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Timestamp: 2020-07-13 02:17:01+00:00
Document Index: 206483243

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recos opioides forts sfetd version longue.compressed par Valeria - Fichier PDF
recos opioides forts sfetd version longue.compressed .pdf
Nom original: recos_opioides_forts_sfetd_version_longue.compressed.pdfTitre: Microsoft Word - Annexe 1 et 2Auteur: Valeria
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Utilisation des opioïdes forts dans la douleur chronique non
cancéreuse chez l’adulte
par consensus formalisé
Promoteur : Société Française d’Evaluation et de Traitement de la Douleur
(SFETD)
AnesthésisteAlgologue
MD, PhD, PH CETD CHU Garches/ Boulogne
Xavier MOISSET
Interne en Neurologie, Doctorant en science,
Inserm U-1107, CHU de Clermont-Ferrand
Virginie PIANO
Médecin généralistealgologue
MD, PhD, PH CETD Timone, Assistance
Publique des Hôpitaux de Marseille
MD, CCA, doctorant en science INSERM
U1153, CHU Bichat
Rhumatologuealgologue
MD, CCA, CETD du CHU de Rouen
Pascale VERGNE-SALLE
MD, PhD, PU-PH, CETD du CHU de Limoges
PharmacologueAddictologue
MD, PhD, MCU-PH, service de
pharmacologie du CHU de Clermond-Ferrand
MD, PhD, PH CETD CHU Nice
Pour expertise dans céphalée/migraine
Addictovigilant
MD, PhD, MCU-PH CHU Marseille
Pour expertise dans mésusage/addiction
Centre d’Addictolovigilance PACA Corse –
Service de Pharmacologie Clinique &amp;
Pharmacovigilance, APHM
Groupe de cotation
Lieu	d’exercice
Mode	d’exercice
Représentante	malade	(AFVD)
Médecin	généraliste/Algologue/CHU
Rhumatologue/CHU
Deelens
Médecin	généraliste/	Algologue/CH
Neurologue/Algologue/CHU
Médecin	généraliste
Clermont-­‐Ferrand	hôpital
Jean-­‐Michel	IRD	CHU
IRD	collégiale	douleur	AP/HP
Médecin	généraliste/	soins	palliatifs
public/	libéral
Anesthésie/	Algologue	CHU
Médecine	interne
Zonens
Gériatre/algologue/	Ville
Mezaib
Michel-­‐Dhaine
Jose-­‐louis
Jean-­‐Claude
Jean-­‐Louis
Les	Mureaux
Depuis le premier rapport de 1994 sur la prise en charge insuffisante de la douleur 1, avec
notamment une sous-utilisation des morphiniques, la prescription des antalgiques à base d’opioïdes
a bien changé. Les indications de prescriptions se sont assouplies et se sont étendues aux douleurs
chroniques non cancéreuses (DCNC) avec notamment en France les recommandations de Limoges
portant sur les douleurs ostéo-articulaires publiées en 1999 et réévaluées en 2010
. La place des
opioïdes a également été définie au sein des recommandations pour la prise en charge de la douleur
neuropathique4. Cependant, le risque de mésusage et notamment d’addiction a fait l’objet de
plusieurs publications alarmantes aux Etats-Unis et a relancé la controverse sur leur utilisation dans
la DCNC
Déjà, les recommandations deviennent plus strictes aux USA en raison du nombre de
décès et de comorbidités engendrées par la mauvaise utilisation des opioïdes forts9.
Malheureusement, une réglementation trop stricte risquerait de priver certains patients souffrant de
DCNC réfractaires aux autres thérapeutiques d’un traitement pouvant être justifié, entrainant un
problème éthique. De ce fait, il devient à ce jour nécessaire d’aider à la bonne prescription
d’opioïdes forts dans l’indication de la DCNC. La Société Française d’Etude et de Traitement de la
Douleur (SFETD) se positionne donc avec ces nouvelles recommandations, afin d’améliorer
l’efficacité et la sécurité de la prise en charge de nos patients avec une prescription responsable et
scientifiquement étayée.
L’objectif est de proposer des recommandations pour la prescription des opioïdes forts dans la
douleur chronique non cancéreuse de l’adulte, utilisables à la fois en ambulatoire et en milieu
hospitalier. Ces recommandations ont pour mission de répondre aux deux questions suivantes :
Quels sont les bénéfices et les indications des opioïdes forts dans les douleurs chroniques
non cancéreuses ?
Quels sont les risques et les précautions à prendre lors de l’utilisation des opioïdes forts dans
les douleurs chroniques non cancéreuses ?
Cible des recommandations
Ces recommandations s’adressent à tous les praticiens - quelle que soit leur spécialité - exerçant en
ambulatoire et/ou en milieu hospitalier et amenés à prescrire des opioïdes forts chez des patients
adultes. Ces recommandations ont également pour objectif de sensibiliser et d’informer les usagers.
Méthodes générales d’élaboration des recommandations
La méthodologie de ce travail s’est inspirée de celle proposée par la HAS pour les
Recommandations par consensus formalisé10. Cette méthode se déroule en 5 étapes : 1) revue
systématique de la littérature aboutissant à des propositions de recommandations; 2) cotation par
des experts avec formulation de critiques et suggestion de modifications ; 3) rédaction d’une version
initiale des recommandations prenant en compte les remarques des experts ; 4) lecture par un panel
de médecins représentatifs des futurs utilisateurs des recommandations et 5) finalisation.
Phase 1 : revue
littérature aboutissant
Tout d’abord, le groupe de pilotage, constitué de médecins experts sur le sujet et formés à la
recherche bibliographique, a fait une revue systématique de la littérature, analysé, synthétisé et
gradé les preuves selon leur crédibilité et validité en utilisant la méthode GRADE 11-16. Cette revue
de la littérature a été définie par le cadre ci après :
Les études portant sur des adultes, souffrant de douleurs chroniques non cancéreuses (DCNC)
causées par une origine musculo-squelettique, neuropathique ou associant ces deux composantes
ont été incluses. Selon la définition de l’International Association for the Study of Pain (IASP), la
chronicité de la douleur est définie par une évolution de plus de 3 mois. Les études s’intéressant aux
populations de vétérans aux USA ont été exclues car jugées non transposables à la population cible
de nos recommandations.
Interventions étudiées
Toutes les études portant sur l’utilisation d’opioïdes forts disponibles sur le marché français en 2013
et utilisés en pratique de ville, administrés per os, par voie muqueuse ou transdermique (sulfate de
morphine, chlorydrate d’oxycodone, chlorydrate d’hydrocodone, fentanyl, citrate de fentanyl) ont
été incluses. Le tapendadol, molécule pour laquelle l’autorisation de mise sur le marché français
était en discussion en 2014, a été également inclus dans nos recherches. Les études évaluant les
opioïdes forts administrés par voie intraveineuse, sous-cutanée et intra-thécale ont été exclues, car
leur utilisation a été jugée suffisamment rare en médecine de ville et ne concernaient pas les
praticiens ciblés par nos recommandations. La méthadone et la buprénorphine ont été exclues de
notre évaluation, car utilisées essentiellement en France comme traitement de substitution et non à
visée antalgique en douleur chronique.
Les études comparant un opioïde fort à placebo ou à un control actif (autre opioïde fort ou autre
analgésique non opioïde) ont été incluses.
L’évaluation de l’intérêt de la prescription d’opioïdes forts se pose en terme de bénéfice/ risque pour
le patient. Nous avons considéré :
Taux de patient avec un soulagement de
Arrêt pour effets indésirables
Effets indésirables rapportés
plus de 30 %
Risque d’addiction
Diminution de l’intensité de la douleur
Arrêt pour inefficacité
Quantification de l’effet
Afin d’harmoniser l’hétérogénéité des méthodes de mesure des critères de jugement au sein des
différentes études, il a été défini au préalable un tableau permettant de classer l’effet observé, défini
comme : non détectable, faible, modéré et important (Tableau A). Les seuils ont été définis à partir
des données de la littérature
, ainsi que par consensus au sein du groupe de pilotage. Cette
méthode a pour avantage de permettre la comparaison de l’effet-traitement entre différents critères
de jugement et entre différentes pathologies. Il permet également une lecture simple et rapide par
des cliniciens non experts en statistique.
La littérature concernant les opioïdes forts dans la douleur non cancéreuse étant abondante, nous
avons utilisé une stratégie de recherche bibliographique en 3 temps.
Premier temps : recherche des méta-analyses et des cohortes correspondant aux critères
précédemment énoncés, sans restriction de dates ;
Deuxième temps : recherche des essais contrôlés randomisés (ECR) publiés après la date de
la dernière méta-analyse jusqu’en juin 2014 ;
Troisième temps : recherche des preuves dans les thématiques non couvertes par les métaanalyses et / ou les ECR (par exemple : recherche bibliographique sur les outils d’évaluation
du mésusage).
La recherche bibliographique a été effectuée sur PUBMED, EMBASE, CENTRAL et la base
DARE à partir des équations de recherche (Annexe 1). La synthèse de la sélection des études est
rapportée dans le diagramme de flux (Annexe 2).
Les données ont été extraites par deux personnes, en double, de manière indépendante (Annexe 3.1
à 3.5).
A partir des données de la littérature, le groupe de travail a formulé une première proposition de
Phase 2 et 3 : Cotation par des experts et reformulation des recommandations
Les recommandations obtenues lors de la phase précédente ont été présentées en séance plénière
lors du congrès de la SFETD de 2014. Lors de cette présentation, le groupe de cotation, formé de 9
experts reflétant l’ensemble des spécialités médicales impliquées dans la prescription d’opioïdes, a
écouté le débat de la salle. Ensuite, les experts ont coté chacune des recommandations à l’aide d’une
échelle numérique allant de 0 (désaccord complet) à 10 (accord complet). Leurs cotations ont
permis de sélectionner, par un vote en deux tours, les recommandations les plus pertinentes et celles
qui devaient être améliorer, permettant d’intégrer aux données de la science l’expérience pratique
des médecins. Seules les recommandations avec un accord « fort » ou « relatif » ont été retenues.
Celles qui n’ont pas obtenu de consensus par les experts ont été exclues. Les résultats obtenus aux
deux tours de vote sont synthétisés dans l’Annexe 6. Les remarques émises lors de l’étape de
cotation ont été intégrées dans une nouvelle version des recommandations.
Phase 4 : Lecture
Les recommandations ont été soumises à un comité de lecture de 30 personnes comprenant à la fois
des prescripteurs, des patients et des pharmaciens. Le groupe de lecture a donné son avis sur la
lisibilité et la faisabilité des recommandations en utilisant la grille d’évaluation AGREE II.
Guide pour lire les recommandations
Chaque recommandation repose sur trois éléments : les preuves de l’effet du traitement en question,
la confiance que l’on peut avoir dans les preuves et l’accord des experts.
L’EFFET TRAITEMENT ISSUE DES PREUVES
Chaque recommandation est suivie d’une évaluation de l’effet du traitement évalué dans la
littérature. L’effet peut être classé en : non détectable, faible, modéré ou important.
Tableau A : Quantification de l’effet-traitement
Taille de l’effet
Différence moyenne
standardisée18, 19
Augmentation (↑) ou
diminution (↓)
&lt;30 %
de 100 points 17
non significative
&lt;10 significative
0 et 10 %
&lt;0,2
Effet modéré
10-30 significative
Entre 0,2 et 0,6
Effet important
&gt;50 %
&gt;30 significative
&gt;0,6
↑ : 1 et 1.25
↓ : Entre 0.75 et 1
↑ : 1.25 et 2
↓ : Entre 0.5 et 0.75
↑: &gt;2
↓ : &lt;0.5
Effet faible
LA CONFIANCE QUE L’ON PEUT AVOIR DANS LES PREUVES
Chaque recommandation est évaluée selon la méthode GRADE 11-16. Cela revient à évaluer la
confiance que l’on peut avoir aux preuves apportées par la littérature.
Tableau B : Les 4 catégories de la qualité des preuves GRADE
⊕ ⊝ ⊝ ⊝ TRES FAIBLE Confiance très limitée que le vrai effet soit proche de l’effet observé, de nouvelles études
ont une forte probabilité de modifier l’effet observé.
⊕ ⊕ ⊝ ⊝ FAIBLE Confiance limitée que le vrai effet soit proche de l’effet observé, de nouvelles études peuvent
modifier l’effet observé.
⊕ ⊕ ⊕ ⊝ MODERE Confiance élevée que le vrai effet soit proche de l’effet observé, de nouvelles études préciseront
probablement l’effet observé.
⊕ ⊕ ⊕ ⊕ FORTES Confiance très élevée que le vrai effet soit proche de l’effet observé, de nouvelles études ne
modifieront pas l’effet
LE DEGRE D’ACCORD DES EXPERTS POUR CHAQUE RECOMMANDATION
Chaque recommandation a été soumise à un vote à deux tours par le groupe d’experts. Seules les
recommandations faisant consensus ont été retenues. L’accord des experts est classé soit fort, soit
relatif selon les règles préétablies (Tableau C). Le degré d’accord des experts prend toute sa
signification devant l’absence ou l’impossibilité de recueillir des preuves pour la question posée,
ainsi que le choix d’un groupe pluridisciplinaire d’experts.
Tableau C : Classement des recommandations en fonction du vote (selon document de la HAS)10
Accord entre experts
Accord relatif
Distribution des cotations
1. Quels sont les bénéfices et les indications des opioïdes forts dans la douleur chronique non
cancéreuse (DCNC) ?
1.1. Preuves d’efficacité
Toutes étiologies confondues :
Vingt et une revues systématiques avec méta-analyse ont étudié l’intérêt des opioïdes forts dans la
DCNC. Sept regroupaient des études avec des DCNC variées
, 5 concernaient uniquement des
douleurs neuropathiques 25-31, 4 des douleurs d’arthrose 32-38 et 3 des lombalgies chroniques 34, 36, 39.
La synthèse des résultats de ces méta-analyses est rapportée dans les tableaux 1 et 2. Globalement,
l’efficacité des opioïdes est similaire quelle que soit l’étiologie. La diminution de l’intensité de la
douleur est en moyenne de 10 à 30 points sur une échelle numérique de 100 points 21, 23, 26, 29, 32-34, 36,
. L’amélioration de la qualité de vie dans la DCNC est faible sur la composante psychique et
n’a pas pu être démontrée sur la composante physique. Une revue systématique s’est intéressée aux
études avec prise d’opioïdes durant plus de 6 mois chez les personnes de plus de 60 ans40. Dans
cette situation, 44 % des patients rapportent un soulagement de plus de 50 %. Ce point est confirmé
par les cohortes qui montrent que le nombre médian de patients qui obtiennent une antalgie d’aumoins 50 % à long terme est de 46 % 41-44 (Tableau 3).
Ces résultats doivent être interprétés en connaissant les limites des études incluses dans ces métaanalyses. La majorité des études ont exclu les patients atteints de syndrome dépressif ou de troubles
psychiatriques majeurs, diminuant ainsi le caractère transposable des résultats à la pratique
quotidienne45-62. D’autre part, la majorité des études incluses dans les méta-analyses ont exclu les
patients présentant des risques de mésusages ou d’addiction tels que les antécédents d’abus
médicamenteux, d’éthylisme ou d’utilisation concomitante de benzodiazépine.
Les résultats de cinq méta-analyses rapportent une efficacité modérée des opioïdes forts dans la
diminution de l’intensité des douleurs neuropathiques
(PREUVES FORTES). Il faut traiter 4
patients pour avoir un patient soulagé à plus de 30 %, et 6 patients pour avoir un patient soulagé à
plus de 50 % (PREUVES MODEREES). Une amélioration modérée de la qualité du sommeil est
retrouvée dans la douleur neuropathique 29 (PREUVES FAIBLES) (Tableau 1).
En ce qui concerne les ECR dans la douleur neuropathique, les études incluses dans les métaanalyses sont en général de petite taille, de courte durée et ont une mauvaise gestion des données
manquantes. Les étiologies concernent essentiellement la douleur neuropathique périphérique avec
par ordre de fréquence : la douleur post-zostérienne, la polyneuropathie diabétique, la douleur de
membre fantôme et la lombo-radiculopathie
51, 54-58
. L’échec de traitement de première intention
n’est pas spécifié dans trois quart des cas. Les études les plus récentes publiées après la dernière
méta-analyse sont au nombre de deux63,
Elles évaluent le tapentadol dans les douleurs
neuropathiques du diabète dans deux ECR de méthodologie enrichie avec un NNT compris entre 9
et 10, sur une population déjà très sélectionnée. Il apparaît que le tapentadol est plus efficace que le
placebo65, mais aussi efficace que l’oxycodone66 dans le soulagement de la douleur neuropathique,
avec une meilleure tolérance digestive du tapentadol. Cependant, le risque de biais méthodologique
de ces études ne permet pas de conclure spécifiquement 67.
Douleurs d’arthrose des membres
Les résultats de quatre méta-analyses rapportent une efficacité modérée des opioïdes forts dans la
diminution de l’intensité des douleurs d’arthrose des membres inférieurs
32, 33, 37, 68
(PREUVES
FORTES). L’amélioration de la fonction dans les douleurs d’arthrose des membres est modérée
(PREUVES FORTES) (Tableau 1).
Dans l’arthrose, les ECR concernent essentiellement les gonarthroses et les coxarthroses
responsables de douleurs modérées à sévères, en échec des traitements par paracétamol et AINS 6978
. Deux articles ont inclus des arthroses des membres inférieurs très évoluées candidates à une
chirurgie prothétique avec malgré tout un effet antalgique modéré 71, 73. Dans l’arthrose, la durée des
ECR ne dépasse pas 12 semaines.
Les résultats de trois méta-analyses rapportent une efficacité modérée des opioïdes forts dans la
diminution de l’intensité des lombalgies chroniques
(PREUVES FORTES). Il faut traiter
entre 4 et 6 malades présentant des lombalgies chroniques pour obtenir un patient amélioré de plus
28, 29, 38
. Il existe une efficacité modérée dans l’amélioration de la fonction (PREUVES
MODEREES), et nous ne disposons pas de preuve concernant la qualité de vie.
En ce qui concerne les ECR dans la lombalgie chronique, les étiologies sont variées avec des
discopathies dégénératives, des spondylolisthésis, des hernies discales, des canaux lombaires étroits
et une petite proportion de fractures vertébrales, représentant la diversité des patients vus en
45-50, 79, 80
. La moitié des études ont inclus des patients déjà sous opioïdes forts
45-47, 79
Enfin, 5 études sur 8 sont des essais d’enrichissement avec une première phase de titration et une
deuxième phase randomisée contrôlée contre placebo chez les patients répondeurs en fin de
titration, cette méthodologie procurant un niveau de preuve moins élevé
combinant les résultats de trois ECR
47-49, 79, 80
. Une étude
, incluant un total de 2968 patients avec des douleurs
lombaires ou d’origine arthrosique, a montré une efficacité identique entre l’oxycodone et le
tapentadol, avec une meilleure tolérance digestive du tapentadol 84. Dans la lombalgie, la durée des
Tableau 1: Synthèse globale des preuves d’efficacité apportées par les méta-analyses sur l’utilisation des opioïdes dans la DCNC
de plus de 30%
Amélioration de la QDV
DCNC variées
44 % soulagé à 6 mois
57 % soulagé vs 34 % NNT = 4
48 % soulagé vs 32 %
46 % soulagé vs 30 %
NNT = 5.9
37 % soulagé vs 23 %
NNT = 4
Dégradation QDV
Effet modéré QDV mental
Non détectable QDV
Effet modéré sommeil
DCNC : douleur chronique non cancéreuse, DN : douleur neuropathique, NNT : nombre nécessaire à traiter, ND : non déterminé, QVD : qualité de vie.
Ce tableau présente la synthèse des méta-analyses selon 5 critères : soulagement &gt; 50%, soulagement &gt;30%, diminution de la douleur, amélioration de
la fonction et amélioration de la qualité de vie selon les preuves d’efficacité côté de très faibles ⊕⊝⊝⊝ à ⊕⊕⊕⊕ fortes.
Effet modéré = correspond à une diminution des douleurs de 1 à 3 point sur une échelle de 11 points et/ou à un soulagement ou amélioration estimé
entre 30 à 50 %.
Tableau 2 : Synthèse globale des preuves des risques apportées par les méta-analyses sur l’utilisation des opioïdes dans la DCNC
Sortie pour effets
indésurabkes
Sortie pour inefficacité
PO 22.9 % TD 12.1 %
PO 10.3 % TD 7.6 %
13 % vs 4 %,
NNH = 12.5
12 % vs 2 %, NNH = 11.5
NNH = 6
NNH = 5
NNH =15
Exprimé en NNH
Constipation = 3.4
Sédation = 5.3
Nausée = 5
Vomissement = 8.1
Vertige =8
Constipation =4
Sédation = 7
Nausée = 6
Vomissement = 12
Constipation =9
Sédation = 16
Nausée = 8
Un effet secondaire = 12
0 à 2.8 %
5 à 24 %
⊕ ⊕ ⊝ ⊝
DCNC : douleur chronique non cancéreuse, DN : douleur neuropathique, ND : non déterminé, QVD : qualité de vie. NNT (Number needed to treat)
et NNH (Number needed to Harm) extraits des méta-analyses ou calculés à partir du RR ou OR.Ce tableau présente la synthèse des méta-analyses
selon 5 critères : sortie pour effets indésirables, sortie pour inefficacité, effets indésirables en NNH, addiction et mésusage selon les preuves
d’efficacité côté de très faibles ⊕⊝⊝⊝ à ⊕⊕⊕⊕ fortes.
Tableau 3 : Synthèse des preuves apportées par les cohortes
La persistance de prescription
(nombre de patients)
81 % [47- 90]
6 (2368)
70 % [27-94]
11 (2832)
41 % [10-80]
12 (11278)
76 [11- 266]
14 (10178)
La posologie moyenne en fin de suivi (en mg
equivalent morphine)
Le taux d’addiction
Le taux de mésusage
14 % [0-63]
14 (10411)
Apparition d’un effet indésirable
62 % [34-89]
77 % [44- 90]
5 (1390)
Amélioration de plus de 50 %
44 %[26-98]
Ce tableau présente le suivi au long cours des patients souffrant de douleur
chronique non cancéreuse sous opioïdes forts dans les études de cohorte.
RECO 1 : Les opioïdes forts ont montré une efficacité modérée dans le soulagement
des DCNC dans les étiologies suivantes (PREUVES MODEREES) :
- les douleurs arthrosiques des membres inférieurs ;
- les lombalgies chroniques réfractaires (discopathie dégénérative, spondylolisthésis,
- les douleurs neuropathiques périphériques ou centrales.
Il est recommandé de les envisager comme une possibilité thérapeutique dans ces trois
situations, sous réserve impérative de respecter les recommandations suivantes.
RECO 2 : Il est recommandé d’introduire les opioïdes forts uniquement après : (AVIS
d’EXPERT)
1. Un diagnostic précis de l’étiologie des douleurs chroniques.
2. Echec des traitements médicamenteux recommandés en première intention donnés aux
doses maximum efficaces tolérées (voir tableau 4).
3. Prise en charge globale du patient comprenant au minimum une prise charge
psychologique chez les patients présentant une comorbidité dépressive ou anxieuse,
une prise en charge sociale, professionnelle et rééducative pour les douleurs
arthrosiques et les lombalgies chroniques.
4. Décision et objectifs partagés avec le patient qui est informé des bénéfices attendus et
des évènements indésirables encourus devant s'intégrer dans un contrat de soin entre le
médecin prescripteur et le patient.
Le tableau 4 synthétise le traitement minimal de première intention à envisager avant l’introduction
des opioïdes forts.
Tableau 4 : Traitement de première intention à envisager avant l’introduction des opioïdes
forts 3, 4, 67.
Arthrose des membres inferieurs
-Antidépresseur tricyclique ou
antidépresseur inhibiteur de la
recapture de la sérotonine et de la
-Antiépileptiques de la classe des
gabapentinoides utilisés seuls ou
en association *
Antalgique de niveau 1
Antalgique de niveau 2
Exercices physiques et
cognitivocomportementale
Exercices physiques et rééducation
Patch de lidocaïne et/ou de
capsaïcine haute concentration
(en hospitalier uniquement) dans
périphériques localisées
Avis chirurgical pour arthroplastie
Suivi psychologique en cas de comorbidités associées (dépression ou anxiété).
*Ces traitements doivent être prescrits progressivement selon la tolérance et l’efficacité. L’échec du
traitement de première intention est défini par l’absence d’efficacité des traitements aux doses
maximales ou l’intolérance des traitements entrepris4.
1.2. Preuves d’inefficacité
Aucune preuve n’est apportée pour l’efficacité des opioïdes forts dans les douleurs chroniques dites
dysfonctionnelles, notamment la fibromyalgie. Il n’y a aucune ECR de bonne qualité dans cette
indication. Au contraire, un effet délétère a été récemment rapporté dans une cohorte de 1700
patients souffrant de fibromyalgie suivis pendant 12 mois avec une moindre amélioration du
retentissement de la douleur sur la fonction, la dépression, le sommeil et la vie quotidienne par
rapport au placebo 85. Ce résultat confirme une étude de cohorte antérieure de plus petite taille qui
montrait un pronostic fonctionnel moins bon chez les patients avec une fibromyalgie recevant des
opioïdes, associé à un risque de mésusage de 6 % 86.
RECO 3 : Il est recommandé de ne pas utiliser d’opioïdes forts dans le traitement des
maladies dites dysfonctionnelles et notamment dans la fibromyalgie (PREUVE FAIBLE).
A contrario des anti-inflammatoires non stéroïdiens et des triptans recommandés en première
intention dans le traitement de la crise migraineuse,
les opioïdes n’ont aucune action sur
l’activation trigémino-vasculaire à l’origine de la douleur migraineuse. Par ailleurs, l’efficacité des
opioïdes, notamment des opioïdes forts, dans le traitement de la migraine n’a pas été démontrée
avec un niveau de preuve suffisant88. En effet, les seules preuves disponibles reposent sur des
études anciennes datant des années 1990, qui révèlent que la mépéridine en intramusculaire a une
efficacité similaire au ketoralac (3 études, N= 123) dans le traitement de crise de la migraine, tout
en étant moins efficace que les antiémétiques (4 études, N= 254) et que la dihydroergotamine (4
études, N= 228). Enfin, nous ne disposons d’aucun ECR évaluant les opioïdes forts par voie per os
dans la crise de migraine. De plus, les opioïdes forts induisent des nausées/vomissements qui vont
majorer la symptomatologie digestive de la crise migraineuse.
Par ailleurs, il a été démontré que l’utilisation des opioïdes est un facteur de risque du
développement d’une céphalée chronique quotidienne. Deux ECR évaluant les opioïdes pour des
pathologies diverses (colite ulcéreuse, douleurs rhumatoïdes) rapportent une augmentation de
l’apparition de céphalées chroniques quotidiennes et/ou de migraines transformées uniquement chez
les patients aux antécédents de migraine épisodique
. Une large étude de cohorte cas/contrôle
aux USA, sur une population souffrant de migraine épisodique ou chronique, rapporte une
association entre l’utilisation d’opioïdes et la fréquence de migraine chronique avec un OR de 2 (IC
= 1,4-2,8) 91. L’ensemble de ces données justifie de ne pas recommander l’utilisation des opioïdes
forts dans le traitement de la crise migraineuse.
L’utilisation des opioïdes forts a été proposée depuis plus d’une vingtaine d’années dans le
traitement prophylactique de la migraine réfractaire, notamment dans la migraine chronique. Une
telle utilisation, fréquente aux USA, ne repose sur aucune preuve. L’évaluation à long terme d’une
telle utilisation des opioïdes forts est en sa défaveur démontrant un rapport bénéfice/risque très
défavorable, avec notamment un risque de mésusage dans cette indication évalué à 50 %
donc recommandé de ne pas utiliser de façon prophylactique les opioïdes forts dans la migraine
réfractaire, notamment dans la migraine chronique.
L’utilisation des opioïdes forts dans le traitement des céphalées primaires non migraineuses,
notamment les céphalées de tension et les céphalées trigémino-autonomiques, ne peut s’appuyer sur
aucune donnée factuelle. Il ne peut donc pas être recommandé d’utiliser les opioïdes forts dans les
céphalées de tension et les céphalées trigémino-autonomiques.
L’utilisation des opioïdes forts dans le traitement des céphalées secondaires peut se discuter lorsque
cette utilisation est de courte durée, car la céphalée secondaire est elle-même de courte durée. Une
telle utilisation n’est possible qu’en s’assurant que l’étiologie à l’origine de cette céphalée
secondaire ne contre-indique pas l’utilisation des opioïdes forts du fait de leur potentiel à augmenter
RECO 4 : Il est recommandé de ne pas utiliser d’opioïdes forts dans le traitement
des céphalées primaires et notamment de la migraine (PREUVES MODEREES)
D’autres situations de DCNC plus rares sont rencontrées en médecine ambulatoire en dehors de
celles abordées dans ces recommandations. Il s’agit notamment des rhumatismes inflammatoires
en échec de traitement, des douleurs chroniques chez les drépanocytaires, des pancréatites
chroniques ou des douleurs chroniques liées à une endométriose. Devant l’absence de preuves et
la particularité de chaque situation, nous conseillons au médecin généraliste de ne prendre la
décision d’introduire un opioïde fort qu’en cas d’impasse thérapeutique et conjointement avec le
spécialiste suivant le malade.
1.3. Quelles preuves sur la durée et la posologie ?
Les preuves des ECR sur l’utilisation des opioïdes forts dans les DCNC sont limitées à une durée
maximum de 16 semaines (moyenne de 5 semaines)
d’équivalent sulfate de morphine par jour
, une posologie maximum de 300 mg
et une dose médiane de 150 mg/j. L’analyse des
cohortes rapporte une décroissance spontanée des prescriptions au cours du temps. Si la médiane de
persistance de prescription est de 81 % [47 à 90] à 3 mois 42, 85, 92-95, elle n’est plus que de 70 % [27
à 94] à 6 mois
41, 43, 85, 92, 94-100
et de 40 % [10 à 80] à 12 mois
42, 44, 85, 88, 92-95, 98, 100-103
. Le nombre
médian de patients qui obtiennent une antalgie d’au-moins 50 % à long terme est de 46 % 41, 43, 44, 92.
Les posologies moyennes rapportées en fin de suivi vont de 11 à 266 mg d’équivalent morphine
avec une médiane à 76 mg
41, 43, 86, 92-95, 97, 100, 102-106
et 44 à 90 % des patients interrogés en fin de
suivi se disent satisfaits de leur traitement opioïde
43, 94, 97, 107, 108
(Tableau 3). Une revue
systématique sur l’utilisation des opioïdes chez des seniors (&gt; 60 ans) rapporte que pour ceux qui
poursuivent les traitements au-delà de 6 mois, la posologie médiane qui permet d’obtenir un
soulagement de 50 % est de 63 mg équivalent-morphine par jour 109.
En ce qui concerne les personnes ayant une fonction rénale altérée, il est suggéré de débuter le
traitement à une posologie plus faible et de préférer les molécules ayant un métabolisme hépatique
conduisant à des métabolites inactifs (notamment le fentanyl transdermique). Chez la personne
âgée, un contrôle de la fonction rénale est souhaitable tous les 6 mois si la clairance de la créatinine
est supérieure à 60ml/min, plus régulièrement en-deçà
. Lors de l’initiation d’un traitement par
opioïde fort, le patient doit être informé que le traitement sera arrêté en cas de non atteinte des
objectifs fixés (par lui-même en concertation avec son médecin) et/ou en cas d’apparition d’effets
indésirables incompatibles avec la poursuite du traitement opioïde au long court (Tableau 5).
RECO 5 : Il n’est pas recommandé de poursuivre un opioïde fort au-delà de 3 mois en
l’absence de bénéfice sur au-moins un des aspects suivants (PREUVES MODEREES) :
"A titre indicatif, le seuil de 30 % d’amélioration ou une réduction de 2 points sur une
échelle de 10 points sont considérés comme une amélioration modérée, mais cliniquement
significative".
Tableau 5 : Informations à donner aux patients avant l’initiation d’un traitement par opioïdes
Bénéfices attendus des
Environ un patient sur quatre, traité par un médicament de la famille
de la morphine, aura un soulagement conséquent de la douleur à long
Dans ce cas, il pourra être poursuivi au long cours s’il apporte un
bénéfice notable sur votre douleur et/ou votre qualité de vie.
Les effets non souhaités sont principalement la constipation (3 patients
sur 10 malgré les traitements laxatifs systématiques), les nausées (2
patients sur 10), les vomissements (1 patient sur 10) et la somnolence
gênante (1 patient sur 10).
La constipation doit systématiquement être prévenue par l’utilisation
d’un médicament favorisant le transit (laxatif) et des mesures hygiénodiététiques. Un traitement contre les nausées doit être utilisé en cas de
Risques les plus
redoutés : mésusage et
Le mésusage correspond au non-respect de la prescription faite par le
médecin. Cela complique l’adaptation du traitement. Il est donc
impératif de suivre la prescription et de ne pas modifier les doses sans
l’évaluation du médecin.
Tous les moyens sont mis en œuvre pour éviter une addiction (envie
non contrôlable de prendre le traitement, en dehors de la recherche
d’un effet antalgique).
Les personnes ayant déjà eu un problème d’addiction (au tabac, à
l’alcool, à d’autres drogues ou à un autre médicament), ainsi que les
personnes de moins de 45 ans sont plus à risque. Des précautions
particulières sont alors indispensables.
Le traitement sera poursuivi si l’amélioration de la douleur et de la
qualité de vie quotidienne est plus importante que les inconvénients.
Le traitement sera stoppé en cas d’addiction, de mésusage, de manque
d’efficacité ou d’effets indésirables difficiles à contrôler.
maximum de 16 semaines, une posologie maximale de 300 mg et une médiane de 150 mg
d’équivalent sulfate de morphine par jour. Les études de cohortes rapportent que pour les patients
qui poursuivent le traitement à long terme (2/3 à 6 mois et 1/3 à 1 an), l’efficacité et la satisfaction
sont bonnes. L’efficacité des opioïdes forts au long cours est obtenue avec des doses modérées,
inférieure à 100 mg d’équivalent morphine /j. La majoration de la posologie ne semble pas apporter
de bénéfice supplémentaire.
RECO 6 : Il est recommandé de ne pas dépasser 150 mg d’équivalent morphine/j. Un avis
spécialisé est recommandé au-delà de 150 mg (Avis d'experts).
Au delà de 150 mg/j d’équivalent morphine, un avis est recommandé auprès d’un centre de prise en
charge de la douleur chronique, mais peu bien évidemment être demandé en-deçà. Dans le cas de
difficultés pour obtenir un rendez-vous rapide, le patient peut être adressé au médecin spécialiste en
rapport avec sa pathologie. Le tableau 6 fournit les équivalences de dose entre les différents
opioïdes forts et les doses maximales devant conduire à un avis spécialisé.
Tableau 6 : Tableau équivalent-morphine et dose au-delà de laquelle il est recommandé de
demander un avis111, 112
Dose équivalente quotidienne
Dose au-delà de laquelle il est
recommandé de prendre un avis
60 mg/jour
40 mg/jour
25 µg/heure
62,5 µg/heure
1.4. Quelles preuves sur la comparaison des différents opioïdes forts ?
Une méta-analyse en réseau a été réalisée pour comparer l’efficacité et la tolérance de différents
opioïdes forts administrés par voie orale ou transdermique
. Cette méta-analyse, qui a combiné
les étiologies, est néanmoins intéressante pour notre question car 70 % des études concernaient des
douleurs non cancéreuses. Au total, 56 études ont été incluses :
Morphine vs. placebo : n=3
Morphine vs. autre opioïde : n=13
Morphine vs. fentanyl vs. méthadone : n=1
Oxycodone vs. autre opioïde : n=4
Opioïde fort vs. placebo : n=34
A l’issue de cette méta-analyse en réseau, il n’apparait pas de différence claire entre les différents
opioïdes forts per os, que ce soit en termes d’efficacité ou en termes de risque iatrogène. Le fentanyl
en patch trans-dermique présente le risque de sortie d’étude pour effets indésirables le plus bas et
cela est significatif par rapport à la morphine 113.
RECO 7 : Tous les opioïdes forts semblent similaires en terme d’efficacité, quelle que
soit l’indication. A ce jour, il n’est pas recommandé d’utiliser un opioïde fort plus qu’un
autre (PREUVES MODEREES).
Toutefois le choix doit prendre en considération :
La facilité de titration
Le coût (Tableau 7)
Les effets indésirables présentés par le patient
Les données actuelles de la science
Les AMM
Le remboursement du traitement
Tableau 7 : Opioïdes forts disponibles en France par voie per os ou transdermique indiqués dans le traitement des DCNC; (AMM, Remboursement, Prix)
Temgésic,
Génériques (Arrow,
Biogaran)
Douleurs intenses, en particulier
douleurs post-opératoires, douleurs
néoplasiques ;
pour les DCNC
Prix/jour pour 1 DDD
3€ pour Temgésic 0,2mg
1,2€ pour Subutex à 0,4mg
1,11€ pour génériques à 0,4mg
Traitement substitutif des pharmacodépendances majeures aux opiacés
Durogesic, Matrifen,
Génériques (Actavis,
Biogaran, EG, Mylan,
Ranbaxy, Ratiopharm,
Sandoz, Teva,
Winthrop, Zentiva)
Douleurs chroniques sévères qui ne peuvent
être correctement traitées que par des
(65 % uniquement
pour douleurs du
Douleurs intenses d'origine cancéreuse en cas
de résistance ou d'intolérance aux opioïdes forts
(65 % dans l’AMM)
4,74€ pour Sophidone 4mg
Morphine sulfate LI
Actiskenan, Oramorph,
Idem morphine LP
2,21€ pour Actiskenan 10mg
5,55€ pour Oramorph 10mg
2,36€ pour Sevredol 10mg
2,14€ pour Skenan 30mg
2,25€ pour Moscontin 30mg
Morphine sulfate LP
Moscontin, Skénan
Douleurs persistantes intenses ou
rebelles aux antalgiques de niveau
plus faible, en particulier douleurs
d’origine cancéreuse.
Oxycodone LI
Oxynorm, Oxynormoro
Idem Oxycodone LP
11,46€ pour Oxynorm ou
65 % pour DC
cancéreuses ou
dans les DC
3,96€ pour Oxycontin 15mg
Oxycodone LP
douleurs sévères qui ne peuvent être
correctement traitées que par des analgésiques
opioïdes forts; en particulier dans les douleurs
d’origine cancéreuse
Tapentadol LP
sévères de l’adulte d’origine cancéreuse
Opioïdes non injectables disposant d’une AMM en France au 31/10/2014
DC : Douleurs Chroniques ; DCI : Dénomination commune internationale ; DDD : Defined Daily Dose ; LP : libération prolongée ; LI : libération immédiate
PO : per os ; SL : sub-linguale ; TD : Trans-dermique
Les quatre niveaux de SMR sont les suivants, les trois premiers seulement donnant lieux à un avis favorable à l'inscription sur la liste des médicaments remboursables :
SMR important : Remboursement à 65 %.
SMR modéré : Remboursement à 30 %.
SMR faible : Remboursement à 15 %
Insuffisant : Avis défavorable à l'inscription sur la liste des médicaments remboursables.
*Pour le Fentanyl sublingual ou trans-muqueux, les biodisponibilités de tous les produits ne sont pas strictement équivalentes. De plus, les dosages proposés ne sont pas toujours les
mêmes. De ce fait, la comparaison directe des prix pour 1 DDD est difficile.
2. Quels sont les risques et les précautions à prendre lors de l’utilisation des opioïdes
forts dans la douleur chronique non cancéreuse ?
2.1. Effets indésirables communs
La synthèse de 21 méta-analyses (Tableau 2) montre qu’un patient sur 5 à 12 traités par opioïdes
forts, arrêtera son traitement à cause des effets indésirables. Les effets indésirables les plus
fréquents sont la constipation, la nausée, la somnolence, les vomissements et les vertiges. Un
patient sur 3 traités présentera une constipation malgré un traitement laxatif, 1 patient sur 6 des
nausées, 1 patient sur 7 une somnolence20, 22, 25, 26, 37. Les sorties d’études pour effets indésirables
sont moins fréquentes pour les formes de fentanyl en patch 20. La synthèse des cohortes (Tableau 3)
montre que l’apparition d’au-moins 1 effet indésirable lié au traitement par opioïde est rapportée
chez 34 à 89 % des patients [médiane = 62 %] 43, 92-96, 102, 105, 108. Un effet indésirable est le motif de
l’arrêt pour 0 à 44 % des traitements tandis que l’inefficacité est évoquée dans 5 à 19 % des cas. 4143, 85, 92-94, 96, 97, 102, 109
RECO 8 : Les effets indésirables digestifs sont fréquents sous opioïdes forts (PREUVES
FORTES). L’arrêt de traitement par opioïdes forts pour effets indésirables est plus
fréquent que l’arrêt pour inefficacité. Il est fortement recommandé de prévenir les effets
indésirables les plus fréquents (constipations, nausées, vomissements) par un traitement
symptomatique anticipé, systématiquement proposé sur l'ordonnance ** (AVIS
D’EXPERTS).
** NB: Les antiémétiques devront être prescrits, si besoin,
et uniquement pour des durées courtes. Nous rappelons que l'utilisation
de dompéridone expose à un risque d'effets indésirables cardiaques rares, mais potentiellement graves notamment à fortes doses. En
février 2014, l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM) a rappelé les modalités de bon usage de
la domperidone. L’Agence européenne du médicament préconise de limiter désormais la posologie à une prise de 10 mg, 1 à 3 fois par
jour chez l’adulte. La durée maximale du traitement ne doit généralement pas dépasser une semaine. La métopimazine (vogalene) est
l’antiémétique semblant avoir le meilleur profil de tolérance à l’heure actuelle.
2.2. Mésusage et addiction :
2.2.1. Problématique
La notion de mésusage d’un médicament antalgique opioïde correspond à tout usage en dehors des
conditions fixées par l’AMM que l’on retrouve dans le Résumé des Caractéristiques du Produit
(RCP) d’un médicament. Ce mésusage peut être aussi bien le fait du prescripteur (prescription en
dehors de l’indication, non-respect d’une contre-indication …) que du patient (recherche d’un effet
psychotrope non antalgique …). C’est une notion plus large que celle d’addiction, qui elle répond à
des critères diagnostics très précis, définis dans la CIM-10 de l’OMS ou le DSM-5 de l’American
Psychiatric Association. L’existence d’une addiction est le plus souvent caractérisée par l’existence
d’un « craving » ou envie irrépressible de consommer, en dehors de la recherche d’un effet
antalgique, et malgré les conséquences délétères (somatiques, psychologiques et sociales) de cette
consommation. Ainsi, l’addiction à un médicament antalgique sous-entend un mésusage, l’inverse
n’étant pas toujours vrai.
Par ailleurs, face à un doute sur un mésusage d’un antalgique opioïde, plus particulièrement lors
d’une augmentation des consommations, associée ou non à un nomadisme médical voire
pharmaceutique, trois situations cliniques doivent être recherchées : (1) La « pseudo-addiction »
caractérisée par une augmentation de posologie mais dans un contexte d’aggravation du processus
douloureux qui nécessite une nouvelle adaptation du traitement, (2) l’hyperalgésie induite par les
opioïdes, plus difficile à diagnostiquer et caractérisée par une hypersensibilisation douloureuse
aggravée par une augmentation de l’antalgique et nécessitant le plus souvent la diminution, voire
l’arrêt du médicament opioïde, et enfin (3) l’accoutumance, ou tolérance, qui se traduit par la
nécessité d’augmenter les posologies pour obtenir de nouveau un soulagement acceptable de la
douleur. Ces trois situations cliniques ne sont pas toujours faciles à distinguer. En cas de doute, un
avis en consultation spécialisée douleur est nécessaire.
Au-delà même de l’addiction aux antalgiques opioïdes, la notion de dépendance physique, effet
indésirable relativement fréquent avec ces médicaments, se caractérise par une accoutumance (ou
tolérance) et un syndrome de sevrage à l’arrêt ou à la diminution du traitement. Cette dépendance
physique peut exister indépendamment d’un mésusage ou d’une addiction, mais s’avère
problématique dans le cas d’un changement de thérapeutique. Ce syndrome de sevrage peut
apparaître aussi bien à l’arrêt des opioïdes faibles (tramadol, codéine, poudre d’opium), que forts
(morphine, oxycodone, fentanyl …).
Prévenir ou dépister le mésusage est une façon de prévenir l’apparition d’une réelle addiction,
maladie chronique d’autant plus difficile à traiter qu’elle est associée à une pathologie douloureuse
chronique voire une comorbidité psychiatrique.
2.2.2. Les preuves :
La prévalence de l’addiction aux opioïdes antalgiques chez les patients douloureux chroniques a fait
l’objet de nombreuses études, notamment dans les pays anglo-saxons, mais ces études rapportent
une grande hétérogénéité des résultats selon les modalités d’évaluation. Les risques d’addiction sont
faibles et estimés à 0,27 % dans une méta-analyse évaluant les opioïdes en ouvert après 6 mois
d’administration chez des patients sélectionnés (sans risque d’addiction ou de mésusage à
l’inclusion)
. Le risque de comportement déviant quant à l’utilisation des opioïdes forts a été
estimé entre 5 et 24 % chez les lombalgiques chroniques.
La synthèse des cohortes, évaluant le traitement sur un plus long terme que les méta-analyses,
rapporte un taux d’addiction évalué dans 6 études qui varie de 0 à 2,8 %
92, 94, 96, 97, 102, 108
, un taux
d’abus évalué dans 5 études de 0 à 1,3 %
92, 96, 97, 114, 115
et un taux de mésusage rapporté dans 14
études allant de 0 % à 63 % avec une médiane de 14 % 44, 86, 96, 97, 102, 103, 108, 114-120. Les facteurs de
risque de mésusage des opioïdes forts retrouvés dans l’analyse des cohortes sont (Tableau 8) : un
jeune âge dans 6 études
103, 114, 116, 117, 119, 121
prescription dans 1 étude
, une maladie psychiatrique présente au moment de la
ou une détresse psychologique chez les femmes
légaux et comportementaux chez les hommes
, des problèmes
, une prescription pour lombalgie dans 1 étude
ou suite à un accident de la circulation dans 1 étude 118, un antécédent de mésusage de substance 116,
un antécédent d’addiction à l’alcool
, un tabagisme actif
et une consommation actuelle de
produits illicites 122, une prescription d’opioïdes faibles &gt;1 DDD/j avant opioïdes forts dans 1 étude
, un sexe masculin dans 3 études 117, 121, 122
Tableau 8 : Facteurs de risques de mésusage les plus fréquemment répertoriés dans la
Age jeune
Maladie psychiatrique présente au moment de la prescription
Problèmes légaux et comportementaux chez les hommes
Antécédent de mésusage de substance
Antécédent d’addiction à l’alcool
Consommation de produits illicites
Prescription d’opioïdes faibles &gt;1 DDD/j avant opioïdes forts
DDD = Defined daily dose correspond à la posologie quotidienne indiquée, définie par
l’OMS (www.whocc.no/ddd). Par exemple pour le tramadol le DDD est de 300 mg / jour.
2.2.3. Précautions à prendre
Concernant l’évaluation du mésusage chez les patients douloureux chroniques traités par
antalgiques opioïdes, deux approches sont envisageables : celle préalable à la première prescription
évaluant le risque de développer un mésusage et celle du repérage d’une situation de mésusage en
cours de traitement.
Evaluer le risque de mésusage
Pour le dépistage des patients à risque, deux outils peuvent être utilisés. L’Opioid Risk Tool (ORT)
est un outil
qui évalue rapidement, en cinq questions, le risque potentiel d’addiction (Tableau
9). Sa rapidité de passation (moins de 1 minute) et de cotation en font potentiellement un outil
particulièrement adapté à un usage en soins primaires (Tableau 9). Cet outil permet notamment de
discriminer les patients à haut risque de ceux à bas risque de mésusage 114. Ceux dépistés comme à
haut risque auraient une forte probabilité de développer un comportement aberrant relatif à sa
consommation d’antalgique opioïdes124. Une limite de cet outil est la fiabilité de la question relative
aux antécédents familiaux d’abus de substances. Un autre auto-questionnaire de qualité
métrologique légèrement supérieure, mais de passation plus longue (14 items), est le Screener and
Opioid Assessment for Patient with Pain - Revised (SOAPP-R) 125, 126.
RECO 9 : Il est fortement recommandé de rechercher des facteurs de risque de mésusage
des opioïdes avant toute prescription d’opioïdes forts (PREUVES FORTES).
Les facteurs de risque de mésusage sont connus. Ils sont répertoriés dans le tableau 8.
L’outil « Opioid Risk Tool » est un outil de dépistage simple et rapide qui permet de
dépister le risque potentiel d’addiction. L’existence de facteurs de risque n’interdit pas la
prescription, mais justifie une attention et un suivi renforcés.
Tableau 9 : Evaluation du risque de mésusage : « Opioid Risk Tool »123
Appréciation du risque relié aux analgésiques opiacés
1) Antécédent familial d’abus d’une substance
2) Antécédent personnel d’abus d’une substance
3) Âge (sujets de 16 à 45 ans)
4) Antécédent de violence sexuelle pendant
5) Trouble psychologique
Trouble de l’attention,
trouble bipolaire, trouble
obsessionnel compulsif,
[ ]4
[ ]5
Cotation : Faible (0 à 3), Modéré (1 à 7),
Elevé (8 +)
Ce tableau permet d’évaluer le risque de mésusage en trois niveaux (faible, modéré, fort) selon 5
items et pondéré selon le sexe du patient.
Repérage du mésusage
Deux outils de repérage présentant de bonnes qualités métrologiques peuvent être proposés. Le
Prescription Opioid Misuse Index (POMI) validé dans le mésusage d’oxycodone aux USA semble
être un outil pertinent pour un dépistage rapide (auto-questionnaire en 6 questions et de cotation
simple) d’un mésusage en cours de traitement127. Sa rapidité de passation et de cotation en font
potentiellement un outil particulièrement adapté à un usage en soins primaires (Tableau 10). La
Current Opioid Misuse Measure (COMM) est un auto-questionnaire de passation plus longue (10
minutes), mais de cotation simple et permettant une description plus détaillée d’un potentiel
comportement de mésusage. Cet outil serait peut-être plus adapté à des consultations spécialisées
d’algologie permettant, notamment, de repérer les patients devant bénéficier d’un suivi conjoint
avec un médecin addictologue. Les éléments orientant vers un mésusage sont répertoriés dans le
RECO 10 : Lors du suivi d’un patient sous traitement opioïde fort au long cours, il est
recommandé de rechercher un mésusage lors de chaque renouvellement d’ordonnance
(PREUVES FAIBLES).
Tableau 10 : Prescription Opioid Misuse Index (POMI) – Auto-questionnaire de dépistage d’un comportement de mésusage d’un antalgique opioïde (version française non
validée)
Répondez le plus spontanément possible à ces 6 questions sur vos
médicaments antalgiques
oOUI
oNON
Vous arrive-t-il de vous sentir bien ou euphorique après avoir pris votre médicament antalgique ?
Vous arrive-t-il de prendre votre médicament antalgique parce que vous êtes tracassé ou pour vous
Vous arrive-t-il de prendre plus de médicaments (c’est-à-dire une dose plus importante) que ce qui
vous est prescrit ?
Vous arrive-t-il de prendre plus souvent vos médicaments (c’est-à-dire raccourcir le temps entre
deux prises) que ce qui vous est prescrit ?
aider à faire face à des problèmes autres que la douleur ?
Vous est-il arrivé de consulter plusieurs médecins, y compris les services d’urgence pour obtenir
vos médicaments antalgiques ?
Chaque réponse OUI compte 1 point et chaque réponse NON 0 point. La somme des points (entre 0 et 6) permet de calculer le score. Un score supérieur ou égal à 2 est considéré
comme positif et objective une situation de mésusage.
Tableau 11 : Eléments évocateurs d’une addiction aux opioïdes forts
Comportements évocateurs d’un abus de prescription d’opioïdes
Multiples prescripteurs
Consultations fréquentes aux urgences
Intolérances multiples aux analgésiques non opioïdes et refus de poursuivre
Augmentation des doses fréquentes
Augmentation des doses en dehors d’une prescription médicale
Appels fréquents pour demande de prise de RDV fréquents et plus précoces
Fréquente insuffisance de médicaments
DSM –V : Utilisation inadaptée d’une substance conduisant à une
dégradation ou à une détresse cliniquement significative se
manifestant par au moins 2 des signes suivants :
La substance est souvent prise en quantité plus importante et pendant une
période plus longue que prévue.
Il y a un désir persistant ou des effets infructueux pour arrêter ou contrôler
l’usage de la substance.
Beaucoup de temps est passé à se procurer la substance, à la consommer ou à
récupérer de ses effets.
L’usage répété de la substance aboutit à l’incapacité de remplir des obligations
majeures au travail, à l’école ou à la maison.
L’usage de la substance est poursuivi malgré des problèmes sociaux ou
interpersonnels persistants ou récurrents, causés ou aggravés par les effets de la
D’importantes activités sociales, professionnelles ou de loisir sont arrêtées ou
réduites à cause de l’usage de la substance.
Usage répété de la substance dans des situations dans lesquelles celui-ci est
physiquement dangereux.
L’usage de la substance est poursuivi malgré l’existence de problèmes
physiques ou psychologiques persistants ou récurrents vraisemblablement
provoqués ou aggravés par la substance.
*Tolérance, définie par l’un ou l’autre des signes suivants :
a.   Besoin d’augmenter notablement les quantités de substance pour atteindre l’intoxication ou
les effets désirés.
b.   Effet notablement diminué lors de l’usage continu des mêmes quantités de substance.
*Sevrage se manifestant par l’un des signes suivants :
a.   Syndrome de sevrage caractéristique de la substance.
b.  La même substance (ou une substance étroitement apparentée) est consommée pour
soulager ou éviter les symptômes de sevrage
Existence d’un craving ou d’un désir fort ou d’une pulsion à consommer une
* les items diagnostiques de tolérance et de syndrome de sevrage présents dans le nouveau DSM-5 ne doivent pas être cotés si la molécule antalgique opioïde est prescrite. Ils
correspondent à une réponse physiologique normale fréquemment observée lors des traitements au long cours avec ces médicaments.
La prise en charge des patients présentant un mésusage ou une addiction n’est pas bien codifiée. Un
suivi plus rapproché avec un encadrement plus strict des prescriptions par le médecin algologue,
voire un suivi conjoint avec un médecin addictologue seraient les stratégies les plus pertinentes pour
adapter, voire arrêter la thérapeutique opioïde. En cas de réelle addiction à un antalgique opioïde,
l’instauration d’un traitement de substitution aux opioïdes peut s’avérer être une alternative efficace
RECO 11 : Face à une addiction ou mésusage probables d’un opioïde fort, il est
recommandé de demander un avis spécialisé (AVIS D’EXPERT)
A titre indicatif, il peut s’agir d’un addictologue, d’un centre d’évaluation et de traitement
de la douleur ou d’un psychiatre.
RECO 12 : Chez les patients traités par opioïdes forts pour une DCNC, il est
recommandé de prendre un avis spécialisé dans les situations suivantes : (AVIS D’ EXPERT) :
1. En l’absence d’étiologie précise expliquant les douleurs chroniques. Accord fort
2. En cas de comorbidité psychiatrique associée. Accord fort
3. Devant la présence de facteurs de risque de mésusage. Accord fort
4. Face à une douleur qui persiste malgré une augmentation de la consommation
d’opioïde. Accord relatif
5. Au-delà de 3 mois de traitement Accord relatif
6. Au-delà de 150 mg d’équivalent morphine Accord fort
Tableau 12 : Synthèse des situations pour lesquelles un avis spécialisé est nécessaire
Présence de facteurs de risque de mésusage avant mise en route d’un
Avis multidisciplinaire
traitement par opioïde fort
Augmentation régulière des doses sans soulagement
Consultation spécialisée douleur
Dose &gt; 150 mg/j d'équivalent morphine
Balance bénéfice/risque difficile à évaluer
Poursuite d'un traitement par opioïde fort au-delà de 3 mois
Présence d’éléments évocateurs d’addiction sous traitement
Impossibilité d’arrêt de traitement malgré l’absence d’amélioration de la
douleur, de la fonction ou de la qualité de vie
Comorbidité psychiatrique sévère
Le Tableau 12 reprend les situations pour lesquelles un avis spécialisé est nécessaire.
2.3 Usage des formes à libération immédiate
Concernant les opioïdes à libération immédiate (LI), une méta analyse de 2009 a étudié l’intérêt du
recours à cette forme d’opioïdes
. Les auteurs ont comparé les études autorisant le recours à des
formes LI dans les douleurs chroniques non cancéreuses versus les études sans recours à des formes
LI. Sur les 48 études retenues et analysées, les auteurs n’ont pas trouvé de différence significative
dans l’analgésie obtenue chez les patients ayant recours à des formes LI et chez les patients n’en
n’ayant pas l’usage.
RECO 13 : Il est recommandé de privilégier les formes à libération prolongée dans les
DCNC (PREUVES MODERES). Les petites doses à libération immédiate sont indiquées
en phase de titration, notamment chez les personnes âgées ou en cas d’insuffisance rénale
ou respiratoire (AVIS D’EXPERT).
Une étude comparant les formes à libération rapide d’oxycodone (LI) et les formes de fentanyl
transmuqueux rapporte un taux de comportements aberrants incluant surconsommation et doses
excessives de traitement comparable entre ces deux formes et affectant 20 % des patients 114.
Concernant le fentanyl transmuqueux, 5 études randomisées contrôlées ont été retrouvées
Trois études ont comparé le fentanyl transmuqueux à un placebo et 2 études à de l’oxycodone LI.
Le fentanyl transmuqueux est plus efficace que le placebo dans l’analgésie obtenue pour des accès
douloureux paroxystiques chez les patients présentant des DCNC. Le fentanyl transmuqueux
semble apporter une analgésie plus rapide que l’oxycodone LI. Cependant, la qualité
méthodologique de ces 5 études est faible. En effet, ces études sont des essais d’enrichissement. De
plus, seuls 10 accès paroxystiques douloureux ont été évalués. Des études observationnelles, des
travaux de thèses et la pratique quotidienne dans les centres d’évaluation et de traitement de la
douleur rapportent des problèmes de mésusage et d’addiction de plus en plus fréquemment
rencontrés avec le fentanyl transmuqueux
. Le fentanyl ne possède pas d’indication de l’AMM
dans la DCNC. L’ANSM, se basant sur le suivi national de Pharmacovigilance et
d’Addictovigilance de 16 mois (aout 2011 à décembre 2012) a, dans un point d’information datant
de septembre 2013, fait un rappel des effets indésirables et de la nécessité de bien respecter les
indications pour le fentanyl transmuqueux
Ce communiqué met en avant l’augmentation
importante du mésusage des spécialités à base de fentanyl transmuqueux. L’ensemble de ces
éléments ne permet donc pas de retenir l’usage du fentanyl transmuqueux pour la prise en charge
des douleurs chroniques non cancéreuses.
RECO 14 : Il est recommandé de ne pas utiliser les formes de fentanyl transmuqueux
(libération rapide) dans la prise en charge des DCNC (PREUVES FAIBLES).
Pour conclure, l’ensemble des preuves disponibles sur les bénéfices et les risques de l’utilisation des
opioïdes forts au long court dans les DCNC met en évidence la nécessaire évaluation de la balance
bénéfice/risque. Cette balance est propre à chaque individu et peut évoluer au cours du traitement. Il
est important de souligner que la prise en charge de la DCNC nécessite une prise en charge globale
incluant les approches psychologiques et la rééducation physique. Cette prise en charge s’inscrit
obligatoirement dans le temps. Les opioïdes forts sont un traitement médicamenteux à proposer
après échec des traitements médicamenteux de première intention. Idéalement, les opioïdes forts
prennent place dans la DCNC sur une durée limitée (3 mois) et à des doses modérées (inférieures à
150 mg équivalent morphine /jour). En dehors de ce cadre, les preuves de la littérature scientifique
sont faibles. La poursuite du traitement ne peut se faire que si la balance est en faveur du bénéfice.
Il s’agit d’une appréciation globale, qui repose sur un échange avec le patient et une évaluation
clinique des risques et bénéfices.
A titre indicatif, le Tableau 13 regroupe les principaux éléments à évaluer. En cas de difficulté à
évaluer le bénéfice/risque à la poursuite des opioïdes forts, il est conseillé d’adresser à un
spécialiste. Les CETD ont pour rôle d’apporter leur expertise par une évaluation complète et un avis
multidisciplinaire. Selon les cas, ils pourront soit proposer une prise en charge complémentaire, soit
accompagner le médecin traitant dans sa démarche. Les centres d’addictologie (Centre de Soins,
d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie, consultations hospitalières) peuvent aider et
accompagner un patient avec une addiction ou un mésusage avéré.
RECO 15 : Il est recommandé d’évaluer à chaque renouvellement d’ordonnance les
bénéfices et les risques de la poursuite du traitement par opioïdes forts (AVIS
D’EXPERT) (Tableau 13). Cette évaluation conditionnera la poursuite du traitement.
Cela a été spécifié au patient lors de l'initiation du traitement pas opioïdes forts.
Tableau 13 : Eléments à considérer pour évaluer le bénéfice/risque
Est-ce que mon patient présente :
Un soulagement de la douleur au minimum Des effets indésirables gênants non soulagés
par un traitement symptomatique ?
Et/ou une amélioration de sa mobilité ?
Des facteurs de risques de mésusage ?
Et/ou une amélioration de sa qualité de vie Des comportements déviants et répétitifs en
(sommeil, relation, humeur...) ?
rapport avec la prescription d’opioïdes ?
Ces recommandations s’adressent à tous les prescripteurs prenant en charge des DCNC. Elles sont
en accord avec les recommandations spécifiques déjà publiées, mais ont une portée plus générale.
Elles seront réactualisées d’ici 5 ans pour prendre en compte les nouvelles données scientifiques,
certaines recommandations étant de simples avis d’experts qui peuvent évoluer en fonction des
études à venir.
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