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Timestamp: 2017-10-20 18:00:06+00:00
Document Index: 154327677

Matched Legal Cases: ['art. 3', 'art. 2', 'art. 1', 'art. 3', 'art. 3', 'art. 2', 'art. 1']

Question 64 : Du milieu des vertus
Nous avons actuellement à nous occuper des propriétés des vertus. Nous traiterons : 1° de leur milieu ; 2° de leur enchaînement ; 3° de leur égalité ; 4° de leur durée. — Sur le milieu des vertus quatre questions se présentent : 1° Les vertus morales consistent-elles dans un milieu ? (Le milieu consiste d’après la théorie d’Aristote à éviter tout excès ; c’est-à-dire à faire toutes choses de la manière qu’il convient pour le temps, le lieu, le motif, et la substance même de l’œuvre.) — 2° Le milieu de la vertu est-il un milieu réel ou rationnel ? — 3° Les vertus intellectuelles consistent-elles dans un milieu ? — 4° Les vertus théologales y consistent-elles aussi ?
Article 1 : Les vertus morales consistent-elles dans un milieu ?
Objection N°1. Il semble que la vertu morale ne consiste pas dans un milieu. Car ce qui est extrême répugne à la nature même du milieu. Or, il est dans la nature de la vertu d’être extrême. Car il est dit (De cælo, liv. 1, text. 116) que la vertu est le dernier effort de la puissance. Donc la vertu morale ne consiste pas dans un milieu.
Réponse à l’objection N°1 : La vertu morale tire sa bonté de la règle de la raison, tandis qu’elle a pour matière les passions ou les opérations. Par conséquent si l’on compare la vertu morale à la raison, sous ce rapport elle a le caractère d’un extrême (Elle est le terme le plus élevé auquel nous puissions arriver.), qui est sa conformité avec elle ; le défaut et l’excès produisent un autre extrême (Cet extrême est opposé au premier. La même vertu peut donc être tout à la fois extrême et milieu, soit qu’on la considère par rapport à la raison ou par rapport aux actions et aux passions qui sont sa matière.) qui est le manque de conformité. Mais si l’on considère la vertu morale relativement à la matière, alors elle a la nature d’un milieu en ce sens qu’elle ramène la passion à la règle de la raison. C’est ce qui fait dire à Aristote (Eth., liv. 2, chap. 6), que la vertu considérée dans sa substance, c’est-à-dire comme la règle de la matière qui lui est propre, est un milieu, mais que considérée par rapport à ce qu’il y a de mieux et à ce qui est bien, elle est un extrême, c’est-à-dire qu’elle a ce caractère d’après sa conformité avec la raison.
Objection N°2. Ce qu’il y a de plus grand n’est pas un milieu. Or, il y a des vertus morales qui tendent à ce qu’il y a de plus grand. Ainsi la magnanimité a pour objet les plus grands honneurs et la magnificence les plus grandes dépenses, comme le dit Aristote (Eth., liv. 4, chap. 2 et 3). Donc toute vertu morale ne consiste pas dans un milieu.
Réponse à l’objection N°2 : Le milieu et les extrêmes se considèrent dans les actions et les passions selon les diverses circonstances. Ainsi rien n’empêche que ce qu’il y a d’extrême dans une vertu par rapport à une circonstance, ne soit un milieu relativement à d’autres circonstances, par suite de sa conformité avec la raison. Et c’est précisément ce qu’il en est de la magnificence et de la magnanimité. Car si on considère la valeur absolue des choses auxquelles tend celui qui est magnifique et magnanime, on dira que ces choses sont ce qu’il y a de plus grand et de plus extrême ; mais si on les considère comparativement à d’autres circonstances, alors on les regardera comme un milieu ; parce que ces vertus ne portent l’homme à ces choses que raisonnablement, c’est-à-dire, où il faut, quand il faut, et pour le motif qu’il faut. Il y a excès si on tend à la grandeur quand il ne faut pas, où il ne faut pas, ou pour des motifs qui ne conviennent pas (On tombe alors dans la prodigalité.). Et il y a défaut si on n’y tend pas où il faut et quand il faut (On devient lâche de cœur.). C’est ce qui fait dire à Aristote (Eth., liv. 4, chap. 3), que le magnanime, quoiqu’il soit extrême par la grandeur, se trouve dans le juste milieu parce qu’il est ce qu’il doit être.
Objection N°3. S’il est de l’essence de la vertu morale d’être dans un milieu, elle ne peut être perfectionnée, mais elle doit être altérée par sa tendance à l’extrême. Or, i l y a des vertus morales dont la perfection provient de ce qu’elles tendent à l’extrême. Ainsi la virginité, qui s’abstient de toutes les jouissances charnelles, est par là même une chose extrême, et c’est ce qui rend sa chasteté parfaite. De même tout donner aux pauvres est l’œuvre la plus parfaite de miséricorde ou de libéralité. Il semble donc qu’il ne soit pas de l’essence de la vertu morale de consister dans un milieu.
Réponse à l’objection N°3 : On doit raisonner sur la virginité et la pauvreté comme sur la magnanimité. Car la virginité s’abstient de tous les plaisirs sensuels, et la pauvreté sacrifie toutes les richesses pour un bon motif et pour une bonne fin, c’est-à-dire pour obéir à la loi de Dieu, et arriver à la vie éternelle. Mais si on fait ces mêmes choses dans de mauvaises vues, par exemple pour suivre une superstition défendue, ou par vaine gloire, elles cessent d’être une vertu. Au contraire si on ne les fait pas quand il faut, ou de la manière qu’il faut, on pèche par défaut, comme on le voit par ceux qui transgressent leur vœu de virginité ou de pauvreté.
Mais c’est le contraire. Aristote dit (Eth., liv. 2, chap. 6) que la vertu est une habitude d’élection qui consiste dans un juste milieu.
Conclusion Puisque la bonté de la vertu morale doit s’apprécier d’après sa conformité avec la raison et qu’elle ne peut s’écarter de cette règle que par excès ou par défaut, il est vrai de dire que toute vertu morale consiste dans un milieu.
Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (quest. 55, art. 3), la vertu porte par sa nature l’homme au bien. Or, la vertu morale perfectionne, à proprement parler, la partie appétitive de l’âme relativement à une matière déterminée. La mesure et la règle du mouvement appétitif par rapport aux objets qu’il désire, c’est la raison. Le bien de tout objet qui est mesuré et réglé consiste dans sa conformité avec sa règle-, comme le bien dans les œuvres d’art consiste à suivre la règle de l’art lui-même. Par conséquent le mal résulte de la discordance qu’il y a entre l’objet et sa règle ou sa mesure ; ce qui provient soit de ce qu’il dépasse la mesure, soit de ce qu’il reste en deçà, comme on le voit manifestement à l’égard de toutes les choses qui sont réglées ou mesurées. C’est pourquoi il est évident que la perfection de la vertu morale consiste dans sa conformité adéquate avec la mesure de la raison (Cette définition de la vertu a une certaine analogie avec celle de la vérité que donne aussi saint Thomas quand il dit qu’elle est adæquatio rei et intellectus.). Or, il est manifeste que cette égalité ou cette conformité, c’est le milieu entre ce qui va au-delà et ce qui reste en deçà. D’où il est clair que la vertu morale consiste dans un milieu.
Article 2 : Le milieu de la vertu morale est-il un juste milieu réel ou rationnel ?
Objection N°1. Il semble que le milieu de la vertu morale ne soit pas un milieu rationnel, mais un milieu réel. Car le bien de la vertu morale consiste dans un milieu. Or, le bien ou la perfection, comme le dit Aristote (Met., liv. 6, text. 8), est dans les choses elles-mêmes. Donc le milieu de la vertu morale est un milieu réel.
Objection N°2. La raison est la faculté qui perçoit. Or, la vertu morale ne consiste pas dans le milieu des perceptions, mais plutôt dans le milieu des opérations et des passions. Donc le milieu de la vertu morale n’est pas un milieu rationnel, mais un milieu réel.
Objection N°3. Le milieu pris selon la proportion arithmétique ou géométrique est un milieu réel. Or, tel est le milieu de la justice, comme le dit Aristote (Eth., liv. 5, chap. 3). Donc le milieu de la vertu morale n’est pas un milieu rationnel, mais réel.
Mais c’est le contraire. Aristote dit (Eth., liv. 2, chap. 6) que la vertu morale consiste dans un milieu que la raison détermine par rapport à nous.
Conclusion Le milieu dans lequel on dit que la vertu morale consiste n’est pas un milieu rationnel qui existe dans l’acte de la raison et qui le perfectionne, mais c’est un milieu qui consiste dans la chose elle-même selon qu’elle est conforme à la droite raison.
Il faut répondre que le milieu rationnel peut s’entendre de deux manières : 1° selon qu’il existe dans l’acte même de la raison, comme si l’acte même de la raison était ramené à un certain milieu par la vertu morale. La vertu morale ne perfectionnant pas l’acte de la raison, mais l’acte de la puissance appétitive, il s’ensuit qu’elle ne ramène pas ainsi la raison au degré qui lui convient. 2° On peut donner le nom de milieu rationnel à celui que la raison établit dans une matière quelconque. En ce sens tout milieu d’une vertu morale est un milieu rationnel, parce que, comme nous l’avons vu (art. préc.), on dit que la vertu morale consiste dans un milieu selon sa conformité avec la droite raison. Mais il arrive quelquefois que le milieu rationnel est aussi le milieu réel. Dans ce cas il faut que le milieu de la vertu morale soit un milieu réel, comme il arrive dans la justice. D’autres fois le milieu rationnel n’est pas le milieu réel, mais il est considéré relativement à nous. Tel est le milieu dans toutes les autres vertus morales. La raison en est que la justice se rapportant à des opérations qui consistent dans des choses extérieures où l’on doit considérer le droit absolument en lui-même, comme nous l’avons dit (quest. 60, art. 2), il s’ensuit que le milieu rationnel se confond dans cette circonstance avec le milieu réel, puisque la justice donne à chacun ce qui lui est dû, ni plus, ni moins (Par exemple, si l’on doit cent francs à quelqu’un on doit lui donner cent francs. La raison veut qu’on donne ni plus ni moins.). Au contraire, les autres vertus morales se rapportent aux passions intérieures à l’égard desquelles on ne peut fixer le droit de la même manière, parce que les hommes ont à l’égard des passions des rapports divers (Il faut faire la part du tempérament et des dispositions intellectuelles de chacun. Ce qui est tempérance pour l’un est excès pour l’autre ; ce qui est libéralité pour un riche est prodigalité pour celui qui a moins de fortune.). C’est pourquoi il faut que la raison règle les passions de différente façon selon que nous en sommes affectés.
La réponse aux objections est par là même évidente. Car les deux premiers raisonnements reposent sur le milieu rationnel tel qu’il est dans l’acte même de la raison, et le troisième s’appuie sur le milieu de la justice.
Article 3 : Les vertus intellectuelles consistent-elles dans un milieu ?
Objection N°1. Il semble que les vertus intellectuelles ne consistent pas dans un milieu. Car les vertus morales consistent dans un milieu selon qu’elles sont conformes à la règle de la raison. Or, les vertus intellectuelles sont dans la raison elle-même et par conséquent elles ne paraissent pas avoir une règle supérieure. Donc les vertus intellectuelles ne consistent pas dans un milieu.
Réponse à l’objection N°1 : La vertu intellectuelle a sa mesure (Cette mesure n’est pas la raison, mais la vérité telle qu’elle est en elle-même.), comme nous l’avons dit (dans le corps de l’article.), et que d’après sa conformité avec elle il y a en elle un milieu.
Objection N°2. Le milieu de la vertu morale est déterminé par la vertu intellectuelle. Car Aristote dit (Eth., liv. 2, chap. 6) que la vertu consiste dans un milieu déterminé par la raison telle que le sage le déterminerait. Si donc la vertu intellectuelle consiste aussi dans un milieu, il faut que ce milieu soit déterminé par une autre vertu, et on ira ainsi de vertus en vertus indéfiniment.
Réponse à l’objection N°2 : Il n’est pas nécessaire d’aller indéfiniment de vertus en vertus ; parce que la mesure et la règle de la vertu intellectuelle n’est pas un autre genre de vertu, mais la réalité même (Dont la nature est un fait primitif et irréductible.).
Objection N°3. Le milieu consiste, à proprement parler, entre les contraires, comme le dit Aristote (Met., liv. 10, text. 22 et 23). Or, il ne semble pas que dans l’intellect il y ait aucune contrariété possible, puisque les contraires, selon qu’ils sont dans l’intellect, cessent d’être opposés et sont simultanément compris, comme le blanc et le noir, ce qui est sain et ce qui est malade. Donc dans les vertus intellectuelles il n’y a pas de milieu.
Réponse à l’objection N°3 : Les choses contraires ne produisent pas de contrariété dans l’entendement, parce que l’une est un moyen de connaître l’autre ; néanmoins il y a dans l’intellect une opposition entre l’affirmation et la négation qui sont des contraires, comme le dit Aristote (Periher., liv. 2, chap. ult.). Car quoique l’être et le non-être ne soient pas contraires, mais contradictoires, si on considère les choses qu’ils signifient, telles qu’elles sont dans la réalité, puisque l’une est l’être et l’autre purement le non-être, cependant si on les considère par rapport à l’âme qui les perçoit (Elles sont contraires dans l’entendement, quoiqu’elles soient seulement contradictoires dans les choses, parce que l’entendement ne peut les connaître sans leur donner quelque entité (aliquid esse).), elles établissent l’une et l’autre quelque chose de positif. C’est pourquoi l’être et le non-être sont contradictoires, tandis que l’opinion d’après laquelle nous pensons que le bien est bien est contraire à celle d’après laquelle nous pensons que le bien n’est pas bien ; et la vertu intellectuelle est le milieu qui se trouve entre ces contraires.
Mais c’est le contraire. L’art, comme le dit Aristote (Eth., liv. 6, chap. 3 et 4), est une vertu intellectuelle, et d’après ce même philosophe (Eth., liv. 2, chap. 6) il y a dans l’art un milieu. Donc la vertu intellectuelle consiste dans un milieu.
Conclusion Non seulement la vertu morale, mais encore la vertu intellectuelle a sa mesure, et par suite de sa conformité avec elle on reconnaît qu’il y a en elle un milieu.
Il faut répondre que la perfection d’une chose consiste dans un milieu toutes les fois qu’elle résulte de sa conformité avec une règle ou une mesure, au-delà et en deçà de laquelle on peut se trouver, comme nous l’avons dit (art. 1). Or, la vertu intellectuelle se rapporte au bien ou à la perfection comme la vertu morale, ainsi que nous l’avons vu (quest. 55, art. 3), par conséquent la perfection de la vertu intellectuelle dépend d’une mesure et elle a ainsi essentiellement un milieu. En effet le bien de la vertu intellectuelle est le vrai. Le vrai de la vertu spéculative se prend dans un sens absolu, comme le dit Aristote (Eth., liv. 6, chap. 2), tandis que le vrai de la vertu pratique résulte de sa conformité avec la rectitude de l’appétit. Le vrai pour notre intellect pris absolument a pour mesure la réalité elle-même. Car la réalité est la mesure de notre intellect, d’après ces paroles d’Aristote (Met., liv. 10, text. 5) : Selon qu’une chose est ou n’est pas, la vérité se trouve dans nos opinions et dans nos discours. Ainsi donc le bien de la vertu intellectuelle spéculative consiste dans un milieu d’après sa conformité avec la réalité même (Le milieu des vertus intellectuelles spéculatives est, comme on le voit, un milieu réel.), selon qu’elle affirme l’existence de ce qui est, et la non-existence de ce qui n’est pas, ce qui constitue la nature du vrai. Mais il y a excès quand on affirme faussement l’existence de ce qui n’est pas, et il y a défaut quand on nie faussement l’existence de ce qui est. — Quant au vrai de la vertu intellectuelle pratique, si on le considère par rapport à la réalité il a la nature ou le caractère d’un objet mesuré. Par conséquent par rapport à la réalité il y a un milieu dans les vertus intellectuelles pratiques comme dans les vertus spéculatives, mais relativement à l’appétit il a la nature d’une règle et d’une mesure. Ainsi le milieu qui appartient à la vertu morale est le même que celui qui appartient, à la prudence (Le milieu des vertus intellectuelles pratiques, comme la prudence, la médecine, etc., est un milieu rationnel. C’est à la raison à le déterminer.) ; c’est la droiture de la raison. Mais il y a cette différence que ce milieu se rapporte à la prudence comme à la règle et à la mesure, tandis qu’il appartient à la vertu morale comme à ce qui est mesuré et réglé. De même l’excès et le défaut doivent s’entendre de part et d’autre dans un sens différent.
Article 4 : Les vertus théologales consistent-elles dans un milieu ?
Objection N°1. Il semble que la vertu théologale consiste dans un milieu. Car la perfection des autres vertus consiste dans un milieu, et la vertu théologale est plus parfaite que les autres. Donc à plus forte raison la vertu théologale consiste-t-elle dans un milieu.
Réponse à l’objection N°1 : La perfection des vertus intellectuelles et morales consiste dans un milieu qui résulte de leur conformité avec une règle ou une mesure qu’on peut dépasser ; mais il n’en est pas de même des vertus théologales prises dans un sens absolu, comme nous l’avons dit (dans le corps de l’article.).
Objection N°2. Le milieu de la vertu morale résulte de ce que notre appétit a la raison pour règle, et le milieu de la vertu intellectuelle de ce que notre entendement est réglé par la réalité des objets qu’il perçoit. Or, la vertu théologale perfectionne l’intellect et l’appétit, comme nous l’avons dit (quest. 62, art. 3). Donc la vertu théologale consiste aussi dans un milieu.
Réponse à l’objection N°2 : Les vertus morales et intellectuelles perfectionnent notre intellect et notre appétit par rapport à la mesure et à la règle créée, tandis que les vertus théologales les perfectionnent par rapport à la mesure et à la règle incréée ; par conséquent il n’y a pas de parité.
Objection N°3. L’espérance qui est une vertu théologale tient le milieu entre le désespoir et la présomption. De même la foi tient le milieu entre des hérésies contraires, comme le dit Boëce (De duabus nat.). Car en reconnaissant dans le Christ deux natures et une personne nous tenons le milieu entre l’hérésie de Nestorius qui admettait deux personnes et deux natures et celle d’Eutychès qui prétendait qu’il n’y avait qu’une personne et qu’une nature. Donc la vertu théologale consiste dans un milieu.
Réponse à l’objection N°3 : L’espérance tient le milieu entre la présomption et le désespoir par rapport à nous, en ce sens qu’on appelle présomptueux celui qui espère de Dieu un bien qui est au-dessus de sa condition ou qui n’en espère pas ce que sa condition lui permet d’espérer ; mais, relativement à Dieu dont la bonté est infinie, l’espérance ne peut être excessive. De même la foi tient le milieu entre des hérésies contraires, non par rapport à son objet qui est Dieu et en qui on ne peut croire trop vivement, mais comme toute opinion humaine tient le milieu entre des opinions contraires (Le dogme catholique se trouve par exemple entre l’arianisme qui a admis en Dieu une trinité de substances avec la trinité des personnes et dans le sabellianisme qui a affirmé l’unité de personne et l’unité de substance.), ainsi que nous l’avons dit (art. 2 et 3, réponse N°3).
Mais c’est le contraire. Dans toutes les circonstances où la vertu consiste dans un milieu, il arrive qu’on pèche par excès comme par défaut. Or, à l’égard de Dieu qui est l’objet de la vertu théologale on ne peut pécher par excès. Car il est écrit (Ecclésiastique, 43, 33) : Vous qui bénissez le Seigneur, exaltez-le autant que vous le pourrez ; car il est au-dessus de toutes louanges.
Conclusion On dit que les vertus théologales consistent dans un milieu, non par elles-mêmes, mais par accident et relativement à nous.
Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (art. 1), le milieu de la vertu s’entend de sa conformité avec sa règle ou sa mesure qui est telle qu’on peut la dépasser ou rester en deçà. Or, on peut entendre de deux manières la règle ou la mesure de la vertu théologale. 1° Elle peut se rapporter à la nature même de la vertu ; en ce sens la mesure et la règle de la vertu théologale, c’est Dieu lui-même. Car notre foi a pour règle la vérité divine ; notre charité sa bonté ; notre espérance la grandeur de sa toute-puissance et de sa piété. Cette mesure surpassant toutes les forces humaines, il s’ensuit que l’homme ne peut jamais aimer Dieu autant qu’il doit être aimé, ni croire ni espérer en lui autant qu’il doit y croire et y espérer. Par conséquent il ne peut pas y avoir en cela d’excès. D’où il résulte que la perfection de la vertu théologale ne consiste pas dans un milieu, mais que ces vertus sont d’autant plus excellentes qu’elles se rapprochent davantage du degré le plus élevé. 2° On peut considérer la règle ou la mesure de la vertu théologale relativement à nous. Car quoique nous devions nous porter vers Dieu autant que nous le pouvons, cependant nous devons régler notre foi, notre espérance et notre charité d’après notre condition, et ainsi il peut y avoir par accident un milieu dans les vertus théologales quand on les considère par rapport à nous (On dépasserait ce milieu si on se livrait à la pratique de ces vertus au point de compromettre sa santé , ou si on le faisait dans un temps qui ne serait pas convenable, comme celui qui s’occuperait de la contemplation au lieu de songer à ses affaires domestiques.).