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� Il n�y aura pas de paix tant que la force para�tra l�unique recours possible pour d�nouer des situations intol�rables. � - africaView.net
Mar 12 Juin 2012 0 Commentaire(s)Imprimer
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Comment vivre après la haine, après la guerre civile, après le crime contre l’humanité ? Comment refaire du lien avec son proche devenu un temps si lointain ? En d’autres termes, comment faire du juste avec de l’injuste ? L’idéal de la réconciliation évoque les retrouvailles fraternelles et chaleureuses de personnes qui ont su surmonter leurs rivalités et faire taire leurs querelles pour établir entre elles des relations d’amitié. Après des moments difficiles dans notre pays, les ivoiriens doivent se réconcilier pour avancer. Dès l’arrestation du Président Laurent GBAGBO, ses proches manifestaient le désir d’aller à la paix.
"Nous devons arrêter l'escalade de la violence et de la déchéance", déclarait Pascal Affi N'Guessan, alors président du Front populaire ivoirien (FPI). "Au nom de la paix, arrêtons la guerre", disait-il. A travers ce texte, nous abordons le sujet de la réconciliation en Côte d’Ivoire. Il propose que les ivoiriens et les nouvelles autorités surtout considèrent la réconciliation comme la condition première de la reconstruction de la Côte d’Ivoire.
LES EXEMPLES DE RECONCILIATION EN AFRIQUE
En 2002, la Sierra Leone s’est engagée dans un processus de réconciliation nationale, appuyé sur la création du Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) et la mise en place d’une Commission vérité et réconciliation sur le modèle sud-africain, laquelle a rendu son rapport en août 2005. Un impératif après une guerre d’une violence exceptionnelle qui a duré plus de dix ans. La lutte pour le contrôle des mines de diamants constituait le moteur principal de l’affrontement. Au Burundi, le processus de réconciliation continue et les mécanismes de justice transitionnelle (MJT) au Burundi constituent un élément complémentaire au processus de consolidation de la paix durable au Burundi. Ces mécanismes sont une des voies de réconciliation des burundais conçues dans le cadre des Accords d'Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi de 2000. En Afrique du Sud, si les tensions raciales existent encore, le pays tente de se réinventer sous une forme multiraciale. Le Rwanda est aujourd’hui une nation ressuscitée, un pays sur la voie de la normalisation qui se cherche un futur meilleur. La paix et la stabilité politique
atteints depuis 1995 ont encouragé le retour de millions de réfugiés. Durant sa présence au pouvoir, le Gouvernement d'Unité et de Réconciliation a mis fortement l’accent sur la réconciliation et a réussi à forger un sentiment d’identité nationale, plutôt qu’ethnique, au Rwanda. Les structures autocratiques et inégalitaires, qui niaient autrefois toute voix politique réelle aux minorités, ont été remplacées. Notamment en mettant en place des conseils qui impliquent les communautés locales dans le processus décisionnel. De plus, même si la pauvreté est endémique au Rwanda, comme dans de nombreux pays africains, la libéralisation économique et la stabilité sociale ont favorisé une croissance économique élevée depuis 1995. A l’instar de ces pays, la Côte d’Ivoire, non seulement peut, mais doit réussir le processus de réconciliation. Mais aux temps présents, la réconciliation piétine.
LA RECONCILIATION PIETINE EN CÔTE D’IVOIRE
Si le gouvernement montre son activisme au niveau économique, la réconciliation quant à elle piétine. Et pourtant tout le monde est d’accord pour dire qu’il est nécessaire d'instaurer un dialogue politique concret car il faut que les gens puissent se parler afin d’éviter que dans chaque camp on retombe dans "l'exclusion" de l'autre.
Chaque jour en Côte d’Ivoire, le quotidien des ivoiriens est rythmé par des comportements et faits opposés à la réconciliation. Par exemple, les bavures répétées des Forces républicaines (FRCI), la nouvelle armée intégrant de nombreux ex-rebelles, ne montrent pas seulement l'urgence d'une réforme militaire et d'un plan de désarmement-réinsertion, encore dans les limbes. Elles illustrent souvent les tensions persistantes entre communautés, et entre "vainqueurs" et "vaincus". La liste des prisonniers est longue, des déplacés toujours nombreux, les conflits fonciers particulièrement aigus dans l’ouest du pays etc.
L’Etat de droit n’est toujours pas une réalité en Côte d’Ivoire, où les partis d’opposition sont écartés des affaires du pays. Sauf ceux qui flattent l’orgueil du Président OUATTARA obtiennent ses faveurs. Le Pardon en Côte d’ivoire, c’est du bricolage pour le moment même si le processus de réconciliation piloté par Charles Konan BANNY, se confond en des initiatives de réconciliation inaudibles.
LES MANDATS D’ARRÊTS SONT PARFOIS CONTRE-PRODUCTIFS
Des mandats d’arrêt ont été décernés contre des suspects en fuite notamment Charles Blé Goudé, Ahoua Don Mello, ancien porte-parole du gouvernement de Gbagbo, Atté Philipe, Koudou Késsy Raymond, ambassadeurs de Côte d`Ivoire en Israël, a annoncé le procureur de la République près le Tribunal d`Abidjan-Plateau Simplice Kouadio Koffi, au cours d`une conférence de presse le 1er juillet 2011, au Plateau.
Il a indiqué que les poursuites engagées par son parquet à ce jour, ciblent trois catégories d`infraction. D’abord les infractions contre les biens. Il s’agit des crimes et délits perpétrés contre le patrimoine de l’Etat, de ses démembrements, les institutions
de la République, les institutions financières publiques, parapubliques, communautaires (Bceao) ou privées (banques commerciales). Ensuite, l’atteinte à la sûreté de l’Etat. Enfin, les crimes de sang, les violations graves des droits de l`Homme.
En février 2012, des mandats d’arrêt ont été lancés contre 13 proches de l’ancien Président. L’ancien ministre de la défense, Moïse Lida Kouassi a été interpellé au Togo, suite à un mandat d’arrêt international lancé contre lui en juin 2011, et extradé à Abidjan le 6 juin 2012. Les ivoiriens ont l’impression que la réconciliation se conjuguent avec la répression et les mandats d’arrêt. Et pourtant l’histoire récente de notre pays invite à la prudence quant à ces mandats d’arrêt.
En 1999, le procureur de la République, Nouplezana Ouattara, a lancé un mandat d’arrêt international contre Alassane Ouattara, le Président actuel. Cette décision avait été prise alors que "le climat était malsain", selon les termes de Noël Nemin, alors président du Conseil constitutionnel. Ce mandat d’arrêt a, au contraire, exacerbé la situation. Et la conséquence a été le coup d’Etat militaire du général de brigade Robert Guei le 24 décembre 1999, qui a renversé Aimé Henri Konan Bédié. Son procureur, Nouplézana Ouattara sera d’ailleurs, placé en détention par la junte militaire. Réagissant au mandat d’arrêt lancé contre le président soudanais Omar el-Béchir, une coalition de 62 ONG issues de quatre pays d'Afrique a estimé que le mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) contre le président soudanais Omar el-Béchir risque de "nuire aux efforts de paix" et d'accroître l'instabilité au Darfour. Rassemblée sous l'égide de l'ONG Hand-in-Hand Africa, la coalition d'ONG du Nigeria, de Zambie, du Ghana et du Niger s'est réunie dans la ville de Kaduna, dans le nord du Nigeria. Le premier est le dilemme classique de la paix et de la justice. En sortie de conflit armé, ceux avec lesquels il faut négocier pour un cessez-le-feu sont souvent les mêmes qui ont commis des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité, voire un génocide. Il faut alors choisir entre les poursuivre, au nom de la justice, ou les intégrer au processus de transition ou de réconciliation, au nom de la paix. Ce n’est pas en arrêtant tous les opposants qu’on pourra réconcilier les ivoiriens mais en les considérant comme des partenaires incontournables pour la réconciliation. Les mandats d’arrêts ne participent pas à la réconciliation mais plutôt l’arrêt de ces mandats.
LA CPI OU LA JUSTICE TRADITIONNELLE
S’appuyant sur le Statut de Rome et sur ses clauses, qui veulent que la CPI agisse « dans l’intérêt de la justice » et « dans l’intérêt des victimes », de nombreux acteurs ont prétendu parler au nom des victimes et ont exercé une pression sur la Cour afin de promouvoir « leur » interprétation de la justice .
En Ouganda, la cérémonie désignée sous le nom de mato oput était présentée comme quelque chose d’unique. Elle est similaire à d’autres rituels africains associés à la résolution des conflits et au paiement d’une compensation suite à une tuerie. Elle implique que le tueur et la famille du disparu boivent une concoction préparée à partir du sang d’un mouton sacrifié et d’une racine amère, afin de démontrer que leur différend a été résolu suite à un accord de compensation. L’exemple des gacaca rwandaises montre aussi qu’il est faisable de créer des mécanismes hybrides qui combinent des rituels avec des caractéristiques de la justice formelle. La gacaca est une pratique traditionnelle pour résoudre des conflits. En cas d’infraction aux normes sociales ou de conflit (litige foncier, dommages aux biens, problèmes conjugaux, disputes d’héritage…), on réunissait les parties. Ces sessions informelles, consacrées à des problèmes précis, étaient présidées par les anciens (inyangamugayo). Leur objectif prioritaire, après sanction de la violation des valeurs communes, était de restaurer l’ordre social en réintégrant les contrevenants dans la communauté.
La CPI ne peut résoudre le problème des pays qui ont connu les guerres et qui veulent se réconcilier. La CPI doit venir en aide à ces pays. D’ailleurs, il est exigé de la Cour qu’elle agisse de manière « complémentaire » avec les systèmes judiciaires des États membres.
De plus en plus, il ne sera pas exclu que les gouvernements prévoient de demander à la CPI d’abandonner les charges pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité pesant sur les parties en belligérance dès qu’un accord de paix sera signé et qu’un système alternatif de justice sera validé. Ce qui exigerait que le gouvernement remette en cause la recevabilité des affaires devant la CPI. Pour cela, le gouvernement devrait démontrer qu’il mène de véritables procédures domestiques contre les mêmes personnes, actions et incidents que ceux au sujet desquels la CPI avait émis des mandats d’arrêt.
Dans le cas de la Côte d’Ivoire, les alliances interethniques peuvent aider les ivoiriens à se réconcilier. Les alliances interethniques mettent un accent particulier sur les pactes de non-agression signés par les ancêtres entre les différentes ethnies du pays. En Côte d’ivoire, les Sénoufo ont une alliance avec les Yacouba, Koyaka, Lobi, Gouro, Mahouka, Koulango; Les Koyaka, avec les Sénoufo, Djimini, Koulango, Tagwana; Les Yacouba (ou Dan), avec les Sénoufo, Gouro, Djamala, Tagwana, Mahou; Les Attié avec les Dida, M’Batto, Kroumen, Bakwé; Les Dida, avec les Attié, Abbey, Abidji, Kroumen, Godié, Allandian ; Les Abbey avec les Dida ; Les Ano avec les Sénoufo, Koyaka, Djimini, Baoulé, Godé, Agni, Barbo, Bini, Bona; Les Baoulé avec les
Ano, Agni; Les Godé avec les Djamala, Dida, Baoulé, Anofoué, Koyaka, Mona, Wan, Tagwana; Les Gouro avec les Peulh, Yacouba, Sénoufo, Tagwana, Djamala, Djimini;
Autrefois, une forme de réconciliation était prévue pour la « pacification du sang ». Elle se faisait avec l’aide d’un médiateur, c’est-à-dire, celui qui intervient pour arranger les mauvaises paroles, pour apaiser les insultes qui pourraient causer une mort ou tout autre dommage. » Les deux parties (ou familles) belligérantes « devaient choisir un garant. Si un crime était commis, alors, le garant devait faire la vendetta sur son auteur. Aujourd’hui, le meilleur garant, c’est le peuple, c’est lui qui doit donner le rythme de la réconciliation. La tradition et les pratiques d’un peuple peuvent l’aider à trouver un équilibre harmonieux pour son développement.
La réconciliation entre peuples, entre communautés ethniques ou culturelles, est sans doute la condition majeure pour une paix durable. La réconciliation, objectif proprement éthique et spirituel, ne peut être atteinte par la vertu de vœux pieux, d'exhortations morales ou religieuses. Elle n'est possible que si certaines conditions sont mises en place : l'ouverture d'un espace de dialogue, l'ouverture à un travail de vérité et de justice, dans une certaine mesure au moins, en ce qui concerne l'histoire violente des relations passées, la reconnaissance d'un intérêt commun, des initiatives modestes et concrètes qui ouvrent le chemin. La Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR) doit redoubler d’effort pour réconcilier les ivoiriens. La réconciliation ne se décrète pas. La réconciliation est l’aboutissement de tout un processus qui comprend plusieurs étapes dont il faut déterminer la succession.
Premièrement, trouver des hommes et des femmes qui osent y croire. Dans un processus vrai de réconciliation, il y a presque toujours quelques petits groupes d'hommes et de femmes qui osent croire que la réconciliation est possible, qu'il est possible de trouver des chemins d'un vivre ensemble pacifié. Pour cela, il faut identifier les acteurs en conflit. Dans le cas de notre pays, les acteurs sont les politiciens. Il faut les inclure tous dans le processus pour qu’il puisse réussir. Mais ce n’est pas parce que l’on est au pouvoir qu’il faut exclure l’opposition et l’empêcher de se réorganiser. La réconciliation ne peut réussir que dans un régime démocratique et non autocratique ne tolérant l’opposition que si elle est silencieuse. L’opposition doit retrouver sa place dans le processus de réconciliation. Le peuple doit lui aussi s’exprimer sur tous les sujets qui fâchent. Les députés pourront jouer une rôle important dans cette réconciliation décentralisée. Un des chemins de la pacification passe par l'échange et la guérison des mémoires : apprendre à écouter l'histoire racontée par l'autre, écouter la façon dont l'autre raconte ma propre histoire, apprendre à voir ou à revoir l'histoire de mon peuple, de ma communauté, à travers les yeux de l'autre, et cela réciproquement. Ce travail d'écoute relativise les oppositions, permet de comprendre, et par là ouvre à l'acceptation réciproque et à
l'éventuelle négociation en vue d'une résolution du conflit acceptable de part et d'autre. Les religieux doivent aussi jouer leur rôle. Les religions sont des instances de sens, des forces de paix ; mais elles sont aussi, par elles-mêmes, des potentiels de violence, en raison de leur rôle fortement identitaire et de leur prétention à l'absolu. Le christianisme n'échappe pas à cette ambivalence des religions. Dans les églises, dans les moqués, le message d'unité, de réconciliation, de paix, doit être apporté.
Deuxièmement, il faudra que les ivoiriens sachent ce qui s’est passé dans notre pays : la vérité donc. « Tourner la page » n’est pas une formalité et, comme le disent si bien les latino-américains, « il faut avoir lu la page avant de la tourner ! ». La réconciliation ne peut être possible que quand la vérité est connue, que quand la justice est faite pour tous. C`est donc dans ce cadre que sont mises en place les commissions vérité et réconciliation.
Dans le cas de la Côte d’Ivoire, comme dans le cas d’autres pays, la procédure d’aveu et le plaidoyer de culpabilité constituent, dans le contexte du pays, un élément central pour tenter de diminuer la surcharge de travail des tribunaux et accélérer les instructions judiciaires. En cas d’aveux complets, les accusés peuvent bénéficier d’une importante remise de peine. En dépit de leur part de responsabilité dans le génocide, les religieux semblent jouer un rôle non négligeable dans cette dynamique.
Troisièmement il faut la justice. A défaut de pouvoir juger tous les criminels, la condamnation d’un certain nombre d’entre eux est indispensable pour préserver un minimum de justice et l’idée même de justice aux yeux d’une population fortement meurtrie par des violations graves et massives des droits de l’homme. La justice consiste à dire le droit, mais aussi et surtout de chercher la vérité. Mais cette quête de la vérité, qui est apparemment l’objectif visé par le procureur, s’inscrit dans la complexité des réalités qui laissent surgir des interrogations. La question qui se pose ici est : comment faire en sorte que la vérité judiciaire ne conduise pas à empirer la situation ? Pour que des affaires soient jugées irrecevables par la CPI, elles doivent faire l’objet d’une véritable enquête et d’une procédure au sein du système judiciaire national. C’est pourquoi la justice ivoirienne doit être juste et impartiale dans le traitement des dossiers depuis 2002 à maintenant.
Quatrièmement, il faudra la réparation. La recherche de ressources pour dédommager les victimes doit être intégrée dans les stratégies de reconstruction. Malheureusement, ces moyens font souvent défaut dans un pays sous-développé comme la Côte d’Ivoire. Un geste, aussi petit soit-il, est une marque d’attention qui réconforte les victimes. La reconnaissance des injustices subies et la création d’une symbolique appropriée pour rendre hommage à la mémoire des victimes sont aussi une forme de réparation d’ordre symbolique.
Cinquièmement, pour tout niveler dans notre pays, une amnistie sera nécessaire. Les crimes les plus graves, tels que le crime de génocide, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre sont impardonnables et imprescriptibles. Lorsque les auteurs de graves violations des droits de l’homme s’auto-amnistient, ils déclenchent une bombe à retardement dont leurs enfants pourraient être les victimes demain. Par contre, si les crimes de génocide, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre sont imprescriptibles et inamnistiables, les peines que ces personnes encourent pourraient être réduites dans le cadre d’une mesure de clémence ou de circonstances atténuantes ou encore si ces personnes avouent leurs crimes et dénoncent les commanditaires. Il y a souvent une certaine tension entre vérité et justice : pour accéder à la vérité, il peut être nécessaire d'assurer à certains une non-poursuite judiciaire, une forme d'amnistie. Une des conditions cependant est que les auteurs de violences reconnaissent leur tort.
Sixièmement, il faudra que les ivoiriens se pardonnent les uns les autres. Le pardon est difficile mais il est divin. Il est nécessaire à l’unité nationale et à la re-fondation de la nouvelle communauté ivoirienne. Paul Ricoeur notait : « Il est certes utile — c’est le mot juste — de rappeler que tout le monde a commis des crimes, de mettre une limite à la revanche des vainqueurs et d’éviter d’ajouter les excès de la justice à ceux du combat. Plus que tout, comme au temps des Grecs et des Romains, de réaffirmer l’unité nationale par une cérémonie de langage, prolongée par le cérémonial des hymnes et des célébrations publiques. Mais le défaut de cette unité imaginaire n’est-elle pas d’effacer de la mémoire officielle les exemples de crimes susceptibles de protéger l’avenir des erreurs du passé et, en privant l’opinion publique des bienfaits du dissensus, de condamner les mémoires concurrentes à une vie souterraine malsaine ? En côtoyant ainsi l’amnésie, l’amnistie place le rapport au passé hors du champ où la problématique.
En Afrique du Sud, un jeune qui a assisté à l’assassinat politique de son père, victime de l’apartheid, s’est exprimé en ces termes : « Ce procès concerne moins le pardon que la compréhension. Ce n’est pas que je ne veux pas pardonner, c’est que je ne trouve pas le pardon en moi. Je veux comprendre ce qui s’est passé. A partir du moment où je pourrai comprendre, je serai capable d’accepter que l’assassin et moi continueront à vivre côte à côte dans ce pays »i. « Le pardon est ici la vertu du compromis au sens où il permet d’abandonner
la dispute, mais sans trancher définitivement sur le fond : il suppose que l’on ait cherché à exprimer le tort subi et le tort commis, et que dans le différend irrémédiable entre les deux narrations ou les deux argumentations on ait accepté de construire une sorte de compromis qui rompt avec la reconduction de deux versions séparées . »ii. Cette proposition de pardonner les fautes de nos bourreaux n’est pas un simple accommodement ; elle nous paraît être une exigence de sagesse en tant que pratique de la vérité . Le pardon n’est pas la justice ni la vérité. C’est la prise en compte du compromis, par des paroles et des actes symboliques fondateurs, permet de sortir de la logique de sanction : un gagnant face à un perdant, qui relance le face-à-face. Un face-à-face qui finit toujours par s’annuler dans le morbide, comme une mort infiniment lente, insoutenable.
source : DR PRAO Yao Séraphin