Source: http://medecindutravail.canalblog.com/archives/2008/02/07/7742008.html
Timestamp: 2018-08-21 17:16:31+00:00
Document Index: 198401944

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Blessures - Carnet d'un médecin du travail
Je suis allée hier voir un employeur (je l'appellerai Monsieur Patron) parce qu'un de ses salariés est venu me voir la semaine dernière pour se plaindre d'agissements répétés de "harcèlement" dans son entreprise.
Monsieur Blessé est actuellement en arrêt et ne peut pas y retourner. Monsieur Blessé m'a longuement parlé de son poste, de l'environnement de son poste, des difficultés dans son travail, des violences qu'il dit avoir reçues surtout verbales, de la dégradation de son état de santé en plusieurs mois. Monsieur Blessé dit même qu'il aurait sans doute pu appeler à l'aide avant mais il pensait que ça allait "s'arranger". Exaspéré et à bout, il est allé à un entretien avec le patron qui s'est plutôt mal passé, a annoncé sa démission et il a quitté l'entreprise sur le champ. En fait, il pensait sans doute que Monsieur Patron allait le rattrapper, et comme cela n'a pas eu lieu, cela a continué de lui faire penser que tout ce qui lui était arrivé jusque là était bien le moyen d'obtenir cette démission. Et Monsieur Blessé est en arrêt depuis. Il m'est envoyé par son médecin traitant pour une visite de pré-reprise. Il va mieux en arrêt, a recommencé à dormir, n'a plus de comportements agressifs dans sa famille, comme quand il était à cran. Il a fait le tour des syndicats, de l'inspection du travail et va faire des démarches pour aller aux ""prudhommes".
Je vais donc voir Monsieur Patron, bien ennuyé. L'accueil est assez froid, il ne sait pas très bien me situer, soit du côté de l'inspection du travail, soit du côté de l'avocat du salarié, il se méfie. Nous avons fini par mettre les pieds dans le plat, Monsieur Blessé est en arrêt mais que s'est-il passé avant d'en arriver là ?
Monsieur Patron est prudent dans ce qu'il me dit, mais il me situe bien ce qu'il a compris de la situation: Monsieur Blessé attendait un bébé, la grossesse à ce qu'il en sait se passe de manière chaotique, et MOnsieur Blessé a souvent besoin de s'absenter, ou bien il arrive en retard depuis quelques mois. Il est mal organisé, le travail n'avance pas. D'accord, le chef d'atelier lui crie dessus, mais bon, il est comme ça, le chef d'atelier, il aime quand ça avance, et quand ça n'avance pas, il s'énerve. Mais faut pas le prendre mal. Et puis, au bout d'un moment, Monsieur Patron décide d'aller voir Monsieur Blessé pour lui dire qu'il y a des choses qui ne marchent pas dans son travail, et qu'il devrait s'améliorer. Mais cela ne s'arrange pas, alors il convoque Monsieur Blessé dans son bureau pour lui faire des remarques, mais pour comprendre ce qui peut poser problème dans la zone de travail de Monsieur Blessé, il invite Monsieur Collègue à venir à cet entretien. (Sauf que Monsieur Collègue n'est pas du tout délégué du personnel, et qu'il est sûrement gêné d'assister à ça). Finalement, la qualité du travail de Monsieur Blessé se dégrade, il s'absente plus souvent, et à un entretien avec Monsieur Patron, il explose, dit qu'il veut démissionner, salue tout le monde et part. Monsieur Patron reçoit le soir même ou le lendemain un arrêt de travail. Alors, démission ou arrêt ? Arrêt de complaisance ou décompensation aiguë ?
Monsieur Patron a même reçu une lettre de Monsieur Blessé qui l'avertit que celui-ci va en justice pour faits avérés de "harcèlement", un ami de Monsieur Patron a achevé de l'angoisser en lui disant qu'il va en avoir pour 20000 euros ??? Monsieur Patron est désolé, désemparé, ne comprend plus ce qu'il doit faire, ne dort plus, à son tour. Il a reçu également la demande du salarié de poser ses congés...
J'ai pu donner des conseils à Monsieur Patron pour améliorer la situation dans son entreprise. J'ai également mis ces conseils par écrit:
-refuser toute banalisation de la violence.
-clarifier l'organigramme, les rôles de chacun (fiche de poste).
-organiser une procédure de dénonciation de dysfonctionnement et y trouver des solutions.
-créer un lieu de discussion régulièrement pour cette recherche de solutions.
-rédiger un règlement intérieur pour préciser les sanctions dans l'entreprise en fonction des fautes (retard, absences, alcool, ...).
-analyser le poste de Monsieur Blessé: a-t-il besoin de formation ? d'un chef ou d'un collaborateur ? de matériel ?
-ne pas convoquer un salarié pour lui faire des reproches devant son collègue de travail !
-penser à faire figurer le risque "psycho-social" dans le document unique en notant les mesures prises pour le prévenir.
Ce courrier est glissé dans le dossier médical du salarié.
Commentaires sur Blessures
qui est malade, M. Blessé ou le travail ?
J'ai lu avec intérêt plusieurs de vos messages et je crois à l'utilité de ce type de journal interactif.
Mon épouse est elle-même dans une posture délicate : cadre au sein d'une DRH, chargée de la GPEC et des dossiers Hygiène, sécurité et santé au travail, elle s'est trouvée en conflit avec sa hiérarchie qui a (probablement) décidé de s'en débarasser. Ladite hiérarchie a failli parvenir à ses fins (à l'insu de son plein gré) puisqu'elle a fait une TS le 25 septembre dernier.
Certes, le seul recours pour le salarié lorsque les syndicats n'arrivent pas à modifier le rapport de force en faveur des salariés, est l'appel à la Médecine du travail; voire l'appel à la Justice quand cela va trop loin. Mais que ce soit la seule issue me gène et je m'interroge : qui est malade, Mme ou M. Blessé ou le travail lui-même ?
Ce n'est pas une petite question : comme le montre l'exemple de M. Hercule que vous citiez plus bas, ce sont souvent les plus costauds qui "craquent"; les plus faibles plient pour ne pas rompre.
C'est la fierté "d'avoir du métier", "d'être qualifié et compétent" qui rend insupportable le déni de votre savoir-faire par l'entreprise. Or, ces dernières années, le contenu du travail a été bouleversé par des organisations (du travail) plus contraignantes, déshumanisantes. Ceux qui protestent, ceux qui s'arrêtent, sont alors désignés comme des êtres fragiles; la hiérarchie dit que "Mme ou M. Blessé souffre manifestement de problèmes personnels". Et l'intéressé peut même acquiescé, simplement pour qu'on lui foute la paix. Pour les collègues, il y aura un fonds de vérité car "on ne reconnait plus celle ou celui qui était si efficace dans le temps".
Mais ainsi le tour est joué : personne ne s'interroge sur les modifications qui ne rendrent plus acceptables le travail tel-qu'il-se-fait-maintenant à Mme ou M. Blessé. Qu'en pensez-vous ?
Mon opinion publiée à l'adresse suivante :
http://www.carnetsdesante.fr/spip.php?article138
Posté par gib, 09 février 2008 à 17:16 | | Répondre
Belle remarque, je suis d'ailleurs allée vous lire et je suis honorée de votre visite.
Effectivement, les médecins du travail sont parfois témoins de situation folles qui rendent fous.
Monsieur Blessé est malade, il est ane arrêt pour cela. Mais son poste est bancal, et là, c'est ça qu'il faut travailler. Dans cette entreprise, je pense que les choses peuvent bouger.
La suite le dira. Par contre, cela ne fera pas revenir Monsieur Blessé à ce poste, juste il faut éviter que Monsieur Remplacant ne tombe malalde aussi pour les mêmes raisons...!
Posté par sentinelle, 10 février 2008 à 20:04 | | Répondre
Je viens de lire une partie de ce blog. Je suis moi même dans une situation difficile et j'ai eu recours au medecin du travail. Il m'a aidé au debut, puis maintenant retourne sa veste. Bien entendu tout ça ne m'aide pas psychologiquement, je suis completement à cran, je ne sais plus quoi faire...Le medecin qui a donné un avis d'inaptitude à l'issue de 2 examens, peut il changé d'avis?
Pouvez vous m'aider? me donner des conseils?
Posté par Gwel, 31 mars 2008 à 17:19 | | Répondre
vous avez le droit de contester la décision d'aptitude de votre médecin auprès de l'inspecteur du travail avant que l'employeur ne vous licencie. Adressez vous directement à la Direction Départementale du travail, l'employeur a un mois pour licencier un salarié mis deux fois de suite inapte. Votre recours est possible.
Avez vous encore envie d'aller dans cette entreprise ? avez vous un plan B?
Posté par sentinelle, 31 mars 2008 à 18:51 | | Répondre
Non aucune envie d'y retourner... je suis étudiante, je ne travaille qu'à mi temps et cette histoire a ruiné mon année scolaire, alors que je devais présenter mon diplome...
Le médecin me convoque une 3e fois mercredi (il m'a dejà vu 2 fois à 2 semaines d'intervalle) je l'ai déjà eu 2 fois au téléphone depuis mon dernier rendez vous ou il avait confirmé mon inaptitude. Mais mon employeur lui met la pression, il ne veut pas que je sois inapte, du coup je pense serieusement que mercredi sera un piège pour moi...
Je ne sais vraiment pas quoi faire, ni ce qu'il a le droit de faire, peut il se rétracté en faveur de mon employeur? si c'est le cas, puis demander une expertise?
je suis sous anti depresseur et somnifères depuis 4 mois et vois une psy une fois par semaine...
Pour être franche, je pense même au pire... (même si je sais que tout ça n'en vaut pas la peine, des fois je suis tellement mal...)
Posté par Gwel, 01 avril 2008 à 02:30 | | Répondre
S'il a déjà donné deux avis d'inaptitude, normalement, la procédure est terminée. S'il change d'avis, vous pouvez le contester à l'inspection du travail, qui demandera l'avis d'un autre médecin: le médecin inspecteur régional du tavail.
Prenez soin de vous avant tout, mettez vous à l'abri. De toute façon, êtes vous obligée d'aller à cette troisième visite ????
Posté par sentinelle, 03 avril 2008 à 19:06 | | Répondre
L'ambivalence de la position du médecin du travail
" Je vais donc voir Monsieur Patron, bien ennuyé. L'accueil est assez froid, il ne sait pas très bien me situer, soit du côté de l'inspection du travail, soit du côté de l'avocat du salarié, il se méfie."
C'est toute l'ambivalence, voire l'ambiguïté de la position du médecin du travail. J'ai pondu une contribution sur ce thème : http://www.hospidroit.net/2008/04/quel-avenir-pour-la-medecine-du-travail/
Posté par Romanis, 06 avril 2008 à 23:24 | | Répondre
j'ai été mise en incapacité temporaire par la médecine du travail pour dépression réactionnelle liée à un problème d'harcèlement moral. Mon médecin traitant au courant depuis quelques mois de mon problème, confirme l'incapacité par un arrêt de travail. Le médecin du travail m'oriente vers un psychiatre spécialisé dans le traitement des conséquences d'harcèlement moral. Ce sera donc le psychiatre qui prendra le relai pour les arrêts de maladie. Un mois après mon arrêt de maladie mon employeur me licencie pour insuffisance professionnelle et incompatibilité d'humeur. Je dénonce ce licenciement abusif à l'inspection du travail qui m'oriente vers les prud'hommes seuls, à son avis, à régler le problème.
Mon psychiatre me fait une attestation détaillée du pourquoi de mes consultations. Je joins à mon dossier une copie de la lettre du médecin du travail à mon médecin traitant faisant état d'une dépression réactionnelle liée à mes conditions de travail.
Mon ex patron récuse et met en doute les compte-rendus médicaux disant qu'ils ne sont que le reflet de ce que j'ai bien voulu leur dire!!!
Comment prouver ou quels textes fournir pour faire comprendre que dans toute consultation ce qui prime est l'écoute qu'à le médecin pour entendre le mal être du patient et après le médecin fait son propre diagnostic après avoir entendu le patient !
Comment dénoncer que tout est subjectif dans le compte rendu que peut faire un patient de son mal
Posté par yo83, 06 janvier 2010 à 13:45 | | Répondre
D'abord, prenez soin de vous, vous êtes bien entourée, vous avez un arrêt pour être à l'abri, vous avez les courriers, les attestations. Vous êtes allée voir l'inspection du travail, vous envisagez d'aller au prud'homme pour licenciement abusif. Cela pourrait au moins mettre devant un collège d'employeur et de salariés ce qui vous est arrivé, au moins que cela n'arrive peut-être plus dans votre (ex) entreprise.
Vous employeur panique et commence à vous traiter de menteuse et cela vous déstabilise. C'est normal, c'est quand même les relations de travail qu'il a généré qui sont à l'origine de votre état, pas étonnant que ce qu'il puisse dire vous atteigne encore. Essayez d'éviter le contact direct et retranchez vous derrière un avocat qui s'occupera de tout. Pour le reste, je vous souhaite de parvenir à penser que ce licenciement est très injuste mais qu'il vous sauve la peau. Rester dans cette entreprise serait dangereux. La justice devrait vous rendre votre dignité. Re-construisez-vous avec les médecins qui vous entourent. Votre médecin du travail fera ce qu'il a à faire avec votre patron.
Ne répondez surtout pas directement à votre (ex)patron, passez par un avocat si vous allez aux prud'homme. Ce n'est plus votre patron après tout, donc, vous ne lui devez RIEN. Bon débarras.
La "subjectivité" est souvent évoquée pour nier la souffrance. C'est vrai, c'est subjectif la souffrance. Donc, vous devez chercher dans votre histoire de travail les faits précis anormaux qui vous ont mis dans cet état: impossibilité de faire votre travail, doubles ordres contradictoires, insultes,... Ecrivez tout dans un carnet personnel, non seulement cela vous aidera mais vous serez sans doute étonnée de voir que cela prend des pages. Ensuite cela vous donnera des arguments...pas très subjectifs...dont l'avocat sera friand, d'autant que vous pourriez avoir des témoins...Bon courage.
Posté par sentinelle, 06 janvier 2010 à 15:03 | | Répondre
Objectivité?!?!
J'ai juste une question,le médecin inspecteur est-il vraiment libre de son jugement? Peut-il dans les faits désapprouver l'avis d'un de ses confrères? Surtout si il y a une erreur de diagnostique sur une pression artérielle non installée? Contrôlée par deux fois par des mesures en "Holter" sur 24heurs. Mon cardiologue me fait savoir que je suis simplement victime de l'effet"blouse blanche". Et le médecin du travail prétend que ce n'est que "foutaise"(citation), et exige un traitement avec au moins deux médicaments.
Posté par keeepc, 04 mars 2010 à 02:02 | | Répondre
En réponse à Keeepc
A chacun son boulot, le médecin du travail n'a pas de mission curative, donc c'est le cardiologue et lui seul qui décide de la prescription qu'il fait et en assume bien entendu la responsabilité.
Posté par Smiloche, 21 juillet 2011 à 13:50 | | Répondre