Source: http://www.la-question.net/archive/2011/02/22/la-bulle-antijuive-de-paul-iv-cum-nimis-absurdum.html
Timestamp: 2019-08-19 18:22:20+00:00
Document Index: 327653690

Matched Legal Cases: ['§ 6', '§ 34', '§ 34', '§ 4', '§ 22', '§ 101', '§ 1', '§ 1', '§ 1']

La bulle antijuive de Paul IV : ‘‘Cum Nimis Absurdum’’ : La Question
« L’Encyclique secrète de Pie XI | Page d'accueil | Les Papes et le Talmud »
« …les Juifs, en raison de leur propre faute,
ont été condamnés par Dieu à un esclavage perpétuel... »
- Paul IV -
Les modernes partisans de la vacance du Saint-Siège [1], se fondent sur la bulle de Paul IV, Cum ex Apostolatus Officio (1559) [2], pour énoncer, coupablement, leur thèse schismatique, alors même que les dispositions disciplinaires de cette bulle furent abrogées par Pie XII en 1945 par la Constitution Apostolique Vacantis Apostolicae Sedis, ce qui devrait être de nature à mettre un point définitif à toute forme de débat s’agissant de la légitimité des pontifes élus depuis la mort de Pie XII [3].
Mais si certains continuent à se référer par ignorance à cette bulle, aujourd’hui caduque, relative à l’élection pontificale, étrangement les mêmes observent un absolu silence – ou font preuve d’une grande ignorance - à propos d’une autre bulle de Paul IV, bulle pontificale du 14 juillet 1555 fort intéressante, qui n’a pourtant jamais été abrogée : « Cum Nimis Absurdum », ainsi nommée d'après ses premiers mots : « Comme il est absurde et totalement inopportun que les Juifs, qui en raison de leur propre faute, ont été condamnés par Dieu à un esclavage perpétuel... ».
I. Paul IV : contrôleur général de l'Inquisition
Il nous faut, pour mieux comprendre le sens de la bulle Cum Nimis Absurdum, nous pencher un instant sur la personnalité de Paul IV, un des fondateurs de l'ordre des Théatins, ce qui nous donnera de mieux saisir qui fut l’homme et le religieux que la situation actuelle de l’Eglise porte sous la lumière des querelles canoniques. En effet, celui qui se nommait Gian Pietro Carafa (1476-1559) et qui devint le 223e pape de l'Église, d’abord évêque de Chieti (1504), puis archevêque de Brindisi (1518) et archevêque de Naples, et qui sera élevé cardinal en 1536 avant de devenir pape le 23 mai 1555 à l'âge de 79 ans sous le nom de Paul IV, avait été désigné comme contrôleur général de l'Inquisition en 1542 par Paul III, lors de la création pontificale de la Sacrée Congrégation de l'inquisition romaine et universelle.
Paul IV, fut le contrôleur général de l'Inquisition,
lors de la création pontificale en 1542,
de la Sacrée Congrégation de l'Inquisition.
Comme chef de l'Inquisition, Carafa se montrera d’une dureté inflexible contre les protestants italiens, faisant condamner et pourchasser les réformés avec une rare énergie. D’ailleurs, son hostilité à la Réforme fut si constante dans ses décisions, que lorsqu’il accéda au pontificat, outre une politique personnelle que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de népotique [4] il s'opposa avec grande vigueur à la paix d'Augsbourg (1555), qui autorisait chaque souverain sur ses territoires à déterminer la confession religieuse de ses sujets, ce qui explique pourquoi, lorsqu'en 1556 Charles Quint abdiqua et que son frère, Ferdinand Ier prit le titre d'empereur élu du Saint-Empire, Paul IV déclara solennellement ce titre invalide, nul et dénué de réalité, plongeant ainsi pour un temps, les nations qui se trouvaient réunies sous les ailes bienfaisantes des aigles de l’Empire dans une situation politique très instable.
Toutefois mal lui en pris, car s’alliant à la France de sorte de lutter et fragiliser le pouvoir impérial hispano-habsbourgien, Paul IV perdit la guerre contre l'Espagne et fut contraint d’accepter, le 12 septembre 1557, les conditions d’une la paix qui lui était très défavorable, paix dite de Cave-Palestrina, après que le duc d'Albe eut occupé les Etats de l'Eglise.
II. Les conditions critiquables de Cum ex Apostolatus Officio
Par ailleurs, Paul IV qui est connu pour ne pas avoir poursuivi le travail commencé lors du Concile de Trente, considérant que la nécessaire rénovation de l'Église était une tâche qui devait être exclusivement réservée à la Curie pontificale et au Sacré-Collège et non au Concile, mais promulgua, juste avant de mourir, parmi ses derniers actes, outre la mise officiellement en vigueur, en 1559, d’une sévère censure de certains livres suspects de véhiculer des idées nocives, dans l'Index Librorum Prohibitorum, la célèbre bulle Cum ex Apostolatus Officio.
La bulle Cum ex Apostolatus Officio,
est un écrit de circonstance,
rédigé pour écarter celui qui fut un adversaire de Paul IV
lors de l'élection pontificale :
le cardinal Morone.
C’est pourquoi on ne saurait, avant que d’aborder la bulle antijuive de Paul IV, ne pas dire un mot des conditions critiquables de la promulgation de Cum ex Apostolatus Officio, bulle rédigée pour écarter un adversaire de Carafa qui avait été également, face à lui, un papabile menaçant lors de son élection, à savoir le cardinal Morone (1509-1580) - cardinal qui faisait l’admiration de saint Charles Borromée (1538-1584) et conduira le Concile de Trente à son terme sous le pontificat de Pie IV, et dont Paul IV ne supportait pas un instant l’idée, en raison d’un antagonisme personnel, qu’il puisse lui succéder, créant ainsi de toute pièce un acte officiel destiné à le barrer dans son éventuelle accession au pontificat, sachant que le cardinal Morone, comme il arrivait souvent à l’époque, avait été interrogé par le Saint Office pour certaines de ses opinions bénignes (le reproche principal qui lui était fait étant de vouloir convertir les protestants en usant de miséricorde et de conviction, et d’éviter, autant que possible, des abjurations de l’erreur obtenues par la force et la contrainte) - afin de retirer tout droit positif d'élection dans le conclave à un cardinal qui pouvait être tenu pour hérétique, et même à l’encontre de celui qui aurait été simplement entendu par l'Inquisition pour un simple et infime soupçon d'hérésie.
On comprend donc mieux le sens de cette bulle Cum ex Apostolatus, dont usent et abusent les sédévacantistes, alors même que Paul IV, le farouche inquisiteur, aurait été littéralement effaré, totalement scandalisé et horrifié de voir l’usage moderne, démocratique, républicain hussite et luthérien que l’on fait de son texte, utilisé de façon indue et illégitime par des laïcs et de simples clercs qui piétinent allègrement leurs devoirs catholiques sacrés de soumission et d’obéissances en s’instituant examinateurs et juges, pour contester l’élection des papes, ou cesser de les reconnaître comme légitimes pontifes de l’Eglise et authentiques successeurs de saint Pierre [5].
III. Origine de la bulle antijuive Cum Nimis Absurdum
Paul IV, était désireux de conférer à l'Église catholique un pouvoir accru, alors qu’elle était fragilisée par le passage aux idées de Luther qu’opéraient les nations germaniques, et les vives tensions qui n’avaient de cesse de croître au sein des Etats pontificaux. Pour ce faire, il souhaita élargir au maximum les pouvoirs de la « Sainte Inquisition », et songea à restreindre les droits d’une population qui avait trouvé refuge auprès des papes depuis des siècles mais qui, par ses activités et surtout sa religion, était regardée comme un facteur de trouble constant et de résistance aux lois de Rome : les Juifs.
IV. Application de la bulle antijuive de Paul IV
Ainsi, afin d’imposer un ordre selon ses vues, Paul IV dans Cum Nimis Absurdum, décida d’instituer pour tous les Juifs l'obligation de se loger non plus en se mêlant avec les chrétiens, mais dans des ghettos réservés et fermés, ceci alors que les Juifs vivaient librement à Rome depuis l'antiquité – les contraignant à s’ isoler dans un quartier spécifique entouré de hauts murs, possédant trois solides portes fermées à clef la nuit.
D’un autre côté, sur le plan proprement religieux, il imposa aux synagogues, dont le nombre était limité à une seule par ville, le paiement d'une taxe annuelle, destinée à l'instruction des juifs qui étaient désireux de se convertir au catholicisme, et créa pour se faire de nombreuses maisons où étaient logés les nouveaux convertis qui recevaient dans ses établissements, financés par les synagogues, une instruction chrétienne.
La bulle, qui imposait d’autre part des restrictions sociales et économiques importantes aux Juifs dans les États pontificaux, réactualisait nettement les lois anti-juives antérieures que les papes avaient décrétées au cours de l’Histoire, et faisait obligation aux Juifs de nombreuses interdictions et diverses limitations restrictives de leur liberté personnelle, afin de protéger les populations chrétiennes des agissements judaïques.
Sous la législation instituée par Paul IV, les hommes juifs furent obligés de porter un chapeau jaune à pointe et les femmes juives un foulard jaune. Les Juifs avaient l'interdiction de posséder des biens immobiliers, de pratiquer la médecine auprès de chrétiens : "les Juifs doivent être reconnaissables partout: A cette fin les hommes devront porter un chapeau, les femmes, quelque signe évident, de couleur jaune, qui ne devra pas être caché ou recouvert d'aucune façon, et devra être fermement apposé". Toute promiscuité, même légère ou de nature simplement ludique, était fermement interdite par le pape entre Juifs et chrétiens : "ils ne devront d'aucune façon jouer, manger ou fraterniser avec des Chrétiens". Enfin, pour les Juifs médecins, il leur était impossible de soigner les chrétiens, même s'ils étaient appelés auprès d'un malade : "ceux parmi eux qui sont médecins, même si appelés et sommés, ne pourront assister ou prendre part aux soins de Chrétiens."
La bulle de Paul IV, portant sur de nombreux détails précis comme nous le voyons, fut reprise et étendue par le successeur de Paul IV, le pape Pie IV, qui généralisa la création de ghettos dans les grandes villes italiennes, saint Pie V, dans sa bulle Hebraeorum Gens, interdisant quant à lui la présence des Juifs dans tous ses domaines en dehors de Rome et Ancone, et allant jusqu’à inviter les autres provinces de la Péninsule à en faire tout autant, à son exemple. Notons que l’interdiction faite aux Juifs de soigner les chrétiens sera par la suite confirmée par le pape Grégoire XIII dans sa bulle Alias Piae Memoriae (1581), dans laquelle est recommandée l'application de cette interdiction non seulement dans les États pontificaux, mais aussi, ce qui ne manque pas de donner une certaine ampleur à ces dispositions, sur toutes les terres chrétiennes (« non solum in terris, et dominiis Sanctae Romanae Ecclesiae subjectis, sed etiam ubique locorum »).
Enfin, il importe de souligner que la bulle Cum Nimis Absurdum de Paul IV, qui n’a jamais été abrogée, resta en vigueur en Italie jusqu'à la prise de Rome en septembre 1870 et le décret de la fin des États pontificaux.
V. Le texte de Cum Nimis Absurdum
Il nous semble donc utile, en raison de son importance et de la place de celui qui l’a promulgué dans le débat contemporain relatif à la crise de l’Eglise, de porter à la connaissance en publiant in extenso les termes de cette bulle antijuive de Paul IV, qui est, ne l’oublions pas, comme Cum ex Apostolatus Officio, une bulle pontificale de nature disciplinaire qui relève du magistère ordinaire infaillible de l’Eglise :
‘‘ C u m N i m i s A b s u r d u m ’’
Lois et arrêtés auxquels doivent obéir les Juifs
vivant dans les États du Saint-Siège,
décrétés par l'évêque de Rome,
le pape Paul IV, Servus servorum Die.
Comme il est absurde et totalement inopportun de se trouver dans une situation, où la piété chrétienne permet aux Juifs, qui en raison de leur propre faute, ont été condamnés par Dieu à un esclavage perpétuel, d'avoir accès à notre société et même de vivre parmi nous ; en vérité, ils sont sans gratitude envers les Chrétiens, car, au lieu de nous remercier pour le traitement bienveillant, ils nous retournent des invectives et parmi eux, au lieu de l'esclavage, qu'ils méritent, ils s'arrangent pour clamer leur supériorité : nous, qui récemment avons appris que ces Juifs ont envahi Rome à partir de plusieurs États pontificaux, territoires et domaines, dans la mesure qu'ils se mélangent avec les Chrétiens (même ceux près de leurs églises) et ne portent aucun habit permettant de les identifier, et aussi qu'ils résident dans des maisons, même dans les plus nobles résidences des états, territoires et domaines, dans lesquels ils s'attardent, conduisant leurs affaires à partir de leurs maisons et dans la rue et négociant des biens immobiliers ; ils ont même des nourrices et des servantes chrétiennes qu'ils emploient. Et ils se permettent d'oser perpétrer une grande variété de choses déshonorables, méprisant pour le saint nom chrétien. Considérant que l'Église de Rome tolère ces Juifs (preuve de la véritable foi chrétienne) et qu'à cette fin, [nous déclarons]: que, gagnés par la piété et la bonté du Saint-Siège, ils reconnaîtront à la fin leur égarement, et qu'ils ne devraient pas perdre de temps pour voir la véritable lumière de la foi catholique, et qu'ils acceptent pendant qu'ils persistent dans leurs erreurs, et qu'ils réalisent qu'ils sont des esclaves en raison de leurs actes, alors que les Chrétiens ont été libérés grâce à notre Seigneur Dieu Jésus Christ, et qu'il est injustifié pour cela que les fils de femmes libres servent les fils d'esclaves.
Désirant tout d'abord, autant que nous le pouvons, avec [l'aide de] Dieu, fournir de façon avantageuse, par ce décret qui sera appliqué pour toujours, nous ordonnons que pour le reste des temps, dans la Ville [de Rome], ainsi que dans tous les autres états, territoires et domaines de l'Église de Rome, tous les Juifs devront habiter dans un seul quartier, qui ne possèdera qu'une seule entrée, et qu'une seule sortie, et que s'il n'y a pas assez de places [dans ce quartier, alors], dans deux ou trois ou le nombre nécessaire; Dans tous les cas, ils devront résider entièrement entre eux dans des rues désignées et être foncièrement séparés des résidences des Chrétiens, [Ceci doit être appliqué] par notre autorité dans la Ville et par celle de nos représentants dans les autres états, terres et domaines mentionnés ci-dessus.
De plus, dans tous les états, territoires, domaines dans lesquels ils vivent, ils n'auront qu'une seule synagogue, à l'emplacement habituel, et ils n'en construiront pas de nouvelles, ni ne possèderont leurs propres bâtiments. De plus, toutes leurs synagogues, autres que celle autorisée, devront être détruites et démolies. Et les propriétés qu'ils possèdent actuellement devront être vendues à des Chrétiens dans un délai à déterminer par les magistrats eux-mêmes.
En plus, concernant la question que les Juifs doivent être reconnaissables partout : [A cette fin] les hommes devront porter un chapeau, les femmes, quelque signe évident, de couleur jaune, qui ne devra pas être caché ou recouvert d'aucune façon, et devra être fermement apposé [cousu]; et de plus, ils ne pourront être absous ou excusés de leur obligation de porter le chapeau ou tout autre emblème de ce genre en aucune occasion et sous aucun prétexte, quel que soit leur rang ou importance ou leur capacité à tolérer [cette] adversité, que ce soit par un chambellan de l'Église, des ecclésiastique d'une cour apostolique, ou leurs supérieurs, ou par des légats du Saint-Siège, ou leur subordonnés immédiats.
Aussi, ils ne pourront pas avoir de nourrices ou de servantes ou tout autre domestique chrétiens ou utiliser des femmes chrétiennes pour allaiter ou nourrir leurs enfants.
Ils ne devront pas travailler ni donner à travailler le dimanche ou tout autre jour férié déclaré par l'Église.
Ils ne devront pas non plus incriminer des Chrétiens d'aucune façon ou répandre des conventions fausses ou falsifiées.
Et ils ne devront d'aucune façon jouer, manger ou fraterniser avec des Chrétiens.
Et ils ne pourront pas utiliser de termes autres que latins ou italiens dans les livres de comptes qu'ils tiennent avec des Chrétiens, et, s'ils devaient utiliser de tels mots, ces tels accords ne seront pas opposables à des Chrétiens [en cas de procédure judiciaire].
De plus, ces Juifs devront se limiter au commerce des vieux chiffons, ou cencinariae (comme on dit en vernaculaire), et ne pourront pas faire du commerce de grains, d'orge ou d'autre denrée essentielle au bien-être humain.
Et ceux parmi eux qui sont médecins, même si appelés et sommés, ne pourront assister ou prendre part aux soins de Chrétiens.
Et ils ne devront pas être considérés comme des supérieurs, [même] par des pauvres Chrétiens.
Et ils devront fermer complètement leurs comptes [de prêt] tous les trente jours; Si moins de trente jours s'est écoulé, ils ne devront pas compter comme un mois entier, mais seulement pour le nombre exact de jours, et en plus, ils termineront le calcul suivant ce nombre de jours et non suivant le mois entier. En plus, ils ont l'interdiction de vendre [les marchandises mises] en gage, mises en couverture pour leur argent, à moins que [ces marchandises est été] mises dix-huit mois plein avant le jour où ce [gage] soit perdu; à l'expiration du nombre de mois ci-dessus mentionné, si les Juifs ont vendu un dépôt de garantie de ce type, ils devront restituer tout l'argent en excès du principal du prêt au propriétaire du gage.
Et les statuts des états, territoires et domaines (dans lesquels ils ont vécu pendant une certaine période) concernant la primauté des Chrétiens, devront être mis en conformité et suivis sans exception.
Et, s'ils devaient, de n'importe quelle façon, ne pas se soumettre à ce qui précède, cela devra être traité comme un crime: à Rome, par nous ou par notre clergé, ou par quiconque autorisé par nous, et dans les états, territoires et domaines susmentionnés, par leurs magistrats respectifs, exactement comme s'ils étaient des rebelles ou des criminels selon la juridiction où le délit a été commis; ils seront accusés par tout le peuple chrétien, par nous et par notre clergé, et pourront être punis à la discrétion des autorités et juges appropriés.
[Ceci prendra effet] indépendamment des décrets et règles apostoliques opposés, et sans tenir compte d'aucune tolérance ou droits spéciaux et dispenses pour ces Juifs, [conférés] par n'importe quel pontife romain avant nous et le Saint-Siège précédemment mentionné, ou par leurs légats, ou par les cours de l'Église de Rome et le clergé des cours apostoliques, ou par d'autres de leurs agents, indépendamment de la forme et de l'importance de ces dérogations, que celles-ci aient été répétées ou jointes à d'autre sous-clauses, ratures ou autres décrets légalement valides, même [celles qui sont] motu proprio et de "validité certaine" et qui ont été approuvées et renouvelées de façon répétitive.
Décrété à San Marco de Rome,
en l'année mille cinq cent cinquante cinq de l’Incarnation de Notre Seigneur,
le 14 juillet, un jour avant les ides de juillet,
dans la première année de notre papauté.
1. La dénomination « sédévacantisme », provient du jésuite mexicain Joaquin Saenz y Arriaga, qui publia en août 1971 un livre La Nouvelle Église Montinienne, dont la conclusion était que le pape Paul VI avait fondé une nouvelle religion, distincte du catholicisme romain traditionnel. En 1973, il fit paraître un autre travail, « Sede Vacante », où il affirmait que Paul VI, ayant versé selon lui dans l’hérésie, avait perdu son autorité papale en vertu de la bulle de Paul IV Cum ex Apostolatus. On peut donc considérer que se sont les écrits de Joaquin Saenz y Arriaga qui donnèrent véritablement naissance au mouvement stipulant qu’il n’y a plus de pape à Rome en lui conférant un nom : sédévacantisme.
2. Rappelons les termes de cette bulle de Paul IV : « § 6. - Nous ajoutons que si jamais il advient qu'un Évêque, même ayant fonction d'Archevêques, de Patriarche ou de Primat ; qu'un Cardinal de l'Eglise romaine, même Légat, qu'un Souverain Pontife même, avant leur promotion ou leur élévation au Cardinalat ou au Souverain Pontificat, ont dévié de la foi catholique ou sont tombés dans quelque hérésie, la ou l'élévation - même si cette dernière a eu lieu dans l'entente et avec l'assentiment unanime de tous les Cardinaux - est nulle, non avenue, sans valeur et on ne pourra dire qu'elle est devenue valide ou qu'elle devient valide parce que l'intéressé acceptela charge, reçoit la consécration ou ensuite entre en possession ou quasi-possession du gouvernement et de l'administration, ou par l'intronisation du Pontife romain lui-même ou par l'adoration (hommage à genoux) devant lui ou par la prestation d'obéissance à lui rendue par tous ou par quelque laps de temps écoulé pour ces actes : on ne pourra la tenir pour légitime enaucune de ses parties et elle ne confère ni ne peut être censée conférer quelque pouvoird'administration au spirituel ou au temporel à de tels hommes promus Evêques, Archevêques,Patriarches ou Primats, ou élevés au Cardinalat ou au Souverain Pontificat. Tous leurs dits, faits et gestes, leur administration et tout ce qui en découle, tout est sans valeur et ne confère aucune autorité, aucun droit à personne. Ces hommes ainsi promus et élevés seront parle fait même, sans qu'il faille quelque déclaration ultérieure, privés de toute dignité, place, honneur,titre, autorité, fonction et pouvoir, même si tous et chacun de ces hommes n'a dévié de la foi, tombantdans la schisme ou l'hérésie, qu'après son élection, soit en le suscitant, soit en l'embrassant. » (Constitution apostolique Cum ex Apostolatus Officio de Sa Sainteté le Pape Paul IV du 15 février 1559). La bulle de Paul IV fut confirmée par saint Pie V le 21 décembre 1566 par son motu proprio intitulé "Inter multiplices curas " (Cf. Bull, Rom. volume VII, pp. 499-502).
3. La bulle de Paul IV trouve de manière définitive sa limite sur le plan disciplinaire, depuis que le vénérable Pie XII jugea nécessaire, pour de sages motifs, de modifier les dispositions relatives à l’élection du Pape, en décidant dans sa Constitution Apostolique Vacantis Apostolicae Sedis, de suspendre l’effet des censures disciplinaires. Or, cette décision est extrêmement importante, et l’on s’étonnera d’ailleurs que l’on n’y insiste pas comme il se devrait au lieu de s’épuiser dans des débats qui n’ont plus d’objet, puisque les termes, objectifs et positifs, de Vacantis Apostolicae Sedis sont de nature à mettre un terme formel, obligatoire et définitif à toute discussion s’agissant de la légitimité de l’élection de ceux qui furent portés sur le trône de Pierre depuis Pie XII, puisque tous sans aucune exception, en vertu des nouvelles dispositions canoniques touchant à l’élection pontificale, furent élus validement. Voici en effet ce que dit Pie XII : « Aucun cardinal – sous aucun prétexte ou raison d’excommunication, suspense ou interdit, ou sous aucun autre empêchement ecclésiastique – ne peut être exclu de l’élection active et passive du Souverain Pontife. En conséquence, nous suspendons l’effet de telles censures seulement pour les raisons de la dite élection; elles conserveront leurs effet pour tout le reste. » (Constitution Apostolique, Vacantis Apostolicae Sedis, titre II, ch. I, § 34, 8 décembre 1945). Il est tout à fait intéressant de relever que la note 27 du § 34 de la Constitution Apostolique, Vacantis Apostolicae Sedis, qui suit la phrase : « elles conserveront leurs effet pours tout le reste », ne fait aucunement mention de la bulle de Paul IV, mais se réfère à des documents disciplinaires édictés par d’autres Papes : « Clément V, ch. 2, Ne Romani, § 4, de elect. 1, 3, in Clem. ; Pie IV, const. In eligendis, S 29 ; Grégoire XV, const. Aeterni Patris, § 22 ». D’ailleurs Pie XII, pour confirmer l’infaillibilité incontestable à l’acte d’élection, précise que dès l’acceptation par l’élu de sa charge, il est immédiatement Pape authentique de droit divin (la référence par Pie XII au Can. 219 est explicite), et toute contestation à son encontre, sous quelque prétexte, concernant « n’importe quelles affaires » avant le couronnement du Pontife, fait encourir à celui qui s’en rendrait coupable, l’excommunication ipso facto : « § 101. Ce consentement ayant été donné (…), l'élu est immédiatement vrai pape, et il acquiert par le fait même et peut exercer une pleine et absolue juridiction sur l'univers entier. (Code de Droit canon, can. CIS 219). Dès lors, si quelqu'un ose attaquer des lettres ou décisions concernant n'importe quelles affaires, émanant du Pontife romain avant son couronnement, Nous le frappons de la peine d'excommunication à encourir ipso facto. (Clément V, ch. 4, De sent, excomm., 5, 10, in Extravag. comm.). » (Ibid.).
4. Paul IV, d’un caractère ombrageux et vindicatif, dès qu’il fut élu pape, prit des décisions controversées qui déplurent fortement à Rome, faisant cardinal secrétaire d'État l'un de ses neveux, Carlo Carafa, un condottiere à la morale plus que discutable et douteuse, tandis qu’un autre neveu, Giovanni Carafa, aventurier brutal aux mœurs dissolues, fut promu capitaine général de l'Église, et reçu le titre prestigieux de duc de Paliano. La fin des ces deux personnages fut tragique, puisque les historiens rapportent que dix jours après la mort de Paul IV, le duc de Paliano fit assassiner son épouse, enceinte des œuvres d’un homme appartenant au sommet de la hiérarchie de la curie romaine, avec l'approbation de son frère Carlo Carafa, le cardinal secrétaire d'État. Pour ce crime absolument odieux, Pie IV les fit passer en jugement, le cardinal secrétaire d'État fut étranglé au château Saint-Ange et le duc décapité.
5. Il est vital de conserver en permanence à l’esprit que la primauté de l’acte infaillible du conclave est bien au-dessus d’une bulle disciplinaire dont la portée et l’autorité sont singulièrement inférieures à celle du « droit divin » dépendant directement de la Révélation puisque institué par Jésus-Christ lorsqu’il confia les clefs de son Eglise à sain Pierre. Il ne convient donc pas de conférer à la bulle de Paul IV un caractère de prééminence qu’elle n’a pas, et auquel elle ne peut prétendre à l’égard des lois canoniques générales manifestant le « droit divin » qui relèvent directement de l’infaillibilité. Cette bulle est de ce fait simplement disciplinaire, et non pas doctrinale, son utilisation dans le code de droit canon de 1917, porte d’ailleurs sur des sujets relatifs à la discipline et, ce qui est paradoxal, lorsqu’est abordée par deux fois la question du Pape en référence à cette bulle dans le code de droit canon, c’est pour montrer la prééminence et la supériorité absolue du Pontife précisément sur le droit :
- Canon 218, § 1 (référence au § 1 de Paul IV): « Le pontife romain, successeur du primat de St. Pierre, a non seulement un primat d’honneur, mais aussi la suprême et pleine puissance de juridiction sur l’Église universelle, concernant la foi et les mœurs, et concernant la discipline et le gouvernement de l’Église dispersée sur tout le globe ».
- Canon 1556 (§ 1 de Paul IV) : « Le premier Siège n’est jugé par personne».
02:11 Publié dans Doctrine, Dogmatique, Dogme, Eglise catholique, Histoire, Papauté, Pape, Philosophie politique, Polémique, Religion, Rome, Théologie, Vatican | Lien permanent | Commentaires (7) | Imprimer | | | | |
A noter que st Thomas lui-même prescrivit de porter des signes distinctifs aux juifs.
Écrit par : Anonyme | samedi, 12 mars 2011
Je regrette de vous dire que la traduction de la bulle "cum nimis absurdum" est un faux.
Vous pouvez consulter le texte original en latin auprès de la BNF (Bullarum romanum pp. 825 et suivantes)
Quant à présenter les élections au trône comme une lutte de pouvoir entre ambitieux machiavéliques, c'est aussi un faux historique.
Écrit par : Denis Merlin | dimanche, 13 mars 2011
La phrase introductive de la bulle de Paul IV stipule :
« Cum nimis absurdum et inconveniens existat ut iudaei, quos propria culpa perpetuae servituti submisit, sub praetextu quod pietas christiana illos receptet et eorum cohabitationem sustineat, christianis adeo sint ingrati, ut, eis pro gratia, contumelian reddant, et in eos, pro servitute, quam illis debent, dominatum vendicare procurent. »
La traduction que nous produisons est la suivante :
« Comme il est absurde et totalement inopportun de se trouver dans une situation, où la piété chrétienne permet aux Juifs, qui en raison de leur propre faute, ont été condamnés par Dieu à un esclavage perpétuel, d’avoir accès à notre société et même de vivre parmi nous ; en vérité, ils sont sans gratitude envers les Chrétiens, car, au lieu de nous remercier pour le traitement bienveillant, ils nous retournent des invectives et parmi eux, au lieu de l’esclavage, qu’ils méritent, ils s’arrangent pour clamer leur supériorité."
Que cet esclavage perpétuel « perpetuae servituti submisit », soit la conséquence de leur propre faute n’est pas contestable, mais cette faute contre qui fut-elle commise, qu’elle est sa nature ?
La réponse est simple : d’avoir mis à mort Jésus-Christ.
Ainsi, si l’origine de cet esclavage se trouve bien dans l’acte criminel (la faute), l’esclavage est consécutif à une loi divine qui s’applique à présent – de par Dieu – à l’ensemble de ceux, Juifs de la synagogue, qui considèrent que le Christ devait mourir et que le jugement du Sandhérin était juste. Il n’y a donc pas « ajout » d’un mot (par Dieu) dans la traduction, mais une précision sur Celui qui exécute la sentence et la rend applicable à perpétuité.
On le constate, il n’y a rien qui ne soit pas « honnête » ou qui trompe le lecteur comme vous le soutenez, enrageant sans doute que soit mis en lumière les dispositions disciplinaires pontificales fort peu compatibles avec vos thèses, bien au contraire, mais un souci de conférer une dimension religieuse à ces règles qui relèvent d’une sentence divine ce qui est bien l’esprit de la bulle de Paul IV.
D’ailleurs sur ce point, lire sous votre plume ce type d’argument :
« Je ne conteste pas que les papes aient édicté des règles juridiques. En revanche, je conteste le motif et le but et je demande à vérifier la substance des ces règles disciplinaires », montre votre intention fantaisiste.
En effet les règles contraignantes édictées par les Papes à l’encontre des Juifs sont claires : elles ont pour but d’écarter les Juifs de la société chrétienne, les mettre à distance.
En raison de ceci, comme le précise Paul IV : « en vérité, ils sont sans gratitude envers les Chrétiens, car, au lieu de nous remercier pour le traitement bienveillant, ils nous retournent des invectives et parmi eux, au lieu de l’esclavage, qu’ils méritent, ils s’arrangent pour clamer leur supériorité. »
La suite est plus encore intéressante : « ils se mélangent avec les Chrétiens (même ceux près de leurs églises) et ne portent aucun habit permettant de les identifier (ut non solum mixtim cum christianis et prope eorum ecclesias, nulla intercedente habitus distincione).
Ce mélange est donc critiqué par Paul IV qui souhaite les voir porter un habit permettant de les distinguer pour ne point risquer une promiscuité jugée dangereuse.
Les causes qui justifient ces dispositions ségrégationnistes sont largement explicitées par le Pape :
«Et ils se permettent d’oser perpétrer une grande variété de choses déshonorables, méprisant pour le saint nom chrétien. » (et diversa alia in ignominiam et contemptum christiani nominis perpetrare praesumant).
Actions déshonorantes, mépris du christianisme. Est-ce que nous ferions, en rappelant ces règles, une « dérive de la doctrine, alors qu’elles "dérivaient" de la situation particulière de l’époque » ?
Examinons d’un peu plus près sur quoi se fonde Paul IV :
- « l’Église de Rome tolère ces Juifs (preuve de la véritable foi chrétienne) et qu’à cette fin, [nous déclarons]: que, gagnés par la piété et la bonté du Saint-Siège, ils reconnaîtront à la fin leur égarement, et qu’ils ne devraient pas perdre de temps pour voir la véritable lumière de la foi catholique, et qu’ils acceptent pendant qu’ils persistent dans leurs erreurs, et qu’ils réalisent qu’ils sont des esclaves en raison de leurs actes, alors que les Chrétiens ont été libérés grâce à notre Seigneur Dieu Jésus Christ, et qu’il est injustifié pour cela que les fils de femmes libres servent les fils d’esclaves." (Ecclesiam Romanam eosdem iudaeos tolerare in testimonium verae fidei christianae et ad hoc, ut ipsi, sedis Apostolicae pietate et benignate allecti, errores suos tandem recognoscant, et ad verum catholicae fidei lumen pervenire satagant, et propterea convenire ut quamdiu in eorum erroribus persistunt, effectu operis recognoscanti se servos, christianos vero liberos per Iesum Christum Deum et Dominum nostrum effectos fuisse, iniquumque existere ut filii liberae filiis famulentur ancillae).
Voilà qui est extrêmement intéressant.
Les Juifs selon Paul IV sont « esclaves en raison de leurs actes », c’est-à-dire leur "déicide", et il est anormal qu’en tant qu’esclaves spirituellement en raison de ce péché horrible ils se fassent les maîtres temporels des chrétiens, alors que ces derniers sont libérés, en ce monde et dans l'autre, de par la grâce de Jésus-Christ.
Que nous disiez-vous : "Le site en question les fait dériver [les règles] de la doctrine, alors qu’elles dérivaient de la situation particulière de l’époque."
http://denismerlin.blogspot.com/2011/03/le-site-la-question-refuse-mon.html
Comment, le crime du Golgotha, la Passion de Notre Seigneur sont des « situations particulières de l’époque » ? On est plus dans la plaisanterie là M. Merlin, mais dans le blasphème pur et simple.
Et que croyez-vous utile de rajouter à propos de ces règles : « Elles n’étaient pas nécessaires et ne découlaient pas de la doctrine.»
Ainsi, de la même manière que Vatican II et les pontifes modernes évacuent le crime du Golgotha en versant dans un philo-judaïsme scandaleux en se rendant dans les Synagogues lieux où le Christ est encore nié et sa mort justifiée, vous en arrivez à considérer que l’événement qui a transformé toute l’Histoire du monde : la mort du Christ sur le bois de la Sainte Croix, n’est pas le fondement de la doctrine chrétienne !
Or toute la doctrine chrétienne tire son sens de la Croix ce qui explique que Paul IV précise que les règles édictées s’appliquent POUR TOUJOURS ET POUR LE RESTE DES TEMPS(perpetuo valitura constitutione sancimus quod de cetero perpetuis futuris temporibus).
Tel est donc la conséquence de l’idéologie moderniste, pour se mettre en accord avec des dispositions étrangères à la foi, elle en vient à évacuer l’acte central, le pivot sacré qui fit basculer le monde : le signe de la Sainte Croix où Notre Seigneur souffrit sa Passion pour libérer l’humanité par son sang versé –c’est-à-dire tous les hommes Juifs et païens – du péché !
Écrit par : La Question | mardi, 15 mars 2011
Article vraiment trés intéressant.
Et analyse en commentaires, d'une grande qualité.
J'en profite pour saluer un rédacteur des intransigeants, puisque je découvre à l'instant (avec profond regret) que le site n'a pas pu poursuivre la résistance.
Baptisé, je ne suis pas fervent chrétien, mais le message du christ est sans fautes, sans ombres, en ce qui me concerne, et il m'arrive de me rendre dans une église pour me recueillir.
Votant FN depuis 1993, contre l'islamisation, mes opinions souvent pro judéo chrétiennes d'un temps ( .. idiot utile de second niveau) ont évolué voici peut être 2 ans grâce aux intransigeants et d'autres recoupements et sensibilisations antérieures : mon placement politique actuel est donc identitaire résolu.
Trés à droite des positions du FN actuel.
J'ai une profonde sympathie :
- particulièrement pour les chrétiens résistants
- trés particulière pour le monde de la fratrie Pie X
Plus globalement, je me sens proche de tous les résistants (dont je souhaiterai -utopiquement- l'unité, parce que sans cela, on n'y arrivera pas) à l'envahissement de notre pays, à la destruction méthodique de toutes ses valeurs.
Amitiés aux Intransigeants.
Bonne route et bons combats à tous.
Écrit par : jean l | samedi, 19 mars 2011
"je découvre à l'instant" signife que je venais de lire ce message là, des intransigeants
Écrit par : la mutuelle chat | jeudi, 22 mars 2012
Écrit par : Nicolas B. | vendredi, 13 juillet 2012