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Timestamp: 2019-02-22 06:31:53+00:00
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1838 (de juillet à décembre) - Châteaubriant, Histoire et Résistance
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1838 (de juillet à décembre)
26 juillet 1838 : nous sommes à la fin du mois de juillet, la foire de Béré est pour le 14 septembre mais voilà que M. de Boispéan, conseiller municipal a entrepris de labourer la pièce de terre, qui lui appartient, et « qui depuis un temps immémorial est consacrée à la tenue de la foire de Châteaubriant des 13 et 14 septembre, connue sous le nom de Foire de Béré ».
Le maire fait prendre des renseignements sur cette opération craignant que, « si elle prenait de l’extension, elle deviendrait une gêne très grande et même, en cas de temps pluvieux, un empêchement à l’installation de la dite foire à cause de la boue qui résulterait de la circulation des piétons, des bestiaux et des voitures ». Le propriétaire répond que le labourage va se limiter à une centaine de cordes et qu’il est pratiqué dans le but d’opérer la destruction des plantes nuisibles. (une corde = 60 m2 environ).
Mais le maire fait référence à un arrêt du Parlement de Bretagne en date du 30 mai 1755, selon lequel la foire doit se faire dans la pièce de terre dont il s’agit, « laquelle, pour être en rapport avec sa destination, doit demeurer en nature de pré » et il s’oppose donc au labourage. M. de Boispéan s’insurge, allant même jusqu’à se demander si sa propriété est, ou non, tenue de souffrir la foire.
Un certain nombre de conseillers insistent sur l’importance de cette foire « l’une des principales sources de prospérité du commerce du pays » et manifestent l’appréhension de la voir décliner si elle cessait d’avoir lieu dans le champ de foire de Béré « qui est le seul emplacement qui, par
sa situation et son étendue, offre les diverses commodités essentielles ».
D’autres conseillers affirment que, postérieurement à l’arrêt précédent, le Parlement de Bretagne a rendu un autre arrêt qui a formellement interdit tout labourage et toute opération analogue.
Le Conseil met alors 150 francs à la disposition du maire :
1.- pour qu’il puisse « faire sommation par acte extrajudiciaire à M. de Boispéan de ne pas continuer les opérations de labourage et de rétablir les lieux dans l’ancien état sous peine de poursuites de droit devant les tribunaux compétents »
2.- pour demander et obtenir tous renseignements et pièces utiles dans les dépôts publics, tels que le greffe de la Cour Royale de Rennes et les Archives de la Préfecture du Département.
Le maire réclame en particulier au Sous-Préfet « une copie authentique du contrat de vente du champ de Foire qui a dû avoir lieu le 15 avril 1791 par les moines de l’abbaye de Marmoutier » (vente comme propriété nationale)
Juillet 1838 : Victor Hugo : Mais où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Démolition de la Porte St Michel
Ce 26 juillet 1838 le Maire est autorisé à faire démolir, en tant que propriété de la commune, l’arcade et les accessoires de la Porte Saint Michel, afin de faciliter l’entrée et la sortie de la ville par cet endroit et de donner plus d’air à la rue du même nom.
5 août 1838 : l’intendant du Prince de Condé, M. de la Haye Jousselin, consulté à propos du Champ de Foire, dit qu’il n’a trouvé aucune trace constatant un droit quelconque de la ville « dans le peu de papiers qui ont échappé à la destruction et provenant des anciennes archives de la Maison de Condé »
Ce 5 août 1838, M. l’abbé ANGER, instituteur privé, demande un secours afin de lui permettre d’acheter le matériel du pensionnat de M. Dalimier qui, dit-il, est irrévocablement décidé à quitter son établissement. M. Guibourg redit ce qu’il a déjà dit le 12 février 1837, à savoir l’idée d’un partage proportionnel du fonds établi au budget de la ville en faveur de l’instruction primaire. Il lui est répondu qu’il faudrait d’abord s’assurer de l’aptitude légale de M. Anger, notamment de ses gardes dans l’Université. Décision repoussée à une date ultérieure.
A cette occasion le maire précise que l’école d’enseignement mutuel, sous la direction de M. Ozanne, a compté, au second trimestre de l’année 1838, une soixantaine d’élèves « dont la conduite et les progrès sont satisfaisants »
Mlle QUESNEL, directrice de la Poste, (tiens, une femme !) demande un réverbère ou une simple lanterne pour éclairer la rue Basse dans laquelle se trouve son bureau « afin de faciliter l’arrivée des courriers qui maintenant circulent presque tous la nuit , et de prévenir les accidens qui peuvent résulter du peu de largeur de la rue souvent encombrée par le stationnement des voitures et le dépôt d’autres objets. ».
Le Conseil, qui est décidément chiche sur les réverbères (il faut dire qu’au Conseil du 18 février 1838 on a dit qu’il en coûtait 154 francs pour l’achat de deux réverbères avec un coût d’entretien annuel de 82 francs) dit que d’abord « rien ne fait loi » à Mlle Quesnel de maintenir son bureau dans cette rue qu’elle déclare incommode. Puis il ajoute que les finances de la ville ne lui permettent pas d’accroître ses sacrifices pour l’éclairage et que, de toutes façons, la rue n’est pas laissée dans l’obscurité puisqu’elle reçoit par chacune de ses extrémités la lumière de deux réverbères. Quant à la question des encombrements, le maire est invité à prendre les mesures nécessaires pour les faire cesser.
12 août 1838 : M. Anger déclare que son projet n’est nullement de tenir une école secondaire « qui ne prospérerait jamais à Châteaubriant eu égard au petit nombre des élèves qui la composeraient » mais de se livrer à l’instruction primaire, et que c’est pour cette raison qu’il souhaite un secours pour acheter le mobilier de l’école de M. Dalimier.
Une discussion assez longue s’ensuit concernant l’usage des fonds publics. Les conseillers font remarquer que « jusqu’à ce jour les encouragements ont été accordés en pure perte » et qu’il serait normal que « le mobilier acquis avec ces subventions, fit retour à la ville dans le cas d’abandon ou de départ de l’instituteur »
Finalement une subvention est accordée à M. Anger à condition qu’il remette un inventaire estimatif du mobilier acquis. Le maire dispose d’un crédit de 400 francs qu’il n’ordonnancera que jusqu’à concurrence du dit inventaire, en précisant que si M. Anger cesse d’être instituteur primaire, le mobilier devra faire retour à la ville dans l’état où il se trouvera.
L’école dans la cour à fumier
Le Conseil Municipal cherche toujours un emplacement pour construire la maison de l’école d’enseignement mutuel (qui pour l’instant est toujours au château, dans le bâtiment qui touche le Donjon). Une commission s’est transportée dans la cour du château occupée par le fumier de la Gendarmerie, entre le préau des prisons et le pavillon de la Gendarmerie. Cet emplacement offre 13 m de long sur 8 m de large, « intéressant pour la construction d’une école primaire, ce qui laisserait une cour suffisante à la Gendarmerie ».
Il est question de faire, là, une salle « dont les jours et les portes ouvriraient sur les Terrasses » et pouvant recevoir largement 80 élèves. Le logement de l’instituteur serait au-dessus. « On ménagerait une petite cave sous l’estrade et une cour par laquelle entreraient les élèves ». Au bout de la salle d’école, le Conseil estime qu’il serait même possible de construire une cuisine et un salon à manger pour l’instituteur. Mais un architecte, consulté, observe que la douve étant nouvellement remblayée, il faudrait établir le mur de façade sur des fondations très profondes et qu’en allongeant le bâtiment la dépense augmenterait en proportion.
Apprenant que la dépense pourrait s’élever à 2000 francs, et considérant que les revenus de la ville sont peu considérables, le Conseil de construire l’école dans la cour précitée, avec une cour en avant qui sera close par un mur de 1 m à 1,50 m d’élévation au dessus du terrain. « Ce mur se prolongera tout le long de l’école et du mur du préau des prisons, à la distance de 7 m du pavillon carré (= Porte des Champs).
Mais la commission de réflexion sur l’école remarque qu’il y a, au pied du pavillon, une fosse morte recevant le résidu des latrines des prisons, qu’à côté « le concierge dépose ses vieilles pailles imprégnées de vermine, ce qui répugne à l’œil et à l’odorat ». Bref, entre les latrines des prisons et le fumier de la gendarmerie ce n’est peut-être pas l’emplacement idéal. Cela n’empêche pas la commission de maintenir le projet mais en proposant d’abandonner au département un terrain de 42 m2, contigu à la prison, à charge pour lui de le faire clore, tant sur la douve que vers la cour de l’école projetée « ce qui formera une cour privative au concierge pour déposer les immondices des prisons, cacher à la vue la fosse d’aisance, et y établir, s’il le juge à propos, une retraite à porcs que la commission de surveillance lui a interdite dans la cour des préaux ». (courrier du 21 août 1838)
Une pompe à la Vannerie
Ce 12 août 1838 on apprend encore que des immondices ont été jetés dans la fontaine de la Vannerie (qui est la meilleure fontaine de la ville) et qu’on n’a pas pu découvrir les coupables. « Il est urgent de mettre cette fontaine à l’abri de pareille profanation. Depuis longtemps une pompe a été votée. Un crédit de 100 francs couvrirait cette dépense ».Le Conseil l’accepte.
Enfin le maire Louis Brossays explique que, d’après la nouvelle loi sur les attributions des Conseils Généraux, le département doit pourvoir au logement des sous-préfets. Le Conseil Municipal est disposé à faire des réparations à la maison qu’occupe actuellement le sous-préfet [au château], pour qu’elle devienne saine et habitable. Mais il propose aussi de vendre cette maison au département pour qu’il y élève un hôtel. Des devis et estimatifs sont demandés avant toute décision.
17 août 1838 : le maire dit qu’il a fait de vaines démarches pour obtenir, auprès de quelques anciens de la ville, des informations sur l’époque à laquelle est intervenu l’arrêt du Parlement qui a interdit le labourage du Champ de Foire de Béré. Puis il a lu l’acte primitif de vente du Champ de Foire, « aliéné comme bien national », d’où plusieurs membres ont tiré des conclusions tout-à-fait favorables aux prétentions de la commune.
Toujours le 17 août 1838, un nouveau cahier des charges est établi pour l’éclairage de la ville :
L’allumage sera complet une demi-heure après le coucher du soleil
L’éclairage ne durera pas au delà de minuit sauf en ce qui concerne les réverbères placés sur la traverse des grandes routes, où la limite est 2 heures du matin
En temps de lune, tous les réverbères seront allumés une heure avant son coucher
Il n’est rien changé pour l’éclairage sous les halles [vraisemblablement les halles, très sombres, sont éclairées jour et nuit]
L’adjudicataire sera dépositaire des huiles destinées à l’éclairage
Mesureur juré
Ce 17 août 1838 le Conseil vote l’institution d’un « mesureur juré » pour le bois de chauffage, dans le cas où il y aurait discussion entre le vendeur et l’acheteur. Ce mesureur recevra une rétribution de 50 centimes par corde de bois (une corde de bois fait 4 stères, c’est-à-dire 4 m3) et 25 centimes pour les autres cordes pourvu que le mesurage puisse se faire sans interruption à l’égard du même acheteur.
Quelqu’un signale qu’il existe déjà un mesureur juré sur le marché en la personne de l’adjudicataire du pesage et du mesurage publics.
La tour de la Poudrière, à la Porte de la Torche, est en cours de démolition puisque le maire écrit, le 17 août 1838, à messieurs Mulon et Angot, entrepreneurs de travaux publics : « Vous ne remplissez pas vos engagements. Ce soir la voie publique est encore encombrée, les bois provenant de la charpente ne sont point conduits dans le cimetière. Les pierres taillées ont encore été voiturées avec les moellons. La pierre taillée est destinée à être employée à part et la ville éprouverait un grand dommage si elle ne pouvait en disposer quand cela lui conviendra ».
1er septembre 1838 : la Garde Nationale est convoquée à 10 heures précises du matin, devant l’hôtel de la mairie, pour assister au Te deum qui sera chanté en l’église St Nicolas, en action de grâces pour la naissance de son altesse royale le Comte de Paris (titre rétabli par le roi Louis-Philippe pour son petit-fils).
13-14 septembre 1838 : rien n’est inscrit sur le cahier des délibérations du Conseil. Il faut penser que la Foire de Béré s’est déroulée normalement ...!
30 Septembre 1838 : le Président du Tribunal demande que la ville, qui a déjà fait placer une poutre neuve au plancher supérieur de la salle d’audience, fasse en outre remplacer celle qui a été conservée « qui ne paraît pas suffisamment solide malgré les pièces de fer qu’on y a mises récemment ». Le Conseil refuse considérant qu’il n’y a pas de danger imminent.
D’autre part, le Conseil a admis la substitution du terme du 24 juin 1839 à celui du 1er janvier, pour l’affermage de la maison, située sous les halles et appartenant à la ville, qui est occupée par les époux Yvon. « Le terme du 24 juin est l’époque ordinaire des déménagements dans le pays et le plus favorable pour obtenir des prix avantageux ».
Ce 30 septembre 1838 le maire Louis Brossays signale le mauvais état du campanile de l’horloge « qui éprouve des dérangements sensibles dans son aplomb, de nature peut-être à entraîner de graves inconvénients ». Le maire est invité à prendre l’avis d’un homme de l’art « pour prévenir des malheurs ».
Le petit bâtiment servant de poudrière vient d’être démoli pour élargir la rue Tournebride. Des conseillers expriment le vœu que cet élargissement soit prolongé « jusques et y compris le mur formant l’ancien rempart de la ville ».
Quant à la démolition du pan de muraille restant à l’ouest « de la ci-devant porte St Michel », M. Guibourg, « en réitérant la déclaration d’abandon des droits qu’il a à une portion de cette muraille » refuse l’établissement d’un nouveau mur, au compte de la ville, pour clore son terrain.
Cimetière : un conseiller demande que la grille d’entrée du cimetière soit placée dans un endroit autre que celui indiqué sur le plan « par exemple entre deux ormeaux, vis-à-vis la sacristie de Béré, afin de ménager pour point de vue la vieille route du cimetière »
Champ de foire : les recherches entreprises au greffe de la Cour Royale de Rennes pour découvrir l’arrêt du Parlement de Bretagne qui a interdit le labourage du champ de Foire de Béré n’ont pu être continuées à cause des vacances. Toutefois le maire dit qu’on l’a informé de la fondation d’une foire et du jeu de Papegault en 1556 sur la demande du Connétable de Montmorency.
7 fois 9 ou 9 fois 7 ?
7 octobre 1838 : les plans et devis de l’école sont présentés au Conseil Municipal de Châteaubriant . Le coût s’élève à 12 123 francs « ce qui a paru excéder les facultés de la ville dont les revenus, déjà bornés, sont absorbés presque entièrement par des dépenses obligatoires et non susceptibles de réductions ». Le Conseil pense donc qu’on peut différer la construction du mur de la cour ce qui procurera une économie de 1200 francs. Puis il consulte l’architecte pour savoir s’il ne serait pas possible de réduire l’étendue du bâtiment . « Ainsi, au lieu de mettre 9 bancs de 9 élèves chacun, ne pourrait-on mettre que 9 bancs de 7 élèves ou 7 bancs de 9 élèves ? ». L’architecte répond que la dépense en serait peu réduite et qu’il en résulterait une gêne et qu’il n’a porté au devis que les travaux indispensables sans aucune espèce d’ornement.
Un conseiller propose d’élever une mansarde au lieu du premier étage prévu, vu l’insuffisance des moyens pécuniaires. Un autre conseiller fait observer que le département viendra en aide à la ville et que le Ministre de l’Instruction Publique saura apprécier les efforts de la commune et lui accordera un secours proportionnel à ses besoins.
Sur ces observations, le Conseil adopte les plans proposés, sauf le mur de clôture de la cour.
A propos de l’horloge, « l’architecte a inspecté la campanille » et a reconnu que les anciens piliers sont détériorés par le bas et que les pièces de bois qui soutiennent le tout ont éprouvé un déplacement progressif « qui menace d’entraîner la campanille entière si on n’y porte point remède. Il a fourni les plans d’une nouvelle campanille ».
Concernant l’entrée du cimetière, les conseillers discutent longuement. Plusieurs réclament une petite entrée de 1,5 mètre à chaque extrémité et le portail au milieu. D’autres demandent que le portail de fer soit à jours, et placé entre les deux ormeaux pour offrir un point de vue assez agréable, « l’arche de pierre se trouvant vis-à-vis » tandis qu’à l’endroit où on propose de l’établir, près de la maison du fossoyeur, « on n’apercevra qu’un champ informe qu’il convient de dérober à la vue ». Rien n’est encore décidé.
11 novembre 1838 : le Conseil a entendu la lecture d’un exposé de Louis Brossays, maire, touchant la réorganisation de l’école charitable où serait ménagée une classe enfantine pour les 2-7 ans et une classe pour les filles au dessus de 7 ans, et qui deviendrait l’équivalent de la salle d’asile dont le Conseil Municipal n’a pas cru devoir admettre l’institution au mois d’octobre 1837. « Le tout sans accroissement de sacrifices pécuniaires de la part de la ville ». Une commission est formée pour en discuter.
Un conseiller interroge le maire sur les travaux nécessaires à l’élargissement de la Porte de la Torche, sur le projet de pompe à la fontaine de la Vannerie. Un autre insiste « sur la prompte terminaison de la discussion engagée à l’occasion du champ de Foire de Béré où dernièrement encore M. de Boispéan a fait des travaux au mépris de la sommation qui lui a été notifiée de suspendre toute entreprise »
Le maire répond que les vacances de la Cour Royale de Rennes étant finies, il va être procédé à la continuation des recherches entreprises dans les archives du Parlement de Bretagne pour trouver le fameux arrêt qui interdit le labourage du champ de Foire. Il ajoute qu’il a eu l’espoir de trouver quelque chose dans les papiers de famille de M. l’abbé Rollandière, mais que celui-ci a déclaré ne rien possédé qui y soit relatif.
Passeport pour les vagabonds
14 novembre 1838 : ce jour-là (mais la chose s’est produite bien des fois auparavant), dans le registre du courrier de la mairie, on trouve une lettre concernant la surveillance de certains individus. En voici la teneur : « J’ai l’honneur de vous faire connaître que le sieur Besson Henry, vagabond libéré, natif du Mans, département de la Sarthe, en sortant de la maison d’arrêt de cette ville est arrivé à Châteaubriant hier 13 du mois. Cet individu n’ayant aucun moyen d’existence et se trouvant sans travail, m’a demandé à aller travailler à La Ferté Bernard (Sarthe) pensant qu’il pourrait y trouver de l’occupation dans sa profession de charpentier. »
« Comme il convient toujours de se débarrasser de pareil garnement, je me suis empressé de déférer à sa demande en lui délivrant un nouveau passeport. Ainsi que le veulent les instructions, je lui ai remis le certificat constatant sa libération, en marge du passeport qu’il avait reçu au Mans le 25 octobre dernier »
[ Il s’agit d’individus libérés, mais soumis à la surveillance et qui doivent passer dans les mairies pour se faire établir un visa. Leur arrivée et leur départ sont régulièrement signalés de mairie en mairie ]
18 novembre 1838 : le Président du Tribunal est arrivé à ses fins. Malgré le refus du 30 septembre dernier, et sur rapport de M. Lesage qui est à la fois Conseiller Municipal et Procureur du Roi, le Conseil Municipal de Châteaubriant vote le crédit nécessaire pour payer la moitié des frais de rédaction d’un devis qui fera connaître le montant des frais qu’entraînerait le remplacement de la poutre septentrionale de la salle d’audience du Tribunal. Ce dernier s’engage sur ses fonds propres à payer l’autre moitié du devis, et à partager, avec la ville, les frais de remplacement de la poutre.
Le Conseil vote un crédit de 50 francs pour installer, sur un poteau de fer, le réverbère de la Porte de la Torche, maintenant que le bâtiment de la Poudrière a été démoli.
Le bail d’adjudication des boues de la ville arrivant à expiration, le Conseil Municipal décide de le renouveler en y ajoutant l’escalier de la ruelle de la Coquerie, le tour de l’église St Nicolas et la rue Neuve. Un conseiller demande que le chemin de la Vannerie soit compris dans ce balayage.
Il lui est répondu que, étant macadamisé, le balayage y occasionnerait des dégradations. Finalement, il est décidé que le nettoyage du chemin « se fera exclusivement avec le rouable ou autre ustensile analogue » [ le rouable est un râteau analogue à celui qui sert à ramasser le sel des salines ].
Une longue discussion s’engage entre les conseillers autour de l’idée de faire faire le balayage par les habitants « comme cela se pratique dans beaucoup de villes » : les habitants, qui ne profitent pas de son produit, l’amoncèlent sur une partie désignée du pavé où le préposé au balayage le prend pour le transporter dans son tombereau. L’idée ne paraissant pas mûre est renvoyée à la session de mai prochain.
18 novembre 1838 : L’adjoint au maire fait un exposé relativement au moyen de désencombrer les halles et les abords les jours de marché, « afin de prévenir les accidents que peuvent occasionner les charrettes et les bêtes de somme qui traversent la foule ».
Il propose d’interdire d’établir des étalages de marchands sous les halles. Ou bien, en maintenant les étalages, de transférer le marché des menues denrées sur la place St Nicolas. Plusieurs conseillers repoussent cette dernière idée « à raison du tort qu’éprouveraient les locataires des maisons voisines de la halle et de la dépréciation qui frapperait la propriété des mêmes maisons ».
D’autres conseillers signalent qu’en réduisant les étalages sous les halles, on réduirait les revenus déjà trop faibles de la caisse municipale et on nuirait au commerce de ces mêmes marchands qui, pour la plupart, habitent des quartiers isolés.
Une épreuve par assis et levé constate le rejet, à la presque unanimité, de la proposition de l’adjoint, M. Biolay.
Un conseiller revient à la charge. Il demande que, le mercredi, la place de la Pompe soit complètement débarrassée des échoppes des marchands « afin d’installer à leur place le marché aux poulets et au gibier ». Proposition rejetée.
Un autre conseiller propose de faire barrer, de 10 heures le matin, à 2 heures du soir, au moyen de chaînes en fer fixées à des poteaux, les abords de la halle :
1) à l’angle de la Rue du Pélican (nouveau nom de la rue de la ruette),
2) à pareille distance vers la rue de Couëré,
3) au bas de la rue Saint Nicolas à l’entrée de la « Rue de Quenillette ».
Projet rejeté aussi . Ah c’est pas facile !
Un conseiller attire l’attention sur « l’accaparement du gibier par les marchands étrangers qui vont s’arrêter jusqu’au bout des faux-bourgs » . Le maire répond qu’il n’a qu’un seul agent de police et que la Gendarmerie ne croit pas pouvoir se charger de ce soin, qu’il lui est donc bien difficile d’y apporter remède !
Et revoilà l’horloge : pour le remplacement de « la campanille de l’horloge », l’architecte a été interrogé pour savoir si le dôme « qui a éprouvé un mouvement sensible » offre assez de solidité pour établir « la nouvelle campanille ou lanternon en fer, en remplacement de la charpente actuelle en fer, recouverte de plomb ».
L’architecte répond qu’avec des cercles de fer liant les chevrons, « il y avait l’espoir de tout maintenir sans pouvoir cependant rien garantir ». Devant cette réponse ambiguë, une commission municipale est chargée de réexaminer la situation avec l’architecte « en raison de l’inconvénient qu’il y aurait à adopter un parti avec précipitation ».
« Pour diminuer la pesanteur un conseiller propose de remplacer la campanille en fer par une campanille en bois que l’on revêtirait de plomb après l’avoir peinte à plusieurs couches. Un autre propose d’employer des fers creux au lieu de fers pleins. Ces deux observations sont accueillies comme de simples conversations. »
Ecole charitable : le Conseil discute de sa réorganisation « embrassant à la fois, sous le nom d’école charitable, les attributions de la charité pour les pauvres, et l’instruction pour les jeunes filles » . Il est proposé d’y affecter, dans une proportion quelconque, des revenus au profit du bureau de bienfaisance d’une part, et de l’école gratuite d’autre part. Mais le Conseil ne décide rien dans l’attente de précisions des membres du bureau de bienfaisance.
2 décembre 1838 : le problème du marché à Châteaubriant, déjà abordé le 18 novembre 1838, n’est pas réglé. Une pétition émanant de plusieurs habitants de la Place de la Pompe demande au Conseil Municipal, réuni sous la direction de Louis Brossays, maire :
soit la suppression de toute boutique d’étalage sur cette place
soit l’interdiction d’établir des tentures au dessus des boutiques qui pourraient y être maintenues
Un conseiller propose « la suppression complette des étalages à cause de l’exiguïté de la place entourée de boutiques ». La proposition est soumis à l’épreuve par assis et levé et rejetée à l’unanimité moins deux voix. En revanche il est accepté de ne conserver que des étalages sans tenture.
Une autre pétition, émanant cette fois de plusieurs habitants du faux-bourg de Béré, demande le concours de la caisse municipale pour terminer la réparation du chemin descendant de la Route de Rennes au Champ de Foire. Accordé.
A propos du campanile de l’horloge, il est proposé « de descendre, en prenant les précautions convenables, tout ce qui est au dessus de la couverture plombée du petit dôme sous lequel est fixé le timbre de l’horloge, et de boucher, avec une calotte métallique, le trou qui, par là, se trouvera exister ». Mais la commission des travaux propose de surseoir jusqu’au mois de mai à toute exécution, « afin de s’assurer si, pendant l’hyver, il ne surviendra pas de nouveaux dérangements graves dans l’aplomb de la charpente du dôme, et, s’il s’en manifestait, afin d’y remédier, pour obtenir un tout solide et des garanties de durée »
L’école charitable
A propos de l’école charitable, les membres du Conseil d’Administration rappellent qu’elle a été fondée le 20 octobre 1716. Ils font valoir que tous les biens et rentes attachés à cette maison « sont sans partage et exclusivement la propriété du bureau de bienfaisance proprement dit » sauf peut-être en ce qui concerne la maison située rue de la Porte Neuve, comprise dans le testament de Mlle Besnard du 10 avril 1836, exprimant « qu’elle a été par elle donnée pour l’instruction de la jeunesse, c’est-à-dire pour servir de succursale à la maison principale comme emplacement des classes ».
Quant à la maison principale suivant le voeu de son fondateur clairement exprimé dans l’acte du 20 octobre 1716, elle doit être réservée « pour servir à perpétuité de résidence gratuite aux filles dévotes chargées de l’accomplissement des vues de son fondateur, et qu’elle doit continuer à être le siège de l’établissement d’humanité qu’il a créé ». Ce rappel est motivé par les projets qui sont agités au Conseil Municipal :
En effet, le maire entretient l’assemblée de l’urgence de se prononcer relativement à l’établissement d’un hôtel permanent de sous-préfecture « pour être maintenue dans la prérogative de demeurer chef-lieu d’arrondissement, en cas de nouvelle division territoriale ». Le maire propose d’établir l’hôtel de la sous-préfecture dans la maison de l’école charitable dont l’établissement serait transféré dans la portion du château occupée par le Sous-Préfet.
M. Guibourg fait remarquer que cette translation est tout-à-fait impraticable :
1.- « parce que l’acte de fondation du 20 octobre 1716 y oppose un obstacle insurmontable qui ne peut être franchi sans irriter les esprits et sans tarir la source des bienfaits qui ne peut être féconde qu’à l’ombre de la stabilité »
2.- parce que, pour transformer l’école charitable en hôtel de la sous-préfecture, « il faudrait s’imposer une grande dépense pour convertir en habitation convenable pour le premier magistrat de l’arrondissement et pour l’établissement des bureaux et des archives, la maison de l’école charitable qui d’ailleurs, dépourvue d’écurie et de remise, n’ayant qu’une cour étroite d’un accès difficile, à travers un couloir resserré interdit aux voitures, ne peut offrir rien que d’incomplet et d’incommode »
M. Guibourg dit qu’il faut s’occuper de préparer un hôtel de la sous-préfecture dans le château que la ville a acheté dans l’intention d’y rassembler successivement les autorités ainsi que les administrations du chef-lieu « et qui déjà renferme les prisons, la Gendarmerie, le Tribunal, l ’école d’enseignement mutuel, et de plus, dans un pavillon caduc auquel sont attachées de belles dépendances, la sous-préfecture qui devrait y être définitivement fixée ».
Il ajoute que la démolition des ruines actuelles « faite avec intelligence » fournirait une masse énorme d’excellents matériaux et que ces ruines pourraient être remplacées par un édifice et des accessoires conformes à leur destination.
14 décembre 1838 : la proposition d’échanger les logements du Sous-Préfet et des Dames de Chavagnes (école charitable) a sans doute fait du bruit car le maire, Brossays, dit qu’il ne s’agissait pas d’une proposition formelle de sa part mais « de paroles hypothétiques ». Il demande d’ailleurs publier une mise au point dans le compte-rendu du Conseil en disant : « me taire serait reconnaître comme vrais tous les bruits malveillants répandus sur mon mauvais vouloir contre les Dames de Chavagnes dont je provoquerais le départ dans le double but de nuire à ces institutrices, aux familles qu’elles instruisent et à la classe ouvrière qui retire de cet établissement un travail considérable ».
14 décembre 1838 : le riverain, à l’Est de l’hôtel du Boisdulier se propose de faire des réparations à sa maison et d’en faire autant au mur oriental de cet hôtel. Le Conseil accepte mais impose des conditions : le riverain « placera et entretiendra les gouttières nécessaires à l’écoulement des eaux pluviales. S’il en est besoin, il établira un conduit souterrain à l’épreuve des infiltrations pour le passage des eaux auxquelles cette rue actuelle donne issue, sans que cette ruelle, convertie en canal, puisse recevoir la décharge d’aucune fosse d’aisance, ne devant servir dorénavant que pour les eaux de gouttières ». Le Conseil prend à sa charge les frais d’établissement d’un cabinet et d’une fosse de latrines dans la cour de l’hôtel du Boisdulier en remplacement du cabinet de latrines qui se dégage actuellement dans la ruelle. C’est nettement un progrès pour l’hygiène publique.
Intempérance ?
Une délibération du Conseil Municipal de Moisdon, en date du 4 décembre 1838, tend à obtenir trois foires nouvelles : les premiers mardis des mois d’avril, août et novembre. Le Conseil Municipal de Châteaubriant s’y oppose, considérant que « la commune de Moisdon est déjà dotée d’une foire ancienne et renommée qui se tient chaque année le premier juin, que cette commune est assez voisine de Châteaubriant où il y a chaque mercredi un marché aux bestiaux comparable par son importance à beaucoup de foires des environs, et où conduit une route magnifique. Un nouvel accroissement du nombre des foires, loin de favoriser le commerce des bestiaux, ne pourrait que lui nuire ». Il évoque « les trop fréquentes occasions d’intempérance déjà offertes aux cultivateurs »
L’année 1838 s’achève. En France elle a été relativement paisible mis à part quelques regroupements opportunistes au Parlement qui ne troublent guère l’ordre social et international. La France affermit ses conquêtes en Algérie et construit routes et fortins.
Le prince de Talleyrand est mort le 17 février 1838, à 84 ans, après avoir été député aux Etats Généraux, Président de l’Assemblée Nationale en 1790, chef du Clergé Constitutionnel, Ambassadeur en Angleterre, Ministre des relations extérieures du temps du Directoire, puis sous le Consulat, Grand Chambellan sous l’Empire, Président du Conseil des Ministres sous Louis XVIII, Ambassadeur de Louis-Philippe et on en passe ! Un exemple remarquable d’opportunisme, de diplomatie et de longévité politique !