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Timestamp: 2018-06-23 17:40:16+00:00
Document Index: 278390667

Matched Legal Cases: ['CSC ', 'art: 75', 'CSC ', 'arrêt ', 'CSC ', 'CSC ', 'CSC ', 'CSC ', 'CSC ']

GE N°51 Travail décent, c'est clair pour tout le monde? by GRESEA asbl - Issuu
BelgiqueBelgië P.P. Bruxelles I 1/1770
Envoi non prioritaire à taxe réduit
( Travail décent, c’est clair pour tout le monde? Arnaud Zacharie (CNCD) Daniel Richard (FGTB) Cao Xuang Dung (Vietnam) Rivero (Venezuela) Patrick Vanderhaeghe (CSC Alimentation) Christian Bouchat (FGTB Alimentation) Céline Delys (JOC) & toute l’équipe du Gresea
GRESEA Echos N°51/Juillet-Août-Septembre 2007/Trimestriel/Dépôt Bxl 1
Edito C’est décent? On verra après...
Un salaire décent dans le fast-food? Denis Horman
Pour un syndicalisme international Interview de Daniel Richard
Créer des convergences Interview d’Arnaud Zacharie
Réflexions critiques sur une campagne en gestation Henri Houben GRESEA Echos N°51 Trimestriel: Juillet-Août-Septembre 2007 Couverture: Guy Ekondo Réalisé avec le soutien de la DGCD Editeur responsable: Erik Rydberg, c/o GRESEA
Comité de rédaction: Brahim Lahouel, Denis Horman, Marc François, Erik Rydberg, Nicolas Gérard, Xavier Dupret, Sacha Michaux, Bruno Bauraind.
Numéro coordonné par Erik Rydberg et Denis Horman
Travail décent? Résultats insolents Erik Rydberg
Au Venezuela, nous allons à contresens du néolibéralisme Interview de Ramon Rivero
Botswana: “Les OMD m’aideront-ils à trouver un emploi?” Joel Kanopo
Malawi: Le commerce informel essentiel pour la création d’emploi Pilirani Semu-Banda
Ouverture commerciale, emploi et salaire au Vietnam Xuan Dung Cao
Quelques conventions de l’OIT sur le droit du Travail
C’est décent? On verra après... On parlera beaucoup, dans les ONG, de "travail décent" dans les mois et les années à venir. Le thème a été inauguré en grandes pompes au Forum social mondial, en janvier 2007. Depuis, le sujet bourdonne, des militants affûtent leurs armes, ça discute et ça dresse des plans. Dans le fond, une idée toute simple. Le monde va mal. Trop de pauvres. Trop de gens qui n'ont pas de travail, rien qui permette de ramener un salaire décent. Le mot est lâché. Ne serait-ce pas la solution? Revendiquer que tout le monde, partout, a droit à un travail décent et à un salaire décent. Le reste suivra.
C'est naturellement loin d'être acquis. Déjà sur le plan des principes, des priorités, il y a comme un immense vide. Les Nations unies ont conçu un gigantesque plan mondial de sauvetage humanitaire, les huit Objectifs du millénaire pour le développement, qui se proposent de réduire la misère mondiale de moitié à l'horizon 2015. L'exigence d'un travail décent pour tous n'y figure pas. Il n'y est pour ainsi dire même pas question d'emploi. Copie à revoir afin d'y intégrer un Objectif 9 autour du travail. Certains le revendiquent. Ce n'est pas le seul "vide". Promouvoir le travail et des conditions de travail décent comme voie royale pour une émancipation des peuples dans la dignité soulève une foule de questions, souvent dérangeantes. Et, d'abord, parce que ce n'est pas un problème abstrait. Il s'inscrit dans une économie mondialisée, dans une nouvelle division internationale du travail, dans des rapports de forces qui, tous, sont indécents, des atteintes à la dignité des travailleurs. On ne va pas créer une "bulle travail décent" là-dedans.
Voici peu, commentant le clivage entre salariés ordinaires (contrat de travail, à durée indéterminée) et la croissance d'emplois atypiques (corvéables à l'infini) sous nos cieux, Pierre Bourdieu notait ceci: "La coupure entre permanents et
intérimaires divise profondément le monde du travail, rendant difficile toute espèce d'action collective. D'autant que certains chefs d'entreprise tirent parti de la soumission imposée par la peur du licenciement. Les formes d'oppression qu'ils exercent marquent un retour aux pires moments du capitalisme naissant."1 On en est là. Et encore: Bourdieu a tenu ces paroles en 1993. Cela ne va pas mieux depuis. Réclamer un "travail décent" dans ces conditions oblige à quelques acrobaties, à des sauts périlleux, les yeux bandés. D'où l'importance de savoir, au préalable, de quoi on parle. Il faut commencer par là. Quelle est la fonction du travail aujourd'hui dans l'économie des peuples et des nations? Est-elle différente de ce qu'elle était à la naissance du salariat: un moyen subtil d'extraire – et de distraire – une plus-value? Pour la décence, on verra, après.
Cela suppose de prendre du recul. Un exemple. Le travail des enfants est en général considéré comme – mettons – une chose indécente et condamnable. En 1965, déjà, Alfred Sauvy (économiste du Collège de France, il avait la plume cultivée, ce qui ne gâche rien) soulignait cependant que la réduction du temps de travail est chose relative, y compris pour les enfants: "Les enfants à la campagne ne travaillaient que par intermittence, bien moins qu'aujourd'hui à l'école. Les études sont un apprentissage, sans lequel la productivité des adultes ne serait pas ce qu'elle est. L'homme moderne travaille à partir de 6 ans et même avant."2 Est-ce décent? Non, c'est la réalité. Il faut partir de là3. Notes
1. Pierre Bourdieu, "Interventions 1961-2001", Editions Agone, 2002, p. 250. 2. Alfred Sauvy, "Mythologie de notre temps", Editions Payot, 1965, révisé en 1971, p. 82. 3. On gardera utilement en mémoire, cité par Sauvy, le bon mot de l'humoriste Tristan Bernard: "L'homme n'est pas fait pour le travail et la meilleure preuve est que ça le fatigue." Lafargue aurait opiné
Gresea Echos N°51
Sur le front syndical Un salaire décent dans le fast-food? Denis Horman, chargé de recherche au Gresea - Septembre 2007 L'Horeca, qui regroupe quelque 100.000 travailleurs, est un secteur hétérogène.
Restaurants et cafés se taillent la plus grosse part: 75% du secteur. Il y a également la restauration d'entreprise, des hôpitaux…, une activité largement sous-traitée. On connaît les chaînes des grands hôtels (Hilton, Accor…). Difficile aussi de passer à côté des fameux "fast-food" (Quick, McDonald, Pizza Hut, Lunch Garden, Carestel, AC restaurants, Colmar, le Pain Quotidien). La restauration rapide ne représente cependant que 3% du secteur Horeca, avec Bemora (Belgian Modern Restaurants Association) comme fédération patronale. L'insoutenable indécence des conditions de travail
Des salaires extrêmement bas (tournant autour de 1.000 euros nets à plein temps pour une grande partie des travailleurs, surtout des travailleuses); une flexibilité à outrance (services coupés, travail de nuit, travail de week-end, travail du dimanche, des jours fériés, heures supplémentaires, horaires varia-
bles,…); polyvalence, avec réduction de personnel,…, telle est l'insoutenable réalité du secteur.
Dans l'Horeca, un contrôle sur cinq révèle du travail au noir! C'est le résultat d'une enquête menée par le Service de recherche et d'information sociale (SRIS), qui a effectué des contrôles chez 5.392 employeurs et indépendants, entre juillet 2006 et février 2007.
"Les dérives dans le secteur de la restauration rapide sont sans commune mesure avec la situation dans les restaurants et les brasseries", précise Christian Bouchat, secrétaire régional de la FGTB Alimentation. "La plupart des entreprises de ce secteur occupent moins de 50 travailleurs. Les droits minimaux n'y sont pas respectés. Heures non déclarées, des prestations à mi-temps, des salaires moitié en "clair", moitié en "noir". Avec, comme conséquence, des allocations réduites de moitié pour le chômage, les accidents de travail, la pension…". Le permanent syndical relève en particulier l'exploitation des femmes de chambre, embauchées par des sociétés de nettoyage. "Ces femmes, immigrées
Un salaire décent pour un travail décent. Tel est le thème de la campagne commune, syndicats et ONG belges, campagne sur deux ans et qui s’inscrit dans une dimension internationale portée par la Confédération syndicale internationale, la CSI, née de la fusion entre la CISL (Confédération internationale des syndicats libres, d’obédience socialiste) et la CMT (la Confédération mondiale du travail, d’obédience chrétienne). Cette campagne porte d’abord sur l’application des normes fondamentales du Bureau International du Travail (BIT). Il n’y a pas que le Sud qui soit concerné par ces normes. Un récent rapport de la CSI sur le sujet pointe les pays de l’Union européenne, dont la Belgique, dans la non application de ces normes fondamentales du travail (mise en cause du droit de grève via les astreintes ; obstacles à l’implantation syndicale dans les PME ; discrimination salariale entre hommes et femmes, etc. )
Le concept du travail décent revêt bien d’autres réalités, à savoir les salaires, les conditions de travail, les différentes formes de flexibilité, tant au Sud qu’au Nord. Certains secteurs, plus que d’autres, sont exposés à une surexploitation au travail, comme nous le montre le reportage sur le secteur Horeca en Belgique, reportage réalisé avec deux syndicalistes, FGTB et CSC et une responsable de la JOC/F de Bruxelles. Au cours de ces vingt dernières années, le changement du rapport de force capital-travail, en faveur du patronat et des actionnaires, s’est concrétisé par un démantèlement progressif d’acquis sociaux, la déconnexion des salaires aux gains de productivité au profit des actionnaires ou la dégradation des conditions de travail. Les politiques néolibérales reçoivent l’appui des institutions internationales (Commission européenne, FMI, Banque mondiale, OCDE). L’Etude économique de la Belgique, 2007, réalisée par l’OCDE, en est un dernier exemple.
du Portugal, du Maghreb, des pays de l'Est, d'Afrique, sont des esclaves", souligne Ch. Bouchat. L'entreprise de nettoyage, sous-traitante pour les hôtels, négocie le prix à la chambre. Alors, il faut du rendement. Au lieu de faire deux chambres à l'heure (rendement déjà élevé), les femmes de chambre sont contraintes d'en faire trois, et donc 18 pour un contrat de 6 heures/jour. En fait, elles ne peuvent y arriver en 6 heures, mais tout juste en 8 heures. Cela veut dire 2 heures prestées gratuitement. Fragilisées, avec des enfants à charge, ces personnes subissent en silence, avant de se retrouver en congé maladie.
Dans la restauration rapide, la majorité des travailleurs sont des étudiants qui travaillent à temps partiel, tout en poursuivant leurs études. Pour préserver cette situation, ils n'hésitent pas à accepter des entorses au règlement, par exemple le non paiement de certaines heures de travail. Mais, comme tient à le préciser Ch. Bouchat, "cela est sans commune mesure avec la situation des femmes de chambre acculées à une productivité dingue, courant tout le temps, sans protester, parce qu'elles
"L’accent mis sur la modération salariale est un élément important de la stratégie des autorités", souligne le rapport. De même, "à moyen terme, il serait souhaitable que les partenaires sociaux envisagent d’éliminer progressivement le système d’indexation, de façon à permettre une plus grande flexibilité des salaires réels". Un des axes de la campagne "travail décent" porte sur les firmes transnationales et les grandes chaînes de distribution. Il s’agit "d’imposer aux entreprises transnationales un système de régulation obligatoire". Ou encore, d’avoir "une réglementation plus contraignante pour les investisseurs".
Depuis des années en Belgique, sur proposition, des gouvernements, le parlement fédéral et les parlements régionaux et communautaires se prononcent sur des "accords bilatéraux sur les investissements" (ABI). Des accords contractés entre l’Union économique belgo-luxembourgeoise (UEBL) et différents Etats, du Sud en particulier, concernant "l’encouragement et la protection réciproque des investissements". Ces accords ne contiennent pas de normes sociales et environnementales, explicites et contraignantes. Les partenaires, syndicats et ONG, expriment le souci et le désir de concrétiser les axes de la campagne "travail décent". Une mobilisation commune et l’interpellation politique à propos des ABI pourraient en effet traduire cette préoccupation. Elle peut d’ores et déjà s’appuyer sur les travaux du GRAID .
Cette campagne commune, ONG et organisations syndicales, est également porteuse d’une complémentarité et d’un enrichissement mutuel, comme le soulignent les interviews de deux acteurs de cette campagne : Arnaud Zacharie du CNCD et Daniel Richard de la FGTB wallonne. (D.H.)
sont parfois seules avec des enfants à charge. Après un an ou deux, elles sont "cassées"! "
Et que fait l'inspection du travail? "A Bruxelles, nous confie le permanent syndical, les inspecteurs du travail n'ont même pas de bureau. Ils travaillent chez eux. Ils doivent réaliser quelque 200 contrôles par an, une opération par jour, en moyenne. Alors, on laisse tomber les petits établissements. C'est la démotivation. On entend même dire: "Il est préférable d'avoir un(e) immigré(e) dans l'entreprise et déclaré(e) en partie qu'un(e) immigré(e) dans la rue". La considération du personnel n'est pas toujours au rendez-vous, si l'on en juge avec cet arrêt de la Cour d'Appel de Gand, d'avril 2007. Celle-ci condamnait un établissement Horeca à payer 500 euros de dommages et intérêts à un ancien employé d'origine étrangère. Cet établissement avait donné son C4 à cette personne, avec comme motif de licenciement: "Ne peut s'adapter à notre pays. Il ferait mieux de retourner dans la brousse où les gens se battent entre eux". Quick en guise d'exemple
Quick, société française depuis 2006, est la principale chaîne européenne de restauration à service rapide. Plus de 400 restaurants (dont plus de 70% franchisés), installés principalement en France, en Belgique, au Luxembourg et occupant quelque 16.000 travailleurs. "La syndicalisation y est peu présente", reconnaît Patrick Vanderhaegen, secrétaire régional bruxellois de la CSC Alimentation et Services."Et l'exploitation en franchise de restaurants Quick, qui ne dépendent plus de la maison mère est là pour compliquer encore davantage le travail syndical. Le personnel est pour l'essentiel composé d'étudiants, avec un turnover élevé. Il existe cependant un Conseil d'entreprise et un Comité de prévention et de protection du travail de la chaîne Quick en Belgique, qui se réunissent au niveau national".
Comme dans les autres branches de l'Horeca, les salaires sont extrêmement bas. "A titre d'exemple", précise le syndicaliste, "un commis cuisinier, avec 5 ans d'ancienneté, gagne 9,46 euros/brut de l'heure. Il passera à 10,53 euros/heure avec la nouvelle convention". Les rebelles du fast-food
"Nous les jeunes, ne sommes pas des clowns et c'est pourquoi nous décidons de dire stop!" Céline Delys est responsable de la JOC/F de Bruxelles. Depuis plus d'un an, elle anime un groupe décidé à rencontrer les problèmes des
jeunes travaillant dans les fast-food (Quick, McDonald…). C’est un groupe de jeunes âgés de 19 à 25 ans qui se rassemble chaque semaine et qui fonctionne sur le principe premier de la JOC: réfléchir et mener des actions pour les jeunes et par les jeunes.
L'an dernier, la JOC de Bruxelles s'est déplacée à Paris à la rencontre des grévistes dans la restauration rapide. En effet, à Paris, plusieurs Pizza Hut se sont mis en grève, dont certains pendant plus d'un mois. Certains Mc Donald ont également été occupés jour et nuit par des jeunes travailleurs en grève. La JOC/F allait revenir de ce séjour et de sa participation au comité de soutien mis en place avec des tas d'idées d'action.
"Après de nombreux échanges avec des jeunes de la restauration rapide de chez Quick, McDonald, Pizza Hut…, nous en sommes arrivés à établir un premier cahier de revendications", raconte Céline qui est une ancienne travailleuse de chez Quick. "En fait, nous revendiquons le respect des lois en vigueur".
Il s'agit du respect des heures de pause et des horaires plus réguliers; le droit d'être traité dans la dignité, d'être informé à l'avance des horaires de travail et aller vers la suppression des horaires coupés; le respect du temps de formation pour chaque secteur, afin d'éviter les accidents de travail (obtenir des chaussures anti-dérapantes); le respect de la pointeuse en rapport avec les heures de travail, etc.
"Jusqu'à présent, nous avons mené notre action en parallèle avec l'organisation syndicale", reconnaît Céline. "Nous sommes bien conscients aujourd'hui qu’une collaboration plus étroite peut être bénéfique pour nos deux organisations, surtout face aux multiples difficultés auxquelles nous sommes confrontés dans ce secteur très particulier". Une première: action nationale dans le fast-food!
Depuis quelques mois se sont déroulées des négociations dans l'Horeca, pour la nouvelle convention sectorielle 20072008.
Un préaccord s’est dégagé pour un rattrapage salarial pour toutes les catégories de fonction dans l’Horeca. Il s’agit concrètement d’une augmentation de 1% étalée sur plusieurs années, ainsi que l’augmentation de la prime de fin d’année.
"Nous avons également obtenu l’indexation effective de tous les salaires", souligne Patrick Vanderhaege. Jusqu’à présent, l’indexation était calculée sur le salaire minimum de la profession. -3-
Bemora, une des deux fédérations patronales regroupant les entreprises de la restauration rapide, a bloqué tout un temps la négociation, refusant d’accepter la proposition finale d’une augmentation, si minime soit-elle, des salaires. Pourtant, Quick, une des chaînes de cette restauration rapide, a déclaré un bénéfice net record de 27,3 millions d’euros en 2005 (une augmentation de 85% par rapport à 2004). Et en 2006, l’action Quick marquait une forte progression : une hausse de 64%. La restauration rapide ne représente que 3% de l’Horeca. Mais, comme le fait remarquer Christian Bouchat, "BEMORA a un droit de veto en commission paritaire".
Fin juin, début juillet, pour la première fois, les entreprises du fast-food en Belgique (Quick, McDonald, Pizza Hut) ont connu des actions syndicales, en front commun syndical, sur le plan national. Des actions avec piquets de grève à l’aéroport de Zaventem, dans les régions bruxelloise, liégeoise, à Ostende, dans le Limbourg. Des actions qui ont permis de débloquer la situation et de faire avaliser le préaccord par Bemora. Une première étape est franchie pour un travail décent. Mais de nombreux défis sont à relever pour les prochaines années, en commençant par le travail "au noir".
Flexicurité : le droit du travail sous les feux ; in : Etudes marxistes n° 79, juillet-septembre 2007 Voilà un dossier qui démontre que la Commission européenne est dans l’erreur en publiant, en 2006, son livre vert sur "la modernisation du droit du travail pour relever les défis du 21ème siècle" communément appelé la flexicurité. On parlera plutôt d’atteintes au droit du travail et en particulier, d'un souci de garantie en matière de sécurité d’emploi même si le travailleur qui a perdu son emploi aura la promesse d’être aidé. Parmi les articles de la revue on lira celui consacré aux conséquences des réformes Hartz (restructurations du marché de l'emploi) en Allemagne qui risqueraient bien de déteindre sur les autres pays de l’Union. De même qu’un autre article démontre qu’il y a atteinte aux acquis sociaux au Luxembourg, conséquences de la stratégie de Lisbonne de 2000. (M.F.)
Interview de Daniel Richard, Conseiller presse de la FGTB Wallonne, réalisée par Denis Horman - Gresea, septembre 2007
Pourquoi la FGTB s’investit-elle dans une campagne nationale sur le “travail décent”, campagne portée par une large coalition, avec les deux syndicats FGTB et CSC et des ONG francophones et néerlandophones?
Daniel Richard: C’est au forum social mondial de Nairobi, au Kenya, début de cette année, que fut officiellement lancée cette campagne internationale à l’initiative de l’Alliance pour le travail décent, une alliance qui regroupe la Confédération syndicale internationale – fusion de la CISL et de la CMT -, le Forum progressiste mondial, Social Alert International, Solidar et la Confédération européenne des syndicats (CES). Pratiquement tout le secrétariat de la FGTB était à Nairobi. Ca allait de soi pour nous comme pour la CSC de s’insérer dans cette campagne. Le “travail décent”, c’est un peu le core business des organisations syndicales. La question de l’emploi, du chômage, des conditions de travail, de la flexibilité de l’emploi, les salaires, etc., cela nous concerne directement.
Donc, pour vous, la notion de “travail décent” va au-delà des normes sociales fondamentales du Bureau international du travail (BIT)? On ne se trouve pas dans une situation où, dans les pays du Nord, la question du travail décent serait réglée et où, dans les pays du Sud, tout se ramènerait au (non) respect des normes fondamentales du BIT, à savoir le travail forcé, le travail des enfants, les libertés syndicales, la liberté d’association, à travail égal, salaire égal.
Chez nous aussi, certaines normes fondamentales ne sont pas respectées. En février 2007, la Confédération syndicale internationale publiait un rapport sur “les normes fondamentales du travail reconnues internationalement dans l’Union européenne”. En ce qui concerne la Belgique, ce rapport pointe deux problèmes majeurs : la question du droit de grève et l’irruption des tribunaux dans le règlement de conflits sociaux ; la non présence des syndicats dans une série d’entreprises, notamment dans les PME.
Mais nous ne pouvons en rester à une application contraignante des normes sociales fondamentales. Il y a par exemple tout le débat sur la protection sociale, l’obligation à laquelle sont tenues les entreprises de verser leur part de cotisations à la sécurité sociale, le respect par le patronat des conventions
collectives de travail sur les salaires, les conditions de travail. Il y a, dans le cadre de la solidarité syndicale avec les travailleurs de pays du Tiers-monde, une réflexion et une action à mener contre le dumping social, qui touche en particulier les pays du Sud et qui provoque le démantèlement de filières locales de production.
Dans la campagne “emploi décent”, avec les ONG, nous devons sensibiliser nos militants, nos affiliés au fait que les travailleurs du Sud ne sont pas des concurrents des travailleurs du Nord, que les travailleurs au Sud ne sont pas responsables des délocalisations qui frappent des travailleurs au Nord. D’ailleurs, quand on voit les choses de plus près, on peut constater que la plupart des délocalisations n’ont pas lieu au Sud, mais plutôt à l’Est ou à l’intérieur de l’UE, quand ce n’est pas à l’intérieur des pays, entre différentes régions. Peut-on parler de dégradations des conditions de travail, ces dernières années en Belgique et dans d’autres pays européens?
Depuis quelques décennies, on peut constater un changement des rapports de forces entre le capital et le travail, en Belgique comme ailleurs dans le monde. Par rapport à la richesse produite, la masse globale des revenus des travailleurs a baissé en faveur du capital, des actionnaires. En regard du contrat social d’après deuxième guerre mondiale, nous sommes confrontés à la remise en cause de la protection sociale, de l’emploi, du droit de grève, des services publics. Le chômage est devenu un problème structurel.
Un des axes de la campagne sur “l’emploi décent” porte sur les entreprises multinationales. Il s’agit de leur imposer des règles impératives ou encore d’avoir une réglementation plus contraignante pour les investisseurs. Comment voyez-vous la concrétisation de ces objectifs? Par exemple, le parlement fédéral comme les parlements régionaux et communautaires votent régulièrement des accords bilatéraux sur les investissements (ABI), sans mesures contraignantes en ce qui concerne les normes sociales, environnementales…
Tout d’abord, les objectifs de la campagne sont toujours en discussion.
Pour ce qui concerne les ABI et plus largement le commerce extérieur, nous poursuivons un travail de conscientisa-4-
tion du monde politique. Nous aurons prochainement, ensemble, FGTB, CSC, forum social de Belgique, Union des villes et communes une rencontre avec les commissions Economie - Commerce extérieur et Intérieur de la Région Wallonne et cela, dans le prolongement de la campagne AGCS et promotion des services publics. Nous attirerons l’attention des parlementaires sur les ABI et sur la défense des services publics.
Mais, il y a d’autres problèmes qui devraient figurer dans une concrétisation des axes de la campagne “travail décent”.
Le droit de grève, que j'ai déjà évoqué, et qui est sapé dans les conflits par les astreintes, par exemple. La réponse à ce type de situation n'est pas d'abord de type législatif ou juridique. On sait bien que le droit n'est jamais qu'une formalisation à un moment donné d'un rapport de forces sur le terrain. Il s'agit donc de changer les rapports de forces qui se sont modifiés ces vingt dernières années au profit du patronat. Nous comptons utiliser la campagne “travail décent” pour légitimer le droit de grève. De même, si l'on veut concrétiser la solidarité avec les travailleurs au Sud, n'oublions pas les travailleurs migrants qui arrivent sur le marché du travail en Wallonie, en Belgique, sans papiers, sans droits, à la merci d'employeurs sans scrupules. A cet égard, il faut être attentif aux conditions dans lesquelles s'exerce l'inspection du travail. Il y a là tout un travail législatif à poursuivre.
A première vue, cette thématique du “travail décent”, serait plutôt du ressort des organisations syndicales. Quelle signification et quelle importance donnez-vous, dans ce cadre, à la collaboration avec les ONG, avec le CNCD qui est la coordination des ONG francophones? Nous ne sommes plus dans la situation d'il y a encore 7 ou 8 ans. Il y avait de fait une certaine méfiance de la part des organisations syndicales, de la FGTB en particulier. Nous n'étions pas dupes en ce qui concerne la stratégie des organisations onusiennes, comme des multinationales de miser sur le dialogue avec la “société civile”, plutôt que sur la concertation sociale avec les organisations syndicales. Nous sentions le danger de nous mettre sur la touche, avec la complicité voulue ou inconsciente de certaines grandes ONG. Ce danger, nous l'avons perçu, par exemple, à tra-
Pour revenir sur la question des multinationales, une collaboration entre syndicats, ONG, le Gresea…, pourrait se concrétiser sur un travail de monitoring des politiques; des stratégies des multinationales, en pointant d'abord les multinationales présentes en Belgique.
La campagne sur le travail décent se situe-t-elle pour toi dans une stratégie offensive ou défensive?
Je ne suis pas sûr que l'on puisse faire, dans le cadre des rapports de forces actuels, autre chose que du défensif. Mais, j'ai quand même envie de dire que ce type de campagne, surtout si l'on est capable de se fixer des objectifs concrets, devrait nous permettre de passer du défensif à l'offensif. Tant qu'on n'est pas capable de renverser le capitalisme, faisons en sorte qu'il y ait des règles contraignantes, qui soient respectées et qui protègent les plus faibles dans la compétition internationale, c'est-à-dire les travailleurs, qui sont les vrais producteurs, les chômeurs, toutes les victimes de ce système capitaliste.
Je ne voudrais pas terminer sans souligner l'importance et l'urgence d'un syndicalisme international, un syndicalisme de solidarité entre travailleurs du Nord et du Sud, un syndicalisme de terrain, qui se construit, pas seulement au niveau des instances syndicales, mais à la base à partir des délégations syndicales.
“Aux termes de la loi, les femmes jouissent des mêmes droits que les hommes, et l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes est compétent pour entamer des poursuites judiciaires s’il constate des violations aux lois en matière d’égalité. Cependant, un écart salarial considérable existe encore entre hommes et femmes, le salaire brut moyen des femmes ne représentant que 85% du salaire brut moyen national” (…).
Xavier Dupret, Henri Houben, Erik Rydberg
La collaboration entre syndicats et ONG dans la campagne “travail décent” ne pourra qu'apporter un enrichissement mutuel. Par exemple, les ONG ont beaucoup travaillé sur le commerce international, la souveraineté alimentaire, le dumping social et ses conséquences pour les populations du Sud mais aussi du Nord, sur le droit au développement.
“Les syndicats s’inquiètent des difficultés tant juridiques que pratiques, lorsqu’ils tentent d’organiser les travailleurs de petites entreprises ou groupes de vente au détail (…). De surcroît, le droit de grève est souvent ébranlé dans la pratique ; au cours des dernières années, à plusieurs reprises, des employeurs se sont tournés vers les tribunaux pour obtenir des arrêts interdisant les grèves. Pour ce faire, ils mettent en question des actions commises pendant la grève, telles que les piquets. Des juges de tribunaux civils ont souvent rendu des sentences favorables à l’employeur sans avoir entendu le syndicat affecté, ce qui est considéré comme une violation des droits syndicaux par le Comité européen des droits sociaux (CEDS) du Conseil de l’Europe” (…).
Aujourd'hui, nous sommes dans une situation où nous avons appris à travailler avec un certain nombre d'ONG. Nous sommes d'ailleurs, en tant qu'organisation syndicale, dans le conseil d'administration du CNCD. Il y a une volonté commune de collaborer. Et je pense que le forum social de Belgique y est pour beaucoup. C'est effectivement du côté francophone que les relations entre ONG et syndicats se sont complètement détendues, notamment du côté des organisations syndicales.
Rapport de la CSI: extraits
vers le concept de “responsabilité sociale des entreprises”, la RSE. Ce qui nous rend extrêmement méfiants, c'est tout ce qui se trouve derrière ce concept. Par exemple, la labellisation autoproclamée des entreprises qui se déclarent socialement responsables, mais qui ne veulent pas entendre parler de normes contraignantes.
En Belgique, sa dernière expression a pris la forme de "pactes". Pacte de compétitivité, pacte entre les générations. Le premier s'est concrétisé par l'accord interprofessionnel 2007-2008, qui restreint les salaires au nom d'une compétitivité toujours dirigée contre les travailleurs. On ne demande pas au capital d'être compétitif. Le second, pour faire court, augmente l'offre de travailleurs (des gens âgés en plus sur le marché). L'un comme l'autre ont pour fonction de faire baisser le coût salarial. Donc, faire plier le travail devant le capital. Ce n'est pas tombé du ciel, comme démontre cet ouvrage. Le "processus de Lisbonne" est passé par là: la volonté des chefs d'Etat de l'Union européenne, depuis 1999, de faire du continent la zone économique la plus compétitive du monde. Comment? En s'attachant en priorité à atteindre des bons "taux d'emploi" (plus de candidats sur le marché du travail) et, donc, imprimer une pression à la baisse sur les salaires, sur les conditions de travail et, partant, sur la vie de tout un chacun. Là, non plus, pas un hasard. Ce carcan, qui dicte la politique socio-économique des Etats membres, est le fruit d'un lobbying industriel. Les multinationales européennes: très bien organisées. Une pièce à verser au débat – jusqu'ici étouffant... L'économie, c'est l'affaire de toutes et tous.
En vente au prix de 9 euros en librairie et au GRESEA (11 Rue royale, 1000 Bruxelles, Belgique - email: gresea@skynet.be- téléphone 32.2/219.70.76 fax 32.2/219.64.86 - site: www.gresea.be) -5-
Sur le front des ONG
Interview de Arnaud Zacharie, Secrétaire politique au Centre National de Coopération au Développement (CNCD), réalisée par Denis Horman - Gresea, septembre 2007 Quelle signification le CNCD donne-til à son implication dans la campagne "travail décent" aux côtés des deux syndicats, FGTB et CSC?
Arnaud Zacharie: Depuis plusieurs années, nous assistons à un rapprochement entre les ONG et les organisations syndicales sur les problématiques de la mondialisation de l'économie. Le fait que la Confédération syndicale internationale (CSI) ait décidé de lancer la campagne "travail décent", en collaboration avec les ONG internationales, traduit bien cette convergence syndicats - ONG dans tous les pays, sur un objectif majeur qui est le "travail décent". C'est une problématique centrale au Sud comme au Nord de la planète. En tant qu'ONG de développement, nous sommes davantage sensibilisés à la réalité du Sud, où le taux de chômage est considérablement plus élevé qu'au Nord, où les protections sociales sont, selon les pays, bien faibles, voire inexistantes, où les législations sociales est systématiquement violées. Quand nous parlons de droit au développement, la question de l'emploi, des conditions de travail, des salaires, de la liberté syndicale sont au cœur de ce droit. Ce n'est pas en se limitant à des transferts de fonds du Nord vers le Sud qu'on va régler les choses de manière durable. Les pays du Sud doivent développer des économies avec des marchés intérieurs, créateurs d'emplois et de revenus décents, avec des rentrées fiscales à même de financer les services publics.
Cette campagne "travail décent" pousse les ONG à approfondir leur grille de lecture de la mondialisation, du lien étroit entre le travail de conscientisation et de mobilisation ici et dans les pays du Tiers-monde. Le cœur du problème se situe au niveau de la répartition entre le capital et le travail. Nous sommes face à un système où des firmes multinationales, contrôlées par un actionnariat qui impose un rendement sur fonds propres d'au moins 15%; un système qui met en concurrence les travailleurs du Nord et du Sud, qui sape les droits sociaux, environnementaux, qui s'en prend au droit à l'emploi et lamine les salaires aussi bien ici que dans les pays du Sud. Il nous faut bien comprendre que l'élévation du niveau de vie au Nord est interdépendante de l'élévation du niveau de vie au Sud.
Comment comptez-vous concrétiser les grands axes de la campagne internationale sur le "travail décent"?
L'objectif prioritaire sera "un revenu décent pour un travail décent". La question des salaires est primordiale. Les entreprises brandissent l'arme de la délocalisation, en mettant l'accent sur les coûts salariaux extrêmement bas dans des pays du Sud. Et cela pour faire baisser les salaires ici. On connaît le refrain qui revient sans cesse: les Chinois qui nous concurrencent avec des salaires de misère. On oublie de dire que les deux tiers des exportations chinoises sont le fait de sociétés multinationales occidentales installées en Chine et qui réexportent leurs produits à moindre coût. Une campagne en faveur des libertés syndicales et de l’élévation du niveau de vie des travailleurs chinois serait déjà un bon antidote contre le chantage aux délocalisations. Précisons que les délocalisations et le dumping se pratiquent majoritairement à l'intérieur non seulement de la zone euro mais de l'Union européenne. On constate d'ailleurs que plus de 70% des échanges européens se font à l'intérieur du groupe des 27 pays de l'UE et qu’une des clés majeures du travail décent en Europe se trouve en son sein via une harmonisation sociale et fiscale et la mise en place d’un véritable gouvernement économique européen.
A coté des revenus, il y a les conditions de travail, la santé au travail, la question des migrants, les accords sur l'investissement qui exacerbent la course à la compétitivité et le dumping. Sans oublier les normes fondamentales du Bureau International du Travail qui sont encore loin d'être respectées au Sud mais également au Nord. Je pense à la question du genre. On sait bien qu'en Europe, en Belgique, on a des différences de salaire de 15% entre hommes et femmes pour le même travail.
Le 5ème axe de la campagne "travail décent" porte explicitement sur les multinationales. Les gouvernements sont invités à mettre en place une réglementation plus contraignante pour les investisseurs. En Belgique, en l'occurrence, le parlement fédéral, comme les parlements régionaux et communautaires sont régulièrement appelés à ratifier des accords bilatéraux sur les investissements (ABI) qui ne comportent aucune norme contraignantes au niveau social, environnemental. Ne serait-ce pas un bel objectif à concrétiser dans la campagne? -6-
C'était déjà une revendication contenue dans le mémorandum 2007 du CNCD. Il s'agit d'imposer des normes à l'encontre des multinationales, non seulement les maisons mères, mais aussi leurs filiales et sous-filiales, car ces firmes externalisent de plus en plus, vers des sous-traitants, toute une série de maillons des chaînes de production, là où les salaires, les conditions de travail, les libertés syndicales sont tirés vers le bas. Nous parlons de normes contraignantes. C'est encore le meilleur moyen pour que les codes de conduite, les labels et le beau concept de RSE ne soient pas un simple paravent pour les entreprises. Il s'agira de prendre des initiatives avec les ONG qui sont déjà sensibilisées à ce problème, Oxfam Solidarité, qui travaille sur les investissements, le Gresea qui travaille sur les stratégies d'entreprises, etc. et cela, en liaison avec les syndicats.
J'en reviens d'une autre manière à ma question de départ. Comment vois-tu la complémentarité et l'enrichissement mutuel ONG – syndicats dans cette campagne? Sur le fond, d'abord. Il y a un travail de convergence, ONG – syndicats.
Les ONG partent de la réalité des populations du Sud, avec une grille d'analyse de l'impact de la mondialisation économique et de ses ravages sur les pays et populations du Sud. Les syndicats, eux, sont à juste titre d'abord branchés sur la réalité sociale en Belgique et en Europe, où les travailleurs ont trop tendance à accuser les pays et les travailleurs du Sud d’être responsables du chômage et de la pression à la baisse sur les salaires.
Nos angles d'approche partent d'endroits géographiques différents, mais peuvent se rejoindre justement pour créer une idéologie de solidarité entre travailleurs du Nord et du Sud, plutôt qu'une mise en concurrence qui, en définitive, aboutit à une régression sociale généralisée. C’est de la construction de nouvelles solidarités entre travailleurs du Nord et du Sud en faveur d’une répartition plus équitable entre capital et travail que peut se construire une alternative durable en faveur d’une mondialisation des revenus décents pour un travail décent. Sur la forme ensuite. Par rapport aux objectifs de cette campagne, on peut se renforcer les uns les autres. Les syndicats
peuvent organiser des manifestations, des mobilisations massives, que nous allons appuyer. Les ONG peuvent aussi mener des campagnes de sensibilisation grand public et qui touchent un public différent. Mais, au fait, qui pilote cette campagne?
Nous avons mis en place une coalition, côté francophone et néerlandophone, avec le CNCD et 11. 11. 11., respectivement comme instances de pilotage. Du côté francophone, nous avons dix organisations, parties prenantes de la coalition: la FGTB et la CSC, Solidarité socialiste, Solidarité mondiale, le Gresea, Oxfam solidarité, les Magasins du Monde-Oxfam, le Ciré, le Monde selon les Femmes, la Campagne Vêtements propres. Nous aurons également un comité de pilotage au niveau fédéral, avec des représentants des deux coalitions. C'est une dimension indispensable pour avancer des revendications communes et peser sur la décision politique au niveau fédéral.
Sur le front des ONG France: un droit du travail indécent?
La presse est revenue récemment sur le "contrat nouvelles embauches" (CNE) à la suite d'une étude parue dans la Revue du droit du travail1 . Ce dispositif français réservé aux PME de moins de 20 personnes porte actuellement sur quelque 900.000 recrutements et permet de licencier le travailleur sans justification pendant deux ans, d'où une série de litiges devant les tribunaux qui, largement, donnent tort aux patrons (et indirectement au législateur), estimant qu'une sécurité juridique "ne peut s'acquérir qu'au prix d'un minimum d'équilibre dans la relation d'emploi". Bref, la justice vient au secours des travailleurs, une fois n'est pas coutume. Il y a mieux. Car, en juillet 2007, cette même "insécurité juridique" érigée en loi (asociale) a conduit la cour d'appel de Paris à confirmer une décision du tribunal des prud'hommes de Longjumeau de 2006 jugeant que le dispositif "instituant le contrat nouvelles embauches est contraire à la Convention 158 de l'OIT" (pas moins!), la cour d'appel précisant même avec ironie qu'il est "pour le moins paradoxal d'encourager les embauches en facilitant les licenciements"2 . Textuel. Question travail décent dans le droit social français, ce n'est pas encore tout à fait au point. (E.R.) Notes
1. "Rupture abusive de CNE: les prud'hommes infligent de fortes amendes aux entreprises", Les Echos, 17 septembre 2007. 2. "La défaite judiciaire du CNE devrait dissuader les employeurs d'y recourir pour embaucher", Les Echos, 9 juillet 2007. Pour les jugments Longjumeau, voir http://prudhommesisere.free.fr/contrats/contratjurisprudence/cne/cnelongjumeau.htm
Nous avons la chance d'avoir à Bruxelles les bureaux de la Confédération syndicale internationale et des ONG internationales actives dans le cadre de la campagne mondiale pour le travail décent. Ce qui nous permet d'être branché sur la campagne au niveau international et de formuler des revendications communes, portées sur le plan international.
Nous nous sommes donné deux ans pour mener et concrétiser cette campagne.
Réflexions critiques sur une campagne en gestation Henri Houben - Gresea
Se prépare actuellement une campagne, largement initiée par le BIT (Bureau international du travail) et d’autres instances proches des institutions européennes, sur le thème du "travail décent". C’est à la fois intéressant et inquiétant.
Intéressant parce qu’on aborde un sujet central qui préoccupe directement les gens, celui de l’emploi et du travail. Mais inquiétant, car on court le risque de voir détournée et dénaturée une partie des revendications correctes sur ce problème vers des objectifs peu avoués et d’ailleurs peu avouables. D'où, dans les organisations progressistes concernées, au Gresea et ailleurs, débat. C'est dans ce cadre que ces réflexions personnelles, débattues "en interne", sont proposées à la réflexion et à la discussion publiques. A lire les exigences de la campagne et les interventions de ces promoteurs, en effet, il me semble que plusieurs points devraient être introduits pour en faire un outil efficace en faveur d’une société du changement et non celui du maintien des équilibres actuels. Argumentation en quatre points.
Le "travail décent" est essentiellement défini à partir de ce que le BIT considère comme un travail non acceptable et non accepté: pas de travail d’enfants, pas de travail de prisonniers, reconnaissance de syndicats libres, etc. Ce concept est légèrement plus étendu pour englober l'égalité de droits, la protection sociale, le dialogue social. En gros, les déviations face à cette norme se trouvent soit dans les pays du Sud, soit dans le travail illégal dans le Nord. En d’autres termes, le travail généralement introduit dans les pays du Nord, lui, est acceptable. C’est le "bon emploi". C’est le travail décent. A la limite, c’est la norme.
Pourtant, le travail, dans une région soidisant aussi avancée que l’Union européenne, est occupé à subir des pressions terribles, qui n’ont rien à voir avec la concurrence déloyale du Tiers-monde. La précarité s’y développe, avec l’extension du travail temporaire, du temps partiel, des horaires coupés, etc. L’Union européenne tout comme les Etats-Unis sont les promoteurs des "contrats atypiques", c’est-à-dire de ce genre de contrats flexibles. En même temps, les études officielles (et
moins officielles), comme celle de l’European Foundation for the Improvement of Working and Living Conditions1, notent une dégradation nette dans la situation des conditions de travail en Europe – et c’est certainement aussi le cas aux Etats-Unis – en ce qui concerne la fatigue au travail, le stress, les maux de dos ou de tête.
Il serait regrettable que ce genre de réflexion ou de problème soit laissé de côté par la campagne "travail décent"? Ne devrait-on pas introduire ou réintroduire les conditions de travail décentes comme un élément essentiel de la campagne? Promouvoir l’emploi à temps plein et à durée indéterminée comme le contrat type normal du travail contre tous ces emplois atypiques? Dénoncer les cas de surtravail ou de travail stressant ou encore épuisant comme autant de dérives aussi condamnables que l’absence de dialogue social ou de protection sociale par rapport au travail décent? N’oublions pas que des salariés se suicident sur leur lieu de travail (six suicides à Peugeot Mulhouse en à peine sept mois ; des chiffres comparables à Renault et des suicides également à VW Forest) ? Est-ce là, la preuve d’un travail décent au sein des plus grosses multinationales?
La campagne est certes internationale, mais avec des ramifications nationales. Que propose-t-elle comme forme d’actions et de revendications principales? Une pression pour que les organismes internationaux et les Etats "riches" de la planète imposent des normes sociales partout et notamment dans les accords de commerce et d’investissement. De nouveau, on risque de retrouver une dichotomie où le Nord constitue le bon cas de travail décent (sauf les cas illégaux) et le Sud le mauvais. Et le Nord doit faire pression sur le Sud pour qu’il accorde les mêmes droits que lui.
Entre parenthèses, ce serait faire fi d’une longue histoire de luttes sociales. Au départ, le Nord considérait la maind’oeuvre d’une façon bien pire que les pays du Tiers-monde actuel. Travail de femmes sous-payé, embauche d’enfants au plus près du berceau, salaires de survie, conditions de travail épouvantables apportant misère et désolation aux familles ouvrières... N’oublions pas les conditions effroyables des salariés pendant des décennies qui ont permis à -8-
quelques aventuriers souvent sans scrupules ou à d’anciens aristocrates ou des financiers de l’Ancien Régime de s’enrichir au-delà de toutes limites? Quel pays du Sud à ce moment, avant d’être colonisé d’ailleurs, a-t-il pu dire et imposer des normes sociales à ce Nord devenu par ce fait hautement compétitif? Pourquoi le Nord aurait-il ce droit aujourd’hui? D’autant que ces élites n’ont jamais adhéré aux avancées sociales majeures qui se sont imposées par une longue lutte des travailleurs euxmêmes : ils les ont même combattues de la façon la plus énergique. Quel paradoxe de retrouver les Clinton ou Barroso (ou d’autres) à la pointe du combat pour des normes sociales au niveau international, alors que leurs prédécesseurs dont ils se disent eux-mêmes les héritiers les ont dénigrées lorsqu’elles s’appliquaient dans leur propre pays!
Comment ne pas croire que les intentions de ces gouvernants sont d’introduire ce que certains appellent à raison un impérialisme humanitaire, leur permettant d’agir sur les situations internes des pays du Tiers-monde? Autrement dit, une forme déguisée de néo-colonialisme (maintenant que le colonialisme n’est plus autorisé !). C’est une manière d’introduire un protectionnisme qui ne touchera que marginalement les multinationales, mais heurtera de plein fouet certaines firmes originaires du Tiersmonde qui veulent s’épanouir. Et cela mettra un frein au développement et à l’amélioration du sort des travailleurs, certes très relatifs, de ces pays. Car une multinationale dans le Tiers-monde, par le rapatriement de ces bénéfices, le paiement des brevets, celui des intérêts sur la dette, fait profiter la métropole de son enrichissement. Un bourgeois du Tiers-monde, malgré toutes les tares qu’on peut lui trouver, enrichit son pays de façon indirecte s’il y habite, consomme, et développe ainsi une économie nationale, même si c’est de manière relative et limitée. Ainsi, l’objectif des gouvernants du Nord qui promeuvent la campagne "travail décent" est, au nom de beaux principes sociaux, peu avouable et peu avoué : celui de maintenir la domination économique, politique et idéologique du Nord et de combattre l’émergence d’une puissance, certes encore faible et tatillonne, venant du Sud.
Pour éviter toutes ces ingérences du Nord, ne faudrait-il pas demander que la campagne, bien qu’internationale, soit axée sur ce qui se passe à l’intérieur de chaque pays et non sur les conditions qu’on pourrait exiger dans les échanges internationaux ? Ce qui devient compatible avec l’exigence qu’on introduise la question des conditions de travail décentes propres à chaque pays ou région. Même internationale, une telle campagne devrait être orientée en premier lieu sur les déviations, les choses inacceptables en matière de travail décent dans le pays (ou région pour l’Union européenne) où l’on se trouve et non sur les pays voisins.
Exprimé de cette façon, on pourrait croire qu’on se désintéresse de la situation dans le Tiers-monde ou qu’on la trouve tout à fait acceptable. Bien sûr que non! Mais les forces qui doivent combattre ces situations se trouvent d’abord dans le ou les pays, dans la ou les populations qui les subissent. Favoriser ou soutenir l’intervention extérieure venant soit de pays dont la tradition coloniale ou impérialiste est avérée, soit d’institutions internationales qui sont dans leurs mains (comme le FMI, la Banque mondiale, l’OMC, le Conseil de sécurité de l’ONU...), c’est un chèque en blanc pour l’ingérence actuelle et future des gouvernants et dirigeants de ces nations. Ce qui ne manquera pas d’être favorable aux multinationales et aux sociétés financières du Nord, préjudiciable aux populations locales et générateur de cette économie marchande, capitaliste, qui engendre inégalités, misères sociales, crises économiques et financières et finalement guerres.
Dans ces conditions, il semble préférable de privilégier l’action sur les multinationales mêmes, action qui peut être menée d’ailleurs directement par des ONG, plutôt qu’une politique d’Etat à Etat ou qu’une stratégie multilatérale au sein des instances internationales par exemple. Et là, il y a du pain sur la planche.
Il faudrait exiger en tout premier lieu la plus grande transparence en matière de comptes et de situations sociales de la part des multinationales. Car, aujourd’hui, c’est le monde du secret: c’est la croix et la bannière pour retrouver des chiffres sur l’emploi de chaque usine, sa production, ses comptes, les transferts financiers entre filiales et ne parlons même pas des contrats de soustraitance passés avec des firmes extérieures dans le Nord (et que dire de ce type de contrat dans le Sud!).
C’est également le secret sur la situation concrète dans les usines. Et c’est généralement la terreur vis-à-vis des salariés pour qu’ils évitent d’ébruiter ce qui se
passe à l’intérieur de l’entreprise. Avant même de pouvoir enquêter et de pouvoir imposer une campagne de "travail décent", il faudrait briser ce mur du silence, sans quoi toute politique sociale ou socialisante risque de n’être qu’une entreprise – une de plus – de marketing bien géré en faveur des multinationales qui y participeraient. Ensuite, les conditions de travail décent devraient être imposées essentiellement, pour ne pas dire exclusivement, aux multinationales que ce soit pour leurs propres unités de production que pour leurs sous-traitants (à charge d’ailleurs de faire respecter ces normes chez eux aux multinationales elles-mêmes, car, outre le fait qu’elles soient sans doute les seules à réellement financer ce genre de politique, ce sont elles qui décident d’externaliser leur production et à qui).
De cette façon, on mettrait sous pression ceux qui réellement profitent de la situation actuelle, à savoir les multinationales et les sociétés financières du Nord, et non les Etats du Sud ou les firmes du Tiers-monde, qui souvent n’essaient que de s’en sortir dans ce monde marchand et capitaliste de plus en plus inhumain (ce qui n’exclut pas des cas, souvent d’ailleurs liés au capital international, d’enrichissement extrême).
Ainsi, pour résumer, une véritable campagne pour le travail décent dans le monde devrait, selon moi, introduire les revendications suivantes: - un point sur les conditions de travail décent propres à chaque pays, susceptibles d’enquête et donc d’amélioration spécifique
- l’emploi à temps plein et à durée indéterminée comme contrat type fondamental à atteindre et à promouvoir, notamment dans les "pays les plus avancés"
- des mesures pour ralentir le rythme de production, l’intensité du travail ou l’épuisement que cela engendre chez les salariés dans les pays du Nord, comme par exemple la limitation drastique du nombre d’heures supplémentaires possibles ou le contrôle impératif de la délégation syndicale sur les conditions de travail dans l’entreprise ou encore la fixation de pauses obligatoires après nombre de minutes passées à tel ou tel poste...
- la focalisation des groupes portant la campagne sur la situation intérieure du pays et non sur les exigences que celui-ci pourrait introduire dans les échanges internationaux - la transparence des comptes financiers et sociaux des multinationales au -9-
niveau général et local, avec élargissement sur le nom et les montants de la sous-traitance ou les aides publiques par exemple; la possibilité libre de visiter des usines y compris celles de la sous-traitance, sauf exceptions dûment réglementées; la liberté totale pour les salariés de s’exprimer sans conséquences
- l’obligation faite aux multinationales et aux grandes sociétés financières de respecter les normes sociales définies en matière de droits, d’égalité, de liberté syndicale, de protection sociale et de les faire respecter à leurs sous-traitants et aux fournisseurs de ceux-ci (bref d’imposer une traçabilité de la production – point précédent – et le respect de normes sociales sur toute la chaîne de production) ; et sanction à la maison mère en cas de non-respect ; si la maison mère se trouve dans un centre off-shore, sanction dans le pays d’origine (avant le déplacement vers le paradis financier), dans le pays d’où viennent la majorité des actionnaires ou dans le pays où les activités sont les plus importantes.
Débattons-en! Notes
1. Cfr. http://www.eurofund.europa.eu/ewco/surveys/ EWCS2005/index.htm
Travail décent? Résultats insolents Erik Rydberg - Gresea
"Peu de gouvernants au monde font l'objet de campagnes aussi haineuses que M. Hugo Chavez, président du Venezuela." Ce n'est pas nous qui le disons. La citation est extraite de l'éditorial que Ignacio Ramonet a écrit dans le Monde diplomatique, le n°641, daté d'août 2007.
Pourquoi une tel acharnement? Ramonet poursuit: "Parce que, à l'heure où la social-démocratie connaît une crise d'identité en Europe, les circonstances historiques semblent avoir confié à M. Chavez la responsabilité de prendre la tête, à l'échelle internationale, de la réinvention de la gauche." Et pour le peuple de la gauche, les travailleurs, cela donne quoi, cette réinvention?
Ramonet lève un coin du voile. Trois millions d'hectares redistribués aux paysans. Deux millions d'adultes et d'enfants alphabétisés. Des aliments de base subventionnés proposés aux plus démunis à un prix inférieur de 42% à ceux du marché. Une durée de travail hebdomadaire réduite de 44 heures à 36 heures. Un salaire minimum porté à 204 euros par mois, aucun pays d'Amérique latine ne fait mieux, Costa Rica excepté. Et une pauvreté en recul général, passant en cinq ans de 43% à 38% de la population. Pour explorer plus en profondeur, il faudra procéder par bribes. Un des effets du rouleau compresseur mis en route contre le gouvernement Chavez (tous s'y mêlent, des néo-conservateurs américains jusqu'aux belles consciences humanitaristes) est en effet d'occulter toute analyse des progrès socio-économiques accomplis au Venezuela.
L'avant-scène est dominée, et écrasée, par des chroniques de guerre idéologique, des récits d'antagonismes politiques, de savants épluchages de luttes de pouvoir, etc. On reste au plan du discours. Pour Chavez. Contre Chavez. Pour le bolivarisme. Contre le bolivarisme. Pour la liberté d'expression des possédants. Contre la liberté d'expression des possédants. Pour un militaire. Contre un militaire. Pour les nationalisations. Contre les nationalisations. Avec, de chaque côté, des tonnes, des kilomètres d'arguments.
Le débat d'idées ne manque pas d'être plaisant. Mais que se passe-t-il au juste au Venezuela, dans les usines, à la campagne? Que revendiquent les travail-
leurs et qu'obtiennent-ils? Là, nous n'avons que des bribes.
La bribe Ramonet. Une bribe, aussi, dans l'analyse du mouvement coopératif auquel s'est livrée en décembre 2005 Camila Pineiro Harnecker1 sur le site de Venezuelanalysis. C'est un axe fort de la politique socio-économique du gouvernement vénézuélien.
Il n'y avait que 762 coopératives lorsque Chavez est arrivé au pouvoir en 1998, elles seront plus de 83.000 en 2005 et, regroupant quelque 945.500 travailleurs "associés", au coeur du modèle de "développement endogène" promu par le gouvernement vénézuélien, notamment pour faire reculer le "no man's land" de l'emploi informel affligeant la plupart des pays du Tiersmonde. Avec un succès remarquable, à voir les derniers chiffres du ministère du Travail (voir graphique) relayé en juillet 2007 par le même site: non seulement enregistrent-ils un recul du chômage (8%, soit 973.375 personnes sur une population active de quelque 12 millions), mais aussi une croissance du travail formel qui est passé de 55 à 56% (contre 20% en 1998). Bribes, encore, que ces reportages sur des occupations d'usine par des travailleurs qui se lancent dans l'aventure de la cogestion ou de l'autogestion2. Cela donne envie d'en savoir plus. Pour l'heure, ce type d'information n'est malheureusement pas à l'agenda. L'heure est au fracas – et au bruitage – médiatique. Ceci explique sans doute cela. Notes
1. Cfr. http://www.venezuelanalysis.com/print.php?art no=1631 2. Nombreux exemples sur le site de RISAL: http://risal.collectifs.net/spip.php?mot286
Le chômage chute à nouveau au Venezuela
Taux de non emploi (en pour cent):
Au Venezuela, nous allons à contresens du néoliberalisme José Ramon Rivero, Ministre du Travail (Venezuela), entretien réalisé par Cathy Ceïbe.
On trouvera ci-dessous l'interview réalisée le 11 août 2007 par L'Humanité du ministre vénézuélien du Travail, José Ramon Rivero. Dans un environnement médiatique où l'information socioéconomique sur les initiatives et acquis de la "révolution bolivarienne" brille par son absence (voir ci-contre), c'est une pièce précieuse à verser au dossier.
En 2010 devrait voir le jour la réforme du temps de travail: six heures par jour ou trente-six heures par semaine. En quoi s’agit-il d’une "proposition à vocation socialiste", comme vous l’affirmez?
José Ramon Rivero: En ces temps où les gouvernements capitalistes démantèlent les conquêtes historiques des travailleurs, une réforme du temps de travail s’inscrit forcément en porte-à-faux. Au Venezuela, nous allons à contresens du néolibéralisme. Lorsque ses tenants préconisent la privatisation de la sécurité sociale, nous, nous garantissons qu’elle sera publique, universelle et solidaire. Ils prônent l’idée que le rôle de l’État doit se fragmenter, qu’il doit déléguer ses fonctions. Nous, nous considérons que pour affronter les innombrables défis qui nous attendent, l’État doit être solide, conséquent, unitaire, avec des politiques claires. C’est donc une mesure à caractère socialiste qui puise ses origines dans les mouvements de travailleurs. C’était une proposition défendue aussi par les secteurs bourgeois et libéraux, qui l’ont peu à peu abandonnée après la chute du mur de Berlin. Depuis, ils démantèlent les acquis sociaux. Cette proposition ne vise-t-elle pas aussi à endiguer le chômage et le travail informel?
Les dernières statistiques font état d’un taux de chômage à 8%. Cette réforme va surtout modifier les habitudes de travail. Les entreprises vont devoir se réorganiser. Nous souhaitons aussi que l’utilisation du temps libre soit bénéfique aux travailleurs, avec la régénération de la culture et de l’art, le développement universitaire, le sport, la vie familiale. Vous considérez que la politique salariale est l’une des politiques les plus conséquentes du gouvernement…
Le salaire minimum se situe aux alentours de 286 dollars. Il a augmenté
continuellement ces huit dernières années pour se situer en moyenne au-dessus de l’inflation. Excepté l’année qui a suivi le coup d’État et le sabotage pétrolier dirigé par la Centrale des travailleurs du Venezuela CTV (respectivement en 2002 et 2003 - NDLR). C’est un indicateur essentiel, car le salaire minimum sert de référent au montant des retraites. À chaque fois que le salaire minimum augmente, nous alignons les retraites au même niveau. Lorsque le président Chavez est arrivé au gouvernement en 1998, il y avait 335.000 retraités (sur une population de 26 millions - NDLR). Aujourd’hui, ils sont 1,74 million. Par le biais de l’organisme de sécurité sociale, qui était sur le point d’être privatisé en 1998, nous avons pu mettre en oeuvre cette politique en direction des retraités.
Comment s’articule la mixité de l’économie vénézuélienne, qui repose sur des entreprises privées, publiques, mais aussi des coopératives?
Permettez-moi de vous dire que cela a été difficile. La principale représentante de ce secteur, Fedecamaras (confédération patronale), s’est employée ces dernières années à conspirer pour renverser le pouvoir en place. Le gouvernement et les entrepreneurs des coopératives, par un dialogue social effectif, direct, cherchent le chemin d’un établissement productif pour résoudre leurs problèmes. Certains secteurs, comme celui de l’assemblage automobile, ont une relation directe avec le gouvernement, faute d’intermédiaires. Nous avons récupéré 1.114 entreprises qui étaient fermées ou en situation difficile, avec un projet global de près de 520 millions de dollars. À ce jour, nous avons versé la moitié de cette somme. Il y a eu des nationalisations d’entreprises transnationales. D’autres ont été récupérées parce qu’elles étaient hors service. Le PIB a crû de 7 % ces dernières années. Nous enregistrons quatorze trimestres de croissance consécutifs. En termes de croissance, j’insiste, le secteur qui a le plus augmenté est le secteur privé. Il est dommageable que Fedecamaras supplante la représentativité des entrepreneurs pour fonctionner comme un parti politique.
Vous avez dénoncé devant l’Organisation internationale du travail la responsabilité du FMI dans les crises sociales d’Amérique latine. Est-ce une confirmation du retrait du Venezuela du FMI et de la création de la banque du Sud ? Les politiques et les "paquets" économiques libéraux du FMI ont été à l’origine de l’appauvrissement de nouveaux secteurs de la population, de la privatisation de presque toutes les entreprises dans certains pays du continent… Le moins que nous puissions faire est de dénoncer cette politique erronée. Ces institutions sont dans une situation critique. Cela conforte les États qui avancent l’idée d’une politique souveraine. La création d’une banque du Sud repose sur des accords d’intégration, basés sur la solidarité avant la rentabilité. La complémentarité et la multipolarité sont essentielles pour affronter l’idée qu’il n’existerait qu’un seul bloc hégémonique dirigé par Washington qui fait et défait le monde comme bon lui semble.
Sur le front des OMD
Botswana: “Les OMD m’aideront-ils à trouver un emploi?”
Joel Konopo à Gabarone, 4 mai 2007 - IPS (Inter Press Service) Les Batswana (Botswanais) sont partagés sur la viabilité des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) des Nations unies. Dans des interviews de micro-trottoir, IPS a constaté que certains estiment que les OMD sont des idées élitistes en réalité tandis que d'autres soutiennent que les OMD peuvent être utilisés pour régler des problèmes socio-économiques. En 2000, des gouvernements ont convenu de réaliser huit objectifs de développement allant de ''l'éradication de l'extrême pauvreté et de la faim'', à l'élaboration ''d'un partenariat global pour le développement''. L'année 2015 est la date prévue pour la réalisation de la plupart des objectifs. Pour Kago Pelopedi (19 ans), un bachelier de Mochudi, un village situé à environ 25 kilomètres au nord de Gaborone, la capitale botswanaise, les OMD sont importants pour les Batswana puisqu'ils abordent des questions pertinentes pour cette nation d'Afrique australe. Ces questions sont, entre autres, le VIH/SIDA, la pauvreté et l'accès à l'éducation. ''Ces questions sont cruciales pour nos vies en tant que citoyens de pays en développement'', souligne Pelopedi.
La question est plus compliquée pour le chômeur Neo Kelaile (25 ans). Après avoir écouté l'explication de IPS sur les OMD, elle éclate de rire de façon incontrôlée. ''Des rêves'', affirme-t-elle. ''Ce sont des rêves''. Elle est pessimiste au sujet des OMD.
''Comment les OMD vont-ils mettre de la nourriture sur ma table'', demande-telle. Son amie, Koketso Moreri, s'interroge : ''Ils ont l'air d'être une bonne idée, mais sont-ils réalistes?''. Kelaile n'a pas d'idée claire sur ce que sont les OMD. ''A partir des bribes que j'ai eues dans les médias, ils nous aideront à nous développer, en particulier des pauvres comme nous. Je veux un emploi et si ces OMD vont m'aider à en obtenir un, je serai reconnaissante'', déclare Kelaile, plaisantant un peu.
Michael Tshabadira, un habitant de Old Naledi, un bidonville de Gaborone, a une image sombre des OMD. Tshabadira, un chômeur de 49 ans, père de deux enfants, affirme que rien ne sortira des OMD.
''Cela concerne juste un groupe de riches issus de pays riches ayant trouvé amusant de romancer les maux des pauvres. Ils nous mentent simplement lorsqu'ils disent qu'ils nous sortiront de la pauvreté. Même notre gouvernement, qui est au courant de nos souffrances, est défaillant. Comment ces gars de l'ONU qui sont si loin réussiront-ils donc à combattre la pauvreté?'', demande-til.
Pour Gloria Matlhare, une réceptionniste de 34 ans, les OMD semblent loin de la réalisation. “Elles sont assez impressionnantes, les promesses de lutte contre la pauvreté, de protection de l'environnement et de l'accès à l'éducation pour les jeunes enfants.”
''Cette insistance est la bienvenue au Botswana, en particulier concernant l'éducation parce qu'aujourd'hui, nous sommes contraints de payer des frais de scolarité pour nos enfants, alors que nous gagnons trois fois rien comme salaires. Mais je suis pessimiste quant aux possibilités de succès. On ne sait pas comment ils seront mis en œuvre et par qui exactement. Est-ce l'ONU ou les gouvernements?'', demande Matlare à haute voix.
Ishmael Matshaba, chômeur âgé de 28 ans, dit qu'au Botswana l'objectif le mieux accueilli sera celui traitant de la lutte contre la pauvreté et de l'accès à l'éducation pour les enfants, qu'il considère comme étant d'un intérêt majeur.
Il a le sentiment que le Botswana est en train de gagner la lutte contre le VIH/SIDA ''mais malheureusement, il y a des enfants là-bas qui ont perdu des parents à cause de maladie. Le taux de chômage, d'autre part, donne un sérieux coup à nos moyens de subsistance. Ces questions devraient être traitées d'urgence''.
Katlego Kgosimore, une étudiante en économie à l'Université du Botswana, est consciente des OMD et du fait que le Botswana ne pourra pas atteindre tous les objectifs. Elle sait également que le Botswana a déjà réalisé l'éducation universelle au niveau primaire. ''Nous faisons beaucoup mieux que la plupart des autres pays dans la région''.
Son ami, Jackson Chimidza, un étudiant en administration publique, est de cet avis : ''Nos dirigeants ont adopté des changements politiques majeurs au cours de ces six dernières années, avec - 12 Gresea Echos N°51
une gestion macroéconomique et une politique commerciale qui ont aidé à soutenir la performance d’une croissance améliorée''.
Mais Maureen Matenge, une employée de l'Université du Botswana, a une vision différente. Elle doute de l'engagement du gouvernement à réaliser les OMD. ''Il faut un effort concerté et une coopération de toutes les parties prenantes. Le gouvernement a tendance à formuler et à mettre en œuvre des politiques sans consultation préalable''.
Le conducteur de taxi Edwin Putswedi était dans l'ignorance lorsque IPS l'a interrogé sur les OMD. ''Ceci est nouveau pour moi'', dit-il avec une dose de curiosité. ''Je n'en ai jamais entendu parler''. Une brève explication provoque une pluie de critiques contre le gouvernement. ''Nos dirigeants ne nous parlent pas de ces choses'', déplore-t-il.
Sur le front de l’informel
Malawi: Le commerce informel essentiel pour la création d’emploi Pilirani Semu-Banda à Blantyre, 21 août 2007 - IPS (Inter Press Service)
Chaque jour un autobus, souvent bondé au-delà de sa capacité, quitte le Malawi pour l'Afrique du Sud. La plupart des passagers sont des commerçants, en partance pour aller vendre des bibelots en bois dans les principales villes d'Afrique du Sud telles que Johannesburg, Durban et Le Cap. Quelques arrêts à Harare, au Zimbabwe, avec des morceaux de tissu et des produits alimentaires tels que la farine et le sucre.
De l'Afrique du Sud, les commerçants ramènent des vêtements, des chaussures, des accessoires personnels et des produits de l'électronique. Ceux qui vont au Zimbabwe achètent du beurre, de la confiture et de la sauce tomate pour vendre au Malawi.
Certains commerçants traversent également les frontières pour aller au Mozambique, en Zambie et en Tanzanie pour ramener des marchandises. Ceux qui ont des sommes d'argent importantes voyagent en avion même jusqu'au Kenya, à Hong Kong, à Dubaï et en Thaïlande pour ramener des produits de l'électronique et des habits. Maria Kachale, 32 ans, s'est engagée dans le commerce transfrontalier depuis 1999. Avec ses recettes, elle a construit une maison à trois chambres et a acheté une voiture d'occasion.
Kachale déclare que ce n'est pas facile d'être dans les affaires. Elle passe beaucoup de temps sur la route. ''Cela prend deux jours pleins pour aller en voiture du Malawi en Afrique du Sud et cela seul est très fatiguant''. La femme d'affaires qui réside à Lilongwe, la capitale du Malawi, parcourt également de longues distances à la recherche des clients pour acheter sa marchandise et des biens à ramener au Malawi.
Elle dit qu'avant les problèmes économiques au Zimbabwe, des commerçants avaient le choix entre aller dans ce pays actuellement affecté par la pauvreté ou en Afrique du Sud. ''Le Zimbabwe est un peu plus proche du pays, mais maintenant, nous n'avons pas d'autre choix que de faire tout le chemin vers l'Afrique du Sud puisque c'est une destination commerciale plus lucrative''. Une autre personne impliquée dans le commerce transfrontalier informel est Zalimba Khoviwa, un homme de 27 ans qui réside à Mulanje, un district dans le
sud du Malawi qui partage la frontière avec le Mozambique. Depuis l'âge de 19 ans, Khoviwa traverse la frontière à vélo pour acheter du maïs, des pâtes, de la pâte dentifrice et du savon au Mozambique, lesquels il revend dans sa région.
''Quelques-uns d'entre nous aident à fournir du maïs, qui est une nourriture de base dans ma région. La plupart du temps, nous n'en cultivons pas assez pour nous nourrir nous-mêmes'', indique Khoviwa.
Khoviwa fait partie des quelque 500 commerçants transfrontaliers informels dans sa région, selon une enquête réalisée en novembre 2006 par l'Association nationale des femmes d'affaires (NABW) qui assure la promotion de petites activités économiques au Malawi.
Le coordonnateur national au crédit de la NABW, Lackson Kapito, déclare que la capitale du pays et la principale cité économique, Blantyre, abritent approximativement 10.000 de ces commerçants tandis que Mzuzu, la troisième ville plus grande du pays, et le district lacustre de Mangochi en contiennent 2.000 chacun.
Kapito a estimé qu'au moins cent personnes en provenance des 23 autres districts du pays sont impliquées dans le commerce transfrontalier. Le pays a une population de 12 millions d'habitants dont 65 pour cent vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins d'un dollar par jour. L'analyste économique Mavuto Bamusi dit beaucoup de bien du rôle effectif que les commerçants transfrontaliers informels sont en train de jouer dans l'économie malawite. Il souligne que ce type de commerce offre des opportunités économiques aux femmes et aux jeunes du pays qui autrement seraient sans emploi.
''La préoccupation est qu’ils font habituellement face à toutes sortes d'injustices sociales et économiques telles que le harcèlement de la part des autorités publiques, spécialement le service des impôts. Ils subissent des contrôles inutiles qui ne sont pas réglementaires et ils sont obligés de payer des taxes exorbitantes'', explique Bamusi.
Il déclare que l'autre désavantage est que la plupart des commerçants ne sont pas lettrés et ignorent les taux d'impôt sur les différents types de biens. ''Mal- 13 -
heureusement, il n'y a pas un regroupement formel qui s'occupe des intérêts de ces commerçants, ainsi ils ne peuvent pas lutter pour leurs droits'', observe Bamusi.
Ces expériences sont en contradiction avec la déclaration de mission des services de recettes du pays, l'Autorité des recettes du Malawi, qui indique qu'elle contribue au développement national à travers la mise en vigueur rentable, équitable et effective des lois de l'impôt sur le revenu et à la fourniture continue des services de qualité à toutes les parties prenantes.
Un autre analyste économique, Abel Mwanyungwe, est d'accord avec Bamusi sur le rôle du commerce transfrontalier informel. Il affirme que ce commerce est important pour le pays puisqu'il procure du travail informel à beaucoup de personnes qui, en fin de compte, contribuent à l'économie du pays parce qu'elles payent des taxes et sont capables de maintenir leurs moyens de subsistance et ceux de leurs familles. Mwanyungwe s'inquiète du manque d'études de marché et d'information sur le commerce informel qui, déclare-t-il, fait que la majorité des commerçants ne connaissent pas la demande pour leurs marchandises.
''L'environnement économique du pays ne leur est pas favorable'', souligne-t-il, expliquant que des banques exigent le nantissement, hésitant à accorder des prêts aux commerçants informels. D'où la difficulté pour les commerçants d'accéder aux crédits pour le capital.
Mwanyungwe estime également que même si les commerçants avaient facilement accès aux prêts, ils seraient confrontés aux taux d'intérêt prohibitifs, se situant actuellement entre 23 et 26 pour cent.
Sur le front Est Ouverture commerciale, emploi et salaire au Vietnam Xuan Dung Cao
Texte présenté dans le cadre des doctorants ROSES à la Sorbonne le 11 avril 2005. La version présentée dans ce numéro du Gresea Echos est la version abrégée du texte original.
Les relations entre libéralisation commerciale et inégalité interne de revenu sont loin d’être unanimement tranchées par les économistes malgré l’ampleur du débat sur la globalisation que l’on connaît depuis le milieu des années 1990. A la source de ces désaccords se trouvent les résultats conflictuels selon les méthodes utilisées. D’un côté, les travaux basés sur des données "cross-countries" à long terme tendent à confirmer que le salaire des pays "globalisés" augmente plus vite que celui des pays riches et "non globalisés". De l’autre côté, les études de cas sur les pays en développement aboutissent à des résultats plus incertains. Avec une politique d’industrialisation s’appuyant sur l’ouverture, la structure du commerce extérieur du Vietnam se transforme rapidement depuis 15 ans. On y observe trois phases nettement distinctes.
Au début de sa transition entérinée par le 6ème Congrès du Parti Communiste en décembre 1986, les exportations du Vietnam sont en grande partie tirées par ses avantages comparatifs dans les produits primaires (riz, caoutchouc, noix de cajou, charbon, pétrole, etc.). Mais dès le milieu des années 1990, l’exportation des produits manufacturiers intensifs en main-d’œuvre bat son plein avec l’essor des secteurs de la chaussure et de l’habillement. A partir de la fin des années 1990, des produits à contenu plus technologique (électronique, informatique grâce à l’investissement direct étranger) commencent à se faire une place parmi les meilleures branches exportatrices.
La croissance économique, puisant son dynamisme dans le commerce extérieur, a été soutenue (de 9% en moyenne par an avant la crise financière survenue en Asie en juillet 1997 et 5% après la crise de 1997). Dans ce mouvement, la pauvreté a sensiblement reculé, la population vivant sous le seuil de la pauvreté passant de 75% en 1988 à 55% en 1993 pour arriver à 28% environ en 2002. Ces résultats, spectaculaires pour un
pays qui doit faire face à un double problème de transition et de sous-développement, ont été assignés à la globalisation selon les organisations internationales. Pour D. Dollar ("Globalization, Inequality and Poverty since 1980", Banque mondiale, 2001), le Vietnam est la preuve du bien-fondé de la globalisation , car, pour l’auteur, la pauvreté s’y est sensiblement réduite sans que l’inégalité progresse. Mais l’inégalité ne progresse-t-elle pas? Cela peut être vrai au début de la transition et si l'on regarde seulement l’indice Gini au niveau global. En réalité, l’inégalité va croissante quand on descend à une échelle de données plus désagrégées. Etant donné sa position de "late-comer", le Vietnam parvient-il à stabiliser ou à réduire l’inégalité grâce à sa croissance extravertie? Quels seraient les effets de l’ouverture commerciale sur l’emploi et le salaire en régime de concurrence internationale? Répondre à ces questions reviendra à examiner comment se portent les entreprises qui animent les exportations de ce pays.
Notre démarche consistera à comparer les résultats réalisés dans les secteurs manufacturiers exportateurs à ceux des autres. Cette approche comparative aura deux principaux intérêts. Primo, elle rendra lisible la transformation économique en cours, grâce à des observations appariées secteurs exportateurs /secteurs à meilleure performance. Secundo, elle pourra nous livrer des traits caractéristiques des secteurs entrés dans la comparaison.
Notre étude est structurée en deux parties. Elle commence par évaluer l’impact de la promotion des exportations sur l’emploi et le salaire, puis tente d’en expliquer, en partie, la situation par la concurrence internationale. Travail, salaire et croissance extravertie
La promotion des exportations du Vietnam a suscité une vague d’enthousiasme dans les organisations internationales qui y voyaient un bon remède à la réduction de la pauvreté.
Le seul secteur exportateur qui détruit plus d’emplois qu’il n'en crée est l’agriculture (2.470 en moins sur trois ans). Ce phénomène paraît à première vue curieux étant donné le rôle encore prépondérant de l’agriculture dans les exportations du Vietnam. En fait, il résulte - 14 -
d’une transformation structurelle de l’agriculture que connaît tout récemment l’économie vietnamienne. Plus précisément, on constate, d’une part, une concentration de plus en plus importante des terres cultivables, et une politique de diversification axée sur la transformation des produits agricoles (agro-alimentaire). D’autre part, le développement lui-même des industries manufacturières lié à l’exportation provoque depuis quelques années l’exode rural.
La comparaison avec les branches ayant connu les meilleurs taux de croissance de création d’emplois fait ressortir le dynamisme de la transformation structurelle en matière d’emplois au cours de la transition au Vietnam. On observe d’un côté le rôle que jouent les secteurs cibles de la politique de substitution à l’importation via les Investissements Directs à l'Etranger (automobile), et de l’autre, l’émergence de plusieurs secteurs de services qualifiés (finance, informatique, assurance)... Ce sont surtout ces derniers qui ont les plus forts taux de croissance de création d’emplois. Néanmoins, ils n’ont pas pour autant un impact décisif, car leur part totale dans la création nette d’emplois ne représente qu’à peine 4% du total (pour une moyenne environ de seulement 0,1% par secteur).
Par ailleurs, l’observation des secteurs les moins performants, en termes de croissance de création d’emplois, permet de confirmer le rôle primordial des exportations dans la stabilité socio-économique. A cet égard, plus que son rôle de créateur d’emplois, l’absorption de la main-d’œuvre par ces secteurs (dominés par les acteurs privés) se présente ici comme un moyen de desserrer la contrainte sur le marché de l’emploi causée par la transition vers l’économie de marché au Vietnam. En effet, les secteurs à faible taux de croissance de création d’emplois sont essentiellement ceux d’Etat, soit à l’agonie (tabac, charbon), soit intensif en capital et en technologie (poste et télécommunications, transport aérien). Sans cette possibilité d’absorption par les exportations, l’Etat vietnamien ne pourrait pas assurer sa stratégie d’industrialisation, laquelle consiste à se désengager des secteurs intensifs en main-d’œuvre, en les laissant aux acteurs privés pour se consolider dans les secteurs en amont. L’impact positif de l’ouverture sur l’emploi s’avérant vérifié dans ce pays, en
est-il de même pour les salaires? La forte demande en emplois se traduirat-elle pour autant en une véritable augmentation de la rémunération? Inégalités salariales intersectorielles
Contrairement à la logique standard selon laquelle une hausse de la demande du travail non qualifié provoquera celle du salaire des employés non qualifiés, et par conséquent entraînera une baisse de l’inégalité intersectorielle dans les pays en développement, ici on trouve un phénomène ambivalent : il existe bel et bien une augmentation de demandes d’emplois, mais celle-ci n’a pas permis d’élever la rémunération.
En effet, si les secteurs exportateurs sont créateurs d’emplois, ce sont plutôt néanmoins des emplois à très faible rémunération. Déjà largement au-dessous de la moyenne (sauf dans la fabrication de machines électroniques), les niveaux de salaire dans ces premiers secteurs d’exportation connaissent une augmentation à peine de 6% en moyenne entre 2000 et 2002, contre une progression moyenne de 13,8% dans l’ensemble des secteurs. En terme absolu, la meilleure augmentation du salaire ne représente que 17 euros environ (pour secteur radio, téléviseur) et 7 euros par an en moyenne pour le secteur de la chaussure ou encore seulement 3,5 euros par an dans celui du vêtement. Si nous ne retenons que des secteurs à Multinationales et violations des conventions OIT Salaire minimum constaté (dollars/jour) (année, salaire et nom de l'entreprise contractante) : 2002 0,67 US$/jour chez Spiegel, Inc 2002 0,67 US$/jour chez Adidas AG 2002 0,67 US$/jour chez Reebok International Ltd. 1997 0,6 US$/jour chez McDonald's 1997 0,6 US$/jour chez Disney Principales violations du droit du travail (année, entreprise et numéro de la convention OIT) : 2006 Disney (Walt) Co. 1,26 (durée du travail et salaires minima) 2006 Hallmark Cards, Inc 1,26 (durée du travail et salaires minima) 2006 McDonald's 1,29 (durée du travail et travail forcé) 2006 Starbucks Corp 1,26 (durée du travail et salaires minima) 2003 IKEA 87, 98 (liberté syndicale et liberté de négociation collective) 2002 Adidas AG 29, 105, 138 (travail forcé et âge minimum) 2002 Reebok International Ltd. 100,111 (égalité des rémunérations et discrimination) 1997 Disney (Walt) Co. 1 (durée du travail) 1997 McDonald's 1 (durée du travail) Source: http://fr.transnationale.org/pays/vnm.php
très forte variation, ce sont presque tous des secteurs des services (à l’exception de la cokéfaction, des produits de pétrole raffiné et des combustibles nucléaires), c’est-à-dire exposés plus à la transformation structurelle due à la transition qu’à la concurrence internationale. Un point commun à tous ces secteurs à forte hausse du salaire : leur niveau de rémunération était déjà initialement très élevé. Aussi, si une augmentation ne fait que pousser leur position vers le haut, une régression ne fait pas chuter leur position dans la moyenne nationale. Dans le secteur de la location des machines et équipement, par exemple, malgré une baisse de plus de cinq fois supérieure à la moyenne de l'ensemble des secteurs ayant connu une baisse des salaires, sa position finale demeure encore deux fois plus élevée. Cette évolution paraît intéressante à observer dans la durée. Pour notre étude à moyen terme (3 ans), elle signifierait que la volatilité dans les secteurs non exposés directement au commerce extérieur ne fragilise pas pour autant le pouvoir d’achat de leurs salariés. En revanche, une relative stabilité dans les secteurs stimulés par la promotion des exportations risque considérablement d’appauvrir les salariés. Le Vietnam dans la concurrence internationale
Un des indicateurs les plus utilisés pour mesurer la concurrence est l’indice Herfindal-Hirschman (HHI). Cet indicateur traduit le degré de concentration de marché qui comporte une dimension de concurrence mais ne la reflète pas parfaitement. De plus, il convient de noter que cet indice synthétique ne tient pas compte d’éventuelles modifications des parts individuelles de marché car derrière une même valeur HHI pour les deux années différentes peuvent se cacher un changement de position ou de part de marché des entreprises (des pays dans notre cas ici) sur un secteur donné. En plus de cet indice, l’observation de l’évolution des parts de marché d’un pays pour un secteur donné, ou encore celle de leur rang sur les marchés internationaux pourra aussi nous donner une idée de l’état de la concurrence internationale pour ce pays. On constatera que plus on tend vers les secteurs intensifs en main-d’œuvre, plus le Vietnam apparaît compétitif. Si l’indice Herfindal-Hirschman ne nous livre pas de tendance nette quant à l’évolution de la concentration internationale, le nombre de nouveaux arrivants observés sur les marchés témoigne d’une montée de l’intensité de la concurrence. Pourtant, les indicateurs concernant le Vietnam semblent assez bien confirmer sa compétitivité tant dans les secteurs - 15 -
relativement bien dotés en ressources naturelles que dans les manufactures intensives en main-d’œuvre. Cela se traduit par le passage au rang supérieur dans le classement des premiers pays exportateurs et par une augmentation de leur part de marché.
Pour le riz, le Vietnam conserve sa position au sein des cinq premiers pays exportateurs, au côté de la Thaïlande, des Etats-Unis, de l’Inde, du Pakistan et de la Chine (nouvel arrivant). Les montées les plus spectaculaires concernent les produits de la mer (de la 22è position sur 130 pays exportateurs en 1997 au 5è sur 134 exportateurs en 2002), textile et fourniture (mais avec des parts de marché encore très faibles, seulement 0,28% et 0,7% des exportations mondiales respectivement), vêtement et accessoires (du 30è rang sur 129 en 1997 au 19è sur 139 exportateurs) et chaussure (du 14è rang sur 125 en 1997 au 5è sur 136 pays exportateurs dans le monde). Pour ce qui est de la comparaison intersectorielle de salaires, la concomitance de la compétitivité et de l’évolution presque négative du salaire dans ces secteurs nous paraît saisissante. Dans ces secteurs, au mieux, le niveau du salaire ne s’est pas sensiblement amélioré par rapport à la moyenne (secteur de la chaussure, agroalimentaire, agriculture); au pire, il s’est détérioré (textile, habillement, aquaculture, fourniture). Ici, la compétitivité ne semble pas être source d’amélioration du salaire mais au contraire s’est établie au détriment de ce dernier.
Quant aux secteurs qui présentent une importance dans la stratégie d’industrialisation du Vietnam, ils peinent à se faire une place sur les marchés internationaux. Il s’agit pour l’essentiel des secteurs intensifs en capital et technologie (machines et équipement bureautiques, télécommunications). Par ailleurs, il convient de noter que la concurrence dans ces secteurs qui sont traditionnellement dominés par les pays industrialisés (Etats-Unis, Japon, Singapour, Allemagne, etc.) ne paraît pas moins âpre que dans ceux intensifs en main-d’œuvre. Le nombre des pays exportateurs en technologie est aussi élevé que dans les secteurs intensifs en main-d’œuvre (130 pays en 1997 et 137 en 2002 en moyenne dans le monde). De plus, si l’exportation de ces secteurs commence à devenir importante dans les échanges extérieurs du Vietnam, leur poids reste insignifiant sur les marchés internationaux (entre 0,6 et 0,7 % entre 1997 et 2002). Pourtant, dans ces secteurs où le Vietnam a plus de difficultés à entrer dans la concurrence internationale, le salaire, initialement avoisinant la
moyenne nationale, connaît une amélioration meilleure que dans les secteurs intensifs en main-d’œuvre même si son augmentation reste inférieure à la moyenne. En revanche, le cas de la fabrication de machines de bureau, de machines comptables et de matériel de traitement de l'information est difficile à comprendre. Il est le seul secteur intensif en technologie qui parvient le plus notablement à voir sa part augmenter dans les marchés internationaux, mais dont le salaire régresse. La compétitivité sur les marchés internationaux ne semble donc pas être un facteur décisif d’une hausse (ou baisse) de la rémunération. Aussi chercherons-nous des informations complémentaires au travers de la position du Vietnam sur ses propres marchés domestiques. La compétitivité intra muros
Il est difficile, sur la période étudiée, de juger réellement la compétitivité internationale des entreprises vietnamiennes sur leur propre territoire, étant donné que ce pays n’a pas libéralisé ses marchés intérieurs. Critiqué dans tous les rapports internationaux en la matière, le gouvernement vietnamien persiste à protéger ses industries naissantes sous une forme ou autre forme (quota, licence, tarifs douaniers élevés, etc.).
Le Vietnam est compétitif pour les mêmes produits sur les marchés domestiques et internationaux. Concernant les secteurs à dotation en ressources naturelles (riz, café, produits de la mer), le Vietnam en importe en faible quantité. Néanmoins, malgré leur faible part sur les marchés domestiques, le taux de pénétration de ces produits progresse de manière constante entre 1997 et 2002. Un autre aspect non négligeable à noter concerne l’évolution de la position du Vietnam dans les secteurs intensifs en main-d’œuvre mais aussi en capital et en technologie. Si ce pays en importe considérablement, le taux de pénétration des produits étrangers dans ces secteurs baisse sensiblement, à l’exception du textile où l’importation va de pair avec l’exportation du secteur de l’habillement. Ce phénomène provient de la double stratégie menée au Vietnam à partir du milieu des années 1990, laquelle consiste à poursuivre la promotion des exportations tout en visant en même temps la substitution aux importations via la politique d’industrialisation. L’observation de la position du Vietnam sur les marchés internationaux et sur son propre territoire rend plus compliquée la situation. Il paraît par exemple plus facile à comprendre quand la baisse du salaire va de pair avec une faible compétitivité (cas du secteur agroalimen-
taire ou des produits en bois). Mais quand le salaire baisse dans les secteurs pour lesquels le Vietnam est compétitif, on pourrait aussi très bien dire que c’est à cause de la concurrence.
Néanmoins, un des premiers éléments d’explication viendrait du fait que la compétitivité a un prix : dans les secteurs intensifs en main-d’œuvre, la compétitivité s’acquiert par une contraction sur les salaires, étant donné que leurs produits finis sont de plus en plus standardisés et facilement imitables. Mais, bien entendu, cet argument est prématuré si nous ne cherchons pas à décrire comment se portent les entreprises dans ces secteurs. Cela a un coût...
L’orientation vers l’extérieur, si elle permet de stimuler la croissance des secteurs concernés, ne garantit pas forcément les meilleurs bénéfices aux entreprises. Les dix premières branches exportatrices réalisent des gains relativement faibles avec une moyenne seulement de moins de 4,5 milliards dôngs (environ 220.000 euros) par an et par entreprise. Mais cette moyenne est trompeuse car elle est arithmétiquement tirée vers le haut par la production de machines de bureau, de comptabilité et d'informatique, le seul secteur qui a réalisé de "grands" bénéfices (24 milliards doôngs en moyenne). La valeur nominale des bénéfices étant apparemment liée à l’intensité capitalistique (mesurée par le ratio capital fixe long terme par employé), ce chiffre varie beaucoup d’un secteur à l’autre.
La faiblesse des gains est particulièrement tangible dans les secteurs intensifs en main-d’œuvre. Les entreprises gagnent 60.000 euros environ dans le vêtement; 45.000 dans la manufacture des fournitures, 10.000 euros dans la manufacture des produits en bois, et seulement 5.000 euros par an dans l’aquaculture! Sans nous plonger davantage dans la description des gains, il convient de noter que ces gains derniers rangent les entreprises des secteurs exportateurs intensifs en main-d’œuvre parmi les moins rentables en termes absolus des entreprises, tous secteurs confondus.
La faiblesse des gains coïncide avec celle du niveau de rémunération des employés. Ce sont dans presque tous ces mêmes secteurs (textile, habillement, fourniture, produits en bois, produits de la mer) que nous avons observé la régression du salaire. Le niveau des gains, conjugué à celui de la compétitivité internationale semble confirmer l’explication par la concurrence : pour être compétitif (vendre à petit prix), l’entreprise compressera les salaires qui se trouvent - 16 -
en amont. Mais ce constat ne nous amène pas au bout de la logique. Une conséquence à plus long terme devrait attirer notre attention : le faible niveau de gains risque d’accentuer le sous-investissement des entreprises dans ces secteurs.
Aussi le dynamisme tiré de l’ouverture à la concurrence internationale semble en passe de produire un cercle vicieux. L’insuffisance des gains présente la faiblesse fondamentale de l’ouverture dans le contexte de la concurrence intense. Elle entraîne le sous-investissement à long terme qui figerait à son tour ces secteurs dans une croissance extensive, laquelle s’appuie sur l’utilisation grandissante de main-d’œuvre. Ce mode de croissance, en maintenant les salaires à des plus faibles niveaux, neutraliserait l’effet traditionnel du commerce international sur le niveau de vie des salariés. Aussi l’inégalité intersectorielle croît plutôt par ce mécanisme et non par la loi de l’offre et de la demande. Le travail reste une denrée coloniale
Dans la concurrence pour les investissements étrangers, les pays du Tiers-monde, surtout asiatiques, subissent une nouvelle forme de colonialisme: c'est à qui comprimera le plus les salaires des travailleurs, à qui les rendra les plus "compétitifs". Pour un pays comme le Vietnam, qui s'est libéré au prix d'énormes sacrifices des occupations française, puis américaine, il y a là comme une ironie de l'histoire: le pouvoir de décision, et d'influence, reste du côté des grandes puissances. Voir, ô combien révélatrices, les lettres que les chambres de commerce américaine et européenne ont adressées en 2006 au gouvernement vietnamien pour s'inquiéter des projets de relèvement du salaire minimum à la suite de nombreuses grèves. La première s'exprime ainsi: "Comme vous le savez, un des facteurs majeurs d'attractivité pour que l'industrie manufacturière s'implante au Vietnam est la main d'oeuvre. A la fois la qualité de la main d'oeuvre, qui est bien formée et qui travaille dur et, c'était surtout valable dans le passé, disciplinée, ce qui impliquait qu'elle ne prenait pas part à des actions illégales. Cependant, des actions menées par des voyous au coeur de la zone économique spéciale du Sud ont très vite mis à mal cette perspective..." La seconde, l'européenne, n'est pas moins caractéristique. Elle rappelle lourdement que les investisseurs s'établissent au Vietnam parce qu'ils s'imaginent que "la main d'oeuvre ne s'y livre pas à des actions de grève" et laisse entendre qu'ils pourraient se tourner vers d'autres pays de la région, par exemple le Cambodge, où les législations du travail sont plus "flexibles" pour les employeurs. No comment. (E.R.)
De quelques Conventions importantes de l’OIT sur le droit du travail… Les huit conventions fondamentales sont les suivantes
Convention (n° 87) sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, 1948 Convention (n° 98) sur le droit d'organisation et de négociation collective, 1949 Convention (n° 29) sur le travail forcé, 1930 Convention (n° 105) sur l'abolition du travail forcé, 1957 Convention (n° 138) sur l'âge minimum, 1973 Convention (n° 182) sur les pires formes de travail des enfants, 1999 Convention (n° 100) sur l'égalité de rémunération, 1951 Convention (n° 111) concernant la discrimination (emploi et profession), 1958
Convention (n° 81) sur l'inspection du travail, 1947 Convention (n° 129) sur l'inspection du travail (agriculture), 1969 Convention (n° 144) sur les consultations tripartites relatives aux normes internationales du travail, 1976 Convention (n° 122) sur la politique de l'emploi, 1964
Les quatre conventions prioritaires sont les suivantes
Les thèmes traités dans les normes internationales du travail accompagnés de quelques conventions et autres recommandations
Liberté syndicale, Négociation collective, Travail forcé, Travail des enfants, Égalité de chances et de traitement, Consultations tripartites, Administration du travail, Inspection du travail, Politique de l’emploi, Promotion de l’emploi • Convention (n° 88) sur le service de l’emploi, 1948 • Convention (n° 159) sur la réadaptation professionnelle et l'emploi des personnes handicapées, 1983 • Recommandation (n° 189) sur la création d'emplois dans les petites et moyennes entreprises, 1998 Orientation et formation professionnelles • Convention (n° 140) sur le congé-éducation payé, 1974 • Convention (n° 142) sur la mise en valeur des ressources humaines, 1975 Sécurité de l’emploi • Convention (n° 158) sur le licenciement, 1982 Politique sociale • Convention (n° 117) sur la politique sociale (objectifs et normes de base), 1962 Salaires • Convention (n° 94) sur les clauses de travail (contrats publics), 1949 • Convention (n° 95) sur la protection du salaire, 1949 • Convention (n° 131) sur la fixation des salaires minima, 1970 • Convention (n° 173) sur la protection des créances des travailleurs en cas d'insolvabilité de leur employeur, 1992 • Convention (n° 100) sur l'égalité de rémunération, 1951 Temps de travail • Convention (n° 47) des quarante heures, 1935 • Recommandation (n° 116) sur la réduction de la durée du travail, 1962 • Convention (nº 132) sur les congés payés (révisée), 1970 • Convention (n° 171) sur le travail de nuit, 1990 • Convention (nº 175) sur le travail à temps partiel, 1994 Sécurité et santé au travail Sécurité sociale • Convention (nº 102) concernant la sécurité sociale (norme minimum), 1952 • Convention (nº 157) sur la conservation des droits en matière de sécurité sociale, 1982 Protection de la maternité Travailleurs migrants • Convention (n° 97) sur les travailleurs migrants (révisée), 1949 • Convention (n° 143) sur les travailleurs migrants (dispositions complémentaires), 1975 Gens de mer Pêcheurs Dockers Peuples indigènes et tribaux • Convention (n° 169) relative aux peuples indigènes et tribaux, 1989 Autres catégories particulières de travailleurs • Convention (n° 149) sur le personnel infirmier, 1977 • Convention (n° 177) sur le travail à domicile, 1996 Extrait de Les règles du jeu: Une brève introduction aux normes internationales du travail, BIT, 2005 www.ilo.org/public/french/standards/norm/download/resources/rulesofthegame.pdf - 17 -
Références Pour en savoir plus ... Marc François, Documentaliste du Gresea
Vous cherchez une revue, un article, un dossier? Vous avez une question documentaire? Notre centre de documentation pourra vous aider. Contactez notre documentaliste. Le centre est ouvert les mardi, mercredi et jeudi de 14 à 17 h!
Du côté des organisations internationales…
ONU •Le rôle du système des Nations Unies dans la promotion du plein emploi productif et d’un travail décent pour tous : rapport du Secrétaire général/ Conseil économique et social, 26 avril 2007 http://daccessdds.un.org/doc/UNDOC/GEN/N 07/321/28/PDF/N0732128.pdf?OpenElement •Creating Decent Work for Young People: Policy Recommendations of the UN Secretary-General’s Youth Employment Network/ Steven K. Miller, 2001 http://info.worldbank.org/etools/docs/library/76309/dc2002/proceedings/pdfpaper/iloyouth.pdf •Labour market flexibility and decent work/ Gerry Rodgers ; DESA Working paper n° 47, July 2007 www.un.org/esa/desa/papers/2007/wp47_20 07.pdf
UNESCO •Pauvreté et droits humains : les projets anti-pauvreté de l'UNESCO : Travail décent http://portal.unesco.org/shs/fr/ev.phpURL_ID=4666&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html PNUD •L'OIT et le PNUD soutiennent la création d'emplois, 9 février 2007 http://content.undp.org/go/newsroom/february-2007/ilo-undp-jobs-20070209.fr;jsessionid=a0XND2xcD0dd?lang=fr •ILO, UNDP join forces to promote growth for decent jobs www.ilo.org/public/english/region/ampro/cinterfor/news/ilo_pn.htm
CNUCED •Réduire la pauvreté grâce à la production. Des emplois, de bons emplois sont, pour les nations les plus pauvres du monde, le meilleur moyen d´assurer leur développement, d´après le rapport de la CNUCED 2006 (UNCTAD/PRESS/PR/2006/014) www.unctad.org/Templates/WebFlyer.asp?docID=7106&intItemID=2068&lang=2
BIT •Faits et chiffres sur le travail décent/ OIT, juin 2006 www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/--dgreports/--dcomm/documents/publication/wcms_082655.p df •L’effectivité du droit du travail et l’aspiration au travail décent dans les pays en développement: une grille d’analyse/ Rachid Filali Meknassi ; IIES/OIT Document de travail, 2007 www.ilo.org/public/french/bureau/inst/download/dp17707.pdf •L'agenda du travail décent en Afrique 20072015 ; BIT 11ème Réunion régionale africaine, Addis-Abeba, Ethiopie, Avril 2007 www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/--dgreports/---dcomm/--webdev/documents/publication/wcms_082501. pdf •Le travail décent au service du développement durable. Introduction du Directeur général à la 96ème Conférence internationale du travail à l’OIT (CIT 96-2007/Rapport I (A)) www.ilo.org/public/french/standards/relm/ilc/il c96/pdf/rep-i-a.pdf
•Changements dans le monde du travail. Conférence internationale du travail, 95ème session 2006. Rapport du directeur général. Rapport I (C) www.ilo.org/public/french/standards/relm/ilc/il c95/reports.htm •Merchants of labor: Agents of the evolving migration infrastructure/ Philip Martin (Document de travail DP/158/2005) www.ilo.org/public/english/bureau/inst/download/dp15805.pdf •Travail décent pour tous au coeur de la gouvernance mondiale. Déclaration des Global Unions et de la Confédération mondiale du travail (CMT) au segment de haut niveau du Conseil économique et social de l’ONU, Genève, du 3 au 5 juillet 2006 •Réduire le déficit de travail décent : un défi mondial, Conférence internationale du travail, 89ème session 2001, BIT www.ilo.org/public/french/standards/relm/ilc/il c89/pdf/rep-i-a.pdf •Les publications du BIT sur le thème du travail décent www.ilo.org/public/english/bureau/integration/decent/publicat.htm
Banque mondiale - OMC •L'insécurité économique est une crise mondiale Un rapport de l'OIT montre comment et où l'indice de la sécurité économique est lié au bonheur commerce et emploi un défi pour La recherche en matière de politiques. Étude conjointe du Bureau international du travail et du Secrétariat de l'organisation mondiale du commerce, 2007 www.ilo.org/public/french/protection/ses/download/docs/happiness.pdf •IMF and World Bank sponsored privatisation an its impact on labour. Background paper produced by the International confederation of free trade unions (ICFTU), October 2003 www.icftu.org/www/pdf/report_ifi2002_Priv.pd f
G-8 •L’OIT salue le soutien du G8 au travail décent comme élément clé de la mondialisation juste www.ilo.org/global/About_the_ILO/Media_and _public_information/Press_releases/lang-fr/WCMS_082903/index.htm •Growth and responsibility in the world economy. Déclaration du G8 à Heiligendamm (2007) www.g-8.de/Webs/G8/EN/G8Summit/SummitDocuments/summit-documents.html Du côté de l’Europe…
UE + PE •La Commission encourage le «travail décent» dans le monde afin de lutter contre la pauvreté et de favoriser une mondialisation équitable http://ec.europa.eu/employment_social/emplweb/news/news_fr.cfm?id=158 •Promouvoir un travail décent pour tous : La contribution de l'Union à la mise en oeuvre de l'agenda du travail décent dans le monde. Comminication de la Commission au Conseil, au Parlement européen, au Comité économique et social européen et au Comité des régions ; SEC(2006) 643 COM(2006) 249final, Bruxelles, le 24 mai 2006 http://ec.europa.eu/employment_social/news/2 006/may/com_2006_249_fr.pdf •Travail décent. Conférence « Promouvoir le travail décent dans le monde - la contribution de l'UE » (divers discours) http://ec.europa.eu/employment_social/international_cooperation/decent_work_fr.htm •Rapport sur le thème "Promouvoir un travail décent pour tous" (2006/2240(INI)) de la Commission de l'emploi et des affaires sociales/ Rapporteur: Marie Panayotopoulos-Cassiotou (FINAL A60068/2007) www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?lan-
guage=FR&reference=A6-20070068&type=REPORT •Pour une Nouvelle Europe Sociale : Dix principes pour un avenir commun. Résolution Adoptée/ Parti des Socialistes européens www.pes.org/content/view/262/138 Du côté des syndicats…
•Le débat sur la flexicurité et les défis à relever par le mouvement syndical/ Confédération européenne des syndicats www.etuc.org/IMG/pdf/Depliant_Flexicurity_FR. pdf •Campagne travail décent : Travail décent pour une vie décente/Confédération syndicale internationale www.ituc-csi.org/spip.php?rubrique69&lang=fr •CSC et FGTB pour la justice sociale, la solidarité et le développement durable. Mémorandum de la CSC et de la FGTB au formateur et à l’informateur du nouveau gouvernement fédéral www.csc-enligne.be/Images/memorandum%202007%20CS C-FGTB_tcm22-125960.pdf Du côté des alters…
•Le Gresea a diffusé deux textes sur le travail décent : Décences et indécences de la condition ouvrière/ Erik Rydberg, novembre 2006 ; Salaire décent et profits indécents : La négociation salariale du nouvel accord interprofessionnel 2007-2008 ; 19 février 2007 www.gresea.be/Campagne_travail.html •Rencontre « Travail décent » au Forum Social de Belgique du 16 décembre 2006 www.wsf.be/article.php3?id_article=199 •Travail : une question de droits in : Cahier n° 2, avril 2004 d’Oxfam Solidarité www.oxfamsol.be/fr/IMG/pdf/cahier_2_FR.pdf •La campagne “Travail décent” du CNCD www.cncd.be/pages/actu_travail.cfm •Travail décent: le centre d’une mondialisation juste ; Porto Alegre, le 30 janvier 2005 www.globalprogressiveforum.org/files/0/gpf/fi naldeclarationfr.pdf •Mouvement des pays non-alignés : NAM for decent work www.namnewsnetwork.org/read.php?id=10092 Kufour calls for decent work to enhance growth in poor nations www.namnewsnetwork.org/read.php?id=19778 Du côté des revues…
•Migrations d’un Sud à l’autre (dossier) in : Informations et commentaires n° 139, avril-juin 2007 •Emploi productif et travail décent/ Hubert Bouchet in : Revue Quart Monde, 2007 http://www.editionsquartmonde.org/rqm/document.php?id=626&format=print •Reconnaître le travail (dossier) in : Projet n° 291, mars 2006 •Travail social et contrôle social (dossier) in : Contradictions n° 117, 1er trim. 2007 •Dimensions humaine et sociale du développement durable : une problématique séparée du volet environnemental ?/ Sandrine Rousseau, 6 novembre 2004 in : Développement durable et territoire, Dossier 3 : Les dimensions humaine et sociale du Développement Durable, 1999 http://developpementdurable.revues.org/document1214.html •L'emploi Hors-série d’Alternatives économiques n° 71, 1er trimestre 2007 www.alternatives-economiques.fr/sommaires/s_hs71_emploi.html
Informez-vous Références
Le Gresea rédige une lettre d’information électronique mensuelle depuis bientôt un an, celle-ci vise, de manière synthétique, à offrir une vue d'ensemble des nouveautés mises en ligne sur notre site durant le mois écoulé. Voici une copie de celle de septembre, si vous voulez la recevoir il vous suffit de vous inscrire sur notre site (www.gresea.be) ou par mail (gresea@skynet.be). Lettre d’information du Gresea N°10 - Septembre 2007
SOMMAIRE * Observatoire des Entreprises: Mattel, Novartis, Café équitable, GDF Suez & Co. * L’Angle mort: matériaux de propagande et libéralisation totale du service postal * Enjeux de l'économie Nord/Sud: énergie et barrages au Brésil * En débat sur Newsflash: pôle nord + bulle financière + roi dollar Observatoire des Entreprises: Mattel, Novartis, Café équitable, GDF Suez & Co.
Ce fut sans conteste un des grands feuilletons économiques de l’été. L’affaire des "jouets contaminés made in China" a frappé de plein fouet la confiance dont jouit trop souvent le système de production et de consommation mondialisé. Pour cause, il ne s’agit plus de voitures défectueuses vendues en Asie ou de poulets "recongelés" sur les étals de marchés africains mais, cette fois, de la sécurité de nos bambins...
Comme souvent dans ce genre d’affaires, les lieux communs ont pris le dessus sur une analyse à froid du dysfonctionnement. En effet, tant qu'une logique de production au plus bas prix primera sur la qualité du produit et les conditions de travail du personnel, les labels et autres codes de conduite ne suffiront pas à protéger les consommateurs. Pour une mise en perspective des ambiguïtés du jouet "made in China", cliquez ici .
Si la Chine est souvent mise en cause par une certaine opinion publique pour son manque de fermeté quant aux conditions de production sur son territoire, l’Inde, quant à elle, vient de faire la leçon au géant suisse du médicament Novartis. En effet, un tribunal indien a débouté la compagnie dans sa demande tendant à faire déclarer illégale la décision du gouvernement indien d’empêcher le brevetage de son médicament anti-cancer. Novartis ne semble pas apprécier… Selon un vieux précepte colonial, l’Occident se doit de donner la leçon au Tiers-monde, un élève jugé plutôt dissipé. Le monde des entreprises n’échappe pas à ce genre de réflexe. Comme on l’a vu ci-dessus avec l’Inde, les nouvelles puissances économiques du Sud ne disent plus amen. C'est que l’Occident, lui-même, s'embrouille un peu dans ses concepts éthiques… Voir le cas du café équitable en Grande-Bretagne En France, c'est la fusion entre GDF et Suez, acquise pour le meilleur et… pour le pire.
Ont également été traités en ce mois d’août : McDo, Procter & Gamble, Carrefour, Nestlé, Wal-Mart, Areva, Ecover et Volvo. L’Angle mort: propagande et service postal et Matériaux pour une réflexion sur la propagande
Dans l’imaginaire collectif, la propagande est un concept au passé douloureux et souvent mal compris. En général associée à une manipulation de l’information, la propagande c’est également l’ensemble des "évidences" qui légitimisent un ordre social, économique, politique ou encore culturel. Dans la pratique, la propagande influence, déforme la perception des enjeux sociaux et économiques. Il est donc primordial de comprendre les différentes dimensions de ce concept. Pour ce faire, le Gresea vous propose quelques "matériaux" pour l'étude de... notre climat ambiant ? Cliquez ici. Vers la libéralisation totale du service postal
A partir du 1er janvier 2011, la distribution du "petit" courrier devrait se voir totalement libéralisée en Europe. En Belgique, l’ouverture à la concurrence du service postal est en cours depuis une vingtaine d’années. Les conséquences sociales pour le personnel et la population se font d’ores et déjà durement sentir. Fermeture d’agences, robotisation du travail, hausse des prix: la privatisation de ce service public montre ses limites. Dans ce cadre, les organisations syndicales françaises et européennes ont décidé de faire face à la décision de la Commission européenne. Pour mieux appréhender les enjeux de la privatisation de nos services postaux, cliquez ici.
Enjeux de l'économie Nord/Sud: énergie et barrages au Brésil et Energie et barrages au Brésil : clés pour comprendre
L’énergie, qu’elle soit d’origine fossile ou pas, est un enjeu central de notre époque. Secteur stratégique pour les Etats du Nord, condition d’un développement économique pour ceux du Sud, économiquement extrêmement rentable pour certaines multinationales, elle peut même se révéler source de conflits. Et la place du citoyen dans ce grand jeu géoéconomique ? En fait, la question se pose rarement, surtout lorsqu’il s’agit des peuples du Tiers-monde. L’exemple en fut encore donné au Brésil, lors de la mise en place d’un barrage hydro-électrique par la société Tractebel (filiale de Suez). L’impact social et environnemental pour les populations autochtones ? Tout sauf négligeable. Dans ce contexte, un groupe d’organisations Nord-Sud auquel participe le Gresea cherche à conscientiser l’opinion publique belge aux conséquences des barrages au Brésil. Dans le but de soutenir un véritable mouvement populaire au Brésil, le Gresea met à disposition du citoyen un outil d’analyse afin de susciter le débat. Cliquez ici. En débat sur Newsflash:
La fonte des glaces, c'est du gaz pour le Canada (n°30) cliquez ici Bulle financière dans le rétroviseur (n°31) cliquez ici
Le FMI en débat? Commençons par le dollar (32)
A lire ... Echos
Tim Weiner, "Legacy of Ashes – The History of the CIA", Ed. Allan Lane, Londres, 2007, 702 pages, 25 euros.
La CIA fait partie de ces épouvantails auxquels l'imaginaire collectif a tendance à attribuer tous les mauvais coups, non sans raison. La célèbre agence a notamment été créée dans le but de mener hors des Etats-Unis des opérations clandestines sur les théâtres de la guerre froide. Demeure discutable: son palmarès. Dans sa somme historique 1945-2007, le Prix Pulitzer Tim Weiner a travaillé sur des documents authentiques de la CIA, sur lesquels le secret a été levé – en adoptant un ton systématiquement condescendant. La CIA? Une bande d'agités du bocal qui n'ont grosso modo rien réussi, cela n'a été qu'une suite d'échecs pitoyables. Sans doute. Mais que de pépites en cours de route qui éclairent d'une lumière crue les mobiles et fonctions réels de certaines Grandes Politiques passées dans la mythologie des idées reçues. Le Plan Marshall, par exemple, qu'on remet avec enthousiasme à toutes les sauces, wallonne, africaine & Co. Ce plan avait un contexte: une dépêche CIA de mars 1948 annonçant l'invasion imminente de l'Europe par l'Armée rouge (sic). Le président Truman réagira au quart de tour et ce sera, pour prévenir l'apparition d'une cinquième colonne sur le Vieux continent, le Plan Marshall, une manne de 13,7 milliards de dollars étalés sur cinq ans dont 5% – c'est peu connu – devaient être reversés par les Etats européens bénéficiaires du Plan dans un fonds destiné à financer le fonctionnement de la CIA à l'étranger. C'était, précise Weiner, "une opération de blanchiment d'argent à échelle mondiale qui est restée secrète jusqu'à la fin de la guerre froide." Ce sont des faits au sujet desquels ni les parlements ni l'opinion n'ont jamais débattu, et ne le feront sans doute jamais, pas plus que sur les opérations par lesquelles la CIA a acheté des élections en Europe, et des syndicalistes, et des intellectuels, et des organisations de la "société civile". Lecture recommandée. E.R.
Samir Amin, "Pour la cinquième internationale", Ed. le Temps des Cerises, Paris, 2006, 229 pages, 14 euros.
Le capitalisme est un système mondial. Ses victimes ne peuvent donc faire face à ses défis qu'à la condition de s'organiser à cette échelle. C'est la thèse défendue par Samir Amin dans cet ouvrage. Les dangers que le processus contemporain de globalisation fait courir au Sud sont d'une ampleur inédite. "La poursuite de l'accumulation du capital exige désormais la destruction des sociétés paysannes (la moitié de l'humanité) (…) à l'échelle planétaire sans que le système ne soit capable de recycler
dans des activités industrielles et des services rentables les paysans chassés de leurs campagnes. (p.51)" Face à cette menace, l'auteur invite à la constitution d'une cinquième internationale bâtie sur le modèle de la première association internationale des travailleurs (1864-1872). Ce projet permettrait de dépasser les carences des 2ème, 3ème et 4ème internationales dont l'auteur fustige "le refus de la diversité, (…), la centralisation marquée de l'organisation et des pouvoirs de décision (…), les dérives bureaucratiques et doctrinaires fatales dans ces conditions." Contrairement à la première internationale qui a "géré (…) la diversité des conditions de lutte dans un esprit démocratique d'avant-garde pour son époque. (p12)" Renouer avec ce mode de fonctionnement constitue une nécessité afin de construire la convergence dans la diversité au sein des forums sociaux. Vous avez dit urgence? X.D
"Critiques de la décroissance", Cahiers marxistes, mai-juin 2007, n°235, 190 pages, 8 euros.
La décroissance, vaste sujet. On pourrait hausser les épaules d'un air entendu. Ou discuter. C'est l'option choisie par les cahiers marxistes. On ne peut que s'en féliciter. C'est que comme nous le confie Michel Godard, un des rédacteurs en chef de la revue, "le côté positif des appels à la décroissance (…), c'est qu'ils rouvrent le débat proprement politique : des débats plutôt, sur ce que la cité doit se donner comme objectifs socioéconomiques, comment elle doit encadrer les entreprises notamment. (p.3)" Débat d'une importance capitale bien entendu. Au menu de cette livraison (la dernière en date des Cahiers marxistes), un point de vue syndical émanant de Felipe van Keirsbilck (CNE) qui revisite l'Accord sur la productivité de 1954 ( à ne pas confondre avec la compétitivité prônée par les néolibéraux). Conclusion de cette exploration : le mouvement ouvrier n'est pas aussi pro-croissance que ce qu'on raconte parfois dans certains cénacles (néoréactionnaires?). Autrement dit : il faudra décroître, mais pas tout le monde en même temps ni au même rythme d'ailleurs. Bonne nouvelle pour le Sud. Dont le point de vue est relayé entre autres par Frédéric Lapeyre de l'Université Catholique de Louvain et Xavier Dupret du GRESEA (on n'est jamais si bien servi que par soi-même). X.D. Patrick Bond. "Looting Africa. The economics of exploitation", Ed. Zed Books, New York, 2006, 172 pages, 21,45 euros
En mars 2005, les experts réunis par Tony Blair au sein de la Commission Blair du G8 pour l'Afrique lorsqu'ils péro-- 20 --
raient :"L'Afrique est pauvre fondamentalement parce que l'économie n'y a pas crû. (…) Le monde développé doit soutenir le nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) pour établir des partenariats publics /privés de façon à aménager un climat plus favorable à la croissance, les investissements et l'emploi" (p.1). Et si on renversait les termes du débat? Ce que fait l'auteur lorsque, prenant de revers l'idéologie de la Commission Afrique, il postule que "l'Afrique est pauvre parce que son économie et la société y ont été ravagées par le capitalisme international autant que par des élites locales au service de puissances étrangères. (…). Les pays riches doivent décider : vont-ils soutenir le NEPAD et par-là même accroître le détournement de ressources dont est victime le continent africain ou bien donner à l'Afrique l'espace permettant la mise au point de partenariats public-peuple afin de satisfaire les besoins insatisfaits (p.1)?" Les 171 pages qui suivent étayent cette grille de lecture. On se rendra par exemple compte de l'impasse que représente le libéralisme pour l'Afrique en scrutant la dégradation des termes de l'échange, pétrole excepté, affectant le continent depuis bientôt 25 ans. Le libre-échangisme n'aurait donc rien à apporter à l'Afrique? Pas l'avis de la Commission Afrique du G8.
Dictionnaire des mondialisations/ Sous la dir. de Cynthia-Ghorra-Gobin, Ed. Armand Colin, 2006, 404 pages 30 euros.
Ouvrage collectif (économistes, historiens, géographes, sociologues, urbanistes), ce dictionnaire éclaire des questions liées au développement durable et à la mondialisation. Il comprend 150 entrées et une quarantaine d’essais et d’articles de réflexion. Tant des thèmes généraux (agriculture, gouvernance mondiale) que des réalités spécifiques (bourse, libre circulation des personnes) mais aussi du vocabulaire dédié (glocal, fracture numérique) ou réflexif (temps du monde, universalisme), l'utilisateur découvre au gré de sa recherche le sens par les nombreux renvois et les références bibliographiques qui les accompagnent. Point fort, l’ouvrage se termine par un lexique anglais-français des entrées.
Nouvelles acquisitions du centre de documentation du Gresea, une sélection:
L'agenda du travail décent en Afrique 2007-2015, BIT, 2007 ; 50 fiches pour comprendre les débats économiques actuels Bréal, 2007 ; L'AGCS: quand les Etats abdiquent face aux multinationales Raisons d'agir, 2007 ; Chine-Afrique: le dragon et l'autruche.
Vient de sortir de presse un nouveau numéro de la revue «Alternatives Sud» Coalitions d’États du Sud Retour de l’esprit de Bandung ? Points de vue du Sud Centre Tricontinental - Gresea - Editions Syllepse Volume XIV (2007), n° 3 Coalitions à géométrie variable bloquant les négociations au sein de l’OMC, rejet du projet étasunien de Zone de libre-échange des Amériques, réactivation des débats au sein de la CNUCED, sommet du Mouvement des non-alignés, Alternative bolivarienne pour les Amériques… autant de manifestations de la capacité retrouvée des nations du Sud à questionner collectivement un ordre mondial qui leur est nettement défavorable. Vingt-cinq ans après la marginalisation par l’administration Reagan des enceintes où le “Tiersmonde” pouvait faire entendre sa voix sur la scène internationale, ce regain d’activisme diplomatique au Sud traduit l’émergence de nouvelles puissances qui aspirent à un rôle géopolitique plus en phase avec leur poids démographique et économique et refusent d’accepter plus longtemps le double langage du Nord en matière de libéralisation commerciale. Plus fondamentalement, il témoigne de l’épuisement d’une hégémonie – celle du “Consensus de Washington” – et exprime l’existence d’une volonté, largement partagée, de se ménager de nouvelles marges de manœuvre politiques et économiques en vue de récupérer la maîtrise de son insertion dans la mondialisation. Les reconfigurations à l’œuvre sonnent-elles le réveil de l’esprit de Bandung ? À quelles conditions un “Tiers-monde” hétérogène aux intérêts passablement divergents peut-il modifier durablement les déséquilibres qui caractérisent les relations Nord-Sud ? Quelles sont les coalitions en présence et à quelles stratégies géopolitiques renvoient-elles? Disponible au Gresea, prix de vente unitaire : 13 euros
Bien plus qu'un lit... Vingt ans d'accueil des demandeurs d'asile Jürgen Gevaert et Erik Rydberg A l'occasion du vingtième anniversaire de l'ouverture, fin 1986, du Petit-Château, premier centre d'accueil fédéral des demandeurs d'asile, les Editions EPO publient, en collaboration avec Fedasil, l'agence fédérale compétente, un recueil de dix-sept témoignages de personnes qui, à un titre ou un autre, ont eu – ou ont toujours – affaire à cet univers très particulier. Ce sont dix-sept voix, dix-sept trajectoires, dix-sept méditations qui se superposent sans se recouper, qui parfois se contredisent, qui parfois s'opposent, qui parfois s'entrechoquent, c'est tout leur intérêt. Car l'asile – les chemins de l'exil et la perception qu'on peut en avoir – est un fait politique qui ne prête pas à une pensée facile ni correcte, et cependant nécessaire. L'ouvrage contribue à en faire progresser la connaissance et c'est déjà énorme. 200 pages, illustrées de photos de Lieven Van Assche et simultanément diffusé dans les deux langues nationales, il est disponible au Gresea au prix de 19,50 euros (17 pour les abonnés au GRESEA Echos).
GE N°51 Travail décent, c'est clair pour tout le monde?