Source: http://corpus.enc.sorbonne.fr/actesroyauxdupoitou/tome4/0516
Timestamp: 2018-02-23 20:14:45+00:00
Document Index: 226538648

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DXV DXVII
Restitution à Pierre Boschet, conseiller du roi, et à ses trois frères, des biens de leur oncle, Jean Boschet, qui avait été mis à mort par les Anglais à Poitiers, sous prétexte qu'il conspirait pour remettre cette ville sous l'obéissance du roi de France. Ses biens confisqués avaient été donnés en partie à Perceval de Cologne, à Guichard d'Angle, au sire de Mauzé et à son frère ; Miles de Thouars, Guy de la Forêt, Thibaut Chabot et Jean Sanglier s'étaient emparés du reste, sans y avoir aucun droit. Il leur est en outre accordé la grâce de faire reconstituer leurs titres de propriété brûlés et détruits.
B AN JJ. 103, n° 317, fol. 157
a P. Guérin, Archives historiques du Poitou , 19, p. 120-129
Charles, par la grace de Dieu roy de France. Savoir faisons à tous, presens et avenir, nous avoir esté exposé de [p. 121] la partie de nostre amé et feal clerc et conseiller, maistre Pierre Boschet1, disant que comme feu Jehan Boschet, son [p. 122] oncle, par pluseurs noz ennemis anglois et autres malvueillans de nous et de nostre royaume, rebelles et desobeissans, [p. 123] ait esté pris et mis en prison fermée en la ville de Poitiers, à la feste de Nostre Dame de mi aoust prochain venant aura deux ans, et soubz umbre de ce qu'il li sur-mettoient qu'il se vouloit rendre nostre subget et mettre la dicte ville de Poitiers en nostre obeissance, et de ce ou de semblables choses avoit traictié ou s'efforçoit de tenir pluseurs paroles à aucuns nos biens vueillans contre le proffit de Eddouart d'Angleterre, le mirent à mort très cruelment, disans qu'il avoit commis crime de lèse majesté, combien que de ce ne feust oncques par sentence convaincu, actaint ne condempné en aucune maniere, jà soit ce que par pluseurs fois noz dis ennemis le meissent pour lez choses dessus dictes en très cruele gehyne et inhumaine question ; en la quelle se aucune chose avoit confessé, ce auroit esté par force d'icelle gehyne, senz aucune perseverence. Et pour ce le dit Eddouart, ses gens et officiers ont, dès le temps dessus dit, donné, occupé et distribué tous les biens du dit maistre Jehan, meubles, immeubles, justices, seigneuries, terres, possessions, heritages, comme confisqués et acquis à eulx, sens oïr ne appeller nostre dit conseiller, Jehan, Aymeri, Maurice Boschès, freres, aux quelx les dis biens appartenoient et devoient appartenir. Neantmoins Perceval de Culoigne, Guichart d'Angle2, chevalier, le sire de Mauzé, ou païs de Xanctonge, et Gauvain3 [p. 124] son frere, aux quelx le dit Eddouart a donné et distribué partie des biens du dit maistre Jehan, tant meubles comme héritages, si comme l'en dit ; et aussi Miles de Thouars4, [p. 125] Guy dela Forest5, chevaliers, Thibaut Chabot6 et Jehan [p. 126] Sengler7, escuiers, et pluseurs autres, qui de fait, sens aucun don ou octroy du dit Eddouart, ont, detiennent et occupent l’autre partie des dis biens, possessions et heritages, sens en vouloir faire restitucion aucune à nostre dit conseiller ne à ses dis freres, combien qu’il en aient fait contre [eux] pluseurs poursuites et demandes en la court du dit Eddouart et ailleurs ; des quelz biens, possessions et heritages le dit maistre Jehan Boschet, pour le temps qu’il vivoit, avoit pluseurs lettres, instrumens, papiers et autres munimens, qui furent ars et destruis tant par noz diz ennemis, ou temps de sa prise, comme ou chastel de Peyroux et en l’abbaye de Jart8, quant il furent [p. 127] pris par nos gens et mis en nostre obeissance, pour la quelle perte des dis instrumens et lettres les dis freres seroient en peril de perdre ou temps avenir leurs bons drois, possessions et heritages, qu’il ont ou doivent avoir, tant par la succession de leur dit oncle comme autrement, les quelx il ne pourroient monstrer ne enseingnier, si ce n’estoit par bons tesmoings creables, dignes de foy, qui pevent mourir et meurent de jour en jour, tant selon le cours de nature comme par nos presentes guerres qui sont ou dit païs. Et pour ce nous a supplié très humblement que comme les choses dessus dictes aient esté faites où très grant contempt et lesion de justice, grief, domage et desheritement de nostre dit conseiller et de ses dis freres, qui tout le temps de sa vie a esté et encores est en ferme propos d’estre bon et loyal françois, et ait très grant desir et affeccion de nous servir et de demourer en nostre vraie subjeccion et obeissance, nous, comme son souverain seigneur, lui vueillons sur les choses dessus dictes faire declaracion et pourveoir de grace. Nous, inclinans à sa supplicacion, aians pitié et compassion de la mort du dit maistre Jehan, son oncle, pour raison et bien de justice, consideré ce que dit est, avons dit, discerné et declairé et pour certaines et justes causes raisonnables qui à ce nous meuvent, de nostre grace especial, certaine science et auctorité royal, disons, discernons et declairons, par ces presentes, tous les dis biens du dit maistre Jehan Boschet, meubles, immeubles, possessions et heritages dessus dis, qu’il avoit et tenoit ou temps de sa prise, non estre ne avoir esté acquis ne confisqués au dit Eddouart, ne confiscacion aucune y avoir eu ne avoir lieu pour les causes dessus dictes, ne pour quelconques autres causes, voies, occasions ou manieres que ce soit, mais yceulx biens disons, discernons et declairons avoir esté, estre et appartenir à nostre dit conseillier et à ses dis freres dès le temps de la mort du dit maistre Jehan, leur oncle. Si donnons [p. 128] en mandement au seneschal de Poitou, à tous commis et deputez sur le fait des confiscacions et à tous autres justiciers et officiers de nostre royaume, presens et avenir, au receveur et procureur du dit lieu, ordennez ou à ordenner ou à leurs lieux tenans et à chascun d’eulx, si comme à lui appartendra, en comettant, se mestier est, que de nostre presente declaracion facent et sueffrent joir et user nostre dit conseillier et ses diz freres, et tous les biens, possessions et heritages du dit maistre Jehan Boschet, leur oncle, dont il avoit la saisine et possession paisible, ou temps qu’il fu prins par nos dis ennemis, avec tous les fruis, proffis et emolumens qui en sont yssus depuis le dit temps et istront doresenavant jusques à plaine restitucion, ilz leur facent rendre, restituer et mettre à plaine delivrance, en contraignant à ce tous les detenteurs et empescheurs des diz biens, possessions et heritages riguereusement, ces lettres veues, sans faveur ou deport, par toutes les voies qu’il appartendra, non obstant les dons, distribucions et occupacions des biens du dit maistre Jehan, faiz par le dit Eddouart aus diz Perceval de Culoigne, Guichart d’Angle, le sire de Mausé et Gauvain son frere, ne autres quelconques qu’il soient, les quelx nous rappellons, revocons et mettons du tout au nient par ces presentes, et volons qu’il soient de nulle force et valeur ; et, de nostre habondant grace, voulons et nous plaist que tous les instrumens, lettres et autres munimens, que les dis freres ou l’un d’eulx diront ou affermeront par leurs seremens estre perdus, facent refaire et grosser par les notaires et tabellions qui autres fois les ont fais, selon la fourme et teneur de leurs papiers et registres, non obstant qu’il aient autrefois esté fais, et des lettres, instrumens, qui ès papiers et registres des dis notaires et tabellions ne pourront estre trouvez, qu’il examinent ou facent examiner, les parties appellées par devant eulx ou aucun d’eulx, à qui il appartendra, tous les tesmoins que les dis freres [p. 129] vouldront sur ce produire, et les disposicions d’iceulx publient ou facent publier par tous les lieux qu’il appartendra et à perpetuele memoire, à la conservacion de leurs dis biens, possessions et heritages. Car ainsi le voulons nous, pour consideracion des choses dessus dictes. Et que ce soit ferme et estable à tous jours, nous avons fait [mettre] nostre seel à ces lettres. Sauf nostre droit en autres choses et l’autrui en toutes. Donné au bois de Vincennes, l’an de grace mil ccc. lxxii, et de nostre regne le ixe9
Par le roy en ses requestes. Hennequin. G. de Seris.
1 Un grand nombre de documents recueillis sur Pierre Boschet nous permettent de le suivre pendant cinquante ans de sa carrière. Il est qualifié bachelier en lois dans l'acte du 6 juin 1361, par lequel Louis, vicomte de Thouars, remit l'administration de ses biens entre les mains de sa femme et de sa fille (vol. précédent, p. 318, 320). Fuyant la domination anglaise, qui fut particulièrement fatale à sa famille, comme on le voit ici, il vint à Paris exercer la profession d'avocat au Parlement, titre qu'il prend encore dans les lettres de mai 1370 publiés ci-dessus (p. 63). Dès le mois de novembre de cette même année, il fut reçu conseiller clerc au Parlement, et le 29 avril 1389 il devint président de cette cour, à la place de Jean de Montagu, décédé, office qu'il occupa jusqu'à sa mort arrivée le 4 février 1411. Dans l'intervalle, il fut chargé par les rois Charles V et Charles VI de différentes missions, où il fut à même de déployer ses talents de jurisconsulte et de diplomate.
Par lettres datées de Senlis, le 26 juin 1374, il fut envoyé en qualité de réformateur général dans les pays, cités et diocèses de Sens, Nevers, Troyes, Auxerre et Autun, pour examiner la gestion des officiers royaux qui s'étaient entremis du fait des aides et autres. (L. Delisle, Mandements de Charles V, p. 545.) A cette époque, il n'avait pas encore terminé ses études juridiques et pris ses grades, et ce n'est que vers 1382 qu'il s'adjuge le titre de docteur, ès lois et en décret. Au commencement de 1390, Pierre Boschet fut envoyé hâtivement à Dijon, on ne dit point pour quelle négociation, et par mandement du 11 février adressé aux généraux des aides, le roi lui alloua 80 francs d'or pour ses frais de voyage. (Bibl. nat., Cabinet des titres, pièces originales.)
La famille Boschet paraît originaire du diocèse de Luçon, du moins elle y possédait des biens importants. De Jean Boschet, habitant de Poitiers, on ne connaît guère que l'acte de dévouement à la cause française qui lui coûta la vie. On trouve bien dans les archives municipales de Poitiers un bail de la terre d'Amberre passé par la municipalité au profit d'un Jean Bouchet en 1345 ; mais on ne saurait affirmer que ce soit le même personnage. Non content de se faire restituer les biens confisqués par les Anglais sur cet oncle, Pierre Boschet voulut venger sa mort et poursuivit au Parlement plusieurs bourgeois de Poitiers qui avaient coopéré à son arrestation, et entre autres le célèbre Jean Regnault, qui était maire de cette ville lorsqu'elle fut reprise par Du Guesclin. Le différend fut soumis d'un commun accord à la décision arbitrale du premier président Guillaume de Séris et de l'abbé de Saint-Maixent, le 31 janvier 1373 n. s. (Arch. nat., X1c 26) ; mais la sentence de ces juges nous est inconnue. Nous avons vu ci-dessus comment Pierre Boschet s'arrangea, le 5 décembre 1376, avec Renaud de Montléon, au sujet de la confiscation des biens de l'Anglais Robert de Grantonne, qu'il réclamait, ainsi que Renaud et Simon La Grappe.
A la mort de Guillaume d'Olonne, clerc et notaire du roi, Boschet produisit des titres pour être mis en possession d'une partie de sa succession. (Acte du 14 juillet 1377, Χ1a 26, fol. 76 v°.) Il revendiquait aussi le manoir du Colombier près Saint-Porchaire, comme provenant de l'héritage de son oncle Jean (X1a 1469, fol. 470 v°), contestation qui se termina par un compromis, le 22 août 1382 (A1c 45). Outre ce domaine, Boschet se fit adjuger encore, en janvier 1393, la terre de Sainte-Gemme, saisie sur Guillaume Ancelin et sa femme (JJ. 144, n° 67). Cet acte sera publié dans notre prochain volume. Cette terre de Sainte-Gemme avait été possédée par Jean Sanglier, chevalier, l'un des donataires des biens de Jean Boschet, mais avec lequel Pierre se réconcilia et entretint même des relations d'amitié. Cette particularité sera notée ailleurs. Le 23 mai 1392, Pernelle, vicomtesse de Thouars, en reconnaissance des services que Pierre Boschet lui avait rendus, à elle et à ses prédécesseurs, lui concéda le droit de justice moyenne et basse dans la paroisse de Rigné. (Dict. des familles de l'anc. Poitou, t. I, p. 407.) Il possédait en outre le château du Puy-Ogier, l'hôtel du Boschet, un hôtel à Saint-Cyr-en-Talmondois, où il aimait à se reposer des fatigues de la vie parlementaire ; il était seigneur de la Chassée et possesseur de quelques petites terres dépendant de la châtellenie d'Argenton, sur lesquelles il prétendait, en opposition avec Guy d'Argenton, avoir le droit d'ériger des fourches patibulaires (X1a 37, fol. 335).
« Le 22 mai 1403, après la mort de Jean de Popincourt, le poste de premier président, qui revenait de droit à Pierre Boschet, fut attribué à Henri de Marie, troisième président. Le Parlement estima que son compétiteur « estoit bien aagiez et foible et maladiz », mais rendit hommage « à ses suffisences de science, de vertus et autres graces ». Il était effectivement de santé assez débile.... quelquefois même il ne pouvait prendre part aux travaux de la cour.... Sur la fin de sa carrière, son intégrité, jusqu'alors à l'abri de tout reproche, fut mise en suspicion ; le 2 septembre 1406, Jean Gendreau s'étant permis d'envoyer au duc de Berry un libelle diffamatoire contre le président Boschet, avec lequel il se trouvait en procès, fut condamné par la cour à lui faire amende honorable à genoux, sans préjudice d'une amende pécuniaire de dix livres. Jean Gendreau ne pouvant payer l'amende, ses biens furent saisis et adjugés à l'offensé, moyennant trente écus. Le greffier, Nicolas de Baye, enregistra le décès de messire Pierre Boschet, de nacion poitevin, docteur in utroque. » M. A. Tuetey a publié le testament de Pierre Bochet et l'a accompagné d'une notice substantielle, à laquelle nous avons emprunte ce passage et quelques uns des renseignements qui précèdent. (Testaments enregistrés au Parlement sous le règne de Charles VI, coll. des Documents inédits, Mélanges, t. III, p. 352-361.) On voit dans ce même volume que Pierre Boschet avait été, en 1403, l'exécuteur testamentaire d'un de ses compatriotes, Pierre Philippeau, prieur de Saint-Eloi de Paris, fils de Guillaume Philippeau et de Laurence Bersuire, et neveu du fameux bénédictin Pierre Bersuire. (Id., p. 334.)
Le testament de Pierre Boschet porte la date du 12 juin 1403, et il est suivi d'un codicille important du 16 janvier 1411. Ces documents sont remplis de détails intéressants sur la famille et les biens de cet éminent personnage. Il voulut être enterré en l'église de Saint-Fulgent en Poitou, auprès de son père, de sa mère et de son frère aîné. Son frère Jean, mort avant lui, avait laissé trois filles auxquelles leur oncle fit quelques legs. Le plus avantagé fut son neveu Nicolas Boschet et les fils de celui-ci. Il leur légua le château de Puy-Ogier, l'hôtel du Boschet, la ville et appartenances de Sainte-Gemme, avec la haute, moyenne et basse justice, son hôtel de Saint-Cyr-en-Talmondois, etc. Beaucoup d'autres parents sont nommés dans ce texte précieux, où l'on rencontre en outre une quantité de dispositions pieuses en faveur d'établissements religieux de Paris et de Poitou.
2 Nous avons renvoyé la notice touchant Perceval de Cologne à un autre endroit de ce volume (lettres du 15 décembre 1372, relatives aux mêmes personnes et aux mêmes faits). Quant à Guichard d'Angle, il a été question de lui dans le volume précédent, p. 258 note, et dans celui-ci, p. 90 note.
3 Le sire de Mauze était alors Renaud Chenin, qui avait épousé Jeanne, la seconde fille de Guichard d'Angle, laquelle se remaria en secondes noces à Antoine de Rochechouart, seigneur de Mortemart, dont elle était veuve en 1390. Elle fit son testament en 1492. (Beauchet-Filleau, Dict. des familles du Poitou, t. I, p. 66.) Renaud et Gauvain étaient fils de Guillaume Chenin, seigneur de Mauzé, qui vivait encore le 13 octobre 1361, comme le prouvent des lettres de Jean Chandos de cette date. (Mém. de la Soc des antiquaires de l'Ouest, année 1855, p. 105.) Renaud fit sa soumission au duc de Berry, après la prise de Poitiers et avant le 20 septembre 1372. Ce prince lui donna en récompense, par lettres datées de Saint-Jean-d'Angély ce jour-là, une partie des biens confisqués sur son beau-père en Poitou, Saintonge et Angoumois, lettres qui seront publiées ci-dessous avec la confirmation de Charles V, en septembre 1373. Gauvain, son frère, avait épousé avant 1350 Jeanne des Glix, mal à propos nommée de Saint-Gelais par M. Beauchet-Filleau ; cette dame possédait un hébergement à Mazeuil. (E. de Fouchier, La baronnie de Mirebeau, p. 213.) Il était aussi seigneur d'Augé du chef de sa femme et vivait encore en 1395. On trouve dans les registres du Parlement un procès entre Gauvain Chenin, chevalier, Héliot Châteignier, Jean et Thibaut Béchillon, et Jean Labbé, d'une part, contre Hugues de Cologne, chevalier, tuteur de son neveu Jacques Chenin, seigneur de la Jarrie, d'autre. La première mention s'en trouve à la date du 15 mai 1375 (X2a 8, fol. 405 v°). Le 17 juillet 1375, une transaction intervint entre Gauvain et Hugues (X1c 31), mais ne mit pas fin à l'affaire. Le litige portait sur la tutelle que Chenin disputait à Hugues de Cologne, et sur l'administration du château et de la terre de la Jarrie, qui avait donné lieu entre les parties à des voies de fait. Le 5 août 1376, la cour ordonna que rétablissement serait fait en la main du roi des choses enlevées par ledit Gauvain dans la forteresse, au temps que lui et ses gens y pénétrèrent de force, et des fruits et revenus de ladite terre qu'il avait fait lever au préjudice du tuteur.(Mandement au bailli des exemptions de mettre cet arrêt à exécution, X1a 25, fol, 241 v°.) Enfin les parties procédèrent à un accord définitif, le 17 mars 1377 n. s. (X1c 34) Gauvain devint d'ailleurs seigneur de la Jarrie, par droit d'héritage, son neveu étant mort sans enfants avant le mois d'août 1413. Un acte du Parlement de cette date nous fournit ce renseignement parmi beaucoup d'autres sur plusieurs membres de la famille Chenin et sur ses alliances (X1a 4789, fol. 511, 513).
4 Seigneur de Pouzauges (voy. sur ce personnage le vol. précédent, p. 171 note, et 423 note). Assiégé dans Thouars avec les autres barons poitevins, il avait fait sa soumission après la capitulation de cette ville. Le 10 octobre 1373, le duc de Berry lui envoya de Moutiers-les-Maufaits un messager porteur de lettres à Tiffauges (KK. 251, fol. 129 v°). Ce château de Tiffauges appartenait à Jeanne d'Amboise, veuve de Gaucher de Thouars, et cette dame en avait été expulsée de force par le sire de Pouzauges, Renaud son fils et leurs complices au nombre de vingt, nommés dans les procédures qui eurent lieu à ce sujet et dont il a été question précédemment déjà. L'arrêt du Parlement qui adjuge ce domaine à Jeanne d'Amboise et condamne les prétentions de Miles de Thouars est du 10 juin 1374 (X1a 23, fol. 422). La femme de celui-ci, Jeanne de Chabanais, avait été mariée en premières noces avec Guillaume Maingot, seigneur de Surgères. Elle avait de ce premier lit une fille, Jeanne de Surgères, qui avait épousé Adhémar de Clermont, dont elle était veuve en 1377. Cette dame et son mari s'étaient engagés par acte passé, le 9 novembre 1368, sous le sceau de la cour de Saint-Maixent, à payer en divers termes 1275 livres pour le douaire de leur mère. Adhémar de Clermont était mort sans s'être acquitté de cette dette. Sa veuve, poursuivie au Parlement, fut condamnée à payer cette somme et les dépens à Miles de Thouars et à sa femme, par arrêt du 29 août 1377 (X1a 26, fol. 199 v°).
5 Sans doute fils de Guy de la Forêt, mort avant 1343, et de Marguerite de Bauçay (voy. le vol. précéd., p. 54 note, et p. 381 note). Dans ce dernier endroit, il est cité à l'occasion du procès qu'il soutint contre Catherine de Machecoul, veuve de Pierre de Craon. Nous ajouterons ici que ce litige avait pour objet une rente promise par celle-ci sur la terre de la Limousinière à Marguerite de Machecoul, femme de notre Guy de la Forêt. (Assignation à comparaître au Parlement, 28 août 1378, X1a 27, fol. 182 ; et arrêt du 21 juillet 1379, X1a 28, fol. 210). Nous avons vu aussi que les biens de Guy ou Guyon de la Forêt avaient été confisqués et donnés en partie à Etienne Pasteaul, en septembre 1369. Il figure encore comme témoin dans un acte du 2 mars 1378, publié ci-dessous.
6 Thibaut VIII, seigneur de la Grève, fils de Thibaut VII, mort en 1355, et de N. de Machecoul. Son nom revient fréquemment sous la plume du greffier du Parlement de Paris. De toutes les affaires que nous avons relevées sur les registres de cette cour, nous n'en retiendrons que deux. Dès 1373, Thibaut reprit le procès intenté par son père à ses cousins au sujet de la terre de Chantemerle (voy. vol. précédent, p. 91, note 3). Duchesne dit qu'un arrêt de 1377 lui adjugea la possession de ce domaine. En effet, on trouve au 18 juillet de cette année un long arrêt entre les parties ; mais il porte seulement que la demande de Thibaut est admissible, que ses adversaires devront déclarer s'ils reprennent le procès, présenter leurs pièces, et surtout un accord qu'ils prétendaient être intervenu entre eux et le père de Thibaut, et que ce dernier arguait de faux. En attendant, la terre de Chantemerle devait être administrée au nom du roi (X1a 26, fol. 183). Le 29 août 1379, le litige n'était pas terminé, puisqu'à cette date la cour chargea deux conseillers, Jean Oujart et Jean de Folleville, de procéder à une nouvelle enquête (X1a 28, fol. 96). L'affaire la plus curieuse est certainement celle que Thibaut eut plus tard avec ces mêmes cousins, Louis, Géheudin et Sebran, fils de Guillaume Chabot et de Jeanne Pouvreau. Ceux-ci l'accusaient d'avoir pillé leur terre de la Roussière, en compagnie de Guillaume Crespin, écuyer, Pierre Hébert et Jean Cresson. (Ajournements, commissions des 27 juin et 6 décembre 1391, etc., Χ2a 11, fol. 135, 136, 138, 142 ; X2a 12, fol 127, 144, 146 v°). Aimery Janvre, témoin en ce procès, et accusé de fausseté, était emprisonné au Châtelet le 4 février 1392. Le 10 février suivant, l'accusation portée contre Thibaut fut déclarée fausse. Sebran et Géheudin, en conséquence, furent condamnés à faire amende honorable, à payer une forte amende pécuniaire et les dépens, et les faux témoins à être tournés au pilori à Paris et à Parthenay (X2a 11, fol. 307 v°).
7 Jean Sanglier, seigneur de Sainte-Gemme en Poitou. En 1375, il était prisonnier à Tours, poursuivi pour certains crimes par le bailli des Exemptions de Poitou, Touraine et Anjou, et par Jean Bigot, chevalier. S’agissait-il de l’affaire de Mareuil, dont il est question quelques pages plus loin, dans une note relative à ce dernier ? Sanglier en appela au Parlement, fut amené prisonnier à Paris, obtint son élargissement et fit élection de domicile chez Pierre Boschet, conseiller, clerc du roi, le 20 août 1375 (X2a 8, fol. 422), ce qui fait supposer que non seulement ils étaient réconciliés, mais qu’il s’était établi entre eux des relations d’amitié (voy. ci-dessus, p. 122 note). La terre de Sainte-Gemme lui avait été apportée en mariage par sa femme Jeanne, fille de Jean de Poilhé, Pouilhé, Poilley (le nom est écrit de ces différentes façons, Ce dernier était mort avant le 26 novembre 1374 ; il est dit jadis seigneur de Sainte-Gemme dans un acte de cette date. C’est un accord passé entre Jean Sanglier et sa femme avec Pierre Mignot, touchant le retrait que les premiers voulaient faire d’une rente de 40 setiers de froment que ledit Jean de Pouillé avait dû vendre au second. Cette acte fut passé devant Guillaume Goujon, garde du sceau aux contrats établi à Vouvent pour le sire de Parthenay, et fut entériné au Parlement de Paris, le 2 avril 1375. Parmi les témoins figure Geoffroy de Pouillé (Poilhé), curé d’Aubigny. (Arch. nat., X1c 30.)
8 Si la date que nous donnons à ces lettres (juillet 1372) est exacte, et elle paraît inattaquable (voy. la note qui suit, p. 129), il est intéressant de constater que le château de Poioux et l’abbaye de Jard furent repris sur les Anglais, bien avant la réduction des principales villes du haut Poitou. On trouve des renseignements sur l’incendie et la destruction des bâtiments conventuels de Lieu-Dieu-en-Jard dans un accord du 18 août 1384, conclu entre les religieux et Isabeau d’Avaugour, précisément au sujet de ces faits dont les moines voulaient faire remonter la responsabilité à ladite dame, parce que parmi leurs agresseurs se trouvaient quelques-uns de ses familiers et serviteurs. (Arch. nat., X1c 49.)
9 Il n'y a point d’indication de jour ni de mois dans le registre du Trésor des chartes. Ces mêmes lettres ayant été enregistrées au Parlement, nous avons pu reconstituer la date entière, où, après les mots « de nostre regne le ixe », on lit : « ou mois de Juillet... Et au dos des dites lettres estoit escript ce qui s'ensuit : Lecta et publicata in camera Parlemanti, die xiiia decembris anno Domini mo ccco lxxiio et in registris dicti Parlamenti de precepto curie registrata. Villemer. » (Arch. nat., X1a 23, fol. 8)