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Timestamp: 2018-03-23 06:09:09+00:00
Document Index: 193957411

Matched Legal Cases: ["l'article 16", "l'article 16", "l'article 16", 'art. 40', 'arrêt ', 'arrêt ', "l'article 3", "l'article 47", "l'article 49", "l'article 50", "l'article 129", "l'article 146", 'arrêt ', 'arrêt ', 'art. 25', 'art. 11', 'art. 14']

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Au-delà du concept de complicité : droit international humanitaire et transfert d armes légères et d armes de petit calibre
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Thierry Jean-Charles Lévesque
1 Original anglais, «Complicity and beyond: International law and the transfer of small arms and light weapons», International Review of the Red Cross, Vol. 87, No. 859, September 2005, pp Au-delà du concept de complicité : droit international humanitaire et transfert d armes légères et d armes de petit Alexandra Boivin * Alexandra Boivin est titulaire d un double diplôme en droit civil et en common law de l Université McGill et d un diplôme d études approfondies en droit international humanitaire de l Institut universitaire de hautes études internationales (IUHEI) de Genève. Résumé Un projet de traité visant à réglementer le transfert international des armes légères et des armes de petit gagne du terrain. Les défenseurs du nouvel instrument proposé insistent sur les obligations qui incombent déjà aux États, en vertu du droit régissant leur responsabilité, de ne pas prêter aide ou assistance à un autre État qui enfreint le droit international. L auteur pose la question de savoir si cette interdiction de «complicité» suffit à exiger des États qu ils prennent en compte l utilisation finale des armes qu ils transfèrent. Elle formule en outre des suggestions qui permettraient de renforcer l efficacité de l actuel projet de traité, de sorte que le respect du droit international humanitaire et des droits de l homme y occupe une place centrale. ***** Lorsqu elles tombent entre de mauvaises mains, les armes légères et les armes de petit 1 * Les réflexions présentées ici sont issues des travaux de recherche menés par l auteur au Centre pour le dialogue humanitaire dans le cadre de la préparation du rapport intitulé Pièces manquantes du puzzle Indications pour faire reculer la violence armée dans le cadre du processus de l ONU sur les armes légères, publié en juillet 2005 et disponible sur <http://www.hdcentre.org>. L auteur remercie le Centre de l avoir autorisée à publier certaines parties du texte original. Elle souhaite également remercier personnellement David Petrasek de lui avoir permis d explorer ces questions et Rory MacMillan pour ses commentaires et suggestions pertinents. 1 «Le terme «armes légères» s entend à la fois des petites armes individuelles et des armes collectives. Les premières comprennent les revolvers et les pistolets à chargement automatique, les fusils, les mitraillettes, les fusils d assaut et les mitrailleuses légères. Les secondes comprennent les mitrailleuses lourdes, certains types de lance-grenades, les canons antiaériens portatifs, les canons antichars portatifs, ainsi que des lancemissiles antiaériens portatifs. Sans leurs munitions, la plupart des armes légères ne seraient pas meurtrières. Les munitions et explosifs font donc partie intégrante des armes légères utilisées dans les conflits. Ce terme recouvre les cartouches pour armes individuelles et les obus, roquettes et missiles pour les armes collectives, les grenades à main antipersonnel et antichars, les mines, les explosifs et les conteneurs mobiles avec roquettes ou obus pour systèmes antiaériens et antichars non réutilisables.» (Définition donnée dans la rubrique «À propos de la Conférence» sur le site de la Conférence des Nations Unies sur le commerce illicite des armes légères sous tous ses aspects, New York, 9-20 juillet 2001, <http://www.un.org/french/depts/dda/cab/smallarms/about.htm>. Dans le présent article, l'expression
2 deviennent souvent des instruments d'oppression, qui sont utilisés en violation des droits de l homme et du droit international humanitaire. Elles aggravent, dans bien des cas, les situations d'instabilité et de conflit armé dans les régions et font obstacle à la reconstruction une fois le conflit terminé. Selon les chiffres publiés récemment par le Service des armes classiques du Département des affaires de désarmement des Nations Unies, on estime à plus de 600 millions le nombre d armes légères et d armes de petit en circulation dans le monde. Les armes légères ont été l arme de prédilection dans 47 des 49 grands conflits que la planète a connus depuis Elles sont responsables de plus d un demi million de morts chaque année, dont sont dues à des conflits armés et à des suicides ou à des homicides 2. La question des armes légères revêt de multiples facettes étroitement liées, qu il s agisse des conditions qui créent la demande de ce type d armes, des abus qu elles favorisent ou de leur grande disponibilité. Une difficulté particulière pour la communauté internationale réside dans le contrôle des transferts d armement transfrontaliers ; elle ne peut être résolue sans une action concertée de tous les États. C est là tout le problème du manque de réglementation ou de la faible capacité de réglementation de certains États, résultant en des contrôles insuffisants des marchandises qui quittent leur territoire et de leurs destinataires, ce qui remet en cause la bonne volonté affichée par d autres de mener une action collective et fait que les armes légères tombent trop facilement entre de mauvaises mains. De plus en plus, l attention se porte sur le lien entre la disponibilité des armes légères et la commission à grande échelle d actes de violence. À tel point que des États ont introduit dans leur législation et leur politique relatives aux transferts d armes des critères de contrôle de l utilisation finale fondés sur le respect des droits de l homme et du droit humanitaire. Si cette tendance constitue un pas important dans la lutte contre l utilisation abusive des armes légères, elle n est cependant pas suivie par tous les grands pays exportateurs d armes et souffre d un manque de cohérence et d'uniformité dans l interprétation des normes de droit international qui sont utilisées pour évaluer si un transfert doit ou non être autorisé. Le laxisme qui en résulte favorise le transfert permanent des armes à destination de personnes susceptibles de les utiliser en violation du droit international. Des voix de plus en plus nombreuses plaident pour l adoption d un instrument international qui obligerait les États à interdire l exportation d'armes s ils ont des raisons de penser qu elles serviront à commettre des violations graves du droit international 3. S appuyant sur l idée qu aucune arme ne doit pouvoir être utilisée de manière abusive, le projet de traité vise à empêcher les États de se rendre complices du comportement violent d autres États, de groupes armés non étatiques, d'entreprises ou d'individus. Il s inscrit, selon ses défenseurs, dans le cadre du droit de la responsabilité des États. Le présent article se propose de confronter ce point de vue et d examiner certaines limites de l application du droit régissant les relations entre les États aux problèmes découlant des transferts d armes. 2 3 «armes légères» est utilisée de manière abrégée pour faire référence aux armes légères et aux armes de petit. Département des affaires de désarmement des Nations Unies, Service des armes classiques, «Small Arms and Light Weapons». Disponible en anglais seulement sur <http://disarmament.un.org.:8080/cab/salw.html> (dernière consultation le 25juillet 2005). Voir les appels lancés en faveur de l adoption d un traité international sur le commerce des armes, campagne «Contrôlez les armes» : <http://www.controlarms.org> (dernière consultation le 2 septembre 2005). 2
3 Son objectif est de préciser les fondements juridiques de l adoption d un traité de portée mondiale sur les transferts internationaux et de se rapprocher des normes du droit international qui en garantissent le mieux l application. Dans une première partie, nous nous pencherons sur le concept de «complicité» au regard du droit de la responsabilité des États, concept sur lequel s appuient les promoteurs du traité, pour arriver à la conclusion que, si l obligation faite aux État de ne pas participer à la commission d'une violation constitue un point de départ intéressant, l interdiction de complicité dans les relations entre États ne permet pas à elle seule d empêcher que des États autorisent l'exportation d armes destinées aux auteurs de violations des droits de l homme et du droit humanitaire. Dans une deuxième partie, nous analyserons les règles primaires du droit international des droits de l homme, du droit international humanitaire et du droit pénal international, afin de dégager une vue d'ensemble du régime juridique applicable aux États et aux individus qui fournissent des armes destinées à un usage abusif. Nous évoquerons dans une troisième partie les initiatives régionales et internationales qui ont donné corps au projet de traité. Dans une quatrième et dernière partie, nous proposerons quelques pistes de réflexion sur les mesures à prendre pour faire de l'actuel projet de traité un instrument juridique contraignant et efficace. Le concept de complicité au regard du droit de la responsabilité des États Le droit international offre divers mécanismes qui permettent de limiter le transfert des armes légères, parmi lesquels l interdiction d utiliser et, par conséquent, de transférer certaines armes en vertu des principes de droit humanitaire international 4, ainsi que l interdiction de transférer des armes aux États ou groupes soumis à un embargo par suite d'une décision du Conseil de sécurité des Nations Unies. Un autre mécanisme moins visible mais tout aussi important concerne l utilisation finale des armes. Lorsque aucune interdiction ou embargo n ont été décrétés et que les transactions effectuées sont conformes à la législation nationale applicable en matière d octroi de licence, il est néanmoins possible, en vertu du droit international, d interdire à un État de transférer des armes qui pourront être utilisées de manière abusive dans le pays de destination. Il ressort du droit de la responsabilité internationale que, si un État décide de transférer des armes et qu il facilite ainsi la commission d un fait internationalement illicite, il peut être tenu pour responsable de ce fait, notamment en cas de crime de guerre ou de comportement illicite des autorités chargées du maintien de l ordre. La règle qui interdit à un État tout acte de complicité s analyse en une responsabilité «secondaire» ou «dérivée», qui vise l aide ou l assistance apportée par cet État à un autre État dans la commission de violations du droit international. Le projet d articles élaboré par la Commission du droit international sur la responsabilité de l État 5 marque la première tentative de codification du concept de complicité dans le droit régissant les relations entre les États 6. En vertu de l article 16 et de l article 41, paragraphe 2, du projet d articles, un État ne peut aider ou assister un autre État à violer le droit international. L article 16 est le plus souvent cité dans la littérature relative au transfert des armes, car il porte sur l aide et l assistance à toute violation En vertu de ces principes, les États ne peuvent utiliser des armes qui ne font pas la distinction entre les combattants et les civils ou qui causent des maux superflus. Le projet d articles a été recommandé par l'assemblée générale à l attention des gouvernements et annexé à la résolution 56/83 intitulée «Responsabilité de l État pour fait internationalement illicite», document des Nations Unies A/RES/56/83 du 12 décembre 2001 (ci-après «le projet d'articles»). Pour une analyse détaillée de la pratique des États qui est à l origine de la codification de la notion de complicité, voir John Quigley, «Complicity in International Law : A new direction in the law of State responsability, British Yearbook of International Law, vol. 57, 1986, p
4 du droit international. L article 41, paragraphe 2, est de portée plus restreinte, mais permet d affirmer que les États ont l interdiction absolue de transférer des armes aux auteurs des violations les plus graves du droit international. L article 16 L article 16 dispose que : «L État qui aide ou assiste un autre État dans la commission du fait internationalement illicite par ce dernier est internationalement responsable pour avoir agi de la sorte dans le cas où : a) ledit État agit ainsi en connaissance des circonstances du fait internationalement illicite ; et b) le fait serait internationalement illicite s il était commis par cet État.» En gros, cela signifie que la responsabilité d un État peut être engagée en cas de transfert d armes légères vers un autre État qui les utilise pour commettre des actes internationalement illicites (actes dont l État expéditeur avait connaissance) à raison de l aide ou de l assistance prêtée à la commission de ces actes. Le Commentaire de l article 16 du projet d articles de la Commission du droit international précise que l'article 16 limite la portée de cette responsabilité de trois manières 7. Premièrement, il faut, comme l'indique le texte de l'article, que l État qui aide ou assiste ait connaissance des circonstances qui rendent le comportement de l État assisté internationalement illicite. Le commentaire souligne qu un État qui prête une aide ou une assistance matérielle ou financière à un autre État «n a [normalement] pas à se demander si son aide ou assistance sera utilisée pour perpétrer un fait internationalement illicite 8». La «connaissance» en tant que critère de preuve applicable aux États peut être évaluée sur la base des déclarations publiques et des politiques officielles élaborées par les organes compétents de l'état. Aujourd hui, de nombreuses informations sur l application par les États des principes relatifs aux droits de l'homme et au droit international humanitaire sont disponibles, que ce soit au sein des organisations internationales ou non gouvernementales, ou au travers des médias. On peut dès lors admettre que, selon les cas, la notion de «connaissance» peut être interprétée comme une connaissance constructive (censée découler d'une diligence normale) ou une connaissance objective (réelle et directe) des circonstances prévalant dans chaque cas. De fait, un État ne peut ignorer qu un autre État utilise des armes de manière abusive à partir du moment où cette information est largement répandue. La quantité d'informations disponibles peut constituer un critère suffisant pour établir que l État exportateur avait connaissance que les armes transférées allaient être utilisées de manière abusive et engager sa responsabilité, en vertu de l article 16, à raison de l aide ou de l assistance prêtée à la commission d un fait internationalement illicite. Deuxièmement, il est nécessaire, pour engager la responsabilité de l'état au titre de l'article 16, que l aide ou l assistance (en l occurrence par le biais de la fourniture d armes) ait été octroyée dans l intention de faciliter la commission du fait illicite. Il est souligné dans le commentaire que cela «limite l application de l article 16 aux cas où l aide ou l assistance prêtée est manifestement liée au comportement illicite ultérieur 9» et que «[l]a responsabilité de l État [ ] n est engagée en vertu de l article 16 que si l organe considéré de cet État entendait, par cette aide ou assistance, faciliter l adoption par l autre État du James Crawford, Les articles de la C.D.I. sur la responsabilité de l État : Introduction, texte et commentaires, Éditions Pedone, Paris, 2003, p , par. 3 à 6 (ci-après le «Commentaire»). Ibid. par. 4. Ibid., par. 5. 4
5 comportement illicite 10». L introduction dans le commentaire de la notion d'intention est surprenante, puisque le projet d'articles prétend rester neutre sur la question de «l intention délictueuse», laissant aux obligations primaires en cause le soin de définir l élément psychologique 11, pour se concentrer davantage sur le comportement objectif des États. Qui plus est, l article 16 n a jamais été interprété, dans ses formulations précédentes, comme établissant un critère fondé sur l intention de l État de faciliter la commission de l acte illicite et rien dans la version actuelle ne le suggère 12. Une interprétation plus pertinente permet d'affirmer que l objectif de cette deuxième limitation est de s assurer que la fourniture d'armes a effectivement contribué à la commission de l acte en question, la responsabilité de l État complice ne pouvant être engagée que s il existe un lien de causalité entre le fait d'aider ou d'assister et la violation du droit international qui en découle. Ce serait oublier le caractère lucratif du commerce des armes que d imposer cette condition d intention en matière de transferts d armes légères. Bien souvent, les États qui le pratiquent sont motivés par des considérations commerciales, les encourageant à faciliter la conclusion par les grands fabricants nationaux d importants contrats commerciaux 13. Dans le contexte de la période qui a suivi la guerre froide, les transferts d armes étaient rarement motivés uniquement par des considérations politiques. Il était, dès lors, difficile de déterminer si un État transférant avait eu l intention de faciliter la commission, par exemple, de violations des droits de l'homme. Un des auteurs estime que, de manière générale, le fait d assister un État qui, selon un organe de la communauté internationale (Conseil de sécurité, Assemblée générale, Cour internationale de justice, Commission des droits de l homme), représente une menace pour la paix internationale, constitue non seulement une violation de la Charte des Nations Unies mais aussi un acte de complicité 14. Le comportement illicite de l agresseur étant de notoriété publique, l intention de l État qui s en fait le complice devrait être présumée 15. Un autre auteur a récemment affirmé que tout État qui continue de prêter assistance à un autre État qu il sait coupable de violations du droit international humanitaire devrait être présumé le faire en vue de faciliter d autres violations et peut, par conséquent, être tenu pour responsable en vertu du droit de la responsabilité des États Ibid. (Souligné par nous.) Ibid., p. 99, par.. 3, et p. 102, par. 10. À la lecture du rapport présenté récemment par la Commission du droit international, on peut se demander si cette condition d intention existe réellement. Dans sa réponse aux propositions faites par les gouvernements de supprimer totalement cette condition, le rapporteur spécial laisse entendre que le critère d intention contenu dans l'article 16 n'est pas obligatoire et peut être non pertinent : «Il est peu probable que dans le cadre du droit international en vigueur, un État prenne le risque de fournir une aide ou une assistance qui sera utilisée à des fins illicites ; il faut donc, cela semble inévitable, qu il ait connaissance ou, au moins, ait été averti, de ces fins. Il y a lieu d examiner la question de savoir si l article 16, tel qu il est libellé, est bien équilibré...» (Kate Nahapetian, «Confronting State complicity in international law», UCLA Journal of International Law and Foreign Affairs, vol. 7, 2002, p. 108, citant le «Quatrième rapport sur la responsabilité des États», présenté par James Crawford, rapporteur spécial, cinquante-troisième session, document des Nations Unies A/CN.4/517/Add.1 du 3 avril 2001, p. 3). «L État qui trouve bon de vendre d'importantes quantités de matériel militaire à un régime autoritaire et qui continue à les vendre est clairement motivé par des intérêts économiques. Quelle que soit la motivation, cependant, les conséquences qui en découlent pour les personnes qui sont victimes des violations commises par ce régime n en sont pas moins les mêmes. Aussi l article 16 devrait-il permettre d'empêcher l État de violer les droits de l homme et le droit international, indépendamment des intentions de l État qui l aide.» (Nahapetian, ibid., p. 127.) (Traduction CICR.) Bernhard Graefrath, «Complicity in the law of international responsibility», Revue belge de droit international, vol. 2, 1996, p Ibid. Marco Sassòli, «La responsabilité de l État pour des violations du droit international humanitaire», Revue internationale de la Croix-Rouge, vol. 84, n 846, juin 2002, p. 413 (article en anglais, résumé en français). 5
6 Enfin, la responsabilité de l État à raison de l aide et de l assistance à la commission d un fait internationalement illicite n est engagée, en vertu de l article 16, que si l obligation violée est pareillement opposable à l'état qui commet les violations et à celui qui s'en fait le complice. Dans le cas des transferts d armes, cette troisième condition n a que peu d incidence. Parmi les comportements illicites liés à l utilisation des armes légères et des armes de petit, on peut citer les violations graves des droits de l homme et du droit international humanitaire, le non-respect de l interdiction du recours à la force et du principe de non-ingérence dans les affaires internes d un État, comportements qui sont tous interdits par des normes du droit international opposables à l'ensemble des États de la communauté internationale. L article 41, paragraphe 2 Bien qu il ne reconnaisse pas les «crimes d'état» comme une catégorie spéciale d actes illicites, le projet d articles n en reflète pas moins l idée que certaines violations du droit international ont des conséquences particulières en raison de leur gravité. Les rédacteurs du projet qualifient ces violations de «violations graves d obligations résultant de normes impératives du droit international général», précisant que la violation est considérée comme «grave» si elle dénote de la part de l État responsable un manquement flagrant ou systématique à l exécution de l obligation 17. L interdiction de l agression, du génocide, de l esclavage, de la discrimination raciale et de l apartheid, de la torture et des crimes contre l humanité, ainsi que le droit des peuples à disposer d eux-mêmes, sont parmi les normes impératives qui recueillent aujourd hui une large adhésion 18. Interprétant le dictum de la Cour internationale de justice (CIJ) dans le cadre de l avis consultatif sur les armes nucléaires 19, la Commission du droit international inclut également dans la catégorie des normes impératives les règles fondamentales du droit international humanitaire 20. Cette qualification a été entérinée par la CIJ dans un avis consultatif rendu en 2004 sur les conséquences juridiques de l'édification d'un mur dans le territoire palestinien occupé 21. L article 41, paragraphe 2, du projet d articles détermine les conséquences qui découlent, pour un État tiers, de violations graves au sens de l article 40, paragraphe 2, et dispose que : «Aucun État ne doit reconnaître comme licite une situation créée par une violation grave (...), ni prêter aide ou assistance au maintien de cette situation.» La première des deux obligations qui composent le devoir d abstention des États est 17 Projet d articles, op. cit. (note 5), art. 40, par Commentaire, op. cit. (note 7), p. 226, par. 5, et p , par. 4 et 5, citant l arrêt de la CIJ sur le Timor oriental (Portugal c. Australie), Rapports de la CIJ de 1995, par CIJ, Licéité de la menace ou de l'emploi d'armes nucléaires, Avis consultatif, Rapports de la CIJ de 1996, par Commentaire, op.cit. (note 7), p. 296, par Avis consultatif rendu le 9 juillet 2004, réimprimé dans International Law Materials, vol. 43, 2004, p Il est intéressant de noter que dans cet avis consultatif, la Cour semble dire, indépendamment de toute analyse sur leur intensité, que les violations graves du droit international humanitaire ont des conséquences pour les États tiers. La Cour ne fait qu évoquer «la nature et l importance des droits et obligations en cause», plutôt que d examiner dans quelle mesure les violations comportent des manquements flagrants ou systématiques au respect de ces droits ou à l exécution de ces obligations (ibid., par. 159). Pour une discussion sur ce qui semble être une extension de la portée du projet d article 41, voir Andrea Bianchi, «Dismatling the wall : the ICJ s Advisory Opinion and its likely impact on international law», German Yearbook of International Law, vol. 47, 2004, p
7 celle de la non-reconnaissance des situations créées par une violation grave, qui vise non seulement la reconnaissance officielle de ces situations mais aussi l interdiction de tous actes qui impliqueraient une telle reconnaissance 22. Il s agit de faire en sorte que ces situations n acquièrent pas un caractère de licéité. On peut théoriquement qualifier le fait de transférer des armes d acte qui implique une reconnaissance, dans la mesure où ces biens légitiment le pouvoir de l État qui manque à ses obligations. Il est toutefois plus probable qu il soit considéré comme une violation de la seconde obligation codifiée dans l article 41, paragraphe 2, à savoir de l obligation pour les États de ne pas prêter aide ou assistance au maintien d une situation illicite. Il est précisé dans le commentaire que cette seconde interdiction va au-delà de l article 16 en faisant référence aux comportements qui, ex post facto, maintiennent la situation créée par une violation, que la violation commise soit ou non continue 23. Si, s agissant d actes internationalement illicites de moindre gravité, il est nécessaire d établir un lien entre l aide ou l assistance prêtée et la violation commise pour qu'un État devienne complice d un autre État, le simple fait de prêter aide ou assistance au maintien d une situation découlant de la violation d'une norme impérative suffit pour que l État qui aide soit considéré comme tel. Ce principe apparaît particulièrement pertinent dans le cas des transferts d'armes légères, compte tenu des liens évidents qui existent entre la disponibilité des armes et la capacité d un État à maintenir une situation créée par son comportement illicite. Le commentaire souligne aussi que l article 41, paragraphe 2, ne mentionne pas l exigence selon laquelle l État doit avoir connaissance des circonstances du fait internationalement illicite, car «il est difficile d imaginer qu un État puisse ne pas avoir remarqué une violation grave commise par un autre État 24». L inadéquation du concept de complicité Comme il a été dit plus haut, le projet d articles offre une base théorique permettant d engager la responsabilité des États qui transfèrent des armes légères vers d autres États dans lesquels elles sont utilisées à des fins illicites, notamment pour ne pas respecter les obligations découlant de normes impératives du droit international. Les règles applicables à la complicité dans le cadre du droit de la responsabilité des États souffrent toutefois de deux limitations importantes : d une part, elles ne couvrent que les transferts d armes effectués entre deux États et, d autre part, leur utilité pratique, en ce qu elles permettent aux États de mettre en place des mesures de contrôle plus efficaces, est contestable. A priori il, n existe aucune base juridique dans le droit de la responsabilité internationale pour empêcher un État de fournir des armes à des groupes non gouvernementaux qui les utilisent pour commettre des actes illicites. La probabilité existe que ce type de transaction puisse tomber sous le coup des règles du droit coutumier interdisant toute ingérence dans les affaires internes d un autre État, mais la question reste pertinente et controversée 25. Si certains États, à l'instar des pays membres de l Union européenne (UE), Commentaire, op. cit. (note 7), p. 299, par. 5. Ibid., p. 302, par. 12. Le commentaire cite à titre d exemple les situations illégales créées par le régime d apartheid en Afrique du Sud et le régime colonial portugais, qui ont amené le Conseil de sécurité à interdire toute aide ou assistance à ces deux États (S/RES/418 du 4 novembre 1997 et S/RES/569 du 26 juillet 1985 ; S/RES/218 du 23 novembre 1965). Commentaire, ibid., p. 302, par. 11. Dans l affaire opposant le Nicaragua aux États-Unis concernant des transferts d armes destinés aux contras, la Cour internationale de justice a considéré que le soutien apporté par les États-Unis sous diverses formes (fonds, formation, armement, recherche de renseignements et appui logistique) aux activités militaires et paramilitaires des contras au Nicaragua a violé l obligation que leur impose le droit international coutumier 7
8 interdisent tout transfert d armes légères à destination de groupes non gouvernementaux 26, d autres, en particulier les États-Unis, considèrent que le droit de transférer des armes à ces groupes constitue un instrument de politique étrangère qu il convient de préserver 27. Par ailleurs, un certain nombre d organisations non gouvernementales ont critiqué la proposition du Canada visant à mettre en place une convention internationale afin d'interdire les transferts d armes légères vers les groupes armés non étatiques au motif qu une interdiction complète serait contraire au droit reconnu à chaque peuple de se défendre contre l oppression 28. Sachant que certains États continueront de les autoriser, il convient de s assurer que les normes internationales qui serviront de base à l élaboration d un projet de traité s appliquent à tous les transferts, quel que soit leur destinataire. Or, tel n est pas le cas du projet d articles et du concept de complicité qui y a été codifié. Le concept de complicité a, en outre, l inconvénient de ne pas offrir d orientations concernant les mesures à prendre pour contrôler les flux d armes légères destinées à commettre des abus. Si tant est que l on puisse établir la responsabilité de l État en vertu des articles 16 et 41, paragraphe 2, la pratique montre que cela ne suffit pas. Pour les personnes victimes de comportements abusifs de la part des forces de sécurité de leur pays, il importe peu de savoir que la responsabilité secondaire de l État peut être engagée en vertu du droit international du simple fait qu'il a fourni les armes ayant servi à les opprimer. Le contrôle effectif des exportations d armes passe par l adoption de mesures de prévention, notamment des procédures d octroi de licences comprenant des critères de l'utilisation finale des armes fondés sur le droit international et des mécanismes de sanction à l encontre des individus qui ne les respecteraient pas. Au-delà du concept de complicité L'introduction de notions telles que les droits de l homme et le droit international humanitaire se justifie par le fait qu il appartient à l État de délivrer une licence aux entreprises qui fabriquent des armes légères et de petit et aux personnes qui exportent, importent, de ne pas intervenir dans les affaires d un autre État.» (Affaire des activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci (Nicaragua c. États-Unis d'amérique), Arrêt, Rapports de la CIJ de 1986, par. 242). Conformément à l article 3 b) de l action commune relative à la lutte contre la prolifération des armes légères et de petit, la vente d'armes légères militaires à des groupes sous-nationaux ou non étatiques n est pas autorisée et les États membres de l Union européenne ont renoncé à cette forme d'assistance militaire en tant qu instrument dans leur politique étrangère et de sécurité, action commune 1999/34/PESC du 17 décembre 1998 adoptée par le Conseil sur la base de l'article J.3 du traité sur l'union européenne, relative à la contribution de l'union européenne à la lutte contre l'accumulation et la diffusion déstabilisatrices des armes légères et de petit. Disponible sur <http:/projects.sipri.se/expcon/eusmja.htm> (dernière consultation le 25 juillet 2005). Les dispositions de l action commune ne s appliquent pas aux pistolets, fusils de guerre et autres types d armes utilisés dans les conflits internes. David Capie, Groupes armés, disponibilité d armes et usage illicite : un survol de la question et des possibilités d action, étude de fond pour la réunion organisée par le Centre pour le dialogue humanitaire en avance de la sixième réunion du Réseau de la sécurité humaine, qui a eu lieu à Bamako (Mali) le 25 mai 2004, p. 11. Disponible sur <http://www.hdcentre.org/index.php?aid=64> (dernière consultation le 25 juillet 2005). Ibid. La proposition canadienne a circulé en 1998 sous la forme d un document de discussion sur une proposition de convention internationale visant à interdire la vente d'armes militaires légères et d'armes de petit à des entités non étatiques. Disponible sur <http://www.nisat.org/export_lawsregs%20linked/canada/discusion_papera_proposed.htm> (dernière consultation le 25 juillet 2005). 8
9 transportent, assurent et financent ces armes. Certes, les procédures d octroi de licences ne permettront pas de résoudre toutes les difficultés liées au commerce illicite des armes légères. Elles n'en offrent pas moins un outil essentiel pour les États qui peuvent ainsi traduire en actes l engagement qu ils ont pris de prévenir les atteintes systématiques aux droits fondamentaux imputables aux armes. On analysera dans cette partie de quelle manière l examen minutieux que nécessite une procédure d octroi de licences crédible et efficace peut s appuyer sur les obligations premières des États qui découlent du droit international. Les obligations découlant du droit international humanitaire, les obligations afférentes au droit international des droits de l'homme et l évolution récente du droit pénal international, entre autres, sont des domaines pertinents du droit international. L obligation de «faire respecter» le droit international humanitaire Le droit international humanitaire a ceci de particulier qu'il impose non seulement aux États de respecter le droit mais aussi de faire en sorte qu il soit respecté par les autres États contractants, conformément à l article premier commun aux quatre Conventions de Genève 29. Dans un arrêt rendu en janvier 2000, la Chambre de première instance du Tribunal pénal international pour l ex-yougoslavie (TPIY) a estimé : «[Q]u en raison de leur caractère absolu, ces normes de droit international humanitaire n imposent pas d obligations synallagmatiques, à savoir d obligation d un État envers un autre. Au contraire, (...) elles énoncent des obligations envers l ensemble de la communauté internationale, ce qui fait que chacun des membres de cette communauté a un «intérêt juridique» à leur observation et, par conséquent, le droit d exiger qu elles soient respectées 30.» Si la question des moyens qui doivent être mis en œuvre pour «faire respecter» le droit international humanitaire continuent de faire débat, il apparaît clairement que les États sont tenus d agir pour mettre fin aux violations graves des Conventions de Genève et du Protocole additionnel I 31. Cette obligation est énoncée à l article 89 du Protocole additionnel I et reprise «Les Hautes Parties contractantes s'engagent à respecter et à faire respecter la présente Convention en toutes circonstances» (Convention de Genève pour l'amélioration du sort des blessés et des malades dans les forces armées en campagne, 12 août 1949 (ci-après «CG I») ; Convention de Genève pour l'amélioration du sort des blessés, des malades et des naufragés des forces armées sur mer, 12 août 1949 (ciaprès «CG II») ; Convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre, 12 août 1949 (ciaprès «CG III») ; Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre, 12 août 1949 (ci-après «CG IV»). Cette disposition est reprise dans l article 1, paragraphe 4, du Protocole additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux, 8 juin 1977 (ci-après «PA I»). L obligation de respecter et de faire respecter ces Conventions s applique aux conflits internationaux et non internationaux dans la mesure où ceux-ci sont couverts par l article 3 commun. Même si cette obligation ne s applique pas explicitement aux conflits qui n ont pas un caractère international au sens du Protocole additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à la protection des victimes des conflits armés non internationaux du 8 juin 1977 (ci-après «PA II»), elle peut néanmoins être considérée comme indirectement applicable à cette disposition, dans la mesure où le PA II n'est qu un développement de l'article 3 commun, comme le précise l article premier, paragraphe 1, dudit Protocole. Voir Laurence Boisson de Chazournes & Luigi Condorelli, «L'article premier commun aux Conventions de Genève revisité : protéger les intérêts collectifs», Revue internationale de la Croix-Rouge, vol. 82, n 837, mars 2000, p. 69. TPIY, Procureur c. Zoran Kupreskic et consorts, jugement rendu dans l affaire IT T, Chambre de première instance, 14 janvier 2000, par «Dans les cas de violations graves des Conventions ou du présent Protocole, les Hautes Parties contractantes s'engagent à agir, tant conjointement que séparément, en coopération avec l'organisation des Nations Unies et conformément à la Charte des Nations Unies.» 9
10 dans l article 41, paragraphe 1, du projet d articles qui dispose que «les États doivent coopérer pour mettre fin, par des moyens licites, à toute violation grave» d une obligation découlant d une norme impérative de droit international. En règle générale, elle s exprime dans le comportement des États au sein des Nations Unies, par le biais de l Assemblée générale, du Conseil de sécurité ou de la Commission des droits de l homme des Nations Unies, qui peuvent rappeler à l'ordre les États qui ne respectent pas les principes du droit, proposer les bons offices du Secrétaire général, déployer des observateurs, lancer des opérations de maintien de la paix, etc. 32. L ensemble de ces mesures s inscrit dans le cadre de la poursuite d'une volonté collective de faire respecter le droit international humanitaire dans les cas de violations graves 33. Dans le cadre des Nations Unies, les embargos sur les armes constituent l'un des mécanismes les plus utilisés par la communauté internationale pour faire face aux conflits violents, à la menace imminente de tels conflits qui impliquent des violations du droit international humanitaire 34. L action du Conseil de sécurité des Nations Unies, que ce soit pour exhorter les États à bloquer les livraisons d armes à destination des zones de conflit en dehors de tout embargo 35 ou pour exiger de tous les États qu ils prennent les mesures nécessaires afin d empêcher la fourniture directe ou indirecte, la vente ou le transfert d armes aux belligérants, démontre que les exportations d'armes vers des zones de conflit sont rarement innocentes. Des embargos obligatoires sur les armes sont actuellement en vigueur à l'encontre de la Côte d Ivoire 36, du Libéria 37 et de la Somalie 38, mais des acteurs non étatiques peuvent eux aussi en faire l objet, comme c est le cas de nos jours pour des groupes non étatiques de la République démocratique du Congo 39, du Libéria 40, du Rwanda 41, de Sierra Boisson de Chazournes & Condorelli, op. cit. (note 29), p Ibid., p. 79. Des embargos sont aussi imposés par des organisations régionales, principalement l Union européenne (UE) et l Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). En octobre 2004, 10 États étaient frappés d embargos sur les armes par l'ue : l Afghanistan, la Bosnie-Herzégovine, la Birmanie (Myanmar), la Chine, la République démocratique du Congo, le Libéria, la Sierra Leone, la Somalie, le Soudan et le Zimbabwe <http:///www.sipri.org/contents/armstrad/embargoes.html#tab) (dernière consultation le 28 juillet 2005). En 1993, l OSCE a décrété vis-à-vis de l Arménie et de l Azerbaïdjan un embargo politique obligatoire visant toutes les livraisons d armes et de munitions aux forces engagées dans les affrontements se déroulant dans la région du Nagorno-Karabakh. Voir les décisions basées sur le rapport intérim sur le Nagorno-Karabakh. Disponible en ligne sur <http://projects.sipri.se/expcon/csceazbarm.htm> (dernière consultation le 25 juillet 2005). Bien qu ils démontrent une importante volonté politique, ces embargos n ont pas le même poids que ceux imposés par le Conseil de sécurité des Nations Unies, car ils ont, de par leur nature, une portée régionale et peuvent être sabotés par les pays en marge des arrangements qui ne souscrivent peut-être pas aux mêmes opinions politiques (Basic, International Alert, and Safeworld, Combating the Illicit Trade in Small Arms and Light Weapons:Enhancing Controls on Legal Transfers, information 6, p. 11, disponible sur (dernière consultation le 28 juillet 2005)). Dans une résolution récente concernant la situation au Burundi, le Conseil de sécurité s est déclaré «profondément préoccupé par les flux illicites d armes livrées aux groupes et aux mouvements armés, en particulier à ceux qui ne sont pas parties au processus de paix défini par l Accord d Arusha» et a demandé «à tous les États de mettre fin à ces flux» (S/RES/1545 du 21 mai 2004, par. 18). S/RES/1572 du 15 novembre 2004 (pour une période de 12 mois) ; S/RES/1584 du 1 er février 2005 (reconduisant l'embargo). S/RES/1521 du 22 décembre 2003 (pour une période de 12 mois) ; S/RES/1579 du 21 décembre 2004 (prolongé pour une période de 12 mois). S/RES/733 du 23 janvier 1992 ; récemment reconduit dans la résolution S/RES/1519 du 15 décembre 2003 ; S/RES/1558 du 17 août 2004 ; et S/RES/1587 du 15 mars S/RES/1493 du 28 juillet 2003, visant «tous les groupes armés et milices étrangers et congolais opérant dans le territoire du Nord et du Sud-Kivu et de l'ituri, et aux groupes qui ne sont pas parties à l'accord global et inclusif, en République démocratique du Congo» (pour une période de 12 mois) ; S/RES/1552 du 27 juillet 2004 (reconduit pour une période de 12 mois jusqu au 31 juillet 2005). Dans sa dernière 10
11 Leone 42 et du Soudan 43. Il en est de même pour Al-Qaida et les personnes qui y sont associées 44. En vertu de l article 41 de la Charte des Nations Unies, les États ont l obligation juridique de se conformer aux embargos décidés par le Conseil de sécurité et le devoir de mettre en place des mesures pour s assurer que les personnes relevant de leur juridiction les respectent également 45. Même si la décision de la communauté internationale d imposer et de faire respecter un embargo sur les armes ne repose pas sur des normes de droit international humanitaire, un simple coup d œil à la liste des États qui y sont actuellement soumis montre qu'elle est étroitement liée à la commission de violations graves du droit de la guerre. En témoigne le nombre d États qui, au cours des deux dernières années, ont été menacés d embargo par le Conseil de sécurité, de plus en plus actif sur la question du recrutement des enfants-soldats dans les rangs de l armée 46. Au-delà du lien étroit qui existe entre l utilisation des armes légères et les violations du droit international humanitaire, le Conseil de sécurité semble établir, de manière spécifique, une relation claire entre la disponibilité des armes légères et la commission de violations des droits des enfants lors des conflits armés. On peut raisonnablement en conclure que, dans ce cas de figure, les décisions d embargo reflètent l obligation des États de faire respecter le droit international humanitaire, conformément à l'article premier commun aux Conventions de Genève. Des raisons politiques expliquent que les mesures d embargo sur les armes ne répondent à aucun schéma spécifique. Il en résulte des difficultés considérables de mise en œuvre et d exécution. De fait, pour qu'un embargo soit respecté, l'état exportateur doit non seulement cesser toute vente d armes vers le pays concerné, mais il doit aussi veiller à ce que les entreprises et les individus placés sous sa juridiction fassent de même. La mise en place de procédures d'octroi de licences d'exportation, voire l adoption d une loi interdisant expressément les transferts d armes vers un pays ou un groupe en particulier constituent les résolution, le Conseil de sécurité a décidé que l embargo s appliquerait désormais «à tout destinataire en République démocratique du Congo», S/RES/1596 du 18 avril S/RES/1521 du 22 décembre 2003, visant les Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) et le Mouvement pour la démocratie au Libéria (MODEL), et tous les groupes armés et milices, qu ils aient ou non cessé leurs activités» (pour une période de 12 mois) ; S/RES/1579 du 21 décembre 2004 (reconduit pour une période de 12 mois). S/RES/1011 du 16 août 1995, visant «les forces non gouvernementales» rwandaises et les personnes se trouvant dans des États voisins qui envisagent d utiliser des armes et du matériel connexe au Rwanda. S/RES/1171 du 5 juin 1998, visant «les forces non gouvernementales en Sierra Leone». S/RES/1556 du 30 juillet 2004, visant «tous les individus et entités non gouvernementales y compris les Janjaouites, opérant dans les États du Darfour Nord, du Darfour Sud et du Darfour Ouest» ; S/RES/1591 du 29 mars 2005 qui étend ces mesures «à toutes les parties à l Accord de cessez-le-feu de N Djamena et à tout autre belligérant dans les États du Darfour-Nord, du Darfour-Sud et du Darfour-Ouest». S/RES/1390 du 28 janvier 2002 (pour une période de 12 mois) ; S/RES/1455 du 17 janvier 2003 (décision visant à améliorer la mise en œuvre des mesures imposées dans une période de 12 mois) ; S/RES/1526 du 30 janvier 2004 (décision visant à améliorer la mise en œuvre de ces mesures dans une période de 18 mois). L article 41 de la Charte des Nations Unies confère au Conseil de sécurité le pouvoir de demander «l'interruption complète ou partielle des relations économiques (...), ainsi que la rupture des relations diplomatiques» s il constate l'existence d'une menace contre la paix, d'une rupture de la paix ou d'un acte d'agression. Il revient à chaque État de déterminer si la violation d un embargo par une entité privée engage sa responsabilité administrative ou pénale. Dans une résolution adoptée en 1998 concernant la situation en Afrique, le Conseil de sécurité a encouragé les États membres à adopter des mesures érigeant en infraction pénale la violation des embargos sur les armes imposés par le Conseil (voir S/RES/1196 du 16 septembre 1998, par. 2). Voir S/RES/1379 du 20 novembre 2001 ; S/RES/1460 du 30 janvier 2003 ; S/RES/11539 du 22 avril 2004 ; S/RES/1612 du 26 juillet Voir également le Rapport du Secrétaire général sur les enfants et les conflits armés, document des Nations Unies A/59/695 S/2005/72 du 9 février 2005, par
12 deux voies principales pour y parvenir. En ce sens, les discussions concernant l adoption de normes internationales régissant ce type de procédure revêt une grande importance et il est essentiel qu elles soient placées sous l angle du respect du droit international humanitaire. En 1999, dans une étude sur la disponibilité des armes, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a recommandé aux États d élaborer des codes de conduite de portée nationale et internationale visant à réglementer les transferts d armes sur la base d indicateurs permettant de mesurer le degré de respect par l État destinataire du droit international humanitaire 47. L objectif est de pouvoir déterminer dans quelle mesure l État destinataire respecte les règles du droit international humanitaire, conformément à l article premier commun aux Conventions de Genève. Il s agit notamment de savoir s il a dispensé une formation à ses forces armées en matière d application du droit de la guerre 48 et s il a pris les dispositions nécessaires pour sanctionner les violations graves du droit international humanitaire 49. Ces mesures découlent de l'obligation faite à l État destinataire de faire preuve de la «diligence due» pour prévenir les violations du droit international humanitaire sur son territoire et sanctionner celles qui sont commises par des groupes placés sous sa juridiction. Cette obligation s'avère essentielle dans les situations de conflit armé où de nombreuses violations sont perpétrées par des individus sur lesquels l État n a pas de contrôle direct. Le respect du droit international humanitaire impose donc aux États de refuser d octroyer une licence d exportation d armes lorsque celles-ci sont destinées non seulement à des États responsables de violations graves du droit international mais également à ceux qui n appliqueraient pas avec diligence les mesures de prévention et d'exécution nécessaires dans leur juridiction. Au-delà du concept plus limité de complicité, le devoir qu ont tous les États de mettre en place des procédures plus strictes d'octroi de licences d'exportation d armes découle de l obligation qui leur incombe de faire respecter le droit de la guerre. L obligation de garantir la protection et le respect des droits de l homme Il est un paradoxe malheureux qui veut que les mesures visant à sanctionner les violations des droits de l homme, malgré le caractère universel de ces derniers, est limitée par les principes de territorialité et de citoyenneté. En effet, il n existe pas de règles claires et précises concernant la responsabilité des États envers les individus qui ne seraient pas placés sous leur juridiction 50. «Le principe de territorialité du droit s oppose au postulat de l universalité des droits de l homme en ce que les individus ne peuvent tenir pour responsable de la violation de leurs droits un État autre que le leur. C est là une prérogative des États dont ils n usent toutefois que très rarement 51.» On a assimilé l obligation pour les États de vérifier la destination finale des armes dont ils autorisent l exportation à celle qu ils ont de garantir que les personnes qui sont déplacées, La disponibilité des armes et la situation des civils dans les conflits armés, Comité international de la Croix-Rouge, Genève, 1999, p. 65. L obligation de faire connaître le droit international humanitaire est énoncée à l'article 47 de la CG I, à l article 48 de la CG II, à l article 127 de la CG III, à l article 144 de la CG IV, aux articles 83 et 87, paragraphe 2, du PA I et à l article 19 du PA II. L obligation de sanctionner les violations graves est prévue dans l'article 49 de la CG I, l'article 50 de la CG II, l'article 129 de la CG III, l'article 146 de la CG IV et les articles 11, paragraphe 4, 85 et 86 du PA I. Pour une discussion plus approfondie sur les aspects transnationaux des droits de l homme, notamment dans les domaines économique, social et culturel, voir le rapport intitulé Duties sans Frontières Human rights and global social justice, élaboré par le Conseil international pour l'étude des droits humains, Versoix, Suisse, Mark Gibney, Katarina Tomasevski & Jens Vedsted-Hansen, «Transnational State responsability for violations of human rights, Harvard Human Rights Journal, vol. 12, 1999, p
13 expulsées ou extradées de leur territoire ne feront pas l objet de persécutions 52. Le point commun entre l obligation de «non-refoulement» prévue dans le droit des réfugiés 53 et le droit régissant les transferts internationaux d armes réside dans le fait que la mesure prescrite au niveau national («refoulement» d un réfugié ou licence d exportation) doit tenir compte des éventuelles violations des droits de l homme qui pourraient en résulter dans un État tiers. La principale difficulté consiste, dans la pratique, à déterminer s il existe un lien de cause à effet. Alors que le refoulement d une personne vers un autre État est une cause sine qua non des persécutions qu elles pourraient y subir, il est très difficile de démontrer que l'exportation d'armes à destination de pays ou de groupes responsables de violations des droits de l'homme est une cause directe et déterminante des violations qui ont suivi. La question du lien de causalité a été mise en relief avec la décision de la Commission européenne des droits de l homme, en 1995, de rejeter la plainte déposée par un ressortissant irakien contre l État italien dans l affaire Tugar v. Italie 54. M. Tugar, grièvement blessé par l explosion d une mine antipersonnel fournie à l Irak par un fabricant d armes italien, reprochait à l Italie de ne pas avoir mis en place des procédures efficaces d'octroi de licences d'exportation, et partant, d'avoir manqué à son obligation de protéger le droit à la vie. Dans ses conclusions, l'avocat du requérant, citant l arrêt de la Cour européenne des droits de l homme dans l affaire Soering 55, a établi un parallèle avec les procédures d expulsion et soutenu que les autorités italiennes avaient exposé le requérant au risque d utilisation «sans discrimination» de mines antipersonnel par l Irak. La Commission a rejeté cette demande, estimant que : «La blessure du requérant ne peut être vue comme une conséquence directe du fait que les autorités italiennes n ont pas légiféré sur les transferts d armes. Il n y a pas de lien direct entre la simple fourniture d armes, même si elle n est pas réglementée correctement, et la possible utilisation sans discrimination de celles-ci dans un État tiers, l'action de ce dernier constituant la cause directe et décisive de l accident dont a souffert le requérant 56.» La décision rendue en l'espèce illustre la difficulté d établir un lien entre l obligation positive qu ont les États de mettre en place des procédures de licence d'exportation d armes et le droit pour les personnes qui en sont victimes d intenter une action en justice en dehors de leurs frontières. De toute évidence, des efforts restent à faire pour renforcer l'obligation positive des États de coopérer à la protection et à la défense des droits de l homme au-delà d un cadre strictement national. L adoption par les États d un traité régissant les transferts d armes, dans lequel ils prendraient l engagement de prévenir la commission de violations graves des droits de l homme dans un État tiers, ouvrirait la voie à l application des principes du droit international aux victimes des armes légères. De fait, il existe bien peu de dispositions du droit international des droits de l homme qui, à défaut d un tel traité, pourraient être interprétées comme imposant aux États l obligation de vérifier la destination «Si un gouvernement ne peut pas renvoyer ou expulser une personne vers un État dans lequel sa vie ou sa liberté est en danger du fait de sa race, religion, nationalité, appartenance à un groupe social ou de ses opinions politiques, il ne peut pas non plus autoriser le transfert des armes vers un pays dans lequel il existe des risques de violations graves des droits de l'homme ou du droit humanitaire.» (Susan Marks & Andrew Clapham, International Human Rights, Oxford University Press, Oxford, 2005, p. 13). (Traduction CICR.) Convention relative au statut des réfugiés du 28 juillet 1951, article 33, paragraphe 1 : «Aucun des États contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques.» ComEDH, Tugar c. Italie, requête n 2869/93 du 18 octobre CEDH, Soering c. Royaume-Uni, arrêt endu le 7 juillet 1989, série A, vol ComEDH, Tugar c. Italie, op. cit. (note 54), p. 3. (Traduction CICR.) 13
14 finale des armes dont ils ont autorisé l exportation. Ces dispositions n en restent pas moins pertinentes pour faire évoluer le droit dans ce domaine. Elles peuvent en effet asseoir l évaluation du comportement de l État destinataire et s avérer utiles en vue de l'élaboration de nouvelles normes en matière de procédure d'octroi de licence. Non seulement les États sont responsables, en vertu du droit international des droits de l homme, des actes de leurs agents, mais ils sont également tenus de prévenir et de sanctionner les abus commis par des individus opérant dans leur juridiction, que ces derniers agissent ou non sous leur contrôle. Si des États manquent à leur devoir de protéger les individus contre les actes de violence perpétrés par des groupes non étatiques, ils sont responsables de cette omission au même titre que si les violations avaient été commises par des agents de l État 57. Dans certains cas, l obligation qui incombe aux États de protéger les individus contre les violations commises par des acteurs non étatiques est indissociable de l interdiction qui est faite auxdits États de violer le droit international. Il en est ainsi de l interdiction de la torture 58, particulièrement absolue compte tenu de l importance que lui a accordée la communauté internationale. Le fait pour un État de ne pas prendre les mesures nécessaires pour prévenir les actes de torture sur son territoire peut représenter plus qu un manquement de la «diligence due» et être considéré comme une violation du droit international lui-même. Afin que les normes internationales relatives à l octroi de licences d exportation tiennent compte de l obligation de diligence due à l égard de l État destinataire, les rédacteurs du projet de traité régissant les transferts internationaux d armes devraient s inspirer de l approche développée par le CICR dans le domaine du droit international humanitaire. Cette approche consiste notamment à définir des critères objectifs fondés sur le respect des droits de l'homme, afin d'évaluer si une demande d'octroi de licence doit ou non être acceptée. À titre d exemple, un État peut donner son accord à des exportations d armes destinées à des forces de police qui agissent dans le respect des Principes de base des Nations Unies sur le recours à la force et l utilisation des armes à feu par les responsables de l'application des lois 59. À l inverse, il peut le refuser si lesdits Principes n ont pas été mis en œuvre dans l État destinataire Voir Rapport préliminaire présenté conformément à la résolution 2002/25 de la Sous-Commission par Barbara Frey, rapporteur spécial, chargée de la question de la prévention des violations des droits de l'homme commises à l'aide d'armes de petit et d'armes légères, Conseil économique et social, document des Nations Unies E/CN.4/Sub.2/2003/29 du 25 juin 2003, p Après avoir examiné la jurisprudence de la Cour interaméricaine des droits de l homme et de la Cour européenne des droits de l'homme, le rapporteur spécial conclut ce qui suit : «En vertu de l obligation de diligence, l État peut donc être tenu, aux termes des instruments relatifs aux droits de l homme, de veiller à ce que des armes de petit ne soient pas utilisées par des individus et des groupes armés pour commettre des violations des droits de l homme.» Pour consulter la dernière version du rapport présenté par le rapporteur spécial sur la prévention des violations des droits de l'homme commises à l'aide d'armes de petit, voir document des Nations Unies E/CN.4/Sub.2/2005/35 du 16 juin Dans un jugement rendu en 1998, la Chambre de première instance du TPIY a considéré que : «Les États sont tenus non seulement d interdire et de sanctionner le recours à la torture mais encore de le prévenir. Il ne suffit pas d intervenir après coup, quand il a été porté irrémédiablement atteinte à l intégrité physique et morale d êtres humains. Les États sont tenus de prendre toutes les mesures qui peuvent prévenir le recours à la torture. (...) [L]es règles internationales non seulement interdisent la torture mais condamnent également (i) le fait de ne pas prendre les mesures nécessaires au niveau national pour que l interdiction ne reste pas lettre morte, et (ii) le fait que demeurent en vigueur ou que soient adoptées des lois qui sont contraires à l interdiction.» (TPIY, Procureur c/ Anto Furundzija, jugement rendu dans l affaire IT-95-17/1-T, Chambre de première instance, 10 décembre 1998, par. 148). Adoptée par le huitième Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et le traitement des délinquants, qui s est tenu à La Havane, Cuba, 27 août 7 septembre Disponible sur <http://www.smallarmsnet.org/docs/saun17.pdf> (dernière consultation le 28 juillet 2005). 14
15 La responsabilité individuelle des trafiquants d'armes en vertu du droit pénal international On ne peut dresser un tableau complet des obligations internationales des États en matière de transfert d'armes sans mentionner le droit pénal international. Du fait que certains trafiquants privés continuent d échapper aux contrôles mis en place par les gouvernements, l engagement des États à respecter les droits de l'homme et le droit humanitaire, qui constitue un des critères d octroi des licences d exportation, devrait, logiquement et dans la pratique, être assorti de mesures permettant de sanctionner l intermédiaire qui aide à contourner les procédures en vigueur. Sachant, par ailleurs, que les États sont tenus, en vertu de l article premier commun aux Conventions de Genève, de réprimer toute violation grave du droit de la guerre, il paraît pertinent de s interroger sur la nature de la responsabilité pénale internationale dans le cas précis de la fourniture d armes à des personnes coupables de crimes de guerre, de crimes contre l humanité ou de génocide. Une fois encore, la base juridique nous est fournie par le concept de «complicité», qui sera envisagé cette fois-ci au regard de la responsabilité pénale individuelle des trafiquants d armes dont les activités sont susceptibles de tomber sous le coup des dispositions de droit pénal international interdisant à quiconque de fournir une assistance matérielle à l auteur d un crime. Si les critères utilisés afin d établir la responsabilité pénale d'un individu pour des actes de complicité diffèrent de ceux qui ont été définis s agissant des États, le fondement reste le même. Ces critères ont été définis en 1997 par la Chambre de première instance du TPIY dans le cadre de l affaire Tadic : «Premièrement, on constate une condition d intention, qui comprend la conscience de l acte de participation, conjuguée à une décision délibérée de participer en planifiant, incitant, ordonnant, commettant ou de toute autre manière aidant et encourageant la perpétration d un crime. Deuxièmement, l Accusation doit établir qu il y avait participation en ce que la conduite de l accusé a contribué à la perpétration de l acte illicite 60.» En 1998, Il est revenu à cette même Chambre de définir la notion d aide et d encouragement : «[L]es éléments juridiques constitutifs de la complicité sont les suivants : l actus reus consiste en une aide, un encouragement ou un soutien moral pratique ayant un effet important sur la perpétration du crime. La mens rea nécessaire est le fait de savoir que ces actes aident à la perpétration du crime. La notion de complicité doit être distinguée de la notion de dessein criminel commun, où l actus reus tient à la participation à une entreprise criminelle conjointe et où la mens rea requise est l intention d y participer 61.» En vertu d une disposition du Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI), toute personne qui apporte son aide, son concours ou toute autre forme d'assistance à la commission ou à la tentative de commission de ce crime, y compris en fournissant les moyens de cette commission, engage sa responsabilité pénale 62. En d autres termes, il suffit de fournir des armes qui seront utilisées pour commettre ou tenter de commettre un des crimes qui TPIY, Procureur c/ Dusko Tadic, jugement rendu dans l affaire IT-94-1, Chambre de première instance, 7 mai 1997, par. 674 (c est nous qui soulignons). Furundzija, op. cit. (note 58, par. 249 (Souligné par nous.) Statut de Rome de la Cour pénale internationale, 17 juillet 1998, art. 25, par. 3, al. c) (Souligné par nous.) 15
16 ressort à la compétence de la CPI pour être considéré comme complice 63. Le Statut n'exige pas, pour la détermination de l actus reus (élément objectif), que ces moyens aient directement contribué au crime ou qu ils aient eu un impact important sur celui-ci. La définition qu il donne du crime de complicité est plus large que celle proposée dans les textes instaurant des juridictions ad hoc puisqu «une assistance directe et substantielle n est pas nécessaire et ( ) l acte d assistance n a pas besoin d être une condition sine qua non du crime 64». Cependant, les exigences concernant la détermination de la culpa (élément subjectif) sont plus élevées que dans le droit de la responsabilité des États pour la raison évidente que c'est la liberté même de l'individu qui est en jeu si sa culpabilité devait être prouvée. La simple connaissance n est pas suffisante, le complice doit avoir eu l intention de faciliter la commission du crime. Aucun des statuts des tribunaux internationaux actuels (le Tribunal pénal international pour l ex-yougoslavie (TPIY), le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) et la Cour pénale internationale (CPI) ne considère la fourniture d armes ou toute autre assistance militaire comme une aide concrète aux fins d établir la responsabilité criminelle d un individu découlant de l «aide» qu il a apportée à la commission d un crime, même si des signes laissent de plus en plus supposer une telle interprétation. Dans une décision rendue en 1998, la Chambre de première instance du TPIR a estimé que les éléments du crime de complicité de génocide incluaient la «fourniture de moyens, tels des armes, instruments ou tout autre moyen ayant servi à commettre un génocide, le complice ayant su que ces moyens devaient y servir 65». De même, en 2003, l ancien chef d État Charles Taylor a été inculpé par le Procureur de la CSSL au motif qu il avait «aidé et encouragé» les violations commises par les rebelles sierra-léonais en leur assurant un financement et une formation militaire, et en mettant à leur disposition des armes et d'autres formes de soutien et d'encouragement 66. S interrogeant sur d éventuelles responsabilités pénales pour complicité suite aux événements qui se sont déroulés en Sierra Leone, un spécialiste du droit pénal international a estimé que : «Vu la quantité d informations publiées concernant les crimes de guerre et les autres atrocités commises en Sierra Leone, non seulement dans les documents spécialisés des Nations Unies et des organisations internationales non gouvernementales mais également dans les principaux médias, un tribunal ne devrait avoir aucun mal à conclure que les diamantaires, les pilotes et responsables de compagnies aériennes, les fournisseurs d armes légères et bien d autres encore ne pouvaient ignorer qu ils avaient contribué au conflit et aux exactions qui ont été perpétrées 67.» Dans un entretien avec l organisation Human Rights Watch,Alan White, le chef du Service d'enquêtes du Tribunal spécial, a semble-t-il soutenu cette hypothèse, affirmant Andrew Clapham, «On Complicity», dans Henzelin & R. Roth (eds), Le Droit pénal à l épreuve de l internationalisation, Bruylant, Bruxelles, 2002, p Kai Ambos, «Article 25»,dans Otto Triffterer (ed.), Commentary on the Rome Statute of the International Criminal Court, Nomos, Baden-Baden, 1999, p (Traduction CICR.) TPIR, Procureur c/ Jean-Paul Akaseyu, jugement rendu dans l affaire ICTR-96-4-T, Chambre de première instance, 2 septembre 1998, par (Souligné par nous.) CSSL, Procureur c/ Charles Ghankay Taylor, mise en accusation dans l'affaire SCLS-03-I du 7 mars 2003, par. 26. (Souligné par nous). William Schabas, «Faire respecter le droit international humanitaire : attraper les complices», Revue internationale de la Croix-Rouge, vol. 83, n 842, juin 2001, p , cité dans Clapham, «On Complicity», op. cit. (note 63), p (Traduction CICR.) 16
17 que l'individu qui fournit des armes sachant qu elles seront utilisées de manière abusive engage sa responsabilité pénale individuelle et peut être poursuivi devant la Cour 68. Si le droit pénal international offre un véritable arsenal pour juger des trafiquants d armes privés, il reste pour l heure largement inexploité 69. Dans la pratique, les courtiers continuent de bénéficier d'une grande marge de manœuvre pour transférer des armes vers des destinations illicites 70. La probabilité qu'ils soient poursuivis pour complicité de crime international apparaît encore trop lointaine à leurs yeux pour qu il soit nécessaire qu ils y réfléchissent à deux fois avant de transférer des armes vers des destinations ou des groupes soumis à un embargo, ou vers des régimes connus pour violer les droits de l homme. Dans une large mesure, leurs activités ne sont pas réglementées. Lorsqu'elles le sont, de nombreuses lacunes et autres vides juridiques permettent à ce commerce lucratif de se développer 71. De nombreux États sont réticents à étendre leur juridiction à des ressortissants qui ont établi leur résidence à l étranger ou à des activités de vente illicites menées à l'étranger par leurs ressortissants. Il convient, par ailleurs, de ne pas sous-estimer le poids politique et la capacité de certains courtiers de réduire à néant toute tentative visant à mettre un terme au commerce des armes. Toutefois, le consensus qui semble se faire jour au sein de la communauté internationale autour de la nécessité de mettre en place des réglementations plus strictes concernant les activités de courtage pourrait bien changer les choses Lisa Misol, «Weapons and war crimes: The complicity of arms suppliers», Rapport mondial 2004 de Human Rights Watch. Disponible sur <http://hrw.org/wr2k4/13.htm#_toc > (dernière consultation le 28 juillet 2005). Peut-être plus pour longtemps si l on en juge par le procès qui se tient actuellement devant une juridiction néerlandaise pour juger Frans van Anraat, un ressortissant néerlandais accusé d avoir aidé l ancien dirigeant de l Irak, Saddam Hussein, à commettre des crimes de guerre et des crimes de génocide en lui fournissant du matériel destiné à des armes chimiques. Voir BBC News, 18 mars Disponible sur <http://news.bbc.co.uk/2/hi/middle_east/ stm> (dernière consultation le 28 juillet 2005). On trouve diverses définitions des notions de «courtiers» et d «activités de courtage» dans les instruments de réglementation nationaux et régionaux. L article 1, paragraphe 2, du projet de convention sur l'enregistrement des activités de courtage en armes et l interdiction des activités de courtage illicites élaboré par le Fonds pour la paix définit les activités de courtage comme les activités de courtage comme toute activité consistant à importer, exporter, acheter, vendre, transférer, fournir ou livrer des armes ou des services armés, ou toute activité visant à faciliter l une quelconque de ces activités, y compris les activités de transport, de transit, de médiation, d assurance et de financement». Disponible sur <http://fundforpeace.org/publications/reports/model_convention.pdf> (dernière consultation le 25 juillet 2005). L édition 2004 de l'annuaire sur les armes légères dresse la liste des lacunes dans les contrôles actuels : activités non réglementées (si l on exclut l importation et l'exportation, les principales activités des courtiers sont intangibles et, dès lors, difficiles à réglementer) ; contrôle laxiste des stocks d armes ; courtage de tierce partie (les transactions sont organisées sans que les armes ne pénètrent sur le territoire dans lequel les activités d'intermédiaire se déroulent) ; financement offshore ; contournement aisé des exigences en matière de documents ; facilité de transport (les transitaires exploitent les difficultés liées à la mise en œuvre des contrôles douaniers, notamment dans les pays dont les frontières sont longues et les ressources limitées, Annuaire sur les armes légères 2004 : droits en péril, Ed. SAS/GRIP, Bruxelles, 2004, 341 pages (ci-après l «Annuaire sur les armes légères 2004»). Pour une analyse des lacunes dans les mécanismes de contrôle des exportations d armes au Royaume-Uni, voir «Out of control: the loopholes in UK controls on the arms trade», Oxfam GB, 1998, p Disponible sur <http://www.oxfam.org.uk/what_we_do/issues/conflict_disasters/downloads/control.rtf> (dernière consultation le 28 juillet 2005). En janvier 2004, l'assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution 58/241 sur le commerce illicite des armes légères sous tous ses aspects, dans laquelle, entre autres, elle prie le secrétaire général «d organiser des consultations générales ouvertes à tous les États Membres, ainsi qu aux organisations régionales et sous-régionales, organismes internationaux et experts intéressés sur de nouvelles mesures à prendre pour renforcer la coopération internationale en vue de prévenir, combattre et éliminer le courtage 17
18 Vers un accord international sur les transferts d armes En juillet 2001, une conférence internationale a été organisée à l initiative des Nations Unies en vue d encourager le développement de stratégies nationales, régionales et internationales permettant de résoudre les nombreux problèmes liés à l utilisation des armes légères et des armes de petit. Le Programme d action qui a été adopté ne fait qu indirectement référence aux transferts d armes autorisés officiellement pour se concentrer sur ce qu il appelle «le commerce illicite des armes légères». Une de ses dispositions prévoit néanmoins l'obligation pour les États d examiner les demandes d autorisation d exportation «en fonction de réglementations nationales strictes qui couvrent toutes les armes légères et tiennent compte des responsabilités qui incombent aux États en vertu du droit international pertinent 73». Dans le cadre du Programme d'action, les États se sont également engagés à participer à la mise au point de législations adéquates afin de réglementer les activités de courtage 74. Un certain nombre d initiatives régionales, politiquement contraignantes pour la plupart, ont récemment été prises dans ce sens 75. Deux mois auparavant, le 31 mai 2001, l'assemblée générale des Nations Unies avait adopté le Protocole contre la fabrication et le trafic illicites d armes à feu 76, un instrument international visant à renforcer la coopération en vue de réprimer la fabrication illégale et le trafic illicite des armes à feu 77. Ce Protocole est le troisième Protocole additionnel à la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée (novembre 2000) 78 les deux autres protocoles visent à mettre fin au trafic illicite de migrants et à la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants. Il invite les États signataires à procéder au marquage des armes légalement fabriquées, importées et exportées au moyen d'informations illicite des armes légères (...) et prie [le Secrétaire général] de lui faire rapport à sa cinquante-neuvième session sur les résultats de ses consultations.» (Document des Nations Unies A/58/241 du 9 janvier 2004). Voir le document de travail intitulé «Broad-based consultations on further steps to enhance international coopération in preventing, combating and eradicating illicit brokering in small arms and light weapons», préparé par le Département des affaires de désarmement (résolution 58/241 de l Assemblée générale), disponible sur <http://disarmement.un.org:8080/cab/brokering/consultations-paper.pdf> (dernière consultation le 29 juillet 2005) (ci-après «le document de travail du Département des affaires de désarmement»). Dans son rapport intitulé Dans une liberté plus grande : développement, sécurité et respect des droits de l homme pour tous, le secrétaire général invite instamment la communauté internationale à mener à bien, sans tarder, les négociations portant sur un instrument relatif au courtage illicite des armes légères et de petit. (Document des Nations Unies A/59/2005 du 21 mars 2005, par. 120). Voir le «Programme d action en vue de prévenir, combattre et éliminer le commerce illicite des armes légères sous tous ses aspects», II e partie, art. 11 (dans Rapport de la Conférence des Nations Unies sur le commerce illicite des armes légères sous tous ses aspects, New York, 9-20 juillet 2001, documents des Nations Unies A/Conf.192/15) (ci-après le «Programme d action des Nations Unies»). Programme d action des Nations Unies, ibid., II e partie, art. 14 à 39. Pour un examen de ces initiatives, voir le document de travail du Département des affaires de désarmement, op. cit. (note 72), p Protocole contre la fabrication et le trafic illicites d armes à feu, de leurs pièces, éléments et munitions, additionnel à la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée, documents des Nations Unies A/RES/55/255 du 8 juin Le 15 juillet 2005, 42 États étaient parties à ce Protocole. En vertu de l article 3, paragraphe a, l expression «arme à feu» désigne «toute arme à canon portative qui propulse des plombs, une balle ou un projectile par l action d un explosif, ou qui est conçue pour ce faire ou peut être aisément transformée à cette fin, à l exclusion des armes à feu anciennes ou de leurs répliques». Adoptée par l'assemblée générale le 15 novembre Voir document des Nations Unies A/RES/55/25 du 8 janvier
19 permettant de les identifier, et à mettre en place les procédures adéquates d'autorisation et d'octroi de licences d exportation commerciale. Il les appelle également à adopter des lois criminalisant toute fabrication et tout trafic illicites des armes à feu, à instaurer des mécanismes efficaces de contrôle des exportations, à se communiquer des informations et des données d expérience d ordre technique et à participer à la formation nécessaire en vue de favoriser la coopération dans la lutte contre les transferts illicites d'armes à feu. Par ailleurs, le Protocole demande aux États signataires de conserver pendant 10 ans au moins toutes les informations relatives au marquage et aux transferts des armes de manière à pouvoir tracer les mouvements d'armes à l échelle internationale. Le but du Protocole, entré en vigueur le 3 juillet 2005, est de lutter contre le crime organisé et ne s applique pas aux ventes d'armes autorisées. Il marque néanmoins une avancée significative s agissant du courtage dans la mesure où il incite les États parties à mettre en place des mécanismes d enregistrement des courtiers opérant sur leur territoire et des procédures d'octroi d autorisation ou de licence pour les activités de courtage, et à communiquer les informations dont ils disposent. Le Protocole est à ce jour le premier instrument international juridiquement contraignant sur la question des armes légères à avoir été négocié avec succès. Au niveau régional, un certain nombre d initiatives (projets de réglementation, manuels, guides des meilleures pratiques, etc.) invitent les États à évaluer le risque que les armes transférées soient utilisées en violation du droit international au moment de décider d'accorder ou non une licence d exportation d armes ou d autoriser des activités de courtage 79. D autres adoptent une position plus ferme, obligeant leurs États membres à adopter des mesures contraignantes. Deux initiatives méritent tout particulièrement qu on s y attarde. Il s'agit, d'une part, du Code de conduite de l Union européenne en matière d exportation d armements qui, avec la Position commune du Conseil de l Europe sur le contrôle du courtage en armements, représente la tentative la plus importante d introduire des critères fondés sur les droits de l homme et le droit humanitaire dans les mécanismes de licence d'exportation d armes et les procédures d octroi de licences pour les activités de courtage mis en place par les États membres de l Union européenne et, d autre part, du Moratoire sur l importation, l exportation et la fabrication des armes légères dans le cadre de la Communauté économique des États de l Afrique de l Ouest (CEDEAO), qui constitue une initiative unique visant à éliminer les armes légères et les armes de petite d une région entière et illustre, par ces insuffisances, la nécessité de mettre en place, au niveau mondial, des normes fondées sur le droit international. Le Code de conduite de l Union européenne Bien que politiquement contraignant, le Code de conduite de l Union européenne en matière 79 Parmi les initiatives les plus récentes, il faut citer le règlement-type du contrôle des courtiers en armes à feu, de leurs pièces détachées et composants ainsi que des munitions, adopté lors de la 44 e session de la Commission interaméricaine de lutte contre l abus des drogues de l Organisation des États américains, novembre 2003, Montréal, Canada, OEA/Ser.L/XIV.2.34 (CICAD/doc1271/03) du 13 novembre 2003 ; les directives de meilleures pratiques pour l'importation, l'exportation et le transit des armes légères et des armes de petit dans la Région des Grands Lacs et la Corne de l Afrique, adoptées par la III e Conférence ministérielle de la Déclaration de Nairobi, juin 2005 ; l Arrangement de Wassenaar sur les contrôles relatifs aux exportations d armement conventionnel et de biens de double usage : lignes directrices et procédures, y compris les éléments initiaux (document modifié et mis à jour en décembre 2003 et en juillet 2004 (voir également note 99 ci-dessous) ; et le Manuel des meilleures pratiques concernant les armes légères et de petit, un guide complet des meilleures pratiques dans ce domaine visant à renforcer la mise en œuvre du Document de l OSCE sur les armes légères et les armes de petit (2000). 19
20 d exportation d'armements 80, qui a été adopté par le Conseil de l Union européenne en 1998, est de loin le dispositif international de contrôle le plus complet actuellement en vigueur 81. Ce Code, dont le contenu et le statut sont en cours d examen 82, est intéressant dans la mesure où il propose huit critères pour l octroi de licences d exportation. Une première catégorie regroupe les critères qui rendent obligatoire le refus d'octroyer une licence 83. Les éléments qui doivent être pris en considération lors de l'examen de la demande forment la deuxième catégorie Code de conduite de l Union européenne en matière d exportation d armements, adopté par le Conseil de l Union européenne le 8 juin Disponible sur <http://europa.eu.int/comm/external_relations/cfsp/sanctions/codeofconduct.pdf> (dernière consultation le 25 juillet 2005) (ci-après le «Code UE»). Certains pays tiers ont déclaré souscrire aux principes du Code UE, en particulier les pays associés d'europe centrale et orientale, Chypre, l Association européenne de libre-échange (AELE), des membres de l Espace économique européen et le Canada. Il y est également fait référence dans les déclarations Union européenne/états-unis et Union européenne/canada sur les armes légères en décembre Le deuxième rapport consolidé du Code UE publié en novembre 2000 fait état de la décision de Malte et de la Turquie de souscrire également aux principes du Code UE, qui les guideraient dans l élaboration de politiques nationales d'exportation. (Undermining global security: the European Union s Arms Exports, Amnesty International, 1 er février 2004, p Disponible sur <http://web.amnesty.org/library/index/engact > (dernière consultation le 25 juillet 2005). Pour un historique récent du Code UE, voir Sibylle Bauer & Mark Bromley, The European Union Code of Conduct on Arms Exports: Improving the Annual Report, Policy Paper n 8, novembre 2004, p Disponible sur <http://editors.sipri.se/pubs/policypaper8.pdf> (dernière consultation le 25 juillet 2005). Dans son dernier rapport, le groupe COARM (Groupe de travail sur les exportations d armements conventionnels chargé de faire des recommandations au Conseil dans le domaine des exportations d'armes conventionnelles dans le cadre de la politique étrangère et de sécurité commune) a déclaré avoir mené des discussions approfondies afin de faire progresser le réexamen du Code qu'il avait décidé d'entreprendre en décembre Il a également fait part de son souhait que le Code soit renforcé considérablement grâce à l'intégration de plusieurs éléments nouveaux dans le texte, dont les plus importants sont le courtage, le transit/transbordement, la production sous licence à l'étranger, le transfert intangible de logiciels et de technologies, la certification des utilisateurs finals et l'élaboration des rapports nationaux. Toutefois, aucun accord n a encore été dégagé en ce qui concerne la transformation du Code en un instrument juridiquement contraignant. (COARM, Sixième rapport annuel établi en application du point 8 du dispositif du Code de conduite de l Union européenne en matière d'exportation d'armements, dont le Conseil Affaires générales et Relations extérieures a pris note le 22 novembre 2004, Journal officiel C 316, 21/12/2004, p. 1. Disponible sur <http://europa.eu.int/eurlex/lex/lexuriserv/lexuriserv.do?uri=celex:52004xg1221(01):en:html> (dernière consultaltion le 31 juillet 2005). Respect des engagements internationaux des États membres, notamment des obligations découlant des embargos décrétés par le Conseil de sécurité et des accords signés sous l'égide des Nations Unies (premier critère) ; respect des droits de l homme dans le pays de destination finale (deuxième critère) ; ne pas contribuer à provoquer ou prolonger des situations de conflit armé ou à aggraver des tensions ou des conflits existants dans le pays de destination finale (troisième critère) ; respect de l interdiction de toute forme d agression : aucun transfert ne peut être autorisé s'il existe un risque manifeste que le destinataire envisagé utilise l'exportation en question de manière agressive contre un autre pays ou pour faire valoir par la force une revendication territoriale. (quatrième critère). Sécurité nationale des États membres et celle des pays amis ou alliés (cinquième critère) ; comportement du pays acheteur à l égard de la communauté internationale il sera notamment tenu compte du soutien ou de l'encouragement qu'il apporte au terrorisme et à la criminalité organisée internationale, de son respect de ses engagements internationaux, notamment en ce qui concerne le non-recours à la force, y compris dans le domaine du droit international humanitaire applicable aux conflits internationaux et non internationaux, de son engagement en faveur de la non-prolifération et d'autres domaines relevant de la maîtrise des armements et du désarmement, notamment la signature, la ratification et la mise en œuvre des conventions pertinentes en matière de maîtrise des armements et de désarmement (sixième critère) ; existence d un risque de détournement de l équipement à l'intérieur du pays acheteur ou de réexportation de cet équipement dans des conditions non souhaitées (septième critère) ; compatibilité des exportations d armements avec la capacité technique et économique du pays destinataire à la lumière des informations provenant de sources autorisées telles que les rapports du PNUD, de la Banque mondiale, du FMI et de 20