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Timestamp: 2020-06-02 02:10:38+00:00
Document Index: 108370168

Matched Legal Cases: ['art. 29', 'art.60', '§ 4', 'art 67', '§ 1', 'art. 1121', 'art. 498', '§ 4', 'art. 58', 'art. 2']

"Le Président, le Maire, la Clé" par Marc Roumengou | Fédération de Sociétés Taurines de France
Merci à Marc Roumengou de nous avoir permis de reproduire, ci-après, l'un de ses articles du En Traje Velazqueño (magazine publié par le “Forum Taurin Marc Roumengou” et dont le principal contributeur est Marc Roumengou, lui-même), n° 59 octobre 2017.
Avec érudition et rigueur à la fois passionnée et savoureuse, il y décrit les péripéties historiques, de Joseph-Napoléon Ier à nos jours, qui articulent une trilogie, toujours présente dans les arènes lors des corridas de toros, aussi bien en Espagne qu’en France, trilogie composée de deux éminentes personnalités, le Président de la course, le Maire de la ville où elle a lieu et un objet à la fois hautement symbolique et tout à fait indispensable, la Clé du Toril.
De quoi enrichir la culture de nos actuels membres du Corps des Présidents et Alguazils de Corridas comme de tous nos visiteurs.
LE PRÉSIDENT, LE MAIRE, LA CLÉ
LA PRÉSIDENCE DES CORRIDAS EN ESPAGNE
« La pratique constante observée jusqu’ici pour la célébration des corridas a été :
« … le Corregidor[1] ordonne à l’officier commandant a place de fournir les détachements de troupe de cavalerie et d’infanterie qui lui seront nécessaires,
« … prévient l’Alguacil Mayor qui aura à faire évacuer l’arène et à accomplir les autres tâches qui lui sont habituelles. … »
« La présidence et le commandement des arènes ont toujours incombé en propre et de façon exclusive aux Corregidores ainsi qu’il est de notoriété publique. »[2]
Dès le règlement[3] du 28 février 1917, la présidence des corridas incombe à la première autorité civile de la province ou aux fonctionnaires que celle-ci délègue. Un, “délégué de l’autorité gouvernementale” ( esp. : delegado de la autoridad gubernativa) ainsi que des forces de police sont à la disposition et aux ordres du président.
Le règlement du 12 juillet 1930, le premier à être applicable sur l’ensemble du territoire espagnol, attribue « la présidence des arènes, lors des corridas de toute catégorie qui s’y célèbrent, au directeur général de Seguridad à Madrid, et aux gouverneurs civil dans les autres provinces, ou aux autorités ou fonctionnaires à qui ils délèguent leurs pouvoirs. » Comme précédemment, le même “délégué” est aux ordres du président ainsi que les forces de police nécessaires.
Selon le règlement du 2 février 1996, actuellement en vigueur :
« La présidence des spectacles taurins incombe : dans les capitales de province au gouverneur civil qui pourra déléguer à un fonctionnaire des grades supérieurs ou exécutifs du corps national de Police et dans les autres localités, à l’alcalde qui pourra déléguer à un conseiller.
« Quand les circonstances le conseillent, les autorités compétentes pourront nommer comme président une personne de compétence reconnue, idoine pour la fonction à assurer, et préalablement habilitée à cet effet. »
Il faut noter que, par suite des réformes administratives survenues en Espagne, diverses régions autonomes ont adopté un règlement spécifique qui peut modifier le choix des présidents.
Pour être aidé dans ses fonctions, le président dispose d’un “délégué gouvernemental” (esp. : delegado gubernativo), fonctionnaire du corps général de Police ou de la Guardia Civil, ou à défaut, de la Police locale. Ce délégué signe tous les documents relatifs au spectacle et a sous ses ordres :
les alguacilillos.
les autres délégués (deux ou plus) qui peuvent être nommés pour contrôler diverses activités liées au spectacle. Dans le règlement précédent, il était précisé : un faisant office de secrétaire, un autre pour la surveillance des chevaux de picadors et des piques, et un troisième pour l’infirmerie.
les forces de sécurité qui doivent contrôler et protéger en permanence le bétail de combat dès son débarquement dans les corrals des arènes et les divers matériels approuvés pour le combat.
Depuis l’époque des corregidores et jusqu’en 1961, le président lançait la clé du toril, clé véritable et non clé symbolique comme le croient généralement les aficionados français. Le règlement du 15 mars 1962 a édicté que « Le président, […] une fois terminé le défilé des cuadrillas, remettra, par l’intermédiaire du délégué, la clé des torils à l’un d’eux [des alguacilillos]. »
Chose curieuse, la première partie de l’opération a disparu dans les règlements suivants (à/c du 28 février 1992) et il subsiste : « Les alguacilillos […] remettront la clé des torils au torilero, … » D’où sortent ils cette clé ? On ne le dit plus, mais à défaut, on peut considérer que, comme précédemment, elle a été remise à l’un d’eux par le délégué gouvernemental.[4]
En tout cas et il n’y a aucun doute là-dessus, nul ne dois plus lancer (esp. : arrojar) la clé, mais elle doit être remise (esp. : entregar) à l’un des alguacilillos.
Quant au président : Initialement, le président était choisi par l’exploitant des arènes, ce qui dans beaucoup de cas signifiait une certaine “complicité”.
Depuis que l’UVTF (créée le 13 février 1966), propose un Règlement Taurin Municipal (RTM) celui-ci est censé régir l’organisation et le déroulement des corridas dans les villes adhérentes. Dès sa première version[5] il crée une « commission extra-municipale de tauromachie” nommée par le maire et composée de délégués du conseil municipal, de représentants des sociétés taurines locales, d’un vétérinaire adhérent à l’association vétérinaire tauromachique » (art. 29 & 30) et stipule que « le président de la “course” sera de droit un membre de la commission municipale tauromachique ». La clé des torils n’est jamais évoquée dans ce texte, mais son article 49 dispose que « Le déroulement de la course sera identique à celui en vigueur dans les plazas espagnoles et répondra aux impératifs et prescriptions du règlement officiel espagnol. » L’UVTF ayant été créée en 1966, le “règlement officiel espagnol” dont il s’agit est le règlement [espagnol] des spectacles taurins faisant l’objet de l’ordonnance du 15 mars 1962, ce qui signifie que « Le président, […] une fois terminé le défilé des cuadrillas, remettra, par l’intermédiaire du délégué, la clé des torils à l’un d’eux [des alguacilillos] ».
Il est clair que le délégué gouvernemental n’existe pas en France, mais pour la remise de cette clé il suffit de le remplacer à ce moment-là par l’un des membres de la commission extra-municipale de tauromachie.
Comment les choses se sont-elles généralement passées en France à partir de 1962 ? Je n’ai pas d’éléments pour répondre, mais en ce qui concerne le Sud-ouest j’avais été frappé par le fait qu’auparavant c’était le maire qui lançait la clé et qu’après la date en question et même après l’existence du RTM, il avait continué à en être ainsi.
C’est pourquoi, en 1980, et alors que je me trouvais en cure à Dax, il m’est venu à l’idée d’écrire une Lettre ouverte aux maires de la plupart des villes taurines du Sud-Ouest. Elle fut publiée dans le numéro des Petites Affiches Landaises du 28 juin 1980. En voici l’essentiel :
« L’ancien règlement espagnol* prévoyait (art.60, § 4) que le président lançât la clé des torils à l’un des alguacilillos. Le texte actuel, entré en vigueur il y a dix-huit ans (publié au B.O.E. de 20 mars 1962), a supprimé ce jet et dispose (art 67, § 1) que la clé soit remise à l’alguacilillo par un fonctionnaire (le délégué de l’autorité) qui doit se tenir dans le couloir de service (callejon), en dessous de la loge présidentielle.
« Toujours en Espagne, lorsque le chef de ‘l’État (qu’il fut caudillo ou qu’il soit roi) assiste à une corrida ou novillada, il lui est réservé une loge située à même hauteur que la loge présidentielle (ni dominant, ni dominé) et il n’y a absolument rien de changé à ce qui vient d’être vu. La seule modification aux règles est que chaque matador offre au chef de l’État le travail qu’il va faire à son premier adversaire, alors que règlementairement (art. 1121), c’est au président qu’il doit l’offrir.
« Les choses sont bien différentes dans la plupart des arènes du sud-ouest (Gers, Landes surtout, Pyrénées atlantiques) où l’on remarque, selon les lieux, TOUT PARTIE de ce qui suit :
a) lorsque la loge présidentielle et la tribune destinée aux personnalités ne sont pas placées l’une en dessous de l’autre, les alguacilillos conduisent (à tort) le paseillo vers le maire et c’est donc lui qui est salué : dépréciation du président et incorrection caractérisée envers celui-ci.
b) quant présidence et autorités sont situées l’une au-dessous des autres, le maire rend le salut — qui ne lui est pas adressé — en même temps que le président qui en est le véritable destinataire : attitude propre à jeter à confusion dans l’esprit des toreros, et même incorrection que ci-dessus.
c) le maire lance CETTE CLÉ DES TORILS QUE PERSONNE NE DOIT PLUS LANCER DEPUIS 18 ANS** : usurpation de fonction et méconnaissance du règlement [taurin municipal].
d) lorsqu’un matador dédie au président (sans se tromper de personne) la mort de son premier taureau, le maire se lève en même temps que le président : deux personnes recevant ce qui est offert à une seule, c’est une de trop.
e) dans plusieurs des arènes concernées par ces accaparements, la présidence est reléguée dans un “recantou” si étriqué que l’on a compris la nécessité de l’identifier à l’aide d’une pancarte visible de l’arène et portant l’inscription « Présidence technique”. Pareille relégation montre que l’on a bien peu de considération pour les personnes appelées à la lourde tâche de présider ; quant au mot technique sur la pancarte, il est superflu : il n’existe qu’une seule et unique présidence, sans aucun qualificatif nécessaire.
« Messieurs les maires des villes dont il est question ici :
• Pourquoi ne pas agir avec la même réserve que le descendant du Roi Soleil ? S.M. don Juan Carlos I n’a sûrement pas le sentiment de déchoir parce que ce n’est pas elle que l’on vient saluer en défilé ou parce qu’elle n’a aucune clé à lancer.
• Et si vous tenez absolument à ces salutations, pourquoi ne présidez-vous pas vous-même les corridas et novilladas qui ont lieu dans vos villes ? Mais en ce cas, gardez-vous de lancer la clé : au bout de 18 ans, il faut bien arriver à savoir que ça ne se fait plus. »
* Le règlement de l’UVTF est muet sur tous les points examinés ci-après, mais il précise (art. 498) que “le déroulement de la course sera identique à celui en vigueur en Espagne et répondra aux impératifs et prescriptions du règlement officiel espagnol.” Cette précision — conforme à l’usage — fait qu’il est parfaitement logique et réglementaire de se référer uniquement à l’ordonnance espagnole pour tout ce qui est examiné dans cette lettre.
** Et là où c’est le président qui la lance, il manifeste ainsi une méconnaissance de l’un des points de ce règlement qu’il doit faire respecter par d’autres. L’absence d’un “délégué de l’autorité” dans les arènes françaises n’est pas un obstacle : ce fonctionnaire peut facilement être remplacé par un membre d’une commission taurine ou par toute autre personne — un officiel de préférence — comme on a su le faire depuis l’an dernier à Dax.
Et l’on arrive à 1990 où l’assemblée générale de l’UVTF tenue à Céret, adopte une nouvelle version du RTM dans laquelle le deuxième § de l’article 28 est ainsi rédigé : « Une fois celui-ci achevé, le président remettra ou fera remettre par une personne désignée par lui à cet effet, le clé des “toriles” à l’un des “Alguazils”, lequel la donnera au préposé à l’ouverture des portes de ces “toriles”[6].
Il n’est plus question de lancer la clé, mais de la remettre, encore qu’on voie difficilement comment depuis sa loge, le président pourrait remettre la clé à quelqu’un qui est dans l’arène ; c’est donc bien la “fera remettre” qu’il faut retenir.
Néanmoins, dans beaucoup d’arènes françaises on continue de la lancer et, dans le Sud-ouest, c’est généralement le maire qui commet cette infraction à l’arrêté municipal qu’il est censé avoir signé[7].
A partir de la version du RTM adoptée par l’assemblée générale de l’UVTF tenue à Orthez le 25 janvier 1998, le deuxième § de l’article 28 précité est remplacé par un troisième § du titre 4 de l’article 70 : « … le paseo à l’issue duquel ils remettront la clé du toril au “torilero”… » Comme dans les règlements espagnols des spectacles taurins postérieurs à partir de 1992, les alguaclillos doivent remettre une clé dont nul ne dit comment eux-mêmes l’ont reçue.
ET LA CLÉ ELLE-MÊME ?
Puisque la soi-disant clé du toril n’est en France, qu’une clé postiche, ne pourrait-on pas faire en sorte qu’elle ne soit pas une grossière et inesthétique silhouette de clé découpée dans une planche ? Dire que dans l’entre-deux-guerres, et dans certaines arènes françaises, on a voulu ou cru “honorer” diverses personnalités en leur faisant lancer ce postiche…
Aux arènes du Soleil d’Or, avant la corrida d’inauguration, je me suis vu attribuer un tel objet que j’ai immédiatement mis au rebut et j’ai fait faire une clé postiche, en tube de cuivre, copie exacte mais agrandie de la clé de porte d’un buffet. Elle a été volée en 1966 et j’en ai fait faire une autre, en laiton cette fois-ci et avec la croix de Toulouse comme anneau. Ainsi que la précédente, elle fut argentée par la Maison Félix, et je la conserve précieusement.
Sur la porte du toril des arènes du Soleil d’Or, la première clé, et la main du torilero.
Marc ROUMENGOU — V-2017
Publié dans :En Traje Velazqueño, n° 59 octobre 2017
[1] Placé à la tête d’une circonscription administrative, le corregidor cumulait les fonctions comparables à celles de sous-préfet et de juge d’instruction.
[2] Madrid, 1810 ; information destinée à Joseph Bonaparte.
[3] Dans ce texte-ci et sans autre précision, le mot règlement désigne le Règlement espagnol des spectacles taurins.
[4] Nous avons ici un mystère comparable à celui du drapeau national arboré sur les arènes : dans le cas de corrida annulée (suspendida dit le texte espagnol) postérieurement aux opérations de mise en chiqueros, le § 4 de l’art. 58 du règlement de 1962 énumérait les divers moyens de porter cela à la connaissance du public. Y figurait le fait de « baisser le drapeau [national] qui flotte à l’extérieur des arènes » alors qu’aucun texte n’a jamais prévu que les arènes doivent arborer le pavillon national.
[5] Elle a fait l’objet d’un tirage imprimé, mais le colophon ou “achevé d’imprimer” omet da date d’impression, mention pourtant obligatoire. Quoi qu’il en soit cette date est évidemment postérieure au 13 février 1966, création de l’UVTF.
[6] L’orthographe est respectée, y compris les fautes
[7] « Pour son application, le présent Règlement devra obligatoirement faire l’objet d’un Arrêté municipal, que les arènes soient la propriété de la ville ou celle d’un particulier et quel que soit leur mode de gestion. » RM, art. 2.