Source: https://juricaf.org/arret/RWANDA-COURSUPREME-20051209-RPA012605CS
Timestamp: 2019-02-23 07:22:40+00:00
Document Index: 210413862

Matched Legal Cases: ['arrêt ', 'arrêt ', "l'article 93", "l'article 87", "l'article 102", "l'article 102", 'arrêt ', "l'article 108", "l'article 109", "l'article 312", "l'article 37", "l'article 93", "l'article 102", "l'article 91", "l'article 102"]

Sens de l'arrêt : Annulation de l'ordonnance de mise en détention provisoire
Numéro d'arrêt : RPA.0126/05/CS
Numéro NOR : 67695
Identifiant URN:LEX : urn:lex;rw;cour.supreme;arret;2005-12-09;rpa.0126.05.cs
Détention préventive - Appel des ordonnances rendues par la Haute Cour de la République - Article 37 et 97 de la loi n° 13/2004 du 17/05/2004 portant Code de procédure pénale-Absence d'indice sérieux de culpabilité.Libération immédiate.
Lorsque le juge constate qu'il n'existe pas d'indices sérieux de culpabilité ou s' ils sont insuffisants, le juge ordonne que le prévenu soit remis en liberté sans autre condition.
Demandeurs : NIJYIMBERE Eric TWARIB
Défendeurs : MINISTERE PUBLIC
ARRET RPA. 0126/05/CS
LA COUR SUPREME, SISE A KIGALI, SIEGEANT EN MATIERE PENALE, A RENDU CE 09/12/2005, L'ARRET RPA.0126/05/CS DONT LA TENEUR SUIT:
NIJYIMBERE Eric TWARIB: Fils de Butorano Hamisi et de Mukabatsinda H., né en
1975, dans la Cellule de Nderi, Secteur de Gitega, District de Nyarugenge, MVK.
OBJET DU LITIGE :Appel de l'Ordonnance n° 0143/05 du juge de la Haute Cour de la République mettant en détention provisoire NIJYIMBERE Eric TWARIB du 30/11/2005
VU la Loi Organique n° 07/2004 du 25/04/2004 portant Code d'organisation, fonctionnement et compétence judiciaires;
VU l'Ordonnance n° 0143/05 rendu par le juge de la Haute Cour de la République en date du 30/11/2005 de mise en détention provisoire de NIJYIMBERE Eric TWARIB assisté par Maître NTAWERA Denyse, le Ministère Public représenté par Madame HABYALIMANA Angélique, Procureur à Compétence Nationale;
ATTENDU le rapport du juge rapporteur;
ATTENDU QUE NIJYIMBERE assisté par Maître NTAWERA Denyse dans ses conclusions, explique que le motif de son appel est l'absence des indices sérieux de sa culpabilité; qu'en vertu des dispositions de l'article 93, 94, 95, 98 et 102, al.1 de la Loi n° 13/2004 du 17/05/2004 portant Code de procédure pénale, il estime que les preuves apportées par le Ministère Public sont dénuées de tout fondement, il s'indigne du fait que la Haute Cour de la République a soutenu ces preuves alors que le principe contenu dans l'article 87 de la loi précitée selon lequel «l'inculpé reste libre» devrait être respecté;
ATTENDU QUE le prévenu explique que la lettre écrite par son frère BIGENIMANA Tumusifu ne devrait pas être considérée comme une preuve à sa charge puisqu'elle résulte du climat d'hostilité régnant entre les deux frères du fait que NIJYIMBERE a fait appréhender à deux reprises BIGENIMANA pour vol; le prévenu demande que la Cour prenne en considération la lettre que la famille TUMUSIFU a écrite au Parquet Général de la République expliquant le problème qui existe entre les deux frères;
ATTENDU QU'en outre le prévenu fait comprendre que son frère l'accuse injustement par jalousie du fait que NIJYIMBERE a fait des études universitaires (Licencié en droit) et qu'il est mieux considéré socialement; le fait que c'est TUMUSIFU seul qui incrimine NIJYIMBERE ne devrait pas constituer un indice sérieux de culpabilité contre NIJYIMBERE surtout que TUMUSIFU déclare qu'il ignore complètement ses coauteurs;
ATTENDU QUE le prévenu déclare qu'à part la lettre reprise ci-dessus, la déclaration de TUMUSIFU lors de son interrogatoire est pur mensonge, du fait qu'à partir du mois de mai 2005, NIJYIMBERE n'a jamais été au Burundi tel que TUMUSIFU l'avait déclaré au Ministère Public, ce qui se justifie par le laissez-passer se trouvant entre les mains du Ministère Public;
ATTENDU QU'il déclare que le fait pour TUMUSIFU de changer chaque fois de paroles, c'est ce qui prouve qu'il tient des propos mensongers étant donné qu'auparavant il avait fait remarquer que son coauteur était NDENGEJEHO Eric avec qui il travaillait ensemble, par la suite, il a changé de version dans sa lettre en précisant que c'est son frère NIJYIMBERE Eric qui est son coauteur dans le meurtre de MWIHOREZE Béatrice;
ATTENDU QU'il poursuit en disant qu'il ne pouvait pas prendre fuite car il ne se reprochait de rien; il avait été informé par la police judiciaire qu'il est poursuivit pour l'infraction d'assassinat, il travaille dans un service bien connu (Association HAGURUKA), sa résidence est également connue, tout cela prouve qu'il ne peut pas prendre fuite, il demande à la Cour d'ordonner qu'il soit poursuivi tout en étant libre quand bien même il y aurait des indices sérieux et de comparaître devant le Ministère Public chaque fois que de besoin, conformément à l'article 102, 5° de la loi n° 13/2004 du 17/05/2004 portant Code de procédure pénale;
ATTENDU QUE le représentant du Ministère Public réplique aux arguments avancés par le prévenu NIJYIMBERE, en précisant que toute la procédure d'arrestation a été respectée, aucune loi n'a été transgressée, il poursuit en disant que dans le procès-verbal dressé contre TUMUSIFU, celui-ci a exprimé nettement les raisons qui l'on poussé à ne pas révéler NIJYIMBERE, c'était pour qu'il ne soit pas incarcéré par son fait; il l'a accusé tardivement parce que NIJYIMBERE lui avait procuré un produit qui pourrait l'aider à prendre fuite, mais lorsqu'il a essayé d'utiliser ce produit, son objectif n'a pas été atteint;
ATTENDU QU'après l'ordonnance de mise en détention provisoire prise contre NIJYIMBERE, il a été trouvé des éléments nouveaux dont la lettre écrite par la famille TUMUSIFU, ce qui a donné lieu à l'enquête supplémentaire, on a pu trouvé également le témoignage du nommé RAMAZANI ayant démontré que lorsque NIJYIMBERE était détenu à la Brigade de Nyamirambo, il était avec NTAGANIRA Robert cité par TUMUSIFU comme quoi c'est lui qui les incita d'aller tuer MWIHOREZE Béatrice, mais lors de l'enquête menée par le Ministère Public, il a été démontré que ces individus ne se connaissent pas;
ATTENDU QU'au vu de ces éléments nouveaux, le Ministère Public demande à la Cour de modifier la décision prise par la Haute Cour de la République et de libérer NIJYIMBERE, que la Cour lui ordonne de respecter certaines conditions reprises à l'article 102 de la loi n° 13/2004 du 17/05/2004 portant Code de procédure pénale puisque les éléments nouveaux n'effacent pas les indices sérieux de culpabilité;
ATTENDU QUE lors de l'interrogatoire de NIJYIMBERE par le Ministère Public, il a reconnu qu'il était au Burundi au mois de mai 2005 même avant; l'enquête doit se poursuivre afin de mieux examiner le témoignage de TUMUSIFU, vérifier pourquoi le cachet n'a pas été apposé dans le laissez-passer de NIJYIMBERE si jamais il a franchi la frontière entre le Burundi au mois de mai 2005;
ATTENDU QUE la parole a été encore accordée à NIJYIMBERE et il a déclaré que le Ministère Public n'a pas précisé son itinéraire vers Burundi et il ne comprend pas pourquoi il ne devait pas passer par la voie autorisée alors qu'il disposait de tous les papiers exigés à cet effet; il estime que le Ministère Public a mal compris car il avait parlé dans la langue Kirundi;
ATTENDU QU'il explique qu'il a été avec NTAGANIRA Robert à la Brigade de Nyamirambo tel qu'exprimé par le Ministère Public, mais qu'ils ne se connaissaient pas, NTAGANIRA Robert était surnommé Afande, que le nommé NDENGEJEHO cité bien avant par TUMUSIFU doit être recherché car toujours vivant, la Cour doit rejeter l'argument évoqué par TUMUSIFU relatif aux produits;
ATTENDU QUE Maître NTAWERA relève que NIJYIMBERE avait expliqué qu'il ne connaissait pas NTAGANIRA bien avant, il avait demandé qu'on les mette en contact pour pouvoir vérifier si réellement ils se connaissent, elle a terminé en rappelant que lors de l'interrogatoire de TUMUSIFU, celui-ci avait cité NDENGEJEHO Eric parce que c'est son voisin, mais que celui qu'elle assiste n'est pas son voisin, que donc il ne s'agit pas de confondre les noms ni de camoufler NIJYIMBERE;
ATTENDU QUE les débats sont clos, le prononcé est fixé au 09/12/2005 à 10 heures, la Cour se retire pour le délibéré et rend un arrêt dans ces termes:
CONSIDERANT QUE l'article 108 de la loi n° 13/2004 du 17/05/2004 portant Code de procédure pénale prévoit que l'appel des ordonnances rendues par la Haute Cour de la République est porté devant la juridiction immédiatement supérieure; que donc l'appel interjeté par NIJYIMBERE Eric TWARIB est de la compétence de la Cour Suprême;
CONSIDERANT QUE l'appel a été formé avant les quinze jours prévus à l'article 109 de la loi n° 13/2004 du 17/05/2004 portant Code de procédure pénale, qu'ainsi l'appel est régulièrement formé, qu'il y a lieu de le recevoir et de l'examiner;
CONSIDERANT QUE NIJYIMBERE Eric est poursuivi pour assassinat de la nommée MWIHOREZE Béatrice, infraction prévue et punie par l'article 312 du Code Pénal, dont la peine est l'emprisonnement de 2 ans au moins;
CONSIDERANT QUE l'article 37 et l'article 93 de la loi n° 17/05/2004 portant Code de procédure pénale prévoient que s'il existe des indices sérieux de culpabilité, le suspect peut être saisi et arrêté et qu'il peut être détenu lorsque l'infraction pour laquelle il est poursuivi est punissable de deux (2) ans d'emprisonnement au moins;
CONSIDERANT QUE dans son appel NIJYIMBERE Eric invoque l'absence d'indice prouvant sa culpabilité d'autant plus qu'il est en mésentente avec le témoin en charge nommé TUMUSIFU;
CONSIDERANT QU'en cours d'audience, le Ministère Public a produit d'autres moyens nouveaux portant des griefs contre les dépositions de TUMUSIFU, témoin à charge du cousin de NIJYIMBERE; la première preuve est la lettre que des parents et des frères de TUMUSIFU ont adressée au Procureur Général en démontrant que TUMUSIFU témoigne faussement contre NIJYIMBERE à cause de leur mésentente; la seconde preuve est le procès-vebal de HATEGEKIMANA Ramazani détenu avec NTAGANIRA et NIJYIMBERE à la Brigade de Nyamirambo, où RAMAZANI a expliqué qu'en se référant à l'entretien mené avec NTAGANIRA il a pu remarquer que ces individus ne se connaissent pas entre eux et cela conduit le Ministère Public à constater qu'il est inconcevable que NTAGANIRA ait pu donner à un individu comme NIJYIMBERE étranger à lui, une mission d'aller tuer en ses lieu et place une personne comme le déclare TUMUSIFU;
CONSIDERANT QUE les motifs avancés par l'appelant ainsi que le Ministère Public ne constituent aucun indice établissant la culpabilité de NIJYIMBERE pour l'infraction d'avoir tué MWIHOREZE Béatrice comme le témoigne TUMUSIFU qui éprouve des mésententes contre lui;
CONSIDERANT QUE les réquisitions du Ministère Public de mettre NIJYIMBERE en liberté provisoire sous conditions comme prévu à l'article 102 de la loi n° 13/2004 portant Code de procédure pénale, ne sont pas fondées, car seraient contraires aux dispositions prévues à l'alinéa 2 de cet article qui dispose que lorsque le juge constate qu'il n'existe pas d'indices ou si ils sont insuffisants, il peut remettre le prévenu en liberté sans autre condition;
CONSIDERANT QUE si l'inculpé peut être tenu d'observer des conditions telles que prévues aux articles 87, 90 et 91 de la loi portant Code de procédure pénale à raison des nécessités de l'instruction, il est fondé à invoquer l'article 91 de la loi n° 13/2004 du 17/05/2004 portant Code de Procédure pénale qui prévoit que l'inculpé peut être placé sous contrôle judiciaire par l'Officier du Ministère Public lorsque le dossier est en cours d'instruction; dans ce cas, le prévenu peut être invité à respecter une ou plusieurs conditions prévues à l'article 102 de cette loi;
PAR TOUS CES MOTIFS:
DECLARE recevable l'appel de NIJYIMBERE Eric TWARIB car régulièrement formé et le déclare fondé suite aux motifs énumérés dans les «CONSTATE»;
ORDONNE la libération immédiate après le prononcé de l'arrêt;
DECLARE QUE l'ordonnance n° 0143/05 rendue par le juge de la Haute Cour de la République en date du 30/11/2005 de détention provisoire de NIJYIMBERE Eric TWARIB est annulée;
ORDONNE QUE les frais de justice sont à charge de l'Etat;
AINSI JUGE ET PRONONCE PAR LA COUR SUPREME EN AUDIENCE PUBLIQUE DU 09/12/2005 OU SIEGEAIENT: SAM RUGEGE (PRESIDENT), NYILINKWAYA IMMACULEE ET HATANGIMBABAZI FABIEN (LES JUGES), ASSISTES DE BAKASHYAKA GERARDINE (GREFFIER).
BAKASHYAKA Gérardine
Décision attaquée : Haute Cour de la République, 30 novembre 2005
Date de la décision : 09/12/2005