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Timestamp: 2017-02-23 14:27:10+00:00
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Fin de vie des personnes âgées SYNTHESE - PDF
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1 Fin de vie des personnes âgées SYNTHESE Rapport 20132 Introduction Vieillissement, dépendance et fin de vie Après avoir consacré son rapport 2012 à la fin de vie à domicile, l Observatoire National de la Fin de Vie (ONFV) a décidé de consacrer ses travaux à la question de la fin de vie des personnes âgées. Une problématique qui s avère moins facile à cerner et à délimiter qu il n y paraît au premier abord : à quel âge peut-on considérer qu une personne est «âgée»? Où se situe la frontière entre le «grand âge» et la «fin de vie»? Ces deux questions n appellent bien entendu pas de réponses de principe : selon les représentations et les sensibilités de chacun, selon le contexte et l époque à laquelle on se situe, le grand âge peut commencer à 60, 75, 85 ou même 95 ans. De la même manière, la «fin de vie» peut être entendue comme la période couvrant les trois dernières semaines de vie, ou à l inverse de façon plus large et extensive. Pour aller directement à l essentiel et pour ne pas prendre le risque d être trop restrictif ou au contraire trop engloblant, l Observatoire a fait le choix de s intéresser aux personnes : dont la vie quotidienne est impactée par les conséquences du vieillissement (quel que soit leur âge), dont le parcours de santé est marqué par des besoins spécifiques d accompagnement de la fin de vie (que leur décès survienne à court ou à moyen terme). S affranchir des cloisonnements du système de santé pour analyser les difficultés de manière transversale Les progrès réalisés en matière de diagnostic, de traitement et de surveillance des pathologies chroniques se traduisent par un vieillissement accentué des groupes les plus âgés, et donc par une concentration accrue des décès dans le «grand âge», voire le «très grand âge». Car bien plus que le vieillissement luimême, c est l allongement de l espérance de vie avec une ou plusieurs maladies (parfois graves) et l évolution de la situation sociale des personnes âgées qui expliquent l augmentation des besoins en matière d accompagnement de la fin de vie. Cette nouvelle réalité correspond, au moins en apparence, à un paradoxe : elle impose en effet d imaginer et de mettre en 9 Rapport «Fin de vie des personnes âgées»3 œuvre des politiques de santé destinées à accompagner des situations de maladie chronique grave, de dépendance au long cours et/ou de grande vulnérabilité chez des personnes qui sans les techniques médicales que nous connaissons aujourd hui n auraient le plus souvent pas survécu à leur affection initiale. Notre système de santé est donc peu à peu contraint de passer d une organisation «tubulaire» où chaque problème de santé était traité de façon distincte et autonome, à une organisation transversale, destinée à répondre à des problèmes de santé imbriqués les uns dans les autres et à des patients dont la trajectoire mobilise tour à tour plusieurs dispositifs de prise en charge mal articulés entre eux. Ces catégories trouvent en effet leurs limites lorsque la population concernée est touchée par plusieurs maladies, qu elle passe d un lieu de prise en charge à un autre très rapidement, et qu elle est composée à la fois de personnes jeunes, de sexagénaires et centenaires. Ce constat amène une question de fond : comment imaginer des politiques de santé cohérentes sans passer par des catégories de population qui, de fait, ne correspondent plus à la réalité des problèmes de santé auxquels il faut répondre? Une partie de la réponse réside dans les «parcours de santé». Ou plus exactement, elle réside dans une approche en termes de «trajectoires». Cela signifie également que les catégories créées à partir des maladies, des groupes d âge et des lieux de prise en charge se révèlent bien souvent inadaptées à la réalité des besoins des personnes en fin de vie. Analyser les «trajectoires de fin de vie» pour reconstituer le parcours de santé de personnes âgées La notion de «parcours», largement mise en avant aujourd hui, a fait l objet de nombreuses définitions dans la littérature scientifique (Vanhaecht et al, 2012 ; Kinsman et al, 2010) et dans la littérature grise (en particulier ANAP, 2013 et HCAAM, 2012). Elle renvoie schématiquement à la succession des points de contact entre une personne et le système de santé : les dispositifs de prise en charge qui accueillent tour à tour un même patient constituent alors les différents maillons de son parcours de soins. L'idée d'un parcours de prise en charge n'a donc de sens que si l'on considère la situation des personnes malade comme une «trajectoire», c'est-à-dire comme une succession d'étapes liées à la détérioration plus ou moins linéaire de leur état de santé : ces étapes correspondent à la fois aux différents stades de la maladie, et à l'évolution des besoins médicaux, sociaux, et psychologiques des malades. Rapport «Fin de vie des personnes âgées» 104 Or les travaux réalisés par l Observatoire National de la Fin de Vie sur la base de modèles validés par la littérature (Murray et al, 2005) montrent que les personnes en fin de vie empruntent schématiquement trois trajectoires-types : 1) Une trajectoire de déclin lent, essentiellement marquée par la perte très progressive des capacités fonctionnelles et cognitives, typique des personnes âgées fragiles et notamment de celles atteintes de la maladie d Alzheimer ou d une maladie apparentée. Cette première trajectoire concerne environ 12% des personnes en fin de vie. Graphique 1 - Les trois principales trajectoires de fin de vie Déclin rapide (cancer, etc.) Déclin graduel (défaillances d organe) Déclin lent (troubles cognitifs, etc.) 2) Une trajectoire de déclin graduel, ponctuée par des épisodes de détérioration aigus et par des temps de récupération, et marquée par une mort parfois soudaine et inattendue. Cette seconde trajectoire renvoie essentiellement aux défaillances d organe (insuffisance cardiaque et/ou respiratoire, maladies métaboliques, affections de l appareil digestif, insuffisance rénale etc.), et représente environ 40% des situations de fin de vie. 3) Une trajectoire de déclin rapide marquée par une évolution progressive et par une phase terminale habituellement relativement claire. Cette troisième et dernière trajectoire est notamment typique du cancer, et concerne près de 50% des situations de fin de vie susceptibles de relever des soins palliatifs (ONFV, 2011). Ces trois trajectoires-types correspondent à des groupes de population dont la cohérence tient moins à l âge ou à la pathologie qu à la nature des besoins médicaux, sociaux, familiaux ou encore psychologiques des personnes âgées concernées. En outre, chacune de ces trajectoires est directement liée à un certain nombre parcours-types, présentant eux-mêmes des caractéristiques spécifiques. La succession des lieux de prise en charge, la fréquence du recours à l hospitalisation, les modalités de retour à domicile ou en institution, ou encore les objectifs thérapeutiques dans les dernières semaines de vie sont autant d éléments qui structurent profondément le parcours des personnes en fin de vie et qui contribuent (ou non) à la qualité de leur accompagnement. 11 Rapport «Fin de vie des personnes âgées»5 Un rapport construit sur la base de parcours-types L objectif de l Observatoire National de la Fin de Vie était, en 2013, de construire un rapport annuel en partant des différents parcours de santé empruntés par les personnes âgées en fin de vie. Ce rapport repose donc sur la présentation des trois trajectoires de fin de vie mentionnées ci-dessus, chacune de ces trajectoires étant déclinée en plusieurs parcours correspondant aux différentes situations dans lesquelles les personnes âgées peuvent se trouver lorsqu elles sont en fin de vie. 7 parcours de fin de vie Les 7 chapitres qui composent le rapport sont tous construits de la façon suivante : L histoire (fictive) d une personne âgée en fin de vie et de son parcours dans le système de santé. La présentation des enjeux que ce parcours de fin de vie met en évidence. L analyse point par point de ces enjeux sur la base d études menées par l ONFV et/ou de travaux scientifiques menés en France et à l étranger. Une conclusion sous forme de synthèse. L objectif de cette approche par parcours est double : d une part «donner à voir» la réalité concrète de la fin de vie des personnes âgées (au-delà des chiffres et des statistiques), et d autre part montrer la diversité et le caractère évolutif des situations auxquelles notre système de santé doit répondre. Remarque : Les parcours et les illustrations qui les accompagnent (photographies) sont fictifs : ils ne correspondent pas à des situations de fin de vie réelles, et toute ressemblance avec l histoire de vie d une personne existante serait fortuite. Rapport «Fin de vie des personnes âgées» 126 Trajectoire n 1 : «Mourir de vieillesse?» Une trajectoire de fin de vie longue et progressive Cette première trajectoire de fin de vie se caractérise par un déclin lent, marquée par la perte très progressive des capacités «fonctionnelles» (se déplacer, s habiller seul, se lever, etc.) et «cognitives» (utiliser ses connaissances, faire fonctionner sa mémoire, etc.). Il s agit d une trajectoire typique des personnes âgées fragiles, et notamment de celles atteintes de la maladie d Alzheimer ou d une maladie apparentée. Elle concerne environ personnes chaque année, et correspond à près du tiers (27%) des situations de fin de vie chez les personnes âgées de 80 ans et plus. Parmi celles-ci, décèdent en EHPAD (soit près du quart des décès survenant dans ces établissements), et meurent à l hôpital. Plusieurs parcours de santé peuvent découler de cette trajectoire, mais tous présentent au moins trois points communs : - Une identification tardive de la situation «palliative» des personnes âgées fragiles (qui ne sont pas repérées comme étant en fin de vie par les professionnels) - L épuisement des proches, notamment lorsque les personnes âgées sont à domicile - La multiplication et le cloisonnement des dispositifs de prise en charge, qui rendent le système de santé difficilement lisible pour les patients, leurs proches et les professionnels. Pour illustrer la diversité de ces parcours, et pour mettre en évidence de façon concrète les difficultés qui se présentent, l a choisi trois situations très différentes : une fin de vie en EHPAD (Marie), une fin de vie à domicile marquée par le suicide (Pascal), et enfin une fin de vie en établissement pour personnes adultes handicapées (Andrée).7 Marie, Comme autres français, Marie est désormais centenaire : née en 1912, elle est veuve depuis près de 30 ans et a trois enfants de respectivement 80, 77 et 75 ans. Elle ne souffre d aucune maladie physique grave, à l exception d une hypertension artérielle et de quelques problèmes de vue et d audition. 101 ans, veuve 3 enfants malade d Alzheimer En revanche, Marie est atteinte depuis plusieurs années de la maladie d Alzheimer. Ses troubles se sont considérablement aggravés, à tel point que son maintien à domicile est petit à petit devenu impossible : ses enfants ont essayé de lui apporter de l aide pour lui permettre de rester chez elle, mais cela n a pas suffi pour éviter l entrée en maison de retraite. Un an et demi après son arrivée dans l EHPAD, Marie est désormais très limitée dans ses actes de la vie quotidienne : sa dépendance physique s est accrue. Progressivement, face à son refus de prendre ses médicaments pour le cœur, et après en avoir discuté avec Marie et ses enfants, le médecin généraliste a pris la décision d arrêter de lui prescrire ces médicaments. Marie est de plus en plus fragile. Elle s éteint quelques semaines plus tard, dans son lit, entouré de ses enfants que l infirmière de l établissement avait prévenus.8 Que faut-il retenir du parcours de Marie? Près de la moitié des résidents en EHPAD présentent une maladie de type Alzheimer. Un quart des personnes institutionnalisées et atteintes de la maladie d Alzheimer sont sous tutelle. Cette «concentration» de personnes démentes dans un même lieu a un impact évident sur la prise en charge. Elle a également un impact évident sur la représentation que notre société a de la vieillesse. Cette image est d ailleurs source d angoisse pour les autres résidents : angoisse de perdre la tête, d être abandonné, de perdre son autonomie, d être un poids pour les proches. Cette réalité explique probablement aussi le peu de liens constatés entres les résidents qui pourtant vivent «sous le même toit». Pour autant, contrairement à une idée répandue, les personnes âgées ne finissent pas leur vie seules. Les proches sont très présents dans leur accompagnement. Néanmoins, des progrès sont possibles concernant la communication avec les personnes âgées institutionnalisées. Ainsi, la très grande majorité des proches estiment que les souhaits des personnes institutionnalisées sont respectés Surtout lorsque les personnes n ont pas de problème. De même, on peut penser qu une communication insuffisante concoure à expliquer que seuls 5% des personnes âgées des EHPAD ont rédigé des directives anticipées. Les professionnels, quant à eux, abordent peu ces questions avec les personnes malades alors qu ils en parlent paradoxalement un peu plus avec les proches de ces personnes. Si les antalgiques puissants sont maintenant couramment utilisés dans les EHPAD, il reste de toute évidence des progrès à réaliser pour que la douleur et les inconforts ressentis par les personnes âgées soient réellement apaisés. Un autre constat des études conduites par l ONFV est celui de la fréquence très importante des décisions de limitation ou d arrêt de traitement pour ces personnes dont près de la moitié n est pas en état d exprimer un avis. La formation des professionnels est probablement le levier principal pour que le changement attendu se produise : formation à la communication sur ce sujet tabou de la fin de la vie pourtant si prégnant en EHPAD ; formation à l apprentissage de la réflexion éthique et au travail en équipe. En outre, les Equipes Mobiles de Soins Palliatifs (EMSP) peuvent apporter une aide utile dans les situations de fin de vie, à la fois pour renfocer l expertise clinique et pour aider à la réflexion éthique (notamment lorsque la question d une décision de limitation ou d arrêt des traitements se pose). Compte tenu du rôle déterminant des médecins traitants et des médecins coordinateurs à cet égard, il apparait essentiel de pouvoir conduire des actions de formation «en équipe», en lien avec les équipes mobiles de soins palliatifs (ou les réseaux de santé) susceptibles d aider en de pareilles circonstances pour que la fin de vie soit un temps de respect des personnes. Rapport «Fin de vie des personnes âgées» 309 Pascal, 81 ans, veuf 2 enfants malade d Alzheimer Pascal a tout juste 81 ans. Ancien professeur de musique, veuf depuis 20 ans, il vit seul à son domicile, dans une maison des faubourgs de Lyon. Ses deux enfants habitent à plus d une centaine de kilomètres et ne lui rendent visite qu occasionnellement. En revanche, depuis la mort de sa femme, il participe chaque semaine à la chorale de son arrondissement. Mais en 2009, sur les conseils de son médecin de famille, Pascal se rend à une Consultation Mémoire afin de passer quelques examens. Le diagnostic lui fait l effet d un coup de massue : «maladie d Alzheimer». Il est aussitôt mis sous traitement, mais le neurologue l avertit : cela ne peut au mieux que ralentir la progression de la maladie. Au cours des trois années qui suivent, sa situation se détériore progressivement : ses trous de mémoire se font de plus en plus fréquents, il cherche ses mots, et il se surprend à ne plus reconnaître certains de ses amis à la chorale. Peu à peu, Pascal s isole. Début 2013, en se levant une nuit, il chute dans le couloir de sa maison. Paniqué, effrayé à l idée de s être cassé quelque chose, il ne parvient pas à se relever. C est sa voisine qui le découvre le lendemain matin: elle appelle aussitôt les pompiers, qui le transfèrent aux urgences de l hôpital le plus proche. S il ne souffre d aucune fracture, il est très confus : son retour à domicile n est possible que grâce à la mise en place d un SSIAD et à l investissement de ses enfants qui l aident à tour de rôle. Mais malgré cette aide, en quelques mois à peine, Pascal entre dans une profonde dépression : il reste alité en permanence, refuse de recevoir ses amis, se montre agressif, puis devient totalement mutique. Ses deux fils, très présents, sont épuisés. Les professionnels du SSIAD, de leur côté, redoutent une ré-hospitalisation en urgence. Un soir, profitant du départ de l infirmière, il met fin à ses jours en s asphyxiant avec le gaz de sa cuisinière. Pascal laisse une courte lettre à ses enfants : «La vie n a plus de sens si elle n est qu une longue déchéance».10 Que faut-il retenir du parcours de Pascal? La situation des personnes âgées qui choisissent de terminer leur vie au domicile a de quoi nous alarmer. Les travaux que l Observatoire a pu synthétiser et ceux qu il a lui-même conduits confirment que dans les situations de fin de vie, les personnes âgées à domicile se trouvent souvent dans des situations de grande détresse. Ces personnes sont très souvent en situation d isolement social et familial. Elles sont très souvent en situation de grande dépendance. La souffrance existentielle des personnes âgées en fin de vie est un problème majeur de santé publique. Même si la dépression semble plus marquée chez le sujet âgé institutionnalisé, elle demeure sousdiagnostiquée du fait de la variabilité de ses formes cliniques (somatiques, cognitives, etc.). Enfin les constats concernant le suicide des personnes âgées viennent renforcer les constats de détresse des personnes. En France, près de 3000 personnes de plus de 65 ans mettent fin à leurs jours chaque année. Cela représente près d un tiers du total des suicides en France, alors que les plus de 65 ans constituent environ 20 % de la population française. Il faut de plus noter que le risque de suicide augmente avec l avancée en âge des personnes et que le lieu du suicide est le plus souvent le domicile. Si les structures d Hospitalisation à Domicile et les Réseaux de Santé en Soins Palliatifs sont souvent mieux connus du grand public pour leur action dans le champ de la fin de vie et des soins palliatifs, les infirmières libérales, les Services de Soins Infirmiers à Domicile (SSIAD) ainsi que les services de soins et d aide à domicile restent des acteurs incontournables et jouent un rôle essentiel dans l accompagnement des personnes âgées en fin de vie. Ainsi, chaque jour, 4500 personnes âgées en fin de vie sont accompagnées par un SSIAD. Les services d aide à la personne représentent dans 40% des cas l aidant principal des personnes âgées accompagnées par les SSIAD. C est dire à quel point les professionnels de la grande proximité sont impliqués aussi bien dans les soins que dans l accompagnement. C est dire aussi combien la formation initiale et continue de ces professionnels par des équipes d appui sont des enjeux majeurs, tout comme le travail en réseau avec les équipes d HAD, ou encore les réseaux de soins palliatifs. Or tous ces soutiens nécessaires font actuellement défaut : les professionnels les plus exposées sont finalement les moins formés et les moins aidés. Le maintien à domicile de ces personnes si vulnérables dépend pour une grand part de la mobilisation des professionnels. Rapport «Fin de vie des personnes âgées» 4211 Andrée, Andrée est déficiente intellectuelle. Elle travaillait dans un Etablissement d Aide par le Travail (ESAT) et vit avec sa mère en banlieue parisienne. Son père est décédé il y a une dizaine d années d un cancer des poumons. En 2006, son médecin traitant diagnostique une insuffisance rénale chronique (ses reins ne 69 ans, célibataire déficiente intellectuelle insuffisante rénale fonctionnent plus correctement). Elle démarre alors des séances de dialyse dans un centre à côté de chez elle. Mais deux ans plus tard, suite au décès brutal de sa mère et à l arrêt de ses activités à l ESAT (compte tenu de son âge elle ne peut plus s y rendre), Andrée, qui vit seule et se nourrit mal, développe une dépression nerveuse. Son maintien à domicile est jugé impossible, et une place en Foyer d Accueil Médicalisé (FAM) lui est rapidement proposée. Son insuffisance rénale progresse, mais reste maîtrisée grâce aux séances hebdomadaires de dialyse. Toutefois, en 2011, une fracture «spontanée» au niveau de la jambe conduit à découvrir un cancer du sein a un stade déjà très avancé. Après en avoir discuté à plusieurs reprises avec elle et avec l équipe qui l accompagne au sein du FAM, le médecin oncologue propose de ne pas mettre en place de chimiothérapie et d arrêter les séances de dialyse, dans le cadre de la loi Leonetti. Au cours des semaines qui suivent, malgré la mise en route de traitements antidouleur puissants, Andrée se plaint de douleurs importantes. Elle est finalement hospitalisée en urgence par le veilleur de nuit, et décède dans le service qui jouxte les urgences moins de 72 heures après son arrivée.12 Que faut-il retenir? Pour l Observatoire National de la Fin de Vie, il est frappant de constater à quel point cette question de la fin de vie des personnes handicapées est restée au second plan dans le débat public et dans les politiques de santé : nous ne connaissons rien de la façon dont ces personnes finissent leur vie, et pourtant tout laisse à croire que les besoins sont immenses. L augmentation de l espérance de vie des personnes présentant un handicap soulève des questions inédites et essentielles pour notre société De plus en plus de personnes vont en effet se trouver à la confluence des questions liées au handicap, au vieillissement, à la maladie, à la dépendance et à la fin de la vie. Parce qu elles présentent un handicap, les manifestations de la maladie, l expression de la douleur et de la souffrance sont différentes et conduisent parfois à des retards ou des défauts de prise en charge. Parce que les établissements qui les accueillent ont plutôt une culture sociale, l approche de la maladie et de la fin de vie des personnes handicapées, la collaboration avec le secteur sanitaire est insuffisante. Pour accroitre le respect dû à ces hommes et ces femmes souffrant de handicap, en fin de vie, l ONFV recommande la formation des personnels, le développement de collaborations avec les équipes d HAD, les réseaux de santé et les équipes mobiles de soins palliatifs, le recours à des infirmières de nuit pour éviter des hospitalisations indues en toute fin de vie. A cet endroit se cumulent toutes les formes de vulnérabilité, se concentrent toutes les questions que notre société doit investir concernant l efficience du système de santé, toutes les questions éthiques et politiques, toutes les questions afférentes aux solidarités. Pourtant, il semble que rien n est pensé, même si paradoxalement les dispositifs d aide et de soutien existent et sont nombreux. Mais ces dispositifs se heurtent aux nombreux cloisonnements de notre société et de notre système de santé qui de surcroit manque de coordination. Pourtant ces personnes vivent, tombent malades, souffrent et meurent. Chaque jour 4 personnes handicapées meurent en France dans une structure les accueillant. Et l on ne sait rien de la fin de vie des personnes handicapées à domicile. Rapport «Fin de vie des personnes âgées» 5413 Trajectoire n 2 «La fin de vie avec une maladie chronique grave» Une trajectoire marquée par des épisodes aigus Cette seconde trajectoire de fin de vie se caractérise par un déclin graduel, et par des épisodes aigus fréquents. Elle concerne essentiellement les personnes âgées qui décèdent d une insuffisance cardiaque, de maladies respiratoires, d une insuffisance rénale, etc. Ces défaillances d organe amènent les personnes à suivre des parcours de santé plus complexes et plus «discontinus» que ceux des personnes âgées qui décèdent sans maladie grave particulière ou qui décèdent d un cancer (trajectoires n 1 et 3). Leur parcours est en effet marqué par un maintien à domicile plus fréquent avant le dernier mois de vie, et par un taux d hospitalisation plus important au cours des 3 semaines précédant le décès. Ces hospitalisations en fin de vie sont le plus souvent justifiées par la survenue d un épisode aigu. Pour l, il existe trois grands risques de «rupture» dans le parcours de ces personnes au sein du système de santé : - Un manque d anticipation des complications liées à la fin de vie ; - Une gestion des situations d urgence inadaptée à la réalité des besoins ; - Un retour en établissement mal préparé, qui se traduit parfois par une ré-hospitalisation en urgence dans les jours qui suivent. L a choisi de mettre en avant deux parcours, marqués l un comme l autre par de nombreux allers et retours à l hôpital : celui de Louise, qui vit à son domicile, et celui de Pierre, qui finit sa vie en EHPAD.14 Louise, 95 ans, mariée, 3 enfants, insuffisante cardiaque Louise, 95 ans, vit chez elle avec son époux. Depuis plusieurs années, en plus de son grand âge, elle doit vivre avec une insuffisance cardiaque qui, sans être grave à court terme, la fatigue beaucoup. Faire le ménage, préparer à manger, sortir faire quelques courses ou encore s habiller sont devenues des activités difficiles à accomplir seule. D autant que son mari est devenu lui aussi très dépendant suite à un Accident Cardio- Vasculaire (AVC). Louise a trois enfants, très présents, mais qui ne peuvent pas assumer toutes les aides dont elle a besoin au quotidien : elle bénéficie donc d une aide à domicile quelques heures par semaine. En juin 2013, elle fait un malaise cardiaque dans son jardin et est hospitalisée en urgence. Après plusieurs examens et un séjour au Centre Hospitalier, elle rentre à son domicile. Affaiblie et très anxieuse depuis son retour, Louise est de plus en plus confuse. Quelques semaines plus tard, un samedi matin, alertée par l aide à domicile, sa fille aînée décide d appeler à nouveau les secours : insomniaque depuis plusieurs jours, Louise est victime d hallucinations et très agitée. Son mari, choqué, s est réfugié dans la salle de bain. Mais nous sommes en plein Week-End, et faute de place en gériatrie elle reste aux urgences jusqu au lundi matin, avant d être finalement renvoyée chez elle. Les deux semaines qui suivent sont éprouvantes, à la fois pour Louise et pour ses proches : son état général se détériore, les épisodes de crise se multiplient, et sa respiration devient progressivement difficile. Moins de quinze jours après sa dernière hospitalisation en urgence, elle fait un nouveau malaise cardiaque et est donc ré-hospitalisée. Louise décède finalement d un arrêt cardiaque dans l Unité d Hospitalisation de Courte Durée (que l on appelle parfois le «serviceporte»), la nuit qui suit son arrivée aux Urgences. Compte tenu de la situation, et en l absence de toute directive anticipée ou d une personne de confiance, les médecins ont décidé de ne pas tenter de la réanimer.15 Que faut-il retenir du parcours de Louise? Les aides à domicile sont aujourd hui un élément déterminant de l accompagnement des personnes âgées en fin de vie à domicile : la quasitotalité des personnes âgées en fin de vie bénéficient de leurs interventions. Les enquêtes menées ou les travaux synthétisés par l ONFV montrent combien ces personnes sont exposées : elles interviennent souvent seules, et sur un temps long. Leur tâche comporte certains aspects techniques destinés à compenser la dépendance des personnes âgées, pour lesquels elles sont formées. Souvent pour compenser l absence de SSIAD - seules un peu plus de 10% des personnes âgées bénéficient des services d une aide-soignante - elles sont dans une délégation de tâche qui ne dit pas son nom. Elles interviennent souvent seules et sont confrontées aux difficultés du face à face avec les personnes qui vont mourir. Qui plus est, elles sont souvent amenées à intervenir simultanément chez plusieurs personnes (entre 3 et 8 personnes par semaine). Il est étonnant de constater que si le cœur de métier de ces professionnelles se déplace vers l accompagnement de la fin de vie des personnes, la majorité d entre elles n a aucun diplôme. Plus surprenant encore : seul un petit nombre d entre elles a reçu une formation aux soins palliatifs. Il faut enfin ajouter que ce travail relationnel très impliquant et essentiel pour les personnes âgées dont elles sont parfois le seul repère quotidien est peu valorisé, l accompagnement semblant considéré comme «allant de soi» personnes âgées meurent dans les services d urgence chaque année Près de décès surviennent chaque année dans les services d urgences, soit environ 5 % de l ensemble des décès en court séjour de ces décès concernent les personnes âgées ( 75 ans). Plus de 60% de ces patients sont hospitalisés pour une pathologie dont l évolution prévisible et les symptômes nécessitent des soins palliatifs. Près de la moitié de ces personnes décèdent au cours de la nuit qui suit leur entrée aux urgences. Face à ces constats et quand bien même persistera une véritable inadéquation temporo-spatiale entre les urgences et la fin de vie, il est nécessaire d envisager la formation des personnes travaillant dans les services d urgence afin de mieux identifier les patients en fin de vie et d améliorer les modalités d accompagnement et également de prise de décision de limitation et d arrêt des traitements. Le coût de l accompagnement des personnes âgées en fin de vie n est pas plus important que celui des personnes moins âgées, bien au contraire. Comme l a démontré une étude conduite par la Caisse Nationale d Assurance Maladie en 2012, si le coût de la dernière année de vie est important (un peu plus de 10% du total des montants remboursés par l assurance maladie y sont dédiés), ce n est pas la fin de vie en elle-même mais la prise en charge des pathologies à l origine du décès qui a une incidence forte sur le montant des dépenses au cours de la dernière année de vie. Les dépenses sont d ailleurs d autant plus importantes que les personnes sont moins âgées. 75 Rapport «Fin de vie des personnes âgées»16 A l hôpital, les dépenses afférentes à la prise en charge d un patient en soins palliatifs sont particulièrement élevées, et ce d autant plus si le séjour se déroule dans un service spécifique de type Unité de Soins Palliatifs et que la personne a une dépendance physique importante. justice sociale et d équité du système de santé. Par contre, si l on raisonne en termes de dépenses de santé évitées ou réduites par une démarche palliative, plusieurs études anglo-saxonnes démontrent que les patients qui bénéficient d une prise en charge palliative ont une probabilité plus faible d être admis aux urgences et de mourir à l hôpital et qu il en résulte un coût moyen journalier plus faible. Les coûts des soins durant la dernière semaine de vie sont plus faibles pour les patients ayant eu une discussion portant sur la fin de vie avec leur médecin. Non seulement les dépenses de santé des patients pris en charge en soins palliatifs sont inférieures à celles des autres patients en fin de vie, mais surtout les économies réalisées sont d autant plus importantes que les soins palliatifs sont précoces. Par contre le «reste à charge» pour les patients et leurs proches lorsque la fin de vie se déroule à domicile, est important. Selon les travaux conduits par la DRESS en 2011, près d un tiers des bénéficiaires les plus dépendants consacrent plus de la moitié de leurs ressources pour financer leur besoin d aide. La participation des usagers a augmenté lors des dix dernières années. Le cumul des frais liés à la dépendance et ceux liés plus spécifiquement à la fin de vie se traduit par un reste à charge important pour les personnes. Cette réalité pose de véritables questions en termes de Rapport «Fin de vie des personnes âgées» 7617 Pierre, 93 ans, veuf, en EHPAD 1 fille qui vit à 400 Km, malade d Alzheimer. A 93 ans, Pierre vit désormais dans une maison de retraite médicalisée (ce que l on appelle désormais un «EHPAD»). Sa fille lui rend visite dès qu elle le peut, mais elle habite à plusieurs centaines de kilomètres et il n est pas toujours facile pour elle de se libérer. Pierre est atteint depuis plusieurs années d une maladie d Alzheimer, qui est liée à des lésions irréversibles dans le cerveau. Un jour, il se plaint d une gêne au niveau du ventre, particulièrement douloureuse lorsqu il tousse. En outre, l infirmière remarque que Pierre n est pas allé aux toilettes depuis plusieurs jours. Le médecin coordonnateur de l établissement s inquiète : il pourrait s agir d une hernie dans l abdomen, qui peut provoquer un étranglement de l intestin et qui empêche le transit. Pierre est donc transféré d urgence dans une Polyclinique afin qu un chirurgien puisse l opérer. Il y passera trois semaines, le temps de se remettre de l opération et de retrouver quelques forces. Mais lorsqu il rentre dans sa maison de retraite, Pierre est très affaibli et ses troubles du comportement se sont considérablement aggravés. Moins d un mois plus tard, son état de dénutrition est tel qu une nuit, en déambulant dans les couloirs de l EHPAD, il fait un malaise. Pierre est donc ré-hospitalisé dans un service de gériatrie et on lui pose un cathéter afin de l alimenter artificiellement par les veines. Sa situation s améliorant un petit peu, il revient ensuite à la maison de retraite, mais ce retour est de courte durée : au bout de 7 jours, le médecin suspecte une infection au niveau du cathéter et Pierre effectue un nouvel aller-retour à l hôpital pour réaliser des examens. De retour dans l EHPAD, il est réveillé par une douleur intense dans le mollet: seule pour 60 résidents, l aidesoignante de nuit décide d appeler le SAMU. Pierre décède la nuit suivante, dans le service des urgences, des suites d une embolie pulmonaire. Rapport «Fin de vie des personnes âgées» 7818 Que faut-il retenir? Alors que la fin de la vie est la raison d être des EHPAD, la fin de vie en EHPAD est une question qui, en apparence, ne se pose pas, un non-dit pour les résidents et leurs proches. Alors que pour les professionnels de santé et les pouvoirs publics, la fin de vie est souvent une temporalité comprise entre 3 mois et 1 an, pour les personnes âgées accueillies en EHPAD et leurs proches la notion de fin de vie est, lorsqu elle est évoquée, associée aux jours qui précèdent le décès, voire l agonie. En d autres termes, la fin de vie tend à être réduite à la «toute fin de vie». En réalité il semble exister une forte dénégation tant la fin de la vie et le «mourir» sont marqués par des représentations négatives. Notre système de santé repose paradoxalement sur des fondements qui conduisent de nombreuses personnes âgées à finir leur vie dans un endroit où, dans la majorité des cas, elles ne souhaitent pas vivre. Alors que le nombre de personnes âgées en EHPAD est en constante augmentation, l entrée en institution est rarement un choix de la personne âgée. C est plus souvent une orientation qui s impose aux proches face aux limites du maintien à domicile. Mais l entrée en institution provoque souvent chez les proches une tension entre un profond sentiment de culpabilité et une volonté de se préserver soi-même aux personnes qui n ont pas choisi ce lieu et mode de fin de leur vie décès de personnes âgées aux urgences en 2012 Ce chiffre important est à comparer à d autres données réunies ou collectées par l Observatoire National de la Fin de Vie. Les plus grandes craintes des proches visà-vis de la fin de vie sont pour 20% d entre eux l hospitalisation et pour 31% l acharnement thérapeutique Si l on prend en compte le fait qu il existe une très grande disparité entre les régions concernant les transferts à l hôpital, que dans leur grande majorité ceux-ci ne sont souhaités ni par les résidents, ni par leurs proches. Plus encore, ces hospitalisaiton apparaissent souvent évitables voir injustifiés au plan médical Il y a lieu de penser que de très grandes marges d amélioration existent Or, lorsque l établissement dispose d un(e) infirmier(e) la nuit ce qui est le cas dans moins de 15% des EHPAD - le taux d hospitalisation baisse de 37%, le nombre de résidents qui décèdent à l hôpital est réduit de 32%. Si l on extrapole ces résultats à l ensemble des maisons de retraite médicalisées de France métropolitaine, la simple présence d un(e) infirmier(e) la nuit dans tous les EHPAD permettrait d éviter hospitalisations de résidents en fin de vie chaque année Cela cause un sentiment de culpabilité fréquent chez les proches, et le coût de cette insatisfaction incombe finalement Rapport «Fin de vie des personnes âgées» 9019 & Trajectoire n 3 «La fin de vie avec le cancer» Une trajectoire courte marquée par une phase terminale précise Les personnes empruntant une trajectoire de fin de vie qualifiée de «courte à déclin évident» dans la littérature médicale sont le plus souvent atteintes d un cancer en phase avancée. Chaque année, environ personnes sont concernées. Parmi elles, une grande majorité vivent la fin de leur vie et décèdent à l hôpital. Cela essentiellement par la visée souvent curative des traitements proposés aux patients atteints de cancer (y compris dans les dernières semaines de vie), et par la difficulté de gérer les symptômes d inconfort avec les ressources du domicile. Ces patients sont ceux qui bénéficient le plus souvent d une prise en charge en soins palliatifs (ou en soins de support), à l hôpital comme à domicile. Pourtant, le parcours de soin de ces personnes est marqué par deux faiblesses, qui sont autant de facteurs de «rupture» dans la continuité des prises en charge : - Une orientation «palliative» très tardive : plus d un tiers des patients hospitalisés pour un accompagnement de fin de vie sont identifiés comme tels moins de 8 jours avant leur décès - Une préparation du retour à domicile très insuffisante, qui conduit à un constat peu flatteur pour notre système de santé : seuls 4,5% des patients hospitalisés retournent à leur domicile au cours du dernier mois de vie Pour rendre ces enjeux aussi concrets que possible, l ONFV a choisi de retracer le parcours de deux personnes âgées atteintes du cancer : Paul, qui termine sa vie à l hôpital, et Anna, qui reste à domicile avant d être finalement transférée à l hôpital pour y décéder.20 Paul, 71 ans, marié deux enfants atteint d une leucémie Paul a 71 ans. Il est marié depuis près de 20 ans à sa seconde épouse, et a deux enfants nés d un premier mariage. En 2010, suite à des douleurs intenses, le diagnostic de myélome multiple est posé : il s agit d une forme de cancer de la moelle osseuse. Cette maladie est aussi appelée «Maladie de Kahler». Pour traiter son cancer et tenter de le guérir, les oncologues mettent alors en place une chimiothérapie et lui font une greffe de moelle osseuse. Les résultats sont encourageants, et Paul peut finalement rentrer chez lui et retrouver sa famille. Mais en 2012, sa situation s aggrave brutalement. Le médecin qui le suit depuis deux ans et demi diagnostique une leucémie. Paul est rapidement hospitalisé. Le service d hématologie du CHU cherche à guérir sa leucémie, avant de le transférer en néphrologie pour s occuper de l insuffisance rénale causée par la progression du cancer. Paul et ses proches sont entièrement concentrés sur le combat contre la maladie : ils ne discutent que très peu de la question de la fin de la vie ensemble, et Paul n a pas rédigé des «directives anticipées». Une autre complication survient : Paul souffre désormais d une atteinte de la colonne vertébrale, qui comprime sa moelle épinière. Cela nécessite qu il soit opéré en urgence et qu il reçoive quelques séances de radiothérapie. Il est ensuite hospitalisé au service des soins intensifs car ses fonctions rénales se sont soudainement affaiblies. Moins d une semaine après son arrivée dans ce service, Paul présente une infection importante, que les médecins tentent de stabiliser grâce à de puissants antibiotiques. Mais au bout de quelques jours, malgré les efforts de l équipe, son infection s aggrave et il décède brutalement. Paul a passé les trois derniers mois de sa vie à l hôpital.21 Que faut-il retenir? La France est l un des pays européens dans lequel la fin de vie se déroule le plus souvent à l hôpital. Cette réalité est particulièrement marquée pour les personnes âgées atteinte d un cancer. Cette «sur hospitalisation» se double le plus souvent d une forte «médicalisation» de la fin de vie. Cette particularité française devrait nous interroger d une part sur l organisation de notre système de santé qui présente peu d alternatives à l hospitalisation et à la médicalisation des personnes en fin de vie. Toutefois, toujours concernant le cancer des personnes âgées et contrairement à certaines idées reçues, seules 10% des personnes âgées qui décèdent d un cancer en court-séjour reçoivent une chimiothérapie dans le mois qui précède leur décès, contre 23% pour l ensemble des patients. Certains traitements spécifiques peuvent avoir une place dans les situations de fin de vie dès lors qu ils contribuent au confort et améliorent la qualité de vie. ou d arrêter la chimiothérapie en fin de vie en France. Par ailleurs, alors que l avis du patient devrait être déterminant pour tracer cette frontière, il s avère que pour une part nonnégligeable des situations de cancer en phase avancée ou terminale, le pronostic n est pas abordé avec le malade. Si l on ajoute à ces constats le fait que les décisions de fin de vie sont relativement peu discutées avec les personnes malades, que seulement un quart des patients en fin de vie pour lesquels une décision de limitation ou d arrêt de traitement a été prise ont désigné une «personne de confiance», que seuls 1,5% des patients concernés avaient rédigé leurs directives anticipées On comprend qu il reste un très gros travail à réaliser en termes de formation des acteurs de santé, en termes d accompagnement et de communication avec les personnes agées malades et en fin de vie. La frontière entre traitements justifiés et acharnement thérapeutique est difficile à délimiter, en particulier chez les personnes âgées. L évaluation a priori du bénéfice pour le patient est une véritable difficulté. Selon plusieurs études, les oncologues surestiment le pronostic de survie des personnes âgées atteintes de cancer et on ne dispose en France d aucune recommandation de bonnes pratiques pour juger de l opportunité de poursuivre 109 Rapport «Fin de vie des personnes âgées»22 Anna, Anna a 84 ans. Veuve depuis une dizaine d années, elle fête le départ à la retraite de sa fille lorsque, au décours d une consultation de routine chez son médecin traitant, elle découvre qu elle est atteinte d un cancer du sein. Après plusieurs examens à l hôpital, on lui apprend que son cancer est déjà évolué et qu il n est pas opérable. 84 ans, veuve atteinte d un cancer du sein En revanche, grâce aux progrès réalisés ces dernières années en matière de chimiothérapie, l équipe d oncologie est plutôt optimiste : ses chances de rémission sont plutôt bonnes. A la demande d Anna, c est à la maison qu elle reçoit ses traitements, grâce à l intervention d une structure d hospitalisation à domicile (HAD). Malheureusement, après plusieurs mois de traitement, le médecin découvre des métastases au niveau des poumons et, quelques semaines plus tard, au niveau des os. Malgré les séances de rayons, l état d Anna s aggrave petit à petit : elle s affaiblit, se sent de plus en plus fatiguée, et elle perd l appétit. Son état de dénutrition inquiète sa fille : finalement, après une chute qui aurait pu mal tourner, elle prend la décision d hospitaliser sa mère quelques jours, le temps de stabiliser la situation. Anna rentre chez elle avec l aide d un réseau de santé en soins palliatifs, mais malgré tous les efforts des professionnels, ses symptômes d inconfort sont trop importants pour qu elle puisse rester à domicile dans de bonnes conditions. Elle est donc ré-hospitalisée une seconde fois, et décède quelques jours plus tard dans le service de gériatrie aigüe. Montrer encore
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