Source: http://fauquiermichel.chez-alice.fr/publications/missions-ecole.htm
Timestamp: 2020-07-07 23:24:43+00:00
Document Index: 64150714

Matched Legal Cases: ['§3', '§ 1', '§ 1', '§ 2', '§ 1', '§ 1', '§ 1', '§ 1', '§ 1', '§ 1', '§ 1']

Les missions de l'école catholique
Depuis 1959 et la loi Debré (annexe 1), le législateur reconnaît qu’il est un devoir pour l’Etat d’ « aider [les écoles privées] et surtout aider leurs maîtres dont l’effort est utile à la collectivité » et il dit clairement que ce qu’il reconnaît ainsi comme un service public est majoritairement le fait de « la religion catholique », — seule confession citée par le ministre —, en tant qu’elle « répond aux désirs de nombreuses familles » : on peut d’ailleurs se poser la question de savoir comment le même législateur réagira s’il prend acte un jour du rééquilibrage confessionnel dont notre société est le cadre et le témoin. L’Eglise catholique, quant à elle estime que sa « présence (…) dans le domaine scolaire se manifeste à un titre particulier par l’école catholique ». Le texte latin de la Déclaration Gravissimum educationis momentum (annexe 2) du second concile du Vatican, d’où cette citation est extraite, dit plus précisément : « ratione peculiari » [1] : or c’est parce qu’il existe une raison que l’on peut parler de « mission », et non d’un simple service rendu par l’Eglise catholique, ce que semble supposer le texte de la loi Debré. D’ailleurs, le texte conciliaire, après avoir rappelé ce que l’école catholique a de commun avec toutes les écoles[2], précise ce qu’elle a de « propre » et qui est « de créer (…) une atmosphère animée d’un esprit évangélique de liberté et de charité, d’aider les adolescents à développer leur personnalité en faisant en même temps croître cette créature nouvelle qu’ils sont devenus par le baptême, et finalement d’ordonner toute la culture humaine à l’annonce du salut de telle sorte que la connaissance graduelle que les élèves acquièrent du monde, de la vie et de l’homme, soit illuminée par la foi » (GEM, 8 : annexe 2).
Une lecture même rapide de ce passage, et sa mise en parallèle avec le texte de la loi Debré, pourtant particulièrement bienveillant, fait apparaître quelles difficultés pose le fonctionnement d’une telle école dans un environnement qui ne considère pas la foi comme un bien commun mais, au mieux, reconnaît comme légitime la possibilité pour un groupe de se recommander de la foi catholique. A vrai, dire, la situation française est encore plus complexe, car le désaccord existe au sein même de l’institution comme le laisse transparaître la forme de la résolution adoptée lors des assises de l’enseignement catholique[3] : au lieu d’exprimer une orientation claire et unanime fondée sur une adhésion au message de l’Eglise (annexe 3), cette résolution donne la furieuse impression d’un collage de propositions et expressions mal accordées, dont la profondeur n’est pas toujours facile à saisir à la première lecture[4] et l’orthodoxie mal assurée[5]. Ce désaccord explique que divers types d’écoles se revendiquent comme étant catholiques, sans être pour autant dans les structures administratives de l’Eglise, situation que la loi Debré avait d’ailleurs prévu.
Avant de réfléchir sur les missions de l’école catholique, il convient donc de définir ce que l’on peut entendre par « école » et « catholique ». Pour ce qui est de l’école, notre propos englobe l’ensemble des structures où est dispensée une instruction, depuis l’école primaire jusqu’à l’enseignement supérieur (Universités, Ecoles supérieures et Instituts) en passant par l’enseignement secondaire.
Pour ce qui est de la catholicité, seul le Magistère de l’Eglise est habilité à la définir officiellement : les textes portant sur cette question sont d’ailleurs très peu nombreux et la tâche en est d’autant simplifiée. Rappelons-les pour mémoire : la déclaration déjà citée du second concile du Vatican, les chapitres du code de droit canonique portant sur l’éducation catholique[6] (annexe 4), et enfin, la Constitution apostolique Nata Corde donnée le 15 août 1990 par S.S. le pape Jean-Paul II et qui porte sur les Universités catholiques (annexe 5). Il existe bien sûr de nombreux autres textes, entre autres issus des conférences épiscopales nationales et des ordinaires de chaque diocèse, mais rares sont ceux qui se révèlent déterminants pour la question qui nous intéresse, soit parce qu’ils ne l’abordent que parmi de nombreux autres sujets, soit parce qu’ils reprennent pour l’essentiel les textes déjà cités. Parmi ces documents, un est toutefois particulièrement important : le statut de l’enseignement catholique[7] (annexe 6) qui fait lui-même largement allusion à un autre document important de la Congrégation pour l’éducation catholique sur la dimension religieuse de l’éducation dans l’école catholique[8]. Il importe toutefois d’ajouter à ces documents un passage décisif de l’encyclique Christifideles laïci (annexe 7), qui définit les critères d’ecclésialité des « associations de laïcs », une école pouvant prendre cette forme : ce document, sans rien changer aux règles canoniques qui définissent strictement ce qu’est une école catholique, apporte une nuance de taille en reconnaissant la valeur ecclésiale du travail effectué en dehors des structures officielles de l’enseignement catholique. Sur le plan strictement canonique, une école ne peut se dire catholique que si elle a reçu pour ce faire le « consentement de l’autorité ecclésiastique compétente » (canon 803 §3 : annexe 4), qui est le plus souvent l’évêque ou le supérieur d’Ordre. Dans le second cas, la valeur ecclésiale du travail effectué dans des écoles n’ayant pas reçu ou demandé le label catholique, se mesure au respect de critères qui sont au nombre de cinq et qui portent respectivement sur : la sanctification, la profession de la foi catholique, la communion avec les pasteurs de l’Eglise catholique, la participation à l’évangélisation et l’inscription dans la ligne de la doctrine sociale de l’Eglise. Ce sont ces deux types d’écoles qui sont concernés par notre propos d’aujourd’hui : il ne nous appartient en effet pas de faire le tri entre ces différentes structures dont la validité est reconnue à des titres divers par le Magistère de l’Eglise et qui, chacune à sa façon, remplit la même mission.
Notre intention est autre et porte précisément sur cette mission dont notre ambition est de montrer qu’elle est vitale pour des nations dont les références fondamentales, qu’elles le veuillent ou non, sont encore pour une part prépondérante inspirées par l’esprit évangélique : si cela ne nous apparaît plus nettement c’est parce que, d’une certaine façon, le christianisme a gagné son pari, en habitant tellement intimement nos façons de faire et de voir que nous en avons oublié la source lointaine. Toutefois, le point atteint n’est pas définitif et certainement pas parfait du point de vue du christianisme, par ailleurs, reculer pour effacer cet héritage est possible et ce processus est peut-être déjà assez avancé. Le postulat sur lequel repose l’analyse qui suit est que ce processus n’est pas bon pour la société elle-même et que la prétendue libération dont elle serait alors censé bénéficier si elle menait ce processus à son terme est un leurre : une société ne peut en effet vivre longtemps sans s’accorder sur la vision qu’elle a d’elle-même et donc de l’homme, en d’autres termes, elle ne peut continuer d’exister sans un humanisme auquel se rattacher. Le christianisme est encore implicitement cet humanisme dont nos sociétés occidentales se recommandent, ou du moins vis-à-vis duquel elles se positionnent. Il existe certes d’autres humanismes, mais ils produisent d’autres sociétés et nous cesserions d’être nous-mêmes en les adoptant, et prétendre bâtir une société en prenant de chaque humanisme ce qu’il a de meilleur, reviendrait à dire qu’on peut résoudre un problème en employant des logiques différentes : le suicide et le non-sens n’étant pas des projets mais des échecs on ne peut prétendre bâtir une société dessus. Derrière l’enjeu que représente la définition de la mission de l’école catholique, il y a donc bien plus que la reconnaissance d’un fait social.
Pour comprendre cette mission, on se propose d’une part de définir ce qu’elle a de propre, pour d’autre part réfléchir sur ce que l’école catholique peut apporter à la nation.
1 : le propre de l’école catholique
1.1 : un débat irréel : la question du caractère propre.
On le sait, c’est la Loi de Debré — laquelle a défini le cadre général dans lequel évolue l’école privée sous contrat[9] —, qui, faute de mieux et d’ailleurs légitimement, a forgé cette expression de « caractère propre » (annexe 1). En effet, on l’oublie parfois, l’école catholique n’est pas la seule concernée par les contrats avec l’Etat, même si le ministre pensait avant tout à elle.
Ce qu’il y a de curieux, ce n’est donc pas l’expression en elle-même, mais le débat qu’elle a provoqué au sein de l’école catholique, preuve d’un certain désarroi qui frappa ses dirigeants d’alors et n’a fait qu’enfler depuis. Car enfin, si le propre d’un camembert est d’être un fromage et celui d’un avion de voler comment peut-on croire que le propre de l’école catholique puisse être autre chose que d’être catholique, puisqu’elle n’est pas la seule école en France ? Cette évidence est loin de s’imposer à tous, et quand on fait l’état des qualificatifs avancés par les directeurs des établissements catholiques pour caractériser leur école, on s’aperçoit que celui de la catholicité — quand il apparaît nettement et de façon non artificielle —, arrive loin derrière des arguments dont on ne saisit pas en quoi ils définissent un caractère propre, à moins de se faire une image fantasmagorique, et d’ailleurs insultante, de l’école publique : ainsi évoque-t-on tour à tour l’intérêt porté aux élèves, l’ouverture, le sérieux du suivi pédagogique et disciplinaire etc. Faut-il en déduire que l’enseignement public s’intéresse à tout sauf aux élèves, est fermé aux autres et peu fiable ?
Le rappel de cette inconséquence pourrait paraître superflu si celle-ci n’avait pas des conséquences plus graves qu’on ne l’imagine parfois pour notre propos. En effet, en ne donnant pas une image juste de ce qu’elle est par nature, l’école catholique trompe pour ainsi dire ceux avec lesquels elle entre en dialogue : les élèves au premier chef, les parents ensuite, la société civile enfin. Bien évidemment quand on parle de tromperie, il ne s’agit pas ici de malhonnêteté, mais plutôt de manque de courage. Ceci explique un nombre considérable de désillusions, génératrices de frustrations, dont on ne mesure pas assez l’importance et qui frappent autant ceux qui sont entrés dans l’école catholique par conviction que ceux qui y sont venus par étourderie. Par ailleurs, cette absence d’affirmation sereine de soi, explique la difficulté des relations avec l’enseignement public qui ne voit dans l’enseignement privé — réduit symptomatiquement à l’école catholique — qu’une école pour privilégiés. Qu’il me soit permis à ce propos, de rappeler que cette situation de fait, dont se contente certainement une part des établissements catholiques et de ses cadres, est le produit du statut d’apartheid que subit l’enseignement catholique en France et non celui de sa volonté profonde : une histoire, même rapide, de l’enseignement en France, permettra de s’en convaincre[10].
1.2 : faire régner une « atmosphère animée d’esprit évangélique ».
Le Christ lui-même n’a proposé d’autre moyen pour constater la vérité des actes que de regarder ceux qui les posent et d’en observer les fruits : « venez » dit-il (Mt, 4, 19), c’est-à-dire, constatez par vous-mêmes.
Ce qui devrait donc caractériser un établissement catholique et ce qui constitue donc une part de sa mission, c’est d’être un espace où la règle de vie est celle de l’Evangile. Pas un Evangile mou qui refuserait d’exercer la justice, ni un Evangile dur qui ne se nourrirait que de doctrine, mais un Evangile vécu qui cherche toujours ce qui fera grandir l’interlocuteur sans lui mentir sur ce qu’il est, a fait ou a omis de faire.
En cela, la mission de l’école catholique est de réfléchir à des manières différentes de définir et d’appliquer les règles de vie en son sein, règles conçues comme préparatoires à la vie en société, vis-à-vis de laquelle il ne faut entretenir ni naïveté ni peur : de telles écoles existent, preuve que cela est possible, mais il faudrait que le carcan administratif ne les contraigne pas à rentrer dans un rang qui, par nature ne convient pas à l’école, du moins si elle entend vraiment se mettre au service de chaque élève comme on l’entend proclamer partout… y compris par ceux qui multiplient les règlements ! On devrait donc s’apercevoir qu’on est dans un établissement catholique du simple fait de l’ambiance qui y règne, ce que le second concile du Vatican exprime, on l’a vu, en évoquant « une atmosphère animée d’un esprit évangélique de liberté et de charité » (annexe 2)[11].
Autre conséquence de cette mission, l’école catholique doit avoir la volonté de s’ouvrir principalement à ceux qui ont besoin de son secours pour être enseignés, ce que veut certainement dire la quatrième « voie » proposée de façon truculente (« une école sans murs ») par la résolution de l’enseignement catholique français (annexe 3), et ce qu’indique clairement le second concile du Vatican quand il demande que les écoles catholiques « brillent moins par le nombre que par la valeur de l'enseignement, et que l'accès en soit facilité aux étudiants qui donnent davantage d'espérances, même s'ils sont de condition modeste, et surtout à ceux qui viennent des jeunes nations » (annexe 2). Dans le cas français, cela suppose l’accession des établissements privés à une véritable indépendance budgétaire… ce qui est loin d’être le cas !
1.3 : annoncer Jésus-Christ
Mais cela ne s’arrête pas là et l’école catholique ne peut se limiter à offrir une atmosphère, aussi bonne soit-elle, et à ouvrir aussi largement que possible ses portes, car sa mission est commandée par la destination ultime fixée à chaque homme par Dieu et qui se fonde dans le baptême.
L’autre composante particulière de la mission de l’école catholique est donc de préparer chacun à découvrir, accepter et réaliser sa vocation, étant entendu que c’est le propre de l’école catholique que d’envisager la réalisation pleine et entière de l’homme dans le cadre d’un appel que Dieu adresse à chacun. L’école catholique a donc pour mission éminente d’aider chacun des élèves et étudiants qui lui sont confiés à progresser dans la compréhension du mystère de ce qu’il est et de ce à quoi il est appelé par Dieu : cela exige du discernement et plus précisément ce que la Règle de saint Benoît appelle la discretio, c’est-à-dire le sens de ce qu’il faut faire, du moment où il faut le faire et de la façon de le faire. Il ne s’agit pas d’un suivi psychologique, ni même d’une étude d’un plan de carrière comme pourraient le faire des cabinets spécialisés ou des services d’orientation : en entrant dans cette démarche, l’élève ou l’étudiant n’est en effet invité ni à se centrer sur lui-même ni à se projeter dans l’avenir, mais au contraire à se préparer à entendre l’appel personnel que Dieu lui réserve et qui se révélera à lui de façon unique.
De ce fait même, vis-à-vis de ceux qui ne sont pas baptisés — et qu’elle peut légitimement accueillir en son sein en vertu de sa mission d’évangélisation —, l’école catholique se doit d’annoncer activement mais respectueusement Jésus-Christ en suivant le modèle de son maître : refus de se taire, refus de contraindre. Il s’agit là d’un devoir impérieux qu’un prétendu respect des consciences mal compris ne saurait éteindre : si l’école catholique croit vraiment à sa mission, elle ne peut taire le nom de Celui qui est sa seule raison d’être. Ceux qui prétendrait lui imposer un tel silence, au nom du respect des consciences, se trompent sur ce qu’est le respect et sur ce qu’est la conscience, sans compter qu’ils contredisent la lettre même de la loi Debré qui rappelle fort justement qu’ « Il ne suffit pas, pour qu’une liberté existe, qu’elle soit inscrite dans des textes ; il faut surtout qu’elle puisse s’exprimer et que son expression soit garantie » (annexe 1).
2 : école catholique et société française
2.1 : une émulation ?
On pourrait très bien trouver à l’école catholique l’intérêt principal, voir unique, d’être une source d’émulation pour les autres écoles. C’est un peu la position du courant dit libéral, dont la doctrine pourrait être résumée par l’adage olympique : « que le meilleur gagne ». On entend parfois cet argument, d’ailleurs repris — sous couvert d’anonymat — par les inspecteurs et pédagogues de l’enseignement public qui, sans vraiment l’avouer, ont largement puisé ces dernières années dans le vivier des expériences innovantes menées en nombre dans les établissements catholiques quitte à les déformer jusqu’à les vider de leur contenu[12]. On a ainsi entendu bien des voix demander pourquoi l’école publique n’était pas capable de mettre en forme des résolutions du type de celle prise en décembre 2001 par les assises de l’enseignement catholique. On a aussi regretté naguère la lourdeur de la structure à laquelle sont intégrés les établissements publics, comparée au mammouth que l’on sait par le poète que l’on sait. Soit ! Chacun se fera l’avis qu’il voudra sur ces choses.
Mais enfin, l’essentiel est-il bien là ? L’enseignement catholique ne doit-il exister qu’à la façon du scrupule dans la galiga du légionnaire romain, ou, si l’on préfère comme un aiguillon piqué dans les reins des autres écoles ? Il me semble que l’argument est tout aussi vain que celui déjà évoqué plus haut, selon lequel l’école catholique ferait mieux que les autres ce qui n’est pas son propre mais celui de toute école. On ne voit en effet pas pourquoi une émulation interne — et certainement existe-t-elle déjà — à l’enseignement public ne pourrait pas être mise en place, rendant la concurrence catholique vide de sens. Les projets de régionalisation des services publics, que se prépare à mettre en oeuvre l’actuel gouvernement de M. Jean-Pierre Raffarin, portent cette possibilité en germe, et on sait que la régionalisation de l’enseignement ainsi que la récompense des établissements et des enseignants selon leur mérite, est vivement souhaitée par l’aile libérale de la majorité du Premier Ministre : c’est entre autres, un projet régulièrement appelé de ses voeux par M. Alain Madelin.
Tant qu’on en restera à ce stade, le seul argument capable de départager les écoles sera le taux de réussite aux examens et concours, c’est-à-dire un argument de vente, auquel l’enseignement public pourra ajouter celui d’un coût des études très nettement moindre par rapport à l’enseignement catholique qui n’est pas subventionné à la même hauteur : en d’autres termes, ceux qui utilisent ces arguments confondent les élèves avec des réfrigérateurs, les parents avec des consommateurs, les écoles avec des supermarchés et le prix de la formation avec la période des soldes.
Pour sa part, l’Eglise confie une tout autre mission aux écoles qui se recommandent d’elles. On a vu plus haut ce qu’il en était du contenu de leur caractère propre. Il convient d’ajouter ici ce qu’elles peuvent apporter à la société civile par le service qu’elles rendent.
2.2 : l’âme de l’école
Le premier de ces apports consiste à aider chacun à mener une réflexion fondée sur les fondements de l’éducation. On peut en effet développer tous les arguments naturels que l’on veut, il sera bien difficile de faire admettre à un esprit mal prédisposé que son intérêt est de se sacrifier quand son intérêt personnel va à l’encontre de l’intérêt commun. Je ne pense d’ailleurs pas ici nécessairement à des sacrifices spectaculaires, mais plutôt à ceux qui émaillent notre quotidien : se baisser pour ramasser un papier qui traîne pour éviter une peine au personnel de service par exemple... ce geste, naguère considéré comme élémentaire, et enseigné comme tel lors des cours de morale que dispensait autrefois l’école publique, n’est plus naturel pour nombre de nos concitoyens. Le problème est que la « morale républicaine » — dont on peinerait bien à donner une définition —, a subi le sort que Chesterton fixait aux principes lorsqu’il lançait cet avertissement en forme de boutade : « appuyez-vous sur des principes, ils finiront bien par céder » ! En d’autres termes, si le règlement m’impose de ramasser le papier que je viens de laisser choir à terre, que je suis sous le regard d’un autorité et que je n’ai pas envie de tester sa réaction, je le ferai. Dans le cas contraire, je trouverai toutes sortes de justifications ou de détours pour ne pas le faire.
Ce que l’école catholique rappelle c’est qu’une morale, aussi bonne soit-elle — disons, si le mot morale fait trop peur, une règle de vie —, ne tient pas par des principes ou une idéologie, mais seulement par une doctrine dont la source dépasse les intérêts de tel ou tel groupe et serve le bien de l’humanité en suscitant des initiatives en vue du bien commun et personnel, en justifie les sacrifices petits et grands — à commencer par ceux du quotidien —, en donnant du sens aux engagements et en transcendant les succès et les joies : la prétention de la doctrine catholique est de jouer ce rôle, ce qui est à l’opposé de l’endoctrinement contre lesquels les évêques mettent en garde (annexe 5). Il appartient aux écoles catholiques, de montrer au monde en quoi l’enseignement de l’Eglise est bénéfique… même s’il est plus exigeant qu’on ne le voudrait souvent ! Cette urgence est particulièrement grande dans le domaine de ce qu’on appelle la doctrine sociale de l’Eglise et qui concerne directement les sociétés humaines au coeur desquelles cette doctrine est appelée à être mise en oeuvre par les Catholiques.
Cette mission est d’autant plus nécessaire que l’enseignement d’Etat comprend sa laïcité non pas tellement comme une neutralité, mais comme un refus d’intégrer la perspective religieuse, et, pour tout dire, transcendantale. L’Eglise catholique a donc pour mission de jouer le rôle que l’âme joue dans le corps, puisque ce corps refuse d’envisager qu’il a une âme : en ce sens, l’école catholique est l’âme de l’école. Disons tout de suite qu’il s’agit d’une situation de fait, et non d’une situation rêvée, l’idéal restant de voir toute forme d’éducation intégrer la dimension spirituelle dans la formation des élèves et étudiants. Contrairement à une idée reçue, cela n’irait pas contre l’intérêt objectif de l’enseignement laïque d’Etat, mais cela l’obligerait certainement à une importante remise en cause sans pour autant mettre fin à sa dimension laïque.
2.3 : l’âme de la connaissance
L’Ecole catholique, comme toute école est avant tout un lieu où élèves et étudiants sont enseignés : c’est donc d’abord dans ce domaine que l’école catholique doit jouer un rôle. En effet, une école catholique ne peut se définir pleinement comme telle si elle n’est qu’une école comme les autres avec juste des heures de catéchèse intégrées dans l’emploi du temps et la présence d’un aumônier dans ses structures : encore cela n’existe-il même plus partout. Ce qui fait la catholicité de l’école, ce n’est pas l’option catholique, comme il y a une option musique ou langues anciennes, c’est la conformité de son enseignement avec la doctrine catholique.
L’école catholique a donc le devoir d’illuminer la connaissance qu’elle transmet à ceux qui la fréquente, de façon à leur donner une intelligence plus profonde et mieux équilibrée du monde dans lequel elle les prépare à entrer, ce que le second concile du Vatican exprime en disant : « c'est ainsi que l'école catholique, en s'ouvrant comme il convient aux progrès des temps, forme ses élèves pour qu'ils travaillent efficacement au bien de la cité terrestre, et, en même temps, les prépare à travailler à l'extension du royaume de Dieu, afin que, par l'exercice d'une vie exemplaire et apostolique, ils deviennent comme un levain de salut pour la communauté des hommes » (annexe 2). Cette oeuvre suppose que l’école catholique, spécialement en France, relève le défi de la culture, en particulier en se posant la question de la façon de préparer aux examens et concours, tout en ne négligeant pas la dimension éducative. Cela suppose une réflexion sur le contenu de l’enseignement, sur sa forme, sur ses sources d’inspiration. Une fois encore, puisque ses préoccupations particulières ne sont pas ou mal prises en compte dans ce domaine, l’école catholique doit avoir pour préoccupation de palier cette déficience par exemple en suscitant la rédaction de manuels qui soient conformes à ses valeurs et dont le contenu scientifique soit du plus haut niveau possible.
L’école catholique enfin, a pour mission d’aider à discerner « mieux comment la foi et la science visent de conserve une unique vérité », toujours selon les termes du second concile du Vatican (GEM, 8 : annexe 2). On voit bien qu’on ne peut remplir une telle mission en se bornant à ajouter un enseignement religieux aux autres enseignements, mais qu’il faut que l’ensemble de l’enseignement soit habité par la foi. En relevant ce défi — ce qui suppose de réfléchir cette fois au recrutement et à la formation des maîtres, cadres éducatifs, personnels et directeurs —, l’école catholique pourrait contribuer à réconcilier la société civile avec l’Eglise, et, du même coup, éviter à cette même société de tomber victime du mirage des dérives sectaires qui prolifèrent quand l’ignorance religieuse progresse et la vie spirituelle se dessèche.
Comme on l’imagine, le chemin qui reste à parcourir est immense et n’est peut-être pas même à échelle humaine. Un historien sait toutefois que des défis comparables en importance ont été relevés de multiples fois dans l’histoire de l’humanité, même s’il a fallu pour cela passer par les « douleurs de l’enfantement », et il n’y a donc pas à désespérer de voir ce chemin accompli. Ce chemin est double : il impose que l’école catholique retrouve ses racines et réévalue le service qu’elle peut rendre à la nation ; la nation, quand à elle, à travers ceux qui la dirigent, doit accepter de se reposer la question de ses fondements et admettre que la laïcité ne peut continuer à être vécue comme une mutilation, en l’occurrence, de la dimension spirituelle.
Finalement, à bien y regarder, on peut se demander si la plus urgente des missions de l’école catholique n’est pas de rappeler qu’elle l’est : c’est un devoir de justice vis-à-vis de ceux qui la rejoignent, un devoir de vérité envers tous.
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Annexe 1 : la loi Debré vue par son auteur[13]
Le gouvernement propose au Parlement un texte qui détermine les rapports entre l’État et les établissements d’enseignement privé. Aussitôt dans certains milieux, les esprits se sont enflammés. Pour quelques-uns plus rien ne semblait compter : ce projet leur paraissait précipiter la France dans un abîme d’erreurs, dont elle ne sortirait plus. Je fais allusion à ceux qui, d’un côté et de l’autre, sont prêts à rejeter un texte qui n’est pas conforme à leurs conceptions passionnées. Il faut revenir à une juste mesure des choses. Certes je comprends —il faut le comprendre— que le passé, le présent et l’avenir expliquent, sinon justifient, que les passions éclatent.
Nous avons hérité des générations précédentes le souvenir de longues querelles et même de luttes ardentes. Si nous ne nous livrons pas à une réflexion personnelle, nous risquons d’être enfermés dans des formules qui avaient leur raison d’être il y a trois quarts de siècle, mais que nous devrons examiner avec les yeux de notre temps (…).
À côté de l’Éducation nationale, à côté de l’enseignement public, il existe un enseignement privé, qui est l’expression d’une liberté essentielle. Il ne suffit pas, pour qu’une liberté existe, qu’elle soit inscrite dans des textes ; il faut surtout qu’elle puisse s’exprimer et que son expression soit garantie (…). Le problème vient de ce que la plus grande partie de l’enseignement privé a un caractère religieux, plus exactement les établissements qui le dispensent ont un caractère religieux qui est leur raison d’être.
Nous ne sommes plus à la fin du XIXe siècle, où l’État luttait contre la religion pour être l’État. Ceux de ses représentants, non des moindres, qui s’exclamaient : « Le cléricalisme, voilà l’ennemi », vivaient à une époque où il fallait libérer l’État d’un certain nombre de sujétions. Si, aujourd’hui encore, l’État doit se libérer, c’est d’autres adversaires plus dangereux pour son autorité et pour l’indépendance nationale que certains restes du passé. Aujourd’hui la religion catholique représente seulement une méthode de pensée qui répond aux désirs de nombreuses familles (…).
Mais la reconnaissance de l’enseignement privé par l’État a une contrepartie ; sans exiger une uniformité qui serait contraire à la nature des choses et à l’esprit de la mission éducative, il convient d’admettre que l’enseignement privé doit accepter une discipline ; il s’agit de s’assurer de sa qualité et de sa conformité avec les principes essentiels de la vie nationale, et, sans briser le caractère propre des établissements, de garantir le libre accès des enfants de toutes les familles et le respect de la liberté de conscience (…).
Du moment où nous considérons comme une exigence fondamentale d’écarter les chimères et de trouver le chemin de la raison, nous aboutissons aux deux conclusions que la commission scolaire a consignées dans son rapport :
La première est le caractère national et nécessaire de l’aide de l’État aux établissements privés. L’État doit les aider et surtout aider leurs maîtres dont l’effort est utile à la collectivité (…).
La seconde conclusion, c’est que l’aide de l’État doit avoir pour complément son droit de veiller à la qualité de l’enseignement, c’est aussi que son intervention doit tendre à rapprocher établissements privés et établissements publics, de façon que l’aide financière et le contrôle pédagogique aboutissent à une coopération entre les représentants des deux enseignements.
Telles sont les conclusions essentielles de la commission scolaire (…). Le gouvernement ne pouvait mieux faire que de s’en inspirer :
son projet ouvre d’abord une possibilité d’association par contrat des établissements privés à l’enseignement public. L’État prend en charge l’enseignement de certaines classes. Aucune modification n’est apportée aux classes qui ne sont pas prises en charge, ni aux formes complémentaires d’instruction ou d’éducation qui s’ajoutent au programme public d’enseignement. Aux classes prises en charge s’appliquent les règles de l’enseignement public. Les maîtres sont nommés par l’État avec l’agrément de la direction de l’établissement.
La deuxième possibilité est celle de la collaboration ou du contrat simple. Elle concerne avant tout, mais pas exclusivement, les établissements du premier degré. L’État apporte aux écoles qui remplissent des conditions clairement définies, l’aide que constitue le traitement des maîtres, pas n’importe quels maîtres, mais de maîtres qualifiés par leur titre ou leur expérience. En contrepartie, il exerce un contrôle pédagogique et financier sur ces établissements.
Troisième possibilité : l’État garde aux établissements privés ce qu’on appelle le système d’allocation Barangé[14], qui —après avoir été maintenu tel quel pendant quelques années— sera ensuite conservé sous forme de prestations équivalentes versées directement aux établissements qui n’ont pas signé de contrat, sous réserve qu’un contrôle pédagogique s’ajoute au contrôle financier déjà en vigueur.
Ces trois possibilités sont offertes dans une atmosphère de tolérance et de coopération, avec le désir de tenter une expérience utile à tous.
Annexe 2 : extraits de la déclaration Gravissimum educationis momentum du second concile du Vatican[15]
L'extrême importance de l'éducation dans la vie de l'homme, et son influence toujours croissante sur le développement de la : moderne sont, pour le saint Concile œcuménique, l'objet : réflexion attentive[16]. En toute vérité, la formation des jeunes, même une certaine éducation continuelle des adultes, devient à fois plus aisée et plus urgente du fait des conditions de notre époque. En effet, les hommes sont davantage conscients de leur dignité et de leurs obligations propres; ils souhaitent prendre une part chaque jour plus active à la vie sociale, surtout à la vie économique et politique[17]; les merveilleux progrès de la technique et de la recherche scientifique, les nouveaux moyens de communication, viennent opportunément leur permettre, jouissant désormais de loisirs accrus, d'accéder plus aisément au patrimoine culturel et de se compléter mutuellement grâce à des liens plus étroits, soit entre les groupes, soit entre les peuples mêmes.
Aussi, s'efforce-t-on partout de favoriser toujours davantage la tâche de l'éducation; déclarations et textes officiels affirment les droits primordiaux de l'homme, ceux surtout des enfants et des parents, relatifs à l'éducation[18]; devant la croissance rapide du nombre des élèves, on multiplie de toutes parts et on perfectionne les écoles, on crée d'autres institutions éducatives; des expériences nouvelles développent les méthodes d'éducation et d'instruction; incontestablement, de grands efforts sont déployés pour procurer ces biens â tous les hommes, même s'il reste vrai que de trop nombreux enfants et adolescents sont encore privés même de toute instruction de base, et que parmi les autres un si grand nombre se voient refuser l'éducation convenable qui cultiverait à la fois la vérité et la charité.
Mais, pour s'acquitter de la mission que lui a confiée son divin fondateur, annoncer à tous les hommes le mystère du salut et tout restaurer dans le Christ, notre sainte Mère l'Église doit se soucier de la vie humaine dans son intégralité et même de la vie terrestre en tant qu'elle est liée à la vocation céleste[19], aussi a-t-elle un rôle à jouer dans le progrès et le développement de l'éducation. C'est pourquoi le Concile proclame quelques principes fondamentaux sur l'éducation chrétienne, surtout dans les écoles, qu'une Commission spéciale devra, après le Concile, développer plus en détail, et les conférences épiscopales appliquer à la variété des conditions locales.
La présence de l'Église dans le domaine scolaire se manifeste à un titre particulier par l'école catholique. Tout autant que les autres écoles, celle-ci poursuit des fins culturelles, et la formation humaine des jeunes. Ce qui lui appartient en propre, c'est de créer pour la communauté scolaire une atmosphère animée d'un esprit évangélique de liberté et de charité, d'aider les adolescents à développer leur personnalité en faisant en même temps croître cette créature nouvelle qu'ils sont devenus par le baptême, et, finalement, d'ordonner toute la culture humaine à l'annonce du salut pour éclairer par la foi la connaissance graduelle que les élèves acquièrent du monde, de la vie et de l'homme[20].
C'est ainsi que l'école catholique, en s'ouvrant comme il convient aux progrès des temps, forme ses élèves pour qu'ils travaillent efficacement au bien de la cité terrestre, et, en même temps, les prépare à travailler à l'extension du royaume de Dieu, afin que, par l'exercice d'une vie exemplaire et apostolique, ils deviennent comme un levain de salut pour la communauté des hommes.
On voit donc tout ce que l'école catholique peut apporter pour l'accomplissement de la mission du Peuple de Dieu, et les services qu'elle peut rendre en faveur du dialogue entre l'Église et la communauté humaine, pour leur mutuel bénéfice; c'est pourquoi, dans les circonstances actuelles, elle garde son extrême importance. Aussi, ce saint Concile proclame-t-il à nouveau le droit, pour l'Église, de fonder et de diriger librement des écoles de tout ordre et de tout degré, droit déjà déclaré dans d'innombrables documents du magistère[21], et il rappelle que l'exercice d'un tel droit est, en même temps, souverainement utile pour la sauvegarde de la liberté de conscience et des droits des parents, ainsi que pour le progrès de la culture.
Mais que les maîtres ne l'oublient pas: c'est d'eux, avant tout, qu'il dépend que l'école catholique soit en mesure de réaliser ses buts et ses desseins[22]. Qu'on les prépare donc avec une sollicitude toute particulière, pour leur procurer la science, aussi bien profane que religieuse, attestée par les titres appropriés et pour leur assurer une méthode pédagogique en accord avec les découvertes modernes. Que la charité les unisse entre eux et avec leurs élèves, qu'ils soient tout pénétrés d'esprit apostolique pour rendre témoignage, par leur vie autant que par leur enseignement, au Maître unique, le Christ.
Qu'ils travaillent en collaboration, surtout avec les parents; qu'en union avec ceux-ci ils sachent tenir compte, dans toute l'éducation, de la différence des sexes et du but particulier attribué à chacun par la providence divine, dans la famille et dans la société. Qu'ils s'efforcent de susciter l'action personnelle des élèves et, après la fin du cycle d'études, qu'ils continuent à les suivre de leurs conseils et de leur amitié, ainsi qu'au moyen d'associations particulières pénétrées d'un véritable esprit d'Église. Le Concile déclare que le rôle de ces maîtres est un apostolat proprement dit, tout à fait adapté, en même temps que nécessaire, à notre époque: un vrai service rendu à la société. Et aux parents catholiques, le Concile rappelle leur devoir de confier leurs enfants, où et lorsqu'ils le peuvent, à des écoles catholiques, leur devoir de soutenir celles-ci selon leurs ressources et de collaborer avec elles pour le bien de leurs enfants[23].
Les différentes sortes d'écoles catholiques
Que toutes les écoles qui, d'une façon ou d'une autre, dépendent de l'Église, se rapprochent au maximum de cet idéal de l'école catholique, bien que, selon les circonstances locales, elles puissent revêtir des formes diverses[24]. L'Église tient aussi pour très précieuses les écoles qui, surtout sur les territoires des jeunes Églises, accueillent également les élèves non catholiques.
En outre, dans la création et l'orientation des écoles catholiques, il faut tenir compte des nécessités du monde en marche. Aussi, tout en continuant à entretenir les écoles primaires et secondaires, qui constituent la base de l'éducation, on doit accorder une grande importance à celles qui sont particulièrement requises par les conditions actuelles, telles que les écoles techniques et professionnelles[25], les instituts pour l’alphabétisation des adultes ainsi que, avec l’accroissement de l’aide sociale, les établissements spécialisés pour l’enfance inadaptée, les écoles normales qui préparent les maîtres à donner l’instruction religieuse ou d’autres formes d’éducation.
Les facultés et universités catholiques
Quant aux écoles supérieures, et surtout aux universités et facultés, l'Église ne les entoure pas d'un soin moins vigilant. Au contraire, en ce qui dépend d'elle, elle vise, par une organisation méthodique, à ce que chaque discipline soit cultivée selon ses principes propres, sa méthode propre et la liberté propre à la recherche scientifique, de telle sorte qu'on approfondisse chaque jour la compréhension des différentes disciplines et que, grâce à un examen plus attentif des questions et recherches nouvelles de la période actuelle, on reconnaisse et on discerne mieux comment la foi et la science visent de conserve une unique vérité, en marchant sur les traces des docteurs de l'Église, et particulièrement de saint Thomas d'Aquin[26].
Que de la sorte se réalise comme une présence publique, stable et universelle de la pensée chrétienne dans tout l'effort intellectuel pour promouvoir une culture supérieure, et que les étudiants de ces instituts soient formés de telle sorte qu'ils deviennent des hommes éminents par l'instruction, prêts à assumer les plus lourdes tâches dans la société, et témoins de la foi dans le monde[27].
Que dans les universités catholiques dépourvues d'une faculté de théologie, il y ait un institut ou une chaire de théologie qui dispense un enseignement adapté aux étudiants laïcs. Comme les sciences progressent surtout grâce à des recherches particulières d'une plus grande portée scientifique, que les universités et facultés catholiques entretiennent au maximum des instituts dont le but primordial soit de promouvoir la recherche scientifique.
Le saint Concile recommande instamment de développer des universités et facultés catholiques opportunément réparties dans les différentes parties du monde; qu'elles brillent moins par le nombre que par la valeur de l'enseignement, et que l'accès en soit facilité aux étudiants qui donnent davantage d'espérances, même s'ils sont de condition modeste, et surtout à ceux qui viennent des jeunes nations.
Puisque le sort de la société et de l'Église même est étroitement lié aux progrès des jeunes qui font des études supérieures[28], les pasteurs de l'Église ne doivent pas seulement prodiguer leurs soins à la vie spirituelle des étudiants des universités catholiques. Que, soucieux de la formation spirituelle de tous leurs fils, ils se préoccupent — avec les consultations nécessaires entre évêques — de fonder, également auprès des universités non catholiques, des maisons d'accueil et des centres universitaires catholiques où des prêtres, des religieux et des laïcs soigneusement choisis et préparés offrent à la jeunesse universitaire une assistance permanente, spirituelle et intellectuelle. Que les jeunes plus doués, qu'ils soient des universités catholiques ou des autres, s'ils montrent des aptitudes pour l'enseignement et la recherche, soient l'objet de soins particuliers, et qu'on les encourage à devenir professeurs.
Annexe 3 : résolution des assises de l’enseignement catholique (1er décembre 2001)
Une école signe de vie.
C'est-à-dire une école qui :
refuse de désespérer de quiconque ;
exprime que tout homme est une histoire sacrée.
Les apports précédents indiquent des voies pour nourrir la vie de l’école :
une école de toutes les intelligences ;
une école des ruptures et des seuils ;
une école sans classes ;
une école sans murs ;
une école pour la vie.
Relevons une indication pour la construction de la personne : “ Il n’y a pas de construction de la personne et de l’éducation à l’intériorité sans une continuité et une histoire, il n’y a pas de croissance éducative sans les coupures et les changements nécessaires. ” C’est notamment l’œuvre des éducateurs. Donner une vie pour l’école, afin que l’école soit pour la vie.
École pour la vie, l’école est aussi signe de Vie. Nous vous proposons, sous cette dernière appellation, la Vie à la lumière de Jésus-Christ, ce qui nous tient “ à cœur et à conscience ”.
À la question “ Et vous, qui dites-vous que je suis ? ”, Simon répond : “ Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant ”. Jésus renvoie à quelqu’un d’autre que lui, qu’il appelle “ mon Père et votre Père ”. Cette Vie est concernée aux yeux des chrétiens par les thèmes précédents ; elle s’exprime grâce à un discours du croyant parlant de Dieu ; elle anime une communion de fondateurs.
En effet, cette Vie ne se situe pas dans un éther éloigné, après la mort ; aux yeux des chrétiens, elle est concernée par les thèmes précédents, puisque le premier-né de toute la création, tel un arc qui relie ciel et terre, est aussi le premier-né d’entre les morts. Et selon la nouvelle traduction de la Bible : “ semé faible / relevé fort / semé corps animé / relevé corps inspiré / [...] le premier homme fut limon tiré de la terre / le second est tiré du ciel ” (1 Co 15).
Cette Vie s’exprime grâce à un discours spécifique de l’homme croyant parlant de Dieu. La foi est une relation intersubjective, qui induit un comportement existentiel et qui comprend un contenu intellectuel.
Enfin, cette Vie anime une communion de fondateurs. Cette communion signifie union d’esprit avec les fondateurs et même charge reçue. C’est le baptême tout simplement. Une lecture spirituelle de l’Ancien Testament présente Abraham, Moïse, Samuel, David… comme figures du Christ et donc figures des baptisés en communion avec le Christ. Aussi sommes-nous, chrétiens, invités, là où nous sommes, à entrer dans cette marche spirituelle. De Moïse, il est dit Ami de Dieu, il marchait comme s’il voyait l’Invisible. L’école d’aujourd’hui est cette Terre promise vers laquelle est envoyé Abraham et qu’il reçoit comme un don. C’est l’écoute de la parole de Dieu qui donne à la foi le parfum, le goût, la Vie de l’Espérance.
Parmi des repères possibles de vérification, exprimons trois propositions :
un travail avec les instituts catholiques sur la pédagogie religieuse, sur le développement moral. Accompagner une personne, une communauté sur ses images de Dieu, de Jésus-Christ, de l’homme, de l’Église, dans la continuité d’une identité qui se construit et dans les ruptures ;
la proposition de groupes de lecture de la Bible. Groupes constitués ensemble : croyants et incroyants, dans la confiance de la relation, lycéens et adultes, enseignants de diverses disciplines où, par exemple, le professeur de français apporte le discours sur les genres littéraires ;
la proposition d’une demi-journée mensuelle offerte aux enfants, aux jeunes et aux adultes ensemble comme éveil à sa propre parole, éveil à la foi, prière, catéchèse.
Une Espérance vécue
Cette espérance d’une Vie en Jésus-Christ s’inscrit dans l’espérance d’une vie en communauté, en Église. L’Église est une communauté de communautés. Il ne s’agit pas d’une définition mathématique de relation d’ensembles. Il s’agit de la participation à une même mission. Cette réalité implique l’ouverture aux autres communautés. N’est-ce pas l’esprit des Béatitudes qui perçoit comme une chance la pauvreté aujourd’hui des ressources et la nécessaire mise en commun des forces ? Qu’est-ce que l’école catholique, au lieu de vivre sur elle-même, va demander aux communautés paroissiale, diocésaine, congréganiste, aux mouvements et services ?
Une approche du mystère de l’Église est donnée grâce à des images bibliques telles que la vigne, la barque, le bercail, la construction. La construction suggère la participation, le bercail suggère le refuge, la barque suggère la lutte contre les flots, la souffrance, la mort, le mal dont le péché, la vigne porte du fruit (Ga 5,22). Voilà quatre images qui peuvent conduire la relecture de l’établissement faite par l’équipe d’animation pastorale.
Le cœur de la communauté chrétienne, c’est Dieu et son projet : l’homme. “ Dieu n’a pas un projet pour l’homme, Dieu a l’homme pour projet. ” “ Jésus-Christ s’est uni à tout homme [aussi] l’homme est la première route et la route fondamentale de l’Église. ”
Une des clefs pour comprendre et animer la vie d’une communauté chrétienne n’est-elle pas la distinction “ déjà-là, pas encore ” ? L’éduqué n’a-t-il pas gagné lorsqu’il se perçoit en projet, pas encore pleinement réalisé mais déjà commencé ? L’image n’est-elle pas celle d’un parcours, d’un cheminement ? Au-delà des aspects qui sont en train de disparaître, il s’agit de discerner ceux en train de naître.
Cette proposition de l’Espérance d’une Vie en Église n’est-elle pas le partage de ce qui “ nous tient à cœur et à conscience ”, le partage de la joie ? “ Nous vous l’écrivons pour que vous soyez au comble de la joie ” (1 Jn 1). Le goût de la joie se développe dans une atmosphère qui refuse une fatalité englobante, mais qui ouvre à chacun un avenir. La “ fureur de vivre ” est sollicitée pour faire place à la joie de vivre : don, joie donnée, reçue, partagée. Cœur nouveau, cœur de chair qui remplace un cœur de pierre. (Ez 36,26-27). La culture développée par l’esprit maison (l’effet d’établissement) s’efforce d’être animée par le Souffle des Béatitudes. “ Joie de ceux qui sont à bout de souffle… ” (Mt 5).
Annexe 4 : canons concernant l’éducation catholique[29]
Titre III : l’éducation catholique
Canon 793 - § 1. Les parents, ainsi que ceux qui en tiennent lieu, sont astreints par l’obligation et ont le droit d’éduquer leurs enfants; les parents catholiques ont aussi le devoir et le droit de choisir les moyens et les institutions par lesquels, selon les conditions locales, ils pourront le mieux pourvoir à l’éducation catholique de leurs enfants.
Canon 794 - § 1. A un titre singulier, le devoir et le droit d’éducation appartiennent à l’Église à qui a été confiée par Dieu la mission d’aider les hommes à pouvoir parvenir à la plénitude de la vie chrétienne.
Canon 795 - Comme l’éducation véritable doit avoir pour but la formation intégrale de la personne humaine ayant en vue sa fin dernière en même temps que le bien commun de la société, les enfants et les jeunes seront formés de telle façon qu’ils puissent développer harmonieusement leurs dons physiques, moraux et intellectuels, qu’ils acquièrent un sens plus parfait de la responsabilité et un juste usage de la liberté, et qu’ils deviennent capables de participer activement à la vie sociale.
Chapitre I : les écoles
Canon 796 - § I. Parmi les moyens d’éducation, les fidèles attacheront une grande importance aux écoles qui sont en effet l’aide principale des parents dans leur tâche d’éducateurs.
§ 2. Les parents doivent coopérer étroitement avec les maîtres d’école auxquels ils confient leurs enfants pour leur éducation; quant aux maîtres, dans l’accomplissement de leurs fonctions, ils collaboreront étroitement avec les parents et les écouteront volontiers; des associations ou des rencontres de parents seront instituées et elles seront tenues en grande estime.
Canon 797 - Il faut que les parents jouissent d’une véritable liberté dans le choix des écoles; c’est pourquoi les fidèles doivent veiller à ce que la société civile reconnaisse cette liberté aux parents et, en observant la justice distributive, la garantisse même par des subsides.
Canon 798 - Les parents confieront leurs enfants aux écoles où est donnée une éducation catholique; s’ils ne peuvent le faire, ils sont tenus par l’obligation de veiller à ce qu’il soit pourvu en dehors de l’école à l’éducation catholique qui leur est due.
Canon 799 - Les fidèles s’efforceront d’obtenir que, dans la société civile, les lois qui régissent la formation des jeunes assurent, dans les écoles elles-mêmes, leur éducation religieuse et morale selon la conscience des parents.
Canon 800 - § 1. L’Eglise a le droit de fonder et de diriger des écoles de toute discipline, genre et degré.
Canon 801 - Les instituts religieux qui ont l’éducation pour mission propre, en maintenant fidèlement cette mission, se dévoueront activement à l’éducation catholique, y pourvoyant même par leurs écoles fondées avec le consentement de l’Évêque diocésain.
Canon 802 - § 1. S’il n’y a pas d’école où est donnée une éducation imprégnée d’esprit chrétien, il appartient à l’Evêque diocésain de veiller à ce qu’il en soit fondé.
Canon 803 - § 1. On entend par école catholique celle que dirige l’autorité ecclésiastique compétente ou une personne juridique ecclésiastique publique, ou que l’autorité ecclésiastique reconnaît comme telle par un document écrit.
Canon 804 - § 1. L’enseignement et l’éducation religieuse catholique donnés en toute école, ou transmis par les divers instruments de communication sociale, sont soumis à l’autorité de l’Église; il appartient à la conférence des Évêques d’édicter des règles générales concernant ce champ d’action, et à l’Évêque diocésain de l’organiser et de veiller sur lui.
Canon 805 - L’Ordinaire du lieu a le droit pour son diocèse de nommer ou d’approuver les maîtres qui enseignent la religion, et de même, si une raison de religion ou de moeurs le requiert, de les révoquer ou d’exiger leur révocation.
Canon 806 - § 1. A l’Évêque diocésain revient le droit de veiller sur les écoles catholiques situées sur son territoire et de les visiter, même celles qui ont été fondées ou qui sont dirigées par des membres d’instituts religieux; il lui revient aussi d’édicter des dispositions concernant l’organisation générale des écoles catholiques: ces dispositions valent même pour les écoles qui sont dirigées par les membres de ces instituts, en sauvegardant pourtant leur autonomie quant à la direction interne de ces écoles.
Chapitre II : les universités catholiques et les autres instituts d’Etudes supérieures
Canon 807 - L’Église a le droit d’ériger et de diriger des Universités qui contribuent à une plus haute culture humaine, à une promotion plus complète de la personne humaine, ainsi qu’à l’accomplissement de sa propre fonction d’enseignement.
Canon 808 - Aucune université, même si elle est réellement catholique, ne peut porter le titre ou le nom d’université catholique, si ce n’est du consentement de l’autorité ecclésiastique compétente.
Canon 809 - Les conférences des Évêques veilleront à ce qu’il y ait, si cela est possible et opportun, des universités, ou au moins des facultés convenablement réparties sur leur territoire, où l’on approfondira et enseignera les diverses disciplines en respectant toutefois leur autonomie scientifique compte tenu de la doctrine catholique.
Canon 810 - § 1. L’autorité compétente selon les statuts a le devoir de veiller à ce que soient nommés dans les universités catholiques des enseignants qui, outre leur capacité scientifique et pédagogique, se distinguent par l’intégrité de la doctrine et la probité de leur vie, et à ce qu’ils soient écartés de leur charge si ces conditions viennent à manquer, en respectant la procédure définie par les statuts.
Canon 811 - § 1. L’autorité ecclésiastique compétente veillera à ce que soit érigée dans les universités catholiques une faculté ou un institut ou au moins une chaire de théologie, qui donnera aussi des cours aux étudiants laïcs.
Canon 812 - Les personnes qui enseignent les disciplines théologiques en tout institut d’études supérieures doivent avoir un mandat de l’autorité ecclésiastique compétente.
Canon 813 - L’Évêque diocésain aura une vive sollicitude pastorale pour les étudiants, même en érigeant une paroisse ou du moins en affectant des prêtres de façon stable pour cette tâche, et il veillera à ce qu’auprès des universités même non catholiques, il y ait des centres universitaires catholiques qui offrent à la jeunesse une aide surtout spirituelle.
Canon 814 - Les dispositions établies pour les universités valent au même titre pour les autres instituts d’études supérieures.
Annexe 5 : extrait de la Constitution apostolique Nata Corde, donnée le 15 août 1990 par S.S. le pape Jean-Paul II
Née du cœur de l’Eglise, l’Université catholique s’insère dans le sillage de la tradition qui remonte à l’origine même de l’Université en tant qu’institution, et qui s’est toujours révélée comme un centre incomparable de créativité et de rayonnement du savoir pour le bien de l’humanité. De par sa vocation, l’Universitas magistrorum et scholarium se consacre à la recherche, à l’enseignement et à la formation des étudiants, librement réunis autour de leurs maîtres dans le même amour du savoir. Elle partage avec toutes les autres Universités ce gaudium de veritate, si cher à saint Augustin, c’est-à-dire la joie de rechercher la vérité, de la découvrir et de la communiquer dans tous les domaines de la connaissance. Sa tâche privilégiée est d’unifier existentiellement, dans le travail intellectuel, deux ordres de réalités qu on a trop souvent tendance à opposer comme si elles étaient antithétiques, la recherche de la vérité et la certitude de connaître déjà la source de la vérité (…).
Dans le monde d’aujourd’hui, caractérisé par une évolution si rapide dans les secteurs de la science et de la technologie, les tâches de l’Université catholique revêtent une importance et une urgence toujours plus grandes. De ce fait, si les découvertes scientifiques et technologiques comportent d’une part une énorme croissance économique et industrielle, elles imposent inévitablement d’autre part une recherche nécessaire, relative à leur signification, afin de garantir que ces nouvelles découvertes soient utilisées pour le bien authentique des individus et de la société humaine dans son ensemble. Si toute Université a la responsabilité de rechercher cette signification, l’Université catholique est appelée de façon spéciale à répondre à cette exigence : son inspiration chrétienne lui permet d’inclure dans sa recherche la dimension morale, spirituelle et religieuse et d’évaluer les conquêtes de la science et de la technique dans la perspective de la totalité de la personne humaine.
Dans ce contexte, les Universités catholiques sont appelées à un renouvellement continuel, autant parce qu’elles sont universités que parce qu’elles sont catholiques. En effet, « le sens de la recherche scientifique et de la technologie, de la coexistence sociale, de la culture, et encore plus profondément, le sens même de l’homme est en jeu »[30]. Ce renouvellement exige d’avoir clairement conscience que son caractère catholique rend l’Université plus capable de s’adonner à la recherche désintéressée de la vérité — recherche qui n’est donc pas subordonnée, ni conditionnée par des intérêts particuliers de quelque genre que ce soit.
Annexe 6 : Statut de l’enseignement catholique (France)
Chapitre I : structure civile et institution chrétienne
Fondés sur le droit de l’enfant à recevoir une éducation chrétienne et sur le libre choix des familles[31], les établissements catholiques d’enseignement, dans le cadre de la liberté publique d’enseignement reconnue par la Constitution française et par le droit international, sont des institutions chrétiennes qui participent à un service d’intérêt national, Ils reconnaissent les obligations qui en découlent.
Sous la vigilance de l’Evêque du lieu[32], l’Enseignement Catholique possède ses structures propres en vue de remplir sa mission spécifique, en lien habituel avec les autorités civiles compétentes au plan départemental, académique, régional et national.
Ainsi, « sous un certain aspect, l’Ecole Catholique est une structure civile avec des buts, des méthodes, des caractéristiques semblables à n importe quelle institution scolaire. Sous un autre aspect, elle se présente aussi comme une communauté chrétienne ayant pour base un projet éducatif enraciné dans le Christ et son Evangile »[33].
Les lois de décentralisation réclament que s’établissent des liens structurels entre les diocèses, et donc la mise en place de nouveaux organismes au plan régional et académique. Ceux-ci sont des instruments au service des directions diocésaines qui, avec les CODIEC, demeurent sous la responsabilité de l’Evêque les organes d’orientation, de coordination et de décision dans chaque diocèse.
Chapitre II : le service de la nation
L’Enseignement Catholique se veut ouvert à tous ceux qui acceptent son projet éducatif. « On respectera donc la liberté religieuse et la conscience des élèves et des familles. La liberté est fermement défendue par l’Eglise »[34]. Refusant tout endoctrinement, l’Enseignement Catholique sait bien que sa mission consiste à servir l’homme. Proposant aux jeunes chrétiens qu’il accueille les moyens de grandir dans la foi, il veut ouvrir à tous les élèves un chemin de croissance en humanité, dans une inlassable recherche de vérité et d’amour.
L’Enseignement Catholique témoigne de la volonté de la communauté chrétienne de prendre part institutionnellement à la responsabilité de la nation vis-à-vis de l’enseignement et de l’éducation.
Il manifeste qu’en un tel domaine, où les activités entreprises sont inséparables du sens de l’homme qui les sous-tend, l’Eglise catholique a des propositions à faire aux familles de ce pays, dans le respect de la liberté de conscience de chacun : ce sont les richesses du message évangélique qu’elle veut mettre à la disposition de tous au coeur même de la réalité scolaire. « L’Enseignement Catholique ne peut pas renoncer à la liberté de proposer le message et d’exposer les valeurs de l’éducation chrétienne. Il devrait être clair à tous qu’exposer et proposer n’équivaut pas à imposer »[35].
Ce faisant, l’Enseignement Catholique a la volonté de mettre son projet éducatif, fondé sur un sens chrétien de l’homme, au service de la société il contribue ainsi à l’ouvrir à la dimension spirituelle de la personne et de l’histoire[36].
Annexe 7 : les critères d’ecclésialité des associations de laïcs selon Jean-Paul II, Christifideles laici, Rome, 30 décembre 1988
30. C’est toujours dans cette perspective de la communion et de la mission de 1’Eglise, et non pas en opposition avec la liberté d’association, qu’il faut comprendre la nécessité de critères bien clairs, et précis de discernement et de reconnaissance des associations de laïcs, qu’on nomme aussi « critères d’ecclésialité ».
Comme critères fondamentaux pour le discernement de toute association de fidèles laïcs dans l’Eglise on peut retenir, en les prenant ensemble, les critères suivants:
- Le primat donné à la vocation de tout chrétien à la sainteté, manifesté « par les fruits de grâce que l’Esprit produit dans les fidèles »[37] comme croissance vers la plénitude de la vie chrétienne et la perfection de la charité[38]. En ce sens toute association de fidèles laïcs est appelée à être toujours davantage un moyen de sanctification dans l’Eglise, un moyen qui favorise et encourage « une union plus intime entre la vie concrète de leurs membres et leur foi »[39].
- L’engagement à professer la foi catholique en accueillant et proclamant la vérité sur le Christ, sur l’Eglise et sur l’homme; en conformité avec l’enseignement de l’Église, qui l’interprète de façon authentique. Toute association de fidèles laïcs devra donc être un lieu d’annonce et de proposition de la foi et d’éducation à cette même foi dans son contenu intégral.
- Le témoignage d’une communion solide et forte dans sa conviction, en relation filiale avec le Pape, centre perpétuel et visible de l’unité de l’Eglise universelle[40] et avec l’Evêque, « principe visible et fondement de l’unité »[41] de l’Eglise particulière, et dans « l’estime mutuelle de toutes les formes apostoliques de l’Eglise »[42]. La communion avec le Pape et avec l’Evêque doit s’exprimer dans une disponibilité loyale à recevoir leurs enseignements doctrinaux et leurs directives pastorales. La communion ecclésiale exige, de plus, la reconnaissance du légitime pluralisme des fidèles laïcs dans l’Eglise et, en même temps, la disponibilité à une mutuelle collaboration.
- L’accord et la coopération avec le but apostolique de l’Eglise, qui est « l’évangélisation et la sanctification des hommes, et la formation chrétienne de leur conscience, afin qu’ils soient en mesure de pénétrer de l’esprit de l’Evangile les diverses communautés et les divers milieux »[43]. Dans cette perspective, à toutes les formes d’association des fidèles laïcs et à chacune d’elles on demande qu’elles soient animées d’un élan missionnaire qui en fasse des instruments toujours plus actifs d’une nouvelle évangélisation.
- L’engagement à être présents dans la société humaine pour le service de la dignité intégrale de l’homme, conformément à la doctrine sociale de l’Eglise. En ce sens, les associations de fidèles laïcs doivent devenir des courants vivants de participation et de solidarité pour créer des conditions plus justes et plus fraternelles à l’intérieur de la société.
Les critères fondamentaux que nous venons d’exposer trouvent une vérification dans les fruits concrets qui accompagnent la vie et les oeuvres des diverses formes associatives, en particulier le goût renouvelé pour la prière, la contemplation, la vie liturgique et sacramentelle; l’aide à la prise de conscience des vocations au mariage chrétien, au sacerdoce ministériel, à la vie consacrée; la disponibilité à prendre part aux programmes et aux activités de l’Eglise tant sur le plan national que sur le plan international; l’engagement dans la catéchèse et la capacité pédagogique pour la formation des chrétiens; l’impulsion à assurer une présence chrétienne dans les différents milieux de la vie sociale; la création et l’animation d’oeuvres caritatives, culturelles et spirituelles; l’esprit de détachement et de pauvreté évangélique en vue d’une plus généreuse charité envers tous; la conversion à la vie chrétienne ou le retour à la communion de baptisés « lointains ».
[1] « Pour une raison particulière » ou mieux « [en vertu d’une] raison particulière ».
[2] « Des fins culturelles et la formation humaine des jeunes » (GEM, 8).
[3] Tenues le 1er décembre 2001.
[4] Parmi d’autres : « Donner une vie pour l’école, afin que l’école soit pour la vie ».
[5] Ainsi avec cette définition de la foi : « la foi est une relation intersubjective, qui induit un comportement existentiel et qui comprend un contenu intellectuel ». Dans son acception, « intersubjectif » qualifiant une relation entre deux personnes humaines, on peut se demander quel est le contenu d’une telle foi. On peut d’ailleurs tout autant se demander s’il appartient à des assises de l’enseignement catholique de définir la foi.
[6] Librairie éditrice du Vatican, Cité du Vatican, 1983.
[7] Promulgué le 14 mai 1992 par la conférence des Evêques de France et amendé le 11 mars 1996 par le Conseil permanent de la Conférence épiscopale (ECD, 210, avril 1996).
[8] Paru sous ce titre à Rome en 1988.
[9] Adoptée le 31 décembre 1959, elle impose le contrôle de l’Etat sur les programmes et la pédagogie de l'enseignement privé et l'astreint à accueillir tous les enfants sans distinction. En échange, la loi reconnaît la liberté de choix de l'enseignement et octroie une aide financière aux écoles privées, prenant en charge notamment la rémunération des enseignants, dont le statut est calqué sur celui des maîtres du public sans être réellement équivalent.
[10] On n’en finirait pas de rappeler les innombrables initiatives des congrégations masculines et féminines, ainsi que des prêtres séculiers qui ont créé des structures permettant à chacun d’avoir accès gratuitement à l’instruction au moins élémentaire. On pourra retenir, parmi tant d’autres, la figure lumineuse de saint Jean-Baptiste de La Salle (1651-1719) et se rappeler que le concile de Trente (1645-1663) recommandait la fondation d’écoles paroissiales gratuites (second décret de la cinquième session).
[11] En oubliant le sens que les catholiques donnent au mot charité on ne saisit pas toujours ce qui distinguerait l’atmosphère des établissements catholiques des autres : pour les catholiques, la charité est un don de Dieu qui prédispose au don de soi, ce n’est pas le produit d’un élan du cœur humain qui consisterait simplement à améliorer la condition d’un autre homme. En exerçant la charité, en quelque sorte, le chrétien s’efface devant Dieu qui agit par lui et ne s’attribue pas les mérites de qu’il opère, ce que l’adage exprime en disant « le bien ne fait pas de bruit ».
[12] pensons par exemple aux IUFM, aux projets d’établissements…
[13] Discours prononcé devant l’Assemblée nationale le 23 décembre 1959 par M. Michel Debré, Premier ministre (Journal officiel, Débats parlementaires, Assemblée nationale, 24 décembre 1959).
[14] La loi Barangé accorde une allocation d’un montant de 3000 francs par enfant et par an, à toutes les familles ayant un enfant dans l’enseignement primaire.
[15] Pour des raisons de commodité, on donne ici la traduction française, mais seule la version latine fait foi. Les éditions du Centurion ont publié une version bilingue très pratique, à Paris, en 1967, sous le titre : Concile œcuménique Vatican II : constitutions, décrets, déclarations.
[16] Parmi les nombreux documents qui montrent l'importance de l'éducation, cf. tout d'abord: Benoît XV, lettre apost. Communes litteras, 10 avril 1919: AAS, XI (1919), p. 172 ; Pie XI, encycl. Divini Illius Magistri, 31 déc. 1929: AAS, XXII (1930), p. 49-86 ; Pie XII, allocution aux jeunes de I'A.C.I., 20 avril 1946: Discorsi e Radiomessaggi VIII, p. 53-57 ; Alloc. aux pères de famille de France, 18 sept. 1951: Discorsi e Radiomessaggi XIII; p. 241-245. Jean XXIII, message pour le 30e anniversaire de l'encycl. Divini Illius Magistri, 30 déc. 1959: AAS, LII (1960), p. 57-59. Paul VI, alloc. aux membres de la F.I.D.A.E. (Fédération des Instituts dépendants de l'autorité ecclésiastique), 30 déc. 1963: Encicliche e Discorsi di S. S. Paolo VI, 1. Roma, 1964, p. 601-603. Voir également Acta et Documenta Concilie Oecumenico Vaticano II apparando, série I, Antepraeparatoria, vol. III, p. 363-364, 370-371,373-374.
[17] Cf. Jean XIII, encycl. Mater et Magistra, 15 mai 1961: AAS, LIII (1961), p. 413, 415-417, 424 ; Jean XIII, encycl. Pacem in terris, 11 avril 1963: AAS, LV (1963), p. 278 sq.
[18] Déclaration universelle des droits de l'homme approuvée par l'Assemblée générale des Nations Unies, 10 déc. 1948 ; Déclaration des droits de l'enfant, 20 nov. 1959 ; Protocole additionnel à la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, 20 mars 1952. Au sujet de cette déclaration universelle des droits de l'homme, cf. Jean XXIII, encycl. Pacem in terris, 11 avril 1963: AAS, LV (1963), p. 295 sq.
[19] Cf. Jean XXIII, encycl. Mater et Magistra, 15 mai 1961: AAS, LIII (1961), p. 402 ; Conc. Vat. II, constitution dogmatique De Ecclesia, 17; AAS, LVII (1965), p. 21 [p. 37-38].
[20] Cf. Conc. prov. de Westminster, I, de 1852: Collectio Lacensis, III, col. 1334, a/b ; Pie XI, encycl. Divini lllius Magistri, loc. cit., p. 77 sq. ; Pie XII, allocution à l'Association des maîtres catholiques de Bavière, 31 déc. 1956: Discorsi e radiomessaggi, XVIII, p. 746. Paul VI, Allocution aux membres de la F.I.D.A.E. (Fédération des instituts dépendants de l'autorité ecclésiastique), 30 déc. 1963: Encicliche e Discorsi di S. S. Paolo VI, I, Roma, 1964, p. 602 s.
[21] Cf. en premier lieu les documents cités dans la première note de cette annexe; de plus, ce droit de l'Église a été proclamé par de nombreux conciles provinciaux et également dans les plus récentes déclarations de nombreuses conférences épiscopales.
[22] Cf. Pie XI, encycl. Divini Illius Magistri, loc. cit., p. 80 sq. ; Pie XII, allocution à l'Association catholique italienne des maîtres de l'enseignement secondaire (U.C.I.I.M.), 5 janv. 1954: Discorsi e Radiomessaggi, XV, p. 551-556 ; Jean XXIII, allocution au VIe Congrès de l'Association italienne des maîtres catholiques (A.I.M.C.), 5 sept. 1959: Discorsi, Messaggi, Colloqui, I, Roma, 1960, pp. 427-431.
[23] Cf. Pie XII, allocution à l'Association catholique italienne des maîtres de l'enseignement secondaire (U.C.L.I.M.). 5 janv. 1954. loc. cit., p. 555.
[24] Cf. Paul VI, allocution à l'Office international d'éducation catholique (O.I.E.C.), 25 févr. 1964: Encicliche e Discorsi di S. S. Paolo VI, II, Roma, 1964, p. 232.
[25] Cf. Paul VI, allocution à l'Association chrétienne des ouvriers italiens (A.C.L.I.), 6 oct. 1963: Encicliche e Discorsi di Paolo VI, I. Roma, 1964. p. 229.
[26] Cf. Paul VI, alloc. au VIe Congrès thomiste international, 10 septembre 1965: AAS, LVII (1965), p. 788-792.
[27] Cf. Pie XII, allocution aux maîtres et étudiants des universités catholiques de France, 21 sept. 1950: Discorsi e Radiomessaggi, XII, pp. 219-221; Pie XII, lettre au XVIIe Congrès de " Pax Romana ", 12 août 1952: Discorsi e Radiomessaggi, XIV, pp. 567-569 ; Jean XXIII, allocution à la Fédération des universités catholiques, ler avril 1959: Discorsi, Messaggi, Colloqui, I, Roma, 1960, p. 226-229 ; Paul VI, allocution au Sénat académique de l'Université catholique de Milan, 5 avril 1964: Encicliche e Discorsi di S. S. Paolo VI, II, Roma, 1964, pp. 438-443.
[28] Cf. Pie XII, allocution au Sénat académique et aux étudiants de l'Université de Rome, 15 juin 1952: Discorsi e Radiomessaggi, XIV. p. 208: « La direction de la société de demain repose principalement dans l'esprit et le cœur des universitaires d'aujourd'hui ».
[29] Pour des raisons de commodité, on donne ici la traduction française, mais seule la version latine fait foi. Les éditions du Centurion du Cerf et Tardy ont publié une version bilingue très pratique, à Paris, en 1984, sous le titre : Code de droit canonique latin-français.
[30] Jean-Paul II, Allocution au Congrès International sur les Universités Catholiques, tenu à Rome, le 25 avril 1989.
[31] Vatican II, Gravissimum educationis, 1, 2, 5 et 6 ; canons 793 et 797.
[32] Canons 802, 803 et 806.
[33] Congrégation pour l’Education catholique, Dimension religieuse de éducation dans l’Ecole Catholique, 1988, 67.
[34] ibidem, 6.
[36] Ibidem, 58 et 59.
[37] Conc. Oecum. Vat. II, Lumen Gentium, 39.
[39] Conc. Oecum. Vat. II, Apostolicam actuositatem, 19.
[40] Conc. Oecum. Vat. II, Lumen Gentium, 23.
[42]. Conc. Oecum. Vat. II, Apostolicam actuositatem, 23.
[43] Ibid, 20.