Source: http://jesusmarie.free.fr/2a2ae_q140.htm
Timestamp: 2017-10-24 11:10:50+00:00
Document Index: 228465287

Matched Legal Cases: ['art. 11', 'art. 2', 'art. 1', 'art. 2', 'art. 4', 'art. 2']

Question 140 : Des préceptes de la force
Nous avons enfin à examiner les préceptes de la force. — Nous parlerons : 1° des préceptes qui regardent la force elle-même (Dans cet article et le suivant, saint Thomas a pour but de justifier l’Ecriture relativement aux préceptes qu’elle renferme à l’égard de la force et de ses parties.) ; 2° de ceux qui concernent ses parties. (Ces parties de la force sont la patience et la persévérance.)
Article 1 : Les préceptes qui regardent la force sont-ils convenablement exprimés dans la loi de Dieu ?
Objection N°1. Il semble que les préceptes de la force ne soient pas convenablement formulés dans la loi de Dieu. Car la loi nouvelle est plus parfaite que l’ancienne. Or, dans la loi ancienne il y a des préceptes qui concernent cette vertu, comme on le voit (Deut., chap. 20). On aurait donc dû en mettre aussi dans la loi nouvelle.
Réponse à l’objection N°1 : L’Ancien Testament renfermait des promesses temporelles, mais que le Nouveau en renferme de spirituelles et d’éternelles, comme le dit saint Augustin (Cont. Faust., liv. 4, chap. 2). C’est pourquoi il a été nécessaire, dans l’ancienne loi, d’apprendre au peuple comment il devait combattre corporellement pour faire la conquête de ses possessions terrestres ; au lieu que dans la nouvelle on a dû apprendre aux hommes comment, en combattant spirituellement, ils parviendraient à la possession de la vie éternelle, d’après ces paroles de l’Evangile (Matth., 11, 12) : Le royaume des cieux souffre violence, et ce sont les violents qui le ravissent. D’où saint Pierre nous donne ce précepte (1 Pierre, 5, 8) : Le démon, votre ennemi, tourne autour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer ; résistez-lui en demeurant fermes dans la foi. Et saint Jacques (4, 7) : Résistez au diable et il vous fuira. Mais parce que les hommes qui tendent aux biens spirituels peuvent en être détournés par les dangers corporels, on a dû mettre dans la loi nouvelle des préceptes à l’égard de la force pour qu’on supporte courageusement tous les maux temporels, d’après ces paroles de saint Matthieu (10, 28) : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps.
Objection N°2. Les préceptes affirmatifs paraissent l’emporter sur les préceptes négatifs, parce que ce qui est affirmatif renferme ce qui est négatif, mais non réciproquement. C’est donc à tort que dans la loi nouvelle on n’a donné à l’égard de la force que des préceptes négatifs qui défendent la crainte.
Réponse à l’objection N°2 : La loi se propose, dans ses préceptes, de donner un enseignement général. Or, ce que l’on doit faire dans les périls ne peut pas être ramené à quelque chose de général, comme ce que l’on doit éviter. C’est pourquoi les préceptes de la force sont plutôt négatifs qu’affirmatifs.
Objection N°3. La force est une des vertus principales, comme nous l’avons vu (quest. 123, art. 11, et 1a 2æ, quest. 61, art. 2). Or, les préceptes se rapportent aux vertus comme à leurs fins ; par conséquent ils doivent leur être proportionnés. On aurait donc dû mettre les préceptes qui regardent la force au nombre des préceptes du Décalogue, qui sont les préceptes principaux de la loi.
Réponse à l’objection N°3 : Tel que nous l’avons dit (quest. 122, art. 1), les préceptes du Décalogue sont dans la loi comme les premiers principes qui doivent être immédiatement connus de tout le monde. C’est pourquoi ces préceptes ont dû avoir principalement pour objet les actes de justice, dans lesquels la raison du devoir paraît se montrer avec la plus grande évidence, mais non les actes de force, parce que l’on ne voit pas aussi clairement qu’on doive ne pas redouter les dangers de mort.
Mais on voit le contraire, d’après la sainte Ecriture ((Jos., 8, 1) : Ne craignez point, et ne vous effrayez point ; (Is., 7, 4) : Ne crains point, et que ton cœur ne se trouble pas ; (Luc, 12, 4) : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps.).
Conclusion Quoiqu’il n’ait pas été nécessaire, cependant il a été convenable que la loi divine donnât aux hommes des préceptes à l’égard de la force pour que les dangers corporels ne les détournassent pas du culte de Dieu.
Il faut répondre que les préceptes de la loi se rapportent à l’intention du législateur. Par conséquent, selon les fins différentes que le législateur se propose, il faut qu’il établisse dans sa loi différentes espèces de préceptes. C’est ainsi que dans les choses humaines autres sont les lois démocratiques, autres les lois royales et autres les lois tyranniques. Or, la fin de la loi divine, c’est que l’homme s’attache à Dieu. C’est pourquoi les préceptes de la loi divine sur la force aussi bien que sur les autres vertus sont donnés de la manière qu’il convient pour mettre l’âme en rapport avec Dieu. C’est pour ce motif qu’il est dit (Deut., 20, 3) : Ne les craignez pas, parce que le Seigneur votre Dieu est au milieu de vous, et il combattra pour vous contre vos adversaires. Au contraire, les lois humaines ont pour but les biens de ce monde, et c’est d’après la nature de ces biens qu’elles renferment des préceptes à l’égard de la force.
Article 2 : Les préceptes qui regardent les parties de la force ont-ils été convenablement exprimés dans la loi de Dieu ?
Objection N°1. Il semble que la loi divine ne renferme pas de préceptes convenables à l’égard des parties de la force. Car, comme la patience et la persévérance sont des parties de la force, de même aussi la magnificence et la magnanimité ou la confiance, comme on le voit d’après ce que nous avons dit (quest. 128). Or, on trouve dans la loi de Dieu des préceptes à l’égard de la patience ainsi que de la persévérance. Pour la même raison il devrait donc aussi y en avoir à l’égard de la magnificence et de la magnanimité.
Réponse à l’objection N°1 : La magnificence et la magnanimité n’appartiennent pas au genre de la force, sinon par rapport à cette excellence de grandeur qu’elles considèrent à l’égard de leur matière propre. Or, ce qui a pour but d’exceller est plutôt l’objet d’un conseil de perfection que d’un précepte obligatoire. C’est pourquoi la loi n’a pas dû renfermer des préceptes, mais plutôt des conseils à l’égard de la magnificence et de la magnanimité. Au contraire, les affections et les peines de la vie présente appartiennent à la patience et à la persévérance, non en raison de ce qu’il y a de grand en elles, mais d’après leur propre nature. C’est pourquoi il a fallu qu’il y eût des préceptes à l’égard de la patience et de la persévérance.
Objection N°2. La patience est la vertu la plus nécessaire, puisqu’elle est la gardienne des autres, comme le dit saint Grégoire (Hom. 35 in Evang.). Or, il y a des préceptes absolus sur les autres vertus. On n’aurait donc pas dû, à l’égard de la patience, donner des préceptes qui s’entendent exclusivement de la préparation de l’âme, comme le dit saint Augustin (liv. 1 de serm. Dom., chap. 19 et 21).
Réponse à l’objection N°2 : Comme nous l’avons dit (quest. 3, art. 2), les préceptes affirmatifs, quoiqu’ils obligent toujours, n’obligent cependant pas à toujours (ad semper), mais selon le lieu et le temps. C’est pourquoi, comme les préceptes affirmatifs qui regardent les autres vertus doivent s’entendre de la préparation de l’âme, en ce sens que l’homme doit toujours être prêt à les accomplir quand il le faut, ainsi il en est des préceptes qui concernent la patience.
Objection N°3. La patience et la persévérance sont des parties de la force, comme nous l’avons dit (quest. 128 et 136, art. 4, et 137, art. 2). Or, il n’y a pas de préceptes affirmatifs sur la force, mais il n’y a que des préceptes négatifs, comme nous l’avons vu (art. préc., Réponse N°2). On n’aurait donc pas dû donner des préceptes affirmatifs pour la patience et la persévérance, mais seulement des préceptes négatifs.
Réponse à l’objection N°3 : La force, selon qu’elle est distincte de la patience et de la persévérance, a pour objet les plus grands périls, dans lesquels il faut agir avec le plus de précaution. Il n’est pas nécessaire que l’on détermine en particulier ce que l’on doit faire alors. Mais la patience et la persévérance ont pour objet les moindres afflictions et les moindres peines. C’est pourquoi il est plus facile de déterminer sans péril ce que l’on doit faire dans ces circonstances, surtout si on le détermine en général.
Mais le témoignage de l’Ecriture sainte prouve le contraire (Pour la patience (Ecclésiastique, 2, 4) : Dans ton humiliation conserve la patience ; (Jacques, 5, 7) : Soyez donc patients, frères, jusqu’à l’avènement du Seigneur ; sur la persévérance (1 Cor., 15, 58) : Soyez fermes et inébranlables, travaillant toujours de plus en plus à l’œuvre du Seigneur.).
Conclusion Puisque la loi de Dieu instruit parfaitement l’homme de tout ce qui est nécessaire au salut, elle a dû renfermer les préceptes et les conseils convenables, non seulement à l’égard de la force, mais encore à l’égard de ses parties.
Il faut répondre que la loi de Dieu forme parfaitement l’homme à l’égard de tout ce qui est nécessaire pour vivre saintement. Or, pour vivre ainsi, l’homme a besoin non seulement des vertus principales, mais encore des vertus secondaires qui leur sont unies. C’est pourquoi, comme il y a dans la loi de Dieu des préceptes convenables pour les actes des vertus principales, il faut aussi qu’il y en ait pour les actes des vertus secondaires qui leur sont unies.