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Timestamp: 2017-02-19 21:30:01+00:00
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art. 23 Produire des logements sociaux aujourd hui et demain # partie 1/ Le foncier et les finances
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1 Dossier trimestriel du RBDH Expéditeur : RBDH, Quai du Hainaut 29, 1080 Bruxelles art. 23 «Chacun a le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine. Ce droit comprend le droit à un logement décent.» Belgique PP 1000 Bruxelles 1 Bureau de dépôt : 1000 Bruxelles 1 N 1/1837 N d agrément : P # Produire des logements sociaux aujourd hui et demain partie 1/ Le foncier et les finances2 RBDH Werner Van Mieghem, Ilham Bensaïd, Carole Dumont, Anne Bauwelinckx & Laurence Evrard. Tel. : Mail : Website : Ont contribué à la rédaction et à la relecture de ce numéro : Anne Bauwelinckx, Ilham Bensaïd, Liévin Chemin, Carole Dumont, Werner Van Mieghem. Lay-out Élise Debouny Photos et illustrations Christos Doulkeridis, Loïc Delvaulx, Commons Josaphat, Neo Brussels, Marathon du Logement, Catherine Antoine Sommaire Introduction _3 1/ Les territoires du _4 logementsocial : où veut-on encore construire? Réserves foncières publiques : _6 quelle place pour le logement social? Pour un projet de Ville plus social! _ 19 2/ Les finances des sociétés _ 24 immobilières de service public et leurs effets sur les investissements et les occupants des logements sociaux Conclusion _ 30 Impression J. Dieu-Brichart Envoi réalisé par ETIKET, Atelier Groot Eiland. Spécialiste en mailings et envois Chantier du projet Akarova en E.R. Werner Van Mieghem, quai du Hainaut 29, 1080 Molenbeek Cette publication est éditée à l aide de subsides de la Région de Bruxelles-Capitale, Insertion par le logement et avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les membres du RBDH reçoivent Art.23 gratuitement. Vous pouvez vous abonner à Art. 23 en versant 25 euros par an sur notre numéro de compte BE avec la communication suivante «Abonnement Art. 23». Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l Habitat Brusselse Bond voor het Recht op Wonen 2 _ art. 23 #3 Introduction Pour cette nouvelle publication, c est au logement social que nous accordons toute notre attention. Et il en a bien besoin! Si la nécessité de le développer fait l unanimité, parce que par nature, il est abordable et que ce sont des logements abordables dont les Bruxellois ont besoin, son développement concret pose problème. Il y a un décalage (un gouffre?) énorme entre l urgence des uns et la lenteur des autres. Pour obtenir un logement social, il faut en effet ne pas être trop pressé, car sous la barre des dix ans d attente, il n y a bien souvent rien à espérer. C est bien du côté de la production de nouveaux logements sociaux que le bât blesse. Le parc évolue très peu. On coince aujourd hui autour des unités, car même si on produit un peu d un côté, on doit vider de l autre pour rénover. On est proche du statu quo. Pourtant, la demande, elle, ne fait pas du surplace : en 2013, on parle de candidats au logement social Mais pourquoi est-il si difficile de produire du logement social à Bruxelles? C est la question à laquelle nous avons tenté de répondre, en choisissant deux angles d approche qui nous paraissaient contenir, à eux seuls, les termes d une réponse probante : le foncier et le financier. Pour ce qui est du volet foncier, nous nous sommes tournés vers les terrains publics, en questionnant leur disponibilité, leur potentiel de développement et leur affectation. C est le Plan régional du Logement, le premier grand programme de production de logements sociaux après des années d'inertie, qui a soutenu notre démarche. Nous n en sommes pas restés là pour autant et avons élargi notre propos à l ensemble des territoires bruxellois qui constituent pour demain des enjeux urbanistiques et sociaux majeurs, parce que, même quand on n est pas propriétaire d un terrain, en tant que pouvoir public, on doit pouvoir imposer, au travers d outils cohérents, un développement urbain favorable à tous les Bruxellois. Pour ce qui est du volet financier, nous nous sommes demandés si la situation financière des SISP et les mesures de soutien proposées par la Région permettaient encore de produire du logement social à Bruxelles, pour le mettre ensuite en location à des tarifs qui tiennent compte des revenus des ménages les plus pauvres. À ce stade, notre analyse se décline tel un état des lieux qui faudra pouvoir, par la suite, étayer de propositions plus concrètes. D autres défis attendent le logement social : la rénovation du parc existant et la question concomitante du vide, la fusion des SISP, réforme qui va bouleverser le secteur et le mobiliser dans les années à venir, la question de la gouvernance au sein de la SLRB et des SISP Des questions fondamentales sur lesquelles nous nous pencherons dans une prochaine publication. h art. 23 # 58 _ 34 1/ Les territoires du logement social : où veut-on encore construire? Anne Bauwelinckx et Carole Dumont 4 _ art. 23 #5 Les territoires du logement social / Réserves foncières publiques Pour construire des logements, il faut des terrains. Pour comprendre ce qui coince dans la production de logement sociaux à Bruxelles, un détour par le foncier public n est pas superflu. On évoque très souvent la rareté des réserves foncières régionales comme obstacle à la production de logements publics, mais on oublie cependant de mentionner que la Région n est pas le seul opérateur public à posséder des terrains. Certaines communes bruxelloises, ainsi que certains CPAS figurent parmi les plus grands propriétaires fonciers publics de la Capitale. S il faut débattre de la disponibilité du foncier public, il faut aussi se demander pourquoi il est si difficile, quand il existe, de le mobiliser en faveur du logement social. À cet égard, le Plan régional du Logement (PRL), initié fin 2004, en est un bel exemple. L affectation des dernières réserves régionales, comme Josaphat, en est un autre. Mais le salut du logement social ne réside pas seulement dans l existence d un patrimoine foncier public mobilisable, qu il faut bien évidemment continuer à développer. Il dépend aussi d une politique de maîtrise foncière plus globale, pilotée par la Région, qui doit décider, dans l intérêt général, du développement territorial, de l usage des espaces et de leur valeur. Une Région qui doit rester aux commandes pour protéger et développer des fonctions faibles à Bruxelles comme il en est du logement social. Force est de constater qu aujourd hui, ce sont les intérêts particuliers, ceux des promoteurs immobiliers privés, qui semblent dicter la politique foncière régionale. Or, le privé recherche la rentabilité et pas l accessibilité financière des logements. Le logement social peine à trouver sa place dans un projet de ville qui ne lui accorde certes pas la priorité, mais pire encore, juste un espace à la marge art. 23 # 58 _ 56 Les territoires du logement social / Réserves foncières publiques : quelle place pour le logement social? Le texte qui suit se focalise sur les propriétés foncières publiques, comme levier au développement du logement social. L éclairage portera sur leur disponibilité, leur mobilisation et leur affectation. C est le Plan régional du Logement qui sert de fil conducteur de l analyse proposée : c est via ce programme que sont produits quasi tous les nouveaux logements sociaux depuis maintenant plus de dix ans. Le Plan régional du Logement (PRL) But : produire en cinq ans, logements dont logements sociaux et logements moyens Approuvé par le Gouvernement le 24 février 2005 Acteurs : Les maitres d ouvrage : La SLRB (la Société du Logement de la Région de Bruxelles-Capitale) CityDev La SRIB (Société Régionale d Investissement de Bruxelles) La SFAR (filiale de la SRIB) Le Fonds du Logement Un promoteur privé Les propriétaires du terrain Une SISP Une commune Un CPAS La SLRB Citydev La Région de Bruxelles-Capitale Le FDL (cet organisme achète des terrains pour le PRL) Les gestionnaires Une SISP (pour les logements sociaux) Une commune (pour les logements moyens) Le FDL Procédure : 1/ Le propriétaire cède un droit de superficie, à titre gratuit, de 30 ans au maître d ouvrage 2/ Le maitre d ouvrage coordonne la construction et paie l entrepreneur 3/ Les logements sont gérés pendant 27 ans par la SISP ou la commune (qui n est pas toujours pour autant le propriétaire du terrain) 4/ Après 27 ans, le terrain et les logements sont restitués au propriétaire du terrain Financement : Le maitre d ouvrage paie le constructeur Le gestionnaire des logements rembourse le maitre d ouvrage avec le produit des loyers La Région de Bruxelles-Capitale subsidie 50 % du coût de construction des logements sociaux et 33 % des logements moyens Rem. : cette procédure et ce mode de financement ne s appliquent pas au FDL. État des lieux : Remarquons qu il est assez difficile d avoir une vision d'ensemble des projets et de leur état d avancement. Le site de la SLRB, qui donne un aperçu du Plan, n est pas totalement à jour. Par ailleurs, le nombre et le type de logements prévus peuvent encore évoluer selon l état d avancement du projet. 6 _ art. 23 #7 Les territoires du logement social / Réserves foncières publiques Les projets du Plan régional du Logement Nombre de parcelles publiques par commune disponibles en 2007 Source : Date de consultation : novembre Source : De Mot L., Lévy S., Répertoire des terrains publics susceptibles d accueillir du logement en Région de Bruxelles-Capitale, janvier Les projets du Plan logement et leur localisation Commune Projets N nombre de logements prévus Logements terminés total terminés sociaux moyens total sociaux moyens Anderlecht Auderghem Berchem-Sainte-Agathe Bruxelles Evere Forest Ganshoren Ixelles Jette Molenbeek-Saint-Jean Schaerbeek Saint-Gilles Saint-Josse Uccle Watermael-Boitsfort Woluwe-Saint-Lambert Woluwé-Saint-Pierre ? 0 0 Total (hors Dames- Blanches) Sources : Rapports d activités de la SLRB et du Fonds du Logement, art. 23 # 58 _ 78 Les territoires du logement social / Réserves foncières publiques Trouver des terrains pour le logement social : une vraie galère! L histoire commence en 2004, lorsqu Alain Hutchinson, alors Secrétaire d État au logement, lance son Plan pour l avenir du Logement à Bruxelles. L ambition d alors est de produire logements publics locatifs en cinq ans, dont logements sociaux et logements moyens. Un projet digne de ceux qui avaient cours dans les années 70, quand la production de logements sociaux neufs atteignait en moyenne, plus de unités par an. Un apogée auquel vont succéder des années où la construction de logements va chuter inlassablement, jusqu à atteindre des proportions insignifiantes début des années Entre 2000 et 2009, la situation est catastrophique, les SISP construisent moins de 40 logements par an. Malgré ce Plan Logement qui trouvera son financement sous Françoise Dupuis en 2005, la production actuelle de logements sociaux reste trop lente. Accroissement du parc de logements sociaux par période de construction < Total régional unités Source : cadastre technique de la SLRB au 01/01/ calculs propres pour logements, c est donc beaucoup, d autant que personne ne sait encore très précisément, en 2005, où ils pourront être érigés. Le projet prévoit de faire exclusivement appel à des réserves foncières publiques. On pense aux communes principalement mais aussi aux CPAS, aux SISP ou encore à des organismes régionaux comme la régie foncière pour obtenir des terrains. Aucune prospection, aucun inventaire des réserves disponibles n a précédé la mise en route du Plan. En 2005, Françoise Dupuis peut compter sur six projets potentiels 2, répartis dans cinq communes, dont un à Uccle où la Secrétaire d Etat est aussi conseillère communale et Echevine empêchée. L identification des terrains s opère au comptegoutte, sans stratégie foncière plus globale. À la fin de la législature , le Cabinet Dupuis compte une quarantaine de projets, dont bien peu de logements construits (211). La Secrétaire d État fait réaliser tardivement en 2007, par la Cambre, une étude dont l objectif est d inventorier les terrains publics susceptibles d accueillir du logement 3. Pourquoi cette étude n intervient-elle pas plus tôt? Il faudra attendre 2013 et quasiment une législature de plus pour que l ensemble des terrains, nécessaire à la réalisation des logements, soient tous identifiés. Une première phase qui ne dit rien encore de l issue favorable ou pas d un projet, comme on le verra par la suite. Ce manque d anticipation est interpellant. L Alliance Habitat 4, approuvée en septembre 2013 par le Gouvernement Vervoort n échappe pas à ce constat. Si des moyens financiers substantiels sont dégagés pour permettre de produire plus de logements publics locatifs notamment, logements sociaux et logements moyens, un second plan régional du logement, le foncier pour les accueillir est encore, pour partie, une donnée inconnue. Le nombre de logements à créer est fixé sans certitude quant aux potentialités foncières qui pourront être développées. 1/ Le choix de produire logements en cinq ans trouve sa légitimité dans une étude réalisée en 2003, à la demande du Secrétaire d Etat au logement, par le DULBEA, le Département d Economie appliquée de l ULB. Cf. : BAUDEWYNS D., GANGJI A., PLASMAN R., Estimations économétriques de l impact de l accroissement du stock de logements publics sur le marché du logement privé à Bruxelles. 2/ Ernotte à Ixelles, Lahaye et Stiénon à Jette, Moensberg à Uccle, Mettewie à Molenbeek et Craetbosh à Neder-over-Hembeek. 3/ De Mot L., Lévy S., Répertoire des terrains publics susceptibles d accueillir du logement en Région de Bruxelles-Capitale, janvier / L Alliance Habitat est un plan pluriannuel d investissement (953 millions d euros) qui doit permettre la production de logements publics sociaux, modérés et moyens, soit locatifs, soit acquisitifs. Les opérateurs /dispositifs qui doivent y concourir sont : la SLRB (nouveau plan du logement) avec logements locatifs, Citydev (1 000 logements), le FDL (1 000), les contrats de quartier (600) et le CLT (120). 8 _ art. 23 #9 Les territoires du logement social / Réserves foncières publiques Répartition des terrains par type de propriétaires : Proporiétaires étude 2007 nombre de terrains mis à N nombre de parcelles disposition pour le PRL* Rareté du foncier public : mythe ou réalité? Sans une politique d acquisition foncière qui créée des opportunités pour renouveler le patrimoine foncier utilisé, les réserves disponibles ne peuvent forcément que se tarir. Si on se place du côté de la SLRB et des SISP, les acteurs privilégiés du logement social, l achat de terrains bâtis ou nonbâtis est aujourd hui une activité presque anecdotique 5. La seule réserve foncière d importance qui subsiste à la SLRB, ce sont les Dames-Blanches, terrain de 10 ha situé à Woluwé-Saint-Pierre et versé au Plan logement. Son avenir est néanmoins toujours incertain, vu l absence d accord entre la Région et la commune sur les modalités de son développement. (voir encadré page 17) L inventaire des terrains publics réalisé par la Cambre en 2007 montre qu avec les réserves encore disponibles à l époque, il est possible de réaliser au moins deux plans logement. L étude ne tient d ailleurs pas compte des terrains de moins de m², ni des réserves foncières régionales acquises par l entremise de la SAF 6. Des critères de sélection appliqués strictement limitent le nombre de parcelles susceptibles d accueillir du logement. Communes CPAS 29 2 SISP Organismes régionaux 18 **36 (régie foncière, Citydev, FDL ) Autres 20 TOTAL projets identifiés Source : inventaire de 2007, rapport d activités de la SLRB et du Fonds du logement - *Attention, les terrains mobilisés dans le cadre du PRL ne sont pas nécessairement les mêmes que ceux répertoriés dans l étude puisque les chercheurs ont opéré une série de sélections et exclu les terrains de moins de m². ** Le Fonds du Logement achète des terrains pour le PRL. Le tableau montre très clairement qu il existe encore du foncier public constructible, même s il ne faut pas perdre de vue que le logement (public et singulièrement social) n est la seule fonction faible à préserver et développer dans la ville. Ce constat ne signifie pas non plus qu il faille se contenter de ce qui existe déjà. Il faut pouvoir développer, au niveau régional, une dynamique d acquisition foncière plus cohérente et plus globale. Il nous semble que cette mission ne devrait pas reposer sur chaque opérateur de logement individuellement (la SLRB pour le logement social, Citydev pour le moyen acquisitif, le Fonds du Logement ), mais sur une structure régionale d un niveau supérieur. Quel est en effet le sens de laisser à chaque opérateur public le soin d acquérir ça et là un terrain, d y développer un projet «isolé» et de risquer de se mettre en concurrence avec d autres opérateurs publics? En cela, la volonté de nouveau Gouvernement de créer un Assemblier régional 7 prend tout son sens. R Les terrains retenus sont quasiment tous situés en seconde couronne et appartiennent pour une part importante aux communes. Le CPAS de la Ville de Bruxelles concentre presque à lui seul toutes les parcelles CPAS, notamment sur les territoires d Anderlecht et de Haren. Les SISP ne sont pas en reste, avec un nombre de terrains moindre mais d envergure. Depuis 2007, de nombreux terrains identifiés dans l étude ont été bâtis. Pour le PRL, ce sont principalement les réserves foncières des institutions régionales et des SISP qui ont été mises à contribution : 77 % des projets, contre 23 % pour les communes et les CPAS. Dans le cadre de l Alliance Habitat, l appel à projets lancé début 2014 donne les résultats suivants : 31 projets à l initiative de 13 SISP, quatre communes et un CPAS. 5/ Dans le cadre du Plan régional du Logement, la SLRB a néanmoins acquis quelques terrains, notamment à la Porte de Ninove. 6/ La Société d Acquisition Foncière, née en 2005, est une société anonyme de droit public qui acquir et «gère» des terrains pour le compte de la Région. En décembre 2005, le Gouvernement a approuvé l achat d une série de terrains mis en vente par la SNCB, qui constituent des enjeux urbanistiques majeurs pour Bruxelles. Il s agit surtout de Josaphat (28 ha) et de Delta (9,5 ha). Deux autres terrains de «moindre» importance ont également été achetés : Moensberg à Uccle et Avenue de Vilvoorde à Bruxelles-Ville. 7/ Le nouveau Gouvernement régional s est donné pour mission la création d une double structure en charge de la planification et de sa mise en œuvre, regroupant des acteurs jusqu alors (trop) dispersés. À côté du «Bureau Bruxellois de Planification», «l Assemblier Régional» regroupera tous les acteurs territoriaux que sont le Maître Architecte, la rénovation urbaine, la SAF, la Régie Foncière Régionale et le Comité d Acquisition. C est lui qui se chargera des acquisitions de terrains et qui coordonnera l action des opérateurs tels que la SLRB. Ce nouvel organigramme devrait permettre de dynamiser et d optimiser la politique foncière régionale art. 23 # 58 _ 910 Terrain dédié à la réalisation du projet Moensberg à Uccle. D un point de vue plus local, ce que les chiffres présentés plus haut confirment, c est la grande difficulté à mobiliser les communes, les CPAS et leurs terrains dans la grande aventure du Plan Logement, alors que le foncier ne manque pas de ce côté-là. Pourquoi? Quelques éclairages. «Je les aurai, ces cinq mille logements sociaux!» 8 Les premières communications émanant de la Secrétaire d État F. Dupuis et de la SLRB nous donnent une partie de la réponse : on parle de terrains qui doivent être «mis à disposition» 9 de la Région. C est le Cabinet qui «cherche» auprès des propriétaires publics des terrains à bâtir 10 et F. Dupuis, selon ses propres dires, prend «son bâton de pèlerin pour dénicher les derniers terrains 11» afin d atteindre les logements 12. Les communes ne semblent pas avoir la main. Le Plan régional du Logement apparait comme pensé, construit et réalisé à un autre niveau que celui des entités communales. C est le Plan de la Région, voire de sa Secrétaire d État. Les édiles locaux s y sentent extérieurs. Leur frilosité à y participer trouve probablement une partie de son explication dans cette relation. Le manque de concertation entre pouvoirs régionaux, pouvoirs locaux, mais aussi riverains, a également été source de ralentissements ou de blocages après la mise à disposition de terrains. Un collège communal ou des riverains se sont opposés aux projets, quand ceux-ci n étaient pas la résultante d un dialogue entre les partenaires. Le projet «Moensberg» est exemplatif du manque de concertation entre entités, source de sérieux blocages. Le terrain, qui appartient à la commune d Uccle, fait partie des premiers terrains sélectionnés pour le Plan Logement. Il existe un PPAS 13 qui prévoit le nombre de logements (une cinquantaine) qui peuvent y être érigés. Cependant, la Secrétaire d État au logement y annonce la construction d une centaine de logements. 8/ MOUTON O., «Dupuis : je les aurai, mes 5000 logements», Le Soir, 31 août 2006, p. 15 9/ Voir par exemple : SLRB Info, édition spéciale consacrée au Plan régional du Logement, n 53, janvier-juin / C est avec l Alliance Habitat que sont organisés les premiers véritables appels à projets, invitant les propriétaires publics à proposer des terrains pour la construction de logements sociaux et/ou moyens. 11/ Cette citation date de 2008, année au cours de laquelle une trentaine de projets seulement sont identifiés, sur les plus de 80 qui composent aujourd hui le PRL. 12/ F. DUPUIS, «le Plan Régional du Logement», dans : SLRB Info, édition spéciale consacrée au Plan Régional du Logement, n 53, janvier-juin 2008, p. 5 13/ Le Plan Particulier d Affectation du Sol est un plan d urbanisme à l échelle du quartier. Il précise, pour un périmètre donné, l usage qui pourra en être fait, en complétant le PRDD, le PRAS et éventuellement un Plan Communal de Développement (PCD). L élaboration d un PPAS est soumise à une enquête publique. Le PPAS a force obligatoire et les demandes de permis d urbanisme doivent s y conformer. 10 _ art. 23 #11 Les territoires du logement social / Réserves foncières publiques Malgré la contestation locale et les demandes de modifications du projet émanant de la commune, un permis d urbanisme pour 103 logements est introduit par la SLRB et délivré par la Région. Conséquence de ce passage en force : les riverains portent le dossier devant le Conseil d État qui suspend le permis. Un nouveau projet de 45 logements, conforme au PPAS cette fois, a dû être élaboré et approuvé. Le chantier a donc finalement démarré en novembre 2013 alors que le terrain est identifié puis presque 10 ans! 14 Ces éclairages ne peuvent se passer d un détour par l organisation administrative et politique de la Région. Un Gouvernement régional et 19 collèges communaux, de tendances politiques différentes! On ne peut que constater et regretter que des logiques partisanes s invitent dans les négociations foncières permettant la réalisation du PRL. Ainsi, en 2005, le Gouvernement régional, PS, CDH, Ecolo va «trouver» les premiers terrains essentiellement sur le territoire de communes gouvernées par des majorités qui comprennent ces formations 15. À l inverse, des «relations politiquement tendues» 16 peuvent, au mieux, être sources d importants ralentissements, au pire, limiter la mise à disposition foncière au minimum : quand la commune de Watermael-Boitsfort est dirigée par une bourgmestre FDF et que la Secrétaire d Etat au logement est socialiste, un seul terrain est mis à disposition du PRL, et les procédures s enlisent 17. Quand, à la tête de la même commune, un bourgmestre Ecolo est élu et que le Secrétaire d État appartient au même parti, ce sont quatre nouveaux terrains qui sont désignés pour assurer le lancement de la nouvelle Alliance Habitat. Incontestablement donc, le manque de concertation entre niveaux de pouvoir, la volonté qu a pu avoir la Région de décider de projets sans prendre en compte le point de vue des édiles communaux et des riverains, n ont pas favorisé la participation des communes au PRL. Mais d autres mobiles, plus fondamentaux, doivent être pris en considération : les communes ont-elles intérêt à multiplier les logements sociaux sur leur territoire? N y a-t-il pas, du point de vue des élus locaux, d autres activités à développer prioritairement, dont certaines, peutêtre, paraissent plus porteuses que le logement social? Avec les réserves encore disponibles en 2007, il était possible de réaliser au moins deux Plans Logements Le logement social n a pas la cote! La réticence, voire la résistance de certaines communes à mobiliser leur foncier en faveur du Plan logement est aussi à mettre en lien avec le type de logements à développer. L implantation de nouveaux logements sociaux dans un quartier peut être accueillie avec réserve, voire parfois avec «hostilité» par les riverains 18. Le logement social n a pas toujours bonne presse, il est associé à de très nombreux clichés qui alimentent parfois, reflexes sécuritaires et rejet. Pour certains élus locaux, défendre un ou plusieurs projets de logements sociaux contre l avis des habitants, c est risquer de s attirer la désapprobation d une partie plus ou moins importante de leur électorat. R 14/ MASSART B., «Plan logement bruxellois : piano, sano, lontano», dans : Alter Echos, 3 avril 2011, n 313, p.22 et blog/2011/07/19/un-nouveau-projet-pour-le-moensberg/ 15/ Uccle, Ixelles, Molenbeek et Bruxelles (PS) et Jette (CDH) 16/ DUBOIS F., «Le Plan régional du Logement s étoffe de 415 logements», Le Soir, 6 mars 2009, p / Le projet Archiducs, identifié dès 2008, ne s est vu attribué un architecte de projet qu en fin d année / Sous l impulsion de C. Doulkeridis, la SLRB a mis en place, en 2010, un dispositif de participation citoyenne pour tous les projets de constructions neuves, en plus de l enquête publique et des commissions de concertation. «La volonté est de garantir la légitimité d un projet immobilier social en associant dès le départ les riverains et désamorcer du même coup les aprioris négatifs compréhensibles mais souvent non fondés.» Dans : SLRB info n 68 «Bâtir main dans la main : participation citoyenne et Plan régional du Logement», p art. 23 # 58 _ 1112 Les territoires du logement social / Réserves foncières publiques Le logement social, oui mais pas à côté de chez moi! On peut parler dans certains projets, de réactions de type NIMBY, Not In My Backyard, Pas Dans Mon Jardin. «Le terme qualifie des discours et des pratiques d opposition de plus en plus fréquentes : l opposition de populations riveraines à l implantation ou à l extension d une nouvelle installation : entreprise, décharge, parc à conteneurs, axe de communication, centre d accueil pour demandeurs d asiles ou lieu d aide aux toxicomanes Le phénomène NIMBY est souvent connoté négativement. Il serait le signe d un égoïsme individuel et des collectivités locales, la marque d un refus d assurer les coûts de services communs ou d entreprises dont la dynamique profite, finalement, à l ensemble de la communauté. Pourtant certains y voient aussi la vitalité d une conscience citoyenne et du souci d un environnement respecté, la manifestation d une exigence de qualité de vie. Selon la nature des projets, des oppositions et des acteurs, il s agit probablement tantôt de conflit d intérêts, tantôt de combat d opinions. En tous cas, l engagement est lié à l usage d un territoire et le facteur de proximité est décisif.» 1 Pour ce qui est du logement social, si son utilité est reconnue, les modifications de l environnement qu il peut entrainer sont souvent craintes. Ce n est pas le logement social qui est officiellement redouté, mais l urbanisation d un espace, jusqu alors encore non bâti : «Il faut exprimer clairement notre désaccord avec une quelconque construction d immeuble sur cet espace vert (que ce soit du social ou pas).» 2 Les craintes des riverains concernent d abord la taille du projet proposé, les gabarits retenus et la densité envisagée. Ce sont ensuite les questions relatives à la mobilité et au manque d équipements, nécessaires à l arrivée de nombreux habitants supplémentaires qui sont soulevées 3. Malgré tout, c est parfois bien le logement social qui est annoncé comme étant LA cause du mécontentement. Ce fut le cas de la pétition portée à l initiative du comité de quartier Mettewie/Machtens intitulée «non aux logements sociaux et anarchiques», dont les signataires craignaient, en plus de problèmes de mobilité, de réduction des espaces verts la dévaluation de la valeur de leur bien, et des problèmes d insécurité. 4 Quand le terrain se situe dans un quartier qui compte déjà plusieurs immeubles de logements sociaux, la trop forte densité de logements sociaux et ses potentiels effets, sont mis en cause : «Vouloir augmenter la densité de logements sociaux actuels en en développant de nouveaux, sous quelle que forme que ce soit (mixte ou non), ouvrira la porte à une dangereuse ghettoïsation du quartier. ( ) Il est de l intérêt de tous de ne pas transformer nos communes en lieux inhospitaliers, caractérisés par une délinquance chronique.» 5 La majorité des projets du PRL ont été entourés de craintes, réclamations, oppositions plus ou moins bien structurées de riverains, souvent organisés en comités de quartier. Certaines de ces oppositions ont entrainé le ralentissement et/ou la modification des constructions projetées. Il faut souligner que les processus de participation interviennent souvent beaucoup trop tard, quand les projets sont quasiment finalisés, ce qui laisse très peu de place à l expertise des habitants. Proposer une dynamique de concertation dès l entame des réflexions sur le projet et étudier le projet avec les habitants déjà en place, pourraient permettre de désamorcer certaines réactions hostiles et restaurer la confiance des riverains dans le dispositif de participation. C'est ce que la SLRB tente de faire grâce à un processus participatif citoyen. h 1/ Source : pheno_nimby.asp 2/ In : Le Blog du Comité de quartier de Neder-over-Hembeek, 3/ Préoccupations soulevées pour l urbanisation du quartier Calvoet- Bourdon par exemple, voir : Bruxelles en Mouvement, n 242, 10 novembre 2010, p.2 4/ Voir notamment : VOOGT F. : «Quand le logement social inquiète», Le Soir, 9 septembre 2005 et VOOGT F. : «La révolution Mettewie n en est pas une», Le Soir du 15 septembre 2005, p / https://www.lapetition.be/en-ligne/opposition-au-projet-de- Construction-Quartier-Boendael-Zones-3-et html 12 _ art. 23 #13 Les territoires du logement social / Réserves foncières publiques Si l attractivité résidentielle est un enjeu pour chaque commune bruxelloise, les futurs habitants convoités ne sont évidemment pas à rechercher du côté des plus pauvres. Le public-cible, ce sont les classes moyennes, entendez plutôt classes moyennes supérieures à forte capacité contributive. Rappelons que les recettes fiscales 19 constituent pour les communes bruxelloises une part importante de leurs ressources : entre 30 % à 50 % des recettes globales 20, avec de fortes disparités entre les communes du croissant pauvre et les autres, en particulier celles de deuxième couronne. Du point de vue des finances communales, les locataires sociaux ne sont évidemment pas les candidats les plus «séduisants». Ainsi, des communes mais aussi parfois des CPAS sont tentés d utiliser leur foncier pour promouvoir le développement de logements ou même de nouveaux quartiers, destinés à accueillir des ménages plus aisés. Si ces opérateurs locaux consentent toutefois à mettre des terrains à disposition du Plan Logement, ce n est pas toujours du foncier de qualité, ni même du foncier constructible. De ce fait, certains projets identifiés pour le Plan Logement ont dû être abandonnés. C est notamment le cas de deux terrains situés à Haren, qui devaient accueillir près de 200 logements, décrits comme suit par Christos Doulkeridis : «Concernant les deux projets Paroisse, les terrains sont situés entre trois lignes de chemin de fer, sans murs anti-bruit et dans l'axe de la piste de décollage 25R de l'aéroport de Bruxelles-National toute proche, quasi exactement à l'endroit où les avions opèrent un virage. Cette situation est déjà en soi assez défavorable à l'implantation de logements. Il faut ajouter à cela que les rues de la Paroisse et de l'osier fleuri ne sont, à cet endroit, absolument pas viabilisées, c'est-à-dire qu'elles ne sont équipées ni d'égouts, ni de réseau de distribution d'eau, de gaz ou d'électricité [ ] Ce n'est évidemment pas de gaieté de cœur que je décide de retirer un projet qui prévoit sur papier l'aménagement de 200 logements 21!» Ces terrains, propriétés du CPAS de la Ville de Bruxelles qui est, rappelons-le l un des plus grands propriétaires publics à Bruxelles, représentaient la quasi-totalité de la contribution du CPAS à la réalisation du Plan Logement. Cet acteur ne délaisse pas pour autant ses importantes réserves foncières. Au contraire, il y construit du logement, pas du logement social via le Plan régional du Logement, mais essentiellement du logement moyen, via le plan logements 22 de la Ville de Bruxelles. À Berchem-Sainte-Agathe, le projet Schweitzer, qui prévoyait initialement la construction de 33 logements sociaux et 11 logements moyens dans le Plan Logement, a été annulé. Le Collège a exprimé le souhait de développer d autres projets sur ces parcelles communales, à savoir des commerces et des logements moyens : «ce type de projet sera de nature à compléter la revalorisation de l espace public et à garder des familles à revenus moyens sur Bruxelles 23.» Autre argument avancé par la commune : le fait que l augmentation du nombre de logements sociaux est assurée dans le cadre du PRL par les SISP (Cité moderne et SORELO), via à la mise à disposition de deux de leurs terrains. Du point de vie des édiles locaux bruxellois, la production de logements sociaux reste une prérogative exclusive des SISP, malgré une demande sociale en pleine expansion. À Woluwé-Saint-Lambert, plusieurs terrains ont été identifiés pour accueillir des projets du Plan Logement. À l heure actuelle, une centaine de logements mixtes (88 sociaux et 20 moyens) ont été construits sur le terrain de la SISP locale (projet Stockel). La SRLB porte également un autre projet à Woluwé sur un terrain de la régie foncière régionale (Jacques Brel), mais il fait l objet d une opposition forte de la part de la commune et R 19/ Centimes additionnels sur l impôt des personnes physiques et sur le précompte immobilier. 20/ Cf : notre mémorandum communal pour le droit au logement (année 2012) 21/ Parlement bruxellois, commission logement du 13 octobre 2009, p / Au cours de la législature , le CPAS s est engagé aux côtés de la Ville de Bruxelles à produire logements neufs. Pari atteint en 2013, avec la construction de plus de 500 logements à charge exclusive du CPAS. Le nouvel accord de majorité prévoit la production de 850 logements supplémentaires. Il s agit principalement de logements dits moyens. 23/ Conseil communal de Berchem-Sainte-Agathe, 13 février art. 23 # 58 _ 1314 Les territoires du logement social / Réserves foncières publiques Au total, neuf communes seulement ont accepté de participer au Plan en libérant des terrains, exigeant le plus souvent en contrepartie une proportion plus ou moins importante de logements moyens. des riverains. Deux recours au Conseil d État introduits par la commune en 2012 ont fait mouche. La nouvelle mouture du projet présenté lors de la commission de concertation du 7 novembre 2014 ne satisfait toujours pas au niveau local. Si les griefs communaux portent aussi sur les faiblesses techniques du projet (notamment gestion des eaux pluviales, manque de places de parking ), c est le manque de concertation et de dialogue avec la Région qui est pointée comme élément central. La répartition logement social/logement moyen (88/20) ne fait pas non plus l unanimité. Il faut savoir que dans le projet initial, il n était question que de logement social. L intégration de logements moyens découle donc d un «assouplissement» par rapport à l objectif de départ, sur un terrain qui, notons-le, est régional. La commune de Woluwé-Saint-Lambert ne participe pas directement au PRL par la mise à disposition de terrains. Elle fait, elle aussi, le choix de mobiliser son foncier par d autres biais. Elle compte ainsi faire construire 80 à 100 logements moyens acquisitifs sur un terrain qui lui appartient rue de Neerveld (projet du même nom), en confiant notamment, en plus de la construction, le volet financier à un partenaire privé 24. Ces situations reflètent de manière exemplative la position des communes par rapport au PRL et au logement social plus particulièrement. Au total, neuf communes seulement ont accepté de participer au Plan en libérant des terrains, exigeant le plus souvent en contrepartie une proportion plus ou moins importante de logements moyens. Dans certains quartiers où la densité de logements sociaux est élevée, les projets peuvent même être exclusivement moyens. Aucun seuil n est fixé au préalable, il évolue au gré des négociations, mais le cadre global, lui, est connu : 70 % dédié au logement social, 30 % au moyen. Des proportions qui tiennent compte des besoins réels des Bruxellois. Mais bien que le Plan Logement prévoit aussi la production de logements moyens, qu il en assure le préfinancement et la construction, bien que les communes et CPAS bénéficient d un subside couvrant un tiers du coût des travaux, l attrait du Plan reste limité. Sans doute parce que le logement social n est jamais très loin et s invite dans presque tous les projets. Certaines communes préfèrent vendre leurs terrains au plus offrant (rentrées financières immédiates) ou les valoriser elles-mêmes, avec des moyens propres (Ville de Bruxelles) ou des capitaux privés. Si la possibilité de produire aussi des logements moyens via le Plan du Logement devait encourager les communes à y participer, cette option a été ouverte également aux autres opérateurs publics, donc aussi aux SISP 25, dans un souci «d équité». Cette ouverture est perçue comme une solution partielle, aux difficultés financières que rencontrent les SISP, mais elle risque, par conséquent, de réduire encore la production de logements sociaux sur des terrains, jusqu alors a priori affectés au logement social, compte tenu de la nature même de leurs propriétaires! Norme des 15 % aux oubliettes! Les communes ne sont pas toutes égales par rapport au foncier. Dans les quartiers centraux où le bâti est dense, les réserves disponibles sont presque inexistantes. Il faut pousser vers la deuxième couronne de Bruxelles pour trouver des terrains. Et c est justement dans certaines de ces communes que le taux de logements publics est le plus faible. C est le cas d Auderghem, d Uccle ou encore de Woluwé-Saint-Pierre. Le Gouvernement précédent s était fixé comme objectif, l augmentation du nombre de logements publics dans toutes les communes bruxelloises pour atteindre un quota de 15 %. Le Plan Logement est un des outils pour opérer ce rééquilibrage et installer du logement social là où il fait défaut. 24/ 25/ cf «les finances des SISP, p _ art. 23 #15 Cet objectif des 15 % aurait pu être un outil normatif, contraignant pour les communes et encourager ainsi le développement du logement public et du logement social en particulier. «Aurait pu être», car il n a jamais été pensé comme un outil contraignant et l idée d établir une norme n a de toute façon pas abouti 26. On a surtout assisté aux désaccords entre membres du Gouvernement sur ce qu il fallait ou pas faire rentrer dans ces 15 % pour établir un bilan initial par commune. En y intégrant les logements produits par Citydev et pourtant destinés à la vente ou les prêts hypothécaires du Fonds du Logement, on a réduit artificiellement l importance de l effort à produire pour chaque commune. En attendant, l offre de logements publics ne s est guère étoffée. Des 15 %, on ne parle plus aujourd hui. Rien dans le nouvel accord de Gouvernement, rien dans le projet de PRDD. Une mesure rapidement expédiée qui, vu son triste sort, devait certainement diviser les partis de la majorité. L existence et la disponibilité de terrains publics est un enjeu fondamental dans la production de logement social puisqu il permet notamment de limiter les coûts d une opération. Face à l urgence sociale que nous connaissons à Bruxelles en matière de logement, nous pensons que tous les opérateurs publics doivent être solidaires et participer à l effort de production. Si le logement moyen est nécessaire, le logement social, lui, est indispensable. La vente de terrains publics au privé n est pas souhaitable, elle diminue toujours un peu plus l emprise des pouvoirs publics sur le territoire et constitue une somme d opportunités gâchées. Commons Jospahat : plateforme autonome qui réunit des habitants, riverains ou citoyens militants et des associations, dans l'idée qu'il est possible de produire et de gérer notre ville en commun. Ces propos ne résonnent pas uniquement au niveau communal. La Région pourrait, elle aussi, beaucoup mieux faire avec ce qui lui reste de foncier. On ne parle pas ici des terrains cédés par les différents opérateurs régionaux dans le cadre du Plan Logement, mais des terrains de la SNCB, acquis par la Région via la SAF fin Josaphat notamment, situé entre Schaerbeek et Evere, constitue une réserve foncière de 28 ha. Nous sommes ici dans une toute autre échelle que celle évoquée pour le foncier communal. Les enjeux liés à l urbanisation du site sont énormes. Le schéma directeur qui a été adopté récemment, prévoit que 66 % du site soit dédié au logement. Au total, logements vont y être construits, mais seulement 44 % de logements publics (809), dont 26 % de logements sociaux : 478 malheureux logements sociaux et plus de logements privés inabordables! Il est donc bien question de la privatisation d une partie importante du site. Après cela, osera-t-on encore reprocher aux communes de faire de même? Mais quel est exactement ce projet de Ville porté par la classe politique qui pousse le logement social vers la marge? h 26/ Extraits de l accord de Gouvernement : «Le Gouvernement fixera une norme à atteindre dans les 10 années à venir de 15 % de logements de qualité à gestion publique et à finalité sociale sur le territoire de toutes les communes. En vue d'atteindre cet objectif (de 15 %), le Gouvernement mettra en place des partenariats avec les communes incluant des mesures incitatrices qui tiennent compte des spécificités urbanistiques de celles-ci.», p art. 23 # 58 _ 1516 16 _ art. 23 #17 Les territoires du logement social / Réserves foncières publiques Woluwé-Saint-Pierre : le cas des Dames-Blanches 1 La commune de Woluwé-Saint-Pierre ne participe pas au Plan régional du Logement. Si des projets ont été introduits dans le cadre de l Alliance Habitat, nous n en n avons pas connaissance. Woluwé est caractérisé par un taux de logements publics très bas (6,08 %, en 17 e position sur 19) et par une faible proportion de logements sociaux. La SRLB y est propriétaire d une importante réserve foncière de 10 ha, située en bordure de la forêt de Soignes. Ce terrain fait l objet d un Plan Particulier d Affectation du Sol (PPAS) que la commune a élaboré fin des années 90, à une époque où la SRLB pensait vendre le terrain et où la commune comptait se porter acquéreuse. Ce PPAS, approuvé par la Région, prévoit très précisément le nombre de logements qui pourront y prendre place : 132 logements seulement, dont une majorité de maisons unifamiliales et bi-familiales, des villas quatre façades et deux blocs d appartements, pour assurer la transition avec les villas de la rue des Lauriers et la cité-jardin Joli-Bois. Seulement voilà, la SLRB est restée propriétaire du terrain et entend désormais, sous Françoise Dupuis, y développer un projet d envergure. À Woluwé-Saint- Pierre, les opportunités de créer du logement public ne sont pas légion! Sur un foncier public de 10 ha, une des rares réserves encore disponibles, créer une centaine de logements n est pas acceptable. En créer non plus! Le projet de Françoise Dupuis, approuvé par le Gouvernement et relayé par voie de presse, provoque la colère des riverains et des élus locaux qui n ont par ailleurs pas été concertés. Le passage en force de la Secrétaire d État crispe la commune qui campe alors sur les prescriptions du PPAS. En 2009, le CA de la SLRB approuve un projet de 612 logements, mais le dialogue est rompu. Sous Doulkeridis, les négociations vont reprendre, mais aucun accord officiel n intervient avec la commune pendant la législature Le PPAS n a toujours pas été modifié et sans cela, il n est pas possible d avancer sur un projet de plus grande ampleur. Écoutons C. Doulkeridis en 2012, avant les élections communales et les changements de majorité à Woluwé, à propos de la position tranchée de la commune : «la concertation avec la commune ne peut être unilatérale. Je peux proposer de discuter, mais si la seule réponse est qu il faut respecter le PPAS, qui fixe les bases de la discussion, je n appelle pas cela de la concertation ou une possibilité de discussion crédible 2.» Au-delà du désaccord autour de la densification du quartier, il est un autre débat qui est passé celui-là quasiment inaperçu et qui pour nous reste essentiel, c est la proportion de logements sociaux qui pourra y être développée. Le projet de F. Dupuis prévoyait une parité entre logements sociaux et logements moyens. Un choix qui nous paraît contestable par rapport au propriétaire du terrain. Si même la SLRB fait le choix du logement moyen, à qui peut-on encore confier le développement du logement social? En 2012, Doulkeridis poussait le bouchon jusqu à confier qu il n était pas opposé à y voir s installer des logements privés 3! Ce qu il faut encore ajouter, c est que dans le cas des Dames-Blanches, il ne s agit pas tant de bâtir un terrain que de l urbaniser. Si un projet de 612 logements y voit le jour (un jour!), c est tout un quartier qu il faudra développer. C est-à-dire aussi d autres types d infrastructures pour absorber les nouveaux besoins en termes de mobilité, d équipements collectifs, de services de proximité On peut se demander si la SLRB, maitre d ouvrage du Plan Logement, pourra relever un tel défi. h 1/ Sources : MUNSTER, J. C., «Projet Dames-Blanches en lisière de la forêt de Soignes. Les grains de maïs de l immobilier», Le Soir, 3 novembre 1999, p.20. Parlement bruxellois, Commission logement du 23 octobre 2012.Site web du comité de quartier des Dames-Blanches. 2/ Commission logement, 23/10/ / Ibidem art. 23 # 58 _ 1718 Des terrains plein de surprises! À côté des difficultés liées à la disponibilité du foncier, à sa mobilisation et à son affectation, l état même du sol et la qualité des terrains, peuvent aussi être sources d importants ralentissements. Passons en revue les principales difficultés. Une propriété à géométrie variable Première difficulté, souvent insoupçonnée : la propriété des terrains n est pas toujours une évidence. Ainsi, si certains propriétaires se pensent en possession de l ensemble d une parcelle, une analyse cadastrale peut montrer qu une partie de la parcelle est entre les mains d un tiers. Dans ce cas de figure, la SLRB peut se porter acquéreur des m² concernés, afin de poursuivre le projet. Autre difficulté, le droit de propriété sur un terrain peut être partagé entre une SISP et d autres copropriétaires. Les sorties d indivision, nécessaires pour permettre la construction d un nouveau projet, peuvent alors s avérer extrêmement complexes. C est le cas du projet Van Overbeke, à Ganshoren, qui devra voir la construction de 120 logements, sur un terrain appartenant à la SISP «Les Villas de Ganshoren» et à plus d une centaine de copropriétaires! Bien que le terrain soit disponible depuis 2007, le projet est donc aujourd hui toujours au point mort. La qualité du sol : la grande inconnue Pour édifier de nouvelles constructions sur le sol bruxellois, un permis d environnement et un permis d urbanisme doivent être obtenus. En fonction du type de bâtiment, de sa taille et de la connaissance du sol sur lequel il va s élever, plusieurs analyses et études doivent être effectuées. La pollution des sols et des eaux souterraines Afin de savoir si le sol du terrain que l on souhaite bâtir est pollué ou non, le passage par une «reconnaissance de l état du sol» est indispensable. Celle-ci permet de déterminer une éventuelle pollution du sol, de l eau souterraine, et, le cas échéant, la nature de celle-ci. Des résultats de cette première analyse dépend la nécessité ou non, de réaliser une «étude détaillée». Elle doit permettre de cerner au mieux l ampleur et le type de pollution. Si les résultats de celle-ci le demandent, une «étude de risque» devra être effectuée. Si les résultats de cette troisième étude sont négatifs, la procédure se poursuit par un «projet de gestion du risque», par un «projet d assainissement» En cas de pollution, la procédure peut prendre plus d un an 1 et ce, avant le démarrage des travaux d assainissement 2, eux-mêmes extérieurs, bien entendu, au démarrage du chantier de construction lui-même. Les massifs enterrés À côté des pollutions, les terrains qui ont connu une activité antérieure peuvent également en avoir conservé des traces. D anciennes fondations enfouies peuvent être découvertes en cours de chantier. Ces surprises ne sont pas sans conséquences : elles obligent à des travaux de «fouilles» particuliers pour estimer et quantifier l ampleur du phénomène, engendrant aussi des travaux de fondations complémentaires. L état du sol, inconnu pour le maitre d ouvrage (la SLRB ici) qui se voit confier la construction des projets de logements, peut donc aussi être la cause de procédures et travaux complémentaires, aléatoires Et donc non budgétisés! Frais supplémentaires, et surtout délais supplémentaires, doivent alors être engagés, car toute adaptation faite au projet doit recevoir l aval du CA de la SLRB, du Ministre compétent, et du Gouvernement. Bref, un parcours qui allonge encore le temps de la production des logements sociaux, et ces allongements peuvent se compter en mois, voire en années! Les difficultés sont telles que pour limiter les trop mauvaises surprises qui peuvent intervenir en cours de procédure, la SLRB a pris le parti de réaliser une analyse du terrain, sorte d étude de faisabilité, avant de proposer le projet au Gouvernement. Ce dernier, mieux informé, peut donc approuver les projets, conscient de leur faisabilité (ou non!) d abord, mais aussi des coûts, travaux et planning qu ils nécessiteront 3. La taille des terrains mis à disposition Il faut encore signaler que la taille des terrains peut également être source, non pas de difficultés particulières, mais de coûts plus élevés par unité de logement produite. Selon les calculs de la SLRB, seuls les projets de plus de 50 logements rendent les économies d échelles, de temps, et de travail réellement intéressantes 4. Mais comment se priver de «petits terrains», quand on sait la difficulté de mobiliser le foncier pour faire progresser le logement social? h Source : rencontre du 4 novembre 2014 avec Salma Lasri, responsable de la cellule PRL et Daniel Termont, collaborateur à la cellule PRL. 1/ Plus encore si les nappes d eau souterraines ont été contaminées par les sols pollués. 2/ Pour plus de détails sur les différentes analyses et procédures, voir le site de l Institut Bruxellois pour la Gestion de l Environnement. 3/ C est ainsi que sur les 31 projets reçus par la SLRB suite à son appel à projets, seuls 8 sont aujourd hui approuvés par le Gouvernement. Les autres font l objet d analyses de faisabilité préalables. 4/ Ajoutons à cela que les plus petits projets sont souvent à développer dans un tissu urbain plus dense, et rien que l installation du chantier est déjà plus «lourde» 18 _ art. 23 #19 Les territoires du logement social / Pour un projet de Ville plus social! La problématique foncière est donc une question clé pour le futur du logement social. Si des terrains publics sont encore disponibles aujourd hui pour construire de nouveaux logements sociaux, les réserves foncières publiques s amenuisent. Il est donc impératif de développer, au niveau régional, une politique de maitrise foncière globale qui doit faire appel à tous les outils qui permettent d optimaliser le développement territorial : c est-à-dire d abord une planologie cohérente et contraignante, ensuite la mobilisation de tous les dispositifs qui y sont liés. Mais une politique foncière est toujours subordonnée à un projet de ville. Planifier l aménagement du territoire, en maîtriser le sol mais pour y faire quoi? Une vision globale mais trop peu sociale Le projet de Ville défendu par la Région est défini par le Plan Régional de Développement Durable (PRDD) 27 toujours en projet. Ce dernier doit fixer les orientations à prendre tant en matière de logement, que d économie, d emploi, de mobilité, d environnement Il a notamment pour objet de déterminer comment Bruxelles va «utiliser» les dernières grandes réserves foncières situées sur son territoire. L accord de Gouvernement le confirme, répétant la volonté de hâter le développement de la «zone canal» et des «10 nouveaux quartiers» 28. L enjeu est important : les potentialités liées au développement de ces nouveaux quartiers sont énormes. Il s agit de vastes terrains à urbaniser ou à reconvertir, dédiés au logement, mais aussi aux services, entreprises et équipements. Ce PRDD traduit aussi les principales orientations développées par le Plan de Développement International (PDI) 29. Inscrire Bruxelles dans la logique de compétition entre villes européennes, la rendre attractive, nécessite qu elle se pare d équipements et de projets immobiliers d envergure (musée, stade, équipements touristiques ) et ce, au détriment d équipements qui répondent aux besoins réels des Bruxellois! Le (ré) aménagement du plateau du Heysel en est un bel exemple. Le PDI fonde beaucoup d espoir dans le développement de ce nouveau quartier : c est là que doivent s édifier un centre commercial, des logements de standing, un centre de congrès, un nouveau stade et une salle de spectacle! Le territoire sur lequel va s ériger Projet Neo, plateau du Heysel. ce nouveau quartier appartient à un propriétaire public (la Ville de Bruxelles), mais le développement d une partie de ce territoire est confié à un développeur privé. Son ambition : la construction d un centre commercial (alors que deux autres centres commerciaux sont projetés non loin de celui-ci) et de logements de standing, deux fonctions très rentables. Pourquoi encourager le développement de telles fonctions, très éloignées R 27/ Rappelons que le PRDD n a pas pu être approuvé par le précédent Gouvernement. 28/ Schaerbeek-formation, Tour & Taxis, le plateau du Heysel, le pôle Reyers, le quartier du Midi, le site de la gare de l Ouest, Josaphat, le pôle Delta-Souverain, le site des casernes d Etterbeek et d Ixelles, le site des prisons de Saint-Gilles et de Forest. 29/ Encore un plan, mais sans valeur «légale» et non négocié, non soumis à l enquête publique Approuvé par le Gouvernement en art. 23 # 58 _ 1920 20 _ art. 23 # Montrer encore
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