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mars | 2016 | Il était une fois en Amérique(s)
31 mars 2016, par Il était une fois en Amérique(s)
Trump et l’avortement:histoire(s) d’une erreur au Wisconsin
Les propos de Donald Trump sur la punition à réserver aux femmes pratiquant une interruption volontaire de grossesse (IVG), si l’avortement devenait illégal, peuvent être lus comme un énième dérapage d’un candidat outrancier. On peut y voir aussi un nouvel épisode de la guerre politique menée par le mouvement conservateur depuis 43 ans contre la légalisation de l’avortement par la Cour Suprême.
Trump et « une certaine punition » pour les femmes avortant…face au public du Wisconsin et aux téléspectateurs américains.
En effet, contrairement à la France, l’avortement ne fut pas légalisé par la représentation nationale au Congrès mais par la Cour Suprême au nom du droit constitutionnel des femmes à leur intimité (privacy) que le juge Blackmun décela dans les tréfonds du 14e amendement de la Constitution. Cet arrêt Roe v Wade empêchait désormais les Etats fédérés d’interdire l’avortement à une femme. Si cet arrêt ne fut jamais renversé par une majorité de juges devenue conservatrice au milieu des années 1980-et malgré les efforts acharnés du défunt juge Scalia- Roe vs Wade a été largement encadré et restreint par la Cour Suprême elle-mêm depuis 1973. Dans Roe vs Wade, les juges libéraux comme Blackmun avaient défini une période en trois temps pour la régulation de l’avortement. Au 1er temps (qui correspondait au premier trimestre de grossesse), la femme pouvait librement disposer de son corps et interrompre sa grossesse sans que l’ Etat ne puisse l’en empêcher. Dans la seconde période (du début du second trimestre de grossesse au seuil de viabilité du foetus), l’Etat où était pratiqué l’avortement pouvait le réglementer dans l’intérêt de la santé de la femme. Et durant la 3e période, l’Etat pouvait interdire l’avortement quand le fœtus avait atteint le seuil de viabilité reconnu par la science, c’est-à-dire autour de 24 à 28 semaines de grossesse. Cette réglementation libérale a été détruite par l’arrêt Planned Parenthood vs Casey de la Cour Suprême en 1992 qui constitue aujourd’hui, beaucoup plus que Roe, le cadre juridique fédéral de l’avortement. Si, à la surprise heureuse du Planned Parenthood (Planning familial) qui était le plaignant, la Cour Suprême maintint par 5 juges contre 4 le droit constitutionnel à l’IVG, les trois juges conservateurs modérés (Kennedy, Souter, O’Connor) ayant décidé de préserver cet acquis choisirent de rendre beaucoup plus de marge de manœuvre aux Etats pour réglementer l’avortement. Les trois périodes furent supprimées comme cadre. Désormais, les Etats fédérés pouvaient règlementer l’avortement dès le début de la grossesse d’une femme, dans l’intérêt de la protection de la santé de la mère et de l’enfant à naître . Et ces réglementations ne seraient inconstitutionnelles que si elles constituaient un undue burden (fardeau indu) pour le droit de la femme à l’avortement avant la viabilité du fœtus.
Le mouvement conservateur changea par conséquent de stratégie après Planned Parenthood vs Casey. Au lieu de chercher à toute force le renversement de l’arrêt Roe, les associations pro-vie ont cherché depuis vingt ans à restreindre le droit à l’avortement par « morceaux ». Elles ont encouragé, à l’échelle des Etats fédérés et de leurs législateurs, des réglementations tellement dures qu’elles grignotent à l’extrême le droit des femmes à l’IVG. La première offensive des conservateurs pro-vie porta sur les avortements par naissance partielle, terme inventé par le National Right to Life Committee- principale association pro-vie-pour désigner plusieurs procédures d’avortement tardif par dilatation-extraction du fœtus. Cette guerre sémantique, assortie de campagnes publicitaires choc, avait pour but de heurter délibérément l’opinion par la violence des images diffusées de ces avortements. Elle porta ses fruits puisque le président George W.Bush, élu sur un programme d’interdiction totale de l’avortement sauf en cas de viol, d’inceste et de mise en danger de la mère, signa en 2003 une loi fédérale d’interdiction de la Partial Birth Abortion qui fut validée par la Cour Suprême conservatrice du chief justice Roberts en 2007. L’arrêt Gonzales vs Carhart paraissait décisif car pour la première fois, la Cour Suprême acceptait une loi majeure d’interdiction d’une technique d’avortement même dans les cas où la santé de la mère était en jeu. Cet arrêt de 2007 fut le point de départ d’une frénésie des Etats à gouvernement et législature républicains pour limiter le droit des femmes à l’avortement.
Et là on en revient à Trump. Dans quelques jours, il doit disputer la primaire républicaine de l’Etat du Wisconsin décisive dans sa quête des 1237 délégués pour sa nomination comme candidat du parti républicain. Face à lui, beaucoup de conservateurs « sociaux »-chrétiens se sont ralliés au sénateur du Texas Cruz. En effet, ils ne croient pas que le milliardaire new-yorkais, libertin et plusieurs fois divorcé, soit un des leurs pour défendre les valeurs morales chrétiennes. En particulier, les positions passées de Trump, pour l’avortement, y compris tardif, ont été ciblées par Cruz et les SuperPac qui le soutiennent.
En 1999, Trump en faveur de l’avortement et de la partial-birth abortion…
Dans un moment critique de sa campagne, Trump doit convaincre ces conservateurs sociaux qu’il saura défendre le droit à la vie. Et tout particulièrement au Wisconsin, devenu depuis 2010 avec le gouverneur Walker un des terrains de bataille principaux de la lutte nationale des conservateurs contre l’avortement. Walker a fait voter deux lois majeures :
En 2013, le Wisconsin imposait aux docteurs pratiquant l’avortement en clinique d’avoir un privilège d’admission de leurs patients dans un hôpital voisin à moins de 50 kms. Couplée avec des coupes sombres dans le budget du Planning familial du Wisconsin (en février 2016, suppression par Walker d’une subvention publique de 8 millions de $), cette loi aurait abouti à une disparition de fait de la possibilité d’avorter au Wisconsin . Conformément à la jurisprudence Planned vs Parenthood, la loi de 2013 au Wisconsin imposait aussi, avant tout avortement, une échographie à la femme afin de la « renseigner » sur sa grossesse (et de la décourager). Cette loi fut jugée inconstitutionnelle et cassée par la cour d’appel fédérale du VIIe circuit fin 2015 car elle était un « undue burden » (fardeau indu) sur le droit d’avorter des femmes. Mais l’Etat du Wisconsin a fait appel , il y a 8 jours à peine, de cette décision devant la Cour Suprême, ce qui explique mieux le « timing » des propos de Trump dans un Etat où cette question occupait tout l’espace médiatique.
En août 2015, le gouverneur Walker, alors candidat présidentiel, signait une autre loi qui, comme dans 14 autres Etats américains, interdisait l’avortement au-delà d’un seuil de viabilité défini à 20 semaines de grossesse car le fœtus ressentirait à cette date de la douleur. Quand Trump parlait hier d’une punition éventuelle pour les femmes en cas d’interdiction de l’avortement lors de ce town hall à Green Bay, il ne parlait donc pas dans le vide ou en l’air mais bien à une population républicaine du Wisconsin qui soutient massivement l’interdiction (77% des républicains du Wisconsin favorables d’après un sondage de l’université de Marquette en août 2015).
La thèse de la « gaffe » pure s’éloigne. Trump voulait plaire aux républicains conservateurs du Wisconsin et faire écho à leurs préoccupations du moment. Et pourtant, sa déclaration a été tellement mal reçue qu’il a été obligé de faire amende honorable en plusieurs fois au cours de la même soirée. Dans un communiqué tardif, Trump répète qu’il est pro-life, souhaite l’interdiction de l’avortement mais sans punition pour les femmes, juste pour les médecins- comme c’est prévu dans la loi d’interdiction du Wisconsin en 2015. Pourquoi ce sentiment de bourde ? Sans doute parce que, avec le « zèle des convertis » et une très mauvaise connaissance des dossiers, Trump a voulu trop en faire. Entre 2010 et 2012, dans la vague de l’insurrection conservatrice des Tea Party, certains candidats républicains se sont fourvoyés dans des propos ahurissants sur les femmes et l’avortement. On se souvient du candidat républicain pour le Sénat au Missouri, Akin, qui avait évoqué un risque très faible de grossesse en cas de « vrai viol » pour justifier son opposition à l’avortement en cas de viol. Son homologue Mourdock en Indiana avait lui aussi détruit sa campagne en évoquant « une volonté divine de donner la vie » lors d’un viol. Ces propos insensés avaient nourri lors de la campagne 2012 la critique forte par les démocrates d’une « war on women » (guerre contre les femmes) menée par les conservateurs sociaux/chrétiens du parti républicain. Et le résultat des élections fédérales avait démontré un gender gap (fossé des genres) croissant entre des femmes votant massivement pour les démocrates et des hommes pour les républicains. C’est pourquoi depuis lors, même les conservateurs sociaux les plus radicaux comme Ted Cruz évoquent une lutte contre l’avortement pour protéger la santé mentale et physique des femmes. En 2014, il n’hésitait pas à évoquer la « vraie guerre contre les femmes » des démocrates quand ils veulent universaliser l’accès à l’avortement sur le territoire fédéral, au nom des risques encourus pour la santé des femmes.
Cet adoucissement de ton des conservateurs sociaux et chrétiens comme Cruz, qui est tombé à bras raccourcis sur Trump hier soir, est électoraliste, visant à préserver ce qu’il reste d’audience aux républicains chez les femmes. Mais si Trump est le nominé, on peut se demander, alors qu’il était déjà honni par une écrasante majorité des femmes (dans un sondage national CNN du 24 mars, il était désapprouvé par 73% des femmes), comment le parti républicain pourrait regagner la Maison Blanche.
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20 mars 2016, par Il était une fois en Amérique(s)
Monsieur Trump va à la convention…
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