Source: https://www.memoiretraumatique.org/espace-professionnels-et-interventions/prise-en-charge-des-victimes-de-violences.html?PHPSESSID=0gaukg926se5vajjfm89hr1o96
Timestamp: 2017-07-24 02:26:29+00:00
Document Index: 174422778

Matched Legal Cases: ['arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', "l'article 226", 'arrêt ']

faire cesser les violences, mettre à l'abri et en sécurité, faire appel à la loi. donner des soins immédiats : orienter vers un médecin traitant ou un service d'urgence pour que la victime reçoive les soins médicaux nécessaires, mettre en place un accompagnement médical, social, associatif et juridique qui est essentiel. Il est nécessaire que tous les acteurs de la prise en charge travaillent en réseau : médecins psychotraumatologues et victimologues, médecins généralistes, médecins spécialistes, assistantes sociales, professionnels de l'éducation nationale, les travailleurs sociaux, l'ASE, les missions locales, la justice, la PJ et les associations de juristes. Il est nécessaire que chaque acteur de la prise en charge :
connaisse les numéros d'urgence, les permanences téléphoniques nationales et locales, les associations utiles(cf. RESSOURCES ), le rôle de la police, de la gendarmerie et de la justice, des UMJ (unités médico-judiciaires), ait une connaissance minimale du droit pénal, civil et du droit du travail (lois, parcours judiciaire). ait une connaissance des aides sociales possibles et des structures dédiées, du droit de la sécurité sociale (ALD, affection de longue durée ouvrant droit à une prise en charge à 100% pour tous les soins donnés pour cette affection : les psychotraumatismes entrent dans le cadre de troubles graves de la personnalité faisant partie de la liste des ALD, article L. 322-315 du code de la sécurité sociale stipule des soins gratuits pour les victimes d'agressions sexuelles sur mineurs)‏, des possibilité d'aides en cas de handicap lié à la santé (médecine scolaire, unité psycho-pédagogique ; aménagement de la scolarité dans le cadre d'un PAI, Projet d'Accueil Individualisé, qui a pour objet de favoriser la scolarisation des enfants malades ; tiers-temps qui permet aux élèves et aux étudiants handicapés par des problèmes de santé de bénéficier lors des examens et des concours de 33 % de temps supplémentaire ; CNED,centre national d'enseignement à distance ; DAEU, diplôme d'accès aux études universitaires qui permet d'avoir un équivalent du BAC, détails sur http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid21053/le-d.a.e.u.html ; MDPH, maisons départementales des personnes handicapées permettant d'avoir droit à une allocation liée au handicap, au statut de travailleur handicapé, détails sur http://www.travail-solidarite.gouv.fr/espaces,770/handicap,775/informations-pratiques,1328/la-liste-des-maisons,1229/les-mdph-en-france,11451.html), de la réinsertion professionnelle (missions locales) et de la réinsertion sociale. donner des informations précises à la victime sur ses droits, sur les aides qu'elle peut recevoir, et lui expliquer les conséquences judiciaires des violences qu'elle a subi et les conséquences sur sa santé. Les plaquettes AGIR sont des plaquettes d'information à destination des femmes victimes de violences et de leur entourage, y compris les professionnels, elles rappellent l'ensemble des démarches et réflexes à avoir, ainsi que les contacts référencés par département. Plusieurs types de plaquette existent par département :"Agir face aux violences conjugales", "Agir face au viol et autres agressions sexuelles", "Agir face aux violences sexistes et sexuelles au travail", "Agir face aux mutilations sexuelles féminines". Ces plaquettes, ainsi que d'autres documents utiles, peuvent être obtenues auprès de la Délégation Régionale aux Droits des Femmes et à l'Egalité d'Ile-de-France, ou prochainement à télécharger sur http://www.idf.pref.gouv.fr/dema/femmes_actions.htm. On peut télécharger également la plaquette d'information médicale Si vous avez subi ou si vous subissez des violences ici. Il est essentiel d'expliquer les mécanismes psychologiques et neurobiologiques des psychotraumatiques pour que les victimes comprennent ce qui leur arrivent, puissent se déculpabiliser, et avoir une boîte à outils pour mieux se comprendre, mieux se protéger et mieux se soigner. orienter vers des centres de soins spécialisés avec des médecins formés à la psychotraumatologie (cf page ressources) Rôle des médecins traitants et des services d’urgence
faite par le médecin traitant, le médecin spécialiste, le médecin hospitalier des UMJ (Unités médico-judiciaires), entretien à faire dans de bonnes conditions avec beaucoup de tact, de précautions et de bienveillance, en expliquant à l'avance tous les examens qui seront nécessaires**(pour les enfants, démonstration sur une poupée). noter les faits, les doléances (conseiller à la victime de les écrire +++), reprendre les termes et expressions exacts de la victime. examen de tout le corps à la recherche de plaies, contusions, érosions, brulures, ecchimoses, hématomes, fractures ; faire les examens complémentaires biologiques et radiologiques nécessaires. En cas d'agression sexuelle
examen détaillé des organes génitaux, du périnée, de l'anus, de la bouche (la victime ne doit pas se laver, lui dire de garder toutes les pièces à conviction, linge, vêtements, objets souillés) à faire avec précaution, en expliquant ++, en prenant le temps ; avec les enfants être accompagné, recherche de plaies, irritations, hématomes, contusions, déchirures, prélèvements ++, schémas, photos si possible. prélèvement vaginaux, vulvaires, anaux et buccaux à la recherche de spermatozoïdes et recherche génétique. test de grossesse, dépistage MST et HIV, hépatite B et C etc. (bilan sérologique VIH 1 et 2, VDRL, TPHA, HTLV, hépatite B : Ag Hbs, Ac anti-HBc, Ac anti Hbs, hépatite C, Chlamydia, Herpès) recherche de toxiques : alcool, drogues, psychotropes prophylaxie d'une éventuelle grossesse, contraception d'urgence , prophylaxie du tétanos, vaccination hépatite B, prescription de traitements contre les MST, prophylaxie Chlamidia et syphilis ; pour le SIDA, en cas de risque de contage trithérapie avant 48 h. autres examens complémentaires (biologiques, radios, scanner, IRM…) Dans tous les cas
traitement des traumatismes physiques, désinfection des plaies, antalgiques, traitement d'une intoxication, des troubles psychotraumatiques, hospitalisation si nécessaire recherche d'état de stress aigu, de détresse, d'état de choc, d'état confusionnel, de dissociation péri-traumatique, agitation, troubles psychotiques aigus, idées suicidaires établir un certificat médico-légal de constatation de violences qui aura valeur de document pour une procédure judiciaire, le code de déontologie le rend obligatoire et un certificat d'ITT (incapacité totale de travail). délivrer un arrêt de travail si nécessaire. donner des informations ++, des adresses, et orienter. B - Consultation à distance
++ bienveillance, attention, en prenant le temps, en respectant les réactions de la victime. rechercher des séquelles physiques des violences, recherche MST, HIV, test de grossesse, transaminases penser à dépister des troubles psychotraumatiques : ESPT (état de stress post traumatique), ESPT complexe, troubles de l'humeur, troubles anxieux généralisés, addictions, troubles des conduites alimentaires et sexuelles, troubles du comportement, troubles de la personnalité donner toutes les informations nécessaires mettre en place une prise en charge en réseau à la fois médicale (suivi spécialisé, psychothérapie, demande d'ALD si nécessaire), sociale, judiciaire établir un certificat médico-légal de constatation de violences si nécessaire pour une démarche judiciaire, noter l’ITT si cela n'avait pas été fait. À chaque consultation
il est très important d'évaluer le risque couru par la victime et ses enfants du fait de la gravité des violences : ++ Y-a-t-il des armes à la maison ? La victime a-t-elle eu peur pour sa vie ? Y-a-t-il eu des menaces de mort ? Menaces avec une arme ? il est très important d'évaluer le risque couru par la victime du fait des troubles psychotraumatiques : pour sa vie : tentatives de suicide (armes ? toxiques ? +++ en parler) et conduites à risques (accidents, addictions), pour sa santé, pour sa vie sociale et professionnelle il faut mettre hors de danger : signalement administratif ou judiciaire, assistance à personne en danger, mise à l'abri (centre d'hébergement, hospitalisation, OPP) ; évaluer l'intensité des conséquences médicales, obstétricales, psychotraumatiques (consultation en urgence, hospitalisation) ; s'assurer de la capacité de la victime à s'occuper de ses enfants et à donner éventuellement des soins à un nouveau-né ou un nourrisson, pour mettre en place des aides si nécessaire. Les professionnels de la santé sont soumis au code pénal pour la non-assistance à personne en danger, et en ce qui concerne la dénonciation de crimes le secret professionnel est levé. il faut mettre en place avec la victime des stratégies défensives et de sauvegarde en cas de crise et de danger : il faut anticiper les situations de danger, comment fuir ?, comment alerter les secours ?, où aller se réfugier ?, qui prévenir ? : police, voisins, famille, amis, professionnels ; la victime doit avoir des numéros d'urgence préenregistrés 17 ; 119 ; 39 19. Il est important de faire un bilan des ressources personnelles de la victime et de tout ce qu'elle a déjà utilisé comme aides, comme secours, comme stratégies ; il faut valoriser ce qui a déjà été fait et savoir dans certaines situations dramatiques accepter le fait que tout a été fait…et que la seule chose que vous pouvez faire est d'apporter une écoute et un soutien indéfectible (ce qui est déjà énorme !!) savoir reconnaître les troubles psychotraumatiques pour orienter la victime vers une prise en charge spécialisée, même si la victime n'est pas prête à consulter un psychiatre ou un psychologue, il faut lui donner des adresses et lui dire que ses symptômes peuvent être traités efficacement, elle pourra faire la démarche ultérieurement… mettre en place une aide sociale, associative et judiciaire : assistante sociale, annuaire d'associations d'aide aux victimes : INAVEM, CFCV, CIDF, AVFT...., importance du travail en réseau quand il s’agit de violences au travail : médecin du travail, inspecteur du travail, syndicats, CHSCT (Comité d’hygiène et de sécurité et des conditions de travail), arrêt de travail, droit de retrait, changement de service. Il s’agit d’une prise en charge au long cours
il faut assurer la continuité des soins : aider à prendre des rendez-vous, à passer des appels téléphoniques, soutenir lors des démarches administratives et judiciaires. il faut aider la victime à comprendre ce qui lui arrive, à se reconnaître comme victime, à comprendre qu'il est normal d'avoir des symptômes, l'aider à retrouver sa dignité, à se déculpabiliser, à ne plus avoir honte et à pouvoir mieux lutter contre des conduites et des comportements dangereux. il faut l’aider à démonter le système agresseur pour mieux se défendre, à dénoncer les violences, à ne plus être manipulée, à être lucide, à pouvoir anticiper les agressions et à ne plus être sous emprise. Pour le professionnel qui s’engage dans ce suivi, il est essentiel de ne pas travailler seul, de se constituer un réseau de professionnels, d'échanger en cas de situations très difficiles, de se faire aider.
Le médecin ne peut refuser de l'établir, il s’agit d’une obligation civile et déontologique (articles 9 et 44 du code de déontologie médicale ; il peut-être réquisitionné pour faire un certificat initial de coups et blessures par la police ou le procureur. Même si la victime ne veut pas porter plainte il est utile de faire un certificat que l'on gardera dans le dossier et qui pourra être utilisé ultérieurement. Le certificat est un document médico-légal dont vont dépendre les éventuelles poursuites judiciaires (mais le juge reste souverain dans sa décision), il n'est pas indispensable pour porter plainte et il peut être fait à tout moment. Dans tous les cas, les violences commises par un conjoint ou ex-conjoint, concubin ou ex-concubin, partenaire ou ex-partenaire, sont un délit quelle que soit l'ITT pénale (incapacité totale de travail), supérieure ou inférieure à 8 jours. Cependant le certificat va permettre au parquet de faire une classification juridique (qualification) de gravité et d'urgence. Le certificat médical n'est pas un témoignage, il ne doit affirmer que des choses certaines, ne pas porter d'accusation (rapporter les « dires » des victimes), ne pas s'immiscer dans les affaires de famille, ne rapporter que les faits de violences et leurs conséquences. Le médecin n'est pas habilité à qualifier juridiquement la nature des violences dans un certificat de constatation de violences : ne pas parler de « harcèlement moral », ni de « harcèlement sexuel », ne pas dire que c’est un viol mais dire que la victime déclare avoir subi un viol, ou une pénétration sous la menace, la contrainte ou par surprise, décrire les faits rapportés, ce n'est pas au médecin de juger la réalité des faits. Rédaction du certificat
noter l'identité de la victime, la date et le lieu de l'établissement du certificat rapporter selon les dires de la victime (en utilisant soit le conditionnel, soit les guillemets pour noter les termes exacts utilisés « la victime rapporte : ....») : les faits commémoratifs (date, lieu, circonstances, types de violences, auteurs); les doléances ; les antécédents personnels et médicaux, uniquement ceux utiles par rapports aux faits, notamment ceux qui peuvent aggraver le préjudice subi faire la description précise et détaillée des lésions physiques(avec schémas ou photos) avec les types de lésions, leurs tailles, leurs aspects, leurs localisations +++, les examens complémentaires faire la description précise et détaillée du retentissement psychologique +++ : échelles d'évaluation, éléments cliniques négatifs si nécessaire (absence d’éléments délirants, d’état confusionnel etc.) éléments de pronostic (ex : dissociation péri-traumatique), préciser les lésions et/ou les troubles que l'on avait déjà constatés en consultation noter la compatibilité des lésions et des troubles avec les faits rapportés +++ déterminer l'ITT pénale, et si besoin émettre des réserves sur d'éventuelles complications ultérieures, noter la durée de l'arrêt de travail donné ainsi que le traitement nécessaire, avec sa durée prévisible dater et signer avec la mention « certificat fait à la demande de l'intéressé(e) et remis en main propre pour faire valoir ce que de droit », sauf pour les mineurs et les incapables majeurs, on note alors que le certificat a été remis à la personne ayant autorité (parents ou tuteur) et quand il s'agit d'une réquisition, le certificat est alors remis à la police ou au procureur. Évaluation de l’ITT
L’ITT (Incapacité totale de travail) PÉNALE pour coups et blessures sert à qualifier pénalement les faits. Elle est à ne pas confondre avec l'ITT (Incapacité temporaire totale) CIVILE qui sert à indemniser les pertes de revenus pour une victime. En cas d’ITT pénale inférieure à 8 jours les violences sont qualifiées de contravention et sont jugées par le tribunal de police. En cas d’ITT pénale supérieure à 8 jours les violences sont qualifiées de délit et sont jugées par le tribunal correctionnel. Les violences familiales et conjugales sont des délits quelle que soit la durée de l'ITT, et le caractère familial et conjugal est une circonstance aggravante (c'est valable pour les ex-conjoints, les concubins, pacsés, partenaires et les ex-concubins, ex-pacsés, ex-partenaires). Dans ce cas, pour une ITT pénale inférieure à 8 jours, la peine peut aller jusqu’à 3 ans de prison et 45000 euros d'amende ; pour une ITT pénale supérieure à 8 jours, la peine peut aller jusqu'à 5 ans de prison et 75000 euros d'amende. Le viol est un toujours un crime jugé en cour d’assises. Ses circonstances aggravantes sont nombreuses et précisées dans LA LOI. L'ITT pénale n'est pas forcément superposable à l'arrêt de travail. L'ITT n'est pas définie précisément, uniquement par jurisprudence, son évaluation est difficile : « durée pendant laquelle une victime éprouve une gêne notable dans les actes de la vie courante (manger, dormir, se laver, s'habiller, faire ses courses, se déplacer, se rendre au travail) » ; un nourrisson, un retraité peuvent avoir une ITT. L'OMS met dans les actes de la vie courante : la locomotion, les soins personnels, la communication, la vie relationnelle (présentation, relations affectives, rôle familial, rapports amicaux, relations sexuelles) , la profession, la scolarité, la planification des activités privées et professionnelles, la gestion des affaires privées et professionnelles, les occupations ménagères, les loisirs et la vie sociale, l'environnement, le fait d’assurer ses soins médicaux.
La loi du 5 mars 2007 aménage le secret professionnel pour permettre aux professionnels d'échanger entre eux les informations nécessaires à l'évaluation d'une situation, et à la mise en œuvre des actions de protection : par exception à l'article 226-13 du nouveau code pénal, les personnes soumises au secret professionnel qui mettent en oeuvre la politique de protection de l'enfance ou qui lui apportent leur concours sont autorisées à partager entre elles des informations à caractère secret « afin d'évaluer une situation individuelle, de déterminer et de mettre en oeuvre les actions de protection et d'aide dont les mineurs et leur famille peuvent bénéficier. Le partage des informations relatives à une situation individuelle est strictement limité à ce qui est nécessaire à l'accomplissement de la mission de protection de l'enfance. Le père, la mère, tout autre personne exerçant l'autorité parentale, le tuteur, l'enfant en fonction de son âge et de sa maturité sont préalablement informés, selon des modalités adaptés, sauf si cette information est contraire à l'intérêt de l'enfant » Comment faire un signalement :
Pour les enfant en danger avéré et très grave avec nécessité de protection judiciaire immédiate, le signalement est à faire auprès du procureur de la république, qui peut être saisi directement au Parquet des mineurs du TGI (Tribunal de Grande Instance) du département 24h/24 (il existe une permanence téléphonique) Pour les enfants en danger ou en risque de danger, appeler
b) la Cellule centralisée départementale de recueil de traitement et d'évaluation des informations préoccupantes : la CRIP, cf RESSOURCES. Une information préoccupante est tout élément d'information, y compris médical, susceptible de laisser craindre qu'un enfant ou une personne de moins de 18 ans se trouve en situation de danger ou de risque de danger et puisse avoir besoin d'aide ; une telle information doit faire l'objet d'une transmission à la cellule départementale pour évaluer et donner suite. La CRIP, qui est une équipe pluri-professionnelle, est une interface qui évalue la situation et renvoie des propositions d'actions et d'aide aux services compétents : signalement aux autorités judiciaires, transmission à l'Inspecteur de l'Enfance, transmission aux services départementaux locaux (sociaux, ASE, PMI). Rôle des psychiatres et psychothérapeutes spécialisés
Différentes techniques psychothérapiques peuvent être utilisées : psychothérapie dynamique, psychanalyse, thérapies systémiques, thérapies comportementales et cognitives (TCC), hypnose et EMDR, thérapies émotionnelles, thérapies corporelles, thérapie par le jeu pour les enfants, thérapies de groupe (la liste n'est pas exhaustive). Le traitement n'est pas le même quand il s'agit de violences uniques ou limitées dans le temps ou quand il s'agit de violences continues, répétées, installées dans la durée. Lors de violences uniques la thérapie peut être efficace en quelques séances, surtout si elle est mise en place rapidement après le traumatisme, en donnant des outils sur les mécanismes et en évitant qu'une mémoire traumatique et des symptômes ne s'installent. Lors de violences continues, répétées, particulièrement si elles ont eu lieu dans l'enfance (comme les incestes), il ne s'agit pas uniquement de traiter des émotions et des symptômes, il faut aider la personne à se libérer d'une personnalité traumatisée qui s'est construite autour de symptômes psychotraumatiques, et à retrouver et reconstruire sa vraie personnalité, son histoire et sa vérité, à réunifier intellect, corps et émotions, à déminer patiemment la mémoire traumatique, cela demande une thérapie spécialisée plus longue. Cadre des prises en charge psychothérapique :
La relation doit être respectueuse, bienveillante, sécurisante, sans aucun rapport de pouvoir, en face à face, avec une écoute empathique. Il ne s'agit pas de juger le patient ni de l'éduquer, mais de le croire, de l'accompagner, de le soutenir et de lui offrir des outils performants pour mieux se comprendre, pour mieux comprendre et contrôler ses réactions, ses émotions, ses comportements, mieux comprendre son histoire, la stratégie de l'auteur des violences, et se libérer. C - Traitement
Pour que le vécu traumatique des violences puisse petit à petit devenir intégrable, il faut qu'il devienne mieux représentable, mieux compréhensible ; pour cela il faut mettre des mots sur chaque situation, sur chaque comportement, sur chaque émotion, en analysant avec justesse le contexte, ses réactions, le comportement de l'agresseur. Cette analyse poussée permet au cerveau associatif et à l'hippocampe de fonctionner à nouveau, et ainsi de reprendre le contrôle des réactions de l'amygdale cérébrale, et d'encoder la mémoire traumatique émotionnelle pour la transformer en mémoire autobiographique consciente et contrôlable. Le but est de ne jamais renoncer à tout comprendre, ni à redonner du sens.
Tout symptôme, tout cauchemar, tout comportement qui n’est pas reconnu comme cohérent avec ce que l’on est fondamentalement, toute pensée, toute réaction ou sensation incongrue doivent être disséqués pour les relier à leur origine, pour les éclairer par des liens qui permettent de les mettre en perspective avec les violences subies.
Par exemple, quand il y a eu des violences sexuelles, une odeur qui donne un malaise et envie de vomir se rapporte à une odeur de l'agresseur ; une douleur qui fait paniquer se rapporte à une douleur ressentie lors de l'agression ; un bruit qui paraît intolérable et angoissant est un bruit entendu lors des violences comme un bruit de pluie s'il pleuvait, un bruit de chaudière si le viol a été commis tout à côté d'une chaudière ; une heure de la journée peut être systématiquement angoissante ou peut entraîner une prise d'alcool, des conduites boulimiques, des raptus suicidaires, des auto-mutilations s'il s'agit de l'heure de l'agression ; une sensation d’irritation, de chatouillement ou d’échauffement au niveau des organes génitaux survenant de façon totalement inadaptée dans certaines situations peut se rapporter aux attouchements subis ; des «fantasmes sexuels» violents, très dérangeants, dont on ne veut pas mais qui s’imposent dans notre tête, ne sont que des réminiscences traumatiques des viols ou des agressions sexuelles subies.
Rapidement, ce travail se fait quasi automatiquement et permet de sécuriser le terrain psychique. Lors d’un allumage de la mémoire traumatique, le cortex pourra désormais contrôler la réponse émotionnelle et apaiser la détresse sans avoir recours à une disjonction spontanée ou provoquée par des conduites dissociantes à risque. La victime devient experte en «déminage» et poursuit le travail toute seule, les conduites dissociantes (qui rechargeaient à chaque fois la mémoire traumatique) ne sont plus nécessaires et la mémoire traumatique se décharge de plus en plus. La sensation de danger permanent s'apaise et petit à petit il devient possible aux victimes de se retrouver et d'arrêter de survivre pour vivre enfin.
Il s’agit de réunir et de replacer toutes les pièces isolées qui vont permettre de reconstruire l’événement traumatique, avec cette fois un accompagnement, une chronologie retrouvée et une élaboration de grilles de lecture, de représentations, et d’interprétations qui vont être efficaces pour moduler et éteindre les réponses émotionnelles sans le recours à la disjonction et rendre ainsi inutiles les conduites d’évitement et les conduites dissociantes. La mémoire traumatique «déminée», «désamorcée» va pouvoir être intégrée dans une mémoire explicite narrative et autobiographique libérant l’espace psychique. L’arrêt des conduites dissociantes va permettre une certaine récupération neurologique(neurogénèse) et la récupération d’un sentiment de cohérence et d’unité, de «retrouvailles avec soi-même». Dans les études récentes, quand les patients vont mieux on voit sur les IRM et les tomodensitométries une augmentation du volume de l'hippocampe qui signe une repousse neuronale, les atteintes neuronales ne sont pas définitives. Il est important et souvent très utile de proposer aux victimes d’écrire
sur les événements violents, sur leurs émotions, leurs réactions, leurs symptômes, leurs rêves, ou bien de les soutenir en les incitant à continuer si elles ont déjà commencé à écrire. Des groupes de paroles dans le cadre d'associations peuvent être très utiles pour aider les victimes à s'exprimer sur leur histoire et leur vécu, en les confrontant avec ceux d'autres victimes, à se sentir moins seules, à se déculpabiliser, à trouver d'autres ressources et à échanger des savoir-faire. Toutes les activités créatives (écriture, poésie, théâtre, danse, chant, musique, dessin, peinture, sculpture, photographie, cinéma) sont aussi des aides précieuses pour s'exprimer, se comprendre, et sont à la fois des facteurs de résilience et des outils thérapeutiques. Il est essentiel d'aider le patient à retrouver une estime de soi,
à reprendre confiance dans ses compétences cognitives, dans ses capacités d'analyses, à se recréer un univers sécurisé et à faire des projets, à restaurer des liens affectifs et sociaux, à reprendre des activités de loisir et des activités sportives. Il est très important pour les enfants de leur faire découvrir ou re-découvrir des capacités créatives et cognitives, et de favoriser des liens affectifs sécurisants (adultes protecteurs, animaux de compagnie) Enfin, il est essentiel d'expliquer les mécanismes à l'oeuvre chez l'agresseur
pour permettre une meilleure compréhension de son comportement (lié à sa mémoire traumatique), de sa position perverse d'emprise (pour mieux se défendre), de nommer les agressions, de faire référence à la loi. Il est primordial de ne plus banaliser les violences, de ne plus être fataliste face à la violence subie, de savoir que l'agresseur peut renoncer à la violence et se faire traiter. Prise en charge des proches des victimes et des acteurs de la victimologie