Source: http://www.pmbfc.fr/archives-1/programme-2013/2013-arret-des-medicaments-psychotropes
Timestamp: 2019-04-24 16:57:01+00:00
Document Index: 34624766

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2013 Arrêt des médicaments psychotropes - Printemps Médical de Bourgogne - Dijon
Comment gérer l'arrêt des médicaments psychotropes ?
Dr Romain GARROUTY
Arrêter un traitement psychotrope ne répond pas à un schéma unique.
Lors d'une urgence somatique intervenant chez un patient traité au long cours par un psychotrope, qu'elle soit liée ou non au traitement en lui-même, les décisions d'arrêt se prennent au cas par cas en évaluant le rapport bénéfice/risque, en respectant les contre-indications des molécules. La question d'éventuels symptômes de sevrage est souvent reléguée au second plan, excepté pour ce qui est du risque épileptique induit par un sevrage brusque en benzodiazépines (BZD) ou en thymorégulateurs de type antiépileptiques. Ces situations sont rares, elles font souvent l'objet d'une prise en charge hospitalière.
En France, les benzodiazépines et les hypnotiques ont des prescriptions légalement limitées (deux à douze semaines en fonction des spécialités, période de sevrage comprise). Classiquement ce sont les seuls médicaments psychotropes entraînant un possible mésusage. Les stratégies thérapeutiques ne font pas appel à ces molécules au long cours, recommandant un relais précoce par d'autres spécialités, qui constituent le traitement de fond des troubles (antidépresseurs, régulateurs, antipsychotiques). En effet, l'efficacité anxiolytique des BZD s'estomperait peu à peu (accoutumance). Malgré ces considérations, on estime à un tiers les patients poursuivant leur consommation. Cette proportion élevée est liée notamment à l'effet «rebond», qui conforte les patients dans l'impression de nécessité de traitement. Il peut apparaître rapidement après l'initiation du traitement et est favorisé par l'utilisation de molécules de courte demi-vie. Il est une des composantes du syndrome de sevrage en BZD qui comporte des symptômes variés et peut être limité par un arrêt progressif.
Il n'existe pas, au sens addictologique, de dépendance aux autres traitements psychotropes et pas de durée légale de prescription. L'absence de «tolérance» de l'organisme aux antidépresseurs, aux antipsychotiques et aux thymorégulateurs garantit, s'il est fait abstraction de l'évolution naturelle de la maladie, que les mêmes doses produiront au fil du temps les mêmes effets thérapeutiques, que leur utilisation ne sera pas à l'origine d'abus, que l'arrêt est possible s'il est opportun. Pourtant tout traitement de «fond» induit la modification d'équilibres biologiques à l'origine de symptômes lors d'une privation. Les bêtabloquants, les antidiabétiques, n'entraînent pas de comportement toxicomaniaque, pour autant leur arrêt brutal est proscrit. Il en va de même pour les psychotropes prescrits au long cours, à ceci près que le sevrage trop brusque entraîne des symptômes physiques mais aussi psychiques contribuant à renforcer dans l'esprit non averti l'analogie psychotrope/drogue. Ces symptômes sont variables en fonction des classes thérapeutiques.
Quel que soit le psychotrope, une décroissance thérapeutique progressive a finalement un double intérêt. Atténuer les manifestations symptomatiques du sevrage certes, mais aussi permettre au clinicien de mieux identifier et de réagir aux prémices d'une recrudescence de la pathologie psychiatrique à l'origine de la prescription.
Lorsque l'arrêt d'un traitement psychotrope (à potentiel addictogène ou non) est décidé, en accord avec le patient, la démarche générale repose sur une réduction progressive des doses associée à un suivi clinique intensifié. Prendre le temps nécessaire est le secret de la réussite :
Traitement de moins d'un an : diminution d'un quart de la dose journalière toutes les semaines.
Traitement de plus d'un an : diminution d'un quart de la dose quotidienne tous les mois.
Et se souvenir qu'il convient toujours d'arrêter les anxiolytiques avant d'arrêter les antidépresseurs.