Source: https://taxes-impots-suisse.com/2020/02/25/donation-ou-subsides-pour-limpot-federal-direct/
Timestamp: 2020-06-05 07:28:18+00:00
Document Index: 201857081

Matched Legal Cases: ['art. 16', 'art. 16', 'art. 17', 'art. 16', 'art. 24', 'art. 24', 'art. 24', 'art. 24', 'art. 7', 'art. 24', 'art. 24', 'art. 9', 'art. 2', 'art. 24', 'ATF ', 'art. 239', 'arrêt ', 'art. 24', 'art. 24', 'art. 24']

Donation ou subsides pour l’impôt fédéral direct? | taxes-impots-suisse.com
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Posted on February 25, 2020	by Me Philippe Ehrenström
L’art. 16 LIFD exprime, pour l’imposition du revenu des personnes physiques, le concept de l’accroissement du patrimoine, respectivement de l’imposition du revenu global net (” Reinvermögenszugangs-theorie “). En application de la clause générale de l’art. 16 al. 1 LIFD et de la liste exemplative des art. 17-23 LIFD, sont ainsi considérés comme revenus imposables tous les revenus du contribuable, qu’ils soient uniques ou périodiques.
Constituent des revenus exonérés les gains en capital réalisés lors de l’aliénation d’éléments de la fortune privée (art. 16 al. 3 LIFD) et les différents cas de figure énumérés exhaustivement à l’art. 24 LIFD. Il s’agit d’exceptions qui, dans un système caractérisé par un impôt général sur le revenu, doivent être interprétées restrictivement. Parmi cette liste figurent en particulier les dévolutions de fortune ensuite d’une succession, d’un legs, d’une donation ou de la liquidation du régime matrimonial (art. 24 let. a LIFD) et les subsides provenant de fonds publics ou privés (art. 24 let. d LIFD).
Les donations sont exonérées de l’impôt direct sur le revenu (pour l’impôt fédéral direct, art. 24 let. a LIFD, pour l’impôt cantonal et communal, art. 7 al. 4 let. c LHID), afin d’éviter une double imposition avec l’impôt sur les donations, que pratiquement tous les cantons prélèvent et qui est de leur compétence exclusive.
L’art. 24 let. d LIFD prévoit que sont exonérés les subsides provenant de fonds publics ou privés. Cette disposition vise avant tout à exonérer de l’impôt l’aide aux personnes défavorisées ou nécessiteuses, les subsides y relatifs provenant en général de fondations, d’associations caritatives ou d’autres entités poursuivant des buts désintéressés de pure utilité publique. L’exonération a ainsi pour fondement des motifs socio-politiques tendant à ce que les prestations qui sont versées dans le but d’écarter une situation d’indigence ou de besoin parviennent dans leur intégralité à leur destinataire. Selon la jurisprudence, seront en principe exonérés de l’IFD, en vertu de l’art. 24 let. d LIFD, tous les subsides provenant de fonds privés qui, additionnés entre eux et aux autres revenus perçus par le contribuable, ne dépassent pas le revenu déterminant fixé par la loi fédérale du 6 octobre 2006 sur les prestations complémentaires à l’AVS et à l’AI (loi sur les prestations complémentaires, LPC; RS 831.30; art. 9 ss LPC), y compris les prestations cantonales allant au-delà de celles prévues par la LPC (cf. art. 2 al. 2 LPC). En revanche, tout subside d’assistance qui serait supérieur au plafond fixé pour le calcul du minimum d’existence selon la LPC est en principe imposable à hauteur de la part dépassant ledit montant, laquelle n’entre pas dans la clause d’exonération de l’art. 24 let. d LIFD (ATF 137 II 328 consid. 5.3).
En droit civil, la donation est, selon les termes de la loi, la disposition entre vifs par laquelle une personne cède tout ou partie de ses biens à une autre, sans contre-prestation correspondante (art. 239 al. 1 CO). La notion fiscale de donation ne se recoupe pas forcément entièrement avec celle du droit civil; elle peut en effet comporter des particularités en raison du but de la loi ou pour des motifs pratiques. Les critères de l’acte d’attribution entre vifs (Vermögenszuwendung), de la gratuité (Unentgeltlichkeit) et de l’animus donandi (Zuwendungswillen) sont toutefois communs.
L’acte d’attribution ne consiste pas nécessairement en une prestation unique; certaines prestations périodiques peuvent être des donations.
Le critère, objectif, de la gratuité de l’attribution est réalisé lorsque le donataire ne fournit pas pour le don de contre-prestation en faveur du donateur.
Le critère, subjectif, de l’animus donandi signifie que le donateur doit avoir la conscience et la volonté d’effectuer une attribution à titre gratuit en faveur du donataire. Il n’y a notamment pas de volonté de donner lorsqu’est attendue une contre-prestation ou lorsque la prestation n’est pas effectuée librement, mais en vertu d’une obligation juridique. Ainsi, la jurisprudence retient que les fondations n’effectuent en principe pas de donation, dans la mesure où elles ne font qu’agir en exécution d’une obligation juridique qui leur incombe (cf. arrêt 2A.668/2004 du 22 avril 2005, consid. 3.4.3). Il est aussi admis que les sociétés de capitaux ne font en principe pas de donation, car elles allouent des montants pour des motifs économiques (cf. arrêts 2C_655/2018 du 22 août 2018 consid. 4.3; 2A_303/1994 du 23 décembre 1996 consid. 3d).
Selon la jurisprudence rendue en matière fiscale, l’animus donandi peut être présumé entre personnes proches, lorsque les autres conditions d’une donation sont réalisées (cf. arrêts 2C_703/2017 du 15 mars 2019 consid. 3.3.2; 2C_294/2018 du 26 juin 2018 consid. 4.3; 2C_597/2017 du 27 mars 2018 consid. 3.1.2; 2C_224/2008 du 1er avril 2009 consid. 2.2, in RDAF 2009 II 555).
Constitue un subside au sens de l’art. 24 let. d LIFD la prestation provenant de fonds publics ou privés et versée à titre gratuit à une personne se trouvant dans une situation de gêne (personne nécessiteuse) dans le but de lui venir en aide. Selon la jurisprudence, il faut, pour que l’exonération soit accordée, que le bénéficiaire se trouve dans une situation de gêne (critère du besoin), que l’entité de droit public ou privé qui verse la prestation le fasse dans le but de venir en aide (critère de l’assistance) et, enfin, que le versement ait un caractère désintéressé et non onéreux, soit l’absence de contre-prestation ou de contrepartie exigée de la part du bénéficiaire.
Il résulte des définitions sus-exposées que les notions de donation et de subside peuvent se recouper, car elles ont pour caractéristique commune d’être des prestations accordées sans contrepartie. Lorsque la prestation est octroyée dans le but de venir en aide et que la personne qui la reçoit, sans fournir de contre-prestation, est indigente, tant la notion de subside que celle de donation peuvent, sur le principe, entrer en considération, dès lors que les critères de l’assistance et de la gêne, nécessaires pour qualifier une prestation de subside, n’excluent pas la qualification de donation.
Cela étant, il apparaît que le subside provient, en règle générale, d’une institution, soit d’une personne morale, qui a pour but de venir en aide aux personnes indigentes (fondation, association caritative). Parallèlement, les institutions ne procèdent en général pas à des donations, car elles n’agissent pas librement. Ainsi, pour reprendre les termes d’un auteur, l’exonération des subsides apparaît comme le “pendant institutionnel” à celle de la donation. Il en découle que lorsqu’une institution octroie sans contrepartie une somme d’argent à une personne dans le but de lui venir en aide et qu’est sollicitée l’exonération de ce montant au titre de l’art. 24 LIFD, il convient de présumer l’existence d’un subside.
Il n’est toutefois pas exclu par la loi qu’un subside, au sens de l’art. 24 let. d LIFD, puisse être accordé par une personne physique, mais le cas de figure est d’emblée plus exceptionnel. Il n’y a donc pas lieu de retenir une présomption en faveur du subside plutôt que de la donation s’agissant de montants provenant de personnes physiques.
(Arrêt du Tribunal fédéral 2C_44/2018 du 31 janvier 2020, destiné à la publication)
Me Philippe Ehrenström, LL.M. (Tax), avocat, Genève et Onnnens (VD)
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