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Timestamp: 2017-07-24 00:42:23+00:00
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Dans un arrêt du
15 décembre 2009, les juges de la chambre sociale de la Cour de Cassation
rappellent la distinction entre les fichiers informatiques personnels et professionnels.
Il convient de préciser que selon une jurisprudence bien établie, les fichiers
créés par un salarié avec l’outil informatique mis à disposition par
l’employeur sont présumés avoir un caractère professionnel, et par conséquent
susceptibles d’être ouverts par l’employeur sans la présence de l’intéressé, sauf
si le salarié précise qu’ils sont personnels.
elle affirme que les correspondances adressées à des organismes professionnels
et sociaux pour dénoncer le comportement de l’employeur ne revêtent pas un
caractère privé et peuvent être retenus, par ce dernier au soutien d’une
procédure disciplinaire pour faute grave.
En l’espèce, en
2006, un employeur licencie son salarié, engagé en qualité de clerc de notaire,
pour faute grave après la découverte, en son absence, sur son ordinateur
professionnel, de fichiers contenant des courriers dénigrant l’étude auprès de
tiers. Le salarié saisi alors la juridiction prud’homale afin de contester son
licenciement et condamner l’employeur à des dommages et intérêts pour
licenciement sans cause réelle et sérieuse. La cour d’appel déboute
le salarié de ses demandes en admettant la licéité des preuves. La Cour de
Cassation approuve le juge d’appel qui avait « constaté que les fichiers ouverts par l’employeur intitulés essais
divers, essais divers B, essais divers restaurés », n’avaient pas un
caractère personnel et par conséquence étaient susceptibles d’être ouverts hors
la présence du salarié. Dans un second
moyen, le salarié conteste l’arrêt de la Cour d’appel retenant la faute grave
comme motif de licenciement. De nouveau, la Cour de Cassation suit les juges de
fond en affirmant que la Cour d’appel sans dénaturer les lettres du salarié, et
en constatant que ce dernier jetait le discrédit sur l’étude en des termes
excessifs et injurieux « a pu en
déduire qu’il avait ainsi manqué à ses obligations dans des conditions
outrepassant sa liberté d’expression qui justifiaient la rupture immédiate du
convient de préciser que la notion de fichiers personnels et professionnels est
très étroite. Cet arrêt semble rentrer dans un courant jurisprudentiel tendant
à réduire le domaine de la sphère privé au travail, dans le cadre de l’usage de
moyens électroniques. En
outre, cet arrêt met en avant les situations juridiques étroites entre les droits et libertés du salarié, en
l’occurrence sa liberté d’expression, et le légitime contrôle de l’employeur.
Il est clair que la liberté d’expression d’un salarié dans l’entreprise et en
dehors de celle-ci est un principe de droit, cependant des restrictions justifiées
par la nature de la tâche à accomplir et proportionnées au but recherché peuvent
être apportées et ainsi la constatation
d’un abus peut être qualifié de faute grave entrainant la rupture immédiate du
Frédéric CHHUM – Avocat Aude-Marie BOURCIER
– Juriste en droit social
Le droit pour l’employeur de contrôler l’ordinateur de ses salariés : évolution de la jurisprudence
Par son arrêt Nikon du 2 octobre 2001 la chambre sociale avait assimilé les mails à des courriers classiques et les avait donc soumis au secret des correspondances, empêchant ainsi l’employeur de les consulter.
Puis la Cour de Cassation dans un arrêt du 17 octobre 2005 était venue nuancer sa décision en faisant une distinction entre les fichiers clairement identifiés comme privés et les autres.
Elle a ensuite décidé dans un arrêt du 18 octobre 2006 que les documents virtuels ou réels détenus par le salarié sur son lieu de travail sont « présumés professionnels » donc l’employeur y a naturellement accès sauf s’ils sont marqués comme personnels.
La cour de Cassation dans un dernier arrêt du 10 juin 2008 a réitéré sa position.
En l’espèce, une responsable d’agence d’une société de publicité s’était rapproché de société concurrentes en vue de se faire embaucher, en utilisant pour cela son ordinateur professionnel.
Après sa démission, son ancien employeur, soupçonnant de sa part des actes de concurrence déloyale, a saisi le juge des référés pour avoir l’autorisation de prendre connaissance des messages qu’elles envoyait et recevait.
Le tribunal a accepté cette demande à condition que les messages soient consultés en présence d’un huissier et de la salariée. De plus, le tribunal a interdit à l’huissier d’ouvrir les messages identifiés comme personnel, ce qu’à confirmer la Cour d’appel de Rennes.
La salariée forme alors un pourvoi en cassation en invoquant l’arrêt Nikon. En effet selon elle, ce ne sont pas seulement les messages identifiés comme personnels qui doivent être exclus de l’investigation mais aussi tous ceux dont l’objet fait clairement apparaître qu’ils le sont.
Mais la Chambre sociale de la Cour de Cassation dans son arrêt du 10 juin 2008 rejette le pourvoi de la salariée au motif que seuls sont protégés les fichiers expressément référencés comme personnels.
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