Source: http://jesusmarie.free.fr/1a2ae_q021.htm
Timestamp: 2018-10-17 09:57:51+00:00
Document Index: 2087869

Matched Legal Cases: ['art. 5', 'art. 6', 'art. 4', 'art. 3', 'art. 1', 'art. 1', 'art. 3', 'art. 4', 'art. 3', 'art. 10', 'art. 6']

Question 21 : Des conséquences ou des effets des actes humains relativement à leur bonté ou leur malice
Après avoir parlé de la bonté et de la malice des actes humains considérée en elle-même nous avons maintenant à l’examiner dans ses effets. A ce sujet quatre questions se présentent : 1° L’acte humain est-il vertueux ou vicieux selon qu’il est bon ou mauvais ? — 2° Est-il louable ou blâmable ? — 3° Est-il méritoire ou déméritoire ? (Le mérite et le démérite des actes sont reconnus dans l’Ecriture dans une foule d’endroits, et le concile de Trente a condamné la doctrine contraire soutenue par Luther et Calvin : Si quis dixerit hominis justificati bona opera ità esse dona Dei, ut non sint etiam bona ipsius iustificati merita… anathema sit (sess. 6, can. 52).) — 4° Est-il méritoire ou déméritoire aux yeux de Dieu ? (L'Ecriture le dit formellement : Car il faut que nous comparaissions tous devant le tribunal du Christ, afin que chacun reçoive ce qui est dû à son corps, selon le bien ou le mal qu’il aura fait (2 Cor., 2, 10). Et ailleurs : mais chacun recevra sa propre récompense, selon son travail (1 Cor., 3, 8). Cette vérité a été niée par les antinomiens et par les hérétiques modernes, qui refusaient d'admettre l’utilité des œuvres pour le salut. Luther, Calvin, Mélanchton, ont soutenu cette erreur.)
Article 1 : L’acte humain est-il vertueux ou vicieux selon qu’il est bon ou mauvais ?
Objection N°1. Il semble qu’un acte humain ne soit pas une vertu ou un péché par là même qu'il est bon ou mauvais. Car les péchés sont des monstres dans la nature, comme le dit Aristote (Phys., liv. 2, text. 82). Or, les monstres ne sont pas des actes, mais ce sont des choses engendrées contrairement aux lois naturelles ; tandis que ce qui est l’effet de l’acte et de la raison imite ce qui est l’effet de la nature, comme le dit au même endroit ce philosophe. Donc de ce qu’un acte est mauvais et déréglé il ne s’ensuit pas que ce soit un péché.
Réponse à l’objection N°1 : On donne le nom de monstres aux péchés qui se produisent dans l’ordre de la nature contrairement à ses lois.
Objection N°2. Le péché, dit encore Aristote (Phys., liv. 2, text. 82) se produit dans la nature et l’art, toutes les fois que la nature et l’art ne parviennent pas à leur fin. Or, la bonté et la malice de l’acte humain consistent surtout dans l’intention finale et dans son exécution. Il semble donc que la malice de l’acte n’en fasse pas un péché.
Réponse à l’objection N°2 : Il y a deux sortes de fin : une fin dernière et une fin prochaine. Or, dans le péché de nature l’acte manque sa fin dernière qui est la perfection de l’être engendré ; mais il ne manque pas absolument sa fin prochaine ; car la nature opère quelque chose en le formant. De même dans le péché de la volonté l’acte est toujours en défaut par rapport à sa fin dernière, parce qu’aucun acte mauvais ne peut se rapporter à la béatitude qui est la fin dernière, bien qu’il ne s'écarte pas de la fin prochaine que la volonté se propose et qu’elle atteint. Mais comme on ne se propose cette fin prochaine qu’en vue de la fin dernière, on peut trouver dans l’intention même qui se rapporte à cette fin une raison de droiture et de péché (En dernière analyse, on juge donc de la moralité de l’acte selon qu’il s'écarte ou non de sa fin dernière.).
Objection N°3. Si la malice de l’acte produisait le péché il s’ensuivrait que partout où le mal existerait il y aurait péché. Or, c’est faux. Car le châtiment bien qu’il soit un mal n’est cependant pas un péché. Donc de ce qu’un acte est mauvais il n’en résulte pas que ce soit un péché.
Réponse à l’objection N°3 : Tout être se rapporte à sa fin par son acte. C'est pourquoi la nature du péché, qui consiste dans ce qu’il y a de désordonné par rapport à la fin, existe à proprement parler dans l’acte, tandis que le châtiment regarde la personne qui pèche, comme nous l’avons dit (1a pars, quest. 48, art. 5, réponse N°4, et art. 6, réponse N°3).
Mais c’est le contraire. La bonté de l’acte humain, comme nous l’avons vu (quest. 19, art. 4), dépend principalement de la loi éternelle, et par conséquent sa malice consiste dans son désaccord avec cette loi. Or, c’est là ce qui constitue la nature du péché. Car saint Augustin dit (Cont. Faustum, liv. 22, chap. 27) que le péché est une parole, une action, ou un désir contraire à la loi éternelle. Donc l’acte humain est un péché par là même qu’il est mauvais.
Conclusion Puisqu’on dit qu’un acte est bon ou mauvais selon qu’il est conforme ou non à la raison et à la loi éternelle, il est nécessaire que l’acte humain par là même qu’il est bon ou mauvais soit une vertu ou un péché.
Il faut répondre que la définition du mal a plus d’étendue que celle du péché, et la définition du bien plus d’étendue que celle du juste (Tout mal n’est pas un péché. Ainsi la douleur, le châtiment, sont des maux sans être des péchés. Tout bien n’est pas non plus une chose droite, une action vertueuse. Par exemple la volupté est illicite et défendue par la loi.). Car toute privation du bien dans un être quelconque constitue le mal, tandis que le péché consiste à proprement parler dans l’acte qu’on fait pour une fin à laquelle il ne doit pas être rapporté. Or, le rapport légitime d'une chose à sa fin a pour mesure une règle quelconque. Cette règle dans les êtres qui agissent naturellement est la vertu même de la nature qui les incline vers cette fin. Par conséquent, quand un acte procède d’une vertu naturelle, conformément à l’inclination qu’elle a naturellement pour sa fin, alors il conserve sa rectitude, parce que c’est un milieu qui ne s’écarte pas de ses extrêmes, c’est-à-dire qui se tient renfermé entre son principe et sa fin. Mais quand un acte sort de cette rectitude, en ce cas on dit que c’est un péché ou une monstruosité dans la nature (C’est un mal physique.). — Pour les choses volontaires, la règle prochaine est la raison humaine, et la règle suprême la loi éternelle. Par conséquent, quand un acte humain se rapporte à sa fin conformément à la raison et à la loi éternelle, alors l’acte est droit, mais quand il s’écarte de cette ligne on dit que c’est un péché. Or, il est évident, d’après ce que nous avons dit (quest. 19, art. 3 et 4), que tout acte volontaire est mauvais par là même qu’il s’écarte de la raison et de la loi éternelle, et que tout acte est bon selon qu’il s’accorde avec l’une et l’autre. D’où il suit que l’acte humain, par là même qu’il est bon ou mauvais, est une vertu ou un péché.
Article 2 : L’acte humain, selon qu’il est bon ou mauvais, est-il louable ou blâmable ?
Objection N°1. Il semble que l’acte humain, par là même qu’il est bon ou mauvais, ne soit pas louable ou blâmable. Car le péché existe dans la nature, comme le dit Aristote (Phys., liv. 2, text. 82-84). Or, les choses qui sont naturelles ne sont ni louables, ni blâmables, d’après ce même philosophe (Eth., liv. 3, chap. 5). Donc l’acte humain, par là même que c’est un mal ou un péché, ce n’est pas une faute, et conséquemment, par là même qu’il est bon, ce n’est pas non plus une chose louable.
Réponse à l’objection N°1 : L’agent naturel n’a pas puissance sur ses actes, parce que la nature est nécessairement déterminée dans ses effets. C’est pourquoi, bien que le péché existe dans les actes naturels, il n’y a cependant pas là de faute.
Objection N°2. Comme le péché se produit dans les actes moraux, de même on le trouve dans les œuvres d’art. Car, comme le dit Aristote (Phys., liv. 2, text. 82), le grammairien ne pèche pas quand il écrit mal, et le médecin quand il donne à tort une potion. Or, un homme d’art n’est pas coupable pour la chose qu’il fait mal, parce qu’il appartient à son art ou à sa science de faire comme il lui plaît de bonnes ou de mauvaises choses. Il semble donc que l’acte moral, par là même qu’il est mauvais, ne soit pas coupable.
Réponse à l’objection N°2 : Dans les choses d’art le rapport de la raison n’est pas le même que dans les choses morales. Car en fait d’art la raison se rapporte à une fin particulière qu’elle a elle-même conçue et imaginée. En morale elle se rapporte à la fin générale de toute la vie humaine, et c’est à cette fin que les fins particulières doivent elles-mêmes se rapporter. Or, le péché étant une déviation de l’être par rapport à sa fin, comme nous l’avons dit (art. 1), il arrive que dans une œuvre d’art il peut y avoir deux sortes de péché : 1° L’œuvre peut s’écarter de la fin particulière que l’homme de l’art se proposait. Dans ce cas le péché est propre à l’art lui-même. C’est ce qui a lieu, par exemple, quand l’artiste fait une mauvaise œuvre lorsqu’il a l’intention d’en faire une bonne, ou qu’il en fait une bonne lorsqu’il a l'intention d’en faire une mauvaise. 2° L’œuvre peut pêcher en s'écartant de la fin commune à l’humanité (L’artiste qui fait, par exemple, une statue indécente, s’écarte de la fin commune à l’humanité, qui est la vertu et l’honnêteté. Il ne pèche pas comme artiste, si sa statue est très bien exécutée, mais il pèche comme homme.). Ainsi on dit qu’on pèche de cette manière quand on a l’intention de faire une mauvaise œuvre et qu’on la fait pour tromper quelqu’un. Mais ce péché n’est pas propre à l’artisan comme artisan, c'est en lui le fait de l’homme. Par conséquent l’artisan est responsable du premier péché comme artisan, tandis que l’homme est responsable du second comme homme. Or, dans l’ordre moral où l’on ne considère que le rapport de la raison avec la fin générale de l’humanité, le mal ou le péché résulte toujours de la déviation de l’acte relativement à cette fin. C’est pourquoi l'homme est coupable de ce péché comme homme et comme être moral. D’où Aristote conclut (Eth., liv. 6, chap. 5) qu’une faute volontaire dans les arts est préférable à une faute involontaire, mais qu’il n’en est pas de même à l’égard de la prudence, ni à l’égard des vertus morales dont la prudence est la règle.
Objection N°3. Saint Denis dit (De div. nom., chap. 4) que le mal est infirme et impuissant. Or, l’infirmité ou l’impuissance détruit ou diminue la culpabilité. Donc l’acte humain n’est pas coupable selon qu’il est mauvais.
Réponse à l’objection N°3 : L’infirmité qui se trouve dans les péchés volontaires ne détruit ni ne diminue la malice de l’action, parce qu’elle dépend de la volonté humaine qui en est elle-même la cause.
Mais c’est le contraire. Aristote dit (Eth., liv. 1, chap. 12) que les œuvres vertueuses sont louables, et les œuvres contraires blâmables ou coupables. Or, les actes bons sont des actes de vertu, puisque la vertu est ce qui rend bon celui qui la possède et ce qui le met en état de bien exécuter ses œuvres, suivant ce même philosophe (Eth., liv. 2, chap. 6). Les actes opposés sont conséquemment mauvais. Donc l’acte humain, par là même qu’il est bon ou mauvais, est louable ou blâmable.
Conclusion Puisque tous les actes humains procèdent de nous librement, il est nécessaire que chacun de ces actes soit louable ou blâmable selon qu'il est bon ou mauvais.
Il faut répondre que comme la définition du mal a plus d’étendue que celle du péché, de même la définition du péché a plus d’étendue que celle de la faute (Dans la langue de saint Thomas, le mot péché s’entend tout à la fois des choses naturelles et libres, et il est applicable à l’ordre physique aussi bien qu’à l’ordre moral. Le mot faute ne s’entend que des actes libres et volontaires. Et il n’y a que ces actes qui soient dignes de louange ou de blâme.). Car un acte n’est coupable ou louable qu’autant qu’on l’impute à un agent. En effet, on ne loue ou on ne blâme qu’autant qu’on impute à quelqu’un la malice ou la bonté d’un de ses actes. Et alors l’acte est imputé à l’agent quand celui-ci en est le maître au point d’exercer sur lui son souverain domaine. Or, il en est ainsi de tous les actes volontaires, parce que l’homme par sa volonté est maître de ses actions, comme on le voit par ce que nous avons dit (quest. 1, art. 1 et 2). D’où il résulte qu’il n’y a que la bonté ou la malice des actes volontaires qui mérite la louange ou le blâme, c’est-à-dire des actes dont le mal constitue tout à la fois un péché et une faute.
Article 3 : L’acte humain est-il méritoire ou déméritoire selon qu’il est bon ou mauvais ?
Objection N°1. Il semble que l’acte humain ne soit pas méritoire ou déméritoire en raison de sa bonté ou de sa malice. Car le mérite et le démérite se rapportent à une rétribution qui n’a lieu que pour les actes qui sont faits pour un autre. Or, tous les actes bons ou mauvais de l’homme ne se rapportent pas à un autre ; il y en a qu’il fait pour lui-même. Donc tout acte humain bon ou mauvais n’est pas méritoire ou déméritoire.
Réponse à l’objection N°1 : Quelquefois les actes humains sont bons ou mauvais, quoiqu’ils ne se rapportent pas au bien ou au mal d’un autre individu. Dans ce cas ils se rapportent au bien ou au mal d’un autre tiers qui est la société elle-même.
Objection N°2. On ne mérite ni châtiment, ni récompense pour avoir disposé comme on l’a voulu des choses dont on est le maître. Ainsi, quand un homme détruit ce qui lui appartient, on ne le punit pas comme s’il détruisait le bien d’un autre. Or, l’homme est maître de ses actes. Donc s’il dispose bien ou mal de ses actes, il ne mérite pour cela ni peine, ni récompense.
Réponse à l’objection N°2 : L’homme qui est maître de ses actes mérite ou démérite, selon qu’il appartient à la société dont il est le membre, parce qu’en disposant bien ou mal de ses actes, il est utile ou nuisible aux intérêts de la société qu’il doit servir.
Objection N°3. De ce qu’un homme s’amasse du bien, il ne mérite pas qu’un autre l’en récompense, et il en est de même pour le mal qu’il se fait. Or, un bon acte est un bien et une perfection pour celui qui l’accomplit, et un acte déréglé est au contraire pour lui un mal. Donc de ce que l’homme fait un acte bon ou mauvais, il ne mérite, ni ne démérite.
Réponse à l’objection N°3 : Le bien ou le mal que l’on se fait à soi-même par ses actes rejaillit sur la société, comme nous l’avons dit (dans le corps de l’article.).
Mais c’est le contraire. Isaïe dit (Is., 3, 10) : Dites au juste qu’il goûtera le fruit de ses vertus ; mais malheur à l’impie, car il recevra le châtiment de ses crimes.
Conclusion Les actes humains bons ou mauvais sont méritoires ou déméritoires selon qu’ils se rapportent à la justice rémunérative.
Il faut répondre que le mérite et le démérite se rapportent à la rétribution qui se fait conformément à la justice. Or, la justice exige qu'on traite chacun selon le bien ou le mal qu’il fait à autrui. Or, il est à remarquer que tout être qui vit en société est en quelque sorte une partie et un membre de la société entière. Par conséquent celui qui fait du bien ou du mal à l’individu qui existe en société, son action rejaillit sur tout le corps social, comme une blessure à la main agit conséquemment sur l’homme tout entier. Ainsi donc, quand quelqu’un travaille pour le bien ou pour le mal d’une autre personne, il y a là deux raisons de mérite ou de démérite. La première provient de ce qui lui est dû en particulier par la personne qu’il aide ou qu’il offense ; la seconde résulte de ce qui lui revient du côté de la société entière. Quand quelqu’un se propose, en agissant, de faire directement le bien ou le mal de toute la société, il lui est dû quelque chose, premièrement et principalement par la société en général, secondement par tous les membres de la société. Quand quelqu'un fait une action qui tourne à son avantage ou à sa perte, il lui en revient encore quelque chose, parce que cette action tourne au bien général, en ce sens du moins qu’il fait lui-même partie de la société. A la vérité on ne lui doit rien, parce qu’il a fait son propre bien ou son propre mal, à moins qu’on ne dise par analogie que l’homme doit observer une sorte de justice envers lui-même. Il est donc évident que l’acte bon ou mauvais est louable ou blâmable, selon qu’il est au pouvoir de la volonté ; c'est une vertu ou un péché, selon le rapport qu’il a avec la fin ; il est méritoire ou déméritoire, selon qu’il se rapporte à la justice rémunérative.
Article 4 : L’acte humain est-il méritoire ou déméritoire aux yeux de Dieu, selon qu’il est bon ou mauvais ?
Objection N°1. Il semble qu’un acte humain bon ou mauvais n’ait ni mérite, ni démérite par rapport à Dieu, parce que, comme nous l’avons dit (art. 3), le mérite et le démérite se rapportent à la rémunération du bien ou du mal qu’on a fait à autrui. Or, l’acte humain, bon ou mauvais, ne fait ni bien, ni mal à Dieu. Car il est dit (Job, 35, 6) : Si vous péchez, en quoi lui nuirez-vous ? Si vous faites le bien, qu'est-ce qu'il lui en reviendra ? Donc l’acte humain, bon ou mauvais, n’a ni mérite, ni démérite devant Dieu.
Réponse à l’objection N°1 : L’acte de l’homme ne peut rien faire perdre ni gagner à Dieu en soi ; cependant l’homme ravit ou donne à Dieu quelque chose autant qu’il est en lui, quand il observe ou n’observe pas l’ordre qu’il a établi.
Objection N°2. L'instrument n’a ni mérite, ni démérite à l’égard de celui qui s’en sert, parce que toute l’action de l'instrument provient de celui qui l’emploie. Or, l’homme est en agissant l’instrument de la puissance divine, qui est son principal moteur. Car il est dit (Is., 10, 15) : La hache se glorifiera-t-elle contre celui qui s’en sert ? ou la scie s’élèvera-t-elle contre celui qui la tire ? Le prophète compare évidemment l'homme en cet endroit à un instrument. Donc, qu’il agisse bien ou mal, l'homme ne mérite, ni ne démérite devant Dieu.
Réponse à l’objection N°2 : L’homme est en effet mû par Dieu comme un instrument, mais cela n’empêche pas qu’il ne se meuve lui-même par le libre arbitre (Le concile de Trente a condamné ceux qui faisaient de l’homme un instrument purement passif entre les mains de Dieu : Si quis dixerit liberum hominis arbitrium à Deo motum et excitatum, nihil cooperari assentiendo Deo excitanti atque vocanti… neque posse dissentire si velit, sed veluti inanime quoddam nihil omninò agere tantùmque passivè se habere, anathema sit (sess. 6, can. 4).), comme nous l’avons dit (quest. 10, art. 4). C’est ce qui fait que ses actes sont méritoires ou déméritoires devant Dieu.
Objection N°3. L’acte humain est méritoire ou déméritoire selon qu’il se rapporte à un autre que celui qui le produit. Or, tout acte humain ne se rapporte pas à Dieu. Donc tous les actes bons ou mauvais ne sont pas méritoires ou déméritoires aux yeux de Dieu.
Réponse à l’objection N°3 : L’homme n’appartient pas à la société civile par tout son être et par tout ce qu’il a. C’est pourquoi il n’est pas nécessaire que tous ses actes soient méritoires ou déméritoires par suite de leur rapport avec la société. Mais tout ce qu’est l’homme, tout ce qu’il peut et tout ce qu’il a, il doit le rapporter à Dieu. C’est pourquoi tout acte de l’homme, bon ou mauvais, est méritoire ou déméritoire devant Dieu selon qu’il est raisonnable.
Mais c’est le contraire. Il est dit (Ecclésiaste, 12 14) : Tout ce qui se fait, Dieu le traduira en jugement, soit comme bon, soit comme mauvais. Or, le jugement suppose qu’on récompensera chacun selon ses mérites ou ses démérites. Donc tout acte humain bon ou mauvais est méritoire ou déméritoire devant Dieu.
Conclusion Puisque Dieu est le gouverneur et le maître de tout l'univers et surtout des créatures raisonnables dont il est la fin, les actes humains bons ou mauvais sont méritoires ou déméritoires non seulement devant les hommes, mais encore devant lui.
Il faut répondre que, comme nous l’avons dit (art. 3), l’acte d’un homme est méritoire ou déméritoire selon qu’il se rapporte à autrui, soit par rapport à lui, soit par rapport à la société. Or, nos actes bons ou mauvais sont méritoires ou déméritoires devant Dieu de ces deux manières. Ils le sont par rapport à lui en ce sens qu’il est la fin dernière de l’homme. Or, il faut que tous les actes se rapportent à leur fin dernière, comme nous l’avons vu (quest. 19, art. 10). Par conséquent celui qui fait un acte mauvais qui n’est pas susceptible d’être rapporté à Dieu, ne rend pas à la Divinité l’honneur qu’il lui doit comme à sa fin dernière. — Ils le sont aussi par rapport à l’universalité des êtres, parce que dans toute société celui qui la régit prend surtout soin du bien général. En conséquence, c’est à lui qu’il appartient de rendre à chacun selon le bien ou le mal qu'il fait à la société. Or, Dieu est le gouverneur et le maître de tout l’univers, comme nous l’avons vu (1a pars, quest. 103, art. 6), et spécialement des créatures raisonnables. D’où il est évident que les actes humains sont méritoires ou déméritoires par rapport à lui. Autrement il s’ensuivrait que Dieu ne prend aucun soin de nos actes.