Source: https://www.hervecausse.info/Des-demarcheurs-en-assurance-doivent-respecter-les-regles-du-demarchage-du-Code-de-la-consommation-Crim-2-octobre-2007_a142.html
Timestamp: 2018-01-20 10:40:35+00:00
Document Index: 166566848

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Des démarcheurs en assurance doivent respecter les règles du démarchage du Code de la consommation (Crim. 2 octobre 2007, pub.). Le droit de la consommation n'est pas un champ clos ! De la mystification du raisonnement juridique par les ''matières''
Direct Droit Actualités
* Editorial Radical
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19/12/2017 08:55
Les relations bancaires et financières ne peuvent pas être des relations commerciales établies de l'article L. 442-6 du Code de commerce
Les relations bancaires et financières ne peuvent pas être des relations commerciales établies… car la finance est indépendante de l’économie réelle ? Voilà l'explication qui est peut-être à donner à une décision dont la motivation est plutôt creuse (Cass. com., 25 octobre 2017, N° 16-16839 ; commentaire à paraître jeudi dans l'Hebdo Lexbase).
Si la motivation n'explique rien, il n'en reste pas moins qu'elle a une cause. Nihil est sine rationae... Rien n'est sans raison... Dans ce commentaire, nous donnons une explication positiviste (on est contra avec l'excellent commentaire de N. Dissaux publié au JCP E), une explication positivo-sociale et une explication purement culturelle ; le juge subit la finance à défaut de la bien comprendre et de trouver en doctrine de quoi l'analyser.
Cette décision permet de lancer le débat que les positivistes refusent d'engager : finance et économie réelle, quels liens, quelles vérités ?
17/12/2017 10:33
La carte judiciaire et la pensée élémentaire...
Les juristes n'en finissent pas de mourir mais on fête le nombre croissant des juristes d'entreprises, Youpi ! Tous ne font-ils que du droit ? Ne font-ils pas trop souvent du secrétariat juridique ou du secrétariat général ?
La dernière pulsion de survie des juristes concerne la carte judiciaire : il faut sauver les cours d'appel ! On ne saurait être contre si l'on est un peu girondin, si l'on voit la France telle qu'elle est, difforme, avec une région parisienne hypertrophiée. Mais le problème de la "filière juridique" (fêtée il y a peu) est ailleurs.
Les juristes sont peu respectés et l'indifférence à l'égard du droit les porte vers le fond. Même en première année de droit on peut évincer le droit au profit de matières de méthodologie (bon, c'est un détail). Si problème il y a, c'est moins celui de carte judiciaire que celle de l'activité judiciaire. Rénover l'activité judiciaire n'a jamais été sérieusement envisagée.
Mon billet sur le déclin de l'autorité judiciaire par rapport au "pouvoir de régulation" illustre la chose. Mais on pourrait aller plus loin et expertiser les arrêts d'appel pour vérifier leur teneur, profondeur et valeur (on s'étonne souvent de ne pouvoir les exploiter tant il sont elliptiques, en droit ou en fait, sur les demandes formulées ou sur la motivation).
En, trente ans il est apparu un nouveau pouvoir, qui vide l'autorité judiciaire de sa fonction, et les juges judiciaires semblent ne pas même s'en être aperçus. Et s'ils contrôle les peines des autorités de régulation, on leur explique sous cape qu'ils n'ont pas la compétence pour savoir ce qui est bon pour la société actuelle, notamment au plan économique. Car le pouvoir de régulation est née de l'irresponsabilité de l'exécutif, de l'incompétence du parlement et de la lenteur de la justice. Cela, c'est un aspect politique et juridique.
Au plan technique, au plan strictement juridique, sauver les cours d'appel passeraient davantage par une justice rénovée que par un militantisme localo-national. Il faut une justice rénovée, plus rapide, plus profonde en droit et donc davantage fondée sur les auxiliaires de justice, soit une justice qui se fait aider par les avocats pour être efficace. Or, l'ambiance est depuis deux décennies à un certain dédain des magistrats (issus d'un concours national) pour les simples avocats (issus d'un simple examen local) : personne ne peut donc penser au ministère de la justice à s'appuyer sur ces forces.
Un Syndicat des juristes injustement méprisés aurait un grand succès. Il plaiderait pour le maintien de la Justice, du Droit voire de l'Ethique (à la mode depuis 2000 ans). Il suinterait la nostalgie qui empêche de refaire la vie et le justifie : hier était si bien. Voilà à quoi l'on est tenu à défaut d'idées, de travail et de courage.
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Des démarcheurs en assurance doivent respecter les règles du démarchage du Code de la consommation. L'affirmation ne choque pas, même si elle semble fondée sur un paradoxe (apparent) : le droit de la consommation s'applique au droit des assurances. Partons de là pour arriver, en quelques remarques, au coeur de l'arrêt ci-dessous reproduit.
I. La Faculté forme et... déforme parfois aussi les esprits. Des professeurs zélés, parfois non-confirmés, viennent enfermer les neurones des auditeurs dans des champs clos, qu'ils soutiennent être des "matières juridiques" (concept porté par les "cours" ou les TD ou les manuels, voire par les chroniques…). En droit ceci telle règle vaut, en droit cela telle autre – point à la ligne !
La pratique, qui a été formée à la Faculté, doit ne pas se souvenir de ces découpages multiples que la loi ne consacre guère.
Cette obligation de découpage tient à la seule tâche d'enseignement (il faut bien délimiter un discours) et tourne parfois à la mystification scientifique ; un besoin pédagogique vient à se transformer en cloison scientifique voire en principe d'interprétation ; au point que l'on peut se demander si l'étude magistrale de cas, mélangeant "tous les Droits", ne mériterait pas d'être tentée.
Mais les juristes sont dans la vie réelle et ils ne peuvent pas en toute circonstance se laisser bercer par leurs "matières" ; les juges le leur rappellent parfois indirectement.
II. Les prévenus soutenaient que, selon l'article L. 121-22 du code de la consommation, l'activité en cause, de commercialisation d'assurance, fait l'objet d'une réglementation par un texte législatif particulier. Ils invoquaient, au soutien de cette idée, l'article L. 132- 5-1 du code des assurances ; ce texte prévoit une "remise en cause" du contrat lorsque tous les documents contractuels n'ont pas été remis ; mais celui-ci règlemente seulement les contrats d'assurance vie (article que nous avons à plusieurs fois évoqué dans la rubrique "droit des investisseurs") et, du reste, pour des défauts spécifiques et pour une sanction qui l'est également et qui est civile.
Cette invocation visait à exclure les textes du code de la consommation en application de l'article L. 121-22 du code de la consommation ; l'idée générale de ce texte est de ne pas soumettre simultanément une même opération juridique à deux régimes différents (ne sont ainsi pas soumises aux règles de la section III sur le démarchage "les activités pour lesquelles le démarchage fait l'objet d'une réglementation par un texte législatif particulier").
Là est le nœud du problème, dans ces quelques mots. On peut le formuler ainsi : quand une disposition légale (ou une série de dispositions) sont-elles de nature à exclure la section 3 en cause du code de la consommation ?
Cette question est venue à plusieurs reprises à hauteur de cassation, devant la chambre criminelle ; on peut dire qu'il y a une réelle difficulté. A chaque fois, la Cour a examiné avec précision le bloc législatif qui était censé chasser celui du code de la consommation.
En vérité, la première réglementation est très large et la seconde, visée en l'espèce et relative aux assurances, est très précise. Il faut scruter les dispositions mot à mot, sans que l'idée de matière ne soit d'aucune aide dans l'opération.
III. Ce cas est en effet un excellent exemple des abus de la Faculté qui "saucissonne" le droit en matières dont les frontières sont toujours perméables (et non pas et du coup nécessairement floues). Chacun "son cours", "chacun sa spécialité" ! Cette pratique, si elle est trop poussée, a souvent des influences néfastes.
Ce découpage, conçu de façon abusive, contamine la recherche juridique ; combien d'auteurs prétendent étudier l'influence du "droit de la consommation" sur telle ou telle autre matière ? Cette méthode s'apparente à une sorte de "sectarisme juridique", lequel est injustifié, puisque la loi ne découpe pas le Droit en diverses matières. Cela consiste à poser en postulat qu'il existe des matières différentes, de façon à se donner ensuite un objet de recherche qui est celui, notamment, de l'influence (ou des rapports) de telle matière sur telle autre.
Une telle question ne se pose quasiment jamais dans ces termes, ni au praticien ni au juge ; seul les auteurs s'exercent à la chose n'hésitant parfois pas à traiter la question des années durant.
IV. Pourtant, ce postulat n'est que cela. A chaque section du code de la consommation – pour rester sur cette "matière" – correspond un domaine propre, en sorte qu'il n'existe pas "une matière unitaire" qui pourrait avoir un effet.
Il y a dans le code de la consommation quarante sections qui, chacune, a son domaine qui s'applique dans les termes des dispositions législatives, sans que l'idée "d'influence" n'ait quasiment aucun intérêt, sauf peut-être en sociologie juridique.
On aurait pu penser à unifier le domaine du "droit de la consommation". Nous pensions du reste, aux lendemains de la codification (Après le Code de la consommation, Litec, 1995) que telle serait la politique du gouvernement : unifier la notion de consommateur, voire les actes de consommation. Mais rien de tel ne s'est passé.
L'arrêt rapporté illustre, comme cent autres…, cette situation. La loi c'est la loi ! Sa force ou son domaine ne se mesure pas au vu de la question ou de la thématique réglementée (le vocabulaire à choisir est difficile). La thématique abordée (consommation, assurance, bancaire…) ne délimite pas d'emblée et de façon dogmatique son domaine d'application. Toute disposition de ce bloc s'applique selon ses termes et non selon des considérations de frontières de matières que le législateur ne s'aventure quasiment jamais à définir.
V. Ainsi, le droit de la consommation peut allègrement s'appliquer en droit des assurances ! Renvoyant les juristes à quelque réflexion indispensable. Ces deux droits… n'existent pas avec le degré d'isolement et d'autonomie auquel les étudiants (et quelques docteurs) les conçoivent (conception parfaitement légitime quand on élabore une véritable thèse, c'est-à-dire un ouvrage prospectif et non une répétition, plus ou moins sophistiquée, du droit positif).
De façon générale, les dispositions pénales du code de la consommation (si j'écrivais en "droit pénal de la consommation", je retomberais dans le "mal" des matières qui n'existent pas…) ne me paraissent pas être interprétées restrictivement (mot qui en vérité ne veut pas dire grand chose... passons) : il n'y a aucun principe d'interprétation qui enfermerait les infractions dans le périmètre de ce droit ou de ce code (de la consommation)... puique ces deux dernières idées sont molles.
Voilà notre critique des "matières" illustrée.
VI. Cette situation juridique fait courir de grands risques aux salariés et dirigeants sociaux de tous les secteurs.
En l'espèce, les prévenus croyaient pouvoir se dispenser de l'application de la loi au motif qu'ils opéraient en droit des assurances… assurances de santé… bref, outre le droit des assurances, le "droit de la santé" était peut-être aussi, dans leur esprit, une cause de protection (une sorte d'exonération de responsabilité pénale… de l'infraction fulminée...)
Les prévenus, cités devant le juge pénal, soutenaient donc que le démarchage sur l'assurance n'était pas soumis aux dispositions des articles L.121-23 à L.121-29 du code de la consommation (dont le non-respect implique un délit pénal).
L'arrêt d'appel avait énoncé que seul le démarchage en matière d'assurance sur la vie se trouve réglementé par l'article L. 132- 5-1 du code des assurances et que les autres branches de l'activité d'assurance, dont celle litigieuse, qui ne relèvent pas de dispositions spécifiques, restent régies par le code de la consommation.
La Cour de cassation rejette le moyen qui critiquait cette position. En conséquence, le démarchage du code de la consommation s'applique en droit des assurances.
Chambre criminelle, 2 octobre 2007
N° de pourvoi : 06-87292
Président : M. COTTE
LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE CRIMINELLE, en son audience publique tenue au Palais de Justice à PARIS, le deux octobre deux mille sept, a rendu l'arrêt suivant :
Sur le rapport de Mme le conseiller RADENNE, les observations de la société civile professionnelle LYON-CAEN, FABIANI et THIRIEZ, avocat en la Cour, et les conclusions de M. l'avocat général MOUTON ;
- X... Thierry,
- Y... Gaétan,
contre l'arrêt de la cour d'appel de DOUAI, 6e chambre, en date du 27 octobre 2005, qui, pour infractions à la législation sur le démarchage à domicile, les a condamnés à 2 500 euros d'amende chacun ;
Vu le mémoire commun aux demandeurs, et les observations complémentaires produits ;
Sur le premier moyen de cassation, pris de la violation des articles 7 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, 111-3 du code pénal, L. 121-21, L. 121-22, L. 121-23, L. 121-24, L. 121-25, L. 121-26 et L. 121-28 du code de la consommation, L. 132-5-1, L. 310-1 et suivants, L. 511-1 du code des assurances, et 591 du code de procédure pénale ;
"en ce que l'arrêt a déclaré les prévenus coupables d'infractions en matière de démarchage à domicile, résultant du fait d'avoir proposé des contrats d'assurance-santé ne comportant pas la faculté de renonciation, le formulaire type pour l'exercice du droit de rétractation et pour avoir accepté des moyens de paiement avant l'expiration du délai de réflexion accordé à la personne démarchée, et les a condamnés à une amende de 2 500 euros chacun ;
"aux motifs adoptés qu'en vertu de l'article L. 121-22 du code de la consommation, ne sont pas soumises aux dispositions des articles L. 121-23 à L. 121-29, les activités pour lesquelles le démarchage fait l'objet d'une réglementation par un texte législatif particulier ; qu'il s'agit d'une disposition d'ordre général ; que toute exception ne peut être interprétée que restrictivement ; que seul le démarchage en assurance-vie est réglementé par l'article L. 132-5-1 du code des assurances ; qu'il en résulte que les autres branches et notamment celles relatives aux complémentaires santé, qui ne disposent d'aucun texte législatif particulier, restent soumises au code de la consommation ; que les dispositions de la loi n° 89-421 du 23 juin 1989 relative à l'information et à la protection des consommateurs ainsi qu'à diverses pratiques commerciales, dont partie a été codifiée, n'exclut absolument pas les contrats d'assurances de son champ d'application ; que le code des assurances ne peut donc s'appliquer, à l'exclusion du code de la consommation, que dans le domaine de l'assurance-vie ; que tel n'est pas le cas en l'espèce ; que les prévenus concluent également qu'il ne saurait leur être fait grief d'avoir utilisé des contrats types alors qu'ils ont été soumis au contrôle ministériel ou de son administration ; que cet argument ne sera pas retenu ; qu'il ne s'agit, d'une part, que d'une possibilité offerte au ministre dont l'inutilisation ne peut avoir pour conséquence de rendre conforme aux textes ce qui ne l'est pas ; qu'il a d'ailleurs été jugé qu'une clause abusive et léonine doit être considérée comme de nul effet alors même qu'elle a reçu le visa de l'autorité de tutelle ; que surtout, comme le précise l'article L. 310-12 du même code, que la commission veille au respect pour les entreprises d'assurance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'assurance ;
que le contrôle de la tutelle est donc relatif au droit des assurances et ne constitue pas ce qui pourrait s'analyser en un contrôle de légalité ; que le tribunal constatera dès lors l'existence de l'élément légal de l'infraction" ;
"alors que, d'une part, l'article L. 121-22 du code de la consommation prévoit que "ne sont pas soumises aux dispositions des articles L. 121-23 et L. 121-29, les activités pour lesquelles le démarchage fait l'objet d'une réglementation par un texte spécifique" ; que le législateur a ainsi entendu exclure de l'application des articles L. 121-23 et L. 121-29 du code de la consommation, toutes les activités faisant l'objet de dispositions spécifiques destinées à assurer la protection du consommateur ;
que le démarchage fait l'objet d'une réglementation spécifique concernant l'activité d'assurance, le code des assurances prévoyant des règles particulières sur l'information du consommateur et des garanties quant aux personnes aptes à proposer des assurances, même si le législateur n'a entendu prévoir un droit de rétractation de l'assuré qu'en matière d'assurances-vie ; qu'en estimant que les dispositions du code de la consommation sur le démarchage à domicile s'appliquaient aux assurances, à l'exception de l'assurance-vie parce que le législateur n'avait entendu réglementer spécifiquement que le démarchage à domicile en matière d'assurances-vie, sans considération du fait que la vente de telles assurances entrait dans le cadre de l'activité d'assurance, la cour d'appel a violé l'article L. 121-22 du code de la consommation, ainsi que les articles L. 132-5-1, L. 310-1 et suivants, L. 511-1 du code des assurances ;
"alors que, d'autre part, il se déduit du principe de la légalité des délits et des peines, principe à valeur constitutionnelle, que la loi pénale est d'interprétation stricte et qu'elle doit être claire et précise, principes ayant eux-même valeur constitutionnelle et étant garantis notamment par l'article 7 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ; que la cour d'appel, qui a considéré que les dispositions des articles L. 121-23 et suivants du code de la consommation s'appliquaient en matière d'assurance, alors qu'il existe une incertitude sur cette applicabilité, a violé les principes ci-dessus rappelés" ;
Sur le second moyen de cassation, pris de la violation des articles 121-1 du code pénal, L. 121-21, L. 121-22, 121-23, L. 121-24, L. 121-25, L. 121-26 et L. 121-28 du code de la consommation, 591 et 593 du code de procédure pénale ; défaut de motifs et manque de base légale ;
"en ce que l'arrêt a déclaré les prévenus coupables d'infractions en matière de démarchage à domicile, résultant du fait d'avoir proposé des contrats d'assurance-santé ne comportant la faculté de renonciation, le formulaire type pour l'exercice du droit de rétractation et pour avoir accepté des moyens de paiement avant l'expiration du délai de réflexion accordé à la personne démarchée, et les a condamnés à une amende de 2 500 euros chacun ;
"aux motifs adoptés que, "Gaëtan Y... et Thierry X..., sont co-gérants de la SARL Groupe Assursanté, dont le siège social est à Lille et qui compte divers établissements dont l'un, rue Briquet à Lens ; qu'il s'agit d'une société de courtage en assurances, spécialisée dans le domaine de la complémentaire santé ; qu'elle travaille à partir de mailings envoyés aux particuliers qui renvoient un coupon de demande d'étude personnalisée ;
qu'après réception, des commerciaux de l'entreprise se déplacent auprès de la personne intéressée dans le but de lui faire souscrire un contrat intitulé "demande d'adhésion ASAF" ; que c'est à cette entité Association santé et action familiale (ASAF), domiciliée à Juan-les-Pins, qui gère l'entier dossier, que sont aussitôt transmis ces documents ; que les prévenus invoquent aussi qu'ils n'ont en aucun cas eu l'intention de commettre une infraction, que l'ambiguïté, selon eux, des textes applicables, exclut toute mauvaise foi ; que, bien au contraire, les éléments de la cause permettent de retenir l'existence de l'élément moral ; qu'il convient de rappeler que, dès le 16 février 2001,Gaëtan Y... et Thierry X... étaient avertis qu'ils devaient respecter les articles L. 121-21 et suivants du code de la consommation dont copie leur était adressée ; qu'il leur était indiqué que, lors d'un contrôle ultérieur, si de nouvelles infractions étaient constatées, elles seraient relevées par procès-verbal ; qu'ils ne répondirent pas à cette lettre, ce qui aurait été pourtant l'occasion de faire connaître leur divergence d'interprétation ; qu'après le contrôle du 13 décembre 2001, un nouveau rappel de la réglementation leur était adressé par courrier du 22 janvier 2002 ; que les propositions de contrats litigieux ont été établies pour la période du 29 avril au 17 mai 2002, soit à une date bien postérieure à ces rappels ; que d'ailleurs, entendus par l'agent de la DDCCRF, le jour du contrôle, les prévenus ne contestaient pas être assujettis au code de la consommation mais indiquaient "cette réglementation est une entrave à la bonne conduite de notre activité ." ; que l'ASAF, par courrier du 28 mai 2002 ne réfute pas non plus l'application du code de la consommation, tenant à préciser, au terme de son argumentation, que nous ne procédons à aucun démarchage, ce qui signifie clairement qu'elle ne se situe pas dans le cadre du code des assurances et des règles spécifiques du démarchage en matière d'assurance-vie ; que, ce n'est qu'après l'envoi du procès-verbal du 13 octobre 2002, que
Gaëtan Y... et Thierry X..., par lettre du 28 novembre 2002, revendiquent l'exclusion prévue par l'article L. 121-22 du code de la consommation ; qu'il est constant et finalement non contesté, même si les conclusions qui en sont tirées diffèrent, que les opérations de la société Assursanté, constituent bien du démarchage, dès lors que, même sur sa demande, la proposition est faite au domicile de la personne, à sa résidence, sur son lieu de travail ou dans tout autre endroit non destiné à la commercialisation ; que les propositions d'assurance ne sont pas conformes aux dispositions des articles L. 121-23, L. 121-25 et L. 121-6 du code de la consommation ; qu'il est en effet démontré, par les documents produits, que les propositions de contrat ne comportent pas :
- le nom du démarcheur,
- la faculté de renonciation,
- les caractéristiques précises de l'assurance souscrite ;
- le formulaire type pour l'exercice du droit de rétractation ;
que, le jour même de la signature de la demande d'adhésion le client, à son domicile, a remis une autorisation de prélèvement accompagnée d'un RIB, aussitôt transmis à l'ASAF à Juan-les-Pins ;
que les prévenus ont ainsi violé les dispositions de l'article L. 121-26 qui interdisent non seulement d'exiger mais aussi d'obtenir, directement ou indirectement, à quelque titre ni sous quelque forme que ce soit aucun engagement . ; qu'il est évident que l'acheteur qui a remis, signée, une autorisation de prélèvement, accompagnée d'un RIB, se sent dès lors engagé et sa libre réflexion en est affectée ; que l'offre d'un mois des prestations gratuit obéit à la même logique : lier son co-contractant dès la signature ; que l'élément matériel est donc de ce fait constitué ; que les prévenus ne sauraient disconvenir qu'ils sont co-gérants de la société et que c'est à ce titre qu'ils ont été cités ; qu'ils sont également pénalement responsables de leurs démarcheurs ; qu'ils seront donc reconnus coupables de l'infraction prévue et réprimée par les articles L. 121-26 et L. 121-28 du code de la consommation" ;
"alors que, d'une part, l'ensemble des garanties prévues par les articles L. 121-23 et suivants du code de la consommation s'appliquent lors de la signature du contrat proposé ; que, dès lors que la cour d'appel constatait que les démarcheurs de la société que géraient les deux prévenus proposaient aux démarchés une demande d'adhésion à l'ASAF, laquelle gérait ensuite tout le dossier, la cour d'appel qui ne constate pas par de tels motifs que les démarchés étaient invités par les démarcheurs à signer des contrats d'assurances, qui les auraient fait bénéficier de l'ensemble des droits prévus en matière de démarchage, a privé sa décision de base légale ;
"alors que, d'autre part, la responsabilité pénale est une responsabilité du fait personnel ; qu'en considérant que les prévenus étaient responsables des actes de leurs démarcheurs en leur qualité de co-gérants de la société de courtage, sans constater qu'ils avaient pratiqué dans des conditions illégales ou fait pratiquer le démarchage en donnant des instructions contraires aux dispositions des articles L. 121-23 et suivants du code de la consommation, la cour d'appel a violé le principe ci-dessus rappelé" ;
Attendu qu'il résulte de l'arrêt attaqué et des pièces de procédure que des démarcheurs de la société de courtage en assurances Groupe Assursanté ont visité des particuliers pour obtenir la souscription de contrats d'assurance "complémentaire santé" proposés par l'association Santé et Action familiale, dite l'ASAF ; que, par deux courriers des 16 février 2001 et 22 janvier 2002, la direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes a averti les deux cogérants de la société Groupe Assursanté, Thierry X... et Gaëtan Y..., de leur obligation d'observer les prescriptions des articles L.121-21 et suivants du code de la consommation relatives au démarchage ; qu'il a été établi que, par la suite, des personnes ayant souscrit des contrats avaient simultanément autorisé un prélèvement automatique sur leur compte bancaire ; que Thierry X... et Gaëtan Y... ont été poursuivis du chef d'infractions à la législation sur le démarchage, pour avoir proposé des contrats d'assurance-santé ne comportant pas la faculté de renonciation et pour avoir accepté des moyens de paiement avant expiration du délai de réflexion ;
Attendu que, pour déclarer coupables les prévenus, qui soutenaient que, selon l'article L.121-22 du code de la consommation, l'activité en cause, faisant l'objet d'une réglementation par un texte législatif particulier, n'était pas soumise aux dispositions des articles L.121-23 à L.121-29 dudit code, l'arrêt énonce que seul le démarchage en matière d'assurance sur la vie se trouve réglementé par l'article L.132- 5-1 du code des assurances et que les autres branches de l'activité d'assurance, dont celle litigieuse, qui ne relèvent pas de dispositions spécifiques, restent régies par le code de la consommation ;
Attendu qu'ainsi, en l'état de textes dénués d'ambiguïté dont l'applicabilité à l'activité de la société avait été notifiée aux deux prévenus, la cour d'appel, qui a relevé que les démarcheurs visitaient les clients pour obtenir la souscription de contrats, a justifié sa décision ;
D'où il suit que les moyens ne sont pas fondés ;
Etaient présents aux débats et au délibéré : M. Cotte président, Mme Radenne conseiller rapporteur, MM. Farge, Blondet, Palisse, Le Corroller, Straehli conseillers de la chambre, Mmes Slove, Guihal, MM. Chaumont, Delbano conseillers référendaires ;
Avocat général : M. Mouton ;
En foi de quoi le présent arrêt a été signé par le président, le rapporteur et le greffier de chambre
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