Source: https://www.courdecassation.fr/jurisprudence_2/arrets_publies_2986/chambre_commerciale_financiere_economique_3172/2019_9124/juin_9307/597_26_43062.html
Timestamp: 2020-08-04 14:30:07+00:00
Document Index: 167969440

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Arrêt n°597 du 26 juin 2019 (17-30.970) - Cour de cassation - Chambre commerciale, financière et économique - ECLI:FR:CCASS:2019:CO00597 | Cour de cassation
>Arrêt n°597 du 26 juin 2019 (17-30.970) - Cour de cassation - Chambre commerciale, financière et économique - ECLI:FR:CCASS:2019:CO00597
Le contrat de construction navale par lequel un Etat étranger passe commande de sous-marins à un consortium international, composé notamment d’une société française chargée de fournir la section avant des navires, s’analyse en contrat de vente à livrer.
Le contrat par lequel une entreprise publique, s’étant vu confier une partie des travaux par le vendeur et maître de l’ouvrage, confie l’exécution de prestations sur les sous-marins à une autre société, laquelle est ainsi sous-traitante directe d’un marché passé par une entreprise publique, relève des dispositions du titre II de la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975, et non de celles du titre III de cette loi, de sorte que ladite entreprise publique n’est pas tenue de fournir une caution en application des dispositions de l’article 14 de cette loi.
Demandeur(s) : Société Constructions mécaniques de Normandie (CMN), société anonyme
Défendeur(s) : Société Naval group, société anonyme
Statuant tant sur le pourvoi principal formé par la société Constructions mécaniques de Normandie que sur le pourvoi incident relevé par la société Naval group ;
Attendu, selon l’arrêt attaqué, que par contrat du 5 juin 2002 la Malaisie a passé commande de deux sous-marins de type « Scorpene » auprès d’un consortium international (le groupement) composé de la société de droit espagnol Izar, la société malaise Perimekar et la société DCN International (la société DCNI), qui a pour activité essentielle la négociation d’accords de groupement avec des constructeurs étrangers afin d’exporter la production militaire navale française ; que celle-ci était chargée de fournir la section avant des deux sous-marins, la société Izar devant produire la section arrière de ces bâtiments ; que la société DCNI a confié à la société Direction des constructions navales (la société DCN) une partie des travaux de construction et d’assemblage dont elle était chargée ; qu’à cette fin, la société DCN et la société Constructions mécaniques de Normandie (la société CMN) ont conclu, le 25 juin 2004, un accord-cadre puis, le 14 mars 2005, un contrat par lequel la première a confié à la seconde l’exécution de prestations sur les deux sous-marins ; que la société CMN l’ayant assignée en annulation du contrat du 14 mars 2005 et paiement des travaux réalisés, la société DCN, devenue la société DCN systèmes et services (la société DCNS) puis la société Naval group, a demandé reconventionnellement la réparation du préjudice subi en raison de manquements contractuels reprochés à son sous-traitant ;
Attendu que la société CMN fait grief à l’arrêt de rejeter sa demande tendant à l’annulation du contrat de sous-traitance du 14 mars 2005 alors, selon le moyen :
1°/ que pour les marchés qui ne sont pas passés par l’État, les collectivités locales, les établissements publics ou les entreprises publiques, l’entrepreneur principal est tenu de fournir caution ou délégation du maître d’ouvrage en garantie des sommes dues à son sous-traitant ; qu’à défaut, le contrat de sous-traitance est nul ; qu’en l’espèce, la cour d’appel a elle-même retenu que le marché passé par l’État malais désignait ce dernier comme maître de l’ouvrage ; que l’État malais ne se confondant ni à l’État français, ni à une collectivité locale, ni à un établissement ou entreprise public, il en résultait que la société DCNS, entrepreneur principal de la société CMN à son égard, était tenue de lui fournir caution ou délégation de paiement ; qu’en décidant le contraire, la cour d’appel a violé les articles 4, 11 et 14 de la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975, dans leur rédaction applicable en l’espèce ;
2°/ que s’agissant même des marchés passés par l’État, les collectivités locales, les établissements publics ou les entreprises publiques, le sous-traitant qui confie à un autre l’exécution d’une partie du marché dont il est chargé est tenu de lui fournir une caution ou une délégation du maître de l’ouvrage en garantie de ses paiements ; qu’il importe peu à cet égard que ce sous-traitant de premier rang, entrepreneur principal à l’égard de son propre sous-traitant, soit lui-même une entreprise publique ; qu’en décidant en l’espèce que la société DCNS, bien que sous-traitante du marché passé par l’État malais, n’avait pas, dès lors qu’elle était une entreprise publique, à fournir de garantie de paiement à la société CMN, qui était sous-traitante de second rang, la cour d’appel a violé les articles 6 et 14 de la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 ;
Mais attendu que le contrat conclu entre la Malaisie et le groupement est un contrat de construction navale qui s’analyse en un contrat de vente à livrer ; que la société DCNS, entreprise publique, s’étant vue confier par la société DCNI, vendeur et maître de l’ouvrage, la construction des parties avant des deux sous-marins destinés à la Malaisie, l’acheteur, n’a pas contracté directement avec cette dernière et a, en qualité d’entrepreneur principal, sous-traité à la société CMN une partie du marché ; que la société CMN étant ainsi sous-traitante directe d’un marché passé par une entreprise publique, la société DCNS, le contrat du 14 mars 2005 relevait des dispositions du titre II de la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975, et non de celles du titre III de cette loi ; qu’en conséquence, la société DCNS n’était pas tenue de fournir une caution en application des dispositions de l’article 14 de cette loi ; que par ces motifs de pur droit, substitués, après avertissement délivré aux parties, à ceux critiqués, l’arrêt se trouve justifié ; que le moyen n’est pas fondé ;
Sur les deuxième et troisième moyens du pourvoi principal et le moyen unique du pourvoi incident :
Vu les articles 4 et 455 du code de procédure civile, et l’article 1153-1, devenu 1231-7, du code civil ;
Attendu que l’arrêt condamne la société CMN à payer à la société DCNS la somme de 1 177 059,60 euros TTC, avec intérêts au taux légal à compter du 14 septembre 2011 sur la somme de 780 787 euros et du 13 mai 2015 pour le surplus ;
Qu’en se déterminant ainsi, sans préciser à quoi correspondait le montant de 780 787 euros quand la société DCNS demandait la condamnation de son sous-traitant à lui payer, compte tenu d’un règlement de 245 500 euros effectué par la société CMN en exécution du jugement du 22 février 2016, la somme de 882 399,60 euros TTC avec intérêts légaux sur la somme de 980 883 euros HT à compter du 14 septembre 2011 jusqu’au 22 février 2016 puis sur 735 333 euros HT à compter de cette date, la cour d’appel a privé sa décision de base légale ;
CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce que, infirmant le jugement du 22 février 2016, il condamne la société Constructions mécaniques de Normandie à payer à la société DCNS, devenue la société Naval group, la somme de 1 177 059,60 euros TTC, au titre du trop-perçu, avec intérêts au taux légal à compter du 14 septembre 2011 sur la somme de 780 787 euros et du 13 mai 2015 pour le surplus, et dit que les intérêts dus pour au moins une année entière produiront eux-mêmes intérêts au taux légal à compter du 2 septembre 2016, en application de l’article 1343-2 nouveau du code civil, l’arrêt rendu le 11 octobre 2017, entre les parties, par la cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, sur ces points, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Paris, autrement composée ;
Président : M.Réméry, conseiller doyen faisant fonction de président
Avocat (s) : SCP Rocheteau et Uzan-Sarano - SCP Thouvenin, Coudray et Grévy