Source: http://esclh.blogspot.com/2015_03_01_archive.html
Timestamp: 2017-05-24 17:49:23+00:00
Document Index: 102902971

Matched Legal Cases: ['§2', '§1', '§1', '§1', '§2', '§1', '§1', '§1', 'in fine']

call for doctoral position,
PHd studentiships,
Struggles over land and water have determined much of New Mexico’s long history. The outcome of such disputes, especially in colonial times, often depended on which party had a strong advocate to argue a case before a local tribunal or on appeal. This book is partly about the advocates who represented the parties to these disputes, but it is most of all about the Hispanos, Indians, and Genízaros (Hispanicized nomadic Indians) themselves and the land they lived on and fought for. Having written about Hispano land grants and Pueblo Indian grants separately, Malcolm Ebright now brings these narratives together for the first time, reconnecting them and resurrecting lost histories. He emphasizes the success that advocates for Indians, Genízaros, and Hispanos have had in achieving justice for marginalized people through the return of lost lands and by reestablishing the right to use those lands for traditional purposes. Posted by
Abstract: This article offers an interpretation of the intellectual and political origins of modern law in the nineteenth century and its consequences for contemporary legal thought. Social theoretical analyses of law and legal thought tend to emphasize rupture and change. Histories of legal thought tend to draw a picture of strife between different schools of jurisprudence. Such analyses and histories fail to account for the extent to which present legal thought is the continuation of a jurisprudential settlement that occurred in the nineteenth century. That settlement tamed the will of the masses under the influence of authoritative legal thought, conceptions of political morality, and a general sense of social evolution. The principal mechanism of the settlement was a compact between legal rationalism and historicism to which popular will acceded. After a period of polarization around the time of the American and French revolutions, nineteenth century legal rationalism came to see historical events as the outcome of the cunning operation of reason in the world, and legal historicism came to appeal to the rationalizations of legal reason in order to endow historical matter with both conceptual stability and intellectual authority. Popular will bought into both. Modern law and the main schools of legal thought have remained, ever since, bound to this convergence of reason and history in the face of will. Modern law is therefore as much about continuity as it is about rupture; as much about unity as it is about strife.
Law as Moral Imagination,
Legal Historicism,
Legal Rationalism,
Popular Will and Law,
This book tells the enthralling, ultimately inspirational, story of Magna Carta in a concise and readable fashion and will captivate laymen and lawyers alike. Posted by
Law imprented
Jacques Cujas apparaît comme l’un des principaux représentants de l’humanisme juridique, courant qui introduit l’idée d’évolution dans la construction du droit et des institutions. Au fil de ses professorats, Cujas poursuit la critique humaniste en portant à son apogée la méthode historique. Il cherche à rétablir les textes dans leur version d’origine
par la recherche des interpolations, tout en intégrant les dispositions
commentées dans la longue durée. Il s’appuie tant sur sa maîtrise de la
doctrine juridique, que sur sa vaste culture littéraire et philosophique. Ses travaux de philologue et d’éditeur restent d’utiles références, sans même évoquer ses reconstitutions commentées des ouvrages des juristes romains ou son analyse critique du corpus juris civilis. L’érudition ne tient cependant pas Cujas trop éloigné de la pratique, comme le prouvent ses consultations ou son étude de la féodalité. Soumis à l’épreuve de l’humanisme cujacien, le droit ressort transformé de la confrontation.
Table of Contents: Sommaire
1. La provenance géographique 2. L’appartenance sociale
§2 : Les études A. La formation scolaire 1. Les humanités
2. Les études de droit B. La formation personnelle
§1 : Les professorats de l’affirmation A. Le conflit de l’ascension : de Toulouse au départ pour Bourges
3. Le professorat de Cahors (oct. 1554 – été 1555) B. L’ascension dans les conflits : de l’arrivée au retour à Bourges
2. Le professorat de Turin (oct. 1566 – août 1567) B. La reconnaissance de la prééminence : les derniers professorats 1. Le second professorat de Valence (sept. 1567 – juin 1575)
§1 : Les charges extra-universitaires A. Les charges judiciaires
2. Le second mariage B. La religion de Jacques Cujas
2. La thèse d’une « sensibilité religieuse d’entre-deux » OEUVRES DE JACQUES CUJAS
I. Jacques Cujas éditeur §1 : La quête des sources
1. Les compilations jurisprudentielles pré-justiniennes 2. Le Code Théodosien
3. Le droit byzantin post-justinien B. Les éditions glosées ou commentées
CHAPITRE PREMIER. LA POURSUITE DE LA CRITIQUE HUMANISTE Section I. Une position nuancée à l’égard de la doctrine antérieure
3. Le courant des praticiens B. L’humanisme de Jacques Cujas à travers ses références littéraires et philosophiques
§2 : L’opinion de Jacques Cujas sur les juristes humanistes A. Les prises de position « scientifiques »
1. L’analyse historique comme référentiel interprétatif 2. L’analyse exégétique complémentaire B. Une technique novatrice de conciliation des contradictions : l’analyse historique du corpus juris civilis
1. La conciliation par l’histoire du droit romain 2. La conciliation par la critique historique des textes Conclusion du chapitre
Section I. Le recours axiomatique au droit romain §1 : L’exemple de la succession testamentaire
1. Cas d’un legs conditionnel 2. Cas d’un fidéicommis conditionnel
1. Force des coutumes successorales a. Face au droit romain
b. Face à une convention privée 2. Exemples d’application de coutumes successorales B. La législation royale
A. Le risque de vacance du trône de Portugal B. Les solutions proposées par Jacques Cujas
§1 : Les fondements romains A. Le rejet de la théorie médiévale du domaine divisé
2. Fief, fidélité et obligations pécuniaires B. Un usufruit héréditaire
Section II. Les pratiques de dessaisissement du fief §1 : Le dessaisissement volontaire : la vente du fief
B. Les droits de retrait 1. Le retrait lignager
1. La négation de la foi 2. La rupture de la foi
2.1.2. Auteurs cités par Jacques Cujas : Tableau général par nombre de références 2.2. Regroupement par période
2.2.2. Auteurs du Moyen Âge cités par Jacques Cujas 2.2.3. Auteurs des Temps modernes cités par Jacques Cujas
2.3.1.4. Les juristes humanistes cités par Jacques Cujas 2.3.1.5. Les juristes byzantins cités par Jacques Cujas 2.3.2. Les références extra-juridiques de Jacques Cujas
2.3.2.15. Poètes et Fabulistes cités par Jacques Cujas 2.3.2.16. Rhéteurs et Orateurs cités par Jacques Cujas 2.3.2.17. Traducteurs cités par Jacques Cujas
3. Généalogie simplifiée des prétendants à la Couronne de Portugal en 1580 BIBLIOGRAPHIE
Law & Humanities,
This conference seeks to draw up the current state of research on this subject, and to bring together researchers in the humanities and social sciences, and law in particular, on the subject of
indigenous sovereignty. The goal is to understand the parallel and related constructions of sovereignty on both sides of the Atlantic, from
the end of the Middle Ages and its regimes of governance during the fifteenth and sixteenth centuries, up to the aftermath of the political experiences of the "Atlantic Revolutions" that ushered in new relationships to authority in the first half of the nineteenth century. The perspective adopted here should be seen less as static and focusing on a single, immunizing description of an exotic externality, and more as fundamentally involved in the particular construction of modern European sovereignty. The creation of that sovereignty was profoundly associated with issues that were raised or reopened by the world’s new geographic, religious, and political horizons.
L’intérêt suscité par la question de la souveraineté indigène ne serait-il jamais autre chose que le goût de l’historien envers « la beauté du mort » pour emprunter cette expression
à Michel de Certeau évoquant, en 1970, les travaux des hommes du XIXe siècle et ceux de ses contemporains sur la culture populaire et le folklore ? Il écrivait, en effet, que « la culture populaire
suppose une opération qui ne s’avoue pas. Il a fallu qu’elle fût censurée pour être étudiée. Elle est devenue alors un objet d’intérêt parce que son danger était éliminé ».
La souveraineté indigène perçue donc comme un danger en effet car elle est, in fine,
un obstacle à la politique de conquête alors menée durant ces cinq siècles par les puissances européennes atlantiques (Provinces-Unies et Suède comprises) depuis la grande scène inaugurale du 12 octobre 1492 quand bannières au vent, Christophe Colomb et les Espagnols qui ont traversé la mer Océane débarquent théâtralement sur l’île de Guanahani, première île du continent américain, dont ils prennent possession au nom
des souverains d’Espagne, qui les ont mandatés au mois de mars précédent. Les officiers présents, oubliant leurs rancœurs liées aux difficultés de la traversée, jurent allégeance à l’Amiral de la mer Océane, représentant des Rois Catholiques. La rencontre avec les peuples
indigènes s’inscrit dans la volonté du Génois d’imposer la souveraineté
espagnole, considérant que cette dernière supplantait une quelconque souveraineté susceptible d’exister en ces îles. Dès lors, les puissances
européennes cherchent à justifier la souveraineté sur une terre par sa découverte ou son appropriation, qui se fait progressivement au cours des siècles suivant les premiers contacts en Amérique.
Une menace dont l’élimination
(ou « l’usurpation » pour reprendre l’expression du juriste Michel Morin en 1997) procède d’un double combat mené par les armes et par les plumes tant semble irrésistible la volonté de faire de ces terres étrangères des territoires vierges frappés du sceau du dénuement. Des terra nullius
présentées si désertes que même la belle lucidité d’un Montaigne sera prise en défaut, reprenant, dans l’essai « Des cannibales » (Essais, I, 31), les topoï du temps sur la nudité américaine – largement diffusés au travers des éditions des Décades
de Pierre Martyr d’Anghiera. Quelques années plus tard, l’iconologie de
Cesare Ripa présente les quatre continents comme autant de variations autour d’une Souveraineté que l’on peut admirer dans son affirmation triomphante (l’Europe), déclinée ensuite dans des euphémisations progressives – l’Asie puis l’Afrique – jusqu’à son complet évidement avec l’Amérique. Dans la fameuse allégorie America, gravée dans
les années 1580 par Theodor Galle d’après un dessin de Jan van der Straet, dans laquelle Amerigo Vespucci est montré comme réveillant l’Amérique dormante, ce dénuement est dramatiquement mis en scène dans le contraste entre l’Européen, debout et caractérisé par le mouvement que sa station interrompt seulement l’instant d’un souffle ou d’un étonnement, et l’Amérique, aussi pauvre et nue de vêtement que précédemment inerte.
Toutefois la souveraineté indigène ne se réduit pas à cette propice absence et les explorateurs européens n’auront de cesse, pour la plupart d’entre eux, de rencontrer des « rois », de poursuivre la trace des royaumes indiens de Saguenay et Norembegue, d’atteindre les Sept Cités, de marcher à rebours sur les traces des rois mages pour gagner la mythique Ophir ou retrouver Seba quand ils ne buttent pas, un temps, sur de solides empires au Mexique et au Pérou dont ils peuvent moins nier la souveraineté qu’ils espèrent, précisément, la soumettre aux vrais rois, espagnols et chrétiens, ou de manière plus modeste, celle par exemple des Algonquins de l’Amérique française avec lesquels passe alliance Samuel de Champlain. Ou encore admirer de puissants rois amérindiens, dignes des Illustres antiques et des héros contemporains, comme Satouriona, « roi de Floride », ou le colosse Quoniambec figurés dans les Vrais portraits et Vies des hommes illustres de Thevet. Ou même faire de ces rois américains des mages bibliques comme dans une célèbre Adoration des mages,
vers 1505, attribuée au Maître de Viseu, ou, à rebours les figures grimaçantes du souverain des Enfers…, images saisissantes alors d’une souveraineté indigène chahutée d’un bout à l’autre d’un large spectre allant de sa destruction sous des modalités diverses à sa préservation ou sa recomposition ambigüe en passant par son ignorance et la négligence de ses réalités.
Dans le cas de l’Afrique c’est un autre rapport qui s’établit. Cet immense continent est présent dans l’imaginaire européen depuis l’Antiquité, pourtant les explorations portugaises du XVe siècle recomposent un nouvel objet et dessinent une logique différente où la place de la « souveraineté » telle qu’elle est entendue en Europe joue un rôle essentiel et peut susciter une configuration particulière associant droits traditionnels sur un espace et des populations et droit sur une activité comme en témoigne en 1486 la titulature de Jean II du Portugal.
Dans un premier temps, elle peut ne pas être reconnue. Ce qui donne lieu aux premières rafles d’esclaves d’Afrique de l’Ouest racontées par Gomes Eanes de Zurara dans sa « Chronique de Guinée » (1453). Au fur et à
mesure que les peuples rencontrés sont identifiés dans l’imaginaire de l’époque et que des distinctions s’établissent dans la lignée classique médiévale entre « Infidèles », « Maures » ou encore « Maures Noirs », l’émergence d’une souveraineté indigène devient possible et le roi du Saloum peut se faire appeler le « Père des Blancs ». Cette reconnaissance sert de barrage à l’accès des Européens à l’intérieur africain comme le montre l’exemple, tardif, d’un souverain du Galam qui refuse l’installation pérenne des Français dans les terres en question. La confrontation des réalités portugaises en termes de souveraineté, en terres américaines et africaines, rend compte également de la nécessité de comprendre les modulations de la souveraineté indigène au sein d’un même espace colonial.
La Conquête, justifiée par l’entreprise d’évangélisation, a, semble-t-il, effacé toute forme de souveraineté indigène dans l’espace américain revendiqué par les empires ibériques aux Amériques. Si, dans le domaine de la foi, les rois d’Espagne imposent la conversion à leurs nouveaux sujets, ils s’inscrivent, sur le plan politique, en continuité avec les anciennes polités amérindiennes. Avec la construction coloniale des deux républiques au sein de la Monarchie catholique, celle des Espagnols et celle des Indiens, avec la reconnaissance de noblesses indigènes par les
institutions monarchiques dès le XVIe siècle, et la reconnaissance d’une administration autonome des communautés indiennes par des caciques et principaux, c’est une forme de souveraineté relative, subalterne, qui est reconnue aux Indiens, comme élément à part
entière d’une monarchie polycentrée. De fait, la Conquête est loin d’avoir éteint toute forme de souveraineté indigène, y compris à l’intérieur des empires européens, si l’on donne à ce concept, au rebours de sa conceptualisation bodinienne, un sens relatif et imparfait. De nombreux exemples témoignent de ces formes de gouvernements des Indiens par eux-mêmes à l’intérieur des empires chrétiens, comme la République de Tlaxcala, dont l’autonomie à l’intérieur de la Nouvelle-Espagne était justifiée par l’aide reçue par Cortès aux heures de la Conquête, Pátzcuaro, ou l’alliance avec les nations ou villages indiens en Amérique du Nord « française ». Des relations diplomatiques continues, aux marges des empires, attestent la reconnaissance de facto de polités indigènes, comme en témoigne encore l’institution du parlamento entre
le capitaine général du Chili et les Indiens Araucans (Mapuche) tout au
long de la période coloniale, ou les alliances commerciales ou militaires entre les Six-Nations iroquoises et les Britanniques. Ce n’est, d’ailleurs, qu’au cours du XIXe siècle que les dernières polités amérindiennes indépendantes furent conquises par les armes : Comanches, Apaches, Sioux des plaines ; Chiriguanos de l’Est bolivien ; Mapuches et Indiens de Patagonie dans ce qui deviendrait, à la fin du siècle, le Sud du Chili et de l’Argentine. Les empires européens, et les Etats indépendants qui leur ont succédé, et qui les ont souvent continués, ont ainsi construit un spectre complexe de relations avec les formes de gouvernements indigènes qu’ils autorisaient, reconnaissaient ou combattaient : co-construction impériale, sous le signe théorique d’une souveraineté européenne absolue
dans ses prétentions mais aménagées dans ses pratiques comme en Nouvelle-France dans le cadre de l’alliance et de la protection ; transformation et incorporation des polités amérindiennes, avec lutte contre les Indiens des marges pour l’Espagne ; guerre et relations diplomatiques et commerciales pour la Grande-Bretagne ; incorporation à la citoyenneté pour les jeunes républiques hispano-américaines mais alliances, conflits et, au final, déportations ou ethnocides au sein des
empires républicains en expansion au Nord et au Sud du continent, etc.
Sur les plans du droit, de l’imaginaire politique, des représentations culturelles et des
savoirs scientifiques, la discussion a été continue sur la définition, les limites et la valeur de ces souverainetés indigènes, qu’elles fussent relatives ou absolues. Cette réflexion de longue durée sur la nature des polités indigènes, la grandeur ou la barbarie des empires précolombiens, la dégénérescence ou la bonté naturelle des Indiens, donna lieu à la construction d’épistémologies et de savoirs dès le XVIe
siècle. Si le débat sur les justes et injustes titres de la conquête fut l’un des éléments fondamentaux de la formation du droit moderne des gens, une forme naissante d’anthropologie historique naît avec les ouvrages qui évoquent les empires défunts des Aztèques ou des Incas (Inca Garcilaso de la Vega, Sahagún, Motolinía, etc.). Il faut souligner, avec Jorge Cañizares-Esguerra, l’importance de la controverse
de l’Amérique, au XVIIIe siècle, pour l’épistémologie, ou l’une des épistémologies, des Lumières : le Nouveau Monde devait-il être
connu à travers une histoire naturelle, ou l’histoire tout court ? Dans
le second cas, la redécouverte des Antiquités américaines, et de la grandeur des empires précolombiens, devenait le support d’une réflexion anthropologique et historique sur les relations entre l’Europe au reste du monde. Pour les Européens, du Vieux ou du Nouveau Monde, la « Découverte » et la Conquête ont longtemps servi à penser le rapport à l’altérité anthropologique et politique : les souverainetés indigènes peuvent être comprises, ainsi, comme le lieu d’un travail symbolique où naissent des savoirs nouveaux dans les domaines du droit, de l’histoire,
de la science politique, de l’anthropologie concernant le processus d’occidentalisation. Les Indiens, et leurs souverainetés vaincues, représentent, dans cette histoire, le spectre d’une altérité défaite, inoubliable, qui hante la conscience occidentale.
Thematical Axes: Dans cette ambition trois grandes thématiques se dessinent : celle d’abord de l’étude des souverainetés indigènes, parfaites et imparfaites selon les normes bodiniennes (1) ; celle ensuite de leur place dans la controverse du Nouveau monde et des antiquités américaines (2) ; celle enfin du miroir tendu par ces souverainetés autochtones aux pratiques souveraines européennes où le reflet révèle alors dans ces dernières moins des systèmes et des imaginaires drapés dans un glorieux absolu que des réalités elles-mêmes imparfaites d’abord et relatives ensuite à ces formes indigènes qu’elles pensaient rejeter dans leurs marges (3). Si l’on prend un peu de distance vis-à-vis de la conception bodinienne, ou philosophique de la souveraineté comme unité absolue, et que l’on pense cette notion à
la fois comme relative et pas nécessairement déterminée par les marques
qui la définissent usuellement dans les Etats, il devient possible de penser les différentes formes de droit au gouvernement que reconnurent, implicitement ou explicitement, les empires aux groupes amérindiens, ou comportant des Amérindiens tout au long d’une époque coloniale étirée jusqu’à la fin du XIXe siècle. La (re)construction ou la reconnaissance d’autorités indigènes au sein des empires ou les relations diplomatiques avec les polités indiennes décrivent ce spectre des souverainetés. Cette perspective implique une réflexion sur la nature de ces cités indiennes, prenant au sérieux la capacité de ces derniers à former des gouvernements bien ordonnés, même si non étatiques
le plus souvent. Il s’agit aussi d’éviter le biais d’une ethnicisation ou d’une racialisation abusives, pour à la fois décrire la pluralité des
types de gouvernements indigènes, le caractère souvent bigarré de leur composition, et les formes diverses de leur articulation aux empires. Des villages pluriethniques de réfugiés algonquiens décrits par le Middle Ground de Richard White aux Indios de comunidad des Andes espagnoles, des Six-Nations iroquoises à la République autonome de Tlaxcala, de l’apachería
mexicaine à l’Empire comanche des grandes plaines (Pekka Hamalainen, 2009), ces polités, dotées d’une souveraineté parfaite ou non, reconnues
par les empires ou les républiques, ou non, doivent être repérés comme des acteurs fondamentaux de la fabrique impériale, puis républicaine, et
de la transformation de l’espace américain en territoires politiquement
constitués. Les guerres ou les révoltes indiennes, et les négociations qui les accompagnent, diplomatiques ou non, constituent l’un des observatoires les plus intéressants pour comprendre ces souverainetés indiennes, du point de vue des deux partis en présence. Concernant le XIXe
siècle, qui semble rejouer les scènes tragiques de la Conquête, deux processus mériteraient également une analyse fine. D’une part, l’association des Indiens au souverain populaire en Amérique latine, sous les espèces de la citoyenneté, avec les résultats mitigés que l’on connaît. D’autre part, l’absorption des dernières souverainetés parfaites indigènes dans les républiques américaines, aux Etats-Unis, en
Argentine ou au Chili, sous les figures du removal jacksonien ou de la guerre sans quartier. Le deuxième thème concerne la reconstruction d’un passé indigène au cours du XVIIIe
siècle, visant à soutenir, notamment, la position pro-américaine dans le cadre de la controverse du Nouveau Monde (Gerbi, Cañizares-Esguerra),
et l’éloge des souverainetés et des lois indiennes du passé. Le débat sur la capacité politique des indigènes – comme « hommes naturels », « bons sauvages » ou peuples stupides et paresseux, « dégénérés » depuis
la Conquête – se trouve en arrière-plan ; il intéresse directement l’intégration des autochtones à la citoyenneté. Le troisième thème rappelle que les souverainetés européennes et les formes d’Etat qui les mettent en pratique ne sont pas déconnectées des expériences américaines et africaines de ces mêmes Etats au travers de la colonisation ultramarine et de la gouvernance impériale. La souveraineté
se construit dans un processus social, religieux, philosophique et politique complexe dans lequel la dimension impériale et/ou coloniale est partie prenante des débats. S’il ne faut pas réduire la souveraineté
indigène à un essentialisme sans histoire, l’avertissement vaut tout autant pour celle(s) des Européens qui n’arrivent pas en Afrique et en Amérique avec une Souveraineté comme un bagage dans les soutes de leurs navires. D’une manière certaine les souverainetés européennes se sont réalisées contre les souverainetés indigènes. Tout contre précisément. C’est-à-dire avec, aussi.
Clément Thibaud, , Université de Nantes, Centre de Recherches en Histoire Internationale et Atlantique. Submissions
Les candidats seront
informés de la décision du comité scientifique fin juin 2015. Ces propositions peuvent être rédigées en français, en anglais et en espagnol. Ces langues seront celles du colloque. Les frais de séjour à Nantes (dont quatre nuits d’hôtel) seront assurés par le comité d’organisation du colloque pour un auteur par contribution.
Chemin de la Censive du Tertre Nantes, France (44) More information here.
La chute de Robespierre et la fin de la Terreur en thermidor ont fait entrer la Révolution dans le règne de l’incertitude. La République renoue avec l’aléa démocratique même si l’idéal d’une démocratie fondée sur l’égalité s’est effondré. La rupture thermidorienne restaure une dynamique, qui était celle des assemblées constituante et législative, où l’Etat, la société, l’opinion publique et l’administration étaient livrés aux divisions inhérentes au jeu démocratique. Ce sont précisément
ces dynamiques et tensions issues de la restauration des contre-pouvoirs, que sont la magistrature élue, l’administration locale,
les groupes et partis politiques, la presse, la littérature, voire la religion, que ce colloque se propose d’étudier. Il s'agit de comprendre ainsi la complexité, la modernité, la rationalité – ou l’absence de rationalité –, du régime directorial.
Depuis la célébration du bicentenaire de
la Révolution et les contributions importantes apportées, entre autres,
par le colloque de Clermont-Ferrand de 1997, le Directoire n’est plus le parent pauvre des études révolutionnaires. Il demeure toutefois moins
travaillé par rapport aux autres séquences de la Révolution française. Pour contribuer à une meilleure connaissance du régime établi entre 1795
et 1799, et des acteurs et intervenants divers de cette période, de même que pour réactualiser les problématiques posées par la société directoriale, l’objectif de ce colloque est de réunir, dans un souci d'échanges pluridisciplinaires, des historiens de la Révolution française mais aussi plus largement des historiens de la littérature, de
la philosophie et du droit. S'appuyant sur une diversité de questionnements, cette approche plurielle d’une époque singulière, enserrée entre la Terreur et l’avènement de Napoléon Bonaparte, est sans
doute un des moyens de se dégager d’une analyse classique qui réduit par trop souvent le Directoire à une parenthèse historique marquée avant
tout par la corruption des gouvernants et le délitement des mœurs.
La Terreur avait été
une solution politique radicale qui se donnait pour objectif d'unifier et d'assurer l’indivisibilité du peuple, du gouvernement et de l’administration, ce qui impliquait comme préalable l'unicité de la justice révolutionnaire, de la politique jacobine et de sa rhétorique. La rupture thermidorienne, qui exclut les Jacobins en même temps qu’elle
réintègre les anciens Feuillants et Girondins, comme l’a montré Bronislaw Baczko, restaure une dynamique, qui était celle des assemblées
constituante et législative, où l’Etat, la société, l’opinion publique et l’administration étaient livrés aux divisions inhérentes au jeu démocratique.
Ce sont précisément ces dynamiques et tensions issues de la restauration des contre-pouvoirs, que sont la magistrature élue, l’administration locale,
les groupes et partis politiques, la presse, la littérature, voire la religion, que ce colloque se propose d’étudier. Il s'agit de comprendre
ainsi la complexité, la modernité, la rationalité – ou l’absence de rationalité –, du régime directorial. Est-on en présence d’un gouvernement représentatif empreint d’un proto-libéralisme politique ou bien d’un Etat révolutionnaire de fait continuant un républicanisme classique ? Indéniablement, le Directoire a un caractère hybride et composite, à la fois révolutionnaire et ordinaire, exceptionnel et constitutionnel, modéré ou
violent dans les choix de ses moyens politiques. Est-il la suite d’excès dans la recherche de compromis ? Est-il simplement la conséquence d’un manque de volonté politique dans la confrontation avec la difficile question de la sortie de la Révolution ? Les hésitations du
Directoire peuvent être vues aussi comme les signes d'une faiblesse inhérente à la genèse d'un système démocratique naissant. Elles peuvent être aussi considérées comme les manifestations de tensions que la règle démocratique accepte et nourrit par respect pour les libertés publiques.
Du point de vue du droit, avec des institutions politiques et administratives ayant un caractère hybride, le régime du Directoire est-il constitutionnel ou révolutionnaire ? Les élections sont-elles démocratiques ou bien le suffrage censitaire instauré par la constitution de 1795 remet-il en cause l’espérance démocratique de l’égalité ? Quelle est la modernité politique de la constitution de 1795 qui instaure une séparation des pouvoirs stricte ? La question de la violence en Révolution, de ses degrés et de ses formes, demeure primordiale. Le Directoire est-il une société « violente » ? A-t-on peur d’un retour de la Terreur ou d’une poussée de la contre-révolution ? Si la justice d’exception est structurée par le pouvoir politique, les clés des tribunaux ordinaires sont remises entre les mains de magistrats élus usant de leur indépendance. La justice, qu’elle soit rendue par des juridictions politiques ou ordinaires, respecte-telle des procédures marginales d’instruction et de jugement ? La justice militaire à laquelle recourt souvent le gouvernement, n’est-elle qu’une justice révolutionnaire sous une autre forme ? A la manière des travaux de Charles Walton, la
question de l'opinion publique et de l'impact qu'ont sur elle les groupements fluctuants d’élus ou de citoyens, la presse, les arts dont la littérature et le théâtre, doit être posée. Les sociétés populaires interdites, quelles sont les autres formes de relais de l’opinion ? Les travaux se penchant sur la nature, les formes et l’originalité de la réaction idéologique et politique, à laquelle la période thermidorienne a
donné naissance, seront tout particulièrement appréciés. Le Directoire est le moment d’une riche production intellectuelle et littéraire parce qu’il libère partiellement les capacités critiques des citoyens, et donc
des hommes de lettres. Dans quelle mesure, avec la fin de la Terreur, le rapport aux grandes œuvres littéraires et philosophiques des Lumières
se trouve-t-il modifié ? Que deviennent les références à Voltaire, Montesquieu, Rousseau et Diderot sous le Directoire ?
La question de la religion, de l'amorce d'une réaction catholique – même si celle-ci fut ébauchée par Robespierre lui-même et ne s'épanouira vraiment qu'avec le Consulat –, éclairera aussi la réflexion sur le Directoire puisqu’on est au croisement de la continuation des persécutions religieuses et du respect de la liberté d’opinion, et donc de culte. Dans le cadre d’un Etat à la fois démocratique et révolutionnaire, la religion peut-elle être considérée comme extérieure au débat public ? Quelles sont les différentes approches du Directoire concernant la sphère religieuse ? Libéraux et démocrates, révolutionnaires et réactionnaires s’opposent sur cette question. Dans le même esprit, il est ambitionné d’axer la recherche sur le personnel politique thermidorien qui se perpétue au pouvoir dans les institutions directoriales. La figure du dirigeant thermidorien, largement marquée par l’expérience de la Terreur, est justement présentée par Pierre Serna comme la personnification de la girouette en politique, caractérisée par son opportunisme et son absence
d’une conception idéologique de la Révolution, ce qui les distingue des
Jacobins. Le thermidorien est-il, de ce point de vue, une forme de transfuge politique moderne ? Scientific committee:
Université François-Rabelais, 3 rue des Tanneurs Tours, France (37) More information here. Posted by