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Timestamp: 2017-10-18 16:49:25+00:00
Document Index: 65735440

Matched Legal Cases: ['art, 1988', 'art, 1988', 'art, 1988', 'art, 2001', 'art, 2001', 'art, 1988', 'art, 1994', 'art, 1994']

COSEPAC. 2004. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le narval (Monodon monoceros) au Canada - Mise à jour. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. viii + 57 p.
Campbell, R.R., P. Richard et J.T. Strong.1986. COSEWIC status report on the narwhal Monodon monoceros in Canada. Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada. Ottawa. 60 p.
Strong, J.T. 1987. Update COSEWIC status report on the narwhal Monodon monoceros in Canada. Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada. Ottawa. 25 p.
Le COSEPAC aimerait remercier D.B. Stewart qui a rédigé la mise à jour du rapport de situation sur le narval (Monodon monoceros) au Canada, en vertu d’un contrat avec Environnement Canada. Andrew Trites, coprésident du Sous-comité de spécialistes des mammifères marins du COSEPAC, a supervisé le présent rapport et en a fait la révision.
Also available in English under the title COSEWIC assessment and update status report on the narwhal Monodon monoceros in Canada.
Narval - dessin d'un narval mâle adulte (Monodon monoceros). Artiste : Ray Phillips; ©ministère des Pêches et des Océans, reproduction autorisée.
PDF : CW69-14/420-2005F-PDF
ISBN 0-662-79473-7
HTML : CW69-14/420-2005F-HTML
ISBN 0-662-79474-5
Nom commun : Narval
Justification de la désignation : La population de la baie de Baffin semble grande (environ 45 000 individus), bien qu'il y ait des incertitudes quant au nombre d'individus, aux tendances et à certains paramètres du cycle biologique, ainsi qu'au nombre de prises pour assurer une chasse à des niveaux durables. Il y a aussi des incertitudes pour ce qui est de la population beaucoup plus petite de la baie d'Hudson (environ 2100 individus matures). La chasse pour le maktak et l'ivoire, qui a une grande valeur sur le marché, représente une menace des plus constantes pour le narval. Les effets éventuels du changement dans la couverture de glace, causé par les tendances climatiques, sont inconnus. La population de la baie d'Hudson pourrait connaître un déclin de 30 % en 30 ans si la chasse ne fait pas l'objet d'une réglementation stricte. De façon semblable, la population de la baie de Baffin pourrait être touchée par la chasse au Groenland si elle n'est pas gérée efficacement. Le nombre d'individus tués par la chasse a augmenté au cours des années 1990. La gestion par les communautés permet de surveiller la chasse et de trouver des solutions pour réglementer les prises. Une information fiable sur le nombre d'individus tués et non récupérés est difficile à obtenir.
Répartition : Océan Arctique
Historique du statut : Espèce désignée « non en péril » en avril 1986 et en avril 1987. Réexamen du statut : l'espèce a été désignée « préoccupante » en novembre 2004. Dernière évaluation fondée sur une mise à jour d'un rapport de situation.
Le narval (Monodon monoceros) est un cétacé à dents de taille moyenne, dépourvu de nageoire dorsale. À la naissance, il mesure environ 1,60 m et pèse 80 kg. Le mâle peut atteindre une longueur de 5,40 m et un poids d’environ 1 935 kg; la femelle peut atteindre une longueur de 4,94 m et un poids d’environ 1 552 kg. Le narval adulte n’a que deux dents. Chez la plupart des mâles, la dent de droite reste incluse dans la mâchoire, alors que celle de gauche pousse en spirale pour former une magnifique défense horizontale d’une longueur pouvant atteindre plus de 3 m.
Deux des trois populations reconnues de narvals se trouvent au Canada (baie de Baffin et baie d’Hudson). La troisième se trouve dans l’est du Groenland. Les populations se distinguent par leur répartition d’estivage, laquelle ne reflète pas nécessairement le degré d’interaction entre populations. On doute que la population de l’est du Groenland pénètre dans les eaux canadiennes. Les narvals de la population de la baie de Baffin estivent dans les eaux du haut Arctique canadien et de l’ouest du Groenland et hivernent dans la baie de Baffin et le détroit de Davis. Leur aire de répartition géographique couvre au moins 1,25 million de km². On ignore le degré de fidélité à ses aires de cette population partagée. En fait, il pourrait s’agir de plusieurs populations. On croit que les narvals qui estivent dans le nord-ouest de la baie d’Hudson hivernent dans l’est du détroit d’Hudson et occupent une aire d’environ 250 000 km². On ignore à quelle population appartiennent les individus qui estivent au nord de la baie de Baffin et le long des côtes est et sud de l’île de Baffin. Les biologistes n’ont observé aucune modification à grande échelle de la répartition saisonnière des narvals, mais les Inuits ont observé des changements à l’échelle locale.
Les narvals occupent une vaste région de l’Arctique, mais on connaît peu leurs besoins exacts en matière d’habitat. En été, ils préfèrent les zones côtières où l’eau est profonde et à l’abri du vent. Lors de la migration automnale et plus tard, pendant leur période d’hivernage dans la zone de banquise, les narvals favorisent les fjords profonds et la pente continentale, où la profondeur de l’eau varie de 1 000 à 1 500 m et les remontées d’eau pourraient accroître la productivité biologique. La qualité de l’habitat de glace, en particulier la présence de chenaux dans la glace de rive et la densité de la banquise fragmentée, semble influencer le choix d’habitat.
Comme aucune méthode ne permet de mesurer avec précision l’âge des narvals, leurs indices vitaux sont mal connus. On croit que les femelles arrivent à maturité entre 5 et 8 ans et donnent naissance à leur premier baleineau entre 7 et 13 ans. La période d’accouplement la plus active est la mi-avril et la plupart des petits naissent en juillet et en août, après une gestation de 14 à 15,3 mois. Bien qu’un taux de reproduction plus élevé soit possible, les femelles adultes donnent naissance à un baleineau tous les trois ans en moyenne, jusqu’à l’âge de 23 ans environ. La longévité des narvals pourrait être d’environ 50 ans, mais il est probable que la plupart des individus n’atteignent pas 30 ans. On ignore la durée de génération et le taux de recrutement net. Le taux de mortalité attribuable à la chasse est imprécis. En effet, on ne dispose d’aucune donnée précise sur le nombre de narvals touchés et perdus et on ignore le taux de prédation par les épaulards et les ours blancs. Les connaissances actuelles sur les maladies des narvals et leur réaction aux agents pathogènes sont très limitées. En outre, il est difficile de prévoir le potentiel de mortalité à grande échelle par suite de l’emprisonnement sous la glace ou de la maladie.
En général, les narvals se déplacent en petits groupes (moins de 10 individus) en été, mais se rassemblent en plusieurs centaines lors des migrations printanière et automnale. Leur capacité de plongée permet aux narvals de parcourir de grandes distances sous l’eau, mais rend difficile l’estimation précise des populations. Les narvals se nourrissent d’une variété de poissons et d’invertébrés. On connaît peu leurs besoins physiologiques et leur capacité à s’adapter aux changements dans l’environnement ou dans la disponibilité des proies.
Il est impossible d’obtenir une estimation fiable de la taille initiale des populations de narvals de la baie de Baffin et de la baie d’Hudson à partir des données historiques sur les prises. Jusqu’ici, l’estimation de la taille des populations s’est généralement limitée à des méthodes qui ne permettent d’en évaluer qu’une partie. Les recensements déjà réalisés à partir de relevés aériens de zones de rassemblement tiennent rarement compte des narvals présents à des profondeurs trop importantes pour qu’on les voit, passés inaperçus à cause de la glace ou de la mauvais visibilité, ou situés hors de la zone de relevé.
En 1996, un relevé aérien systématique de l’inlet du Prince-Régent, du détroit de Barrows et du détroit de Peel a permis d’estimer la population de narvals à 45 358 individus (intervalle de confiance à 95 p. 100 : de 23 397 à 87 932), en tenant compte des individus en plongée ou passés inaperçus. Cette estimation est comparable à celles tirées de recensements réalisés au milieu des années 1980, mais de faible puissance statistique pour le décèlement de tendances. De 45 000 à 50 000 narvals de la population de la baie de Baffin pourraient estiver dans les eaux canadiennes.
La population de narvals de la baie d’Hudson a été estimée à 1 355 individus (intervalle de confiance à 90 p. 100 : de 1 000 à 1 900) en 1984 et à 1 780 individus (intervalle de confiance à 90 p. 100 : de 1 212 à 2 492) en 2000. Aucune de ces deux estimations ne tient compte des individus en plongée ni des conditions météorologiques. En outre, celle de 2000 comprend le nord de l’inlet Lyon et le détroit de Foxe. La population de la baie d’Hudson pourrait compter environ 3 500 individus en été.
Les populations de narvals au Canada peuvent se voir limitées ou menacées par la chasse, des contaminants de l’environnement, les changements climatiques et des activités industrielles telles que la pêche commerciale. On ne connaît pas avec certitude les effets des changements climatiques sur les habitats de glace des narvals, ni la capacité d’adaptation de l’espèce. Les effets des autres facteurs sont atténués par les habitudes de vie en eau profonde de l’espèce ainsi que par sa vaste aire de répartition géographique, dont une grande partie se situe à l’extérieur des zones de chasse normales, dans la zone de banquise au large et dans des régions isolées de l’Arctique. Cette répartition éloignée protège un grand nombre de narvals de la chasse ainsi que des déversements de pétrole isolés et d’autres événements. Cependant, dans des circonstances exceptionnelles, comme par exemple lorsque les narvals sont emprisonnés en grand nombre sous la glace ou que des épaulards les poussent vers des eaux peu profondes, on peut chasser beaucoup d’individus à la fois au même endroit. La chasse constitue probablement le facteur limitatif le plus constant pour les populations de narvals au Canada.
Historiquement, le narval a fourni des denrées importantes pour l’économie de subsistance traditionnelle de l’est de l’Arctique canadien et du Groenland. La chasse elle-même et le partage de ses produits ont toujours une grande importance sociale et culturelle dans certaines collectivités. C’est principalement pour le muktuk et l’ivoire qu’on chasse le narval. L’ivoire a une grande valeur sur le marché international, alors que le muktuk sert à la consommation locale ou aux échanges entre collectivités inuites. Comme il s’agit d’un aliment très prisé, la demande excède souvent l’offre. Le narval a une grande importance écologique : il constitue la seule espèce du genre Monodon, mais représente aussi un des prédateurs au sommet de la chaîne alimentaire de l’Arctique. Il suscite un vif intérêt de la part du public en raison de sa défense unique de « licorne » et de son habitat éloigné, mais on n’a jamais réussi à montrer cet animal en captivité.
Au Canada, la protection des narvals se limite aux mesures de gestion de la chasse, de la capture d’individus vivants et de l’échange des produits du narval. Le Conseil de gestion des ressources fauniques du Nunavut est le principal organe de gestion des espèces sauvages au Nunavut. À titre de partenaire de cogestion, le ministère des Pêches et des Océans lui fournit des conseils scientifiques et un soutien réglementaire. Les autres partenaires de cogestion sont les organisations de chasseurs et de trappeurs et les organismes régionaux de gestion des espèces sauvages. Seuls les Inuits sont autorisés à chasser le narval et chaque collectivité a une limite de prises. L’espèce figure à l’annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES). Le Canada collabore avec le Groenland pour la conservation de leurs populations communes de narvals. La Commission mixte sur la conservation et la gestion du narval et du béluga n’est pas en mesure de déterminer le statut des populations de narvals à partir des données disponibles; le Canada et le Groenland ont entrepris des relevés dans le but de recueillir de nouvelles données.
Disparue du pays (DP
Données insuffisantes (DI)Note de bas de pagea, Note de bas de pagee
Le narval (Monodon monoceros Linnaeus, 1758) est un mammifère du genre Monodon (Linnaeus, 1758), de la famille des Monodontidés (Gray, 1821– baleines blanches), du sous-ordre des Odontocètes (Flower, 1867– cétacés à dents) et de l’ordre des Cétacés (Brisson, 1762– cétacés, baleines). Il constitue la seule espèce du genre Monodon. On ne lui connaît aucune sous-espèce. L’espèce est notamment connue sous les noms de narval et licorne de mer, sea unicorn, narwhal ou narwhale (anglais), narhval (danois, norvégien), itsu-keku (japonais), rogozub (russe) et narval (suédois, espagnol). Les Inuits l’identifient au moyen de divers mots descriptifs en inuktitut (J. Kilabuk, comm. pers., 2002), dont tuugaalik (défense blanche), qirniqtaq qilalugaq (baleine noire) et allanguaq (tacheté de noir et de blanc). Ce dernier terme est courant dans différentes régions de l’Arctique.
Le narval est un cétacé à dents de taille moyenne, dépourvu de nageoire dorsale et dont la nageoire caudale se divise en deux croissants convexes (figure 1). Comme son proche parent, le béluga (Delphinapterus leucas), le narval change de couleur en vieillissant. À la naissance, la peau du narval est inégalement teintée de gris ou de bleu-gris, mais elle devient uniformément noire ou noir bleuté peu après le sevrage (Arvy, 1978; Reeves et Tracey, 1980). À mesure que l’espèce vieillit, des stries et des taches blanches apparaissent autour de l’anus, de la fente génitale et du nombril, puis s’étendent sur toute la surface ventrale et sur les flancs. Chez les adultes, la couleur du ventre varie de blanc à jaune crème et celle du dos, de gris tacheté à noir. Les individus très âgés, les mâles en particulier, deviennent presque complètement blancs.
Figure 1. Narval mâle adulte (Monodon monoceros) (Dessin de Ray Phillips; © Ministère des Pêches et des Océans du Canada, reproduction autorisée).
Les narvals adultes sont les seuls cétacés à dents à ne posséder que deux dents (Eales, 1950). Celles-ci sont incluses à l’horizontale dans le maxillaire supérieur, une de chaque côté. Chez la plupart des mâles adultes, la dent de gauche forme une très longue défense d’ivoire droite et en spirale senestre (Dow et Hollenberg, 1977). Il est rare de voir une femelle portant une défense, un mâle sans défense ou un mâle ou une femelle portant deux défenses (Hay et Sergeant, 1976; Reeves et Tracey, 1980; Reeves et Mitchell, 1981).
En moyenne, les narvals mâles adultes sont plus gros que les narvals femelles adultes. Les mâles capturés à Arctic Bay de 1986 à 1989 mesuraient en moyenne 4,58 m (intervalle de 3,96 à 5,40 m; écart-type de 0,203 m; n = 56) et les femelles, 4,13 m (intervalle de 3,56 à 4,94 m; écart-type de 0,331 m; n = 20) (Roberge et Dunn, 1990). En moyenne, ces individus étaient beaucoup plus longs (P<0,001) que les narvals mâles (moyenne 4,35 m; intervalle de 3,90 à 4,86 m; écart-type de 0,226 cm; n = 37) et femelles (moyenne 3,81 m; intervalle de 3,48 à 4,20 cm; écart-type de 0,216 m; n = 17) capturés à Pond Inlet en 1982 et en 1983 (Weaver et Walker, 1988). À la naissance, les baleineaux mesurent habituellement environ 1,60 m (Hay, 1984; Neve, 1995a).
Les narvals habitent les eaux de l’Arctique; on les voit rarement au sud du 61e parallèle (figures 2 et figure3). On les retrouve couramment dans les eaux du Nunavut, de l’ouest du Groenland et de l’Arctique européen, mais rarement dans les mers de Sibérie orientale, de Béring, des Tchouktches et de Beaufort. Les rapports antérieurs semblent indiquer la même répartition qu’aujourd’hui.
Deux populations de narvals ont été reconnues à des fins de gestion de la chasse au Canada (MPO, 1998a, 1998b). Cette tentative de distinction entre la population de la baie de Baffin et celle de la baie d’Hudson se fonde principalement sur la répartition estivale et ne reflète pas nécessairement le degré d’échange entre les populations. Les narvals de la population de la baie de Baffin estivent dans les eaux de l’ouest du Groenland et du haut Arctique canadien et hivernent dans la baie de Baffin et le détroit de Davis (Koski et Davis, 1994; Dietz et al.,2001; Heide-Jørgensen et al., 2003). Leur aire de répartition couvre au moins 1,25 million de km². On ignore le degré de fidélité à ses aires de cette population partagée. En fait, il pourrait s’agir de plusieurs populations (JCNB/NAMMCO, 2001). On croit que les narvals qui estivent dans le nord-ouest de la baie d’Hudson hivernent dans l’est du détroit d’Hudson (Richard, 1991). Ils occupent une aire d’environ 250 000 km². On suppose que les individus qui estivent dans les eaux de l’est du Groenland hivernent dans la zone de banquise entre l’est du Groenland et le Svalbard (Dietz et al., 1994). On doute qu’ils pénètrent dans les eaux canadiennes.
D’après les observations morphologiques et comportementales, différentes populations de narvals pourraient exister dans le région de Baffin. Les chasseurs de Qikiqtarjuaq, de Clyde River et de Resolute reconnaissent deux types différents de narvals, l’un relativement grand et foncé, portant une longue défense, et l’autre plus petit et de couleur plus claire, portant une défense plus courte et plus fortement spiralée (Remnant et Thomas, 1992). Lorsqu’ils se sentent menacés par les chasseurs, les narvals de la région du détroit de Jones sont plus susceptibles de se réfugier en eau profonde que ceux de la région de Pond Inlet (Reeves, 1992a); en outre, la vue de chasseurs à la lisière des glaces ne leur fait pas peur (Stewart et al., 1995).
Figure 2. Noms de lieux employés dans le texte. * Voir encadré ci-dessous pour la tranduction française.
Adams Sd = Baie Adams
Admiralty Inlet = Inlet de l’Amirauté
Agu Bay = Baie Agu
Arctic Bay = Arctic Bay
Arviat = Arviat
Baffin Island = Île de Baffin
Barrow Strait = Détroit de Barrow
C. Adair = Cap Adair
Cape Dorset = Cape Dorset
Chesterfield Inlet = Chesterfield Inlet
Clyde River = Clyde River
Coral Harbour = Coral Harbour
Coutts In = Inlet Coutts
Creswell Bay = Baie Creswell
Cumberland Sound = Baie Cumberland
Devon Island = Île Devon
Duke of York Bay = Baie Duke of York
Eclipse Sd = Détroit d’Éclipse
Ellesmere Island = Île d’Ellesmere
Foxe Basin = Bassin de Foxe
Foxe Channel = Détroit de Foxe
Frozen Str = Détroit Frozen
Fury and Hecla Str. = Détroit de Fury and Hecla
Gjoa Haven = Gjoa Haven
Grise Fiord = Grise Fiord
Hall Basin = Bassin Hall
Hall Beach = Hall Beach
Home Bay = Baie Home
Igloolik = Igloolik
Inglefield Bredning = Inglefield Bredning
Iqaluit = Iqaluit
Jones Sound = Détroit de Jones
Kane Basin = Bassin Kane
Kangiqsujuaq = Kangiqsujuaq
Kimmrut = Kimmrut
Kivitoo = Kivitoo
Kugaaruk = Kugaaruk
Lancaster Sound = Détroit de Lancaster
Lincoln Sea = Mer de Lincoln
Lyon In = Inlet Lyon
May Inlet = Inlet May
McLean Strait = Détroit de McLean
Melville Bay = Baie de Melville
Moffet Inlet = Inlet Moffet
Navy Board In. = Inlet Navy Board
Nunavut = Nunavut
Padoping I. = Île Padloping
Pangnirtung = Pangnirtung
Peel Sound = Détroit de Peel
Pond Inlet = Pond Inlet
Prince Regent Inlet = Inlet du Prince-Régent
Qikiqtarjuaq = Qikiqtarjuaq
Queen Elizabeth Islands = Îles de la Reine-Élizabeth
Queens Channel = Chenal Queens
Rankin Inlet = Rankin Inlet
Repulse Bay = Repulse Bay
Resolute = Resolute
Roes Welcome Sd = Détroit de Roes Welcome
Smith Sound = Détroit de Smith
Southampton Island = Île Southampton
Taloyoak = Taloyoak
Tremblay Sd = Détroit de Tremblay
Victoria Island = Île Victoria
Viscount Melville Sound = Détroit du Vicomte-de-Melville
Wager Bay = Baie Wager
Whale Cove = Whale Cove
White I. = Île White
Figure 3. Répartition des narvals selon Reeves (1992a), modifiée à l’aide des documents de référence mentionnés dans le texte. La partie ombrée indique la répartition générale de l’espèce, et les points indiquent les lieux d’observation de l’espèce hors de son aire de répartition géographique.
Les études de génétique moléculaire portant sur des narvals du Canada et du Groenland n’ont pas encore trouvé de différences marquées et constantes qui permettraient de bien définir les populations (Palsbøll et al., 1997; de March et al., 2001, 2003). On a observé des différences génétiques, mais il est difficile de les interpréter en raison de la taille réduite et du caractère non aléatoire de la plupart des échantillons. Cependant, les narvals de Repulse Bay se distinguent fortement de ceux de la plupart des autres endroits du haut Arctique, tant au point de vue des allèles microsatellites que de l’ADN mitochondrial (de March et al., 2003). Pour délimiter les population de narvals, il pourrait être plus utile de comparer leur teneur en contaminants (JCNB/NAMMCO, 2001; de March et al., 2003). Des baleines prises dans les régions de Repulse Bay, de Pond Inlet, de Grise Fiord et de Broughton Island diffèrent quant à leur profil de contamination aux organochlorés, celles de Repulse Bay se distinguant le plus des autres (de March et Stern, 2003).
L’aire de répartition saisonnière des narvals au Canada, qui couvre tout l’est de l’Arctique canadien, est limitée au sud par le nord-ouest de la baie d’Hudson, à l’ouest par le détroit du Vicomte-de-Melville et au nord par la pointe septentrionale de l’île d’Ellesmere (figure 4). Les individus de la population de la baie de Baffin occupent la partie nord de cette aire de répartition géographique, tandis que ceux de la population de la baie d’Hudson occupent le sud. On ignore à quelle population appartiennent les individus qui estivent au nord de la baie de Baffin et le long des côtes est et sud de l’île de Baffin. Les Inuits ont observé des changements dans la répartition saisonnière de l’espèce.
Figure 4. Répartition des narvals au Canada selon Strong (1988), modifiée avec certaines données tirées des documents cités dans le texte. En noir, les concentrations estivales : A. détroit d’Éclipse/inlet Navy Board; B. inlet de l’Amirauté; C. inlet Prince-Régent; D. détroit de Peel; E. détroit de Foxe; F. baie de Melville; G. Inglefield Bredning. En gris moyen, les concentrations hivernales et en gris pâle, le reste de l’aire de répartition connue. Les points d’interrogation indiquent les zones où on ignore l’ampleur de la répartition des narvals.
Population de la baie de Baffin
En été, il est fort probable que les narvals de la population de la baie de Baffin pénètrent dans les eaux de l’archipel Arctique canadien aussi loin au nord et à l’ouest que le permettent les conditions de glace (figure 4). Leur aire de répartition géographique s’étend certainement du sud de l’île de Baffin jusqu’au bassin Hall (Greeley, 1886; Peary, 1907; Borup, 1911; Vibe, 1950) et probablement jusqu’à la mer de Lincoln vers le nord, et jusqu’au détroit du Vicomte-de-Melville vers l’ouest (Strong, 1988; Richard et al., 2001). Le détroit de Lancaster est un couloir de migration printanière et automnale important pour les narvals de la baie de Baffin qui rejoignent ou quittent leur aire d’estivage du détroit de Barrows, du détroit de Peel, de l’inlet du Prince-Régent, de l’inlet de l’Amirauté et de la région du détroit d’Éclipse (Read et Stephansson, 1976; Richard et al., 1994). Ces lieux d’estivage pourraient atteindre une superficie de près de 300 000 km². De nombreux individus passent l’été dans ces régions, mais certains pourraient pénétrer dans le nord du bassin de Foxe par le détroit de Fury and Hecla (Stewart et al., 1995). On connaît mal leur répartition dans les détroits intérieurs des îles de la Reine-Élizabeth, mais des narvals ont été observés dans le chenal Queens et le détroit de McLean, entre les îles King Christian et Lougheed (Roe et Stephen, 1977). Ils sont rares au sud-ouest, dans les eaux entourant les îles Victoria et Banks, mais leur présence a été signalée à l’occasion dans le mers de Beaufort et de Béring (Huey, 1952; Geist et al.,1960; Smith, 1977); on a aussi déjà signalé l’espèce à l’île Bell (Terre-Neuve) (Mercer, 1973). En été, on retrouve aussi des groupes de narvals de la population de la baie de Baffin dans les baies de Melville et d’Inglefield, dans l’ouest du Groenland (Born, 1986, Born et al., 1994; Heide-Jørgensen, 1994).
Les narvals de la population de la baie de Baffin qui estivent au Canada et au Groenland hivernent ensemble dans la baie de Baffin et le détroit de Davis (Dietz et al., 2001). Les observations tirées de relevés aériens réalisés à la fin de l’hiver et au début du printemps (de la mi-mars à la fin mai) indiquent leur présence partout dans la banquise serrée du détroit de Davis et du sud de la baie de Baffin et, vers le sud, jusqu’au 64e parallèle. (Turl, 1987; Heide-Jørgensen et al., 1993; Koski et Davis, 1994). En hiver, les narvals sont plus nombreux au sud du 64e parallèle et, vers le nord, on en retrouve au moins jusqu’au détroit de Smith. De récentes études de pistage satellitaire indiquent une possible tendance des narvals à se regrouper en bordure de la plate-forme continentale, près de la pointe sud de la profonde fosse creusée au milieu de la baie de Baffin et du détroit de Davis, à mi-chemin entre le Canada et le Groenland (Dietz et al., 2001; Heide-Jørgensen et al., 2002). En outre, certains narvals hivernent dans les chenaux et les polynies des « eaux du Nord » de la baie de Baffin (Finley et Renaud, 1980; Richard et al.,1998).
Population de la baie d’Hudson
En été, la population de narvals de la baie d’Hudson se répartit dans les eaux entourant l’île Southampton, les groupes les plus nombreux se trouvant dans la baie Repulse, le détroit Frozen, l’ouest du détroit de Foxe et l’inlet Lyon (Richard, 1991; Gaston et Ouellet, 1997; MPO, 1998a; Gonzalez, 2001; P. Richard, comm. pers., 2002). Cette zone d’estivage a une superficie d’environ 17 000 km². En outre, certaines baleines de cette population, habituellement moins nombreuses, estivent dans la baie Wager ou dans la baie Duke of York. Rien n’indique la présence d’importants rassemblements estivaux ailleurs dans la baie d’Hudson, la baie James, le détroit d’Hudson ou le sud du bassin Foxe. Il est rare qu’on ait observé des narvals plus au sud, près d’Arviat, et à l’est, près de Cape Dorset; ces observations ont été attribuées à la présence d’épaulards (Orcinus orca) (Higgins, 1968; W. Angalik, pers. comm., in Stewart et al., 1991). Aucun narval n’a été observé au centre ni à l’est du détroit de Foxe au cours d’un relevé de reconnaissance aérien du détroit de Foxe, réalisé le 8 août 2000 (P. Richard, comm. pers., 2002). Des recherches exhaustives dans la documentation historique sur la côte québécoise de la baie d’Hudson et de la baie James n’ont permis de trouver aucun rapport d’observation de narvals (Reeves et Mitchell, 1987). Trois carcasses de narvals ont été trouvées sur la côte ontarienne de la baie d’Hudson (Johnston, 1961).
Le détroit d’Hudson semble être un important couloir de migration printanière et automnale pour cette population, mais rien n’indique que les individus vont vers le nord, dans le bassin Foxe (Richard, 1991; Gonzalez, 2001). Dans leurs déplacements vers le détroit d’Hudson et au retour, la plupart d’entre eux suivent la côte est de l’île Southampton, mais certains se retrouvent parfois à Coral Harbour. On croit que la population hiverne surtout dans l’est du détroit d’Hudson, où des centaines de narvals ont été observés en mars 1981 au cours de recensements aériens (McLaren et Davis, 1982; Richard, 1991; Koski et Davis, 1994). Par ailleurs, certains individus hivernent dans les chenaux ouverts et les polynies du nord de la baie d’Hudson et de l’ouest du détroit d’Hudson (Sutton et Hamilton, 1932; Richard, 1991). Dans la région de Kangiqsujuaq, ce n’est qu’à la fin du printemps ou au début de l’été (en mai ou en juin) qu’on peut apercevoir des narvals (Fleming, 2002).
Narvals d’appartenance inconnue
Certains narvals estivent aussi au nord de la baie de Baffin, dans la région du détroit de Smith et du bassin Kane et dans les fjords de l’est et du sud de l’île de Baffin. On ignore l’appartenance de ces baleines. Le 5 juillet 1979, on a dénombré 1 216 narvals à la lisière des glaces dans le nord du détroit de Smith (Koski et Davis, 1994), avant qu’ils ne se dispersent pour rejoindre leur aire d’estivage (Born, 1986). La présence de narvals dans le bassin Hall (81°30’N, 63°00’O) indique la possibilité que ces baleines se déplacent vers le nord au fur et à mesure que la glace se disloque. Aucune étude n’a été réalisée pour vérifier leur destination estivale.
La région de la baie Home, dans l’est de l’île de Baffin, sert d’habitat estival à un certain nombre de narvals. C’est ce que confirment les observations de chasseurs inuits (Haller, 1967; Brody, 1976; Remnant et Thomas, 1992) et la présence de 300 narvals à l’est de l’île Kekertal le 1er août 1985 (68°38’N, 67°36’O; Guinn et Stewart, 1988). Ces individus se déplaçaient vers le nord; aucune correction n’a été apportée pour tenir compte des individus en plongée. En outre, il est possible que des narvals estivent dans les fjords du sud de l’île de Baffin. En effet, plus de 400 individus ont été vus le 18 juillet 1985 à Totnes Road (66°22’N, 62°20’O), 50 individus le 22 juillet à Sunneshine Fiord (66°34’N, 61°39’O) et plus de 100 individus le 23 juillet à Totnes Road (Guinn et Stewart, 1988). Le 23 juillet, des chasseurs ont aussi pris 3 narvals à Delight Harbour (67°02’N, 62°44’O). Ces observations ont été faites beaucoup plus tard que la date habituelle de passage des narvals de la population de la baie de Baffin dans le détroit de Lancaster (Greendale et Brousseau-Greendale, 1976; Koski, 1980a) ou de la population de la baie d’Hudson dans la région de Repulse Bay (Gonzalez, 2001).
Changements dans la répartition saisonnière
Les études scientifiques n’ont pas permis de définir de changements à grande échelle de la répartition saisonnière des narvals, mais les Inuits ont observé certains changements à l’échelle locale. À la fin des années 1970, les narvals ont cessé de fréquenter les environs de Kivitoo et de l’île Padloping, mais sont apparus près de Qikiqtarjuaq et de Canso Channel (67°15’N, 63°35’O) et dans les fjords entre ces deux localités (Remnant et Thomas, 1992). Jusque dans les années 1970, les narvals de la région de Clyde River étaient principalement de passage, en route vers le sud à l’automne. Depuis, ils restent dans la région du printemps à l’automne. Depuis les années 1970, on observe des narvals plus souvent qu’autrefois dans les détroits et les baies au sud du détroit d’Éclipse. On en voit depuis les années 1980 dans la région de l’inlet Coutts et plus au sud, vers Clyde River. Depuis les années 1960, on voit moins de narvals qu’avant près de Pond Inlet; ils ont tendance à se déplacer au milieu du passage. Les chasseurs attribuent ce changement au nombre croissant de personnes qui chassent et voyagent en bateaux à moteur et en motoneige près de la collectivité. C’est également ce que disent les chasseurs de Resolute, d’Arctic Bay et de Repulse Bay (Remnant et Thomas, 1992; Stewart et al., 1995; Gonzalez, 2001). Dans la région d’Arctic Bay, certains chasseurs signalent que les narvals empruntent moins souvent qu’autrefois les passages au large de l’inlet de l’Amirauté et arrivent plus tard dans la saison, au moment où il est imprudent de se déplacer sur la glace (Stewart et al., 1995).
Les narvals occupent une vaste région de l’Arctique, mais on connaît peu leurs besoins exacts en matière d’habitat. En été, ils préfèrent les zones côtières où l’eau est profonde et à l’abri du vent (Finley, 1976; Kingsley et al., 1994; Richard et al., 1994). D’après des études de télédétection, il semble que les narvals préfèrent s’installer près des limites thermiques créées par les remontées d’eau froide et des zones frontales où les masses d’eau se rencontrent (Barber, 1989). Toutefois, la perte de graisse chez les narvals femelles pourrait signifier que le choix d’habitat estival relève plus des exigences de mise bas que de la disponibilité de nourriture (Finley et Gibb, 1982). Lors de la migration automnale et plus tard, pendant leur période d’hivernage dans la zone de banquise, les narvals favorisent les fjords profonds et la pente continentale, où la profondeur de l’eau varie de 1 000 à 1 500 m et les remontées d’eau pourraient accroître la productivité biologique (Dietz et Heide-Jørgensen, 1995; Dietz et al., 2001). La qualité de l’habitat de glace, associée en particulier à la présence de chenaux dans la glace de rive et à la densité de la banquise fragmentée, semble déterminante dans le choix d’habitat (Koski et Davis, 1994). En outre, la glace pourrait permettre aux narvals de se mettre à l’abri des épaulards.
Personne n’a encore évalué les effets que pourrait avoir la modification de l’habitat de glace résultant des changements climatiques sur les populations de narvals. Il s’agit pourtant d’une question importante, puisque l’aire de répartition de l’espèce pourrait être directement reliée aux fluctuations à long terme de la température et de la couverture de glace qui en résulte (Vibe, 1967).
Jusqu’à ce jour, la détermination de l’âge des narvals est toujours source de débats et représente un problème pour les biologistes des populations. Durant presque toute la vie de l’espèce, sa croissance se poursuit et de nouvelles couches de tissu périostique, de dentine et de cément dentaire s’accumulent. Ces groupes de couches de croissance sont un indice de la croissance et de la longévité de l’espèce. Malheureusement, aucune expérience de marquage et de recapture n’a été réalisée pour vérifier le taux de dépôt de ces couches, lequel pourrait varier en fonction de l’âge (Hay, 1980). Les jeunes narvals, dont la croissance est rapide, peuvent accumuler trois couches de croissance par année, tandis que les femelles adultes n’en développent qu’une seule sur leur dent et leur mandibule. Lorsque les femelles arrivent à maturité physique, leurs couches de croissance semblent se résorber aussi vite qu’elles apparaissent. Aux fins de gestion des populations, on présume que les narvals du Canada produisent chaque année une couche de tissu périostique sur le mandibule et une couche de dentine sur la dent incluse (Hay, 1984). Le nombre maximum de couches de croissance périostiques mandibulaires qu’on a dénombrées s’élève à environ 50 chez les mâles et 30 chez les femelles. D’après la racémisation de l’acide aspartique dans les dents de narval, cette méthode pourrait sous-estimer l’âge réel des narvals (Bada et al., 1983). Bien que la longévité de l’espèce pourrait atteindre 50 ans, la plupart des individus ne vivent probablement pas jusqu’à 30 ans (Bada et al.,1983; Hay, 1984). De récentes études réalisées par Neve (1995b) semblent indiquer le dépôt de deux groupes de couches de croissance par année sur la mandibule et le cément dentaire des narvals mâles. Même si elle fait depuis longtemps l’objet de la convoitise humaine, on ignore toujours la fonction de la spectaculaire défense d’ivoire que portent les mâles.
Les narvals se reproduisent de façon saisonnière (Best et Fisher, 1974; Hay, 1984; Hay et Mansfield, 1989). Les femelles, polyœstriennes, ovulent jusqu’à quatre fois consécutives au cours de la saison de reproduction (Hay, 1984).
L’accouplement a lieu entre le 20 mars et le 19 mai, la période de pointe se situant à la mi-avril (Hay, 1984). On estime que la gestation dure de 14 mois (Best et Fisher, 1974) à 15,3 mois (Hay, 1984). Chez les narvals capturés au cours de l’été, on retrouve des fœtus de deux classes de longueur : les très petits (de 10 à 40 cm) et ceux qui arrivent à terme (de 140 à 170 cm) (Hay et Mansfield, 1989; Stewart et al., 1995; Gonzalez, 2001). Normalement, les nouveau-nés mesurent environ 160 cm et pèsent 80 kg (Hay, 1984; Neve, 1995a). En général, la mise bas a lieu en juillet ou en août (Mansfield et al., 1975; Hay, 1984; Hay et Mansfield, 1989). Toutefois, la présence de narvals nouveau-nés dans le détroit de Lancaster le 27 mai 1986, et régulièrement par la suite ce même printemps (Cosens et Dueck, 1990), laisse penser que les périodes de reproduction et de mise bas sont soit plus longues que ce qu’on croit généralement, soit extrêmement variables d’une année à l’autre ou d’un lieu à l’autre. À Repulse Bay, on compte peu de nouveau-nés à la lisière des glaces en juillet (Gonzalez, 2001).
En moyenne, les femelles adultes donnent naissance à un baleineau environ tous les trois ans (Hay et Mansfield, 1989; Kingsley, 1989). Près de 20 p. 100des femelles adultes mettent bas tous les deux ans (Hay, 1984). La proportion de femelles nouvellement gestantes varie annuellement de 0,30 à 0,38. Dans le détroit de Lancaster, le taux brut de natalité est d’environ 0,07 (Hay et Mansfield, 1989). Les petits sont sevrés entre 1 et 2 ans (Hay, 1984).
À défaut de renseignements précis sur l’âge véritable des narvals arrivés à maturité sexuelle, les biologistes des populations doivent présumer que cette espèce vit, se développe et se reproduise en grande partie comme les bélugas; ils ont donc employé les données sur les bélugas comme valeurs estimatives des caractéristiques biologiques des narvals (JCNB/NAMMCO, 2001).
Les indices vitaux des narvals sont entourés d’incertitude en raison de l’absence de méthode éprouvée pour estimer l’âge. D’après les données disponibles, on suppose que les femelles arrivent à maturité entre 5 et 8 ans (Braham, 1984; Kingsley, 1989), ou peut-être entre 4 et 9 ans (Neve, 1995a), et donnent naissance à leur premier petit entre 7 et 13 ans (Kingsley, 1989). Chez les femelles, la sénescence reproductive pourrait commencer vers 23 ans (Hay, 1984). On estime que les narvals mâles arrivent à maturité entre 11 et 13 ans (Hay, 1984; Kingsley, 1989), ou peut-être entre 12 et 16 ans (Neve, 1995a).
Comme on ne dispose d’aucune donnée fiable sur l’âge, il est impossible de calculer exactement la durée d’une génération au moyen de classes d’âge discrètes. Braham (1984) a estimé la durée d’une génération de narvals à environ 10 ans, ce qui semble peu. En supposant une maturité (a) à 7 ans et une sénescence reproductive (w) à 23 ans, un calcul simplifié de la durée d’une génération (T), T =(a+w)/2, permet de situer celle-ci à 15 ans. Ce calcul fait abstraction du fait que de nombreuses femelles meurent avant d’atteindre la sénescence reproductive. Cependant, l’effet de cette omission pourrait être largement compensé par l’incertitude de l’estimation de la longévité reproductive, estimation peut-être trop prudente. On ignore le taux de mortalité instantanée chez les adultes, ainsi que le taux de recrutement net.
Les biologistes et les Inuits ne s’entendent pas sur le taux de reproduction des narvals (Remnant et Thomas, 1992; Stewart et al., 1995; Gonzalez, 2001). Scientifiquement, le taux de reproduction est fondé sur l’examen des ovaires et de l’utérus. La période de gestation des narvals étant supérieure à 12 mois, comme en témoigne la présence de deux classes d’âge fœtal en été, les narvals ne peuvent s’accoupler chaque année. D’après la proportion de femelles adultes gestantes à tout moment, il semble que les narvals s’accouplent en moyenne tous les trois ans environ. Chez les Inuits, beaucoup croient que les narvals mettent bas plus fréquemment, car ils ont vu des femelles accompagnées de plusieurs petits, parfois un nouveau-né, un petit de un an et un autre de deux ans. Ils présument que ces femelles ont donné naissance à chacun des trois petits, mais cette hypothèse reste à vérifier.
On n’a jamais estimé directement le taux de survie des narvals; on l’a simplement déduit en se fondant sur les analogies entre cette espèce et d’autres odontocètes. En modélisant la dynamique d’une population de narvals, Kingsley (1989) a déterminé que l’incertitude relative aux valeurs du taux de survie des adultes et des jeunes contribue deux fois plus à l’incertitude des taux de croissance de la population que l’incertitude relative au taux de reproduction. La chasse est sans doute la cause de mortalité la plus importante et la plus constante chez les narvals. On ignore le taux de mortalité due à la prédation par les épaulards et les ours blancs (Ursus maritimus), mais il est possible qu’il varie beaucoup en fonction de la présence annuelle d’épaulards et de glace. Il est impossible de prévoir le potentiel de mortalité à grande échelle due à l’emprisonnement sous la glace ou à la maladie.
Emprisonnement sous la glace
À plusieurs endroits, on a rapporté la présence de narvals piégés par la glace. Des baleines de la population de la baie de Baffin ont été piégées sous la glace dans le détroit d’Éclipse (Munn, 1932); dans l’inlet Moffet et près de Pond Inlet (Degerbøl et Freuchen, 1935); dans la baie Adams(Remnant et Thomas, 1992; Stewart et al.,1995); dans l’anse Dundee(76°04’N, 100°10’O) de l’inlet May, à l’île Bathurst; dans la baie Agu et près de Pond Inlet (Mitchell et Reeves, 1981); dans les environs du détroit de Fury and Hecla (Stewart et al., 1995). Des narvals de la population de la baie d’Hudson ont été piégés par les glaces dans l’inlet Lyon (Degerbøl et Freuchen, 1935), près de l’île White et dans la baie Ross (66°52’N, 85°00’O) (Gonzalez, 2001). Dans les eaux canadiennes, on a rapporté peu d’emprisonnements à grande échelle. D’après les registres, c’est en mars 1924 qu’on a observé le plus grand nombre de narvals piégés, soit plus de 600 dans l’inlet Moffet (Degerbøl et Freuchen, 1935; Mitchell et Reeves, 1981). Environ 400 baleines ont été abattues, quelques-unes se sont noyées et les autres ont réussi à se dégager lorsqu’un chenal s’est formé dans la glace.
Lorsque les narvals sont ainsi piégés au début de l’hiver, le taux de mortalité a tendance à grimper, mais le taux de survie des individus piégés plus tard dans la saison est sans doute meilleur, à condition que les chasseurs ou les ours ne les trouvent pas. Ces catastrophes représentent une cause majeure, bien qu’imprévisible, de mortalité pour l’espèce.
On ignore le taux de prédation des narvals par les épaulards et les ours blancs, mais il pourrait être important. En présence d’épaulards, les narvals se cachent dans la banquise fragmentée ou dans les eaux côtières peu profondes (Freuchen et Salomonsen, 1958; Steltner et al., 1984; Campbell et al.,1988; Reeves et Mitchell, 1988; Gonzalez, 2001). Ils respirent sans bruit pour éviter d’être détectés et cessent toute vocalisation aussitôt qu’un épaulard s’approche (Ford, 1987). Ils ont tellement peur qu’ils en ignorent les humains. Les épaulards semblent préférer les narvals qui ne portent pas de défense (Gonzalez, 2001).
Les chasseurs de la région de Repulse Bay, témoins d’un accroissement de la présence d’épaulards, se disent inquiets à propos de la prédation des narvals par les épaulards (Gonzalez, 2001). On ignore la fréquence saisonnière de la venue des épaulards dans la baie d’Hudson et l’effet de leur présence sur les narvals (Reeves et Mitchell, 1988; MPO, 1998a; Stewart et al., 1991). Il est possible que les épaulards aient repoussé les narvals près de Cape Dorset dans les années 1960 (Higgins, 1968), vers le sud jusqu’à Arviat en 1988 (W. Angalik, comm. pers., in Stewart et al., 1991) et dans les eaux peu profondes de la région de Repulse Bay en 1999 (Gonzalez, 2001). Cette année-là, par conséquent, les prises de narvals ont été anormalement nombreuses à Repulse Bay (tableaux 1 et 2). Les épaulards ont aussi facilité la chasse aux narvals dans la région de Repulse Bay en 1998 et aux alentours de l’inlet Lyon en 2000.
Les ours blancs tuent les baleineaux (Kingsley, 1990) et dévorent les narvals échoués (Smith et Sjare, 1990). Des chasseurs ont fait état de cicatrices parallèles laissées par des griffes d’ours malchanceux sur le dos, les flancs et la queue de narvals (Kingsley, 1990; Stewart et al., 1995). La laimargue atlantique (Somniosus microcephalus) dévore les narvals morts, mais on ignore s’il est également prédateur du narval (Beck et Mansfield, 1969; Stewart et al., 1995). On a déjà observé des morses mangeant des narvals morts (Gray, 1939, in Hay et Mansfield, 1989).
Les connaissances actuelles sur les maladies des narvals et leur réaction aux agents pathogènes sont très limitées (Murray et al., 1995; Nielsen et al., 2000).
Le repli cutané situé à la base de la défense et les blessures à divers endroits du corps des narvals sont souvent infestés par les crustacés amphipodes Cyamus nodosusLütken et C. monodontis Lütken (Porsild, 1922; Hay et Mansfield, 1989). On a trouvé cinq espèces d’endoparasites chez les narvals (Hay et Mansfield, 1989).
On en sait peu sur les besoins physiologiques des narvals et sur la capacité de l’espèce à s’adapter aux changements dans son environnement.
Les narvals suivent un cycle migratoire saisonnier très marqué, dont le calendrier peut varier de un mois ou plus d’une année à l’autre, dépendant des conditions de glace. En été, dans leurs déplacements locaux, ils se tiennent généralement en groupes dispersés de moins de 10 individus, mais pour les migrations dirigées du printemps et de l’automne, ils se rassemblent par centaines (Silverman, 1979; Koski, 1980a; Guinn et Stewart, 1988; Cosens et Dueck, 1991; Koski et Davis, 1994; Richard et al., 1994). Lorsqu’ils se dirigent vers de nouveaux lieux, les narvals nagent en surface; leur vitesse moyenne atteint 5,0 km/h, que ce soit en déplacement horizontal ou en plongée verticale (Heide-Jørgensen et al., 2001). Les narvals peuvent atteindre une vitesse de pointe de 20 km/h (Richard, 2001).
En ce qui a trait au calendrier général et à la progression des migrations de la population de la baie de Baffin, les connaissances scientifiques (p. ex. Finley, 1976; Koski et Davis, 1994; Richard et al., 1994; Dietz et al., 2001; Heide-Jørgensen et al., 2003) et traditionnelles (voir p. ex. Remnant et Thomas [1992], Stewart et al. [1995]) concordent. Les narvals de cette population se déplacent vers le nord le long de la lisière des glaces de la côte est de l’île de Baffin en avril et en mai (Remnant et Thomas, 1992; Stewart et al., 1995; Stewart, 2001; Heide-Jørgensen et al., 2003). Ensuite, ils vont vers l’ouest et pénètrent dans les détroits de l’est de l’île de Baffin et dans le détroit de Lancasteret les eaux contiguës, si les conditions de glace le permettent, en suivant les fissures et les chenaux, habituellement au cours de juin et de juillet. De là, ils atteignent leur habitat estival dans la région du détroit d’Éclipse et dans l’inlet de l’Amirauté, l’inlet du Prince-Régent, le détroit de Barrows et le détroit de Peel. Certains individus sortent parfois de l’inlet du Prince-Régent vers le sud en traversant le détroit de Fury and Hecla pour pénétrer dans le bassin de Foxe (Brody, 1976; Stewart et al., 1995). Lorsque la glace de rive commence à se former, normalement en septembre ou en octobre, les baleines commencent à sortir des détroits et des passages qui jouxtent le détroit de Lancaster et les détroits de l’est de l’île de Baffin. Certains individus de la région du détroit de Lancaster continuent vers l’est, au large du sud-est de l’île Devon, vers la baie de Baffin (Koski et Davis, 1994). La plupart sortent du détroit de Lancaster vers l’est, puis longent la côte est de l’île de Baffin vers le sud, en s’arrêtant dans plusieurs fjords sur le chemin qui mène aux aires d’hivernage du sud de la baie de Baffin et du nord du détroit de Davis. Les narvals qui passent par le détroit de Fury and Hecla reviennent parfois par le même chemin pour sortir par le détroit de Lancaster, ou poursuivent leur route vers le sud par le bassin de Foxe et le détroit d’Hudson pour compléter la boucle.
Treize narvals marqués en août dans le détroit de Tremblay sont restés dans le détroit d’Éclipse et ses affluents jusqu’à leur migration vers le sud à la fin de septembre (Dietz et al., 2001; Heide-Jørgensen et al., 2002). Cependant, 3 individus sont partis vers l’ouest pour rejoindre le sud de l’inlet de l’Amirauté et la région de la baie Creswell du détroit du Prince-Régent à la fin d’août et au début de septembre, avant d’aller vers l’est et le sud. En chemin, ils sont passés par plusieurs fjords le long de la côte est de l’île de Baffin; ils ont passé devant le cap Adair à la fin de septembre ou au début d’octobre avant d’atteindre leur aire d’hivernage dans la banquise du sud de la baie de Baffin et du détroit de Davis à la fin d’octobre ou au début de novembre. Leur vitesse a chuté, tout comme la distance quotidienne parcourue, qui est passée de 85 km/jour lors du voyage vers l’aire d’hivernage à 29 km/jour une fois arrivés à destination. Leur domaine vital principal à la fin de l’été et en hiver couvrait des superficies approximatives respectives de 3 417 km² (écart-type 3 900; intervalle de 874 à 11 275 km²) et d’environ 12 000 km² (Heide-Jørgensen et al., 2002). Au moins 3 des individus marqués dans le détroit de Tremblay ont hiverné dans le même secteur général du détroit de Davis que les narvals marqués dans la baie de Melville, au Groenland (Dietz et Heide-Jørgensen, 1995).
On a aussi suivi par satellite 16 narvals femelles marqués dans la baie Creswell (72°45’N, 94°05’O) en août 2000 et 2001 (Heide-Jørgensen et al., 2003). Au cours du mois d’août, elles sont demeurées à moins de 200 km du lieu de marquage, puis, à l’automne, elles ont suivi des couloirs de migration spécifiques vers l’est et le sud, jusqu’à leur aire d’hivernage dans la banquise consolidée de la baie de Baffin. Elles y sont restées de novembre à avril, mais dans un secteur différent de celui qu’occupaient les narvals du détroit de Tremblay. De mai à juillet, elles ont longé la lisière des glaces en recul pour retourner dans le détroit de Lancaster. Leurs aires d’estivage et d’hivernage avaient des superficies respectives de 9 464 km² (7 baleines, aire centrale commune à 95 p. 100, écart-type de 4 718) et d’environ 25 846 km² (3 baleines). Deux des individus ont été suivis durant un cycle migratoire complet et sont retournés à l’aire d’estivage qu’ils avaient occupée l’année précédente, dans le détroit de Peel.
Une grande question reste sans réponse : quel est le degré de fidélité des narvals, en particulier ceux de la population de la baie de Baffin, à leurs aires d’estivage et d’hivernage? Les deux seuls narvals qu’on a suivis durant un cycle migratoire complet sont retournés dans le détroit de Peel deux années de suite (Heide-Jørgensen et al., 2003). Ce fait démontre un fort degré de fidélité au site, du moins de la part de certains narvals femelles. Il ne suffit pas pour affirmer que ce comportement est courant chez les narvals ou uniforme tout au long de la vie de chaque individu. De même, bien qu’aucun des narvals du détroit de Tremblay et de la baie de Melville n’ait rejoint une autre aire de regroupement après avoir été marqué, on ignore si certains sont passés d’un groupe d’estivants à l’autre plus tôt dans la saison ou dans l’année précédente (Dietz et al., 2001). Les narvals qui estivent dans le détroit d’Éclipse sont menacés par les chasseurs de Pond Inlet en été et par ceux de Clyde River en automne. On ignore si les autres individus qui estivent dans les eaux canadiennes sont également menacés par les chasseurs de diverses collectivités canadiennes (JCNB/NAMMCO, 2001).
On ne connaît pas très bien les tendances des déplacements saisonniers des narvals de la baie d’Hudson. Au printemps, il est probable qu’ils délaissent leur aire d’hivernage présumée dans l’est du détroit d’Hudson (Richard, 1991; Koski et Davis, 1994) et nagent au large vers l’ouest, dans le détroit d’Hudson et le détroit de Foxe, jusqu’à ce qu’ils atteignent la limite de dislocation des glaces à l’est de Repulse Bay à la fin de juin (Gonzalez, 2001). Aussitôt que les conditions de glace le permettent, ils s’installent dans leurs aires d’estivage de l’ouest du détroit de Foxe, du détroit Frozen, de l’inlet Lyon et de la baie Repulse et y restent habituellement jusqu’à la fin d’août ou le début de septembre. Alors, ils quittent cette aire par le détroit Frozen, vers le sud-est, longeant la côte est de l’île Southampton. Il est rare qu’on observe des narvals à l’ouest de l’île Southampton ou le long de la côte ouest de la baie d’Hudson, à moins que les épaulards les y poussent, mais il arrive qu’on en voie à la limite de dislocation des glaces près de Coral Harbour à la fin de juin ou au début de juillet et à la fin d’août ou au début de septembre.
On n’a jamais observé de narvals de la population de la baie d’Hudson au nord de l’inlet Lyon (Richard, 1991; Gonzalez, 2001), mais l’observation de certaines baleines passant à l’est de l’île Igloolik, en route vers le nord et le détroit de Fury and Hecla (Stewart et al., 1995), indique qu’il pourrait y avoir un déplacement de narvals vers le nord dans la région. Il est aussi possible que ces baleines proviennent de la région ou soient des individus de la population de la baie de Baffin qui retournent vers le nord. Les études de marquage n’ont jamais étudié le déplacement des baleines de la population de la baie d’Hudson entre leurs habitats estival et hivernal, ni celui des baleines de la région d’Igloolik vers leur habitat hivernal.
L’alimentation des narvals, peu diversifiée, se compose de poissons et d’invertébrés et varie selon la saison et le lieu, sans doute suivant leurs préférences alimentaires et la disponibilité saisonnière et géographique des proies (Neve, 1995a). Il semble que les narvals se nourrissent toute l’année, mais peut-être plus abondamment avant les périodes de migration (Remnant et Thomas, 1992; Stewart et al., 1995). Tomilin (1957) les a qualifiés de « teuthophages », ou mangeurs de calmars. Selon lui, la dentition presque inexistante, le rostre élargi, la rugosité de la surface du palais et la capacité de plongée en eau profonde des narvals témoigneraient de leur adaptation à l’alimentation à base de calmars.
Les narvals pris de la mi-juin au mois d’août dans la région de Pond Inlet se nourrissent principalement de poissons et de calmars (Finley et Gibb, 1982). Des échantillons stomacaux (n=93) prélevés pendant deux ans ont révélé le contenu suivant : de la morue polaire (Boreogadus saida) (51 p. 100 du poids humide), du flétan noir (Reinhardtius hippoglossoides) (37 p. 100), de l’encornet Gonatus fabricii (7 p. 100) et du saïda imberbe (Arctogadus glacialis) (6 p. 100). On note aussi de petites quantités (moins de 1 p. 100 du poids humide) d’autres poissons (raie boréale [Raja hyperborea], sébaste orangé [Sebastes marinus], chabots [Cottidés] et diverses espèces de limaces du genre Liparis et de lycodes) et invertébrés (pieuvre Bathypolypus arctiqueus et divers crustacés du genre Boreomysis). La plupart de ces échantillons (61 p. 100) proviennent de narvals mâles adultes. L’estomac des narvals pris à la lisière ou dans les fissures des glaces contenait plus de nourriture que celui des narvals nageant en eau libre. La plus grosse proie retrouvée dans un estomac est un flétan noir entier de 2,4 kg.
D’autres études scientifiques sur l’alimentation des narvals au Canada et dans l’ouest du Groenland ont confirmé la présence des mêmes proies, mais en proportions différentes (voir p. ex. Vibe, 1950; Bruemmer, 1971; Hay, 1984; Hay et Mansfield, 1989; Roberge et Dunn, 1990; Heide-Jørgensen et al., 1994; Neve, 1995a). Les chasseurs inuits ont fait des observations semblables (Remnant et Thomas, 1992; Thomsen, 1993; Stewart et al., 1995). Les narvals consomment de grandes quantités de morue polaire, de saïda imberbe, de flétan noir et de calmar durant la saison des eaux libres et favorisent plutôt les crevettes (Pasiphaea tarda) lors de leurs migrations dans les glaces de rive en dislocation de l’inlet Pond, du détroit d’Éclipse et de l’inlet de l’Amirauté à la fin de juin et en juillet (Hay et Mansfield, 1989). Les chasseurs inuits ont aussi trouvé de la morue ogac (Gadus ogac) (Stewart et al., 1995) et de l’omble chevalier (Salvelinus alpinus) (Remnant et Thomas, 1992) dans l’estomac de narvals. La morue polaire est abondante sous le bord de la banquise de l’inlet de l’Amirauté en juin, au moment où les narvals sont présents (Crawford et Jorgenson, 1990).
On ignore presque tout de l’alimentation du narval de la fin de l’automne au printemps. Neve (1995a) a surtout trouvé des encornets antlantoboréals (G. fabricii) dans des échantillons prélevés en octobre et en novembre sur des narvals pris dans l’ouest du Groenland (Uummannaq) et diverses espèces de crevettes du genre Pandalus dans des échantillons prélevés en mars et en avril dans la région de la baie Disko.
Les interactions entre les narvals et les autres espèces susceptibles de partager la même alimentation et le même habitat qu’eux sont peu connues. Leur préférence pour les habitats d’eau profonde les sépare effectivement des bélugas durant une grande partie de l’été. Cependant, en compagnie de bélugas, de phoques du Groenland (Phoca groenlandica) et d’oiseaux de mer, ils participent à des orgies de morue polaire, qu’ils repoussent parfois dans les eaux peu profondes à la fin de l’été (Finley et Gibb, 1982; Welch et al., 1993).
La pêche commerciale dans la baie de Baffin, le détroit de Davis et la baie Cumberland risque de faire de plus en plus concurrence aux narvals pour certaines espèces, dont le flétan noir et le sébaste orangé (Topolniski, 1993; Treble et Bowering, 2002; M. Treble, comm. pers., 2002). Cette pêche, qui se déroule en eau libre ou à travers la glace de rive, ne coïncide jamais ou presque avec la présence de narvals.
Personne ne s’est encore penché sur la question de savoir si la disponibilité de la nourriture est un facteur limitatif pour l’abondance des narvals. On sait que les narvals consomment de grandes quantités de morue et de flétan noir, mais on ignore dans quelle mesure leur alimentation dépend de ces espèces. Une modification majeure de l’abondance ou de la répartition de ces poissons pourrait avoir des effets néfastes sur les narvals.
Certains aspects particuliers du comportement des narvals pourraient avoir des effets sur l’abondance et l’évaluation de leurs populations. On pense notamment à leur sensibilité au bruit, à leur prédilection pour les fortes couvertures de glace, à leur peur des épaulards et à leur capacité à plonger en profondeur et à rester longtemps sous l’eau.
Les narvals émettent une variété de sons et sont sensibles aux bruits sous-marins. Ils semblent se servir de clics sonores pour s’orienter et repérer leurs proies par écholocalisation et de couinements, de grognements et de sifflements pour communiquer (Reeves, 1977; Ford et Fisher, 1978; Ford, 1987; Miller et al., 1995). Les narvals peuvent détecter les navires à une distance de 80 km et afficher une réaction comportementale à une distance de 40 à 55 km (Finley et al., 1984, 1990; Miller et Davis, 1984; Cosens et Dueck, 1988, 1993). Contrairement aux bélugas, qui adoptent un comportement de fuite en se regroupant par troupeaux pour s’éloigner rapidement des navires qui approchent, les narvals réagissent en s’immobilisant, comme ils le font en présence d’épaulards (Finley et al., 1983, 1984, 1990; Miller et Davis, 1984). Ils retournent aux lieux perturbés et reprennent leurs activités normales plus rapidement que les bélugas, lorsque le bruit des opérations de déglaçage atteint encore 120 dB. Cosens et Dueck (1988) n’ont pas observé cette réaction d’immobilisation, peut-être en raison de l’absence de lisière de glaces dans la région étudiée ou de l’accoutumance des narvals à la circulation maritime, mais ils ont observé une augmentation des déplacements lents et orientés. Les chasseurs inuits ont remarqué que les narvals sont sensibles aux bruits provenant de machines et d’explosions et évitent ces bruits (Remnant et Thomas, 1992; Stewart et al., 1995; Gonzalez, 2001).
Grâce à leur capacité à plonger en eau profonde et à retenir longtemps leur souffle, les narvals peuvent parcourir de longues distances sous l’eau pour fuir les chasseurs et trouver des endroits propices à la respiration en surface. Dans les profondeurs de la baie de Baffin, les narvals plongent à 1 500 m ou plus et nagent quotidiennement à des profondeurs supérieures à 500 m (Heide-Jørgensen et Dietz, 1995; Heide-Jørgensen et al., 2002). À la recherche de nourriture, ils peuvent rester sous l’eau au moins 26,2 minutes (Laidre et al., 2002) et, lorsqu’ils sont poursuivis par les Inuits, leur temps de plongée peut atteindre 30 minutes (Gonzalez, 2001). Leurs plongées rendent difficile toute estimation précise des populations. En outre, comme le comportement de plongée varie suivant la saison, le lieu et le sexe de l’individu, il est très compliqué de corriger les données de recensement pour tenir compte des individus nageant trop profondément pour être détectés. Au lieu d’employer un seul facteur de correction général, il faudrait peut-être déterminer des valeurs pour chaque lieu et chaque saison (Heide-Jørgensen et al., 2001).
Durant une grande partie de l’année, les narvals fréquentent les endroits où la glace est dense. Pour migrer vers leur aire d’estivage, ils empruntent les chenaux qui se forment dans la glace. Il arrive qu’ils se fassent piéger dans la glace, et leur passage dans les étroits chenaux les rend vulnérables face aux chasseurs. Les narvals empruntent parfois le sillage laissé dans la glace par les brise-glace (Finley et al., 1984; P. Richard, comm. pers., 2002). On ignore les effets sur les narvals des activités maritimes qui perturbent les habitats de glace.
Peur des épaulards
Normalement, les narvals évitent les humains, mais, en présence d’épaulards, ils les ignorent (MPO, 1998a; Gonzalez, 2001). Ils se réfugient alors en eau peu profonde et restent immobiles, comportement qui en fait des cibles idéales pour les chasseurs inuits. Ce comportement a contribué au nombre anormalement élevé de narvals tués en 1999 par les chasseurs de Repulse Bay (tableau 2) et a facilité la chasse en 1998 au même endroit et en 2000 dans la région de l’inlet Lyon.
Tableau 1a. Débarquements de narvals de la baie de Baffin dans les collectivitésNote de bas de pagea du Canada et du Groenland, de 1977 à 2001
100Note de bas de pageb
Qikiq-
(Brough-
Inlet)*
50Note de bas de pageb
(Fro-
gaaruk
(Pelly
10Note de bas de pageb
(Spence
Tableau 1b. Débarquements de narvals de la baie d'Hudson dans les collectivitésNote de bas de pagea du Canada et du Groenland, de 1977 à 2001
25Note de bas de pageb
Sources : Prises canadiennes 1977-1987 (Strong, 1989); 1988 (MPO, 1991); 1989 (MPO, 1992a); 1990 (MPO, 1992b); 1991 (MPO, 1993); 1992 (MPO, 1994); 1993 (MPO, 1995); 1994 (MPO, 1996); 1995 (MPO, 1997); 1996 (MPO, 1999); 1997-2001 (MPO, données inédites); prises du Groenland (JCNB/NAMMCO, 2001).
Les anciens noms des collectivités sont entre parenthèses.
Retour à la premièreréférence de la note de bas de pagea
Dans ces collectivités, on établit maintenant des limites de prises dans le cadre de programmes pilotes de gestion communautaire. En 2002, les chasseurs d’Arctic Bay avaient le droit de capturer 101 narvals, ceux de Kugaaruk 17, ceux de Pond Inlet 108, ceux de Qikiqtarjuaq 50 et ceux de Repulse Bay 72. ar = aucun rapport; case blanche = rapport éventuel à venir.
Tableau 2. Débarquements et estimations des pertes et de la mortalité pour les collectivités dotées d’un régime de gestion communautaire de la récolte de narvals, de 1999 à 2001 (MPO, données inédites).
(nombre de narvals)
(nombre d’indi-
vidus)
Abattus et perdus
Blessés et échappés
talité estimée
(% des débar-
(% des débar- que-
Narvals de la baie de Baffin Arctic Bay (Tununirusiq) 2001
Narvals de la baie de Baffin Pelly Bay (Kugaaruk) 2001
Narvals de la baie de Baffin Pond Inlet (Mittimatalik) 1999
Narvals de la baie de Baffin Pond Inlet (Mittimatalik) 2000
Narvals de la baie de Baffin Pond Inlet (Mittimatalik) 2001
Narvals de la baie de Baffin Qikiqtarjuaq (Broughton Island) 1999
Narvals de la baie de Baffin Qikiqtarjuaq (Broughton Island) 2000
Narvals de la baie de Baffin Qikiqtarjuaq (Broughton Island) 2001
Narvals de la baie d'Hudson Repulse Bay (Naujaat) 1999
Narvals de la baie d'Hudson Repulse Bay (Naujaat) 2000
Narvals de la baie d'Hudson Repulse Bay (Naujaat) 2001
Adaptation à la captivité
On n’a jamais réussi à garder des narvals en captivité. Six baleines ont été capturées en 1969-1970 pour être exhibées dans des aquariums publics, mais toutes sont mortes, probablement de pneumonie, dans les quatre mois suivants (Newman, 1970; Reeves, 1977). En 1987, une tentative de capturer des narvals à Pond Inlet pour les examiner sur place dans un grand réservoir-vivier a échoué (P. Hall, comm. pers., 2002). Lorsqu’on veut marquer des narvals, on les immobilise sans les sortir de l’eau et on les relâche aussitôt que l’émetteur est installé (Dietz et al., 2001; Laidre et al., 2002; Heide-Jørgensen et al., 2002).
Il est impossible d’estimer convenablement la taille initiale des populations de narvals de la baie de Baffin et de la baie d’Hudson à partir des données historiques sur les prises (Mitchell et Reeves, 1981; Reeves, 1992a). On ne peut donc évaluer si les activités de chasse ont fait chuter la taille des populations dans le passé. En outre, les seules valeurs de référence dont on dispose pour évaluer les populations dans l’avenir sont les valeurs estimatives ou les indices d’abondance calculés après 1975.
Jusqu’à 1996, l’estimation de la taille des populations se limitait à des méthodes qui n’évaluaient qu’une partie de la population (Innes et al., 1996). Ces méthodes, basées sur le recensement aérien des lieux de rassemblement, tenaient rarement compte des narvals nageant trop profondément pour être détectés (biais de disponibilité), passés inaperçus aux yeux des observateurs en raison de la glace ou de la mauvaise visibilité (biais de perception) ou tout simplement présents hors de la zone de relevé (MPO, 1998a, 1998b). En outre, comme les méthodes ne font aucune distinction entre les individus adultes et immatures, on ne peut évaluer les changements de la structure des populations et on risque de sous-estimer fortement le nombre de baleineaux de l’année, difficiles à voir et à reconnaître du haut des airs (Richard et al., 1994). En général, les estimations faites à partir des relevés photographiques sont plus élevées que celles qu’on obtient simultanément au moyen d’observations visuelles (Innes et al., 2002; P. Richard, comm. pers., 2002).
Il faudra recueillir de nouvelles données pour pouvoir corriger avec exactitude les données estimatives des recensements pour les individus en plongée. Récemment, Heide-Jørgensen et al. (2001) et Innes et al. (2002), après avoir appliqué des facteurs de correction pour les biais de disponibilité et de perception, ont remarqué qu’il fallait élaborer des facteurs de correction plus précis pour le biais de disponibilité. D’après des observations réalisées à terre (Born et al., 1994) et des données sur les baleines en plongée tirées d’échantillons restreints d’individus marqués, moins de 50 p. 100 des individus d’une population donnée pourraient être visibles à la surface à tout moment (Heide-Jørgensen et Dietz, 1995; Heide-Jørgensen et al., 2001; Laidre et al., 2002). Les estimations tirées de recensements sont sensibles au non-respect de l’hypothèse selon laquelle les narvals sont visibles et reconnaissables jusqu’à une certaine profondeur, en général 5 m.
Lors d’un recensement aérien réalisé en mai 1979 au-dessus de la banquise de l’ouest de la baie de Baffin, on a estimé à 34 363 (± erreur-type de 8 282) le nombre de narvals à la surface (Koski et Davis, 1994). Ce relevé couvrait environ deux tiers de la baie de Baffin, mais excluait les eaux de l’ouest du Groenland et du détroit de Smith, où se trouvent aussi des narvals en mai. Cette estimation n’a pas été corrigée pour le biais de perception. Si les narvals qui hivernent dans la baie de Baffin ont une préférence pour le rebord de la plate-forme côtière, comme le laisse penser une étude récente de Dietz et al. (2001), il conviendrait de revoir ces données et de refaire ces estimations.
En août 1984, un relevé photographique aérien du détroit d’Éclipse, de l’inlet de l’Amirauté, de l’inlet du Prince-Régent et du détroit de Peel a permis d’estimer à 17 991 (intervalle de confiance à 90 p. 100 : de 14 724 à 21 258) le nombre de narvals à la surface (Richard et al., 1994). La superficie examinée comprend des aires d’estivage importantes pour les narvals, mais non l’ensemble de l’aire de répartition estivale connue de la population de la baie de Baffin dans les eaux canadiennes (figure 4). On ignore le nombre de narvals de la baie de Baffin qui ont estivé dans les eaux de l’ouest du Groenland en 1984, mais des observateurs à terre ont dénombré 4 043 narvals devant leur point d’observation de la baie d’Inglefield le 18 août (Born, 1986).
Du 31 juillet au 3 août 1996, on a réalisé un recensement aérien systématique des bélugas de l’inlet du Prince-Régent, du détroit de Barrows et du détroit de Peel (Innes et al., 2002). On a procédé à des observations visuelles dans les secteurs du large et pris des photographies aériennes des secteurs à forte concentration. On a aussi dénombré les narvals au cours de ce même recensement. Après avoir corrigé l’estimation visuelle pour tenir compte des individus passés inaperçus, des observations sans estimation de distance et des individus en plongée, on a obtenu un nombre estimatif de 45 358 narvals (intervalle de confiance à 95 p. 100 : de 23 397 à 87 932). La correction pour les individus en plongée a été rendue possible grâce à des appareils enregistreurs de la profondeur et de la durée récupérables qu’on avait installés sur 4 narvals dans la baie Creswell et le détroit de Tremblay (Laidre et al., 2002) et supposait que les narvals étaient visibles à une profondeur de 5 m.
L’estimation du nombre de narvals à la surface du détroit de Barrows et de l’inlet du Prince-Régent (14 474 individus, CV = 0,24) réalisée par Innes et al. (2002) concorde avec celle qu’ont réalisée Smith et al. (1985) (11 142 individus, CV = 0,09), cette dernière n’ayant pas été corrigée pour les individus passés inaperçus (biais de perception). De même, les estimations du nombre de narvals à la surface de l’inlet du Prince-Régent (12 324 individus, CV = 0,25) et du centre du détroit de Peel (1 891 individus, CV = 0,55) concordent avec celles réalisées par Richard et al. (1994) (inlet du Prince-Régent : 9 754 individus, CV = 0,18; détroit de Peel : 1 701 individus, CV = 0,17; CV tirés de Innes et al., 2002), ces dernières n’ayant pas non plus été corrigées pour le biais de perception. Étant donné l’importante variance des valeurs estimatives, la puissance statistique pour la détection d’éventuelles tendances est faible.
Plusieurs autres recensements systématiques ont porté sur des parties plus restreintes des aires d’estivage (Fallisis et al., 1983; Smith et al., 1985; Dueck et Riewe, 1986; Dueck, 1989), mais leurs données sont peu utiles pour l’estimation de la taille ou de la tendance de l’ensemble de la population (MPO, 1998a). On peut dire la même chose de plusieurs recensements systématiques des narvals en migration au printemps (Finley, 1976; Johnson et al., 1976; Davis et al., 1978; Koski, 1980a, 1980b), à l’automne (Stepney et Wooley, 1976; Koski, 1980b; Koski et Davis, 1980) et en hiver (Heide-Jørgensen et al., 2002), des recensements non systématiques (Hay et McLung, 1976) et des observations faites à partir du rivage au printemps (Tuck, 1957; Greendale et Brousseau-Greendale, 1976).
Sans données de recensement récentes et complètes et vu l’incertitude qui entoure la mortalité naturelle et la mortalité attribuable à la chasse, il est impossible d’estimer quantitativement la taille de la population de narvals de la baie de Baffin et la proportion de cette population qui pénètre dans les eaux canadiennes. Certains rapports ont déjà conclu que rien n’indiquait un déclin de la population (Strong, 1988; Remnant et Thomas, 1992; Thomsen, 1993) et que le niveau de chasse pouvait être soutenable (SWG, 1997). En fait, même si la population canadienne de narvals est de toute évidence toujours abondante, comme en témoigne le recensement de 1996 (Innes et al., 2002), on ignore les véritables taille et tendances de la population de la baie de Baffin. Des préoccupations ont été exprimées à propos de la chasse automnale dans les aires d’estivage de l’ouest du Groenland, mais les plus récentes informations à ce sujet semblent indiquer que les narvals visés ne viennent pas du Canada. Comme les pertes dues à la chasse semblent être en hausse depuis quelques années (tableau 1; figures 5 et figure6), il est de plus en plus urgent d’accroître nos connaissances sur la population de la baie de Baffin (JCNB/NAMMCO, 2001). Pour ce faire, le MPO a entrepris des relevés des aires d’estivage de la population dans l’Arctique canadien en août 2002 et 2003 (P. Richard, comm. pers., 2004).
Il n’y a pas de consensus clair entre les chasseurs inuits quant à la tendance de la population de narvals de la baie de Baffin (Stewart, 2001). En 1992, la plupart des chasseurs de Qikiqtarjuaq et de Clyde River estimaient que, nonobstant les variations annuelles, la population de narvals de leur région avait augmenté depuis les années 1960 ou 1970 (Remnant et Thomas, 1992). La plupart des chasseurs de Pond Inlet, d’Arctic Bay, de Resolute, d’Igloolik, de Hall Beach et de Grise Fiord croyaient que la population de narvals de leur région était stable, malgré les variations annuelles et les changements dans la répartition saisonnière à l’échelle locale (Remnant et Thomas, 1992; Stewart et al., 1995). Toutefois, l’interprétation de cette information est rendue difficile par les changements survenus dans la répartition saisonnière des narvals à l’échelle locale.
Richard (1991) a réalisé des recensements aériens systématiques, visuels et photographiques, dans la région de Repulse Bay, entre le détroit de Roes Welcome et l’inlet Lyon, au nord de l’île Southampton, en mars 1983 et en juillet 1982, 1983 et 1984. Il a notamment examiné les principaux lieux de rassemblement estival connus des narvals de la baie d’Hudson. En août 2000, il a repris le recensement photographique de juillet 1984 en y ajoutant le nord de l’inlet Lyon et le détroit de Foxe (P. Richard, comm. pers., 2002). Les résultats, non corrigés pour les individus en plongée ni, dans le cas du dernier recensement, pour le brouillard persistant ou les individus qui auraient pu se trouver dans la baie Wager (Gonzalez, 2001), ont permis d’estimer la population de narvals à 1 355 individus (intervalle de confiance à 90 p. 100 : de 1 000 à 1 900) en 1984 et à 1 780 individus (intervalle de confiance à 90 p. 100 : de 1 212 à 2 492) en 2000.
On croit qu’au moment du recensement, une proportion d’au moins 50 p. 100 des baleines vues dans la baie d’Hudson étaient en plongée. Dans le nord de la baie de Baffin, le facteur de correction pourrait être de 2,6 fois le nombre d’individus comptés, si on se fie à la proportion aperçue à la surface (38 p. 100, erreur-type de 9 p. 100, Innes et al., 2002). Actuellement, la population de la baie d’Hudson compte probablement près de 3 500 individus en été, après correction pour les individus en plongée. Bien que le résultat du recensement de 2000 soit préliminaire, il laisse penser que la population n’a subi aucune baisse depuis le recensement précédent (1984), malgré les inquiétudes manifestées à propos de la forte exploitation de la population en 1999 (tableau 2; figure 6). On estime que de tels niveaux de prises ne reflètent aucunement le taux de capture actuel et ne devraient pas être interprétés comme des niveaux soutenables.
Figure 5. Débarquements de narvals de la baie de Baffin au Canada et au Groenland, de 1977 à 2001. Les sources des données sont indiquées au tableau 1.
Figure 6. Débarquements canadiens de narvals des populations de la baie d’Hudson et de la baie de Baffin, de 1977 à 2001. Les sources des données sont indiquées au tableau 1.
Les populations de narvals au Canada peuvent se voir limitées ou menacées par des activités de chasse, par des contaminants de l’environnement, par des activités industrielles telles que la pêche commerciale et par les changements climatiques. Les effets de ces facteurs sont atténués par les habitudes de vie en eau profonde de l’espèce ainsi que par sa vaste aire de répartition géographique, dont une grande partie se situe à l’extérieur des zones de chasse normales, dans la zone de banquise au large et dans des régions isolées de l’Arctique. Cette répartition isolée protège un grand nombre de narvals de la chasse ainsi que des déversements de pétrole isolés et d’autres événements. Cependant, dans des circonstances exceptionnelles, comme par exemple lorsque les narvals sont emprisonnés en grand nombre sous la glace ou que des épaulards les poussent vers des eaux peu profondes, on peut chasser beaucoup d’individus à la fois au même endroit. La question de savoir si les narvals qui estivent dans des secteurs isolés servent de réserve pour ceux qui fréquentent des zones plus accessibles, où ils sont plus vulnérables à la disparition, demeure sans réponse. Les narvals ne sont considérés ni comme des compétiteurs directs des humains pour l’obtention de ressources, ni comme une menace physique.
Les activités de chasse constituent probablement le facteur limitatif et la menace les plus constants pour les populations de narvals au Canada. Les Inuits de 13 collectivités chassent les individus de la population de la baie de Baffin, tandis que les narvals de la baie d’Hudson sont chassés principalement par les résidants de Repulse Bay et, parfois, par ceux de 6 autres collectivités (tableau 1). Le narval est également chassé par la collectivité de Kugaaruk conformément au système de gestion communautaire, tandis que Taloyoak et Gjoa Haven ont une limite annuelle de 10 narvals chacune.
La plupart des narvals sont récoltés en juillet et en août (Donaldson, 1988; Gamble, 1988; Guin et Stewart, 1988; J. Pattimore, comm. pers., 1986). La chasse débute plus tôt dans l’année à Pangnirtung (avril), à Pond Inlet et à Arctic Bay (mai) et se termine plus tard dans l’année à Clyde River et à Qikiqtardjuak (octobre). Le nombre réel de narvals abattus au cours de ces chasses est plus élevé que les débarquements, mais il demeure inconnu parce qu’on n’a guère recueilli de données sur le nombre d’individus abattus et perdus. Ces pertes varient en fonction du lieu, des conditions météorologiques, de l’expérience du chasseur et du type de chasse (p. ex. dans la zone de dislocation de la banquise, dans les fissures de la glace ou en eau libre). Elle varient également d’une année à l’autre. Ainsi, on ne peut extrapoler le taux de perte ni d’une saison à l’autre, ni d’une collectivité à l’autre (Weaver et Walker, 1988; Roberge et Dunn, 1990).
C’est généralement dans la zone de dislocation de le banquise que le taux de pertes est le plus élevé et pendant la chasse en eau libre qu’il est le plus faible (Roberge et Dunn, 1990). La comparaison des taux établis dans diverses études est difficile, puisque certaines ne considèrent que les individus abattus et perdus, tandis que d’autres tiennent compte aussi de ceux qui, blessés, se sont échappés. La première méthode tend à sous-estimer le nombre total d’individus abattus et la deuxième, à le surestimer. Le taux de pertes réel devrait se situer dans la fourchette définie par ces deux extrêmes. Les pertes estimées dans le cadre de la chasse régie par la gestion communautaire en 2001 indiquent qu’en moyenne au moins 19 individus (écart-type de 11; individus abattus et perdus seulement) et peut-être jusqu’à 46 individus (écart-type de 5; individus tués et abattus plus blessés et échappés) sont perdus pour 100 individus débarqués (tableau 2). Ces estimations du taux de pertes annuel brut sont comparables à celles qui se dégagent d’études antérieures, dont la plupart portaient sur des portions de la chasse annuelle (voir p. ex. Hay et Sergeant, 1976; Finley et al., 1980; Kemper, 1980; Finley et Miller, 1982; Weaver et Walker, 1988; Roberge et Dunn, 1990). La collecte de données sur le nombre d’individus touchés et perdus est une contribution essentielle au programme de gestion communautaire pour améliorer l’estimation de la mortalité attribuable à la chasse.
Les pertes résultent en partie du fait que les chasseurs tirent souvent sur les narvals avant de les harponner (Bruemmer, 1971; Stewart et al., 1995). Le taux de pertes est plus élevé chez les individus qui ne sont pas harponnés (Gonzalez, 2001). En 1979, des chasseurs de Pond Inlet ont essayé de se servir de canons-harpons afin de réduire le taux de pertes. Cette technologie s’est révélée beaucoup moins pratique que le fusil de calibre .303 et le harpon lancé à la main pour l’abattage et la prise des narvals (Finley et Miller, 1982). Dans la région de Pond Inlet, une forte proportion des individus récoltés portent de vieilles blessures causées par des balles de fusil (42 p. 100 selon Finley et al., 1980; 23 p. 100 selon Finley et Miller, 1982). Plusieurs des collectivités qui participent à un programme de gestion communautaire de la chasse exigent l’emploi du harpon afin de réduire le nombre d’individus touchés et perdus (M. Wheatley, comm. pers., 2003).
Une forte pression économique encourage la prise de mâles porteurs de défense malgré une préférence pour le muktuk des jeunes narvals (Reeves, 1992a). Cette sélection connaît davantage de succès pendant la chasse sur glace au printemps, où les narvals sont abattus à bout portant et la défense est bien visible, que lors de la chasse en eau libre (Reeves, 1976). La préférence des chasseurs pour les mâles à longue défense entraîne probablement une sous-estimation du nombre de femelles abattues, étant donné que les chasseurs consacrent peut-être davantage d’efforts à la récupération des carcasses de mâles (Weaver et Walker, 1988; Roberge et Dunn, 1990).
Le manque de données fiables sur l’âge des narvals nous empêche de prévoir avec précision les taux de reproduction et de survie et, de ce fait, le niveau soutenable de récolte. En se fondant sur des études sur le béluga, Sergeant (1981) estime le niveau soutenable de récolte des narvals à 5 p. 100. Une estimation de 3 à 4 p. 100 est probablement plus raisonnable, celle de 5 p. 100 ne tenant pas compte de la mortalité naturelle (Kingsley, 1989). Kingsley suppose que les narvals mâles et femelles sont abattus en proportions égales. Le biais en faveur des mâles observé à Pond Inlet (2:1 selon Weaver et Walker, 1988) et à Arctic Bay (3:1 selon Roberge et Dunn, 1990), pourrait accroître le niveau soutenable de récolte, mais un biais en faveur des femelles devrait le réduire. L’ampleur ou le sens de ce biais au fil du temps reflétera sans doute les tendances du prix de l’ivoire des défenses et, dans une moindre mesure, celui du muktuk. Étant donné les incertitudes associées aux taux de reproduction et de survie, ainsi que la vulnérabilité de l’espèce à une mortalité de masse imprévisible par emprisonnement sous la glace, il serait plus prudent d’établir un taux de chasse de 2 p. 100 (MPO, 1998a).
De 1988 à 2001, les Canadiennes et les Canadiens ont débarqué chaque année une moyenne de 327 narvals (écart-type de 85; intervalle : de 234 à 547) de la population de la baie de Baffin et 40 (écart-type de 43; intervalle : de 6 à 161) de la population de la baie d’Hudson. Le nombre de narvals de la population de la baie de Baffin débarqués fluctue énormément d’une année à l’autre, mais les pertes attribuables à la chasse ont sans doute augmenté récemment au Canada comme au Groenland (figure 5; JCNB/NAMMCO, 2001). Cependant, le nombre d’individus abattus au Groenland n’est pas nécessairement pertinent, si on en croit les informations récentes voulant que les populations canadiennes de narvals voyagent bel et bien jusqu’au Groenland.
Les débarquements de narvals de la population de la baie d’Hudson sont en augmentation; ils ont en effet passé d’une moyenne de 22 narvals par an (écart-type de 9,7) au cours de la période de 1979 à 1998 à une moyenne de 109 narvals par an (écart-type de 51) au cours de la période de 1999 à 2001 (tableau 1). Cette hausse est attribuable au nombre anormalement élevé d’individus abattus par les chasseurs de Repulse Bay, qui ont peut-être pris de 5,2 à 6,9 p. 100 de la population de narvals de la baie d’Hudson en 1999, sur la base des relevés de 2000, lesquels ont produit une estimation de 1 780 narvals dans la population de la baie d’Hudson (P. Richard, comm. pers., 2002), en supposant qu’au moins 50 p. 100 des individus étaient en plongée et n’ont donc pas été comptés lors des relevés, en supposant aussi un taux d’accroissement annuel de 4 p. 100 et en utilisant les estimations de mortalité produites par la collectivité (de 186 à 254 narvals; tableau 2). En fait, la mortalité dans cette population en 1999 a peut-être été encore plus élevée, car la prédation par l’épaulard a contribué au succès de la chasse. On ignore les effets sur la structure de la population de ce prélèvement simultané par les chasseurs, qui préfèrent les mâles à défense, et par les épaulards, qui semblent préférer les narvals sans défense. En outre, les chasseurs de la collectivité ont peut-être pris de 3,6 à 4,7 p. 100 de la population en 2001, année où ils ont atteint la limite de chasse de 100 narvals prescrite par la gestion communautaire.
La population de narvals de la baie d’Hudson n’a guère de chances de supporter à long terme des taux de prise comme ceux qu’on a observés en 1999 et en 2001, à moins que le taux de croissance naturelle soit supérieur à 5 p. 100 par an. En 2002, le programme de gestion communautaire a réagi à cette préoccupation en réduisant la limite annuelle de récolte à Repulse Bay de 100 à 72 narvals. Si la population est moindre qu’on l’estime (compte tenu de la correction pour les individus en plongée) ou que le taux naturel de croissance est inférieur à 4 p. 100, alors la population serait en péril si les collectivités qui pratiquent la chasse aux narvals de la population de la baie d’Hudson approchaient régulièrement de leur limite annuelle. L’expérience du passé laisse supposer que cette éventualité est peu probable, mais il faut tout de même assurer une surveillance à cet égard (tableau 1). Les signes d’une mortalité anormalement élevée provenant de causes autres que la chasse, dont la prédation par l’épaulard et l’emprisonnement sous la glace, doivent aussi être pris en compte lors du rajustement des limites de chasse.
On a observé de fortes concentrations de cadmium et de mercure dans les tissus de narvals pris au Canada et au Groenland (Wagemann et al., 1983, 1996, 1998; Hansen et al., 1990). Ces métaux s’accumulent dans les tissus mous au cours de la croissance de l’espèce, mais en raison du manque de données sur l’âge et de la faible taille des échantillons, il est difficile d’établir des tendances quant à leur accumulation dans le temps et l’espace. Compte tenu de ces limitations, les concentrations de cadmium dans les tissus de narvals pris à Pond Inlet ne semblent pas avoir changé au cours de la période de 1978-1979 à 1992-1994, mais les concentrations totales de mercure dans les muscles, le foie et les reins pourraient avoir augmenté (Wagemann et al., 1996). On n’a pu quantifier ni les effets de l’âge et des différences de régime alimentaire ni l’apport en mercure anthropique. Certains se sont dits préoccupés par le risque de dommages aux reins chez le narval à cause d’une forte teneur en cadmium ainsi que par le risque pour la santé humaine associé à la consommation de muktuk et de viande de narval contenant des concentrations de mercure élevées (Wagemann et al., 1996; 1998).
En 1982-1983, on a analysé le pannicule adipeux et le foie de narvals pris à Pond Inlet pour en établir les concentrations en pesticides organochlorés (DDT, chlordane, camphènes polychlorés [CPC], dieldrine, hexachlorocyclohexanes [∑HCH], mirex), en congénères des biphényles polychlorés (BPC) et en chlorobenzènes (∑CBz) (Muir et al., 1992). Leurs concentrations moyennes en ∑BPC étaient respectivement 6 et 15 fois plus faibles que chez les dauphins de la côte atlantique du Canada et les bélugas de l’estuaire du fleuve Saint-Laurent, tandis que la teneur en CPC était de 2 à 4 fois plus faible et la teneur en ∑HCH, en dieldrine et en ∑CBz était moins de 2 fois inférieure. La répartition de ces contaminants dans les tissus du narval laisse supposer que l’espèce est exposée à une proportion plus forte de composés volatils, probablement transportés sur de longues distances, et qu’elle pourrait être moins capable de métaboliser certains de ces composés que les odontocètes qui vivent plus près des sources de ces contaminants. On n’a établi aucune tendance temporelle dans l’accumulation de contaminants organochlorés chez le narval.
Le développement récent de la pêche au flétan noir dans la baie de Baffin soulève des préoccupations chez les chercheurs qui étudient le narval (Heide-Jørgensen et al., 2002). Cette pêche se pratique durant la saison d’eau libre, dans le secteur où les narvals hivernent. Bien qu’elle ne coïncide pas avec l’occupation par le narval, elle cible des poissons dont le narval se nourrit à des profondeurs de 1 000 à 1 300 m. La quantité totale de prises autorisées est passée de 300 tonnes par an pour la division 0A de l’OPANO, de 1996 à 2000 (Treble, 1999) à 4 000 tonnes pour les divisions 0A et 1A de l’OPANO (au large) en 2001 (Treble et Bowering, 2002), et on s’attendait à ce qu’elle atteigne 8 000 tonnes en 2003 (M. Treble, comm. pers., 2002). Les effets de cette nouvelle compétition pour les ressources alimentaires des narvals en hivernage sont inconnus et méritent d’être étudiés. Des narvals ont été capturés dans des filets de pêche (Mitchell, 1981), mais ce genre d’événement est peu courant et moins préoccupant que les effets de la compétition pour la nourriture.
On prend également de grandes quantités de flétan noir au printemps à travers la glace de rive dans la baie Cumberland (Topolniski, 1993; Stewart, 1994), pendant que les narvals occupent leur aire d’hivernage. Cette pêche à la palangre, qui a débuté en 1986, cible les poissons à des profondeurs de 600 à 1 125 m. Les prises ont déjà dépassé 430 tonnes par an, mais elles sont de l’ordre de 250 tonnes depuis quelques années (M. Treble, comm. pers., 2002). On ignore leur effet sur le narval. Un certain nombre d’autres collectivités de la région de Baffin ont pratiqué une pêche exploratoire au flétan noir, mais elles n’ont pas trouvé de populations propres à soutenir une pêche commerciale (Stewart, 1994).
Actuellement, la mise en valeur et l’exploration des minéraux et des hydrocarbures ne sont guère menaçantes pour les narvals vivant en eaux canadiennes. En fait, il y a aujourd’hui moins d’exploration pétrolière dans l’Arctique qu’il n’y en avait au cours des années 1970 et 1980 (D.G. Wright, comm. pers., 2002) et les deux mines de métaux du haut Arctique canadien ont fermé en septembre 2002 (M. Wheatley, comm. pers., 2003). Cela réduira les effets des activités de déglaçage sur les narvals qui entrent dans le détroit de Lancaster au printemps, de même que les perturbations sismiques et sonores associées aux activités minières et le risque de pollution par les hydrocarbures et les métaux lourds. Des activités futures pourraient cependant renverser cette tendance.
Les effets éventuels des changements climatiques sur le narval n’ont pas fait l’objet d’études détaillées, mais, étant donné l’association étroite qu’entretient l’espèce avec la banquise consolidée et sa dépendance envers les petits chenaux et les fissures, une telle analyse devrait être prioritaire. Les changements climatiques pourraient modifier la répartition, la durée et la qualité de la couverture de glace saisonnière dans l’Arctique et, de ce fait, la densité des proies des mammifères marins associées à la glace, comme la morue polaire et les amphipodes de glace (Tynan et DeMaster, 1997).
À long terme, le réchauffement de la planète pourrait entraîner dans l’Arctique un accroissement du nombre de visiteurs et d’activités (notamment l’observation des baleines) risquant de perturber et de toucher les narvals. Il est également possible que la réduction de la couverture de glace rende les narvals plus vulnérables à la prédation par l’épaulard. Dans l’ensemble, les effets des changements climatiques sur la glace marine dans les secteurs qu’occupe actuellement le narval sont incertains (Maxwell, 1999). En fait, la durée de la couverture de glace dans la baie de Baffin et le détroit de Davis a augmenté de 1979 à 1996 (Parkinson, 2000). On ignore aussi la capacité du narval à s’adapter aux variations de la banquise (Heide-Jørgensen et al., 2002). Étant donné cette incertitude et le fait que l’évolution de la couverture de glace et de sa dynamique risquent d’influer sur la répartition saisonnière de l’espèce, sa répartition géographique, ses habitudes migratoires, son état nutritionnel, sa reproduction et, éventuellement, sur l’abondance de l’espèce et la structure de ses stocks, la vulnérabilité du narval aux changements climatiques mérite qu’on y prête attention.
Historiquement, le narval a fourni des denrées importantes pour l’économie de subsistance traditionnelle de l’est de l’Arctique canadien et du Groenland; la chasse elle-même et le partage de ses produits ont toujours une grande importance alimentaire, sociale et culturelle dans certaines collectivités (Brody, 1976; Reeves, 1992a, 1992b, 1993a; Remnant et Thomas, 1992; Thomsen, 1993; Reeves et Heide-Jørgensen, 1994; Stewart et al., 1995; Gonzalez, 2001; Richard, 2001). Les grandes quantités de peau (10 p. 100), de viande (25 p. 100) et d’huile (de 30 à 35 p. 100 dans le pannicule adipeux) comestibles pouvaient garder les personnes et les chiens en bonne santé pour une période relativement longue (Mansfield et al., 1975; Reeves, 1992a, 1992b, 1993a). Les tendons servaient jadis de fil à coudre; la peau, à faire des lacets; les défenses servaient de mâts de tente, de bâtons de marche ou de matière première pour la fabrication d’articles de chasse.
Aujourd’hui, on chasse le narval surtout pour son ivoire et sa peau (qu’on appelle muktuk, muktuk, maktaq ou muktaaq); on mange rarement sa viande, sauf si c’est la seule dont on dispose, mais on la donne en pâture aux chiens (Reeves, 1992a, 1992b, 1993a, 1993b; Stewart et al., 1995; Gonzalez, 2001; Richard, 2001). Le muktuk est un aliment de grande valeur qui, outre sa teneur en protéines et en calories, est riche en vitamine C, en zinc, en rétinol et en autres éléments nutritifs essentiels (Geraci et Smith, 1979; Kinloch et al., 1992; Wagemann et al., 1996). On le consomme localement ou on l’échange à d’autres collectivités inuites (Reeves, 1993a, 1993b). Malgré une préférence pour le muktuk de jeune narval (noir), les Inuits consomment le muktuk de n’importe quel narval (Reeves, 1992a).
La défense d’ivoire du mâle est un produit d’une grande valeur économique et une source de revenu importante pour certaines collectivités côtières (Reeves, 1992a, 1992b; Gonzalez, 2001). La valeur des défenses sur le marché international incite fortement les chasseurs à prendre des mâles porteurs d’une longue défense. Cet aspect peut influer fortement sur la nature et l’intensité de la chasse. L’interdiction d’importer de l’ivoire de narval imposée par la Communauté économique européenne (CEE) a provoqué une chute du prix de l’ivoire de narval en 1983-1984, mais les prix se sont rétablis depuis en raison de la forte demande d’ivoire de narval au Japon. Les interventions sur le marché et l’instabilité des prix ont eu de graves répercussions chez les collectivités inuites par le passé et sont encore susceptibles d’avoir des effets sur les coûts et les bénéfices de la chasse au narval dans l’avenir (Reeves, 1992b).
De 1975 à 1990, les prix payés aux chasseurs d’Arctic Bay pour le muktuk et l’ivoire ont à peu près doublé (Reeves, 1992a, 1993a). Cette flambée des prix semble avoir été alimentée par la demande d’exportation à Iqaluit, où la chasse locale n’arrive pas à répondre à la demande de muktuk, et par la volonté des résidants d’Arctic Bay d’acheter du muktuk plutôt que de se fier aux arrangements traditionnels de mise en cache et de partage. Si on a raison de supposer, comme l’a fait le gouvernement du Canada, que la chasse au narval est principalement une quête de nourriture et que l’ivoire n’en est qu’un sous-produit (Yaremchuk et Wong, 1989), alors la demande de muktuk pourrait éventuellement devenir plus cruciale dans l’analyse des moyens de préserver l’espèce (Reeves, 1993b).
Le narval revêt également une importance particulière pour la communauté mondiale en général. Écologiquement, il est important en tant que seule espèce du genre Monodon, comme maillon essentiel de la chaîne alimentaire de l’Arctique entre la morue polaire et l’humain ou l’épaulard, ainsi que pour son aptitude à vivre dans les eaux glaciales de l’Arctique et à plonger à de grandes profondeurs. Il suscite un vif intérêt de la part du public en raison de sa défense unique de « licorne » et de son habitat éloigné, en particulier parce qu’on n’a jamais réussi à montrer cet animal en captivité. Sa défense a également servi à faire des objets d’artisanat, ainsi que, en Orient, des médicaments traditionnels.
Au Canada, la protection du narval se limite aux mesures de gestion de la chasse, de la capture d’individus vivants et de la circulation des produits du narval. Jusqu’ici, aucun parc marin ni zone protégée de l’Arctique ne protège le narval de la chasse ou d’autres activités dans les eaux canadiennes (F. Mercier, comm. pers., 2002). Il existe toutefois des secteurs marins protégés dans les parcs nationaux du Nunavut, bien qu’il ne s’agisse pas d’aires marines nationales de conservation. Il n’existe aucune protection à l’extérieur des parcs et aucun secteur protégé (terrestre ou marin) n’interdit la récolte par les Inuits dans la région du Nunavut, où les restrictions et quotas sont établis par le Conseil de gestion des ressources fauniques du Nunavut en vertu de la Loi concernant l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut . La fréquentation de ces parcs nationaux par les visiteurs est négligeable et rien n’indique qu’elle constitue une menace pour les populations de narvals.
Le commerce international des produits du narval est réglementé par une série de lois et de conventions, dont la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), qui est enchâssée dans la législation canadienne (projet de loi C-42, Loi sur la protection d’espèces animales et végétales sauvages et la réglementation de leur commerce international et interprovincial ); la Marine Mammal Protection Act aux États-Unis; le Règlement (CE) nº 338/97 du Conseil dans l’Union européenne.
Les organisations internationales ne sont pas en mesure de déterminer la situation du narval à partir des données disponibles.
Quotas de récolte et protection au Canada
La chasse au narval au Canada est gérée par le Conseil de gestion des ressources fauniques du Nunavut (CGRFN), chargé en vertu du projet de loi C-133 de prendre toutes les décisions en matière de gestion des ressources fauniques au Nunavut. Ce conseil est formé de quatre représentants des Inuits et de quatre représentants du gouvernement, plus un président. Le ministère des Pêches et des Océans (MPO) du Canada, ainsi que les organisations de chasseurs et de piégeurs et les organismes régionaux de gestion de la faune sont des partenaires de cogestion. Le MPO conseille le CGRFN et les collectivités de chasseurs à l’égard des niveaux soutenables de chasse; à leur tour, ceux-ci utilisent cette information pour gérer les chasses communautaires (Richard et Pike, 1993; MPO, 1998a, 1998b).
Les règlements sur la chasse sont mis en œuvre par le MPO aux termes de la Loi sur les pêches et du Règlement sur les mammifères marins . Aux termes de ce règlement, seuls les Inuits peuvent chasser le narval et chaque collectivité a un quota fixant le nombre d’individus qu’elle peut récolter. À l’origine, ces quotas ont été fixés par des négociations avec les collectivités, sur la base des niveaux de récolte historiques (Strong, 1988). Sur la base du quota total, on a alloué aux chasseurs de chaque collectivité des étiquettes à fixer aux individus récoltés. Depuis bon nombre d’années, les chasseurs réclament des modifications au système de gestion des narvals, ce qui a entraîné la mise à l’essai de la gestion communautaire de la chasse à Repulse Bay, Pond Inlet, Qikiqtarjuaq (anciennement Broughton Island), Arctic Bay et Kugaaruk (anciennement Pelly Bay) (tableau 2) (MPO, 1998a, 1998b; Gonzalez, 2001).
En vertu du système de gestion communautaire, le quota a été levé et les organisations de chasseurs et de piégeurs (OCP) locales gèrent la chasse et fixent des limites de récolte dans chaque collectivité, au moyen d’un ensemble de règlements (Gonzalez, 2001). Ces règlements, élaborés par l’OCP locale, portent sur la conservation et la gestion de la population de narvals, la réduction des déchets, l’éducation des chasseurs et la sécurité. Les OCP ont également convenu de recueillir de l’information sur le nombre de narvals blessés ou abattus et non débarqués. En 1999, une récolte anormalement élevée de 158 narvals à Repulse Bay a soulevé des préoccupations quant à l’efficacité de la gestion communautaire. En 2002, le CGRFN a réduit la limite de récolte annuelle à Repulse Bay de 100 à 72 narvals. Même s’il est peu probable que cette limite soit atteinte chaque année, il reste possible que Repulse Bay augmente nettement sa récolte comparativement à la moyenne de 17,3 narvals (intervalle : de 3 à 35; écart-type de 9,1) récoltés par an au cours des 20 années (de 1979 à 1998) ayant précédé l’instauration du programme de gestion communautaire (tableau 1). Ce programme pilote d’une durée de 3 ans a fait l’objet d’un examen en 2003; on a alors constaté que sa durée n’avait pas été assez longue pour permettre une évaluation. On l’a donc prolongé, avec une approche révisée, pour une période supplémentaire de 5 ans, et un plan de gestion intégrée est en cours d’élaboration (M. Wheatley, comm. pers., 2003).
La protection contre la capture de narvals vivants est assurée principalement par des motifs d’ordre moral plutôt que juridique, contrairement à la chasse au narval et au commerce des produits du narval, qui sont régis par des lois et des conventions (Lien, 1999). Nonobstant le Règlement sur les mammifères marins , le Conseil de gestion des ressources fauniques du Nunavut a le pouvoir d’approuver ou d’interdire la capture d’individus vivants. Aux termes du Règlement sur les mammifères marins pris en vertu de la Loi sur les pêches , le MPO a le pouvoir de délivrer des permis de capture d’individus vivants. Dans la pratique, le Ministère n’a pas émis de permis de ce type depuis 1987 (P. Hall, comm. pers., 2002). Le MPO peut assortir le permis de capture d’individus vivants de certaines conditions, mais il n’a pas de pouvoir d’application de la loi en ce qui concerne les individus gardés en captivité (Lien, 1999). Au Canada, le bien-être des animaux est régi par l’article 446 du Code criminel , qui interdit de causer une souffrance inutile à des animaux et prévoit des sanctions en cas d’abus. Le Code criminel ne prévoit ni inspections de routine des soins aux animaux, ni mise en application des normes d’entretien. Pour combler ces lacunes réglementaires, on a proposé des ajouts au Règlement sur les mammifères marins (Lien, 1999), notamment une autorisation en cas d’intervention clinique et l’obligation d’obtenir un permis renouvelable tous les ans pour la garde en captivité.
Commerce international et coopération
La réglementation du commerce international des produits du narval a débuté en 1972, lorsque la Marine Mammal Protection Act des États-Unis a interdit l’importation aux États-Unis de produits de mammifères marins, dont l’ivoire de narval (Reeves, 1992a, 1992b). En 1979, le narval a été inscrit à l’annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES). Cette désignation est réservée aux espèces qui risquent d’être menacées d’extinction si leur commerce ne fait pas l’objet de mesures de contrôle et de surveillance. Cela signifie qu’il faut détenir un permis d’exportation de la CITES pour vendre des produits du narval au-delà des frontières internationales. Au Canada, ces permis sont administrés par le MPO, qui gère le narval en vertu de la Loi sur les pêches . La CITES est enchâssée dans la législation canadienne, dans le projet de loi C-42 (1992), la Loi sur la protection d’espèces animales ou végétales sauvages et la réglementation de leur commerce international et interprovincial (Lien, 1999).
En 1985, une proposition visant à inscrire le narval à l’annexe I de la CITES a été rejetée (Kingsley, 1989; Yaremchuk et Wong, 1989; Reeves, 1992a, 1992b). Si elle avait été adoptée, le narval aurait été désigné espèce menacée d’extinction; dans ce cas, le pays importateur et le pays exportateur auraient tous deux été tenus d’obtenir un permis spécial. En 1984, la Communauté économique européenne (CEE; Règlement 3626/82 ) a obligé les pays membres à contrôler le commerce comme si tous les cétacés, y compris le narval, figuraient à l’annexe I de la CITES, bien que ce ne soit pas le cas. Ce règlement, qui a pour effet d’interdire l’importation d’ivoire de narval, ne s’applique pas aux produits provenant du Groenland (Reeves et Heide-Jørgensen, 1994). En 1997, l’Union européenne a remplacé ce règlement par le Règlement du Conseil CE 338/97 , qui maintient ces mesures de contrôle plus strictes des exportations canadiennes de produits du narval.
Le narval figure également à l’annexe II de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (Convention de Bonn), qui promeut la coopération internationale en matière de gestion des espèces migratrices. L’annexe II donne la liste des espèces migratrices qui ont besoin d’ententes de coopération internationale ou qui tireraient un avantage important de celles-ci aux termes de la Convention de Bonn. Le Canada coopère avec le Groenland à la conservation des populations communes de narvals par sa participation à la Commission mixte Canada/Groenland sur le béluga et le narval (CMBN).
Désignation du statut
En 1996, l’Union internationale pour la conservation de la nature et de ses ressources (UICN) a évalué la situation du narval (Hilton-Taylor, 2000). Elle en a conclu qu’il était impossible d’évaluer adéquatement le risque de disparition de l’espèce à partir des données disponibles et a classé le narval dans la catégorie « Données insuffisantes » (DI) de la Liste rouge de 2000 des espèces menacées de l’UICN.
En 2001, une réunion mixte de groupes de travail scientifiques de la CMBN et de la Commission des Mammifères Marins de l’Atlantique Nord (NAMMCO) est également arrivée à la conclusion que les données existantes sont insuffisantes pour évaluer la situation du narval dans la région de la baie de Baffin (CMBN/NAMMCO, 2001). Bien que la population globale ne semble pas subir de menace immédiate due à un niveau de chasse non soutenable, les participants se sont dits inquiets du risque de chasse excessive de certaines sous-populations. On a recommandé des efforts de recherche ciblés et intensifs afin d’améliorer les connaissances sur le narval et de renforcer ainsi les fondements des conseils sur la conservation et la gestion de l’espèce.
Faute de données de relevés récents et complets et vu l’incertitude quant à la mortalité attribuable à la chasse et à la mortalité naturelle, il est impossible de produire une estimation quantitative de la taille de la population de narvals de la baie de Baffin ou de la portion de cette population qui pénètre dans les eaux canadiennes; il n’est pas non plus possible de déceler une tendance. D’ailleurs, il n’y a pas de consensus clair entre les chasseurs inuits quant à la tendance de la population. Cependant, des dizaines de milliers de narvals de cette population estivent dans les eaux canadiennes et l’augmentation apparente de la mortalité due à la chasse depuis 1977 accroît l’urgence d’approfondir nos connaissances sur la population de la baie de Baffin (JCNB/NAMMCO, 2001).
Il existe des incertitudes similaires quant à la population de la baie d’Hudson qui compte sans doute plusieurs milliers d’individus. Les chasseurs de Repulse Bay ont vraisemblablement éliminé de 5,2 à 6,7 p. 100 de la population de narvals de la baie d’Hudson en 1999 et de 3,6 à 4,7 p. 100 en 2001. Il est peu probable que cette population puisse soutenir un tel rythme de récolte à long terme. Par conséquent, la limite annuelle de récolte à Repulse Bay a été réduite en 2002 de 100 à 72 narvals. Un plan de gestion intégrée est en cours d’élaboration pour la population de la baie d’Hudson.
Narval (Populations de la baie de Baffin et de la baie d’Hudson) – Narwhal (Baffin Bay & Hudson Bay Populations)
Baie de Baffin ~1 250 000 km²
Baie d’Hudson ~250 000 km²
regroupements estivaux. Domaines vitaux probablement plus restreints et plus concentrés en été
Baie de Baffin ~60 000 km²
Baie d’Hudson ~17 000 km²
Nombre d’emplacements existants (connus ou supposés) : les individus sont migrateurs et très dispersés
(~60 % de la population totale)
Baie de Baffin 27 000
Baie d’Hudson 2 100
Tendance de la population quant au nombre total d’individus (en déclin, stable, en croissance ou inconnue) :
S’il y a déclin, % du déclin au cours des dernières/prochaines dix années ou trois générations, selon la plus élevée des deux valeurs (ou préciser s’il s’agit d’une période courte).
La population totale est-elle très fragmentée (la plupart des individus se trouvent dans de petites populations, relativement isolées [géographiquement ou autrement] entre lesquelles il y a peu d’échange, c.-à-d. migration réussie de ≥ 1 individu/année)?
Chasse : Le nombre d’individus pris par les chasseurs semble avoir augmenté au cours de la dernière décennie pour ce qui est de la population de la baie de Baffin et depuis 1977 pour ce qui est de la population de la baie d’Hudson. On ne dispose pas de données fiables sur le nombre d’individus abattus et non débarqués. La capacité de la population à se maintenir malgré la chasse est incertaine. Il faudrait mieux connaître la taille, les déplacements et les indices vitaux des populations.
Changements climatiques : On ignore les effets éventuels d’une réduction de la couverture de glace, mais celle-ci pourrait accroître la vulnérabilité du narval à la chasse et à la prédation par l’épaulard.
Groenland : inconnu
Aucune analyse entreprise
Statut antérieur : Narval : non en péril (COSEPAC, avril 1987)
Critère A (Population totale en déclin) : La population de la baie de Baffin est nombreuse (environ 45 000 individus de tous âges), mais sa tendance est inconnue. La population de la baie d’Hudson compte environ 2 100 individus adultes, mais sa tendance est très incertaine et le niveau soutenable de chasse est inconnu. La population de la baie d’Hudson pourrait diminuer de 30 % d’ici 30 ans si la chasse ne fait pas l’objet d’une étroite surveillance et d’une réglementation efficace.
Critère B (Aire de répartition peu étendue, et déclin ou fluctuation) : Sans objet, car la zone d’occurrence des deux populations est supérieure à 20 000 km².
Critère C (Petite population totale et déclin) : Sans objet, car le nombre d’individus adultes de la population de la baie de Baffin est supérieur à 10 000. Cependant, la poursuite de la chasse au niveau de 2002 causerait un déclin de la petite population de la baie d’Hudson (critère C1, Menacée). La gestion communautaire assure la surveillance de la chasse et semble réguler le nombre de prises au Canada. La population de la baie de Baffin, cependant, fait également l’objet d’une chasse au Groenland à des niveaux qui ne sont pas nécessairement soutenables.
Critère D (Très petite population, ou aire de répartition restreinte) : Les deux populations comptent plus de 1 000 individus et leur aire de répartition n’est pas restreinte.
Nous aimerions remercier les personnes suivantes pour leurs renseignements et leurs conseils : Holly Cleator, Larry Dueck, Sue Cosens, Brigitte de March, Karen Ditz, Pat Hall, Lois Harwood, Derek Muir, Leesee Papatsie, Pierre Richard, Patrice Simon, Gary Stern, Sam Stevenson, Rob Stewart, Marg Treble et Dennis Wright, ministère des Pêches et des Océans (MPO); Peter Achuff, Direction de l’intégrité écologique, Parcs Canada; Randall Reeves, Okapi Wildlife Associates; Lesley White, Fonds mondial pour la nature; Francine Mercier et Vicki Sahanatien, Parcs Canada; Nicole Gougeon, Comité conjoint de chasse, de pêche et de piégeage; Ed McLean, Comité mixte de gestion de la pêche; Josée Galipeau, Jim Noble et Michelle Wheatley, Conseil de gestion des ressources fauniques du Nunavut (CGRFN); Miriam Fleming, Environment Committee of Sanikiluaq; Jonah Kilabuk, Iqaluit; Jon Lien, Memorial University; Suzanne Carrière, gouvernement des Territoires du Nord-Ouest; Tom Dooley, gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador; Michel Lepage, gouvernement du Québec. De nombreuses autres personnes ont contribué à la préparation du présent document par leur participation à la première téléconférence sur l’intégration des connaissances traditionnelles organisée par le COSEPAC. Dale McGowan, MPO, a fourni le dessin du narval. Les personnes suivantes ont relu et commenté le manuscrit : Holly Cleator, Sue Cosens, Mike Hammill, Pierre Richard et Rob Stewart, MPO; Andrew Trites (coprésident) et les membres du Sous-comité de spécialistes des mammifères marins du COSEPAC; Michelle Wheatley, CGRFN; Cecile Stewart, Arctic Biological Consultants.
D. Bruce Stewart, M.Sc., est zoologiste et détient également une formation en écologie et en physiologie. De 1977 à 1986, il a planifié et dirigé des recherches fondamentales sur les ressources aquatiques des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut pour le programme de cartographie Northern Land Use Information Series. Il a travaillé avec des Inuits sur le terrain pour l’étude des populations anadromes d’ombles chevaliers, ainsi que dans des collectivités inuites pour recueillir des connaissances traditionnelles sur la répartition et la biologie des narvals et des bélugas dans l’est de l’Arctique canadien. À titre de directeur de Arctic Biological Consultants, Bruce a apporté son expertise en ressources aquatiques, en initiatives sur les parcs et en développement des ressources aux gouvernements, au secteur privé et aux organisations autochtones. Parmi ses travaux, on compte la préparation d’une stratégie globale de développement des pêches dans la partie canadienne de la mer de Beaufort et du golfe d’Amundsen pour les Inuvialuit; des revues de l’information sur les populations et les prises de poissons au Nunavut et dans les régions visées par l’entente Déné et Métis du Sahtu, Gwich'in, North Slave, South Slave et Deh Cho, pour le ministère des Pêches et des Océans (MPO); des recommandations sur des secteurs à inclure dans les nouveaux parcs marins nationaux de la baie d’Hudson et de la baie James. Entre 1991 et 1993, les ministres de l’Environnement du Canada et du Manitoba ont invité Bruce à siéger à un comité de six membres chargé d’une évaluation publique sur les impacts environnementaux éventuels du projet hydroélectrique Conawapa proposé par Hydro-Manitoba, d’une valeur de 5,7 milliards de dollars. Il a également évalué les impacts éventuels de la mine Nanisivik et des projets d’extraction de diamants Diavik et Jericho sur l’environnement aquatique, et prépare actuellement une revue de l’écosystème marin de la baie d’Hudson pour le MPO, ainsi qu’une mise à jour sur le morse de l’Atlantique pour le COSEPAC. Bruce a rédigé plus de 60 publications et rapports scientifiques, publié des articles de vulgarisation et des photographies dans Canadian Geographic et The Beaver et donné des conférences sur l’Arctique à une vaste gamme d’auditoires.
Carrière, S. Mai 2002. Ecosystem Management Biologist, Wildlife and Fisheries, Department of Resources, Wildlife and Economic Development, Gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, Yellowknife (Nunavut).
Ditz, K. Mai 2002. Biologiste, Gestion des pêches, Secteur de l’Arctique de l’Est, Pêches et Océans Canada, Iqaluit (Nunavut).
Dooley, T. Mai 2002. A/Resource Policy Director, Department of Fisheries and Policy Planning, Department of Fisheries and Aquaculture, Gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador, St. John’s (Terre-Neuve).
Fleming, M. Janvier-juillet 2002. Secrétaire, Comité environnemental, Municipalité de Sanikiluaq, Poste restante, Sanikiluaq (Nunavut).
Gougeon, N. Mai 2002. Secrétaire-trésorier, Comité conjoint de chasse, de pêche et de piégeage, Montréal (Québec).
Goulet, G. Décembre 2001-mai 2002. Coordonnatrice des connaissances traditionnelles autochtones, Secrétariat du COSEPAC, Service canadien de la faune, Environnement Canada, Ottawa.
Hall, P. Juillet 2002. Coordonnatrice, Gestion des pêches, Pêches et Océans Canada, Programme de gestion des pêches, Winnipeg (Manitoba).
Han, S-L. Mai 2002. Gestionnaire, Ressources fauniques, Nunavut Wildlife Service, Departement of Sustainable Development, Iqaluit (Nunavut).
Harwood, L. Mai 2002. Biologiste, Pêches et Océans Canada, Yellowknife (Territoires du Nord-Ouest).
Kilabuk, J. Juillet 2002. Pangnirtung, Nunavut.
Lepage, M. Mai 2002. Coordonnateur des espèces menacées, Societé de la faune et des parcs du Québec, Direction du développement de la faune, Québec (Québec).
Lien, J. Mai 2002. Honourary Research Professor, Biopsychology Programme and Ocean Sciences Centre, Memorial University of Newfoundland, St. John's (Terre-Neuve).
McLean, E. Mai 2002. Biologiste, Ressource, Fisheries Joint Management Committee, Joint Secretariat- Inuvialuit Renewable Resources Committees, Inuvik (Nunavut).
Mercier, F. Juillet 2002. Planificateur principal, Études marines, Direction de l’établissement des parcs, Direction générale des parcs nationaux, Parcs Canada, Gatineau (Québec).
Noble, J. Mars 2001, mai 2002. Directeur exécutif, Conseil de gestion de la faune du Nunavut, Iqaluit (Nunavut).
Papatsie, L. Décembre 2001. Technicien, Gestion des pêches, Pêches et Océans Canada, Bureau du Secteur de l’Arctique de l’Est, Iqaluit (Nunavut).
Pattimore, J. 1986. Anciennement coordonnateur des récoltes, Baffin Region Inuit Association, Iqaluit (Nunavut).
Reeves, R. Mai 2002. OKAPI Wildlife Associates, Hudson (Québec).
Richard, P. Février-août 2002. Chercheur scientifique, Division de la recherche arctique, Pêches et Océans Canada, Winnipeg (Manitoba).
Sahanatien, V. Mai 2002. Gestionnaire du Secrétariat à la protection des écosystèmes, Parcs Canada - Nunavut Field Unit, Iqaluit (Nunavut).
Simon, P. Mai 2002. Conseiller, Poissons du Nord et mammifères marins, Pêches et Océans Canada, Direction de la recherche sur les pêches, Ottawa (Ontario).
Stern, G. Mai 2002. Chercheur scientifique de contaminants et Chef de section, Pêches et Océans Canada, Winnipeg (Manitoba).
Stewart, R. Août 2002. Chercheur scientifique, Productivité des mammifères marins, Pêches et Océans Canada, Winnipeg (Manitoba).
Treble, M. Juillet 2002. Biologiste, Pêches marines, Pêches et Océans Canada, Winnipeg (Manitoba).
Wheatley, M. Août 2003. Directeur de la gestion de la faune, Conseil de gestion de la faune du Nunavut, Iqaluit (Nunavut).
White, L. Mai 2002. Fonds mondial pour la nature-Canada, Toronto (Ontario).
Wright, D. Juillet 2002. Coordonnateur, Affaires environnementales, Pêches et Océans Canada, Programme sur les océans, Winnipeg (Manitoba).