Source: http://doczz.fr/doc/63306/apotex-inc.-appelante-c.-sanofi-synthelabo-canada-inc.--s..
Timestamp: 2018-09-22 13:25:09+00:00
Document Index: 15567879

Matched Legal Cases: ['CSC ', 'CSC ', 'CSC\n', 'CSC ', 'art. 2', 'art. 36', 'art. 5', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt\n', 'arrêt ', 'art. 5', 'art. 59', 'art. 27', 'art. 27', 'arrêt ', 'arrêt ', 'CSC ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'art. 2', 'art. 2', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', '§103', 'art. 103', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt\n', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'art?\n1', 'art?\n2', 'CSC ', 'arrêt ', 'CSC ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ']

Apotex Inc. Appelante c. Sanofi-Synthelabo Canada Inc., Sanofi - Les Inventeurs Et Les Brevets
Apotex Inc. Appelante c. Sanofi-Synthelabo Canada Inc., Sanofi
[2008] 3 R.C.S.
apotex c. sanofi-synthelabo canada
Apotex Inc. Appellant
Apotex Inc. Appelante
Sanofi-Synthelabo Canada Inc.,
Sanofi-Synthelabo and Minister of
Health Respondents
Sanofi-Synthelabo et ministre de la
Santé Intimés
Association, BIOTECanada and Canada’s
Companies Interveners
Association canadienne du médicament
générique, BIOTECanada et Les compagnies
de recherche pharmaceutique du
Canada Intervenantes
Indexed as: Apotex Inc. v. Sanofi-Synthelabo
Répertorié : Apotex Inc. c. Sanofi-Synthelabo
Référence neutre : 2008 CSC 61.
No du greffe : 31881.
2008 : 16 avril; 2008 : 6 novembre.
Present: Binnie, LeBel, Deschamps, Fish, Abella,
Présents : Les juges Binnie, LeBel, Deschamps, Fish,
Abella, Charron et Rothstein.
on appeal from the federal court of
Intellectual property — Patents — Medicines —
Selection patents — Validity — Whether selection patent
invalid on grounds of anticipation, obviousness or
Propriété intellectuelle — Brevets — Médicaments
— Brevets de sélection — Validité — Allégation d’invalidité du brevet de sélection pour cause d’antériorité,
d’évidence ou de double protection.
Intellectual property — Patents — Anticipation —
Two-step approach to anticipation — Requirements of
“prior disclosure” and “enablement”.
Propriété intellectuelle — Brevets — Antériorité —
Critère à deux volets — Exigence de la « divulgation
antérieure » et du « caractère réalisable » pour établir
Intellectual property — Patents — Obviousness —
Four-step approach to obviousness — When “obvious to
try” test appropriate.
Propriété intellectuelle — Brevets — Évidence —
Démarche à quatre volets — Dans quels cas y a‑t‑il lieu
d’appliquer le critère de l’« essai allant de soi » pour
statuer sur l’évidence?
Intellectual property — Patents — Double patenting — Whether doctrine of selection patents invalid on
ground of double patenting.
Propriété intellectuelle — Brevets — Double protection — La notion de brevet de sélection est‑elle infondée
pour cause de double protection?
S is the holder of the ‘875 patent which discloses
a large genus or class of over 250,000 possible compounds useful in inhibiting platelet aggregation activity
in the blood. One of these compounds is the racemate
S est titulaire du brevet 875, qui divulgue un genre
ou une catégorie de large portée comptant plus de
250 000 composés possibles inhibiteurs de l’agrégation des plaquettes dans le sang. L’un de ces composés
apotex v. sanofi-synthelabo canada
[2008] 3 S.C.R.
relevant in this case. A racemate is a substance containing equal amounts of two structurally different
compounds, called the dextro-rotatory isomer and the
levo-rotatory isomer. S also holds the subsequent ‘777
patent which discloses and claims clopidogrel bisulfate, marketed by S under the trade name of Plavix
as an anti-coagulant that exhibits platelet aggregation
inhibiting activity. Clopidogrel is the dextro-rotatory
isomer of the racemate that was selected from and is
encompassed by the compounds claimed in the ‘875
patent, and is less toxic and better tolerated than the
levo-rotatory isomer and the racemate. In 2003, A, a
generic manufacturer served a notice of allegation on S
to obtain a notice of compliance from the Minister of
Health in order to market its generic version of Plavix,
claiming that it would not infringe S’s patent for Plavix
because the ‘777 patent was invalid on the grounds of
anticipation, obviousness and double patenting. S successfully sought an order in the Federal Court prohibiting the Minister from issuing the notice of compliance
to A on the ground that the generic version of Plavix did
infringe the ‘777 patent. The Federal Court of Appeal
upheld the decision. The issue is whether selection patents are invalid in principle or on the facts of this case,
on the grounds of anticipation, obviousness and double
est le racémate visé en l’espèce. Un racémate est une
substance constituée à parts égales de deux composés
aux structures différentes appelés isomère dextrogyre
et isomère lévogyre. S est aussi titulaire du brevet 777,
qui divulgue et revendique le bisulfate de clopidogrel,
qu’elle commercialise sous l’appellation Plavix comme
anticoagulant inhibiteur de l’agrégation plaquettaire. Le
clopidogrel est l’isomère dextrogyre du racémate qui a
été sélectionné à partir du brevet 875 et qui est visé par
les revendications de ce dernier, et il est moins toxique
et mieux toléré que l’isomère lévogyre et le racémate.
En 2003, A, un fabricant de médicaments génériques, a
signifié à S un avis d’allégation pour obtenir du ministre de la Santé un avis de conformité afin de commercialiser sa version générique du Plavix. Il alléguait que
le générique ne contreferait pas le brevet de S pour le
Plavix, car le brevet 777 était invalide pour cause d’antériorité, d’évidence et de double protection. S a obtenu
de la Cour fédérale une ordonnance interdisant au
ministre de la Santé de délivrer un avis de conformité à
A au motif que la version générique du Plavix contrefaisait son brevet 777. La Cour d’appel fédérale a confirmé
la décision. La question qui se pose est celle de savoir si
le brevet de sélection est invalide en soi ou en l’espèce
pour cause d’antériorité, d’évidence et de double protection.
Arrêt : Le pourvoi est rejeté.
In the field of chemical patents, originating or genus
patents are based on the discovery of a new invention,
namely, a reaction or compound, while selection patents are for compounds chosen from the compounds
described in the originating patent. Selection patents do
not differ in nature from any other patent, but in order
to be valid, the selected compound must be novel and
possess a substantial advantage to be secured or disadvantage to be avoided. [9-10]
Dans le domaine des produits chimiques, le brevet
d’origine ou de genre se fonde sur la découverte d’une
invention nouvelle, à savoir une réaction ou un composé, alors que le brevet de sélection a pour objet des
composés choisis à partir de ceux décrits dans le brevet
d’origine. Le brevet de sélection ne diffère pas en soi de
tout autre brevet, mais sa validité exige que le composé
sélectionné soit nouveau et permette d’obtenir un avantage important ou d’éviter un inconvénient important.
A system of genus and selection patents is acceptable in principle and does not necessarily involve
anticipation and therefore invalidity. The real question is whether, on the facts of this case, the particular selection patent has been anticipated. This means
that, having regard to s. 27(1) of the Patent Act, the
claimed invention has already been made or publicly
disclosed. Here, the applications judge set the bar for
proving anticipation too high and overstated the stringency of the test by requiring that the “exact invention”
must have already been made and publicly disclosed.
Rather, for a successful anticipation claim, a two-step
approach should be adopted whereby the requirements
of “prior disclosure” and “enablement” should be considered separately and proven. For prior disclosure,
L’existence d’un système de brevets de genre et de
sélection est admise en soi et n’implique pas nécessairement l’antériorité et, partant, l’invalidité. La véritable
question qui se pose est celle de savoir si, au vu des faits
de l’espèce, le brevet de sélection en cause était antériorisé, c’est-à-dire, compte tenu du par. 27(1) de la Loi sur
les brevets, que l’invention revendiquée avait déjà été
réalisée ou rendue publique. Dans la présente affaire,
le juge de première instance a rendu trop difficile la
preuve de l’antériorité et il a exagéré la rigueur du critère de l’antériorité en considérant que l’« invention
exacte » devait déjà avoir été faite et avoir été rendue
publique. Pour établir l’antériorité, il faut plutôt appliquer un critère à deux volets exigeant la preuve des éléments distincts que sont la « divulgation antérieure »
the genus patent must disclose subject matter which, if
performed, would necessarily result in infringement of
that patent. At this stage, the person skilled in the art
is reading the prior patent to understand whether it discloses the special advantages of the second invention.
No trial and error is permitted. If in reading the genus
patent, there is no discovery of the special advantages
of the selection patent, the genus patent does not anticipate the selection patent and the disclosure requirement
to prove anticipation, as in this case, fails. For “enablement”, the person skilled in the art must have been able
to perform the invention without undue burden. The
question at this stage of the test is how much trial and
error or experimentation is permitted. If an inventive
step were required to get to the invention of the second
patent, the specification of the first patent would not
have provided enabling disclosure. The entire prior
genus patent must provide enough information to
allow a person skilled in the art to perform or make
the selected subsequently claimed invention without
“undue burden”. The skilled person may use his or her
common general knowledge of the relevant art at the
relevant time to supplement information contained in
the prior genus patent and may conduct routine trials
without being considered an undue burden, but prolonged or arduous trial and error experiments would not
be considered routine. In this case, the allegation that
the ‘777 patent is invalid on the basis of anticipation
must fail. Twenty-one examples from the ‘875 patent
were made and tested, one of which was the relevant
racemate. There was no evidence that a person skilled
in the art would know, from reading the ‘875 patent,
the specific beneficial properties associated with the
more active dextro-rotatory isomer and that it would be
less toxic than the racemate or levo-rotatory isomer or
any of the other compounds made and tested. Since the
‘875 patent did not teach these special advantages, the
invention of the ‘777 patent was not disclosed and was
therefore not anticipated. Regarding enablement, the
evidence with respect to trial and error and the methods
of separating the racemate into its isomers, indicates
that the identification of clopidogrel, its bisulfate salt
and their advantageous properties required extensive
investigation over a period of months. However, it was
not necessary to determine the question of enablement
in view of the finding that there was no disclosure of the
‘777 invention in the ‘875 patent. [18-20] [23-25] [3133] [37-38] [40-42] [46-50] [116]
et le « caractère réalisable ». Pour les besoins de la
divulgation antérieure, le brevet de genre doit divulguer
ce qui, une fois réalisé, emporterait nécessairement sa
contrefaçon. À cette étape, la personne versée dans l’art
lit le mémoire descriptif du brevet antérieur pour déterminer s’il divulgue les avantages particuliers de l’invention subséquente. Les essais successifs ne sont pas
admis. Lorsque la lecture du brevet de genre ne permet
pas de connaître les avantages particuliers de l’invention visée par le brevet de sélection, comme c’est le
cas en l’espèce, l’antériorité n’est pas établie. En ce qui
concerne le « caractère réalisable », la personne versée
dans l’art doit avoir été en mesure d’exécuter l’invention sans trop de difficultés. La question qui se pose dès
lors est celle de savoir dans quelle mesure le caractère
réalisable admet les essais successifs. Lorsqu’une étape
inventive était nécessaire pour parvenir à l’invention
du deuxième brevet, le mémoire descriptif du premier
brevet ne rendait pas l’invention réalisable. Le brevet de
genre antérieur, considéré dans son intégralité, doit renfermer suffisamment de renseignements pour permettre
à la personne versée dans l’art d’exécuter ou de réaliser
sans « trop de difficultés » l’invention revendiquée dans
le brevet subséquent. La personne versée dans l’art peut
faire appel à ses connaissances générales courantes
dans le domaine en cause, au moment considéré, pour
compléter les données du brevet antérieur. Elle peut
effectuer des essais courants sans que l’on considère la
difficulté excessive, mais les essais successifs longs et
ardus ne sont pas tenus pour des essais courants. En l’espèce, l’allégation d’invalidité du brevet 777 pour cause
d’antériorité doit être rejetée. Vingt et un composés
visés par le brevet 875 ont été synthétisés et analysés,
et l’un d’eux était le racémate en cause. Aucun élément
n’établissait qu’en prenant connaissance du brevet 875,
une personne versée dans l’art aurait su que l’isomère
dextrogyre plus actif présentait des avantages particuliers et qu’il serait moins toxique que le racémate, l’isomère lévogyre ou n’importe lequel des autres composés
synthétisés et analysés. Puisque le brevet 875 ne divulguait pas ces avantages particuliers, l’invention correspondant au brevet 777 n’avait pas été divulguée et, de
ce fait, elle n’était pas antériorisée. Pour ce qui est du
caractère réalisable, les éléments relatifs aux essais successifs et aux méthodes permettant d’isoler les isomères
du racémate prouvent que la découverte du clopidogrel,
de son bisulfate et de leurs avantages ont nécessité des
mois de recherche approfondie. Étant donné la conclusion que le brevet 875 n’avait pas divulgué l’objet du
brevet 777, il n’était cependant pas nécessaire de trancher la question du caractère réalisable. [18-20] [23-25]
[31-33] [37-38] [40-42] [46-50] [116]
The allegation that the ‘777 patent is invalid on
the basis of obviousness must also fail. Obviousness
L’allégation selon laquelle le brevet 777 est invalide pour cause d’évidence doit elle aussi être rejetée.
is largely concerned with how a skilled worker would
have acted in the light of the prior art. An obviousness
inquiry should follow a four-step approach. First, the
notional “person skilled in the art” and that person’s
relevant common general knowledge must be identified. Here, that person is a trained pharmachemist.
Second, the inventive concept of the claim in question
must be determined or construed. The inventive concept of the claims in the ‘777 patent is that it is a compound useful in inhibiting platelet aggregation which
has greater therapeutic effect and less toxicity than the
other compounds of the ‘875 patent. Third, the differences, if any, that exist between the matters cited as
forming part of the “state of the art” and the inventive
concept of the claim or the claim as construed must be
identified. There is no disclosure in the ‘875 patent of
dextro-rotatory isomer of this racemate or its bisulfate
salt, in contrast to the ‘777 patent, which claims the
invention of the dextro-rotatory isomer of the racemate,
clopidogrel, and its bisulfate salt, discloses their beneficial properties over the levo-rotatory isomer and the
racemate, and expressly describes how to separate the
racemate into its isomers. Fourth, a court must consider
whether, viewed without any knowledge of the alleged
invention as claimed, those differences constitute steps
which would have been obvious to the person skilled in
the art or whether they require any degree of inventiveness. It is at this final step that the issue of “obvious to
try” will arise and the nature of the invention in this
case is such as to warrant this test. For a finding that an
invention was “obvious to try”, there must be evidence
to convince a judge on a balance of probabilities that it
was more or less self-evident to try to obtain the invention. Mere possibility that something might turn up is
not enough. Here, when the relevant factors are considered, the invention was not self-evident from the prior
art and common general knowledge in order to satisfy
the test. While there were five well-known methods to
separate this racemate into its isomers, there was no
evidence that a person skilled in the art would have
known which of the five known separation techniques
would work with this racemate. Further, S spent millions of dollars and several years developing the racemate up to the point of preliminary human clinic trials
before it was discovered that the dextro-rotatory isomer
was active and non-toxic. As the ‘875 patent did not
differentiate on the basis of efficacy and toxicity, what
to select or omit was not then self-evident to a person
skilled in the art. It was also not self-evident from the
‘875 patent or common general knowledge what the
beneficial properties of the dextro-rotatory isomer of
this racemate or its bisulfate salt would be and therefore what was being tried ought to work. The course of
L’évidence tient en grande partie à la manière dont
l’homme du métier aurait agi à la lumière de l’antériorité. L’examen relatif à l’évidence comporte quatre
étapes. Premièrement, il faut identifier la « personne
versée dans l’art » et déterminer ses connaissances
générales courantes pertinentes. En l’espèce, la personne versée dans l’art est le chimiste pharmaceutique
de formation. Deuxièmement, il faut définir l’idée originale de la revendication en cause, au besoin par voie
d’interprétation. L’idée originale à la base des revendications du brevet 777 est un antiplaquettaire à l’effet
thérapeutique supérieur et à la toxicité moindre comparativement aux autres composés couverts par le brevet
875. Troisièmement, il faut recenser les différences, s’il
en est, entre ce qui ferait partie de « l’état de la technique » et l’idée originale qui sous-tend la revendication
ou son interprétation. Le brevet 875 ne divulgue aucun
avantage particulier associé à l’isomère dextrogyre
du racémate en cause, ou de son bisulfate, contrairement au brevet 777, qui revendique l’invention de l’isomère dextrogyre du racémate, le clopidogrel et de son
bisulfate, divulgue leurs avantages par rapport à l’isomère lévogyre et au racémate, et énonce expressément
le procédé de séparation des isomères du racémate.
Quatrièmement, le tribunal doit se demander, abstraction faite de toute connaissance de l’invention revendiquée, si ces différences constituent des étapes évidentes
pour la personne versée dans l’art ou si elles dénotent
quelque inventivité. C’est à cette dernière étape qu’il
faut se demander si le critère de l’« essai allant de soi »
s’applique et, en l’espèce, la nature de l’invention en
cause justifie son application. Pour conclure qu’une
invention résulte d’un « essai allant de soi », le tribunal doit être convaincu selon la prépondérance des
probabilités qu’il allait plus ou moins de soi de tenter
d’arriver à l’invention. La seule possibilité d’obtenir
quelque chose ne suffit pas. En l’occurrence, compte
tenu de tous les éléments pertinents, l’invention n’était
pas évidente au regard de l’antériorité et des connaissances générales courantes de manière à satisfaire au
critère. Cinq techniques connues permettaient d’isoler
les isomères du racémate, mais rien n’établissait qu’une
personne versée dans l’art aurait su laquelle allait fonctionner pour le racémate en cause. De plus, S a consacré des millions de dollars et des années de travaux à
la mise au point du racémate puis à la tenue d’essais
cliniques préliminaires chez l’humain avant qu’on ne
découvre l’activité et la non-toxicité de l’isomère dextrogyre. Le brevet 875 n’établissait pas de distinction en
fonction de l’efficacité et de la toxicité, de sorte que ce
qu’il y avait lieu de retenir ou d’omettre n’était alors pas
évident pour la personne versée dans l’art. Ni le brevet
875 ni les connaissances générales courantes ne rendaient évidents les avantages de l’isomère dextrogyre
conduct and the time involved throughout demonstrate
that the advantage of the dextro-rotatory isomer was not
quickly or easily predictable. [66-68] [70] [74] [78-81]
[85-86] [90-93]
du racémate ou de son bisulfate, de sorte qu’il n’était
pas évident que l’essai serait fructueux. Les efforts et
le temps consacrés tout du long démontrent qu’il n’était
pas possible de prédire rapidement ou aisément l’avantage que présentait l’isomère dextrogyre. [66-68] [70]
[74] [78-81] [85-86] [90-93]
Finally, the challenge to selection patents based on
the ground of double patenting is not well founded.
Strategies that attempt to extend the time limit of exclusivity of a patent may be contrary to the objectives of
the Patent Act, depending on the circumstances, but a
generalized concern about evergreening is not a justification for an attack on the doctrine of selection patents. A selection patent may be sought by a party other
than the inventor or owner of the original genus patent
so that evergreening does not arise. In addition, selection patents encourage improvements over the subject
matter of the original genus patent because that selection does something better than or different from what
was claimed in the genus patent. There is no “same
invention” double patenting because the claims of the
‘875 and ‘777 patents were not identical or coterminous
and the former is broader than the latter. Further, as the
claims in the ‘777 patent reflect a patentably distinct
compound from the compounds in the ‘875 patent, it is
not invalid for “obviousness” double patenting. [97-98]
[100-101] [110-111] [113] [115] [117]
Enfin, l’allégation selon laquelle les brevets de
sélection sont invalides pour cause de double protection n’est pas fondée. Les stratégies visant à accroître
la durée du monopole conféré par un brevet peuvent
aller à l’encontre des objectifs de la Loi sur les brevets,
selon les circonstances, mais cette préoccupation générale liée à la perpétuation des brevets ne justifie pas la
remise en question des brevets de sélection comme tels.
L’obtention d’un brevet de sélection peut intéresser une
autre personne que l’inventeur ou le titulaire du brevet
de genre d’origine, auquel cas la question de la perpétuation ne se pose pas. En outre, le brevet de sélection
favorise le perfectionnement de l’objet du brevet de
genre d’origine en ce que la sélection permet d’obtenir
quelque chose de mieux ou de différent par rapport à
ce qui est revendiqué dans le brevet initial. Il n’y a pas
de double brevet relatif à la « même invention », car
les revendications des brevets 875 et 777 ne sont pas
identiques et les revendications du premier brevet ont
une portée plus grande que celles du second. De plus,
comme le brevet 777 revendique un composé brevetable
distinct de celui visé par les revendications du brevet
875, il ne saurait être invalide pour cause de double
brevet relatif à une « évidence ». [97-98] [100-101] [110111] [113] [115] [117]
Applied: In re I. G. Farbenindustrie A. G.’s Patents
(1930), 47 R.P.C. 289; Synthon B.V. v. SmithKline
Beecham plc, [2006] 1 All E.R. 685, [2005] UKHL 59;
Windsurfing International Inc. v. Tabur Marine (Great
Britain) Ltd., [1985] R.P.C. 59; Pozzoli SPA v. BDMO
SA, [2007] F.S.R. 37 (p. 872), [2007] EWCA Civ 588;
Whirlpool Corp. v. Camco Inc., [2000] 2 S.C.R. 1067,
2000 SCC 67; Monsanto Co. v. Commissioner of Patents,
[1979] 2 S.C.R. 1108; referred to: Commissioner
of Patents v. Farbwerke Hoechst Aktiengesellschaft
Vormals Meister Lucius & Bruning, [1964] S.C.R. 49;
Free World Trust v. Électro Santé Inc., [2000] 2 S.C.R.
1024, 2000 SCC 66; Beloit Canada Ltd. v. Valmet OY
(1986), 8 C.P.R. (3d) 289; General Tire & Rubber Co. v.
Firestone Tyre & Rubber Co., [1972] R.P.C. 457; Hills
v. Evans (1862), 31 L.J. Ch. (N.S.) 457; E. I. Du Pont
de Nemours & Co. (Witsiepe’s) Application, [1982]
F.S.R. 303; Halliburton Energy Services Inc. v. Smith
International (North Sea) Ltd., [2006] EWCA Civ 1715
(BAILII); Wobben v. Vestas-Celtic Wind Technology
Arrêts appliqués : In re I. G. Farbenindustrie
A. G.’s Patents (1930), 47 R.P.C. 289; Synthon B.V.
c. SmithKline Beecham plc, [2006] 1 All E.R. 685,
[2005] UKHL 59; Windsurfing International Inc. c.
Tabur Marine (Great Britain) Ltd., [1985] R.P.C. 59;
Pozzoli SPA c. BDMO SA, [2007] F.S.R. 37 (p. 872),
[2007] EWCA Civ 588; Whirlpool Corp. c. Camco Inc.,
[2000] 2 R.C.S. 1067, 2000 CSC 67; Monsanto Co. c.
Commissaire des brevets, [1979] 2 R.C.S. 1108; arrêts
mentionnés : Commissioner of Patents c. Farbwerke
Hoechst Aktiengesellschaft Vormals Meister Lucius
& Bruning, [1964] R.C.S. 49; Free World Trust c.
Électro Santé Inc., [2000] 2 R.C.S. 1024, 2000 CSC
66; Beloit Canada Ltée c. Valmet OY, [1986] A.C.F.
no 87 (QL); General Tire & Rubber Co. c. Firestone
Tyre & Rubber Co., [1972] R.P.C. 457; Hills c. Evans
(1862), 31 L.J. Ch. (N.S.) 457; E. I. Du Pont de Nemours
& Co. (Witsiepe’s) Application, [1982] F.S.R. 303;
Halliburton Energy Services Inc. c. Smith International
(North Sea) Ltd., [2006] EWCA Civ 1715 (BAILII);
Ltd., [2007] EWHC 2636 (BAILII); Application of
Tomlinson, 363 F.2d 928 (1966); In re O’Farrell, 853
F.2d 894 (1988); KSR International Co. v. Teleflex Inc.,
127 S. Ct. 1727 (2007); Johns-Manville Corporation’s
Patent, [1967] R.P.C. 479; H. Lundbeck A/S v. Generics
(UK) Ltd., [2008] R.P.C. 19 (p. 437), [2008] EWCA
Civ 311; Angiotech Pharmaceuticals Inc. v. Conor
Medsystems Inc., [2007] R.P.C. 20 (p. 487), [2007]
EWCA Civ 5, rev’d [2008] R.P.C. 28 (p. 716), [2008]
UKHL 49; Saint-Gobain PAM SA v. Fusion Provida
Ltd., [2005] EWCA Civ 177 (BAILII); Apotex Inc. v.
Wellcome Foundation Ltd., [2002] 4 S.C.R. 153, 2002
SCC 77; Ciba-Geigy AG v. Commissioner of Patents
(1982), 65 C.P.R. (2d) 73; May & Baker Ltd. v. Boots
Pure Drug Co. (1950), 67 R.P.C. 23.
Wobben c. Vestas-Celtic Wind Technology Ltd., [2007]
EWHC 2636 (BAILII); Application of Tomlinson,
363 F.2d 928 (1966); In re O’Farrell, 853 F.2d 894
(1988); KSR International Co. c. Teleflex Inc., 127 S.
Ct. 1727 (2007); Johns-Manville Corporation’s Patent,
[1967] R.P.C. 479; H. Lundbeck A/S c. Generics (UK)
Ltd., [2008] R.P.C. 19 (p. 437), [2008] EWCA Civ 311;
Angiotech Pharmaceuticals Inc. c. Conor Medsystems
Inc., [2007] R.P.C. 20 (p. 487), [2007] EWCA Civ 5, inf.
par [2008] R.P.C. 28 (p. 716), [2008] UKHL 49; SaintGobain PAM SA c. Fusion Provida Ltd., [2005] EWCA
Civ 177 (BAILII); Apotex Inc. c. Wellcome Foundation
Ltd., [2002] 4 R.C.S. 153, 2002 CSC 77; Ciba-Geigy
AG c. Canada (Commissaire des brevets), [1982] A.C.F.
no 425 (QL); May & Baker Ltd. c. Boots Pure Drug Co.
(1950), 67 R.P.C. 23.
Food and Drug Regulations, C.R.C. 1978, c. 870, s.
Patent Act, R.S.C. 1985, c. P‑4, ss. 2, 27, 34(1)(b) [rep.
1993, c. 15, s. 36], 55.2(4), 59.
SOR/93‑133, ss. 5, 6(1).
Loi sur les brevets, L.R.C. 1985, ch. P‑4, art. 2, 27, 34(1)b)
[abr. 1993, ch. 15, art. 36], 55.2(4), 59.
Patents Act 1977 (R.‑U.), 1977, ch. 37.
Règlement sur les aliments et drogues, C.R.C. 1978, ch.
870, art. C.08.004.
Règlement sur les médicaments brevetés (avis de conformité), DORS/93‑133, art. 5, 6(1).
Convention on the Grant of European Patents, 1065
U.N.T.S. 199.
Convention sur la délivrance de brevets européens, 1065
R.T.N.U. 199.
Vaver, David. Intellectual Property Law : Copyright,
Patents, Trade-marks. Concord, Ont. : Irwin Law,
APPEAL from a judgment of the Federal Court
of Appeal (Richard C.J. and Noël and Evans JJ.A.)
(2006), 282 D.L.R. (4th) 179, 358 N.R. 135, 59
C.P.R. (4th) 46, [2006] F.C.J. No. 1945 (QL), 2006
CarswellNat 4587, 2006 FCA 421, affirming a decision of Shore J. (2005), 271 F.T.R. 159, 39 C.P.R.
(4th) 202, [2005] R.P.C. 34 (p. 855), [2005] F.C.J.
No. 482 (QL), 2005 CarswellNat 726, 2005 FC 390.
POURVOI contre un arrêt de la Cour d’appel fédérale (le juge en chef Richard et les juges
Noël et Evans) (2006), 282 D.L.R. (4th) 179, 358
N.R. 135, 59 C.P.R. (4th) 46, [2006] A.C.F. no 1945
(QL), 2006 CarswellNat 5335, 2006 CAF 421, qui
a confirmé une décision du juge Shore (2005), 271
F.T.R. 159, 39 C.P.R. (4th) 202, [2005] R.P.C. 34 (p.
855), [2005] A.C.F. no 482 (QL), 2005 CarswellNat
4380, 2005 CF 390. Pourvoi rejeté.
Harry B. Radomski, Richard Naiberg, Andrew
R. Brodkin and Miles Hastie, for the appellant.
R. Brodkin et Miles Hastie, pour l’appelante.
Anthony G. Creber and Cristin A. Wagner, for
the respondents Sanofi-Synthelabo Canada Inc.
and Sanofi-Synthelabo.
Anthony G. Creber et Cristin A. Wagner, pour
les intimées Sanofi-Synthelabo Canada Inc. et
apotex c. sanofi-synthelabo canada Le juge Rothstein
No one appeared for the respondent the Minister
Personne n’a comparu pour l’intimé le ministre
Edward Hore, for the intervener the Canadian
Edward Hore, pour l’intervenante l’Association
canadienne du médicament générique.
Peter Wilcox et Jana Stettner, pour l’intervenante BIOTECanada.
Patrick E. Kierans, Jason Markwell and Cynthia
L. Tape, for the intervener Canada’s ResearchBased Pharmaceutical Companies.
Patrick E. Kierans, Jason Markwell et Cynthia
L. Tape, pour l’intervenante Les compagnies de
recherche pharmaceutique du Canada.
[1] This appeal raises questions relating to the
validity of what are known as selection patents.
In the context of chemical compounds, in general terms, a selection patent is one whose subject
matter (compounds) is a fraction of a larger known
class of compounds which was the subject matter
of a prior patent.
[1] Le présent pourvoi soulève des questions relatives à la validité de ce qu’on appelle un brevet de
sélection. Dans le domaine des composés chimiques, l’objet d’un tel brevet s’entend généralement
d’un composé faisant partie d’une catégorie plus
grande visée par un brevet antérieur.
[2] The appellant (“Apotex”) challenges the
validity of the selection patent in this case on the
grounds of anticipation, obviousness and double
patenting. I would dismiss the appeal.
[2] L’appelante (« Apotex ») soutient que le brevet
de sélection considéré en l’espèce est invalide pour
cause d’antériorité, d’évidence et de double protection. Je suis d’avis de rejeter le pourvoi.
[3] The parties have accepted that the Sanofi
respondents (“Sanofi”) are the relevant holders of
patent 1,194,875 (‘875 patent). This patent disclosed
a genus or class of compounds useful in inhibiting platelet aggregation activity in the blood which
is important in treating coronary artery, peripheral vascular and cerebral vascular diseases. This
genus patent discloses over 250,000 possible different compounds useful for this purpose. One of
the compounds is a racemate described as methyl
alpha-5 (4,5,6,7-tetrahydro (3, 2-c)-thieno pyridyl)
(2-chlorophenyl)-acetate (the “racemate”).
[3] Les parties reconnaissent que l’intimée
(« Sanofi ») est titulaire du brevet 1,194,875 (« brevet
875 »), qui divulgue un genre ou une catégorie de
composés inhibant l’agrégation des plaquettes dans
le sang, ce qui joue un rôle important dans le traitement des coronaropathies, des artériopathies
périphériques et des maladies vasculaires cérébrales. Ce brevet de genre divulgue plus de 250 000
composés possibles ayant cet effet antiplaquettaire,
dont le racémate alpha-5 (4,5,6,7-tétrahydro (3,2‑c)
thiénopyridyl)(2‑chlorophényl)-acétate de méthyle
(« racémate »).
[4] A racemate is a substance containing equal
amounts of two structurally different compounds,
[4] Un racémate est une substance constituée
à parts égales de deux composés aux structures
apotex v. sanofi-synthelabo canada Rothstein J.
called enantiomers or optical isomers. The two
isomers, the dextro-rotatory isomer and the
levo-rotatory isomer, are mirror images of each
other and rotate plane-polarized light in opposite
différentes appelés énantiomères ou isomères optiques. Les deux isomères, le dextrogyre et le lévogyre, sont l’image l’un de l’autre dans un miroir et
font dévier le plan de la lumière polarisée dans des
[5] The parties have accepted that Sanofi is also
the relevant holder of subsequent Canadian patent
1,336,777 (‘777 patent), the patent in suit. It discloses and claims clopidogrel bisulfate, which is
marketed by Sanofi under the trade name of Plavix
as an anti-coagulant that inhibits platelet aggregation activity in the blood.
[5] Les parties reconnaissent que Sanofi est aussi
titulaire du brevet canadien 1,336,777 (« brevet
777 ») — l’objet du litige — délivré subséquemment. Le brevet divulgue et revendique le bisulfate
de clopidogrel, qui est commercialisé sous l’appellation Plavix comme anticoagulant inhibiteur de
[6] Clopidogrel bisulfate is encompassed
within the scope of the claims in the ‘875 patent.
Clopidogrel is the dextro-rotatory isomer of the
racemate, having beneficial properties over both
the racemate and the levo-rotatory isomer. The
dextro-rotatory isomer exhibits a platelet aggregation inhibiting activity and is less toxic and better
tolerated than the levo-rotatory isomer and racemate. The salts of the dextro-rotatory isomer, such
as clopidogrel bisulfate, have a better therapeutic
index than the salts of the racemic mixture and
in fact, the levo-rotatory isomer exhibits almost
no platelet aggregation inhibiting activity, and its
toxicity is markedly higher than that of the dextrorotatory isomer.
[6] Le bisulfate de clopidogrel, soit l’isomère
dextrogyre du racémate, est visé par les revendications du brevet 875 et présente des avantages par
rapport au racémate et à l’isomère lévogyre. Non
seulement l’isomère dextrogyre inhibe l’agrégation plaquettaire, mais il est aussi moins toxique et
mieux toléré que l’isomère lévogyre et le racémate.
Comme le bisulfate de clopidogrel, ses sels sont
associés à un meilleur indice thérapeutique que les
sels du mélange racémique. En fait, l’isomère lévogyre n’inhibe presque pas l’agrégation des plaquettes et il est nettement plus toxique que l’isomère
[7] On March 10, 2003, Apotex served a notice
of allegation under the Patented Medicines (Notice
of Compliance) Regulations, SOR/93‑133 (“NOC
Regulations”), on Sanofi for the purpose of obtaining a notice of compliance pursuant to s. C.08.004
of the Food and Drug Regulations, C.R.C. 1978,
c. 870, from the Minister of Health for a generic
version of Plavix. The basis of Apotex’s notice of
allegation was that it would not infringe Sanofi’s
‘777 patent for Plavix because the ‘777 patent was
invalid on account of anticipation, obviousness
and double patenting. On April 28, 2003, Sanofi
initiated proceedings under s. 6(1) of the NOC
Regulations in the Federal Court seeking an order
prohibiting the Minister of Health from issuing a
notice of compliance to Apotex on the grounds that
its generic version of Plavix would infringe the
‘777 patent. The Federal Court granted the order of
[7] Le 10 mars 2003, Apotex a signifié à Sanofi
un avis d’allégation en application du Règlement
sur les médicaments brevetés (avis de conformité),
DORS/93‑133 (« Règlement AC »), afin d’obtenir du ministre de la Santé un avis de conformité
pour une version générique du Plavix suivant l’art.
C.08.004 du Règlement sur les aliments et drogues,
C.R.C. 1978, ch. 870. Dans cet avis, Apotex alléguait ne pas contrefaire le brevet 777 de Sanofi
pour le Plavix, car ce brevet était invalide pour
cause d’antériorité, d’évidence et de double protection. Le 28 avril 2003, Sanofi a saisi la Cour
fédérale de la demande prescrite au par. 6(1) du
Règlement AC pour l’obtention d’une ordonnance
interdisant au ministre de la Santé de délivrer un
avis de conformité à Apotex au motif que la version
générique du Plavix contreferait son brevet 777. La
Cour fédérale a rendu l’ordonnance d’interdiction
prohibition ((2005), 271 F.T.R. 159, 2005 FC 390).
The Federal Court of Appeal dismissed Apotex’s
appeal ((2006), 282 D.L.R. (4th) 179, 2006 FCA
([2005] A.C.F. no 482 (QL), 2005 CF 390). La Cour
d’appel fédérale a rejeté l’appel d’Apotex ([2006]
A.C.F. no 1945 (QL), 2006 CAF 421).
III. Les brevets de sélection
[8] This appeal requires the Court to determine
whether selection patents are invalid in principle or
on the facts of this case on the grounds of anticipation, obviousness and double patenting.
[8] Dans le présent pourvoi, notre Cour doit déterminer si le brevet de sélection est invalide en soi ou
en l’espèce pour cause d’antériorité, d’évidence et
de double protection.
[9] The locus classicus describing selection patents is the decision of Maugham J. in In re I. G.
Farbenindustrie A. G.’s Patents (1930), 47 R.P.C.
289 (Ch. D.). At p. 321, he explained that in the
field of chemical patents (which would of course
include pharmaceutical compounds), there are
often two “sharply divided classes”. The first class
of patents, which he called originating patents, are
based on an originating invention, namely, the discovery of a new reaction or a new compound. The
second class comprises patents based on a selection of compounds from those described in general terms and claimed in the originating patent.
Maugham J. cautioned that the selected compounds
cannot have been made before, or the selection
patent “would fail for want of novelty”. But if the
selected compound is “novel” and “possess[es] a
special property of an unexpected character”, the
required “inventive” step would be satisfied (p.
321). At p. 322, Maugham J. stated that a selection
patent “does not in its nature differ from any other
patent”.
[9] La description classique du brevet de sélection figure dans l’arrêt In re I. G. Farbenindustrie
A. G.’s Patents (1930), 47 R.P.C. 289 (Ch. D.), où
le juge Maugham explique à la p. 321 que les brevets portant sur des produits chimiques (dont bien
sûr les composés pharmaceutiques) se divisent souvent en deux [TRADUCTION] « catégories nettement
distinctes ». La première, celle des brevets d’origine, formée des brevets protégeant une invention
source, à savoir la découverte d’une nouvelle réaction ou d’un nouveau composé. La seconde catégorie, celle des brevets visant une sélection des composés décrits en termes généraux et revendiqués
dans le brevet d’origine. Le juge Maugham précise
que les composés sélectionnés ne doivent pas avoir
été réalisés auparavant, sinon le brevet de sélection [TRADUCTION] « ne satisfait pas à l’exigence
de nouveauté ». Cependant, le composé sélectionné
qui est « nouveau » et qui « possède une propriété
particulière imprévue » remplit l’exigence de l’étape
inventive. Le juge Maugham ajoute à la p. 322 que
le brevet de sélection [TRADUCTION] « ne diffère
pas en soi de tout autre brevet ».
[10] While not exhaustively defining a selection
patent, he set out (at pp. 322-23) three conditions
that must be satisfied for a selection patent to be
[10] Le juge Maugham ne définit pas le brevet
de sélection de manière exhaustive, mais il énonce
trois conditions essentielles à sa validité (p. 322323).
1. There must be a substantial advantage to be
secured or disadvantage to be avoided by the
use of the selected members.
1. L’utilisation des éléments sélectionnés permet
d’obtenir un avantage important ou d’éviter un
inconvénient important.
2. The whole of the selected members (subject to
“a few exceptions here and there”) possess the
advantage in question.
2. Tous les éléments sélectionnés (« à quelques
exceptions près ») présentent cet avantage.
3. The selection must be in respect of a quality
of a special character peculiar to the selected
group. If further research revealed a small
number of unselected compounds possessing
the same advantage, that would not invalidate
the selection patent. However, if research
showed that a larger number of unselected
compounds possessed the same advantage, the
quality of the compound claimed in the selection patent would not be of a special character.
3. La sélection vise une qualité particulière
propre aux composés en cause. Une recherche plus poussée révélant qu’un petit nombre
de composés non sélectionnés présentent le
même avantage ne permettrait pas d’invalider
le brevet de sélection. Toutefois, si la recherche
démontrait qu’un grand nombre de composés
non sélectionnés présentent le même avantage,
la qualité du composé revendiqué dans le brevet
de sélection ne serait pas particulière.
[11] Although much has been written about selection patents since I. G. Farbenindustrie, Maugham
J.’s analysis is consistently referred to and is well
accepted. I find it is a useful starting point for the
analysis to be conducted in this case.
[11] Même si les brevets de sélection ont fait
couler beaucoup d’encre depuis la décision I. G.
Farbenindustrie, les principes dégagés par le juge
Maugham sont régulièrement cités et reconnus.
J’estime qu’ils offrent un bon point de départ pour
l’analyse que requiert le présent pourvoi.
IV. The Regulatory Scheme Under Which the
Matter Proceeded
IV. Le cadre législatif applicable en l’espèce
[12] At the outset, it is appropriate to refer to the
words of Judson J. for this Court in Commissioner
Vormals Meister Lucius & Bruning, [1964] S.C.R.
49, at p. 57:
[12] Il convient d’abord de citer le juge Judson
s’exprimant au nom de notre Cour dans l’arrêt
Commissioner of Patents c. Farbwerke Hoechst
Artiengesellschaft Vormals Meister Lucius &
Bruning, [1964] R.C.S. 49, p. 57 :
There is no inherent common law right to a patent. An
inventor gets his patent according to the terms of the
Patent Act, no more and no less.
[TRADUCTION] Il n’existe pas, en common law, de droit
inhérent à un brevet. L’inventeur obtient son brevet
conformément à la Loi sur les brevets. Un point c’est
The most recent reference to the law of patents being
wholly statutory are the words of Lord Walker in
Synthon B.V. v. SmithKline Beecham plc, [2006] 1
All E.R. 685, [2005] UKHL 59, at paras. 57-58:
L’affirmation la plus récente voulant que le droit
des brevets soit entièrement issu de la loi est celle de
lord Walker dans l’arrêt Synthon B.V. c. SmithKline
Beecham plc, [2006] 1 All E.R. 685, [2005] UKHL
59, par. 57-58 :
The law of patents is wholly statutory, and has a
surprisingly long history. . . . In the interpretation and
application of patent statutes judge-made doctrine has
over the years done much to clarify the abstract generalities of the statutes and to secure uniformity in their
[TRADUCTION] L’origine du droit des brevets est
purement législative et étonnamment ancienne. [. . .]
Eu égard à l’interprétation et à l’application des dispositions législatives sur les brevets, la doctrine jurisprudentielle a largement contribué au fil des ans à clarifier
les notions abstraites des lois et à en assurer l’application uniforme.
Nevertheless it is salutary to be reminded, from
time to time, that the general concepts which are the
common currency of patent lawyers are founded on a
statutory text, and cannot have any other firm foundation.
Il est tout de même salutaire de se faire rappeler
de temps à autre que les concepts généraux auxquels
se réfèrent les avocats spécialisés en droit des brevets
prennent appui sur un texte législatif et ne sauraient
avoir aucun autre véritable fondement.
I therefore turn to the regulatory scheme applicable
Je passe donc au cadre législatif applicable en l’espèce.
[13] The procedure under the NOC Regulations
pursuant to which a manufacturer of drugs may
apply to the Minister of Health for a notice of
compliance is well known. A manufacturer, usually a generic manufacturer, wishes to compare its
drug with that of a patent holder for which a patent
list has been submitted to the Minister by the
patent holder. The generic manufacturer’s purpose
is to establish the safety and efficacy of its drug
for the purposes of securing marketing approval
from the Minister. The process of comparison
saves the generic competitor time and resources.
However, the Minister will not issue a notice of
compliance unless the patent on the comparator
drug has expired, is invalid, or the generic’s product will not otherwise infringe the patent. Thus
the NOC Regulations create a connection between
government approval to market a generic drug and
the issue of patent validity and infringement.
[13] La procédure réglementaire permettant l’obtention — généralement par un fabricant de médicaments génériques — d’un avis de conformité délivré par le ministre de la Santé est bien connue. Le
fabricant cherche à comparer son médicament avec
celui d’un breveté pour lequel ce dernier a déposé
une liste de brevets. L’objectif du fabricant est d’établir l’innocuité et l’efficacité de son produit et d’obtenir du ministre l’autorisation de le commercialiser. Ce processus de comparaison épargne temps
et ressources au concurrent générique. Cependant,
le ministre ne délivre un avis de conformité que si
le brevet du produit de comparaison est expiré ou
invalide ou que le produit générique ne le contrefait
pas par ailleurs. Le Règlement AC lie donc l’autorisation de commercialiser un médicament générique à la validité d’un brevet et à sa contrefaçon.
[14] Section 5(1)(b) of the NOC Regulations states
that the generic manufacturer, in its submission for
a notice of compliance, may allege that the patent
has expired, is not valid or will not be infringed.
The patent holder may then apply to the Federal
Court for an order prohibiting the Minister from
issuing a notice of compliance to the generic manufacturer until after expiration of the patent that is
the subject of the notice of allegation. The court
will grant the prohibition order if it finds that the
allegation of invalidity, expiry or non-infringement
is not justified. If it finds the allegation justified, it
will dismiss the application for prohibition and the
Minister may then issue a notice of compliance to
the generic manufacturer if all other requirements
[14] L’alinéa 5(1)b) du Règlement AC dispose que
dans sa demande d’avis de conformité, le fabricant d’un générique peut alléguer que le brevet est
expiré, qu’il n’est pas valide ou qu’il ne sera pas
contrefait. Le breveté peut ensuite demander à la
Cour fédérale de rendre une ordonnance interdisant au ministre de délivrer un avis de conformité au fabricant du générique avant l’expiration du
brevet visé par l’avis d’allégation. La Cour fédérale
fait droit à la demande lorsqu’elle conclut que l’allégation d’invalidité, d’expiration ou d’absence de
contrefaçon n’est pas fondée. Lorsqu’elle conclut au
fondement de l’allégation, elle rejette la demande,
et le ministre peut alors délivrer un avis de conformité au fabricant du générique qui satisfait par
ailleurs aux exigences.
[15] The NOC Regulations do not provide guidance about how an allegation of “not valid” as stated
in s. 5(1)(b)(iii) is to be considered and determined
by the court. For this purpose, reference must be
made to the relevant version of the Patent Act,
which is R.S.C. 1985, c. P‑4, applicable to patent
applications filed prior to October 1, 1989.
[15] Le Règlement AC ne précise pas à l’issue
de quelle démarche la Cour fédérale se prononce
sur l’allégation d’invalidité du brevet formulée en
application du sous‑al. 5(1)b)(iii). Il faut donc s’en
remettre à la version de la Loi sur les brevets applicable aux demandes de brevet présentées avant le
1er octobre 1989, soit celle figurant dans les L.R.C.
1985, ch. P-4.
[16] The application for the ‘875 patent was filed
in 1983. The patent was issued in 1985 and expired
in 2002. The application for the ‘777 patent was
filed in 1988. The patent was issued in 1995 and
unless found to be invalid, will expire in 2012.
[16] Dans le cas du brevet 875, la demande a été
déposée en 1983. Le brevet a été délivré en 1985 et
il a expiré en 2002. En ce qui concerne le brevet
777, la demande a été déposée en 1988, et le brevet
a été délivré en 1995. À moins qu’il ne soit frappé
de nullité, il expirera en 2012.
[17] The use of the term “not valid” in s. 5 of the
NOC Regulations parallels what would otherwise
be a defence to an infringement action referred to
in s. 59 of the Act:
[17] L’invalidité visée à l’art. 5 du Règlement AC
doit être mise en parallèle avec ce qui constitue par
ailleurs un moyen de défense dans une action en
contrefaçon suivant l’art. 59 de la Loi, dont voici
le texte :
The defendant, in any action for infringement of a
patent may plead as matter of defence any fact or default
which by this Act or by law renders the patent void, and
the court shall take cognizance of that pleading and of
the relevant facts and decide accordingly.
Dans toute action en contrefaçon de brevet, le défendeur peut invoquer comme moyen de défense tout fait
ou manquement qui, d’après la présente loi ou en droit,
entraîne la nullité du brevet; le tribunal prend connaissance de cette défense et des faits pertinents et statue en
The NOC Regulations are promulgated under s.
55.2(4) of the Act, and it seems apparent that the
determination of the invalidity of a patent must be
based on “any fact or default which by this Act or
by law renders the patent void”. In this case, Apotex
relies on anticipation, obviousness and double patenting to allege that the ‘777 patent is invalid.
These allegations implicate both the Act and the
judge-made doctrine based on the Act.
Le Règlement AC a été pris en vertu du par. 55.2(4)
de la Loi et il appert que la déclaration d’invalidité
d’un brevet doit s’appuyer sur « tout fait ou manquement qui, d’après la présente loi ou en droit, entraîne
la nullité du brevet ». Dans la présente affaire,
Apotex allègue que le brevet 777 est invalide pour
cause d’antériorité, d’évidence et de double protection. Ces allégations font jouer tant la Loi que la
doctrine jurisprudentielle qui en est issue.
V. L’antériorité
a) Dispositions législatives pertinentes
[18] For purposes of anticipation, it is necessary to have regard to s. 27 of the Act which sets
forth the basic conditions necessary for obtaining
a patent. The invention must not have been previously known or used nor described in any patent or
other publication printed in any country more than
two years before the filing of the patent application and must not have been in public use or sale in
Canada more than two years prior to the filing of
the patent application. Section 27(1) provided:
[18] Se prononcer sur l’antériorité exige que
l’on se penche sur l’art. 27 de la Loi, qui énonce
les principales conditions d’obtention du brevet.
L’invention ne doit avoir été ni connue ou utilisée
par une autre personne, ni décrite dans un brevet ou
une publication imprimée dans quelque pays plus
de deux ans avant le dépôt de la demande de brevet,
ni en usage public ou en vente au Canada plus de
deux ans avant le dépôt de la demande de brevet.
Le paragraphe 27(1) prévoyait :
27. (1) Subject to this section, any inventor or legal
representative of an inventor of an invention that was
27. (1) Sous réserve des autres dispositions du présent article, l’auteur de toute invention ou le représentant
légal de l’auteur d’une invention peut, sur présentation
au commissaire d’une pétition exposant les faits, appelée dans la présente loi le « dépôt de la demande », et
(a) not known or used by any other person before
he invented it,
apotex c. sanofi-synthelabo canada (b) not described in any patent or in any publication
printed in Canada or in any other country more than
two years before presentation of the petition hereunder mentioned, and
(c) not in public use or on sale in Canada for more
than two years prior to his application in Canada,
may, on presentation to the Commissioner of a petition
setting out the facts, in this Act termed the filing in the
application, and on compliance with all other requirements of this Act, obtain a patent granting to him an
exclusive property in the invention.
en se conformant à toutes les autres prescriptions de la
présente loi, obtenir un brevet qui lui accorde l’exclusive propriété d’une invention qui n’était pas :
a) connue ou utilisée par une autre personne avant
que lui‑même l’ait faite;
b) décrite dans un brevet ou dans une publication
imprimée au Canada ou dans tout autre pays plus de
deux ans avant la présentation de la pétition ci‑après
c) en usage public ou en vente au Canada plus de
deux ans avant le dépôt de sa demande au Canada.
[19] It is with s. 27 in mind that the law of anticipation must be considered. Apotex’s arguments
based on anticipation are not that the applications
judge erred in his analysis of the law of anticipation
or its application to the facts of this case. Rather,
Apotex implies that the current understanding of
the law sets the bar for proving anticipation too
high and that the acceptance of a system of genus
and selection patents necessarily, or at least on the
facts of this case, involves anticipation and therefore invalidity. I would reject the broader objection.
A system of genus and selection patents is acceptable in principle, on the line of authority stemming
from I. G. Farbenindustrie. The real question is
whether, on the facts of this case, the particular
selection patent has been anticipated.
[19] C’est en fonction de l’art. 27 qu’il convient
de définir le critère de l’antériorité. Apotex ne soutient pas que le juge de première instance a commis
une erreur dans l’interprétation du critère ou dans
son application aux faits de l’espèce. Elle laisse
plutôt entendre que l’interprétation actuelle du critère rend trop difficile la preuve de l’antériorité et
que l’existence d’un système de brevets de genre et
de sélection implique nécessairement l’antériorité,
du moins dans la présente affaire, et partant, l’invalidité. Je rejette un argument aussi général. Le
courant jurisprudentiel s’inscrivant dans la foulée
de l’arrêt I. G. Farbenindustrie admet en principe
le système des brevets de genre et de sélection. La
véritable question qui se pose est celle de savoir si,
au vu des faits de l’espèce, le brevet de sélection en
cause était antériorisé.
b) Motifs du juge de première instance
[20] In his reasons after referring to s. 27(1) of the
Act, the applications judge defined anticipation as
meaning “that the exact invention had already been
made and publicly disclosed” (para. 55). Shore J.
cited this Court’s decision in Free World Trust v.
Électro Santé Inc., [2000] 2 S.C.R. 1024, 2000 SCC
66, at para. 26, which approved of the test for anticipation described in Beloit Canada Ltd. v. Valmet
OY (1986), 8 C.P.R. (3d) 289 (F.C.A.), at p. 297:
[20] Après renvoi au par. 27(1) de la Loi, le juge
de première instance opine qu’il y a antériorité
« [lorsque] l’invention exacte a déjà été faite et a
été divulguée au public » (par. 55). Il cite un extrait
de l’arrêt Free World Trust c. Électro Santé Inc.,
[2000] 2 R.C.S. 1024, 2000 CSC 66, où notre Cour
approuve le critère de l’antériorité énoncé dans l’arrêt Beloit Canada Ltée c. Valmet OY, [1986] A.C.F.
no 87 (QL) (C.A.), par. 30 :
One must, in effect, be able to look at a prior, single
publication and find in it all the information which, for
practical purposes, is needed to produce the claimed
invention without the exercise of any inventive skill.
The prior publication must contain so clear a direction
that a skilled person reading and following it would in
every case and without possibility of error be led to
Il faut en effet pouvoir s’en remettre à une seule publication antérieure et y trouver tous les renseignements
nécessaires, en pratique, à la production de l’invention
revendiquée sans l’exercice de quelque génie inventif. Les instructions contenues dans la publication
antérieure doivent être d’une clarté telle qu’une personne au fait de l’art qui en prend connaissance et s’y
the claimed invention. [Emphasis added by the applications judge.]
conforme arrivera infailliblement à l’invention revendiquée. [Souligné par le juge de première instance.]
[21] The applications judge noted that the English
Court of Appeal stated in General Tire & Rubber
Co. v. Firestone Tyre & Rubber Co., [1972] R.P.C.
457, at p. 486:
[21] Le juge signale que dans l’arrêt General Tire
& Rubber Co. c. Firestone Tyre & Rubber Co.,
[1972] R.P.C. 457, la Cour d’appel d’Angleterre a
dit ce qui suit à la p. 486 :
If, on the other hand, the prior publication contains a direction which is capable of being carried
out in a manner which would infringe the patentee’s
claim, but would be at least as likely to be carried out
in a way which would not do so, the patentee’s claim
will not have been anticipated, although it may fail
on the ground of obviousness. To anticipate the patentee’s claim the prior publication must contain clear and
unmistakable directions to do what the patentee claims
to have invented . . . . [Emphasis added by the applications judge.]
[TRADUCTION] Si, par contre, la publication antérieure renferme des instructions qui sont susceptibles
d’être exécutées de façon à contrevenir à la revendication du breveté, mais qui seraient à tout le moins
aussi susceptibles d’être exécutées de façon à ne pas y
contrevenir, la revendication du breveté ne se heurterait pas à une antériorité, bien qu’elle puisse être jugée
non valide pour cause d’évidence. Pour constituer une
antériorité opposable à la revendication du breveté, la
publication antérieure doit contenir des instructions
claires et non équivoques permettant d’obtenir ce que le
breveté prétend avoir inventé . . . [Souligné par le juge
de première instance.]
He then noted that in Free World, at para. 26,
this Court approved the following statement from
Il précise ensuite qu’au par. 26 de l’arrêt Free
World, notre Cour a approuvé l’extrait suivant de
l’arrêt General Tire :
A signpost, however clear, upon the road to the patentee’s invention will not suffice. The prior inventor must
be clearly shown to have planted his flag at the precise
destination before the patentee. [p. 486]
[TRADUCTION] Aussi clair qu’il soit, un poteau indicateur placé sur la voie menant à l’invention du breveté
ne suffit pas. Il faut prouver clairement que l’inventeur
préalable a pris possession de la destination précise en
y laissant sa marque avant le breveté. [p. 486]
[22] The law of anticipation as explained in Beloit
and General Tire has been accepted in Canada
without reservation: see Free World, at para. 26.
In his application of the law to the facts, there is no
doubt that Shore J. was using the test as set out in
Beloit when he stated, at para. 57:
[22] Les tribunaux canadiens ont adhéré sans
réserve au critère de l’antériorité défini dans les
arrêts Beloit et General Tire : Free World, par. 26.
Lorsqu’il affirme ce qui suit au par. 57, il est clair
que le juge Shore s’appuie sur le critère énoncé
dans l’arrêt Beloit pour appliquer le droit aux faits
de l’espèce :
Based on the law, the question before the Court is
whether a person skilled in the art was given such a
clear direction that, by reading and following the ‘875
patent (or its U.S. or French equivalents) would in every
case and without possibility of error make a compound
or pharmaceutical composition within the claims of the
‘777 patent (e.g. the bisulfate salt of clopidogrel).
La Cour doit, en se fondant sur le droit applicable,
décider si une personne versée dans l’art a reçu des
instructions d’une clarté telle que, lorsqu’elle prend
connaissance du brevet ‘875 (ou de ses équivalents
américains ou français) et s’y conforme, elle arrivera
infailliblement à un composé ou à une composition
pharmaceutique visé par les revendications du brevet
‘777 (c.‑à‑d. le bisulfate de clopidogrel).
c) Jurisprudence britannique récente
[23] For the reasons that follow, and in light of
recent jurisprudence, I am of the respectful opinion
that the applications judge overstated the stringency
[23] Pour les motifs qui suivent et au vu de la jurisprudence récente, j’estime respectueusement que le
juge de première instance a exagéré la rigueur du
of the test for anticipation that the “exact invention”
has already been made and publicly disclosed.
critère de l’antériorité en considérant que l’« invention exacte » devait déjà avoir été faite et avoir été
[24] In the 2005 decision of the House of Lords
in Synthon, Lord Hoffmann has brought some further clarity to the law of anticipation as understood
since General Tire. His reference at para. 20 to
the “unquestionable authority” of Lord Westbury
in Hills v. Evans (1862), 31 L.J. Ch. (N.S.) 457, at
p. 463, makes it plain that his analysis does not
depend on any change on English law flowing from
the enactment of the Patents Act 1977 (U.K.), 1977,
c. 37, or the U.K.’s adoption of the Convention on
the Grant of European Patents, 1065 U.N.T.S. 199
(entered into force October 7, 1977). He distinguishes between two requirements for anticipation
that were not theretofore expressly considered separately, prior disclosure and enablement.
[24] En 2005, dans l’arrêt Synthon de la Chambre
des lords, lord Hoffmann a apporté quelques précisions supplémentaires sur le critère de l’antériorité
et sur son interprétation depuis l’arrêt General Tire.
Le fait qu’il a qualifié d’inattaquable le passage cité
des motifs de lord Westbury dans Hills c. Evans
(1862), 31 L.J. Ch. (N.S.) 457, p. 463, indique clairement que son analyse ne tient pas à quelque modification du droit anglais découlant de l’adoption de la
Patents Act 1977 (R.‑U.), 1977, ch. 37, non plus qu’à
la ratification de la Convention sur la délivrance
de brevets européens, 1065 R.T.N.U. 199 (entrée en
vigueur le 7 octobre 1977) par le Royaume-Uni. Il
établit une distinction entre deux exigences en la
matière qui, jusqu’alors, ne faisaient pas expressément l’objet d’un examen distinct, à savoir la divulgation antérieure et le caractère réalisable.
[25] He explains that the requirement of prior
disclosure means that the prior patent must disclose
subject matter which, if performed, would necessarily result in infringement of that patent, and
states, at para. 22:
[25] Lord Hoffmann explique que suivant l’exigence de la divulgation antérieure, le brevet antérieur doit divulguer ce qui, une fois réalisé, contreferait nécessairement le brevet (par. 22) :
If I may summarise the effect of these two wellknown statements [from General Tire and Hills v.
Evans], the matter relied upon as prior art must disclose
subject matter which, if performed, would necessarily
result in an infringement of the patent. . . . It follows
that, whether or not it would be apparent to anyone at
the time, whenever subject matter described in the prior
disclosure is capable of being performed and is such
that, if performed, it must result in the patent being
infringed, the disclosure condition is satisfied.
[TRADUCTION] Si je puis me permettre de résumer
ce qui découle de ces deux énoncés fort connus [tirés
de General Tire et de Hills c. Evans], l’objet de l’antériorité alléguée doit divulguer ce qui, une fois réalisé,
contreferait le brevet. [. . .] Il s’ensuit que, peu importe
que cela aurait sauté ou non aux yeux de quiconque
au moment considéré, lorsque ce qui est décrit dans la
divulgation antérieure est réalisable et une fois réalisé,
contreferait nécessairement le brevet, la condition de la
divulgation antérieure est remplie.
When considering the role of the person skilled in
the art in respect of disclosure, the skilled person is
“taken to be trying to understand what the author
of the description [in the prior patent] meant”
(para. 32). At this stage, there is no room for trial
and error or experimentation by the skilled person.
He is simply reading the prior patent for the purposes of understanding it.
En ce qui concerne la divulgation, la personne
versée dans l’art [TRADUCTION] « est censée tenter
de comprendre ce que l’auteur de la description
[dans le brevet antérieur] a voulu dire » (par. 32). À
cette étape, les essais successifs sont exclus. La personne versée dans l’art se contente de lire le brevet
antérieur pour en comprendre la teneur.
[26] If the disclosure requirement is satisfied,
the second requirement to prove anticipation is
[26] Lorsque l’exigence de la divulgation est
remplie, le second élément établissant l’antériorité
“enablement” which means that the person skilled
in the art would have been able to perform the
invention (para. 26). Lord Hoffmann held that the
test for enablement for purposes of anticipation was
the same as the test for sufficiency under the relevant United Kingdom legislation. (Enablement for
the purposes of sufficiency of the patent specification under the Canadian Patent Act, s. 34(1)(b) of
the pre-October 1, 1989 Act, now s. 27(3)(b), is not
an issue to be decided in this case and my analysis
of enablement is solely related to the test for anticipation. The question of whether enablement for
purposes of sufficiency is identical in Canada is
better left to another day.)
est le « caractère réalisable », à savoir la possibilité qu’une personne versée dans l’art ait pu réaliser l’invention (par. 26). Lord Hoffmann conclut
que le volet du critère de l’antériorité correspondant au caractère réalisable équivaut au critère du
caractère suffisant suivant les dispositions législatives pertinentes du Royaume-Uni. (Notre Cour n’a
pas à statuer en l’espèce sur l’incidence du caractère réalisable de l’invention sur le caractère suffisant du mémoire descriptif du brevet pour les
besoins de l’al. 34(1)b) de la Loi sur les brevets du
Canada dans sa version antérieure au 1er octobre
1989, devenu l’actuel al. 27(3)b), et mon analyse du
caractère réalisable ne vaut que pour le critère de
l’antériorité. La question de savoir si, au Canada,
le caractère réalisable de l’invention et le caractère
suffisant du mémoire descriptif se confondent l’un
et l’autre devra être tranchée une autre fois.)
[27] Once the subject matter of the invention is
disclosed by the prior patent, the person skilled in
the art is assumed to be willing to make trial and
error experiments to get it to work. While trial and
error experimentation is permitted at the enablement stage, it is not at the disclosure stage. For purposes of enablement, the question is no longer what
the skilled person would think the disclosure of the
prior patent meant, but whether he or she would be
able to work the invention.
[27] Dès lors que l’objet de l’invention est divulgué dans un brevet antérieur, on suppose que la
personne versée dans l’art est disposée à procéder
par essais successifs pour arriver à l’invention. Bien
que de tels essais soient exclus à l’étape de la divulgation, ils ne le sont pas pour les besoins du caractère réalisable, car la question n’est plus de savoir
si la personne versée dans l’art saisit la teneur de la
divulgation du brevet antérieur, mais bien si elle est
en mesure de réaliser l’invention.
[28] The Beloit decision by which the applications
judge rightly felt bound dealt with only one aspect
of anticipation, that is, whether or not the invention
in a patent had been disclosed in a single prior publication or patent. In that decision, Hugessen J.A.
held that it had not. He had no need to consider the
further point whether or not, had there been such a
clear disclosure, the working of the invention was
also enabled by that disclosure. That point was not
in issue in Beloit. Explicitly separating disclosure
and enablement is a refinement of the approach
set out in Beloit. It explains the process a person
skilled in the art would follow if the original patent
anticipated the invention of the subsequent patent.
I would adopt this approach.
[28] Le juge de première instance a conclu à juste
titre qu’il était lié par l’arrêt Beloit, lequel ne portait
que sur un volet de l’antériorité : l’invention visée
par le brevet en cause avait-elle déjà été divulguée en totalité dans une même publication ou un
même brevet. Le juge Hugessen y a conclu qu’elle
ne l’avait pas été. Dès lors, il ne lui incombait pas
de se demander en outre si, à supposer que la divulgation ait été claire, elle aurait en outre permis la
réalisation de l’invention. Cette question ne faisait
pas l’objet du litige. L’analyse consistant à isoler
expressément le volet de la divulgation et celui du
caractère réalisable apporte une nuance au raisonnement sous-tendant l’arrêt Beloit. Elle explique la
démarche qu’une personne versée dans l’art adopterait si le brevet d’origine antériorisait l’invention
visée par le brevet subséquent. Je suis enclin à la
faire mienne.
[29] Subject to any limitations expressed in the
Patent Act, I see no reason why the discussion of
anticipation should not apply to other prior art than
merely genus patents. Again, subject to limitations
in the Patent Act, the discussion of anticipation and
obviousness would seem applicable to patents generally.
[29] Sous réserve de toute restriction prévue dans
la Loi sur les brevets, je ne vois pas pourquoi l’analyse relative à l’antériorité ne s’appliquerait qu’aux
brevets de genre. Toujours sous réserve de la Loi
sur les brevets, l’analyse de l’antériorité et de l’évidence paraît valoir pour les brevets en général.
[30] Two questions now must be answered: (1)
what constitutes disclosure at the first stage of the
test for anticipation, and (2) how much trial and
error or experimentation is permitted at the enablement stage?
[30] Deux questions se posent dès lors en ce qui
concerne le critère de l’antériorité : (1) en quoi
consiste la divulgation antérieure et (2) dans quelle
mesure le caractère réalisable admet‑il les essais
successifs?
i. Divulgation
[31] Section 27(1) of the Act requires as a condition for obtaining a patent that the invention was
not “known or used” and was not “described” in
any patent or any publication more than two years
before the patent application was filed. In the context of genus and selection patents, in E. I. Du
Pont de Nemours & Co. (Witsiepe’s) Application,
[1982] F.S.R. 303 (H.L.), Lord Wilberforce stated,
at p. 311:
[31] Le paragraphe 27(1) de la Loi dispose qu’un
brevet ne peut être délivré que pour une invention
qui n’était pas « connue ou utilisée » ni « décrite »
dans un brevet ou une publication plus de deux
ans avant la demande. Se prononçant dans le
contexte des brevets de genre et de sélection, lord
Wilberforce a dit ce qui suit dans l’arrêt E. I. Du
[1982] F.S.R. 303 (H.L.), p. 311 :
It is the absence of the discovery of the special advantages, as well as the fact of non-making, that makes it
possible for such persons to make an invention related
to a member of the class.
[TRADUCTION] C’est l’absence de découverte des
avantages particuliers, ainsi que la non-réalisation, qui
permettent à ces personnes de faire une invention liée à
un élément de la catégorie.
The compound made for the selection patent was
only soundly predicted at the time of the genus
patent. It was not made and its special advantages
were not known. It is for those reasons that a patent
should not be denied to the inventor who made and
discovered the special advantages of the selection
Le composé réalisé pour les besoins du brevet de
sélection n’a été que valablement prédit lors de l’obtention du brevet de genre. Il n’avait pas été réalisé
et ses avantages particuliers n’étaient pas connus.
C’est pourquoi on ne saurait refuser un brevet à
celui qui, le premier, réalise le composé et découvre ses avantages particuliers.
[32] In the context of disclosure as explained in
Synthon, “the absence of the discovery of the special advantages” to which Lord Wilberforce was
referring in Witsiepe’s means that the genus patent
does not disclose the special advantages of the
invention covered by the selection patent. Where
there is no such disclosure, there is no discovery
of the special advantages of the selection patent
as compared to the genus patent, and the disclosure requirement to prove anticipation fails. At
[32] Pour ce qui est de la divulgation au sens
de l’arrêt Synthon, « l’absence de découverte des
avantages particuliers » dont fait mention lord
Wilberforce dans l’arrêt Witsiepe’s s’entend de la
non-divulgation dans le brevet de genre des avantages particuliers de l’invention visée par le brevet
de sélection. Dès lors, les avantages particuliers
de l’objet du brevet de sélection par rapport à l’objet du brevet de genre n’ont pas été découverts, de
sorte qu’il n’y a pas d’antériorité. À cette étape, la
apotex v. sanofi-synthelabo canada this stage, the person skilled in the art is reading
the prior patent to understand whether it discloses
the special advantages of the second invention. No
trial and error is permitted. If in reading the genus
patent the special advantages of the invention of the
selection patent are not disclosed, the genus patent
does not anticipate the selection patent.
personne versée dans l’art lit le mémoire descriptif du brevet antérieur pour déterminer s’il divulgue les avantages particuliers de l’invention subséquente. Les essais successifs ne sont pas admis.
Lorsque la lecture du brevet de genre ne permet pas
de connaître les avantages particuliers de l’invention visée par le brevet de sélection, celui‑ci n’est
pas antériorisé par le brevet de genre.
ii. Le caractère réalisable
[33] What amount of trial and error or experimentation is permitted before a prior disclosure
will not constitute enabling disclosure? Certainly,
if the applications judge finds that an inventive step
was required to get to the invention of the second
patent, the specification of the first patent will not
have provided enabling disclosure. But even if no
inventive step is required, the skilled person must
still be able to perform or make the invention of the
second patent without undue burden.
[33] Après combien d’essais successifs conclut‑on
au caractère non réalisable de l’invention déjà divulguée? Lorsque le juge de première instance conclut
qu’une étape inventive était nécessaire pour parvenir à l’invention du deuxième brevet, le mémoire
descriptif du premier brevet ne rend assurément pas
l’invention réalisable. Cependant, même lorsque
aucune étape inventive n’est nécessaire, la personne
versée dans l’art doit tout de même être capable
d’exécuter ou de réaliser l’invention du deuxième
brevet sans trop de difficultés.
[34] Two recent United Kingdom decisions are
of assistance. In Halliburton Energy Services Inc.
v. Smith International (North Sea) Ltd., [2006]
EWCA Civ 1715 (BAILII), Jacob L.J., a highly
experienced patent judge, states at para. 18:
[34] Deux décisions britanniques récentes valent
d’être citées. Dans Halliburton Energy Services
Inc. c. Smith International (North Sea) Ltd., [2006]
EWCA Civ 1715 (BAILII), le lord juge Jacob, très
expérimenté dans le domaine des brevets, dit au
par. 18 :
Patents are meant to teach people how to do things. If
what is “taught” involves just too much [work] to be
reasonable allowing for all the circumstances including
the nature of the art, then the patent cannot be regarded
as an “enabling disclosure.” . . . The setting of a gigantic project, even if merely routine, will not do.
[TRADUCTION] Le brevet a pour but d’enseigner aux
gens comment faire quelque chose. Lorsque l’« enseignement » exige trop [d’efforts] eu égard à l’ensemble
des circonstances, y compris la nature de l’art, le brevet
ne peut être considéré comme une « divulgation permettant la réalisation ». [. . .] Une entreprise colossale,
même constituée d’opérations usuelles, n’est pas acceptable.
[35] Jacob L.J. characterizes the problem at para.
20 as: “[H]ow is one to say when the work involved
to perform the invention is too much?” The determination of how much work is too much is inevitably a line-drawing exercise. His answer to the problem is at para. 21:
[35] Pour lui, la question est de savoir
[TRADUCTION] « à quel moment les efforts requis
pour parvenir à l’invention deviennent excessifs »
(par. 20), d’où la nécessité d’une ligne de démarcation. Il avance une piste de solution au par. 21 :
The answer is that the line is one to be drawn by
an exercise of judgment, taking into account all of the
relevant factors, one of which is of course the nature
of the invention itself and its field of technology. But
[TRADUCTION] La solution consiste à exercer son
jugement au regard de l’ensemble des facteurs pertinents, dont bien sûr la nature de l’invention et le
domaine technique. Mais il y en a d’autres, comme la
there are other factors too — for instance, the width of
the patent claim or whether it has functional limitations
which require too much work to explore.
portée de la revendication du brevet ou l’existence de
limites fonctionnelles dont l’exploration exige trop de
[36] A more extensive review of the law of enablement as defined in Synthon is contained in a
decision of Kitchin J. in Wobben v. Vestas-Celtic
Wind Technology Ltd., [2007] EWHC 2636 (Pat.)
(BAILII), at paras. 196-97. Although Wobben was
a case in which the alleged infringer raised as
one of its defences insufficiency under the United
Kingdom legislation, I think guidance is provided
as to what will or will not constitute enablement for
purposes of anticipation.
[36] Dans Wobben c. Vestas-Celtic Wind
Technology Ltd., [2007] EWHC 2636 (Pat.)
(BAILII), par. 196-197, le juge Kitchin analyse
plus avant le critère du caractère réalisable défini
dans l’arrêt Synthon. Même si, dans cette affaire
britannique, l’insuffisance était l’un des moyens de
défense invoqués dans une action en contrefaçon,
je suis d’avis que la décision permet de circonscrire
le caractère réalisable pour les besoins de l’antériorité.
[37] Drawing from this jurisprudence, I am of the
opinion that the following factors should normally
be considered. The list is not exhaustive. The factors will apply in accordance with the evidence in
[37] Au vu de cette jurisprudence, j’estime que
les facteurs suivants — dont l’énumération n’est pas
exhaustive et l’applicabilité dépend de la preuve —
doivent normalement être considérés.
1. Enablement is to be assessed having regard to
the prior patent as a whole including the specification and the claims. There is no reason to
limit what the skilled person may consider in
the prior patent in order to discover how to perform or make the invention of the subsequent
patent. The entire prior patent constitutes prior
1. Le caractère réalisable est apprécié au regard du
brevet antérieur dans son ensemble, mémoire
descriptif et revendications compris. Il n’y a
aucune raison de limiter les éléments du brevet
antérieur dont tient compte la personne versée
dans l’art pour découvrir comment exécuter ou
réaliser l’invention que vise le brevet subséquent. L’antériorité est constituée de la totalité
du brevet antérieur.
2. The skilled person may use his or her common
general knowledge to supplement information
contained in the prior patent. Common general
knowledge means knowledge generally known
by persons skilled in the relevant art at the
2. La personne versée dans l’art peut faire appel
à ses connaissances générales courantes pour
compléter les données du brevet antérieur. Les
connaissances générales courantes s’entendent
des connaissances que possède généralement
une personne versée dans l’art en cause au
3. The prior patent must provide enough information to allow the subsequently claimed
invention to be performed without undue
burden. When considering whether there is
undue burden, the nature of the invention must
be taken into account. For example, if the
invention takes place in a field of technology
in which trials and experiments are generally
carried out, the threshold for undue burden
will tend to be higher than in circumstances
3. Le brevet antérieur doit renfermer suffisamment
de renseignements pour permettre l’exécution
du brevet subséquent sans trop de difficultés.
Le caractère excessif des difficultés dépend de
la nature de l’invention. Par exemple, lorsque
celle‑ci relève d’un domaine technique où les
essais sont monnaie courante, le seuil de ce qui
constitue une difficulté excessive tend à être
plus élevé que lorsque des efforts moindres sont
la norme. Lorsqu’il est nécessaire de franchir
in which less effort is normal. If inventive
steps are required, the prior art will not be
considered as enabling. However, routine trials
are acceptable and would not be considered
undue burden. But experiments or trials and
errors are not to be prolonged even in fields
of technology in which trials and experiments
are generally carried out. No time limits on
exercises of energy can be laid down; however,
prolonged or arduous trial and error would not
be considered routine.
une étape inventive, la divulgation antérieure
ne satisfait pas au critère du caractère réalisable. Les essais courants sont toutefois admis
et il n’en résulte pas de difficultés excessives.
L’expérimentation ou les essais successifs
ne doivent cependant pas se prolonger, et ce,
même dans un domaine technique où ils sont
monnaie courante. Aucune limite n’est fixée
quant à la durée des efforts consacrés; toutefois, les essais successifs prolongés ou ardus ne
sont pas tenus pour courants.
4. Obvious errors or omissions in the prior patent
will not prevent enablement if reasonable skill
and knowledge in the art could readily correct
the error or find what was omitted.
4. Les erreurs ou omissions manifestes du brevet
antérieur ne font pas obstacle au caractère réalisable lorsque des habiletés et des connaissances raisonnables permettaient d’y remédier.
d) Application aux faits de l’espèce
i. L’antériorité au regard de la divulgation
[38] The ‘875 genus patent covered over 250,000
possible different compounds. Obviously, every
compound was not made or tested. The patent covering those compounds was based on sound prediction. From the specification, it is apparent that
21 examples were made and tested, one of which
was the racemate relevant in this case. According
to the applications judge, there was no disclosure
in the ‘875 patent of the specific beneficial properties associated with the dextro-rotatory isomer
of this racemate, nor was there disclosure of any
advantages which flow from using the bisulfate
salt in combination with the dextro-rotatory isomer
[38] Le brevet de genre 875 couvre plus de
250 000 composés qui n’ont évidemment pas tous
été synthétisés ou analysés. Ce brevet s’appuyait sur
une prédiction valable. Il appert de son mémoire
descriptif que 21 composés ont été synthétisés et
analysés, dont le racémate visé en l’espèce. Selon le
juge de première instance, le brevet 875 ne divulgue
aucun avantage particulier de l’isomère dextrogyre
de ce racémate, ni quelque avantage de l’utilisation
du bisulfate avec l’isomère dextrogyre (par. 71).
[39] It was open to Shore J. on the record before
him to conclude that a person skilled in the art and
reading the ‘875 patent would not be able to come
up with the invention of the ‘777 patent. Nothing in
the ‘875 patent distinguished this dextro-rotatory
isomer as having beneficial properties different
from the racemate or the levo-rotatory isomer or
from any of the other compounds made and tested
and referred to in the ‘875 patent, let alone the compounds based only on sound prediction. At para. 72
of his reasons, he found:
[39] Au vu du dossier, le juge Shore pouvait
conclure qu’une personne versée dans l’art n’aurait
pu, après avoir pris connaissance du brevet 875,
arriver à l’invention visée par le brevet 777. Aucun
élément du brevet 875 n’indique que l’isomère dextrogyre présente des avantages différents de ceux
du racémate, de l’isomère lévogyre ou de l’un des
autres composés synthétisés et analysés dont il est
fait mention, et encore moins de l’un des composés
faisant seulement l’objet d’une prédiction valable.
Au paragraphe 72 de ses motifs, le juge conclut :
The Court also notes that, although Dr. Klibanov agreed
with Apotex’ experts that a skilled person could have
ascertained the activity and characteristics of two isomers and of different salts using well-known methods
at the time, they did not say that the beneficial properties of these isomers and of their salts — let alone of
the dextro-rotatory isomer and of its bisulfate salt —
would be known with certitude before conducting the
tests designed to identify the respective properties of
the isomers and of the salt.
La Cour fait en outre remarquer que, même si M.
Klibanov était d’accord avec les experts d’Apotex pour
dire qu’une personne versée dans l’art aurait pu constater l’activité et les caractéristiques des deux isomères et
de divers bisulfates au moyen de méthodes qui étaient
bien connues à l’époque, ces experts n’ont pas affirmé
que les propriétés avantageuses de ces isomères et de
leurs bisulfates — à plus forte raison celles de l’isomère
dextrogyre et de son bisulfate — auraient été connues
avec certitude avant la tenue des essais visant à déterminer les propriétés respectives des isomères et du
[40] There was no evidence that the person skilled
in the art would know from reading the ‘875 patent
that the more active dextro-rotatory isomer would be
less toxic than the racemate or levo-rotatory isomer
or any of the other compounds made and tested.
Indeed, Dr. McClelland’s evidence was that while
you “often” get more activity by separating isomers,
the answer to the question whether this increased
activity was to be found in the levo-rotatory isomer
or the dextro-rotatory isomer was unknown.
(Affidavit, at para. 42, and cross-examination, at
pp. 928-30 and question 322).
[40] Aucun élément n’établissait qu’en prenant
connaissance du brevet 875, une personne versée
dans l’art aurait su que l’isomère dextrogyre plus
actif serait moins toxique que le racémate, l’isomère lévogyre ou n’importe lequel des autres composés synthétisés et analysés. Le Dr McClelland a
en effet témoigné que même si on obtient « souvent » plus d’activité après séparation des isomères,
on ne savait pas lequel de l’isomère lévogyre ou de
l’isomère dextrogyre serait le plus actif (affidavit,
par. 42; contre-interrogatoire, p. 928-930; question 322).
[41] Since the ‘875 patent did not disclose the
special advantages of the dextro-rotatory isomer
and of its bisulfate salt, as compared to the levorotatory isomer or the racemate and their salts, or
the other compounds made and tested or otherwise
referred to in the ‘875 patent, the invention of the
‘777 patent cannot be said to have been disclosed
and therefore it cannot be said to have been anticipated.
[41] Puisque le brevet 875 ne divulgue pas les
avantages particuliers de l’isomère dextrogyre et
de son bisulfate par rapport à l’isomère lévogyre,
au racémate et à ses sels, ou aux autres composés
synthétisés et analysés ou par ailleurs mentionnés,
l’invention correspondant au brevet 777 n’a pas été
divulguée et, de ce fait, elle n’est pas antériorisée.
ii. L’antériorité au regard du caractère réalisable
[42] It is not strictly necessary to discuss enablement since anticipation requires proof of both
disclosure and enablement, and disclosure has not
been proven. However, for future guidance, I would
make the following few observations about enablement on the facts of this case.
[42] Il n’est pas absolument nécessaire de se pencher sur le caractère réalisable, car l’antériorité
exige à la fois la divulgation et le caractère réalisable, et la première n’a pas été établie. Toutefois,
afin d’offrir des repères pour l’avenir, je me permets quelques observations sur le caractère réalisable en l’espèce.
[43] The applications judge was of the opinion that “the skilled reader following the prior art
must be able to arrive at the invention claimed in
[43] Le juge de première instance a estimé que
« la personne versée dans l’art qui se conforme
au brevet constituant une antériorité doit être en
the impugned patent the first time he or she tries
and every time thereafter” (para. 65 (emphasis in
original)). However, under the test for enablement
as described in these reasons, some trial and error
mesure d’arriver à l’invention revendiquée dans le
brevet contesté la première fois qu’elle tente d’y
arriver et chaque fois par la suite » (par. 65 (souligné dans l’original)). Or, le caractère réalisable
défini dans les présents motifs admet un certain
nombre d’essais successifs.
[44] For anticipation, the genus patent must provide enough information so as to allow the selected
invention to be performed without undue burden. In
this case, the applications judge concluded that the
‘875 patent did not specifically lead to the claimed
invention. He noted, on the record before him, that
if one were to follow the teachings of the prior art,
one would obtain racemates, never their isomers.
[44] Pour constituer une antériorité, le brevet de
genre doit être suffisamment détaillé pour permettre la réalisation de l’objet du brevet de sélection sans trop de difficultés. En l’espèce, le juge
de première instance conclut que le brevet 875 ne
mène pas explicitement à l’invention revendiquée.
Il signale qu’au vu du dossier, les enseignements
du brevet antérieur ne permettaient d’obtenir qu’un
racémate, en aucun cas ses isomères.
[45] However, Apotex argues that the methods
for separating the isomers were well known to persons skilled in the art at the time of the invention.
According to Apotex, such a person could eventually obtain the isomer through what amounts to
[45] Apotex fait toutefois valoir que les méthodes de séparation des isomères étaient bien connues
des personnes versées dans l’art au moment de l’invention. À son avis, de telles personnes auraient pu
un jour obtenir l’isomère à l’issue de simples essais
[46] In determining whether the enablement step
for proving anticipation has been met, it is important to note that routine trials are acceptable but
inventive steps are not permitted. Also, reasonable skill and knowledge of the art is expected in
order to correct omissions in the original patent if
a means of determining what is missing can readily be found. The skilled person may use his or her
common general knowledge to supplement information contained in the patent.
[46] Pour que soit respecté le volet du critère de
l’antériorité correspondant au caractère réalisable,
les essais courants sont admis, mais non les étapes
inventives. Aussi, lorsqu’un moyen de déterminer
les lacunes du brevet d’origine peut aisément être
découvert, des compétences et des connaissances
raisonnables dans le domaine devraient suffire à
combler ces lacunes. La personne versée dans l’art
peut faire appel à ses connaissances générales courantes pour compléter les données du brevet.
[47] Even though Shore J. referred to the excessively stringent anticipation test “in every case”, his
findings are relevant to trial and error. He found
that the evidence with respect to the methods of
separation, including the evidence of the inventor, shows that the identification of clopidogrel,
its bisulfate salt and their advantageous properties
required extensive investigation over a period of
months (paras. 68-70).
[47] Certes, le juge Shore mentionne la notion
excessivement stricte d’« infaillibilité », mais ses
conclusions sur le respect du critère de l’antériorité
se fondent sur les essais successifs. Il conclut que
les éléments relatifs aux méthodes de séparation, y
compris le témoignage de l’inventeur, prouvent que
la découverte du clopidogrel, de son bisulfate et de
leurs avantages ont nécessité des mois de recherche
approfondie (par. 68‑70).
[48] One might infer that, had the applications
judge been asked to decide if these investigations
constituted an undue burden for the skilled person,
[48] Si le juge de première instance avait été
appelé à déterminer si cette recherche constituait
une difficulté excessive pour la personne versée
he would have held that they did. However, in view
of my earlier conclusion on disclosure, it is unnecessary for me to pursue this point further.
dans l’art, on peut penser qu’il aurait conclu par
l’affirmative. Vu ma conclusion précédente sur la
divulgation, il est cependant inutile d’examiner la
question plus avant.
e) Conclusion relative à l’antériorité
[49] As indicated above, in the context of anticipation, the two-step approach, disclosure and enablement, is a refinement of the approach set out in
Beloit and should be adopted.
[49] Je le répète, j’estime qu’il faut tenir compte
des deux volets de l’antériorité — la divulgation et
le caractère réalisable — et affiner ainsi la démarche préconisée dans l’arrêt Beloit.
[50] In the case at bar, the invention of the ‘777
patent was not disclosed by the ‘875 patent and was
therefore not anticipated. The allegation of anticipation has not been justified.
[50] En l’espèce, l’invention revendiquée dans le
brevet 777 n’a pas été divulguée dans le brevet 875,
de sorte qu’elle n’est pas antériorisée. L’allégation
d’antériorité n’est pas fondée.
VI. L’évidence
[51] The definition of invention in s. 2 of the Act
is relevant because at the time the pre-October 1,
1989 version of the Act was in force, there was no
statutory provision expressly providing that obvious inventions were unpatentable. As explained by
Professor D. Vaver in Intellectual Property Law:
Copyright, Patents, Trade-marks (1997), at p. 136:
[51] La définition du mot « invention » figurant
à l’art. 2 de la Loi est pertinente, car dans la version antérieure au 1er octobre 1989, aucune disposition n’écartait expressément la brevetabilité d’une
invention évidente. Comme l’explique le professeur D. Vaver dans Intellectual Property Law :
Copyright, Patents, Trade-marks (1997), p. 136 :
Until very recently, the Patent Act did not expressly
say that obvious inventions were unpatentable. Courts
implied this criterion from the notion of “invention”.
Inventions implied inventive ingenuity, without which
an advance was obvious; and patents are not granted
[TRADUCTION] Jusqu’à tout récemment, la Loi sur les
brevets n’écartait pas expressément la brevetabilité
d’une invention évidente. Les tribunaux ont déduit le
critère de la notion d’« invention ». Une invention était
le fruit de l’ingéniosité, et sans celle‑ci, une découverte
constituait une évidence. Et nul brevet n’est délivré pour
Voici la définition du mot « invention » qui figurait
à l’art. 2 de la Loi :
“invention” means any new and useful . . . composition
of matter, or any new and useful improvement in
any . . . composition of matter;
Toute réalisation, tout[e] [. . .] composition de matières,
ainsi que tout perfectionnement de l’un d’eux, présentant le caractère de la nouveauté et de l’utilité.
[52] Shore J. first correctly observed that at the
relevant time obviousness was not mentioned
expressly in the Act. He then cited the well-known
test for obviousness in Beloit (at p. 294):
[52] Le juge Shore signale d’abord à juste titre
qu’au moment considéré, l’évidence n’était pas
expressément mentionnée dans la Loi. Il renvoie
ensuite à l’arrêt Beloit, qui énonce le critère bien
connu de l’évidence (par. 18) :
The test for obviousness is not to ask what competent inventors did or would have done to solve the problem. Inventors are by definition inventive. The classical
touchstone for obviousness is the technician skilled in
the art but having no scintilla of inventiveness or imagination; a paragon of deduction and dexterity, wholly
devoid of intuition; a triumph of the left hemisphere
over the right. The question to be asked is whether this
mythical creature (the man in the Clapham omnibus of
patent law) would, in the light of the state of the art and
of common general knowledge as at the claimed date
of invention, have come directly and without difficulty
to the solution taught by the patent. It is a very difficult test to satisfy. [Emphasis added by the applications
judge; para. 75.]
Pour établir si une invention est évidente, il ne s’agit
pas de se demander ce que des inventeurs compétents
ont ou auraient fait pour solutionner le problème. Un
inventeur est par définition inventif. La pierre de touche
classique de l’évidence de l’invention est le technicien
versé dans son art mais qui ne possède aucune étincelle d’esprit inventif ou d’imagination; un parangon
de déduction et de dextérité complètement dépourvu
d’intuition; un triomphe de l’hémisphère gauche sur le
droit. Il s’agit de se demander si, compte tenu de l’état
de la technique et des connaissances générales courantes qui existaient au moment où l’invention aurait
été faite, cette créature mythique (monsieur tout-lemonde du domaine des brevets) serait directement et
facilement arrivée à la solution que préconise le brevet.
C’est un critère auquel il est très difficile de satisfaire.
[Souligné par le juge de première instance; par. 75.]
In the view of Shore J., the Beloit test would not
accommodate a “worth a try” test by the skilled
De l’avis du juge Shore, le critère établi dans l’arrêt Beloit n’admet pas le critère de quelque chose
« valant d’être tenté » du point de vue de la personne versée dans l’art.
[53] The applications judge accepted that there
were five well-known separation techniques in
order to obtain the dextro-rotatory isomer of the
racemate. At para. 80, he stated:
[53] Le juge de première instance reconnaît qu’il
existe cinq techniques bien connues de séparation
du racémate permettant d’obtenir l’isomère dextrogyre :
. . . what the experts are really saying from a legal perspective is that separating the racemate was worth a try.
Having to try different methods, though they be wellknown, in order to discover which one will yield the
desired result cannot mean that the desired result, in
this case, the compounds in claims 1 and 3 and their
pharmaceutical compositions, was obvious.
Ce que les experts disent, en fait, du point de vue juridique, c’est qu’il vaut la peine de tenter de séparer les
isomères constituant le racémate : voilà ce qui ressort
de cette preuve. Le fait de devoir essayer différentes
méthodes, bien qu’il s’agisse de méthodes bien connues,
pour découvrir laquelle donnera le résultat souhaité, ne
peut signifier que le résultat souhaité, dans ce cas l’obtention des composés décrits aux revendications 1 et 3
et leurs compositions pharmaceutiques, était évident.
[par. 80]
[54] He further held that the dextro-rotatory
isomer and its salts had to be tested for their beneficial properties to be discovered and that the
isomer and its beneficial properties were therefore
not known before the racemate was separated into
its isomers. He stated, at para. 81:
[54] Il conclut en outre qu’il fallait analyser l’isomère dextrogyre et ses sels pour découvrir leurs
avantages, de sorte qu’on ne pouvait connaître
l’isomère et ses avantages avant que les isomères
du racémate ne soient isolés. Voici ce qu’il dit au
par. 81 :
Here again, having to try different separation techniques with uncertainty as to whether each or some specific techniques would actually result in a successful
separation and then having to perform tests to discover
what the properties of the dextro-rotatory isomer of the
racemate were, cannot mean that this compound and its
beneficial properties were obvious.
Ici encore, le fait de devoir utiliser différentes techniques de séparation sans savoir avec certitude si chaque
technique ou certaines techniques bien précises permettraient en fait de séparer efficacement les isomères,
puis le fait de devoir procéder à des essais pour déterminer les propriétés de l’isomère dextrogyre du racémate,
ne peuvent signifier que ce composé et ses propriétés
avantageuses étaient évidents.
(c) United Kingdom and United States Approach
to Obviousness
c) Notion d’évidence au Royaume-Uni et aux
[55] Apotex says that the Beloit approach is
excessively rigid and is out of step with the tests for
obviousness in the United Kingdom and the United
States, where “worth a try” has been accepted.
[55] Apotex soutient que le critère de l’évidence
énoncé dans l’arrêt Beloit est trop strict et qu’il est
en décalage avec ceux appliqués au Royaume-Uni
et aux États-Unis, où l’on admet l’idée de quelque
chose « valant d’être tenté ».
[56] Generally, in the United States, it appears
that at the Court of Appeals level, the “obvious to
try” test had not been accepted. In Application of
Tomlinson, 363 F.2d 928 (C.C.P.A. 1966), Rich J.
wrote, at p. 931:
[56] De façon générale, aux États-Unis, les cours
d’appel paraissent ne pas avoir fait leur le critère
de « l’essai allant de soi ». Dans Application of
Tomlinson, 363 F.2d 928 (C.C.P.A. 1966), le juge
Rich a dit ce qui suit à la p. 931 :
Slight reflection suggests, we think, that there is usually an element of “obviousness to try” in any research
endeavor, that is not undertaken with complete blindness but rather with some semblance of a chance of
success, and that patentability determinations based on
that as the test would not only be contrary to statute
but result in a marked deterioration of the entire patent
system as an incentive to invest in those efforts and
attempts which go by the name of “research”.
[TRADUCTION] À notre avis, quand on y réfléchit un
peu, il y a habituellement un élément d’« essai allant
de soi » dans toute recherche qui n’est pas effectuée à
l’aveuglette, mais bien avec certaines chances de réussite, et une décision sur la brevetabilité fondée sur ce
critère serait non seulement contraire à la loi, mais
entraînerait une détérioration marquée de l’ensemble du
système de brevets, lequel est censé encourager l’investissement dans les efforts et les essais que l’on regroupe
sous le vocable « recherche ».
See also In re O’Farrell, 853 F.2d 894 (Fed. Cir.
1988), at p. 903.
Voir également In re O’Farrell, 853 F.2d 894 (Fed.
Cir. 1988), p. 903.
[57] However, in KSR International Co. v.
Teleflex Inc., 127 S. Ct. 1727 (2007), Kennedy
J., for a unanimous court, rejected the restrictive
approach that the Court of Appeals had taken in
that case. He stated, at p. 1739:
[57] Toutefois, dans KSR International Co.
c. Teleflex Inc., 127 S. Ct. 1727 (2007), le juge
Kennedy a rejeté au nom des juges unanimes l’interprétation restrictive à laquelle s’était livrée la
cour d’appel dans la même affaire (p. 1739) :
Throughout this Court’s engagement with the question of obviousness, our cases have set forth an expansive and flexible approach inconsistent with the way
the Court of Appeals applied its TSM [TeachingSuggestion-Motivation] test here. To be sure, Graham
recognized the need for “uniformity and definiteness.”
Yet the principles laid down in Graham reaffirmed
the “functional approach” of Hotchkiss. To this end,
Graham set forth a broad inquiry and invited courts,
where appropriate, to look at any secondary considerations that would prove instructive.
[TRADUCTION] Au fil de ses décisions sur la question de
l’évidence, la Cour a établi une démarche large et flexible
incompatible avec la manière dont la Court of Appeals
a appliqué en l’espèce le critère « TSM » [TeachingSuggestion-Motivation] (enseignement, indice ou motivation). La décision Graham a assurément reconnu la
nécessité de l’uniformité et de la certitude. Néanmoins,
les principes qui y ont été établis ont confirmé l’« approche fonctionnelle » de la décision Hotchkiss. Graham
préconise en effet un examen de large portée et invite les
tribunaux, lorsque l’affaire s’y prête, à tenir compte de
toute considération accessoire pouvant se révéler éclairante.
[58] At p. 1742, he was clear that “obvious to try”
could be a relevant test in an obviousness inquiry:
[58] À la p. 1742, il dit clairement que le critère
de l’« essai allant de soi » peut être appliqué dans le
cadre de l’examen portant sur l’évidence :
The same constricted analysis led the Court of
Appeals to conclude, in error, that a patent claim cannot
be proved obvious merely by showing that the combination of elements was “obvious to try.” . . . When there
is a design need or market pressure to solve a problem
and there are a finite number of identified, predictable
solutions, a person of ordinary skill has good reason to
pursue the known options within his or her technical
grasp. If this leads to the anticipated success, it is likely
the product not of innovation but of ordinary skill and
common sense. In that instance the fact that a combination was obvious to try might show that it was obvious
under §103.
[TRADUCTION] La même interprétation étroite a
amené la Court of Appeals à conclure erronément que
l’évidence de la revendication d’un brevet ne peut être
établie par le seul fait que la combinaison des éléments
constituait un « essai allant de soi ». [. . .] Lorsqu’un
besoin précis ou la pression du marché incite à résoudre un problème et qu’il existe un nombre limité de
solutions connues et prévisibles, la personne dotée de
compétences usuelles a une bonne raison d’opter pour
celles qui, parmi ces solutions, sont techniquement à
sa portée. Si le résultat escompté est obtenu, il est sans
doute attribuable à des compétences usuelles et au bon
sens, et non à l’innovation. Dans ce cas, le fait que la
combinaison des éléments constituait un essai allant
de soi en démontrerait peut-être le caractère évident au
sens de l’art. 103.
[59] In the United Kingdom the “obvious to try”
test has been accepted since at least 1967: see JohnsManville Corporation’s Patent, [1967] R.P.C. 479
(C.A.). The current state of the law in the United
Kingdom was summarized in H. Lundbeck A/S
v. Generics (UK) Ltd., [2008] R.P.C. 19 (p. 437),
[2008] EWCA Civ 311. Lord Hoffmann stated the
following, at paras. 24-25, in response to the argument that the trial judge in that case, Kitchin J., had
refused to consider the “obvious to try” test:
[59] Au Royaume-Uni, le critère de l’« essai
allant de soi » est reconnu depuis au moins 1967 :
voir l’arrêt Johns-Manville Corporation’s Patent,
[1967] R.P.C. 479 (C.A.). L’état actuel du droit au
Royaume-Uni est résumé dans l’arrêt H. Lundbeck
A/S c. Generics (UK) Ltd., [2008] R.P.C. 19 (p.
437), [2008] EWCA Civ 311. En réponse à la prétention qu’en première instance, le juge Kitchin avait
refusé de considérer le critère de l’« essai allant de
soi », lord Hoffmann a dit ce qui suit (par. 24-25) :
[The trial judge] cited from Angiotech Pharmaceuticals
Inc. v. Conor Medsystems Inc. [2007] R.P.C. 20, which
represents this [Court of Appeal’s] last word on the
extent to which the notion of some step being obvious to
try is helpful in deciding whether an invention is obvious. The judge then summed up (at para. 72) the current
[TRADUCTION] [Le juge de première instance] cite l’arrêt
Inc., [2007] R.P.C. 20, qui énonce la position actuelle
de [la Cour d’appel] sur la mesure dans laquelle l’idée
qu’une étape donnée allait de soi joue dans la détermination du caractère évident ou non évident d’une invention. Il résume ensuite l’état actuel du droit (par. 72) :
“The question of obviousness must be considered on
the facts of each case. The court must consider the
weight to be attached to any particular factor in the light
of all the relevant circumstances. These may include
such matters as the motive to find a solution to the
problem the patent addresses, the number and extent
of the possible avenues of research, the effort involved
in pursuing them and the expectation of success.”
« L’évidence doit s’apprécier selon les faits de l’espèce. La cour doit considérer l’importance de tout
facteur à la lumière des circonstances pertinentes,
dont la motivation derrière la recherche d’une solution au problème qui sous-tend le brevet, le nombre
et l’étendue des recherches possibles, les efforts
requis par elles et les chances de réussite. »
No criticism has been made of this statement of principle . . . .
Cet énoncé de principe n’a fait l’objet d’aucune critique . . .
See also Angiotech Pharmaceuticals Inc. v. Conor
EWCA Civ 5, at para. 45 (rev’d [2008] R.P.C. 28
(p. 716), [2008] UKHL 49). The passage at para. 45
in the decision of the Court of Appeal remains relevant and uncontested.
Voir aussi Angiotech Pharmaceuticals Inc. c.
Conor Medsystems Inc., [2007] R.P.C. 20 (p. 487),
[2007] EWCA Civ 5, par. 45 (inf. par [2008] R.P.C.
28 (p. 716), [2008] UKHL 49). L’énoncé figurant au
par. 45 de la décision de la Cour d’appel demeure
pertinent et incontesté.
[60] There is a similarity between the current state
of the law in the United Kingdom and the United
States in respect of “obvious to try”. It is now clear
that both jurisdictions accept that an “obvious to
try” test can be relevant in an obviousness inquiry.
The United States Supreme Court has now stated
so explicitly in KSR. The convergence of the United
Kingdom and the United States law on this issue
suggests that the restrictiveness with which the
Beloit test has been interpreted in Canada should
[60] L’état actuel du droit relatif à l’« essai allant
de soi » est semblable au Royaume-Uni et aux ÉtatsUnis. Il est désormais manifeste que les deux pays
reconnaissent la pertinence de ce facteur dans le
cadre de l’examen portant sur l’évidence. La Cour
suprême des États-Unis l’a reconnu expressément
dans l’arrêt KSR. La convergence du droit britannique et du droit américain sur ce point donne à
penser qu’il convient de remettre en question la
manière restrictive dont les tribunaux canadiens
ont interprété le critère établi dans l’arrêt Beloit.
d) La notion d’évidence au Canada
[61] I take as a starting point the words of Diplock
L.J. in Johns-Manville, at pp. 493-94:
[61] Je cite d’emblée les propos du lord juge
Diplock dans l’arrêt Johns-Manville (p. 493-494) :
Patent law can too easily be bedevilled by linguistics,
and the citation of a plethora of cases about other inventions of different kinds. The correctness of a decision
upon an issue of obviousness does not depend upon
whether or not the decider has paraphrased the words
of the Act in some particular verbal formula. I doubt
whether there is any verbal formula which is appropriate to all classes of claims.
[TRADUCTION] Le droit des brevets peut trop facilement être embrouillé par la terminologie employée et
par le renvoi à une foule de décisions relatives à d’autres
inventions de catégories différentes. Lorsque l’évidence
est en cause, le bien-fondé de la décision ne dépend pas
de ce que son auteur a paraphrasé ou non le texte de
la loi d’une certaine manière. Je doute qu’il existe un
libellé convenant à toutes les catégories de revendication.
Although we are not here dealing with obviousness
provided by an express statutory test, but rather by
necessary implication based on the requirement for
invention in the Patent Act, the words of Diplock
L.J. are nonetheless apt because the courts have
often tended to treat the word formulation of Beloit
as if it were a statutory prescription that limits the
obviousness inquiry.
Même si, en l’espèce, l’évidence ne s’apprécie pas
au regard d’un critère expressément prévu dans la
loi, mais bien par déduction nécessaire au vu des
exigences de la Loi sur les brevets applicables à
l’invention, les propos du lord juge Diplock sont
néanmoins à‑propos, car les tribunaux ont souvent
vu dans le libellé de l’arrêt Beloit une prescription
légale limitant l’examen de l’évidence.
[62] I do not think that Hugessen J.A. in Beloit
intended that the rather colourful description of
obviousness that he coined be applied in an acontextual manner applicable to all classes of claims. I
note particularly that “obvious to try” is not a mandatory test in the United Kingdom or in the United
States. It is one factor of a number that should be
considered, having regard to the context and the
[62] Je ne pense pas que dans cet arrêt, le juge
Hugessen a voulu conférer un caractère universel
à la définition plutôt colorée qu’il y donne de l’évidence, de façon qu’elle s’applique indépendamment
du contexte à toute catégorie de revendication. Je
remarque en particulier que le critère de l’« essai
allant de soi » n’est obligatoire ni au RoyaumeUni ni aux États-Unis. Il s’agit d’un élément parmi
d’autres selon le contexte et la nature de l’invention.
[63] In KSR, Kennedy J. warns against an overly
rigid rule that limits the obviousness inquiry.
Rather, an expansive and flexible approach that
[63] Dans l’arrêt KSR, le juge Kennedy met en
garde contre l’application d’une règle trop rigide
qui restreint l’examen portant sur l’évidence. Une
would include “any secondary considerations that
[will] prove instructive” will be useful (p. 1739).
I read KSR as teaching that as in most matters in
which a judge or a jury is called upon to make a
factual determination, rigid rules are inappropriate
unless mandated by statute.
démarche large et flexible englobant [TRADUCTION]
« toute considération accessoire pouvant se révéler éclairante » convient davantage (p. 1739). J’en
déduis que dans la plupart des cas où il est appelé à
statuer sur les faits, le juge ou le jury ne doit appliquer une règle rigide que si la loi l’y oblige.
[64] While I do not think the list is exhaustive,
the factors set forth by Kitchin J. and adopted by
Lord Hoffmann in Lundbeck, referred to at para.
59 of these reasons, are useful guides in deciding whether a particular step was “obvious to
try”. However, the “obvious to try” test must be
approached cautiously. It is only one factor to assist
in the obviousness inquiry. It is not a panacea for
alleged infringers. The patent system is intended to
provide an economic encouragement for research
and development. It is well known that this is particularly important in the field of pharmaceuticals
[64] À mon avis, les facteurs énoncés par le juge
Kitchin, puis repris par lord Hoffmann dans l’arrêt Lundbeck (par. 59), ne sont pas exhaustifs,
mais offrent des repères pour déterminer si une
étape donnée « allait de soi ». Cependant, la notion
d’« essai allant de soi » commande la prudence. Ce
n’est qu’un des éléments à considérer pour statuer
sur l’évidence. Elle ne saurait permettre de réfuter
toute allégation de contrefaçon. Le régime des brevets vise à favoriser le financement de la recherche
et du développement, ce qui est assurément d’une
importance capitale dans le domaine pharmaceutique et celui de la biotechnologie.
[65] In Saint-Gobain PAM SA v. Fusion Provida
Ltd., [2005] EWCA Civ 177 (BAILII), Jacob L.J.
stated, at para. 35:
[65] Dans l’arrêt Saint-Gobain PAM SA c. Fusion
Provida Ltd., [2005] EWCA Civ 177 (BAILII), le
lord juge Jacob a dit ce qui suit au par. 35 :
Mere possible inclusion of something within a research
programme on the basis you will find out more and
something might turn up is not enough. If it were otherwise there would be few inventions that were patentable. The only research which would be worthwhile
(because of the prospect of protection) would be into
areas totally devoid of prospect. The “obvious to try”
test really only works where it is more-or-less selfevident that what is being tested ought to work.
[TRADUCTION] La seule inclusion possible de quelque
chose dans un programme de recherche dans l’optique
d’en apprendre davantage et de faire une découverte
ne suffit pas. S’il en allait autrement, peu d’inventions
seraient brevetables. L’éventualité d’une protection ne
justifierait la recherche que dans des domaines n’offrant aucune chance de découverte. La notion d’« essai
allant de soi » ne s’applique vraiment que lorsqu’il est
plus ou moins évident que l’essai sera fructueux.
Dans l’arrêt General Tire, le lord juge Sachs dit à
la p. 497 :
“Obvious” is, after all, a much-used word and it does
not seem to us that there is any need to go beyond the
primary dictionary meaning of “very plain”.
[TRADUCTION] Après tout, la locution « aller de soi »
est très usitée et il ne nous paraît pas nécessaire d’étoffer la principale définition du dictionnaire, à savoir
quelque chose de « très clair ».
In Intellectual Property Law, at p. 136, Professor
Vaver also equates “obvious” to “very plain”. I am
of the opinion that the “obvious to try” test will
work only where it is very plain or, to use the words
of Jacob L.J., more or less self-evident that what is
being tested ought to work.
Dans Intellectual Property Law, le professeur
Vaver convient de ce sens (p. 136). J’estime que la
notion d’« essai allant de soi » n’est applicable que
lorsqu’il est très clair ou, pour reprendre les termes
employés par le lord juge Jacob, qu’il est plus ou
moins évident, que l’essai sera fructueux.
[66] For a finding that an invention was “obvious to try”, there must be evidence to convince a
[66] Pour conclure qu’une invention résulte d’un
« essai allant de soi », le tribunal doit être convaincu
judge on a balance of probabilities that it was more
or less self-evident to try to obtain the invention.
Mere possibility that something might turn up is
selon la prépondérance des probabilités qu’il allait
plus ou moins de soi de tenter d’arriver à l’invention. La seule possibilité d’obtenir quelque chose
[67] It will be useful in an obviousness inquiry
to follow the four-step approach first outlined by
Oliver L.J. in Windsurfing International Inc. v.
Tabur Marine (Great Britain) Ltd., [1985] R.P.C.
59 (C.A.). This approach should bring better structure to the obviousness inquiry and more objectivity and clarity to the analysis. The Windsurfing
approach was recently updated by Jacob L.J. in
Pozzoli SPA v. BDMO SA, [2007] F.S.R. 37 (p.
872), [2007] EWCA Civ 588, at para. 23:
[67] Lors de l’examen relatif à l’évidence, il y a lieu
de suivre la démarche à quatre volets d’abord énoncée par le lord juge Oliver dans l’arrêt Windsurfing
International Inc. c. Tabur Marine (Great Britain)
Ltd., [1985] R.P.C. 59 (C.A.). La démarche devrait
assurer davantage de rationalité, d’objectivité et de
clarté. Le lord juge Jacob l’a récemment reformulée
dans l’arrêt Pozzoli SPA c. BDMO SA, [2007] F.S.R.
37 (p. 872), [2007] EWCA Civ 588, par. 23 :
In the result I would restate the Windsurfing questions
[TRADUCTION] Par conséquent, je reformulerais comme
suit la démarche préconisée dans l’arrêt Windsurfing :
(1) (a) Identify the notional “person skilled in the
art”;
(1) a) Identifier la « personne versée dans l’art ».
(b) Identify the relevant
knowledge of that person;
b) Déterminer les connaissances générales courantes pertinentes de cette personne;
(2) Définir l’idée originale de la revendication en
cause, au besoin par voie d’interprétation;
(3) Identify what, if any, differences exist between the
matter cited as forming part of the “state of the art”
and the inventive concept of the claim or the claim
as construed;
(3) Recenser les différences, s’il en est, entre ce qui
ferait partie de « l’état de la technique » et l’idée
originale qui sous-tend la revendication ou son
(4) Viewed without any knowledge of the alleged
invention as claimed, do those differences constitute steps which would have been obvious to the
person skilled in the art or do they require any
degree of invention? [Emphasis added.]
(4) Abstraction faite de toute connaissance de l’invention revendiquée, ces différences constituent-elles
des étapes évidentes pour la personne versée dans
l’art ou dénotent-elles quelque inventivité? [Je souligne.]
It will be at the fourth step of the Windsurfing/
Pozzoli approach to obviousness that the issue of
“obvious to try” will arise.
La question de l’« essai allant de soi » se pose à
la quatrième étape de la démarche établie dans les
arrêts Windsurfing et Pozzoli pour statuer sur l’évidence.
i. Dans quels cas la notion d’« essai allant de
soi » est-elle pertinente?
[68] In areas of endeavour where advances are
often won by experimentation, an “obvious to try”
test might be appropriate. In such areas, there may
be numerous interrelated variables with which to
experiment. For example, some inventions in the
pharmaceutical industry might warrant an “obvious
[68] Dans les domaines d’activité où les progrès sont souvent le fruit de l’expérimentation, le
recours à la notion d’« essai allant de soi » pourrait
être indiqué. Dans ces domaines, de nombreuses
variables interdépendantes peuvent se prêter à l’expérimentation. Par exemple, certaines inventions
apotex v. sanofi-synthelabo canada to try” test since there may be many chemically
similar structures that can elicit different biological responses and offer the potential for significant
du secteur pharmaceutique pourraient justifier
son application étant donné l’existence possible de
nombreuses compositions chimiques semblables
pouvant donner lieu à des réponses biologiques différentes et être porteuses de progrès thérapeutiques
ii. « Essai allant de soi » : éléments à considérer
[69] If an “obvious to try” test is warranted, the
following factors should be taken into consideration at the fourth step of the obviousness inquiry.
As with anticipation, this list is not exhaustive. The
factors will apply in accordance with the evidence
[69] Lorsque l’application du critère de l’« essai
allant de soi » est justifiée, les éléments énumérés
ci‑après doivent être pris en compte à la quatrième
étape de l’examen de l’évidence. Tout comme ceux
pertinents pour l’antériorité, ils ne sont pas exhaustifs et s’appliquent selon la preuve offerte dans le
1. Is it more or less self-evident that what is being
tried ought to work? Are there a finite number
of identified predictable solutions known to
persons skilled in the art?
1. Est-il plus ou moins évident que l’essai sera
fructueux? Existe‑t‑il un nombre déterminé
de solutions prévisibles connues des personnes
versées dans l’art?
2. What is the extent, nature and amount of effort
required to achieve the invention? Are routine
trials carried out or is the experimentation prolonged and arduous, such that the trials would
not be considered routine?
2. Quels efforts — leur nature et leur ampleur —
sont requis pour réaliser l’invention? Les essais
sont‑ils courants ou l’expérimentation est‑elle
longue et ardue de telle sorte que les essais ne
peuvent être qualifiés de courants?
3. Is there a motive provided in the prior art to
find the solution the patent addresses?
3. L’antériorité fournit-elle un motif de rechercher la solution au problème qui sous-tend le
[70] Another important factor may arise from
considering the actual course of conduct which culminated in the making of the invention. It is true
that obviousness is largely concerned with how a
skilled worker would have acted in the light of the
prior art. But this is no reason to exclude evidence
of the history of the invention, particularly where
the knowledge of those involved in finding the
invention is no lower than what would be expected
[70] Les mesures concrètes ayant mené à l’invention peuvent constituer un autre facteur important.
Il est vrai que l’évidence tient en grande partie à
la manière dont l’homme du métier aurait agi à la
lumière de l’antériorité. Mais on ne saurait pour
autant écarter l’historique de l’invention, spécialement lorsque les connaissances des personnes
qui sont à l’origine de la découverte sont au moins
égales à celles de la personne versée dans l’art.
[71] For example, if the inventor and his or her
team reached the invention quickly, easily, directly
and relatively inexpensively, in light of the prior art
and common general knowledge, that may be evidence supporting a finding of obviousness, unless
[71] Par exemple, le fait pour l’inventeur et les
membres de son équipe de parvenir à l’invention
rapidement, facilement, directement et à relativement peu de frais, compte tenu de l’antériorité et des
connaissances générales courantes, pourrait étayer
the level at which they worked and their knowledge
base was above what should be attributed to the
skilled person. Their course of conduct would suggest that a skilled person, using his/her common
general knowledge and the prior art, would have
acted similarly and come up with the same result.
On the other hand, if time, money and effort was
expended in research looking for the result the
invention ultimately provided before the inventor
turned or was instructed to turn to search for the
invention, including what turned out to be fruitless
“wild goose chases”, that evidence may support a
finding of non-obviousness. It would suggest that
the skilled person, using his/her common general
knowledge and the prior art, would have done no
better. Indeed, where those involved including the
inventor and his or her team were highly skilled
in the particular technology involved, the evidence
may suggest that the skilled person would have
done a lot worse and would not likely have managed to find the invention. It would not have been
obvious to him/her to try the course that led to the
une conclusion d’évidence, sauf lorsque leurs efforts
et leurs connaissances se sont révélés plus grands
que ceux attribués à la personne versée dans l’art.
Leur démarche tendrait à indiquer qu’une personne
versée dans l’art, grâce à ses connaissances générales courantes et à l’antériorité, aurait agi de même et
serait arrivée au même résultat. Par contre, lorsque
temps, fonds et efforts ont été consacrés à la recherche ayant finalement mené à l’invention, et ce, avant
que l’inventeur ne se mette à la recherche de l’invention ou qu’on ne lui enjoigne de le faire, y compris
les démarches qui se sont révélées vaines et inutiles,
une conclusion de non-évidence pourrait être fondée.
On pourrait en déduire que la personne versée dans
l’art n’aurait pas fait mieux en s’appuyant sur ses
connaissances générales courantes et sur l’antériorité. En fait, lorsque les intéressés, y compris l’inventeur et les membres de son équipe, avaient de
grandes compétences dans le domaine technique en
cause, la preuve pourrait indiquer que la personne
versée dans l’art aurait obtenu des résultats bien
pires et ne serait vraisemblablement pas parvenue
à l’invention. Il ne lui aurait pas paru évident d’emprunter le parcours ayant mené à l’invention.
e) Application aux faits de l’espèce
[72] Applying the four steps of Windsurfing/
Pozzoli, I accept the applications judge’s findings
of fact where they are unaffected by his rejection of
the “obvious to try” test. Where application of the
obvious to try test requires further consideration of
the evidence, it will be necessary for this Court to
make some findings of fact. In this case, I think
it is preferable to remitting the matter to the trial
judge for redetermination and subjecting his decision to further possible appeals.
[72] Au vu des quatre étapes établies dans les
arrêts Windsurfing et Pozzoli, je fais miennes les
conclusions factuelles du juge de première instance
dans la mesure où elles ne sont pas touchées par
son rejet du critère de l’essai allant de soi. Lorsque
l’application de ce critère commande un examen
plus poussé de la preuve, notre Cour doit tirer certaines conclusions de fait. En l’espèce, j’estime cela
préférable au renvoi du dossier au juge de première
instance pour qu’il rende une nouvelle décision qui
pourrait à nouveau donner lieu à des appels.
[73] Apotex filed its notice of allegation in 2002.
It is now some six years later. If the ‘777 patent
is invalid, and provided all other requirements
are met, Apotex should be entitled to a notice of
compliance from the Minister without any further
delay. Indeed, the NOC Regulations are intended to
be a summary procedure. I think it is time that this
matter finally be resolved. I would conduct the following analysis:
[73] Apotex a déposé son avis d’allégation en
2002. Six ans se sont écoulés depuis. Si le brevet
777 est invalide et que toutes les autres conditions
sont remplies, le ministre devrait lui délivrer un avis
de conformité sans délai. La procédure que prévoit
le Règlement AC se veut en effet sommaire, et je
crois qu’il est temps que l’affaire connaisse enfin
un dénouement. Je passe maintenant à l’analyse.
apotex v. sanofi-synthelabo canada i. Identify the Notional Person Skilled in the
i. Identifier la personne versée dans l’art
[74] Both parties agreed that a trained pharmachemist is that person.
[74] Les deux parties conviennent que la personne versée dans l’art est le chimiste pharmaceutique de formation.
ii. Identify the Relevant Common General
Knowledge of That Person
ii. Déterminer les connaissances générales
courantes pertinentes de cette personne
[75] Apotex reiterates its submissions made
with respect to anticipation, insisting that, since
the methods of separation were well known, the
claimed invention and its advantages would have
been obvious to the person skilled in the art. Shore
J. found on the evidence before him that there were
five well-known methods to separate this racemate
into its isomers. However, he did not find that the
relative advantage of the dextro-rotatory isomer
would have been known by the skilled person.
[75] Apotex présente les mêmes observations
que pour l’antériorité en insistant sur le fait que,
les méthodes de séparation étant bien connues, l’invention revendiquée et ses avantages auraient été
évidents pour la personne versée dans l’art. Au vu
du dossier, le juge de première instance a conclu
que cinq méthodes bien connues permettaient
d’isoler les isomères du racémate. Il n’a toutefois
pas estimé que la personne versée dans l’art aurait
connu l’avantage relatif de l’isomère dextrogyre.
iii. Identify the Inventive Concept of the
Claim in Question or, if That Cannot
Readily Be Done, Construe It
iii. Définir l’idée originale de la revendication
en cause, au besoin par voie d’interprétation
[76] The construction of the claims in the ‘777
patent is not an issue. It is agreed that they constitute the dextro-rotatory isomer of the racemate and
its pharmaceutically acceptable salts and processes
[76] L’interprétation des revendications du brevet
777 n’est pas en cause. Il est entendu que celles‑ci
visent l’isomère dextrogyre du racémate, ses sels
pharmaceutiquement acceptables et leurs procédés
[77] The inventive concept of the claims is not
readily discernable from the claims themselves.
A bare chemical formula in a patent claim may
not be sufficient to determine its inventiveness. In
such cases, I think it must be acceptable to read the
specification in the patent to determine the inventive concept of the claims. Of course, it is not permissible to read the specification in order to construe the claims more narrowly or widely than the
text will allow.
[77] Il n’est pas facile de saisir l’idée originale à
partir ses seules revendications. La seule présence
d’une formule chimique ne permet pas de déterminer l’inventivité de la revendication. J’estime donc
que l’on doit pouvoir se fonder sur le mémoire descriptif pour définir l’idée originale qui sous-tend
les revendications. On ne saurait cependant s’appuyer sur le mémoire descriptif pour interpréter le
texte des revendications de façon plus restrictive ou
plus extensive.
[78] In the present case, it is apparent that the
inventive concept of the claims in the ‘777 patent is
a compound useful in inhibiting platelet aggregation which has greater therapeutic effect and less
toxicity than the other compounds of the ‘875 patent
and the methods for obtaining that compound.
[78] En l’espèce, il est clair que l’idée originale
à la base des revendications du brevet 777 est un
antiplaquettaire à l’effet thérapeutique supérieur et
à la toxicité moindre comparativement aux autres
composés couverts par le brevet 875, et les méthodes permettant de l’obtenir.
iv. Identify What if Any Differences Exist
Between the ‘875 Patent and the ‘777
iv. Recenser les différences, s’il en est, entre
les brevets 875 et 777
[79] The ‘875 patent disclosed over 250,000
possible different compounds predicted to inhibit
platelet aggregation. Twenty-one compounds were
made and tested. Nothing distinguishes the racemate in this case from other compounds disclosed
or tested in terms of therapeutic effect or toxicity.
As stated above, there is no disclosure in the ‘875
patent of the specific beneficial properties associated with the dextro-rotatory isomer of this racemate in isolation; nor was there disclosure of any
advantages which flow from using the bisulfate salt
of the dextro-rotatory isomer. The ‘875 patent did
not differentiate between the properties of the racemate, its dextro-rotatory isomer and levo-rotatory
isomer or indeed the other compounds made and
tested or predicted to work.
[79] Le brevet 875 divulgue plus de 250 000 composés possibles dont il prédit l’effet antiplaquettaire. Vingt et un ont été synthétisés et analysés.
Rien ne distingue le racémate visé en l’espèce des
autres composés divulgués ou analysés quant à leur
effet thérapeutique ou à leur toxicité. Je rappelle
que le brevet 875 ne divulgue aucun avantage particulier associé à l’isomère dextrogyre de ce racémate, une fois isolé, ni aucun avantage découlant
de l’utilisation du bisulfate de l’isomère dextrogyre.
Il n’établit aucune différence entre les propriétés du
racémate, celles de l’isomère dextrogyre et celles
de l’isomère lévogyre, non plus qu’entre les avantages des autres composés synthétisés, analysés ou
dont il prédit l’efficacité.
[80] On the other hand, the ‘777 patent claims
that the invention of the dextro-rotatory isomer
of the racemate, clopidogrel, and its bisulfate salt
discloses their beneficial properties over the levorotatory isomer and the racemate and expressly
describes how to separate the racemate into its isomers.
[80] En revanche, le brevet 777 revendique l’invention de l’isomère dextrogyre du racémate, le
clopidogrel et de son bisulfate, divulgue leurs avantages par rapport à l’isomère lévogyre et au racémate, et énonce expressément le procédé de séparation des isomères du racémate.
v. Viewed Without Any Knowledge of the
‘777 Patent, Do Those Differences Constitute Steps Which Would Have Been
Obvious to the Person Skilled in the Art
or Do They Require a Degree of Inventiveness?
v. Abstraction faite de toute connaissance
de l’invention revendiquée dans le brevet
777, ces différences constituent-elles des
étapes évidentes pour la personne versée
dans l’art ou dénotent-elles quelque inventivité?
[81] At this stage, it must be determined whether
the nature of the invention in this case is such as to
warrant an “obvious to try” test. The discovery of
the dextro-rotary isomer and its bisulfate salt came
after experimentation. There were interrelated variables with which Mr. Badorc had to experiment.
An “obvious to try” test in this case would recognize the evidence of the expert witnesses as to the
discovery of the beneficial properties of the dextrorotary isomer and its bisulfate salt and the methods
[81] La question est maintenant de savoir si la
nature de l’invention en cause justifie l’application
du critère de l’« essai allant de soi ». La découverte de l’isomère dextrogyre et de son bisulfate
est issue de l’expérimentation. Il y avait des variables interdépendantes avec lesquelles M. Badorc
devait faire des expériences. L’application du critère de l’« essai allant de soi » en l’espèce rendrait
recevable le témoignage des témoins experts sur
la découverte des avantages de l’isomère dextrogyre et de son bisulfate ainsi que sur leurs procédés d’obtention.
[82] The applications judge cannot be faulted
for the analysis he conducted as far as it went.
However, he erred in not allowing for the application of the “obvious to try” test, which is warranted
[82] On ne peut reprocher quoi que ce soit à l’analyse que le juge de première instance a cru bon d’effectuer. Cependant, il aurait dû en outre permettre
l’application — justifiée en l’espèce — du critère
de l’« essai allant de soi ».
[83] The following factors are therefore relevant
at this fourth step of the obviousness inquiry:
[83] Les considérations suivantes sont donc pertinentes à cette quatrième étape de l’examen portant
(1) Is It More or Less Self-Evident That What
Is Being Tried Ought to Work?
(1) Est-il plus ou moins évident que l’essai
sera fructueux?
[84] As I have observed earlier, Shore J. found
that the skilled person would not know, before separating this particular racemate into its isomers and
then testing the separated isomers, that the properties of the dextro-rotatory isomer would be different from the properties of the racemate or the levorotatory isomer (para. 81). Similarly, he found that
the person skilled in the art would not know before
trying the different salts in combination with the
dextro-rotatory isomer what the bisulfate salt’s
beneficial properties would be (para. 82).
[84] Comme je le fais remarquer précédemment, le juge Shore conclut que la personne versée
dans l’art n’aurait pu savoir que l’isomère dextrogyre présentait des avantages différents de ceux du
racémate et de l’isomère lévogyre avant d’isoler les
isomères du racémate et d’analyser chacun d’eux
(par. 81). Il ajoute que la personne versée dans l’art
n’aurait pu connaître les avantages du bisulfate
avant de combiner les différents sels avec l’isomère
dextrogyre (par. 82).
[85] Just because there are known methods of
separating a racemate into its isomers does not
mean that a person skilled in the art would necessarily apply them. The fact that there are such
known methods of separation will be of no account
if the evidence does not prove that it was more or
less self-evident to try them. It is true that at the relevant time there was evidence that a skilled person
would know that the properties of a racemate and
its isomers might be different. However, a possibility of finding the invention is not enough. The
invention must be self-evident from the prior art
and common general knowledge in order to satisfy
the “obvious to try” test. That is not the evidence
[85] La seule existence de procédés connus permettant d’isoler les isomères d’un racémate ne
signifie pas qu’une personne versée dans l’art y
recourerait nécessairement. Il n’est d’ailleurs pas
tenu compte de l’existence de tels procédés lorsque
aucun élément n’établit qu’il allait plus ou moins de
soi d’y recourir. Il est vrai que, selon la preuve, à
l’époque considérée, une personne versée dans l’art
aurait su que les avantages d’un racémate pouvaient
différer de ceux de ses isomères. Toutefois, la possibilité de découvrir l’invention ne suffit pas. Pour
satisfaire au critère de l’« essai allant de soi », l’invention doit être évidente au regard de l’antériorité
et des connaissances générales courantes, ce que la
preuve n’établit pas en l’espèce.
(2) What Is the Extent, Nature and Amount of
Effort Required to Achieve the Invention?
(2) Quels efforts — leur nature et leur ampleur
— sont requis pour réaliser l’invention?
[86] As indicated, the applications judge found
that there were five well-known techniques for
separating this racemate into its isomers. He also
found that there was no evidence that at the relevant time, a person skilled in the art would know
[86] Je le rappelle, le juge de première instance a
conclu que cinq techniques connues permettaient
d’isoler les isomères du racémate. Il a aussi estimé
que rien n’établissait qu’à l’époque considérée, une
personne versée dans l’art aurait su laquelle aurait
which one would work with the racemate at issue
in this case. The evidence was that a skilled person
would eventually find the right technique.
fonctionné pour le racémate en cause. Suivant la
preuve, une personne versée dans l’art aurait fini
par trouver la bonne.
[87] As earlier indicated, Shore J. also found that
there was no evidence that at the relevant time a
person skilled in the art would know before separating the racemate and testing the isomers what their
properties would be, although the specific properties of the isomers could be discovered. There was
evidence that, using known techniques, the properties of different pharmaceutically acceptable salts
to be used with the dextro-rotatory isomer could
[87] Comme je l’ai déjà signalé, le juge Shore a
par ailleurs conclu qu’aucun élément n’établissait
qu’à l’époque considérée, une personne versée dans
l’art aurait connu les avantages des isomères avant
de les séparer du racémate et de les analyser, même
si ces avantages pouvaient être découverts. Suivant
la preuve, en recourant à des techniques connues, il
était possible de découvrir les avantages de différents sels pharmaceutiquement acceptables combinés avec l’isomère dextrogyre.
[88] However, in considering whether it was
“obvious to try” to find the invention, once it was
decided to isolate the dextro-rotatory isomer, the
methods for doing so were known, the methods for
testing the properties of the isomers were known
and the method for determining the beneficial
properties of the salts to be used with the isomer
would also have been known.
[88] Cependant, pour ce qui est de savoir s’il
« allait de soi » de tenter de découvrir l’invention,
une fois prise la décision d’isoler l’isomère dextrogyre, les méthodes pour y parvenir étaient connues,
celles permettant d’analyser les avantages des isomères étaient également connues et le procédé pour
déterminer les avantages des sels combinés avec
l’isomère l’était lui aussi.
[89] According to Mr. Badorc’s affidavit, it took
from November 1985 to April 1986 to find the ‘777
invention, and he was already familiar with the
‘875 invention. Potentially five different methods
to separate the racemate would have had to have
been tried and tested before determining the properties of the dextro-rotatory isomer. As in the case
of anticipation, one might infer that the applications judge, if asked to decide this question, would
have held that the investigation here was not routine, but rather was prolonged and arduous. In any
event, on the facts of this case, this factor would
assume small significance in view of the finding I
make with respect to the whole course of conduct
discussed at para. 91 below.
[89] Selon l’affidavit du Dr Badorc, les travaux
entrepris en novembre 1985 pour découvrir l’invention visée par le brevet 777 se sont poursuivis
jusqu’en avril 1986, et le témoin connaissait déjà
l’invention protégée par le brevet 875. Il aurait pu
être nécessaire de recourir à cinq méthodes de séparation du racémate avant de déterminer les avantages de l’isomère dextrogyre. Comme pour l’antériorité, on pourrait déduire que s’il avait été appelé
à trancher cette question, le juge aurait conclu
qu’il ne s’agissait pas d’essais courants, mais bien
d’une expérimentation longue et ardue. Quoi qu’il
en soit, dans la présente affaire, il s’agit d’une élément négligeable étant donné la conclusion que je
tire concernant l’ensemble de la démarche analysée
ci‑après au par. 91.
(3) Is There a Motive From the Prior Art to
Find the Solution That the ‘777 Patent
(3) L’antériorité fournit-elle un motif de
rechercher la solution au problème qui
sous-tend le brevet 777?
[90] It is well known that the pharmaceutical industry is intensely competitive. Market participants are continuously in search of new and
[90] Le secteur pharmaceutique est sans conteste
extrêmement concurrentiel. Les entreprises sont
toujours à l’affût de médicaments nouveaux et
apotex v. sanofi-synthelabo canada improved medications and want to reach the market
with them as soon as possible. So demand for an
effective and non-toxic product to inhibit platelet
aggregation might be assumed to exist. However,
nothing in the ‘875 patent or common general
knowledge provided a specific motivation for the
skilled person to pursue the ‘777 invention. The
prior patent was a genus patent, and selection might
be expected. However, the prior patent did not differentiate between the efficacy and the toxicity of
any of the compounds it covered. This suggests that
what to select or omit was not then self-evident to
(4) What Is the Course of Conduct Which
Was Followed Which Culminated in the
Making of the Invention?
améliorés qu’elles veulent commercialiser dès que
possible. La demande d’un antiplaquettaire efficace
et non-toxique peut donc être présumée. Toutefois,
ni le brevet 875 ni ses connaissances générales
courantes ne donnaient à la personne versée dans
l’art un motif de rechercher l’objet du brevet 777.
Le brevet antérieur était un brevet de genre, de
sorte qu’une sélection était prévisible. Il n’établissait cependant pas de distinction entre les composés quant à leur efficacité et à leur toxicité, ce qui
donne à penser que ce qu’il y avait lieu de retenir ou
d’omettre n’était alors pas évident pour la personne
versée dans l’art.
(4) Quelle démarche a mené à l’invention?
[91] Mr. Badorc’s affidavit reveals that for several years prior to November 1985, Sanofi was in
the process of developing the racemate in its salified form. In November 1985, the racemate was
being tested in preliminary human clinical trials.
It was at that time that Mr. Badorc was asked to
separate the racemate into its isomers. After he discovered that the dextro-rotatory isomer was active
and non-toxic and that the levo-rotatory isomer was
non-active and toxic, Sanofi decided to develop the
dextro-rotatory isomer and abandon its work on the
racemate. However, this was after it had “spent millions of dollars and several years developing [the
racemate] up to the point of preliminary human
clinical trials” without at least trying to see if the
dextro-rotatory isomer had advantageous properties
to those of the racemate (Affidavit of Mr. Badorc, at
para. 25). This evidence was uncontradicted.
[91] L’affidavit du Dr Badorc révèle que plusieurs
années avant novembre 1985, Sanofi était à mettre
au point la forme salifiée du racémate. En novembre 1985, le racémate a fait l’objet d’essais cliniques préliminaires chez l’humain. C’est alors qu’on
a demandé au Dr Badorc d’isoler les isomères du
racémate. Après la découverte de l’activité et de la
non-toxicité de l’isomère dextrogyre et de la nonactivité et de la toxicité de l’isomère lévogyre, les
travaux de Sanofi ont porté non plus sur le racémate, mais sur l’isomère dextrogyre. Cette décision
a toutefois été prise après que Sanofi eut « consacré
des millions de dollars et des années de travaux à
la mise au point [du racémate] et à la tenue d’essais cliniques préliminaires chez l’humain » sans
au moins tenter de déterminer si l’isomère dextrogyre avait des avantages par rapport au racémate
(affidavit du Dr Badorc, par. 25). Ce témoignage n’a
pas été contredit.
(5) Was the Invention of the ‘777 Patent
“Obvious to Try”?
(5) L’invention visée par le brevet 777 « allaitelle de soi »?
[92] The methods to obtain the invention of the
‘777 patent were common general knowledge. It can
be assumed that there was a motive to find a nontoxic efficacious product to inhibit platelet aggregation in the blood. However, it was not self-evident
from the ‘875 patent or common general knowledge
what the properties of the dextro-rotatory isomer of
[92] Les moyens de parvenir à l’objet du brevet
777 faisaient partie des connaissances générales courantes. On peut supposer qu’il existait un
motif de chercher un produit efficace et non toxique inhibant l’agrégation des plaquettes dans le
sang. Cependant, ni le brevet 875 ni les connaissances générales courantes ne rendaient évidents les
this racemate would be or what the bisulfate salt’s
beneficial properties would be and therefore that
what was being tried ought to work. The course
of conduct and the time involved throughout demonstrate that the advantage of the dextro-rotatory
isomer was not quickly or easily predictable. Had
the dextro-rotatory isomer been “obvious to try”,
it is difficult to believe that Sanofi would not have
opted for it before unnecessary time and investment were spent on the racemate. I conclude that
the prior art and common general knowledge of
persons skilled in the art at the relevant time were
not sufficient for it to be more or less self-evident to
try to find the dextro-rotatory isomer.
propriétés de l’isomère dextrogyre du racémate ou
les avantages du bisulfate, de sorte qu’il n’était pas
évident que l’essai serait fructueux. Les efforts et le
temps consacrés démontrent qu’il n’était pas possible de prédire rapidement ou aisément l’avantage
que présentait l’isomère dextrogyre. S’il était allé
de soi d’isoler l’isomère dextrogyre, il est difficile
de croire que Sanofi ne l’aurait pas fait au lieu de
consacrer en vain temps et argent au racémate. Je
conclus que l’antériorité et les connaissances générales courantes des personnes versées dans l’art à
l’époque considérée n’étaient pas suffisantes pour
qu’il aille plus ou moins de soi de tenter d’isoler
l’isomère dextrogyre.
f) Conclusion sur le caractère évident
[93] As I have earlier explained, there was a significant difference between the ‘875 genus patent
and the ‘777 selection patent. The difference
was not obvious. Having regard to the foregoing
analysis, I conclude that the allegation of obviousness is not justified.
[93] Je le répète, le brevet de genre 875 se distinguait sensiblement du brevet de sélection 777. La
différence n’était pas évidente. Eu égard à l’analyse
qui précède, je conclus que l’allégation d’évidence
VII. Double Patenting
VII. La double protection
[94] Apotex also bases its challenge to the validity of the ‘777 patent on double patenting. Apotex
also challenges the validity of the doctrine of selection patents itself on this basis.
[94] Apotex attaque la validité du brevet 777
en alléguant également la double protection. Elle
conteste aussi le bien-fondé de la notion de brevet
de sélection pour le même motif.
[95] There may only be one patent covering an
invention (Whirlpool Corp. v. Camco Inc., [2000]
2 S.C.R. 1067, 2000 SCC 67, at para. 63). Apotex
says that a selection patent claims the same invention as the original class or genus patent and as a
result, the selection patent cannot be valid.
[95] Un seul brevet peut être accordé pour une
invention (Whirlpool Corp. c. Camco Inc., [2000]
2 R.C.S. 1067, 2000 CSC 67, par. 63). Apotex soutient qu’un brevet de sélection revendique la même
invention que le brevet initial ou brevet de genre, en
sorte que le brevet de sélection ne peut être valide.
[96] The concern expressed by Apotex is that the
doctrine of selection patents allows a patent holder
to “evergreen” an invention. The original genus
patent is granted for a finite period of years. If a
selection patent is later obtained by the owner of
the genus patent covering the same invention as
the genus patent, the number of years the owner is
entitled to exclude others from making or using the
invention is extended, contrary to the limited period
of exclusivity provided by the original patent.
[96] Apotex déplore en fait que la notion de
brevet de sélection permette la « perpétuation »
d’un brevet. Le brevet de genre d’origine est délivré
pour un nombre d’années déterminé. Si son titulaire obtient ultérieurement un brevet de sélection
pour la même invention, le nombre d’années pendant lesquelles il jouit d’un monopole pour la fabrication ou l’utilisation de l’invention en est accru, ce
qui est incompatible avec la durée limitée du monopole accordé initialement.
[97] Evergreening is a legitimate concern and,
depending on the circumstances, strategies that
attempt to extend the time limit of exclusivity of
a patent may be contrary to the objectives of the
Patent Act. The Act aims to promote inventiveness
by conferring exclusivity for a limited period of
time while providing for public disclosure of the
invention to enable others to make or use it after
expiry of the period of exclusivity.
[97] La perpétuation du brevet est une préoccupation légitime. Selon les circonstances, les stratégies visant à accroître la durée du monopole peuvent aller à l’encontre de l’objectif de la Loi sur les
brevets, qui est de favoriser l’inventivité par l’octroi
d’une exclusivité pour un temps tout en assurant la
divulgation de l’invention pour permettre sa réalisation et son utilisation par autrui une fois le brevet
[98] However, a generalized concern about evergreening is not a justification for an attack on the
doctrine of selection patents for two reasons. First,
a selection patent may be sought by a party other
than the inventor or owner of the original genus
patent. In such a case, anticipation or obviousness
may be an issue, but evergreening does not arise.
[98] Cependant, cette préoccupation générale ne
justifie pas la remise en question du brevet de sélection en soi, et ce, pour deux raisons. Premièrement,
l’obtention d’un brevet de sélection peut intéresser
une autre personne que l’inventeur ou le titulaire
du brevet de genre d’origine, auquel cas la question
de l’antériorité ou de l’évidence peut se poser, mais
non celle de la perpétuation.
[99] At the hearing, counsel for Apotex submitted that, in the pharmaceutical industry, the only
party that would ever attempt to obtain a selection
patent would be the genus patent holder. This is a
highly competitive industry and a market participant who is able to develop a more effective product might be expected to be anxious to do so and
seek patent protection through a selection patent
even if it requires the making of an agreement with
the holder of the genus patent to allow for the marketing of the selected product. However, even if
counsel is correct, the doctrine of genus and selection patents is not restricted to the pharmaceutical
industry. It is of general applicability.
[99] À l’audience, les avocats d’Apotex ont fait
valoir que dans le domaine pharmaceutique, la
seule personne susceptible de demander un brevet
de sélection est le titulaire du brevet de genre. Dans
un secteur d’activité aussi concurrentiel, une entreprise qui est en mesure de mettre au point un produit plus efficace pourrait être impatiente de le faire
et demander un brevet de sélection, même s’il lui
fallait conclure un accord avec le titulaire du brevet
de genre pour la commercialisation du produit en
cause. Et même si Apotex a raison, des brevets de
genre et de sélection sont accordés dans d’autres
secteurs que celui de la pharmaceutique. Le principe qui les sous-tend a vocation générale.
[100] Second and more importantly, selection
patents encourage improvements by selection. The
inventor selects only a bit of the subject matter
of the original genus patent because that bit does
something better than and different from what was
claimed in the genus patent.
[100] Deuxièmement et surtout, le brevet de
sélection favorise le perfectionnement par voie de
sélection. L’inventeur ne sélectionne qu’un élément
de l’objet du brevet de genre d’origine parce qu’il
obtient ainsi quelque chose de mieux et de différent
par rapport à ce qui est revendiqué dans le brevet
[101] The applications judge found that the claims
of the ‘777 and ‘875 patents were not identical or
coterminous. I agree with him. Apotex’s factum
compares claims 1, 8, 14 and 15 of the ‘875 patent
with claims 1 and 3 of the ‘777 patent.
[101] Le juge de première instance a conclu que
les revendications des brevets 777 et 875 n’étaient
pas identiques. Je suis d’accord avec lui. Dans son
mémoire, Apotex compare les revendications 1, 8,
14 et 15 du brevet 875 et les revendications 1 et 3
du brevet 777.
Brevet 875
Claim 1 “A process for the preparation of derivatives
of general formula (I): . . . as well as the 2 enantiomers or their mixture [racemate] of these compounds of
formula (I); wherein: . . . if desired, its enantiomers are
separated and/or it is salified by mineral or organic
acid action; . . .” (page 14)
[Revendication] 1. Procédé pour la préparation de dérivés de formule générale (I) : [. . .] ainsi que les deux
énantiomères ou leur mélange [racémate], de ces composés de formule (I); [. . .] dans laquelle [. . .] si désiré,
[on] sépare ses énantiomères et/ou le salifie par action
des bases minerales; . . . [p. 16-17]
Claim 8 “Process according to claim 1 for the preparation of methyl ∝-[4,5,6,7-tetrahydro-thieno[3,2-c]5-pyridyl]-o.chlorophenylacetate, wherein the 4,5,6,7tetrahydro thieno[3,2-c]pyridine is condensed over the
methyl 2-chloro-o.chlorophenylacetate, and the derivative sought, which is isolated, is obtained.” (page 15)
[Revendication] 8. Procédé selon la revendication 1,
pour la préparation de l’[alpha]-[tétrahydro-4,5,6,7
thiéno [3,2‑c] pyridyl‑5] o-chlorophénylacétate de
méthyle, caractérisé en ce que l’on condense la tétrahydro-4,5,6,7 thiéno [3,2‑c] pyridine sur le chloro-2
o‑chlorophénylacétate de méthyle, et obtient le dérivé
cherché que l’on isole. [p. 19]
Claim 14 “Derivatives of general formula (I): . . . as
well as the 2 enantiomers or their mixture of these compounds of formula (I). . .
[Revendication] 14. Dérivés de formule générale (I) :
[. . .] ainsi que les deux énantiomères ou leur mélange
de ces composés de formule (I) . . . [p. 20‑21]
Claim 15 “Methyl ∝-[4,5,6,7-tetrahydro-thieno[3,2c]-5-pyridyl]-o. chlorophenylacetate, each time it is
obtained by the process of claim 8 or its manifest chemical equivalents.” (page 16)
[Revendication] 15. [alpha]-(tétrahydro-4,5,6,7 thiéno
[3,2‑c] pyridyl‑5] o‑chlorophénylacétate de méthyle,
chaque fois qu’il est obtenu par le procédé de la revendication 8 ou ses équivalents chimiques manifestes.
(Underlining in trial reasons; italics added by
Apotex.)
(Soulignements par le juge de première instance;
italiques ajoutés par Apotex.)
Brevet 777
1. Dextro-rotatory isomer of methyl alpha-5 (4, 5, 6,
7-tetrahydro (3, 2-c) thieno pyridyl) (2-chlorophenyl)acetate and its pharmaceutically acceptable salts.
1. L’isomère dextrogyre de l’alpha‑5 (4,5,6,7-tétrahydro
(3,2‑c) thiénopyridyl) (2‑chlorophényl) acétate de
méthyle et ses sels acceptables du point de vue pharmaceutique.
3. Hydrogen sulfate of the dextro-rotatory isomer of
methyl alpha-5 (4, 5, 6, 7-tetrahydro (3, 2-c) thieno pyridyl) (2-chlorophenyl)-acetate.
3. L’hydrogénosulfate de l’isomère dextrogyre de l’alpha‑5 (4,5,6,7-tétrahydro (3,2‑c) thiénopyridyl) (2‑chlorophényl) acétate de méthyle.
(Soulignements et italiques ajoutés par Apotex.)
[102] Although Apotex does not expressly state
which of the ‘875 and ‘777 claims it is comparing,
it is apparent, for double patenting purposes, that
there is no identity between the product claims 1
and 3 of the ‘777 patent and claims 1, 8 and 15 of
the ‘875 patent because claims 1 and 8 are process
claims and claim 15 is a product by process claim.
The only comparison that need be considered is
between claim 14 of the ‘875 patent and claim 1 of
the ‘777 patent. Claim 3 of the ‘777 patent reflects
[102] Bien qu’Apotex ne dise pas expressément
quelles revendications des brevets 875 et 777 elle
compare, il est évident qu’en ce qui concerne la
question de la double protection, les revendications
de produit 1 et 3 du brevet 777 et les revendications
1, 8 et 15 du brevet 875 ne sont pas identiques, car
les revendications 1 et 8 visent des procédés, et la
revendication 15, un produit obtenu grâce à l’un de
ces procédés. La seule comparaison à considérer
est celle de la revendication 14 du brevet 875 et de
the hydrogen sulfate of claim 1 of the ‘777 patent,
so that if claim 1 is not invalid, claim 3 will not be
invalid either.
la revendication 1 du brevet 777. La revendication
3 du brevet 777 correspond à l’hydrogénosulfate de
l’objet de la revendication 1 du brevet 777, de sorte
que si la revendication 1 n’est pas invalide, la revendication 3 ne l’est pas non plus.
[103] Claim 14 of the ‘875 patent claims all derivatives of general formula (I) as well as the two isomers and the racemic mixture. It is a broad claim
for a class or genus. Claim 1 of the ‘777 patent is
specific. It claims only the dextro-rotatory isomer
of the racemate. This is a typical selection patent.
[103] La revendication 14 du brevet 875 vise tous
les dérivés de formule générale I, ainsi que les deux
isomères et le mélange racémique. Elle est générale
et vise une catégorie ou un genre. La revendication 1 du brevet 777 est spécifique et ne vise que
l’isomère dextrogyre du racémate. C’est un brevet
de sélection type.
[104] Sound prediction was the basis for granting the original genus patent. That had to be the
case when the genus involved over 250,000 possible compounds. Not every compound would itself
have been tested. But there was, to the satisfaction
of the Commissioner of Patents, sound prediction
that what was included in the original genus patent
was new, useful and not obvious. It was later determined that some of the subject matter of the original genus patent did not work or did not work as
well as the subject matter of the selection patent.
[104] La délivrance du brevet de genre d’origine
avait pour fondement la prédiction valable, ce qui
est nécessairement le cas lorsque plus de 250 000
composés possibles sont en cause. Ces composés
n’avaient pas tous été analysés. Cependant, le commissaire aux brevets a estimé qu’on pouvait raisonnablement conclure que l’objet du brevet de genre
d’origine était nouveau, utile et non évident. On a
ultérieurement déterminé que l’efficacité de certains éléments de l’objet du brevet de genre d’origine était nulle ou, du moins, inférieure à celle de
l’objet du brevet de sélection. Il s’agit d’une donnée
[105] The doctrine of “sound prediction”, explicitly adopted by this Court in Monsanto Co. v.
Commissioner of Patents, [1979] 2 S.C.R. 1108,
balances the public interest in early disclosure of
new and useful inventions even before their utility has been fully verified by tests, and the public
interest in avoiding cluttering the public domain
with useless patents and granting monopoly rights
in exchange for misinformation: see Apotex Inc. v.
Wellcome Foundation Ltd., [2002] 4 S.C.R. 153,
2002 SCC 77, at para. 66. In Monsanto, Pigeon J.,
writing for the majority, drew the following conclusion, at p. 1117:
[105] Retenu expressément par notre Cour dans
l’arrêt Monsanto Co. c. Commissaire des brevets,
[1979] 2 R.C.S. 1108, le critère de la « prédiction
valable » met en balance le souci de divulguer rapidement, dans l’intérêt public, toute invention nouvelle et utile avant même que son utilité n’ait été
confirmée sans réserve par des essais et le souci,
toujours dans l’intérêt public, de ne pas encombrer le domaine public de brevets inutiles et de ne
pas accorder un monopole pour une mésinformation : voir Apotex Inc. c. Wellcome Foundation
Ltd., [2002] 4 R.C.S. 153, 2002 CSC 77, par. 66.
Dans l’arrêt Monsanto, au nom des juges majoritaires, le juge Pigeon a tiré les conclusions suivantes
(p. 1117) :
I have quoted again the passage quoted by the
[Patent Appeal] Board because I consider the last sentence of the paragraph of some importance as it does
clearly indicate what is meant by a “sound prediction”.
It cannot mean a certainty since it does not exclude all
Si j’ai cité de nouveau le passage cité par la
Commission [d’appel des brevets], c’est que je suis d’avis
que la dernière phrase est importante parce qu’elle indique clairement ce que l’on entend par « prédiction valable ». Il ne peut s’agir d’une certitude puisqu’elle n’exclut
risk that some of the area covered may prove devoid of
utility. It thus appears to me that the test formulated by
Graham J. [in Olin Mathieson Chemical Corp. v. Biorex
Laboratories Ltd., [1970] R.P.C. 157 (Ch. D.)] involves
just two possible reasons for rejecting claims such as
those in issue.
pas tout risque qu’une partie du domaine visé puisse se
révéler inutile. Le critère formulé par le juge Graham
[dans la décision Olin Mathieson Chemical Corp. c.
Biorex Laboratories Ltd., [1970] R.P.C. 157 (Ch. D.)]
me paraît donc présenter seulement deux motifs possibles pour rejeter des revendications comme celles en
1. There is evidence of lack of utility in respect of
some of the area covered; [or]
1. Il y a preuve de l’inutilité d’une partie du domaine
visé; [ou]
2. Ce n’est pas une prédiction valable. [Je souligne.]
This approach has been consistently accepted by
courts in Canada (see for example Ciba-Geigy AG
v. Commissioner of Patents (1982), 65 C.P.R. (2d)
73 (F.C.A.)).
Telle a toujours été la position des tribunaux
canadiens (voir p. ex. Ciba-Geigy AG c. Canada
(Commissaire des brevets), [1982] A.C.F. no 425
(QL) (C.A.)).
[106] In the present case, it was found that
the levo-rotatory isomer did not work at all and
was toxic. The racemate did not work as well as
the dextro-rotatory isomer. Isolating the dextrorotatory isomer as being more effective and less
toxic than other compounds of the genus patent is
a valuable advance to be encouraged as a matter of
[106] Dans la présente affaire, on a constaté que
l’isomère lévogyre était inefficace et toxique. Le
racémate n’était pas aussi efficace que l’isomère
dextrogyre. La découverte que l’isomère dextrogyre était plus efficace et moins toxique que les
autres composés du brevet de genre représente un
progrès appréciable digne d’être encouragé par la
politique en matière de brevet.
[107] It is true that the sound prediction of the
‘875 patent that the racemate and the levo-rotatory
isomer produced the same results as the dextrorotatory isomer was not borne out. That may leave
parts of the original genus patent open to challenge.
But it does not affect the validity of the selection
[107] Il est vrai que la prédiction valable du
brevet 875 selon laquelle le racémate et l’isomère
lévogyre produiraient les mêmes résultats que l’isomère dextrogyre ne s’est pas avérée. Certains éléments du brevet de genre d’origine pourraient de
ce fait être contestés, mais le brevet de sélection
demeure valide.
[108] Apotex argues that the focus in a double patenting challenge is on the claims of the two patents
rather than on the disclosure. I agree. In Whirlpool,
Binnie J. stated, at para. 63:
[108] Apotex fait valoir qu’une allégation de
double protection s’attache aux revendications des
deux brevets, et non à la divulgation. J’en conviens.
Dans l’arrêt Whirlpool, le juge Binnie a dit ce qui
suit au par. 63 :
It is clear that the prohibition against double patenting
involves a comparison of the claims rather than the disclosure, because it is the claims that define the monopoly.
Il est clair que l’interdiction du double brevet implique une comparaison des revendications plutôt que des
divulgations, car ce sont les revendications qui définissent le monopole.
Whirlpool was not a selection patent case. However,
because selection patents are to be subject to the
same considerations as other patents, the clear
statement of Binnie J. in Whirlpool must apply to
Dans cette affaire, le litige ne portait pas sur un
brevet de sélection. Mais puisque le brevet de sélection doit être considéré comme tout autre brevet, les
propos sans équivoque du juge Binnie s’appliquent
aussi à son égard.
[109] I agree with Apotex that a challenge to
patent validity based on double patenting does
not require the existence of identical language in
the two patent claims. Even so, the wording of the
claims, however different, must claim the same
[109] Je conviens avec Apotex que l’existence de
la double protection n’exige pas que les revendications soient formulées de la même manière dans les
deux brevets. Néanmoins, le libellé des revendications, même s’il est différent, doit décrire la même
[110] The invention defined by claim 14 of the
‘875 patent is not the same as the invention claimed
by claim 1 of the ‘777 patent because the former
is broader than the latter. Although not a selection patent case, there is a striking passage in the
judgment of Lord Simonds in May & Baker Ltd. v.
Boots Pure Drug Co. (1950), 67 R.P.C. 23 (H.L.), at
p. 32. It describes a scenario very much the same as
[110] L’invention correspondant à la revendication 14 du brevet 875 n’est pas la même que celle
visée par la revendication 1 du brevet 777, car la
première a une plus grande portée que la seconde.
Dans l’arrêt May & Baker Ltd. c. Boots Pure Drug
Co. (1950), 67 R.P.C. 23 (H.L.), qui ne porte pas sur
un brevet de sélection, Lord Simonds décrit néanmoins de manière saisissante un scénario très semblable à celui de la présente espèce (p. 32) :
Is there then a difference in the inventions claimed
in the original and amended specifications? On the
one hand a vast range of possible compounds, a fragment no doubt in the whole sphere of organic chemistry
yet so numerous that the number becomes meaningless, within which no one can say what hidden things
might be brought to light, what benefits discovered for
the relief of humanity. On the other hand two specific
drugs. Are these inventions the same or different inventions? My Lords, I hesitate to appeal to common sense,
lest others should take a different view of the case. Yet
in the consensus of opinion of all the learned judges
who have dealt with this matter I find justification for
the view which I most emphatically hold that it is plain
common sense to say that the inventions are not the
same but different: and I think that, if they are different, the substantial difference could not be denied.
[TRADUCTION] Y a-t-il alors une différence entre
les inventions revendiquées dans le mémoire descriptif
d’origine et le mémoire descriptif modifié? D’un côté,
une vaste gamme de composés possibles, représentant
sans doute une parcelle de la chimie organique considérée dans sa totalité, mais si nombreux que leur nombre
ne veut plus rien dire, chacun étant susceptible de receler quelque secret ou de présenter des avantages pour
le genre humain. De l’autre, deux médicaments spécifiques. Ces inventions sont-elles identiques ou différentes? J’hésite, chers collègues, à faire appel au sens
commun de crainte que d’autres diffèrent d’opinion en
l’espèce. Néanmoins, l’unanimité des juges saisis de la
question me conforte dans l’opinion bien arrêtée qu’il
tombe sous le sens que les inventions ne sont pas identiques, mais différentes. Et si elles sont différentes, je
crois que leur différence essentielle ne peut être niée.
I think Lord Simonds’ comments cover this case
À mon avis, les remarques de lord Simonds s’appliquent en tous points à la présente espèce.
[111] To this point, the issue has been what is
sometimes called “same invention” double patenting. This is the main thrust of Apotex’s double patenting argument. The applications judge found that
the claims in the ‘777 and ‘875 patents were not
identical or coterminous, requirements to prove
same invention double patenting: see Whirlpool, at
paras. 64-65.
[111] À cet égard, le litige porte sur ce que l’on
appelle parfois le double brevet relatif à la « même
invention ». C’est l’essentiel de la thèse de la double
protection d’Apotex. Le juge de première instance
a conclu qu’il n’y avait pas « identité » des revendications des brevets 777 et 875, ce qu’exige la preuve
du double brevet relatif à la même invention : voir
Whirlpool, par. 64-65.
[112] Apotex also relies on “obviousness” double
patenting. Binnie J. explains in Whirlpool, at para.
66, that “obviousness” double patenting
[112] Apotex invoque par ailleurs le double brevet
relatif à une « évidence ». Dans l’arrêt Whirlpool, le
juge Binnie explique au par. 66 :
is a more flexible and less literal test that prohibits the
issuance of a second patent with claims that are not
“patentably distinct” from those of the earlier patent.
Il s’agit d’un critère plus souple et moins littéral qui
interdit la délivrance d’un deuxième brevet dont les
revendications ne visent pas un « élément brevetable
distinct » de celui visé par les revendications du brevet
In Commissioner of Patents v. Farbwerke Hoechst
Aktiengesellschaft Vormals Meister Lucius &
Bruning, it was held that even though the claims
were not identical nor coterminous, the dilution of
a new substance once its medical uses were established in the first patent did not result in a further
invention justifying a second patent. Even though
the claims were not identical or coterminous, the
subsequent patent was found to be invalid.
Dans l’arrêt Commissioner of Patents c. Farbwerker
& Bruning, notre Cour a statué que même s’il n’y
avait pas « identité » des revendications, la dilution
d’une nouvelle substance une fois ses usages médicaux déterminés dans le brevet initial ne donnait pas
lieu à une nouvelle invention justifiant un deuxième
brevet. Malgré l’absence d’« identité » des revendications, le brevet subséquent a été invalidé.
[113] A selection patent that claims a compound
that is patentably distinct from the genus patent
will not be invalid for obviousness double patenting. Here, out of the many compounds predicted
to be effective as exhibiting platelet aggregation
inhibiting activity in the ‘875 patent, it was found
that the dextro-rotatory isomer of the racemate relevant in this case had beneficial properties over
both the racemate and the levo-rotatory isomer.
As I have explained above, the claims in the ‘777
patent reflect a patentably distinct compound from
the compounds in the ‘875 patent. As a result, there
is no basis for a challenge based on “obviousness”
[113] Le brevet de sélection revendiquant un composé brevetable distinct de celui visé par les revendications du brevet de genre ne saurait être invalidé
pour cause de double brevet relatif à une évidence.
En l’espèce, parmi les nombreux composés dont
le brevet 875 a prédit l’effet antiplaquettaire, l’isomère dextrogyre du racémate s’est révélé plus
avantageux que le racémate et l’isomère lévogyre.
Comme je l’ai déjà expliqué, les revendications du
brevet 777 visent un composé brevetable distinct de
ceux visés par les revendications du brevet 875. En
conséquence, l’allégation du double brevet relatif à
une « évidence » n’est pas fondée.
[114] While double patenting requires a comparison of the claims of a genus and selection patent, it
is necessary that the specification of the selection
patent define in clear terms the nature of the characteristic which the patentee alleges to be possessed
by the selection for which he claims a monopoly.
See I. G. Farbenindustrie, at p. 323. Here the ‘777
specification satisfies this requirement by providing, at p. 1:
[114] Bien qu’une allégation de double protection
exige la comparaison des revendications du brevet
de genre et du brevet de sélection, le mémoire descriptif du brevet de sélection doit définir clairement
la nature de la caractéristique du composé sélectionné pour lequel le breveté revendique un monopole. Voir l’arrêt I. G. Farbenindustrie, p. 323. En
l’espèce, le mémoire descriptif du brevet 777 satisfait à cette exigence en ce qu’il précise à la p. 1 :
In an unexpected manner only the dextro-rotatory
enantiomer Id exhibits a platelet aggregation inhibiting
activity, the levo-rotatory enantiomer I1 being inactive.
Moreover, the inactive levo-rotatory enantiomer I1 is
the less well tolerated of the two enantiomers. [A.R.,
at p. 156]
[TRADUCTION] Contre toute attente, seul l’énantiomère dextrogyre Id présente une activité inhibitrice de
l’agrégation des plaquettes, l’énantiomère lévogyre I1
étant inactif à cet égard. De plus, l’énantiomère lévogyre I1 inactif est celui des deux énantiomères qui est le
moins bien toléré. [d.a., p. 156]
[115] For these reasons, I do not find Apotex’s
challenge to selection patents on the grounds of
[115] J’estime donc que l’allégation d’Apotex
selon laquelle les brevets de sélection sont invalides
apotex v. sanofi-synthelabo canada [2008] 3 S.C.R.
double patenting, and in particular that Sanofi has
engaged in double patenting in the case of the ‘777
and ‘875 patents, to be well founded.
pour cause de double protection et, plus particulièrement, que les brevets 777 et 875 de Sanofi sont
invalides pour le même motif, n’est pas fondée.
VIII. Dispositif
[116] It follows from the findings above that
claims 1 and 3 of the ‘777 patent are neither anticipated nor obvious. The composition claims 10
and 11 of the ‘777 patent are therefore also neither anticipated nor obvious. Finally, I find that
Apotex’s arguments in respect of double patenting
are not well founded. In the result, the allegations
that the ‘777 patent is invalid for anticipation, obviousness and double patenting are not justified.
[116] Il s’ensuit que les revendications 1 et 3 du
brevet 777 ne sont ni antériorisées ni évidentes,
de sorte que les revendications 10 et 11 relatives à
une composition ne le sont pas non plus. Enfin, je
conclus que la thèse d’Apotex relative à la double
protection n’est pas fondée. En conséquence, les
allégations d’invalidité du brevet 777 pour cause
d’antériorité, d’évidence et de double protection
n’ont aucun fondement.
[117] I would dismiss the appeal with costs.
[117] Je suis d’avis de rejeter le pourvoi avec
l’appelante :
Solicitors for the respondents Sanofi-Synthelabo
Canada Inc. and Sanofi-Synthelabo: Gowling
Lafleur Henderson, Ottawa.
Procureurs des intimées Sanofi-Synthelabo
Canada Inc. et Sanofi-Synthelabo : Gowling
Solicitors for the intervener the Canadian
Generic Pharmaceutical Association: Hazzard &
Hore, Toronto.
Procureurs de l’intervenante l’Association
canadienne du médicament générique : Hazzard
& Hore, Toronto.
Solicitors for the intervener BIOTECanada:
Torys, Toronto.
Procureurs de l’intervenante BIOTECanada :
Solicitors for the intervener Canada’s ResearchBased Pharmaceutical Companies: Ogilvy Renault,
Procureurs de l’intervenante Les compagnies
de recherche pharmaceutique du Canada : Ogilvy
Renault, Toronto.
Note technique - Chambre d`agriculture de l`Aude
academie d`aix-marseille
Grandes découvertes scientifiques - Adapt