Source: https://www.courdecassation.fr/jurisprudence_2/arrets_publies_2986/chambre_commerciale_financiere_economique_3172/2018_8502/octobre_8988/853_24_40559.html
Timestamp: 2019-05-23 08:44:39+00:00
Document Index: 216727824

Matched Legal Cases: ['arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ']

Arrêt n° 853 du 24 octobre 2018 (17-25.672) - Cour de cassation - Chambre commerciale, financière et économique - ECLI:FR:CCASS:2018:CO00853 | Cour de cassation
>Arrêt n° 853 du 24 octobre 2018 (17-25.672) - Cour de cassation - Chambre commerciale, financière et économique - ECLI:FR:CCASS:2018:CO00853
Arrêt n° 853 du 24 octobre 2018 (17-25.672) - Cour de cassation - Chambre commerciale, financière et économique - ECLI:FR:CCASS:2018:CO00853
Le principe de non-cumul entre responsabilités contractuelle et délictuelle interdit seulement au créancier d’une obligation contractuelle de se prévaloir, contre le débiteur de cette obligation, des règles de la responsabilité délictuelle et n’interdit pas la présentation d’une demande distincte, fondée sur l’article L. 442-6, I, 5°, du code de commerce, qui tend à la réparation d’un préjudice résultant non pas d’un manquement contractuel mais de la rupture brutale d’une relation commerciale établie.
Demandeur : La société Editions CRG
Défendeur : L’Association dentaire française
Attendu, selon l’arrêt attaqué, que souhaitant participer au congrès annuel de l’Association dentaire française (l’ADF) qui devait se tenir du 24 au 27 novembre 2010, la société Editions CRG (la société CRG) lui a adressé, le 14 janvier 2010, une "demande d’admission" assortie d’un acompte ; que, bien qu’ayant payé l’acompte exigé, elle s’est vu notifier, le 9 juillet 2010, un refus d’admission au congrès ; que reprochant à l’ADF d’avoir manqué à son engagement contractuel en refusant de lui fournir un stand, lors du congrès de novembre 2010, et invoquant, en outre, la rupture brutale de la relation commerciale établie qu’elle entretenait avec cette association depuis 1997, la société CRG l’a assignée en indemnisation de ses préjudices ;
Attendu que la société CRG fait grief à l’arrêt d’écarter sa demande d’indemnisation pour discrimination alors, selon le moyen :
1°/ que le principe de non-discrimination s’applique aux rapports de droit privé ; qu’en considérant que les nouveaux règlements d’exposition conféraient un droit discrétionnaire d’admission au profit de l’organisateur, quand ce règlement ne pouvait justifier que l’organisateur prenne des décisions discriminatoires à l’égard de quiconque, la cour d’appel a violé l’article 14 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
2°/ que le principe de non-discrimination interdit les discriminations à raison de l’exercice des libertés d’opinion et d’expression ; que la société CRG soutenait que la raison de son exclusion des congrès organisés par l’ADF tenait à ses divergences de points de vue sur la transparence de la provenance des prothèses dentaires ; qu’en considérant que ce n’était pas ce discours tenu par la société CRG qui justifiait son éviction mais, selon l’organisateur, la manière dont elle exprimait cette opinion, sur un mode vindicatif et agressif, sans vérifier toutefois la réalité de cette allégation et, conséquemment, si ce n’était pas les opinions soutenues par la société CRG qui avait été le motif réel de son exclusion, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard de l’article 14 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
Mais attendu qu’après avoir relevé que le motif d’exclusion de la société CRG n’était pas fondé sur ses opinions, au demeurant non politiques, mais sur leur mode d’expression, considéré par l’ADF comme agressif et vindicatif, l’arrêt retient qu’aucune discrimination n’est établie ; que par ces seuls motifs, la cour d’appel, qui a effectué la recherche prétendument omise, a légalement justifié sa décision ; que le moyen, qui attaque des motifs surabondants en sa première branche, n’est pas fondé pour le surplus ;
Vu l’article 1147 du code civil, dans sa rédaction antérieure à celle issue de l’ordonnance du 10 février 2016, et l’article L. 442-6, I, 5° du code de commerce ;
Attendu que pour rejeter la demande indemnitaire présentée au titre de la rupture brutale d’une relation commerciale établie, l’arrêt retient que l’article L. 442-6, I, 5° du code de commerce institue une responsabilité de nature délictuelle et en déduit qu’en raison du principe de non-cumul des responsabilités contractuelle et délictuelle, la société CRG, qui a agi sur le terrain de la responsabilité contractuelle, et dont les demandes ont été partiellement accueillies, ne peut former une demande indemnitaire fondée sur la responsabilité délictuelle à raison des mêmes faits, à savoir le refus d’attribution d’un stand en 2010 ;
Qu’en statuant ainsi, alors que ce principe interdit seulement au créancier d’une obligation contractuelle de se prévaloir, contre le débiteur de cette obligation, des règles de la responsabilité délictuelle et n’interdit pas la présentation d’une demande distincte, fondée sur l’article L. 442-6, I, 5° du code de commerce, qui tend à la réparation d’un préjudice résultant non pas d’un manquement contractuel mais de la rupture brutale d’une relation commerciale établie, la cour d’appel a violé les textes susvisés ;
CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il rejette la demande indemnitaire de la société Editions CRG formée contre l’Association dentaire française au titre de la rupture brutale d’une relation commerciale établie, l’arrêt rendu le 22 juin 2017, entre les parties, par la cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, sur ce point, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Paris, autrement composée ;
Président : Mr Riffault-Silk (conseiller doyen faisant fonction de président)
Avocats : SCP Baraduc, Duhamel et Rameix, SCP Meier-Bourdeau et Lécuyer