Source: http://docplayer.fr/2290025-Securite-des-moyens-d-existence-changements-climatiques-migrations-et-programme-des-nations-unies-pour-l-environnement.html
Timestamp: 2018-04-21 17:25:25+00:00
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Sécurité des moyens d existence. Changements climatiques, migrations et. Programme des Nations Unies pour l environnement - PDF
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1 Sécurité des moyens d existence Changements climatiques, migrations et Programme des Nations Unies pour l environnement
2 Ce rapport a été réalisé grâce à un partenariat technique entre le Programme des Nations Unies pour l Environnement (PNUE), l Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA) et l Université des Nations Unies (UNU), en collaboration avec le Comité permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS). Le Centre de géoinformatique de l Université de Salzburg (Z_GIS) a eu un rôle technique clé dans la mise au point des cartes. Publié pour la première fois en novembre 2011 par le Programme des Nations Unies pour l Environnement Programme des Nations Unies pour l environnement ISBN : N de travail : DEP/1472/GE Programme des Nations Unies pour l Environnement 11-13, Chemin des Anémones CH-1219 Châtelaine, Genève Tél. : +41 (0) Fax : +41 (0) La présente publication peut être reproduite, en totalité ou en partie, sous n importe quelle forme, à des fins éducatives ou non lucratives, sans l autorisation préalable du détenteur des droits d auteur, à condition qu il soit fait mention de la source. Le Programme des Nations Unies pour l Environnement (PNUE) souhaiterait recevoir un exemplaire de toute publication produite à partir des informations contenues dans le présent document. L usage de la présente publication pour la vente ou toute autre initiative commerciale quelle qu elle soit est interdite sans l autorisation préalable écrite du PNUE.La terminologie géographique employée dans cette publication, de même que sa présentation, ne sont en aucune façon l expression d une opinion quelconque de la part de l éditeur ou des organisations participantes à propos de la situation légale d un pays, d un territoire, d une ville ou de son administration ou de la délimitation de ses frontières ou de ses limites. Conception : Nikki Meith Photographie de couverture : Tempête de poussière. Tekashuwart, Niger. UNU/Julie Snorek Le PNUE s e? orce de promouvoir des pratiques respectueuses de l environnement dans le monde entier comme dans ses propres activités. La présente publication est imprimée sur du papier recyclé à 100%, avec des encres d origine végétale. Notre politique en matière de distribution vise à réduire l empreinte carbonique du PNUE.
3 Sécurité des moyens d existence Changements climatiques, migrations et conflits au Sahel Document rédigé par le Programme des Nations Unies pour l Environnement (PNUE) en coopération avec l Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA), l Université des Nations Unies (UNU) et le Comité permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS) Cette publication a été rendue possible grâce à la contribution généreuse du Gouvernement finlandais
4 Table des matières Avant-propos...4 Préface...5 Résumé Introduction Objectifs et méthodologie Cadre conceptuel Structure du rapport Contexte régional Conditions socio-économiques Conditions environnementales et climatiques Moyens d existence : agriculteurs, éleveurs et pêcheurs Gestion des ressources naturelles Les migrations dans la région Conflits dans la région Vulnérabilité des moyens d existence Cartographier les tendances climatiques historiques au Sahel Cartographier les tendances climatiques historiques dans la région Variations dans la température Variations des précipitations Fréquence des sécheresses Fréquence des inondations Régions vulnérables à l élévation du niveau de la mer Cartes de synthèse Comprendre les tendances en matière de migrations et de conflits liées au climat dans le Sahel Migrations en direction du sud vers les villes et la côte Migrations environnementales liées à des catastrophes soudaines Conflits liés au climat et aux ressources naturelles rares Autres réponses à l évolution des conditions climatiques au Sahel Améliorer la planification de l adaptation au Sahel Réduire les risques de conflits et de migrations grâce à des mesures d adaptations judicieuses Utiliser des informations sur les conflits et les migrations pour hiérarchiser les mesures d adaptation Tirer parti de la gestion des conflits et des migrations pour renforcer l adaptation Conclusions et recommandations Conclusions Recommandations...73 Annexes...77 Annexe 1. Acronymes...78 Annexe 2. Glossaire...80 Annexe 3. Méthodologie suivie pour réaliser les cartes...82 Annexe 4. Données sur les migrations utilisées ( ) Annexe 5. Synthèse des ensembles de données utilisés...86 Annexe 6. Superficies terrestres et populations affectées par les variations des quatre indicateurs climatiques utilisés...90 Annexe 7. Populations vulnérables à l élévation du niveau de la mer...93 Annexe 8. S adapter aux changements : enseignements à tirer des meilleures pratiques locales...95
5 Annexe 9. Références...97 Annexe 10. Remerciements Figures Figure 1. Le cadre conceptuel...14 Figure 2. Cartographier les points chauds au Sahel...30 Figure 3. Températures saisonnières moyennes dans les pays du CILSS ( )...31 Figure 4. Précipitations saisonnières moyennes dans la région ( )...35 Figure 5. Fréquence et surface couverte par les inondations dans les pays ayant subi 9 à 10 inondations par an...46 Figure 6. Fréquence et surface couverte par les inondations dans les pays ayant subi 11 à 12 inondations par an...46 Figure 7. Modifications de la superficie du lac Tchad ( )...62 Cartes Carte 1. Zone géographique couverte par l étude...13 Carte 2. Densité de la population et dynamiques démographiques...16 Carte 3. Itinéraires transfrontaliers de transhumance ( )...19 Carte 4. Flux migratoires majeurs dans la région ( )...24 Carte 5. Survenue de conflits...26 Carte 6. Température...32 Carte 7. Pluviométrie...36 Carte 8. Sécheresses...40 Carte 9. Inondations...42 Carte 10. Elévation du niveau de la mer...44 Carte 11. Régions affectées par les changements les plus extrêmes des indicateurs climatiques pris séparément...48 Carte. 12. Région les plus affectées par les changements climatiques cumulés...50 Etudes de cas Etude de cas 1. Qu est-ce qu un éleveur irait faire en ville?...55 Etude de cas 2. La crise alimentaire force les éleveurs à migrer vers le sud...56 Etude de cas 3. Le lac Faguibine...57 Etude de cas 4. Inondations et migrations au Ghana...59 Etude de cas 5. Conflits entre les agriculteurs et les éleveurs au Niger et au Nigeria...60 Etude de cas 6. Conflits environnementaux au lac Tchad...61 Etude de cas 7. Bonnes pratiques en matière d adaptation - l Association Zoramb Naagtaaba...63 Etude de cas 8. Le Programme d Action National d Adaptation (PANA) du Burkina Faso...68 Encadrés Encadré 1. Moyens d existence basés sur les produits forestiers...21 Encadré 2. Le rôle des facteurs non climatiques dans les migrations et les conflits...28 Encadré 3. Projections climatiques et recommandations de l OCDE pour le Sahel...29 Encadré 4. Limites des données...31 Encadré 5. Aperçu des Programmes d Action Nationaux d Adaptation adoptés dans la région...65 Encadré 6. Inégalités de genre liées aux impacts des changements climatiques, aux migrations et aux conflits...67 Encadré 7. L Initiative de la Grande Muraille Verte pour le Sahara et le Sahel...69 Encadré 8. Assurer la cohérence des stratégies d adaptation aux changements climatiques avec celles de réduction des risques de catastrophe
6 Avant-propos du PNUE, de l OIM, de l OCHA et de l UNU Au moment de la mise sous presse de ce rapport, la Corne de l Afrique est confrontée à la sécheresse la plus sévère qu elle ait connu en 60 ans ainsi qu à une crise humanitaire de grande ampleur. Due à la fois à une situation d insécurité et de famine dans le Sud de la Somalie, cette crise a causé des déplacements massifs tant à l intérieur du pays qu au-delà de ses frontières, vers le Kenya, le Yémen, l Ethiopie et Djibouti. A ce jour, plus de 12 millions de personnes ont déjà été touchées 1. Cette situation tragique d insécurité alimentaire ne semble en outre pas devoir s améliorer au cours des prochains mois, les prévisions météorologiques de la fin de l année 2011 indiquant des précipitations inférieures à la moyenne 2. Commentant cette catastrophe, le Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-Moon, a averti que «la sécheresse actuelle est probablement la pire depuis des décennies mais, les effets du changement climatique se faisant de plus en plus sentir partout dans le monde, elle ne sera certainement pas la dernière.» 3 Le Groupe d experts intergouvernemental sur l évolution du climat (GIEC) a en effet indiqué que les pays du Sahel sont susceptibles d être particulièrement menacés par l évolution des conditions climatiques, celle-ci ayant tendance à accentuer les problèmes liés à la croissance démographique, à la dégradation de l environnement, à l omniprésence de la pauvreté et à l instabilité chronique 4. L importance de la crise ayant lieu dans la corne de l Afrique met en évidence l urgence qu il y a à mieux comprendre l évolution du climat dans la région toute entière et à identifier les zones dans lesquelles les populations sont les plus vulnérables aux facteurs climatiques. De tels efforts sont essentiels à l élaboration de réponses plus efficaces, y compris de mesures d adaptation tenant compte des répercussions possibles de l évolution des conditions climatiques sur les questions ayant déjà des impacts sur la région, telles que l insécurité alimentaire, les déplacements de populations et les conflits. des conseils précieux et d actualité aux responsables politiques et aux praticiens s efforçant de fonder leurs politiques d adaptation et leurs investissements sur une compréhension rigoureuse de la nature, de l importance des changements historiques du climat dans le Sahel et de leurs impacts sur les moyens d existence. Ce rapport examine, de façon plus approfondie, la manière dont ces changements climatiques aggravent les vulnérabilités actuelles et sont susceptibles de devenir de nouveaux facteurs à l origine de conflits ou de migrations forcées. Cette étude a été réalisée par le Programme des Nations Unies pour l Environnement (PNUE), en étroite collaboration avec l Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA) et l Université des Nations Unies (UNU). La collaboration entretenue avec divers partenaires régionaux a été tout aussi primordiale au succès de ce projet. A cet égard, les suggestions, l avis et le soutien du Comité permanent Inter-États de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS) ont été essentiels ; ils ont notamment déterminé l aire géographique de l étude. Bien qu il demeure un besoin urgent de nouvelles recherches sur le terrain investiguant les impacts potentiels du changement climatique sur les dynamiques de migration et de conflit dans le Sahel, ce rapport constitue une première étape importante à la mise en évidence de tels risques ainsi qu à la mobilisation des moyens d actions pouvant aborder ce problème. Nous invitons l ensemble de nos collègues nationaux et régionaux ainsi que la communauté internationale à se mobiliser à nos côtés afin de relever ces défis majeurs. Comme l a déjà relevé Jan Egeland, ancien Conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la prévention et le règlement des conflits, lorsqu il s est rendu dans la région, en mai 2008 : «les effets parlent déjà d euxmêmes,» 5 il est donc grand temps de passer à l action. Se basant sur un processus cartographique unique analysant l évolution de la température, des précipitations, de la sécheresse et des inondations dans la région au cours des 40 dernières années, ce rapport donne 4
7 Préface du Comité Permanent Inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS) Les aléas climatiques constituent une réelle préoccupation pour tous les Sahéliens en raison de leurs effets socioéconomiques et environnementaux pervers. Dans le Sahel, 80% de la population vit des ressources naturelles. Aussi, ces ressources jouent un rôle majeur dans la préservation de la paix et de la sécurité sociale. En effet, la plupart des économies ouest-africaines dépendent fortement de l agriculture et des ressources naturelles pour une part significative du PIB, des besoins alimentaires nationaux, de l emploi et des revenus d exportation. De ce fait, la compétition pour l accès et le contrôle de ces ressources demeure un véritable enjeu, à l origine de conflits récurrents qui menacent la paix sociale et freinent le développement. Par ailleurs, en plus de la multiplication des conflits locaux, l espace sahélien est de plus en plus touché par des crises politiques et sociales qui dégénèrent en conflits armés, révélateurs de la rupture des équilibres écologique, social et économique. Le Sahel et l Afrique de l Ouest sont, selon le GIEC, parmi les régions les plus vulnérables aux fluctuations climatiques futures. Le Sahel doit compter aussi avec une forte croissance démographique (3% en moyenne par an), qui contribue à une dégradation forte et continue des ressources naturelles, aggravant ainsi la pauvreté et l insécurité alimentaire. Les prospectives démographiques s accordent sur une population de 100 millions de personnes à l échéance 2025, avec la moitié de cette population dans les villes. Les migrations, en tant que stratégies d adaptation aux changements climatiques, ne sont pas un phénomène nouveau au Sahel. On garde en mémoire les importants mouvements de populations des régions nord du Sahel vers le sud et les pays côtiers, consécutifs aux crises écologiques des années 1970, 80 et 90. Selon les sources, le monde connaîtra à l horizon 2050 entre 25 millions et un milliard de migrants climatiques. Le Sahel ne sera pas en reste de ces mouvements de populations imposés par les changements climatiques. La création du Comité Permanent Inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS) en 1973 figure parmi les réponses sous-régionales à ce phénomène qui, de nature, ne connait pas de frontières. Les missions du CILSS sont entre autres de produire et diffuser l information et assurer la formation dans ses domaines de compétence, à savoir sécurité alimentaire et nutritionnelle, lutte contre la désertification, et population/développement. La relation populationenvironnement-sécurité alimentaire constitue un axe majeur de cette mission. Ainsi, l Institut du Sahel (INSAH), l une des institutions spécialisées du CILSS, a publié en 2000 un atlas sur la migration et l environnement, qui montre le lien entre la migration et certains indicateurs environnementaux tels que la dégradation des terres et la longueur de la saison des pluies. Sous l impulsion de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, la sous région Sahel et l Afrique de l Ouest s organisent davantage avec l appui des institutions sous régionales, pour mieux gérer les conséquences des changements climatiques. C est dans ce cadre qu un Programme d Action Sous-Régional de Réduction de la Vulnérabilité aux Changements Climatiques en Afrique de l Ouest a été préparé par la CEDEAO en étroite collaboration avec le CILSS, l ACMAD, l UEMOA et la CEA/AO. La présente production conjointe est aussi un modèle de coopération entre les organisations internationales et celles du sud. A travers cette coopération, la communauté internationale et le CILSS posent un jalon pour conduire ensemble des actions de grande envergure au profit des populations, notamment la production de connaissances scientifiques pour mieux appréhender les effets des changements climatiques sur les migrations et les conflits dans cette région sahélienne très fragile. La relation entre changements climatiques, migrations et conflits reste complexe. Il n est en effet pas aisé d établir des liens directs entre les effets des changements climatiques, la dégradation des ressources naturelles et les facteurs politiques, économiques et sociaux qui influent sur la décision de migrer. Cependant, avec les changements climatiques qui menacent l intégrité des écosystèmes déjà fragilisés par une population en forte croissance, il est évident que cette situation va exacerber la compétition autour des ressources naturelles et engendrer des mouvements de populations et des conflits. En vue d atténuer les compétitions, une charte régionale sur le foncier rural est en cours d élaboration au CILSS pour tenir compte de la mobilité des populations et le caractère transfrontalier de certaines ressources naturelles telles que les terres, les eaux et les forêts. 5
8 Par ailleurs, au regard des prévisions sur les climats futurs et ses possibles implications sur la sécurité humaine, il était nécessaire de faire cette tentative d analyse des impacts des changements climatiques sur la migration et les conflits afin d en tirer les leçons et prendre des contre-mesures efficaces. Tel est le mérite de cette publication qui se veut être un guide de sensibilisation, un outil d aide à la décision pour éclairer la prise de décision à tous les niveaux, mais aussi pour mieux orienter les stratégies d adaptation aux effets des changements climatiques dans le Sahel. Prof. Alhousseïni BRETAUDEAU Secrétaire Exécutif du CILSS 6
9 Résumé «La compétition de plus en plus rude entre les communautés et les pays pour les ressources rares, en particulier l eau, exacerbe les problèmes traditionnels en matière de sécurité et en crée de nouveaux. Les réfugiés environnementaux remodèlent quand à eux la géographie humaine de la planète une tendance qui ne fera toutefois qu augmenter, alors que la désertification progresse, les forêts disparaissent et le niveau des mers monte.» En formulant une déclaration aussi forte au cours du débat sur les changements climatiques et la sécurité au Conseil de sécurité des Nations Unies, en juillet 2011, le Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-Moon, soulignait le besoin urgent d évaluer les impacts des changements climatiques sur les conflits et les migrations environnementales. Surnommé «épicentre» des changements climatiques en raison de ses conditions climatiques extrêmes et de sa population particulièrement vulnérable, le Sahel est confronté depuis des décennies à une très forte croissance démographique, une pauvreté omniprésente, une situation d insécurité alimentaire et une instabilité politique chronique. En effet, la subsistance d une majorité de sa population dépendant directement des ressources naturelles, les impacts prévus des changements climatiques sur la disponibilité des ressources et la sécurité alimentaire dans la région pourraient s avérer dramatiques. La mission entreprise au Sahel, en juin 2008, par M. Jan Egeland, alors Conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la prévention et le règlement des conflits, a mis en évidence trois risques principaux : i) la menace posée par les impacts potentiels des changements climatiques sur les moyens d existence, en particulier ceux dépendant des ressources naturelles, tels que l agriculture, la pêche et l élevage ; ii) l augmentation des pressions migratoires dues aux catastrophes, aux conflits et à la perte de moyens d existence en résultant ainsi que iii) l augmentation des tensions et des conflits potentiels autour de ressources de plus en plus rares, conjuguée à une disponibilité en armes légères et en armes de petit calibre. Ces conclusions appelaient à de nouvelles recherches et analyses sur l évolution historique du climat au Sahel, afin de mieux comprendre la manière dont les moyens d existence ont été affectés, quels mécanismes d adaptation ont été développés et dans quelle mesure ces changements sont liés à des réponses comportementales telles que le conflit ou la migration. Ce rapport, réalisé par le Programme des Nations Unies pour l Environnement (PNUE), en collaboration avec l Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA) et l Université des Nations Unies (UNU), ainsi que le Comité permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS), répond à ce besoin. Visant à soutenir l action des décideurs et responsables politiques des Etats membres de la région, des praticiens du monde entier travaillant dans le domaine de l adaptation et de la consolidation de la paix ainsi que les négociations internationales actuelles sur les changements climatiques, cette étude a deux objectifs complémentaires : i) analyser l évolution historique du climat dans le Sahel et identifier les régions où les problèmes se posent avec une acuité particulière (nommées «points chauds») ; ii) fournir des recommandations afin d améliorer la sensibilité des plans d adaptations et d investissement aux problématiques de conflit et de migration. Ce rapport présente les résultats d un processus cartographique unique, analysant l évolution du climat sur une période de 24 à 36 ans dans 17 pays, de la côte Atlantique au Tchad. Les neuf pays représentés par le CILSS à savoir le Burkina Faso, le Cap-Vert, la Gambie, la Guinée-Bissau, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Tchad ont constitué les limites géographiques de l étude. Néanmoins, étant donné la nature transfrontalière des changements climatiques et les habitudes migratoires et économiques au sein de ces pays, huit membres limitrophes de la Commission Economique des Etats de l Afrique de l Ouest (CEDEAO) le Bénin, la Côte d Ivoire, le Ghana, la Guinée, le Liberia, le Nigeria, la Sierra Leone et le Togo ont également été inclus dans l analyse. Les cartes, réalisées grâce à une coopération technique avec le Centre de Géoinformatique de l Université de Salzbourg (Autriche), portent sur quatre indicateurs climatiques fondés sur les meilleures données à disposition : les précipitations ( ), la température ( ) ainsi que la fréquence des sécheresses ( ) et des inondations ( ). Les impacts potentiels du niveau d élévation de la mer prévu ont également été cartographiés. Ces données ont ensuite été combinées, afin d identifier d éventuels «points chauds». Ceux-ci incluent tant les régions où les changements les plus extrêmes pour chaque indicateur climatique pris séparément ont eu lieu que celles ayant connu le plus de changements cumulés de ces quatre indicateurs. Chaque carte est par ailleurs composée de deux couches de données supplémentaires, illustrant les tendances démographiques locales et l occurrence de conflits au cours des mêmes périodes. Se fondant sur la méthodologie présentée ci-dessus, la présente étude examine les relations entre les changements climatiques, les migrations et les conflits, tout en attirant l attention sur les domaines présentant un intérêt particulier ou nécessitant des recherches complémen- 7
10 taires. Cette étude n affirme toutefois en aucun cas que les changements climatiques sont, à eux seuls, à l origine des migrations ou des conflits, pas plus qu elle ne tente d établir un lien de causalité direct entre ces trois problèmes de fond. Les changements climatiques, les migrations et les conflits sont au contraire interconnectés via des facteurs d influence complexes englobant des questions économiques, sociales et politiques. A l aide des conclusions du processus de cartographie, d informations rassemblées à travers la littérature, d études de cas, d observations sur le terrain ainsi que d un aperçu des plans d adaptations existant dans les pays concernés, ce rapport parvient à cinq conclusions principales. Sept recommandations fondamentales sont ensuite soumises, sur base de ces conclusions, aux décideurs et aux responsables politiques nationaux, régionaux et internationaux ainsi qu aux praticiens travaillant dans le domaine de l adaptation dans la région. Le système des Nations Unies peut lui aussi traiter un grand nombre de questions soulignées dans ces recommandations par l intermédiaire de ses agences et programmes spécialisés. Les conclusions et les recommandations du rapport sont résumées ci-dessous. Conclusions Évolutions importantes des tendances climatiques régionales affectant les moyens d existence et la sécurité alimentaire 1) Les tendances climatiques régionales observées au cours des 40 dernières années dans le Sahel montrent une hausse globale de la température, des sécheresses fréquentes et graves, des inondations plus fréquentes et plus intenses ainsi que des précipitations généralement en augmentation : la région connaît une augmentation générale de la température moyenne depuis 1970, ainsi, la moitié de la population des pays du CILSS a subi une augmentation allant de 0,5 à 1 C tandis que 15 pour cent ont subi une hausse de plus de 1 C. Les précipitations aussi ont augmenté dans certaines zones de la région depuis le début des années 1970, bien que la moyenne des précipitations saisonnières soit toujours en dessous des moyennes à long terme calculée de 1900 à Les inondations sont, elles, plus fréquentes et plus graves et frappent un grand nombre de personnes dans la région : 54 pour cent de la population des pays du CILSS ont fait face à cinq inondations ou plus depuis Le Sahel a également dû faire face à de graves sécheresses récurrentes depuis les années 1970, qui ont eu un impact très important sur les moyens d existence. On estime enfin qu une élévation du niveau de la mer d un mètre toucherait directement plus de trois millions de personnes dans la région. 2) Les changements climatiques régionaux ont un impact sur les problématiques liées à la disponibilité de certaines ressources naturelles essentielles à la vie dans la région ainsi que sur l insécurité alimentaire. Parallèlement aux importants facteurs sociaux, économiques et politiques, cela peut conduire à des migrations, des conflits ou à une combinaison des deux : les changements climatiques influent plus particulièrement sur les moyens d existence qui dépendent directement des ressources naturelles par le biais, par exemple, de la baisse des rendements agricoles, de la détérioration progressive des pâturages traditionnels ou de l assèchement d importantes étendues d eau. La vulnérabilité des moyens d existence, néanmoins, est également liée à de nombreux facteurs non climatiques, tels que la distribution inégale des terres, la précarité des régimes fonciers, le sous-développement des marchés, l existence d obstacles au commerce et de mauvaises infrastructures. Le rôle de la gouvernance est de prendre en compte ces facteurs pour planifier et réguler le développement, garantir l accès à la terre, fournir l infrastructure logistique servant de support à la réduction des risques de catastrophes soudaines et favoriser la diversification des moyens d existence. 3) Les migrations et les déplacements de population et de bétail font partie intégrante des stratégies d existence ancestrales dans la région. Néanmoins, les migrations sont également la conséquence de moyens d existence, traditionnels ou non, devenus non viables suite à des modifications de l environnement : les migrations saisonnières et circulaires peuvent être considérées comme des stratégies d adaptation traditionnelles à la variabilité du climat dans la région. Elles permettent d accroître les possibilités commerciales et l échange d idées. Ces mouvements migratoires ancestraux sont toutefois de plus en plus remplacés par un déplacement plus définitif vers le sud. L augmentation de la fréquence et de la gravité des catastrophes liées au climat telles que les inondations et les sécheresses peut en outre donner lieu à des migrations plus permanentes dans le temps. L urbanisation, en partie causée par les mouvements migratoires de la campagne vers les villes, est également une des caractéristiques de la région. 4) Les impacts de la variation des conditions climatiques sur la disponibilité des ressources naturelles, conjugués à des facteurs tels que la croissance démographique et les problèmes de mauvaise gouvernance et de régimes fonciers, ont donné lieu à une compétition croissante autour des ressources naturelles rares plus particulièrement les terres fertiles et l eau et se sont soldés par des tensions et des conflits entre communautés et entre catégories socioprofessionnelles : Les communautés pastorales du nord, par exemple, se sont déplacés plus au sud dans les régions utilisées par les agriculteurs séden- 8
11 Les moyens d existence dépendant des ressources naturelles, comme cet éleveur dans les plaines du Mali, sont particulièrement vulnérables aux changements climatiques UN Photo/Kay Muldoon taires, tandis que la demande alimentaire croissante a conduit les agriculteurs à mettre en culture des terres autrefois principalement utilisées par les communautés pastorales. La diversification des moyens d existence, une réponse clé aux changements environnementaux qui ont affectés la viabilité des moyens d existence traditionnels, a également fait entrer en concurrence directe différents groupes pour les ressources arables et aquatiques, provoquant des tensions et des conflits locaux. Enfin, les variations climatiques affectent la sécurité alimentaire en ayant des répercussions sur la production vivrière locale et la disponibilité en aliments de base. Combinée avec l augmentation des prix des produits de base, cette insécurité alimentaire accroît ensuite le risque d agitations sociales et de conflits. 5) Plusieurs politiques d adaptation dans la région reconnaissent les liens entre l évolution des conditions climatiques et des réponses comportementales telles que les migrations et les conflits. Toutefois, très peu d entre elles ont jusqu à présent incorporé des dispositions agissant sur ces risques. Prendre systématiquement en compte ces aspects lors de la planification des mesures d adaptation permettrait de réduire les risques de conflits et de migrations, d aider à hiérarchiser les investissements d adaptation et de renforcer la capacité d adaptation aux changements climatiques : négliger les facteurs pouvant déclencher des conflits et des migrations peut mener à l élaboration de politiques d adaptation accentuant les risques posés par la condition climatique qu elles visent à limiter et menacer les avantages résultant du développement. Inversement, les 9
12 politiques d adaptation qui réduisent la vulnérabilité des moyens d existence, promeuvent des solutions alternatives, améliorent la qualité et la quantité des ressources naturelles et diminuent la compétition pour les ressources peuvent diminuer les pressions migratoires et les menaces de conflits. Intégrer le caractère sensible afférent aux conflits et aux migrations peut également aider à établir une hiérarchie des régions les plus vulnérables, vers lesquelles diriger des programmes d adaptation et d investissement. Enfin, s appuyer sur les capacités existantes en matière de gestion des conflits et des migrations, telles que les structures régionales travaillant sur la prévention des conflits, la gestion des migrations ou la réduction des risques de catastrophes, permettrait de renforcer la capacité d adaptation et d améliorer l utilisation rationnelle des ressources, deux résultats ayant leur importance compte tenu des faibles moyens auxquels sont sujets de nombreux pays de la région. Recommandations Des investissements massifs en matière d adaptation aux changements climatiques devraient être réalisés afin de réduire les risques de conflits et de migrations forcées 1) Réaliser des évaluations complémentaires sur le terrain dans les points chauds identifiés dans cette étude, grâce à une approche fondée sur les moyens d existence : les moyens d existence offrent une étape intermédiaire évidente entre changements climatiques et risque de conflits ainsi qu entre changements climatiques et migrations. Une approche fondée sur les moyens d existence est, par conséquent, parfaitement adaptée aux évaluations complémentaires sur le terrain destinées à déterminer comment la disponibilité des ressources est affectée ; comment les moyens d existence et la sécurité alimentaire sont touchés ; quelles stratégies ou mesures d adaptation sont adoptées ; si la compétition entre les catégories socioprofessionnelles pour accéder aux ressources rares augmente et s il s agit de l un des facteurs à l origine des conflits locaux ou des décisions de migrer ; et quels appuis techniques et aides financières concrets sont nécessaires pour augmenter la résilience des moyens d existence visà-vis de l évolution des conditions climatiques dans la région et pour réduire par ce biais les risque de conflits et les migrations forcées. 2) Adopter des politiques d adaptation aux changements climatiques tenant compte des migrations et des conflits : les politiques et les programmes d adaptation qui visent à réduire la vulnérabilité des moyens d existence, à promouvoir des alternatives, à augmenter la disponibilité des ressources naturelles et à améliorer leur accès peuvent limiter les facteurs de migration et de conflits et aider à sécuriser les avantages acquis grâce au développement. Une analyse globale des conflits, faisant activement participer les communautés locales, devrait être réalisée avant de concevoir et de mettre en œuvre les stratégies d adaptation aux changements climatiques afin de comprendre parfaitement et d intégrer les dynamiques de conflit locales et régionales. En outre, le rôle positif que peuvent jouer les migrations devrait également être examiné, particulièrement dans le cas les communautés connaissant des stades moins avancés de dégradation environnementale. Enfin, les retombées positives des politiques d adaptation aux changements climatiques devraient être soigneusement étudiées afin que leur distribution parmi les différents groupes sociaux ne renforce pas d éventuelles inégalités, telles que le genre ou l origine ethnique, par exemple. 3) Enraciner les stratégies d adaptation nationales dans l «économie verte» et appuyer la création d «emplois verts» : une économie verte vise à améliorer le bien-être humain et l équité sociale, tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et de pénurie des ressources naturelles. Les possibilités d emploi et l augmentation de la sécurité alimentaire issues d une meilleure productivité agricole atteinte grâce à des pratiques durables pourraient, par exemple, accroître la résilience vis-à-vis des facteurs de stress climatiques et réduire les tensions locales et les déplacements forcés. Les politiques d adaptation devraient par conséquent prendre en considération les pratiques d «agriculture verte», comme par exemple le renforcement de la résistance de l agriculture aux changements climatiques en réalisant une synthèse des pratiques agricoles traditionnelles avec les techniques d utilisation rationnelle des ressources. Il est par ailleurs important de donner la priorité aux investissements qui favorisent l environnement local et améliorent les services écosystémiques, étant donné que ce sont ces services sur lesquels les personnes les plus pauvres se basent pour survivre. Les nouvelles possibilités d emplois devraient également viser à augmenter l utilisation de main-d œuvre locale, afin de diversifier les sources de revenus et de réduire la vulnérabilité locale aux variations de disponibilité des ressources naturelles. 4) Promouvoir la coopération environnementale régionale lors de l élaboration de réponses aux changements climatiques, aux migrations et aux conflits : les enjeux des changements climatiques et des migrations sont par nature régionaux et, en tant que tels, ne doivent pas seulement être gérés au niveau national comme c est majoritairement le cas aujourd hui. Pareillement, de nombreux cas de conflits dans la région sont transfrontaliers, la compétition pour les ressources naturelles rares poussant différents groupes au-delà des frontières nationales à la recherche de meilleures conditions de vie. Pour cette raison, ces 10
13 enjeux devraient être traités de manière croissante à travers une coopération régionale, notamment par le biais d institutions régionales comme le CILSS, la CEDEAO et l Union africaine. Les organisations des Nations Unies devraient également renforcer leur coopération avec ces structures régionales. Il est en outre important d harmoniser dans toute la région les législations et les politiques nationales portant sur les ressources naturelles et les problématiques environnementales, afin d éviter les incohérences ou les divergences entre les pays limitrophes qui pourraient conduire à des pressions accrues sur les ressources naturelles dans les zones disposant d une législation moins protectrice. 5) Renforcer l action préventive, les droits d accès et d utilisation des ressources et la résolution des conflits : agir rapidement sur les facteurs environnementaux des crises peut contribuer tant à prévenir qu à désamorcer les menaces imminentes et l instabilité au sens large. La résolution des conflits devrait être envisagée par le renforcement des capacités de médiation locale, nationale et internationale entre les parties en conflit lorsque les tensions sont liées aux ressources naturelles. Les pratiques traditionnelles de médiation des conflits devraient également être adaptées aux nouvelles réalités du terrain en raison des changements se produisant au niveau du climat et de l environnement local. Par ailleurs, clarifier les droits d accès et d utilisation des ressources naturelles ainsi que le régime foncier est une condition préalable à une gouvernance nationale et locale efficace. Ce faisant, les autorités nationales ou régionales doivent considérer les conflits potentiels entre les structures de gouvernance nationales et locales/ traditionnelles ainsi que, dans la mesure du possible, s appuyer sur les mécanismes de règlement des conflits en place et acceptés. Les travaux de suivi de la présente étude devraient porter plus particulièrement sur l identification des communautés et des moyens d existence les plus vulnérables ainsi que sur les communautés et les moyens d existence sujets à des conflits. Les points chauds identifiés dans le processus cartographique présenté dans ce rapport peuvent être utilisés comme première étape afin de guider et de hiérarchiser les mesures d adaptation dans la région. 6) Donner la priorité au recueil systématique de données et aux systèmes d alerte précoce : le recueil systématique de données sur le climat devrait être instauré et perfectionné dans toute la région, notamment par le biais de stations météorologiques installées dans les différents microclimats. Des indicateurs devraient être identifiés de manière plus précise et des mécanismes devraient être mis en place pour réunir systématiquement des informations sur les conflits localisés et de faible ampleur dans la région, afin d en recenser les diverses causes et les éléments déclencheurs. Des enquêtes devraient également être réalisées directement auprès des migrants afin de mieux comprendre les raisons qui poussent à la migration. La collecte des différents ensembles de données devrait être effectuée, de préférence, par une organisation régionale compétente, prenant par exemple appui sur les structures en place au sein de la CILSS ou de la CEDEAO. Cette organisation régionale doit également être soutenue par les organismes nationaux et la communauté internationale. Enfin, les systèmes d alerte précoce peuvent contribuer à diminuer l insécurité des moyens d existence en fournissant les informations nécessaires à la réduction des risques de catastrophes et d insécurité alimentaire, atténuant ainsi les conflits et les catastrophes leur étant liées. Les questions relatives à l environnement et aux ressources naturelles devraient, dès lors, être intégrées aux systèmes internationaux et régionaux d alerte précoce des conflits afin de faciliter les mesures préventives et d encourager la coopération environnementale. 7) Utiliser les risques de conflit et/ou de migration pour établir l ordre de priorité des investissements et susciter un engagement à long terme de bailleurs de fonds au Sahel : s attaquer aux impacts des changements climatiques sur les moyens d existence au Sahel exige un engagement financier à long terme et une meilleure coordination des investissements. Identifier les risques de conflits et de migrations dus aux impacts des changements climatiques sur les moyens d existence et la sécurité alimentaire peut être utile pour établir l ordre de priorité des programmes et des investissements dans la région. Les sources de financement pour l adaptation aux changements climatiques déjà en place telles que le Fonds vert pour le climat de la Convention-cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), le Fonds pour l Adaptation et le Mécanisme de Développement Propre devraient être utilisés pour essayer de résoudre les problèmes de fond soulignés dans ce rapport. Le coût total des étapes immédiates de suivi recommandées dans ce rapport sont estimées à environ 12 millions de dollars US. Cette somme comprend l amélioration de la capacité des autorités nationales et régionales à prendre en considération des critères relatifs aux conflits et aux migrations dans leurs plans d adaptations ; l établissement et le maintien en état d alerte des capacités de médiation ; l établissement d un réseau de stations météorologiques ; la réalisation de dix évaluations de suivi complémentaires visant à quantifier les conflits et les pressions migratoires liées aux variations de la distribution des ressources naturelles dans les points chauds identifiés par cette étude ; ainsi que les ressources nécessaires pour commencer la collecte de données sur les migrations et les conflits jusqu au niveau local. 11
14 1. Introduction S appuyant sur son rapport sur les «changements climatiques et leurs répercussions éventuelles sur la sécurité» paru en 2009, le Secrétaire Général des Nations Unies, M. Ban Ki-Moon, a déclaré lors du Conseil de sécurité de juillet 2011 que «les changements climatiques ne font pas qu aggraver les menaces pesant sur la paix et la sécurité internationales ; ils constituent une menace pour la paix et la sécurité internationales» 6. Sa déclaration fait écho à celles de nombreux acteurs de la communauté internationale, qui observent avec une inquiétude grandissante les impacts négatifs potentiels de phénomènes tels que l élévation du niveau de la mer, les événements climatiques extrêmes et la rareté croissante des ressources sur la sécurité nationale. Ce débat du Conseil de sécurité, au cours duquel 65 orateurs ont pris la parole, a marqué une évolution importante de l intérêt porté au sujet. Du statut de question marginale débattue au sein de la communauté environnementale, ce thème est désormais passé au cœur de l agenda sécuritaire international. En 2008, alors que le système des Nations Unies avait entrepris de mieux étudier la menace potentielle des changements climatiques sur la stabilité internationale, le Secrétaire Général avait envoyé son Conseiller spécial pour la prévention et la résolution des conflits d alors, M. Jan Egeland, au Sahel, une région surnommée «l épicentre» des changements climatiques 7 en raison de ses conditions climatiques extrêmes et de la très grande vulnérabilité de sa population. S étirant sur km à travers le continent africain, le Sahel, largement dépendant de l aide extérieure, est en effet confronté à de nombreuses guerres et conflits civils, à une pression démographique croissante et à une pauvreté omniprésente. Menée en collaboration avec des experts du Programme des Nations Unies pour l Environnement (PNUE) et d autres agences en juin 2008, la mission de M. Egeland a mis en évidence trois domaines-clé : i) les risques posés par les impacts potentiels des changements climatiques sur les moyens d existence au Sahel, en particulier sur ceux qui dépendent des ressources naturelles, tels que l agriculture, la pêche et l élevage, ii) l augmentation des pressions migratoires dues aux catastrophes, aux conflits et à la perte des moyens d existence qui en résulte ainsi que iii) l augmentation de tensions et des conflits potentiels autour de ressources de plus en plus rares, conjuguée à une disponibilité en armes légères et en armes de petit calibre. 8 Tout en soulignant la nécessité d accroître les investissements en matière d adaptation aux changements climatiques, les données recueillies et les résultats obtenus appelaient à de nouvelles recherches et analyses sur les évolutions historiques du climat dans la région, afin de mieux comprendre comment les moyens d existence ont été affectés, quels mécanismes d adaptation ont été développés et les impacts potentiels sur les conflits et les migrations. Ce rapport répond à ce besoin. Ayant pour objectif d éclairer les Etats membres de la région ainsi que les praticiens du monde entier travaillant dans le domaine de l adaptation, cette étude contribue de manière opportune à l élaboration des politiques publiques, étant donné l augmentation des fonds alloués à l adaptation. En effet, des mécanismes tels que le Fonds Vert de la Convention-cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) récemment créé devraient, par exemple, permettre de mobiliser jusqu à 100 milliards de dollars US par an à l horizon 2020 pour aider les pays en développement à s adapter aux effets des changements climatiques. Pareillement, d autres projets de plusieurs millions de dollars US, tels que celui, très médiatisé, de la Grande muraille verte, visent à réduire la pauvreté en agissant sur la dégradation profonde de l environnement et les impacts des changements climatiques sur plus de km du continent africain. Etant donné le nombre croissant de situations humanitaires complexes dans les pays proches, ce rapport présente également un intérêt pour les praticiens travaillant dans le domaine de la prévention ou de la résolution des conflits ainsi que dans celui de la consolidation de la paix. Cette étude a été réalisée par le PNUE, en collaboration avec l Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA) et l Université des Nations Unies (UNU). Le Comité permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS), qui représente les neuf pays sahéliens que sont le Burkina Faso, le Cap-Vert, la Gambie, la Guinée-Bissau, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Tchad et le Sénégal, a fourni un appui technique déterminant 9. Cette collaboration avec le CILSS a permis de définir les limites géographiques principales de l étude. Néanmoins, étant donné les habitudes migratoires et économiques de ces pays ainsi que la nature transfrontalière des changements climatiques, huit pays limitrophes, membres de la Commission économique des Etats de l Afrique de l Ouest (CEDEAO), ont également été pris en considération : le Bénin, la Côte d Ivoire, le Ghana, la Guinée, le Liberia, le Nigeria, la Sierra Leone et le Togo. La présente étude ne considérant pas l ensemble des pays du Sahel, l expression «la région» renvoie donc aux 17 pays cités ci-dessus, comme illustré sur la carte 1. 12
15 Carte 1. Zone géographique couverte par l étude Cap-Vert Océan Atlantique Objectifs et méthodologie Ce rapport a deux objectifs complémentaires : 1) Analyser les variations climatiques historiques de la région, identifier les «points chauds» et déterminer les conséquences potentielles pour les moyens d existence tributaires des ressources naturelles. 2) Proposer des recommandations afin que les problématiques liées aux conflits et aux migrations soient mieux prises en compte dans la planification de l adaptation, dans les investissements et dans les politiques publiques de la région. Les conclusions et les recommandations de ce rapport reposent sur un processus de cartographie unique, analysant l évolution du climat dans les 17 pays compris dans les limites géographiques de l étude sur une période de 24 à 36 ans. Les cartes, établies grâce à une coopération technique avec le Centre de Géoinformatique de l Université de Salzbourg (Autriche), mettent, elles, l accent sur quatre indicateurs climatiques élaborés avec les meilleures données disponibles : les précipitations ( ), la température ( ) ainsi que la fréquence des sécheresses ( ) et des inondations ( ). Une cartographie illustrant les impacts potentiels de l élévation du niveau de la mer sur la région a également été établie. Les données ont été ensuite combinées afin d identifier les «points chauds» potentiels, comprenant tant les régions où se sont manifestés les changements les plus extrêmes au regard de chaque indicateur climatique pris séparément, que celles où des changements importants ont pu être observés du point de vue des quatre indicateurs cumulés. Chaque carte est par ailleurs composée de deux couches de données supplémentaires, illustrant les tendances démographiques et la survenue de conflits au cours des mêmes périodes. Des sources secondaires et des études de cas ont également été utilisées pour analyser les défis pesant sur les moyens d existence du fait des tendances climatiques observées dans le processus cartographique, ainsi que la manière dont ces changements peuvent être liés aux dynamiques de migrations et de conflits. Se fondant sur la méthodologie présentée ci-dessus, la présente étude examine les relations entre les changements climatiques, les migrations et les conflits, tout en mettant l accent sur les domaines présentant un intérêt particulier ou nécessitant des recherches complémen- 13
16 Figure 1. Le cadre conceptuel CHANGEMENTS CLIMATIQUES IMPACTS (température, précipitations, sécheresses, inondations, élévation du niveau de la mer) Multiplicateur de menaces FACTEURS NON CLIMATIQUES Économiques Sociaux Politiques Vulnérabilité Sécurité alimentaire Sécurité de l'approvisionnement en eau Santé humaine Disponibilité des ressources naturelles Pressions démographiques Dégradation des sols Réponses/Résultats potentiels Migration Compétition pour les ressources Déstabilisation politique Conflit taires. Cette étude n affirme toutefois en aucune façon que les changements climatiques est, à eux seuls, à l origine des migrations ou des conflits, pas plus qu elle ne tente d établir un lien de causalité direct entre ces trois problèmes de fond. Le changement climatique, les migrations et les conflits sont au contraire interconnectés via des facteurs d influence complexes englobant des questions économiques, sociales et politiques. 1.2 Cadre conceptuel Le cadre conceptuel sur lequel repose cette étude, illustré par la figure 1 (ci-dessus), s appuie sur celui du rapport de 2009 du Secrétaire Général des Nations Unies intitulé «Les changements climatiques et leurs répercussions éventuelles sur la sécurité», qui identifie cinq points d entrées par lesquels les changements climatiques peuvent affecter la sécurité : 10 La vulnérabilité : les changements climatiques menacent la sécurité alimentaire, la santé humaine et accroissent l exposition des hommes aux phénomènes extrêmes ; Le développement : si les changements climatiques ralentissent ou font reculer le développement, l augmentation de la vulnérabilité en résultant peut amoindrir la capacité des Etats à maintenir la stabilité ; L impact de l adaptation sur la sécurité : les migrations, la concurrence pour les ressources naturelles et les autres mécanismes d adaptation auxquels ont recours les ménages et les collectivités faisant face à des menaces liées au climat sont susceptibles d accroître les risques de conflit domestique et d avoir des répercussions internationales ; L apatridie : lorsque le territoire d un Etat disparaît, celui-ci perd son statut d Etat, ce qui peut avoir des implications pour les droits, la sécurité et la souveraineté ; Un conflit international : l incidence des changements climatiques sur les ressources internationales partagées ou sur celles qui ne font l objet d aucune délimitation peut avoir des implications sur le plan de la coopération internationale. Les trois premiers points d entrée fournissent l approche la plus pertinente pour comprendre les liens entre les changements climatiques et la sécurité dans le contexte du Sahel : les impacts des changements climatiques tels que la hausse de la température, la variabilité accrue des précipitations, la hausse du nombre de sécheresses et d inondations ainsi que l élévation du niveau de la mer sont susceptibles d aggraver les vulnérabilités existantes, résultant en : i) une plus grande insécurité alimentaire, hydrique et des problèmes de santé ainsi que ii) une variation dans la disponibilité des ressources naturelles. Ces deux types d impact sont susceptibles, pour leur part, de donner lieu à une compétition pour les ressources, des conflits locaux, des migrations et, à terme, de mener à une déstabilisation politique plus générale. Toutefois, les facteurs non climatiques tels que les facteurs politiques, 14
17 économiques et sociaux ainsi que l augmentation de la pression démographique et de la dégradation environnementale jouent également un rôle crucial. Par conséquent, des politiques d adaptation sensibles aux problèmes de migration et aux risques de conflit promouvant une gestion rationnelle des ressources naturelles et un développement durable sont susceptibles d atténuer les menaces posées par les changements climatiques. Tout en observant le rôle plus marqué des variables socioéconomiques que de l environnement dans le déclenchement des conflits au Sahel 11, l Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) a trouvé plusieurs indications statistiques sur le rôle que la variabilité climatique pourrait avoir 12. En effet, un rapport récent de cette organisation identifie deux principaux «mécanismes de transmission» entre les variables climatiques et la sécurité dans le Sahel : la sécurité alimentaire et les moyens d existence 13. Ce rapport constate que ces mécanismes de transmissions proviennent de deux caractéristiques principales, à savoir l impact direct de la variabilité climatique sur les moyens d existence et la sécurité alimentaire ainsi que leur sensibilité aux catastrophes soudaines 14. Il observe en outre que «la grande vulnérabilité des populations du Sahel vis-à-vis des changements climatiques est due à sa grande dépendance à l égard des activités agricoles et à l absence d autres activités rémunérées» Structure du rapport Suivant directement cette introduction, le chapitre 2 fournit un aperçu général de la région, il est composé d un profil socio-économique, d un bref historique des conflits, des dernières tendances démographiques et d une vue d ensemble des moyens d existence basés sur l utilisation des ressources naturelles et des migrations comme moyen d adaptation traditionnel. L analyse de l évolution climatique de la région est présentée dans le chapitre 3, à l aide de cinq cartes régionales. Quatre de ces cartes indiquent les variations au fil du temps de la température, des précipitations et de la fréquence des inondations et des sécheresses ; la cinquième illustre les régions susceptibles d être affectées par l élévation du niveau de la mer. Les impacts potentiels sur les moyens d existence sont analysés sous chacune des quatre premières cartes. Enfin, deux cartes de synthèse combinent les données récoltées afin d identifier les «points chauds» de la région. La première représente les zones où les changements les plus extrêmes dans les quatre indicateurs climatiques pris séparément se sont produits, alors que la deuxième indique les régions les plus affectées lorsque les quatre indicateurs climatiques sont pris en compte de façon cumulée. Les femmes vont chercher de l eau durant la longue saison sèche, allant parfois jusqu à parcourir 45 km aller et retour à travers la zone pastorale du Niger observées pourraient accentuer les vulnérabilités existantes et donner lieu à des migrations forcées et à des conflits dans la région. Dans un premier temps, le chapitre 5 examine de manière succincte les plans d adaptation mis en place dans la région. Il aborde également l utilité de prendre en compte les questions relatives aux conflits et aux migrations lors de l élaboration de nouvelles politiques d adaptation pour la réduction des risques, la question de la hiérarchisation des investissements et des actions d adaptation et le renforcement des capacités en termes d adaptation aux changements climatiques. Enfin, le sixième et dernier chapitre présente les conclusions de ce rapport et ses recommandations pour améliorer l intégration des questions relatives aux conflits et aux migrations dans les plans, les investissements et les politiques d adaptation de toute la région. UNU/Julie Snorek Le chapitre 4 combine les résultats du processus de cartographie avec une analyse de sources secondaires afin de comprendre comment les tendances climatiques 15
18 2. Le contexte régional Cette section vise à fournir des informations générales pertinentes sur la région couverte par le rapport. Elle introduit donc aux conditions socio-économiques, environnementales et climatiques régionales et détaille les différents moyens d existence dépendant des ressources naturelles que l on retrouve au Sahel. Le lecteur y retrouvera également une synthèse historique des habitudes migratoires et des conflits dans la région. L objectif de ce chapitre est de cerner les conditions actuelles et les vulnérabilités existantes susceptibles d être aggravées par les changements climatiques affectant la région. 2.1 Conditions socio-économiques Population Les 17 pays étudiés dans ce rapport dénombrent une population totale de plus de 309 millions d habitants, dont la plus grande partie est rurale plus de 70 pour cent dans les neuf pays du CILSS et environ 60 pour cent dans la région élargie16, 17. Bien que la densité de population varie dans l ensemble de la région, elle a, au cours de ces dernières décennies, augmenté plus vite que dans le reste du monde, passant de 25 personnes par kilomètre carré (km²) en 1970 à 41 personnes par km² en alors que la moyenne mondiale augmentait de 27,1 personnes par km² en 1970 à 33,7 en Ces dernières années ( ), la croissance démographique la plus rapide a eu lieu au Niger et au Liberia, dont le taux de croissance annuel moyen s élève à 3,7 pour cent, suivi de près par le Burkina Faso, la Sierra Leone, le Bénin et le Tchad, dont la population a augmenté annuellement de plus de 3 pour cent20. Au cours de la même période, le taux de croissance démographique moyen dans la région était de 2,8 pour cent par an tandis que la moyenne mondiale s élevait à 1,2 pour cent21. Par ailleurs, près de 42 pour cent de la population ayant moins de 14 ans22, «l explosion démographique des jeunes» que connaissent les pays de la région est un sujet de préoccupation supplémentaire. Elle laisse Carte 2. Densité de la population et dynamiques démographiques Cap-Vert 16 Océan Atlantique Sécurité des moyens d existence : changements climatiques, migrations et conﬂits au Sahel
19 Un jeune garçon travaille le sol au Mali, où l agriculture pluviale demeure l un des principaux moyens de subsistance malgré les variations saisonnières rigoureuses et les rendements agricoles inégaux UN Photo/John Isaac en effet présager que la population devrait continuer à croître rapidement au cours des décennies à venir. La carte 2 illustre la densité de population et les dynamiques démographiques de la région d étude. La densité de population est basée sur des données datant de 2010, tandis que les dynamiques de population se basent sur une période allant de 1970 à 2006 et sont calculées sur base des changements absolus de population ayant eu lieu au cours de cette période. Comme on peut le constater, les régions sujettes à la plus haute densité de population subissent des variations absolues plus élevées que les régions faiblement peuplées. De plus amples informations sur la méthodologie et les résultats de cette étude peuvent être retrouvées en annexe 3. Situation économique La région étudiée dans ce rapport est caractérisée par une pauvreté généralisée et un faible développement. Ainsi, au sein des pays du CILSS, le produit intérieur brut (PIB) moyen par habitant s élevait à 903 dollars US en 2009, allant de 350 dollars US au Niger à dollars US au Cap-Vert, environ 69 pour cent de la population gagnant moins de 2 dollars US par jour. Au sein de la région élargie couverte par ce rapport, le PIB par habitant était de 800 dollars US 23. En 2008, les transferts de fonds représentaient environ cinq pour cent du PIB des pays du CILSS et de ceux de la région élargie 24. Enfin, seuls quatre des 17 pays figurant dans cette étude ne sont pas présents dans la liste des pays les moins avancés : le Cap-Vert, la Côte d Ivoire, le Ghana et le Nigeria 25. On estime que la moitié de la population de la région tire ses revenus d activités agricoles (principalement l agriculture, l élevage et la pêche), la contribution totale de ces secteurs au PIB est de 28 pour cent dans les pays du CILSS et de 32 pour cent dans la région élargie 26. Comme indiqué plus haut, la population est en grande partie rurale, en particulier dans les pays du CILSS où plus de 70 pour cent de la population vit dans les zones rurales et dépend essentiellement de l agriculture de subsistance pour ses besoins quotidiens. Néanmoins, étant donné l urbanisation rapide de la région au cours des dernières décennies, le secteur urbain informel comprenant les petits marchands, les artisans et les services artisanaux emploierait aujourd hui environ 30 pour cent de la population active de la région élargie 27. Au sein de l économie formelle, les investissements étrangers sont principalement réalisés par l industrie minière et pétrolière, alors que l industrie manufacturière 17
20 ne joue qu un rôle très limité 28. Sur base des chiffres de 2009, la région dans son ensemble enregistre un déficit commercial (elle importe donc une plus grande quantité de biens qu elle n en exporte). En effet, la part des exportations de biens et services dans le PIB est de 31,4 pour cent, tandis que celle des importations s élève à 54,9 pour cent Conditions environnementales et climatiques Possédant une superficie de 7,4 millions de km², la région d étude englobe la zone de transition entre la partie aride du Sahara et la forêt tropicale qui borde sa façade maritime. Les zones désertiques et semi-désertiques septentrionales de la région font petit à petit place à de la savane à hautes herbes, puis à de la savane boisée, alors que les zones méridionales et côtières de la région, constituées principalement de forêts équatoriale et tropicale humide, sont dominées par un climat tropical semi-humide et humide 30. Bien que le paysage soit relativement plat, les montagnes situées au nord du Sahel, notamment au Mali, en Mauritanie, au Niger et au Tchad, atteignent une altitude allant jusqu à m 31. Les principaux bassins hydrographiques de la région sont le lac Tchad et les fleuves Niger, Sénégal et Gambie. Le bassin du fleuve Niger est le troisième plus grand bassin africain, après les bassins du Nil et du Congo, et est partagé par pas moins de 11 pays. Les principaux lacs de la région sont les lacs Faguibine au Mali, Kainji au Nigeria, Volta au Ghana et Tchad, qui borde le Tchad, le Nigeria, le Niger et le Cameroun. Les ressources aquatiques souterraines vont des aquifères peu profonds dont l eau se renouvelle chaque saison, aux anciens bassins sédimentaires séculaires qui ne sont pas renouvelables et sont difficiles d accès en raison de leur profondeur pouvant atteindre jusqu à m 32. Tant les eaux souterraines que les eaux de surface dépendent fortement des précipitations saisonnières, qui sont caractérisées par une variabilité et une irrégularité forte dans toute la région. En effet, la majorité des précipitations annuelles tombant généralement en seulement trois mois, durant les mois de juillet à septembre, la pluviométrie peut varier de plus de millimètres (mm) sur un espace Nord-Sud de 750 km s étendant des régions arides du nord aux zones humides et semi-humides côtières 33, 34. Ainsi, le climat désertique de l extrême Nord ne reçoit en moyenne que 200 mm de précipitations par an, alors que le climat plus humide de la partie Sud de la bande de terre sahélienne semiaride bénéficie d une pluviométrie annuelle moyenne d environ 600 mm 35. La limite inférieure à laquelle peut être pratiquée l agriculture pluviale se situe à mi-chemin entre ces valeurs, à environ 350 mm 36 ; ces dernières années, cette limite s est déplacée vers le sud 37. Par ailleurs, d une année à l autre, il est possible de vivre une variation de la longueur de la saison des pluies de 30 pour cent 38. Ce cycle d années sèches et d années humides est typique de ce climat. Enfin, la désertification et l intrusion du sable représentent une menace pour les régions arides septentrionales, où la pénétration du sable compromet la croissance des semences et rend certaines zones de culture stériles 39. L intrusion des sables menace également les principaux cours d eau, tels que le fleuve Niger ainsi que les routes et autres infrastructures de développement de la région. 2.3 Moyens d existence : agriculteurs, éleveurs et pêcheurs Malgré les variations pluviométriques saisonnières importantes, les rendements agricoles irréguliers, la pauvreté des sols et l appauvrissement des stocks halieutiques, l agriculture, l élevage et la pêche demeurent les principaux moyens d existence dans la région. En 2008, 46 pour cent de la superficie des pays couverts par cette étude étaient classés en tant que terres agricoles définies comme des terres arables exploitées de façon permanentes par des cultures ou des pâturages par l Organisation des Nations Unies pour l Alimentation et l Agriculture (FAO) 40. L agriculture représente plus de 50 pour cent de la part du PIB provenant des pratiques agricoles 41, suivie de près par le pastoralisme, qui intervient pour environ 40 pour cent 42. L agriculture pluviale est la principale méthode de subsistance utilisée par les agriculteurs et les éleveurs, elle est réalisée à l aide de très peu d intrants mécaniques destinés à améliorer la production et génère de faibles revenus 43. L agriculture pluviale ne peut toutefois être pratiquée que dans les régions faisant partie de la bande de terre bénéficiant d au moins 350 mm de pluie par an, dont la latitude varie entre 14 et 17 degrés, d Est en Ouest 44. Au nord de cette limite, l agriculture cède la place au pastoralisme comme principale source de revenus. Seule une faible partie des terres cultivables de la région 45 5 pour cent de la superficie totale, selon les estimations est irriguée 46. Le barrage de Markala sur le fleuve Niger, au Mali, et les barrages sénégalais de Manantali et Diama, à l embouchure du fleuve Sénégal, permettent d irriguer à grande échelle 47, 48. L agriculture de décrue est en outre pratiquée le long de certains fleuves et lacs, permettant aux agriculteurs de faire pousser des cultures sur des sols humidifiés par les inondations de la saison des pluies. Les agriculteurs vivent généralement dans des implantations permanentes, où ils cultivent le mil, le maïs, le riz et le sorgho et élèvent des animaux domestiques pour s assurer un revenu supplémentaire. Les principales cultures commerciales dans la région sont les arachides et le coton 49. De leur côté, les éleveurs élèvent du bétail et pratiquent la culture le long de divers itinéraires nomades saisonniers 50, se déplaçant généralement des 18