Source: https://www.portstnicolas.org/eglise/ecclesiologie/vatican-ii-les-16-textes-conciliaires.html
Timestamp: 2020-01-24 04:59:56+00:00
Document Index: 12244678

Matched Legal Cases: ['§14', '§21', '§24', '§37', '§1', '§9', '§13', '§22', '§9', '§12', '§25', '§1', '§4', '§4', '§19', '§40', '§1', '§3', '§4', '§1', '§2', '§3', '§ 4', '§5', '§6', '§20', '§37', '§5', '§9', '§15', '§16', '§4', '§2', '§22', '§1', '§1', '§2']

Vatican II : les 16 textes conciliaires - PSN Port Saint Nicolas
Extrait de « La Bataille du Vatican, 1959-1965 »
Pages 515 à 545
Le concile a promulgué seize textes d’autorité différente : quatre Constitutions, neuf Décrets, et trois Déclarations. On trouvera dans les pages qui suivent un bref résumé de ces textes, ainsi qu’une table permettant de retrouver dans l’ouvrage les pages où ils sont cités. Tous n’ont pas nécessité de longs débats, certains sont passés presque inaperçus et sont demeurés quasi inconnus.
On peut les traiter par ordre alphabétique, hiérarchique, chronologique, ou tenter de les regrouper. Rien n’est vraiment satisfaisant. On a choisi de les regrouper en quatre catégories : d’abord, les quatre textes majeurs, les Constitutions, puis les trois textes issus du travail du Secrétariat pour l’unité (un Décret sur l’œcuménisme et deux Déclarations sur la liberté religieuse et sur les religions non chrétiennes) qui, avec les Constitutions, contribuent à l’identité particulière de ce concile. On trouvera ensuite la longue suite des Décrets ayant trait à la vie et à l’organisation de l’Eglise, et finalement la Déclaration sur l’éducation tienne et le Décret sur les moyens de communication sociale, qui un peu les parents pauvres et mal aimés du concile.
On trouvera aussi les résultats des votes et, chaque fois, deux séries de chiffres sont proposées. En effet, après les multiples amendements, les textes étaient votés paragraphe par paragraphe puis dans leur ensemble avant d’être l’objet d’un vote solennel lors de la séance officielle de promulgation. Lors de ce vote, on obtient un quasi consensus. Aussi les résultats issus du vote d’ensemble sont-ils plus significatifs des résistances qui demeurent.
1- Les Constitutions
1-1 « Sacrosanctum Concilium », Constitution sur la sainte liturgie
Nom de travail : De Liturgia
La Constitution sur la liturgie est le premier texte promulgué par le concile à la fin de la deuxième session. Le texte est composé d’un préambule et de 7 chapitres comprenant au total 130 paragraphes. Il conserve la structuré et les grands axes du texte préparé par la commission préparatoire.
Le mystère [2] de l’Eucharistie
L’office divin [3]
§14 - La Mère Église désire beaucoup que tous les fidèles soient amenés à cette participation pleine, consciente et active aux célébrations liturgiques [...]. Cette participation pleine et active de tout le peuple est ce qu’on doit viser de toutes ses forces dans la restauration et la mise en valeur de la liturgie.
§21 - Pour que le peuple chrétien bénéficie plus sûrement des grâces abondantes dans la liturgie, la sainte Mère l’Église veut travailler sérieusement à la restauration générale de la liturgie elle-même. Car celle-ci comporte une partie immuable, celle qui est d’institution divine, et des parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent, s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées. Cette restauration doit consister à organiser les textes et les rites de telle façon qu’ils expriment avec plus de clarté les réalités saintes qu’ils signifient, et que le peuple chrétien, autant qu’il est possible, puisse facilement les saisir et y participer par une célébration pleine, active et communautaire.
§24 - Dans la célébration de la liturgie, la Sainte Écriture a une importance extrême. C’est d’elle que sont tirés les textes qu’on lit et que l’homélie explique, ainsi que les psaumes que l’on chante ; c’est sous son inspiration et sous son impulsion que les prières, les oraisons et les hymnes liturgiques ont jailli, et c’est d’elle que les actions et les symboles reçoivent leur signification. Aussi, pour procurer la restauration, le progrès et l’adaptation de la liturgie, il faut promouvoir ce goût savoureux et vivant de la Sainte Écriture dont témoigne la vénérable tradition des rites aussi bien orientaux qu’occidentaux.
§37 - L’Église, dans les domaines qui ne touchent pas la foi ou le bien de toute la communauté, ne désire pas, même dans la liturgie, imposer la forme rigide d’un libellé unique : bien au contraire, elle cultive les qualités et les dons des divers peuples et elle les développe ; tout ce qui, dans les mœurs, n’est pas indissolublement lié à des superstitions et à des erreurs, elle l’apprécie avec bienveillance et, si elle peut, elle en assure la parfaite conservation ; qui plus est, elle l’admet parfois dans la liturgie elle-même, pourvu que cela s’harmonise avec les principes d’un véritable et authentique esprit liturgique.
Les points les plus débattus
Le latin, la concélébration [4] , la communion sous les deux espèces, pain et vin, Corps et Sang du Christ.
Votants Placet [5] Non Placet Nuls
Vote de promulgation 2 151 2 147 4 0
Pour les mentions de ce texte, voir les pages 138-139, 144-147, 155, 290, 348-349, 408-409 dans l’ouvrage.
Promulguée le 4 décembre 1963.
1-2 « Lumen Gentium », Constitution dogmatique sur l’Église
Nom de travail : De Ecclesia.
Il inclut en son dernier chapitre le texte sur la Vierge Marie qui a porté le nom de De Beata.
La Constitution sur l’Église est promulguée à l’issue de la troisième session du concile. Le texte issu des travaux préparatoires ayant été totalement repoussé, la commission doctrinale a composé un nouveau texte.
1. Le mystère [6] de l’Église
2. Le Peuple de Dieu
3. La constitution hiérarchique de l’Eglise et spécialement l’épiscopat
4. Les laïcs
5. L’appel universel à la sainteté dans l’Église
6. Les religieux
7. Le caractère eschatologique de l’Eglise en marche et son union avec l’Église du ciel
8. La Bienheureuse Vierge Marie Mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l’Église
La Constitution sur l’Église rompt avec une vision institutionnelle juridique et s’applique à aborder l’Église dans la perspective de sa .mission. L’Église y est décrite dès les premières lignes du premier chapitre comme « sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain ». Dans même chapitre, le paragraphe 6 explore les diverses images bibliques ii s’appliquent à l’Eglise : bercail, terrain de culture, construction de jeu, temple saint, Jérusalem d’en haut, fiancée ou épouse du Christ, avant de s’arrêter longuement sur l’image du corps dont le Christ est tête.
Le deuxième chapitre, intitulé « le Peuple de Dieu », est de forte inspiration biblique. C’est dans ce chapitre qu’est remis en lumière le sacerdoce des baptisés. Le Peuple de Dieu est un peuple sacerdotal (un peuple de prêtres), peuple conduit par des ministres qui, « dans le rôle du Christ, offrent le sacrifice au nom du peuple tout entier. »
Cependant, même si ces deux chapitres sonnent dans le choix des termes et des tournures de façon très neuve, c’est le troisième chapitre qui a donné lieu aux débats les plus acharnés. Il s’agissait d’achever le travail entamé par le concile de Vatican I. Ce concile avait principalement traité du pape et de son autorité, de sa juridiction, de son infaillibilité, mais n’avait rien dit des évêques. Il y avait un équilibre à retrouver. L’épiscopat est-il un sacrement, en quoi les évêques sont- les successeurs et héritiers des apôtres, y a-t-il eu un collège des apôtres, y a-t-il un collège des évêques ? Quelle est la situation de Pierre milieu des Douze, du pape au milieu des évêques ? Toutes ces questions rassemblées sous le nom de « collégialité épiscopale » sont traitées dans les paragraphes 18 à 27.
Le dernier chapitre sur la Vierge Marie a été lui aussi très disputé, il s’agissait principalement de savoir s’il fallait traiter de Marie dans un texte à part ou l’inclure dans le chapitre sur l’Église. C’est ce dernier choix qui finalement a été retenu.
§1 - L’Église étant, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain, elle se propose de mettre dans une plus vive lumière, pour ses fidèles et pour le monde entier, en se rattachant à l’enseignement des précédents conciles, sa propre nature et sa mission universelle.
§9 - Le bon vouloir de Dieu a été que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel ; Il a voulu en faire un peuple qui Le connaîtrait selon la vérité et Le servirait dans la sainteté. C’est pourquoi Il s’est choisi Israël pour être Son peuple avec qui Il a fait alliance et qu’Il a progressivement instruit, se manifestant, Lui-même et Son dessein, dans l’histoire de ce peuple et se l’attachant dans la sainteté. Tout cela cependant n’était que pour préparer et figurer l’Alliance Nouvelle et parfaite qui serait conclue dans le Christ. [ ... ] Cette alliance nouvelle, le Christ l’a instituée : c’est la Nouvelle Alliance dans son sang (cf. 1 Co 11, 25), il appelle la foule des hommes de parmi les Juifs et de parmi les Gentils, pour former un tout selon la chair mais dans l’Esprit et devenir le nouveau Peuple de Dieu. Ceux, en effet, qui croient au Christ, qui sont « re-nés » non d’un germe corruptible mais du germe incorruptible qui est la parole du Dieu vivant (cf. 1 P 1, 23), non de la chair, mais de l’eau et de l’Esprit-Saint (cf. Jn 3, 5-6), ceux-là constituent finalement « une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un Peuple que Dieu s’est acquis, ceux qui autrefois n’étaient pas un peuple étant maintenant le Peuple de Dieu (1 P 2, 9-10).
§13 - À faire partie du Peuple de Dieu, tous les hommes sont appelés. C’est pourquoi ce peuple, demeurant uni et unique, est destiné à se dilater aux dimensions de l’univers entier et à toute la suite des siècles pour que s’accomplisse ce que s’est proposé la volonté de Dieu créant à l’origine la nature humaine dans l’unité, et décidant de rassembler enfin dans l’unité ses fils dispersés (cf. Jn 11, 52).
§22 - De même que saint Pierre et les autres apôtres constituent, de par l’institution du Seigneur, un seul collège apostolique, semblablement le pontife romain, successeur de Pierre, et les évêques, successeurs des apôtres, forment entre eux un tout.
Les points de débat principaux :
L’Église comme sacrement, le Peuple de Dieu, tout ce qui a trait à la collégialité épiscopale, le rétablissement du diaconat permanent, l’appel à la sainteté : réservé à ceux qui choisissent la vie religieuse ou vocation pour tous et, sur la Vierge Marie, l’usage du terme « médiatrice », qui a finalement été repoussé.
Vote d’ensemble 2 145 2 134 10 1
Vote de promulgation 2 156 2 151 5 0
Pour les mentions de ce texte, voir les pages : 125-129, 186-192, 212-215, 241-245, 249-250, 250-253, 254-264, 270-273, 307-308, 322-323, 340, 350, 351-352, 354-356, 361-363, 390-395, 409-410.
Promulguée le 21 novembre 1964.
1-3 « Dei Verbum », Constitution dogmatique sur la Révélation divine
Noms de travail : De Fontibus, De Revelatione.
La Constitution dogmatique sur la Révélation, promulguée en novembre 1965, a comme ancêtre le texte issu des travaux préparatoires titré De Fontibus dont le refus en novembre 1962 marque l’émancipation du concile des travaux menés par les commissions préparatoires.
Le texte étonnamment court est constitué d’un préambule et de 6 chapitres composés de 26 paragraphes.
3. L’inspiration de la Sainte Écriture et son interprétation
6. La Sainte Écriture dans la vie de l’Eglise
Le texte opère un renversement très important en plaçant l’initiative de Dieu qui se fait connaître (se révèle par Sa Parole) avant toute chose. On avait pris l’habitude de traiter la Révélation d’un point de vue métaphysique, en prouvant philosophiquement l’existence de Dieu, et en énonçant les vérités révélées et, ensuite, on utilisait l’Écriture comme une sorte de « preuve » supplémentaire : ce qu’on avait démontré était vrai puis que l’Écriture le disait aussi. En remettant l’acte de Révélation de Dieu en premier, les Pères conciliaires situent la foi dans la réponse de l’homme à l’initiative de Dieu, et non dans un ensemble de « vérités à croire ». L’acte de Révélation culmine en Jésus-Christ, « le verbe fait chair », et la foi fait entrer dans la communion divine (communion trinitaire). Le texte place vraiment l’Église « sous la Parole de Dieu ».
Les Pères ont aussi été amenés à traiter des questions liées au travail des exégètes sur les textes bibliques et à se prononcer sur le statut de leur « vérité », matérielle ou historique. Ils ont défini « l’inspiration divine » : les textes écrits de main d’homme, et marqués par les conditions historiques et culturelles de leur production, sont cependant « inspirés par Dieu ». Les textes doivent être lus, compris, interprétés. C’est le rôle de la Tradition de l’Église d’en garantir la vérité et la justesse.
§9 - La sainte Tradition et la Sainte Écriture sont donc reliées et communiquent étroitement entre elles. Car toutes deux, jaillissant de la même source divine, ne forment pour ainsi dire qu’un tout et tendent à une même fin. En effet, la Sainte Écriture est la Parole de Dieu en tant que, sous l’inspiration de l’Esprit divin, elle est consignée par écrit ; quant à la sainte Tradition, elle porte la Parole de Dieu, confiée par le Christ Seigneur et par l’Esprit-Saint aux apôtres, et la transmet intégralement à leurs successeurs, pour que, illuminés par l’Esprit de vérité, en la prêchant, ils la gardent, l’exposent et la répandent avec fidélité : il en résulte que l’Eglise ne tire pas de la seule Écriture sainte sa certitude sur tous les points de la Révélation. C’est pourquoi l’une et l’autre doivent être reçues et vénérées avec un égal sentiment d’amour et de respect.
§12 - Cependant, puisque Dieu, dans la Sainte Écriture, a parlé par des hommes à la manière des hommes, il faut que l’interprète de la Sainte Écriture, pour voir clairement ce que Dieu lui-même a voulu nous communiquer, cherche avec attention ce que les hagiographes ont vraiment voulu dire et ce qu’il a plu à Dieu de faire passer par leurs paroles. Pour découvrir l’intention des hagiographes, on doit, entre autres choses, considérer aussi les « genres littéraires ».
Le texte rappelle l’importance de l’Ancien Testament et l’unité des deux Testaments. Et finalement soutient les travaux des chercheurs, et surtout encourage la lecture, la proclamation et l’étude de la Bible pour tous :
§25 - [...] le saint Concile exhorte de façon insistante et spéciale tous les fidèles du Christ, et notamment les membres des ordres religieux, à acquérir, par la lecture fréquente des divines Écritures, « la science éminente de Jésus Christ » (Ph 3, 8). « En effet, l’ignorance des Écritures, c’est l’ignorance du Christ. » Que volontiers donc ils abordent le texte sacré lui-même, soit par la sainte liturgie imprégnée des paroles divines, soit par une pieuse lecture, soit par des cours appropriés et par d’autres moyens qui, avec l’approbation et par les soins des pasteurs de l’Église, se répandent partout de nos jours d’une manière digne d’éloges. Qu’ils se rappellent aussi que la prière doit aller de pair avec la lecture de la Sainte Écriture, pour que s’établisse un dialogue entre Dieu et l’homme, car « nous lui parlons quand nous prions, mais nous l’écoutons quand nous lisons les oracles divins ».
Les points de débat principaux
Le lien entre l’Écriture et la Tradition, l’historicité des Évangiles.
Vote d’ensemble 2 115 2 081 27 7
Vote de promulgation 2 350 2 344 6 0
Pour les mentions de ce texte, voir les pages : 81, 143 , 148, 154, 156-160, 165-165, 168-169, 170-175, 176, 178, 205-209, 215-216, 384-385, 422, 456-459, 468-473, 475-476, 477-480, 480-489, 149-491.
Promulguée le 18 novembre 1965.
1-4 « Gaudium et Spes », Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps
Noms de travail : schéma XVII, schéma XIII.
Gaudium et Spes est le seul texte conciliaire dont le sujet n’avait pas traité par les commissions préparatoires. Un texte parlant de l’Église son rapport avec le monde actuel devient nécessaire à l’issue de la première session quand la « logique » du concile apparaît. Cette question est le fruit de débats avec Jean XXIII dont les cardinaux Suenens et Montini (futur Paul VI) ont été des protagonistes importants. On décide que le concile traitera principalement de l’Église, non seulement de l’Église en elle-même et pour elle-même, mais aussi, et c’est la grande nouveauté, dans son rapport avec le monde actuel, en « conversation » avec lui, selon les mots de Jean XXIII. Le texte connaît un parcours difficile, il connaît trois ou quatre rédactions successives.
Dans sa version finale, le texte comprend deux parties distinctes, la première est un exposé général intitulé « L’Église et la vocation humaine », la seconde traite de « quelques problèmes plus urgents » et a un caractère plus circonstanciel. À l’origine, la seconde partie était prévue en annexe mais les Pères ont souhaité revêtir la réflexion sur les sujets « actuels » de l’autorité du concile.
Le texte est donc très long, le plus long de tous. Il est composé d’un avant-propos, d’un exposé préliminaire, d’une première partie de 4 chapitres, d’une seconde qui en compte 5, et d’une conclusion. Le tout compte 93 paragraphes.
Exposé préliminaire : La condition humaine dans le monde d’aujourd’hui
1ère partie : L’Église et la vocation humaine
2e partie : De quelques problèmes plus urgents
La vie de la communauté politique
Le texte a posé un problème au sein même de la majorité conciliaire en raison de l’ordre d’exposition choisi. En effet, le texte ne part pas de la Révélation de Dieu dont on déduirait un savoir sur et pour le monde, mais observe le monde, et y reconnaît la trace, le signe, la présence de Dieu. Le texte a couramment été accusé d’être trop optimiste, de croire trop généreusement au progrès, et de l’homme et des techniques. Optimisme ou espérance pour un monde que Dieu sauve à haut prix, la question demeure ouverte. De fait, à l’époque, le texte rompait avec le pessimisme qui avait prévalu pendant les décennies précédentes au cours desquelles les papes successifs avaient condamné largement leur l’époque et la modernité, démocratie, Droits de l’homme, désir d’émancipation des peuples, mais aussi découvertes scientifiques et travaux des sciences humaines. Si la majorité était partagée sur la méthode, la vision bienveillante du monde déclencha les foudres de la minorité qui dans la modernité voyait le spectre du « modernisme », largement condamné par les précédents pontifes.
La première phrase de l’avant-propos :
§1 - Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur.
Les signes des temps (expression chère à Jean XXIII)
§4-1 - Pour mener à bien cette tâche, l’Église a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile, de telle sorte qu’elle puisse répondre, d’une manière adaptée à chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future et sur leurs relations réciproques. Il importe donc de connaître et de comprendre ce monde dans lequel nous vivons, ses attentes, ses aspirations, son caractère souvent dramatique.
§4-2 - Le genre humain vit aujourd’hui un âge nouveau de son histoire, caractérisé par des changements profonds et rapides qui s’étendent peu à peu à l’ensemble du globe. Provoqués par l’homme, par son intelligence et son activité créatrice, ils rejaillissent sur l’homme lui-même, sur ses jugements, sur ses désirs, individuels et collectifs, sur ses manières de penser et d’agir, tant à l’égard des choses qu’à l’égard de ses semblables. A tel point que l’on peut déjà parler d’une véritable métamorphose sociale et culturelle dont les effets se répercutent jusque sur la vie religieuse.
§19 - D’autres n’abordent même pas le problème de Dieu : ils paraissent étrangers à toute inquiétude religieuse et ne voient pas pourquoi ils se soucieraient encore de religion. L’athéisme, en outre, naît souvent soit d’une protestation révoltée contre le mal dans le monde, soit du fait que l’on attribue à tort à certains idéaux humains un tel caractère d’absolu qu’on en vient à les prendre pour Dieu. La civilisation moderne elle-même, non certes par son essence même, mais parce qu’elle se trouve trop engagée dans les réalités terrestres, peut rendre souvent plus difficile l’approche de Dieu.
Sur le rôle de l’Église :
§40 – […] À la fois « assemblée visible et communauté spirituelle », l’Église fait ainsi route avec toute l’humanité et partage le sort terrestre du monde ; elle est comme le ferment et, pour ainsi dire, l’âme de la société humaine appelée à être renouvelée dans le Christ et transformée en famille de Dieu.
Le titre « Constitution pastorale », l’ordre inductif, l’optimisme jugé exagéré, l’athéisme (pas assez fermement condamné et surtout sans condamnation explicite du communisme), le mariage et le contrôle des naissances, la guerre, la détention et l’usage d’armes nucléaires dans la logique de « l’équilibre de la terreur ».
Votants Placet Non Placet` Nuls
Vote d’ensemble 2 373 2 111 251 11
Vote de promulgation 2 391 2 039 75 7
Pour les mentions de ce texte, voir les pages 246, 315, 332-333, 343, 388-390, 417-421, 448-453, 462-463, 465-466.
Promulguée le 7 décembre 1965.
2- Les textes issus du travail du Secrétariat pour l’unité des chrétiens
2-1 « Unitatis redintegratio », Décret sur l’œcuménisme.
Nom de travail : De Œcumenismo.
Le décret a été promulgué à la fin de la troisième session dans des conditions un peu difficiles puisque des corrections ont été insérées in extremis à la demande de Paul VI. Il se compose d’un préambule, 3 chapitres et une conclusion, soit 24 paragraphes.
1-	Les principes catholiques de l’œcuménisme.
2-	Exercice de l’œcuménisme
3-	Églises et communautés ecclésiales séparées du Siège catholique romain
Le but œcuménique du concile, annoncé par le pape Jean XXIII dès l’annonce de sa convocation en janvier 1959, avait laissé bien des responsables et théologiens incrédules, aussi bien parmi les défenseurs de l’œcuménisme que parmi ses adversaires, tant Rome y avait été peu favorable pour ne pas dire franchement opposée jusque-là. On peut dire sans exagération que, pour la plupart des Pères, la démarche œcuménique fut l’objet d’une véritable conversion. L’objet du texte est relativement pragmatique. Il ne rêve pas un retour à l’unité aisé ou rapide mais énonce les moyens de promouvoir ce retour à l’unité en définissant quelques principes et en incitant les catholiques à s’engager résolument dans ce sens. Pour autant,, le texte ne manque pas d’affirmer avec netteté la place unique de l’Église catholique dans l’œuvre du Salut.
§1 - Promouvoir la restauration de l’unité entre tous les chrétiens est l’un des objectifs principaux du saint concile œcuménique de Vatican II. Une seule et unique Église a été fondée par le Christ Seigneur. Et pourtant plusieurs communions chrétiennes se présentent aux hommes comme le véritable héritage de Jésus-Christ. [ ... ] Il est certain qu’une telle division s’oppose ouvertement à la volonté du Christ. Elle est pour le monde un objet de scandale et elle fait obstacle à la plus sainte des causes : la prédication de l’Évangile à toute créature. [...]. Voilà pourquoi le concile, [...] pénétré du désir de rétablir l’unité entre tous les disciples du Christ, veut proposer à tous les catholiques les moyens, les voies et les modes d’action qui leur permettront à eux-mêmes de répondre à cet appel divin et à cette grâce.
§3 - Cependant nos frères séparés, soit eux-mêmes individuellement, soit leurs communautés ou leurs Églises, ne jouissent pas de cette unité que Jésus-Christ a voulu dispenser à tous ceux qu’il a régénérés et vivifiés pour former un seul Corps en vue d’une vie nouvelle, et qui est attestée par l’Écriture sainte et la vénérable Tradition de l’Église. C’est, en effet, par la seule Église catholique du Christ, laquelle est le « moyen général de salut », que peut s’obtenir toute la plénitude des moyens de salut.
§4 - Étant donné qu’aujourd’hui, en diverses parties du monde, sous le souffle de la grâce de l’Esprit-Saint, beaucoup d’efforts s’accomplissent par la prière, la parole et l’action pour arriver à la plénitude de l’unité voulue par Jésus-Christ, le saint concile exhorte tous les fidèles catholiques à reconnaître les signes des temps et à prendre une part active à l’effort œcuménique. [...] Il ne faut pas non plus oublier que tout ce qui est accompli par la grâce de l’Esprit-Saint chez nos frères séparés peut contribuer à notre édification. Rien de ce qui est réellement chrétien ne s’oppose jamais aux vraies valeurs de la foi, mais tout cela peut contribuer à pénétrer toujours plus parfaitement le mystère du Christ et de l’Église.
Le fondement de l’œcuménisme lui-même, une minorité de Pères considéraient que nul dialogue n’était réellement envisageable avec des schismatiques et des hérétiques, sauf à en rabattre sur l’affirmation de la vérité du catholicisme.
Vote d’ensemble 2 169 2 054 64 11
Vote de promulgation 2 148 2 137 11 0
Pour les mentions de ce texte, voir les pages : 44-46, 186, 293-296, 395-399.
2-2 « Dignitatis Humanae », Déclaration sur la liberté religieuse
Nom de travail : De Libertate.
Le texte est promulgué à la toute fin de la quatrième session, après des débats très âpres. C’est le texte qui a connu l’opposition la plus importante. Au dernier vote d’ensemble, ils sont toujours 240 à s’y opposer, soit 10 % des Pères, et lors du vote solennel de promulgation, il en reste encore 70 pour voter contre. II est composé d’un préambule, de 2 chapitres et d’une conclusion, soit en tout 15 paragraphes.
1. Doctrine générale sur la liberté religieuse
2. La liberté religieuse à la lumière de la Révélation
Le texte se contente de définir la liberté religieuse dans les rapports des hommes entre eux, et des hommes avec les États, et n’établit nullement cette liberté dans la relation avec Dieu. Le texte rappelle dès son préambule que le devoir de l’homme est de chercher la vérité.
Cependant, le texte introduit un progrès en ce qu’il présente la liberté religieuse non en termes de tolérance, comme une concession faite aux circonstances, mais bien comme un droit fondé dans la dignité humaine. Ce droit ne s’exprime pas seulement de façon négative - absence de contrainte -, mais se définit comme un droit enraciné dans l’histoire du salut, et attesté par la pratique de Dieu lui-même.
§1 - La dignité de la personne humaine est, en notre temps, l’objet d’une conscience toujours plus vive ; toujours plus nombreux sont ceux qui revendiquent pour l’homme la possibilité d’agir en vertu de ses propres options et en toute libre responsabilité ; non pas sous la pression d’une contrainte, mais guidé par la conscience de son devoir. De même requièrent-ils que soit juridiquement délimité l’exercice de l’autorité des pouvoirs publics, afin que le champ d’une honorable liberté, qu’il s’agisse des personnes ou des associations, ne soit pas trop étroitement circonscrit. [...] Tous les hommes, d’autre part, sont tenus de chercher la vérité, surtout en ce qui concerne Dieu et son Eglise ; et, quand ils l’ont connue, de l’embrasser et de lui être fidèles.
Il semblait impossible à beaucoup de consentir à ce qu’ils nommaient le « droit pour l’erreur », car seule la vérité a des droits. De surcroît, depuis Grégoire XVI et Pie IX, au cœur du XIXe siècle, la liberté religieuse avait été impitoyablement combattue et condamnée comme un consentement à « l’abomination des idées modernes ». L’objectif des promoteurs du texte fut de préciser qu’il s’agissait du droit des personnes et non du droit de la vérité.
Vote d’ensemble 2 216 1 954 249 18
Vote de promulgation 2 386 2 308 70 8
Pour les mentions de ce texte, voir les pages : 279-285, 296, 298-99, 343, 357-360, 365, 372-377, 378-380, 399-401, 410, 422-f24, 428-429, 441-447.
2-3 « Nostra Aetate », Déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes
Nom de travail : De Judaeis.
Originellement, le texte était l’un des chapitres du schéma sur l’œcuménisme et traitait exclusivement des Juifs. Il en a été détaché et est devenu un texte portant sur les religions non chrétiennes et le dialogue interreligieux. Le judaïsme y est traité parmi les autres religions. Le texte, finalement très court, est composé d’un préambule et de 4 chapitres formant au total 5 paragraphes.
1. Les diverses religions non chrétiennes
2. La religion musulmane
3. La religion juive
4. La fraternité universelle exclut toute discrimination
Le texte rompt avec des siècles d’indifférence voire de franche hostilité à l’égard des autres religions. La première raison d’être du texte meure la question des relations avec les Juifs et la volonté explicite de Jean XXIII, après le génocide des Juifs d’Europe par les nazis, de tout faire pour assécher toute source chrétienne d’antisémitisme. Néanmoins, le texte se heurte à des oppositions politiques et religieuses en dehors du concile. Les pays arabes considèrent qu’une déclaration en faveur des Juifs sera une prise de position pro-israélienne, et les chrétiens, catholiques et orthodoxes, qui vivent au Moyen-Orient craignent des rétorsions et des persécutions de la part des musulmans. Au concile même, des voix s’élèvent (très minoritaires) pour que soit maintenue la doctrine traditionnelle qui désigne les Juifs comme « peuple déicide ».
§2 - L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu’elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d’annoncer sans cesse, le Christ qui est « la voie, la vérité et la vie » Un 14, 6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s’est réconcilié toutes choses. Elle exhorte donc ses fils pour que, avec prudence et charité, par le dialogue et par la collaboration avec les adeptes d’autres religions, et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socio-culturelles qui se trouvent en eux.
§3 - L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout- puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. [...] Même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le saint concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté.
§ 4 - Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ, ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. S’il est vrai que l’Eglise est le nouveau Peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Écriture. Que tous donc aient soin, dans la catéchèse et la prédication de la Parole de Dieu, de n’enseigner quoi que ce soit qui ne soit conforme à la vérité de l’Évangile et à l’esprit du Christ.
La condamnation du déicide (le mot lui-même ne figure pas dans le texte), la responsabilité chrétienne dans les persécutions contre les Juifs.
Vote d’ensemble 2 023 1 763 250 10
Vote de promulgation 2 312 2 221 88 1
Pour les mentions de ce texte, voir les pages : 296-298, 344, 367-380, 424-427, 474.
Promulguée le 28 octobre 1965.
3- Les décrets ayant directement trait à la vie et à l’organisation de l’Eglise
3-1 « Christus Dominus », Décret sur la charge pastorale les évêques
Nom de travail : De Episcopis
Le Décret a été promulgué en octobre 1965, lors de la dernière session. Le texte a toujours été « à la remorque » de la Constitution sur l’Église, Lumen Gentium. En effet, il fallait que la question de la collégialité et des rapports pape/évêques soit réglée pour que les conséquences pratiques puissent en être tirées dans un Décret à caractère plus pragmatique.
Le texte est composé d’un préambule et de 3 chapitres, soit 44 paragraphes. Le préambule rappelle les éléments de Lumen Gentium.
1. Les évêques et l’Église universelle
2. Les évêques et les Églises particulières, ou diocèses
3. Coopération des évêques en bien commun de plusieurs Églises
Le texte se prononce sur la création d’un synode des évêques mais, dans les faits, il a été devancé par Paul VI, qui a créé ce synode de sa propre initiative par motu proprio avant la reprise des débats de la quatrième session et le vote du texte. Le texte ratifie donc une décision :
§5 - Des évêques choisis dans les diverses régions du monde, selon des modes et des normes établis ou à établir par le pontife romain, apportent au Pasteur suprême de l’Église une aide plus efficace au sein d’un conseil, qui a reçu le nom de synode des évêques.
Le texte établit clairement la responsabilité des évêques sur toute l’Eglise :
§6 - Successeurs légitimes des apôtres et membres du collège épiscopal, les évêques doivent se savoir toujours unis entre eux et se montrer soucieux de toutes les Eglises ; en vertu de l’institution divine et des devoirs de sa charge apostolique, chacun d’eux, en effet, est responsable de l’Église, ensemble avec les autres évêques.
Le texte appelle de ses vœux la liberté des évêques vis-à-vis des pouvoirs civils
§20 - C’est le vœu du concile qu’à l’avenir ne soient plus accordés aux autorités civiles aucun droit ni aucun privilège d’élection, de nomination, de présentation ou de désignation en vue de la charge épiscopale. Les autorités civiles, dont le saint concile reconnaît avec gratitude et estime les dispositions déférentes à l’égard de l’Église, sont très courtoisement priées de bien vouloir renoncer d’elles-mêmes, en accord avec le Siège apostolique, à ces droits et privilèges dont elles jouissent actuellement en vertu d’une convention ou d’une coutume.
La fin du premier chapitre exprime le vœu d’une réforme de la Curie romaine et de son internationalisation.
Le deuxième chapitre expose dans le détail les trois grandes missions (munera) de l’évêque, enseignement, sanctification et gouvernement.
Il incite les évêques à créer un conseil pastoral dans lequel les prêtres, religieux et laïcs pourront siéger. Il règle les rapports de l’évêque avec les prêtres, les curés, les religieux.
Le troisième chapitre incite à la tenue de synodes diocésains, de conciles régionaux, et à la constitution de conférences épiscopales nationales :
§37 - Les conférences épiscopales, établies déjà dans plusieurs pays, ont donné des preuves remarquables de fécondité apostolique ; aussi le saint concile estime-t-il tout à fait opportun qu’en tous lieux les évêques d’une même nation ou d’une même région constituent une seule assemblée et qu’ils se réunissent à dates fixes pour mettre en commun les lumières de leur prudente expérience.
Tous ceux qui ont trait à la collégialité et au pouvoir du pape, la question de « l’indépendance des religieux dans les diocèses » (l’exemption), l’autorité des conférences épiscopales.
Vote d’ensemble 2 181 2 167 14 0
Vote de promulgation 2 322 2 319 2 0
Pour les mentions de ce texte, voir les pages : 270-277, 291, 324, 328-332, 474.
Promulgué le 28 octobre 1965.
3-2 « Presbyterorum Ordinis », Décret sur le ministère et la vie des prêtres
Nom de travail : De Sacerdotis / De Presbyteris.
Le texte est composé d’un préambule, 3 chapitres et une conclusion, soit au total 22 paragraphes.
1. Le presbytérat dans la mission de l’Église
2. Le ministère des prêtres
3. La vie des prêtres
On dit que les prêtres ont été les parents pauvres du concile, et c’est assez vrai. Le concile de Vatican I s’était occupé du pape, Vatican II s’occupe des évêques. Les prêtres attendent encore « leur » concile.
Le texte est donc très loin d’être un « grand texte » sur les prêtres et il a suscité des déceptions. Il traite en particulier des relations des prêtres avec l’évêque et les définit comme ses coopérateurs, mais ne s’étend guère sur leur vocation spécifique et leur mission.
Le texte réaffirme les raisons du célibat sacerdotal (dans les Églises latines). La possibilité d’ouvrir un débat sur l’opportunité de modifier cette discipline a été retirée au concile par le pape.
Par ailleurs, le texte hésite tout du long entre deux visions du prêtre, celle de « l’homme du sacré » qui principalement célèbre les sacrements et particulièrement l’Eucharistie, et l’homme du service, service de la communauté et de la communion fraternelle.
§5 - Ainsi, par le ministère de l’évêque, Dieu consacre des prêtres qui participent de manière spéciale au sacerdoce du Christ, et agissent dans les célébrations sacrées comme ministres de celui qui, par son Esprit, exerce sans cesse pour nous, dans la liturgie, sa fonction sacerdotale.
§9 - Le sacrement de l’Ordre confère aux prêtres de la Nouvelle Alliance une fonction éminente et indispensable dans et pour le Peuple de Dieu, celle de Pères et de docteurs. Cependant, avec tous les chrétiens, ils sont des disciples du Seigneur, que la grâce de l’appel de Dieu a fait participer à Son Royaume. Au milieu de tous les baptisés, les prêtres sont des frères parmi leurs frères, membres de l’unique Corps du Christ dont l’édification a été confiée à tous.
Vote d’ensemble 2 257 2 243 11 3
Vote de promulgation 2 394 2 390 4 0
Pour les mentions de ce texte, voir les pages 344, 383.
Promulgué le 7 décembre 1965.
3-3 « Optatam Totius », Décret sur la formation des prêtres
Un préambule, 6 chapitres et 22 paragraphes.
1. Le régime de formation sacerdotale à instituer en chaque nation
2. La culture vigilante des vocations sacerdotales
3. L’approfondissement de la formation spirituelle
5. L’aménagement des études ecclésiastiques
6. La formation proprement pastorale
7. La formation à compléter après le séminaire
Le texte recommande une ouverture aux recherches contemporaines...
§15 - On enseignera les disciplines philosophiques de manière à guider tout d’abord les séminaristes dans l’acquisition d’une connaissance solide et cohérente de l’homme, du monde et de Dieu. Pour y parvenir, ils s’appuieront sur le patrimoine philosophique à jamais valable ; il faudra tenir compte également des recherches philosophiques contemporaines, spécialement celles qui exercent une plus grande influence dans leur pays propre, et aussi des progrès scientifiques récents. Ainsi, les séminaristes, comprenant bien la mentalité contemporaine, seront-ils utilement préparés au dialogue avec les hommes de leur temps.
…et insiste sur l’étude de l’Écriture et de l’exégèse :
§16 - On mettra un soin particulier à enseigner aux séminaristes l’Écriture sainte, qui doit être comme l’âme de toute la théologie. Après une introduction convenable, on les initiera soigneusement à la méthode de l’exégèse, ils étudieront les grands thèmes de la Révélation divine et ils recevront stimulant et aliment de la lecture et de la méditation quotidiennes des Livres saints.
Point principal débattu
La question la plus débattue fut la place réservée à l’étude de la philosophie thomiste (de saint Thomas d’Aquin).
Vote d’ensemble 2 212 2 196 15 1
Vote de promulgation 2 321 2 318 3 0
Pour les mentions de ce texte, voir les pages 344, 459.
3-4 « Perfectae Caritatis », Décret sur la rénovation et l’adaptation de la vie religieuse
Nom de travail : De Religiosis.
Le texte est composé d’un préambule et de 5 chapitres et d’une conclusion, le tout constitué de 25 paragraphes.
1. Une rénovation adaptée
2. Les différentes formes de vie religieuse
3. Les conseils évangéliques
4. Points particuliers : vie commune, clôture, habit, formation
5. Relations entre instituts religieux
Le texte a donné lieu à de vrais débats car, entre les évêques issus d’une Congrégation religieuse et les supérieurs généraux de Congrégation, plus de mille Pères conciliaires étaient des religieux et donc très concernés par le texte.
Cependant, la volonté d’aggiornamento chère à Jean XXIII s’affirme clairement dans ce texte :
§4 - L’organisation de la vie, de la prière et de l’activité doit être convenablement adaptée aux conditions physiques et psychiques actuelles des religieux et aussi, dans la mesure où le requiert le caractère de chaque institut, aux besoins de l’apostolat, aux exigences de la culture, aux conditions sociales et économiques ; cela en tout lieu, mais particulièrement dans les pays de mission.
Le texte se réjouit de la diversité et de la variété des formes de vie religieuse et l’encourage, depuis la vie contemplative « classique » des grands ordres jusqu’aux formes de vie religieuse des laïcs et aux instituts séculiers [7] .
Points principaux débattus
L’un des points débattus fut celui de l’obéissance dont une majorité des Pères voulait qu’elle soit clairement distinguée de l’obligation aveugle de soumission.
Vote d’ensemble 2 142 2 126 13 3
Vote de promulgation 2 325 2 321 4 0
Pour les mentions de ce texte, voir la page : 344.
3-5 « Ad Gentes », Décret sur l’activité missionnaire de l’Église
Nom de travail : De Missionibus.
Le texte est composé d’un préambule, de 6 chapitres et d’une conclusion, le tout formant 42 paragraphes.
1. Principes doctrinaux
2. L’oeuvre missionnaire elle-même
3, Les Églises particulières
4. Les missionnaires
5. L’organisation de l’activité missionnaire
Le grand enjeu du texte est de rompre avec l’idée que la mission est une tâche spécialisée de l’Église conduite par des « professionnels » et des services spécifiques. ’À l’aube des années 1960, les jeunes nations qui émergent du processus de décolonisation revendiquent aussi leur indépendance dans l’Église. Elles ne veulent plus être des « terres de mission » confiées à la responsabilité de l’administration romaine de la Congrégation pour la propagande de la foi. D’ailleurs, dès le XIXe siècle, et plus encore au XXe, l’émergence d’un clergé local avait été largement initiée, ainsi que des consécrations d’évêques locaux. Le collège des cardinaux lui-même compte des membres des « jeunes Églises ». Plus largement, le préambule replace la mission au coeur de la vie de l’Église et impliquant tous ses membres.
Le texte encourage aussi la diversité dans l’unité et le dialogue avec les cultures.
§2 - Par nature, l’Église, durant son pèlerinage sur terre, est missionnaire, puisqu’elle-même tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père.
§22 - Les jeunes Églises enracinées dans le Christ et édifiées sur le fondement des apôtres assument pour un merveilleux échange toutes les richesses des nations qui ont été données au Christ en héritage (cf. Ps 2, 8). Elles empruntent aux coutumes et aux traditions de leurs peuples, à leur sagesse, à leur science, à leurs arts, à leurs disciplines, tout ce qui peut contribuer à confesser la gloire du Créateur, mettre en lumière la grâce du Sauveur, et ordonner comme il le faut la vie chrétienne.
La mission se limite-t-elle aux « nouvelles terres » ou concerne-t-elle aussi des « anciennes Églises » ?, la tutelle de la Congrégation de la propagande de la foi sur les jeunes Églises ?
Vote d’ensemble 2 182 2 162 18 2
Vote de promulgation 2 399 2 394 5 0
Pour les mentions de ce texte, voir les pages : 344, 383.
3-6 « Apostolicam Actuositatem », Décret sur l’apostolat des laïcs
Nom de travail : De Laicis.
Le texte est constitué d’un préambule, de 6 chapitres et d’une exhortation finale, comptant en tout 33 paragraphes.
1. Vocation des laïcs à l’apostolat
2. Les buts à atteindre
3. Les divers champs d’apostolat
4. Les divers modes d’apostolat
5. Les dispositions à observer
6. Formation à l’apostolat
Le texte rappelle que l’apostolat est la raison d’être de l’Église et met l’accent sur l’urgence et la nécessité de l’apostolat des laïcs fondé sur leur dignité et leur mission baptismale :
§1 - L’apostolat des laïcs, en effet, ne peut jamais manquer à l’Église, car il est une conséquence de leur vocation chrétienne. L’Écriture elle-même montre parfaitement (cf. Ac 11, 19-21 ; 18, 26 ; Rm 16, 1-16 ; Ph 4, 3) combien cette activité se manifesta spontanément aux premiers jours de l’Église et combien elle fut féconde.
Notre temps n’exige pas un moindre zèle de la part des laïcs ; les circonstances actuelles réclament d’eux au contraire un apostolat toujours plus intense et plus étendu. En effet l’augmentation constante de la population, le progrès des sciences et des techniques, la solidarité plus étroite entre les hommes ont non seulement élargi à l’infini le champ de l’apostolat des laïcs, en grande partie ouvert à eux seuls, mais ils ont fait surgir de nouveaux problèmes, qui réclament de leur part une vigilance et une recherche toutes particulières. Cet apostolat devient d’autant plus urgent que s’est affirmée, comme c’est normal, l’autonomie de nombreux secteurs de la vie humaine [...].
Principalement la question de l’action catholique, forme d’apostolat organisé très importante mais pas exclusive, mais aussi la question de la collaboration des laïcs avec les clercs, leur autonomie et leur lien hiérarchique.
Vote d’ensemble 2 208 2 201 2 5
Vote de promulgation 2 307 2 305 2 0
Pour les mentions de ce texte, voir les pages : 344, 386-387, 496.
Promulgué le 18 novembre 1965.
3-7 Orientalium Ecclesiarum, Décret sur les Églises orientales
Le texte est promulgué lors de la troisième session en même temps que Lumen Gentium. Il est composé d’un préambule, et de 6 chapitres et d’une conclusion, soit au total 30 paragraphes.
1. Les Églises particulières ou rite
2. Le maintien du patrimoine spirituel des Églises orientales
3. Les patriarches orientaux
4. La discipline des sacrements
5. Le culte divin
6. Les rapports avec les frères des Églises séparées de nous
Le texte reconnaît la dignité des traditions et des rites des Églises orientales non latines mais unies à Rome ainsi que l’enracinement antique et souvent d’origine apostolique dont elles sont les témoins. Cependant, le texte manque d’ampleur de vue. Le témoignage de la diversité des rites dans la célébration des messes, le matin à Saint-Pierre, fit davantage pour lutter contre l’hégémonie latine que ce texte un peu « frileux » qui, selon les évêques melkites et leur flamboyant patriarche Maximos IV, maintenait la tradition orientale du catholicisme dans les marges d’un particularisme résiduel.
Vote d’ensemble 2 104 1 964 135 5
Vote de promulgation 2 124 2 110 14 0
Pour les mentions de ce texte, voir la page : 180.
3-8 « Gravissimum Educationnis », Déclaration sur l’éducation chrétienne
Nom de travail : De Educatione christiana.
Le texte se compose d’un préambule, de 2 chapitres et d’une conclusion, soit 7 paragraphes.
2. Les établissements catholiques d’enseignement
Le texte a souffert de la très grande variété des situations éducatives, et en particulier en ce qui concerne les établissements catholiques issus d’évolutions historiques différentes. Il énonce donc des principes très généraux comme le droit universel à l’éducation et affirme les droits et devoirs des parents dans la tâche éducative.
§1 - Tous les hommes de n’importe quelle race, âge ou condition, possèdent, en tant qu’ils jouissent de la dignité de personne, un droit inaliénable à une éducation qui réponde à leur vocation propre soit conforme à leur tempérament, à la différence des sexes, à la culture et aux traditions nationales, en même temps qu’ouverte aux échanges fraternels avec les autres peuples pour favoriser l’unité véritable et la paix dans le monde. Le but que poursuit la véritable éducation est de former la personne humaine dans la perspective de sa fin la plus haute et du bien des groupes dont l’homme est membre et au service desquels s’exercera son activité d’adulte.
Il faut donc, en tenant compte du progrès des sciences psychologique, pédagogique et didactique, aider les enfants et les jeunes gens à développer harmonieusement leurs aptitudes physiques, morales, intellectuelles, à acquérir graduellement un sens plus aigu de leur responsabilité, dans l’effort soutenu pour bien conduire leur vie personnelle et la conquête de la vraie liberté [...].
In extremis, le même groupe, conduit par Dino Staffa, qui luttait pour la promotion de l’étude de la philosophie thomiste (de saint Thomas d’Aquin) dans la formation des prêtres obtint que saint Thomas soit cité comme une référence éminente dans le chapitre sur les facultés et universités catholiques.
Vote d’ensemble 2 096 1 912 183 1
Vote de promulgation 2 325 2 290 35 0
Pour les mentions de ce texte, voir les pages : 344, 459.
3-9 « Inter Mirifica », Déclaration sur les moyens de communication sociale
Le texte a été promulgué dès la deuxième session, à la suite de la Constitution sur la liturgie. Lors de sa présentation, à la fin de la première session, il avait été brièvement et un peu distraitement discuté. Il avait permis une pause bénéfique après la forte tension engendrée par le refus du De Fontibus [8] . Lors du vote final, à la session suivante, des voix s’élevèrent pour le trouver insatisfaisant. Néanmoins, il défendait la liberté de l’information, ce qui n’était pas rien. Il est composé d’une introduction, de 2 chapitres et d’une conclusion, le tout présentant 24 paragraphes.
1. La doctrine de l’Église
2. L’action pastorale de l’Église
§2 - Certes, l’Église notre Mère sait que ces instruments (presse, cinéma, radio, télévision et « autres techniques de même nature » que le texte énumère plus haut et qu’il nomme « moyens de communication sociale »), quand ils sont utilisés correctement, rendent de grands services au genre humain : ils contribuent, en effet, d’une manière efficace au délassement et à la culture de l’esprit, ainsi qu’à l’extension et à l’affermissement du règne de Dieu. Mais elle sait aussi que les hommes peuvent les utiliser à l’encontre des desseins du Créateur et les tourner à leur propre perte. Son cœur maternel est angoissé à la vue des dommages que bien souvent leur mauvais usage a déjà causés à l’humanité.
Principalement le ton « paternaliste » du texte. Les scrutins :
Vote d’ensemble 2 112 1 598 503 11
Vote de promulgation 2 124 1960 164 0
Pour les mentions de ce texte, voir les pages 186, 309.
Promulgué le 4 décembre 1963.
[1] La rédaction de cette annexe a été facilitée par le remarquable travail de synthèse proposé par Daniel Moulinet dans son ouvrage Le Concile Vatican II... tout simplement, paru aux Éditions de l’Atelier en 2002. Cet ouvrage de moins de 200 pages, très pédagogique, est une excellente porte :rée dans la compréhension des textes du concile. On trouvera du même auteur un ouvrage encore plus simple et plus court publié chez le même éditeur en janvier 2012, intitulé : Vatican II raconté à ceux qui ne l’ont pas vécu.
[2] En langage chrétien, le mot mystère ne signifie pas obscur et impénétrable mais « qui se dévoile ».
[3] Il s’agit de la récitation ou du chant des hymnes, des psaumes et des lectures qui rythment la journée des prêtres, religieux et religieuses.
[4] Possibilité, quand plusieurs prêtres sont présents, qu’ils célèbrent ensemble la messe. Cette pratique, toujours conservée dans les rites orientaux, avait été oubliée dans le rite latin. Elle est restaurée.
[5] Placet : approbation du texte ; Non placet : non approbation.
[7] Un institut séculier est constitué de catholiques, laïcs et/ou prêtres qui s’engagent dans la vie consacrée et qui vivent pleinement dans la vie ordinaire du monde.
[8] Texte sur la Révélation issu de la préparation conciliaire, qui, entièrement repris, deviendra Dei Verbum
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Écrivain, éditrice.
Article publié avec l’aimable autorisation de l’auteur et des éditions Plon.