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Document Index: 157996160

Matched Legal Cases: ['art. 17', 'art. 18', '§ 1', 'art.\n88', '§ 2', 'art. 56', '§ 2', '§ 1', 'art. 88', '§ 2', '§ 2', '§ 3', '§ 1', 'art. 6', 'art. 7', 'art. 4', 'art. 93', '§ 2', '§ 1', '§ 2', '§ 1', '§ 2', '§ 1', '§ 2', '§ 1', '§ 1', '§ 2', '§ 1', '§ 1', '§ 2', '§ 2', '§ 1', '§ 5', '§ 1']

Le don de la vocation presbytérale - Fichier PDF
Le don de la vocation presbytérale .pdf
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de la vocation presbytérale
CITE DU VATICAN 8 DECEMBRE 2016
1. Nécessité d’une nouvelle Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis
Le DON DE LA VOCATION au presbytérat, déposé par Dieu dans le cœur de certains
hommes, engage l’Église à leur proposer un parcours de qualité pour leur formation ;
comme l’a rappelé le Pape François lors de son discours à l’Assemblée plénière de la
Congrégation pour le clergé (3 octobre 2014), « il s’agit de protéger et de faire
croître les vocations, afin qu’elles portent des fruits mûrs. Celles-ci sont un
“diamant brut”, à tailler avec soin et patience, dans le respect des consciences, afin
qu’elles brillent au milieu du peuple de Dieu »1.
Trente années se sont déjà écoulées depuis que, le 19 mars 1985, la Congrégation
pour l’éducation catholique, alors compétente en la matière, a amendé la Ratio
Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis promulguée le 6 janvier 19702, en y
intégrant surtout un ensemble de notes à partir du nouveau Code de droit canonique
(25 janvier 1983).
Depuis lors, nombreuses ont été les contributions sur la formation des futurs prêtres,
tant de la part de l’Église universelle que de la part des Conférences épiscopales et
des Églises particulières.
Il faut tout d’abord évoquer le magistère des papes qui ont conduit l’Église pendant
cette période : S. Jean-Paul II à qui l’on doit l’exhortation apostolique post-synodale
Pastores dabo vobis (25 mars 1992), texte fondamental ; Benoît XVI, auteur de la
lettre apostolique en forme de « motu proprio » Ministrorum institutio (16 janvier
2013) ; François, sous l’impulsion et les indications duquel est né le présent
Plus spécifiquement, Pastores dabo vobis a présenté de manière explicite une vision
intégrale de la formation des futurs prêtres, avec ses quatre dimensions – humaine,
intellectuelle, spirituelle et pastorale – qui touchent la personne même des
séminaristes et qui ont chacune égale importance. Ministrorum institutio a voulu
mettre en évidence que la formation des séminaristes se prolonge naturellement dans
la formation permanente des prêtres et constitue avec elle une seule réalité. C’est
pourquoi, par ce même document, Benoît XVI a voulu confier à la Congrégation
pour le clergé, déjà compétente pour la formation permanente, la responsabilité de la
formation initiale au séminaire, en réformant les articles correspondants de la
Constitution apostolique Pastor bonus (28 juin 1988) et en transférant le Bureau
FRANÇOIS, Discours à l’assemblée plénière de la Congrégation pour le clergé (3 octobre 2014) :
L’Osservatore Romano 226 (4 octobre 2014), 8.
Cf. CONGREGATION POUR L’EDUCATION CATHOLIQUE, Ratio fundamentalis institutionis sacerdotalis (6
janvier 1970) : AAS 62 (1970), 321-384.
pour les séminaires à la Congrégation pour le clergé. Au cours de son pontificat, le
Pape François a offert un riche enseignement magistériel et un exemple personnel
constant en ce qui regarde le ministère et la vie des prêtres. Il a encouragé et suivi les
travaux qui ont mené au présent document.
Au cours de ces années, les documents émanant de Dicastères romains et concernant
des aspects particuliers de la formation des futurs prêtres n’ont pas manqué : ceux
des Congrégations pour l’éducation catholique, pour le culte divin et la discipline
des sacrements, ou encore pour le clergé, sans oublier les diverses Ratio nationales.
Beaucoup d’entre eux ont été consultés au cours des travaux de rédaction3.
Une première ébauche de la présente Ratio Fundamentalis a été élaborée par la
Congrégation pour le clergé dès le printemps 2014, puis envoyée à quelques experts
et, surtout, aux membres du Dicastère, en vue de l’Assemblée plénière qui s’est
tenue du 1er au 3 octobre 2014. Le texte y a été discuté par les membres cardinaux et
évêques ainsi que par les experts invités, qui ont fait à la Congrégation des
propositions et des suggestions pour la suite des travaux.
Ceci a permis de rédiger un texte plus développé, enrichi aussi par les suggestions
reçues de certains Dicastères romains concernés au titre de leur compétence
(Congrégations pour l’évangélisation des peuples, pour les Instituts de vie consacrée
et les Sociétés de vie apostolique, pour les Églises orientales) ou en vertu de
l’expérience acquise précédemment (Congrégation pour l’éducation catholique).
En 2015, le texte a été envoyé à de nombreuses Conférences épiscopales et
Nonciatures apostoliques afin de recevoir leur avis. Ainsi, dans l’esprit de la
synodalité si souvent rappelée par le Pape François, la consultation et la réflexion se
trouvaient élargies aux pays où la Ratio Fundamentalis devra être appliquée.
Les 19 et 20 novembre 2015, la Congrégation pour le clergé a aussi organisé un
colloque international dédié au 50e anniversaire des documents conciliaires Optatam
totius et Presbyterorum ordinis, au cours duquel des cardinaux, des évêques, des
professeurs, des formateurs et des experts ont pu offrir leur précieuse contribution à
la réflexion sur le thème de la formation des candidats aux Ordres sacrés.
Compte tenu de tous ces apports, la Congrégation pour le clergé a rédigé une
dernière ébauche, examinée d’abord par quelques consulteurs, puis présentée à
certains Dicastères (Secrétairerie d’État, Congrégations pour la doctrine de la foi,
pour le culte divin et la discipline des sacrements, pour les évêques, pour
Ces documents seront mentionnés en détail et on en tiendra précisément compte dans la suite du texte.
l’évangélisation des peuples, pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie
apostolique, pour l’éducation catholique, pour les causes des saints, pour les Églises
orientales, Conseil pontifical pour les textes législatifs), selon l’esprit de
coresponsabilité et de coopération rappelé par l’art. 17 de Pastor Bonus.
Au terme de ces consultations et à la lumière des suggestions reçues, a été élaboré le
texte définitif destiné à être soumis au Pape François, en vue de son approbation,
conformément à l’art. 18 de Pastor Bonus.
3. Caractéristiques et contenus fondamentaux
Le cheminement que constitue la formation des prêtres, depuis les années du
séminaire, est décrit dans la présente Ratio Fundamentalis à partir de quatre notes
caractéristiques : elle est unique, intégrale, communautaire et missionnaire.
La formation des prêtres s’inscrit dans la continuité d’un unique « cheminement de
formation du disciple » qui commence avec le baptême, se perfectionne avec les
autres sacrements de l’initiation chrétienne, est accueilli comme point central de sa
vie au moment de l’entrée au séminaire et se poursuit tout au long de l’existence. Il
est évident que la formation initiale au séminaire est distincte de la formation
permanente, par ses échéances, ses modalités et ses finalités particulières, mais elle
constitue avec celle-ci une unique formation progressive qui se réalise dans la vie du
disciple prêtre ; celui-ci demeure toujours à l’école du Maître et ne cesse jamais de
se configurer à Lui.
La formation – initiale et permanente – doit être comprise selon une vision intégrale
qui tienne compte des quatre dimensions proposées par Pastores dabo vobis. Elles
composent et structurent ensemble l’identité du séminariste et du prêtre, et le rendent
capable du « don de soi à l’Église » qui est le contenu de la charité pastorale. Il ne
faut pas que l’ensemble du parcours de formation se réduise à un seul aspect au
détriment des autres ; il doit toujours être le cheminement intégral d’un disciple
appelé au presbytérat.
Cette formation a, dès l’origine, un caractère éminemment communautaire. En effet,
la vocation au presbytérat est un don que Dieu fait à l’Église et au monde, une voie
pour se sanctifier et sanctifier les autres, qu’on ne peut parcourir de façon
individualiste ; elle a toujours comme référence une portion concrète du peuple de
Dieu. Cette vocation, découverte et accueillie à l’intérieur d’une communauté, mûrit
et prend forme au séminaire dans le cadre d’une communauté éducative qui
comprend différentes composantes du peuple de Dieu ; elle amène le séminariste à
faire partie, avec l’ordination, de la « famille » du presbyterium, au service d’une
communauté concrète. De même, en ce qui concerne les prêtres formateurs, la
présente Ratio Fundamentalis entend souligner, pour l’efficacité de leur action, la
nécessité de se considérer et d’agir comme une vraie communauté qui partage une
unique responsabilité de formation, dans le respect des compétences et de la charge
confiée à chacun.
Étant donné que le disciple prêtre provient de la communauté chrétienne et retourne
à cette communauté pour la servir et la conduire comme pasteur, la formation est
naturellement missionnaire, ayant pour fin la participation à l’unique mission
confiée par le Christ à son Église, à savoir l’évangélisation sous toutes ses formes.
L’idée de fond est que les séminaires puissent former des disciples missionnaires
« passionnés » pour le Maître, des pasteurs ayant « l’odeur des brebis », qui vivent
au milieu d’elles pour les servir et leur apporter la miséricorde de Dieu. Il est donc
nécessaire que chaque prêtre se perçoive toujours comme un disciple en marche,
ayant constamment besoin d’une formation intégrale, c’est-à-dire d’une continuelle
configuration au Christ.
Au sein de cette unique formation, intégrale et progressive, on distingue les phases
initiale et permanente. Dans la présente Ratio Fundamentalis, la formation initiale
elle-même est articulée en plusieurs étapes : étape propédeutique ; étape des études
philosophiques ou de la formation du disciple ; étape des études théologiques ou de
la configuration au Christ Tête, Pasteur, Serviteur et Époux ; étape pastorale ou de
synthèse vocationnelle.
Proposé en ces termes, le parcours de formation offre quelques évolutions par
rapport à la Ratio Fundamentalis de 1970. Après une phase d’expérimentation et de
vérification, lancée au Synode des évêques de 1990 (VIIIè Assemblée générale),
l’« étape propédeutique », avec son identité et sa formation spécifiques, devient
maintenant nécessaire et obligatoire.
Les dénominations « étape de formation du disciple » et « étape configuratrice » se
joignent aux appellations usuelles « cycle de philosophie » et « cycle de théologie »,
ces cycles s’étendant sur six ans4. Entre autres, on veut ainsi souligner qu’on ne peut
pas considérer la seule dimension intellectuelle, avec l’étude de la philosophie et de
la théologie, pour évaluer le cheminement accompli par le séminariste et les progrès
atteints à chaque étape. Le discernement d’ensemble effectué par les formateurs dans
toutes les dimensions de la formation permettra au contraire le passage à l’étape
suivante aux seuls séminaristes qui, non seulement auront réussi les examens prévus,
mais auront aussi atteint le degré de maturité humaine et vocationnelle requis à la fin
de l’étape parcourue.
Enfin, l’« étape pastorale », dite aussi « de synthèse vocationnelle », entend accorder
une importance particulière à la période qui va de la conclusion de la formation au
Cf. C.I.C., can. 250.
séminaire à l’ordination presbytérale ; elle veut aider le candidat à acquérir une
conscience plus ajustée de ce que représente cette dernière.
La formation du disciple et la configuration au Christ accompagnent bien sûr toute la
vie. Ce que les dénominations « étape de formation du disciple » et « étape
configuratrice » entendent proposer est l’attention spéciale à donner, en deux
périodes de la formation initiale, à la conscience d’être disciple et à la nécessité de
comprendre l’appel au ministère et à la vie sacerdotale comme une configuration
continuelle au Christ.
Pour ce qui concerne la formation permanente, sa nature l’empêche d’être
schématisée en « étapes » prédéfinies. C’est pourquoi on indique ici seulement des
temps, des situations et des instruments qui peuvent être utiles aux prêtres et à ceux
qui sont chargés de la formation permanente, pour vivre et proposer des initiatives
Dans cette Ratio Fundamentalis, comme dans celle de 1970, on trouve aussi l’Ordo
Studiorum. Il propose une liste de matières qui doivent faire partie des divers cycles
du cursus des études des séminaristes, à l’intérieur d’une formation intellectuelle
plus vaste. Cet Ordo devra être appliqué intégralement dans les séminaires et les
maisons de formation qui organisent eux-mêmes les cours des six années de
philosophie et de théologie, en plus, naturellement, des cours de la phase
propédeutique et de ceux relatifs aux matières dites « ministérielles ».
Dans le texte de cette Ratio, on trouve des orientations de natures diverses –
théologique, spirituel, pédagogique, canonique – et des normes au sens propre qui
reprennent celles du Code de droit canonique et qui déterminent plus précisément les
modalités qu’il faut observer dans leur application5. Dans ce document, les
orientations et les normes ne sont pas séparées de manière absolue, même si, pour
chaque passage, est explicitée la valeur de précepte ou d’orientation ; on a plutôt
cherché à les rassembler afin d’offrir un texte enrichi par des apports et des
contributions variés.
Cf. ibid., can. 31, § 1.
a) Domaine d’application
1. La présente Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis6 s’applique
intégralement dans les pays relevant de la compétence de la Congrégation pour le
clergé. En revanche, compte tenu du n° 16 du Décret conciliaire Ad gentes et de l’art.
88, § 2 de la Const. apost. Pastor Bonus, elle s’applique partiellement aux territoires
relevant de la compétence de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples ; en
effet, cette dernière a la tâche de « former le clergé séculier » selon les orientations et
les normes qui lui sont propres, mais en ce qui concerne le « plan général des
études », la présente Ratio est normative pour les territoires de sa compétence. En
outre, à ces normes de la Ratio Fundamentalis, devront se conformer, avec les
adaptations qui s’imposent : les Ratio des Instituts de vie consacrée et des Sociétés
de vie apostolique7 dépendant de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée
et les Sociétés de vie apostolique, de la Congrégation pour l’évangélisation des
peuples et de la Commission pontificale Ecclesia Dei, en ce qui regarde leurs
« membres qui se préparent à recevoir les ordres sacrés »8 ; les Ratio des
Associations cléricales à qui a été accordé le droit d’incardiner des clercs, celles des
Prélatures personnelles, des Ordinariats militaires et des Ordinariats personnels9.
Pour cette raison, quand, dans le texte, on fait référence aux compétences de
l’Ordinaire, celles-ci concernent aussi les supérieurs majeurs des Instituts de vie
consacrée et des Sociétés de vie apostolique cléricaux de droit pontifical, à moins
que le contexte ne rende évident qu’il s’agisse uniquement de l’évêque diocésain.
Sur la base des art. 56 et 58, § 2, de la Const. apost. Pastor Bonus, la présente
Ratio Fundamentalis ne s’applique pas aux Églises orientales catholiques qui
relèvent de la compétence de la Congrégation pour les Églises orientales et qui, en
cette matière, doivent préparer leurs propres normes à partir de leur patrimoine
liturgique, théologique, spirituel et disciplinaire.
Il est nécessaire, en outre, de préciser que cette Ratio s’applique intégralement
aux maisons de formation des mouvements et des nouvelles communautés
Le document est un décret général exécutoire, ex can. 31, § 1, C.I.C., en application des normes du Code
relatives à la formation, qui remplace la Ratio fundamentalis institutionis sacerdotalis du 6 janvier 1970,
révisée par la nouvelle édition du 19 mars 1985 ; cf. CONCILE ŒCUMENIQUE VATICAN II, Décret sur la
formation sacerdotale Optatam totius (28 octobre 1965), n° 1 : AAS 58 (1966), 713.
Cf. JEAN-PAUL II, Constitution apostolique Pastor Bonus (28 juin 1988), art. 88, § 2 et 108, § 2 : AAS 80
(1988), 882 et 887.
C.I.C., can. 659, § 3.
Cf. BENOIT XVI, Constitution apostolique Anglicanorum cœtibus (4 novembre 2009) : AAS 101 (2009),
ecclésiales, conjointement avec la Ratio Nationalis élaborée par la Conférence
épiscopale du pays où ces Instituts se trouvent, sous l’autorité de l’évêque diocésain.
En ce qui regarde les études académiques de philosophie et de théologie, qui se
définissent comme telles sur la base de la législation canonique, ecclésiastique et/ou
civile, ou pour les facultés ecclésiastiques, c’est la Congrégation pour l’éducation
catholique10 qui est compétente et à qui incombe le traitement d’accords avec les
autorités civiles compétentes.
2. La Congrégation pour le clergé, qui inclut l’Œuvre pontificale pour les
vocations sacerdotales11, « exprime et met en œuvre la sollicitude du Siège
apostolique en ce qui concerne la formation de ceux qui sont appelés aux Ordres
sacrés ». Elle compte parmi ses missions institutionnelles celle d’assister « les
évêques pour que dans leurs Églises soient cultivées avec la plus grande application
les vocations aux ministères sacrés et [que] dans les séminaires » soit offerte « une
solide formation aussi bien humaine et spirituelle, que doctrinale et pastorale »12.
La Congrégation pour le clergé promeut ainsi la pastorale vocationnelle,
spécialement celle concernant les Ordres sacrés, et offre aux évêques et aux
Conférences épiscopales des principes et des normes pour la formation initiale et
permanente des clercs.
b) Élaboration de la Ratio Nationalis
3. Sur la base de cette Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis, chaque
Conférence épiscopale devra rédiger une Ratio Nationalis propre qui, selon les
termes du n° 1 du Décret conciliaire Optatam totius et du can. 242, § 1, du Code de
droit canonique, devra être approuvée par la Congrégation pour le clergé, après que
celle-ci aura entendu opportunément l’avis de la Congrégation pour l’éducation
catholique pour ce qui relève de sa compétence. Ceci garantira l’unité nécessaire et
la coordination du plan des études, ainsi que son harmonisation avec les divers
systèmes d’études selon les pays.
Au cas où, en raison de situations nouvelles inattendues, il serait nécessaire
d’apporter quelque modification à la Ratio Nationalis déjà approuvée, on pourra
amender le texte et il faudra alors solliciter une nouvelle approbation à la
Congrégation pour le clergé. Fort de l’expérience acquise, ou en vue de l’échéance
Les compétences respectives des deux Dicastères ont été fixées par BENOIT XVI, Lettre apostolique
Ministrorum institutio (16 janvier 2013), art. 6 : AAS 105 (2013), 134 : « La Congrégation pour l’éducation
catholique est compétente pour l’organisation des études académiques de philosophie et de théologie, après
avoir entendu la Congrégation pour le clergé, en ce qui concerne leur compétence respective ».
Cf. PIE XII, Motu proprio Cum nobis (4 novembre 1941), n° 13 : AAS 33 (1941), 479 ; Ministrorum
institutio, art. 7 : AAS 105 (2013), 134.
Ministrorum institutio, art. 4-5 : AAS 105 (2013), 133-134, qui a modifié les art. 93, § 2, et 94 de la Const.
ap. Pastor Bonus.
fixée, la Ratio Nationalis devra être réexaminée par l’organisme compétent de la
Conférence épiscopale, puis être de nouveau soumise à l’approbation de ce
Dicastère. Des révisions ultérieures, avec les approbations qui s’imposent, pourront
et devront être périodiquement requises et effectuées si cela paraît nécessaire à la
Conférence épiscopale ou si, pour une juste cause, la Congrégation pour le clergé
l’estime opportun13.
4. Le droit et le devoir de rédiger la Ratio Nationalis Institutionis Sacerdotalis,
comme aussi ceux d’approuver des expériences particulières, si leur opportunité et
leur utilité sont reconnues, sur le territoire de la Conférence épiscopale ou dans une
région, reviennent aux Conférences épiscopales et non aux évêques pris
individuellement14.
Les normes de la Ratio Nationalis devront être observées dans tous les séminaires
diocésains et interdiocésains du pays15 et leurs applications particulières devront
faire partie des statuts, du règlement et du « projet de formation » propres à chaque
institution16.
5. Afin de favoriser un dialogue constant entre le Saint-Siège et les Églises
particulières, en signe de proximité et pour recevoir conseils et soutien, les
séminaires interdiocésains, selon ce qui est établi dans leurs statuts, enverront
périodiquement à la Congrégation pour le clergé un rapport d’activité sur la
formation réalisée.
c) Responsabilité des Conférences épiscopales
6. Étant sauve l’autorité de l’évêque diocésain, la Ratio Nationalis vise à unifier
la formation au presbytérat donnée dans un pays ; elle facilite ainsi le dialogue entre
les évêques et les formateurs, au bénéfice des séminaristes et des séminaires euxmêmes17.
7. La Ratio Nationalis devra se référer aux différentes dimensions de la formation
prévues par le présent document pour les candidats au sacerdoce, de telle manière
qu’ils puissent se former de façon intégrale et être dûment préparés à affronter les
défis de notre temps. Chaque Ratio Nationalis devra aussi définir les étapes de la
formation et l’organisation des études, leurs objectifs et leur durée, dans le respect
des normes du droit universel. La Ratio Nationalis devra assurer l’unité nécessaire
Cf. C.I.C., can. 242, § 1.
Cf. ibid., can. 242, § 2.
Cf. ibid., can. 243.
de la proposition éducative en vue du sacerdoce au sein du pays, tout en tenant
compte des diversités culturelles qui pourraient exister.
Chaque Ratio Nationalis devra appliquer à son contexte propre ce qui est prévu
par la Ratio Fundamentalis, et comporter explicitement tous les points suivants :
a. une description au moins sommaire du contexte concret au plan social,
culturel et ecclésial, dans lequel les futurs prêtres exerceront leur ministère ;
b. une synthèse des accords éventuels de la Conférence épiscopale au sujet de
l’organisation des séminaires dans le pays ;
c. quelques éléments sur la pastorale des vocations et ses instruments ;
d. une présentation des étapes de la formation, en tenant compte du contexte du
e. une description des moyens à adopter pour la formation dans ses quatre
dimensions (humaine, spirituelle, intellectuelle et pastorale) ;
f. l’organisation des études propédeutiques, philosophiques et théologiques,
incluant une présentation de chaque matière avec quelques indications sur ses
objectifs, son contenu, et le nombre de crédits qui lui est attribué.
8. Dans l’élaboration de la Ratio Nationalis, il est nécessaire que chaque
Conférence épiscopale porte une juste attention aux caractéristiques et aux exigences
spécifiques du milieu socio-éducatif ambiant. En outre, on devra promouvoir la
collaboration entre les diverses Circonscriptions ecclésiastiques présentes sur le
territoire, en s’efforçant de prêter attention aux réalités locales, afin de garantir la
meilleure proposition de formation possible, tant dans les séminaires numériquement
importants, que dans les plus petits.
Au jugement prudent de chaque Conférence épiscopale, le processus
d’élaboration, puis de mise à jour de la Ratio Nationalis pourrait prévoir les étapes
suivantes : tout d’abord, la Conférence épiscopale, par le biais de personnes
responsables en la matière, pourrait consulter directement les séminaires et, si elle
existe, l’organisation nationale des séminaires ; puis, elle pourrait confier à la
commission épiscopale pour le clergé et pour les séminaires l’élaboration d’un texte
de base ; enfin, dans un esprit de collégialité et de collaboration, la Conférence
épiscopale devra procéder à la rédaction de la version finale du texte.
d) Organisations nationales et continentales des Séminaires
9. Là où c’est possible ou quand des expériences sont déjà en cours, l’institution
d’organisations supradiocésaines des séminaires est à encourager. En effet, de
semblables organismes peuvent apporter une aide efficace, comme instruments
consultatifs de communication et de collaboration entre formateurs de diverses
institutions. Ceci favorise l’analyse des expériences éducatives et didactiques et un
développement plus homogène de celles-ci au niveau régional, ou encore des
échanges plus nourris et une confrontation plus fructueuse au niveau international.
Les formateurs des diverses institutions seront appelés à être membres de tels
organismes. Il importera que ces organisations œuvrent sous la conduite de la
commission de la Conférence épiscopale chargée du clergé et des séminaires. Dans
tous les cas, il reviendra à la Congrégation pour le clergé, en esprit de communion
ecclésiale, d’ériger de telles organisations au niveau universel, alors qu’il incombera
aux Conférences épiscopales ou aux diverses organisations de Conférences
épiscopales (par ex., le Consejo Episcopal Latinoamericano [CELAM], le Consilium
Conferentiarium Episcoporum Europae [CCEE], la Federation of Asian Bishops’
Conferences [FABC], etc.), après avoir consulté la Congrégation pour le clergé,
d’ériger les organisations qui opèrent dans leur territoire et celles qui sont
continentales, en approuvant leurs statuts, dans le respect des compétences de chaque
évêque diocésain et des Conférences épiscopales.
Comme cela existe déjà dans certaines régions, il pourrait être vraiment utile que
de telles organisations, dans les territoires de leur compétence, promeuvent des cours
pour les formateurs et des temps d’études sur des thématiques en lien avec la
vocation et la formation presbytérale, afin d’en offrir les fruits aux Conférences
épiscopales concernées18.
e) Le « projet de formation » de chaque Séminaire
10. L’évêque diocésain (ou les évêques concernés, en cas de séminaire
interdiocésain), avec la contribution de la communauté des formateurs du séminaire,
est chargé d’élaborer un « projet de formation intégrale », appelé également
« itinéraire de formation », et d’en promouvoir l’application effective19 selon les
différentes étapes et le parcours pédagogique qu’il propose. Se référant à la Ratio
Fundamentalis, ce projet se fixe comme but de décliner, selon les réalités et les
exigences de l’Église particulière, les normes de la Ratio Nationalis et la vision
pédagogique qui l’inspire, compte tenu de la provenance culturelle des séminaristes,
de la pastorale du diocèse et de sa « tradition en matière de formation ».
Cf. Optatam totius, n° 5 : AAS 58 (1966), 716-717.
Cf. CONGREGATION POUR LES EVEQUES, Directoire pour le ministère pastoral des évêques Apostolorum
successores (22 février 2004), n° 90 : Enchiridion Vaticanum 22 (2006), 1768-1769.
11. Les vocations ecclésiales sont la manifestation de l’insondable richesse du
Christ (cf. Ep 3,8). Elles doivent donc être tenues en grande considération et
cultivées avec attention et sollicitude, afin qu’elles puissent s’épanouir et mûrir.
Parmi les multiples vocations que l’Esprit Saint suscite sans cesse dans le peuple de
Dieu, celle au sacerdoce ministériel appelle « à faire partie du sacerdoce
hiérarchique du Christ »20 et à être uni à Lui « pour conduire l’Église par la parole
et la grâce de Dieu »21. Cette vocation se manifeste en diverses circonstances, aux
différents âges de la vie humaine : chez des adolescents, à l’âge adulte et même,
comme l’atteste l’expérience constante de l’Église, chez des enfants.
12. La vocation au sacerdoce ministériel s’insère dans le cadre plus large de la
vocation chrétienne baptismale, par laquelle le peuple de Dieu, « établi par le Christ
pour communier à la vie, à la charité et à la vérité, est entre ses mains l’instrument
de la Rédemption de tous les hommes ; au monde entier il est envoyé comme lumière
du monde et sel de la terre (cf. Mt 5, 13-16) »22.
13. L’Église a la mission de « s’occuper de la naissance, du discernement et de
l’accompagnement des vocations, en particulier des vocations au sacerdoce »23. En
accueillant la parole du Christ qui invite tous ses disciples à prier le Maître afin qu’il
envoie des ouvriers à sa moisson (cf. Mt 9,38 ; Lc 10,2), elle prête une attention
particulière aux vocations à la vie consacrée et au presbytérat. C’est pourquoi il est
nécessaire que soient constitués et développés dans chaque diocèse, région et pays,
des Services des vocations24 qui, en collaboration avec l’Œuvre pontificale pour les
vocations sacerdotales, sont appelés à encourager et à orienter toute la pastorale
vocationnelle25, en lui fournissant les outils nécessaires26. Premiers responsables des
Optatam totius, n° 2 : AAS 58 (1966), 714-715.
CONCILE ŒCUMENIQUE VATICAN II, Constitution dogmatique sur l’Église Lumen gentium (21 novembre
1964), n° 11 : AAS 57 (1965), 15.
Ibid., n° 9 : AAS 57 (1965), 13.
JEAN-PAUL II, Exhortation apostolique post-synodale Pastores dabo vobis, n° 34 : AAS 84 (1992), 713.
Cf. CONGREGATION POUR L’EDUCATION CATHOLIQUE – ŒUVRE PONTIFICALE POUR LES VOCATIONS
SACERDOTALES, Orientations pastorales pour la promotion des vocations au ministère sacerdotal (25 mars
2012), n° 13.
Cf. ŒUVRE PONTIFICALE POUR LES VOCATIONS SACERDOTALES, Développements de la pastorale
vocationnelle dans les Églises particulières (6 janvier 1992) ; Orientations pastorales pour la promotion
des vocations au ministère sacerdotal.
Cf. Optatam totius, n° 2 : AAS 58 (1966), 714-715 ; CONCILE ŒCUMENIQUE VATICAN II, Décret sur le
ministère et la vie des prêtres Presbyterorum ordinis (7 décembre 1965), n° 11 : AAS 58 (1966), 10081009 ; Décret sur le renouveau de la vie religieuse Perfectae caritatis (28 octobre 1965), n° 24 : AAS 58
(1966), 711-712 ; Décret sur la mission pastorale des évêques dans l’Église Christus Dominus (28 octobre
vocations au sacerdoce, les évêques doivent favoriser, dans le cadre d’un plan
pastoral d’ensemble, une collaboration efficace entre prêtres, consacrés et laïcs
(surtout les parents et les éducateurs), sans oublier les groupes, les mouvements et
les associations de fidèles27.
14. Il est nécessaire de soutenir les initiatives susceptibles d’obtenir de Dieu le
don de nouvelles vocations : en tout premier lieu, la prière personnelle et
communautaire. Certaines périodes de l’année liturgique semblent spécialement
adaptées à cette fin ; il appartient à l’autorité ecclésiastique d’établir la date de
quelques célébrations plus significatives. Depuis longtemps, le Souverain Pontife a
fixé la célébration de la Journée mondiale annuelle de prière pour les vocations au
quatrième dimanche de Pâques, appelé dimanche du bon Pasteur. Il convient par
ailleurs de soutenir les activités ayant pour but de créer un climat spirituel qui
favorise le discernement et l’accueil de la vocation sacerdotale28.
La pastorale vocationnelle a comme destinataires des hommes d’âges divers,
même si, de nos jours, vu le nombre croissant de candidats adultes ayant à leur actif
une ou plusieurs expériences professionnelles29, on perçoit la nécessité de consacrer
une attention plus particulière à ceux-ci.
15. Avec générosité et sens ecclésial, on cherchera non seulement à promouvoir
les vocations pour le service de son propre diocèse ou de son pays, mais aussi celles
qui seraient pour d’autres Églises particulières, selon les nécessités de l’Église
universelle. On secondera ainsi l’action divine qui appelle librement quelques-uns au
sacerdoce ministériel dans une Église particulière, d’autres à exercer le ministère
dans un Institut de vie consacrée ou dans une Société de vie apostolique, et d’autres
encore à la missio ad gentes. Il est donc vraiment souhaitable qu’il y ait dans chaque
1965), n° 15 : AAS 58 (1966), 679-680 ; Décret sur l’activité missionnaire de l’Église Ad gentes (7
décembre 1965), nn° 16 et 39 : AAS 58 (1966), 966-967 et 986-987.
Cf. C.I.C. can. 233, § 1; Optatam totius, n° 2 : AAS 58 (1966), 714-715 ; Presbyterorum ordinis, n° 11 :
AAS 58 (1966), 1008-1009 ; Lumen gentium, n° 11 : AAS 57 (1965), 15-16 ; Christus Dominus, n° 15 : AAS
58 (1966), 679-680 ; Ad gentes, n° 39 : AAS 58 (1966), 986-987 ; Perfectae caritatis, n. 24 : AAS 58 (1966),
711-712 ; CONCILE ŒCUMENIQUE VATICAN II, Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce
temps Gaudium et spes (7 décembre 1965), n° 52 : AAS 58 (1966), 1073-1074 ; Décret sur l’apostolat des
laïcs Apostolicam actuositatem (18 novembre 1965), n. 11 : AAS 58 (1966), 847-849 ; PIE XII, Exhortation
au clergé du monde catholique sur la sainteté de la vie sacerdotale Menti Nostrae (23 septembre 1950), c.
III : AAS 42 (1950), 683.
FRANÇOIS, Exhortation apostolique Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n° 107 : AAS 105 (2013),
1064-1065 : « Là où il y a vie, ferveur, envie de porter le Christ aux autres, surgissent des vocations
authentiques. Même dans les paroisses où les prêtres sont peu engagés et joyeux, c’est la vie fraternelle et
fervente de la communauté qui réveille le désir de se consacrer entièrement à Dieu et à l’évangélisation,
surtout si cette communauté vivante prie avec insistance pour les vocations et a le courage de proposer à
ses jeunes un chemin de consécration spéciale ».
Cf. C.I.C., cann. 233, § 2 et 385 ; Menti Nostrae, c. III : AAS 42 (1950), 684 ; Apostolorum successores,
n° 87 : Enchiridion Vaticanum 22 (2006), 1773 ; S. CONGREGATION POUR L’EDUCATION CATHOLIQUE,
Lettre circulaire Vocationes adultorum, aux présidents des Conférences épiscopales sur le soin et la
formation des vocations adultes (14 juillet 1976) : Enchiridion Vaticanum 5 (2000), 2097-2108.
diocèse un unique Service pour la pastorale vocationnelle, qui soit ainsi l’expression
de la coopération et de l’unité entre les prêtres diocésains et ceux d’autres réalités
ecclésiales canoniquement reconnues30.
b) Petits Séminaires et autres formes d’accompagnement des adolescents
16. La pastorale des vocations vise à reconnaître et à accompagner la réponse à
l’appel intérieur du Seigneur. Elle doit aider au développement des qualités
humaines et spirituelles de la personne et vérifier l’authenticité de ses motivations.
Pour cela, dans chaque Église particulière, selon les circonstances, les moyens dont
elle dispose et les expériences déjà faites, il convient de promouvoir des institutions
capables de soutenir et de discerner les vocations au sacerdoce ministériel, en tenant
compte de l’âge et des conditions particulières de ceux qui doivent s’y former.
17. Le petit séminaire31. Le Code de droit canonique prescrit : « Là où ils existent,
seront maintenus et encouragés les petits séminaires et les autres institutions
analogues dans lesquels, pour favoriser l’épanouissement des vocations, sera
donnée avec soin une formation religieuse particulière jointe à un enseignement
humaniste et scientifique ; bien plus, là où il le jugera opportun, l’évêque diocésain
envisagera l’érection d’un petit séminaire ou d’une institution similaire »32.
18. L’objectif du petit séminaire est d’aider la maturation humaine et chrétienne
des adolescents33 en qui se manifestent les premiers signes de la vocation au
sacerdoce ministériel, afin de faire grandir en eux une liberté intérieure propre à leur
âge, qui les rende capables de correspondre au projet de Dieu sur leur vie.
Là où ce service ne se présente pas sous la forme institutionnelle du petit
séminaire, chaque Église locale assumera de toutes les façons possibles l’importante
obligation de pourvoir à l’accompagnement des adolescents, en encourageant de
nouvelles approches et en expérimentant des initiatives pastorales qui aident et
orientent leur croissance humaine et spirituelle. Entre autres possibilités, on peut
mentionner les groupes de vocations pour les adolescents, les foyers d’accueil
vocationnel, les écoles catholiques et autres organisations de jeunesse34.
19. Dans les petits séminaires, il faudra considérer certaines qualités des jeunes,
ainsi que les « éléments indicatifs d’une vocation ». Concrètement, certaines
expériences antérieures qui ont marqué la vie de foi des jeunes peuvent se révéler de
Cf. Optatam totius, n° 2 : AAS 58 (1966), 714-715 ; Presbyterorum ordinis, nn° 10-11 : AAS 58 (1966),
1007-1010 ; Apostolorum successores, n° 91 : Enchiridion Vaticanum 22 (2006), 1787-1789.
Cf. Optatam totius, n° 3 : AAS 58 (1966), 715-716 ; Pastores dabo vobis, n° 63 : AAS 84 (1992), 768-769.
C.I.C., can. 234, § 1 ; cf. aussi Apostolorum successores, n° 86 : Enchiridion Vaticanum 22 (2006), 17701772.
Cf. Apostolorum successores, n° 86.
Cf. Pastores dabo vobis, n° 64 : AAS 84 (1992), 769-770.
grande utilité pour cette évaluation : par exemple, le lien spirituel avec un prêtre, le
recours fréquent aux sacrements, un début de vie de prière, une expérience ecclésiale
vécue en paroisse ou dans un groupe, un mouvement, une association, la
participation aux activités vocationnelles organisées par le diocèse, tel ou tel service
dans une réalité ecclésiale à laquelle ils appartiennent. Il faut, de plus, considérer
certaines qualités humaines qui peuvent aider les jeunes dans leur maturation
vocationnelle si elles sont bien développées. Il revient ainsi aux formateurs de
vérifier l’aptitude globale (spirituelle, physique, psychique, morale et intellectuelle)
des candidats éventuels.
20. Le cheminement vocationnel au petit séminaire devra considérer la
dynamique de la croissance personnelle, en tenant particulièrement compte de l’âge
et de quelques autres aspects : la sincérité et la loyauté envers soi-même et les autres,
le développement harmonieux de l’affectivité, l’aptitude à vivre en communauté, la
capacité à cultiver des amitiés fraternelles, un sens ajusté des responsabilités dans le
cadre du devoir d’état et des charges confiées, la créativité et l’esprit d’initiative, une
juste expression de la liberté, le désir de cheminer dans la prière et de vivre avec le
21. En faisant l’expérience de l’amitié avec Jésus, les jeunes apprendront à vivre
dans une fidélité toujours plus grande au Seigneur, grâce au soutien de la prière et de
la force de l’Esprit Saint, afin que murissent : le service humble des autres, dans la
disponibilité à eux et l’attention au bien commun ; l’obéissance, vécue comme
écoute confiante ; la chasteté correspondant à leur âge, comme signe de limpidité
dans les relations et dans le don de soi ; la pauvreté, comme éducation à la sobriété
dans l’usage des biens et à une vie simple.
Comme élément nécessaire de cette formation spirituelle, il faut insister sur la vie
liturgique et sacramentelle. Les jeunes devront y prendre part avec une conscience
toujours plus vive, selon leur âge et leur maturité. Ils s’approprieront la dévotion
mariale et participeront aux autres exercices de piété quotidiens ou périodiques qui
seront précisés, au même titre que les autres aspects, dans le règlement de chaque
22. Les jeunes recevront la préparation scolaire requise dans leur pays pour
accéder aux études universitaires35. Ils chercheront aussi à obtenir le diplôme civil
d’études, entre autres afin d’avoir la liberté et la possibilité de choisir un autre état de
vie au cas où on ne reconnaîtrait pas en eux un appel au sacerdoce. Il serait bon que
le séminaire offre également une formation complémentaire qui valorise, par
exemple, les aspects culturels, artistiques, sportifs, etc. Les études pourront être
accomplies au sein du séminaire, dans des écoles catholiques externes ou dans
d’autres écoles.
Cf. C.I.C., can. 234, § 2.
23. Vu l’importance de l’enjeu de la formation des adolescents, défi
particulièrement délicat au moment où commence la maturation de l’identité des
jeunes, il faut que ceux-ci soient accompagnés par des formateurs qui comprennent
les exigences de leur âge, soient de bons éducateurs et des témoins de l’Évangile. Il
est souhaitable que les formateurs puissent compter sur la collaboration des parents
qui, surtout à cette étape, ont à jouer un rôle fondamental dans la croissance de leurs
enfants. Qu’ils puissent aussi bénéficier du soutien et de la proximité de la
communauté paroissiale d’où proviennent les jeunes. Les formateurs veilleront
également à ce que les élèves du petit séminaire maintiennent des relations justes et
aussi indispensables avec leurs familles et les camarades de leur âge, étant donné
qu’ils en ont besoin pour un développement psychologique sain, spécialement en ce
qui concerne la vie affective.
c) Vocations d’adultes
24. Ceux qui découvrent plus tardivement l’appel au sacerdoce ministériel se
présentent avec une personnalité déjà faite et un parcours personnel marqué par un
certain nombre d’expériences. L’accueil de ces personnes au séminaire exige une
période préalable de cheminement spirituel et ecclésial, qui permette d’opérer un
sérieux discernement des motivations vocationnelles.
Il est nécessaire de tenir compte avec attention du temps écoulé entre le baptême
ou la conversion chrétienne, et l’éventuelle entrée au séminaire36, car il n’est pas rare
qu’il y ait confusion entre la sequela Christi et l’appel au ministère presbytéral.
Comme pour les autres séminaristes, on accompagnera avec soin ces candidats
tout au long d’un cheminement sérieux et complet qui doit prévoir, dans le cadre
d’une vie communautaire, une solide formation spirituelle et théologique37. On
emploiera une méthode pédagogique et didactique appropriée qui tienne compte de
leur profil personnel. Il appartiendra aux Conférences épiscopales d’édicter des
normes spécifiques, adaptées à chaque contexte national. Elles discerneront s’il
convient d’établir une limite d’âge pour l’admission de ces vocations et,
éventuellement, elles envisageront à leur intention l’érection d’un séminaire
particulier38.
d) Vocations écloses parmi les autochtones
25. « On réservera une attention particulière aux vocations nées chez les
autochtones ; il faut veiller à leur assurer une formation inculturée dans leur milieu.
Cf. ibid., can. 1042, 3°.
Cf. Pastores dabo vobis, n° 64 : AAS 84 (1992), 769-770 ; Vocationes adultorum, n° 12 : Enchiridion
Vaticanum 5 (2000), 2102.
Cf. Apostolorum successores, n° 87.
Ces candidats au sacerdoce, tout en recevant la formation théologique et spirituelle
appropriée en vue de leur futur ministère, ne doivent pas perdre les racines de leur
propre culture »39. La présence de ces vocations est un élément important pour
l’inculturation de l’Évangile dans ces régions et la richesse de leur culture doit être
convenablement valorisée. Lorsque cela apparaît nécessaire, un service vocationnel
adapté à la culture locale peut être offert dans la langue d’origine.
e) Vocations et migrants
26. La migration croissante des populations, due à de multiples raisons d’ordre
social, économique, politique et religieux, est un phénomène très répandu40. Il est
important que la communauté chrétienne porte de façon permanente le souci pastoral
des familles émigrées qui vivent et travaillent depuis longtemps dans un autre pays et
constituent une ressource précieuse. Dans ces familles peuvent naître des vocations
au ministère presbytéral41 ; il faut les accompagner en tenant compte de leur
intégration culturelle progressive.
27. D’autres personnes se sentent appelées par le Seigneur et quittent leur pays
pour recevoir ailleurs une formation au presbytérat. Il importe de considérer leur
histoire personnelle ainsi que celle de leur milieu d’origine. On vérifiera
attentivement les motivations de leur choix vocationnel, en faisant tout ce qui est
possible pour entrer en contact avec l’Église locale d’où elles proviennent. De toute
façon, il faudra trouver, pour leur formation, les méthodes et les instruments adaptés
en vue d’une intégration adéquate, sans sous-évaluer le défi que représente la
diversité culturelle, et qui rend parfois complexe le discernement vocationnel.
JEAN-PAUL II, Exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in America (22 janvier 1999), n° 40 : AAS
91 (1999), 776.
Cf. FRANÇOIS, Exhortation apostolique post-synodale Amoris laetitia (19 mars 2016), n° 46, Libreria
Editrice Vaticana 2016.
Cf. CONSEIL PONTIFICAL POUR LA PASTORALE DES MIGRANTS ET DES PERSONNES EN DEPLACEMENT,
Instruction Erga migrantes caritas Christi (3 mai 2004), n° 45 : Enchiridion Vaticanum 22 (2006), 24802481.
a) Le sujet de la formation
28. Durant la formation au sacerdoce ministériel, le séminariste se présente à luimême comme un « mystère ». Deux aspects de son humanité s’entrecroisent et sont à
intégrer mutuellement : d’un côté, elle est modelée par la grâce et dotée de talents et
de richesses ; de l’autre, elle est marquée par des limites et des fragilités. La tâche de
la formation consiste à trouver le moyen d’aider la personne à intégrer toutes ces
composantes sous la motion de l’Esprit Saint, dans un chemin de foi et de maturation
intégrale, progressive et harmonieuse, en évitant les fragmentations, les
polarisations, les excès, la superficialité ou la partialité. La formation en vue du
sacerdoce ministériel est un temps de mise à l’épreuve, de maturation et de
discernement de la part du séminariste comme de l’institution formatrice.
29. En embrassant la vocation au presbytérat, le séminariste est appelé à « sortir
de lui-même »42 pour aller, dans le Christ, vers le Père et vers les autres. Il s’engage
ainsi à coopérer avec l’Esprit Saint pour réaliser, de manière sereine et créative, une
synthèse intérieure entre forces et faiblesses. Le projet éducatif aide les séminaristes
à rapporter au Christ tous les aspects de leur personnalité, afin de parvenir
consciemment à être libres pour Dieu et pour les autres43. En effet, c’est seulement
dans le Christ crucifié et ressuscité que ce processus d’intégration acquiert sens et
accomplissement ; en Lui, toutes choses sont récapitulées (cf. Ep 1,10), afin que
« Dieu soit tout en tous » (1Co 15,28).
b) Le fondement et le but de la formation : l’identité presbytérale
30. Pour réaliser une formation intégrale du candidat, il est nécessaire de réfléchir
théologiquement à l’identité du prêtre44. En effet, la vocation au presbytérat est
enracinée en Dieu et trouve sa raison d’être en Lui, dans son dessein d’amour. Jésus
Cf. FRANÇOIS, Discours aux séminaristes et aux novices provenant des différentes parties du monde à
l’occasion de l’Année de la foi (6 juillet 2013) : Insegnamenti I/2 (2013), 13.
Cf. S. CONGREGATION POUR L’EDUCATION CATHOLIQUE, Orientations sur l’éducation au célibat
sacerdotal (11 avril 1974), n° 38 : Enchiridion Vaticanum 5 (2000), 275-276 ; CONGREGATION POUR
L’EDUCATION CATHOLIQUE, Orientations pour l’utilisation des compétences psychologiques dans
l’admission et la formation des candidats au sacerdoce (29 juin 2008), n° 9 : Enchiridion Vaticanum 25
(2011), 1268-1269.
Cf. CONGREGATION POUR LE CLERGE, Directoire pour le ministère et la vie des prêtres (11 février 2013),
réalise la nouvelle alliance par l’offrande de lui-même et de son sang ; il engendre
ainsi le peuple messianique qui « constitue pour tout l’ensemble du genre humain le
germe le plus sûr d’unité, d’espérance et de salut »45. Comme le rappelle le Concile
Vatican II, la nature et la mission des prêtres doivent se comprendre à l’intérieur de
l’Église, Peuple de Dieu, Corps du Christ et Temple de l’Esprit Saint 46, au service de
laquelle ils consacrent leur vie.
31. Par l’onction de l’Esprit Saint, la communauté tout entière des croyants est
constituée comme sacrement visible pour le salut du monde ; tout le peuple de Dieu,
en effet, participe à l’œuvre rédemptrice du Christ47 car, en tant que peuple
sacerdotal48, il offre un « sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu »
(Rm 12,1). L’unité et la dignité de la vocation baptismale précèdent toute différence
ministérielle. Le Concile Vatican II affirme en effet que « le sacerdoce commun des
fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, qui ont entre eux une différence
essentielle et non seulement de degré, sont cependant ordonnés l’un à l’autre : l’un
et l’autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce
du Christ »49. En conséquence, le ministère presbytéral se traduit, à partir de sa
nature et de ses fondements bibliques et théologiques, comme service de la gloire de
Dieu et du sacerdoce baptismal des frères50.
32. Tous les baptisés sont marqués de l’onction de l’Esprit Saint et participent,
activement et selon leurs charismes propres, à la mission de l’Église. Mais il est
également vrai que « le même Seigneur, voulant faire des chrétiens un seul corps, où
“tous les membres n’ont pas la même fonction” (Rm 12,4), a établi parmi eux des
ministres qui, dans la communauté des chrétiens, seraient investis par l’Ordre du
pouvoir sacré d’offrir le Sacrifice et de remettre les péchés, et y exerceraient
publiquement pour les hommes au nom du Christ la fonction sacerdotale »51. Cela
signifie que les prêtres, en communion avec l’Ordre épiscopal, font inséparablement
partie de la communauté ecclésiale et sont, en même temps, par la volonté du Christ,
constitués pasteurs et guides en continuité avec l’œuvre des Apôtres. C’est pourquoi
« le prêtre est placé non seulement dans l’Église, mais aussi face à l’Église »52.
33. Membre du peuple saint de Dieu, le prêtre est appelé à cultiver son
dynamisme missionnaire, par l’humble exercice de sa charge pastorale comme guide
Lumen gentium, n° 9 : AAS 57 (1965), 13.
Cf. ibid., n° 17 : AAS 57 (1965), 21.
Cf. ibid., n° 10 : AAS 57 (1965), 14-15 ; C.I.C., can. 204, § 1.
Cf. 1P 2,4-9.
Lumen gentium, n° 10 : AAS 57 (1965), 14.
Cf. ibid., nn° 10 et 18 : AAS 57 (1965), 14-15 et 21-22 ; Presbyterorum ordinis, n° 2 : AAS 58 (1966),
991-993 ; Catéchisme de l’Église Catholique, nn° 1547 et 1592.
Presbyterorum ordinis, n° 2 : AAS 58 (1966), 992.
Pastores dabo vobis, n° 16 : AAS 84 (1992), 681.
autorisé, maître de la Parole et ministre des sacrements53, ainsi que par la fécondité
de sa paternité spirituelle.
C’est pourquoi, il faut former les futurs prêtres de façon à prévenir qu’ils ne
tombent dans le « cléricalisme » ni ne cèdent à la tentation de chercher sans cesse
l’approbation des fidèles. Cela les porterait à considérer l’Église comme une simple
institution humaine et les rendrait inévitablement impropres à l’exercice de leur
ministère de guide de la communauté.
34. D’autre part si, grâce à l’effusion de l’Esprit Saint par l’imposition des mains
de l’évêque, l’ordination presbytérale a établi le prêtre guide du peuple de Dieu, elle
ne doit pas l’amener à « commander en maître » son troupeau (cf. 1P 5,3) : « Toute
autorité doit, en effet, être exercée dans un esprit de service, comme “amoris
officium” et dévouement désintéressé pour le bien du troupeau »54.
En conclusion, à l’origine de la vocation sacerdotale, il y a un don de la grâce
divine qui se concrétise par la suite dans l’ordination sacramentelle. Un tel don se
vérifie dans le temps par la médiation de l’Église qui appelle et envoie au nom de
Dieu. Corrélativement, la réponse personnelle se développe au cours d’un processus
qui commence avec la conscience du don reçu, et elle mûrit progressivement à l’aide
de la spiritualité sacerdotale, jusqu’à représenter une forme de vie stable comportant
des devoirs et des droits, et une mission spécifique que doit assumer celui qui est
c) Le cheminement de la formation comme configuration au Christ
35. Configurés dans leur être au Christ Tête, Pasteur, Serviteur et Époux55, les
prêtres participent à son unique sacerdoce et à sa mission salvifique, comme
collaborateurs des évêques. Ils sont ainsi, dans l’Église et dans le monde, un signe
visible de l’Amour miséricordieux du Père. Ces caractéristiques de la personne du
Christ aident à mieux comprendre le sacerdoce ministériel dans l’Église. Sous
l’action de l’Esprit Saint, elles inspirent et orientent la formation des séminaristes
afin que, vivant du Mystère trinitaire, ils soient progressivement configurés au
Christ56.
Cf. CONGREGATION POUR LE CLERGE, Le prêtre maître de la Parole, ministre des sacrements et guide de
la communauté en vue du troisième millénaire chrétien (19 mars 1999) : Enchiridion Vaticanum 18 (2002),
289-376.
Directoire pour le ministère et la vie des prêtres, n° 25 ; cf. aussi Mt 20,25-28 et Mc 10,42-45 ;
FRANÇOIS, Audience générale (26 mars 2014) : L’Osservatore Romano 70 (27 mars 2014), 8.
Cf. Presbyterorum ordinis, n° 2 : AAS 58 (1966), 991-993 ; Pastores dabo vobis, n° 3 : AAS 84 (1992),
660-662 ; Directoire pour le ministère et la vie des prêtres, n° 6.
Cf. Presbyterorum ordinis, n° 2 : AAS 58 (1966), 991-993.
36. La Lettre aux Hébreux présente le sacerdoce du Christ comme expression de
sa mission parmi les hommes57. Le premier trait qui caractérise le Christ comme
Grand Prêtre véritable est sa singulière proximité avec Dieu et avec les hommes58.
Le Christ rempli de miséricorde est le Prêtre « saint, innocent, immaculé » (He 7,26)
qui, s’étant offert lui-même « avec un grand cri et dans les larmes » (5,7), « est
capable de compréhension » (5,2) pour toutes nos infirmités et « est devenu pour
tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel » (5,9).
Vrai Dieu et vrai homme, c’est par son amour que le Christ a porté à leur
accomplissement les réalités de l’ancienne alliance : le sacerdoce (cf. He 7,1-28),
l’alliance (cf. 8,1-9,28), le sacrifice (cf. 10,1-18). Tout particulièrement, le sacrifice
offert par le Christ Prêtre est nouveau : celui-ci n’a pas offert du sang de boucs et de
jeunes taureaux, mais son propre sang, pour faire la volonté du Père. Les paroles de
Jésus au Cénacle, « ceci est mon Corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de
moi. […] Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon Sang répandu pour vous »
(Lc 22,19-20), explicitent la « réciprocité spécifique entre l’Eucharistie et le
Sacerdoce […] : il s’agit de deux sacrements nés ensemble, dont le sort est
indissolublement lié jusqu’à la fin du monde »59. Ainsi, le ministère et la vie du prêtre
sont essentiellement enracinés dans l’Eucharistie.
37. Celui qui donne sa vie en sacrifice se présente comme le Bon Pasteur60, venu
pour rassembler les brebis dispersées de la maison d’Israël et les conduire au bercail
du Royaume de Dieu (cf. Mt 9,36 et 15,24 ; Jn 10,14-16). Par cette image qu’on
trouve souvent dans l’histoire du salut, le Christ révèle Dieu comme Celui qui
rassemble son troupeau, l’accompagne, le suit et en prend soin. C’est l’icône d’un
Dieu Pasteur qui apparaît ici, partageant notre vie jusqu’à prendre sur lui nos
souffrances et notre mort61.
38. Jésus, Fils de Dieu, a assumé la condition de serviteur jusqu’à la mort (cf.
Ph 2,6-8). Avant de mourir sur la croix, il a lavé les pieds de ses disciples et leur a
demandé de l’imiter (cf. Jn 13,1-17). La référence à ce que l’on appelle le quatrième
chant du serviteur, en Isaïe (cf. Is 52,13-53,12), éclaire particulièrement le lien entre
le ministère presbytéral et la mission du Christ. Le serviteur souffrant est une
préfiguration de ce que Jésus accomplira en faveur de l’humanité en partageant avec
compassion la souffrance et la mort, jusqu’au don de sa propre vie sur la croix
(cf. Is 53,4-8).
39. L’ordination presbytérale requiert de la part de celui qui la reçoit, une
Cf. BENOIT XVI, Rencontre avec le clergé du diocèse de Rome (18 février 2010) : Insegnamenti VI/1
(2010), 243.
Cf. Pastores dabo vobis, n° 13 : AAS 84 (1992), 677-678.
JEAN-PAUL II, Lettre aux prêtres pour le Jeudi Saint (28 mars 2004) : Insegnamenti XXVII/1 (2004), 390.
Cf. Pastores dabo vobis, n° 22 : AAS 84 (1992), 690-691.
Cf. BENOIT XVI, Lettre encyclique Spe Salvi (30 novembre 2007), n° 6 : AAS 99 (2007), 990-991.
donation totale de lui-même pour le service du peuple de Dieu, à l’image du Christ
Époux : « Le don que le Christ fait de lui-même à son Église, fruit de son amour,
prend le sens original du don propre de l’époux envers son épouse »62. Le prêtre est
appelé à faire siens les sentiments et les attitudes du Christ envers l’Église, aimée
tendrement dans l’exercice même du ministère ; c’est pourquoi, il lui est demandé
d’être « capable d’aimer les gens avec un cœur nouveau, grand et pur, avec un
authentique détachement de lui-même, dans un don de soi total, continu et fidèle. Et
il en éprouvera comme une “jalousie” divine (cf. 2Co 11,2), avec une tendresse qui
se pare même des nuances de l’affection maternelle »63.
40. Le prêtre est donc appelé à se former de telle manière que son cœur et sa vie
soient conformes à l’image du Seigneur Jésus, de façon à devenir un signe vivant de
l’Amour de Dieu pour tout homme. Intimement uni au Christ, il sera capable
d’annoncer l’Évangile et de devenir instrument de la miséricorde de Dieu ; de
conduire et de corriger ; d’intercéder et de prendre soin de la vie spirituelle des
fidèles confiés à sa charge ; d’écouter, d’accueillir et de répondre aux exigences et
aux questions profondes de notre temps64.
d) Pour une formation à l’intériorité et à la communion
41. Le souci pastoral des fidèles requiert du prêtre une formation et une maturité
intérieure solides. Celui-ci ne peut pas se contenter de faire voir un simple « vernis »
vertueux, ou encore, une obéissance purement extérieure et formelle à des principes
abstraits. Il est au contraire appelé à agir avec une grande liberté intérieure. Cela
exige de lui qu’il intériorise jour après jour l’esprit évangélique, grâce à une relation
d’amitié constante et personnelle avec le Christ, jusqu’à en partager les sentiments et
C’est pourquoi, en grandissant dans la charité, le futur prêtre s’efforcera de
développer une capacité relationnelle équilibrée et mûre avec le prochain. De fait, il
est appelé avant tout à atteindre une sérénité humaine et spirituelle de fond65 qui, une
fois dépassée toute tentation de faire cavalier seul ou toute forme de dépendance
affective, lui permettra d’être l’homme de la communion, de la mission et du
Pastores dabo vobis, n° 22 : AAS 84 (1992), 691.
FRANÇOIS, Discours aux recteurs et aux élèves des collèges pontificaux et des maisons de prêtres
étudiants de Rome (12 mai 2014) : L’Osservatore Romano 108 (14 mai 2014), 5 : « Parfois, le pasteur est
obligé de marcher devant, pour indiquer la route ; d’autres fois, au milieu, pour savoir ce qui se passe ;
tant de fois, derrière, pour aider les derniers, mais aussi pour suivre le flair des brebis qui savent où
trouver la bonne herbe » ; cf. aussi Id., Audience générale, 26 mars 2014 : L’Osservatore Romano 70 (27
mars 2014), 8 ; Discours aux prêtres du diocèse de Rome (6 mars 2014) : L’Osservatore Romano 54 (7 mars
2014), 8.
Cf. Id., Discours aux participants au congrès organisé par la Congrégation pour le clergé à l’occasion du
50e anniversaire des Décrets conciliaires “Optatam Totius” et “Presbyterorum Ordinis” (20 novembre
2015) : L’Osservatore Romano 267 (21 novembre 2015), 8.
dialogue66. Il sera alors capable de se dépenser avec générosité et esprit de sacrifice
pour le peuple de Dieu, grâce à la contemplation du Seigneur qui donne sa vie pour
42. Pour se former à l’esprit de l’Évangile, l’homme intérieur a besoin de veiller
attentivement et fidèlement à sa vie spirituelle. Celle-ci sera centrée en priorité sur la
communion avec le Christ, présent dans ses différents Mystères célébrés au cours de
l’année liturgique ; elle sera nourrie par la prière personnelle et la méditation de la
Parole de Dieu. Dans l’oraison silencieuse qui l’ouvre à une relation authentique
avec le Christ, le séminariste se rend docile à l’action de l’Esprit qui le façonne
progressivement à l’image du Maître. Cette relation intime avec le Seigneur et la
communion fraternelle permettront aux séminaristes, aidés par leurs formateurs, à
prendre conscience et à se défaire de toute « mondanité spirituelle » comme : le culte
du paraître, une « sécurité » doctrinale ou disciplinaire présomptueuse, le
narcissisme et l’autoritarisme, la prétention à vouloir s’imposer, le soin purement
extérieur et ostentatoire de l’action liturgique, la vaine gloire, l’individualisme,
l’incapacité à écouter les autres et toute forme de carriérisme67. Ils seront au
contraire éduqués à la simplicité, à la sobriété, à un dialogue serein avec autrui, à
l’authenticité. Disciples, ils apprendront à l’école du Maître à vivre et à mettre en
œuvre la charité pastorale « des auxiliaires du Christ et des intendants des mystères
de Dieu » (1Co 4,1).
43. La formation sacerdotale est une œuvre de transformation qui renouvelle le
cœur et l’esprit de la personne, afin qu’elle puisse « discerner quelle est la volonté de
Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait » (Rm 12,2).
Au long de la formation, la croissance intérieure a pour principal objectif de faire
progressivement du futur prêtre un « homme de discernement », capable de lire les
réalités de la vie des hommes à la lumière de l’Esprit et de pouvoir ainsi choisir,
décider et agir selon la volonté de Dieu.
La matière du discernement est en premier lieu la vie même de la personne. Ce
travail vise à intégrer dans la vie spirituelle à la fois son histoire et tout ce qui la
constitue. Ainsi, la vocation au sacerdoce ne restera pas prisonnière d’un idéal
abstrait, ni ne courra le risque d’être réduite à une simple activité organisationnelle et
pratique qui demeurerait extérieure à la conscience. Opérer un discernement
évangélique sur sa vie signifie cultiver chaque jour un authentique style de vie
spirituelle et orienter son cœur vers le Seigneur68, afin d’accueillir sa propre vie et la
relire de manière pleinement responsable, dans une confiance en Dieu toujours plus
Cf. Pastores dabo vobis, n° 18 : AAS 84 (1992), 684-686.
Cf. Evangelii gaudium, nn° 93-97 : AAS 105 (2013), 1059-1061.
Ceci est « l’interrogation fondamentale de notre vie sacerdotale : où est orienté mon cœur ? Question que
nous, prêtres, devons nous poser de nombreuses fois, chaque jour, chaque semaine : où est orienté mon
cœur ? », FRANÇOIS, Homélie pour le Jubilé des prêtres et des séminaristes (3 juin 2016) : L’Osservatore
Romano 126 (4 juin 2016), 8.
Il s’agit d’un travail sur soi-même, humble et constant – qui va bien au-delà
d’interrogations introspectives. Le prêtre s’ouvre avec loyauté à la vérité de la vie et
aux exigences réelles du ministère, il apprend à écouter le jugement de sa conscience
sur les mouvements qui l’habitent et sur les motivations intérieures de ses actions.
Ainsi, le prêtre parvient progressivement à la maîtrise spirituelle de soi, dans son
âme et dans son corps ; il apprend à reconnaître ce qui peut être fait et ce qu’il ne
convient pas de faire ou même ce qui ne doit pas être fait ; il commence à gérer sa
vie – ses forces, ses projets, ses engagements – avec discipline, équilibre et
conscience claire de ses capacités et de ses limites. On ne peut pas mener à bien ce
travail en comptant sur ses seules forces humaines. Au contraire, il s’agit en tout
premier lieu d’accueillir le don de la grâce divine qui permet de se dépasser soimême, d’aller au-delà de ses besoins et des conditionnements extérieurs, pour vivre
dans la liberté des enfants de Dieu. Ce regard intérieur et cette vision spirituelle
d’ensemble informeront toute la vie et le ministère, ce qui apprendra à agir avec
prudence et à mesurer les conséquences de ses actes, en sachant voir au-delà des
circonstances qui rendent parfois difficile un jugement clair sur les choses.
Ce cheminement de vérité envers soi-même requiert un soin attentif de la vie
intérieure, par la prière personnelle, la direction spirituelle, le contact quotidien avec
la Parole de Dieu, la « relecture dans la foi » de la vie sacerdotale avec les autres
prêtres et l’évêque, et tout ce qui permet de cultiver les vertus de prudence et de bon
jugement. Sur ce chemin ininterrompu de discernement, le prêtre parviendra à
déchiffrer et à comprendre les mouvements, les dons, les besoins et les fragilités qui
l’habitent et, ainsi, à « écarter de lui tous les attachements désordonnés et, après les
avoir écartés, à chercher et trouver la volonté divine dans la disposition de sa vie en
vue du salut de son âme »69.
e) Les moyens de la formation
e.1. L’accompagnement personnel70
44. Au cours des diverses étapes de leur cheminement, les séminaristes ont besoin
d’être accompagnés personnellement par ceux qui sont chargés de leur formation,
chacun selon son rôle et ses compétences propres. Le but de l’accompagnement
personnel est d’opérer le discernement de la vocation et de former le disciple
45. Le processus de formation nécessite que le séminariste se connaisse et se
laisse connaître grâce à une relation sincère et transparente avec les formateurs71.
IGNACE DE LOYOLA, Exercices Spirituels, 1.
Cf. Evangelii gaudium, nn° 169-173 : AAS 105 (2013), 1091-1092.
Cf. FRANÇOIS, Discours aux séminaristes et aux novices du monde entier à l’occasion de l’Année de la
foi (6 juillet 2013) : Insegnamenti I/2 (2013), 9.
Ayant pour fin la « docibilitas » à l’Esprit Saint, l’accompagnement personnalisé est
un moyen indispensable de la formation.
46. Il est nécessaire que les entretiens personnels avec les formateurs soient
réguliers et fréquents. Ainsi, dans la docilité à l’Esprit Saint, le séminariste pourra
tendre progressivement à la ressemblance avec le Christ. L’accompagnement doit
intégrer tous les aspects de la personnalité et éduquer à l’écoute, au dialogue, au vrai
sens de l’obéissance et à la liberté intérieure. Chaque formateur, selon son domaine
de compétence, a pour tâche d’aider le séminariste à se rendre toujours plus
disponible à l’action de la grâce en étant lucide sur ce qu’il est, sur les talents reçus
mais aussi sur ses fragilités.
47. La confiance réciproque constitue un élément indispensable au processus de
l’accompagnement72. Au plan éducatif, on cherchera à préciser les modalités
concrètes qui nourrissent et soutiennent une telle confiance. Il faut d’abord mettre en
place tout ce qui peut créer un climat serein de remise de soi et de confiance
mutuelle : proximité fraternelle, empathie, compréhension, capacité d’écoute et de
partage, et surtout cohérence du témoignage de vie.
48. L’accompagnement doit être présent dès le début de la formation et pendant
toute la vie, même si c’est de manière différente après l’ordination. Un discernement
sérieux de la vocation du candidat dès le commencement permettra de ne pas différer
inutilement le jugement sur l’idonéité au ministère presbytéral. Cela évitera de mener
un séminariste au seuil de l’ordination sans avoir vérifié les indispensables
conditions requises73.
49. Le formateur est appelé à garder la discrétion en ce qui concerne la vie des
séminaristes. Un accompagnement qui se veut juste, équilibré, respectueux de la
liberté et de la conscience d’autrui et qui entend aider la croissance humaine et
spirituelle de la personne, exige que chaque formateur ait les aptitudes et les
humaines74,
spirituelles75,
correspondantes. En outre, une préparation spécifique et un dévouement généreux
sont nécessaires à tous ceux qui sont chargés de la tâche si importante de la
formation. Il faut aussi que les formateurs soient présents à plein temps et qu’ils
soient avant tout des témoins par leur amour et leur service du peuple de Dieu, en se
Cf. Orientations pour l’utilisation des compétences psychologique dans l’admission et la formation des
candidats au sacerdoce, n° 12 : Enchiridion Vaticanum 25 (2011), 1273-1277.
Cf. ibid., n° 8 et 11 : Enchiridion Vaticanum 25 (2011), 1262-1267.
Cf. ibid., nn° 3-4.
Cf. CONGREGATION POUR L’EDUCATION CATHOLIQUE, Lettre circulaire concernant quelques aspects plus
urgents de la préparation spirituelle dans les séminaires (6 janvier 1980) : Enchiridion Vaticanum 7 (2001),
Cf. Id., Directives pour la préparation des éducateurs de séminaires (4 novembre 1993) : Enchiridion
Vaticanum 13 (1996), 3151-3284 ; Pastores dabo vobis, n° 66 : AAS 84 (1992), 772-774.
dépensant sans compter pour l’Église77.
e.2. L’accompagnement communautaire
50. Une saine pédagogie de formation doit prêter attention aux expériences et aux
dynamiques du groupe auquel le séminariste appartient. La vie communautaire
durant la formation initiale doit avoir des répercussions sur chacun, en purifiant ses
intentions et en transformant sa conduite pour l’amener graduellement à la
conformer au Christ. Jour après jour, la formation se réalise à travers les relations
interpersonnelles, les moments de partage et de confrontation qui concourent à la
croissance du « terreau humain » dans lequel mûrit concrètement une vocation.
51. Un tel cadre communautaire aidera les relations avec l’évêque, les confrères
du presbyterium et les fidèles. L’expérience de la vie communautaire est précieuse et
incontournable pour la formation de ceux qui seront appelés, dans le futur, à exercer
une vraie paternité spirituelle78 auprès des communautés qui leur seront confiées.
Chaque candidat se préparant au ministère est donc tenu d’éprouver toujours plus
profondément le désir ardent de la communion79.
L’esprit de communion se fonde sur le fait que l’Église, comme peuple convoqué
par le Christ, est appelée à vivre une forte expérience de vie communautaire, telle
qu’elle l’a vécue dès les origines80. De plus, il ne faut pas oublier que les prêtres, par
le sacrement de l’Ordre qu’ils ont reçu, « sont tous intimement liés entre eux par la
fraternité sacramentelle » et, « du fait de leur affectation au service d’un diocèse en
dépendance de l’évêque local, ils forment tout spécialement à ce niveau un
presbyterium unique »81. En vertu de l’ordination, le prêtre fait partie d’une famille
dont l’évêque est le père82.
52. Dans l’Église qui est « la maison et l’école de la communion »83 et qui « tire
son unité de l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit Saint »84, le prêtre est appelé à
être « l’homme de la communion »85. C’est pourquoi, au séminaire, les liens qui se
tissent entre les formateurs et les séminaristes, et entre les séminaristes eux-mêmes,
Cf. Directives pour la préparation des éducateurs de séminaires, nn° 4.19.29-32.66 : Enchiridion
Vaticanum 13 (1996), 3155 ; 3184 ; 3200-3207 ; 3260-3262 ; Apostolorum successores, n° 89 : Enchiridion
Vaticanum 22 (2006), 1777-1780.
l’occasion de l’Année de la foi (6 juillet 2013) : Insegnamenti I/2 (2013), 8.
Cf. Pastores dabo vobis, nn° 17 ; 22-23 ; 43.59 : AAS 84 (1992), 682-684 ; 690-694 ; 731-733 ; 761-762.
Cf. Ac 2,42.
Presbyterorum ordinis, n° 8 : AAS 58 (1966), 1003.
Cf. Christus Dominus, nn° 16 et 28 : AAS 58 (1966), 680-681 et 687 ; Apostolorum successores, nn° 76 et
107 : Enchiridion Vaticanum 22 (2006), 1740-1742 et 1827-1828.
JEAN-PAUL II, Lettre apostolique Novo millennio ineunte (6 janvier 2001), n° 43 : AAS 93 (2001), 297.
CYPRIEN, De dominica Oratione 23 : CSEL III A, p. 285.
Pastores dabo vobis, n° 18 : AAS 84 (1992), 684.
doivent être empreints de paternité et de fraternité86. La fraternité se construit au
moyen d’une croissance spirituelle qui engage constamment à dépasser toute forme
d’individualisme. La relation fraternelle « ne peut être uniquement une chose laissée
au hasard, aux circonstances favorables »87, elle est au contraire un choix conscient
et un défi permanent.
La communauté du séminaire est, de fait, une famille dont le climat favorise
l’amitié et la fraternité. Vivre cette expérience aidera le séminariste à mieux
comprendre, plus tard, les exigences, les dynamiques et aussi les problèmes des
familles qui seront confiées à sa sollicitude pastorale88. Dans cette optique, l’accueil
au séminaire pour un temps de partage, par exemple, de familles, de personnes
consacrées, de jeunes, d’étudiants, de pauvres, sera d’un grand profit pour la
f) L’unité de la formation
53. Devenir disciple est une expérience qui n’est jamais achevée. En
conséquence, la formation est un parcours unifié et intégral qui commence au
séminaire et se poursuit dans la vie sacerdotale sous la forme de la formation
permanente. Elle exige attention et soin à chaque moment. Même si une « grande
partie de l’efficacité de la formation dépend de la personnalité mûre et forte des
formateurs »89, on se rappellera que le séminariste – et le prêtre ensuite – est « le
protagoniste nécessaire et irremplaçable de sa formation »90.
Cf. ibid., n° 60 : AAS 84 (1992), 764-762 ; FRANÇOIS, Discours aux séminaristes et aux novices
provenant des différentes parties du monde à l’occasion de l’Année de la foi (6 juillet 2013) : Insegnamenti
I/2 (2013), 11.
FRANÇOIS, Rencontre avec les prêtres diocésains dans la cathédrale, Cassano all’Jonio (21 juin 2014) :
L’Osservatore Romano 140 (22 juin 2014), 7.
Cf. CONGREGATION POUR L’EDUCATION CATHOLIQUE, Directives pour la formation des séminaristes sur
les problèmes relatifs au mariage et à la famille (19 mars 1995), n° 33.
Pastores dabo vobis, n° 66 : AAS 84 (1992), 772-774.
Ibid., n° 69 : AAS 84 (1992), 778.
54. Après le premier discernement vocationnel indispensable, la formation –
comprise comme un cheminement, unique et ininterrompu, de formation du disciple
missionnaire91 –, peut être divisée en deux grandes étapes : la formation initiale au
séminaire et la formation permanente durant la vie sacerdotale.
55. La formation initiale correspond à la période qui précède l’ordination
sacerdotale, depuis l’entrée en propédeutique qui en fait partie intégrante. Elle doit
donc être caractérisée par tout ce qui prépare le séminariste à la vie presbytérale. Ceci
demande un travail patient et rigoureux sur la personne qui s’ouvre à l’action de
l’Esprit Saint. Sa finalité est la formation d’un cœur sacerdotal.
56. La formation permanente constitue une exigence non négociable dans la vie et
dans l’exercice du ministère de chaque prêtre. En effet, l’attitude intérieure du prêtre
doit consister en une disponibilité permanente à la volonté de Dieu, à l’exemple du
Christ. Elle implique une conversion continuelle du cœur, la capacité de lire la vie et
les événements à la lumière de la foi et surtout de la charité pastorale, en vue d’un
don total de soi à l’Église, selon le dessein de Dieu.
Il serait donc réducteur et faux de considérer la formation permanente comme une
simple « mise à jour » culturelle ou pastorale de la formation initiale au séminaire.
Par conséquent, « la formation permanente se prépare dès le temps du grand
séminaire. Il faut éveiller l’intérêt et le désir des futurs prêtres en leur montrant la
nécessité, les avantages et l’esprit de la formation permanente, et en assurant les
conditions de sa mise en œuvre »92.
a) La formation initiale et ses étapes
57. La formation initiale peut être à son tour répartie en quatre grandes étapes dont
les caractéristiques seront exposées en détail plus loin : « étape propédeutique » ;
« étape des études philosophiques » ou « de formation du disciple » ; « étape des
études théologiques » ou « configuratrice » ; et « étape pastorale » ou « de synthèse
FRANÇOIS, Lettre aux participants à l’Assemblée générale extraordinaire de la Conférence épiscopale
italienne (8 novembre 2014) : L’Osservatore Romano 258 (12 novembre 2014), 7 : « La formation dont nous
parlons est l’expérience permanente du disciple, qui unit au Christ et permet de se conformer toujours plus à
Lui. Celle-ci ne se finit donc jamais, parce que les prêtres n’arrêtent jamais d’être les disciples de Jésus et de
le suivre. La formation, en tant qu’elle perfectionne le disciple, accompagne donc toute la vie du ministre
ordonné et englobe toute sa personne et tout son ministère. Les formations initiale et permanente sont deux
moments d’une seule réalité : le cheminement du disciple prêtre, enflammé d’amour pour son Seigneur et
constamment à sa suite ».
Pastores dabo vobis, n° 71 : AAS 84 (1992), 783.
vocationnelle ». Toute sa vie, on ne cesse d’être « disciple », avec le désir constant
d’être « configuré » au Christ, pour exercer le ministère pastoral. Il s’agit en effet de
dimensions toujours présentes dans le cheminement de chaque séminariste, mais,
selon l’étape en cours, on porte une plus grande attention sur l’un ou l’autre aspect,
sans pour autant délaisser les autres.
58. À la fin de chaque étape, il est important de vérifier que les finalités propres à
la période éducative en question ont bien été atteintes. On tiendra compte pour cela
des évaluations périodiques, de préférence semestrielles ou au moins annuelles, que
les formateurs rédigeront par écrit. La réalisation des objectifs de la formation ne
doit pas être nécessairement liée au temps passé au séminaire ni surtout aux études
accomplies. Cela signifie qu’on ne doit pas parvenir au sacerdoce uniquement parce
qu’on a franchi les étapes qui, établies d’avance, se seraient succédées
chronologiquement d’une manière quasi « automatique », indépendamment des
progrès effectivement réalisés au niveau de la maturation de l’ensemble de la
personne. L’ordination, en effet, représente l’aboutissement d’un cheminement
spirituel vraiment accompli, qui a progressivement aidé le séminariste à prendre
conscience de l’appel reçu et des caractéristiques propres à l’identité presbytérale, et
qui lui a permis d’arriver à la maturité nécessaire sur le plan humain, chrétien et
On attend de la communauté des formateurs cohérence et objectivité dans
l’évaluation périodique intégrale des séminaristes, en tenant compte des quatre
dimensions de la formation qui seront traitées au chapitre V. Au séminariste on
demande de la docilité, une révision constante de sa vie et une disponibilité à la
correction fraternelle, afin de toujours mieux correspondre aux sollicitations de la
a.1. L’étape propédeutique
59. À la lumière de l’expérience des dernières décennies93, il est apparu nécessaire
de consacrer entièrement une période – ordinairement non inférieure à une année et
non supérieure à deux – pour une préparation de caractère introductif, en vue de la
formation sacerdotale qui s’ensuivra, ou au contraire, de la décision de changer
d’orientation de vie.
L’étape propédeutique vient après la découverte de la vocation et le premier accompagnement vocationnel
en dehors du séminaire, cf. Pastores dabo vobis, n° 62 : AAS 84 (1992), 767-768. C’est la Congrégation pour
l’éducation catholique qui, depuis 1980, a souhaité la proposition de cette étape d’initiation : « la nécessité
est devenue plus évidente d’intensifier la préparation des aspirants au grand séminaire, non seulement d’un
point de vue intellectuel, mais aussi et surtout humain et spirituel », CONGREGATION POUR L’EDUCATION
CATHOLIQUE, Document d’information La période propédeutique (10 mai 1998), III, n° 1. Dans une
Circulaire du 25 avril 1987, la Congrégation pour l’évangélisation des peuples avait aussi souhaité la
propédeutique comme « une période prolongée de discernement vocationnel, de maturation dans la vie
spirituelle et communautaire, également de rattrapage culturel en vue de la philosophie et de la théologie »,
in Enchiridion Vaticanum 10 (1989), 1214.
La propédeutique est une étape indispensable de la formation, qui a sa propre
spécificité. L’objectif principal consiste à poser des bases solides pour la vie
spirituelle et à favoriser une meilleure connaissance de soi pour la croissance
personnelle. Pour l’initiation et la maturation de la vie spirituelle, il sera surtout
nécessaire de faire entrer les candidats dans la prière grâce à la vie sacramentelle, la
Liturgie des Heures, la familiarité avec la Parole de Dieu qui doit être considérée
comme l’âme et le guide du cheminement, le silence, l’oraison, la lecture spirituelle.
De plus, ce temps est propice pour une première connaissance synthétique de la
doctrine chrétienne au moyen de l’étude du Catéchisme de l’Église Catholique, et
pour renforcer la dynamique du don de soi dans l’expérience paroissiale et caritative.
Enfin, la phase propédeutique pourra éventuellement compléter utilement la
formation culturelle.
Les études pendant l’étape propédeutique restent nettement distinctes des études
60. La phase propédeutique peut être diversifiée, selon les cultures et les
expériences des Églises locales, mais dans tous les cas elle devra consister en un
temps réel et spécifique de discernement vocationnel réalisé dans le cadre d’une vie
communautaire, et d’« introduction » aux étapes ultérieures de la formation initiale.
Dans la formation qui est offerte, il faut mettre l’accent sur la communion avec
l’évêque, le presbyterium et l’ensemble de l’Église particulière, entre autres parce
que, surtout aujourd’hui, un certain nombre de vocations proviennent de différents
groupes ou mouvements et ont besoin d’approfondir leurs liens avec les réalités
diocésaines94.
Il convient que la phase propédeutique soit vécue dans une communauté distincte
de celle du grand séminaire et, là où c’est possible, qu’elle ait aussi un lieu spécifique.
On mettra donc en place une propédeutique avec ses formateurs propres, qui vise à
une bonne formation humaine et chrétienne ainsi qu’à une sélection sérieuse des
candidats au grand séminaire95.
a.2. L’étape des études philosophiques (ou de formation du disciple)
61. Le concept de disciple. Le disciple est celui qui est appelé par le Seigneur à
être avec Lui (cf. Mc 3,14), à le suivre et à devenir missionnaire de l’Évangile. Il
Cf. La période propédeutique, III, n° 5.
FRANÇOIS, Discours aux participants de l’Assemblée plénière de la Congrégation pour le clergé (3
octobre 2014) : L’Osservatore Romano 226 (4 octobre 2014), 8 : « étudiez-bien le parcours d’une vocation !
Il faut bien évaluer si cela vient du Seigneur, si cet homme est sain, si cet homme est équilibré, si cet homme
est capable de donner vie, d’évangéliser, si cet homme est capable de former une famille et de renoncer à
cela pour suivre Jésus ».
apprend quotidiennement à pénétrer les secrets du Royaume de Dieu, dans une étroite
relation avec Jésus. Être avec le Christ devient un chemin pédagogique et spirituel qui
transforme l’existence et rend témoin de Son amour dans le monde.
62. Devenir disciple est une expérience et une dynamique qui – cela a déjà été
souligné – dure toute la vie et englobe toute la formation presbytérale.
Pédagogiquement, cela requiert une étape spécifique pendant laquelle vont être
employées toutes les énergies possibles pour que, en écoutant la Parole de Dieu, en la
conservant dans son cœur et en la mettant en pratique, le séminariste s’engage
profondément dans la sequela Christi. Ce temps spécifique se caractérise par la
formation du disciple de Jésus destiné à être pasteur, avec une attention spéciale à la
dimension humaine, en harmonie avec la croissance spirituelle. C’est l’accueil des
conseils évangéliques, selon les modalités propres à cette étape, qui aidera le
séminariste à mûrir sa décision définitive de suivre le Seigneur dans le sacerdoce
63. Tout en préparant à l’étape des études théologiques – appelée aussi étape
« configuratrice » –, et alors qu’elle oriente vers le choix définitif du presbytérat, cette
phase permet, par une ouverture à l’Esprit Saint, un travail systématique sur la
personnalité des séminaristes. Tout au long de la formation sacerdotale, on n’insistera
jamais assez sur l’importance de la formation humaine. La sainteté d’un prêtre, en
effet, dépend en grande partie de l’authenticité et de la maturité de l’humanité sur
laquelle elle se greffe. Si la personnalité n’est pas bien structurée et équilibrée, cela
représente objectivement un empêchement sérieux pour la poursuite de la formation
Dans ce but, les séminaristes s’habitueront à discipliner leur caractère, grandiront
dans la force d’âme et, d’une manière générale, acquerront les vertus humaines,
comme « la loyauté, le souci constant de la justice, la fidélité à tenir ses promesses,
la politesse dans le comportement, la modestie jointe à la charité dans la
conversation »96, qui feront d’eux un reflet vivant de l’humanité du Christ et comme
un pont entre les hommes et Dieu. Afin d’arriver à la solide maturité physique,
psychoaffective et sociale qui est demandée au pasteur, on utilisera comme un moyen
utile l’exercice physique et sportif, ainsi que l’éducation à un style de vie équilibré.
En plus de l’accompagnement essentiel des formateurs et du directeur spirituel pour
intégrer les aspects fondamentaux de la personnalité, un accompagnement
psychologique spécifique pourra aider dans certains cas.
Ce processus de formation vise à éduquer la personne à la vérité de son être, à la
liberté et à la maîtrise de soi. Elle aidera ainsi le séminariste à dépasser les diverses
formes d’individualisme et à réaliser le don sincère de soi qui permet de se consacrer
généreusement aux autres.
Optatam totius, n° 11 : AAS 58 (1966), 720.
64. La maturation humaine est suscitée et favorisée par l’action de la grâce qui
guide la croissance de la vie spirituelle. Celle-ci rend le séminariste capable de vivre
dans une attitude de prière, en présence de Dieu. Elle trouve son fondement dans la
relation personnelle au Christ qui consolide l’identité du disciple.
65. Il s’agit d’un processus de transformation qui implique toute la communauté.
En son sein, grâce à l’apport spécifique des formateurs et, d’une façon spéciale, du
directeur spirituel, un itinéraire pédagogique est proposé au candidat pour
l’accompagner dans son dynamisme de croissance, en l’aidant à prendre conscience à
la fois de sa pauvreté personnelle, du besoin de la grâce de Dieu et de la correction
66. La durée de cette étape, qui ne doit pas être inférieure à deux années,
correspondra à un temps suffisant pour atteindre les objectifs qui lui sont propres et
pour acquérir, dans le même temps, la connaissance nécessaire de la philosophie et
des sciences humaines. Il est indispensable qu’elle soit valorisée à sa juste mesure et
comprise dans ses objectifs spécifiques, afin de ne pas être simplement considérée
comme le « passage obligé » pour accéder aux études théologiques.
67. Au terme de l’étape des études philosophiques – ou de formation du disciple –,
le séminariste, une fois acquises une liberté et une maturité intérieures adéquates,
devrait disposer des moyens nécessaires pour commencer, dans la paix et dans la joie,
le cheminement qui le conduira vers une plus grande configuration au Christ selon la
vocation au ministère ordonné. En effet, après cette étape, l’admission du séminariste
parmi les candidats aux Ordres (à la suite de sa petitio ou demande, etc.) sera possible
s’il apparaît que son propos, accompagné des qualités requises, a atteint une
maturation suffisante97. De son côté, l’Église, en accueillant l’offrande que le
séminariste fait de lui-même, le choisit et l’appelle afin qu’il se prépare à recevoir
dans l’avenir l’Ordre sacré. En présupposant une décision responsable de la part du
séminariste, l’admission parmi les candidats aux Ordres représente pour lui une
reconnaissance officielle de la part de l’Église qui l’invite à poursuivre sa formation,
pour une configuration au Christ Pasteur.
a.3. L’étape des études théologiques (ou de configuration au Christ)
68. Le concept de configuration. Comme cela a déjà été dit, la vie entière d’un
prêtre, depuis le moment de son appel, est une formation continue : celle d’un disciple
de Jésus, docile à l’action de l’Esprit Saint pour le service de l’Église. La pédagogie
de la formation initiale, dans les premières années du séminaire, visait avant tout à
faire entrer le candidat dans la sequela Christi ; au terme de cette étape, dite de
formation du disciple, la formation se concentre sur la configuration du séminariste au
Cf. PAUL VI, Lettre apostolique Ad pascendum (15 août 1972), I, a) et c) : AAS 64 (1972), 538-539.
Christ, Pasteur et Serviteur, afin que, uni à Lui, il puisse faire de sa vie un don de soi
Cette configuration exige une plongée profonde dans la contemplation de la
Personne de Jésus Christ, Fils bien-aimé du Père, envoyé comme Pasteur du peuple
de Dieu. Elle rend la relation au Christ plus intime et personnelle, et favorise en
même temps la connaissance et l’intégration de l’identité presbytérale.
69. L’étape des études théologiques, ou « configuratrice », a particulièrement pour
but la formation spirituelle propre au prêtre. Grâce à elle, la conformation graduelle
au Christ devient une expérience qui suscite, dans la vie du disciple, les sentiments et
les comportements du Fils de Dieu ; elle introduit en même temps à l’apprentissage
d’une vie presbytérale qui soit à la fois désireuse et capable d’un don de soi dans le
service pastoral du peuple de Dieu. Cette étape permet une ressemblance progressive
à la physionomie du Bon Pasteur qui connaît ses brebis, donne sa vie pour elles98 et
va à la recherche de celles qui sont hors du bercail (cf. Jn 10,14-17).
Le contenu de cette étape est exigeant et implique un engagement vigoureux,
personnel et permanent à exercer les vertus cardinales et théologales ainsi que les
conseils évangéliques99, et à être docile sous l’action de Dieu à travers les dons du
Saint-Esprit, dans une perspective vraiment presbytérale et missionnaire ; elle
demande également l’apprentissage de la relecture progressive de son histoire
personnelle à la lumière de la charité pastorale qui anime, forme et motive la vie du
prêtre100.
70. L’engagement spécial qui caractérise la configuration au Christ Serviteur et
Pasteur peut correspondre à l’étape des études théologiques, sans que celles-ci n’en
épuisent le contenu et la dynamique globale. Concrètement, il faudrait assurer une
interaction harmonieuse et féconde entre d’une part maturité humaine et spirituelle et
d’autre part entre vie de prière et apprentissage théologique.
71. Dans l’optique du service d’une Église particulière qu’ils assumeront plus tard,
les séminaristes sont appelés à acquérir la spiritualité du prêtre diocésain qui
comprend le don désintéressé de lui-même au diocèse auquel il appartient ou dans
lequel il exerce de fait le ministère, comme pasteur et serviteur de tous dans un
contexte précis (cf. 1Co 9,19). Du point de vue du lien avec l’Église locale, cette
appartenance diocésaine concerne spécifiquement le clergé séculier, mais elle touche
Directoire pour le ministère et la vie des prêtres, n° 8 : « On peut donc dire que la configuration au Christ,
par le moyen de la consécration sacramentelle, définit le prêtre au sein du peuple de Dieu, en le faisant
participer d’une façon qui lui est propre au pouvoir sanctificateur, magistériel et pastoral de Jésus Christ
lui-même, Tête et Pasteur de l’Église. Le prêtre en devenant plus semblable au Christ est – grâce à Lui et
non par lui-même – un collaborateur du salut de ses frères : ce n’est plus lui qui vit et agit, mais le Christ en
lui (cf. Gal 2, 20) ».
Cf. Pastores dabo vobis, n° 27 : AAS 84 (1992), 710.
Cf. ibid, n° 23 : AAS 84 (1992), 691-694.
indistinctement tous les prêtres qui y exercent leur ministère, non sans valoriser le
charisme propre de chacun. Cela signifie également voir les choses et agir en
communion avec l’évêque et les confrères prêtres, pour le bien d’une portion du
peuple de Dieu101.
Cet amour pour le diocèse, dont aucun prêtre ne doit se passer, peut être utilement
enrichi par d’autres charismes suscités par l’action de l’Esprit Saint. De la même
façon, le don sacerdotal reçu avec l’ordination inclut le don à l’Église universelle et
ouvre donc à la mission pour le salut qui est adressé à tous les hommes, jusqu’aux
plus lointains confins de la terre (cf. Ac 1,8)102.
72. Au cours de cette étape, en fonction de la maturation de chaque candidat et de
ce qui est opportun pour la formation, on conférera aux séminaristes les ministères du
lectorat et de l’acolytat, afin qu’ils puissent les exercer pendant une période
convenable et mieux se préparer aux services futurs de la Parole et de l’Autel 103. Le
lectorat place le séminariste devant le « défi » de se laisser transformer par la Parole
de Dieu, objet de sa prière et de son étude. La réception de l’acolytat implique une
participation plus profonde au mystère du Christ qui se donne et qui est présent dans
l’Eucharistie, dans l’assemblée et dans chaque frère.
Enracinés dans une préparation spirituelle adéquate, les deux ministères permettent
de vivre plus intensément ce qui est demandé dans l’étape « configuratrice ». Il est
donc opportun d’offrir aux lecteurs et aux acolytes, pendant cette étape, des modalités
concrètes d’exercice des ministères reçus, non seulement dans le cadre liturgique,
mais aussi dans la catéchèse, l’évangélisation et le service du prochain.
A tout moment, un accompagnement adéquat pourrait révéler que l’appel qu’un
jeune pensait avoir reçu – quand bien même il aurait été reconnu au cours de la
première étape –, n’est pas en réalité une vocation au sacerdoce ministériel ou bien
n’a pas été correctement cultivé. Dans ce cas, de sa propre initiative ou à la suite
d’une intervention des formateurs, le séminariste devra interrompre sa formation en
vue de l’ordination presbytérale.
73. L’étape des études théologiques, ou « configuratrice », est par sa nature
orientée vers la réception du sacrement de l’Ordre. Au terme de cette étape ou durant
la phase suivante, si l’évêque, après avoir entendu les formateurs, le juge apte, le
FRANÇOIS, Discours aux prêtres du diocèse de Caserta (26 juillet 2014) : L’Osservatore Romano 171 (2829 juillet 2014), 5 : « Mais où est le centre de la spiritualité du prêtre diocésain ?... C’est avoir la capacité
de s’ouvrir à l’esprit diocésain… Cela signifie une relation avec l’évêque que l’on doit pratiquer et faire
croître sans cesse… En deuxième lieu, l’esprit diocésain comporte une relation avec les autres prêtres, avec
tout le presbyterium. Il n’y a pas de spiritualité du prêtre diocésain sans ces deux relations : avec l’évêque et
avec le presbyterium. Et elles sont nécessaires. »
Cf. Presbyterorum ordinis, n° 10 : AAS 58 (1966), 1007-1008 ; Pastores dabo vobis, n° 17 : AAS 84
(1992), 682-684.
Cf. PAUL VI, Lettre apostolique Ministeria quaedam (15 août 1972), V-VI : AAS 64 (1972), 532-533.
séminariste demandera et recevra l’ordination diaconale qui lui confère la condition
de clerc, avec les devoirs et les droits connexes, et il sera incardiné « dans une Église
particulière ou à une Prélature personnelle, à un Institut de vie consacrée ou une
Société… »104, dans une association ou dans un ordinariat qui en a la faculté.
a.4. L’étape pastorale (ou de synthèse vocationnelle)
74. L’étape pastorale (ou de synthèse vocationnelle) est comprise entre la période
passée au séminaire et l’ordination presbytérale. Elle comprend évidemment la
réception du diaconat. L’objectif de cette étape est double : il s’agit d’une part de
s’insérer dans la vie pastorale en assumant progressivement plus de responsabilités,
dans un esprit de service ; il s’agit d’autre part de mettre en œuvre une préparation
adéquate au presbytérat à l’aide d’un accompagnement spécifique. Pendant cette
étape, le candidat est invité à déclarer de façon libre, consciente et définitive, sa
volonté de devenir prêtre une fois reçue l’ordination diaconale105.
75. Sur ce point il existe dans les Églises particulières une grande variété
d’expériences. Il revient aux Conférences épiscopales de déterminer les parcours de
formation en vue des ordinations diaconale et sacerdotale. D’ordinaire, cette étape se
réalise en-dehors du séminaire lui-même, au moins pendant une partie importante du
temps. Cette période, qui se vit normalement au service d’une communauté, peut
avoir des conséquences significatives sur la personnalité du candidat. Il est donc
recommandé que le curé, ou un autre responsable de la réalité pastorale qui accueille
le séminariste, soit conscient de la charge dont il est investi pour sa formation et
l’accompagne dans sa progressive insertion.
76. En lien avec le recteur du séminaire où le séminariste a reçu sa formation et en
tenant compte à la fois des exigences du presbyterium et des possibilités de formation
qui peuvent être offertes, l’Ordinaire assigne à chaque séminariste une communauté
au sein de laquelle il accomplira son service pastoral106. La durée de cette étape de la
formation est variable et dépend de la maturité effective et de l’aptitude du candidat à
recevoir les Ordres. Il est toutefois nécessaire de respecter au moins les temps établis
par le droit entre la réception du diaconat et du presbytérat107.
77. L’ordination diaconale et presbytérale. Au terme de la formation du séminaire,
les formateurs doivent aider le candidat à accepter avec docilité la décision de
l’évêque à son sujet108.
C.I.C., can. 265.
Cf. Optatam totius, n° 12 : AAS 58 (1966), 721.
Cf. ibid., n° 21 : AAS 58 (1966), 726.
Cf. C.I.C., cann. 1031, § 1 et 1032, § 2.
Cf. BENOIT XVI, Exhortation apostolique post-synodale Sacramentum caritatis (22 février 2007), n° 25 :
AAS 99 (2007), 125-126.
Ceux qui reçoivent le sacrement de l’Ordre ont besoin d’une préparation adéquate,
spécialement sur le plan spirituel109. L’esprit d’oraison, enraciné dans la relation avec
la personne de Jésus, et la fréquentation de figures sacerdotales exemplaires
accompagneront la méditation assidue du rituel de l’ordination qui, par les oraisons et
les gestes liturgiques, résume et exprime la signification profonde du sacrement de
l’Ordre dans l’Église.
78. La famille de l’ordinand et toute la communauté paroissiale devraient vivre
aussi une période intense de préparation. Il convient toutefois de distinguer clairement
la préparation spécifique au diaconat et celle au presbytérat car il s’agit de deux
moments bien différents. C’est pourquoi, lorsque de graves raisons n’obligent pas à
agir autrement, il n’est pas opportun d’unir dans la même célébration les ordinations
diaconales (qu’il s’agisse du diaconat en vue du sacerdoce ou du diaconat permanent)
et presbytérales, afin de pouvoir consacrer à chaque circonstance l’attention
spécifique qui lui est due et d’en faciliter la compréhension de la part des fidèles.
79. Le lien avec la formation permanente. Après l’ordination presbytérale, le
processus de formation se poursuit à l’intérieur de la famille du presbyterium. Il
appartient à l’évêque, aidé de ses collaborateurs, de faire entrer les prêtres dans les
dynamiques propres de la formation permanente110.
b) La formation permanente
80. L’expression « formation permanente »111 exprime l’idée que ceux qui sont
appelés au sacerdoce ne doivent jamais cesser d’expérimenter qu’ils sont des
disciples. Non seulement le prêtre « apprend à connaître le Christ » mais, sous
l’action de l’Esprit Saint, il est pris dans un processus de configuration progressive et
continue au Christ, dans son être et dans son agir. Ceci constitue un défi permanent de
croissance intérieure de la personne112.
Il faut constamment alimenter la « flamme » qui apporte lumière et chaleur à
l’exercice du ministère, sachant que « la charité pastorale est l’âme et la forme de la
Cf. C.I.C., can. 1039.
Cf. Apostolorum successores, n° 83 : Enchiridion Vaticanum 22 (2006), 1764-1766.
Avec le temps, le concept de formation permanente a été approfondi tant dans le cadre de la société que de
l’Église. La « Lettre aux Prêtres », envoyée par JEAN-PAUL II, le 8 avril 1979 : Insegnamenti II (1979), 857859, constitue un jalon important de cet approfondissement : « nous devons tous nous convertir chaque jour.
Nous savons que c’est là une exigence fondamentale de l’Évangile adressée à tous les hommes (cf. Mt 4,17;
Mc 1,15), et nous devons d’autant plus la considérer comme adressée à nous […] Nous devons joindre la
prière à un continuel travail sur nous-mêmes : c’est la “formation permanente” […] une telle formation doit
être aussi bien intérieure, c’est-à-dire visant à l’approfondissement de la vie spirituelle du prêtre, que
pastorale et intellectuelle (philosophique et théologique) ». Pour une vision d’ensemble et une synthèse sur
ce point, cf. Directoire pour le ministère et la vie des prêtres, nn° 87-115.
Cf. FRANÇOIS, Discours aux participants à l’Assemblée plénière de la Congrégation pour le clergé (3
octobre 2014) : L’Osservatore Romano 226 (4 octobre 2014), 8.
formation permanente du prêtre »113.
81. La formation permanente vise à soutenir la fidélité au ministère sacerdotal
selon un cheminement de conversion continuelle, pour raviver le don reçu au moment
de l’ordination114. Ce parcours est le prolongement naturel du processus de
structuration de l’identité presbytérale, commencé au séminaire et sacramentellement
accompli avec l’ordination sacerdotale, en vue du service pastoral qui la fait mûrir
avec le temps115.
82. Il est important que les fidèles puissent rencontrer des prêtres suffisamment
mûrs et formés : à ce devoir, en effet, « correspond un droit des fidèles qui
bénéficient des effets positifs de la bonne formation et de la sainteté des prêtres »116.
La formation permanente doit être concrète, c’est-à-dire incarnée dans la réalité
presbytérale, de façon à ce que tous les prêtres puissent effectivement la recevoir,
sans oublier que le prêtre lui-même est le premier et principal responsable de sa
formation permanente117.
Le premier cadre dans lequel se développe la formation permanente est la
fraternité presbytérale. Il est souhaitable que, dans chaque diocèse, cette formation
soit organisée par un prêtre ou un groupe de prêtres formés pour cela et officiellement
chargés d’assurer un service de formation permanente qui tienne compte de la tranche
d’âge et des circonstances particulières de chaque confrère118.
83. La première phase de ce cheminement est celle des années qui suivent
immédiatement l’ordination presbytérale. Pendant cette période, le prêtre acquiert,
dans l’exercice du ministère, la fidélité à la rencontre personnelle avec le Seigneur, à
son propre accompagnement spirituel, ainsi que l’habitude de consulter des prêtres de
plus grande expérience. La capacité d’établir des relations de collaboration et
d’échanger avec d’autres prêtres de la même génération est particulièrement
importante. Il est souhaitable que soit encouragé l’accompagnement de la part de
confrères menant une vie exemplaire et possédant un zèle pastoral, qui aident les
jeunes prêtres à s’impliquer avec cœur et de façon active dans la vie du presbyterium
diocésain tout entier.
De par sa responsabilité, l’évêque doit « éviter que les nouveaux ordonnés soient
plongés dans des situations trop difficiles ou trop délicates. On devra par ailleurs
éviter les postes où ils devraient agir loin de leurs confrères. Il faudra même, dans la
mesure du possible, favoriser des formes adéquates de vie commune »119. On aura
Pastores dabo vobis, n° 70 : AAS 84 (1992), 781.
Cf. ibid. : AAS 84 (1992), 778-782.
Cf. ibid., n° 71 : AAS 84 (1992), 782-783.
Directoire pour le ministère et la vie des prêtres, n° 87.
Cf. Pastores dabo vobis, n° 79 : AAS 84 (1992), 796.
Cf. Directoire pour le ministère et la vie des prêtres, n° 108.
Ibid., n° 100.
soin de mettre en place un accompagnement personnel des jeunes prêtres, de
développer et de soutenir leurs qualités, de façon à ce qu’ils puissent vivre avec joie
leurs premiers défis pastoraux. De cela, le curé, ou tout autre prêtre, auprès duquel le
jeune prêtre est envoyé en ses débuts, doit se sentir premier responsable.
84. Après quelques années d’expérience pastorale, de nouveaux défis touchant le
ministère et la vie du prêtre pourraient apparaître :
a. L’expérience de la faiblesse personnelle : l’apparition de contradictions qui
pourraient encore demeurer dans sa personnalité et qu’il faut nécessairement
affronter. L’expérience de sa faiblesse pourra conduire le prêtre à grandir dans
l’humilité et dans la confiance en l’action miséricordieuse du Seigneur – dont
la « puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse » (2Co 12,9) –, ainsi
que dans la compréhension bienveillante à l’égard des autres. Le prêtre ne
devra pas s’isoler ; il aura au contraire besoin de soutien et d’accompagnement
d’ordre spirituel et/ou psychologique. Dans tous les cas il sera utile
d’intensifier la relation avec le directeur spirituel en faisant la vérité sur sa vie
et en la comprenant mieux à la lumière de l’Évangile afin que, des difficultés,
ressortent des enseignements positifs.
b. Le risque de se sentir fonctionnaire du sacré : les années qui passent
engendrent chez le prêtre la sensation de se percevoir comme un fonctionnaire
de l’Église ou du sacré120 sans avoir un cœur de pasteur. Dès qu’il se rendra
compte de cette situation, le prêtre devra rechercher une plus grande proximité
avec les confrères et se rendre abordable. Comme l’a rappelé le Pape François,
« nous n’avons pas besoin […] de prêtres fonctionnaires qui, tout en jouant un
rôle, cherchent leur consolation loin du Christ. Seul celui qui tient son regard
fixé sur ce qui est vraiment essentiel peut renouveler son oui au don reçu et,
dans les diverses étapes de la vie, ne pas oublier de faire le don de soi-même ;
seul celui qui se laisse conformer au Bon Pasteur trouve unité, paix et force
dans l’obéissance du service… »121.
c. Le défi de la culture contemporaine : l’insertion adéquate du ministère
presbytéral dans la culture actuelle, avec les diverses problématiques qu’elle
porte requiert des prêtres à la fois ouverture et mise à jour122, et surtout un
solide ancrage dans les quatre dimensions de la formation : humaine,
spirituelle, intellectuelle et pastorale.
d. L’attraction du pouvoir et de la richesse : l’attachement à une position, le
Cf. Pastores dabo vobis, n° 72 : AAS 84 (1992), 783-787.
FRANÇOIS, Lettre aux participants de l’Assemblée générale extraordinaire de la Conférence épiscopale
italienne (8 novembre 2014) : L’Osservatore Romano 258 (12 novembre 2014), 7 ; Cf. Presbyterorum
ordinis, n° 14 : AAS 58 (1966), 1013-1014.
Cf. Pastores dabo vobis, n° 78 : AAS 84 (1992), 795-796.
besoin obsessionnel de se créer des chasses gardées, l’aspiration à une carrière,
l’émergence d’une soif de pouvoir ou d’un désir de richesses avec, en
conséquence, le manque de disponibilité à la volonté de Dieu, aux nécessités du
peuple dont on a la charge et au mandat reçu de l’évêque. En de telles
situations, il sera opportun de faire une admonestation fraternelle, une
réprimande ou d’utiliser tout autre moyen dicté par la sollicitude pastorale, à
moins que ces comportements ne constituent un délit qui requière l’application
d’une peine.
e. Le défi du célibat : vivre le célibat pour le Royaume quand les sollicitations
sans cesse nouvelles et les tensions de la vie pastorale, au lieu de favoriser la
croissance et la maturation de la personne, provoquent une régression affective.
Celle-ci conduit, sous l’influence d’une tendance socialement répandue, à
donner une place indue aux besoins personnels et à rechercher des
compensations qui empêchent l’exercice de la paternité sacerdotale et de la
charité pastorale.
f. Le dévouement total au ministère : les années qui passent, la fatigue,
l’affaiblissement physique, l’apparition des premiers ennuis de santé, les
conflits, les déceptions par rapport aux attentes pastorales, le poids de la
routine, les résistances au changement et d’autres conditionnements
socioculturels pourraient affaiblir le zèle apostolique et la générosité de
l’engagement dans le ministère pastoral.
85. À tout âge, il peut arriver qu’un prêtre ait besoin d’assistance en raison
d’infirmité. Les prêtres anciens et malades offrent leur témoignage à la communauté
chrétienne et au presbyterium, et sont le signe efficace et éloquent d’une vie donnée
au Seigneur. Il est important qu’ils puissent continuer à se sentir partie prenante du
presbyterium et de la vie diocésaine, en particulier grâce aux visites fréquentes des
confrères et à leur proximité pleine d’attention.
86. Sont également bienvenues les initiatives qui visent à soutenir les prêtres, et
qui naissent au service de ceux qui exercent leur ministère dans une même zone
géographique, un milieu pastoral déterminé ou selon un projet commun.
87. La fraternité sacramentelle constitue une aide précieuse pour la formation
permanente des prêtres. En effet, en tant que disciples, ils doivent grandir toujours
plus dans la charité, synthèse de la « perfection sacerdotale »123, mais ils ne peuvent
le faire seuls parce qu’ils forment un unique presbyterium dont l’unité est constituée
par « des liens spéciaux de charité apostolique, de ministère et de fraternité »124.
L’« intime fraternité sacramentelle »125 des prêtres est donc la première manifestation
Presbyterorum ordinis, n° 14 : AAS 58 (1966), 1013.
Ibid., n° 8 : AAS 58 (1966), 1004.
Ibid. : AAS 58 (1966), 1003.
de la charité et le premier espace où elle peut grandir. Tout cela se fait avec l’aide de
l’Esprit Saint et non sans un combat spirituel personnel qui doit purifier de toute
forme d’individualisme.
88. Parmi les modalités concrètes de la fraternité sacramentelle, certaines en
particulier méritent d’être proposées dès la formation initiale :
a. Rencontres fraternelles : quelques prêtres organisent des rencontres
fraternelles pour prier, par exemple en lisant ensemble la Parole de Dieu sous
les différentes formes de Lectio Divina, pour approfondir tel thème théologique
ou pastoral, partager sur l’engagement ministériel, s’entraider ou simplement
passer un moment ensemble. Ces différentes formes de rencontres constituent
l’expression la plus simple et la plus répandue de la fraternité sacerdotale. Il
est, dans tous les cas, vivement souhaitable de les promouvoir.
b. Direction spirituelle et confession : la fraternité sacramentelle devient une aide
précieuse quand elle prend la forme de la direction spirituelle et de la
confession que les prêtres se demandent les uns aux autres. La régularité de ce
type de rencontre permet de maintenir vivante la « tension des prêtres vers la
perfection spirituelle dont dépend surtout l’efficacité de leur ministère »126. En
particulier dans les moments de difficulté, les prêtres peuvent trouver dans le
directeur spirituel un frère qui les aide à discerner l’origine de leurs problèmes
et à mettre en œuvre les moyens adaptés pour les affronter.
c. Retraites spirituelles : elles sont d’une importance fondamentale pour la vie du
prêtre du fait qu’en le conduisant à la rencontre personnelle avec le Seigneur
dans le silence et le recueillement, elles représentent un temps privilégié de
discernement personnel et apostolique pour une révision de vie progressive et
profonde. Proposées de façon communautaire pour les prêtres, elles favorisent
une participation plus nombreuse et renforcent la communion fraternelle.
d. Table commune : en partageant leurs repas, les prêtres apprennent à se
connaître, à s’écouter et à s’apprécier. Ils y trouvent également l’occasion d’un
échange amical bénéfique.
e. Vie commune : quelques prêtres mènent une vie commune, que ce soit le fruit
d’une initiative personnelle, d’une nécessité pastorale, parce que c’est la
coutume ou en raison d’une disposition locale127. Le fait de vivre ensemble
devient une véritable « vie commune » si elle comprend la prière
communautaire, la méditation de la Parole de Dieu et d’autres occasions de
formation permanente ; elle permet en plus un échange et une réflexion sur les
BENOIT XVI, Discours aux participants à l’Assemblée plénière de la Congrégation pour le clergé (16
mars 2009) : Insegnamenti V/1 (2009), 392.
Cf. C.I.C., can. 280 ; Directoire pour le ministère et la vie des prêtres, n° 38.
engagements pastoraux respectifs. La vie commune vise aussi à soutenir
l’équilibre affectif et spirituel de ceux qui y participent et elle renforce la
communion avec l’évêque. Il faudra veiller à ce que ces différentes formes
restent ouvertes au presbyterium tout entier et aux nécessités pastorales du
f. Associations sacerdotales : elles tendent fondamentalement à favoriser l’unité
des prêtres entre eux, avec le reste du presbyterium et avec l’évêque128. Les
membres des diverses associations reconnues par l’Église trouvent en elles un
soutien fraternel dont ils ressentent le besoin pour marcher vers la sainteté et
pour vivre leur engagement pastoral129. Quelques prêtres appartiennent aussi à
de nouveaux mouvements ecclésiaux, à l’intérieur desquels ils trouvent un
climat de communion et reçoivent un encouragement pour un élan missionnaire
renouvelé ; sans être habituellement incardinés en leur sein, d’autres vivent une
consécration personnelle dans les Instituts séculiers « qui ont un caractère
spécifiquement diocésain »130.
Cf. C.I.C., can. 278, §§ 1-2.
Cf. Directoire pour le ministère et la vie des prêtres, n° 106.
Pastores dabo vobis, n° 81 : AAS 84 (1992), 799.
Les dimensions de la formation
a) L’interaction des dimensions de la formation
89. Comme l’indique l’Exhortation apostolique post-synodale Pastores dabo
vobis131, les dimensions qui interagissent simultanément dans l’iter de formation et
dans la vie des ministres ordonnés sont au nombre de quatre : la dimension humaine
qui est la « base nécessaire et dynamique » de toute la vie presbytérale ; la dimension
spirituelle qui conditionne la qualité du ministère sacerdotal ; la dimension
intellectuelle qui offre les instruments rationnels nécessaires pour comprendre les
valeurs propres qui définissent le pasteur, de manière à pouvoir les incarner dans la
vie et à transmettre le contenu de la foi de façon adéquate ; la dimension pastorale qui
habilite à un service ecclésial responsable et fécond.
Chacune de ces dimensions de la formation a pour visée la « transformation ou
l’assimilation » du cœur à celui du Christ132, Lui qui, envoyé par le Père pour
accomplir son dessein d’amour, a été saisi de compassion devant la misère humaine
(cf. Mt 9,35-36), est parti à la recherche des brebis perdues (cf. Mt 18,12-14) jusqu’à
donner sa vie pour elles (cf. Jn 10,11), car Il n’est pas venu pour être servi mais pour
servir (cf. Mt 20,24-28). Comme le Concile Vatican II l’a évoqué133, tout le processus
éducatif de préparation au sacerdoce ministériel a pour but, en effet, de disposer les
séminaristes « à communier à la charité du Christ Bon Pasteur »134.
90. Par le sacrement de l’Ordre, le séminariste sera appelé à rassembler dans
l’unité et à gouverner le peuple de Dieu, comme un guide qui cherche et encourage la
collaboration de tous les fidèles. La formation au sacerdoce doit donc se dérouler
dans un climat communautaire capable de développer les aptitudes qui relèvent
proprement de la vie et des fonctions du ministère presbytéral135.
La vie communautaire au séminaire est le cadre le plus adapté pour la formation
d’une véritable fraternité presbytérale et le milieu propre pour que les dimensions cidessus concourent et interagissent en s’harmonisant et en s’intégrant les unes aux
autres. En ce qui concerne la formation communautaire et pour favoriser une
connaissance toujours plus grande de chaque séminariste, on doit prêter attention à
Cf. ibid., nn° 43-59 : AAS 84 (1992), 731-762.
Cf. Optatam totius, n° 4 : AAS 58 (1966), 716 ; Pastores dabo vobis, n° 57 : AAS 84 (1992), 757-759.
Cf. Optatam totius, nn° 4 et 19 : AAS 58 (1966), 716 et 725-726.
Pastores dabo vobis, n° 57 : AAS 84 (1992), 757-758.
Ibid., n° 65 : AAS 84 (1992), 770 : « L’Église, comme telle, est le sujet communautaire qui a la grâce et la
responsabilité d’accompagner ceux que le Seigneur appelle à devenir ses ministres dans le sacerdoce ».
des moyens éducatifs comme : la communication ouverte et sincère, le partage, la
révision de vie, la correction fraternelle et une vie communautaire planifiée.
Le terreau de la vocation au ministère presbytéral est la communauté. En effet le
séminariste provient d’une communauté et, après l’ordination, il est envoyé dans une
communauté pour la servir. Le séminariste d’abord, le prêtre par la suite, ont besoin
d’un lien vital avec la communauté. Elle est comme un fil conducteur qui harmonise
et unit les quatre dimensions de la formation.
91. La communauté chrétienne est rassemblée par l’Esprit pour être envoyée en
mission. L’ardeur missionnaire et sa mise en œuvre concrète appartiennent donc à
l’essence du peuple de Dieu tout entier136 qui doit être constamment « en sortie »137,
puisque « la joie de l’Évangile qui remplit la vie de la communauté des disciples est
une joie missionnaire »138. Un tel élan missionnaire concerne encore plus
spécialement ceux qui sont appelés au ministère presbytéral car le dynamisme
évangélisateur est la finalité et l’horizon de toute la formation. La mission est donc
bien cet autre fil conducteur (cf. Mc 3,14) qui unit les dimensions déjà mentionnées,
les anime et les vivifie. Elle permet au prêtre bien formé sur le plan humain, spirituel,
intellectuel et pastoral, de vivre son ministère en plénitude, étant donné « que chaque
prêtre est invité à avoir un esprit missionnaire, un esprit vraiment “catholique” qui,
partant du Christ, s’adresse à tous “car il veut que tous les hommes soient sauvés et
arrivent à connaître pleinement la vérité” (1Tm 2,4) »139.
92. Le concept de formation intégrale revêt la plus grande importance car c’est la
personne dans sa totalité, avec tout ce qu’elle est et tout ce qu’elle a, qui est au service
du Seigneur et de la communauté chrétienne. Celui qui est appelé est un « sujet
intégral », c’est-à-dire une personne destinée à posséder une unité intérieure solide,
sans divisions ni dichotomies. Pour atteindre cet objectif, il est nécessaire d’adopter
un modèle pédagogique intégré, c’est-à-dire un cheminement où la communauté
éducative collabore à l’action de l’Esprit Saint et garantisse un juste équilibre entre
les diverses dimensions de la formation.
En conséquence, il faudra veiller à ce que des visions réductrices ou erronées du
presbytérat ne s’introduisent dans l’iter de formation. Les formateurs discerneront
donc avec attention si ceux qui leur sont confiés n’adhèrent aux exigences éducatives
que de façon extérieure et formelle ; non seulement une telle attitude ne contribuerait
pas à leur croissance intégrale, mais elle les habituerait, plus ou moins
inconsciemment, à une obéissance purement « servile et intéressée ».
b) La dimension humaine
Cf. Evangelii gaudium, nn° 119-121 : AAS 105 (2013), 1069-1071.
Ibid., n° 20 : AAS 105 (2013), 1028.
Ibid., n° 21 : AAS 105 (2013), 1028.
Directoire pour le ministère et la vie des prêtres, n° 16.
93. L’appel divin interpelle et implique l’être humain « concret ». Il est nécessaire
que la formation au sacerdoce offre les moyens adéquats pour faciliter la maturation
du candidat en vue d’un exercice authentique du ministère presbytéral. Pour cela, le
séminariste est appelé à développer sa personnalité en ayant comme modèle et
principe le Christ, l’homme parfait.
L’ample réflexion du Nouveau Testament sur les critères d’idonéité des ministres
ordonnés140 montre avec quelle attention, dès les origines, ont été pris en
considération les aspects propres à la dimension humaine. Les Pères de l’Église ont
élaboré et pratiqué la « thérapie » du croyant appelé au service apostolique, parce
qu’ils étaient convaincus du besoin profond de maturation qui habite chaque
homme141. Une spiritualité juste et harmonieuse exige une humanité bien structurée.
En effet, comme le rappelle saint Thomas d’Aquin, « la grâce présuppose la
nature »142, elle ne la remplace pas mais la perfectionne143. Il est donc nécessaire de
cultiver l’humilité, le courage, le sens pratique, la magnanimité de cœur, la droiture
du jugement et le discernement, la tolérance et la transparence, l’amour de la vérité et
94. En promouvant une croissance intégrale de la personne, la formation humaine,
fondement de toute la formation sacerdotale144, permet de forger toutes ses
dimensions. Du point de vue physique, elle concerne, entre autres, la santé,
l’alimentation, l’activité physique, le repos. Au plan psychologique, elle vise la
constitution d’une personnalité stable, caractérisée par une affectivité équilibrée, la
maîtrise de soi et une sexualité bien intégrée. Dans le domaine moral, l’exigence de
référence sera que le candidat travaille à la formation de sa conscience de telle sorte
qu’il devienne quelqu’un de responsable, capable de prendre des décisions justes,
doté d’un jugement droit et d’une perception objective des personnes et des
événements. Cette perception devra amener le séminariste à une juste estime de soi,
afin d’être conscient de ses dons et d’apprendre à les mettre au service du peuple de
Dieu. Toujours dans la formation humaine, on éduquera au « sens du beau » en
soignant la qualité esthétique de l’environnement et en faisant connaître différentes
expressions artistiques. La sphère sociale sera aussi prise en compte afin d’aider les
candidats à améliorer leurs capacités relationnelles et à collaborer ainsi à l’édification
de leur communauté de vie.
Pour qu’une telle action éducative soit féconde, il importe que chaque séminariste,
d’une part soit personnellement conscient de son histoire, de la manière dont il a vécu
son enfance et son adolescence, de l’influence qu’exercent sur lui sa famille et les
Par exemple, cf. Mt 28, 20 ; 1P 5, 1-4 ; Tt 1, 5-9.
Par exemple, on peut mentionner GREGOIRE DE NAZIANZE, Oratio II : PG 35, 27.
THOMAS D’AQUIN, Summa Theologiae, I, q. 2, a. 2, ad 1.
Cf. ibid., I, q. 1, a. 8, ad 2.
Cf. Pastores dabo vobis, n° 43 : AAS 84 (1992), 731-732.
figures parentales, de sa capacité ou non d’instaurer des relations interpersonnelles
mûres et équilibrées, tout comme celle de gérer positivement les moments de solitude
et, qu’il sache d’autre part s’ouvrir aux formateurs sur tous ces aspects. Ces
informations sont capitales afin de choisir les instruments pédagogiques opportuns,
tant pour l’évaluation du chemin réalisé que pour une meilleure compréhension des
moments possibles de régression ou de difficulté.
95. La maturité dans les relations des séminaristes avec des hommes et des
femmes, de tous âges et de conditions sociales diverses, est un signe du
développement harmonieux de leur personnalité. Il convient de se référer en
particulier aux documents magistériels sur les relations entre les séminaristes et les
femmes. On peut y lire que ce domaine « concerne la vie personnelle du séminariste,
mais aussi la perspective de sa future activité pastorale »145.
Le premier milieu où toute personne apprend à connaître et à apprécier le monde
féminin est naturellement la famille. En celle-ci, la présence de la femme accompagne
toute l’éducation et apporte beaucoup, depuis l’enfance, à la croissance intégrale de
l’être humain. D’autres femmes y contribuent aussi grandement, par leur témoignage
de vie, l’exemplarité de leur prière et de leur service dans la pastorale, leur esprit de
sacrifice et d’abnégation, leur souci du prochain et leur proximité empreinte de
tendresse. On peut dire la même chose à propos du témoignage de la vie consacrée
Une telle connaissance et familiarisation avec la réalité féminine, si présente dans
les paroisses et dans beaucoup d’autres milieux ecclésiaux, s’avère essentielle pour la
formation humaine et spirituelle des séminaristes et devra toujours être considérée
positivement, comme l’a rappelé Jean-Paul II : « Je souhaite donc […] que l’on
réfléchisse avec une attention particulière sur le thème du “génie de la femme”, non
seulement pour y reconnaître les traits d’un dessein précis de Dieu qui doit être
accueilli et honoré, mais aussi pour lui faire plus de place dans l’ensemble de la vie
sociale, et également dans la vie ecclésiale… »146.
96. Le séminariste parvient à s’autodéterminer et à devenir responsable grâce,
entre autres, à la conscience de sa faiblesse, toujours présente dans sa personnalité.
Les formateurs, les confesseurs, les directeurs spirituels et les séminaristes euxmêmes doivent être conscients que les moments de crise, s’ils sont compris et traités
de façon juste, dans une attitude de disponibilité pour apprendre de la vie, peuvent et
doivent devenir une occasion de conversion et de renouvellement. De fait, la traversée
d’une crise incite à s’interroger avec lucidité sur le chemin parcouru, sur sa condition
actuelle, sur ses choix et sur son avenir.
Orientations sur l’éducation au célibat sacerdotal (11 avril 1974), n° 60.
JEAN-PAUL II, Lettre aux femmes (29 juin 1995), n° 10 : Insegnamenti XVIII/1 (1995), 1879 ; cf.
Orientations sur l’éducation au célibat sacerdotal (11 avril 1974), n° 59.
97. La formation humaine est indispensable pour l’évangélisation, car l’annonce
de l’Évangile passe par la personne, à travers son humanité. « Vous serez […] mes
témoins […] jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1,8). La réalité actuelle nous
oblige à réfléchir à ces paroles de Jésus de manière nouvelle, parce que « les
extrémités de la terre » se sont étendues par le biais des moyens de communication et
des réseaux sociaux. Il s’agit d’« une nouvelle “agora”, d’un espace public ouvert où
les personnes partagent des idées, des informations, des opinions, et où peuvent
naître aussi de nouvelles relations et formes de communauté »147, d’un univers par
conséquent que les futurs pasteurs ne peuvent ignorer, que ce soit pendant leur
formation ou dans leur ministère futur.
De ce point de vue, l’utilisation des médias et l’attention au monde numérique font
partie intégrante du développement de la personnalité du séminariste, puisque, « à
travers les moyens modernes de communication, le prêtre pourra faire connaître la
vie de l’Église et aider les hommes d’aujourd'hui à découvrir le visage du Christ, en
conjuguant l’emploi opportun et compétent de tels instruments, acquis en particulier
durant la période de formation, avec une solide préparation théologique et une forte
spiritualité sacerdotale, alimentée par un dialogue continu avec le Seigneur »148.
98. En vertu du mandat qu’elle a reçu du Christ, l’Église regarde avec confiance
les possibilités d’évangélisation offertes par la réalité numérique 149. Il s’agit, en effet,
de nouveaux « lieux » où tant de personnes vont quotidiennement, de « périphéries
numériques » où ne peut manquer la proposition d’une culture authentique de la
rencontre, au nom de Jésus, pour constituer un seul peuple de Dieu : « Les médias
peuvent contribuer à nous faire sentir plus proches les uns des autres ; à nous faire
percevoir un sens renouvelé de l’unité de la famille humaine, qui pousse à la
solidarité et à l’engagement sérieux pour une vie plus digne. Bien communiquer nous
aide à nous rapprocher et à mieux nous connaître les uns les autres, à être plus
unis »150.
99. Dans la plupart des cas, ceux qui commencent leur formation au séminaire
sont déjà naturellement accoutumés et, d’une certaine manière, immergés dans la
réalité numérique et son utilisation. Il est nécessaire d’observer la prudence qui
s’impose quant aux risques inévitables de la fréquentation du monde numérique, y
compris les différentes formes de dépendance qu’on pourra traiter par des moyens
spirituels et psychologiques adéquats. Il convient que les séminaristes grandissent
BENOIT XVI, Message pour la XLVIIe Journée des communications sociales (12 mai 2013) : AAS 105
(2013), 181.
Id., Message pour la XLIVe Journée des communications sociales (16 mai 2010) : AAS 102 (2010), 115116.
FRANÇOIS, Message pour la XLVIIIe Journée des communications sociales (1er juin 2014) : AAS 106
(2014), 115 : « Ouvrir les portes des églises signifie aussi les ouvrir dans l’environnement numérique, soit
pour que les gens entrent, quelles que soient les conditions de vie où ils se trouvent, soit pour que l’Évangile
puisse franchir le seuil du temple et sortir à la rencontre de tous ».
Ibid. : AAS 106 (2014), 113.
dans ce contexte avec la conscience que le séminaire est une école d’humanité et de
foi, chargée de faire mûrir leur conformation au Christ qui se rend proche de
l’humanité tout entière, y compris la plus lointaine : « Que l’icône du bon Samaritain,
qui soigne les blessures de l’homme blessé en y versant de l’huile et du vin, soit notre
guide. Que notre communication soit une huile parfumée pour la douleur et un bon
vin pour l’allégresse. Notre rayonnement ne provient pas de trucages ou d’effets
spéciaux, mais de notre capacité de nous faire proches, avec amour et tendresse, de
toute personne blessée que nous rencontrons le long de la route »151.
100. Plus particulièrement, il sera opportun que les réseaux sociaux fassent partie
de la vie quotidienne du séminaire (au moyen d’une gestion vigilante, mais aussi
sereine et positive). Il convient d’en faire l’expérience comme des possibilités
nouvelles de relations interpersonnelles, de rencontre avec les autres, de confrontation
avec le prochain et de témoignage de la foi. Tout cela sera envisagé dans une
perspective de croissance éducative qui ne peut faire abstraction d’aucun lieu où sont
vécues des relations.
c) La dimension spirituelle
101. La formation spirituelle est ordonnée à nourrir et à soutenir la comunion avec
Dieu et avec les frères, dans l’amitié avec Jésus, le Bon Pasteur, dans une attitude de
docilité à l’Esprit152. Cette relation intime forme le cœur du séminariste à un amour
généreux et oblatif, prémices de la charité pastorale.
102. Le cœur de la formation spirituelle est l’union personnelle avec le Christ qui
naît et s’alimente de façon particulière dans l’oraison silencieuse et prolongée153.
Grâce à la prière, l’écoute de la Parole, la participation assidue aux sacrements, à la
liturgie et à la vie communautaire, le séminariste fortifie son étroite relation
personnelle avec Dieu, à l’exemple du Christ dont le programme de vie était de faire
la volonté de son Père (cf. Jn 4,34). Tout au long du parcours de formation, l’année
liturgique offre la pédagogie mystagogique de l’Église, ce qui permet d’en apprendre
la spiritualité à travers l’intériorisation des textes bibliques et des prières
liturgiques154.
103. Il faut se souvenir que « l’ignorance des Écritures, c’est l’ignorance du
Christ »155. Dans le processus de la maturation spirituelle, une place éminente revient
Ibid. : AAS 106 (2014), 116.
Cf. Presbyterorum ordinis, n° 12 : AAS 58 (1966), 1009-1011.
Cf. Catéchisme de l’Église catholique, n° 2709-2719.
« Toute l’année liturgique sera, non seulement par la célébration, mais par la vie elle-même, comme un
itinéraire spirituel vers la communion au mystère du Christ » : SACREE CONGREGATION POUR L’EDUCATION
CATHOLIQUE, Instruction sur la formation liturgique dans les séminaires (3 juin 1979), n° 32 : Enchiridion
Vaticanum 6 (2001), 1590.
JEROME, Commentarii in Isaiam, Prologus : CCL 73, 1.
donc à la relation avec la Parole de Dieu156 qui, avant de devenir prédication, doit être
accueillie au plus profond du cœur157, « surtout dans le contexte de la “nouvelle
évangélisation” à laquelle l’Église est appelée aujourd’hui »158. Elle est la référence
permanente pour la vie du disciple et la configuration spirituelle au Christ Bon
Pasteur. Les séminaristes ont besoin d’être introduits progressivement à sa
connaissance par la méthode de la Lectio Divina159. Une méditation quotidienne et
profonde160, pratiquée avec fidélité et ferveur, et dans laquelle se réalisera aussi la
féconde correspondance entre étude et prière, pourra leur garantir une approche
intégrale161 tant de l’Ancien que du Nouveau Testament.
104. En raison de la nécessaire conformation au Christ, « les candidats à
l’ordination doivent, avant tout, être formés à une foi très vive dans l’Eucharistie »162,
en vue de ce qu’ils vivront après l’ordination presbytérale. La participation à la
célébration eucharistique quotidienne, qui trouve son prolongement naturel dans
l’adoration eucharistique163, imprègne la vie des séminaristes de sorte que grandisse
leur union constante avec le Seigneur164.
105. La liturgie des Heures ne peut faire défaut à la vie de prière d’un prêtre. Elle
est également pour les séminaristes une véritable et spécifique « école d’oraison »165.
Dans l’initiation graduelle à la prière de l’Église, ils apprennent à goûter la richesse et
la beauté de l’office divin166.
106. La célébration régulière et fréquente du sacrement de la pénitence, préparée
par l’examen de conscience quotidien, est l’occasion pour le séminariste de
reconnaître avec humilité ses fragilités et ses péchés, et surtout de comprendre et
BENOIT XVI, Exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini (30 septembre 2010), n° 82 : AAS
102 (2010), 753 : « Les aspirants au sacerdoce ministériel sont appelés à une profonde relation personnelle
avec la Parole de Dieu, en particulier dans la lectio divina, pour que leur vocation elle-même se nourrisse de
cette relation : c’est dans la lumière et dans la force de la Parole de Dieu que chacun peut découvrir,
comprendre, aimer et suivre sa vocation propre et accomplir sa mission, faisant grandir dans le cœur les
pensées de Dieu, de sorte que la foi, en tant que réponse à la Parole, devienne le nouveau critère de
jugement et d’évaluation des hommes et des choses, des événements et des problèmes ».
Cf. ORIGÈNE, Homilia in Lucam, XXXII, 2 : PG 13, 1884.
Pastores dabo vobis, n° 47 : AAS 84 (1992), 741.
Cf. ibid., n° 47 : AAS 84 (1992), 740-742 ; Verbum Domini, nn. 86-87 : AAS 102 (2010), 757-760.
Cf. CONCILE ŒUCUMENIQUE VATICAN II, Constitution dogmatique sur la Révélation Divine Dei Verbum
(18 novembre 1965), n° 21 : AAS 58 (1966), 828.
Cf. Verbum Domini, n° 82 : AAS 102 (2010), 753-754.
JEAN-PAUL II, Angelus (1° juillet 1990), n° 2 : Insegnamenti XIII/2 (1990), 7 ; cf. C.I.C, can. 246, § 1.
Cf. Sacramentum caritatis, nn° 66-67 : AAS 99 (2007), 155-156 ; AUGUSTIN, Enarrationes in Psalmos,
98, 9 : CCL 39, 1385.
Pastores dabo vobis, n° 48 : AAS 84 (1992), 743 : « On leur apprendra en outre à considérer la
célébration eucharistique comme le moment essentiel de leur journée. Ils y participeront activement, sans
jamais se contenter d’y assister par pure habitude ».
Cf. Instruction sur la formation liturgique dans les séminaires, nn° 28-31 : Enchiridion Vaticanum 6
(2001), 1583-1588 ; C.I.C., can. 276, § 2, n° 3.
Cf. Pastores dabo vobis, n° 26 : AAS 84 (1992), 697-700 ; Instruction sur la formation liturgique dans les
séminaires, n° 31 : Enchiridion Vaticanum 6 (2001), 1587-1588.
d’expérimenter la joie de se sentir aimé et pardonné par le Seigneur. En outre, « de là
découlent le sens de l’ascèse et de la discipline intérieure, l’esprit de sacrifice et de
renoncement, l’acceptation de la peine et de la croix »167.
107. La direction spirituelle est un moyen privilégié de la croissance intégrale de
la personne. Les séminaristes choisiront en toute liberté leur directeur spirituel parmi
les prêtres désignés par l’évêque pour cette mission168. Cette liberté n’est vraiment
authentique que si le séminariste s’ouvre à lui avec sincérité, confiance et docilité.
Les rencontres ne doivent pas être occasionnelles mais systématiques et régulières ; la
qualité de l’accompagnement spirituel contribue en effet à la réussite de tout le
Les séminaristes doivent avoir à leur disposition des confesseurs ordinaires et
d’autres confesseurs qui viennent régulièrement au séminaire ; toutefois, ils ont
toujours la possibilité de s’adresser librement à tout confesseur à l’intérieur du
séminaire ou au dehors169. Pour que la formation soit intégrale, il est souhaitable que
le directeur spirituel puisse être aussi le confesseur habituel.
108. La retraite annuelle170, vécue dans un climat de recueillement et de silence,
est un temps de vérification profonde à partir de la rencontre prolongée et priante
avec le Seigneur. Elle doit aussi être reprise et continuée au long de l’année par des
récollections périodiques et la prière quotidienne. En faisant ainsi, le cœur du
séminariste, façonné par l’Esprit Saint, laissera progressivement apparaître et se
fortifier le désir de se dépenser sans compter dans l’exercice de la charité pastorale.
109. En se mettant à la suite du Maître avec foi et liberté de cœur, les séminaristes
apprennent, à l’exemple du Christ, à consacrer « leur volonté propre par l’obéissance
au service de Dieu et de leurs frères »171. L’obéissance fait communier à la sagesse de
Dieu qui édifie l’Église et indique à chacun sa place et sa mission. Il revient donc aux
formateurs d’éduquer les séminaristes à une obéissance véritable et mûre, en exerçant
l’autorité avec prudence et en les encourageant ainsi à offrir une adhésion sereine et
sincère, où le cœur s’engage également.
110. Le conseil évangélique de chasteté permet le développement de la maturité de
la personne en la rendant capable de vivre les réalités de son corps et de son
affectivité dans une logique de don. Cette vertu « qualifie toutes les relations
humaines et conduit “à expérimenter et à manifester […] un amour sincère, humain,
Pastores dabo vobis, n° 48 : AAS 84 (1992), 744.
Cf. C.I.C., can. 239, § 2.
Cf. ibid., can. 240, § 1.
Cf. ibid., can. 246, § 5.
Presbyterorum ordinis, n° 15 : AAS 58 (1966), 1014.
fraternel, personnel et capable de sacrifice à l’exemple du Christ envers tous et
envers chacun” »172.
Signe de la consécration totale à Dieu et au prochain, la continence parfaite dans le
célibat pour le Royaume des Cieux est considérée par l’Église latine comme
particulièrement convenante avec le sacerdoce173. Lorsque les prêtres sont étroitement
unis au Christ Époux et entièrement donnés au service du peuple de Dieu dans le
célibat, il leur « est plus facile de s’attacher [au Christ] sans que leur cœur soit
partagé, ils sont plus libres pour se consacrer, en lui et par lui, au service de Dieu et
des hommes, [...] plus capables d’accueillir largement la paternité dans le
Christ »174. En conséquence, ceux qui se préparent au sacerdoce reconnaîtront et
accueilleront le célibat comme un don spécial de Dieu. Grâce à une juste éducation de
l’affectivité, comme cheminement vers la plénitude de l’amour, « la chasteté dans le
célibat n’est pas tant un tribut payé au Seigneur qu’un don reçu de sa miséricorde.
Celui qui entre dans cet état de vie doit avoir conscience qu’il ne se charge pas d’un
fardeau, mais que surtout il reçoit une grâce libératrice »175.
Ensuite, afin que le choix du célibat soit vraiment libre, il est nécessaire que les
séminaristes puissent comprendre à la lumière de la foi la force évangélique d’un tel
don176 et, en même temps, estimer correctement les valeurs de l’état de vie du
mariage : « Mariage et célibat sont deux états de vie authentiquement chrétienne.
Tous deux sont des modes de réalisation spécifique de la vocation chrétienne »177.
Il serait gravement imprudent d’admettre au sacrement de l’ordre un séminariste
qui ne soit pas parvenu à une affectivité mûre, sereine et libre, chaste et fidèle dans le
célibat. Cette chasteté dans le célibat est obtenue par l’exercice des vertus humaines
et sacerdotales, dans l’ouverture à l’action de la grâce et non par une simple
imposition volontariste de la continence.
Pastores dabo vobis, n° 50 : AAS 84 (1992), 746.
Cf. Presbyterorum ordinis, n° 16 : AAS 58 (1966), 1015-1017 ; C.I.C., can. 247, § 1.
Presbyterorum ordinis, n° 16 : AAS 58 (1966), 1015-1016.
Orientations sur l’éducation au célibat sacerdotal, n° 16 ; n° 58 : « On amènera les séminaristes à
découvrir la théologie de la chasteté en leur montrant les rapports entre la pratique de cette vertu et toutes
les grandes vérités du christianisme. On montrera la fécondité apostolique de la virginité consacrée en
faisant remarquer que toute expérience du bien ou du mal modifie positivement ou négativement notre être,
notre personnalité et, par suite, aussi notre action apostolique ».
Pastores dabo vobis, n° 29 : AAS 84 (1992), 704 : « Il est particulièrement important que le prêtre
comprenne la motivation théologique de la loi ecclésiastique sur le célibat. En tant que loi, elle exprime la
volonté de l’Église, même avant que le sujet exprime sa volonté d’y être disponible. Mais la volonté de
l’Église trouve sa dernière motivation dans le lien du célibat avec l’Ordination sacrée, qui configure le
prêtre à Jésus Christ Tête et Époux de l’Église. L’Église, comme Épouse de Jésus Christ veut être aimée par
le prêtre de la manière totale et exclusive avec laquelle Jésus Christ Tête et Époux l’a aimée. Le célibat
sacerdotal alors, est don de soi dans et avec le Christ à son Église, et il exprime le service rendu par le
prêtre à l’Église dans et avec le Seigneur ».
Orientations sur l’éducation au célibat sacerdotal, n° 6.
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