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Timestamp: 2016-10-24 12:22:56+00:00
Document Index: 102466359

Matched Legal Cases: ['art. 742', 'art. 736', 'art. 742', 'art. 736', 'art. 48', 'art. 46', 'ATF ', 'art. 54', 'art. 55', 'art. 736', 'art. 736', 'art. 736', 'art. 742', 'art. 736', 'ATF ', 'art. 742', 'art. 736', 'ATF ', 'art. 736', 'art. 736', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 742', 'ATF ', 'art. 736', 'art. 736', 'art. 156', 'art. 156', 'art. 159']

Epoux A.________, demandeurs et recourants, tous deux repr�sent�s par Me Oliver Rodondi, avocat � Lausanne,
Dame B.________, d�fenderesse et intim�e, repr�sent�e par Me Henri Baudraz, avocat � Lausanne;
(d�placement d'une servitude)
A.- Les �poux A.________ ont acquis le 8 ao�t 1996 en propri�t� commune de l'hoirie Y.________ la parcelle inscrite au Registre foncier du district de Grandson sous aaa de la commune de X.________. Cet immeuble est grev� d'une servitude de passage � pied et � char inscrite le 29 d�cembre 1911 au profit de la parcelle bbb de la m�me commune, propri�t� de dame B.________.
Les b�timents sis sur les parcelles bbb et aaa, construits sur un terrain en pente et aujourd'hui affect�s � l'habitation uniquement, �taient des fermes au moment de constitution de la servitude. Celle-ci s'exerce actuellement sur un chemin d'acc�s qui passe directement devant la maison que les �poux A.________ ont enti�rement r�nov�e et dans laquelle ils r�sident avec leurs trois jeunes enfants.
En 1994, la Commission de classification du syndicat de X.________ avait envisag� la radiation de la servitude de passage pr�cit�e et l'am�nagement d'un nouveau passage en amont des b�timents. Dame B.________ s'�tant oppos�e � ce projet, essentiellement pour des raisons financi�res, la Commission y avait toutefois renonc�. Des pourparlers engag�s par la suite entre les �poux A.________ et dame B.________ pour le d�placement de l'assiette de la servitude n'ont d�bouch� sur aucun accord.
B.- Le 16 novembre 1996, les �poux A.________ ont saisi le Pr�sident du Tribunal du district de Grandson d'une action dirig�e contre dame B.________. Telles que compl�t�es en cours de proc�dure, leurs conclusions tendaient � ce que l'assiette de la servitude de passage soit d�plac�e � l'arri�re de leur propri�t�, moyennant une indemnit� qui serait fix�e � dire de justice, le cas �ch�ant apr�s avis d'expert.
La d�fenderesse a conclu au rejet de ces conclusions.
C.- Par jugement du 12 octobre 2000, le Pr�sident, se fondant notamment sur l'expertise judiciaire confi�e � l'ing�nieur-g�om�tre R.________ et � l'architecte F.________, a dit en substance que la servitude litigieuse �tait d�plac�e (I) et s'exercerait dor�navant � l'arri�re du b�timents des demandeurs selon plan annex� (II). Il a subordonn� ce d�placement au paiement par les demandeurs d'une indemnit� de 39'843 fr. 80 permettant � la d�fenderesse de r�aliser sur sa parcelle, dans les quinze mois d�s le versement, les travaux d'am�nagement du nouvel acc�s et d'adaptation de sa maison (III), les demandeurs am�nageant eux-m�mes et � leurs frais le nouveau passage sur leur parcelle (IV). Il a enfin invit� le Conservateur du Registre foncier a inscrire le moment venu la nouvelle assiette de la servitude (V), arr�t� les frais de justice (VII), condamn� la d�fenderesse � verser de pleins d�pens aux demandeurs (VI) et rejet� toutes autres ou plus amples conclusions (VIII).
a) Outre les faits expos�s sous lettre A supra, ce jugement retient en substance les faits suivants:
aa) Les demandeurs r�sident avec leurs trois jeunes enfants, n�s en 1991, 1993 et 1995, dans la ferme sise sur la parcelle aaa, qu'ils ont enti�rement r�nov�e. Selon l'architecte qui s'est occup� des transformations, le concept architectural imposait une ouverture du b�timent au sud. � l'�poque de la constitution de la servitude, les sorties principales de la partie habitation de cette ferme, o� vivaient des enfants, donnaient d�j� sur le chemin faisant l'objet de la servitude. Celle-ci �tait � l'�poque emprunt�e quotidiennement par deux ou trois personnes � pied; les b�timents sis sur les parcelles bbb et aaa �taient alors long�s au nord par un chemin, reli� � un autre situ� en amont.
bb) La servitude s'exerce actuellement sur un chemin d'acc�s qui passe directement devant la maison des demandeurs.
Son trac� emprunte le d�gagement naturel de cet immeuble, au sud et de plain-pied avec les pi�ces � vivre (s�jour, cuisine, salle � manger et entr�e), et empi�te sur ce qui est utilis� comme terrasse du logement. Ce chemin, qui permet l'acc�s au sud du b�timent de la d�fenderesse, est tr�s �troit.
Il est bord� par un mur en aval du passage.
cc) La d�fenderesse habite depuis 1962 dans l'immeuble sis sur la parcelle bbb, o� elle vit seule depuis le d�c�s de son mari. Elle passe quotidiennement en voiture devant la maison des demandeurs et d�charge ses commissions, qui comprennent des aliments ou accessoires pour ses animaux (chiens et chats) et son jardin, � l'avant de sa maison et ne gare jamais son v�hicule derri�re celle-ci. Afin de quitter son garage avec sa voiture, elle doit effectuer des manoeuvres qui empi�tent sur le terrain des demandeurs. En hiver, elle d�gage elle-m�me le passage avec une pelle, le d�neigement m�canique du chemin par les services communaux n'�tant pas possible en raison de l'�tat du mur de sout�nement.
dd) La servitude actuelle pr�sente quelques commodit�s pour le fonds dominant, en raison de son trac� rectiligne et relativement plat. Sa largeur est toutefois r�duite au niveau de l'ancien four � pain de l'immeuble des demandeurs.
De plus, son usage est fortement restreint d�s lors que le mur de sout�nement ne supporte que des charges limit�es et menace de s'�crouler. Outre ce danger, un risque de collision avec les habitants du fonds servant existe lors du passage d'un v�hicule devant les sorties de l'immeuble des demandeurs.
La servitude ne correspond pas aux normes et conceptions actuelles d'un droit de passage, qui veulent que les acc�s et entr�es se situent � l'arri�re des constructions et les espaces privatifs de d�gagement en aval. Par ailleurs, elle devrait offrir une largeur minimale de 3 m�tres utiles sur tout son trac�, sans conflit avec les entr�es des immeubles adjacents, et permettre le rebroussement ais� d'un v�hicule ou au moins d'un petit utilitaire sur le fonds dominant.
ee) Un acc�s par l'arri�re serait ind�niablement moins commode pour la d�fenderesse. En effet, son logement est organis� de mani�re � utiliser au mieux l'acc�s sud � la maison, qui est de plain-pied avec le rez-de-chauss�e. � ce niveau sont situ�es une vaste entr�e, une cuisine habitable, une salle de bain et une pi�ce d'environ 12 m2, sommairement meubl�e; s'y ajoutent une remise contigu� au garage, une pi�ce v�tuste h�bergeant des chats, une cave servant de chaufferie et un ancien "boiton" h�bergeant des chiens. � l'�tage sont situ�s un petit hall, la chambre � coucher de la d�fenderesse et un tr�s vaste s�jour d'environ 70 m2, avec un coin bureau, une grande chemin�e de salon ainsi qu'une porte-fen�tre donnant de plain-pied � l'arri�re de l'habitation.
Le reste du b�timent, c�t� est, est toujours dans sa configuration de grange avec un tr�s grand volume sous toiture qui passe par-dessus les pi�ces habitables. Il b�n�ficie d'un acc�s direct depuis le chemin au nord de l'immeuble.
La d�fenderesse vit sur ces deux niveaux. Elle passe toutefois ses journ�es principalement au rez-de-chauss�e, l'�tage �tant mal isol�. L'escalier reliant les niveaux est tr�s raide; bien que droit, il est dangereux � la descente, notamment pour une personne �g�e ou lors du transport de mat�riel ou de sacs � provision.
ff) Selon les experts, le d�placement de la servitude � l'arri�re du b�timent des demandeurs est techniquement possible et souhaitable. Suffisamment large et plat, le chemin pourrait �tre d�neig� par le v�hicule qui op�re pour la commune. Le d�neigement ne serait toutefois pas ais� en raison de la quantit� de neige d�vers�e � cet endroit depuis le chemin communal situ� en amont. Contrairement au passage actuel, le nouveau passage pourrait �tre utilis� par tous types de v�hicules et r�sisterait � de lourdes charges; en outre, la s�curit� de tous les usagers et voisins en serait accrue, et un acc�s par le nord permettrait une meilleure utilisation des volumes existants dans l'immeuble de la d�fenderesse.
Toutefois, un acc�s par l'arri�re constituerait ind�niablement, du point de vue de la d�fenderesse, une diminution de la commodit� de l'acc�s actuel. Des mesures cons-tructives seraient ainsi n�cessaires pour compenser cet inconv�nient.
gg) L'architecte S.________ mandat� par les demandeurs a �mis quatre propositions de d�placement de la servitude au nord des b�timents, impliquant en particulier les travaux n�cessaires � la cr�ation d'un garage - ainsi que d'une surface de manoeuvre et d'une place de stationnement suppl�mentaire - sur le c�t� nord-est du b�timent de la d�fenderesse, en utilisant l'appentis existant. En compl�ment � ces travaux, l'architecte proposait une liaison jusqu'� l'entr�e actuelle du logement (au rez-de-chauss�e donnant sur le sud) par un escalier ext�rieur couvert (variante 1, devis�e � 31'130 fr.), un acc�s au logement par un escalier interne du garage au rez-de-chauss�e (variante 2, devis�e � 34'326 fr.), la cr�ation d'un tambour d'entr�e dans la partie rurale, l'acc�s � l'appartement se faisant par l'�tage (variante 3.1, devis�e � 36'792 fr.), ou enfin l'am�nagement d'une porte directe de l'ext�rieur sur le hall du premier �tage (variante 3.2, devis�e � 30'212 fr.).
De l'avis des experts, ces quatre variantes sont r�alisables et ne posent pas de probl�me technique particulier.
Toutefois, la variante 1 ne se justifie pas, car un escalier ext�rieur, m�me couvert, ne peut constituer en hiver un acc�s �quivalent � l'acc�s actuel. La variante 2 n�cessite pour sa part la cr�ation d'une porte ind�pendante permettant aux visiteurs d'acc�der � l'entr�e inf�rieure sans passer par le garage. Quant � la variante 3, elle ne se justifie que si un nouvel escalier int�rieur est am�nag�; ses co�ts se monteraient, TVA non comprise et sans compter le co�t du nouvel escalier int�rieur, � 33'500 fr. pour la variante 3.2.
b) aa) En droit, le premier juge a consid�r� que les demandeurs ne pouvaient exiger le d�placement de la servitude litigieuse sur la base de l'art. 742 CC, car la condition selon laquelle la servitude d�plac�e ne devait pas s'exercer moins commod�ment n'�tait pas r�alis�e. En revanche, il a estim� pouvoir appliquer l'art. 736 al. 2 CC, qui permet selon la jurisprudence d'obtenir, contre une indemnit� qui peut notamment prendre la forme de l'attribution d'un nouveau passage, la radiation d'une servitude dont la charge s'est � ce point accrue, depuis sa constitution, que l'int�r�t du propri�taire du fonds dominant au maintien de la servitude est devenu proportionnellement t�nu, � la condition que l'aggravation de la charge ne soit pas imputable au propri�taire du fonds servant.
bb) Le premier juge a retenu que la charge impos�e au fonds servant s'�tait sensiblement accrue depuis la constitution de la servitude litigieuse. En effet, � l'instar du b�timent de la d�fenderesse, celui des demandeurs n'avait plus d'affectation agricole et se trouvait actuellement dans le p�rim�tre de la zone village. Transform� en un logement familial dot� d'un confort moderne, cet immeuble avait un d�gagement naturel, impos� par le concept architectural, vers le sud, o� se trouvaient le s�jour, la cuisine, la salle � manger et l'entr�e, ainsi qu'une terrasse de plain-pied. Les demandeurs subissaient donc une limitation importante de l'usage de leur bien-fonds par l'empi�tement du passage sur la terrasse qu'ils avaient am�nag�e. Les modifications apport�es � l'immeuble avaient cr�� un lien plus �troit entre l'int�rieur et l'ext�rieur de la maison, et il existait un risque accru d'accident pour les enfants des demandeurs, d'autant plus que la voiture avait remplac� le char depuis la constitution de la servitude. Les demandeurs ne pouvaient se voir reprocher d'avoir cr�� eux-m�mes une charge accrue de la servitude sur leur bien-fonds en raison de la transformation de leur immeuble: L'augmentation de la charge r�sultait en effet de causes objectives, li�es au recul des exploitations agricoles, � l'�volution du mode de vie et au fait que l'usage actuel voulait que les acc�s et entr�es se trouvent � l'arri�re des constructions et que les espaces privatifs de d�gagement soient situ�s en aval.
Le premier juge a certes retenu qu'un passage au nord serait un peu moins commode pour la d�fenderesse en ce qui concernait le trac�, et qu'il lui imposerait d'emprunter un escalier pour se rendre au rez-de-chauss�e de sa maison, notamment � la cuisine, endroit o� elle se tenait le plus souvent; en outre, un tel passage supposerait des travaux d'am�nagement, ce dernier inconv�nient �tant toutefois provisoire s'agissant des nuisances du chantier lui-m�me. Toutefois, un nouvel acc�s par le nord, plus court que le trac� actuel, serait plus avantageux; il offrirait une largeur convenable et son usage ne serait pas restreint aux v�hicules l�gers. Le d�neigement du chemin pourrait ainsi �tre effectu� m�caniquement par la commune. Le risque d'effondrement du passage actuel serait en outre �vit�. Le nouvel am�nagement du couvert � voitures permettrait par ailleurs le d�part des v�hicules dans les limites territoriales de la servitude, limites qui n'�taient pas respect�es actuellement du fait des manoeuvres que la d�fenderesse devait effectuer pour quitter le couvert � voitures actuel au sud de son b�timent. Ainsi, mis dans la balance avec l'accroissement de la charge de la servitude pour le fonds servant, l'int�r�t de la d�fenderesse au maintien du passage actuel au sud du b�timent des demandeurs �tait t�nu. Il s'imposait donc de pr�voir le d�placement au nord de l'assiette de la servitude.
cc) Le premier juge a estim� que la variante la plus adapt�e �tait celle qui pr�voyait, en plus des r�alisations communes � toutes les propositions, une porte directe de l'ext�rieur sur le premier �tage du logement, soit la variante 3.2; pour des raisons de commodit� �videntes, il fallait y ajouter l'am�nagement d'un escalier int�rieur plus praticable, ce qui faciliterait notamment l'acheminement dans la cuisine des marchandises d�charg�es de la voiture. Cette solution pouvait �tre chiffr�e, TVA non comprise, � 33'500 fr. (estimation des experts) plus 3'564 fr. (estimation de l'architecte S.________) pour l'escalier int�rieur, soit � un total de 39'843 fr. 80, TVA � 7,5% comprise. Le premier juge a subordonn� le d�placement de la servitude au versement d'un tel montant par les demandeurs, ainsi qu'� l'ex�cution des travaux d'am�nagement du nouvel acc�s et de la maison de la d�fenderesse, laquelle restait libre de choisir une solution diff�rente de celle retenue. Ces travaux devraient �tre mis � l'enqu�te, r�alis�s et achev�s dans un d�lai de 15 mois d�s le versement int�gral de l'indemnit�. � cette �ch�ance, la servitude serait d�plac�e quel que soit l'avancement des travaux, sauf refus des autorit�s comp�tentes de d�livrer les permis de construire n�cessaires.
D.- Par arr�t du 11 avril 2001, la Chambre des recours du Tribunal cantonal du canton de Vaud a admis le recours interjet� par la d�fenderesse contre ce jugement et r�form� celui-ci dans le sens du rejet des conclusions de la demande.
a) � l'instar du premier juge, la cour cantonale, qui a d�clar� faire sien dans son entier l'�tat de fait du jugement de premi�re instance, a consid�r� que les conditions d'un d�placement de la servitude sur la base de l'art. 742 CC n'�taient pas r�unies en l'esp�ce (arr�t attaqu�, consid. 4a et b p. 16-17).
b) Apr�s avoir rappel� l'�volution de la jurisprudence et de la doctrine relatives � l'application de l'art. 736 al. 2 CC (arr�t attaqu�, consid. 4c p. 17-20), les juges cantonaux ont estim� que l'int�r�t du fonds dominant � b�n�ficier du droit de passage au sud de son habitation n'�tait pas moindre aujourd'hui qu'� l'�poque o� la servitude avait �t� constitu�e. En effet, si le passage n'�tait plus n�cessit� par les activit�s agricoles, la propri�taire avait toujours imp�rativement besoin de cet acc�s du fait de l'organisation de son logement, qui �tait agenc� de mani�re � utiliser l'acc�s sud au rez-de-chauss�e, o� la d�fenderesse passait la majeure partie de sa journ�e. Le d�placement de la servitude au nord impliquerait le percement d'une porte au nord et l'installation d'un nouvel escalier int�rieur plus praticable, modifications qui imposeraient � la d�fenderesse de traverser sa maison et de descendre par l'escalier chaque fois qu'elle aurait � acheminer ses courses � la cuisine ou � porter les fournitures destin�es � ses animaux. Force �tait ainsi de constater que l'int�r�t de la d�fenderesse � b�n�ficier d'un droit de passage au sud de son b�timent n'avait pas diminu� (arr�t attaqu�, consid. 4d p. 20-22).
c) La cour cantonale s'est ensuite demand� si la charge impos�e aux demandeurs par la servitude s'�tait � ce point accrue, depuis sa constitution, que l'int�r�t de la d�fenderesse � son maintien �tait devenu proportionnellement t�nu. Contrairement au premier juge, elle a toutefois r�pondu par la n�gative � cette question. Selon elle, l'argumentation des demandeurs - qui invoquaient la transformation de leur immeuble en un logement familial dot� d'un confort moderne avec un d�gagement naturel vers le sud, o� se trouvaient les pi�ces � vivre ainsi qu'une terrasse de plain-pied, et qui faisaient valoir que la pr�sence de v�hicules devant leur logement repr�sentait un danger important pour leurs en-fants - perdait de vue qu'� l'�poque de la constitution de la servitude d�j�, une famille avec des enfants vivait dans ce b�timent. Si l'immeuble �tait alors certes affect� � l'exploitation agricole, les sorties principales de la partie habitation de la ferme donnaient d�j� sur le chemin faisant l'objet de la servitude, de sorte que les risques d'accident existaient d�j� auparavant; ils n'�taient pas plus �lev�s actuellement, le droit de passage �tant peu exerc� par sa b�n�ficiaire. La charge pour le fonds servant �tait ainsi objectivement toujours plus ou moins la m�me. Quant au fait que le chemin �tait �troit, que la d�fenderesse devait le d�neiger elle-m�me et que des v�hicules lourds ne pouvaient y acc�der, l'on ne pouvait y voir des motifs de d�placer la servitude d�s lors que la propri�taire du fonds dominant s'en contentait (arr�t attaqu�, consid. 4e p. 22-23). D�s lors, le recours devait �tre admis et le jugement de premi�re instance r�form� en ce sens que les demandeurs �taient d�bout�s de toutes leurs conclusions (arr�t attaqu�, consid. 5 p. 23).
E.- Les demandeurs exercent un recours en r�forme au Tribunal f�d�ral contre cet arr�t. Ils concluent avec suite de frais et d�pens � sa r�forme en ce sens que le jugement de premi�re instance soit confirm�. Il n'a pas �t� demand� de r�ponse.
1.- L'arr�t entrepris est une d�cision finale prise par le tribunal supr�me d'un canton, au sens de l'art. 48 al. 1 OJ. Portant sur des droits de nature p�cuniaire, il est susceptible d'un recours en r�forme, les droits contest�s dans la derni�re instance cantonale d�passant largement, selon les constatations de la cour cantonale, la valeur d'au moins 8'000 fr. exig�e par l'art. 46 OJ (cf. ATF 121 III 52, consid. 1 non publi�; 107 II 331, consid. 1 non publi�).
Interjet� dans le d�lai fix� par l'art. 54 al. 1 OJ et dans les formes pr�vues par l'art. 55 OJ, le recours est par ailleurs recevable au regard de ces dispositions.
2.- Les demandeurs soutiennent que la cour cantonale a consid�r� � tort que les risques d'accident existaient d�j� dans une m�me mesure au moment de la constitution de la servitude.
Ils font valoir que le passage litigieux �tait alors emprunt� quotidiennement par deux ou trois personnes � pied (cf. lettre C/a/aa supra). Ainsi, m�me si des enfants avaient v�cu dans la ferme sise sur la parcelle aaa (cf. lettre C/a/aa supra), les risques d'accident seraient aujourd'hui sans commune mesure avec ceux qu'il y aurait pu y avoir en 1911, du fait de l'�volution de l'affectation du b�timent et de l'utilisation de v�hicules � moteur par d�finition plus dangereux qu'un char. Il y aurait en outre lieu de prendre en compte le crit�re financier, � savoir le fait que la servitude litigieuse, tant au regard de son assiette que de son exercice, r�duirait sans conteste la valeur de la parcelle des demandeurs en la sectionnant en deux (cf. lettre C/a/bb supra). Enfin, il y aurait lieu de tenir compte du risque d'�croulement du mur de sout�nement et d'effondrement du chemin actuel (cf. lettre C/a/dd supra). Selon les d�fendeurs, les juges cantonaux auraient mal pes� les int�r�ts en pr�sence en omettant de prendre en compte les diff�rents �l�ments qui viennent d'�tre expos�s et en accordant un poids pr�pond�rant aux int�r�ts de la d�fenderesse, alors qu'objectivement, il ne serait pas tr�s difficile pour cette derni�re, avec l'indemnit� qui lui serait vers�e, de r�organiser et d'am�nager son domicile de sorte que l'acc�s � celui-ci se fasse par le nord.
3.- a) Aux termes de l'art. 736 al. 2 CC, le propri�taire grev� peut obtenir la lib�ration partielle ou totale d'une servitude qui ne conserve qu'une utilit� r�duite, hors de proportion avec les charges impos�es au fonds servant (al. 2). Les textes allemand et italien de cette disposition pr�cisent qu'une telle lib�ration ne peut intervenir que contre indemnit� ("gegen Entsch�digung", "mediante indenni-t�"), pr�cision qui est tomb�e par inadvertance dans le texte fran�ais (cf. Paul Piotet, Les droits r�els limit�s en g�n�ral, les servitudes et les charges fonci�res, Trait� de droit priv� suisse, tome V/1/3, 1978, p. 61; Peter Liver, Z�rcher Kommentar, Band IV/2a/1, 1980, n. 181 ad art. 736 CC et les r�f�rences cit�es).
b) L'art. 736 al. 2 CC peut en particulier trouver application lorsque l'art. 742 CC ne permet pas au propri�taire grev� d'exiger le d�placement d'une servitude de passage dans un autre endroit parce qu'elle s'y exercerait moins commod�ment; d�s lors que l'art. 736 al. 2 CC donne pouvoir au juge de supprimer la servitude, il l'habilite aussi, car "qui peut le plus peut le moins", � se contenter d'en ordonner le d�placement (ATF 43 II 29 consid. 2 p. 38/39; Piotet, op. cit. , p. 70; Paul-Henri Steinauer, Les droits r�els, t.
II, 2e �d., 1994, n. 2310a; Liver, op. cit. , n. 73 ss ad art. 742 CC et n. 182 ss ad art. 736 CC); celui-ci constitue alors une forme d'indemnit� en nature qui doit �tre combin�e avec une indemnit� en argent destin�e � compenser la moindre commodit� de la nouvelle assiette de la servitude (cf. ATF 43 II 29 consid. 2 p. 39).
c) Apr�s avoir pendant longtemps limit� l'application de l'art. 736 al. 2 CC aux cas o� la disproportion au sens de cette disposition r�sultait d'une diminution de l'int�r�t du propri�taire du fonds dominant au maintien de la servitude, le Tribunal f�d�ral a modifi� sa jurisprudence en 1981. Il a consid�r� qu'une lib�ration contre d�dommagement selon l'art. 736 al. 2 CC entrait aussi en consid�ration lorsque la charge impos�e par la servitude au propri�taire du fonds servant s'�tait tant accrue, depuis la constitution de cette derni�re, que l'int�r�t du propri�taire du fonds dominant au maintien de la servitude �tait devenu proportionnellement t�nu, pour autant que l'aggravation de la charge ne f�t pas imputable au propri�taire du fonds servant lui-m�me (ATF 107 II 331 consid. 4; cf. dans ce sens d�j� ATF 43 II 29 consid. 2 p. 37/38).
4.- Les demandeurs ne remettent � juste titre en cause ni l'appr�ciation des deux instances cantonales selon laquelle les conditions d'un d�placement de la servitude sur la base de l'art. 742 CC ne sont pas r�unies en l'esp�ce, ni l'appr�ciation selon laquelle l'int�r�t de la d�fenderesse au maintien de la servitude n'a pas diminu� par rapport � l'�poque de la constitution de la servitude. Seule est ainsi litigieuse la question de savoir si la charge grevant le fonds servant s'est accrue depuis la constitution de la servitude - en raison de circonstances qui ne soient pas imputables aux demandeurs eux-m�mes - au point que l'int�r�t de la d�fenderesse au maintien de la servitude est devenu proportionnellement t�nu.
Pour affirmer que tel est le cas, les demandeurs mettent d'abord en avant deux �l�ments qui ont �t� retenus dans le jugement de premi�re instance et qui ont �t� discut�s par les juges cantonaux: d'une part, ensuite de la transformation de l'ancienne ferme en un logement familial dot� d'un confort moderne avec un d�gagement naturel vers le sud o� avait �t� am�nag�e une terrasse de plain-pied devant les pi�ces � vivre, les demandeurs subiraient une limitation importante de l'usage de leur bien-fonds par l'empi�tement du passage sur cette terrasse; d'autre part, en raison des modifications apport�es � l'immeuble, qui ont cr�� un lien plus �troit entre l'int�rieur et l'ext�rieur de la maison, ainsi que du remplacement des chars par des v�hicules � moteur par d�finition plus dangereux, il existerait un risque accru d'accident pour les enfants des demandeurs. Dans leur recours en r�forme, ceux-ci font encore valoir que la servitude litigieuse r�duirait la valeur de leur parcelle en la sectionnant en deux, et qu'il existe un risque d'�croulement du mur de sout�nement et d'effondrement du chemin actuel.
a) Alors qu'� l'�poque de la constitution de la servitude litigieuse, les b�timents sis sur les parcelles bbb et aaa �taient des fermes, ils sont aujourd'hui affect�s � l'habitation uniquement et sont int�gr�s dans la zone village.
En raison de cette �volution et de la transformation du b�timent des demandeurs en un logement familial dot� d'un confort moderne avec un d�gagement naturel vers le sud, la servitude de passage litigieuse, qui traverse la terrasse am�nag�e de plain-pied devant les pi�ces � vivre de la maison, repr�sente incontestablement une entrave � la jouissance de l'immeuble - et par cons�quent aussi une moins-value - sup�rieure � ce qu'elle �tait � l'�poque o� la servitude a �t� constitu�e. Si l'on peut admettre avec le premier juge que l'augmentation de la charge de la servitude sur le bien-fonds des demandeurs r�sulte partiellement de causes objectives, elle n'en d�coule pas moins principalement de la d�cision des demandeurs de transformer leur b�timent d'une mani�re qui, tout en en optimisant le confort, augmentait aussi la charge de la servitude pour leur immeuble. Or comme on l'a vu (cf.
consid. 3c supra), les demandeurs ne sauraient se pr�valoir d'une aggravation de la charge qui leur est principalement imputable.
b) En ce qui concerne les risques d'accident, l'opinion de la cour cantonale selon laquelle ces risques ne sont pas plus �lev�s actuellement qu'au moment de la constitution de la servitude n'appara�t en tout cas pas insoutenable. Il est certes constant que la d�fenderesse passe quotidiennement en voiture devant la maison des demandeurs, alors que la servitude �tait � l'�poque emprunt�e essentiellement par deux ou trois personnes � pied de la journ�e. Toutefois, il est �galement constant que le chemin sur lequel s'exerce la servitude est tr�s �troit, de sorte qu'un v�hicule ne peut de ce fait m�me y rouler qu'� tr�s faible allure. On ne voit ainsi pas que le passage d'un v�hicule � moteur y cr�e un risque d'accident plus grand que le passage d'un char tir� par des chevaux, lesquels pouvaient s'emballer.
c) Quant au risque d'�croulement du mur de sout�nement et d'effondrement du chemin actuel, les demandeurs ne sauraient en tirer argument. En effet, moyennant un entretien correct de l'ouvrage, le risque �voqu� ne devrait pas �tre plus grand qu'en 1911, �tant pr�cis� que les demandeurs doivent s'accommoder de l'introduction de v�hicules � moteur (ATF 91 II 339) et qu'un chemin qui devait supporter le passage de chars pouvant selon les cas �tre lourdement charg�s doit tout aussi bien pouvoir supporter le passage de v�hicules automobiles l�gers.
d) En d�finitive, il s'av�re que depuis la constitution de la servitude litigieuse, la charge que fait peser celle-ci sur le bien-fonds propri�t� des demandeurs s'est aggrav�e en ce sens qu'elle repr�sente aujourd'hui une entrave � la jouissance de l'immeuble ainsi qu'une moins-value plus importantes, ce qui est toutefois principalement imputable aux demandeurs eux-m�mes. Cela �tant, il est certes permis de penser que le d�placement de l'assiette de la servitude au nord des b�timents, combin� avec le paiement d'une indemnit� couvrant le r�am�nagement de la maison de la d�fenderesse en fonction du nouvel acc�s, permettrait d'�liminer les inconv�nients pr�cit�s, et que cette solution n'entra�nerait globalement et objectivement, apr�s le r�am�nagement envisag� de l'immeuble de la d�fenderesse, aucune p�joration de la situation de cette derni�re. L� n'est toutefois pas la question. Le d�placement d'une servitude moyennant le paiement d'une indemnit� ne peut en effet �tre ordonn� sur la base de l'art. 736 al. 2 CC que si les conditions pos�es par cette disposition sont remplies (cf. Steinauer, op. cit. , n. 2310a). Or dans un cas tel que la pr�sente esp�ce, la charge impos�e au fonds servant respectivement l'int�r�t retir� par le fonds dominant au moment de la constitution de la servitude ne peuvent au regard de l'art. 736 al. 2 CC �tre confront�s qu'� la situation actuelle, et non � la situation telle qu'elle r�sulterait des r�am�nagements que les demandeurs entendent imposer � la demanderesse sur le propre b�timent de celle-ci.
En l'occurrence, force est de constater qu'au moment o� elle a �t� constitu�e, la servitude litigieuse engendrait d�j� fondamentalement les m�mes inconv�nients pour le fonds dominant qu'actuellement. M�me si l'entrave � la jouissance de l'immeuble ainsi que la moins-value qui en d�coulent sont aujourd'hui plus importantes en raison de la transformation du b�timent des demandeurs - laquelle est toutefois principalement imputable aux demandeurs eux-m�mes -, elles ne repr�sentent en tout cas pas une charge telle que l'int�r�t intact de la propri�taire du fonds dominant au maintien de la servitude puisse �tre consid�r� comme �tant devenu proportionnellement t�nu.
5.- Il r�sulte de ce qui pr�c�de que le recours, mal fond�, doit �tre rejet� et l'arr�t entrepris confirm�. Les recourants, qui succombent, supporteront les frais judiciaires (art. 156 al. 1 OJ), solidairement entre eux (art. 156 al. 7 OJ). Ils n'auront en revanche pas � payer de d�pens, l'intim�e n'ayant pas �t� invit�e � r�pondre au recours (Pou-dret/Sandoz-Monod, Commentaire de la loi f�d�rale d'organisation judiciaire, vol. V, Berne 1992, n. 2 ad art. 159 OJ).
2. Met un �molument judiciaire de 3'000 fr. � la charge solidaire des recourants.