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Timestamp: 2017-08-23 08:00:57+00:00
Document Index: 181519811

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Décret n° 2011-105 du 26 janvier 2011 portant publication de la Mesure 4 (2009), zone spécialement protégée de l'Antarctique n° 113, île Litchfield, port Arthur, île Anvers, archipel Palmer ― Plan de gestion révisé (ensemble une annexe), adoptée à Baltimore le 17 avril 2009 | Legifrance
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Décret n° 2011-105 du 26 janvier 2011 portant publication de la Mesure 4 (2009), zone spécialement protégée de l'Antarctique n° 113, île Litchfield, port Arthur, île Anvers, archipel Palmer ― Plan de gestion révisé (ensemble une annexe), adoptée à Baltimore le 17 avril 2009
AFFAIRES ETRANGERES ET EUROPEENNES , ACCORD INTERNATIONAL , PROTOCOLE DE MADRID , ANTARCTIQUE , TRAITE SUR L'ANTARCTIQUE , PROTECTION DE L'ENVIRONNEMENT , ZONE GEREE SPECIALE DE L'ANTARCTIQUE , RESERVE NATURELLE , SITE , MONUMENT HISTORIQUE , PLAN DE GESTION REVISE
JORF n°0023 du 28 janvier 2011 page 1687
Décret n° 2011-105 du 26 janvier 2011 portant publication de la Mesure 4 (2009), zone spécialement protégée de l'Antarctique n° 113, île Litchfield, port Arthur, île Anvers, archipel Palmer ― Plan de gestion révisé (ensemble une annexe), adoptée à Baltimore le 17 avril 2009 (1)
NOR: MAEJ1100091D
ELI: https://www.legifrance.gouv.fr/eli/decret/2011/1/26/MAEJ1100091D/jo/texte
Alias: https://www.legifrance.gouv.fr/eli/decret/2011/1/26/2011-105/jo/texte
Vu le décret n° 2005-1075 du 23 août 2005 portant publication de l'annexe V du protocole au traité de l'Antarctique, relatif à la protection de l'environnement, protection et gestion des zones, adoptée le 18 octobre 1991,
La Mesure 4 (2009), zone spécialement protégée de l'Antarctique n° 113, île Litchfield, port Arthur, île Anvers, archipel Palmer ― Plan de gestion révisé (ensemble une annexe), adoptée à Baltimore le 17 avril 2009, sera publiée au Journal officiel de la République française.
M E S U R E 4 (2009)
ZONE SPÉCIALEMENT PROTÉGÉE DE L'ANTARCTIQUE N° 113, ÎLE LITCHFIELD, PORT ARTHUR, ÎLE ANVERS, ARCHIPEL PALMER (ENSEMBLE UNE ANNEXE) PLAN DE GESTION RÉVISÉ
Rappelant les articles 3, 5 et 6 de l'annexe V du Protocole au Traité sur l'Antarctique qui prévoient la désignation de zones spécialement protégées de l'Antarctique ( ZSPA ) et l'approbation de plans de gestion pour ces zones ;
― la recommandation VIII-1 (1975), qui désignait l'île Litchfield, port Arthur, archipel Palmer comme zone spécialement protégée ( ZSP ) n° 17 et comprenait en annexe une carte du site,
― la décision 1 (2002), qui rebaptisait et renumérotait la ZSP n° 17 comme zone spécialement protégée de l'Antarctique n° 113,
― la mesure 2 (2004), qui adoptait un plan de gestion pour la ZSPA n° 113 ;
Notant que le Comité pour la protection de l'environnement a approuvé un plan de gestion révisé pour la ZSPA n° 113 ;
Notant la mesure 2 (2009), traitant de la ZGSA n° 7 (île Southwest Anvers et bassin Palmer), dans laquelle se trouve la ZSPA n° 113 ;
Désireux de remplacer le plan de gestion existant pour la ZSPA n° 113 par le plan de gestion révisé,
recommandent pour approbation à leurs gouvernements la mesure ci-après conformément au paragraphe 1 de l'article 6 de l'annexe V du Protocole au Traité sur l'Antarctique relatif à la protection de l'environnement, à savoir que :
1. Le plan de gestion révisé pour la zone spécialement protégée de l'Antarctique n° 113 (île Litchfield, port Arthur, île Anvers, archipel Palmer), qui figure en annexe à la présente mesure, soit approuvé ;
2. Le plan de gestion pour la ZSPA n° 113 qui figure en annexe à la mesure 2 (2004) cesse d'être en vigueur ;
3. La recommandation VIII-1 (1975) : île Litchfield, port Arthur, archipel Palmer, cesse d'être en vigueur.
PLAN DE GESTION POUR LA ZONE SPÉCIALEMENT
PROTÉGÉE DE L'ANTARCTIQUE N 113
ÎLE LITCHFIELD, PORT ARTHUR,
ÎLE ANVERS, ARCHIPEL PALMER
L'île Litchfield se trouve dans la région de port Arthur, île SW Anvers, au 6446' S, 6406' O. Sa superficie est d'environ 2,7 km². Si elle a été désignée comme une ZSPA, c'est parce que, avec son littoral, elle possède une collection inhabituellement grande de ressources marines et terrestres, qu'elle est de toutes les îles avoisinantes unique en son genre comme lieu de reproduction pour six espèces d'oiseaux indigènes et qu'elle constitue un exemple exceptionnel du système écologique naturel de la région de la péninsule Antarctique. En outre, l'île Litchfield possède d'abondantes aires de végétation tout en offrant la topographie la plus variée et la plus grande diversité d'habitats terrestres des îles dans port Arthur. Sa désignation a été proposée par les Etats-Unis d'Amérique. Elle a été adoptée par la recommandation VIII-1 (1975, ZSP n° 17), puis rebaptisée et renumérotée par la décision 1 (2002). Son plan de gestion initial a été adopté par la mesure 2 (2004).
L'île Litchfield (latitude sud 6446', longitude ouest 6406', 2,7 km²), port Arthur, île Anvers, péninsule antarctique, avait, sur proposition des Etats-Unis d'Amérique, initialement été désignée en tant que zone spécialement protégée de l'Antarctique en vertu de la recommandation VIII-1 (ZSP n° 17, 1975). Si ce site a bénéficié de cette désignation, c'est parce que l'île Litchfield, y compris son littoral, abritait une faune et une flore terrestres et marines très importantes, qu'elle représentait un site de reproduction unique parmi les îles voisines pour six espèces aviaires de l'endroit et qu'elle constituait un exemple remarquable de l'écosystème naturel de la péninsule antarctique .
Le plan de gestion actuel réaffirme les raisons initiales de la désignation liée à la présence de communautés aviaires. En effet, l'île abrite une mosaïque d'espèces aviaires très variées qui est représentative de la région centre-ouest de la péninsule antarctique. Le nombre d'espèces qui a été observé en phase de reproduction sur l'île Litchfield est actuellement de six après la récente extinction locale des manchots Adélie (Pygoscelis adeliae) sur l'île. La baisse de population a été attribuée à l'impact négatif de la forte accumulation de neige et à la diminution de l'étendue de glace de mer sur la disponibilité d'aliments et la survie des jeunes (McClintock et al. 2008). Continuent de se reproduire sur l'île le pétrel géant (Macronectes giganteus), l'océanite de Wilson (Oceanites oceanicus), le goéland dominicain (Larus dominicanus), le labbe antarctique (Catharacta maccormicki), le labbe brun (Catharacta loennbergi) et la sterne antarctique (Sterna vittata). Le fait que ces colonies d'oiseaux aient été relativement peu perturbées par les activités humaines constitue une valeur importante de la zone.
En 1964, l'île Litchfield renfermait l'une des couches de mousse connues les plus importantes de la région de la péninsule antarctique, dominée par Warnstorfia laculosa qui était alors considérée à sa limite méridionale (Corner, 1964a). En effet, W. laculosa a été observée à certains autres endroits plus au sud, y compris sur l'île Green (ZSPA n° 108, îles Berthelot) et l'île Avian (ZSPA n° 118, baie Marguerite). En conséquence, le fait initial consistant à affirmer que cette espèce est située à sa limite la plus méridionale sur l'île Litchfield n'est plus exact. Toutefois, l'île Litchfield représentait à l'époque un des exemples les plus représentatifs de la végétation maritime antarctique au large de la côte occidentale de la terre Graham. En outre, plusieurs bancs de Chorisodontium aciphyllum et de Polytrichum strictum répartis sur une profondeur allant jusqu'à 1,2 mètre ont été décrits en 1982 et étaient alors considérés comme les exemples les plus représentatifs de leur type dans la région de la péninsule antarctique (Fenton et Smith, 1982). En février 2001, il a été observé que ces valeurs avaient lourdement souffert de l'impact des otaries à fourrure (Arctocephalus gazella) qui ont endommagé et détruit d'importantes zones de végétation sur les pentes inférieures les plus accessibles de l'île, et ce par piétinement et par enrichissement en matière organique.
Certains endroits, qui étaient auparavant recouverts d'épaisses couches de mousse, ont été complètement détruits alors que d'autres ont subi des dégâts moyens, voire graves. Alors que les pentes de Deschampsia antarctica sont plus résistantes et ont supporté la présence des otaries à fourrure, même en grand nombre, des signes de dégâts importants sont évidents. Cependant, aux endroits les plus escarpés et les plus élevés de l'île, ainsi que dans des zones qui sont inaccessibles aux otaries, la végétation est restée intacte. En outre, des observations semblent indiquer qu'une récente diminution du nombre des otaries à fourrure de l'Antarctique a conduit à une récupération de la végétation qui avait été endommagée sur l'île Litchfield (Fraser, communication personnelle, 2009). Bien que la végétation soit moins importante et que certaines des couches de mousse aient été affectées, la végétation restante conserve une valeur certaine et justifie pleinement la protection spéciale de l'île. L'île Litchfield se caractérise par sa topographie la plus variée ainsi que par la plus grande diversité d'habitats terrestres de toutes les îles de port Arthur.
La péninsule Antarctique connaît à l'heure actuelle un degré de réchauffement régional supérieur à tout autre réchauffement observé sur la planète. En réponse à ce réchauffement climatique, l'écosystème marin qui entoure l'île Litchfield est soumis à des changements considérables et rapides qui comprennent une baisse des populations de manchots Adélie et d'otaries à fourrure de l'Antarctique ainsi qu'à des changements dans les modes de végétation. Comme tel, le maintien de l'état relativement intact de l'île se prête bien éventuellement à des études à long terme de cet écosystème.
L'île Litchfield a bénéficié d'une protection spéciale quasiment depuis qu'ont commencé à l'ère moderne des activités scientifiques dans la région, les autorisations d'accès ayant été uniquement délivrées pour répondre à des buts scientifiques indispensables. Par conséquent, aucune visite, recherche ou activité d'échantillonnage à grande échelle n'y a jamais été organisée et sa valeur en tant que zone terrestre protégée a été relativement peu perturbée par des activités humaines. La zone conserve donc toute sa valeur comme site de référence pour plusieurs types d'études comparatives, certaines zones étant utilisées plus intensément, et les changements à long terme, concernant les populations de certaines espèces et le microclimat, peuvent y être observés. L'accès à l'île est facile en petite embarcation à partir de la station Palmer (Etats-Unis d'Amérique) toute proche, et port Arthur est visité fréquemment par des navires de tourisme. Une protection spéciale continue est dès lors indispensable pour garantir que la zone soit perturbée le moins possible par les activités humaines.
La zone désignée englobe la totalité de l'île Litchfield au-dessus du niveau de la mer à marée basse, à l'exception des îlots et des rochers en mer.
La gestion de l'île Litchfield vise à :
― éviter toute détérioration ou tout risque de détérioration des valeurs de la zone en empêchant tout échantillonnage et toute perturbation inutile de ladite zone ;
― permettre des recherches scientifiques sur l'écosystème naturel et l'environnement physique de la zone, pour autant que ces recherches soient indispensables et ne puissent être menées ailleurs, et qu'elles ne portent pas atteinte aux valeurs pour lesquelles la zone est protégée ;
― minimiser les risques d'introduction de plantes, d'animaux ou de microbes exotiques dans la zone ;
― permettre à l'appui des buts et objectifs du plan de gestion des visites à des fins de gestion.
Les activités de gestion suivantes devront être entreprises pour protéger les valeurs de la zone :
― des copies de ce plan de gestion, y compris des cartes de la zone, seront mises à la disposition de la station Palmer sur l'île Anvers ;
― les dispositifs de bornage, les panneaux et autres structures mis en place dans la zone à des fins scientifiques ou de gestion devront être solidement fixés et soigneusement entretenus ;
― des visites seront organisées en fonction des besoins (au moins une fois tous les cinq ans) afin de déterminer si la zone répond toujours aux objectifs pour lesquels elle a été désignée et de s'assurer que les mesures de gestion et d'entretien sont adéquates.
La zone est désignée pour une période indéterminée.
Carte 1. ― Ile Litchfield ZSPA n° 113. Cette carte indique l'emplacement de l'île par rapport à l'île Anvers, ainsi que l'endroit où sont situées les stations avoisinantes (la station Palmer, Etats-Unis d'Amérique ; la station Yelcho, Chili, ainsi que le site et monument historique de Port Lockroy, Royaume-Uni), les limites de la zone spécialement protégée de l'Antarctique n° 7, île Anvers et bassin Palmer, et l'emplacement des zones protégées environnantes.
Projection : conique conforme de Lambert ;
Méridien central : 6406' O ;
Parallèles standard : 6445' S, 6500'S ;
Datum et sphéroïde : WGS84 ;
Intervalle des contours : terre ― 250 mètres ; mer ― 200 mètres.
― base de données numériques antarctiques du SCAR V4 (2005) ; bathymétrie du bassin Palmer Domack et al. (2006), autre bathymétrie GEBCO (2003).
Encart : emplacement de l'île Anvers et de l'archipel Palmer par rapport à la péninsule antarctique.
Carte 2. ― Ile Litchfield ZSPA n° 113 : particularités physiques et quelques animaux. Spécifications de la carte : projection : conique conforme de Lambert, méridien central : 6406' O ;
Parallèles standard : 6446' S, 6448' S ;
Datum : USGS LIT1 (1999) ;
Sphéroïde : WGS84 ;
Intervalle des contours : terre ― 5 mètres ; mer ― 20 mètres ;
Littoral, topographie et colonie de manchots dérivés de l'orthophotographie USGS avec une précision verticale et horizontale d'environ 2 mètres (Sanchez et Fraser, 2001) ;
Bathymétrie dérivée d'Asper et Gallagher, étude PRIMO (2004) ; données sur les oiseaux, W. Fraser (2001-2009) Le littoral nord-est se trouve au-delà des limites de l'orthophotographie et il est numérisé à partir d'une image aérienne rectifiée couvrant une zone plus large (précision estimée à 10 mètres ― référence de l'image : TMA3210 025V, 23 décembre 1998).
L'île Litchfield (latitude sud 6446'15'', longitude ouest 64°05''40', 0,35 km²) est située à port Arthur, à environ 1 500 mètres à l'ouest de la station Palmer (Etats-Unis d'Amérique), pointe Gamage, île Anvers, dans la région occidentale de la péninsule antarctique connue sous le nom d'archipel Palmer (carte 1). L'île Litchfield est une des îles les plus grandes de port Arthur, s'étendant sur environ 1 000 mètres dans le sens nord-ouest sud-est et sur 700 mètres dans le sens nord-est sud-ouest. L'île Litchfield présente la topographie la plus variée et les habitats terrestres les plus divers des îles de port Arthur (Bonner et Lewis Smith, 1985). Plusieurs collines s'élèvent à une altitude située entre 30 et 40 mètres, le sommet de 48 mètres se trouvant dans la partie centre occidentale de l'île (carte 2). Des affleurements rocheux sont assez nombreux, à la fois sur ces pentes et sur la côte. L'île est dans sa majeure partie libre de glace en été, à l'exception des petites concentrations de neige que l'on retrouve principalement sur les versants méridionaux et les vallées. Des falaises d'une hauteur pouvant atteindre 10 mètres constituent les côtes du nord-est et du sud-est, et les baies au nord et au sud abritent des plages de galets.
La zone désignée englobe la totalité de l'île Litchfield au-dessus du niveau de la mer à marée basse, à l'exception des îlots et des rochers en mer. La côte est en soi une ligne de démarcation clairement définie et visible de sorte qu'aucun dispositif de bornage n'a été installé. Plusieurs panneaux appelant l'attention sur le statut protégé de l'île ont été installés et sont bien en vue encore que leur état se détériore (Fraser, communication personnelle, 2009).
Peu de données sont disponibles concernant la météorologie sur l'île Litchfield. Toutefois, des données relatives aux températures ont été recueillies à deux endroits, l'un qui fait face au nord et l'autre qui fait face au sud entre le mois de janvier et de mars 1983 (Komárková, 1983). Le site qui fait face au nord s'est avéré être le plus chaud des deux, les températures de janvier, février et mars 1983 oscillant respectivement entre 2 et 9 °C, ― 2 et 6 °C et ― 2 et 4 °C. Une température maximale de 13 °C et minimale de ― 3 °C a été enregistrée sur ce site au cours de cette période. Le site qui fait face au sud a en général connu une température inférieure de 2 °C, les températures de janvier, février et mars 1983 oscillant respectivement entre 2 et 6 °C, ― 2 et 4 °C et ― 3 et 2 °C. Une température maximale de 9 °C et minimale de ― 4,2 °C a été enregistrée sur ce site au cours de cette période.
Les données qui sont disponibles sur le long terme pour la station Palmer indiquent des températures régionales relativement douces en raison des conditions océanographiques locales et de la persistance d'une couche de nuages fréquents dans la région de port Arthur (Lowry, 1975). Les moyennes mensuelles des températures de l'air enregistrées pendant la période 1974-2004 à la station Palmer font état d'une nette tendance au réchauffement mais aussi d'une variabilité interannuelle marquée (Figure 1). La température maximale enregistrée durant la période a été de 10,8 °C en décembre 2000 et la température minimale de ― 26 °C en août 1995. Des études antérieures ont identifié le mois d'août comme étant le mois le plus froid et le mois de janvier comme étant le mois le plus chaud) (Baker, 1996). Les orages et les précipitations sont fréquents à la station Palmer, les vents de faibles à modérés étant persistants et soufflant de secteur nord-est.
JOn° 23 du 28/01/2011 texte numéro 8
Figure 1. Température moyenne annuelle de l'air à la surface à la station Palmer, 1974-2004. Source des données : Palmer LTER ( http://pal.lternet.edu/data/study_catalog.php#weather) .
Géologie, géomorphologie et sols
L'île Litchfield est une des nombreuses petites îles et péninsules rocheuses situées le long de la côte sud-ouest de l'île Anvers, qui se composent d'un assemblage inhabituel de type rocheux de la fin du Crétacé/début du Tertiaire appelé Altered Assemblage (Hooper, 1962). Les principaux types de roches du Altered Assemblage sont la tonalite, une forme de diorite à quartz, et la trondhjemite, une roche plutonique légèrement colorée. Les roches granitiques et volcaniques riches en minéraux (plagioclase, biotite, quartz et hornblende) sont également très présentes dans la zone. L'île Litchfield se caractérise par une bande centrale de diorites à grain fin de couleur gris semi-foncé, qui sépare entre l'est et l'ouest les trondhjemites et les tonalites constituées principalement de grain moyen et présentant une couleur gris clair (Willan, 1985). La partie orientale se caractérise par des filons plus pâles sur une longueur pouvant aller jusqu'à 40 mètres selon une orientation nord-sud et est-ouest. Des petites veines de quartz, d'épidote, de chlorite, de pyrite et de chalcopyrite d'une épaisseur pouvant aller jusqu'à 8 centimètres se dessinent selon une orientation sud - sud-est traversant la tonalite. Des filons plagioclasiques phyriques gris foncé à grain fin portant des traces de magnétite suivent une orientation est - nord-est sud - sud-est. De nombreux filons de feldspath phyrique gris foncé sont présents à l'ouest ; ils peuvent avoir une épaisseur de 3 mètres et affichent une orientation nord-sud et est - sud-est. Certains d'entre eux recoupent ou sont recoupés par de rares veines de quartz, d'épidote, de chlorite, de pyrite, de chalcopyrite et de bornite dont l'épaisseur peut atteindre 20 centimètres. Les sols de l'île Litchfield n'ont fait l'objet d'aucune description bien que des sols tourbeux d'une profondeur pouvant atteindre 1 mètre aient été découverts à des endroits où la croissance du tapis mousseux est, ou était, importante.
Habitat dulçaquicole
L'île Litchfield abrite quelques petites lagunes. Une d'entre elles située sur une colline dans la partie centre - nord-est de l'île contient les algues Heterohormogonium sp et Oscillatoria brevis. Une autre lagune, située 50 mètres plus au sud, renferme Gonium sp, Prasiola crispa, P. tesselata et Navicula sp. (Parker et al., 1972).
Les communautés de plantes sur l'île Litchfield ont fait l'objet d'une étude détaillée en 1964 (Corner, 1964a). A cette époque-là, la végétation de l'île était très développée et comprenait plusieurs communautés distinctes avec une flore variée (Lewis Smith et Corner, 1973 ; Lewis Smith, 1982). Les deux espèces de plante vasculaire de l'Antarctique, la canche antarctique (Deschampsia antarctica) et la sagine antarctique (Colobanthus quitensis), ont été répertoriées sur l'île (Corner, 1964a ; Greene et Holtom, 1971 ; Lewis Smith et Corner, 1973). Corner (1964a) a constaté que D. antarctica se retrouvait souvent le long des côtes nord et nord-ouest de l'île et que des concentrations localisées plus importantes à l'intérieur de l'île peuplaient les bancs rocheux contenant des dépôts de minéraux et forme des tapis végétaux épais (Greene et Holtom, 1971 ; Lewis Smith, 1982). C. quitensis était présent à deux endroits : une concentration sur la côte nord-est mesurant environ 9 × 2 mètres et une série de six nappes dispersées sur des pentes raides et lisses de la côte nord-ouest. Ces deux plantes vasculaires sont en général accompagnées d'un assemblage de couches de mousse, notamment Bryum pseudotriquetrum (Bryum imperfectum), Sanionia uncinata (Drepanocladus uncinatus), Syntrichia princeps (Tortula grossiretis) et Warnstorfia laculosa (Calliergidium austro-stramineum) (Corner, 1964a). Au nombre des facteurs qui contrôlent l'aire de distribution de C. quitensis et de D. antarctica figurent la disponibilité de substrat et de température de l'air appropriée (Komárková et al. 1985). De concert avec le récent réchauffement, les populations existantes de C. quitensis se sont élargies et de nouvelles colonies se sont installées dans la zone de port Arthur encore que ce phénomène n'ait pas été étudié spécifiquement à l'île Litchfield (Grobe et al. 1997 ; Lewis Smith 1994).
Sur les versants rocheux assez secs, plusieurs bancs de Chorisodontium aciphyllum (Dicranum aciphyllum) et de Polytrichum strictum (Polytrichum alpestre) ont été observés en 1982 à pas moins de 1,2 mètre de profondeur à certains endroits et ils sont considérés comme les exemples les plus représentatifs de leur espèce dans la région de la péninsule antarctique (Fenton et Lewis Smith, 1982 ; Lewis Smith, 1982). Les concentrations de tourbe mousseuse les plus exposées aux éléments naturels sont couvertes de lichens crustacés, une espèce de Cladonia spp., Sphaerophorus globosus et Coelocaulon aculeatum (Cornicularia aculeata). Dans les ravines profondes et protégées, le couvert de lichens est souvent dense et abrite Usnea antarctica, U. aurantiaco-atra et Umbilicaria antarctica. La tourbe P. strictum, d'une épaisseur de 50 centimètres, a été observée à des endroits surélevés au creux d'une étroite vallée d'orientation est-ouest. Les hépatiques Barbilophozia hatcheri et Cephaloziella varians ont été associés aux communautés de tourbes, en particulier dans les canaux pilonnés par le gel, et se présentent souvent sous forme de spécimens figés sur de l'humus découvert.
Un certain nombre de zones humides en permanence ont été observées sur l'île, et une des particularités les plus remarquables de ces zones sont les couches de mousses les plus importantes connues à ce jour dans la région antarctique, dominées par W. laculosa (Fenton et Lewis Smith, 1982). A d'autres endroits, S. uncinata et Brachythecium austro-salebrosum forment des concentrations plus petites. Pohlia nutans peuple les zones plus sèches où les communautés de mousses ont fusionné avec celles de tourbes mousseuses.
Les surfaces rocheuses abritent une variété de communautés dominées par des lichens auxquelles viennent s'ajouter les nombreuses espèces épiphytiques observées sur les bancs de mousse. Une communauté ouverte de lichens et de bryophytes couvrait des roches et des falaises le long de la côte et au centre de l'île. La côte méridionale de l'île abrite principalement des espèces crustacées de lichens, notamment Usnea antarctica ainsi que les mousses Andreaea depressinervis et A. regularis. L'algue verte Prasiola crispa forme de petites concentrations associées aux colonies de manchots et autres habitats d'oiseaux marins.
Parmi les autres espèces observées dans la zone, citons : l'hépatique Lophozia excisa ; les lichens Buellia spp., Caloplaca spp., Cetraria aculeata, Coelopogon epiphorellus, Lecanora spp., Lecidia spp., Lecidella spp., Lepraria sp., Mastodia tessellata, Ochrolechia frigida, Parmelia saxatilis, Physcia caesia, Rhizocarpon geographicum, Rhizocarpon sp., Stereocaulon glabrum, Umbilicaria decussata, Xanthoria candelaria et X. elegans ; et les mousses Andreaea gainii var. gainii, Bartramia patens, Dicranoweisia grimmiacea, Pohlia cruda, Polytrichastrum alpinum, Sarconeurum glaciale et Schistidium antarctici (base de données sur la végétation de la British Antarctic Survey, 2009).
Dans le passé, des populations de plus en plus importantes d'otaries à fourrure (Arctocephalus gazella) ont sérieusement endommagé les couches et les bancs de mousse à faible altitude (Lewis Smith, 1996 et Harris, 2001). Toutefois, tout semble indiquer qu'a commencé en certains endroits une phase de récupération de la végétation qui avait été endommagée, et ce après une récente diminution des populations d'otaries à fourrure sur l'île Litchfield (Fraser, communication personnelle, 2009). Des labbes antarctiques (Catharacta maccormicki) nichent dans les bancs de mousse et provoquent des dégâts limités.
Invertébrés, bactéries et champignons
La faune d'invertébrés de l'île Litchfield n'a pas fait l'objet d'une étude détaillée. Les tardigrades Macrobiotus furciger, Hypsibius alpinus et H. pinguis ont été observés dans des concentrations de mousses, principalement sur les versants nord de l'île (Jennings, 1976).
Six espèces d'oiseaux se reproduisent sur l'île Litchfield qui, à ce titre, concentre les habitats les plus variés de la région de port Arthur pour ce qui est de l'avifaune en phase de reproduction. Une petite colonie de manchots Adélie (Pygoscelis adeliae) se trouvait antérieurement sur la partie orientale de l'île et elle a été recensée régulièrement depuis 1971 (tableau 1, carte 2). Après la baisse substantielle des trente dernières années du nombre de couples nicheurs, les manchots Adélie sont aujourd'hui une espèce qui a disparu de l'île Litchfield (Fraser, communication personnelle, 2009). La baisse de population a été attribuée principalement aux changements dont ont fait l'objet la distribution des glaces et l'accumulation des neiges (McClintock et al. 2008). Les manchots Adélie sont sensibles aux changements dans la concentration de la glace de mer qui a une influence sur l'accès des manchots aux aires d'alimentation et sur l'abondance de krill antarctique, qui est leur principales proie (Fraser et Hofmann, 2003 ; Ducklow et al., 2007). Le récent élargissement substantiel de la superficie libre de glace dans la zone d'étude LTER de Palmer s'est produit dans le même temps qu'une diminution de 80 % de l'abondance de krill le long de la moitié nord de la péninsule antarctique de l'ouest et il peut en avoir résulté une réduction considérable des approvisionnements en aliments des manchots Adélie qui habitent l'île Litchfield (Fraser et Hofmann, 2003 ; Forcada et al., 2008). Ces dernières années, les blizzards de printemps dans la zone de port Arthur sont devenus plus fréquents et plus violents, ce qui, conjugué à une augmentation généralisée des précipitations, aurait fait considérablement monter les taux de mortalité des poussins et des œufs de manchots Adélie (McClintock et al., 2008 ; Patterson et al., 2003). C'est des sept colonies de manchots étudiées dans la zone Palmer celle de l'île Litchfield sur laquelle tombe le plus de neige et celle qui a enregistré la baisse la plus rapide, ce qui porte sans aucun doute à croire que l'augmentation des chutes de neige sont un facteur qui contribue aux pertes de manchots Adélie (Fraser, in Stokstad, 2007).
Tableau 1. ― Nombre de manchots Adélie (Pygoscelis adeliae) nicheurs sur l'île Litchfield, 1971-2009
DÉC.¹
1999―
1. Cpls couples nicheurs, N Nid, C Bébé manchot, A Adulte 1 ¸ 5 %, 2 5-10 %, 3 = 10-15 %, 4 25-50 % (classification de Woehler, 1993). 2. Parmelee et Parmelee, 1987 (N1 et les décomptes de décembre sont indiqués lorsque plusieurs décomptes ont été effectués au cours d'une même saison). 3. Données de Fraser fournies en février 2003, et basées sur plusieurs sources publiées et non publiées. 4. Données de W.R. Fraser communiquées en janvier 2009.
Les pétrels géants (Macronectes giganteus) se reproduisent en petit nombre sur l'île Litchfield. Quelque vingt couples ont été répertoriés en 1978-1979, y compris un adulte incubant qui avait été bagué en Australie (Bonner et Lewis Smith, 1985). On trouvera au tableau 2 des données plus récentes sur le nombre de couples nicheurs qui font état d'une tendance à la hausse. L'accroissement des populations sur l'île Litchfield et à proximité de la station Palmer est une exception notable à la diminution plus généralisée des pétrels géants de l'Antarctique dans la région de la péninsule Antarctique et elle a été attribuée à la proximité directe d'aires d'alimentation riches en proies ainsi qu'au niveau relativement bas des activités halieutiques commerciales dans la région (Patterson et Fraser 2003). Pendant l'été austral 2004, on a découvert que six poussins de pétrels géants de l'Antarctique issus de quatre colonies proches de la station Palmer souffraient d'une infection à poxvirus (Bochsler et al., 2008). On ignore actuellement les raisons de l'apparition du virus et ses impacts potentiels sur les populations de pétrels géants de l'Antarctique mais d'aucuns pensent que les manchots Adélie risquent eux aussi d'être vulnérables à cette infection.
Tableau 2. ― Nombre de pétrels géants (Macronectes giganteus) nicheurs sur l'île Litchfield entre 1993-2009 (précision du décompte : ¸ 5 %)
Source : données non publiées fournies par Fraser en février 2003 et janvier 2009.
Il est probable que les océanites de Wilson (Oceanites oceanicus) se reproduisent dans la zone, même si leur nombre n'a pu être déterminé. Jusqu'à cinquante couples de labbes antarctiques (Catharacta maccormicki) ont été observés sur l'île, mais le nombre de labbes nicheurs connaît de grandes fluctuations d'une année sur l'autre. Les labbes bruns (Catharacta loennbergi) ont été dans le passé étroitement liés à la colonie de manchots Adélie (carte 2), le nombre de couples nicheurs variant entre deux et huit. Le décompte dérisoire de deux couples en 1980-1981 a suivi une épidémie de choléra aviaire qui a décimé de nombreux labbes bruns sur l'île Litchfield en 1979. Des couples hybrides nicheurs ont également été observés. Bien qu'entre douze et vingt goélands dominicains (Larus dominicanus) aient été vus régulièrement sur l'île, il n'y a que 2 ou 3 nids par saison. Des sternes antarctiques (Sterna vittata) se reproduisent régulièrement sur l'île Litchfield, mais le nombre de couples est inférieur à la douzaine (environ 8 couples en 2002-2003) (Fraser, commentaire personnel, 2003). Ils se trouvent habituellement sur la côte nord-est même si l'emplacement des sites de reproduction varie d'année en année. Ainsi, en 1964, ils occupaient un site sur la côte nord-ouest (Corner 1964a). Une récente visite de l'île Litchfield montre que le nombre d'océanites de Wilson, de labbes de l'Antarctique, de labbes bruns, de goélands dominicains et de sternes antarctiques qui nichent sur l'île n'a guère changé ces dernières années (Fraser, communication personnelle, 2009).
Parmi les oiseaux qui peuplent mais ne se reproduisent pas sur l'île Litchfield, citons le cormoran antarctique (Phalacrocorax [atriceps] bransfieldensis) qui se reproduit sur l'île Cormorant située plusieurs kilomètres à l'est, ainsi que le manchot à jugulaire (Pygoscelis antarctica) et le manchot papou (P. papua) qui, en été, visitent régulièrement l'île en petit nombre. Le pétrel des neiges, (Pagodroma nivea), le damier du cap (Daption capense), le pétrel antarctique (Thalassoica antarctica) et le fulmar antarctique (Fulmarus glacialoïdes) se rendent sur l'île en petit nombre et à titre occasionnel, et deux albatros à tête grise (Diomedea chrysotoma) ont été observés à proximité de l'île en 1975 (Parmelee et al., 1977).
Les otaries à fourrure (Arctocephalus gazella) ont fait leur apparition à port Arthur au milieu des années 70 et sont désormais présentes sur l'île Litchfield à partir du mois de janvier de chaque année. Des recensements réguliers effectués en février et en mars entre 1988 et 2003 ont permis de comptabiliser une moyenne de 160 et 340 animaux sur l'île au cours de ces mois respectifs (Fraser, commentaire personnel, 2003). Ces dernières années cependant, le nombre d'otaries à fourrure de l'Antarctique a diminué dans la région de port Arthur (Siniff et al., 2008). Cette diminution a été provisoirement attribuée à une baisse de krill antarctique disponible, espèce qui représente une composante clé du régime alimentaire des otaries à fourrure, en particulier pendant la période d'allaitement (Clarke et al., 2007 ; Siniff et al., 2008). On pense que la diminution de l'abondance de krill est le résultat d'une réduction de l'étendue comme de la persistance de glace de mer dans la région de port Arthur (Fraser et Hoffman, 2003 ; Atkinson et al., 2004).
Les éléphants de mer (Mirounga leonina) rallient les plages accessibles d'octobre à juin, et leur nombre a été évalué en moyenne à quarante-trois au cours de ces mois depuis 1988 (Fraser, communication personnelle, 2003). Les groupes plus importants, d'une douzaine d'animaux voire plus, se trouvent dans les vallées de faible élévation sur le flanc nord-est de l'île (cf. carte 2). Quelques phoques de Weddell (Leptonychotes weddellii) sont parfois observés sur les plages. Il ressort de données des recensements effectués sur le long terme (1974-2005) que les populations d'éléphants de mer dans la région de port Arthur ont récemment augmenté ; des aires libres de glace plus étendues étant devenues disponibles pour leur alimentation. Par contre, elles montrent que le nombre de phoques de Weddell a diminué en raison de la diminution de l'étendue des banquises, lesquelles sont nécessaires à leur alimentation (Siniff et al., 2008). Les phoques mangeurs de crabe (Lobodon carcinophagus) et les léopards de mer (Hydrurga leptonyx) sont souvent présents sur les glaces flottantes à proximité de l'île Litchfield. Des petits rorquals (Balaenoptera acutorostrata) ont été aperçus dans la région de port Arthur aussi bien durant l'été austral (décembre-février) qu'en automne (mars-mai) (Scheidat et al., 2008).
Communautés en milieux benthiques et littoraux
De forts courants de marée existent entre les îles à port Arthur mais la côte abrite de nombreuses anses protégées (Richardson et Hedgpeth, 1977). Des falaises rocheuses infratidales s'enfoncent en angle dans un substrat mou à une profondeur moyenne de 15 mètres et de nombreux affleurements rocheux existent dans ce substrat à des profondeurs supérieures. La structure des sédiments à port Arthur est en général assez floue et se compose principalement de particules de boue avec une teneur organique d'environ 6,75 % (Troncoso et al., 2008). De vastes zones du fond marin dans port Arthur Harbor sont couvertes de macro-algues, notamment Desmarestia anceps et D. menziesii, tandis que des invertébrés sessiles comme des éponges et des coraux y sont eux aussi présents (McClintock et al., 2008 ; Fairhead et al., 2006). Le substrat constitué principalement de boues molles, qui est situé à environ 200 mètres au large de la côte nord-est de l'île Litchfield, s'est révélé riche en communautés macrobenthiques caractérisées par leur grande variété et une biomasse de crustacés, de mollusques, d'arthropodes et de polychètes autonomes se nourrissant de dépôts (Lowry, 1975). L'analyse d'assemblages de mollusques dans port Arthur, faite qu'elle a été dans le cadre d'une étude intégrée de l'écosystème benthiques durant les étés australs 2003 et 2006, révèle que la richesse et l'abondance des espèces y sont relativement faibles (Troncoso et al., 2008). Les espèces de poisson Notothenia neglecta, N. nudifrons et Trematomus newnesi ont été observées à une profondeur de 3 à 15 mètres (De Witt et Hureau, 1979 ; McDonald et al., 1995). La patelle antarctique (Nacella concinna) est présente dans les eaux marines autour de l'île Litchfield (Kennicutt et al., 1992b) et très répandue dans les zones d'eau peu profondes de l'ouest de la péninsule antarctique (Kennicutt et al., 1992b ; Clarke et al., 2004). La surveillance de la distribution de zooplanctons à l'intérieur de la zone marine entourant l'île Litchfield montre que la quantité d'Euphausia superba et de Salpa thompsoni a fortement diminué entre 1993 et 2004 (Ross et al., 2008).
Nature et impact des activités humaines
En janvier 1989, le navire Bahia Paraiso s'est échoué à 750 mètres au sud de l'île Litchfield, déversant plus de 600 000 litres d'hydrocarbure dans l'environnement immédiat (Kennicutt, 1990 et Penhale et al., 1997). Les communautés peuplant les zones intertidales ont été les plus affectées, et des éléments polluants à base d'hydrocarbures ont été décelés dans les sédiments et les patelles (Nacella concinna) intertidales et infratidales, avec un taux de mortalité estimé supérieur à 50 % (Kennicutt et al., 1992 a et b, Kennicutt et Sweet, 1992, Penhale et al., 1997). Toutefois, cette population a recommencé à croître peu de temps après le déversement (Kennicutt, 1992 a et b). Le niveau des polluants du type hydrocarbure détecté sur les sites intertidaux choisis au hasard sur l'île Litchfield était parmi les plus élevés jamais enregistrés (Kennicutt et al., 1992b, Kennicutt et Sweet, 1992). On a estimé que 80 % des manchots Adélie en nidation à proximité du déversement ont été exposés à la pollution par hydrocarbure, et que les colonies exposées ont connu une réduction supplémentaire de 16 % de leur population au cours de cette saison en raison de cette pollution (Penhale et al., 1997). Toutefois, peu d'oiseaux adultes morts ont été observés. Des échantillons prélevés en avril 2002 ont détecté des hydrocarbures dans les eaux entourant l'épave Bahia Paraiso, ce qui semble indiquer qu'il y a eu des fuites de gasoil dans l'Antarctique (Janiot et al., 2003) tandis que des hydrocarbures arrivent parfois sur les plages de l'île South-Western Anvers (Fraser, communication personnelle, 2009). Toutefois, des hydrocarbures n'ont pas été découverts dans les échantillons de sédiment ou de biote prélevés en 2002 et l'on pense que l'énergie de haute mer dans la région limite considérablement l'impact des fuites de carburant sur le biote local et la rémanence des polluants sur les plages. En outre, on aperçoit de temps à autre sur l'île Litchfield des débris marins dont des hameçons, des cannes et des flotteurs.
Les registres de délivrance des permis détenus par les Etats-Unis d'Amérique indiquent qu'au cours de la période 1978-1992, à peine trente-cinq personnes ont visité l'île Litchfield et qu'environ trois visites auraient été organisées par saison (Fraser et Patterson, 1997). Cela donne un total d'environ quarante visites sur douze ans. Cependant, comme vingt-quatre atterrissages ont eu lieu au total sur l'île pendant les deux saisons 1991-1993 (Fraser et Patterson, 1997), il semble que ces données soient sous-évaluées. Toutefois, le nombre de visites de l'île Litchfield est resté faible au cours de cette période et cette tendance s'est poursuivie. Les visites ont avant tout visé à recenser les oiseaux et les phoques, et à étudier l'écologie terrestre.
Lors des études consacrées aux plantes sur l'île Litchfield en 1982 (Komárková, 1983), des baguettes de soudage ont été introduites dans le sol pour marquer les sites étudiés. A pointe Biscoe (ZSPA n° 139) située à proximité, de nombreuses baguettes utilisées dans le cadre d'études similaires ont été abandonnées in situ et ont éliminé la végétation environnante (Harris, 2001). Le nombre de baguettes qui a servi au bornage des sites sur l'île Litchfield est inconnu et aucune donnée ne permet de savoir si ce matériel a été subséquemment retiré du site. Néanmoins, une baguette a été retrouvée et retirée d'un site abritant de la végétation dans une petite vallée, à environ 100 mètres à l'ouest du sommet de l'île, et ce après de brèves recherches menées en février 2001 (Harris, 2001) ; on trouve encore de temps à autre des baguettes de métal. Des recherches plus poussées seraient nécessaires afin de déterminer si d'autres baguettes de soudage sont toujours en place sur l'île. Aucun autre impact humain sur l'environnement terrestre n'a été observé le 28 février 2001 mais un des deux panneaux indiquant qu'il s'agit d'une zone protégée était en mauvais état et mal fixé.
L'impact des activités humaines sur les phoques, les oiseaux et l'écologie terrestre de l'île Litchfield, issu de visites directes sur le site, doit dès lors être considéré comme mineur (Bonner et Lewis Smith, 1985, Fraser et Patterson, 1997, Harris, 2001).
Il n'y en a aucune à l'intérieur de la zone bien qu'une zone restreinte désignée en vertu de la zone gérée spéciale de l'Antarctique n° 7 entoure la zone, englobant le milieu marin dans un rayon de 50 mètres du littoral de l'île Litchfield (carte 2).
iii) Structures à l'intérieur et à proximité de la zone
A l'exception d'un cairn au sommet de l'île, il n'existe aucune structure dans la zone. Une balise permanente, utilisée pour les recensements et constituée d'une tige filetée de 5/8 de pouce en acier inoxydable, a été installée sur l'île par l'USGS le 9 février 1999. Elle est située près du sommet de l'île (6446''13,97' de latitude sud, 6405'38,85'' de longitude ouest) à une altitude de 48 mètres et environ 8 mètres à l'ouest du cairn (cf. carte 2). La balise est fixée au sol et dotée d'un identificateur en plastique rouge. Une cachette de survie est située à proximité de la crête d'une petite colline surplombant l'ancienne colonie de manchots Adélie, à 100 mètres au sud d'un petit site de débarquement par la mer.
L'île Litchfield se trouve dans la zone spécialement gérée de l'Antarctique (ZGSA) n° 7, île Southwest Anvers et bassin Palmer (carte 1). Les zones spécialement protégées de l'Antarctique (ZSPA) les plus proches de cette île sont la pointe Biscoe (ZSPA n° 139) située à 16 kilomètres à l'est de la zone près de l'île Anvers, la baie South (ZSPA n° 146) située à environ 27 kilomètres au sud-est de l'île Doumer et la baie Eastern Dallmann (ZSPA n° 153) située à environ 90 kilomètres au nord-est et adjacente à l'île Brabant (encart, carte 1).
7. Critères de délivrance des permis
L'accès à la zone est interdit sauf si un permis a été délivré par les autorités nationales compétentes. Les critères de délivrance d'un permis pour entrer dans la zone sont les suivants :
― un permis est délivré uniquement pour la conduite de recherches scientifiques indispensables qu'il est impossible d'entreprendre ailleurs, ou pour des raisons de gestion essentielles qui sont conformes aux objectifs du plan telles que des activités d'inspection, d'entretien ou de révision ;
― les actions autorisées ne viendront pas mettre en péril les valeurs écologiques ou scientifiques de la zone ou la valeur de la zone en tant que site de référence terrestre ;
― toutes les activités de gestion visent la réalisation des buts du plan de gestion ;
― les actions autorisées sont conformes au plan de gestion ;
― la détention du permis ou d'une copie est impérative dans la zone ;
― un rapport de visite devra être soumis à l'autorité nommée dans le permis ;
― tout permis sera délivré pour une durée donnée.
i) Accès à la zone et déplacements à l'intérieur de la zone
L'accès à la zone sera autorisé en petite embarcation ou, par la glace marine, en véhicule ou à pied. L'utilisation de véhicule dans la zone est interdite et tout déplacement à l'intérieur de celle-ci se fera à pied. Le site de débarquement recommandé pour les petites embarcations se trouve sur la plage de la petite anse située à mi-chemin le long de la côte orientale de l'île (cf. carte 2). L'accès en petite embarcation à d'autres endroits autour de la côte est autorisé pour autant qu'il soit conforme aux objectifs pour lesquels le permis a été délivré. Lorsque l'accès par la glace marine est possible, il n'existe aucune restriction quant aux endroits où les véhicules ou les piétons peuvent accéder au site, étant entendu que les véhicules ne peuvent en aucun cas être utilisés sur la terre ferme.
Les équipages et autres personnes à bord des embarcations ou des véhicules ne sont pas autorisés à se déplacer à pied dans les alentours immédiats du site de débarquement sauf autorisation expresse prévue par le permis. Les visiteurs doivent se déplacer en prenant les précautions nécessaires afin de perturber au minimum la flore, la faune et les sols. Par ailleurs, ils devront, dans la mesure du possible, emprunter les sections rocheuses ou enneigées et veiller à ne pas perturber les lichens. Les déplacements à pied doivent être réduits au minimum en fonction des objectifs de toute activité autorisée et il convient à tout moment de veiller à minimiser tout effet nuisible du piétinement.
L'atterrissage en aéronef est interdit dans la zone. Les atterrissages dans un rayon de 930 mètres de la zone devraient dans la mesure du possible être évités. Les survols en deçà de 610 mètres au-dessus du sol sont interdits sauf lorsqu'ils s'avèrent nécessaires à des fins scientifiques.
y compris les restrictions à la durée et à l'endroit
Etudes scientifiques qui ne peuvent être menées ailleurs et ne portent pas atteinte aux valeurs scientifiques et à l'écosystème de la région ;
Activités de gestion essentielles, y compris la surveillance.
Aucune structure ne doit être installée dans la zone sauf autorisation stipulée dans le permis, à l'exception des balises de recensement et du cairn existant au sommet de l'île, et toute nouvelle structure ou installation permanente est interdite.
Toutes les structures ainsi que tout le matériel scientifique et les balises installés dans la zone doivent être autorisés par un permis et identifier clairement le pays, le nom du principal chercheur et l'année de l'installation. Tout doit être fabriqué avec des matériaux qui posent un risque minimum de pollution de la zone.
L'installation (y compris le choix du site), l'entretien, la modification, ou l'enlèvement de structures seront effectués de manière à minimiser les perturbations de la faune et de la flore.
L'enlèvement de matériel spécifique pour lequel le permis est arrivé sera à la charge de l'autorité qui a délivré le permis original et il sera l'une des conditions de la délivrance de ce permis.
iv) Emplacement des camps de base
Tout campement doit être évité dans la zone. Cependant, lorsque l'exigent certaines opérations autorisées par un permis, un camp temporaire peut être installé à un endroit désigné sur la terrasse située au-dessus de l'ancienne colonie de manchots. Le camp réservé au campement se trouve au pied d'une petite colline ( 35 m), sur le flanc oriental, à environ 100 m au sud-ouest de la plage réservée au mouillage des petites embarcations (carte 2). Le campement sur des surfaces où le couvert végétal est abondant est interdit.
L'introduction délibérée d'animaux, de végétaux, de micro-organismes ou de sols est interdite dans la zone et les précautions visées ci-dessous seront prises en cas d'introductions accidentelles.
Pour aider à préserver les valeurs écologiques et scientifiques découlant du niveau relativement faible d'impact humain à l'île Litchfield, les visiteurs prendront des mesures de précautions spéciales contre les introductions. Sont un motif de préoccupation les introductions d'agents pathogènes, de microbes, d'invertébrés et de plantes en provenance d'autres sites antarctiques, y compris des stations ou des régions extérieures à l'Antarctique. Les visiteurs veilleront à ce que le matériel d'échantillonnage ou les repères introduits dans la zone soient propres. Dans toute la mesure du possible, les chaussures et autres matériels utilisés ou introduits dans la zone (y compris les sacs à dos, les sacs et les tentes) doivent être nettoyés à fond avant d'entrer dans la zone.
Compte tenu de la présence d'oiseaux nicheurs sur l'île Litchfield, aucun produit de la volaille, y compris les produits contenant des œufs en poudre non cuits et les déchets de ces produits, ne doit être introduit dans la zone.
Aucun herbicide ni pesticide ne doit être introduis dans la zone.
Tout autre produit chimique, y compris les radionucléides ou isotopes stables, susceptibles d'être introduits à des fins scientifiques ou de gestion en vertu du permis, seront retirés de la zone au plus tard dès que prendront fin les activités prévues par le permis.
Aucun combustible, aliment ou autres matériaux ne seront entreposés dans la zone sauf s'ils sont nécessaires à des fins essentielles liées à l'activité pour laquelle le permis a été délivré ou s'ils se trouvent dans une cache d'urgence autorisée par une autorité compétente.
Tous les matériaux seront introduits dans la zone pour une période déterminée. Ils seront retirés de ladite zone au plus tard à la fin de cette période, puis ils seront manipulés et entreposés de manière à minimiser les risques pour l'environnement.
En cas de déversement susceptible de porter atteinte aux valeurs de la zone, les matériaux seront retirés dans la mesure où ce retrait n'aura pas un impact plus grave que celui consistant à les laisser in situ.
vi) Prélèvement de végétaux et capture d'animaux
Tout prélèvement de faune et de flore indigènes ou toute perturbation nuisible à cette faune et cette flore est interdite sauf avec un permis délivré conformément à l'article 3 de l'annexe II du Protocole au Traité sur l'Antarctique relatif à la protection de l'environnement par l'autorité nationale compétente à cette fin.
vii) Ramassage de toute chose qui n'a pas été apportée
dans la zone par un visiteur
Les matériaux ne peuvent être ramassés ou enlevés de la zone qu'avec un permis et ils doivent être limités au minimum requis pour les activités menées à des fins scientifiques ou de gestion.
Les matériaux d'origine humaine qui sont susceptibles d'avoir un impact sur les valeurs de la zone et n'ont pas été introduits par le détenteur du permis ou toute autre personne autorisée peuvent être enlevés de n'importe quelle partie de la zone dans la mesure où cela n'aura pas un impact plus grave que celui de le laisser in situ. Si tel est le cas, les autorités compétentes devront en être informées.
Tous les déchets seront retirés de la zone. Les déchets humains seront évacués en mer.
1. Des permis peuvent être délivrés pour entrer dans la zone afin d'y réaliser des activités de suivi de l'évolution biologique et d'inspection du site pouvant impliquer le prélèvement de petits échantillons à des fins d'analyse, de révision ou de protection.
2. Tous les sites spécifiques dont le suivi sera de longue durée seront correctement balisés.
Les Parties doivent s'assurer que le principal détenteur de chaque permis délivré soumet aux autorités compétentes un rapport décrivant les activités menées dans la zone. Ces rapports doivent inclure, s'il y a lieu, les renseignements identifiés dans le formulaire du rapport de visite que contient l'appendice 4 de la résolution 2 (1998) (CPE I).
Les Parties doivent conserver une archive de ces activités et, lors de l'échange annuel d'informations, fournir une description synoptique des activités menées par les personnes relevant de leur juridiction, avec suffisamment de détails pour permettre une évaluation de l'efficacité du plan de gestion. Les Parties doivent, dans la mesure du possible, déposer les originaux ou les copies de ces rapports dans une archive à laquelle le public pourra avoir accès, et ce afin de conserver une archive d'usage qui sera utilisée et dans l'examen du plan de gestion et dans l'organisation de l'utilisation scientifique de la zone.
L'autorité compétente doit être notifiée de toutes les activités entreprises ou mesures adoptées ainsi que de tous les matériaux diffusés et non enlevés qui ne figuraient pas dans le permis délivré.
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Carte 1. ― Île Litchfield ZSPA n° 113
Carte 2. ― Île Litchfield ZSPA n° 113 : particularités physiques et faune sauvage