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Timestamp: 2020-07-09 11:46:55+00:00
Document Index: 237137965

Matched Legal Cases: ['§7', '§8', '§12', '§14', '§28', '§40', '§ 41', '§ 42', '§ 43', '§ 49', '§ 48', '§ 62', '§ 103']

laudato si’ - Le blog de Bernard Comoli
« Chère Amazonie ». C’est le titre donné par le pape François à l’« Exhortation apostolique post-synodale » publiée le 12 février dernier au Vatican. Un document qui est une réflexion sur le travail réalisé lors du synode des évêques des neuf pays amazoniens* réunis à Rome du 6 au 27 octobre 2019**. Une réunion au terme de laquelle a été adopté un texte « Amazonie : nouveaux chemins pour l’Église et pour une écologie intégrale » que François ne reprend pas, mais invite à lire dans son intégralité. Il adresse son message « Au peuple de Dieu et à toutes les personnes de bonne volonté ».
Les cent onze paragraphes*** du texte sont répartis en quatre chapitres : un rêve social, un rêve culturel, un rêve écologique et un rêve ecclésial. Dans chacun d’eux, outre ses réflexions personnelles, François cite des passages de différents documents et auteurs comme c’est le cas dans de nombreux documents pontificaux. Il termine ainsi son introduction :
(§7) « Je rêve d’une Amazonie qui lutte pour les droits des plus pauvres, des peuples autochtones, des derniers, où leur voix soit écoutée et leur dignité soit promue.
Je rêve de communautés chrétiennes capables de se donner et de s’incarner en Amazonie, au point de donner à l’Église de nouveaux visages aux traits amazoniens ».
Ci-dessous, quelques extraits de cette exhortation.
(§8) Notre rêve est celui d’une Amazonie qui intègre et promeuve tous ses habitants pour qu’ils puissent renforcer un « bien-vivre ». […] Parce que même, si l’Amazonie se trouve devant un désastre écologique, il convient de souligner qu’« une vraie approche écologique se transforme toujours en approche sociale qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres » . Un conservatisme « qui se préoccupe du biome mais qui ignore les peuples amazoniens » est inutile ».
Et d’aborder ce qu’il considère comme injuste et criminel : (§12) […] de nombreux drames ont été mis en relation avec une fausse « mystique amazonienne ». Il est connu que, depuis les dernières décennies du siècle passé, l’Amazonie a été présentée comme un vide énorme dont il fallait s’occuper, comme une richesse brute à exploiter, comme une immensité sauvage à domestiquer. Tout cela avec un regard qui ne reconnaissait pas les droits des peuples autochtones, ou simplement les ignorait comme s’ils n’existaient pas, ou comme si ces terres qu’ils habitent ne leur appartenaient pas. Même dans les programmes éducatifs des enfants et des jeunes les indigènes ont été vus comme des intrus ou des usurpateurs. Leurs vies, leurs inquiétudes, leurs manières de lutter et de survivre n’importaient pas, et on les considérait plus comme un obstacle dont il fallait se débarrasser que comme des êtres humains ayant la même dignité que tout un chacun, et avec des droits acquis.
(§14) Il faut donner aux entreprises, nationales ou internationales, qui détruisent l’Amazonie et ne respectent pas le droit des peuples autochtones au territoire avec ses frontières, à l’autodétermination et au consentement préalable, les noms qui leur correspondent : injustice et crime. Quand certaines entreprises, assoiffées de gain facile, s’approprient des terrains et vont jusqu’à privatiser même l’eau potable, ou bien quand les autorités donnent libre cours aux industries du bois, aux projets miniers et pétroliers, et à d’autres activités qui dévastent la forêt et polluent l’environnement, les relations économiques se transforment abusivement et deviennent un instrument qui tue…
Plusieurs paragraphes de ce chapitre traitent encore de la nécessaire indignation et du devoir de demander pardon, du besoin de sens communautaire, de la dégradation des institutions et de l’importance du dialogue social.
Pour François, (§28) « La question est de promouvoir l’Amazonie. C’est pourquoi il ne s’agit pas de la coloniser culturellement mais plutôt de faire en sorte qu’elle tire le meilleur d’elle-même. Voilà le sens de la meilleure œuvre éducative : cultiver sans déraciner, aider à croître sans affaiblir l’identité, promouvoir sans envahir. De même qu’il y a des potentialités dans la nature qui peuvent se perdre pour toujours, la même chose peut arriver avec les cultures qui portent un message non encore écouté, cultures plus que jamais menacées aujourd’hui ». François évoque la nécessaire conservation de ce qu’il appelle le polyèdre amazonien, soit la diversité culturelle des peuples amazoniens – y compris celle des groupes vivant en isolement volontaire - dont les racines sont est à préserver. Il plaide pour une rencontre interculturelle entre les cultures amazoniennes et les cultures urbaines de l’Occident. Il lance un avertissement : (§40) « Si les cultures ancestrales des peuples autochtones sont nées et se développent en étroite relation avec l’environnement naturel, elles peuvent difficilement rester intactes quand cet environnement se détériore ».
(§ 41) « Dans une réalité culturelle comme l’Amazonie où existe une relation si étroite entre l’homme et la nature, l’existence quotidienne est toujours cosmique ». François commence par rappeler l’un des fondements de la foi chrétienne, à savoir un Dieu créateur de l’Univers. Il cite son prédécesseur Benoît XVI : « En plus de l’écologie de la nature, il y a donc une écologie que nous pourrions appeler « humaine », qui requiert parfois une « écologie sociale ». Et cela implique pour l’humanité […] d’avoir toujours plus présent à l’esprit les liens qui existent entre l’écologie naturelle, à savoir le respect de la nature et l’écologie humaine ». Cette insistance sur le fait que « tout est lié » vaut spécialement pour un territoire comme l’Amazonie. Il poursuit : (§ 42) « La protection des personnes et celle des écosystèmes sont inséparables… ». Ce rêve fait d’eau. François consacre plusieurs paragraphes à l’importance de l’eau et du fleuve Amazone : (§ 43) « L’eau est la reine en Amazonie. Les rivières et les ruisseaux sont comme des veines, elle est déterminante pour toute forme de vie… (§ 49) « L’eau, abondante en Amazonie est un bien essentiel pour la survie humaine, mais les sources de pollution sont toujours plus grandes ». Il rappelle (§ 48), sous le titre « Le cri de l’Amazonie », comment l’équilibre planétaire dépend aussi de la santé de l’Amazonie. « Le cri de l’Amazonie parvient à tous car « la conquête et l’exploitation des ressources […] menacent aujourd’hui la capacité même d’accueil : l’environnement comme « ressource » met en danger l’environnement comme « maison ». L’intérêt d’un petit nombre d’entreprises puissantes ne devrait pas être mis au-dessus du bien de l’Amazonie et de l’humanité entière. »
Ce rêve, François désire le partager plus directement avec les pasteurs et les fidèles catholiques. Il y consacre la plus grande partie de son « Exhortation ». (§ 62) « Face à tant de besoins et d’angoisses qui crient du cœur de l’Amazonie, nous pouvons répondre par des organisations sociales, des ressources techniques, des espaces de discussion, des programmes politiques, et tout cela peut faire partie de la solution. Mais nous ne renonçons pas, en tant que chrétiens, à la proposition de la foi que nous recevons de l’Évangile… » Il insiste sur divers aspects d’une nécessaire inculturation**** : inculturation sociale et spirituelle. Inculturation de la liturgie et de la manière dont s’exerce le ministère. Il termine ce chapitre en parlant de la force et du don des femmes, de la cohabitation œcuménique et interreligieuse.
Ce document du pape était attendu à propos de l’accès des femmes au diaconat et, surtout, sa décision au sujet de l’ordination d’hommes mariés dans cette partie du monde. Á propos des femmes, il s’en tient à un souhait : (§ 103) « Dans une Église synodale, les femmes qui jouent un rôle central dans les communautés amazoniennes devraient pouvoir accéder à des fonctions, y compris des services ecclésiaux qui ne requièrent pas l’Ordre sacré… ». Il passe sous silence l’accès d’hommes mariés à la prêtrise. Une demande que l’on retrouve dans le document final du synode, acceptée par 75% des 169 participants. Un sujet qui divise profondément l’Église romaine. Le courant conservateur hostile à cette ouverture semble indifférent au poids grandissant des Évangélistes en Amazonie… Á la publication de l’Exhortation, de nombreux médias ont surtout souligné cette « absence » tendant par là à faire oublier les autres chapitres du texte.
Cependant, ce synode commence à développer des effets positifs. Ainsi, en Amazonie même, l’Église de Guyane a tenu un synode du 23 au 26 février au terme duquel ont été adoptées vingt-quatre « Propositions pour le temps qui vient ». Par exemple, sous le titre « Rêve social » : « Nous ferons en sorte de demander pardon, dans une célébration solennelle pour la complicité vécue avec la colonisation, la traite des noirs et autres crimes du passé. Nous soutenons la demande des peuples de la forêt pour la ratification de la Convention 169 de l’OIT sur les droits des peuples autochtones et la reconnaissance de zones de propriété collectives en application des accords de 2017 ».
Qu’en sera-t-il dans les autres parties du monde ?
*Brésil, Bolivie, Colombie, Équateur, Guyana, Guyane française, Pérou, Suriname et Venezuela.
** Voir sur ce blog, la note du 6 octobre 2019
*** Entre parenthèses (§xx) le numéro des paragraphes particulièrement concernés.
****Inculturation : pour résumer, il s’agit de prendre en compte la spécificité des cultures locales au lieu d’imposer le modèle ecclésial des communautés « européennes ».
Encyclique Laudato Si’, cliquer > ICI / Synode : Document préparatoire, cliquer > ICI , Document final, cliquer > ICI , Vote, cliquer > ICI , Exhortation apostolique post-synodale, cliquer > ICI , La présentation de l’Exhortation par la chaîne KTO sur Youtube, cliquer > ICI
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