Source: http://www.senat.fr/seances/s200210/s20021024/sc20021024015.html
Timestamp: 2019-04-19 07:26:53+00:00
Document Index: 48754896

Matched Legal Cases: ['in fine', "l'article 3", "l'article 3", "l'article 3", "l'article 3", "l'article 3"]

SEANCE DU 24 OCTOBRE 2002
M. le président. « Art. 3. - Lorsque les collectivités territoriales font application de l'article L. 1511-6 du code général des collectivités territoriales, les zones, qui incluent des lieux de vie permanents ou occasionnels ou des axes de transport prioritaires et qu'elles ont identifées comme n'étant couvertes par aucun opérateur de radiocommunications mobiles, sont couvertes en téléphonie mobile de deuxième génération, par l'un de ces opérateurs chargé d'assurer une prestation d'itinérance locale.
« Ces zones sont identifiées au terme d'une campagne de mesures menée conformément à la méthodologie définie par l'Autorité de régulation des télécommunications. Elles font l'objet d'une cartographie assortie du nombre de sites relais à financer et de leur positionnement prévisionnel, qui est transmise par les préfets de région à l'Autorité de régulation des télécommunications dans les trois mois suivant la promulgation de la présente loi.
« L'Autorité de régulation des télécommunications, après consultation des opérateurs et des collectivités territoriales, répartit entre les opérateurs les zones visées à l'alinéa précédent, dans des conditions objectives, transparentes et non discriminatoires. Elle dresse le calendrier prévisionnel de déploiement des pylônes et d'installation des équipements électroniques de radiocommunication. L'Autorité de régulation des télécommunications transmet cette répartition et ce calendrier au ministre chargé des télécommunications et au ministre en charge de l'aménagement du territoire, dans les six mois suivant la promulgation de la présente loi. L'ensemble du déploiement est achevé deux ans après la réception du calendrier prévisionnel par les ministres concernés.
« Par dérogation à la règle posée au premier alinéa, la couverture en téléphonie mobile de deuxième génération dans certaines des zones visées est assurée, si tous les opérateurs de radiocommunications mobiles en conviennent, par le partage des infrastructures destinées à supporter des réseaux de télécommunications, créées par les collectivités territoriales en application de l'article L. 1511-6 du code général des collectivités territoriales. ».
La parole est à M. le président de la commission sur l'article.
M. Gérard Larcher, président de la commission. L'article 3 constitue le coeur de cette proposition de loi à laquelle j'attache une très grande importance.
Je tiens d'ailleurs à dire, cher Daniel Raoul, que, si le CIADT de Limoges avait suscité des espoirs entre l'intention, que nous partagions, et le résultat de l'action, il y eut... un pylône. C'est pourquoi il nous a paru essentiel que le Sénat, toujours attentif à l'aménagement équilibré du territoire, se saisisse du dossier. Et je veux remercier M. Bruno Sido, qui, partant d'observations dont certaines émanaient du groupe d'études du Sénat sur les postes et télécommunications, a conduit l'élaboration de cette proposition de loi, nous y a associés et a accepté que nous l'enrichissions.
Je rends hommage à son expérience d'élu d'un département où, en fait, les zones blanches étaient bien plus étendues que ne le laissait entrevoir une analyse dont je ne dirai pas qu'elle était proposée par l'Autorité de régulation des télécommunications, mais qu'inspirait peut-être une lecture un peu préfectorale de la réalité !
C'est cela l'initiative parlementaire, et nous étions aussi dans notre rôle en aidant le Gouvernement à amener au début de l'automne les opérateurs à des dispositions favorables, et les uns et les autres à sortir enfin de leur ignorance mutuelle.
Vision de l'aménagement du territoire, mais aussi vision de l'équilibre économique : j'ai le souvenir qu'en 1996, pour l'un des opérateurs qui n'avait pas le même avis qu'aujourd'hui, je me suis battu contre la notion d'itinérance nationale non pas pour faire plaisir à tel ou tel mais parce que, si nous avions imposé en 1996 l'itinérance nationale, il n'y aurait pas eu d'investissement et nous serions retombés, madame Beaufils, dans la situation que nous avions connue.
Je rappelle que le duopôle avait eu pour résultat de faire de notre pays le dernier pays européen avec la Grèce en matière d'équipement en téléphonie mobile en 1994.
On comptait moins de 500 000 abonnés, qui généraient certes un chiffre d'affaires particulièrement intéressant ; mais qu'est-ce-que 500 000 abonnés au regard de la notion de service universel sur laquelle la réflexion s'engagera en 2004, et qui étaient ces 500 000 abonnés ? La téléphonie mobile ne concernait que les dirigeants de grandes entreprises et tous ceux qui pouvaient payer des factures élevées. De service universel, il n'y en avait point.
Aucun pays d'Europe, sinon le nôtre, n'a multiplié par quarante depuis 1996 - et le coefficient serait de quatre-vingt si l'on prenait 1994 comme année de référence - le nombre de ses abonnés au réseau mobile.
C'est donc bien que la concurrence a stimulé le marché, alors que le monopole de fait lié au duopôle l'entravait. Reconnaissons que la concurrence a eu là un effet positif !
Je n'en suis pas moins favorable à une concurrence régulée, chacun le sait. Il faut un cahier des charges et des bases de régulation. Aujourd'hui, en aidant le Gouvernement, en contribuant à ce que les opérateurs se mettent autour de la table, nous participons à la régulation. C'est notre rôle de politiques que de savoir quel aménagement du territoire nous voulons.
J'ai entendu les propos de notre collègue Paul Girod et j'y ai été sensible. Même à moins de 60 kilomètres de Paris, la naissance d'une communauté de communes me le démontre encore, il y a une formidable différence d'attractivité entre les communes qui sont équipées de l'ADSL et celles qui ne le sont pas.
Si nous « collions » l'UMTS, dont nous savons déjà que le destin est incertain - tous les pays d'Europe repoussent son horizon, ce qui n'est pas sans conséquence sur les opérateurs historiques, sur la concurrence et sur les équipementiers - nous « plomberions » son avenir.
Je prends donc rendez-vous. Dans quelques années nous aurons sans doute le même débat sur l'UMTS si nous n'anticipons pas. Nous devrons, le moment venu, reconnaître la pertinence de la troisième génération, pour qu'elle s'impose à l'ensemble du pays.
En écoutant Paul Girod, je me faisais la réflexion que, grâce à Bruno Sido, nous avons une vision trinitaire tout à fait orthodoxe du téléphone mobile. Trois en un, c'est finalement ce qui ressortira de nos débats.
J'ajoute que la présente proposition de loi s'inscrit, presque symboliquement, à une semaine de l'ouverture du débat sur la décentralisation et de l'examen du projet de loi constitutionnel qu'ont voulu le Premier ministre, le Président de la République et le Gouvernement, et c'est bien de liberté locale que nous traitons, d'autant que ce texte permettra aux collectivités locales de faire quelques économies...
M. Bernard Piras et Mme Odette Terrade. On en reparlera !
M. Gérard Larcher, président de la commission. De facto, mes chers collègues, qu'on le veuille ou non !
Monsieur Raoul, je voudrais vous rappeler que le rendez-vous est fixé à 2004 s'agissant du service universel et de son évolution. La loi l'a prévu ainsi à l'extension de la téléphonie mobile dans le cadre du service universel ne sera pas sans conséquences pour notre opérateur historique. C'en sera alors fini, si je puis dire, du monopole du service universel, puisque, par ce biais, nous ouvrirons celui-ci à la concurrence. C'est un principe dont nous avons déjà débattu.
Pardonnez-moi, madame la ministre, mes chers collègues, d'avoir été un peu long sur ce sujet essentiel. Je remercie encore une fois M. Bruno Sido d'avoir été le promoteur, à partir de son expérience territoriale, d'une avancée qui me paraît importante. (Applaudissements sur les travées du RPR et des Républicains et Indépendants, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. le président. L'amendement n° 9, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :
« Rédiger comme suit le premier alinéa de cet article :
« Lorsque les collectivités territoriales font application de l'article L. 1511-6 du code général des collectivités territoriales en matière de radiocommunication mobile de deuxième génération, les zones, incluant des centre-bourgs et des axes de transport prioritaires, qu'elles ont identifiées comme n'étant couvertes par aucun opérateur de radiocommunication mobile, sont couvertes en téléphonie mobile de deuxième génération, par l'un de ces opérateurs chargé d'assurer une prestation d'itinérance locale. »
Mme Nicole Fontaine, ministre déléguée. Cet amendement vise à préciser la définition des zones de couverture, en mentionnant explicitement les centre-bourgs et les axes de transport prioritaires.
Il s'agit d'indiquer que la couverture du territoire en téléphonie mobile doit être étendue dans les lieux de vie. Il ne s'agit pas, je le précise bien, d'exclure des communes du champ d'application de l'article. La notion de centre-bourg est d'ailleurs répertoriée par l'INSEE et couvre la grande majorité des habitants de la commune.
La rédaction que nous proposons permet de garantir que les fonds publics seront utilisés pour construire des infrastructures destinées à desservir un maximum d'habitants.
M. Bruno Sido, rapporteur. L'amendement n° 9 me semble avoir deux objets.
En premier lieu, il vise à préciser que les investissements des collectivités locales en matière d'infrastructures de télécommunications doivent concerner la téléphonie mobile de deuxième génération pour que soit valablement ouvert aux collectivités locales le droit d'obtenir des opérateurs la couverture par itinérance locale des zones à couvrir. Cette précision est bienvenue. Il n'est pas question, par exemple, qu'une collectivité ayant investi dans la fibre noire en tire le droit d'exiger l'itinérance locale en matière de téléphonie mobile de deuxième génération.
En second lieu, il tend à remplacer les expressions : « lieux de vie permanents ou occasionnels » et : « axes de transport prioritaires », héritées, comme nous l'avons indiqué, du CIADT de juillet 2001, par les expressions : « centre-bourgs » et : « axes de transport prioritaires ».
La première substitution ne pose pas de difficulté à la commission, puisqu'elle concorde avec l'esprit du texte. En effet, la proposition de loi vise non pas la couverture intégrale du territoire, mais bien celle des mairies, ce qui se rapproche de la notion de centre-bourgs que vous suggérez de retenir, madame la ministre.
Je souhaiterais par ailleurs, madame la ministre, que vous m'éclairiez sur un point de la rédaction présentée par votre amendement. Ce dernier vise les zones incluant des centre-bourgs et des axes de transport prioritaires : il est donc plus restrictif que notre rédaction, qui évoquait des zones incluant des centre-bourgs « ou » des axes de transport prioritaires. Pardonnez-moi de soulever ce point de sémantique, mais il me semble quand même important.
M. Gérard Larcher, président de la commission. Ce n'est pas que sémantique !
M. Bruno Sido, rapporteur. Si je comprends bien votre texte, vous semblez estimer que les zones à couvrir doivent inclure à la fois des centre-bourgs et des axes de transport prioritaires. Or, à mon sens, elles doivent inclure soit des centre-bourgs, soit des routes prioritaires, mais pas nécessairement les deux à la fois.
Sous ces réserves d'interprétation, la commission a émis un avis favorable sur l'amendement, mais elle aimerait entendre les explications du Gouvernement à cet égard.
M. Hilaire Flandre. Il faut sous-amender !
M. Paul Girod. Exactement !
Mme Nicole Fontaine, ministre déléguée. M. le rapporteur a parfaitement conscience que son objection ne relève pas d'une simple question de sémantique ! Il existe en effet une différence entre les deux rédactions. Il faut que les choses soient claires : nous ne souhaitons pas viser exclusivement des axes de transport, et je maintiens donc la conjonction de coordination « et ».
M. Bruno Sido, rapporteur. Je dois constater que nos appréciations divergent sur ce point. Si je reste favorable, sur le fond, à cet amendement, j'avoue que le cumul de conditions introduit par la conjonction « et » m'inquiète.
Toutefois, dans la mesure où ce texte sera sans doute prochainement examiné par l'Assemblée nationale, je propose que cette question soit discutée au cours de la navette.
M. Paul Girod. Je souhaite déposer un sous-amendement tendant à remplacer le mot : « et » par le mot : « ou ». Il est inutile que je reprenne une argumentation que M. le rapporteur a déjà développé, mais je tiens, quant à moi, qu'un débat s'instaure dès maintenant sur ce point, qui me semble trop important pour que l'on s'en remette à la navette.
M. Hilaire Flandre. Voilà !
M. le président. Je suis donc saisi d'un sous-amendement n° 13, présenté par Paul Girod, et qui est ainsi libellé :
« Dans le texte de l'amendement n° 9, remplacer le mot : "et" par le mot : "ou". »
M. Bruno Sido, rapporteur. Cette question est effectivement importante, mais je crois qu'il ne faut pas en surestimer la portée. C'est pourquoi j'ai proposé de la traiter à l'occasion de la navette.
Cela étant, je m'en remets à la sagesse de la Haute Assemblée sur le sous-amendement de M. Paul Girod, qui est d'ailleurs coauteur de la proposition de loi.
Mme Nicole Fontaine, ministre déléguée. J'étais en train d'hésiter entre m'en remettre à la sagesse du Sénat et émettre un avis défavorable, mais, par cohérence avec l'explication que j'ai donnée, je choisis la seconde option.
M. le président. Je mets aux voix le sous-amendement n° 13.
2 M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 9, modifié.
L'amendement n° 10, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :
« Rédiger comme suit la première phrase du deuxième alinéa de cet article :
« Ces zones sont déterminées après concertation régionale associant les opérateurs, en s'appuyant sur une campagne de mesures menée conformément à une méthodologie approuvée par l'Autorité de régulation des télécommunications. »
L'amendement n° 6, présenté par M. Sido, est ainsi libellé :
« Dans la première phrase du deuxième alinéa de cet article, après les mots : "campagne de mesures menée", insérer les mots : ", par les départements,". »
La parole est à Mme la ministre déléguée pour présenter l'amendement n° 10.
Mme Nicole Fontaine, ministre déléguée. L'amendement n° 10 vise à prévoir une concertation à l'échelon régional avec les opérateurs, afin de déterminer les zones d'application de l'article L. 1511-6 du code général des collectivités territoriales. Il est en effet important que les collectivités puissent s'exprimer sur la détermination des zones de couverture dès lors que celles-ci seront équipées grâce à des crédits publics.
M. le président. La parole est à M. Bruno Sido pour présenter l'amendement n° 6.
M. Bruno Sido. J'ai déposé cet amendement à titre personnel, car j'estime qu'il est important de mentionner explicitement dans le texte l'intervention des départements, qui sont un échelon moteur du dispositif : leur rôle est assurément de mener la campagne de mesures de la couverture effective.
Je signale d'ailleurs qu'une bonne moitié des départements ont déjà fait réaliser une étude par des sociétés indépendantes - mais peut-être pas selon le protocole de l'ART. Les départements sont donc déjà totalement impliqués.
M. le président. Quel est l'avis de la commission sur les amendements n°s 10 et 6 ?
M. Bruno Sido, rapporteur. L'amendement n° 10 tend à prévoir une concertation locale supplémentaire afin de déterminer les zones blanches, mais je m'interroge sur l'opportunité d'introduire une concertation régionale avec les opérateurs dans le processus de détermination des zones à couvrir.
Le dispositif adopté par la commission prévoit déjà une concertation entre les opérateurs et les collectivités locales, qui doit précéder la répartition entre les opérateurs, par l'ART, des zones à couvrir. Cependant, je ne suis pas certain qu'il faille aussi prévoir l'intervention des opérateurs dès la phase d'identification des zones.
Il faut, une fois pour toutes, tenir un langage de vérité sur les zones qui ne sont pas aujourd'hui couvertes en France. Il sera en effet difficile de prétendre qu'une zone est couverte s'il suffit d'allumer un téléphone portable pour constater qu'elle ne l'est pas. Nous devons en finir avec les estimations théoriques des opérateurs et les taux de couverture aberrants qu'avait affichés le précédent gouvernement.
Grâce à des mesures scientifiques de couverture effective sur le terrain, nous pourrons dresser une carte objective des zones blanches, répondant ainsi au besoin de transparence qui s'exprime à cet égard. Ce n'est qu'après cet « enterrement » définitif des estimations données par le précédent gouvernement qu'une concertation pourra s'ouvrir enfin en vue de déterminer les zones dans lesquelles sera déployé un réseau de téléphonie mobile.
Ces deux étapes sont distinctes, et je crois que la concertation n'a pas sa place au cours de la première d'entre elles, qui se veut objective. Adopter l'amendement du Gouvernement reviendrait à entremêler les deux étapes, ce qui ne me semble pas souhaitable.
Je sais toutefois que l'intention du Gouvernement était bienveillante à l'égard des collectivités locales. Il craint en effet que la cartographie des zones effectivement blanches ne suscite des désirs de couverture mobile dans des zones reculées, où l'on pourrait ensuite se sentir en droit d'exiger une telle couverture. Il serait alors délicat, pour les collectivités locales, d'opposer un refus à une telle demande.
Je crois, pour ma part, que nos concitoyens sont assez mûrs pour admettre qu'à l'impossible nul n'est tenu et que la couverture ne pourra être intégrale. Ils comprendront que les contraintes financières des collectivités locales amèneront celles-ci à faire des arbitrages et à déployer le réseau téléphonique mobile dans les zones qu'elles jugeront prioritaires. J'estime donc qu'il suffit de prévoir la concertation entre opérateurs et collectivités locales au stade de la répartition des zones par l'ART, qui sera un stade d'arbitrage, notamment en fonction de considérations financières.
Sensible aux mises en garde, tout à fait justifiées, du Gouvernement, mais aussi à mes arguments, la commission a donc choisi d'émettre un avis de sagesse défavorable sur l'amendement n° 10.
Par ailleurs, elle a émis un avis favorable sur l'amendement n° 6.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement sur l'amendement n° 6 ?
Mme Nicole Fontaine, ministre déléguée. Le Gouvernement est favorable à l'amendement n° 6.
En outre, j'ai bien entendu les propos de M. le rapporteur sur l'amendement n° 10. Je ne le retire pas, mais je fais confiance à la sagesse de la Haute Assemblée pour décider du sort qu'il convient de lui réserver.
M. le président. La parole est à M. Daniel Raoul pour explication de vote sur l'amendement n° 10.
M. Daniel Raoul. L'idée qui sous-tend cet amendement du Gouvernement nous semble intéressante. Toutefois, il nous paraît souhaitable qu'une telle concertation menée à l'échelon régional ne retarde pas la mise en oeuvre du processus.
Je tiens également à demander à M. le rapporteur de ne pas faire une fixation sur le précédent gouvernement : les zones blanches avaient été identifiées non par celui-ci, mais par l'ART.
M. Gérard Larcher, président de la commission. Par les préfets !
M. Daniel Raoul. Le précédent gouvernement n'était pas en cause, je vous demande de nous en donner acte !
M. Hilaire Flandre. Dont acte !
M. le président. La parole est à M. Paul Girod pour explication de vote.
M. Paul Girod. Les deux amendements sont incompatibles, donc il faut adopter l'un ou l'autre.
Cela étant dit, j'éprouve le même scrupule à l'égard des deux rédactions s'agissant de la référence à l'Autorité de régulation des télécommunications. En effet, en l'état actuel des choses, l'interprétation des textes qui émanent de cette haute instance aboutit très exactement à ce que nous ne souhaitons pas, c'est-à-dire à une définition exagérément stricte des zones blanches. Si nous allons trop loin dans cette direction, il n'y aura même pas de zones d'itinérance !
M. Bernard Piras. Très bien !
M. Paul Girod. Pour cette raison, je m'abstiendrai.
M. le président. L'amendement n° 4, présenté par M. Vial, est ainsi libellé :
« Compléter in fine la deuxième phrase du troisième alinéa de cet article par les mots : "sur la base des plans départementaux qui lui seraient soumis". »
M. Jean-Pierre Vial. Il convient de faire en sorte que le calendrier prévisionnel dressé par l'Autorité de régulation des télécommunications tienne compte des plans départementaux.
Il s'agit d'un amendement de cohérence avec la disposition relative aux diagnostics, que nous venons d'adopter.
On nous a proposé, et nous avons adopté cette mesure, l'intervention des départements à l'occasion de la mise en place des diagnostics. Le diagnostic a un sens : il permet de passer ensuite au stade opérationnel de la mise en oeuvre de la couverture. Si nous voulons effectivement permettre à l'ART de se prononcer de façon satisfaisante, il faut que celle-ci, lorsque plusieurs propositions lui sont soumises, puisse se prononcer par rapport aux plans départementaux.
C'est la raison pour laquelle je propose que l'article 3 fasse référence aux plans départementaux, bien sûr lorsqu'ils existent.
M. Bruno Sido, rapporteur. Cet amendement porte sur le troisième alinéa de l'article 3. Il vise à ce que le calendrier prévisionnel de déploiement des pylônes et antennes dressé par l'ART soit établi sur la base de plans départementaux. Il me semble que la préoccupation de M. Jean-Pierre Vial rejoint la mienne : il s'agit de confirmer la place des départements dans le dispositif.
L'amendement n° 6, que nous venons d'adopter, satisfait, me semble-t-il, la préoccupation de M. Jean-Pierre Vial. Ce matin, au vu des explications qui lui avaient été fournies, la commission avait émis un avis défavorable. Cependant, compte tenu des propos que nous venons d'entendre, je m'en remets, à titre personnel, à la sagesse de notre assemblée.
Mme Nicole Fontaine, ministre déléguée. Après avoir entendu M. Jean-Pierre Vial, je m'en remets à la sagesse du Sénat.
M. le président. L'amendement n° 11, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :
« Après la deuxième phrase du troisième alinéa de cet article, insérer une phrase ainsi rédigée :
« L'Autorité de régulation des télécommunications publie les montants des engagements financiers des opérateurs. »
Mme Nicole Fontaine, ministre déléguée. En prévoyant de rendre public le montant des contributions des opérateurs, cet amendement devrait permettre à l'Autorité de régulation des télécommunications de valider le schéma de financement de la couverture.
M. Bruno Sido, rapporteur. Le Gouvernement manifeste, par cet amendement, son souhait que l'ART publie les montants des engagements financiers respectifs des opérateurs. Cela devrait permettre à l'ART de valider le schéma de financement de la couverture, et donc de veiller à l'équité concurrentielle.
Comme ce souci est partagé par la commission, celle-ci a émis un avis favorable sur cet amendement.
M. Daniel Raoul. Je souhaite déposer un sous-amendement visant à ajouter, à la fin de la phrase proposée par l'amendement n° 11, les mots « et de l'Etat ». (Sourires. M. Bernard Piras applaudit.)
M. le président. Je suis donc saisi d'un sous-amendement n° 14, présenté par M. Raoul, et ainsi libellé :
« Compléter le texte de l'amendement n° 11 par les mots : "et de l'Etat". »
M. Bruno Sido, rapporteur. En aparté, nous avons déjà discuté longuement de ce point avec le Gouvernement. Au départ, il était prévu que l'ART publie les montants des engagements financiers des opérateurs et des collectivités. J'avais fait valoir au Gouvernement que, si on prévoyait la publication des engagements financiers des collectivités, il faudrait également prévoir la publication des montants des engagements financiers de l'Etat. C'est pourquoi nous étions convenus de viser les seuls opérateurs. En effet, l'important, c'était de préserver une situation concurrentielle.
Monsieur Raoul, vous proposez de retenir la dernière option possible, c'est-à-dire les opérateurs et l'Etat. A titre personnel, et compte tenu des discussions que nous avons eues avec Mme la ministre, j'émets un avis défavorable sur le sous-amendement n° 14.
Mme Nicole Fontaine, ministre déléguée. Cela ne vous surprendra pas, monsieur Raoul, le Gouvernement n'est pas favorable à ce sous-amendement. Cela étant dit, je vous confirme - vous m'aviez d'ailleurs interrogée sur ce point dans votre intervention liminaire - que l'Etat assumera sa part de financement. Il n'y a pas lieu de s'inquiéter à cet égard. Nous avons déjà dégagé un budget de 44 millions d'euros pour la première phase de la couverture des zones blanches.
M. le président. Je mets aux voix le sous-amendement n° 14.
M. le président. La parole est à M. Paul Girod pour explication de vote sur l'article 3.
M. Paul Girod. Quoique signataire de la proposition de loi, j'hésite à voter l'article 3 dans sa rédaction actuelle, compte tenu des références qu'il contient à propos de l'ART. Cela ne change en rien mon engagement auprès de la commission et de M. le rapporteur en faveur de l'itinérance locale. Cependant, le passé me conduit à être prudent. Aussi, je m'abstiendrai lors du vote sur cet article.
M. le président. La parole est à Mme Marie-France Beaufils pour explication de vote.
Mme Marie-France Beaufils. Comme M. GérardLarcher l'a dit tout à l'heure, il s'agit d'un article important. Même s'il a été amendé s'agissant des zones de couverture, cet article nous semble toujours insuffisant.
M. le président de la commission des affaires économiques a déclaré que la concurrence avait stimulé l'implantation et la place du téléphone mobile dans le paysage de notre pays. Si l'on n'a pas été plus vite malgré le pôle public que nous avions à notre disposition auparavant, c'est aussi parce que l'Etat n'a pas vraiment joué le rôle qui aurait dû être le sien pour impulser une autre politique de télécommunications avec l'entreprise publique, et je ne peux que le regretter. Ce n'est donc pas parce que le pôle public était un frein à ce développement. C'est parce que l'on n'a pas exigé de lui ce que l'Etat doit exiger des pôles publics qui sont à sa disposition.
A nos yeux, cet article est très insuffisant pour permettre d'assurer véritablement la couverture des zones blanches. Nous ne le voterons donc pas.
M. Gérard Larcher, président de la commission. Je voudrais apporter une précision eu égard à l'interrogation de M. Paul Girod.
Sur le fond, il n'y a rien de changé quant à la place et au rôle de l'Autorité de régulation des télécommunications. Les développements que nous avons faits pourraient sans doute induire en erreur sur ce sujet. En fait, l'ART, c'est le socle sur lequel nous pouvons nous appuyer pour accélérer l'itinérance locale.
Par ailleurs, je peux porter témoignage de l'audition devant notre commission de l'Autorité de régulation des télécommunications mais aussi des entretiens récents que nous avons eus avec celle-ci. Le président de l'Autorité de régulation des télécommunications, quand il est venu présenter son rapport annuel à M. le président du Sénat, s'est déclaré favorable à l'itinérance locale, et je peux vous dire qu'il a été un des cocatalyseurs de l'évolution actuelle. Par conséquent, la crainte qui ressortait des propos de mon collègue et ami M. Paul Girod n'est pas fondée.
M. Paul Girod. Dans ces conditions, je me rends aux arguments de M. le président de la commission !
M. le président. Monsieur le président de la commission, je vous félicite, vous avez réussi à convaincre M. Paul Girod ! (Rires.)
M. Gérard Larcher, président de la commission. Cette journée est à marquer d'une pierre blanche ! (Sourires.)
M. le président. La parole est à M. Daniel Raoul pour explication de vote.
M. Daniel Raoul. La définition, même sous-amendée, ne nous satisfait pas. On ne vise plus les sites occasionnels, et donc les sites touristiques. Aussi, nous nous abstiendrons.
M. le président. La parole est à M. Jean-Pierre Vial pour explication de vote.
M. Jean-Pierre Vial. Un de mes deux arguments ne vaut plus puisque M. Paul Girod s'est rangé aux arguments du président de la commission des affaires économiques.
En ce qui concerne l'ART, pour avoir pratiqué le dispositif sur le terrain, nous sommes en quelque sorte passés à la lumière depuis le diagnostic qui avait été fait sur les propositions des préfets. On se demandait d'ailleurs sur quoi les préfets pouvaient bien se fonder pour nourrir la réflexion du Gouvernement. En effet, les préfets interrogeaient les maires qui, eux-mêmes, avaient bien des difficultés pour les informer.
L'ART propose aux collectivités un cahier des charges qui comporte une méthode et qui les rassure. En effet, celles-ci peuvent solliciter des opérateurs pour établir des diagnostics à partir d'un cahier des charges qui comprend un certain nombre de critères permettant de connaître véritablement la zone blanche et la qualité de celle-ci. On ne peut que se féliciter de ce dispositif, d'autant qu'il a été précisé que les diagnostics seront établis à l'échelon départemental.
En ce qui concerne la mise en oeuvre, l'article qui nous est soumis nous donnera un véritable outil. A ce sujet, je me félicite du fait que le Sénat ait soutenu l'amendement que je lui ai proposé. Tout à l'heure, Mme la ministre a été notamment interrogée sur la définition de la zone centre-bourg.
Je regrette de devoir dire que les indications dont nous disposons aujourd'hui ne reposent sur aucun critère. Finalement, ce sont les plans régionaux ou départementaux qui fourniront des indications fiables à l'ART, lorqu'elle devra se prononcer, étant entendu que, très souvent, les régions se rapprochent des départements, et là on en revient au principe de la proximité. La région Rhône-Alpes, par exemple, a adopté un dispositif visant à aider le haut débit et la couverturte des zones d'ombre. La région distingue les zones d'intérêt régional et les zones d'intérêt non régional, où s'expriment des intérêts locaux ou départementaux. Cela signifie que, si les départements ne qualifient pas eux-mêmes les plans, nous rencontrerons de très grandes difficultés.
Certes, le dispositif aurait encore pu être amélioré, mais l'article 3 tel qu'il nous est proposé constitue l'outil qui permettra aux collectivités d'arrêter des plans, de les soumettre à l'ART, pour que l'on puisse, après les diagnostics, mettre en oeuvre la couverture des zones blanches.
M. Bruno Sido, rapporteur. Je voudrais revenir sur plusieurs points.
Le premier concerne l'ART et l'itinérance locale. Ayant eu l'occasion de nouer des contacts avec l'ART, je peux vous confirmer qu'elle est favorable à l'itinérance locale, et que cela ne pose aucun problème. Lorsque l'ART affectera les zones blanches aux opérateurs, il n'y aura pas de problème. Je comprends bien que l'on puisse avoir des craintes compte tenu de ce qui s'est passé entre le CIADT de Limoges et aujourd'hui.
M. Paul Girod. C'est le problème !
M. Bruno Sido, rapporteur. D'ailleurs, je ne reproche rien à personne, car le dispositif n'était pas bon. Puisqu'il n'y a eu qu'un pylône, chacun considére qu'il faut circonscrire au maximum le sujet. J'ai confiance car, aujourd'hui, le Gouvernement écoute la France d'en bas. (M. Daniel Raoul s'exclame.) Il sait que l'itinérance locale est nécessaire. Si nous ne l'obtenons pas aujourd'hui, le dispositif qui sera adopté dans l'avenir sera encore plus coercitif et plus grave, éventuellement pour les opérateurs.
Je voudrais par ailleurs rassurer M. Raoul. Il a cru que je critiquais le gouvernement précédent et le CIADT de Limoges. Or, il n'en est rien. Mais il faut bien dire qu'entre le CIADT de Limoges et aujourd'hui, il y a une nouvelle donne. Le troisième opérateur est en effet entré dans le jeu. Tant qu'il n'y avait que deux opérateurs, l'itinérance locale ne pouvait pas se réaliser. En l'occurrence, je ne fais pas une critique ; c'est une simple constatation. A vrai dire, cette proposition de loi arrive à point nommé et je n'en suis, avec mes quatre collègues, que le promoteur. N'importe qui aurait fait comme moi, à partir du moment où le troisième opérateur était entré dans le circuit de l'UMTS.
Enfin, je voudrais revenir sur le problème des centres-bourgs.
Croyez bien que je me suis interrogé, comme vous tous, sur cette notion. Dans cette affaire - et j'en remercie Mme la ministre - j'ai eu l'assurance que le Gouvernement était de bonne foi. Il est de bonne foi parce qu'il veut avancer. J'en veux pour preuve le protocole que le Gouvernement a réussi à faire accepter par les trois opérateurs avant que la proposition de loi n'arrive en discussion, même si celle-ci a sans doute permis de faire avancer les choses.
Au demeurant, j'ai la faiblesse de croire que le protocole est insuffisant et que, grâce à notre proposition de loi, avec les mêmes fonds, le territoire sera bien mieux couvert, en particulier les centre-bourgs.
Me fondant sur l'évidente bonne foi du Gouvernement, j'espère avoir levé les préventions des uns et des autres sur cet article 3.
M. Gérard Larcher, président de la commission. Bravo, monsieur le rapporteur !
M. le président. Je mets aux voix l'article n° 3, modifié.