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Timestamp: 2019-11-12 21:58:15+00:00
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La maison d’arrêt de Saint Pierre : La Cayenne – Criminocorpus
par cyril chatelain · Publié 27 juin 2012 · Mis à jour 28 novembre 2014
Photo du mur d’enceinte de la maison d’arrêt de Saint Pierre
Depuis la fermeture de la prison de Saint Denis, la maison d’arrêt de Saint Pierre est devenue l’une des doyennes des prisons françaises puisqu’en effet elle occupe, depuis 1930, les locaux de la compagnie des Indes datant de 1863, lui valant le surnom de Cayenne. A l’inverse de l’enfermement cellulaire de Domenjod, elle propose des dortoirs collectifs d’une part tandis que le restant est composé de cellules mais dont aucune n’est individuelle.
Le climat réunionnais, avec sa chaleur, ses vents, son humidité et ses périodes cycloniques en fait un des établissements les plus vétustes pouvant ainsi reprendre le sobriquet attribué à son homologue Juliette Dodu de Saint Denis de « honte de la République ». Il s’agit du seul établissement pénitentiaire du Sud de l’île. Cette petite maison d’arrêt, proche de la mer et de la gendarmerie, peut accueillir officiellement 121 détenus gérés et encadrés par 69 personnels de l’administration. Toutefois, à l’image des autres départements d’Outre-Mer et à l’instar de la situation insulaire précédant l’ouverture de Domenjod, le taux d’occupation est dramatique même au vue des chiffres proposés par la Direction de l’Administration Pénitentiaire (DAP). En 2007, on trouve ainsi un taux de surpopulation carcérale supérieure à 170%. L’ouverture du nouveau centre de détention de Saint Denis a donné l’illusion durant l’espace d’un mois qu’il permettrait de désengorger définitivement Saint Pierre faisant brutalement chuter ce taux de 145% à 89%.
Évolution du taux d’occupation carcéral à Saint Pierre
Cependant, cette situation n’a été qu’éphémère puisque ce même taux est remonté à 135% le mois suivant. Toutefois, si l’on regarde l’évolution de ce taux d’occupation, on s’aperçoit tout de même que la situation tend à osciller autour de la capacité réelle de l’établissement. Enfin, il faut signaler qu’il s’agit bel et bien de chiffres officiels, provenant de la DAP et que de nombreuses sources journalistiques, syndicales ou associatives dénoncent des chiffres plus importants comme c’est le cas dans l’ensemble des établissements français. L’hébergement se fait toujours en dortoirs (l’établissement compte 25 cellules-dortoirs de 4, 8, 10 ou 16 places). La mise en place d’une procédure d’accueil et d’un quartier arrivant a permis à l’établissement de survivre à cette surpopulation. Reste toutefois que celui-ci présente des problèmes de promiscuité et de vétusté importants, rendant les conditions de détention particulièrement difficiles. Les discussions parlementaires à ce sujet sont d’ailleurs explicites puisqu’on y relève en 2005 que « les mauvaises conditions de travail à la maison d’arrêt de Saint-Pierre n’en sont pas moins alarmantes.
Vue de l’entrée principale de la maison d’arrêt de Saint Pierre
Les murs sont dans un état de délabrement avancé, constituant ainsi un danger permanent, tant pour les prisonniers que pour le personnel pénitentiaire »[1]. D’autre part, « le Conseil de l’Europe vient de publier le rapport réalisé par le Comité pour la prévention de la torture un an après avoir visité les prisons de l’île. Ce rapport évoque un « surpeuplement inhumain et dégradant ». À Saint-Denis, le taux d’occupation atteint 222 %. À Saint-Pierre, il est de 157 %. Au Port, 198 détenus se partagent 58 cellules, initialement individuelles »[2]. Face à ce constat implacable, les politiques proposent la construction d’une nouvelle maison d’arrêt de 200 places visant à remplacer l’actuelle maison d’arrêt.
« En visite à La Réunion, Michel Mercier, le ministre de la Justice, a annoncé la construction d’une nouvelle prison “qui devrait ouvrir en 2017” à Saint-Pierre »[3]. Toutefois, au regard de la difficile fermeture de celle de Saint Denis qui aura nécessité 240 ans de débats sur sa fermeture notamment au regard de sa vétusté, la promesse d’un nouvel établissement peut paraître encore lointaine puisque seule est aujourd’hui actée la volonté de l’Etat qui, à travers son préfet, se met en quête d’une nouvelle terre d’accueil. Ce nouvel établissement se situera nécessairement dans la partie sud de l’île afin d’équilibrer la carte pénitentiaire insulaire au regard de la topographie locale mais également dans une logique de préservation des emplois sur un territoire outre-marin déjà fortement touché par le chômage. Finalement, l’article d’Armelle Hervieu [4] retrace parfaitement les enjeux de Saint Pierre à travers son interview de Gilles Romeuf, chef d’établissement depuis 2005, qui « n’a pas honte de le dire parce que c’est tout simplement une réalité : “C’est une prison du 19e siècle avec tout ce que cela implique en termes de vétusté et de promiscuité”. Ici, pas de cellule individuelle, ni même à deux places. On compte seulement 25 cellules pour une capacité théorique de 121 détenus. Ce qui veut dire que les prisonniers sont regroupés dans des dortoirs, de 4, 8, 10 ou 16 places. On est loin de la norme européenne qui prévoit que chaque prisonnier puisse être enfermé seul.[…] En 2006 et 2007, on tournait à 200 % d’occupation. Ça a tendance à se tasser depuis l’ouverture de Domenjod. Mais, le jour où Domenjod arrivera à saturation, ce qui ne devrait pas tarder, il y aura de nouveau une importante surpopulation carcérale à Saint-Pierre ». De plus, la journaliste du journal de l’île de la Réunion poursuit : « Pour mieux supporter ces conditions de détention ou juste pour parvenir à dormir, pas moins de 20 % des détenus saint-pierrois sont sous traitement neuroleptique (antidépresseurs, somnifères…). Attention, cependant, ce n’est pas dans les vieilles prisons, comme celle de Saint-Pierre, que l’on déprime le plus. “Il y a davantage de détresse et de suicides dans les gros établissements récents comme à Fleury-Mérogis qu’à la Santé qui tombe pourtant en lambeaux. L’encellulement individuel et la modernité ont aussi des travers : la déshumanisation”, estime le juge d’application des peines de Saint-Pierre, Philippe Rodionoff. Ainsi, à la Cayenne, on n’a enregistré “que” deux suicides au cours des vingt dernières années. “Ici, c’est familial. C’est humain. C’est une petite prison à l’ancienne. Avec de la végétation à l’intérieur et des détenus qui peuvent passer leur journée dehors”, explique un surveillant. En effet, Saint-Pierre est la dernière maison d’arrêt de France où les prisonniers peuvent encore passer toutes leurs matinées et après-midi à jouer, lire, courir… dans les cours extérieures. Ce n’est que le soir venu que chacun doit rejoindre son dortoir. Une différence de taille avec Domenjod où, comme dans tous les établissements pénitentiaires modernes de France, le temps passé en plein air se résume à quelques heures de promenade tout au plus. Un manque d’oxygène dont souffrent particulièrement tous les détenus qui ont connu le temps de Juliette Dodu. » Sécurité, hygiène et enfermement individuel sont devenus les maîtres mots de la politique de l’administration pénitentiaire pour donner une bonne image d’elle-même et être en accord avec les textes européens. Cependant, à la lecture de ces propos corroborés par Christian Carlier[5], on peut s’interroger sur l’amélioration réelle des conditions de détentions ou tout du moins ouvrir le débat sur que la détention doit être en terme d’architecture, de détenus, de personnels et des relations que les uns peuvent entretenir avec les autres.
[1] Question orale sans débat n° 0778S de Mme Anne-Marie Payet (La Réunion – UC-UDF)
publiée dans le JO Sénat du 26/05/2005 – page 1461.
[3] DAVAN-SOULAS Mélinda, « Une nouvelle prison à Saint Pierre », Réunion 1ère, publié en ligne le 12 avril 2011 [désormais indisponible].
[4] HERVIEU Armelle, “La Cayenne : une prison à bout de souffle”, Journal de l’île de la Réunion, Mardi 13 octobre 2009.
[5] CARLIER Christian, in Patrimoine et Histoire, Les prisons ferment aussi, partie 1, 52ème min à 54ème min, http://www.univ-rouen.fr/audio/sciencepeine/prison-patrimoine1.flv
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