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Matched Legal Cases: ['§ 14', '§ 11', '§ 13', '§ 14', '§ 17', '§ 14']

Balamand - forum - orthodoxe .com
Antoine	Messages : 1782	Inscription : mer. 18 juin 2003 22:05	Balamand
par Antoine » mer. 30 juil. 2003 18:42
Date : 15.05 18h01
auteur : Liza Quelqu'un aurait-il des informations précises au sujet des accords de Balamand ? En particulier sur les questions d'unité de l'Eglise (ou non..), d' « Eglises sœurs », d'encouragement au mariages mixtes, et de refus du baptême pour entrer dans l'Eglise orthodoxe. ? Surtout, les signataires orthodoxes se sont-ils bien rétractés ? Et quelle tournure ont pris les rencontres postérieures à celles-ci ? Merci de votre aide.
par Antoine » mer. 30 juil. 2003 18:44
Date : 16.05 00h27
auteur : François texte paru dans le SOP Dialogue entre l'Eglise catholique romaine et l'Eglise orthodoxe. BALAMAND (1993) La commission internationale pour le dialogue théologique entre l'Eglise catholique romaine et l'Eglise orthodoxe a connu d'importantes divergences lors de la session de Balamand au Liban en 1993 qui l'ont conduit à longue interruption, marqué seulement par des réunions du comité de coordination. Les conversations ont repris lors de la 8ème session à Baltimore, mais elles sont restées dans une impasse. La précédente rencontre avait eu lieu à Freising (Allemagne), en 1990. Freising et Balamand (Liban), en 1993. avaient eu toutes deux pour thème l'uniatisme, un sujet plutôt pénible qui est devenu plus particulièrement d'actualité à la fin des années 80 jusqu'au début des années 90, à la suite de la résurgence des structures "uniates" en Ukraine occidentale, en Roumanie, en Pologne et dans d'autres régions. À Freising et à Balamand des documents communs furent signés dans lesquels l'uniatisme était reconnu comme une méthode inacceptable. Il n'y a pas de différence de principe entre ces documents, cependant celui de Freising ne fut pas officiellement ratifié par la partie catholique, tandis que celui de Balamand le fut. Néanmoins, sur certains points, le document de Balamand s'est heurté à l'opposition d'une partie des grecs-catholiques ainsi qu'aux objections de certains orthodoxes qui ont contesté l'usage dans ce document du terme d'"Églises-soeurs" pour désigner les relations entre les Églises catholique et orthodoxe. Le document de Balamand a été finalement rejeté dans son ensemble et de manière officielle, d'une part, par l'Église grecque-catholique de Roumanie et, d'autre part, par l'Église orthodoxe de Grèce. Toutefois, la majorité des Églises orthodoxes considère ces documents, tant celui de Freising que celui de Balamand, comme une étape importante vers la solution du problème uniate. Pour la première fois depuis plusieurs siècles, l'Église catholique romaine reconnaît officiellement que l'"union" est une méthode inadéquate pour atteindre l'unité. Après la rencontre de Balamand, il n'a pas été possible de se réunir en session plénière durant plusieurs années. Il y a eu seulement des réunions du comité de coordination, à Rome, en 1997, et à Ariccia (Italie), en 1998.
par Antoine » mer. 30 juil. 2003 18:45
Date : 16.05 13h31
auteur : lecteur Claude Le SOP présente les choses d'une façon bien particulière en affirmant que seule l'Eglise de Grèce a rejeté le document de Balamand dans sa totalité. Bien loin d'engager l'ensemble de l'Eglise orthodoxe, le document de Balamand n'avait été signé que par les représentants de neuf Eglises locales sur quinze. Ont refusé de signer la fausse union de Balamand non seulement l'Eglise de Grèce, mais aussi le patriarcat de Jérusalem, le patriarcat de Serbie, le patriarcat de Bulgarie, le catholicossat de Géorgie et l'Eglise de Tchéquie et Slovaquie. Sans même parler de l'OCA, de l'Eglise du Japon, de l'EORHF, des Vieux-Croyants ou des vieux-calendaristes, que l'on persiste à ne jamais consulter dans ce genre de réunions. Je n'ai pas trop d'informations sur la réception de l'accord de Balamand parmi les neuf Eglises signataires, ou du moins pas des informations assez sûres pour pouvoir les reproduire ici. Je crois cependant savoir que c'est au sein du patriarcat de Moscou que l'accord a été le plus vivement contesté. Au sein du patriarcat de Constantinople, les monastères de l'Athos ont tous refusé le document de Balamand. Pour le reste, il semble que l'accord de Balamand soit resté lettre morte. Pour plus de documentation, la revue la Lumière du Thabor, n° 41-42, Paris 1994, pp. 139-162, a reproduit les protestations de la Sainte Montagne et la réfutation du texte de Balamand par le père Jean Romanides, professeur à la Faculté de Théologie de Thessalonique. Au début de son livre remarquable "Omologho en vaptisma" (Editions Tinos, Athènes 1996 - la première édition remonte à 1983), le protopresbytre Georges Métallinos, professeur à la Faculté de Théologie d'Athènes, souligne les dangers de Balamand. La traduction anglaise "I confess one baptism", publiée par le monastère athonite de Saint-Paul en 1994, peut être commandée sur Internet, à l'adresse www.stnectariospress.com. Métallinos écrit que l'accord de Balamand ignore les conciles oecuméniques, les dogmes, et l'Histoire (cf. p. 10 de la dernière édition grecque et p. 12 de l'édition anglaise).
par Antoine » mer. 30 juil. 2003 18:46
Date : 19.05 02h27
auteur : Liza Merci pour ces informations. Ce que je ne comprend pas, c'est que malgré la contestation au sein du patriarchat de Moscou, qui porte à mon avis sur la terminologie d' « Eglises sœurs », on enseigne dans les académies de théologie (du moins à St Petersbourg) que l'église romaine possède la succession apostolique. C'est en tout cas ce que j'ai pu constater en discutant avec quelques étudiants là-bas, et s'il s'avérait que ce n'est pas réellement le cas, je serai la 1e à m'en réjouir. J'avais connaissance effectivement de la lettre de protestation envoyée par l'ensemble de la communauté du Mont Athos au Patriarche Bartholomée, une lettre qui condamne la politique œcuménique et syncrétiste (c'est le terme employé dans la lettre) menée par Constantinople sans complaisance, mais sans non plus directement incriminer le patriarche lui-même. Mais d'après le peu d'information que j'ai, et qui ne demande qu'à être complété ou rectifié, la réaction du Patriarchat a été violente, et il n'a jamais été question de remettre en cause ce qui avait été signé : les signataires de la lettre ont été sommés de faire repentance pour leur acte de rébellion sous peine de se voir privés de l'autonomie du Mont Athos. Quelques têtes récalcitrantes ont été déposées et remplacées, et la crainte d'une perte de liberté aidant, les autres ont fait ce qui était exigé d'eux, il y a eu « réconciliation », et la polémique au sujet de Balamand a été enterrée. Et après, concrètement, les articles de Balamand sont appliqués ici en France, en tout cas en ce qui concerne la réception des hétérodoxes dans l'Orthodoxie (c'est-à-dire pas de baptême), les mariages mixtes, et la propagation de la « nouvelle » ecclésiologie. Qu'ils aient étés plus ou moins réfutés ou non, les accords font sentir leurs conséquences réellement, en actes. Je ne sais plus trop à quoi m'en tenir, avec des décisions engageant toute l'Eglise prises par des têtes dirigeantes de manière non synodale, puis des rejets de ces mêmes décisions officieux ou avortés, et une pratique on ne peut plus floue. Et encore, il ne s'agit que de Moscou et Constantinople, qu'en est-il des 7 autres ? Je suis pas sûre que ce soit vraiment lettre morte en ce qui concerne la praxie.
par Antoine » mer. 30 juil. 2003 18:47
Date : 19.05 12h41 lecteur Claude Cela fait malheureusement très longtemps que l'idée que les catholiques romains avaient la succession apostolique s'est répandue en Ukraine, puis en Russie, dès l'époque de Pierre Moghila, et cela n'a rien à voir au départ avec l'oecuménisme, mais vient de la pénétration dans l'Orthodoxie d'une théologie scholastique, d'inspiration augustinienne et totalement éloignée de l'expérience de la déification. Il est très intéressant de lire à ce propos la somme du père Georges Florovsky, "Les voies de la théologie russe", récemment publiée en traduction française à L'Âge d'Homme. Une fois de plus, nous trouvons chez Augustin d'Hippone une théologie absurde où les sacrements des hérétiques seraient valides tout en menant leurs fidèles à la damnation éternelle! Via l'engouement irréfléchi pour tout ce qui était occidental, le rejet de l'hellénisme et la fondation de l'Académie de Kiev sur pur modèle catho-luthérien (avec le latin comme langue d'enseignement! à Kiev!), de telles idées ont pu se répandre en Ukraine au XVIIème siècle et en Russie au XVIIIème siècle. Les mêmes causes ayant les mêmes effets, la théologie scholastique a à son tour envahi la Grèce germanisée du XIXème siècle (quand un Danois luthérien succédait à un Bavarois papiste sur le trône des Hellènes orthodoxes), puis la Roumanie (elle aussi affligée jusqu'en 1927 d'un roi papiste et d'une reine anglicane). Il me semble encore que c'est la Serbie qui a le plus échappé au phénomène. Mais la pénétration d'idées hétérodoxes dans l'Eglise de Russie n'avait pas tant que cela influencé sa praxis au XIXème siècle: quand, en 1839, les uniates de Biélorussie sont retournés à l'Orthodoxie, les fidèles furent reçus par simple confession de foi pour des raisons pratiques (gain de temps, car ils étaient très nombreux), mais leur évêque fut baptisé et "réordonné" (pour qu'il soit clair qu'il n'y avait pas de reconnaissance de la succession apostolique). De nos jours, je ne vois que la Grèce où il y ait un mouvement de retour à la théologie des Pères, qui se manifeste par des positions claires sur les sacrements des hérétiques et par la redécouverte tardive de l'enseignement de saint Grégoire Palamas. Quand, en 1979, le père Georges Métallinos a reçu trois étudiants allemands dans l'Orthodoxie par le baptême, les oecuménistes lui sont tombés dessus; mais il a lui-même raconté qu'il avait bien pris soin d'avoir le soutien préalable du synode de l'Eglise de Grèce pour procéder de la sorte et que cela a entraîné l'échec de la cabale. Les rapports avec les Eglises hétérodoxes et l'oecuménisme ne sont à mon avis qu'un aspect de la situation anormale de l'Orthodoxie en Europe occidentale, à côté du phylétisme, de l'absence de témoignage, du dédain du monachisme, d'un esprit de scissiparité sans limites, etc., et tout ceci me semble constituer un tout.
par Antoine » mer. 30 juil. 2003 18:48
Date : 19.05 13h03
auteur : Antoine XB! Claude, Alors il n'y a que les matthéistes qui sont sérieux et justifiés dans leur approche.
par Antoine » mer. 30 juil. 2003 18:49
Date : 19.05 20h20
auteur : lecteur Claude Alithos anesti! Antoine, Ce n'est pas parce que la position des matthéistes a le mérite de la clarté que je la partage pour autant. Je me sens beaucoup plus proche de l'Eglise de Grèce. J'ai aussi bon espoir que les évolutions positives à l'oeuvre en Grèce grâce à des gens comme feu le père Jean Romanidhis, Mgr Hiérothée de Naupacte ou le père Georges Métallinos s'étendent de proche en proche à la Serbie, puis à la Roumanie. Je peux vous assurer que quand je vois la résurrection de l'Orthodoxie en Maramures, où elle fut frappée à mort par le missionnaire botté Bukow, ou quand je vois réapparaître des vraies icônes orthodoxes dans des endroits où il n'y avait plus que des chromos protestants, je me dis que l'Orthodoxie va peut-être prendre à bras-le-corps des problèmes beaucoup plus anciens et beaucoup plus profonds que l'oecuménisme (mais qui sont la source de l'oecuménisme): les influences augustiniennes importées à partir du XVIIème siècle, le phylétisme, le complexe d'infériorité vis-à-vis de la théologie occidentale à prétentions scientifiques, les liaisons dangereuses avec l'Etat, l'abandon de la tradition hésychaste, etc.
par Antoine » mer. 30 juil. 2003 18:50
Date : 19.05 22h17
auteur : Éliazar En Vérité, Il est ressuscité, Antoine ! Vous écrivez : « Alors il n'y a que les matthéistes qui sont sérieux et justifiés dans leur approche. » J'ai envie de vous répondre : c'est évident ! Un jour nous regretterons tous, enfin sincèrement, cet ostracisme que nos églises « canoniques » professent et nous font professer à leur égard (et pas seulement des matthéistes, du reste). Car ces Orthodoxes sont notre conscience. Même s'ils ont trop concscience, justement, d'en être le noyau dur – et ne se soucient pas suffisamment de la fragilité des dentitions des « oecuménistes » … qui n'ont plus en bouche les moyens de manger un pain un peu trop dur pour eux… Car les oecuménistes aussi, ne sont-ils pas nos frères ? Et qui convaincra d'erreur le frère auquel il refuse de parler ? « Ils sont semblables à des enfants qui sont assis sur une place et qui s'interpellent les uns les autres, disant : « Nous vous avons joué de la flûte « Et vous n'avez pas dansé… « Nous nous sommes lamentés « Et vous n'avez pas pleuré… » C'est dans saint Luc, bien sûr : 7, 32… Post-scriptum ! J'écrivais cette réponse à Antoine pendant que Claude en faisait une autre. Je viens de la découvrir, et je ne vois rien à ajouter d'autre. Ce mot est donc autant pour Antoine que pour Claude... Ne me dites pas que je ne suis, finalement, qu'un oecuméniste aussi ! Ah! la vie est dure, et l'orthodoxie est chère!
par Antoine » mer. 30 juil. 2003 18:52
Date : 20.05 00h12
auteur : Antoine XB! Claude, vous dîtes ; <<je me dis que l'Orthodoxie va peut-être prendre à bras-le-corps des problèmes beaucoup plus anciens et beaucoup plus profonds que l'oecuménisme (mais qui sont la source de l'oecuménisme): les influences augustiniennes importées à partir du XVIIème siècle, le phylétisme, le complexe d'infériorité vis-à-vis de la théologie occidentale à prétentions scientifiques, les liaisons dangereuses avec l'Etat, l'abandon de la tradition hésychaste, etc.>> Je ne pense pas qu'on puisse réduire les matthéistes à la lutte contre l'oecuménisme qu'ils ne sont d'ailleurs pas les seuls à mener ou aux problèmes du 20 ème siècle. Ils rejettent tout ce qui est étranger à l'orthodoxie comme ce que vous énumérez. Mais eux n'ont a priori pas ce retour à faire mais je suis sûr qu'ils se réjouissent de chaque pas fait en ce sens dans une juridiction patriarcale. Leur histoire orthodoxe commence aux apôtres jusqu'à aujourd'hui sans rupture. C'est peut être l'orthodoxie de la nôtre qui s'arrête en 1923...Et vous soulignez aussi la clarté de leur position. Quant à vous Eliazar, lorsque vous écrivez: "Car les oecuménistes aussi, ne sont-ils pas nos frères ? Et qui convaincra d'erreur le frère auquel il refuse de parler ?" vous me surprenez. Je ne vois pas en quoi les anciens calendaristes refusent le dialogue: ils refusent toute compromission sur la foi , la doctrine , les saints canons, la Tradition. Ce sont nos juridictions patriarcales qui les ont physiquement persécutés pour cela. Et leurs souffrances sont les miennes. Ils sont muselés, baillonnés pour que la vérité ne puisse éclater. Et la propagande bat son plein. Que voulez vous, les juriditions patriarcales historiques n'ont pas compris qu'en coupant la langue à St maxime leurs ancêtres dans la persécution avait obtenu le contraire de ce qu'ils voulaient. Méfiez vous de ceux qui tuent au nom de Dieu et qui cachent leurs crimes derrière "l'amour du prochain" mis à toutes les sauces.
par Antoine » mer. 30 juil. 2003 18:53
Date : 20.05 11h53
auteur : Éliazar Christos anesti ek nekrôn… Antoine, vous avez raison. En évoquant le refus de parler, je pensais surtout à ce Concile Pan-Orthodoxe qu'on recule sans cesse, en grande partie parce qu'on ne veut pas envisager d'y admettre les paléo qui risqueraient d'y venir donner des leçons – et parce qu'on a peur de la contagion, s'ils ouvraient la bouche. Ce qu'ils ne manqueront évidemment pas de faire - et ce jour-là, combien les sauces astucieuses des "happy few" du Club de Paris paraîtront fadasses à côté de leur rude et savoureux brouet! Mais il est vrai aussi que du côté paléo, les consignes de silence données par les oecuménistes ont fini par produire un effet pervers qui conduit à ne plus s'adresser, finalement, qu'aux non-orthodoxes qui ont encore soif de l'Église et ne savent où la trouver… C'est sans doute une chance pour eux – mais c'est surtout l'immense troupeau des orthodoxes fourvoyés par leurs maîtres à penser qu'il faudrait ramener au bercail. Sinon, l'Orthodoxie va prendre lentement la dérive qui fut celle du patriaracat de Rome, il y aura bientôt mille ans. Et pendant ce temps, les paléo risquent de se fractionner sans cesse davantage, à l'image de ce qui devint le protestantisme protéiforme de la dérive latine. Tout le monde n'a pas la persévérance pugnace d'une Hongroise – pour continuer imperturbablement à dialoguer avec nous, même lorsque nous la traitons de haut (ou… de sectaire).
par Antoine » mer. 30 juil. 2003 19:01
Date : 20.05 18h42
auteur : Catherine Cher Éliazar, Vous dites : — Tout le monde n'a pas la persévérance pugnace d'une Hongroise – pour continuer imperturbablement à dialoguer avec nous, même lorsque nous la traitons de haut (ou… de sectaire). • Avant de vous quitter temporairement pour cause de santé, je dois vous dire que ma présence sur ce Forum est due à ce que d'aucuns appelleraient un "hasard". Je suis tombée dessus en automne dernier en passant en revue tout ce qu'il y avait d'orthodoxe sur le Net, à la recherche d'un renseignement sur la psaltique, et m'y suis intéressée vivement, pour obtenir ultérieurement la bénédiction de mon père spirituel d'y participer. Les "matthéistes" ne font pas de démarchage, mais tâchent de témoigner, SI L'OCCASION SE PRÉSENTE, par leur confession de la vraie foi orthodoxe dans toute sa pureté et leur garde pieuse de la Sainte Tradition, ainsi que par leur vie (qui est invisible, évidemment, sur Internet). N'importe quel "matthéiste" est parfaitement ouvert au dialogue avec tout le monde, mais ils n'ont ni l'indiscrétion ni les moyens financiers que possèdent par exemple les Témoins de Jéhovah et d'autres sectes, ce qui leur vaut d'être peu connus, certes, en France. Mais nous avons un site bien riche, créé par un hiéromoine qui accueille toutes les questions que posent ceux qui cherchent et y répond. Il n'est vraiment pas difficile d'y faire un saut, par Internet ou en personne pour ceux qui peuvent et surtout veulent. Vouloir, c'est pouvoir, n'est-ce pas ? Je dois ajouter que ma "pugnacité" vient de ma conviction absolue que nous ne sommes pas ce que beaucoup croient de nous et que Dieu fera éclater la Vérité à notre sujet, du moins pour ceux qui la cherchent d'un cœur droit. C'est à ce Dessein divin que je me crois "bénie" de coopérer. Maintenant, je crois qu'il faut préciser qc de très important : Les "matthéistes" en Grèce se disent entre eux simplement "orthodoxes"; en face des nouveau-calendaristes, ils sont obligés de se dire VCO et en face des autres VCO, ils devraient s'appeler V VCO en réalité. Car ceux qui, lors du schisme de 1937, se sont coupés des "matthéistes" ont cessé de l'être et se sont fragmentés depuis sans vergogne et sans scrupules, en changeant leur profession de foi, pour des raisons souvent purement humaines, alors que les "matthéistes" sont restés unis jusqu'en 1995. Toutes les fragmentations VCO proviennent donc du schisme de Chrysostome de Florina de 1937 et les "matthéistes" n'ayant pas de communion avec eux, ne peuvent donc être mis dans le même panier. C'est pourquoi je conseillerais à ceux qui, comme vous, Éliazar, n'ont connu que les VCO issus du schisme de 1937 (ex. les florinéens = Sébastopol) de ne pas nous assimiler à eux, mais admettre notre différence, qu'ils sont d'ailleurs à même de vérifier, s'ils le souhaitent. Une dernière chose. Vous avez dit dans un de vos posts : — Je ne suis pas certain, du reste, que ceux auxquels je pense (ceux de notre frère et ami Romane – pas le Russe, mais le Breton) n'aient pas été un moment matthéistes eux-mêmes. • Question de mise à jour : vous êtes en retard pour vos informations, cher Éliazar. Il n'y a aucun ex-matthéiste chez les florinéens. Ceux qui s'y étaient égarés un moment par faiblesse ou erreur de jugement, en sont revenus depuis et clament haut et fort qu'ils s'étaient trompés amèrement, que "ceux de Romane", comme vous dites, ne sont, hélas, pas de vrais VCO. Sans les juger aucunement sur le plan moral, ils ont appris que ce sont les tristes héritiers du schisme de Chrysostome de Florina et ont reconnu également que ni l'orthodoxie ni l'orthopraxis de 'Sébastopol" n'étaient celles, droite et conséquente, des "matthéistes". Ils ont beau s'appeller VCO, ils ne le sont que de nom, hélas.
par Antoine » mer. 30 juil. 2003 19:02
Date : 21.05 14h12
auteur : Éliazar Christos anesti, Catherine! Merci de vos précisions,si nécessaires en effet. Lors de mon entrée chez l'évêque Photios, à l'époque évêque de Lyon et du reste seul évêque français "VCO", j'avais protesté contre l'abus qui résultait, selon moi, de cette appellation "incontrôlée". Je ne pouvais pas admettre cette enflure, qui consistait à se gargariser du nom de Vrais Chrétiens Orthodoxes. Il est déjà assez difficile, pensais-je, d'être orthodoxe, et même d'être tout simplement chrétien dans le monde actuel, sans qu'on se colle des épaulettes supplémentaires, et un képi de "petit chef" en prime. Ou on est orthodoxe, ou on ne l'est pas. Naturellement, j'ai appris très vite qu'à se dire simplement orthodoxe, dans la société déchristianisée d'Occident, on risque de passer pour judaïsant, voire même musulman - et qu'il est parfois nécessaire d'ajouter "chrétien" pour éviter les confusions. Mais s'auto-proclamer "Vrai Chrétien Orthodoxe" en arrivait à gêner même ma vanité personnelle, pourtant blindée! J'ai hélas pu constater que mes craintes (quant à l'état d'esprit qu'une telle dénomination ne pouvait que développer chez les membres de cette petite église du boulevard de Sébastopol) n'étaient que trop prémonitoires - et j'ai bien été obligé de quitter des gens (comme Romane) que j'aimais, quand leur évêque a "pété les plombs" pour le dire sans emphase doctrinale excessive. Mais ce que vous dites, hélas, de leurs sempiternelles fragmentations m'avait si fort écoeuré que je me suis contenté, à l'époque, de revenir la tête basse dans le bercail de Constantinople. Cependant je garde dans ma mémoire et dans mon coeur ce que j'ai acquis au cours de ce passage, et notamment mon nouveau nom d'Éliazar, et ce Baptême par immersion qu'un évêque constantinopolitain un peu idiot a voulu me faire "expier" par ... la re-chrismation: ce qui finalement ne faisait qu'ajouter grâce sur grâce! J'en ai gardé aussi une grande affection personnelle pour le second de leurs évêques, celui qui a remplacé Photios à la suite de ce "clash" désolant. Mais c'est une simple histoire humaine, sans autre intérêt théologique: j'ai la même affection pour plusieurs prêtres kto que j'ai connus pour de bons et honnêtes prêtres - même si je me suis écarté de leur théologie. Devenir orthodoxe dans ce pays, chère Catherine, est une longue, longue quête. L'avantage, c'est qu'on a pas besoin de chercher à se faire une réputation de fol-en-Christ : on l'acquiert d'office, même si les amis et connaissances n'osent pas vous le dire ouvertement. Sauf qu'ils se limitent au premier des trois mots. Patience ! j'y ai déjà gagné de ne plus jamais oser me croire "vrai orthodoxe"; peut-être arriverai-je un jour au port de l'humilité - s'il n'est pas trop ensablé d'ici là ? En toute fraternité dans le Christ (qui doit bien souvent hocher la tête en nous regardant!)
par Antoine » mer. 30 juil. 2003 19:03
Date : 21.05 17h52
auteur : Antoine XB! Eliazar, vous savez donc mieux que personne que l'apeelation "VCO vrais chrétien orthodoxes" a été prise par les anciens calendariste en grèsce parce que l'état et la hiérarchie néocalendariste au pouvoir leur avait interdit la dénomination d'Eglise orthodoxe. Maintenat qu'à Sébasto l'appellation VCO n'ait pas été "contrôlée" c'est un problème qui ne vient pas de l'appellation elle même. Quant à Photios, gardons de tout jugement. Il a quitté sa fonction d'évêque pour des raisons humaines et ce en respect des canons. Ce qui est une attitude bien différente de celle adoptée par le pseudo évêque de l'Ecof, Germain. Je n'accuserai la paroisse du bd Sébastopol de rien quand on connait la difficulté que représente la vie en résistance dans un pays où la destruction de l'orthodoxie est puissamment organisée. Nous devons à Photios une excellente contestation et remise en cause du "cathéchisme" papal qu'il a été le seul à ecrire avec l'archimandrite philarète qui lui succède. Cet ouvrage de défense de la foi et de la dogmatique Orthodoxe face à une telle propagande de l'hérésie catholique romaine lui vaudra mémoire éternelle. [Et n'oublions pas dans ce domaine le travail du Père Cassien. Ce sont des gens de cette envergure (je pense aussi à Romanides et d'autres ) qui maintiennent l'Orthodoxie dans l'Esprit Saint.]
par Antoine » mer. 30 juil. 2003 19:04
Date : 21.05 20h02
auteur : Éliazar Alithos anesti, Antoine ! Vous avez parfaitement raison. Vous vous doutez bien (même si accessoirement) que ce n'était pas sans raisons profondes que j'avais rejoint le hiéromoine Philarète, et que je m'étais fait baptiser par l'évêque Photios… J'avais moi aussi été scandalisé que ni les Grecs, ni les Russes (ni le Père Placide) n'aient RIEN FAIT pour ouvrir les yeux des orthodoxes et des autres sur ce cynique « Catéchisme » papiste. Ce livre, et la Lumière du Thabor, n'ont pas peu fait pour me décider – et ces raisons demeurent. Vous avez bien fait de les souligner « ad usum delfini ». Reste qu'en France (Dieu soit loué ! et n'en déplaise aux intégristes kto du « Christ Roi » !) l'État est laïque, que personne au ministère n'oblige le « Sébasto » (comme vous dites) à s'affubler d'un titre qui ne peut que provoquer, et choquer - sans aucun intérêt pour la prédication de la Foi. Il m'aurait semblé beaucoup plus normal que par exemple, nous nous contentions de faire référence aux initiales grecques « légales », pour simplement signaler sous quelle obédience s'était placée la branche francophone. Mais c'est déjà de l'histoire ancienne – et sans doute ces trois initiales ambiguë vont-elles bientôt disparaître, par exemple en cas de rattachement à une autre Église.
PS - Maintenant, ne serait-il pas temps de clore cette rubrique ? Elle n'a plus rien à voir avec les accords de Balamand et s'est transformée en une très intéressante discussion autour des VCO (Matthéistes et autres) que malheureusement ceux qu'elle pourrait intéresser n'auront jamais l'idée d'aller consulter sous le titre actuel!
par Antoine » mer. 30 juil. 2003 19:08
Date : 23.05 14h54 auteur : Antoine XB!
Lecteur Claude dans son message de la rubrique "Balamand" nous indiquait que la revue la Lumière du Thabor, n° 41-42, Paris 1994, pp. 139-162, avait reproduit les protestations de la Sainte Montagne et la réfutation du texte de Balamand par le père Jean Romanides.
Pour ceux qui ,n'ont pas cette revue , et plus particulièrement pour Liza qui demandait des éclaircissements sur cette trahison de l'orthodoxie, en voici le texte:
[Les Chiffres entre ( ) renvoient aux notes en fin de document.]
Bonne lecture Antoine
REACTIONS ORTHODOXES
A LA FAUSSE UNION DE BALAMAND
La septième session plénière de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l'Eglise catholique et l'Eglise orthodoxe, s'est réunie dans l'Ecole Théologique de Balamand, au Liban, du 17 au 24juin 1993. Nous avons déjà rendu compte de cette réunion, au cours de laquelle les délégués «orthodoxes» ont reconnu que leur Eglise n'était pas la seule Eglise Une, Sainte,
Catholique et Apostolique du Credo, comme l'Eglise orthodoxe l'a toujours cru et confessé. Le texte (1) signé par l'Eglise catholique et par les Patriarcats orthodoxes de Constantinople, d'Alexandrie, d'Antioche, de Moscou, de Roumanie, ainsi que par les Eglises de Chypre, de Pologne et de Finlande, déclare en effet que l'Eglise catholique et l'Eglise orthodoxe sont des Eglises soeurs (§ 14) car «De part et d'autre, on reconnaît que ce que le Christ a confié à son Eglise - profession de foi apostolique, participation aux mêmes sacrements, surtout à l'unique sacerdoce célébrant l'unique sacrifice du Christ, succession apostolique des évêques- ne peut être considéré comme la propriété exclusive d'une de nos Eglises» (S 13). L'union est donc faite entre Constantinople et Rome, comme elle le fut à Lyon en 1274 et à Florence en 1439. Le caractère de cette union est, du reste, très semblable à celui des deux autres:
1) comme elles, mais de façon plus nette encore, cette union est a-dogmatique, c'est-à-dire qu'elle n'est pas fondée sur une unité réelle de sentiment, les orthodoxes ayant conservé leurs opinions et les catholiques les leurs, sur tous les points de divergen? 2) 2) la vraie Eglise orthodoxe est restée en dehors, non touchée par cette union, ou plutôt cette «discorde plâtrée» qu'elle refuse absolument. Dans lesEglises mêmes qui, quoique en communion avec Constantinople, n'ont pas signé l'union, se développe maintenant une opposition théologique importante. Nous publions ici a) la lettre du Mont Athos au Patriarche, où l'on voit les Pères athonites demander au Patriarche de dénoncer la fausse union ; b) b) l'artide de J.Romanides, professeur de Dogmatique à l'Université de Thessalonique, qui s'inscrit ici en faux contre l'accord anti-orthodoxe de Balamand.
La Société des Erudits pour la Défense du monachisme athonite publie dans son bulletin du 28 février 1994, la lettre envoyée au Patriarche Bartholomée par la Sacrée Communauté de la Sainte Montagne: «Conformément à des sources sérieuses de la Sainte Montagne, la tentative faite par le Patriarcat pour restreindre la liberté des Athonites a pour but principal de bâillonner une puissante voix d'opposition qui se lève contre les compromis qui ont lieu de nos jours, au détriment de notre foi orthodoxe (2). Les Hagiorites ne cessent de protester contre la position oecuméniste du Patriarcat et contre les efforts qu'il déploie pour se rapprocher des catholiques et autres hérétiques. Ils lui ont dernièrement adressé une lettre étendue pour protester contre les accords passés entre les représentants de certaines Eglises orthodoxes et les catholiques à la réunion de Balamand du Liban.
La réunion s'est tenue du 17 au 24 juin 1993, sous la co-présidence de l'archevêque Stylianos d'Australie et du Cardinal Edward Cassidy. Du côté orthodoxe, les Eglises que voici avaient envoyé des représentants: Constantinople, Alexandrie, Antioche, Moscou, la Roumanie, Chypre, la Pologne, l'Albanie et la Finlande,
tandis que les suivantes avaient refusé de participer: Jérusalem, la Serbie, la Bulgarie, la Géorgie, la Grèce et la Tchécoslovaquie.
La lettre de protestation des hagiorites a provoqué l'ire du Patriarcat et conduit à la récente ingérence. Voici le texte de la lettre
A Sa très divine Toute Sainteté, le Patriarche oecuménique Notre Père et Maître, le Seigneur Bartholomée. Ville impériale.
L'union des Eglises ou, pour parler plus précisément, la réunion des hétérodoxes à notre Eglise Une, Sainte, Catholique, Apostolique et orthodoxe est certes l'objet de nos désirs, pour la réalisation de la prière du Seigneur: «Afin que tous soient un» (Jn 17, 21), que nous recevons et embrassons totalement selon le sens orthodoxe. Comme le rappelle le Professeur J. Romanides : «Le Christ prie ici pour que ses disciples et les disciples de ses disciples soient un dans la vision de Sa gloire, dès cette vie terrestre, comme membres de son Corps, c'est- à-dire de l'Eglise...»
Par suite, nous comprenons les efforts tentés dans la crainte de Dieu et en accord avec la tradition orthodoxe, qui visent à l'union, laquelle ne saurait en aucun cas résulter d'une occultation ou d'un amoindrissement des dogmes orthodoxes, ni non plus d'une indifférence tolérante à l'égard des cacodoxies des hétérodoxes, parce qu'une telle union ne serait pas une union dans la Vérité et comme telle ne saurait jamais être ni véritablement acceptée par l'Eglise ni bénie de Dieu, dans la mesure où, selon le mot des Pères: «Le bien n'est bien que s'il est bien fait».
Tout au contraire, une telle fausse union provoquerait de nouveaux schismes et de nouvelles douleurs et divisions pour le corps à présent uni de l'orthodoxie. A ce sujet, nous dirons que, face aux grands changements qui se sont produits dans les pays de tradition orthodoxe, et face au violent courant multiforme qui se manifeste à l'échelle mondiale, l'Eglise orthodoxe, qui est l'Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique, se devrait d'une part, de renforcer la cohésion des Eglises locales en donnant tous ses soins à ses membres blessés et en pourvoyant à leur rétablissement spirituel, d'autre part, dans la conscience qu'elle a d'elle-même, de prêcher haut et clair à l'humanité déchue, la force salvifique, la grâce unique qui est la sienne.
En second lieu, nous rapporterons le cas du Patriarcat d'Antioche qui, sans l'aveu orthodoxe unanime, est entré en communion liturgique avec les anti-
chalcédoniens d'Antioche, sans qu'on ait apporté la moindre solution au très grave problème de leur acceptation des Conciles oecuméniques postérieurs au IIIème Concile, et surtout du IVème, celui de Chalcédoine, lequel constitue une base immuable de l'orthodoxie.
Cependant, le sujet d'inquiétude le plus sérieux vient du revirement inadmissible des orthodoxes, tel qu'il ressort du contenu de la déclaration commune émise à Balamand en juin 1993 par la Commission mixte pour le dialogue entre les orthodoxes et les catholiques romains, qui adopte des thèses anti orthodoxes et sur lequel nous tenons particulièrement à appeler l'attention de Votre Toute Sainteté.
Cependant, les thèses ecclésiologiques de ce document suscitent encore, Toute-
Sainteté, un bien plus grand scandale. Nous mentionnerons les déviations les plus criantes.
Au paragraphe 10, nous lisons: «Par réaction -contre l'Eglise catholique qui, se prétendant unique dépositaire du salut, exerçait ses efforts missionnaires au détriment des orthodoxes- l'Eglise orthodoxe, à son tour, en vint à épouser la même vision, selon laquelle chez elle seule se trouvait le salut. Pour assurer le salut des «frères séparés», il arrivait même qu'on rebaptisât des chrétiens, et qu'on oubliât les exigences de la liberté religieuse des personnes et de leur acte de foi, perspective à laquelle l'époque était peu sensible (5)».
Nous ne saurions, nous orthodoxes, admettre un tel point de vue, étant donné que notre Sainte Eglise Orthodoxe n'a nullement commencé de se croire seule dépositaire du salut par réaction à l'uniatisme, mais bien avant l'uniatisme, dès l'époque qui vit, pour des raisons de dogme, le schisme s'instaurer. L'Eglise orthodoxe n'a point attendu les uniates pour savoir, dans la conscience qu'elle a d'elle-même, qu'elle constitue la continuité authentique de l'Eglise Une Sainte Catholique et Apostolique du Christ, parce qu'elle a toujours conscience d'être telle, de même qu'elle a toujours eu conscience que le papisme se trouve dans l'hérésie. Si elle ne s'est pas servi souvent de ce dernier terme pour le désigner, c'est pour la raison expliquée par saint Marc d'Ephèse : «Les Latins ne sont pas simplement schismatiques, mais hérétiques et si notre Eglise ne l'a pas proclamé tout haut, c'est que leur nation était beaucoup plus nombreuse et plus puissante que la nôtre... nos prédécesseurs n'ont pas voulu écraser les Latins en les bafouant et en les flétrissant du nom d'hérétiques, parce qu'ils attendaient leur retour et faisaient tous leurs efforts pour ménager leur amitié (6)».
C'est ainsi que saint Photios, à plusieurs reprises, dénonça le Fiioque comme une hérésie, et ses partisans comme des cacodoxes (7). Saint Grégoire Palamas dit de l'occidental Barlaam que, venu à l'orthodoxie, il n'a montré «pour ainsi dire aucune trace de sanctification reçue de notre Eglise,
qui eût pu effacer les taches contractées là-bas( 8)».
La formule utilisée dans le paragraphe 1 rejette indûment la culpabilité sur l'Eglise orthodoxe, pour atténuer celle des papistes. Quand les orthodoxes ont-
ils rebaptisé les catholiques romains et les uniates indépendamment de leur volonté, en foulant aux pieds leur liberté religieuse? Et s'il existe des exceptions, les orthodoxes qui ont signé ce texte n'auraient pas dû oublier que ceux qui furent rebaptisés «indépendamment de leur volonté» étaient les descendants d'orthodoxes qui avaient été uniatisés de force, comme ce fut le cas en Pologne, en Ukraine et en Moldavie! (voir § 11)
Au § 13, nous lisons: «En effet, surtout depuis les conférences panorthodoxes et le deuxième Concile du Vatican, la redécouverte et la remise en valeur, tant par les orthodoxes que par les catholiques, de l'Eglise comme communion, ont changé radicalement les perspectives et donc les attitudes fondamentales. De part et d'autre, on reconnaît que ce que le Christ a confié à son Eglise -profession de la foi apostolique, participation aux mêmes sacrements, surtout à l'unique sacerdoce célébrant l'unique sacrifice du Christ, succession apostolique des évêques- ne peut être considéré comme la propriété exclusive d'une seule de nos Eglises. Dans ce contexte, il est évident que tout rebaptême est exclu (9)».
La redécouverte de l'Eglise comme communion a assurément un sens pour les catholiques romains qui, face à l'impasse où ils se trouvaient du fait de leur ecclésiologie absolutiste, furent contraints de se retourner, par le jeu de la dialectique, vers le caractère de communion que possède l'Eglise. Ainsi, à côté d'un extrême, celui du pouvoir absolu, ils mettent un autre extrême, celui du pouvoir collégial, tablant toujours dans leur va-et-vient sur la même base anthropocentrique. L'Eglise orthodoxe, au contraire, a toujours eu et conserve la conscience d'être, non pas simplement une communion, mais une communauté théandrique ou, comme le dit à la lettre saint Grégoire Palamas dans son Traité sur la Procession du Saint Esprit (2, 78), une «communion de déification». Or la communion de déification n'est pas simplement inconnue, mais elle est théologiquement incompatible avec la théologie catholique- romaine qui refuse d'accepter les énergies incréées de Dieu, par lesquelles seules cette communion s'édifie.
Ainsi se révèlent véridiques les prévisions qui annonçaient l'union planifiée par le Vatican et dans laquelle vont, bon gré mal gré, se trouver embarqués les orthodoxes -comme le disait saint Marc d'Ephèse. Ces derniers se trouvent en effet, aujourd'hui encore, dans des situations politiques et nationales extrêmement difficiles, et soumis à des Etats professant d'autres religions. L'union va donc être accélérée et réalisée sans accord sur les différences dogmatiques. Le plan en question consiste à sceller l'union sans tenir compte des divergences, par une reconnaissance mutuelle des sacrements et de la succession apostolique de chaque Eglise, et la mise en place de l'intercommunion,
dans un premier temps, de façon limitée, et ensuite, élargie. Après quoi, il restera à poser la question des différences dogmatiques, envisagées comme des théologouména.
Rome sait pertinemment que les orthodoxes n'accepteront jamais sa doctrine hétérodoxe. L'expérience des tentatives d'union qui ont eu lieu jusqu'ici l'a montré. En conséquence, elle met sur pied une union hors les différences, espérant qu'avec le temps l'élément dominant (humainement parlant: ici, comme toujours, le point de vue catholique-romain est purement humain et anthropocentrique) absorbera le plus faible, c'est-à-dire l'orthodoxie.
Nous voudrions demander aux orthodoxes signataires de Balamand:
Le Fiioque, la primauté, l'infaillibilité, le feu purgatoire, l'immaculée conception, la grâce créée appartiennent-ils à la confession de foi des Apôtres? Se peut-il que nous les orthodoxes reconnaissions aux catholiques romains une foi et une confession apostoliques, malgré toutes ces choses?
Ces graves déviations théologiques de Rome sont-elles, oui ou non, des hérésies?
Si oui, comme les Conciles et les Pères orthodoxes en ont jugé, ne s'ensuit-il pas que les sacrements et la succession apostolique de tels hétérodoxes sont absolument invalides?
La plénitude de la grâce peut-elle se trouver où la plénitude de la Vérité n'est pas?
Peut-on séparer le Christ de la Vérité du Christ des sacrements et de la succession apostolique?
Et comment peut-on considérer deux Eglises comme des «Eglises soeurs», non du fait de leur commune origine d'avant le schisme, mais bien à cause de leur prétendûment commune confession, grâce sanctifiante et sacerdoce d'à-présent, nonobstant le fossé dogmatique qui les séparent?
Quel orthodoxe peut accepter l'infaillibilité, la primauté, le pouvoir juridictionnel du pape «qui s'étend à toute l'Eglise», et le chef politico-
reigieux de l'Etat du Vatican comme successeur authentique des Apôtres?
Ne serait-ce pas la négation de la foi et de la tradition des Apôtres?
La Déclaration cite au § 14 les paroles du Pape Jean-Paul II:
«L'effort oecuménique des Eglises soeurs d'Orient et d'Occident, fondé dans le dialogue et la prière, recherche une communion parfaite et totale qui ne soit ni absorption ni fusion, mais rencontre dans la vérité et l'amour(1)1» (cf Siavorum Apostoli, n.27).
Il est évident que ce document, pour la première fois peut-être de la part des orthodoxes, adopte la thèse que les deux Eglises, orthodoxe et catholique-
romaine, constituent l'Eglise Une et Sainte ou forment deux expressions légitimes de celle-ci.
C'est malheureusement aussi la première fois que les orthodoxes reconnaissent officiellement une forme de la théorie des branches.
Qu'il nous soit permis d'exprimer notre profond chagrin devant ce fait, dans la mesure surtout où cette théorie entre en conflit criant avec la tradition de l'orthodoxie et la conscience de soi qu'elle a toujours eue jusqu'ici.
En témoignage de cette conscience de soi orthodoxe, selon laquelle notre Eglise constitue l'Eglise Une et Sainte, nous avons beaucoup d'autorités ratifiées et reconnues par l'ensemble de l'orthodoxie.
Le Concile de 1895 à Constantinople résume tous les synodes antérieurs: «Ainsi l'Eglise Orthodoxe d'Orient se glorifie justement dans le Christ d'être l'Eglise des Sept Conciles Oecuméniques et des neuf premiers siècles du Christianisme et, en conséquence, l'Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique du Christ, 'colonne et fondement de la vérité'. L'Eglise Romaine, elle, est l'Eglise des innovations, de la falsification des écrits des Pères de l'Eglise, de la fausse interprétation de la Sainte Ecriture et des décrets des Saints Synodes. C'est pourquoi c'est en toute justice et pour de bonnes raisons qu'elle a été rejetée et qu'elle le restera tant qu'elle persistera dans son égarement. Car comme le dit le divin Grégoire de Nazianze: 'Mieux vaut une guerre louable, qu'une paix qui sépare de Dieu(12)'».
Telle est aussi la doctrine que prêchaient les représentants des Eglises orthodoxes aux assemblées du C.O.E., auxquelles participaient d'éminents théologiens orthodoxes, tels le Père George Florovsky. Ainsi, à la Conférence de Londres (1952), il a été déclaré: «Nous sommes venus ici non pour critiquer les autres Eglises, mais pour les aider à voir la vérité, pour éclairer leur réflexion d'une manière fraternelle, les informant sur la doctrine de l'Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique qui est l'Eglise grecque orthodoxe, inchangée depuis l'époque apostolique(13)».
Et à Evanston en 1954, les délégués orthodoxes proclamèrent:
«En conclusion, nous devons déclarer notre persuasion profonde, que seule la sainte Eglise orthodoxe a gardé la foi transmise une fois pour toutes aux saints dans toute sa plénitude et dans toute sa pureté ; et cela, non pas à cause de notre mérite humain, mais parce qu'il plaît à Dieu de conserver 'ce trésor dans des vases de terre, afin que la surabondance de la force vienne de Dieu (14)'».
En plusieurs points de son livre estimable, intitulé Pour un oecuménisme orthodoxe, (Le Pirée, 1976), le Père Dumitru fait allusion à des thèmes abordés par la Déclaration Commune, mais qu'il traite selon le témoignage orthodoxe. Nos citations feront apparaître la discordance entre les thèses de la Déclaration qu'on vient de rapporter, et notre foi orthodoxe.
«Sans l'unité de la foi et sans la communion au même Corps et Sang du Verbe Incarné, il ne saurait y avoir d'Eglise au plein sens du terme (16)». «En d'autres termes, l'économie permet de valider un sacrement accompli hors de l'Eglise, pour celui qui entre en pleine communion de foi avec les membres de l'Eglise orthodoxe et en devient membre(17)». «Pour la conception catholique-
romaine, l'Eglise n'est pas tant un organisme spirituel dont la tête est le Christ C'est plutôt une organisation juridique qui ne vit pas dans la dimension divine, mais, au mieux, sur le plan du «surnaturel» et de la grâce créée (18)».
«Il suffit de reconnaître le fait que l'orthodoxie, comme corps plénier du Christ, vise à recevoir dans son sein, concrètement, les parties qui s'en sont séparées (22)...»
Il ne peut exister, cela va de soi, deux corps pléniers du Christ!
Le Concile de Vatican II, on le sait, loin de diminuer la primauté et l'infaillibilité, les a encore augmentées. Selon feu le Professeur Jean Karmiris: «Les prétentions latines bien connues sur la monarchie absolue du pape non seulement n'ont rien perdu de leur force lorsqu'elles ont été recouvertes, lors du Concile de Vatican II, sous le manteau de la collégialité des évêques : tout au contraire, elles se sont, par cela même, considérablement renforcées, et le pape actuel n'hésite pas à les mettre en avant à temps et à contretemps, avec beaucoup d'emphase (23)».
Le Directoire pour l'application des principes et des normes sur l'oecuménisme reprend explicitement la même ecclésiologie. Ce Directoire de l'Eglise catholique-romaine a été présenté par le Cardinal Cassidy lors de la réunion des évêques catholiques-romains (10-15 mai 1993) en présence de non-catholiques et d'orthodoxes. Dans ce document, il est souligné que les catholiques-romains «gardent la ferme conviction que l'unique Eglise du Christ subsiste en l'Eglise catholique qui est 'gouvernée par le successeur de Pierre et par les Evêques qui sont en communion avec lui' (Lumen Gentwm, 8)» (§ 17), dans la mesure où le «collège des Evêques» «a à sa tête I'Evêque de Rome, comme successeur de Pierre» (§ 14).
«Comme critères pour le travail oecuménique en commun ont été posés, d'une part la reconnaissance réciproque du baptême, et l'introduction des symboles communs de la foi dans l'expérience liturgique, d'autre part, la collaboration pour la formation oecuménique, la prière commune et le travail pastoral commun, de façon à ce que nous passions du conflit à la coexistence, de la coexistence à la coopération, de la coopération à la participation et de la participation à la communion (26)».
Le plus grave est que de tels textes pleins d'hypocrisie sont estimés par l'orthodoxe en général comme positifs (27).
Nous sommes affligés de constater que c'est sur la logique catholique romaine de ce texte que se fonde aussi la déclaration commune de Balamand.
Nous nous demandons donc si ces derniers développements ne justifient pas tout-à-
fait ceux qui prêchaient que, sous de telles conditions, les dialogues aux noms multiples se déroulent, en dernière analyse, au détriment de l'orthodoxie.
à vue humaine, les catholiques-romains ont, par ce texte, obtenu la reconnaissance, de la part de certains orthodoxes, de leur Eglise comme continuation légitime de l'UNA SANCTA, avec la plénitude de la Vérité, de la Grâce, du Sacerdoce, des Mystères, de la Succession Apostolique.
Ce succès toutefois se retourne contre eux, parce qu'il leur enlève toute possibilité de faire pénitence, de reconnaître et de surmonter leur grave faiblesse ecclésiologique et dogmatique.
C'est pourquoi les concessions faites par les orthodoxes ne sont pas non plus, en essence et en réalité, le produit de l'amour. Elles ne contribuent au bien ni des catholiques ni des orthodoxes.
Elles font passer de l' «esperance de l'Evangile» (CoL 1, 23) du seul Christ le Dieu-Homme à l'idole de l'homme-dieu, du Pape de l'humanisme occidental.
Nous sommes obligés, pour les catholiques-romains comme pour tout l'univers, pour lesquels l'orthodoxie immaculée est le dernier espoir, de ne jamais accepter l'union, ni la reconnaissance de l'Eglise Catholique-Romaine comme «Eglise soeur» ou du Pape comme évêque canonique de Rome, ou de l'Eglise de Rome comme possédant une succession apostolique canonique, le Sacerdoce et les sacrements, sans qu'ils aient rejeté explicitement le Filioque, l'infaillibilité,
la primauté, la grâce créée et les autres cacodoxies que nous ne regarderons jamais comme des différences insignifiantes ou comme des théologouména, parce qu'elles altèrent irrémédiablement le caractère théandrique de l'Eglise et constituent des blasphèmes.
- «Cette infaillibilité, le Pontife romain, Chef du collège des évêques, la possède en vertu de son office lorsque, en sa qualité de pasteur et de docteur suprême de tous les fidèles qui confirme dans la foi ses frères (cf. Lc 22, 32), il proclame, en la définissant, une doctrine de foi ou de morale. Voilà pourquoi ses définitions sont dites à juste titre irréformables par elles-mêmes et non par suite du consentement de l'Eglise; elles sont en effet prononcées avec l'assistance du Saint-Esprit, qui lui fut promise en la personne du bienheureux Pierre, elles n'ont besoin d'aucune autre approbation et ne tolèrent aucun appel à une autre instance. C'est que le Pontife romain se prononce alors non pas à titre privé, mais expose ou défend la foi catholique comme docteur suprême de l'Eglise universelle, en qui réside d'une façon particulière le charisme de l'infaillibilité de l'Eglise elle-même(30)».
Toutes ces paroles ne sonnent-elles pas, Toute-Sainteté, aux oreilles des orthodoxes, comme un blasphème contre le Saint Esprit et contre le divin bâtisseur de l'Eglise, Notre Seigneur Jésus Christ, seule tête éternelle et infaillible de l'Eglise, desquels seulement jaillit l'unité de l'Eglise? Ne renversent-elles pas de fond en comble l'ecclésiologie évangélique, divino-
humaine et spirituelle de l'orthodoxie? Ne soumettent-elles pas le Dieu-Homme à l'homme?
Comment composerons-nous ou coexisterons-nous avec cet esprit, sans perdre notre foi et notre salut?
C'est pourquoi, restant fidèles aux traditions que nous avons reçues de nos Saints Pères, nous ne recevrons jamais l'Eglise romaine, telle du moins qu'elle existe à présent, comme personnifiant avec la nôtre l'Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique du Christ
Nous considérons d'autre part comme nécessaire que, parmi les différences théologiques, soit également souligné le thème de la distinction entre l'essence et les énergies en Dieu et le caractère incréé des énergies divines, parce que si la grâce est créée, comme le prêchent les catholiques-romains, le salut est rendu vain, ainsi que la déification de l'homme, et l'Eglise cesse d'être une communion de déification, pour tomber dans une organisation légalo-canonique.
Pour tout ce qui précède, l'âme affligée, nous nous réfugions vers vous, notre Père Spirituel, et avec une profonde vénération nous vous prions et supplions de prendre en main, dans la prudence et sensibilité pastorales qui vous distinguent,
ce très grave sujet, de ne pas accepter le texte de Balamand et, plus généralement, de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour prévenir les conséquences fâcheuses qu'aurait, pour l'unité panorthodoxe, l'adoption éventuelle de ce texte, fût-ce par quelques Eglises seulement.
Nous demandons aussi vos saintes prières en Dieu, afin que nous- mêmes, humbles moines et ermites de la Sainte Montagne, nous puissions, dans cette époque de confusion spirituelle, de compromissions avec le monde et d'affaiblissement du sens orthodoxe et dogmatique, demeurer fidèles jusqu'à la mort dans la «règle de doctrine» (Rom. 6, 17) que nous avons reçue de nos Saints Pères, quoiqu'il puisse nous en coûter.
Note : La présente lettre a aussi été envoyée aux Eglises qui prennent part au dialogue théologique, comme directement intéressées, et aux autres pour information.
REPONSE DU PROFESSEUR J. ROMANIDES
Neuf Eglises orthodoxes ont signé avec des représentants du Vatican un accord contenu dans un texte intitulé: «L'uniatisme, méthode d'union du passé et la recherche actuelle de la pleine communion».
Ce texte a été composé par les membres du dialogue entre les orthodoxes et le Vatican lors de leur session plénière du 17 au 24juin 1993 à Balamand du Liban. Cinq Eglises orthodoxes ne s'y trouvaient pas.
1. Le prétendu schisme
1) a. Derrière cet accord se trouvent quelques érudits latins, familiarisés avec la recherche contemporaine sur la nature stratégique et politique du schisme, dont les représentants à Balamand se sont pourtant gardé de souffler mot Les orthodoxes à Balamand se sont accordé avec les Latins pour penser le schisme dans le cadre mis en place par la propagande franko-latine du Moyen-Age, propagande qui s'est installée depuis un temps considérable dans les écoles orthodoxes. En tout état de cause, cet accord passe sous silence le fait que, depuis le VIIème siècle, les évêques franko-latins ont reçu d'ordinaire leur succession apostolique en Gaule, en Germanie, en Angleterre, en Italie et en Espagne, en massacrant les Romains occidentaux qui tenaient précédemment les évêchés. Dès 794 et 809 ils avaient condamné les Romains d'Orient comme hérétiques. Cela eut lieu quelques deux cent soixante ans avant la date «officielle» du schisme de 1054. Durant l'intervalle entre 1008 et 1046, les Franko- latins achevèrent d'éloigner les Romains de l'Etat papal et de prendre totalement leur place.
b. Les Franko-latins avaient entamé leur marche vers l'hérésie en persécutant les Romains d'Orient dès le VIllème siècle, à une époque où ils n'étaient eux-
mêmes que des barbares illettrés. La papauté romaïque fit alors entendre sa protestation. Les papes romains n'avaient pas encore condamné officiellement les Franks, parce qu'ils désiraient alléger les peines que souffraient les Romains asservis au joug frank et qu'ils songeaient à garantir leur survie personnelle. La papauté romaïque prit finalement part au VIllème Concile Oecuménique de 879 dans la Nouvelle Rome, concile qui condamna les hérésies franques relatives aux icônes et au Fiioque, sans toutefois désigner nommément les hérétiques, par peur des représailles. Vers 850, les papes romains commencèrent à rappeler les Franks à l'ordre de façon pressante, leur demandant de se conformer aux règles communes du comportement civilisé. Ces tentatives des papes échouèrent cependant. Les Franko-latins répliquèrent en éliminant par la violence les papes, les évêques et les higoumènes romains, dont ils prirent la place. Ils tinrent la même conduite lorsqu'ils s'emparèrent de l'Italie du Nord, de la Germanie, de l'Angleterre, de l'Italie du Sud, de l'Espagne, de l'Europe Orientale et du Moyen Orient. Leur politique : exterminer autant que faire se pouvait. Papes et évêques franko-latins n'eurent jamais, ni à cette époque, ni plus tard, la moindre notion de la guérison de la personnalité humaine, ni ne manifestèrent le moindre signe d'intérêt pour cette guérison qui s'effectue par le moyen de la purification, de l'illumination du coeur et de la glorification. Ils avaient et ils ont encore une conception magique de la succession apostolique, conception également embrassée par beaucoup d'orthodoxes depuis les prétendues réformes de Pierre le Grand. Or c'est cette conception qui se trouve à la base de l'accord de Balamand (32).
2) Ce texte rejette ou ignore les événements qu'on vient de rappeler et implique l'acceptation de la théorie franko-latine du prétendu schisme. Aux yeux des historiens des deux partis, orthodoxes ou non, qui ont enfin redécouvert ou découvert le dessous des manigances latines autour du schisme, le texte de Balamand paraît pour le moins paradoxal.
2. Ecclésiologie
3) L'accord de Balamand se fonde sur une interprétation de la prière de Notre Seigneur rapportée dans le chapitre 17 de saint Jean, interprétation absolument étrangère à la tradition orthodoxe. Le Christ prie alors pour que Ses disciples et ceux qui seront leurs disciples deviennent un dans la vision de Sa gloire, dès cette vie terrestre, comme membres de Son Corps, c'est-à-dire de l'Eglise, qui se constitue à la Pentecôte et s'étend à l'illumination et à la déification de tous les saints de l'Histoire. Les disciples ont vu la gloire incréée du Christ avant la Pentecôte, mais non comme membres de Son Corps qui est l'Eglise. La déification survenue lors de la Pentecôte constitue le noyau réel de l'histoire de l'Eglise. La prière du Christ au chapitre 17 de saint Jean vise l'accomplissement des prophéties, de ses enseignements et de ses promesses, plus particulièrement de toutes celles que rapporte l'Evangile de Jean, notamment au chapitre 16, verset 13. C'est de cette manière-là que les Pères comprennent cette prière. Elle ne concerne pas l'union des membres du Corps du Christ avec ceux qui ne se trouvent pas sur le stade de la purification, de l'illumination et de la déification, mais vise leur entrée dans ces étapes de la thérapie. Il est au moins curieux de voir quelqu'un dire que le chapitre 17 de Jean peut s'appliquer à des Eglises et à des Chrétiens qui n'ont pas la moindre idée de la déification et de la manière d'entreprendre, dès cette vie, cette cure médicale.
4) Ce texte trouve des défenseurs parmi les orthodoxes naïfs qui demeurent persuadés qu'ils constituent une «Eglise soeur» face à l'Eglise soeur» vaticane. A Balamand, les orthodoxes, non contents de se faire prendre à leur propre piège,
sont aussi tombés dans celui que leur avait tendu le Concile de Vatican II, en décidant unilatéralement de reconnaître les sacrements orthodoxes. Autrement dit,
les orthodoxes, à Balamand, sont tombés dans ce double piège en reconnaissant eux-mêmes les sacrements des Latins, chose que seuls les Conciles Orthodoxes ont le pouvoir de faire. On pourrait soutenir qu'un orthodoxe peut, sans enfreindre la loi ni son devoir, prier et souhaiter par charité que les sacrements des Latins, de même que ceux des protestants, soient réellement valides et efficaces; mais il doit en laisser la décision aux mains de Dieu. Toutefois, prétendre que les sacrements des Latins sont valides, alors que les Latins eux-
mêmes n'enseignent pas que la déification en cette vie constitue le noyau central de la tradition apostolique, voilà qui sonne vraiment le paradoxe! La doctrine latine officielle des sacrements, du point de vue historique, n'est pas simplement non orthodoxe, mais bien anti- orthodoxe. Ajoutons que beaucoup de protestants sont d'accord, dans le principe, pour dire que la grâce transmise est incréée. L'hérésie latine qui enseigne que la grâce communiquée est créée, n'a toujours pas été rejetée par le Vatican.
3. L'uniatisme n'a plus de raison d'être
5) Le fait que les représentants du Vatican aient proposé cette thèse, laquelle a été également acceptée par les orthodoxes présents, signifie que les premiers ont leur propre solution à l'uniatisme: le maintien du dogme latin sur le Pape.
6) A l'époque du Concile de Vatican II, le New York Times avait publié, en première page, que le schisme entre le Vatican et les orthodoxes avait pris fin. La raison de cette annonce, c'est que les Latins avaient compris la levée des anathèmes de 1054 comme une levée de la non-communion, tandis que Constantinople n'avait levé, semble-t-il, que les anathèmes. Du point de vue des Latins, la décision de Vatican II, qui reconnaît la validité des sacrements orthodoxes, s'inscrit dans cette logique. Ainsi, il est devenu possible aux Latins de communier dans les Eglises orthodoxes et inversement. Les orthodoxes, jusqu'à présent, avaient des difficultés à refuser la Communion aux Latins.
7) A présent qu'existe le document de Balamand, le prochain pas sera d'encourager, chez les Latins et chez les Uniates, la pratique de la communion dans les Eglises orthodoxes, conformément au Concile de Vatican II. Le fait essentiel que les orthodoxes, à Balamand, soient allés jusqu'à la pleine reconnaissance des sacrements latins, implique qu'il sera désormais facile de soutenir que seule la haine peut expliquer un refus d'intercommunion et de concélébration.
8) On peut aussi présumer que le Pape, à titre d'essai, va omettre de désigner le successeur d'au moins un de ses archevêques uniates actuellement en poste, voire d'un de ses patriarches, pour placer les fidèles uniates du lieu sous la juridiction spirituelle de l'archevêque ou du patriarche orthodoxe locaL Un refus orthodoxe, auquel on peut s'attendre, rentrera ipso facto dans le cadre de la tactique visant à présenter les orthodoxes comme intolérants et ennemis de leurs frères chrétiens, au point de refuser l'intercommunion.
9) Le Conseil Oecuménique des Eglises a cultivé soigneusement et avec grand succès cette image des orthodoxes, au moins depuis la Conférence Générale de Nairobi en 1975.
10) Balamand venant à présent continuer Vatican II, et l'uniatisme n'ayant plus de raison d'être, les orthodoxes se voient confrontés aux conséquences de leur constant refus de communier avec les Latins et les Uniates. En vertu de l'accord de Balamand, la validité des sacrements est acquise, et ne dépend pas de la réception de sept ou de vingt-deux Conciles Oecuméniques, de leurs actes et de leurs enseignements. Dès lors, on peut faire valoir l'impression que seul le manque de charité explique le refus persistant, chez les orthodoxes, de l'intercommunion et des concélébrations avec le Vatican.
4. Question ultime
Oui ou non, le dogme est-il un garde-fou qui protège des faux- médecins et un guide qui conduit à la guérison de la purification, de l'illumination du coeur et de la glorification?
Orthodoxos Typos n° 1068 du 25 mars 1994.
1 Intégralement reproduit dans Episkepsis n°496 du 30 septembre 1993
2 En février 1994, une délégation patriarcale s'est rendue au Mont Athos, pour y discuter du statut juridique des moines d'origine non-grecque et décider l'expulsion des moines zélotes qui refusent de commémorer le Patriarche. Devant les protestations des moines, la délégation a destitué de leurs fonctions le supérieur de Xéropotamou et les délégués des monastères de Simonospétra, Philothéou et Dionysiou. Treize monastères ont refusé cette décision. A Pique 1994, une réconciliation est intervenue: les treize monastères, sans renier leur volonté de sauvegarder l'autonomie de l'Athos, ont envoyé une lettre d'excuse au Patriarche, qui a levé les sanctions anticanoniques qu'il avait prises.
3 Jean Karmiris, Monuments Dogmatiques et Symboliques de l'Eglise catholique orthodoxe, t.2, Autriche, 1968, (en grec) p. 1007-1008.
4 Révérendissime Métropolite Démétriados K. Christodule, «L'uniatisme, seule méthode dépassée pour l'union ?», L 'Eglise du Pirée, 32, octobre 1993, p.36-37.
5. Texte de la Septième session plénière de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l'Eglise catholique et l'Eglise orthodoxe (Balamand, Liban, 17-24 juin 1993) «L'uniatisme, méthode d'union du passé et la recherche actuelle de la pleine communion», Episkepsis, n°496, du 30/9/93, p. 27
6 J.Karmiris, Monuments Dogmatiques et Symboliques de I'Eglise catholique orthodoxe, t.1, Athènes 1960 (en grec), p. 419.
7 Voir Lettre 5, au Métropolite d'AquiIée, Lettres de Photios (en grec), éd.
J.Valettas, Londres 1864, p.189, 191, 192, 196. Voir aussi le texte suivant: «Enfin, et par-dessus tout, leur blasphème contre l'Esprit, ou plutôt contre toute la Sainte Trinité, quand bien même ils n'auraient rien osé des choses que j'ai rapportées, ce blasphème insurpassable les place, à lui seul, sous plusieurs millions d'anathèmes !» (Lettre Encyclique aux sièges épiscopaux d'Orient, 33, dans : J. Karmiris, op. cit., t.1, p. 327). e lecteur français trouvera une traduction de ces textes dans: Saint Photios, Oeuvres Trinitaires 1,
Fraternité St Grégoire Palamas, Paris, 1989 (N.d.T.)].
8 Saint Grégoire Palamas, Triades, 3, 15.
9 Episkepsis, Ibid, p. 27-28
10 Ils devaient leur ordination à des évêques orthodoxes (N.d.T.).
11 Episkepsis 496, 30/9/1993, p. 28/18. D'une manière caractéristique, la déclaration se réfère par quatre fois aux paroles du Pape et ne cite qu'une fois le Patriarche Oecuménique.
12 J. Karmiris, op. cit., t. 2, p. 942. traduit en français dans Encycliques des Patriarches Orthodoxes de 1848 et 1895, Fraternité Orthodoxe Saint Grégoire Palamas, Paris, p. 67].
13 J. Karmiris, Ibid, p. 971.
14 Id., Ibid., p. 974.
15 Id., Ibid., p. 978.
16 P. Dumitru Staniloae, Pour un Oecuménisme Orthodoxe, Le Pirée, 1976, p. 28.
18 Ibid, p. 35.
23 J. Karmins, L 'Orthodoxie et le Catholicisme romain, t. 2, p. 162.
24 M. Farantou, dans Orthodoxos Typos, n° 1030, du 2juillet 1993, p. 1. [Voir sur cette Encyclique, rédigée avec l'aide du Cardinal Ratzinger, le commentaire de Père Patric dans La Lumière du Thabor, n° 35].
25 Episkepsis, n° 493, du 30juin 1993, p. 15.
26 Texte cité, p. 14.
28 The Documents of Vatican II, New York, 1966,44,48. Texte françats: Valican II,
Les seize documents conciliaires, Fides, Montréal et Pans, 1967, p. 45.
29 [Texte français cité, p. 48.]
30 [Edition française, p. 48-49].
31 [Texte français cité, P. 44]. Cité par Archim. Sp. Bilali, Orthodaiie et Papisme, t. 1, p. 323, 325. «Le texte juge que l'uniatisme est une méthode du passé qui est rejetée de nos jours... Nous remarquons néanmoins qu'on évite de condamner ouvertement l'uniatisme comme une méthode de prosélytisme visant les orthodoxes, tout en proclamant légitime l'existence des Eglises dites «catholiques d'Orient»... Mais comment des uniates sans «uniatisme» pourraient-
ils exister? Et si l'on condamne l'uniatisme en tant que méthode d'unité, à quel titre pourrait-on bien le justifier ?...
Loin de désapprouver la présence des Eglises catholiques orientales.., on leur donne le droit de prendre place au dialogue pour l'unité. Mais la condition sine qua non posée par les orthodoxes pour entamer le dialogue avec les catholiques était que les uniates n'y soient pas présents. Maintenant, avec l'accord des deux partis, le conflit est résolu comme le veulent les uniates. Je doute que cette décision soit reçue par les Eglises orthodoxes...
On souligne dans le texte l'affirmation que l'Eglise catholique aidera les uniates à comprendre la nécessité de leur concours pour le rétablissement de la pleine unité entre catholiques et orthodoxes. L'Eglise orthodoxe fera de même... Mais tout cela intervient après des violences qui viennent de s'abattre en Europe orientale, et qui ont pour premiers auteurs les uniates. Après que les orthodoxes ont subi des violences, après qu'ils se sont vu chasser de leurs églises, après qu'ils ont été privés de leur lieux de culte, voilà que les Eglises orthodoxes sont invitées à persuader leurs fidèles de ne pas se plaindre des uniates. Les signataires de ce texte, où vivent-ils? Hors du monde?
Le texte ne rappelle pas l'histoire des persécutions et des vicissitudes du passé auxquelles orthodoxes et uniates furent mêlés. Ainsi, on évite substantiellement de parler de tous ces maux, qu'ont surtout soufferts les orthodoxes de la part des uniates... dans un passé lointain et récent. Un clair exposé des responsabilités de chacun contribuerait au rétablissement des relations entre les chrétiens.
D'autre part, la nécessité du rétablissement de la pleine liberté religieuse cache un piège, car sous le prétexte de cette liberté, l'Eglise catholique et les uniates continueront d'agir sur l'entourage orthodoxe de ceux qui ont vécu durant des années sous la coupe de l'athéisme et du matérialisme et chez qui on ne peut naturellement s'attendre à trouver un sens dogmatique aigu des différences entre les Eglises. Le principe selon lequel chacun décide librement de l'Eglise à laquelle il appartiendra est, dans certains cas, suspect, joint à la persistance de la propagande de Rome par l'organe des uniates, qui ressemblent extérieurement aux orthodoxes. II est difficile pour des hommes qui ne sont pas habitués à la vie ecclésiastique de les distinguer d'avec la vraie orthodoxie». (Extrait de l'article du Rév. Métropolite Dimitriados K. Xristodoulou, «L'uniatisme, méthode d'union seulement dépassée ?», L 'Eglise du Pirée, n° 32, octobre 1993.)
32 Voir J. Romanides, Franks, Romans, Feudalism and Doctnne, Holy Cross Orthodox Press, Brookline, 1982 ; Id., «Church Synods and Civilisation», Theologia, Athènes, t. 63, p. 3, 1992, p. 423-450.