Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/afrique/rwanda.htm
Timestamp: 2016-12-02 18:06:47+00:00
Document Index: 254157534

Matched Legal Cases: ["l'article 5", 'arrêt ', "l'article 4", "l'article 107", "l'article 143", "l'article 26", "l'article 25", "l'article 132", "l'article 9", "l'article 5", "l'article 5", "l'article 3", "l'article 32", "l'article 116"]

Capitale: Kigali Population: 11,4
millions (2013) Langues officielles:
kinyarwanda, français et anglais Groupe majoritaire:
kinyarwanda (98 %) Groupes minoritaires: aucun (linguistiquement), sauf
pour les langues étrangères telles que le français, l’anglais,
le swahili, etc. Langue coloniale:
français Système politique:
république présidentielle avec
forte présence militaire Articles constitutionnels (langue):
article 5 de la
Constitution du 4 juin 2003 Lois linguistiques:
Loi n° 42/1988 sur le Code civil (1988, en vigueur);
Code du travail (2001); Loi n° 13/2004 du 17/5/22004 portant Code de procédure pénale (2004); Loi organique n° 06/2006 du 15/02/2006 portant règlement d'ordre intérieur de la Chambre des députés du Parlement telle que modifiée et complétée à ce jour (2006); Loi n° 25/2011 du 30/06/2011 portant création de l'Office rwandais des marchés publics (RPPA) et déterminant ses missions, son organisation et son fonctionnement (2011);
Loi organique n° 02/2011/OL du 27 juillet 2011 portant organisation de l'éducation (2011);
Loi n°40/2011 du 20/09/2011 portant régulation des fonds d’investissement collectifs au Rwanda (2011);
Loi organique n° 01/2012/OL du 02/05/2012 portant Code pénal (2012); Loi n° 21/2012 du 14 juin 2012 portant Code de procédure civile, commerciale, sociale et administrative (2012);
Loi n° 23/2012 du 15 juin 2012 portant organisation et fonctionnement de l'éducation préscolaire et de l'enseignement primaire et secondaire (2012); Loi n°24/2012 du 15/06/2012 portant planification de l'utilisation et d'aménagement des terres au Rwanda (2012);
Loi organique n°08/2012/OL du 02/11/2012 portant règlement d'ordre intérieur du Sénat (2012);
Loi portant Code de procédure pénale n° 30/2013 (2013).
Le Rwanda (officiellement la république du Rwanda) est un pays de hauts plateaux d'Afrique centrale (d’où le surnom de «pays aux mille collines» attribué au Rwanda), situé sur la ligne de séparation des eaux du Congo et du Nil, au cœur de la région des Grands Lacs. Le pays est borné à l'ouest et au nord-ouest par la République démocratique du Congo (Kinshasa), au nord par l'Ouganda, à l'est par la Tanzanie et au sud par le Burundi (voir la carte).À l’exception du petit Burundi (au sud) qui n’a que
27 834 km², le Rwanda est entouré de pays immenses dont la Tanzanie
(à l’est et au sud-est) avec ses 941 550 km², et surtout à l’ouest
par le Congo-Kinshasa avec 2 345 410 km².
Le premier évêque africain du Rwanda, Mgr Bigirumwami, disait à propos de la superficie de son pays (26 338 km²) : «Quand on pose le doigt sur une carte de l'Afrique pour indiquer le Rwanda, on le cache.»
Ainsi, la situation géographique du Rwanda le place à la «frontière» des pays «francophones» à l'ouest et des pays «anglophones» à l'est et au sud-est. La capitale, Kigali, se trouve au centre du pays. Le Rwanda, qui couvre une superficie de 26 338 km², reste l'un des plus petits États du
continent — il fait seulement 86 % du territoire belge — mais sa densité de population est l'une des plus fortes. 2
Avant le génocide de 1994, la densité de sa population était l'une des plus fortes d'Afrique, avec 301 habitants au kilomètre carré (1991). La plupart
des Rwandais — les Banyarwanda: les «enfants du Rwanda» — vivaient
en zone rurale dans des fermes individuelles dispersées dans les collines; le
taux d'urbanisation était l'un des plus faibles du monde (5 %). Aujourd'hui, les
campagnes sont désertées et la capitale, Kigali, est passée de 140 000 en 1991 à plus d'un million en 2006. En 2013, la population du Rwanda était de 11,4 millions.
Hutus rwandais
Hutus burundais
Pygmées twa
Swahiliens
arabe leventin
Indiens du Gujarat
Français/Belges francophones
Autres 71 000
11 466 500
Il faut se rappeler qu'en 1996 la population du Rwanda était estimée à 7,7 millions d'habitants
contre près de 8 millions lors du recensement de 1991, puis à 8,5 millions en 2005. Entre 1993 et 1994,
la guerre civile a fait environ 800 000 morts et jeté hors des frontières deux
millions de réfugiés (principalement au Congo-Kinshasa et en Tanzanie). On
décompte également trois millions de personnes déplacées à l'intérieur du
Environ 80 % de la population faisait partie de l'ethnie hutue en 1996. Près
de 19 % de la population était d'origine tutsie et plus de 0,5 % appartenait au
peuple twa (les Pygmées); on croit que 75 % des Twas auraient été tués lors du
génocide de 1994. On comptait également à cette époque les minorités
suivantes: les Banyenkombo (env. 57 000 personnes), les Bagogwe (500 à 1500
membres) et les Banyambo (env. 400 individus). La question ethnique est quelque peu controversée au Rwanda; certains considèrent que les Tutsis, les Hutus et les Twas font partie de la même ethnie, car ils partagent la même langue, les mêmes mœurs et la même religion. Mais les différences ethniques ne vont pas toujours de soi au Rwanda, puisque un quart de tous les Rwandais ont des Hutus et des Tutsis pour grands-parents. Les deux principaux groupes étaient si entremêlés en 1994 des médecins ont assassiné leurs patients, des enseignants leurs élèves, des collègues de bureau leurs voisins, etc. 2.1 Le kinyarwanda
Tous les Rwandais d’origine, quelle que soit leur ethnie (hutue, tutsie ou twa), parlent la même langue, soit le kinyarwanda (ou simplement rwanda), une langue bantoue. Certaines théories sur l’immigration laisseraient croire que le kinyarwanda aurait été transmis par les Hutus, alors que les Tutsis auraient perdu leur langue ancestrale depuis plusieurs siècles. Nous pouvons au moins nous interroger sur le fait que l’envahisseur tutsi n’aie pas cherché à imposer sa langue au lieu de la perdre. Quoi qu’il en soit, le kinyarwanda est devenu aujourd’hui la langue nationale de tout le Rwanda, mais cette langue est fragmentée en de nombreuses variétés dialectales, relativement intelligibles entre elles. Les Hutus, les Tutsis et les Twa comptent pour 93,8 % des Rwandais qui ont le kinyarwanda comme langue maternelle; si l'on ajoute les Burundais parlant le kirundi (4,5 %), le pourcentage des locuteurs de la langue nationale atteint les 98,3 %. Le kinyarwanda est la première langue co-officielle du Rwanda.
Le kinyarwanda est la langue nationale du Rwanda, alors que le kirundi est la langue nationale du Burundi, mais ce sont en réalité deux variétés d'une même unité linguistique dans
le vaste ensemble des langues des langues bantoues.
Le kirundi est une langue restée très proche du kinyarwanda du Rwanda au point où on les confond parfois. Des variétés du kinyarwanda\ kirundi sont également employées dans le pays voisin, soit le Burundi (sous le nom de kirundi), ainsi qu’en Ouganda (sous le nom
de runyarwanda), en Tanzanie et au Congo-Kinshasa. Le kinyarwanda, à l'exemple du kirundi, a emprunté une grande quantité de mots à d'autres langues, notamment au français, au kirundi, au swahili et au lingala. De plus, l'anglais, le portugais et l'allemand ont aussi apporté un certain nombre de mots au kinyarwanda. Le Rwanda constitue un cas d'unilinguisme rare en Afrique, alors que 98 % de la population parle le kinyarwanda comme langue maternelle.Face à cette homogénéité linguistique apparente le pays présente néanmoins une diversité linguistique réelle: le kinyarwanda standard et ses dialectes côtoient certaines langues africaines, dont le kiswahili, le kirundi, le lingala et le luganda, ainsi que deux grandes langues européennes, le français et l’anglais.2.2 Le français
Le français a toujours été la langue de la colonisation au Rwanda, si l'on fait exception de l'allemand qui n'a pas laissé de traces. En effet, le français a été introduit comme langue officielle au Rwanda pendant le régime belge à partir de 1890 jusqu'en 1962, ainsi qu'au lendemain de l'indépendance parce que le français demeurait la langue du prestige et du pouvoir politique. C'est une langue apprise essentiellement à l’école et utilisée dans des situations formelles ou officielles. Seule une minorité de Rwandais peut s’exprimer en français. Selon le sens qu’on accorde au mot francophone, on estime que les locuteurs du français oscillent entre 3 % et 10 % de la population. En fait, les seuls vrais «francophones réels» sont au nombre d»'environ 600 individus, surtout des coopérants européens, alors que les autres ne connaissent que superficiellement cette langue. En réalité, la langue française constitue une langue véhiculaire uniquement pour les Rwandais scolarisés (les «lettrés») ayant terminé leurs études secondaires ou encore ayant poursuivi des études supérieures. Eux seuls maîtrisent le kinyarwanda et le français. Toutefois, depuis le génocide de 1994, l'importance du français a commencé à diminuer au profit de l'anglais. Nous savons que l'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion du président Juvénal Habyarimana (Rwanda) accompagné de son homologue burundais Cyprien Ntaryamira a été le signal déclencheur du génocide contre les Tutsis. Dès lors, les troupes du Front national rwandais (FPR), formées de Tutsis ougandais, ont commencé à envahir le Rwanda. Deux ans plus tard, ils contrôlaient entièrement le pays et prenaient le pouvoir sous la direction de Paul Kagamé. C'est alors que
les tribunaux français accusèrent le FPR de Paul Kagamé d'être l'auteur de l'attentat contre l'avion du président Juvénal Habyarimana. Kagamé a lui-même accusé la France d'avoir soutenu le gouvernement hutu génocidaire. Par la suite, les relations entre le Rwanda et la France se sont rapidement détériorées. Pendant que la langue française était associée aux Hutus qui vivaient au Rwanda avant le génocide, la langue anglaise était la langue véhiculaire des Tutsis ougandais qui avaient envahi le Rwanda. 2.3 L'anglais
Le retour des 850 000 anciens réfugiés tutsis de la période de l’indépendance, rentrés d’Ouganda et d’autres pays, a entraîné un déséquilibre socioculturel, car leur langue seconde n’étaient plus le français, mais l’anglais. En plus de l’anglais qui n’était pas en usage au Rwanda, ces nouveaux arrivants ont apporté également d’autres cultures, d'autres coutumes et d'autres usages sociaux. Une fois au pouvoir au Rwanda, les Tutsis ougandais, qui parlaient anglais et non le français, occupèrent tous les postes importants du pays et refusèrent d'apprendre le français. En 2003, Paul Kagamé, qui avait reçu sa formation militaire aux États-Unis et s'exprimaient aisément en anglais, rendit l'anglais co-officiel avec le kinyarwanda et le français. Ce trilinguisme avait l'avantage de plaire autant aux rapatriés tutsis en provenance de pays francophones qu'aux nouveaux dirigeants tutsis des pays anglophones. Cependant, les réformes linguistiques de 2008 réduisirent considérablement l'importance du français, car l'anglais fut déclaré l'unique langue d'enseignement dans les établissements d'enseignement au Rwanda. De plus, le Rwanda est devenu membre de l’EAC (East African Community ou Communauté d'Afrique de l'Est), qui comprend le Kenya, l'Ouganda, la Tanzanie et aussi le Burundi.
Non seulement l'anglais est la langue officielle de l’EAC, mais il est aussi devenu la langue de la diplomatie, du commerce, de la science, de l’éducation et de la culture dans toute cette région de l'Afrique. C'est donc la langue d’intégration régionale en Afrique de l'Est. Le Rwanda croit que l’anglais représente dorénavant une langue dont il faut absolument tenir compte dans toute tentative d’intégration économique, ce qui impliquait une nouvelle politique linguistique explicite. De plus, le pays de Paul Kagamé a augmenté les liens économiques avec le Royaume-Uni et les États-Unis. Le président Kagamé a également négocié l'adhésion de son pays au Commonwealth, même si Rwanda n'a jamais été une colonie britannique; il en est devenu membre le 29 novembre 2009. Toutefois, l'anglais au Rwanda n'est parlé que par
quelques Européens et certains Africains anglicisés d'origine ougandaise, congolaise ou
tanzanienne. On estime que seulement 5 % de la population rwandaise maîtrisent le français, contre 2 % pour l'anglais. Pour le moment, le français est utilisé davantage que l'anglais par la population, mais les efforts entrepris par les autorités rwandaises peuvent changer la donne assez rapidement. Les dirigeants actuels laissent entendre que le choix de l'anglais est avant tout dicté par des intérêts économiques. Ils font valoir que si le kinyarwanda ou l'espagnol pouvaient attirer des investisseurs étrangers au Rwanda, les Rwandais privilégieraient ces deux langues. En réalité, ce ne sont pas les intérêts économiques du pays qui ont incité le gouvernement de Kagamé à remplacer le français par l'anglais. Kagamé a avant tout voulu favoriser la minorité tutsie anglicisée qui dirige actuellement le Rwanda. Comme il arrive souvent en Afrique, la politique linguistique rwandaise est motivée par les intérêts particuliers d'une élite dirigeante. Actuellement, l'anglais représente au Rwanda le pouvoir politique d'une minorité ethnique qui a imposé sa langue seconde à l'ensemble de la population, sans aucune consultation préalable auprès de la population qui, de toute façon, a d'autres chats à fouetter. 2.4 Le swahili
Le swahili n'a aucun statut juridique au Rwanda, mais cette langue demeure importante, notamment dans les petites entreprises commerciales, alors qu'elle sert de langue véhiculaire. En fait, le swahili est la langue véhiculaire la plus importante de la région des Grands Lacs, et ce, d'autant plus que c'est la langue africaine comptant le plus grand nombre de locuteurs en Afrique de l'Est. L'article 119 du Traité pour l'établissement du traité de l'Afrique de l'Est (2007) énonce que les États membres doivent promouvoir une étroite coopération dans le domaine de la culture et des sports au sein de la Communauté au moyen du «développement et la promotion des langues indigènes et notamment le swahili en tant que lingua franca. D'ailleurs, l'Académie africaine des langues (ACALAN) fut dondée en ce sens. C'est une institution internationale spécialisée de l'Union africaine, qui a pour mandat de développer et de promouvoir l'utilisation des langues africaines dans tous les domaines de la société. L'ACALAN a pour partenaires l'UNESCO, l'Organisation internationale de la Francophonie, l'Union académique internationale et la Coopération Suisse. Au Rwanda, le swahili est enseigné dans les universités, il est utilisé dans les médias électroniques et est parlé par un nombre non négligeable de jeunes urbains, de musulmans ou d'étrangers, notamment les immigrants d’origine africaine. 2.5 Les autres langues
On compte aussi un certain nombre d'étrangers au
Rwanda, surtout des Africains, parmi lesquels on trouve des Burundais, des
Congolais (Congo-Kinshasa), des Tanzaniens, des Indiens, des Arabes, etc.
Beaucoup d’entre eux parlent, outre leur langue maternelle, l’anglais, le
français ou le swahili. Selon des estimations datant de 1996, quelque 74 % de la population était de
religion chrétienne (65 % de catholiques et 9 % de protestants), alors que
près du 25 % de la population serait animiste. Les musulmans représentaient
environ 1% de la population.
Comme on pourra le constater, le Rwanda n'a pas de problèmes concernant ses
minorités linguistiques ou religieuses, car ce sont avant tout des problèmes de
minorités ethniques. Depuis le génocide des Tutsis de 1994, le gouvernement de Kigali a comme politique d'occulter les divisions ethniques entre les Rwandais au nom de la réconciliation. La simple mention de mots tels que Hutu et Tutsi suscite aujourd'hui des regards réprobateurs. Néanmoins, les divisions entre Hutus et Tutsis persistent, car les Hutus se sentent exclus des centres de décision. Comme toujours, le problème au Rwanda, c'est le partage du pouvoir entre Hutus et Tutsis. Aujourd'hui comme hier, c'est encore le partage inéquitable du pouvoir qui suscite le cycle de la violence et explose périodiquement depuis que le pays a accédé à l'indépendance en 1961. 3 Données historiques
Le Rwanda aurait été peuplé vers le VIIIe
siècle avant notre ère par des Batwas ou Twas, une population pygmoïde (1,52 m de taille moyenne) vivant de chasse dans la forêt; ces ancêtres des pygmées seraient venus de l’Ouest et parlaient une langue bantoue. Quelques siècles plus tard, un peuple d’agriculteurs, les Hutus, auraient cohabité avec les Tutsis, des pasteurs venus du Nord, qui se seraient installés progressivement entre les Xe et le XVe siècles. Ces trois communautés d’origines différentes se sont assimilés les unes aux autres avec le temps et ont fini par partager la même langue bantoue, le kinyarwanda
\ kirundi, et la même religion. À partir du XVIe siècle, la région s’organisa en royaumes
dirigés chacun par un mwami (roi), qui représentait l’image d'Imana,
le dieu suprême et tout-puissant. L’un des mwami, issu de la dynastie
Nyiginya, finit par unifier le pays sous son autorité. Dans l'exercice du
pouvoir, le mwami ne pouvait gouverner seul, d'où le mise en place de
tout un système d'organisation politico-administrative, sociale et économique. Dans chacun des districts du pays, on trouvait, en principe, un «chef des
pâturages» (généralement d'origine tutsie) pour l’élevage des bovins et
un «chef des terres» (généralement d’origine hutue); cette
«administration» était complétée par une organisation militaire avec des
«chefs d'armée» (recrutés généralement chez les Tutsis) et, dans les
régiments, des «lignages» tutsis et hutus. En fait, Tutsis et Hutus avaient
des terres et du bétail, bien que, si le pouvoir restait aux mains d'une
aristocratie tutsie, les deux «ethnies» cohabitaient pacifiquement, car durant
plusieurs siècles les Tutsis surent manier habilement la carotte et le bâton.
En somme, culturellement homogénéisés et biologiquement mélangés, les deux
groupes vivaient dans une certaine complémentarité sociale, certes quelque peu
inégale,
mais maintenue dans une cohésion nationale dynamique. Par ailleurs, situé à l’écart des
grandes voies naturelles de communication, le Rwanda échappa aux raids des
chasseurs d’esclaves (ce qui explique aujourd'hui la grande densité de la
population) et, jusqu’au XIXe siècle, aux grands
3.1 Le protectorat allemand
C'est en 1858 que le premier Européen, l’Anglais John Hanning Speke
(1827-1864), découvrit la région. Dans les années 1880, il fut suivi par des
explorateurs allemands, puis des missions catholiques furent fondées. En 1890,
malgré les réticences du mwami Musinga Yuhi V, les Allemands parvinrent
à intégrer le Rwanda (appelé alors Ruanda) ainsi que le Burundi
(appelé Urundi) à leurs possessions d'Afrique orientale — la Deutsch
Ost-Afrika (DOA), englobant le Burundi, le Rwanda et le Tanganyika (aujourd'hui la Tanzanie). Soucieux de ne pas trop dépenser pour leurs lointaines possessions, les
Allemands optèrent pour un système d’«administration indirecte» qui
plaçait le royaume sous leur contrôle. Le gouverneur allemand assurait le
rôle du souverain, mais s’appuyait essentiellement sur la collaboration des chefs locaux; les habitants du pays continuaient d’utiliser massivement leur langue nationale.
Dès cette époque, les Allemands comprirent
qu’ils devaient s’allier aux Tutsis qui dominaient la société rwandaise comme au Burundi.
Voici ce qu’écrivit à ce sujet, en 1916, l’auteur allemand Hans Meyer dans
Die Burundi (traduit en français sous le titre de Le Burundi, une
étude ethnologique en Afrique orientale, 1984):
Tant que les Batutsis [Tutsis] seront les maîtres du pays, un essor
intellectuel et culturel du peuple barundi demeure impossible, car seul ce bas
niveau des Bahutus [Hutus], maintenu au cours d'un isolement séculaire, assure
la domination batutsie. Pour l'instant évidemment, nous Allemands, devrons
rester en bons termes avec les Batutsis et les intéresser matériellement
nos initiatives en Urundi, car nous sommes encore trop faibles pour partir
ouvertement en campagne contre eux. Mais le but d'une politique coloniale à
plus long terme devra être de briser la domination batutsie, de libérer les
Bahutus du joug batutsi et de les gagner à nos visées civilisatrices qui
correspondent aussi à leurs propres intérêts. Cependant, les Allemands ne purent mener à bien leurs «visées
civilisatrices», car ils perdirent peu après leur colonie de la Deutsch
Ost-Afrika. Pour ce qui est de la langue, l’influence allemande fut même
tout à fait négligeable, mais il est resté quelques germanismes dans le
kinyarwanda. La véritable influence des Allemands fut d’avoir introduit l’Église
catholique qui, en tant qu’alliée du pouvoir politique, allait prendre la
relève dans les secteurs de l’enseignement et de la santé, et connaître par
la suite un immense succès social. On sait que, dès les années 1930, plus de
90 % des Rwandais seront déjà convertis à la religion catholique. Ainsi, le
Rwanda allait devenir avec le Burundi un front de résistance à l’islam.
3.2 Le mandat belge et l’Église catholique
En 1916, les Belges, avec l'aide des Britanniques, amputèrent une partie du Rwanda qu’ils placèrent sous leur «protectorat», tandis que les Britanniques annexaient les districts
septentrionaux à leur colonie d’Ouganda. Les forces anglo-belges
finirent par envahir toute la colonie allemande, c'est-à-dire le territoire du Ruanda-Urundi. Après la défaite de l’Allemagne en 1918, le traité de Versailles rendit les
colonies allemandes aux pays vainqueurs. Sous mandat de la Société des Nations
(SDN), la Grande-Bretagne se vit confier l’administration du Tanganyika
(Tanzanie), alors que la Belgique administra le Ruanda-Urundi (Rwanda-Burundi) à partir de Bujumbura (Burundi), devenue capitale du mandat belge du Ruanda-Urundi (aujourd'hui, le Rwanda et le Burundi). Le Congo belge comprenait
six provinces: Léopoldville, Équateur, Orientale, Kivu, Kasaï et Katanga. En 1925, le
Ruanda-Urundi fut rattaché au Congo belge dont il constituait la septième province.
Au début du mandat belge, l’Administration reprit la politique de
«contrôle indirect» sur le pays et s'appuya sur les autorités en place, c’est-à-dire
le mwami et l'aristocratie tutsie. - Le rôle de l'Église catholique
Le gouvernement colonial belge confia
à l’Église catholique tout le secteur scolaire et la santé. Cette dernière combattit aussitôt la religion traditionnelle (païenne)
basée sur le culte de Kiranga et mit tout en œuvre pour affaiblir, puis
supprimer la théocratie rwandaise. Adoptant les pratiques des autorités
civiles belges, l'Église catholique favorisa les Tutsis considérés comme les
«élites» du pays. Elle assura leur «conversion» au catholicisme en leur
enseignant qu’ils formaient les «seigneurs féodaux» (évolués et
apparentés à la race blanche), alors que les Hutus et leurs chefs étaient des
«serfs» (négroïdes et sauvages) voués à la domination. Le mythe des
«Tutsis évolués» et des «Hutus faits pour obéir» fut méthodiquement
véhiculé pendant plusieurs décennies par les missionnaires, les enseignants,
les intellectuels et les universitaires, qui accréditèrent cette vision de la
société rwandaise jusqu’à la fin des années soixante. Le
résultat de cette «mission civilisatrice» fut de donner aux Tutsis un pouvoir
qu'ils n'avaient jamais connus avant la période coloniale et d'entraîner chez
les Hutus une exploitation sans commune mesure avec leur situation
prêtres de la Société des Missionnaires d’Afrique, dite des «Pères Blancs», en 1931 vint bouleverser la vie des autochtones, car l’Église
catholique entreprit l’évangélisation massive des habitants et élimina
toute concurrence. Dès leur arrivée, les Pères Blancs introduisirent l'alphabet latin et une
orthographe commune pour le kinyarwanda (et le kirundi au Burundi). Grâce à l’étroit contact qu’ils développèrent
auprès des populations autochtones, les missionnaires ont vu leur implantation
facilitée: en parlant le kinyarwanda et en s’intégrant aux Rwandais, ils ont
réussi à acquérir une très forte influence sociale, économique, mais
également politique. C’est ainsi qu’ils parvinrent en 1931 à destituer le mwami
Musinga qui fut exilé au Congo belge, l’actuelle République démocratique du
Congo. Ce dernier fut remplacé par son fils, Mutara III Rudahigwa, jugé plus
docile. Cette intronisation du premier roi chrétien modifia la situation: il
s'ensuivit une vague de conversions restée dans les mémoires sous le nom de Tornade.
Signe éclatant de l’implantation du catholicisme au Rwanda: en vingt ans,
plus de 90 % des Rwandais devinrent catholiques. Le français demeura la langue
officielle, car, la plupart des missionnaires étaient francophones. Cependant,
une nouvelle génération de prêtres flamands, d’origine plus modeste que
leurs collègues francophones, s’identifia davantage aux Hutus et entreprit de
former une contre-élite hutue, et leur apprit le néerlandais. Ces Hutus
devinrent les leaders de la «nation hutue» et s’impliquèrent dans la
politique active.
- L'Administration coloniale belge
Le gouvernement belge décida en 1926 de modifier l’administration de la
colonie. Les fonctions de chef devinrent héréditaires. L’Administration coloniale
décida que dorénavant, à travers tout
le Rwanda, les chefs devaient être des Tutsis qui étaient «plus aptes à
gérer» le pays. Il fut même créé une «école de fils de chef» afin d’assurer
la pérennité du système. Les jeunes Tutsis pouvaient aller à l’école (en
français et en kinyarwanda), tandis que les fils des Hutus n’avaient que la
possibilité de devenir agriculteurs comme leurs parents. Puis, les Belges
imposèrent la fameuse carte d’identité (1933-1934) avec la mention
ethnique Tutsi ou Hutu, ce qui eut pour effet d’accentuer la
distinction sociale entre les deux ethnies, laquelle se transformera plus tard
en ségrégation «raciale». Les Tutsis bénéficièrent d’avantages
considérables aux dépens des Hutus.
Les Hutus furent soumis aux travaux
forcés dans les plantations, les chantiers de construction, les scieries, etc.
Les Tutsis avaient l’ordre de fouetter les Hutus, sinon ils risquaient de se
faire fouetter eux-mêmes par les colons belges. L’Administration coloniale
exigea même que tout propriétaire de dix vaches et plus soit considéré comme
un Tutsi, les autres demeurant automatiquement des Hutus. C’est alors que les
Tutsis pauvres devinrent des Hutus et que les Hutus riches, des Tutsis.
Une telle dichotomie entre Tutsis et Hutus n’existait pas auparavant puisqu’un
Hutu qui possédait plusieurs têtes de bétail pouvait, de ce fait, être tutsifié,
de même que pouvaient se produire des phénomènes de détutsification. Cette «décision administrative» du colonisateur belge finit par diviser
encore davantage la société rwandaise de l’époque, car cette distinction
signifiait que les riches étaient des Tutsis et les pauvres, des Hutus. Les
deux communautés autochtones, qui avaient vécu en paix durant plusieurs
siècles, en vinrent à se détester en raison des rivalités suscitées par les
décisions du colonisateur blanc. La politique institutionnalisée véhiculée
par le colonisateur avait développé les Tutsis un complexe de supériorité,
alors que, chez les Hutus, un puissant sentiment de rancœur et de haine s’était
installé. Enfin, l’imbrication très étroite de l’Église et de l’État
devint telle qu’on peut parler d’une «Église d’État».
- La politique linguistique belge
Contrairement à la France qui s'est toujours dotée d’une politique linguistique coloniale élaborée, portant sur l'imposition du français et l'éviction des langues indigènes, la Belgique eut une attitude différente. La Belgique était un petit pays aux moyens plus limités et sans tradition coloniale. Pratiquant une administration indirecte («contrôle indirect»), elle accorda aux langues africaines une place importante dans la gestion des colonies et laissa l’entière initiative en matière d'éducation aux missionnaires. De plus, la Belgique était pays bilingue aux prises avec des populations francophones et néerlandophones, qui s'opposaient à différents points de vue, notamment en éducation et en administration. Par exemple, au Rwanda comme au Burundi, si les fonctionnaires belges importants étaient généralement francophones, les postes subalternes étaient tenus par des néerlandophones parlant peu le français. La plupart des missionnaires affectés dans les colonies étaient néerlandophones, alors que leurs supérieurs étaient tous francophones. Or, les missionnaires avaient pour principal objectif d’évangéliser les Africains, non de diffuser la langue du colonisateur, qui dans le cas de la Belgique était ambiguë. Dans les colonies belges, comme d'ailleurs en Belgique à cette époque, le statut du français et celui du néerlandais n'étaient guère équitables, ce qui s'est reflété au Burundi, au Rwanda et au Congo belge. Afin de simplifier l'enseignement, les missionnaires ont préféré utiliser le kirundi comme langue d'enseignement, contrairement aux Allemands qui avaient choisi le swahili. Étant donné que les missionnaires catholiques se méfiaient du swahili qu'ils jugeaient trop lié à l'islam, ils l'ont éliminé au profit du kirundi. Ce choix a réduit considérablement le rôle du français qui était à cette époque uniquement parlé par l'élite belge dans l'administration, l'enseignement, l'armée et la religion, tandis que la plupart des subalternes parlaient le néerlandais qu'on appelait alors le flamand. Ainsi, le rôle des missionnaires dans les colonies belges fut beaucoup plus important que dans les colonies françaises parce que l’État belge ne s'est impliqué que très tardivement dans le domaine de l’éducation auprès des population africaine. En effet, ce fut uniquement au cours de la décennie de 1950, juste avant l'indépendance des colonies, que l'État belge a entrepris de former des élites locales et de leur inculquer l'apprentissage du français. À la différence de la France et de la Grande-Bretagne, il était trop tard pour former des élites prêtes à prendre la relève au moment de la déclaration d’indépendance. C'est ce qui explique en partie que la langue du colonisateur allait moins bien s'implanter dans les anciennes colonies belges.
- Le changement d'allégeance ethnique
Après la Seconde Guerre mondiale, les mouvements de décolonisation
atteignirent la Rwanda. Plus instruite et s’estimant apte à diriger la pays,
l’élite tutsie en vint à souhaiter le départ des Belges. Pour leur part,
les Hutus, tout en demandant que l’indépendance soit retardée, dénoncèrent
la «double colonisation» dont ils avaient été victimes: celle des Tutsis
(antérieurement, d'après eux), puis celle des Belges. Il exigèrent que les
Belges les débarrassent de cette première colonisation qu’ils estimaient
«inacceptables». Se sentant trahis par leur élite tutsie devenue
anticolonialiste, le pouvoir colonial et l’Église catholique décidèrent de
favoriser les Hutus, plus soumis et plus malléables. L’Église amplifia le
mouvement et, à partir de 1957, soutint ouvertement les mouvements hutus qui
réclamaient des réformes sociales. Détenant le monopole de l’enseignement,
l’Église encouragea la formation d’une élite contestataire hutue. En 1959,
commença la «révolution sociale» qui, s’inspirant des leçons apprises par
les pouvoirs belges et les représentants de l’Église catholique, amena le
remplacement du «pouvoir minoritaire tutsi» par le «pouvoir majoritaire hutu».
En favorisant systématiquement la notion de «démocratie majoritaire», les
Belges firent monter les tensions entre les deux communautés ethniques. D’une
part, l’aristocratie au pouvoir revendiquait l’indépendance sans céder sur
ses privilèges, d’autre part, les Hutus demandaient à être associés
pleinement aux responsabilités publiques.
L’Administration coloniale laissa se développer les rivalités entre
Tutsis et Hutus. La mort du mwami Mutara III (1959), l’arrivée au
pouvoir de Kigeli V, partisan de la fermeté dans la défense des privilèges de
l'aristocratie tutsie, et les élections gagnées par le Parti pour l’émancipation
des Hutus, le PARMEHUTU, aboutirent à une terrible guerre civile, alors que
les Tutsis furent massacrés par milliers et pourchassés. Plus de 170 000
Tutsis se réfugièrent vers l’Ouganda, la Tanzanie, le Burundi et le Zaïre (Congo-Kinshasa).
La prise du pouvoir par les Hutus entraîna le départ du mwami et l’exode
de plus de 200 000 Tutsis vers l’étranger (Ouganda, Tanzanie et Zaïre). En
janvier 1961, assurés du soutien de la Belgique, les Hutus proclamèrent la
République au début de 1961 et, quelques mois plus tard, un référendum
rejeta par 80 % des voix la monarchie tutsie.
3.3 La révolution hutue et le reconquête tutsie
Le Parti pour l’émancipation des Hutus, le PARMEHUTU, domina la vie
politique pendant les dix ans qui suivirent l’indépendance. S’inspirant des
principes de la «démocratie majoritaire» héritée des Belges, les Hutus
comprirent qu’ils devaient utiliser tous les moyens pour maintenir le Hutu
Power et fonder un «État hutu» contre les Tutsis «féodaux et
revanchards». Cette conception allait de pair avec la «restauration des droits
de la majorité» et justifiait l’établissement d’un pouvoir politique
totalitaire. En 1963, une attaque des inyenzi («cancrelats» ou rebelles
monarchistes majoritairement tutsis) de la part des exilés tutsis échoua et
entraîna en guise de représailles une nouvelle série de massacres perpétrés
contre les Tutsis. La violence reprit en 1966 dans les écoles et à l'université, à
la suite de l'incursion d'une poignée de Tutsis armés à la frontière sud du
pays. Lorsque les conflits éclatèrent au Burundi voisin et que des Hutus
cherchèrent refuge au Rwanda, une nouvelle vague de violence s’abattit sur
les Tutsis.
Après la prise du pouvoir en juillet 1973 par le général Juvénal
Habyarimana, un Hutu du Nord, des dissensions apparurent également entre les
Hutus du Nord alliés à ceux du Centre et les Hutus du Sud jugés plus
modérés. Le nouveau régime institua un système de quotas dans les écoles et
l'administration; aucun Tutsi ne figura parmi les 143 bourgmestres (maires) que
comptait le pays, pas plus qu'à la tête des 10 préfectures. Le système des
quotas ethniques scolaires et professionnels ne sera formellement aboli qu’en
novembre 1990, tout comme la mention de l’ethnie sur les cartes d’identité.
Le général-président Habyarimana fonda son propre parti, le Mouvement
révolutionnaire national pour le développement (MRND), et une nouvelle
Constitution fut adoptée en 1978, qui entérina le régime de parti unique. Sur
le plan extérieur, le Rwanda signa un accord de coopération militaire avec la
France (1975). Dès lors, le pays bascula de l’aire d’influence de la
Belgique à celle de la France. La présence de la France dans ce pays
répondrait au double souci de défendre, d’une part, ce que certains ont
qualifié de «ligne Maginot linguistique», d’autre part, de faire face à l’influence
anglo-saxonne, celle des Britanniques à l’origine et celles des États-Unis
En octobre 1990, les Tutsis réfugiés en Ouganda depuis des décennies
commencèrent la reconquête du Rwanda et déclenchèrent une guerre fratricide.
La Belgique, la France et plusieurs pays d'Afrique centrale envoyèrent des
troupes pour contrer le coup d'État préparé par les exilés tutsis réunis au
sein du Front patriotique rwandais (FPR) soutenu par les Britanniques et
les Américains, ainsi que par les Hutus modérés opposants au régime et
vivant à l'intérieur du pays. Le multipartisme fut reconnu en 1991, mais l’extrémisme
hutu se radicalisa et les violences se multiplièrent à l’encontre des
Tutsis.Afin de démontrer la haine entre Hutus et Tutsis, il a semblé
utile de rapporter le témoignage du chanteur hutu Simon Bikindi, l'un des plus
célèbres artistes du Rwanda. En 1992, il composa une chanson («Nanga Abahutu»:
«Je hais les Hutus»), destinée aux Hutus qui fraternisaient avec les Tutsi, dont en voici un extrait:
Je hais ces Hutus, ces Hutus dé-hutuisés, qui ont renoncé à leur
identité, chers camarades. Je hais ces Hutus, ces Hutus qui marchent
aveuglément, comme des imbéciles, Ces espèces de Hutus naïfs qui
embrassent une guerre sans en connaître la cause. Je hais ces Hutus qui
peuvent être amenés à tuer et qui, je vous le jure, tuent des Hutus, chers
camarades. Et si je les hais, c'est tant mieux.
En juillet 2001, Simon Bikindi fut inculpé pour avoir,
par ses chansons, incité ses concitoyens au génocide du Rwanda. À la demande du Tribunal international sur les crimes de guerre, il a été
arrêté à Leinden, aux Pays-Bas, le 12 juillet 2001, dans un centre pour réfugiés, puis extradé vers la
Tanzanie, à Arusha, où siège le Tribunal international. Selon des témoins oculaires, plusieurs des tueurs du génocide de 1994
chantaient les chansons de Bikindi en massacrant des Tutsis. Le procureur du Rwanda allègue que les chansons de Bikindi, diffusées sur la RTLM (Radio-Télévision Libre des Milles Collines ) durant le génocide, prônaient la solidarité hutue et appelaient à l'extermination des Tutsis et des membres de l'opposition. «Les programmes diffusés par la RTLM et les enregistrements musicaux interprétés par Simon Bikindi avaient les mêmes objectifs: mobiliser les auditeurs, notamment les miliciens civils, les forces armées gouvernementales et les masses paysannes hutues rwandaises, prôner la solidarité entre Hutus et faire passer les Tutsis pour les complices de l'ennemi», précise l'acte d'accusation. Bikindi a plaidé non coupable lors de sa comparution initiale devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda. 3.4 Le génocide de 1994 En 1993, un accord sur le partage du pouvoir entre le MRND (Mouvement républicain national pour la démocratie ), le FPR (Front patriotique rwandais) et les
partis d'opposition fut signé en août 1993 à Arusha en Tanzanie, mais il ne
fut jamais appliqué par le président Habyarimana. En effet, le 6 avril 1994, l'avion —
un Falcon 50 offert par la France et piloté par un équipage entièrement
français — transportant les deux présidents hutus du Rwanda et du Burundi
fut abattu par des tirs de missiles, alors qu'il s'apprêtait à atterrir à
l'aéroport de Kigali. La mort du président Habyarimana fut immédiatement suivie, c'est-à-dire quinze minutes plus tard, du massacre systématique des Tutsis et de
l'assassinat des Hutus modérés par des milices extrémistes hutues munies d'armes à feu. Puis la radio appela chaque Hutu à tuer tous les «cancrelats» (nom donné aux Tutsis), à les regrouper dans des lieux destinés à les «protéger» et à pourchasser les survivants. L'Église catholique n'a pas réussi à protéger les Tutsis, tandis que les Nations unies, qui ne disposaient que d'une petite force de maintien de la paix, finirent par lui ordonner de se retirer. Quant au gouvernement américain, il a refusé d'intervenir, alors que la France s'est rangée du côté du gouvernement hutu génocidaire. On estime
à 600 000, voire un million, le nombre de morts à ce moment-là ! Une
grande partie de la population, près de deux millions de Hutus, se réfugia dans les pays limitrophes (Burundi, Ouganda, Tanzanie et
Congo-Kinshasa) et dans une zone de sécurité provisoire mise en place par la
France (sous l’égide de l’ONU). Les événements de 1994 semblent peu compréhensibles si l'on s'en tient à la haine ethnique séculaire entre Hutus et Tutsis. En effet, non seulement des Hutus ont assassiné des Tutsis, mais ils ont également pratiqué des assassinats massifs contre d'autres Hutus. Comme l'ont souligné Catherine André et Jean-Philippe Platteau dans le Journal of Economic Behavior and Organisation (1998): Les événements de 1994 ont fourni une occasion unique de régler des comptes ou de remanier les propriétés même parmi les villageois hutus. [...] Il n'est pas rare, aujourd'hui encore, d'entendre des Rwandais soutenir qu'une guerre était nécessaire pour diminuer une population en excès et pour la ramener au niveau des ressources en terre disponibles.
Quant à Gérard Prunier, il écrit dans la même veine (Rwanda, le génocide, p. 13) :
Les politiciens avaient, bien sûr, des raisons politiques de tuer. Mais si de simples paysans dans leur
ingo [entourage familial] ont poursuivi le génocide avec un tel acharnement, c'est qu'une réduction de la population, pensaient-ils sans doute, ne pourrait que profiter aux survivants. Cette théorie du «poids de la démographie» comme l’un des facteurs explicatifs du génocide rwandais a été amplement développée en 2005 par le géographe et biologiste de l'évolution, Jared Mason Diamond de l'Université de la Californie (Los Angeles). Après le conflit de 1994, plus de 200 000 à 400 000 Hutus seraient
morts, victimes d’épidémies, de privations, ou auraient été massacrés
dans les camps de l’ex-Zaïre (Congo-Kinshasa) où ils s’étaient réfugiés en raison du
retour au pouvoir des Tutsis (dès juillet 1994). Chose certaine, la surpopulation dans un pays si petit demeure l'un des facteurs importants qui a joué un rôle dans ce triste épisode du Rwanda. Il y a aussi la domination historique des Tutsis sur les Hutus, les assassinats à grande échelle de Hutus par les Tutsis au Burundi, la crise économique du Rwanda, les mesures d'austérité imposées par la Banque mondiale, le désespoir de milliers de jeunes Rwandais parqués dans des camps de réfugiés, les conflits internes entre factions politiques, etc. Autrement dit, tout allait mal. Bien sûr, même si l'on réussissait à expliquer convenablement les causes des massacres massifs, cela ne réduirait en rien la responsabilité personnelle des auteurs du génocide rwandais. 3.5 La revanche tutsie
Pendant le génocide, les rebelles tutsis (et
hutus modérés) du FPR (Front patriotique rwandais) de Paul Kagamé réfugiées en Ouganda, en Tanzanie et au Congo-Kinshasa
se sont réarmées et ont pu à nouveau entrer au Rwanda où, le 4 juillet 1994, ils ont pris le
contrôle de Kigali, la capitale, mettant ainsi un terme au génocide qui avait débuté le 6 avril. Paul Kagamé, en tant que «sauveur» des Tutsis et commandant qui mettait fin au génocide, ne s'est pas privé en cours de route de massacrer des centaines de milliers de Hutus, qui n'avaient pu s'enfuir vers le Congo-Kinshasa. En fait, le FPR massacrait en moyenne quelque 10 000 Hutus par mois dans le cadre d'une campagne de nettoyage ethnique devant permettre le remplacement d'une population hutue du sud du Rwanda par des Tutsis anglophones venus de l’extérieur. Rapidement, Kagamé se trouva à la tête d’un pays complètement paralysé, traumatisé et parsemé de charniers (près d’un million de morts). Dès lors, Kagamé fut aussitôt considéré comme l’homme fort du nouveau régime rwandais, bien qu'il ne fût que vice-président et ministre de la Défense sous la présidence de Pasteur Bizimungu (1994-2000), choisi pour représenter les Hutus dans le gouvernement. En avril 2000, Kagamé se fit élire président par un parlement entièrement sous ses ordres et remplaça Bizimungu contraint de démissionner. Le 25 août 2003, il était réélu au suffrage universel avec 95 % des suffrages, un score qui faisait forcément polémique. Le tout puissant FPR recueillait, lui, 73 % aux législatives.
Le régime présidentiel de Paul Kagamé, qui s’en est suivi au Rwanda est caractérisé par une
forte composante militaire tutsie. La Ligue rwandaise des droits de l'Homme et
les organisations internationales ont dénoncé les arrestations arbitraires et
le climat de suspicion régnant dans le pays. Cette situation a contribué à
retarder le retour des réfugiés, réclamé de plus en plus fortement par le
Zaïre. La réinsertion des réfugiés hutus et la surpopulation des prisons
constituèrent les grands problèmes auxquels dut faire face l’administration
du pays. En 1997, l’armée rwandaise apporta une aide militaire aux troupes
rebelles de Laurent-Désiré Kabila qui allait prendre le pouvoir au Zaïre (RDC),
mais en profita pour pourchasser les rescapés de l’ancienne armée hutue.
Quelque 200 000 réfugiés hutus auraient alors péri. En avril 1998, après
l'exécution publique (condamnée par la communauté internationale) de 22
personnes jugées coupable de génocide, le Rwanda suspendit la mission du Haut Commissariat aux droits de l'Homme de l'ONU et expulsa son porte-parole.
- Les rapatriés tutsis anglophones
Aujourd’hui, le Rwanda se retrouve en présence de Tutsis et de Hutus
francophones et anglophones. En effet, les anciens réfugiés rentrés au pays
après des décennies provenaient de l’Ouganda, de la Tanzanie, voire des États-Unis.
Ils ont appris l’anglais et ils ne connaissaient pratiquement plus le français, une fois installés au Rwanda. Or, on estime entre 500 000 à 800 000 le nombre de ces ressortissants. À ces
nouveaux anglophones s’ajoute la mise en place d'une nouvelle hiérarchie
catholique (la précédente ayant été décapitée) dans ce pays où le
christianisme a toujours eu un rôle important. Au point de vue économique, le
Rwanda serait, d’après la Banque mondiale, devenu le pays le plus pauvre du
monde, avec un PNB par habitant de 468 $ US en 1994, au lieu des 613 $ en 1992, pour dépasser les 1000 $ US après 2008. Dans ces conditions, on ne peut être surpris que le Rwanda glisse vers l'anglicisation, et ce, d'autant plus que les nouvelles élites anglophones croient que l'anglais offre plus de chances de développement pour leur petit pays surpeuplé.
- L'anglophile Kagamé
Paul Kagamé gère le pays d'une main de fer. Le guérillero d'hier est aujourd'hui devenu les maître absolu des Mille Collines. Son armée lui obéit au doigt et à l’œil pour faire du Rwanda l'un des pays les plus rigides de toute l'Afrique. Kagamé est un autocrate résolument anglophone et anglophile qui sait imposer ses vues. La France est devenu son bouc émissaire et il ne s'en cache pas; il l'a régulièrement accusée d'être complice du génocide de 1994. Il n'est pas à l'aise en français, une langue qu'il comprend bien, mais il peut s'exprimer avec réticence dans la langue de Molière. Il a délaissé la France et rompu ses relations diplomatiques avec ce pays pour privilégier les pays anglophones, notamment ses pays voisins et l'Afrique du Sud. En fait, il s'agit aussi d'une haine personnelle de la part de Paul Kagamé. Ainsi, en 1991, alors qu'il se rendait à Paris pour discuter d'un éventuel cessez-le-feu, il a été placé durant douze heures en garde à vue, sans aucune excuse de la part du gouvernement français; il en a été ulcéré. Pendant le génocide de 1994, le comportement ambigu de la France a fait le reste. Non seulement Kagamé n'aime pas la France, mais il en a fait son bouc émissaire favori, ce qui eut des conséquence pour la langue de ce pays, le français. Pour Paul Kagamé, c'est aussi une question de vengeance personnelle à l'égard de l'ancien colon belge et du «traître» français, qui explique en partie la brutalité du changement linguistique. En effet, devenu président du Rwanda en 2003, Kagamé a imposé l'anglais comme langue officielle et orienté une grande partie de sa coopération vers l'Ouganda, la Tanzanie et le Kenya, sans oublier la Grande-Bretagne et les États-Unis. Le 30 novembre 2009, le Rwanda a été admis comme membre du
Commonwealth, après dix années de lobbying et de tractations diplomatiques pour adhérer à cette organisation anglophone. Paul Kagamé, anglophone et anglophile convaincu, souhaitait depuis longtemps tourner le dos à la francophonie et à la sphère d’influence française. L'admission au Commonwealth fut considérée comme une grande victoire pour le président rwandais qui n’avait pas ménagé ses efforts pour convaincre l'organisation du Commonwealth de l'accueillir dans ses rangs; il avait au préalable obtenu le soutien du Canada, de l'Australie, de l'Inde et de l'Ouganda. Après le Mozambique, le Rwanda est le second pays qui n’a jamais fait partie de l’immense empire colonial britannique à entrer dans ce bloc anglophone. Cette adhésion reste donc exceptionnelle. Après avoir ajouté l’anglais à ses deux autres langues officielles, le kinyarwanda et le français, le gouvernement a programmé «une mise à niveau obligatoire en anglais pour l’ensemble du corps enseignant».Le président Kagamé a déclaré: «Nous donnons la priorité à la langue qui rendra nos enfants plus compétents et qui servira notre vision de développement du pays.» Ainsi, l’anglais deviendra, en remplacement du français, la langue d’enseignement du primaire jusqu'à l’université et la langue d’administration. - Visées idéologiques et népotisme ethnique
Paul Kagamé a décidé de faire table rase du passé, y compris de la langue amenée par les colons belges, le français. En rompant avec la Belgique, la France et le français, Paul Kagamé espérait ainsi forcer la rupture du Rwanda non seulement avec son passé colonial, mais aussi avec le génocide de 1994. En se réalignant avec le monde anglophone, il démontrait ainsi sa détermination de rompre avec le passé. Dans un effort pour éradiquer l'idéologie du génocide, le gouvernement rwandais espère ainsi éliminer les oppositions fondées sur l'ethnicité et créer une identité nationale unique, sans distinction entre Tutsis et Hutus. L'adoption d'une autre langue étrangère, aussi peu neutre que la première, paraissait appropriée pour redéfinir l'image et l'identité du pays.
D’autres observateurs voient dans le choix de l'anglais une stratégie pour le régime de Kagamé d’exclure délibérément l’ancienne élite francophone de la gestion de la gestion publique, afin de s'attacher la fidélité de la nouvelle élite anglophone. C'est de cette manière qu'il faut interpréter la décision du président Kagamé de favoriser la minorité tutsie anglicisée qui l'appuie inconditionnellement. C'est en quelque sorte une retour d'ascenseur. En effet, la nouvelle politique linguistique rwandaise est motivée par les intérêts particuliers de son élite dirigeante anglophone à utiliser, préserver et imposer l'anglais. Toute autre considération n'est qu'une fabulation destinée à maquiller des objectifs plus terre à terre, le népotisme ethnique. L'anglais représente aujourd'hui le pouvoir politique d'une minorité linguistique tutsie qui impose sa langue seconde à toute une population complètement étrangère aux préoccupations linguistiques et qui est, elle, préoccupée par sa seule survie.
Il fallait s'attendre à ce que le Rwanda annonce son retrait de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Paul Kagamé n’a pas participé aux Sommets de la Francophonie depuis 2008 à Québec (Canada). Néanmoins, le Rwanda est encore membre de l'OIF, probablement encore pour des motifs d'ordre financier. N'oublions pas que Paul Kagamé nourrit de grandes ambitions pour son pays: il veut transformer le Rwanda en «Singapour de l'Afrique». Dans cette optique, il faut faire flèche de tout bois en resserrant d'abord les liens avec les États anglophones, en entrant dans la Communauté d'Afrique de l'Est (2006) et dans le Commonwealth (2009), mais tout en demeurant pragmatique il vaut mieux conserver des liens avec ses voisins francophones à l'ouest. La conservation du français semble donc être une solution acceptable. Par ailleurs, depuis 2005, des procédures judiciaires ont été ouvertes en France et en Espagne contre des dirigeants du FPR pour crime de guerre, crime contre l'humanité et assassinat. Selon une enquête en cours de la justice espagnole, le FPR serait responsable de la mort de sept millions de personnes. C'est ce qui explique la colère et le ressentiment de Kagamé contre la France.
Ce n'est certainement pas hasard si Paul Kagamé accuse la France de complicité avec l'ancien régime et avec les responsables du génocide de 1994, ni que la justice française cible son entourage pour la destruction de l'avion de l'ancien président Juvénal Habyarimana, l'événement déclencheur du génocide. Quant à la population presque exsangue à la sortie d'un conflit qui n'en finit plus dans ses prolongations socio-économiques (cf. les expropriations de maisons, la présence trop nombreuse des veuves et des orphelins, les incursions des milices tutsies se terminant par des massacres, etc.), elle n'est guère préoccupée des problèmes linguistiques et culturels pour des langues étrangères parlées par à peine 5 % des Rwandais. Non seulement la plupart des Rwandais sont unilingues, mais ils sont davantage bilingues avec le swahili qu'avec le français et l'anglais réunis. Le cas rwandais démontre éloquemment le pouvoir absolu dévolu à une petite élite qui peut imposer ses vues à la population de tout un pays. Par le fait même, cet épisode témoigne du pouvoir que peut avoir un homme tout-puissant capable de modifier le destin linguistique d'une nation en un temps record pour des motifs strictement personnels. Cette situation n'est possible que dans un régime autoritaire avec une population privée de toute force politique. L'exemple du Rwanda n'est pas sans rappeler le rôle de
Maximilien de Robespierre lors de la Révolution française, alors qu'il était membre du Comité de salut public (du 27 juillet 1793 au 28 juillet 1794) et qu'il avait institué et légitimé la Terreur. De fait, les entraves aux droits de l'Homme et à la liberté d'expression au Rwanda sont de plus en plus montrées du doigt par la communauté internationale. L'élection de Paul Kagamé à la présidence en 2003 avec 95 % des voix et sa réélection en 2010 avec 93 % des voix ont aussi laissé un arrière-goût à la soviétique. Kagamé a réussi à redresser son pays au plan économique et à faire de Kigali l'une des capitales les plus dynamiques de l'Afrique, ce qui a permis à l'économie d'afficher une croissance de 7 % à 8 % par année. Si Paul Kagamé semble avoir réussi au plan économique, c'est au prix de tenir en laisse une population entière de la part d'une oligarchie toute-puissante qui veille avant tout à ses propres intérêts. Il ne faut surtout pas croire que Paul Kagamé et compagnons tutsis ont été saisis d'un enthousiasme délirant et d'un amour profond à l'égard de la langue anglaise. Cette langue n'est qu'un instrument de pouvoir sur une population dont ils se moquent totalement. Il s'agit d'une oligarchie construite sur des intérêts communs entre tyranneaux avides et prêts à se vendre aux étrangers, et dont finalement le seul mérite est de parler anglais en plus du kinyarwanda. Près de 90 % des Rwandais sont tributaires de l'agriculture de subsistance et la nouvelle prospérité de leur pays n'a pas encore atteint la plupart des villages; elle ne l'atteindra jamais, car l'argent sera siphonné par les oligarques avant d'arriver dans les villages reculés. Il est difficile de présager comment les avantages potentiels de la réforme linguistique atteindront la plupart des Rwandais. Ce n'est donc pas davantage la réussite économique de leur pays qui guide les dirigeants du Rwanda, très majoritairement des rapatriés des pays anglophones, surtout de l'Ouganda, mais bien leurs propres intérêts personnels dans leur maintien au pouvoir. La nouvelle élite rwandaise, c'est l'élite anglophone venue après 1994 et leurs enfants, avantagés par l'emploi de l'anglais à la maison. Enfin, ce ne sont pas les Français ni les Belges que le président Kagamé punit, mais plutôt les Rwandais hutus et tutsis du régime précédent. Plutôt que de demander à une petite oligarchie anglicisée d'apprendre le français, il a semblé préférable d'angliciser des millions de Rwandais qui ont pourtant bien d'autres chats à fouetter. Paul Kagamé continue de régner sans partage sur le Rwanda. Cependant, comme c'est souvent le cas dans l'Histoire, les oligarques risquent d'être éliminés un jour par des coup d'État successifs ou grâce à des aides extérieures. 4 Le statut des langues officielles
L’article 4 de la Constitution du 10 juin 1991 déclarait que le français
et le kinyarwanda étaient les langues officielles de la République:
1) La langue nationale est le
2) Les langues officielles sont le kinyarwanda et le français.
Cependant, en raison de l’afflux des 800 000 réfugiés tutsis
(«anglophones») qui ont repris le pouvoir après le génocide, cet article a
été modifié lors de la révision de la Loi fondamentale du 18
Juin 1996 et stipulait que «les langues officielles du Rwanda sont le kinyarwanda,
le français et l'anglais». Puis, en 2003, la nouvelle Constitution du 4 juin 2003 a été promulguée en déclarant trois langues officielles à l'article 5:
Par ailleurs, la nouvelle Constitution du 4 juin 2003 a mis l’accent sur la lutte contre le «divisionnisme ethnique» en interdisant toute discrimination fondée sur la race, l'ethnie, le clan, la tribu, la langue, etc.: Article 11
2) Toute discrimination fondée notamment sur la race, l'ethnie, le clan, la tribu, la couleur de la peau, le sexe, la région, l'origine sociale, la religion ou croyance, l'opinion, la fortune, la différence de cultures,
de langue, la situation sociale, la déficience physique ou mentale ou sur toute autre forme de discrimination est prohibée et punie par la loi.
Mais pour de nombreux observateurs de la scène politique, les autorités de Kigali exploiteraient ce prétexte pour museler l’opposition et se maintenir au pouvoir. La Constitution interdit aux partis politiques de s’identifier à une race, une ethnie, une région, une langue, etc., sous peine de sanctions pouvant aller jusqu’à la dissolution. Le multipartisme, reconnu dès 1991, après 32 ans de parti unique, n’a pas été interdit après le génocide, mais le droit d’exercer des activités publiques reste très encadré «pour éviter les dérives». Ainsi, l'ancien président rwandais, Pasteur Bizimungu (1994-2000), a été incarcéré en avril 2002 et condamné à une peine d'emprisonnement de quinze ans pour «atteinte à la sûreté de l’État», après avoir tenté de créer un parti politique d'opposition, le Parti démocratique pour le renouveau (PDR), appelé «Ubuyanja» en kinyarwanda. Puis, le 6 avril 2007, la BBC annonçait que Bizimungu était libéré le jour même «par grâce présidentielle».
La politique linguistique actuelle du Rwanda a comme objectif d'instaurer un trilinguisme officiel. Ce choix résulte en principe de motifs à la fois économiques, sociaux et politiques. En plus de la langue maternelle des Rwandais, le kinyarwanda, le français et l'anglais sont les deux autres langues étrangères officielles. À des degrés divers, les trois langues sont autorisées dans la législation, la justice, l'administration, les écoles et les médias. 5.1 La langue de la législation
Dans son arrêt n° 004/11.02/98 du 2 avril, la Cour constitutionnelle rwandaise a
statué sur l'article énonçant que les lois paraissent dans la Journal officiel (Official Gazette of the Republic of Rwanda) en trois langues, mais que «le
texte original est celui rédigé en kinyarwanda». Cette disposition laisse supposer que les
textes rédigés en anglais et en français sont de simples traductions
sans effets juridiques.
Cependant, étant donné que l'article 4 de la
Constitution du 10 Juin 1991, tel que modifié, précisait que «les langues
officielles du Rwanda sont le kinyarwanda, le français et l'anglais», les
trois langues officielles doivent être considérées sur un même pied d'égalité et, de ce
fait, aucune d'entre elles ne devrait prévaloir sur les autres. De fait, conformément à la
Loi organique no 7/96 du 6 juin 1996,
toutes les lois sont rédigées dans les trois langues officielles, «mais le
texte original est celui rédigé en kinyarwanda». L'article 155 de la
Loi organique n° 06/2006 du 15/02/2006 portant règlement d'ordre intérieur de la Chambre des députés du Parlement (2006) laisse les députés libre d'utiliser la langue de leur choix dans leurs interventions à la Chambre des députés, tandis que l'article 107 impose l'usage des trois langues officielles dans la rédaction des lois:
Article 107 Les projets de lois adressés par le gouvernement à la Chambre des députés ainsi que leurs exposés des motifs doivent être rédigés dans les trois langues officielles reconnues par la Constitution. Ils sont distribués aux députés par le Bureau de la Chambre des députés dans les sept jours à compter de la date de leur réception.
Article 155 Au cours de leurs interventions orales ou écrites, les députés font usage de la langue de leur choix parmi les langues officielles reconnues par la Constitution.
Loi organique n°08/2012/OL du 02/11/2012 portant règlement d'ordre intérieur du Sénat, le système est identique pour les sénateurs dans leurs interventions et les textes de lois:
Article 118 Transmission aux sénateurs des projets et propositions de lois adoptées par la Chambre des députés
Dans les faits, toutes les lois sont présentés effectivement en trois langues sur une même page disposées sur trois colonnes, en kinyarwanda à gauche, en anglais au centre et en français à droite. La plupart des lois contiennent la disposition suivante : «La présente loi a été initiée en anglais et a été examinée et adoptée en kinyarwanda.» Cela signifie que le texte original est rédigé en anglais, qu'il est traduit en kinyarwanda et en français, puis promulgué en kinyarwanda. Lors des débats parlementaires, le kinyarwanda est la langue la plus employée, mais l'anglais est aussi utilisé pour commenter des extraits des lois dans leur version anglaise. L'emploi du français est peu fréquent, mais autorisée. 5.2 Les tribunaux
Le système judiciaire rwandais s'est longtemps inspiré de l'héritage laissé par les anciens colonisateurs belges, mais le génocide de 1994 a pratiquement détruit le système judiciaire. L’administration de la justice au Rwanda a soulevé des critiques de la
part d’Amnesty International. Les prisons du Rwanda regorgent de détenus,
leur nombre s’élève à plus de 130 000 personnes, soit près de 2 % de la
population; de nombreux détenus meurent suite à la suite des privations ou du
surpeuplement des cellules. De plus, le génocide a pratiquement anéanti une
bonne partie du personnel judiciaire. Selon des données remontant à février
1995, sur les 800 magistrats que comptait le pays avant le génocide, il n'en
restait plus qu'environ 200 dont 190 œuvraient dans les «tribunaux de canton».
Dans les tribunaux et parquets de la République, seulement 12 juges étaient
En vertu de l'article 143 de la Constitution de 2003, le Rwanda compte deux grands types de tribunaux: les tribunaux ordinaires et les tribunaux spécialisés. Les juridictions ordinaires sont la Cour suprême, la Haute Cour de la République, les tribunaux de province et de la Ville de Kigali, les tribunaux de district et les tribunaux municipaux. Les tribunaux spécialisés sont les juridictions de gacaca (prononcer [ga-tcha-tcha])
et les juridictions militaires. Les gacaca sont des tribunaux communautaires de village; ils sont compétents pour juger les personnes suspectées de crimes et de délits issus des individus accusés d'homicide après le génocide. Au total, quelque 5000 personnes furent soupçonnées d’implication dans le génocide et ont été jugées par des tribunaux traditionnels, les gacaca, créés en appui au système juridique rwandais pour répondre aux aspirations du peuple rwandais en matière de réconciliation nationale. L'article 112 de la
loi n° 42/1988 sur le Code civil (encore en vigueur) mentionnait que les parties comparantes doivent utiliser l'une des langues officielles, sans les mentionner, à défaut de quoi le tribunal fera appel à un traducteur. L'article 143 parle de «l'une des deux langues officielles rwandaises», à un époque où l'anglais n'avait pas encore ce statut : Article 112 1) Si les parties comparantes, leurs fondés de pouvoir ou les témoins ne parlent pas l'une des langues officielles et si l'officier de l'état civil ne connaît pas la langue dans laquelle ils expriment leurs déclarations, celles-ci sont traduites par un interprète ayant prêté serment conformément au Code de procédure civile et commerciale. Article 143
Tout pièce produite par un étranger, en vue de l'établissement d'un acte de l'état civil, doit obligatoirement être accompagnée de sa traduction dans l'une des deux langues officielles rwandaises, certifiée conforme à l'original par la représentation diplomatique ou consulaire de l'intéressé ou approuvée par le ministre de la Justice. Dans la
loi n° 13/2004 du 17/5/22004 portant Code de procédure pénale, l'article 26 énonce que «l'interrogatoire se fait
dans la langue que comprend la personne interrogée», ce qui suppose normalement que l'interrogatoire se fait en kinyarwanda:
Article 26 L'officier de police judiciaire interroge les auteurs présumés des infractions et recueille leurs explications. L’interrogatoire se fait dans la langue que comprend la personne interrogée.
Dans la version de 2013 de la
loi n° 30/2013 portant Code de procédure pénale, l'article 25 reprend à peu près la même formulation, mais l'article 132 mentionne d'abord l'usage du kinyarwanda pour la «citation par avis public» et, si les circonstances l’exigent, l'usage en français ou en anglais:
1) L’officier de police judiciaire interroge le suspect et recueille par écrit ses explications. L’interrogatoire se fait
dans la langue que la personne interrogée comprend bien.
La publication de l’ordonnance est faite en kinyarwanda. Si les circonstances l’exigent, le président de la juridiction peut ordonner que la publication soit faite aussi en français ou en anglais ou dans ces deux langues.
L'article 40 de la
loi n° 21/2012 du 14 juin 2012 portant Code de procédure civile, commerciale, sociale et administrative (2012) semble privilégier l'usage du kinyarwanda, mais autorise aussi l'emploi du français ou de l'anglais ou des deux langues:
La plaidoirie par les parties ou leurs conseils doit se limiter uniquement à ce qui a fait objet de la demande et dans une langue comprise par les deux parties. Dans le cas contraire, le juge doit trouver un interprète. En matière de langue orale, il n’existe guère de problème en ce qui a trait
aux citoyens, puisque tout le monde parle le kinyarwanda. Ce sont les documents juridiques
écrits qui causent problème, car la tradition juridique écrite en
kinyarwanda est inexistante. Avant 1996, tous les textes étaient
rédigés en français. En principe, ils doivent maintenant être rédigés en kinyarwanda, en
français et en anglais. Or, rares sont les juges connaissant les trois langues
officielles. Généralement, en plus du kinyarwanda, les juges ne connaissent
que le français ou l’anglais, pas les deux. Dans les faits, la
plupart des documents judiciaires écrits ne sont rédigés qu'en anglais ou en
français. Par exemple, les actes d'accusation sont souvent rédigés en anglais
(lorsque le rédacteur est «anglophone»). Il faut alors constamment traduire de
l'anglais vers le français ou du français vers l'anglais, selon
l'«appartenance linguistique» de la personne impliquée. De façon générale, la procédure se déroule en kinyarwanda, mais certains juges rendent leur sentence en français, d'autres en anglais. 5.3 L'administration publique
Au lendemain du génocide de 1994, les fonction publique était devenue anémique. Les employés de l'État qui avaient survécu parlaient kinyarwanda et le français. De plus, la plupart des fonctionnaires possédaient d'un faible niveau de qualification. En 1998, seulement
6,5 % des fonctionnaires étaient des diplômés d’université et 2,7 % détenaient l’équivalent du diplôme de maîtrise ou de degré plus élevé. Il fallut donc entreprendre une réforme de la Fonction publique afin de pallier la pénurie de ressources humaines, le manque
des équipements adaptés aux nouvelles technologies, l'insuffisances des fonds disponibles, la lenteur dans les prises des décisions, les résistances aux changements de certains responsables, la déficience des réseaux de communication et de transmission de l’information, etc. Il faudra adopter la loi n° 22/2002 du 09 juillet 2002 portant statut général de la Fonction publique rwandaise pour améliorer la situation en faisant appel aux Tutsis anglophones qui trépignaient d'impatience pour combler les postes disponibles. Des décisions importantes furent prises à cet effet. Bien que beaucoup reste à faire pour que la Fonction publique rwandaise devienne un instrument hautement performant et soucieux du résultat, certaines réalisations ont pu être effectuées, notamment dans les méthodes de gestion plus efficaces. En 2013, sur un total de 177 pays, le Rwanda se situait au 49e rang avec la Lettonie et le Costa Rica parmi les pays les plus corrompus, ce qui n'est pas si mal. Le territoire national fut divisé en provinces, en districts, en villes, en secteurs et en cellules. Le Rwanda compte quatre provinces (Sud, Ouest, Nord et Est) subdivisées en 30 districts et en 416 secteurs. La Ville de Kigali bénéficie d'un statut est particulier et comprend trois districts (voir la carte).
Dans les communications orales, les problèmes sont inexistants entre les
fonctionnaires et les services à la population, puisque tous les Rwandais
parlent le kinyarwanda. Ce sont les documents écrits qui posent
problème, les anciens étant rédigés exclusivement en français, les
nouveaux, souvent uniquement en anglais. Étant donné que fort peu de documents sont
disponibles en kinyarwanda, la plupart des gens ne peuvent lire ni formulaires,
ni circulaires, ni règlements, etc. En fait, le trilinguisme officiel est demeuré symbolique, car selon les
provinces, les districts ou les préfectures, les documents sont rédigés soit en français soit en anglais.
loi n°24/2012 du 15/06/2012 portant planification de l'utilisation et d'aménagement des terres au Rwanda, l'article 9 précise que le Ministre doit publier le projet du schéma directeur dans les médias en langues officielles utilisées au Rwanda et invite le public à donner des avis:
Cet emploi des trois langues officielles est conforme à l'article 5 de la Constitution qui stipule que «les langues officielles sont le kinyarwanda, le français et l'anglais».
Loi organique n° 01/2012/OL du 02/05/2012 portant Code pénal précise bien que les livres des commerçants doivent être rédigés dans les langues prescrites par la loi, mais cela ne signifie pas qu'ils doivent être rédigés dans les trois langues officielles, uniquement dans l'une d'elles:
Bref, les communications orales se font en kinyarwanda, les communications écrites, en anglais à Kigali et généralement en français dans les autres provinces, mais le gouvernement semble privilégier de plus en plus les documents unilingues anglais. Par exemple, l'Office rwandais des marchés publics, dont le sigle devrait être ORMP en français et RPPA en anglais, n'a que la version anglaise dans la loi n° 25/2011 du 30/06/2011 portant création de l'Office rwandais des marchés publics (RPPA) et déterminant ses missions, son organisation et son fonctionnement :
________RPPA =
= Rwanda Public Procurement Authority Il en est ainsi dans la
loi n°40/2011 du 20/09/2011 portant régulation des fonds d’investissement collectifs au Rwanda. L'article 1er
de cette loi mentionne encore le sigle anglais pour l'Office rwandais de développement de la main-d'œuvre: WDA (Workforce Development Authority) plutôt que ODM:
Cet emploi des sigles en anglais se répand de plus en plus au Rwanda. En voici quelques exemples:
HSSP : Plan stratégique du Secteur de la Santé
ISAR : Institut des Sciences agronomiques du Rwanda
LMIS : Système d’information sur le marché du travail
MINAGRI : Ministère de l’Agriculture et des Ressources animales
MINALOC : Ministère de l’Administration locale
MINECOFIN : Ministère des Finances et de la Planification économique
REMA : Office de gestion de l’Environnement au Rwanda
RIAM : Institut Rwandais d’Administration et de Management
RITA : Agence rwandaise d’Information et de Technologie
RSSP : Projet d’appui au secteur rural
SFAR : Agence rwandaise de financement des Etudiants
SSFR : Caisse de sécurité sociale du Rwanda
TVET : Formation professionnelle et technique
loi n°40/2011 énonce que le prospectus du fonds d’investissement collectifs au Rwanda doit être rédigé en anglais comme langue principale et peut être traduit en toute autre langue reconnue au Rwanda, si nécessaire:
De fait, bien que le trilinguisme devrait être la règle dans toutes les correspondances et documents administratifs officiels, certains ministères émettent des documents uniquement en anglais. Le gouvernement estime ainsi qu'il est inutile et coûteux de produire des documents en trois langues.
Dans les rues de Kigali, les enseignes rédigées en français se raréfient au profit de celles en anglais. 6 L'emploi des langues en éducation
À la suite des événements dramatiques qui ont secoué le Rwanda en avril
1994, le système scolaire rwandais s'est totalement effondré, toutes les
écoles ayant été détruites ou sérieusement endommagées; de nombreux
enseignants sont morts ou partis en exil. Le Rwanda, où plus de la moitié de
la population a moins de 18 ans, souffre d’une pénurie d'enseignants et
d'écoles publiques. Grâce à l'aide de l'UNICEF, quelque 250 écoles, en
particulier des écoles primaires, ont pu être rouvertes au début de 1995.
Très peu d'écoles secondaires fonctionnaient en 1997.
6.1 Le passage du français à l'anglais
Après le génocide et les massacres qu'a subis le pays en 1994, le gouvernement rwandais a jugé qu'une redéfinition des orientations de l'éducation était nécessaire pour essayer d'enrayer une partie des problèmes de la société rwandaise. À cette fin, le ministère de l'Éducation s'est donné comme principale mission, pour contribuer au développement d'une économie nationale intégrée, d'invertir dans la formation des ressources humaines, c'est-à-dire les citoyens rwandais. Les anciennes lois sur l'éducation et les anciens règlements adoptés sous les régimes précédents ont tous été abrogés. Cela inclut non seulement la Loi organique portant organisation de l'éducation n° 20/2003 de 2003, mais également la loi du 27 août 1966 sur l'éducation nationale, l'arrêté présidentiel n° 175/03 du 28 avril 1967 fixant le règlement général de l'enseignement au Rwanda, la loi organique n° 1/1985 du 25 janvier 1985 sur l'éducation nationale, la loi n° 14/1985 du 29 juin 1985 portant organisation de l'enseignement primaire, rural et artisanal intégré et secondaire, la loi n° 048/91 du 25 octobre 1991 portant modification de la loi n° 14/1985, etc. L'article 40 de la Constitution de la République énonce ce qui suit : Article 40
Toute personne a droit à l'éducation. La liberté d'apprentissage et de l'enseignement est garantie dans les conditions déterminées par la loi. L'enseignement primaire est obligatoire. Il est gratuit dans les établissements publics. L'État a l'obligation de prendre des mesures spéciales pour faciliter l'enseignement des personnes handicapées.
Ainsi, l'éducation rwandaise est obligatoire au primaire et elle est gratuite, bien que certains frais prévus soient applicables.
- Avant 1995
Avant 1995, le français était une langue d'enseignement largement utilisée par tous les groupes ethniques du Rwanda, c'est-à-dire les Tutsis, les Hutus et les Twa. L'enseignement des trois premières années du primaire était offert en kinyarwanda, puis ensuite en kinyarwanda et en français. Durant le premier cycle du primaire, l'enseignement était
consacré à apprendre à calculer, à écrire et à lire, le tout en kinyarwanda. Le deuxième cycle, également d'une durée de trois ans,
était consacré à l'enseignement du
français, de l'hygiène, de la musique, du sport, du dessin et des travaux
manuels. Le dernier cycle, d'une durée de deux ans, comprenait des activités
telles que l'économie domestique, l'agriculture et le travail artisanal.
- Après 1996
Après 1996, l’afflux des réfugiés rentrés d’Ouganda et de Tanzanie a
entraîné un nouveau problème. Des milliers d’élèves ne savaient lire et
écrire qu’en anglais, non en français. Le ministère de l'Éducation a alors
mis en place des cours intensifs de français et d'anglais dans les écoles,
surtout au secondaire et à l’université. Il n'y avait pas d'écoles
linguistiquement distinctes où l'on enseignait soit en français soit en
anglais. À court terme, il était prévu que
les élèves rwandais puissent s'exprimer et en français et en anglais. - La réforme improvisée de 2008
En 2008, le président Pau Kagamé a annoncé que le pays passait à l'anglais dans tout le système d'éducation, le français demeurant dorénavant une simple langue seconde.
Le remplacement du français par l'anglais avait été annoncé dès le 10 octobre 2008 par le ministre de l'Éducation : «L'enseignement primaire, secondaire et universitaire sera exclusivement dispensé en anglais au Rwanda à partir de 2010.» À cette époque, les relations franco-rwandaises étaient suspendues depuis deux ans en raison des prétendues implications de la France dans le génocide de 1994. Mais le Rwanda n'a pas attendu la rentrée de 2010 pour faire toute la place à l'anglais. Dans les administrations, pour les relations publiques, le tourisme, et même dans les écoles, le français a été banni sans aucune transition ni étude quelconque. Ce changement brusque dans un domaine aussi sensible que celui de l'enseignement ne s'est pas fait sans causer des bouleversements importants au Rwanda. En effet, du jour au lendemain, les enseignants ont dû donner leurs cours en anglais, et s'improviser anglophones, alors qu'ils n'avaient jamais reçu une quelconque formation à ce sujet. La plupart d'entre eux n'avaient auparavant enseigné qu'en kinyarwanda ou qu'en français.
Pour justifier le passage du français à l'anglais en 2008, Paul Kagamé avait affirmé donner «la priorité à la langue qui rendra nos enfants plus compétents et qui servira notre vision de développement du pays». Mais ce n'est pas le président rwandais qui a dû donner ses cours en anglais du jour au lendemain, une langue que les enseignants ne connaissaient guère. Sitôt pensée et décidée en 2008, la réforme scolaire fut mise en application dès 2009. Pour ce faire, un Education Sector Strategic Plan ou Plan stratégique du secteur de l'éducation (2010-2015) fut élaboré. Voici un extrait de ce document en version anglaise concernant les langues dans l'enseignement:
3.1.2 English as the medium of instruction
According to the Constitution there are three official languages – Kinyarwanda, French and English. Previously, a trilingual policy was adopted meaning that there was a choice of medium of instruction based on the linguistic background and experience of the pupils. However, with Rwanda’s membership of the East African Community (EAC) and the Commonwealth, and the increasing development of international partnerships, the use of English has become more prominent and the need for literacy in English greater. It is seen as an important vehicle for trade and socioeconomic development and as a gateway to the global knowledge economy. It has also been expensive to maintain three languages of instruction in terms of learning materials and teacher education.
Against this background, a new policy was adopted in 2008 and implemented in 2009 to use English as the medium of instruction throughout the education system. This has led to a new configuration of roles and relations amongst the three languages: Kinyarwanda as the bedrock of initial literacy and learning; English as the new medium of instruction; and French as an additional language. [...]
In addition to the English language instruction they receive in the classroom, pupils will be provided with a variety of support mechanisms to increase their exposure to English. This will include new textbooks and readers in English at appropriate levels, interactive radio instruction, e-learning materials, and access through radio, television, DVDs, mobile phone technology and other ICT devices.
3.1.2 L'anglais comme langue d'enseignement (traduction)
Selon la Constitution, il y a trois langues officielles : le kinyarwanda, le français et l'anglais. Auparavant, une politique de trilinguisme a été adoptée, ce qui signifiait qu'il y avait un choix dans la langue d'enseignement fondé sur les antécédents linguistiques et l'expérience des élèves. Cependant, avec l'adhésion du Rwanda à la Communauté de l'Afrique de l'Est (CAO) et au Commonwealth ainsi qu'avec le développement croissant des partenariats internationaux, l'usage de l'anglais est devenu plus fréquent et la nécessité pour l'alphabétisation en anglais encore plus grande. Cette langue est considérée comme un instrument important pour le commerce et le développement socio-économique et comme porte d'accès à l'économie mondiale du savoir. Il aurait également été coûteux de maintenir trois langues d'enseignement en termes de ressources matérielles et de formation des enseignants.
Dans ce contexte, une nouvelle politique a été adoptée en 2008 et mis en place en 2009 afin d'utiliser l'anglais comme langue d'enseignement dans l'ensemble du système d'éducation. Cela a conduit à une nouvelle répartition des rôles et des relations entre les trois langues : le kinyarwanda comme le fondement de l'alphabétisation et de l'apprentissage initial ; l'anglais comme la nouvelle langue d'enseignement ; et le français comme seconde langue. [...]
En plus de l'enseignement de la langue anglaise qu'ils reçoivent en classe, les élèves disposeront d'une variété de mécanismes de soutien afin d'accroître leur présence à l'anglais. Ceci inclura de nouveaux manuels et de nouveaux lecteurs en anglais à des niveaux appropriés, des instructions avec des radios interactives, du matériel didactique et un accès au moyen de la radio, de la télévision, du DVD, de la technologie de téléphonie mobile et d'autres appareils de communication. Ce texte laisse croire que que le Rwanda est devenu un pays modèle et moderne en utilisant les technologies contemporaines, mais tel n'est pas le cas. Le pays manque de ressources matérielles, pédagogiques et humaines. Ainsi, du fait que tout l'enseignement de l'anglais a été introduit en un temps record, les manuels n'ont pas suivi. Il a fallu se rabattre sur des manuels qui provenaient de l'Ouganda avec des références ougandaises. Les élèves ont dû apprendre à compter les shillings ougandais au lieu du franc rwandais dans leurs problèmes de mathématiques. Tous ont appris «sur le tas», les élèves comme les maîtres, en passant du français à l'anglais. Il n'y a pas eu de recyclage pour les enseignants, ni pour les ministères, y compris celui de l'Éducation. Pour faciliter la tâche des enseignants, le nombres des matières a été réduit ("reduction of core course") en privilégiant surtout l'anglais, les sciences et les cours appelés «principaux». De façon concrète, cela signifiait que, jusqu’en 3e année du primaire, le nombre des matières dut être réduit de 9 à 4 : l'anglais, le kinyarwanda, les mathématiques et les «connaissances générales». De la 4e à la 6e année du primaire, le nombre des matières passa de 12 à 5 : l'anglais, le kinyarwanda, les mathématiques, les sciences et technologies ainsi que les études sociales. Exit le français dans tout enseignement de base, qui ne sera appris dorénavant que dans le second cycle du secondaire, à raison d’une heure par semaine et offert comme matière facultative: l'élève aura la possibilité de choisir entre le français, le swahili ou l’agriculture. Pour ce qui est de l'anglais, il sera maintenant enseigné dès la première année du primaire à raison de cinq heures hebdomadaires. En fait, les enseignants se sont débrouillés comme ils ont pu en enseignant un semblant d'anglais. Pendant que les enseignants les plus expérimentés offraient un «anglais approximatif», les autres faisaient un mélange de bribes d'anglais, de français et de kinyarwanda, rendant incompréhensibles les matières pour les élèves.
Dans le domaine de l'éducation, un nouveau
problème a surgi : la pénurie dramatique du corps professoral apte à enseigner l'anglais. Devant ce fait, des parents rwandais ont préféré envoyer leurs enfants dans les écoles ougandaises où l’enseignement en anglais dans ce pays est de qualité. Par ailleurs, la plupart des écoles privées rwandaises ont décidé de maintenir le français dans leur programme, pourvu que le programme de l’État soit appliqué à la lettre. Enfin, certains parents ont décidé d’intégrer le programme de l’État, tout en y ajoutant des heures supplémentaires pour l’enseignement du français. Beaucoup de Rwandais considèrent que leurs enfants perdent leur français et apprennent un mauvais anglais. Ils estiment aussi que cette procédure ne constitue qu’une façon d'exclure l’élite traditionnelle au profit de la nouvelle élite anglicisée.
Le chaos s'est installé dans les années qui ont suivi l'enseignement généralisé de l'anglais. Pour résoudre le problème, après avoir réduit les disciplines, le président Kagamé a décidé d'augmenter le salaire des enseignants. Les Tutsis anglophones ont pu en profiter pendant que leurs collègues de français ont été réduits au chômage ou furent contraints à donner quelques heures de cours par semaine. C'est là le résultat d'un coup de force de la part du président Kagamé. 6.2 L'éducation formelle Le système d'éducation actuel est régi par la loi organique n° 02/2011/OL du 27 juillet 2011 portant organisation de l'éducation et la
loi n° 23/2012 du 15 juin 2012 portant organisation et fonctionnement de l'éducation préscolaire et de l'enseignement primaire et secondaire, cette dernière n'impliquant aucune disposition d'ordre linguistique. Selon l'article 5 de la
loi organique n° 02/2011/OL du 27 juillet 2011, les niveaux de l’éducation formelle, c'est-à-dire normale, transmise par l'État ou les établissements privés, sont les suivants: les écoles maternelles, les écoles primaires, les écoles secondaires et les établissements d'enseignement supérieur. Article 5 Niveaux de l’éducation formelle
1° écoles maternelles ;2° écoles primaires ;3° écoles secondaires;4° enseignement supérieur.
- L'école maternelle (préscolaire)
L'école maternelle ou l'enseignement préscolaire concerne les enfants âgés de 3 à 6 ans; ces écoles sont privées et s'adressent aux parents plus nantis. Bien qu'elles soient réservées à des privilégiés, les écoles maternelles du secteur privé sont de plus en plus nombreuses.
Au Rwanda, les écoles maternelles publiques financées par l'État n'existent pas. Les enfants commencent normalement leur scolarité à l'école primaire à l'âge de sept ans dans le public et à six ans dans le privé.
L'école primaire, dont le fréquentation est obligatoire, s'adresse aux
enfants âgés de 7 à 13 ans. L’année scolaire débute en janvier et se termine en novembre avec deux congés de deux semaines au cours de l’année. L’enseignement des trois premières années du primaire est donné kinyarwanda, la langue nationale des Rwandais). En quatrième année, cet enseignement passe à la fois en kinyarwanda et en anglais. Rappelons que l’anglais a remplacé en 2009 le français dans l’enseignement. Jusqu'à ce moment-là, le kinyarwanda, le français et l’anglais étaient utilisés et enseignés en fonction des enseignants et des établissements. Depuis 2009, seul l'anglais est une langue officielle dans l'enseignement à partir de la quatrième année. Les matières enseignées sont les mathématiques, le français, l'anglais, la musique, le sport, le dessin, les travaux manuels, l'hygiène, l'économie domestique, l'agriculture et le travail artisanal. Les cours du primaire se terminent par un examen national, afin de déterminer si l'élève sera admis au niveau secondaire.
Un problème majeur: seuls quelque 10 % des élèves qui terminent le dernier cycle du primaire ont accès à l'enseignement secondaire.
Un programme de rattrapage est possible pour que les enfants qui ont abandonné l'école primaire puissent la réintégrer.
En général, les classes comptent beaucoup d'élèves. L'année scolaire peut débuter avec 49 élèves qui étudient l'avant-midi ou l'après midi, l'enseignant devant donner des cours toute la journée, selon le principe de la «double vacation». L’année se termine en moyenne avec 42 élèves par classe en raison des abandons. Plus de 95 % des enfants rwandais en âge d'être scolarisés au primaire sont effectivement scolarisés, mais ce pourcentage ne tient pas compte des abandons en cours d’année.
Normalement, il peut en coûter quelque 8000 francs rwandais (ce qui équivaut à environ 20 $ US ou 15 €) par année pour couvrir les frais de «minerval», un belgicisme pour désigner les «frais de scolarité». Les parents qui n’ont pas les moyens d'assumer ces frais peuvent néanmoins envoyer leurs enfants à l’école, mais ces derniers ne pourront pas s'inscrire aux examens et ne reçoivent pas de bulletin. Les familles des élèves qui n’ont pas réussi les examens finaux de 6e année doivent elles-mêmes trouver une école privée qui les acceptera et ensuite assumer les coûts plus élevés.
- L'école secondaire
L'école secondaire débute par un tronc commun de trois ans; les jeunes ont alors de 14 à 16 ans. Au secondaire, le nombre limité des places et un coût plus important des études limite forcément l’accès à l’instruction. Suit le second cycle, qui dure aussi trois ans, pour les élèves de 17 à 19 ans. Ce dernier cycle comprend trois filières : générale, technique (électricité, menuiserie, plomberie, construction et électronique, mécanique) et professionnelle (soins infirmiers, agriculture, foresterie, comptabilité, secrétariat, services sociaux, juridiques et administratifs, hygiène et santé, travail de laboratoire, alimentation et tourisme). Tous les cours se donnent en anglais. À l’issue des études secondaires, les élèves qui ont obtenu suffisamment de points lors des examens peuvent accéder à l’enseignement supérieur. Il est possible aussi de fréquenter un Centre d'éducation
rural et artisanal intégré (CERAI), qui dispense un enseignement centré sur
les professions artisanales, l'agriculture et l'économie domestique. En plus du
français et du kinyarwanda, les élèves doivent apprendre, du moins en
principe, l’anglais. Si le taux de fréquentation du primaire se situe à 94,7 % pour les garçons et à 96,8 % pour les filles, le taux net d'inscription au secondaire baisse dramatiquement à 13,1 %.
Dans l'enseignement supérieur, le premier cycle des études universitaires dure deux ans et mène au diplôme de bachelier. Le diplôme de licence est obtenu au terme de deux ou trois années d'études supplémentaires. Ce cycle est de trois ans en génie (diplôme d’ingénieur), en pharmacie (diplôme de pharmacien) et en agronomie (diplôme d'agronome). Le programme menant au diplôme de médecine a une durée de six ans, plus quatre années supplémentaires pour devenir médecin spécialiste.
Il existe à Butaré, en plus de l'Institut pédagogique national (IPN) —
aujourd’hui intégré à l’université nationale du Rwanda et est devenu l’École
normale supérieure — destiné à la
formation des enseignants tant francophones que anglophones,
l'Université nationale du Rwanda. Celle-ci a été officiellement rouverte le 2
avril 1995, les cours ayant débuté le 11 avril 1995. À cette université
s'ajoute l'Université libre de Kigali qui, le 31 mai 1997, a clôturé sa
première année scolaire. Ces trois établissements supérieurs sont devenus
bilingues et offrent des cours en français et en anglais. Cependant, en raison
de la pénurie du personnel enseignant anglophone, les étudiants doivent
souvent suivre leurs cours en français. En 1999, les «anglophones» ont
protesté et manifesté contre le fait qu’on les forçait à suivre un
enseignement en français. Beaucoup d’étudiants rateraient leurs examens
parce qu'ils auraient refusé les cours de langue qui leur avaient été
proposés. Le gouvernement refuserait de faire un précédent en permettant aux
étudiants de remettre en question la langue d'enseignement.
Depuis 1997, il existe au sein de l'Université nationale du Rwanda, ou plutôt la National University of
Rwanda, une
école de langues appelée EPLM (École pratique des langues modernes). Avant
d'être admis dans les différentes facultés, les étudiants francophones y
suivent un programme intensif d'anglais et les anglophones, celui de français,
pendant une année. L'objectif est d'en faire des étudiants parfaitement
bilingues. Les anglophones ont plus de difficultés en français, car il s’agit
d’une langue nouvelle pour eux, tandis que les francophones venus du Burundi,
du Congo ou du Rwanda ont déjà appris l'anglais au secondaire. D'une façon
progressive, les étudiants doivent suivre la moitié des cours en anglais et
l'autre en français dès leur 3e année d'études. En attendant, les
anglophones étudient en anglais et les francophones en français.
6.3 L'éducation non formelle
Outre l'éducation formelle, la loi prévoit deux autres types d'éducation: l'éducation en famille et l'éducation des adultes. Selon l'article 3 de la Loi organique n° 02/2011/OL du 27 juillet 2011. L’éducation en famille est dispensée par les parents de l’enfant, ses tuteurs ainsi que par son entourage; elle vise à assurer à l’enfant une connaissance et les valeurs éthiques: Article 3 Types d’éducation
1° l’éducation en famille ;2° l’éducation formelle ;3° l’éducation des adultes.
L’éducation en famille est dispensée par les parents de l’enfant, ses tuteurs ainsi que par son entourage. Elle vise à assurer à l’enfant une connaissance et les valeurs éthiques et commence dès la conception de l'enfant.
Évidemment, la reconnaissance de l'éducation «en famille» ne donne aucun diplôme, mais elle est courante lorsque les élèves abandonnent ou ne peuvent poursuivre leurs études. Quant à l'éducation des adultes, c'est-à-dire tous les adultes et les jeunes qui n’ont pas pu suivre l’éducation formelle, elle a pour objectif donner un enseignement de base comprenant la lecture, l’écriture, le calcul ainsi que d’autres connaissances susceptibles de leur donner la capacité de participer au développement économique, social et culturel du pays:
L’éducation des adultes comprend les enseignements destinés à tous les adultes et aux jeunes qui n’ont pas pu suivre l’éducation formelle. Cette éducation vise à leur donner un enseignement de base comprenant la lecture, l’écriture, le calcul ainsi que d’autres connaissances susceptibles de leur donner la capacité de participer au développement économique, social et culturel du pays.
6.4 Le trilinguisme inégalitaire
Le Rwanda a choisi la voie du multilinguisme, plus précisément du trilinguisme, pour des raisons apparemment économiques. Le kinyarwanda, l'anglais et le français sont présents dans le système d'éducation du primaire jusqu'à l'enseignement supérieur. Le kinyarwanda est la langue d'enseignement durant les quatre premières années du primaire. Toutefois, les élèves doivent avoir des cours d'anglais et de français comme langue seconde. En cinquième année, l'anglais devient la seule langue d'enseignement pendant que le kinyarwanda et le français demeurent des disciplines. Au secondaire, la répartition des langues reste la même: l'anglais est la langue d'enseignement. Les deux autres langues officielles sont des disciplines. L'objectif du gouvernement est que les Rwandais terminent leurs études en étant parfaitement bilingues, c'est-à-dire aptes à s'exprimer en anglais et en français en plus du kinyarwanda. Par contre, les établissements privés ont le droit d'enseigner uniquement en français. Pour le ministère de l'Éducation, la priorité actuelle est vraiment d'abolir le français dans le système d'éducation rwandais. Le réforme de 2008 appliquée en 2009 a introduit une nouvelle politique éducative et linguistique dans la répartition des rôles et des relations entre les trois langues: le kinyarwanda demeure maintenant la langue de base pour l'alphabétisation et l'apprentissage initial; l'anglais est devenu la nouvelle langue d'enseignement à partir de la 5e année du primaire; le français est dorénavant une matière facultative au secondaire. L'élève peut donc choisir une matière entre le français, le swahili et l'agriculture en tant que formation supplémentaire. En réalité, la plupart des élèves ne réussissent pas à maîtriser convenablement ni l'anglais ni le français. Au mieux, la majorité parvient à connaître un français ou un anglais tout juste passable. C'est que, dans le monde rural dans lequel vivent la plupart des enfants, il n'y a aucun francophone ni anglophone à qui parler, alors que le swahili leur serait plus utile. Déçus du piètre niveau d'enseignement de leurs écoles, de nombreux parents préfèrent inscrire leurs enfants dans des écoles anglophones ougandaises. Dans certaines écoles ougandaises, surtout dans la capitale, Kampala, et dans les villes du sud-ouest, la moitié des élèves viennent du Rwanda. Tant qu'à subir un «copier-coller» du système ougandais pendant que le Rwanda n'a pas encore de ressources matérielles ou humaines pour offrir un enseignement en anglais correct, aussi bien choisir l'«original». Bref, les parents rwandais se sont rués dans ces écoles à la recherche d'un enseignement «en anglais de qualité». Les parents qui préfèrent donner un enseignement en français à leurs enfants les envoient au Congo-Kinshasa ou au Burundi. Par ailleurs, on compte au Rwanda plus de 31 000 enseignants au primaire, dont environ 4700 ont reçu une formation en en anglais. Est bilingue un individu qui parle l'anglais et le français, le kinyarwanda ne faisant pas partie de la notion de bilinguisme. Sur les quelque 12 000 enseignants du secondaire, seuls 600 d'entre eux ont appris la langue qu'ils sont appelés à enseigner. Dans l'embauche des enseignants,
la connaissance de l'anglais est maintenant obligatoire, mais celle du français ne l'est plus. Un candidat bilingue anglais-français possède un avantage certain sur un unilingue anglais. Un unilingue anglais peut être embauché, mais pas un unilingue français. Autrement dit, l'ignorance du français ne porte pas à conséquence. Pour le moment, les enseignants incapables d'enseigner en anglais peuvent le faire en kinyarwanda, le temps d'attendre qu'ils soient formés. Le gouvernement a donc décidé de faire venir des enseignants du Kenya pour répondre aux besoins les plus urgents en matière de personnel. En somme, en raison du transfert linguistique extrêmement rapide pour une population entière, toute une génération d'enfants et d'enseignants sera sacrifiée afin que le processus se réalise et permette aux oligarques anglophones de se maintenir au pouvoir. 6.5 La problème de l'alphabétisation
Selon le Rapport 2011 du Programme des Nations unies pour le développement, le taux
d'alphabétisation au Rwanda, c'est-à-dire ceux qui savent lire et écrire, était de
70,4 % chez les individus âgés de plus de 15 ans, dont 76,3 % pour les hommes et 64,7 % pour les femmes. Cela signifie que 23,7 % des hommes et 35,3 % des femmes sont analphabètes. Sur un total de 182 pays, le Rwanda se classe au 144e rang derrière Madagascar. C'est certes mieux que le Burundi qui se situe au 154e rang (avec 66,6 %), mais le Rwanda a encore beaucoup de chemin à parcourir.
Si les dirigeants rwandais avaient voulu alphabétiser les enfants de façon efficace, ils auraient adopté le kinyarwanda durant tout l'enseignement primaire, et non l'anglais. Dans les zones rurales du Rwanda, les enfants n'ont aucun besoin urgent d'apprendre l'anglais. Par conséquent, l'investissement en kinyarwanda aurait été plus rentable que n'importe quelle autre langue pour la jeune génération de Rwandais. Même lorsque les enfants vivent dans les zones urbaines où l'usage de l'anglais pourrait être plus utile, le choix de la langue maternelle permettrait aux élèves de mieux se développer. Une grande partie du matériel de recherche prouve que la nécessité d'une bonne connaissance de la langue maternelle est le tremplin vers la réduction de l'analphabétisme en général. Mais ce sont les intérêts d'un petit groupe avide de pouvoir qui ont primé. 7 Les médias et le monde du travail
Nous savons que les médias et le monde du travail se complètent dans la vie quotidienne. Le Rwanda n’a jamais connu ni la démocratie ni le pluralisme de la presse de toute son histoire. Paul Kagamé est ainsi cité par l’association Reporters sans frontières aux côtés notamment des chefs d’État de l’Érythrée, de Djibouti et du Swaziland, parmi les dirigeants africains «fantasques ou austères, tous autoritaires qui tiennent leur pays d’une main de fer et contrôlent très étroitement l’information». Pour l’association Reporters sans frontières, dans ces pays cités, «le pluralisme y est réduit à peau de chagrin, et la critique du chef de l’État fortement déconseillée». Au Rwanda, aucun média écrit ou électronique n’est autorisé à écrire, rapporter oralement ou prendre une photo d'un dirigeant politique depuis le président de la République jusqu’aux autres hautes personnalités dont les ministres, les sénateurs et les députés. D'après de nombreux témoignages, le génocide peut être utilisé comme un prétexte pour limiter les droits au nom de la stabilité du pays.
Pour faire croire à l’opinion publique nationale et internationale qu’il y a une liberté et une diversité de la presse au Rwanda, des journaux ont été fondés par des personnalités proches du FPR ou en fonction du financement de ce parti. Bref, c'est bien le propre d'une dictature que de museler la presse. Le Rwanda se situe au 169e rang sur 178 dans le classement mondial de la liberté de presse. 7.1 Les médias
Du côté des médias écrits, il existe
des journaux en kinyarwanda, en français et en anglais. Le plus vieux journal
du pays est le Kinyamateka fondé en 1933; il est resté assez proche de
l’Église catholique. On comptait il y a quelque temps deux quotidiens en
langue française: Le Messager et Le Partisan. De parution
récente, il faudrait mentionner aussi le quotidien anglophone The Rwanda
Time. Cependant, ces journaux ont cessé leur parution. En ce qui concerne
les périodiques, mentionnons le Journal officiel de la république du Rwanda (français), Intego (français), Imvaho (kinyarwanda), Nyabarongo
(kinyarwanda) et La Relève (français). Les journaux Le Messager,
Le Partisan, Intego et Nyabarongo ne paraissent plus pour
différentes raisons. Imvaho et La Relève sont des organes
gouvernementaux. Il y a aussi des «journaux réguliers» comme Ukuri
(«La Vérité»), Ingabo («Le Bouclier»), The Newsline, Umuseso
(«L'Aube»), Rwanda Herald, Rwanda Times et Grands Lacs Hebdo.
Au total, on compte une vingtaine de titres. En ce qui a trait aux médias électroniques,
Radio-Rwanda, l’émetteur officiel qui a succédé à l'ancienne radio
nationale (la Radiodiffusion de la république du Rwanda), diffuse des
émissions quotidiennes en français, en kinyarwanda, en swahili et en anglais.
C’est une radio nationale considérée comme ayant «une langue de bois», à
l’exemple de toutes les radios publiques. L'Office rwandais d'information et
de radiodiffusion (ORINFOR) a conclu, le 29 septembre 1997, un accord avec la
BBC World Service, afin que celle-ci puisse transmettre des émissions dans ces
quatre langues. On peut mentionner également la VOA (Voice of America)
qui diffuse quotidiennement une programme d’une heure en kinyarwanda sur ondes
courtes. Avec la BBC (une demi-heure en kinyarwanda par jour), la VOA est très
écoutée au Rwanda. Enfin, la radio internationale allemande, la Deutsche
Welle, dispose d'un émetteur à Kigali, qui transmet des programmes en
allemand, en haoussa, en portugais et en amharique. Avant 1995, il existait
aussi Radio-Agatashya («hirondelle qui apporte l'espoir») et Radio
Mille Collines (ou Radio-Télévision libre des Milles Collines) qui
diffusaient en kinyarwanda. Bientôt, RFI (Radio-France International) sera
disponile sur la bande FM, et ne diffusera qu’en français. Du côté de la
télévision, Télévision-Rwandaise diffuse inégalement des émissions
dans les trois langues officielles.
7.2 Le monde du travail et des affaires
Dans le monde du travail, le français est aujourd'hui mal perçu par les autorités rwandaises. Dans la capitale comme dans les régions, il n'est plus de mise de saluer en disant «bonjour», mais plutôt «hello» à l'anglaise. Aujourd’hui, pour faire des affaires ou communiquer avec le monde des affaires au Rwanda, l’anglais est devenu obligatoire.
À l'article 32 du
Code du travail (2001), tout contrat d'apprentissage doit être rédigé dans une langue comprise par l’apprenti, ce qui devrait correspondre au kinyarwanda avant tout, sinon en anglais pour les Tutsis anglophones:
Mais l'article 116 de la même loi oblige que toute convention collective soit rédigée «dans les langues officielles» sous peine de nullité: Article 116
Par contre, le règlement interne du personnel doit être rédigé en kinyarwanda et dans l’une des autres langues officielles:
Dans les entreprises comportant plusieurs établissements, il peut être établi pour chaque chaque établissement un règlement annexe comportant des dispositions particulières. Ces quelques textes laissent entendre que l'anglais est en train de devenir obligatoire, le français et le kinyarwanda, juste utiles. 8 La Francophonie
Comme au Burundi, la Francophonie est relativement mal perçue au Rwanda, notamment en raison du rôle suspect que la
France aurait joué dans les événements reliés au génocide de 1994. Quant
aux évêques catholiques, ils semblent complètement indifférents à la
Francophonie internationale. Cependant, l'Église du Rwanda, l’une des grandes
puissances économiques du pays, entretient des relations vieilles de plusieurs
décennies avec les Églises d'Angleterre, de Suède, de Norvège, des États-Unis,
etc., c’est-à-dire des relations privilégiées avec le monde chrétien anglophone
ou anglophile. N'oublions pas que 90 % des Rwandais ne connaissent pas le
français, pas davantage l'anglais, il est vrai. Tous ces facteurs vont donc peser lourdement sur l'avenir de la
francophonie rwandaise... ou ce qu’il en reste.
On assisterait actuellement dans la région des Grands Lacs à une offensive
américano-britannique afin d’y imposer l’anglais. Or, on sait que, une fois
que l’anglais est admis comme langue officielle au sein d’une organisation
nationale ou internationale, les Américains, souvent aidés des Britanniques,
font tous les efforts nécessaires pour éliminer les autres langues qui ne
deviennent plus alors que de simples véhicules de traduction. Pensons à ce qui
se passe présentement au Burundi et au Congo-Kinshasa, tandis qu’on essaie
subtilement de faire entrer le «loup dans la bergerie» (l’anglais).
Le nouveau trilinguisme officiel du Rwanda est employé de façon symbolique dans de vastes secteurs. Le gouvernement essaie de contenter tout le monde en
reconnaissant deux langues coloniales comme langues co-officielles, mais les
ressources tant humaines que matérielles ne suivent pas. D’une part, les
Rwandais «francophones» ne veulent pas qu’on leur impose l’anglais, d’autre
part, les Rwandais «anglophones» acceptent encore moins le français, et ce, d'autant plus qu'ils détiennent le pouvoir politique au Rwanda.
Étant donné que la population «francophone» est largement majoritaire — environ
15 % à 20 % de locuteurs éventuels du français (à des degrés divers) contre environ 2 % pour l’anglais —
et que le gouvernement «à majorité anglophone» ne peut assurer le
financement et les ressources humaines pour appliquer sa politique de
trilinguisme, la machine multilingue tourne souvent à vide.
Le Rwanda vit sans aucun doute une phase de transition en matière de
politique linguistique. Le multilinguisme stratégique actuel (kinyarwanda-français-anglais)
semble davantage un «gadget politique» qu’une réalité; c’est pourquoi ce
trilinguisme ne semble pas viable à long terme. N’oublions pas que le Rwanda
souffre présentement de lourds handicaps: son isolement (ou enclavement)
géographique pèse sur l’économie, ses ressources naturelles rares sont
médiocres et difficilement exploitables, ses capacités d'autofinancement sont
très réduites et le pays manque dramatiquement de ressources humaines... y
compris de polyglottes. C’est pourquoi il est illusoire de croire que le pays
pourra affecter des sommes importantes aux problèmes liés au trilinguisme. À long
terme, l’une des langues coloniales devra laisser la place à l’autre. Si le régime autocrate se maintient encore plusieurs années, l'anglais ne reculera plus. Si le régime s'écroule après un nouveau coup d'État, le français pourrais reprendre sa place, ce qui semble peu probable pour le moment. Déjà, c’est devenu valorisant chez les jeunes de parler anglais! Il faut aussi se rappeler que la situation géographique du Rwanda est
à la «frontière» des pays francophones et anglophones (la «ligne Maginot
linguistique»), ce qui rend ce petit pays plus vulnérable à l’influence de
l’anglais. Bien qu’il ait été traditionnellement un «pays francophone»,
le Rwanda subit depuis déjà plusieurs années les assauts de l’expansion anglophone de la
part de la Tanzanie, de l’Ouganda, du Royaume-Uni et des États-Unis. L’hypothèse
du «complot anglo-saxon» semble depuis longtemps avoir occupé les esprits, du
moins si l’on en croit les propos tenus en 1957 par l'ex-président français
François Mitterrand, alors qu'il était ministre de la Justice (cabinet Guy
Mollet): Tous les ennuis que nous avons eus en Afrique occidentale française n’ont rien à voir avec un désir d’indépendance, mais avec une rivalité entre les blocs français et britannique. Ce sont des agents britanniques qui ont fomenté tous nos ennuis.
À supposer que le complot soit réel, il y a
bien plus grave! L’élite qui dirige présentement le pays est majoritairement anglophone et
anglophile. Elle a été formée — et mieux — dans les pays anglophones
voisins (surtout l'Ouganda et la Tanzanie), sinon aux États-Unis. C’est pourquoi elle a
reçu l’appui militaire des Britanniques et des Américains, lors de la prise
du pouvoir par le Front patriotique rwandais (FPR). Selon un observateur
de l'organisme Médecins sans frontières, voilà plusieurs années (depuis 1990) que les
Britanniques rêvaient de supplanter les Français et les Belges dans la région
des Grands Lacs. Depuis la fin de la guerre froide, l'Afrique est même devenue
plus «visible» pour les États-Unis, et les relations bilatérales que la
France a longtemps entretenues avec de nombreux pays du continent s'en trouvent
ainsi profondément modifiées (lire diminuées). Évidemment, la population rwandaise n'a jamais été consultée sur la nouvelle politique linguistique, et elle ne le sera jamais, le Rwanda n'étant pas un pays «démocratique» au sens où on l'entend dans les pays occidentaux. D'ailleurs, un rapport de la Commission des droits de l'Homme du Commonwealth estimait en juillet 2009 que les libertés publiques étaient restreintes au Rwanda, au point de créer un climat de peur dans le pays.
faisant de l'anglais une langue officielle au Rwanda,
de Kagamé
favorisé la plupart de ses partisans et membres du FPR.
Aujourd'hui, l'anglais sert avant tout les intérêts de la nouvelle élite anglophone et anglophile. C'est la nouvelle oligarchie qui se maintient au pouvoir grâce à la l'anglais qu'elle impose à toute la population. Il n'est donc pas exagéré de dire
le pouvoir politique. Les autorités rwandaises actuelles ont voulu changer une langue coloniale (le français) pour une autre (l'anglais) et ont présenté cette transformation comme du nationalisme. Le vrai nationalisme aurait été de mettre au rancart toutes les langues coloniales. Dans l'état actuel, c'est du «népotisme linguistique»!
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La Francophonie Le Burundi