Source: http://www.sararegistry.gc.ca/default.asp?lang=Fr&n=15533749-1&offset=11&toc=show
Timestamp: 2017-12-13 15:10:33+00:00
Document Index: 1345230

Matched Legal Cases: ['art, 1985', 'art, 1986', 'art, 1994', 'art, 1994', 'art, 1994', 'art, 1994', 'art, 1994', 'art, 2002', 'art, 2002']

Perturbations par le bruit et l’écotourisme
Les morses sont des animaux grégaires de grande valeur. Ils occupent une niche étroite dans la chaîne trophique, et leur répartition saisonnière est restreinte, ce qui fait en sorte qu’ils sont relativement faciles à localiser pour les chasseurs et vulnérables aux changements environnementaux (Born et al., 1995). À l’heure actuelle, la chasse est le principal facteur limitatif et la menace la plus sévère pour les morses de l’Atlantique au Canada. En comparaison, l’absorption de contaminants, le développement industriel, le bruit et le changement climatique représentent des menaces secondaires. La principale conséquence du changement climatique est l’accroissement potentiel de l’exposition des morses à la chasse. La vulnérabilité aux maladies de l’espèce est inconnue.
Les données sur les captures de morses au Canada sont incomplètes, et leur qualité est très variable. Elles ont été recueillies par différents organismes au moyen de méthodes variées et à des fins différentes. Les estimations de la chasse entre 1980 et 1985 de la Baffin Region Inuit Association (BRIA) et du MPO diffèrent considérablement pour certaines collectivités (Pattimore, 1983a,b, 1985; Guinn et Stewart, 1985; Donaldson, 1988; J. Pattimore, comm. pers., 1986). Dans certains cas, ces estimations ne sont que des conjectures. On dispose de peu de données sur l’effort de chasse. Certains points de données présentent une vaste incertitude – parfois de l’ordre de 200 p. 100 –, et bon nombre de données sont tout simplement manquantes, ce qui empêche toute analyse significative. Les données offrent néanmoins de l’information sur la saisonnalité de la chasse et donnent une idée de l’ampleur de la chasse par une collectivité ou dans une population. On tente actuellement de sensibiliser les chasseurs à l’importance de signaler à la fois les individus débarqués et les individus perdus, et le MPO et ses partenaires de cogestion collaborent avec les collectivités à l’amélioration du système d’enregistrement des prises (J. Galipeau, NWMB, comm. pers., 2004).
Les données sur la chasse des morses au Nunavut de 1977 à 1987 proviennent du MPO, du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest (GTNO), de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et de la Compagnie de la Baie d’Hudson (Strong, 1989). Les données de 1988 à 1996 sont tirées des sommaires annuels de la chasse préparés par le MPO (MPO, 1991, 1992a,b, 1993, 1994, 1995, 1996, 1997, 1999). Ces sommaires contiennent de l’information provenant des chasses contrôlées par les agents des pêches ou les agents des ressources renouvelables du GTNO, des rapports des agents de liaison gouvernementale, de calculs à partir de moyennes à long terme ou d’estimations tirées de reçus de caisse et de dossiers commerciaux. Les données de 1997 à 2003 sont celles rapportées par les organisations de chasseurs et de trappeurs (OCT) des collectivités (P. Hall, MPO, comm. pers., 2003).
Au Nunavik, des agents communautaires embauchés par le MPO ont recueilli les données sur la chasse des morses de 1977 à 1997 (Brooke, 1997) et de 1997 à 1999 (D. Baillargeon, MPO – Québec, comm. pers., 2003). Les données de 1999 à 2003 proviennent du centre de recherche scientifique de Makivik, auquel un échantillon de chaque morse abattu au Nunavik doit être envoyé à des fins d’analyse de détection desTrichinella avant la consommation de l’animal (D. Baillargeon, MPO – Québec, comm. pers., 2003). En cas de divergence entre les données de 1997 à 2003 du MPO et de Makivik, la valeur la plus élevée a été retenue. L’Étude sur la récolte des ressources fauniques dans le Nunavut (Priest et Usher, 2004) contient des données additionnelles sur la chasse pour les années 1996 à 2001. Les données sur la chasse n’ont pas été corrigées pour tenir compte des pertes liées à la chasse et ne contiennent aucune information sur l’âge ou le sexe des morses récoltés. À l’occasion, la prise de jeunes morses n’a pas été signalée (Freeman, 1969-1970).
Les incertitudes dans le nombre de prises débarquées et signalées s’ajoutent aux incertitudes entourant les taux de perte quand les taux de prélèvement des morses sont déterminés. On dispose de peu d’estimations des taux de perte dans le cadre de la chasse de subsistance, et on n’en a aucune sur la chasse sportive. Les taux de perte peuvent être élevés lorsque les morses sont abattus dans l’eau (Beaubier, 1970; Orr et al., 1986), car ils coulent rapidement. Les chasseurs préfèrent abattre les morses sur la terre ferme ou sur la glace, là où ils sont plus faciles à récupérer et à débiter. Pour réduire les pertes, les morses dans l’eau sont parfois harponnés avant d’être abattus au fusil, blessés de sorte qu’ils puissent être harponnés avant d’être abattus ou abattus en eaux peu profondes où ils peuvent être récupérés à l’aide de crochets ou à la marée basse. Il est dangereux de harponner un morse, car il faut être à moins de 7,5 m de l’animal; or, un morse blessé peut devenir très agressif, et il est capable de couler ou de renverser un canot ou une petite embarcation.
Orr et al. (1986) ont mesuré un taux de perte de 32 p. 100 lors de chasses estivales dans le bassin Foxe, et Mansfield (1958) a estimé ce taux à 30 p. 100 dans l’Arctique canadien. Freeman (1969-1970) a mesuré un taux de perte d’environ 30 p. 100 lors de deux chasses estivales (fin août) près de l’île Walrus, de même qu’un taux de 38 p. 100 (Freeman, 1974-1975) lors d’une chasse automnale (fin septembre) près de l’île Southampton. Ces taux de perte sont plus élevés que ceux observés lors de chasses en eaux libres dans la région d’Avanersuaq (Thule), dans le nord-ouest du Groenland (15-25 p. 100; Born et Kristensen, 1981 cités dans Born et al., 1995) et inférieurs aux taux de perte de la chasse des morses en Alaska, qui s’élevaient en moyenne à 42 p. 100 entre 1952 et 1972 (Fay et al., 1994). En Alaska, environ 55 p. 100 des morses touchés et perdus mouraient sur le coup, et la plupart des morses blessés mouraient peu après avoir été touchés. L’amélioration des armes utilisées pour la chasse au cours de cette période n’a pas réduit le taux de perte, mais a augmenté la proportion d’individus tués sur le coup parmi les morses perdus. Les chasseurs inuits croient que ces taux de perte sont inférieurs (~5 p. 100) (MPO, 2000). Aucun de ces taux de perte ne tient compte de la mortalité indirecte des petits rendus orphelins au moment où ils dépendent encore de l’allaitement maternel.
On ignore quel est le taux de mortalité par la chasse que peuvent soutenir les populations de morses de l’Atlantique. Les estimations du rendement équilibré varient entre 3 et 5 p. 100 pour une population se trouvant entre 59 et 93 p. 100 de sa capacité de charge (DeMaster, 1984 cité dans Born et al., 1995). On ne connaît pas la situation des stocks canadiens relativement à leur capacité de charge. En l’absence d’information sur le rendement équilibré propre aux morses, le MPO (2000) applique des taux de rendement de 2 à 5 p. 100, inférés des taux de cétacés ayant un cycle vital et un comportement reproducteur similaires. Les prédictions de taux de prélèvement équilibré sont fort probablement inexactes puisque les estimations des populations sur lesquelles elles sont fondées sont surannées et incomplètes.
Les Inuits et les Cris de la baie d’Hudson qui ont participé au programme d’étude des connaissances traditionnelles de la baie d’Hudson ont affirmé qu’ils connaissaient mieux les morses à l’époque où ils utilisaient encore des traîneaux à chiens (Fleming et Newton, 2003). Cela appuie l’hypothèse voulant que les modes de chasse aient changé et que la chasse a diminué avec l’arrivée de la motoneige et la réduction des besoins en nourriture pour les chiens. Cependant, Davis (1981) avance que la demande en ivoire vers 1980 aurait, au contraire, accru la chasse, mais on ignore si cela a été vraiment le cas. Bien que la valeur des défenses brutes soit faible par rapport aux coûts de la chasse et à la valeur de la viande (Anderson et Garlich-Miller, 1994), la sculpture des défenses pour créer des produits à valeur ajoutée pourrait être assortie d’avantages économiques assez importants.
Les chasseurs d’Inukjuak, de Kuujjuarapik, d’Umiujaq et de Sanikiluaq abattent des morses appartenant à la population du sud et de l’est de la baie d’Hudson (figure 5; tableau 1). Les chasseurs de Kuujjuarapik et d’Umiujaq débarquent un morse certaines années, généralement dans les îles Sleeper ou le long de la côte de l’arc de la baie d’Hudson, alors que les chasseurs de Sanikiluaq et d’Inukjuak débarquent en moyenne quelques morses chaque année, principalement en provenance des îles au large de leur collectivité (JBNQNHRC, 1988; Strong, 1989; Olpinski, 1990, 1993; Portnoff, 1994; Brooke, 1997).
Figure 5 : Récolte signalée de la population de morses de la partie sud et est de la baie d’Hudson, 1977 à 2002
Voir le tableau 1 pour consulter les données.
Tableau 1 : Récolte signalée de la population de morses de la partie sud et est de la baie d’Hudson, 1977 à 2002. Les sources sont indiquées en bas du tableau.
Sanikiluaq 10 6 0 adb ad 2 10 3 7 1 2 10 5 5
Umiujaq - acc ac ac ac ac ac ac ac ac ad 0 0 1
9 2 8 7 10 12 4 22 11 13 22 12 6
Tableau 1 (Suite) : Récolte signalée de la population de morses de la partie sud et est de la baie d’Hudson, 1977 à 2002
Sanikiluaq 10 5 5 ad ad 0 ad ad 4 ad 1 1 0 15
Umiujaq - ad 0 0 1 0 0 0 0 0 0 0 0 0
14 13 5 10 5 10 11 9 7 2 1 8 15
Sanikiluaq ad ad
Kuujjuarapik ad 0
Umiujaq ad 0
Inukjuak ad 0
Sources : Sanikiluaq : 1977-1978 à 1987-1989 (Strong, 1989); 1989-1990 (MPO, 1991); 1990-1991 (MPO, 1992a); 1991-1992 (MPO, 1993); 1992-1993 (MPO 1994); 1993-1994 (MPO, 1995); 1994-1995 (MPO, 1996); 1995-1996 (MPO, 1997); 1996-1997 (MPO, 1999); 1997-2002 (MPO, données inédites). Kuujuarapik, Umiujaq et Inukjuaq : 1977-1978 à 1996-1997 (Brooke, 1977); de 1997-1998 à 2004-2005, les plus grandes récoltes ont été signalées par le MPO ou Makivik (données inédites de D. Baillargeon, MPO Québec, comm. pers., 2003; L. Cooper, MPO Ottawa, comm. pers.).
a À moins qu’un quota par collectivité ne soit indiqué, la récolte autorisée est de quatre morses par Inuk.
b ad = aucune donnée.
c ac = aucune collectivité.
Historiquement, les morses du sud-est de la baie d’Hudson et de la baie James étaient principalement chassés dans lesuglit durant la saison des eaux libres (Twomey, 1939; May, 1942; Manning, 1946, 1976; Freeman, 1964; Olpinski, 1990; Reeves, 1995; Fleming et Newton, 2003). On les chassait également en hiver et au printemps à la bordure des floes ou au printemps pendant qu’ils dormaient sur des blocs de glace flottante. Les chasses les plus récentes dans cette région ont eu lieu à la fin de l’été et en automne (septembre et octobre) dans les îles Sleeper (Manning, 1976; Schwartz, 1976; Olpinski, 1990, 1993; Portnoff, 1994; Brooke, 1997; Fleming et Newton, 2003). En 1992 et 1993, des chasseurs d’Inukjuak ont visité les îles Ottawa, où ils n’ont trouvé aucun morse, puis se sont rendus aux îles Sleeper, où ils ont chassé avec succès (Olpinski, 1993; Portnoff, 1994). Les Autochtones de la baie James et du sud de la baie d’Hudson vont rarement au large pour chasser les morses (Johnston, 1961), mais le faisaient à l’occasion dans le passé (Fleming et Newton, 2003).
Au cours de la période allant de 1977-1978 à 1989-1990, les débarquements signalés dans cette population a été en moyenne de 10,6 ± 3,3 morses par année (moyenne simple des chiffres enregistrés ± IC 95 p. 100, n = 13). Pour la période allant de 1990-1991 à 2002-2003, cette moyenne a été de 8,5 ± 2,5 (n = 13). Il est impossible de mesurer les effets de la variabilité de la qualité des données sur la chasse et des signalements non uniformes de Sanikiluaq sur la fiabilité de ces moyennes. En présumant un taux de perte de 32 p. 100 (Orr et al. 1986), les chasseurs auraient en moyenne abattu environ 15 morses par année dans cette population depuis 1989-1990.
Plus de 20 collectivités canadiennes chassent les morses de la population du nord de la baie d’Hudson et du détroit de Davis (figure 6; tableau 2).
Figure 6 : Récolte signalée de la population de morses de la partie nord de la baie d’Hudson et du détroit de Davis, 1977 à 2002
Voir le tableau 2 pour consulter les données.
Tableau 2 (Nunavut : Région de Baffin) : Récolte signalée au Canada de la population de morses de la partie nord de la baie d’Hudson et du détroit de Davis, 1977 à 2002 (Les données incluent la récolte sportive) (Les sources sont indiquées en bas du tableau)
Qikiqtarjuaq - 12 12 adb 46 ad 35 6 20 5 9 9 12 15
Clyde River 20 2 7 0 2 3 ad 6 1 0 0 3 1 0
Cape Dorset - 72 66 67 20 10 35 59 4 15 ad 5 35 24
Kimmirut - 3 4 0 1 5 10 6 0 ad 4 8 4 9
Total régional annuel 152 134 132 154 138 132 135 70 53 17 66 106 64
Tableau 2 Suite (Nunavut : Région de Kivalliq) : Récolte signalée au Canada de la population de morses de la partie nord de la baie d’Hudson et du détroit de Davis, 1977 à 2002
Arviat - ad ad 0 0 0 0 0 0 1 0 0 3 0
Chesterfield In. - ad 0 1 5 4 0 2 7 15 20 ad 11 9
Whale Cove - ad 3 6 0 1 0 3 0 0 0 0 2 0
Total régional annuel 57 19 48 73 62 73 97 73 57 74 53 75 70
Tableau 2 Suite (Québec : Nunavik) : Récolte signalée au Canada de la population de morses de la partie nord de la baie d’Hudson et du détroit de Davis, 1977 à 2002
Tasiujaq - 0 0 0 0 0 ad 1 1 3 0 0 0 0
Ivujivik - ad ad ad ad 33 29 57 ad 16 0 19 8 11
Puvirnituq - ad ad ad ad ad ad ad ad ad 11 0 16 0
Total régional annuel 24 2 17 69 94 117 76 41 92 154 49 59 29
Total annuel 176 136 149 223 232 249 211 111 145 171 115 240 163
Tableau 2 Suite (Nunavut : Région de Baffin) : Récolte signalée au Canada de la population de morses de la partie nord de la baie d’Hudson et du détroit de Davis, 1977 à 2002
Kimmirut - 8 22 7 ad 2 0 1 ad ad ad 6 0 4
Total régional annuel 99 86 60 52 97 59 43 27 36 28 86 38 52
Arviat - 0 0 ad 0 0 0 0 ad 0 2 0 ad ad
Chesterfield In. - 9 9 ad 6 0 3 12 ad 0 ad 5 ad ad
Coral Harbour 60 45 60 ad 55 31 48 12 ad 9 8 0 ad ad
Rankin Inlet - 3 2 3 4 2 6 12 ad 12 ad 1 ad 0
Repulse Bay - 11 18 ad 25 8 0 2 0 0 2 0 ad 0
Whale Cove - 0 0 ad 2 0 0 0 ad 0 0 0 ad 1
Total régional annuel 68 89 3 92 41 57 38 0 21 12 6 0 1
Tableau 2 Suite (Québec - Nunavik) : Récolte signalée au Canada de la population de morses de la partie nord de la baie d’Hudson et du détroit de Davis, 1977 à 2002
Kangirsuk - ad 6 7 2 5 10 9 1 4 1 3 0 7
Ivujivik - ad 13 7 33 ad 20 7 23 1 7 5 14 10
Puvirnituq - ad 6 12 12 3 0 4 6 0 4 6 6 13
Total régional annuel 32 59 78 76 56 77 64 72 38 37 28 48 59
Total annuel 199 234 141 220 194 193 145 99 95 77 120 86 112
Tableau 2 Suite (Nunavut - Région de Baffin) : Récolte signalée au Canada de la population de morses de la partie nord de la baie d’Hudson et du détroit de Davis, 1977 à 2002
Qikiqtarjuaq - ad ad
Clyde River 20 ad ad
Cape Dorset - ad ad
Iqaluit ad ad ad
Kimmirut ad ad ad
Pangnirtung - ad ad
Total régional annuel
Tableau 2 Suite (Nunavut – Région de Kivalliq) : Récolte signalée au Canada de la population de morses de la partie nord de la baie d’Hudson et du détroit de Davis, 1977 à 2002
Arviat - ad ad
Chesterfield In. - ad ad
Coral Harbour 60 ad ad
Rankin Inlet - ad ad
Repulse Bay - ad ad
Whale Cove - ad ad
Tableau 2 Suite (Québec - Nunavik) : Récolte signalée au Canada de la population de morses de la partie nord de la baie d’Hudson et du détroit de Davis, 1977 à 2002.
Kangiqsualujjuaq - ad 0
Kuujjuaq - ad 0
Tasiujaq - ad 0
Aupaluk - ad 0
Kangirsuk - ad 0
Quaqtaq ad ad 11
Kangiqsujuaq - ad 9
Salluit - ad 10
Ivujivik - ad 0
Akulivik - ad 12
Puvirnituq - ad 0
Total régional annuel 42
Sources : Nunavut : 1977-1978 à 1987-1989 (Strong, 1989); 1989-1990 (MPO, 1991); 1990-1991 (MPO, 1992a); 1991-1992 (MPO, 1993); 1992-1993 (MPO, 1994); 1993-1994 (MPO, 1995); 1994-1995 (MPO, 1996); 1995-1996 (MPO, 1997); 1996-1997 (MPO, 1999); 1997-2002 (MPO, données inédites).Nunavik : 1977-1978 à 1996-1997 (Brooke, 1997); de 1997-1998 à 2004-2005, les plus grandes récoltes ont été signalées par le MPO ou Makivik (données inédites de D. Baillargeon, MPO Québec, comm. pers.; L. Cooper, MPO Ottawa, comm. pers.). Pour un résumé des statistiques pour le Nunavut 2003-2004 et 2004-2005 et pour le Nunavik 2003-2004, voir le tableau 6.
Les collectivités se trouvant sur la côte ouest de la baie d’Hudson chassent les morses provenant de la portion qui occupe le nord de la baie d’Hudson (figure 4). La chasse s’intensifie du sud vers le nord, et les chasseurs doivent souvent se rendre jusqu’à la région de l’île Coats pour trouver des troupeaux de morses (figure 3; tableau 2). Il n’existe aucune mention récente de morses abattus à Churchill, au Manitoba. Des morses sont rarement abattus à Arviat et irrégulièrement abattus à Whale Cove, mais les prises sont plus fréquentes au nord (Welland, 1976; Gamble, 1988, Strong, 1989; Fleming et Newton, 2003). La période de la chasse varie d’une collectivité à l’autre. Toutes les collectivités chassent les morses à la bordure des glaces, mais les plus grandes prises ont généralement lieu durant la saison des eaux libres dans la région de Repulse Bay (septembre-octobre) et de Coral Harbour-île Coats (juillet-septembre) (Gamble, 1984, 1987a, b, 1988).
Les résidents de Puvirnituq, d’Akulivik, d’Ivujivik et de Salluit capturent régulièrement des morses appartenant à la portion de la population qui vit dans la baie d’Hudson (Roy, 1971; Olpinski, 1990, 1993; Portnoff, 1994; Brooke, 1997). La plupart des animaux sont abattus durant la saison des eaux libres (souvent en septembre et octobre) près des îles Nottingham et Salisbury. Cependant, des chasseurs d’Ivujivik, de Puvirnituq et d’Inukjuak ont occasionnellement débarqué des morses à l’île Mansel. Les chasseurs de Kangiqsujuaq et des collectivités de la baie d’Ungava prennent la plupart de leurs morses entre août et octobre à l’île Akpatok.
La période de la chasse des morses dans la région de Baffin, au Nunavut, varie d’une collectivité à l’autre. Les morses sont généralement capturés toute l’année par les chasseurs de Cape Dorset; de février à novembre-décembre par les chasseurs de Kimmirut et d’Iqaluit; de mai à novembre-décembre par les chasseurs de Pangnirtung et de Qikiqtarjuaq; en mai, juillet et août par les chasseurs de Clyde River (Pattimore, 1983a,b, 1985; J. Pattimore, comm. pers., 1986). Les méthodes de chasse des résidents de Cape Dorset ont changé vers 1970 avec l’arrivée de la motoneige, qui a réduit les besoins en nourriture pour les chiens, et avec la concentration des habitants au sein de la collectivité (Kemp, 1976). Les îles Nottingham et Salisbury étaient autrefois des territoires de chasse importants, mais elles sont aujourd’hui rarement visitées, et la plupart des morses sont débarqués le long de la côte sud de la péninsule Foxe (Kemp, 1976; Orr et Rebizant, 1987). Kemp (1976) a observé une réduction analogue du territoire de chasse et des prises par les chasseurs de Kimmirut et d’Iqaluit. La chasse des morses en automne à partir d’Iqaluit semble avoir été limitée ces dernières années par la longue distance à parcourir pour atteindre le territoire de chasse et le manque d’embarcations de taille suffisante (MPO, 2000).
Durant la période allant de 1977-1978 à 1989-1990, les débarquements provenant de cette population s’est élevée en moyenne à 231±32 morses par année (moyenne simple des prises signalées ± IC 95 p. 100, n = 13). Pour la période allant de 1990-1991 à 2002-2003, cette moyenne a été de 147 ± 30 (n = 13). Les moyennes quinquennales séquentielles de la chasse totale dans cette population pour les périodes 1977-1982, 1982-1987, 1987-1992, 1992-1997 et 1997-2002 indiquent un déclin abrupt dans les prises signalées lors de la période la plus récente (soit des moyennes ± IC 95 p. 100 respectives de 172 ± 54, 183 ± 54, 145 ± 31, 129 ± 30 et 68 ± 14). Ce déclin a surtout eu lieu au Nunavut. Il est impossible de mesurer les effets de la variabilité de la qualité des données sur la récolte et des signalements non uniformes sur la fiabilité de ces moyennes. Le déclin est moindre, mais la tendance demeure la même lorsque les valeurs manquantes sont substituées par des moyennes à long terme. L’Étude sur la récolte des ressources fauniques dans le Nunavut contient des données additionnelles sur le nombre de morses abattus et signalés par les collectivités entre 1996 et 2001 (Priest et Usher, 2004). En présumant un taux de perte de 32 p. 100 (Orr et al., 1986) et en substituant des moyennes à long terme aux valeurs manquantes, on peut dire que les chasseurs canadiens ont récolté en moyenne environ 247 morses par année dans cette population depuis 1989-1990. La vulnérabilité des individus de cette population à la chasse dans les eaux groenlandaises est inconnue.
Les chasseurs d’Igloolik et de Hall Beach (Sanirajak), de même que des chasseurs sportifs occasionnels, abattent toute l’année des morses appartenant à la population du nord du bassin Foxe, mais la plupart des débarquements se font entre juin et octobre (Guinn et Stewart, 1986; figure 7; tableau 3). Les débarquements semblent biaisés en faveur des mâles, qui sont plus gros et qui portent de plus longues défenses. Seulement 31 des 98 morses débarqués et examinés entre 1982 et 1984 étaient des femelles (Orr et al., 1986). Pendant la période allant de 1977-1978 à 1989-1990, la récolte dans cette population s’est élevée en moyenne à 218 ± 37 morses par année (moyenne simple des prises signalées ± IC 95 p. 100, n = 13). Pour la période allant de 1990-1991 à 2001-2002, cette moyenne a été de 179 ± 42 (n=12). Cette différence est attribuable à la variation des prises enregistrées à Hall Beach, puisque les moyennes des prises à Igloolik étaient les mêmes pour les deux périodes. Il est impossible de mesurer les effets de la variabilité de la qualité des données sur la chasse sur la fiabilité de ces moyennes. En présumant un taux de perte de 32 p. 100 (Orr et al., 1986) et en substituant des moyennes à long terme aux valeurs manquantes, on peut dire que les chasseurs ont récolté en moyenne 276 morses par année dans cette population depuis 1989-1990.
Figure 7 : Récolte signalée de la population de morses de la partie nord du bassin de Foxe, 1977 à 2001
Voir le tableau 3 pour consulter les données.
Tableau 3 : Récolte signalée de la population de morses de la partie nord du bassin de Foxe, 1977 à 2001. Les données incluent la récolte sportive. Les sources sont indiquées en bas du tableau.
Total annuel 218 138 325 187 310 300 300 210 210 151 168 185 137
Tableau 3 (Suite) : Récolte signalée de la population de morses de la partie nord du bassin de Foxe, 1977 à 2001
Hall Beach - 74 74 70 60 64 adb 4 109 80 ad 87 40 ad
Igloolik - 104 104 225 165 137 42 117 80 125 ad 168 40 ad
Total annuel 178 178 295 225 201 42 121 189 205 255 80
Sources : Nunavut : 1977-1978 à 1987-1989 (Strong, 1989); 1989-1990 (MPO, 1991); 1990-1991 (MPO, 1992a); 1991-1992 (MPO, 1993); 1992-1993 (MPO, 1994); 1993-1994 (MPO, 1995); 1994-1995 (MPO, 1996); 1995-1996 (MPO, 1997); 1996-1997 (MPO, 1999); 1997-2002 (MPO, données inédites).
Les chasseurs de Resolute, d’Arctic Bay, de Pond Inlet et de Grise Fiord abattent des morses appartenant à la population de la baie de Baffin (figure 8; tableau 4). La période de la chasse varie d’une collectivité à l’autre, mais la plupart des prises se font entre mai et septembre (Pattimore, 1983a,b, 1985; J. Pattimore, comm. pers., 1986). Les chasseurs de Grise Fiord débarquent également quelques morses en octobre, novembre, février et avril. La chasse des morses a connu un déclin abrupt à Resolute vers la période 1965-1974 (Riewe, 1976) et à Grise Fiord vers 1967 (Riewe et Amsden, 1977) avec l’arrivée de la motoneige, qui a réduit les besoins en nourriture des chiens de traîneau. Cependant, la réintroduction récente des traîneaux à chiens à Grise Fiord a accru l’intérêt envers la chasse des morses (D. Akeeagok cité dans Born et al., 1995).
Figure 8 : Récolte signalée de la population de morses de la baie de Baffin (Haut-Arctique), 1977 à 2002
Voir le tableau 4 pour consulter les données.
Tableau 4 : Récolte signalée au Canada de la population de morses de la baie de Baffin (Haut-Arctique), 1977 à 2002. Les sources sont indiquées au bas du tableau.
Creswell Bay - adb ad ad ad ad ad ad ad ad ad ad 1 0
Grise Fiord - 3 25 3 10 7 10 9 ad 4 6 10 8 7
Resolute - 2 0 3 ad 8 8 ad ad ad 8 5 2 4
Total annuel 12 32 15 15 18 36 18 1 15 15 22 15 15
Tableau 4 (Suite) : Récolte signalée au Canada de la population de morses de la baie de Baffin (Haut-Arctique), 1977 à 2002
Creswell Bay - 0 0 0 0 0 0 ad ad 0 ad
Pond Inlet - 0 3 3 2 11 2 0 0 0 1 0 ad 0
Total annuel 25 19 30 20 40 16 11 12 17 8 4 5 3
b ad = aucune donnée
Durant la période allant de 1977-1978 à 1989-1990, les débarquements provenant de cette population s’est élevée en moyenne à 17,6±4,9 morses par année (moyenne simple des prises signalées ± IC 95 p. 100, n = 13). Pour la période allant de 1990-1991 à 2001-2003, cette moyenne a été de 16,2 ± 5,7 (n = 13). Les prises annuelles moyennes durant la période 1997-2002 (9,2 ± 4,7) étaient d’environ la moitié de celles des cinq années précédentes. Cette tendance persiste même lorsque les valeurs manquantes sont substituées par des moyennes à long terme; elle pourrait être réelle ou un artefact dû aux données manquantes ou à la variabilité de la qualité des données sur la chasse. En présumant un taux de perte de 32 p. 100 (Orr et al., 1986) et en substituant des moyennes à long terme aux valeurs manquantes, on peut dire que les chasseurs canadiens ont récolté en moyenne environ 24 morses par année dans cette population depuis 1989-1990.
Les chasseurs du nord-ouest du Groenland chassent un grand nombre de morses appartenant à la population de la baie de Baffin (Born et al., 1995). Les débarquements annuels estimés sont de 250 morses à Avanersuaq et d’environ 10 morses à Upernavik, ce qui représente, en présumant un taux de perte de 25 p. 100, la capture d’environ 312 morses chaque année dans cette population. La vulnérabilité des morses qui estivent dans les eaux canadiennes à la chasse ayant lieu dans les eaux au nord-ouest du Groenland est inconnue, mais peut être importante puisque certains de ces animaux sont migrateurs et que les chasseurs canadiens trouvent des balles de fusil et des lames de harpon provenant du Groenland dans les animaux qu’ils abattent, et vice versa. À l’occasion, les chasseurs passent d’un territoire à l’autre pour chasser. Le 1er mars 2004, un décret sur la protection et la chasse au béluga et au narval est entré en vigueur au Groenland (Olsen, 2004). On ignore si les nouveaux quotas inciteront les chasseurs à se tourner vers d’autres espèces comme le morse, tout comme on ignore leurs effets potentiels sur les populations de morses qui chevauchent le Canada et le Groenland.
La NAMMCO (2006) a compilé des statistiques sur les morses abattus entre 1996 et 2001 à partir de rapports du MPO, du Groenland et de l’Étude sur la récolte des ressources fauniques dans le Nunavut. Elle estime que 124 morses ont été tués en moyenne chaque année (110 dans les eaux du Nord, 4 dans l’ouest du détroit de Jones et 8 dans le détroit de Penny/détroit de Lancaster). La NAMMCO (2005) a conclu que les taux de chasse sont probablement non viables. Elle avait tiré une conclusion similaire en 1995.
D’après les données limitées existantes, la population actuelle est de petite taille et continue d’être chassée à un taux non viable dans la région des eaux du Nord du Canada et du nord-ouest du Groenland. La surveillance par satellite et des analyses génétiques indiquent que certains individus de cette population sont des résidents de l’archipel canadien (ouest du détroit deJones et détroit de Penny/détroit de Lancaster) et ne sont pas exposés à une chasse excessive.
De 1928 à 1994, seuls les Inuits étaient autorisés à chasser les morses de l’Atlantique au Canada. Aujourd’hui, une chasse limitée a été rouverte pour les non-résidents afin de favoriser les collectivités proches de populations de morses. Des chasses ont été approuvées annuellement depuis 1995 (tableau 5; P. Hall, MPO – Winnipeg, comm. pers., 2003). Les permis pour ces chasses doivent être approuvés annuellement par le Conseil de gestion des ressources fauniques du Nunavut (CGRFN). Les chasseurs non-résidents peuvent ramener les défenses, mais doivent laisser la viande dans le village. Les chasses sont principalement organisées par des pourvoyeurs d’Igloolik, de Coral Harbour et de Hall Beach, mais des permis ont également été autorisés pour Cape Dorset, Salluit et Qikiqtarjuaq. La chasse des morses est de plus en plus populaire, et elle est largement publicisée sur Internet. La plupart des morses sont capturés dans la partie nord du bassin Foxe, et certains sont pris dans le nord de la baie d’Hudson. Les chasseurs sportifs ont débarqué en moyenne un total de 9,4 ± 1,8 (IC 95 p. 100) morses par année entre 1997 et 2001.
Tableau 5 : Information sur la chasse sportive au morse (MPO, données inédites). Les prises par la chasse sportive sont incluses dans les statistiques sur la récolte annuelle.
Partie nord de la baie d’Hudson et détroit de Davis
1996 2 (nd:2) - 1 (nd:5) - 0 (nd:4) - 3 (nd:11)
1997 4 (nd:4) 0 (nd:3) 5 (nd:8) - 0 (nd:4) - 9 (nd:19)
1998 8 (nd:8) - 0 (nd:nd) - 0 (nd:4) - 8 (nd:12)
2000 6 (16:16) 1 (10:3) 0 (25:5) 0 (5:5) 0 (8:8) nd (20:nd) 7 (84:37)
a Les chiffres entre parenthèses indiquent : le nombre de permis demandés:les chasses autorisées; nd = non disponible.
Tableau 6 : Le morse de l’Atlantique au Canada : sommaire des statistiques sur la récolte au Nunavut en 2003 et 2004
subsistance au Nunavut
sportive au Nunavut
2004 93 10 Voir les tableaux 1 et 2
Source : L. Cooper, MPO, comm. pers.
Les morses de l’Atlantique du bassin Foxe et du nord-est de la baie d’Hudson ont des concentrations de cadmium (Cd) dans les tissus mous plus élevées que les autres mammifères (0,03-130,9 µg·g–1, poids humide; Outridge et al., 1994; Wagemann et Stewart, 1994); il en va de même pour les concentrations de plomb (Pb) (0,02-0,58 µg·g–1, poids humide; Wagemann et Stewart, 1994). Les teneurs en mercure (Hg) dans les muscles varient de 0,02 à 1,34 µg·g–1, poids humide (Wagemann et Stewart, 1994; Wagemann et al., 1995). Elles sont plus élevées en moyenne (0,11 µg·g–1, poids humide, ET 0,13) que celles d’échantillons recueillis dans la région de Thule, au Groenland, à la fin des années 1970 (0,06 µg·g–1, poids humide, ET 0,03; Born et al., 1981). L’origine du cadmium, du plomb et du mercure dans les tissus des morses de l’Atlantique dans le nord du bassin Foxe semble naturelle plutôt qu’anthropique (Outridge et al., 1997, 2002). Les teneurs tissulaires en métaux chez ces morses et celles chez les myes et palourdes de la région sont semblables, sauf dans le cas du cadmium (Wagemann et Stewart, 1994).
Les concentrations de contaminants organochlorés chez les morses sont généralement faibles en raison de la teneur peu élevée en lipides de leurs proies. Les quantités de contaminants organochlorés chez les morses, qui se nourrissent d’espèces occupant un niveau peu élevé dans la chaîne trophique, sont généralement quatre à dix fois inférieures à celles mesurées chez des bélugas occupant la même région. Par contre les teneurs en résidus sont semblables chez les deux espèces (Norstrom et Muir, 2000). Les plus hautes concentrations sont mesurées chez les individus réputés se nourrir de phoques, lesquels accumulent ces contaminants dans leur graisse (Muir et al., 1995).
Les impacts directs et indirects des hydrocarbures sur les morses n’ont pas été étudiés. Born et al. (1995) estimaient que l’espèce peut être vulnérable à la pollution par les hydrocarbures à cause de plusieurs aspects de son écologie : elle est de nature grégaire, ce qui accroît les risques que les hydrocarbures se transmettent d’un individu à l’autre; elle privilégie les zones côtières et les floes, où les hydrocarbures risquent davantage de s’accumuler, et sa diète est composée de mollusques benthiques, lesquels peuvent accumuler les hydrocarbures pétroliers et en mourir.
Les effets des contaminants chimiques sur les morses sont inconnus (Wagemann et Stewart, 1994; de March et al., 1998; Fisk et al. [dir. de publ.], 2003).
Les pêches commerciales pratiquées dans l’aire de répartition des morses peuvent les affecter en créant une compétition directe pour la nourriture, en altérant les habitats d’alimentation et en provoquant des perturbations. La pêche de pétoncles à la drague a été tentée dans le détroit de Cumberland, le détroit d’Hudson et la baie d’Ungava, de même que sur la côte du Nunavik de la baie d’Hudson, mais ces exploitations n’étaient pas rentables et ne sont plus en fonction (Stewart et al., 1993). En outre, les morses se nourrissent principalement de bivalves enfouis dans un substrat mou et non de pétoncles (qui vivent sur des fonds durs). Cependant, les impacts d’une telle récolte sur les populations de morses doivent être évalués si l’on compte reprendre l’exploitation. La pêche aux crevettes, au turbot, à la morue et à d’autres espèces à l’aide de dragues ou de chaluts en eaux libres n’entre pas en compétition directe pour la nourriture, mais peut perturber les morses et leurs habitats d’alimentation. Le bruit des navires peut chasser les morses de leurs uglit et entraver leurs communications (Salter, 1979a; Born et al., 1995; Stewart, 2002).
La prospection et l’exploitation des hydrocarbures et des minéraux représentent actuellement une menace mineure pour les morses dans les eaux canadiennes. En effet, la prospection des hydrocarbures dans l’Extrême-Arctique est moins intensive aujourd’hui qu’elle ne l’était durant les années 1970 et 1980 (D.G. Wright, MPO – Winnipeg, comm. pers., 2002). Les deux mines de métaux de l’Extrême-Arctique canadien ont fermé en septembre 2002 (M. Wheatley, comm. pers., 2003). Cette fermeture se traduira par une réduction des impacts des brise-glaces sur les morses qui pénètrent dans le détroit de Lancaster au printemps. Les perturbations causées par les relevés sismiques et le bruit causé par les activités minières, de même que le risque de pollution par les hydrocarbures et les métaux lourds seront également atténués. Cependant, de nouveaux projets pourraient renverser cette tendance. Par exemple, des plans d’aménagement d’une mine de diamants à l’ouest de la baie James pourraient accroître le trafic maritime et accentuer d’autres perturbations; d’autres impacts, notamment l’altération du débit et de la qualité de l’eau des rivières, pourraient nuire aux habitats marins. Le rétablissement des stocks de morses dans le sud de la baie d’Hudson et la baie James pourrait être touché.
Des ouvrages industriels à l’intérieur des terres, y compris des barrages susceptibles d’altérer les débits saisonniers des cours d’eau, pourraient affecter les habitats marins à proximité de l’embouchure des cours d’eau touchés. Cela étant dit, il existe de nombreux barrages hydroélectriques dans le monde, et il n’a pas été prouvé de manière concluante que l’altération des régimes hydrologiques a des impacts significatifs sur les environnements marins.
Le bruit des moteurs, en particulier des avions, dérange les morses et peut provoquer des ruées vers la mer, ce qui occasionne de nombreuses mortalités chez les petits et des avortements spontanés de fœtus (Salter, 1979a; Born et al., 1995). La réaction des morses dépend de plusieurs facteurs liés aux caractéristiques de l’avion et du vol, aux conditions environnementales et à leur démographie. On s’inquiète du passage fréquent d’avions de tourisme, qui risque de perturber les morses dans leurs échoueries le long de la côte ontarienne de la baie d’Hudson (C. Chenier, MRN – Cochrane, comm. pers., 2003). En Russie, le passage d’avions à moins de 50 km de la plupart des échoueries de morses n’est autorisé que sur délivrance d’un permis spécial (U.S. Fish and Wildlife Service, 1993 cité dans Born et al., 1995).
La réaction des morses au bruit des navires varie selon leur expérience antérieure (Born et al., 1995). Les morses appartenant à des populations qui sont chassées tendent à s’agiter à l’approche d’embarcations, mais peuvent être approchés parfois à 10 ou 20 m lorsqu’ils dorment. Les activités des brise-glaces incitent les morses du Pacifique à se jeter à la mer : les femelles et les petits le font lorsque le bateau est à moins de 500-1 000 m, et les mâles, lorsque le bateau est à moins de 100-300 m. Si la perturbation persiste, les morses s’en éloignent de 20 à 25 km, mais reviennent une fois qu’elle a cessé. Le trafic maritime intensif peut avoir des impacts négatifs sur la répartition des morses. En Russie, les morses sont protégés par une réglementation interdisant l’accès des navires à une certaine distance des uglit, généralement 20 km (U.S. Fish and Wildlife Service, 1993 cité dans Born et al., 1995).
Il existe des voyages organisés permettant aux résidents du Royaume-Uni de venir observer des morses dans les uglitdes îles Southampton, Bencas, Coats et Walrus en juillet et août (http://www.windowsonthewild.com/Walrus/walrus_home.htm). L’étendue et les effets du tourisme d’observation des morses n’ont pas été étudiés, mais les Inuits et les scientifiques craignent que ces perturbations puissent chasser des troupeaux plus loin dans la banquise ou les déloger de leurs uglittraditionnels ou, encore, provoquer des mouvements de panique (Stewart, 2002; Dueck, 2003; C. Chenier, MRN Cochrane, comm. pers., 2003).
Les impacts sur les morses des bruits pulsatoires de l’exploration sismique sont inconnus, tout comme la capacité des morses à s’habituer à des bruits inoffensifs. Le bruit sous-marin nuit peut‑être à la transmission des chants durant la saison de reproduction.
Il est peu probable qu’un réchauffement ou un refroidissement climatique ait des impacts directs importants sur les morses, et ces impacts ne sont pas nécessairement négatifs. La couverture des glaces de mer ne semble pas un facteur déterminant pour les populations de morses puisque plusieurs parties de leur habitat sont libres de glace saisonnièrement (R. Stewart, MPO – Winnipeg, comm. pers., 2004). En outre, leur répartition originelle s’étendait beaucoup plus au sud qu’aujourd’hui. Born et al. (2003) ont avancé qu’une diminution de l’étendue et de la durée de vie de la glace de mer dans l’Arctique à la suite d’un réchauffement climatique pourrait accroître l’abondance de la nourriture des morses, en augmentant la production de bivalves et en facilitant l’accès aux aires d’alimentation dans les eaux côtières peu profondes. En l’absence de glace de mer, les morses auraient davantage tendance à occuper des échoueries terrestres. D’après une étude des réactions comportementales et physiologiques aux changements dans la température de l’air, les petits morses du Pacifique peuvent maintenir leur température corporelle lorsque la température de l’air est de 18 °C en l’absence de vent et à l’ombre, ou dans des conditions équivalentes (Fay et Ray, 1968; Ray et Fay, 1968). Au-dessus de cette température, les petits retournent dans l’eau pour éviter l’hyperthermie. Une température ambiante supérieure à 18 °C pendant une période prolongée peut altérer le déroulement normal de l’alimentation, de la mue et de la mise bas.
La NAMMCO (2006) prévient que la chasse des morses s’intensifiera probablement et à mesure que diminueront l’étendue et la durée des glaces dans l’Arctique. La prédation par les épaulards et les ours blancs peut également s’accroître en l’absence de glace, les morses étant alors obligés d’occuper des refuges terrestres. Les épaulards peuvent aussi demeurer plus longtemps dans l’Arctique s’il y a moins de glace susceptible de les emprisonner ou de restreindre leurs déplacements.
L’analyse des fossiles suggère qu’entre 9 000 et 1 000 ans avant notre ère, époque où les morses occupaient la côte est du Canada, la température estivale de l’eau en surface était probablement de l’ordre de 12 à 15 °C dans la région (Miller, 1997). On ignore si les morses estivaient dans ces eaux relativement chaudes ou migraient vers le nord, vers des eaux plus froides.
Les impacts indirects du changement climatique peuvent représenter une menace plus importante pour les morses que le changement lui-même. Dans l’éventualité d’un réchauffement, les populations humaines nordiques pourraient s’accroître et s’étendre vers des régions autrefois inhabitées. Dans l’éventualité d’un refroidissement, les morses pourraient se déplacer vers le sud, plus près des collectivités en place. Dans un cas comme dans l’autre, une réduction de l’habitat convenable est à prévoir, et la vulnérabilité de l’espèce à la chasse et aux perturbations risque d’augmenter.