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Timestamp: 2017-05-29 07:43:26+00:00
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Les ambitions de cette synthèse sont modestes : indiquer à grands traits l’évolution de l’administration pénitentiaire française, depuis les dernières années de l’Ancien Régime jusqu’à nos jours (début du XXIe siècle).Ce texte a été complété par une bibliographie sommaire (ci-dessous). Il peut servir d’introduction à la chronologie des textes relatifs aux peines et aux prisons.
La plupart des illustrations de cet article ont été puisées dans les richesses, à mon gré trop méconnues, du Musée national des prisons de Fontainebleau (voir le site web) et profité de la généreuse disponibilité de sa conservatrice, Catherine Prade. Top of page
Mots-clés :Amor (Paul), Beaumont (Gustave de), Beccaria (Cesare), Bentham (Jeremy), Chalandon (Albin), Conciergerie, entreprise générale, gardiens, Grand Châtelet, Haussonville (Gabriel-Paul-Othenin d'), Howard (John), maison centrale, Malesherbes (Guillaume-Chrétien de Lamoignon de), Peyrefitte (Alain), prison ordinaire, Société royale pour l'amélioration des prisons, surveillants, Tocqueville (Alexis de), histoire des prisons
Keywords :Amor (Paul), Beaumont (Gustave de), Beccaria (Cesare), Bentham (Jeremy), Chalandon (Albin), Haussonville (Gabriel-Paul-Othenin d'), Howard (John), jails, Malesherbes (Guillaume-Chrétien de Lamoignon de), Peyrefitte (Alain), Société royale pour l'amélioration des prisons, Tocqueville (Alexis de), workhouses
Geographical :Belgique, Gand, Vilvoorde, Amiens, Angers, Armentières, Casabienda, Charenton, Château-Thierry, Fresnes (prison), If (château), Pierre-Encize (prison), Paris, Bastille (la), Conciergerie (prison), Grand Châtelet (prison), Petite Roquette (prison), Saint-Denis, Saint-Lazare (prison), Vincennes (château), Saint-Venant, Saumur, Soissons
Chronological :Cinquième République (depuis 1958), Deuxième République (1848-1851), Époque moderne (1492-1789), Période révolutionnaire et Premier Empire (1789-1815), Quatrième République (1946-1958), Restauration et Monarchie de Juillet (1815-1848), Second Empire (1852-1870), Seconde Guerre mondiale (1939-1945), Troisième République (1870-1939)Top of page
1. L’État des prisons en France à la veille de la Révolution
Les prisons ordinaires
Les maisons de force
2. Les prisons et la Révolution La prise de la Bastille
a. Beccaria et les Codes
b. Une application parcimonieuse
3. Les prisons du xixe siècle
L’œuvre de Napoléon Bonaparte
Le retour des philanthropes
Le grand débat, auburniens versus pennsylvaniens
L’œuvre pénitentiaire du iie Empire
L’avènement de la prison cellulaire
4. Un xxe siècle contrasté
L’âge d’or du personnel des prisons
Les prisons et la guerre
Les politiques du pendule
Albin Chalandon, la construction des prisons « privées » et l’inauguration d’une certaine continuité de la politique pénitentiaire
5. 2002-2009. Une administration prise dans un étau dont elle peine à entrouvrir les mâchoires (Addenda 2009)
Début 2003–début 2006. Le « tout sécuritaire » pénitentiaire ?
Début 2006–début 2009. Une administration apaisée, entreprenante mais soumise au feu de la critiqueTop of page
1Grâce à John Howard et à son « État des prisons », on en sait beaucoup sur les prisons européennes de la fin du xviiie siècle. Howard parcourt les prisons françaises du règne de Louis xvi et ne tarit pas d’éloges sur leur bonne tenue. Malesherbes, plusieurs fois ministre, est passé par là. On lui doit la généralisation du « pain du Roi » (les prisons doivent cesser d’être des « mouroirs » - Malesherbes est le père de la première des missions de l’administration pénitentiaire (l’entretien des détenus) ainsi que l’aménagement d’une prison royale modèle, celle de la Force (dans l’ancien hôtel du duc de la Force) à Paris, au sein de laquelle les prisonniers sont séparés par sexe, par âge et par catégorie pénale. On lui doit surtout d’avoir permis aux courants hygiéniste et philanthropique de pénétrer à l’intérieur des prisons : ainsi les prisons deviennent bien aérées, éclairées et approvisionnées en eau. Elles s’ouvrent aussi largement à l’exercice de la philanthropie, ainsi qu’au contrôle plus assuré de la magistrature.
2Mais il ne faut pas se leurrer : l’œuvre de Malesherbes, visible surtout dans la capitale, se heurte au manque de moyens financiers d’une part, à l’inertie des pouvoirs locaux d’autre part. Et encore ne concerne-t-elle que les prisons ordinaires.
3Destinées à accueillir les prisonniers en attente ou d’un jugement ou de l’exécution d’une peine criminelle, ainsi que les dettiers (tant ceux en matière pénale que civile), elles se referment aussi sur les mineurs délinquants, les prostituées, les mendiants et vagabonds, ainsi que, de plus en plus, sur des condamnés à une peine d’enfermement ou sur des prisonniers pour « plus ample informé » (un biais grâce auquel un juge d’instruction évite à l’accusé une peine corporelle ou infâmante). Elles pullulent, Necker en dénombre plus de 10 000 au milieu des années 1780. Cependant, il ne faut pas s’imaginer la France comme une « petite Sibérie » : la plupart des ces prisons consistent dans une ou deux cellules, rarement occupées et « perdues » au fin fonds d’une porte de ville, d’un château voire d’une auberge. Cette dissémination s’explique par le démembrement de la justice pénale, laquelle peut-être royale, mais encore municipale, seigneuriale, ecclésiastique, etc.
4Malgré ce qu’en dit Howard, qui ne s’y est pas attardé, ces prisons microscopiques sont le plus souvent dans un état lamentable. De grandes prisons (quelques dizaines, plus rarement quelques centaines de prisonniers), on n’en trouve que dans les villes, en particulier dans les villes de parlement, et bien sûr à Paris. Leur état est variable, d’une province (généralité) à une autre province. Ainsi, à Amiens, le Beffroi (prison municipale) et la Conciergerie (prison royale) sont des prisons bien entretenues cependant que les prisons lilloises ( prison royale de la Tour Saint-Pierre et prison municipale du « Petit Hôtel ») souffrent d’un manque d’entretien et d’une surpopulation endémiques.
5Toutes ces prisons sont dirigées par un concierge (les plus grands établissements) ou un geôlier, lequel, à défaut de recevoir un traitement, gagne sa vie en louant des chambres à la pistole ou en vendant aux prisonniers des aliments (cantine) et des boissons (buvette). Les écarts sociaux traversent la prison dans ses deux dimensions (gardiens et gardés), ils sont considérables entre le concierge du Grand Châtelet ou celui de la Conciergerie (les deux plus grandes prisons françaises avec chacune un demi-millier de prisonniers), riches à millions, et le geôlier de la prison de Vervins et ses deux ou trois détenus faméliques qui crèvent à petit feu sur de la paille (les « pailleux »).
Gravure de Chauveau (xviiie siècle)Zoom Original (jpeg, 16k)
Représentation des prisons du Grand Châtelet, par Montégut (in A. Guillot, Paris qui souffre. Les prisons de Paris, Dentu, 1890).Zoom Original (jpeg, 40k)
Ces prisons étaient situées sur l’emplacement actuel du théâtre du Châtelet.Lire les observations de Lavoisier sur cette prison (Rapport de 1780)
6A côté de la justice ordinaire (celle des bailliages ou sénéchaussées, des présidiaux et des parlements), justice déléguée (rendue au nom du Roi, source de toute justice), existe la justice retenue, qui se décline sous deux principales formes : soit le Roi la rend en personne (ordres du Roi, les fameuses « lettres de cachet »), soit il désigne une juridiction d’exception qui prend la place de la juridiction ordinaire. Les décisions de la justice retenue consistent le plus souvent dans un enfermement dont la durée est rarement déterminée : elle dépend du bon vouloir du prince et (ou) de la résipiscence de l’enfermé. Ces lieux d’enfermement, appelés maisons de force et (ou) de correction se comptaient par centaines au xviiie siècle.
7Les plus célèbres étaient les prisons d’État (la Bastille, Vincennes, le château d’If, Pierre-Encize à Lyon, les châteaux d’Angers, de Saumur, la forteresse de Pignerol, etc.), prisons de luxe pour des prisonniers par lettres de cachet (politiques, écrivains, criminels de bonne famille, etc.).
8Ces prisons, qui devaient devenir les symboles de l’arbitraire royal, étaient en réalité des arbres de grande futaie qui cachaient des broussailles de moins bonne figure. A partir de 1667, furent créés les lieutenants généraux de police (plus d’une centaine de ville étaient dotées d’un lieutenant général de police au début du xviiie siècle). Les tribunaux de police qu’ils présidaient eurent à traiter de la petite et moyenne délinquance urbaine, dont le lot commun devint désormais l’enfermement : les maisons de force, en particulier religieuses, se multiplièrent, elles étaient plus de 500 à la veille de la Révolution, sans compter les couvents réservés aux femmes (en particulier les Bon Pasteur). L’affectation dans telle ou telle maison obéissait à des facteurs géographiques, mais surtout financiers : les prix de pension variaient dans des proportions considérables, d’un établissement à l’autre, mais aussi au sein du même établissement. Pour les plus riches, il y avait des maisons aussi célèbres que Saint-Lazare, le Mont-Saint-Michel ou encore Armentières ou Saint-Venant ; pour les plus démunis, les quartiers de force de l’hôpital général (à Paris la Salpêtrière pour les femmes et Bicêtre pour les hommes). Certains établissements, certains ordres religieux qui en avaient la charge, devaient finir par se spécialiser. C’est ainsi que Saint-Lazare devint maison de correction pour les mineurs, Saint-Venant maison de correction pour les jeunes adultes et les ecclésiastiques saisis par le démon de la chair (drôle d’assemblage), cependant que Château-Thierry ou Charenton devinrent réservés aux fous.
9Après les urbains, les ruraux. La mendicité et le vagabondage, devenus fléaux et pourchassés mais en vain depuis le milieu du xive siècle, finissent par subir une terrible répression au xviiie siècle. Après une première tentative à partir de 1724 (on confina mendiants et vagabonds dans les quartiers de force des hôpitaux généraux, mais les finances royales cessèrent de suivre au début des années 1730), à la suite de multiples commissions de réforme, de nouvelles maisons de force, baptisées dépôts de mendicité, commencèrent d’accueillir les mendiants et vagabonds autour de 1770 (les textes royaux sont de 1764 et 1767). Une trentaine de ces nouvelles institutions étaient encore en place à la veille de la Révolution. Toutes trouvèrent à se nicher dans d’anciens couvents ou abbayes, châteaux ou collèges de jésuites, casemates ou anciennes poudrières dans les remparts des villes, voire dans d’anciennes auberges (Soissons). Seule exception, le dépôt de mendicité de la capitale picarde, le Bicêtre amiénois, ouvert pendant l’été de 1785, à l’architecture parlante (vue de l’extérieur, une terrible forteresse censée dissuader) et à la discipline aléatoire. Ces dépôts de mendicité sont « voués à l’industrie ». A l’exception près de ceux de Soissons et de Saint-Denis, où les détenus travaillent pour le compte de la manufacture de Saint-Gobain, les autres dépôts ne réussissent guère à apprivoiser le travail en leur sein, pas davantage qu’à apprivoiser les détenus au travail.
10La date officielle retenue pour le début de la Révolution française est le 14 juillet 1789, journée où fut prise d’assaut une prison d’État...qui renfermait alors... sept prisonniers.
Tableau de Jean-Baptiste Lallemand (environ 1790)Zoom Original (png, 84k)
11En matière pénale, et plus singulièrement pour ce qui se rapporte à l’enfermement, la Révolution n’est pas un bloc. Il y a eu le temps des bâtisseurs de codes, puis celui des guerres, la guerre civile et la guerre continentale. Après qu’un louable effort de simplification et de mise en ordre des textes pénaux eut été accompli par l’assemblée constituante, l’état des prisons ne va pas cesser de se dégrader : les administrations sont désorganisées et les finances font cruellement défaut, cependant que la population des prisons s’envole irrésistiblement. Ce n’est que dans les toutes dernières années du xviiie siècle que politiques et administrateurs envisagent sérieusement d’y mettre de l’ordre.
Portrait de Beccaria (1738-1794)Zoom Original (png, 65k)
Il fut l’un des théoriciens du droit pénal contemporain, mais aussi un abolitionniste (voir expo en ligne)
12Cesare Beccaria a écrit un tout petit livre de 104 pages, sans compter celle d’errata, dont le retentissement allait être immense. Son « Traité des délits et des peines », paru en 1764, avait le mérite de réunir, dans une brève synthèse, toutes les critiques adressées à la justice criminelle depuis des dizaines d’années et d’en tirer, non sans hésitations, approximations et contradictions, quelques principes et enseignements.
1 Beccaria, Des délits et des peines, 3e édition française, 1766, sur le site Gallica.
13A chaque critique, un principe : la justice est cruelle, sinon barbare (peines corporelles et infâmantes, peine de mort surtout, torture, etc.), Beccaria propose la DOUCEUR DES PEINES ; la justice frappe fort, donc, mais peu, elle se veut exemplaire, dissuasive, et épargne les puissants, Beccaria propose la SÛRETE DES PEINES ; la justice est inégalement distribuée on vient de le dire mais encore elle est le jouet de l’arbitraire des magistrats, de leur humeur, de leurs idées morales, Beccaria propose la LEGALITE, principe suivant lequel une infraction n’est punissable que dès lors qu’elle est contenue dans un CATALOGUE, et punissable suivant un TARIF PRECIS, le catalogue et le tarif étant réunis dans un CODE1.
14Les principes de Beccaria furent traduits dans des textes de loi dans un certain nombre de pays d’Europe. En France, ils reçurent un accueil enthousiaste parmi les esprits éclairés, « philosophes » - le premier traducteur de Beccaria fut l’abbé Morellet - mais plus largement les hommes de pouvoir et ceux de loi, singulièrement un certain nombre de hauts magistrats. Autant de personnalités qui encombraient les bancs de l’assemblée constituante. L’un d’entre eux parmi les plus éminents, Le Pelletier de Saint-Fargeau (qui allait être le premier « martyr » de la Révolution), fut le rapporteur du Code pénal devant l’assemblée constituante. Son rapport fut l’objet de vives controverses, et la montagne finit par accoucher d’une souris : la peine de mort fut maintenue, de même que le bagne (travaux forcés), la prison devenant avec l’amende une panacée, mais qui ne s’appliquait qu’aux infractions petites et moyennes, sous la forme réduite bientôt à l’emprisonnement correctionnel et la réclusion criminelle. Le plus important était que l’enfermement, peine extraordinaire, devenait une peine ordinaire prononcée par les juridictions ordinaires.
15Restait à mettre les peines prévues par le Code pénal et le Code d’instruction criminelle à exécution. En règle générale, les prisons ordinaires furent rebaptisées maisons d’arrêt et de justice, cependant que des maisons de force (parmi lesquelles un certain nombre de dépôts de mendicité) devinrent maisons de force et (ou) de correction. Il n’y eut pas d’ouverture, encore moins de construction de prisons nouvelles.
16A partir de 1792, la guerre continentale, puis la guerre civile occasionnèrent une irrésistible inflation de la population enfermée. Leurs effets, conjugués à ceux du désastre financier, aboutirent à une politique consistant à faire flèche de tout bois : on enferma à tours de bras des prisonniers de toutes natures (outre les clientèles de droit commun habituelles, espions, faux-monnayeurs, trafiquants, politiques, etc.), sans compter les insoumis et déserteurs, tant au sein des anciennes prisons que d’établissements religieux récupérés comme biens nationaux.
17L’exemple d’Amiens est tout à fait représentatif de cette nouvelle donne. On voit la population pénale s’enfler au gré des événements politiques et militaires (exigence du serment des prêtres en 1791, déclaration de guerre d’avril 1792, terreur de 1793) cependant que de plus en plus d’établissements religieux sont convertis en prisons (Carmélites, Célestins, Cordeliers, Clarisses, Providence, Ursulines, etc.)
18L’histoire anecdotique s’est emparée des prisons de cette période, l’exemple le plus notoire étant celui de la Conciergerie et de la reine Marie-Antoinette. Prisons comme antichambres de la guillotine, prisons de tous les mélanges (des sexes, des âges, des catégories pénales, des catégories sociales). La réalité est plus complexe et moins spectaculaire. D’une part, les modes de fonctionnement des prisons d’Ancien Régime ont la vie dure : malgré l’indéniable entassement des prisonniers (qui ne fut que très provisoire), malgré la mort qui rôde (plus à Paris qu’en province), les vieilles pratiques subsistent, du concierge ou du geôlier qui « soigne aux petits oignons » au sein des pistoles les riches prisonniers cependant que les « pailleux » se consument dans des quartiers du commun redevenus mouroirs. En outre, toujours en continuité avec l’Ancien Régime, les prisonniers les plus huppés continuent d’être placés dans des « prisons pensions » (anciennes maisons de force), sous le prétexte de s’y faire soigner.
19L’intérêt pour les prisons et leurs « pauvres prisonniers » n’a du reste été complètement interrompu que très peu de temps. Et certaines autorités politiques et judiciaires se sont inquiétées dès 1791 de concrétiser les prescriptions des codes. A Amiens, on trie les prisonniers suivant leur catégorie pénale sans discontinuer et, dès l’été de 1795, tant les autorités municipales et départementales que le tribunal criminel s’inquiètent de la surpopulation, de la confusion des catégories de prisonniers, de l’insalubrité et du manque de sûreté des prisons.
20Avec le Directoire (fin octobre 1795), c’est au tour du pouvoir central de tenter de prendre les choses pénitentiaires en main. Texte fondamental, la circulaire du ministre de l’intérieur du 5 février 1796, qui intime aux autorités locales de mettre en place les nouvelles prisons telles que prévues par les textes à l’exclusion de tout autres : maisons d’arrêt, de justice, de correction, sans compter les maisons de répression (Lire extrait). A Amiens, le département prend, le 22 mai 1799, un arrêté qui règle pour presque 50 ans le « statut » des prisonniers : 750 g de pain et de la soupe tous les jours ; fourniture d’habits aux indigents ; règles de discipline strictes ; pistole et cantine clairement tarifées ; limitations des communications avec l’extérieur ; recrutement de concierges, geôliers et guichetiers « d’un caractère et de mœurs irréprochables » et décemment rémunérés ; visite hebdomadaire d’un membre de l’administration municipale.
21Si le Directoire s’occupa, avec le relais des municipalités et des départements, des maisons d’arrêt, l’œuvre de Napoléon Bonaparte fut considérable au point de vue de l’organisation administrative et de la mise en place de ces structures nouvelles qui allaient finir par s’appeler maisons centrales.
22Centrales, ces prisons le furent à plus d’un titre : parce que dépendant de l’administration centrale du ministère de l’intérieur ; parce que financées non pas, à l’instar des maisons d’arrêt, par les conseils généraux mais par l’État central ; parce que placées au centre d’une circonscription (à l’origine militaire).
23Si les premières maisons centrales furent établies en pays conquis (Gand et Vilvoorde) ou aux confins de régions militairement stratégiques (Embrun et l’Italie, Fontevrault et les pays chouans), leur implantation obéit bientôt à des considérations plus pénitentiaires : il s’agit alors d’ouvrir sur tout le territoire national des établissements dispersés de manière à rayonner sur trois, quatre, cinq départements - une toile d’araignée pénitentiaire, telle celle qui, sous l’Ancien Régime, avait été constituée avec les dépôts de mendicité.
Maison centrale de Clairvaux. Vue d’ensemble panoramique de l’abbaye (façade de l’ancien grand cloître) vers 1928-1930. Zoom Original (jpeg, 24k)
Abbaye cistercienne fondée par Bernard de Fontaine en 1150, Clairvaux fut appropriée au XIXe siècle en maison centrale. Les bâtiments de l’établissement pénitentiaire actuel date de 1971. Cliché H. Manuel (détail). Collection du Musée national des prisons. 24L’histoire des maisons centrales, de leur création, puis de leur contrôle, est indissociable de celle des préfets. Il suffit pour s’en convaincre de porter intérêt à la première maison centrale implantée sur le territoire national, Embrun, dans les Hautes-Alpes. Le rôle du préfet Ladoucette y fut déterminant dans le choix du site, dans celui des bâtiments comme dans son inébranlable volonté d’y faire travailler les prisonniers, avec cet espoir, avoué, revendiqué, de dynamiser une région sinistrée grâce au rôle moteur de la maison centrale.
25Quand même les espérances de Ladoucette s’avérèrent illusoires sur ce dernier point, les maisons centrales du xixe siècle furent d’abord et surtout des manufactures où les travailleurs détenus étaient soumis à l’obligation du travail. Le système qui y régna presque exclusivement jusqu’en 1898 fut celui de l’entreprise générale. Emportait le marché public l’entrepreneur qui avait soumissionné le prix de journée le moins élevé. Lequel prix de journée consistait à assurer l’entretien complet des détenus (alimentation, vêtements, soins, etc.) La contrepartie consistait pour l’entrepreneur à fournir du travail à tous les détenus valides, faute de quoi il était tenu de leur verser une indemnité de chômage. Les maisons centrales furent pendant longtemps de grandes manufactures textiles, avec des femmes à la filature, des hommes au tissage et des enfants qui rattachaient les fils. Cette organisation exigeait par conséquent que femmes, hommes et enfants fussent regroupés au sein du même établissement, du moins dans des quartiers séparés.
26Se formèrent des dynasties d’entrepreneurs, les Bauwens, les Dollfuss, les Guyot, etc. Grands industriels qui réalisèrent la première révolution industrielle autour du coton et du machinisme (et de la main d’œuvre concentrée, d’où leur intérêt pour les prisons), jusqu’à ce quees de Ladoucette s’avérèrent illusoires sur ce dernier point, les maisons centrales du xixe siècle furent d’abord et surtout des manufactures où les travailleurs détenus étaient soumis à l’obligation du travail. Le système qui y régna presque exclusivement jusqu’en 1898 fut celui de l’entreprise générale. Emportait le marché public l’entrepreneur qui avait soumissionné le prix de journée le moins élevé. Lequel prix de journée consistait à assurer l’entretien complet des détenus (alimentation, vêtements, soins, etc.) La contrepartie consistait pour l’entrepreneur à fournir du travail à tous les détenus valides, faute de quoi il était tenu de leur verser une indemnité de chômage. Les maisons centrales furent pendant longtemps de grandes manufactures textiles, avec des femmes à la filature, des hommes au tissage et des enfants qui rattachaient les fils. Cette organisation exigeait par conséquent que femmes, hommes et enfants fussent regroupés au sein du même établissement, du moins dans des quartiers séparés.
27Se formèrent des dynasties d’entrepreneurs, les Bauwens, les Dollfuss, les Guyot, etc. Grands industriels qui réalisèrent la première révolution industrielle autour du coton et du machinisme (et de la main d’œuvre concentrée, d’où leur intérêt pour les prisons), jusqu’à ce que la crise des années 1830 (et le chômage qu’ils durent assumer) les en chassât. Alors, aux grands industriels se substituèrent des entrepreneurs généraux qui se consacrèrent à l’entretien, sous-traitant le travail enfermé à des confectionnaires (concessionnaires), industriels « spécifiques » qui enfermèrent les détenus dans des occupations qu’ils n’étaient plus susceptibles de trouver dans la vie libre (épluchage, triage, confection d’objets religieux ou mortuaires, etc.) Le retour des philanthropes
28C’est dire que le « grand tournant » dans l’histoire des prisons intervient autour de 1830. Il serait illusoire (et dérisoire) d’opposer une sorte d’âge d’or des « bonnes prisons » d’avant 1830 aux « mauvaises » de la monarchie de juillet. Il n’empêche : sous l’impulsion d’une classe politique qui avait eu à tâter de la prison de très près pendant la Révolution, un fil fut renoué avec la politique des philanthropes du règne de Louis xvi. Sous la houlette du duc Decazes, se constitua une Société royale pour l’amélioration des prisons, qui réunit tous les « importants » du royaume, hommes politiques et banquiers, industriels et hommes de plume, journalistes et hauts fonctionnaires, tous les courants de pensée trouvant à s’y côtoyer.
29La Société royale œuvra sur un plan national : on lui doit en particulier la généralisation, en 1819, des commissions de surveillance dans les maisons d’arrêt. On lui doit surtout une collection de rapports et projets divers, qui forment une remarquable documentation sur l’état des prisons vers 1820. Car son action fut essentiellement régionale, sinon locale. La Rochefoucauld-Liancourt, par exemple, rédigea le règlement de Saint-Lazare, la grande prison de femmes parisienne.
30Les membres de la Société royale s’intéressèrent en priorité aux établissements de prévention. A l’exception de Gaillon, l’une des grandes maisons centrales du xixe siècle, qui reçut les visites attentives de Barbé-Marbois.
31L’œuvre de la Société royale fut quelque peu disséminée, elle manque en tout cas de rationalité. Un nombre non négligeable de prisons furent construites ou aménagées, du fait essentiellement de l’implantation locale d’un membre éminent de la Société. Les constructions les plus spectaculaires furent celles de la Petite Roquette, qui était destinée aux femmes, et de la maison d’arrêt de Lille. L’architecture radiale de la première, malgré ses imperfections, anticipe sur celles des prisons cellulaires des années 1840 et suivantes cependant que le plan de la seconde constitue une sorte de chant du cygne des prisons de l’Ancien Régime, dont l’architecture était si « parlante ».
32Mais l’essentiel de l’œuvre philanthropique est ailleurs. Il est d’abord dans la continuation du processus d’hygiénisation des prisons et dans la volonté politique de leur contrôle par la société civile. Le « pauvre prisonnier » demeure un vecteur privilégié d’exercice de la charité chrétienne, dans les innombrables ouvrages qui paraissent alors, il est aussi une victime, de la société mais encore de la prison elle-même, faite de souffrances de toutes natures, la moindre n’étant pas celle occasionnée par la voracité et la brutalité des geôliers et des gardiens. Le grand débat, auburniens versus pennsylvaniens
33Passé 1830, le ton change. La coupure n’est bien entendu pas radicale. Le « règne » des philanthropes a été relativement bref (leur étoile a commencé de pâlir dès le début des années 1820, après l’assassinat du duc de Berry), ou au moins intermittent (le souci de la prison redevient au goût du jour en 1828 avec les ministres Martignac et Montbel). Leur « naïveté », leurs excès compassionnels ont été dénoncés dès 1820. Et les premières références aux « bonnes » prisons anglaises ou américaines sont antérieures à 1830.
34Il n’empêche, le ton change avec les doctrinaires au pouvoir, de même que le regard porté sur la personne du prisonnier. Le jugement d’un Guizot, d’un Thiers, d’un Rémusat ou d’un Duchâtel est sans appel : la prison coûte cher et elle n’a que des effets négatifs : elle produit ces trois fléaux que sont l’épidémie, l’homosexualité et la récidive. Le régime commun (dortoirs, promenoirs, chauffoirs, et ateliers quand il en existe dans les grandes maisons d’arrêt) en est la cause.
35Une conclusion s’impose : supprimer les prisons pour les remplacer par des institutions alternatives, par exemple la transportation ou un suivi en milieu ouvert ou encore des prisons organisées autrement. Cette dernière solution va être retenue pour les mineurs, on va y venir. Vis-à-vis des adultes, on temporise. Sous la forme de voyages à l’étranger. Pays de prédilection : l’Angleterre, la Suisse, les pays scandinaves mais surtout les États-Unis, chers au cœur de plus d’un dirigeant de la monarchie de juillet.
36Pur hasard de l’histoire, le futur auteur de « De la démocratie en Amérique », Alexis de Tocqueville, alors un magistrat obscur et suspect (de légitimisme), propose à Thiers, ministre en charge des prisons, de se rendre en compagnie de Gustave de Beaumont (à leurs frais), en voyage d’étude de l’organisation des prisons américaines. Ils en reviennent en 1832 avec un ouvrage complexe et nuancé intitulé « Du système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France. »
37Décantation après décantation, les politiques, l’opinion publique retiendront de cette admirable étude... un squelette. Le débat va être circonscrit, à peu de choses près, au choc frontal entre deux modèles : celui de la prison d’Auburn (État de New York), avec ses cellules individuelles nocturne et sa vie diurne en commun mais sous le règne du silence ; celui de la prison de Philadelphie (Pennsylvanie), au sein de laquelle les détenus sont encellulés 24 heures sur 24. Chaque modèle va cristalliser les antagonismes, sinon les haines, entre un camp de partisans et un autre. Alors que les différences entre les modèles sont dérisoires et les résultats identiques : ceux escomptés, de l’éradication des trois fléaux pénitentiaires (épidémie, homosexualité, récidive) par le silence ou les murs ; ceux effectifs, de la souffrance ajoutée à l’absence de liberté que dénoncera à longueur de pages Gaëtan de La Rochefoucauld-Liancourt, le fils du grand duc.
38De projet de loi en projet de loi, d’atermoiement en atermoiement, peu de prisons cellulaires furent construites (et ouvertes) sous la monarchie parlementaire (moins d’une vingtaine), et leur échec fut patent en raison du surencombrement qu’elles eurent à supporter. Seule exception, la Petite Roquette, la prison des philanthropes, qui fut reconvertie en prison des mineurs, cellulaire qui plus est. Prison de l’horreur, des suicides multipliés et de la « folie pénitentiaire. » Vue sur une cour de promenade de la prison de Mazas (fin xixe).Zoom Original (jpeg, 16k)
Ouverte en 1850 et bâtie sur des terrains de maraichers, la maison d’arrêt de Mazas est de type cellulaire. Prison modèle à l’origine, elle cristallise très vite les critiques des opposants à l’enfermement par la dénonciation de son taux de suicide élevés. De nombreux écrivains et politiques (Clemenceau...) ont témoigné de la pénibilité des conditions de détention.Les portes de Mazas fermeront définitivement en 1898, lorsque s’ouvriront celles d’une autre prison modèle, qui le restera quasiment jusqu’à la veille de la seconde guerre mondiale : Fresnes.Document complémentaire : Alph. Guérard, "Mémoire sur la prison cellulaire de Mazas", Annales d’hygiène publique et de médecine légale, 1853, série 1, n° 49. A consulter sur le site Medica de la BIUM. Cliché d’après plaque de Vérascope Richard. Musée national des Prisons
39Mais la Petite Roquette fut et devait rester, heureusement, une exception. Dès 1832, le comte d’Argout, ministre en charge des prisons, signait une intéressante circulaire où il était asséné sans ambages : « Une prison ne sera jamais une maison d’éducation ». Était préconisé l’éparpillement des enfants délinquants, à l’instar de ceux de l’Assistance Publique, au sein de familles d’accueil (lire le texte de cette circulaire). Par cette brèche s’engouffrèrent un certain nombre de « nouveaux philanthropes », des religieux dans un premier temps, qui fondèrent les premières colonies pénitentiaires agricoles. Le phénomène se laïcisa quelque peu avec la fameuse colonie de Mettray, puis se transporta au secteur public quand des maisons centrales (Clairvaux, Fontevrault, Gaillon et Loos) ouvrirent une annexe réservée aux mineurs et appelée à devenir une colonie pénitentiaire publique.
40La France se couvrit, du nord au sud et d’est en ouest, ainsi qu’en Corse et dans certains de ses territoires et colonies d’Outre-mer, d’une dense mosaïque de colonies pénitentiaires, presque toujours de garçons, les Bon Pasteur absorbant la plus grande partie de la population des filles délinquantes. Difficile de faire de cette aventure, qui devait se prolonger, pour certaines colonies, jusqu’à la veille de la iie guerre mondiale, un bilan équitable. Il faudrait procéder à une analyse colonie par colonie, et encore ces institutions ont-elles profondément évolué dans le temps : de strictement agricoles, elles se sont de plus en plus industrialisées ; ouvertes à des populations nombreuses et mélangées sous la monarchie parlementaire et le second empire, elles ont été réduites à une peau de chagrin après le bilan accablant dressé par la commission d’enquête parlementaire entre 1872 et 1875 - réservées aux enfants les plus rebelles, elles sont devenues les théâtres des pires abominations.
41Si l’on prend quelques exemples, tirés des meilleures études sur la question, on peut sans trop de risques affirmer : dans les colonies publiques, jusqu’en tout cas la IIIe République, les enfants étaient matériellement bien traités, et l’objet de la discipline bourrue mais finalement assez bienveillante des gardiens ; dans les colonies confiées à de grands propriétaires terriens, c’était presque toujours, que ce soit dans le Sud-Est ou à Allonville près d’Amiens ou encore à Guermanez près de Lille, l’exploitation éhontée d’une main d’œuvre gratuite mourant de faim et en haillons ; enfin, dans les colonies religieuses, le meilleur (Cîteaux et l’admirable abbé Rey) côtoya le pire (la Grande Trappe de Soligny dans l’Eure). Le bilan, quoi qu’il en soit, était condamné à être négatif, dès lors qu’il était espéré de muer en des ouvriers agricoles les petits gueux des barrières, bientôt des banlieues, des grands centres urbains. Colonie correctionnelle d’Eysses ; Vue intérieur d’un bâtiment cellulaire. ClichéZoom Original (jpeg, 20k)
Collection du Musée national des Prisons / Protection judiciaire de la jeunesse. Ouverte à la fin du xixe siècle en lieu et place de la maison centrale d’Eysses, près de Villeneuve-sur-Lot, la colonie d’Eysses accueillait les mineurs condamnés à un emprisonnement de plus de deux ans et les jeunes colons déclarés insubordonnés dans les colonies pénitentiaire (voir Loi Corne du 5 août 1850).
H. Manuel (vers 1930)
42S’il est une période méconnue dans l’histoire pénitentiaire, c’est bien celle du iie Empire. La transportation (1854) a distrait l’attention tant de l’opinion publique que des historiens d’une époque pourtant de grandes réalisations et expérimentations en matière pénitentiaire.
43Réalisations : on n’en évoquera que quelques-unes. Elles ont trait à une mise en ordre administrative. L’administration pénitentiaire centrale, qui a consisté longtemps en un bureau, au mieux une division, rattachés à la direction de l’administration communale du ministère de l’Intérieur, devient une direction à part entière. La France pénitentiaire est découpée en circonscriptions, coïncidant quelque temps avec les départements avant que leur nombre se réduisît de plus en plus ; à leur tête, un directeur qui dirige en même temps l’établissement le plus important de la circonscription (le plus souvent une maison centrale). Des statuts successifs vont finir, en 1869, d’assurer des repères et des garanties à l’ensemble des agents pénitentiaires. Enfin, miel pour l’historien, fut mise en œuvre une « Statistique pénitentiaire » portant, dans son premier volume, sur l’année 1852 (lire en ligne).
2 L’administration employa l’expression de « guillotine sèche », généralement appliquée à la colonis (...)
44Expérimentations : on donnera les principales. En premier lieu, l’aventure des « prisons ouvertes » corses. Pas moins de trois pénitenciers agricoles furent ouverts, à Casabianda, Castelluccio et Chiavari. Y furent destinés des détenus d’origine rurale ayant commis une infraction de caractère sexuel. L’expérience fut concluante sur le plan pénitentiaire, le malheur est que la malaria, particulièrement à Casabianda, fut à l’origine d’une véritable hécatombe2. Par contre, l’affectation en Corse de jeunes détenus des grands centres urbains fut vite interrompue par des mutineries à répétition. Deuxièmement, fut développée - et officialisée - la pratique des chantiers extérieurs : les principaux étaient implantés près des deux plus grandes maisons centrales, ferme de Mestré à Fontevrault et travaux forestiers et construction de la ligne ferroviaire du nord-est près de Clairvaux. Troisièmement, s’inspirant du modèle dit irlandais imaginé et mis en pratique par Alexander Maconochie, un embryon de régime progressif fut aménagé dans les maisons centrales : à côté des quartiers de « régime normal », furent ouverts des quartiers d’isolement et d’amélioration (ou d’amendement).
45Enfin, un an avant la catastrophe de Sedan, une grande commission consacrée à l’amélioration des prisons et aux sociétés de patronage avait été réunie, dont les travaux anticipent sur ceux de la commission parlementaire de 1872. L’avènement de la prison cellulaire
46La commission parlementaire de 1872, animée par Haussonville et Bérenger, fut en réalité une machine de guerre dont le but (avoué) était de faire voter la loi sur la prison cellulaire que les orléanistes de la monarchie parlementaire n’avaient pu faire aboutir. Ils y réussirent, mais dans certaines limites : la loi du 5 juin 1875 réservait la prison cellulaire aux seules maisons d’arrêt ; et son application dépendait de la bonne volonté des conseils généraux, les maisons d’arrêt étant prisons départementales depuis 1811 (lire le texte).
47En règle générale, les conseils généraux tergiversèrent. Il faut attendre la loi du 4 février 1893 (lire le texte) pour que, sous la contrainte, un nombre non négligeable de conseils généraux se décident à construire des prisons cellulaires. Elles se caractérisent toutes par un modèle unique, établi après bien des repentirs par l’inspecteur général des bâtiments pénitentiaires Alfred Normand : un rond-point central d’où partent les ailes de détention avec des cours de promenade (les fameux « camemberts ») dans l’intervalle des ailes. Presque toujours présent, un quartier de désencombrement, ceci afin d’éviter la présence, en cellule, de plus d’un prisonnier. Car l’essentiel au sein de ces établissements est la cellule, à laquelle un soin extrême a été accordé : elle est (dans le contexte matériel de l’époque) vaste et confortable (chauffée et éclairée électriquement).
48La plupart de ces prisons, construites dans de solides matériaux et avec beaucoup de soin, sont pour la plupart toujours en fonction à l’aube du XXIe siècle. Jusqu’en 1938, compte tenu de la chute vertigineuse de la population pénale (du fait des grandes lois de 1885 sur la libération conditionnelle et de 1891 sur le sursis simple et de la volonté politique des Républicains de ne pas encombrer les prisons des « voleurs de poules », du fait aussi de la grande hémorragie démographique de 1914-1918), les prisons n’accueillirent qu’un seul détenu par cellule.
49Seule exception à ce modèle, la prison de Fresnes, « moderne » à de multiples titres : elle est caractérisée, outre une architecture en « téléphone-pole », par son implantation en pleine campagne, son hygiénisme et sa fonctionnalité, et, « last but not least », sa spécialisation consistant à n’accueillir (du moins au sein du grand quartier) que des condamnés à de courtes peines – Fresnes est une maison de correction. La prison de Fresnes est célèbre aussi pour sa "chapelle cellulaire", conséquence stricte de l’emprisonnement individuel.Zoom Original (jpeg, 40k)
Supplément illustré du journal "Le Petit Parisien", 22 mars 1903. Musée national des Prisons
Carte des circonscriptions pénitentiaires (1888)Zoom Original (jpeg, 48k)
Collection de J. Ollion. 50Les circonscriptions pénitentiaires ont longtemps été de simples divisions territoriales organisées en fonction des maisons centrales. Jusqu’en 1944, les directeurs de maisons centrales étaient directeurs des circonscriptions pénitentiaires. La loi et le décret du 31 janvier 1944 ont créé 18 régions pénitentiaires avec des organes administratifs autonomes. Cette nouvelle organisation a été reprise par l’ordonnance du 22 novembre 1944, avec l’ajout d’une dix-neuvième circonscription (celle de Strasbourg). C’est le décret du 16 juillet 1948 qui a réduit le nombre de circonscriptions aux neuf directions régionales aujourd’hui existantes (Paris, Bordeaux, Dijon, Lille, Lyon, Marseille, Rennes, Strasbourg, Toulouse). 51Les prisons ne furent pas épargnées par les horreurs secrétées par les divers conflits qui affectèrent les sociétés humaines dans le long cours du xxe siècle. Elles furent au contraire en première ligne. Et cumulèrent les difficultés internes (surpopulation par exemple) et externes (pénuries de toute nature). Heureusement, ce siècle noir avait été inauguré, en manière pénitentiaire, par une conjugaison d’évènements heureux qui permit au monde pénitentiaire d’accomplir de grands progrès, singulièrement pour ce qui est de la qualité de son personnel. Ces progrès prémunirent un temps l’administration pénitentiaire du pire, quand fut venue, passé 1940, l’ère des grandes persécutions.
52Au sortir de la iie Guerre mondiale, un curieux attelage, composé de responsables pénitentiaires demeurés en place sous Vichy et d’incontestables résistants, bâtit une réforme en 14 points, inspirée des principes de la défense sociale et des expérimentations belge et portugaise. Réforme partielle, réforme contestée, qui produisit cependant quelques beaux fruits.
53Les évènements de la guerre d’Algérie en vinrent à bout. Passé les derniers soubresauts de cette guerre, la politique pénitentiaire se développa suivant plusieurs grands axes : construire des prisons dont les conditions de vie se rapprochassent de celles des humbles dans la société civile et dont la République n’eût pas à rougir ; assurer une application raisonnable des règles du Code de procédure pénale ; mettre en œuvre les règles d’une élémentaire sécurité ; développer le milieu ouvert et les moyens d’appliquer les impératifs de réinsertion ; enfin, mettre la France à l’aune des règles européennes.
54Suivant la sensibilité des pouvoirs en place, une insistance particulière fut mise sur l’un ou l’autre principe. Sans toujours beaucoup de nuance. Ce qui contribua à brouiller les repères dont les agents pénitentiaires ont besoin, au même titre que les détenus d’ailleurs. Une politique par trop sécuritaire conduisit par exemple aux désastreux évènements des années 1970. Les trop grandes espérances écloses dans les années 1980 ne produisirent pas les bénéfices escomptés. Malgré les efforts poursuivis depuis quelques années, l’état présent des prisons mérite une politique pénitentiaire qui soit poursuivie avec sérénité et cohérence. L’âge d’or du personnel des prisons
Surveillants en poste au bureau du greffeZoom Original (jpeg, 24k)
Maison d’arrêt de Limoges, vers 1930
Cliché H. Manuel. Collection du Musée national des Prisons. 55Interdiction fut faite aux fonctionnaires de se syndiquer jusqu’en 1924. Cependant, la loi de 1901 sur les associations leur permit de contourner cette interdiction, et les gardiens (ils furent rebaptisés surveillants en 1919) ne furent ni les derniers, ni les moins nombreux à se réunir dans une association, d’abord commune avec celle des agents de police (1902), puis spécifique (1905). Ils se dotèrent d’un journal, « L’étoile », qui n’eut que trois numéros, remplacé par « Le réveil pénitentiaire » à partir de 1907 (c’est aujourd’hui le journal de l’UFAP, le syndicat majoritaire).
56Les positions de l’association furent dans les premiers temps très largement inspirées par les dirigeants anarcho-syndicalistes de la CGT. Avec l’arrivée au pouvoir de Clemenceau en 1906, un pacte fut scellé : le ministre de l’Intérieur puis président du Conseil accepta que les principales revendications des gardiens fussent satisfaites, en échange de quoi leur association s’autonomisa, se désolidarisant des grands combats menés par la CGT pendant la Belle Époque. Cette position devait marquer pour longtemps l’histoire du syndicalisme pénitentiaire.
57Quelles étaient les principales revendications « syndicales » des gardiens ? Outre l’application rapide des grandes lois sociales sur les congés annuels et la durée du travail, leurs aspirations étaient de trois ordres : mettre fin à l’arbitraire de leurs supérieurs, empêcher les inégalités dans l’attribution des postes fixes et autres postes privilégiés (les « embusqués ») et enfin satisfaire leur irrésistible besoin de considération, tant de la part de leurs supérieurs que des détenus et de la société civile.
58Clemenceau, ancien détenu et qui éprouvait une sympathie non feinte pour des gardiens côtoyés tant à la « douce » prison politique de Sainte-Pélagie qu’à la terrible prison cellulaire de Mazas, céda sur tous ces points, avec en particulier le recrutement massif de gardiens, la mise en place des « demandes d’explication » (grâce auxquelles les gardiens pouvaient s’exprimer) et des conseils de discipline (paritaires, devant lesquels, assistés d’un avocat, les gardiens incriminés pouvaient se défendre).
59Grâce à la conjugaison « miraculeuse » de ces deux facteurs (un ministre éprouvant un sincère intérêt pour le monde des prisons et des responsables syndicaux pragmatiques et réunis dans une seule organisation), les surveillants connurent un véritable âge d’or dans l’entre-deux-guerres : des rémunérations décentes et une considération sociale, grâce à laquelle l’image du « gaffe » rapace et cruel fut pour un temps pulvérisée. Des raisons plus objectives contribuèrent à ces améliorations : les gardiens qui survécurent au premier conflit mondial en revinrent couverts de décorations (pour la plupart) et mutilés (pour beaucoup). D’où un surcroît de considération. Ils bénéficièrent encore de la chute de la population pénale déjà évoquée : seulement 18 000 détenus en 1938. Ils furent cependant confrontés à deux évolutions qui transformèrent profondément leurs pratiques : la fermeture de près de 200 petites maisons d’arrêt entraîna, outre d’inévitables mutations de personnel, la fin d’un monde pénitentiaire organisé majoritairement autour d’un ou deux gardiens ayant à détenir dans leur microscopique prison de centre ville une dizaine de prisonniers ; enfin, passé la guerre de 14-18, l’armée retira les troupes de ligne chargées d’assurer la sécurité extérieure des grandes et moyennes prisons, et le surveillant se vit confier la double mission de garde et d’amendement des prisonniers. Les prisons et la guerre
60Avec Vichy, une terrible crise s’abattit sur le monde des prisons. Une crise morale, bien entendu : parmi les gardiens qui ne périrent pas dans les combats de 1940, parmi ceux qui revinrent de captivité, un grand nombre préférèrent une autre administration à la pénitentiaire, les prisons étant devenues le territoire supposé d’une grande dangerosité. La première difficulté pour l’administration consista en conséquence dans la difficulté à recruter des agents de substitution : pour longtemps (jusqu’au début des années 1970 au moins), l’administration pénitentiaire dut se contenter d’agents recrutés à la hâte, sans formation et sans culture pénitentiaire, les fameux auxiliaires, bien plus nombreux que les titulaires.
61Certaines prisons durent subirent les chocs de l’exode et des bombardements. Mais surtout, la population des prisons devint, dès 1940, la victime d’une dramatique pénurie : cependant que la population pénale s’envolait - du fait de la guerre, de la mise en place de juridictions d’exception, etc. -, les ponctions nazies sur l’économie nationale placèrent l’administration dans l’incapacité de remplir sa première et essentielle mission, celle de l’entretien des détenus. La promiscuité au sein de prisons rouvertes à la hâte, croisée avec les carences alimentaires, provoquèrent des hécatombes.
62Paradoxalement, jamais les prisons (du moins jusqu’à une période récente) ne furent aussi ouvertes à la société civile que sous Vichy : dans l’incapacité de nourrir et soigner ses détenus, l’administration pénitentiaire recourut à des aides extérieures de toutes natures (colis des familles, associations caritatives, Croix Rouge par exemple pour le soin des malades). Cette large ouverture ne s’accompagna pas toujours des mesures de sécurité minimales.
63Aussi les prisons de Vichy étaient-elles particulièrement poreuses. Le grand tournant intervient au cours de l’automne de 1943, après la célèbre évasion de De Lattre de Tassigny. Un simple repère, car les raisons de la reprise en mains sont multiples, et tiennent au contexte de décomposition qui a commencé de miner le régime nazi. Le 1er janvier 1944, quand Joseph Darnand arrive à la tête du secrétariat général au Maintien de l’Ordre, le phénomène de régression de l’administration pénitentiaire française connaît une nouvelle phase d’accélération.
64Les huit premiers mois de 1944 constituent la période la plus noire de l’histoire des prisons françaises. Les miliciens investissent l’administration pénitentiaire, tant à la tête de la « centrale » (Jocelyn Maret, adjoint du directeur général) qu’à celle des directions régionales (créées par Vichy en 1942) et des établissements les plus importants. Au-delà de tragiques anecdotes (la répression du 14 juillet 1944 à la Santé par exemple), la dérive se manifeste plus généralement sous la forme d’incarcérations (ou de mises en liberté) sans titre légal, ou encore par la création de cours martiales chargées de juger sans aucune garantie et de condamner à mort avec exécution immédiate les auteurs d’infractions commises au sein de la prison.
65Les agents ont la bride sur le cou, une infime minorité en profita pour se laisser aller aux pires exactions. A l’égard des résistants, en particulier les communistes. Mais pas seulement. Un obscur magistrat, procureur de la République à Laon, eut à souffrir dans son honneur et dans sa chair de la barbarie milicienne. Il avait pour nom Paul Amor. La réforme Amor
66La situation des prisons en 1946 : 11 maisons centrales anciennes, pour beaucoup endommagées par faits de guerre (Caen, Loos, Nîmes, Poissy), toutes en commun, presque sans aménagements sanitaires et surpeuplées ; on va bientôt en compter 14 ; 232 maisons d’arrêt dont 52 seulement cellulaires dans lesquelles vit une population pénale trois fois trop nombreuse, dans l’oisiveté totale, dans une promiscuité regrettable et avec des installations sanitaires pour le moins déficientes ; il ne va pus y en avoir que 160 ;66 000 détenus, au lieu de 18 500 au premier janvier 1939 ;8 000 surveillants (au lieu de 2 700 en 1939).La réforme Amor fut affaire de contexte, d’idées, de méthodes et d’acteurs.
67Complexe et contradictoire, avec des éléments favorables au développement de la réforme, en particulier une France à reconstruire qui va devoir faire flèche de toutes les sources de main d’œuvre possibles, immigrés, prisonniers de guerre mais encore de droit commun. Car il urge de vider des prisons qui débordent de collaborateurs. La réinsertion est évidemment facilitée, au sein d’une société qui a soif de main d’œuvre. Le négatif du contexte réside dans une surpopulation pénale dépassant celle des prisons de Vichy, qu’il faut gérer avec des moyens de misère, compte tenu de la situation économique et financière de la France.
68Elles viennent de loin dans le temps, des années 1870, quand fut fondée à Turin, lieu-phare de l’Unité italienne, sous la houlette du médecin Lombroso, du juriste Ferri et du magistrat Garofalo l’école de la défense sociale, autrement baptisée du positivisme italien. Les pères de la criminologie remettaient en cause tout l’édifice du droit pénal beccarien, dit classique. Évaporée, au moins réduite à quasiment rien, l’idée fondamentale suivant laquelle un délinquant est responsable à un double titre : il sait qu’il transgresse et il sait ce qu’il risque. Et doit être puni en conséquence, notamment par la prison qui châtie. Au lieu de cela, Lombroso dispose que l’on naît criminel, et que cela se soigne, voire s’élimine. Ferri, militant socialiste, assène pour sa part que la société inégalitaire est responsable, tout ou partie, plutôt « tout » que « partie », de la production de la délinquance : la prison nouvelle doit devenir centre de rattrapage, en matière d’éducation, de soin, pourquoi pas d’affection. Une révolution, des prisons lieux de traitement plutôt que de punition. Les juristes français, classiques, néo-classiques ou éclectiques avaient résisté pendant 70 ans à cette « hérésie », ce qui n’avait pas été le cas dans un grand nombre de pays européens ou américains. La Belgique notamment, qui sous l’inspiration d’Émile Vandervelde, avait accompli sa « révolution pénitentiaire » dès la fin du premier conflit mondial.
69Une guerre plus tard, c’est au tour de la France d’adopter ce « système de pensée », une France pressée par ailleurs de faire oublier l’innommable accompli dans les prisons vichystes. Idées révolutionnaires, et méthodes qui ne le sont pas moins. La réforme Amor, c’est d’abord la notion de travail d’équipe, à tous les niveaux, administration centrale comme au sein des établissements. Les pénitentiaires y ont leur place, mais formés autrement, ils s’ouvrent à de nouveaux agents (assistantes sociales et éducateurs) et partagent le territoire de la prison avec une flopée d’intervenants extérieurs : psychiatres, psychologues, enseignants, orienteurs, etc. Ce territoire partagé est placé sous un double regard celui de la société civile, par le biais de ces intervenants et des « visiteurs » devant qui, dans la continuité de Vichy, les portes continuent de s’ouvrir ; mais encore celui de magistrats - qui devaient finir par s’appeler juges de l’application des peines - lesquels disposent en particulier du pouvoir de classement des détenus, dans une phase ou l’autre du régime progressif, mais encore dans un établissement mieux adapté qu’un autre au « profil criminologique » des détenus tel que défini initialement au centre de triage de Fresnes, futur CNO.
70Prisons métamorphosées donc. Ontologiquement. Du fait que la prison est conçue comme un « territoire d’espérance », elle devient un « sas de décompression » où est distribué le traitement adéquat qui permettra au prisonnier de rentrer « amélioré » dans la société, avec la phase de transition presque systématique du « milieu ouvert ». Lequel doit petit à petit réduire la prison à une peau de chagrin, les « courtes peines » n’y ayant plus leur place.
71Outre Paul Amor, qui fut évincé dès 1947, on trouve aux commandes une équipe, appelée à assurer, c’est à souligner, la continuité de la réforme. Aucun n’est un révolutionnaire, pas même un homme de gauche. Les Cannat, Pinatel, Gilquin ont été recrutés avant ou pendant Vichy, ce sont des hommes profondément croyants, car la réforme Amor, résistante et criminologue, est aussi d’inspiration chrétienne.
72La mise en œuvre se fit dans l’enthousiasme, malgré le manque de moyens. Il fut décidé de réserver la réforme à un nombre très limité d’établissements. Symboliquement, furent concernées en priorité les prisons implantées dans des départements confisquées par les Allemands malgré la convention d’armistice de 1940 : Alsace et une partie de la Lorraine. Les fleurons de la réforme Amor ont pour noms Haguenau, Ensisheim, Mulhouse, Oermingen, Écrouves.... Plus le centre de triage de Fresnes, ouvert pendant l’été de 1950.
73La mise en œuvre de la réforme contient en germe les difficultés auxquelles ses artisans allaient se heurter. D’une part, peu de prisons sont concernées, et les réformateurs ne prennent pas de risque en y affectant des prisonniers triés sur le volet. D’autre part, l’enthousiasme des acteurs s’accompagne de beaucoup d’improvisation. On expérimente, on remet à plus tard le soin de « légaliser ». Est ainsi créée une France pénitentiaire à deux vitesses, avec des établissements dotés de budgets confortables, cependant que le reste (les ¾ des établissements et les 4/5 des détenus) subsiste difficilement dans la pénurie sinon la misère.
74Ces causes structurelles expliquent les critiques dont la réforme fut l’objet, cependant que, malgré de beaux fruits, ses acteurs finirent assez vite par s’essouffler. Les décrets de 1952, puis le code de procédure pénale de 1958 commencèrent d’y mettre bon ordre. Mais la raison principale de la fin de la réforme réside dans les événements d’Algérie. Les militants indépendantistes, grévistes de la faim, obtinrent du garde des sceaux Edmond Michelet un statut spécial grâce auquel l’administration pénitentiaire dut les loger dans des conditions décentes : les seuls établissements adaptés étaient ceux de la réforme Amor. Un peu plus tard, les évasions multipliées de partisans de l’Algérie française entraînèrent l’administration pénitentiaire à se doter de moyens draconiens de sécurité.
75La reprise en mains, au point de vue sécuritaire mais encore disciplinaire, de l’administration pénitentiaire fut accompagnée d’une politique volontariste de constructions nouvelles. Les deux grands artisans de cette politique nouvelle (on n’avait quasiment plus construit de prisons depuis la guerre de 1914-1918) furent le garde des sceaux Jean Foyer et le directeur de l’administration pénitentiaire Robert Schmelck.
76En réalité, la « rupture » fut moins radicale qu’on ne l’a écrit. D’une part, il avait fallu « réparer » les bâtiments abîmés par la guerre. En 1950, avaient été détruites ou gravement endommagées 2 maisons centrales (Caen et Loos) et 13 maisons d’arrêt. Dès 1955, le directeur Touren lançait un ambitieux « programme de modernisation du régime des maisons d’arrêt » qui concernait 25 établissements sur 163 (Amiens, Besançon, Béthune, Blois, Bourges, Briey, Caen, Carcassonne, Chambéry, Chaumont, Douai, Évreux, Laval, Le Puy, Lisieux, Mende, Montauban, Nevers, Orléans, Reims, Saint-Malo, Soissons, Tarbes, Tours, Valence). Profitant d’une chute spectaculaire de la population pénale (du fait des amnisties successives dont bénéficièrent les collaborateurs), il envisageait un retour au régime cellulaire, du moins dans ces 25 prisons.
77Toujours en 1955, le 1er juin, était rouverte la prison de Beaune (désaffectée depuis 1952), que l’administration destinait à recevoir les condamnés difficiles qui, en raison de leur agressivité, « paraissaient justiciables pendant un temps d’un régime de stricte discipline ». L’ancêtre des « QHS ».
78Le tournant était intervenu dès 1956, avec la fin de la baisse de la population pénale et une population d’Afrique du Nord posant d’évidents problèmes de sécurité. Dès 1957, les réformes nouvelles étaient abandonnées, la plupart des circulaires portant sur la sécurité. Dans les maisons d’arrêt, on tripla les cellules.
79En 1958, cependant que la consécration législative du Code de procédure pénale était intervenue et qu’avait été créé au sein de l’administration centrale le Bureau de probation et de l’assistance post-pénale, la population des prisons était passée de 23 à 28 000 détenus, dont près de 10 000 étaient des nord-africains. En juin, avait été rouverte pour accueillir les condamnés de cette origine la maison centrale de Riom et la maison centrale de Loos, la caserne Thoiras du centre pénitentiaire de Saint-Martin-de-Ré, mais encore les maisons d’arrêt d’Angers et de Douai leur étaient réservées.
80L’ordonnance du 6 juin 1958, instituant le statut spécial du personnel, intervient après que, fin mars - début avril, de graves incidents se furent produits dans quelques établissements. Pierre Orvain, nommé directeur de l’administration pénitentiaire en 1959, tenta mais en vain d’infléchir le cours irréversible de l’histoire : « Le souci d’une humanisation toujours plus grande des conditions de détention, l’application de traitements adaptés aux condamnés et la recherche de leur reclassement social, sont demeurés pour l’administration pénitentiaire des principes irréversibles », écrivait-il à la fin de cette année-là. Un chant du cygne. L’entrée en vigueur du code de procédure pénale, le 28 février 1959, avait, il est vrai, avec la diminution du nombre de prévenus, fait chuter la population pénale de 28 386 à 26 795 détenus. Toujours cette même année 1959, s’ouvrait le chantier de construction de la nouvelle maison d’arrêt de Valenciennes. L’entreprise de (re)contruction est considérable. Dans la direction régionale de Lille, pas moins de 13 maisons d’arrêt sont considérées comme étant à désaffecter (Arras, Beauvais, Compiègne, Boulogne, Cambrai, Dunkerque, Saint-Quentin, Saint-Omer, Laon, Valenciennes, Avesnes, Charleville, Châlons-sur-Marne). L’ère des nouvelles constructions était inaugurée. Encore que, tant à Loos qu’à Rouen, végétaient les projets de grands travaux de rénovation. 1961 est l’année décisive. Robert Schmelck est nommé directeur de l’administration pénitentiaire, il initie puis pilote (en compagnie de Jean Malbec, nommé à la tête d’un Bureau des constructions nouvelles), un « Plan de Rénovation de l’Equipement pénitentiaire » et entend promouvoir « une application humaine et réaliste de la privation de liberté ».
81Dans le même temps, l’intérêt des responsables pénitentiaires se porte sur le statut légal et le traitement des mineurs et des jeunes adultes. A Rouen et à Fresnes, sont ouverts des établissements expérimentaux pour les jeunes condamnés. Avec le phénomène des « blousons noirs », l’administration pénitentiaire s’inquiète du « traitement » à réserver aux classes d’âge de 18 à 25 ans. Un groupe de travail est constitué, qui envisage une progression de la population pénale de cette catégorie de 3 854 en 1961 à près de 10 000 en 1970. Deux grands principes sont dégagés : le traitement en groupe et la mise en place d’activités occupant les jeunes en permanence. Le malheur est qu’à la même époque, les éducateurs connaissent une crise de recrutement particulièrement aiguë. Est décidé de recruter des surveillants « jugés particulièrement dignes » comme éducateurs adjoints.
82En 1962, pas moins de 5 451 détenus nord-africains sont libérés, mais ont été incarcérés 1 688 « activistes ». Le 1er juillet 1963, la maison centrale de Fontevrault est fermée et Robert Schmelck établit rapports sur rapports, visant à démontrer que 49 maisons d’arrêt, 10 centres de jeunes détenus et 7 maisons centrales sont à construire, 50 maisons d’arrêt et 12 maisons centrales sont à rénover et 121 prisons sont à considérer comme inutilisables. Soit 21 000 places à construire et 13 500 à rénover. Un programme pharaonique. Pour un coût de 850 millions, estime le directeur. Il n’en a trouvé que 117. Robert Schmelck songe aussi, 12 ans avant la réforme Lecanuet de 1975 créant les centres de détention, à instaurer le régime progressif non plus dans le même établissement, mais d’un établissement à l’autre. Pour le reste, il signifie, sans précautions de plume excessives : « La prise de conscience des buts sociaux de la peine, la profonde transformation des méthodes de détention qui en a été la conséquence ne vont pas sans quelque inconvénient pour la sécurité des établissements et l’obligation de garde qui continue d’incomber au premier chef à l’administration pénitentiaire. Elles accroissent incontestablement les risques. Ces risques inéluctables, il faut bien les admettre dans une certaine mesure. Mais dans une certaine mesure seulement. »
83La Réforme Amor a vécu. Mais la politique de grands travaux, initiée avec Valenciennes, aboutit à la construction de 11 établissements, dont 10 sont l’œuvre de Guillaume Gillet, l’architecte connu surtout pour la réalisation des prisons de Fleury-Mérogis, dont les travaux avaient démarré dès 1964. Les politiques du pendule
84Les trente dernières années du XXe siècle furent, à l’aune pénitentiaire, peu glorieuses. Des phases « répressives » ou « sécuritaires » succédant à des phases « d’humanisation ». L’analyse mériterait bien des nuances. Il n’en est pas moins vrai que l’administration pénitentiaire dut subir une absence réelle de continuité, de cohérence, de repères stables dans sa politique, et que ses agents en furent affectés, au même titre d’ailleurs que les détenus.
85Le monde pénitentiaire fut d’abord rattrapé par les événements de mai 1968. Qui provoquèrent, indirectement, de grands drames, notamment en 1971 : prises d’otages et morts d’hommes à Aix, Muret ou Clairvaux (affaire Buffet-Bontems), mutinerie de Toul. Dans les années qui suivent, les mutineries se développent, à Nancy, Lyon, la Santé, Clairvaux, Nîmes, etc. Le garde des sceaux René Pleven réagit en prenant un train de réformes qui sont loin d’être négligeables (par exemple la mise en place des commissions d’application des peines ou la suppression de l’obligation du silence, vieille de près d’un siècle et demi) qui aboutiront notamment à faire baisser de façon sensible le chiffre de la population pénale (de 32 000 à 26 000, entre 1971 et 1975).
86L’année 1974 est celle du grand embrasement. Parmi les détenus (plus de 152 "incidents collectifs" durant l’été) comme parmi les agents (en mouvement, en particulier de grèves de la faim, à défaut depuis le statut spécial de pouvoir être en grève). Malgré l’action remarquable menée par Hélène Dorlhac, nommée secrétaire d’État à la condition pénitentiaire, la réforme Lecanuet de 1975, mettant en place les centres de détention (à régime libéral) d’un côté et les quartiers de sécurité renforcée (QSR) et de plus grande sécurité (QPGS) de l’autre, ne combla que modérément les insatisfactions. En outre, comme trop souvent dans l‘histoire récente de l’institution, un événement médiatisé à outrance en infléchit le cours, en l’occurrence l’évasion de Mesrine de la prison de la Santé en mai 1978.
87Le garde des sceaux Alain Peyrefitte et sa loi « Sécurité et libertés » durcirent considérablement la politique pénitentiaire. La loi fut votée le 2 février 1981 avant que la gauche ne l’abrogeât presque aussitôt son arrivée au pouvoir. Malgré une politique visant à l’humanisation des prisons (parloirs sans dispositif de séparation, suppression de la tenue pénale, télévision, etc.), le garde des sceaux Robert Badinter ne mit fin ni au surencombrement des prisons (près de 43 000 détenus pour 32 500 places fin 1984) ni à la vague des mutineries et mouvements du personnel (en 1983 et 1985).
Cellule-type du « programme 13 000 »Zoom Original (jpeg, 8.9k)
88La droite succédant à la gauche en 1986, le nouveau garde des sceaux Albin Chalandon introduisit le « système » des prisons privées. « Réintroduisit » serait un terme plus juste, car les maisons centrales jusqu’en 1898, les maisons d’arrêt jusqu’en 1927, avait été gérées suivant le vieux système (appliqué aux dépôts de mendicité de l’Ancien Régime) de l’entreprise générale. Mais le programme dit 15 000 était aussi un programme de construction, par le privé, de 15 000 nouvelles places de prison. Lequel programme fut pour l’essentiel continué par le garde des sceaux Pierre Arpaillange une fois la gauche revenue au pourvoir en 1988 : simples correctifs, de 15 000, on passa à 13 000 places et l’emprise du privé ne s’étendit pas à la gestion des personnels pénitentiaires (ce qui n’avait d’ailleurs jamais été le cas aux xviiie et xixe siècles).
89Continuité disions-nous, car, avec le retour de la droite au pouvoir en 2002, un nouveau programme ambitieux de construction de 13 200 nouvelles places de prison fut mis en œuvre sous la houlette d’un secrétariat d’État aux programmes immobiliers. Ce programme permit la fermeture d’un certain nombre d’établissements vétustes. Il fut concomitant d’une envolée de la population pénale et de mesures sécuritaires consécutives, une fois encore, à un événement spectaculaire et très médiatisé (l’évasion du détenu Ferreira de Fresnes). En même temps aussi, il faut le souligner, que se poursuivait l’humanisation des prisons (ouverture par exemple de la première unité de vie familiale en 2003) et qu’il était recouru à des mesures originales d’alternatives à l’enfermement (les bracelets électroniques).
90On ne peut passer sous silence les incroyables effets provoqués par la publication d’un livre au contenu discutable (celui du médecin-chef de la prison de la Santé), parmi lesquels l’un des moindres ne fut pas la constitution de deux commissions parlementaires. Comme toujours en pareil cas, fut dressé, sans guère de nuances, un tableau accablant de l’état des prisons. Et comme presque toujours aussi, le projet de loi élaboré en cette occasion ne fut pas mené à son terme. Les rôles fondamentaux (en matière pénale bien sûr, mais aussi sur le plan social) que l’administration pénitentiaire assure (et assume), et pour lesquels il semble pourtant qu’un très large consensus existe au sein de la classe politique, mériteraient pourtant que cette institution échappe enfin à l’emprise de toute instrumentalisation.
91L’exercice périlleux auquel je vais me livrer doit être précédé de l’avertissement : « Ceci n’est pas de l’histoire ». Qu’est-ce alors, me demanderez-vous ? Un simple regard d’historien « classique » sur le temps présent, qui n’a pour toute petite et fragile légitimité que le retrait qui est le mien depuis que je fais ce métier, par rapport au « bruit et à la fureur » qui sont le lot de la vie en train de se vivre, de l’histoire en train de se faire. Retrait sans lequel une déontologie est abandonnée et un sens de la fonction d’historien est perdu : quelle spécificité de l’histoire par rapport, par exemple, à la sociologie ou à la science politique, voire, pire encore, à la science administrative (je m’épargne d’écrire : « science pénitentiaire »), domaine dans lequel les « experts » foisonnent ?
92Chacun s’accorde, aux minorités extrémistes près, sur le fait que les élections présidentielles de 2002 furent un désastre pour la République (et pour la démocratie), avec la présence au 2e tour du candidat d’un parti de la droite extrême. La campagne avait été hantée par le spectre de l’insécurité et le malheur (pour l’administration pénitentiaire) voulut que, quelque temps après (le 12 mars 2003), le détenu Ferrara s’échappât de la prison de Fresnes, à coups d’explosifs et de rafales tirées sur une pauvre petite surveillante effondrée au fond d’un mirador. Pourtant, précautionneuse mais vainement en la circonstance, l’administration pénitentiaire s’était dotée deux mois auparavant d’un « état-major de la sécurité » (EMS) et, quinze jours plus tôt, d’Équipes régionales d’intervention et de sécurité (ERIS).
93Si politique du « tout sécuritaire » il y eut, il est à noter d’une part qu’elle avait commencé avant l’évasion de Ferrara, bien avant même, puisqu’un rapport Chauvet du 18 octobre 2001 (Lionel Jospin étant premier ministre et Élisabeth Guigou Garde des Sceaux) portait déjà sur « la sécurité des établissements pénitentiaires ». D’autre part, au bout de l’expression « tout sécuritaire », le point d’interrogation s’impose. Car si effectivement la population pénale s’envola (moins de 50 000 détenus en 2002, près de 59 000 en 2004), et les chiffres ne peuvent souffrir de contestation, un certain nombre de mesures, initiées par l’administration, avec parcimonie il faut le reconnaître, amenèrent un peu d’air dans des prisons surpeuplées et considérées comme peu sûres : unités expérimentales de visite familiale (UEVF), aménagement des fins de peine, etc.
94Parallèlement, les rapports d’un parlementaire (Warsmann) et d’experts (Fenech, Burgelin, etc.), tous appuyés sur le paradigme de la dangerosité, et partant de la prévention de la récidive, se multiplièrent, cependant que la loi du 9 mars 2004 (Perben 2), qui encourageait les alternatives à l’enfermement (placement sous surveillance électronique, semi-liberté, placement extérieur), permettait que l’étau commençât de se desserrer avec plus d’efficacité, encore que n’étaient concernées que les très courtes peines et sur des périodes très brèves.
95Sur le plan de la transparence enfin, et ce n’est pas rien, en mars 2005, une convention Ministère de la Justice – Médiateur de la République autorisait l’intervention des délégués du Médiateur au sein des prisons.
96Un rapport de l’Administration pénitentiaire sur « Les prisons en France » de novembre 2005, tout en reconnaissant l’état de surpopulation des prisons (au 1er octobre, on comptait 57 163 détenus pour 51 144 places), s’attachait à la hausse vertigineuse des aménagements de peine (18 000 mesures, 7 509 placements sous surveillance électronique accordés depuis 2000), encore que la libération conditionnelle était exclue de ces mesures d’aménagement de peine. Et le rapport retenait, comme priorité des priorités, « la construction de prisons modernes respectant la dignité des personnes et garantissant leur sécurité ». Enfin, on est aussi en droit de se demander si les placements sous surveillance électronique n’ont pas « mordu » sur des mesures qui auraient été confiées antérieurement au milieu ouvert sans écrou préalable.
Début 2006–début 2009. Une administration apaisée, entreprenante mais soumise au feu de la critique
97Fait rarement signalé, alors que, pendant toute la période précédente (2002-2006), les critiques des politiques pénale et pénitentiaire s’étaient presque tues, elles se réveillèrent en mars 2006 sous la forme d’états généraux de la condition pénitentiaire. Critiques émanant des détenus (beaucoup) et des pénitentiaires (moins nombreux). Critiques qui n’ont pas été reprises seulement avec fracas par les professionnels de la critique, mais qui ont été aussi le fait de la Cour européenne des droits de l’homme, des commissaires européens des droits de l’homme dans leurs deux rapports traitant des prisons, du Comité de prévention de la torture et de la Commission nationale (française) consultative des droits de l’homme.
98Constatation encore moins souvent repérée : depuis encore le début de l’année 2006, les passions, au cœur cette fois de l’institution et même parmi le tout petit monde du syndicalisme pénitentiaire, se sont apaisées, à l’exception notoire près des CIP en quête éperdue d’une nouvelle identité professionnelle. Mieux encore, au sein des détentions, les rapports sont devenus moins tendus entre gardiens et gardés, malgré la surpopulation qui continue de régner ; et, au-delà de la surpopulation, en dépit du mélange explosif, surtout au sein des maisons d’arrêt, d’individus aux parcours de vie et aux profils psychologiques extrêmement variés. Une question lancinante demeure néanmoins : que penser des fuites des détenus, non plus seulement dans les émissions de télévision, mais encore dans la toxicomanie (légale ou clandestine) ou pire, dans les automutilations et les suicides ?
99Enfin, malgré (ou contre ?) un monde politico médiatique qui frémit ou qui légifère, c’est selon, au gré de faits criminels heureusement exceptionnels, de grands axes d’une politique pénitentiaire digne de ce nom commencèrent d’être élaborés, sous l’effet il faut le préciser de contraintes externes (internationales) diverses et variées ainsi que de la pression de la juridiction administrative qui se saisit d’un champ de plus en plus étendu. J’en retiendrai seulement quelques-uns :
volonté de mise en application prudente mais durable des nouvelles règles pénitentiaires européennes ;
réglementation écrite de statuts spéciaux de régimes ou de statuts de détenus (DPS, travailleurs, etc.) ;
catégorisation des détenus dans des espaces définis, afin de protéger les plus fragiles et d’empêcher les violences que l’enfermement, redoublé parfois de la surpopulation, secrète ;
accompagnement, voire soutien à la création d’un contrôleur général des prisons et à la mise en place de son équipe ;
participation active à l’élaboration d’une loi pénitentiaire dont la venue a été si longtemps attendue.
100Loi pénitentiaire dont on attend la discussion au Sénat dans les premiers jours du mois de mars 2009.
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Revue d’histoire pénitentiaire, Direction de l’administration pénitentiaire. Autres références
Voir la rubrique "Pénalités et établissements pénitentiaires" de la bibliographie d’histoire de la justice en France (Jean-Claude Farcy)
Voir la Chronologie relative aux peines et aux prisons en France
2 L’administration employa l’expression de « guillotine sèche », généralement appliquée à la colonisation pénale en Guyane.Top of page
Gravure de Chauveau (xviiie siècle)
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Représentation des prisons du Grand Châtelet, par Montégut (in A. Guillot, Paris qui souffre. Les prisons de Paris, Dentu, 1890).
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Tableau de Jean-Baptiste Lallemand (environ 1790)
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Portrait de Beccaria (1738-1794)
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Maison centrale de Clairvaux. Vue d’ensemble panoramique de l’abbaye (façade de l’ancien grand cloître) vers 1928-1930. Caption
Abbaye cistercienne fondée par Bernard de Fontaine en 1150, Clairvaux fut appropriée au XIXe siècle en maison centrale. Les bâtiments de l’établissement pénitentiaire actuel date de 1971. Credits
Cliché H. Manuel (détail). Collection du Musée national des prisons. URL
http://criminocorpus.revues.org/docannexe/image/246/img-5.jpg
Vue sur une cour de promenade de la prison de Mazas (fin xixe).
Ouverte en 1850 et bâtie sur des terrains de maraichers, la maison d’arrêt de Mazas est de type cellulaire. Prison modèle à l’origine, elle cristallise très vite les critiques des opposants à l’enfermement par la dénonciation de son taux de suicide élevés. De nombreux écrivains et politiques (Clemenceau...) ont témoigné de la pénibilité des conditions de détention.Les portes de Mazas fermeront définitivement en 1898, lorsque s’ouvriront celles d’une autre prison modèle, qui le restera quasiment jusqu’à la veille de la seconde guerre mondiale : Fresnes.Document complémentaire : Alph. Guérard, "Mémoire sur la prison cellulaire de Mazas", Annales d’hygiène publique et de médecine légale, 1853, série 1, n° 49. A consulter sur le site Medica de la BIUM. URL
http://criminocorpus.revues.org/docannexe/image/246/img-6.jpg
Colonie correctionnelle d’Eysses ; Vue intérieur d’un bâtiment cellulaire. Cliché
http://criminocorpus.revues.org/docannexe/image/246/img-7.jpg
La prison de Fresnes est célèbre aussi pour sa "chapelle cellulaire", conséquence stricte de l’emprisonnement individuel.
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Carte des circonscriptions pénitentiaires (1888)
Collection de J. Ollion. URL
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Surveillants en poste au bureau du greffe
Cliché H. Manuel. Collection du Musée national des Prisons. URL
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Cellule-type du « programme 13 000 »
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Christian Carlier, « Histoire des prisons et de l’administration pénitentiaire française de l’Ancien Régime à nos jours », Criminocorpus [Online], Miscellanies, Online since 14 February 2009, connection on 29 May 2017. URL : http://criminocorpus.revues.org/246 Top of page
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