Source: http://docplayer.fr/2670979-The-global-competition-law-centre-working-papers-series-gclc-working-paper-01-08.html
Timestamp: 2016-10-24 14:55:12+00:00
Document Index: 73094013

Matched Legal Cases: ["l'article 7", "l'article 9", "l'article 10", "l'article 10", "l'article 9", "l'article 6", "l'article 9", 'arrêt ', "l'article 9", "l'article 9", "l'article 85", "l'article 85", "l'article 85", "l'article 23", "l'article 9", "l'article 24", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 19", "l'article 21", "l'article 85", "l'article 85", "l'article 85", "l'article 85", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 9", 'arrêt ', "l'article 9", 'arrêt ', "l'article 16", "l'article 9", "l'article 11", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 9", 'arrêt ', "l'article 9", "l'article 10", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 10", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 3", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 9", "l'article 234", "l'article 4", "l'article 9", "l'article 6", "l'article 27", 'arrêt ', "l'article 9", "l'article 7", "l'article 81", 'arrêt ', "l'article 9", 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', "l'article 9", 'arrêt ', "l'article 9", "l'article 7", "l'article 101"]

⭐The Global Competition Law Centre Working Papers Series. GCLC Working Paper 01/08
The Global Competition Law Centre Working Papers Series. GCLC Working Paper 01/08
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1 The Global Competition Law Centre Working Papers Series GCLC Working Paper 01/08 Le développement en droit européen de la concurrence des solutions négociées (engagements, clémence, non-contestation des faits et transactions): que va-t-il rester aux juges? Prof. Denis Waelbroeck Global Competition Law Centre College of Europe, Bruges Dijver 11, BE 8000 Bruges Belgium2 Le développement en droit européen de la concurrence des solutions négociées (engagements, clémence, non-contestation des faits et transactions) : que va-t-il rester aux juges? Denis Waelbroeck 1 Depuis l'adoption de la politique dite de "modernisation" du droit de la concurrence, le développement des solutions négociées pour l'application des articles 81 et 82 du Traité a pris une ampleur sans précédent. En effet : Hormis les décisions purement répressives au titre de l'article 7, les seules décisions que la Commission européenne semble encore disposée à prendre sont celles prenant acte d'engagements au titre de l'article 9 du Règlement 1/2003, décisions que les parties seraient malvenues de contester en justice puisqu'elles sont censées les avoir "acceptées". Quant aux autres pouvoirs dont la Commission dispose en vertu des nouvelles règles, telles que les décisions d'inapplicabilité au titre de l'article 10 du règlement ou les lettres d'orientation au titre de sa Communication 2004/C101/06, ils n'ont pas encore été utilisés à ce jour et la Commission a elle-même indiqué son intention de n'en faire qu'un usage parcimonieux à l'avenir. 2 Mais même dans le domaine purement répressif, la politique dite de "clémence" permet aux entreprises - moyennant aveux complets et renonciation à leurs droits de défense ainsi qu'en pratique largement à leur droit au juge - d'échapper à toute amende ou de bénéficier du moins d'une forte réduction de celle-ci. Enfin, la possibilité envisagée par la Commission d'offrir une "prime" aux entreprises qui ne se défendent pas et ne contestent pas les griefs, par le recours à une "transaction" ("direct settlement") qu'il leur sera vraisemblablement impossible de contester en justice va également dans le même sens. La même tendance joue d'ailleurs en dehors du domaine des articles 81 et 82 du Traité pour les concentrations, où la Commission règle la plupart des cas problématiques par des engagements de "mesures correctives" proposées par les entreprises et nonattaquables par elles. Certes il est clair que l'approche "informelle" ou "pragmatique" des solutions "négociées" que la Commission préconise ainsi désormais présente de nombreux avantages pour elle. Ne disposant à la DG Concurrence - avec ses quelque Avocat (Associé chez Ashurst), Professeur à l'université libre de Bruxelles et au Collège d'europe, Bruges. L'auteur remercie M. Amar Benafla pour l'aide qu'il lui a apporté à la rédaction de cet article ainsi que M. Christophe Lemaire pour les commentaires précieux qu'il a fait sur celui-ci. Voy. notamment le considérant 14 du préambule du Règlement n 1/2003 selon lequel des décisions au titre de l'article 10 ne doivent être prises que "dans des cas exceptionnels et lorsque l'intérêt public communautaire le requiert". 23 fonctionnaires - que de ressources limitées, de telles solutions lui permettent en effet de mobiliser l'essentiel de ses effectifs aux tâches prioritaires telles que la lutte anticartels et d'éviter ainsi les lourdeurs et risques inhérents aux procédures judiciaires. De même, on ne saurait nier que les entreprises en cause peuvent préférer les méthodes de règlement amiable aux lourdeurs d'une procédure longue et couteuse. Pour celles-ci, les décisions d'engagements au titre de l'article 9 sont susceptibles de permettre un règlement rapide et relativement peu médiatisé, sans reconnaissance de l'infraction, ni surtout imposition d'amendes. De même, les politiques de "clémence" ou de "transactions" présentent - du moins de prime abord - certains attraits pour les entreprises, en termes de limitation des coûts de procédure et d'amendes moindres. On peut s'interroger toutefois sur les limites d'une telle approche de traitement des dossiers qui aboutit en définitive à "court-circuiter" largement les droits de la défense et au juge 3. Comme l'a écrit en son temps très pertinemment Ivo van Bael, mettre de côté les "garde-fous" procéduraux et s'engager dans une course aux "règlements négociés" créerait "un corps alternatif de jurisprudence couvert d'un voile mystérieux" 4. Il en va d'autant plus ainsi que la Commission est déjà - comme on l'a souvent souligné - dans la position unique en tant qu'autorité d'être non seulement l'"investigateur" et le "procureur" de l'affaire, mais aussi son "juge". Le risque est d'autant plus grand que la Commission utilise ces procédures pour le cas échéant forcer des engagements et des transactions de la part des entreprises et pour développer ainsi une politique parallèle de concurrence qui échappe entièrement au contrôle du juge et aux garanties minimales auxquelles notre Etat de droit reste attaché. La négociation avec une autorité n'est en effet en rien une négociation à "armes égales" comme elle peut avoir lieu dans le quotidien commercial des entreprises. Il s'agit au contraire d'une négociation avec une autorité qui dispose en tout cas en droit de la concurrence d'un pouvoir de sanction. Dès lors, il serait aisé pour l'autorité d'imposer "sous la contrainte" des engagements ou transactions qui peuvent en fait se révéler injustifiées, ce qui rend d'autant plus nécessaire que ce pouvoir soit soumis aux contrôles les plus vigilants. Or, de son propre aveu, en ayant recours à l'instrument de la transaction, la Commission essaye précisément d'échapper aux exigences procédurales multiples, et notamment aux "lourdeurs" des procédures judiciaires auxquelles elle est sinon soumise. Ceci explique en grande partie le malaise profond que le développement de solutions négociées prôné avec tant d'enthousiasme par la Commission peut provoquer. 3 4 Il est sans doute inutile de rappeler ici que l'article 6, paragraphe 1, de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales donne à toute partie un "droit à un procès équitable" devant "un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi", qui entend "sa cause" puis se prononce sur le "bien-être de l'accusation". Traduit de I. Van Bael, "Comments on the EEC Commission's Antitrust Settlement Practice", Swiss Review of International Competition Law Act, Octobre 1984, p4 Les exemples de marginalisation du juge dans la pratique récente de la Commission sont nombreux et on se bornera à citer parmi les cas les plus récents et les plus médiatisés l'affaire Microsoft dans laquelle la Commission n'hésite pas à infliger des astreintes colossales à cette société si elle ne cède pas immédiatement et irréversiblement son savoir faire à ses concurrents et ceci avant même qu'un juge ne se soit encore prononcé sur le dossier. 5 A terme - nous l'avons écrit ailleurs 6 - nous sommes convaincus qu'une scission des fonctions de poursuite et de décision en laissant ces dernières à un juge indépendant s'impose en droit communautaire de la concurrence. La Communauté européenne est en effet un des derniers ordres juridiques au monde où tel n'est pas le cas - ce qui est d'autant plus inadmissible que le droit de la concurrence a acquis ces dernières années un caractère pénal prononcé avec l'augmentation spectaculaire du montant des amendes. 7 Seule une telle réforme permettrait d'ailleurs d'impliquer le juge dans les procédures transactionnelles comme cela se fait par exemple aux Etats-Unis, en Allemagne ou en France, et de limiter en conséquence les risques d'abus ou de "dérapages". Il nous semble à cet égard, comme nous l'écrirons ci-après, que les dernières propositions de réforme de la Commission en matière de transactions ne sont simplement pas envisageables sans une telle réforme fondamentale. Mais même si une telle réforme était conceptuellement possible dans le système actuel quod non, il nous paraît essentiel lorsqu'on parle du développement d'une telle politique parallèle basée sur la transaction d'assurer au minimum le maintien de "garde-fous" procéduraux beaucoup plus importants qu'actuellement envisagé. Ci-après, nous nous proposons donc de regarder successivement au regard du contrôle du juge les trois volets de la politique de la Commission en la matière, à savoir: les décisions d'engagements et l'article 9 du Règlement 1/2003; la politique de "clémence" et de non-contestation des faits; Voy. sur les réserves que nous avons exprimées à cet égard quant au droit au juge D. Waelbroeck "Microsoft Round 12 Is the Commission now trying to preempt the judges?" Competition Law Insights, On ne peut s'empêcher de penser que les pressions multiples exercées ainsi ont amené même une société comme Microsoft à renoncer à son droit au pourvoi et à accepter le "diktat" de la Commission, en dépit du caractère controversé et discutable des obligations qui lui étaient ainsi imposées. Sur le caractère pénal des sanctions en droit de la concurrence voy. notamment D. Waelbroeck et D. Fosselard "Should the Decision Making Power in EC Antitrust Procedures be left to an Independent Judge", YEL, 1994, p. 111 et suiv.; voy. Aussi D. Waelbroeck et M. Griffith, Note sur l'arrêt TGV Nord et Pont de Normandie de la Cour de cassation de France du 5 octobre 1999, CML Rev., 2000, p.1465; voy. Aussi D. Waelbroeck "Twelve feet all dangling down and six necks exceeding long the EU network of competition authorities and the European Convention on Fundamental Rights", in The EU Network of Competition Authorities Hart Publishing 2005, p. 465 et suiv. et D. Waelbroeck et C. Smits "Les droits de la concurrence et les droits fondamentaux" in Les droits de l'homme dans les politiques de l'union européenne, Larcier, 2006, p. 135 et suiv. Outre la multiplication des Etats où des peines d'emprisonnement sont prévues. 45 l'introduction pour les affaires de cartels horizontaux d'une politique de "transaction" ("direct settlement"). A. Les décisions d'engagements et l'article 9 du Règlement 1/ La pratique des "solutions négociées", une pratique ancienne Avant même de discuter de leur encadrement légal, rappelons que le développement de solutions négociées n'est pas un phénomène nouveau qui serait apparu seulement avec l'adoption du Règlement 1/ Dès son Cinquième rapport sur la politique de concurrence (p. 9), la Commission indiquait son intérêt pour cette pratique qui, "bien que moins connue", lui permettait de clôturer des procédures avec un minimum d'intervention administrative. Quelques années plus tard, elle pouvait signaler en réponse à une question parlementaire que, dans les faits, seul un cas sur trente s'achevait par la prise d'une décision formelle, tous les autres étant réglées de manière informelle Règlement n 1/2003 du Conseil du 16 décembre 2002 relatif à la mise en œuvre des règles de concurrence prévues aux articles 81 et 82 du Traité, JOCE, n L1, 2003, p. 1. Réponse de la Commission à une question de M. Battersby, JOCE 1983, C 118/23. Ce n'est cependant que les règlements négociés d'affaires importantes comme IBM ou Philip Morris qui ont pour la première fois réellement attiré l'attention des juristes sur cette pratique. (Voy déjà Denis Waelbroeck, "New forms of settlement of antitrust cases and procedural safeguards : is regulation 17 falling into abeyance?", E.L.R., Vol.11, n 4, August 1986). Même si les affaires relatives aux articles 81 et 82 du Traité peuvent se régler "à l'amiable" avec la Commission pour les raisons les plus diverses, il n'y a véritablement "solution négociée" avec les parties que si des accords ou pratiques sont modifiées par elles afin de les rendre compatibles avec les règles de concurrence et qu'un accord est convenu avec la Commission à cet effet. Ceci n'exclut toutefois pas que l'affaire soit clôturée pour d'autres raisons. Il se peut par exemple: que la Commission se laisse convaincre que les pratiques en question n'étaient finalement pas contraires aux règles de concurrence (auquel cas la Commission peut donc convenir de ne pas poursuivre l'affaire pour autant qu'il n'y a pas de changement dans la pratique en cause); ou inversement que les pratiques ont été abandonnées par les parties suite à l'intervention de la Commission (auquel cas aussi la Commission peut arrêter les poursuites tant qu'il n'y a pas de changement dans la situation factuelle); voire que les pratiques en cause deviennent caduques en cours de négociation avec la Commission (de sorte qu'il paraît donc inutile de les poursuivre si elles ne sont pas remises en place); ou enfin que ces pratiques sont modifiées par les parties afin de les rendre compatibles au regard des règles de concurrence (et qu'un accord est convenu avec la Commission à cet effet). Dans la mesure ou une solution "négociée" implique par définition une forme d'"accord" entre les parties, ce n'est en fait que cette dernière situation qui peut réellement être décrite comme "solution négociée". Dans les autres cas, la Commission décide en effet simplement de ne pas poursuivre une procédure dans le cadre de la marge d'appréciation qui est la sienne. De même, notons qu'il peut y avoir "solution négociée" si la Commission décide, au lieu d'adopter formellement des mesures provisoires, d'accepter l'engagement d'une entreprise de s'abstenir de tout comportement préjudiciable jusqu'à ce que la procédure soit close. (Voy. p. ex. les engagements dans l'affaire Hilti AG, 2 septembre 1985, IP (85) 374 et [1985] 3 C.M.L.R. 619.) 56 Si au départ la procédure suivie en la matière n'était guère encadrée, il est rapidement apparu que certaines garanties minimales s'imposaient afin de garantir les droits tant des parties que des tiers. Ainsi, la Commission a-t-elle décidé dès 1982, de prévoir certaines adaptations au système, et notamment: (1) de publier les éléments essentiels des transactions en cause afin de donner aux tiers intéressés la possibilité de faire connaître leur position avant de se prononcer elle-même définitivement; 10 et (2) de communiquer par après ces prises de position des tiers aux entreprises concernées et de permettre à celles-ci à leur tour, de faire leurs observations à leur sujet L'apport du Règlement 1/2003 Les "décisions d'engagements" Si à l'origine la pratique des solutions négociées a donc été un développement prétorien, étranger au règlement procédural lui-même, désormais l'article 9 du Règlement 1/ consacre expressément cette possibilité en permettant à la Commission de prendre une décision formelle rendant obligatoire les engagements convenus avec les entreprises concernées. L'article 9 du Règlement précise ainsi qu'une possibilité de transaction existe si la Commission estime que les engagements offerts par une entreprise permettent d'éliminer les objections identifiées par la Commission dans une "évaluation préliminaire"; ou pour reprendre ses termes: " 1. Lorsque la Commission envisage d'adopter une décision exigeant la cessation d'une infraction et que les entreprises concernées offrent des engagements de nature à répondre aux préoccupations dont la Commission les a informées dans son évaluation préliminaire, la Commission peut, par voie de décision, rendre ces engagements obligatoires pour les entreprises. La décision peut être adoptée pour une durée déterminée et conclut qu'il n'y a plus lieu que la Commission agisse. 2. La Commission peut rouvrir la procédure, sur demande ou de sa propre initiative: a) si l'un des faits sur lesquels la décision repose subit un changement important; Communication publiée au JOCE, n C 343, 1982, p. 4 et onzième Rapport sur la Politique de concurrence. Réponse de la Commission à une question de M. Prout, JOCE, 1982, C 275/15. Notons qu'à cette même occasion, la Commission a décidé de généraliser la pratique en la matière aux affaires qui concernent l'article 85(3) [81(3)] et non plus aux seules affaires relatives à l'article 85(1) [81(1)], ce qui n'allait pas sans poser problème puisque les juges nationaux étaient à l'époque pas autorisés à appliquer l'article 85(3) [81(3)]. On pouvait donc dans ce contexte se demander comment une telle "lettre de confort" pouvait être d'une utilité quelconque pour une juridiction nationale. Règlement n 1/2003 du Conseil du 16 décembre 2002 relatif à la mise en œuvre des règles de concurrence prévues aux articles 81 et 82 du traité, JOCE, n L 1, 2003, p 1. Voir sur cette procédure notamment Pranvero Këllezi, "Les mesures correctives dans les cas de concentrations d'entreprises et d'abus de position dominante", thèse à l'université de Genève, mai 2007, p. 361 et suivantes. 67 b) si les entreprises concernées contreviennent à leurs engagements; ou c) si la décision repose sur des informations incomplètes, inexactes ou dénaturées fournies par les parties. " Si une entreprise ne respecte pas des engagements rendus obligatoires par une telle décision, la Commission peut non seulement "rouvrir la procédure, sur demande ou de sa propre initiative" 13, mais encore infliger des amendes ou astreintes. Ainsi, selon l'article 23, paragraphe 2(c) du Règlement 1/2003, "La Commission peut, par voie de décision, infliger des amendes aux entreprises et associations d'entreprises lorsque, de propos délibéré ou par négligence [ ], elles ne respectent pas un engagement rendu obligatoire par décision en vertu de l'article 9". Et l'article 24, paragraphe 1(c) au Règlement ajoute que "La Commission peut, par voie de décision infliger aux entreprises et associations d'entreprises des astreintes jusqu'à concurrence de 5% du chiffre d'affaires journalier moyen réalisé au cours de l'exercice social précédent par jour de retard à compter de la date qu'elle fixe dans sa décision, pour les contraindre [ ] à respecter un engagement rendu obligatoire par décision en vertu de l'article 9". Ce système reflète ainsi dans une certaine mesure celui mieux connu des "mesures correctives" qui existait dès l'origine en matière de contrôle des concentrations (sauf que le non-respect de la "mesure corrective" acceptée par la Commission entraîne en outre la nullité de l'autorisation de la concentration). 14 Plus fondamentalement, les décisions au titre de l'article 9 sont sans doute aussi apparentées aux anciennes attestations négatives ou exemptions conditionnelles, la principale différence étant que la "condition" (l'engagement) est désormais en théorie du moins "volontaire" et non imposée par l'autorité. Cette différence est importante puisqu'elle a pour effet de rendre tout recours plus difficile (voir à ce sujet infra) et d'exiger en outre le respect de moins de garanties procédurales que ne l'aurait fait une décision conditionnelle sous le régime du Règlement 17/62. On ne peut d'ailleurs s'empêcher de penser que c'est particulièrement cet attrait du système qui a amené la Commission à remplacer le mécanisme des décisions conditionnelles antérieures par un système de décisions d'engagements. Enfin, on ne perdra pas de vue que l'approche des solutions négociées, transactions et autres n'est guère unique au droit de la concurrence mais est une pratique à laquelle l'administration a fréquemment recours en d'autres domaines, que ce soit en matière fiscale, d'infractions routières, ou autre. A ce propos, il est cependant utile sans doute de rappeler qu'eu égard au caractère d'ordre public du droit pénal, ce n'est Article 9, paragraphe 2(b), du Règlement 1/2003. Ainsi, le Règlement 139/2004 permet d'autoriser une transaction suite à des engagements des entreprises qui répondent aux objections soulevées par la Commission. Voy. les articles 6(2) et 8(2) du Règlement n 139/2004 relatif au contrôle des concentrations entre entreprises, JOCE, n L 24, 29 janvier 2004, p. 1. Voy. également la Communication de la Commission sur les mesures correctives recevables, JOCE, n C 68, 2001, p.3 et le projet de nouvelle Communication, non encore publié au JOCE. 78 qu'exceptionnellement et dans des limites bien circonscrites que la transaction est admise pour les infractions les plus mineures (v. infra, Section C(d)(i)). Dans la présente contribution, il nous semble utile lorsqu'on aborde le contrôle judicaire de ces décisions d'engagements d'examiner successivement cinq aspects de la procédure de l'article 9 à savoir : - la nature juridique et l'effet des "décisions d'engagements" et en particulier le contrôle résiduel exercé à leur égard par le juge national; - les garanties procédurales et juridictionnelles prévues (ou à prévoir) afin de protéger les droits tant des parties que des tiers et des Etats membres; - la marge d'appréciation dont la Commission dispose (ou non) pour avoir recours à cet instrument, et le contrôle que le juge exerce à ce sujet; - la transparence de la politique de la Commission en la matière face à celle qui résulterait d'une pratique décisionnelle classique, soumise à contrôle judiciaire; et enfin - le contrôle du respect des décisions d'engagements, et le rôle dévolu à ce propos par la Commission au juge national. 3. La nature juridique et l'effet des "décisions d'engagements" - Le contrôle résiduel par le juge national (a) La jurisprudence de la Cour antérieure au Règlement 1/2003 A l'origine, et à défaut de base légale dans le Règlement procédural, les "solutions négociées" s'apparentaient en fait aux lettres administratives (ou "de confort") de la Commission. Tout comme ces dernières, les "solutions négociées" n'avaient dès lors aucun effet juridique contraignant. En effet, de telles lettres " qui ont été expédiées sans que les mesures de publicité prévues à l'article 19, paragraphe 3, du règlement n 17 aient été effectuées et qui n'ont fait l'objet d'aucune publication en vertu de l'article 21, paragraphe 1, dudit règlement, ne constituent ni des décisions d'attestation négative ni des décisions d'application de l'article 85 [81], paragraphe 3, au sens des articles 2 et 6 du règlement n 17. Comme la Commission le souligne elle-même, il s'agit seulement de lettres administratives portant à la connaissance de l'entreprise intéressée l'opinion de la Commission qu'il n'y a pas lieu, pour elle, d'intervenir à l'égard des contrats en cause en vertu des dispositions de l'article 85 [81], paragraphe 1, du traité et que l'affaire peut, dès lors, être classée. Fondées sur les seuls éléments dont la Commission a connaissance, de telles lettres, qui reflètent une appréciation de la Commission et terminent une procédure d'examen par les services compétents de la Commission, n'ont pas pour effet d'empêcher les juridictions nationales, devant lesquelles l'incompatibilité des accords en cause avec l'article 85 [81] est invoquée, de porter, en fonction des éléments dont 89 elles disposent, une appréciation différente sur les accords concernés. Si elle ne lie pas les juridictions nationales, l'opinion communiquée dans de telles lettres constitue néanmoins un élément de fait que les juridictions nationales peuvent prendre en compte dans leur examen de la conformité des accords ou comportements en cause avec les dispositions de l'article 85 [81]. " 15 Cet effet limité des "transactions" conclues avec la Commission se reflétait d'ailleurs dans la rédaction de celles-ci. A titre d'exemple, l'accord dans l'affaire IBM prévoyait expressément qu'il n'était pas "enforceable by any other natural or legal person or any authority or agency". 16 Ajoutons que, même lorsque la Commission a décidé en 1982 d'encadrer plus avant sa pratique en assurant une certaine publicité à ces "classements" administratifs, les accords négociés restaient des actes informels de l'administration - et non de la Commission elle-même - qui n'affectaient donc pas les tiers 17. Ceux-ci pouvaient donc toujours contester l'effet et la justification de ceux-ci devant les juridictions nationales ou déposer une plainte auprès de la Commission ainsi qu'exiger une décision de la Commission sur leur plainte. En cas de rejet de la plainte, un recours restait possible devant le juge communautaire. (b) L'apport du Règlement 1/2003 Le renforcement des effets des solutions négociées Si le Règlement 17/62 ne prévoyait aucun encadrement à la procédure des solutions négociées, la situation a fondamentalement changé en revanche avec l'article 9 du Règlement 1/2003, puisque : on ne parle désormais plus d'une simple prise de position de l'administration, mais bien d'une décision formelle de la Commission (en tant que collège); les décisions en cause sont par ailleurs obligatoires, du moins pour les parties, comme l'indiquent explicitement les termes tant de l'article 9 lui-même que du considérant 13 du Règlement (le non-respect d'un engagement entraîne amendes et astreintes); et enfin CJCE, 10 juillet 1980, aff. 253/78 et 1 à 3/79, Procureur de la République e.a. c/ Bruno Giry et Guerlain SA e.a., Rec. p. 2327, points 12-13; c'est l'auteur qui souligne. Dans d'autres affaires, la force contraignante des "accords négociés" était encore moindre, ceuxci constituant un simple "gentlemen's agreement" indiquant que la Commission se réfèrerait à l'avenir exclusivement aux règles de concurrence du Traité sans tenir compte des engagements donnés. (Voy. D. Waelbroeck, op.cit.) Voy D. Waelbroeck, "New Forms of Settlement of antitrust cases and procedural safeguards: is regulation 17 falling into abeyance?", E.L.R., vol. 11, n 4, August10 à l'inverse des anciennes "lettres de confort", ces décisions sont incontestablement susceptibles de recours devant le Tribunal de première instance des Communautés européennes. 18 (c) L'effet des décisions au titre de l'article 9 sur les juges nationaux Si les décisions au titre de l'article 9 lient les parties, en revanche, l'effet des décisions d'engagements sur les juridictions et autorités de concurrence des Etats membres reste à ce jour incertain. Or, cette question est indéniablement cruciale pour toutes les parties en cause. Du point de vue de l'entreprise qui donne les engagements, on ne doutera pas qu'elle a tout intérêt à ce qu'une telle décision lui donne une sécurité juridique maximale et établisse ainsi face aux juges et administrations nationales qu'il n'y a désormais plus d'infraction, sans pour autant établir s'il y a eu ou non infraction dans le passé. A l'inverse, un plaignant pourra vouloir soutenir devant un juge ou une autorité nationale qu'en dépit de la décision d'engagements, il y a encore infraction mais que pour le passé cette décision établit l'existence d'une violation du droit antérieur justifiant en son chef notamment une indemnisation du préjudice subi. Or, en dépit de l'importance de la question, la jurisprudence n'a pas encore eu l'occasion de préciser quels sont les effets de ces décisions sur le juge national. Certes, l'on parle désormais bien d'une décision formelle de la Commission rendant "obligatoire" des engagements "de nature à répondre à ses préoccupations". A priori, on serait donc enclin à conclure que l'on se trouve bien en présence d'une "décision" qui s'impose non seulement aux parties, mais aussi aux juridictions et autorités nationales, au même titre que le sont par exemple les décisions prenant acte d'engagements dans le cadre du Règlement de contrôle des concentrations. Néanmoins, tel ne semble pas être l'effet envisagé par le considérant 13 du préambule du Règlement qui souligne au contraire que : "Les décisions relatives aux engagements devraient constater qu'il n'y a plus lieu que la Commission agisse, sans établir s'il y a eu ou s'il y a toujours une infraction. Ces décisions sont sans préjudice de la faculté qu'ont les autorités de concurrence et les juridictions des Etats membres de faire de telles constatations et de statuer sur l'affaire." Il s'agit en effet d'actes obligatoires, définitifs, producteurs d'effets juridiques et pris par l'institution dans l'exercice de ses pouvoirs. Voy. TPI, 11 juillet 2007, aff. T-170/06, Alrosa Company Ltd c. Commission, non encore publié. A noter que cet arrêt a fait l'objet d'un pourvoi devant la Cour de justice par la Commission (aff. C-411/07 P, encore pendante, JOCE n C 283, 2007, p. 22). C'est l'auteur qui souligne. 1011 Le considérant 22 du préambule confirme que: "Les décisions relatives aux engagements adoptées par la Commission n'affectent pas le pouvoir qu'ont les juridictions et les autorités de concurrence des Etats membres d'appliquer les articles 81 et 82 du traité." 20 Si les termes de ces deux considérants sont indéniablement clairs, en ce qu'ils nient tout effet des décisions en vertu de l'article 9 sur les juges et autorités nationales, on peut se demander néanmoins si ceux-ci sont du tout compatibles 21 : avec la jurisprudence de la Cour (notamment dans l'arrêt Masterfoods) laquelle considère au contraire que les autorités ou juridictions nationales sont bien tenues par les décisions de la Commission et ne sauraient en aucun cas s'en écarter; 22 ainsi que avec l'objectif d'uniformité poursuivi par l'article 16 du Règlement 1/ Les avantages d'un système "guichet unique" ("one stop shop") semblent en effet sérieusement compromis si les décisions en cause restent sans impact sur les autorités et juridictions nationales. La situation est d'ailleurs d'autant plus étrange en ce qui concerne les autorités nationales que l'ouverture par la Commission d'une procédure en vue de l'adoption d'une décision en application de l'article 9 dessaisit celles-ci en application de l'article 11, paragraphe 6, du Règlement de leur compétence pour appliquer les articles 81 et 82 du traité. Or il serait paradoxal que si la procédure aboutit à une constatation d'inapplication ou à une décision d'infraction, ces autorités restent dessaisies mais que dès qu'une décision d'engagements est prise, elles retrouvent leur pleine compétence. Au-delà du texte des considérants précités, il est donc utile de rechercher plus avant quel est l'effet réel sur les tiers des décisions prises au titre de l'article 9. A cet égard, il nous paraît nécessaire d'examiner en fait une double question, à savoir : si les juridictions ou autorités nationales peuvent ou non interdire un comportement donné qui a pourtant fait l'objet d'une décision au titre de l'article 9 (v. ci-après sous (i)), et inversement, si elles peuvent ou non autoriser un tel comportement (ou plus précisément si une telle décision préjuge ou non de l'existence au départ d'une infraction; v. ciaprès sous (ii)) Idem. Voy. sur cette question aussi W. Wils, "Settlements of EU Antitrust Investigations: Commitment Decisions under Article 9 of Regulation N 1/2003", World Competition 2006, p. 345 et suivantes. CJCE, 14 décembre 2000, aff. C-344/98, Masterfoods, Rec. p. I Voy. déjà CJCE, 22 octobre 1987, aff. 314/85, Foto-Frost, Rec. p Lequel interdit expressément aux juridictions ou autorités nationales de "prendre des décisions qui iraient à l'encontre de la décision envisagée dans une procédure intentée par la Commission". Voy. aussi R. Whish, "Competition Law", 5 e édition, Butterworths, p.257 qui s'interroge également à ce propos. 1112 (i) Première question: Les juridictions ou autorités nationales peuvent-elles interdire au titre des règles de concurrence un comportement donné, et ce bien que ledit comportement ait fait l'objet d'une décision au titre de l'article 9? En application de l'article 9 du Règlement, la Commission ne peut prendre une décision formelle d'engagements à l'égard des entreprises concernées que si de tels engagements sont "de nature à répondre aux préoccupations dont la Commission les a informées dans son évaluation préliminaire". Il y a donc bien "décision" de la Commission sur un point spécifique. Or, considérer qu'une telle "décision" ne lie pas le juge paraît surprenant. Selon le récent arrêt Alrosa-De Beers, une décision au titre de l'article 9 n'est ainsi admissible que "si les mesures rendues obligatoires par la décision étaient appropriées et nécessaires pour faire cesser l'abus identifié dans le cadre de l'évaluation préliminaire de la Commission" 24, ce qui implique que les problèmes identifiés n'existent plus et donc que l'autorité ou le juge national ne saurait en principe l'interdire. On ne voit donc pas comment ceci ne fermerait pas la porte à des actions supplémentaires des juges et autorités nationales. En effet, si la Commission considère qu'un engagement est "de nature à répondre à ses préoccupations": une telle décision devrait en principe nécessairement lier les administrations ou juridictions nationales au sens de la jurisprudence Masterfoods, au moins sur ce qui est décidé par elle, et l'article 10 du Traité CE en particulier devrait empêcher les autorités ou juridictions nationales d'aller à l'encontre de l'effet utile de cette décision; et de même, les tiers plaignants ne sauraient contester devant une juridiction nationale les conclusions auxquelles est parvenue la Commission dans une décision au titre de l'article 9 alors qu'ils auraient pu normalement attaquer celleci devant le Tribunal de première instance des Communautés européennes. En décider autrement irait en effet à l'encontre de la jurisprudence TWD de la Cour de justice qui interdit à une partie de remettre en cause la validité d'un acte communautaire lorsque celui-ci aurait pu être attaqué par elle dans les délais devant les juridictions communautaires et ne l'a pas été. 25 En conséquence, on peut se demander si les considérants 13 et 22 en ce qu'ils admettent la possibilité que les juridictions et autorités nationales parviennent à une conclusion différente que celle à laquelle la Commission est parvenue et en ce qu'ils affirment que ces décisions n'affectent en rien les pouvoirs des juges et autorités nationales d'appliquer les articles 81 et 82 du Traité sont du tout conciliables avec les règles de l'ordre juridique communautaire telles que définies par ailleurs par la Cour de justice Arrêt précité, point 111. CJCE, 15 mai 1997, aff. C-355/95 P, Textilwerke Deggendorf GmbH (TWD), Rec. p. I Et on est tenté a priori de conclure que ces considérants traduisent en fait sans doute une concession "politique" - mais juridiquement contestable - faite aux Etats membres, face à une demande de leur part de favoriser la décentralisation de l'application du droit de la concurrence. 1213 Certes, la question des effets d'une décision au titre de l'article 9 dépendra inévitablement d'abord de la teneur-même de la décision en cause. Ainsi: soit la Commission considère dans sa décision expressément et sans ambiguïté aucune que les engagements "éliminent toute infraction" aux articles 81 et 82 du Traité, auquel cas les autorités ou juridictions nationales ne sauraient sans doute et quelques soient les termes des considérants du Règlement prendre une décision contraire et interdire des accords ou pratiques autorisés par la Commission (sauf à enfreindre l'article 10 du Traité CE, la primauté du droit communautaire et le principe de la sécurité juridique 27 ); soit inversement, la Commission ne se prononce pas clairement dans sa décision sur la question de savoir "s'il y a toujours une infraction", auquel cas les juridictions et autorités nationales auront les mains plus libres pour prendre une décision négative à l'encontre des pratiques en cause, du moins sur les points non décidés par la Commission. Il est possible en effet que la Commission estime par exemple qu'il n'y a pas d' "intérêt communautaire" à demander plus qu'elle ne l'a fait dans sa décision, ce qui manifestement laisse la porte ouverte à des décisions plus strictes au niveau national. Il en va de même si la décision n'aborde simplement pas certains aspects des pratiques en cause, ou encore si l'évaluation préliminaire n'a pas permis de détecter l'ensemble des effets anticoncurrentiels. Il n'en reste pas moins que le juge restera toujours et nécessairement lié par ce qui a été décidé par la Commission. 28 Dans chaque cas, les pouvoirs des juridictions et autorités nationales seront donc strictement circonscrits par ce que la Commission a effectivement décidé. 29 En ce sens, une décision au titre de l'article 9 n'est d'ailleurs pas différente de toute autre décision de la Commission et en particulier pas différente des anciennes décisions d'exemptions conditionnelles. Quoiqu'il en soit, notons qu'en pratique, l'existence d'une décision au titre de l'article 9 dissuadera apparemment généralement les autorités ou juridictions nationales d'encore intervenir à l'égard du comportement en cause. Aussi celles-ci semblent-elles systématiquement rejeter les plaintes allant à l'encontre de pratiques visées dans des décisions prises au titre de l'article Notons d'ailleurs que ce refus d'agir se manifeste même paradoxalement dans les cas où il est clair des termes de la décision d'engagements qu'il y a bien une infraction mais que la Commission n'a pas A noter que le considérant 13 du Règlement semble exclure cette hypothèse lorsqu'il indique que les décisions au titre de l'article 9 ne devraient pas établir "s'il y a toujours une infraction". Rappelons toutefois que l'article 3 du Règlement 1/2003 permet en toute hypothèse aux Etats membres d'avoir des lois nationales plus strictes que les articles 81 ou 82 "qui interdisent ou sanctionnent un comportement unilatéral d'une entreprise". En effet, dans la mesure où une question est laissée expressément ouverte par la décision, il est difficile de considérer que des juges nationaux seraient empêchés de condamner les pratiques en cause. En revanche, dans la mesure où elle est - ne fut-ce que partiellement - résolue, un juge ne saurait aller à l'encontre de ce qui a été décidé par la Commission. A titre d'exemple, dans l'affaire Coca-Cola (Décision de la Commission du 22 juin 2005, Coca- Cola, JOCE, n C 289, 2004, p. 10), l'autorité espagnole de la concurrence a clôturé la procédure qui avait durée plus de 5 ans suite à la décision de la Commission. 1314 entendu la poursuivre uniquement en application de son appréciation discrétionnaire de l'"intérêt communautaire" et donc de la fixation de ses priorités en matière de poursuites. 31 (ii) Deuxième question: Les juridictions ou autorités nationales peuvent-elles autoriser un comportement visé par une décision d'engagements et ainsi considérer qu'en dépit d'une décision au titre de l'article 9, il n'y a en fait jamais eu d'infraction au droit de la concurrence? Comme indiqué, la question de l'effet des décisions au titre de l'article 9 n'est pas seulement celle de savoir si une pratique faisant l'objet d'une décision au titre de l'article 9 peut encore être interdite ou condamnée au niveau national, mais encore celle de savoir si une telle décision préjuge ou non de l'existence d'une infraction dans le passé. En d'autres termes, un comportement peut-il être considéré comme nonrépréhensible par une autorité ou juridiction nationale alors que la Commission de son côté a estimé nécessaire de recourir à une décision au titre de l'article 9 pour interdire ou encadrer celui-ci? La réponse à cette question n'est malheureusement guère plus claire que pour l'hypothèse inverse évoquée au point (i) ci-dessus. Comme l'indique le texte de l'article 9 du Règlement 1/2003, les décisions prises sur sa base doivent être "de nature à répondre aux préoccupations [de] la Commission". Or ceci ne veut de toute évidence pas dire que ces "préoccupations" étaient nécessairement bien fondées, ni d'ailleurs que la décision ne va pas au-delà de ce qui était nécessaire pour respecter le droit de la concurrence, ni même que la décision donnera toujours des indications très claires sur l'existence potentielle d'une infraction au départ. C'est pourquoi sans doute le considérant 13 du règlement indique explicitement que "les décisions relatives aux engagements devraient constater qu'il n'y a plus lieu que la Commission agisse, sans établir s'il y a eu ou s'il y a toujours une infraction". 32 En pratique, on notera toutefois qu'ici aussi la rédaction des décisions prises à ce jour au titre de l'article 9 diffère beaucoup sur la question de savoir s'il y a eu ou non infraction au départ. Ainsi, si la Commission parle dans certaines de ses décisions au Ainsi, par exemple dans l'affaire de la vente des droits télévisés sur les tournois de la ligue belge de football, tant le Conseil de la concurrence de Belgique que la Cour d'appel de Bruxelles se sont estimés tenus par la décision précitée de la Commission prise au titre de l'article 9 dans l'affaire parallèle de la FA Premier League, en ce que celle-ci a accepté que les ventes par paquets des droits ne devaient se faire à des parties différentes qu'à partir de Or, il est clair que si la Commission - en tant qu'autorité administrative - peut décider, dans le cadre de son pouvoir d'appréciation, qu'une pratique donnée doit terminer au plus tard à une date donnée dans le futur, on ne saurait en déduire pour autant que ladite pratique était antérieurement légale et qu'un juge serait lié par cette appréciation lorsqu'il applique des dispositions ayant effet direct comme les articles 81 et 82 (voy. D. Waelbroeck et I. Antypas, in European Law Competition Journal 2005, p et 2006, p ). Plus fondamentalement, le but de ce considérant est probablement d'encourager les entreprises à se satisfaire de décisions d'engagements en évitant tout précédent qui pourrait servir de base à des recours en dommages-intérêts. 1415 conditionnel lorsqu'elle se réfère à l'infraction identifiée 33, dans d'autres elle est nettement plus affirmative. 34 Dans le cas d'une décision constatant l'existence passée d'une infraction, il est difficile d'en déterminer l'effet. Certes, le Règlement 1/2003 exclut en principe qu'une décision Voy. p.ex. Décision de la Commission du 22 février 2006, aff. COMP/B-2/38.381, De Beers : Point 30 : "Selon l'évaluation préliminaire de la Commission, la relation d'achats continus par De Beers à Alrosa fait appel à des méthodes qui s'écartent d'une concurrence normale, ce qui empêche le maintien du degré de concurrence existant sur le marché [ ]. De ce fait, De Beers éliminerait une source alternative et indépendante d'approvisionnement pour les clients potentiels". La Commission ajoute au point 32 : "De ce fait, De Beers éliminerait une source alternative et indépendante d'approvisionnement pour les clients potentiels". Voy. encore la Décision de la Commission du 22 juin 2005, Coca-Cola, JOCE, C 289, 26 novembre Au point 29 : "La Commission a considéré, à première vue, que ce type d'accords étaient susceptibles d entraîner l éviction des fournisseurs concurrents s ils étaient conclus pour de longues durées, si les conditions de résiliation étaient trop contraignantes pour les clients et si les achats de boissons des marques de TCCC pour rembourser le prêt étaient groupés". Au point 32 : " La Commission a estimé à titre préliminaire que ces rabais d objectif et de progression accroissaient les coûts que doivent supporter les clients pour changer de fournisseur et les liaient à TCCC et à ses embouteilleurs au détriment des concurrents et du consommateur final, en réduisant le choix de produits offerts et la pression à la baisse sur les prix". De même: dans l'affaire Bundesliga (aff. COMP/C2/37.214, Bundesliga, JOCE n L 34, 2005, p. 46 et JOCE n C 229, 2004, p. 13), la Commission se borne à "assumer" le marché en cause, et à relever que les comportements incriminés "pourraient avoir un effet anticompétitif"; une formule similaire est utilisée dans l'affaire de l'accord d'extension de Cannes (JOCE n L296, 2007, p.27); dans l'affaire Repsol (aff. COMP/38.348, Repsol CPP SA, JOCE n C 258, 2004, p. 7), la Commission estime que les clauses litigieuses "pourraient" contribuer à un effet de forclusion significatif; dans l'affaire FA Premier League (aff. COMP/C-2/38.173, FA Premier League, JOCE, n C 115, 2004, p. 3), la Commission estime dans sa décision que les restrictions sur le marché en aval affecteront probablement les marchés en amont et ajoute que les ventes en commun des droits télévisés peuvent limiter la production et créer des problèmes de fermeture des marchés; dans l'affaire Distrigaz (aff. COMP/B-1/37966, Distrigaz,, JOCE, n C 77, 2007, p. 48; voy. également la décision de la Commission, non encore publiée), la Commission indique qu'elle "craignait" que les contrats de fourniture de gaz à long terme de Distrigaz ne limitent les débouchés pour les autres fournisseurs; dans les affaires diverses de la fourniture d'informations par les constructeurs automobiles aux réparateurs indépendants (voy. Communication de la Commission, aff. COMP/39.140, COMP/39.141, COMP/39.142, COMP/39.143, DaimlerChrysler, Fiat, Toyota Motor Europe, Opel et JOCE 2007, n L 329/52, n L 330/40, n L 332/77), la Commission s'est une nouvelle fois dite concernée par les "possible negative effects". Dans l'affaire SkyTeam, la Commission s'est également dite concernée en raison du niveau de coopération auquel les membres de l'alliance aérienne sont parvenus eu égard à des éléments clés de la concurrence. La Commission en conclut que "this enhanced cooperation would be likely to have anticompetitive effects in view of the strong market position of the SkyTeam members involved coupled with the existence of significant barriers to entry" (aff. COMP/37.984, Skyteam, JOCE, n C 245, 2007, p. 46). Dans tous les cas on peut déjà déduire des termes-mêmes de la décision en cause qu'il n'y a pas de reconnaissance d'infraction pour le passé (ce qui est du reste conforme au texte du considérant 13). Voy. p.ex. la Communication de la Commission dans l'affaire BUMA/SABAM, JOCE, n C 200, 2005, p. 11 : au point 7 de la communication, la Commission constate l'existence d'une exclusivité territoriale absolue et que la "multilatéralisation de cette limitation par le réseau d'accords bilatéraux, étayée par l'assurance multilatérale que toutes les autres sociétés de gestion collective seront soumises à la même limitation territoriale entraîne une normalisation des conditions d'octroi de licences dans l'eee, empêchant ainsi le marché d'évoluer dans des directions différentes et concrétisant l'exclusivité dont bénéficie chacune des sociétés participantes". Voy. aussi la décision Coca-Cola précitée au point 31 en ce qui concerne les fontaines à soda : " [ ] ces dispositions relatives à l exclusivité des fontaines à boissons empêchent indûment les points de vente de se tourner vers des fournisseurs concurrents et réduisent ainsi la pression concurrentielle qui s exerce sur le fournisseur en place lorsque la durée de ces dispositions est excessive, parce qu allant au-delà de la durée d amortissement de ces équipements". 1516 au titre de l'article 9 puisse avoir un quelconque effet sur les juges nationaux. En revanche, on l'a dit, la jurisprudence Masterfoods implique un tel effet. En tous cas, si elle devait avoir un quelconque effet sur les juges nationaux, il nous semble que vu les incertitudes sur la question de savoir si une telle décision est elle-même susceptible de recours devant la Cour de justice par les parties concernées (v. infra), ces dernières devraient pouvoir contester devant le juge national toute conclusion qui pourrait en être déduite d'un effet restrictif éventuel. De plus, en cas de doute sur la légalité de cette décision, un renvoi préjudiciel en validité devrait être fait à la Cour de justice en application de l'article 234 du Traité Les garanties procédurales pour les tiers, les parties et les Etats membres et le contrôle exercé à cet égard par la Cour de justice des Communautés européennes Quant aux garanties procédurales à respecter à l'égard des parties intéressées, ou distinguera ci-après entre les tiers (a), les parties (b) et les Etats membres (c): (a) La position des tiers (i) Situation antérieure au Règlement 1/2003 A l'origine, les règlements négociés n'avaient comme on l'a vu qu'une valeur juridique limitée de sorte que les garanties procédurales devant être respectées à l'égard des tiers par la Commission au titre des principes généraux du droit, de la jurisprudence de la Cour, ou des règlements applicables étaient d'un nombre très limité. 36 On pouvait en effet estimer que les tiers étaient déjà suffisamment protégés à plusieurs titres, et notamment: par la politique de la Commission depuis 1982 d'avertir ceux-ci de la transaction envisagée par une publication préalablement à sa décision et de les inviter à faire des commentaires sur celle-ci; Arrêt Masterfoods précité. Voy. à ce propos D. Waelbroeck, "New Forms of Settlement of antitrust cases and procedural safeguards: is regulation 17 falling into abeyance?", E.L.R., vol. 11, n 4, August Comme on sait, aucune disposition n'imposait à l'époque qu'une copie de la communication des griefs ou des observations des entreprises concernées ne soit envoyée au plaignant ou qu'il soit invité à assister aux auditions (bien que toutefois, en pratique, la Commission l'ait toujours fait). L'article 2 du Règlement 99/63 disposait que la communication des griefs devait être envoyée aux "entreprises concernées". L'article 3 prévoyait que les "entreprises concernées" pouvaient présenter leurs observations par écrit sur les griefs qui leurs étaient reprochés. L'article 7 indiquait quant à lui que la possibilité doit leur être offerte de présenter leurs arguments oralement. Conformément à l'article 4, la Commission pouvait uniquement traiter dans ses décisions des infractions pour lesquelles les entreprises concernées avaient eu l'occasion de faire connaître leur point de vue. Il est donc clair que ces dispositions avait pour objectif essentiel de protéger les intérêts des entreprises contre lesquelles les procédures ont été ouvertes mais pas ceux du plaignant. 1617 par l'obligation de la Commission d'informer préalablement tout plaignant de son intention de rejeter sa plainte, en lui donnant la possibilité de faire valoir ses observations à ce propos ; 37 par la possibilité pour ceux-ci d'exercer un droit de recours limité devant les juridictions communautaire contre le rejet de la plainte (ou la décision adressée aux entreprises concernées qui affectait ses intérêts); et enfin, par la possibilité qu'a toujours toute partie victime de restrictions de concurrence d'introduire un recours devant les juridictions nationales. (ii) L'apport du Règlement 1/2003 Le renforcement des droits des tiers Avec le Règlement 1/2003, les droits des tiers tels qu'ils existaient sous le régime antérieur ont été non seulement confirmés mais renforcés. Ainsi, comme par le passé : les tiers sont avertis préalablement à toute décision au titre de l'article 9 par une publication au Journal officiel et invités à faire leurs commentaires; 38 le plaignant doit être informé formellement de l'intention de la Commission de rejeter sa plainte et peut formuler ses observations à ce propos préalablement à la décision finale; 39 il dispose d'un droit de recours (limité) devant les juridictions communautaires contre la décision de rejet de la plainte (ou contre la décision adressée aux entreprises concernées qui affecte ses intérêts); Cf. l'article 6 du Règlement 99/63 et la jurisprudence suite à CJCE, 18 octobre 1979, aff. 125/78, GEMA c/ Commission, Rec. p Le considérant 32 du préambule du Règlement 1/2003 dispose ainsi que la Commission doit permettre aux tiers dont les intérêts peuvent être affectés par la décision de faire valoir préalablement leurs observations. Ce droit à l'information des tiers est consacré désormais formellement à l'article 27, paragraphe 4, du Règlement. La Commission doit publier un résumé succinct de l'affaire et le principal contenu des d'engagements puis laisser s'écouler un délai d'un mois. Les tiers, intéressés ou pas, peuvent présenter leurs observations sur l'étendue des engagements offerts. En pratique, les observations des tiers s'avèrent d'ailleurs souvent précieuses pour la Commission et peuvent parfois influer sur la décision finale, comme le montre par exemple l'affaire FA Premier League 38, où les tiers ont indiqué à la Commission que les engagements n'allaient pas assez loin et ne permettaient pas d'assurer que les droits seraient effectivement mis sur le marché. Suite à ces observations, la Commission a demandé à la FA Premier League de modifier ses engagements (voy. aussi l'influence que les commentaires des tiers ont eu dans l'affaire Alrosa/De Beers). Dans son arrêt du 6 novembre 2007, Canal 9 c. GIE Les Indépendants, la Cour d'appel de Paris a estimé à propos d'une procédure similaire à celle de l'article 9 applicable en France qu'une telle information du plaignant est suffisante en ce qu'elle le met "en mesure de faire valoir ses contestations, par écrit, dès que les engagements ont été présentés, puis oralement, lors de la séance au cours de laquelle ces derniers ont été examinés par le Conseil de la concurrence, enfin de nouveau par écrit avant qu'ils ne soient définitivement retenus par le Conseil". Voy. l'article 7 du Règlement 773/2004 de la Commission relatif aux procédures mises en oeuvre par la Commission en application des articles 81 et 82 du traité CE, JOCE, n L 123, du 27 avril 2004, p18 enfin, il peut toujours faire valoir ses droits devant les juridictions nationales (avec le double avantage d'ailleurs désormais que l'article 81, paragraphe 3, a depuis mai 2004 un effet direct, et que les droits de recours devant les juridictions nationales ont été clarifiés notamment suite à la jurisprudence Courage/Crehan et Manfredi 40 ). Mais outre cette confirmation et clarification du régime antérieur, les droits des tiers sont aussi singulièrement étendus, puisque: d'une part, le plaignant dispose désormais d'un recours en annulation contre la décision d'engagements devant les juridictions communautaires (comme ce fut par exemple le cas dans l'affaire Alrosa/De Beers 41 ), et non plus seulement contre la décision de rejet de sa plainte. Ce même droit appartient d'ailleurs à toute partie directement et individuellement concernée par cette décision; et d'autre part, dans l'arrêt Alrosa/De Beers, le Tribunal considère que la Commission, quelle que soit la marge d'appréciation dont elle dispose dans le cadre de l'article 9, doit respecter le principe de proportionnalité lorsqu'elle décide de prendre une décision d'engagements contraignante au titre de cette disposition. 42 Un tiers qui serait indûment affecté par une décision CJCE, 20 septembre 2001, aff. C-453/99, Courage Ltd contre Bernard Crehan, Rec p. I-6297 et CJCE, 13 juillet 2006, aff. jtes C-295/04 à C-298/04, Manfredi, Rec. p. I Voy. aussi les efforts de la Commission en vue d'encourager les recours en indemnité devant les juridictions nationales et notamment le Livre vert du 19 décembre 2005, Doc COM(2005) 672 final. Voy référence ci-dessus. En effet, la décision d'engagements constitue désormais une décision obligatoire de l'institution elle-même, et non plus un simple arrangement administratif comme par le passé. Point 97 de l'arrêt précité. Certes, ceci peut paraître a priori contradictoire avec la position prise par ailleurs dans l'arrêt Energias de Portugal, dans lequel le Tribunal a réaffirmé que dans le cadre du contrôle des opérations de concentration, la charge de la preuve de l'incompatibilité de la concentration avec le marché commun pèse sur la Commission et non sur les parties et que celle-ci ne peut examiner qu'une opération de concentration "telle qu elle a été modifiée par les engagements valablement proposés par les parties à l opération" (TPI, 21 septembre 2005, aff. T-87/05, Energias de Portugal, Rec. p. II-3745; point 63 de l'arrêt précité). Le juge communautaire est venu ainsi corriger la position adoptée par la Commission dans sa communication actuelle concernant les mesures correctives qui prévoyait que la charge de la preuve incombait à cet égard aux parties et non à la Commission (Communication de la Commission concernant les mesures correctives recevables conformément au Règlement 4064/89 du Conseil et au Règlement 447/98 de la Commission, JOCE, n C 68, 2001, p. 3 (point 6)), et a bien confirmé que c'est aux parties de soumettre des propositions d'engagement et non à la Commission. Le projet de modification de la communication sur les mesures correctives (Draft of the Commission notice on remedies acceptable under Council Regulation no. 139/2004 and under Commission regulation no.802/2004, /mergers/legislation/draft_remedies_notice.pdf) confirme cette ligne de jurisprudence en précisant que la Commission soumet aux parties ses réserves à propos des effets négatifs sur la concurrence que pourrait avoir la concentration, sachant que c'est ensuite aux parties de proposer d'elles-mêmes des engagements. La Commission ne peut imposer unilatéralement les conditions d'une autorisation de l'opération. Autrement dit, la décision de la Commission ne doit être prise qu'en vertu des engagements consentis par les parties. Le point 7 du projet de modification de la communication sur les mesures correctives souligne également que la Commission ne peut pas refuser les engagements des parties même si ces derniers vont au-delà de ce qui est nécessaire pour maintenir le statu quo ante concurrentiel. Cette solution est de toute évidence en accord avec l'esprit de la procédure relative aux concentrations où les parties décident de la transaction 1819 d'engagements peut donc contester celle-ci (c'était le cas d'alrosa dans l'affaire Alrosa/De Beers). Le fait que l'engagement a été en théorie du moins offert "volontairement" n'altère pas cette conclusion. 43 Faut-il aller plus loin pour protéger les tiers? A notre sens, la réponse est négative. Les droits accordés aux tiers ont deux objets essentiels. En premier lieu, ils servent à informer les parties intéressées des solutions négociées envisagées par la Commission et donc à protéger leurs droits. En second lieu, l'information des tiers permet de récolter des informations visant à combler les éventuelles "lacunes" dans l'analyse du marché de la Commission. Aller au-delà comporte le risque que les procédures administratives dégénèrent en simples procédures contradictoires dans lesquelles la Commission deviendrait l'avocat d'une partie contre une autre partie. 44 La nécessité de ne pas formaliser la procédure excessivement nous paraît d'ailleurs d'autant plus grande qu'un des rôles premiers de la procédure administrative préliminaire est également de fournir "l'occasion, pour les entreprises concernées, d'adapter les pratiques incriminées aux règles du Traité". 45 Or, une telle possibilité de régler les litiges à l'amiable que la jurisprudence entend ainsi expressément encourager exige nécessairement une certaine souplesse administrative incompatible avec des procédures plus lourdes impliquant le plaignant tout au long de la discussion "à armes égales" avec la partie incriminée. (b) La position des parties en cause Si pour les tiers, la situation paraît donc désormais relativement satisfaisante, il est loin d'en être de même en ce qui concerne les parties en cause. Certes - nous le disions - une solution négociée présente pour les entreprises un attrait incontestable face aux lourdeurs d'une procédure susceptible de déboucher sur des amendes importantes. Il n'en reste pas moins: que surtout s'il y a menace d'amendes la pression est considérable pour les entreprises de céder aux desiderata de l'institution, même si ceux-ci sont à leur avis non fondés (ceci explique sans doute que selon le considérant 13 du Règlement 1/2003, "de telles décisions ne sont pas opportunes dans les cas où qu'elles soumettent à la Commission et la Commission accepte ou refuse. C'est pourquoi les parties ne sauraient pas attaquer des engagements qu'elles ont elles-mêmes offert. En revanche, ce droit appartient de toute évidence aux tiers, également en matière de concentration, si les engagements sont excessifs, ainsi qu'il ressort déjà de l'arrêt Kali & Salz (CJCE, 31 mars 1998, aff. C-68/94, France c. Commission et C-30/93, SPCA c. Commission, Rec. p. I-1453). La situation est la même pour les décisions conditionnelles en cas de concentration; voy. CJCE, 31 mars 1998 France c. Commission (Kali und Salz) et C-30/93, SPCA c. Commission, Rec. p I où étaient contestés des engagements affectant un tiers (SPCA). Or, la Commission doit rester neutre, et ne pas manquer à l'impartialité qui doit être la sienne et ne saurait en particulier "déléguer" ses pouvoirs à des tiers (voy. TPI, 17 septembre 2007, aff. T- 201/04, Microsoft, non encore publié, points 1251 et suiv.). Voy. p. ex. CJCE, 8 novembre 1983, aff , 104, 105, 108, ANSEAU c/ Commission, Rec. p20 la Commission entend imposer une amende", une déclaration d'intention qui ne semble pas respectée en pratique; v. infra); 46 qu'une fois que les parties ont accepté la solution en cause, tout recours contre celle-ci devient très difficile. (C'est le propre d'une procédure d'"engagements" qui repose sur un accord des parties dont la Commission "prend acte", par opposition à une décision d'autorisation "conditionnelle" telle qu'on les connaissait antérieurement); et qu'à défaut de certaines garanties minimales, notamment de débat transparent et contradictoire avec l'institution - les parties sont à la merci d'exigences potentiellement injustifiées de la Commission. Il en va en particulier ainsi si le problème auquel il doit être remédié n'a pas au préalable été clairement identifié auquel cas il devient manifestement très difficile pour les parties d'identifier des engagements appropriés. La situation des parties diffère en ceci de celle des tiers à l'égard desquels la pleine transparence est assurée (ils sont informés des arrangements envisagés), qui ne sont soumis à aucune pression comparable, et qui ont un recours contre la décision finale. Certes, si un engagement paraît rétrospectivement après un certain temps comme ayant été injustifié et excessif, une partie peut en théorie toujours en demander la modification ultérieure mais ceci sera sans doute généralement difficile à obtenir. En revanche, une partie ayant accepté un engagement ne peut l'ignorer, sauf à encourir le risque d'amendes et astreintes. La question se pose dès lors de savoir si des garanties meilleures pourraient être mises en place pour remédier aux trois préoccupations précitées: Premièrement, quant aux exigences de débat transparent et contradictoire et à l'identification de l'infraction à laquelle il doit être remédié, il est essentiel que les parties obtiennent de la Commission d'abord une clarification précise des griefs en cause avant de concéder des engagements. C'est ici que l'article 9 du Règlement 1/2003 apporte (du moins en théorie) une amélioration notable par rapport à la situation antérieure puisqu'il prévoit que la Commission doit préalablement à toute décision d'engagement leur faire connaître son "évaluation préliminaire". L'arrêt Alrosa/De Beers indique à cet égard à son point 100 que dans le cadre de l'article 9, "la Commission n'est certes pas tenue de démontrer formellement l'existence d'une infraction [ ], mais elle doit néanmoins établir la réalité des préoccupations concurrentielles qui justifiaient qu'elle envisage d'adopter une décision au titre des articles 81 CE et 82 CE et qui permettent qu'elle impose à l'entreprise concernée de respecter certains engagements, ce qui suppose une analyse du marché et une identification de l'infraction envisagée moins définitives que dans le cadre de l'application de l'article 7, paragraphe 1, du 46 Dès lors qu'elles risquent sinon une procédure longue et coûteuse, des amendes significatives, des recours en indemnités subséquents, etc. 20 Montrer encore
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