Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/afrique/maroc-4Berberes_ling.htm
Timestamp: 2018-05-20 12:20:31+00:00
Document Index: 325819997

Matched Legal Cases: ["l'article 5", "l'article 5", "l'article 115", "l'article 5", "l'article 2", "l'article 12"]

Maroc: (4) Droits linguistiques des berebérophones
à l'égard des berbérophones
1 La législation marocaine
La politique linguistique darabisation laisse peu de place à la berbérophonie, un euphémisme pour signifier que la visibilité de la langue amazighe est quasiment nulle. Les Berbères, qui constituent au moins 40 % de la population marocaine, appuient le gouvernement dans sa politique de pragmatisme et de cohabitation linguistique de l'arabe avec le français, mais larabisation est un couteau à deux tranchants, car elle se fait toujours aux dépens des Berbères. En ce sens, il ne faut pas se faire trop d'illusion sur l'implantation systématique de l'amazigh au Maroc. Depuis quelques années, le discours politique a commencé à changer, car il est difficile pour le gouvernement d'ignorer totalement les 40 % de berbérophones du Maroc. Certains faits laissent croire que les Berbères entendent bien ne pas laisser mourir leur langue. Cependant, les résistances des dirigeants marocains sont encore grandes à l'égard de l'amazigh et les préjugés, tenaces. C'est pourquoi la reconnaissance de ce que les autorités marocaines qualifient de «dimension amazighe» demeure strictement conjoncturelle et tactique, notamment avant les périodes électorales, afin de calmer les revendications berbères et d'amorcer en douce de nouvelles tactiques d'arabisation.
La Constitution de 2001 a apporté des dispositions particulières à l'égard de l'amazigh. D'abord dans le Préambule, en mentionnant ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie :
Mais c'est l'article 5 de la Constitution qui, pour un État arabe, peut surprendre le plus en instaurant une autre langue officielle, l'amazighe:
Toutefois, il faut constater que l'amazigh n'est pas officiel au même titre que l'arabe, puisqu'une hiérarchie est prévue entre les deux langues. En effet, «l'arabe demeure LA langue officielle de l'État», alors que l'amazighe «constitue aussi UNE langue officielle de l'État en tant que patrimoine commun à tous les Marocains». Pour en arriver à l'égalité des deux langues, du moins sur papier, il aurait fallu trouver dans le texte une formulation du genre: «L'arabe et l'amazigh sont les langues officielles de l'État.»
Le texte prévoit une loi organique afin d'encadrer et définir le processus de mise en œuvre du caractère officiel de l’amazigh, ainsi que «des modalités de son intégration dans l’enseignement et aux domaines prioritaires de la vie publique», et ce, afin «de lui permettre de remplir à terme sa fonction de langue officielle». Mais cette décision historique demeure encore dans l’attente d’être appliquée au moyen de la promulgation des lois organiques qui définiraient le cadre précis de l’intégration de la langue amazighe dans la vie publique.
Or, deux statuts différents d'officialisation, c'est difficile à appliquer dans la réalité. Cela signifie que, pour les berbérophones, le combat pour l'officialisation n'est peut-être pas terminé. Non seulement la fameuse loi organique, qui doit prévoir les mécanismes de la mise en œuvre de l'officialisation de l'amazigh, n'est pas encore adoptée, mais le processus demeure toujours figé et aucun initiative d'officialisation effective n’a été entreprise.
L'article 5 prévoit aussi la création d'un Conseil national des langues et de la culture marocaine, chargé notamment de la protection et du développement des langues arabe et amazighe et des diverses expressions culturelles marocaines:
Là encore, ce conseil n'a pas vu le jour.
Il faut comprendre que le processus et les modalités de mise en œuvre ne sont pas perçus de la même façon par les différents acteurs du mouvement amazigh, ainsi que les composantes de la société civile, les partis politiques et les décideurs qui détiennent les rênes du «pouvoir discrétionnaire» dans le domaine de la politique linguistique au Maroc. Il existe un discours traditionnaliste arabo-islamiste, mené par le parti de l’Istiqlal qui fut un fervent défenseur de la politique d’arabisation. Pour les tenants de cette idéologie, il faudra toujours accorder la préséance (la dominance) à l'arabe sur l'amazigh afin d'éviter les fractures identitaires tout en permettant la diversité culturelle. La reconnaissance officielle à valeur symbolique dans la Constitution de 2001 satisfait pleinement les partisans de ce courant de pensée.
On compte aussi un discours technocrate moderniste favorable au maintien de la langue française. La situation présente satisfait amplement les tenants de ce système de bilinguisme administratif. Il existe aussi une variante de ce courant qui vise l'atteinte d’un «équilibre linguistique» dans le cadre d’un partage du territoire entre la langue arabe et la langue française.
Enfin, les milieux nationalistes berbères proposent une approche égalitaire bilingue entre l'arabe et l'amazigh. Ce sera certainement plus difficile à atteindre. Le statut de l'amazigh risque d'être encore pour un temps plus symbolique qu'un authentique engagement du gouvernement en faveur du multilinguisme. D'un côté, la langue arabe est associée à la religion, à la culture, à l’éducation et aux mouvements de libération, donc au prestige social; de l'autre, la langue amazighe est synonyme de dévalorisation et de dénigrement sociale. Il sera difficile de revaloriser les langues berbères que leurs propres locuteurs ont été habitués à les considérer comme inférieures et qu’ils évitent souvent d’utiliser.
1.2 Les prémisses à la loi organique sur l'officialisation de l'amazigh
Il est vrai que l’officialisation de l’amazigh par la Constitution constitue un évènement historique au Maroc. Mais il faut que le gouvernement mette en place les mesures nécessaires afin de permettre l’application de cette décision. Il faut mettre en œuvre la fameuse loi organique relative au caractère officiel de l'amazigh et la loi relative à la création du Conseil national des langues et de la culture marocaine. Or, pour l'instant, rien ne bouge. L'État marocain marche sur des œufs et prend d'infinies précautions.
Toute proposition de loi touchant l'emploi de la langue amazighe devra mettre en œuvre des paramètre pour rendre effective son officialisation, et ce, dans tous les domaines de la vie publique.
- L'arabe et l'amazigh doivent être les deux langues officielles du Royaume.
- L'alphabet tifinagh doit être reconnu, alors que le tachelhit, le tarifit et le tamazight sont des variétés régionales de la langue amazighe.
- L'amazigh doit être intégré graduellement dans l'enseignement au Maroc durant une période ne dépassant pas cinq ans. Le texte devrait souligner le caractère obligatoire de cet enseignement dans tous les niveaux du système d'éducation, que ce soit au primaire, au secondaire et à l'université.
- Il semble tout aussi évident que l'amazigh soit utilisé et promu auprès des administrations publiques, ce qui doit inclure les municipalités, les partis politiques, les syndicats, les organisations professionnelles, etc., notamment lorsqu'il s'agit de s'adresser aux citoyens.
- L'emploi de la langue amazighe est tout aussi important dans les tribunaux et le système judiciaire. Tout citoyens devrait avoir le choix de sa langue devant le tribunal, alors que le juge devrait comprendre le justiciable sans interprète.
- Il devrait en être ainsi dans les entreprises privées, surtout lorsqu'elles s'adressent par écrit ou à l'oral aux citoyens, ce qui comprend les documents officiels, les formulaires, les avis, les annonces, la publicité, etc. .
- L'affichage public, incluant la signalisation routière, doit être disponible en amazigh, notamment là où sont concentrées les populations concernées, que ce soit dans les régions, les municipalités ou les villages.
- Les médias écrits et électroniques doivent répondre aux nécessités de la communication et des loisirs pour tous les citoyens berbérophones.
- Enfin, la législation doit abroger toutes les mesures interdisant l'emploi de l'amazigh.
Sans l'adoption de mesures minimales similaires pour rendre effective l'égalité de la langue amazighe et de la langue arabe, il est illusoire de croire que la situation va changer quoi que ce soit. Non seulement il faut que l'égalité commence par être juridique, il faut aussi que cette égalité se transpose dans la réalité.
En 2013, la loi organique portant concrétisation de l’officialisation de l’amazigh a été classée au 11e rang sur l’échelle des priorités du gouvernement. C'est à se demander si ceux qui ont rédigé la Constitution marocaine de 2011 n'avaient pas en l'esprit de gagner quelques années de plus en faveur de l'arabisation du fait que la loi organique d'officialisation servirait de paravent temporaire pour ne pas intervenir. C'est pourquoi les berbérophones réclament aujourd’hui avec force l'accélération de la mise en place de la loi organique définie par l'article 5 de la Constitution. Cependant, il n'existe pas trace de cette loi organique et aucun mécanisme n'est apparu pour incarner le désormais caractère officiel de la langue amazighe. Dans la situation actuelle, les langues maternelles que sont l'arabe marocain et l'amazigh, qui réfèrent directement à la spécificité culturelle et nationale des Marocains, sont banalisées et évincées en tant qu'éléments linguistiques en mesure de répondre aux attentes de la modernisation. Sur tous les fronts, les berbérophones marocains demandent à l'État d'afficher une réelle volonté pour intégrer la langue amazighe dans la vie publique.
Pourtant, l’égalité des Marocains prévue dans la Constitution ne doit pas être que symbolique. théorique. Elle doit être suivie du droit à la langue pour tous, que ce soit en matière de justice, de services publics ou d'éducation., afin que les droits des citoyens soient garantis dans les faits. La politique linguistique devrait adopter des mesures en faveur de l'inclusion de l'amazigh au sein des institutions administratives tout en lui allouant les fonds nécessaires. C'est du moins ce que devrait traduire la nouvelle loi organique qui se fait attendre.
1.3 La législation et l'état civil
L'état civil continue toujours d'être une question litigieuse au Maroc, surtout pour les Berbères. En 1996, le dahir n° 1-96-97 du 2 août 1996 prescrivait que le «le prénom à inscrire sur le registre de l’état civil doit présenter un caractère traditionnel marocain» et que ce prénom «ne doit pas être d’origine étrangère». De plus, «le prénom ne pourra pas faire référence au nom d’une ville, d’un village ou d’une tribu. Il ne doit pas non plus porter atteinte à la morale ou à l’ordre public». Or, il appert que ces prénoms d’origine marocaine sont exclusivement arabes et non berbères.
Il est institué un livret de famille d'état civil rédigé en langue arabe avec transcription en caractère latins des prénom, nom, lieu de naissance et noms des parents à côté de leur transcription en lettres arabes. Ce livret est délivré à l'époux marocain inscrit à l'état civil par l'officier de l'état civil de son lieu de naissance s'il ne possède pas de livret d'identité et d'état civil, après mention de son acte de mariage ou du document attestant son mariage sur son acte de naissance et après ouverture d'un dossier de famille qui sera tenu au bureau. La forme et le contenu du livret de famille seront fixés par voie réglementaire. [...]
Évidemment, les associations culturelles berbères ont vivement protesté contre cette loi et ont dénoncé l'injustice flagrante imposée à la culture berbère, car la loi force les berbérophones à n'utiliser que des prénoms arabes approuvés par le gouvernement marocain. C'est pourquoi l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) a publié Le petit livre des prénoms amazighes: c'est une liste de près de 440 prénoms amazighes destinée à accompagner les parents dans l'attribution du nom de leurs enfants. De nombreux berbérophones demandent l’annulation immédiate des directives du ministère de l’Intérieur établissant une liste des prénoms acceptables par les services municipaux privant ainsi les Berbères de donner à leurs enfants des prénoms amazighs (berbères) et qui ne figurent, bien entendu, pas dans la liste du ministère de l’Intérieur qui suggère des prénoms arabo-musulmans.
Pour plusieurs, il s'agit là d'un acte discriminatoire constituant une violation à la Déclaration des droits de l’Homme dont le Royaume du Maroc est signataire aux côtés de l’Union européenne, qui lui a accordé en contrepartie «un statut avancé» le 13 octobre 2008 (que Rabat réclamait depuis 2004). L'un des résultats est un renforcement des relations entre le royaume chérifien et les 27 pays membres de l'Union européenne: au plan politique, ce «statut avancé» prévoit l'organisation de sommets réguliers UE-Maroc et la participation du Maroc aux opérations européennes de gestion de crise.
1.4 La législation en éducation
En 1995, grâce à laide de la Banque mondiale, le gouvernement marocain avait formé une commission pour travailler à la réforme de l'ensemble du système d'éducation et envisager la possibilité denseigner le berbère (amazigh) dans les établissements d'enseignement. Mais la commission na jamais fait appel à des spécialistes berbères; elle a même recommandé le maintien de l'arabisation totale de l'enseignement.
C'est ce qui explique que, jusqu'à récemment, lenseignement du berbère demeurait interdit. Par ailleurs, nombreux étaient les Marocains, tant arabophones que berbérophones, qui affirmaient que, quoi qu'il en soit, il y avait pénurie d'enseignants qualifiés pour cet enseignement et qu’il n’existait pas de matériel pédagogique en berbère.
Puis il y a eu en 1999 l'adoption de la Charte nationale d'éducation et de formation (CNEF). L'article 115 de cette loi autorisait l'enseignement du «tamazight»:
Il faut d'abord remarquer le titre de l'article 115: Ouverture sur le tamazight. En posant le problème en terme d'ouverture, le législateur considère par le fait même que l'amazigh constitue une exception dans le système; il y a aussi une attitude de condescendance dans ce mot d'«ouverture», comme s'il s'agissait d'un geste paternaliste de rapprochement à l'égard des indigènes berbères.
Retenons aussi le libellé de cet article : les autorités pédagogiques peuvent prendre l'initiative d'utiliser la langue amazighe ou tout dialecte local dans le but de faciliter l’apprentissage de la langue officielle, donc l'arabe classique, au préscolaire et au premier cycle de l’école primaire. Au moment de la rédaction de la Charte (CNEF), le législateur avait l'impression de faire preuve d'une concession considérable. Non seulement la loi n'affirme pas que l'amazigh serait enseigné, mais qu'il doit servir avant tout à faciliter l'apprentissage de la langue arabe. Autrement dit, c'est comme de poursuivre «l'arabisation en amazigh».
De plus, cet enseignement serait limité aux classes du premier cycle de l’école primaire. Cette introduction de l'amazigh dans le système d'éducation ne peut être perçue comme une reconnaissance de la langue minoritaire. Si c'était le cas, l'enseignement de l'amazigh s'appliquerait à l'ensemble des niveaux scolaires.
Bref, à partir de 2003, les autorités pédagogiques régionales pouvaient, «si besoin est», prévoir des consignes sur l'enseignement de l'amazigh «comme outil d'enseignement». La loi accorde donc la prérogative de la décision de l'enseignement de la langue amazighe aux «autorités pédagogiques régionales», c'est-à-dire les académies et les délégations du ministère de l'Éducation nationale (MEN). Les objectifs pédagogiques visent, pour le moment, l'assimilation linguistique à l'arabe. Cependant, l'enseignement de l'amazigh peut être autorisé «comme matière» à raison de trois heures par semaine. >En fait, ce sont les forces conservatrices arabisantes et islamistes qui ont réussi à imposer leur vision réductrice en privant la langue amazighe du soutien institutionnel qu'aurait pu lui apporter, avec un peu de bonne volonté, la Charte nationale d'éducation et de formation.
1.5 L'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM)
C’est avec la promulgation en 2001 du dahir n° 1-01-299 portant création de l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) qu'a commencé la reconnaissance officielle de l’amazighité du Maroc. C'était une reconnaissance qui ne répondait que partiellement aux attentes des militants amazighes qui désiraient passer du statut de fait informel à un statut de jure, lequel serait censé garantir à l'amazigh la protection juridique nécessaire à son épanouissement dans tous les domaines de la vie publique. Sans satisfaire entièrement les attentes du mouvement amazigh, la création de l’IRCAM constituait à l'époque un acquis considérable pour les berbérophones qui se sont vu accorder une institution scientifique pour favoriser la recherche sur tous les aspects de leur langue et de leur culture. L'article 3 du dahir n° 1-01-299 portant création de l'Institut royal de la culture amazighe:
- La production des outils didactiques nécessaires à cette fin, et l'élaboration de lexiques généraux et de dictionnaires spécialisés,
- L'élaboration des plans d'actions pédagogiques dans l'enseignement général et dans la partie des programmes relative aux affaires locales et à la vie régionale,
Un budget de sept millions de dollars a été alloué à l’IRCAM afin de «sauvegarder et […] promouvoir la langue et la culture amazighes dans toutes ses formes et expressions» (IRCAM, 2008). Selon l'IRCAM), les langues arabe et amazighe devraient être traitées sur un même pied d'égalité, dans le cadre d'une approche globale tenant en compte la diversité linguistique et culturelle au Maroc, conformément aux dispositions de la nouvelle Constitution de 2011.
La création de l'IRCA est une arme à deux tranchants. D'une part, cette institution favorise la recherche universitaire, d'autre part, elle réduit le berbère à un objet d’érudition déconnectée de la société. L’État marocain procède ainsi à une reconnaissance résolument «folklorique» de la langue amazighe.
1.6 L'écriture tifinaghe
Le roi Mohammed VI a donné son approbation à la proposition de l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) concernant l’adoption de la graphie tifinaghe (tifinak ou tifinar) pour l’enseignement de l’amazigh dans ses trois variétés (tarifit, tamazight et tachelhit). C'est en février 2003 que le Conseil d’administration de l’IRCAM a décidé de choisir le tifinagh parmi trois types d'alphabets candidats (le tifinagh, le latin et l'arabe) comme graphie à adopter pour enseigner l’amazighe dans les écoles primaires. Accueilli positivement par la majorité écrasante des composantes du Mouvement culturel amazighe, ce choix semble avoir mis fin à un débat houleux et polémique visant «à priver la langue amazighe de sa propre écriture».
Les réactions furent vives au point où l'on a parlé de «guerre des graphies». Les partisans des caractères arabes souhaitaient voir s’inscrire l’amazigh dans le contexte arabo-musulman national. Les tenants de la graphie latine, pour leur part, prônaient une ouverture sur la culture universelle et moderne. Quant à la graphie tifinaghe, elle était considérée comme l'incarnation d'une certaine neutralité, tout en conservant une dimension historique authentique. Le choix officiel de la graphie tifinaghe fut très politisé. À l’heure actuelle, la totalité des travaux universitaires relatifs à la langue berbère ont été menés sur la base de la transcription latine.
L’alphabet tifinagh comporte 33 lettres et ne représente aucune des données phoniques d’aucun parler particulier (tarifit, tamazight et tachelhit), car il est conçu pour écrire l’amazigh standard. La particularité de cet alphabet est de neutraliser dans la langue écrite les traits phonétiques à caractère particulier. Le sens de la lecture et l’écriture tifinaghe est orienté vers la droite. En ce qui a trait à cet alphabet, on peut visiter le site de Monde berbère.com en cliquant ICI, s.v.p.
Toutefois, les Berbères ne sont pas tous d'accord sur la graphie tifinaghe, laquelle est à base d'alphabet arabe. Ainsi, l'Association tamazgha accuse l'IRCAM de «complot visant à freiner l'usage de la graphie gréco-latine largement diffusée». Il s'agirait d'une «stratégie pour propulser l'usage de la graphie arabe, en vue de l'imposer par l'usage».
Dans un contexte où l'arabisation est une affaire d'État et où l'amazighe a longtemps été combattu par l'État, l'usage de la graphie arabe jouerait en faveur de l'arabisation. Pour l'Association Tamazgha, il ne faudrait pas voir dans l'adoption de la graphie tifinaghe un geste en faveur de l'amazighe. Pour certains, le choix de la graphie tifinaghe aurait pour principal effet de retarder, voire compromettre l’introduction de la langue berbère dans le système d'éducation, puisque, répétons-le, la grande majorité des travaux universitaires relatifs à la langue berbère ont été menés sur la base de la transcription latine. Rappelons que l'écriture tifinaghe est vieille de trois mille ans et qu'elle a été utilisée pour des besoins décoratifs et artistiques en Égypte, au Niger, au Mali, au Burkina Faso et aux îles Canaries.
2 L'enseignement minoritaire de l'amazigh
En 2003, l’Institut royal de la culture amazighe et le ministre de l’Éducation nationale se sont entendus pour définir le cadre général de coopération entre les deux institutions et la signature d’une entente globale concernant l’intégration de l’amazigh dans le système d'éducation. Une commission mixte, chargée de traiter les aspects pédagogiques et techniques de cet enseignement, a été instituée. Par la suite, certaines mesures ont été prises, notamment :
1) commencer l’enseignement de l'amazigh dans la première année du primaire à partir de septembre 2003, au sein d’un échantillon d’écoles;
2) préparer un plan de formation fixant les programmes et les méthodes d'encadrement à l'intention des enseignants, des directeurs et des inspecteurs;
3) préparer le programme de l'amazigh pour les différents niveaux et cycles éducatifs;
4) réaliser une étude de terrain dans les écoles, faisant partie de l’échantillon, qui commenceront à enseigner l’amazigh, dans le but de définir les compétences des enseignants, leurs besoins et leur degré de motivation;
5) préparer les outils didactiques nécessaires à la réalisation d’un enseignement moderne pour l’amazigh.
La généralisation dans l'enseignement était prévue pour 2013; même les arabophones devraient recevoir un enseignement de cette langue en raison de trois heures hebdomadaires. Du moins, c'est que prévoyait le Guide de l’enseignement de la langue amazighe, élaboré en 2003.
De plus, selon la direction de l'Institut royal de la culture amazighe, voici ce qui s'est passé en principe dès la rentrée scolaire de 2003:
- l'amazigh fait partie officiellement des programmes du ministère de l'Éducation nationale;
- l'amazigh est enseigné en tant que matière;
- l'amazigh fait l’objet d’une évaluation comptant pour les examens;
- l'amazigh bénéficie de la supervision pédagogique;
- l'amazigh est généralisé à l’ensemble de la population scolaire, élèves amazighophones comme arabophones, dans le milieu rural et le milieu urbain;
- l'amazigh est offert à tous les niveaux du primaire;
- l'amazigh bénéficie de mesures de normalisation et de standardisation progressives.
De plus, quelque 5000 enseignants et 300 inspecteurs auraient suivi des cours de formation en langue amazighe, ce qui devait permettre d'augmenter le nombre des élèves de 500 000 à un million par année. Du moins c'est ce que qu'avait prévu et croyait le ministère de l'Éducation nationale. Cependant, la réalité a contredit tous ces bons vœux.
2.1 Entre le rêve et la réalité
En 2010, Mme Latifa Labida, secrétaire d’État chargée de l’enseignement scolaire, affirmait : «Le nombre d’établissements qui enseignent la langue amazighe s’élève à près de 4000 et les bénéficiaires, au titre de l’actuelle rentrée scolaire, à quelque 600 000 élèves.» Cependant, l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) et l’Observatoire amazigh des droits et des libertés ont ausstôt mis en doutent cette affirmation officielle.
Un chercheur auprès du Centre pédagogique et didactique de l’IRCAM, Khalafi Abdeslam, considère que la généralisation de l'amazigh parait difficile à atteindre, pour ne pas dire impossible : «À prendre en considération le rythme actuel de développement de l’enseignement de l’amazigh de 1,5 %, il nous faudra encore 70 ans pour généraliser la langue amazighe au moins au niveau primaire.» C'est pourquoi M. Khalafi Abdeslam croit qu'on est loin de la coupe aux lèvres dans la généralisation effective de l’enseignement de l’amazigh. Ainsi, sept ans après son lancement par le roi, l'enseignement de l'amazigh (et ses variétés) demeure encore absent des collèges et des lycées, alors que sa généralisation était prévue pour 2010. Cette année-là, l'enseignement de l'amazigh n'atteignait que 14 % des élèves du primaire. Dans la situation actuelle, il est clair que l'introduction de l'amazigh à l'école primaire ne constitue qu'un moyen pédagogique destiné à mieux enseigner l'arabe par la suite aux enfants berbérophones. Évidemment, la réforme de l’enseignement supérieur ne réserve aucune place à l’amazigh dans les universités. La réalité est que le ministère de l'Éducation nationale n'a rien fait depuis 2003 pour améliorer la situation de la langue amazighe dans les écoles.
C'est pourquoi l’IRCAM recommandait en juillet 2010 que l'enseignement de l'amazigh devienne obligatoire, et qu'il soit généralisé sur tous les niveaux et dans toutes les régions du Maroc, et pour tous les Marocains. L'Institut recommandait aussi de standardiser la langue amazighe avec son alphabet tifinagh. Au besoin, il conviendrait même d'enseigner les variétés berbères dans certaines régions au lieu de l'amazigh normalisé. De plus, le gouvernement marocain devrait procéder à une refonte sérieuse des programmes d'histoire en vigueur dans les établissements d'enseignement. On accuse les programmes actuels de falsifier l'histoire du Maroc, en éliminant toute allusion à la berbérité. L'IRCAM estime que l’origine de cette marginalisation de l'amazigh se trouve dans l’histoire du nationalisme marocain qui cherche dans l’arabisme sa patrie de référence identitaire. Bref, malgré les différentes circulaires ministérielles concernant l'amazigh, cet enseignement se trouve présentement en situation de blocage total.
2.2 Une multitude de problèmes
Il est vrai que l'enseignement de l'amazigh s'est heurté à plusieurs difficultés. Cet enseignement a dû et doit encore faire face à une multitude de problèmes, qui sont le résultat d’une introduction précipitée dans des conditions défavorables à son enseignement. Le bilan de l'enseignement de l'amazighe paraît très négatif, sinon catastrophique, car non seulement cet enseignement a pris du retard, mais dans certaines régions il est même en recul.
- Une matière facultative
Le premier problème vient du fait que la Charte nationale d'éducation et de formation (CNEF) de 1999 ne prévoyait pas de caractère obligatoire dans l'enseignement de la langue amazighe. En effet, l'amazigh ne constitue pas une langue d'enseignement, mais est une matière d'enseignement d'une durée de trois heures/semaine.
- Le confinement au premier cycle
Le fait que l'enseignement de l'amazigh reste confiné au premier cycle de l’école primaire ne correspond guère une reconnaissance réelle de cette langue. Pire, selon l’IRCAM, la langue soit que l'amazigh n’y est pas enseignée du tout, soit qu'elle est enseignée uniquement au niveau de la première et de la deuxième année, soit qu'elle est enseignée de façon interrompue. Au Maroc, l'enseignement de l'amazigh correspond en fait à «l'éducation bilingue» telle qu'elle est pratiquée aux États-Unis pour les nouveaux immigrants. Il s'agit d'une phase de transition, strictement temporaire (trois ans), destinée à alphabétiser les minorités dans leur langue avant de passer à l'anglais ou, dans ce cas du Maroc, à l'arabe.
Peu d'enseignants sont vraiment qualifiés pour enseigner l'amazigh. Beaucoup n'ont comme formation initiale que la connaissance de leur langue maternelle. Or, pratiquer une langue ne suffit pas toujours pour l'enseigner. La plupart des enseignants ne bénéficient d'aucune formation pédagogique, ce qui diminue considérablement leurs compétences dans l'enseignement. Le pire, c'est que la direction scolaire fait souvent appel à des arabophones pour enseigner l'amazigh qui constitue pour eux une langue plus étrangère et plus exotique que le français. On peut se demander comment peut-on enseigner une langue qu’on ignore? De plus, nombreux sont ceux parmi les enseignants arabophones qui n'ont que du mépris pour la langue amazighe. Dans ces conditions, l'enseignement de l'amazigh par des arabophones qui ne connaissent même pas cette langue ne peut conduire qu'à un échec. Enfin, l'IRCAM signale aussi l’absence totale des centres régionaux de formation des enseignants. En effet, dans chaque région, il faudrait des centres spécialisés avec des inspecteurs bénéficiant d'une véritable formation et des départements de langue et de culture amazighes.
- La non-collaboration des cadres
Selon l'IRCAM, les cadres scolaires feraient en sorte de mettre en échec toute possibilité d’un enseignement acceptable et viable de l’amazigh. De nombreux directeurs d'école, généralement des arabophones, n'hésitent pas à refuser l’enseignement de l'amazigh dans leur établissement. Ou bien ils réduisent considérablement les heures qui lui sont consacrées. Rappelons que beaucoup d'arabophones méprisent ouvertement l'amazigh, une langue perçue par eux comme «primitive».
Les manuels scolaires pour l'enseignement de l'amazigh sont en nombre insuffisant. En réalité, les manuels sont généralement introuvables sur le marché, faute d'être distribués. Quand les livres publiés par l'IRCAM finissent par arriver entre les mains des élèves, ils paraissent généralement déconnectés de la vie réelle. On reproche à ces manuels d'être rédigés dans une langue coupée de la pratique des locuteurs, une langue artificielle et déphasée par comparaison à celle qui est parlée dans la vie quotidienne. Les manuels publiés ne semblent pas s'inscrire dans un processus pédagogique destiné à rendre la langue vivante, mais plutôt une langue fabriquée à partir de textes bricolés à la sauvette.
- L'alphabet tifinagh
Non seulement, la langue berbère n'est pas uniformisée, mais l'écriture ne l'est guère plus. En effet, l'alphabet utilisé par les berbérophones est complexe et fragmenté en trois types d'écriture : l'alphabet latin, l'alphabet arabe et l'alphabet tifinagh. Au Maroc, on a choisi le tifinagh. Pour beaucoup de berbérophones, le choix de l'alphabet tifinagh dans l'enseignement de l'amazigh constituerait une difficulté supplémentaire. Compte tenu que les élèves marocains apprennent déjà deux alphabets, soit l'alphabet arabe pour l'arabe, soit l'alphabet latin pour le français, l'un des deux aurait pu être adopté pour l’écriture de l'amazigh. Faire apprendre trois alphabets presque simultanément à de jeunes enfants ne rend pas l'école facile. Selon certains enseignants, l’État marocain aurait choisi sciemment une graphie singulière qui avait pour objectif inavoué de figer la langue dans un courant traditionaliste sous prétexte d'un attachement affectif au passé.
- Le manque flagrant de volonté politique
Pour l’IRCAM, le ministère de l'Éducation nationale ne favorise guère l'enseignement de l'amazigh. Par exemple, en septembre 2005, les représentants du mouvement amazigh se sont sentis indignés par les propos tenus par Abbas El Fassi, le secrétaire général du Parti de l’Istiqlal — un parti politique marocain, fondé sur le nationalisme et le conservatisme — qui a déclaré que son parti «militera pour que l'amazigh ne soit pas une langue officielle». En somme, tout porte à croire que les discours officiels prétendument favorables à la berbérité ne sont bien souvent que de la poudre aux yeux, car la réalité ne concorde pas avec les beaux discours. La politique marocaine en éducation n'a pas encore réussi à se départir de l'exclusion, de la répression, de la négation, de la falsification des faits historiques et de l'aliénation des esprits.
La loi organique relative à la mise en œuvre de l'officialisation tarde à venir, alors qu'elle est annoncée dans la Constitution depuis 2011, et son absence sert toujours d'alibi à certains politiques amazighophobes, pour tout bloquer et continuer à écarter ce «vilain dossier» de la scène politique. Un réelle reconnaissance supposerait un enseignement de l'amazigh à tous les niveaux scolaires, de la maternelle jusqu'à la fin du secondaire, avec deux systèmes d'éducation parallèles, l'un pour les arabophones, l'autre pour les berbérophones. On est loin du compte au Maroc qui ne semble pas même pas traiter sa population berbérophone comme une minorité nationale, mais plutôt comme si celle-ci était constituée d'apatrides ou d'étrangers dans son propre pays.
Pour sortir de cette situation sans issue, il faudrait le plus tôt possible actualiser les autres textes juridiques afin de les harmoniser avec les exigences de la Constitution de 2011, sans oublier de leur mise en application aux niveaux national, régional, provincial et local, et de garantir les ressources humaines qualifiées (enseignants, inspecteurs et formateurs), ce qui inclut une augmentation des budgets alloués à l'éducation. Bref, il y a encore beaucoup de travail à faire.
3 Les médias berbères
Selon le classement 2007 de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse, le Maroc se situerait 136e rang sur 169 pays évalués. Bien que la liberté de presse soit reconnue, le journalistes doivent pratiquer l'autocensure sur certains sujets délicats tels le roi, sa famille, la politique marocaine concernant le Sahara occidental, la corruption au sein du gouvernement, les relations militaires avec les États-Unis, etc.
3.1 La presse écrite
D'après le Rapport du Maroc devant le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale de l'ONU (CERD/C/430/Add.1. du 10 juin 2002), il existerait au moins 11 journaux publiés en langue berbère. Dans les faits, seuls deux ou trois journaux paraissent de façon plus ou moins régulière en berbère. Il s’agit du Monde amazigh (deux fois par mois), de Agraw Amazigh (mensuel) et de Twiza (mensuel).
Il y a aussi quelques autres titres, dont des revues à faible tirage, qui paraissent de façon très irrégulière en raison du manque de moyens financiers. Les rares journaux qui paraissent en amazigh ne bénéficient d'aucune aide financière de l'État, alors que des moyens considérables sont requis pour le soutien de la presse arabophone.
Il existe une revue scientifique publiée par l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM): asinag-Asinag. Le terme asinag est un néologisme dérivé signifiant «institut de recherche». La revue est dédiée à la promotion de la recherche dans le domaine amazighe, sans a priori théorique ni méthodologique. Malheureusement, cette revue ne touche que quelques milliers d'individus.
En ce qui a trait à la radio, le Maroc émet dans l'une des stations nationales une douzaine d'heures en berbère, soit quatre heures pour ce qu'on appelle des «dialectes» : le tachelhit, le tamazight et le tarifit. Les informations diffusées sont strictement encadrées. La musique et les chants berbères sont limités au folklore des années 1950, alors que toute allusion à des revendications culturelles berbères est rigoureusement interdite. En réalité, la radio marocaine continue de diffuser ses programmes sur la base d'un «système des dialectes» instauré par les Français en 1938. L’Institut supérieur d’information, qui forme les journalistes marocains, ne dispose pas de service spécialisé en amazigh, en dépit de l’existence de radio dans cette langue. Soulignons aussi que la radio amazighe n'est diffusée que sur ondes courtes avec le résultat qu'elle n’est pas accessible sur tout le territoire marocain. De plus, les employés de la radio amazighe sont payés moins cher que leurs collègues travaillant pour les services en arabe, en français, en espagnol ou en anglais. Quant à la radio nationale amazighe, elle n’est toujours pas captée sur l’ensemble du territoire et les autres radios publiques ou privées ne prennent aucunement en compte la diversité culturelle et linguistique du Maroc.
À la télévision, depuis le milieu des années 1980, la Radiotélévision marocaine (RTM) consacre dix minutes de diffusion en amazigh par jour, soit de trois à quatre minutes pour chacun des trois dialectes berbères, sur la première chaîne publique. Ces émissions consistent en des résumés en amazigh des programmes nationaux, tout en respectant le cadre identitaire d’un Maroc arabe et musulman. Ces quelques minutes consacrées par la télévision nationale dans la langue amazighe ne correspondent guère aux attentes des populations berbérophones en matière de droit d'accès aux médias. Le lancement de la télévision amazighe est certainement un acquis, mais celle-ci doit se contenter de programmes pauvres en budget, qui se déroulent généralement dans les studios et ne garantissent aucune accession terrestre pour une grande partie du public qui n’a ni parabole ni TNT. À ces défaillances s’ajoute le fait qu’on assiste à une diminution du pourcentage de diffusion de programme de culture ou de langue amazigh sur les chaînes 1 et 2, alors que les cahiers des charges précisent pourtant que 30 % des émissions doivent être en langue amazighe, un contrat qui n’a jamais été respecté. Le peu d’émissions en amazigh émis sur ces chaines est programmé à des heures de faible audience. Le gouvernement marocain doit créer une chaîne de télévision ainsi que des radios locales et régionales en langue berbère.
Les Berbères devraient bénéficier des médias publics au même titre que les autres citoyens marocains; ils paient les mêmes impôts et les mêmes taxes. Dans les circonstances présentes, on ne voit pas comment la reconnaissance politique et juridique du berbère peut se concrétiser. De plus, ni les instances administratives concernées ni les premiers intéressés par la berbérophonie ne se sont engagés dans une mise en œuvre qui traduise, dans les faits, cette reconnaissance.
4 Les revendications des associations berbères
Les associations berbères se sont multipliées au Maroc et la langue berbère (amazighe), totalement ignorée dans les dernières décennies, est de plus en plus utilisée dans la vie sociale. Ainsi, dans les zones berbérophones, les fonctionnaires marocains peuvent  ce nest pas obligatoire  communiquer en lune ou lautre des langues berbères, notamment en tachelhit, en tamazight ou en tarifit. Évidemment, les associations berbères ne dépendent pas de la politique gouvernementale, mais elles peuvent influencer celle-ci par des moyens de pression.
Au nombre de ces associations, mentionnons l'Association Tafsut (Agadir), l'Association recherche culturelle et éducative (Agadir), l'Association Douar Aourir (Agadir), l'Association Tiwitza tagadirt aabadu (Agadir), l'Association culturelle Azekka (Azilal), l'Association Tamesna (Casablanca), l'Association culturelle Souss (Casablanca), l'Association Tizi (El Hajeb), l'Assosiation Tidukla (El Jadida), l'Association Asafar (Errachidia), l'Association culturelle Asirem (Errachidia), etc.; il y en a des dizaines du genre. Beaucoup d'associations ont leur siège sociale en France: le Mouvement culturel Berbère-France, le Collectif culturel berbère, l'Annuaire berbère, Asaru, l'Union des femmes pour la culture berbère, Espace franco-berbère de Creteil-Azul, Arbalou à la rencontre des Berbères de l'Atlas, l'Association des chrétiens originaires de Kabylie et leurs amis, la Fédération des associations berbères, la Maison de Kabylie, le Mouvement culturel berbère, l'Association Tamazgha, l'Association berbère de Montréal, l'Association socioculturelle «Le printemps amazigh», etc. Il existe également des associations berbères dans d'autres pays.
L’ensemble du système administratif et politique marocain est largement dominé par la langue arabe. Quant au système judiciaire, il est entièrement arabisé, notamment depuis un dahir de 1965. La toponymie n'est pas à l'abri de la politique d'arabisation du Maroc. Ainsi, plusieurs toponymes berbères ont subi des déformations en leur donnant des formes arabes, voire en les arabisant totalement. Par exemple, Ifni est devenu Sidi Ifni; Askourene > Sekkoura; Tadla > Qasba Tadla; Tazagourt > Zagoura; Aharmemou > Ribat elkheir; Imteghren > Errachidia, etc. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le gouvernement marocain devrait veiller à ce que les responsables au sein de l'Administration cessent de déformer ou d'arabiser de façon autoritaire les toponymes berbères.
En 1991, la Charte d'Agadir relative aux droits linguistiques et culturels constituait la première déclaration nationale du Mouvement culturel d’Agadir en appelant à «une politique linguistique et culturelle démocratique fondée sur la reconnaissance et le respect des droits linguistiques et culturels légitimes de l’ensemble des composantes du peuple marocain (dans la perspective) de l’édification de la culture nationale démocratique». La Charte formulait des revendications minimales, dont la première consistait à réviser la Constitution dans le sens de la reconnaissance du «caractère national de la langue tamazight à côté de la langue arabe». On sait que cette revendication a été satisfaite, du moins sur papier lors de la Constitution de 2011. On aurait intérêt à consulter la Charte d'Agadir relative aux droits linguistiques et culturels. Cette charte est le fruit d'une réflexion collective qui a marqué ce débat; elle se propose comme une contribution au projet global de l'édification de la culture nationale démocratique.
Il y eut aussi le Manifeste berbère de 2000. Celui-ci a été rédigé par Mohammed Chafik, l'une des grandes personnalités du mouvement culturel berbère. Il est membre de l’Académie royale du Maroc et un ancien recteur de l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM). Largement diffusé, ce document historique expliquait clairement les sept revendications importantes du Mouvement culturel amazigh :
Suivent 229 signatures d'universitaires, d'écrivains, de poètes, d'artistes, d'industriels, et de cadres. Pare la suite, le manifeste fut signé par un million de partisans pour la cause amazighe, ce qui prouve que Mohammed Chafik était un rassembleur au sein du Mouvement culturel amazigh.
5 Le point de vue des Nations unies
Lors de sa 62e session de mars 2003, le Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale, recommandait au gouvernement marocain de fournir des informations sur la composition ethnique de la population et d'inclure des statistiques sur les poursuites judiciaires intentées, et sur les peines infligées dans les cas d’infractions relatives à la discrimination raciale. Le Comité invitait le Maroc à reconsidérer la situation des Berbères à la lumière des accords internationaux relatifs aux droits de l’Homme, en vue de garantir aux membres de cette communauté l’exercice de leurs droits à leur propre culture et à l’usage de leur langue maternelle, et de préserver et développer leur identité.
Tout en prenant acte des réponses fournies par la délégation, le Comité souhaitait que le Maroc prenne les mesures appropriées afin que la pratique administrative interdisant l’inscription au registre de l’état civil des prénoms amazighs soit abandonnée. Le Comité recommandait également que des émissions plus nombreuses en langue amazighe figurent dans les programmes des médias publics.
En 2006, le Comité des Nations unies pour les droits économiques, sociaux et culturels a publié le 22 mai ses observations finales faisant suite à l’examen du rapport périodique du Maroc sur l’application du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Le Comité a exprimé ses inquiétudes quant au droit à un niveau de vie suffisant dans un pays où 17% de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté et 70% des pauvres habitent dans les zones rurales sans aucune couverture sociale. Les inégalités entre ruraux et urbains mais également entre filles et garçons dans l’accès à l’éducation ont également été soulevées par le Comité qui appelle l’État marocain à prendre les mesures nécessaires pour « atteindre l’égalité dans le domaine de l’enseignement».
6 La loi sur l'amazighe de 2016
En septembre 2016, un important projet de loi a été adopté par le Parlement marocain. Cette nouvelle loi marque la fin de la réforme constitutionnelle lancée par le roi Mohammed VI en 2011, lors du «Printemps arabe». Dans l'exposé des motifs du projet de loi, qui compte 35 articles, le texte mentionne que «ce projet de loi entre dans le cadre de la mise en œuvre de l'article 5 de la Constitution», qui énonce que le «tamazighe constitue une langue officielle de l’État, en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception», et qu'une «loi organique définit le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue, ainsi que les modalités de son intégration dans l’enseignement et aux domaines prioritaires de la vie publique, et ce afin de lui permettre de remplir à terme sa fonction de langue officielle». Malheureusement, la loi n'est pas encore disponible.
6.1 Les variantes locales prises en compte
Dans son article premier, le projet de loi définit l'amazighe comme la totalité des «dialectes parlés dans les différentes régions du royaume», ainsi que «la production linguistique et lexicale amazighe émise par les institutions compétentes», en tête desquels l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM).
L'article 2 indique que l'État «œuvre par tous les moyens nécessaires à améliorer l'usage de l'amazighe dans les différents secteurs prioritaires» (éducation, enseignement, médias, administration publique, etc.), et définit les orientations générales de la politique du pays «en matière de mise en œuvre du caractère officiel de l'amazighe». L'État œuvre aussi pour la préservation, le développement et l'intégration, de manière graduelle, de l'amazighe dans les différents secteurs prioritaires, et s'engage à faciliter «l'apprentissage de l'amazighe, son enseignement et sa diffusion», selon l'article 2 du projet de loi.
6.2 Valorisation de l'amazighe
De plus, l'État s'engage à œuvrer «pour la préservation de cette langue, en tant que patrimoine national», ainsi qu'à œuvrer pour le développement de l'amazighe ainsi que de ses usages «en tenant compte de l'intégration équitable et inclusive des différentes formes d'expression locales de l'amazighe». L'État s'engage aussi à protéger et à valoriser l'héritage et le patrimoine culturel et civilisationnel amazighe, ainsi qu'à promouvoir les recherches portant sur le développement de l'amazighe et les travaux de traduction vers et à destination de l'amazighe. Enfin, l'État s'engage aussi au développement des ressources humaines exerçant dans les administrations publiques ainsi que les secteurs privé et public dans le domaine de la communication en langue amazighe, via des programmes de scolarisation ou de formation.
6.3 L'enseignement en amazighe
L'article 3 du projet de loi .nonce que «l'apprentissage de la langue amazighe est un droit pour tous les Marocains sans exception». Le ministère de l'Éducation nationale devra prendre toutes les mesures nécessaires pour l'intégration de l'amazighe de manière graduelle dans les systèmes scolaires du privé et du public. Cette langue devra être enseignée de manière graduelle, dans le primaire, en attendant sa généralisation aux collèges et aux lycées du pays.
Prenant en considération la diversité régionale de l'amazighe, la loi autoriserait l'utilisation de l'amazighe, en plus de l'arabe, pour faciliter l'enseignement dans les écoles primaires situés dans certaines régions du pays. De même, la langue amazighe sera intégrée dans les programmes d'alphabétisation et d'éducation non formelle.
6.4 L'amazighe au Parlement
Le projet de loi autorise aussi les parlementaires à employer l'amazighe lors des travaux des commissions parlementaires, ainsi que lors des séances plénières. Pour les non-amazighophones, des interprètes devront être présents pour assurer la traduction. Des dispositions précisant la manière dont cette mesure sera mise en place seront intégrées dans les règlements intérieurs des deux Chambres du Parlement. Quant aux séances plénières du Parlement, elles devront être traduites en amazighe. Il en sera de même pour le Bulletin officiel du Parlement, qui devra paraître aussi en amazighe.
À l'article 12, le projet de loi énonce que l'État «veille à l'intégration de l'amazighe dans les différents médias du pôle public et privé», y compris la presse écrite, la presse numérique et les radios. L'État s'engage à renforcer les chaînes et les radios amazighes afin d'assurer une diffusion continue de leurs programmes, ainsi qu'à augmenter le nombre de productions télévisuelles ou radiophoniques amazighes.
L'emploi de l'amazighe devra être considéré comme critère pour l'obtention des aides publiques à la production audiovisuelle, ainsi que pour les aides publiques à la presse. Les discours du roi et des responsables publics seront traduits ou sous-titrés en amazighe. Les communiqués adressés à l'opinion publiques devront eux aussi être traduits en amazighe.
6.5 Les billets de banque, les timbres postaux, etc.
En vertu de ce projet de loi, les cartes d'identité, les passeports, les permis de conduire, les cartes de séjour ainsi que d'autres documents personnes délivrés par les administrations publiques devront être rédigés en amazighe, en plus de l'arabe. Les billets de banque et les timbres postaux aussi. Sur demande, les citoyens pourront aussi obtenir l'émission en amazighe des documents de l'état civil, ou encore les documents émis par les ambassades et les consulats du pays à l'étranger.
La politique linguistique actuelle portant sur le berbère (amazigh) est demeuré encore à l'état embryonnaire au Maroc. Depuis le «printemps berbère» de 1980, la cause de la berbérophonie n’a pas évolué beaucoup au plan politico-juridique. Il semble y avoir une sorte d’incapacité chronique de l’État marocain à intégrer la dimension berbère. Toute politique relative à l'amazigh demeurera lettre morte, même avec une reconnaissance officielle symbolique de cette langue.
Pour ce faire, il faut plus qu'une protection juridique reconnue par la Constitution, il faut aussi harmoniser les lois nationales et les traduire dans la réalité en intégrant l’amazigh dans tous les cycles de l’enseignement, de la maternelle jusqu'à l'université, et aussi employer cette langue dans les administrations locales, les médias et les centres de formation professionnelle. Quand une minorité nationale forme 40 % de la population d'un pays, il est non seulement inconvenant de l'ignorer, mais tout à fait inadmissible. Or, toute politique linguistique qui dénie les droits d'une partie importante ses citoyens, 40 % au Maroc, à utiliser leur langue est vouée à l'échec.
On peut y voir dans cette situation deux forces sociales opposées, l’une arabe, l’autre berbère, mais également des conditions potentiellement porteuses d’un conflit majeur susceptible de déboucher sur une reconfiguration profonde des données géopolitiques, idéologiques et culturelles au Maroc, comme également en Algérie. Pour le moment, il semble que tous les États du Maghreb se soient donné le mot pour ignorer les droits linguistiques de leur minorité berbérophone. Mais l'injustice ne pourra durer indéfiniment, surtout si une réelle démocratisation voyait le jour dans la région.
En général, les Berbères sont toujours demeurés relativement francophiles parce que le français ne leur nuit pas, contrairement à l’arabe standard. Il semble que le Maroc ait davantage réussi à concilier l’apport du français que celui du berbère (amazigh). Pourtant, le pluralisme culturel dont fait preuve le Maroc relèverait davantage d’une triple identité, à la fois arabo-musulmane, franco-occidentale et berbère, plutôt qu'une double identité arabo-francophone, sans oublier les influences andalouses, africaines, méditerranéennes et hébraïques. Or, cette triple identité arabo-musulmane, franco-occidentale et berbère n'est pas encore assumée par la majorité des Marocains arabophones, surtout auprès des dirigeants incrustés dans l'idéologie arabo-musulmane exclusiviste.
Tant que le Maroc restera incapable d'assumer pleinement sa berbérité, à l'exemple de son arabité, il échouera dans sa politique linguistique. À l'instar de l’Algérie, le Maroc a développé et imposé son idéologie arabo-islamique qui considère que la diversité linguistique arabo-berbère est un danger pour l'unité nationale et un germe de division, et que seul l'unilinguisme arabe peut être garant de cette unité nationale. En cette matière, l'immobilisme, c'est-à-dire la non-intervention, peut entraîner à long terme le pays vers sa perte. Dans les conditions actuelles, il est peu probable que le Maroc devienne un «État bilingue». On peut présumer de ce qui arrivera dans un proche avenir : ou bien l'État marocain va tergiverser et temporiser jusqu'à ce qu'éclate une crise majeure ou bien il ira de l'avant en mettant en application la loi adoptée en 2016. Nous savons que les élites arabisantes actuelles ne peuvent accepter d'être à la merci des minorités berbères qui partageraient leur pouvoir. L'égalité entre l'arabe et l'amazigh n'est donc pas pour demain, mais la question pourrait bien se régler d'ici quelques années.
Dernière mise à jour: 15 janv. 2018