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Timestamp: 2018-02-18 07:33:11+00:00
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VINGT PRINCIPES DIRECTEURS SUR LE RETOUR FORCE - PDF
VINGT PRINCIPES DIRECTEURS SUR LE RETOUR FORCE
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Christophe St-Jean
1 VINGT PRINCIPES DIRECTEURS SUR LE RETOUR FORCE Septembre
3 TABLE DES MATIERES Note Préliminaire...5 Vingt principes directeurs du Comité des Ministres du Conseil de l Europe sur le retour forcé Préambule...7 Chapitre I Retour volontaire Principe 1. Encouragement au retour volontaire Chapitre II La décision d éloignement Principe 2. Adoption de la décision déloignement Principe 3. Interdiction des expulsions collectives Principe 4. Notification de la décision d éloignement Principe 5. Recours contre une décision d éloignement Chapitre III - Détention préalable à l éloignement Principe 6. Conditions autorisant une décision de placement en détention Principe 7. Obligation de remise en liberté en cas d arrêt du dispositif d éloignement Principe 8.Durée de la détention30 Principe 9. Recours judiciaire contre la détention Principe 10. Conditions de la détention préalablement l éloignement Principe 11. Enfants et familles Chapitre IV - Réadmission Principe 12. Coopération entre Etats Principe 13. Obligations des Etats Principe 14. Apatridie Chapitre V - Eloignements forcés Principe 15. Coopération avec les personnes à éloigner Principe 16. Aptitude à voyager et examen médical Principe 17. Dignité et sécurité Principe 18. Utilisation d une escorte Principe 19. Moyens de contrainte Principe 20. Contrôle et recours Annexe Définitions
5 NOTE PRELIMINAIRE Le 4 mai 2005, lors de la 925 e réunion des Délégués des Ministres, le Comité des Ministres du Conseil de l Europe a, d une part, adopté vingt principes directeurs sur le retour forcé et, d autre part, pris note des commentaires portant sur ces principes préparés par le Comité Ad hoc d Experts sur les aspects juridiques de l asile territorial, des réfugiés et des apatrides (CAHAR). Bien que seuls les principes directeurs aient donc été formellement adoptés par le Comité des Ministres, les deux textes ont été intégrés dans un unique document aux fins de la présente publication. Cette présentation facilite la lecture et la compréhension des principes directeurs. Pour éviter tout risque de confusion, seul le texte qui a fait l objet d une adoption formelle par le Comité des Ministres a été mis en évidence en apparaissant sur fond grisé. 5
7 VINGT PRINCIPES DIRECTEURS DU COMITE DES MINISTRES DU CONSEIL DE L EUROPE SUR LE RETOUR FORCE 1 Le Comité des Ministres, Rappelant que, conformément à l article 1er de la Convention européenne des Droits de l Homme, les Etats membres reconnaissent à toute personne relevant de leur juridiction les droits et libertés définis au titre I de ladite Convention; Rappelant que toute personne a droit à la liberté de circulation en vertu de l article 2 du protocole n 4 à la Convention; Rappelant que les Etats membres ont le droit, en vertu du droit international établi et sous réserve de leurs obligations conventionnelles, d exercer un contrôle sur l entrée et la résidence des étrangers sur leur territoire; Considérant que, dans l exercice de ce droit, les Etats membres peuvent juger nécessaire d éloigner de force les étrangers séjournant irrégulièrement sur leur territoire; Préoccupé par les risques de violations des droits et des libertés fondamentaux qui sont encourus dans le contexte du retour forcé; Persuadé que des principes directeurs qui permettraient non seulement de regrouper l ensemble des normes et directives élaborées au sein du Conseil de l Europe applicables dans ce contexte, mais également d identifier les meilleures pratiques possibles, constitueraient un outil pratique pouvant être utilisé à la fois par les gouvernements dans l élaboration de lois et de règlements nationaux en la matière, et par toute personne prenant une part directe ou indirecte aux opérations de retour forcé; Rappelant que toute personne demandant à bénéficier de la protection internationale a le droit de voir sa requête traitée dans le cadre d une procédure équitable, conformément aux dispositions du droit international qui comprend l accès à un recours effectif avant que la décision d éloignement ne soit prise ou exécutée, 1. Adopte les principes directeurs ci-joints et invite les Etats membres à s assurer de leur large diffusion auprès des autorités nationales responsables du retour des étrangers. 2. Considère que, lorsqu il est fait référence à ces principes directeurs ou lors de leur mise en œuvre, il convient de prendre en considération les éléments suivants: a. aucun de ces principes directeurs n implique de nouvelles obligations pour les Etats membres du Conseil de l Europe. L emploi du verbe «devoir» au présent de l indicatif indique seulement que le caractère obligatoire des normes correspond aux obligations déjà existantes des Etats membres. Toutefois, dans certains cas, les principes directeurs vont au-delà d une simple reformulation des normes contraignantes existantes. C est l emploi du verbe «devoir» au présent du conditionnel qui indique que les principes directeurs constituent des recommandations adressées aux Etats membres. Les principes directeurs identifient également certaines bonnes pratiques qui semblent représenter des moyens novateurs et prometteurs pour concilier à la fois retour forcé et plein respect des droits de l homme. Les Etats sont alors «encouragés» à s inspirer de ces pratiques qui ont été considérées comme souhaitables par le Comité des Ministres; 1 Lors de l'adoption de cette décision, le Représentant Permanent du Royaume-Uni a indiqué qu'en vertu de l'article 10.2c du Règlement intérieur des réunions des Délégués des Ministres, il réservait le droit de son Gouvernement de se conformer ou non aux principes directeurs 2, 4, 6, 7, 8, 11 et 16. 7
8 b. rien dans ces principes directeurs ne saurait affecter en aucune façon les dispositions du droit national ou international qui contribuent davantage à la protection des droits de l homme. En particulier, dans la mesure où ces principes directeurs se réfèrent aux droits garantis dans la Convention européenne des Droits de l Homme, leur interprétation doit être conforme à la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l Homme; c. les principes directeurs sont sans incidence sur les réserves formulées par les Etats membres aux instruments internationaux. 8
9 COMMENTAIRE Historique 1. Les principes directeurs trouvent leur origine dans la Recommandation 1547(2002) de l Assemblée Parlementaire sur les procédures d'expulsion conformes aux droits de l'homme et exécutées dans le respect de la sécurité et de la dignité. Dans sa réponse à la Recommandation 1547(2002), le Comité des Ministres du Conseil de l Europe a soutenu l'idée émise par l'assemblée Parlementaire d élaborer un code de bonne conduite en matière de procédures d'expulsion qui «permettrait de regrouper les diverses directives élaborées par plusieurs organes du Conseil de l Europe en un seul texte pragmatique à utiliser par les gouvernements dans l élaboration des lois et règlements nationaux en la matière». Le Comité des Ministres a également constaté qu «un tel texte devrait servir aussi à l orientation des personnes qui prennent une part directe ou indirecte aux mesures d'expulsion» et «pourrait être l occasion d'accroître la visibilité des activités du Conseil de l Europe dans ce domaine». 2. Dans sa Décision n CM/85F9/ , le Comité des Ministres a invité le Comité Ad hoc d Experts sur les aspects juridiques de l asile territorial, des réfugiés et des apatrides (CAHAR) à rédiger un projet de principes directeurs non contraignants, avec l aide d un groupe de travail composé de six experts désignés par le CAHAR, deux experts désigné par le Comité directeur pour les droits de l homme (CDDH) et deux experts désignés par le Comité européen sur les migrations (CDMG). Le groupe de travail s est réuni à quatre reprises, les 11 et 12 décembre 2003, les 30 et 31 mars 2004, les 1 er et 2 juillet 2004 ainsi que du 1 er au 3 septembre Par la suite, le projet de principes directeurs fût discuté lors de la 55 e réunion du CAHAR (20-22 octobre 2004) qui a décidé d envoyer le texte au Comité des Ministres pour adoption. Celui-ci a adopté les principes directeurs lors de la 925 e réunion des Délégués des Ministres le 4 mai Dans le but d identifier les normes existantes élaborées au sein du Conseil de l Europe ayant un rapport avec les questions d expulsion, des recherches détaillées ont été menées en particulier au niveau de la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l Homme et du Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants (ci-après «CPT»). 4. Afin d identifier un certain nombre de «bonnes pratiques» pertinentes, le groupe de travail a également établi un questionnaire sur l éloignement forcé qu il a adressé aux membres du CAHAR. Vingt-sept Etats membres y ont répondu. 5. Le groupe de travail sur les procédures d expulsion a tenu une réunion supplémentaire du 17 au 19 janvier 2005 afin de préparer les présents commentaires. Champ d application Les principes directeurs s appliquent aux procédures d éloignement des étrangers dont la présence sur le territoire d un des Etats membres du Conseil de l Europe est irrégulière. Le refoulement aux frontières n entre pas dans leur champ d application, mais certaines normes qu ils contiennent sont applicables à ce type de décisions. Réserves : Dans l hypothèse où au cours du processus d adoption des principes directeurs par le Comité des Ministres du Conseil de l Europe, un Etat membre déclare, conformément au Règlement intérieur des réunions des Délégués des Ministres, réserver le droit de son gouvernement de se conformer ou non à certains principes directeurs, la portée de cette déclaration s'étend aux commentaires relatifs aux principes directeurs en question. 9
10 Chapitre I - Retour volontaire Principe 1. Encouragement au retour volontaire L Etat d accueil devrait prendre des mesures encourageant le retour volontaire, lequel est préférable au retour forcé. Il devrait régulièrement évaluer et améliorer, si nécessaire, les programmes mis en œuvre à cet effet. 10
11 COMMENTAIRE 1. Le retour volontaire est préférable au retour forcé et présente beaucoup moins de risques d atteintes aux droits de l homme. C est pourquoi il est recommandé aux pays d accueil de l encourager, notamment en accordant aux personnes à éloigner un délai suffisant pour qu elles se conforment de leur plein gré à la décision d éloignement et quittent le territoire national, en leur offrant une aide matérielle telles que des primes ou la prise en charge des frais de transport, en leur fournissant des informations détaillées dans une langue qui leur est compréhensible sur les programmes existants de retour volontaire, en particulier ceux de l Organisation internationale des migrations (OIM) et d autres organisations de même type, que les Etats d accueil sont invités à mettre sur pied et à développer (voir Recommandation 1237(1994) de l Assemblée parlementaire sur la situation des demandeurs d asile déboutés, par. 8, ix, b); et, concernant le rôle de l OIM, la réponse du Comité des Ministres, adoptée le 21 janvier 2004 lors de la 869 e réunion des Délégués des Ministres à la Recommandation 1607(2003) de l Assemblée Parlementaire relative aux activités de l OIM, (CM/AS(2004)Rec1607 final)). 2. Ces principes directeurs n ont pas pour but de détailler l ensemble des programmes adoptés par les Etats pour faciliter et encourager les étrangers à se conformer de leur plein gré aux décisions d éloignement. On peut rappeler que le retour forcé doit être considéré comme une mesure moins souhaitable que le retour volontaire. Il importe également que les personnes en situation irrégulière sur le territoire soient correctement informées des programmes existants, par exemple par des brochures éditées en plusieurs langues. Les Etats sont en outre encouragés à mettre régulièrement à jour et à modifier leurs programmes de retour volontaire en s appuyant sur leur expérience et celle d autres Etats ayant des programmes similaires. A cette fin, l utilisation d indicateurs peut se révéler utile. 11
12 Chapitre II - La décision d éloignement Principe 2. Adoption de la décision d éloignement Les décisions d éloignement ne doivent être prises qu en application d une décision conforme à la loi. 1. Une décision d éloignement ne doit être prise que si les autorités de l Etat d accueil ont pris en considération toutes les informations pertinentes dont elles disposent et qu elles sont convaincues, dans la mesure du raisonnable, que le respect ou la mise en œuvre de cette décision n exposera pas la personne devant être éloignée : a. à un risque réel d être exécutée ou soumise à la torture ou à des traitements ou peines inhumains ou dégradants; b. à un risque réel d être tuée ou soumise à des traitements inhumains ou dégradants par des agents non étatiques, si les autorités de l Etat de retour, les partis ou les organisations qui contrôlent l Etat ou une portion substantielle de son territoire, y compris les organisations internationales, n ont pas la possibilité ou la volonté de fournir une protection adéquate et efficace; ou c. à d autres situations qui, conformément au droit international ou à la législation nationale, justifieraient qu une protection internationale soit accordée. 2. La décision d éloignement ne doit être prise que si les autorités de l Etat d accueil sont convaincues, en tenant compte de toutes les informations pertinentes à leur disposition, qu une éventuelle interférence dans le droit au respect de la vie familiale et/ou privée de la personne éloignée est, en particulier, proportionnée et poursuit un but légitime. 3. Si l Etat de retour n est pas l Etat d origine, la décision d éloignement ne devrait être prise que si les autorités de l Etat d accueil sont convaincues, dans la mesure du raisonnable, que l Etat de retour n expulsera pas la personne vers un Etat tiers où elle se verrait exposée à un risque réel décrit au paragraphe 1, alinéas a et b ou à toute situation décrite au paragraphe 1, alinéa c. 4. En estimant la situation dans l Etat de retour dont il est question ci-dessus, les autorités de l Etat d accueil devraient consulter les sources d information disponibles, y compris les sources non gouvernementales, et considérer toute information émanant du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). 5. Avant de prendre une décision d éloignement à l encontre d un enfant séparé, il convient d accorder une aide à l enfant, notamment juridique, en prenant dûment en considération l intérêt supérieur de l enfant. Avant d éloigner un enfant séparé, les autorités de l Etat d accueil devraient être convaincues qu il sera confié à un membre de sa famille, à un tuteur désigné ou à un centre d accueil approprié dans l Etat de retour. 6. La décision d éloignement ne devrait pas être exécutée si les autorités de l Etat d accueil apprennent que l Etat de retour refuse de réadmettre la personne concernée. Si celle-ci n est pas réadmise dans l Etat de retour, l Etat d accueil devrait la reprendre. 12
13 COMMENTAIRE 1. La première phrase de ce principe directeur fait référence à l interdiction de l arbitraire dans l adoption des décisions d éloignement. Cette interdiction constitue une garantie essentielle contre le risque de discrimination dans la jouissance des droits et des libertés conformément à la Convention européenne des Droits de l Homme. 2. La décision d éloigner un étranger doit être conforme à la loi. Cela s inscrit dans le droit fil de l article 1 er du Protocole n 7 à la CEDH, qui prévoit qu «un étranger résidant régulièrement sur le territoire d un Etat ne peut en être expulsé qu en exécution d une décision prise conformément à la loi». Comme le précise le rapport explicatif à ce Protocole, la décision doit être prise par les autorités compétentes conformément aux dispositions du droit et des règles de procédure pertinentes (par. 11). Le champ d application ratione personae de l article 1 er du Protocole n 7 à la CEDH est plus étroit que celui des principes directeurs. Cependant, les auteurs de ce principe directeur estiment que l exigence posée par cet article constitue une garantie élémentaire qui devrait être reconnue à toute personne faisant l objet d une mesure d éloignement, quel que soit son statut administratif («résident en situation régulière» ou non), et indépendamment de la question de savoir si la décision d éloignement en question enfreint les droits de l individu garantis par la Convention européenne des Droits de l Homme. Pour le reste, le principe directeur est fondé sur l idée que, étant donné que, dans les circonstances définies au paragraphe 1 de ce principe directeur, le pays d accueil ne doit pas renvoyer des étrangers placés sous sa juridiction, la décision d éloignement ne doit être prise que si l Etat d accueil est convaincu, autant que faire se peut et sur la base des informations disponibles, qu aucune de ces circonstances n est présente. Bien entendu, le destinataire de la décision d éloignement peut tenter d y faire surseoir, voire de la faire annuler, en exerçant son droit à un recours effectif contre cette décision (voir principe directeur 5). Cependant, ce principe préconise une approche préventive en vue de limiter le nombre de situations où ces recours devront être exercés. Paragraphe 1 : 1. L exigence de l alinéa a) du premier paragraphe est un corollaire de la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l Homme, selon laquelle «l éloignement d un fugitif vers un autre Etat où il subira ou risquera de subir la torture ou des peines ou traitements inhumains ou dégradants engage par elle-même la responsabilité d un Etat contractant sur le terrain de l article 3 [CEDH] s il existe des motifs sérieux de penser qu un danger de torture menace l intéressé.» (CEDH, arrêt Soering c. Royaume-Uni du 7 juillet 1989, Série A n 161, p. 35, par. 88, CEDH, arrêt Chahal c. Royaume-Uni du 15 novembre 1996 (Requête n 22414/93), par. 74). L interdiction d expulser s étend aux cas où une personne risque d être condamnée à la peine de mort, en violation du Protocole n 13 à la Convention. 2. L interdiction de renvoyer une personne qui risque d être soumise à la torture dans le pays d origine figure aussi dans l article 3(1) de la Convention des Nations Unis contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, adoptée et ouverte à la signature, à la ratification et à l adhésion par la Résolution de l Assemblée générale des Nations unies n 39/46 du 10 décembre La Cour européenne des Droits de l Homme a également décidé que l expulsion d une personne qui obligerait celle-ci à interrompre un traitement médical vital pourrait équivaloir, dans certaines circonstances exceptionnelles, à un traitement inhumain (CEDH, arrêt D. c. Royaume-Uni du 2 mai 1997 (Requête n 30240/90); arrêt Bensaïd c. Royaume-Uni du 6 février 2001 (Requête n 44599/98)). 3. La Cour européenne des Droits de l Homme n a pas conclu que le renvoi d une personne vers un pays où elle risquerait d être condamnée à une peine d emprisonnement à vie incompressible, constitue une violation de l article 3 de la CEDH. Toutefois, elle a estimé qu une telle situation peut poser un problème sur le terrain de cet article 2. Voir également la Recommandation Rec(2003)23 du Comité des Ministres aux Etats membres 2 CEDH, arrêt Weeks c. Royaume-Uni du 2 mars 1987, Série A n 114; CEDH, Nivette c. France (déc.), n 44190/98, 14 décembre 2000; CEDH, Sawoniuk c. Royaume-Uni (déc.), n 63716/00, 29 mai 2001 (où, citant la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l Homme (Weeks c. Royaume-Uni, n 9787/82, Rapport de la Commission du 12 décembre 1993, 72, et Kotalla c. Pays-Bas, requête n 7994/77, Décision de la Commission du 6mai 1978, DR 14, p. 238), la Cour observe que la Commission a estimé que «la condamnation d une personne à une peine perpétuelle incompressible peut poser une question de traitement inhumain»); CEDH, S. Einhorn c. France, déc. du 16 octobre 2001 (Requête n 71555/01),
14 concernant la gestion par les administrations pénitentiaires des condamnés à perpétuité et des autres détenus de longue durée. 4. Concernant l alinéa b), on rappellera que la Cour européenne des Droits de l Homme a observé que «l article 3 trouve aussi à s appliquer lorsque le danger émane de personnes ou de groupes de personnes qui ne relèvent pas de la fonction publique. Encore faut-il démontrer que le risque existe réellement et que les autorités de l Etat de destination ne sont pas en mesure d y obvier par une protection appropriée» (arrêt H.L.R. c. France du 29 avril 1997 (Requête n 24573/94), par. 40). Les termes choisis tiennent compte de ce que dans la définition qu en donne le droit international public, on entend par «torture» uniquement les actes perpétrés par un agent de la fonction publique ou toute autre personne agissant à titre officiel ou à l instigation, ou encore avec le consentement ou l accord d un fonctionnaire ou d autres personnes dans l exercice officiel de leurs fonctions (article 1 er de la Convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants du 10 décembre 1984). 5. L exigence que formule l alinéa c), recouvre, notamment, le principe de «non refoulement» comme établi à l article 33(1) de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés. Les Etats se voient également rappeler l existence des instruments internationaux relatifs à la protection subsidiaire. Cet alinéa c) prend également en considération la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l Homme, qui «n exclut pas qu une décision d extradition puisse exceptionnellement soulever un problème sur le terrain de l article 6 de la Convention au cas où le fugitif aurait subi ou risquerait de subir un déni de justice flagrant (voir arrêt Soering susmentionné, p. 45, 113, et, mutatis mutandis, arrêt Drozd et Janousek c. France et Espagne du 26 juin 1992, Série A n 240, p. 34, 110)». 3 Paragraphe 2 : 1. Ce paragraphe vise à protéger le droit au respect de la vie privée de la personne à éloigner, et/ou son droit au respect de la vie familiale lorsqu il a fondé un foyer dans le pays d accueil. Cette exigence découle d une jurisprudence abondante de la Cour européenne des Droits de l Homme, relative à l article 8 de la CEDH Il est à noter également que, dans une affaire spécifique, la Cour européenne des Droits de l Homme a constaté une violation de l article 8 de la CEDH dans la mesure où une décision d expulsion avait eu pour conséquence d empêcher la personne concernée d assister à un procès pour lequel sa présence est indispensable (CEDH, arrêt Ciliz c. Pays-Bas du 11 juillet 2000 (par. 71)). 3. Pour satisfaire à cette jurisprudence dans leur législation interne, les Etats membres du Conseil de l Europe pourraient également s inspirer de la Recommandation Rec(2000)15 du Comité des Ministres aux Etats membres du Conseil de l Europe sur la sécurité de résidence des immigrés de longue durée, ainsi que, dans une certaine mesure, de la Recommandation 1504(2001) de l Assemblée parlementaire du Conseil de l Europe qui porte sur la non expulsion des immigrés de longue durée. Paragraphe 3 : Le 3 e paragraphe découle de la décision d irrecevabilité du 7 mars 2000 rendue par la Cour européenne des Droits de l Homme en l affaire T.I. c. Royaume-Uni (Requête n 43844/98), la Cour ayant considéré que «Le refoulement indirect [ ] vers un pays qui se trouve être également un Etat contractant n a aucune incidence sur la responsabilité du Royaume-Uni, qui doit veiller à ne pas exposer le requérant à un traitement contraire à l article 3 de la Convention, par sa décision de l expulser», souligne l obligation de l Etat d accueil d assurer qu il existe, sous une quelconque forme, des garanties procédurales effectives protégeant le requérant d un éloignement vers un pays tiers. Il appartient à l Etat d accueil de décider de la manière de vérifier la nature des garanties offertes dans l Etat de retour. Cette condition est d autant plus justifiée lorsque l Etat vers lequel la personne à éloigner est renvoyée - et d où elle craint d être expulsée vers un Etat tiers - n est pas membre du 3 CEDH, S. Einhorn c. France, déc. du 16 octobre 2001 (Requête n 71555/01), CEDH, arrêt Moustaquim c. Belgique du 18 février 1991; CEDH, arrêt Beldjoudi c. France du 16 mars 1992; CEDH, arrêt Nasri c. France du 13 juillet 1995; CEDH, C. c. Belgique, 7 août 1996; CEDH, arrêt Ezzoudhi c. France du 13 février 2001 ; CEDH (1 ère Section), arrêt Amrollah c. Danemark du 11 juillet 2002, Requête n 56811/00 ; CEDH, arrêt Boultif c. Suisse du 2 août 2001, Requête n 54273/00; CEDH, arrêt Benhebba c. France du 19 juin 2003, Requête n 53441/99, par. 32 ; CEDH, arrêt Mokrani c. France du 15 juillet 2003, Requête n 52206/99, par
15 Conseil de l Europe et, par conséquent, n est pas lié par la CEDH. Il convient de noter que le Comité contre la Torture (CAT) a adopté une interprétation similaire de l article 3 de la Convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants du 10 décembre 1984, selon lequel «Aucun Etat partie n expulsera, ne refoulera ni extradera une personne vers un autre Etat où il y a des motifs sérieux de croire qu elle risque d être soumise à la torture» (voir, dans la jurisprudence récente, la décision du 11 novembre 2003 sur la communication n 153/2000, R.T. c. Australia, point 6.4.). Paragraphe 4 : Conformément à ce principe directeur, l estimation de la situation dans l Etat de retour dont il est question dans les paragraphes 1 à 3 devrait être faite par les autorités nationales de l Etat d accueil avant qu une décision d éloignement ne soit prise. Le 4 e paragraphe ajoute qu en procédant à ces vérifications, les autorités du pays d accueil devraient consulter les sources fiables d informations disponibles. Sur ce point, on notera que, dans son arrêt du 11 juillet 2000 en l affaire Jabari c. Turquie (Requête n 40035/98), la Cour a réitéré qu elle doit «accorder, dans sa propre appréciation du risque auquel l intéressée serait confrontée si son expulsion devrait être mise en œuvre, un poids important à la conclusion tirée par le HCR à l issue de l examen de la demande». Paragraphe 5 : La première phrase du paragraphe, qui concerne l éloignement d enfants séparés, découle des articles 3(1) et 24 de la Convention relative aux droits de l enfant, adoptée et ouverte à la signature par l Assemblée générale des Nations Unies dans sa Résolution 44/25 du 20 novembre L exigence que l enfant bénéficie d une aide juridique ou d autre nature figure dans l article 37 (d) de la Convention relative aux droits de l enfant et s applique à toutes les situations où l enfant est privé de sa liberté. Paragraphe 6 : Ce paragraphe vise à éviter les situations où des étrangers sont mis «en orbite», c est-à-dire qu ils sont obligés de quitter le pays alors qu ils n ont pas l assurance d être accueillis dans un autre pays. Dans l affaire Harabi c. les Pays-Bas, la Commission européenne des Droits de l Homme a rappelé qu elle «estimait que l expulsion répétée d un individu dont l identité ou la nationalité ne peut être établie, vers un Etat où l accueil n est pas assuré, peut poser un problème sur le terrain de l article 3 de la CEDH ( ). Il en va de même de l expulsion répétée d un étranger, et cela sur une longue période, lorsque aucun Etat ne se soucie de régulariser sa situation» (Requête n 10798/84, déc. du 5 mars 1986, DR 46, p. 112). L Etat d accueil ainsi que l Etat d origine et l Etat de retour ont la responsabilité conjointe de garantir que de telles situations ne se produisent pas. Le principe directeur 2, paragraphe 6, et les principes directeurs 12 (coopération entre Etats) et 13 (obligations des Etats) doivent donc être considérés comme complémentaires et se renforçant mutuellement. 15
16 Principe 3. Interdiction des expulsions collectives Les décisions d éloignement ne doivent être prises que sur la base d un examen raisonnable et objectif de la situation particulière de chaque personne concernée, et à la lumière des circonstances propres à chaque cas. Les expulsions collectives d étrangers sont interdites. 16
17 COMMENTAIRE 1. Ce principe directeur réaffirme l importance qu attache la Cour européenne des Droits de l Homme à l article 4 du Protocole n 4 à la CEDH. La jurisprudence établit qu il faut entendre par expulsion collective, au sens de l article 4 du Protocole n 4, toute mesure contraignant des étrangers, en tant que groupe, à quitter un pays, sauf dans les cas où cette mesure est prise à l issue d un examen rationnel et objectif de la situation particulière de chacun des étrangers qui forment le groupe (voir la décision d irrecevabilité du 23 février 1999 en l affaire Andric c. Suède (Requête n 45917/99), non publiée). 2. Ce principe n interdit pas l organisation pratique de départs groupés de personnes à éloigner, mais la décision d éloignement doit être fondée sur les circonstances liées à la personne à éloigner, même si les membres de ce groupe sont dans une situation administrative similaire ou présentent des caractéristiques communes. 3. L adoption de décisions d éloignement individuelles ne constitue pas toujours une garantie suffisante si, par exemple, les raisons invoquées pour justifier la décision d éloignement - ou l arrestation de la personne concernée afin de s assurer du respect de ladite décision sont stéréotypées, ou si d autres facteurs donnent à penser que la décision a pu être prise d expulser un groupe d étrangers, sans examen préalable du cas particulier de chaque membre du groupe (CEDH (3 e Section), arrêt Conka c. Belgique du 5 février 2002, Requête n 51564/99, par. 59; et les règlements amiables conclus dans les affaires Sulejmanovic et autres et Sejdovic et Sulejmanovic c. Italie (Requêtes n 57574/00 et n 57575/00) (arrêt du 8 novembre 2002 (CEDH (1 ere Section)). 17
18 Principe 4. Notification de la décision d éloignement 1. La décision d éloignement devrait être communiquée par écrit à l intéressé, soit directement, soit par l intermédiaire de son représentant légal. Si cela est nécessaire, il convient de fournir à la personne une explication sur la décision dans une langue qu elle comprend. La décision d éloignement doit indiquer : les raisons juridiques et factuelles de la décision d éloignement; les recours disponibles, qu ils soient ou non assortis d effets suspensifs, et leurs délais d exercice. 2. En outre, les autorités de l Etat d accueil sont encouragées à préciser : les organes susceptibles de fournir un complément d information sur l exécution de la décision d éloignement; les conséquences du non-respect de la décision d éloignement. 18
19 COMMENTAIRE 1. Ce principe directeur prévoit, notamment, que la décision d éloignement devrait être communiquée par écrit à l intéressé, soit directement à la personne, soit par l intermédiaire de son représentant légal. Si cela est impossible, la décision d éloignement devrait être envoyée par courrier recommandé, ou par un autre moyen sûr, à la dernière adresse connue de l intéressé. Si le courrier recommandé n est pas réclamé, ou si le représentant légal déclare avoir perdu contact avec la personne concernée, les autorités devraient faire diligence pour veiller à ce que la décision soit correctement notifiée. 2. Dans certains pays, la décision d éloignement sera réputée notifiée (et ainsi les délais de demande d annulation de la décision commenceront à courir) même s il n est pas certain que cette décision est bien parvenue au destinataire. Cela ne devrait être le cas que si, au cours d une procédure antérieure, par exemple celle concernant la demande d asile, il a été clairement indiqué à la personne concernée que cette règle s appliquerait et qu elle devait donc notifier aux autorités tout changement d adresse pour pouvoir être avertie correctement et à tout moment qu elle faisait l objet d une décision d éloignement. 3. Ce principe directeur encourage les Etats membres à mentionner dans la décision d éloignement toute autre organe pouvant fournir des informations complémentaires relatives à son éloignement. Ces informations concernent les moyens pratiques permettant de se conformer à la décision d éloignement. La personne à éloigner pourrait être informée, par exemple, sur la question de savoir si l Etat peut contribuer à ses frais de transport, si elle peut bénéficier de programmes d aide au retour aux termes du principe directeur 1, ou si elle peut obtenir une prolongation du délai pour obtempérer à la décision d éloignement. Dans les pays où les décisions d éloignement ne contiennent pas de telles informations, celles-ci devraient être transmises sans délai par d autres moyens. 4. La personne qui est contrainte de quitter le territoire de l Etat d accueil devrait être informée des conséquences du non respect de cette obligation afin de l inciter à quitter le territoire de l Etat d accueil de son plein gré. 5. Certains Etats n adoptent pas de décision d éloignement distincte. La décision d éloignement peut, par exemple, faire partie intégrante d un refus d accorder l asile ou un permis de séjour, ou de toute autre décision portant sur l autorisation de demeurer sur le territoire national. Ce principe directeur ne constitue pas un obstacle à cette pratique. 19
20 Principe 5. Recours contre une décision d éloignement 1. Dans la décision d éloignement ou lors du processus aboutissant à la décision d éloignement, la possibilité d un recours effectif devant une autorité ou un organe compétent composé de membres impartiaux et jouissant de garanties d indépendance doit être offerte à la personne concernée. L autorité ou l organe compétent doit avoir le pouvoir de réexaminer la décision d éloignement, y compris la possibilité d en suspendre temporairement l exécution. 2. Le recours doit offrir les garanties de procédure requises et présenter les caractéristiques suivantes : le délai d exercice du recours ne doit pas être déraisonnablement court; le recours doit être accessible, ce qui implique notamment que, si la personne concernée par la décision d éloignement n a pas suffisamment de ressources pour disposer de l aide juridique nécessaire, elle devrait obtenir gratuitement cette aide, conformément à la législation nationale pertinente en matière d assistance judiciaire; si la personne fait valoir que son retour entraînera une violation des droits de l homme visés au principe directeur 2.1, le recours doit prévoir l examen rigoureux de ces allégations. 3. L exercice du recours devrait avoir un effet suspensif si la personne à éloigner fait valoir un grief défendable prétendant qu elle serait soumise à des traitements contraires aux droits de l homme visés au principe directeur
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