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Timestamp: 2017-02-26 12:58:28+00:00
Document Index: 181188205

Matched Legal Cases: ['arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'in fine', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'art. 95', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ']

CONSEIL DE L EUROPE COUNCIL OF EUROPE BULLETIN D INFORMATION SUR LES DROITS DE L HOMME Nº 51. juillet-octobre PDF
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1 COUNCIL OF EUROPE CONSEIL DE L EUROPE BULLETIN D INFORMATION SUR LES DROITS DE L HOMME Nº 51 juillet-octobre 2000 Direction générale des droits de l homme janvier 20012 Table des matières I. Activités conventionnelles A. Convention européenne des Droits de l Homme 2 1. Etat des signatures et ratifications Réserves et déclarations Cour européenne des Droits de l Homme Les activités du Comité des Ministres dans le cadre de la Convention européenne des Droits de l Homme B. Charte sociale européenne Etat des signatures et ratifications Réserves et déclarations Activités des organes de contrôle de la Charte C. Convention européenne pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants Etat des signatures et ratifications Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants Membres du CPT D. Convention-cadre pour la protection des minorités nationales Etat des signatures et ratifications Etat des travaux du mécanisme de suivi E. Convention européenne sur la télévision transfrontière Etat des signatures et ratifications Réserves et déclarations II. Autres activités du Conseil de l Europe en matière de droits de l homme A. Comité des Ministres B. Assemblée parlementaire C. Direction générale des droits de l homme Charte sociale européenne Comité européenne pour la prévention de la torture Convention-cadre pour la protection des minorités nationales Commission européenne contre le racisme et l intolérance (ECRI) Egalité entre les femmes et les hommes Médias Sensibilisation aux droits de l homme D. Instituts des droits de l homme III. Publications Annexe I Commission européenne contre le racisme et l intolérance ECRI : Déclaration politique adoptée par les ministres des Etats membres du Conseil de l Europe le vendredi 13 octobre 2000 lors de la session de clôture de la Conférence européenne contre le racisme Annexe II Cour européenne des Droits de l Homme Arrêts et décisions Le Conseil de l Europe a son siège permanent à Strasbourg (France). Il agit par l intermédiaire de plusieurs organes : le Comité des Ministres, qui est l organe de décision, est composé des ministres des Affaires étrangères des quarante et un Etats membres ou, au quotidien, de leurs représentants permanents à Strasbourg ; l Assemblée parlementaire, qui est l autre organe statutaire, est formée de 582 membres issus des quarante et un parlements nationaux, ainsi que des invités spéciaux de certains Etats européens non membres ; le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux de l Europe, également composé de 582 membres, représente les collectivités territoriales dans les Etats membres ; la Cour européenne des Droits de l Homme, qui comprend un nombre de juges égal à celui des Etats contractants, est l instance judiciaire compétente pour statuer sur les requêtes introduites contre un Etat par des particuliers, des associations ou d autres Etats contractants pour violation de la Convention européenne des Droits de l Homme. Ces organes et les nombreux comités intergouvernementaux sont assistés par un secrétariat européen multinational sous la direction d un Secrétaire Général élu par l Assemblée parlementaire pour un mandat de cinq ans. Page 66 Bulletin d information sur les droits de l homme, n o 513 H/Inf (2001) 1 Bulletin d information sur les droits de l homme n o 51 Activités du Conseil de l Europe en matière de droits de l homme juillet-octobre 2000 Direction générale des droits de l homme janvier 20014 I. Activités conventionnelles A. Convention européenne des Droits de l Homme 1. Etat des signatures et ratifications de la Convention et de ses protocoles au 31 octobre 2000 Etats membres CEDH Protocole nº 1 Protocole nº 4 Protocole nº 6 Protocole nº 7 Signature Ratification Signature Ratification Signature Ratification Signature Ratification Signature Ratification Albanie 13/07/95 02/10/96 02/10/96 02/10/96 02/10/96 02/10/96 04/04/00 21/09/00 02/10/96 02/10/96 Andorre 10/11/94 22/01/96 22/01/96 22/01/96 Autriche 13/12/57 03/09/58 13/12/57 03/09/58 16/09/63 18/09/69 28/04/83 05/01/84 19/03/85 14/05/86 Belgique 04/11/50 14/06/55 20/03/52 14/06/55 16/09/63 21/09/70 28/04/83 10/12/98 Bulgarie 07/05/92 07/09/92 07/05/92 07/09/92 03/11/93 07/05/99 29/09/99 03/11/93 Croatie 06/11/96 05/11/97 06/11/96 05/11/97 06/11/96 05/11/97 06/11/96 05/11/97 06/11/96 05/11/97 Chypre 16/12/61 06/10/62 16/12/61 06/10/62 06/10/88 03/10/89 07/05/99 19/01/00 02/12/99 15/09/00 République tchèque* 21/02/91 18/03/92 21/02/91 18/03/92 21/02/91 18/03/92 21/02/91 18/03/92 21/02/91 18/03/92 Danemark 04/11/50 13/04/53 20/03/52 13/04/53 16/09/63 30/09/64 28/04/83 01/12/83 22/11/84 18/08/88 Estonie 14/05/93 16/04/96 14/05/93 16/04/96 14/05/93 16/04/96 14/05/93 17/04/98 14/05/93 16/04/96 Finlande 05/05/89 10/05/90 05/05/89 10/05/90 05/05/89 10/05/90 05/05/89 10/05/90 05/05/89 10/05/90 France 04/11/50 03/05/74 20/03/52 03/05/74 22/10/73 03/05/74 28/04/83 17/02/86 22/11/84 17/02/86 Allemagne 04/11/50 05/12/52 20/03/52 13/02/57 16/09/63 01/06/68 28/04/83 05/07/89 19/03/85 Géorgie 27/04/99 20/05/99 17/06/99 17/06/99 13/04/00 17/06/99 13/04/00 17/06/99 13/04/00 Grèce 28/11/50 28/11/74 20/03/52 28/11/74 02/05/83 08/09/98 22/11/84 29/10/87 Hongrie 06/11/90 05/11/92 06/11/90 05/11/92 06/11/90 05/11/92 06/11/90 05/11/92 06/11/90 05/11/92 Islande 04/11/50 29/06/53 20/03/52 29/06/53 16/11/67 16/11/67 24/04/85 22/05/87 19/03/85 22/05/87 Irlande 04/11/50 25/02/53 20/03/52 25/02/53 16/09/63 29/10/68 24/06/94 24/06/94 11/12/84 Italie 04/11/50 26/10/55 20/03/52 26/10/55 16/09/63 27/05/82 21/10/83 29/12/88 22/11/84 07/11/91 Lettonie 10/02/95 27/06/97 21/03/97 27/06/97 21/03/97 27/06/97 26/06/98 07/05/99 21/03/97 27/06/97 Liechtenstein 23/11/78 08/09/82 07/05/87 14/11/95 15/11/90 15/11/90 Lituanie 14/05/93 20/06/95 14/05/93 24/05/96 14/05/93 20/06/95 18/01/99 08/07/99 14/05/93 20/06/95 Luxembourg 04/11/50 03/09/53 20/03/52 03/09/53 16/09/63 02/05/68 28/04/83 19/02/85 22/11/84 19/04/89 Malte 12/12/66 23/01/67 12/12/66 23/01/67 26/03/91 26/03/91 Moldova 13/07/95 12/09/97 02/05/96 12/09/97 02/05/96 12/09/97 02/05/96 12/09/97 02/05/96 12/09/97 Pays-Bas 04/11/50 31/08/54 20/03/52 31/08/54 15/11/63 23/06/82 28/04/83 25/04/86 22/11/84 Norvège 04/11/50 15/01/52 20/03/52 18/12/52 16/09/63 12/06/64 28/04/83 25/10/88 22/11/84 25/10/88 Pologne 26/11/91 19/01/93 14/09/92 10/10/94 14/09/92 10/10/94 18/11/99 30/10/00 14/09/92 Portugal 22/09/76 09/11/78 22/09/76 09/11/78 27/04/78 09/11/78 28/04/83 02/10/86 22/11/84 Roumanie 07/10/93 20/06/94 04/11/93 20/06/94 04/11/93 20/06/94 15/12/93 20/06/94 04/11/93 20/06/94 Russie 28/02/96 05/05/98 28/02/96 05/05/98 28/02/96 05/05/98 16/04/97 28/02/96 05/05/98 Saint-Marin 16/11/88 22/03/89 01/03/89 22/03/89 01/03/89 22/03/89 01/03/89 22/03/89 01/03/89 22/03/89 Slovaquie* 21/02/91 18/03/92 21/02/91 18/03/92 21/02/91 18/03/92 21/02/91 18/03/92 21/02/91 18/03/92 Slovénie 14/05/93 28/06/94 14/05/93 28/06/94 14/05/93 28/06/94 14/05/93 28/06/94 14/05/93 28/06/94 Espagne 24/11/77 04/10/79 23/02/78 27/11/90 23/02/78 28/04/83 14/01/85 22/11/84 Suède 28/11/50 04/02/52 20/03/52 22/06/53 16/09/63 13/06/64 28/04/83 09/02/84 22/11/84 08/11/85 Suisse 21/12/72 28/11/74 19/05/76 28/04/83 13/10/87 28/02/86 24/02/88 «Ex-Rép. youg. Macédoine» 09/11/95 10/04/97 14/06/96 10/04/97 14/06/96 10/04/97 14/06/96 10/04/97 14/06/96 10/04/97 Turquie 04/11/50 18/05/54 20/03/52 18/05/54 19/10/92 14/03/85 Ukraine 09/11/95 11/09/97 19/12/96 11/09/97 19/12/96 11/09/97 05/05/97 04/04/00 19/12/96 11/09/97 Royaume-Uni 04/11/50 08/03/51 20/03/52 03/11/52 16/09/63 27/01/99 20/05/99 * Les dates de signature et ratification données pour la République tchèque et la Slovaquie sont celles, respectivement, des signatures et ratifications par la République fédérative tchèque et slovaque, par lesquelles lesdits États se considèrent liés. Les mises à jour des tableaux des signatures et ratifications sont disponibles sur le site Internet: Page 2 Bulletin d information sur les droits de l homme, nº 515 2. Réserves et déclarations Convention européenne des Droits de l Homme Suisse Réserve consignée dans l instrument de ratification, déposé le 28 novembre 1974 Or. fr. et retirée par une lettre du Département fédéral des Affaires étrangères de la Suisse, en date du 24 août 2000, enregistrée au Secrétariat Général le 29 août 2000 Or. fr. Le principe de la publicité des audiences proclamé à l article 6, paragraphe 1, de la Convention ne sera pas applicable aux procédures qui ont trait à une contestation relative à des droits et obligations de caractère civil ou au bien-fondé d une accusation en matière pénale et qui, conformément à des lois cantonales, se déroulent devant une autorité administrative. Le principe de la publicité du prononcé du jugement sera appliqué sans préjudice des dispositions des lois cantonales de procédure civile et pénale prévoyant que le jugement n est pas rendu en séance publique, mais est communiqué aux parties par écrit. Ukraine Par une lettre en date du 3 juillet 2000, enregistrée au Secrétariat Général le 10 juillet 2000, le Représentant Permanent de l Ukraine a informé le Secrétaire Général du Conseil de l Europe que la Loi «Sur le Statut disciplinaire des Forces Militaires de l Ukraine» du 24 mars 1999 avait introduit des amendements à l article 3 de la Loi ukrainienne «Sur la Ratification de la Convention de sauvegarde des Droits de l Homme et des Libertés fondamentales, 1950, de son Protocole additionnel et de ses Protocoles Nos. 2, 4 et 11» qui se lit désormais comme suit : «Les dispositions de l article 5, paragraphe 3, de la Convention de sauvegarde des Droits de l Homme et des Libertés fondamentales de 1950 s appliqueront dans la mesure où elles ne sont pas en contradiction avec les articles 48, 49, 50 et 51 du Statut disciplinaire des Forces Militaires de l Ukraine concernant l arrestation au titre d une sanction disciplinaire.» Les amendements sont entrés en vigueur le 24 mars Le Réprésentant Permanent de l Ukraine a précisé que ces modifications ont été purement formelles et ont consisté principalement dans une renumérotation de certaines dispositions du Statut disciplinaire intérimaire (les articles 50, 51, 52 et 53 devenant les articles 48, 49, 50 et 51). Partie I.A Convention européenne des Droits de l Homme Page 36 3. Cour européenne des Droits de l Homme Entre le 1 er juillet et le 31 octobre 2000, la Cour a traité 3324 affaires, soit : 2438 requêtes déclarées irrecevables 61 requêtes rayées du rôle 217 requêtes déclarées recevables 452 requêtes communiquées aux gouvernements 156 arrêts prononcés. Vu le nombre important d arrêts prononcés au cours de cette période, seuls ceux qui présentent un intérêt particulier, en l occurrence ceux prononcés par la Grande Chambre, sont résumés dans cette partie. Ces résumés sont préparés par le Greffe de la Cour. Ils n engagent pas les organes de contrôle de la Convention européenne des Droits de l Homme. La liste exhaustive des arrêts et celle des décisions-clés figure en annexe II. Présentée sous forme de tableau, elle regroupe, par pays, les arrêts et les violations alléguées ainsi que les décisions les plus importantes mentionnant l article en cause et la décision sur la recevabilité. La liste complète et les textes intégraux peuvent être consultés sur le site Internet de la Cour : http ://www.echr.coe.int/. 1. Arrêts Elsholz c/ Allemagne Arrêt du 13 juillet 2000 En fait Le requérant, ressortissant allemand, est le père de C., enfant né hors mariage le 13 décembre Depuis novembre 1985, le requérant vivait avec la mère de l enfant et le fils aîné de celle-ci. En juin 1988, la mère quitta l appartement avec ses deux enfants. Le requérant continua à voir son fils fréquemment jusqu en juillet Il passa aussi à plusieurs reprises ses vacances avec les deux enfants et leur mère. Il n y eut plus aucune visite par la suite. Lorsqu un responsable de l office de la jeunesse (Jugendamt) d Erkrath l interrogea chez lui en décembre 1991, C. déclara qu il ne voulait pas revoir son père. Le tribunal de district (Amtsgericht) de Mettmann rejeta en décembre 1992 la demande du requérant tendant à se voir octroyer un droit de visite (Umgangsregelung). Le tribunal de district considéra qu il ne serait pas favorable au bien-être de l enfant d avoir des contacts avec son père. Le tribunal de district de Mettmann rejeta en décembre 1993 la nouvelle demande du requérant tendant à obtenir le droit de visite. Le tribunal renvoya à sa précédente décision de décembre 1992 et conclut que les conditions énoncées à l article du code civil (Bürgerliches Gesetzbuch), portant sur les contacts entre un père et son enfant né hors mariage, n étaient pas réunies. Il constata que les relations du requérant avec la mère de l enfant étaient tellement tendues que la mise en œuvre du droit de visite ne pouvait être envisagée. Si l enfant devait voir le requérant contre la volonté de sa mère, il s exposerait à un conflit de loyauté insurmontable, ce qui porterait préjudice à son bienêtre. Le tribunal considéra en outre qu il importait peu de savoir lequel des parents était à l origine des tensions. A la suite de deux longs entretiens avec l enfant, le tribunal conclut que le développement de celui-ci serait mis en danger si les contacts avec le père devaient reprendre contre la volonté de la mère. Le tribunal de district considéra de plus que les faits pertinents étaient établis de manière claire et complète aux fins de l article 1711 du Code civil. Il jugea donc inutile de consulter un expert. Le 21 janvier 1994, le tribunal régional (Landgericht) de Wuppertal rejeta le recours du requérant sans audience. Suivant en cela la décision attaquée en appel, le tribunal régional jugea que, en raison des tensions existant entre les parents, qui avaient des effets négatifs sur l enfant, ainsi que l avait confirmé l audition de celui-ci en novembre 1992 et en décembre 1993, il n était pas dans l intérêt supérieur de l enfant d avoir des contacts avec son père, d autant moins que ces contacts avaient été interrompus pendant deux ans et demi environ. Peu importait de savoir qui était à l origine de l interruption de la vie commune. Ce qui comptait était que, en l espèce, des contacts entre le père et l enfant auraient des conséquences négatives sur ce dernier. Pour le tribunal, cette conclusion tombait sous le sens, de sorte qu il n y avait aucun besoin d obtenir l avis d un expert psychologue. Le tribunal régional fit enfin observer qu il n était pas nécessaire d entendre de nouveau les parents et l enfant, car rien ne donnait à penser que pareille audition permettrait d aboutir à des conclusions plus favorables au requérant. En avril 1994, un collège de trois juges de la Cour constitutionnelle fédérale (Bundesverfassungsgericht) refusa d examiner le recours constitutionnel (Verfassungsbeschwerde) formé par le requérant. Le requérant se plaint de ce que les décisions des tribunaux allemands qui ont rejeté sa demande tendant à l obtention d un droit de visite à l égard de son fils, un enfant né hors mariage, emportent violation de l article 8, d avoir fait l objet d une discrimination contraire à l article 14 combiné avec l article 8, et d avoir été victime d une violation de l article 6.1 qui garantit le droit à un procès équitable. En droit Article 8 La Cour rappelle que la notion de famille au sens où l entend cet article ne se borne pas aux seules rela- Page 4 Bulletin d information sur les droits de l homme, nº 517 tions fondées sur le mariage et peut englober d autres liens «familiaux» factuels lorsque les parties cohabitent en dehors du mariage. Un enfant issu d une telle relation s insère de plein droit dans cette cellule «familiale» dès sa naissance et par le fait même de celleci. Il existe donc entre l enfant et ses parents un lien constitutif d une vie familiale. La Cour rappelle en outre que, pour un parent et son enfant, être ensemble représente un élément fondamental de la vie familiale, même si la relation entre les parents s est rompue, et que des mesures internes qui les en empêchent constituent une ingérence dans le droit protégé par l article 8 de la Convention. La Cour considère que les décisions refusant au requérant le droit de visite s analysent en une ingérence dans l exercice du droit au respect de la vie familiale garanti par le paragraphe 1 de l article 8 de la Convention. Pareille ingérence emporte violation de l article 8, sauf si elle est «prévue par la loi», poursuit un ou plusieurs buts légitimes au sens du paragraphe 2 de cette disposition et peut passer pour «nécessaire dans une société démocratique». Pour la Cour, les décisions judiciaires attaquées par le requérant étaient fondées sur une disposition du droit interne, à savoir l article du Code civil dans sa version en vigueur à l époque des faits, et visaient, à l évidence, à la protection «de la santé ou de la morale» et «des droits et libertés» de l enfant. Elles poursuivaient donc des buts légitimes au sens du paragraphe 2 de l article 8. Pour déterminer si la mesure litigieuse était «nécessaire dans une société démocratique», la Cour a recherché si, en fonction des circonstances de l espèce et notamment de la gravité des décisions à prendre, le requérant a pu jouer dans le processus décisionnel, considéré comme un tout, un rôle suffisamment important pour lui assurer la protection requise de ses intérêts. Le refus d ordonner une expertise psychologique indépendante, joint à l absence d audience devant le tribunal régional montre, de l avis de la Cour, que le requérant n a pas joué dans le processus décisionnel un rôle suffisamment important. Dès lors, la Cour conclut que les autorités nationales ont outrepassé leur marge d appréciation, et qu elles ont donc violé dans le chef du requérant les droits garantis par l article 8 de la Convention. Conclusion : violation (13 voix contre 4) Article 14 combiné avec l article 8 La Cour ne juge pas nécessaire de rechercher si, en tant que telle, l ancienne législation allemande, à savoir l article du Code civil, établissait, entre les pères d enfants nés hors mariage et les pères divorcés, une distinction injustifiable qui s analyserait en une discrimination contraire à l article 14, puisqu il n apparaît pas que l application de cette clause, en l espèce, ait abouti à une approche différente de celle qui aurait prévalu dans le cas d un couple divorcé. La Cour constate que les décisions des tribunaux allemands reposaient explicitement sur le danger qu aurait fait courir au développement de l enfant une reprise des contacts avec le requérant contre la volonté de la mère. La considération primordiale était ainsi le risque pour le bien-être de l enfant. En conséquence, les faits de la cause ne permettent pas d affirmer qu un père divorcé aurait bénéficié d un traitement plus favorable. Dès lors, il n y a pas eu violation de l article 14 combiné avec l article 8. Conclusion : non-violation (unanimité) Article 6.1 Tenant compte de ses conclusions sous l angle de l article 8, la Cour estime que, en l espèce, en raison de l absence d expertise psychologique et du fait que le tribunal régional n a pas tenu d audience, la procédure considérée dans son ensemble n a pas satisfait aux exigences d équité et de publicité énoncées à l article 6.1. Partant, il y a eu violation de cette disposition. Conclusion : violation (13 voix contre 4) Article 41 La Cour juge impossible d affirmer que les décisions en cause auraient été différentes s il n y avait pas eu violation de la Convention. Selon la Cour, on ne saurait exclure que, si l intéressé avait pu participer davantage au processus décisionnel, il aurait obtenu satisfaction dans une certaine mesure, ce qui aurait pu modifier sa relation future avec l enfant. De surcroît, le requérant a certainement subi un dommage moral en raison de l angoisse et de la détresse éprouvées par lui. La Cour conclut donc que le requérant a subi un certain dommage moral, qui ne se trouve pas suffisamment réparé par le constat d infraction à la Convention, et lui alloue DM. De plus, la Cour octroie au requérant ,26 DM pour frais et dépens. Scozzari et Giunta c/ Italie Arrêt du 13 juillet 2000 En fait La première requérante, Dolorata Scozzari, ressortissante belge et italienne, réside en Italie. Elle agit également au nom de ses enfants G., âgé de 13 ans, ayant la nationalité italienne et belge, et M., âgé de 6 ans, ayant la nationalité italienne. La deuxième requérante, Carmela Giunta, ressortissante italienne, réside à Bruxelles. Depuis la fin de 1998 elle a aussi une résidence en Italie. Elle est la mère de la première requérante. Compte tenu de la situation dramatique au sein de la famille de la première requérante, due notamment aux violences commises par le père des enfants sur ceux-ci et sur leur mère, ainsi qu aux abus commis sur l aîné des enfants par un «éducateur» qui s était avéré ensuite être un pédophile, le tribunal pour enfants de Partie I.A Convention européenne des Droits de l Homme Page 58 Florence décida, le 9 septembre 1997, de suspendre l autorité parentale de la première requérante et de placer les enfants dans la communauté «Il Forteto», située près de Florence. Deux des principaux responsables de cette communauté ont, en 1985, fait l objet d une condamnation pour mauvais traitements (l un d entre eux également pour abus sexuels) sur trois personnes handicapées (une fille et deux garçons) qui étaient accueillies dans la communauté. Il ressort du dossier que ces deux membres de la communauté occupent toujours des postes de responsabilité au sein du «Forteto» et qu ils sont, de surcroît, activement impliqués dans la procédure concernant les enfants de la première requérante et dans leur suivi. La décision du tribunal pour enfants du 9 septembre 1997 permettait à la première requérante de voir seulement son enfant cadet, mais de facto celle-ci en fut empêchée. Par la suite, le tribunal ordonna que l on procède à un programme de préparation de la mère en vue des rencontres avec l enfant cadet. Les rencontres déjà fixées furent, cependant, suspendues en juillet Suite à la décision du tribunal du 22 décembre 1998 d autoriser des rencontres avec les deux enfants, la première requérante les a revus pour la première fois le 29 avril Une deuxième rencontre a eu lieu le 9 septembre Par la suite, les services sociaux ont décidé de suspendre les rencontres. La première requérante, qui prétend agir également au nom de ses enfants, se plaint de ce que la suspension de son autorité parentale et l éloignement de ses enfants, le retard avec lequel les autorités lui ont enfin permis de rencontrer ceux-ci et le nombre insuffisant de rencontres organisées jusqu à présent, ainsi que la décision des autorités de placer les enfants dans la communauté «Il Forteto», ont enfreint l article 8 de la Convention. La deuxième requérante allègue, elle aussi, une violation de l article 8 en ce que les autorités ont écarté la possibilité de lui confier ses petits-fils et ont tardé à organiser des rencontres entre elle et eux. En droit L exception préliminaire du gouvernement Le gouvernement italien conteste tout d abord que la requérante ait qualité pour agir également au nom de ses enfants. Le gouvernement en déduit, par ailleurs, que le gouvernement belge n a pas qualité pour intervenir, dans la mesure où cette intervention se fonde uniquement sur la nationalité belge de l aîné des enfants. Selon la Cour, des mineurs peuvent saisir la Cour même, et à plus forte raison, s ils sont représentés par une mère en conflit avec les autorités. La Cour estime qu en cas de conflit, au sujet des intérêts d un mineur, entre le parent biologique et la personne investie par les autorités de la tutelle des enfants il y a un risque que certains intérêts du mineur ne soient jamais portés à l attention de la Cour et que le mineur soit privé d une protection effective des droits qu il tient de la Convention. Par conséquent, même si la mère a été privée de l autorité parentale, d ailleurs l un des faits générateurs du conflit qu elle porte devant la Cour, sa qualité de mère biologique suffit pour lui donner le pouvoir d ester devant la Cour également au nom de ses enfants afin de protéger leurs propres intérêts. Il y a donc lieu d écarter l exception préliminaire du gouvernement, à la fois quant au locus standi des enfants de la première requérante et quant à la qualité du gouvernement belge pour intervenir dans la procédure. Article 8 suspension de l autorité parentale de la première requérante et éloignement des enfants La Cour relève que dès 1994 la situation familiale de la première requérante s est fortement détériorée. Elle souligne tout particulièrement le rôle négatif de l ex-époux. Il ressort du dossier que celui-ci porte en effet une lourde responsabilité dans le climat de violence qui s était instauré au sein de la famille, à cause de ses violences répétées sur ses enfants et sur son exépouse. Cependant, il y a lieu de relever aussi que même après sa séparation de son ex-époux, la première requérante a eu du mal à s occuper de ses enfants (un rapport établi par une neuropsychiatre de la caisse maladie constatait chez la première requérante des troubles de la personnalité et la jugeait inapte à gérer la situation complexe de sa famille et de ses enfants). A cela s ajoute le grave traumatisme qu ont causé à l aîné des enfants les actes pédophiles d un éducateur qui avait réussi à établir de bonnes relations avec la famille de la première requérante. La Cour estime que dans pareil contexte l intervention des autorités s appuyait sur des motifs pertinents et suffisants et se justifiait par la protection des intérêts des enfants. Partant, il n y a pas eu violation de l article 8 à cet égard. Conclusion : non-violation (unanimité) Article 8 rencontres entre la première requérante et ses enfants La Cour estime, en premier lieu, que la décision du 9 septembre 1997 d interdire tout contact entre la première requérante et l aîné des enfants ne paraît pas s appuyer sur des raisons suffisamment solides. Il est vrai que l enfant sortait d une expérience très pénible et traumatisante. Cependant, une mesure aussi radicale que l interruption totale des contacts ne saurait se justifier que dans des cas exceptionnels. Si les conditions difficiles nuisant à la vie familiale et au développement des enfants ont justifié l éloignement temporaire de ces derniers, la situation grave qui régnait ne justifiait pas à elle seule la rupture des contacts avec l aîné des enfants. La Cour note ensuite que, alors que la décision du 9 septembre 1997 prévoyait l organisation de rencontres avec le fils cadet, elle n a eu aucune suite jusqu au 6 mars 1998, date à laquelle le tribunal pour enfants a enfin résolu de faire précéder les rencontres d un programme de préparation de la mère. Or il n en fut rien, Page 6 Bulletin d information sur les droits de l homme, nº 519 car deux jours seulement avant la première rencontre, fixée au 8 juillet 1998, le tribunal décidait, à la demande du substitut du procureur de la République qui venait d ouvrir une enquête concernant le père des enfants, de suspendre les rencontres déjà programmées. Or on a du mal à comprendre sur quelle base le tribunal a pu prendre une décision aussi sévère et lourde de conséquences, si l on songe que le substitut du procureur avait fondé sa demande sur la simple hypothèse que l enquête pourrait être étendue à la mère. Force est donc de conclure que le substitut du procureur comme le tribunal ont procédé avec légèreté. Par la suite, malgré la décision du tribunal du 22 décembre 1998 ordonnant la reprise des rencontres avant le 15 mars 1999, la première rencontre n eut lieu que le 29 avril Qui plus est, elle n a pas marqué le début de contacts réguliers devant aider les enfants et leur mère à renouer leurs relations. Ce n est certainement pas la persistance d un état de séparation qui peut contribuer à renouer des relations familiales déjà soumises à rude épreuve. Le dossier montre, en fait, qu à partir de la première rencontre les services sociaux ont joué un rôle excessivement autonome dans la mise en œuvre des décisions du tribunal pour enfants et ont fait preuve vis-à-vis de la première requérante d une attitude négative qui, selon la Cour, ne repose sur aucun fondement objectif convaincant (ainsi, après un examen attentif par la Cour du matériel visuel et sonore relatifs aux deux rencontres, le déroulement et les résultats de celles-ci se présentent sous un jour nettement moins négatif que les rapports des services sociaux ne le prétendent). En réalité, la façon dont les services sociaux ont géré la situation jusqu à présent contribue à accentuer la séparation entre la première requérante et ses enfants, au risque de la rendre irréversible. Alors que le fait que seules deux rencontres, après un an et demi de séparation, ont eu lieu depuis la décision du tribunal pour enfants du 22 décembre 1998 aurait dû amener ce dernier à vérifier pour quels motifs le programme progressait aussi lentement, le tribunal s en est tenu, sans se livrer à un contrôle critique des données concrètes, aux conclusions négatives des services sociaux. Il y a donc eu violation de l article 8 sur ce point. Conclusion : violation (unanimité) Article 8 placement des enfants dans la communauté «Il Forteto» La Cour constate que deux des principaux responsables et cofondateurs du «Forteto» ont été condamnés, en 1985, par la cour d appel de Florence pour mauvais traitements et abus sexuels sur trois handicapés accueillis dans la communauté. La Cour n est pas appelée à se prononcer sur le «Forteto» en tant que tel ou sur la qualité générale du suivi des enfants qui lui sont confiés. Elle n a d ailleurs pas à s immiscer dans la polémique opposant partisans et adversaires du «Forteto». Toutefois, le fait que les deux membres condamnés en 1985 occupent toujours des postes de responsabilité au sein de la communauté ne saurait être considéré comme anodin et appelle un examen circonstancié de la situation concrète en ce qui concerne les enfants de la première requérante. La Cour note que, contrairement à ce qu affirme le gouvernement défendeur, les éléments ressortant du dossier montrent que les deux responsables en question jouent un rôle très actif par rapport aux enfants de la première requérante, ce qui suscite de sérieuses réserves. Le fait, reconnu par le gouvernement, que le tribunal pour enfants était au courant des antécédents des deux membres en question lors de la prise des décisions concernant les enfants de la première requérante renforce ces réserves, même si depuis 1985 ces deux responsables ne se sont plus rendus coupables d autres actes délictueux. A cela s ajoutent les abus sexuels commis à un stade antérieur sur l aîné des enfants. La coïncidence des deux éléments les abus soufferts antérieurement par l aîné des enfants et les antécédents desdits responsables rend objectivement compréhensibles les inquiétudes qu éprouvait la première requérante à propos du placement de ses enfants au «Forteto». Il y a lieu de noter aussi que les autorités n ont jamais expliqué à la première requérante pourquoi le placement de ses enfants au «Forteto» ne posait aucun problème malgré les condamnations en question. On ne saurait purement et simplement imposer, comme cela s est produit dans le cas d espèce, à un parent de voir ses propres enfants placés dans une communauté dont certains responsables se sont vu infliger de graves condamnations par le passé pour mauvais traitements et abus sexuels. Cette situation se trouve aggravée par les deux groupes d éléments suivants. En premier lieu, il ressort du dossier que certains responsables du «Forteto», y compris l une des deux personnes condamnées en 1985, semblent avoir contribué d une manière significative à entraver la mise en œuvre des décisions du tribunal pour enfants autorisant des contacts entre la première requérante et ses enfants. En deuxième lieu, les éléments du dossier attestent d une influence croissante des responsables du «Forteto», y compris, encore une fois, de l un des deux membres condamnés en 1985, sur les enfants de la première requérante, influence qui tend à éloigner ceuxci, et tout particulièrement l aîné, de leur mère. Pour la Cour, les faits démontrent que les responsables du «Forteto» impliqués dans le suivi des enfants de la première requérante ont contribué à détourner de leur but les décisions du tribunal pour enfants permettant des rencontres. De surcroît, l on ne sait pas, au juste, à qui les enfants sont, en réalité, confiés au sein du «Forteto». Partie I.A Convention européenne des Droits de l Homme Page 710 Cette situation aurait dû amener le tribunal pour enfants à exercer une surveillance accrue. Or tel n a pas été le cas. En fait, les responsables en question œuvrent dans une communauté qui jouit d une énorme latitude et qui ne semble pas soumise à un contrôle effectif des autorités compétentes. Par ailleurs, la pratique montre que lorsque le placement en communauté se prolonge, nombre des enfants qui font l objet d une telle mesure ne recouvrent en réalité jamais une véritable vie de famille en dehors de la communauté. Dès lors, la Cour n aperçoit aucune justification valable au fait que le placement des enfants de la première requérante ne soit pas assorti d une limite temporelle, ce qui de plus semble aller à l encontre des dispositions pertinentes du droit italien. En réalité, l absence de limite temporelle au placement et l influence négative des personnes qui, au sein du «Forteto», suivent les enfants, combinées avec l attitude et le comportement des services sociaux, sont en- train d acheminer les enfants de la première requérante vers une séparation irréversible d avec leur mère et une intégration à long terme au «Forteto». En conséquence, dans les circonstances exposées ci-dessus, le placement ininterrompu à ce jour des enfants au «Forteto» ne se concilie pas avec les exigences de l article 8. Conclusion : violation (unanimité) Article 8 situation de la deuxième requérante La Cour note que les éléments ressortant du dossier mettent en évidence des difficultés importantes qu a la deuxième requérante à s occuper effectivement des enfants. La Cour considère, en conséquence, que la décision des autorités de ne pas confier les enfants à la deuxième requérante s appuie sur des motifs pertinents, même après l installation, d ailleurs interrompue à cause de ses déplacements en Belgique, de la deuxième requérante en Italie. Quant aux rencontres entre la deuxième requérante et les enfants, la Cour note que l attitude de la grand-mère s est d abord caractérisée par une certaine incohérence. Par la suite, malgré la décision du tribunal pour enfants du 22 décembre 1998, prévoyant le début des rencontres entre la deuxième requérante et les enfants avant le 15 mars 1999, la deuxième requérante ne s est plus manifestée et s est bornée à attendre d être convoquée par les services sociaux, même après l expiration du délai fixé par le tribunal. Bien que la Cour juge peu convaincante l explication avancée par le gouvernement pour justifier le retard dans la mise en œuvre de la décision du tribunal concernant la deuxième requérante, elle estime que celle-ci n a pas justifié de manière pertinente son inertie après l expiration du délai, pas plus que le fait de n avoir pas signalé aux autorités compétentes ses déplacements en Belgique. La Cour conclut qu il n y a pas eu violation de l article 8 quant à la deuxième requérante. Conclusion : non-violation (unanimité) Article 3 Malgré le caractère inquiétant de certains témoignages produits par la première requérante, et dont le gouvernement ne conteste pas la véracité, la Cour partage l avis de la Commission, dans la mesure où aucun élément du dossier n indique que les enfants soient soumis, au sein du «Forteto», à des traitements contraires à l article 3 de la Convention. Il y a lieu de souligner également qu à cet égard la première requérante n a déposé aucune plainte pénale devant les autorités internes compétentes. Partant, il n y a pas eu violation de l article 3. Conclusion : non-violation (unanimité) Article 2 du Protocole n o 1 La Cour note qu il ressort du dossier que l aîné de la première requérante a été scolarisé peu après son arrivée au «Forteto». Quant au cadet, il est en fait scolarisé dans une école maternelle. Par ailleurs, quant à l influence du «Forteto» sur l éducation des enfants, la Cour se reporte à ses conclusions concernant le placement des enfants dans cette communauté. Il n y a donc pas eu violation de cette disposition du Protocole n o 2 à la Convention. Conclusion : non-violation (unanimité) Article 41 La Cour souligne qu il découle de l article 46 de la Convention que l Etat défendeur, reconnu responsable d une violation de la Convention ou de ses Protocoles, est appelé non seulement à verser aux intéressés les sommes allouées à titre de satisfaction équitable, mais aussi à choisir, sous le contrôle du Comité des Ministres, les mesures générales et/ou, le cas échéant, individuelles à adopter dans son ordre juridique interne afin de mettre un terme à la violation constatée par la Cour et d en effacer autant que possible les conséquences. Il est entendu en outre que l Etat défendeur reste libre, sous le contrôle du Comité des Ministres, de choisir les moyens de s acquitter de son obligation juridique au regard de l article 46 de la Convention pour autant que ces moyens soient compatibles avec les conclusions contenues dans l arrêt de la Cour. Dès lors, en vertu de l article 41, le but des sommes allouées à titre de satisfaction équitable est uniquement d accorder une réparation pour les dommages subis par les intéressés dans la mesure où ceux-ci constituent une conséquence de la violation ne pouvant, en tout cas, pas être effacée. La Cour estime que la première requérante a certainement subi un préjudice moral. Statuant en équité, elle lui alloue ITL. La Cour estime ensuite que les enfants ont, eux aussi, subi un préjudice personnel. Statuant en équité, elle décide d allouer personnellement à chacun d entre eux la somme de ITL. En ce qui concerne les frais encourus devant les organes de la Convention, la Cour accorde à l avocate Page 8 Bulletin d information sur les droits de l homme, nº 5111 de la première requérante la somme de ITL (après déduction de la somme que l avocate a déjà perçue par avance de la première requérante, somme que l Etat devra verser à cette dernière, et de celles qui lui ont déjà été versées au titre de l assistance judiciaire octroyée aux requérantes par la Commission puis par la Cour). KudÓa c/ Pologne Arrêt du 26 octobre 2000 En fait Le requérant, inculpé d escroquerie et de faux, avait été placé en détention provisoire en août Après que de nombreuses demandes de mise en liberté eurent été rejetées, l ordonnance de placement en détention fut finalement annulée en juin 1992, sur la base d un rapport psychiatrique d après lequel le requérant présentait des tendances suicidaires persistantes. Le requérant omit par la suite de comparaître a une audience concernant sa cause en février 1993 et, comme il n avait pas produit dans le délai imparti le certificat médical exigé par le tribunal, un avis de recherche fut diffusé afin de le localiser. En octobre 1993, l intéressé fut appréhendé pour une infraction au Code de la route, puis placé en détention provisoire. De nombreuses demandes de libération furent rejetées au cours de l année suivante et, en janvier 1995, le requérant fit une tentative de suicide. Une demande de mise en liberté introduite ultérieurement fut toutefois écartée par le tribunal régional sur la base d un rapport établi par des agents pénitentiaires, d après lesquels la tentative de suicide n était qu un geste destiné à attirer l attention. D autres demandes de mise en liberté furent rejetées avant la condamnation du requérant, en juin1995. En février 1996, la condamnation fut annulée et le requérant dut être rejugé. En mai 1996, l annulation de l ordonnance de placement en détention fut soumise à la condition qu une caution de zlotys fût versée. Les recours formés par le requérant pour obtenir la réduction de ce montant et dans le cadre desquels il invoquait le risque de suicide demeurèrent vains. L intéressé fut finalement libéré en octobre 1996, après le versement de la caution requise. Il fut une nouvelle fois condamné en décembre 1998 ; sa peine fut réduite en appel en octobre 1999 et un recours en cassation est actuellement pendant devant la Cour suprême. En droit Article 3 Cette disposition ne peut être interprétée comme établissant une obligation générale de libérer un détenu pour motifs de santé, ou de le placer dans un hôpital civil afin de lui permettre d obtenir un traitement médical d un type particulier. Néanmoins, l Etat doit s assurer que tout prisonnier est détenu dans des conditions compatibles avec le respect de la dignité humaine et que la santé et le bien-être du prisonnier sont assurés de manière adéquate, notamment par l administration des soins médicaux requis. En l espèce, le requérant a régulièrement sollicité et obtenu des soins médicaux, et rien ne montre que les autorités puissent être jugées responsables de sa tentative de suicide. De même, il n y a eu aucun manquement ultérieur de leur part à maintenir le requérant sous surveillance psychiatrique, l intéressé ayant, de fait, été souvent examiné par des psychiatres. Dès lors, si la détention peut avoir exacerbé, dans une certaine mesure, les sentiments de détresse, d angoisse et de crainte éprouvés par le requérant, il n a pas été établi que l intéressé ait été soumis à des mauvais traitements atteignant un niveau de gravité suffisant pour entrer dans le champ d application de l article 3 de la Convention. Conclusion : non-violation (unanimité) Article 5.3 La période de détention à examiner se compose de deux parties, la première allant de la date à laquelle la Pologne a reconnu le droit de recours individuel (1 er mai 1993) jusqu à la condamnation initiale du requérant, en juin 1995, la seconde allant de l annulation de ladite condamnation, en février 1996 jusqu à la mise en liberté de l intéressé, en octobre 1996 (la période entre la condamnation et son annulation étant exclue comme relevant de l article 5.1.a de la Convention). La période à considérer représente donc au total deux ans, quatre mois et trois jours. Il ne paraît pas contesté que le motif principal pour lequel la détention fut ordonnée réside dans le non-respect par le requérant du délai qui lui avait été imparti pour produire un certificat médical, ce qui avait suscité la crainte de le voir tenter de se soustraire à la justice. Ce motif pouvait initialement suffire à légitimer la détention mais, au fil du temps, il est inévitablement devenu moins pertinent, compte tenu de ce qu avant sa réincarcération le requérant avait déjà passé presque un an en détention. Seules des raisons vraiment impérieuses pourraient justifier la durée de la détention ; or pareilles raisons n ont pu être décelées en l espèce. Les raisons invoquées par les autorités n étaient donc pas suffisantes. Conclusion : violation (unanimité) Article 6.1 La durée d une procédure d appel ou de cassation doit être prise en compte lorsqu il s agit d apprécier le caractère raisonnable ou non de la durée globale d une procédure. Dès lors, en l absence de toute preuve montrant que la Cour suprême se soit déjà prononcée sur la cause, la Cour constate que la procédure dure, à ce jour, depuis plus de neuf ans, dont sept ans et cinq mois se situent après la date à laquelle la Pologne a reconnu le droit de recours individuel. Cette période ne peut passer pour raisonnable. Conclusion : violation (unanimité) Article 13 Dans certaines affaires précédentes, la Cour a considéré qu il ne s imposait pas d examiner un grief fondé sur l article 13 lorsqu une violation de l article 6 Partie I.A Convention européenne des Droits de l Homme Page 912 avait été constatée, estimant qu il n y avait aucun intérêt juridique à réexaminer la même question sous l angle des exigences moins strictes de l article 13. Toutefois, il n y a pas superposition, et donc pas absorption, lorsque, comme en l espèce, la violation de l article 6 concerne la durée de la procédure, cette question étant distincte de celle de la disponibilité d un recours effectif pour dénoncer le caractère excessif de cette durée. Si la Cour s est, par le passé, refusée à se prononcer sur un grief tiré de l article 13 en pareilles circonstances, il lui faut aujourd hui revoir sa jurisprudence, eu égard à l introduction devant elle d un nombre toujours plus important de requêtes concernant la durée de procédures, et il s impose donc d examiner séparément le grief tiré de l article 13. Le caractère subsidiaire du mécanisme institué par la Convention s exprime dans les articles 13 et 35.1 de la Convention, le premier énonçant de manière explicite l obligation pour les Etats de protéger les droits de l homme en premier lieu au sein de leur propre ordre juridique. Si, pour l heure, il n existe pas, dans les ordres juridiques des Etats contractants, un système prédominant en matière de recours permettant de dénoncer les durées excessives de procédure, il y a des exemples démontrant que pareils recours peuvent être créés et fonctionner de manière effective. L interprétation correcte de l article 13 est que cette disposition garantit un recours effectif permettant de se plaindre d une méconnaissance de l obligation d entendre les causes dans un délai raisonnable. En l espèce, le gouvernement soutient que l ensemble des divers recours disponibles remplissait les conditions de l article 13, mais il n indique pas dans quelle mesure le requérant pouvait obtenir satisfaction en utilisant ces voies de droit. Il ne prétend pas que l une quelconque de cellesci ou une combinaison de plusieurs d entre elles aurait pu faire intervenir plus tôt la décision sur les charges dirigées contre le requérant ou aurait pu fournir à ce dernier une réparation adéquate pour les retards déjà accusés. En conséquence, les recours mentionnés ne remplissent pas le critère d effectivité. Conclusion : violation (16 voix contre 1) Article 41 La Cour estime que le requérant n a pas démontré que le dommage matériel allégué par lui soit effectivement résulté de sa détention pendant la période pertinente. Elle lui accorde zlotys polonais pour dommage moral ainsi qu une certaine somme pour frais et dépens. Maaouia c/ France Arrêt du 5 octobre 2000 En fait Le requérant, de nationalité tunisienne, entra en France en 1980 à l âge de 22 ans et y épousa une ressortissante française en 1992, avec laquelle il vivait depuis neuf ans. En décembre 1988, il fut condamné par la cour d assises des Alpes-Maritimes à six ans de réclusion criminelle pour des faits commis en Il fut libéré en avril En août 1991, un arrêté d expulsion fut pris à l encontre du requérant, qui en ignora l existence jusqu au 6 octobre 1992, date à laquelle il lui fut notifié, alors qu il se présentait dans un centre administratif pour régulariser sa situation. Pour s être soustrait à l exécution dudit arrêté d expulsion, le requérant fit l objet de nouvelles poursuites pénales et fut condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Nice en novembre 1992, devenu définitif en avril 1997, à la peine d un an d emprisonnement ferme assorti de dix ans d interdiction du territoire français. Parallèlement le requérant avait introduit, en décembre 1992, un recours en annulation de l arrêté d expulsion devant les juridictions administratives. Par un jugement devenu définitif en mars 1994, le tribunal administratif de Nice annula cet arrêté en raison, notamment, du défaut de convocation du requérant devant la commission des expulsions. Fort de ce jugement du tribunal administratif, le requérant saisit, le 12 août 1994, le procureur général près la cour d appel d Aix-en-Provence d une requête en relèvement de l interdiction du territoire français. Il réitéra sa demande en juillet 1995 et sollicita une audience pour l examen de son affaire, compte tenu du temps déjà écoulé depuis le dépôt de sa requête. Après qu une enquête au sujet du requérant eût été effectuée, le procureur général fit savoir à ce dernier, en novembre 1997, que son affaire serait appelée en audience le 26 janvier Ce même jour la cour d appel fit droit à la demande du requérant, ordonnant le relèvement de la mesure d interdiction du territoire au motif que l arrêté d expulsion avait été annulé. Par ailleurs le requérant fit de multiples démarches en vue de régulariser sa situation sur le plan administratif. Ses demandes aboutirent à l obtention, à une date récente, d un titre de séjour valable dix ans avec autorisation de travailler. Le requérant se plaint de la durée excessive de la procédure en relèvement de l interdiction de territoire français. En droit Article 6.1 Si la Cour ne s est jamais prononcée sur la question de l applicabilité de l article 6.1 aux procédures d expulsion d étrangers, en revanche la jurisprudence constante de la Commission dispose que la décision d autoriser ou non un étranger à rester dans un pays dont il n est pas ressortissant n entre pas dans le champ d application de l article 6.1. Les dispositions de la Convention doivent être interprétées en prenant en considération l ensemble du système conventionnel et, en l espèce, il convient de relever que l article 1 du Protocole n o 7, ratifié par la France, contient des garanties procédurales applicables en cas d expulsion d étrangers. En outre, le préambule de cet instrument se réfère à la nécessité de prendre de «nouvelles mesures propres à assurer la garantie collective de certains droits et libertés par la Convention ( )». De la lecture combinée de ces dispositions, il ressort que les Etats étaient conscients que l article 6.1 ne s appliquait pas aux procédures d expulsion d étrangers et qu ils souhaitaient prendre des me- Page 10 Bulletin d information sur les droits de l homme, nº 5113 sures spécifiques dans ce domaine. Cette analyse est corroborée par le rapport explicatif. Ainsi, en adoptant l article 1 du Protocole n o 7, les Etats ont clairement marqué leur volonté de ne pas inclure les procédures d expulsion dans le champ d application de l article 6.1. Compte tenu de ces développements, la procédure en relèvement de l interdiction du territoire français ne porte pas sur une contestation de «caractère civil» au sens de l article 6.1 et le fait que cette interdiction a pu entraîner des conséquences importantes sur la vie privée et familiale, et les attentes professionnelles du requérant ne saurait suffire à faire entrer cette procédure dans le domaine des droits civils protégé par l article 6.1. La mesure d interdiction du territoire ne porte pas davantage sur le bien-fondé d une accusation en matière pénale. A cet égard, il est à relever que la qualification d une telle mesure dans l ordre juridique interne se prête à des interprétations divergentes. Ce point, à lui seul, ne saurait cependant être décisif et il convient de prendre en compte notamment la nature de la sanction encourue. Or sur ce point, l interdiction du territoire ne revêt pas en général un caractère pénal dans les Etats membres du Conseil de l Europe. Cette mesure, qui dans la plupart des Etats peut également être prise par l autorité administrative, constitue, de par sa nature, une mesure de prévention spécifique en matière de police des étrangers et ne porte pas sur le bien-fondé d une accusation pénale au sens de l article 6.1. Le fait qu elle soit prononcée dans le cadre d une procédure pénale ne saurait changer son caractère essentiellement préventif. Il en découle que la procédure en relèvement de cette mesure ne saurait davantage relever du domaine pénal. En conclusion, les décisions relatives à l entrée, au séjour et à l éloignement des étrangers n emportent pas contestation sur des droits ou obligations de caractère civil, ni n ont trait au bien-fondé d une accusation en matière pénale au sens de l article 6.1. Conclusion : article 6 inapplicable (15 voix contre 2) Mennitto c/ Italie Arrêt du 3 octobre 2000 En fait En 1984, la région Campanie adopta la loi régionale n o 11 dont l article 26 autorisait les services locaux de santé publique (USL) à octroyer une allocation aux familles s occupant à domicile d un parent handicapé. L application de ce texte donna lieu à des recours à l occasion desquels apparut un conflit de compétence entre ordres juridictionnels. La Cour de cassation considéra que le candidat à une allocation ne pouvait se prétendre titulaire d un droit subjectif que dès lors que l administration avait adopté une décision d octroi de l indemnité indiquant le montant de celleci. En l absence de décision, il pouvait, tout au plus, faire valoir un simple intérêt légitime. Le tribunal administratif régional (TAR) de Campanie reconnut, quant à lui, à plusieurs reprises à des parents de personnes handicapées le «droit» de percevoir l allocation prévue par la loi régionale et affirma que l USL ne disposait pas d un pouvoir discrétionnaire pour fixer le montant de la somme due mais devait se borner à effectuer un simple calcul arithmétique. Le Conseil d Etat estima que la région ne pouvait se dispenser de prévoir les fonds nécessaires à l application de la loi et que le montant de l allocation ne pouvait être réduit par l administration, confirmant ainsi que celle-ci ne jouissait d aucun pouvoir discrétionnaire pour la détermination du quantum. En 1989, l USL estima que le fils du requérant réunissait les conditions justifiant l octroi à sa famille d une telle allocation. Le requérant reçut, en application de cette décision, une somme pour les mois de novembre et décembre En juin 1993, il adressa à l USL une mise en demeure dans laquelle il faisait valoir que l allocation n avait pas été versée dans son intégralité. En l absence de réponse, le requérant assigna l USL devant le TAR. En août 1993, il sollicita, sans effet, du TAR qu il fixe une date d audience. En juillet 1995, il demanda, à nouveau la fixation d une audience, cette fois en urgence. L audience eut lieu le 14 janvier Le tribunal considéra que l administration ne disposait pas en la matière d un pouvoir discrétionnaire, son intervention se limitant à vérifier que le candidat réunissait bien les critères posés par la loi et à calculer, le cas échéant, la somme qu il devait recevoir. Relevant que le requérant satisfaisait aux conditions posées par la loi, il jugea que l USL aurait dû statuer sur sa demande. Toutefois, en application de la jurisprudence de la Cour de cassation, il ne lui reconnut qu un simple «intérêt légitime» à obtenir une telle décision et rejeta son recours dans la mesure où celui-ci portait sur la reconnaissance d un «droit» à l allocation. L USL fit appel de ce jugement devant le Conseil d Etat, en juin Par une ordonnance du 30 août 1997, le Conseil d Etat suspendit l exécution de la décision du TAR. En novembre 1997, la structure qui avait succédé à l USL, au vu des nombreuses jurisprudences défavorables à l administration intervenues dans des cas similaires, conclut une transaction avec le requérant. Prenant acte de l accord, le Conseil d Etat raya l affaire du rôle le 25 novembre En droit Article 6.1 Sur l applicabilité de l article 6.1 : Le gouvernement ne dément pas qu une contestation sur l existence d un droit, assez sérieuse pour avoir été tranchée par le TAR, ait existé entre le requérant et l administration. En outre, l issue de la procédure dont la durée est mise en cause était, sans nul doute, déterminante pour le requérant, puisqu elle portait sur la reconnaissance de son droit à obtenir le versement de l intégralité de l allocation. Tout en déniant au requérant un «droit» à percevoir l indemnité, le TAR releva, toutefois, que l administration ne jouissait d aucun pouvoir discrétionnaire dans la détermination du montant de celle-ci, lequel est fixé par la loi. Le même TAR avait, par ailleurs, reconnu un droit au versement de l allocation à des personnes se trouvant dans la même situa- Partie I.A Convention européenne des Droits de l Homme Page 1114 tion que le requérant. Le Conseil d Etat, avait, pour sa part, également nié l existence d un pouvoir discrétionnaire de l administration en affirmant que la région devait prévoir les fonds aux fins de permettre le versement de l allocation dans la mesure établie par la loi. Il n est pas nécessaire d examiner si un simple «intérêt légitime» entre dans la notion autonome de «droits visés» par l article 6. Il suffit de constater que le TAR, comme le Conseil d Etat, se sont écartés de la position de la Cour de cassation sur ce point et que celle-ci n a pas autorité pour imposer aux juridictions administratives une solution sur le fond. En conséquence le requérant pouvait raisonnablement revendiquer un «droit» au versement de l allocation et ce d autant que deux mensualités lui en avaient déjà été payées. Un tel droit revêt, de par sa nature patrimoniale, un caractère civil au sens de la jurisprudence de la Cour. L article 6.1 est dès lors applicable (15 voix contre 2). La période à prendre en considération a débuté avec la saisine du TAR, en août 1993, et a pris fin avec la radiation du rôle du Conseil d Etat, en décembre 1997, et couvre presque quatre ans et cinq mois. L existence, en Italie, d une pratique contraire à la Convention d accumulation de manquements au respect de l exigence de délai raisonnable constitue une circonstance aggravante de la violation. La présente affaire constitue une nouvelle manifestation de ladite pratique. Conclusion : violation (15 voix contre 2) Article 41 La Cour alloue au requérant lires italiennes (ITL) pour le dommage moral subi ainsi qu une somme au titre des frais et dépens. Hassan et Tchaouch c/ Bulgarie Arrêt du 26 octobre 2000 En fait Le premier requérant était Grand mufti des musulmans bulgares ; le second enseignait à l Institut d études islamiques et déclare avoir travaillé à temps partiel comme secrétaire du bureau du Grand mufti. A la fin des années 80, un conflit surgit entre deux factions rivales de la communauté musulmane. En 1992, la direction des affaires religieuses annula l élection de G., qui avait eu lieu en Lors d une conférence nationale organisée par les dirigeants provisoires, le premier requérant fut élu Grand mufti ; la direction des affaires religieuses enregistra les nouveaux dirigeants. Toutefois, en 1994, les partisans de G. organisèrent une conférence nationale qui élut d autres dirigeants ; ceux-ci demandèrent leur enregistrement en tant que dirigeants légitimes des musulmans bulgares. A la suite d un changement de gouvernement, le Vice-Premier ministre prit un décret approuvant apparemment les statuts adoptés à cette dernière conférence et la direction des affaires religieuses enregistra les nouveaux dirigeants, notamment G. Cette décision, qui n était pas motivée, ne fut pas signifiée au premier requérant. Les nouveaux dirigeants expulsèrent par la force le premier requérant et son personnel du bureau du Grand mufti et s emparèrent de tous les documents et biens ; le second requérant prétend avoir été renvoyé de facto. Le parquet refusa de prendre des mesures. Le premier requérant, agissant au nom du bureau du Grand mufti, saisit la Cour suprême d un recours qui fut rejeté au motif que le Conseil des ministres (auquel est rattachée la direction des affaires religieuses) jouissait d un pouvoir discrétionnaire illimité pour décider d enregistrer ou non des groupes religieux. Le premier requérant fut réélu Grand mufti à une conférence nationale qu il organisa en 1995, mais ses demandes d enregistrement restèrent sans réponse. Il saisit la Cour suprême, qui estima que le refus implicite était illégal. Toutefois, le Vice-Premier ministre refusa d enregistrer l intéressé au motif que les chefs de la communauté musulmane avaient déjà été enregistrés. Le requérant saisit de nouveau la Cour suprême, qui infirma le refus, mais le Conseil des ministres continua de refuser l enregistrement. Finalement, une conférence d unification eut lieu et de nouveaux dirigeants furent élus et enregistrés. En droit Exception préliminaire du gouvernement (nonépuisement des voies de recours internes) : cette exception ayant été soulevée après la décision de la Commission sur la recevabilité, il y a forclusion. Article 9 La personnalité des ministres du culte est assurément importante pour tout membre d une communauté religieuse ; la participation à la vie de la communauté est donc une manifestation de la religion. Lorsque l organisation de la communauté religieuse est en cause, l article 9 doit s interpréter à la lumière de l article 11 le droit des fidèles à la liberté de religion suppose que la communauté puisse fonctionner paisiblement, sans ingérence arbitraire de l Etat ; en effet, l autonomie des communautés religieuses est indispensable au pluralisme et se trouve donc au cœur même de la protection offerte par l article 9. Etant donné que les requérants sont des membres actifs de leur communauté religieuse et que les événements litigieux concernent leur droit a la liberté de religion, l article 9 trouve à s appliquer. En cas de manquement des autorités à leur obligation de neutralité dans l exercice de leur pouvoir en matière d enregistrement des communautés religieuses, il y a lieu de conclure que l Etat a porté atteinte à la liberté des fidèles de manifester leur religion. Sauf dans des cas très exceptionnels, le droit à la liberté de religion exclut toute appréciation de la part de l Etat sur la légitimité des croyances religieuses ou sur les modalités d expression de celles-ci. Des mesures de l Etat favorisant un dirigeant d une communauté religieuse divisée ou visant à contraindre la communauté, contre ses propres souhaits, à se placer sous une direction unique constitueraient également une atteinte à la liberté de religion. Page 12 Bulletin d information sur les droits de l homme, nº 5115 En l espèce, des changements de la direction de la communauté musulmane ont été édictés ; cette décision n était pas motivée et a eu pour conséquence de favoriser une faction en lui reconnaissant le statut de direction officielle unique, et de priver le premier requérant de la possibilité de continuer à représenter au moins une partie de la communauté. Partant, il y a eu une ingérence dans le droit des requérants à la liberté de religion. Toutefois, étant donné que la loi pertinente n énonce aucun critère matériel pour l enregistrement et qu il n existe aucune garantie procédurale contre un exercice arbitraire du pouvoir d appréciation accordé à l exécutif, l ingérence n était pas prévue par la loi. Par ailleurs, le refus répété du Conseil des Ministres d exécuter les arrêts rendus par la Cour suprême constitue un acte manifestement illégal, d une gravité particulière. Conclusion : violation (unanimité) Article 11 La Cour estime qu aucune question distincte ne se pose sous l angle de cette disposition, l article 9 ayant déjà été interprété à la lumière de l article 11. Conclusion : non-lieu à examen (unanimité) Article 13 La portée de l obligation découlant de cette disposition varie en fonction de la nature du droit invoqué. L article 13 ne saurait être interprété comme exigeant la possibilité pour tout croyant d engager à titre personnel une procédure formelle pour contester une décision rela-tive à l enregistrement des dirigeants de sa communauté religieuse ; une telle personne peut protéger ses intérêts à cet égard en s adressant à ses dirigeants et en appuyant toute action judiciaire que ceux-ci pourraient engager. L Etat peut remplir son obligation en offrant des recours qui ne sont accessibles qu aux représentants de la communauté. La Cour suprême ayant retenu l affaire pour examen, un représentant de la communauté religieuse a eu accès à un recours juridictionnel. Toutefois, cette juridiction a refusé d examiner le fond, estimant que le Conseil des Ministres jouissait d un pouvoir discrétionnaire illimité ; partant, le premier recours n était pas effectif. Les deux autres recours n étaient pas non plus effectifs, le Conseil des Ministres ayant refusé de se conformer aux arrêts de la Cour suprême. De plus, le gouvernement n a pas indiqué comment une procédure pénale aurait pu aboutir à un examen du fond des griefs des requérants et n a fait état d aucun autre recours. Conclusion : violation (unanimité) Article 6.1 Les requérants n ont précisé ni la base légale ni le contenu des droits de caractère civil qu ils invoquent. En outre, ils n ont pas démontré l existence d obstacles qui les empêchaient d intenter une action civile devant les tribunaux concernant leur droit à rémunération. Conclusion : non-violation (unanimité) Article 1 du Protocole n o 1 Les requérants ne réitèrent pas leurs griefs sur le terrain de cette disposition. Conclusion : non-lieu à examen (unanimité) Article 41 La Cour estime que le second requérant n a pas établi de lien de causalité entre la violation et le manque à gagner ou les autres dommages matériels qu il aurait subis, puisque la présente affaire ne porte pas sur son poste de professeur mais sur l atteinte à son droit à la liberté de religion qu a entraînée la destitution des dirigeants de la communauté religieuse. En outre, elle note que le premier requérant a, certes, dû subir un certain dommage matériel, mais qu il n a pas étayé sa demande à cet égard par de solides preuves écrites. En conséquence, sa demande pour dommage matériel ne peut être accueillie. La Cour admet, néanmoins, que l impossibilité pour le premier requérant de produire des preuves peut, dans une certaine mesure, être due au fait qu il a été empêché d accéder à sa documentation. La Cour prend donc ces circonstances en considération dans son examen de la demande de l intéressé pour préjudice moral. Elle lui octroie la somme de lev (BGL) de ce chef. Elle alloue également une indemnité pour frais et dépens. Iatridis c/ Grèce Arrêt du 19 octobre 2000 La Cour européenne des Droits de l Homme a alloué au requérant drachmes (GRD) pour dommage matériel, GRD pour dommage moral et GRD pour frais et dépens. L arrêt a été rendu en application de l article 41 de la Convention. La Cour a dit que le Gouvernement grec devait verser les sommes précitées pour l indemnisation des pertes financières subies du fait de l occupation illégale d un cinéma de plein air exploité par le requérant. Dans son arrêt rendu sur le fond le 25 mars 1999, la Cour avait constaté une violation de l article 1 du Protocole nº 1 (droit au respect de ses biens) et de l article 13 de la Convention (droit à un recours effectif) et n avait pas tranché la question de la satisfaction équitable. Partie I.A Convention européenne des Droits de l Homme Page 1316 2. Composition de la Cour au 31 octobre 2000 (par ordre de préséance) M. Luzius Wildhaber Suisse Président M me Elisabeth Palm Suédoise Vice-présidente M. Christos Rozakis Grec Vice-président M. Georg Ress Allemand Président de section M. Jean-Paul Costa Français Président de section M. Benedetto Conforti Italien M. Antonio Pastor Ridruejo Espagnol M. Luigi Ferrari Bravo Italien Élu au titre de Saint-Marin M. Gaukur Jörundsson Islandais M. Giovanni Bonello Maltais M. Lucius Caflisch Suisse Élu au titre du Liechtenstein M. Loukis Loucaides Chypriote M. Jerzy Makarczyk Polonais M. Pranas Kñris Lituanien M. Ireneu Cabral Barreto Portugais M. Riza Türmen Turc M me Françoise Tulkens Belge M me Viera Stráznická Slovaque M. Corneliu Bîrsan Roumain M. Peer Lorenzen Danois M. Willi Führmann Autrichien M. Karel Jungwiert Tchèque Sir Nicolas Bratza Britannique M. Marc Fischbach Luxembourgeois M. Volodymyr Butkevych Ukrainien M. Josep Casadevall Andorran M. Boštjan Zupancic Slovène M me Nina Vajic Croate M. John Hedigan Irlandais M me Wilhelmina Thomassen Néerlandaise M. Matti Pellonpää Finlandais M me Margarita Tsatsa Nikolovska ressortissante de «l ex-république yougoslave de Macédoine» M. Tudor Pantiru Moldovan M me Hanne Sophie Greve Norvégienne M. András Baka Hongrois M. Rait Maruste Estonien M. Egils Levits Letton M. Kristaq Traja Albanais M me Snejana Botoucharova Bulgare M. Mindia Ugrekhelidze Géorgien M. Anatoly Kovler Russe M. Michele de Salvia Italien greffier M. Paul Mahoney Britannique greffier adjoint M me Maud de Boer-Buquicchio Néerlandaise greffière adjointe Page 14 Bulletin d information sur les droits de l homme, nº 5117 4. Les activités du Comité des Ministres dans le cadre de la Convention européenne des Droits de l Homme Le Comité des Ministres intervient pour assurer la garantie collective des droits et libertés fondamentales contenus dans la Convention et ses Protocoles en vertu de deux articles : Dans le cadre de l article 32 de l ancienne Convention (voir dispositions transitoires du Protocole n o 11), il lui appartient de décider, dans les affaires qui ne sont pas déférées à la Cour, s il y a eu ou non violation de la Convention et d octroyer, le cas échéant, une satisfaction équitable aux victimes. La décision du Comité sur la question de la violation qui s apparente à un arrêt de la Cour en ce qui concerne ses effets est, depuis 1995, matérialisée soit directement dans une résolution «intérimaire», publiant également le rapport de la Commission, soit, après exécution totale, dans une résolution «traditionnelle», auquel cas le rapport de la Commission reste, en principe, confidentiel durant toute la phase d exécution ; en effet, de même qu il surveille l exécution des arrêts de la Cour, le Comité des Ministres surveille l exécution de ses propres décisions et ne termine son examen de l affaire que lorsque toutes les mesures d exécution ont été prises. Si le Comité des Ministres décide de publier directement sa décision sur la violation, une résolution «finale» est prise aussitôt après l accomplissement de toutes les mesures d exécution. Les décisions du Comité des Ministres sur la satisfaction équitable ne sont pas publiées séparément mais figurent dans les résolutions «traditionnelles» ou «finales». En vertu de l article 54 de l ancienne Convention et de l article 46 de la nouvelle telle qu amendée par le Protocole n o 11, il lui appartient de surveiller les mesures adoptées par les États défendeurs pour assurer l exécution des arrêts de la Cour : mesures vis-à-vis du requérant (paiement d une satisfaction équitable, réouverture de la procédure à l origine de la violation, radiation d une condamnation du casier judiciaire, renonciation à procéder à l expulsion du requérant, ou autres) et mesures pour éviter la répétition de la violation constatée (tels que, pour exemple, des changements de législation ou de jurisprudence, le recrutement de juges pour résorber le retard judiciaire, la construction de centres de détention adaptés aux délinquants mineurs, des mesures de formation pour la police). En raison du grand nombre de résolutions adoptées par le Comité des Ministres en vertu de ces articles, celles-ci ne peuvent être présentées que sous forme statistique et seules les plus significatives font l objet d un résumé. Des renseignements complémentaires peuvent être obtenus auprès de la Direction générale des droits de l homme du Conseil de l Europe. Certaines informations sont également disponibles sur Internet : L analyse qui suit présente les résolutions adoptées lors des 716 e, 721 e et 727 e réunions des Délégués des Ministres (pour la période juillet-octobre 2000). Les résolutions indiquées en italique sont celles qui présentent un intérêt particulier ; elles font l objet d un résumé à la suite du tableau. A. Résolutions finales (concernant des affaires où une résolution intérimaire a déjà été publiée) Affaire Résolution Article(s) J.-M.R. c/ Autriche F (2000) Leclerq c/ France F (2000) Piedebout c/ France F (2000) Melise c/ Italie F (2000) Pellegrini Adolfo c/ Italie F (2000) Prot. 1 Da Silva e Sousa c/ Portugal F (2000) P.S. c/ Slovaquie F (2000) Orefici c/ Espagne F (2000) C.B. c/ Suisse F (2000) B.E.V. c/ Royaume- Uni F (2000) Lane c/ Royaume- Uni F (2000) Orefici c/ Espagne Requête nº 34109/96 Résolution DH (2000) 121 du 2 octobre 2000 Le requérant s était plaint de la durée excessive de sa détention provisoire. Dans sa Résolution intérimaire DH (2000) 23, le Comité des Ministres a conclu qu il y avait eu violation de l article 5 (3). Dans la présente résolution le Comité des Ministres constate que le Gouvernement de l Espagne a versé au requérant la somme fixée et a pris les mesures résumées ci-après : Annexe à la Résolution DH (2000) 121 Informations fournies par le Gouvernement de l Espagne lors de l examen de l affaire Orefici par le Comité des Ministres Le 25 février 2000, le rapport adopté par la Commission européenne des Droits de l Homme dans cette affaire a été transmis aux autorités judiciaires concernées, à savoir le Juge d instruction (Juez de Instrucción) nº 11 et le Président de la Troisième Section de l Audience provinciale, de Málaga. De plus, à la même date, le rapport a également été transmis aux Présidents du Conseil Général du Pouvoir judiciaire (Consejo General del Poder Judicial) et du Tribunal constitutionnel. Enfin, le rapport a été publié dans le Boletín Oficial del Ministerio de Justicia. Partie I.A Convention européenne des Droits de l Homme Page 1518 Par conséquent, le Gouvernement de l Espagne est de l avis qu il a rempli ses obligations en vertu de l article 32 de la Convention. B. Résolutions «traditionnelles» établissant s il y a eu ou non des violations de la Convention et contrôlant l exécution de la décision Affaire Résolution Article(s) W.O. c/ Suisse (2000) C. Résolutions «traditionnelles» concluant le contrôle de l exécution d un arrêt de la Cour européenne des Droits de l Homme Affaire Résolution Article(s) Pfleger c/ Autriche (2000) (règlement amiable) Assenov et autres c/ Bulgarie (2000) , 5.4, 13 Nikolova c/ Bulgarie (2000) , 5.4 Pitsillos c/ Chypre (2000) (règlement amiable) Grosse c/ Danemark (2000) (règlement amiable) Kurt Nielsen c/ Danemark (2000) Cloez c/ France (2000) (règlement amiable) Sidiropoulos et autres c/ Grèce (2000) Vilborg Yrsa Sigurðardóttir c/ Islande (2000) , 6.2 Aggiato c/ Italie (2000) (règlement amiable) C. c/ Italie (2000) (règlement amiable) Fragola c/ Italie (2000) (règlement amiable) Galloni c/ Italie (2000) (règlement amiable) Lombardo Vincenzo c/ Italie (2000) (règlement amiable) M.R. II c/ Italie (2000) (règlement amiable) Martinelli Giancarlo c/ Italie (2000) (règlement amiable) Mastroeni c/ Italie (2000) (règlement amiable) Moni Angelo Salvatore c/ Italie (2000) 89 8 (règlement amiable) Penna c/ Italie (2000) (règlement amiable) Roselli IV c/ Italie (2000) (règlement amiable) Mikulski c/ Pologne (2000) (règlement amiable) Da Conceição Gavina c/ Portugal (2000) Ferreira de Sousa et Costa Arauio c/ Portugal (2000) Freitas Lopes c/ Portugal (2000) Marques Gomes Galo c/ Portugal (2000) I.S. c/ Slovaquie (2000) J.K. c/ Slovaquie (2000) , 1 Prot. 1 (règlement amiable) Hertel (H.U.H.) c/ Suisse (2000) Gaskin McLeod Perks et autres c/ Royaume- Uni (2000) c/ Royaume- Uni (2000) c/ Royaume- Uni (2000) c Assenov et autres c/ Bulgarie Requête nº 24760/94 Résolution DH (2000) 109 du 2 octobre 2000 Les griefs concernaient, notamment, l absence d enquête effective et approfondie sur les allégations de mauvais traitements subis par le premier requérant, l absence de contrôle judiciaire du placement du premier requérant en détention provisoire, l impossibilité de contester la légalité de cette détention à intervalles réguliers, la durée excessive de cette détention et une entrave irrégulière au droit de recours individuel devant les instances de la Convention. Dans son arrêt du 28 octobre 1998, la Cour a dit qu il y avait eu violation des articles 3, 5 (3), 5 (4), 13 et 25 (1). Dans la présente résolution le Comité des Ministres constate que le Gouvernement de la Bulgarie a versé aux requérants la somme fixée et a pris les mesures résumées ci-après : Annexe à la Résolution DH (2000) 109 Informations fournies par le Gouvernement de la Bulgarie lors de l examen de l affaire Assenov et autres par le Comité des Ministres Eu égard à son obligation de se conformer aux arrêts de la Cour européenne des Droits de l Homme (article 46 de la Convention européenne des Droits de l Homme), la Bulgarie a adopté, à la suite des arrêts Assenov et Nikolova (arrêt du 25 mars 1999), un certain nombre de mesures importantes afin de prévenir de nouvelles violations de la Convention semblables à celles constatées dans les présentes affaires. I. Mesures législatives Le 22 juillet 1999, l Assemblée nationale de la Bulgarie a adopté une grande réforme de la procédure pénale. La loi qui a été publiée au Journal officiel (n o 70/1999) le 6 août 1999, et qui est entrée en vigueur à la même date, a modifié les dispositions qui étaient directement à l origine des violations de l article 5 constatées par la Cour européenne dans les affaires précitées. Pouvoirs de placement en détention provisoire La loi du 6 août 1999 a modifié, en particulier, les dispositions des articles 152 et 201 du Code de procédure pénale qui avaient trait aux pouvoirs du procureur ou du magistrat instructeur de placer des personnes en détention prolongée en l absence de contrôle judiciaire. Le nouvel article 152.a dispose que la détention provisoire est ordonnée par le tribunal compétent de première instance sur demande du procureur ou du magistrat instructeur (paragraphes 1 et 2). Les délais maxima de la détention avant ce contrôle judiciaire sont de 72 heures dans le cas où elle est ordonnée par le procureur et de 24 heures dans le cas où elle est ordonnée par le magistrat instructeur (paragraphe 3). Le tribunal, composé d un juge unique, décide du placement de l accusé en détention provisoire après une audience publique en présence de l accusé, de son défenseur et du procureur (paragraphe 5). Raisons du placement et du maintien en détention provisoire Le gouvernement rappelle que la loi applicable à l époque des faits de la présente affaire prévoyait encore une détention provisoire obligatoire notamment dans les cas où l accusé était récidiviste (ancien article 152, paragraphe 3, du Code de procédure pénale). Cette obligation a déjà été abolie Page 16 Bulletin d information sur les droits de l homme, nº 5119 par un amendement publiée au Journal officiel le 8 août 1997 (nº 64/1997). La loi du 6 août 1999, adoptée à la suite des arrêts Assenov et Nikolova, a encore modifié l article 152, en particulier dans la partie où il ne dispensait de la détention provisoire que si l accusé prouvait qu il n y avait aucun danger de le voir se soustraire à la justice ou commettre un autre crime (ancien paragraphe 2 de l article 152). Le nouvel article 152 dispose que la détention provisoire est ordonnée dans les affaires concernant les crimes passibles d une privation de liberté, lorsqu il ressort du dossier de l affaire qu il y a un danger réel de voir l accusé se soustraire à la justice ou commettre un autre crime (nouvel article 152, paragraphe 1). Lorsque ce danger cesse d exister, la mesure de détention provisoire est remplacée par une mesure moins sévère (nouvel article 152, paragraphe 3). De surcroît, la durée maximale de la détention provisoire avant le renvoi de l affaire au tribunal est limitée à deux mois sauf pour les accusations de crimes graves délibérément commis et de crimes passibles d au moins 15 ans de prison. Dans les deux derniers cas, la durée maximale de la détention provisoire avant le renvoi de l affaire au tribunal est limitée à un et deux ans respectivement. A l expiration de ces délais, l accusé est mis en liberté par ordre du procureur (nouvel article 152, paragraphe 5). Le Gouvernement bulgare est d avis que le nouveau texte de l article 152 met ainsi suffisamment l accent sur le caractère exceptionnel de la détention provisoire, oblige les procureurs et les magistrats instructeurs à prouver devant le juge l existence de raisons valables et objectives (par exemple un danger de fuite ou de commission de nouveaux crimes) justifiant la mise en détention provisoire et le maintien de cette mesure préventive et insiste suffisamment sur l exigence d une diligence spéciale dans la conduite de l enquête en imposant des limites temporelles strictes de la détention provisoire au stade de l instruction de l affaire. Le droit de contester la légalité de la détention (habeas corpus) La loi du 6 août 1999 a supprimé les dernières limitations du droit du détenu de contester la légalité de sa détention provisoire qui pouvaient entraîner des violations de l article 5, paragraphe 4, de la Convention semblables à celles constatées dans les affaires Assenov et Nikolova. Selon le nouvel article 152.b, toute personne peut former un recours devant un tribunal pour qu il contrôle la légalité de la détention et ordonne la libération. Ce recours peut être introduit par l intermédiaire de l officier chargé de l instruction, qui en informe aussitôt le procureur et transmet l affaire au tribunal (paragraphe 3). Le tribunal examine l affaire dans un délai de trois jours, en audience publique, en présence de l accusé, de son défenseur et du procureur (paragraphe 4). Le tribunal notifie sa décision à l issue de l audience. Un appel contre cette décision peut être formé dans un délai de sept jours devant un tribunal supérieur. Dans le cas où le tribunal refuserait la mise en liberté de l accusé, il peut fixer une période, ne dépassant pas deux mois, pendant laquelle une nouvelle demande de mise en liberté n est pas recevable, sauf en cas de brusque détérioration de l état de santé du détenu (paragraphe 7). Cette dernière décision est également susceptible d appel devant un tribunal supérieur dans un délai de trois jours. Selon le gouvernement, il est bien entendu que cette dernière limitation ne constitue qu une faculté pour les tribunaux visant à prévenir des recours clairement abusifs. Au vu de l effet direct de la Convention, cette disposition ne peut en aucun cas empêcher les tribunaux de connaître à tout moment de demandes de libération fondées notamment sur la disparition même des raisons qui ont justifié la détention provisoire. Le gouvernement estime donc que cette limitation est conforme à l exigence de l article 5, paragraphe 4, telle que définie dans la jurisprudence de la Cour européenne (voir notamment l arrêt Assenov, paragraphe 162 in fine), et que les tribunaux ne permettront pas que son application entraîne une détention en l absence des raisons objectives et valables inscrites dans la loi bulgare et dans l article 5, paragraphe 3, de la Convention. Le Gouvernement bulgare considère que les mesures législatives ainsi adoptées sont conformes aux exigences de l article 5, paragraphes 3 et 4, de la Convention, tels qu ils sont interprétés par la Cour européenne, et que lesdites mesures préviennent, par conséquent, de nouvelles violations de la Convention. II. Diffusion des arrêts ; mesures administratives de sensibilisation Le gouvernement a assuré la traduction des arrêts Assenov et Nikolova, ainsi que leur publication dans le Bulletin du ministère de la Justice et de l Intégration juridique européenne, (l arrêt Assenov nº 2/1999, l arrêt Nikolova nº 3/1999), revue largement diffusée dans le milieu juridique et à toutes les autorités étatiques. A la suite de l arrêt Assenov, le 29 mars 1999, le ministère de la Justice et de l Intégration juridique européenne a adressé au ministre de l Intérieur, au procureur général et au directeur du Service spécialisé de l instruction des lettres attirant l attention de ces autorités sur cet arrêt de la Cour européenne ainsi que sur le contrôle de son exécution par le Comité des Ministres du Conseil de l Europe (article 46, paragraphe 2, de la Convention). Ces lettres comportaient en annexes la traduction intégrale de l arrêt Assenov ainsi que les observations détaillées faites au sein du Comité des Ministres sur l adoption des mesures de caractère général en exécution dudit arrêt. Par ailleurs, dans ces lettres, ces autorités étaient invitées à porter l arrêt et les observations sur son exécution à l attention des fonctionnaires concernés, afin de prévenir, à l avenir, de nouvelles violations semblables. Par la suite, le 21 septembre 1999, le directeur du Service national de la police de la Bulgarie a envoyé à toutes les directions de la police de la capitale ainsi qu à toutes les directions régionales une circulaire insistant sur l exigence de prévenir de nouvelles violations semblables à celles constatées dans l affaire Assenov, y compris des violations de l obligation de n entraver par aucune mesure l exercice efficace du droit au recours individuel devant les instances de la Convention (ancien article 25, nouvel article 34 de la Convention). De plus, dans cette circulaire, il a spécialement été rappelé aux agents de police leur obligation de mener des enquêtes rapides et effectives sur toutes les allégations de traitements inhumains et dégradants commis par la police ou les forces de sécurité. Le gouvernement considère que ces mesures vont assurer notamment que les autorités chargées de la sécurité tiendront compte de l exigence d enquêtes rapides et approfondies sur des allégations de mauvais traitements de manière à prévenir de nouvelles violations des articles 3 et 13 de la Convention. Le gouvernement pense que ces mesures permettront également d éviter à l avenir d inadmissibles entraves au droit d adresser librement des requêtes individuelles devant la Cour européenne des Droits de l Homme (nouvel article 34 de la Convention). Le gouvernement considère que toutes les mesures citées cidessus permettront de prévenir, d une manière efficace, de nouvelles violations de la Convention semblables à celles constatées dans les affaires Assenov et Nikolova. D une manière plus générale, le gouvernement estime que les autorités étatiques sont maintenant conscientes de la place essentielle qu occupent la Convention et les arrêts de la Cour européenne dans le droit bulgare et que les autorités bulgares ne manqueront donc pas de prendre en compte directement les exigences de la Convention, telles qu interprétées par les arrêts de la Cour de Strasbourg, dans l exercice de leurs fonctions. Au vu de ce qui précède, le gouvernement est d avis que la Bulgarie a rempli ses obligations relatives à l exécution des arrêts de la Cour dans les présentes affaires en vertu de l an- Partie I.A Convention européenne des Droits de l Homme Page 1720 cien article 53 de la Convention (nouvel article 46, paragraphe 1, de la Convention). Nikolova c/ Bulgarie Requête nº 31195/96 Résolution DH (2000) 110 du 2 octobre 2000 Les griefs concernaient l absence de contrôle judiciaire du placement de la requérante en détention provisoire et l impossibilité de contester la légalité de cette détention à intervalles réguliers. Dans son arrêt du 25 mars 1999, la Cour a dit qu il y avait eu violation de l article 5 (3) et (4). Dans la présente résolution le Comité des Ministres constate que le Gouvernement de la Bulgarie a versé à la requérante la somme fixée et a pris les mesures détaillées dans l annexe à l affaire Assenov et autres. Vilborg Yrsa Sigurðardóttir c/ Islande Requête nº 32451/96 Résolution DH (2000) 111 du 2 octobre 2000 Le grief concernait le rejet par le tribunal de district de la demande d indemnisation introduite par la requérante au titre de l arrestation et de la détention provisoire subies alors qu elle avait été acquittée à l issue de la procédure pénale. Dans son arrêt du 30 mai 2000, la Cour a pris acte d un règlement amiable auquel avaient abouti le gouvernement de l Etat défendeur et le requérant, et a rayé l affaire du rôle. Dans la présente résolution le Comité des Ministres constate que le Gouvernement de l Islande a versé à la requérante la somme fixée et a pris les mesures résumées ci-après : Annexe à la Résolution DH (2000) 111 Informations fournies par le Gouvernement de l Islande lors de l examen de l affaire Vilborg Yrsa Sigurðardóttir par le Comité des Ministres A la suite de l introduction de cette requête devant les organes de la Convention européenne des Droits de l Homme, l article 150, paragraphe 2, du Code de procédure criminelle (Loi nº 74/1974) mis en cause dans cette affaire a été abrogé par la Loi nº 36/1999, entrée en vigueur le l er mai Le nouvel article 175, paragraphe 1, fixe de la façon suivante les conditions d indemnisation d une personne ayant fait l objet d une accusation : «Une indemnisation en vertu de cet article sera accordée en cas d abandon des poursuites ou d absence de mise en accusation du fait que la conduite alléguée de l accusé ne s est pas avérée être de nature criminelle ou du fait qu aucune preuve n a pu être rassemblée à ce titre, ou d acquittement de l accusé pour ce motif par un jugement à l encontre duquel aucun appel n a été interprété ou n a pu être interprété. Une indemnisation sera en revanche rejetée ou limitée si l accusé est à l origine des mesures, ou a contribué à ces mesures, au titre desquelles il base sa demande en indemnisation.» Moni Angelo Salvatore c/ Italie Requête nº 35784/97 Résolution DH (2000) 89, 24 juillet 2000 Le requérant s est plaint du contrôle de sa correspondance, alors qu il était détenu, imposé par le juge de l application des peines. Dans son arrêt du 11 janvier 2000, la Cour a pris acte d un règlement amiable auquel avaient abouti le gouvernement de l Etat défendeur et le requérant, et a rayé l affaire du rôle. Dans la présente résolution le Comité des Ministres constate que le Gouvernement de l Italie a versé au requérant la somme fixée dans le règlement amiable ; et les autorités italiennes ont indiqué que, afin d éviter, à l avenir, des situations similaires à celles dénoncées par le requérant sous l angle de l article 8 de la Convention et visant le contrôle de sa correspondance, le 23 juillet 1999 le Gouvernement de l Italie a présenté au Sénat un projet de loi (nº 4172) visant à apporter un certain nombre de modifications à la Loi nº 354 du 26 juillet 1975, notamment en ce qui concerne les dispositions en matière de contrôle de la correspondance des détenus ; d après le rapport du ministre de la Justice au Sénat, ce projet de loi devrait porter remède aux violations constatées par la Cour dans des affaires similaires. Sidiropoulos et autres c/ Grèce Requête nº 26695/95 Résolution DH (2000) 99 du 24 juillet 2000 Les requérants s étaient plaints que le refus des juridictions nationales d enregistrer leur association aurait enfreint leur droit à la liberté d association. Dans son arrêt du 10 juillet 1998, la Cour a dit qu il y avait eu violation de l article 11. Dans la présente résolution le Comité des Ministres constate que le Gouvernement de la Grèce a versé aux requérants la somme fixée et a pris les mesures résumées ci-après : Annexe à la Résolution DH (2000) 99 Informations fournies par le Gouvernement de la Grèce lors de l examen de l affaire Sidiropoulos et autres par le Comité des Ministres Depuis l arrêt de la Cour européenne des Droits de l Homme, du 10 juillet 1998, dans l affaire Sidiropoulos et autres, aucune violation similaire de la Convention n a été constatée, ce qui prouve la nature exceptionnelle de cette affaire. Dans le but d attirer l attention des juridictions directement concernées, le Président de la Cour suprême (Arios Pagos) a adressé une lettre circulaire aux autorités judiciaires du Département de Florina le 30 octobre 1998, contenant une traduction grecque de l arrêt de la Cour européenne dans cette affaire. De plus, l arrêt de la Cour a été publié in extenso dans la revue juridique Syntagma nº 2 de 1999, et un commentaire sur l arrêt figure dans la revue juridique Diki (novembre 1999). Enfin, il a également été fait référence à cet arrêt dans le livre Convention européenne des Droits de l Homme, 1999, p. 46. Ce livre a été distribué gratuitement à tous les juges de première instance, des cours d appel et à la Cour de cassation. Le Gouvernement de la Grèce est de l avis que, considérant l effet direct attaché aujourd hui aux arrêts de la Cour européenne des Droits de l Homme en droit grec (voir notamment l affaire Papageorgiou contre la Grèce, Résolution DH (99) 714), les tribunaux grecs ne manqueront pas d éviter le type d erreur judiciaire à la base de la violation constatée dans cette affaire. Par conséquent, le Gouvernement de la Grèce est de l avis qu il a rempli ses obligations en vertu de l article 53 de la Convention. Page 18 Bulletin d information sur les droits de l homme, nº 51 Montrer encore
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