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Timestamp: 2020-04-01 20:31:29+00:00
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CHAPITRE XXXVI. — L’apogée du Système (4 décembre 1718-30 décembre 1719).
La Compagnie de l’Anti-Système. — La Banque particulière devient Banque royale. — La Banque recourt à la force. — Prospérité naissante de la Compagnie. — La Compagnie d’Occident devenue Compagnie des Indes. — Le déchaînement de l’agiotage, — L’apogée du Système. — Concession de la ferme générale à la Compagnie des Indes. — Hausse des actions. — Empressement des acheteurs. — Commerce de la rue Quincampoix. — Les folies de l’agiotage. — Les achats de Law. — Renchérissement du coût de la vie. — Conversion de Law. — Hostilité de lord Stair à d’égard de Law. — Prescription de la monnaie métallique. — Assemblée générale du 30 décembre.
La Compagnie de l’Anti-Système
Les opérations militaires et leurs conséquences diplomatiques ont intéressé assez peu l’opinion publique passionnément fixée sur les combinaisons financières pendant tout le cours de l’année 1719. Un nom éclipse tous les autres noms, celui de Law. Sans doute, « il a toujours bien des ennemis[1] » et « il faut avouer qu’il est détesté[2] », mais il lui suffit d’être aimé à l’adoration par ceux qu’il enrichit ; « tous ses actionnaires ne s’entretiennent que de sa santé, ils vous disent : Bonne nouvelle, le temps se rafraîchit, cela est de grande conséquence pour la santé de M. Lass. On était bien inquiet durant ces chaleurs, mais il serait bien à souhaiter pour sa santé que l’on eût un peu de pluie[3] ». A dire vrai, Law avait d’autres préoccupations. Vers la fin de l’année 1718, des hommes d’affaires, des banquiers et, parmi eux, les frères Paris, soutenus en secret par d’Argenson, s’étaient rendus adjudicataires, sous le nom d’Aymard Lambert, valet de chambre du garde des sceaux, du bail des fermes générales. Ils proposaient à l’État un revenu annuel de quarante-huit millions et demi de livres et créaient, pour l’exploitation de leur concession, une compagnie au capital de cent millions divisés en cent mille actions de mille livres chacune, et payables en contrats de rentes sur l’Hôtel de Ville, en billets de contrôle des exploits et en billets de la caisse des receveurs généraux. Cette compagnie organisée suivant les mêmes règles qui avaient été adoptées pour la compagnie d’Occident, reçut du public le sobriquet de Compagnie de l’Anti-Système. « Il est certain, dit Forbonnais, que ses actions avaient un avantage décidé par la nature des affaires et des bénéfices quelles embrassaient : elle devait gagner le dessus, et cela arriva en effet. »
La banque particulière devient banque royale
Autant pour décourager cette rivale que pour prévenir d’autres tentatives, Law avait arraché au Régent la décision prise le 4 décembre 1718. La confidence avait été gardée d’abord entre Law, le Régent et le duc d’Antin, ils s’en ouvrirent au duc de Bourbon dont l’avarice sordide contenait les bruyantes incartades d’une complète ignorance. D’Argenson fut appelé à leur dernier conseil tenu, la nuit, dans un cabinet du Palais-Royal. A la lecture d’un travail achevé à son insu, le garde des sceaux pâlit ; mais, en vieux courtisan, il dompta promptement un trouble dont il prévit tout le danger. En effet, la résolution était prise de le destituer s’il eût montré la moindre résistance. La décision sortie de cette espèce de conjuration nocturne, fut envoyée ou Parlement le lendemain et fut repoussée par quatre-vingt-quatre voix contre vingt-trois. Depuis le lit de justice, le Parlement avait pris le parti de ne rien enregistrer, et la Cour de tenir pour enregistré tout ce qui ne le serait pas[4]. La volonté du Régent devint donc, sans autre formalité, loi de l’État et la banque générale fut convertie en banque royale. Décision d’autant plus hardie que le Parlement avait dénoncé un projet qui allait rendre le roi de France marchand d’argent et escompteur d’effets, et l’avait supplié « de vouloir bien faire chercher d’autres expédients plus proportionnés à la majesté royale et de plus facile exécution[5] ». A compter du 1er janvier 1719, la banque serait régie et administrée au nom et sous l’autorité du Roi, d’après les ordres du duc d’Orléans. Les six millions qui formaient l’ancien capital durent être remboursés aux actionnaires et les douze cents actions achetées à la Compagnie d’Occident restèrent en dépôt dans la caisse comme garantie des billets émis[6]. Des modifications importantes furent introduites dans la nouvelle organisation. Outre les billets en écus de banque, monnaie idéale et invariable, on fabriqua d’autres billets en livres tournois[7], monnaie soumise à tous les accidents des refontes. Les paiements ne seraient plus stipulés au gré du vendeur et de l’acheteur ; l’or et les billets devaient être seuls employés dans les transactions importantes, interdiction de faire usage de la monnaie de billon au-dessus de six livres et de la monnaie au-dessus de six cents livres[8]. Comme la France ne possédait qu’une très petite quantité d'or, le commerce se vit envahi par le papier, que personne n’eut le droit de refuser, et dans la prévision d’une demande plus considérable, le roi établit cinq succursales : à Lyon, à La Rochelle, à Tours, à Orléans et à Amiens.
La banque recourt à la force
Les ordonnances qui se succédèrent transformaient une institution libre et utile en un établissement tyrannique et pernicieux. Le billet n’aurait dû « recevoir de préférence sur l’argent que par la préférence des contractants », en ordonnant de recevoir les billets en paiement des impositions et de toutes les créances de l’État, le régent donnait un grand essor à la circulation du papier et portait une grave atteinte à la franchise du commerce. Jusqu’à ce jour chacun pouvait recevoir ou refuser, à son gré, les billets ; désormais ces billets ne pouvaient être refusés sans préjudice, pour le crédit du roi dont ils portaient l’effigie. Le créancier était contraint de recevoir et le débiteur contraint d’offrir cette monnaie factice. Cependant il pouvait arriver que la confiance se dérobe malgré les édits, les effigies et les promesses. Alors John Law sortait d’embarras en recourant à l’usage de la force. Un arrêt du Conseil du 22 avril 1719 ordonna « que les billets en livres-tournois (qui n’offraient pas aux porteurs une entière sûreté) ne pourraient être sujets aux diminutions qui pourraient survenir sur les espèces et seraient payés en entier[9] ». Law recourait tout naturellement aux moyens abusifs que, loin de repousser, il prônait et recommandait ; d’ailleurs la contradiction ne l’arrêtait pas. Ce même arrêt du 22 avril déclare la guerre aux espèces métalliques et entend leur substituer, d’autorité, le papier dans la circulation. Nommé directeur de la banque royale, le 5 janvier 1719, Law faisait rendre le jour même un arrêt en Conseil suivi de quatre autres (11 février, 1er et 22 avril, 10 juin) l’autorisant à émettre des billets pour une somme totale de 160 millions. Cette quantité énorme de papier devait se soutenir grâce à l’avilissement des espèces métalliques, moyen auquel Law n’hésiterait pas, le cas échéant, a recourir. Après avoir combattu l’émission de petites coupures qui pourraient facilement servir aux transactions du même peuple,« sujet à passer subitement d’une confiance sans limite à une crainte exagérée », Law avait accepté la création de billets de10 livres[10]. Voyant que le public demeurait méfiant à son égard, il ne se contenta pas de se faire accorder pour neuf ans la ferme du tabac, il imagina le marché à prime, mode d’opération alors inconnu et qui fit impression sur le public[11].
Prospérité naissante de la Compagnie
Law conduisait de front les destinées de la banque et celles de la compagnie. Au commencement de 1719, la compagnie tint sa première assemblée générale. Régent, le duc de Chartres, le duc de Bourbon, le prince de Conti, des maréchaux, des courtisans, témoignèrent par leur présence de l’intérêt qu’ils portaient à la Compagnie. Celle-ci venait d’acheter au prix de 1.600.000 heures le privilège et le matériel de la compagnie du Sénégal ce qui lui donnait onze vaisseaux tout appareillés[12]. On fit publier bien haut le chiffre de l’exercice écoulé et cette situation favorable affermit et éleva le cours des actions. La confiance venait enfin. Au mois de mai 1719, la compagnie possédait 3.577.000 l. en caisse et 750.000 l. en marchandises ; 21 vaisseaux dont une dizaine faisaient voile vers la Louisiane. En trois années d’infatigables efforts, Law sut faire reparaître l’argent, rétablir la confiance, ranimer le commerce, délivrer l’État d’une charge considérable de billets, révéler à la France la richesse d'une admirable colonie. Symptôme dont la signification ne pouvait être contestée les fermiers s’étaient mis à payer leurs baux, ce qui ne se voyait presque plus depuis trente ans, les ouvriers expatries commençaient à rentrer dans leur patrie, le commerce se ranimait, l’agriculture gagnait du terrain, le change se relevait. De pareils résultats, faits pour éblouir et pour troubler, confirmèrent Law dans l’infaillibilité de ses projets et il se résolut à pousser le système jusqu’à ses dernières limites. C’est au mois de mai 1719 que fut prise cette décision ; elle marqua le début de l’agiotage.
La Compagnie d’Occident devenue la Compagnie des Indes
Une ordonnance royale du 26 mai conféra à la Compagnie d’Occident le monopole du commerce maritime en France. La compagnie de la Chine, qui n’avait jamais profité de son privilège, et la Compagnie des Indes Orientales qui détenait seule le droit de faire du commerce dans les ports de l’Océan Pacifique entre le cap de Bonne-Espérance et le détroit de Magellan, furent supprimées et absorbées par la Compagnie d’Occident qui s’appellerait désormais Compagnie des Indes. Le préambule de l’édit mettait au compte de la mauvaise administration des directeurs l’insuccès de ces compagnies. Des répartitions prématurées et des droits de présence ont consomme les fonds sans profit, ce qui a impose l’obligation d’emprunter à des taux excessifs. Le commerce languit, les Indiens murmurent, aussi la suppression des privilèges de ces compagnies a été résolue. L’établissement de celle qui leur succède, « la protection qui lui est accordée, sa bonne administration, le crédit qu’elle s’est acquis, les fonds considérables qu’elle aura... ont fait penser qu’on ne pouvait remettre en de meilleures mains le commerce des Indes et de la Chine : par ce moyen et par la jonction qui a été faite à la compagnie d’Occident de celle du Sénégal, on réunit dans une seule compagnie un commerce qui s’étend aux quatre parties du monde. » Pour satisfaire les créanciers de la compagnie d’Orient, tant en France qu’aux Indes, on lui permettait d’émettre 50.000 actions nouvelles, de 500 livres, qui ne pourraient être acquises qu’en argent comptant et au prix de 550 livres par action, dont 50 livres payées comptant et les 500 livres réparties sur vingt mois par portion égale chaque mois. Cet édit fut longuement étudié et discuté par le Parlement[13] qui prescrivit des remontrances. Le soir même un arrêt du Conseil passa outre.
A partir de ce jour, aucune des nouvelles mesures financières ne fut soumise à l’enregistrement : le Conseil décida seul et pendant près de dix mois on n’entendit plus parler du Parlement. Il se tut au moment où son opposition commençait à devenir légitime et où sa résistance aurait modéré peut-être l’élan trop rapide du Système, s’il avait eu le droit et la force de résister. Mais, selon son habitude, il cédait devant la puissance, et luttait contre la faiblesse[14].
Le déchaînement de l'agiotage
L’une après l’autre les compagnies de commerce disparaissaient bientôt l’Océan entier, puis la Méditerranée furent abandonnés à la Compagnie des Indes maîtresse absolue du commerce colonial de la France. A cette exploitation nouvelle il fallait de nouveaux capitaux. Avant même la publication de l’édit de mai, les anciennes actions se négocièrent avec 30 pour cent de prime et l'empressement à souscrire les nouvelles fut si grand qu’en peu de jours les demandes dépassèrent cinquante millions. Une passion nouvelle venait de se révéler, la passion des richesses acquises sans effort, sans péril, sans fatigue même, et John Law avait été assez habile pour faire mordre cette passion au cœur de toutes les classes de la société. Une soif immense, inextinguible, parce qu’elle ne résidait dans aucun besoin véritable mais dans l’insatiable imagination, allait emporter les hommes dans une sorte d’affolement. Law, qui l’avait déchaînée, en fut la première victime. Un arrêt du Conseil, du 20 juin, « voulant ôter tout prétexte et moyen d’acquérir les actions nouvelles par préférence et établir une règle générale qui ne fût susceptible d’aucune faveur », décida qu’on ne serait reçu à souscrire qu’en présentant quatre fois autant d’actions anciennes qu’on voulait avoir d’actions nouvelles. L’obligation de présenter quatre actions anciennes — qu’on appela les mères — pour souscrire à une des actions nouvelles — appelées filles — était une combinaison habile, devenue fréquente depuis ce temps, imaginée dans le but de réserver aux actionnaires de la société dont le capital social était augmenté, le privilège de souscrire aux actions nouvelles. La combinaison décida une hausse. Les anciens actionnaires présentèrent les anciens titres afin de souscrire aux nouveaux ; cela fait ils revendirent leurs actions à ceux qui brûlaient d’impatience de les acquérir à tous prix. Les transactions prirent un si grand développement que le numéraire n’aurait pu suffire, aussi Law avait eu la précaution de faire autoriser la banque, le 10 juin, à émettre pour 50 millions de billets. Afin que le public n’en manquât pas, on n’y mît pas un trop haut prix, une ordonnance du 20 juillet autorisa une émission de 220 millions d’autres billets. Pendant ce temps, les mères et les filles se vendaient 1.000 l. à la fin du mois de juin et 1.400 livres au début du mois de juillet. Le 1er juillet, la banque royale et la Compagnie des Indes ont fait accepter par le public une valeur en papier de 410 millions. Le 1er janvier 1720, billets de banque et actions de la Compagnie représentent 7 milliards 240 millions entre les mains du public.
L’apogée du Système
Que faire ? S’arrêter ? Cesser la fabrication des billets et provoquer la baisse, Law n’y songe seulement pas. Le nombre et la valeur des billets ajoutent, suivant lui, aux richesses de la France, mais il appréhende une cabale, une manœuvre, une panique, la multitude venant échanger son papier contre du numéraire. Alors il imagine un effort coordonné de la banque et de la Compagnie. Trois jours consécutifs de la fin de juillet en offrent un exemple : le 25, pour empêcher les retraits d’or qu’on commence à effectuer dans ses caisses, la banque obtient la réduction du cours des louis de 35 à 34 livres et une émission de 240 millions de nouveaux billets ; le même jour, la Compagnie obtient la concession de la fabrication des monnaies, avec ses profils, pendant neuf ans ; — le 26, la Compagnie annonce à ses actionnaires qu’à partir du 1er janvier 1720 le dividende de ses actions s’élèvera à 2 pour cent ; — le 27, comme il s’agit de trouver les 50 millions à payer au trésor en échange du privilège des monnaies la Compagnie est autorisée à émettre 50.000 actions nouvelles de 500 livres mais qu’on paierait 1.000 afin de ne causer aucun préjudice aux mères et aux filles. L'agiotage s’empara encore de ceci. Comme les actions nouvelles étaient payables en vingt termes mensuels égaux, on recevait en échange de 50l. un titre de 1.000 livres. Law fit décider qu’en présentant quatre mères et une fille on obtiendrait une action nouvelle, — qu’on nomma petite-fille — ; c’était une excitation de plus donnée à l'agiotage, aussi les petites-filles furent encore plus recherchées que ne l’avaient été les filles. On se disputait les actions anciennes dès qu’il en paraissait sur le marché, afin de pouvoir souscrire aux actions nouvelles ; en novembre et décembre 1719, les actions de la Compagnie atteignirent les prix fabuleux de 15 et même18.000livres. Ce fut l’apogée du Système et un moment unique. « Law faisait merveille avec son Mississipi, écrit Saint-Simon, on avait fait comme une langue pour entendre ce manège et pour pouvoir s’y conduire. C’était à qui aurait du Mississipi. Il s’y faisait presque tout à coup des fortunes immenses. Law, assiégé chez lui de suppliants et de soupirants, voyait forcer sa porte, entrer du jardin par ses fenêtres, tomber dans son cabinet par la cheminée. On ne parlait que par millions. » Le duc observait et se réservait. « Depuis la fable du roi Midas, disait-il, je n’ai lu nulle part, et encore moins vu, que personne eut la faculté de convertir en or tout ce qu’il touchait ; je ne crois pas aussi que cette vertu soit donnée à Law ; mais je pense que tout son savoir est un savant jeu, un habile et nouveau tour de passe-passe qui met le bien de Pierre dans la poche de Jean et qui n’enrichit les uns que des dépouilles des autres ; tôt ou tard cela tarira, le jeu se verra à découvert ; une infinité de gens demeureront ruinés[15]. »
Concession de la ferme générale à la Compagnie des Indes
Ceux qui se sont jetés à corps perdu dans le Système le prennent sur un autre ton. « Mes actions gagnent 1.000 livres aujourd’hui, écrit Caumartin de Boissy. On ne voit que des gens qui ont fait des fortunes immenses[16]. C’était un jeu dans le commencement, cela est devenu une manie, une maladie dans les formes. Ces pauvres gens n’ont que le gain en tête, sont pris d’une fièvre chaude, ne parlent que de millions supputés, calculent et crèvent en quatre jours : réellement les médecins disent que dans tous les transports il y a du Mississipi. La moitié de Paris recommande en s’éveillant à Dieu M. Law ou l’invoque lui-même[17]. Dans les premiers jours du mois d’août, les actions montèrent à 1.760, à 2.000, à 2.250, à 3.000 livres ; c’est qu’on commençait à parler d’une extension nouvelle de la Compagnie, en plus de la ferme des tabacs et de la fabrication des monnaies, elle allait être chargée du recouvrement de presque tous les impôts publics perçus jusqu’alors par les fermiers et les receveurs généraux. Colbert avait concédé la levée de la plus grande partie des contributions indirectes à une seule compagnie et on a dit qu’au mois de septembre 1718, un sieur Aymard Lambert avait pris l’adjudication de la ferme générale, portant un coup sensible au Système. Law, toujours soutenu par le régent décida la suppression de cette rivale. Pour obtenir de l’État l’annulation, après une année de jouissance d’un bail passé pour six années, Law offrit des avantages immenses. Le bail Aymard Lambat procurait 48.500.000 livres, Law porta sa redevance à 52 millions. De plus, Law proposait au roi un prêt de douze cent millions à 3 pour cent qui serviraient au remboursement des rentes et autres charges assignées sur les aides et gabelles, sur les tailles, sur les recettes générales, sur le contrôle des actes, sur les postes ; on remboursera en outre 100.000 actions de la compagnie des fermes, les billets de l’État et ceux des receveurs généraux, les finances des offices supprimés ou à supprimer. C’est l’extinction de presque toute la dette publique. Un arrêt du Conseil, du 27 août 1719 casse donc et annule, à compter du 1er octobre, le bail Aymard Lambert et conclut un bail de neuf années avec la Compagnie des Indes de qui il accepte le prêt de douze cent millions. En conséquence, toutes les rentes sont éteintes et supprimées ; les titres seront rapportés au Trésor et les rentes seront remboursées en assignations sur le caissier de la Compagnie des Indes : les ordonnances de liquidation des charges supprimées, les billets des receveurs généraux, ce qui reste de billets de l’État, etc., seront également présentées au Trésor, et transmis au caissier de la Compagnie qui les acquittera.
La concession des fermes générales avait encore fait monter les actions. Le 1er septembre, les actions furent à 4.600 livres et 4.750 livres ; on donna des primes pour en recevoir à 8.000 dans un certain temps. Cette concession fut, au dire de Forbonnais,« l’espèce d’enchantement qui enivra en quelque sorte toute la nation. » Law avait obtenu le bail des fermes à condition de rembourser les rentes ; la dépense avait été évaluée à 1.200 millions et, cependant, les rentes seules faisaient plus 1.300 millions. Bien plus, le bail Aymard Lambert aboli se soldait par une dette de 100millions à acquitter ; la finance des receveurs généraux supprimés allait à 8.140.000 livres ; la différence de l’intérêt à 4 pour cent réduit à 3 pour cent devait se solder par un remboursement de 100 millions. Enfin, pour libérer l’État de ses dettes anciennes il fallait compter deux milliards 226 millions 239.925 livres. Cette révolution financière, inouïe, s’accomplit lestement, au moyen de quelques ordonnances échelonnées à peu de jours d’intervalle.
La concession de la ferme générale remontait au 27 août ; le 31, la rente et les offices inutiles étaient supprimés ; le 13 septembre, création de cent mille actions donnant 50 millions, le28septembre, création de cent mille autres actions ; le 2 octobre, nouvelle émission de cent mille actions suivie, le 4 octobre, d'une émission supplémentaire de 24.000 actions. Alors on fut témoin d’un spectacle dont la description a paru impossible aux contemporains. Il n’est plus question, comme pour les filles et les petites-filles, de 500 ou de 1.000 livres, mais de 5.000 livres. Law aurait pu exiger que la prime tout entière fut immédiatement versée en échange de l’action, cette mesure eut mis obstacle à la hausse effrénée, il l’écarta soigneusement ; il fut décidé que les actions seraient acquittées en dix paiements égaux de 500 livres, le premier en souscrivant, et les neuf antres de mois en mois. Les spéculateurs entrevirent d’immenses bénéfices. L’empressement à souscrire devient une lutte sauvage, les actions apportaient la fortune et les premiers souscripteurs seraient seuls servis ; il ne s’agissait plus de posséder ni mères, ni filles, ni petites-filles, mais il suffisait de pouvoir atteindre le caissier et déposer ses 500 livres entre les mains de cet homme. Un arrêt du 26 septembre réservait les souscriptions à ceux qui paieraient en « récépissés de caisse de la Compagnie, en billets de l’État ou de la caisse des receveurs généraux, en actions de la compagnie des fermes ». Ces effets montèrent aussitôt tellement que le trafic devint difficile, il fallut admettre les souscripteurs à faire usage des billets de banque et on en fabriqua pour 240 millions en coupures, non plus de 1.000, de 100 et de 10 livres, mais uniquement de 10.000 livres. C’est à ce chiffre que, dès le jour de la souscription, ou peu après, les actions se vendirent, à la fin de novembre, on l’a dit, elles atteignaient a 15.000 et à18.000 livres.
Empressement des acheteurs
Comme l’hôtel de Mesme, rue Sainte-Avoye, ne suffisait plus à la banque royale, elle avait été, dès le mois d’avril, transférée en l’hôtel de Nevers, rue de Richelieu. Law fit même l’acquisition de six maisons de la rue Vivienne depuis le jardin du palais Mazarin jusqu’à la rue Colbert afin de construire sur cet emplacement, un grand bâtiment qui servirait de bourse publique. C’est vers cette installation à peine terminée que la foule accourait, pressée, haletante, chacun tenant son trésor serré contre sa poitrine, mesurant la distance qui le séparait du guichet. « La phalange s’avançait durant plusieurs jours et plusieurs nuits vers le bureau d’échange, comme une colonne compacte que ni le sommeil, ni la faim, ni la soif ne pouvaient démolir[18]. » On mangeait quelques provisions, on épiait l’instant où on avancerait d’un pas. Dans cette cohue que contenait à grand’peine une garde de douze soldats et trois officiers[19], on remarquait les livrées du duc de Bourbon, du prince de Conti, « et les étrangers qui enviaient notre bonheur, dit Saint-Simon, n’oubliaient rien pour y avoir part. Les Anglais eux-mêmes, si habiles, si consommés en banques, en compagnies, en commerce, s’y laissèrent prendre ». La livrée des laquais du financier devint un déguisement à la faveur duquel d’honnêtes gens surent pénétrer dans les bureaux. Law était relancé jusque dans son hôtel et dans ses appartements. Son antichambre était remplie de femmes du plus haut rang, prêtes à ces platitudes dont les grands se transmettent le secret. Des duchesses lui baisaient la main. Mme de Poncha n’ayant pu l’aborder fit passer son carrosse devant la maison où dînait Law, et fit crier au feu par son cocher et ses laquais. Soudain tout le monde quitte la table et Law aussi. Dès qu’elle l’aperçut, Mme de Poncha sauta de son carrosse et l’aborda. « Il n’y a rien de si curieux, écrit la mère du Régent, que de voir les gens se coudoyer, se presser, s’écraser pour être seulement aperçu de Law ou du fils de Law, comme si un de leurs regards pouvait enrichir ceux sur qui il tombe. » La fille de Law, qui n’a que six ans, offre un bal d’enfants et le nonce du pape s’empresse d’y assister[20]. La dignité ne compte guère lorsque la pudeur même est bannie. « Dernièrement, raconte le 29 novembre la princesse Palatine, plusieurs dames étaient en conférence avec Law quand celui-ci voulut les quitter, ces dames le retinrent, et il fut obligé de leur faire sa confidence :Oh ! si ce n’est que cela, dirent-elles, cela ne fait rien ; pissez-là et écoutez-nous. Et elles restèrent tout le temps avec lui[21]. »
En peu de jours les actions émises le 13 septembre étaient souscrites et commençaient à circuler de main en main sous le nom de cinq cents. L’aveuglement des agioteurs était si inconcevable que beaucoup d’actionnaires vendirent mères, filles et petites-filles qui tombèrent un instant à 4.000 livres, pour acheter des cinq cents qui s’élevaient au-dessus de 8.000 livres[22]. L’émission du 28 septembre paraissait n’être consentie que pour satisfaire 5 l’avidité du public. L’agiotage s’en empara et comme on ne devait recevoir que les récépissés de remboursement, on s’arracha tous les contrats de l’État et on donna 11.000 livres en or pour avoir en papier 10.000 livres[23]. Les deux émissions du 2 et du 4 octobre soulevèrent quelques inquiétudes parmi le public, les actions fléchirent mais remontèrent presque aussitôt. Une ordonnance du 20 octobre ayant décidé que les payements au lieu d’être mensuels seraient trimestriels, on se livra à la confiance que donnait ce répit et la hausse continua[24].
Commerce de la rue Quincampoix
« Pendant les derniers jours du mois, les négociations furent plus vives, la lutte plus animée et plus variée que jamais. Les actions, les billets de banque, les contrats de rente, circulaient pêle-mêle, courant de main en main, toujours offerts et toujours achetés ; présentant à l’insatiable activité des agioteurs une variété infinie de fructueuses opérations. Tous ces papiers de nature diverse créés ou relevés en moins de trois ans par l'habileté d’un seul homme, formaient une somme de près de dix milliards, parmi lesquels les actions seules représentaient 6 milliards 333 millions[25]. » Le centre de ces spéculations se trouvait entre les rues Saint-Denis et Saint-Martin dans la rue Quincampoix, qui d’un côté touchait presque à la rue des Lombards et, de l’autre, venait aboutir à l’enceinte de Philippe-Auguste. Des banquiers, des préteurs habitaient là et traitaient avec les marchands du quartier. Pendant les dernières années du règne de Louis XIV tous ceux qui voulaient se défaire d’un papier à peu près invendable venaient rue Quincampoix le vendre à tout prix. Le mouvement était donné et lorsque la Compagnie eut émis ses actions, la foule vint rue Quincampoix pour acheter et revendre et la seule variation du cours des actions dans l’espace d’une journée, qu’occasionnait la diversité des spéculations, était capable de procurer des gains considérables à ceux qui connaissaient les manèges de la place. Pour abréger les lenteurs du contrat, on cessa de s’adresser au banquier ou au changeur, on s’aborda en pleine rue, offrant ou demandant des billets ou des actions ; des groupes se formèrent et la foule devint si compacte qu’il fallut, pour prévenir les rixes et les désordres, placer un poste chargé de veiller tout le jour et, au besoin, la nuit à la sûreté des négociants. Les deux extrémités de la rue furent garnies d’un corps de garde et d’une grille dont l’ouverture à six heures du matin, et la fermeture à sept heures du soir étaient annoncées par le son d’une cloche. « Les personnes distinguées de l’un et l’autre sexe entraient par la rue aux Ours et le vulgaire par la rue Aubry-le-Boucher[26]. » Dans la rue Quincampoix, en pleine fièvre d’agiotage les rangs étaient confondus. Jean Buvat, l’honnête calligraphe, s’était aventuré rue Vivienne et avait failli être étouffé ; incorrigible, il alla voir la rue Quincampoix et y aperçut « des docteurs de Sorbonne, des prêtres et des religieux qui se mêlaient à ce commerce aussi bien que toutes sortes de personnes ». Le 1er décembre Buvat apprenait que, depuis six semaines, plus de 25.000 étrangers étaient arrivés dans la capitale et à Lyon, à Aix, à Bordeaux, à Strasbourg, à Bruxelles les carrosses et voitures publiques étaient retenues deux mois d’avance pour Paris[27].
Les folies de l’agiotage
Pendant que les provinciaux retenaient les places du coche, les Parisiens se disputaient les moindres logis de la rue Quincampoix et des ruelles avoisinantes à des prix exorbitants. Chaque immeuble se remplissait, de la cave au grenier, de bureaux de changeurs ; ceux-ci s’insinuaient partout, mansardes, soupentes, réduits exigus, obscurs, infects étaient loués deux trois et quatre cents livres par mois. Une maison de six à huit cents livres de loyer annuel abritait jusqu’à trente ou même quarante changeurs. Un procureur au Châtelet louait une salle basse de sa maison à raison de cinquante livres par jour, tels locataires construisaient des cabines sur les toits. Un savetier dont l'échoppe était adossée au mur du jardin du banquier Tourton, la transforma en bureau et gagna deux cents livres par jour en la mettant à la disposition des spéculateurs, en leur fournissant des plumes et du papier, en offrant des escabeaux aux dames venues regarder ce curieux spectacle[28]. Ceux qui disposent d’une échoppe ou d’un taudis sont privilégiés, d’autres ne possèdent que leur ingéniosité et l’exploitent. Un gentilhomme, M. de Nanthia, offre ses épaules en guise de pupitre et un bossu jovial fait remplir à sa difformité l’office d’une table dont la location lui rapporte cent cinquante mille livres. Les chiffres déconcertent et cependant les agioteurs énoncent sans sourciller des nombres fabuleux, ils comptent leurs gains par vingtaine de millions, dépensent cinquante mille livres comme autrefois un écu, se passent les fantaisies les plus extravagantes.
L’abondance inespérée qui arrive à des gens qui n’y étaient pas destinés produit tous les jours des histoires nouvelles. On raconte qu’en sortant de la Comédie, un seigneur de la rue Quincampoix, tout brodé, se mit derrière son carrosse, oubliant de monter dedans.
Un enrichi entré chez un orfèvre et demande de la vaisselle d’argent. Mais quoi, demande l’orfèvre, plats, assiettes ? Le nouveau riche qui n’en sait rien achète toute la boutique et moyennant le prix total emporte croix, soleils, calices, réchauds, bassins à barbe, etc., qu’il paye sur le champ, radieux de son emplette.
On ne tarirait pas. La Miche, orfèvre renommé, expédiait une commande de vaisselle d’argent pour quarante-cinq mille livres lorsqu'un homme assez mal bâti et très mal vêtu entre dans la boutique, admire chaque pièce et questionne jusqu’à l’importunité.
S’apercevant qu’on le supportait à peine, il demanda combien pareille vaisselle couterait en or et jeta quelques louis sur la table pour payer le calculateur. Le compte fait, il fut répondu que, sans la façon, il faudrait un million cinquante mille livres de matière. L’homme fit la commande et offrit pour, cent mille écus de papier pour servir d’arrhes[29].
L’exaltation des esprits dépasse tout ce qui s’est vu : un abbé gagne dix-huit millions ; un garçon de cabaret, trente, un ramoneur, quarante ; un laquais, cinquante ; un mendiant, soixante-dix ; et la célèbre mercière venue de Namur, cent millions. « Dieu ne tire pas plus rapidement les hommes du néant » dit joliment le président de Montesquieu[30]. Il s’en fallait de beaucoup que tout le monde fut ébloui. Certains s’alarmaient de l’engouement du Régent pour un aventurier et chuchotaient entre eux : Peut-être ne peut-il se passer des secours qu’il tire de là pour ses affaires présentes[31]. » Les autres réservaient toute leur attention aux extravagances des parvenus. Tel hasardait sur une partie de cartes des billets de dix mille livres, tel donnait pendant une semaine entière, dans son château de Montfermeil, des fêtes plus magnifiques que celles du feu Roi, tel achetait des pierreries pour la somme de quatre millions. Le luxe de la table dépassait l’invraisemblance la plus outrée. Duhautchamp à enregistré les exploits d’un « Mississipien » demeuré anonyme. « Rien n’y manquait, dit-il, de tout ce que le gourmet, et le plus voluptueux, pouvait imaginer. Les desserts qu’on y servait étaient de nature à surprendre les plus experts machinistes. De gros fruits qui auraient trompé les yeux les plus clairvoyants, étaient si artistement travaillés que, quand quelqu’un, étonné de voir un beau melon en hiver, s’avisait de le toucher, il en rejaillissait sur le champ plusieurs petites fontaines de différentes sortes de liqueurs spiritueuses qui charmaient l’odorat ; pendant que le « Mississipien », appuyant le pied sur un ressort imperceptible faisait faire à une figure artificielle le tour de la table, pour y verser du nectar aux dames, devant qui il la faisait arrêter[32]. »
Pour approcher les nouveaux riches et prendre sa part de leur opulence, la noblesse de France était prête à toutes les platitudes ; le marquis de la Vrillière maria une de ses parentes à un sieur Panier, on vit un Villars-Brancas, le marquis d’Oise, se fiancer à une fillette de deux ans moyennant vingt mille livres de rente a lui servir par le père de ce bébé jusqu’à l’époque du mariage[33]. Il semble que la révolution soudaine qui a bouleversé les fortunes n’a pas moins gravement ébranlé les cerveaux. Le déluge de papier, la facilité singulière d’être riche ont transformé Paris en une sorte de foire dont le spectacle se renouvelle sans cesse. A certains moments, dit-on, la ville compte quatorze cent mille âmes dont trois cent cinquante mille étrangers. Parmi ces derniers se distinguent surtout : Lorrains, Flamands, Suisses et Italiens, tandis que les contingents nationaux étaient principalement fournis par la Normandie, Lyon, la Guyenne et le Dauphiné, a si bien que l’on ne trouve rien à Paris pour se loger et que Paris est méconnaissable puisque le foin vaut cent livres le cent et un carrosse se loue, pour la journée, quatre-vingt livres[34]. »
On suit, dans le Journal de Jean Buvat, l’effervescence et le malaise grandissants pendant cette singulière année 1719. Au mois de mars, il se plaint de la rareté de l’argent[35], quoique onze balanciers travaillent sans relâche à fabriquer des louis d’or de trente-six livres, des écus de six livres, des pièces de vingt francs et de dix francs. Chaque balancier marque environ vingt mille pièces par jour[36] et le bruit se répand que la Banque royale détient pour trente-deux millions d’or et d’argent[37]. Bientôt il n’est plus question que de cinq balanciers frappant de modestes pièces de vingt sols et de dix sols[38] (avril). Le mois suivant les louis d’or commencent à perdre leur valeur et la foule se précipite à la Banque pour remettre son or et son argent en échange de papier[39]. La Banque remplit le rôle que lui destinait Law, elle fait siphon, attire à elle l’or et répand le papier. Au mois de mai, elle occupa quatre imprimeurs le jour et autant la nuit à imprimer des billets de banque de cent livres chacun, un relieur pour relier ces billets en registres, et un graveur[40]. On ne manque pas de brûler ostensiblement à l’Hôtel-de-Ville de Paris quelques billets d’État afin de rassurer l’opinion[41], mais la frappe monétaire n’est plus que de billon, deniers et liards[42]. Au mois de septembre, la Banque occupe douze imprimeurs qui travaillent jour et nuit à l’impression des billets de banque[43]. C’est le moment où la mère du Régent trouve Law « admirable pour les finances[44] » et met « le mal qu’on dit de lui et de sa banque [au compte] de la jalousie, car on ne saurait rien voir de mieux ; il paye les dettes effroyables du feu Roi et diminue les impôts, allégeant ainsi le fardeau qui pesait sur le peuple ; le bois ne coûte que la moitié de ce qu’il coûtait ; les droits d’entrée sur le vin, la viande et tout ce qui se consomme à Paris, ont été supprimés, cela inspire une grande joie[45]. » On en doutera néanmoins en lisant que le pain se vend deux sous six deniers et trois sous la livre, peu de temps après, trois sous et quatre sous la livre[46]. Le peuple se récrie et apprend avec stupeur qu’on parle de supprimer tous les impôts pour les réduire à un seul qui produira, dit-on, autant que tous les autres ensemble. C’est de lever quatre deniers par livre de pain[47].
Prodigalités - Les achats de Law
Les gens sages disent « bien heureux qui a des terres, bien malheureux qui non a point[48]. » Ceux qui en ont témoignent une extrême méfiance de Law et de toutes ses combinaisons. « Je dirai, écrit un gentilhomme normand, que je ne connais pas de père de famille sage qui s’y soit fourré[49]. » Les derniers mois de l’année sont signalés par un agiotage encore plus effréné. Law donne l’exemple des acquisitions immobilières Après avoir acquis la terre de Tancarville, il achète encore l’hôtel de Nevers pour y loger sa Banque et l’hôtel de Mazarin pour sa Compagnie[50], ensuite c’est le duché de Mercœur[51], l’hôtel de Soissons[52], deux maisons rue Neuve-des-Petits-Champs[53], six maisons rue Vivienne[54], une autre à La Marche[55], le jardin de l’hôtel de Soissons[56], la terre de Saint-Germain sur le chemin de Rouen[57], la seigneurie de Domfront en Normandie[58], la seigneurie de Roissy en Brie[59], la tour d’Ancenis[60] et jusqu’à la bibliothèque de l’abbé Bignon[61] ; mais il faudrait ajouter bien d’autres acquisitions : l’hôtel de Tessé, l’hôtel de Rambouillet, de vastes terrains marécageux près de la porte Montmartre, la terre de Guermande en Brie, je marquisat d’Effiat, la baronnie d’Hallebosc, etc. Une autre célébrité, l’ancienne mercière de Namur, achète la terre et seigneurie d’Ivry-sur-Seine et l’hôtel de Pomponne, place des Victoires[62]. Pour orner Ivry, elle fait exécuter des Gobelins et pour les leur faire admirer elle tient table ouverte d’agioteurs. La chère qui se fait là défraie les Parisiens, on y amène chaque jour un bœuf, deux veaux, six moutons, sans parler de la volaille et du gibier à profusion, des vins de Champagne, de Bourgogne et des liqueurs[63]. On dit et on répète que le duc de Bourbon a profité de vingt millions le prince de Conti de quatre millions et demi, le duc d’Antin, douze millions[64], un sieur Guesche, anglais, quatre millions[65]. Quant au Régent, ses mains ouvertes laissent tomber une pluie de millions : à l’Hôtel-Dieu un million, à l’Hôpital-Général un million, aux Enfants-Trouvés un million, aux prisonniers pour dettes un million et demi ; ceux-ci du moins sont avoués et ont une destination utile, d’autres sont la proie des maîtresses, des roués, des complaisants et le chiffre n’en saurait être estimé.
Renchérissement du coût de la vie
Law n’était pas moins magnifique. Le 25 novembre, il emmena dans son carrosse le duc d’Antin, le marquis de Lassay et un autre à la rue Quincampoix, chez le sieur de La Bergerie banquier, afin de donner le spectacle d’une bagarre aux dames qui étaient de leur compagnie, Law se mit à la fenêtre et jeta plusieurs poignées de guinées (sic) et d’autres espèces d’or au coin du feu roi Guillaume III, comme à la gribouillette, et pendant que les agioteurs et les courtiers se culbutaient les uns sur les autres dans la boue pour les ramasser, on jeta d’une fenêtre voisine plusieurs seaux d’eau sur ces barboteurs, qui étaient dans un état qu’on peut imaginer[66]. En même temps, il faisait abaisser le prix de la viande[67], diminuer le suif et la chandelle[68], distribuer gratuitement de grandes quantités de fromage sans autre résultat que d’amener un renchérissement excessif des denrées nécessaires à la vie[69]. A la fin de cette année 1719, le drap de Varobès valait 30 livres l’aune ; celui d’Elbeuf, 25 livres ; le velours, 42 livres ; l’écarlate, 41 livres l’aune ; le galon d’or, 21 livres l’once : les loueurs de carrosse de remise voulaient 40 livres par jour ; les fiacres, 3 livres par heure ; les charretiers, 6, 7, 8 et 10 livres pour voiturer une voie de bois dans Paris, laquelle ne valait alors que12 livres 1 sol 6 deniers ; une botte de foin se vendait 17 sols ; une botte de paille 15 sols ; l’avoine, 45 livres le septier ; le pain de Gouesse et d’ailleurs, 3 sols 6 deniers et 4 sols la livre ; le pain mollet, 5 sols la livre ; la viande de boucherie, 10 et 12 sols la livre ; une poularde, 50 sols, etc.[70]
Cette fermentation entraîna des effets imprévus et soudains. Le commerce usuraire périclita quelque temps, la misère sembla disparue, le nombre des manufactures s’accrut, des industries se développèrent à tel point qu’il devint nécessaire d’établir des règlements somptuaires, perles et diamants furent bannis, une ordonnance interdit aux gens de livrée de porter aucun velours sur les manches, aucune dorure, aucun bouton d’argent massif ou sur bois ou d’argent filé sur soie, aucune veste de soie ni d’étoffe d’or ou d’argent. Le damas, le velours n'étaient pas seulement hors de prix, mais introuvables, même à Gênes. Un commerce nouveau naquit, le transport à Paris de la neige des montagnes d’Auvergne ! Et les gens de sens rassis se demandaient ce queLaw ne leur ferait pas voir.
Conversion de Law
En effet, rien ne l’arrêtait plus. Depuis qu’il dirigeait seul les finances il supportait impatiemment le voisinage de d’Argenson avec qui il s’était brouillé. Mais pour le supplanter Law se heurtait à un obstacle, sérieux pour tout autre que lui. Déjà la naturalisation avait aplani plusieurs difficultés, la conversion pouvait seule lui ouvrir l’accès du contrôle-général, car il fallait être catholique pour devenir ministre. L’abbé Dubois fut charge de découvrir un complaisant catéchiste ; il en rencontra deux : le jésuite Lafitau et l’abbé de Tencin. Ce dernier fut préféré ; sa sœur, alors maîtresse de Dubois pouvait être intéressée à cette affaire. Un mémoire du temps décrit en ces termes l’opération : « [Tencin] trouva le secret de s’insinuer chez [Law]. Comme il est ne souple courtisan et ce qu’on appelle patelin cela ne lui fut pas difficile... Il sut donc se rendre agréable, puis utile, puis nécessaire dans la maison de Law, et si nécessaire que celui-ci n’aurait peut-être jamais été contrôleur-général sans lui... On profita du temps des vacances où les opérations du Système étaient moins vives. On fit la partie d’aller à Melun et après avoir parlé primes et actions, on se rendit dans la principale église de cette ville où Jean Law abjura je ne sais quelle religion, le 17 septembre 1719, entre les mains de Pierre Guérin [de Tencin][71] » qui reçut pour son salaire des actions de la Banque pour la valeur de deux cent mille livres[72]. Deux mois plus tard, pour mettre fin aux doutes persistants, Law rendit le pain béni à l’église Saint-Roch, sa paroisse, y communia et le même soir donna un grand banquet suivi d’un bal (10 novembre)[73]. C’était peut-être après avoir ouï ces choses qu’un curé écrivait à propos de l’affaire Law : « C’est sans doute de cette histoire que le prophète Habacuc a voulu parler lorsqu’il a dit : Opus juctum est in diebus vestris, quod nemo credet cum narrabitur[74]. »
Hostilité de Stair à l’égard de Law
Au banquet de Law répondait, le même soir, le banquet offert par lord Stair à ses compatriotes. Le puritain fougueux quêtait l’ambassadeur ne pouvait approuver ni tolérer la conversion du financier, il devait lui plaire de le faire comprendre à tous ceux qui savaient réfléchir. Après une période d’amitié entre les deux Ecossais, la discussion les avait séparés. Lord Stanhope, moins irascible que Stair, favorisait la Banque et son influence ne fut pas étrangère à sa transformation d’établissement prive en Banque royale, l’ambassadeur au contraire considérait la prospérité de la France comme un préjudice causé à l’Angleterre et travaillait à perdre Law dans l’esprit du duc d’Orléans. La situation des finances anglaises était alarmante et, pour y porter remède le gouvernement s’engageait dans la voie des grandes combinaisons financières : la Compagnie de la mer du Sud et la Banque d’Angleterre. Le titre de Compagnie du Sud n’était que le plus décevant des appâts, elle ne possédait rien, ni territoire, ni comptoir dans la mer du Sud, mais seulement la popularité des Londoniens. Dès le mois de juin 1717, le Roi en prenait le titre de Directeur, précédant en cela l’opinion française, mais en réalité ni l’Angleterre ni la France ne possédaient alors un empire colonial et leur rivalité est encore pacifique et d’ordre strictement commercial en. 1718 et même encore pendant la première partie de l'année 1719. A partir de l’été Stair prend Law à partie, il s’extasie sur l’agiotage, prédit la chute du Système et voit déjà Law associé à Torcy restaurant l’ancienne politique de Louis XIV. Ce vieil épouvantail lui a longtemps réussi à se représenter comme nécessaire et seul capable de déjouer cette intrigue, il s’y rattache avec passion maintenant qu’il sent son rappel menaçant. Il écrit à Craggs : « Considérez dorénavant Law comme premier ministre, lui, dont le langage de chaque jour est qu’il élèvera la France plus haut qu’elle ne fut jamais, sur les ruines de l’Angleterre et de la Hollande » ; et il exalte bien haut son propre désintéressement[75]. Puis craignant de n’être pas écouté, il revient à la charge et annonce tout le mal que Law fera à l’Angleterre : « Vous pouvez imaginer ce que nous avons à craindre d’un pareil homme qui ne se fait pas scrupule de manifester de telles dispositions et qui aura tout pouvoir et tout crédit à cette Cour[76]. Dubois n’était pas beaucoup plus rassuré sur sa destinée personnelle si Law triomphait avec son inséparable Torcy.
Stanhope, à qui Stair adressait ses objurgations en faisait peu de cas ou point du tout. De bonne foi, semble-t-il, il écrivait à Dubois la satisfaction qu’il éprouvait « de l’heureux état où se trouvent vos finances. Leur rétablissement si prompt et si surprenant fait l’admiration de toute l’Europe ; et il m’affecte d’autant plus que l’on n’y pouvait parvenir que par l’union de nos deux maîtres dont vous êtes l’auteur et le soutien. Tant qu’elle durera, rien n’ébranlera la prospérité de leurs peuples[77] ». Stair, indifférent aux belles paroles, voulait renverser Law et celui-ci, bien servi par sa clairvoyance ou par ses espions, l’accusa auprès du Régent d’avoir été l’instigateur d’une pernicieuse attaque dirigée contre la Banque dans les premiers jours de décembre.
Lord Stair l’apprit, s’en défendit avec véhémence[78] ; à son tour, il accusait Law de devenir le point de ralliement des jacobites écossais. Stanhope en était visiblement agacé ; il écrivait à Dubois : « Rien ne pouvait nous arriver de plus affligeant que la malheureuse animosité qui s’est élevée entre Milord Stair et M. Law ; nous en sommes d’autant plus en peine que Milord Stair nous l’apprend lui-même et s’en fait un mérite. » Le premier ministre ne croyait rien des imputations de l’ambassadeur et se rappelait les vœux formés par Law en faveur de l’alliance franco-anglaise. Il priait Dubois de servir d’arbitre et de faire savoir à Georges Ier s’il fallait retirer lord Stair, « si le mal ne vient que de ses défauts personnels, comme nous n’avons que trop sujet de le supposer. Que Votre Excellence examine donc ce démêlé et ses sources ; qu’elle songe aux moyens de le composer, ou de prévenir, du moins qu’il n’ait de fâcheuses suites pour nos deux maîtres. Qu’elle en consulte S. A. R. Et si vous trouvez que le seul rappel de Milord Stair puisse y mettre fin, dites-le nous franchement ; et je vous promets que le Roi le lui fera expédier aussitôt que cette séance [session] de notre Parlement sera finie[79]. »
Proscription de la monnaie métallique
Ainsi cette fin d’année valait encore à Law le triomphe de ruiner la carrière de son détracteur. Pendant ce temps, il poursuivait son plan de dépréciation du numéraire. De mai 1719à novembre 1720, il y a eu dix-huit fixations de la monnaie d’or et dix-huit de la monnaie d’argent. Un des articles de l’arrêt du Conseil, du 22 avril 1719 portait que « comme la circulation des billets de banque est plus utile aux sujets de Sa Majesté que celle des espèces d’or et d’argent, et qu’ils méritent une protection singulière par préférence aux monnaies qui sont faites des matières qui sont apportées des pays étrangers : entend Sa Majesté que les dits billets stipulés en livres tournois ne puissent être sujets aux diminutions qui pourront subvenir sur les espèces et qu’ils soient toujours payés en leur entier. » Ce sophisme couvrait le dessein de dégoûter le public de la monnaie métallique ; cependant toute l’année 1719 la Banque échangea à vue les billets en espèces. Le 1erdécembre 1719, un arrêt du Conseil déclara même que la Banque ne recevrait plus les espèces d’or et d’argent pour les convertir en billets, que les créanciers pourraient exiger la totalité du paiement de leurs créances en billets, et que les offres judiciaires seraient dorénavant nulles si elles n’étaient faites en billets.
On n’était pas au terme de cette persécution dirigée contre la monnaie métallique. Law imagina de frapper des pièces d’or et d’argent d’un titre très élevé, mais très faible de poids : des quinzains d'or fin et des livres d'argent fin dont le volume et le poids minimes garantissaient le peu de succès ; il fallut, en effet en abandonner bientôt la fabrication. « Ces diminutions et augmentations d’espèces, de l’auteur anonyme d’un Abrégé historique des papiers royaux depuis 1701, se faisaient coup sur coup et souvent jusqu’à deux fois en un seul jour, à mesure que la Banque avait été forcée de payer ce qu’il lui était rentré de fonds... Ce n’était qu’un jeu continuel de ces sortes d’arrêts, et ils réduisaient le public en tel état qu’il ne savait s’il devait recevoir ou payer, par l’incertitude continuelle du gain ou de la perte d’un moment à l’autre[80]. » Pour couronner cette perturbation à l’état chronique, un arrêt du 21 décembre décida que pour le bien du royaume et des sujets et pour augmenter le crédit et « éviter au peuple les pertes que causent ordinairement les variations sur le cours des monnaies, les billets de banque demeureraient fixés à cinq pour cent au-dessus de la valeur de l’argent courant... sauf aux porteurs des dits billets à les négocier à tel plus haut prix qu’ils jugeront à propos. » Le même arrêt portait que les espèces d’or et d’argent (même celles que proscrivait l’arrêt du 2 décembre 1719 et dont l’émission n’était pas commencée) ne pourraient plus être reçues en paiement au-dessus de dix livres pour les monnaies d’argent et de trois cents livres pour les monnaies d’or. Cette grossière amorce ne fit que peu de dupes[81]. Enfin, le 29 décembre, la Banque était autorisée à émettre encore trois cent soixante millions, de sorte que sa circulation s’élevât à un milliard, et la hâte des preneurs était si grande que pour éviter les délais indispensables à la gravure des nouveaux billets il fut décidé que « l’impression, la marque du papier et le sceau de la Compagnie offraient une garantie suffisante. Sur ces trois cent soixante millions de billets, on imprima pour une somme de deux cent trente et un millions.
Assemblée générale du 30décembre
La journée du 30 décembre marqua l’apothéose du Système[82]. Le règlement de la Compagnie prescrivait une assemblée générale annuelle dans laquelle trente directeurs et les principaux actionnaires devaient arrêter les comptes, régler le dividende et décider des futures opérations. Les directeurs étaient presque tous d’anciens fermiers généraux ou de riches financiers. Un certain chevalier de la Motte, enrôlé dans l’agiotage, rapporta à ses associés que, comme porteur d’un certificat de cinquante actions, il avait eu entrée et séance à l’assemblée où se trouvèrent le duc d’Orléans, le duc de Chartres, le duc de Bourbon, le prince de Conti, plusieurs maréchaux, des ducs et pairs tous suivant leurs rangs assis autour d’une table de soixante-dix personnes. M. Law, à l’opposite de M. le Régent, à un des bouts de la table et tous les actionnaires assis au nombre de douze cents. M. Corman, avocat, assis auprès de Law fit un beau discours auquel M. le Régent répondit, accordant à chacun des assistants le droit de proposer des difficultés. On répondit comme à la comédie par un battement de mains ; peut-être que, si le parterre y eût été, il y aurait eu des siffleurs[83]. Law expliqua ce qu’il voulut à des gens qui l’écoutaient à peine et croyaient tout sur parole ; l’assemblée décida qu’à partir du 1er janvier 1720, la Compagnie donnerait un dividende de quarante pour cent, soit deux cents livres par action et, au total, 84.800.000 livres. En réalité, les actionnaires toucheraient une livre treize sols par cent livres. L’improbité du calcul était manifeste et la faiblesse du dividende réel aurait dû, semblait-il, renverser la banque : il n’en fut rien, dans la soirée du jour où s’était tenue l’assemblée générale des actionnaires, l’agiotage de la rue Quincampoix porta les actions de onze mille à quinze mille cent quatre-vingt livres.
[1] Gazette de la Régence, p. 289 ; 20 octobre 1718.
[2] Madame à la raugrave Louise, 14 novembre 1718, dans Correspondance, édit. G. Brunet, t. II, p. 31.
[3] M. Caumartin de Saint-Ange à Mme de Balleroy, 11 août 1719, dans Les correspondants de la marquise de Balleroy, t. II, p. 68-69.
[4] P.-E. Lémontey, Histoire de la Régence, t. I, p. 301.
[5] Dangeau, Journal, t. XVII, p. 424, 436, 437 ; 4, 14, 16 décembre 1718.
[6] F. Véron du Verger de Forbonnais, Recherches et considérations sur les finances depuis 1595 jusqu'en 1721, in-12, Paris, 1758, t. VI, p. 279.
[7] Arrêt du 4 décembre 1718.
[8] Arrêt du 27 décembre 1718.
[9] F. Véron du Verger de Forbonnais, op. cit., t. VI, p. 282 ; Lémontey,
[10] De Monthyon, Particularités et observations sur les ministres des finances les plus célèbres depuis 1660 jusqu’en 1791, in-8°, Paris,1812, p. 97 suivantes.
[11] F. Véron du Verger de Forbonnais, op. cit., t. VI, p. 286.
[12] F. Véron du Verger de Forbonnais, op. cit., t. VI, p. 276, 280.
[13] Arch. du Parlement, Registres du Conseil secret, t. X, 8425, séance du 16 juin 1719.
[14] E. Levasseur, op. cit., p. 104.
[15] Saint-Simon, Mémoires, t. XI, p. 121.
[16] M. de Caumartin de Boissy à la marquise de Balleroy, Ch. Aubertin, L'Esprit public au XVIIIe siècle, in-8°, Paris, 1873, p. 148-149 ; voir Les correspondants de la marquise de Balleroy d'après les originaux inédits de la Bibliothèque Mazarine, par E.-M. de Barthélémy, in-8°, Paris, 1883, t. II, p. 69.
[17] Ibid., t. II, p. 79-80.
[18] P.-E. Lémontey, Histoire de la Régence et de la minorité de Louis XV jusqu’au ministère du cardinal de Fleury, in-8°, Paris, 1832, ch. IX, p. 307.
[19] Ordonnance du 26 octobre 1719.
[20] Cochut, Law, son Système et son époque, in-12, Paris, 1853, p. 103.
[21] Madame à la raugrave Louise, 29 novembre 1719, dans Correspondance, édit. Brunet, t. II, p. 192.
[22] F. Véron du Verger de Forbonnais, op. cit., t. VI, p. 300.
[23] F. Véron du Verger de Forbonnais, op. cit., t. VI, p. 300.
[24] F. Véron du Verger de Forbonnais, op. cit., t. VI, p. 304.
[25] E. Levasseur, Recherches historiques sur le système de Law, 1854, p. 134.
[26] Lémontey, op. cit., ch. IX, p. 308.
[27] Buvat, Journal, t. I, p. 469, 470.
[28] B. Marmont du Hautchamp, Histoire du système des finances sous la minorité de Louis XV, in-12, La Haye, 1739, t. IV, p. 193.
[29] M. Caumartin de Boissy à Mme de Balleroy, 12 novembre 1719, dans Les Correspondants, t. II, p. 85-86.
[30] Montesquieu, Lettres persanes, 1721, lettre CXXXVIII ; A. Vuitry, op. cit., p. 301, d’après un manuscrit (détruit en 1871) du ministère des Finances.
[31] Gazette de la Régence, p. 312 ; 23 janvier 1719.
[32] Villars, Mémoires, édit. Petitot, 1828, t. I, p. 46, ce « Mississipien » serait un peintre nommé Saint-Germain.
[33] E. de Barthélémy, Les correspondants de la marquise de Balleroy, t. II, p. 163, note 1. M. Marais, Journal et Mémoires, t. I, p. 266, juin 1720.
[34] M. de Girardin à Mme de Balleroy, Paris, 1er janvier 1720, dans Les Correspondants, t. II, p. 96 ; J. Buvat, op. cit., t. I, p. 403.
[35] J. Buvat, op. cit., t. I, p. 360.
[36] Ibid., t. I, p. 364.
[37] Ibid., t. I, p. 365.
[38] Buvat, Journal, t. I, p. 382 ; avril.
[39] Ibid., t. I, p. 386 ; mai.
[40] Ibid., t. I, p. 387 ; mai.
[41] Ibid., t. I, p. 417, 418, 421, 426.
[42] Ibid., t. I, p. 418 ; 5 août.
[43] Ibid., t. I, p. 430.
[44] Madame à la raugrave Louise, 9 septembre dans Correspondance, édit. G. Brunet, t. II, p. 154.
[45] Madame à la même, 1er octobre, ibid., t. II, p. 163.
[46] Buvat, Journal, t. I, p. 400, 410, juin-juillet.
[47] M. de Balleroy à sa femme, 6 septembre, dans op. cit., t. II, p. 73.
[48] M. Caumartin de Boissy à Mme de Balleroy, 1er sept, t. II, p. 71.
[49] M. de Balleroy à sa femme, 20 septembre, ibid., t. II, p. 7
[50] M. Caumartin de Boissy à Mme de Balleroy, 9 mai, ibid., t. II, p.35 ; Buvat, Journal, t. I, p. 462.
[51] Ibid., t. I, p. 368.
[52] Ibid., t. I, p. 375.
[53] Ibid., t. I, p. 424.
[54] Ibid., t. I, p. 447.
[55] Ibid., t. I, p. 449.
[56] Ibid., t. I, p. 454.
[57] Ibid., t. I, p. 457.
[58] Ibid., t. I, p. 461.
[59] Ibid., t. I, p. 472.
[60] M. de Balleroy à sa femme, 11 septembre, op. cit., t. II, p. 74.
[61] Buvat, Journal, t. I, p. 467.
[62] Ibid., t. I, p. 449.
[63] Ibid., t. I, p. 456.
[64] Ibid., t. I, p. 450.
[65] Ibid., t. I, p. 458.
[66] Ibid., t. I, p. 467.
[67] Ibid., t. I, p. 447.
[68] Ibid., t. I, p. 461.
[69] Ibid., t. I, p. 475.
[70] Ibid., t. I, p. 475-476.
[71] Mémoire pour servir à l’histoire de M. le cardinal de Tencin jusqu’à l’année 1743, s. l. n. d.
[72] J. Buvat, Journal, t. I, p. 467 ; t. II, p. 10.
[73] J. Buvat, Journal, t. I, p. 465.
[74] Revue des Questions historiques, t. XXV, p. 144-145.
[75] Hardwicke Papers, vol. II, p. 589 : lord Stair à J. Craggs, 1er septembre 1719.
[76] Hardwicke Papers, t. II, p. 593, 594 : lord Stair à J. Craggs, 9 septembre 1719.
[77] Public Record Office, France, vol. 354 : lord Stanhope à Dubois, Göhre, 8 octobre 1719.
[78] Oxenfoord Castle, Stair Papers, vol. III, B : lord Stair à J. Craggs, Paris, 11 décembre 1719 ; L. Wiesener, op. cit., t. III, p. 247-249.
[79] Lord Stanhope à Dubois, 18 (= 29) décembre 1719 dans Mahon, op. cit., t. II, p. 380 ; L. Wiesener, op. cit., t. III, p. 251-252.
[80] Écrit en 1725 ; conservé à la Bibliothèque de la Chambre de commerce de Bordeaux.
[81] E. Levasseur, Law et son système jugés par un contemporain [Nicolas-Robert Pichon, maître des comptes], dans Compte-rendu des séances et travaux de L’Académie des sciences morales et politiques, 1909, t. CLXXI, p. 481.
[82] Forbonnais, op. cit., t. VI. p. 311 ; Dangeau, Journal, t. XVIII, p. 192-193 ; Buvat, Journal, t. I, p. 476.
[83] M. de Faligny à Mme de Balleroy, Caen, 3 janvier 1720, dans Les correspondants, t. II, p. 98-99.