Source: http://www.rvh-synergie.org/prises-en-charge-des-addictions/penser-ensemble-les-prises-en-charge/therapeutiques/substitut-methadone/83-analyse-bibliographique-arret-de-la-methadone.html?tmpl=component&componentStyle=blog_3&print=1&page=
Timestamp: 2018-01-20 19:12:44+00:00
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ANALYSE BIBLIOGRAPHIQUE : ARRET DE LA METHADONE
Withdrawal from Methadone Maintenance Treatment
Arto J. Hiltunen, Calle Eklund, Eur Addct Res 2002;8:38-44
Le Flyer N°10, nov. 2002
Bien que l’arrêt de la méthadone soit prôné par le programme suédois, seulement 10 % des patients optent pour cette solution, et parmi eux seulement la moitié y parvienne.
Le concept d’arrêt progressif de la méthadone est diversement étayé, avec des pourcentages d’échec plus ou moins élevés rapportés dans la littérature.
La question se pose alors de savoir pourquoi certains patients totalement stabilisés tentent d’arrêter leur traitement par la méthadone alors que d’autres ne le désirent pas. Si certains facteurs pouvaient être mis en évidence et démontrés comme jouant un rôle dans la décision prise par les patients, il serait alors possible d’aider de manière plus ciblée les patients qui désirent arrêter leur traitement par la méthadone.
Matériel, méthode et résultats
Deux groupes similaires et homogènes (en âge, sexe, durée du traitement méthadone) de 25 individus stabilisés et tous volontaires ont été formés, différant par leur volonté (groupe 1) ou non (groupe 2) d’arrêter la méthadone.
La procédure d’investigation :
Un entretien a été réalisé permettant de situer chaque individu d’un point de vue social
(situations familiale et professionnelle, logement, loisirs, « implication dans la culture drogue », usage ou non de 7 types de drogue dont l’alcool, et le degré de satisfaction de chaque individu vis-à-vis de ces paramètres) pendant un an avant l’arrêt du traitement pour le groupe 1 et la période correspondante pour le groupe 2.
Les patients qui ne désirent pas arrêter la méthadone (groupe 2) pensent qu’ils en ont besoin, redoutent les éventuels symptômes liés à l’abstinence, et ont connu des personnes pour lesquelles cet arrêt de la méthadone s’est soldé par un échec.
De plus, la comparaison des réponses entre les 2 groupes permet d’établir quelques différences statistiquement significatives : les patients ne désirant pas arrêter la méthadone ont une meilleure situation par rapport aux loisirs, ils sont également plus impliqués dans ‘la culture drogue’ et semblent plus satisfaits de cette implication que les membres de l’autre groupe. Les patients du groupe 2 sont également plus satisfaits de leur situation par rapport à l’usage de la drogue que les patients du groupe 1.
Il n’a pas été démontré de différence significative entre les 2 groupes pour le reste des paramètres étudiés.
D’autres facteurs plus spécifiques quant à la situation par rapport à la drogue ont été étudiés : implication éventuelle de la famille ou de relations dans la décision, symptômes d’abstinence, durée de l’usage des drogues avant le traitement par la méthadone, nature et éventuelle diversité des drogues utilisées, nombre d’analyses urinaires positives l’année avant l’arrêt de la méthadone, et pendant toute la période de traitement, problème d’alcoolisme, dose de méthadone, degré de motivation personnelle. 12
Parmi ces paramètres, certains d’entre eux présentent une différence statistiquement significative entre les 2 groupes : par rapport aux individus du groupe 1, les individus du groupe 2 n’ont reçu aucune pression/influence extérieure les sommant d’arrêter, ont un passé plus chargé d’usage d’opiacés et d’autres drogues, prennent une dose de méthadone plus élevée, ont un plus faible taux de symptômes d’abstinence.
Cette étude a été réalisée dans le but de cibler certains paramètres pouvant différencier les individus ne désirant pas arrêter la méthadone de ceux qui le désirent, afin de pouvoir aider ces derniers dans leur démarche.
Il ressort tout d’abord de l’étude que la principale raison pour laquelle les patients ne désirent pas suspendre leur traitement à la méthadone est qu’il ne leur était jamais venu à l’idée qu’ils seraient en mesure de pouvoir le faire et de se passer un jour de méthadone. La peur de retomber dans l’usage de la drogue, et les peurs associées au sida, à l’échec, à la mort en étaient d’autres raisons fréquentes. Ces patients sont également convaincus de leur besoin physiologique de méthadone et redoutent les crises d’abstinence, comme déjà rapporté par plusieurs études.
D’un point de vue « contexte social », il existe peu de différence entre les patients du groupe 1 et ceux du groupe 2, si ce n’est par rapport aux loisirs. Il ressort donc de ces résultats qu’une situation sociale stable et satisfaisante n’est pas une condition nécessaire à la motivation de l’arrêt d’un traitement méthadone. En revanche, la situation par rapport à la drogue (usage, ‘implication dans la culture drogue’) est un facteur qui joue un rôle dans la décision d’arrêter ou non la méthadone.
Le fait que les individus du groupe 2 soient moins influencés par l’entourage peut être interprété de deux façons : la plus probable est
celle d’une pression exercée par les autres qui agît comme un facteur amenant à la décision d’arrêter la méthadone, l’autre fait intervenir le personnel des centres qui ne proposerait cette option qu’à un échantillon d’individus choisis selon des critères non examinés ici.
Il peut tout d’abord paraître surprenant que les patients du groupe 2 redoutent plus les symptômes d’abstinence que ceux du groupe 1. D’une manière générale, la peur de l’abstinence est un facteur important qui s’oppose à toute décision d’arrêt de traitement. Il est possible que les individus du groupe 1 aient pleinement imaginé ces potentiels symptômes d’abstinence dans l’optique d’un d’arrêt de la méthadone, alors que ceux du groupe 2 ont envisagé ces symptômes dans un contexte différent (sans concevoir l’arrêt du traitement).
Les patients du groupe 2 qui, par définition, ne désirent pas arrêter la méthadone, ont un passé d’usage de la drogue plus ‘chargé’ que les patients du groupe 1 : un temps plus long leur est peut-être nécessaire afin d’envisager l’arrêt de la méthadone ; ils en seront peut-être d’ailleurs de futurs candidats.
Ces mêmes patients du groupe 2 prennent une dose plus élevée de méthadone, ce qui peut d’ailleurs en partie aller à l’encontre d’une décision d’arrêter ; en effet, plus la dose est faible, plus on se sent proche de la fin du traitement.
Les patients qui n’essaient pas d’arrêter la méthadone sont moins concernés par les symptômes d’abstinence que les autres, sont moins influencés par des sommations extérieures, reçoivent en général des doses de méthadone plus élevées, ont un passé d’usage de la drogue relativement long et qui inclut l’usage de différents types de drogues.
La peur de l’échec du sevrage et une situation personnelle satisfaisante par rapport à la drogue sont également des facteurs déter- minants dans la volonté de continuer la méthadone.
Les auteurs concluent : « Il nous paraît important que ces patients, qui désirent continuer leur traitement, soient autorisés à le faire. De la même manière, ceux désirant le suspendre doivent être pris en charge et aidés par le personnel des centres afin de réussir dans cette optique ».
Dr Christine RIVIERRE (Marseille) et la rédaction du Flyer.