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Timestamp: 2016-10-26 19:25:43+00:00
Document Index: 187923744

Matched Legal Cases: ['art. 46', 'art. 48', 'art. 54', 'art. 55', 'art. 34', 'art. 63', 'art. 64', 'ATF ', 'art. 55', 'art. 759', 'ATF ', 'art. 8', 'art. 8', 'art. 63', 'ATF ', 'art. 759', 'art. 8', 'art. 55', 'ATF ', 'art. 754', 'art. 728', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 759', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'in fine', 'art. 63', 'art. 754', 'art. 55', 'art. 128', 'ATF ', 'art. 128', 'art. 2', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 2', 'art. 51', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 44', 'art. 147', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 43', 'art. 99', 'art. 44', 'ATF ', 'in fine', 'art. 99', 'ATF ', 'art. 398', 'art. 99', 'art. 398', 'art. 398', 'art. 156', 'art. 159']

4C.132/2001 (12.07.2001)
4C.132/2001
Y.________, d�fendeur et recourant, repr�sent� par Me St�phane Riand, avocat � Sion,
X.________ S.A., demanderesse et recourante, repr�sent�e par Me Aba Neeman, avocat � Monthey;
(droit des soci�t�s anonymes;
responsabilit� de l'organe de contr�le)
A.- La soci�t� X.________ S.A. exploite une fabrique d'agglom�r�s. Depuis sa constitution en 1965, elle a confi� sa gestion administrative � la fiduciaire A.________, devenue par la suite Fiduciaire B.________ S.A. Le pr�sident du conseil d'administration de B.________ S.A. appartenait aussi � celui de X.________ S.A.
B.________ S.A. a confi� les t�ches li�es � la gestion administrative de X.________ S.A., � savoir la comptabilit�, la correspondance, la facturation, les paiements aux fournisseurs, les pr�l�vements sociaux et la tenue des salaires � l'un de ses employ�s. Celui-ci ayant gagn� au fil des ann�es la confiance de la fiduciaire, il a b�n�fici� d'une libert� de manoeuvre toujours plus grande.
Pour les besoins de son administration courante, X.________ S.A. a remis son sceau � B.________ S.A., sans lui donner d'instructions particuli�res. L'employ� charg� de la gestion de X.________ S.A. a pu disposer � sa guise de ce sceau.
De 1982 � 1992, cet employ� a abus� de sa position pour pr�lever � son profit un montant total de 1'017'991, 65 fr. au d�triment de X.________ S.A.
Y.________, employ�, puis directeur de la succursale de la banque Z.________, a occup� la fonction de contr�leur aux comptes de X.________ S.A. de 1965 � 1992. Il touchait, pour ce mandat, une r�mun�ration de 500 fr. par an, qui a pass� � 1'000 fr. et, finalement, � 1'200 fr.
A la fin de chaque exercice, toute la comptabilit� de la soci�t� �tait transmise � Y.________. Ann�e apr�s ann�e, celui-ci a indiqu� qu'il avait contr�l� les comptes annuels de la soci�t� et que la v�rification des �critures comptables lui avait permis de constater la r�gularit� du bilan et la concordance du compte de pertes et profits avec les livres, ajoutant � chaque fois que les �l�ments de l'actif �taient justifi�s. Il recommandait, en conclusion, l'approbation des comptes.
Il a �t� �tabli que le contr�leur n'avait, de 1982 � 1992, pas proc�d� � des v�rifications suffisantes et qu'un examen correct lui aurait permis de d�celer les erreurs comptables et les montants d�tourn�s.
Sur les 1'017'991, 65 fr. soustraits par l'employ� de la fiduciaire, celui-ci a rembours� un montant de 15'380, 60 fr. � X.________ S.A. B.________ S.A. a vers� 975'000 fr. � la soci�t� l�s�e, le 3 septembre 1992.
B.- Le 29 ao�t 1994, X.________ S.A. a introduit une action en justice contre Y.________ en concluant, finalement, � ce que celui-ci soit condamn� � lui verser le montant de 366'775, 70 fr. plus int�r�t � 5 % � compter du 1er janvier 2000, avec suite de frais et d�pens.
Y.________ a propos� le rejet de l'action, tout en soulevant l'exception de prescription concernant les int�r�ts du dommage subi par X.________ S.A.
Par jugement du 23 mars 2001, la IIe Cour civile du Tribunal cantonal valaisan a condamn� Y.________ � verser � X.________ S.A. 136'092 fr. pour les int�r�ts compensatoires au taux de 5 % sur les montants successivement d�tourn�s chaque ann�e et 18'407, 30 fr. avec int�r�t � 5 % d�s le 29 ao�t 1994 � titre de r�paration du pr�judice subi.
C.- Contre ce jugement, Y.________ et X.________ S.A. interjettent tous les deux un recours en r�forme au Tribunal f�d�ral.
Y.________ (le d�fendeur) conclut � l'admission du recours, au rejet de l'action de X.________ S.A. et au renvoi de la cause � la cour cantonale pour qu'elle statue � nouveau sur la question des frais.
X.________ S.A. (la demanderesse) conclut, pour sa part, � l'admission du recours et, principalement, au renvoi de la cause au Tribunal cantonal pour nouvelle d�cision, subsidiairement � la r�forme du jugement attaqu� en ce sens que Y.________ est condamn� � payer la somme de 204'138 fr. � titre d'int�r�ts compensatoires, ainsi que 27'611 fr. avec int�r�t � 5 % d�s le 29 ao�t 1994.
Invit�es � r�pondre sur leurs recours r�ciproques, les deux parties ont confirm� leur position : X.________ S.A.
a demand� le rejet du recours interjet� par Y.________, alors que celui-ci a propos� le rejet du recours de la soci�t�, dans la mesure de sa recevabilit�, tout en reprenant les conclusions d�j� pr�sent�es dans son propre recours.
1.- a) Le recours interjet� par le d�fendeur, qui a �t� condamn� � d�dommager partiellement la soci�t� dont il contr�lait les comptes, porte sur une contestation civile dont la valeur litigieuse atteint le seuil de 8'000 fr. (art. 46 OJ). Dirig� contre un jugement final rendu en derni�re instance cantonale par un tribunal sup�rieur (art. 48 al. 1 OJ), il est donc en principe recevable, puisqu'il a �t� d�pos� en temps utile (art. 54 al. 1 OJ) dans les formes requises (art. 55 OJ).
Il en va de m�me du recours interjet� dans le d�lai l�gal compte tenu des f�ries (cf. art. 34 al. 1 let. a et 54 al. 1 OJ) par la demanderesse, qui n'a pas obtenu devant la cour cantonale le plein de ses conclusions en paiement dirig�es contre l'organe de contr�le.
b) Le Tribunal f�d�ral doit conduire son raisonnement sur la base des faits contenus dans la d�cision attaqu�e, � moins que des dispositions f�d�rales en mati�re de preuve n'aient �t� viol�es, qu'il y ait lieu de rectifier des constatations reposant sur une inadvertance manifeste (art. 63 al. 2 OJ) ou qu'il faille compl�ter les constatations de l'autorit� cantonale parce que celle-ci n'a pas tenu compte de faits pertinents et r�guli�rement all�gu�s (art. 64 OJ; ATF 127 III 248 consid. 2c et les arr�ts cit�s). Il ne peut �tre pr�sent� de griefs contre les constatations de fait, ni de faits ou de moyens de preuve nouveaux (art. 55 al. 1 let. c OJ).
Dans la mesure o� les parties se fondent sur des faits ne d�coulant pas du jugement entrepris, alors qu'aucune exception permettant � la Cour de c�ans de s'en �carter n'est r�alis�e, leurs recours ne sont donc pas recevables.
2.- a) Dans son jugement, la cour cantonale a admis que la responsabilit� du d�fendeur en tant qu'organe de contr�le �tait engag�e. Elle a retenu en substance que, de 1982 � 1992, il avait fautivement viol� son devoir de diligence lors de la v�rification de la comptabilit� de la demanderesse et que, sans ces manquements r�p�t�s, l'employ� de la fiduciaire n'aurait pas pu d�tourner 1'017'991, 65 fr. au d�triment de la soci�t�. Les juges ont mis � la charge du d�fendeur le solde du dommage qui n'avait pas encore �t� r�par�, � savoir 27'611, 05 fr., ainsi que les int�r�ts compensatoires calcul�s au taux de 5 % sur les sommes successivement d�tourn�es chaque ann�e, soit 204'138 fr. Ces montants ont �t� r�duits d'un tiers, en raison d'une faute concomitante de la demanderesse et de la faible r�tribution du d�fendeur pour ses t�ches de contr�le.
b) Comme les d�tournements non d�tect�s par le d�fendeur ont �t� commis du 31 d�cembre 1982 au 4 f�vrier 1992, c'est � juste titre que la cour cantonale a examin� la responsabilit� de l'organe de contr�le sous l'angle de l'ancien droit de la soci�t� anonyme (Peter B�ckli, Schweizer Aktienrecht, 2e �d., Zurich 1996, nos 2049 et 2054 p. 1122). En revanche, c'est � la lumi�re du nouveau droit, soit de l'art. 759 CO, que la question de la responsabilit� solidaire, dans les rapports externes, entre les diff�rents organes, doit �tre examin�e (consid. 5 non publi� de l'ATF 122 III 324, reproduit partiellement in RSDA 1996 p. 234 s.).
3.- A l'appui de son recours, le d�fendeur critique les faits retenus, en invoquant une inadvertance manifeste et une violation de l'art. 8 CC. Puis, il remet en cause l'existence de sa responsabilit�, avant de s'en prendre � la r�partition du dommage, reprochant � la cour cantonale d'�tre parvenue � un r�sultat trop favorable � la soci�t� demanderesse. Celle-ci recourt uniquement sur ce dernier point. Elle soutient que la diminution du dommage, telle qu'�tablie, viole les principes en mati�re de solidarit� imparfaite et que les facteurs de r�duction �num�r�s n'auraient pas d� �tre pris en consid�ration. Dans ces circonstances, il convient d'examiner en premier lieu les griefs soulev�s par l'organe de contr�le.
4.- Le d�fendeur reproche tout d'abord � la cour cantonale de ne pas avoir retenu que, par lettre du 15 juin 1992, la fiduciaire avait indiqu� � la demanderesse qu'elle se reconnaissait enti�rement responsable du dommage caus� par son employ� et qu'elle entendait le rembourser compl�tement.
Il invoque � ce propos l'existence d'une inadvertance manifeste et une violation de l'art. 8 CC.
a) La rectification d'une inadvertance manifeste, qui, selon l'art. 63 al. 2 OJ, permet au juge de s'�carter des faits tels qu'ils ont �t� constat�s par la derni�re autorit� cantonale, n'a de sens que si la constatation erron�e porte sur un fait pertinent pour l'issue du litige (cf. ATF 95 II 503 consid. 2a p. 506 s.; Bernard Corboz, Le recours en r�forme au Tribunal f�d�ral, SJ 2000 II p. 1 ss, 66).
En l'occurrence, on ne discerne pas en quoi la lettre du 15 juin 1992, qui concerne un autre responsable, pourrait influencer le sort de l'action dirig�e contre l'organe de contr�le. Envisag�s � la lumi�re du nouveau droit de la soci�t� anonyme (cf. supra consid. 2b), les rapports entre les diff�rents responsables sont certes soumis � un syst�me de solidarit� diff�renci�e (art. 759 al. 1 CO; B�ckli, op.
cit. , nos 2022 ss). Il n'en demeure pas moins que les responsables - dans les limites pos�es par l'exigence de la faute personnelle - ne sont pas lib�r�s tant que le dommage n'est pas totalement r�par� (Peter Forstmoser, La responsabilit� du r�viseur en droit des soci�t�s anonymes, Zurich 1997, p. 78 note 252). Aussi longtemps que la demanderesse n'a pas �t� int�gralement d�dommag�e, elle peut donc s'en prendre � l'organe de contr�le, dont la responsabilit� doit �tre consid�r�e pour elle-m�me. Il importe peu � cet �gard qu'un tiers ait admis sa responsabilit� et promis de r�parer le dommage.
b) Quant � l'art. 8 CC, le d�fendeur ne fait que mentionner cette disposition, mais sans indiquer en quoi celle-ci aurait �t� viol�e. Insuffisamment motiv�, son grief n'est pas recevable (art. 55 al. 1 let. c OJ; cf. ATF 127 III 241 consid. 5b/cc p. 247).
5.- Le d�fendeur s'en prend ensuite aux conditions de sa responsabilit�, en invoquant l'absence de dommage et la rupture du lien de causalit� naturelle et ad�quate.
a) Selon l'art. 754 al. 1 aCO, toutes les personnes charg�es de l'administration, de la gestion ou du contr�le r�pondent, � l'�gard de la soci�t�, de m�me qu'envers chaque actionnaire ou cr�ancier social, du dommage qu'elles leur causent en manquant intentionnellement ou par n�gligence � leurs devoirs. La responsabilit� de l'organe de contr�le, fond�e sur cette disposition, suppose la r�union des quatre conditions g�n�rales suivantes, � savoir un dommage, un manquement par l'organe � ses devoirs, une faute (intentionnelle ou par n�gligence) et un lien de causalit� ad�quate entre le manquement et le dommage (Forstmoser, op. cit. , p. 25 nos 13 ss).
b) En ne proc�dant pas aux v�rifications usuelles, en particulier en ne contr�lant pas que le solde bancaire corresponde bien au solde comptabilis�, le d�fendeur a viol� fautivement ses obligations r�sultant des art. 728 et 729 aCO (cf. ATF 116 II 533 consid. 5b p. 541 s.), ce qu'il ne conteste pas.
c) S'agissant du dommage, il convient de rappeler que la fixation de celui-ci ressortit en principe au juge du fait. Saisi d'un recours en r�forme, le Tribunal f�d�ral n'intervient donc que si l'autorit� cantonale a m�connu la notion juridique du dommage ou si elle a viol� des principes juridiques relatifs au calcul du pr�judice (ATF 127 III 73 consid. 3c p. 75; 126 III 388 consid. 8a; 120 II 296 consid. 3b p. 298 et les arr�ts cit�s).
Dans la mesure o�, pour tenter de d�montrer l'absence de dommage, le d�fendeur s'�carte des constatations de fait ressortant du jugement attaqu�, son grief n'est pas recevable. Il en va de m�me lorsqu'il cherche � se pr�valoir d'�l�ments retenus dans le cadre d'une autre proc�dure opposant la fiduciaire � son assurance responsabilit� civile. La Cour de c�ans ne saurait en tenir compte dans la pr�sente cause, qui oppose des parties diff�rentes (cf. ATF 93 II 329 consid. 3b et c).
Au demeurant, le dommage a �t� clairement �tabli, d�s lors qu'il ressort du jugement entrepris que l'employ� ind�licat a, par ses d�tournements, caus� un pr�judice � la demanderesse chiffr� � 1'017'911, 65 fr., dont il a rembours� 15'380, 60 fr., alors que la fiduciaire a d�dommag� la demanderesse � raison de 975'000 fr. En outre, rien n'indique que la notion de dommage ait �t� m�connue ou que des principes juridiques relatifs au calcul de celui-ci aient �t� viol�s. A cet �gard, le d�fendeur erre manifestement lorsqu'il soutient que la demanderesse aurait pu r�duire son dommage en demandant r�paration � l'�tablissement bancaire ayant remis les fonds � l'employ�, puisque le propre de la solidarit� est justement de permettre au l�s� de choisir le responsable auquel il entend demander r�paration (Pierre Tercier, La solidarit� et les actions r�cursoires entre les responsables d'un dommage selon le nouveau droit de la soci�t� anonyme, in La responsabilit� des administrateurs, Zurich 1994, p. 63 ss, 68 s.; Heinrich Honsell, Schweizerisches Haftpflichtrecht, 3e �d., Zurich 2000, � 11 no 22).
d) S'agissant de juger de l'existence d'un lien de causalit� entre une ou des omissions et un dommage, ce qui revient � d�terminer le cours hypoth�tique des �v�nements, le Tribunal f�d�ral est li� par les constatations cantonales, d�s lors qu'elles ne reposent pas exclusivement sur l'exp�rience de la vie, mais sur les faits �tablis par l'appr�ciation des preuves (ATF 115 II 440 consid. 5b p. 448 s., confirm� in ATF 116 II 480 consid. 3a p. 486). En l'esp�ce, la cour cantonale a constat�, en se fondant sur une expertise judiciaire, que, sans les lacunes r�p�t�es lors du contr�le des comptes, les d�tournements illicites n'auraient pas pu �tre op�r�s. Dans ces circonstances, l'existence du lien de causalit� ad�quate doit �tre tenue pour �tablie.
Le d�fendeur tente de se pr�valoir d'une rupture de ce lien, en invoquant les manquements du conseil d'administration de la demanderesse et de la fiduciaire.
La solidarit� diff�renci�e institu�e par l'art. 759 al. 1 CO ne s'oppose pas � ce que le comportement d'un responsable puisse, le cas �ch�ant, lib�rer son coresponsable solidaire s'il fait appara�tre comme inad�quate la relation de causalit� entre le comportement de ce dernier et le dommage (cf. ATF 112 II 138 consid. 4a). Il faut alors que la faute du tiers ou de la personne l�s�e soit si lourde et si d�raisonnable qu'elle rel�gue le manquement en cause � l'arri�re-plan, au point qu'il n'apparaisse plus comme la cause ad�quate du dommage (cf. ATF 123 III 306 consid. 5b p. 314; 116 II 422 consid. 3; 108 II 51 consid. 3 p. 54).
La jurisprudence se montre stricte quant � la r�alisation de ces exigences (Forstmoser, op. cit. , p. 67 no 180). Elle pr�cise clairement qu'une limitation (et, a fortiori, une lib�ration) de la responsabilit� fond�e sur la faute concurrente d'un tiers ne doit �tre admise qu'avec la plus grande retenue si l'on veut �viter que la protection du l�s� que vise, d'apr�s sa nature, la responsabilit� solidaire de plusieurs d�biteurs, ne soit rendue en grande partie illusoire (cf. ATF 127 III 257 consid. 6b p. 265; 112 II 138 consid. 4a p. 144).
Dans le cas d'esp�ce, le d�fendeur d�veloppe une argumentation appellatoire, faisant des comparaisons avec une autre affaire judiciaire, ce qui n'est pas admissible (cf.
ATF 127 III 257 consid. 5b in fine; 124 III 382 consid. 2b p. 386). Si l'on s'en tient aux faits constat�s dans le jugement entrepris (art. 63 al. 2 OJ), il appara�t que la demanderesse, par son d�faut de vigilance dans la remise de son sceau, et la fiduciaire, en raison du manque de surveillance de son employ�, n'ont certes pas eu un comportement exempt de tout reproche. La fiduciaire a du reste rapidement rembours� � la demanderesse pr�s d'un million de francs. En revanche, on ne voit pas qu'elles aient commis des manquements d'une gravit� telle qu'elle puisse interf�rer dans le lien de causalit� ad�quate entre le d�faut de v�rification de l'organe de contr�le et les pertes subies par la soci�t� � la suite des pr�l�vements indus, ce que le d�fendeur n'all�gue du reste m�me pas.
Dans ces circonstances, la cour cantonale n'a pas viol� le droit f�d�ral en consid�rant que le comportement du d�fendeur, envisag� en lui-m�me, remplissait les conditions de l'art. 754 aCO.
6.- Le d�fendeur soutient "qu'il y a prescription s'agissant des int�r�ts moratoires retenus pour les p�riodes les plus anciennes" durant lesquelles les d�tournements illicites ont eu lieu.
a) Il r�sulte de cette motivation, dont on peut se demander si elle r�pond aux exigences de l'art. 55 al. 1 let. c OJ, que le d�fendeur invoque la prescription non pas des int�r�ts moratoires, mais des int�r�ts compensatoires ou int�r�ts du dommage.
b) Contrairement � ce qu'il rel�ve, la cour cantonale s'est prononc�e sur l'exception de prescription invoqu�e devant elle, d�s lors qu'elle a indiqu� que l'int�r�t compensatoire n'�tait pas soumis � la prescription quinquennale de l'art. 128 ch. 1 CO, sous-entendant qu'elle ne consid�rait pas la pr�tention en d�coulant comme prescrite.
Cette conclusion n'appara�t pas contraire au droit f�d�ral. En effet, selon la jurisprudence, l'int�r�t qui se calcule � partir du moment o� l'�v�nement dommageable a d�ploy� des effets sur le plan financier est un �l�ment du dommage. Il court jusqu'� la r�paration du pr�judice et est qualifi� d'int�r�t compensatoire ou d'"int�r�t du dommage" (Schadenszins). Son but est de placer la personne qui peut pr�tendre � r�paration dans la situation qui aurait �t� la sienne si elle avait obtenu sa pr�tention au jour de l'acte illicite, respectivement des effets �conomiques de celui-ci (ATF 122 III 53 consid. 4a p. 54 et les r�f�rences cit�es).
Par sa nature, l'int�r�t compensatoire ne peut donc �tre assimil� � une redevance p�riodique au sens de l'art. 128 ch. 1 CO, mais il doit �tre assujetti aux r�gles de prescription applicables au dommage dont il fait partie int�grante. Or, en l'esp�ce, rien, dans le jugement attaqu�, ne permet de d�duire que les pr�tentions de la soci�t� en r�paration des montants soustraits illicitement par l'employ� de la fiduciaire auraient �t� prescrites, ce que l'organe de contr�le n'all�gue nullement.
7.- Le d�fendeur invoque un abus de droit. Il reproche � la soci�t� l�s�e d'agir contre l'organe de r�vision externe, alors qu'elle aurait pu et d� s'en prendre � la fiduciaire s'occupant de sa gestion, mais qu'elle y aurait renonc� en raison de ses liens avec cette derni�re.
Selon l'art. 2 al. 2 CC, l'abus manifeste d'un droit n'est pas prot�g� par la loi. Il convient d'examiner les circonstances concr�tes du cas d'esp�ce pour d�terminer l'existence d'un abus de droit (ATF 121 III 60 consid. 3d p. 63). Les cas typiques d'abus de droit sont l'absence d'int�r�t � l'exercice d'un droit, l'utilisation d'une institution juridique contrairement � son but, la disproportion manifeste des int�r�ts en pr�sence, l'exercice d'un droit sans m�nagement ou l'attitude contradictoire (cf. ATF 120 II 105 consid. 3a p. 108).
En l'occurrence, aucune de ces situations ne sont r�alis�es. Premi�rement, quels que soient les liens entre la fiduciaire et la demanderesse, c'est bien cette derni�re qui a subi un dommage, de sorte qu'elle a un int�r�t ind�niable � chercher � en obtenir r�paration. Deuxi�mement, le d�fendeur semble perdre de vue que la fiduciaire a vers� 975'000 fr. � la demanderesse, de sorte que l'on ne peut reprocher � la soci�t� de s'en prendre exclusivement � l'organe de gestion.
Troisi�mement, la condamnation du d�fendeur � payer une somme d'un peu plus de 150'000 fr., alors que les d�tournements ont port� au total sur un montant de 1'017'991, 65 fr. auquel s'ajoutent 204'138 fr. d'int�r�ts compensatoires, ne traduit pas une disproportion en d�faveur du d�fendeur. Enfin, rien n'indique que la demanderesse aurait exerc� ses droits sans m�nagement ou qu'elle ait adopt� une attitude contradictoire.
L'action en dommages-int�r�ts dirig�e contre le d�fendeur n'appara�t ainsi pas relever de l'art. 2 al. 2 CC.
8.- La responsabilit� de l'organe de contr�le �tant fond�e, il reste � se demander si la cour cantonale n'a pas viol� le droit f�d�ral en r�duisant d'un tiers les dommages-int�r�ts dus par le d�fendeur. Sur ce point, les deux parties critiquent le jugement entrepris (cf. supra consid. 3).
a) Pour fonder la r�duction contest�e, les juges ont pris en consid�ration deux �l�ments. Ils ont d'une part retenu une faute concomitante de la demanderesse, lui reprochant d'avoir confi�, sans aucune pr�caution ni instruction, son sceau � la fiduciaire, tout en ne pouvant ignorer que l'employ� charg� des t�ches de gestion disposait d'une trop large libert� de manoeuvre; d'autre part, ils ont tenu compte de la faible r�tribution du d�fendeur pour son mandat de contr�leur.
Celui-ci a ainsi �t� condamn� � verser les deuxtiers du solde des montants d�tourn�s qui s'�levait � 27'611 fr., � savoir 18'407 fr. Il a en outre �t� tenu de rembourser � la soci�t� les deux tiers de l'int�r�t compensatoire �valu� � 204'138 fr., soit 136'092 fr.
b) La demanderesse soutient que ce mode de calcul viole l'art. 51 CO. Se fondant sur l'ATF 93 II 329, elle pr�tend que la cour cantonale aurait d� calculer la r�duction li�e � sa faute additionnelle en partant du dommage total, soit de 1'017'991, 65 fr. En diminuant ce montant d'un tiers, le d�fendeur devrait lui rembourser au maximum 678'661, 10 fr.
Il aurait donc fallu le condamner au paiement de l'int�gralit� du solde du dommage et de l'int�r�t compensatoire.
Un tel raisonnement est non seulement contraire aux r�gles sur la r�partition du dommage, mais contrevient aussi aux calculs op�r�s dans l'arr�t susmentionn�.
M�me si le but de la solidarit� passive est d'am�liorer la situation du l�s� (cf. ATF 117 II 50 consid. 5b), la solidarit� diff�renci�e applicable en l'esp�ce ne saurait emp�cher le responsable recherch� d'obtenir une r�duction des dommages-int�r�ts dus si les conditions de l'art. 44 al. 1 CO sont r�alis�es (cf. B�ckli, op. cit. , no 2025). En outre, si, en mati�re de solidarit� parfaite ou imparfaite chacun des d�biteurs peut �tre recherch� pour le tout, lorsque l'un d'eux d�dommage le l�s�, il �teint la dette en partie et lib�re les autres jusqu'� concurrence de la portion �teinte (art. 147 al. 1 CO; cf. ATF 114 II 342 consid. 2b). Par cons�quent, le litige ne portait plus en l'esp�ce sur la totalit� de la perte initialement subie par la demanderesse, mais uniquement sur le solde non rembours� par les autres d�biteurs, soit sur 27'611 fr. plus 204'138 fr. d'int�r�ts compensatoires.
Il est donc logique que la r�duction ait �t� calcul�e en fonction de ces montants et non du dommage total.
Dans l'ATF 93 II 329 cit� par la demanderesse, le Tribunal f�d�ral a certes calcul� la r�duction d'un quart du dommage en raison de la faute du l�s� sur la base du montant total, mais, pour obtenir le montant final d� par le responsable solidaire, il y a encore ajout� 1/3 correspondant � la somme d�j� rembours�e par un autre d�biteur. Par cons�quent, la part de 5/12 mise � la charge du d�fendeur �quivalait au dommage total, soit 1 - [1/4 + 1/3] (ATF 93 II 329 consid. 7d p. 343). Ce mode de calcul, dont il n'y a pas lieu d'examiner ici le bien-fond�, serait en l'occurrence particuli�rement d�favorable � la demanderesse. En effet, sur un dommage total (y compris les int�r�ts compensatoires) de 1'222'129, 65 fr.
(1017'991, 65 fr. + 204'138 fr.), 990'380, 60 fr. ont d�j� �t� rembours�s, dont 975'000 fr. par la fiduciaire et 15'380, 60 fr. par l'employ� ind�licat, ce qui correspond � une proportion de 4/5. Si on y ajoute la r�duction de 1/3 prononc�e, on parvient � 17/15, soit � un montant exc�dant la somme � rembourser, de sorte que le d�fendeur ne devrait plus rien.
c) Les deux parties s'en prennent aux facteurs de r�duction retenus, � savoir la faute concomitante de la demanderesse et la faible r�mun�ration du d�fendeur.
Il ressort de l'art. 43 al. 1 CO, applicable par analogie en mati�re de responsabilit� contractuelle (art. 99 al. 3 CO), que le juge d�termine le mode ainsi que l'�tendue de la r�paration d'apr�s les circonstances et la gravit� de la faute. Selon l'art. 44 al. 1 CO, le juge peut r�duire les dommages-int�r�ts ou m�me n'en point allouer, notamment lorsque les faits dont la partie l�s�e est responsable ont contribu� � cr�er le dommage, � l'augmenter ou qu'ils ont aggrav� la situation du d�biteur. Cette disposition laisse au juge un large pouvoir d'appr�ciation (ATF 117 II 156 consid. 3a p. 159).
aa) La demanderesse tente en vain de d�montrer qu'elle n'a pas commis de faute, s'�cartant des faits constat�s dans le jugement entrepris. Comme le d�fendeur, elle cherche � se pr�valoir de la proc�dure ayant oppos� la fiduciaire � son assureur responsabilit� civile, ce qui n'est pas admissible (cf. supra consid. 5c). Si l'on s'en tient aux faits retenus, il appara�t que la demanderesse a confi� son sceau � la fiduciaire sans aucune pr�caution ni instruction, alors qu'elle ne pouvait ignorer que l'employ� qui en disposait jouissait d'une libert� de manoeuvre qualifi�e de trop large. Dans ces circonstances, on ne peut reprocher � la cour cantonale d'avoir admis que la soci�t� demanderesse avait adopt� un comportement fautif de nature � favoriser les agissements illicites de l'employ� en cause.
bb) Concernant la faible r�mun�ration de l'organe de contr�le, il ressort de la jurisprudence que la diligence � observer par le mandataire ne se mesure pas toujours selon des crit�res objectifs et que les exigences en ce domaine sont moins �lev�es en cas de mandat gratuit (cf. arr�t du Tribunal f�d�ral du 29 octobre 1997, partiellement publi� in SJ 1998 p. 198 consid. 4a in fine p. 202). Le Tribunal f�d�ral admet ainsi que la gratuit� peut constituer un facteur de limitation de la responsabilit� du mandataire, sous l'angle de l'art. 99 al. 2 CO (ATF 112 II 347 consid. 3b p. 355; 92 II 234 consid. 3d p. 242). La doctrine partage cet avis (cf.
Walter Fellmann, Commentaire bernois, art. 398 CO no 497; Rolf H. Weber, Commentaire bernois, art. 99 CO nos 138 et 146 ss; du m�me auteur, Commentaire b�lois, art. 398 CO no 23; Hugo Oser/Wilhelm Sch�nenberger, Commentaire zurichois, art. 398 CO no 1). Dans ce contexte, il �tait admissible de tenir compte de la faible r�mun�ration du d�fendeur lors de la fixation des dommages-int�r�ts.
Contrairement � ce que soutient la demanderesse, les crit�res de r�duction pris en consid�ration par la cour cantonale ne violent donc pas le droit f�d�ral. Sur cette base, les juges ont diminu� d'un tiers les dommages-int�r�ts dus par le d�fendeur. Celui-ci consid�re que cette r�partition lui est totalement d�favorable, mais sans invoquer d'�l�ment permettant d'en inf�rer que la cour cantonale aurait abus� du large pouvoir d'appr�ciation dont elle dispose en la mati�re.
Dans ces circonstances, tant le recours en r�forme de la demanderesse que celui du d�fendeur doivent �tre rejet�s et le jugement attaqu� confirm�.
9.- Compte tenu de l'issue du litige, un �molument judiciaire sera mis � la charge de chacune des deux parties (art. 156 al. 1 OJ) et celles-ci supporteront leurs propres d�pens (art. 159 al. 1 OJ).
1. Rejette les recours et confirme le jugement attaqu�;
2. Met un �molument judiciaire de 5'500 fr. � la charge du d�fendeur;
3. Met un �molument judiciaire de 5'000 fr. � la charge de la demanderesse;
4. Communique le pr�sent arr�t en copie aux mandataires des parties et � la IIe Cour civile du Tribunal cantonal valaisan.
Lausanne, le 12 juillet 2001 ECH