Source: http://mediterranee-antique.fr/Auteurs/Fichiers/ABC/Andre_Louis/Louvois/Louvois_21.htm
Timestamp: 2019-03-24 14:43:18+00:00
Document Index: 135092894

Matched Legal Cases: ['arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ']

CHAPITRE VII. — LE TELLIER ET LOUVOIS AU CONSEIL.
Après avoir exposé la vie publique de Le Tellier et de Louvois, le caractère de leurs rapports personnels et l'évolution de leur influence, il me reste à déterminer quelles affaires militaires, religieuses et judiciaires ils ont eu à traiter, leurs idées et leur action à cet égard, et, en tout premier lieu, leur rôle au conseil.
I. — Le conseil et ses attributions.
En mars 1661, à la mort de Mazarin, Louis XIV, rompant formellement avec le passé, déclara, on le sait, que, dans le gouvernement du royaume, toutes décisions émaneraient de lui, mais qu'il se ferait aider par un nombre restreint de ministres d'état, en qui il avait confiance, et qui, sous sa présidence, composeraient le conseil.
Quel nom donner à cette réunion restreinte ? Les uns l'appellent le conseil d'état ; certains, comme Le Tellier, le conseil d'en haut[1] ; Spanheim, le conseil secret ou de ministère, ce qui est partiellement inexact[2]. Toutefois l'appellation la plus usitée est beaucoup plus simple, le conseil, dit-on[3], tandis que les autres réunions sont toujours qualifiées d'une manière précise, conseil des dépêches, conseil privé, conseil royal des finances, etc.[4] N'ayant pas à raconter l'histoire du conseil je renvoie à l'étude fouillée et instructive d'A. de Boislisle[5]. Il me suffira d'indiquer quels en furent les membres permanents depuis la chute de Fouquet jusqu'à la mort de Le Tellier, Louis XIV se réservant le droit d'y appeler d'autres personnages, Turenne, Condé, etc. ; à titre exceptionnel[6]. De 1661 à 1672, la triade Le Tellier, Lionne, Colbert : de 1672 à 1679, quatre secrétaires d'état, Le Tellier, Colbert, Pomponne, Louvois : de 1679 à 1683, Le Tellier et Louvois d'une part, Colbert et son frère Croissy de l'autre : 1683 à 1685, Le Tellier, Louvois et Le Pelletier d'un côté, Croissy de l'autre.
Au conseil, Le Tellier eut toujours une grande influence. Dans son oraison funèbre, Fléchier en donne la raison, en rappelant les paroles de Louis XIV : Jamais homme sur toutes sortes d'affaires n'avait été de meilleur conseil, paroles que reproduit à son tour l'auteur anonyme de l'Histoire abrégée de M. Le Tellier, placée en tête de l'édition des oraisons funèbres de Bossuet[7]. Si l'on veut tenir pour négligeable l'opinion des orateurs sacrés, on n'a qu'à s'adresser aux ambassadeurs vénitiens, observateurs scrupuleux et impartiaux, qui sont tous du même avis. Dès 1665, Giustinian affirme formellement que rien de considérable ne se traite dans le cabinet sans que Le Tellier ne soit présent ou ne soit consulté : car, del sua parere ne fa il re la stima maggiore. Ses successeurs, dans leurs portraits très détaillés du ministre d'état, développent le même thème sous des formes différentes et, en 1680, Contarini va même jusqu'à dire que le chancelier est le chef principal du ministère, et qu'il intervient dans tous les conseils[8]. Aussi, eux et les représentants de Florence, d'Espagne, de Rome, etc., avaient-ils avec lui des relations fréquentes et rendaient-ils compte à leurs mandants de leurs entretiens avec Le Tellier[9].
L'une des principales occupations du conseil est l'examen et la discussion de la politique étrangère. Dans les chapitres précédents, j'ai exposé qu'en 1668 Louis XIV, étant en Franche-Comté, avait ordonné à ses trois ministres de se réunir pour examiner la question des relations franco-espagnoles et engager à cet effet, des pourparlers avec l'anglais Trevor et le hollandais van Beuningen. Non sans humour, Le Tellier a raconté la séance du conseil du 13 avril, où Louis XIV annonce sa volonté de conclure la paix, et, par suite, la déconvenue de Turenne, absolument décontenancé par la décision royale. Quand, en avril 1672, les hostilités éclatent contre la Hollande, le roi emmène avec lui Louvois et Pomponne et tient avec eux conseil, on le sait, sur les propositions à présenter aux ennemis, Louis XIV refusant d'accéder à la modération de Pomponne et se rangeant à l'avis violent et excessif de Louvois. Pendant ce temps, Colbert et Le Tellier, restés en France, formeront le conseil, qui sera tenu sous la présidence nominale de la reine Marie-Thérèse, si les circonstances l'exigent[10].
Sur les délibérations du conseil, les ministres doivent observer une discrétion stricte, un silence complet. Aussi ne sait-on à peu près rien de ce qui s'y passe. Cependant, un récit envoyé par Le Tellier à Louvois, alors en Flandre, en 1676, autorise à affirmer que tous les membres, et non pas seulement le secrétaire d'état des affaires étrangères, ont le droit de parler et de discuter. Le problème débattu à ce moment est fort grave, celui de fixer la politique française à l'égard de la Turquie, qui offre son alliance à la France contre l'Autriche. Pomponne ne peut admettre que le roi très chrétien appelle l'infidèle en pays chrétien, et il est d'avis de laisser se poursuivre la guerre entre Ottomans et Polonais. Contre cette opinion, M. Colbert et moi, narre Le Tellier, nous trouvâmes dans un même sentiment : tout doit être tenté pour décharger la Pologne de la guerre contre le Turc et la faire passer dans les états de l'Empereur, qui s'est élevé contre le roi. Sans doute ne peut-on approuver que les Ottomans soient attirés en chrétienté. Mais le problème doit être envisagé autrement : il est bon et raisonnable de s'employer pour décharger de cette guerre un royaume catholique possédé par un des alliés du roi pour la faire passer dans un autre royaume possédé par ses ennemis. Puisque l'Empereur s'efforce d'empêcher la conclusion de la paix entre la Pologne et la Turquie de crainte d'avoir ensuite à combattre contre le sultan, par identité le roi pouvait procurer la cessation des hostilités entre les deux adversaires, et charger de la guerre les états de l'Empereur. Ayant entendu les deux parties, Louis XIV accepte l'avis de Le Tellier et de Colbert et finit en disant qu'il connaissait un homme qui serait bien aise de voir le Turc en Hongrie, et puis il dit que c'était vous[11]. Il est heureux que Le Tellier aime et sache conter : grâce à lui, l'historien peut fixer la physionomie d'une séance du conseil, où chacun exprime librement son opinion, mais où la solution dernière appartient au roi seul.
Il en est de même quand le conseil doit s'occuper de questions contentieuses, d'ordre administratif, civil ou particulier, et les régler par le moyen d'arrêts. Ceux-ci, a-t-on soutenu parfois, étaient, au XVIIIe siècle, rendus par les secrétaires d'état, qui avaient ainsi usurpé sur le pouvoir royal. Que Louis XV qui promena son ennui pendant toute sa vie et ne gouverna pas ou parut ne pas vouloir gouverner, il est possible, mais non certain. Sous Louis XIV, le doute n'est pas admissible. En vertu de l'idée qu'il se fait de son pouvoir d'essence divine, de la méthode inaugurée par lui en mars 1661, le souverain ne peut abandonner une parcelle, quelle qu'elle soit, de son autorité à un sujet quelconque : il est et veut rester le maître.
Cela ne signifie pas que la rédaction d'un arrêt se fasse d'après une règle fixe et unique. Bien au contraire, les modalités sont très diverses, comme le prouve la correspondance de Le Tellier et de Louvois[12]. Celui-ci, par exemple, demande à des intendants, Charuel en Lorraine ou Basville en Poitou, de dresser des projets d'arrêts, qu'il se réserve de modifier et qu'il accepte le plus souvent sans changement. Louvois donne franchement raison à celui qui le guide : Comme je n'ai point les mémoires nécessaires pour dresser ces arrêts, dit-il, il recourt à ceux qui sont compétents en matière financière ou judiciaire[13]. D'autres fois, et c'est surtout Le Tellier qui use de ce moyen, le ministre s'adresse à un conseiller du parlement de Paris et lui demande son avis ou un rapport pour pouvoir agir en toute connaissance de cause[14]. En plusieurs occasions, le père et le fils s'envoient mutuellement des arrêts pour examen ou pour signature[15]. Ils ne se font pas faute, enfin, d'en établir eux-mêmes ou d'en faire établir par leurs commis. Ainsi, le 9 octobre 1673, Louvois mande à Colbert : Le roi ayant trouvé bon que l'arrêt, qui a été expédié pour faire surseoir pendant la campagne toutes poursuites au nom de Sa Majesté contre les officiers, qui étaient à son armée, fût continué pendant cet hiver, je vous en donne part afin qu'il vous plaise de faire faire le nouvel arrêt nécessaire sur cela et de m'en faire adresser une expédition[16]. Bien plus nette encore est la dépêche de Louvois à Courtin, qui s'intéresse aux affaires de Mme de Bordeaux et sollicite en sa faveur un arrêt du conseil : J'ai chargé M. Dufresnoy d'en adresser la minute à Paris pour être signée par M. le chancelier. Il sera ensuite expédié par M. Le Tellier, et un des commis dudit sieur Dufresnoy, qui est à Paris, aura soin de le porter chez vous[17].
Quelle que soit la façon dont l'arrêt est rédigé, le ministre doit, auparavant, être autorisé par Louis XIV. Les mêmes formules reviennent dans les lettres de Le Tellier et de Louvois : Le roi m'a commandé l'expédition d'un arrêt dit l'un : Il plut ou il a plu à Sa Majesté, dit l'autre : Le roi ayant trouvé bon ou ayant bien voulu accorder, disent tous les deux. Cette répétition prouve, à n'en pas douter, que le ministre est dépourvu de toute initiative et de toute liberté, et doit avoir, au préalable, l'avis et l'assentiment du souverain[18]. Rien n'est plus caractéristique que ces quelques lignes de Louvois à Colbert : Comme je ne doute point que vous ne trouviez juste l'expédition de l'arrêt, dont le projet est ci-joint, je vous supplie d'en prendre l'ordre du roi et de vouloir bien me faire savoir ce qu'il aura plu à Sa Majesté d'ordonner[19]. Qu'ensuite les arrêts soient dressés d'après des formules consacrées par l'usage et mentionnent la présence du roi en son conseil, tout cela vient à l'appui de l'opinion qui voit en eux l'expression la plus élevée de son pouvoir (du roi) et de son autorité souveraine[20].
II. — Les causes de discorde.
Malgré sa toute-puissance, le souverain est bien obligé de compter avec les tempéraments, les passions, les intrigues de ces trois ou quatre secrétaires d'état, qui constituent le conseil. La Vrillière et son fils Châteauneuf, chargés de l'administration de quelques provinces et des affaires concernant la religion prétendue réformée, ne sont jamais admis dans ces réunions restreintes. Cependant, tout en les laissant de côté, il ne faut pas les ignorer parce que, se considérant comme des secrétaires d'état de seconde zone, ils ne sont pas les moins impatients, les moins avides et les moins difficultueux.
Louis XIV est donc en présence d'un monde, petit par le nombre, grand par l'influence, soucieux de ses privilèges et souvent agité. Telle est, du moins, l'impression de plusieurs contemporains, tandis que d'autres parlent, au contraire, d'une entente constamment parfaite. En 1663, par exemple, d'Ormesson a le sentiment que Le Tellier et Colbert ne s'entendent plus en 1664, d'après Grimani, ils sont certamento unitissimi. Après 1655, Giustinian estime que Le Tellier, Colbert et Lionne forment une triada, perfetta, pour défendre leurs intérêts particuliers. Mais, en 1669, Morosini constate qu'à propos de la politique française envers Venise, Le Tellier favorable est fréquemment, au conseil, en vive opposition avec Colbert hostile[21]. Trouvera-t-on plus de précision chez Le Pelletier ? Nullement. A plusieurs reprises, il parle de dissentiments entre Le Tellier et Colbert, peu sérieux grâce t la modération du père, mais s'aggravant dès que Louvois, plus vif et moins patient, s'en mêle[22].
D'où proviennent ces différends ? Tout d'abord, les questions de préséance, si importantes au XVIIe siècle, divisent les ministres tellement, que, pour éviter toute dispute à l'avenir, Louis XIV doit promulguer un règlement, basé sur l'ancienneté de promotion, 1672. Le roi, est-il dit, voulant régler le rang que doivent tenir entre eux les secrétaires d'état et de ses commandements dans toutes les cérémonies publiques et autres actions, auxquelles ils ont l'honneur d'assister à cause de leurs charges, et éviter toutes les contestations qui pourraient arriver sur ce sujet, Sa Majesté a ordonné et ordonne... Sont ainsi classés La Vrillière (1629), Le Tellier (1643), Louvois (1655), Colbert (1668), Seignelay (1669), Châteauneuf (1669), et Pomponne (1671)[23].
Une autre cause de plus vive discorde peut-être est celle des empiétements. Si certains de ces ministres n'ont pas l'ambition d'enlever à leurs collègues une partie tout au moins de leurs attributions, d'autres, Colbert et Louvois par exemple, cherchent souvent à accroître l'étendue de leurs domaines administratifs au détriment de leurs collègues. Ce point de vue n'a pas frappé les contemporains et il ne le pouvait pas. Car ces dissensions ne sont pas connues du public, mais elles n'en existent pas moins. Il est donc utile d'examiner, à la lueur des documents, les rapports entre Le Tellier et Louvois d'une part, Colbert, Lionne, Pomponne et même Colbert de Croissy de l'autre.
III. — Les Le Tellier et Colbert.
Incontestablement, ces relations ont été marquées du côté de Colbert par une animosité croissante et constante : les périodes d'indifférence ou de tranquillité ont été fort courtes et fort espacées. Là-dessus les écrivains du temps sont d'accord ; la plupart, sinon tous, rendent responsable de cette mésintelligence le contrôleur général. En outre, ils distinguent entre l'attitude de Le Tellier et celle de Louvois, le premier ressentant vivement l'incivilité de son ancien commis, mais n'allant pas, sauf exception, jusqu'à un éclat public, le second au contraire n'hésitant pas à tenir tête à Colbert. Pour l'étude de ces relations, les sources principales sont Le Pelletier et d'Ormesson, qui, évidemment, soutiennent la cause de Le Tellier et pourraient être suspects de trop grande partialité, si leur opinion n'était le plus souvent confirmée par d'autres, mémorialistes, épistoliers ou diplomates étrangers.
Cette lutte commença dès 1661, la chute de Fouquet ayant rendu la voie libre à l'ambition de celui qui, le premier, s'était élevé contre les exactions et les déprédations du surintendant. Ayant acquis, dès ce moment, une réelle influence sur l'esprit du roi, et, d'autre part, détenant les fonctions d'argentier indispensable, Colbert s'efforça d'accroître le plus possible son crédit au détriment de ses collègues du conseil. Le Tellier, considérant ses agissements, aurait dit : Vous voyez sur quel ton le prend Colbert, il faudra compter avec lui[24]. Mais il se contenta d'observer silencieusement celui qui tentait de le supplanter, et jamais personne n'a si bien su que lui dissimuler l'ingratitude et l'infidélité, quoiqu'il n'ait pas laissé de la sentir très vivement[25]. Il se garda d'intervenir soit à propos des premières mesures financières prises par le contrôleur général et fortement discutées, soit à propos de la chambre de justice. Le Tellier, dit son protégé, le laissa faire comme plus hardi que lui et lui laissa hasarder ce que sa prudence naturelle ne lui eût pas fait entreprendre[26]. Plus Colbert se mettait en avant, plus lui-même s'effaçait pour les raisons que j'ai exposées dans le chapitre premier.
Pendant deux ans environ, la situation ne changea guère, les adversaires restant sur la réserve, en face l'un de l'autre, Mais, vers la fin du procès de Fouquet, qui marquait la victoire du contrôleur général, celui-ci prit, peut-on dire, l'offensive. Jusqu'en 1669, surtout de 1663 à 1666, les incidents se succédèrent : certains ne restèrent pas secrets et affectèrent les fonctions, non seulement de Le Tellier, mais de Louvois.
Que le secrétaire d'état de la guerre ait conseillé è. son fils de rechercher l'amitié de la favorite La Vallière, il est possible. Mais, qu'ayant appris que la duchesse avait agréé les offres de Colbert, il ait pensé mourir de douleur et poussé Louis XIV à la guerre pour conserver l'influence que la paix lui aurait fait perdre, cette assertion d'un publiciste, toujours à court d'argent, ne peut être retenue[27]. Bien plus sérieuses sont les constatations des contemporains sur les empiétements de Colbert. Celui-ci, à la fin de 1663, critique âprement un marché conclu en Italie par l'intendant Robert, parent de Le Tellier, et d'y avoir profité de la moitié[28]. Au début de 1665, il enlève à Courtin l'intendance de Picardie, probablement parce qu'il est des intimes amis de M. Le Tellier, et, par cette action, il ne garde aucune mesure envers le secrétaire d'état de la guerre[29]. En 1666, il écrit un violent réquisitoire contre les préparatifs militaires de Louvois dans le nord de la France en vue de la guerre contre l'Espagne[30]. En 1669, le roi ayant levé deux régiments pour servir exclusivement sur les vaisseaux, Colbert, secrétaire d'état de la marine, délivre les commissions. Le Tellier et Louvois protestent aussitôt auprès de Louis XIV, et, suivant l'auteur d'un mémoire qui raconte ce différend, M. Colbert, par esprit de déférence pour M. Le Tellier et de modestie dans les choses qui le regardent, supplia lui-même le roi de remettre les commissions au secrétaire d'état de la guerre[31]. Il n'en est rien : la rivalité et la mésentente entre les trois ministres se poursuivirent très âpres, pendant les années suivantes à partir de 1670[32].
Qu'après cela il y ait, aussi, entre eux des questions d'étiquette ou de jalousie personnelle, peu importe[33]. Le dissentiment, ayant pour cause une diversité d'opinion sur la question de principe, acquiert par cela même une gravité indiscutable. Aussi, soulève-t-il toutes sortes de commentaires. En mai 1664 déjà l'on discourt... sur la fortune de M. Le Tellier et de Colbert, et l'on croit qu'ils sont fort opposés et que M. Le Tellier ne se soutiendra pas, et l'on fait les mêmes discours qu'en 1661, lors de la fortune de M. Fouquet. Je ne sais si l'événement sera pareil[34]. Turenne, lui aussi, participe à ces conversations et prend la peine d'expliquer à d'Ormesson u la conduite de M. Le Tellier, qui craignait M. Colbert et n'osait parler, et perdait de grandes occasions d'empêcher bien des fautes, etc.[35]
Une seconde crise aigüe se produisit lors des préparatifs de la guerre projetée contre la Hollande, en 1671 et au début de 1672. Devenu aussi indispensable à Louis XIV que ses adversaires parce qu'il dispose des fonds, le contrôleur général semble n'avoir pas conservé la modération nécessaire, avoir voulu accaparer le plus de fonctions possible à leur détriment. Mais, cette fois, Louvois est à côté de son père et il montre à Colbert plus de vivacité, de telle sorte que les ministres se commirent avec assez d'aigreur et d'éclat[36]. Et, confirmant cette impression, Guy Patin assure qu'on n'a pas vu Louis XIV rire depuis longtemps : Je crois que cela se doit un peu entendre de la querelle qui est entre M. Colbert et de Louvois[37]. On prête à Le Tellier et à son fils de mauvaises intentions : sur le bruit que le contrôleur général est malade, on avait songé, affirme Gourville, à me faire avoir sa place, et M. Le Tellier et M. de Louvois y seraient entrés, s'il en avait été besoin[38]. Simple bruit : en voici un autre moins invraisemblable. En novembre 1671, Colbert s'enferme chez lui, personne ne lui parle, l'on dit qu'il est mal en cour et que M. de Louvois lui avait poussé de rudes coups et qu'ils étaient à qui se perdrait l'un l'autre. L'on entend de nouveau le même refrain : Le bruit était grand de la division des ministres et qu'ils étaient aux extrémités l'un contre l'autre[39]. Mais, si Colbert voit son influence affaiblie à la fin de 1671, il prend sa revanche en janvier 1672 : je raconterai plus tard son opposition irréductible, après la mort du chancelier Séguier, à la candidature attendue de Le Tellier[40]. Il réussit et, quand, en avril 1672, Etienne II d'Aligre est désigné comme garde des sceaux, le contrôleur général parait avoir remporté une grande et définitive victoire. Par ce choix, dit d'Ormesson, chacun juge que M. Colbert est le patron : car M. Le Tellier avait prétendu à la charge de chancelier et l'aurait été, si M. Colbert ne s'y fût opposé formellement[41]. On comprend aisément que l'autoritaire et coléreux Louvois n'ait pas eu l'intention d'être aimable pour l'autoritaire et coléreux Colbert, obstacle obstiné à l'élévation de sa famille[42].
Faut-il, à la vérité, prendre réellement au sérieux ces conflits renouvelés, dus à des affaires administratives et à des intérêts privés ? Il ne le semblerait pas à la lecture de certaines lettres échangées entre les plus violents des adversaires. Sans doute savent-ils dissimuler et mettre en réserve leur animosité, quand ils ont besoin l'un de l'autre pour remercier de quelque faveur ou en obtenir une. Lisons donc sans étonnement, mais avec une curiosité sceptique, la missive de Colbert à Louvois après la prise de Maëstricht en 1673 : Je crois, M., que vous trouverez bon que je me réjouisse avec vous du grand et glorieux succès du siège de Maëstricht. Il n'appartient qu'au roi à forcer 6.000 hommes dans une des meilleures places de l'Europe avec 20.000 hommes de pied en treize jours de tranchée ouverte, et il n'appartient qu'à vous de si bien exécuter les ordres du roi qu'il ne lui manque rien pour une si grande entreprise. Trouvez bon aussi que je vous remercie de toutes les honnêtetés que mon fils reçoit de vous et que je vous proteste que je suis absolument à vous[43]. Chez Louvois, c'est le propriétaire foncier, qui prend la plume pour solliciter des avantages financiers : La paroisse de Vélizy m'appartenant, je vous supplie de vouloir la soulager dans l'imposition des tailles, à laquelle vous allez travailler présentement. Vous remarquerez, s'il vous plaît, que le village d'Ursine, qui en composait la principale partie, est présentement sans aucuns habitants, au moyen des acquisitions que j'ai faites de toutes les maisons, dont il était compose et que j'ai fait démolir pour enfermer les terres dans mon parc[44].
Cet échange de procédés utiles ne modifie d'ailleurs en rien les sentiments vrais : Le Tellier et Colbert, dit Primi Visconti[45] en 1678, ne sont pas trop bons amis, l'un voulant primer l'autre. Mais le roi les tient en équilibre pour mieux faire ses affaires. En effet, en octobre 1677, il a nommé Le Tellier chancelier de France ; en 1679, il nommera Colbert de Croissy secrétaire d'état des affaires étrangères[46]. Mais, en 1682, la querelle reprend. Dans les Mélanges Delamare, on lit en effet : Les ministres d'état de France ne sont pas très bien ensemble. Il y a une ligue offensive et défensive entre M. Colbert, M. l'archevêque de Paris, le Père de La Chaise et le maréchal de Villeroi contre M. le chancelier et ses deux fils, le marquis de Louvois et l'archevêque de Reims[47], allusion évidente à l'assemblée générale du clergé de France et à la déclaration des quatre articles[48]. Encore s'agit-il, ici, d'une différence de conception politique, les uns ne voulant pas diminuer l'autorité du Saint-Siège, les autres se montrant les défenseurs des libertés de l'église gallicane.
Mais l'opposition entre les deux camps ne se manifeste pas toujours pour des motifs si élevés. Elle descend et s'abaisse jusqu'aux attaques personnelles, à des insinuations contre la probité des ministres. Il y eut en 1682, raconte-t-on dans les mêmes Mélanges, une grosse querelle entre M. Colbert et M. de Louvois sur ce qu'au conseil, en présence du roi, M. de Louvois ayant voulu blâmer la conduite de M. Colbert au sujet de la conversion des rentes sur l'Hôtel de Ville, disant que cela avait ruiné le crédit du roi, M. Colbert repartit que, lorsqu'il plairait au roi, il rendrait bon compte de son administration et qu'il souhaitait que lui, M. de Louvois, en rendit un aussi bon des 60 millions qu'il lui avait fournis la dernière campagne. Riposte habile et dangereuse pour l'inculpé : mais alors intervient Le Tellier. M. le chancelier, prenant la parole, leur dit : Comment, Messieurs, vous perdez le respect que vous devez au roi en vous querellant en sa présence, et l'auteur ajoute à bon droit : Ainsi, il rompit adroitement le coup à une dispute dans laquelle il prévoyait que M. de Louvois, son fils, n'aurait pas l'avantage[49].
Cette haine implacable[50], qui aurait séparé Le Tellier et Colbert, prit fin par la mort du contrôleur général en 1683[51]. Le Pelletier étant devenu son successeur, la situation du chancelier fut renforcée au conseil et rendue inexpugnable. Della concitata emulazione corsa tra le due case Tellier e Colbert, dit Sebastiano Foscarini, che hanno lungamento disputato l'ascendente nella grazia di Sua Maesta, la durazione più lunga del cancelliere ha finalmente deciso per quella di Le Tellier[52]. Que devait donc penser Louis XIV, quand il voyait son conseil se transformer en véritable potinière ?
IV. — Les Le Tellier et Lionne.
Avec Hugues de Lionne, les difficultés, moins grandes, n'atteignirent jamais un caractère de gravité ardue. Le neveu d'Abel Servien et Le Tellier s'étaient fort connus et avaient collaboré pendant la Fronde, non sans se surveiller étroitement. A cette époque troublée on était loin ide parler de leur union et, après la guerre civile, les deux hommes avaient vécu séparés, indifférents, pour ne pas dire plus, l'un à l'autre. La chute de Fouquet amena un changement total dans leurs relations. Pensionné par le surintendant, Lionne pouvait concevoir des craintes pour lui-même et croire qu'il serait englobé dans sa disgrâce. Mais, le matin même de l'arrestation de Fouquet, Louis XIV rassura le ministre d'état, lui déclarant qu'il lui gardait sa confiance et provoquant une réconciliation avec Le Tellier[53]. C'était évidemment l'intérêt de Lionne, qui, suspect à Colbert et désireux de freiner, autant que possible, l'ambition du futur contrôleur général, ne pouvait que s'allier avec le secrétaire d'état de la guerre, menacé comme lui. Alvise Sagredo a exactement démêlé les motifs de cette alliance : dans les derniers temps de son ambassade (1665), dit-il, si erano anzi uniti Tellier e Lionne per fargli contrapunto, non ostante gli antichi rancori tra essi, molto noti, nella passata guerra civile[54].
Rien n'est plus exact, sauf la date. L'entente entre les deux ministres d'état a commencé bien avant, suivant le désir du roi. En 1663 déjà Le Tellier écrit à son cousin d'Aubeville, diplomate et par suite subordonné de Lionne : Je ne vous cacherai point que j'ai été très aise de voir qu'il soit satisfait de la conduite que je tiens à son égard. J'ai beaucoup de sujet de me louer de la sienne. Et, comme je suis persuadé qu'il agira toujours sur un même pied, je vous puis assurer que je ne changerai point[55]. Toutefois, certains contemporains se sont mépris sur le caractère de cette union, en croyant y voir une subordination complète de Lionne à Le Tellier. Le Pelletier, par exemple, n'hésite pas à écrire : M. de Lionne, ayant perdu l'appui de M. Fouquet, s'était entièrement livré à M. Le Tellier et n'agissait dans les affaires étrangères que suivant ses sentiments[56]. Sous une forme un peu plus dubitative, mais non moins clairement, Giustinian ne craint pas de dire : Pare che li signori di Lionne ed esso (Le Tellier) sieno i direttori delle deliberazioni che riguardano i principi esteri[57].
Là est l'exagération, sinon l'erreur. Les deux ministres se sont entendus et ont collaboré dans des questions de politique extérieure ! mais jamais Lionne ne s'est laissé diriger par Le Tellier. Dès 1662, alors qu'il n'est pas encore secrétaire d'état des affaires étrangères[58], il est chargé, avec le père de Louvois, de s'occuper de l'incident suscité entre les cours de France et de Rome par l'attentat des gardes corses : j'ai montré que Lionne et Le Tellier agissent de concert jusqu'à la fin, le second rédigeant des mémoires, le premier en tenant compte dans les instructions qu'il adresse à ses agents[59]. De même, en 1667-8, pendant la guerre de Dévolution, Lionne malade étant resté à Paris tandis que Le Tellier suit le roi en Flandre, la collaboration se poursuit, et elle continuera jusqu'en 1669, le secrétaire d'état de la guerre jouant le rôle d'intermédiaire entre Louis XIV et son ministre des affaires étrangères : j'ai déterminé, dans un chapitre précédent, le caractère de cet intérim, exercé par Le Tellier[60].
Il ne s'est donc pas élevé, semble-t-il, de nuages entre les deux collègues[61]. Mais, lorsque la situation de Louvois grandit, les rapports entre le jeune secrétaire d'état et Lionne paraissent devoir être moins cordiaux. Dans un mémoire, rédigé en juin 1671, le ministre des affaires étrangères, en effet, énumère les plaintes qu'il formule contre les empiétements de Louvois sur ses attributions. Ainsi, quand on procède à des levées hors de France, en Suisse, par exemple, le fils de Le Tellier écrit aux dirigeants de ces pays, bien que Lionne ait le département des étrangers. Il dresse tous les états des garnisons de Bretagne, de Provence et autres provinces, dont l'administration relève de Berny, fils de Lionne. Il envoie directement des ordres Particuliers dans les mêmes régions ; par exemple, à Toulon, en 1670, il a constitué une chambre de justice contre les consuls, établi un règlement sur les pouvoirs respectifs des consuls et du major de la place, et cela encore au détriment de Berny. Il a expédié une déclaration supprimant toutes les justices en Lorraine, empiétant encore et toujours sur les attributions de Berny, etc., etc.[62]
Ce mémoire ne comporte aucune animosité contre le coupable : il est simplement le relevé, ordonné et méticuleux, des infractions commises. D'ailleurs, avant d'aller plus loin, Lionne tient à avoir des renseignements précis et demande à Mouslier, résident de France en Suisse, de rechercher quel secrétaire d'état a écrit, depuis 1623, aux cantons helvétiques pour les levées, celui de la guerre ou celui des affaires étrangères. Il n'est pas résolu à pousser à fond le débat et, dans sa lettre à Mouslier, dévoile franchement sa pensée conciliatrice : Il est né ici, dit-il, une petite contestation entre M. Le Tellier et moi pour les intérêts de nos charges[63]. Mais, comme nous vivons en très grande amitié, nous voulons terminer la chose à l'amiable entre nous sur l'usage qui s'est pratiqué par le passé, sans être obligés de recourir au roi pour nous régler[64].
Lettre essentielle qu'il convient de confronter avec celle écrite par Le Tellier en 1663 et citée ci-dessus. Les sentiments, qui ont guidé les deux hommes, sont restés les mêmes pendant dix ans. Quel fut le résultat de ce débat amiable ? Je ne sais. Lionne mourut quelques mois plus tard, le 1er septembre. Son fils Berny fut évincé par Louis XIV, et Louvois fut charge de l'intérim des affaires étrangères en attendant l'arrivée de Pomponne, alors ambassadeur en Suède[65].
V. — Louvois et les affaires étrangères, 1671.
Cette fonction, quelque provisoire qu'elle ait été, a donné lieu à un problème longtemps débattu et encore en litige parmi les historiens. Louvois, a-t-on dit et au XVIIe et au XIXe siècle, est intervenu constamment dans la politique extérieure au détriment du ministre qui en était chargé et a tenté de l'annihiler complètement. En 1671 et en 1679, il aurait même voulu réunir sous sa seule direction l'administration militaire et le service des étrangers[66]. Pour soutenir cette thèse, on cite dei ; auteurs de l'époque, par exemple, La Fare, Sourches, Louis XIV, etc. Si l'on procède à des vérifications, on constate que ces auteurs sont invoqués souvent à tort : pour ne donner qu'un exemple, dans Sourches il n'est jamais question des intentions de Louvois et de leur réalisation pratique.
Dans sa vie, il n'a été chargé de la politique extérieure que pendant quelques mois, septembre-décembre 1671[67]. On lui reproche, alors, d'être allé près de Cologne, signer avec l'électeur, l'archevêque de Mayence et l'évêque de Munster un traité politique et militaire au lieu de s'abstenir jusqu'à la venue de Pomponne. Ce reproche n'est nullement fondé. Au moment où les préparatifs pour la guerre de Hollande sont à peu prés achevés, où, pour pénétrer chez l'ennemi, il faut obtenir le libre passage dans des états étrangers, Louvois ne peut pas et ne doit pas attendre. Secrétaire d'état des affaires étrangères par intérim, il a le droit de conclure un traité politique et militaire, dont la signature doit être hâtée pour ne pas retarder ou même compromettre l'ouverture des hostilités.
Rousset lui a, ensuite, reproché d'avoir, alors que Pomponne était secrétaire d'état, agi en toute indépendance et négocié, de sa seule autorité, avec diverses puissances, par exemple la Savoie. A l'appui de son opinion, il cite plusieurs volumes conservés aux Archives Nationales, Guerre A1, 615, 736-9, 743, etc., embrassant les années 1678-1685. Remarquons tout d'abord que ces négociations, si elles avaient eu lieu vraiment, tiennent bien peu de place dans une période de huit à neuf années et que Pomponne n'est plus secrétaire d'état des affaires étrangères à partir de 1679. Mais, constatation plus grave, en consultant les documents, on s'aperçoit que Rousset en a exagéré l'importance et forcé l'interprétation. Aussi sa thèse n'entraîne-telle aucune conviction ferme et indiscutable. Bien au contraire, elle laisse sceptique celui qui la trouvera extrêmement fragile, et elle ne prouve nullement l'intervention despotique de Louvois dans les affaires étrangères[68]. Le même historien, enfin, fait état d'un passage d'une lettre de Louvois à Courtin : mais la suite de cette missive se retourne contre son sentiment et le dément, ainsi que, je vais le montrer à propos des relations entre les Le Tellier et Pomponne.
Que Louvois ait eu un tempérament envahissant et accapareur, qu'à cet égard il ressemble étonnamment à Colbert, qu'il se soit occupé des affaires extérieures au conseil, qu'il ait voulu, pour satisfaire son activité toujours en mouvement et, aussi, pour sauvegarder ses intérêts en augmentant son influence, élargir le domaine de ses attributions, personne n'y contredira. Soutenu que ses intentions se sont réalisées, là est l'excès.
Sans doute, remarque-t-on la présence de chiffres militaires et diplomatiques de Louvois, ou plutôt de son époque[69] : ce fait ne suffit pas pour prouver l'ingérence continue du ministre dans la politique étrangère. Sans doute encore, Saint-Simon affirme-t-il que le fils de Le Tellier avait des gens partout[70]. Pour la confirmation de ce jugement, je n'attacherai pas cependant une grande importance aux mémoires de J.-B. de La Fontaine, affirmant avoir été chargé par Louvois de pourparlers pendant son séjour en Angleterre et lui avoir servi d'agent secret[71] : peut-on accorder créance à ces prétendues relations, œuvre du publiciste Courtilz de Sandras ? Par contre, un agent réel, Cazier, avait reçu de Louvois l'ordre de ne parler à qui que ce soit des mémoires que je lui envoyais : après la mort du ministre, il demande à continuer son rôle d'informateur auprès du contrôleur général Pontchartrain : il ne s'agit donc pas exclusivement d'affaires étrangères[72]. De son côté, la princesse palatine nous apprend que Louvois était bien servi par ses espions et qu'il n'épargnait pas l'argent : c'étaient en Allemagne ou en Hollande des maîtres de danse ou escrime, écuyers, serviteurs dans toutes les cours[73] : la qualité de ces agents subalternes indique seulement qu'ils étaient chargés de recueillir les bruits et nouvelles de toutes sortes. Malgré tout, cette intervention de Louvois dans la politique étrangère est tellement indiscutable pour certains contemporains qu'elle devient chez eux une hantise, peut-on dire, et les entraîne à des récits stupéfiants. Bussy-Rabutin, par exemple, ne raconte-t-il pas que Louvois est allé, en 1680, à Barèges, non pour soigner une jambe malade, mais pour s'aboucher sur la frontière avec un ministre espagnol et traiter avec lui d'un échange de la Catalogne contre la Flandre espagnole : l'Empereur s'y étant opposé, le ministre français est revenu honteux et confus, mortifié et attristé de son insuccès ![74]
Il faut donc se garder de toute exagération imprudente, et retenir seulement un fait certain : avant 1670, Louvois ne s'est pas occupé d'affaires étrangères. Tout jeune, en 1660, il a écrit sur ces matières une lettre qu'il n'a pas achevée[75]. Puis, tout entier à son éducation technique d'abord, aux questions militaires ensuite, il s'abstient sur tout le reste et renvoie au secrétaire d'état lui-même. Ainsi trouve-t-on des formules comme celle-ci : Comme M. de Lionne entretient, écrit-il à d'Estrades, une exacte correspondance avec vous et vous fait savoir toutes les nouvelles, je n'aurai pas l'honneur de vous en informer[76]. Il conserve cette attitude après 1666, date de cette lettre. Puis, son influence s'accroissant avec son besoin d'agir, il se livre à des empiétements, à des infractions, dont Lionne se voit obligé de dresser la liste détaillée[77]. En sera-t-il de même avec son successeur, Arnauld de Pomponne ?
VI. — Les Le Tellier et Pomponne.
Les relations entre le nouveau secrétaire d'état et Le Tellier dataient de très loin. Le premier, ayant été commissaire des guerres et ayant occupé diverses intendances d'armée jusqu'en 1651, avait été sous la direction du second. Disgracié après la chute de Fouquet et exilé à Verdun, il avait été autorisé à revenir grâce à l'intervention de Le Tellier, qui, en 1665, le proposa à Sa Majesté pour l'envoyer ambassadeur en Suède, raconte Mine d'Ancezune, sa petite-fille[78]. Les rapports entre les deux hommes furent actifs. En avril 1666, courtoisement et aimablement, le secrétaire d'état de la guerre exprime au diplomate l'espoir que, clans ses négociations à Stockholm, il réussira sûrement[79]. L'année suivante, remplaçant Lionne malade, il est heureux, dit-il, de correspondre avec Pomponne, lui décrit le siège de Lille dont il prévoit la reddition prochaine et termine ainsi : Le roi est, grâces à Dieu, en parfaite santé, agissant sans intermission, ne se dispensant d'aucune des fatigues des troupes et pourvoyant aux grandes choses que Sa Majesté juge nécessaires pour le bon succès du siège, exposant même sa personne en tout rencontre beaucoup au-delà de ce que sa grandeur lui peut permettre[80]. Témoin autorisé de ces bons sentiments, Lionne les confirme à Pomponne en ces termes : M. Le Tellier ne se peut lasser de louer votre suffisance, et cela se passe en très bon lieu, ce qui mérite bien que Mme de Pomponne lui en fasse remerciement de votre part sur ce que je lui en ai témoigné[81].
Comment pourrait-on s'étonner après cela qu'en 1671 Le Tellier eût proposé la nomination de Pomponne au secrétariat d'état des affaires étrangères ? Dans les mémoires de d'Artagnan et le Testament politique de M. Colbert, Courtilz de Sandras l'affirme, tandis que d'autres le contestent, attribuant le choix à Louis XIV seul[82]. Un témoin des mieux informés, Mme d'Ancezune, se montre beaucoup plus réservée et prudente : M. Le Tellier, dit-elle, n'ayant pu obtenir cette charge pour M. Courtin, son parent, fut bien aise de la voir remplir par un homme qu'il avait estimé et qu'il avait très obligé en le proposant au roi... pour la première ambassade de Suède. Aussi, M. de Pomponne art-il conservé toute la vie une grande estime et une parfaite reconnaissance pour cet illustre chancelier[83]. Et je trouve une note semblable dans une lettre écrite par Le Tellier à Pomponne, deux mois après la nomination de celui-ci comme secrétaire d'état des affaires étrangères.
Cette lettre du 7 novembre 1671 est tout à fait remarquable à plusieurs égards. Elle renseigne sur la manière de Le Tellier, sa politesse aimablement habile et l'égalité de son caractère : elle donne aussi d'autres indications dont l'historien sera heureux de profiter. Aussi n'ai-je aucun scrupule de la transcrire presque en entier, malgré sa longueur. J'ai conçu une grande opinion de votre personne et de votre mérite dès que j'ai eu l'honneur de vous voir en Italie[84]. Elle s'est fort augmentée par ce qui a paru de vous dans les emplois qui vous ont été confiés pendant l'administration de M. le cardinal Mazarin. La conduite que vous avez tenue à Stockholm et à La Haye m'a convaincu que vous étiez né pour le maniement des grandes et petites affaires. L'idée que le roi s'est formée du caractère de votre esprit et de votre suffisance, tant par vos lettres que par le compte que vous lui avez rendu de vos ambassades[85], a fait (prendre) une détermination, de laquelle Sa Majesté se promet beaucoup d'avantages pour le service de l'état et la satisfaction particulière de sa personne. Venez, M., s'il vous plaît, avec confiance, prendre possession de votre nouvelle charge en faisant céder votre modestie au jugement du plus grand monarque du monde. Soyez persuadé que ses seules lumières vous suffiront pour y remplir tous vos devoirs. Quant à moi, qui aurai l'honneur d'être présent lorsque vous rendrez compte au roi des affaires étrangères et que vous lui ferez des ouvertures pour former ses résolutions, j'espère que j'en pourrai profiter pour mon instruction, et, pourvu que mon âge avancé ne me fasse point obstacle, je mourrai moins ignorant que je suis. J'ajouterai ce que je vous devrai en cela aux sentiments de reconnaissance...[86]
Si l'on fait la part de la flatterie obligatoire à l'égard du roi, auquel Le Tellier, d'une façon un peu voilée, attribue la nomination de Pomponne, on ne peut nier l'habileté diplomatique, dirait-on, de la rédaction et le désir manifeste de vivre en union assurée avec le nouveau secrétaire d'état. Non seulement il n'entend pas faire d'éclat, pas plus qu'il n'en a fait avec Colbert, dont l'hostilité est cependant notoire, mais il recherche l'amitié de celui qui a été, comme Colbert aussi, sous ses ordres jusqu'en 1651 et dont il a suivi la brillante carrière diplomatique,
On pouvait croire de prime-abord qu'il en serait ainsi avec Louvois. Celui-ci et Pomponne, depuis 1666, font échange de bons procédés. Sur la protestation du second, le fils de Le Tellier fait sortir de ses terres les chevau-légers qui y avaient été logés, et il accorde une sauvegarde au secrétaire de l'ambassadeur de France en Suède. Ayant reçu, quand il est nommé chancelier des ordres du roi, les félicitations de Pomponné, il n'en est pas surpris, étant persuadé que vous vous intéressez aux choses qui me regardent, et il répond par des offres de service[87].
Cette entente ne dura pas longtemps. Parlant de son grand, père, Mme d'Ancezune ne dissimule pas son sentiment désabusé : M. de Louvois ne lui conserva pas la même amitié que M. Le Tellier avait pour lui. Il jugea que les ennemis de M. de Pomponne et de sa famille lui porteraient des coups qui le feraient succomber. Il espéra, qu'en cas que M. de Pomponne fût déplacé, d'avoir pour lui et pour M. Courtin le département des affaires étrangères, lequel, joint avec le ministère de la guerre, aurait augmenté infiniment son crédit et sa faveur[88]. Le témoignage est d'une netteté impressionnante pour son ambition personnelle, Louvois a vu en Pomponne un obstacle et a participé grandement à sa chute.
Les deux ministres se sont heurtés presque dès le premier contact. En Hollande, en 1672, ils ont été d'un avis différent, opposé même, sur la nature des propositions de paix, qui devaient être présentées aux ennemis, et Louis XIV a suivi celui de Louvois. La froideur s'accentue l'année suivante. Le 4 avril, Antoine de Feuquières écrit à son fils Isaac : Achille (Pomponne) est si réservé avec Cassandre (Louvois) qu'il ne faut pas attendre grand chose de lui que de belles paroles[89]. A cette date, Pomponne et Louvois n'ont, déjà que de sèches relations de service[90]. Ils sont en différend à propos des provinces de leurs départements respectifs, et Louis XIV doit rendre une sentence arbitrale entre eux : Louvois cède à Pomponne l'Angoumois, la Saintonge et le Limousin, et obtient en échange la Lorraine et l'Alsace ; d'après le bruit des courtisans, il aurait encore réclamé les Trois-Evêchés, mais M. de Pomponne s'en est défendu[91].
En dehors de cette mésintelligence, provoquée par des causes diverses, le conflit a-t-il été accentué parce que Louvois voulut intervenir activement dans la politique étrangère, et cela délibérément ? On ne peut guère le soutenir jusqu'au mois d'octobre 1673. A ce moment, le fils de Le Tellier écrit soit à Verjus, soit à Courtin, qu'il s'en remet aux dépêches de Pomponne[92]. Il conjure seulement Courtin de vouloir bien à votre loisir me faire part de tout ce que vous penserez en votre particulier, y trouvant beaucoup de choses qui peuvent servir à m'instruire et à me donner des connaissances que je n'ai point. Le diplomate ne s'en prive pas et récrimine vivement contre son chef, Pomponne. Celui-ci, ayant appris que j'avais un commerce particulier avec vous, a déclaré que cela était contre l'ordre et que l'amitié et la parenté me faisaient passer au-delà des bornes de mon caractère. Le roi et le secrétaire d'état ont écrit des lettres fort dures à lui et à son collègue Barrillon, représentant la France au congrès de Cologne. Il faut, écrit Courtin, toujours avoir tort avec son maître, je n'ai rien à dire : mais Pomponne a fait craindre aux deux plénipotentiaires que d'autres semblables occasions de reproches ne nous fussent extrêmement nuisibles. Courtin se demande s'il ne doit pas quitter l'emploi[93].
A toutes ces plaintes, Louvois répond par la lettre du 17 décembre 1673, qu'il est indispensable d'analyser à fond, parce qu'elle a été interprétée partialement et que le sens général en a été faussé[94].
Louvois débute ainsi : Il y a déjà du temps que M. de Pomponne est travaillé de la maladie de vouloir faire sa charge et d'empêcher que personne ne s'en mêle, et, soit que son humeur appréhensive lui fasse craindre qu'il ne la fasse pas bien, ou qu'il lui revienne quelque chose de ce que l'on dit dans le public, il est devenu depuis quelque temps fort fâcheux sur cela. Mais, après cette constatation peu aimable, Louvois déclare à son ami que Pomponne n'est pour rien dans les lettres sévères envoyées à Courtin : le roi seul en a pris l'initiative et a imposé sa volonté. Viennent ensuite les conseils, ce que l'on pourrait appeler la mise au point : Il faut vous abstenir, dans la suite, de vous conduire tout à fait selon votre sens, et être persuadé que, quoique les gens qui sont auprès du roi ne l'aient pas si bon que vous, comme ils voient plus de choses et qu'ils ont les affaires générales devant les yeux, ils reconnaissent des inconvénients à des choses où il ne vous en parait pas. Et Louvois conclut : Il vaut mieux pécher un peu en suivant vos ordres que de prendre sur vous des choses qui vous puissent attirer des reproches pareils à ceux que vous avez reçus[95]. Ainsi, loin de vouloir diminuer, restreindre les attributions de Pomponne, le secrétaire d'état de la guerre, les coups de patte contre son collègue mis à part, rappelle à la mesure et à la raison un subordonné, qui, à Cologne, a pris une initiative jugée fâcheuse par le gouvernement royal. On ne peut rien opposer à la ligne de conduite, indiquée par Louvois et, doit-on dire, classique.
Du reste, le surlendemain 19 décembre, le ministre revient sur cette question pour préciser davantage, si possible, et accentuer, en tout cas, ses vues. A propos des deux réprimandes adressées à Courtin, il n'y a aucune parole, dit-il, à laquelle ledit sieur de Pomponne ait eu le choix, et, quoique je ne voulusse pas vous répondre de son cœur pour vous, je vous puis néanmoins assurer que, dans cela et dans ce que j'ai vu jusques à présent, il a parlé pour vous devant le roi comme j'aurais pu faire. Sans doute serait-il désirable que le diplomate fût amplement informé des intentions de Louis XIV pour pouvoir, à Cologne, agir au mieux des intérêts de la France : Mais c'est un mal sans remède et il est de votre prudence de suppléer à ce défaut en prenant du temps pour savoir les intentions de Sa Majesté sur chaque chose et, s'il se peut, de prévoir à l'avance ce sur quoi vous croirez en avoir besoin[96].
Cet ensemble de documents, dont le dernier n'a pas été jusqu'ici retenu, prouve, à n'en pas douter, que Louvois n'éprouve aucune sympathie pour Pomponne. Il prouve aussi que, si le ministre entend s'occuper des affaires étrangères au conseil, comme c'est son droit et comme le font ses collègues, il ne projette nullement d'entrer en conflit ouvert et déclaré avec Pomponne et de se substituer à lui. L'incident relatif à Courtin liquidé, Louvois, en effet, dans ses lettres à divers diplomates, déclare, comme avant, n'avoir rien à ajouter aux instructions qu'ils recevront de leur chef immédiat[97].
D'autre part, ces lettres ne laissent aucun doute sur le caractère des rapports entre les deux secrétaires d'état. Aussi, les contemporains attribuent-ils la disgrâce de Pomponne en grande partie à l'animosité de Louvois[98], et non pas seulement à la négligence et au manque de fermeté du ministre des affaires étrangères. N'ayant pas à raconter ici cette disgrâce, sur laquelle tout n'a pas été dit encore, je me borne à indiquer, en note, les sources[99]. J'ajoute seulement, que, prévenant Louvois, Colbert obtint de Louis XIV la succession pour son frère Colbert de Croissy et que Le Tellier, dans un dialogue bien vivant, mais fort suspect, blâma vertement l'imprévoyante légèreté de son fils[100]. Si les relations entre le ministre déchu et Louvois continuèrent et devinrent correctes et polies[101], Pomponne ne sera pourtant rappelé qu'après la mort de son puissant adversaire.
Le secrétaire d'état de la guerre n'eut plus devant lui que Colbert de Croissy, sur les attributions duquel il n'eut pas à empiéter[102]. Ayant l'entière confiance de Louis XIV, il était, en effet, libre de traiter, seul à seul avec lui, de toutes les questions, et d'autre part, Croissy était impuissant au conseil, parce qu'à partir de 1683, il s'y trouva en présence de trois Le Tellier.
Pourquoi ai-je tenu à déterminer le rôle joué par Le Tellier et Louvois au conseil et leurs relations avec les autres ministres d'état ? Sauf erreur, cette étude n'avait pas encore été tentée. De plus, il était indispensable de se rendre compte de l'importance du conseil, dont les membres avaient à discuter et résoudre les plus grands problèmes. Il fallait également montrer que l'union n'existait pas toujours entre eux, que leurs intérêts particuliers les préoccupaient sensiblement, sans porter une atteinte quelconque au service du roi. L'énorme puissance de ces ministres, sous l'autorité suprême du souverain, étant ainsi établie, il reste à voir quelles affaires essentielles Le Tellier et Louvois eurent à traiter en matière militaire, religieuse et judiciaire.
[1] A. N., Guerre A1, ,360 orig., pièce 352, let. du 9 juin 1673.
[2] Spanheim, 295 et sq.
[3] Ormesson, II, 306-307 : Turenne lui a dit qu'il avait été hier au conseil. — A. N., Guerre A1, 293 orig., pièce 176, Carpatry à Louvois, 31 mai 1672 : Monseigneur se porte bien, Dieu merci, et se propose de partir, après le conseil, pour Chaville. — Id., 301 min., février f° 4, Louvois à Le Bret, Per février 1673 : son père se porte beaucoup mieux et sera, bientôt, en état de se trouver au conseil. Par contre, dans la copie f° 13 on lit ; de se trouver aux conseils du roi. Cette dernière expression est encore dans la lettre de Louvois à d'Aubeville, 6 mars 1673 : Il se tiendra à Chaville pour, de là avoir l'honneur d'assister dans les conseils du roi ; Id., 302 min., f° 82.
[4] Entre autres exemples, V. A. N., Guerre A1, 306 min., f° 249, Louvois à l'abbé de Sainte-Geneviève, 19 septembre 1673 : ... au sujet du procès que votre congrégation a au conseil privé contre les anciens religieux... — A. N., O1, 2, arrêt du 7 mars 1666 : Sur quoi, après avoir ouï le rapport du sieur Colbert, conseiller au conseil royal, contrôleur général et intendant des finances, étant en son conseil des finances, a évoqué...
[5] Saint-Simon, Mém., édit. A. de Boislisle, V, 437 et sq.
[6] Relazioni..., Francia, III, 154, Sagredo note que Turenne en 1665 est appelé fréquemment au conseil, avec grande distinction.
[7] Fléchier, Or. fun., 22 : — Bossuet, Or. fun., édit. de 1762, introd.
[8] Relazioni..., Francia, III, 182 et 322.
[9] De Mouy, I, 21.
[10] Sur tous ces faits, V. les chapitres IV et V.
[11] A. N., Guerre A1, 473 min., 307-308, — 483 tr., f° 228, Le Tellier à Louvois, 15 avril 1676. — Cf. Du Hamel Du Breuil, Sobieski..., p. 20-21 ; — L. Hudita, Hist. des relat. diplom., 274.
[12] A. E., Mém. Doc., France, 914.Ce volume a pour titre Minutes d'arrêts du conseil, vol. Ier : en réalité, il s'agit non pas d'une reproduction d'arrêts, mais d'une liste chronologique, dans laquelle chacun des arrêts est signalé et la matière très succinctement indiquée. Pour chacun d'eux il est renvoyé à une page ou à un numéro, probablement, d'un registre contenant ces arrêts du conseil. Le volume Ier comprend ceux rendus entre 1661 et 1665. — Aux A. N., la série E contient les arrêts du conseil. Cf. A. de Boislisle, dans édit. des Mém. de Saint-Simon, V, 461-463, 477-478.
[13] A. N., Guerre A1, 673 min., 12 janvier 1682, — 683 min., 704, 28 décembre 1682.
[14] Id., 258 min., f° 64 et 70, Le Tellier au conseiller Le Boult, 18 et 19 mars 1671 ; — Id., 360 orig., pièce 352, let. de Le Tellier du 9 juin 1673.
[15] Id., 681 min., 165, Louvois à Junquières, 30 septembre 1682 : — Id., 712 min., 486, Louvois à Le Tellier, 26 avril 1684.
[16] Id., 307 min., 122.
[17] Id., 426 min., juillet 136, Louvois à Courtine 14 juillet 1675. Madeleine de Bordeaux est la femme de l'ancien ambassadeur en Angleterre, Antoine de Bordeaux : le chancelier est Etienne II d'Aligre, auquel son cousin Le Tellier succèdera en 1677 : Dufresnoy est un des premiers commis du secrétaire d'état de la guerre.
[18] Exemples innombrables. V., entre autres, A. N., Guerre A1, 258 min., f° 64, 18 mars 1671, — 407 min., f° 122, 9 octobre 1673, — 360 orig., pièces 326 et 352, 2 et 9 juin 1673, — 364 min., 280, 19 février 1674, — 426 min., juillet 136, 14 juillet 1675, — 673 min., 591, 29 janvier 1682, — 683 min., 704, 28 décembre 1682.
[19] A. N., Guerre A1, 674 min., 401, let. du 19 février 1682. Evidemment les ministres demandent des arrêts du conseil pour favoriser leurs intérêts personnels : J'ai obtenu, écrit Louvois au commissaire Lenfant, un arrêt du conseil qui casse celui quia été rendu par le parlement d'Aix au préjudice de mon droit sur les chevaux de louage, et j'espère, que, quand il aura été signifié, cette compagnie s'abstiendra d'y donner plus d'atteintes : A. N., Guerre A1, 269 min., octobre f° 20, let. du 3 octobre 1672. Il est non moins évident que, dans ces cas spéciaux, l'autorisation royale est indispensable.
[20] A. de Boislisle, édit. des Mém., de Saint-Simon, V, 462.
[21] Ormesson, II, 54-55 : — Relazioni..., Francia, III, 103, 189 et 240.
[22] V., p. ex., Le Pelletier, Vie..., 99 et Mém., 135-136.
[23] B. N., fonds Clairambault, 447, f° 93, ou A. E., Mém. Doc., France, 934, f° 262, règlement du 8 septembre 1672. — Jal, Dict. crit., p. 1115, publie un règlement du 8 avril 1672 d'après les Arch. Mar. : secrétaires d'état et de ses commandements, soit titulaires ou en survivance... prennent rang entre eux... suivant la date de leurs provisions en titre ou en survivance. L'État de la France, année 1676, t. II, 75-77, classe les secrétaires d'état de la façon suivante : 1. La Vrillière et Châteauneuf. 2. Le Tellier et Louvois, 3. Colbert et Seignelay, 4. Pomponne.
[24] Brienne fils, dans Clément, Hist. Colbert, II, 436 ; — Cf. Choisy, II, 63, 225 et 251.
[25] Le Pelletier, Vie..., 93.
[26] Le Pelletier, Mém., 135.
[27] Bordeaux, Mém., IV, 379 et sq. : ces mémoires sont dus très probablement à Courtilz de Sandras : v. L. André, Sources..., II, 774, et VIII, addition 774.
[28] Ormesson, II, 55, 15 novembre 1663.
[29] Id., II, 314, 21 février 1665.
[30] V. chapitre IV.
[31] Mémoire pub. p. Clément, Hist. Colbert, I, 432-433.
[32] V., sur ce point, les deux ouvrages essentiels de R. Mémain, Le matériel de la mar..., 94-95, 192, 216, 823 et 830, et Matelots et soldats..., 8, 138-139, 141 et sq.
[33] Ormesson, II, 128 : Le Pelletier aurait été irrité qu'à une séance du conseil, Colbert eût été assis, Le Tellier et Lionne debout, 28 avril 1660. D'après Guy Joly, II, 469, Le Tellier aurait été inquiet des conversations particulières que Colbert avait avec Louis XIV.
[34] Ormesson, II, 145, 28 mai 1664.
[35] Id., II, 366, 3 juin 1664.
[36] Le Pelletier, Vie..., 99.
[37] Guy Patin, III, 784. 14 août 1671.
[38] Gourville, II, 42.
[39] Ormesson, II, 15 et 24 novembre 1671.
[40] V. le chapitre XIII sur Le Tellier chancelier.
[41] Ormesson, II, 631-2, 25 avril 1672.
[42] Voici un exemple du ton dont use Louvois, 30 juillet 1674 : Les courriers de Bretagne et de Normandie continuent à se plaindre que vous retardez toujours leur départ, ce qui se justifie par leurs papiers (?), où l'heure de leur arrivée et du départ des courriers, dans chaque lieu, est marquée. Le roi m'a ordonné de vous répéter que vous expédiiez vos lettres de manière que votre paquet soit fait lors du départ du courrier de Bretagne, qui est toujours chargé de dépêches importantes. Sinon je serai obligé de donner ordre au commis de l'ordinaire Dalleman de faire partir sans les attendre. Et vous jugez bien qu'il serait fâcheux que l'on en vint à cette extrémité. A. N., Guerre A1, 370 min., 266. Louvois est surintendant général des postes.
[43] A. N., Guerre A1, 324 tr., f° 244-245, 2 juillet 1673.
[44] Id., 375 min., 107, 6 octobre 1674 : Vélizy est au sud-est de Versailles.
[45] Primi Visconti, 230.
[46] V. ci-dessous.
[47] B. N., f. fr., 23.251, n° 958.
[48] V. le chapitre XI sur les questions religieuses.
[49] B. N., f. fr., 23.251, n° 1008.
[50] Gourville, II, 113.
[51] Avec quelques erreurs, l'abbé Louis Legendre raconte, dans ses Mém., 66-67, que Seignelay charmait tout le monde par son éloquence naturelle et brillante, a source intarissable de chagrin pour le marquis de Louvois, qui avait peine à s'exprimer. Le chancelier, son père, ne pouvant se contenir disait du marquis de Seignelay : C'est un joli causeur : quand il avancera en âge, il pensera plus et causera moins. Anecdote agréable, mais à laquelle il ne convient pas d'attacher une grande importance, puisqu'elle est incontrôlable.
[52] Relazioni..., Francia, III, 374, Sébastien Foscarini fut ambassadeur de Venise en France de 1678 à 1683.
[53] V. chapitre II, notes 87 et sq. : Cf. J. de Boislisle, dans Mémor., III, 140.
[54] Relazioni..., Francia, III, 127.
[55] A. N., Guerre A1, 182, p. 263, let. du 8 octobre 1663.
[56] Le Pelletier, Mém., 137.
[57] Relazioni..., Francia, III, 182.
[58] Le titulaire est Henri Auguste Loménie de Bienne, qui devra céder la place à Lionne en 1663.
[59] V. chapitre III.
[60] V. chapitre IV, et pour les références, la note 72.
[61] Pagès, Le grand élect., 259, note I, raconte l'anecdote suivante le prince de Furstenberg ayant demandé l'intervention de Lionne à propos de son régiment, le ministre en parle à Louis XIV ; mais, dans cet instant là M. Le Tellier entra, ce qui obligea Sa Majesté de se taire et moi aussi, Lionne à Furstenberg, 17 février 1671. On ne peut tirer une conclusion sérieuse de ce détail.
[62] A. E., Mém. Doc., France, 416, f° 237-238.
[63] Il cite Le Tellier parce que celui-ci est titulaire de la charge de secrétaire d'état : il se cite lui-même pour une raison semblable. Il ne parle ni de Louvois ni de Berny, parce qu'ils ne sont que des survivanciers.
[64] B. N., Collection Cangé, 70, f° 270 et sq., 3 juin 1671.
[65] Auvigny, VI, 274-275 : — Ancezune (marquise d'), p. 10-11.
[66] La décision de Louis XIV fut prise rapidement pour arrêter les intrigues qui commençaient à se donner libre cours. Mme Scarron s'en fait l'écho dans une lettre au maréchal d'Albret (3 septembre) : On ne sait encore qui aura le service des affaires étrangères : on avait fort nommé l'archevêque de Toulouse (Pierre de Bonsi), mais on dit que les ministres n'ont pas envie de le mettre en tiers et qu'ils aimeront mieux se charger de l'emploi du défunt, pub. p. Geffroy, Mad. de Maintenon, I, 28.
[67] V. chapitre V.
[68] Rousset, I, 511.
[69] B. N., f. fr., 6204.
[70] Saint-Simon, Mém., VI, 343 (références à la note 12, avec quelques erreurs).
[71] Mém., 266 et 274.
[72] Cor. cont., I, n° 970 : — B. N., f. fr., 10654, n° 23, f° 126.
[73] Princesse Palatine, Cor., V, 137.
[74] Bussy, Cor., V, 137.
[75] V. chapitre I, note 88.
[76] A. N., Guerre A1, 192 min., f° 297, et 200 min., f° 536, — 198 tr., pièce 111, let. du 23 avril 1666.
[77] V. ci-dessus.
[78] Ancezune (marquise d'), Abrégé de la vie..., p. 5-6 et les notes : — L. André, La première disgrâce..., p. 3 et sq.
[79] A. N., Guerre A1, 200 min.
[80] Id., 208 .tr., n° 6, let. du 24 août 1667.
[81] Pub. p. Delavaud, Le marq. de Pomp., 44, note 1.
[82] Artagnan, Mém., IV, 425 : — Brienne fils, II, 264-268 : — Auvigny, VI, 272-275 : — Saint-Simon, Mém., VI, 335 et notes.
[83] Ancezune, p. 9-10.
[84] En 1642, Le Tellier était intendant de l'armée d'Italie : il dut voir, probablement à Turin, M. d'Andilly (Pomponne), qui rejoignait le poste de Casai où il venait d'être nommé commissaire des guerres.
[85] Allusion aux relations rédigées par Pomponne sur sa première ambassade en Suède (pub. p. Mavidal dans les Mém.) et sur son ambassade en Hollande (inédite : B. Ars., 4715, 1-137).
[86] A. N., Guerre A1, 258 min., f° 237, 7 novembre 1671.
[87] Id., 202 min., f° 415, — 247 min., avril f° 93, — 254 min., janvier f° 267, Louvois à Pomponne, 10 août 1666, 12 avril 1670, 30 janvier 1671.
[88] Ancezune, p. 10-11.
[89] Feuquières (les), Let., II, 129.
[90] V., p. ex., A. N., Guerre A1, 304 min., mai f° 9, Louvois à Pomponne. 3 mai 1673 : — Id., 346 orig., pièce 169, Pomponne à Louvois, 2 mai 1673.
[91] Pellisson, Let. hist., I, 388-9, apprécie, le caractère de l'échange. — Cf. A. N., Guerre A1, 305 min., août f° 65, 316 tr., f° 102, — 355 orig., pièce 241, Louvois à Condé, 4 août 1673 : Le roi ayant voulu que M. de Pomponne et moi fissions un échange de quelques provinces de nos départements pour mettre l'Alsace et la Lorraine dans le mien, je pars dans deux ou trois jours pour m'en aller faire un tour audit pays d'Alsace.
[92] A. N., Guerre A1, 348 orig., pièce 236, à Verjus, 11 octobre 1673 : — Id., 317 tr., f° 347, à Courtin, 25 octobre 1673. Louis de Verjus, comte de Crécy, était, depuis 1670, employé auprès de diverses coure en Allemagne : en 1671, il avait aidé Louvois dans ses négociations avec les électeurs de Cologne et de Mayence et l'évêque de Münster. Honoré Courtin représentait la France au congrès de Cologne en 1673.
[93] A. N., Guerre A1, 330 tr., foi 334 et 341, à Louvois, 5 décembre 1673. Courtin y revient dans : Id., 331 tr., foi 89 et sq., — 349 orig., pièce 260, 351 orig., pièce 355, let. du 8 décembre 1673.
[94] Rousset, I, 511 et note.
[95] A. N., Guerre A1, 309 min., f° 335, — 317 tr., f° 766-7.
[96] Id., 309 min., f° 370 v°, — 317 tr., f°8 783-4, — 349 orig., pièce 331.
[97] V., p. ex., Id., 379 tr., pièce 62, — 531 tr., f° 211-212, 227 et sq., etc., let. des 16 janvier 1674, 24 et 29 janvier 1677.
[98] Dès 1674, on parlait de la démission de Pomponne, qui se déferait de sa charge, à laquelle, il n'avait que trop d'attachement, s'étant aperçu du peu de progrès qu'il faisait dans l'esprit du roi, qu'il contraignait notablement, parce qu'il était trop scrupuleux ? : A. E., Cor. pol., Rome, 229, abbé Servien au commis de Pomponne, Pachaut, 14 février 1674.
[99] Louis XIV, Œuv., II, 458-459, ou Mém., II, 520-521 : — Contarini dans Relazioni..., France, III, 323 : — Bourdelot à Condé, dans Delavaud, Le Marq. de Pomp., 76, let. LII : — Bussy, Cor., IV, 17 : — Mme de Sévigné, Let., VI, 87, 119, 136, 140 : — Gourville, II, 167 : — Legendre, Mém., 137-8 : — Primi Visconti, 234 : — Spanheim, 336-337 : — Sourches, I, 16, note 5, et 443, note 3 : — Saint-Simon, VI, 338 et sq., et 464-466. — Cf. Gérin, Rev. Quest. Hist., 1er janvier 1878.
[100] Saint-Simon, Mém., VI, 345-346.
[101] A. N., Guerre A1, 710 min., p. 190, — 712 min., p. 523, — 713 min., p. 628, — 717 min., p. 414, Louvois à Pomponne, 11 février, 27 avril, 31 mai et 27 septembre 1684.
[102] Spanheim, 351-352.