Source: http://www.rawa-ruska.net/historique-du-camp-de-rawa-ruska-2/?type_0=gallery&album_gallery_id_0=9
Timestamp: 2019-04-19 05:10:27+00:00
Document Index: 295399116

Matched Legal Cases: ['art. 48', 'art. 32', 'art. 56', 'art. 55', 'art. 48', 'arrêt ']

Historique du camp de Rawa-Ruska | Ceux de Rawa-Ruska et leurs descendants
1.1 Ukraine et Galicie : quelques notions d’histoire et de géographie
2 Rawa-Ruska
2.1 Chronologie du camp, établie par Michel Bussière
3 Liste des sous-camps de Rawa-Ruska
4 Raisons qui motivèrent la décision de transférer des prisonniers de guerre français à Rawa-Ruska
4.1 Rawa-Ruska et la Convention de Genève
4.1.1 Aggravation des conditions « normales » de la captivité
4.1.2 Violation caractérisée de la Convention de Genève
5 Description du camp
6 Régime
6.1 Conditions matérielles
6.2 Conditions de transfert
6.3 Discipline – Travail
6.5 Des kommandos
6.6 Etat de santé – Mortalité
7 La Croix-Rouge et Rawa-Ruska
7.1 Comment le CICR a été informé de l’existence du camp de Rawa-Ruska
7.2 Visites du CICR a Rawa-Ruska, Lemberg (Lwow), Tarnopol et Stryj
7.3 La visite des délégués du CICR à Rawa-Ruska en 1942
7.4 La visite des délégués du CICR à Tarnopol en 1943
8 Les médecins juifs de Rawa-Ruska
9 Persistance de la résistance
9.1 Une forme de résistance : les amicales de Rawa-Ruska
10 Évasions
11 D’une certaine continuité dans la peine après un séjour à Rawa-Ruska
12 Moralité
13 La fin du camp
Le convoi, dessin de R. Lagrue
Précisons au préalable que les déportés de Rawa Ruska étaient tous de nationalité française ou belge (en très grande majorité française).
Ils avaient été mobilisés en 1939 (certains étaient même sous les drapeaux depuis 1936) et avaient participé à la très dure et très meurtrière bataille de France de 1940 (environ 100 000 tués en seulement 2 mois) jusqu’à ce que nos troupes submergées par un ennemi infiniment plus puissant en matériel mécanique et aérien, soient contraintes à cesser le combat en juin 1940.
Deux millions de ces combattants furent faits prisonniers, dont la plupart d’ailleurs, après l’armistice, en violation des conventions internationales (et même des conditions d’armistice édictées par les nazis), exténués, démoralisés, accablés par la défaite. Les jours et les semaines qui suivirent la capture furent terribles : – longues marches épuisantes (40 à 50 km par jour) sans ravitaillement pendant plusieurs jours, couchant la nuit, parfois complètement trempés par suite d’orages, dans des pâtures à vaches boueuses, tout cela accompagné de mauvais traitements, coups de crosses et coups de baïonnettes ; il y eut même des exécutions au cours de tentatives d’évasion ou dans les cas d’impossibilité physique de suivre la colonne.
Ces longues marches furent suivies du transport vers l’Allemagne (bien souvent à la frontière belge ou alsacienne) en chemin de fer où les prisonniers étaient entassés (60 à 80 par wagon) dans des wagons à bestiaux, dans des conditions épouvantables, inhumaines, avec une nourriture toujours insuffisante.
Ces transferts, bien que très durs, furent cependant au-dessous de ce que connurent plus tard les déportés civils partis de France et les militaires français et belges déportés à Rawa-Ruska.
Après un bref séjour au camp de rassemblement et de triage (stalag) où l’humiliation fut la règle (immatriculation avec photo d’identité faisant apparaître sur une ardoise le numéro matricule, le crâne rasé, tels des bagnards), les prisonniers furent envoyés dans des camps de travail, gardés militairement, dénommés « kommandos » : kommandos d’usines, de forêts, de construction en béton, de routes, de mines de charbon et de sel, de fermes d’état, de carrières, de voie ferrée, etc.
C’est alors que nombre de ces militaires d’active et de réserve répondant spontanément à un devoir de résistance correspondant à l’esprit de l’appel du Général de Gaulle du 28 juin 1940 : « Tous les officiers, soldats, marins, aviateurs français où qu’ils se trouvent, ont le devoir de résister à l’ennemi », décidèrent, chacun selon le cas, de refuser le travail, de procéder à des sabotages de diverses natures : sabotage de machines, travail mal exécuté, mais aussi résister par esprit d’insubordination et s’évader afin de reprendre le combat sous une forme ou sous une autre. Pour punir et si possible dompter ces résistants à l’intérieur même de leur pays, les Allemands utilisèrent les moyens qui leur semblaient les plus appropriés, allant au début, à l’affectation à des kommandos disciplinaires ou compagnies disciplinaires (Straf-Kompanie) extrêmement sévères, jusqu’à la détention, pour les récidivistes de sabotages ou d’évasions, dans les prisons civiles centrales des villes les plus proches où, enfermés dans les mêmes cellules que les condamnés de droit commun, les tortures et sévices tenaient lieu d’interrogatoire.
Mais rien n’y fit ; alors, pour en finir avec ces irréductibles, ces « terroristes », ces « gaullistes », ces « communistes », ils décidèrent, en mars 1942, de les déporter à nouveau mais cette fois dans le bien nommé « Triangle de la Mort » en Ukraine occupée par les troupes allemandes.
Rawa-Ruska et ses sous-camps
… En 1942, la Galicie détient certainement le triste privilège du record de la souffrance dans une Europe soumise à la domination allemande. Antagonismes ethniques, extermination raciale, guerre de partisans y sévissent à un degré rarement atteint. La mort y rôde sous toutes ses formes…
« … En 1942, avec l’adoption de la « solution finale », la Galicie est englobée dans le « triangle de la mort », dont les sommets sont marqués par les camps tragiques de Treblinka, Auschwitz, Belzec … »
(d’après Ph. Masson, Historia magazine n° 51, nov. 1968)
Ukraine et Galicie : quelques notions d’histoire et de géographie
Ukraine et Galicie. Que recouvrent ces deux noms propres ? Voici quelques brèves explications, ainsi qu’une note sur RAWA-RUSKA et le Stalag 325.
UKRAINE : Avant la première guerre mondiale, l’Ukraine était une région de la Russie qui comprenait quatre voïvodies (gouvernements), ceux de KHARKOV, de KIEV, de POLTAVA et de TCHERNIGOV. A la fin de la première guerre mondiale et après une tentative d’instauration d’un état indépendant ukrainien, l’Ukraine devient une des républiques socialistes soviétiques.
GALICIE (ou Galizien) : avant la première guerre mondiale, cette province sur le territoire de laquelle se trouve RAWA-RUSKA d’une superficie d’environ 78 500 km2, soit le 1/7e de la France, était autrichienne. Sa capitale LVOV (ou LWOW ou LEMBERG, aujourd’hui LVIV), avait été créée au XIIIe siècle par les ducs de Galicie et deviendra si importante qu’en 1412, elle sera érigée en capitale de la Russie rouge polonaise. En 1704, elle sera prise et mise à sac par les troupes de Charles XII.
Quelques dates importantes dans la vie de la Galicie :
En 1340, elle est annexée à la Pologne par Casimir le Grand ;
En 1772, lors du partage de la Pologne, elle devient autrichienne et le restera jusqu’en 1914 ;
En 1914, en septembre, elle est conquise par les troupes russes ;
En 1915, elle est reprise par les troupes austro-allemandes ;
En 1918, elle est conquise par les Polonais qui se heurtent à des formations ukrainiennes qui veulent voir la Galicie rattachée à l’état indépendant ukrainien qu’elles veulent créer ;
En 1921, par le traité de Riga, elle est reconnue terre polonaise et le restera jusqu’en 1939 ;
En 1939, après l’écrasement de la Pologne, elle est purement et simplement annexée par l’U.R.S.S. (l’Allemagne de son côté annexe le 8 octobre la partie occidentale de la Pologne et organise les provinces restantes en » général gouvernement « . La Pologne cesse provisoirement d’exister) ;
En 1941, en juin, lorsque l’Allemagne ouvre les hostilités contre l’U.R.S.S. et après de violents combats, elle est occupée par les troupes allemandes ;
En 1942, au début de l’année, elle est rattachée au » général gouvernement » dont l’administrateur est le sinistre Docteur Franck. C’est sur son territoire que sont installés de nombreux camps de concentration (LUBLIN, MAJDENECK, CHELMNO, AUSCHWITZ, TREBLINKA, BELZEC, SOBIBOR, etc…) ;
En 1944, elle est occupée par l’armée rouge (Lvov a été reprise le 28 juillet). Elle est annexée et incorporée à la République socialiste soviétique d’Ukraine.
RAWA-RUSKA : petite ville de Galicie située à 52 km nord-ouest de Lwow et à 19 km au sud de Belzec. Sa population au début de 1942 était d’environ 9 000 habitants, en majorité juive. Après les déportations, les exécutions sur place, ce qui restait de l’important ghetto fut à son tour déporté le 7 novembre et envoyé dans les camps proches, surtout celui de Belzec. La population de la ville n’était plus alors que de 3 000 habitants environ.
Elle était au centre du JUDEN-KREIS (zone juive) qui était entièrement contrôlée par le R.S.H.A. (REISCHSSICHERHEIT-HAUPT-AMPT) office central de la sécurité d’Etat.
Stalag 325 : Dès juillet 1941, les Allemands installèrent à Rawa-Ruska un camp pour prisonniers de guerre soviétiques. Il portera le nom de stalag 325. Quinze à vingt mille Russes y furent envoyés dans un premier temps. Quatre mille par la suite. En mars 1942, juste avant l’arrivée des premiers Français, seulement quatre cents subsistaient encore. Les autres étaient tous morts de faim, de maladies ou de mauvais traitements.
Les premiers Français y arrivèrent le 13 avril 1942. Le 19 janvier 1943, le stalag 325 est dissous à Rawa-Ruska et le restant de ses effectifs envoyé à la citadelle de Lwow, où il garde son même numéro de Stammlager : 325.
Le 26 septembre 1943, il est à nouveau dissous et transféré, cette fois, à STRYJ, toujours sous le nom de stalag 325. Il y restera jusqu’à sa dissolution définitive : le 13 janvier 1944, devant l’avance de l’Armée rouge (à cette date, il ne restait plus dans les camps que 177 Français ou Belges). Encore une précision : lorsque l’on parle du stalag 325, que ce soit à Rawa-Ruska, à Lwow ou à Stryj, il s’agit toujours du camp-mère (STAMMLAGER) dont dépendaient des sous-camps ou des kommando, parfois très importants et éloignés.
Lorsqu’un convoi arrivait d’Allemagne, ses effectifs étaient répartis après une période parfois très courte, entre les différents kommando.
RAWA-RUSKA (aujourd’hui RAVA-RUSSKAYA) est une localité située en Galicie, sur le territoire de l’Ukraine, ex-république soviétique de l’U.R.S.S.
La région fut annexée à la Pologne par le traité de Riga, en 1921, et récupérée par l’U.R.S.S. lors de l’invasion de la Pologne par ses troupes, le 17 septembre 1939. Un plébiscite donnait alors 91% des voix en faveur du retour de ce territoire à l’U.R.S.S. Le 28 septembre 1939, un traité germano-russe officialisa le partage de la Pologne entre l’Allemagne et l’U.R.S.S., après la capitulation de Varsovie (27.09.39) qui mit fin à la campagne de Pologne de 1939.
Le 8 octobre 1939 (Décret d’Hitler – Reichgesetzblatt), le IIIe Reich annexa les provinces occidentales de la zone occupée par ses troupes et organisa les autres provinces en « General Gouvernement » (Décret du 12.10.1939). La Pologne était rayée de la carte.
Le 22 juin 1941, l’Allemagne ouvre les hostilités contre la Russie et déclenche une offensive contre les positions russes. De violents combats se déroulent sur la récente frontière, sur l’axe Jaroslaw-Przemilz, à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Rawa-Ruska.
Rawa-Ruska, ville sise en une province rattachée à l’U.R.S.S. en septembre 1939 sans qu’aucune réaction diplomatique étrangère se manifestât, ce qui équivalait à une reconnaissance « de facto », se trouvait incontestablement en territoire soviétique.
De plus, dès le début de l’offensive des troupes allemandes, elle se trouvait située dans une « zone opérationnelle » d’un conflit distinct de celui qui avait provoqué la captivité des prisonniers de guerre français.
L’état de siège permanent régnait dans cette zone opérationnelle. Cet état de siège permanent entraînait diverses conséquences, entre autres :
« que le feu est ouvert à vue sur toute personne suspecte… »
« que tout militaire ennemi capturé sur ce territoire est immédiatement passé par les armes… ».
Il donnait à l’ennemi « la possibilité d’exterminer à chaque instant tout prisonnier de guerre ».
Dès juin 1941, les Allemands avaient établi, sur tout le territoire conquis, des camps de prisonniers de guerre pour les Russes. Ce furent les fameux camps de la série 300, appartenant au Wehrkreis (circonscription militaire) XXI, chef-lieu Posen (aujourd’hui Poznan).
Dans ce conflit germano-russe, où l’un des belligérants, l’U.R.S.S., n’avait pas adhéré à la Convention de Genève, la Commission de contrôle du Comité International de la Croix-Rouge ne fut pas autorisée à visiter ces camps qui ne lui avaient même pas été signalés. Des exactions sans nom y furent commises.
Les Prisonniers de guerre russes y périrent par milliers, par la famine, le manque d’hygiène et les mauvais traitements…
Au 336 : 35 000 morts !
Au 350 : 130 000 morts !
Au 340 : 124 000 morts !
Au 325 (Rawa-Ruska créé en juin 1941), 18 à 20 000 prisonniers russes périrent, dans des conditions épouvantables, durant les cinq premiers mois. Un second contingent de 4 000 précéda les Français de quatre mois : il ne devait en survivre que 400 ! Or, les prisonniers français ont pris la « succession » des prisonniers russes, dans les mêmes conditions !
Dès octobre 1939, les nazis avaient établi, sur le territoire de la Pologne, du « General Gouvernement », un vaste système de camps de concentration dont la plupart furent appelés, par les Allemands eux-mêmes, des « Vernichtungslager » (camp d’extermination) : Lublin-Majdanek, Chelmno, Auschwitz-Birkenau, Sobibor, Tréblinka, Belzec, Bialo-Podliaska, etc.
Ce « General Gouvernement » était placé sous les ordres d’un gouverneur général, le Docteur Frank, qui a déclaré au procès de Nuremberg « que toute cette région devait être considérée comme un camp d’extermination » !
Cette zone était divisée en plusieurs districts : Varsovie, Cracovie, Radom, Lublin…
Les responsables de ces districts étaient maîtres absolus dans leur ressort et n’avaient à rendre compte qu’au Docteur Frank. Celui-ci était le représentant direct du Führer. En sa personne, s’incarnait la compétence de tous les ministres du Reich (cf. article paru dans le journal « Krakauer Zeitung » du 20.10.41, du Dr Sperl). Il exerçait, entre autres, sous le contrôle du Maréchal Goering, les fonctions de Commissaire de la Défense impériale, et sous le contrôle du Reichführer des S.S. Himmler, les fonctions de Chef de la S.S. et de la Police.
Dans le courant de 1942, le district de Galicie, sur le territoire duquel se trouvait Rawa-Ruska, a été rattaché au « General Gouvernement ». Mais les Allemands y avaient établi auparavant un immense « Judenkreiss », zone d’extermination des Juifs, Etat à part, bien limité, particulièrement surveillé.
Rappelons que Hitler avait décidé d’appliquer aux Juifs la « solution finale » c’est-à-dire l’extermination. Le 20 janvier 1942, la conférence de Wannsee définit les modalités d’application de la « solution finale de la question juive » (Endlösung der Judenfrage) pour toute l’Europe. Des millions de femmes, d’enfants et d’hommes raflés et internés dans tous les pays occupés seront transférés vers des camps d’extermination : Auschwitz II (Birkenau), Belzec, Maidanek, Kulmhof (Chelmno), Sobibor, Treblinka.
A l’arrivée des Français à Rawa-Ruska, la localité comptait encore 9 000 habitants. En janvier 1943, il n’en restait plus que 3 000 !
A Lemberg (Lwow), le tiers de la population a été massacré. Dans la province, près de 700 000 personnes, hommes, femmes, enfants, ont été exterminées.
Il n’est pas douteux que cette situation, que cette atmosphère, aient profondément atteint le psychique de tous ceux qui ont vécu dans cette région et qu’ils en aient été profondément « choqués ».
Rawa-Ruska se trouvait dans une zone entièrement contrôlée par la R.S.H.A. (Reichssicherheitshauptamt – Office Central de la Sécurité du Reich).
Une commission d’enquête soviétique a établi un rapport terrifiant daté des 24-30 septembre 1944 dont nous reproduisons le texte officiel intégral traduit du russe .
Ce rapport est édifiant et montre bien le contexte dans lequel se trouvaient les prisonniers de Rawa-Ruska et de ses kommandos de travail dans ce « judenkreis », cette immense zone d’extermination de Juifs, rattaché au Général – Gouvernement où les camps étaient, pour la quasi totalité, des camps d’extermination (vernichtungslager) – Treblinka, Lublin, Majdanek, Chelmno, Auschwitz-Birkenau, Sobidor, Biala-Podliaska, Belzec à 19 kilomètres de Rawa Ruska etc… Les autres étant des camps de transit vers ces camps de la mort.
Chronologie du camp, établie par Michel Bussière
12 mars 1921 : Traité de Riga, la Galicie ukrainienne est annexée à la Pologne.
23 août 1939 : pacte germano-soviétique
1er septembre 1939 : les troupes allemandes envahissent la Pologne.
17 septembre 1939 : l’URSS envahit la Pologne et récupère la Galicie
28 septembre 1939 : un traité germano-soviétique officialise le partage de la Pologne entre l’Allemagne et l’URSS qui reprend l’Ukraine.
8 octobre 1939 : décret rattachant la Pologne occidentale à l’Allemagne et créant le » General Gouvernement » de Pologne
Courant octobre : création des premiers camps de concentration dans l’ex-Pologne.
10 mai 1940 : offensive allemande en Hollande et Belgique, bombardement des aérodromes français
13-15 mai 1940 : percée des Allemands en Ardennes
21 mai – 4 juin 1940 : retraite de Dunkerque
5-11 juin : bataille de la Somme et de l’Aisne
10 juin 1940 : intervention italienne
18 juin 1940 : appel du général de Gaulle à Londres
22 juin 1940 : armistice franco-allemand
27 septembre 1940 : pacte tripartite entre l’Allemagne, l’Italie et le Japon
22 juin 1941 : offensive allemande contre l’URSS
courant juillet : création du fronstalag 325 pour les prisonniers soviétiques
La Galicie devient une zone de conflit, en état de siège permanent
20 octobre 1941 : journal » Krakauer Zeitung » article du Dr Sperl sur les pouvoirs du Dr Franck, Gouverneur général de la Pologne
7 décembre 1941 : attaque japonaise sur Pearl-Harbor
20 janvier 1942 : la conférence de Wannsee définit les modalités d’application de la » solution finale de la question juive »
courant 1942 : le district de Galicie est rattaché au Général Gouvernement de Pologne dirigé par le Dr Franck, représentant direct du Führer
21 mars 1942 : un ordre de l’OKW de Berlin prévoit le transfert à Rawa-Ruska de tous les prisonniers de guerre français et belges évadés et repris depuis le 1er avril 1942, refusant de travailler ou particulièrement soupçonnés de préparer une évasion
13 avril 1942 : arrivée du 1er convoi à Rawa Ruska en provenance de Duren VIH Limburg XII A
La ville de Rawa Ruska compte 9 000 habitants en avril 1942
Commencement avril 1942 : les médecins officiers français israélites déportés à Rawa Ruska étaient en place : ZARA, BADER, BENICHOU, BENZAKEN, BERL, CAHEN-PASCHOUD, MOSCOVICI, TEPFER, VASSILLE, Pharmacien : NATHAN.
13 avril 1942 : le chef de camp allemand est l’oberlieutenant Hoffman
Courant avril 1942 : les chefs de camp français sont DURANDIN, l’adjudant CHARLES, DECONINCK, FREBOUR; VIGNES est l’homme de confiance.
20 avril 1942 : premier décès : Pierre GAUDY
29 avril 1942 : deuxième décès : Armand DUVAL
5 mai 1942 : arrivée du 2ème convoi Duren VIH Limbourg XII A suivi de deux autres convois
Arrivée de deux ou trois convois
début juin 1942 : environ 10 000 hommes sont entassés
chef de camp allemand : RITTMEISTER FOURNIER dit TOM MIX
7 juin 1942 : 1800 hommes sont conduits à Tarnopol par le train
fin juin 1942, l’homme de confiance VIGNES est remplacé par MERCIER (avocat de Blois)
L’ouverture du camp est officiellement notifiée à la Croix-Rouge.
Arrivée des convois : 15/17, 21 juillet 1942
14 juillet 1942 : défilé militaire avec les prisonniers qui rendent les honneurs au drapeau français, provoquant la fureur de Tomix
17 juillet 1942 : départ des sous-officiers réfractaires pour Koberzyn block III
courant juillet 1942 : extermination des Juifs dans le ghetto de Tarnopol
Arrivée de nouveaux convois
8 ou 9 août 1942 : évasion du médecin LANUSSE
11 ou 12 août 1942 : LAVESQUE, matricule 63464 est abattu en gare de Tarnopol
16 août 1942 : visite de la Croix-Rouge à Rawa Ruska
Création du théâtre et des lieux de culte à Rawa Ruska à la suite de la visite d’une délégation de la Croix Rouge internationale
Extermination des Juifs dans le ghetto de Tarnapol
Répression au camp de ZLOCZOW
5 septembre 1942 : l’aviation russe largue quelques bombes près du camp, nous apprenons que le 19 août, le débarquement à Dieppe à échoué
Fin septembre 1942 : chef de camp allemand : major CRONE MAYER
Arrivée des convois les 9 et 27 octobre 1942
28 au 31 octobre 1942 : premiers départs directs vers l’Allemagne II A, II B, II C, II D, III A, III B (dans les kommandos ou BAU BAT disciplinaire).
L’homme de confiance MERCIER, parti dans ces convois, est remplacé par THIEBAULT.
Arrivée des convois les 6 et 15 novembre 1942
Pendant tout le mois, départs directs vers l’Allemagne aux mêmes motifs qu’en octobre
19 novembre 1942 : contre-attaque russe et début de la bataille de Stalingrad
Arrivée des convois les 2, 5/6, 8/9 et 14/15 décembre 1942
Le 1er décembre 1942 : convoi XII A
3 décembre 1942 : Stryj
15 décembre 1942 : Lemberg
12, 13, 28 décembre 1942 : II C, II E, III A, III B
Fin 1942 : rumeur de transfert du stalag 325 à Lemberg (Lwow en polonais)
Arrivée des convois les 2, 5 ou 6, 8 ou 9, 14 ou 15 janvier 1943
19 janvier 1943 : dissolution du camp 325 de Rawa Ruska ; les effectifs restants sont dirigés sur Lemberg (citadelle)
28 janvier 1943 : fermeture du camp par le dernier détachement transféré à Lemberg (Lwow)
29 janvier 1943 : arrivée à Lemberg
La ville de Rawa Ruska ne compte plus que 3000 habitants
Bilan : 24 000 hommes environ ont été convoyés sur Rawa Ruska
2 février 1943 : reddition de Von Paulus à Stalingrad
5 juillet 1943 : offensive allemande sur Koursk
courant juillet 1943 : début de la marche au Dniepr de l’armée soviétique
29 septembre 1943 : transfert du stalag 325 de Lemberg à Stryj
30 septembre 1943 : arrivée à Stryj
6 novembre 1943 : reprise de Kiev
13 janvier 1944 : dissolution du stalag 325 à Stryj et retour en Allemagne
10 avril 1944 : reprise d’Odessa
4 janvier 1945 : journal » Soviet War News Weekly » recueil de témoignages sur le camp en dehors du service international des recherches d’Arolsen (40 ans)
12 janvier 1945 : attaque soviétique sur le front est
17 janvier 1945 : prise de Varsovie
25 avril 1945 : Berlin est encerclée
1er mai 1945 : suicide de Hitler
2 mai 1945 : capitulation de Berlin
8 juin 1945 : capitulation de l’Allemagne sans condition devant Eisenhower à Reims et le 9 mai 1945 devant Joukov à Berlin
Juin/Juillet 1945 : n° 6/7 des » Cahiers de Traits » (Edition des Trois Collines, Paris-Genève) enquête dans la région de Lwow.
Liste des sous-camps de Rawa-Ruska
Raisons qui motivèrent la décision de transférer des prisonniers de guerre français à Rawa-Ruska
Il convient de se remémorer la déclaration faite par le Général de Gaulle, le 28 juin 1940, annonçant la formation d’une force française terrestre, aérienne et navale, concourant d’abord à toute résistance française où que ce soit, dans l’Empire Français. Tous les militaires français de terre, de mer et de l’air étaient invités à s’y joindre, tous les jeunes gens et tous les hommes en âge de porter les armes étaient invités à s’y enrôler.
Cet appel soulignait encore que « tous les officiers, soldats, marins, aviateurs, français où qu’ils se trouvent, ont le devoir de résister à l’ennemi ».
Répondant à l’Appel du Général de Gaulle, Chef de la France Libre, parvenu jusque dans les stalags et kommandos, informés enfin d’une lutte entreprise par des mouvements de Résistance, de nombreux prisonniers de guerre français s’évadèrent. Ils n’hésitèrent pas à prendre des risques sur le territoire même de l’ennemi.
En mars 1942, un avis était apposé dans les stalags, d’après lequel, et suivant un ordre de l’O.K.W. de Berlin, en date du 21 mars 1942, des mesures étaient prises contre les prisonniers français et belges évadés récidivistes et coupables de sabotages ou de refus de travail réitérés.
Ces prisonniers seront transférés dans le Gouvernement Général, à Rawa-Ruska, au nord-ouest de Lemberg.
Malgré cette menace, des prisonniers de guerre français n’hésitèrent pas : ils récidivèrent dans l’évasion, le refus de travail, s’exposant délibérément à la déportation à Rawa-Ruska.
Les tièdes s’abstinrent. Les seuls désirant reprendre le combat s’acharnèrent. Sur plus de 1 500 000 prisonniers de guerre français qui furent internés en Allemagne, 24 à 25 000 furent dirigés sur Rawa-Ruska et ses sous-camps.
Rawa-Ruska, camp 325, retenu par l’ennemi pour son extrême éloignement de la France, l’était aussi par le fait qu’il était situé sur un territoire soustrait aux garanties de la Convention de Genève.
Le camp de Rawa-Ruska était situé dans une vaste zone d’extermination, à 19 kilomètres de Belzec, à proximité de Lublin-Majdanek, Tréblinka, Sobibor, Chelmno, etc. (en Pologne) et les camps d’extermination implantés sur le territoire russe.
Les S.S. et leurs acolytes S.S. ukrainiens pouvaient se livrer à toutes les exactions, et ne manquaient pas d’en abuser (cf. comptes rendus des différents procès des criminels de guerre).
Le Général Rudenko a déclaré au procès de Nuremberg, que les troupes russes furent horrifiées lorsqu’elles délivrèrent cette contrée en remarquant avec quelle cruauté, quel sadisme, les S.S. avaient agi contre des êtres humains.
Le Colonel Pokrovski (Procureur Général soviétique au Tribunal de Nuremberg) a prouvé :
« qu’à Rawa-Ruska, les hitlériens avaient organisé un camp où furent détenus et où périrent un grand nombre de prisonniers soviétiques et français, qui moururent de maladies contagieuses » ;
« nous avons le témoignage des bestialités innombrables et des outrages de toute nature que devaient subir les prisonniers de guerre à Rawa-Ruska » ;
« le Ministère public soviétique dispose d’une quantité importante de documents qui accusent les envahisseurs hitlériens d’innombrables autres crimes contre les prisonniers de guerre dans la région de Lwow. Nous y avons trouvé des fosses contenant des cadavres de prisonniers de guerre belges, français et russes ».
D’autre part, il y aurait lieu également de se référer à des extraits parus dans les « Cahiers de Traits » (Edition des Trois Collines à Paris-Genève), numéro double 6/7 de juin-juillet 1945 et relatifs aux résultats d’enquêtes effectuées par une « Commission extraordinaire d’Etat pour l’investigation et la recherche des crimes commis par les envahisseurs germano-fascistes et leurs complices dans la région de Lwow (Lemberg) en Ukraine soviétique ».
Il s’agit d’un document traduit du « Soviet War News Weekley » du 4 janvier 1945, dans lequel figurent de nombreux témoignages que n’a pu recueillir le Service international des recherches d’Arolsen n’ayant pu enquêter sur le territoire soviétique.
C’est la raison principale pour laquelle la visite du camp de Rawa-Ruska ayant été refusée à la Commission d’Arolsen, Rawa-Ruska n’a pas figuré sur la liste A 160 des Camps de déportation.
Il faut encore souligner que Rawa-Ruska, situé dans une région à climat continental, très froid et très long (5 mois de gel de – 20° à -30°), et très chaud l’été, est environné de marécages et de tourbières infestés de moustiques. Typhus, typhoïde, diphtérie, dysenterie bascillaire, diarrhée cholériforme, y régnaient de façon endémique.
Rawa-Ruska et la Convention de Genève
» En temps de Guerre la loi internationale n’est pas toujours rigoureusement appliquée… Les Prisonniers de guerre qui tombent entre les mains d’adversaires sans pitié risquent souvent de subir des traitements rigoureux.
L’histoire a montré quelles épreuves ils pouvaient endurer quand ils étaient livrés à l’arbitraire. L’existence de la 3ème Convention de Genève n’a pas empêché certains excès ou certaines négligences, il n’en demeure pas moins qu’elle a apporté à nos soldats prisonniers en Allemagne une garantie dont on mesure toute l’importance, si on compare leur sort à celui des prisonniers des pays qui, à l’époque, n’avaient pas adhéré aux textes de Genève… «
(extrait d’une allocution de SE M. Fr. Poncet, Président de la Croix Rouge Française).
La guerre totale menée par le IIIème Reich au mépris de toutes les lois internationales et de toutes les conventions allait bouleverser les principes mêmes de l’humanité et rendre caducs textes et statuts péniblement élaborés durant des siècles de civilisation.
Les préjudices subis par ceux qui ne bénéficièrent pas des garanties des lois internationales présentèrent une telle ampleur et profondeur qu’ils ne trouvèrent réparation dans aucun texte en vigueur, ceux-ci étant établis en fonction du respect des conventions violées.
Le législateur l’a bien compris qui a établi le recueil des » textes de la Résistance ».
Dans la violation de l’engagement formel pris par une nation en vertu de traités ou conventions internationales, il existe toujours une progression des relativités des nuances assorties de ripostes qui constituent une » escalade « , au cours de laquelle il est difficile de situer le début effectif du parjure.
En ce qui concerne le cas de Rawa Ruska, deux échelons de cette escalade sont à étudier :
celui du régime restrictif, constituant une aggravation sensible des conditions de la captivité prévues par la convention de Genève
celui de la violation flagrante et caractérisée dans l’absolu et la permanence des faits.
La non-application dans le détail des articles 9 à 17 se rapportant aux conditions de séjour, des articles 27 + 32 + 33 visant les conditions de travail, des articles 42 + 44 traitant des pouvoirs des hommes de confiance, des articles 46 + 48 se rapportant aux sanctions, de l’article 67 concernant les décès aux camps, et ceux déjà cités se rapportant aux Bureaux de renseignements pour les Prisonniers de Guerre, la non-application de ces articles n’est que la conséquence du fait démontré de la violation caractérisée de la convention de Genève dans le cas de Rawa Ruska.
NB : Ici j’utilise le terme non-application de tel article précis, mais la non-application de tous les articles constitue le rejet de la Convention dans sa généralité, donc la violation.
Le soutien de l’État dit « français » aux prisonniers de guerre résistants
Aggravation des conditions « normales » de la captivité
Nous ne parlerons ici que pour montrer qu’elles peuvent constituer à leur tour une violation caractérisée de la Convention de Genève quand elles atteignent et dépassent une certaine limite, une certaine acuité ou une certaine ampleur.
L’institution des camps disciplinaires peut être conforme au Droit de Guerre dans la mesure où » ils ne comportent la suppression d’aucune des garanties accordées aux Prisonniers de Guerre par la Convention de Genève » (art. 48 de la CDG) (NB/I)
Ce n’est donc pas d’un internement dans un camp disciplinaire dont on se plaint à Rawa Ruska : la quasi totalité des internés de ce camp avait connu ces mesures avant d’être transférés à Rawa Ruska (NB/2) encor que dans la plupart des cas :
l’aggravation des conditions de travail (art. 32)
la non-conformité des locaux aux mesures d’hygiène (art. 56)
les restrictions de nourriture (art. 55)
les mesures spéciales de surveillance (art. 48)
constituaient déjà une atteinte sensible aux clauses de dite convention. Mais les irréductibles des camps et kommandos disciplinaires furent envoyés à Rawa Ruska pour y subir un internement plus grave encore.
Rawa Ruska se situe à un autre échelon.
Ce n’est plus l’aggravation outrancière des conditions de travail dont on se plaint à Rawa : elle fut la reconnaissance par l’ennemi de notre participation à la Résistance… mais nous faisons état de ces dix camarades assassinés à coups de crosse et de baïonnette, parce qu’ils refusèrent de profaner les tombes du cimetière israélite dont les Allemands voulaient retirer les pierres afin de réparer des routes…
Ce n’est pas le manque de conformité aux règles d’hygiène qui effraie les internés de Rawa : la peur y fut inconnue… mais ce refus systématique des Allemands à toute sollicitation provenant de nos médecins et de nos hommes de confiance tendant à l’amélioration des conditions sanitaires du camp alors que le typhus ravageait la région.
Ce n’est pas de faim et de soif que l’on souffre à Rawa nous n’écoutions pas les sollicitations de nos entrailles afin de tenir pour la cause sacrée &endash; mais de cet état de fait permanent, de ce rationnement calculé, de cette expérience de survie, qui sert à l’armée allemande pour connaître les limites humaines et qui nous vaut une ration alimentaire journalière de 1100 à 1500 calories durant tout notre séjour au camp, nous rendant ainsi définitivement inapte à servir la France.
Ce ne sont pas les mesures spéciales de surveillance que l’on craint à Rawa, ni la balle perdue à l’occasion d’une tentative d’évasion… mais d’être indirectement la cause de tel acte de représailles qui conduira à l’assassinat d’un otage, comme ce fut le sort de notre ami Lavesque ce 12 août 1942 (Nur. T/4 page 303).
Ces faits quotidiens à Rawa et dans ses kommandos peuvent-ils être qualifiés de » compatibles » avec le droit de Guerre et les Conventions de La Haye ou de Genève ?
Violation caractérisée de la Convention de Genève
En transférant d’Allemagne en Ukraine soviétique, des Prisonniers de Guerre Français et Belges bénéficiant des garanties de la convention de Genève, pour les interner dans une région où la Convention de Genève n’avait pas cours (du fait que l’un des belligérants n’était pas signataire de la dite convention), la puissance détentrice commettait un acte de violation caractérisé, si les conditions de l’internement ne répondaient pas aux clauses de la ladite convention. Cette dernière condition étant amplement démontrée par ailleurs.
Le territoire sur lequel les Allemands avaient transféré ces prisonniers étant classé tout à la fois :
il ressort des directives du gouvernement du IIIe Reich
« qu’en réalité ce n’était pas le commandant en chef de la WHW qui détenait les pleins pouvoirs, mais que c’était Himmler et Heydrich qui de leur propre autorité décidaient de la vie et de la mort des populations, y compris les Prisonniers de Guerre dont ils géraient les camps »(Nur. T/10 p. 555).
Directives confirmées T/18 page 36, etc…
Le fait de transférer ces Prisonniers de Guerre bénéficiant jusqu’alors des garanties de la convention de Genève sur un territoire où la gestion des camps de PG ne relève plus de l’armée mais de la police d’Etat est une violation flagrante de la convention de Genève dans la mesure où le régime intérieur de ces camps constitue une violation de fait. Cette dernière condition étant amplement démontrée dans la description des camps de PG Russes en zone occupée soviétique… et le procureur Pokrowsky ne faisant pas de différence entre les PG Russes et Français de Rawa Ruska.
« Dans ce camps furent détenus et périrent un grand nombre de PG soviétiques et Français »(Nur. T7, p. 378)
RAWA-RUSKA était en outre un ghetto immense : un de ces camps de la mort auprès desquels
« les camps de concentration de Buchenwald et de Dachau se sont avérés n’être que de pâles précurseurs »(Nur. T/7 p. 199)
Les travailleurs des kommandos furent étroitement mêlés aux « bagnards » Polonais et Juifs travaillant côte à côte avec eux.
Ces circonstances sont une violation flagrante de l’article 56 de la convention de Genève :
« en aucun cas les PG ne pourront être transférés dans des établissements pénitentiaires (prisons, pénitenciers, bagnes, etc…) pour y subir des peines disciplinaires. »
Est-il possible d’imputer tous ces arguments aux difficultés inhérents à toute communauté ? En d’autres termes, le camp de RAWA-RUSKA était-il destiné à devenir un camp disciplinaire » classique » ?
Telle ne semble pas avoir été l’intention des Allemands.
a) Pour tous ceux qui connaissent leur esprit méthodique et leur ordre administratif, un tel concours de circonstances ne saurait être fortuit.
Par ailleurs, le retard qu’ils mirent à signaler l’existence du camp, alors que ce dernier était ouvert depuis plus de deux mois et comptait déjà 15 000 PG, alors qu’ils étaient sollicités depuis trois mois par la CICR alerté de l’existence du camp par la mission Scapini, est une présomption de plus dans ce » procès d’intention « .
b) Mais il est une preuve irrécusable de l’intention machiavélique des Allemands… : » l’omission » systématique de fournir conformément aux articles 77 et 79 de la CDG les mutations pour RAWA-RUSKA à l’Agence Centrale de renseignements sur les PG.
Aucun stalag n’a fourni en effet les listes de transfert à Rawa Ruska, en sorte qu’il n’est pas possible au CICR de fournir un seul nom de PG transféré à Rawa Ruska. Un élément de détail vient apporter une note complémentaire à cette » omission systématique » : la famille d’un PG interné au Stalag 7/A et transféré à Rawa Ruska le 1er mai 1942, ayant fait procéder à des recherches par l’intermédiaire de la Croix Rouge Internationale, les autorités allemandes répondirent à cet organisme :
« transféré dans un autre camp » (sans préciser le camp).
Tous ces arguments se complètent avec les rigueurs des divers régimes du camp (disciplinaire sanitaire alimentaire), prouvant bien de ce fait que les Allemands avaient ouvert aux PG Français et Belges un camp où la Convention de Genève ne devait pas avoir cours : un camp en tous points semblable aux camps de PG Russes en zone occupée.
Rawa Ruska camp de PG Français faisait suite à Rawa Ruska camp de PG Russes : camp d’extermination.
Le Bloc IV pendant la guerre
Le camp était constitué par des blocs, des écuries et des baraques sommaires. Il s’agissait d’une ancienne caserne de cavalerie russe en cours de construction.
Les blocs, au nombre de quatre, étaient en maçonnerie. Deux d’entre eux étaient inachevés et étaient dépourvus de fermeture (portes, fenêtres). L’un des deux autres blocs abritait les services généraux du camp (Kartei) et l' »infirmerie » (Revier), qui reçut ce nom quelque temps après l’arrivée des premiers convois. Le dernier bloc, en construction, était à peine sorti de terre.
La plus grande partie des détenus étaient logés, ou plutôt entassés dans les écuries (au nombre de 4), constructions en bois sur petit soubassement en briques et dans les baraquements.
Dans les écuries, par E. Vanderheyde
Les boxes, divisées en trois étages, transforment les primitives écuries du camp en dortoirs. Les sombres étages inférieurs ne permettent même pas la position assise. Seul l’étage supérieur reçoit la lumière des fenêtres et peut être aéré.
La structure interne des bâtiments.
Souvenirs de Roger d’Aigremont, matricule 22.159 VA
Chaque soir, J.-M. Frébour lisait les communiqués de guerre dans les écuries.
Par Roger Maire
Aucun des bâtiments n’était pourvu d’eau, de lumière, de chauffage, de latrines. Il n’y avait ni paillasse, ni paille, ni couverture. Les hommes couchaient à même le sol ou sur des bat-flanc à trois ou quatre étages entre lesquels il pouvaient à peine se tenir assis. Les latrines étaient constituées par de grandes fosses à ciel ouvert. Il n’y avait qu’un seul robinet d’eau pour tout le camp (eau non potable). Les jours de pluie, ou à la fonte des neiges, la cour n’était qu’un vaste bourbier. Le sols, les murs, les planches des quelques bat-flanc étaient couverts de vermine.
Il convient de préciser qu’à l’arrivée du premier convoi de Français, le 13 avril 1942, ceux-ci découvrirent des traces sanglantes, des éclats de cervelle et des cheveux collés au sol et aux mur, montrant la cruauté déployée par les Allemands envers les soldats soviétiques. Ils durent nettoyer ces lieux avec des moyens de fortune tels des branchages. Les derniers cadavres de ces malheureux avaient été transportés hors du camp par des Juifs sous la surveillance de S.S. Ils furent vraisemblablement acheminés vers la forêt de Wolkowice, à environ 2 km de la ville de Rawa-Ruska, où furent découvertes deux fosses communes de 8 000 et 7 000 prisonniers de guerre soviétiques, comme le signale, dans un rapport des 24/30 septembre 1944, la « commission principale d’enquête sur les crimes hitlériens en Pologne » du ministère public de l’URSS
L’extérieur des écuries, avec les « popotes » de fortune des prisonniers. Le soir, aux heures permises, des feux sont vites allumés et, seul ou par petits groupes, on se lance dans de rudimentaires combinaisons culinaires. Quelques fois le vent capricieux et méchant ajoute son grain de sable à la recette, mais les appétits trop aiguisés font quand même des envieux parmi les moins privilégiés.
Par E. Vanderheyde
« Rawa-Ruska, camp de la goutte d’eau et de la mort lente ».
Presque tous les hommes avaient les pieds nus dans des sabots ou des claquettes en bois, et étaient vêtus de haillons. Ils n’avaient aucun récipient pour manger et boire, aucun ustensile pour se servir, aucune cuillère, aucun couteau, aucun rasoir, aucun nécessaire de toilette.
Tous ces objets avaient été confisqués lors des fouilles effectuées au moment de l’arrestation, au passage dans les « straf-kompanies », et avant le transfert à Rawa-Ruska.
On avait affublé les déportés de vieux uniformes de l’Armée française, et nombre d’entre eux portaient aussi des uniformes étrangers dépareillés.
Très nombreux étaient ceux qui n’avaient même plus de chemise, ni de sous-vêtement. Sur les uniformes français il avait été peint dans le dos : le « KG » traditionnel ou parfois un triangle rouge ou un disque de même couleur, appelé dérisoirement « la cible ». On interpellait ainsi ceux qui en étaient affublés : « Eh, la cible ! »
Souvenez-vous… ceux du premier convoi – le 10 avril – notre convoi à l’arrêt en gare de Dresde… lorsqu’un train vint se ranger tout contre nous sur une voie parallèle… Il contenait des hommes en tenue « Feldgrau » montant sur le front… et stupéfaction !! Sur leurs casques et sur leurs manches… l’écusson des trois couleurs de la France… c’était la L.V.F. (Légion des Volontaires Français), la division Charlemagne… invectives… insultes… et d’un de nos wagons jaillit notre « Marseillaise » reprise en chœur par l’ensemble du convoi. Dans ce vacarme, l’ennemi fit démarrer rapidement le train de la L.V.F.
Après le premier convoi de deux mille hommes, arrivé le 13 avril 1942, d’autres suivirent rapidement, le « voyage » s’effectuant dans les mêmes conditions : 6 ou 7 jours et nuits (ou plus) dans des wagons à bestiaux verrouillés, sans paille, sans couverture, avec 80 personnes (quelquefois plus) par wagon. (Au cours d’un transfert, quelques hommes avaient tenté de s’évader, les occupants du wagon furent répartis dans les autres wagons, après avoir été frappés et brutalisés, il y eut alors plus de 100 hommes dans certains wagons).
En cours de transfert, il n’était distribué qu’une ou deux soupes innommables, d’un volume d’environ un quart à un demi-litre, servies dans des récipients de fortune (vieilles boîtes de conserve rouillées) fournies par les convoyeurs à qui il fallait les rendre et que les hommes se repassaient entre eux car ils étaient en nombre insuffisant.
Les hommes, ne pouvant descendre, étaient réduits à se soulager sur place.
Il est inutile de préciser que ces hommes arrivaient à Rawa-Ruska dans le plus complet dénuement, sales, hagards, dépenaillés, affamés, abrutis… Beaucoup, en raison du froid, avaient contracté bronchites, pleurésies, etc…
Le débarquement se faisait au milieu des hurlements des convoyeurs, baïonnette au canon, et de leurs chiens-loups.
L’Arrivée d’un convoi à Rawa-Ruska en 1942.
Compressés dans les wagons pendant une grosse semaine, souffrant de faim, de soif et du manque d’hygiène, les évadés malchanceux, les membres encore ankylosés par le voyage, font leur entrée au camp de représailles de Rawa-Ruska, spécialement créé pour eux.
Discipline – Travail
Des brimades quotidiennes étaient imposées aux détenus qui, toujours pieds nus dans les sabots, devaient courir, sauter, se coucher, ramper, en portant souvent des charges (poutres, pierres, etc.) et ce, par n’importe quel temps.
Des rassemblements étaient ordonnés à n’importe quelle heure, le jour et la nuit, et duraient de nombreuses heures. Il y avait aussi d’interminables fouilles.
Les détenus étaient envoyés au travail, soit en corvées extérieures, ou en kommandos (exploitations de carrière, tourbière, travaux forestiers…) où ils se trouvaient mêlés aux kommandos de Juifs, sous l’impitoyable surveillance des soldats chargés de les garder. Le travail se faisait sous la contrainte, accompagné de coups de bâton, de coups de crosse, sous la menace de la baïonnette.
L’horizon de Rawa-Ruska, dessin de Roger Maire
Il y eut jusqu’à 12 à 15 000 détenus en même temps dans le camp, et il n’y eut toujours qu’un seul robinet d’eau. Encore faut-il souligner que celle-ci était polluée en raison de la présence de charniers dans le voisinage immédiat du camp. L’eau provenait par pompage, et sans filtrage, d’une rivière chariant souvent de nombreux immondices.
Il fallait faire la queue durant plusieurs heures pour obtenir une maigre ration d’eau.
Les déportés au camp de RAWA-RUSKA, sans aucun doute, ont été placés dans les plus mauvaises conditions de régime alimentaire.
La quantité d’aliments distribués était nettement insuffisante, et d’une qualité déplorable.
Une soupe par jour constituée par du liquide dans lequel on remarquait un peu de millet ! des fanes de choux quelquefois, pour changer ! des cosses de pois !…
De temps en temps, il y avait une distribution de margarine, ou graisse synthétique, de marmelade de betteraves la plupart du temps avariée (asticots).
Le pain ? Les premières semaines, sa distribution était bien irrégulière en raison de mauvais arrivages. Très souvent, la boule pesant un kilogramme était à partager entre 30 ou 35 détenus. Il est arrivé de rester deux ou trois jours sans en avoir.
Une « tisane » était servie matin et soir. Elle était à base de décoction de feuilles ou de bourgeons de sapin. La quantité réservée à chaque homme était d’environ un quart à un demi-litre !
Il y fut quelquefois distribué des pommes de terre souvent gelées et en partie pourries provenant d’un silo voisin.
Pour manger et boire, les détenus n’eurent que des objets découverts dans le camp : boîtes de conserve rouillées, vieux casques, tuiles, etc. Bien souvent, il n’y eut qu’un récipient pour plusieurs hommes. Des cuillères avaient pu être taillées dans des morceaux de bois à l’aide de pièces métalliques aiguisées sur des pierres !
Ces réchauds, sur lesquels les prisonniers s’efforçaient de cuire les denrées de récupération les plus diverses, étaient fabriqués par des bricoleurs dans des boîtes de conserve 4/4. À la base de la boîte, des ouvertures donnaient sur le foyer. Des trous, par lesquels sortaient de petites flammes bleues, faisaient le tour de sa partie supérieure. Le combustible était des « bûchettes » de la grosseur d’une allumette, qui, en se consument, se transformaient en gaz. C’étaient en somme des réchauds à gaz de gazogène…
Des kommandos
Le nombre des déportés arrivant au camp de Rawa-Ruska augmentant, des kommandos ont été créés, certains très loin vers l’Est, et il n’a pas été possible d’en établir le nombre exact.
En effet, les listes de répartition dans les kommandos, ainsi que leur lieu d’implantation, étaient sous le contrôle exclusif de l’Abwehr.
L’effectif des kommandos variait de 50 à 500 détenus.
Comme au camp, rien n’avait été organisé avant l’arrivée des détenus, et aucune amélioration ne fut apportée par la suite.
Le régime alimentaire n’était guère meilleur que celui du camp.
Les détenus durent, pour subsister, manger des herbes et des racines arrachées en cachette durant les corvées.
Le travail était obligatoire, sous la surveillance constante de sentinelles et de chiens qui harcelaient les hommes. Ce travail était des plus harassants : terrassement sur voies de chemin de fer, champ d’aviation, travaux forestiers, extraction de pierre, de tourbe, etc., et même travaux de démolition de pierres tombales des cimetières juifs de la région (notamment Trembowla).
Les détenus français, bien souvent, travaillaient côte à côte avec les Juifs déportés des pays occupés par les nazis. Dans certaines prisons ou citadelles, ils étaient mélangés aux Juifs déportés.
De plus, sévissaient les exactions de toutes natures : appels, fouilles interminables à n’importe quelle heure, par n’importe quel temps.
Ainsi, ce régime tendait-il à l’effondrement intégral de l’être humain.
Etat de santé – Mortalité
En raison de leur affaiblissement, les détenus devenus moins résistants étaient des proies toutes désignées pour les diverses maladies endémiques de la région (zone climatique très rigoureuse, proximité de marécages, parasites thyphiques, etc…).
Par suite du manque d’eau, le camp avait été surnommé « LE CAMP DE LA GOUTTE D’EAU », lorsque la radio de Londres (BBC) avait dénoncé son existence.
Avitaminose, cachexie, décalcification, dysenterie bacillaire, gastro-entérite, typhus, maladies pulmonaires, rhumatismes, névralgies, et bien d’autres maladies non décelées et susceptibles de détruire des êtres sous-alimentés furent le lot de ces hommes. Les détenus perdirent tous de 15 à 20 kilogrammes au cours des premiers mois de leur détention. Un bilan de mortalité est difficile, sinon impossible à faire.
Les militaires déportés à Rawa-Ruska étaient du « Service Armé », ayant fait la guerre, ayant déjà subi des séjours en camps, straf-kompanies, en prisons ; c’étaient des hommes jeunes, solides, ayant, malgré certains sévices déjà endurés, un entraînement à la vie captive et à la lutte contre l’adversité.
Combien y aurait-il eu de morts s’il s’était agi d’hommes, ou de femmes, enlevés brutalement à leur intérieur, à leur vie familiale, à leur milieu, à n’importe quel âge ?
Bon pour une paire de chaussures »
ayant été rendu nécessaire par la gelure des pieds »
Il a été prouvé que des cadavres de militaires prisonniers de guerre français ont été découverts dans de nombreux charniers en Ukraine, dans la région de Rawa-Ruska et de Lemberg (cf. Extraits du procès de Nuremberg, audience du 13 février 1946, exposé du colonel Pokrovsky).
La Croix-Rouge et Rawa-Ruska
Nous rassemblons ici les extraits de correspondances entre l’UNDRR et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), exposant comment cette institution a été informée de l’existence du camp et le résultat des missions qu’elle a pu y conduire, ainsi que dans quelques-uns des sous-camps qui y étaient rattachés.
Comment le CICR a été informé de l’existence du camp de Rawa-Ruska
Extrait d’une lettre adressée, le 16 mai 1961, par le Comité International de la Croix-Rouge au Secrétaire général de la Section de Provence de l’Amicale » Ceux de Rawa Ruska » :
De nouvelles recherches ont en effet été entreprises entre temps dans nos archives, afin de répondre à la question que vous nous avez posée. Il en résulte que l’existence du Stalag 325 de Rawa Ruska a été communiquée en mars 1942 à notre délégation à Berlin, par la Mission Scapini. Le chef de notre délégation en Allemagne a aussitôt adressé une demande de visite aux autorités allemandes qui n’ont officiellement notifié l’ouverture de ce camp qu’au début de juin 1942.
Après avoir tout d’abord promis que ce camp pourrait être prochainement visité, les autorités allemandes ont ensuite déclaré que nos délégués devaient remettre leur voyage en Pologne à plus tard. C’est ce qui explique que la première visite n’ait eu lieu qu’en août 1942.
On ne peut donc pas conclure de ce qui précède que nous n’avons pas été informés à temps de l’ouverture de ce camp, ni que les autorités allemandes nous en ont positivement refusé l’accès. Mais le moins qu’on puisse dire est qu’un délai important s’est déroulé entre notre demande (mars) et la visite (août) , et qu’en dépit de démarches réitérées de notre part, la Puissance détentrice a donné l’impression de vouloir retarder autant qu’il était possible le moment où nos délégués pourraient pénétrer dans ce camp et prendre un contact direct avec les prisonniers.
Visites du CICR a Rawa-Ruska, Lemberg (Lwow), Tarnopol et Stryj
Extrait d’une lettre adressée, le 11 janvier 1961 par le Comité International de la Croix Rouge au Secrétaire Général de la Section de Provence de l’Amicale » Ceux de Rawa Ruska « .
« … Il résulte des recherches auxquelles nous nous sommes livrés dans nos archives que le Frontstalag 325, Rawa Ruska, a été visité le 16 août 1942 par les délégués du Comité International de la Croix Rouge. Une nouvelle visite a eu lieu le 7 février 1943 après le transfert du Frontstalag 325 de Rawa-Ruska à la » Zitadelle » de Lwow (Lemberg). Le camp » Zitadelle » de Lwow (Lemberg) a été visité à nouveau le 25 août 1943. En outre, les camps annexes (Zweiglager) de Tarnopol et de Stryj dépendant tous deux du Stalag 325 ont été visités respectivement le 8 février 1943 et le 27 août 1943… «
La visite des délégués du CICR à Rawa-Ruska en 1942
Genève, le 7 février 1961
JPM/HWr ex 210 (13)
Nous avons l’honneur d’accuser réception de votre lettre du 14 janvier 1961.
Pour répondre à votre demande, nous tirons les extraits suivants du rapport concernant la visite du Fronstalag 325, Rawa-Ruska, par les délégués du Comité international de la Croix-Rouge, le 16 août 1942 :
» Ce Frontstalag 325 Rawa-Ruska reçoit tous les prisonniers de guerre français et belges évadés et repris, ainsi que les prisonniers considérés comme fortes têtes et les sous-officiers de ces deux nationalités réfractaires au travail. Ces derniers doivent être en principe transférés ensuite sur le Fronstalag 169, Kobjerzyn.
Le Frontstalag a été ouvert le 13 avril 1942… »
Les délégués ont résumé l’entretien sans témoin qu’ils ont eu avec les hommes de confiance français et belge, avec l’aumônier en chef et avec les médecins, en énumérant tous les points contenus dans leur rapport. Nous reproduisons ci-après cette énumération :
» 1) Ecuries inhabitables pour des prisonniers ; elles ne devront en aucun cas être utilisées en hiver étant dépourvues de lumière, de chauffage, d’eau, de latrines, et pleines de vermine.
2) Un bloc sans électricité.
3) Bat-flanc moins confortables que les couchettes ordinaires.
4) Manque de couvertures.
5) Etat vestimentaire déplorable, au camp et dans les détachements : manque de sous-vêtements, de pantalons, de capotes, de chaussures.
6) Pull-overs, linge de corps, chaussures personnelles retirés dans les camps d’Allemagne, sans » reçus « , donc impossibles à récupérer.
7) Alimentation insuffisante, aux dires des prisonniers, due au fait surtout que les envois » Croix-Rouge » sont rares ; alimentation notamment insuffisante pour les travailleurs.
8) Gamelles retirées ; un grand nombre de prisonniers ne savent pas où mettre leur nourriture.
9) Hygiène mauvaise, locaux non désinfectés, vermine.
10) Douches rares, irrégulières.
11) Eau non potable ; une seule bouche à eau pour l’ensemble du camp. Ce qui est nettement insuffisant ; la pénurie d’eau entretient la vermine.
12) Le savon donné exclusivement à l’infirmerie, à la cuisine et aux magasins, depuis le 10 juin 1942.
13) Trop nombreux membres du personnel sanitaire inoccupés au camp.
14) L’infirmerie est privée de lumière à partir de 21h15, alors que la cuisine reste toute illuminée.
15) Etat de santé général précaire, vu l’insuffisance de la nourriture ; cas d’avitaminoses.
16) Impossible de radiographier les malades. Les cas à radioscopier doivent attendre très longtemps avant d’être vus.
17) Instruments à disposition des médecins, inexistants ; médicaments rares.
18) Les cas graves à l’hôpital civil de Rawa Ruska, malgré les bons soins, ne sont pas du tout bien nourris.
19) Service dentaire pour ainsi dire inexistant, le dentiste ne dispose que de quelques instruments.
20) Baraquement des contagieux trop petit.
21) Les médecins désireraient sortir avec les membres du personnel sanitaire.
22) Les fouilles imposées aux médecins sont effectuées sans égards pour leur grade.
23) Les » DU » (inaptes au service) séjournent au camp sans qu’il soit question de les rapatrier.
24) Les médecins et les membres du personnel sanitaire n’ont touché ni solde, ni salaire.
25) Détachements dépourvus de prêtres.
26) Manque de jeux, d’articles de sport, d’instruments de musique.
27) Les Lorrains et les Alsaciens ne sont pas autorisés à recevoir des colis de Lorraine ou d’Alsace.
28) Certains articles, tels que chaussures, espadrilles, chaussons, linge de corps, chemises kaki retirés des colis individuels.
29) Nourriture insuffisante dans les détachements de travail.
30) Certains sous-officiers devraient se trouver au Frontstalag 169.
31) Salaires pas encore distribués, nulle part. Aucun argent au camp.
32) Absence de cantine.
33) Nombreux cas de brutalités : le procédé de frapper au moyen des armes les prisonniers récalcitrants est admis par le Commandant du Camp.
34) L’homme de confiance (français et belge) désirerait visiter les détachements de travail en compagnie d’un aumônier, ces détachements étant perdus au loin et uniquement entre les mains des sentinelles.
35) Les prisonniers nous signalent enfin les conditions dans lesquelles ils ont été rassemblés avant d’être envoyés à Rawa Ruska, ainsi que les circonstances de leurs voyages : les centres de rassemblement furent : Düren, Ludgwigsburg et Limburg. Les prisonniers furent groupés dans de petits locaux, dans des écuries de casernes notamment. Ils étaient autorisés à quitter ces locaux pendant un quart d’heure seulement le matin et le soir, ceci pendant deux semaines. Les tinettes débordaient ; actes de brutalité divers, etc. Pendant le voyage, entassés par groupes de 40 à 80 dans les wagons, quelquefois sans manger pendant 36 heures, pendant 4 à 6 jours, impossibilité de se coucher dans les wagons.
36) Pour terminer, l’homme de confiance français émet les vœux suivants :
Avant l’hiver, renvoyer en Allemagne les prisonniers entrant dans les catégories suivantes :
a) les prisonniers qui ont été envoyés à Rawa Ruska sans aucune raison ;
b) les membres du personnel sanitaire non punis venus à Rawa Ruska seulement pour y accompagner les convois et qui y ont été maintenus ;
c) en raison du climat, renvoyer les Nord-Africains ;
d) les prisonniers évadés avant le 1er avril 1942, date fixée par l’Ober Kommando der Wehrmacht, paraît-il, pour l’envoi à Rawa Ruska ; les cas sont nombreux ;
e) les prisonniers n’ayant qu’une seule évasion, puisque les prisonniers destinés au Frontstalag 325 doivent être des récidivistes.
Nous espérons avoir ainsi répondu à votre demande et nous vous prions d’agréer, Monsieur l Secrétaire Général, l’assurance de notre considération distinguée.
Pour le Comité International de la Croix Rouge
J.-P. Maunoir,
La visite des délégués du CICR à Tarnopol en 1943
De l’Amicale du Stalag de Représailles 325″ Ceux de Rawa Ruska »
Section de Provence
Extrait d’une lettre adressée le 22 février 1961, par le Comité International de la Croix-Rouge au Secrétaire général de la Section de Provence de l’Amicale » Ceux de Rawa Ruska « .
» … Nous vous communiquons, ci-après, un extrait de rapport du Zweiglager Tarnopol établi lors d’une visite de ce camp par deux délégués du Comité International de la Croix Rouge le 8 février 1943 :
» Les malades que nous avons vus étaient presque tous atteints de grippe et de diarrhée, dues à un refroidissement. En outre, 6 sont convalescents, après avoir contracté le typhus exanthématique. En tout, on a compté 8 cas de cette maladie entre le 1er décembre 1942 et le 15 janvier 1943. Tous venaient du détachement Zloczow, qui serait assez surpeuplé et dont les occupants étaient en contact étroit avec la population de l’endroit sujette d’une façon endémique au typhus exanthématique. Ces malades semblent être soignés au lazaret de Tarnopol dans les conditions les plus défavorables. Les médicaments absolument nécessaires manquent, comme le cardiasol et la coramine, de même les solutions physiologiques de sel « .
Les médecins juifs de Rawa-Ruska
Lors de l’arrivée du premier convoi à Rawa-Ruska, le 13 avril 1942, quelle ne fut pas la surprise des arrivants de constater que déjà 10 médecins français juifs les avaient précédés de 4 jours au camp de Rawa-Ruska, envoyés par les Allemands pour en assurer théoriquement le service de santé. Il s’agissait d’officiers français qui avaient été déportés dans ce camp d’Ukraine parce qu’ils étaient juifs, et devaient subir les mêmes traitements que l’ensemble des autres internés, bien qu’ils n’aient pas été passible d’une mesure disciplinaire. Ils n’avaient par ailleurs été dotés d’aucun médicament pour soigner les nombreux malades et blessés du camp et devaient se contenter de donner des conseils, certes précieux, mais dans la plupart des cas, peu efficaces.
Voici quatre exemples des soins prodigués sans médicament et sans instrument :
1° Comment était arrachée une dent sans anesthésie et sans instrument adéquat :
Il était procédé d’abord à un rinçage de bouche avec l’urine du patient, puis, avec une fourchette préalablement déformée, on lui ouvrait la gencive ; enfin, avec un instrument de fortune, la dent était arrachée, même si au cours de l’opération elle se cassait en 2 ou 3 morceaux.
2° Otites, maux d’oreilles ou maux de tête :
Il était appliqué, régulièrement et le plus souvent possible, de la neige, derrière et sur les oreilles afin de provoquer une réaction par le froid… (difficile à croire, mais parfois efficace).
3° – Blessures :
Il était versé sur les blessures l’urine du patient pour cautérisation (Urinothérapie…).
4° – Douleurs lombaires, vertébrales, sciatiques :
Mouvements respiratoires, étirement et manipulations diverses, etc…, etc…
Ces 10 officiers médecins français juifs, pour lesquels les internés malades ont gardé une infinie reconnaissance tant leur dévouement était grand, se nommaient :
Pierre Bader, Joseph Bénichou, Joseph Benzaken, Léopold Berl, Roger Cahen-Pashcyoud, Michel Moscovici, Roger Nathan, Tepper, Max Vassile, Marcel Zara.
Ils furent ensuite répartis dans un certain nombre de sous-camps créés à la suite de l’arrivée de nouveaux convois au camp principal alors surchargé, mais toujours dans les mêmes conditions. Ce premier groupe fut ensuite remplacé par d’autres officiers médecins français, déportés à Rawa Ruska pour les mêmes raisons que les autres internés qui s’y trouvaient à savoir : rebellion, sabotages, récidives d’évasion, etc… et naturellement, pour nombre d’entre eux, parce qu’ils étaient de confession juive. Ce sont les docteurs :
André Aurengo, René Barbot, Sylvain Binn, Jean Catteau, Serge Chambert, Chartres, Francis Cloez, Jacques Dedieu, René Faivre, Fergis, Henri Frappier, Jean Garrigau, Jerôme Guérin, Robert Guiguet, Charles Hervy, Philippe Jagerschmidt, Robert Kany, Lacoste, Henri Lanussé (lire le récit de son évasion), G. Lardy, Oscar Lievain, Gustave Martinache, Painblanc, Louis Prost, Rhodez, Souffron, Seillier, Louis Stervinou, Velluz, Zwahlen.
Il faut souligner le grand mérite et le dévouement sans limites de ces nouveaux médecins qui firent eux aussi tout ce qui était en leur pouvoir et avec les faibles moyens dont ils disposaient pour que survive le plus grand nombre de leurs compagnons de misères.
Il n’est pas douteux que le transfert à Rawa-Ruska de ces médecins officiers français juifs, venus de l’Oflag (camp pour officiers) X C à Colditz, réservé à des « disciplinaires » et à des juifs parcequ’ils étaient juifs, répondait à l’intention diabolique des nazis d’éliminer les indésirables du régime hitlérien.
C’est donc sciemment que résistants de toutes sortes, saboteurs, récidivistes de l’évasion, et Juifs ont été déplacés dans cette zone d’extermination où il serait le plus facile de les faire disparaître sous un prétexte quelconque, ou sans prétexte du tout, lors de la liquidation des derniers ghettos.
Persistance de la résistance
Le défilé du 14 juillet 1942.
Dessin de Roger Maire
Malgré ce dur régime, les déportés n’avaient qu’une idée : s’évader, rejoindre les Alliés.
Il y eut de nombreuses tentatives d’évasion.
Les hommes savaient pourtant bien qu’ils couraient de grands dangers, qu’ils étaient dans une ZONE OPERATIONNELLE DE GUERRE (Front de l’Est).
Si quelques-uns ont pu réussir, pouvant gagner le maquis polonais qui s’organisait, rejoindre, sinon la France libre, du moins un pays ami, ceux qui ont été repris ont fait l’objet de graves sévices allant jusqu’à la mort. De nombreux camarades ont été abattus au moment de leur évasion.
Si certains évadés ont pu réussir à rejoindre la Résistance polonaise ou les Partisans russes, si d’autres ont pu arriver en Hongrie ou en Roumanie pour rejoindre ensuite les Armées françaises libres, beaucoup ont disparu sans laisser de trace…
Ces évasions ne pouvaient avoir lieu qu’à l’occasion de corvées à l’extérieur du camp proprement dit ou de travail en kommando, en profitant de la moindre inattention d’une sentinelle. Encore faut-il souligner les conditions de santé, de temps, de lieu, et vestimentaires dans lesquelles ces évasions étaient tentées.
Des évadés repris ont fait des séjours dans les prisons ukrainiennes (sous contrôle allemand) mélangés aux autres détenus, notamment des Juifs, risquant d’être abattus à chaque instant par des gardes volontaires S.S. ukrainiens, lesquels ont dépassé dans leurs exactions les S.S. eux-mêmes.
Une forme de résistance : les amicales de Rawa-Ruska
A côté des formes de résistance active telles que les actes de sabotage, les tentatives d’évasion ou le défilé du 14 juillet 1942, le camp de Rawa-Ruska connut l’éclosion spontanées d’amicales régionales, semi-clandestines, dont diverses personnes ont à ce jour conservé leur carte de membre, réalisée à la main sur un morceau de carton – souvent le dos d’une photo. Dans l’univers totalitaire de Rawa-Ruska, l’appartenance à ces groupements, qui apportait à ceux qui en faisaient partie un soutien moral indéniable, représentait une forme évidente de résistance passive.
Comme déjà indiqué, il était impossible de s’évader du camp même de Rawa Ruska ou de ses sous-camps ; pourtant, profitant des kommandos de travaux forcés à l’extérieur, malgré l’extrême vigilance des gardiens, beaucoup ont essayé, la plupart hélas, ont été tués sur place, d’autres ont été repris et exécutés ; un certain nombre, cependant, ont réussi, rejoignant la résistance polonaise ou les maquis ukrainiens, tchécoslovaques, hongrois ou roumains ; pour ne nommer que quelques-uns d’entre eux, nos camarades : Brugnon, Tutot, Maulini, Massart, Colombet, le docteur Lanussé (lire le récit de son évasion), Gardon, Inaudi, Espanol, Braun, Bertin, Ganster, les frères maristes Bonetbeltz et Clerc, Salgues, Caillavet, Charignon, Bertras Lire le récit « Les 93 évadés de ZWIERZYNIEK ».
Plusieurs ont même réussi, grâce à l’entremise de maquis ukrainiens, à se faire incorporer dans l’armée régulière russe et ainsi, avoir le grand réconfort de participer avec leur nouvelle unité à la bataille de Berlin, citons entre autres : Bertrand Achin (comme chef de char) et André Hennart qui fut, lui, hélas, grièvement blessé au cours des combats.
D’autres, après leur transfert dans un autre camp plus au nord, ont pu s’introduire dans des cargos en cours de chargement, en partance pour la Suède, dans les ports de la mer Baltique et ainsi pouvoir rapidement rejoindre par avion l’Angleterre, où ils furent incorporés dans les Forces françaises libres, ayant ainsi l’honneur de pouvoir participer au débarquement des troupes alliées en France ou d’être affectés, comme, entre autres, Jean Lagaillarde et son camarade d’évasion Pourcelot, à la division du général Leclerc.
Plus risqué encore, trois courageuses équipes s’emparèrent de vedettes militaires allemandes et après moult et dangereuses péripéties, malgré la surveillance des hydravions, la traversée de champs de mines etc., réussirent à atteindre la Suède et à s’engager, elles aussi, dans les Forces françaises libres pour reprendre le combat, citons entre autres : Gentet, Orain, Tacchi, Magerotte, Martin, Garnier, Chevallier, Brossier, Veschambre, Martineau, Vandenbulk, Hillairet, Gaven, Frébour. Lire le récit de cette évasion.
Sans oublier ceux qui par divers autres moyens ont réussi à gagner la France et à participer d’abord aux combats de la résistance, tels Charraz et Pollet du maquis des Chartreux et à continuer la lutte avec les FFL, en l’occurrence, sous les ordres du Général Gil et cela, jusqu’à la victoire finale, en Allemagne même, dans le pays qui les avait auparavant si cruellement maltraités. Citons encore, entre autres, le cas de Gilbert Bellegarde, qui réussit son évasion en octobre 1943 et passe à la Résistance en France en janvier 1944, au groupe « Armée secrète » avec le commandant Lanthoens, alias Lavergne.
D’autres, hélas, n’eurent pas cette immense joie et tout le réconfort que l’on peut imaginer en pareil cas, car ils furent repris avec leurs camarades résistants de l’intérieur, emprisonnés, torturés et à nouveau déportés, mais cette fois dans des camps civils de concentration en Allemagne, tels Dachau, Buchenwald, etc…
NOTA : C’est à un ancien de Rawa-Ruska, J. M. Frébour, évadé en vedette d’Allemagne en Suède et affecté dès son arrivée au « bureau militaire » (Service de renseignements) de la légation de la France libre en Suède, que revint l’honneur d’être chargé, avec l’aide dévouée et efficace des membres de la protection civile suédoise, comme officier chef du centre de Malmöe (port du sud de la Suède), de l’accueil, des soins à faire donner, de la répartition des malades dans les hôpitaux, et du rapatriement de ses camarades civils français des camps de déportation d’Allemagne (selon un accord entre le prince de Suède et l’amiral Dönitz, chef de l’état allemand à la fin de la guerre), entre autres, ceux de Ravensbrück, Buchenwald, etc., bien placé ainsi pour témoigner devant l’histoire de l’état de détresse de ces derniers.
D’une certaine continuité dans la peine après un séjour à Rawa-Ruska
Une grande partie des déportés n’ayant pas été affectés dans des kommandos, a été dirigée sur la citadelle de Lwow (Lemberg) à la fin de l’année 1942.
La citadelle de Lemberg, par Alexandre Poulain
Le régime, dans cette citadelle, était le même qu’à Rawa-Ruska. Des hommes ont encore été affectés dans des kommandos au fur et à mesure des arrivées.
Lors de l’avance de l’Armée soviétique, des Français s’y trouvaient encore et certains ont participé aux combats de la Libération du territoire russe. Il en a été de même dans les kommandos.
« CEUX DE RAWA-RUSKA » ont ainsi démontré qu’une catégorie de soldats français, qu’une partie de l’Armée française mise hors de combat par un sort malheureux, a opté pour la Résistance, a refusé d’obéir aux ordres de Vichy, a refusé de plier les genoux sous le joug de l’ennemi.
Les responsables nazis ne pouvant sévir sur le territoire du Reich contre des prisonniers de guerre, couverts par la Convention de Genève, sans s’attirer les représailles des Alliés, décidèrent donc de transférer ces hommes sur un territoire où les clauses de la Convention de Genève n’avaient pas cours.
Les conditions de vie réservées aux hommes transférés à Rawa-Ruska et dans ses kommandos a constitué une détention qui n’avait plus aucun rapport avec celle des prisonniers de guerre.
Cette détention, dans un camp d’un territoire situé hors du contrôle des missions de la Croix-Rouge Internationale, a bien caractérisé la volonté de l’ennemi de ne pas respecter les clauses de cette Convention de Genève et de faire subir aux détenus des préjudices semblables à ceux des prisonniers civils déportés pour lesquels aucune convention n’existait.
Ces détenus ont connu, par la volonté expresse des nazis, un régime alimentaire d’une insuffisance effrayante, des conditions sanitaires inhumaines, des privations et sévices de tous ordres, les conditions de vie hallucinantes des ghettos, un état de stupeur psychique. Cet ensemble de conditions a créé un ensemble de préjudices sans comparaison avec ceux qu’ont connus les prisonniers en Allemagne, lesquels ont continué à bénéficier des garanties de la Convention de Genève.
Si les nazis n’ont pu mener à sa fin la mesure d’extermination qu’ils destinaient aux Français et Belges transférés puis détenus au camp de Rawa-Ruska, comme ils le firent pour les Russes, c’est parce qu’ils en ont été empêchés :
la création du camp avait été signalée (les autorités allemandes ne l’ont officialisée que plusieurs mois après l’arrivée des Français), et la Croix-Rouge Internationale avait demandé à le visiter
l’existence de ce camp a été divulguée à la radio britannique : en juin 1942, la B.B.C. parle du camp de Rawa-Ruska « camp de la goutte d’eau » et des mesures de représailles sont annoncées
et que la résistance physique des détenus fut exceptionnelle pour les raisons décrites précédemment.
RAWA-RUSKA est un symbole, le symbole de la Résistance que des militaires incarnèrent dans les conditions les plus périlleuses, les plus délicates, qu’ils durent payer de la déportation.
On ne peut oublier les préjudices qu’ils ont subi dans leur chair, dans leur âme, dans leur carrière.
La médaille de Rawa-Ruska
Du 13 avril 1942 au 19 janvier 1943, le Stalag 325 fut transféré du camp de Rawa-Ruska, qui fut alors abandonné, à la citadelle de Lemberg (Lwow).
Du 20 janvier 1943 au 19 février 1944, il fut transféré à Stryj, ancien sous-camp de Rawa-Ruska.
En juin 1944, le Stalag 325 était dissous et les effectifs restants (peu nombreux), transférés au Stalag 1 A de Königsberg (aujourd’hui Kaliningrad).
Roger d’Aigremont, prisonnier à Rawa-Ruska écrit à sa mère, sur une carte-lettre expédiée en France par les soins de la poste soviétique aux armées :
Enfin, c’est avec grande joie que je puis t’écrire et te dire que je suis libéré par les Russes depuis le 6 mars .
La lettre fut postée le 24 avril 1945 à Landsberg (actuellement Gorzow Wielkopolski en Pologne), où les Français furent retenus par l’armée russe avant d’être conduits jusqu’à Starry-Doroghi en Russie, à une centaine de kilomètres au sud est de Minsk, qu’ils ne quittèrent que le 2 juillet 1945. Roger d’Aigremont ne rentra chez lui dans la Manche que le 23 juillet 1945. La lettre n’arriva qu’après son retour !
La lettre du 24 avril 1945 de Roger d’Aigremont à sa mère