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Timestamp: 2016-10-22 13:32:15+00:00
Document Index: 114754011

Matched Legal Cases: ['art. 3', 'art. 43', 'art. 43', 'ATF ', 'art. 63', 'art. 64', 'ATF ', 'art. 55', 'ATF ', 'art. 55', 'in fine', 'art. 63', 'art. 63', 'ATF ', 'art. 8', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 8', 'in fine', 'art. 8', 'art. 8', 'art. 8', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 58', 'art. 6', 'art. 33', 'art. 49', 'art. 6', 'art. 47', 'art. 63', 'art. 26', 'ATF ', 'art. 59', 'art. 42', 'in casu', 'ATF ', 'art. 46', 'in casu', 'art. 86', 'art. 87', 'in fine', 'art. 64', 'art. 156', 'art. 159', 'art. 159']

4C.306/2001 (11.01.2002)
4C.306/2001
1. X.________ S.A., d�fenderesse et recourante,
2. Dame B.________, d�fenderesse et recourante,
toutes deux repr�sent�es par Me Pierre del Boca, avocat � Lausanne,
Dame C.________, demanderesse et intim�e, repr�sent�e par Me Baptiste Rusconi, avocat � Lausanne;
(responsabilit� civile du d�tenteur de v�hicule automobile)
A.- a) Dame C.________, n�e le 1er ao�t 1950, est m�re d'un enfant n� en 1982; son �poux est p�re au foyer depuis la naissance de leur fils. Elle souffre, depuis l'�ge de vingt ans environ, de la maladie de Bechterew ou spondylarthrite ankylosante. Il s'agit d'un rhumatisme, qui, petit � petit, entra�ne la soudure des diff�rentes vert�bres et interdit les mouvements de t�te lat�raux, la personne atteinte de cette maladie devant ainsi d�placer les pieds pour regarder � gauche ou � droite. En raison de cette affection, dame C.________ ne pouvait pas tenir la t�te droite. Depuis le 21 avril 1978, elle percevait une demi-rente simple de l'assurance-invalidit�.
Dame C.________ a travaill� � mi-temps de 1977 � 1992 au service de la fiduciaire et r�gie Y.________ S.A., � Lausanne; son dernier salaire mensuel brut se montait � 2875 fr., treize fois l'an.
Le 7 octobre 1992, aux alentours de 7 h.35, dame B.________, dont la responsabilit� civile de d�tentrice est couverte par X.________ S.A. (anciennement A.________), circulait au volant de son v�hicule de marque Peugeot 205 sur l'avenue G�n�ral Guisan, � Pully, en direction de Vevey. Dame B.________ a vu dame C.________, qui �tait arr�t�e sous la pluie � hauteur du no 79 de l'avenue pr�cit�e; celle-ci se trouvait sur le trottoir, en face d'un passage de s�curit�.
La conductrice, qui a pris dame C.________ pour un enfant � cause de sa silhouette, a ralenti � la vue de cette pi�tonne.
D.________, qui circulait en sens inverse, a �galement vu dame C.________ attendre et a compris qu'elle voulait traverser; il s'est alors arr�t� et lui a fait un appel de phares pour lui indiquer qu'il entendait la laisser passer.
Dame C.________, qui est particuli�rement prudente au moment de traverser la route, a regard� � gauche, puiss'est engag�e sur le passage de s�curit� en marchant normalement.
Pensant que dame C.________ allait attendre le passage de sa voiture, dame B.________, totalement surprise, a donn� un brusque coup de frein et a tent� de l'�viter en passant sur le trottoir � droite. La conductrice a toutefois heurt�, avec l'avant gauche de son v�hicule, la pi�tonne, alors qu'elle se trouvait � environ trois m�tres du bord du trottoir qu'elle venait de quitter.
Dame C.________ a �t� transport�e inconsciente au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), o� elle a �t� admise plusieurs mois. Outre des fractures de l'hum�rus gauche, du rachis dorsal D11-D12, du bassin et aux deux jambes, accompagn�es d'un h�mothorax droit et d'une contusion h�patique, elle a subi un s�v�re traumatisme cr�nien. A la suite de cet accident, dame C.________ est tr�s gravement entrav�e dans sa vie de tous les jours et proche de l'impotence.
Le traumatisme cr�nien est � l'origine d'un syndrome psycho-organique de degr� moyen, qui se caract�rise par des troubles des fonctions gnosiques, par une aphasie anomique et divers troubles de la personnalit� (pu�rilisme, labilit� �motionnelle, retrait social, phobie de l'abandon et de la chute).
Elle pr�sente en outre des troubles de la marche, qui aggravent de mani�re d�terminante les difficult�s de se d�placer r�sultant de son �tat ant�rieur, et une limitation fonctionnelle de l'�paule gauche. Enfin, elle souffre de troubles sphinct�riens v�sicaux occasionnant des pertes d'urine.
Depuis l'accident, qui a fait l'objet d'un rapport de la police municipale de Pully dat� du 13 octobre 1992, dame C.________ est en incapacit� totale de travail. Elle n'est d�sormais plus en mesure d'effectuer sans aide les t�ches m�nag�res, pour lesquelles elle consacrait en tout cas dix heures par mois.
D�s le 1er f�vrier 1993, elle a touch� une rente enti�re simple de l'assurance-invalidit� et une rente pour enfant, qui se montaient mensuellement en mars 2000 � respectivement 2010 fr. et 804 fr.
b) Une enqu�te p�nale a �t� ouverte contre dame B.________ pour l�sions corporelles graves. Par jugement du 7 mars 1994, le Tribunal correctionnel du district de Lausanne a lib�r� l'int�ress�e de ce chef d'accusation.
B.- Le 19 f�vrier 1997, dame C.________ a ouvert action contre dame B.________ et X.________ S.A. devant la Cour civile du Tribunal cantonal vaudois. Elle a conclu � ce que les d�fenderesses lui doivent paiement solidairement de 225 071 fr.30, avec int�r�ts � 5 % l'an d�s le d�p�t de la demande.
Les d�fenderesses ont conclu � lib�ration.
En cours d'instance, une expertise m�dicale a �t� confi�e au docteur Z.________, sp�cialiste FMH en m�decine interne. Selon cet expert, la perte des 50% de capacit� de travail r�siduelle dont disposait la demanderesse avant l'accident du 7 octobre 1992 est exclusivement due aux s�quelles de ce sinistre. Dans un rapport compl�mentaire, l'expert a encore d�clar� que la maladie de Bechterew dont la demanderesse est atteinte ne l'aurait pas emp�ch�e, si l'accident n'�tait pas survenu, de maintenir une activit� professionnelle � mi-temps jusqu'� l'�ge de 62 ans.
Une expertise technique a �galement �t� ordonn�e pour �valuer notamment la vitesse du v�hicule de dame B.________ avant l'accident et au moment du choc et la distance d'arr�t qui entrait en ligne de compte.
Par jugement du 14 novembre 2000 dont les consid�rants ont �t� notifi�s le 15 ao�t 2001, la Cour civile a condamn� les d�fenderesses � verser solidairement � la demanderesse la somme de 225 071 fr.30 plus int�r�ts � 5% l'an d�s le 19 f�vrier 1997. En substance, l'autorit� cantonale a retenu que dame B.________, en renversant la demanderesse le 7 octobre 1992 alors que celle-ci traversait la chauss�e sur un passage de s�curit�, a commis une faute exclusive en relation de causalit� directe et ad�quate avec l'accident. Pour r�parer le dommage subi par dame C.________, la cour cantonale a jug� que les d�fenderesses restaient solidairement d�bitrices de la demanderesse du montant total de 265 743 fr.60, qui se d�composait de la mani�re suivante:
- 51 276 fr.90 avec int�r�ts � 5% d�s le 1er novembre 1996 pour la perte de gain et le pr�judice m�nager au jour du jugement;
- 202 298 fr.40 plus int�r�ts � 5% d�s le 1er novembre 2000 � titre de perte de gain future et de pr�judice m�nager futur;
- 5980 fr. avec int�r�ts � 5% d�s le 7 octobre 1992 pour le tort moral;
- 6188 fr.30 plus int�r�ts � 5% d�s le 11 mars 1997 � titre de frais d'avocat avant proc�s et de frais de literie.
Mais comme la demanderesse avait conclu au paiement de la somme de 225 071 fr.30 avec int�r�ts � 5% l'an d�s le 19 f�vrier 1997, ont poursuivi les magistrats vaudois, c'est ce dernier montant en capital et int�r�ts qui doit lui �tre allou�, puisque l'art. 3 du Code de proc�dure civile vaudois (CPC vaud.) interdit � la Cour civile de statuer ultra petita.
C.- Parall�lement � un recours de droit public qui a �t� rejet� dans la mesure de sa recevabilit� par arr�t de ce jour, X.________ S.A. et dame B.________ exercent un recours en r�forme au Tribunal f�d�ral. Elles concluent principalement � la r�forme du jugement pr�cit� en ce sens que les conclusions de la demande sont rejet�es. Subsidiairement, elles requi�rent l'annulation du jugement cantonal, la cause �tant renvoy�e � la cour cantonale pour nouvelle d�cision dans le sens des consid�rants.
1.- Le recours en r�forme est ouvert pour violation du droit f�d�ral (art. 43 al. 1 OJ). Il ne permet en revanche pas d'invoquer la violation directe d'un droit de rang constitutionnel (art. 43 al. 1 2e phrase OJ) ou la violation du droit cantonal (ATF 127 III 248 consid. 2c et les arr�ts cit�s).
Saisi d'un recours en r�forme, le Tribunal f�d�ral doit conduire son raisonnement sur la base des faits contenus dans la d�cision attaqu�e, � moins que des dispositions f�d�rales en mati�re de preuve n'aient �t� viol�es, qu'il y ait lieu � rectification de constatations reposant sur une inadvertance manifeste (art. 63 al. 2 OJ) ou qu'il faille compl�ter les constatations de l'autorit� cantonale parce que celle-ci n'a pas tenu compte de faits pertinents et r�guli�rement all�gu�s (art. 64 OJ; ATF 127 III 248 ibidem). Dans la mesure o� une partie recourante pr�sente un �tat de fait qui s'�carte de celui contenu dans la d�cision attaqu�e, sans se pr�valoir avec pr�cision de l'une des exceptions qui viennent d'�tre rappel�es, il n'est pas possible d'en tenir compte. Il ne peut �tre pr�sent� de griefs contre les constatations de fait, ni de faits ou de moyens de preuve nouveaux (art. 55 al. 1 let. c OJ). L'appr�ciation des preuves � laquelle s'est livr�e l'autorit� cantonale ne peut �tre remise en cause (ATF 126 III 189 consid. 2a; 125 III 78 consid. 3a).
Si le Tribunal f�d�ral ne saurait aller au-del� des conclusions des parties, lesquelles ne peuvent en prendre de nouvelles (art. 55 al. 1 let. b in fine OJ), il n'est li� ni par les motifs qu'elles invoquent (art. 63 al. 1 OJ), ni par ceux de la d�cision cantonale (art. 63 al. 3 OJ; ATF 127 III 248 consid. 2c; 126 III 59 consid. 2a).
2.- Les recourantes pr�tendent tout d'abord que la cour cantonale a viol� leur droit � la preuve en ignorant leur all�gu� 105. A les en croire, la Cour civile aurait d� retenir non seulement que la demanderesse ne pouvait regarder � gauche ou � droite sans d�placer les pieds, mais encore qu'elle �tait atteinte d'une forme historique vo�t�e de la maladie de Bechterew, qui l'emp�chait de tenir la t�te droite et la contraignait � regarder vers le sol.
a) L'art. 8 CC ne dicte pas comment le juge peut forger sa conviction (ATF 127 III 519 consid. 2a; 122 III 219 consid. 3c; 119 III 60 consid. 2c; 118 II 142 consid. 3a).
Cette disposition est viol�e quand le juge n'administre pas, sur des faits pertinents, des preuves ad�quates offertes r�guli�rement selon le droit cantonal, alors qu'il ne consid�re l'all�gation desdits faits ni comme exacte, ni comme r�fut�e; la disposition n'exclut toutefois ni la preuve par indices, ni l'appr�ciation anticip�e des preuves, le juge pouvant rejeter des offres de preuve d'une partie s'il arrive � la conclusion qu'elles ne seraient pas propres � d�montrer le fait � prouver ou parce que sa conviction est d�j� assise sur les preuves rassembl�es, de mani�re que le r�sultat de leur appr�ciation ne puisse plus �tre remis en question (ATF 127 III 519 consid. 2a; 122 III 219 consid. 3c et les arr�ts cit�s).
b) L'all�gu� 105 des d�fenderesses est libell� comme il suit: "De plus, �tant bossue et ne pouvant tenir la t�te droite, son angle de vision est encore r�duit d'autant".
Cet all�gu� a �t� soumis � la preuve par expertise et la r�ponse de l'expert Z.________ � son propos a �t� retranscrite in extenso � la page 15 du jugement d�f�r�. Selon ce praticien, l'intim�e pr�sente depuis 1977 une cyphose dorsale bloquant la colonne cervicale en flexion ant�rieure, en sorte qu'elle ne peut pas tenir la t�te droite.
En d�pit des affirmations des recourantes, la Cour civile n'a donc aucunement ignor� cet all�gu�, mais a au contraire donn� suite � l'offre de preuve qui l'accompagnait.
Quant � la circonstance que la demanderesse, en raison de la maladie de Bechterew, devait d�placer son corps pour regarder � gauche ou � droite, la cour cantonale en a fait express�ment �tat au consid�rant 8a in medio du jugement querell�. On ne discerne pas l'ombre d'une violation de l'art. 8 CC.
3.- Selon les d�fenderesses, les juges cantonaux n'ont pas repris dans le jugement d�f�r� les all�gu�s 35 et 83 de la demanderesse, ce qui constituerait une nouvelle violation du droit � la preuve.
L'all�gu� 35, qui concerne l'intim�e, a la teneur suivante: "Tous d�placements subits, toutes courses lui sont impossibles". Quant � l'all�gu� 83, il pr�cise que "ces probl�mes handicapent grandement la demanderesse dans tous ses d�placements".
La preuve par expertise ayant �t� propos�e sur ces deux all�gu�s, la Cour civile y a fait droit. Aussi l'expert Z.________ a-t-il expos�, comme l'a mentionn� le jugement cantonal en p. 13 � 15, que le d�placement de l'intim�e est malais�, qu'il est effectu� avec lenteur et pr�caution et que la course lui est impossible. Ces troubles de la marche proviennent � 70 % des s�quelles de l'accident du 7 octobre 1992 et � 30 % de l'�tat ant�rieur d� � la maladie de Bechterew.
Au consid�rant 8a in fine, l'�tat de fait du jugement critiqu� retient que "la demanderesse ne peut pas faire de mouvements brusques et est consciente de son manque de mobilit�".
Il appert ainsi que, d'une part, l'autorit� cantonale n'a pas refus� une offre de preuve aff�rente � ces all�gu�s.
D'autre part, elle a retenu, en se fondant sur l'expertise m�dicale, que la demanderesse avait des difficult�s � se d�placer et ne pouvait pas courir; ce faisant, elle a proc�d� � une appr�ciation des preuves conduisant � sa conviction.
Or, comme on l'a vu, l'art. 8 CC ne prescrit pas les moyens par lesquels l'�tat de fait doit �tre �tabli et encore moins comment les preuves doivent �tre appr�ci�es. Le moyen est totalement infond�.
4.- A suivre les recourantes, la cour cantonale a viol� la r�gle sur le fardeau de la preuve d�duite de l'art. 8 CC lorsqu'elle a admis, dans le cadre du calcul de la perte de gain subie par la demanderesse depuis l'accident jusqu'� la date du jugement cantonal, que le salaire annuel de cette derni�re aurait atteint en 2000 la somme de 47 345 fr.60.
Pour retenir comme salaire futur moyen un montant "de 10 000 fr. sup�rieur � ce qui a �t� all�gu�", la cour cantonale aurait utilis� des pi�ces produites � l'appui d'un autre all�gu�. En prenant en compte des faits non all�gu�s, la Cour civile serait sortie du cadre des all�gu�s et aurait commis une grave entorse au principe fondamental, d'apr�s lequel un fait, pour �tre retenu, doit d'abord avoir �t� all�gu�, puis prouv�.
L'art. 8 CC prescrit � celui qui all�gue un fait pour en d�duire un avantage d'en apporter la preuve. En revanche, cette disposition n'impose pas l'obligation au plaideur d'all�guer le fait en question, car c'est le droit cantonal qui d�termine si un fait sur lequel une partie entend fonder ses pr�tentions doit �tre all�gu� (ATF 97 II 339 consid. 1b et les arr�ts cit�s). Rel�ve �galement du droit cantonal le point de savoir dans quelle mesure le juge a le droit de tenir compte de faits non all�gu�s (ATF 97 II 216 consid. 1).
Il s'ensuit que le grief des recourantes concerne exclusivement une question qui ressortit � l'application du droit cantonal de proc�dure, si bien qu'il est enti�rement irrecevable.
5.- Pour les recourantes, l'autorit� cantonale aurait transgress� les art. 58 et 59 LCR en admettant la responsabilit� exclusive de la d�tentrice de l'automobile impliqu�e dans l'accident. Elles soutiennent que la Cour civile aurait d� se poser la question, � tout le moins, de la faute concomitante de la demanderesse. Elles pr�tendent que l'intim�e, qui avait la t�te baiss�e, le regard fix� sur le sol, et qui ne regardait ni � gauche ni � droite, devait manifester son intention de traverser la route sur le passage de s�curit�, en faisant un signe du bras ou de la main. Le simple fait de se trouver en face d'un passage pour pi�tons ne constituerait pas une indication au sens de l'art. 6 OCR.
Le moyen repose pour l'essentiel sur un �tat de fait �tranger � celui pos� souverainement par la cour cantonale.
Si tant est qu'il soit recevable, il est priv� de tout fondement.
A teneur de l'art. 33 LCR, le conducteur facilitera aux pi�tons la travers�e de la chauss�e (al. 1). Avant les passages pour pi�tons, le conducteur circulera avec une prudence particuli�re et, au besoin, s'arr�tera pour laisser la priorit� aux pi�tons qui se trouvent d�j� sur le passage ou s'y engagent (al. 2). L'art. 49 al. 2 LCR dispose que les pi�tons traverseront la chauss�e avec prudence et par le plus court chemin en empruntant, o� cela est possible, un passage pour pi�tons. Ils b�n�ficient de la priorit� sur de tels passages mais ne doivent pas s'y lancer � l'improviste. L'art. 6 al. 1 aOCR, dans sa teneur en vigueur entre le 1er mai 1989 et le 31 mai 1994 (RO 1984 1338 et 1989 410), prescrivait que, avant les passages pour pi�tons o� le trafic n'est pas r�gl�, le conducteur r�duira sa vitesse assez t�t, de mani�re � pouvoir laisser la priorit� aux pi�tons, notamment � ceux qui font un signe de la main. Il est tenu d'accorder la priorit� � tout pi�ton qui s'engage sur le passage avant le v�hicule.
Quant � l'art. 47 aOCR, dans sa teneur en vigueur avant le 1er juin 1994, il pr�cisait, � son al. 2 in initio, que, sur les passages pour pi�tons o� le trafic n'est pas r�gl�, les pi�tons ont la priorit� sauf � l'�gard des tramways et des chemins de fer routiers; l'al. 3 de la m�me disposition indiquait ce qui suit: "Les pi�tons qui veulent user de leur droit de priorit� doivent annoncer leur intention au conducteur du v�hicule qui s'approche, en posant un pied sur la chauss�e ou en faisant clairement un signe de la main. Ils n'useront pas de leur droit de priorit� lorsque le v�hicule ne pourrait s'arr�ter � temps".
En l'esp�ce, il r�sulte des faits d�terminants (art. 63 al. 2 OJ) qu'au matin du 7 octobre 1992, l'intim�e �tait arr�t�e sous la pluie sur un trottoir de l'avenue G�n�ral Guisan, en face d'un passage de s�curit�. La d�fenderesse, qui roulait en direction de Vevey, a vu cette pi�tonne qu'elle a pris pour un enfant et a ralenti, � l'instar du v�hicule circulant en sens inverse et pilot� par D.________, lequel s'est arr�t� et a indiqu� � la demanderesse, par un appel de phares, qu'il avait l'intention de la laisser passer.
Dans ce contexte, il appert que dame B.________ a manifestement compris, comme D.________, que l'intim�e, par sa pr�sence un jour de pluie devant un passage pour pi�tons, cherchait � traverser la route, de sorte que cette derni�re n'avait pas � confirmer une nouvelle fois son intention par une geste du bras ou de la main (cf. , sur le principe de la confiance d�duit de l'art. 26 al. 1 LCR, ATF 127 IV 220 consid. 3a; 118 IV 277 consid. 4; 115 II 283 consid. 1a).
Dame C.________ a regard� � gauche, en direction du v�hicule de dame B.________, puis, voyant que celui-ci avait ralenti, s'est engag�e sur le passage de s�curit�. D�s le moment o� la demanderesse a mis le pied sur le passage prot�g�, comme on l'encourageait � le faire, elle avait la priorit�.
Et l'intim�e n'a pas adopt� un comportement inattendu, puisqu'elle ne s'est pas ru�e sur le passage pour pi�tons - son �tat de sant� le lui aurait de toute mani�re interdit - mais a entrepris de le traverser en marchant normalement.
Malgr� cela, dame B.________ a d�duit de l'ensemble de ces circonstances que l'intim�e allait attendre le passage de sa voiture avant de traverser la route. Il n'est nul besoin de plus amples explications pour admettre, avec l'autorit� cantonale, que la responsabilit� totale de la d�tentrice dans l'accident doit �tre clairement reconnue, aucun des facteurs de r�duction pr�vus par l'art. 59 al. 1 et 2 LCR, et notamment la faute du l�s�, ne devant entrer en ligne de compte.
6.- a) Les recourantes ne remettent pas en cause les diff�rents postes du dommage subi par la demanderesse qui doivent �tre indemnis�s. Il s'agit de la perte de gain et du pr�judice m�nager survenus au jour du jugement, de la perte de gain future et du pr�judice m�nager futur, du tort moral �prouv� et du remboursement des frais d'avocat avant proc�s ainsi que de frais de literie. On ne saurait donc revenir sur ces points, qui ne sont plus litigieux.
De m�me, les d�fenderesses ne s'en prennent pas au calcul op�r� par l'autorit� cantonale relativement � ces divers chefs de dommage. Il n'y a ainsi pas lieu d'y revenir.
Soulignant que la cour cantonale, pour ne pas statuer ultra petita, a finalement allou� en capital � la demanderesse non 265 743 fr.60, "montant indemnisable � charge des d�fenderesses", mais bien 225 071 fr.30, soit le montant r�clam� par la demanderesse en proc�dure, les d�fenderesses font grief aux juges vaudois de ne s'�tre pas pr�occup�s des int�r�ts. Elles pr�tendent qu'en accordant des int�r�ts sur le tout d�s le 19 f�vrier 1997, date du d�p�t de la demande, ces magistrats ont viol� les art. 42 et 46 CO, d�s l'instant o� l'int�r�t compensatoire du dommage futur, qui constitue in casu le poste le plus important en valeur du pr�judice, doit �tre calcul� d�s la date de la capitalisation, laquelle correspond en r�gle g�n�rale avec la date du jugement. Pour n'avoir pas discut� du point de d�part des int�r�ts, la Cour civile aurait finalement accord� un d�dommagement global d�passant le dommage effectif de plus de 60 000 fr.
b) Le moyen est fond�. Il est en effet de jurisprudence que, s'agissant d'un dommage futur, l'int�r�t doit effectivement �tre calcul� d�s la date de la capitalisation, laquelle co�ncide g�n�ralement avec celle du jugement (ATF 123 III 115 consid. 9a).
Partant, la Cour civile a viol� l'art. 46 CO en fixant le point de d�part des int�r�ts sur le montant octroy� � titre de perte de gain future et de pr�judice m�nager futur au 19 f�vrier 1997, et non � la date de son jugement, qui correspond in casu � celle de la capitalisation, soit le 14 novembre 2000.
c) Il subsiste cependant une difficult� qui est celle de d�terminer la part repr�sentant le dommage futur dans la somme totale qui a �t� octroy�e � la demanderesse en instance cantonale, � savoir 225 071 fr.30. De fait, d�s lors que les conclusions en capital de l'intim�e se sont r�v�l�es inf�rieures � la somme globale qui lui serait due pour r�parer l'entier de son pr�judice, les juges cantonaux, qui ne pouvaient statuer ultra petita - point qui n'est pas contest� -, lui ont allou� le montant qu'elle a r�clam� dans sa demande, en capital et int�r�ts, sans plus faire le d�part entre les diff�rents postes du dommage. Ce n'est donc pas sur le montant du pr�judice futur tel qu'il a �t� calcul� par la Cour civile, soit 202 298 fr.40, que le point de d�part des int�r�ts doit �tre fix� au 14 novembre 2000, mais sur un montant r�duit.
Pour sortir de cette orni�re, il convient de s'inspirer par analogie des r�gles relatives � l'imputation des paiements lorsque le d�biteur a plusieurs dettes (cf. art. 86 et 87 CO). L'art. 87 al. 1 in fine CO dispose ainsi qu'en face de plusieurs dettes exigibles, � d�faut de d�claration du d�biteur ou du cr�ancier, le paiement doit s'imputer, s'il n'y a pas eu de poursuite, sur la dette �chue la premi�re.
Il suit de l� que les divers chefs de dommage calcul�s par l'autorit� cantonale seront successivement accord�s � la demanderesse en fonction du moment o� ils sont devenus exigibles, le poste dont l'�ch�ance est la plus r�cente �tant r�duit de telle mani�re que le montant global allou� ne d�passe pas les conclusions de la demande. Ces diff�rentes sommes ne pourront toutefois pas porter int�r�ts avant le dies a quo requis in globo dans la demande, qui est le 19 f�vrier 1997.
Ces consid�rations am�nent l'octroi � l'intim�e des montants suivants:
- 5980 fr. avec int�r�ts � 5% d�s le 19 f�vrier 1997 pour le tort moral exigible d�s le jour de l'accident;
- 6188 fr. 30 avec int�r�ts � 5% d�s le 19 f�vrier 1997 � titre de frais d'avocat avant proc�s et de frais de literie, factur�s respectivement les 27 ao�t 1996 et 11 septembre 1996 (art. 64 al. 2 OJ);
- 51 276 fr.90 avec int�r�ts � 5% d�s le 19 f�vrier 1997 pour la perte de gain pass�e et le pr�judice m�nager pass�, qui �taient exigibles d�s l'�ch�ance moyenne du 1er novembre 1996;
- 161 626 fr.10 (225 071 fr. 30 - (5980 fr. + 6188 fr.30 + 51 276 fr.90 = 63 445 fr.20)) � titre de montant r�duit pour la perte de gain future et le pr�judice m�nager futur, avec int�r�ts � 5% d�s le 14 novembre 2000, date de la capitalisation.
7.- Au vu de ce qui pr�c�de, le recours doit �tre partiellement admis et le jugement attaqu� r�form� selon le consid�rant qui pr�c�de.
Les d�fenderesses voient uniquement le point de d�part du taux d'int�r�t sur le dommage futur report� du 19 f�vrier 1997 au 14 novembre 2000, soit d'environ 3 ans et 9 mois. Tout bien pes�, il se justifie de r�partir les frais de justice � raison d'un dixi�me � la charge de la demanderesse et de neuf dixi�mes solidairement � la charge des d�fenderesses (art. 156 al. 3 OJ). Celles-ci devront verser � l'intim�e des d�pens r�duits dans la m�me proportion (art. 159 al. 3 OJ).
La cause devra �tre retourn�e � la cour cantonale pour nouvelle d�cision sur les frais et d�pens de l'instance cantonale (art. 159 al. 6 OJ).
1. Admet partiellement le recours et r�forme le jugement attaqu� en ce sens que les recourantes sont condamn�es solidairement � payer � la demanderesse:
- 5980 fr. avec int�r�ts � 5% d�s le 19 f�vrier
- 6188 fr.30 avec int�r�ts � 5% d�s le 19 f�vrier
- 51 276 fr.90 avec int�r�ts � 5% d�s le 19 f�vrier
- 161 626 fr.10 avec int�r�ts � 5% d�s le 14 novem- bre 2000;
2. Met un �molument judiciaire de 6000 fr. pour un dixi�me � la charge de la demanderesse et pour neuf dixi�mes solidairement � la charge des d�fenderesses;
3. Dit que les d�fenderesses verseront solidairement � la demanderesse une indemnit� de 6400 fr. � titre de d�pens r�duits;
4. Renvoie la cause � l'autorit� cantonale pour nouvelle d�cision sur les frais et d�pens de l'instance cantonale;
5. Communique le pr�sent arr�t en copie aux mandataires des parties et � la Cour civile du Tribunal cantonal vaudois.
Lausanne, le 11 janvier 2002 ECH