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Timestamp: 2017-09-25 04:15:57+00:00
Document Index: 255429533

Matched Legal Cases: ['§ 2', '§1', '§3', '§2', '§3', '§3', '§3']

Instruction "Erga migrantes caritas Christi" / Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en Déplacement / Nos documents / Commission pour migration
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Saint-Père | 03.05.2004
Instruction "Erga migrantes caritas Christi"
LE PH ÉNOMÈNE MIGRATOIRE AUJOURD'HUI
SIGNE DES TEMPS ET SOLLICITUDE DE L' ÉGLISE
UNIVERSALIT É DE LA MISSION
2. Les migrations favorisent cependant la connaissance réciproque. Elles constituent des occasions de dialogue et de communion, ainsi que d’intégration à différents niveaux comme l’a souligné de manière emblématique le Pape Jean-Paul II dans son message pour la Journée Mondiale de la Paix en 2001: «Nombreuses sont les civilisations qui se sont développées et enrichies précisément grâce aux apports venant de l'immigration. Dans d'autres cas, les diversités culturelles des autochtones et des immigrés n'ont pas été intégrées, mais elles ont montré leur capacité de cohabiter, à travers une pratique de respect réciproque des personnes, et d'acceptation ou de tolérance des mœurs différentes» [1].
Nous ne pouvons donc pas passer ici sous silence la réponse généreuse donnée par des hommes et des femmes, des Associations et des Organisations qui, devant la souffrance de tant de personnes provoquée par l’émigration, luttent pour les droits des migrants, forcés ou non, et pour leur défense. Cet engagement est un fruit tout spécial de la compassion de Jésus, bon Samaritain, que l'Esprit Saint suscite partout dans le cœur des hommes de bonne volonté, et particulièrement dans l’Église, qui «revit une fois encore le mystère de son Divin Fondateur, mystère de vie et de mort» [2]. La mission d’annoncer la Parole de Dieu, confiée par le Seigneur à l’Église, est en effet intimement lié, depuis le début, avec l’histoire de l’émigration des chrétiens.
4. Le phénomène migratoire, toujours plus étendu, constitue aujourd’hui un élément important de l’interdépendance croissante entre les États-Nations, qui contribue à caractériser la mondialisation [3]. Cette dernière a cependant ouvert les marchés mais non les frontières; elle a abattu ces dernières en vue de la libre circulation de l’information et des capitaux, mais pas dans la même mesure celles de la libre circulation des personnes. Aucun État n’échappe en tout cas aux conséquences des migrations sous une forme ou sous une autre, qui sont souvent associées à des facteurs négatifs, tels que le changement démographique dans les pays de première industrialisation, l’augmentation des inégalités Nord-Sud, l’existence dans les échanges internationaux de barrières protectionnistes ne permettant pas aux pays émergents de placer leurs produits à des conditions compétitives sur les marchés des pays occidentaux, et enfin la prolifération de conflits et de guerres civiles. Toutes ces réalités continueront à être encore dans les années à venir autant de facteurs d’accélération et d’expansion des flux migratoires (cf. EEu 87, 115, et PaG 67), même si l’irruption du terrorisme sur la scène internationale peut donner lieu à des réactions qui, pour des raisons de sécurité, entraveront les flux des migrants, qui rêvent de trouver travail et sécurité, dans les pays dits de bien-être, qui pour leur part ont besoin de main-d’œuvre.
6. À cet égard, la Convention internationale pour la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille – entrée en vigueur le premier juillet 2003 et dont la ratification a été vivement recommandée par Jean-Paul II [4] – offre un résumé des droits [5] qui permettent aux migrants d’apporter une telle contribution. C’est pourquoi elle mérite tout particulièrement l’adhésion des États qui tirent le plus de bénéfice des migrations elles-mêmes. Dans cette optique, l’Église encourage la ratification des instruments juridiques internationaux qui garantissent les droits des migrants, des réfugiés et de leurs familles, fournissant aussi, à travers ses différentes Institutions et Associations compétentes, l’«advocacy», plus que jamais nécessaire aujourd’hui (centres d’écoute des migrants, foyers, bureaux de service social, de documentation et de régularisation, etc.). Les migrants sont en effet bien souvent victimes d’embauche illégale et de contrats à court terme avec des conditions misérables de travail et de vie, d’abus physiques, verbaux et même sexuels. Ils doivent travailler pendant de longues heures souvent sans pouvoir bénéficier des soins de santé et des protections sociales normales.
Mais cette situation précaire de tant d’étrangers, qui devrait attirer la solidarité de tous, provoque au contraire des peurs et des craintes chez beaucoup de personnes, qui perçoivent les immigrés comme un poids, qui les regardent avec méfiance et qui les considèrent même comme un danger ou une menace. Cette attitude entraîne souvent des manifestations d’intolérance, de xénophobie et de racisme [6].
9. Les migrations actuelles mettent par ailleurs les chrétiens face à de nouvelles tâches d’évangélisation et de solidarité. Elles les appellent à approfondir les valeurs – parfois partagées par d’autres groupes religieux ou laïcs – absolument indispensables pour une convivialité harmonieuse. Le passage de sociétés mono-culturelles à des sociétés multiculturelles peut ainsi devenir un signe de la présence vivante de Dieu dans l’histoire et dans la communauté des hommes, car il donne une chance providentielle de réaliser le plan divin d’une communion universelle. Le nouveau contexte historique est caractérisé en réalité par le fait qu’autrui se présente sous de multiples visages et, à la différence d’autrefois, la diversité devient chose commune dans de nombreux pays. Les chrétiens sont par conséquent appelés à prôner et à mettre en œuvre, non seulement un esprit de tolérance – qui est un acquis majeur non seulement du domaine religieux mais aussi du domaine politique et culturel – mais également le respect de l’identité d’autrui, en amorçant, partout où cela est possible et opportun, des démarches d’échanges avec des personnes d’origine et de culture différentes, en vue aussi d’une «annonce respectueuse» de leur foi. Nous sommes donc tous conviés à une culture de la solidarité [7], si souvent souhaitée par le Magistère, afin de parvenir ensemble à une communion des personnes vraie et authentique. C’est ce chemin, il est vrai difficile, que l’Église invite à parcourir.
15. Plus encore que prochain, le chrétien contemple dans l’étranger le visage même du Christ, né dans une mangeoire, et qui, en tant qu’étranger, a fui en Égypte, assumant et récapitulant en lui l’expérience fondamentale de son peuple (cf. Mt 2,13ss). Né hors de chez lui et arrivant d’en dehors de sa Patrie (cf. Lc 2, 4-7), «il a habité parmi nous» (Jn 1,11.14) et il a mené sa vie publique de manière itinérante, parcourant «villes et villages» (cf. Lc, 13,22 ; Mt 9,35). Ressuscité, et pourtant encore étranger, inconnu, il apparaît sur le chemin d’Emmaüs à deux de ses disciples qui le reconnurent seulement à la fraction du pain (cf. Lc 24,35). Les chrétiens suivent donc un vagabond qui n’a pas où reposer la tête (Mt 8,20 ; Lc 9,58) » [8].
Marie aussi, la Mère de Jésus, peut dans la même optique être également contemplée en tant que vivante icône de la femme migrante [9]. Elle donne le jour à son fils loin de chez elle (cf. Lc 2,1-7) et elle se voit dans l’obligation de fuir en Égypte (cf. Mt 2,13-14). La dévotion populaire considère donc à juste titre Marie comme Notre-Dame de la route.
Suivre le Christ signifie d’autre part marcher derrière Lui et se considérer comme de passage dans ce monde, car «nous n’avons pas ici-bas de cité permanente» (He 13,14). Le croyant est toujours un pároikos, un résident temporaire, un hôte, où qu’il se trouve (cf. 1 P 1,1 ; 2,11 ; Jn 17,14-16). C’est pourquoi leur place géographique dans le monde n’est pas de ce fait très important pour les chrétiens [10] et le sens de l’hospitalité leur est naturel. Les Apôtres insistent sur ce point (cf. Rm 12,13 ; He 13,2 ; 1 P 4,9 ; 3 Jn 5) et les lettres pastorales le recommandent particulièrement à l’episkopos (cf 1 Tm 3,2, et Tt 1,8). Dans l’Église primitive, les chrétiens répondirent par la pratique de l’hospitalité aux sollicitations de missionnaires itinérants, de chefs religieux en exil ou de passage, et de pauvres de différentes communautés [11].
17. Les étrangers sont par ailleurs le signe visible et le rappel efficace de l’universalisme constitutif de l’Église catholique. Une «vision» d’Isaïe l’annonçait : «Il arrivera dans la suite des temps que la montagne de la maison du Seigneur sera établie en tête des montagnes … alors toutes les nations afflueront vers elle» (Is 2,2). Dans l’Évangile, Jésus lui-même le prédit : «Et l’on viendra du levant au couchant, du nord et du midi prendre place au festin dans le Royaume de Dieu» (Lc 13,29). Dans l’Apocalypse on contemple «une foule immense … de toute nation, race, peuple et langue» (Ap 7,9). L’Église est désormais sur le chemin escarpé qui conduit à ce but ultime [12] et, de cette multitude, les migrations peuvent être comme un rappel et une préfiguration de la rencontre finale de toute l’humanité avec Dieu et en Dieu.
19. Le phénomène migratoire du siècle dernier constitua un défi pour la pastorale de l’Église, organisée en paroisses territoriales stables. Si précédemment le Clergé avait l’habitude d’accompagner les groupes colonisant de nouvelles terres, pour continuer à exercer auprès d’eux son ministère pastoral, dès la moitié du XIXe siècle, la charge de l’assistance aux migrants est souvent revenue à des Congrégations religieuses [13]. En 1914, fut ensuite élaborée une première définition du Clergé chargé de cette assistance grâce au décret Ethnografica studia [14], qui soulignait la responsabilité de l’Église autochtone dans l’assistance aux migrants et qui suggérait une préparation spécifique – linguistique, culturelle et pastorale – du Clergé local. Le Décret Magni semper de 1918 [15], faisant suite à la promulgation du Code de Droit canonique, confiait à la Congrégation consistoriale les procédures donnant les autorisations pour le Clergé chargé des migrants.
20. La nécessité d’un document reprenant l’héritage des organisations et des dispositions précédentes, et orientant vers une pastorale organique se faisait désormais sentir. La Constitution apostolique Exsul Familia, publiée par Pie XII le 1er août 1952 [16] et considérée comme la magna charta de la pensée de l’Église sur les migrations, répondit à cette attente. C’est le premier document officiel du Saint-Siège qui définit d’une manière globale et systématique, d’un point de vue historique et canonique, la pastorale des migrants. Dans cette Constitution, à une large analyse historique, fait suite une partie proprement normative très structurée. Y est affirmée la responsabilité fondamentale de l’Évêque diocésain local dans le soin pastoral aux migrants, même si l’organisation à ce sujet restait toujours de la compétence de la Congrégation Consistoriale.
21. Le Concile Vatican II a par la suite élaboré d’importantes lignes directrices sur une telle pastorale spécifique, invitant surtout les chrétiens à connaître le phénomène migratoire (cf. GS 65 et 66) et à prendre conscience de l’incidence de l’émigration sur la vie. Y sont rappelés le droit d’émigrer (cf. GS 65) [17], la dignité de l’émigré (cf. GS 66), la nécessité de dépasser les inégalités liées au développement socio-économique (cf. GS 63) et de répondre aux exigences réelles de la personne (cf. GS 84). Le Concile reconnaît par ailleurs aux Autorités civiles, dans un contexte précis, le droit de réguler le flux migratoire (cf. GS 87).
Le peuple de Dieu – selon le texte conciliaire – doit contribuer généreusement à résoudre le problème de l’émigration et les laïcs chrétiens sont particulièrement invités à étendre leur collaboration aux secteurs les plus divers de la société (cf. AA 10), se faisant pareillement le «prochain» de l’émigré (cf. GS 27). Les Pères conciliaires réservent une mention spéciale à ceux qui «en raison de leur situation ne peuvent bénéficier suffisamment du ministère pastoral commun et ordinaire des curés, ou qui en sont totalement privés, comme c’est le cas pour la plupart des migrants, des exilés, des réfugiés, des marins et des aviateurs, des nomades et autres catégories semblables. Des méthodes pastorales appropriées – demandent-ils encore – seront mises en œuvre pour soutenir la vie spirituelle de ceux qui, pour des motifs de détente, se rendent pour un temps dans d’autres régions. Les Conférences épiscopales, surtout nationales – soulignent enfin les Pères conciliaires – étudieront soigneusement les questions les plus urgentes qui ont trait aux catégories susdites et, par des moyens et des institutions appropriés, elles chercheront, avec une volonté concordante et en unissant leurs forces, à assurer et à développer cette prise en charge spirituelle, en tenant compte avant tout des normes établies ou à établir par le Siège Apostolique, tout en les adaptant de façon convenable aux conditions de temps, de lieux et de personnes» [18].
L’accueil de l’étranger, qui caractérise l’Église naissante, reste donc le sceau permanent de l’Église de Dieu. Elle demeure pour ainsi dire vouée à une vocation à l’exil, à la diaspora, à la dispersion au milieu des cultures et des ethnies, sans jamais s’identifier complètement à aucune d’entre elles, sans quoi elle cesserait d’être justement prémices et signe, ferment et prophétie du Règne universel et communauté accueillante à tout être humain, sans préférence de personnes et de peuples. L’accueil de l’étranger est donc inhérent à la nature même de l’Église et témoigne de sa fidélité à l’Évangile [19].
23. Pour poursuivre et mettre en pratique l’enseignement conciliaire, le pape Paul VI en 1969 promulga le Motu proprio Pastoralis migratorum cura [20], auquel s’ajouta l’Instruction De pastorali migratorum cura [21]. En 1978, la Commission pontificale pour la Pastorale des Migrations et du Tourisme – Organisme alors chargé de la pastorale des migrants – adressa une lettre circulaire aux Conférences épiscopales Église et mobilité humaine [22], mettant à jour, à l’époque, la question du phénomène migratoire, et donnant une interprétation et une application pastorale précises. Ce document développa le thème de l’accueil des migrants par l’Église locale et il souligna la nécessité d’une collaboration intra-ecclésiale en vue d’une pastorale sans frontières. Enfin, il reconnut et mit en valeur le rôle spécifique des Laïcs, des Religieux et des Religieuses.
Le nouveau Code prévoit par ailleurs, conformément à la perspective conciliaire (cf. PO 10 et AG 20, note 4 et 27, note 28), la création d’autres structures pastorales spécifiques prévues par la législation et la pratique de l’Église [23].
25. Puisque dans la mobilité humaine les fidèles des Eglises orientales catholiques d’Asie et du Moyen-Orient, d’Europe centrale et orientale, se dirigent en grand nombre vers les pays occidentaux, le problème de leur soin pastoral, toujours dans le cadre de la responsabilité décisive de l’Ordinaire du lieu d’accueil, se pose de manière évidente. On doit donc considérer de façon urgente les conséquences pastorales et juridiques de leur présence, toujours plus forte, en dehors de leurs territoires traditionnels, et des contacts qui se tissent à différents niveaux, officiels ou privés, individuels ou collectifs, entre communautés et entre individus. Les règles relatives spécifiques, qui permettent à l’Église de respirer déjà, en un sens, avec ses deux poumons [24], figurent dans le CCEO [25].
27. En plus des normes canoniques, avec une lecture attentive des Documents et des dispositions de l’Église émis jusqu’à ce jour sur le phénomène migratoire, on peut dégager quelques acquis théologiques et pastoraux importants, à savoir: le caractère central de la personne ; la défense des droits de l’homme et de la femme émigrés ainsi que de leurs enfants; la dimension ecclésiale et missionnaire des migrations ; la revalorisation de l’apostolat des laïcs, la valeur des cultures dans l’action d’évangélisation ; la protection et la mise en valeur des minorités, y compris au sein de l’Église ; l’importance du dialogue ecclésial ad intra et ad extra ; l’apport spécifique de l’émigration pour la paix universel. Ces documents soulignent par ailleurs la dimension pastorale de l’engagement en faveur des migrants. Tous en effet doivent trouver dans l’Église «leur Patrie» [26]: elle est le mystère de Dieu parmi les hommes, mystère de l’amour manifesté par le Fils unique, spécialement dans sa mort et dans sa résurrection, afin que tous les hommes «aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance» (Jn 10,10), que tous trouvent la force de surmonter toutes les divisions et qu’ils fassent de leurs différences, une source non pas de rupture mais de communion, par l’accueil d’autrui dans sa légitime diversité.
28. Dans l’Église, est par ailleurs remis en valeur le rôle des Instituts de vie consacrée et des Sociétés de vie apostolique dans leurs apports spécifiques à la pastorale des migrants [27]. À cet égard, la responsabilité des Évêques diocésains ou éparchiaux est réaffirmée sans équivoque et ce, aussi bien pour l’Église de départ que pour celle qui accueille. Les Conférences épiscopales des différents pays et les structures correspondantes des Églises orientales sont donc engagées dans cette responsabilité. La pastorale des migrants comprend l’accueil, le respect, la protection, la promotion et l’amour authentique de toute personne, dans ses expressions religieuses et culturelles.
29. Dans la lignée de l’homme, route de l’Église [28], les plus récentes interventions pontificales ont réaffirmé et élargi l’horizon et les perspectives pastorales liés au phénomène migratoire. Depuis le pontificat du Pape Paul VI, et ensuite de celui de Jean-Paul II, en particulier dans ses messages à l’occasion de la Journée mondiale pour les Migrants et les Réfugiés [29], sont réaffirmés les droits fondamentaux de la personne, notamment le droit d’émigrer pour mieux mettre en œuvre ses capacités, ses aspirations et ses projets [30] (sans présumer cependant du droit de chaque pays à gérer une politique migratoire qui corresponde au bien commun), ainsi que le droit à ne pas émigrer et d’être de ce fait en mesure de mettre en œuvre ses droits et ses besoins légitimes dans son pays d’origine [31].
Le Magistère a toujours dénoncé les déséquilibres socio-économiques, qui sont par-dessus tout des facteurs de migrations, les risques d’une mondialisation sans règles, où les émigrés sont davantage les victimes que les protagonistes de leurs démarches migratoires, et le grave problème de l’immigration illégale, surtout quand l’émigré devient objet de trafic et d’exploitation de la part de bandes criminelles [32].
30. Le Magistère a aussi réaffirmé le besoin d’une politique qui garantisse le respect du droit de tous les migrants, «en évitant scrupuleusement d’éventuelles discriminations» [33], mettant en relief une vaste série de valeurs et de comportements (hospitalité, solidarité, partage) et la nécessité, pour ceux qui les reçoivent, de rejeter tout sentiment et toute manifestation de racisme ou de xénophobie [34]. Une grande attention est accordée, dans le cadre législatif comme dans la pratique administrative des différents pays, à l’unité de la famille et à la protection des mineurs, souvent mise à mal par les migrations [35], ainsi qu’à la formation de sociétés multiculturelles issues des migrations.
L’idée de départ s’enracine dans le mémoire Pro emigratis catholicis du Bienheureux Jean-Baptiste Scalabrini, qui, conscient des difficultés posées, à l’étranger, par les différents nationalismes européens, proposa au Saint-Siège d’instituer une Congrégation (ou Commission) pontificale pour tous les émigrés catholiques. Le but de cette Congrégation, composée de représentants de différents pays, devait être «l’assistance spirituelle des émigrés, selon les différentes contingences et les fluctuations diverses du phénomène, en particulier dans les Amériques, et, ainsi, préserver dans leur cœur la foi catholique» [36].
Cette intuition fut réalisée de manière progressive. En 1912, après la réforme de la Curie romaine par Saint Pie X, fut créé le premier Bureau pour les problèmes des migrations, au sein de la Congrégation Consistoriale, et, en 1970, le Pape Paul VI institua la Commission pontificale pour la pastorale des migrations et du tourisme qui, en 1988, avec la Constitution apostolique Pastor Bonus, devait devenir le Conseil Pontifical pour la pastorale des Migrants et des Personnes en déplacement. Il lui fut confié la charge de ceux qui «ont été contraints de quitter leur patrie ou qui n’en ont pas» : réfugiés et exilés, migrants, nomades, gens du cirque, marins, soit en mer soit dans les ports, tous ceux qui se trouvent en dehors de leur domicile ou qui travaillent dans les aéroports et dans les avions [37].
33. Parmi les principales Organisations catholiques consacrées à l’assistance des migrants et des réfugiés, nous ne pouvons pas ne pas mentionner la création en 1951 de la Commission Catholique Internationale pour les Migrations. Le soutien qu’au cours de ces cinquante années, la Commission a apporté dans un esprit chrétien, aux Gouvernements et aux Organismes internationaux, et son apport original dans la recherche de solutions durables pour les migrants et les réfugiés du monde entier constituent ses grands mérites. Le service que la Commission a rendu et continue de rendre «est lié par une double fidélité : au Christ … et à l’Église » – comme l’a affirmé Jean-Paul II [38]. Son action «a représenté un point très fructueux de coopération œcuménique et interreligieuse» [39].
L’«inculturation» commence avec l’écoute, la connaissance de ceux auxquels on annonce l’Évangile. Cette écoute et cette connaissance conduisent à une évaluation plus juste des valeurs et des travers présents dans les cultures, à la lumière du mystère pascal de mort et de vie. Ici, la tolérance ne suffit pas; il faut la sympathie, et dans la mesure du possible le respect de l’identité culturelle des interlocuteurs. Reconnaître les aspects positifs des cultures et les apprécier, parce qu’ils prédisposent à l’accueil de l’Évangile, est un préambule nécessaire au succès de l’annonce évangélique. C’est uniquement dans ces conditions que peuvent naître dialogue, compréhension et confiance. L’attention à l’Évangile devient ainsi une attention aux personnes, à leur dignité et à leur liberté. Un effort de fraternité, de solidarité, de service et de justice est nécessaire pour promouvoir chacun dans son intégrité. En effet, l’amour de Dieu, tout en donnant la vérité à l’homme et en lui montrant sa vocation sublime, promeut également sa dignité et fait naître la communauté autour d’une annonce écoutée et intériorisée, célébrée et vécue [40].
- En tant que communion, elle donne de la valeur aux particularités légitimes des communautés catholiques, qu’elle associe avec l’universalité. L’unité de la Pentecôte n’abolit pas en effet les diverses langues et cultures, mais elle les reconnaît dans leur identité, les ouvrant aussi à l’altérité à travers l’amour universel qui agit en elles. L’unique Église catholique est ainsi constituée par et dans les Églises particulières, tout comme les Églises particulières sont constituées dans et par l’Église universelle (cf. LG 13) [41].
Une telle pastorale spécifique s’inscrit dans le contexte du phénomène migratoire qui, mettant en contact des gens de différentes nationalités, ethnies et religions, contribue à rendre visible l’authentique visage de l’Église (cf. GS 92) et souligne la valeur œcuménique ainsi que celle du dialogue et de la mission [42]. C’est aussi par elles, en effet, que se réalisera au milieu des nations le dessein salvifique de Dieu (cf. Ac 11, 19-21) [43]. C’est pourquoi il est nécessaire de faire grandir la vie chrétienne des migrants et de la mener à maturité à travers un apostolat «évangélisateur» et «catéchétique» (cf. CD 13-14 et DPMC 4).
Cette entreprise de dialogue et de mission est le fait de tous les membres du Corps mystique; aussi les migrants eux-mêmes doivent-ils l’accomplir dans la triple fonction du Christ, Prêtre, Prophète et Roi. Il faudra donc construire et faire grandir l’Église en eux et avec eux, pour redécouvrir ensemble et pour faire connaître les valeurs chrétiennes et pour former une authentique communauté sacramentelle de foi, de culte, de charité [44] et d’espérance.
La situation particulière dans laquelle se trouvent les aumôniers/missionnaires, ainsi que les Agents pastoraux laïcs, en relation avec l’Ordinaire et avec le Clergé local, exige de leur part une conscience vive d’avoir à exercer leur ministère en étroite collaboration avec l’Évêque diocésain ou éparchial, et avec son Clergé (cf. CD 28-29, AA 10 et PO 7). La difficulté et la nécessité d’atteindre certains de ces objectifs, sur les plans communautaire et personnel, inciteront les aumôniers/missionnaires des migrants à rechercher la collaboration la plus large et la plus juste de Religieux et Religieuses (cf. DPMC 52-55) et de Laïcs (cf. DPMC 56-61) [45].
40. Les chrétiens réalisent tout cela en pratiquant un accueil véritablement fraternel, répondant à l’invitation de saint Paul : «Accueillez-vous les uns les autres comme le Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu» (Rm 15,7) [46].
41. C’est pourquoi l’Église entière du pays d’accueil doit se sentir intéressée et mobilisée par la question des migrants. Les Églises particulières doivent donc repenser et programmer une pastorale aidant les fidèles à vivre une foi authentique dans le nouveau contexte actuel, multiculturel et plurireligieux [47]. Avec le concours d’Assistants sociaux et pastoraux, il faut faire connaître aux autochtones les problèmes complexes des migrations et s’opposer aux suspicions infondées ou aux préjugés qui sont des offenses à l’égard des étrangers.
45. Au vu aussi de la pénurie de prêtres, ces derniers devront valoriser le rôle des laïcs dans les ministères non ordonnés. Dans cette perspective, il faut envisager la possibilité, dans les lieux où il n’y pas de prêtres disponibles, de réunir, y compris dans les communautés d’immigrés, ce que l’on nomme les assemblées dominicales en l’absence de prêtres (cf. CIC can. 1248 § 2), où l’on prie, où l’on proclame la parole de Dieu et où l’eucharistie est distribuée (cf. PaG 37), sous la conduite d’un Diacre ou d’un laïc légitimement prévu [48]. Le manque de prêtres pour les migrants peut en effet être partiellement comblé en confiant certains services dans la paroisse à des laïcs bien préparés, conformément au CIC (cf. can. 228 §1 ; 230 §3 et 517 §2).
Pour le reste, on s’en tiendra aux normes générales déjà édictées par le Saint-Siège et rappelées dans la Lettre apostolique Dies Domini : «L'Église, prenant en considération les cas d'impossibilité de la célébration eucharistique, recommande la convocation d'assemblées dominicales en l'absence de prêtre, selon les indications et les directives données par le Saint-Siège, dont l'application est confiée aux Conférences épiscopales» [49].
46. Il faut par ailleurs accorder une attention particulière à la religiosité populaire [50], car elle caractérise beaucoup de communautés de migrants. En plus de reconnaître que «si elle est bien orientée, surtout par une pédagogie d’évangélisation, la piété populaire est riche de valeurs» (EN 48), il faudra se souvenir que, à ce sujet, pour nombre de migrants, elle joue un rôle fondamental de rattachement à l’Église d’origine, en transmettant une manière précise de comprendre et de vivre la foi. Il s’agit ici de procéder à une œuvre d’évangélisation en profondeur et de faire aussi connaître et apprécier à la communauté catholique locale certaines dévotions des migrants, pour qu’elle les comprenne. De cette union d’esprit pourra naître aussi une liturgie avec une plus grande participation, mieux intégrée et spirituellement plus riche.
Cela vaut également pour ce qui concerne le rapport avec les différentes Églises orientales catholiques. La célébration de la Liturgie dans le rite de l’Église sui iuris est en effet importante pour préserver l’identité spirituelle des migrants catholiques d’Orient, ainsi d’ailleurs que l’utilisation de leur langue dans les rassemblements liturgiques [51].
47. Au vu des conditions de vie particulières des migrants, la pastorale doit également donner un large espace, toujours dans une perspective liturgique, à la famille, comprise comme «église domestique», à la prière en commun, aux groupes bibliques familiaux, et aux évocations de l’année liturgique en famille (cf. EEu 78). Il convient aussi de considérer attentivement les bénédictions familiales proposées dans le Rituel des Bénédictions [52].
48. Un danger particulier pour la foi vient entre autre aujourd’hui du pluralisme religieux, compris comme un relativisme et un syncrétisme en matière de religion. Pour s’y opposer, il est nécessaire de mettre en œuvre de nouvelles initiatives pastorales aptes à affronter de manière appropriée ce phénomène qui, avec le développement des sectes [53], est un des plus graves problèmes pastoraux de notre temps.
Il est bon de rappeler en effet que le CCEO (can.193 §3) prévoit que, dans le cas où les Évêques éparchiaux «constituent de cette manière des Prêtres, des Curés ou des Syncelles pour prendre soin des fidèles chrétiens des Églises patriarcales», ils «prendront contact avec les Patriarches intéressés et avec leur consentement agiront de leur propre autorité en informant au plus tôt le Siège Apostolique. Si les Patriarches n’y consentent pas, pour une raison ou une autre, l’affaire sera déférée au Siège Apostolique» [54]. S’il est vrai que dans le CIC la disposition similaire pour les Évêques diocésains latins fait défaut, elle devrait aussi valoir, par analogie, pour les Évêques des diocèses latins.
56. La présence toujours plus nombreuse aussi d’immigrés chrétiens n’étant pas en pleine communion avec l’Église catholique offre aux Églises particulières de nouvelles possibilités de vivre la fraternité œcuménique dans le concret de la vie quotidienne et permet, loin d’un irénisme facile ou du prosélytisme, une meilleure compréhension réciproque entre Églises et Communautés ecclésiales. Il s’agit d’acquérir l’esprit de charité apostolique qui respecte la conscience d’autrui et reconnaît les biens qu’on voit chez lui, mais qui peut aussi attendre le moment de devenir instrument d’une rencontre plus profonde entre Christ et les frères. Les fidèles catholiques ne doivent pas oublier en effet qu’accueillir les frères dans la pleine communion avec l’Église est aussi un service et un signe de grand amour. Dans tous les cas, «si des prêtres, des ministres ou des communautés qui ne sont pas en pleine communion avec l’Église catholique n'ont pas d'endroit, ni les objets liturgiques nécessaires pour célébrer dignement leurs cérémonies religieuses, l’Évêque du diocèse peut leur permettre d'utiliser une église ou un édifice catholique, et même leur prêter ces objets nécessaires pour leur culte. Dans des circonstances semblables, la permission peut leur être accordée de faire des enterrements ou de célébrer des offices dans des cimetières catholiques» [55].
57. Il faut rappeler ici aussi que, dans des circonstances déterminées, il est légitime pour des non catholiques de recevoir l’Eucharistie avec les catholiques, comme l’affirme la récente encyclique Ecclesia de Eucharistia. De fait, «s'il n'est en aucun cas légitime de concélébrer lorsqu'il n'y a pas pleine communion, il n'en va pas de même en ce qui concerne l'administration de l'Eucharistie, dans des circonstances spéciales, à des personnes appartenant à des Églises ou à des Communautés ecclésiales qui ne sont pas en pleine communion avec l'Église catholique. Dans ce cas en effet, l'objectif est de pourvoir à un sérieux besoin spirituel pour le salut éternel de ces personnes, et non de réaliser une intercommunion, impossible tant que ne sont pas pleinement établis les liens visibles de la communion ecclésiale. C'est en ce sens que s'est exprimé le Concile Vatican II quand il a déterminé la conduite à tenir avec les Orientaux qui, se trouvant en toute bonne foi séparés de l'Église catholique, demandent spontanément à recevoir l'Eucharistie d'un ministre catholique et qui ont les dispositions requises (cf. OE 27). Cette façon d'agir a été depuis ratifiée par les deux Codes de Droit, dans lesquels est considéré aussi, avec les adaptations nécessaires, le cas des autres chrétiens non orientaux qui ne sont pas en pleine communion avec l'Église catholique (cf. CIC, can. 844 §§3-4 et CCEO, can. 671,§§3-4)» [56].
58. De toute manière, on aura une attention spéciale et réciproque à l’égard des règlements respectifs, comme cela est recommandé dans le Directoire pour l’application des principes et normes sur l’œcuménisme : «Les catholiques doivent faire preuve d'un respect sincère pour la discipline liturgique et sacramentelle des autres Églises et Communautés ecclésiales, et celles-ci sont invitées à montrer le même respect pour la discipline catholique» [57].
59. Dernièrement, la présence d’immigrés d’autres religions dans des pays de longue tradition chrétienne n’a cessé de se renforcer. En ce qui les concerne, divers documents du Magistère, en particulier l’Encyclique Redemptoris Missio [58], et aussi l’Instruction Dialogue et Annonce [59], donnent des orientations claires.
62. Les écoles catholiques (cf. EEu 59 et PaG 52), même lorsqu’elles accueillent des enfants d’immigrés d’autres religions, ne doivent pas renoncer à leurs caractéristiques particulières et à leur propre projet éducatif, orienté selon les valeurs chrétiennes [60]. Les parents qui veulent y inscrire leurs enfants devront en être clairement informés. Dans le même temps, aucun enfant ne devra se voir obligé de participer à la Liturgie catholique ni d’accomplir des gestes contraires à ses propres convictions religieuses.
63. À l’exception de cas particuliers, le mariage entre catholiques et migrants non-chrétiens devra être déconseillé, avec toutefois plus ou moins de force, selon la religion de chacun et selon les normes du CIC et du CCEO. Il faudra de fait rappeler avec les paroles du pape Jean-Paul II que «dans les familles où les deux parents sont catholiques, il leur est plus facile de partager leur foi avec leurs enfants. Tout en rendant grâce pour tous les cas de mariages mixtes où l'on constate un épanouissement de la foi aussi bien chez les époux que chez les enfants, le Synode a encouragé les efforts pastoraux en vue de promouvoir le mariage entre personnes partageant la même foi» [61].
Le Concile Vatican II nous indique l’attitude évangélique à adopter à cet égard et il nous invite à purifier la mémoire des incompréhensions du passé, à cultiver les valeurs communes, ainsi qu’à clarifier et à respecter les différences, sans pour autant renoncer aux principes chrétiens [62]. Les communautés catholiques sont donc invitées au discernement. Il agit de distinguer, dans les doctrines, dans les pratiques religieuses et dans les lois morales de l’Islam ce qui peut être partagé et ce qui ne peut pas l’être.
66. La croyance en Dieu, Créateur et Miséricordieux, la prière quotidienne, le jeûne, l’aumône, le pèlerinage, l’ascèse en vue de la maîtrise des passions, la lutte contre l’injustice et l’oppression, sont des valeurs communes, également présentes dans le christianisme, bien qu’à travers des expressions et des manifestations diverses. À côté de ces convergences, il existe aussi des divergences, dont certaines concernent les acquis légitimes de la modernité. Soucieux en particulier des droits de l’homme, nous souhaitons donc de la part de nos frères et sœurs musulmans une prise de conscience toujours plus grande qu’on ne peut remettre en question l’exercice des libertés fondamentales, des droits inviolables de la personne, de l’égale dignité de l’homme et de la femme, du principe démocratique du gouvernement de la société et d’une saine laïcité de l’État. Il faudra aussi parvenir à un équilibre entre vision de foi et juste autonomie de la création [63].
Le dialogue interreligieux ne doit pas être compris uniquement comme une recherche de points communs pour construire ensemble la paix, mais surtout comme occasion de renouer avec les dimensions communes au sein des communautés respectives. Nous voulons ici faire référence à la prière, au jeûne, à la vocation fondamentale de l’homme, à l’ouverture au Transcendant, à l’adoration de Dieu, à la solidarité entre les nations [64].
Les séminaires aussi devront bénéficier d’une formation prenant en compte le phénomène migratoire, désormais planétaire. Ainsi, «les Universités et les Séminaires, tout en restant libres sur la façon d’organiser les programmes et d’adopter telle ou telle méthode, devront offrir la connaissance des thèmes fondamentaux, tels que les diverses formes de déplacements (définitifs ou saisonniers, internationaux et internes), les causes des déplacements, leurs conséquences, les grandes lignes d’une action pastorale adéquate, l’étude des Documents Pontificaux et des Églises particulières» [65].
Quoi qu’il en soit, les «Cahiers universitaires du Conseil Pontifical [alors Commission Pontificale] pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en déplacement, ainsi que sa Revue [People] on the Move, en plus des récentes publications de Documents magistériels sur ce thème, pourront constituer, du moins comme point de départ, un matériel didactique valable pour cet enseignement» [66].
L’Exhortation apostolique post-synodale Pastores dabo vobis rappelle expressément que les expériences pastorales des Séminaristes devront aussi être orientées vers les nomades et les migrants [67].
75. En nous appuyant à ce sujet sur des documents ecclésiaux déjà parus [68], nous souhaitons avant tout souligner que la pastorale spécifique des migrants, qui comporte une finalité éminemment spirituelle et une authentique dimension missionnaire, exige une préparation particulière (cf. PaG 72). Cette préparation se fait en communion et sous la responsabilité aussi de l’Ordinaire/Hiérarque local du pays d’origine.
Les Prêtres diocésains/éparchiaux exerçant leur ministère dans un Diocèse/une Eparchie qui n’est pas le lieu d’incardination se retrouvent intégrés de fait dans le Diocèse où ils exercent, et font ainsi partie intégrante du Clergé diocésain/éparchial [69]. Cette situation est également celle du clergé religieux. On ne soulignera jamais assez combien les Aumôniers/Missionnaires doivent vivre dans une entente fraternelle avec l’Ordinaire/Hiérarque local et le Clergé du diocèse qui les accueillent, notamment les curés. La participation aux rencontres sacerdotales et aux rassemblements diocésains/éparchiaux, la fréquentation assidue des réunions d’étude en matière sociale, morale, liturgique et pastorale sont la condition sine qua non pour mettre en œuvre une authentique pastorale dans un esprit de collaboration mutuelle, de solidarité et de coresponsabilité (cf. DPMC 42). Cette unité devra être opérante pour pouvoir être également effective entre immigrés et autochtones. Une telle solidarité dans l’intention et dans l’action donnera ainsi un excellent exemple d’adaptation et de collaboration, et elle favorisera la connaissance mutuelle et le respect du patrimoine culturel de chacun.
80. Dans la pastorale des migrants, Prêtres, Religieux-Frères et Religieuses ont toujours joué un rôle de premier plan, c’est pourquoi l’Église a compté et continue de compter avec confiance sur leur apport. À cet égard, la communauté catholique reconnaît la vocation religieuse comme un don particulier de l’Esprit, que l’Église accueille, garde et interprète, pour le faire grandir et pour le développer selon son dynamisme propre [70]. Ce même Esprit a suscité au cours de l’histoire des Instituts ayant pour but spécifique l’apostolat en faveur des migrants [71], avec leur propre organisation.
Il est de notre devoir de rappeler à ce sujet l’apostolat des Religieuses, très souvent engagées dans la pastorale des migrants, avec des charismes et des œuvres spécifiques d’une grande importance pastorale, en rappelant ce qu’énonce l’Exhortation apostolique post-synodale Vita consecrata: «L’avenir même de la nouvelle évangélisation, comme du reste de toutes les autres formes d’action missionnaire, est impensable sans une contribution renouvelée des femmes, particulièrement des femmes consacrées» (n. 57). Et encore : «Il est donc urgent de faire quelques pas concrets, en commençant par ouvrir aux femmes des espaces de participation dans divers secteurs et à tous les niveaux, y compris dans les processus d’élaboration des décisions, surtout pour ce qui les concerne» [72].
83. L’Instruction conjointe du 25 mars 1987 relative à l’effort pastoral en faveur des migrants et des réfugiés, publiée par la Congrégation pour les Religieux et les Instituts séculiers et par la Commission pontificale pour la Pastorale des Migrations et du Tourisme adressée à tous les Supérieur(e)s généraux(ales), souligne justement cette exigence d’attention pastorale. L’appel pour les religieux à s’engager particulièrement en faveur des migrants et des réfugiés trouve en fait sa motivation profonde dans une sorte de correspondance entre les attentes intimes de ceux qui sont déracinés de leur terre et la vie religieuse. Ce sont les attentes souvent inexprimées de pauvres sans perspective de sécurité, de marginaux tant de fois mortifiés dans leur désir de fraternité et de communion. Offerte par les personnes qui ont volontairement choisi de vivre pauvre, chaste et obéissant, la solidarité envers eux, en plus d’être un soutien dans les difficultés, constitue aussi un témoignage de valeurs capables de rendre l’espérance dans des situations bien tristes (cf. n. 8). Les Instituts de Vie consacrée et les Sociétés de Vie apostolique sont donc instamment invités à ouvrir généreusement les limites de leur engagement à une vraie dimension missionnaire, surtout s’il s’agit de Congrégations religieuses ayant une telle finalité missionnaire [73].
Dans les Lettres circulaires qu’ils adressent à leurs confrères ou à leurs consœurs et dans les rencontres communautaires, les Supérieur(e)s pourront, de temps en temps, attirer l’attention sur l’urgence des problèmes des migrants et des réfugiés, évoquant les documents de l’Église et les paroles du Souverain Pontife à ce sujet. On pourra aussi avoir soin d’introduire ce thème à l’occasion des Chapitres généraux et provinciaux et au cours de sessions de formation permanente. Les futurs prêtres aussi devront au moins envisager l’éventualité de se préparer à exercer tout ou partie de leur ministère parmi les migrants [74].
86. Dans l’Église et dans la société, les Laïcs, les Associations de fidèles et les Mouvements ecclésiaux, sont aussi appelés, dans la diversité des charismes et des ministères, à donner un témoignage chrétien et à servir auprès des migrants [75]. Pensons plus particulièrement aux collaborateurs pastoraux et aux catéchistes, aux animateurs de groupes de jeunes ou d’adultes, au monde du travail et du service social, à l’action caritative (cf. PaG 51).
95. Les unités pastorales [76], apparues depuis quelque temps dans certains diocèses, pourraient constituer à l’avenir une plate-forme pastorale y compris pour l’apostolat envers les immigrés. Elles mettent en évidence en effet le lent changement du rapport entre la paroisse et le territoire, qui se réalise dans une multiplication des services de la charge d’âmes à un niveau supra-paroissial, dans l’apparition de nouveaux et légitimes services ministériels, sans oublier une présence toujours plus forte et géographiquement répandue de la «diaspora» migratoire.
Face à un tel désir, les personnes consacrées, les Communautés, les Mouvements ecclésiaux et les Associations de fidèles ainsi que les Agents pastoraux doivent se sentir appelés à éduquer les chrétiens à l’accueil, à la solidarité et à l’ouverture envers les étrangers, afin que les migrations deviennent une réalité toujours plus «significative» pour l’Église, et que les fidèles puissent découvrir les semina verbi (semences du Verbe) présents dans les différentes cultures et religions [77].
La pastorale spécifique pour les migrants, parmi eux et avec eux, justement parce qu’elle est faite de dialogue, de communion et de mission, deviendra alors une expression significative de l’Église, appelée à être lieu de rencontre fraternelle et pacifique, maison commune, édifice soutenu par les quatre piliers auxquels fait référence le Bienheureux Jean XXIII dans Pacem in Terris: la vérité, la justice, la charité et la liberté [78], fruits de l’événement pascal qui, dans le Christ, a réconcilié tout et tous. L’Église manifestera ainsi en plénitude qu’elle est maison et école de communion (cf. NMI 43) accueillie et vécue, de réconciliation demandée et donnée, d’accueil fraternel réciproque et d’une vraie promotion humaine et chrétienne. Ainsi «le caractère universel inné de l’organisme ecclésial, dans lequel personne ne peut être considéré comme un étranger ou même simplement un hôte, et moins encore comme un marginal, acquiert une densité toujours plus grande» (CMU 29).
102. Dieu confie donc à l’Église, elle aussi en pèlerinage sur la terre, le devoir de façonner une nouvelle création, dans le Christ Jésus, récapitulant en Lui (cf. Ep 1,9-10) toutes les richesses contenues dans l’extraordinaire diversité humaine, transformées par le péché en divisions et conflits. C’est dans la mesure où la présence mystérieuse de cette création nouvelle est un authentique témoignage de sa vie que l’Église est signe d’espérance pour un monde qui aspire tant à la justice, à la liberté, à la vérité, à la solidarité, en bref à la paix et à l’harmonie [79]. En dépit des échecs répétés de projets humains louables, les chrétiens, sensibilisés au phénomène de la mobilité, prennent conscience qu’ils sont appelés à être toujours davantage signe de fraternité et de communion dans le monde, pratiquant, dans l’éthique de la rencontre, le respect des différences et la solidarité.
103. Même les migrants peuvent être des bâtisseurs cachés et providentiels d’une telle fraternité universelle, avec beaucoup d’autres frères et sœurs. Ils offrent à l’Église l’occasion de réaliser plus concrètement son identité de communion et sa vocation missionnaire, comme l’atteste le Vicaire du Christ: «Les migrations offrent aux Églises locales l’occasion de vérifier leur catholicité, qui consiste non seulement à accueillir les différentes ethnies, mais surtout à réaliser leur communion. Dans l’Église, le pluralisme ethnique et culturel ne constitue pas un état de choses à tolérer parce que transitoire, c’est au contraire une dimension structurelle qui lui est propre. L’unité de l’Église n’est pas le fait d’une origine et d’une langue communes, mais de l’Esprit de Pentecôte qui, en réunissant en un seul Peuple des personnes de langues et de nations différentes, confère à tous la foi en un même Seigneur et appelle tous les hommes à la même espérance» [80].
104. Que la Vierge Marie, qui, avec son Fils béni, a fait l’expérience de la douleur de l’émigration et de l’exil, nous aide à comprendre l’expérience, et souvent le drame de ceux qui sont contraints à vivre loin de leur Patrie. Qu’elle nous enseigne à nous mettre au service de leurs besoins, dans un accueil vraiment fraternel, afin que les migrations actuelles soient considérées comme l’annonce, même mystérieuse, du Règne de Dieu déjà présent en germe dans l’Église (cf. LG 9) et comme un instrument providentiel au service de l’unité de la famille humaine et de la paix [81].