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Timestamp: 2017-11-24 03:31:32+00:00
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[1] Armand, Frédéric, « Le bourreau dans l’Antiquité », Histoire Antique & Médiévale, n° 71, janvier février 2014, p. 62-71.
[2] Armand, Frédéric, « Le bourreau au Moyen Age », Histoire Antique & Médiévale, n° 72, mars avril 2014, p. 62-69.
[3] Obrecht, André, Le carnet noir du bourreau : mémoires d'André Obrecht, propos recueillis par Jean Ker, Paris, G. de Villiers, 1989, p. 87.
[4] Au Ier siècle, la loi de Pouzzoles révèle déjà la nécessité d’identifier le bourreau par une tenue voyante : il ne lui est permis d’entrer dans la ville qu’à condition d’avoir sur la tête un bonnet bariolé (II,5). Ailleurs il est indiqué que les bourreaux devront être vêtus de rouge (II,13) (Hinard, François et Dumont, Jean Christian (Ed.), Libitina. Pompes funèbres et supplices en Campanie à l’époque d’Auguste. Edition, traduction et commentaire de la Lex Libitina Puteolana, Paris, De Boccard, 2003, p. 17, 19, 113, 121)
[5] Platon, Les Lois, IX, 11 ; Platon, La République, IV, 14.
[6] Cicéron, Pro Rabirio, 5.
[7] Horace, Satyre VI, v 39-40.
[8] Chronique de Jean le Bel, éd. Viard Jules et Déprez Emile, Paris, Renouard, t. 2, 1905, p. 21-22.
[10] AN, X2a 4, folio 186 v° ; Chroniques de Jean Froissart, publiées par Siméon Luce, Paris, Renouard, t. III, 1872, p. X note 1.
[11] Vanel, G., Recueil de journaux caennais (1661-1777), Lestringant-Picard, Rouen-Paris, 1904, p. 11.
[12] Ibid., p. 52, 57, 58, 66, 74, 75.
[14] Ibid., p. 173-176.
[15] Barbier, Edmond Jean François, Chronique de la Régence et du règne de Louis XV, ou Journal de Barbier, Avocat au Parlement de Paris (1718-1763), Paris, Charpentier, 1856-1858, 8 tomes.
[16] Serpillon, François, Code criminel, ou commentaire sur l’Ordonnance de 1670, Lyon, Perisse Frères, 1767, t. 1, p. 825-826.
[17] Grandes Chroniques de France , BN, ms. Fr. 2813. Cette phrase est particulière à ce manuscrit considéré comme l’original, abrégée dans les copies ultérieures dans lesquelles néanmoins le nom de Raoulet est resté. Par ex. BN, ms. Fr. 2614, fol. 211v ; BN, ms. Fr. 2620, fol. 430 ; ou encore Londres, BL, ms Royal 20 C VII, fol. 133v. Chronique des règnes de Jean II et de Charles V, publiée par R. Delachenal, Paris, Renouard, 1910, t. I, p. 179-180 ; 1920, t. III, p. XLII-XLIII ; Morel 2007, p. 283-284. Du haut des fenêtres de l’Hôtel de ville, un avocat du Châtelet du nom de Jean Godart calme le peuple en criant à haute voix que ce genre de malaises arrive souvent à Raoulet. L’exécution est finalement menée à son terme : conformément à la condamnation, les patients sont décapités, leurs corps sont écartelés et les quartiers sont pendus aux entrées de Paris.
[18] Tuetey, Alexandre, Journal d’un bourgeois de Paris (1405-1449), publié d'après les manuscrits de Rome et de Paris, Paris, Champion, 1881, p. 18.
[19] Ibid., p. 110-111.
[20] Lalanne, Ludovic, Journal d’un bourgeois de Paris sous le règne de François premier (1515-1536), Paris, 1854, p. 53.
[21] Ibid., p. 167-168.
[22] Haton, Claude, Mémoires de Claude Haton contenant le récit des événements accomplis de 1553 à 1582, publiés par M. Félix Bourquelot, t. II, Collection de documents inédits sur l’Histoire de France, première série, Paris, Imprimerie impériale, 1857, p. 644-646. Il nomme un autre bourreau, Maître Nicolas Ledoux, p. 704, et emploie sans pudeur le terme de bourreau pour d’autres exécutions.
[23] Barthès, Pierre, Les heures perdues de Pierre Barthès, maître répétiteur en Toulouse, ou recueil des choses dignes d’être transmises à la postérité, arrivées en cette ville ou près d’icy, BM Toulouse, ms. 702, f°99.
[24] Roye, Jean (de), Journal de Jean de Roye, connu sous le nom de Chronique scandaleuse (1460-1483), publié pour la société de l’histoire de France par Bernard de Mandrot, Paris, Renouard, 2 tomes, 1844-1846.
[26] Ibid., p. 4-5.
[28] Ibid., p. 359-361.
[29] Ibid., p. 58-60.
[30] François Villon, Grand Testament, vv. 1636-1643.
[31] AN, X2a 57 ; Champion, Pierre, François Villon, sa vie et son temps, Paris, Champion, 1913, t. 2, p. 339. Il est également évoqué dans les comptes de l’Hôtel-Dieu de Paris de 1479 (Collection de documents pour servir à l’histoire des hôpitaux de Paris, Möring, Quentin, Brièle, t. III, fasc. I, 1883, p. 81).
[32] L’Estoile, Pierre (de), Mémoires-Journaux, publiés par MM. Brunet, Champollion, Halphen, Paul Lacroix, Charles Read, Tamizey de Larroque, Tricotel, Paris, Lemerre, 12 tomes, 1888-1896.
[33] Les trois autres sont « le bourreau » (t. I, p. 10) ; « un bourreau » (t. III, p. 11-12) ; « l’exécuteur de haute justice » (t. VI, p. 86).
[34] L’Estoile, op. cit., t. VII, p. 45.
[35] L’Estoile, op. cit., t. VIII, p. 37-38.
[36] L’Estoile, op. cit., t. VIII, p. 157.
[37] L’Estoile, op. cit., t. X, p. 255-261, 412-414.
[38] Hardy, Siméon-Prosper, Mes Loisirs, ou Journal d’événements tels qu’ils parviennent à ma connoissance (1764-1789), 8 volumes in grand-folio, BNF, Mss. FF. 6680-6687. La période 1764-1773 a été publiée par Maurice Tourneux et Maurice Vitrac, Paris, Librairie Alphonse Picard, 1912.
[39] Nom familièrement donné aux boutiques et aux galeries couvertes provisoirement abritées sous des hangars de planches durant les travaux du palais Royal.
[40] Hardy, op. cit., ms. 6685, f° 286.
[41] Jacques-Louis Ménétra, Journal de ma vie, présenté par Daniel Roche, Paris, Montalba, 1982, p. 216-217. Sur l’exercice de la médecine par les bourreaux cf. Armand, Les bourreaux en France, du Moyen Age à l’abolition de la peine de mort, Perrin, 2012, p. 60-67.
[42] Hinard, op. cit.
[43] Clément-Janin, Michel-Hilaire, Le Morimont de Dijon, Bourreaux et suppliciés, Dijon, 1889, p. 108-109.
[44] BN, F 23671 (748).
[45] Cf. par exemple celle de Jean Parisot à Vic en 1734 : Delarue 1979, p. 63. Les lettres de provisions de François La Caille, bourreau de Boulogne-sur-Mer (1773-1793), lui sont délivrées par le roi : « luy donnons et octroyons par ces présentes l’office d’exécuteur de notre chambre criminelle de notre ville de Boulogne et de ses dépendances » (1er juin 1773, Registres aux causes, ms. 1044, f° 15 v°).
[46] Livre Verd, ms. 1013, f° 249, cité par Gaston Libersat, La justice criminelle du magistrat de Boulogne-sur-mer de 1670 à 1790, Paris, Picard, 1910, p. 50-51.
[47] Libersat, op. cit., p. 49.
[48] Archives municipales d’Arras, Reg. mém., 1392-1397, f° 795 ; Adolphe de Cardevaque, « Le bourreau à Arras », Mémoires de l’Académie des Sciences, Lettres et Arts d’Arras, 2e série, tome 24, Arras, 1893, p. 169 note 3. Pour une période plus récente, cf. l’arrêté de nomination de Roch le 6 avril 1872 par le directeur des affaires criminelles et des grâces du ministère de la justice, reproduit par Georges Grison, Souvenirs de la place de la Roquette, Paris, Dentu, 1883, p. 17-18.
[49] Selon Leah Otis-Cour, les comptes des clavaires sont plus fiables que les sources judiciaires dans la mesure où certains actes, notamment la torture, ne sont pas mentionnés dans les actes judiciaires s’ils n’aboutissent pas à des aveux, tandis que les gages et les frais du tortionnaire ou du bourreau sont forcément comptabilisés car ils ont été accomplis et payés (Otis-Cour, Leah, « Les sources de la justice pénale dans les villes du Midi de la France au Moyen Âge : Paroles et silences », Pratiques sociales et politiques judiciaires dans les villes de l’Occident à la fin du Moyen Âge. Rome, Publications de l’École française de Rome, 2007, p. 95-103).
[50] Archives Municipales Toulouse, CC 2344, n°2, liste des dépenses de l’année 1494-1495 ; Otis, L., Prostitution in medieval society : the history of an urban institution in Languedoc, Chicago, 1985, p. 94.
[51] Comptes et ordinaires de la Prévôté de Paris, Compte de l’ordinaire de Paris, 1472 ; Sauval, Henri, Histoire et Recherches des Antiquités de la ville de Paris, t. 3, Paris, Moette, 1724, p. 408.
[52] BN, Manuscrits, Supplément français, 7645, pièce 25. Le manuscrit français 7645 offre un intérêt particulier car il réunit 118 notices manuscrites de 1391 à 1762 relatives à des exécutions, dont plusieurs ont trait à la rémunération de l’exécuteur.
[53] Dubois, Alexis-Auguste, Justice et bourreaux à Amiens dans les XVe et XVIe siècles, Amiens, 1860, p. 15.
[54] Comptes et ordinaires de la Prévôté de Paris, 1476 ; Sauval, op. cit., p. 429. Cf. également ibid., p. 387, 401, 414. Les comptes de la comtesse Mahaut, fille et héritière de Robert II comte d’Artois, mort en 1302, révèlent divers paiements effectués en faveur du bourreau pour le rétribuer des exécutions qu’on lui a demandé de réaliser (Cardevacque, op. cit., p. 167).
[55] Le 28 janvier 1440. BN, Manuscrits, Supplément français, 7645, pièce 50 ; Desmaze, Charles, Les pénalités anciennes. Supplices, prisons et grâce en France d’après des textes inédits, Paris, Plon, 1866, p. 86-87.
[56] Sarrazin, Albert, Le bourreau de Jeanne d’Arc d’après des documents inédits, Rouen, Cagniard, 1910.
[57] AD BR, B1709, f° 37 ; Paradis, Bruno, « De petits serviteurs de l’Etat : les bourreaux de Provence au XIVe siècle », Le petit peuple dans l’Occident médiéval, sous la direction de Pierre Boglioni, Robert Delort et Claude Gauvard, Publications de la Sorbonne, 2002, p. 314.
[58] AD Gironde, C 3787.
[59] Gasparri, Françoise, Crimes et châtiments en Provence du temps du roi René : procédure criminelle au 15e siècle, Paris, Le Léopard d’Or, 1989, p. 124, 181.
[60] La Croix, 25 août 1894.
[61] « Nous pourrions nommer un éditeur qui a fait demander au neveu d’Heindreich la préférence, dans le cas où les Mémoires de l’exécuteur devraient être imprimés. » (Le XIXe siècle, 18 avril 1872).
[62] « Depuis, il se ravisa et lorsqu’il fut nommé exécuteur à Paris, il eut un registre sur lequel il consigna sommairement les principales circonstances de chacune de ses exécutions. » (Grison, op. cit., p. 23-24) Il « possède chez lui un curieux registre qu’il tient avec une scrupuleuse comptabilité. C’est la liste de toutes les têtes qu’il a fait tomber. » (Le Figaro, 20 mars 1878) Suit la liste des 78 exécutés recensés dans le carnet du 4 avril 1872 au 18 mars 1878. Il n’en aura que trois de plus jusqu’à sa mort survenue le 24 avril 1879.
[63] Ces carnets ont été vendus aux enchères en février 2003, salle Drouot à Paris, au prix de 100.249 €. Sur la vente des carnets : Jaeger, Gérard A., Anatole Deibler (1863-1939). L’homme qui trancha 400 têtes, Paris, Kiron-Editions du Félin, 2001, p. 34-36.
[64] Obrecht, op. cit., p. 211.
[65] 206 : Circulaires au sujet des exécuteurs des hautes justices seigneuriales et des exécuteurs en titre de justice (1776-an VIII) ; 207 : Correspondances des exécuteurs (1793-an IV) ; 208-209 : Dossiers départementaux ; 210 : correspondance (An X-an XII) ; 211 : tableaux, rapports, correspondance (An II-an XIV) ; 212 : rapports, pétitions, commissions, états (An X-1807) ; 213 : Idem (1808-1810) ; 214 : Idem (1811-1813) ; 215-219 : Idem (1811-1825) classés par ordre alphabétique de département (215 : Ain-Creuse ; 216 : Dordogne-Loiret ; 217 : Mayenne-Nord ; 218 : Oise-Seine-et-Marne ; 219 : Seine-et-Oise-Yonne).
[66] On y trouve également des pièces relatives aux candidatures (1897-1929) et aux exécuteurs et leurs aides (1890-1930).
[67] AN, AF II, 3.
[68] Archives municipales de Dijon, cité par Clément-Janin, op. cit., p. 154-155.
[69] Barbier, Edmond Jean François, Chronique de la Régence et du règne de Louis XV, ou Journal de Barbier, Avocat au Parlement de Paris (1718-1763), Paris, Charpentier, 1857, tome 8, p. 418-419.
[70] AD BDR, C3538. La loi de 1790 supprime définitivement dans tout le royaume le droit de havage encore exercé par certains bourreaux, considéré comme un privilège féodal. Les revenus fixes sont désormais établis au niveau national.
[71] AN, BB3.
[72] AN, BB30, 536.
[73] De 1776 à 1825 pour AN, BB3 ; de 1775 à 1776 environ pour AD BDR, C3538.
[74] Rousseau, James (Emile Hilaire sous le nom de), « Monsieur de Paris », Le Livre des Cent-et-un, tome 5, 1832, p. 81-100.
[75] Marquand, Henri-E., Ma visite à Henri Sanson, bourreau de Paris, Londres, 1875.
[76] Appert, Benjamin, Dix ans à la Cour du roi Louis Philippe, et souvenirs du tems de l’Empire et de la restauration, Berlin-Paris, Voss-Renouard, 1846 ; Appert, Benjamin, « Un dîner chez Monsieur Appert. Vidocq et Sanson », Le Figaro, 14 octobre 1855 (réédité in extenso dans le n° du 1er juin 1857).
[77] Armand, Les bourreaux en France…, op. cit., p. 198-208.
[78] Mémoires pour servir à l’histoire de la Révolution française, par Sanson, exécuteur des arrêts criminels, Paris, Chez les marchands de nouveautés, 1830.
[79] Mémoires de l’exécuteur des Hautes-Œuvres, pour servir à l’histoire de Paris pendant le règne de la Terreur, publiés par M. A. Grégoire, Bruxelles, Chez H. Tablier, 1830.
[80] Sanson, Henri, Sept Générations d’exécuteurs (1688-1847), Mémoires des Sanson, mis en ordre, rédigés et publiés par H. Sanson, ancien exécuteur des hautes œuvres de la cour de Paris, Paris, Dupray de la Mahérie et Cie éditeurs, 1862.
[81] H***, Souvenirs d’un bourreau de Paris, Paris, 1886.
[82] Obrecht, op. cit.
[83] Meyssonnier, Fernand, Paroles de bourreau. Témoignage unique d'un Exécuteur des Arrêts criminels. Recueilli et présenté par Jean-Michel Bessette, Imago, 2002. Meyssonnier publie en annexe de son livre (p. 303-315) un document manuscrit d’André Berger dans lequel il relate ses premières expériences d’adjoint.
[84] Géraud, Hercule, Paris sous Philippe-le-Bel, d'après des documents originaux, et notamment d'après un manuscrit contenant le rôle de la taille imposée sur les habitants de Paris en 1292, publié pour la première fois, Paris, Crapelet, 1837, p. 60, 488.
[85] Registre criminel de Saint-Maur-des-Fossés, publié par Tanon, Louis, Histoire des justices des anciennes églises et communautés monastiques de Paris, suivie des registres inédits de Saint-Maur-des-Fossés, Sainte-Geneviève, Saint-Martin-des-Près et du registre de Saint-Martin-des-Champs, Paris, Larose et Forcel, 1883, p. 324.
[86] Registre criminel de Saint-Martin-des-Champs ; ibid., p. 496-497.
[87] Archives de la police, BB4, sous-série des affaires de mœurs, f°84.
[88] Feyel, Gilles, « Prémices et épanouissement de la rubrique de faits divers (1631-1848) », Les cahiers du journalisme, n°14, printemps / été 2005, p. 18-29.
[89] Bastien, Pascal, « Les arrêts criminels et leurs enjeux sur l'opinion publique à Paris au XVIIIe siècle », Revue d'histoire moderne et contemporaine, 2006/1, n° 53-1, p. 34-62. AD III, 1 à 11 : important fonds rassemblé par Thomas-Simon Gueullette, magistrat du Châtelet de Paris, de 1721 à 1766, poursuivies par deux de ses amis jusqu’en 1789, de pièces relatives aux affaires criminelles : jugements et arrêts criminels, placards, canards, gravures… Certains de ces documents sont introuvables par ailleurs. Ses apports sur les exécutions sont moindres, mais il témoigne de sa présence à certaines.
[90] Le Mercure françois, ou suitte de l’histoire de nostre temps, sous le regne du tres-Chrestien Roy de France et de Navarre, Paris, 25 volumes.
[91] Le Moniteur, 27 août 1792 ; Chronique de Paris, 29 août 1792.
[92] Le Thermomètre du Jour, n°395, 29 janvier 1793, p. 237.
[93] Le Thermomètre du Jour, n°410, 13 février 1793, p. 356.
[94] Le Thermomètre du Jour, n°415, 18 février 1793, p. 398-399.
[95] BN, Département des manuscrits, Français 10268 ; Le Thermomètre du Jour, n°418, 21 février 1793, p. 429-430.
[96] Gazette des tribunaux, 1781, p. 313-315.
[97] Gazette des tribunaux, 1787, p. 113.
[98] Feyel, op. cit., p. 22.
[99] Gazette des tribunaux, 9 mai 1827 ; 25 septembre 1828.
[100] Gazette des tribunaux, 19 mai 1827 ; 18 novembre 1827 ; 27 juin 1828 ; 3 août 1828…
[101] Gazette des tribunaux, 17 février 1829. L’histoire ne dit pas la suite, mais s’il s’agit bien de Jean-Pierre Urich, exécuteur depuis 1809, il continuera son office jusqu’en 1846.
[102] Gazette des tribunaux, 19 et 20 septembre 1831. Jean-Pierre Etienne est muté à Agen et remplacé par Pierre Miraucourt.
[103] Feyel, op. cit., p. 28.
[104] M’Sili, Marine, « Une mise en scène de la violence légitime : les exécutions capitales dans la presse (1870-1939) », L’exécution capitale, une mort donnée en spectacle (XVI-XXe siècle), sous la direction de Régis Bertrand et Anne Carol, Publications de l’Université de Provence (Collection le temps de l’Histoire), Aix-en-Provence, 2003, p. 169.
[105] Par ex. Le Petit Journal, 14 septembre 1864 ; Le Petit Journal, 20 janvier 1870 ; Le Figaro, 14 novembre 1879 ; Le Gaulois, 1er avril 1882 ; Le Matin, 5 septembre 1890 ; La Presse, 5 février 1891 ; La Presse, 21 octobre 1891 ; La Presse, 12 juillet 1892 ; Le Temps, 12 juillet 1892 ; Le Figaro, 1er janvier 1899 ; Le Figaro, 12 janvier 1909.
[106] Le Figaro, 12 janvier 1909.
[107] Le Gaulois, 26 février 1922.
[108] Le Petit Journal, 24 juin 1870 ; Le Petit Parisien, 9 septembre 1878 ; Le Petit Journal, 9 septembre 1878 ; La Presse, 12 juillet 1892 ; Le Petit Journal, 18 janvier 1899 ; Le Temps, 13 janvier 1909. Besse justifie les exécutions en public : La Presse, 17 juin 1898.
[109] Michelin, Jules, « La tour du bourreau de Provins », Bulletin de la Société d’archéologie, sciences, lettres et arts du département de Seine-et-Marne, Meaux, 1865, p. 141-150 ; Bladé, Jean-François, « Les exécuteurs des arrêts criminels d’Agen depuis la création jusqu’à la suppression de leur emploi », Revue de l’Agenais, t. IV, 1877, p. 49-71 ; Grignon, Louis, La justice criminelle et le bourreau à Châlons et dans quelques villes voisines, Thouille, Châlons-sur-Marne, 1887 ; Pagart d’Hermansart, Albert, Le Maître des Hautes œuvres ou bourreau à Saint-Omer, Saint-Omer, Imprimerie et lithographie H. D’Omont, 1892 ; Cardevacque, Adolphe, « Le bourreau à Arras », Mémoires de l’Académie des Sciences, Lettres et Arts d’Arras, 2e série, tome 24, Arras, 1893, p. 163-210 ; Lallié, Alfred, « La guillotine et le bourreau à Nantes pendant la Terreur », Revue historique de l’Ouest, 1896, p. 169-190 ; Lamouzèle, Edmond, « Le bourreau de Perpignan en 1790 », Bulletin de la Société archéologique du Midi de la France, deuxième série, n° 29 à 31, Toulouse 1903 ; Lauzun, Philippe, « Souvenirs du vieil Agen, la tour du bourreau », Revue de l’Agenais, 1913, t. 40, p. 209-215 ; Goret, D., « Le premier bourreau de Dax », Revue de Gascogne, vol. 60, nouvelle série, tome 19, 1924, p. 182 ; Forestier, H., « Le bourreau à Auxerre et à Sens au XVIIIe siècle », Annales de Bourgogne, n° XIII/1, 1941, p. 40-41.
[110] Le Petit Journal, 9 août 1869.
[111] Obrecht, op. cit., p. 157…
[112] Archives d’anthropologie criminelle, de criminologie et de psychologie normale et pathologique, t. 22, 1907, p. 806-807.
[113] Le Gaulois, 19 mai 1879.
[114] La Presse, 10 janvier 1891 ; Le Gaulois, 9 février 1891 ; Le Figaro, 1er septembre 1893.
[115] Le Voleur, 12 avril 1872, p. 236 ; Le Gaulois, 9 février 1891 ; Le Matin, 12 janvier 1897 ; Almanach de Police Magazine, 1932, p. 84-85.
[116] Heidenreich : Le XIXe siècle, 1er avril 1872 ; Roch : Le Figaro, 26 avril 1879 ; Le Temps, 29 avril 1879 ; Louis Deibler : La Presse, 9 septembre 1904 ; Anatole Deibler : L’Ouest-Eclair, 3 février 1939 ; L’Humanité, 3 février 1939 ; Détective, 9 février 1939 ; Police Magazine, 12 février 1939.
[117] Heidenreich : Le Rappel, 2 avril 1872 ; Roch : Le Figaro, 27 avril 1879 ; Louis Deibler : La Presse, 10 septembre 1904 ; Le Matin, 10 septembre 1904.
[118] Heidenreich : La semaine des familles, 13 avril 1872, p. 31-32.
[119] Le Gaulois, 19 mai 1879 ; Le Petit Parisien, 20 mai 1879.
[120] Heidenreich : Le Figaro, 15 novembre 1857 ; Le Figaro, 9 mai 1869 ; Le Petit Journal, 6 août 1869 ; Maxime du Camp, Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie dans la seconde moitié du XIXe siècle, 5e édition, t. 3, Paris, Hachette, 1875, p. 283 ; Grison, op. cit., p. 14-15 ; Louis Deibler : Le Petit Parisien, 20 mai 1879 ; Grison, op. cit., p. 241. Anatole Deibler : La Presse, 27 août 1907.
[121] Roch : Le Petit Parisien, 16 septembre 1877 ; Le Gaulois, 9 février 1891. Louis Deibler : La Presse, 10 janvier 1891 ; La Presse, 21 octobre 1891 ; La Presse, 26 juin 1893 ; La Presse, 9 septembre 1904.
[122] La Presse, 6 février 1891.
[123] La Presse, 19 janvier 1897.
[124] Louis Deibler : Le Figaro, 14 novembre 1879 ; Le Petit Parisien, 26 avril 1885.
[125] Heidenreich : Le XIXe siècle, 18 avril 1872. Roch : Le Petit Parisien, 16 septembre 1877 ; Le Figaro, 27 avril 1879. Le journaliste du Gaulois qui raconte s’être rendu chez « Heindrich » (sic) six ans auparavant se trompe : c’est chez Roch qu’il est allé (Le Gaulois, 29 avril 1884).
[126] Heidenreich : Le XIXe siècle, 18 avril 1872 ; Roch : Le Figaro, 27 avril 1879 ; Louis Deibler : Le Figaro, 12 janvier 1881.
[127] Heidenreich : Le Figaro, 31 mars 1872 ; Le Voleur, 12 avril 1872, p. 234 ; Roch : Laurens, Léopold, Nicolas Roch, Exécuteur des Arrêts criminels du continent français, Paris, Armand Léon, 1873 , p. 28 ; Le Petit Parisien, 16 septembre 1877 ; Louis Deibler : Le Gaulois, 19 mai 1879 ; Le Petit Parisien, 20 mai 1879 ; Le Figaro, 12 janvier 1881 ; Le Petit Parisien, 11 septembre 1888 ; Le Figaro, 12 août 1890 ; La Presse, 10 janvier 1891 ; La Presse, 25 juillet 1891 ; Le Matin, 11 novembre 1892 (qui rend compte de ses difficultés à trouver un nouveau logement et des conséquences de son installation sur le voisinage) ; Le Matin, 21 mai 1894 ; Anatole Deibler : Le Petit Parisien, 27 mai 1905 ; L’Humanité, 3 février 1939 ; Obrecht, Paris-Jour, 30 septembre 1961.
[128] Le Petit Parisien, 16 septembre 1877 ; Le Figaro, 12 août 1890 ; La Presse, 27 août 1907 ; Archives d’anthropologie criminelle, de criminologie et de psychologie normale et pathologique, t. 22, 1907, p. 806-807.
[129] Archives d’anthropologie criminelle, de criminologie et de psychologie normale et pathologique, t. 22, 1907, p. 807.
[130] Laurens, op. cit., p. 29.
[131] Le Matin, 12 janvier 1897.
[132] Le Figaro, 24 novembre 1868 ; Le Voleur, 12 avril 1872, p. 235 ; La semaine des familles, 13 avril 1872, p. 31.
[133] Le Figaro, 9 mai 1869. Heidenreich est apprécié des journalistes, mais très rares sont ceux qui parviennent à écrire correctement son nom ! Même certains documents officiels ne l’orthographient pas correctement (nomination de Roch : « Heindereich », puis « Heindreich ») A l’instar de son prédécesseur, dans les articles mentionnant la nomination de Nicolas Roch, donc au début de sa carrière nationale, on l’appelle Monsieur « Boque » (Le Rappel, 2 avril 1872), « Ploque », « Boq », « Roques » (Le XIXe siècle, 12 avril 1872 ; Laurens, op. cit., p. 24), preuve que certains journalistes ne connaissaient son nom que par une source orale.
[134] La Presse, 21 octobre 1891.
[135] Le Figaro, 15 janvier 1899.
[136] Le Matin, 31 décembre 1898.
[137] La Presse, 2 février 1899 ; Les Annales politiques et littéraires, 12 février 1899.
[138] Les Hommes du jour, n°53, 23 janvier 1909.
[139] Sur l’image du bourreau, cf. sources citées par Bastien, Pascal, L’exécution publique à Paris au XVIIIe siècle, une histoire des rituels judiciaires, Champ Vallon, 2006, p. 48, notes 2, 3 et 4.
[140] Morel, Barbara, Une iconographie de la répression judiciaire. Le châtiment dans l’enluminure en France du XIIIe au XVe siècle, éd. du Comité des travaux historiques et scientifiques, Paris, 2007. Cf. également Frédéric Chauvaud et Solange Vernois, « Croquis, dessins et caricatures : la justice en images », Sociétés & Représentations, 2004/2 n° 18, p. 5-35.
[141] Armand, Frédéric, « Punir le crime de lèse-majesté, le cas de la reine Brunehaut », Histoire et Images Médiévales, Thématique n°10, août septembre octobre 2007, p. 6-13.
[142] Barbara Morel s’en étonne également mais n’en propose pas vraiment d’explication (Morel, op. cit., p. 281). Elle qualifie le bourreau de « personnage effacé qui n’accapare pas l’attention du lecteur. » (Morel, op. cit., p. 286), ou constate, dans le même sens : « ce personnage bénéficie en général d’une faible individualisation. » (Morel, op. cit., p. 288).
[143] Morel, op. cit., p. 282, 291-292, 293-294.
[144] Morel, op. cit., p. 288-289.
[145] Morel, op. cit., p. 289.
[146] Morel, op. cit., p. 294.
[147] Morel, op. cit., p. 292.
[148] Morel, op. cit., p. 287.
[149] Barthès, op. cit., ms. 703, f° 68-69 ; Hardy, op. cit., p. 47. Pour l’exécution à Paris en 1477 du duc de Nemours les curieux rassemblés sur le toit de la halle au poisson sont si nombreux que le toit s’écroule. En 1478 Noël Arroger, couvreur, est payé pour « réparer la Halle couverte qui avoit été rompue et cassée la tuille par le grand peuple de gens qui étoit sur, ledit jour que ladite exécution fut faite. » (Compte du Domaine de Paris 1478, Sauval op. cit., p. 433-434). En 1511 on voit lors d’une exécution des soldats postés aux abords pour empêcher le peuple de monter sur la couverture de la Halle « afin que la charpenterie de ladite Halle ne fut gastée. » (Ordinaire de Paris pour un an fini à la St Jean-Baptiste 1511 ; Sauval, op. cit., p. 657).
[150] La Presse, 25 juillet 1891 ; La Presse, 22 août 1911.
[151] Foucart, François, Anatole Deibler, profession bourreau, 1863-1939, Plon, 1992, p. 152 ; Jaeger, op. cit., p. 165.
[152] Détective, n°248, 27 juillet 1933.
[153] Plusieurs côtes des Archives nationales contiennent des pièces relatives à ce problème de publicité de la peine capitale (BB18, 6101-6103).
[154] Bardèche, Maurice et Brasillach, Robert, Histoire du cinéma, Denoël et Steele, 1935, p. 23-24.
[155] « La direction des affaires criminelles a prescrit au procureur de la République de Béthune de prendre les mesures nécessaires pour que l’exécution ne puisse être reproduite par aucun appareil photographique ou cinématographique. » (Le Petit Parisien, 11 janvier 1909)
[156] Montagne, Albert « Crimes, faits divers, cinématographe et premiers interdits français en 1899 et 1909 », Criminocorpus, 2007.
[157] Toutefois, il n’est pas certain que ce film ait été exploitable, compte tenu des conditions climatiques ce jour-là, peu favorables à une bonne prise de vues selon les moyens techniques de l’époque.
[158] Obrecht, op. cit., p. 169.
[159] Match, n°51, 22 juin 1939 ; Obrecht, op. cit., p. 167-171.
[160] Martin, Georges, « Deibler, mon patron », Qui ? Détective, n°106 à 114, 1948.
[161] En 1980 Marcel Chevalier accorde au journal Libération une succincte interview improvisée sur le palier de sa porte (Ancian, Eric et, Raynaud, Isabelle, « Bourreau tranquille », Libération, 7 novembre 1980). En 2011, certains journalistes ont tenté d’interroger la veuve de Marcel Chevalier à l’occasion du trentième anniversaire de l’abolition de la peine de mort, mais celle-ci a rejeté fermement leurs demandes.
[162] Michelin, op. cit., p. 145.
Un Monsieur très discret. Le bourreau dans les sources historiques
Frédéric Armand (Historien, Juriste)
La fonction de bourreau est née dans l'Antiquité du processus de délégation par le peuple de l’exercice de la justice à ses représentants. Peu à peu la main du bourreau a remplacé celle du peuple, celle du père, celle des juges [1]… En France, cette transformation progressive de l'exécution des sentences pénales trouve son aboutissement à la fin du Moyen Age [2], lorsque le roi Charles VII rétablit l’ordre et l’unité dans le royaume en 1454 après la fin de la guerre de cent ans, et réaffirme le pouvoir suprême du roi en matière de droit et de justice.
La réforme globale de l’organisation judiciaire au cours du XVe siècle implique la spécialisation des offices, et impose à toutes les juridictions ayant droit de haute justice de requérir un bourreau pour exécuter leurs jugements criminels. La fonction d’exécuteur devient dès lors un emploi à part entière de l’appareil judiciaire, exercé uniquement par le bourreau.
L’objet de notre communication est de nous intéresser aux sources historiques qui permettent aujourd’hui de connaître et d’approcher le bourreau du Moyen Age et des Temps modernes. Pour cerner la question, il faut croiser un grand nombre de sources qui nous renseignent de manière parcellaire. La réunion, la confrontation et l’étude de ces documents doivent nous conduire à découvrir et à comprendre comment les bourreaux vivaient, à la fois dans le cadre de l’exercice de leur profession et parmi la société de leurs contemporains.
Ces matériaux sont de plusieurs sortes :
I. Les sources écrites (auxquelles nous ferons ici la plus grande part).
- les sources narratives : la littérature de témoignage telle que chroniques, journaux d’événements, mémoires…
- les sources judiciaires : les registres judiciaires, les procès-verbaux d’exécution, les livres de comptabilité...
- les actes privés : lettres ou carnets d’exécution rédigés de la main même des bourreaux.
- les documents administratifs : les registres paroissiaux et d’état-civil, les registres notariés, les registres fiscaux...
- les publications destinées à un plus ou moins large public : occasionnels, « canards », gazettes, journaux de presse, livres…
II. Les sources visuelles.
- les documents iconographiques : enluminures, gravures, peintures, photographies.
- les documents audiovisuels (pour ce qui concerne bien entendu la période la plus récente) : interviewes, exécutions filmées.
III. Les sources archéologiques.
- les matériaux archéologiques : armes, outils...
- les sites d’exécution faisant l’objet de fouilles.
- les dépouilles des exécutés qui portent la trace de l’acte technique du bourreau, comme les corps trouvés aux emplacements des fourches patibulaires.
I. LES SOURCES ECRITES
Ce qui fait la particularité du bourreau dans les sources historiques c’est sa rareté, voire son absence la plupart du temps. C’est sous cet angle-là que je voulais aborder la question du rapport entre le bourreau et les traces qu’il a laissées dans le temps et qui nous permettent de reconstituer son histoire.
L’avant-dernier exécuteur français André Obrecht a écrit dans ses mémoires : « La discrétion est un devoir pour l’exécuteur » [3]. Il explique en effet que le bourreau ne doit pas trop attirer l’attention pour pouvoir vivre sereinement au quotidien.
Si l’on se réfère à l’étymologie du mot « discret », du latin discretus, « qui est séparé de ce qui est autour », son affirmation prend un tout autre sens et nous éclaire sur la condition d’exécuteur : être séparé de ce qui est autour est un devoir pour l’exécuteur.
Le bourreau est frappé d’infamie : son office est considéré comme déshonorant. Dès l’Antiquité le bourreau ne peut ni pénétrer ni, a fortiori, habiter dans l’enceinte sacrée de la ville. Il doit rester en dehors des portes, là où ont lieu les exécutions et les inhumations. Et porter des vêtements colorés, voyants, souvent rouges, pour que l’on ne s’approche pas de lui sans le savoir [4]. C’est un être impur.
L’ostracisme qui touche le bourreau est une constante dans l’histoire de cette « profession ». Or, on constate ce rejet jusque dans les sources historiques. Dès l’Antiquité les récits d’exécution, pourtant innombrables, s’accordent à ne pas en mentionner l’exécutant. On sait qu’il est là, présent, actif, indispensable même, mais il est absent la plupart du temps des récits d’exécutions. Dans l’ombre du récit. Non seulement on évite de citer son patronyme, mais on évite même tout simplement d’écrire le terme de « bourreau ». C’est à peine si on peut trouver quelques mentions du bourreau, au hasard des lectures, chez Platon [5], Cicéron [6] ou Horace [7].
I.A. Les sources narratives
I.A.1. Le bourreau non mentionné
Nous disposons de nombreux récits d’exécutions consignés par des contemporains dans des chroniques, des journaux personnels, des mémoires, des correspondances… La plupart du temps, ces témoins sont attentifs aux crimes du condamné et à son comportement face à la mort, mais bien peu au bourreau lui-même. La présence d’un exécuteur de justice n’est d’ailleurs le plus souvent pas même indiquée. Elle est sous-entendue. Elle est implicite.
La tournure des phrases racontant ces exécutions est le plus souvent à la voix passive, sans précision de qui fait l’action (« Aujourd’hui untel a été exécuté »), ou à la voix active avec pour sujet le pronom personnel indéfini « on » (« Aujourd’hui on a exécuté untel »). Ces deux formulations passent totalement sous silence l’homme par lequel la mort arrive. Au sens propre comme au figuré, le bourreau n’est pas le sujet du récit.
Citons l’exemple significatif de l’exécution d’Olivier de Clisson en 1343 telle que nous la rapporte la Chronique de Jean le Bel : « Toutesfois, fut il pour celle villaine renommée pris, trayné et decolé à Parys, et pendu à Montfalcon par les bras. » [8]
La même année, Jean le Bel rapporte l’exécution de plusieurs chevaliers de Bretagne qui « furent mis à mort à Paris » [9] On trouve la même formulation dans le document plus officiel qu’est le procès-verbal de l’exécution de ces seigneurs qui « furent les têtes copées », « furent les corps traynez au gibet de Paris et là furent penduz. » [10]
Les journaux de témoins ne sont guère plus explicites sur l’identité du bras armé de la justice.
Pour citer quelques exemples, le bourgeois anonyme de Caen qui écrit de 1661 à 1706, évoque le bourreau sans le nommer [11].
Le drapier-mercier Abraham Le Marchand, qui tient son journal de 1693 à 1737, rapporte quelques exécutions survenues à Caen durant cette période [12], mais il ne mentionne « le bourreau » qu’une seule fois [13].
On observe la même situation dans le journal de Jacques Mauger couvrant les années 1758 à 1762 [14].
Edmond Jean François Barbier, qui tient son journal de 1718 à 1763, rapporte de nombreuses exécutions survenues à Paris sous le règne de Louis XV, mais lui non plus ne précise jamais le nom du bourreau [15].
Il ne s’agit pas, bien entendu, d’une omission involontaire. Alors pourquoi ?
On peut y voir une volonté délibérée de ne pas salir sa plume à employer le terme de bourreau ou d’exécuteur.
Le meilleur exemple de cette répugnance se trouve dans l’ordonnance criminelle promulguée en 1670 par Colbert et Louis XIV pour réformer la justice (qui constituera le code de procédure pénale jusqu’à la Révolution). Cette ordonnance évite soigneusement d’employer les termes de bourreau ou d’exécuteur à tel point qu’elle ne précise pas qui doit accomplir les diverses sentences ! Selon le lieutenant-criminel Serpillon, le terme était pourtant bien présent dans le projet de l’ordonnance, mais, dès le commencement des débats, le premier président du Parlement a exigé que le mot exécuteur ne soit pas écrit, comme si ce terme devait rendre infâme l’ordonnance elle-même :
[…] dans le projet de l’ordonnance, il étoit expressément dit que les effigies seroient attachées par l’exécuteur à une potence. Mais sur ce que Monsieur le premier Président remontra que l’on pouvait s’abstenir de mettre dans une ordonnance les mots d’exécuteur et de potence, ils furent retranchés ; et l’article rédigé de manière qu’il ne paroit pas par qui l’exécution doit être faite [16] !
I.A.2. Les défaillances du bourreau
Toutefois le dégout qu’inspire le bourreau n’est pas l’unique raison que l’on peut avancer pour expliquer son absence dans les textes.
Le rituel strict des exécutions, connu de tous, banal pour le lecteur auquel ces récits sont destinés, présente peu d’intérêt sauf si un incident survient. Les contemporains ne s’intéressent bien souvent qu’à rapporter les faits singuliers, imprévus, surprenants. De par sa banalité, l’exécution réussie est presque un non-événement, la manifestation attendue, prévisible, normale de la justice. C’est pourquoi les rares sources narratives qui donnent quelques précisions sur l’identité du bourreau concernent presque exclusivement des exécutions ratées.
L’exécution judiciaire est conçue et présentée par les bourgeois comme un acte très ordonné. Au contraire, la défaillance du bourreau constitue un désordre qui justifie que le rapporteur entre dans le détail, alors que la bonne exécution se passe de commentaire. En allant plus loin on pourrait dire que pour ces diaristes conservateurs dénoncer le bourreau défaillant permet de ne pas remettre en cause la légitimité de la peine de mort elle-même.
Les Grandes Chroniques de France relatent quelques exécutions mémorables dans lesquelles apparaît rarement le bourreau. Toutefois, elles rapportent que le 29 mai 1358 le bourreau de Paris Raoulet est victime d’un malaise alors qu’il s’apprête à décapiter Jean Penet, maître du pont de Paris et Henry Metret, charpentier du roi, suspectés par le prévôt de Paris Etienne Marcel de vouloir laisser entrer dans la ville les soldats du régent, le futur roi Charles V. Ce récit émane d’un témoin visuel :
Et je qui ceci escris vi que, quant le bourrel, appellé lors Raoulet, voult couper la teste au premier maistre, c’est asavoir au dit Perret, il chay et fu tourmenté d’une cruele passion, tant qu’il rendy escume par la bouche ; dont pluseurs du peuple de Paris murmuroient, disans que ce estoit miracle, et qu’il desplaisoit à Dieu de ce que l’en les faisoit morir sanz cause. [17]
Le bourgeois de Paris anonyme note dans son journal nombre d’exécutions qui ont lieu dans la capitale entre 1409 et 1449, mais il ne parle précisément des bourreaux et ne cite leur nom que pour évoquer leur mort. D’abord en 1411, lors de l’exécution du chevalier Mansart du Bois, qui refuse de prêter allégeance au duc de Bourgogne. Après sa décapitation le patient bouge encore, par réflexe nerveux. Le bourreau est tellement terrorisé qu’il en meurt six jours plus tard :
Puis refut prins ung autre chevalier de la bande, nommé messire Manssart du Bois, ung des beaux chevaliers que on peust voir, lequel ot la tête couppée es halles de Paris, et de sa force de ses espaulles, depuis qu’il ot la teste couppée, bouta le tronchet si fort qu’à pou tint qu’il ne l’abaty, dont le bourreau ot telle freour, car il en mouru tantost après six jours, et estoit nommé maistre Guieffroy. Après fut bourrel Cappeluche, son varlet. [18]
La seconde fois en 1418, lorsque le successeur de Maître Guieffroy trouve lui-même la mort dans des circonstances tragicomiques. Jean Capeluche est condamné à mort par un jugement du prévôt de Paris pour avoir commis des atrocités dans la capitale et avoir outragé le duc de Bourgogne Jean sans Peur en lui serrant la main et en l’appelant son « cher beau-frère » ! Sa condamnation prévoit qu’il sera décapité. Capeluche est exécuté trois jours plus tard, son valet occupant le rôle du bourreau. Connaissant les difficultés techniques d’une telle exécution pour un bourreau novice, une fois parvenu sur l’échafaud Maître Capeluche exige qu’on lui délie les mains. Puis il montre à son assistant comment il doit s’y prendre, aiguise lui-même la lame de la doloire (grande hache à manche court) avec beaucoup d’application pour améliorer son tranchant, ajuste correctement le billot avant d’y déposer la tête, serein, au grand étonnement de tout le peuple assemblé :
Et ordonna le bourreau la maniere au nouveau bourreau comment il devoit copper teste, et fut deslié et ordonna le tronchet pour son coul et pour sa face, et osta du boys au bout de la doloaire et à son coussel, tout ainsi comme s’il voulsist faire ladicte office à ung autre, dont tout le monde estoit esbahy ; après ce, cria mercy à Dieu et fut decollé par son varlet. [19]
On trouve la même particularité dans les écrits d’un autre chroniqueur parisien anonyme, contemporain de François Ier, ne nommant le bourreau qu’à l’occasion de sa mort ou d’une défaillance.
L’an 1516, le mercredy premier avril, fut tué Fluraut, le bourreau de Paris, par ce qu’il faillit à coupper la teste à un homme au pillory, par justice ; dont, après ce, fut tant oppressé de pierres, qu’il luy convint s’en aller mucer en la cave du dict pillory. Quoy voyant le peuple mist le feu dedans la dicte cave ; parquoy fut iceluy bourreau estainct et trouvé mort. [20]
Le 29 juillet 1523 il rapporte sans détailler que le bourreau de Paris échoue à décapiter Guillaume de Montelon et son fils, et à cette occasion il cite son nom :
Mais le bourreau de Paris, nommé Rotillon, faillit à leur coupper les testes, dont il fut reprins de justice et mené prisonnier ès prisons du prévost de l’hostel. [21]
Claude Haton, curé de Provins, qui tient ses mémoires de 1553 à 1582 et se complait à raconter les détails des exécutions, ne précise le nom du bourreau que lorsque celui-ci meurt en 1571 suite à une exécution rocambolesque lors de laquelle il ne parvient pas à décapiter son patient, un gentilhomme nommé de Serelle, condamné à être décapité pour meurtre et viol, avec lequel il finit au corps à corps.
Le bourreau, qui se nommoit Maître Robert Senecart, en tremblant luy deslacheant le coup d’espée, ne l’en creva en chair l’espaisseur d’ung teston ; et ne souffrit grand douleur de ce coup ledit patient, lequel demoura tousjours à genous à prier Dieu sans se movoir. Le bourreau, ayant relevé son espée, en bailla ung second coup, non en la place du premier, ains sur l’os du derrier de la teste, pour lequel ne hoba encores ledit patient ; il attendit le troisiesme coup, qui fut frappé en la place du premier, et qui ne l’offensa quères plus que devant, sinon que ledit bourreau, n’osant plus relever son espée pour frapper ung quatriesme coup, s’entretint de siraillier la teste d’oceluy, pour tascher à la luy abatre de dessus les espaules. Et, en siraillant, fit tomber son patient sur les échaufaux et tourner de travers la membreuse où il estoit lié, au moyen de quoy le patient et laditte membreuse quittèrent l’ung l’aultre ; ce que bien sentant, ledit patient se releva sur ses deux pieds, ayant toujours les yeux bandez avec ses mains liées, se jetta au bourreau, qu’il print avec ses mains liées par les habillemens, et le bransla et le recueillit-il si vivement, qu’il fit quitter l’espée audit bourreau, qui se trouva si espoventé, tant pour veoir le patient le tenir au corps, que pour la clameur du peuple qui crioit après luy, qu’il ne savoit où se mettre. Le patient touesfois, ayant quitté ledit bourreau, tout bousché qu’il estoit, print la fuitte et se jetta par terre hors des eschafaux, qui estoient de quatre piedz de haulteur pour le moings, et se feust saulvé parmy les gens qui luy eussent volu ayder, s’il eust veu clair ; mais, faulte d’estre desbouché par les yeux, tomba tout plat de dessus lesditz eschaufaux et se blessa plus fort que le n’avoient blessé les trois coups d’espée. Sur lequel descenditle bourreau, qui le trouva jà relevé sur ses deux piedz pour penser fuyr, et ayant remis la main à luy, se chapignèrent l’ung l’aultre. Toutefois, le bourreau en demeura le maistre ; car l’ayant rué par terre se jetta sur luy, et avec ung cousteau luy couppa la gorge, comme les bouchers dont aux moutons ou veaux qu’ilz tuent, et, ce faict, en la place sur le carreau luy acheva de coupper la teste avec ledit cousteau, qu’il reporta sur les eschaufaux, ayant laissé le corps dessoubz. […] Ledit bourreau fut tant battu du peuple qui estoit près de luy et du patient quand ilz furent au bas des eschaufaux, que oncques depuis n’eut santé, non pour les coups qu’il receut, mais du regret qu’il print de s’estre mis à ceste stat, auquel il n’estoit aucunement propre, et luy ai ouy dire plusieurs fois qu’il esut esté contens que la terre l’eust engoulty quand il falloit qu’il pendist quelqu’un ; il morut quelque trois moys après. [22]
Dans le même sens on note que le diariste toulousain Pierre Barthès, qui raconte de manière plus ou moins détaillée les centaines d’exécutions survenues dans sa ville de 1737 à 1780, ne cite le nom du bourreau qu’à l’occasion de sa destitution : « Matthieu, qu’on a rejetté pour son ivrognerie »… [23]
Dans cette littérature de témoignage, le bourreau n’attire l’attention que lorsqu’il redevient vraiment humain, c’est-à-dire dans ses défaillances : il cesse alors d’être un simple rouage de la justice pour devenir un personnage digne d’intérêt. On en vient presque à se dire que le bourreau compétent n’a pas d’histoire.
I.A.3. Le bourreau tel qu’en lui-même ?
Parmi ces chroniques, mémoires et journaux, la Chronique scandaleuse semble faire office d’exception. Attribuée au notaire du Châtelet Jean de Roye, elle couvre tout le règne de Louis XI, des années 1460 à 1483 [24].
Par sa profession et par le règne plein de répression de Louis XI, ce chroniqueur raconte de nombreuses exécutions. Le plus souvent, comme on pourrait s’y attendre, celles-ci sont évoquées à la voix passive, telle que par exemple : « En ce temps fut faite justice et grande exécution audit lieu de Paris […] » [25]
Il arrive toutefois qu’il nomme l’exécuteur de Paris, et ce sans pour autant qu’un incident survienne. Par exemple pour l’exécution en 1460 d’une certaine Perrette Mauger :
Audit temps fut fait mourir et enfoye toute vive, audit lieu de Paris, une femme nommée Perrette Mauger [qui] fut envoyée executer aux champs devant ledit gibet par Henry Cousin, executeur de la haulte justice audit lieu de Paris. [26]
Jean de Roye évoque également les deux fils d’Henry Cousin : Petit Jehan, qui est son aide, et Denis, bourreau de la Prévôté de l’Hôtel du Roi puis exécuteur d’Amiens :
maistre Denis Cousin fist ungne merveilleuse et grande execution d’aucunes gens, es festes de la Penthecouste, qui se vouloient mettre devant ledit siege dedans laditte ville, et y eut des testes tranchées ung grant et piteable nombre ; et me fut dict que ceulx qui povoient payer six escus au gouverneur de Daulphiné, nommé Jehan Daillon, rechappoient. [27]
Jean de Roye nomme Petit Jehan Cousin à l’occasion de sa première exécution, une décapitation particulièrement réussie en 1475, celle du connétable de Saint-Pol [28].
Deux ans plus tard, il raconte dans le détail l’assassinat du jeune bourreau prometteur :
Oudit moys d’Aoust, oudit an mil IIIIc LXXVII, advint que ung jeune fils bourreau à Paris, nommé Petit Jehan, fils de maistre Henry Cousin, maistre bourreau en ladicte ville de Paris, qui desja avoit fait plusieurs exploiz de bourreau, et entre les autres avoit coppé le col de messire Loys de Lucembourg, connestable de France, fut tué et meurdry en ladicte ville de Paris au pourchas d’un menuisier nommé Oudin de Bust, natif du pays de Picardie, qui avoit conceu hayne mortelle contre ledit Petit Jehan, pour raison de ce que ledit Petit Jehan avoit frapé ou batu longtemps par avant ledit du Bust, pour noise qu’ils eurent ensemble à cause de ce que ledit du Bust lui demandoit la grosse et seel d’une obligation en quoy ledit Petit Jehan estoit obligé à icellui du Bust, et de laquelle obligacion ledit Petit Jehan avoit paié le principal, et ne restoit que ledit grossoiement et seel. Et, pour estre ledit du Bust vengé dudit Petit Jehan, se associa ledit du Bust de trois jeunes compaignons demourans à Paris, l’un d’iceulx nommé l’Empereur du Houx, sergent à verge, l’autre Jehan de Foing, fontenier et plombeur, et l’autre nommé Regnault Goris, orfèvre, filz de Martin Goris, courtier de goulerie (joaillerie). Tous lesquelz quatre de guet apensé et propos déliberé vindrent assaillir ledit Petit Jehan, qu’ilz trouvèrent au coing de la rue de Garnelles, près de l’ostel du Moulinet. Et vint le premier à lui ledit Empereur du Houx soubz feinte amiable, qui le print par dessoubz bras icellui Petit Jehan, en le tenant fermement et lui disant qu’il n’eust point de paour des dessudiz et qu’ilz ne lui feroient point de mal. Et, en lui disant ces choses, vint ledit Regnault Goris, qui frappa ledit Petit Jehan d’une pierre par la teste, dont il chancella ; et lors ledit Empereur le lascha, et incontinent vint à lui ledit Jehan de Foign, qui lui baille d’une javeline au travers du corps, dont il chey mort en la place. Et, depuis qu’il fut mort, ledit du Bus lui vint copper les jambes [...] et furent tous quatre pendus au gibet de Paris par les mains dudit maistre Henry, pere dudit Petit Jehan, qui partant fut vengié de la mort de sondit filz, le jeudi veille de monsr Saint-Jehan decolace, XXVIIIe jour dudit moys. [29]
Jean de Roye va donc bien plus loin que les autres témoins auxquels nous avons eu recours jusqu’ici, car il rapporte à propos du bourreau une anecdote qui n’est pas directement liée à une exécution. Il parle ici du meurtre du jeune bourreau comme il aurait parlé de celui d’un autre homme.
On peut supposer que de par ses fonctions de Notaire au Châtelet et du contact répété avec l’exécuteur, Jean de Roye aura entretenu une relation suivie avec Henry Cousin et ses fils, expliquant son exceptionnelle loquacité envers l’exécuteur.
Ceci est accentué par la longue carrière d’Henry Cousin, occupant la charge d’exécuteur au moins de 1457 à 1486, appelé familièrement Maître Henry par d’autres contemporains qui l’ont côtoyé tels le poète François Villon [30] ou le sergent du prévôt de Paris Jacques Cauchoys [31].
Dans les nombreux récits d’exécutions que fait Pierre de l’Estoile dans ses Mémoires-journaux couvrant les années 1574 à 1611 [32], on constate là encore que la plupart du temps le bourreau n’est même pas cité, comme s’il était absent.
Mais il existe quelques exceptions qui nous permettent d’avoir une analyse plus fine de cette absence.
Même si Pierre de l’Estoile ne révèle à aucun moment le nom de l’exécuteur de justice, il faut d’abord signaler que la charge d’audiencier qu’il a occupée à la chancellerie de France de 1566 à 1601 lui a permis, comme Jean de Roye, d’approcher régulièrement le bourreau dans le cadre de l’exercice de sa profession.
Sur les sept mentions du « bourreau » ou de l’« exécuteur » que l’on trouve dans son œuvre, quatre ont trait à des événements dans lesquels le bourreau joue un rôle singulier [33].
Il évoque d’abord le bourreau lors d’un différend qui l’oppose à Nicolas Rapin, prévôt de l’Hôtel du roi qui lui conteste ses droits, généralement accordés au bourreau, sur tout ce qui est au-dessous de la ceinture du condamné :
Lorsqu’on lui donna la gehenne, on lui trouva cent doublons cousus en un coing de ses chausses, dont il y eust procès entre M. Rappin et le bourreau, à qui les auroit, soustenant l’un et l’autre que ledit argent leur appartenoit. [34]
De même lors du récit détaillé de l’exécution du maréchal de France, Charles de Gontaut, duc de Biron, la « résistance » du condamné attire l’attention du diariste sur le bourreau, lequel doit redoubler de ruse pour parvenir à exécuter correctement son patient récalcitrant qui enlève à tout bout de champ le bandeau de ses yeux [35].
Pierre de l’Estoile signale à nouveau l’exécuteur à l’attention du lecteur à propos de la puanteur qui se dégage du corps de Loste, écartelé trois semaines après sa mort par noyade, dont « le bourreau mesme en cuida [cru] estouffer » [36].
Enfin, lors de l’exécution de Ravaillac en 1610, le diariste rapporte que le bourreau est embarrassé de ne pouvoir exécuter complètement la sentence qui lui imposait de jeter au feu les membres du condamné écartelé, car la foule s’était entre temps emparée de la majeure partie du corps pour se venger du régicide et en brûler elle-même les restes dans les rues de la capitale [37].
Dans son journal couvrant les années 1753 à 1789 [38], à l’occasion des exécutions publiques qu’il relate, le libraire parisien Siméon Prosper Hardy évoque à de nombreuses reprises « le bourreau » ou « l’exécuteur de la haute justice » sans indiquer son nom.
En revanche, il le nomme à l’occasion d’un « fait divers » qui n’est pas lié aux exécutions :
Lundi 6 février 1786. Ce jour sur le soir le nommé Sanson, exécuteur des hautes œuvres se promenant au Palais Royal sous l'une des galeries dite "le camp des tartares" [39] et y ayant soi-disant acosté une des élégantes impures qui ont coutume de fréquenter ce lieu devenu pour elles si avantageux ; avec laquelle il avoit déjà par suite de conversation et de jolis propos, conclu comme une espèce de pacte ou de marché ; n'est pas peu surpris de se voir tout à coup éconduit et congédié par la donzelle probablement avertie sourdement de l'ignominieuse profession du personnage auquel elle s'était arrêtée ; d'où il résulte une très plaisante rixe accompagnée d'injures et de menaces réciproques, dont s'amusent infiniment toutes les personnes qui en sont témoins et dont on s'entretient dans les petits soupés [40].
De même vers 1770 un artisan-vitrier du nom de Jacques-Louis Ménétra mentionne dans son journal avoir eu recours à l’exécuteur Charles-Henri Sanson pour ses talents de guérisseur :
Je tombe malade. L'on me traite pour une maladie de nerfs. Je suis impotent de tout mon corps, je ne fais qu'un cri lorsque je suis obligé de remuer. L'on m'ordonne des bains. Je ne vois aucune amélioration à ma position. J'apprends que le maître des hautes œuvres a une chambre près de la boutique, qu'il guérit ces sortes de maladies. Je me fais asseoir à la porte et j'attends pour le voir passer. Je l'appelle. Je lui fais connaître ma situation. Il me dit qu'il va m'apporter ce qui me convient. Je l'attends, comme l'on dit que les juifs attendent le Messie, lorsque tout à coup j'entends crier un arrêt de la cour du parlement qui condamne deux chaudronniers, pour avoir assassiné leur camarade, à être fait mourir. Je vis que mon chirurgien était allé à ceux qui étaient moins malades que moi, leur rendre une visite à l'encontre de leur volonté. Le lendemain, il arriva en me disant qu'il a été fâché, que des affaires imprévues l'ont empêché [et] me recommande très exactement de prendre et de faire ce qu'il m'ordonne, de manger, de ne point prendre de bain et, en une quinzaine, me voilà sur pied [41].
Au terme de ces quelques exemples, on doit conclure que le mépris pour le bourreau ne semble être qu’une des raisons pour lesquelles on évite de le mentionner. L’autre, c’est l’indifférence. Le bourreau n’attire l’attention que lorsqu’il cesse d’être autre chose qu’un simple exécutant, soit qu’il s’agisse d’un bourreau maladroit, soit qu’un événement inattendu survienne, soit enfin qu’on le connaisse personnellement.
C’est donc vers ceux qui le connaissent le mieux qu’il faut à présent nous tourner. Et qui le connait mieux que celui qui exerce autorité sur lui : les représentants de la justice pour le compte desquels le bourreau exécute ?
I.B. Les sources judiciaires (règlementaires et administratives)
I.B.1. Lois et arrêts spécifiques aux exécuteurs
Depuis la plus haute Antiquité, la charge d’exécuteur est une profession règlementée. On peut citer par exemple la loi de Pouzzoles, définissant le cadre légal des interventions du bourreau dans cette colonie romaine au Ier siècle de notre ère [42].
C’est à travers la lecture des lois et autres arrêts que l’on peut avoir une première approche générale de la profession de bourreau. Les lois et arrêts jalonnent l’histoire des exécuteurs à tel point que la profession de bourreau en France pourrait être résumée en six dates correspondant à des décisions du pouvoir législatif :
En 1454 le roi de France Charles VII rétablit l’ordre et l’unité dans le royaume après la fin de la guerre de cent ans, et réaffirme le pouvoir suprême du roi en matière de droit et de justice. Par l’ordonnance de Montils-lès-Tours réformant la justice, il interdit désormais aux juges d’exécuter eux-mêmes les sentences qu’ils ont rendues.
En 1793 la Convention nationale instaure une loi harmonisant la répartition des exécuteurs sur le sol national : il y en aura désormais un par département, soit 83 (au lieu de plusieurs centaines).
Un arrêt du Président de la République Louis-Napoléon Bonaparte de 1849 réduit le nombre de bourreaux à un seul par Cour d’Appel, soit 27 pour tout le territoire national.
En 1870 le décret du ministre de la Justice Adolphe Crémieux instaure qu’à compter du 1er janvier 1871 il n’y aura plus qu’un seul exécuteur sur le continent national (plus un en Corse et un autre en Algérie).
En 1939, un décret-loi du président Albert Lebrun supprime la publicité des exécutions, qui se feront désormais dans le secret des prisons.
En 1981, l’abolition de la peine de mort met un terme à la profession d’exécuteur de justice.
Au-delà de ces décisions nationales qui règlementent la profession, certaines décisions judiciaires visent à protéger le bourreau dans l’exercice de son activité.
Un arrêt de la cour de Dijon rendu en 1700 interdit de « le menacer, intimider, lui jetter des pierres, exciter le peuple contre lui, et empêcher lesdites exécutions » [43].
Deux arrêts du Parlement de Rouen de 1681 et 1781, un arrêt du Parlement de Paris de 1767, un arrêt du roi Louis XVI en 1787 interdisent à quiconque de désigner sous la dénomination de « bourreau » les exécuteurs des jugements criminels.
Ou à lui rappeler ses droits et obligations.
Un arrêt du Parlement de Paris rendu le 31 août 1709 interdit au bourreau de loger à l’intérieur des murs de Paris, hormis au pilori des Halles [44].
I.B.2. Lettres de commission
Dans l’organisation judiciaire de l’Ancien Régime le bourreau a le statut d’officier de justice. Il dépend d’une circonscription judiciaire (sénéchaussée, bailliage, Parlement…), dont il reçoit une rémunération sous forme de gages. Les revenus du bourreau lui sont réglés pour chacune de ses prestations selon un tarif précisément déterminé lors de sa prise de fonctions, auquel il se réfère après chaque exécution pour calculer son dû. Ce tarif est différent pour chaque ville.
Les lettres de commissions remises aux exécuteurs lors de leur nomination portent à notre connaissance des détails précis sur l’exercice de leur charge et sur leur rémunération.
A partir du XIVe siècle, sans doute pour prévenir toute contestation ultérieure des parties, le magistrat remet au bourreau ses lettres de provisions d’office [45], document confirmant sa nomination et précisant par écrit ses obligations, les revenus qu’il sera en droit de percevoir, les amendes et les peines de prison qu’il encourra en cas de manquement à son devoir.
Par exemple, selon ce que précise ses lettres de provision de 1611, l’exécuteur de Boulogne-sur-Mer et ses aides sont tenus de nettoyer « les lieux publics et carrefour où la justice s’exerce, curer et nettoyer, ruisseaux, esgoults, canaulx et grilles de la ditte ville de Boulongne. » [46]
On trouve aux Archives nationales, sous la côte V1, 540 les lettres de provision d’offices des exécuteurs des hautes-œuvres pour la période de 1674 à 1790, classés dans l’ordre alphabétique des noms de villes.
Comme les autres officiers de justice, le bourreau doit faire enregistrer ses lettres de provision sur les registres de l’Echevinage ou au siège de la mairie avant de pouvoir exercer ses fonctions [47].
Après avoir été validée administrativement, sa nomination est rendue publique auprès de la population de la ville :
Le XXe jour du mois d'avril, après Pasques, l'an mil IIIc IIIIxx et quatorze, Janin Le Caron né de Bappames, fist serment en la main de Messieurs comme bourrel et pendeur de la ville d'Arras... Et fust le dit bourrel amené en halle par le lieutenant de M. le bailly d'Arras et présenté de par le castelain d'icelle ville. [48]
I.B.3. Les livres de comptes
Après chaque exécution, le bourreau réclame le règlement de ses gages et le remboursement de ses frais au clavaire ou comptable du seigneur, de la municipalité ou de la cour de justice qui l’emploie. Ces dépenses sont enregistrées sur les livres de comptes des administrateurs locaux de la justice. Ces documents établis dans un but administratif précisent le nom du bourreau et les gages qu’il a perçus pour chaque phase de l’exécution. Par nature, il est nécessaire que dans ces documents le bénéficiaire soit identifié. Les tarifs de l’exécuteur étant différents selon les divers supplices accomplis, ceux-ci y sont détaillés uniquement à des fins comptables. Le nom du condamné est précisé, mais on ne sait généralement rien ni de son crime ni des circonstances particulières de son exécution, ces informations ne présentant pas d’intérêt compte tenu de la finalité purement comptable du document.
Les centaines de registres des clavaires des comtes de Provence qui sont conservés aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône (B1585-2069) représentent la plus belle collection comptable pour le sud de la France.
Les archives du Ministère de la Justice (AN BB4 ; BB3, 219) contiennent également quelques pièces relatives aux salaires des exécuteurs mais aussi aux frais et matériel d’exécution pour les XVIIIe et XIXe siècles.
Ces livres de compte de la justice pénale constituent une source objective et pertinente de l’activité des exécuteurs [49]. On a ainsi connaissance des différents types d’exécutions pour lesquelles on sollicite sa compétence.
Donner des coups (fouetter, fustiger) :
payé à M. Bernard, exécuteur de justice, pour avoir fustigé une femme nommée Johaneta, maquerelle de sa fille, 5 s. [50]
Couper un membre (oreille, pied, poing, langue) :
A Henri Cousin, Exécuteur de la haute Justice, pour avoir été à Gonesse battre et essoriller un criminel [51].
Mettre à mort (pendre, brûler, enterrer, noyer, décapiter...) :
Le 25 février 1420, nous Jehan Lrychby, chevalier, bailli de Rouen, avons tauxé à Guieffroy Therage, maistre persecuteur de la haulte justice du Roy à Rouen, pour sa peine et salaire d’avoir mené et trayné sur une claye au bout d’une charrette, Gardin Hermenoult, depuis les prisons du Roy jusques au Vieil Marché, illec l’avoir décapité, et mis sa tête sur une lance, et son corps l’avoir porté dedans la charrette jusques à la justice par la dicte ville et illec pendu, xx sols pour le décapitement, x sols pour pendre, v sols pour charrette, v sols pour lance, x sols pour trayn, ij sols pour claye, xij sols pour gans. [52]
Voire dépendre un corps :
12 sols sont accordés à Me Hacquin, pour sa peine d’avoir dépendu le corps du supplicié [1474, à Amiens]. [53]
Ces documents nous permettent également une approche du matériel utilisé par le bourreau lorsque l’officier comptabilise l'achat d’épée, échelle, billot ou de cordes et autres objets nécessaires à l'exécution tels que gants, sac, sangles, ficelles, claies...
A Henriet Cousin, Maistre Executeur des Hautes-œuvres de la Justice de Paris, la somme de soixante sols parisis, à lui tauxée et ordonnée par Monseigneur le Prevost de Paris, etc., pour avoir achepté puis n’agueres de l’Ordonnance de mondit sieur le Prevost, une grande épée à feuille, servant à exécuter et décapiter les personnes qui par Justice sont condamnés pour leur demerites, et icelle fait garnir de fourreau et de ce qui y appartient : et pareillement a fait remettre à point et rabiller la vieille épée qui s’étoit éclatée et ébréchée en faisant la justice de Mre Louis de Luxembourg, comme plus à plein peut apparoir [54].
Jehan Noël, lieutenant particulier en la vicomté d’Orbec, taxe à Guillaume Dubust, exécuteur de la haulte justice cappitale à Lizieux, pour avoir trayné, décapité, écartelé et pendu Denis Lochetonne, la somme de quarante solz tournois, avec vingt deniers pour ses gans [55].
Ces mentions comptables permettent de suivre de loin en loin les carrières longues ou brèves des exécuteurs, parfois même leur succession. Les documents ayant trait à la comptabilité du bourreau, s’ils sont assez nombreux, peuvent donner lieu à une véritable chronologie judiciaire.
A l’aide notamment de dix documents de comptabilité établis de 1407 à 1432 pour le compte du bailli royal de Rouen, Albert Sarrazin a pu retracer partiellement la carrière de l’exécuteur de Jeanne d’Arc, Geoffroy Thérage [56].
En revanche les informations contenues dans ces livres de compte, très laconiques, nous renseignent bien peu sur la vie intime des bourreaux. Il est rare que les officiers révèlent en passant quelques informations personnelles. Ainsi, par exemple, le clavaire de la viguerie d’Arles en 1354 mentionne dans ses comptes que l’exécuteur est entré en fonction récemment et qu’il est originaire du village de Thorame, dans la baillie de Colmars en Haute Provence [57].
Pour une époque plus récente, d’autres documents nous permettent de connaître à la fois les revenus de l’exécuteur et l’étendue de ses activités judiciaires. Ce sont les arrêts qui récapitulent ses droits, faisant généralement suite à des plaintes. L’arrêt rendu en 1711 par le Parlement de Bordeaux fait le tour de la question :
Arrêt du parlement de Bordeaux réglant les droits de l'exécuteur de la haute justice.
II. Pour pendre, quand le Roy est partie, vingt livres ; quand il y a partie instigante trente-six livres, y compris la potence.
VI. Pour rouer, quand le Roy est partie, vingt-cinq livres ; quand il y a partie, trente-cinq liv., et pour l'echaffaut, bois, clous et travail, trente liv.
VII. Pour bruler et jetter les cendres au vent, si le Roy est seule partie, vingt livres, et s'il y a partie, trente livres ; pour deux cens de faisonnat [fagot de gros et petit bois] seize livres ; deux cens buches, dix livres ; deux livres de poudre pour allumer le bucher, trois livres ; résine, paille et port du bois, deux livres douze sols.
IX. Pour etrangler à un poteau, fournir le poteau, le faire dresser, pour le bois, paille, poudre, résine, et ce qui sera necessaire à cet effet, pour l'exécuteur, sera payé, quand le Roy est seul partie, vingt-cinq livres, et trente-cinq livres quand il y a partie ; le surplus dudit article sera payé comme à l'article septieme.
XII. Pour les executions que fera l'executeur hors Bordeaux, outre ce qui est réglé ci-dessus, il lui sera donné pour aller vingt sols par lieue, et autant pour le retour y compris la nourriture.
XIII. Pour pendre à la campagne, sans en ce y comprendre la potence, qui sera fournie par la partie, trente livres.
XV. Pour mettre un tableau pour les effigies, y compris la potence, quand le Roy est seul partie, quinze livres, et quand il y a partie civile, vingt livres.
XX. Sera donné au gêneur, lorsque le Roy sera partie, pour la question ordinaire, cinq livres ; quand il y a partie, sept livres dix sols. Pour la question extraordinaire, quand le Roy est seul partie, dix livres, et quand il y a partie, quinze livres.
XXVI. Aux soldats du guet, lorsqu'ils escorteront l'executeur dans la ville, quand il donnera le fouët à quelque particulier, et lorsqu'ils seront attachez au pilori et carcan, à chacun, dix sols.
XXVII. Pour le peintre, sera payé lorsqu'il fera les tableaux pour effigier et qui seront peints des deux cotez, vingt livres.
Collationné. Signé : Roger, greffier. [58]
I.B.4. Les procès-verbaux d’exécution
Les procès-verbaux d’exécution ayant valeur d’attestation de l’accomplissement des décisions judiciaires, c’est tout naturellement que ces documents mentionnent les actes accomplis par le bourreau, mais également son nom.
C’est ainsi par exemple que le procès-verbal de la procédure criminelle engagée en 1439 par la justice du roi René à Apt nous donne les noms de l’exécuteur d’Apt, Etienne Brueys, alias « Chamisart », et de l’exécuteur de Sault, Johannin Roberti, ainsi que les détails de leurs actes [59].
Pour une période beaucoup plus récente (1862-1868), les archives nationales ont conservé les comptes rendus des exécutions capitales (AN, BB18, 6101).
I.B.5. De la comptabilité aux carnets d’exécution
Pour des raisons financières le bourreau était tenu de noter lui-même consciencieusement le récapitulatif des dépenses opérées pour chaque exécution afin d’en obtenir par la suite le remboursement. En fonction d’un tarif établi à l’avance et accepté lors de sa prise de fonction, il prenait note de tous les détails avant de remettre ce document à son administration de tutelle pour être payé de ses gages et remboursé de ses frais. Il en gardait une copie par-devers lui pour vérifier leur paiement et la produire comme preuve en cas de retard ou de contestation. Il arrive souvent que l’exécuteur se plaigne de ne pas être payé à temps ou en totalité des sommes qu’il estime lui être dues.
Ces notes de frais consignées par le bourreau ont donné naissance à ce qui deviendra les carnets d’exécution.
Par une habitude sans doute prise du temps où il fallait justifier ses requêtes de gages auprès de l’administration judiciaire, les exécuteurs se transmettent l’usage de consigner le nom de leurs patients, la date et le lieu d’exécution, plus rarement une anecdote sur les circonstances du crime ou sur le déroulement de la cérémonie.
On ne sait si les prétendus cahiers d’exécutions des ancêtres d’Henri-Clément Sanson ont réellement existé (c’est probable), il est sûr en tout cas que s’ils ont été utilisés pour la rédaction des Mémoires des Sanson, ils ne devaient pas contenir autre chose que ce que l’on trouve dans un livre de compte : les pseudos citations de ces carnets sont totalement apocryphes et romanesques.
A la mort de Charles-Henri Desmorest, ex-exécuteur de Dijon (1841), d’Aix-en-Provence (1842-1853) et de Bordeaux (1853-1870) en 1894, le journal La Croix nous apprend que « Ses papiers ont été pris par sa bru. Ils contiennent, paraît-il, des documents très intéressants sur les Samson et des observations personnelles sur les condamnés à mort. » [60] Ayant été à Paris l’aide du bourreau Henri Samson de 1830 à 1840, père et prédécesseur du dernier des Samson, Henri-Clément, qui était alors aide en même temps que lui, Desmorest avait pu apprendre de nombreuses anecdotes authentiques sur les exécutions parisiennes des 150 dernières années.
On ne sait pas non plus ce que sont devenus les hypothétiques mémoires de Jean-François Heidenreich [61].
Quelques précisions sur le carnet d’exécution tenu par Nicolas Roch nous permettent d’entrer dans des détails intéressants, montrant notamment qu’au XIXe siècle cette comptabilité n’était pas (ou plus) systématique. Nicolas Roch a connu une longue carrière d’exécuteur, d’abord comme aide de son père en Lozère, puis comme aide du bourreau de Carpentras, avant de devenir aide de celui de Lons-le-Saulnier, et enfin exécuteur en chef à Amiens. Lors de la suppression en 1871 des charges de bourreaux auprès des cours d’appel, remplacés par un bourreau unique pour tout le territoire national, Nicolas Roch a été nommé à Paris comme adjoint d’Heidenreich le 24 juillet 1871. Il n’a pas tenu jusqu’alors un compte précis des condamnés passés entre ses mains, ni comme adjoint, ni comme chef, qui s’élevaient tout de même alors à 91. C’est seulement à partir de sa nomination le 6 avril 1872 comme exécuteur national qu’il commence sa propre comptabilité, tenant à jour son palmarès d’exécutions dans un petit cahier, notant le nom de ses patients, la date et le lieu de leur exécution [62].
La tenue d’un registre d’exécution n’est donc plus un document administratif nécessaire au XIXe siècle, ni sans doute une particularité parisienne car on voit qu’à l’inverse de Roch Anatole Deibler note dès ses débuts dans la professions ses exécutions en tant qu’adjoint en Algérie.
Anatole Deibler remplit quatorze petits carnets tout au long de sa carrière, de 1885 à 1939 [63].
Bien que l’on pénètre pour ainsi dire dans l’intimité du bourreau en lisant ces phrases tracées de cette main même qui exécute les condamnés, le bourreau est généralement avare de commentaires. On ressent le caractère administratif de l’origine de ces carnets dans la prose qui s’y trouve. Il n’y parle jamais de ses états d’âme mais consigne seulement les faits. Il n’y a pas plus de sentiments dans les carnets d’Anatole Deibler qu’on en trouverait dans les livres de comptes d’un épicier. Concernant par exemple l’exécution du célèbre Landru, Deibler note l’état civil du condamné, le motif de sa condamnation, et la liste de ses victimes. La seule mention qui concerne les circonstances de l’exécution elle-même est très succincte : « Exécuté à Versailles le 25 février 1922, samedi, temps clair, 6h10 ». Sur la dernière décennie, à partir des années 1930, il y a parfois un peu plus de détails, comme la citation du dernier mot du condamné, plus rarement un commentaire personnel.
Son neveu André Obrecht consigne également après chaque exécution quelques détails dans un « carnet à couverture rouge, ou plus exactement lie-de-vin, avec papier carbone intégré, comme les comptables » [64] (c’est moi qui souligne). Mais aucune confidence intime du bourreau à l’œuvre. C’est donc à d’autres sources qu’il faut puiser le détail des exécutions ou le sentiment des bourreaux.
I.B.6. Correspondance avec les autorités
On conserve d’autres documents écrits de la main même du bourreau qui nous éclairent bien davantage sur son quotidien. Ce sont principalement les lettres échangées avec les autorités judiciaires.
On en trouve un grand nombre aux Archives nationales (BB3, 206 à 219 [65], et BB18, 6585 [66]) pour la période de 1776 à 1825, mais également aux Archives départementales (par ex. AD BDR C3538).
Certaines de ces lettres ont un but technique. Lorsque par exemple l’exécuteur parisien Charles-Henri Sanson reçoit l’instruction de préparer l’exécution du citoyen Louis Capet, le bourreau ne manque pas d’interroger sa hiérarchie pour ne pas lui déplaire dans l’accomplissement de cette exécution exceptionnelle de l’ex-roi Louis XVI :
Au citoyen supléant pour le procureur géneral sindic du département. Citoyen, Je viens de recevoir les ordres que vous m’avez adressez. Je vas prendre toutes les mesures pour qu’il n’arive aucun retards à ce quils prescrivent. Le charpentier est avertit pour la pose de la machine, laquelle sera mise en place à l’endroit indiqué. Il est absolument nécessaire que je sache comment Louis partira du Temple. Aura-t-il une voiture ? ou sy ce sera dans la voiture ordinaire aux exécutions de ce genre ? Après l’exécution, que deviendra le corps du justicié ? Faut-il que, moi et mes commis, nous nous trouvions au Temple à huit heures, comme le porte l’ordre ? Dans le cas où ce ne serois pas moi qui l’emmènerois du Temple, à quelle place et à quel endroit faut-il que je me trouve ? Toutes ses choses n’étants pas détaillées dans l’ordre, il seroit à propos que le citoyen supléant procureur sindic du département voulu bien me faire passer le plus tôt possible ces renseignements, pendant que je suis occupé à donner tous les ordres nécessaires pour que tout soit ponctuellement exécuté. Le citoyen Sanson, exécuteur des jugements criminels, Paris, ce 20 janvier 1793, l’an IIe de la République française. [67]
En 1811 Louis Antoine Stanislas Desmorest, bourreau de Dijon, dresse l’inventaire des outils nécessaires pour l’exercice de son office :
Un grand panier pour maitre le corps mort ledit panier est garnie d’une quirasse [cuirasse] ; de plus un autre petit panier pour resevoire la tête due condamné ; ledit panier est garnie d’une quirasse ; de plus onsse planche, poure le desur de léchafaux ; de plus vingt deux morceaux de bois pour sa garniture ; de plus quatre pôtaux de neuf pied chacun servant au maime pour le maime est chafaux ; de plus deux semelle portant lais jumelle de sept pied chacune avec leure traversse de deux pied ; de plus six morceaux poure lais garde foux de dix pied chacun ; de plus six poteaux a compagnier de six carcan avec leurs calnat est clef, in cie que leur chaine ; de plus la basculle, in cie que le glaive acompagnie de son cordaux ; de plus huit panot an lambrie pour antouré le grand et chafaux ; plus la grande et chelle poure imonté ; plus un bailliard poure an boité le col due condamné ; plus un cercle de fer accompagnié d’une bassane poure caché la vue de la tête tombante ; plus six boullont de fer avec leur et croux ; plus trante cheville dasamblage pour le grand et chafaux ; plus cinq fer à marqué ; plus un tanpont et une chaufrette a grille. Fait à Dijon le huit décembre 1811. Desmorest. [68]
Mais ces échanges épistolaires avec les autorités concernent généralement les difficultés rencontrées au quotidien par les exécuteurs à propos de leur logement, de leurs relations conflictuelles avec la population, et plus souvent encore, des revenus qui leurs sont alloués.
A l’occasion d’un mémoire récapitulant ses frais et honoraires, un Sanson de Paris, Charles (1699-1726) ou Charles Jean-Baptiste (1726-1766), profite de l’occasion pour se plaindre aux autorités de sa situation :
Il est obligé d’avoir toujours ce qui serve aux justices en provisions, pour n’aporté aucun retard à répondres aux ordres sans delay, ce qui tient des fond considérable sans aucun profit.
En outre il est obligé d’ebergé ces confraire hors de leur sejour à Paris, sans quoy il ne les trouveret point dans les car d’heur pressants, ou il est obligé de repondre a plusieur jurridictions à la fois, et il na dautre ressource puisquil n’y a personne a employer pour cela, hors de cette vacation.
Il y a mil autre petit detaille, au quels il faudret un volume pour en faire l’explication, mais la lumiere des magistras doive les pénétrer sans paine. [69]
En 1775 le bourreau d’Aix-en-Provence Vincenzo Herman se plaint de la modestie de l’indemnité de 600 livres qui lui est allouée en compensation de la suppression de son droit de havage :
Hier au soir paru un monsieur de votre part dans ma maison me proposer que lon me donneret six cent livre et que je naurer plus droit de marché. Monseigneur lhumble de vos serviteur aura lhonneur de vous presenter que ce seret trop peu, si par votre grandeur me faire donner, mille deux cent livre, vous me rendries mille obligation, attendu que les jour des foire, et jour de marché, dans le courrant de lannée me revient deux mille livre, ce vrait que ce serer un avantage pour moi, que je me voit exposer tous les jour de marché a suporter certazines raison, Monsigneur. Ce vrai que javé donné parole à ce monsieur quil vin de votre part, que si lon me donner huit cent livre et retirer les jour des foire les droit, ou sinon qe l’on me donnerer mille livre, pour lors jauret consentir come jai fait reflection et que je ne pourret pas vivre attendu que jai famille et les vivre sont beaucoup cher, jai fait reflection que je ne pourrer pas mentretenir, si on ne peu pas me donner ce que je demende du moin que l’on me paye les excecusion come èlles son ordonnée par les ordonnances de notre bon Roi ou si non que lon me laisse mes droit de places. Jespere monseigneur que vous macordorés la grace que jai lhonneur de vous domender pardon de la liberté que je me prend. Monseigneur je suis lhumble des vos serviteur. Vincenzo Herman Esequtore dell’otta Giustizia. [70]
Pierre-François Vermeille, exécuteur de Cambrai (1790-1793), issu d’une grande famille de bourreaux, se plaint dans une lettre adressée aux autorités judiciaires du manque d’activité et de l’impossibilité dans laquelle il se trouve d’exercer un autre emploi pour survivre, à cause du préjugé dont les exécuteurs sont victimes :
N’ayant pas eu le bonheur d’apprendre aucun métier, parce que les préjugés qui ont de tout temps fait exercer ceux de son état, comme si ses enfants devaient être la victime de ce que le destin les a fait naître dans une famille d’exécuteurs et qu’après la mort de leur père on les forçât d’exercer, parce que les dits préjugés ont toujours empêché les parents de donner à leurs enfants l’éducation nécessaire et qu’ils n’auraient été reçus nulle part. Le dit exposant sans éducation et qui ne s’occupait qu’à exercer son état ne connaissait pas cette loi… Il a été forcé, faute d’emploi, de vendre ses meubles. La place est depuis cent ans dans sa famille. Doit-il périr de misère et ne souffre-t-il pas déjà assez de l’erreur des préjugés ?... [71]
Laurent-Désiré Desmorest, exécuteur de Cahors, écrit en 1849 au ministre de la Justice en réaction au décret qui diminue son traitement de la moitié alors même qu’il arrivait difficilement jusque-là à nourrir son épouse et ses dix enfants. Il demande à ce qu’on continue à lui payer au moins les trois quarts et qu’on lui donne la place d’exécuteur d’Agen occupée par un confrère malade [72].
Ce sont là des documents d’une grande valeur car, au contraire de la plupart de ceux que nous avons jusqu’ici mentionnés, ils nous permettent de partager l’intimité des exécuteurs. En revanche ces documents sont limités dans le temps, puisqu’ils débutent seulement au troisième tiers du XVIIIe siècle [73].
I.B.7. Les récits de curieux
Le mystère entretenu à propos du bourreau conduit quelques curieux à l’approcher volontairement et à faire le récit de cette rencontre.
A compter du XIXe siècle, ces écrits nous apportent une vision plus humaine de l’existence des bourreaux en ce qu’ils nous permettent de les approcher en dehors de toute activité patibulaire, dans leur vie quotidienne : Emile Hilaire [74], Henri-E. Marquand [75] ou encore Benjamin Appert [76] auprès d’Henri Sanson et de son fils Henri-Clément.
I.B.8. Les autobiographies
Plus personnelles encore sont les autobiographies rédigées par les exécuteurs.
Ces documents pourraient paraître les sources les plus fiables, mais elles nécessitent d’être abordées avec précaution par une analyse critique.
Dans mon livre sur les bourreaux j’ai raconté la genèse des très romanesques autobiographies apocryphes des Sanson [77]. La première, écrite par Balzac et L’Héritier et publiée en 1830 [78], semble contenir peu de matériaux provenant réellement des souvenirs du bourreau Henri Sanson, lequel niera par la suite avoir écrit quoi que ce soit de cet ouvrage. Une seconde pseudo autobiographie, également parue en 1830 [79], n’est qu’un vague ouvrage de circonstance sans informations personnelles sur les Sanson. La troisième en revanche, publiée en 1862, est un savant alliage de conte romanesque, de faits historiques et de souvenirs familiaux dont certains pourraient avoir été tirés de mémoires authentiques [80].
Avec la publication en 1886 des prétendus mémoires de Jean-François Heidenreich, on se trouve à nouveau confronté à une œuvre littéraire dans laquelle on ne trouve rien d’authentique sur l’exécuteur national [81].
Les autobiographies bien plus récentes d’André Obrecht [82] ou de Fernand Meyssonnier [83], dans lesquelles la part de subjectivité n’est pas absente, compte tenu du genre littéraire, nous renseignent au contraire très utilement sur l’existence des derniers bourreaux français.
I.C. Registres de la vie privée
A côté de ces documents spécifiques aux exécuteurs de justice, on peut trouver nombre d’informations dans des documents plus communs auxquels il ne faut pas négliger d’avoir recours.
I.C.1. Registres paroissiaux (puis d’état civil)
L’une des rares sources historiques dans laquelle le bourreau est traité d’égal à égal avec n’importe lequel de ses concitoyens est constituée par les registres paroissiaux des baptêmes, mariages et décès.
L’ordonnance d’octobre 1539 de Villers-Cotterêts oblige les paroisses à tenir des registres de baptêmes. En mai 1579, l’ordonnance de Blois requiert d’enregistrer, outre les baptêmes, les mariages et les sépultures.
Les registres paroissiaux (puis d’état civil) constituent une source précieuse, où l’on peut recueillir des informations fiables et clairement datées. Ces données généalogiques ont pour vertu de constituer des balises chronologiques sûres et permettent souvent de relier entre eux les bourreaux par des liens de parenté, ce qui met en exergue la grande consanguinité qui a existé dans ces familles.
Dans le sillage de la voie ouverte par l’ouvrage de Michel Demorest, Dictionnaire historique et anecdotique des bourreaux (1996), un groupe de généalogistes (pour la plupart des descendants de bourreaux) s’est constitué sous la forme d’un forum consacré aux bourreaux (fr.groups.yahoo.com/group/bourreau). A côté du caractère personnel des recherches généalogiques des contributeurs, l’un des objectifs de ce forum est la patiente élaboration collégiale d’une « Liste des exécuteurs de France », principalement établie sur la source des relevés paroissiaux.
Actuellement cette liste recoupe environ 3.000 personnes recensées, constituant une sorte de répertoire mondain des exécuteurs. Malgré sans aucun doute quelques erreurs et de nombreuses omissions, ainsi qu’un cruel défaut de références des sources, ce who’s who des bourreaux peut constituer un précieux outil de travail.
I.C.2. Registres notariés
Comme tous ses concitoyens, le bourreau a également laissé des traces dans les archives notariales à l’occasion des contrats de mariages, des donations et des successions dont la vie familiale est rythmée. Ces actes relevant du droit privé sont susceptibles de contenir des informations précieuses du quotidien relatives à leur fortune et à la composition de la famille.
I.C.3. Registres fiscaux
En tant que contribuable, l’exécuteur a également laissé son nom dans les registres fiscaux. Par exemple, « Tevenot le bourriau » est mentionné à des fins fiscales dans le registre de Taille de Paris de 1292 comme habitant la paroisse de Saint-Laurent, dans la rue Guérin-Boisseau, entre « Henri, le crespinnier » et « Robert, le cuillerier » [84].
On note d’ailleurs qu’il doit payer 12 sous quand les habitants de sa rue sont imposés de 2 à 8 sous, 4 sous en moyenne. Il semble donc que ses activités lui assurent un revenu non négligeable, même s’il est loin des 50 sous dont doivent s’acuitter certains bourgeois de la paroisse.
I.C.4. Registres criminels
Il arrive également que le nom du bourreau soit cité dans les registres criminels à une place que l’on attend moins de sa part : celle du condamné.
En région parisienne le bourreau Thomas est ainsi mentionné dans le Registre criminel de Saint-Maur des Fossés en 1274, condamné à une peine de prison :
Thomas Carnifex, quondam prepositus Fossatensis, accusatus fuit de rato, coram abbate dicti loci, propter quod detentus fuit in prisione, apud Fossatum, et cognovit, dictus abbas, de dicto facto, et justiciam tenuit de eodem. [85]
En 1337 le nom de Colart Provignon, le « bourrel de Paris », apparaît dans le registre criminel de Saint-Martin-des-Champs, détenu pour avoir agressé une femme :
12 août 1337. Mardi après la S. Lorens. Par Pons Duboys, maire. Aujourd’hui, nous raporta, mestre P. de Largentiere, nostre mire juré, le perilg, hors de mort et de mehaing, de Fammette la lorraine, autrement dicte la crespiniere, navrée ès cuisses et en l’ainne, pour la navreure de laquelle nous teinsmes prisonnier, Colart Provignon, bourrel de Paris. [86]
Henri-Clément Sanson, dernier du nom, exécuteur de Paris, fait l’objet d’une fiche de police pour ses mœurs homosexuelles (le terme n’existait pas à cette époque) :
Sanson Henri, fils, exécuteur des hautes œuvres. C’est un pédéraste effréné. Indépendamment des Jésus qu’il lève journellement, il vit avec un jeune homme, sieur Hubert dit la Petit Jean qu’il a fait son aide-exécuteur. La Petit Jean a toutes les manières d’une femme, et pendant plusieurs années elle a racroché [racolé] au palais Royal. [87]
Jusqu’à la Révolution française l’exécuteur représente aux yeux de ses contemporains un rouage anonyme de la justice, ne retrouvant une dimension humaine que dans ses défaillances. Si l’on s’en tenait à ces seules sources, le bourreau serait donc le plus souvent anonyme, voire inexistant.
Les mentalités changent au siècle des Lumières, notamment sous l’influence du développement de la presse.
I.D. Les publications
I.D.1. L’apparition du bourreau dans la presse (XVIIe-XIXe)
Le goût du public pour le fait divers sanglant est entretenu par l’écrit, d’abord par les « canards » (vers 1574-vers 1630) puis par la presse vers 1750 [88], auprès d’une population de plus en plus alphabétisée, présentant les condamnés et leurs crimes sous un biais tragique que ne comportaient pas les jugements judiciaires rendus publics par affichage ou crieur [89].
On entretient l’indignation du public envers les criminels en lui rapportant les horreurs qu’ils ont commises. Il faut informer le peuple pour justifier du bon droit de l’exécution, pour obtenir le soutien de la population qui n’est plus forcément directement concernée par le crime commis, mais aussi pour dénoncer publiquement les crimes à ne pas commettre. Quelle est la place du bourreau dans ces récits ? Il n’en a pas ou très peu, car c’est avant tout le récit de la justice à l’œuvre.
De 1611 à 1644 est publié chaque année Le Mercure François, manuel qui rapporte les faits divers et événements politiques survenus au cours de l’année écoulée [90]. De nombreuses exécutions y sont rapportées, mais on n’y évoque pas l’exécuteur, ou on le mentionne sans le nommer, comme à l’accoutumée. Le récit de l’exécution sert à rassurer le lecteur sur la bonne justice qui est accomplie par le châtiment du coupable.
Au XVIIIe siècle, avec la Révolution, le bourreau prend davantage de place dans les récits d’exécution de la presse.
Jusqu’ici ne parlaient du bourreau que ceux qui le connaissaient ou le considéraient comme un homme plus ou moins normal. Avec la Révolution française le bourreau obtient de l’Assemblée nationale d’être reconnu comme un citoyen égal aux autres. Tout au moins en droit, car les mentalités n’évoluent pas aussi vite que la loi.
Le nom du citoyen bourreau apparaît à quelques occasions dans la presse. En 1790, on l’accuse à tort de participer à un complot royaliste. Ce dont il se défend devant la justice et obtient que les différents journaux soient condamnés à publier un rectificatif.
On l’évoque encore en 1792 à l’occasion de la mort accidentelle de son fils, lors d’une exécution ayant lieu peu après l’adoption de la guillotine comme mode de mise à mort des condamnés [91].
Mais, de la même manière que le bourreau projette son patient sur la planche à bascule, le bourreau est véritablement projeté sous les feux de la presse après l’exécution de Louis XVI en 1793.
D’abord, pour couper court à une rumeur, le Thermomètre du jour publie les dénégations de Sanson accusé de vendre les boutons, la chemise et les cheveux de Louis XVI :
Les boutons, les lambeaux de l’habit, de la chemise de Louis Capet, ses cheveux ont été recueillis et vendus très-chèrement aux amateurs. L’exécuteur Samson, accusé d’avoir participé à ce commerce d’un nouveau genre, vient d’écrire aux journalistes pour se disculper à cet égard : voici ses expressions : « J’apprends dans le moment qu’il court le bruit que je vends ou fais vendre les cheveux de Louis Capet. S’il en a été vendu, ce commerce infâme ne peut avoir eu lieu que par des fripons : la vérité est que je n’ai pas souffert que personne de chez moi en emportât ou en prît le plus léger vestige. [92]
Charles-Henri Sanson proteste à nouveau après la parution le 13 février dans le Thermomètre du jour d’un récit des derniers instants de Louis XVI, abusivement placé sous sa signature [93]. Le rédacteur, qui avait extrait ce récit des Annales patriotiques, de Jean-Louis Carra, invite Sanson à lui faire parvenir sa version des faits [94]. L’exécuteur lui répond le 20 février. Cette lettre, qui prouve le courage et l’honnêteté du bourreau dans cette période troublée, écrite de la main même qui actionne la chute du couperet, est publiée dans ce quotidien le 21 février :
Un voyage d’un instant a été la cause que je n’ais pas eu l’honneur de répondre à l’invitation que vous me faite dans votre journal au sujet de Louis Capet. Voici suivant ma promesse, l’exacte véritée de ce qui c’est passé. Descendant de la voiture pour l’exécution, on lui a dit qu’il faloit ôter son habit, il fit quelques difficultées, en disant qu’on pouvoit l’exécuter comme il étoit. Sur la representation que la chose étoit impossible il a lui-même, aidé à ôter son habit. Il fit encore la même difficultée l’orsquil cest àgit de lui lier les mains, qu’il donna lui-même lorsque la personne qui lacompagnoit lui eût dit que c’étoit un dernier sacrifice. Alors ? il sinforma sy les tembours batteroit toujours. Il lui fut répondu que l’on n’en savoit rien. Et c’étoit la véritée. Il monta l’échaffaud et voulut foncer sur le devant comme voulant parler. Mais ? on lui representa que la chose étoit impossible encore, il se l’aissa alors conduire a lendroit où on l’attachat et où il s’est écrié très haut : Peuple je meurs innocent. Ensuitte se retournant vers nous, il nous dit : Messieurs je suis innocent de tout ce dont on m’inculpe. Je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Français. Voilà citoyen ses dernières et ses véritables paroles.
L’espèce de petit débat qui se fit au pied de l’échaffaud roulloit sur ce quil ne croyoit pas nécéssaire quil otat son habit et qu’on lui liat les mains. Il fit aussi la proposition de se couper lui méme les cheveux.
Et pour rendre hommage à la véritée, il a soutenu tout cela avec un sang froid et une fermetté qui nous a tous étonnés. Je reste tres convaincu quil avoit puisé cette fermetée dans les principes de la religion dont personne plus que lui ne paraissoit pénétrée ny persuadé.
J’ay lhonneur destre, Citoyen, Votre concitoyen. Sanson.
Paris le 20 février 1793, lan 2eme
de la République françoise. [95]
Après la mort de Marie-Antoinette, et avec l’instauration de la Terreur, l’exécuteur devient un héros national.
Le premier quotidien français est le Journal de Paris lancé en 1777. Il ne rend pas compte des exécutions.
En 1781, la Gazette des tribunaux publie la réclamation faite par les exécuteurs de Normandie devant le Parlement de Normandie pour ne plus qu’on leur donne le nom de bourreau, qu’ils jugent offensant [96] et en 1787 mentionne l’arrêt du conseil d’Etat qui étend cette défense à tous les exécuteurs du pays [97].
Avec la Révolution française et la liberté de la presse les journaux quotidiens se multiplient.
C’est en 1796, avec l’assassinat du courrier de Lyon, que débute la médiatisation moderne des grandes affaires judiciaires [98]. La publication des récits de crimes se multiplie dans les gazettes au point qu’en 1799 Fouché interdit aux policiers de communiquer leurs informations à la presse.
La Gazette des tribunaux relancée en 1825 finit de mettre les crimes et les affaires de Justice en pleine lumière. C’est en effet cette gazette qui inaugure en 1827 la publication des récits détaillés d’exécutions. D’une manière constante, le récit s’attache à l’identité du condamné, son crime, son attitude en prison et à l’heure de sa mort. Les journalistes évoquent parfois l’attitude du public pour montrer l’indignité de ceux et celles qui assistent aux exécutions publiques. Mais le bourreau lui-même est au mieux à peine mentionné comme « l’exécuteur » [99], mais le plus souvent il n’est même pas cité [100], comme si l’exécution se faisait sans son intervention.
Les seules fois où on l’évoque de manière un peu plus insistante, sans qu’il soit pour autant précisé son nom, concerne encore et toujours des incidents. La première fois en 1829, l’exécution de Duchon donne lieu à une scène tragi-comique : alors que la foule attend devant les portes de la prison de Besançon la sortie du condamné aux mains de l’exécuteur, on voit tout à coup le bourreau s’enfuir seul, en courant, emportant des casseroles en cuivre, bientôt poursuivi par un geôlier ! On finit par rattraper l’exécuteur, dans les poches duquel on découvre des verres. Malgré le visible accès de démence de l’exécuteur, on le ramène à la prison et on l’oblige à accomplir son travail. Dès la mort du patient, le procureur du roi fait arrêter et emprisonner le bourreau [101].
Lorsque de nouveau la Gazette s’étend quelque peu sur l’exécuteur, c’est une fois encore en raison d’un incident. Lors de la mise à mort à Albi de Pierre Hébrard, l’un des aides du bourreau a saboté la guillotine après avoir été licencié. L’exécuteur Jean-Pierre Etienne fait chuter à cinq reprises la lame de la guillotine sans qu’elle n’atteigne mortellement le condamné. C’est finalement à coups de couteau qu’Hébrard est exécuté dans une totale confusion, sous les huées et les jets de pierre de la foule, dans une agitation telle qu’on n’en avait sans doute pas vu depuis l’adoption de la guillotine [102].
A partir de la monarchie de Juillet en 1830, les récits de faits divers deviennent de plus en plus nombreux dans les journaux et le terme même de « faits divers » naît à la fin de l’année 1833 [103]. Le public est friand de ces tragédies du quotidien, ces événements sans lien entre eux qui sont compréhensibles par les lecteurs sans culture et sans réflexion. La multiplication des quotidiens à 5 centimes, accessibles à toutes les bourses, donne une nouvelle ampleur au phénomène. Les journaux populaires tels Le Petit Journal vont s’en emparer pour en faire leur ligne éditoriale.
I.D.2. Un personnage public (1871-1939)
L’ensemble des quotidiens populaires de la IIIe République ouvre ses pages aux récits d’exécutions de la peine capitale. Les exécutions sont devenues rares, avec une moyenne annuelle qui dépasse rarement les 10 (aux extrêmes : 0 en 1906 et 1907, 26 en 1912). Si on regarde non plus au niveau national mais local, certaines villes n’accueillent pas d’exécution pendant un temps encore plus long, comme Auxerre qui en 1912 n’a plus vu d’exécution depuis plus de 50 ans. En outre l’exécution est de moins en moins visible depuis qu’avec la suppression de l’échafaud en 1871 les exécutions se font au ras du sol. Le journal est donc le meilleur moyen d’information pour diffuser l’idée que les coupables sont punis. Environ 80% des exécutions sont relatées dans la presse entre 1871 et 1873 [104].
Le sensationnalisme développe et entretient la curiosité du public.
Dans les journaux, les récits d’exécutions capitales font alors partie des faits communiqués au public parmi d’autres informations. Ils s’étalent régulièrement sur plusieurs colonnes des gazettes, parfois en première page, rapportant de manière factuelle tous les détails des derniers instants du condamné [105]. Comment s’est-il comporté ? S’est-il repenti de son crime ou a-t-il crânement bravé la société ? A-t-il marché courageusement au supplice, ou a-t-il fallu le porter jusqu’à la planche à bascule ? Quelles ont été ses dernières paroles ?...
Avec le développement de la presse populaire dans la seconde moitié du XIXe siècle, certains reporters se font une spécialité des exécutions capitales comme d’autres sont critiques littéraires ou spécialistes des spectacles. Ainsi, en 1909 le journaliste Georges Grison affirme avoir assisté à 98 exécutions depuis 1872 [106]. De même, en 1922 le journaliste Armand Villette débute par ces mots son article relatant l’exécution de Landru : « Pour la cent dix-huitième fois, j’ai vu, hier matin, tomber une tête sous le couperet de la guillotine » [107]
Ces journalistes spécialisés dans les récits d’exécution entretiennent un contact minime mais répété avec l’exécuteur et son équipe. Tel des chroniqueurs mondains, ils en arrivent peu à peu à faire du bourreau lui-même l’objet de leur attention. Quelle a été sa prestation ? A-t-il été trop lent ou trop rapide ? A-t-il été maladroit ?...
Loin de toujours tremper leur plume dans la contestation des exécutions publiques, voire de la peine de mort [108], ils sont souvent complaisants dans leurs récits d’exécution, familiers avec le bourreau.
Le criminel n’est plus le seul à être sous les feux des projecteurs. Il forme un duo avec le bourreau, connu et reconnu du public, chez lequel il est indéniable qu’il existe une certaine curiosité. Désormais, le bourreau vole même souvent la première place au condamné.
On l’a dit, le nombre de bourreaux n’a pas cessé d’être diminué par les autorités judiciaires. En 1793 la première loi nationale sur les exécuteurs harmonise la répartition des bourreaux sur le territoire : certains départements comptent jusqu’à 41 exécuteurs tandis que d’autres n’en ont pas un seul ! Désormais chacun des 83 départements aura un (seul et unique) exécuteur des arrêts criminels, qui dépendra directement de chaque tribunal criminel.
La réduction du nombre de bourreaux à un seul par Cour d’Appel en 1849 (soit 27 exécuteurs) favorise la personnalisation de l’exécuteur. A partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, plusieurs articles et études d’histoire lui sont consacrés dans des revues régionalistes [109].
Ces études régionales sont généralement établies à partir de documents tirés des archives locales ou d’archives privées, mais aussi de souvenirs ou de témoignages de contemporains, et constituent donc une source non négligeable d’informations.
Grimm s’intéresse particulièrement au ressenti du bourreau et lui consacre un article en première page du Petit Journal en 1869 [110]. Il raconte une exécution du point de vue de l’exécuteur, mettant sans trop de pathos le lecteur à la place du bourreau.
Avec l’avènement d’un bourreau national en 1871, le phénomène prend une autre ampleur. En effet, à compter de la nomination d’Heidenreich en tant qu’exécuteur en chef pour la France métropolitaine, la presse dresse régulièrement le portrait du bourreau, même si l’imagination du journaliste prend parfois le pas sur la stricte réalité [111].
Pour satisfaire et entretenir la curiosité des lecteurs, on entre dans son intimité, non seulement on dévoile ses sentiments vis-à-vis de la peine de mort [112] ou de ses patients [113], mais également ses problèmes plus terre à terre d’entente avec ses aides, des jalousies et des bassesses de leurs relations [114]. On le présente comme un technicien toujours en quête d’améliorer l’efficacité de sa machine ou la qualité de son travail [115].
La mort du bourreau a l’honneur des gazettes comme une information de premier plan national [116]. On suit ses obsèques comme celles d’un personnage public [117]. On révèle les arcanes de sa succession [118].
La nomination de son successeur est relayée par les journaux [119]. On le décrit physiquement [120]. On fait son portrait moral [121]. On dit quelques mots de sa carrière, de ses ancêtres bourreaux [122], on dresse son palmarès [123]. On ne peut empêcher les reporters spécialisés de comparer le nouveau bourreau à son prédécesseur [124].
On parle également de sa vie intime : on décrit son intérieur [125], on présente sa famille [126], on donne même régulièrement son adresse [127] !
On va visiter avec lui la remise où se trouve la guillotine lorsqu’elle ne sert pas [128]. On communique les détails techniques de la guillotine [129].
Pour amuser le lecteur tout en le faisant frissonner, les journalistes relatent quelques anecdotes grandguignolesques. Léopold Laurens rapporte que lors d’une exécution multiple Roch l’a saisi par les épaules en le prenant par mégarde pour l’un des condamnés [130]. Robert Mitchell raconte les désagréments d’un confrère invité à manger chez les Roch qui s’évanouit lorsque le bourreau tranche à table le cervelas [131].
Plusieurs articles décrivent avec bonhomie le goût d’Heidenreich pour la lecture des poètes classiques ou pour le théâtre... [132] Le bourreau se moque de l’image sentimentale et sensible que l’on donne de lui dans les journaux et estime que les reporters s’intéressent trop à lui [133]. Nicolas Roch en revanche apprécie que l’on parle de lui. Il est fier d’être bourreau. Quant à Louis Deibler, il ne répond pas volontiers aux reporters [134], garde le silence lorsqu’on l’interroge, se cache même, et ne supporte pas leurs critiques…
La nomination en 1899 d’Anatole Deibler, fils et successeur de Louis Deibler, lui vaut un portrait plutôt aimable dans la presse [135]. On dit de lui que c’est un parfait gentleman, et que, par opposition à son père d’une part et à Roch d’autre part, il assume sereinement d’exercer cette profession si particulière : « Aussi n’en rougit-il point, tout en ayant le bon goût de ne point en tirer gloire. » [136]
La première exécution du nouveau bourreau à Paris attire plus de monde que d’habitude, curieux de voir le jeune premier [137]. C’est le plus populaire des bourreaux nationaux. En 1909 la revue Les Hommes du jour lui consacre même un numéro spécial de 8 pages [138]. Sa popularité (alliée à sa longévité) est telle que certains repris de justice se font tatouer sur le corps « promis à Deibler » ou « ma tête à Deibler », parfois associé à des pointillés tatoués tout autour du cou...
Comme on va le voir, ses successeurs ne bénéficieront pas d’une telle renommée.
II. LES SOURCES VISUELLES
II.A. Le bourreau illustré
Sous le prétexte des sources visuelles, dont nous n’allons faire ici qu’une analyse superficielle, nous nous interrogerons sur l’image que véhicule le bourreau, au sens propre comme au figuré.
Si on peut faire disparaître le bourreau d’un récit en ne le citant pas, en revanche, il est plus difficile d’omettre le bourreau sur les représentations graphiques d’exécutions. Certes, un pendu ou un crucifié seul suffit à exprimer la force de la peine capitale sans qu’il soit nécessaire de représenter tout l’apparat judiciaire. Pas plus que dans les textes la présence du bourreau n’est donc nécessaire dans les images. Mais, alors que le bourreau est le plus souvent absent des textes, les nombreuses enluminures qui illustrent les récits d’exécution dans les manuscrits de la fin du Moyen Age et de la Renaissance représentent presque systématiquement le bourreau à l’action.
Et alors que, sur les images pieuses de la Passion de Jésus, le bourreau est bien souvent peint comme un être hideux, haineux, grimaçant, pour exprimer l’intolérable injustice de la mort du Christ, c’est au contraire comme un être tout à fait normal que le bourreau apparaît généralement sur les enluminures illustrant les exécutions judiciaires [139].
Dans son étude sur les enluminures du XIIIe au XVe siècle, d’une grande valeur iconographique, Barbara Morel [140] a constitué une riche base de données comportant 763 miniatures provenant de 304 manuscrits : juridiques (coutumiers et manuscrits de droit romain, Coutumes de Toulouse), de chroniques (essentiellement les Grandes Chroniques de France, les Chroniques de Jean Froissart et les Flores chronicorum de Bernard Gui) ou d’ouvrages littéraires comme les romans de cycle arthurien ou le Cas des nobles hommes et femmes de Boccace.
Mais en quoi ces illustrations constituent-elles une source documentaire nous permettant de parvenir à mieux connaître les bourreaux ?
Ces images ne sont pas le reflet fidèle de la réalité. Elles comportent une grande part de subjectivité selon la conception que les miniaturistes se faisaient de l’événement. Elles ne sont pas non plus exemptes d’anachronismes ou d’erreurs.
Par exemple, sur l’enluminure des Grandes Chroniques de France représentant le malaise du bourreau Raoulet que nous avons évoqué, les deux condamnés sont déjà décapités alors même que le texte dit clairement que le malaise du bourreau a précédé l’exécution, donc qu’il est survenu avant que les condamnés ne soient décapités.
Un autre exemple est le nombre très varié de situations différentes dans les diverses représentations du supplice de la reine Brunehaut, en partie dû, il est vrai, aux variantes des diverses sources historiques relatant sa mort [141].
On peut leur reprocher de ne pas reproduire fidèlement le costume du bourreau connu avec précision par les textes. Un point qui surprend particulièrement est en effet la fréquente absence de signes distinctifs vestimentaires très règlementés et très voyants que le bourreau était contraint de porter dès l’Antiquité : vêtements rouges, bicolores, bariolés, rayés, à carreaux, signes brodés en évidence représentant une échelle, une corde, une épée…[142] Au contraire, le vêtement du bourreau est bien souvent très sobre sur les miniatures. Le manque de réalisme de son costume peut être interprété comme une habitude chez les enlumineurs de ne pas s’attarder à la représentation graphique du bourreau. Mais on peut proposer une autre explication : dans les faits, l’exécuteur se change pour ne pas salir ses vêtements, et porte souvent au moment fatal les vêtements récupérés sur un patient précédent.
De même, contrairement à la réalité, le bourreau n’est jamais maculé de sang. Le sang déprécie la justice et n’est le plus souvent représenté que pour figurer les injustices d’un pouvoir étranger, comme par exemple sur une miniature représentant Bajazet faisant décapiter les prisonniers chrétiens après la bataille de Nicopolis.
Cependant, même si ces images n’ont pas de valeur documentaire, quelques miniaturistes se révèlent particulièrement attentifs à donner à leur enluminure un certain réalisme. Barbara Morel met en évidence le souhait qu’ont certains illustrateurs de représenter le bourreau dans une certaine réalité technique ou pratique en le montrant portant des habits courts ou ajustés pour être libre de ses mouvements ou peu vêtu pour supporter la chaleur des buchers [143].
Quelques-uns représentent des détails authentiques révélant leur qualité d’observation et leur souci de vérité, comme les gants du bourreau [144], le tablier [145], la forme de la doloire, les ustensiles. De même, certaines miniatures reproduisent fidèlement les gestes du bourreau, appuyant son pied sur l’épaule du pendu pour abréger ses souffrances [146], mettant sa main devant le visage pour se protéger de la chaleur du bucher qu’il tisonne… [147]
II.B. L’apport de la photographie
Malgré la rareté et la valeur inestimable des manuscrits enluminés, Barbara Morel a dénombré neuf enluminures sur lesquelles la représentation du bourreau a été volontairement grattée par des lecteurs désireux de le faire disparaître, manifestation de l’ostracisme dont il est victime [148].
On va voir combien la photographie va être indirectement fatale au bourreau. Ce procédé moderne permet de figer pour la postérité une image fidèle de la réalité. Les nombreux clichés qui sont parvenus jusqu’à nous constituent une source documentaire très riche et objective, à la fois sur les événements, les rituels, les techniques et les bourreaux eux-mêmes. Ces images qui ne trichent pas ont également pour vertu de nous révéler a posteriori le réalisme de certaines gravures du passé, confirmant leur qualité documentaire.
Par exemple, une photo datant du début du XXe siècle a conservé l’image indiscutablement fidèle d’une guillotine et d’un échafaud datant de 1792, identique aux gravures de l’époque.
Plus parlant encore, une photo exceptionnelle prise en 1869 sur la Grande place d’Arras nous plonge au cœur d’une exécution « à l’ancienne », avec échafaud, charrette et grande présence de peuple. Elle est totalement conforme aux gravures anciennes représentant des scènes similaires.
Une photo de 1899 prise place de la Tour carrée à Remiremont a conservé l’image étonnante du peuple juché sur les toits des maisons, comme le racontent de leurs temps Barthès, Hardy et autres… [149]
Une autre vertu de la photographie est de nous permettre de « mettre un visage » sur les noms des exécuteurs.
La photo de mariage de Jules-Henri Desfourneaux en 1909 est emblématique, représentative à la fois de la normalité de la vie de famille des bourreaux, et de son caractère dynastique. On y voit notamment les trois exécuteurs qui commanderont à toutes les exécutions en France de 1899 à 1976 ! Il y a là Anatole Deibler, le bourreau national (1899-1939). Mais aussi Desfourneaux, le marié, qui est à la fois le neveu, l’aide et le successeur de Deibler (1939 à 1951). Ainsi que le jeune André Obrecht qui succèdera bien des années plus tard à Desfourneaux (1951 à 1976). Outre ces trois exécuteurs, figurent également sur la photo les beaux-frères et aides de Deibler.
Toutes ces photographies que nous venons d’évoquer demeurent dans un cadre relativement privé. Même si certaines photographies d’exécutions sont éditées sous forme de cartes postales, leur diffusion demeure assez restreinte.
Comme on l’a vu, la presse est de plus en plus attentive au bourreau à compter de 1871. Alors qu’il n’y a presque aucune limite à ce que l’on peut ou non écrire à son propos, dans le même temps on rechigne à le montrer. L’image du bourreau est manifestement en retard sur le texte. Le bourreau souffre d’un problème d’image.
Certains articles de presse sont illustrés d’un dessin, montrant le plus souvent le condamné allant à la guillotine, conduit par les adjoints du bourreau qui, lui, attend son patient aux pieds de sa fatale machine.
Malgré le développement de la photographie et son utilisation dans la presse, les photos du bourreau ne sont pas publiées. On n’a aucune image d’Heidenreich ou de Roch, et seulement des dessins figurant Louis Deibler. Pour son fils Anatole, en revanche, son long « règne » coïncide avec la multiplication des photographies dans la presse.
Comme les exécutions ne sont pas annoncées à l’avance, on épie les allées et venues du bourreau au hangar de la rue de la Folie-Regnault où sont entreposées les deux guillotines. La presse paie les commerçants de la rue pour leur signaler tout mouvement suspect, signe avant-coureur d’une exécution prochaine [150]. On tente même de soudoyer la concierge du hangar. Si celle-ci refuse, son fils n’a pas les mêmes scrupules : dès qu’il apprend que « Monsieur de Paris » doit procéder à une exécution il se rend dans les rédactions pour monnayer ses renseignements exclusifs ; immanquablement une nuée de journalistes attend le bourreau sur le lieu de l’exécution ou sur le quai de la gare lorsque celle-ci doit se dérouler en province [151]. Tous les faits et gestes de l’exécuteur sont notés et rendus publics par les journaux.
Deibler se montre très discret, voulant échapper à l’objectif des photographes. De nombreux clichés le montrent en train de se cacher le visage avec son mouchoir, voire avec son chapeau, ce qu’il fait à chaque fois qu’il se sait épié par un photographe.
Un reportage publié en 1933 dans la revue Détective est à ce titre très éloquent : un reporter et un photographe suivent pas à pas Deibler et son équipe en déplacement en province pour l’exécution d’un condamné [152]. C’est à un véritable jeu du chat et de la souris que l’on assiste entre les exécuteurs et les bourreaux. On retrouve ici notre Monsieur très discret. Mais cette fois c’est lui qui se veut très discret.
La photographie est au service de la mémoire, mais elle va être la cause indirecte de la fin des bourreaux. Faire trop de lumière autour du bourreau nuit à la justice.
II.C. Le bourreau victime de son image
Dès 1863 une pétition est déposée auprès du Sénat pour supprimer le caractère public de l’exécution et reléguer la guillotine à l’intérieur des prisons, comme on le fait déjà en Angleterre depuis 1780 et dans l’Empire allemand. D’autres vont se succéder à intervalle régulier mais on n’ose pas toucher à la loi [153].
A partir du XIXe siècle les autorités ont en effet de plus en plus de mal à assumer l’application de la peine de mort, et plus particulièrement son caractère public. Tout d’abord, elles réduisent considérablement les motifs de condamnation à mort, passant progressivement de 115 en 1670 à 16 en 1832. La condamnation aux travaux forcés remplace la peine capitale pour l’essentiel des crimes. Parallèlement, les grâces présidentielles des condamnés à mort se multiplient.
Mais les mesures qui visent à réduire la publicité de l’exécution sont celles qui tendent le plus à modifier l’essence même de la peine capitale telle qu’elle a été appliquée depuis la plus haute Antiquité et qui la justifie en grande part. On ne veut plus que le public voit les exécutions. De 1832 à 1870 toute une série de mesures sont prises par les autorités avec cet objectif :
-on éloigne les lieux d’exécutions de la place du marché pour les reléguer en périphérie des villes ;
-on abandonne l’usage de la promenade infamante en conduisant désormais le condamné au supplice dans une voiture fermée ;
-on fixe l’horaire des exécutions non plus aux heures de grande affluence mais au contraire au lever du jour ; on interdit les exécutions les jours de marché ;
-on supprime l’information officielle de la date et de l’heure de l’exécution pour que le peuple n’en soit plus averti ;
-on réduit la durée de transport du condamné en installant la guillotine devant les portes des prisons ;
-on supprime l’échafaud pour que les exécutions aient lieu au ras du sol.
Une nouvelle étape est franchie en 1909.
Depuis plusieurs années, alors, tous les condamnés à mort sont systématiquement graciés, au grand mécontentement d’une partie des Français. Mais en 1909 le Président Armand Fallières refuse la grâce des deux frères Pollet et de deux de leurs complices, principaux membres d’une bande de brigands sévissant dans le Nord de la France. Cette quadruple exécution du 11 janvier 1909 constitue un événement très attendu, d’autant qu’il n’y a pas eu de quadruple exécution depuis 1871. Elle attire à Béthune non seulement une grande foule (on parle de plusieurs milliers de personnes !), mais aussi les reporters des principaux journaux nationaux, certains journaux étrangers, ainsi que les opérateurs de Pathé Actualités.
Désireux de se démarquer de ses concurrents, Pathé a déjà proposé au public des films chocs (sexe, crime...), et même une série d’exécutions capitales reconstituées, mettant en scène de fausses chaises électriques, de fausses guillotines...[154] L’exécution de Béthune se présente comme l’occasion exceptionnelle d’en filmer une authentique.
Le tapage médiatique fait autour de l’exécution prochaine alerte les autorités, qui prennent des mesures contre cette médiatisation. Le ministre de la Justice interdit l’usage de tout appareil ou procédé quelconque de reproduction cinématographique [155]. Mais les opérateurs de Pathé filment tout de même l’exécution [156]. En réaction, le ministre de la Justice obtient du ministre de l’Intérieur de faire interdire, par un télégramme adressé le jour même aux préfets, la diffusion de ces images dans les salles de spectacle. C’est la première manifestation de la censure cinématographique en France. Elle a été efficace car jamais ce film n’a été montré au public [157].
Le 22 septembre 1909, à Valence, a lieu une nouvelle exécution multiple, celle de trois membres de la bande des « chauffeurs de la Drôme ». Les autorités prennent à nouveau des mesures pour empêcher les photos et les films, faisant retirer leurs appareils à ceux qui assistent à l’exécution. Mais un (ou deux) photographe placé en hauteur échappe à leur vigilance et prend une série de photos de qualité.
Les clichés pris clandestinement lors des exécutions suivantes souffrent d’avoir été réalisés par des photographes assez éloignés du premier cercle, celui où l’on n’admet que les officiels.
Le 17 juin 1939, à Versailles, pour l’exécution d’Eugène Weidmann, plusieurs photographes et cameramen ont pris place aux fenêtres d’un bâtiment surplombant l’emplacement de la guillotine, offrant, comme à Valence, un point de vue imprenable. En outre, des circonstances favorables leur facilitent le travail : la décapitation n’a pas lieu à 3h50, comme prévu par le jugement de condamnation (« au point du jour »), mais seulement à 4h30 à cause d’un différend sur la question de l’heure solaire et de l’heure légale entre le nouveau bourreau, Desfourneaux, peu sûr de lui, et le procureur général [158]. Profitant de la luminosité déjà franche en ce jour quasiment estival, l’exécution est filmée clandestinement et de nombreuses photos sont prises. La revue Match publie un reportage photo de l’exécution qui va faire le tour du monde et ternir l’image de la France [159]. Ces quelques clichés volés vont aboutir à ce que les opposants aux exécutions publiques n’étaient pas parvenus à obtenir avec des mots.
Une semaine plus tard le gouvernement se réunit en conseil extraordinaire : le décret-loi du 24 juin 1939 supprime le caractère public des exécutions en France : elles se feront désormais dans le secret des cours des prisons, à l’abri des regards. Elles auront lieu en présence de témoins officiels, représentant le peuple, pour garantir le caractère légitime, sinon public, de l’exécution. Un bref procès-verbal officiel constatant l’exécution est désormais rédigé par le greffier de la cour d’assises et communiqué à la presse avec interdiction d’en dire autre chose. Plus possible – ou presque – de prendre des photos. A ma connaissance, il n’existe guère qu’une petite série de photos prises clandestinement dans la cour de la prison de la Santé après l’exécution du docteur Petiot en 1946.
Les comptes rendus d’exécution dictés par l’administration deviennent sans intérêt pour le grand public. Les articles de presse consacrés aux exécutions et aux bourreaux n’ont plus ni la même fréquence, ni la même ampleur qu’autrefois. La peine capitale n’étant plus un spectacle public, le bourreau n’est plus désormais un personnage public. Il retombe dans l’anonymat. La nomination du dernier exécuteur français, Marcel Chevalier, en 1976 passe tout à fait inaperçue, elle n’est même pas relayée par la presse.
On ne parle plus du bourreau que très occasionnellement, non comme autrefois dans la presse populaire quotidienne, mais seulement dans les journaux à sensation [160]. Pour publier des articles à sensation, quelques journalistes traquent encore de temps à autres les exécuteurs, les prennent en filature, vont sonner à leurs portes, les prennent en photo [161].
III. LES SOURCES ARCHEOLOGIQUES – CONCLUSION
Je passerai encore plus vite sur les sources archéologiques, sujet qui me servira uniquement de prétexte pour conclure.
Près de 83 guillotines ont été construites à la Révolution et quelques autres ont été fabriquées au XIXe siècle. Il en subsiste un certain nombre, disséminées dans les musées sur les territoires où la France a eu à exercer la justice plus ou moins durablement : Réunion, Guadeloupe, Saint-Pierre et Miquelon, Bruges, Gand, Liège, Hô Chi Minh-Ville, Hanoï… Elles ne sont pas toujours exposées au public.
Après l’abolition de la peine de mort en France en 1981, les deux dernières guillotines utilisées sur le territoire national, qui se trouvaient alors stockées à la prison de Fresnes, ont été admises dans les réserves du Musée des Arts et des Traditions Populaires, mais elles n’y ont jamais été exposées. Lorsque le musée a fermé ses portes, ses collections ont été transférées au MUCEM (Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) à Marseille, où l’une d’elles se trouve désormais exposée de manière permanente.
Si l’on recherche les armes et outils qu’utilisait l’exécuteur antérieurement à l’adoption de la guillotine, on trouve à travers l’Europe, et en particulier en Espagne et en Italie, de nombreux musées de la torture où est exposé un bric à brac d’instruments plus ou moins authentiques.
Quelques véritables ustensiles des bourreaux sont néanmoins visibles dans les musées, telle la barre à rompre exposée au musée de Provins, découverte en 1863 dans le jardin du bourreau André-Thomas Férey qui l’y avait enterrée vers 1792 [162].
L’instrument que l’on trouve en plus grand nombre c’est l’épée servant à décapiter. Plusieurs exemplaires, essentiellement d’origine allemande, se trouvaient dans la collection réunie par Fernand Meyssonnier, aide de son père exécuteur de l’Algérie française.
A l’encontre de l’attitude discrète des derniers bourreaux qui ne demandent qu’à rester anonymes, Fernand Meyssonnier avait besoin de communiquer. C’est ainsi qu’il s’est confié à l’antenne de plusieurs télévisions françaises et étrangères, qu’il a publié un livre autobiographique et qu’il a fondé un (éphémère) musée de la justice et du châtiment à Fontaine de Vaucluse, fermé en 1998 faute de visiteurs. Après sa mort, l’annonce de la vente aux enchères des 817 pièces de sa collection organisée en 2012 a créé en France un scandale sans précédent. Sur ce que Meyssonnier avait été l’aide de son père en Algérie, on a reproché à cette vente de faire l’apologie de la torture en Algérie ! Au lieu d’expliquer la stupidité de cet argument, le ministre de la culture de l’époque, Frédéric Mitterrand, neveu du président qui a aboli la peine de mort en France en 1981, est intervenu personnellement pour empêcher que la vente ait lieu…
Il y a manifestement encore de nos jours une certaine répugnance à évoquer l’existence du bourreau. Une certaine honte des autorités. Le travail de l’historien est de dépasser cette réticence pour essayer de redonner au bourreau non pas ses couleurs ou son honneur, mais son histoire.