Source: http://gazettenucleaire.org/2007/237238p02.html
Timestamp: 2017-11-25 05:36:24+00:00
Document Index: 57132059

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G@zette N°237/238
UN POINT SUR LE NUCLEAIRE MEDICAL
Incident sur le réacteur n°3 de la centrale de Dampierre-en-Burly
27/04/2007- Note d'information
Dans la nuit du lundi 9 au mardi 10 avril, l'IRSN a créé son centre technique de crise à la demande de l'ASN pour suivre l'évolution de la situation de la tranche 3 de la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly, affectée par différentes défaillances d'origine électrique.
A 20 h 37, alors que le réacteur 3 était à 65% de sa puissance nominale, la défaillance d'un relais de protection par surintensité a conduit à la perte d'un des deux tableaux électriques secourus (tableau électrique LHA - voie A). Ce défaut a rendu inopérant le groupe électrogène de secours de la voie A qui n'a pas pu se coupler sur ce tableau électrique. De ce fait l'alimentation électrique des auxiliaires de protection et de sauvegarde de l'installation n'était disponible que sur la voie B (tableau LHB - voir ci-contre «alimentations électriques des centrales nucléaires d'EDF»).
Au cours de la mise à l'arrêt du réacteur prévue par les procédures dans un tel cas, un deuxième défaut sur l'interrupteur-enclencheur placé à la sortie de l'alternateur a provoqué l'ouverture du disjoncteur de ligne, entraînant la perte de la connexion de la tranche 3 à la ligne externe principale de 400 kV. Dans cette situation, c'est donc la ligne externe auxiliaire de 225 kV qui prend normalement et de façon automatique le relais de la ligne externe principale.
Lors de l'incident de Dampierre 3, l'automatisme de basculement sur la ligne auxiliaire n'a pas fonctionné du fait de la coupure volontaire de son contrôle commande, en application des procédures de conduite au début de l"incident. Ceci a déclenché l'arrêt automatique du réacteur, l'arrêt des pompes de circulation de l'eau du circuit primaire ainsi que la perte totale des alimentations électriques externes. Le manque de tension en résultant sur le tableau secouru de la voie B (LHB) a entraîné le démarrage automatique du groupe électrogène de secours de cette voie et la reprise de l'alimentation des auxiliaires correspondants. Ainsi, vers 22 h, une seule voie électrique de sûreté (tableau LHB voie B) restait alimentée par son groupe électrogène. L'exploitant de Dampierre a alors décidé, par précaution, de déclencher le PUI (la situation rencontrée ne relevait pas des critères de déclenchement systématique du PUI).
Par la suite, le refroidissement du réacteur a continué d'être assuré par le circuit secondaire, avec circulation de l'eau du circuit primaire en thermosiphon. En parallèle, la procédure de pré-éclissage du groupe électrogène d'ultime secours sur le tableau LHB a été engagée. Le réacteur a été conduit vers l'état d'arrêt prévu pour une telle situation. Toutefois, avant que cet état ne soit atteint, la ligne externe auxiliaire ainsi que la voie A électrique de sûreté ont été «récupérées», ce qui a notamment permis de redémarrer une pompe primaire et de retrouver une circulation forcée de l'eau dans le circuit primaire.
Le centre de crise de l'IRSN a été maintenu opérationnel jusqu'à 4 heures du matin le 10 avril de façon à assurer la concertation technique avec EDF dans de bonnes conditions. Après renforcement des moyens d'alimentation électrique de la voie B de sûreté et définition des modalités de réparation de la voie A, le centre technique de crise de l'IRSN a été désactivé. Toutefois, à la demande de l'ASN, l'IRSN a assuré un suivi technique de la situation dans la journée du 10 avril et l'a informée régulièrement de son évolution.
Des expertises sont toujours en cours pour déterminer les causes exactes des deux défauts électriques observés et évaluer leurs conséquences sur les matériels. en particulier sur l'alternateur.
Il est à rappeler que pour faire face à une perte totale des alimentations électriques externes et internes, des modifications des réacteurs exploités par EDF ont été mises en place au cours des années 1980. Il s'agit d'une part du groupe électrogène d'ultime secours, d'autre part du turboalternateur de secours (voir ci-dessous «alimentations électriques des centrales nucléaires d'EDF»). Ces équipements auraient permis de maîtriser une situation plus dégradée (perte du tableau LHB ou défaillance du groupe électrogène de la voie B).
Le fonctionnement d'un réacteur nucléaire nécessite des alimentations électriques pour assurer à la fois l'exploitation et la sûreté de l'installation. Le système de distribution électrique est conçu pour répondre aux besoins de l'exploitation normale du réacteur en production ou en période d'arrêt (auxiliaires de marche et auxiliaires permanents). Il permet également d'alimenter les équipements assurant les fonctions de sûreté en situation incidentelle ou accidentelle (auxiliaires secourus). Sur les réacteurs français, ces auxiliaires secourus sont alimentés par deux voies électriques indépendantes et redondantes (voies A et H), à partir de deux tableaux électriques principaux de 6,6 k V (tableaux LHA et LHB). Ces tableaux sont eux-mêmes alimentés, soit par une source externe (réseau national), soit par une source interne (groupes électrogènes de secours à moteur diesel). Quelle que soit la situation incidentielle ou accidentelle, un seul de ces tableaux électriques est suffisant pour mettre à l'arrêt le réacteur et évacuer sa puissance résiduelle jusqu'à un état sûr.
En situation normale, c'est la ligne électrique dite «principale» d'évacuation de l'énergie produite par la centrale vers le réseau électrique national qui alimente les auxiliaires de la centrale. Si la centrale fournit de l'énergie au réseau, c'est une partie de sa production qui est ainsi prélevée. Si la centrale est à l'arrêt, c'est le réseau électrique national qui apporte la puissance nécessaire. Enfin, en cas de défaut momentané de la ligne principale, la centrale est automatiquement découplée du réseau et peut s'auto-alimenter en adaptant sa production à sa seule consommation - on parle alors «d'îlotage».
Par ailleurs, en cas d'avarie prolongée de la ligne «principale», la production est stoppée et l'énergie nécessaire pour placer le réacteur dans un état sûr et le maintenir dans cet état reste fournie par le réseau national en utilisant une seconde ligne dite «auxiliaire»qui relie la tranche au réseau.
Si un événement rend indisponihles les deux sources électriques externes, le réacteur s'arrête automatiquement et les deux groupes électrogènes de secours à moteur diesel propres au réacteur permettent d'alimenter en quelques secondes chacune des deux voies de sûreté. Un seul groupe fournit une puissance suffisante pour alimenter les auxiliaires secourus d'une voie électrique.
Il n'empêche, l'incident n'était pas si anodin: perte d'alimentation électrique simultanément, ce qui en général n'est pas si facile à gérer. En particulier notons:
«L'IRSN souligne également que les incidents de perte de tableaux électriques survenus en France et à l'étranger ont montré la complexité des situation qui peuvent en résulter et la diffïculté de les gérer avec les procédures en vigueur. EDF a proposé en 2002 d'améliorer celles-ci dans le cadre d'un projet d'évolution de la conduite accidentelle dont la mise en oeuvre est prévue en 2010.»
Est-il raisonnable d'attendre 2010? Je suis d'accord sur le fait qu'il faut travailler les remises à niveau, vérifier les implications d'une modification. Mais, l'incident s'est déjà produit en 2000, alors pourquoi attendre 2010?
TRAVAILLER PEUT NUIRE GRAVEMENT A VOTRE SANTE.
Sous-traitance des risques, mise en danger d'autrui, atteintes à la dignité,
violences physiques et morales, cancers professionnels
Paris, La Découverte, 2007
Dans toutes les régions du monde, au nom de la compétitivité, le travail tue, blesse et rend malades des milliers d'hommes et de femmes qui n'ont d'autre choix pour gagner leur vie que cet emploi dont ils savent qu'il peut gravement nuire à leur santé.
Aujourd'hui, en France, selon les chiffres officiels de l'assurance-maladie et du Ministère du travail, le travail tue, blesse et rend malade, à raison de deux morts par jour dus à des accidents de travail, de huit morts par jour dus à l'amiante, de deux millions et demie de salariés exposés chaque jour dans leur travail à des cocktails de cancérogènes, de millions d'hommes et de femmes constamment poussés aux limites de ce qu'un être humain peut supporter, moralement et physiquement.
Sur la plage d'Alang, en Inde, aujourd'hui, peut-être deux, peut-être dix, peut-être soixante travailleurs périront dans l'activité de démantèlement des navires échoués sur la plage, pour le plus grand profit des armateurs battant pavillon de complaisance et des grands marchands mondiaux de l'acier.
Est-ce le travail qui tue ou ceux qui, autour des tables ovales des conseils d'administration, décident de son organisation?
Quand EADS ferme huit usines en Europe, où ses dirigeants vont-ils trouver les moyens de nouveaux "gains de productivité" sinon dans la possibilité de sous-traiter le travail - pour en diminuer le coût - en exploitant les travailleurs chinois, indiens, brésiliens ou bulgares, avec la complicité des autorités locales, au nom des "droits" des actionnaires et dirigeants d'entreprise à disposer librement d'une main-d'oeuvre corvéable à merci pour l'appropriation privée des ressources de la planète.
Chaque récit de ce livre témoigne du fait que travailler est aujourd'hui synonyme de mise en danger délibérée d'autrui, atteintes à la dignité, non-assistance à personne en danger, expérimentation humaine, violences physiques et morales, répression syndicale, en toute impunité pour les employeurs et donneurs d'ordres, responsables de la mort, du suicide ou de blessures dites "involontaires" de milliers de travailleurs.
Un tribunal pénal international a été créé pour juger les crimes contre l'humanité. À quand la création d'un tribunal pénal international du travail, devant lequel seraient traduits en justice ceux qui, sciemment, transforment le travail en un lieu de violence et de mort?
Comme chercheur en santé publique mais aussi comme porte-parole du réseau international Ban Asbestos, l'auteure souhaite, par ce livre, donner l'alerte sur une situation très grave et sur la nécessité d'une mobilisation collective la plus large possible visant à briser l'impunité de ceux qui en sont responsables.
Un débat a eu lieu le vendredi 16 mars 2007 à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, de 17h à 20h, 105 Bd Raspail, Paris.
Faites connaître cet ouvrage à vos correspondants. Pour le commander, reportez-vous aux indications figurant sur le site des Éditions La Découverte: http://www.editionsladecouverte.fr
Si vous souhaitez réagir au livre et joindre l'auteure, adressez vos message à: thebaud-mony.annie@wanadoo.fr
SOUVENEZ-VOUS: le poids sur les travailleurs
1-L'irradié de Forbach est mort
Le Monde, 26/3/07
L'irradié de Forbach est mort
Daniel Leroy s'est éteint, à 42 ans, samedi 24 mars, à son domicile de Behren-lès-Forbach (Moselle). Le 12 août 1991, ce jeune ouvrier intérimaire avait été gravement brûlé par des rayonnements ionisants après avoir pénétré dans un accélérateur de particules de la société Electron Bean Service (EBS), pour y accomplir des travaux de maintenance. Plongé dans un coma artificiel, cantonné durant des mois en chambre stérile, sa vie n'avait plus été qu'un long combat contre les radiations.
"Une vie de souffrance rythmée par les opérations, les greffes et les amputations, sans espoir de guérison", témoigne son épouse, Ernestine.
Daniel Leroy avait mis des années avant d'obtenir de la justice une rente à vie et des dommages et intérêts. Le 17 février 1994, la cour d'appel de Metz avait condamné le directeur et le PDG d'EBS à un an d'emprisonnement, dont onze mois avec sursis, pour "coups et blessures involontaires". A l'audience, l'avocat général avait pointé "une somme considérable d'incompétences, d'insuffisances et d'indifférence".
Lire: "L'accident d'irradiation survenu en août 1991 auprès d'un accélérateur d'électrons de 2,3 MV implanté dans l'installation industrielle de la société EBS à Forbach" (Dossier préparé par Jean-Claude Zerbib)
Voir également Gazette nucléaire 127/128, page 15
Commentaire de Jean Claude Zerbib
J'ai été informé du décès de "l'irradié de Forbach". Je suis très touché par le décès de ce malheureux.
A la demande de mes amis, mineurs de charbon de Merlebach, j'avais été le conseiller de l'avocat, chargé par la CFDT locale, de la défense de Daniel. Son père était mineur de charbon en retraite, et avec ses 5.000 francs par mois, il ne pouvait pas faire grand chose pour ce fils, intérimaire, dont c'était le 1er boulot.
L'affaire a coûté à la Cfdt, malgré le nombre important de bénévoles, plus de 100.000 francs. Le 1er procès avait duré 4 jours. Le juge était un fou du boulot et nous travaillons de 8h30 à 22h, avec une pose pour déjeuner. Le procès en appel, à Metz, avait été plus court (2 jours). J'avais pris des jours de vacances pour suivre, sans pb avec le CEA, ces deux procès.
Grâce à la Cfdt, j'avais pu accéder à toutes les pièces du dossier de l'avocat.
Avec l'aide du responsable du labo de dosimétrie du LCIE, lequel avait dépouillé les films, bien que noirs. J'avais pu ainsi avoir les doses reçues par Daniel (un Sv à l'organisme entier et 40 Sv à la peau) et celles de ses malheureux compagnons. J'avais aidé le LCIE à être reconnu par le Ministère du travail, en tant que labo agréé, contre l'avis du SCPRI.
J'avais écrit, pour la Cfdt, des notes techniques, dans lesquelles je prévoyais des problèmes de peau et d'articulations, pour le "futur" de Daniel, suite à l'irradiation profonde par des électrons de 2 MeV (irradié sur environ 8 mm de profondeur), mais je n'avais pas parlé du risque de décès, que j'avais faussement estimé à 10% (application directe du risque des japonais, sans coefficient d'atténuation).
Les effets dits "déterministes" étaient si importants que le risque de cancer mortel, devenait plus faible, d'où l'erreur d'évaluation du risque.
2-PROCES REPORTE
LE CEA REFUSE DE RECONNAÎTRE SA RESPONSABILITÉ DANS L'EXPLOSION SODIUM (RAPSODIE)
Information reprise de Silence
Le 14 mars 2007, le tribunal d'Aix en Provence a renvoyé un procès opposant la famille d'un ingénieur CEA décédé dans l'exercice de ses fonctions, au 31 décembre prochain.
Il s'agit pour la famille d'obtenir des indemnités après la mort de ce spécialiste des feux de sodium.
En 1994, suite à l'explosion non maîtrisée des derniers 100 kilogrammes provenant du démantèlement de Rapsodie, une dalle de béton s'est effondrée sur l'équipe qui neutralisait le sodium.
Une personne a été tuée et 4 autres ont été blessées. C'est grâce à cet ingénieur qui a eu le réflexe et le courage de prévenir ses collègues qu'il n'y a eu que 4 blessés. Il a malheureusement perdu la vie et ce dans l'exercice de ces fonctions.
Je vous avais rappelé cet accident dans la Gazette précédente (N°235/236). En effet, il est affirmé que l'on maîtrise la technique de neutralisation du sodium sur le site de Creys Malville:
"ce même sodium sera traité en vue de sa transformation en soude. Il le sera, grâce à un procédé développé par le CEA. Procédé qui aurait été validé industriellement sur le site de Cadarache en 1993 et qui, par ailleurs, serait actuellement utilisé sur le site de la centrale surgénératrice de Dounreay en Écosse"
Et j'avais ajouté "Il faudrait plus de renseignements sur la technique employée. A Superphénix, il y a 5.500 tonnes soit 5 millions cinq cent mille kilogrammes à traiter."
Il est vrai que le black out s'est installé sur l'accident du fait des poursuites pénales. Lorsque un salarié décède sur site dans des conditions accidentelles, il y a toujours enquête.
C'était donc normal. Par contre ce qui ne l'est pas c'est l'archarnement du CEA: l'accident a eu lieu en 1994 et les procédures ne sont pas closes!! 13 ans c'est inadmissible.
Depuis 1994, les avocats du CEA mènent une guerre juridique pour éviter une condamnation du CEA.
Il est scandaleux , 13 ans après de refuser de reconnaître un accident du travail. Trop souvent, le CEA se comporte en patron abusif et traite ses agents comme des fautifs.
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