentaire aux r�sultats du test, car cette mani�re de proc�der comporte un risque �vident d'abus (Baudenbacher, op. cit., n. 129 ad art. 3 let. e LCD).
Pour le surplus, le concurrent qui utilise les r�sultats d'un test comparatif assume lui-m�me la responsabilit� de ces r�sultats du point de vue tant de leur exactitude que de leur exhaustivit� (Message, op. cit., p. 1098 in fine; Baudenbacher, op. cit., n. 129 ad art. 3 let. e LCD; Wyler, op. cit., p. 108).
Il convient d'examiner, � la lumi�re de ces principes et au regard des griefs articul�s dans le recours en r�forme, si les consid�rations �mises par la Cour de justice � l'appui de son argumentation principale violent le droit f�d�ral.
3.2.1 A titre pr�alable, il y a lieu de r�futer l'argument que la demanderesse croit pouvoir tirer du texte m�me de la motivation subsidiaire de l'arr�t attaqu�, dont il a �t� question plus haut (cf. consid. 2). Dans le passage topique, la Cour de justice rel�ve que la demanderesse "a �galement contrevenu aux principes de v�racit� et de loyaut� relatifs � la publicit� comparative ...". A en croire la demanderesse, l'adverbe utilis� par les juges cantonaux dans ce passage signifierait qu'ils �taient conscients du fait que la d�fenderesse avait en premier lieu m�connu ces principes. Il n'en est rien. Comme le souligne � juste titre la d�fenderesse dans sa r�ponse au recours, le passage cit�, replac� dans son contexte, ne saurait rev�tir la signification que lui pr�te la demanderesse et l'ambigu�t� cr��e par l'utilisation de l'adverbe "�galement" ne constitue rien de plus qu'une impr�cision de plume de la part de la cour cantonale. En effet, si tel n'�tait pas le cas, on ne comprendrait pas pour quelle raison cette autorit� se serait employ�e � d�montrer de mani�re d�taill�e l'absence de tout comportement d�loyal imputable � la d�fenderesse. Tout porte � croire, en r�alit�, que c'est en se pla�ant dans la perspective du raisonnement tenu par la demanderesse, c'est-�-dire en admettant, par hypoth�se, l'existence d'actes de concurrence d�loyale commis par la d�fenderesse, que la Cour de justice a constat� que la demanderesse avait "�galement" contrevenu aux principes gouvernant la publicit� comparative. Y voir, avec la demanderesse, la reconnaissance judiciaire d'une pratique d�loyale de la d�fenderesse rel�ve, d�s lors, du sophisme.
3.2.2 Il est constant que, par lettre du 7 mai 2001, le magazine "Z.________" a autoris� la d�fenderesse � faire �tat, dans sa publicit�, des r�sultats de l'�tude comparative des prix pratiqu�s dans le secteur de la lunetterie qu'il avait publi�e le 28 mars 2001, pour autant qu'elle en cite la source, ce qui a bien �t� le cas. Aussi l'utilisation, � des fins publicitaires, de cette �tude effectu�e par un tiers n'est-elle pas critiquable dans son principe. Encore faut-il v�rifier si la mani�re dont l'int�ress�e a tir� parti de ce test comparatif reste dans les limites d'une concurrence loyale, telles qu'elles ont �t� fix�es par la jurisprudence et la doctrine susmentionn�es.
Comme on peut s'en convaincre en mettant en parall�le l'article publicitaire incrimin� et l'�tude comparative publi�e par "Z.________", celui-l� ne reproduit qu'en partie les r�sultats de celle-ci. Non seulement, il passe sous silence le texte accompagnant le tableau comparatif des prix pratiqu�s par les opticiens, mais encore il ne reproduit que partiellement ce tableau, sans pr�ciser d'ailleurs qu'il l'a tronqu�, ne retenant que quatre des douze opticiens qui y figurent. Ce mode de faire est d�j� sujet � caution dans la mesure o� il ne refl�te pas de mani�re compl�te les r�sultats dont l'un des opticiens concern�s entend tirer parti dans un but publicitaire. La premi�re omission est propre � induire le public en erreur, car elle conf�re au tableau comparatif une port�e qu'il n'a pas si on le replace dans son contexte. De fait, ce tableau ne visait de toute �vidence qu'� illustrer le propos de l'auteur de l'article, qui entendait d�montrer le caract�re opaque des prix pratiqu�s dans le secteur de la lunetterie, comme l'atteste le jeu de mots utilis� dans le titre de son �tude. Quant � la seconde omission, elle conf�re graphiquement au tableau ins�r� dans l'article publicitaire un pouvoir attractif plus important que celui du tableau initial, d�s lors qu'elle a pour effet de mettre directement en comp�tition, aux yeux du lecteur, les principaux concurrents qui se partagent le march� suisse de l'optique, au lieu qu'ils se fondent dans le groupe plus �toff� des opticiens inclus dans le test comparatif. La Cour de justice consid�re pourtant que les donn�es non mentionn�es par la d�fenderesse sont sans influence sur le rapport de concurrence des parties en litige. Outre qu'elle est fausse, pour les motifs qui viennent d'�tre indiqu�s, une telle opinion n'est pas conciliable avec le principe voulant que, pour d�terminer si une publicit� comparative contient des indications inexactes ou fallacieuses, le juge se place du point de vue du destinataire, soit de l'acheteur moyen.
Si la d�fenderesse n'a reproduit qu'in parte qua les r�sultats de l'�tude comparative, elle a fait abstraction totale du rectificatif publi� le 9 mai 2001 par "Z.________". La demanderesse le lui reproche. Selon elle, ce rectificatif visait certes � d�noncer le comportement critiquable d'un concurrent qui avait pris part � l'enqu�te, mais il apportait aussi un correctif � l'�tude comparative publi�e le 28 mars 2001 en ce sens qu'il �tablissait sa supr�matie en mati�re de bas prix si l'on faisait abstraction des actions sp�ciales de la d�fenderesse, limit�es dans le temps. Sur ce point, il faut toutefois admettre, � l'instar de la cour cantonale, que le rectificatif ne constituait pas � proprement parler un correctif pour les parties en litige, mais qu'il ne faisait que rappeler, sous une autre forme, les conclusions de l'�tude initiale quant aux prix pratiqu�s par la demanderesse et la d�fenderesse. Aussi bien, c'est �noncer la m�me proposition sous un angle diff�rent que d'affirmer, ici, qu'un concurrent (la demanderesse) n'est pas toujours le plus avantageux si l'on tient compte des prix offerts par un autre commer�ant (la d�fenderesse) dans le cadre d'actions sp�ciales limit�es dans le temps et, l�, que ce concurrent est, en r�gle g�n�rale, le moins cher si l'on fait abstraction de telles actions. Dans les deux cas, on donne � penser que ledit concurrent est habituellement le meilleur march�. Reste que, dans ce rectificatif, comme dans la lettre du 7 mai 2001 autorisant la d�fenderesse � reprendre les r�sultats de son �tude comparative, "Z.________" mettait l'accent sur la relation de cause � effet existant entre les offres temporaires et la modicit� des prix. Il conviendra d'examiner plus loin si la d�fenderesse en a fait de m�me dans sa publicit�.
3.2.3 La pr�sentation graphique du tableau comparatif ins�r� dans l'article publicitaire et le contenu du texte qui accompagne ce tableau ont trouv� gr�ce aux yeux des premiers juges. La demanderesse ne partage pas cet avis. Selon elle, diverses raisons auraient d� conduire ceux-ci � sanctionner cette pratique publicitaire de la d�fenderesse sous l'angle de la concurrence d�loyale.
Avant d'examiner de mani�re plus approfondie les critiques formul�es par la demanderesse dans ce cadre-l�, il convient d'observer, � la suite de celle-ci, que la d�fenderesse, au cas o� elle aurait effectivement commis des actes de concurrence d�loyale, ne saurait exclure sa responsabilit� de ce chef en se pr�valant de la pr�tendue concordance entre le tableau comparatif qu'elle a ins�r� dans son article publicitaire et celui que "Z.________" avait publi� dans son magazine. En effet, comme on l'a indiqu� plus haut, le concurrent qui utilise un test comparatif pour ses propres besoins assume la m�me responsabilit� que l'auteur du test. La d�fenderesse ne peut donc pas �chapper � sa responsabilit� du seul fait qu'elle a utilis� le m�me outil graphique que "Z.________", si cet outil �tait insuffisant. L'opinion contraire, apparemment profess�e par la cour cantonale, n'est pas conforme au droit f�d�ral.
La mani�re dont la d�fenderesse a reproduit le tableau comparatif dans son article publicitaire appara�t critiquable � plus d'un titre. On a d�j� not�, par ailleurs, qu'il s'agit d'un tableau tronqu� o� ne figurent les noms que de quatre des douze concurrents mentionn�s dans le tableau publi� par "Z.________". Force est �galement de constater que, dans l'�nonc� des noms des concurrents retenus par elle, la d�fenderesse a invers� l'ordre de pr�sentation suivi par "Z.________": alors que le magazine l'avait plac�e en seconde position dans la colonne de gauche de son tableau comparatif, elle s'est au contraire attribu� la place d'honneur dans son propre tableau pour donner du relief au classement reproduit dans celui-ci. La mise en �vidence du fait que certains des prix pratiqu�s par la d�fenderesse r�sultaient d'une action temporaire laisse aussi � d�sirer. La r�daction du magazine "Z.________" en �tait du reste consciente, qui avait sugg�r� � la d�fenderesse de faire ressortir cette circonstance dans sa publicit�. Effectivement, le proc�d� consistant � signaler la chose par un renvoi, au moyen d'une lettre �crite en petits caract�res, � l'une des quatre notes, elles aussi r�dig�es en petits caract�res, appos�es au bas du tableau n'est pas propre � �veiller l'attention du consommateur moyen, lequel se contentera la plupart du temps d'une lecture cursive, sans pr�ter garde aux d�tails et nuances, surtout lorsqu'il parcourt un article publicitaire. Mais ce qui fait le plus probl�me, en l'occurrence, c'est le compl�tement du tableau par la d�fenderesse. Aussi bien, cette derni�re s'est permis d'ajouter de son propre chef au tableau publi� par "Z.________" une colonne intitul�e "Total" et couverte par l'indication: "Source: Z.________ du 28 mars 2001", faisant ainsi croire au lecteur de son annonce que ladite colonne se trouvait d�j� dans le tableau repris par elle. En agissant ainsi, la d�fenderesse a fourni une indication inexacte, ce qui suffit � rendre son comportement d�loyal, au sens de l'art. 3 let. e LCD, que cette indication ait �t� fallacieuse ou non. Son attitude est d'autant plus critiquable qu'elle a pris soin de bien mettre en �vidence cette colonne en utilisant des chiffres plus grands que ceux des diff�rents articles et en les faisant ressortir en blanc sur fond noir par opposition aux autres chiffres. Que cette indication inexacte ait �t�, en outre, de nature � tromper le public cible, la demanderesse le d�montre de mani�re convaincante dans son recours en r�forme. Avec elle, il faut, en effet, admettre que, gr�ce � l'ajout de la colonne indiquant le prix total des huit produits test�s, la d�fenderesse - intentionnellement ou non, peu importe - a pu faire croire au lecteur de son article publicitaire qu'elle �tait la meilleur march� sur chacun de ces huit produits, alors que ce n'�tait le cas que pour les quatre produits sold�s vendus par elle. Le lecteur pouvait d'ailleurs �tre confort� dans son impression erron�e par le texte de l'annonce, dans lequel la d�fenderesse �crivait ceci, sans pr�ciser qu'il s'agissait d'un total arithm�tique: "En effet, il appara�t que sur les 8 produits identiques test�s ... Y.________ est en r�alit� moins cher que ses concurrents". Et l'expression "globalement le meilleur", utilis�e � la fin de l'article, ne pouvait qu'inciter ce lecteur � conclure qu'au total ou en moyenne, c'�tait bien la d�fenderesse qui pratiquait les prix les plus avantageux. La cour cantonale exprime l'avis contraire en faisant valoir, d'une part, que le prix de chaque produit ressort clairement du d�tail du tableau comparatif et, d'autre part, que le montant total indiqu� n'est pas susceptible d'influencer le comportement des consommateurs, dans la mesure o� il n'est gu�re vraisemblable que ces derniers acqui�rent l'ensemble du lot compos� aux fins de la comparaison. Cette double argumentation ne convainc pas. Sa premi�re branche n�glige le fait que le consommateur moyen ne s'embarrasse pas des d�tails et va d'ordinaire directement � l'essentiel, surtout lorsqu'on l'y guide par un proc�d� graphique attractif. La seconde branche de l'argumentation ne pose pas le probl�me en des termes corrects: s'il est exact qu'un consommateur n'ach�tera pas un lot aussi disparate que celui qui a �t� compos� pour les besoins du test, il est tout aussi vrai qu'il se rendra d'abord chez l'opticien qui pratique en moyenne les prix les plus bas (� qualit� et service �quivalents) pour y choisir l'article qui l'int�resse, abstraction �tant faite ici des circonstances subjectives telles que la fid�lit� � un commer�ant sympathique.
S'agissant du contenu de l'article publicitaire incrimin�, la cour cantonale consid�re que la d�fenderesse ne saurait se voir reprocher d'avoir propos� le m�me type de comparaison - le prix effectif � payer pour un produit donn�, qu'il repose ou non sur une offre promotionnelle - que celui ressortant de l'�tude du magazine "Z.________", qu'elle a du reste clairement explicit� ses pratiques commerciales dans le corps m�me de la publicit� litigieuse et qu'elle n'a donc pas induit le consommateur en erreur. Cette derni�re remarque n'est pas pertinente, car le risque de tromperie du public suffit pour qu'une publicit� comparative puisse �tre qualifi�e de fallacieuse. Quoi qu'il en soit, les autres �l�ments de l'argumentation d�velopp�e par les juges pr�c�dents n'emportent pas la conviction. Comme on l'a soulign� plus haut, seul peut �tre compar� ce qui est comparable. Tol�rer que des prix sold�s et des prix normaux soient mis sur un pied d'�galit� sans plus ample pr�cision est manifestement contraire � ce principe. En cela, la publication par "Z.________" d'un tableau comparatif m�langeant diff�rentes sortes de prix, sans attirer clairement l'attention du lecteur sur cet �tat de choses (sinon par une note discr�te appos�e au bas du tableau), pouvait d�j� pr�ter � discussion, encore qu'elle visait seulement � �tayer la th�se, d�fendue par l'auteur de l'article, d'une certaine opacit� dans la politique des prix appliqu�e par les opticiens. A plus forte raison en allait-il de m�me de l'utilisation par un concurrent, � des fins publicitaires, d'une �tude fond�e sur de telles bases, sans que celles-ci soient d�ment expliqu�es aux destinataires du message publicitaire. Or, c'est bien ce qu'a fait la d�fenderesse en l'esp�ce. Le texte de son annonce n'est pas mis directement en relation avec le tableau comparatif plac� au centre de celle-ci, qui accroche imm�diatement le lecteur. Il y est surtout question des verres optiques, pour lesquels les prix indiqu�s dans le tableau sont d'ailleurs plus �lev�s chez la d�fenderesse que chez la demanderesse, ainsi que du service � la client�le. Certes, y figure aussi la phrase suivante: "les collections d�mod�es font l'objet de soldes � moiti� prix". Il faut toutefois admettre, avec la demanderesse, que cette phrase est trop g�n�rale et impr�cise pour permettre au lecteur de comprendre tout de suite que les prix favorables de la d�fenderesse indiqu�s dans le tableau comparatif sont le r�sultat de ces soldes. Au demeurant, le caract�re permanent des offres � moiti� prix, retenu par la cour cantonale, ne ressort pas non plus de mani�re claire et pr�cise de l'annonce litigieuse. A cet �gard, la mention "Action limit�e dans le temps", appos�e au bas du tableau, serait plut�t de nature � �garer le lecteur et il n'est pas s�r qu'en parcourant l'annonce incrimin�e, celui-ci en d�duira forc�ment que la d�fenderesse offre en permanence des prix sold�s sur les collections d�mod�es, mais durant une p�riode limit�e.
3.2.4 L'article publicitaire litigieux viole �galement les principes r�gissant la publicit� superlative.
Dans le sous-titre de son annonce, r�dig� en gros caract�res, la d�fenderesse affirme ce qui suit: "Selon une enqu�te parue le 28 mars dernier dans la revue �Z.________� ..., Y.________, leader suisse du march� de l'optique, se r�v�le �tre le moins cher". La Cour de justice consid�re, � juste titre, que la derni�re partie de cette affirmation peut �tre prouv�e, de sorte qu'il ne s'agit pas d'un pur slogan publicitaire. Elle a tort, en revanche, lorsqu'elle ne voit dans l'all�gation touchant le leadership qu'une emphase publicitaire, en soi admissible. Au contraire de celui qui assure �tre "globalement le meilleur" (expression figurant � la fin de l'annonce publi�e par la d�fenderesse), le concurrent qui pr�tend �tre le leader dans une branche d�termin�e du commerce assure, par l� m�me, y occuper la premi�re place ou, � tout le moins, une position dominante. Il fournit aux destinataires de son message une donn�e concr�te et objectivement v�rifiable, qui doit �tre exacte et dont il lui incombe d'�tablir la v�racit� en cas de contestation (cf. mutatis mutandis, l'ATF 102 II 286 concernant le fait de pr�senter une �cole par correspondance comme �tant la plus grande de Suisse).
La cour cantonale est d'avis que la d�fenderesse n'a pas menti en pr�tendant �tre meilleur march� que ses concurrents. Elle en veut pour preuve les r�sultats de la colonne "Total". Sans doute reconna�t-elle que l'affirmation doit �tre nuanc�e si l'on tient compte individuellement des prix des diff�rents produits. Mais, ajoute-t-elle, la d�fenderesse ne s'en est pas cach�e, puisqu'elle a publi� le tableau comparatif qui fournit le d�tail de ces prix. Elle rappelle, en outre, que toute publicit� comparative contient des d�clarations qui reposent sur des �l�ments appr�ciatifs, lesquels sont empreints de la partialit� caract�risant la publicit�. Semblable opinion ne saurait �tre partag�e. Elle rec�le d�j� une contradiction interne dans la mesure o� les juges cantonaux, apr�s avoir soutenu � un autre endroit que le montant total indiqu� dans la colonne ad hoc n'�tait pas susceptible d'influencer le comportement des consommateurs, accordent un poids d�cisif � l'existence de ladite colonne pour d�montrer que la d�fenderesse n'a pas menti en affirmant pratiquer des prix inf�rieurs � ceux de la concurrence. De surcro�t, cette derni�re affirmation �tait erron�e en tant qu'elle prenait appui sur l'article publi� par "Z.________". Cet article faisait ressortir, notamment, que la demanderesse n'�tait pas toujours la meilleur march� (cf. l'un de ses sous-titres: "X.________ nicht immer am g�nstigsten") et le rectificatif publi� ult�rieurement pr�cisait que la comparaison des prix normaux tournait presque toujours � l'avantage de celle-ci. Dans ces conditions, venir pr�tendre - en se r�f�rant audit article et � un tableau comparatif y figurant mais que l'on a � la fois tronqu� et compl�t� pour les besoins de la d�monstration - que l'on est le moins cher, comme l'a fait la d�fenderesse, proc�dait d'une interpr�tation tendancieuse de l'�tude comparative sur laquelle on entendait s'appuyer. Un tel comportement doit �tre qualifi� sans aucun doute de d�loyal, en tant qu'il est susceptible d'induire le public en erreur, et la partialit� qui caract�rise toute oeuvre publicitaire ne saurait le rendre licite.
La d�fenderesse affirme sans ambages qu'elle est le leader suisse du march� de l'optique. A lire le passage de son article publicitaire o� figure cette affirmation, il n'est pas certain que celle-ci doive �tre mise en relation avec l'article de "Z.________". En toute hypoth�se, l'int�ress�e n'a pas apport� la moindre preuve du bien-fond� de cette assertion. L'�tude comparative publi�e par "Z.________" n'en constitue pas une, car elle a trait � la politique des prix dans le secteur suisse de la lunetterie. Or, il n'y a pas de lien, ou en tout cas pas de lien n�cessaire, entre le niveau des prix et le leadership, de sorte qu'un commer�ant n'occupera pas forc�ment la premi�re place dans ce secteur du seul fait qu'il pratique les prix les plus bas. En r�alit�, ce n'est pas � l'aune des prix que l'on d�cidera du leadership dans telle ou telle branche du commerce, mais, d'ordinaire, en fonction des chiffres d'affaires respectifs r�alis�s par les diff�rents concurrents oeuvrant dans la branche consid�r�e. Il e�t donc appartenu � la d�fenderesse de fournir des indications concr�tes � ce sujet. Au lieu de quoi, elle s'est content�e d'assener un slogan publicitaire propre � all�cher ses clients potentiels, tant il est vrai que, dans un march� comp�titif comme celui de l'optique, le consommateur sera souvent enclin � se tourner vers le commer�ant qui est cens� y occuper le premier rang. Le comportement adopt� par la d�fenderesse appara�t ainsi d�loyal sous cet angle �galement.
3.3 Force est d'admettre, au terme de cet examen, qu'en publiant l'article publicitaire litigieux, la d�fenderesse a viol� � maints �gards l'art. 3 let. e LCD relatif � la publicit� comparative, tel qu'il est interpr�t� par la jurisprudence et la doctrine. La conclusion inverse, � laquelle ont abouti les juges pr�c�dents, viole le droit f�d�ral.
4.1 Aux termes de l'art. 9 al. 1 LCD, celui qui, par un acte de concurrence d�loyale, subit une atteinte dans sa client�le, son cr�dit ou sa r�putation professionnelle, ses affaires ou ses int�r�ts �conomiques en g�n�ral ou celui qui en est menac� peut demander au juge: a) de l'interdire, si elle est imminente; b) de la faire cesser, si elle dure encore; c) d'en constater le caract�re illicite, si le trouble qu'elle a cr�� subsiste. Le deuxi�me alin�a de la m�me disposition lui permet en particulier de demander qu'une rectification ou que le jugement soit communiqu� � des tiers ou publi�.
Invoquant cette disposition, la d�fenderesse avait soumis aux juges cantonaux des conclusions visant � faire constater l'atteinte subie par elle, � en interdire la r�p�tition et � en faire conna�tre l'existence aux cercles int�ress�s par la publication du jugement. La Cour de justice a cru pouvoir se dispenser d'examiner les conditions d'admissibilit� de ces diff�rentes conclusions au motif - erron� - que la d�fenderesse n'avait pas commis d'actes de concurrence d�loyale. Le Tribunal f�d�ral ne peut pas faire l'�conomie de pareil examen. Etant en mesure d'y proc�der sur la base du dossier qui lui a �t� soumis, il le fera lui-m�me plut�t que de renvoyer le dossier aux premiers juges � cet effet et d'ajourner d'autant le r�glement du diff�rend.
4.2 Selon la jurisprudence, on ne peut d�nier un int�r�t l�gitime � la constatation judiciaire de l'illic�it� d'une assertion contraire au droit de la concurrence d�loyale que dans l'hypoth�se o� les circonstances se sont tellement modifi�es que l'affirmation a perdu toute actualit� ou que la signification en a disparu compl�tement pour le lecteur moyen, si bien que la reprise de cette affirmation � l'occasion et sa diffusion ult�rieure sont � exclure (ATF 123 III 354 consid. 1g p. 362). La doctrine r�cente recommande, elle aussi, une certaine souplesse dans l'appr�ciation de l'int�r�t du demandeur � la constatation du caract�re illicite de l'atteinte r�sultant d'un acte de concurrence d�loyale (cf., parmi d'autres: Pedrazzini/Pedrazzini, op. cit., n. 14.32).
En l'esp�ce, on ne saurait raisonnablement d�nier � la demanderesse tout int�r�t � la constatation requise. Cette soci�t� fonde l'essentiel de sa strat�gie commerciale sur les prix qu'elle pratique et se targue, dans ses campagnes publicitaires, d'offrir au consommateur des produits comparables � des prix plus avantageux que ceux de ses concurrents. Il est d�s lors conforme au cours ordinaire des choses et � l'exp�rience de la vie que le fait, pour son principal concurrent, d'affirmer publiquement, par des proc�d�s d�loyaux, qu'il pratique les prix les plus avantageux �tait de nature � contrecarrer cette strat�gie et � influencer le choix des clients actuels ou potentiels de ladite soci�t�. Aussi n'est-il pas exclu que l'article publicitaire incrimin� ait eu un impact n�gatif sur le chiffre d'affaires de celle-ci, ni qu'il puisse influer � la baisse sur ses variations ult�rieures, sinon durablement, � tout le moins pendant un certain temps. Rien n'emp�cherait, au demeurant, la d�fenderesse de lancer une nouvelle campagne publicitaire en tirant parti de l'enqu�te publi�e par "Z.________" et en soutenant, par exemple, qu'en 2001, une �tude comparative effectu�e par une organisation ind�pendante avait d�j� d�montr� sa supr�matie en mati�re de bas prix.
Par cons�quent, il se justifie de faire droit � la conclusion constatatoire prise par la demanderesse. Cependant, il conviendra de formuler le dispositif du pr�sent arr�t de mani�re � ne pas conf�rer � la constatation judiciaire une port�e plus �tendue que celle qui doit lui �tre attribu�e. De fait, on ne saurait reprocher � la d�fenderesse d'affirmer aujourd'hui qu'elle est la meilleur march� et qu'elle est le leader suisse du march� de l'optique au cas o� de telles affirmations correspondraient � la situation actuelle et que l'int�ress�e serait en mesure de les prouver. Force sera, en revanche, de constater qu'� l'�poque et dans les conditions o� elles ont �t� faites, les m�mes affirmations n'�taient pas admissibles au regard de la loi contre la concurrence d�loyale.
4.3 Par identit� de motifs et sous les m�mes r�serves, il y a lieu d'admettre �galement la conclusion en interdiction de trouble prise par la demanderesse. L'interdiction � prononcer sera assortie de la menace explicite des peines indiqu�es � l'art. 292 CP (cf. Pedrazzini/Pedrazzini, op. cit., n. 14.13).
4.4 La publication du jugement vise essentiellement � neutraliser les effets perturbateurs que l'acte de concurrence d�loyale a entra�n�s sur le march� et, accessoirement, � r�parer le tort que cet acte a caus� � la victime (voir la jurisprudence cit�e par Troller, Pr�cis, p. 366 s. et par Pedrazzini/Pedrazzini, op. cit., n. 14.24; pour plus de d�tails, cf. Baudenbacher, op. cit., n. 140 ss ad art. 9 LCD). Savoir s'il faut l'ordonner, dans cette double perspective, est une question d'appr�ciation qui doit �tre tranch�e en fonction des circonstances du cas particulier. En l'occurrence, la Cour de c�ans estime qu'il ne s'impose pas d'ordonner la publication de son arr�t.
D'abord, il ne faut pas surestimer la confusion que l'activit� d�loyale a pu semer dans le public. Cette activit� ne s'est en effet d�roul�e que sur un peu plus de deux semaines et elle remonte d�j� au printemps 2001. Il est probable que ses effets perturbateurs se soient sensiblement �mouss�s pendant les deux ann�es qui se sont �coul�es depuis lors, d'autant plus qu'une oeuvre publicitaire est par essence fugace. Venir en raviver le souvenir au moyen d'une publication pourrait donc �tre contre-productif. Il n'est d'ailleurs pas d�montr� que l'int�r�t du public � voir l'arr�t publi� existerait encore � l'heure actuelle. Il s'agit l� pourtant d'une condition � laquelle est subordonn�e la publication du jugement.
Pour le reste, la cour cantonale a retenu que la demanderesse avait elle-m�me fait preuve de d�loyaut� dans sa propre pratique publicitaire. Cette circonstance, on l'a d�montr�, n'interdisait pas � l'int�ress�e d'en appeler au juge pour faire sanctionner les actes de concurrence d�loyale commis par sa principale concurrente. Cela n'emp�che pas toutefois d'en tenir compte pour appr�cier l'effet r�parateur de la publication requise. A cet �gard, on peut admettre qu'en publiant elle-m�me des publicit�s mensong�res, la demanderesse s'est fait en quelque sorte justice - sans droit, �videmment - et qu'il n'est d�s lors pas �quitable de p�naliser davantage la d�fenderesse, en ordonnant la publication de l'arr�t, sous peine de fausser d'une certaine mani�re le rapport de concurrence existant entre les deux parties au pr�sent litige.
Sur ce point, la demande sera, partant, rejet�e.
La demanderesse obtient gain de cause sur le principe et sur deux de ses trois conclusions au fond. En revanche, elle a requis sans succ�s la publication de l'arr�t. Dans ces conditions, il se justifie de laisser � sa charge le quart des frais de la proc�dure f�d�rale et de r�duire en cons�quence les d�pens auxquels elle a droit (art. 156 al. 3 et 159 al. 3 OJ). Enfin, la cause devra �tre renvoy�e aux premiers juges pour qu'ils statuent � nouveau sur les frais et d�pens de la proc�dure cantonale.
Il est constat� que Y.________ SA a commis des actes de concurrence d�loyale, au sens de l'art. 3 let. e LCD, en publiant, entre le 20 mai et le 6 juin 2001, dans plusieurs journaux suisses, un article publicitaire dans lequel elle pr�tend �tre l'opticien le moins cher et le leader suisse du march� de l'optique, en faisant r�f�rence � une enqu�te parue le 28 mars 2001 dans la revue "Z.________".
Interdiction est faite � Y.________ SA, sous la menace des peines pr�vues � l'art. 292 CP (arr�ts ou amende), de renouveler � l'avenir, sous quelque forme que ce soit, de telles all�gations en faisant r�f�rence � ladite enqu�te.
La demande est rejet�e pour le surplus.
Un �molument judiciaire de 7'000 fr. est mis pour � � la charge de la d�fenderesse et pour � � la charge de la demanderesse.
La d�fenderesse versera � la demanderesse une indemnit� de 4'000 fr. � titre de d�pens r�duits.