Source: http://bib26.pusc.it/can/p_martinagar/lrgiurisprinternaz/HUDOC/AreVeTsedek/VeTsedekFr27417-95fr.htm
Timestamp: 2018-01-24 09:27:00+00:00
Document Index: 266574683

Matched Legal Cases: ["l'article 9", "l'article 14", "l'article 9", "l'article 14", "l'article 9", "l'article 276", "l'article 10", "l'article 9", "l'article 1", "l'article 10", "l'article 10", "l'article 2", "l'article 9", "l'article 10", "l'article 6", "l'article 7", "l'article 276", 'art. 1', "l'article 37", "l'article 9", "l'article 14", "l'article 9", "l'article 14", "l'article 14", "l'article 9", "l'article 14", "l'article 14", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 14", "l'article 9", "l'article 14", "l'article 9", "l'article 14", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 14", "l'article 9", "l'article 14", "l'article 9", "l'article 14", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 14", "l'article 14", "l'article 10", "l'article 14", "l'article 9"]

ECHR. Association cultuelle isra�lite Cha'are Shalom Ve Tsedek contre France. Arr�t
(Requ�te no 27417/95)
��������������� L. Ferrari Bravo,
��������������� L. Caflisch,
��������������� W. Fuhrmann,
������� Sir�� Nicolas Bratza,
������� MM. M. Fischbach,
��������������� B. Zupančič,
������� Mme N. Vajić,
������� M.��� J. Hedigan,
������� Mmes��� W. Thomassen,
��������������� M. Tsatsa-Nikolovska,
������� MM. T. Panţ�ru,
��������������� E. Levits,
��������������� K. Traja,
ainsi que de Mme M. de Boer-Buquicchio, greffi�re adjointe,
Apr�s en avoir d�lib�r� en chambre du conseil le 8 d�cembre 1999 et le 31 mai 2000,
1. L'affaire a �t� d�f�r�e � la Cour, conform�ment aux dispositions qui� s'appliquaient avant l'entr�e en vigueur du Protocole no 11 � la Convention de sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libert�s fondamentales (� la Convention �)[1], par la Commission europ�enne des Droits de l'Homme (� la Commission �) le 6 mars 1999, puis par le gouvernement fran�ais (� le Gouvernement �) le 30 mars 1999 (article 5 � 4 du Protocole no 11 et anciens articles 47 et 48 de la Convention).
2. A son origine se trouve une requ�te (no 27417/95) dirig�e contre la R�publique fran�aise et dont une association de droit fran�ais, l'association cultuelle isra�lite Cha'are Shalom Ve Tsedek (� la requ�rante �), avait saisi la Commission le 23 mai 1995 en vertu de l'ancien article 25 de la Convention. La requ�rante all�guait une violation de l'article 9 de la Convention en raison du refus des autorit�s fran�aises de lui d�livrer l'agr�ment n�cessaire pour pouvoir acc�der aux abattoirs en vue de pratiquer l'abattage rituel conform�ment aux prescriptions religieuses ultra-orthodoxes de ses membres. Elle all�guait �galement une violation de l'article 14 de la Convention, dans la mesure o� seule l'Association consistoriale isra�lite de Paris (� l'ACIP �), association regroupant la grande majorit� des juifs de France, avait re�u l'agr�ment en question.
3. La Commission a d�clar� la requ�te recevable le 7 avril 1997. Dans son rapport du 20 octobre 1998 (ancien article 31 de la Convention)[2], elle formule l'avis, par quatorze voix contre trois, qu'il y a eu violation de l'article 9, lu en combinaison avec l'article 14 et, par quinze voix contre deux, qu'il ne se posait pas de question distincte sous l'angle de l'article 9 pris isol�ment.
4. Devant la Cour, la requ�rante est repr�sent�e par Me J. Molini�, avocat � la Cour de cassation et au Conseil d'Etat. Le Gouvernement est repr�sent� par son agent, M. R. Abraham, directeur des affaires juridiques au minist�re des Affaires �trang�res.
5. Le 31 mars 1999, un coll�ge de la Grande Chambre a d�cid� que l'affaire devait �tre examin�e par la Grande Chambre (article 100 � 1 du r�glement).
6. Le Gouvernement a d�pos� un m�moire, mais non la requ�rante, qui a indiqu� se r�f�rer au rapport de la Commission. Des observations ont �galement �t� re�ues le 15 octobre 1999 de M. le Grand Rabbin de France, M. J. Sitruk, et de l'ACIP, que le pr�sident avait autoris�s � intervenir dans la proc�dure �crite (articles 36 � 2 de la Convention et 61 � 3 du r�glement).
7. Par une lettre du 27 octobre 1999, parvenue au greffe le 2 novembre, le pr�sident de l'association requ�rante, le rabbin David Bitton, indiquait avoir mesur�, depuis l'introduction de la requ�te devant la Commission en mai 1995, la grave d�sorganisation qui risquait de se cr�er pour le fonctionnement de la communaut� juive, ce qui l'avait conduit � d�missionner de son poste de pr�sident. Il indiquait �galement qu'aucun pr�sident n'ayant �t� �lu pour le remplacer, il �tait en droit de demander la radiation pure et simple de l'affaire pendante devant la Cour, avec d�sistement de toute instance et action. Cette lettre a �t� communiqu�e le 5 novembre au Gouvernement et � l'avocat mandat� par l'association, M. Bitton �tant invit� � produire, par retour du courrier, copie du proc�s-verbal de la r�union du bureau de l'association autorisant, conform�ment aux statuts, le pr�sident � se d�sister de l'instance au nom de l'association.
8. Le 22 novembre 1999, l'avocat de l'association a fait parvenir un courrier dans lequel il indique que M. Bitton a d�missionn� de ses fonctions de pr�sident de l'association en f�vrier 1999, avec effet imm�diat, qu'un autre pr�sident a �t� �lu par le conseil d'administration et que l'association requ�rante n'entend nullement se d�sister de sa requ�te.
9. Le 24 novembre 1999, M. Bitton, par fax envoy� sur le t�l�copieur de l'ACIP, a fait parvenir un proc�s-verbal du bureau de l'association dat� du 15 novembre confirmant le d�sistement.
10. Le 26 novembre 1999, l'avocat de la requ�rante a indiqu� que ce proc�s-verbal �tait un faux, la pr�tendue r�union du bureau du 15 novembre n'ayant jamais eu lieu, que le secr�taire g�n�ral et le tr�sorier figurant sur ledit proc�s-verbal �taient inconnus de l'association, dont ils n'ont jamais �t� membres. L'avocat a �galement produit copie de la lettre de d�mission de M. Bitton, dat�e du 26 f�vrier 1999, copie du proc�s-verbal du conseil d'administration du 2 mars 1999 �lisant le nouveau pr�sident, M. N. Betito, ainsi que copie de la feuille de pr�sence �marg�e par les participants.
11. Il est � noter que, r�guli�rement inform�, le Gouvernement n'a pas souhait� faire de commentaires.
12. Une audience s'est d�roul�e en public au Palais des Droits de l'Homme, � Strasbourg, le 8 d�cembre 1999.
��� pour le Gouvernement
����� MM. J.-F. Dobelle, directeur adjoint des affaires juridiques
����������������� au minist�re des Affaires �trang�res,����� agent,
������ D. Houguet, adjoint au sous-directeur du contentieux et
����������������� des affaires juridiques au minist�re de l'Int�rieur,��� conseil,
������ P. Le Carpentier, chef du bureau des cultes
����������������� au minist�re de l'Int�rieur,
������ P. Boussaroque, conseiller de tribunal administratif
����������������� d�tach� � la direction des affaires juridiques
����������������� du minist�re des Affaires �trang�res, conseillers ;
��� pour la requ�rante
����� Mes J. Molini�, avocat au Conseil d'Etat
����������������� et � la Cour de cassation,���������������������� conseil,
��������� F. Molini�, avocat au barreau de Paris,��� conseiller.
La Cour a entendu en leurs d�clarations Me J. Molini� pour la requ�rante et M. Dobelle pour le Gouvernement.
13. La cacheroute est l'ensemble des lois juives d�terminant les aliments qui peuvent ou ne peuvent pas �tre mang�s et qui fixe la fa�on de les pr�parer. Les grands principes de l'alimentation casher figurent dans la Torah, le Livre saint form� par les cinq premiers livres de la Bible, le Pentateuque, qui comprend la Gen�se, l'Exode, le L�vitique, les Nombres et le Deut�ronome.
14. A la cr�ation du monde, seuls les v�g�taux devaient constituer la nourriture de l'homme (Gn, I, 29). La consommation de viande n'a �t� autoris�e qu'apr�s le d�luge (Gn,IX, 3) et sous des conditions tr�s strictes. Ainsi, la Torah a �dict� une interdiction absolue de consommer du sang, car il est le support de la vie et il ne faut pas absorber la vie avec la chair mais r�pandre le sang � terre, comme de l'eau (Dt, XII, 23 et 24). En outre, certains animaux sont consid�r�s comme impurs et certaines parties d'animaux sont �galement interdites � la consommation humaine.
15. Ainsi, parmi les quadrup�des, seuls sont autoris�s les fissip�des qui sont aussi des ruminants, ce qui exclut les solip�des comme le cheval et le chameau et les quadrup�des non ruminants comme le porc ou le lapin (Lv, XI, Dt, XIV). Parmi les esp�ces aquatiques, seuls les animaux � nageoires et � �cailles sont autoris�s, excluant tous les crustac�s, coquillages et fruits de mer. En ce qui concerne les animaux a�riens, seuls peuvent �tre mang�s les oiseaux non carnassiers, comme les volailles granivores de basse-cour et certaines esp�ces de gibier. Les insectes et reptiles sont totalement interdits.
16. La Torah (Lv, VII, 26-27 et XVII, 10-14) interdit la consommation du sang des mammif�res et des oiseaux autoris�s, et l'abattage doit avoir lieu selon la � mani�re prescrite par l'Eternel � (Dt, XII, 21). Il est interdit de manger de la viande provenant d'animaux morts de mort naturelle ou tu�s par d'autres animaux (Dt, XIV, 21). Il est �galement interdit de manger de la viande provenant d'un animal pr�sentant une maladie ou un d�faut au moment de l'abattage (Nb, XI, 22). Il faut manger et pr�parer s�par�ment, dans et avec des ustensiles s�par�s, la viande et les produits de cette viande (lait, cr�me, beurre, par exemple) parce que la Torah prescrit qu'il ne faut pas cuire le chevreau dans le lait de sa m�re (Ex, XXII, Dt, XIV, 21).
17. En vue de respecter tous les interdits figurant dans la Torah, les commentateurs ult�rieurs, d�positaires dans un premier temps de la tradition orale puis r�dacteurs d'un ensemble encyclop�dique de commentaires � le Talmud �, ont �dict� des r�gles tr�s d�taill�es notamment en ce qui concerne la m�thode d'abattage � utiliser.
18. Le respect des r�gles �nonc�es ci-dessus en ce qui concerne la consommation de la viande impose en effet des modalit�s d'abattage particuli�res. La religion juive faisant d�fense de consommer la moindre quantit� de sang, les animaux doivent �tre, apr�s une b�n�diction, �gorg�s et, plus pr�cis�ment, tu�s d'un seul trait d'un couteau extr�mement effil� afin d'assurer une coupure imm�diate, nette et profonde de la trach�e et de l'�sophage ainsi que des art�res carotides et de la veine jugulaire, pour que le maximum de sang s'�coule. La viande doit ensuite faire l'objet d'un trempage et d'un salage, toujours pour enlever toute trace de sang. En ce qui concerne certains organes, comme le foie, ils doivent �tre grill�s pour en enlever le sang. Certaines parties, comme le nerf sciatique et les vaisseaux sanguins ou la graisse entourant les organes vitaux, doivent imp�rativement �tre enlev�es.
19. En outre, imm�diatement apr�s l'abattage, l'animal doit �tre examin� afin d'y d�celer toute maladie ou toute anomalie dont il pourrait �tre affect� et, en cas de moindre doute � cet �gard, la b�te est d�clar�e impropre � la consommation. L'abattage rituel � la chehitah � ne peut �tre pratiqu� que par un sacrificateur � le chohet � qui doit �tre un homme pieux d'une moralit� parfaite et d'une honn�tet� scrupuleuse. Enfin, jusqu'� son d�bit, la viande doit faire l'objet d'un contr�le par un surveillant rituel. La capacit� comme la vertu des sacrificateurs et des surveillants rituels font l'objet de l'appr�ciation permanente d'une autorit� religieuse. Pour garantir aux consommateurs une viande abattue selon les prescriptions de la loi juive, l'autorit� religieuse la certifie � casher �. Cette certification donne lieu � la perception d'une taxe dite taxe d'abattage ou taxe rabbinique.
20. En France, comme dans beaucoup de pays europ�ens, l'abattage rituel exig� par la religion juive, et aussi par la religion musulmane, va � l'encontre du principe selon lequel l'animal � abattre doit, apr�s immobilisation, �tre pr�alablement �tourdi, c'est-�-dire plong� dans un �tat d'inconscience o� il est maintenu jusqu'� intervention de la mort, pour lui �viter toute souffrance. L'abattage rituel est n�anmoins autoris� par la loi fran�aise comme par la Convention europ�enne du Conseil de l'Europe sur la protection des animaux d'abattage de 1979 et la directive europ�enne du 22 d�cembre 1993 (voir infra, � Le droit et la pratique pertinents �).
21. L'abattage rituel d'animaux est r�glement�, en droit fran�ais, par le d�cret no 80-791 du 1er octobre 1980 pris pour l'application de l'article 276 du code rural, modifi� par le d�cret no 81-606 du 18 mai 1981. Aux termes de l'article 10 du d�cret :
� Il est interdit de proc�der � un abattage en dehors d'un abattoir. (...), l'abattage rituel ne peut �tre effectu� que par des sacrificateurs habilit�s par des organismes religieux agr��s, sur proposition du ministre de l'int�rieur, par le ministre de l'agriculture. Les sacrificateurs doivent �tre en mesure de justifier de cette habilitation.
2. L'Association consistoriale isra�lite de Paris
22. Le 1er juillet 1982, l'agr�ment n�cessaire pour pouvoir habiliter des sacrificateurs fut donn� � la seule commission rabbinique intercommunautaire, qui d�pend de l'Association consistoriale isra�lite de Paris (� l'ACIP �). Celle-ci est une �manation du Consistoire central, institution cr��e par d�cret imp�rial du 17 mars 1808 par Napol�on Ier pour administrer le culte isra�lite en France. A la suite de la s�paration des Eglises et de l'Etat en 1905, les communaut�s juives de France, qui totalisent environ 700 000 fid�les, se sont constitu�es en associations cultuelles isra�lites (voir, infra, � Le droit et la pratique pertinents �) et se sont regroup�es au sein de l'Union des communaut�s juives de France en gardant la d�nomination de Consistoire central.
23. Aux termes de l'article premier de ses statuts, le Consistoire central a pour objet de pourvoir aux int�r�ts g�n�raux du culte isra�lite, de veiller � la libert� n�cessaire � son exercice, de d�fendre les droits des communaut�s et d'assurer la fondation, le maintien et le d�veloppement des institutions et services communs aux organismes adh�rents. Il a �galement pour objet de sauvegarder l'ind�pendance et la dignit� des ministres du culte, d'assurer la permanence de la fonction de grand rabbin de France, de favoriser le recrutement des ministres du culte en assurant le fonctionnement du s�minaire isra�lite de France et de veiller, par des r�glements g�n�raux applicables � tous les organismes adh�rents, au maintien de l'union, de la discipline, du bon ordre dans l'exercice du culte. Il repr�sente les int�r�ts g�n�raux du juda�sme fran�ais et a pour mission de maintenir et pr�server ses liens spirituels avec Isra�l et les communaut�s juives du monde.
24. Le Consistoire regroupe les communaut�s repr�sentant la plupart des grands courants du juda�sme, � l'exception des lib�raux, qui estiment que la Torah doit �tre interpr�t�e � la lumi�re des conditions de vie d'aujourd'hui, et des ultra-orthodoxes, qui plaident au contraire pour une interpr�tation stricte des lois de la Torah.
25. La commission rabbinique intercommunautaire est compos�e du grand rabbin de Paris, de l'ACIP, dont le si�ge est rue Saint-Georges � Paris, du rabbin de la communaut� orthodoxe de la rue Pav�e, du rabbin de la communaut� isra�lite de stricte observance et du rabbin de la communaut� traditionaliste de la rue de Montevideo. C'est � la commission rabbinique intercommunautaire qu'il appartient de d�livrer les habilitations n�cessaires � l'obtention d'une carte d'acc�s aux abattoirs. Le tribunal rabbinique ou Beth-Din, qui statue en mati�re de droit religieux (mariage, divorce, conversion), supervise l'observance des r�gles alimentaires et assure, quant � lui, l'investiture et le contr�le des sacrificateurs et surveillants rituels salari�s du Consistoire.
26. L'article 2 de la loi de 1905 disposant que la R�publique ne reconna�t, ne salarie ni ne subventionne aucun culte (� l'exception des trois d�partements concordataires du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle), les sources de revenus de toutes les associations cultuelles en France, quelle que soit la religion consid�r�e, proviennent des cotisations, dons et lib�ralit�s des fid�les. D'apr�s le Gouvernement, en ce qui concerne le Consistoire central, environ la moiti� des ressources proviennent de la perception de la taxe d'abattage, qui serait d'un montant d'environ 8 francs fran�ais (FRF) par kilo de viande bovine commercialis�e.
27. L'association cultuelle Cha'are Shalom Ve Tsedek est une association d�clar�e le 16 juin 1986 dont le si�ge est � Paris, rue Amelot. Aux termes de ses statuts, l'association requ�rante � a pour but d'organiser, de subvenir, de favoriser, de relancer, d'aider, de diffuser, de financer, en France, un culte public isra�lite ainsi que toutes activit�s annexes ou connexes d'ordre religieux pouvant, directement ou indirectement, favoriser le but qu'elle poursuit. Elle s'efforcera de coordonner les actions spirituelles des autres associations cultuelles isra�lites et, notamment, celles qui ont pour objet de favoriser la pratique de la cacheroute. Elle aidera la promotion et la cr�ation de toutes activit�s d'ordre social, �ducatif, culturel et spirituel dans la mesure de ses moyens et apportera aide et soutien tant moral que mat�riel aux familles d�sh�rit�es ou momentan�ment en difficult� de la communaut� �.
28. L'association Cha'are Shalom Ve Tsedek compte � ce jour six cents cotisants et environ quarante mille fid�les parmi lesquels certains g�rent, au total, vingt boucheries, neuf restaurants et cinq traiteurs pour la seule r�gion parisienne. En outre, elle dispose, en r�gion parisienne, � Lyon et � Marseille, de plus de quatre-vingts points de vente de surgel�s.
29. L'association �dite des calendriers rituels, dispose d'un Kollel (centre d'�tudes pour jeunes rabbins) et de deux centres d'�tude de la Torah, ainsi que de deux synagogues, � Paris et � Sarcelles. Elle est administr�e par un comit� rabbinique qui a comp�tence exclusive pour toute d�cision religieuse et qui est compos� de grands rabbins, de rabbins, de personnalit�s religieuses, de sacrificateurs et de surveillants rituels.
30. A l'origine, l'association requ�rante est n�e d'une scission au sein du Consistoire central isra�lite de Paris. Elle correspond � un courant minoritaire qui se caract�rise par la volont� de ses membres d'exercer leur religion dans la plus stricte orthodoxie. En particulier, l'association requ�rante veut pratiquer l'abattage rituel selon des modalit�s plus strictes que celles employ�es par les sacrificateurs habilit�s par le Consistoire central de Paris en ce qui concerne le contr�le post mortem des animaux pour y d�celer toute trace de maladie ou d'anomalie.
31. En effet, les prescriptions concernant la viande casher, qui sont issues du L�vitique, ont �t� codifi�es dans un recueil, le Choulhan Haroukh (� La table dress�e �), r�dig� par le rabbin Joseph Caro (1488-1575), qui se montre extr�mement s�v�re quant aux prescriptions � observer. Toutefois, certains commentateurs ult�rieurs ont accept� des prescriptions moins s�v�res, notamment en ce qui concerne l'examen post mortem des poumons. Mais un certain nombre de juifs orthodoxes, notamment ceux qui appartiennent aux communaut�s s�farades originaires d'Afrique du Nord, dont les membres de l'association requ�rante, veulent manger de la viande abattue suivant les prescriptions les plus rigoureuses du Choulhan Haroukh ; c'est de la viande dite � glatt �, qui signifie lisse en yiddish.
32. Pour pouvoir �tre � glatt �, il faut que l'animal abattu ne pr�sente aucune impuret�, c'est-�-dire aucune trace d'une maladie ant�rieure, notamment au niveau des poumons. En particulier, il ne doit y avoir aucun filament entre la pl�vre et le poumon de l'animal. Cette exigence de puret� concerne essentiellement la viande provenant des ovins et des bovins adultes, qui sont les plus susceptibles d'avoir contract� une maladie au cours de leur existence. Or, selon la requ�rante, les sacrificateurs plac�s sous l'autorit� du Beth-Din, le tribunal rabbinique d�pendant de l'ACIP, seule � b�n�ficier depuis le 1er juillet 1982 de l'agr�ment du ministre de l'Agriculture, ne pratiquent plus actuellement de mani�re approfondie cet examen des poumons et sont moins exigeants sur la puret� et la pr�sence de filaments, de sorte que, pour la requ�rante, les boucheries vendant de la viande certifi�e � casher � par les soins de l'ACIP vendent une viande que ses adh�rents consid�rent impure et de ce fait impropre � la consommation.
33. Selon la requ�rante, elle se verrait donc dans l'obligation, pour pouvoir mettre � la disposition de ses fid�les de la viande casher � glatt �, de pratiquer l'abattage de fa�on ill�gale ou de s'approvisionner en Belgique.
34. Le Gouvernement, pour sa part, produit une attestation du grand rabbin de France selon laquelle il existe des boucheries relevant du Consistoire dans lesquelles les membres de l'association Cha'are Shalom peuvent se procurer de la viande � glatt �. En outre, d'apr�s les chiffres fournis par le Gouvernement, l'association requ�rante, qui emploie neuf salari�s dont six sacrificateurs, aurait r�alis�, et ce malgr� le refus d'autorisation de pratiquer l'abattage, un chiffre d'affaires de 4 900 000 FRF en 1993, dont plus de 3 800 000 FRF au titre de la taxe d'abattage. En 1994, ce chiffre d'affaires aurait �t� de 4 600 000 FRF dont 3 700 000 FRF au titre de la taxe d'abattage, et en 1995, les recettes au titre de l'abattage se seraient �lev�es � plus de 4 000 000 FRF. En effet, les pr�l�vements op�r�s par l'association requ�rante au titre de la taxe d'abattage s'�l�vent � 4 FRF par kilo de viande casher commercialis�e.
B. Les proc�dures � l'origine de la requ�te
1. Premi�re proc�dure
35. Entre 1984 et 1985, l'association requ�rante, d�clar�e � l'�poque simplement comme association culturelle (et non pas cultuelle), avait certifi� casher � glatt � la viande vendue dans les boucheries de ses adh�rents, qu'elle soit import�e de Belgique ou provenant d'animaux abattus en France selon ses propres prescriptions religieuses, donc sans certification du Beth-Din de Paris. Elle fut alors assign�e en justice par l'ACIP pour tromperie sur la marchandise pour avoir frauduleusement appos� le label � casher � sur la viande vendue.
L'action de l'ACIP fut toutefois rejet�e par un arr�t de la cour d'appel de Paris du 1er octobre 1987, confirm� par la suite par la Cour de cassation, au motif que la loi de 1905 sur la s�paration des Eglises et de l'Etat interdisait aux tribunaux de se prononcer sur le pouvoir qu'aurait, ou non, une association religieuse telle que la requ�rante de garantir la qualit� casher des viandes mises en vente. La cour d'appel releva en revanche qu'il n'�tait pas contest� que la requ�rante avait respect� les r�gles strictes pr�sidant � l'abattage et � la surveillance rituels.
2. Deuxi�me proc�dure
36. Le 11 f�vrier 1987, la requ�rante demanda au ministre de l'Int�rieur de proposer son agr�ment en vue de la pratique de l'abattage rituel. Cette demande fut rejet�e par une d�cision du 7 mai 1987 au motif que l'association ne poss�dait pas une repr�sentativit� suffisante au sein de la communaut� isra�lite fran�aise et ne constituait pas une association cultuelle au sens du titre IV de la loi du 9 d�cembre 1905 sur la s�paration des Eglises et de l'Etat.
37. La requ�rante d�f�ra cette d�cision � la censure du tribunal administratif de Paris pour violation, notamment, de la libert� de religion garantie tant par l'article premier de la loi du 9 d�cembre 1905 sur la s�paration des Eglises et de l'Etat que par l'article 9 de la Convention europ�enne des Droits de l'Homme.
Consid�rant que si l'article 1er de ses statuts qualifie la requ�rante d'association cultuelle r�gie par les dispositions de la loi du 9 d�cembre 1905, (...) [la requ�rante] ne d�montre nullement, en l'�tat de l'instruction, qu'elle subvient ou constitue l'�manation d'une association subvenant aux frais, � l'entretien et � l'exercice public du culte isra�lite ; que la circonstance qu'elle assure la mise � disposition de viande casher en vue de la vente dans plus de vingt boucheries de d�tail et de quatre-vingts points de vente de produits surgel�s ne suffit pas � lui conf�rer le caract�re d'organisme religieux susceptible d'�tre propos� par le ministre de l'int�rieur � l'agr�ment du ministre de l'agriculture (...) ; que le ministre de l'int�rieur a donc pu prendre la d�cision attaqu�e, sans commettre d'erreur de fait, d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appr�ciation, ni, d�s lors qu'il s'est born� � v�rifier, dans un souci d'ordre public et par application des dispositions pr�cit�es, la qualit� de l'organisme demandeur, porter atteinte � la libert� des cultes ;
Consid�rant, enfin, qu'il n'est pas �tabli que la d�cision du ministre reposerait sur un motif �tranger aux n�cessit�s de l'ordre public, et proc�derait d'une volont� de r�server le b�n�fice de l'agr�ment au seul organisme religieux isra�lite qui en est titulaire (...) �
39. La requ�rante interjeta appel de ce jugement devant le Conseil d'Etat. Par un arr�t en date du 25 novembre 1994, le Conseil d'Etat rejeta le recours aux motifs que :
Consid�rant [enfin] qu'en prenant la d�cision litigieuse, le ministre de l'int�rieur n'a fait qu'user des pouvoirs qui lui ont �t� conf�r�s par les dispositions pr�cit�es afin que l'abattage rituel des animaux soit effectu� dans des conditions conformes � l'ordre public, � la salubrit� et au respect des libert�s publiques ; qu'ainsi l'association requ�rante n'est pas fond�e � soutenir que le ministre s'est immisc� dans le fonctionnement d'un organisme religieux, ni qu'il a port� atteinte � la libert� de religion garantie notamment par la d�claration des droits de l'homme et du citoyen et la convention europ�enne de sauvegarde des droits de l'Homme ; (...) �
3. Troisi�me proc�dure
40. Parall�lement � sa demande d'agr�ment en tant qu'organisme religieux du 11 f�vrier 1987, la requ�rante avait pr�sent� le m�me jour au pr�fet du d�partement des Deux-S�vres une demande d'autorisation sp�cifique d'abattage dans un �tablissement de ce d�partement pour le compte individuel de trois sacrificateurs membres de l'association et habilit�s par celle-ci.
41. Par une d�cision du 29 avril 1987, le pr�fet rejeta la demande aux motifs que l'article 10, alin�a 3, du d�cret no 80-791 du 1er octobre 1980 ne conf�rait aux pr�fets le pouvoir d'autoriser des sacrificateurs individuels que dans la seule hypoth�se o� aucun organisme religieux n'avait �t� agr�� dans la religion consid�r�e et qu'il �tait constant que la commission rabbinique intercommunautaire de l'abattage rituel avait re�u l'agr�ment dont il s'agissait.
42. La requ�rante recourut contre cette d�cision devant le tribunal administratif de Poitiers.
43. Par un jugement du 10 octobre 1990, le tribunal administratif de Poitiers rejeta le recours en annulation de la d�cision pr�fectorale aux motifs suivants :
Consid�rant qu'il r�sulte de l'instruction, et qu'il n'est pas contest�, que par une d�cision en date du 1er juillet 1982, le ministre de l'agriculture a, sur le fondement du 2�me alin�a de l'article 10 du d�cret pr�cit� du 1er octobre 1980, agr�� la � commission rabbinique intercommunautaire � pour d�signer des sacrificateurs habilit�s � proc�der � des abattages rituels impos�s par la religion isra�lite ; que l'existence de cet agr�ment s'oppose � ce que les pr�fets puissent, sur le fondement du 4�me alin�a dudit article, d�livrer des autorisations individuelles de proc�der � des abattages rituels � des personnes ou institutions appartenant � la religion dont il s'agit ; qu'il est constant, notamment au regard de l'article 2 de ses statuts, que l'association culturelle � Cha'are Shalom Ve Tsedek � se r�clame de la religion isra�lite ; que, par suite, et alors m�me que cette association ne reconna�trait pas pour des motifs religieux l'autorit� de la � Commission Rabbinique intercommunautaire �, la demande individuelle qu'elle avait formul�e en vue d'�tre autoris�e par d�rogation � proc�der � des abattages rituels dans un abattoir des Deux-S�vres, ne pouvait qu'�tre rejet�e ; qu'ainsi, en faisant application, par la d�cision de refus en date du 29 avril 1987, de ce dispositif l�gal qui s'imposait � lui sans s'immiscer dans des dissensions internes � la religion isra�lite, le pr�fet des Deux-S�vres n'a m�connu ni le principe d'�galit� entre les administr�s, ni le principe du libre exercice des cultes affirm� par la loi du 9 d�cembre 1905 concernant la s�paration des Eglises et de l'Etat, ni les libert�s de conscience et de religion reconnues (...) dans l'article 9 de la Convention de sauvegarde des Droits de l'Homme et des libert�s fondamentales. �
44. Par un arr�t en date du 25 novembre 1994, le Conseil d'Etat confirma le jugement entrepris aux motifs suivants :
� Consid�rant que les dispositions (...) du troisi�me alin�a de l'article 10 du d�cret du 1er octobre 1980 ne conf�rent aux pr�fets le pouvoir d'autoriser des sacrificateurs que dans la seule hypoth�se o� aucun organisme religieux n'a �t� agr��, dans la religion consid�r�e, en application du 1er alin�a du m�me article ; qu'il est constant que la commission rabbinique intercommunautaire de l'abattage rituel a re�u l'agr�ment dont il s'agit ; que, d�s lors, le pr�fet des Deux-S�vres �tait tenu, comme il l'a fait, de rejeter la demande pr�sent�e par l'association requ�rante ;
� La France est une R�publique la�que ; elle assure l'�galit� devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. �
46. Les dispositions pertinentes de la loi du 9 d�cembre 1905[3] concernant la s�paration des Eglises et de l'Etat sont libell�es comme suit :
� La R�publique ne reconna�t, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En cons�quence, � partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la pr�sente loi, seront supprim�es des budgets de l'Etat, des d�partements et des communes, toutes d�penses relatives � l'exercice des cultes. Pourront toutefois �tre inscrits auxdits budgets les d�penses relatives � des services d'aum�nerie et destin�es � assurer le libre exercice des cultes dans les �tablissements publics, tels que lyc�es, coll�ges, �coles, hospices, asiles et prisons. (...) �
� dans les communes de moins de 1 000 habitants, de sept personnes ;
� dans les communes de 1 000 � 20 000 habitants, de quinze personnes ;
� dans les communes dont le nombre d'habitants est sup�rieur � 20 000, de vingt-cinq personnes majeures, domicili�es ou r�sidant dans la circonscription religieuse ;
Les associations pourront recevoir, en outre, des cotisations pr�vues par l'article 6 de la loi du 1er juillet 1901, le produit des qu�tes et collectes pour les frais du culte, percevoir des r�tributions : pour les c�r�monies et services religieux m�me par fondation ; pour la location des bancs et si�ges ; pour la fourniture des objets destin�s au service des fun�railles dans les �difices religieux et � la d�coration de ces �difices (...)
Les associations cultuelles pourront recevoir, dans les conditions d�termin�es par les articles 7 et 8 de la loi des 4 f�vrier 1901-8 juillet 1941, relative � la tutelle administrative en mati�re de dons et legs, les lib�ralit�s testamentaires et entre vifs destin�es � l'accomplissement de leur objet ou grev�es de charges pieuses ou cultuelles. (...)
� Ces associations peuvent, dans les formes d�termin�es par l'article 7 de la loi du 16 ao�t 1901, constituer des unions ayant une administration ou une direction centrale (...) �
48. Les dispositions pertinentes du d�cret no 80-791 du 1er octobre 1980 pris pour l'application de l'article 276 du code rural sont libell�es comme suit :
� Il est interdit de proc�der � un abattage rituel en dehors d'un abattoir. (D. n. 81-606, 18 mai 1981, art. 1er) Sous r�serve des dispositions du quatri�me alin�a du pr�sent article, l'abattage rituel ne peut �tre effectu� que par des sacrificateurs habilit�s par les organismes religieux agr��s, sur proposition du ministre de l'int�rieur, par le ministre de l'agriculture. Les sacrificateurs doivent �tre en mesure de justifier de cette habilitation.
49. La Convention europ�enne sur la protection des animaux d'abattage du 10 mai 1979 dispose notamment :
� Dans le cas d'abattage rituel, l'immobilisation des animaux de l'esp�ce bovine avant abattage avec un proc�d� m�canique ayant pour but d'�viter toutes douleurs, souffrances et excitations ainsi que toutes blessures ou contusions aux animaux est obligatoire. �
� abattages selon les rites religieux ;
50. La Recommandation n� R (91) 7 du Comit� des Ministres aux Etats membres sur l'abattage des animaux (adopt�e par le Comit� des Ministres le 17 juin 1991, lors de la 460e r�union des D�l�gu�s des Ministres) pr�voit notamment que :
2. Union europ�enne
51. La directive europ�enne du 18 novembre 1974 relative � l'�tourdissement des animaux avant leur abattage dispose notamment :
� Consid�rant qu'il y a lieu de g�n�raliser la pratique de l'�tourdissement par des moyens reconnus appropri�s ;
Consid�rant toutefois qu'il convient de tenir compte des particularit�s propres � certains rites religieux ;
� La pr�sente directive n'affecte pas les dispositions nationales relatives aux m�thodes particuli�res n�cessit�es par certains rites religieux. �
52. La directive du 22 d�cembre 1993 sur la protection des animaux au moment de leur abattage ou de leur mise � mort dispose notamment :
� Consid�rant qu'au moment de l'abattage ou de la mise � mort de l'animal, toute douleur ou souffrance �vitable doit leur �tre �pargn�e, consid�rant qu'il est toutefois n�cessaire de prendre en compte les exigences particuli�res de certains rites religieux. �
53. Par un arr�t du 2 mai 1973, Association cultuelle des isra�lites nord-africains de Paris, rec. p. 312, le Conseil d'Etat a jug� ce qui suit :
� (...) En pr�cisant que l'abattage rituel, pratiqu� dans des conditions d�rogatoires au droit commun, ne peut �tre effectu� que par des sacrificateurs habilit�s par des organismes religieux agr��s par le ministre de l'Agriculture sur proposition du ministre de l'Int�rieur, le Premier ministre ne s'est pas immisc� dans le fonctionnement des organismes religieux et n'a pas port� atteinte � la libert� des cultes mais a pris les mesures n�cessaires � l'exercice de cette libert� dans le respect de l'ordre public (...) �
i. question pr�liminaire
54. Aux termes de l'article 37 � 1 a) de la Convention, la Cour peut d�cider, � tout moment de la proc�dure, de rayer une requ�te du r�le, lorsque les circonstances permettent de conclure que le requ�rant n'entend plus la maintenir.
55. En l'esp�ce, par une lettre du 27 octobre 1999, le pr�sident de l'association requ�rante, le rabbin David Bitton, a indiqu� vouloir se d�sister purement et simplement de la requ�te. L'avocat de l'association requ�rante a cependant contest� la validit� de ce d�sistement en faisant valoir, pi�ces � l'appui, que M. Bitton avait d�missionn� de la pr�sidence de l'association depuis le 26 f�vrier 1999 et qu'un nouveau pr�sident avait �t� �lu par le conseil d'administration d�s le 2 mars, �lection confirm�e par une assembl�e g�n�rale extraordinaire du 10 mars 1999 (paragraphes 7 � 11 ci-dessus).
56. Lors de l'audience du 8 d�cembre 1999, le Gouvernement a soulign�, � titre liminaire, qu'il appartenait � la Cour de se prononcer sur la validit� du d�sistement pr�sent� in extremis par M. Bitton et a indiqu� qu'il ne s'opposerait pas, si celui-ci devait �tre jug� r�gulier, � ce qu'il en soit donn� acte. Le Gouvernement a �galement produit copie d'une lettre de l'association requ�rante, dat�e du 24 novembre 1999, par laquelle elle indiquait � la pr�fecture de police de Paris qu'� la suite d'une r�union du bureau de l'association en date du 23 septembre 1999, l'association avait d�cid� de modifier ses statuts, en particulier en ce qui concernait le si�ge social et la composition du bureau.
57. Faute de demande expresse du Gouvernement tendant � la radiation du r�le, la Cour n'estime pas n�cessaire d'examiner d'office si, en droit interne, le nouveau pr�sident �lu en mars 1999 peut valablement engager l'association requ�rante. En effet, au vu des pi�ces produites par l'avocat de l'association requ�rante, la Cour estime �tabli que celle-ci entend maintenir sa requ�te. Il n'y a donc pas lieu de rayer l'affaire du r�le.
II. Sur la violation all�gu�e de l'article 9 de la Convention, pris isol�ment et combin� avec l'article 14
58. La requ�rante, dont la Commission partage l'analyse, soutient qu'en lui refusant l'agr�ment n�cessaire � l'habilitation de ses propres sacrificateurs pour pratiquer l'abattage rituel, conform�ment aux prescriptions religieuses de ses membres, et en d�livrant cet agr�ment � la seule ACIP, les autorit�s fran�aises ont port� une atteinte discriminatoire � son droit de manifester sa religion par l'accomplissement des rites de la religion juive. Elle invoque l'article 9 de la Convention, pris isol�ment, et combin� avec l'article 14.
La partie pertinente en l'esp�ce de l'article 14 de la Convention est ainsi libell�e :
� La jouissance des droits et libert�s reconnus dans la (...) Convention doit �tre assur�e, sans distinction aucune, fond�e notamment sur (...) la religion (...) �
60. Pour la requ�rante, les conditions de l'abattage rituel, tel qu'il est pratiqu� aujourd'hui par les sacrificateurs de l'ACIP, � laquelle le gouvernement fran�ais a accord� depuis 1982 le privil�ge exclusif de l'abattage rituel isra�lite, ne satisfont plus aux exigences tr�s strictes de la religion juive, telles qu'elles sont pos�es par le L�vitique et codifi�es dans le Choulhan Haroukh. Les sacrificateurs de l'ACIP ne proc�dant plus � l'examen approfondi des poumons de l'animal abattu, b�uf ou mouton, la viande provenant d'animaux abattus dans ces conditions ne peut �tre regard�e, aux yeux des ultra-orthodoxes et, en tout cas, des fid�les membres de l'association requ�rante, comme une viande parfaitement pure du point de vue religieux, c'est-�-dire � glatt �. Or, ce que revendiquent les fid�les regroup�s au sein de l'association requ�rante, c'est le droit de ne pas consommer de la viande dont ils n'auraient pas la certitude, parce qu'elle ne provient pas d'animaux abattus et surtout v�rifi�s par ses propres sacrificateurs, qu'elle serait parfaitement pure, parfaitement � glatt �. Pour la requ�rante, il y a donc clairement ing�rence dans son droit de manifester sa religion par l'accomplissement du rite religieux qu'est l'abattage rituel.
61. La requ�rante consid�re que le refus d'agr�ment ne saurait se justifier par aucun des motifs l�gitimes figurant � l'article 9 � 2 de la Convention et qu'il est disproportionn� et discriminatoire au sens de l'article 14. Elle souligne qu'il n'est pas contest� que les sacrificateurs qu'elle emploie respectent scrupuleusement, tout autant que ceux de l'ACIP, les normes sanitaires en vigueur dans les abattoirs et que le Gouvernement ne saurait d�s lors s�rieusement soutenir que le refus d'agr�ment poursuivait le but l�gitime de � la protection de la sant� publique �.
62. La requ�rante soutient �galement qu'elle est bien un � organisme religieux � au sens du d�cret de 1980 r�glementant l'abattage rituel, tout comme l'ACIP, puisque toutes deux sont des associations cultuelles au sens de la loi de 1905 sur la s�paration des Eglises et de l'Etat. La seule diff�rence r�side dans la taille respective de ces deux associations cultuelles, l'ACIP regroupant la plupart des fid�les des divers courants du juda�sme en France, avec un budget annuel de l'ordre de 140 millions de francs fran�ais (FRF) � sa disposition, tandis que la requ�rante ne compte qu'environ 40 000 fid�les, tous ultra-orthodoxes, et dispose d'un budget de l'ordre de 4 � 5 millions de FRF. S'il peut para�tre l�gitime, pour un gouvernement, de chercher � nouer des liens privil�gi�s avec les syndicats, les partis politiques ou m�me les associations religieuses les plus repr�sentatifs, il n'en demeure pas moins, surtout dans un Etat la�c comme la France, que les autorit�s ont l'obligation de respecter les droits des minorit�s. La requ�rante souligne � cet �gard que les autorit�s fran�aises ont d�livr�, de fa�on tr�s lib�rale, plusieurs agr�ments pour ce qui est de l'abattage rituel pratiqu� par les musulmans, d'abord � la grande mosqu�e de Paris, puis aux mosqu�es de Lyon et d'Evry, sans que le nombre de ces agr�ments mette en danger, de quelque mani�re que ce soit, l'ordre et la sant� publics.
63. Enfin, la requ�rante soutient que le fait qu'elle per�oit, pour r�mun�rer ses sacrificateurs, une taxe d'abattage d'environ 4 FRF le kilo de viande certifi�e casher � glatt � vendue dans les boucheries se r�clamant de l'association, n'a aucune incidence sur le probl�me proprement religieux de l'abattage rituel pour lequel elle a sollicit� l'agr�ment. Elle fait observer, au surplus, que l'ACIP per�oit �galement une taxe d'abattage, de l'ordre de 8 FRF le kilo de viande commercialis�e, et que les revenus provenant de la perception de cette taxe repr�sentent environ la moiti� des ressources de l'ACIP.
64. Le Gouvernement ne conteste pas que les interdits et prescriptions alimentaires isra�lites constituent une composante de la pratique de cette religion par les fid�les qui s'en r�clament. Mais il fait valoir que si les r�gles religieuses imposent un certain type d'alimentation aux fid�les, elles ne leur font nullement obligation de se livrer eux-m�mes � l'abattage rituel des animaux qu'ils consomment. Un refus d'agr�ment ne serait ainsi susceptible d'affecter la pratique religieuse des fid�les que si ceux-ci, du fait de ce refus, �taient dans l'impossibilit� de trouver une viande correspondant aux prescriptions religieuses auxquelles ils entendent se conformer.
65. Or, selon le Gouvernement, tel n'est pas le cas en l'esp�ce. En effet, il ressort sans ambigu�t� des pi�ces figurant au dossier que certaines boucheries vendent de la viande certifi�e � glatt � provenant d'abattoirs contr�l�s par l'ACIP, que les boucheries de l'association requ�rante, se fournissant pour partie en Belgique, en vendent �galement et que rien n'emp�cherait la requ�rante de conclure un accord avec l'ACIP afin de faire abattre des animaux par ses propres sacrificateurs, et selon les m�thodes qu'elle d�finit, sous le couvert de l'agr�ment d�livr� � cette derni�re. A cet �gard le Gouvernement se r�f�re aux accords conclus entre l'ACIP et d'autres communaut�s tr�s orthodoxes comme les Loubavitch ou celle de la rue Pav�e.
66. Certes, la requ�rante conteste la qualit� v�ritablement � glatt � de la viande provenant des abattoirs de l'ACIP, en critiquant l'insuffisance du contr�le post mortem des poumons effectu� par ses sacrificateurs, mais le Gouvernement note que, ce faisant, la requ�rante remet en cause l'appr�ciation port�e par les autorit�s religieuses l�gitimes et ind�pendantes, qui incarnent la confession dont elle se r�clame. Le Gouvernement souligne qu'il n'appartient pas aux autorit�s fran�aises, tenues au respect de la la�cit�, de s'immiscer dans une controverse dogmatique, mais rel�ve qu'il ne saurait �tre contest� que le grand rabbin de France, dont l'avis s'appuie en la mati�re sur le Beth-Din (tribunal rabbinique), est qualifi� pour dire ce qui est ou non conforme au rite isra�lite.
67. D'apr�s le Gouvernement, il n'y aurait en d�finitive aucune ing�rence dans le droit � la libert� de religion. En effet, la seule incidence du refus d'agr�ment oppos� � la requ�rante en l'esp�ce r�side dans l'impossibilit� pour les fid�les de choisir, � qualit� de viande �quivalente,� celle provenant d'un abattage r�alis� par la requ�rante, qui se distingue de celle offerte par l'ACIP uniquement par son prix, puisque la taxe d'abattage per�ue par la requ�rante est de moiti� inf�rieure � celle per�ue par l'ACIP. Pour le Gouvernement, cette libert� de choix est une libert� �conomique et non religieuse. Il en veut pour preuve que, d'apr�s les indications de l'ACIP, la requ�rante avait tent� � un moment d'obtenir une sorte de d�l�gation de l'ACIP pour pouvoir proc�der elle-m�me � l'abattage, sous le couvert de l'agr�ment d�livr� � celle-ci, mais que cette d�marche ne put aboutir faute d'accord sur les termes financiers du contrat.
68. A supposer m�me qu'il y ait eu ing�rence dans le droit de la requ�rante de manifester sa religion, le Gouvernement soutient que l'ing�rence est pr�vue par la loi, � savoir le d�cret de 1980 pris en mati�re de police des abattoirs, et qu'elle poursuivait un but l�gitime, celui de la protection de l'ordre et de la sant� publics. A cet �gard le Gouvernement fait valoir que l'abattage rituel d�roge tr�s fortement aux principes dont s'inspirent les normes internes et internationales applicables en mati�re de protection animale et d'hygi�ne publique. Les textes en vigueur prohibent en effet l'exercice de mauvais traitements envers les animaux et imposent leur �tourdissement pr�alable avant l'abattage pour leur �viter toute souffrance. De m�me, des consid�rations sanitaires imposent qu'il soit proc�d� � cet abattage dans un abattoir et, s'agissant d'abattage rituel, par des sacrificateurs d�ment habilit�s par les organismes religieux concern�s et ce pour �viter que l'exercice de la libert� de religion ne donne lieu � des pratiques contraires aux principes essentiels d'hygi�ne et de sant� publique. L'abattage rituel ne peut donc �tre autoris� qu'� titre tout � fait d�rogatoire.
69. S'agissant des motifs qui ont conduit les autorit�s fran�aises � refuser l'agr�ment sollicit� par la requ�rante, le Gouvernement fait �tat de deux �l�ments, qui rel�vent de la marge d'appr�ciation reconnue par la Convention aux Etats contractants. Il a �t� consid�r� en premier lieu par le ministre de l'Int�rieur que l'activit� de l'association requ�rante �tait essentiellement commerciale et seulement accessoirement religieuse, puisque pour l'essentiel elle visait � fournir de la viande abattue par ses sacrificateurs et certifi�e � glatt � et que, par cons�quent, elle ne pouvait �tre consid�r�e comme un � organisme religieux �, au sens du d�cret de 1980.
En deuxi�me lieu, il a �t� tenu compte de la faible audience de la requ�rante (environ 40 000 fid�les), qui ne saurait �tre compar�e � celle de l'ACIP, qui en regroupe 700 000. Compte tenu du caract�re d�rogatoire de la pratique de l'abattage rituel, le refus d'agr�ment �tait par cons�quent n�cessaire pour �viter une prolif�ration des titulaires d'agr�ment, prolif�ration qui n'aurait pas manqu� de se produire si le seuil d'exigence quant aux garanties pr�sent�es par les associations postulantes avait �t� trop bas.
70. Le Gouvernement soutient enfin qu'il n'y a pas davantage discrimination au sens de l'article 14 de la Convention. D'une part, la requ�rante et l'ACIP, en raison de leurs activit�s et de leur audience respectives, ne sont pas dans une situation comparable et, d'autre part, la diff�rence de traitement, � la supposer �tablie, traduit un rapport de proportionnalit� entre le but vis� et les moyens mis en �uvre. A cet �gard, le Gouvernement souligne � nouveau que les effets du refus d'agr�ment sont tr�s limit�s pour les fid�les et m�me nuls si l'on consid�re que l'abattage n'affecte pas directement leur libert� de religion.
71. Quant au reproche larv� d'un monopole d'abattage conf�r� � l'ACIP en 1982, monopole qui ne serait pas sans avantage pour les pouvoirs publics, le Gouvernement rappelle que l'ACIP, �manation du Consistoire central, qui administre depuis deux cents ans le culte isra�lite en France, est effectivement un interlocuteur l�gitime, puisqu'elle f�d�re la quasi-totalit� des associations juives fran�aises et garantit ainsi la d�fense des int�r�ts de la communaut�, aussi bien que le respect des r�gles d'ordre public, notamment sanitaires. Le monopole de fait de l'ACIP pour ce qui est de l'abattage rituel n'est cependant pas le r�sultat d'une volont� d�lib�r�e de l'Etat, qui n'aurait pas manqu� de d�livrer l'agr�ment sollicit� par la requ�rante si celle-ci avait �t� en mesure de justifier de son caract�re essentiellement religieux et d'une audience plus importante au sein de la communaut� juive.
72. La Cour estime, avec la Commission, qu'un organe eccl�sial ou religieux peut, comme tel, exercer au nom de ses fid�les les droits garantis par l'article 9 de la Convention (voir, mutatis mutandis, l'arr�t Eglise catholique de La Can�e c. Gr�ce du 16 d�cembre 1997, Recueil des arr�ts et d�cisions, 1997-VIII, p. 2856, � 31). En l'esp�ce, quelle que soit la religion consid�r�e, une communaut� de fid�les doit se constituer, en droit fran�ais, sous la forme juridique d'une association cultuelle, ce qui est le cas de la requ�rante.
73. La Cour rappelle ensuite que l'article 9 �num�re diverses formes que peut prendre la manifestation d'une religion ou d'une conviction, � savoir le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites (arr�t Kala� c. Turquie du 1er juillet 1997, Recueil 1997-IV, p. 1209, � 27). Il n'est pas contest� que l'abattage rituel est un � rite �, comme son nom d'ailleurs l'indique, qui vise � fournir aux fid�les une viande provenant d'animaux abattus conform�ment aux prescriptions religieuses, ce qui repr�sente un �l�ment essentiel de la pratique de la religion juive. Or l'association requ�rante emploie des sacrificateurs et des surveillants rituels pratiquant l'abattage conform�ment � ses prescriptions en la mati�re, et c'est �galement l'association requ�rante qui, par le biais de la certification casher � glatt � de la viande vendue dans les boucheries de ses adh�rents, assure le contr�le religieux de l'abattage rituel.
74. Il s'ensuit que l'association requ�rante peut invoquer l'article 9 de la Convention pour ce qui est du refus d'agr�ment qui lui a �t� oppos� par les autorit�s fran�aises, l'abattage rituel devant �tre consid�r� comme relevant d'un droit garanti par la Convention, � savoir le droit de manifester sa religion par l'accomplissement des rites, au sens de l'article 9.
75. La Cour examinera d'abord si, comme le soutient le Gouvernement, les faits de la cause ne r�v�lent pas d'ing�rence dans l'exercice de l'un des droits et libert�s garantis par la Convention.
76. En premier lieu, la Cour rel�ve qu'en instituant une exception au principe de l'�tourdissement pr�alable des animaux destin�s � l'abattage, le droit interne a concr�tis� un engagement positif de l'Etat visant � assurer le respect effectif de la libert� de religion. Le d�cret de 1980, loin de restreindre l'exercice de cette libert�, vise ainsi au contraire � en pr�voir et en organiser le libre exercice.
77. La Cour estime �galement que la circonstance que le r�gime d�rogatoire visant � encadrer la pratique de l'abattage rituel la r�serve aux seuls sacrificateurs habilit�s par des organismes religieux agr��s n'est pas en soi de nature � faire conclure � une ing�rence dans la libert� de manifester sa religion. La Cour estime, avec le Gouvernement, qu'il est dans l'int�r�t g�n�ral d'�viter des abattages sauvages, effectu�s dans des conditions d'hygi�ne douteuses, et qu'il est donc pr�f�rable, si abattage rituel il y a, que celui-ci soit pratiqu� dans des abattoirs contr�l�s par l'autorit� publique. En accordant en 1982 le b�n�fice de l'agr�ment � l'ACIP, �manation du Consistoire central, l'organisme le plus repr�sentatif des communaut�s juives de France, l'Etat n'a donc nullement port� atteinte � la libert� de manifester sa religion.
78. Toutefois, lorsque, ult�rieurement, un autre organisme religieux se r�clamant de la m�me religion d�pose de son c�t� une demande d'agr�ment pour pouvoir pratiquer l'abattage rituel, il faut examiner si la m�thode d'abattage qu'il revendique rel�ve ou non de l'exercice de la libert� de manifester sa religion garantie par l'article 9 de la Convention.
79. La Cour rel�ve que la m�thode d'abattage pratiqu�e par les sacrificateurs de l'association requ�rante est strictement la m�me que celle pratiqu�e par les sacrificateurs de l'ACIP et que la seule diff�rence concerne l'�tendue du contr�le post mortem op�r� sur les poumons de l'animal abattu. Pour la requ�rante la viande doit pouvoir �tre certifi�e non seulement casher mais � glatt � pour se conformer � son interpr�tation des prescriptions religieuses en mati�re alimentaire, tandis que la grande majorit� des juifs pratiquants accepte la certification casher effectu�e sous l'�gide de l'ACIP.
80. De l'avis de la Cour, il n'y aurait ing�rence dans la libert� de manifester sa religion que si l'interdiction de pratiquer l�galement cet abattage conduisait � l'impossibilit� pour les croyants ultra-orthodoxes de manger de la viande provenant d'animaux abattus selon les prescriptions religieuses qui leur paraissent applicables en la mati�re.
81. Or tel n'est pas le cas. En effet, il n'est pas contest� que la requ�rante peut s'approvisionner facilement en viande � glatt � en Belgique. En outre, il ressort des attestations et constats d'huissier produits par les tiers intervenants qu'un certain nombre de boucheries op�rant sous le contr�le de l'ACIP mettent � la disposition des fid�les une viande certifi�e � glatt � par le Beth-Din.
82. Il ressort ainsi de l'ensemble du dossier, de m�me que des arguments �chang�s � l'audience, que les fid�les membres de l'association requ�rante peuvent se procurer de la viande � glatt �. En particulier, le Gouvernement a fait �tat, sans �tre contredit sur ce point, des pourparlers entam�s entre la requ�rante et l'ACIP en vue de trouver un accord pour que la requ�rante puisse proc�der elle-m�me � l'abattage sous couvert de l'agr�ment accord� � l'ACIP, accord qui ne put se faire pour des raisons financi�res (voir paragraphe 67 ci-dessus). Certes, la requ�rante invoque un manque de confiance dans les sacrificateurs habilit�s par l'ACIP pour ce qui est de l'�tendue du contr�le post mortem des poumons des animaux abattus. Mais la Cour estime que le droit � la libert� religieuse garanti par l'article 9 de la Convention ne saurait aller jusqu'� englober le droit de proc�der personnellement � l'abattage rituel et � la certification qui en d�coule, d�s lors que, comme il a �t� dit, la requ�rante et ses membres ne sont pas priv�s concr�tement de la possibilit� de se procurer et de manger une viande jug�e par eux plus conforme aux prescriptions religieuses.
83. Dans la mesure o� il n'est pas �tabli que les fid�les membres de l'association requ�rante ne peuvent pas se procurer de la viande � glatt �, ni que la requ�rante ne pourrait leur en fournir en passant un accord avec l'ACIP pour proc�der � l'abattage sous couvert de l'agr�ment accord� � cette derni�re, la Cour estime que le refus d'agr�ment litigieux ne constitue pas une ing�rence dans le droit de la requ�rante � la libert� de manifester sa religion.
84. Cette consid�ration dispense la Cour de se prononcer sur la compatibilit� de la restriction all�gu�e par la requ�rante avec les exigences fix�es au paragraphe 2 de l'article 9 de la Convention. Toutefois, � supposer m�me que cette restriction puisse �tre consid�r�e comme une ing�rence dans le droit � la libert� de manifester sa religion, la Cour observe que la mesure incrimin�e, pr�vue par la loi, poursuit un but l�gitime, celui de la protection de la sant� et de l'ordre publics, dans la mesure o� l'organisation par l'Etat de l'exercice d'un culte concourt � la paix religieuse et � la tol�rance. En outre, eu �gard � la marge d'appr�ciation qu'il faut laisser � chaque Etat (arr�t Manoussakis et autres c. Gr�ce du 26 septembre 1996, Recueil 1996-IV, p. 1364, � 44), notamment pour ce qui est de l'�tablissement des d�licats rapports entre les Eglises et l'Etat, elle ne saurait �tre consid�r�e comme excessive ou disproportionn�e. En d'autres termes, elle est compatible avec l'article 9 � 2 de la Convention.
85. Partant, il n'y a pas eu violation de l'article 9 de la Convention, pris isol�ment.
86. Quant � l'all�gation de la requ�rante selon laquelle elle aurait fait l'objet d'un traitement discriminatoire du fait de la d�livrance de l'agr�ment � la seule ACIP, la Cour rappelle que, selon la jurisprudence constante des organes de la Convention, l'article 14 ne fait que compl�ter les autres clauses normatives de la Convention ou de ses Protocoles : il n'a pas d'existence ind�pendante puisqu'il vaut uniquement pour la � jouissance des droits et libert�s � qu'elles garantissent. Certes, il peut entrer en jeu m�me sans un manquement � leurs exigences et, dans cette mesure, poss�de une port�e autonome, mais il ne saurait trouver � s'appliquer si les faits du litige ne tombent pas sous l'empire de l'une au moins de ces clauses.
87. La Cour note que les faits de l'esp�ce rel�vent de l'article 9 de la Convention (paragraphe 74 ci-dessus) et que d�s lors l'article 14 s'applique. Toutefois, � la lumi�re des constatations faites au paragraphe 83 ci-dessus concernant l'effet limit� de la mesure incrimin�e, lesquelles l'ont amen�e � conclure qu'il n'y avait pas eu ing�rence dans le droit de la requ�rante de manifester sa religion, la Cour estime que la diff�rence de traitement qui en est r�sult�e est de faible port�e. En outre, pour les motifs expos�s au paragraphe 84, la mesure litigieuse poursuivait un but l�gitime et il existait un rapport raisonnable de proportionnalit� entre les moyens employ�s et le but vis� (voir, entre autres, l'arr�t Marckx c. Belgique du 13 juin 1979, s�rie A no 31, p. 16, � 33). Si diff�rence de traitement il y a eu, elle trouvait en l'esp�ce une justification objective et raisonnable au sens de la jurisprudence constante de la Cour.
88. Partant, il n'y a pas eu violation de l'article 9 de la Convention combin� avec l'article 14.
1.� Dit, par douze voix contre cinq, qu'il n'y a pas eu violation de l'article 9 de la Convention, pris isol�ment ;
2.� Dit, par dix voix contre sept, qu'il n'y a pas eu violation de l'article 9 de la Convention, combin� avec l'article 14.
Fait en fran�ais et en anglais, puis prononc� en audience publique au Palais des Droits de l'Homme, � Strasbourg, le 27 juin 2000.
�������������������������������������������������������������������� Luzius Wildhaber
������������������������������������������������������������������������������ Pr�sident
������� Greffi�re adjointe
Au pr�sent arr�t se trouve joint, conform�ment aux articles 45 � 2 de la Convention et 74 � 2 du r�glement, l'expos� de l'opinion dissidente commune � Sir Nicolas Bratza, M. Fischbach, Mme Thomassen, Mme Tsatsa-Nikolovska, M. Panţ�ru, M. Levits et M. Traja.
���������������������������������������������������������������������������������������� L.W.
���������������������������������������������������������������������������������������� M.B.
� Sir Nicolas Bratza, M. FISCHBACH,
Mme Thomassen, mme Tsatsa-Nikolovska,
M. Panţ�ru, M. LEVITS et M. Traja, juges
A notre grand regret, nous ne sommes en mesure de suivre ni le raisonnement ni la conclusion de la majorit� dans cette affaire.
1. En ce qui concerne la question de savoir s'il y a eu ou non une ing�rence dans le droit � la libert� de religion de la requ�rante, nous pouvons marquer notre accord avec les paragraphes 76 et 77 de l'arr�t : il est tout � fait exact de dire qu'en donnant un agr�ment � l'ACIP, les autorit�s �tatiques, loin de porter atteinte � la libert� de religion, ont au contraire concr�tis� un engagement positif visant � en permettre le libre exercice. En revanche, nous ne pouvons suivre la majorit� lorsqu'elle affirme au paragraphe 78 qu'il faut examiner si une demande d'agr�ment pr�sent�e ult�rieurement par un autre organisme religieux rel�ve ou non de l'exercice du droit � la libert� de religion.
En effet, le seul fait qu'un agr�ment ait d�j� �t� accord� � un organisme religieux ne dispense pas les autorit�s �tatiques d'examiner avec attention toute demande ult�rieure d�pos�e par d'autres organismes religieux se r�clamant de la m�me religion. En l'esp�ce, la demande de la requ�rante a �t� motiv�e par le fait que, d'apr�s elle, les sacrificateurs de l'ACIP ne proc�dent plus post mortem � un contr�le suffisamment approfondi des poumons des animaux abattus, de sorte que la viande certifi�e casher par l'ACIP ne saurait �tre consid�r�e comme � glatt �. Or les fid�les membres de l'association requ�rante consid�rent qu'une viande qui� n'est pas � glatt � est impure et de ce fait non conforme � leurs prescriptions religieuses en mati�re alimentaire. Il y a donc conflit sur ce point entre l'ACIP et la requ�rante.
Or nous estimons que, si des tensions peuvent survenir lorsqu'une communaut�, notamment religieuse, se trouve divis�e, il s'agit l� d'une cons�quence in�vitable de la n�cessit� de respecter le pluralisme. Dans ce genre de situation, le r�le des autorit�s publiques ne consiste pas � supprimer tout motif de tension en �liminant le pluralisme mais � prendre toutes les mesures n�cessaires pour s'assurer que les groupes qui s'affrontent font preuve de tol�rance (arr�t Serif c. Gr�ce, no 38178/97, � 53, CEDH 1999-IX). Il nous semble ainsi particuli�rement mal venu de mentionner, comme la majorit� l'a fait au paragraphe 82 de l'arr�t, que la requ�rante aurait pu conclure un accord avec l'ACIP pour proc�der � l'abattage sous le couvert de l'agr�ment accord� � cette derni�re. Cet argument aboutit en effet � d�charger l'Etat, seul d�tenteur du pouvoir de d�livrer l'agr�ment, de l'obligation de respecter la libert� de religion. Or l'ACIP repr�sente le mouvement majoritaire dans la religion en question et en tant que tel se trouve le moins bien plac� pour appr�cier la validit� des revendications minoritaires et exercer un r�le d'arbitre en la mati�re.
Nous consid�rons �galement que la possibilit� pour la requ�rante d'importer de la viande � glatt � de Belgique n'est pas de nature � faire conclure en l'esp�ce � l'absence d'ing�rence dans le droit � la libert� de pratiquer sa religion par l'accomplissement du rite qu'est l'abattage rituel, pas plus que la possibilit� pour les fid�les de se fournir, le cas �ch�ant, en viande � glatt � aupr�s des quelques boucheries d�pendant de l'ACIP qui en vendent sous l'�gide du Beth-Din.
L'article 10 du d�cret de 1980 pr�voit en effet express�ment qu'un organisme religieux agr�� peut habiliter des sacrificateurs pour pratiquer l'abattage rituel et que l'agr�ment n�cessaire est donn� par le ministre de l'Agriculture sur proposition du ministre de l'Int�rieur. En d�niant � la requ�rante la qualit� d'� organisme religieux � et en rejetant pour ce motif sa demande d'agr�ment, les autorit�s fran�aises ont donc restreint sa libert� de manifester sa religion.
Pour nous, la possibilit� de se procurer de la viande � glatt � par d'autres moyens est sans aucune pertinence pour mesurer l'�tendue d'une action ou une omission de l'Etat visant, comme en l'esp�ce, � restreindre l'exercice du droit � la libert� de religion (voir, mutatis mutandis, l'arr�t Observer et Guardian c. Royaume-Uni du 26 novembre 1991, s�rie A no 216, pp. 34-35, � 69). Nous ne pouvons donc suivre la majorit� lorsqu'elle estime qu'il n'y a pas eu d'ing�rence.
2. En ce qui concerne la justification de l'ing�rence dans le droit � la libert� de religion, nous sommes d'avis que le probl�me essentiel dans cette affaire r�side dans la discrimination dont la requ�rante pr�tend avoir fait l'objet.
A cet �gard nous estimons que le raisonnement de la majorit�, tel qu'il figure au paragraphe 87, est insuffisant. A notre avis, pour conclure � la non-violation de l'article 9 de la Convention lu en combinaison avec l'article 14, la majorit� ne pouvait se borner � affirmer que l'ing�rence avait un � effet limit� � et que la diff�rence de traitement avait � une faible port�e �. En effet, en mati�re de libert� de religion, il n'appartient pas � la Cour europ�enne des Droits de l'Homme de� substituer son appr�ciation de l'�tendue ou de la gravit� d'une ing�rence � celle des personnes ou groupes concern�s, car l'article 9 de la Convention vise essentiellement � prot�ger les convictions les plus intimes des individus.
Pour notre part, nous estimons indispensable d'examiner si, en d�livrant l'agr�ment en question � l'ACIP et en le refusant en 1987 � la requ�rante, les autorit�s �tatiques ont assur� � la requ�rante, sans distinction, conform�ment � l'article 14 de la Convention, la jouissance du droit � la libert� de religion qui lui est reconnu par l'article 9. En l'esp�ce, nous estimons qu'il y a eu violation de cet article combin� avec l'article 9 de la Convention et ce pour les raisons suivantes.
Rappelons tout d'abord qu'au sens de l'article 14, la notion de discrimination englobe d'ordinaire les cas dans lesquels les Etats font subir sans justification objective et raisonnable un traitement diff�rent � des personnes ou des groupes se trouvant dans des situations analogues. Selon la jurisprudence des organes de la Convention, une distinction est discriminatoire au sens de l'article 14, si elle � manque de justification objective et raisonnable �, c'est-�-dire si elle ne poursuit pas un � but l�gitime � ou s'il n'y a pas de � rapport raisonnable de proportionnalit� entre les moyens employ�s et le but recherch� �. La Cour l'a encore r�affirm� r�cemment dans son arr�t Thlimmenos c. Gr�ce ([GC], no 34369/97, CEDH 2000-IV).
Il aurait donc fallu examiner d'abord si la requ�rante se trouvait dans une situation analogue � celle de l'ACIP. A cet �gard, nous observons� qu'il n'est pas contest� que le statut juridique de l'association requ�rante est celui d'une association cultuelle, au sens de la loi de 1905 sur la s�paration des Eglises et de l'Etat, tout comme l'ACIP. En outre, il convient de noter que l'article 10 du d�cret du 1er octobre 1980 ne d�finit aucunement ce qu'il faut entendre par � organisme religieux � et qu'il ne pr�voit aucun crit�re, tel que la repr�sentativit� dans la religion consid�r�e, pour permettre d'en juger. Il n'a pas �t� contest� non plus que l'association requ�rante dispose de lieux de pratique r�guli�re du culte ainsi que d'�tablissements d'enseignement pour rabbins ni qu'elle exerce, en pratique, un contr�le religieux sur plusieurs boucheries et points de vente de viande casher � glatt �.
Que ce mouvement soit minoritaire au sein de la communaut� isra�lite dans son ensemble ne suffit pas, en soi, � lui enlever le caract�re d'organisme religieux. Nous estimons donc qu'au vu de ses statuts et de ses activit�s, rien, � premi�re vue, ne permet de douter que la requ�rante soit un � organisme religieux �, au m�me titre que l'ACIP. Nous relevons ensuite qu'en ce qui concerne la pratique de l'abattage rituel, il n'est pas davantage contest� que la m�thode d'abattage par jugulation utilis�e par les sacrificateurs de l'ACIP et ceux de la requ�rante est strictement la m�me, la seule diff�rence r�sidant dans l'�tendue du contr�le post mortem des poumons des animaux abattus. La requ�rante se trouve donc, l� aussi, dans une situation analogue � celle de l'ACIP.
Le Gouvernement soutient enfin que la diff�rence de traitement entre l'ACIP et la requ�rante se justifie par le fait que la requ�rante exercerait en r�alit� une activit� purement commerciale, l'abattage, la certification et la vente de viande casher � glatt �, ce qui serait d�montr� par le fait que plus de la moiti� de ses revenus proviennent de la perception d'une taxe d'abattage. Le Gouvernement en d�duit que la requ�rante n'exerce pas une activit� proprement religieuse comparable � celle de l'ACIP. A cela, il est cependant facile de r�pondre que l'ACIP pr�l�ve, elle aussi, une taxe rabbinique sur l'abattage et qu'il ressort des bilans produits par les tiers intervenants que les recettes de l'ACIP proviennent, elles aussi, pour plus de la moiti�, de la perception de cette m�me taxe. Dans ces conditions, nous n'apercevons pas en quoi l'activit� de la requ�rante serait plus � commerciale � que celle exerc�e en la mati�re par l'ACIP.
Quant aux buts l�gitimes susceptibles de justifier la diff�rence de traitement, le Gouvernement a invoqu� la n�cessit� de prot�ger la sant� publique. Toutefois, il n'a pas �t� soutenu devant la Cour que les sacrificateurs employ�s par la requ�rante ne respecteraient pas tout autant que ceux de l'ACIP les r�gles d'hygi�ne impos�es par la r�glementation en mati�re de police des abattoirs, ce qui a d'ailleurs �galement �t� reconnu par les juridictions internes (paragraphe 35 de l'arr�t).
Enfin, le Gouvernement s'est r�f�r� � la faible audience de la requ�rante, qui ne regroupe qu'environ 40 000 fid�les, tous juifs ultra-orthodoxes, sur les 700 000 personnes de confession juive vivant en France. Cette repr�sentativit� ne saurait �tre compar�e � celle de l'ACIP, qui regroupe la quasi-totalit� des personnes de confession juive en France. Le refus d'agr�ment oppos� � la requ�rante serait par cons�quent n�cessaire pour la protection de l'ordre, en vue d'�viter une prolif�ration des titulaires d'agr�ments ne pr�sentant pas les m�mes garanties que l'ACIP.
Certes, nous ne saurions m�conna�tre l'int�r�t que peuvent avoir les autorit�s �tatiques � traiter avec les organisations les plus repr�sentatives d'une communaut� donn�e. Que l'Etat ait le souci de ne pas se trouver devant un nombre excessif d'interlocuteurs afin de ne pas �parpiller ses efforts et d'aboutir plus ais�ment � un r�sultat concret, que ce soit dans ses relations avec les syndicats, les partis politiques ou les confessions religieuses, ne nous semble pas ill�gitime en soi, ni disproportionn� (voir, mutatis mutandis, l'arr�t Syndicat su�dois des conducteurs de locomotives c. Su�de du 6 f�vrier 1976, s�rie A no 20, p. 17, � 46).
En l'occurrence, toutefois, le litige soumis aux autorit�s internes ne portait pas sur la repr�sentativit� de la requ�rante au sein de la communaut� juive et la requ�rante ne met nullement en cause le r�le et la fonction d'interlocuteurs privil�gi�s de l'Etat exerc�s par l'ACIP, le Consistoire central ou d'autres organismes repr�sentant les int�r�ts des communaut�s juives en France. Pour elle, il s'agissait uniquement d'obtenir un agr�ment pour la pratique de l'abattage rituel, pratique au sujet de laquelle elle se trouve en d�saccord avec l'ACIP.
Nous estimons que l'organisation de l'abattage rituel ne repr�sente que l'un des aspects des relations entre les diff�rentes Eglises et l'Etat et ne voyons pas en quoi le fait d'accorder l'agr�ment en question risquait de porter atteinte � l'ordre public. Pour ce qui est des communaut�s musulmanes vivant en France, qui pratiquent �galement l'abattage rituel mais qui sont moins bien structur�es que les communaut�s juives, il convient de relever que la requ�rante a soulign�, sans �tre contredite sur ce point par le Gouvernement, que divers agr�ments avaient �t� d�livr�s de fa�on assez lib�rale par les autorit�s, notamment aux mosqu�es de Paris, d'Evry ou de Lyon, sans qu'il soit m�me all�gu� que la d�livrance de ces agr�ments soit de nature, par le nombre de titulaires, � porter atteinte � l'ordre ou la sant� publics.
Enfin, lorsque la majorit�, au paragraphe 87, arrive � la conclusion qu'il existait en l'esp�ce un rapport raisonnable de proportionnalit� entre les moyens employ�s et le but vis�, elle se r�f�re au paragraphe 84 et � l'arr�t Manoussakis et autres c. Gr�ce (arr�t du 26 septembre 1996, Recueil des arr�ts et d�cisions 1996-IV) pour mettre en exergue la marge d'appr�ciation des Etats, particuli�rement pour ce qui est de � l'�tablissement des d�licats rapports entre les Eglises et l'Etat �.
Or, bien que nous puissions accepter l'existence d'une marge d'appr�ciation en la mati�re, nous observons que, dans l'arr�t Manoussakis et autres pr�cit�, la Cour a soulign� que pour d�terminer l'ampleur de la marge en question, elle devait tenir compte de l'enjeu, � savoir la n�cessit� de maintenir un v�ritable pluralisme religieux, inh�rent � la notion de soci�t� d�mocratique (p. 1364, � 44). Nous estimons que la m�me approche doit �tre suivie dans la pr�sente affaire.
A notre avis, le refus de d�livrer l'agr�ment � la requ�rante et l'octroi de celui-ci � la seule ACIP, � laquelle est ainsi conf�r� le droit exclusif d'habiliter des sacrificateurs rituels, est contraire au pluralisme religieux et d�montre l'absence d'une relation raisonnable de proportionnalit� entre les moyens employ�s et le but vis�.
Au vu des consid�rations qui pr�c�dent, nous sommes donc d'avis que la diff�rence de traitement entre la requ�rante et l'ACIP � octroi de l'agr�ment dans un cas, refus dans l'autre � n'avait aucune justification objective et raisonnable et qu'elle �tait disproportionn�e. Il y a donc eu violation de l'article 14 de la Convention combin� avec l'article 9.
[1]. Note du greffe : le Protocole no 11 est entr� en vigueur le 1er novembre 1998.
[2]. Note du greffe : le rapport est disponible au greffe.
[3]. Dans sa r�daction applicable au moment des faits.