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Timestamp: 2017-05-26 07:29:38+00:00
Document Index: 188570267

Matched Legal Cases: ['§ 3', '§ 2', '§ 19', '§ 4', '§ 2', '§ 7', '§ 3']

La réception du Syntagma de Matthieu Blastarès en Serbie
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The reception of Matthew Blastares’ Syntagma in Serbia
Français English Le droit des Slaves a énormément emprunté au droit de Byzance. Dans leurs traductions, ce sont les Serbes qui ont montré le plus d’originalité, avec une claire volonté d’affirmer leur indépendance au sein de la civilisation byzantine. C’est ce dont témoigne la traduction en serbe du Syntagma de Blastarès : on en connaît une version extensive, conforme à l’original, et un abrégé, composé sur ordre du tsar Dušan, d’où est gommée toute référence à l’hégémonie ecclésiastique et politique de Constantinople.
Slavic law has extensively drawn on the Byzantine one. Greek texts have been translated by Serbs in a most original way, in a clear intention to claim their independence in the frame of Byzantine civilization. Serbian translation of Blastares’ Syntagma provides a good evidence of this position: while an extensive version is true to the original, a summary, compounded by will of Tsar Dušan, obliterates each reference to ecclesiastical and political hegemony of Constantinople.
1 Il faut signaler le livre de K. KADLEc, Introduction à l’étude comparative de l’histoire du droit (...)
1Alors que la réception du droit romain en Europe occidentale a fait l’objet de nombreuses recherches, l’histoire de sa réception en Europe orientale est tout à fait ignorée. On suppose généralement que les États appartenant à la sphère culturelle orthodoxe n’ont découvert le droit romain qu’au XIXe siècle et l’ont connu sous la forme que les codifications occidentales lui avaient donnée à cette époque. En Occident, la réception du droit romain paraît avoir été étudiée exhaustivement et on peut la trouver dans chaque manuel. Mais lorsque l’on regarde de près tous ces instruments de travail et d’étude, il est clair qu’ils ne traitent de la réception du droit romain qu’en Europe occidentale (catholique et protestante). Il semble que rien de semblable n’ait été entrepris pour les pays d’Europe orientale1.
2Nous savons cependant que l’influence du droit romain ne s’est pas limitée à l’Europe occidentale. En réalité, les pays d’Europe orientale ont reçu leur droit directement de Byzance, en même temps que le christianisme. Alors que les glossateurs commentaient à Bologne le droit romain et que les leges barbarorum étaient toujours en vigueur en Occident, un Empire chrétien subsistait en Orient qui s’est toujours appelé Empire romain – (Βασιλεία τών Ρωμαίων) et que les Occidentaux ont nommé Empire byzantin. De 529, date à laquelle Justinien commença sa codification, jusqu’à la chute de Constantinople en 1453, le droit romain fut de jure en vigueur dans tout l’Empire byzantin. Ce système de droit romain fut exposé à un long processus de développement et de transformation, souvent sous l’influence des conceptions juridiques hellénistiques, bibliques et orientales. C’est ainsi que sera formé le système du droit romano-byzantin.
3Ce système eut également une grande influence sur tous les voisins de l’Empire byzantin et surtout sur les peuples chrétiens orthodoxes après le Schisme. Tous les peuples voisins avaient une grande considération pour Byzance, à cause de la grandeur de sa civilisation, de sa religion et de son système de droit très élaboré. Ils pouvaient puiser dans ses richesses culturelles, son art, sa pensée, sa littérature, ainsi que dans son système juridique. Le contact entre ces populations, slaves en premier lieu, se fit dans les Balkans. Le grand Corpus Juris Civilis fut publié en 529-533 à Constantinople. Ce code volumineux était cependant trop compliqué et trop important pour être utilisé aisément au quotidien. Aussi voit-on apparaître, dès le VIe siècle, des extraits de ce code pour l’usage privé. 4En 726, l’empereur Léon III l’Isaurien (717-741) publie l’Eklogè, manuel qui offre aux juges en 18 chapitres les principes du droit civil et pénal, ainsi que la procédure judiciaire. À la même époque apparaissent trois petits recueils : Loi militaire – (Nomos Stratiôtikos), Loi navale (Nomos Nautikos) et Loi agraire (Nomos Geôrgikos).
5Après la chute des iconoclastes, l’empereur Basile Ier le Macédonien (867-886) proclame la nécessité d’une révision des lois anciennes pour remplacer les « erreurs impies » de l’Eklogè. Pour cela, il publie en 879 un nouveau code, le Procheiron. Ce code restera en vigueur jusqu’à la chute de Byzance et exercera une grande influence sur les Slaves.
6Le fils de Basile Ier, Léon VI le Sage (886-912) achèvera le travail de son père en compilant un grand recueil qui remplacera le Code de Justinien. Ce sont les Basiliques, écrites en grec, qui embrassent en 60 livres l’œuvre complète du droit canon, auparavant connue sous le nom de Nomocanon de Photius.
7C’est à cette époque que les peuples des Balkans, devenus chrétiens, commencèrent à poser les bases de leur vie publique. Pour cela, ils se servirent du droit de la Βασιλεία τών Ρωμαίων (de l’Empire byzantin). 2 A. Soloviev, Der Einfluß des byzantinischen Rechts auf die Völker Osteuropas, in Zeitschrift der S (...)
8C’est dans les États de l’Europe du Sud-Est (le premier et le deuxième Empire bulgare, la Serbie, la Valachie et la Moldavie) qu’ont vu le jour les traductions des monuments du droit civil et du droit canon byzantins : les Novelles et d’autres parties du Code de Justinien, l’Eklogè, le Nomos Geôrgikos, le Procheiron, le Nomocanon (Synagôgè) en 50 titres de Jean le Scolastique, le Nomocanon en 14 titres, le Syntagma de Matthieu Blastarès, l’Hexabiblos d’Harménopulos etc2. 3 J. N. ŠČAPOV, art. cit., p. 127.
9Ces traductions slaves témoignent de l’introduction du droit romain dans ces nouveaux États, et de la volonté de l’utiliser dans de nouvelles conditions. Mais ce sont les Serbes qui vont montrer le plus d’originalité dans ce travail3. La réception serbe sera créative, et manifestera une volonté affichée de s’affirmer au sein de la civilisation byzantine et de garder une indépendance aussi bien civile qu’ecclésiastique.
4 S. Troicki, Ko je preveo Krmčiju sa tumačenjima (Qui a traduit la Krmčija avec les interprétations (...)
5 J. N. ŠČAPOV, art. cit., Vizantiskij Vremennik, t. 37, 1976, p. 123-129.
6 En ce qui concerne la littérature sur ce Nomocanon voir : S. Troicki, Kako izdati Svetosavsku Krmč (...)
10Vers le milieu du XIVe siècle parurent en Serbie deux rédactions slaves du « Syntagma » de Matthieu Blastarès. Avant leur parution, existait le Nomocanon serbe. Ce Nomocanon, désigné le plus souvent comme la « Krmčija », est un recueil de textes civils et ecclésiastiques compilé et traduit par les soins de Sava Ier, en l’an 12204, au moment où l’Église serbe devient autocéphale. Outre les canons des conciles provinciaux, œcuméniques, et ceux des Pères de l’Église avec les commentaires d’Aristènos et de Zonaras, il intègre le Procheiron complet, les recueils juridiques de Jean le Scholastique en 87 chapitres, certaines novelles impériales (celles de l’an 1084, 1095), les décisions patriarcales des Xe-XIIe siècles5. Ce Nomocanon6 fut le seul code ecclésiastique et civil dans les pays balkaniques jusqu’à la parution de la traduction en serbe du Syntagma de Blastarès. 11Le Syntagma de Matthieu Blastarès présente l’intérêt exceptionnel d’avoir deux versions en langue slave dont le contenu idéologique diffère sensiblement.
7 L. Petit, La réforme judiciaire d’Andronic II, in Échos d’Orient (1906), p. 134-138.
12Matthieu Blastarès vivait sous les Paléologues, époque marquée par le renouvellement des pratiques juridiques. En 1329, Andronic II tente une réforme judiciaire7. Les Novelles deviennent plus nombreuses. Deux œuvres juridiques, qui auront un succès inattendu, paraissent à Thessalonique. Il s’agit du Syntagma de Matthieu Blastarès, paru en 1335, et dix ans plus tard de l’Hexabiblos de Harménopoulos.
13Nous savons très peu de choses sur Matthieu Blastarès. Dans un manuscrit grec de Moscou nous pouvons lire : Οὗτoς, ὁτoῦ παρόντος λόγου συνγραφεύς, ἐν Θεσσαλονίκῃ ἦν μοναχὸς καὶ πρεσβύτερος, ἀνὴρ εὐλαβὴς καὶ τὰ Θεῖα σοφός, μαθητὴς χρηματίσας τοῦ ἐν μοναχoῖς θαυμαστοῦ ἐκείνου κὺρ Ἰσαὰκ καὶ ἐν τῇ μονῇ τoύτoυ τὸ τῆς ζωῆς τέλος δεξάμενος.
8 Manuscrit n. 236 de la Bibliothèque synodale de Moscou et non pas le ms. n°. 276 comme le prétend (...)
L’écrivain de cet ouvrage fut moine et prêtre à Thessalonique. C’était un homme pieux, versé dans les matières divines qui fut le disciple du merveilleux moine Isaac et finit sa vie dans le monastère de celui-ci8.
9 Sur l’identité de cet Isaac voir G. I. Theocharides, Ὁ Ματθαῖος Βλάσταρις καὶ ἡ μονὴ τοῦ κὺρ Ἰσαὰκ (...)
14Il s’agit d’Isaac higoumène du monastère dit de la Péribleptos de Thessalonique, et non d’Isaac qui fut à la même époque prôtos, chef spirituel du Mont-Athos et partisan de Grégoire Palamas9.
15Dans le manuscrit n° 1164 d’Andrinople nous lisons :
Ὁ Βλάσταρις Ματθαῖος, ἱερομόναχος Θεσσαλονικεὺς συγγραφεὺς τῆς νομικῆς ἐπιτομῆς, ἤκμαζε δὲ ἐν ἔτει ζωμγ´ (=1335).
10 Cf. K. V. Stefanidou, Le codex d’Adrianopolis, in Byzantinische Zeitschrift, t. 16 (1907), p. 280.
Matthieu Blastarès, hiéromoine thessalonicien et auteur de l’abrégé juridique atteignit sa maturité en 133510.
11 Pour les manuscrits et les éditions existantes de ces textes se référer au livre de P. B. Paschos, (...)
16La date de sa mort nous est inconnue. La plupart des écrits de Blastarès restent toujours inédits. Ces écrits peuvent être divisés selon la thématique en trois groupes : I) Les écrits dogmatiques anti-hérétiques, II) les écrits nomocanoniques, III) les écrits hymnographiques11.
17I) Les écrits dogmatiques anti-hérétiques :
Κατὰ Ἰουδαίων (Contre les Juifs) Κατὰ Λατίνων (Contre les Latins)
Περὶ τοῦ Ἀζύμου (Sur le pain azyme)
Περὶ τοῦ Μυστικού Δείπνου (Sur la Sainte Cène)
Ἀριθμητικὸν θεώρημα τοῦ διςχίλια ἀριθμοῦ (Le théorème arithmétique du nombre 2000)
Περὶ τοῦ ἑφθοῦ σίτου (Sur le blé cuit)
Περὶ τῆς Θείας Χάριτος ἢ περὶ τοῦ Θείου φωτός (Sur la grâce divine ou la lumière divine)
Ἐπιστολὴ πρὸς τὸν πρίγκιπα Sire Guy de Lusignan (Épître au prince Sire Guy de Lusignan)
Διάλεξις μετὰ τοῦ Βαρλαάμ (Entretien avec Barlaam)
Τίνες εἰσὶν οἱ τὰ νόθα καὶ ἀλλότρια τῆς Ἐκκλησίας Χριστοῦ τοῦ Θεοῦ κηρύσσοντες δόγματα (Qui sont ceux qui proclament des dogmes illégitimes et étrangers à l’Église du Christ Dieu ?)
18II) Les écrits nomocanoniques:
Σύνταγμα (Syntagma)
Σύνοψις ἐκ τοῦ Κανονικοῦ τοῦ ἁγ. Ἰωάννου τοῦ Νηστευτοῦ (Résumé du Kanonikon de saint Jean le Jeûneur)
Σύνοψις Κανονικῶν ἀοκρίσεων τοῦ Νικήτα Ἡρακλείας (Résumé des réponses canoniques de Nicétas d’Héraclée)
Σύνοψις Κανόνων τοῦ ἁγ. Νικηφόρου Πατριάρχου Κωσταντινουπόλεως τοῦ ὁμολογητοῦ (Résumé des canons de saint Nicéphore le Confesseur, patriarche de Constantinople)
Σύνοψις Κανονικῶν ἀποκρίσεων τοῦ Ἰωάννου, ἐπισκ. Κίτρους (Résumé des réponses canoniques de Jean, évêque de Kitros)
Σύνοψις λατινικῶν νομικῶν ὃρων (Résumé des règles juridiques des Latins)
Σύνοψις Ρητορικῆς (Résumé de l’art oratoire)
19III) Les écrits hymnographiques :
Στιχηρά (Les tropaires des stichères)
Μακαρισμοί (Les béatitudes)
Τὰ ἐκκλησιαστικὰ ὀφφίκια (La liste des dignitaires de la cour patriarcale [en vers])
Τὰ βασιλικὰ ὀφφίκια (La liste des dignitaires de la cour impériale [en vers])
12 J. A. B. Morteuil, Histoire du droit byzantin, t. III, Paris, 1846, p. 298-299.
13 J. A. B. Morteuil, op. cit., p. 315-322.
14 J. A. B. Morteuil, op. cit., p. 299.
15 L. Petit, La réforme judiciaire d’Andronic II, in Échos d’Orient (1906), p. 134-138.
20Mais l’œuvre qui le rendit célèbre est le Syntagma. Le Σύνταγμα κατὰ στοιχεῖον est ordonné selon l’alphabet grec, en 24 sections (στοιχεῖα) comme un index pour les recherches dans les matières juridiques. Chaque section est divisée en chapitres contenant les questions qui commencent par une même lettre. Par exemple, dans la section A, on trouve les chapitres sur les apostats (ἀρνησάμενοι), les hérétiques (αἱρετικοί), les anathèmes (ἀνάθεμα) etc., dans la section H, sur les higoumènes (ἡγούμενοι), comment compter le début et la fin du jour (ἡμέρα), dans la section C, les cheirotonies (χειροτονίαι) etc. Nous trouvons déjà ce système dans la Synopsis Basilicorum maior12 (fin du Xe siècle), et dans la Synopsis minor13 (de l’époque de Nicée, XIIIe siècle). Ce système est devenu nécessaire vu l’importance des Basiliques. Blastarès a dû être influencé dans la composition du Syntagma par Synopsi suivantes, la Synopsis maior qui commence par un article sur la foi orthodoxe14 (comme le Syntagma de Blastarès) et contient 348 rubriques, alors que le Syntagma en contient 303. Son titre complet est Σύνταγμα κατὰ στοιχεῖον τῶν ἐμπεριειλημμένων ἀπασῶν ὑποθέσεων τοῖς ἰεροῖς καί θείοις κανόσι πονηθέν τε ἅμα καί συντεθὲν τῷ ἐν ἱερομονάχοις ἐλαχίστῳ Ματθαίῳ τῷ Βλαστάρῃ (le Syntagma arrangé et composé par ordre alphabétique de toutes les matières contenues dans les saints et divins canons par l’humble hiéromoine Matthieu Blastarès). Blastarès eut pour but d’unir dans un seul recueil les règles principales du droit canon et celles du droit séculier (droit civil, pénal et procédure) et de former ainsi une vraie encyclopédie juridique, unique en son genre, qui corresponde parfaitement à l’organisation des tribunaux du XIVe siècle, au moment de la fameuse réforme judiciaire d’Andronic II (1282-1328), lorsque les membres du clergé reçurent le droit de trancher les litiges civils15. Les métropolites et les archidiacres, qui avaient reçu en 1329 le jus gladii comme καθολικοὶ κριταί, avaient besoin d’un manuel juridique qui, comme le Syntagma, réunisse le droit canon et le droit séculier.
16 Elles ont été étudiées par N. Ilynski, Sintagma Matfeja Vlastara, Moscou, 1892.
17 Pour la question des sources du droit laïc, il n’y a toujours pas d’étude critique. 21Le droit canon occupe une place prépondérante dans le Syntagma. Toutes les matières sont regroupées en sections par ordre alphabétique. Chaque section - lettre commence par les canons des conciles des saints Pères et finit par des extraits des lois civiles, groupées sous le titre de Novmoi. Mais certains chapitres ne sont composés que de canons. Par exemple : A. § 3, 7 , 8, 9 ; B. § 2, 3, 6, 11 ; G. § 19, 20, 21., alors que les autres ne contiennent que des lois civiles : A. § 4 ; D. § 2, 13 ; E. § 7 ; K. § 3, 12. Cependant, la majorité des chapitres sont de caractère religieux et ecclésiastique. En ce qui concerne les canons, leurs sources sont toujours bien citées16, ce qui n’est pas le cas pour les sources de droit laïc. Ceci indique que Blastarès s’est surtout servi des Synopsis maior et minor, et moins du Procheiron ou des Basiliques elles-mêmes17. 18 N. Ilynski op. cit., p. 457-459 où il donne la liste de ces manuscrits.
19 Erch und Gruber, Encyclopädie, 86, 467.
20 V. BENEŠEVIĆ, Corpus Scriptorum juris graeco-romani in Actes du IVe Congrès international d’études (...)
21 T. Florinskij, Pamjatniki zakonodateljnoj djejateljnosti Dušana cara Serbov i Grekov, Kiev, 1888, (...)
22 A. JaČimirski, Grigorij Camblak, St. Pétersbourg, 1906, p. 288-291.
23 A. Soloviev, op. cit., p. 20-35 et 50-52.
22Une chose est sûre, le grand nombre de manuscrits prouve la popularité dont jouissait le Syntagma dans les pays orthodoxes. Mortreuil avait connaissance de 42 manuscrits grecs18. D’après Heimbach, ce nombre s’élève à 4619, Benešević en dénombre 9020, et ce nombre est loin d’être définitif. En outre, il existe 20 manuscrits de la traduction complète serbe21. En Roumanie, il y aurait plus de 20 manuscrits de la version slavo-roumaine et 4 manuscrits roumains22. Au moins 15 manuscrits serbes contiennent le Syntagma abrégé (version serbe)23.
23C’est Blastarès lui-même qui nous donne la date du Syntagma dans la préface :
Ὡς ἂν δὲ μηδὲ ὁ χρόνος λανθάνων εἴν τοὺς ἐντυγχάνοντας ὅς ὑπ’αὑγὰς ἡλίου τὰ τῆς πραγματείας προήνεγκε ταυτησί, μετὰ τὴν ἑξαπλῆς τῶν ἐτῶν χιλιάδα καὶ τὴν ὀκταπλῆν αὖθις ἑκατοντάδα, τρίτον καὶ τεσσαρακοστὸν ἔτος τὴν φοράν ἀτεχνῶς ἐμέτρει τοῦ χρονοῦ.
24 I. P. Medvedev, La date du Syntagma de Matthieu Blastarès, in Byzantion, t. 50 (1981), p. 338-339 (...)
Afin que les lecteurs n’ignorent pas l’époque à laquelle cet ouvrage a vu le jour, c’est en l’année quarante-trois après six milliers et huit centaines d’années (6843 = 1334-1335).24 24Le texte grec du Syntagma fut édité trois fois. Au XVIIe siècle les savants français T. Goar, Jean Cotelier et Claude en préparèrent l’édition complète d’après les manuscrits de la Bibliothèque nationale de Paris, mais leur travail ne fut jamais publié. Les savants grecs Rallès et Potlès s’en serviront pour leur édition.
25 Συνοδικόν sive Pandectae canonum... Totum opus in duos tomos divisum. Guillielmus Beveregius recens (...)
25La première édition du Syntagma complet, en 1672, est due à Beverege dans le tome 2 de son Synodikon25.
26La deuxième édition parut en 1859, à Athènes, dans les recueils du droit canon édités par les savants grecs G. Rhallès et M. Potlès : Σύνταγμα τῶν θείων καὶ ἱερῶν κανόνων.
27La troisième édition est celle de l’abbé Migne, dans la Patrologia graeca, t. 144 et 145, le texte grec est celui de Rhallès et Potlès avec la traduction latine.
26 Pour les manuscrits les plus anciens se référer à l’œuvre de T. Florinskij, Pamjatniki zakonodatel (...)
27 Cf. S. Troicki, Dopunski članci Sintagme Mateja Vlastera (Des articles complémentaires du Syntagma (...)
28Quoi qu’il en soit, les trois éditions du texte grec ne satisfont pas pleinement les critères d’une édition critique car les manuscrits utilisés ne datent que du XVe siècle26. Le manuscrit le plus ancien et le plus proche de l’original est celui de la bibliothèque synodale de Moscou n° 149 qui date de 1342, donc à peine 7 ans après l’original. Il y a un autre fait important pour la publication d’une édition critique du texte grec. Tous les manuscrits grecs du Syntagma peuvent être divisés en deux groupes : la rédaction de Constantinople qui est la principale et la rédaction d’Ochrid dont le contenu est légèrement modifié27. Les trois éditions du texte grec mentionnées ci-dessus sont uniquement composées à partir des manuscrits de la rédaction de Constantinople.
29Nous voyons que le Syntagma est connu dans le monde slave, mais ce n’est qu’en version serbe que paraîtra, outre la traduction du Syntagma intégral, une traduction unique en son genre, le Syntagma abrégé. 28 Tous les manuscrits serbes du Syntagma sont catalogués dans : Katalog ćirilskih rukopisa u Jugosla (...)
29 Cf. S. Troicki, op. cit., p. 7-8.
30Le Syntagma intégral est conservé dans de nombreux manuscrits. Les plus anciens (Pčinjski et Dečanski) datent de 138028. Le Syntagma intégral est la traduction de la rédaction d’Ochrid29 qui comporte les changements suivants par rapport à la rédaction de Constantinople :
30 Texte en grec dans le manuscrit Vind. hist. gr. N° XC.
31 S. Maxime le Confesseur, Sur les trois apocatastases, PG. 90, col. 796 et sq.
Dans l’introduction ont été rajoutés les deux articles30: « Вєтхоѥ десетослвиѥ ѡт Леветика » (Deutéronome 5, 6-22), et « Светаго Максима »31.
Dans la partie développée, ont été supprimés : chapitre 5 de la section L et une partie du chapitre 37, section K.
Ижє вєликыє црквє ѡффікіи (La liste des dignitaires de la Grande Église)
Ѡт правиль свєтаго іѡанна посника (Résumé du livre pénitentiel de saint Jean le Jeûneur — La rédaction d’Ohrid y rajoute 12 nouveaux titres)
Никуты блажєннаго иракліискаго ѡтвѣєти (Résumé des réponses canoniques de Nicétas d’Héraclée)
Ижє вь светыхь Никуфора Константінова града исповѣдника правила ѡт црьковных ѥго сьчунѥних (Résumé des canons de saint Nicéphore le Confesseur, patriarche de Constantinople)
Ѡт ѡтвѣєтьь іѡанна свєщєннѣишаго єпископа кутрошскаго (Résumé des réponses canoniques de Jean, évêque de Kitros)
Како имоуть чина прѣстоли црьковь ѡт подлєжащихь патриарьхоу константина града (La liste des métropoles et des archevêchés de l’Église de Constantinople)
Lexique des mots latins.
32 Par exemple, on les retrouve dans le manuscit Vind. hist. gr. n° XC.
33 Cf. S. Troicki, op. cit., p. 7-8.
31Les articles 6 et 7 ne se trouvent dans les manuscrits grecs du Syntagma qu’après 134232. Signalons que l’édition de Stojan Novaković ne comporte pas ces articles complémentaires. L’unique édition de la traduction serbe du Syntagma intégral ne prend pas en considération l’historique de l’original grec (différence entre la rédaction de Constantinople et celle d’Ohrid) et, fait important, ne comporte pas les articles complémentaires33. 34 S. NovakoviĆ, Matije Vlastara Sintagmat; azbučni zbornik vizantijskih crkvenih i državnih zakona i (...)
32L’érudit serbe Novaković a signalé dans son édition du Syntagma intégral la mauvaise qualité de la traduction34. Le texte est traduit mot à mot du grec en serbe, si bien que le sens n’en est pas toujours très clair. Cette faiblesse linguistique de la traduction nous fait penser qu’il pourrait s’agir d’une traduction faite à Byzance pour les Serbes. Le traducteur du Syntagma intégral n’a pas utilisé la traduction du Nomocanon de Sava Ier.
35 Cf. V. MoŠin, Vlastareva Sintagma i Dušanov zakonik u Studeničkom Otečniku (Le Syntagma de Blastar (...)
36 N RadojČiĆ, Die Gründe einer serbischen Entlehnung aus dem byzantinischen Recht, in Bulletin de la (...)
37 A. Soloviev, Predavanja N°163 (Conférence N° 163), Prilozi Matice srpske (1928),Novi Sad, p. 53-58 (...)
33Outre le Syntagma intégral, la version abrégée paraît alors en Serbie. Dans cette version ne figure plus qu’un tiers de la partie réservée au droit canon. Les clauses juridiques, habituellement dispersées dans différentes sections, sont ici regroupées. Or, sur plus de 303 chapitres existants il n’en reste plus que 91. Les sections suivantes ont disparu : Ӡ, Ө, И, Л, Ѯ, О, Р, С, У, Х, Щ, Ѡ35. Comme l’a démontré Novaković, cette version réduite a été faite à partir du Syntagma intégral serbe. Cette version abrégée apparaît régulièrement compilée dans les manuscrits avec deux autres recueils juridiques, La loi de l’empereur Justinien, traduction slave du Nomos Géôrgikos et Le code de Dušan. Ces trois recueils composent le codex tripartite de Dušan. Novaković a pensé que la version abrégée n’aurait été faite qu’à l’époque du Despote Stefan Lazarević, entre 1402 et 1427, thèse reprise par N. Radojčić, chercheur de grand mérite, dans l’étude des sources de la composition du code de Dušan36. Soloviev, à la suite d’une analyse historiographique et des filigranes du manuscrit athonite du Code de Dušan, datant des années 70 du XIVe siècle, a démontré que le Codex tripartite fut bien rédigé du temps de Dušan (1331-1355)37.
38 A. Soloviev, op. cit. p. 53-58.
34Tout ceci nous amène à adhérer à la thèse de Soloviev selon laquelle cette version abrégée a été faite à l’époque du tsar Dušan, dans le cadre de son œuvre législative et ceci avant 135438. 35À la suite de l’affaiblissement de Byzance, dû aux longues guerres civiles et dynastiques et après la victoire serbe contre les Bulgares en 1331 (bataille de Velbužd), la Serbie devint la première puissance des Balkans. Le milieu du XIVe siècle est l’époque de l’hégémonie serbe sur une grande partie de la péninsule. C’est en 1345 qu’un empire serbo-grec fut proclamé par Stefan Dušan. Mais avec le rattachement de la « Romania », l’État serbe hérita également du domaine juridique byzantin qu’il devait respecter, si ce nouvel État serbo-grec se voulait légitime. Dušan considère la fondation de son nouvel Empire comme un acte de la volonté divine :
39 S. NovakoviĆ, Zakonik cara Stefana Dušana 1349 i 1354 (Législation de Stéfan Dušan 1349 et 1354), (...)
C’est par la grâce de Dieu que je fus élevé de la dignité royale à la dignité impériale orthodoxe. Et Il mit tout entre mes mains, comme Il le fit pour l’empereur Constantin le Grand, les terres, tous les pays, les côtes, les grandes villes de l’Empire grec, comme nous l’avons dit avant. Et par la couronne impériale dont Dieu me fit don, je fus couronné empereur39.
40 Cf. Katalog ćirilskih rukopisa u Jugoslaviji XI - XVII vek (Inventaire des manuscrits cyrilliques (...)
41 T. Florinskij, op. cit., annexe V. p. 95-215.
42 S. NovakoviĆ, op. cit. Il a incorporé le texte du Syntagma abrégé en caractère gras dans le texte (...)
43 V. MoŠin, op. cit., p. 44 et sq.
36En tant qu’empereur, « tsar », il tient à affirmer son rôle de législateur. Le 21 mai 1349 à la diète de Skopje, fut promulgué le « Code de Dušan » qui eut une place importante dans le développement du droit serbe, l’organisation de l’État serbe, et la régularisation des relations régissant la société serbe médiévale. La première et principale partie du Code de Dušan fut alors promulguée : les 135 premiers articles selon la numérotation du manuscrit de Prizren (XVIe siècle). Cinq ans plus tard - à la nouvelle diète de Serrès en 1354 - 66 nouveaux articles y furent ajoutés. Tous les manuscrits du code de Dušan recopiés après cette date contiennent systématiquement le Syntagma abrégé40. Le Syntagma abrégé fut publié trois fois : d’abord par T. Florinskij41, par S. Novaković42 et par V. Mošin43.
37Mais pourquoi le tsar Dušan a-t-il fait abréger le Syntagma intégral ?
44 Cf. S. Troicki, Crkveno-politička ideologija svetosavske Krmčije i vlastareve Sintagme (L’idéologi (...)
38Nous ne pourrons répondre à cette question qu’après avoir analysé l’idéologie politique et ecclésiastique des deux versions du Syntagma et leur rapport mutuel. D’éminents historiens du droit comme S. Novaković, éditeur du Syntagma, n’ont pas remarqué la différence idéologique entre les deux rédactions. Seul Troicki l’a notée44. Nous allons donner un bref aperçu de ses conclusions :
45 Blastarès se sert surtout des Commentaires au Nomocanon de Balsamon. Dans ses Commentaires Balsamo (...)
46 S. Troicki, op. cit., p. 190.
39Le Syntagma intégral défend l’universalisme et l’autorité exclusive de Constantinople sur le monde médiéval aussi bien en politique qu’en ecclésiologie. Cette version devait donc servir les intérêts de Constantinople. Toute la partie juridique que Blastarès privilégie, se basant sur les commentaires de Théodore Balsamon45, accorde la primauté à Constantinople. Ainsi est affirmée la toute puissance de l’empereur de Constantinople. Celui-ci est l’oint de Dieu ayant droit de sanctionner les canons des saints Pères de l’Église (section K 32, 363, 344), de nommer les patriarches et les évêques (B, 6, 128, 124), de muter les membres du clergé (A, 9, 99, 96). Dans cette interprétation, Blastarès reste fidèle aux commentaires de Théodore Balsamon. Comme dans le Syntagma intégral les sources utilisées ne sont pas mentionnées et il n’y a pas de distinction entre le texte du canon et ses interprétations, les interprétations de Balsamon ayant la même autorité que le canon lui-même. Le Syntagma intégral s’emploie à protéger et à étendre les droits du patriarche de Constantinople en tant qu’héritier du pape de Rome. Le chapitre VIII de la section P (453-454) qui a pour titre « À propos des patriarches », tiré du IIIe titre de l’Épanagôgè, évoque uniquement les droits du patriarche de Constantinople46.
40De même que le pape est le vicaire du Christ, le patriarche de Constantinople est son icône vivante et le représentant de l’Église devant l’empereur. Le Patriarcat de Constantinople détient la primauté sur les autres patriarcats et non seulement il a droit de regard sur toute l’Église, mais il est aussi le seul à pouvoir trancher en matière de conflit ecclésiastique. Seul le patriarche de Constantinople a le privilège d’user du droit stavropigiaque, c’est-à-dire de fonder des monastères appartenant à sa juridiction dans les autres patriarcats. Pour Blastarès, le patriarche de Constantinople est l’héritier du pape après le Schisme de 1054 : 47 Op. cit., p. 191.
41« Les saints Pères, qui prophétisèrent la séparation de l’Église de Rome de l’unité orthodoxe, donnèrent la primauté à l’Église de Constantinople. » (E, 11)47.
48 Op. cit., p. 192.
42Dans le même chapitre, Blastarès énonce l’ordre ecclésiastique des patriarcats et Églises autocéphales, parmi lesquelles il cite l’Église d’Ochrid, l’Église de Chypre et celle de Géorgie. Il s’abstient de citer les Églises autocéphales de Serbie et de Bulgarie. Alors que le texte original de ce paragraphe dit que l’Église th'" Boulgariva" est autocéphale, la traduction slavo-serbe précise aux deux endroits qu’il s’agit de l’Église d’Ochrid et non pas du patriarcat bulgare de Trnovo48.
49 T. Florinskij avait déjà remarqué que le choix du matériel n’était pas fortuit mais qu’il porte l’ (...)
43D’après cette analyse il est clair que la politique ecclésiastique du Syntagma intégral ne convenait ni au nouvel Empire serbo-grec de Dušan ni à l’Église autocéphale serbe. Le Syntagma abrégé a une tout autre idéologie ecclésiastico-politique. Il évite systématiquement de reprendre tout ce qui concerne la primauté du Patriarcat de Constantinople et la place de l’empereur de Byzance49. Ainsi, dans la section B, les chapitres suivants ont été supprimés : le chapitre V qui indique quels sont les privilèges de l’empereur ; le chapitre VI, thèse de Balsamon selon laquelle l’empereur est le seul habilité à nommer le patriarche. La section E du Syntagma ne comporte pas le chapitre XXI précisant le droit de l’empereur de fixer l’ordre des diocèses et leurs privilèges respectifs. La section K ne comprend ni le chapitre IV indiquant que les canons sont promulgués par la seule volonté de l’empereur ni le chapitre XXXII dans lequel est exposé le point de vue de Balsamon selon lequel les empereurs ont le droit de modifier les canons et de nommer patriarches et évêques. Tous les chapitres contenant les clauses par lesquelles le patriarche de Constantinople est désigné comme unique successeur du pape de Rome ont été supprimés. 50 G. Ostrogorsky, Die byzantinische Staatenhierarchie, in Seminarium Kondakovianum 8 (1936), p. 41-61 51 Cf. S. Troicki, Crkveno-politička ideologija svetosavske Krmčije i vlastareve Sintagme (L’idéologi (...)
52 Sur l’idéologie de l’Eklogè, l’Épanagôgè, Balsamon, Chomatianos et la Donation de Constantin voir (...)
53 On suppose que Joanikije avait été logothète de Dušan, donc un bon connaisseur du droit civil et e (...)
54 Le métropolite Jakov avait été le disciple de saint Grégroire le Sinaïte, l’initiateur du mouvemen (...)
55 Le métropolite Jovan a obtenu du tsar Dušan des privilèges pour les monastères athonites en 1346. (...)
44Byzance au XIVe siècle concevait le monde et la société médiévale comme une unité organique dont la tête se trouve à Constantinople. Cette conception impliquait exclusivement un mode de relation avec le reste du monde médiéval basé sur un ordre hiérarchique théorique des États50. L’idéologie du Syntagma abrégé s’accorde avec les aspirations et la vision politique de la dynastie némanide qui voulait faire une place à la monarchie serbe au sein de la civilisation byzantine51. Sava Ier en compilant son Nomocanon n’introduisit aucun texte des sources canoniques byzantines qui portât la marque du « césaropapisme » et de la « papauté orientale », tel l’Eklogè,l’Épanagôgè, les travaux de Balsamon, de Chomatianos, ou bien la Donation de Constantin52. Les textes choisis par Sava Ier insistent sur la symphonie entre le sacerdotium et l’imperium. Tout ceci nous amène à la conclusion que le Syntagma abrégé avait pour but de supplanter dans l’usage le Syntagma intégral et d’empêcher la propagation de son idéologie afin de protéger les intérêts du nouvel Empire serbe et de son Église autocéphale. Cette vision correspond mieux au concept de « conciliarité » d’un temps où la foi chrétienne n’était pas encore la religion officielle de l’Empire. On peut supposer que son élaboration est le fruit du travail d’un groupe d’ecclésiastiques, versés dans la connaissance du droit byzantin, et intéressés à la protection de l’indépendance de l’Église serbe. On peut penser au patriarche Joanikije53, à Jakov, higoumène du monastère des Saints Archanges et futur métropolite de Serrès54, et à Jovan, métropolite de Skopje55.
56 Cf. B. BojoviĆ, L’idéologie monarchique dans les hagio-biographies dynastiques du Moyen Âge serbe, (...)
45Le tsar Dušan, souhaitait protéger son État de l’idéologie byzantine qui faisait de Constantinople la tête du monde médiéval dans les Balkans. Pour cela, il entreprit l’œuvre d’anakatharsis du Syntagma intégral. Mais il était déjà trop tard. La traduction du Syntagma intégral fut faite avant l’œuvre législatrice de Dušan et fut recopiée et lue dans toute la Serbie. La noblesse serbe fut alors divisée par ces deux concepts. Nous trouvons le témoignage du sentiment pro-byzantin dans l’œuvre des continuateurs de l’archevêque Danilo II (1324-1337)56 « La vie des rois et archevêques serbes » :
57 Archevêque Danilo II, Život kraljeva i arhiepiskopa srpskih (La vie des rois et archevêques serbes (...)
Le tsar Stéfan (Dušan) se fit couronner empereur et choisit un patriarche non d’après la loi ni avec la bénédiction du patriarche de Constantinople, comme il était de règle, mais demanda la bénédiction du patriarche de Trnovo, de l’archevêque d’Ochrid et de la Diète de Serbie. C’est ainsi qu’il fut couronné empereur et qu’il se choisit un patriarche, à l’encontre des règles établies à cet effet. Il tomba dans le piège de notre ennemi commun, s’enorgueillit et, bafouant la dignité royale ancestrale, se fit couronner empereur. Puis reniant l’archevêché confié par le patriarche de Constantinople à son ancêtre saint Sava il instaura par la force Joanikije comme patriarche57.
58 Konstantin Filosof, Život Stefana Lazarevića despota srpskog (La vie de Stefan Lazarević, despote (...)
46Nous trouvons le même esprit désapprobateur envers la proclamation de l’Empire et le Patriarcat de Serbie dans la biographie de Stefan Lazarević, qui condamne le tsar Stéfan pour s’être autoproclamé empereur et pour « avoir détaché l’Église serbe de l’Église catholique ‘œcuménique’ de Constantinople »58. 59 V. N. BENEŠEVIĆ, Dva spiska slavjanskago perevoda Sintagmi Matteja Vlastara hranašćisja v Sinodalj (...)
60 Cf. E. Turdeanu, La littérature bulgare du XIVe siècle et sa diffusion dans les pays roumains, Par (...)
61 Ce manuscrit a été découvert dans la Bibliothèque publique de Saint-Pétersbourg et décrit par T. F (...)
62 Id.., p. 59.
47Non seulement le Syntagma de Blastarès joua un rôle important sur le plan juridique et canonique, mais il eut également une influence sur les idées dans le monde médiéval balkanique. Étant données les bonnes relations entre le tsar Dušan et le tsar Jean Alexandre, son beau-frère bulgare, la traduction slave pouvait être également acceptée en Bulgarie. Le savant russe Benešević, en 1901, avait trouvé dans la Bibliothèque Synodale de Moscou un manuscrit (n° 302) du Syntagma datant du milieu ou de la deuxième moitié du XIVe siècle59. Bien que décrit comme bulgare, ce manuscrit ignore les règles d’orthographe attribuées au patriarche Euthyme60. Nous pensons qu’il pourrait s’agir d’une traduction slave faite à partir de la rédaction grecque d’Ochrid, quelque part en Macédoine. Le Syntagma commença à circuler dans les pays roumains vers le milieu du XVe siècle. Le plus ancien manuscrit est l’œuvre du « grammairien » Dragomir qui le rédigea à Târgovişte, capitale de la Valachie, en 1451, sur l’ordre du prince Jean Vladislav II61. Deux autres copies apparaissent en Moldavie : l’une faite par le moine Gervaise, en 1474, au monastère de Neamţu, l’autre à Iassy, en 1495, œuvre d’un autre « grammairien », Damian62.
63 Cf. D. Bogdan, Le Syntagma de Blastarès dans la version du chroniqueur roumain Macaire, in Actes d (...)
48Le Syntagma était si répandu en Moldavie que mêmeIvan le Terrible (1533-1584) demanda en 1554 au prince moldave Alexandre Lapusneanu d’en commander une copie slave. Rappelons aussi un fait particulièrement important : le texte du Syntagma de Blastarès fut employé comme argument par le prince Jean Couza, quand il proclama l’autocéphalie de l’Église roumaine63.
64 A. Soloviev, L’œuvre juridique de Mathieu Blastarès in Studi Bizantini e Neoellenici, t. V, Rome, (...)
49En 1686, le prince héritier géorgien Vakhtang l’utilisa pour compiler un grand code législatif qui fut en vigueur en Géorgie au XVIIIe siècle64.
50En conséquence, et vu son importance, il serait d’un intérêt primordial qu’une nouvelle édition critique du texte grec du Syntagma, ainsi que de ses versions slavo-serbes, intégrale et abrégée, voie enfin le jour.
1 Il faut signaler le livre de K. KADLEc, Introduction à l’étude comparative de l’histoire du droit public des peuples slaves, Paris, 1933, qui fait exception.
2 A. Soloviev, Der Einfluß des byzantinischen Rechts auf die Völker Osteuropas, in Zeitschrift der Savigny-Stiftung für Rechtsgeschichte, Bd. 76. Romanistische Abteilung, Weimar 1959, p. 432-458. ; J. N. ŠČAPOV, Recepcija zbornikov vizantijskogo prava v srednovekovih balkanskih gosudarstvah, Vizantijskij Vremennik, t. 37 (1976), p. 123-127.
3 J. N. ŠČAPOV, art. cit., p. 127.
4 S. Troicki, Ko je preveo Krmčiju sa tumačenjima (Qui a traduit la Krmčija avec les interprétations), Glas Srpske akademije nauka, t. CXCIII (1949), p. 119-142.
6 En ce qui concerne la littérature sur ce Nomocanon voir : S. Troicki, Kako izdati Svetosavsku Krmčiju (Nomokanon sa tumačenjima) (Comment éditer la Krmčija de saint Sava - Le Nomokanon avec les interprétations), in Glas Srpske akademije nauka, Spomenik, t. 102 (1955); J. N. ŠČAPOV, Vizantijskoje i južnoslavjanskoje pravovoje nasledije na Rusi XI-XIII vv., Moscou, 1978.
8 Manuscrit n. 236 de la Bibliothèque synodale de Moscou et non pas le ms. n°. 276 comme le prétend Arch. Arsenij, Pismo Matfeja Vlastara k princu Lizinjanu, Moscou, 1891 ; sur cette rectification, voir : Ch. Fr. Matthaei, Codd. Ms. Biblioth. Moscou., N°. 277, p. 244; la même scholie se trouve dans le ms. Monac. 508, cf. K. Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Literatur, Munich, 1897, p. 105.
9 Sur l’identité de cet Isaac voir G. I. Theocharides, Ὁ Ματθαῖος Βλάσταρις καὶ ἡ μονὴ τοῦ κὺρ Ἰσαὰκ ἐν Θεσαλονίκῃ, inByzantion, t. 40 (1970), p. 437-459.
11 Pour les manuscrits et les éditions existantes de ces textes se référer au livre de P. B. Paschos, Ὁ Ματθαῖος Βλάσταρις καὶ τὸ ὺμνογραφικόν ἔργου του, Thessalonique, 1978, p. 84-129.
17 Pour la question des sources du droit laïc, il n’y a toujours pas d’étude critique. 18 N. Ilynski op. cit., p. 457-459 où il donne la liste de ces manuscrits.
20 V. BENEŠEVIĆ, Corpus Scriptorum juris graeco-romani in Actes du IVe Congrès international d’études byzantines, t. I, Sofia, 1935, p. 141 ; voir encore Id., in Vizantiskij Vremennik, t. XI (1904), suppl. N° 2 (monastère de Vatopédi et de la Grande Lavra), p. 7.
21 T. Florinskij, Pamjatniki zakonodateljnoj djejateljnosti Dušana cara Serbov i Grekov, Kiev, 1888, p. 29 sq. ; A. Soloviev, Zakonodavstvo Stefana Dušana cara Srba i Grka (Législation de Stéfan Dušan, l’empereur des Serbes et des Grecs), Skoplje, 1928, p. 49-50.
24 I. P. Medvedev, La date du Syntagma de Matthieu Blastarès, in Byzantion, t. 50 (1981), p. 338-339 ; et C. G. Pitsakis, De nouveau du Syntagma de Matthieu Blastarès, in Byzantion, t. 51 (1981), p. 638-639.
25 Συνοδικόν sive Pandectae canonum... Totum opus in duos tomos divisum. Guillielmus Beveregius recensuit. Oxford 1672, fol. t. II. p. 1-272.
26 Pour les manuscrits les plus anciens se référer à l’œuvre de T. Florinskij, Pamjatniki zakonodateljnoj djejateljnosti Dušana cara Serbov i Grekov, Kiev, 1888, p. 294-306.
27 Cf. S. Troicki, Dopunski članci Sintagme Mateja Vlastera (Des articles complémentaires du Syntagma de Matthieu Blastarès), Académie serbe des sciences et des arts, Monographies, t. CCLXVIII, Classe des Sciences Sociales, n° 21, Belgrade, 1956. Voir aussi D. de Nessel, Catalogus aut recensio specialis codicum manuscriptorum Graecorum Vindobonensis... Bibliothecae caesareae Vindobonensis, 1600, N°. LVII, XXIV, XCVII, XXXIV et XC.
28 Tous les manuscrits serbes du Syntagma sont catalogués dans : Katalog ćirilskih rukopisa u Jugoslaviji XI-XVII vek (Inventaire des manuscrits cyrilliques en Yougoslavie XIe-XVIIe siècle),répertorié parD.BogdanoviĆ, Belgrade, 1982.
34 S. NovakoviĆ, Matije Vlastara Sintagmat; azbučni zbornik vizantijskih crkvenih i državnih zakona i pravila. Slovenski prevod iz vremena Dušanova (Le Syntagma de Matthieu Blastarès, recueil en ordre alphabétique des lois et des canons civils et ecclésiastiques de Byzance), Belgrade, 1907, p. LXIV-LXXVI. Les manuscrits slaves du Syntagma en dehors de la Yougoslavie sont recensés et décrits par T. FlorinskIJ, op. cit., p. 306-318.
35 Cf. V. MoŠin, Vlastareva Sintagma i Dušanov zakonik u Studeničkom Otečniku (Le Syntagma de Blastarès et la Loi de Dušan dans le Patérikon de Studenica), in Starinar, t. 42, Zagreb, 1949, p. 26.
36 N RadojČiĆ, Die Gründe einer serbischen Entlehnung aus dem byzantinischen Recht, in Bulletin de la section historique, t. 11, Académie roumaine, 1924, p. 235.
37 A. Soloviev, Predavanja N°163 (Conférence N° 163), Prilozi Matice srpske (1928),Novi Sad, p. 53-58. Id., Zakonodavstvo Stefana Dušana cara Srba i Grka (Législation de Stéfan Dušan, l’empereur des Serbes et des Grecs), Skoplje, 1928, p. 241.
39 S. NovakoviĆ, Zakonik cara Stefana Dušana 1349 i 1354 (Législation de Stéfan Dušan 1349 et 1354), trad., éd. et commentaires S. Novaković, Belgrade 1898, p. 3.
40 Cf. Katalog ćirilskih rukopisa u Jugoslaviji XI - XVII vek (Inventaire des manuscrits cyrilliques en Yougoslavie XIe-XVIIe siècle),répertorié parD.BogdanoviĆ, Belgrade, 1982.
42 S. NovakoviĆ, op. cit. Il a incorporé le texte du Syntagma abrégé en caractère gras dans le texte du Syntagma intégral. 43 V. MoŠin, op. cit., p. 44 et sq.
44 Cf. S. Troicki, Crkveno-politička ideologija svetosavske Krmčije i vlastareve Sintagme (L’idéologie ecclésiastique et politique de la Krmčija et du Syntagma de Blastarès), in Glas Srpske akademije nauka, t. CCXII, 1953, p. 154-206.
45 Blastarès se sert surtout des Commentaires au Nomocanon de Balsamon. Dans ses Commentaires Balsamon développe une idéologie de la souveraineté universelle de l’empereur byzantin et de la primauté universelle du patriarche de Constantinople. Balsamon reconnaît d’une part au basileus un certains nombre de « droits épiscopaux » (RHALLÈS-POTLÈS, Syntagma, t. I, p. 467.) et d’autre part il reconnaît au patriarche de Constantinople des « droits impériaux » (RHALLÈS-POTLÈS, Syntagma, t. I, p. 143-149 ; t. II, p. 285-286 ; t. IV, p. 553.). Pour une analyse approfondie de l’idéologie de Balsamon, voir G. Dagron, Empereur et prêtre. Étude sur le ‘césaropapisme byzantin’, Paris, 1996, p. 263-277.
49 T. Florinskij avait déjà remarqué que le choix du matériel n’était pas fortuit mais qu’il porte l’empreinte d’un travail délibéré. Id., op. cit., p. 437.
50 G. Ostrogorsky, Die byzantinische Staatenhierarchie, in Seminarium Kondakovianum 8 (1936), p. 41-61.
51 Cf. S. Troicki, Crkveno-politička ideologija svetosavske Krmčije i vlastareve Sintagme (L’idéologie ecclésiastique et politique de la Krmčija et du Syntagma de Blastarès), in Glas Srpske akademije nauka, t. CCXII, 1953, p. 155-206 ; D. BogdanoviĆ, Krmčija svetog Save (La Krmčija de saint Sava), dans Sava Nemanjić - Sveti Sava, istorija i predanje (Sava Nemanjić - saint Sava, histoire et tradition). Colloque scientifique international, Belgrade, 1979, p. 91-99.
52 Sur l’idéologie de l’Eklogè, l’Épanagôgè, Balsamon, Chomatianos et la Donation de Constantin voir G. Dagron, Empereur et prêtre. Étude sur le ‘césaropapisme byzantin’, Paris, 1996, p. 193, 236-242, 248, 263-268, 276-277.
53 On suppose que Joanikije avait été logothète de Dušan, donc un bon connaisseur du droit civil et ecclésiastique ; voir M. PuciĆ, Spomenici Srbski (Monuments serbes), t. II, Belgrade 1862, p. 11.
54 Le métropolite Jakov avait été le disciple de saint Grégroire le Sinaïte, l’initiateur du mouvement hésychaste ; voir à ce sujet : Amfilohije RadoviĆ, Sinaiti i njihov značaj u životu Srbije XIV i XV veka (Les Sinaïtes et leur importance dans la vie de la Serbie au XIVe et XVe siècle), in Manastir Ravanica, spomenica o šestotoj godišnjici, Belgrade, 1981, p. 106-107.
55 Le métropolite Jovan a obtenu du tsar Dušan des privilèges pour les monastères athonites en 1346. Voir T. Florinskij, Afonskije akti, St.-Petersbourg, 1880, p. 97.
56 Cf. B. BojoviĆ, L’idéologie monarchique dans les hagio-biographies dynastiques du Moyen Âge serbe, Orientalia Christiana Analecta, n° 248, Rome, 1995, p. 473-519.
57 Archevêque Danilo II, Život kraljeva i arhiepiskopa srpskih (La vie des rois et archevêques serbes), éd. Dj. DaniČiĆ, Belgrade-Zagreb 1866 ; = Londres, Variorum Reprints (1972), Introduction Dj. TrifunoviĆ, p. 380.
58 Konstantin Filosof, Život Stefana Lazarevića despota srpskog (La vie de Stefan Lazarević, despote serbe), traduit en serbe par L. MIRKOVIĆ (Stare srpske biografije XV i XVI veka), Belgrade (1936), p. 57.
59 V. N. BENEŠEVIĆ, Dva spiska slavjanskago perevoda Sintagmi Matteja Vlastara hranašćisja v Sinodaljnoj Biblioteke in Izvestija otdela russk. jaz. i slov., t. VI (1901), 3, p. 150-174.
60 Cf. E. Turdeanu, La littérature bulgare du XIVe siècle et sa diffusion dans les pays roumains, Paris, 1947, p. 58-60.
61 Ce manuscrit a été découvert dans la Bibliothèque publique de Saint-Pétersbourg et décrit par T. Florinskij, op. cit., p. 316-318.
63 Cf. D. Bogdan, Le Syntagma de Blastarès dans la version du chroniqueur roumain Macaire, in Actes du premier congrès international des études balkaniques et sud-est européennes, t. VII, Sofia, 1971, p. 188 sq.
64 A. Soloviev, L’œuvre juridique de Mathieu Blastarès in Studi Bizantini e Neoellenici, t. V, Rome, 1939, p. 705.Haut de page
Jivko Panev, « La réception du Syntagma de Matthieu Blastarès en Serbie », Études balkaniques, 10, 2003, 27-45.
Jivko Panev, « La réception du Syntagma de Matthieu Blastarès en Serbie », Études balkaniques [En ligne], 10 | 2003, mis en ligne le 08 avril 2009, consulté le 25 mai 2017. URL : http://etudesbalkaniques.revues.org/309 Haut de page
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