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Timestamp: 2020-02-24 23:48:27+00:00
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Matched Legal Cases: ['§ 1', '§ 1', '§ 1', '§ 2', '§ 2', '§ 2', '§ 3', '§ 8']

HISTOIRE DU DROIT DES GENS ET DES RELATIONS INTERNATI0NALES
L'ORIENT. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.
§ 1. ÉLÉMENTS DE L’ORIENT.
N° 1. Caractère de la civilisation orientale.
Aussi haut que nos traditions remontent, elles nous ramènent vers l’Orient. L’Europe était encore en pleine barbarie que déjà des monarchies puissantes dominaient en Asie et en Égypte. Un célèbre écrivain[1] dit que tous les grands mouvements imprimés à l’espèce humaine sont partis de l’Orient ou sont venus s’y perdre. Il y a une profonde vérité dans cette observation de Chateaubriand. Les trois systèmes religieux qui se partagent aujourd’hui la terre, le bouddhisme, le christianisme, le mahométisme, ont leur racine en Asie ; c’est dire que là aussi est le point de départ de notre vie intellectuelle et morale.
Quelle est cette civilisation primitive ? Comment s’est-elle transmise aux peuples qui nous l’ont léguée, transformée par leurs travaux ? La difficulté de ces, recherches en égale l’importance. Notre siècle, si curieux de remonter aux origines des choses et d’en suivre le développement progressif, s’est vivement préoccupé de l’Orient ; ses efforts ont été récompensés par la découverte d’une littérature relus vaste que les monuments de la Grèce et de Rome. Les livres sacrés de l’Inde, ses poètes, ses philosophes, révélés au monde par le zèle des savants anglais, ont eu toute l’importance d’une révolution intellectuelle : sera-t-elle aussi féconde qu’on se l’est imaginé dans la première ferveur de l’enthousiasme ? Les plus savants orientalistes avouent que leurs connaissances sont trop incomplètes pour donner une réponse à cette question[2]. L’Asie nous présente des idées, des systèmes, des civilisations différentes ; mais nous ne connaissons pas le développement historique de ces doctrines. L’histoire fait défaut A l’Orient L’esprit européen ne recule pas devant l’aridité des dates, la chronologie a pour lui ses attraits. Le génie oriental ne sait pas se plier aux documents, et les rapporter dans leur sèche réalité ; les historiens comme les poètes surchargent les faits d’ornements, au point qu’ils disparaissent et se changent en symboles ; le héros devient un dieu, la narration un mythe, l’histoire un rêve. \e doit-on pas trembler de se risquer sur ce terrain mal assis[3] ? Les Grecs qualifiaient de Barbares tous les peuples qui leur étaient étrangers, supposant à tous les mêmes mœurs, les mêmes tendances. Nous reconnaissons aujourd’hui leur erreur, leur aveuglement ; ne les imitons pas, en confondant dans un même jugement toutes les civilisations qui se sont produites dans le monde oriental[4]. Pendant des siècles, l’histoire de l’Asie était toute faite. Historiens et philosophes répétaient que l’Orient est immobile, courbé sous la théocratie ou enchaîné par le despotisme. Qu’y a-t-il de vrai dans cette histoire traditionnelle ?
La permanence des institutions et des mœurs orientales est un lieu commun[5]. Les philosophes ont cherché la raison providentielle d’un fait accepté comme un axiome. L’Orient est immobile, dit Ballanche, parce qu’il devait être la source éternelle de nos destinées progressives. Le sol sur lequel on bâtit ne doit pas toujours trembler[6]. Montesquieu explique le caractère particulier de l’Asie par l’influence du climat[7]. Son observation a été reproduite par Cousin : Un immense continent, enceint d’un Océan immense qui, au lieu d’attirer l’homme le décourage, parait destiné par la nature à devenir le théâtre de l’immobilité[8]. A mesure que nous avançons dans la connaissance des choses orientales, des doutes sérieux s’élèvent sur cette histoire conventionnelle[9]. Peut-être serons-nous un jour forcés d’avouer que nous avons rendu la nature complice de notre ignorance, en lui imputant le dessein impie d’avoir prédestiné la plus belle partie du globe à un état immobile comme la mort. La vie de l’Orient est un reflet de ses croyances ; or le peu que nous savons des systèmes religieux de l’Inde prouve que les dogmes se sont modifiés en Asie aussi bien qu’en Europe. La religion des Védas diffère essentiellement de la doctrine brahmanique[10]. Du milieu des brahmanes est sorti un réformateur : le bouddhisme après une lutte séculaire a été expulsé de l’Inde, mais il a converti à sa foi une grande partie du monde asiatique[11]. L’Inde se partage en une multitude de sectes[12]. La loi de la perfectibilité préside-t-elle à ces révolutions ? Le progrès est évident pour le bouddhisme qui s’est inspiré du dogme de l’égalité dans un pays dont la constitution sociale repose sur les castes[13]. Nos connaissances ne sont pas assez avancées pour déterminer le sens et la portée de toutes les sectes ; mais leur existence seule prouve que l’Orient est soumis à la loi générale de tout ce qui a vie, le mouvement.
N° 2. Éléments de la civilisation orientale.
Les Théocraties. Les États despotiques. Les États commerçants.
La religion est le fondement de toute civilisation : cela est vrai surtout de l’Orient. Chez les Ariens de la Perse et de l’Inde, les Égyptiens, les hébreux, des livres sacrés ou des croyances religieuses sont le principe de la vie civile et politique, la législation se confond avec la morale ; la littérature, la philosophie s’inspirent des dogmes ; les arts représentent le culte. Mais là théocratie a-t-elle partout le même caractère ? Ici encore les généralités ont longtemps caché nôtre ignorance[14]. Les découvertes de l’héroïque Anquetil Duperron, les travaux profonds de Burnouf ont révélé un monde nouveau dans l’Orient. La doctrine de Zoroastre et le brahmanisme sont sortis d’une souche commune ; mais des différences essentielles distinguent les deux religions rivales. Le brahmanisme s’éloigne (le nous, et parait avoir peu de rapport avec le génie de l’Occident ; sous son empire l’homme est tombé dans l’esclavage de l’univers physique ; il a abouti par le panthéisme à l’inactivité, à la confusion, au néant. Dès son principe le mazdéisme revendique la souveraineté de la nature, s’attribuant le droit de la discipliner à sou gré, il évite l’écueil du panthéisme en maintenant la personne de l’homme en face de celle de Dieu, il prépare ainsi le règne de la liberté[15].
Cette première distinction dans ce qu’on appelle l’Orient théocratique ne suffit pas encore pour rétablir les faits a la place de vagues et fausses généralités. L’Inde est le véritable type de la théocratie ; sa constitution sociale est l’inégalité la plus absolue, les castes reçoivent une sanction religieuse et deviennent immuables. A mesure qu’il se rapproche de l’Occident, le régime sacerdotal perd son caractère divin. Les castes existent chez les Égyptiens, mais déjà elles ressemblent à une organisation systématique, à un partage de fonctions. La Judée procède à la fois de l’Asie et de l’Égypte ; mais chez les Hébreux, la théocratie subit une modification définitive, la caste disparaît ; pour la première fois dans le monde ancien, il y a égalité, religieuse entre tous les membres d’un peuple ; torts les enfants d’Israël sont initiés à la doctrine de la vie. Ainsi l’Orient part de la caste et aboutit à l’égalité religieuse. Arrivé à ce point, il donne la main à la Grèce et à Rome qui admettent aussi l’égalité comme principe, mais seulement dans les limites de la cité. L’Egypte et la Judée servent de transition, sous le rapport du dogme, entre les deux mondes. La transition extérieure se fait par les états despotiques, les grandes monarchies qui se sont élevées dans l’Asie occidentale.
Le despotisme de l’Asie a eu plus de retentissement encore que ses théocraties. Nous ne dissimulerons pas ce qu’il a d’avilissant pour l’espèce humaine. La royauté a vainement cherché en Europe à se rattacher à Dieu ; l’aristocratie d’abord, le peuple ensuite ont limité ses prétentions. L’Orient est le vrai siége de la force, armée du droit divin. Les lois de Minou représentent les rois comme des dieux[16]. Cette confusion de la Royauté et de la Divinité existait également chez les Égyptiens[17]. Elle passa aux états despotiques. Sur les monuments de Ninive les rois sont revêtus d’un caractère sacré[18]. Les monarques persans se faisaient appeler Seigneur et Dieu[19]. On dirait que l’Orient, ne pouvant échapper à la loi du plus fort, veut lu sanctifier en identifiant la force avec Dieu. Mais les hommes ne sont pas capables de supporter la toute puissance ; le despotisme considéré comme divin, est la source de ce pouvoir monstrueux que les Orientaux ont toujours reconnu à leurs maîtres et sur leurs personnes et sur leurs propriétés. Le célèbre tableau que Samuel fit de la royauté aux Hébreux, lorsque ceux-ci demandèrent un roi, n’est pas une satire, c’est l’expression fidèle de l’état social de l’Orient[20]. Cependant les Hébreux ne se laissèrent pas effrayer par la peinture des maux qui les attendaient : ils préférèrent le gouvernement militaire au régime théocratique. N’est-ce pas une marque du progrès que la société a accompli, en passant de la théocratie au despotisme ?
La puissance du sacerdoce est plus illimitée encore que celle de la royauté, puisqu’elle domine même cette dernière. La condition des castes inférieures de l’Inde est plus vile que celle des vaincus, des esclaves dans la monarchie persane : il y a égalité de tous, sous le despotisme d’un seul, tandis que dans les théocraties il y a inégalité radicale, perpétuelle. Le fait seul de la dissolution de la caste constitue un progrès immense. Un historien grec remarque avec étonnement que les Égyptiens appartenant aux castes inférieures ne prennent aucune part aux affaires publiques[21]. C’est que dans le régime sacerdotal il n’y a pas de vie publique, il n’y a pas encore d’État ; au sein de la même société vivent des peuples’ différents ; ce ne sont pas (les montagnes ni des fleuves qui les séparent, mais la religion qui devrait être le lien des hommes, devient la plut insurmontable des barrières. Sous le régime despotique, le Roi est le représentant de la divinité ; devant son pouvoir, tous les autres sont sur le nième niveau ; il constitue à lui seul l’État ; il y a donc un État, sous une forme grossière, il est vrai, en ébauche plutôt que réalisé ; mais sous cette brutale organisation de la conquête, nous voyons apparaître pour la première fois l’égalité, cette sainte loi de l’avenir ; en avançant vers l’Occident, l’idée grandira, les esclaves se transformeront en citoyens, et une religion nouvelle étendra l’égalité à tous les hommes.
Y a-t-il aussi progrès dans le droit des gens des états despotiques et dans le système de leurs relations internationales ? Les ruines des villes les plus magnifiques que les hommes aient élevées, le massacre de populations entières, les horreurs du sérail attestent la cruauté des terribles Nomades qui fondèrent les monarchies de l’Orient. Mais l’humanité, la tranquillité des théocraties ne sont qu’apparentes : les supplices, les sacrifices sanglants ne leur répugnent pas[22]. L’esprit guerrier est plus favorable aux communications des peuples que le génie théocratique. On ne peut nier que le sacerdoce ne tende à isoler les nations, il n’a pas tenu aux prêtres que l’Inde, l’Egypte, la Judée ne formassent des mondes à part. Les races guerrières sont poussées hors des limites de leur patrie par un goût d’aventure qui s’élève bientôt jusqu’à l’ambition des conquêtes. La guerre rapproche forcément les peuples, en attendant que la fraternité les unisse.
La théocratie, le despotisme, ne sont pas les seuls éléments de l’Orient. Le berceau du genre humain renfermait tous les germes du développement futur de l’humanité. C’est l’Orient en apparence livré à l’inaction, à l’immobilité, qui a inauguré le commerce, symbole de l’activité et de l’intelligence. Les cités phéniciennes ont servi d’intermédiaires entre les peuples de l’Asie et de l’Occident ; Carthage, leur fille, a étendu ses relations sur le monde entier.
§ II. RELATIONS ENTRE L’ORIENT ET L’OCCIDENT.
N° 1. Hypothèse d’un peuple primitif.
L’Orient nous présente ainsi trois éléments, la théocratie, le despotisme, le commerce ; sous ces trois faces, il se lie à l’Occident ; mais quel est le rapport de filiation ou de parenté entre les deux mondes ? Il n’y a pas de recherches plus difficiles que celles de la génération et de-la communication des idées[23]. Elles nous reportent aux origines des sociétés, et ces origines sont impénétrables. De là la grande mobilité d’opinions sur ce problème important : les révolutions dans la science sont presque plus rapides que celles du monde politique[24]. Cependant au milieu de celte contrariété des systèmes, il y a une conviction à laquelle l’humanité s’attache pour ainsi dire instinctivement, c’est que l’Orient est le berceau de la civilisation. Cette croyance s’était déjà fait jour dans l’antiquité, bien qu’elle fût en opposition avec les prétentions des peuples à l’autochtonie. Les Grecs, les plus vains des hommes, s’obstinaient à chercher la source de leur religion, de leurs arts, de leur philosophie, chez des peuples qu’ils traitaient de barbares ; ils croyaient flue les Égyptiens, les Phéniciens, les Lydiens leur avaient apporté les premiers germes de la culture intellectuelle. Lorsque, au déclin de l’antiquité, les derniers penseurs du paganisme voulurent allier les dogmes religieux aux doctrines philosophiques, ils exaltèrent la sagesse orientale comme la source sacrée de toute croyance, de toute science. L’humanité pressentait que l’Orient, d’où nous vient la lumière vivifiante du soleil, allait lui rendre une nouvelle vie morale.
Le Christianisme, devenu la loi du monde occidental, donna une autorité religieuse au sentiment qui portait les hommes à voir dans l’Asie le premier siège et le point de départ de l’espèce humaine et de la civilisation. Les livres sacrés des Hébreux, révérés par l’Europe chrétienne comme les annales authentiques du genre humain, lui enseignaient que dans une contrée bénie de l’Orient avaient vécu nos pères ; que Dieu s’était révélé à eux, que du sein des patriarches étaient sortis comme d’une souche commune toutes les nations. Toutes reçurent en partage le don de la parole divine ; mais la vérité s’altéra chez la plupart des hommes ; pour conserver ce précieux dépôt, Dieu élut une race à part qui malgré ses erreurs resta fidèle à sa haute mission. Les Hébreux étaient donc le peuple primitif, la Bible la source de nos croyances religieuses, et de notre vie intellectuelle.
Ainsi se produisit la première hypothèse d’un peuple primitif, initiateur de l’humanité. Comme elle reposait sur la foi dans les livres sacrés, elle tomba lorsque les attaques des libres penseurs, et les travaux plus sérieux des orientalistes eurent ruiné l’autorité historique de la Bible. Comment rattacher à la tradition hébraïque, l’Égypte dont l’organisation sociale remonte au-delà du déluge ? Zoroastre qui dispute l’antiquité à Moïse ? les races européennes qui reconnaissent des frères dans le peuple sanscrit, tandis qu’aucun lien ne les unit aux Hébreux ?
Cependant l’idée d’un peuple primitif avait jeté de profondes racines. La filiation hébraïque étant abandonnée, les savants allèrent à la recherche d’une nouvelle généalogie de l’humanité. Dans l’ignorance qui régnait sur les choses orientales, les opinions les plus singulières pouvaient obtenir crédit. On a de la peine à croire qu’un savant astronome du dix-huitième siècle ait vu le monde primitif dans l’Atlantide de Platon[25]. Sans le respect que nous inspire le vénérable Bailly, nous serions tentés de sourire, en le voyant fixer le séjour de ses Atlantes sur le plateau de la Haute Asie[26]. Pour expliquer comment des terres stériles ont pu abriter l’enfance du genre humain et devenir le théâtre d’une civilisation avancée, Bailly suppose qu’elles jouissaient autrefois d’un climat tempéré[27] ; il n’hésite pas à placer près du pôle le jardin des Hespérides et les Champs Élysées[28]. Si ses lettres n’avaient pas été adressées à Voltaire, il aurait cherché, dans les îles du Nord, Adam et le Paradis terrestre. Le système de Bailly n’était qu’un paradoxe développé avec infiniment d’esprit. Un célèbre orientaliste[29] lui objecta que les contrées où il avilit cru trouver toutes les merveilles chantées par les poètes de l’Inde, de la Perse et de la Grèce, ressemblaient plutôt au séjour terrible des Enfers, dont le poète a banni jusqu’à l’espérance[30]. Mais combien la science des hommes est vaine ! Ces mêmes savants qui combattaient l’Atlantide par le ridicule, proposèrent une hypothèse nouvelle qui, accueillie d’abord avec faveur, est aujourd’hui reléguée parmi les nombreuses erreurs de la science conjecturale.
Lorsque la littérature sanscrite fut révélée au monde savant, on découvrit des rapports évidents entre les langues européennes et la langue sacrée des brahmanes[31]. D’un autre côté, les orientalistes prirent a la lettre l’immensité des cycles et des périodes qui faisaient remonter l’histoire indienne jusqu’à la Création. Ils ne doutèrent plus que la civilisation n’eût ses racines dans l’Inde, berceau de l’humanité. L’Égypte était une colonie brahmanique, le polythéisme grec un débris d’un système plus universel et plus complet élaboré sur les bords du Gange ; la philosophie remontait aux brâhmanes par Pythagore et Platon ; les Chinois, ce peuple à part, étaient sortis de l’Inde ; les nations de race germanique portaient dans leur langue l’empreinte de leur origine indienne ; les Mexicains, les Péruviens étaient des descendants de la race sanscrite[32]. Le système de W. Jones fut adopté comme une vérité incontestable[33]. Mais l’Inde ne resta pas longtemps le séjour du peuple initiateur. Lorsque des études nouvelles firent connaître une tradition plus ancienne dont le brahmanisme n’était qu’une branche détachée, le peuplé primitif fut placé dans l’Ariane[34].
Bientôt ces brillantes hypothèses furent abandonnées. On s’aperçut que la chronologie imaginaire des brahmanes était une base peu sûre pour l’histoire de l’humanité[35]. Plus on pénétrait dans l’antiquité orientale, plus le génie de l’Inde paraissait contraire et pour ainsi dire hostile à l’esprit de l’Occident ; ne reconnaissant pas ses sentiments, ses tendances dans ce monde des rêves et de l’inaction, l’Europe renia la filiation qu’on lui avait supposée. La Chine, mieux étudiée, fut trouvée plus étrangère encore à l’Inde. L’Égypte, sortant de ses tombeaux, revendiqua une antiquité qui dépasse tout ce que nous savons de certain sur les origines indiennes. Ainsi s’écroulait pièce à pièce le frète édifice du monde primitif. La science a repris sa marche lente et mesurée ; elle a conclu que, dans l’état actuel de nos connaissances historiques, le problème de la génération des peuples et des civilisations était insoluble[36]. L’hypothèse d’un peuple primitif suppose l’existence d’une seule langue, d’une seule race, et jusqu’ici on n’est pas parvenu à réduire les diverses langues et les diverses races à une souche commune[37].
N° 2. Liens intellectuels entre l’Orient et l’Occident.
Mais si l’hypothèse d’une filiation rigoureuse et continue de la civilisation ne peut pas être prouvée, est-ce à dire qu’il n’y ait aucune parenté entre les peuples ? La science ; n’a pas évité ce nouvel écueil. L’esprit humain ne sort d’un excès que pour tomber dans un autre. Après avoir cru à l’unité absolue, on reprit la croyance antique de l’autochtonie et l’on soutint que la civilisation s’est développée d’une manière tout à fait à indépendante sur les bords du Gange, de l’Euphrate, du Nil et de la Méditerranée[38]. Le système de l’autochtonie doit être rejeté aussi bien que celui d’une révélation primitive ; il mérite encore moins de faveur, parce qu’il brise le lien qui unit les diverses nations et en fait une seule humanité. Il y a une loi générale qui doit servir de guide à travers l’obscurité des traditions, c’est celle de l’unité dans la variété. La diversité des races, des langues n’empêche pas que le genre humain ne soit un. La Providence a pu crier des centres particuliers pour le développement original des facultés de l’homme ; mais ces centres dispersés sont destinés à se réunir, à se, fondre en une grande harmonie. En effet, la mission du genre humain est une, le travail de chacun de ses membres doit aboutir à un même but : la solidarité qui lie les peuples implique une communion, une action, une influence réciproques. L’Orient ne fait pas exception à cette loi.
Hegel dit que l’Asie est concentrée sur elle-même comme la lumière du soleil[39]. Nais le soleil répand ses rayons sur le monde entier ; n’en serait-il pas de même de la lumière intellectuelle qui vient de l’Orient ? Dès la plus haute antiquité, les riches produits que la nature prodigue dans l’Asie orientale étaient connus et recherches chez les peuples les plus éloignés[40]. Les relations nées des besoins matériels entraînèrent un échange des pensées, nécessité tout aussi impérieuse pour l’homme que la nourriture du corps : la sagesse de l’Orient devint proverbiale[41]. Plus nous pénétrons dans les croyances, les dogmes, les connaissances des grandes nations da l’ancien monde, plus nous apercevons de rapports, de traits de ressemblance qui attestent d’antiques communications[42].
Mais si l’unité et la solidarité des peuples sont certaines, la voie par laquelle ils sont entrés en rapport reste toujours obscure. L’Europe remonte par Home fit la Grèce, et les Grecs ont reçu de l’Orient le germe de leur culture intellectuelle, Cette filiation de la civilisation occidentale parait un fait acquis à la science : le système de l’autochtonie de la Grèce ne trouve plus que de rares partisans. Mais le désaccord commence lorsque, quittant le domaine des généralités, ou s’enquiert quelle est la nation de l’Orient qui a initié les Hellènes à la vie de l’intelligence. La diversité des opinions prouve que l’incertitude règne encore et que le douté est légitime,
La Grèce rattachait elle-même ses origines à l’Égypte. Cette tradition, attaquée et défendue avec passion, gagne du terrain à mesure qu’on avance dans la connaissance des antiquités égyptiennes[43]. Mais les Égyptiens sortent-ils de l’Orient, ou sont-ils autochtones ? Ici l’obscurité reparaît. Les savants les plus éminents ont longtemps, admis comme un fait incontestable, que l’Égypte procède de l’Inde[44]. Cette hypothèse, quelque séduisante qu’elle soit, a dû être abandonnée, lorsque des témoignages irrécusables prouvèrent que la société égyptienne était déjà formée, à une époque oie la présence de la race sanscrite dans l’Inde est au moins incertaine. Les égyptologues ont signalé des différences considérables entre l’Égypte et l’Orient ; cependant ils paraissent disposés à admettre que l’Égypte a ses racines dans l’Asie. La découverte inespérée des restes de Ninive ouvre un nouvel horizon à l’histoire du genre humain. L’Asie, dont les annales ne remontaient qu’à deux ou trois mille ans avant notre ère, revendiquera peut-être une antiquité aussi reculée que l’Égypte. Les monuments assyriens attestent dès maintenant que la Grèce a subi l’influence de l’Orient. L’Inde a-t-elle également eu une action sur les Hellènes ? Les Indianistes après avoir cru à une filiation ou du moins à une parenté des deus civilisations, soutiennent aujourd’hui qu’elles se sont développées d’une manière indépendante. Mais qui oserait aventurer une affirmation définitive, lorsque tous les jours les ruines sortent de dessous terre pour confondre la science humaine ? Un fait est certain, c’est que la langue grecque vient tout entière du sanscrit ; or rien ne se lie plus intimement à la vie d’un peuple que le langage qui lui sert à exprimer ses idées, ses sentiments. Les Grecs tenant leur langue de l’Inde, on peut hardiment conclure que là aussi est en grande partie la source de leur culture intellectuelle et morale. Les Phéniciens ont également eu d’antiques rapports avec la Grèce : mais quelle est la science que la race commerçante de Tyr a répandue sur toutes les côtes de l’Europe ? Nouvelle incertitude si l’on en croit quelques savants, les Phéniciens n’auraient été que les facteurs de la sagesse égyptienne[45] ; leurs relations avec les Grecs et avec tous les peuples de l’Occident attestent au moins une influence orientale sur l’Europe. Il y avait encore en Asie un peuple en apparence isolé, mais que la Providence mit en communication avec toutes les traces théologiques de l’antiquité : si politiquement nous sommes les descendants de Rome et de la Grèce, le Christianisme, fondement de notre vie morale, nous lie à la Judée. Ainsi partout nous découvrons des liens entre l’Europe et l’Asie. La parenté des deux mondes et l’action que l’Orient a exercée sur l’Occident ne peuvent donc être méconnues.
Nous ne nous dissimulons pas le vague des résultats auxquels nous conduisent nos recherches. Nous avons la conviction que les peuples de l’Asie réclament une place dans l’histoire de la civilisation européenne. Si elle leur a été refusée longtemps, c’était par ignorance. La littérature indienne, les livres sacrés des Perses, les monuments de l’Égypte et de l’Assyrie ont dissipé les ténèbres, mais sans faire luire la lumière : c’est depuis que nos connaissances sont augmentées que nous sentons combien elles sont défectueuses. Nous ne pouvons que marquer la lacune, la postérité la comblera.
§ III. DIFFÉRENCES ENTRE L’ORIENT ET L’OCCIDENT. RAPPROCHEMENT DES DEUX MONDES.
La parenté de l’Orient et de l’Occident n’empêche pas qu’il n’y ait des différences profondes entre ces deux grandes divisions du genre humain. La théocratie est l’élément dominant de la vie orientale ; elle a empreint de son esprit le despotisme et jusqu’aux républiques commerçantes de Tyr et de Carthage. Or si nous pénétrons au fond de la doctrine sacerdotale, nous y découvrirons eu essence le principe de l’inégalité. L’Occident parait se mouvoir dans une direction opposée ; l’égalité est son idéal, la religion le consacre comme un dogme, les peuples cherchent a le développer dans l’ordre politique. L’inégalité est donc, du point de vue de nos recherches, le trait caractéristique de l’Orient ; elle existe dans la famille, dans la société, dans les relations internationales.
Quelle est la condition de la famille dans l’Orient ? La malédiction divine pèse sur la femme[46] ; elle est à peine considérée comme un être humain[47] ; c’est un instrument de production[48] ; quand il ne fructifie pas dans la main de son possesseur, il le prèle pour le féconder[49]. Le mari est pour la femme ce que la divinité est pour l’homme[50].
Quand l’inégalité règne dan, la famille, elle doit dominer aussi dans-la société ; le droit public reflète le droit prives. Cependant les historiens grecs disent que l’esclavage n’existait pas chez les Indiens : Parmi les lois singulières de l’Inde, dit Diodore d’après Mégasthène, il y en a une bien étonnante, enseignée par les anciens philosophes : il n’y a point d’esclaves chez eux, tous les hommes sont libres et doivent respecter l’égalité[51]. L’illusion que l’Inde a faite à la Grèce, est plus étrange que cette prétendue loi. L’égalité proclamée comme dogme dans le pays des castes est une impossibilité morale. Les livres sacrés de l’Inde prouvent que les Grecs se sont trompés : le Code de Manou énumère sept sources d’esclavage[52]. Mais comment expliquer l’erreur des écrivains anciens ? Les esclaves proprement dits étaient moins nombreux dans l’Iode qu’eu Grèce : les Grecs se sont imaginé que tous ceux qu’ils ne volaient pas dans les liens de la servitude étaient des hommes libres ; ils n’ont pas compris que la caste est la première forme de l’esclavage et la plus avilissante. L’esclave peut être affranchi ; un çûdra, bien qu’affranchi par son maître, n’est pas délivré de l’état de servitude ; car cet état étant naturel, qui pourrait l’en exempter ?[53] Ainsi des populations entières étaient réduites à une condition pire que l’esclavage grec ou romain[54].
La différence de dogme qui sépare l’Europe et l’Orient est fondamentale, cependant elle tic nous parait pas essentielle ni permanente. Nous ne pouvons croire à l’éternité d’une loi qui viole l’humanité. L’histoire des théocraties a nous montrer que le régime de l’inégalité, ces vastes que nous maudissons aujourd’hui à bois droit ont été un moyen employé par la Providence pour l’éducation du genre humain. Les peuples de l’Europe out rejeté les entraves de leur berceau, ils ont grandi et revendiqué la liberté et l’égalité : un enseignement chrétien de dix-huit siècles leur a appris que tous les hommes forment une grande famille, le moment n’arrivera-t-il pas où ils se souviendront de leurs frères du lointain Orient, qui attendent une nouvelle initiation ? Ce montent semble venu. L’Europe et l’Asie se rapprochent[55] ; les plus vieux monuments de l’humanité, ces livres vraiment sacrés, nous apprennent que nous devons notre civilisation à cet Orient qui parait déchu ; il est temps de reconnaître notre dette[56], en lui communiquant à notre tour la doctrine de la Vie.
[1] Chateaubriand, les Martyrs, Livre XI.
[2] L’un des premiers orientalistes, W. Jones, disait que la littérature sanscrite est infinie (Dissertation sur la littérature des Indiens, Asiat. Research., T. I, p. 286, trad. allem.). Bien des années après, Burnouf écrivait : Quelques rapides progrès qu’ait faits de nos jours la connaissance de l’Inde ancienne, personne ne sera surpris que des études, qui ne datent guère que de 40 années, n’aient pas encore dissipé les ténèbres qui enveloppent l’histoire d’une nation, dont aucune bibliothèque européenne ne possède peut-être d’une manière complète, les monuments littéraires (Préface du Bhagarata Purana, p. IV). — Comparez V. Bohlen, Das alte Indien, T. II, p. 186-188.
[3] Il faut, dit Bochinger (De la vie contemplative des Indiens, p. 9), en traitant des institutions religieuses de l’Inde, soigneusement distinguer les temps, les écoles de philosophie, les sectes religieuses ; c’est pour ne l’avoir pas fait qu’en construisant des systèmes sur la religion de l’Inde, on s’y est quelquefois pris comme un pandit qui, ignorant les langues et l’histoire des peuples européens, rassemblerait en un corps de doctrines ce que le hasard lui aurait appris, des systèmes de philosophie des Grecs et des Romains ; des doctrines juives et chrétiennes, protestantes et catholiques des institutions religieuses du moyen-âge et de celles des temps modernes, et présenterait cet étrange assemblage à ses compatriotes sous le nom de système religieux des peuples de l’Occident. Malheureusement, les savants de l’Europe se trouvent presque forcément dans la position du pandit ; car l’histoire manque à l’Inde.
[4] Il semble, dit Rémusat (Mélanges posthumes d’histoire et de littérature orientale, p. 225), qu’il y ait quelque part une vaste contrée, un pays immense, appelé l’Orient, et dont tous les habitants, formés sur le même modèle et assujettis aux mêmes influences, peuvent être appréciés d’après les mêmes considérations. Mais qu’ont de commun tant de peuples divers si ce n’est d’être nés en Asie ? — Ibid. (p. 228 et suiv.) : Si on voulait considérer les objets d’un peu plus près, on serait surpris de la multitude de choses qu’on ne sait pas, et confondu de la prodigieuse diversité qu’on découvrirait, sous mille points de vue différents, chez des nations qu’on réunit ici dans une commune indifférence, ou pour mieux dire, dans une ignorance universelle.
[5] Ce qui existe aujourd’hui dans l’Inde, dit Robertson (Recherches sur l’Inde ancienne, Appendice), y fut toujours, et y continuera vraisemblablement : la violence féroce des conquérants mahométans, la puissance des Européens u’ont opéré aucun changement considérable. Les distinctions de condition, les règlements dans la société civile et domestique sont les mêmes, les mêmes maximes de la religion sont l’objet de leur vénération, et ils cultivent les mêmes sciences et les mêmes arts. Dans tous les âges, le commerce avec l’Inde a été le même.
[6] Palingénésis sociale, IIe Partie (Œuvres, T. III, p. 290, éd. in-8°). Cousin a reproduit la même pensée : Il fallait bien que le berceau du monde fût ferme et fixe, pour pouvoir porter tous les développements ultérieurs de la civilisation humaine (Cours de l’histoire de la philosophie, IIe leçon).
[7] Esprit des Lois, XIV, 4.
[8] Cousin, Cours de l’histoire de la philosophie, VIIIe leçon.
[9] Rémusat, Mélanges posthumes, p. 224, 223.
[10] Voyez plus bas, l’Inde, chap. IV, § 1.
[11] Voyez plus bas, l’Inde, chap. V, § 1.
[12] Il y a vingt sectes de vichnouvistes, neuf sectes au moins de vaïras (sectateurs de Siva), quatre sectes de sakias, et dix sortes de sectes mélangées, dans lesquelles il y a encore neuf subdivisions. D’autres comptent en tout 108 sectes (Rémusat, Mélanges posthumes, p. 144).
[13] Le mouvement de réforme ne s’est pas arrêté dans l’Inde. On connaît la tentative philosophique du célèbre Rammohun-Roy, qui chercha à concilier les dogmes de l’Orient avec le christianisme (Revue Britannique, octobre 1838).
L’évêque anglais Heber nous apprend qu’un réformateur (Swabi Narain) prêchait un Dieu, et une morale plus pure que celle du brahmanisme ; il enseignait la fraternité, l’abolition des castes. Il avait réuni un assez grand nombre de disciples : à Guzarate on en comptait 50.000 (Heber, Narrative, T. III, p. 29, 34-48).
[14] Tout aujourd’hui ne nous paraît identique que parce que nous ne connaissons rien. Burnouf, Journal des Savants, 1837, p. 186.
[15] Reynaud, dans l’Encyclopédie Nouvelle, au mot Zoroastre, T. VIII, p. 798, 820. — Creuser, Symbolik, T. I, p. 114, 216. — Burnouf, Etudes sur la langue et sur les textes zends (Journal Asiatique, oct. 1840, p. 124). La différence entre les deux religions éclate dans la conception de la destinée de l’âme. Le brahmanisme, à quelqu’époque qu’on l’étudie, aboutit à la transmigration, et l’absorption en Dieu. Le mazdéisme dans ses plus anciens monuments enseigne la résurrection (Burnouf, ibid., Journal Asiatique, juillet 1840, p. 7).
[16] Lois de Manou, VII, 8, 5 : On ne doit pas mépriser un monarque, même encore dans l’enfance, en se disant : c’est un simple mortel ; car c’est une grande divinité qui réside sous cette forme humaine.... C’est parce qu’un Roi a été formé de particules tirées de l’essence des principaux dieux, qu’il surpasse en éclat tous les autres mortels.
[17] L’assimilation du roi et du dieu, dit Ampère, est un trait caractéristique de la religion et de la société égyptiennes. On voit au fond du sanctuaire Ramsès assis, lui quatrième, avec les dieux Phta, Ammon et Phré. Sur les murs du temple, on lit également le nom de Ramsès à côté de la figure qui ortie et à coté de la figure qui reçoit l’hommage religieux ; par une étrange apothéose, le Pharaon est à la fois le prêtre et l’objet du culte. Les mêmes symboles hiéroglyphiques désignent la divinité et la royauté (Ampère, Voyage et Recherches en Égypte et en Nubie, Revue des deux Mondes, 1849, Tome I, p. 95, 105). — Comparez Rosellini, I Monumenti Storici dell’ Egitto, T. III, p. 80-81.
[18] Layard, Nineveh an its Remains, T. II, p. 207.
[19] Aristote, De mundo, c. 6. — Un satrape persan disait à Thémistocle : Vous autres, vous estimez au-dessus de tout la liberté et l’égalité. Pour nous, entre tant de belles lois que nous avons, la plus belle à nos yeux, c’est celle qui nous ordonne d’honorer le roi, et d’adorer en lui l’image du dieu qui conserve toutes choses (Plutarque, Thémistocle, c. 27).
[20] I Samuel, VIII, 11-17 : Voici comment vous traitera le roi qui règnera sur vous Il prendra vos fils, et il les mettra sur ses chariots, et parmi ses gens de cheval, et ils courront devant son char. Il les prendra aussi pour les établir gouverneurs sur des milliers, et gouverneurs sur des cinquantaines, pour labourer ses champs, pour faire sa moisson, et les instruments de guerre, et tout l’attirail de ses chariots. Il prendra, aussi vos filles, pour en faire des parfumeuses, des cuisinières et des boulangères. Il prendra aussi vos champs, vos vignes et vos bons oliviers, et il les donnera à ses serviteurs. Il dîmera ce que vous aurez semé et ce que vous aurez vendangé, et il le donnera à ses officiers et à ses serviteurs. Il prendra vos serviteurs et vos servantes, et l’élite de vos jeunes gens, et vos ânes, et les emploiera à ses ouvrages. Il dîmera vos troupeaux, et vous serez ses esclaves (Trad. d’Osterwald).
Telle est encore la loi de l’Orient., Les Persans, dit Chardin, croient que les rois sont naturellement violents et injustes ; une de leurs manières de parler est de dire : faire le roi, pour dire, opprimer quelqu’un et violer la justice. Même devant les magistrats, quand on veut se plaindre d’un outrage excessif, on crie : il a fait le roi avec moi (Voyage en Perse, T. IX, p. 167, éd. Lecointe).
[21] Diodore, I, 74.
[22] L’historien allemand Leo va plus loin, il dit que le génie théocratique est essentiellement inhumain (Vortesungen über die Geschichte des jüdischen Staates, p. 56).
[23] Tychsen, dans sa Dissertation sur les vestiges des dogmes de Zoroastre dans l’Asie et dans l’Europe (Comment. Soc. Gœtt., vol. XII, P. dit très bien : Non diffiteor lubricam et incertam esse omnem disputationem quæ in comparandis et deducendis gentium opinionibus et religionibus aliis ab aliis versatur.
[24] Tychisen (ibid.) dit que les systèmes succèdent aux systèmes comme le flux au reflux : Est ea opinionum humanarum mobilitas et inconstantia at perpetuo quasi fluxu et refluxu ferantur, et mirum in modum inflectantur, transmutentur et transfundantur.
[25] Bailly, Lettres sur l’Atlantide, p. 18 et suiv., p. 25 et suiv.
[26] Ibid., p. 227 et suiv. Plus loin l’auteur, s’enhardissant dans sa marche aventureuse, arrive à cette étrange conclusion, que le Spitzberg, le Groenland et la Nouvelle Zemble ont été la première habitation des hommes (Lettre XXIII, p. 356 et suiv.).
[27] Lettres sur l’Atlantide, p. 227 et suiv.
[28] Ibid., p. 290-309, 223 et suiv.
[29] Jones dans les Asiatic Researches, T. I, p. 51-56 de la trad. all. — Rémusat a également réfuté l’hypothèse de Bailly, dans ses Recherches sur les langues tartares, p. 306.
[30] Ogni lasciate speraoza. Dante.
[31] Hegel (Philosophie der Geschichte, Einleitung, p. 74 et suiv., 2e éd.) compare cette découverte à celle d’un nouveau monde.
[32] W. Jones a développé ce système, dans ses Dissertations sur les Indiens ; les Chinois ; les Divinités de la Grèce, de l’Italie et de l’Inde (Asiatic Researches, T. I de la trad. all.)
[33] Elle est encore aujourd’hui répétée comme un axiome. Voyez P. Leroux, dans l’Encyclopédie Nouvelle, au mot Brahmanisme, T. III, p. 56.
[34] Roth, Die heilige Zendsage.
[35] Eurnouf dit des hypothèses fondées sur les traditions brahmaniques : L’immensité des cycles et des périodes pendant lesquels les brahmanes affirmaient que leur littérature s’était développée, causa à quelques esprits ardents une espèce de vertige, et leur fit adopter sur l’antiquité de la civilisation brahmanique des systèmes où l’extravagance des idées n’était égalée que par la précipitation des jugements (Préface du Bhagarata Purana, p. 164).
[36] Humboldt (Cosmos, T. II, p. 134 et suiv., trad. fr.) dit : L’histoire, en tant qu’elle s’appuie sur des témoignages humains, ne reconnaît pas de peuples originaires, de siège primordial de la civilisation ; elle n’admet pas cette physique primitive ni cette science révélée de la nature qui aurait été étouffée plus tard sous les ténèbres de la barbarie et du péché.... Dans une antiquité reculée, à la limite de l’horizon que peut découvrir la vraie science historique, on voit déjà de grands centres de culture briller simultanément, comme des points lumineux et rayonner les uns vers les autres ; l’Égypte, Babylone, Ninive, Cachemire, l’Iran et la Chine.... Ces points centraux rappellent involontairement les grandes étoiles qui étincellent au firmament, ces éternels soleils des espaces célestes dont nous connaissons la force lumineuse, sans pouvoir, sauf pour un petit nombre d’entre eux, mesurer la distance relative qui les sépare de notre planète. — Comparez Stuhr, Die Religionssysteme der heidnischen Völker des Orients (Introduct., p. 21-40). — Renouvier, Manuel de Philosophie ancienne, p. 8 et suiv.
[37] Un des philologues les plus distingués de l’Allemagne (Pott, dans l’Encyclopédie d’Ersch, II, 18, 2) déclare qu’il est impossible (eine baare Unmöglichkeit) de ramener toutes les langues à une souche commune.
[38] Stuhr, Die Religionssysteme (ibid.). — Comparez plus bas, Livre de l’Égypte, ch. III, § 2, n° 1.
[39] Philosophie der Geschichte, p. 137, 2e édit.
[40] Genèse, XXXVII, 25.
[41] I Rois, IV, 20.
[42] Rémusat, Mélanges posthumes, p. 102. Le célèbre orientaliste dit dans ses Mélanges asiatiques (T. I, p. 98, 09) : On a cru les nations civilisées de l’ancien monde plus complètement isolées, et plus étrangères les unes aux autres, qu’elles ne l’étaient réellement, parce que les moyens qu’elles avaient pour communiquer entre elles et les motifs qui les y engageaient nous sont également inconnus. Nous sommes peut-être un peu trop disposés à mettre sur le compte de leur ignorance ce qui n’est qu’un effet de la nôtre. A cet égard, nous pourrions justement nous appliquer ce que dit par rapport à la morale, un des disciples les plus célèbres de Lao-Tseu : Une vive lumière éclairait la haute antiquité, mais à peine quelques rayons sont venus jusqu’à nous. Il nous semble que les anciens étaient dans les ténèbres, parce que nous les voyons à travers les nuages épais dont nous venons de sortir. L’homme est un enfant né à minuit ; quand il voit lever le soleil, il croit qu’HIER n’a jamais existé.
[43] Voyez plus bas, Livre de l’Égypte, ch. III, § 2, n° 1.
[44] Voyez plus bas, Livre de l’Égypte, ch. I, § 2.
[45] Voyez plus bas, Livre de l’Égypte, ch. III, § 3.
[46] Genèse, III, 16 : Ton mari te dominera, ta concupiscence sera sur ton mari.
Lois de Manou, IX, 17 : Manou a donné en partage aux femmes l’amour de leur lit, de leur siége et de leur parure, la concupiscence, la colère, les mauvais penchants, le désir de faire du mal et la perversité. Ibid., II, 213 : Il est dans la nature du sexe féminin de chercher ici-bas à corrompre les hommes.
Les poètes répètent les mêmes maximes : Le lotus ne fleurit pas sur la cime des monts, la route ne porte pas le fardeau du cheval, le grain d’orge ne produit pas le riz, et dans le cœur de la femme ne règne pas la vertu. Wilson, Théâtre indien, traduit par Langlois, T. I, p. 69.
[47] Aristote dit que les Barbares ne font aucune différence entre les femmes et les esclaves (Polit., I, 2). A Babylone on vendait les femmes au plus offrant et dernier enchérisseur (Hérodote I, 196).
[48] Vishnu Purana, IV, 19, p. 449 (éd. Wilson) : The mother is only the receptacle, il is the father by whom a son is begotten.
[49] Lois de Manou, IX, 59 : Lorsqu’on n’a pas d’enfants, la progéniture qu’on désire peut être obtenue par l’union de l’épouse, convenablement autorisée, avec un frère ou un autre parent.
[50] Lois de Manou, V, 154. — Bhagarata Purana, VI, 18, S2. — Ramyana, I, 17, 28 (éd. Schlegel). Comparez II, 20 (T. II, p. 242 et suiv., éd. Serampore), II, 21 (ibid., p. 249) et passim. Ce Dieu était le seul qu’il fût permis à la femme de connaître ; elle ne jouit pas du bénéfice de l’initiation religieuse ; elle est incapable de lire les Védas ; elle est mise en toutes circonstances sur la même ligne que les çûdras (Bhagarata Purana, II, 7, 46 ; I, 4, 23. — Burnouf, Préface du Bhagarata Purana, p. 20).
[51] Diodore, II, 3, 9. Arrien (Indic., c. 10) ajoute qu’il en est de même à Sparte, mais que les Lacédémoniens ont cependant des ilotes, tandis que chez les Indiens il n’y a aucune espèce d’esclaves.
[52] Lois de Manou, VIII, 415 : Le captif prisonnier de guerre, le domestique qui vend sa liberté pour qu’on l’entretienne, les enfants nés d’une femme esclave, les esclaves achetés, donnés ou héréditaires, celui qui est esclave par punition, parce qu’il ne peut acquitter une amende.
[53] Lois de Manou, VIII, 414.
[54] Raynal, Histoire philosophique des deux Indes, livre I, § 8 (T. I, p. 45). La distribution des Indiens en castes caractérise la plus profonde corruption et le plus ancien esclavage.
[55] Quinet, Le Christianisme et la Révolution, VIIIe leçon : Aujourd’hui, il s’agit de réconcilier le monde oriental avec l’Europe. Au fond cette tâche sacrée parle au génie de tous les peuples d’Occident ; c’est pour cela que le paysan de Moscou veut toucher Constantinople, que l’Anglais est à Pondichéry, qu’hier nous avons été en Egypte, qu’aujourd’hui nous sommes à Alger. Dans ce vaste rendez-vous, il semble que ces trois peuples, comme les rois Mages, vont au-devant d’un grand inconnu, du berceau d’un droit nouveau qui doit tout apaiser. Lequel verra le premier l’étoile ? Celui qui s’élèvera le premier au-dessus de l’idéal du passé.
[56] Colebrooke, Discourse rend at a meeting of the Asiatic Society (Transactions of the Royal Asiat. Soc., T. I, p. XVII, XVIII) : To those countries of Asia, in which civilization may be justly considered to have had its origin, or to bave attained its earliest growth, the rest of the civilized world oves a large debt of gratitude, which it cannot but be solicitous to repay... We share in the anxious desire of contributing to such a happy result, by promoting an interchange of benefits, and tetursing, in an improved state tbat which was received in a ruder forme.