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Timestamp: 2016-10-24 00:04:14+00:00
Document Index: 209709461

Matched Legal Cases: ['art. 63', 'art. 64', 'ATF ', 'art. 55', 'ATF ', 'art. 337', 'art. 337', 'art. 337', 'art. 337', 'art. 337', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 337', 'art. 4', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 321', 'art. 63', 'art. 63', 'in fine', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 335', 'art. 337', 'art. 337', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 4', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 337', 'art. 337', 'art. 337', 'art. 337', 'art. 336', 'art. 337', 'art. 336', 'art. 337', 'art. 321', 'art. 36', 'art. 8', 'art. 321', 'art. 343', 'ATF ']

4C.137/2000 (16.08.2001)
4C.137/2000
B.________, demandeur et recourant, repr�sent� par Me Jean-Paul Salamin, avocat � Sierre,
X.________ S.A., d�fenderesse et intim�e, repr�sent�e par Me Serge M�trailler, avocat � Sion;
(contrat de travail; r�siliation imm�diate pour justes motifs)
A.- Par contrat de travail du 15 juin 1988, X.________ S.A. (alors Y.________ S.n.c.; ci-apr�s:
X.________), entreprise de ferblanterie, couvertures, sanitaires, bardages et fa�ades industrielles, a engag� B.________ comme responsable du d�partement technique. Le contrat pr�voyait une dur�e hebdomadaire du travail de 43,5 heures sur cinq jours.
Le 11 juin 1991, B.________ a �t� promu au rang de mandataire commercial, avec signature collective � deux. Son dernier salaire annuel brut �tait de 94 657 fr.
Le mercredi 24 mai 1995, dame A.________, administratrice d�l�gu�e, a licenci� B.________ avec effet imm�diat.
B.- Le 21 ao�t 1995, B.________ a ouvert action contre X.________, en r�clamant le paiement de 75 901 fr.30, int�r�ts en sus. Dans ses derni�res conclusions, B.________ a conclu au paiement de 77 498 fr.55, plus int�r�ts, sous d�duction de 6343 fr.10 que le demandeur reconnaissait devoir � la d�fenderesse.
X.________ a conclu au rejet de la demande. Elle a pris des conclusions reconventionnelles, en r�clamant au demandeur le paiement de 6343 fr.10, 983 fr.65 et 68 734 fr.40, int�r�ts en sus.
Par jugement du 9 octobre 1998, la IIe Cour civile du Tribunal cantonal valaisan a rejet� la demande. Elle a admis la demande reconventionnelle et condamn� le demandeur � payer � la d�fenderesse 6343 fr.10, 885 fr.30 et 20 000 fr., int�r�ts en sus.
Par arr�t du 23 juin 1999, le Tribunal f�d�ral a admis le recours de droit public form� par le demandeur contre ce jugement, qu'il a annul� pour d�faut de motivation.
Le 28 mars 2000, la IIe Cour civile du Tribunal cantonal valaisan a rendu un nouveau jugement, par lequel elle a rejet� la demande principale et, statuant sur la reconvention, condamn� le demandeur � payer � la d�fenderesse 6343 fr.10, 885 fr.30 et 5657 fr., int�r�ts en sus. En substance, l'autorit� cantonale a consid�r� que le licenciement imm�diat du demandeur �tait justifi�, aux divers motifs que le travailleur ne s'�tait pas conform� aux instructions de son employeur, qu'il n'avait pas rendu compte de son activit� et qu'il avait viol� son devoir de fid�lit� par son absent�isme. La Cour civile a encore rejet� les pr�tentions du travailleur en paiement d'indemnit�s de vacances et d'heures suppl�mentaires. Reconventionnellement, outre le montant non contest�, les magistrats valaisans ont allou� � la d�fenderesse 885 fr.30 au titre du salaire vers� en trop au demandeur et 5657 fr. en r�paration du dommage que celui-ci a caus� � l'employeur dans le cadre du chantier de la route nationale (RN) 9.
C.- Parall�lement � un recours de droit public qui a �t� rejet� dans la mesure de sa recevabilit� par arr�t de ce jour, B.________ exerce un recours en r�forme au Tribunal f�d�ral. Il conclut principalement au paiement par la d�fenderesse de 77 498 fr.55, sous d�duction de 6343 fr.10, int�r�ts en sus. A titre subsidiaire, il requiert l'annulation du jugement cantonal et le renvoi de la cause � la cour cantonale pour que le dossier soit compl�t� dans le sens des motifs du recours.
Saisi d'un recours en r�forme, le Tribunal f�d�ral doit conduire son raisonnement sur la base des faits contenus dans la d�cision attaqu�e, � moins que des dispositions f�d�rales en mati�re de preuve n'aient �t� viol�es, qu'il y ait lieu � rectification de constatations reposant sur une inadvertance manifeste (art. 63 al. 2 OJ) ou qu'il faille compl�ter les constatations de l'autorit� cantonale parce que celle-ci n'a pas tenu compte de faits pertinents et r�guli�rement all�gu�s (art. 64 OJ; ATF 127 III 248 ibidem). Dans la mesure o� un recourant pr�sente un �tat de fait qui s'�carte de celui contenu dans la d�cision attaqu�e, sans se pr�valoir avec pr�cision de l'une des exceptions qui viennent d'�tre rappel�es, il n'y a pas lieu d'en tenir compte. Il ne peut �tre pr�sent� de griefs contre les constatations de fait, ni de faits ou de moyens de preuve nouveaux (art. 55 al. 1 let. c OJ). L'appr�ciation des preuves � laquelle s'est livr�e l'autorit� cantonale ne peut �tre remise en cause (ATF 126 III 189 consid. 2a; 125 III 78 consid. 3a).
2.- Le demandeur reproche tout d'abord aux magistrats valaisans d'avoir viol� l'art. 337 CO en jugeant que la d�fenderesse �tait fond�e � r�silier son contrat de travail avec effet imm�diat.
a) Selon l'art. 337 al. 1 CO, l'employeur et le travailleur peuvent r�silier imm�diatement le contrat pour de justes motifs. Sont notamment consid�r�es comme de justes motifs toutes les circonstances qui, selon les r�gles de la bonne foi, ne permettent pas d'exiger de celui qui a donn� le cong� la continuation des rapports de travail (art. 337 al. 2 CO).
Mesure exceptionnelle, la r�siliation imm�diate pour justes motifs doit �tre admise de mani�re restrictive (Brunner/B�hler/Waeber, Commentaire du contrat de travail, 2e �d., n. 1 ad art. 337c CO; Streiff/von Kaenel, Leitfaden zum Arbeitsvertragsrecht, 5e �d., n. 3 ad art. 337 CO et les r�f�rences).
D'apr�s la jurisprudence, seul un manquement particuli�rement grave du travailleur justifie son licenciement imm�diat. Si le manquement est moins grave, il ne peut entra�ner une r�siliation imm�diate que s'il a �t� r�p�t� malgr� un avertissement (ATF 127 III 153 consid. 1a, 310 consid. 3, 351 consid. 4a). Par manquement du travailleur, on entend la violation d'une obligation d�coulant du contrat, comme par exemple l'obligation d'ex�cuter le travail ou le devoir de fid�lit� (ATF 121 III 467 consid. 4d p. 472 et les arr�ts cit�s).
Le juge appr�cie librement s'il existe de justes motifs (art. 337 al. 3 CO). Il applique les r�gles du droit et de l'�quit� (art. 4 CC). A cet effet, il prendra en consid�ration tous les �l�ments du cas particulier, notamment la position et la responsabilit� du travailleur, la nature et la dur�e des rapports contractuels, ainsi que la nature et l'importance des manquements. Le Tribunal f�d�ral ne revoit qu'avec r�serve la d�cision d'�quit� prise en derni�re instance cantonale. Il intervient lorsque celle-ci s'�carte sans raison des r�gles �tablies par la doctrine et la jurisprudence en mati�re de libre appr�ciation, ou lorsqu'elle s'appuie sur des faits qui, dans le cas particulier, ne devaient jouer aucun r�le, ou encore lorsqu'elle n'a pas tenu compte d'�l�ments qui auraient absolument d� �tre pris en consid�ration; il sanctionnera en outre les d�cisions rendues en vertu d'un pouvoir d'appr�ciation lorsqu'elles aboutissent � un r�sultat manifestement injuste ou � une iniquit� choquante (ATF 127 III 153 consid. 1a, 310 consid. 3, 351 consid. 4a).
b) Lorsque l'employeur entend user de la sanction du cong� imm�diat contre un travailleur et le menace d'un tel licenciement en cas de manquement dans un d�lai d'�preuve, le travailleur peut comprendre de bonne foi que, s'il se conforme aux ordres donn�s, son employeur ne prononcera pas le licenciement abrupt � raison des faits qui l'ont incit� � formuler la menace. En d'autres termes, l'employeur est li� par la sanction annonc�e; il ne peut plus mettre fin au contrat avec effet imm�diat si le salari� se conforme � ses instructions (ATF 108 II 301 consid. 3c; cf. �galement ATF 123 III 86 consid. 2b o� il a �t� jug� que lorsque l'employeur a licenci� le salari� en respectant le d�lai de cong�, il ne peut plus, pour les m�mes motifs, r�silier apr�s coup le contrat sans d�lai).
L'employeur doit formuler l'avertissement selon les r�gles de la bonne foi (art. 321d al. 1 CO). Ainsi, lorsqu'il fixe au salari� un d�lai pour ex�cuter un ordre, sous menace de licenciement imm�diat, il doit formuler cet ordre de telle fa�on que le travailleur sache quelle t�che il doit ex�cuter pendant le d�lai d'�preuve pour �chapper � la sanction annonc�e.
Si l'employeur donne une instruction trop vague, dont le salari� ne peut pas s'acquitter pendant le d�lai de gr�ce, celui-l� ne saurait de bonne foi se pr�valoir de la d�sob�issance de celui-ci pour justifier un cong� abrupt.
c) Selon les constatations d�finitives de la cour cantonale (art. 63 al. 2 OJ), la d�fenderesse a fix� au demandeur, dans les premiers jours de mai 1995, un premier ultimatum au 19 mai 1995 pour fournir des documents de chantier, puis un second, le 19 mai 1995, expirant le 24 mai 1995. Elle lui a fait s�chement savoir que, si ces renseignements n'�taient pas fournis dans le d�lai imparti, il serait "fout(u) � la porte". Ainsi, l'autorit� cantonale a admis que le demandeur a �t� "formellement averti" de son licenciement imm�diat au cas o� il ne satisferait pas aux exigences de la d�fenderesse. Comme le travailleur n'avait pas donn� suite aux injonctions de l'employeur dans le d�lai fix�, elle a consid�r� que ce dernier avait de justes motifs de le licencier avec effet imm�diat.
La question qui se pose est ainsi de savoir si le demandeur a viol� les instructions donn�es le 19 mai 1995, sous menace de licenciement imm�diat.
Or, on cherche en vain dans le jugement cantonal sur quels chantiers et sur quelles questions pr�cises devaient porter les renseignements et les documents exig�s par la d�fenderesse le 19 mai 1995. C'est ce que rel�ve � juste titre le demandeur � l'appui de son recours en r�forme. Dans sa r�ponse au recours, la d�fenderesse ne pr�tend pas avoir formul� des injonctions pr�cises � ce sujet. Pourtant, comme on l'a vu, la d�fenderesse devait donner au recourant des instructions suffisamment claires pour qu'il sache ce qu'il devait faire afin de donner satisfaction � son employeur dans le bref d�lai d'�preuve qui lui avait �t� fix�.
D�s l'instant o� l'intim�e n'a pas rempli l'exigence relative au contenu de l'avertissement, elle ne saurait reprocher au demandeur, selon les r�gles de la bonne foi, d'avoir m�connu son avertissement de telle fa�on qu'un licenciement imm�diat se justifi�t.
d) Si la cour cantonale n'a pos� aucune exigence sur le contenu de l'avertissement du 19 mai 1995, c'est sans doute parce qu'elle a retenu que le demandeur n'avait pas essay� ou voulu essayer de produire les documents demand�s pour le 19 ou le 24 mai 1995; � la suivre, le demandeur n'aurait m�me pas pr�tendu avoir tent� de produire lesdits documents.
Ces constatations sont le fruit d'une inadvertance manifeste, qu'il convient de redresser d'office (art. 63 al. 2 OJ in fine).
En effet, selon le Tribunal cantonal lui-m�me, � la page 8 de son jugement, dans le cadre du chantier de la STEP, le demandeur a fourni au repr�sentant du ma�tre de l'ouvrage Zumofen un "suppl�ment du prix au kilo sur m�tal" le 18 mai 1995. En outre, le 23 mai suivant, il a produit la facture y relative. Il s'agissait l� de documents de chantier qui faisaient partie de ceux requis du demandeur.
C'est donc par m�garde que l'autorit� cantonale reproche au demandeur de ne pas avoir tent� de fournir les pi�ces requises, puisque au moins deux documents ont �t� remis � Zumofen apr�s sommations, l'un dans le cadre du premier ultimatum et l'autre dans le cadre du second ultimatum.
C'est aussi par inadvertance manifeste, qu'il y a lieu de rectifier d'office, que la cour cantonale indique que le demandeur n'a pas all�gu� avoir essay� de produire les documents demand�s, puisque, en r�alit�, le demandeur a express�ment fait �tat de la remise des documents les 18 et 23 mai 1995 aux ch. 25 et 26 de ses conclusions motiv�es du 7 octobre 1998, en se r�f�rant au t�moignage Z.________ (page 553 du dossier cantonal).
En conclusion, si la d�fenderesse a estim�, le 19 mai 1995, que le comportement du demandeur m�ritait un avertissement assorti d'une menace de licenciement imm�diat, elle n'�tait pas autoris�e � r�silier abruptement son contrat le 24 mai 1995 au motif que l'int�ress� n'avait pas fourni des documents ou des renseignements dont il n'appara�t pas qu'ils aient �t� r�clam�s de fa�on pr�cise.
3.- a) Si l'intim�e �tait d'avis, le 19 mai 1995, que le comportement du demandeur m�ritait un avertissement comportant une menace de licenciement sans d�lai, elle ne pouvait invoquer de justes motifs de cong� abrupt qu'en cas de d�sob�issance inexcusable du travailleur ensuite de l'avertissement formul�. Autrement dit, elle n'�tait pas en droit de se pr�valoir de faits ant�rieurs au 19 mai 1995 pour justifier un licenciement imm�diat.
Au surplus, il ne ressort pas du jugement cantonal que la d�fenderesse ait invoqu�, apr�s coup, des faits ignor�s d'elle le 24 mai 1995 et qui eussent justifi�, r�trospectivement, un licenciement imm�diat (ATF 124 III 25 consid. 3c; 121 III 467 consid. 5a et 5b).
b) De toute fa�on, et par surabondance, s'ils montrent que les rapports entre les parties se sont gravement d�grad�s depuis octobre 1994, les faits reproch�s au demandeur par les juges valaisans ne pouvaient pas justifier un licenciement imm�diat le 24 mai 1995.
aa) En elles-m�mes, les prestations insuffisantes du travailleur ne suffisent pas � justifier un cong� abrupt (ATF 97 II 142 consid. 2a).
Ainsi, les erreurs commises par le demandeur dans la conduite des chantiers du four WSP (commande de mat�riel qui s'est r�v�l� inutile) et de la RN 9 (sous-�valuation du prix d'une sous-traitance) ne sauraient fonder le licenciement imm�diat prononc� le 24 mai 1995, d�s lors qu'il n'est pas �tabli que de telles erreurs d�passent la limite du tol�rable dans le domaine de la construction. D'ailleurs, la d�fenderesse n'a pas subi de dommage dans le cadre du chantier WSP (cf. consid�rant 20 b/aa du jugement d�f�r�).
bb) L'autorit� cantonale a retenu que le demandeur s'absentait souvent de fa�on injustifi�e, sous de faux pr�textes, en usant de son statut de cadre dans l'entreprise.
Notamment entre No�l et Nouvel-An 1994-1995, il n'a travaill� que quelques heures par jour, voire moins. Le demandeur a encore quitt� sans raison l'entreprise au printemps 1995.
Mais comme le manquement le plus important �tabli � la charge du demandeur (absences injustifi�es lors de la p�riode des f�tes de fin d'ann�e 1994) remonte au d�but de janvier 1995, l'employeur �tait forclos � s'en pr�valoir en mai 1995, soit quelque quatre mois plus tard.
Quant aux autres absences injustifi�es survenues au printemps 1995, leur importance ne ressort pas du jugement cantonal. Les ayant tol�r�es pendant une relativement longue p�riode, l'employeur ne pouvait pas, sans avertissement sp�cifique, en arguer � l'appui du licenciement imm�diat prononc� le 24 mai 1995.
cc) Il a �t� constat� que le demandeur s'est pr�sent� ivre � son travail au milieu de janvier 1995. Ce fait �tait toutefois trop ancien, le 24 mai 1995, pour �tre invoqu� � l'appui du cong� sans d�lai.
dd) Selon le jugement attaqu�, le demandeur se montrait parfois d�sagr�able avec ses coll�gues et se d�chargeait sur d'autres employ�s subalternes des t�ches qui lui �taient confi�es, surtout lorsque ses patrons �taient absents et ne pouvaient pas s'en apercevoir.
Il n'appara�t pas que l'attitude d�sagr�able du demandeur envers ses coll�gues ait pr�c�d� imm�diatement le licenciement imm�diat. Si le comportement du demandeur �tait trop difficilement supportable, rien n'emp�chait la d�fenderesse de lui notifier un avertissement sp�cifique ou de le licencier en respectant le d�lai de cong�.
A consid�rer le statut de cadre du recourant, il pouvait para�tre normal qu'il se d�charge sur des employ�s subalternes d'une part de son travail. Quoi qu'il en soit, la cour cantonale n'a pas �tabli que l'intim�e ait adress� au recourant des critiques pr�cises � cet �gard ou lui ait notifi� un avertissement.
ee) Il a �t� retenu en fait que, pendant plusieurs mois, le demandeur n'a pas fourni � temps des d�comptes, des mesurages, des relev�s de travaux de r�gie et des factures dans le cadre des chantiers de la STEP et de la RN 9. Les documents fournis �taient souvent insatisfaisants.
S'agissant d'un probl�me r�current qui a persist� pendant une relativement longue p�riode, rien n'emp�chait l'employeur d'exiger les documents n�cessaires sous menace de licenciement imm�diat s'ils n'�taient pas remis dans un d�lai raisonnable. Toutefois, comme on l'a vu, une telle injonction devait �tre suffisamment claire pour que le demandeur connaisse pr�cis�ment les ordres qu'il devait ex�cuter dans le d�lai imparti. Or, l'autorit� cantonale n'a pas �tabli que tel f�t le cas.
c) Au terme de cet examen, il appert que le licenciement imm�diat prononc� le 24 mai 1995 n'�tait pas justifi�.
Dans ces conditions, le demandeur a droit � son salaire jusqu'� l'�ch�ance normale du d�lai de cong�, soit le 31 juillet 1995, le d�lai de cong� �tant de deux mois pour la fin d'un mois (art. 335c al. 1 et 337c al. 1 CO).
Il est �tabli que le demandeur a re�u son salaire jusqu'au 31 mai 1995. La d�fenderesse reste donc lui devoir deux mois de salaire, soit 15 776 fr.15 ((94 657 : 12 =7888, 08) x 2).
En outre, le demandeur a droit � une indemnit� pour les vacances non prises jusqu'� l'�ch�ance normale du contrat.
En 1995, le demandeur aurait travaill� sept mois pour un salaire mensuel de 7888 fr.08; il aurait donc gagn� 55 216 fr.56 de janvier � fin juillet 1995. Le demandeur avait droit � quatre semaines de vacances par an, si bien que l'indemnit� due � ce titre repr�sente 8,33% de ce dernier montant (Brunner/B�hler/Waeber, Commentaire du contrat de travail, 2e �d., p. 125), � savoir 4599 fr.55.
Selon le Tribunal cantonal, le demandeur a pris sept jours ouvrables de vacances en 1995. Le salaire aff�rent � un jour ouvrable est de 364 fr.35 (7888 fr.08 : 4,33 semaines par mois : 5 jours ouvrables). Le salaire des sept jours de vacances d�j� pris est donc de 2550 fr.45.
Partant, le solde d� de ce chef au demandeur est de 2049 fr.10 (4599, 55 - 2550, 45)
4.- Le demandeur r�clame une indemnit� pour licenciement imm�diat injustifi�, au titre de l'art. 337c al. 3 CO.
Selon l'art. 337c al. 3 CO, en cas de licenciement imm�diat injustifi�, le juge peut condamner l'employeur � verser au travailleur une indemnit� dont il fixera librement le montant, compte tenu de toutes les circonstances, parmi lesquelles figurent notamment la situation sociale et �conomique des deux parties, la gravit� de l'atteinte � la personnalit� de la partie cong�di�e, l'intensit� et la dur�e des relations de travail ant�rieures au cong�, la mani�re dont celui-ci a �t� donn�, ainsi que la faute concomitante du travailleur; aucun de ces facteurs n'est d�cisif en lui-m�me (ATF 123 III 391 consid. 3b/bb; 121 III 64 consid. 3c; 120 II 243 consid. 3e). L'indemnit�, qui ne peut d�passer le montant correspondant � six mois de salaire du travailleur, a une double finalit�, punitive et r�paratrice (ATF 123 III 391 consid. 3c).
S'agissant de la quotit� de cette indemnit�, le juge cantonal poss�de, de par la loi (art. 4 CC), un large pouvoir d'appr�ciation, qui conduit le Tribunal f�d�ral � ne substituer sa propre appr�ciation � celle de l'instance inf�rieure qu'avec une certaine retenue. Il n'interviendra que si la d�cision s'�carte sans raison des r�gles �tablies par la doctrine et la jurisprudence en mati�re de libre appr�ciation ou lorsqu'elle s'appuie sur des faits qui, dans le cas particulier, ne devaient jouer aucun r�le ou encore lorsqu'elle n'a pas tenu compte d'�l�ments qui auraient absolument d� �tre pris en consid�ration; il sanctionnera en outre les d�cisions rendues en vertu d'un tel pouvoir d'appr�ciation lorsqu'elles aboutissent � un r�sultat manifestement injuste ou � une iniquit� choquante (ATF 121 III 64 consid. 3c et les arr�ts cit�s).
Le Tribunal f�d�ral a jug� que, sauf circonstances particuli�res, l'indemnit� est due dans tous les cas de licenciement imm�diat injustifi� (ATF 121 III 64 consid. 3c; 120 II 243 consid. 3e p. 247; 116 II 300 consid. 5a). Les exceptions doivent �tre fond�es sur les circonstances de chaque cas particulier; elles supposent l'absence de faute de l'employeur ou d'autres motifs qui ne sauraient �tre mis � sa charge (ATF 116 II 300 consid. 5a).
Cette jurisprudence a �t� critiqu�e par Adrian von Kaenel (Die Entsch�digung aus ungerechtfertigter fristloser Entlassung nach art. 337c Abs. 3 OR, th�se Berne 1996, p. 69 ss). Selon cet auteur, l'art. 337c al. 3 CO n'oblige pas le juge � ordonner, en principe, le versement de la p�nalit� en cas de licenciement imm�diat injustifi�; il s'agit en effet d'une v�ritable "Kann-Vorschrift", qui ne restreint nullement le pouvoir d'appr�ciation du juge.
Il faut reconna�tre que, selon le libell� m�me de l'art. 337c CO, l'indemnit� pr�vue � l'art. 337c al. 3 CO est facultative, alors que l'indemnit� pr�vue � l'art. 336a al. 1 CO est obligatoire. La comparaison litt�rale des textes est �clairante (art. 337c al. 3 CO: "Le juge peut condamner. .."; art. 336a al. 1 CO: "La partie qui r�silie abusivement le contrat doit verser � l'autre une indemnit�").
Le Tribunal f�d�ral s'est �cart� du texte r�cent et clair de la loi sur la base des travaux pr�paratoires. Toutefois, se bornant � citer quelques passages des d�bats au Conseil national, il n'a pas analys� l'ensemble des d�lib�rations du Parlement. En particulier, il n'a pas pris en compte le fait que, sur ce sujet fort controvers� entre les deux Chambres, le texte final n'a �t� vot� qu'apr�s trois lectures au Conseil des Etats, sur la base d'une proposition Bonny qui constituait une v�ritable "Kann-Vormulierung" (pour une analyse compl�te des travaux pr�paratoires, Adrian von Kaenel, op. cit. , p. 22 ss, sp�c. p. 25, et 69 ss).
Il faut donc se demander si la jurisprudence pr�cit�e doit �tre maintenue.
La question peut toutefois demeurer ind�cise, car, en l'occurrence, si l'on peut reprocher � la d�fenderesse d'avoir formul� un avertissement insuffisamment explicite, force est de constater, au vu des faits rappel�s ci-dessus, que le demandeur, apr�s plusieurs ann�es de collaboration satisfaisante, a commis des manquements si nombreux que la r�action maladroitement excessive de la d�fenderesse se r�v�le tr�s largement excusable. Il se justifie donc de refuser au demandeur le b�n�fice de l'art. 337c al. 3 CO.
5.- La cour cantonale a mis � la charge du demandeur, par 5657 fr., le pr�judice qu'il a caus� � l'employeur en offrant de poser des socles de cl�tures pour 55 fr. la pi�ce, alors que le travail a �t� sous-trait� pour 76 fr. la pi�ce.
Le demandeur conteste avoir commis une faute.
a) Le jugement cantonal, au consid�rant 20, indique correctement les quatre conditions de la responsabilit� du salari� selon l'art. 321e CO. Il sied de renvoyer � cette d�cision sur ce point (art. 36a al. 3 OJ).
Il n'est nullement �tabli par le jugement cantonal que le prix de 55 fr. ait �t� impos� au demandeur par la d�fenderesse.
Le demandeur ne peut donc pas s'exon�rer de sa responsabilit� pour ce motif.
Le travailleur soutient que le prix de 76 fr. la pi�ce correspondait aux prix du march�. Toutefois, m�me s'il avait raison sur ce point, ce fait n'expliquerait nullement pourquoi il a �tabli un devis pour 55 fr. la pi�ce.
b) Le demandeur affirme avoir offert des preuves d�montrant que les quatre conditions de la responsabilit� du travailleur ne sont pas remplies. La Cour civile aurait transgress� l'art. 8 CC en n'en tenant pas compte. Cependant, le demandeur n'indique nullement quelles offres de preuve l'autorit� cantonale a ind�ment �cart�es, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'entrer en mati�re sur ce pan du grief.
Le moyen pris d'une violation de l'art. 321e CO est d�nu� de fondement.
6.- a) Au vu de ce qui pr�c�de, le recours doit �tre partiellement admis et le jugement attaqu� r�form� en ce sens que la d�fenderesse est condamn�e � payer au demandeur 15 776 fr.15 � titre d'arri�r� de salaire et 2049 fr. 10 � titre d'indemnit� de vacances, soit un total de 17 825 fr.25 avec int�r�ts � 5% l'an d�s le 7 juillet 1995.
Pour sa part, le demandeur sera condamn� � payer � la d�fenderesse 6343 fr.10 avec int�r�ts � 5% l'an d�s le 15 septembre 1995 (travaux effectu�s par la d�fenderesse pour le demandeur, dont le montant a �t� admis par le recourant) et 5657 fr. avec int�r�ts � 5% l'an d�s le 20 septembre 1995 (r�paration du pr�judice caus� par un devis sous-�valu�).
b) La valeur litigieuse d�passant 30 000 fr., la proc�dure n'est pas gratuite (art. 343 al. 2 CO dans sa teneur en vigueur depuis le 1er juin 2001, applicable aux proc�dures d�j� pendantes (ATF 115 II 30 consid. 5a)).
Le recourant obtient gain de cause pour une somme de 17 825 fr.25 (15 776, 15 + 2049, 10), alors que ses conclusions tendaient � l'allocation d'un montant suppl�mentaire de 53 330 fr.30, cela compte tenu du montant qu'il a reconnu devoir � sa partie adverse. Il voit en outre r�duit de seulement 885 fr.30, soit de 6,87 %, le montant de 12 885 fr.40 que la cour cantonale l'avait condamn� � verser � la d�fenderesse.
Il convient par cons�quent de r�partir l'�molument de justice � raison des 3/4 � la charge du demandeur et de 1/4 � la charge de la d�fenderesse et d'accorder des d�pens r�duits dans la m�me proportion � cette derni�re.
1. Admet partiellement le recours et r�forme le jugement attaqu� en ce sens que
- le demandeur paiera � la d�fenderesse 6343 fr.10 avec int�r�ts � 5% l'an d�s le 15 septembre 1995 et 5657 fr.
avec int�r�ts � 5 % l'an d�s le 20 septembre 1995.
- la d�fenderesse paiera au demandeur 17 825 fr.25 avec int�r�ts � 5% l'an d�s le 7 juillet 1995;
2. Met un �molument judiciaire de 4000 fr. pour trois quarts � la charge du demandeur et pour un quart � la charge de la d�fenderesse;
3. Dit que le demandeur versera � la d�fenderesse une indemnit� de 2000 fr. � titre de d�pens r�duits;
Lausanne, le 16 ao�t 2001 ECH