Source: https://hroy.eu/caselaw/eucj/C-293_12/
Timestamp: 2018-11-18 19:19:11+00:00
Document Index: 155679600

Matched Legal Cases: ['arrêt ', 'arte\n32', '§ 46', '§ 79', 'arte\n38', '§ 102', '§ 62', '§ 57', '§ 99', '§ 103']

Invalidation de la directive sur la conservation des données : arrêt Digital Rights Ireland de la CJUE (C-293/12)
hroy.eu/ caselaw/ eucj/
Friday afternoon, November 27th, 2015
ArrÃªt de la Cour (grande chambre)
Â Les litiges au principal et les questions prÃ©judicielles
Â Lâ€™affaire C-293/12
Lâ€™affaire Câ€‘594/12
Sur les questions prÃ©judicielles
Sur la deuxiÃ¨me question, sous b) Ã d), dans lâ€™affaire C-293/12 et la premiÃ¨re question dans lâ€™affaire C-594/12
Sur la premiÃ¨re question et la deuxiÃ¨me question, sous a) et e), ainsi que sur la troisiÃ¨me question dans lâ€™affaire C-293/12 et sur la seconde question dans lâ€™affaire C-594/12
8 avril 2014 (1)
Â«Â Communications Ã©lectroniques â€“ directive 2006/24/CE â€“ Services de communications Ã©lectroniques accessibles au public ou de rÃ©seaux publics de communications â€“ Conservation de donnÃ©es gÃ©nÃ©rÃ©es ou traitÃ©es dans le cadre de la fourniture de tels services â€“ ValiditÃ© â€“ Articles 7, 8 et 11 de la charte des droits fondamentaux de lâ€™Union europÃ©enneÂ Â»
Dans les affaires jointes Câ€‘293/12 et Câ€‘594/12,
ayant pour objet des demandes de dÃ©cision prÃ©judicielle au titre de lâ€™article 267 TFUE, introduites par la High Court (Irlande) et le Verfassungsgerichtshof (Autriche), par dÃ©cisions, respectivement, des 27 janvier et 28 novembre 2012, parvenues Ã la Cour les 11 juin et 19 dÃ©cembre 2012, dans les procÃ©dures
Commissioner of the Garda SÃ­ochÃ¡na,
en prÃ©sence deÂ :
KÃ¤rntner Landesregierung (C-594/12),
Christof Tschohl e.a.,Â
composÃ©e de M. V. Skouris, prÃ©sident, M. K. Lenaerts, vice-prÃ©sident, M. A. Tizzano, Mme R. Silva de Lapuerta, MM. T. von Danwitz (rapporteur), E. JuhÃ¡sz, A. Borg Barthet, C.Â G. Fernlund et J. L. da Cruz VilaÃ§a, prÃ©sidents de chambre, MM. A. Rosas, G. Arestis, J.â€‘C.Â Bonichot, A. Arabadjiev, Mme C. Toader et M. C. Vajda juges,
avocat gÃ©nÃ©ralÂ : M. P. Cruz VillalÃ³n,
greffierÂ : M. K. Malacek, administrateur,
vu la procÃ©dure Ã©crite et Ã la suite de lâ€™audience du 9 juillet 2013,
considÃ©rant les observations prÃ©sentÃ©esÂ :
â€“Â Â pour Digital Rights Ireland Ltd, par MM. F. Callanan, SC, et F. Crehan, BL, mandatÃ©s par M. S. McGarr, solicitor,
â€“Â Â pour M. Seitlinger, par Me G. Otto, Rechtsanwalt,
â€“Â Â pour M. Tschohl e.a., par Me E. Scheucher, Rechtsanwalt,
â€“Â Â pour lâ€™Irish Human Rights Commission, par M. P. Dillon Malone, BL, mandatÃ© par Mme S. Lucey, solicitor,
â€“Â Â pour lâ€™Irlande, par Mme E.Â Creedon et M. D.Â McGuinness, en qualitÃ© dâ€™agents, assistÃ©s de MM. E.Â Regan, SC, et D.Â Fennelly, JC,
â€“Â Â pour le gouvernement autrichien, par MM. G. Hesse et G. Kunnert, en qualitÃ© dâ€™agents,Â
â€“Â Â pour le gouvernement espagnol, par Mme N.Â DÃ­az Abad, en qualitÃ© dâ€™agent,
â€“Â Â pour le gouvernement franÃ§ais, par MM. G.Â de Bergues et D. Colas ainsi que par Mme B.Â BeaupÃ¨re-Manokha, en qualitÃ© dâ€™agents,
â€“Â Â pour le gouvernement italien, par Mme G.Â Palmieri, en qualitÃ© dâ€™agent, assistÃ©e de M. A.Â De Stefano, avvocato dello Stato,
â€“Â Â pour le gouvernement polonais, par MM. B.Â Majczyna et M.Â Szpunar, en qualitÃ© dâ€™agents,
â€“Â Â pour le gouvernement portugais, par M. L. Inez Fernandes et Mme C. Vieira Guerra, en qualitÃ© dâ€™agents,
â€“Â Â pour le gouvernement du Royaume-Uni, par M. L.Â Christie, en qualitÃ© dâ€™agent, assistÃ© de Mme S. Lee, barrister,
â€“Â Â pour le Parlement europÃ©en, par MM. U. RÃ¶sslein et A. Caiola ainsi que par Mme K. ZejdovÃ¡, en qualitÃ© dâ€™agents,
â€“Â Â pour le Conseil de lâ€™Union europÃ©enne, par MM. J. Monteiro et E. Sitbon ainsi que par Mme I. Å ulce, en qualitÃ© dâ€™agents,
â€“Â Â pour la Commission europÃ©enne, par Mme D.Â Maidani ainsi que par MM. B.Â Martenczuk et M.Â Wilderspin, en qualitÃ© dâ€™agents,
ayant entendu lâ€™avocat gÃ©nÃ©ral en ses conclusions Ã lâ€™audience du 12 dÃ©cembre 2013,
rend le prÃ©sent
1.Â Â Â Â Â Â Â Â Les demandes de dÃ©cision prÃ©judicielle portent sur la validitÃ© de la directive 2006/24/CE du Parlement europÃ©en et du Conseil, du 15 mars 2006, sur la conservation de donnÃ©es gÃ©nÃ©rÃ©es ou traitÃ©es dans le cadre de la fourniture de services de communications Ã©lectroniques accessibles au public ou de rÃ©seaux publics de communications, et modifiant la directive 2002/58/CE (JO L 105, p.Â 54).
2.Â Â Â Â Â Â Â Â La demande prÃ©sentÃ©e par la High Court (affaire Câ€‘293/12) concerne un litige opposant Digital Rights Ireland Ltd (ci-aprÃ¨s Â«Â Digital RightsÂ Â») au Minister for Communications, Marine and Natural Resources, au Minister for Justice, Equality and Law Reform, au Commissioner of the Garda SÃ­ochÃ¡na, Ã lâ€™Irlande ainsi quâ€™Ã lâ€™Attorney General au sujet de la lÃ©galitÃ© de mesures lÃ©gislatives et administratives nationales concernant la conservation de donnÃ©es relatives Ã des communications Ã©lectroniques.
3.Â Â Â Â Â Â Â Â La demande prÃ©sentÃ©e par le Verfassungsgerichtshof (affaire Câ€‘594/12) est relative Ã des recours en matiÃ¨re constitutionnelle introduits devant cette juridiction respectivement par la KÃ¤rntner Landesregierung (gouvernement du Land de Carinthie) ainsi que par MM. Seitlinger, Tschohl et 11Â 128 autres requÃ©rants au sujet de la compatibilitÃ© de la loi transposant la directive 2006/24 dans le droit interne autrichien avec la loi constitutionnelle fÃ©dÃ©rale (Bundes-Verfassungsgesetz).
4.Â Â Â Â Â Â Â Â La directive 95/46/CE du Parlement europÃ©en et du Conseil, du 24 octobre 1995, relative Ã la protection des personnes physiques Ã lâ€™Ã©gard du traitement des donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel et Ã la libre circulation de ces donnÃ©es (JO L 281, p.Â 31), a, conformÃ©ment Ã son article 1er, paragraphe 1, pour objet dâ€™assurer la protection des libertÃ©s et des droits fondamentaux des personnes physiques, notamment de leur vie privÃ©e, Ã lâ€™Ã©gard du traitement des donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel.
5.Â Â Â Â Â Â Â Â Quant Ã la sÃ©curitÃ© des traitements de telles donnÃ©es, lâ€™article 17, paragraphe 1, de ladite directive disposeÂ :
Â«Â Les Ã‰tats membres prÃ©voient que le responsable du traitement doit mettre en Å“uvre les mesures techniques et dâ€™organisation appropriÃ©es pour protÃ©ger les donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel contre la destruction accidentelle ou illicite, la perte accidentelle, lâ€™altÃ©ration, la diffusion ou lâ€™accÃ¨s non autorisÃ©s, notamment lorsque le traitement comporte des transmissions de donnÃ©es dans un rÃ©seau, ainsi que contre toute autre forme de traitement illicite.
Ces mesures doivent assurer, compte tenu de lâ€™Ã©tat de lâ€™art et des coÃ»ts liÃ©s Ã leur mise en Å“uvre, un niveau de sÃ©curitÃ© appropriÃ© au regard des risques prÃ©sentÃ©s par le traitement et de la nature des donnÃ©es Ã protÃ©ger.Â Â»
6.Â Â Â Â Â Â Â Â La directive 2002/58/CE du Parlement europÃ©en et du Conseil, du 12 juillet 2002, concernant le traitement des donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel et la protection de la vie privÃ©e dans le secteur des communications Ã©lectroniques (directive vie privÃ©e et communications Ã©lectroniques) (JO L 201, p. 37), telle que modifiÃ©e par la directive 2009/136/CE du Parlement europÃ©en et du Conseil, du 25 novembre 2009 (JO L 337, p.Â 11, ci-aprÃ¨s la Â«Â directive 2002/58Â Â»), a pour objectif, conformÃ©ment Ã son article 1er, paragraphe 1, dâ€™harmoniser les dispositions des Ã‰tats membres nÃ©cessaires pour assurer un niveau Ã©quivalent de protection des droits et des libertÃ©s fondamentaux, et en particulier du droit Ã la vie privÃ©e et Ã la confidentialitÃ©, en ce qui concerne le traitement des donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel dans le secteur des communications Ã©lectroniques, ainsi que la libre circulation de ces donnÃ©es et des Ã©quipements et des services de communications Ã©lectroniques dans lâ€™Union europÃ©enne. En vertu du paragraphe 2 du mÃªme article, les dispositions de cette directive prÃ©cisent et complÃ¨tent la directive 95/46 aux fins Ã©noncÃ©es au paragraphe 1 susmentionnÃ©.
7.Â Â Â Â Â Â Â Â En ce qui concerne la sÃ©curitÃ© du traitement des donnÃ©es, lâ€™article 4 de la directive 2002/58 prÃ©voit:
Â«Â 1.Â Â Â Â Â Â Le fournisseur dâ€™un service de communications Ã©lectroniques accessible au public prend les mesures dâ€™ordre technique et organisationnel appropriÃ©es afin de garantir la sÃ©curitÃ© de ses services, le cas Ã©chÃ©ant conjointement avec le fournisseur du rÃ©seau public de communications en ce qui concerne la sÃ©curitÃ© du rÃ©seau. Compte tenu des possibilitÃ©s techniques les plus rÃ©centes et du coÃ»t de leur mise en Å“uvre, ces mesures garantissent un degrÃ© de sÃ©curitÃ© adaptÃ© au risque existant.
1 bis. Sans prÃ©judice des dispositions de la directive 95/46/CE, les mesures visÃ©es au paragraphe 1, pour le moinsÂ :
â€“Â Â Â Â Â Â Â Â garantissent que seules des personnes autorisÃ©es peuvent avoir accÃ¨s aux donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel Ã des fins lÃ©galement autorisÃ©es,
â€“Â Â Â Â Â Â Â Â protÃ¨gent les donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel stockÃ©es ou transmises contre la destruction accidentelle ou illicite, la perte ou lâ€™altÃ©ration accidentelles et le stockage, le traitement, lâ€™accÃ¨s et la divulgation non autorisÃ©s ou illicites, et
â€“Â Â Â Â Â Â Â Â assurent la mise en Å“uvre dâ€™une politique de sÃ©curitÃ© relative au traitement des donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel.
Les autoritÃ©s nationales compÃ©tentes en la matiÃ¨re sont habilitÃ©es Ã vÃ©rifier les mesures prises par les fournisseurs de services de communications Ã©lectroniques accessibles au public, ainsi quâ€™Ã Ã©mettre des recommandations sur les meilleures pratiques concernant le degrÃ© de sÃ©curitÃ© que ces mesures devraient atteindre.
2.Â Â Â Â Â Â Lorsquâ€™il existe un risque particulier de violation de la sÃ©curitÃ© du rÃ©seau, le fournisseur dâ€™un service de communications Ã©lectroniques accessible au public informe les abonnÃ©s de ce risque et, si les mesures que peut prendre le fournisseur du service ne permettent pas de lâ€™Ã©carter, de tout moyen Ã©ventuel dâ€™y remÃ©dier, y compris en en indiquant le coÃ»t probable.Â Â»
8.Â Â Â Â Â Â Â Â Quant Ã la confidentialitÃ© des communications et des donnÃ©es relatives au trafic, lâ€™article 5, paragraphes 1 et 3, de ladite directive disposeÂ :
Â«Â 1.Â Â Â Â Â Â Les Ã‰tats membres garantissent, par la lÃ©gislation nationale, la confidentialitÃ© des communications effectuÃ©es au moyen dâ€™un rÃ©seau public de communications et de services de communications Ã©lectroniques accessibles au public, ainsi que la confidentialitÃ© des donnÃ©es relatives au trafic y affÃ©rentes. En particulier, ils interdisent Ã toute autre personne que les utilisateurs dâ€™Ã©couter, dâ€™intercepter, de stocker les communications et les donnÃ©es relatives au trafic y affÃ©rentes, ou de les soumettre Ã tout autre moyen dâ€™interception ou de surveillance, sans le consentement des utilisateurs concernÃ©s sauf lorsque cette personne y est lÃ©galement autorisÃ©e, conformÃ©ment Ã lâ€™article 15, paragraphe 1. Le prÃ©sent paragraphe nâ€™empÃªche pas le stockage technique nÃ©cessaire Ã lâ€™acheminement dâ€™une communication, sans prÃ©judice du principe de confidentialitÃ©.
3.Â Â Â Â Â Â Les Ã‰tats membres garantissent que le stockage dâ€™informations, ou lâ€™obtention de lâ€™accÃ¨s Ã des informations dÃ©jÃ stockÃ©es, dans lâ€™Ã©quipement terminal dâ€™un abonnÃ© ou dâ€™un utilisateur nâ€™est permis quâ€™Ã condition que lâ€™abonnÃ© ou lâ€™utilisateur ait donnÃ© son accord, aprÃ¨s avoir reÃ§u, dans le respect de la directive 95/46/CE, une information claire et complÃ¨te, entre autres sur les finalitÃ©s du traitement. Cette disposition ne fait pas obstacle Ã un stockage ou Ã un accÃ¨s techniques visant exclusivement Ã effectuer la transmission dâ€™une communication par la voie dâ€™un rÃ©seau de communications Ã©lectroniques, ou strictement nÃ©cessaires au fournisseur pour la fourniture dâ€™un service de la sociÃ©tÃ© de lâ€™information expressÃ©ment demandÃ© par lâ€™abonnÃ© ou lâ€™utilisateur.Â Â»
9.Â Â Â Â Â Â Â Â Aux termes de lâ€™article 6, paragraphe 1, de la directive 2002/58:
Â«Â Les donnÃ©es relatives au trafic concernant les abonnÃ©s et les utilisateurs traitÃ©es et stockÃ©es par le fournisseur dâ€™un rÃ©seau public de communications ou dâ€™un service de communications Ã©lectroniques accessibles au public doivent Ãªtre effacÃ©es ou rendues anonymes lorsquâ€™elles ne sont plus nÃ©cessaires Ã la transmission dâ€™une communication sans prÃ©judice des paragraphes 2, 3 et 5 du prÃ©sent article ainsi que de lâ€™article 15, paragraphe 1.Â Â»
10.Â Â Â Â Â Â Lâ€™article 15 de la directive 2002/58 dispose Ã son paragraphe 1Â :
Â«Â Les Ã‰tats membres peuvent adopter des mesures lÃ©gislatives visant Ã limiter la portÃ©e des droits et des obligations prÃ©vus aux articles 5 et 6, Ã lâ€™article 8, paragraphes 1, 2, 3 et 4, et Ã lâ€™article 9 de la prÃ©sente directive lorsquâ€™une telle limitation constitue une mesure nÃ©cessaire, appropriÃ©e et proportionnÃ©e, au sein dâ€™une sociÃ©tÃ© dÃ©mocratique, pour sauvegarder la sÃ©curitÃ© nationale â€“ câ€™est-Ã -dire la sÃ»retÃ© de lâ€™Ã‰tat â€“ la dÃ©fense et la sÃ©curitÃ© publique, ou assurer la prÃ©vention, la recherche, la dÃ©tection et la poursuite dâ€™infractions pÃ©nales ou dâ€™utilisations non autorisÃ©es du systÃ¨me de communications Ã©lectroniques, comme le prÃ©voit lâ€™article 13, paragraphe 1, de la directive 95/46/CE. Ã€ cette fin, les Ã‰tats membres peuvent, entre autres, adopter des mesures lÃ©gislatives prÃ©voyant la conservation de donnÃ©es pendant une durÃ©e limitÃ©e lorsque cela est justifiÃ© par un des motifs Ã©noncÃ©s dans le prÃ©sent paragraphe. Toutes les mesures visÃ©es dans le prÃ©sent paragraphe sont prises dans le respect des principes gÃ©nÃ©raux du droit communautaire, y compris ceux visÃ©s Ã lâ€™article 6, paragraphes 1 et 2, du traitÃ© sur lâ€™Union europÃ©enne.Â Â»
11.Â Â Â Â Â Â AprÃ¨s avoir lancÃ© une consultation auprÃ¨s des reprÃ©sentants des services rÃ©pressifs, du secteur des communications Ã©lectroniques et des experts en matiÃ¨re de protection des donnÃ©es, la Commission a prÃ©sentÃ©, le 21 septembre 2005, une analyse dâ€™impact des options politiques relatives Ã des rÃ¨gles concernant la conservation des donnÃ©es relatives au trafic (ci-aprÃ¨s lâ€™Â«Â analyse dâ€™impactÂ Â»). Cette analyse a servi de base Ã lâ€™Ã©laboration de la proposition de directive du Parlement europÃ©en et du Conseil sur la conservation de donnÃ©es traitÃ©es dans le cadre de la fourniture de services de communications Ã©lectroniques accessibles au public, et modifiant la directive 2002/58/CE [COM(2005) 438 final, ci-aprÃ¨s la Â«Â proposition de directiveÂ Â»], prÃ©sentÃ©e le mÃªme jour, qui a abouti Ã lâ€™adoption de la directive 2006/24 sur le fondement de lâ€™article 95 CE.
12.Â Â Â Â Â Â Le considÃ©rant 4 de la directive 2006/24 Ã©nonceÂ :
Â«Â Lâ€™article 15, paragraphe 1, de la directive 2002/58/CE Ã©numÃ¨re les conditions dans lesquelles les Ã‰tats membres peuvent limiter la portÃ©e des droits et des obligations prÃ©vus aux articles 5 et 6, Ã lâ€™article 8, paragraphes 1, 2, 3 et 4, et Ã lâ€™article 9 de ladite directive. Toute limitation de ce type doit constituer une mesure nÃ©cessaire, appropriÃ©e et proportionnÃ©e, au sein dâ€™une sociÃ©tÃ© dÃ©mocratique, pour des raisons spÃ©cifiques dâ€™ordre public, Ã savoir pour sauvegarder la sÃ©curitÃ© nationale (câ€™est-Ã -dire la sÃ»retÃ© de lâ€™Ã‰tat), la dÃ©fense et la sÃ©curitÃ© publique, ou pour assurer la prÃ©vention, la recherche, la dÃ©tection et la poursuite dâ€™infractions pÃ©nales ou dâ€™utilisations non autorisÃ©es de systÃ¨mes de communications Ã©lectroniques.Â Â»
13.Â Â Â Â Â Â Selon la premiÃ¨re phrase du considÃ©rant 5 de la directive 2006/24,Â Â«Â [p]lusieurs Ã‰tats membres ont lÃ©gifÃ©rÃ© sur la conservation de donnÃ©es par les fournisseurs de services en vue de la prÃ©vention, de la recherche, de la dÃ©tection et de la poursuite dâ€™infractions pÃ©nalesÂ Â».
14.Â Â Â Â Â Â Les considÃ©rants 7 Ã 11 de la directive 2006/24 sont libellÃ©s comme suitÂ :
Â«Â (7)Â Â Â Â Â Â Dans ses conclusions, le Conseil â€˜Justice et affaires intÃ©rieuresâ€™ du 19 dÃ©cembre 2002 souligne quâ€™en raison de lâ€™accroissement important des possibilitÃ©s quâ€™offrent les communications Ã©lectroniques, les donnÃ©es relatives Ã lâ€™utilisation de celles-ci sont particuliÃ¨rement importantes et constituent donc un instrument utile pour la prÃ©vention, la recherche, la dÃ©tection et la poursuite dâ€™infractions pÃ©nales, notamment de la criminalitÃ© organisÃ©e.
(8)Â Â Â Â Â Â Dans sa dÃ©claration du 25 mars 2004 sur la lutte contre le terrorisme, le Conseil europÃ©en a chargÃ© le Conseil dâ€™envisager des propositions en vue de lâ€™Ã©tablissement de rÃ¨gles relatives Ã la conservation, par les fournisseurs de services, des donnÃ©es relatives au trafic des communications.
(9)Â Â Â Â Â Â En vertu de lâ€™article 8 de la convention europÃ©enne de sauvegarde des droits de lâ€™homme et des libertÃ©s fondamentales (CEDH) [signÃ©e Ã Rome le 4 novembre 1950], toute personne a droit au respect de sa vie privÃ©e et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingÃ©rence dâ€™une autoritÃ© publique dans lâ€™exercice de ce droit que pour autant que cette ingÃ©rence est prÃ©vue par la loi et quâ€™elle constitue une mesure qui, dans une sociÃ©tÃ© dÃ©mocratique, est nÃ©cessaire, entre autres, Ã la sÃ©curitÃ© nationale, Ã la sÃ»retÃ© publique, Ã la dÃ©fense de lâ€™ordre et Ã la prÃ©vention des infractions pÃ©nales, ou Ã la protection des droits et des libertÃ©s dâ€™autrui. Ã‰tant donnÃ© que la conservation des donnÃ©es sâ€™est rÃ©vÃ©lÃ©e Ãªtre un outil dâ€™investigation nÃ©cessaire et efficace pour les enquÃªtes menÃ©es par les services rÃ©pressifs dans plusieurs Ã‰tats membres et, en particulier, relativement aux affaires graves telles que celles liÃ©es Ã la criminalitÃ© organisÃ©e et au terrorisme, il convient de veiller Ã ce que les donnÃ©es conservÃ©es soient accessibles aux services rÃ©pressifs pendant un certain dÃ©lai, dans les conditions prÃ©vues par la prÃ©sente directive. [â€¦]
(10)Â Â Â Â Â Â Le 13 juillet 2005, le Conseil a rÃ©affirmÃ©, dans sa dÃ©claration condamnant les attentats terroristes de Londres, la nÃ©cessitÃ© dâ€™adopter dans les meilleurs dÃ©lais des mesures communes relatives Ã la conservation de donnÃ©es concernant les tÃ©lÃ©communications.
(11)Â Â Â Â Â Â Eu Ã©gard Ã lâ€™importance des donnÃ©es relatives au trafic et des donnÃ©es de localisation pour la recherche, la dÃ©tection et la poursuite dâ€™infractions pÃ©nales, il est nÃ©cessaire, comme les travaux de recherche et lâ€™expÃ©rience pratique de plusieurs Ã‰tats membres le dÃ©montrent, de garantir au niveau europÃ©en la conservation pendant un certain dÃ©lai, dans les conditions prÃ©vues par la prÃ©sente directive, des donnÃ©es traitÃ©es par les fournisseurs de communications Ã©lectroniques dans le cadre de la fourniture de services de communications Ã©lectroniques accessibles au public ou dâ€™un rÃ©seau public de communications.Â Â»
15.Â Â Â Â Â Â Les considÃ©rants 16, 21 et 22 de ladite directive prÃ©cisentÂ :
Â«Â (16)Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Les obligations incombant aux prestataires de services concernant les mesures visant Ã garantir la qualitÃ© des donnÃ©es, qui rÃ©sultent de lâ€™article 6 de la directive 95/46/CE, tout comme leurs obligations concernant les mesures visant Ã garantir la confidentialitÃ© et la sÃ©curitÃ© du traitement des donnÃ©es, qui rÃ©sultent des articles 16 et 17 de ladite directive, sont pleinement applicables aux donnÃ©es qui sont conservÃ©es au sens de la prÃ©sente directive.
(21) Ã‰tant donnÃ© que les objectifs de la prÃ©sente directive, Ã savoir lâ€™harmonisation des obligations incombant aux fournisseurs de conserver certaines donnÃ©es et de faire en sorte que ces donnÃ©es soient disponibles aux fins de la recherche, de la dÃ©tection et de la poursuite dâ€™infractions graves telles que dÃ©finies par chaque Ã‰tat membre dans son droit interne, ne peuvent pas Ãªtre rÃ©alisÃ©s de maniÃ¨re suffisante par les Ã‰tats membres et peuvent donc, en raison des dimensions ou des effets de la prÃ©sente directive, Ãªtre mieux rÃ©alisÃ©s au niveau communautaire, la CommunautÃ© peut prendre des mesures conformÃ©ment au principe de subsidiaritÃ© consacrÃ© Ã lâ€™article 5 du traitÃ©. ConformÃ©ment au principe de proportionnalitÃ©, tel quâ€™Ã©noncÃ© audit article, la prÃ©sente directive nâ€™excÃ¨de pas ce qui est nÃ©cessaire pour atteindre ces objectifs.
(22) La prÃ©sente directive respecte les droits fondamentaux et observe les principes reconnus, notamment, par la charte des droits fondamentaux de lâ€™Union europÃ©enne. La prÃ©sente directive ainsi que la directive 2002/58/CE visent notamment Ã veiller Ã ce que les droits fondamentaux liÃ©s au respect de la vie privÃ©e et des communications des citoyens et Ã la protection des donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel, tels que consacrÃ©s aux articles 7 et 8 de la charte, soient pleinement respectÃ©s.Â Â»
16.Â Â Â Â Â Â La directive 2006/24 prÃ©voit lâ€™obligation des fournisseurs de services de communications Ã©lectroniques accessibles au public ou des rÃ©seaux publics de communications de conserver certaines donnÃ©es qui sont gÃ©nÃ©rÃ©es ou traitÃ©es par ces fournisseurs. Ã€ cet Ã©gard, les articles 1er Ã 9, 11 et 13 de cette directive disposent:
Â«Â Article premier
Objet et champ dâ€™application
1.Â Â Â Â Â Â La prÃ©sente directive a pour objectif dâ€™harmoniser les dispositions des Ã‰tats membres relatives aux obligations des fournisseurs de services de communications Ã©lectroniques accessibles au public ou de rÃ©seaux publics de communications en matiÃ¨re de conservation de certaines donnÃ©es qui sont gÃ©nÃ©rÃ©es ou traitÃ©es par ces fournisseurs, en vue de garantir la disponibilitÃ© de ces donnÃ©es Ã des fins de recherche, de dÃ©tection et de poursuite dâ€™infractions graves telles quâ€™elles sont dÃ©finies par chaque Ã‰tat membre dans son droit interne.
2.Â Â Â Â Â Â La prÃ©sente directive sâ€™applique aux donnÃ©es relatives au trafic et aux donnÃ©es de localisation concernant tant les entitÃ©s juridiques que les personnes physiques, ainsi quâ€™aux donnÃ©es connexes nÃ©cessaires pour identifier lâ€™abonnÃ© ou lâ€™utilisateur enregistrÃ©. Elle ne sâ€™applique pas au contenu des communications Ã©lectroniques, notamment aux informations consultÃ©es en utilisant un rÃ©seau de communications Ã©lectroniques.
1.Â Â Â Â Â Â Aux fins de la prÃ©sente directive, les dÃ©finitions contenues dans la directive 95/46/CE, dans la directive 2002/21/CE du Parlement europÃ©en et du Conseil du 7 mars 2002 relative Ã un cadre rÃ©glementaire commun pour les rÃ©seaux et services de communications Ã©lectroniques (directive â€˜cadreâ€™) [â€¦], ainsi que dans la directive 2002/58/CE sâ€™appliquent.
2.Â Â Â Â Â Â Aux fins de la prÃ©sente directive, on entend par:
a)Â Â Â Â Â Â â€˜donnÃ©esâ€™, les donnÃ©es relatives au trafic et les donnÃ©es de localisation, ainsi que les donnÃ©es connexes nÃ©cessaires pour identifier lâ€™abonnÃ© ou lâ€™utilisateur;
b)Â Â Â Â Â Â â€˜utilisateurâ€™, toute entitÃ© juridique ou personne physique qui utilise un service de communications Ã©lectroniques accessible au public Ã des fins privÃ©es ou professionnelles sans Ãªtre nÃ©cessairement abonnÃ©e Ã ce service;
c)Â Â Â Â Â Â â€˜service tÃ©lÃ©phoniqueâ€™, les appels tÃ©lÃ©phoniques (notamment les appels vocaux, la messagerie vocale, la tÃ©lÃ©confÃ©rence et la communication de donnÃ©es), les services supplÃ©mentaires (notamment le renvoi et le transfert dâ€™appels), les services de messagerie et multimÃ©dias (notamment les services de messages brefs, les services de mÃ©dias amÃ©liorÃ©s et les services multimÃ©dias);
d)Â Â Â Â Â Â â€˜numÃ©ro dâ€™identifiantâ€™, le numÃ©ro dâ€™identification exclusif attribuÃ© aux personnes qui sâ€™abonnent ou sâ€™inscrivent Ã un service dâ€™accÃ¨s Ã lâ€™internet ou Ã un service de communication par lâ€™internet;
e)Â Â Â Â Â Â â€˜identifiant cellulaireâ€™, le numÃ©ro dâ€™identification de la cellule oÃ¹ un appel de tÃ©lÃ©phonie mobile a commencÃ© ou a pris fin;
f)Â Â Â Â Â Â â€˜appel tÃ©lÃ©phonique infructueuxâ€™, toute communication au cours de laquelle un appel tÃ©lÃ©phonique a Ã©tÃ© transmis mais est restÃ© sans rÃ©ponse ou a fait lâ€™objet dâ€™une intervention de la part du gestionnaire du rÃ©seau.
Obligation de conservation de donnÃ©es
1.Â Â Â Â Â Â Par dÃ©rogation aux articles 5, 6 et 9 de la directive 2002/58/CE, les Ã‰tats membres prennent les mesures nÃ©cessaires pour que les donnÃ©es visÃ©es Ã lâ€™article 5 de la prÃ©sente directive soient conservÃ©es, conformÃ©ment aux dispositions de cette derniÃ¨re, dans la mesure oÃ¹ elles sont gÃ©nÃ©rÃ©es ou traitÃ©es dans le cadre de la fourniture des services de communication concernÃ©s par des fournisseurs de services de communications Ã©lectroniques accessibles au public ou dâ€™un rÃ©seau public de communications, lorsque ces fournisseurs sont dans leur ressort.
2.Â Â Â Â Â Â Lâ€™obligation de conserver les donnÃ©es visÃ©es au paragraphe 1 inclut la conservation des donnÃ©es visÃ©es Ã lâ€™article 5 relatives aux appels tÃ©lÃ©phoniques infructueux, lorsque ces donnÃ©es sont gÃ©nÃ©rÃ©es ou traitÃ©es, et stockÃ©es (en ce qui concerne les donnÃ©es de la tÃ©lÃ©phonie) ou journalisÃ©es (en ce qui concerne les donnÃ©es de lâ€™internet), dans le cadre de la fourniture des services de communication concernÃ©s, par des fournisseurs de services de communications Ã©lectroniques accessibles au public ou dâ€™un rÃ©seau public de communications, lorsque ces fournisseurs sont dans le ressort de lâ€™Ã‰tat membre concernÃ©. La prÃ©sente directive nâ€™impose pas la conservation des donnÃ©es relatives aux appels non connectÃ©s.
Les Ã‰tats membres prennent les mesures nÃ©cessaires pour veiller Ã ce que les donnÃ©es conservÃ©es conformÃ©ment Ã la prÃ©sente directive ne soient transmises quâ€™aux autoritÃ©s nationales compÃ©tentes, dans des cas prÃ©cis et conformÃ©ment au droit interne. La procÃ©dure Ã suivre et les conditions Ã remplir pour avoir accÃ¨s aux donnÃ©es conservÃ©es dans le respect des exigences de nÃ©cessitÃ© et de proportionnalitÃ© sont arrÃªtÃ©es par chaque Ã‰tat membre dans son droit interne, sous rÃ©serve des dispositions du droit de lâ€™Union europÃ©enne ou du droit international public applicables en la matiÃ¨re, en particulier la CEDH telle quâ€™interprÃ©tÃ©e par la Cour europÃ©enne des droits de lâ€™homme.
CatÃ©gories de donnÃ©es Ã conserver
1.Â Â Â Â Â Â Les Ã‰tats membres veillent Ã ce que soient conservÃ©es en application de la prÃ©sente directive les catÃ©gories de donnÃ©es suivantes:
a)Â Â Â Â Â Â les donnÃ©es nÃ©cessaires pour retrouver et identifier la source dâ€™une communication:
1)Â Â Â Â Â Â en ce qui concerne la tÃ©lÃ©phonie fixe en rÃ©seau et la tÃ©lÃ©phonie mobile:
i)Â Â Â Â Â Â le numÃ©ro de tÃ©lÃ©phone de lâ€™appelant;
ii)Â Â Â Â Â Â les nom et adresse de lâ€™abonnÃ© ou de lâ€™utilisateur inscrit;
2)Â Â Â Â Â Â en ce qui concerne lâ€™accÃ¨s Ã lâ€™internet, le courrier Ã©lectronique par lâ€™internet et la tÃ©lÃ©phonie par lâ€™internet:
i)Â Â Â Â Â Â le(s) numÃ©ro(s) dâ€™identifiant attribuÃ©(s);
ii)Â Â Â Â Â Â le numÃ©ro dâ€™identifiant et le numÃ©ro de tÃ©lÃ©phone attribuÃ©s Ã toute communication entrant dans le rÃ©seau tÃ©lÃ©phonique public;
iii)Â Â Â Â Â Â les nom et adresse de lâ€™abonnÃ© ou de lâ€™utilisateur inscrit Ã qui une adresse IP (protocole internet), un numÃ©ro dâ€™identifiant ou un numÃ©ro de tÃ©lÃ©phone a Ã©tÃ© attribuÃ© au moment de la communication;
b)Â Â Â Â Â Â les donnÃ©es nÃ©cessaires pour identifier la destination dâ€™une communication:
i)Â Â Â Â Â Â le(s) numÃ©ro(s) composÃ©(s) [le(s) numÃ©ro(s) de tÃ©lÃ©phone appelÃ©(s)] et, dans les cas faisant intervenir des services complÃ©mentaires tels que le renvoi ou le transfert dâ€™appels, le(s) numÃ©ro(s) vers le(s)quel(s) lâ€™appel est rÃ©acheminÃ©;
ii)Â Â Â Â Â Â les nom et adresse de lâ€™abonnÃ© (des abonnÃ©s) ou de lâ€™utilisateur (des utilisateurs) inscrit(s);
2)Â Â Â Â Â Â en ce qui concerne le courrier Ã©lectronique par lâ€™internet et la tÃ©lÃ©phonie par lâ€™internet:
i)Â Â Â Â Â Â le numÃ©ro dâ€™identifiant ou le numÃ©ro de tÃ©lÃ©phone du (des) destinataire(s) prÃ©vu(s) dâ€™un appel tÃ©lÃ©phonique par lâ€™internet;
ii)Â Â Â Â Â Â les nom et adresse de lâ€™abonnÃ© (des abonnÃ©s) ou de lâ€™utilisateur (des utilisateurs) inscrit(s) et le numÃ©ro dâ€™identifiant du destinataire prÃ©vu de la communication;
c)Â Â Â Â Â Â les donnÃ©es nÃ©cessaires pour dÃ©terminer la date, lâ€™heure et la durÃ©e dâ€™une communication:
1)Â Â Â Â Â Â en ce qui concerne la tÃ©lÃ©phonie fixe en rÃ©seau et la tÃ©lÃ©phonie mobile, la date et lâ€™heure de dÃ©but et de fin de la communication;
i)Â Â Â Â Â Â la date et lâ€™heure de lâ€™ouverture et de la fermeture de la session du service dâ€™accÃ¨s Ã lâ€™internet dans un fuseau horaire dÃ©terminÃ©, ainsi que lâ€™adresse IP (protocole internet), quâ€™elle soit dynamique ou statique, attribuÃ©e Ã une communication par le fournisseur dâ€™accÃ¨s Ã lâ€™internet, ainsi que le numÃ©ro dâ€™identifiant de lâ€™abonnÃ© ou de lâ€™utilisateur inscrit;
ii)Â Â Â Â Â Â la date et lâ€™heure de lâ€™ouverture et de la fermeture de la session du service de courrier Ã©lectronique par lâ€™internet ou de tÃ©lÃ©phonie par lâ€™internet dans un fuseau horaire dÃ©terminÃ©;
d)Â Â Â Â Â Â les donnÃ©es nÃ©cessaires pour dÃ©terminer le type de communication:
1)Â Â Â Â Â Â en ce qui concerne la tÃ©lÃ©phonie fixe en rÃ©seau et la tÃ©lÃ©phonie mobile, le service tÃ©lÃ©phonique utilisÃ©;
2)Â Â Â Â Â Â en ce qui concerne le courrier Ã©lectronique par lâ€™internet et la tÃ©lÃ©phonie par lâ€™internet, le service internet utilisÃ©;
e)Â Â Â Â Â Â les donnÃ©es nÃ©cessaires pour identifier le matÃ©riel de communication des utilisateurs ou ce qui est censÃ© Ãªtre leur matÃ©riel:
1)Â Â Â Â Â Â en ce qui concerne la tÃ©lÃ©phonie fixe en rÃ©seau, le numÃ©ro de tÃ©lÃ©phone de lâ€™appelant et le numÃ©ro appelÃ©;
2)Â Â Â Â Â Â en ce qui concerne la tÃ©lÃ©phonie mobile:
i)Â Â Â Â Â Â le numÃ©ro de tÃ©lÃ©phone de lâ€™appelant et le numÃ©ro appelÃ©;
ii)Â Â Â Â Â Â lâ€™identitÃ© internationale dâ€™abonnÃ© mobile (IMSI) de lâ€™appelant;
iii)Â Â Â Â Â Â lâ€™identitÃ© internationale dâ€™Ã©quipement mobile (IMEI) de lâ€™appelant;
iv)Â Â Â Â Â Â lâ€™IMSI de lâ€™appelÃ©;
v)Â Â Â Â Â Â lâ€™IMEI de lâ€™appelÃ©;
vi)Â Â Â Â Â Â dans le cas des services anonymes Ã prÃ©paiement, la date et lâ€™heure de la premiÃ¨re activation du service ainsi que lâ€™identitÃ© de localisation (identifiant cellulaire) dâ€™oÃ¹ le service a Ã©tÃ© activÃ©;
3)Â Â Â Â Â Â en ce qui concerne lâ€™accÃ¨s Ã lâ€™internet, le courrier Ã©lectronique par lâ€™internet et la tÃ©lÃ©phonie par lâ€™internet:
i)Â Â Â Â Â Â le numÃ©ro de tÃ©lÃ©phone de lâ€™appelant pour lâ€™accÃ¨s commutÃ©;
ii)Â Â Â Â Â Â la ligne dâ€™abonnÃ© numÃ©rique (DSL) ou tout autre point terminal de lâ€™auteur de la communication;
f)Â Â Â Â Â Â les donnÃ©es nÃ©cessaires pour localiser le matÃ©riel de communication mobile:
1)Â Â Â Â Â Â lâ€™identitÃ© de localisation (identifiant cellulaire) au dÃ©but de la communication;
2)Â Â Â Â Â Â les donnÃ©es permettant dâ€™Ã©tablir la localisation gÃ©ographique des cellules, en se rÃ©fÃ©rant Ã leur identitÃ© de localisation (identifiant cellulaire), pendant la pÃ©riode au cours de laquelle les donnÃ©es de communication sont conservÃ©es.
2.Â Â Â Â Â Â Aucune donnÃ©e rÃ©vÃ©lant le contenu de la communication ne peut Ãªtre conservÃ©e au titre de la prÃ©sente directive.
DurÃ©es de conservation
Les Ã‰tats membres veillent Ã ce que les catÃ©gories de donnÃ©es visÃ©es Ã lâ€™article 5 soient conservÃ©es pour une durÃ©e minimale de six mois et maximale de deux ans Ã compter de la date de la communication.
Protection et sÃ©curitÃ© des donnÃ©es
Sans prÃ©judice des dispositions adoptÃ©es en application des directives 95/46/CE et 2002/58/CE, chaque Ã‰tat membre veille Ã ce que les fournisseurs de services de communications Ã©lectroniques accessibles au public ou dâ€™un rÃ©seau public de communications respectent, au minimum, les principes suivants en matiÃ¨re de sÃ©curitÃ© des donnÃ©es, pour ce qui concerne les donnÃ©es conservÃ©es conformÃ©ment Ã la prÃ©sente directive:
a)Â Â Â Â Â Â les donnÃ©es conservÃ©es doivent Ãªtre de la mÃªme qualitÃ© et soumises aux mÃªmes exigences de sÃ©curitÃ© et de protection que les donnÃ©es sur le rÃ©seau;
b)Â Â Â Â Â Â les donnÃ©es font lâ€™objet de mesures techniques et organisationnelles appropriÃ©es afin de les protÃ©ger contre la destruction accidentelle ou illicite, la perte ou lâ€™altÃ©ration accidentelle, ou le stockage, le traitement, lâ€™accÃ¨s ou la divulgation non autorisÃ©s ou illicites;
c)Â Â Â Â Â Â les donnÃ©es font lâ€™objet de mesures techniques et organisationnelles appropriÃ©es afin de garantir que lâ€™accÃ¨s aux donnÃ©es nâ€™est effectuÃ© que par un personnel spÃ©cifiquement autorisÃ©;
d)Â Â Â Â Â Â les donnÃ©es sont dÃ©truites lorsque leur durÃ©e de conservation prend fin, Ã lâ€™exception des donnÃ©es auxquelles on a pu accÃ©der et qui ont Ã©tÃ© prÃ©servÃ©es.
Conditions Ã observer pour le stockage des donnÃ©es conservÃ©es
Les Ã‰tats membres veillent Ã ce que les donnÃ©es visÃ©es Ã lâ€™article 5 soient conservÃ©es conformÃ©ment Ã la prÃ©sente directive de maniÃ¨re Ã ce que les donnÃ©es conservÃ©es et toute autre information nÃ©cessaire concernant ces donnÃ©es puissent, Ã leur demande, Ãªtre transmises sans dÃ©lai aux autoritÃ©s compÃ©tentes.
AutoritÃ© de contrÃ´le
1.Â Â Â Â Â Â Chaque Ã‰tat membre dÃ©signe une ou plusieurs autoritÃ©s publiques qui sont chargÃ©es de surveiller lâ€™application, sur son territoire, des dispositions adoptÃ©es par les Ã‰tats membres en application de lâ€™article 7 pour ce qui concerne la sÃ©curitÃ© des donnÃ©es conservÃ©es. Ces autoritÃ©s peuvent Ãªtre les mÃªmes que celles visÃ©es Ã lâ€™article 28 de la directive 95/46/CE.
2.Â Â Â Â Â Â Les autoritÃ©s visÃ©es au paragraphe 1 exercent en toute indÃ©pendance la surveillance visÃ©e audit paragraphe.
Ã€ lâ€™article 15 de la directive 2002/58/CE, le paragraphe suivant est insÃ©rÃ©:
â€˜1 bis.Â Â Â Â Â Â Le paragraphe 1 nâ€™est pas applicable aux donnÃ©es dont la conservation est spÃ©cifiquement exigÃ©e par la [directive 2006/24] aux fins visÃ©es Ã lâ€™article 1er, paragraphe 1, de ladite directive.â€™
[â€¦]â€™
Recours, responsabilitÃ© et sanctions
1.Â Â Â Â Â Â Chaque Ã‰tat membre prend les mesures nÃ©cessaires pour veiller Ã ce que les mesures nationales mettant en Å“uvre le chapitre III de la directive 95/46/CE, relatif aux recours juridictionnels, Ã la responsabilitÃ© et aux sanctions, soient intÃ©gralement appliquÃ©es au traitement des donnÃ©es effectuÃ© au titre de la prÃ©sente directive.
2Â Â Â Â Â Â Chaque Ã‰tat membre prend, en particulier, les mesures nÃ©cessaires pour faire en sorte que lâ€™accÃ¨s intentionnel aux donnÃ©es conservÃ©es conformÃ©ment Ã la prÃ©sente directive ou le transfert de ces donnÃ©es qui ne sont pas autorisÃ©s par le droit interne adoptÃ© en application de la prÃ©sente directive soient passibles de sanctions, y compris de sanctions administratives ou pÃ©nales, qui sont efficaces, proportionnÃ©es et dissuasives.Â Â»
17.Â Â Â Â Â Â Digital Rights a introduit le 11 aoÃ»t 2006 un recours devant la High Court dans le cadre duquel elle soutient quâ€™elle est propriÃ©taire dâ€™un tÃ©lÃ©phone portable qui a Ã©tÃ© enregistrÃ© le 3 juin 2006 et quâ€™elle utilise celui-ci depuis cette date. Elle met en cause la lÃ©galitÃ© de mesures lÃ©gislatives et administratives nationales concernant la conservation de donnÃ©es relatives Ã des communications Ã©lectroniques et demande, notamment, Ã la juridiction de renvoi de constater la nullitÃ© de la directive 2006/24 et de la septiÃ¨me partie de la loi de 2005 sur la justice pÃ©nale (infractions terroristes) [Criminal Justice (Terrorist Offences) Act 2005] prÃ©voyant que les fournisseurs de services de communications tÃ©lÃ©phoniques doivent conserver les donnÃ©es affÃ©rentes Ã ces derniÃ¨res relatives au trafic et Ã la localisation pour une pÃ©riode dÃ©terminÃ©e par la loi, afin de prÃ©venir et de dÃ©tecter les infractions, dâ€™enquÃªter sur celles-ci et de les poursuivre ainsi que de garantir la sÃ©curitÃ© de lâ€™Ã‰tat.
18.Â Â Â Â Â Â La High Court, considÃ©rant quâ€™elle nâ€™est pas en mesure de trancher les questions relatives au droit national dont elle est saisie sans que la validitÃ© de la directive 2006/24 ait Ã©tÃ© examinÃ©e a dÃ©cidÃ© de surseoir Ã statuer et de poser Ã la Cour les questions prÃ©judicielles suivantesÂ :
Â«Â 1)Â Â Â Â Â Â La restriction faite aux droits de la partie requÃ©rante en matiÃ¨re dâ€™utilisation de tÃ©lÃ©phonie mobile qui dÃ©coule des exigences des articles 3, 4 et 6 de la directive 2006/24 est-elle incompatible avec lâ€™article 5, paragraphe 4, TUE, en ce quâ€™elle est disproportionnÃ©e et quâ€™elle nâ€™est pas nÃ©cessaire ou quâ€™elle est inappropriÃ©e pour atteindre les objectifs lÃ©gitimes tels queÂ :
a)Â Â Â Â Â Â permettre que certaines donnÃ©es soient disponibles aux fins des enquÃªtes sur les infractions graves et aux fins de la dÃ©tection et de la poursuite de ces derniÃ¨res,
b)Â Â Â Â Â Â garantir le bon fonctionnement du marchÃ© intÃ©rieur de lâ€™Union europÃ©enneÂ ?
2)Â Â Â Â Â Â En particulier,
a)Â Â Â Â Â Â La directive 2006/24 est-elle compatible avec le droit des citoyens Ã circuler et Ã rÃ©sider librement sur le territoire des Ã‰tats membres, consacrÃ© Ã lâ€™article 21 TFUEÂ ?
b)Â Â Â Â Â Â La directive 2006/24 est-elle compatible avec le droit au respect de la vie privÃ©e consacrÃ© par lâ€™article 7 de la [charte des droits fondamentaux de lâ€™Union europÃ©enne (ci-aprÃ¨s la Â«CharteÂ»)] et par lâ€™article 8 de la [CEDH]Â ?
c)Â Â Â Â Â Â La directive 2006/24 est-elle compatible avec le droit Ã la protection des donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel qui figure Ã lâ€™article 8 de la CharteÂ ?
d)Â Â Â Â Â Â La directive 2006/24 est-elle compatible avec le droit Ã la libertÃ© dâ€™expression consacrÃ© par lâ€™article 11 de la Charte et par lâ€™article 10 de la [CEDH]Â ?
e)Â Â Â Â Â Â La directive 2006/24 est-elle compatible avec le droit Ã une bonne administration consacrÃ© par lâ€™article 41 de la CharteÂ ?
3)Â Â Â Â Â Â Dans quelle mesure les traitÃ©s, et en particulier le principe de coopÃ©ration loyale consacrÃ© Ã lâ€™article 4, paragraphe 3, TUE, exigent-ils quâ€™une juridiction nationale examine et Ã©value la compatibilitÃ© des mesures nationales transposant la directive 2006/24 avec les garanties prÃ©vues par la [Charte], y compris son article 7 (tel que repris de lâ€™article 8 de la [CEDH])Â ?Â Â»
19.Â Â Â Â Â Â Ã€ lâ€™origine de la demande de dÃ©cision prÃ©judicielle dans lâ€™affaire Câ€‘594/12 se trouvent plusieurs recours introduits devant le Verfassungsgerichtshof, formÃ©s respectivement par la KÃ¤rntner Landesregierung ainsi que par MM. Seitlinger, Tschohl et 11Â 128 autres requÃ©rants demandant lâ€™annulation de lâ€™article 102 bis de la loi de 2003 sur les tÃ©lÃ©communications (Telekommunikationsgesetz 2003), qui a Ã©tÃ© introduit dans cette loi par la loi fÃ©dÃ©rale modifiant celle-ci (Bundesgesetz, mit dem das Telekommunikationsgesetz 2003 â€“ TKG 2003 geÃ¤ndert wird,Â BGBl. I, 27/2011) aux fins de la transposition de la directive 2006/24 dans le droit interne autrichien. Ces parties considÃ¨rent, notamment, que cet article 102 bis viole le droit fondamental des particuliers Ã la protection de leurs donnÃ©es.
20.Â Â Â Â Â Â Le Verfassungsgerichtshof se demande, notamment, si la directive 2006/24 est compatible avec la Charte en ce quâ€™elle permet le stockage dâ€™une masse de types de donnÃ©es Ã lâ€™Ã©gard dâ€™un nombre illimitÃ© de personnes pour une longue durÃ©e. La conservation des donnÃ©es toucherait presque exclusivement des personnes dont le comportement ne justifie aucunement la conservation des donnÃ©es les concernant. Ces personnes seraient exposÃ©es Ã un risque accru de voir les autoritÃ©s rechercher leurs donnÃ©es, prendre connaissance de leur contenu, sâ€™informer de leur vie privÃ©e et utiliser ces donnÃ©es Ã de multiples fins, compte tenu, notamment, du nombre incommensurable de personnes ayant accÃ¨s aux donnÃ©es pendant une pÃ©riode de six mois au minimum. Selon la juridiction de renvoi, il existe des doutes, dâ€™une part, quant au fait que cette directive serait en mesure dâ€™atteindre les objectifs quâ€™elle poursuit et, dâ€™autre part, quant au caractÃ¨re proportionnÃ© de lâ€™ingÃ©rence dans les droits fondamentaux concernÃ©s.
21.Â Â Â Â Â Â Câ€™est dans ces conditions que le Verfassungsgerichtshof a dÃ©cidÃ© de surseoir Ã statuer et de poser Ã la Cour les questions prÃ©judicielles suivantesÂ :
Â«Â 1)Â Â Â Â Â Â Sur la validitÃ© dâ€™actes dâ€™institutions de lâ€™Union:
Les articles 3 Ã 9 de la directive 2006/24 sont-ils compatibles avec les articles 7, 8 et 11 de la [Charte]Â ?
2)Â Â Â Â Â Â Sur lâ€™interprÃ©tation des traitÃ©sÂ :
a)Â Â Â Â Â Â Au vu des explications sur lâ€™article 8 de la Charte, lesquelles ont Ã©tÃ© Ã©laborÃ©es, aux termes de lâ€™article 52, paragraphe 7, de la Charte, en vue de guider lâ€™interprÃ©tation de [celle-ci] et sont dÃ»ment prises en considÃ©ration par le Verfassungsgerichtshof, la directive 95/46 et le rÃ¨glement (CE) nÂ°Â 45/2001 du Parlement europÃ©en et du Conseil, du 18 dÃ©cembre 2000, relatif Ã la protection des personnes physiques Ã lâ€™Ã©gard du traitement des donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel par les institutions et organes communautaires et Ã la libre circulation de ces donnÃ©es [(JO 2001, LÂ 8, p.Â 1),]Â doivent-ils Ãªtre considÃ©rÃ©s au mÃªme titre que les conditions fixÃ©es Ã lâ€™article 8, paragraphe 2, et Ã lâ€™article 52, paragraphe 1, de la Charte pour apprÃ©cier la licÃ©itÃ© dâ€™empiÃ¨tementsÂ ?
b)Â Â Â Â Â Â Dans quel rapport se trouvent le â€˜droit de lâ€™Unionâ€™ visÃ© Ã lâ€™article 52, paragraphe 3, derniÃ¨re phrase, de la Charte et les directives en matiÃ¨re de droit Ã la protection des donnÃ©esÂ ?
c)Â Â Â Â Â Â Au vu des conditions et restrictions apportÃ©es par la directive 95/46 et le rÃ¨glement [â€¦] nÂ° 45/2001 Ã la sauvegarde du droit fondamental Ã la protection des donnÃ©es inscrit dans la Charte, faut-il prendre en considÃ©ration, dans lâ€™interprÃ©tation de lâ€™article 8 de [celle-ci], des changements dÃ©coulant du droit dÃ©rivÃ© ultÃ©rieurÂ ?
d)Â Â Â Â Â Â Compte tenu de lâ€™article 52, paragraphe 4, de la Charte, le principe de la prÃ©valence du niveau supÃ©rieur de protection inscrit Ã lâ€™article 53 de la Charte a-t-il pour consÃ©quence que les limites assignÃ©es par [cette derniÃ¨re] aux restrictions que peut valablement apporter le droit dÃ©rivÃ© doivent Ãªtre tracÃ©es plus Ã©troitementÂ ?
e)Â Â Â Â Â Â Au regard de lâ€™article 52, paragraphe 3, de la Charte, du cinquiÃ¨me alinÃ©a du prÃ©ambule et des explications sur lâ€™article 7 de [celle-ci], indiquant que les droits garantis Ã lâ€™article 7 correspondent Ã ceux qui sont garantis par lâ€™article 8 de la CEDH, la jurisprudence que la Cour europÃ©enne des droits de lâ€™homme a consacrÃ©e Ã lâ€™article 8 de la CEDH peut-elle donner des indications dans lâ€™interprÃ©tation de lâ€™article 8 de la Charte qui rejaillissent sur lâ€™interprÃ©tation de ce dernier articleÂ ?Â Â»
22.Â Â Â Â Â Â Par dÃ©cision du prÃ©sident de la Cour du 11 juin 2013, les affaires Câ€‘293/12 et Câ€‘594/12 ont Ã©tÃ© jointes aux fins de la procÃ©dure orale et de lâ€™arrÃªt.
23.Â Â Â Â Â Â Par la deuxiÃ¨me question, sous b) Ã d), dans lâ€™affaire Câ€‘293/12 et la premiÃ¨re question dans lâ€™affaire Câ€‘594/12, quâ€™il convient dâ€™examiner ensemble, les juridictions de renvoi demandent en substance Ã la Cour dâ€™examiner la validitÃ© de la directive 2006/24 Ã la lumiÃ¨re des articles 7, 8 et 11 de la Charte.
Sur la pertinence des articles 7, 8 et 11 de la Charte au regard de la question de la validitÃ© de la directive 2006/24
24.Â Â Â Â Â Â Il rÃ©sulte de lâ€™article 1er ainsi que des considÃ©rants 4, 5, 7 Ã 11, 21 et 22 de la directive 2006/24 que celle-ci a pour objectif principal dâ€™harmoniser les dispositions des Ã‰tats membres relatives Ã la conservation, par les fournisseurs de services de communications Ã©lectroniques accessibles au public ou de rÃ©seaux publics de communication, de certaines donnÃ©es gÃ©nÃ©rÃ©es ou traitÃ©es par ces fournisseurs en vue de garantir la disponibilitÃ© de ces donnÃ©es Ã des fins de prÃ©vention, de recherche, de dÃ©tection et de poursuite des infractions graves, telles que celles liÃ©es Ã la criminalitÃ© organisÃ©e et au terrorisme, dans le respect des droits consacrÃ©s aux articles 7 et 8 de la Charte.
25.Â Â Â Â Â Â Lâ€™obligation des fournisseurs de services de communications Ã©lectroniques accessibles au public ou de rÃ©seaux publics de communications, prÃ©vue Ã lâ€™article 3 de la directive 2006/24, de conserver les donnÃ©es Ã©numÃ©rÃ©es Ã lâ€™article 5 de celle-ci aux fins de les rendre, le cas Ã©chÃ©ant, accessibles aux autoritÃ©s nationales compÃ©tentes soulÃ¨ve des questions relatives Ã la protection tant de la vie privÃ©e que des communications consacrÃ©e Ã lâ€™article 7 de la Charte Ã la protection des donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel prÃ©vue Ã lâ€™article 8 de celle-ci ainsi quâ€™au respect de la libertÃ© dâ€™expression garantie par lâ€™article 11 de la Charte.
26.Â Â Â Â Â Â Ã€ cet Ã©gard, il convient de relever que les donnÃ©es que doivent conserver les fournisseurs de services de communications Ã©lectroniques accessibles au public ou de rÃ©seaux publics de communications, au titre des articles 3 et 5 de la directive 2006/24, sont, notamment, les donnÃ©es nÃ©cessaires pour retrouver et identifier la source dâ€™une communication et la destination de celle-ci, pour dÃ©terminer la date, lâ€™heure, la durÃ©e et le type dâ€™une communication, le matÃ©riel de communication des utilisateurs, ainsi que pour localiser le matÃ©riel de communication mobile, donnÃ©es au nombre desquelles figurent, notamment, le nom et lâ€™adresse de lâ€™abonnÃ© ou de lâ€™utilisateur inscrit, le numÃ©ro de tÃ©lÃ©phone de lâ€™appelant et le numÃ©ro appelÃ© ainsi quâ€™une adresse IP pour les services Internet. Ces donnÃ©es permettent, notamment, de savoir quelle est la personne avec laquelle un abonnÃ© ou un utilisateur inscrit a communiquÃ© et par quel moyen, tout comme de dÃ©terminer le temps de la communication ainsi que lâ€™endroit Ã partir duquel celle-ci a eu lieu. En outre, elles permettent de connaÃ®tre la frÃ©quence des communications de lâ€™abonnÃ© ou de lâ€™utilisateur inscrit avec certaines personnes pendant une pÃ©riode donnÃ©e.
27.Â Â Â Â Â Â Ces donnÃ©es, prises dans leur ensemble, sont susceptibles de permettre de tirer des conclusions trÃ¨s prÃ©cises concernant la vie privÃ©e des personnes dont les donnÃ©es ont Ã©tÃ© conservÃ©es, telles que les habitudes de la vie quotidienne, les lieux de sÃ©jour permanents ou temporaires, les dÃ©placements journaliers ou autres, les activitÃ©s exercÃ©es, les relations sociales de ces personnes et les milieux sociaux frÃ©quentÃ©s par celles-ci.
28.Â Â Â Â Â Â Dans de telles circonstances, mÃªme si la directive 2006/24 nâ€™autorise pas, ainsi quâ€™il dÃ©coule de ses articles 1er, paragraphe 2, et 5, paragraphe 2, la conservation du contenu de la communication et des informations consultÃ©es en utilisant un rÃ©seau de communications Ã©lectroniques, il nâ€™est pas exclu que la conservation des donnÃ©es en cause puisse avoir une incidence sur lâ€™utilisation, par les abonnÃ©s ou les utilisateurs inscrits, des moyens de communication visÃ©s par cette directive et, en consÃ©quence, sur lâ€™exercice par ces derniers de leur libertÃ© dâ€™expression, garantie par lâ€™article 11 de la Charte.
29.Â Â Â Â Â Â La conservation des donnÃ©es aux fins de leur accÃ¨s Ã©ventuel par les autoritÃ©s nationales compÃ©tentes, telle que prÃ©vue par la directive 2006/24, concerne de maniÃ¨re directe et spÃ©cifique la vie privÃ©e et, ainsi, les droits garantis par lâ€™article 7 de la Charte. En outre, une telle conservation des donnÃ©es relÃ¨ve Ã©galement de lâ€™article 8 de celle-ci en raison du fait quâ€™elle constitue un traitement des donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel au sens de cet article et doit, ainsi, nÃ©cessairement satisfaire aux exigences de protection des donnÃ©es dÃ©coulant de cet article (arrÃªt Volker und Markus Schecke et Eifert, C-92/09 et C-93/09, EU:C:2010:662, point 47).
30.Â Â Â Â Â Â Si les renvois prÃ©judiciels dans les prÃ©sentes affaires soulÃ¨vent notamment la question de principe de savoir si les donnÃ©es des abonnÃ©s et des utilisateurs inscrits peuvent ou non, au regard de lâ€™article 7 de la Charte, Ãªtre conservÃ©es, ils concernent Ã©galement celle de savoir si la directive 2006/24 rÃ©pond aux exigences de protection des donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel dÃ©coulant de lâ€™article 8 de la Charte.
31.Â Â Â Â Â Â Eu Ã©gard aux considÃ©rations qui prÃ©cÃ¨dent, il convient, aux fins de rÃ©pondre Ã la deuxiÃ¨me question, sous b) Ã d), dans lâ€™affaire Câ€‘293/12 et Ã la premiÃ¨re question dans lâ€™affaire Câ€‘594/12, dâ€™examiner la validitÃ© de la directive au regard des articles 7 et 8 de la Charte.
Sur lâ€™existence dâ€™une ingÃ©rence dans les droits consacrÃ©s par les articles 7 et 8 de la Charte
32.Â Â Â Â Â Â En imposant la conservation des donnÃ©es Ã©numÃ©rÃ©es Ã lâ€™article 5, paragraphe 1, de la directive 2006/24 et en permettant lâ€™accÃ¨s des autoritÃ©s nationales compÃ©tentes Ã celles-ci, cette directive dÃ©roge, ainsi que lâ€™a relevÃ© M. lâ€™avocat gÃ©nÃ©ral notamment aux points 39 et 40 de ses conclusions, au rÃ©gime de protection du droit au respect de la vie privÃ©e, instaurÃ© par les directives 95/46 et 2002/58, Ã lâ€™Ã©gard du traitement des donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel dans le secteur des communications Ã©lectroniques, ces derniÃ¨res directives ayant prÃ©vu la confidentialitÃ© des communications et des donnÃ©es relatives au trafic ainsi que lâ€™obligation dâ€™effacer ou de rendre anonymes ces donnÃ©es lorsquâ€™elles ne sont plus nÃ©cessaires Ã la transmission dâ€™une communication, hormis si elles sont nÃ©cessaires Ã la facturation et uniquement tant que cette nÃ©cessitÃ© perdure.
33.Â Â Â Â Â Â Pour Ã©tablir lâ€™existence dâ€™une ingÃ©rence dans le droit fondamental au respect de la vie privÃ©e, il importe peu que les informations relatives Ã la vie privÃ©e concernÃ©es prÃ©sentent ou non un caractÃ¨re sensible ou que les intÃ©ressÃ©s aient ou non subi dâ€™Ã©ventuels inconvÃ©nients en raison de cette ingÃ©rence (voir, en ce sens, arrÃªt Ã–sterreichischer Rundfunk e.a., C-465/00, C-138/01 et C-139/01, EU:C:2003:294, point 75).
34.Â Â Â Â Â Â Il en rÃ©sulte que lâ€™obligation imposÃ©e par les articles 3 et 6 de la directive 2006/24 aux fournisseurs de services de communications Ã©lectroniques accessibles au public ou de rÃ©seaux publics de communication de conserver pendant une certaine durÃ©e des donnÃ©es relatives Ã la vie privÃ©e dâ€™une personne et Ã ses communications, telles que celles visÃ©es Ã lâ€™article 5 de cette directive, constitue en soi une ingÃ©rence dans les droits garantis par lâ€™article 7 de la Charte.
35.Â Â Â Â Â Â En outre, lâ€™accÃ¨s des autoritÃ©s nationales compÃ©tentes aux donnÃ©es constitue une ingÃ©rence supplÃ©mentaire dans ce droit fondamental (voir, en ce qui concerne lâ€™article 8 de la CEDH, arrÃªts Cour EDH, Leander c. SuÃ¨de, 26 mars 1987, sÃ©rie A nÂ°116, Â§Â 48; Rotaru c. Roumanie [GC], nÂ° 28341/95, Â§ 46, CEDH 2000-V, ainsi que Weber et Saravia c. Allemagne (dÃ©c.), nÂ° 54934/00, Â§ 79, CEDH 2006-XI). Ainsi, les articles 4 et 8 de la directive 2006/24 prÃ©voyant des rÃ¨gles relatives Ã lâ€™accÃ¨s des autoritÃ©s nationales compÃ©tentes aux donnÃ©es sont Ã©galement constitutifs dâ€™une ingÃ©rence dans les droits garantis par lâ€™article 7 de la Charte.
36.Â Â Â Â Â Â De mÃªme, la directive 2006/24 est constitutive dâ€™une ingÃ©rence dans le droit fondamental Ã la protection des donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel garanti par lâ€™article 8 de la Charte puisquâ€™elle prÃ©voit un traitement des donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel.
37.Â Â Â Â Â Â Force est de constater que lâ€™ingÃ©rence que comporte la directive 2006/24 dans les droits fondamentaux consacrÃ©s aux articles 7 et 8 de la Charte sâ€™avÃ¨re, ainsi que lâ€™a Ã©galement relevÃ© M. lâ€™avocat gÃ©nÃ©ral notamment aux points 77 et 80 de ses conclusions, dâ€™une vaste ampleur et quâ€™elle doit Ãªtre considÃ©rÃ©e comme particuliÃ¨rement grave. En outre, la circonstance que la conservation des donnÃ©es et lâ€™utilisation ultÃ©rieure de celles-ci sont effectuÃ©es sans que lâ€™abonnÃ© ou lâ€™utilisateur inscrit en soient informÃ©s est susceptible de gÃ©nÃ©rer dans lâ€™esprit des personnes concernÃ©es, ainsi que lâ€™a relevÃ© M. lâ€™avocat gÃ©nÃ©ral aux points 52 et 72 de ses conclusions, le sentiment que leur vie privÃ©e fait lâ€™objet dâ€™une surveillance constante.
Sur la justification de lâ€™ingÃ©rence dans les droits garantis par les articles 7 et 8 de la Charte
38.Â Â Â Â Â Â ConformÃ©ment Ã lâ€™article 52, paragraphe 1, de la Charte, toute limitation de lâ€™exercice des droits et des libertÃ©s consacrÃ©s par celle-ci doit Ãªtre prÃ©vue par la loi, respecter leur contenu essentiel et, dans le respect du principe de proportionnalitÃ©, des limitations ne peuvent Ãªtre apportÃ©es Ã ces droits et libertÃ©s que si elles sont nÃ©cessaires et rÃ©pondent effectivement Ã des objectifs dâ€™intÃ©rÃªt gÃ©nÃ©ral reconnus par lâ€™Union ou au besoin de protection des droits et libertÃ©s dâ€™autrui.
39.Â Â Â Â Â Â En ce qui concerne le contenu essentiel du droit fondamental au respect de la vie privÃ©e et des autres droits consacrÃ©s Ã lâ€™article 7 de la Charte, il convient de constater que, mÃªme si la conservation des donnÃ©es imposÃ©e par la directive 2006/24 constitue une ingÃ©rence particuliÃ¨rement grave dans ces droits, elle nâ€™est pas de nature Ã porter atteinte audit contenu Ã©tant donnÃ© que, ainsi quâ€™il dÃ©coule de son article 1er, paragraphe 2, cette directive ne permet pas de prendre connaissance du contenu des communications Ã©lectroniques en tant que tel.
40.Â Â Â Â Â Â Cette conservation des donnÃ©es nâ€™est pas non plus de nature Ã porter atteinte au contenu essentiel du droit fondamental Ã la protection des donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel, consacrÃ© Ã lâ€™article 8 de la Charte, en raison du fait que la directive 2006/24 prÃ©voit, Ã son article 7, une rÃ¨gle relative Ã la protection et Ã la sÃ©curitÃ© des donnÃ©es selon laquelle, sans prÃ©judice des dispositions adoptÃ©es en application des directives 95/46 et 2002/58, certains principes de protection et de sÃ©curitÃ© des donnÃ©es doivent Ãªtre respectÃ©s par les fournisseurs de services de communications Ã©lectroniques accessibles au public ou de rÃ©seaux publics de communications, principes selon lesquels les Ã‰tats membres veillent Ã lâ€™adoption de mesures techniques et organisationnelles appropriÃ©es contre la destruction accidentelle ou illicite, la perte ou lâ€™altÃ©ration accidentelle des donnÃ©es.
41.Â Â Â Â Â Â Quant Ã la question de savoir si ladite ingÃ©rence rÃ©pond Ã un objectif dâ€™intÃ©rÃªt gÃ©nÃ©ral, il convient de relever que, si la directive 2006/24 est destinÃ©e Ã harmoniser les dispositions des Ã‰tats membres relatives aux obligations desdits fournisseurs en matiÃ¨re de conservation de certaines donnÃ©es qui sont gÃ©nÃ©rÃ©es ou traitÃ©es par ces derniers, lâ€™objectif matÃ©riel de cette directive vise, ainsi quâ€™il dÃ©coule de son article 1er, paragraphe 1, Ã garantir la disponibilitÃ© de ces donnÃ©es Ã des fins de recherche, de dÃ©tection et de poursuite dâ€™infractions graves telles quâ€™elles sont dÃ©finies par chaque Ã‰tat membre dans son droit interne. Lâ€™objectif matÃ©riel de cette directive est, dÃ¨s lors, de contribuer Ã la lutte contre la criminalitÃ© grave et ainsi, en fin de compte, Ã la sÃ©curitÃ© publique.
42.Â Â Â Â Â Â Il ressort de la jurisprudence de la Cour que constitue un objectif dâ€™intÃ©rÃªt gÃ©nÃ©ral de lâ€™Union la lutte contre le terrorisme international en vue du maintien de la paix et de la sÃ©curitÃ© internationales (voir, en ce sens, arrÃªts Kadi et Al Barakaat International Foundation/Conseil et Commission, C-402/05 P et C-415/05 P, EU:C:2008:461, point 363, ainsi que Al-Aqsa/Conseil, C-539/10 P et C-550/10 P, EU:C:2012:711, point 130). Il en va de mÃªme de la lutte contre la criminalitÃ© grave afin de garantir la sÃ©curitÃ© publique (voir, en ce sens, arrÃªt Tsakouridis, Câ€‘145/09, EU:C:2010:708, points 46 et 47). Par ailleurs, il convient de relever, Ã cet Ã©gard, que lâ€™article 6 de la Charte Ã©nonce le droit de toute personne non seulement Ã la libertÃ©, mais Ã©galement Ã la sÃ»retÃ©.
43.Â Â Â Â Â Â Ã€ cet Ã©gard, il ressort du considÃ©rant 7 de la directive 2006/24 que, en raison de lâ€™accroissement important des possibilitÃ©s offertes par les communications Ã©lectroniques, le Conseil Â«Â Justice et affaires intÃ©rieuresÂ Â» du 19 dÃ©cembre 2002 a considÃ©rÃ© que les donnÃ©es relatives Ã lâ€™utilisation de celles-ci sont particuliÃ¨rement importantes et constituent donc un instrument utile dans la prÃ©vention des infractions et la lutte contre la criminalitÃ©, notamment la criminalitÃ© organisÃ©e.
44.Â Â Â Â Â Â Force est donc de constater que la conservation des donnÃ©es aux fins de permettre aux autoritÃ©s nationales compÃ©tentes de disposer dâ€™un accÃ¨s Ã©ventuel Ã celles-ci,Â telle quâ€™imposÃ©e par la directive 2006/24, rÃ©pond effectivement Ã un objectif dâ€™intÃ©rÃªt gÃ©nÃ©ral.
45.Â Â Â Â Â Â Dans ces conditions, il y a lieu de vÃ©rifier la proportionnalitÃ© de lâ€™ingÃ©rence constatÃ©e.
46.Â Â Â Â Â Â Ã€ cet Ã©gard, il convient de rappeler que le principe de proportionnalitÃ© exige, selon une jurisprudence constante de la Cour, que les actes des institutions de lâ€™Union soient aptes Ã rÃ©aliser les objectifs lÃ©gitimes poursuivis par la rÃ©glementation en cause et ne dÃ©passent pas les limites de ce qui est appropriÃ© et nÃ©cessaire Ã la rÃ©alisation de ces objectifs (voir, en ce sens, arrÃªts Afton Chemical, Câ€‘343/09,Â EU:C:2010:419, point 45; Volker und Markus Schecke et Eifert, EU:C:2010:662, point 74; Nelson e.a., Câ€‘581/10 et Câ€‘629/10, EU:C:2012:657, point 71; Sky Ã–sterreich, Câ€‘283/11, EU:C:2013:28, point 50, ainsi que Schaible, Câ€‘101/12, EU:C:2013:661, point 29).
47.Â Â Â Â Â Â En ce qui concerne le contrÃ´le juridictionnel du respect de ces conditions, dÃ¨s lors que des ingÃ©rences dans des droits fondamentaux sont en cause, lâ€™Ã©tendue du pouvoir dâ€™apprÃ©ciation du lÃ©gislateur de lâ€™Union peut sâ€™avÃ©rer limitÃ©e en fonction dâ€™un certain nombre dâ€™Ã©lÃ©ments, parmi lesquels figurent, notamment, le domaine concernÃ©, la nature du droit en cause garanti par la Charte, la nature et la gravitÃ© de lâ€™ingÃ©rence ainsi que la finalitÃ© de celle-ci (voir, par analogie, en ce qui concerne lâ€™article 8 de la CEDH, arrÃªt Cour EDH, S et Marper c. Royaume-Uni [GC], nos 30562/04 et 30566/04, Â§ 102, CEDH 2008-V).
48.Â Â Â Â Â Â En lâ€™espÃ¨ce, compte tenu, dâ€™une part, du rÃ´le important que joue la protection des donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel au regard du droit fondamental au respect de la vie privÃ©e et, dâ€™autre part, de lâ€™ampleur et de la gravitÃ© de lâ€™ingÃ©rence dans ce droit que comporte la directive 2006/24, le pouvoir dâ€™apprÃ©ciation du lÃ©gislateur de lâ€™Union sâ€™avÃ¨re rÃ©duit de sorte quâ€™il convient de procÃ©der Ã un contrÃ´le strict.
49.Â Â Â Â Â Â En ce qui concerne la question de savoir si la conservation des donnÃ©es est apte Ã rÃ©aliser lâ€™objectif poursuivi par la directive 2006/24, il convient de constater que, eu Ã©gard Ã lâ€™importance croissante des moyens de communication Ã©lectronique, les donnÃ©es qui doivent Ãªtre conservÃ©es en application de cette directive permettent aux autoritÃ©s nationales compÃ©tentes en matiÃ¨re de poursuites pÃ©nales de disposer de possibilitÃ©s supplÃ©mentaires dâ€™Ã©lucidation des infractions graves et, Ã cet Ã©gard, elles constituent donc un instrument utile pour les enquÃªtes pÃ©nales. Ainsi, la conservation de telles donnÃ©es peut Ãªtre considÃ©rÃ©e comme apte Ã rÃ©aliser lâ€™objectif poursuivi par ladite directive.
50.Â Â Â Â Â Â Cette apprÃ©ciation ne saurait Ãªtre remise en cause par la circonstance, invoquÃ©e notamment par MM. Tschohl et Seitlinger ainsi que par le gouvernement portugais dans leurs observations Ã©crites soumises Ã la Cour, quâ€™il existe plusieurs modalitÃ©s de communications Ã©lectroniques qui ne relÃ¨vent pas du champ dâ€™application de la directive 2006/24 ou qui permettent une communication anonyme. Si, certes, cette circonstance est de nature Ã limiter lâ€™aptitude de la mesure de conservation des donnÃ©es Ã atteindre lâ€™objectif poursuivi, elle nâ€™est toutefois pas de nature Ã rendre cette mesure inapte, ainsi que lâ€™a relevÃ© M. lâ€™avocat gÃ©nÃ©ral au point 137 de ses conclusions.
51.Â Â Â Â Â Â En ce qui concerne le caractÃ¨re nÃ©cessaire de la conservation des donnÃ©es imposÃ©e par la directive 2006/24, il convient de constater que, certes, la lutte contre la criminalitÃ© grave, notamment contre la criminalitÃ© organisÃ©e et le terrorisme, est dâ€™une importance primordiale pour garantir la sÃ©curitÃ© publique et son efficacitÃ© peut dÃ©pendre dans une large mesure de lâ€™utilisation des techniques modernes dâ€™enquÃªte. Toutefois, un tel objectif dâ€™intÃ©rÃªt gÃ©nÃ©ral, pour fondamental quâ€™il soit, ne saurait Ã lui seul justifier quâ€™une mesure de conservation telle que celle instaurÃ©e par la directive 2006/24 soit considÃ©rÃ©e comme nÃ©cessaire aux fins de ladite lutte.
52.Â Â Â Â Â Â Sâ€™agissant du droit au respect de la vie privÃ©e, la protection de ce droit fondamental exige, selon la jurisprudence constante de la Cour, en tout Ã©tat de cause, que les dÃ©rogations Ã la protection des donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel et les limitations de celle-ci doivent sâ€™opÃ©rer dans les limites du strict nÃ©cessaire (arrÃªt IPI, Câ€‘473/12, EU:C:2013:715, point 39 et jurisprudence citÃ©e).
53.Â Â Â Â Â Â Ã€ cet Ã©gard, il convient de rappeler que la protection des donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel, rÃ©sultant de lâ€™obligation explicite prÃ©vue Ã lâ€™article 8, paragraphe 1, de la Charte, revÃªt une importance particuliÃ¨re pour le droit au respect de la vie privÃ©e consacrÃ© Ã lâ€™article 7 de celle-ci.
54.Â Â Â Â Â Â Ainsi, la rÃ©glementation de lâ€™Union en cause doit prÃ©voir des rÃ¨gles claires et prÃ©cises rÃ©gissant la portÃ©e et lâ€™application de la mesure en cause et imposant un minimum dâ€™exigences de sorte que les personnes dont les donnÃ©es ont Ã©tÃ© conservÃ©es disposent de garanties suffisantes permettant de protÃ©ger efficacement leurs donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel contre les risques dâ€™abus ainsi que contre tout accÃ¨s et toute utilisation illicites de ces donnÃ©es (voir, par analogie, en ce qui concerne lâ€™article 8 de la CEDH, arrÃªts Cour EDH, Liberty et autres c. Royaume-Uni, nÂ°Â 58243/00, Â§ 62 et 63, du 1er juillet 2008; Rotaru c. Roumanie, prÃ©citÃ©, Â§ 57 Ã 59, ainsi que S et Marper c. Royaume-Uni, prÃ©citÃ©, Â§ 99).
55.Â Â Â Â Â Â La nÃ©cessitÃ© de disposer de telles garanties est dâ€™autant plus importante lorsque, comme le prÃ©voit la directive 2006/24, les donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel sont soumises Ã un traitement automatique et quâ€™il existe un risque important dâ€™accÃ¨s illicite Ã ces donnÃ©es (voir, par analogie, en ce qui concerne lâ€™article 8 de la CEDH, arrÃªts Cour EDH, S et Marper c. Royaume-Uni, prÃ©citÃ©, Â§ 103, ainsi que M. K. c. France, nÂ° 19522/09, Â§Â 35, du 18 avril 2013).
56.Â Â Â Â Â Â Quant Ã la question de savoir si lâ€™ingÃ©rence que comporte la directive 2006/24 est limitÃ©e au strict nÃ©cessaire, il convient de relever que cette directive impose, conformÃ©ment Ã son article 3 lu en combinaison avec son article 5, paragraphe 1, la conservation de toutes les donnÃ©es relatives au trafic concernant la tÃ©lÃ©phonie fixe, la tÃ©lÃ©phonie mobile, lâ€™accÃ¨s Ã lâ€™internet, le courrier Ã©lectronique par Internet ainsi que la tÃ©lÃ©phonie par lâ€™internet. Ainsi, elle vise tous les moyens de communication Ã©lectronique dont lâ€™utilisation est trÃ¨s rÃ©pandue et dâ€™une importance croissante dans la vie quotidienne de chacun. En outre, conformÃ©ment Ã son article 3, ladite directive couvre tous les abonnÃ©s et utilisateurs inscrits. Elle comporte donc une ingÃ©rence dans les droits fondamentaux de la quasi-totalitÃ© de la population europÃ©enne.
57.Â Â Â Â Â Â Ã€ cet Ã©gard, il importe de constater, en premier lieu, que la directive 2006/24 couvre de maniÃ¨re gÃ©nÃ©ralisÃ©e toute personne et tous les moyens de communication Ã©lectronique ainsi que lâ€™ensemble des donnÃ©es relatives au trafic sans quâ€™aucune diffÃ©renciation, limitation ni exception soient opÃ©rÃ©es en fonction de lâ€™objectif de lutte contre les infractions graves.
58.Â Â Â Â Â Â En effet, dâ€™une part, la directive 2006/24 concerne de maniÃ¨re globale lâ€™ensemble des personnes faisant usage de services de communications Ã©lectroniques, sans toutefois que les personnes dont les donnÃ©es sont conservÃ©es se trouvent, mÃªme indirectement, dans une situation susceptible de donner lieu Ã des poursuites pÃ©nales. Elle sâ€™applique donc mÃªme Ã des personnes pour lesquelles il nâ€™existe aucun indice de nature Ã laisser croire que leur comportement puisse avoir un lien, mÃªme indirect ou lointain, avec des infractions graves. En outre, elle ne prÃ©voit aucune exception, de sorte quâ€™elle sâ€™applique mÃªme Ã des personnes dont les communications sont soumises, selon les rÃ¨gles du droit national, au secret professionnel.
59.Â Â Â Â Â Â Dâ€™autre part, tout en visant Ã contribuer Ã la lutte contre la criminalitÃ© grave, ladite directive ne requiert aucune relation entre les donnÃ©es dont la conservation est prÃ©vue et une menace pour la sÃ©curitÃ© publique et, notamment, elle nâ€™est pas limitÃ©e Ã une conservation portant soit sur des donnÃ©es affÃ©rentes Ã une pÃ©riode temporelle et/ou une zone gÃ©ographique dÃ©terminÃ©e et/ou sur un cercle de personnes donnÃ©es susceptibles dâ€™Ãªtre mÃªlÃ©es dâ€™une maniÃ¨re ou dâ€™une autre Ã une infraction grave, soit sur des personnes qui pourraient, pour dâ€™autres motifs, contribuer, par la conservation de leurs donnÃ©es, Ã la prÃ©vention, Ã la dÃ©tection ou Ã la poursuite dâ€™infractions graves.
60.Â Â Â Â Â Â En deuxiÃ¨me lieu, Ã cette absence gÃ©nÃ©rale de limites sâ€™ajoute le fait que la directive 2006/24 ne prÃ©voit aucun critÃ¨re objectif permettant de dÃ©limiter lâ€™accÃ¨s des autoritÃ©s nationales compÃ©tentes aux donnÃ©es et leur utilisation ultÃ©rieure Ã des fins de prÃ©vention, de dÃ©tection ou de poursuites pÃ©nales concernant des infractions pouvant, au regard de lâ€™ampleur et de la gravitÃ© de lâ€™ingÃ©rence dans les droits fondamentaux consacrÃ©s aux articles 7 et 8 de la Charte, Ãªtre considÃ©rÃ©es comme suffisamment graves pour justifier une telle ingÃ©rence. Au contraire, la directive 2006/24 se borne Ã renvoyer, Ã son article 1er, paragraphe 1, de maniÃ¨re gÃ©nÃ©rale aux infractions graves telles quâ€™elles sont dÃ©finies par chaque Ã‰tat membre dans son droit interne.
61.Â Â Â Â Â Â En outre, quant Ã lâ€™accÃ¨s des autoritÃ©s nationales compÃ©tentes aux donnÃ©es et Ã leur utilisation ultÃ©rieure, la directive 2006/24 ne contient pas les conditions matÃ©rielles et procÃ©durales y affÃ©rentes. Lâ€™article 4 de cette directive, qui rÃ©git lâ€™accÃ¨s de ces autoritÃ©s aux donnÃ©es conservÃ©es, ne dispose pas expressÃ©ment que cet accÃ¨s et lâ€™utilisation ultÃ©rieure des donnÃ©es en cause doivent Ãªtre strictement restreints Ã des fins de prÃ©vention et de dÃ©tection dâ€™infractions graves prÃ©cisÃ©ment dÃ©limitÃ©es ou de poursuites pÃ©nales affÃ©rentes Ã celles-ci, mais il se borne Ã prÃ©voir que chaque Ã‰tat membre arrÃªte la procÃ©dure Ã suivre et les conditions Ã remplir pour avoir accÃ¨s aux donnÃ©es conservÃ©es dans le respect des exigences de nÃ©cessitÃ© et de proportionnalitÃ©.
62.Â Â Â Â Â Â En particulier, la directive 2006/24 ne prÃ©voit aucun critÃ¨re objectif permettant de limiter le nombre de personnes disposant de lâ€™autorisation dâ€™accÃ¨s et dâ€™utilisation ultÃ©rieure des donnÃ©es conservÃ©es au strict nÃ©cessaire au regard de lâ€™objectif poursuivi. Surtout, lâ€™accÃ¨s aux donnÃ©es conservÃ©es par les autoritÃ©s nationales compÃ©tentes nâ€™est pas subordonnÃ© Ã un contrÃ´le prÃ©alable effectuÃ© soit par une juridiction, soit par une entitÃ© administrative indÃ©pendante dont la dÃ©cision vise Ã limiter lâ€™accÃ¨s aux donnÃ©es et leur utilisation Ã ce qui est strictement nÃ©cessaire aux fins dâ€™atteindre lâ€™objectif poursuivi et intervient Ã la suite dâ€™une demande motivÃ©e de ces autoritÃ©s prÃ©sentÃ©e dans le cadre de procÃ©dures de prÃ©vention, de dÃ©tection ou de poursuites pÃ©nales. Il nâ€™a pas non plus Ã©tÃ© prÃ©vu une obligation prÃ©cise des Ã‰tats membres visant Ã Ã©tablir de telles limitations.
63.Â Â Â Â Â Â En troisiÃ¨me lieu, sâ€™agissant de la durÃ©e de conservation des donnÃ©es, la directive 2006/24 impose, Ã son article 6, la conservation de celles-ci pendant une pÃ©riode dâ€™au moins six mois sans que soit opÃ©rÃ©e une quelconque distinction entre les catÃ©gories de donnÃ©es prÃ©vues Ã lâ€™article 5 de cette directive en fonction de leur utilitÃ© Ã©ventuelle aux fins de lâ€™objectif poursuivi ou selon les personnes concernÃ©es.
64.Â Â Â Â Â Â Cette durÃ©e se situe, en outre, entre six mois au minimum et vingt-quatre mois au maximum, sans quâ€™il soit prÃ©cisÃ© que la dÃ©termination de la durÃ©e de conservation doit Ãªtre fondÃ©e sur des critÃ¨res objectifs afin de garantir que celle-ci est limitÃ©e au strict nÃ©cessaire.
65.Â Â Â Â Â Â Il rÃ©sulte de ce qui prÃ©cÃ¨de que la directive 2006/24 ne prÃ©voit pas de rÃ¨gles claires et prÃ©cises rÃ©gissant la portÃ©e de lâ€™ingÃ©rence dans les droits fondamentaux consacrÃ©s aux articles 7 et 8 de la Charte. Force est donc de constater que cette directive comporte une ingÃ©rence dans ces droits fondamentaux dâ€™une vaste ampleur et dâ€™une gravitÃ© particuliÃ¨re dans lâ€™ordre juridique de lâ€™Union sans quâ€™une telle ingÃ©rence soit prÃ©cisÃ©ment encadrÃ©e par des dispositions permettant de garantir quâ€™elle est effectivement limitÃ©e au strict nÃ©cessaire.
66.Â Â Â Â Â Â De surcroÃ®t, en ce qui concerne les rÃ¨gles visant la sÃ©curitÃ© et la protection des donnÃ©es conservÃ©es par les fournisseurs de services de communications Ã©lectroniques accessibles au public ou de rÃ©seaux publics de communications, il convient de constater que la directive 2006/24 ne prÃ©voit pas des garanties suffisantes, telles que requises par lâ€™article 8 de la Charte, permettant dâ€™assurer une protection efficace des donnÃ©es conservÃ©es contre les risques dâ€™abus ainsi que contre tout accÃ¨s et toute utilisation illicites de ces donnÃ©es. En effet, en premier lieu, lâ€™article 7 de la directive 2006/24 ne prÃ©voit pas de rÃ¨gles spÃ©cifiques et adaptÃ©es Ã la vaste quantitÃ© des donnÃ©es dont la conservation est imposÃ©e par cette directive, au caractÃ¨re sensible de ces donnÃ©es ainsi quâ€™au risque dâ€™accÃ¨s illicite Ã celles-ci, rÃ¨gles qui seraient destinÃ©es notamment Ã rÃ©gir de maniÃ¨re claire et stricte la protection et la sÃ©curitÃ© des donnÃ©es en cause, afin de garantir leur pleine intÃ©gritÃ© et confidentialitÃ©. En outre, il nâ€™a pas non plus Ã©tÃ© prÃ©vu une obligation prÃ©cise des Ã‰tats membres visant Ã Ã©tablir de telles rÃ¨gles.
67.Â Â Â Â Â Â Lâ€™article 7 de la directive 2006/24, lu en combinaison avec les articles 4, paragraphe 1, de la directive 2002/58 et 17, paragraphe 1, second alinÃ©a, de la directive 95/46, ne garantit pas que soit appliquÃ© par lesdits fournisseurs un niveau particuliÃ¨rement Ã©levÃ© de protection et de sÃ©curitÃ© par des mesures techniques et organisationnelles, mais autorise notamment ces fournisseurs Ã tenir compte de considÃ©rations Ã©conomiques lors de la dÃ©termination du niveau de sÃ©curitÃ© quâ€™ils appliquent, en ce qui concerne les coÃ»ts de mise en Å“uvre des mesures de sÃ©curitÃ©. En particulier, la directive 2006/24 ne garantit pas la destruction irrÃ©mÃ©diableÂ des donnÃ©es au terme de la durÃ©e de conservation de celles-ci.
68.Â Â Â Â Â Â En second lieu, il convient dâ€™ajouter que ladite directive nâ€™impose pas que les donnÃ©es en cause soient conservÃ©es sur le territoire de lâ€™Union, de sorte quâ€™il ne saurait Ãªtre considÃ©rÃ© quâ€™est pleinement garanti le contrÃ´le par une autoritÃ© indÃ©pendante, explicitement exigÃ© par lâ€™article 8, paragraphe 3, de la Charte, du respect des exigences de protection et de sÃ©curitÃ©, telles que visÃ©es aux deux points prÃ©cÃ©dents. Or, un tel contrÃ´le, effectuÃ© sur la base du droit de lâ€™Union, constitue un Ã©lÃ©ment essentiel du respect de la protection des personnes Ã lâ€™Ã©gard du traitement des donnÃ©es Ã caractÃ¨re personnel (voir, en ce sens, arrÃªt Commission/Autriche, Câ€‘614/10, EU:C:2012:631, point 37).
69.Â Â Â Â Â Â Eu Ã©gard Ã lâ€™ensemble des considÃ©rations qui prÃ©cÃ¨dent, il convient de considÃ©rer que, en adoptant la directive 2006/24, le lÃ©gislateur de lâ€™Union a excÃ©dÃ© les limites quâ€™impose le respect du principe de proportionnalitÃ© au regard des articles 7, 8 et 52, paragraphe 1, de la Charte.
70.Â Â Â Â Â Â Dans ces conditions, il nâ€™y a pas lieu dâ€™examiner la validitÃ© de la directive 2006/24 au regard de lâ€™article 11 de la Charte.
71.Â Â Â Â Â Â En consÃ©quence, il y a lieu de rÃ©pondre Ã la deuxiÃ¨me question, sous b) Ã d), dans lâ€™affaire Câ€‘293/12 et Ã la premiÃ¨re question dans lâ€™affaire Câ€‘594/12 que la directive 2006/24 est invalide.
72.Â Â Â Â Â Â Il rÃ©sulte de ce qui a Ã©tÃ© jugÃ© au point prÃ©cÃ©dent quâ€™il nâ€™y a pas lieu de rÃ©pondre Ã la premiÃ¨re question, Ã la deuxiÃ¨me question, sous a) et e), et Ã la troisiÃ¨me question dans lâ€™affaire Câ€‘293/12 non plus quâ€™Ã la deuxiÃ¨me question dans lâ€™affaire Câ€‘594/12.
Sur les dÃ©pens
73.Â Â Â Â Â Â La procÃ©dure revÃªtant, Ã lâ€™Ã©gard des parties au principal, le caractÃ¨re dâ€™un incident soulevÃ© devant les juridictions de renvoi, il appartient Ã celles-ci de statuer sur les dÃ©pens. Les frais exposÃ©s pour soumettre des observations Ã la Cour, autres que ceux desdites parties, ne peuvent faire lâ€™objet dâ€™un remboursement.
La directive 2006/24/CE du Parlement europÃ©en et du Conseil, du 15 mars 2006, sur la conservation de donnÃ©es gÃ©nÃ©rÃ©es ou traitÃ©es dans le cadre de la fourniture de services de communications Ã©lectroniques accessibles au public ou de rÃ©seaux publics de communications, et modifiant la directive 2002/58/CE, est invalide.
Langues de procÃ©dureÂ : l’anglais et l’allemand. ↩
Last edited Friday afternoon, November 27th, 2015 History
Tags: ECJ EUCJ lang:fr personalData privacy