Source: http://www.cslf.gouv.qc.ca/bibliotheque-virtuelle/publication-html/?tx_iggcpplus_pi4%5Bfile%5D=publications/avis114/a114.htm
Timestamp: 2019-10-19 07:41:36+00:00
Document Index: 263090351

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L'informatisation et le français au Québec | Conseil supérieur de la langue française
La question du français en informatique : quelques aspects de la problématique
L'informatique et le français : une préoccupation du Conseil de la langue française
L'INDUSTRIE DU LOGICIEL : L'OFFRE
Les entreprises de progiciels
Les ventes, la structure industrielle et les produits développés
Les associations sectorielles et les sources publiques de financement
LA LANGUE D'UTILISATION
Le profil de l'usager de l'informatique
L'informatique et l'usage du français
Nouveaux usagers et besoins de français
La nature du produit technologique
Typologies de logiciels
LA LANGUE DE FORMATION
La langue de dispensation des cours
Langue de la documentation et langue de la terminologie
Le pourvoyeur de l'apprentissage
La formation en informatique auprès des jeunes
Le marché des logiciels éducatifs au Québec
LA LANGUE DE DIFFUSION
L'opinion de l'usager quant aux obstacles à l'usage du français
Prix et cycle de vie des produits : le problème de l'obsolescence
Un profil de la demande québécoise
LA LANGUE DE CONCEPTION
Texte de certains articles de la loi et du règlement sur la langue du commerce et des affaires
Liste des personnes et des organismes consultés
Dans la foulée des conférences socio-économiques1, le Conseil de la langue française a reçu le mandat d'analyser les effets de l'informatique sur l'usage du français. Initialement, celui-ci devait couvrir l'ensemble des répercussions socioculturelles et l'effet que pourrait avoir l'anglais, grâce à l'informatique, tant sur la structure de pensée que sur le niveau et la qualité de la langue.
Le Conseil de la langue française, par son comité de travail constitué à l'automne 1987, a jugé opportun de délimiter ce vaste dossier en établissant un bilan de l'effet de l'informatique sur l'usage du français, langue de travail. En outre, l'angle de vue institutionnel ayant été réservé à l'Office de la langue française lors de démarches de coordination tenues entre les deux organismes, le mandat du Conseil de la langue française consiste à évaluer cette question du point de vue de l'usager.
Afin de mener à terme les travaux qui doivent conduire à la formulation d'un avis au ministre, le Conseil de la langue française a tenu compte de l'ensemble de la documentation recueillie, en particulier l'enquête confiée à la Direction des études et recherches auprès des usagers de l'informatique. De plus, de nombreuses consultations2 auprès d'organismes et de spécialistes ont permis de valider son diagnostic de situation et de dégager les grandes lignes d'action pour que l'informatisation concoure à la promotion du français au Québec ou, en d'autres termes, pour que les travailleurs et les travailleuses du Québec fassent un usage normal et habituel du français en informatique.
La question du français en informatique :
quelques aspects de la problématique
Au début des années 80, les nombreuses mutations technologiques ont pris une ampleur et une direction nouvelles : l'avènement de la micro-informatique fait éclater la barrière entre profanes et experts, rendant enfin accessibles au commun des mortels les matériels et les logiciels jusque-là réservés aux initiés. La pénétration croissante de l'informatique dans les milieux de travail et les foyers contribue à accélérer ce processus de démystification de la « chose » informatique, et surtout de son jargon. En effet, cet univers de connaissances est à l'origine une technologie anglo-américaine, et gêne de ce fait les néophytes de l'informatique. Utilisant un vocabulaire surtout mnémonique, la langue informatique s'apparente davantage à un métalangage, c'est-à-dire à un système codifié et formalisé. Ainsi conçu, développé et commercialisé en langue anglaise, le langage informatique pose dès lors des problèmes aux autres langues et, particulièrement au Québec, à la langue française.
Or, la question est de savoir si ce statut de l'anglais comme langue véhiculaire de la technologie informatique est justifié. Les nouveaux développements de logiciels, issus notamment des progrès de la recherche en intelligence artificielle, justifient-ils, en effet, comme c'était le cas il y a une dizaine d'années, que l'interface ne soit pas dans la langue de travail de l'utilisateur? En atteignant des clientèles de plus en plus larges, ne peut-on craindre que cette technologie importée puisse influencer nos processus cognitifs et, partant, appauvrisse la langue et la culture françaises? Car l'informatique « n'est pas une simple technique comme les autres : elle traite l'information; elle produit de l'information; donc elle informe; donc, elle donne forme »3.
Dans le contexte de l'informatique reliée au travail, l'on doit dès lors s'interroger avec sérieux quant à l'influence de ces nouvelles technologies de l'information sur les travailleurs et les travailleuses. Si l'informatique permet d'accroître la productivité d'une organisation ou d'une entreprise, ne peut-on penser que cet objectif sera d'autant mieux atteint (et même approfondi) si l'apprivoisement aux nouvelles technologies se fait dans la langue des travailleurs et des travailleuses? Aucune recherche ne semble encore avoir démontré cette assertion de façon absolue; cette conviction est toutefois partagée par plusieurs personnes.
Finalement, n'est-ce pas dans un cadre plus large qu'il faut inscrire cette question de la capacité de franciser les rapports entre la personne et la machine, en posant davantage celle de la nécessité de franciser cette interface. C'est dans cette perspective qu'un participant au colloque sur l'informatique, tenu à Moncton, soulevait la question de la nécessité et de l'urgence de franciser l'informatique : « [Il faut] dépasser la simple question “Faut-il franciser l'informatique?” pour en poser une nouvelle, plus décisive : “Peut-on se passer de l'informatique en français pour survivre en tant que francophones?”4.
L'informatique et le français : une préoccupation
Depuis plusieurs années, le Conseil de la langue française est préoccupé par la question de l'informatique. Comme l'expansion de la micro-informatique n'avait pas été prévue au moment où était adoptée la loi 101, rien n'avait été précisé en cette matière. Toutefois, divers travaux, études et colloques du Conseil de la langue française reliés à ce sujet ont été réalisés, qui nous permettent de relever brièvement les grands traits de la problématique.
L'avenir du français dans les publications et les communications scientifiques et techniques : 1981
Lors du colloque international tenu en 1981 sur le sujet, les participants et les participantes étaient invités à réfléchir sur l'évolution du français scientifique depuis deux décennies.
Signalons certains aspects de cette problématique, plus particulièrement ceux qui sont apparentés au thème de l'informatique :
depuis quelques décennies, le poids et la qualité de l'information scientifique et technique de langue anglaise sont à la source du déclin du français et des autres langues européennes dans le domaine scientifique et technique;
la qualité souvent inégale de nombreux périodiques de langue française, leur faible diffusion, leur présentation déficiente sont autant de facteurs qui expliquent la désaffection de nombreux chercheurs francophones à l'égard des périodiques de langue française;
la promotion du fait français nécessite une ferme volonté politique;
il existe trois conditions préalables à la croissance du français, langue scientifique :
l'excellence des travaux des chercheurs francophones;
la coopération entre les pays francophones dont le lien moteur doit se situer dans les francophonies périphériques;
la prise de conscience individuelle et sociale des chercheurs francophones eux-mêmes.
Actes du congrès « Langue et Société au Québec » : 1982
La place et le rôle de la langue française en informatique ont fait l'objet d'un atelier lors de ce congrès, au cours duquel théoriciens et praticiens ont discuté sur des thèmes dont les sillons avaient été préalablement tracés par monsieur Pierre Maranda, professeur à l'Université Laval. Ce dernier avait souligné que l'ordinateur, nouvelle force motrice, avait une influence directe sur tous les ateliers, y compris celui qui traitait de la poésie québécoise :
Grâce à l'ordinateur, on peut éventrer la langue et les langues, pour ainsi dire. On peut les déconstruire et les reconstruire. L'ordinateur ne fera pas le problème à la place du poète, mais il lui fournira tous les éléments pour qu'il en écrive un qui mordra dans l'indicible.5
L'exposé de monsieur Gérard Lambert-Carez fait état de la langue de l'utilisateur, qui s'est grandement améliorée, au fil des ans, sur le plan de la documentation et de la formation, ainsi que sur le plan de la traduction et de la terminologie informatique. En outre, comme les langages de programmation et les progiciels sont de plus en plus conçus pour être utilisés par des personnes non initiées, l'auteur est convaincu que le français a de fortes chances de suivre l'évolution de l'informatique et d'y jouer vraiment le rôle d'outil d'expression.
Les répercussions culturelles de l'informatisation au Québec : 1982
Dans un rapport présenté au Conseil de la langue française en 1982, monsieur Jean Goulet, professeur à l'Université Laval, explique comment le phénomène informatique n'est pas menaçant pour la langue française, contrairement à l'opinion courante. En effet, l'informatique est d'abord un processus, c'est-à-dire qu'elle est structurée dans un langage qui lui est propre bien que la formulation de son expression se fasse dans une langue proche de l'anglais. Dans ce sens, l'informatique n'est pas, a priori, plus anglaise que française.
Par ailleurs, si l'informatique représente un des plus récents moyens de développement du langage scientifique, ce langage-code performant va donner lieu à des mutations tant de son processus que de sa forme. Une mutation dans la langue et dans le savoir ne peut qu'entraîner des changements dans la pensée. Quel sera, dès lors, le sens de ces mutations; quels en seront les points de chute? Parallèlement à cette question fondamentale de l'influence de l'informatique sur la pensée et la culture, monsieur Goulet insiste sur le fait que l'informatique ne constitue qu'un moyen.
C'est ainsi que l'auteur fait de l'informatisation un projet éducatif global, car c'est le moyen le plus approprié de s'opposer à l'analphabétisme informatique. Il conclut finalement qu'il y a tout intérêt à nous imprégner de façon positive du processus informatique : c'est la meilleure voie pour « structurer nos processus de connaissances dans des formes d'expression qui restent peut-être encore à inventer »6.
Opinion de deux experts sur une réglementation linguistique en matière de logiciel : 1985
À l'instar des préoccupations de la Commission de protection de la langue française relativement aux difficultés d'application de la Charte dans le domaine de l'informatique7, le Conseil de la langue française a sollicité au début de 1985 l'opinion de deux experts8, messieurs Yves Leclerc et Gabriel Lizée, sur la question des logiciels, des incidences du marché de l'informatique et de la réglementation linguistique. Ces études mettent en lumière des éléments de problématique tels, entre autres, les coûts élevés de traduction, compte tenu de la très courte vie des logiciels; l'évolution des formes de logiciels qui peuvent conduire à les assimiler, pour une partie d'entre eux, à la composante « matériel »; la commercialisation non uniforme des logiciels comme obstacle à la reconnaissance des personnes véritablement responsables de la présentation en français.
Ces éléments de la problématique font ressortir deux facteurs qui doivent être considérés comme préalables tout exercice de réglementation propre au logiciel :
la définition des problèmes à résoudre (quels dangers pose la langue des programmes d'informatique en fait d'obstacles à la langue française;
le repérage des limites et des contraintes d'une réglementation (quelles sont les chances pour qu'une réglementation ne soit pas rapidement désuète, inefficace et peu respectée).
Avis sur la place du français dans l'information scientifique et technique : 1986
En réponse à une demande d'avis sur la promotion de l'usage généralisé du français dans les communications et les publications des chercheurs et scientifiques d'établissements francophones du Québec, le Conseil de la langue française présentait, en 1986, à la ministre responsable de l'application de la Charte de la langue française, un avis9 dont les propositions sont fondées sur cinq principes, à savoir :
une responsabilité partagée : la promotion du français dans l'information scientifique et technique est une responsabilité qui relève à la fois des chercheurs, des milieux scientifiques francophones et des pouvoirs publics;
des mesures à caractère incitatif;
une nécessaire coopération entre les pays (et les milieux scientifiques) francophones;
de l'école primaire à l'université, une formation scientifique en français;
le recours à la traduction en d'autres langues.
Avis sur l'état de la francisation des entreprises : 1986
Dans cet avis, le Conseil de la langue française souligne que certains facteurs peuvent influencer de façon importante la mise en œuvre de la francisation dans l'entreprise, dont l'intégration de la haute technologie et de l'informatique. À cet égard, le Conseil de la langue française estime qu'une priorité doit être accordée à la francisation des technologies qui touchent un grand nombre d'employés. Ainsi, la formation de la main-d'œuvre, son recyclage et son initiation aux nouvelles technologies semblent les moments les plus propices à l'implantation d'une terminologie française. Qui plus est, « l'internationalisation des marchés et l'intégration de plus en plus poussée des nouvelles technologies aux procédés de production exercent une influence considérable sur le profil de communication de l'entreprise et, a fortiori, sur sa documentation administrative et technique »10.
Avis sur les compétences linguistiques du Québec après l'accord du lac Meech11 : 1988
Le récent avis du Conseil de la langue française sur les compétences linguistiques du Québec après l'Accord du Lac Meech faisait ressortir les enjeux linguistiques et culturels que représentent les techniques ou les machines. Comme l'apparition de ces nouvelles techniques peut avoir des répercussions sur le français et la francisation, le Conseil de la langue française recommande que l'appropriation de l'innovation se fasse dans le respect de la langue et de la culture françaises. Il convient ainsi d'agir sur les circonstances économiques et culturelles de l'emploi du français au Québec, si l'on veut renforcer le caractère évident et naturel de la langue française au Québec. Dans ce sens, la société québécoise ne peut que bénéficier des efforts de participation à l'évolution des techniques et des connaissances que représente ce type d'enjeu économique et culturel.
La question de l'informatisation et du français a donné lieu au Québec à des réflexions multiples et diverses. Toutefois, la quasi-totalité de la documentation existante qui a pu être dépouillée livre davantage des informations et des données selon une optique relevant d'une vision « macroscopique ». L'univers de l'informatique est présenté de façon globale alors que le point de vue plus particulier de l'homme et de son rapport avec l'ordinateur n'y est à peu près pas développé. En s'inscrivant à l'intérieur de cette dernière approche, les travaux du Conseil de la langue française revêtent ainsi un caractère tout à fait nouveau.
À partir de cette distinction essentielle, les travaux du Conseil de la langue française ont d'abord convergé vers l'analyse des principaux éléments autour desquels s'articule la question de la francisation. Dans un deuxième temps, l'analyse des résultats de l'enquête effectuée par le Conseil auprès des usagers de l'informatique12, ainsi que leur validation auprès d'experts, aura permis d'esquisser un cadre d'intervention, dont la structure se réfère aux niveaux de langue du produit technologique : la langue d'utilisation, la langue de formation, la langue de diffusion et la langue de conception.
Dès lors, un portrait de la situation de l'industrie du logiciel en fonction de l'offre est esquissé dans le premier chapitre. Certains aspects relatifs à la structure industrielle du logiciel y sont présentés, tels les types de fabricants de logiciels, leur répartition géographique, les produits développés, les associations. Ce chapitre situe le cadre général à l'intérieur duquel le Conseil de la langue française pose la question de la francisation.
Le deuxième chapitre évalue la disponibilité des produits informatiques en français, en analysant la langue d'utilisation. À partir des résultats de l'enquête du Conseil de la langue française, on présente des données relatives à la francisation des logiciels, des manuels, des menus, du matériel ainsi que des sous-produits de l'ordinateur (c'est-à-dire les documents produits par ordinateur). En outre, afin de définir la nature du produit technologique, on développe des thèmes reliés aux composantes de l'ordinateur et aux typologies de logiciels.
Le troisième chapitre relatif à la langue de formation fait ressortir des aspects propres à la démarche d'apprentissage, soit la langue du cours de formation, de la documentation et de la terminologie.
Au cours du quatrième chapitre sur la langue de diffusion, on soulève la question de l'accessibilité et de la « visibilité » de la documentation informatique en français, sur lesquelles repose la question de la disponibilité. L'on y fait état, entre autres, des différents préjugés qui prévalent en ce qui concerne la francisation de l'informatique.
Le dernier chapitre, qui traite de la langue de conception, développe la question de la pertinence des efforts de création et de développement de logiciels en langue française, dans une perspective de demande du marché. Des activités coûteuses de conception et de développement de l'informatique en français sont-elles, en effet, soutenues par une demande suffisante, que ce soit au Québec ou à travers le monde?
Précisons que la consultation de nombreuses personnes-ressources aura permis de valider les données de l'enquête sur les différents thèmes reliés aux niveaux de langue et, à certains égards, de les approfondir.
I. L'INDUSTRIE DU LOGICIEL : L'OFFRE
Au sein du comité Canada-Québec sur le développement du logiciel d'expression française, la firme CEGIR13 avait été chargée d'examiner l'état actuel de l'industrie afin, entre autres, de repérer les créneaux prometteurs. À partir de l'étude de différents rapports publiés au cours des dernières années et d'enquêtes conduites auprès des entreprises, CEGIR présentait les résultats de son analyse de la situation, tout en déplorant le fait qu'il n'y ait pas de données statistiques plus précises sur cette question.
Récemment, dans une étude sur l'industrie québécoise du logiciel publiée par le ministère de l'Industrie et du Commerce14, un état de la situation étoffé de l'offre et de la demande du secteur du logiciel a permis de tracer des pistes pour la conception et le développement du logiciel au Québec. Ce chapitre traite de l'offre, étant donné que les besoins de francisation feront l'objet du chapitre sur la langue de conception (chapitre V).
L'industrie du logiciel regroupe deux types principaux de produits : les logiciels sur mesure et les progiciels (logiciels standard). L'étude du ministère de l'Industrie et du Commerce a davantage étudié l'offre du second type de produits, car la production de logiciels sur mesure est davantage le fait d'entreprises de services informatiques. Soulignons que les statistiques proviennent d'une banque de données constituée à l'aide des renseignements fournis par plus de 300 entreprises offrant des progiciels conçus au Québec.
Représentant environ 19 % de la production canadienne en dollars, la production québécoise de logiciels provient de plus de 250 firmes dont 65 % ont un revenu inférieur à 500 000 $. Notons que 5 % de ces firmes sont responsables de 60 % des ventes de logiciels. Les investissements que requiert la conception de progiciels étant considérables, la survie des entreprises est assurée par d'autres activités, notamment le développement de logiciels sur mesure, la consultation, le traitement des données, la distribution de progiciels, la fabrication et la distribution d'équipements informatiques.
On peut distinguer cinq groupes principaux de fabricants de logiciels : les fabricants de logiciels à titre exclusif, les firmes de services informatiques, les distributeurs de progiciels ou d'ordinateurs, les fabricants d'équipements (encore peu nombreux) et les firmes dont la conception de progiciels n'est pas l'activité principale (firmes d'ingénieurs-conseils, éditeurs, etc.). Indiquons brièvement quelques caractéristiques des trois premiers groupes, lesquels sont les plus représentatifs de la structure industrielle du logiciel québécois.
La conception et la vente de progiciels constituent l'activité principale de ces firmes. Âgées en moyenne de cinq ans, elles sont axées vers la production de logiciels standardisés qui répondent aux besoins d'un grand nombre d'utilisateurs. Souvent dirigées par un informaticien propriétaire, elles sont donc plus sensibilisées à l'aspect technique qu'à l'aspect commercialisation ou gestion. Majoritairement de petite taille, ces entreprises ont un chiffre d'affaires moyen de 500 000 $; cinq d'entre elles totalisent 62 % des revenus du groupe.
La diversification accrue de leurs marchés est telle que leur savoir-faire en développement de produits de gestion administrative et de comptabilité est sollicité de façon moins exclusive. Ajoutons que ces firmes s'intéressent majoritairement au marché de la micro-informatique.
Les avantages dont elles disposent reposent sur leur connaissance technique, leur dynamisme et leur capacité de réagir rapidement aux nouvelles demandes. Elles peuvent aussi s'ajuster facilement au développement constant des nouvelles technologies, étant donné la souplesse de leur infrastructure légère.
Par ailleurs, elles souffrent d'une difficulté de capitalisation qui les rend très vulnérables. D'une part, leur éventail de produits est exposé à une vive concurrence, surtout américaine; d'autre part, les coûts énormes de commercialisation des progiciels les empêchent d'atteindre certains marchés étrangers. En outre, leur peu de souci pour la gestion et le marketing ralentit le processus de définition de leur marché, de leurs objectifs et des plans stratégiques pour les atteindre.
Les firmes de services informatiques
Théoriquement, ce groupe est à la base du développement du logiciel au Québec. Constitué d'une centaine de firmes de taille relativement importante et à la réputation solide, il représente 30 % des revenus totaux. La moyenne des revenus de ces firmes est de 1 300 000 $. Toutefois, elles investissent peu dans le développement de produits, malgré les ressources financières et les capacités techniques qu'elles possèdent. Comme elles offrent des services de consultation, le fait de développer des progiciels risque de nuire à leur image d'impartialité. Elles privilégient donc le développement de logiciels sur mesure, lesquels nécessitent moins d'investissements et moins de risques.
Les distributeurs (de progiciels ou d'équipements informatiques)
Près de 150 firmes distribuent, dans des proportions diverses, des produits informatiques. Formant un réseau bien implanté dans tout le Québec, elles sont les principales sources de diffusion des technologies informatiques.
La distribution de produits fournit 50 % et plus des revenus du tiers d'entre elles. Le revenu moyen de ces entreprises principalement occupées à la distribution est d'environ 1 500 000 $. Établies en moyenne depuis au moins sept ans, elles sont donc financièrement plus solides que les entreprises qui se consacrent surtout au développement de progiciels.
À l'instar des firmes de services, elles subissent davantage la concurrence des logiciels standardisés; en comparaison, les solutions sur mesure qu'elles offrent semblent beaucoup plus coûteuses.
Les ventes québécoises de logiciels pour l'année 1985 ont été estimées entre 73 et 83 millions de dollars. Même si elles ne représentent que 9 % de l'ensemble du secteur informatique, leur taux de croissance dans ce secteur a été de 42 % en 1984 et 1985. Il semble que la croissance des ventes de progiciels soit la plus élevée dans le secteur informatique.
On a remarqué que l'industrie du logiciel, sur le plan mondial, souffre depuis 1985 d'un ralentissement d'expansion. Alors que le taux annuel de croissance du secteur du logiciel était d'environ 35 % depuis le début des années 80, il n'a été que de 20 % entre 1984 et 1985. Certaines causes peuvent expliquer ce ralentissement, notamment la baisse des ventes des grands ordinateurs, la baisse des prix des logiciels, la piraterie, la difficulté pour les réseaux de distribution d'attaquer de nouveaux marchés. D'ici 1990, on prévoit que les taux de croissance annuels se maintiendront entre 10 % et 15 %.
Toutefois, si on évalue le secteur informatique par rapport aux autres secteurs de l'économie québécoise, on remarque qu'il connaît une croissance deux fois plus importante que l'ensemble du secteur manufacturier15. En outre, ses exportations représentent près de 60 % de ses livraisons; or, ce taux n'est atteint que par des entreprises dont la propriété est beaucoup moins québécoise. Il est donc possible de prévoir que, d'ici 10 ans, les livraisons de l'industrie de l'informatique et des télécommunications dépasseraient celles de l'industrie des équipements de transport, si le système de croissance actuel se maintenait.
La grande région de Montréal regroupe 75 % des entreprises du secteur du logiciel, lesquelles sont responsables de 90 % des ventes globales. La région de Québec compte 14 % des firmes : celles-ci sont généralement plus petites et génèrent seulement 6 % des revenus totaux du secteur.
Signalons que les entreprises du secteur logiciel sont à 83 % de propriété québécoise (les autres étant presque toutes canadiennes). Ce taux élevé de propriété québécoise reflète la jeunesse de l'industrie. Les entreprises québécoises disposent, de plus, de facteurs de production particuliers : la productivité des spécialistes, l'esprit d'entreprise des gestionnaires, l'originalité des développements et la polyvalence du personnel des entreprises.
Les produits développés16
L'analyse des produits répertoriés permet de constater leur grande diversité de fonctions. Ainsi, la moitié des 530 progiciels comptables sont propres à des secteurs verticaux (c'est-à-dire qui répondent à des besoins spécialisés). Parmi les 429 progiciels d'administration, de gestion et d'analyse financière, on retrouve des progiciels de courrier électronique, de gestion du personnel, de traitement de texte, des progiciels de gestion de projet et de planification financière.
Les secteurs auxquels s'adressent le plus grand nombre de progiciels sont ceux de l'éducation, des services, du commerce et de la fabrication/transformation. Il faut aussi noter que plus de 30 % des progiciels peuvent être utilisés indifféremment dans l'un ou l'autre des secteurs économiques : les progiciels administratifs, comptables et de systèmes. Quant aux progiciels destinés au secteur de l'éducation, 40 % d'entre eux ne sont pas propres à l'enseignement assisté par ordinateur (EAO). Ce sont des progiciels comptables ou de gestion des dossiers, de traitement de texte ou des outils d'aide au développement des progiciels. Près de 70 % des progiciels québécois sont destinés aux micro-ordinateurs.
Il est très difficile de regrouper les intervenants du secteur informatique en une association commune, étant donné son rythme d'évolution accéléré. Cependant, une trentaine d'entreprises de logiciels sont membres du Conseil de l'industrie électronique du Québec (CIEQ). Fondé en 1981, cet organisme regroupe aussi des manufacturiers d'équipements électroniques et des entreprises de services informatiques. À maintes reprises, le CIEQ s'est fait le porte-parole de l'industrie auprès du gouvernement du Québec, en présentant des mémoires et en participant aux tables sectorielles.
Signalons aussi le dynamisme de l'Association CAO/FAO, formée il y a quelques années, ainsi que celui de la Fédération de l'informatique du Québec (FIQ) : ces associations sont fort utiles pour le développement du secteur du logiciel.
La création récente du comité d'action du Centre de linguistique de l'entreprise (CLE) permettra de développer davantage les efforts de concertation entre les gouvernements et les membres de l'industrie.
Les sources publiques de financement
Au cours des dernières années, plusieurs organismes publics ont fourni des fonds aux entreprises de logiciels, sous forme de prêt, de subvention ou d'achat d'actions. Ces fonds sont accordés dans le cadre de programmes généraux d'aide à l'industrie ou avec des programmes adaptés aux entreprises de technologie de pointe. Citons les principaux organismes bailleurs de fonds :
l'Agence québécoise de valorisation industrielle de la recherche (AQVIR);
la Banque fédérale de développement (BFD);
le ministère de l'Expansion industrielle régionale;
le ministère du Commerce extérieur par l'intermédiaire de l'Entente auxiliaire sur le développement scientifique et technologique17;
le ministère des Communications par le programme AGIR et l'Entente fédérale-provinciale sur le développement des entreprises de communication;
la Société de développement des industries culturelles et de communication (SODICC);
la Société de développement industriel (SDI).
En 1985, l'aide consentie par les deux gouvernements (Québec et Canada) à l'industrie québécoise du logiciel était de 22 millions de dollars, dont 73 % à des fins de recherche et de développement. Comme le gouvernement du Québec a entrepris depuis peu une démarche de rationalisation de ses nombreux programmes d'aide aux entreprises, il n'est pas possible de dresser un portrait exhaustif de ceux qui s'adressent au secteur du logiciel.
Rappelons que cette vue globale de la structure industrielle du logiciel québécois en ce qui concerne l'offre ne visait qu'à étoffer le diagnostic de situation, eu égard à la disponibilité des produits informatiques en français. La démarche du Conseil de la langue française est essentiellement axée sur l'usager. Cette question de l'interface de l'informatique, soit l'évaluation du niveau de francisation des rapports existant entre la personne et l'ordinateur, est traitée dans les chapitres qui suivent.
II. LA LANGUE D'UTILISATION
L'analyse de ce niveau de langue vise à connaître la disponibilité des produits informatiques en langue française, tant du point de vue de l'informatique dite matérielle et logicielle, que des documents produits par ordinateur. Cette question du statut du français en informatique nécessite une phase préalable d'analyse du profil de l'usager de l'informatique : quelles sont ses caractéristiques socioprofessionnelles et de quel équipement dispose-t-il? Il existe, en effet, un lien entre le profil de cet usager et sa « disponibilité » vis-à-vis des technologies informatiques quant à leur possibilité d'utilisation en français.
Les résultats de l'enquête du Conseil de la langue française auprès des usagers de l'informatique ont permis de décrire l'utilisateur, selon plusieurs variables sociodémographiques et selon le type de contact principal qu'il entretient avec l'informatique :
micro-ordinateur à domicile
micro-ordinateur au travail
terminal relié à un système
machine à traitement de texte
machine programmable (appareil de vérification, machine-outil, robot)
lecture de documentation produite par ordinateur
Le nombre d'heures allouées à l'une ou l'autre de ces activités a constitué l'étalon de mesure du contact principal avec l'outil informatique.
1. Le profil de l'usager de l'informatique
Les caractéristiques générales de la personne en contact avec l'informatique permettent de tracer le profil d'un usager plutôt jeune, très scolarisé, jouissant d'un statut professionnel et d'un revenu élevés, travaillant surtout dans la grande entreprise et fortement bilingue. Le bilinguisme se révèle une des caractéristiques communes des usagers francophones de l'informatique : près de 80 % d'entre eux affirment avoir une bonne ou une très bonne connaissance de l'anglais. Quant à la langue d'usage au travail, 84 % disent utiliser surtout le français. Enfin, les usagers regroupent, de façon générale, presque autant de femmes que d'hommes.
Ce profil tend à se différencier dès qu'on analyse les applications effectuées. Ainsi, l'usager d'un micro-ordinateur est plus scolarisé que la moyenne alors que la machine à traitement de texte est utilisée par des personnes moins scolarisées, en grande majorité des femmes. Le terminal relié sert à peu près autant au personnel professionnel qu'au personnel de bureau et la machine programmable est utilisée à plus de 50 % par les ouvriers. Recrutant plus de la moitié des usagers, il faut noter que la grande entreprise utilise davantage l'informatique lourde (terminal relié, machine programmable), alors que les entreprises de moins de 50 employés regroupent en plus grande partie des usagers de micro-ordinateurs et de machines à traitement de texte.
À l'opposé des usagers de micro-ordinateurs dont près de 70 % utilisent de 2 à 10 logiciels, les usagers de terminaux présentent un profil mixte : d'une part, le petit utilisateur pour lequel le terminal constitue un appareil spécialisé servant à une tâche unique et, d'autre part, l'expert qui utilise un nombre élevé de logiciels. Des nuances importantes ressortent, en outre, lorsqu'on compare les applications à domicile et les applications au travail. Si l'ordinateur domestique sert davantage aux intérêts personnels (passe-temps ou défi), il n'en reste pas moins que le tiers des usagers à domicile visent aussi des fins professionnelles.
2. L'informatique et l'usage du français
Afin d'évaluer le niveau de francisation dans le domaine de l'informatique selon la langue d'utilisation, des critères de francisation ont permis de livrer des données relatives à la langue des manuels, à la possibilité de produire des accents en français, à la langue des logiciels et à celle des documents produits par ordinateur.
La langue des manuels et les accents français
La disponibilité de manuels en français (ou bilingues) varie selon le type d'usage de l'informatique. Mis à part les 81 % des usagers de machines à traitement de texte qui possèdent un manuel en français, l'on constate18 qu'en général, entre 30 % et 40 % des usagers francophones de l'informatique n'ont pas de manuels en français à leur disposition : 46 % des usagers de micro-ordinateurs à domicile ne possèdent pas de manuels en français pour leurs logiciels. Quant à la qualité du français de ces manuels d'utilisation, alors que près des trois quarts des usagers au travail la jugent bonne ou très bonne, près de 40 % des usagers de micro-ordinateurs à domicile l'estiment mauvaise ou très mauvaise.
En ce qui concerne la possibilité de produire des accents français19, laquelle est un critère majeur de francisation, la presque totalité des machines à traitement de texte produisent les accents français (97 %) et les usagers de micro-ordinateurs au travail pourraient, dans les trois quarts des cas, produire des accents français (à l'écran ou à l'imprimante). Par ailleurs, les utilisateurs de micro-ordinateurs doivent souvent avoir recours à un logiciel de conversion du clavier pour produire les accents français : c'est le cas pour plus de 65 % des usagers domestiques et pour plus de 55 % des usagers au travail.
La langue des logiciels
Ce niveau de langue se rapporte à la langue des messages qui sont affichés à l'écran (ou à l'imprimante) et à la langue des mots-codes (les commandes). Si on l'évalue selon les types d'usage, on remarque que la machine à traitement de texte offre le taux de disponibilité le plus élevé en logiciels français : 78 % des utilisateurs disposent de menus et de directives en français (ou bilingues) et 71 % peuvent inscrire les commandes en français (ou dans les deux langues). À l'opposé, la moitié des utilisateurs de machines programmables20 ont moins de 50 % de leurs logiciels en français.
L'analyse des graphiques A et B21, en ce qui concerne la langue des logiciels du micro-ordinateur et du terminal relié au travail, révèle que le tiers des usagers d'un micro-ordinateur ou d'un terminal ne disposent d'aucun logiciel en français. Si on leur ajoute la proportion de ceux qui ont moins de la moitié de leurs logiciels en français, plus de 40 % des usagers de micro-ordinateurs ou de terminaux ont davantage de logiciels en anglais.
La comparaison de ces deux types d'usagers permet de constater que les utilisateurs de terminaux sont beaucoup plus favorisés par rapport aux usagers de micro-ordinateurs. Environ 3 sur 5 des premiers disposent de tous leurs logiciels en français, alors que seulement 38 % des seconds sont dans ce cas. Or, comme la francisation de l'informatique du premier âge (soit celle du terminal relié) est loin d'être acquise, on peut penser que l'introduction de la micro-informatique risque de nuire aux efforts de francisation déjà entrepris. S'il faut conclure que l'informatique pose un défi sérieux à la francisation, c'est toutefois lorsqu'elle se présente comme un objet de consommation qu'elle risque davantage d'induire un frein et même un recul. En effet, plus des deux tiers des usagers de jeux vidéo n'ont aucun jeu en français et 45 % n'ont pas de logiciels en français.
Toutefois, cette contrainte à la francisation que pose la micro-informatique en général n'est pas réductible à un problème de disponibilité des produits informatiques en français. Des causes structurelles, tels la taille de l'entreprise, son secteur d'activités, le lieu de son siège social et sa zone territoriale, peuvent influencer le processus d'informatisation en français. À cet égard, la grande entreprise de 500 employés et plus semble offrir de meilleures possibilités : elle recrute plus de la moitié des usagers et emploie près de 7 sur 10 des usagers d'un terminal, lequel offre actuellement des chances accrues de travailler en français (logiciels maison).
Certains secteurs d'activité visant de vastes ensembles de travailleurs et de travailleuses présentent un taux de disponibilité de logiciels en français plus élevé (administration publique, services, commerce, finance). Les secteurs qui visent des groupes plus spécialisés sont moins francisés (transport, communications). Enfin, la disponibilité de logiciels en français dépend du lieu du siège social et de la zone territoriale des entreprises : celles dont le siège social est situé hors du Québec et celles qui exercent leurs activités à Montréal sont moins pourvues.
La langue des sous-produits
La possibilité d'utiliser le français au travail peut être évaluée avec profit par la langue des documents produits par ordinateur. La consultation de documents produits par ordinateur constitue, en effet, une activité aussi importante que le travail au terminal ou avec le micro-ordinateur, lorsqu'on prend en considération le nombre d'heures consacrées aux tâches informatiques. Ainsi, les résultats22 font ressortir que les deux tiers de ceux qui consultent ces documents peuvent le faire surtout en français. Par contre, les documents produits par les entreprises mères hors Québec sont dans la moitié des cas produits uniquement en anglais, et ce, même par la filiale québécoise où travaille l'usager.
3. Nouveaux usagers et besoins de français
Des données de l'enquête ont permis de vérifier si les besoins de franciser l'informatique varient en fonction du degré de bilinguisme des usagers et de leur expérience dans leur domaine. Afin de démontrer cette hypothèse, les usagers ont été regroupés selon deux variables : les nouveaux et les expérimentés, les bilingues et les non-bilingues. En premier lieu, l'analyse de leurs caractéristiques socioprofessionnelles a conduit à tracer un profil différencié des nouveaux usagers par rapport aux usagers plus expérimentés. Ils sont, en effet, un peu plus jeunes (30,7 ans comparativement à 37,2 ans), un peu moins scolarisés (14,0 années comparativement à 14,8 années) et font partie d'un foyer dont le revenu moyen est moins élevé (32 000 $ comparativement à 40 500 $). Ils se retrouvent en grande partie chez les étudiants (74 %, 3 ans ou moins), alors que les plus expérimentés se recrutent davantage chez les professionnels et les cadres (57 %, plus de 3 ans).
Par ailleurs, les résultats montrent que les usagers expérimentés et les bilingues ont un profil similaire alors que les nouveaux usagers sont un peu moins bilingues. Ce taux de bilinguisme des nouveaux usagers est cependant beaucoup plus élevé que celui de l'ensemble des francophones du Québec (71 % comparativement à environ 50 %). Quant à la relation qui peut exister entre le degré de bilinguisme et la volonté d'accroître la place du français en informatique, elle est assez forte. Ainsi, les deux tiers des non-bilingues sont prêts à débourser davantage pour un logiciel en français, alors que c'est le cas pour seulement 31 % des bilingues. Une très grande majorité parmi les non-bilingues (93 %) estime aussi que le gouvernement doit intervenir pour obliger les fabricants à tenir compte de la clientèle francophone, comparativement à 73 % pour les bilingues.
À connaissance égale de l'anglais, les nouveaux usagers accordent plus d'importance à la possibilité d'utiliser le français que les plus expérimentés. Par contre, les nouveaux et les plus expérimentés ne se distinguent pas quant à leurs opinions générales sur les besoins de franciser l'informatique. Comme les plus expérimentés n'ont pu se familiariser en français avec cette technologie, on peut affirmer que plus le français devient disponible, plus la préférence des usagers peut s'exprimer. Or, c'est précisément ce pragmatisme qui distingue le plus les nouveaux et les anciens acquéreurs, lequel peut s'exprimer par le besoin de produire en français et par la disponibilité de matériel et de logiciels pour le faire.
4. La nature du produit technologique
Dans son bilan de fin d'année (1984)23, le président de la Commission de protection de la langue française soulevait plusieurs questions pertinentes sur « le monde de l'électronique », et en particulier de l'informatique, en regard de la réglementation linguistique. Le questionnement de la Commission sur la définition du produit technologique, dans un contexte nouveau de diffusion de plus en plus accélérée d'ordinateurs « grand public », s'inscrivait à l'intérieur d'une analyse des articles 51, 53 et 58 ainsi que du règlement sur la langue du commerce et des affaires24. En quoi consiste le produit technologique? Est-ce un produit ordinaire au sens de l'article 51 de la loi? Est-ce un article associé à un jeu ou à un produit éducatif et culturel, jouissant ainsi d'un régime spécial prévu par le règlement? La réflexion sur cette question se rapportait à la classification connue, soit les deux composantes du monde de l'informatique : le matériel et le logiciel, c'est-à-dire les machines et les programmes.
D'une part, ce qu'on entend habituellement par le « matériel », c'est-à-dire l'ordinateur et ses périphériques (écran cathodique, imprimante, lecteur de disques, de disquettes ou de cassettes, modems, etc.), est un produit au sens de l'article 51 de la Charte. À ce titre, toute inscription sur ces matériels, sur leur contenant ou sur leur emballage doit être en français ou à la fois en français et en une ou plusieurs autres langues. De même, les documents ou objets accompagnant ces produits, y compris leur mode d'emploi et leurs certificats de garantie, doivent être en français et en une ou plusieurs autres langues.
Par ailleurs, peut-on affirmer que ce qui est écrit sur les touches du clavier de l'ordinateur peut être assimilé à des « inscriptions »? Quant à ce qui apparaît à l'écran cathodique, s'agit-il d'inscriptions « sur » un produit? S'il en est ainsi, ces inscriptions pourraient dans la plupart des cas être en anglais seulement. L'on constate ainsi que la composante matériel peut elle-même poser des problèmes d'interprétation quant au sens à donner au terme « inscription »25. Toutefois, malgré ces ambiguïtés, la seule assise juridique que l'on trouve dans la Charte de la langue française au sujet de l'informatique est l'article 51, dans la mesure où la composante matériel est concernée. La partie la plus importante, à savoir l'univers des logiciels, a pratiquement échappé à la Charte. Le développement actuel de l'informatique nécessite une réponse claire à cette question qui devient plus pressante à la suite de l'adoption de la Loi sur le statut et l'usage des langues officielles au Canada. En effet, celle-ci va créer une demande de biens informatiques dans les deux langues, et ce, d'ici peu.
Le problème épineux de droit linguistique dans le domaine informatique est posé par la composante logiciel. Comme il est impossible de toujours dissocier parfaitement le matériel et le logiciel, à mesure que l'on accède à des appareils à fonction unique, la Commission soulève plusieurs questions relatives à la catégorisation des différents logiciels. Ceux-ci sont-ils assimilables à des produits éducatifs et culturels pour l'unique raison qu'ils sont des disques, des supports magnétiques, au sens des objets mentionnés dans l'article 7 du règlement? Est-ce le contenant ou le contenu qui fait qu'un objet est un produit culturel ou éducatif? Si c'est le contenu qui est déterminant à cet égard, quels critères va-t-on utiliser pour se prononcer sur la nature de ce contenu? Un jeu « éducatif » est-il un jeu ou un produit éducatif : où cesse le jeu, où commence l'apprentissage? Quant aux logiciels culturels, il faut reconnaître que le caractère culturel d'un produit n'est pas toujours évident, de même que les logiciels instruments qui peuvent constituer un produit éducatif (par exemple, un grand livre de comptabilité).
Le Conseil de la langue française a sollicité l'opinion de deux experts26 sur la pertinence d'une réglementation linguistique dans le domaine des logiciels. Comme les différentes catégories de logiciels (les produits de loisirs, les produits à caractère culturel et technique, les programmes professionnels destinés au marché du travail) visent des clientèles différentes quant au type et au nombre, les auteurs envisagent la faisabilité d'une réglementation selon une approche progressive. Dès lors, les éléments de solutions proposés visent, à court terme, la présentation des logiciels déjà existants en français et, à plus long terme, la présentation des nouveaux logiciels.
5. Typologies de logiciels
Il existe différentes typologies de logiciels permettant de classer les logiciels selon certains principes. On distingue habituellement trois types de logiciels :
les programmes : suite d'instructions données à la machine dans un ordre figé et portant sur des nombres ou des chaînes de caractères selon un algorithme préétabli et immuable;
les logiciels : ensemble de programmes conçus pour résoudre une application particulière;
les progiciels : ensemble complet et documenté de programmes conçus pour plusieurs utilisateurs en vue d'une même application (la paie ou la gestion des stocks) ou d'une même fonction (traitement de texte, gestion de fichiers ou graphiques).
Une autre classification tripartite vise à répartir les logiciels selon les fonctions qu'ils accomplissent :
les logiciels de base : ensemble des programmes nécessaires à l'utilisation optimale de l'ordinateur et de ses périphériques;
les logiciels d'application : ensemble des programmes dont le but est de résoudre les problèmes propres à l'utilisateur de l'ordinateur;
les systèmes logiciels intégrés : il s'agit d'un logiciel regroupant plusieurs fonctions. Il permet le partage de données et le transfert de résultats entre les différents programmes d'un système informatique, sur un emplacement donné ou dans différents lieux en communication.
La typologie de monsieur Yves Leclerc établit une distinction des logiciels selon leur conception, la clientèle visée et leur importance (durée de vie et coût). Ce sont les logiciels de jeux et de loisirs, les logiciels reliés à l'éducation, les logiciels techniques et les logiciels destinés au milieu de travail. Voici les caractéristiques de chacune des catégories :
Les logiciels de jeux et de loisirs :
catégorie incluant les jeux vidéo, les divertissements plus intellectuels tels les jeux de réflexion ainsi que les programmes de conception artistique
Les logiciels reliés à l'éducation :
catégorie incluant les didacticiels destinés aux marchés scolaires et une foule de programmes d'auto-instruction et d'apprentissage orientés vers la maison (cours de langues)
Les logiciels techniques :
catégorie incluant les programmes d'apprentissage et d'utilisation de l'ordinateur lui-même (systèmes auteurs)
Les logiciels destinés au milieu de travail :
catégorie incluant des programmes tels le traitement de texte, la consultation de données
À partir de cette classification, il est proposé d'adopter une approche réglementaire progressive selon les différents types de logiciels. Cette orientation vise ainsi à établir une politique de francisation qui ne serait applicable, dans une première phase, qu'aux logiciels et progiciels non techniques. Plus précisément, les logiciels non techniques couramment utilisés dans les milieux de travail devraient être disponibles en français dans un délai de six mois qui serait imposé aux fabricants. En outre, il y aurait lieu d'assumer la traduction des logiciels les plus performants et les plus utilisés.
Mis sur pied en 1985 par le Centre de linguistique de l'entreprise (CLE), un groupe de travail composé de représentants d'entreprises, de manufacturiers et d'utilisateurs de logiciels a été chargé d'examiner la question de la francisation des logiciels. À cet égard, le Centre a développé une typologie de logiciels (logiciels techniques et non techniques et progiciels techniques et non techniques) qui présente un double intérêt. D'une part, cette catégorisation permet de couvrir toutes les autres typologies de logiciels, tels les logiciels de systèmes, d'application, utilitaires, culturels et didacticiels. D'autre part, les critères à la base de leurs distinctions ont un effet direct sur la possibilité de traduire, l'adaptabilité ou la disponibilité de logiciels en français : leur coût, leur durée de vie, leur volume et leur marché, leur structure interne, leur complexité et leur terminologie, les difficultés engendrées par le soutien technique et les types d'usagers visés. L'application de cette méthode d'analyse permet finalement de déterminer un niveau de disponibilité en français plus élevé pour les progiciels non techniques et les logiciels non techniques, étant donné qu'ils s'adressent à la grande majorité des usagers en informatique.
La dynamique de la francisation de l'informatique nécessite que l'on soulève deux points fondamentaux. En premier lieu, l'informatique est-elle un phénomène de masse ou une technologie réservée à des experts? En second lieu, l'usage du français en informatique doit-il être assujetti à des obligations institutionnelles?
Les résultats de l'enquête permettent d'affirmer que, si l'informatique n'est pas encore devenue un phénomène de masse, elle n'est plus réservée aux experts; très présente, elle s'étend à toutes les catégories socioprofessionnelles. On a constaté que la moitié des usagers appartiennent à la catégorie des administrateurs et des professionnels; ceux qui utilisent un ordinateur exclusivement à domicile sont plus jeunes et sont presque autant des étudiants (27 %) que des professionnels (32 %). Plus de 70 % des opérateurs de machines à traitement de texte appartiennent à la catégorie du personnel de bureau, alors que les ouvriers sont les plus grands utilisateurs de machines programmables (51 %). Les usagers de micro-ordinateurs au travail se recrutent davantage dans la catégorie supérieure de la pyramide (professionnels, administrateurs : 62 %). Quant au terminal relié, il est utilisé autant par le personnel professionnel que par le personnel de bureau.
Par ailleurs, il faut bien admettre que le développement de l'informatique est un phénomène irréversible, dont l'expansion va atteindre des clientèles de plus en plus larges et de moins en moins bilingues.
C'est dans ce contexte que le Conseil de la langue française définit ses objectifs de francisation, qui visent d'abord à assurer à un large public une disponibilité accrue de manuels, de logiciels et de matériels français et à faire du français en informatique la langue de travail normale et habituelle.
Afin de supporter cet accroissement accéléré du processus d'informatisation en français quant aux aspects relatifs à la langue d'utilisation, le Conseil de la langue française considère le produit technologique comme un produit de consommation assujetti à l'article 51 de la Charte.
Qu'aux fins de l'application de l'article 51 et du règlement sur la langue du commerce et des affaires, les produits informatiques ne soient pas assimilés à des produits éducatifs et culturels, lorsqu'ils peuvent servir à des fins professionnelles; qu'en conséquence, le règlement sur la langue du commerce et des affaires soit mis à jour pour préciser cette interprétation.
Que l'Office de la langue française accentue sa collaboration avec les entreprises de fabrication et de distribution ainsi qu'avec les centres de recherche et les universités, pour la conception de lexiques et leur diffusion.
Les problèmes linguistiques que pose l'informatique peuvent être regroupés sous trois grandes rubriques :
ceux qui sont reliés à la représentation des caractères;
ceux qui sont reliés à l'entrée et à la sortie des caractères (écrans, claviers, imprimantes et autres interfaces personne-machine);
ceux qui sont reliés au traitement de la langue elle-même, en tant que moyen de communication avec l'utilisateur27.
À cet égard, le ministère des Communications et l'Office de la langue française travaillent déjà à la solution de ces problèmes au sein de groupes techniques, canadiens et internationaux. Fait important, une norme canadienne unique de clavier pour toutes les applications des technologies de l'informatique a été proposée par le ministère des Communications et sera adoptée d'ici peu.
Le Conseil de la langue française ne peut qu'encourager de telles initiatives et recommande au ministre responsable de l'application de la Charte de la langue française de transmettre aux ministères et organismes visés les recommandations suivantes :
Que le ministère des Communications poursuive, de concert avec l'Office de la langue française, sa participation active aux comités canadiens et internationaux de normalisation du français en informatique.
Plusieurs personnes consultées ont fait observer qu'il existe trop de logiciels anglais couramment utilisés en milieu de travail et pour lesquels la version française n'est pas disponible. De plus, il y a lieu de distinguer la traduction des logiciels eux-mêmes de celle de la documentation qui les accompagne. Cette question de la traduction et de l'adaptation des logiciels en français s'inscrit finalement à l'intérieur des préoccupations canadiennes et internationales véhiculées par les deux ministères des Communications en 1986 à ce sujet. Aussi le Conseil de la langue française recommande-t-il :
Que le ministère des Communications, en collaboration avec l'Office de la langue française, soit le promoteur d'un consortium composé de représentants d'organismes publics, d'entreprises et d'établissements d'enseignement, pour la traduction en français des logiciels utilisés par un grand nombre de travailleurs et de travailleuses, ainsi que pour la traduction de la documentation.
La question de savoir si le contexte d'usage de l'informatique comporte des obligations institutionnelles à utiliser le français met en lumière les nécessités qui s'imposent aux personnes morales et qui contribuent à faire du français la langue normale et habituelle de travail. Dans la mesure où l'on vise des secteurs de services à la clientèle, il appert que les personnes qui doivent manipuler les outils informatiques relatifs à ces services possèdent de meilleures chances de disposer de manuels et de logiciels en français. Afin de favoriser une approche progressive de francisation qui tienne compte des types d'application et des clientèles visées, le Conseil de la langue française recommande :
Que l'action de l'Office de la langue française et du ministère des Communications assure, dans un premier temps, la disponibilité en français des logiciels couramment utilisés dans les milieux de travail, en définissant, en concertation, les exigences auxquelles devraient se conformer les fabricants, les distributeurs et les détaillants.
L'on sait que, dans nombre de ministères et organismes du gouvernement du Québec, des ressources technologiques importantes sont allouées pour les systèmes d'information. Ceux-ci jouent en effet un rôle stratégique tant sur le plan de la gestion interne que sur celui des services offerts au public. En 1986-1987, les coûts reliés à l'informatique représentaient 0.9 % des dépenses totales du gouvernement. Dans un souci d'optimiser les décisions d'ordre technologique, le ministère des Communications a défini des principes devant guider ces orientations stratégiques, dont celui du respect des caractéristiques et de l'usage de la langue française. L'atteinte de cet objectif nécessite que soient établis « des normes et des standards sur les équipements de traitement et d'échange, les logiciels de base et les applications...28 ».
Actuellement, un exercice de planification annuelle des biens informatiques est en cours dans chacun des ministères et organismes (C.T. 167412). N'y aurait-il pas lieu d'inscrire, à l'intérieur de cette démarche administrative, une clause linguistique qui favoriserait la promotion du français en informatique?
Par ailleurs, dans une perspective d'expression d'une volonté gouvernementale de promotion du français en informatique, plus précisément dans le secteur public, le ministère des Communications a créé récemment un comité de travail sur le sujet, en concertation avec différents représentants ministériels : l'Office de la langue française, le ministère du Revenu, le ministère de l'Industrie et du Commerce, le ministère des Approvisionnements et Services et le ministère de la Main-d'œuvre et de la Sécurité du revenu.
Cet objectif de francisation s'inscrit dans le respect de l'application de la Charte, soit la reconnaissance du français comme langue de l'Administration, comme langue de travail et comme langue de communication des utilisateurs des technologies de l'informatique. À cet égard, le Conseil de la langue française ne peut qu'approuver cette action et recommande donc :
Que les principales autorités gouvernementales concernées (Conseil du trésor, ministère des Approvisionnements et Services, ministère de l'Industrie et du Commerce), avec la collaboration du ministère des Communications, exercent un leadership concernant le processus d'informatisation en français du secteur public.
En ce qui concerne plus spécifiquement l'informatisation des entreprises, le Conseil recommande :
Que l'Office de la langue française continue à relier ses mesures de francisation au processus d'informatisation des entreprises, à savoir :
pour les entreprises ne possédant pas leur certificat de francisation, que la francisation optimale de l'informatique soit une condition d'obtention du certificat;
pour les entreprises qui ne sont pas soumises au programme de francisation, que l'Office de la langue française élabore, avec les représentants des centrales syndicales et des associations patronales, des mesures concrètes permettant, dans un premier temps, d'assurer la disponibilité de logiciels français dans les domaines les plus actifs de l'informatisation (la paie, les inventaires, la comptabilité);
pour les entreprises ayant leur certificat de francisation, que l'Office de la langue française, dans un contexte d'évaluation continue et en concertation avec les différents intervenants, effectue une mise à jour du statut de la francisation en fonction du volet informatique.
Il faut se rappeler que la consultation de documents constitue une activité aussi importante que le travail au terminal ou au micro-ordinateur, lorsque l'on considère le nombre d'heures consacrées aux « tâches informatiques ». C'est ici précisément que l'on peut parler de « massification de l'informatique », plus particulièrement en milieu de travail. À cet égard, le Conseil de la langue française recommande la mesure suivante :
Que l'Office de la langue française s'assure que tous les documents électroniques ou imprimés produits par ordinateur soient rédigés normalement et habituellement en français.
III. LA LANGUE DE FORMATION
Ce thème se rapporte à la langue de l'apprentissage, soit la langue du cours de formation, celle de la documentation de référence ou encore de la terminologie technique.
Les résultats de l'enquête du Conseil de la langue française indiquent que plus de 40 % des usagers de l'informatique n'ont bénéficié d'aucune formation. En ce qui concerne les usagers domestiques, 60 % d'entre eux n'ont jamais suivi de cours, alors que 80 % des utilisateurs de machines à traitement de texte et de machines programmables en ont suivi. Quant aux usagers au travail utilisant un micro-ordinateur ou un terminal, le tiers d'entre eux n'ont pas reçu de formation.
1. La langue de dispensation des cours
Si l'entreprise et les établissements d'enseignement semblent se partager à peu près également la dispensation de la formation (respectivement 28 % et 25 %), l'entreprise est davantage présente dans le cas des applications spécialisées (terminal : 41 %; traitement de texte : 38 %; machine programmable : 51 %). Quant aux établissements d'enseignement, ils sont davantage sollicités pour dispenser une formation aux usagers de micro-ordinateurs : c'est le cas pour plus de 30 % des usagers domestiques et des usagers professionnels. L'analyse des données relatives à la langue de dispensation des cours révèle que 70 % des usagers ont suivi leurs cours uniquement en français.
2. Langue de la documentation et langue de la terminologie
Par ailleurs, l'utilisation du français diminue considérablement en ce qui concerne la langue de la documentation (47 % complètement en français) et celle de la terminologie technique (28 % uniquement en français). Comme, d'une part, plus de 2 usagers sur 5 n'ont jamais suivi de cours et que, d'autre part, la documentation est surtout anglaise, il s'ensuit une accélération de l'anglicisation. Quant aux usagers d'un micro-ordinateur à domicile, ils sont encore moins favorisés que les usagers de micro-informatique au travail (ceci corrobore les conclusions du chapitre précédent quant à une anglicisation plus marquée de l'informatique à domicile).
3. Le pourvoyeur de l'apprentissage
L'examen de la variable pourvoyeur de l'apprentissage en fonction de la taille de l'entreprise permet de livrer deux conclusions : la terminologie de l'informatique est diffusée davantage en français lorsqu'il s'agit de cours dispensés par l'entreprise et lorsque celle-ci est de grande taille. Quant aux usagers domestiques, près de la moitié disent avoir été en contact avec une terminologie unilingue anglaise.
Les établissements d'enseignement publics
Les résultats des consultations tenues dans divers établissements d'enseignement privés et publics ont montré que, dans le cadre des ententes fédérales-provinciales en matière de formation professionnelle, les organismes publics étaient peu sensibilisés à leur rôle de promoteurs du français.
Ainsi, alors que des sommes énormes sont allouées par des organismes publics pour la formation professionnelle dans le domaine de l'informatique, force est de constater que ces fonds contribuent à l'anglicisation des travailleurs et des travailleuses. Outre les frais importants reliés aux coûts de formation et aux salaires, des sommes additionnelles peuvent être accordées pour l'achat ou la traduction de logiciels. Or, aucun objectif de francisation ne supporte la politique de formation professionnelle des adultes en informatique et, en outre, les PME de 50 employés et moins ne sont pas assujetties aux programmes de francisation. On doit donc conclure que ces deniers publics contribuent en quelque sorte à subventionner l'achat de logiciels en anglais. Qui plus est, afin de répondre adéquatement à la demande des entreprises, les cégeps se dotent de logiciels anglais.
Les résultats des consultations auprès des établissements d'enseignement publics ont livré, en définitive, un portrait de situation plutôt sombre de l'enseignement professionnel en informatique. Les objectifs de recrutement de clientèles occultent, quand ils ne l'annulent pas, toute volonté de francisation. Les responsables de l'éducation des adultes et les professeurs dénoncent cette absence de volonté gouvernementale et ministérielle en cette matière. Comme ils sont davantage animés par un souci de concurrence (entre cégeps francophones, entre cégeps de langue française et de langue anglaise et vis-à-vis des établissements privés), ils tentent davantage d'affirmer leurs compétences auprès des entreprises. À cet égard, ils ne sont pas disposés à opposer à ces objectifs d'ordre économique des objectifs d'ordre culturel et linguistique.
Les cours dispensés dans les établissements d'enseignement privés semblent s'inscrire en fonction d'un meilleur souci de promotion du fait français. Les responsables qui ont été rencontrés lors des consultations ont même fait part d'initiatives originales, telles la traduction d'un manuel d'entretien ou l'élaboration d'un « système maison » d'évaluation des versions françaises des logiciels, et ce, dans une perspective de sensibilisation auprès des entreprises. Il faut aussi relever la préoccupation de ces firmes en ce qui concerne la qualité du français, tant sur le plan de la terminologie que sur celui de la documentation. Par ailleurs, il faut signaler que les établissements privés ne désirent pas, à l'instar du secteur public, adopter officiellement des objectifs de francisation qui pourraient nuire à la concurrence. Ils réclament, dans ce sens, une volonté gouvernementale plus explicite de francisation de l'informatique.
Dans le cadre de sessions de formation sur la francisation des entreprises, les centrales syndicales jouent un rôle actif en ce qui concerne la francisation de l'informatique. Ainsi, elles encouragent, par exemple, l'insertion de la clause linguistique en informatique dans la convention entre l'employeur et l'employé : « En ce qui concerne l'informatique, le processus de francisation est maintenu et est complété dans un délai raisonnable » (modèle type de la CSN). e plus, les instances syndicales interviennent activement dans les questions de terminologie française en informatique et de formation en général. Elles disposent de ressources humaines spécialisées dans ce domaine et offrent leurs services aux entreprises engagées dans un processus d'informatisation.
4. La formation en informatique auprès des jeunes
En ce qui concerne la formation professionnelle auprès des jeunes, les attitudes sont fort différentes de celles qui prévalent pour la formation dispensée aux adultes. Les résultats des consultations on permis de déceler, chez les interlocuteurs du secteur collégial, la présence d'une sorte d'obligation morale relativement à la langue d'enseignement pour ce type de clientèle. Le souci d'une documentation et d'une terminologie françaises prévaut, ainsi que la disponibilité de logiciels de langue française (un professeur de bureautique d'un cégep montréalais aurait même pris l'initiative de déposer une pétition auprès de sa direction afin d'obtenir la version française d'un logiciel anglais). Les professeurs admettent toutefois que cette adaptation à des versions françaises modifie substantiellement leur approche didactique, ce qui peut provoquer une certaine résistance au changement.
La préoccupation de l'informatique en français semble peu présente dans le secteur universitaire. À l'instar des opinions et des préjugés qui prévalent vis-à-vis de tout ce qui concerne le domaine scientifique, le français semble davantage perçu comme une contrainte. On va jusqu'à déplorer que les étudiants ne soient pas davantage bilingues, surtout ceux qui abordent des études de deuxième ou troisième cycle. Même si on favorise l'emploi d'une terminologie française adéquate, on ne remet pas en question l'idée de l'hégémonie de la langue anglaise dans cette sphère.
5. Le marché des logiciels éducatifs au Québec
Afin de mieux cerner la situation québécoise du logiciel dans une perspective de demande, le ministère de l'Industrie et du Commerce a commandé, auprès des HEC, une étude sur le marché des logiciels éducatifs au Québec29. Les données relatives à cette recherche portant sur les établissements québécois d'enseignement publics et privés (écoles primaires et secondaires, cégeps, universités) permettent de présenter des informations sur le parc des micro-ordinateurs et sur les achats actuels et prévisibles de logiciels.
Une enquête de la Société de gestion du réseau informatique des commissions scolaires (GRICS), effectuée en 1985, a d'abord permis d'évaluer le parc de micro-ordinateurs des niveaux primaire et secondaire au Québec. Il y aurait 21 800 micro-ordinateurs disponibles dans l'ensemble du réseau (en incluant les 9 000 Max-20 livrés par Comterm en 1985).
Par ailleurs, des estimations permettent de fixer le nombre de micro-ordinateurs à 1 950 pour les cégeps et à 2 500 pour les universités. La plupart des experts du milieu jugent que cette disponibilité de micro-ordinateurs est insuffisante, si l'on tient compte des besoins des utilisateurs. Les contraintes budgétaires constituent la principale entrave : les subventions du ministère de l'Éducation du Québec ont été réduites de près de 2 millions de dollars pour l'année 1986-1987, passant de 4,6 millions à 2,8 millions de dollars.
Quant aux niveaux collégial et universitaire, bien que la situation ne soit pas plus encourageante, on remarque que des achats sont faits par les établissements eux-mêmes (à même leur budget de fonctionnement ou grâce aux subventions de recherche). Jusqu'en 1986, la Fédération des cégeps gérait un programme d'achats collectifs de logiciels. Comme aucune subvention n'a été prévue pour 1986-1987, les logiciels achetés par les collèges sont donc maintenant payés en partie par ce programme et en partie par les collèges. Les logiciels éducatifs achetés par les cégeps sont en très grande majorité des logiciels industriels acquis et utilisés par les secteurs professionnels. Or, 60 % de ces achats seraient effectués aux États-Unis. De même, il faut noter que la plupart des départements universitaires s'approvisionnent en logiciels américains dans une proportion de 80 % à 90 %.
Ainsi, le marché du logiciel dans le secteur de l'éducation oscille autour de 8 à 10 millions de dollars par année depuis 1985-1986. Comme les cégeps et les universités achètent surtout des progiciels spécialisés conçus aux États-Unis, le marché des secteurs primaire et secondaire intéresse davantage l'industrie québécoise.
La langue d'apprentissage permet d'évaluer un des aspects importants des premiers rapports de l'usager avec l'informatique.
L'étude de la variable pourvoyeur de l'apprentissage en fonction de taille de l'entreprise a révélé que la terminologie de l'informatique est diffusée davantage en français, lorsque les cours sont donnés par la grande entreprise.
Les établissements d'enseignement sont davantage sollicités pour former les usagers de micro-ordinateurs. En ce qui concerne la langue de dispensation des cours, les données de l'enquête du Conseil de la langue française indiquent que 70 % des usagers ont suivi leurs cours uniquement en français. Par contre, la langue de la documentation est en français dans moins de 50 % des cas, alors que la langue de la terminologie technique n'est uniquement en français que dans moins de 30 % des cas.
Les résultats de la consultation ont révélé que, dans le cadre des ententes fédérales-provinciales en matière de formation professionnelle, les organismes publics concernés (le ministère de la Main-d'œuvre et de la Sécurité du revenu et le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Science) ne visaient pas des objectifs de francisation de l'informatique. Les firmes privées semblent privilégier davantage de tels objectifs, ainsi que les centres de formation des centrales syndicales. Dans un tel contexte, le Conseil de la langue française recommande :
Que le ministère de la Main-d'œuvre et de la Sécurité du revenu, le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Science et les représentants des centrales syndicales favorisent la formation professionnelle en informatique en français, tant sur le plan de la terminologie, de la documentation que des équipements informatiques utilisés (matériels et logiciels).
Que les écoles privées de formation en informatique se conforment aux mêmes exigences du français que le secteur d'enseignement public et que la délivrance de leur permis tienne compte de ces exigences.
Que les centres de formation des centrales syndicales soient reconnus et subventionnés par le ministère de la Main-d'œuvre et de la Sécurité du revenu, dans le cadre de la formation professionnelle en informatique.
En ce qui a trait à la formation en informatique auprès des jeunes, des nuances s'imposent quant au type de clientèle visée. Certes, la formation postcollégiale permet un approfondissement des connaissances en informatique qui ne peut pas toujours s'inscrire explicitement dans un contexte de francisation. L'apprentissage de logiciels spécialisés, surtout lorsque des secteurs de pointe de l'informatique sont concernés, risque d'être entravé par des activités de traduction. Or, cette spécialisation ne relève-t-elle pas surtout de préoccupations d'études de deuxième ou troisième cycle?
Par ailleurs, un bon nombre de personnes consultées ont souligné la question d'image associée à l'usage du français en informatique par les experts. De plus, certains analystes en informatique ont fait remarquer que la maîtrise de la langue anglaise était loin d'être nécessaire pour entreprendre de telles études; ils ont même admis avoir une connaissance limitée de l'anglais. Ils considèrent le langage informatique davantage comme un jargon qu'il s'agit d'appréhender sans trop de support sémantique. Dès lors, ils n'ont pas le sentiment d'être acculturés ou anglicisés, même s'ils sont fréquemment exposés à ce « code » anglais. À l'opposé, les non-spécialistes qui ont déployé des efforts à la fois sur le plan technologique et sur le plan linguistique afin de s'approprier les technologies informatiques en langue anglaise manifestent une plus grande résistance à adopter la version française de ces produits. On peut donc croire que plus la langue informatique est riche d'un contenu culturel, plus le phénomène de résistance au fait français s'accentue.
Les efforts de sensibilisation à la promotion du français dans ce domaine doivent donc être entrepris autant auprès des intervenants du monde universitaire (particulièrement ceux du premier cycle) qu'auprès de ceux du secondaire et du collégial. La préoccupation de franciser la langue de formation en informatique s'inscrit d'abord dans un contexte de responsabilité pédagogique qui concerne tant les établissements d'enseignement que les professeurs. Dans ce sens, le Conseil de la langue française recommande :
Que le secteur d'enseignement public, en particulier le ministère de l'Éducation, fasse une évaluation de l'initiation à l'informatique et assure le rayonnement et la qualité de la langue française en faisant du français la langue normale et habituelle de l'informatique.
Que les universités et les cégeps jouent un rôle de promotion du français en ce qui concerne la formation des spécialistes ainsi que des techniciens et des techniciennes en informatique.
Au cours d'une recherche sur l'analyse des besoins et des perceptions des gestionnaires de PME à l'endroit de l'introduction de l'informatique comme outil de gestion30, le Groupe de recherche sur la gestion de la technologie (G.R.G.T.) de l'UQAM a fait ressortir que la perception des dirigeants peut être très différente de celle des employés et qu'elle contribue à influencer de façon primordiale le processus d'informatisation. Entre autres résultats, cette étude démontre que, dans plus de 80 % des entreprises, il n'existe aucun plan directeur d'informatisation, ni aucune étude coût-bénéfices. En outre, l'intervention d'un consultant peut influencer favorablement le taux de satisfaction des dirigeants d'entreprises. Afin de favoriser une implantation de l'informatique qui soit cohérente et rentable, le Conseil de la langue française recommande :
Que les efforts déployés par les universités et les cégeps pour instaurer le français dans l'informatique comme langue de formation puissent mener ces établissements à mettre leurs ressources à la disposition des PME, à titre de consultants; dans une perspective de francisation, ils pourraient contribuer à l'élaboration du plan directeur et à l'implantation de la technologie.
IV. LA LANGUE DE DIFFUSION
Les démarches d'approvisionnement en équipement informatique permettent de déceler des aspects importants du statut de la langue en ce qui a trait à la disponibilité du produit informatique en français et à l'accessibilité aux documents publicitaires (catalogues et dépliants) en français. Bien que 80 % des usagers francophones de l'informatique se déclarent bons ou très bons en anglais, près de la moitié d'entre eux admettent qu'il leur a été difficile de s'adapter aux termes techniques anglais. (Ce constat doit être mis en relation avec les énoncés du chapitre précédent, quant à une surestimation du bilinguisme des répondants.)
Sur le plan de l'informatique domestique, on note que la moitié des usagers n'accordent que peu ou pas d'importance à la possibilité d'utiliser le français. Comme la grande majorité des usagers actuels sont bilingues, il n'est pas étonnant de constater que 80 % des répondants ne renoncent jamais à acheter un logiciel, même s'il n'est pas disponible en français.
Quant à la langue de diffusion des documents commerciaux, dans 48 % des cas, les usagers domestiques ont dû consulter des catalogues ou des dépliants rédigés surtout en anglais. Aussi, la langue de spécification de la commande sur la facture de ces usagers était en anglais dans 26 % des cas. Par contre, une proportion importante des usagers de l'informatique au travail sont exclus des démarches d'approvisionnement : les deux tiers d'entre eux ne sont jamais consultés à ce sujet. En outre, pour environ le quart des employés, l'entreprise ne laisse pas le choix d'utiliser un logiciel en français, même s'il est disponible sur le marché. Notons, toutefois, que près de la moitié des usagers de micro-ordinateurs participent à cette phase d'approvisionnement.
Au cours des différentes démarches d'approvisionnement, on remarque un écart important entre la langue de diffusion et la langue de spécification. En effet, si au moins les deux tiers des catalogues et des dépliants sont en français ou bilingues, les descriptions et caractéristiques techniques qui doivent être données au fournisseur par l'usager ne sont en français que dans 30 % à 40 % des cas.
1. L'opinion de l'usager quant aux obstacles à l'usage du français
Les principaux obstacles soulevés par les usagers, dans un contexte de francisation accrue de l'informatique, se rapportent à des aspects de disponibilité tardive, de coût plus élevé et de qualité moindre. Par exemple, l'impression d'être en retard lorsqu'on utilise un logiciel en français vaut pour plus ou moins les deux tiers des répondants. Dans l'ensemble, les usagers domestiques ont des opinions encore plus défavorables en ce qui concerne la qualité des manuels en français (seulement 41 % les jugent aussi bien faits que les manuels en anglais). Enfin, plus de 50 % des répondants croient qu'on travaille plus facilement en anglais : cette opinion est sanctionnée par les trois quarts de ceux dont l'indice d'anglicisation est fort.
Dans ce sens, l'opinion des usagers relativement à la pertinence d'une intervention gouvernementale est partagée par la grande majorité d'entre eux (83 %), même si ceux qui utilisent davantage l'anglais dans leurs travaux informatiques sont un peu moins nombreux à la souhaiter (74 %). Par contre, pour près de la moitié des répondants, les efforts de francisation ne doivent pas compromettre le virage technologique.
2. Prix et cycle de vie des produits :
le problème de l'obsolescence
Le prix et la durée de vie d'un logiciel sont deux phénomènes étroitement liés. En effet, il est impossible de vendre à un prix élevé un logiciel bientôt déclassé par des produits qui seront à la fine pointe de la technologie dans moins de douze mois. Or, c'est précisément le cas pour certains logiciels communs destinés au micro-ordinateur : leur vie peut être aussi courte qu'un an. En général, toutefois, les logiciels spécialisés devraient avoir une durée de vie d'au moins deux à trois ans, si des mises à jour régulières sont effectuées et si l'on tient compte des améliorations prévisibles du matériel.
Outre le cycle de vie d'un logiciel, d'autres facteurs conditionnent son prix : l'envergure du marché visé, l'originalité du produit, les fonctions offertes et la qualité. Toutefois, le facteur de la concurrence demeure prépondérant. En effet, il est très difficile d'être concurrent avec un produit renommé, même si l'on offre un produit de prix comparable dont la qualité est supérieure. Comme l'acheteur est peu ou mal informé quant aux performances des produits, il recherche la fiabilité qu'il fonde sur le renom d'un produit connu.
Or, c'est précisément la distribution qui semble le maillon faible de la chaîne de commercialisation des logiciels québécois. Les détaillants offrent les produits les plus demandés, c'est-à-dire les plus connus du public. Dans cette perspective, les logiciels américains jouissent, au Québec, d'une promotion beaucoup plus importante que les produits québécois. Les revues américaines, largement diffusées, contribuent à renforcer cette image de la prédominance des logiciels américains sur les logiciels québécois.
Ainsi, la presque totalité des logiciels périphériques (tableurs, machines à traitement de texte) vendus par les détaillants sont américains. Quant aux logiciels comptables, la moitié des ventes de ce type appartiennent aux produits québécois. Les ventes sont toutefois très inférieures en ce qui concerne les logiciels de jeux ou d'éducation destinés au marché domestique.
Les logiciels destinés à des secteurs spécialisés (médecine, architecture) ne sont pratiquement pas distribués par le réseau des détaillants. Les concepteurs québécois doivent donc assumer eux-mêmes leur promotion, soit par la formation d'une équipe de vendeurs, soit par la publicité faite dans des revues spécialisées.
Majoritairement à propriété québécoise, peu de réseaux de détaillants ont une envergure pancanadienne. Comme une restructuration de ce secteur est actuellement en cours, il est donc prévisible que les réseaux seront plus forts, mais que, parallèlement, la part détenue par les indépendants déclinera.
3. Un profil de la demande québécoise
Une étude parue en 1987 à l'Université Laval visait à fournir des hypothèses de développement dans le secteur du logiciel au Québec31. Pour ce faire, l'auteur a d'abord établi un profil de l'ensemble des répondants et des entreprises afin de connaître les caractéristiques du comportement d'achat des entreprises vis-à-vis du logiciel, ainsi que les données relatives à la notoriété et à la perception des logiciels pour micro-ordinateur. Le questionnaire avait été acheminé au directeur général ou au directeur des services informatiques. Signalons que l'échantillonnage utilisé est tiré de la banque de données relative au fichier des entreprises de l'Inspecteur général des institutions financières. L'entreprise ayant constitué l'unité de base, la méthode retenue a été celle de l'échantillonnage probabiliste stratifié proportionnel à chacun des six secteurs industriels. La taille de l'échantillon est de 341 questionnaires, soit 84 % des entreprises qui ont retourné le questionnaire (341 sur 407 questionnaires retournés).
En résumé, les données sur l'entreprise indiquent que :
les entreprises ayant répondu à l'étude se retrouvent principalement dans les régions à grande affluence du Québec (Québec et Montréal);
elles sont en activité depuis au moins 10 ans (plus de 75 %);
elles font affaire principalement dans le secteur manufacturier et celui du commerce en gros et de détail.
elles sont des PME (moins de 200 employés);
elles ont un chiffre d'affaires entre 1 million et 10 millions de dollars.
L'étude approfondit particulièrement les caractéristiques du comportement d'achat des entreprises possédant un micro-ordinateur, étant donné qu'elles représentent la raison d'être de l'industrie du logiciel québécois. Ainsi, pour ce type d'entreprises, un modèle de consommation a été dégagé :
lors de l'acquisition d'un micro-ordinateur, les logiciels acquis appartiennent d'abord à la catégorie « système » (soit les logiciels qui exploitent et gèrent le système informatique);
au fur et à mesure que l'entreprise maîtrise la micro-informatique, l'accent est mis sur les applications reliées aux fonctions administratives de l'entreprise;
finalement, le processus d'informatisation incorpore la bureautique et la productique.
Quant aux principales sources d'approvisionnement pour l'équipement et le logiciel, les entreprises québécoises s'adressent surtout aux détaillants pour l'achat d'équipement micro-informatique et, d'une façon plus partagée, au fabricant et au détaillant pour le logiciel.
Les critères d'achat considérés pour le logiciel sont, par ordre d'importance : la fonctionnalité, la qualité, la fiabilité, le prix, le service après-vente. Les acheteurs considèrent ainsi la fonctionnalité du produit bien davantage que les prix.
Quant aux principales sources d'information consultées lors des démarches d'approvisionnement, on mentionne les consultants, les revues spécialisées, les collègues et les vendeurs; elles sont donc davantage personnelles que commerciales. La décision d'achat en est une de groupe, dont les principaux participants sont le président, le directeur général et le contrôleur.
Parallèlement, les caractéristiques des entreprises ne possédant pas de micro-ordinateur peuvent se résumer ainsi :
45 % des entreprises prévoient acquérir un micro-ordinateur au cours des 12 prochains mois;
les montants prévus pour l'équipement et le logiciel varient entre 5 000 $ - 19 000 $ et 2 000 $ - 4 999 $;
les fonctions reliées à l'administration sont les plus populaires.
Cinq catégories d'information ont permis d'établir les caractéristiques quant à la notoriété et à la perception des logiciels. Relevons celles qui se rapportent à la notoriété des produits québécois par rapport aux produits américains, ainsi que les considérations concernant l'importance du français en tant que langue d'utilisation comme critère d'achat.
La notoriété des produits québécois ne semble pas avoir une cote élevée chez les répondants : la grande majorité (80,2 %) d'entre eux considèrent que les produits québécois sont généralement peu connus ou inconnus. À l'opposé, la notoriété des produits américains est très bonne : pour près de 45 % des répondants, les produits américains sont très connus.
Comme les produits québécois sont peu connus, il n'y a pas à s'étonner d'obtenir une perception « neutre » dans plus de 60 % des cas. Toutefois, la perception des logiciels québécois n'est pas négative et près du quart des répondants sont favorables au produit québécois.
L'évaluation de la perception des produits québécois par rapport aux produits américains s'est effectuée selon deux types d'utilisation (particulière et générale32) et selon six critères : le prix du logiciel, la documentation livrée avec le logiciel, la performance, l'originalité, l'innovation et la disponibilité du produit sur le marché.
De façon générale, il semble que les produits québécois soient plus dispendieux que les produits américains et ce, peu importe le type d'utilisation. En outre, la supériorité des produits québécois ressort légèrement sur le plan de la performance, de l'originalité et de l'innovation. Cependant, les produits américains sont mieux cotés en ce qui concerne la documentation et la disponibilité. Enfin, les logiciels québécois pour utilisation particulière semblent être mieux perçus que les logiciels d'utilisation générale.
L'importance du français en tant que critère d'achat a été reconnue dans près de 60 % des cas, ce qui confirme l'importance de ce critère.
À partir de ces données, l'auteur préconise que l'industrie du logiciel vise deux marchés importants :
un marché principal présent dans les régions à grande affluence où les produits québécois se heurtent à la concurrence des produits américains;
Un marché au potentiel intéressant dans les régions périphériques, lequel doit être sensibilisé aux logiciels québécois.
Les entreprises faisant preuve d'une certaine évolution dans leur domaine et ayant connu un niveau de croissance soutenu constituent dès lors la cible privilégiée de ces marchés. Entre autres, les PME doivent être visées prioritairement, étant donné que la baisse des coûts des équipements micro-informatiques rend cette technologie de plus en plus accessible.
Dans le cadre du comité fédéral-provincial sur le logiciel d'expression française, l'étude de CEGIR sur l'industrie québécoise du logiciel évaluait, entre autres, la satisfaction des usagers à l'égard des logiciels en français. Contrairement aux travaux du Groupe de recherche en gestion de la technologie (Université du Québec à Montréal), CEGIR dénonçait une pénurie de logiciels français, principalement dans les utilisations comptables, les chiffriers et bases de données, ainsi que dans les domaines spécialisés des sciences, du génie et des systèmes experts. Aussi, les PME seraient particulièrement mal desservies par les logiciels en français.
Lorsque la disponibilité est assurée, les produits en français sont jugés plus sévèrement que leur équivalent anglais :
la publicité est insuffisante;
par rapport aux versions originales anglaises, les traductions et les adaptations françaises souffrent d'un retard technologique;
les produits ne sont pas testés avant leur commercialisation;
les logiciels (ainsi que la documentation) conçus en France soulèvent parfois des incompréhensions quant à la terminologie utilisée et des incompatibilités quant aux pratiques informatiques.
CEGIR souligne, de plus, les contraintes imposées aux acheteurs gouvernementaux de logiciels, lorsque la version française d'un logiciel existe :
les acheteurs sont généralement mal informés de la disponibilité de produits en français, puisqu'ils ont les revues d'informatique américaines comme sources d'information;
il existe une méfiance vis-à-vis de la version française des produits anglais : on craint qu'elle ne soit pas la plus récente tel que les versions futures ne soient pas disponibles en français;
certains utilisateur, notamment les professionnels, véhiculent un préjugé favorable vis-à-vis de la version anglaise;
Les distributeurs connaissent peu ou mal les logiciels en français.
L'analyse des démarches d'approvisionnement en équipement informatique a révélé que près de la moitié des usagers domestiques ont dû consulte des catalogues ou des dépliants surtout en anglais. La spécification de la commande sur la facture a été rédigée en anglais pour plus du quart d'entre eux.
Les usagers au travail qui ont participé à ces démarches ont été plus favorisés : 70 % ont pu consulter des catalogues ou des dépliants en français ou bilingues. Par contre, la commande n'a pu être rédigée seulement en français que pour le tiers d'entre eux, ce qui démontre encore une fois qu'il y a un recul du français dès que la langue devient technique. Enfin, la mise en marché de l'informatique se fait davantage en français auprès des entreprises qu'auprès du consommateur.
Par ailleurs, plus de 80 % des usagers estiment que leur entreprise fait beaucoup d'efforts pour leur offrir la possibilité de travailler en français avec les nouvelles technologies. Toutefois, cette opinion est plus nuancée (58 %) lorsqu'elle est exprimée par des usagers sont le contact avec des instruments de travail en anglais est élevé. Il faut voir là l'importance de la politique d'achat d'une entreprise comme facteur de l'évolution du marché.
En général, la perception du statut du français en informatique par les usagers est loin d'être positive. N'est-il pas préoccupant de constater que les plus grands utilisateurs de l'informatique préfèrent, dans une large mesure, utiliser l'anglais que le français, ce qui les rend de plus en plus acculturés? Les différents intervenants (fabricants, bureaux de consultants, agences gouvernementales) devront déployer maints efforts dans ce domaine si l'on ne veut pas que cette image négative perdure au-delà de la valeur objective du produit disponible en français sur le marché.
Dans une dynamique de marché, il faut retenir que la demande pour des produits informatiques en français est forte, puisque les entreprises doivent satisfaire les besoins de leur main-d'œuvre et de leur clientèle. De plus, les mesures destinées à franciser l'informatique s'inscrivent dans un climat actuellement propice à une telle action concertée; la très grande majorité des usagers revendiquent eux-mêmes une plus grande francisation et, logiquement, souhaitent très majoritairement une intervention gouvernementale33.
Ainsi, au-delà de la disponibilité des produits en français, le problème crucial semble celui de la visibilité de ces produits. Tout au long de la chaîne de commercialisation, on décèle une méconnaissance des produits disponibles en français, quand ce n'est pas une méfiance (cultivée souvent par les experts) vis-à-vis de ceux-ci.
L'enquête du Conseil de la langue française a souligné cet écart important entre la disponibilité du produit informatique en français et l'accessibilité aux documents publicitaires en français. Peu d'efforts sont consentis en cette matière et les résultats de la consultation en font que cristalliser ce préjugé : les produits en français ne jouissent pas de la même renommée que les produits en anglais. Cette suspicion favorise, d'emblée, l'acquisition des versions anglaises.
Un portrait bibliographique du logiciel québécois est donné par le répertoire LOGIBASE, base de données dénombrant (avec son supplément de l'automne 1987) pus de 2 400 logiciels conçus au Québec, ainsi que les logiciels étrangers adaptés et traduits. Ces logiciels sont regroupés par grands centres d'intérêt, selon une classification développée par la Centrale de bibliothèques (appelée maintenant Services documentaires multimedia inc. : SDM) : logiciels de base et utilitaires, logiciels éducatifs, didacticiels, logiciels professionnels d'application générale, logiciels professionnels spécialisés et logiciels familiaux et de divertissement. S'il ne procède pas à l'évaluation des logiciels, le SDM présente toutefois les appréciations faites par d'autres organismes et par des publications spécialisées.
Signalons aussi les efforts de promotion déployés par la revue Informatique & bureautique, qui répertorie, dans son numéro spécial du mois d'août 1988, plus de 1 500 logiciels québécois.
Afin de reconnaître la valeur des produits en français et de favoriser leur promotion, le Conseil de la langue française recommande :
Que le ministère des Communications et l'Office de la langue française créent, en collaboration avec LOGIBASE, une banque d'information centralisée des répertoires de produits informatiques en français (matériels et logiciels). L'accessibilité devrait être élargie au grand public et la mise à jour fait conjointement par tous les organismes intéressés (fournisseurs, organismes gouvernementaux, universités et utilisateurs).
Que les promoteurs de produits en français accroissent leurs efforts de promotions (publicité et mise en marché). À cet égard, qu'un budget spécial, voté pour au moins trois ans, soit géré par le ministère des Communications, le ministère de l'Industrie et du Commerce et l'Office de la langue française, afin de participer au financement des projets de promotion (publicité) de produits en français.
Il importe de souligner que le Québec ne fait pas partie, pour plusieurs entreprises américaines, du réseau de distribution de logiciels traduits en français en fonction du marché international. Très souvent, le marché québécois est desservi par des distributeurs de Toronto, lesquels ne se préoccupent pas de connaître ou d'offrir les versions francisées.
Ainsi, le Conseil de la langue française recommande :
Que l'Office de la langue française et les divers paliers des deux gouvernements sensibilisent le réseau des distributeurs à offrir l'option française de produits dont la performance répond aux exigences du client.
Que l'Office de la langue française diffuse gratuitement les publications techniques portant sur le français en informatique, tels le Vocabulaire du micro-ordinateur, le Vocabulaire du logiciel et qu'il assure leur visibilité chez les distributeurs, dans les colloques et dans les salons d'exposition.
En ce qui concerne les démarches d'approvisionnement de gouvernement du Québec, le Conseil de la langue française recommande, parallèlement à la démarche de francisation de l'informatique du secteur public déjà amorcée :
Que l'Office de la langue française et la Commission de protection de la langue française s'assurent du respect de la Charte de la langue française, lors des achats gouvernementaux, en ce qui concerne la rédaction en français des fiches techniques et des devis relatifs à tout produit informatique (matériel et logiciel), ainsi que la rédaction en français des bons de commande et des factures.
Que le ministère des Approvisionnements et Services du gouvernement du Québec précise dans chaque contrat d'achat les exigences requises par la Charte de la langue française. Qu'une politique de suivi et de contrôle soit mise en place, de concert avec le ministère des Communications et avec l'Office de la langue française, pour que tout achat non conforme soit annulé.
Les banques de données et les bases de données constituent aussi une entrave importante à la francisation de l'informatique, car elles sont conçues et développées presque uniquement en anglais. Ce constat avait d'ailleurs été exprimé dans l'avis du Conseil de la langue française sur la place du français dans l'information scientifique et technique (1986). Il faut aussi distinguer les bases de données à caractère textuel, où la langue est directement visée, des bases à caractère nominatif qui sont relativement indépendantes de la langue, mais qui doivent aussi être francisées (par exemple, les renseignements nominatifs et les renseignements toponymiques).
Que le gouvernement du Québec intensifie son effort sur le plan politique et sur le plan financier pour développer des bases de références bibliographiques en français et des banques de données en français; que le ministère des Communications poursuive ses interventions de francisation dans la normalisation des protocoles de communication et des logiciels de communication et de gestion.
V. LA LANGUE DE CONCEPTION
Trois segments de marché intéressent particulièrement l'industrie québécoise du logiciel : le marché gouvernement, le marché de l'éducation et celui des entreprises.
Les dépenses informatiques totales du secteur public et des organismes à budget non voté atteignaient 459 millions de dollars en 1984-1985, soit une augmentation de plus de 25 % par rapport à l'année précédente34. Les dépenses commerciales totales en logiciels du gouvernement québécois sont la somme de trois composantes :
les logiciels achetés ou loués par le secteur public et les organismes à budget non voté;
le développement de systèmes (logiciel sur mesure) réalisé par des firmes de consultants pour le secteur public et les organismes à budget non voté;
les logiciels achetés, loués ou développés à l'intérieur des deux grands réseaux du secteur parapublic du Québec que sont l'éducation et les affaires sociales.
Récemment, on a noté un accroissement considérable des services contractuels de développement confiés par le secteur public. Par contre, les réseaux importants de l'éducation et des affaires sociales ne sont pas courts par le champ d'analyse du rapport sur l'informatique gouvernementale.
Si l'on fait donc abstraction de ces deux réseaux, le marché gouvernemental du logiciel était de l'ordre de 35 millions de dollars en 1984-1985 : près de 13 millions sont alloués à l'achat et à la location de logiciels et entre 20 à 25 millions sont dépensés pour des contrats privés.
Il existe très peu d'information sur le marché du logiciel relié au secteur des affaires sociales. Quant au marché de l'éducation, il est d'environ 8 à 10 millions de dollars par année depuis 1985-1986. Ainsi que nous l'avons vu précédemment35, c'est surtout le marché des secteurs primaire et secondaire qui intéresse l'industrie québécoise du logiciel, les cégeps et les universités achetant surtout des logiciels spécialisés conçus aux États-Unis.
Des études conduites par le Groupe de recherche sur la gestion de la technologie (L.A. Lefebvre, Élizabeth Lefebvre et Jean Ducharme) ont permis de connaître l'utilisation de la technologie informatique dans les entreprises au Québec.
Les résultats de l'enquête qu'ils ont effectuée livrent un taux d'informatisation considérable au Québec. Ainsi, 80 % des répondants déclarent posséder de l'équipement informatique et plus des deux tiers de ceux qui n'en ont pas encore prévoient en acquérir à court terme.
Le pourcentage d'entreprises de moyenne et de grande taille36 qui utilisent de l'équipement informatique est relativement élevé (la quasi-totalité des entreprises de plus de 250 employés possèdent de l'équipement informatique, sauf quelques-unes du secteur manufacturier). Quant aux applications privilégiées par les organisations, elles sont reliées à la comptabilité/finance, à la gestion du personnel et au traitement de texte. Indépendamment du secteur, les grandes entreprises semblent aussi de plus en plus intéressées par les fonctions bureautiques tels le courrier et l'archivage électroniques.
D'autres statistiques comparatives, visant à mesurer le taux d'informatisation de toutes les entreprises selon la taille et le secteur d'activité, révèlent que les petites entreprises manufacturières et commerciales affichent un retard par rapport aux petites entreprises de services. Ce retard peut se justifier de diverses façons : l'absence de ressources humaines nécessaires, la spécificité même des applications informatiques dans ces secteurs, l'incapacité financière de ces petites entreprises. En conclusion, il faut remarquer la volonté manifeste des entrepreneurs québécois d'être concurrentiels sur les marchés. Le taux d'informatisation des entreprises québécoises est très élevé et semble même augmenter.
Les possibilités d'exportation de logiciels québécois se réfèrent à une analyse de nos avantages et désavantages comparatifs, tels la langue, la culture, la main-d'œuvre, la capacité de financement, l'accès aux réseaux de distribution.
L'industrie américaine possède, à l'échelle mondiale, des avantages indéniables :
les Américains ont le contrôle presque exclusif des réseaux de distribution;
les firmes américaines peuvent profiter du savoir de leurs filiales qui possèdent des établissements à l'étranger;
leur taux de rentabilité élevé permet de mettre l'accent sur la recherche et le développement.
Quant aux produits québécois, même si le français semble constituer une barrière pour le marché américain en ce qui concerne les produits à connotation « culturelle », il ressort que les produits bilingues conçus au Québec ne souffrent d'aucun désavantage. Comme ils incorporent les méthodes comptables et administratives américaines, ils possèdent même un avantage marqué sur les progiciels européens. Les entreprises québécoises peuvent donc viser, à court terme, les applications d'affaires.
Lors du colloque sur le logiciel et ses applications dans les pays francophones tenu en mai 1986 à Montréal, les participants ont fait ressortir l'importance de la langue dans le domaine du logiciel, en ce qui a trait au défi culturel et au défi économique. Comme l'informatique est un support de plus en plus répandu pour la communication, le français doit être partie prenante à la langue de l'informatique, s'il veut conserver son rôle de langue d'échange et de communication. Parallèlement, sur le plan économique, l'industrie du logiciel en français nécessite l'affirmation et la définition d'un espace francophone pour la production, l'édition et la diffusion de logiciels français.
2. Technologie, recherche et développement
Au Québec, la recherche est dispersée dans plus d'une dizaine de centres universitaires dont les sujets de recherche sont indiqués au tableau 4. Les plus importants, sur le plan des subsides publics, sont le Centre de recherche en informatique de Montréal (CRIM) et le Centre canadien de recherche sur l'informatisation du travail (CCRIT).
Des centres de recherche universitaires sont directement intéressés par l'informatisation en français des organisations, tels le Centre francophone de recherche en informatisation des organisations (CEFRIO) de l'Université Laval et le Groupe interuniversitaire de recherche en informatique cognitive des organisations (GIRICO) dont la coordination est assurée par l'Université du Québec à Rimouski (UQAR).
Des groupes, autres qu'universitaires, s'intéressent à l'intelligence artificielle, dans les secteur public et privé : Hydro-Québec, CAE Électronique, Cosigma/Lavalin, Le groupe DMR, etc.
Recherche et développement dans les entreprises du Québec
Les efforts des entreprises québécoises en recherche et développement sont relativement plus considérables que chez leurs concurrents américains : le taux moyen des dépenses en recherche et développement par rapport aux ventes était d'environ 8,3 % en 1985, alors que les entreprises québécoises comparables dépensent encore près de 14 % de leurs revenus à ce chapitre. Ce fardeau est donc très lourd pour les entreprises de logiciels : l'étroitesse du marché ne permet pas d'amortir rapidement les frais de recherche. Certaines entreprises nouvellement créées et qui doivent mettre au point un produit technologiquement avancé vont même jusqu'à investir un montant de recherche et de développement supérieur aux revenus de leurs ventes.
Mentionnons que l'intelligence artificielle est considérée comme la clé de voûte de la technologie de la prochaine génération d'ordinateurs : elle a déjà des retombées commerciales. Les principaux sous-domaines de recherche sont : les systèmes experts, la compréhension du langage, la reconnaissance de la voix et de l'image.
L'effet de ces développements sera finalement favorable aux utilisateurs, lesquels auront de moins en moins besoin de se familiariser avec des techniques informatiques ésotériques. Au fur et à mesure que l'on accédera à de nouvelles générations de langage informatique, il faudra admettre que les enjeux culturels sont indissociables des enjeux technologies.
Le diagnostic de l'industrie de l'informatique révèle clairement que les nouvelles technologies posent un problème à la francisation. Les caractéristiques du marché et celles du logiciel indiquent que l'état actuel de l'industrie québécoise présent une grande vulnérabilité et qu'il constitue, à toutes fins pratiques, un marché marginal à l'échelle mondiale (les marchés américains et français étant respectivement 50 fois et 7 fois plus importants). Le marché québécois du progiciel peut être estimé à environ 270 millions de dollars en 1986. Les progiciels québécois répondraient à 30 % de la demande québécoise et plus des deux tiers des usagers seraient satisfaits par des progiciels importés (environ 190 millions de dollars).
Or, afin de développer davantage la demande issue du marché gouvernemental, il convient de préconiser une plus grande disponibilité de produits de langue française, en mettant la priorité sur les produits visant de larges clientèles. Toutefois, la conception des produits doit être à portée multilingue, afin d'atteindre un objectif de rentabilisation. Cette réflexion s'inscrit à l'intérieur des travaux des ministères des Communications du Québec et du Canada (1986), lesquels visent à tirer profit du caractère français de logiciels québécois afin d'encourager le développement à portée multilingue.
Aussi le Conseil de la langue française recommande-t-il les mesures suivantes :
Que le gouvernement du Québec, par ses divers programmes (ministère des Communications, ministère de l'Industrie et du Commerce, ministère des Affaires internationales), continue d'orienter le développement de l'industrie québécoise du logiciel vers la conception de logiciel d'expression française à portée multilingue;
que cette conception se fasse selon un ordre de priorité basé sur des typologies de logiciels visant de vastes clientèles;
que le ministère des Communications diffuse auprès des concepteurs le Guide conceptuel pour la réalisation technique des logiciels de langue française à portée multilingue.
Que les gouvernement du Québec, par sa politique d'achat, assure la promotion de la version française en privilégiant les fournisseurs qui offrent des produits en français dont la performance répond aux exigences du client.
Afin d'agir à la fois sur l'offre et la demande, le Conseil de la langue française recommande :
Que le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Science développe une politique d'aide (subventions, prêt d'experts) à la recherche et à la production en français, et ce, en concertation (cégep — université — État — entreprise);
que le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Science s'assure que les recherches qu'il subventionne, particulièrement dans le domaine des industries de la langue et de l'intelligence artificielle, contribuent à la promotion de la langue française.
Que le gouvernement (ministère des Finances, ministère du Revenu, ministère de l'Industrie et du Commerce) mette en place des mesures d'abattement fiscal (particulièrement importantes pour la PME), pour l'achat de biens informatiques en français.
Étonnamment, la consultation auprès de chercheurs en recherche appliquée au travail n'a pas permis d'évaluer l'influence de l'informatique en anglais sur les travailleurs et les travailleuses. Le facteur linguistique constitue certainement un élément de stress, non négligeable en milieu de travail, et de moindre productivité. À cet égard, le Conseil de la langue française recommande :
Que le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Science subventionne des recherches sur les effets psychologiques, sociologiques, économiques et culturels de l'usage de l'anglais en informatique en milieu de travail.
Dans le cadre de la coopération franco-québécoise et de la préparation de la structure des sommets francophones, les gouvernements français et québécois mettaient sur pied en 1985 un groupe de travail bilatéral dit « Groupe de réflexion et d'action sur les enjeux de la francophonie ».
Les résultats mentionnés dans le rapport de ce groupe reconnaissaient clairement des besoins de développement de l'informatique en langue française, soit l'urgence de la création en langue française de logiciels originaux et l'adaptation dans cette même langue des produits existants.
Les résultats des travaux du comité fédéral-provincial sur le développement du logiciel d'expression française mettaient aussi en évidence la nécessité d'une approche très adaptée à la situation économico-linguistique du Québec et de l'Amérique.
Or, afin de développer un espace francophone élargi qui permettrait au français de continuer à s'imposer comme une langue majeure de communication internationale, le Conseil de la langue française recommande :
Que le ministère des Affaires internationales, lors du prochain Sommet de la francophonie à Dakar, se fasse le promoteur d'une organisation panfrancophone de la recherche dont les thèmes seraient reliés à l'intelligence artificielle en français, en raison de son importance cruciale dans le virage technologique.
La question de savoir si la langue des rapports avec la machine informatique est francisable semble désormais désuète. Déjà lors des conférences socio-économiques, l'on soulignait que la langue ne peu dénaturer la technologie. Au contraire,
on pourrait supposer que l'adaptation en français serait un facteur de transparence qui aiderait de façon efficace, et qui pourrait être nécessaire dans certains cas, à l'implantation des nouvelles technologies tant au plan de la formation qu'à celui de l'utilisation.37
Le comité numéro 4 des conférences socio-économiques concluait que la question de l'introduction des nouvelles technologies dans le milieu de travail ne doit pas être réduite au seul aspect linguistique. Une véritable implantation doit tenir compte des objectifs de production, mais aussi des besoins des usagers et des caractéristiques du milieu, dont la langue.
La langue des nouvelles technologies n'est pas un nouveau problème, mais bien un aspect d'un problème récurrent, celui du français, langue de travail. L'informatisation devient, dans ce sens, une autre occasion de reconnaître les tendances sociales existantes et les rapports de force qui s'exercent dans la concurrence des langues française et anglaise au Québec.
Ainsi, c'est précisément parce que le développement de l'informatique a permis d'atteindre des clientèles non initiées et réparties dans tous les secteurs d'activité économique que la question du statut du français dans ce domaine se justifie. La francisation de l'informatique est commandée en soi par son processus de vulgarisation : « en se vulgarisant, elle engendre des exigences et des attentes en vertu des usagers qui se multiplient et qui l'utilisent comme un moyen, un outil et non comme une fin »38. En outre, les problèmes techniques de la francisation de l'interface sont progressivement résolus, à tel point que la langue n'est plus un obstacle.
Le développement de l'informatique, ou plutôt de la micro-informatique, s'inscrit donc dans un contexte beaucoup plus vaste que la stricte sphère technologique. Les recherches multidisciplinaires en intelligence artificielle témoignent de cette réalité de l'interdépendance des enjeux technologiques et des enjeux culturels. L'ère de l'ésotérisme informatique (et de son isolationnisme) est révolue. Cette désacralisation des gourous informatiques répond à un besoin d'appropriation des nouvelles technologies et d'émancipation d'un groupe d'usagers de moins en moins néophytes face à un langage étranger. Cet effort de « nationalisation » du langage informatique n'est en fait qu'une autre étape de l'histoire du français qui, à travers les siècles, a dû apprivoiser différentes techniques et, par le fait même, différentes terminologies. À partir du moment où l'utilisateur s'est retrouvé incapable de parler ou de comprendre des langues étrangères ou des jargons scientifiques, « la force du besoin a servi de catalyseur afin d'encourager la naturalisation lexicale »39.
Par ailleurs, si les concepts de francophonie et d'informatique apparaissent de plus en plus conciliables, du moins techniquement, la nécessité de leurs rapports n'est pas toujours reconnue. Il est en effet étonnant de constater la résistance de professionnels et d'informaticiens surtout, vis-à-vis de la francisation de l'informatique. Cette résistance est entretenue par des croyances et des mythes de moins en moins fondés. Ainsi en est-il du mythe du retard de la version française d'un logiciel anglais, de la moindre qualité de cette version française ainsi que de son prix beaucoup plus élevé. La croyance selon laquelle l'anglais doit véhiculer de façon exclusive le savoir scientifique et technique est de loin le préjugé le plus ancré. De même, la crainte de rater le virage technologique interdit toute préoccupation d'ordre culturel ou linguistique. Que penser finalement de cette opinion fort répandue selon laquelle ce métalangage ou ce langage mnémonique ne peut induire d'effets acculturants, étant donné son caractère artificiel?
S'il appert que l'informatique demeurera encore longtemps l'apanage des spécialistes, il faut remarquer par contre l'explosion de la micro-informatique et sa massification déterminent un espace culturel. L'appropriation de l'informatique par les usagers ordinaires soulève d'emblée la question des rapports du langage informatique avec les processus cognitifs. Le développement des langages informatiques (langages de quatrième et de cinquième générations) fait ressortir davantage cet enjeu culturel; d'une part, il procure aux logiciels un contenu de plus en plus culturel en développant des langages de plus en plus naturels et, d'autre part, l'usager réclame un langage décodé, qui soit plus près du langage naturel. Utilisée comme un moyen et non comme fin, la micro-informatique peut ainsi s'adapter aux besoins des utilisateurs.
C'est à l'intérieur de cette dynamique axée sur l'usage que le Conseil de la langue française définit ses orientations. Il y a à peine quelques années, la possibilité et la nécessité de franciser l'informatique n'auraient pas été aussi évidentes. En effet, le développement de l'informatique permet d'atteindre des clientèles non initiées et de moins en moins bilingues d'une part et, d'autre part, il ne semble pas exister de problème technique majeur à la francisation de l'interface, c'est-à-dire la langue des rapports entre la personne et la machine. De plus, il y a une réponse nettement favorable de la part de l'industrie du logiciel à cette demande de produits français. Les différents rapports, l'enquête du Conseil et les consultations ont en effet démontré qu'il y a une certaine disponibilité de manuel, de logiciels et de matériels français en informatique, mais que celle-ci est mal connue et mal exploitée. Certes, cette disponibilité doit toujours être accrue et le Conseil de la langue française recommande, à cet égard, des mesures visant à développer l'offre.
Toutefois, c'est davantage l'aspect « demande » qui retient l'attention du Conseil de la langue française. Ses recommandations visent essentiellement à favoriser le travailleur et la travailleuse afin que leur contact avec l'informatique se fasse dans la langue normale et habituelle de travail que doit être le français. Dans ce sens, l'expression d'une volonté gouvernementale en matière de francisation de l'informatique s'impose comme une prémisse. En mettant ainsi l'accent sur l'intervention gouvernementale (laquelle est d'ailleurs réclamée par 93 % des personnes non bilingues et par 73 % des personnes bilingues), le Conseil de la langue française propose de saisir ce moment conjoncturel où les intérêts des partenaires se rejoignent.
Afin de cristalliser la manifestation de ces besoins par des actions conjointes, le conseil de la langue française interpelle d'abord, et de façon particulière, le gouvernement : il doit user de son pouvoir de dépenser pour accroître l'offre de produits en français; il doit, par sa politique et ses programmes, agir comme catalyseur de la conception et de la production de produits français; il doit enfin être un modèle d'utilisation de l'informatique en français. Quant à l'entreprise privée, le Conseil de la langue française a perçu qu'il est de son intérêt économique de chercher à répondre aux besoins de produits en français. Tout en poursuivant ses objectifs économiques, l'entreprise peut, en concertation avec l'État et les représentants des usagers des nouvelles technologies, permettre de réaliser l'objectif de travailler normalement et habituellement en français.
Ces orientations permettent d'assurer un espace informatique en français. Il faut cependant faire remarquer que, si l'expression d'une volonté politique est nécessaire, elle n'est pas suffisante : une prise de conscience individuelle et sociale est indispensable. Si l'on ne veut pas que la francisation de l'informatique se fasse de façon superficielle par des traductions ou de simples adaptations, il faut avoir la conviction individuelle et collective que le français peut exprimer adéquatement la réalité informatique. La véritable francisation de l'informatique suppose que l'on pense prioritairement en français et, partant, que l'on crée et développe en français. Les spécialistes devront, dès lors, manifester une attitude offensive en français et, pour ce faire, enrichir leur réflexion quant aux effets culturels, psychologiques et sociologiques des technologies informatiques. Les mutations techniques sont porteuses de mutations culturelles : le défi essentiel consiste à passer d'une informatique élitiste à une informatique qui s'adresse à l'utilisateur ou, en d'autres mots, qui le porte à maîtriser l'outil, la technique, au lieu de lui être asservi.
Adopté à l'unanimité à l'assemblée extraordinaire
le 23 septembre 1988 à Montréal
Importance relative de certains
groupes majeurs du secteur manufacturier,
Disponibilité de manuels en français ou bilingues,
selon le type d'usage principal de l'informatique,
répondants francophones, 1986
Distribution des usagers qui consultent des documents
produits par ordinateur, selon la langue et le lieu
Intérêts des groupes de recherches universitaires québécois
Pourcentage de logiciels en français ou bilingues
chez les usagers de terminaux et de micro-ordinateurs au travail, répondants francophones, 1986
Pourcentage de logiciels en français ou bilingues,
selon le type d'ordinateur utilisé au travail,
ACTES DE L'ATELIER SUR L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET L'INFORMATISATION DU TRAVAIL, Association de recherche en communication du Québec et Centre canadien de recherche sur l'informatisation du travail, avril 1986, 170 pages.
ACTES DU CONGRÈS « LANGUE ET SOCIÉTÉ AU QUÉBEC », Conseil de la langue française, tome II, 1984, 520 pages.
ACTES DU PREMIER COLLOQUE QUÉBÉCOIS EN INFORMATIQUE COGNITIVE DES ORGANISATIONS, tenu à l'UQAM, juin 1987, 109 pages.
AUGER, Pierre, « L'industrialisation de la langue française et son maintien comme grande langue véhiculaire de la science et de la technique », allocution présentée au colloque sur l'informatique tenu à Moncton dans le cadre du 56e congrès de l'ACFAS, mai 1988, 24 pages.
BELLEROSE, Jeannette, Systèmes multilingues : état de l'art et pistes de recherche, rapport d'étude, CCRIT, Direction de la recherche organisationnelle, septembre 1987, 46 pages.
BELLEROSE, Jeannette et Michèle Guay, L'impact de la technologie sur les langues de travail dans un milieu bilingue : David contre Goliath, CCRIT, Direction de la recherche organisationnelle, mai 1987, 8 pages.
BILAN DE FIN D'ANNÉE DU PRÉSIDENT DE LA COMMISSION DE PROTECTION DE LA LANGUE FRANÇAISE, décembre 1984, 42 pages.
BOULANGER, Jean-Claude, « Remarques sur l'aménagement du statut du français en informatique », allocution présentée au colloque sur l'informatique tenu à Moncton dans le cadre du 56e congrès de l'ACFAS, mai 1988, 17 pages.
CARON, André, L'appropriation du virage technologique, le cas du micro-ordinateur domestique, Université de Montréal, Département des communications, août 1986, 182 pages.
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CENTRALE DE L'ENSEIGNEMENT DU QUÉBEC, L'ordinateur à l'école, 1986, 80 pages.
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CHOUINARD, Martin, Le logiciel pour micro-ordinateur : un profil de la demande québécoise, mémoire de maîtrise, Université Laval, Faculté des sciences de l'administration, janvier 1987, 269 pages.
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COMITÉ SUR LE FRANÇAIS DANS L'INFORMATIQUE, Conférence sur l'électronique et l'informatique, La langue des nouvelles technologies en milieu de travail, 1984, 14 pages.
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La place du français dans l'information scientifique et technique. Rapport et avis à la ministre responsable de l'application de la Charte de la langue française, gouvernement du Québec, 1986, 43 pages.
Réflexions et propositions d'action : les jeunes et l'avenir du français au Québec. Rapport du comité du Conseil de la langue française sur les jeunes et l'avenir du français au Québec, gouvernement du Québec, « Notes et documents », no 45, 1985, 171 pages.
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GOUVERNEMENT DU QUÉBEC, ministère de l'Industrie et du Commerce :
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LECLERC, Yves, L'homme informatisé, Ottawa, Éditions La Presse ltée, 1983, 206 pages.
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LIZÉE, Gabriel, Avis au Conseil de la langue française sur l'opportunité et la faisabilité d'une réglementation sur le contenu et la présentation des logiciels, 1985, 11 pages.
MONNIER, Daniel, Le français sur la touche, Rapport d'une enquête auprès des usagers de l'informatique, Conseil de la langue française, 1988, 165 pages.
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RAPPORT DU COMITÉ CANADA-QUÉBEC SUR LE DÉVELOPPEMENT DU LOGICIEL D'EXPRESSION FRANÇAISE, mars 1986, 53 pages.
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TEXTE DE CERTAINS ARTICLES DE LA LOI 101 ET DU RÈGLEMENT SUR LA LANGUE DU COMMERCE ET DES AFFAIRES
Voici le texte des articles 51, 53 et 58 de la Charte de la langue française (à jour au 6 janvier 1988) :
Toute inscription sur un produit, sur son contenant ou sur son emballage, sur un document ou objet accompagnant ce produit, y compris le mode d'emploi et les certificats de garantie, doit être rédigée en français. Cette règle s'applique également aux menus et aux cartes des vins.
L'Office de la langue française peut, par règlement, prévoir, suivant les conditions qu'il fixe, des dérogations à l'article 51 ou à l'article 52.
L'affichage public et la publicité commerciale se font uniquement dans la langue officielle.
Toutefois, dans les cas et suivant les conditions ou les circonstances prévus par règlement de l'Office de la langue française, l'affichage public et la publicité commerciale peuvent être faits à la fois en français et dans une autre langue ou uniquement dans une autre langue.
Voici le texte des articles du règlement sur la langue du commerce et des affaires (à jour le 10 février 1988) :
c) « inscription » : toute indication apparaissant sur un produit, sur son contenant, sur son emballage, ou sur un objet accompagnant ce produit, ainsi que tout document accompagnant le produit, y compris le mode d'emploi et les certificats de garantie.
L'article 51 de la Loi ne s'applique pas aux inscriptions relatives à un produit venant de l'extérieur du Québec et offert au Québec, dans l'un des cas suivants :
le produit n'est pas encore commercialisé au Québec et est exposé à l'occasion d'un congrès, d'une foire, d'une exposition ou d'un colloque;
le produit est destiné à être incorporé à un produit fini ou à être utilisé dans un procédé de fabrication, de transformation ou de réparation et n'est pas offert dans le commerce de détail;
l'utilisation de ce produit est très peu répandue et il n'existe pas de produit équivalent de remplacement présenté en français sur le marché québécois;
les inscriptions sont gravées, cuites, incrustées, soudées, rivetées ou moulées de façon permanente au produit lui-même, sauf si ces inscriptions concernent la sécurité ou si ces inscriptions apparaissent sur un ascenseur, un distributeur automatique, une pompe à essence, un billard électrique ou tout autre produit de même nature installé en permanence dans un lieu public. Les inscriptions concernant la sécurité doivent être rédigées en français et apparaître sur le produit ou accompagner de façon permanente ce produit;
les produits sont des produits alimentaires frais transportés en grande quantité et non offerts au détail dans l'emballage d'origine.
L'article 51 de la Loi ne s'applique pas aux inscriptions relatives à une publication, un livre, un disque, un ruban magnétique, un film ou à tout autre produit culturel ou éducatif de même nature, dans la mesure où ces inscriptions sont rédigées dans une ou plusieurs des langues du produit si ce produit est en une ou plusieurs autres langues que le français ou dans la mesure où ce produit n'a pas de langue spécifique.
Il en va de même pour les inscriptions relatives à un spectacle, un discours, un cours, un séminaire, une conférence, une émission de radio ou de télévision, ou à tout produit culturel ou éducatif de même nature.
Il en va de même également pour les inscriptions relatives à une carte de souhaits, un agenda ou un calendrier à caractère non publicitaire.
L'affichage public et la publicité commerciale affichée relatifs à une publication, un livre, un disque, un ruban magnétique, un film, ou à tout autre produit culturel ou éducatif de même nature, peuvent se faire à la fois en français et dans une ou plusieurs des langues de ce produit.
L'affichage public et la publicité commerciale affichée relatifs à une carte de souhaits, un agenda ou un calendrier à caractère non publicitaire peuvent se faire à la fois en français et dans une ou plusieurs des langues de ce produit.
L'affichage public et la publicité commerciale affichée relatifs à un spectacle, un discours, un cours, un séminaire, une conférence, une émission de radio ou de télévision, ou à toute activité culturelle ou éducative de même nature, peuvent se faire à la fois en français et dans une ou plusieurs des langues de cette activité.
La publicité commerciale non affichée, notamment les catalogues, brochures, dépliants et autres publications et documents publicitaires de même nature, relative à une publication, un livre, un disque, un ruban magnétique, un film, ou à tout autre produit culturel ou éducatif de même nature, peut se faire :
dans une ou plusieurs des langues du produit dans la mesure où ce produit est en une ou plusieurs autres langues que le français; ou
à la fois en français et dans une ou plusieurs des langues du produit; ou
à la fois en français et dans une ou plusieurs autres langues lorsque le produit n'a pas de langue spécifique.
La publicité commerciale non affichée, ainsi visée, relative à un spectacle, un discours, un cours, un séminaire, une conférence, une émission de radio ou de télévision, ou à toute activité culturelle ou éducative de même nature, peut se faire uniquement dans une ou plusieurs des langues de l'activité dans la mesure où l'activité est en une ou plusieurs autres langues que le français ou à la fois en français et dans une ou plusieurs langues de cette activité.
Centre de linguistique de l'entreprise (CIE)
Monsieur Michel Guillotte
Monsieur Philippe Reiher
Centre canadien de recherche sur l'informatisation du travail (C.C.R.I.T.)
Madame Pierrette Bergeron
Centre francophone de recherche en informatisation des organisations (C.E.F.R.I.O.)
Centre de recherche informatique de Montréal (C.R.I.M.)
Madame Jacqueline Bourdeau
Monsieur Bernard Turcotte
Groupe interuniversitaire de recherche en informatique cognitive des organisations (G.I.R.I.C.O.)
Madame Pauline Côté
Écoles de formation professionnelle en informatique
Monsieur François Dauray
Monsieur Adrien Roy
Monsieur Jean-Claude Lacroix
Madame Nicole Kobinger
Madame Louise Saint-Pierre-Plamondon
Madame Mary Gropper
Monsieur Alain Quirion
Madame Lise Lapointe
Madame Lyne Bernier
Monsieur Yves Leclerc
Monsieur Ducan Sanderson
Monsieur Pierre Rhodes
Monsieur Richard Kromp
Monsieur François Bédard
Confédération des syndicats nationaux (C.S.N.)
Madame Diane Lapointe
Fédération des travailleurs et des travailleuses du (F.T.Q.)
Monsieur Gérard Brière
Services documentaires multimédia inc.
Monsieur Alain Grisé
Monsieur Richard Parent
Madame Michèle Rochette
Madame Francine Thomas
Monsieur Denis Thériault
Ministère de la Main-d'œuvre et de la Sécurité du revenu
Direction des programmes de formation professionnelle
Monsieur Marc Belleau
Monsieur Pierre-Georges Garneau
Madame Marie-Diane Rousseau
Monsieur Laurent Bélisle
Madame Solange Chalvin
Madame Sato Jeannot
Monsieur Pierre Messier
Monsieur François Bergeron, Faculté des sciences de l'administration
Monsieur André Gamache, Département d'informatique
Monsieur André H. Caron, Département des communications
Monsieur Michel Cartier, Département des communications
Monsieur Jean Ducharme, Département des sciences administratives
Madame Céline Saint-Pierre, Département de sociologie
Monsieur Bernard Schiele, Département de sociologie
À la suite d'une demande d'avis, le Conseil a créé un comité dont le mandat était d'analyser les effets de l'informatique sur l'usage du français. Le comité a été chargé de :
faire un bilan de situation des effets de l'informatique sur l'usage du français, langue de travail;
dégager les grandes lignes pour que l'informatisation concoure à la promotion du fait français au Québec.
Le comité a tenu compte de trois sources d'information : la documentation relative à ce sujet (rapports, études, enquêtes), l'enquête menée par le Conseil auprès des usagers de l'informatique et la consultation de spécialistes pour valider son diagnostic de situation et les orientations de ses propositions.
Maurice Borduas, membre du Conseil de la langue française, président du comité;
Pierre Georgeault, directeur des études et recherches au Conseil de la langue française;
Marcel Lajeunesse, membre du Conseil de la langue française;
Carole Pelletier, agente de recherche au Conseil de la langue française et secrétaire du comité;
Gaétan Rioux, membre du Conseil de la langue française.
LANGUE D'UTILISATION
pour les entreprises qui ne sont pas soumises au programme de francisation, que l'Office de la langue française élabore, avec les représentants des centrales syndicales et des associations patronales, des mesures concrètes permettant, dans un premier temps, d'assurer la disponibilité de logiciels français dans les domaines les plus actifs de l'informatisation (la paie, les inventaires, la comptabilité;
Que les efforts déployés par les universités et les cégeps pour instaurer le français dans l'informatique comme langue de formation, puissent mener ces établissements à mettre leurs ressources à la disposition des PME, à titre de consultants; dans une perspective de francisation, ils pourraient contribuer à l'élaboration du plan directeur et à l'implantation de la technologie.
Que le ministère des Communications et l'Office de la langue française créent, en collaboration avec LOGIBASE, une banque d'information centralisée des répertoires de produits informatiques en français (matériels et logiciels). L'accessibilité devrait être élargie au grand public et la mise à jour faite conjointement par tous les organismes intéressés (fournisseurs, organismes gouvernementaux, universités et utilisateurs).
Que les promoteurs de produits en français accroissent leurs efforts de promotion (publicité et mise en marché). À cet égard, qu'un budget spécial, voté pour au moins trois ans, soit géré par le ministère des Communications, le ministère de l'Industrie et du Commerce et l'Office de la langue française, afin de participer au financement des projets de promotion (publicité) de produits en français.
LANGUE DE CONCEPTION
Que le gouvernement du Québec, par ses divers programmes (ministère des Communications, ministère de l'Industrie et du Commerce, ministère des Affaires internationales), continue d'orienter le développement de l'industrie québécoise du logiciel vers la conception de logiciels d'expression française à portée multilingue;
que le ministère des Communications diffuse auprès des concepteurs le Guide conceptuel pour la réalisation technique des logiciels de langue française à protée multilingue.
Que le gouvernement du Québec, par sa politique d'achat, assure la promotion de la version française en privilégiant les fournisseurs qui offrent des produits en français dont la performance répond aux exigences du client.
1 Plus précisément, la Conférence sur l'électronique et l'informatique (1984). [retour au texte]
2 Voir l'annexe B : Liste des organismes et des personnes consultés. [retour au texte]
3 Becam, cité par Jeannette Bellerose, Système multilingues : état de l'art et pistes de recherche, rapport d'étude, CCRIT, 1987, p. 4. [retour au texte]
4 Pierre Auger, « L'industrialisation de la langue française et son maintien comme grande langue véhiculaire de la science et de la technologie », allocution présentée au colloque sur l'informatique tenu à Moncton, dans le cadre du congrès de l'ACFAS, mai 1988. p. 5. [retour au texte]
5 Actes du congrès « Langue et société au Québec », tome 1, p. 37. [retour au texte]
6 Jean Goulet, Les répercussions culturelles de l'informatisation au Québec, « Dossiers du Conseil de la langue française », 1982, p. 86. [retour au texte]
7 Bilan de fin d'année du président de la Commission de protection de la langue française, 11 décembre 1984. [retour au texte]
8 Avis sur l'opportunité et la faisabilité d'une réglementation linguistique relative à la présentation et au contenu des logiciels, Gabriel Lizée, janvier 1985; Avis sur une réglementation linguistique en matière de logiciel, Yves Leclerc, janvier 1985. [retour au texte]
9 Avis sur la place du français dans l'information scientifique et technique, Conseil de la langue française, 1986. [retour au texte]
10 Avis sur l'état de la francisation des entreprises, Conseil de la langue française, 1986, p. 18. [retour au texte]
11 Avis sur les compétences linguistiques du Québec après l'Accord du lac Meech, Conseil de la langue française, 1988. [retour au texte]
12 Voir : Daniel Monnier, Le français sur la touche. Enquête auprès des usagers de l'informatique, Conseil de la langue française, 1988. [retour au texte]
13 Problématique et options stratégiques (rapport d'étape), CEGIR, pour le comité fédéral-provincial sur le développement du logiciel d'expression française, juin 1986. [retour au texte]
14 L'industrie québécoise du logiciel, ministère de l'Industrie et du Commerce, janvier 1988. [retour au texte]
15 Voir le tableau 1 : Importance relative de certains groupes majeurs du secteur manufacturier, Québec, 1984. [retour au texte]
16 Les statistiques de cette section reposent sur l'analyse de 1 683 produits répertoriés dans la banque de données du ministère de l'Industrie et du Commerce. Provenant de 234 entreprises, ces progiciels ont été conçus au Québec. [retour au texte]
17 Lors des travaux de notre comité, le ministère du Commerce extérieur gérait ce programme qui devrait désormais être administré par le nouveau ministère des Affaires internationales. [retour au texte]
18 Voir le tableau 2 : Disponibilité de manuels en français ou bilingues selon le type d'usage principal de l'informatique, répondants francophones, 1986. [retour au texte]
19 Celle-ci peut s'effectuer de deux façons : les accents peuvent apparaître directement au clavier ou être produits grâce à un logiciel de conversion. [retour au texte]
20 Signalons qu'un nombre restreint de répondants ont pu entre joints, ce qui atténue la portée de ces résultats. [retour au texte]
21 Voir le graphique A : Pourcentage de logiciels en français ou bilingues chez les usagers de terminaux ou de micro-ordinateurs au travail, 1986; graphique B : Pourcentage de logiciels en français ou bilingues selon le type d'ordinateur utilisé au travail, répondants francophones 1986. [retour au texte]
22 Voir le tableau 3 : Distribution des usagers qui consultent des documents produits par ordinateur, selon la langue et le lieu de production des documents. [retour au texte]
23 Bilan de fin d'année du président de la Commission de protection de la langue française, 11 décembre 1984. [retour au texte]
24 Le texte de ces articles apparaît à l'annexe A. [retour au texte]
25 En vertu de l'article 5 du règlement sur la langue du commerce et des affaires, en ce qui a trait aux inscriptions gravées, cuites, incrustées, soudées, rivetées ou moulées de façon permanente au produit (s'il est fabriqué hors du Québec). [retour au texte]
26 Voir : Avis sur l'opportunité et la faisabilité d'une réglementation linguistique relative à la présentation et au contenu des logiciels, Gabriel Lizée, janvier 1985; Avis sur une réglementation linguistique en matière de logiciel, Yves Leclerc, janvier 1985. [retour au texte]
27 Ministère des Communications, « Grandeur et misère du français dans les technologies de l'information », conférence présentée par Alain LaBonté, avril 1987, p. 3. [retour au texte]
28 Les orientations stratégiques des technologies de l'information du gouvernement du Québec, ministère des Communications, mars 1988, p. 27. [retour au texte]
29 Lise Grégoire et Renée Robillard, Marché des logiciels éducatifs au Québec, HEC, mai 1986. [retour au texte]
30 G.R.G.T., Le dirigeant québécois face à l'informatique, UQAM, 1985. [retour au texte]
31 Martin Chouinard, Le logiciel pour micro-ordinateur : un profil de la demande québécoise, mémoire présenté à l'Université Laval en vue de l'obtention d'une maîtrise, Faculté des sciences de l'administration, janvier 1987. [retour au texte]
32 L'utilisation particulière se rapporte aux applications verticales alors que l'utilisation générale vise les applications horizontales. [retour au texte]
33 Près de 7 répondants sur 10 (68 % considèrent que l'utilisation de l'anglais dans le domaine de l'informatique constitue un problème important au Québec et 83 % des répondants sont d'avis que le gouvernement devrait intervenir sur cette question de la francisation de l'informatique. [retour au texte]
34 Au moment de la rédaction de notre rapport, nous nous sommes appuyés sur le document L'informatique a gouvernement du Québec. Rapport annuel 1984-1985 (ministère des Communications, 1986). Cependant, un document plus récent, L'informatique au gouvernement du Québec. Rapport annuel 1986-1987 fait état d'une croissance relativement faible à parti de 1985-1986. [retour au texte]
35 Voir le chapitre III, « La langue de formation ». [retour au texte]
36 Le critère de taille est établi selon le nombre d'employés : [retour au texte]
250 - 499 moyenne entreprise 500 - 999
1000 et plus grande entreprise
37 La langue des nouvelles technologies en milieu de travail, Conférence sur l'électronique et l'informatique, 1984. [retour au texte]
38 Jean-Claude Boulanger, Remarques sur l'aménagement du statut du français en informatique, 56e congrès de l'ACFAS, Moncton, mai 1988. [retour au texte]
39 Jean-Claude Boulanger, Remarques sur l'aménagement du statut du français en informatique, 56e congrès de l'ACFAS, Moncton, mai 1988, p. 3. [retour au texte]