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Timestamp: 2017-12-17 17:29:54+00:00
Document Index: 209048380

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Meurtre à Magrinet sous le Directoire
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jeudi 9 mars 2017, par Dominique Guibert
La veuve d’un ci-devant gentilhomme verrier est portée disparue durant l’hiver 1799. Son corps est rapidement retrouvé chez son voisin, ancien gentilhomme verrier lui aussi.
Elisabeth Clergue était née vers 1739 au château de la Tounié près de Valence d’Albigeois (Tarn), dans une famille bourgeoise. Elle avait épousé en 1766 noble Jean-Pierre de Bertin, gentilhomme verrier, habitant de Magrinet (commune de Centrès, Aveyron), né en 1744. Veuve en 1788, elle convola en secondes noces, en 1793, avec Jean-Pierre Couvènhes, marchand, veuf et habitant de Montalrat (même commune). Elle se retrouva à nouveau veuve en septembre 1794. Elle vécut alors seule dans sa maison de Magrinet.
Recherches effectuées par la garde nationale de Centrès
Le 4 février, Jean-Antoine Falgayrac, « juge de paix et officier de police judiciaire du canton de Saint-Just », procéda à la perquisition du domicile du suspect. Après avoir vu le cadavre nu, sans tête et à demi-enfoui dans une fosse creusée dans l’écurie, il se rendit dans la maison où il fit « consigner » Marianne Vérol, femme d’Etienne-Ignace, à « quatre gardes nationaux ». De retour dans l’écurie, il ordonna de sortir et reconstituer le corps en présence de Pierre Boyer, officier de santé et de plusieurs témoins qui le reconnurent comme étant celui d’Elisabeth Clergue. Le juge en conclut que la défunte « était morte d’une mort violente et qu’elle [avait] été tué par des instruments tranchants » et déclara que rien ne s’opposait à son inhumation « suivant les formes ordinaires ». La perquisition dans « la boutique à rez-de-chaussée », probablement une annexe de l’écurie, permit de découvrir, outre les éléments mentionnés la veille, d’autres effets personnels de la victime dont certains « encore ensanglantés malgré qu’ils aient été lavés ».
On trouva encore dans la maison du suspect d’autres affaires appartenant à la victime dont certaines étaient cachées dans le lit des enfants ou dans le foin de la grange dudit Bertin. Le juge de paix émit un mandat d’arrêt contre Etienne-Ignace Bertin pour meurtre et vol et un second mandat d’arrêt (sic) pour « faire conduire sur le champ » Marianne Vérol, « fortement soupçonnée de complicité », à la maison d’arrêt de Rodez. Il rédigea aussitôt un courrier à l’adresse du brigadier de la gendarmerie de Sauveterre dans l’intention de lui remettre la suspecte et de délivrer un mandat d’arrêt à l’encontre de son mari en fuite. On notera que le juge, averti du départ du suspect vers le département de l’Hérault, recommanda au brigadier de « prévenir les brigades du côté de Marseille où il [avait] des parents, chez lesquels il [irait] peut-être se réfugier ».
Le 5 février, le juge Falgayrac écrivit au « directeur du jury de l’arrondissement de Rodez » qu’il ferait conduire Marianne Vérol épouse Bertin avec « un enfant à la mamelle » directement à Rodez par la garde nationale, pour éviter le détour par Sauveterre où se trouvait la brigade de gendarmerie à laquelle il ferait passer ce jour un mandat d’arrêt contre le prévenu Bertin dit Lacombe. Il avait confié les deux autres enfants du couple « âgés de deux à quatre ans » à Gabriel Assier, métayer de la victime. Après quoi il apposa les scellés sur la maison dudit Bertin.
Personnalité du suspect
Mobiles du meurtre
Fuite et cavale du suspect
L’acte d’accusation rendu le 27 février 1799, par Antoine Giscard, « directeur du jury de l’arrondissement de « Rodez » stipulait que « ledit Etienne Bertin contumax [était] prévenu d’être l’auteur dudit assassinat, meurtre et vol des effets et Marianne Vérol sa femme détenue dans la maison d’arrêt complice d’icelui ».
Signalement du prévenu
Arrestation du prévenu
Le 25 juillet, Jean-Guillaume Conducher, huissier près le tribunal criminel de Rodez, lui notifia la procédure, dans la maison d’arrêt. Bernard « junior » Loubière, autre huissier, lui notifia « la liste des témoins qui [devaient] déposer contre lui (sic) » devant le tribunal criminel. Ces témoins étaient les suivants : Baptiste Malgouires, travailleur de terre à Magrinet, âgé d’environ 33 ans, Joseph Raust, travailleur de Taurines, âgé d’environ 63 ans, Joseph Camboulives, travailleur natif de Cassagnes, habitant de Magrinet, âgé d’environ 38 ans, Catherine Assier, épouse du précédent, âgée d’environ 33 ans, Pierre Caillol, « trafiquant », natif de Montalrat, âgé de 32 ans et Gabriel Assier, cultivateur de Bessous, âgé d’environ 33 ans.
Seule la préméditation ne fut pas retenue par le jury qui ne reconnut aucune circonstance atténuante à l’accusé.
« Le nommé Etienne Bertin condamné à mort par jugement du tribunal criminel du département de l’Aveyron le vingt thermidor an sept et confirmé par jugement de cassation le vingtième vendémiaire dernier […] a été livré à l’exécuteur des jugements et mis à mort le dix neuvième brumaire an huit de la république française (10 novembre 1799) à l’heure de midi sur la place de la liberté de Rodez ».
Depuis la rédaction de cet article, j’ai fait une nouvelle découverte sur internet. Etienne-Ignace Bertin n’était pas inconnu des services de Police, il avait déjà un casier judiciaire chargé, comme on dirait aujourd’hui.
En effet, il a été condamné le 12 avril 1785 pour « faux saunage avec mouture en récidive » à 3 ans de bagne et entra au bagne de Rochefort le 29 janvier 1786 et en sortit le 12 avril 1788. Il ne me reste plus qu’à rechercher aux archives départementales de l’Aveyron, le jugement de condamnation, si le délit a été commis en Rouergue.
Liste des pièces relatives au procès d’Etienne Bertin dit Lacombe du village de Magrinet, commune de Centrès :
sans n° PV de l’exécution de Bertin Etienne place de la liberté (19 brumaire 8/10 novembre 1799).
Le blog de l’histoire des Verriers du Rouergue
Voir en ligne : Blog sur les verriers du Rouergue
Meurtre à Magrinet sous le Directoire 11 mars 17:20, par Jacqueline ISNEL-GUERIN
Une histoire digne de devenir un excellent roman policier !
Meurtre à Magrinet sous le Directoire 15 mars 15:17, par Orson
Ou même plutôt d’un film.
Cela me rappelle l’ambiance de « le juge et l’assassin » de Bertrand Tavernier.
Les détails propres à l’époque (comme récupérer les habits de la défunte, car à cette époque, ça avait valeur d’héritage, ou prêter serment pour dire qu’on hait la monarchie, etc...), ça ne s’invente pas...!
Meurtre à Magrinet sous le Directoire 24 septembre 16:21, par Bertin Jean-Pierre
Si tous mes renseignements sont exacts, je pense que Etienne Ignace est l’arrière grand-père de mon grand-père !
J’ai pris connaissance de cette affaire il y a juste une semaine. Depuis ce jour je ne sais donner un nom à mes émotions ! et un questionnement énorme vient de surgir qui perturbe mes nuits !
Colère ? Sûrement ! Mais contre qui ?!... Mes aïeux qui de génération en génération ont sûrement tout fait pour que « cela ne se sache pas » !? Et en même temps ils ont voulu sûrement se protéger et nous protéger ! Pourquoi leur en vouloir !? Et qui savait alors que j’étais enfant et que nos parents étaient encore parmi nous ? Qui d’entre les cousins, sait peut-être encore ?
En tout cas, voilà un terrible exemple d’effacement de la mémoire familiale !
Ce n’est que vers l’âge de 26 ou 30 ans que j’ai appris fortuitement par une rencontre de salon que mes ancêtres étaient verriers. A l’époque déjà, je m’étais dit : mais pourquoi on ne m’a jamais rien dit ! Mais c’était plutôt une joie de savoir cela. Et je me suis construit une nouvelle histoire familiale.
Aussi, autant vous dire que à 59 ans, après avoir toujours pensé être né dans une famille vertueuse et laborieuse, apprendre qu’un de ses aïeux à fait du bagne, puis a été guillotiné pour meurtre, cela a de quoi perturber mes nuits ! Tout l’idéal familial mis à bas en quelque minutes.
Depuis, autour de moi, on me dit qu’il y a plus de 200 ans, et que je dois relativiser !
Effectivement, voyons de l’avant ! Je pense que j’avais surtout besoin d’exprimer mon ressenti. Je sais, ce blog n’est pas le lieu pour ça, et vous ne ferez sûrement pas paraître mon message. Et tant mieux, sûrement.
Meurtre à Magrinet sous le Directoire 24 septembre 16:35, par Bertin Jean-Pierre
PS : Merci à Mr GUIBERT pour le travail colossal qu’il a réalisé sur l’histoire des verriers du Rouergue.
Cela constitue désormais une somme d’informations précieuses pour la postérité.