Source: http://relevancy.bger.ch/php/aza/http/index.php?lang=de&zoom=&type=show_document&highlight_docid=aza%3A%2F%2F26-06-2013-1B_197-2013
Timestamp: 2016-10-24 14:17:55+00:00
Document Index: 182620339

Matched Legal Cases: ['art. 97', 'art. 105', 'art. 9', 'ATF ', 'art. 95', 'art. 105', 'art. 97', 'art. 105', 'ATF ', 'art. 10', 'art. 97', 'art. 10', 'art. 31', 'art. 36', 'art. 221', 'art. 36', 'art. 221', 'art. 221', 'art. 5', 'art. 237', 'art. 221', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 221', 'art. 36', 'art. 237', 'art. 237', 'art. 64', 'art. 64', 'art. 64']

1B_197/2013 � � Arr�t du 26 juin 2013
recours contre l'arr�t de la Cour de justice du canton de Gen�ve, Chambre p�nale de recours, du 26 avril 2013.
Le 31 ao�t 2012, A.________, ressortissant suisse et guat�malt�que, a �t� arr�t� dans le cadre d'une enqu�te conduite par le Minist�re public du canton de Gen�ve (ci-apr�s: le Minist�re public). Il lui est reproch� d'avoir ex�cut� ou fait ex�cuter douze personnes entre novembre 2005 et septembre 2006, alors qu'il �tait Directeur g�n�ral de la Police nationale civile du Guatemala (PNC). L'instruction genevoise porte sur deux cas. Fin 2005, alors que 19 prisonniers s'�taient �vad�s de la prison de haute s�curit� "�El Infiernito�", A.________ aurait, avec notamment des membres du Minist�re de l'int�rieur et de la PNC, ordonn� l'ex�cution de cinq des �vad�s. En juin 2006, des dirigeants du Minist�re de l'int�rieur, de l'arm�e et de la police civile et p�nitentiaire, dont le pr�nomm�, auraient �labor� un plan visant � reprendre le contr�le de la prison Pav�n, qui comptait environ 1'800 d�tenus et que son administration ne ma�trisait plus. Dans le cadre de cette op�ration, le 25 septembre 2006, sept d�tenus auraient �t� tu�s sous le commandement de la PNC et de l'Arm�e nationale.
La d�tention de A.________ a �t� r�guli�rement prolong�e. Le 12 mars 2013, le Tribunal f�d�ral avait rejet� le recours form� par le pr�nomm� contre un arr�t de la Chambre p�nale de recours de la Cour de justice du canton de Gen�ve (ci-apr�s: la Cour de justice) confirmant son maintien en d�tention provisoire (cause 1B_60/2013).
En mars et avril 2013, le Minist�re public a proc�d� aux auditions de plusieurs t�moins qui avaient particip� � l'enqu�te de la CICIG ainsi qu'� celles de B.________, directeur g�n�ral des Services p�nitentiaires et de C.________, d�tenu en Autriche.
Le 9 mars 2013, A.________ a form� une nouvelle demande de mise en libert�, que le Tribunal des mesures de contrainte du canton de Gen�ve (Tmc) a refus�e, par d�cision du 19 mars 2013.
Par arr�t du 26 avril 2013, la Cour de justice a rejet� le recours de A.________ contre l'ordonnance du 19 mars 2013. Elle a consid�r� en substance que les charges �taient suffisantes et qu'il existait un risque de fuite et de collusion.
La Cour de justice se r�f�re aux consid�rants de son arr�t et n'a pas d'observations � formuler. Le Minist�re public conclut au rejet du recours. Le recourant a r�pliqu�.
Dans un grief d'ordre formel qu'il convient d'examiner en premier lieu, le recourant se plaint d'un �tablissement arbitraire des faits (art. 97 LTF).
2.1.�Le Tribunal f�d�ral conduit son raisonnement juridique sur la base des faits �tablis par l'autorit� pr�c�dente (art. 105 al. 1 LTF). Il ne peut s'en �carter que si les faits ont �t� �tablis de fa�on manifestement inexacte - notion qui correspond � celle d'arbitraire au sens de l'art. 9 Cst. (ATF 137 I 58 consid. 4.1.2) - ou en violation du droit au sens de l'art. 95 LTF (art. 105 al. 2 LTF), et pour autant que la correction du vice soit susceptible d'influer sur le sort de la cause (art. 97 al. 1 LTF). Le recourant qui entend contester les constatations de l'autorit� pr�c�dente doit expliquer de mani�re circonstanci�e en quoi les conditions d'une exception pr�vue par l'art. 105 al. 2 LTF sont r�alis�es, faute de quoi il n'est pas possible de tenir compte d'un �tat de fait qui diverge de celui contenu dans la d�cision attaqu�e (ATF 133 II 249 consid. 1.4.3).
2.2.�Dans la premi�re partie de son �criture, le recourant conteste de nombreux faits ressortant de l'arr�t entrepris et en expose certains qui n'y figurent pas.
2.2.1.�La plupart des critiques relatives � l'�tat de fait de l'arr�t attaqu� ne sont pas d�cisives pour le sort de la cause. En effet, une �ventuelle pr�cision de l'�tat de fait sur ces points litigieux ne permettrait pas de trancher diff�remment la question de l'existence de charges suffisantes � l'encontre du pr�venu. Il en va ainsi de la r�f�rence que fait la Cour de justice � l'ouvrage intitul� "�Crimen de Estado - El caso PARLACEN�" et � un rapport des Nations Unies ainsi que la mention inexacte de PDH (Procuradoria de los derechos humanos) au lieu de COPREDEH (Commission pr�sidentielle des droits de l'homme: arr�t attaqu� p. 5 consid. Dc). De m�me, peu importe que la Cour de justice ait �tabli de mani�re impr�cise que le t�moin D.________ aurait d�clar� qu'il n'y avait pas eu de r�sistance arm�e de la part des d�tenus au point d'assaut est, alors qu'il aurait seulement affirm� que seuls les d�tenus�qui se rendaient�ne r�sistaient pas, vu le raisonnement qui suit (consid. 3). Il en va de m�me du fait que le t�moin E.________ n'aurait jamais dit que A.________ �tait pr�sent au point d'assaut est au moment de l'assaut initial. Enfin, le fait d'avoir retenu que "F.________, r�entendu le 14 d�cembre 2012, avait confirm� sa d�position du 1er�septembre 2012 lors de laquelle il avait d�j� confirm� sa d�claration film�e devant TRIAL", alors qu'il se serait r�tract� � ce sujet n'a pas non plus d'influence sur la question de la mise en libert� du recourant, dans la mesure o� l'instance pr�c�dente a seulement retenu que ce t�moignage confirmait la pr�sence du recourant dans la prison au moment o� les d�tenus furent tu�s.
Le recourant soul�ve encore des constatations de fait qui, non seulement ne sont pas susceptibles d'avoir une influence d�terminante sur l'issue de la proc�dure, mais qui de surcro�t ne sont pas arbitraires, d�s lors que l'instance pr�c�dente s'est fond�e sur des t�moignages pour les �tablir. Ainsi, lorsque la Cour de justice a affirm� que "selon les documents figurant � la proc�dure, alors qu'il dirigeait la PNC, [le recourant] avait form� une organisation criminelle parall�le", elle s'est fond�e notamment sur la d�position de G.________. Il en va de m�me du fait qu'aucun �l�ment au dossier ne permettrait d'�tablir la participation du recourant � l'op�ration "�El Infiernito�" puisque l'instance pr�c�dente s'est bas�e sur deux t�moignages pour retenir que le recourant �tait tenu au courant de cette op�ration. L'int�ress� fait encore grief � l'instance pr�c�dente d'avoir mentionn� que le recourant "se serait charg� lui-m�me de l'ex�cution de H.________". L� encore le grief de la constatation arbitraire des faits doit �tre �cart� puisque cet �l�ment ressort du t�moignage de F.________ et que de surcro�t l'instance pr�c�dente le mentionne en utilisant le conditionnel. Il appartiendra au juge du fond d'appr�cier la cr�dibilit� des t�moignages pr�cit�s.
2.2.2.�Le recourant met aussi en �vidence des �l�ments � d�charge que la Cour de justice n'aurait pas pris en compte arbitrairement. Il s'agit des t�moignages de I.________, commandant de l'arm�e sur les lieux le 25 septembre 2006, et de J.________, garde du corps du recourant le jour de l'op�ration, qui attesteraient que A.________ n'a particip� � aucune forme d'activit� criminelle. Le recourant signale aussi trois pi�ces � d�charge, � savoir le rapport de police officiel du 25 septembre 2006 qui indiquerait que les d�tenus �taient d�c�d�s � l'aube, le rapport du juge de paix du 25 septembre 2006 ainsi que le rapport d'admission � 7h34 � l'h�pital Roosevelt d'un d�tenu bless�.
Partant, le recourant perd de vue que le r�le du juge de la d�tention se limite � examiner si les conditions de maintien en d�tention avant jugement, soit notamment l'existence de forts soup�ons, sont remplies. Il ne lui incombe pas de prendre en compte tous les �l�ments de preuve et d'examiner minutieusement tous les t�moignages, au risque d'empi�ter sur les comp�tences du juge du fond. Dans ce contexte, les �l�ments non retenus ne sont pas propres � modifier la d�cision attaqu�e.
2.2.3.�S'agissant des d�positions de K.________, de G.________ et de L.________, le recourant ne fait valoir aucun �tablissement arbitraire des faits. Il se contente de mettre en cause la cr�dibilit� ou la force probante desdits t�moignages, ce qui constitue un grief de fond. De m�me, le recourant ne dit pas ce qui serait arbitraire dans le r�sum� du t�moignage de M.________, fait par la Cour de justice dans son arr�t. Il se borne � avancer que ce t�moin ne met pas directement A.________ en cause.
En r�alit�, l'int�ress� critique plut�t la pertinence de la motivation de la Cour de justice et reprend sous l'angle de l'�tablissement arbitraire des faits les griefs qu'il fait valoir sur le fond. Il soul�ve ainsi des questions de fond qui seront examin�es ci-apr�s.
2.2.4.�Le recourant soutient enfin que l'affirmation de la Cour de justice selon laquelle "sept d�tenus ont �t� mis � l'�cart des autres et furent tu�s" lors de l'op�ration Pav�n est manifestement contraire au dossier et viole la pr�somption d'innocence. Il pr�tend que les d�tenus en question sont d�c�d�s lors de la fusillade qui a �clat� entre les forces de l'ordre et les d�tenus rebelles rassembl�s dans une propri�t� au point d'assaut est.
L'arr�t attaqu� se contente de reprendre les �l�ments � charge tels qu'ils ressortent du dossier, notamment de certains t�moignages. Si l'affirmation litigieuse para�t trop p�remptoire au recourant, il n'en r�sulte pas pour autant une violation de la pr�somption d'innocence (art. 10 CPP; 32 al. 1 Cst.) puisque la Cour de justice n'a pas entendu s'exprimer de mani�re d�finitive sur la culpabilit� du recourant, mais seulement sur l'existence d'indices suffisants propres � asseoir un maintien en d�tention provisoire. Rien ne permet d'y voir une d�claration pr�matur�e de culpabilit� susceptible d'influer sur le juge du fond.
2.2.5.�En d�finitive, vu le raisonnement qui suit (cf. consid. 3), les quelques impr�cisions contenues dans l'arr�t attaqu� ainsi qu'un �ventuel compl�ment de l'�tat de fait litigieux ne permettraient pas de trancher diff�remment la question de la mise en libert� du recourant. Le grief de la violation de l'art. 97 LTF doit donc �tre �cart�.
Sur le fond, le recourant conteste les faits qui lui sont reproch�s et nie � nouveau l'existence de charges suffisantes � son encontre.
3.1.�Une mesure de d�tention pr�ventive n'est compatible avec la libert� personnelle garantie aux art. 10 al. 2 Cst. et 5 CEDH que si elle repose sur une base l�gale (art. 31 al. 1 et art. 36 al. 1 Cst.), soit en l'esp�ce l'art. 221 CPP. Elle doit en outre correspondre � un int�r�t public et respecter le principe de la proportionnalit� (art. 36 al. 2 et 3 Cst.). Pour que tel soit le cas, la privation de libert� doit �tre justifi�e par les besoins de l'instruction, par un risque de fuite ou par un danger de collusion ou de r�it�ration (art. 221 al. 1 let. a, b et c CPP). Pr�alablement � ces conditions, il doit exister des charges suffisantes, soit de s�rieux soup�ons de culpabilit�, � l'�gard de l'int�ress� (art. 221 al. 1 CPP; art. 5 par. 1 let. c CEDH), c'est-�-dire des raisons plausibles de le soup�onner d'avoir commis une infraction.
3.2.�En l'occurrence, la Cour de justice a consid�r� qu'il existait des soup�ons suffisants que les forces de police, dirig�es par le recourant, avaient investi la prison Pav�n au petit matin du 25 septembre 2006, sans rencontrer de r�sistance; des hommes cagoul�s et arm�s se seraient dirig�s vers la maison du d�tenu S.________ en ouvrant le feu, sans riposte apparente; certains d�tenus, qui auraient �t� mis en ligne et d�shabill�s, auraient �t� retrouv�s en un autre lieu habill�s et morts.
Pour �tablir l'existence de forts soup�ons, l'instance pr�c�dente a d'abord pr�cis� que les charges suffisantes retenues dans l'arr�t du 12 mars 2013 �taient toujours d'actualit� (cf. arr�t 1B_60/2013 pr�cit� consid. 3.2). Selon elle, la vraisemblance des faits reproch�s s'�tait renforc�e � la suite des auditions qui avaient eu lieu en mars 2013.
Elle s'est fond�e sur les t�moignages de L.________, procureur aupr�s de la CICIG, de M.________, conseiller en s�curit� pour les prisons au Guatemala, de N.________, policier, de D.________, de E.________ et de O.________, tous membres de la PNC, de P.________, d�tenu pour assassinats � la prison Pav�n, de K.________ et de G.________, membres de la CICIG. Elle a consid�r� que la quasi totalit� des t�moins avait confirm� ce qu'ils avaient d�clar� � la CICIG et que les manipulations qui entacheraient les enqu�tes de cette institution n'�taient pas d�montr�es par le recourant. Elle s'est r�f�r�e notamment au t�moignage de L.________, procureur aupr�s de la CICIG, qui a affirm� qu'� aucun moment les d�tenus de la prison n'avaient oppos� de r�sistance lors de l'assaut des forces de l'ordre et qui a confirm� qu'une liste de 25 plus importants prisonniers circulait parmi les membres des forces de l'ordre et que les rapports d'autopsies effectu�es sur les personnes d�c�d�es �taient d�faillants. L'instance pr�c�dente s'est aussi appuy�e sur le t�moignage de M.________, conseiller en s�curit� pour les prisons du Guatemala, qui a expliqu� avoir �t� charg� d'�tablir une liste des 25 d�tenus les plus influents au sein de la prison et qui a indiqu� qu'il n'y avait pas eu d'affrontement entre les d�tenus et la police. Elle a encore mentionn� que N.________, policier, avait d�clar� qu'un d�tenu avait �t� ex�cut� alors qu'il �tait ma�tris�. S'ajoutait � cela que D.________, membre de la PNC, avait indiqu� avoir vu des hommes habill�s en noir qui emmenaient un prisonnier les mains li�es dans le dos dans une maison et qu'il avait ensuite entendu des coups de feu.
S'agissant de l'affaire "�El Infiernito�", l'instance pr�c�dente s'est appuy�e sur le t�moignage de L.________, qui a dit disposer de deux t�moins, policiers de la PNC, qui affirmaient qu'un d�tenu �vad� avait �t� ex�cut� sur ordre d'un groupe dont A.________ �tait membre. Elle a cit� aussi le t�moin K.________, enqu�teur aupr�s de la CICIG, qui a affirm� que trois des d�tenus �vad�s avaient �t� assassin�s et que le recourant �tait tenu au courant de ces faits.
La Cour de justice a certes relev� que les d�positions de R.________, Ministre de l'int�rieur du Guatemala � l'�poque des faits litigieux, de B.________, Directeur g�n�ral des Services p�nitentiaires guat�malt�ques, ainsi que celle, dans une certaine mesure, de C.________, actuellement d�tenu en Autriche, qui travaillait directement sous les ordres du recourant, allaient dans le sens de ce que le recourant avait toujours affirm�. Elle a toutefois estim� que c'�tait dans l'ordre des choses puisque ces personnes �taient, selon l'accusation, cens�es avoir d�cid� de faire front commun contre la d�linquance qui s�vissait au Guatemala, dans et hors des prisons et avoir agi de concert dans les cas Pav�n et�El Infiernito, pour autant qu'elles �taient d�j� au commandement.
L'instance pr�c�dente s'est enfin appuy�e sur les rapports photographiques, desquels il ressortirait que, dans le but de dissimuler les ex�cutions extrajudiciaires, les sc�nes du crime auraient �t� alt�r�es, en mettant dans les mains des cadavres des prisonniers ex�cut�s des grenades et des armes � feu, faisant ainsi croire qu'ils �taient morts dans un affrontement avec les autorit�s.
En d�finitive, la Cour de justice a retenu que la conjonction de diff�rents �l�ments constituait des charges suffisantes pour retenir que le recourant avait particip� aux infractions qui lui sont reproch�es, dans la mesure o� il exer�ait la plus haute fonction dans la hi�rarchie polici�re au moment des faits et o� il appara�t difficilement soutenable qu'il n'ait pas �t� au courant de toute l'op�ration et qu'il n'ait pas particip� aux d�cisions concernant les ex�cutions, vu les contacts qu'il a eus avant et pendant ce jour-l� avec d'autres responsables et nombre d'ex�cutants.
3.3.�Le recourant met d'abord en �vidence des �l�ments � d�charge qui � tout le moins entra�neraient un fort affaiblissement des charges. Il affirme qu'il ressortirait des enregistrements vid�os et des d�positions de M.________, de C.________, de E.________ et de B.________ que les intervenants � la prison de Pav�n avaient d� faire face � une r�sistance arm�e et qu'une fusillade avait �clat�. Il rappelle que J.________ et I.________ confirment �galement sa version des faits. En outre, les d�positions de sept commissaires de police pr�sents lors de l'op�ration Pav�n confirmeraient qu'aucun d�tenu n'a jamais �t� mis � part des files de d�tenus et qu'il n'existait � leur connaissance pas de liste de d�tenus � s�lectionner.
L'int�ress� �num�re ensuite, avec force d�tails, diff�rentes contradictions ou impr�cisions qui �maillent les t�moignages de T.________, de E.________, de K.________, de G.________, de D.________ et de L.________. Il soutient encore que les d�tenus ont lanc� une fausse rumeur d�s le matin de l'op�ration, selon laquelle des ex�cutions extrajudiciaires s'�taient d�roul�es pendant l'op�ration, citant sous forme de canular des noms de d�tenus qui ont �t� retrouv�s vivants par la suite.
Il pr�tend aussi qu'il n'a pas �t� r�fut� qu'il �tait arriv� sur les lieux devant la maison de S.________ lorsque les d�tenus �taient d�j� d�c�d�s, qu'il lui avait �t� fait rapport dans la matin�e que les d�tenus �taient d�c�d�s au cours d'une confrontation arm�e et qu'il n'avait jamais donn� le moindre ordre de faire abattre qui que ce soit. La justice genevoise n'aurait pas rendu vraisemblable la participation du pr�venu � l'�laboration d'une liste de d�tenus � ex�cuter ainsi que sa participation � une organisation criminelle. Le recourant rappelle que la justice guat�malt�que a blanchi B.________ et que la justice espagnole a lib�r� sous caution R.________en 2010. Il souligne que ni ses subalternes dont C.________, ni les personnes charg�es de l'op�rationnel, ni les personnes d'un rang �quivalent au sien dont I.________ et B.________, ni ses sup�rieurs dont R.________, le Pr�sident et le Vice-pr�sident du Guatemala ne le mettent en cause.
Il affirme enfin que le Minist�re public serait en peine de r�diger aujourd'hui un acte d'accusation malgr� les ann�es d'enqu�te et d'instruction.
Partant, le recourant perd de vue qu'il n'appartient pas au juge de la d�tention provisoire d'examiner en d�tail ces consid�rations de fait, pas plus que de faire une appr�ciation compl�te des �l�ments � charge et � d�charge; il lui incombe uniquement de v�rifier, sous l'angle de la vraisemblance, que le maintien en d�tention avant jugement repose sur des indices de culpabilit� suffisants. Or, au stade actuel de l'enqu�te, le faisceau d'indices retenus par l'instance pr�c�dente permet de consid�rer que le recourant a particip�, vu sa position de Directeur g�n�ral de la Police nationale civile du Guatemala, aux infractions qui lui sont reproch�es. On peut y ajouter le rapport d'enqu�te de m�decine l�gale du 5 novembre 2010 qui conclut que les impacts de projectiles � grande vitesse observ�s sur les corps des victimes proviennent de tirs � bout portant sur des personnes pr�sum�es ma�tris�es. Le faisceau d'indices retenus est, en l'�tat, suffisant pour justifier un maintien en d�tention du recourant. C'est donc en vain que le recourant discute minutieusement le d�roulement des faits et de l'enqu�te, car c'est au juge du fond qu'il appartiendra, le cas �ch�ant, d'appr�cier la valeur probante des diff�rents t�moignages et de d�terminer dans quelle mesure le recourant est impliqu� dans les actes qui ont fait l'objet de l'instruction.
Le recourant conteste enfin l'existence d'un risque de fuite et de collusion. Si de tels risques devaient toutefois �tre retenus, il requiert la mise en oeuvre de mesures de substitution au sens de l'art. 237 CPP, telles que le versement d'une caution de 100'000 francs, le d�p�t de ses papiers d'identit�, le port d'un bracelet �lectronique et l'obligation de se rendre au poste de police de mani�re r�guli�re.
4.1.�Selon la jurisprudence, le risque de fuite au sens de l'art. 221 al. 1 let. a CPP doit s'analyser en fonction d'un ensemble de crit�res tels que le caract�re de l'int�ress�, sa moralit�, ses ressources, ses liens avec l'Etat qui le poursuit ainsi que ses contacts � l'�tranger, qui font appara�tre le risque de fuite non seulement possible, mais �galement probable (ATF 117 Ia 69 consid. 4a p. 70 et la jurisprudence cit�e). La gravit� de l'infraction ne peut pas, � elle seule, justifier la prolongation de la d�tention, m�me si elle permet souvent de pr�sumer un danger de fuite en raison de l'importance de la peine dont le pr�venu est menac� (ATF 125 I 60 consid. 3a p. 62, 117 Ia 69 consid. 4a p. 70, 108 Ia 64 consid. 3 p. 67).
4.2.�En l'occurrence, il est vrai que le recourant, ressortissant suisse, peut se pr�valoir de liens avec la Suisse, dans la mesure o� il y r�side depuis 2007 avec sa femme et ses trois enfants. La Cour de justice a toutefois retenu que les attaches du pr�venu � la Suisse, relativement r�centes et de circonstances, n'�taient pas d'une p�rennit� certaine, ce d'autant moins qu'il n'y exer�ait aucun emploi, pas plus que son �pouse. Elle a ajout� que le statut particulier de double national du recourant pourrait rendre difficile sa recherche selon le pays dans lequel il choisirait de se rendre, ce qui serait de nature � susciter son int�r�t � quitter la Suisse; les attaches r�centes du recourant avec la Suisse devaient de surcro�t �tre mises en balance avec la gravit� des actes qui lui sont reproch�s et la peine privative de libert� encourue, qui pourrait l'inciter � faire certains sacrifices pour y �chapper.
Face � ces arguments, le recourant se borne � relever qu'il n'a cess� de collaborer avec la justice helv�tique, qu'il n'a aucun int�r�t � quitter la Suisse, vu le mandat d'arr�t international d�cern� � son encontre par le Guatemala, qu'il n'est � l'abri d'une extradition que tant qu'il demeurera en Suisse, que sa s�curit� au Guatemala ne saurait �tre garantie et qu'il ne dispose d'aucun moyen financier pour organiser une quelconque cavale.
Cette argumentation est toutefois insuffisante � faire admettre l'invraisemblance du risque de fuite et tend plut�t � montrer que le recourant, pr�venu d'une infraction passible d'une peine privative de libert� importante, poss�de de s�rieuses raisons de ne pas rester en Suisse. S'ajoute � cela qu'il a indiqu�, lors de son audition devant le Tmc le 26 novembre 2012, �tre retourn� � plusieurs reprises au Guatemala apr�s son arriv�e en territoire helv�tique et ce, malgr� le fait qu'� ses dires la situation au Guatemala �tait tr�s dangereuse pour lui. Il a aussi mentionn� que sa femme et son beau-p�re s'�taient rendus en 2012 au Guatemala et au Salvador, pays dans lesquels celui-ci d�tient une maison. Dans ces circonstances, c'est � juste titre que la Cour de justice a retenu un risque concret de fuite. Le grief doit donc �tre rejet�.
4.3.�L'existence d'un risque de fuite dispense d'examiner s'il existe aussi un danger de collusion, au sens de l'art. 221 al. 1 let. b CPP.
4.4.�Conform�ment au principe de la proportionnalit� (art. 36 al. 3 Cst.), il convient d'examiner les possibilit�s de mettre en oeuvre d'autres solutions moins dommageables que la d�tention (r�gle de la n�cessit�). Cette exigence est concr�tis�e par l'art. 237 al. 1 CPP, qui pr�voit que le tribunal comp�tent ordonne une ou plusieurs mesures moins s�v�res en lieu et place de la d�tention si ces mesures permettent d'atteindre le m�me but que la d�tention. Selon l'art. 237 al. 2 CPP, font notamment partie des mesures de substitution la fourniture de s�ret� (let. a), la saisie des documents d'identit� (let. b), l'assignation � r�sidence ou l'interdiction de se rendre dans un certain lieu ou un certain immeuble (let. c), l'obligation de se pr�senter r�guli�rement � un service administratif (let. d) et l'interdiction d'entretenir des relations avec certaines personnes (let. g).
En l'esp�ce, les mesures de substitution propos�es par le recourant apparaissent insuffisantes au regard de l'intensit� du risque de fuite. En effet, le d�p�t des passeports suisse et guat�malt�que et l'obligation de se pr�senter r�guli�rement au poste de police ne sont pas de nature � emp�cher une personne, dans la situation du recourant, de s'enfuir � l'�tranger ou de dispara�tre dans la clandestinit�, �tant rappel� qu'il avait �t� "exfiltr�" avec l'appui des autorit�s am�ricaines lorsqu'il avait fui le Guatemala. Quant � la caution de 100'000 francs mise � disposition par un "ami tr�s proche depuis plus de quinze ans" - dont la provenance des fonds n'est au demeurant pas d�taill�e -, elle ne permet pas, en l'�tat, d'admettre que la perspective de perdre cette somme d'argent agira comme un frein suffisamment puissant pour �carter toute vell�it� de fuite, dans la mesure o� l'on ignore la situation financi�re de cette personne ainsi que la nature de ses liens avec le recourant.
Au demeurant, le Minist�re public annonce vouloir adresser prochainement une commission rogatoire au Guatemala pour entendre certains t�moins. Afin de maintenir la diligence avec laquelle l'instruction a, jusqu'� pr�sent, �t� men�e, il incombera au Minist�re public de veiller � ce que ladite commission rogatoire ne retarde pas excessivement la cl�ture de l'enqu�te.
Le recourant a demand� l'assistance judiciaire et les conditions en paraissent r�unies (art. 64 al. 1 LTF). Il y a lieu de d�signer Me Florian Baier et Me Giorgio Camp� en qualit� d'avocats d'office et de fixer leurs honoraires, qui seront support�s par la caisse du Tribunal f�d�ral (art. 64 al. 2 LTF). Le recourant est en outre dispens� des frais judiciaires (art. 64 al. 1 LTF).
Le pr�sent arr�t est communiqu� aux mandataires du recourant, au Minist�re public et � la Cour de justice du canton de Gen�ve, Chambre p�nale de recours.