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Timestamp: 2016-10-21 17:14:26+00:00
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Matched Legal Cases: ['art. 122', 'art. 197', 'art. 131', 'arrêt ', 'art. 131', 'art. 131']

⭐TITRE PREMIER DÉLICTUELLE
TITRE PREMIER DÉLICTUELLE
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1 TITRE PREMIER CONDITIONS DE LA RESPONSABILITÉ DÉLICTUELLE La responsabilité, souverainement appréciée par les juges du fond 904, suppose que soit établi : un fait générateur de responsabilité (chapitre 1), un dommage (chapitre 2), et un lien de causalité 905 entre ce fait générateur et ce dommage 906 (chapitre 3) Civ. 2 e lib., nº81, 11 déc. 2003, Rev. Cassandre 2003/12, CA Beyrouth nº778, 15 mai 1963, note L. BOYER, EDL 1965, Exemple : TPI Beyrouth 5 e, nº91, 12 oct. 1995, Al Adl 1995, J.,2 FAIT GENERATEUR DE LA RESPONSABILITE CHAPITRE PREMIER LE FAIT GÉNÉRATEUR DE LA RESPONSABILITÉ Il existe des régimes généraux (section 1) et des régimes spéciaux (section 2) de responsabilité. 331 SECTION 1 LES RÉGIMES GÉNÉRAUX DE RESPONSABILITÉ La responsabilité peut naître du fait personnel ( 1), du fait des choses ( 2), ou du fait d autrui ( 3). Mais il est fréquent que le dommage soit dû à plusieurs causes, ce qui nécessite de combiner ces régimes ( 4) LE PRINCIPE GÉNÉRAL DE RESPON- SABILITÉ DU FAIT PERSONNEL Il trouve son fondement dans l article 1382 du Code civil aux termes duquel «Tout fait quelconque de l homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé, à le réparer» et dans l article 122 du Code libanais énonçant : «Tout fait quelconque de l homme qui cause à autrui un dommage injuste oblige son auteur à réparation». Il faut donc définir la notion de faute d une manière générale (A), avant d étudier un de ses aspects particuliers, la faute dans l exercice d un droit, qui fonde la théorie de l abus de droit (B)3 FAIT GENERATEUR DE LA RESPONSABILITE A- Notion de faute Si la faute comporte un élément objectif (1), est-il nécessaire que s y ajoute un élément subjectif (2)? Il existe de toute façon certains faits justificatifs qui font perdre à un acte son aspect fautif (3). 1. Élément objectif a. Définition Le Code civil, pas plus que le Code libanais, ne donnent aucune définition de la faute et la doctrine a peiné pour tenter de cerner une notion aussi complexe. Planiol 907 et d autres auteurs à sa suite considéraient que la faute était la violation d une obligation préexistante, mais cette définition ne faisait que déplacer le problème : en matière délictuelle, quelles sont ces obligations préexistantes? Si l on tente d en dresser une liste, on tombe inévitablement dans des obligations aux contours très flous : devoir général de ne pas nuire à autrui, devoir de s abstenir de tout acte exigeant une certaine force ou une certaine habitude que l on ne possède pas suffisamment... Pour d autres, la faute serait un acte illicite, c est-à-dire un acte contraire non seulement aux lois, mais aux usages à la justice sociale 908. Comme l observent deux auteurs, «il y a du verbalisme dans cette définition : quand un fait est-il injuste ou illicite? Quand il est fautif. Quand un fait est-il fautif? Quand il est injuste ou illicite» 909. Une approche plus pragmatique a été défendue par un troisième courant d auteurs et semble avoir les faveurs de la majorité de la doctrine 910. La faute serait une erreur ou une défaillance de conduite, le juge à qui est conféré un large pouvoir d appréciation devant procéder à une comparaison entre le comportement de l auteur du dommage et celui qu il aurait dû avoir. Reste à savoir comment apprécier cette erreur de conduite. Faut-il l apprécier chez l auteur de l acte dommageable, en tenant compte de son comportement habituel (appréciation in concreto)? Faut-il au contraire l apprécier par rapport à un modèle abstrait, un individu normalement prudent et avisé (appréciation in abstracto)? L appréciation in concreto aboutirait à réserver injustement un meilleur traitement à l individu habituellement imprudent ou maladroit. Aussi, c est l appréciation in abstracto qui est retenue par les tribunaux Rev. crit. de législ. et de jurisp. 1905, 283 et s. 908 M. PUECH, L illicéité dans la responsabilité civile contractuelle, LGDJ, Bibl. dr. privé, t. 129, 1973, préf. A. RIEG. Ad. : J. CARBONNIER, n os 221 et s. 909 Ph. MALAURIE, L. AYNES ET PH. STOFFEL-MUNCK,, n o J. FLOUR, Y. FLOUR, J.-L. AUBERT et E. SAVAUX, t. 2, n o4 FAIT GENERATEUR DE LA RESPONSABILITE b. Diversité des fautes Faute intentionnelle et faute non intentionnelle. Le chapitre II du titre du Code civil consacré à la responsabilité extra-contractuelle semble opposer les délits, nés d une faute intentionnelle, et les quasi-délits, nés d une faute non intentionnelle. Cette opposition est expressément consacrée par l article 121 du Code des obligations et des contrats : «Le délit est l acte par lequel on lèse injustement et intentionnellement les intérêts d autrui ; le quasi-délit est l acte par lequel on porte atteinte injustement, mais non intentionnellement, aux intérêts d autrui». En réalité, un principe fondamental du droit de la responsabilité veut que la réparation ne dépende pas de l intention de l auteur du dommage. L article 1383 du Code civil dispose d ailleurs que «Chacun est responsable du dommage qu il a causé non seulement par son fait, mais encore par sa négligence ou par son imprudence». Dans le même sens, l article 123 COC énonce : «on est responsable du dommage causé par sa négligence ou par son imprudence aussi bien que de celui qui résulte d un acte positif» 911. Faute légère, faute lourde. et faute inexcusable 912. La réparation ne dépend pas non plus en principe de la gravité de la faute, mais certains régimes spéciaux de responsabilité distinguent divers degrés de faute pour déterminer l ampleur de la réparation. Par exemple, la loi française du 5 juillet 1985 relative aux accidents de la circulation fait-elle une place importante à la faute inexcusable (cf. infra n 387). Faute d action et faute d omission. La faute d action ne soulève pas de difficulté particulière : celui qui cause un dommage par un acte positif est tenu de le réparer. Mais une personne peut-elle engager sa responsabilité pour une attitude passive, abstention ou omission? Le principe de liberté individuelle conduirait à une réponse négative, et la jurisprudence s est d abord montrée restrictive, ne sanctionnant la faute d omission que si elle transgressait une obligation légale d agir 913. On peut ainsi signaler qu une ordonnance française du 25 juin 1945 a érigé en délit la non-assistance à personne en danger : l abstention est devenue dans ce cas une faute civile en même temps qu une faute pénale. L article 567 du Code pénal libanais condamne ce même délit. L article 769 du même Code sanctionne également toutes personnes, hommes de l art ou particuliers qui, sans excuse, auront refusé ou négligé de prêter le secours, ou de faire des travaux ou le service dont ils auront été requis par les agents de l autorité à l occasion d accidents, naufrages, inondation, incendie ou autres calamités, ainsi que dans les cas de brigandage, pillage, flagrant délit, clameur publique ou d exécution des Pour une application : CA Békaa 3 e, nº159, 1 e août 1996, Rev. jud. lib. 1996, G. VINEY, «Remarques sur la distinction entre faute intentionnelle, faute inexcusable et faute lourde», D 1975, 263 ; G. BRIÈRE DE L ISLE, «La faute intentionnelle», D , «La faute dolosive», D Civ. 24 déc. 1924, S : «Si chacun est responsable de sa négligence, l omission ne peut entraîner une responsabilité qu autant qu il y avait, pour celui auquel on l impute, l obligation d accomplir le fait omis.» Exemple : condamnation de l exploitant d un chemin de fer qui ne signale pas un passage à niveau (Civ., 8 avr. 1932, DH ). 2265 FAIT GENERATEUR DE LA RESPONSABILITE décisions de justice 914. La jurisprudence française s est par la suite assouplie, sanctionnant l omission, en l absence de toute obligation légale, dès lors qu elle a été dictée par l intention de nuire : l auteur d une histoire de la TSF a été condamné pour ne pas y avoir mentionné le nom de son inventeur, Branly Élément subjectif a. Faute et absence de discernement 339 Le principe traditionnel. En principe, il ne peut y avoir de faute sans que l auteur du dommage ait conscience de son acte, sans que son fait puisse lui être imputé 916. En ce cens, l article 122 alinéa 1 COC adoptant le système de la responsabilité subjective exige pour retenir la responsabilité de l auteur du dommage qu il soit doué de discernement. Cette règle interdirait d engager la responsabilité d une personne qui n avait pas de discernement au moment où l acte a été commis. Elle s applique encore en droit pénal et a longtemps prévalu dans la responsabilité civile. Elle aboutirait pourtant à une conséquence injuste : quel que soit la gravité du préjudice, la victime ne pourrait être indemnisée. Pour y remédier, la jurisprudence française développait des palliatifs, par exemple en retenant la responsabilité des personnes ayant manqué à leur devoir de surveillance de l auteur du dommage dépourvu de discernement 917. Les nouveaux principes. La loi française du 3 janvier 1968 relative aux majeurs protégés a inversé cette règle : «celui qui a causé un dommage à autrui alors qu il était sous l empire d un trouble mental n en est pas moins obligé à réparation» (art C. civ.). La jurisprudence a également considéré que le mineur privé de discernement pouvait être responsable sur la base de l article 1382 du Code civil : un électricien avait commis une erreur de montage d une douille et un enfant de treize ans avait été blessé en vissant une ampoule. Les juges du fond avaient prononcé un partage de responsabilité en retenant que l enfant avait également commis une faute en ne fermant pas le disjoncteur. Le pourvoi contestant qu un enfant dépourvu de discernement puisse commettre une faute a été rejeté 918. Ces solutions ont consacré l avènement de la faute objective : il n est pas nécessaire de tenir compte du discernement de l auteur du dommage pour caractériser sa faute. Cette solution adoptée en droit libanais n est pas vraiment nouvelle. En effet, la tradition libanaise voulait que, conformément au droit musulman hanafite, le mineur et le dément fussent civilement tenus de tout préjudice occasionné par eux P. TOUBIA, Contribution à l'étude de la réticence dolosive Al Adl 2005, 1, Doct. 223 s; E. ROUSSET, L'abstention délictueuse, Rev. jud. lib. 1965, 17s. 915 Arrêt Branly : Civ., 27 févr. 1951, D , note H. DESBOIS ; JCP 1951.II.6193, note J. MIHURA ; Gaz. Pal , concl. Rey. Ad. : J. CARBONNIER, «Le silence et la gloire», D Cf. P. JOURDAIN, Recherche sur l imputabilité en matière de responsabilité civile et pénale, thèse, Paris-II, Req., 30 juill. 1906, D ; S Arrêt Lemaire : Ass. plén. 9 mai 1984, D , concl. Cabannes, note F. CHABAS ; JCP 1984.II.20256, note P. JOURDAIN ; RTD civ , obs. J. HUET. 2276 FAIT GENERATEUR DE LA RESPONSABILITE à autrui 919. Aussi, le Comité consultatif de législation accompagnant la rédaction du Code libanais a-t-il permis au juge de condamner, en considération de la situation des parties, l auteur du dommage même privé de discernement à une indemnité équitable envers la victime, lorsque celle-ci n a pu obtenir réparation de la personne tenue de surveiller l incapable (art. 122 al. 3 COC : «En cas de dommage causé par une personne privée de discernement, si la victime n a pu obtenir réparation de celui qui est tenu de la surveillance, les juges peuvent, en considération de la situation des parties, condamner l auteur du dommage à une indemnité équitable»). b. Faute d une personne morale 341 La jurisprudence a toujours admis qu une personne morale pouvait commettre une faute susceptible d engager sa responsabilité : «Une personne morale répond des fautes dont elle se rend coupable par ses organes et en doit réparation à la victime sans que celle-ci soit obligée de mettre en cause, sur le fondement de l article 1384, alinéa 5, lesdits organes pris comme préposés 920.» Par exemple, la responsabilité d un syndicat est engagée en cas de grève s il a «effectivement participé à des agissements constitutifs d infractions pénales ne pouvant se rattacher à l exercice normal du droit de grève» 921. La faute d une personne morale susceptible d engager sa responsabilité n enlève rien à la faute des dirigeants, dont la responsabilité personnelle peut également être engagée. La jurisprudence va aujourd hui au-delà, admettant la faute d une personne morale indépendamment du comportement de ses dirigeants 922, semblant vouloir limiter la responsabilité de ces derniers à une faute détachable de leurs fonctions 923. Cette restriction de la responsabilité des dirigeants ne peut que conduire à une extension de la responsabilité des personnes morales. La responsabilité civile de la personne morale du fait illicite de ses organes est expressément consacrée en droit libanais par l article 127 alinéa 2 COC. En outre, il convient de signaler que l article 210 alinéa 2 du Code pénal libanais consacre expressément la responsabilité pénale des personnes morales du fait de leurs directeurs, administrateurs, représentants et agents, lorsque ces actes ont été accomplis au nom de ces personnes morales ou avec les moyens qu elles leur procurent. 3. Faits justificatifs 342 Il existe certains faits justificatifs, dont la théorie est empruntée au droit pénal, qui font perdre à un acte son aspect fautif. Ainsi, l ordre de la loi ou le commandement de l autorité légitime : le médecin qui pratique un avortement dans les limites de la loi et avec le consentement de l intéressée ne peut voir sa responsabilité civile engagée. Il en est de même de la légitime défense, dont le régime est celui dégagé par le droit pénal (art et C. pén. fr.), le caractère légitime de la défense 919 V. S. MANSOUR, La responsabilité du malade mental, lg. ar., Rev. jud. lib. 1975, Civ. 2 e, 17 juill. 1967, Gaz. Pal , note BLAEVOET; RTD civ , obs. G. DURRY. 921 Soc. 9 nov. 1982, JCP 1983.II Cf. Civ. 1 re, 15 déc. 1999, JCP 2000, II, 10384, note G. MEMETEAU : responsabilité d une clinique pour défaut d organisation en l absence d anesthésiste lors d un accouchement. 923 Com. 20 mai 2003, JCP 2004, I, 101, n 7, obs. G. VINEY, qui précise cette faute détachable: il en est ainsi lorsque le dirigeant commet intentionnellement une faute d une particulière gravité incompatible avec l exercice normal des fonctions sociales. 2287 FAIT GENERATEUR DE LA RESPONSABILITE étant subordonné à une attaque injuste et une défense proportionnée à l attaque. Dans les hypothèses d autodéfense, par exemple, l installation d un piège dans une maison, il n y a pas légitime défense : le droit civil considère en général qu il y a faute de celui qui a installé le piège et de la victime : il y a partage de responsabilité (cf. infra n o 370) 924. B- Faute dans l exercice d un droit : la théorie de l abus de droit 1. Analyse doctrinale Position du problème. Peut-on commettre une faute en exerçant un droit dont on est titulaire? La question, celle de l abus de droit, peut a priori paraître curieuse : le titulaire d un droit subjectif doit pouvoir l exercer sans limites. Planiol soulignait cette contradiction au moins verbale : un comportement ne peut à la fois être conforme au droit et contraire au droit, ajoutant dans une formule célèbre que «le droit cesse où l abus commence» 925. Le droit romain enseignait en ce sens que Neminem laedit qui suo jure utitur, celui qui exerce son droit ne nuit à personne. Cette analyse est restée largement minoritaire et n a pas empêché le développement de la théorie de l abus de droit, les controverses se déplaçant sur le terrain de son critère. Les théories proposées. Pour une conception restrictive, il n y a abus de droit que si son titulaire l exerce avec l intention de nuire à autrui 926. Pour prendre un exemple célèbre, l installation de piquets en bordure d un terrain, en face de la porte du hangar à dirigeables d un voisin ne présentant pour son propriétaire aucune utilité et n ayant d autre but que de nuire à autrui, constitue un abus de droit 927. Josserand a proposé une conception plus extensive de l abus de droit : il y aurait abus de droit chaque fois qu un droit n est pas utilisé dans le but qui lui est socialement assigné 928. À cette fin, Josserand distingue plusieurs catégories de droits. Par exemple, certains droits sont conférés à une personne dans l intérêt d autrui (exemple : droits de l autorité parentale) il y aurait abus de droit dès que leur titulaire les utilise dans son propre intérêt. D autres droits sont conférés pour que leur titulaire en jouisse discrétionnairement : il n y a alors abus de droit que si ce droit a été exercé dans l intention de nuire. 2. Solutions jurisprudentielles françaises La jurisprudence n a pas expressément pris partie dans cette controverse doctrinale, mais a fait de nombreuses applications de la notion d abus de droit. Le Crim., 15 oct. 1980, Bull. civ., n o 261 ; Gaz. Pal (piège à feu). 925 Traité élémentaire, t. 1, 1 re éd., 1900, n o G. RIPERT, La règle morale dans les obligations civiles, n o 85 et s. 927 Arrêt Clément-Bayard : Req., 3 août 1915, DP ; Grands arrêts, t. 2, n o De l esprit des droits et de leur relativité, 2 e éd.,8 FAIT GENERATEUR DE LA RESPONSABILITE critère que les tribunaux retiennent pour caractériser l abus de droit varie selon la matière concernée. Certains droits ne donnent lieu à abus que lorsqu ils sont exercés dans l intention de nuire : par exemple, la jurisprudence décide que l exercice d une action en justice ne peut constituer un abus de droit «que dans le cas de malice, de mauvaise foi ou d erreur grossière équipollente au dol» 929. Dans d autres cas, il y aura abus de droit si le droit est exercé avec imprudence ou négligence : tel est par exemple le cas en matière contractuelle pour la rupture des pourparlers (cf. supra n o 46). Enfin, il peut y avoir abus de droit sans qu aucune faute de son titulaire ne soit commise : la théorie des troubles du voisinage, même si elle tend aujourd hui à acquérir une certaine autonomie par rapport à la théorie de l abus de droit 930, permet d engager la responsabilité du propriétaire dès qu il fait subir à ses voisins un dommage dépassant les inconvénients normaux du voisinage Droit libanais Le Code des obligations et des contrats a adopté la théorie de l abus des droits cher à son rédacteur le doyen Josserand. L'article 124 COC énonce : «Doit également réparation celui qui a causé un dommage à autrui en excédant, dans l exercice de son droit les limites fixées par la bonne foi ou par le but en vue duquel ce droit lui a été conféré». Ce texte assure, ainsi, la répression de l intention de nuire et la fonction sociale des droits subjectifs 932. Concrètement, la jurisprudence applique très rarement la théorie de l abus des droits. Son application intéresse l abus du droit de propriété 933 et du droit d ester en justice Civ. 2 e, 11 janv. 1973, Gaz. Pal Depuis Civ. 2 e, 19 nov. 1986, Bull. civ., n Civ. 3 e, 4 févr. 1971, JCP 1971.II.16781, note R. LINDON (arrêts cassant des décisions subordonnant la réparation du dommage à la preuve d une faute). 932 R. ALGRIN, n 17, V. CA Liban-Sud, n 123 du 11 fév. 1953, Hatem, vol 16, 48 n 1; celui qui effectue des fouilles dans son terrain dans l intention de nuire à son voisin et non pour en retirer un avantage personnel, abuse de son droit en excédant les limites fixées par la bonne foi du droit de pratiquer des saisies : Civ. lib. n 3, 14 juin 1956, Hatem, vol 23, 33 n 1; commet un abus de droit l acheteur d un bateau qui n exécutant pas ses obligations et ne payant pas le prix à ses échéances, pratique, sans motif légitime, une saisie de la chose vendue ; Civ. lib. n 30, 11 avril 957, Hatem, vol 30, 59, n 1; commet un abus de droit, celui qui pratique une saisie sur le fondement d une action pénale, ensuite rejetée, et cause par sa faute un préjudice au saisi. 934 Les articles 10 et 11 du Code de procédure civile libanais prévoient la condamnation à des dommages-intérêts tout litigant qui intente une action en justice, soulève une défense ou une exception de manière abusive. Constitue un abus d'ester au justice : le fait de se prévaloir du faux en écriture alors que la Cour de Cassation avait au préalable rejeté une telle allégation : Civ. 4 e lib., nº18, 25 mars 2004, Al Adl 2006/2, J., 645; Parfois le recours en lui-même est abusif eu égard au manque manifeste de sérieux des moyens invoqués : v. par exemple pour un recours en cassation : Civ. 5 e lib., 1 re déc. 2005, Al Adl 2006/2, J., 656; pour un recours en annulation d'une sentence arbitrale : CA Beyrouth 3 e, 23 fév. 2006, Al Adl 2006/2, J., 709. Il en est de même en matière pénale; cf. art. 197 C. pr. pén. lib. Dans ce dernier cas, la demande de réparation doit se faire devant le juge répressif et non devant les tribunaux civils incompétents à cet égard : Civ. 2 e lib., nº71, 5 oct. 2005, Rev. Cassandre 2005/10, La constatation des éléments constitutifs de l'abus est une question de fait relevant de l'appréciation souveraine des juges du fond : Civ. Ass. plén. lib. nº25, 13 avril 1999, Bull. Ass. Plén. Sader 1999 à 2001, 60s échappant au contrôle de la Cour de cassation : Civ. 9 e lib., nº102, 22 déc. 2005, Rev. Cassandre 2005/12,9 FAIT GENERATEUR DE LA RESPONSABILITE 2 LE PRINCIPE GÉNÉRAL DE RESPONSABILITÉ DU FAIT DES CHOSES Naissance du principe. Les rédacteurs du Code civil n avaient prévu que des régimes spéciaux de responsabilité du fait des choses, animaux (art C. civ.) et ruine d un bâtiment (art C. civ.). Certes l article 1384, alinéa 1 er, disposait qu «On est responsable non seulement du dommage que l on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre, ou des choses que l on a sous sa garde», mais pour ses rédacteurs, ce texte annonçait simplement les deux régimes spéciaux de responsabilité des articles suivants. La victime d un dommage dû à l explosion d une machine ou à un accident d automobile par exemple ne pouvait obtenir une indemnisation qu en prouvant la faute de l auteur du dommage. Dès la fin du XIX e siècle, quelques auteurs, en particulier Saleilles et Josserand, eurent l idée d ériger en principe général de responsabilité du fait des choses l article 1384, alinéa 1 er. La Cour de cassation les a suivis, invoquant ce texte pour engager la responsabilité du propriétaire d un remorqueur, dont l explosion de la machine par suite d un vice de construction qu il ne pouvait connaître, avait causé un décès à bord 935. Le Code libanais, sous l impulsion du doyen Josserand et des résultats provisoires de l'époque atteints par la jurisprudence française, a retenu le système de la responsabilité objective du gardien 936, lorsque le dommage est causé par le fait de la chose inanimée, qu elle soit mobilière ou immobilière, dangereuse et exigeant une surveillance ou non. L article 131 COC, siège de la matière, dispose dans son alinéa premier : «Le gardien d une chose inanimée, mobilière et immobilière, est responsable des dommages qu elle occasionne, même pendant le temps où elle ne se trouverait pas effectivement sous sa conduite, son contrôle ou sa direction, comme l est une automobile en marche, un avion pendant son vol ou un ascenseur durant son fonctionnement» 937. Cette responsabilité joue même si le gardien et la victime étaient liés au préalable par un lien contractuel déterminé, sauf disposition contraire dans la loi (art. 131 al. 3 COC). Elle peut se cumuler avec toute autre responsabilité, notamment du fait Civ. 16 juin 1896, S , note P. ESMEIN ; D , note R. SALEILLES, concl. L. SARRUT. 936 Civ. 1 re lib., 25 avril 2002, Rev. Cassandre 2002/4, Le texte primitif comportait après les mots «mobilière ou immobilière», le membre de phrase suivant : «mais douée d un dynamisme propre ou exigeant une surveillance», qui a été supprimé au rapport de M. le premier président CH. CARDAHI, au Comité consultatif de législation, en date du 21 octobre 1932, pour tenir compte de la dernière évolution de la jurisprudence française d alors et notamment de l arrêt des Ch. réunies Civ. 13 février 1930 (rép. jurisp. lib., v Responsabilité civile T. II pp. 709 et s. Ce rapport est formel sur le caractère l alinéa 2 de l art. 131, COC : «cette responsabilité objective». 23110 FAIT GENERATEUR DE LA RESPONSABILITE personnel si les conditions d'une telle responsabilité sont réunies 938. En outre, elle ne disparaît que si le gardien fait la preuve d'une force majeure 939 ou de la faute de la victime; il ne lui suffirait pas d'établir qu'il n'a point commis de faute (art. 131 al. 2 COC). Le principe de la responsabilité du fait des choses a connu un essor considérable en droit français convergent vers le code des obligations tout au long du XX e siècle, la jurisprudence précisant chacune des conditions de la responsabilité du fait des choses : une chose (A), le fait de cette chose (B), et que cette chose ait un gardien (C). A- Une chose L article 131 du Code libanais vise «la chose inanimée, mobilière et immobilière». Ce faisant, la chose conçue en termes généraux couvre toute sorte de chose, meuble ou immeuble, dangereuse ou non, actionnée ou non actionnée par la main de l homme, atteinte d un vice propre ou non, sous réserve du régime spécial de responsabilité 940. La jurisprudence française allait progressivement élargir le principe général de la responsabilité du fait des choses, rejetant plusieurs distinctions qui avaient été proposées par la doctrine pour le limiter à certaines choses, l article 1384, alinéa 1 er du Code civil, évoquant une chose, sans distinction à l instar de l article 131 du code libanais. Dès lors, il ne reste qu une seule limite à l application de l article 1384, alinéa 1 er : l existence d un régime spécial de responsabilité (cf. infra). 1. L article 1384, alinéa 1 er, s applique que la chose soit atteinte d un vice propre ou pas. On avait pu soutenir que la responsabilité du fait des choses ne pouvait s appliquer qu à une chose atteinte d un vice propre ayant causé le dommage : dans le cas contraire, le dommage ne pourrait provenir que d une faute humaine relevant de la responsabilité du fait personnel. Mais l article 1384, alinéa 1 er, rattache la responsabilité à la garde de la chose et non à la chose elle-même. De plus, admettre cette distinction rendrait très difficile la tâche de la victime qui devrait établir que la chose avait un vice inhérent à sa nature. Aussi, la Cour de cassation a posé qu «il n est pas nécessaire qu elle (la chose) ait un vice inhérent à sa nature et susceptible de causer le dommage, l article 1384 rattachant la responsabilité à la garde de la chose, non à la chose elle-même» 941. Cette solution a implicitement Par exemple, la responsabilité objective du fait de la voiture sera cumulée avec la responsabilité personnelle du conducteur en cas de faute de conduite : Civ. 1 re lib., nº29, 25 avril 2002, Bull. civ. Sader 2002, 53; Rev. Cassandre 2002/4, L'existence d'une voiture anonyme ayant causé l'accident n'est pas constitutive d'un cas de force majeure : CA Mont-Liban 5 e ch., 24 janvier 1994, Al Adl 1993, J., R. ASSI, La responsabilité du fait des choses, lg. ar., Al Adl 1998, vol 1, Doct 59; v. infra n 372 et s. 941 Arrêt Jand heur : Ch. réunies, 13 févr. 1930, DP , rapp. Le MARC HADOUR, concl P. MATTER, note G. RIPERT ; S 1930, 1.121, note P. ESMEIN ; Grands arrêts, t. 2, n o11 FAIT GENERATEUR DE LA RESPONSABILITE condamné une distinction similaire qui avait été proposée entre chose dangereuse et non dangereuse. 2. L article 1384, alinéa 1 er, s applique que la chose soit ou non actionnée par la main de l homme. On avait également proposé de distinguer selon que la chose a été ou non actionnée par la main de l homme. Dans le premier cas, il ne pouvait y avoir que responsabilité du fait personnel, la responsabilité du fait des choses étant limitée au second cas. Cette distinction pouvait aboutir à des conséquences peu logiques : la victime d une automobile en stationnement dont le frein a lâché aurait pu invoquer l article 1384, alinéa 1 er, pas la victime d un chauffard. La Cour de cassation a également rejeté ces distinctions : «la loi, pour l application de la présomption qu elle édicte, ne distingue pas, suivant que la chose qui a causé le dommage était ou non actionnée par la main de l homme» L article 1384, alinéa 1 er, s applique aussi bien aux choses inertes 943 qu aux choses en mouvement. L argument pour limiter l application de l article 1384 aux choses en mouvement était qu une chose inerte ne pouvait par elle-même causer un dommage : celui-ci ne pouvait provenir que d une intervention humaine relevant de la responsabilité du fait personnel. La jurisprudence a condamné cette distinction 944, tout en rejetant la responsabilité si la chose n a joué qu un rôle passif dans la production du dommage (cf. infra n o 254). 4. L article 1384, alinéa 1 er, s applique aussi bien aux immeubles qu aux meubles. Des auteurs avaient proposé de limiter l article 1384, alinéa 1 er, aux meubles, l article 1386 prévoyant un régime spécial de responsabilité pour les bâtiments en ruine. Mais admettre cette distinction serait distinguer là où la loi ne distingue pas, l article 1384, alinéa 1 er, employant le terme général de «choses». La Cour de cassation l a également condamnée 945. B- Le fait de la chose Intervention matérielle de la chose. Il faut que la chose soit matériellement intervenue dans la réalisation du dommage. La question a fait difficulté en l absence de contact matériel entre la chose et la victime du dommage : par Ibid. 943 En ce sens : Civ. lib. 10 oct. 1958, Rev. jud. lib. 1958, Civ. 19 févr. 1941, S , note FM ; DC , note J. FLOUR. 945 Req. 6 mars 1928, DP , note L. JOSSERAND ; S , note HUGUENEY 233 Montrer encore
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