Source: https://sans-detour.blog4ever.com/droit-de-reponse
Timestamp: 2017-11-24 14:49:24+00:00
Document Index: 182139553

Matched Legal Cases: ['CSC\n', 'CSC ', 'CSC ', 'CSC ', 'CSC ', 'CSC ', 'CSC ', 'CSC ', 'CSC ', 'CSC ']

Droit de réponse - Sans Détour
A propos de la sanction du CSC
Contre L’Evénement
Nous avons été très surpris de la décision rapide et disons-le tout net, très malveillante du CSC, à l’égard de notre journal. Les termes qui sont choisis pour motiver la sanction sont d’une extrême agressivité, comme si quelque part le CSC était en embuscade, attendant de nous fondre dessus. L’Evénement n’a pas seulement été suspendu parce qu’il y a eu des manquements à l’éthique et à la déontologie du métier. Nous sommes qualifiés de « hors la loi, de multirécidiviste », rien de moins.
Pour les millions de personnes qui nous connaissent, ce portrait ne nous ressemble pas. Certes nous sommes téméraires et intraitables sur les principes, mais nous mettons la loi au-dessus de tout, d’où notre devise : « L’information est un droit ». Tout ce que nous faisons à L’Evénement est adossé à ce postulat.
Dans notre parution du 10 février 2016 dernier, nous avions consacré une enquête à l’attaque de Yimdi, le principal dépôt d’armes et de munitions de notre pays. En prolongement du dossier, nous avons cherché à savoir comment fonctionnait une pareille infrastructure militaire et ce qu’il en était dans notre pays. Il y a donc eu un encadré dans le dossier sur les poudrières de notre pays, matérialisé sur une carte de Ouagadougou indiquant chronologiquement les différents dépôts qui ont été utilisés (et qui ne le sont plus donc) en dehors de Yimdi. Dans cette démarche, il n’y a pas à notre sens, divulgation de secret militaire. Les anciens dépôts désaffectés de l’armée ne peuvent pas continuer à constituer des dispositifs stratégiques. C’est d’ailleurs ce que nous avons expliqué à la justice militaire qui a bien voulu échanger avec nous sur une base « non contentieuse » ;l’expression etant du colonel en charge de l’information de l’armée. Nous avons longuement échangé avec une délégation de l’armée, le 18 février, sous l’égide des premiers responsables de la justice militaire et nous nous sommes séparés de façon cordiale avec échange de coordonnées et promesse de se rendre mutuellement visite. Si l’armée, ou en tout cas ses délégués, peuvent nous écouter et nous comprendre, pourquoi le CSC n’en ferait pas autant ? Sur quel fondement le CSC peut-il nous sanctionner sans avoir pris la peine de nous entendre ?Parce que « récidivistes » serions-nous !
Le CSC invoque la particularité du contexte national pour justifier une recommandation, notamment «l’appel de l’institution en date du 15 octobre 2015 invitant les médias à s’abstenir de publier ou de diffuser des informations stratégiques militaires et/ou de défense et toute autre information pouvant porter atteinte à la sûreté de l’Etat, ou compromettre l’action des Forces de Défense et de Sécurité sur le terrain ». En quelle qualité le CSC peut-il apprécier la dangerosité d’un contexte et l’atteinte à la sureté de l’Etat? Cette matière est codifiée par la loi et il est institué des instances pour en décider. En somme, ce n’est pas parce qu’il y a eu un attentat le 15 janvier à Ouagadougou, que le CSC acquière la prérogative d’évaluer les contextes et d’édicter des attitudes qui restreignent les libertés. Dans un Etat de droit, les choses ne marchent pas ainsi. Le CSC pour prendre des consignes et recommandations doit forcément s’appuyer sur les décisions de l’instance habilitée. Jusqu’à preuve du contraire, l’exécutif n’a pas jugé la situation si dangereuse au point de nécessiter un Etat d’urgence. Alors que la restriction des libertés ne peut intervenir que dans ce contexte et pour un temps bien limité, l’oukase du CSC court depuis le 15 octobre 2015. Visiblement il n’y a pas de limite dans le temps. Pour une institution qui se veut le parangon du respect de la loi, il y a problème. Les mesures d’exception sont toujours encadrées et limitées dans le temps. Le CSC peut-il l’ignorer ?
Si ce que nous avons grossièrement mentionné sur une carte sans autres formes de précisions que les noms des lieux constitue des secrets, alors il faut vraiment s’inquiéter de ce que nos secrets ne sont pas bien gardés. Il nous a fallu à peine une semaine pour réunir ces informations. Si nous, simples journalistes, nous pouvons en un temps si bref découvrir sans coup férir ces secrets, qu’en sera-t-il des gens mal intentionnés qui sont justement tout sauf des novices sur des questions militaires ? Si on n’a pas à fournir beaucoup de peines pour découvrir nos secrets, il faut s’interroger vraiment si ce sont encore des secrets ? Sauf à croire que c’est au peuple que l’on cache les choses.