Source: http://droitcultures.revues.org/2900
Timestamp: 2017-04-27 13:01:49+00:00
Document Index: 42872675

Matched Legal Cases: ['art. 19', 'art. 18', 'art. 19', 'art. 19', 'art. 7', 'art. 14']

Être ou ne pas être (une minorité) ?Le kachoube en Pologne
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Michael Hornsby et Tomasz Wicherkiewicz
Français English Nous entendons explorer dans cet article les tensions qu’a suscité la mise en place de la Charte en Pologne. L’un des points de friction les plus manifestes concerne la singularisation du kachoube au détriment des autres langues moins répandues. Ceci sera évoqué à la lumière de l’expertise d’un des deux auteurs qui fut étroitement associé à la mise en place de la Charte en Pologne. Ce débat a également, avec une moindre visibilité mais une égale importance, permis l’identification d’idéologies linguistiques contradictoires. Si toutes les langues minoritaires en Pologne (mis à part le kachoube) se situent aux confins d’une idéologie « langue-et-identité », dès lors, la représentation du kachoube dans le cadre d’une territorialité (ou idéologie « langue-et-territoire » [Myhill 1999]) est non seulement liée à l’imminence d’un conflit idéologiquement contre-productif, mais semble également anachronique à une époque où le kachoube n’est parlé de manière régulière par plus de 50% de la population que dans trois districts de la région traditionnellement kachoubophone2. Dans de telles conditions, nous serons amenés à nous interroger sur l’efficacité d’une telle planification linguistique pour le kachoube dans la dernière partie de notre article. When Poland signed the European Charter for Regional or Minority Languages on February 12th, 2009, of the fifteen languages listed all but one were categorised as minority languages. Kashubian was (apparently) the only regional language. Of course, the original wording of the Charter, when it was first drawn up in 1992, did not specify what the difference between a minority and a regional language actually was. Thus Poland's ratification, while totally complying with the Charter's original remit, is nevertheless controversial in its application of the Charter's principles. In this paper, we aim to explore the tensions that have been created by the implementation of the Charter in Poland. The most obvious point of friction concerns the singling out of Kashubian to the detriment of other less widely-used languages and this will be discussed in the context of one presenter's expert knowledge and close association with the Charter's implementation in Poland. Less obvious, but equally important, is the identification of the conflicting language ideologies at play here. If all minority languages in Poland (apart from Kashubian) are located within the confines of a «language-and-identity» ideology, then locating Kashubian within a framework of territoriality (or a `language-and-territory' ideology Myhill 1999]) is not only bound to lead to a clash of counter-productive ideologies, but also seems achronistic at a time in the history of Kashubian when it is spoken regularly by more than 50 per cent of the population in only three districts of the traditional Kashubian-speaking area. Given these conditions, we address the question of the effectiveness of such language planning for Kashubian in the final section of our paper.
Mots-clés :kachoube, langue régionale, minorités nationales, Pologne, territorialité
Keywords :Kashubian, National Minorities, Poland, Regional Language, TerritorialityHaut de page
L’identité kachoube
La politique linguistique de l’État et le statut du kachoube Le concept de « langue régionale » Analyse sociolinguistique de cette démarche
Dispositions pour le kachoube En guise de conclusion : Quelle est l’efficacité d’une approche territoriale pour l’aménagement linguistique du kachoube ?Haut de page
1Il y a vingt ans, les membres appartenant à tout type de minorité en Pologne avaient des scrupules à évoquer leur différence en public. Cette tendance s’est inversée comme en témoigne la Loi relative aux minorités nationales et ethniques et à la langue régionale de 2005 qui mentionne l’existence de treize groupes (linguistiques) minoritaires en Pologne. On observe également certains autres groupes qui commencent à revendiquer leur statut de minorités (par exemple les Silésiens et les Wilmowiciens). Ce qui nous a interpellés ici est la décision du Gouvernement polonais d’accorder un traitement particulier à l’un de ces groupes. Il s’agit des Kachoubes dont la langue a été déclarée régionale plutôt que minoritaire, même si la différence ne réside en réalité que dans le montant des subventions gouvernementales qui leur sont accordées. 2Le présent article entend explorer le raisonnement qui a sous-tendu la désignation du kachoube, langue slave occidentale parlée dans le port de Gdańsk et le nord-ouest, sud-ouest de la Pologne comme langue régionale, alors que d’autres langues moins répandues ont été désignées comme minoritaires dans le texte de loi mentionné plus haut. Notre étude est fondée sur le concept central d’idéologie langagière qui permet de justifier la hiérarchisation de ces langues. Les différentes dénominations utilisées ont, en effet, un impact non négligeable sur la perception générale de ces langues, tant à l’intérieur de ces communautés de langues régionales/minoritaires que dans le public polonais au sens large.
Figure 1 : Carte du territoire des Kachoubes en KachoubieAgrandir Original (jpeg, 228k)
http://www.eurominority.eu/​version/​fra/​maps-other.asp (dernier accès le 7 juillet 2011).
4 Mercator 2004 ; Nestor, Hickey 2009 : 97-98.
5 Nestor, Hickey 2009 : 116.
3Il existe un précédent tristement célèbre à la référence à l’aspect identitaire des kachoubophones en Pologne. Les Kachoubes ont été la cible privilégiée du gouvernement communiste d’après-guerre en 1945 et la déligitimisation de leur langue a été jusqu’à l’interdiction d’utiliser le terme de langue pour se référer au concept de kachoubianité en polonais : kaszubszczyzna/en kachoube : kaszëbizna), pour désigner ses locuteurs et défenseurs tandis que la langue elle-même était considérée comme mode d’expression kachoube (en polonais mowakaszubska/ en kachoube : kaszëbskô mòwa)4. Cette stratégie a si bien fonctionné qu’il y a encore de nos jours beaucoup de Polonais convaincus que le kachoube est en fait un dialecte5.
6 Pryczkowski, 4 July 2006 ; Nestor, Hickey 2009 : 104.
4Cette idée de kachoubianité (plutôt que d’identité linguistique kachoube) est encore vivace. Durant les seize années qui viennent de s’écouler, je reconnais qu’il y a, certes, eu un changement significatif. Il y a dix-sept ans, personne n’aurait parlé du kachoube comme d’une langue (…) [A l’heure actuelle] nous sommes Polonais mais avons une double identité : nous nous sentons de nationalité polonaise mais nous considérons aussi comme des Kachoubes en tant que groupe ethnique et nous avons notre propre langue6. 5Notez que c’est l’ethnicité qui est mise en avant, plutôt que l’identité (« nous sommes … des Kachoubes en tant que groupe ethnique et nous avons notre propre langue »). On pourrait fort bien imaginer amputer cette phrase de sa dernière partie sans que cela fasse une grande différence pour le sentiment d’identité populaire kachoube. 7 ZK-P 2006 : 21.
6La principale organisation de promotion de la langue kachoube, la Zrzeszenie Kaszubsko-Pomorskie (ZK-P), dans sa planification stratégique de 2006, donne également la priorité au besoin de prendre en considération la gêne occasionnée par la stigmatisation encourageant le changement linguistique. Elle le fait en encourageant le sentiment de fierté d’appartenir au groupe ethnique kachoube et en célébrant sa différence. Il est intéressant d’observer qu’elle justifie cette façon de procéder de la sorte au détriment des compétences linguistiques7, sous prétexte que le fait de se considérer et d’être Kachoube ne saurait être considéré comme hors de portée d’un locuteur incapable de s’exprimer en kachoube. Ainsi, cette organisation paraît suggérer que, bien que le renversement linguistique en faveur du kachoube soit souhaitable, la force et la rapidité de ce retournement va dépendre de la promotion d’une identité ethnico-régionale et d’un sens d’appartenance non seulement à la langue mais à la région et à la communauté8. La politique linguistique de l’État et le statut du kachoube 7Les transformations de l’appareil d’État depuis 1989 ont entrainé un changement immédiat dans la politique gouvernementale envers les questions de minorités avec le large soutien de la société avide, comme en témoignent les débats publics à divers niveaux et l’intérêt phénoménal pour les questions d’ethnicité et de minorités. Le Parlement, à peine élu (sous sa nouvelle forme bi-camérale) en 1990, a mis sur pied un Comité spécial pour les Minorités Nationales et Ethniques, dont la tâche principale fut de préparer un texte de loi permettant de normaliser la situation et la politique concernant les citoyens ethniquement non-polonais. Les préparations, cependant, furent interrompues à de nombreuses reprises au point qu’il a fallu plus de quinze ans avant que la nouvelle Loi entre en vigueur en 2005/6.
8Cependant même si les dispositions réglementaires concernant le statut et la position des langues minoritaires (et régionales) en étaient encore à un stade préliminaire, un changement vital dans la politique linguistique gouvernementale au plus haut niveau fut prononcé dès 1997 dans la Constitution de la République Polonaise qui contenait deux articles ayant directement trait aux droits des minorités. Art.27 – La langue polonaise est la langue officielle de la République de Pologne. Cette disposition ne porte pas atteinte aux droits des minorités nationales tels que prévus par les traités ratifiés.
Art. 35 - 1.La République de Pologne garantit aux citoyens polonais appartenant à des minorités nationales et ethniques la liberté de conserver et de développer leur propre langue, de conserver leurs coutumes et traditions et de développer leur propre culture.
2.Les minorités nationales et ethniques ont le droit de créer leurs propres institutions éducatives, culturelles ou religieuses et de participer à la prise de décisions dans le domaine de leur identité culturelle.
9La Loi sur la Langue Polonaise de 1999 a permis d’introduire la langue minoritaire comme langue supplémentaire dans les régions comprenant « une partie appréciable de population non-polonaise, où les langues minoritaires peuvent être utilisées dans des noms de lieux bilingues, dans les noms personnels et dans l’administration locale ». Cette réglementation était censée être étendue et détaillée dans la Loi sur les minorités nationales et ethniques, puis s’est à nouveau retrouvée à l’état de projet.
10La Loi sur la diffusion radiophonique et télévisuelle de 1992 contenait l’obligation générale de répondre aux besoins des minorités ethniques dans les médias publics.
11La Loi sur le système éducatif de 1991 a donné aux élèves le droit de conserver leur identité nationale, ethnique, religieuse et linguistique, en particulier celui de suivre des cours dans ou à propos de leur langue maternelle ainsi que sur leur histoire et leur culture spécifique. En 1992, elle fut suivie d’un Décret du Ministre de l’Education Nationale et des Sports sur les conditions et méthodes permettant aux élèves appartenant à des minorités nationales et à des groupes ethniques de préserver leur identité nationale, ethnique, linguistique ou religieuse. Ce décret fut amendé en 2002 – la nouvelle mouture fut cependant considérée par les organisations de minorités comme moins progressistes, par exemple il n’y figurait plus de provisions pour l’éducation pré-scolaire de et en langue minoritaire, l’enseignement en langue maternelle à l’école pour les minorités n’était plus obligatoire et plusieurs directives (par exemple sur l’enseignement de l’histoire-géographie) contenant l’expression « pays d’origine » qui pouvaient indiquer le caractère d’immigrants pour les groupes en question.
12La plupart des réglementations citées ici faisaient explicitement ou implicitement référence à des minorités nationales et ethniques. Le concept de minorité, même s’il fut très fréquemment utilisé dans les législations antérieures à 2005, n’était jamais défini précisément et demeurait ambigu, malgré le fait que la plupart des autorités à tous les niveaux avaient adopté une approche inclusive et que les réglementations étaient appliquées à toutes les minorités reconnues ainsi qu’aux langues minoritaires, y compris le kachoube.
13A la même époque, une discussion s’est ensuivie – tant au niveau national qu’au sein des organisations kachoubes – sur la manière dont les Kachoubes en tant que communauté et leur langue devraient être officiellement classifiés et à quel point il était nécessaire qu’ils puissent exercer leurs droits en tant que minorité, y compris leurs droits linguistiques.
9 Il s’agit des anciennes régions allemandes de la Trans-Poméranie comprenant Stettin, la Nouvelle (...)
14Sous la férule communiste, les Kachoubes étaient mentionnés comme « groupe ethnographique ». Sous cette dénomination se retrouvaient les groupes régionaux composant la nation polonaise tels que les Kachoubes, Silésiens, Gorals (montagnards), Mazuriens et Warmiens, Kurpies etc… qui se distinguaient par des spécificités dans leur culture (populaire) et étaient plus fréquemment utilisés par des ethnologues et par des organisations régionales que par l’Administration. En terme de classification linguistique officielle, les « groupes ethnographiques » étaient associés à des dialectes (kachoube, silésien) ou même à des variétés dialectales polonaises (podhale, zips ou les variantes oraves du dialecte de la Petite Pologne ou du mazurien, le warmien et des variétés kurpiennes du dialecte mazovien). Après la seconde guerre mondiale, quand les « Territoires » dits « Restitués »9 furent incorporés à l’État polonais, le terme spécifique d’« Autochtones » fut forgé pour désigner des groupes régionaux de nationalité soit-disant polonaise et qui, en tant que citoyens allemands, avaient peuplé ces régions avant la guerre, y compris les Kachoubes (et Poméraniens), les Silésiens, les Mazuriens et les Warmiens. 10 Obracht-Prondzyński 2002.
11 Breza and Treder 1975, rééditée et publiée à nouveau en 1984.
12 Breza and Treder 1981.
13 Cf. Hentschel 2003.
15La situation des Kachoubes en tant que groupe régional, ethnographique ou « autochtone » entre 1945 et 1989 a oscillé entre la discrimination avérée et le regain de sentiment régional10. En terme de planification linguistique, le recours au kachoube s’est trouvé cantonné aux domaines du folklore et de la littérature populaire. La moindre tentative de recourir au « dialecte » en cours de polonais se trouvait sévèrement réprimée. Le débat sur le maintien et la standardisation du kachoube a persisté malgré tout et malgré l’absence de référence explicite, a constitué l’un des principaux domaines de recherche de l’association ZK-P. Dans les années 1970 et 1980 on a posé les jalons du développement du kachoube moderne (littéraire) standardisé notamment les grandes lignes d’une grammaire kachoube11, les principes d’une orthographe kachoube12 et de dictionnaires bilingues (kachoube-polonais). Bien que marginalisé, et en tant que tel perçu principalement d’un point de vue folklorique, le kachoube n’a pas subi le destin de désintégration (socio)linguistique typique d’autres dialectes qu’ils soient régionaux ou sous-dialectes en Pologne (hormis le podhale et le silésien13).
16Le concept de « minorité (nationale) » a fait son entrée dans le discours public dans le sillage des transformations politiques et sociales de 1989 pour être rapidement associé à la seule notion de minorité allemande. Le kachoube et ses représentants, ont immédiatement fait le choix de ne jamais utiliser ou se référer au terme de « minorité » dans quelque contexte kachoube que ce soit. Donc le concept de « groupe ethnique (minoritaire) » jusque-là réservé aux ethnologues polonais depuis les années 1980, a fait son chemin dans les médias et dans l’usage grand public, ainsi que dans le vocabulaire politico-légal. Ceci est manifeste dans le titre du Comité parlementaire pour les minorités nationales et ethniques ou dans celui de la Loi sur les minorités nationales et ethniques précédemment citée… L’adjectif « ethnique » fut utilisé par les activistes et au sein du mouvement kachoube avec autant d’enthousiasme que le terme encore plus répandu de « régional ». C’est cependant ce dernier terme qui a recueilli le plus de faveur dans le contexte de la réorganisation planifiée du gouvernement local initiée en 1999 – la réforme de décentralisation et de régionalisation qui comprenait l’ensemble du territoire ethnolinguistique de la Kachoubie – la nouvelle Province de Poméranie (województwo pomorskie ; les tentatives de la désigner sous la dénomination de Province « Kachoubie-Poméranie » s’étant révélées vaines jusqu’à présent).
14 http://www.coe.int/t/dghl/monitoring/minorities/3_FCNMdocs/PDF_2nd_SR_Poland_en.pdf (dernier accès (...)
17Comme nous l’avons mentionné plus haut, les autorités n’ont pas exclu le kachoube des législations concernant les langues minoritaires adoptées dans les années 1990 et 2000 comme en témoigne, par exemple, le Décret du Ministre de l’Education Nationale et des Sports sur les conditions et méthodes permettant aux élèves appartenant à des minorités nationales et ethniques de préserver leur identité nationale, ethnique, linguistique ou religieuse, texte fondamental pour jeter les bases de l’enseignement du kachoube dans les écoles de Poméranie, ou encore la Convention Cadre pour la protection des minorités nationales signée en 1995 par la Pologne et ratifiée en 2000. La Convention est entrée en vigueur en avril 2001 et elle comprenait plusieurs clauses concernant les minorités nationales, notamment une référence spécifique aux Kachoubes, en tant que groupe ethnique de la Province de Poméranie, qui conservaient leurs traditions régionales et utilisaient une langue différentes du polonais, dont le nombre était estimé entre 350 000 et 500 000. Les dispositions de la Convention s’exerçaient envers ce groupe y compris dans le domaine des « droits linguistiques ». Les rapports de surveillance concernant l’application de la Convention furent publiés en 2002 et 2007. Dans ce dernier rapport cependant, on trouvait la référence au nombre 52 665 personnes « utilisant la langue régionale dans un usage domestique »14. Ce chiffre de plus de 52 000 personnes est la conséquence directe de deux événements importants :
18Le Recensement National de la Population de 2002 (dont les résultats furent publiés en 2003) ; et
19La Loi sur les minorités nationales et ethniques et sur les langues régionales de 2005 approuvée par le Parlement polonais en janvier 2005.
15 Kamusella 2009 : 637.
20Le Recensement de 2002 fut le premier depuis celui de 1931 à inclure des questions concernant la nationalité et la langue déclarée des personnes interrogées. Bien que des préparations pour le Recensement, sa méthodologie et son organisation, de même que l’ensemble du processus aient suscité un tollé général de critiques et d’objections de la part des groupes et institutions minoritaires15, ces résultats engageaient les autorités tout autant que les dispositions subséquentes de la Loi sur les minorités nationales et ethniques et sur la langue régionale. Les deux questions du Recensements étaient les suivantes :
D’après vous, quelle est votre nationalité ?
Quelle langue utilisez-vous le plus à la maison ?
21Selon le Recensement, 444 590 citoyens polonais appartiennent à une minorité nationale – un chiffre qui s’écarte considérablement des estimations antérieures faites par des universitaires et des associations de minorités. Il était très difficile de répondre de manière impartiale à la question de la nationalité ou du groupe ethnique de telle ou telle personne. 770 000 participants n’ont déclaré aucune nationalité.
22Le cas des Kachoubes, avec un chiffre d’environ 5 000 personnes se déclarant de nationalité kachoube (ce que l’on nomme ailleurs dans cet article l’option nationale kachoube) mérite des recherches complémentaires, particulièrement pour établir une comparaison avec les résultats du prochain recensement national de la population prévu en 2012. 16 2006 : 56.
23Nonobstant les réserves émises à propos des indications du recensement et de sa méthodologie, le chiffre de 52 665 personnes parlant kachoube dans un contexte familial est le premier chiffre fiable obtenu depuis les débuts de la recherche entreprise sur les Kachoubes et leur langue. Les chiffres antérieurs cités par diverses sources variaient autour des 70 000 d’après les statistiques prussiennes (dans les années 1900) jusqu’à atteindre les 500 000 dans l’Encyclopédie polonaise (dans les années 2000). On trouve également un registre complet de chiffres relatifs à la population kachoube dans Porębska16. Il nous parait également utile de rappeler les résultats statistiquement probants obtenus par les projets de recherche sociologique suivants :
24Dans les années 1980 (Latoszek 1990) – 332 044 Kachoubes et 184 117 binationaux ;
25Dans les années 1990 (Synak 2001) – entre 250 et 300 000 ;
26Dans les années 2000 (Mordawski 2005) – 390 509 Kachoubes et 176 228 binationaux.
27C’est pourquoi les chiffres obtenus lors du recensement de 2002 ont dû surprendre nombre d’analystes et de chercheurs, mais surtout les activistes et organisations minoritaires. Dans ce cas, à nouveau, une analyse grandeur nature des aspects quantitatifs de l’usage du kachoube devront probablement attendre le prochain recensement de 2012 lorsque la méthodologie de l’enquête et sa réalisation ne soulèveront plus autant de suspicion de la part des sociologues, hommes politiques, activistes régionaux voire des personnes interrogées elles-mêmes.
17 L’absence d’article (in)défini en langue polonaise peut avoir une importance cruciale ici en ce q (...)
28Comme nous l’avons indiqué plus haut, les résultats du recensement de 2002 se sont avérés avoir des liens ou avoir réellement des conséquences sur le plan juridique concernant certaines stipulations de la Loi la plus récemment adoptée, celle sur les minorités ethniques ou nationales et sur les langues régionales, par les deux chambres du Parlement polonais de janvier 2005. La Loi a intégré le kachoube au système juridique en tant que langue régionale officiellement reconnue – Art. 19 paragraphe 2. « Le kachoube sera une langue régionale17 selon les termes de la Loi (…) » ; avec une introduction explicative dans le paragraphe 1 reprise de l’article premier de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires : « Au sens de la présente Loi et en accord avec la Charte européenne (…) « par langue régionale » on entend une langue qui est (1) pratiquée traditionnellement sur un territoire d’un État par des ressortissants de cet État qui constituent un groupe numériquement inférieur au reste de la population de l’État et (2) différent de la (des) langue(s) officielle(s) de cet État ». De toute évidence, les rédacteurs de la Loi n’ont pas cité l’article en question de la Charte verbatim – celle-ci utilise seulement le terme « langue(s) régionale(s) ou minoritaire(s) » tant dans ce passage que dans la suite du texte, sans établir aucune distinction entre les deux types de langues concernées. Ainsi, un usage sélectif et qu’on pourrait qualifier de manipulateur de la Charte pour limiter le kachoube au statut régional indique une nette inclination pour un sens territorial de la langue, ce que nous entendons explorer plus avant dans cet article. 18 On peut trouver la traduction en anglais de la loi sur le site : http://www.mswia.gov.pl/portal.p (...)
29La Loi de 2005 était censée inclure également des dispositions fort détaillées concernant la présence du kachoube (en tant que langue régionale au même titre que toutes les langues nationales ou ethniques officiellement reconnues) dans la vie publique18 :
30L’article 20 explique et détaille ce dernier : « 1. Le droit des personnes utilisant la langue mentionnée dans l’article 19, à étudier ou être enseigné dans cette langue, sera appliqué en accord avec les principes et procédures stipulés dans la loi mentionnée sous 17 ; 2. Les autorités publiques prendront toutes les mesures nécessaires afin d’assurer le soutien de l’activité visant à préserver et développer la langue mentionnée dans l’art. 19. Les dispositions de l’art. 18 paragraphes 2, 3 et 5 seront applicables en conséquence. 3. Les mesures mentionnées sous l’alinéa 2 pourront comprendre des moyens financiers transférés du budget d’un département d’un gouvernement local à des organisations ou institutions réalisant des tâches aux fins de préserver et développer la langue mentionnée à l’art. 19 » ; et enfin art. 19 paragraphe 2 : « (…) l’art. 7-15 sera en conséquence applicable, dans la mesure où « un nombre de résidents de la municipalité », comme mentionné sous l’art. 14, seront considérés comme un nombre de personnes utilisant les langues régionales établi par le résultat du dernier recensement national ».
31L’article 17 déjà mentionné légifère sur les droits en matière d’éducation : « La jouissance du droit des personnes appartenant à la minorité d’apprendre ou d’être instruites dans la langue minoritaire, tout comme le droit de ces personnes à une éducation en histoire et culture minoritaire seront appliqués selon les principes et procédures stipulés dans la Loi de 1991 sur le système éducatif ». 32Les citations extraites des alinéas de l’article 18 concernent les obligations pour les autorités publiques de prendre les mesure financières appropriées afin de soutenir [sous forme de subventions] les activités visant à protéger, maintenir et développer l’identité culturelle des minorités, y compris : « 2. (…) (3) la publication de livres, revues, périodiques et brochures dans les langues minoritaires ou en polonais sous forme imprimée ou par l’usage d’autres types de techniques audiovisuelles d’enregistrement ; (4) subventionner des programmes de télé- et radiodiffusion créés à l’intention des minorités ; (…) ; (7) la gestion de bibliothèques et de documentation concernant la vie culturelle et artistique des minorités ; (8) l’éducation de l’enfance et de la jeunesse dans des formes diverses ».
33Incontestablement, les changements les plus innovateurs en matière de langues minoritaires en Pologne résultent des amendements votés par le Sénat afin de garantir le droit des minorités à utiliser leurs langues en fonction « auxiliaire/d’appoint » dans celles des municipalités (gminy) où au moins 20% des habitants ont déclaré une affiliation à une minorité – c’est là que les autorités ont fait un usage clair et concret des résultats du recensement de la population de 2002, sans avoir averti au préalable les personnes interrogées des conséquences sur le plan légal de leurs déclarations. La Loi contient également une disposition contradictoire à cet égard. Il s’agit de l’article 4, paragraphe 2 : « Personne ne sera obligé, à moins d’y être contraint par la loi, de révéler des informations sur son appartenance à une minorité, origine, langue minoritaire ou religion ».
34Ainsi, selon l’article 9 : « 1. Il sera également possible d’utiliser, avec les autorités municipales, la langue minoritaire en plus de la langue officielle. 2. Une autre langue pourra être utilisée exclusivement dans celles des municipalités où le nombre de résidents minoritaires, dont la langue est utilisée comme auxiliaire, par au moins 20% du nombre total de résidents de la municipalité en question, et qui ont été dûment inscrits dans le Registre officiel des Municipalités (…), où une langue auxiliaire est utilisée. 3. La possibilité d’utiliser une langue auxiliaire signifiera que les personnes appartenant à une minorité (…), auront le droit de : 1) faire une demande auprès des autorités municipales dans la langue supplémentaire, sous forme écrite ou verbale ; 2) obtenir qu’il soit répondu à sa requête spécifique dans la langue complémentaire, sous forme écrite ou orale ». 35Et enfin l’article 14, décisif : « Le nombre de résidents des municipalités appartenant à une minorité (…) sera établi comme chiffre officiel sur la base du résultat du recensement le plus récent ».
36Les résultats du recensement de 2002 ont permis d’identifier 51 municipalités, où plus de 20% des habitants déclaraient appartenir à une nationalité minoritaire (dans le cas des Kachoubes, le pourcentage de personnes affirmant utiliser la langue fut décisif) : dans 37 d’entre elles – l’allemand (dans les provinces d’Opole et de Silésie) pour 12, le bielorusse et le lithuanien (dans la Province de Podlasie), et dix municipalités – kachoube : Przodkowo (Przedkòwò – 49%), Sulęczyno (Sëlëczëno – 48,6 %), Stężyca (Stãżëca – 43,2 %), Sierakowice (Serakòjce – 39,9 %), Somonino (Somònino – 30,8 %), Chmielno (Chmielno – 34,8 %), Linia (Lëniô – 35,5 %), Szemud (Szëmôłd – 26,3 %), Parchowo (Parchòwò – 22,3 %), Puck (Pùck – 30,9 %). Dans pratiquement toutes les municipalités en question de Kachoubie, des préparations ont déjà été mises en place pour permettre l’introduction du kachoube sur une base complémentaire comme stipulé par la loi. 37L’article 12 a également permis un autre changement important dans le paysage linguistique polonais grâce aux dispositions : « 1. Il sera possible d’utiliser des références toponymiques traditionnelles complémentaires, en plus des : 1) noms d’endroits ou d’objets physiographiques officiels ; 2) noms de rues – établis en polonais, compatibles avec des dispositions séparées,
2. Des noms additionnels (…) seront utilisés uniquement sur les territoires des municipalités inscrites dans le Registre officiel des municipalités où les noms sont utilisés dans la langue minoritaire respective (…). Les inscriptions dans le Registre seront faites (…) sur demande du Conseil municipal (…), 5. Les noms additionnels (…) seront placés après le nom polonais et ne seront pas utilisés isolément ; 6. L’établissement d’un nom supplémentaire dans une langue minoritaire donnée sera placé en fonction des règles orthographiques du nom en question. 7. Un nom additionnel de lieu ou d’objet physiographique sera établi dans la mesure où : 1) le nombre de résidents d’une municipalité appartenant à une minorité est d’au moins 20% du total des résidents de ladite municipalité ou, dans le cas d’un endroit peu habité, dans des consultations (…) dans lesquelles plus de la moitié des résidents ayant pris part à la consultation ont approuvé l’établissement d’une toponymie dans la langue minoritaire en plus de la langue officielle ; 2) l’inscription au conseil municipal a été approuvée par le Comité sur la Toponymie et les Objets Physiographiques (…). 8. Les dispositions applicables de la Loi (…) s’étendront aux (…) noms de rues additionnels dans la langue minoritaire ».
38L’article 15 définissait les obligations financières lors de l’application des articles 9 et 12 : « 1. Les coûts induits par l’introduction et le recours à une langue soutenue sur le territoire d’une municipalité et les coûts relatifs à l’ajout de noms supplémentaires (…) seront supportés par le budget municipal (…) 2. Les coûts inhérents aux changements des panneaux d’information en conséquence de l’adoption de noms additionnels pour des endroits ou objets physiographiques en langue minoritaire seront prélevés sur le budget de l’État ».
39En dépit de problèmes financiers lors de l’application de ces dernières dispositions, de plus en plus de villages dans les municipalités concernées sont à présent identifiables par leurs panneaux d’information bilingues. Initialement, un de ces panneaux routiers portant le nom officiel bilingue fut posé à Szymbark/Szimbark durant l’été 2008 ; pourtant des noms de routes, publicités ou même plaques indiquant des noms de rues bilingues officieux étaient déjà apparus en Kachoubie depuis des années. Les maires et activistes kachoubes laissent entendre que la majeure partie de la Kachoubie pourrait disposer de toponymie bilingue en vertu des référendums mentionnés sous l’article 12 paragraphe 7.
40L’étape finale vers l’adoption d’une politique nouvelle (post-transformationnelle) envers les langues régionales et minoritaires fut la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires du Conseil de l’Europe. Après l’avoir signée en 2003 et au terme de longs débats et controverses, la Pologne a ratifié la Charte en tant que 24e État-Membre. Selon la déclaration incluse dans l’effet de ratification déposé à Strasbourg :
« La République de Pologne déclare qu’elle appliquera la Charte conformément à la Loi sur les minorités nationales et ethniques et sur la langue régionale datée du 6 janvier 2005. La République de Pologne déclare, conformément à l’article 3 paragraphe 1, de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires que, au sens de la Charte, les langues des minorités en république de Pologne sont les suivantes : le biélorusse, le tchèque, l’hébreu, le yiddish, le karaïm, le kachoube, le lithuanien, le lemk, l’allemand, l’arménien, le romani, le russe, le slovaque, le tatar et l’ukrainien. La langue régionale est la langue kachoube. Les langues des minorités nationales sont le biélorusse, le tchèque, l’hébreu, le yiddish, le lithuanien, l’allemand, l’arménien, le russe, le slovaque et l’ukrainien. Les langues des minorités ethniques sont le karaïm, le lemk, le romani et le tatar. Les langues non territoriales sont l’hébreu, le yiddish, le karaïm, l’arménien et le romani ».
41Une classification aussi détaillée des langues « nationales » ou langues des « minorités ethniques » a constitué une surprise inédite dans les pratiques jusque-là observées lors des ratifications de la Charte. Là encore le kachoube fut officiellement mentionné comme « langue régionale ».
42Une autre surprise provint du choix opéré par le ministère polonais de l’Intérieur et de l’Administration dans les dispositions énumérées ainsi que par la déclaration que toutes seraient applicables pour toutes les langues énumérées, en évidente contradiction avec l’esprit de la Charte selon lequel des obligations différentes devraient être adoptées selon les langues fortes ou faibles et sans établir de différence entre la Partie II (obligations générales) et la Partie III (disposition détaillées) de la Convention. Soit, « La République de Pologne déclare, conformément à l’article 2 paragraphe 2 de la Charte, que les dispositions suivantes de la Partie III de la Charte seront appliquées pour les langues énumérées ci-dessus : Article 8 (Éducation) - paragraphe 1 a (i), b (i), c (i), d (iii), e (ii), g, h, i et Paragraphe 2 ;
Article 9 (Autorités judiciaires) - Paragraphe 2 a ;
Article 10 (Autorités administratives et Services publics) - Paragraphe 2 b, g, et Paragraphe 5 ;
Article 11 (Médias) - Paragraphe 1 a (ii), (iii), b (ii), c (ii), d, e (i), f (ii), g ; Paragraphe 2 et 3 ;
Article 12 (Activités et lieux culturels) - Paragraphe 1 a, b, c, d, e, f, g ; Paragraphe 2 et 3 ;
Article 13 (Vie économique et sociale) - Paragraphe 1 b, c, d, et Paragraphe 2 b ;
Article 14 (Échanges transfrontaliers) - alinéas a, b’.
43Il parait remarquable de voir une si « généreuse » sélection de disposition dans le domaine de l’éducation et des médias, apparemment irréalisable à la lumière des conditions actuelles dans ces domaines. C’est en particulier évident lorsque l’on observe que des sélections opérées dans d’autres domaines, notamment les autorités administratives, la vie sociale ainsi que les autorités judiciaires semblent assez limitées. 44Par exemple, la sélection des dispositions dans le domaine de l’éducation revient à dire que :
45‘En matière d’enseignement, les Parties s’engagent, en ce qui concerne le territoire sur lequel ces langues sont pratiquées, selon la situation de chacune de ces langues et sans préjudice de l’enseignement de la (des) langue(s) officielle(s) de l’État : 46– à prévoir une éducation préscolaire assurée dans les langues régionales ou minoritaires concernées ; (…)
47– à prévoir un enseignement primaire assuré dans les langues régionales ou minoritaires concernées ; 48– à prévoir un enseignement secondaire assuré dans les langues régionales ou minoritaires concernées ;
49– à prévoir, dans le cadre de l’éducation technique et professionnelle, l'enseignement des langues régionales ou minoritaires concernées en tant que partie intégrante du curriculum (…) ;
50– à prévoir un enseignement universitaire et d’autres formes d'enseignement supérieur dans les langues régionales ou minoritaires ; (…) 51– à prendre des dispositions pour assurer l’enseignement de l’histoire et de la culture dont la langue régionale ou minoritaire est l'expression ;
52– à assurer la formation initiale et permanente des enseignants nécessaire à la mise en œuvre des paragraphes a à g acceptés par le Signataire.
53Tous les engagements ci-dessus doivent être mis en application, notamment dans le cas du kachoube (tout comme pour des communautés linguistiques tels que Karaims ou Tatars dont aucun locuteur n’a été dénombré dans le Recensement de 2002).
19 http://www.coe.int/t/dg4/education/minlang/report/default_FR.asp? (Dernier accès le 14.07.2011).
54Pour le kachoube, les obligations sélectionnées par l’État polonais sont certes d’autant plus généreuses que les lois nationales en vigueur étaient jusqu’alors inapplicables en pratique. Le premier rapport explicatif sur l’application de la nouvelle Convention a récemment été soumis au Secrétaire général du Conseil de l’Europe à Strasbourg19.
Le concept de « langue régionale » 55Comme nous l’avons décrit plus haut, le terme de « langue régionale » désignant le kachoube fut utilisé pour la première fois dans le document de travail de ce qui allait devenir la Loi de 2005 sur les minorités nationales et ethniques et la langue régionale. 56Le premier précédent à une utilisation cohérente du terme régional en rapport avec une langue dite collatérale fut établi par les législateurs allemands lors de la ratification de la Charte vis-à-vis des langues des minoritaires en Allemagne (Minderheitensprachen, à savoir le danois, le sorabe ou le frison) et du Niederdeutsch (bas allemand) en tant que Regionalsprache (langue régionale).
57Ce précédent allemand fut le premier à mettre en lumière le problème légal de tels ethnolectes (en Europe) qui luttent pour un promotion officielle du statut de dialecte – perçu comme injuste et flou d’un point de vue ethnolinguistique – à celui de langue distincte, ce qui relève des domaines politique, historique et terminologique.
20 Eloy 2004.
21 Ausbausprache peut se traduire littéralement par 'langue revalorisée' ou par 'langue par développ (...)
22 Kloss 1967.
58Les langues classées comme « régionales » partagent en général certaines caractéristiques relevées dans les critères de ce que les sociolinguistes français nomment les langues collatérales20 ou Ausbausprachen21 dans la typologie de Heinz Kloss22. Ces caractéristiques sont les suivantes :
59- Relation génétiquement étroite avec la langue correspondante majoritaire de l’État ; les régiolectes sont souvent considérés comme étant « simplement » des dialectes de la langue majoritaire/de l’État ;
60- Processus historique commun assez long, particulièrement sur un plan sociopolitique, de la langue régionale et de son corolaire majoritaire ;
61- Absence ou sentiment partiel de différence nationale entre les groupes de locuteurs ; cependant forte identification régionale et/ou ethnique avec l’élément principal du sentiment ethnique identitaire/régional ;
62- Notable différenciation dialectale avec les régiolectes, souvent classés comme groupes dialectaux ou complexes L ;
63- Absence d’un standard uniforme littéraire, d’une norme littéraire définie ou alors standard encore in statu nascendi ;
64- Présence d’une littérature dialectale/régionale riche, souvent de tradition ancienne ;
65- Prestige social comparativement inférieur du régiolecte, souvent inférieur à ce qu’il était par le passé ;
66- Sous-développement des méthodes de planification linguistique concernant son statut ;
23 Wicherkiewicz 2003 ; Coluzzi 2007: 24-5.
67- Opposition à l’intérieur du groupe à la perception ou le traitement officiel en tant que groupe minoritaire accompagné d’une résistance paradoxale au fait d’être considéré comme un groupe minoritaire ; et identité viscérale nationale et/ou identité linguistique spécifique23. Les cas du kachoube et du bas allemand en Allemagne attestent qu’en dépit d’évidentes controverses terminologiques et méthodologiques, la nouvelle qualité des législations nationales et internationales a certainement contribué à améliorer le statut et le prestige social de leurs communautés linguistiques respectives.
Analyse sociolinguistique de cette démarche
24 A. Majkowski. Ruch Młodokaszubski // Gryf 1909 : 7.
25 Obracht-Prondzyński & Wicherkiewicz 2010, à paraître.
68De toute évidence, les kachoubophones sont considérés de manière distincte des autres citoyens polonais qui emploient, ou dont la communauté a traditionnellement employé, une langue moins répandue. Ceci n’a pour conséquence aucun statut privilégié se traduisant par un accroissement de subventions ou soutien gouvernemental – en dépit de la distinction opérée dans la Loi de 2005 entre langues régionales et langues minoritaires, qui ont dans les deux cas un accès identique à la manne financière. Cependant, d’un point de vue idéologique, il nous semble que le traitement séparé du kachoube comme langue régionale privilégie en quelque sorte la langue (et ses locuteurs) dans l’esprit national – nous suggérons que cela provient du fait que les Kachoubes et leur langue ne sont pas allogènes ni ne sont en relation avec des entités extérieures à la Pologne, contrairement aux autres langues « minoritaires » de Pologne. Les Kachoubes sont en quelque sorte « plus Polonais que les Polonais » au point qu’ « Il n’y pas de Kachoubie sans Pologne ni de Pologne sans Kachoubie » selon le slogan forgé par Hieronim Jarosz Derdowski (1852-1902), l’un des écrivains les plus prolifiques de la littérature kachoube ou encore « tout ce qui est kachoube est polonais »24, le slogan électoral du mouvement des jeunes Kachoubes d’Aleksander Majkowski25. 26 Irvine 1989 : 255.
27 Myhill 1999 : 34.
69Ce que nous observons ici est une division des différentes communautés de langues moins répandues en deux camps fondés sur deux idéologies langagières concurrentes. Si nous interprétons le concept anthropologique d’idéologie linguistique en tant que « système culturel de compréhension des relations sociales et linguistiques, avec leur charge d’intérêts moraux et politiques »26, il est dès lors possible de comprendre qu’un tel système peut sembler influencer l’attitude des gens et déterminer leurs actions envers les langues moins répandues à des niveaux multiples. Ces deux idéologies fondées sur l’écologie ont été identifiées par McRae (1975) et Myhill (1999), le premier en associant la langue avec l’identité individuelle et le second avec un territoire distinct. Myhill27 les nomme l’idéologie langue-et- identité et l’idéologie langue-et-territoire. Il justifie le caractère conflictuel inhérent entre ces deux types d’idéologies qui effectivement tendent à s’opposer l’une à l’autre. Le plus souvent, ces idéologies font appel à des notions matérielles en termes d’avantages ou d’inconvénients pratiques à maintenir, étendre ou revitaliser en pratique les langues minoritaires et peuvent souvent être sous-jacentes aux controverses parfois virulentes qu’engendrent ces types d’interventions linguistiques.
28 Myhill, 1999 : 37.
29 Fishman 1989 : 276 ; italiques provenant de la version originale. 30 Myhill 1999 : 38.
70L’idéologie langue-et-identité part du principe que « la langue est plus ou moins l’identité (ethnoculturelle), ou au moins la partie essentielle de l’identité »28. Les identités linguistiques sont reflétées dans une approche écologique, quasi spirituelle puisque, d’après les plus prolifiques et fervents défenseurs de cette idéologie, « la langue maternelle est elle-même un reflet de l’âme’ un reflet de l’âme si ce n’est pas la manifestation même de l’âme »29. A contrario, l’idéologie fondée sur le territoire qui se concentre sur la relation historique entre une langue et une région donnée, tend à privilégier une langue démographiquement en difficulté en la rendant « dominante dans une zone géographique spécifique »30. Ainsi, dans le contexte polonais, les langues dites minoritaires sont traitées dans un cadre fondé sur le principe d’identité, alors que le kachoube prend ses racines dans un cadre qui privilégie le principe de territorialité. 71Dans son enquête de 2006, au cours de laquelle 760 personnes furent interrogées, Porębska note des signes évidents de changement linguistiques et d’identité hybride ainsi que des pratiques langagières « mixtes » parmi les Kachoubes interrogés. Tableau 1 : Langue maternelle déclarée par les personnes interrogées (Porębska 2006)
Langue maternelle (% arrondis)
Les deux [kachoube et polonais]
Tableau 2 : Identité kachoube (Porębska 2006)
Plus kachoube que polonaise
Plus polonaise que kachoube
Polonaise 10
Autres options ou sans opinion
Tableau 3 : Langues acquises avant la scolarisation (Porębska 2006)
Première langue acquise(% arrondis)
Kachoube et polonais
Tableau 4 : Langues parlées en famille (Porębska 2006)
Langues parlées en famille(% arrondis)
Plus kachoube que polonais
Plus polonais que kachoube
72De tels chiffres indiquent la capacité linguistique inexistante en kachoube, ou une capacité limitée à utiliser la langue sans conséquence sur le sentiment de kachubianité qui manifeste un ancrage territorial ou patrimonial de l’identité.
73D’autres facteurs sociolinguistiques furent également pris en considération par Porębska sur une échelle graduée de 1 à 5 comprenant, par exemple :
Tableau 5 : Usage du kachoube par les membres de la famille de la personne interrogée
De 1 – ‘jamais’ à 5 – ‘toujours’
Usage du kachoube par les membres de la famille de la personne interrogée (moyenne)
(Arrières) petits-enfants
Tableau 6 : Usage du kachoube en dehors du cadre familial
de 1 – ‘polonais’ à 5 – ‘kachoube’
Langue utilisée dans des situations officielles ou semi-officielles (moyenne) Avec les voisins
Lors de réunions de village
Avec des collègues au bureau/à l’école
Avec des supérieurs hiérarchiques au travail
74Ces données fournissent une indication sur a) le transfert linguistique intergénérationnel vers le polonais au détriment du kachoube et b) le faible recours au kachoube dans des registres plus élevés et dans des domaines formels. Une recherche plus détaillée devra être effectuée afin d’établir si les récentes initiatives en matière de planification linguistique ont été efficaces pour compenser cette tendance.
Dispositions pour le kachoube 31 Treder 2002: 102-103.
75Le kachoube est soutenu financièrement par différents canaux. Le Conseil de la langue kachoube (Radzëzna Kaszëbsczégò Jãzëka), fondé en octobre 2006 travaille en priorité dans le domaine de la planification linguistique, à savoir le corpus, le statut, l’aménagement en matière de technologie et d’acquisition avec une attention plus particulière sur cette dernière en se concentrant sur les questions emblématiques telles que : la phraséologie du kachoube standard littéraire, les constructions syntaxiques favorites, les formes ambigües d’inflexion et d’orthographe ; les prénoms kachoubes ; le recours au dictionnaire normatif kachoube, la compilation de dictionnaires en ligne pour le kachoube, l’enseignement de programmes en kachoube, la terminologie scolaire en matière de théorie littéraire, de mathématiques, de géographie, de chimie, d’enseignement de la diversité linguistique, de la terminologie médiatique, l’utilisation du kachoube dans la sphère publique et dans les transactions juridiques, etc. Ce sont précisément ces planificateurs linguistiques et universitaires de l’Université de Gdańsk (Dantzig) qui considèrent que la forme littéraire unifiée et standardisée (lëterackô kaszëbizna)31 est la principale (pour ne pas dire l’unique) forme de kachoube qui devrait être maintenue et soutenue par et dans l’éducation, l’administration, les institutions culturelles et l’Église. De fait, une idéologie vient s’allier à celle de la territorialité et entre en jeu ici, il s’agit de celle de la standardisation. Alors que le principe de territorialité cherche à confiner une langue dans un espace géographie donné, le principe de standardisation linguistique cherche à l’enfermer dans un ensemble de normes déterminées. Les deux approches font sens, bien sûr, puisque l’absence de toute norme efficace en matière d’aménagement linguistique avant 1989 a pour conséquence une réelle urgence à trouver des solutions si l’on veut que le kachoube survive en tant que moyen de communication verbale au XXIe siècle. D’où l’établissement d’un cadre reconnu pour le kachoube afin de le préserver. Cela étant établi, il n’en demeure pas moins que cela exclut de facto les kachoubophones qui ne se trouvent pas sur le territoire « correct » ou qui n’utilisent pas une forme « correcte » (standardisée) de cette langue au risque de s’aliéner ces locuteurs qui n’ont pas appris le kachoube dans un cadre scolaire. 76Le principe de territorialité est également applicable dans la disposition concernant l’enseignement du kachoube et dans l’administration. Les débuts de l’enseignement du kachoube après les transformations démocratiques de 1989 se sont concentrés sur le lycée kachoube ouvert en 1991 à Brusy dans le sud de la Kachoubie, ainsi que dans l’école primaire de Głodnica à proximité de Linia. Après l’ouverture de ces deux établissements, l’enseignement du kachoube s’est répandu, en particulier dans les écoles primaires et au collège. En 2003, 4 780 élèves dans 81 écoles apprenaient le kachoube. A la fin de 2005, 5 196 élèves suivaient des cours de kachoube dans une centaine d’écoles primaires, 1 345 dans 27 collèges, et 261 élèves dans 3 lycées. Selon les estimations les plus récentes, le nombre d’élèves et d’adolescents ayant suivi des cours de kachoube quelle qu’en soit la forme atteignait presque les 10 000. Depuis 2006, le kachoube peut également être officiellement utilisé comme langue régionale dans l’administration – lorsque la Loi sur les minorités nationales et ethniques et la langue régionale est entrée en vigueur avec des amendements garantissant le droit d’utiliser les langues minoritaires et régionales comme « auxiliaires/soutien » dans les municipalités (gminy), où au moins 20% des habitants déclaraient appartenir à une minorité. Les résultats du Recensement de 2002 révèlent l’existence de 10 municipalités répondant à ce critère en ce qui concerne le kachoube : Przodkowo (Przedkòwò – 49 %), Sulęczyno (Sëlëczëno – 48,6%), Stężyca (Stãżëca – 43,2 %), Sierakowice (Serakòjce – 39,9 %), Somonino (Somònino – 30,8 %), Chmielno (Chmielno – 34,8 %), Linia (Lëniô – 35,5 %), Szemud (Szëmôłd – 26,3 %), Parchowo (Parchòwò – 22,3 %) et Puck (Pùck – 30,9 %). Dans pratiquement toutes les municipalités de Kachoubie répondant à ce critère, les préparations vont bon train.
32 2005 : 56.
77Il est intéressant de noter que, dans le cas de Stężyca/Stäżëca, seuls 43,2 % se sont déclarés d’ascendance kachoube dans le Recensement de 2002, alors que, d’après Mordawski32, il s’agissait de l’un des trois districts de la région kachoubophone traditionnelle dont les locuteurs de kachoube utilisent cette langue de manière habituelle et dont le nombre excède 50 % de la population.
Figure deux :cœur des zones traditionnelles kachoubophones(Mordawski 2005 : 56)
78Cela pourrait indiquer un certain degré de contestation dans ce que signifie le fait d’avoir une identité kachoube, dans au-moins une localité (et peut-être également une autre approche méthodologique parmi les agents de recensement). Cette contestation peut également fonctionner a contrario dans le cas de Szymbark/Szimbark, où les autorités municipales ont délibérément décidé d’ériger une signalétique bilingue, alors même qu’ils n’y étaient pas obligés, moins de 20% de leurs administrés s’étant identifiés comme étant Kachoubes. 79Le Rapport du Gouvernement polonais au Secrétaire général du Conseil de l’Europe en application de la Charte Européenne sur les langues régionales ou minoritaires a été esquissé par le ministère de l’Intérieur et de l’Administration en mai 2010. Malheureusement on ne trouve dans ce premier jet aucune information sur l’application des dispositions de la Charte. Celui-ci semble se concentrer en réalité sur la Loi de 2005 au détriment de la Charte elle-même.
33 Boryś Popowska-Taborska, 1994-2006.
80Parmi les actions soutenues par l’État polonais au regard du kachoube, le ministère prévoit 330 000 złoty polonais (PLN) en faveur d’un projet de rédaction et de publication d’un dictionnaire étymologique kachoube33, donc antérieur à la ratification de la Charte par la Pologne, et les subventions suivantes :
81* 47.215 061 PLN (€ 11 803 765) en faveur des écoles proposant un enseignement du kachoube (en 2009),
82* 334 995 PLN (€ 83 749) (en 2008) et 200 000 (€ 50 000) PLN (en 2009) pour la rédaction et la publication de manuels kachoubes,
83* 16 624 PLN (€ 4 156) (en 2008) à « d’autres fins d’enseignement ».
84Le projet de rapport contient également une évaluation chiffrée détaillée à propos de l’enseignement du kachoube à l’intérieur du système scolaire dans la province de Poméranie :
Tableau 7 : Cours de kachoube en Pomeranie 2008-2010
Année scolaire2008/2009
Collèges (gimnazjum)
Lycée (liceum)
Groupes interscolaires
85Aussi impressionnants que soient ces chiffres, l’application stricte du principe de territorialité dans ces deux cas tend à limiter l’accès à ces services pour les kachoubophones ne résidant pas sur les municipalités en question. En guise de conclusion : Quelle est l’efficacité d’une approche territoriale pour l’aménagement linguistique du kachoube ?
86Nous avons vu que seules dix municipalités pouvaient se prévaloir des dispositions pour la langue kachoube en tant que langue auxiliaire sur la base du Recensement de 2002. Il sera intéressant d’observer si ces chiffres progressent de manière significative dans le prochain recensement (2011) du fait de la conscience accrue de l’importance des possibilités de subventions accordées à de telles municipalités. Les dispositions en faveur des kachoubophones et leur implantation géographique, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Kachoubie proprement dite, se trouvent entravées par le principe de territorialité. Le nombre de 20% de personnes dans toute municipalité se déclarant Kachoube (sans lien d’ailleurs avec leur capacité linguistique à s’exprimer en kachoube) constituant la condition pour l’obtention de l’application des dispositions linguistiques peut également sembler arbitraire – pourquoi pas 10% ou 70% ?
34 Nestor, Hickey 2009.
35 Heller 2002 : 8.
36 Heller 2000 : 10.
87En réalité, nous comprenons parfaitement le manque d’enthousiasme des planificateurs linguistiques et des autorités gouvernementales à adopter une approche qui mettrait l’accent sur des indices fondés sur l’identité, étant donné l’attitude des autorités communistes par le passé à l’égard des langues régionales et minoritaires en Pologne. Cette approche, en effet, minimisait l’aspect linguistique de l’identité de ces communautés, et, dans le cas du kachoube, la réduisait à un sens d’identité régionale au point de parler de « kachoubianité » plutôt que de « kachoubophones »34. Il semble qu’une réflexion sur le principe d’identité kachoube serait préférable à son rejet total en faveur d’une approche territoriale si l’on veut avancer dans le sens d’un aménagement linguistique efficace dans le futur. Une approche plus souple de la définition du « sentiment d’appartenance kachoube » qui engloberait les kachoubophones résidant à l’extérieur des 10 municipalités mentionées, donc de la Kachoubie en tant que telle, permettrait d’impliquer un nombre plus important de personnes dans le projet de revitalisation actuel. De plus, une conception plus élastique de « qui est Kachoube » permettrait aux personnes aux ascendances mixtes – voire sans aucune ascendance kachoube – de prendre part effectivement à la revitalisation de cette langue. En tout cas, le fait de brouiller les frontières ethniques et identitaires, associé à l’usage de langues minoritaires et régionales est, d’après certains exégètes, très lié au processus de globalisation qui affecte la(les) langue/s tout en poussant les communautés de langues vers « une pratique communicative uniformisée »35 mais avec le « sceau manifeste de l’hybridité »36. Considérer cette « hybridité » comme une force et une occasion à saisir plutôt que comme une faiblesse pourrait en fait avoir des conséquences bénéfiques pour les communautés linguistiques qui subissent une baisse démographique ainsi qu’une limitation des domaines dans lesquels leur langue est encore utilisée. 88Cependant les planificateurs linguistiques ont le droit de pêcher par excès de prudence lorsqu’ils promeuvent une identité kachoube qui ne soit pas nécessairement liée au fait de parler le kachoube ni à l’attachement, fut-il symbolique à cette langue. Le fait que le ZK-P privilégie la fierté identitaire régionale et ethnique pourrait s’avérer contreproductif si les Kachoubes ne ressentaient plus le besoin de conserver leur langue en tant que partie intégrante de leur identité, à la manière de la grande majorité des Irlandais qui ne ressentent pas le besoin de parler couramment l’irlandais pour éprouver la conscience de leur identité nationale. Étant donné la tendance actuelle de beaucoup de langues minoritaires à cesser d’être utilisées de manière régulière, il serait regrettable pour la diversité linguistique en Pologne que tous les efforts fournis pour préserver et étendre l’usage de la langue kachoube ne parviennent pas à empêcher qu’elle ne sombre dans une extinction de son usage au XXIe siècle. Haut de page
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Wicherkiewicz (T.), «Becoming a regional language – a method in language status planning?», Actes del 2n Congrés Europeu sobre Planificació Lingüística. Andorra la Vella 14-16 noviembre de 2001, Barcelona, 2003, 473-7.
Zrzeszenie Kaszubsko-Pomorskie (ZK-P), Strategy for the protection and development of the Kashubian language and culture, Gdańsk, Poland, Zarząd Główny Zrzeszenia Kaszubsko-Pomorskiego, 2006. en ligne www.kaszubi.pl/?p=page&page_id=436 (dernier accès 30/10/2008).
1 Woerhrling 2005: 54.
2 Mordawski 2005: 56 ; Nestor and Hickey 2009.
3 www.mswia.gov.pl/portal.php?serwis= pl&dzial=353&id=4392&sid=a52d5ee252af08 (dernier accès le 11/12/2010).
7 ZK-P 2006 : 21.
9 Il s’agit des anciennes régions allemandes de la Trans-Poméranie comprenant Stettin, la Nouvelle Marche, la Silésie, la Prusse Orientale et la Ville Libre de Danzig. 10 Obracht-Prondzyński 2002.
14 http://www.coe.int/t/dghl/monitoring/minorities/3_FCNMdocs/PDF_2nd_SR_Poland_en.pdf (dernier accès le 17/12/2010).
16 2006 : 56.
17 L’absence d’article (in)défini en langue polonaise peut avoir une importance cruciale ici en ce qui concerne les autres communautés linguistiques qui voudraient obtenir dans le futur un statut équivalent (de langue régionale). Le texte officiel polonais de l’article 10 paragraphe 2 se lit comme suit : « Językiem regionalnym w rozumieniu ustawy jest język kaszubski » ; la citation ici est reprise de la page web (en anglais)) officielle du ministère de l’Intérieur et de l’Administration [http://www.mswia.gov.pl/portal.php?serwis=planddzial=353andid=4392andsid=a52d5ee252af087abbddb45b9eec0f4a – dernier accès le 3 janvier 2010]. Les corps législatifs et exécutifs (Parlement et Ministères) avaient certainement l’intention de limiter l’utilisation du terme de « langue régionale » au seul kachoube, bien que des demandes d’obtention de ce statut ait déjà été mentionnées par les Silésiens et les Wilamowiciens (Kamusella 2009: 951 et 988) Une demande d’inclure le silésien dans la Loi de 2005 et dans la Charte en tant que langue régionale officiellement reconnue a déjà été soumise au Parlement polonais par des organisations silésiennes.
18 On peut trouver la traduction en anglais de la loi sur le site : http://www.mswia.gov.pl/portal.php?serwis=pl&dzial=353&id=4392&sid=a52d5ee252af087abbddb45b9eec0f4a (dernier accès le 16/12/2010).
21 Ausbausprache peut se traduire littéralement par 'langue revalorisée' ou par 'langue par développement' et se réfère à une variété langagière qui est utilisée de manière autonome par rapport à d'autres langues de la même famille. Cela signifie qu'elle a sa propre forme standardisée indépendante d'(es) autre(s) langue(s) proche(s). 22 Kloss 1967.
26 Irvine 1989 : 255.
31 Treder 2002: 102-103.
36 Heller 2000 : 10.Haut de page
Figure 1 : Carte du territoire des Kachoubes en Kachoubie
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Michael Hornsby et Tomasz Wicherkiewicz, « Être ou ne pas être (une minorité) ?Le kachoube en Pologne », Droit et cultures, 63 | 2012, 59-86.
Michael Hornsby et Tomasz Wicherkiewicz, « Être ou ne pas être (une minorité) ?Le kachoube en Pologne », Droit et cultures [En ligne], 63 | 2012-1, mis en ligne le 16 janvier 2013, consulté le 27 avril 2017. URL : http://droitcultures.revues.org/2900Haut de page
Michael Hornsby est professeur adjoint au Département de Celtique à l’Université catholique de Lublin, Pologne. Docteur de l’Université de Southampton (GB), sa thèse portait sur le thème des effets de la modernité sur les minorités linguistiques et plus particulièrement sur les exemples du breton en Bretagne et du gaëlique en Écosse. Il a enseigné la sociolinguistique à l’Université catholique de Lublin. Parmi ses publications récentes, on peut noter : «Būt vai nebūt (minoritātei)? Kašubu valodas situācija Polijā», Via Latgalica – Journal of Humanities: Proceedings of the Congress on Latgalistics III (2011) with Tomasz Wicherkiewicz ; «The Regional Languages of Brittany», with Shaun Nolan in Fishman, J. & O. Garcia (2011) (eds.) Handbook Of Language And Ethnic Identity, Volume 2 ; «Revitalisation of minority languages: Tensions between local and hybrid varieties» in Publications of Vöro Institute 24 (2010) ; «The Ideology of Monolingualism as ‘Standard» in From Vestiges to the Very Day: New Voices in Celtic Studies (2010) et «From the centre to the periphery: Recent debates on the place of Breton (and other regional languages) in the French Republic»,inMillar, R. (ed.) Marginal dialects: Scotland, Ireland and beyond (2010). Il est impliqué dans de nombreux projets internationaux tels que Innovative Networking in Infrastructure for Endangered Languages (FP7), Comenius Regio Partnerships, InterCom-Learning,Documentation Base for Poland’s Endangered Languages et ‘New speakers of minority languages: a dialogue (avec Heriot Watt et Edinburgh Universities). Il dirige actuellement un numéro spécial de l’International Journal of the Sociology of Language consacré à la langue bretonne.
Tomasz Wicherkiewicz est professeur adjoint de la chaire des Études orientales et directeur du Department for Language Policy & Minority Studies, Adam Mickiewicz University de Poznań, Pologne. Il est titulaire d’un Ph.D. en linguistique comparative de la Faculty of Modern Languages and Literatures de cette meme université. Sa there a été publiée sous le titre The Making of a Language – the case of the idiom of Wilamowice, southern Poland (Mouton de Gruyter, 2003). Parmi toutes ses responsabilités, il est member du Kashubian Institute and Kashubian Language Board in Gdańsk, et est expert independant près du Secrétariat of the Conseil de l’Europe pour European Charter for Regional or Minority Languages pour la Pologne, la Russie, la Georgie, l’Estonie, la Macedoine et le Kosovo. Ses centres d’intérêt se portent sur les langues minoritaires/en danger, les politiques linguistiques, les typologies des languages, la sociolinguistique et l’ethnolinguistique, comprenant un travail de terrain sur les communautés linguistiques minoritaires en Europe et en Asie. Il est l’auteur d’environ une soixantaire d’articles dans ces domaines, la publication la plus récente étant The Kashubs – Past and Present (co-édité avec C. Obracht-Prondzyński – Peter Lang, 2011). Il a co-organisé la 6eth International Conference on Minority Languages in Gdańsk, Pologne (1996) and International Conference on Regional Languages in Rēzekne, Latvia (2004). His latest project includes developing a Documentation Base for Poland’s Endangered Languages.Haut de page
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