Source: http://mefra.revues.org/1878
Timestamp: 2017-04-29 07:36:08+00:00
Document Index: 284838685

Matched Legal Cases: ['§ 285', '§ 285', 'art, 2', 'art, 1976', '§ 3', 'art, 1981']

Réorganiser l’Église italienne
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Une étape vers la codification du droit canonique à la fin du Ve siècle et au début du VIe siècle
Français English À la fin du Ve siècle, la péninsule italienne avait été profondément déstabilisée par de multiples guerres. L’affaiblissement du pouvoir réel de l’Empire et de son administration étaient tels que les hommes se tournaient vers l’Église afin d’obtenir d’elle non seulement des perspectives pour l’au-delà, mais aussi des améliorations concrètes pour leur vie sur terre. C’est dans ce contexte que le pape Gélase (492-496) publia sa décrétale Necessaria rerum, en 494 (JK 636), et envoya à l’évêque Julien de Brindisi, au moment de son intronisation, une lettre (JK 675) qui allait servir de modèle aux futurs papes. À titre anonyme, ce document fut ensuite intégré dans la collection canonique dite Collectio Italica puis plus tard, dans le Liber diurnus. Les activités de Gélase et de ses successeurs illustrent la manière dont l’Église romaine participait à la reconstruction de la vie civique en Italie, en faisant de l’évêque local la figure dominante de la cité (« bischöfliche Stadtherrschaft »), et aussi la façon dont l’évêque romain s’imposait, en tant que pape, à ses collègues par l’envoi d’un codex qui contenait une collection canonique de qualité papale. By the end of the fifth century, the Italian peninsula was in catastrophic situation as a result of various war events. The decline of real power of the Roman Empire and its administration made people turn to the church, whenever they looked for perspectives regarding the afterlife, but also for concrete improvements in their everyday life on earth. In 494, Pope Gelasius (492-496) published his decretal Necessaria rerum (JK 636), and he sent a letter to Julian, bishop of Brindisi, in the moment of his enthronement (JK 675) which became a model for future popes. This document was, in an anonymized form, inserted in the canonical collection known as Collectio Italica and later in the Liber diurnus. The activities of Gelasius and his successors show to what extent the Roman church took part in the reconstruction of civic life in Italy, assigning to the local bishop the role of a dominating figure in the city (« bischöfliche Stadtherrschaft »). Furthermore, we can see how the bishop of Rome, as a pope, prevailed over his colleagues by sending them a codex containing a canonical collection of papal quality. Haut de page
Mots-clés :codification, droit canonique, collections canoniques, Gelase, Collectio Italica, Documenta Symmachiana/Laurentiana, bischöfliche Stadtherrschaft, papauté
Keywords :codification, canon law, collections of canon law, Gelasius, Collectio Italica, bischöfliche Stadtherrschaft, papacy, Documenta Symmachiana/LaurentianaHaut de page
L’évolution des archives de l’Église romaine au IVe et Ve siècle : quelques traits
Le contexte historique : l’Italie à la fin du Ve siècle
La Collectio Italica : la première collection canonique de caractère papal
La réaction des adversaires de l’évêque Symmaque : les travaux de Denys le PetitHaut de page
Tous mes remerciements vont aux organisateurs et aux participants des journées d’études organisées à Rome au mois de juin 2009 pour le débat intensif dont ce texte a pu profiter. Je remercie notamment M. Olivier Huck pour son engagement en faveur de ce programme scientifique et la publication de ses résultats. Je souhaite inclure dans ces remerciements Mlle Ilse Hilbold, Mlle Isabelle Mossong et M. Dominic Moreau ainsi que M. Philippe Blaudeau et Mme Évelyne Scheid pour leur travail de relecture de la version finale.
1 Cf. Lois religieuses I, 2005.
2 Gaudemet 1958, p. 20.
3 Novelle 131, 1 : Sancimus igitur vicem legum obtinere sanctas ecclesiasticas regulas, quae a sancti (...)
4 Gaudemet 1958, p. 37 ; cf. Jasper – Fuhrmann 2001, p. 12-13 ; Moreau 2010, p. 489-490 ; les documen (...)
1Le sujet que je propose de traiter dans cette table ronde peut paraître un peu exotique, et j’en suis parfaitement conscient. Mais il suffit de rappeler que l’État romain considérait les canons qui avaient été définis par les conciles comme des règles valides. Pour donner un exemple : dans le livre XVI du Code Théodosien, on trouve des références directes aux conciles de Nicée (1, 3 – Théodose I), d’Éphèse (5, 66 – Théodose II), de Rimini et de Constantinople (381) (les deux : 1, 4 –Valentinien II)1. Jean Gaudemet lui-même, particulièrement attentif aux interférences qui pouvaient exister entre le droit séculier de l’Antiquité tardive et le droit de l’Église, rappelait qu’« en dehors de ces références formelles, la législation conciliaire inspire parfois les constitutions impériales de caractère ecclésiastique »2. L’évolution culmine en 545, quand Justinien élève les décisions des quatre premiers conciles œcuméniques au rang des Écritures (sicut sanctas scripturas accipimus) et fait part de son intention de voir les autres dispositions conciliaires respectées comme des lois (sicut leges servamus)3. De ce point de vue, le droit de l’Église chrétienne, c’est-à-dire le droit canonique, fait partie du droit romain des Ve et VIe siècles, même si l’on peut discuter de la quantité exacte de règles que Justinien souhaitait intégrer parmi les « lois ». On a effectivement quelque mal à imaginer que l’empereur ait pu faire reconnaître « les lettres pontificales de portée disciplinaire », c’est-à-dire les décrétales, comme des « lois »4.
5 La notion de la codification est une création du juriste anglais Jeremy Bentham (1748-1832) qu’il s (...)
6 Pour les éditions critiques de trois collections mentionnées supra cf. Munier 1974, p. 284-311, Zec (...)
7 Cf. Maaßen 1870.
8 Zechiel-Eckes 2000, 2001, 2002 et 2011 ; les travaux de Zechiel-Eckes ont été repris par son succes (...)
9 Gaudemet 1974/80, p. 293, préfère de parler des « collections méthodiques ».
10 Pour des informations plus précises cf. Kéry 1999.
2La deuxième remarque préliminaire concerne la notion même de codification5, qui comporte un aspect matériel et un aspect intellectuel. La « mise en codex », au sens le plus littéral du terme, renvoie d’abord à l’enregistrement des règles, agencées en un livre (codex) destiné à assurer leur conservation et leur utilisation sur le long terme. Il faut donc commencer par se demander de quelle manière les documents furent archivés et comment on s’assura que la copie était bien conforme à l’original. La façon la plus simple – qui respecte le mieux l’ordre originel – est un enregistrement progressif, qui suit un ordre chronologique (ou historique). Le codex qui a conservé cet ordre historique donne, à tort ou à raison, une grande impression d’authenticité. L’aspect intellectuel de la « codification » renvoie par ailleurs à l’organisation intentionnelle du matériel. C’est cette organisation intentionnelle, cette « systématisation » qui conduit finalement à l’abandon du matériel originel, autrement dit des documents historiques. En ce qui concerne l’évolution qui a marqué la codification du droit de l’Église chrétienne, donc du droit canonique, il faut savoir que les premières tentatives qui furent faites pour organiser de manière systématique le matériel historique, ne sont pas antérieures au VIe siècle. Il s’agit de la Breviatio canonum du diacre carthaginois Ferrandus, de la Concordantia canonum du Cresconius, composée, selon Klaus Zechiel-Eckes, en Italie dans la 2e moitié du VIe siècle, et de la Collectio Vetus Gallica, créée selon Hubert Mordek à Lyon vers 6006. À l’époque carolingienne encore, les utilisateurs semblent préférer les collections qui présentent les conciles ou les autres documents (par ex. les décrétales) dans leur intégralité, c’est-à-dire des collections que nous appelons depuis Friedrich Maaßen des « collections d’ordre historique »7. L’une des dernières collections de ce genre est la Collectio Pseudo-Isidoriana qui montre très clairement que l’ordre historique ne suffit pas toujours à garantir l’historicité du contenu. Tout au contraire. L’auteur, ou plus exactement le faussaire – car il s’agit d’un faux qui a fait date – a dépouillé avec beaucoup de finesse et d’ingéniosité l’une des meilleures bibliothèques de l’Empire carolingien pour créer de faux documents qui mêlent des extraits de textes anciens à des passages nouveaux. Il revient à Klaus Zechiel-Eckes d’avoir repéré dans un certain nombre de manuscrits précarolingiens et haut-carolingiens des signes qui marquaient les passages à découper. Ils correspondent exactement aux extraits qui sont repris dans les textes pseudo-isidoriens. En comprenant la méthode de travail du faussaire et en identifiant la seule bibliothèque qui disposait des manuscrits en question, Klaus Zechiel-Eckes a non seulement pointé une situation historique – la fin du règne de l’empereur Louis le Pieux – mais a aussi identifié le personnage susceptible d’avoir été l’auteur de la Collection pseudo-isidorienne – Paschasius Radbertus8. Cependant, la Collection pseudo-isidoriennne – travail d’une immense ampleur et beaucoup plus volumineux que toutes les autres collections antérieures – ne peut pas empêcher le succès des collections systématiques9 à partir du Xe siècle jusqu’à la Concordia discordantium canonum du moine Gratien, terminée vers 1140, et plus connue sous le titre de Decretum Gratiani10. Concluons cet excursus : lorsqu’on compare les collections qui suivent un ordre historique à celles qui sont organisées de façon systématique, on constate que les collections systématiques ont tendance, que ce soit voulu ou non, à se substituer aux collections d’ordre historique.
3Pour éclaircir le processus de la codification du droit canonique tel qu’il se déroule à la fin du Ve siècle et au début du VIe siècle, il est nécessaire passer par quatre étapes d’ampleur inégale. D’abord, il importe de se faire une idée de la base documentaire dont disposent les évêques romains au moment où ils entreprennent de présenter des recueils de règles ecclésiastiques. Suivront quelques remarques concernant la situation historique de l’Italie à la fin du Ve siècle, et plus précisément au début du règne de Théodéric et sous le pontificat de Gélase (492-496). La troisième partie sera consacrée à la présentation de la Collectio Italica, la première collection canonique de caractère papal, publiée et diffusée par l’évêque romain Symmaque. On regardera enfin la réaction qui fut celle des adversaires dudit évêque, rassemblés autour de son concurrent Laurentius, parmi lesquels se trouve notamment le moine Denys le Petit (Dionysius Exiguus).
11 Pietri 1976, p. 672-680, a réuni les différents éléments qui, pour lui, plaident en faveur de l’exi (...)
12 La légende silvestrienne fut l’objet d’une production importante de la plume de Werner Pohlkamp, cf (...)
13 Ces inventaires intéressent depuis longtemps les archéologues de la Rome chrétienne, cf. notamment (...)
4On ne sait pas grand chose des archives de l’Église romaine aux IVe et Ve siècles, mais les documents qui nous sont parvenus, fournissent néanmoins quelques indications. Jusqu’à la deuxième moitié du IVe siècle, l’existence d’archives sérieuses paraît difficile à admettre11. Vers 400, l’Église romaine ne semble plus avoir disposé des textes rédigés par l’évêque Silvestre. Ce qui est d’autant plus surprenant que Silvestre avait été en place pendant plus de deux décennies, de 314 à 335, le pontificat le plus long qu’eut un évêque romain dans l’Antiquité. Ce silence total est d’autant plus gênant que Silvestre avait été l’évêque contemporain de l’empereur Constantin, même si ce n’était pas lui, mais son prédécesseur Miltiade qui avait accueilli Constantin à Rome après la victoire décisive remportée à proximité du pont Milvius le 28 octobre 312. Malheureusement pour les Romains, leur évêque ne figurait même pas parmi les signataires du concile de Nicée, puisqu’il avait envoyé en Orient deux clercs à sa place. C’est dans cette situation peu satisfaisante que l’on a commencé à raconter à Rome des histoires qui plaçaient ledit Silvestre au centre de l’évolution de la communauté chrétienne en créant une véritable légende, les Actus Silvestri12. Quelques générations plus tard, au VIe siècle, le Liber Pontificalis fait non seulement allusion à ces récits, mais dresse également de longs inventaires concernant les biens que Silvestre aurait obtenus pour les églises romaines, suburbaines et extérieures. Faut-il donc imaginer l’existence d’archives remontant à l’époque constantinienne ? Je pense que non, car lesdits inventaires peuvent très bien avoir été créés ultérieurement et attribués artificieusement à l’époque constantinienne-silvestrienne13. 14 Pour l’édition critique des épigrammes cf. toujours Ferrua 1942 ; parmi les travaux plus récents à (...)
15 Cet argument issu de la tradition manuscrite des collections canoniques ne rend pas impossible d’ac (...)
16 Cf. Chavasse 1964.
17 Les éditions de référence, à utiliser toutes les deux : Ewald – Hartmann 1891/1899 et Norberg 1982 (...)
18 Pour la Collectio Avellana cf. Wirbelauer 1993, p. 134-138 et les travaux récents de Blaudeau 2012, (...)
5La création des archives suppose d’abord l’existence d’un réel intérêt porté au passé, qui conduise à l’idée qu’il est important de conserver les productions de son temps pour l’avenir. Le premier évêque romain qui se soit réellement intéressé au passé chrétien de sa ville et des alentours est incontestablement Damase (366-378). Avec le soutien de Furius Filocalus, il a décoré de nombreux lieux romains et suburbains avec des inscriptions qui sont parfois des véritables poèmes sur pierre, toujours rendues en lettres capitales, comme l’étaient les exemples épigraphiques du grand passé romain14. À notre connaissance, il est le premier évêque romain à avoir utilisé cette forme de communication afin de montrer sa position dans la ville. Si l’introduction de l’argumentum e silentio semble admissible, il est surprenant que son prédécesseur Silvestre – que la tradition postérieure fête comme le second fondateur de la communauté chrétienne à Rome – n’ait pas laissé une seule trace épigraphique. Un autre indice nous conduit à formuler l’hypothèse que les documents d’archives ecclésiastiques les plus anciens ne remontaient pas au-delà des années 370 et 380. C’est à Damase et Sirice que la recherche historique attribue la création d’une nouvelle forme de législation : la réponse siricienne à l’évêque Himère de Tarragone, rédigée le 10 février 385, figure dans la tradition canonique au début d’une série de textes similaires et fut perçue comme la première décrétale15. Mais dans la mesure où les traces de documents antérieurs au début du Ve siècle sont minimes, il me semble prudent de ne pas supposer l’existence d’archives ecclésiastiques romaines avant cette date. De plus, les expériences terrifiantes liées aux sièges et aux prises de Rome durant la première décennie du Ve siècle devaient avoir sensibilisé le clergé romain à la nécessité de conserver les documents du passé pour les générations futures. Même si l’on veut admettre l’existence d’archives antérieures à ce tournant, il faut constater que nous n’avons aucune trace d’un enregistrement régulier de lettres sortantes avant le règne de Léon le Grand (440-461), et même pour lui l’existence d’un véritable registre de lettres n’est pas du tout assurée. Car même si nous lui connaissons beaucoup plus de lettres qu’à ses prédécesseurs, leur transmission paraît liée à la création de dossiers thématiques plutôt qu’à la présence d’un réel registre16. Le seul registrum antique dont nous disposons encore aujourd’hui est celui de Grégoire le Grand17, même si nous en connaissons un autre, au moins de façon indirecte, qui est bien antérieur : il s’agit de la deuxième moitié de la Collectio Avellana18. Les lettres 105-243 (des années 514 à 521) représentent une tradition unique en son genre, en cela qu’elles paraissent provenir directement des archives de l’évêque Hormisdas. On y voit les traces de l’archiviste-copiste qui a soigneusement indiqué les signatures faites à la main (alia manu ou manu propria) ou la nature du texte archivé (par ex. s’il s’agissait d’une copie : exemplar etc.). C’est également au début du VIe siècle qu’un scribe explicite, pour la première fois, l’origine des règles qu’il présente, en précisant dans le titre « canones ecclesiastici ex scrinio ecclesiae Romanae translati ». 6Malgré tout la création et le développement des archives semblent liés non seulement au climat d’insécurité de l’époque, mais aussi à la situation interne de l’Église romaine, et les pontificats de Damase (366-378) et de Symmaque (498-514) sont à cet égard décisifs. Le contexte historique : l’Italie à la fin du Ve siècle
19 Cf. Demandt 2007, p. 169-191 et p. 204-217.
20 Le concept remonte aux travaux de Friedrich Prinz, cf. Prinz 1973 ; pour une vision d’ensemble voir (...)
21 Gaudemet 1958, p. 157-163.
7Sans vouloir caricaturer, il est évident que la situation de la population italienne est marquée par une nouvelle forme d’insécurité, à partir du début du Ve siècle19. Certes, les Romains ont déjà vu des troupes devant leur cité – il suffit de rappeler l’arrivée de Constantin, mais ils s’aperçoivent à présent que l’autorité impériale n’arrive plus à protéger leur existence. Dans les provinces de Gaule et du Nord de l’Italie, ce sont les évêques et leurs clergés qui assurent de plus en plus des fonctions administratives, juridiques et économiques que l’administration civile n’est plus en mesure de garantir. Les chercheurs d’aujourd’hui appellent ce nouveau régime la « Bischöfliche Stadtherrschaft », c’est-à-dire le gouvernement épiscopal de la cité20. Ce qui a pour conséquence que dans ces régions, les anciennes élites, les notables et aristocraties locales, commencent à s’intéresser aux fonctions ecclésiastiques, à commencer par le ministère épiscopal notamment. Il convient ici de rappeler que le célibat tel qu’il est aujourd’hui exigé par l’Église catholique, n’avait pas encore été établi. Un clerc, voire un évêque, pouvait être marié, mais il lui fallait s’abstenir, une fois ordonné, de tout acte sexuel avec son épouse21. Le nombre important de textes qui rappellent ce principe depuis la fin du IVe siècle tend à montrer que cette règle de continence ne se comprenait pas d’emblée. Mais ce nouveau régime dans les cités ne suffisait pas à pourvoir aux besoins des habitants. En Italie (autant qu’en Gaule), la situation des cités se complique de manière croissante. Pendant le Ve siècle, les Italiens se sont habitués à la présence de non-romains (dits : barbares) sur leur territoire. Mais la présence du pouvoir impérial leur permettait encore de se sentir en sécurité. En 476, Odoacre mit fin à cette illusion en envoyant le dernier empereur, du nom de Romulus, dans un couvent. En 489, l’Italie subissait à nouveau l’incursion de troupes sur son territoire et constituait le théâtre de conflits militaires. Finalement, après une phase de coexistence, Théodéric préféra se débarrasser de son collègue en le mettant à mort (de sa propre main) en 493. Cet assassinat lui donna la possibilité d’organiser sans contrainte la reconstruction du pays : l’évêque romain Gélase l’y aida. 22 JK 636, texte : Thiel 1867/68, p. 360-379 ; cf. Caspar 1933, p. 77 ; Gaudemet 1974/1980 ; Ullmann 1 (...)
23 Cf. Gaudemet 1974/1980.
8En mars 494, Gélase envoya aux évêques d’Italie du Sud une décrétale dans laquelle il proposait un véritable programme de reconstitution et de reconstruction22. L’intitulé « Necessaria rerum » indique déjà l’enjeu des règles qui sont réparties en 28 chapitres. Après avoir rappelé l’importance des decreta canonum paternorum et les praecepta de ses prédécesseurs – c’est-à-dire des décisions synodales et les décrétales – pour remédier aux difficultés actuelles, il passe aux choses concrètes. Ayant appris, entre autre par l’évêque de Ravenne, qu’il n’y avait plus assez de clercs dans les communautés chrétiennes, il reconsidère les interstices qui ouvrent l’accès aux rangs cléricaux, tout en précisant que les anciennes règles ne conviennent plus aux circonstances actuelles. Il insiste notamment sur le fait que les délais entre étapes de promotion doivent être raisonnables ainsi que sur les qualités des candidats, qui doivent par exemple être libres (ch. 2) et capables de lire les textes saints (ch. 16). Un esclave ne peut accéder au monachisme ou à la cléricature qu’après un affranchissement régulier (ch. 14). Faute de quoi, l’évêque ou le prêtre qui l’a accepté, risquera de perdre sa fonction. Puis Gélase insiste sur les compétences propres aux différentes rangs cléricaux : il interdit aux prêtres les actions solennelles comme la réconciliation des pénitents, la confection du chrême ou la consécration des vierges (ch. 6) et aux diacres le baptême, sauf dans des situations d’extrême urgence dans lesquelles cette action est permise à tous les chrétiens (ch. 7). Ceux qui se sont remariés ne peuvent plus accéder au clergé (ch. 22) et il n’est pas permis aux clercs de participer aux affaires commerciales (ch. 15 qui cite l’expulsion des commerçants du temple par Jésus). Pour finir, il propose une répartition des revenus de l’Église par quart entre l’évêque, les clercs, les pauvres et les bâtiments (ch. 27)23. Sans approfondir davantage, il paraît évident que ce texte parle des problèmes de son temps avec une clarté extraordinaire et une franchise inaccoutumée. Il propose des solutions pratiques et concrètes. Mais tout ce programme ne sert à rien s’il n’est pas diffusé et appliqué. Ce qui suppose une certaine efficacité de la part de l’auteur du programme, mais aussi la reconnaissance de son autorité par les premières destinataires, à savoir les évêques italiens.
24 Cf. Wirbelauer 1993, p. 122-128.
9Les canonistes ont reconnu depuis toujours le succès du texte gélasien : il fut incontestablement intégré dans de nombreuses collections canoniques. Mais il vaut la peine de regarder cette intégration de plus près. La collection la plus ancienne qui en témoigne est celle qu’on a longtemps appelée Collectio Sanblasiana, en raison de la présence temporaire d’un des manuscrits dans le monastère de Saint Blaise/St. Blasien, dans la Forêt Noire (il y était arrivé en 1768, après la dissolution de la bibliothèque du monastère de Reichenau ; au début du XIXe siècle, ce manuscrit fut transféré au monastère de Saint-Paul en Caranthie dans le Lavanttal où il se trouve encore aujourd’hui). La dénomination de Sanblasiana est donc particulièrement trompeuse, dans la mesure où elle ne permet pas de mesurer l’importance de la collection en question. Pour des raisons qui seront rappelées dans la suite de cet article, j’ai proposé en 1993 de l’appeler désormais Collectio Italica24.
25 Pour la tradition manuscrite de la Collectio Quesnelliana voir Zechiel-Eckes 2013, p. 24-28 ; le ma (...)
26 Nous devons le terme « dossier thématique » à A. Chavasse qui l’a introduit pour analyser la tradit (...)
10Avant d’entreprendre l’analyse d’une collection canonique, il faut savoir que la plupart des collections ne sont toujours pas accessibles sous forme d’une édition critique. Ce n’est le cas que pour certaines d’entre elles grâce aux efforts extraordinaires accomplis sur le plan documentaire par la Dombibliothek à Cologne ou les bibliothèques suisses, qui ont réalisé des reproductions excellentes de certains manuscrits, ceux par exemple de la Collectio Quesnelliana25, une collection de premier rang, antérieure à la Collectio Italica. Il demeure donc assez difficile d’avoir une vision globale des collections encore existantes, sans parler de celles qu’il faut reconstituer pour expliquer l’existence des autres. L’analyse est d’autant compliquée que la plupart des collections sont dépourvues d’introduction et ne donnent que des textes plus ou moins connus. Inutile de rappeler que presque toutes sont anonymes. Avant de préciser la date, l’origine et l’intention spécifiques d’une collection, il faut d’abord présenter en détail les textes retenus. On essaie ensuite d’identifier des groupes de textes à l’intérieur de la collection, dans la mesure où les auteurs ont tendance à reprendre des dossiers déjà constitués dans leurs sources26. Finalement, on cherche à identifier le texte le plus récent qui permettra d’établir un terminus post quem. Le terminus ante quem dépendant quant à lui de la création du manuscrit le plus ancien ou d’une utilisation de la collection en question dans une collection datée encore antérieurement. 27 Il s’agit des manuscrits suivants : Cologne, Dombibliothek, Cod. 213 (début du VIIIe s.; Northumbri (...)
28 Cf. Wirbelauer 1993a, p. 211-217. Le manuscrit de Cologne est un témoin tardif de la famille du man (...)
11Commençons par la tradition manuscrite : dans le cas de la Collectio Italica, elle est impressionnante par le nombre des manuscrits conservés et par l’ancienneté de ces témoignages27 : six des huit manuscrits datent du VIIIe siècle, les deux autres du IXe siècle. Ils présentent un état du latin antérieur à l’influence de la renaissance carolingienne. Trois manuscrits ont été écrits en Italie, trois autres sont d’origine anglo-saxonne et du Nord de la Gaule. Il n’existe pas d’autre collection canonique précarolingienne qui soit transmise par un tel nombre de manuscrits pré- ou haut-carolingiens et qui montre une telle variété quant aux origines de ses témoins. Le témoignage le plus ancien écrit en Angleterre dans le royaume de la Northumbrie28 constitue déjà un stade avancé de la tradition en ce sens qu’on trouve dans le texte des variantes issues d’une autre provenance. Ce qui laisse penser que ce codex est en fait la copie d’un autre manuscrit sur lequel un pèlerin érudit a travaillé à Rome avant son retour sur l’île britannique. Il faut donc placer le terminus ante quem à la fin du VIIe siècle.
29 Les manuscrits Par. Lat. 3836, Par. Lat. 1455, St. Paul, Munich Clm 5508 et Lucques représente la t (...)
12Considérons maintenant les textes qui constituent la Collectio Italica29 :
Conciles : Nicée – Ancyre – Néocésarée – Gangra – Carthage/Conc. Afric. – Chalcédoine – Constantinople – Serdique – Antioche.
30 Cf. Wirbelauer 1993, p. 227-301, 1ère édition des Documenta Symmachiana.
Documenta Symmachiana : le concile romain tenu par Silvestre avec 284 évêques ainsi que les documents concernant les hauts faits des évêques romains Libère, Sixte III (2 textes) et Marcellin30.
Lettres d’évêques romains, de Sirice à Léon, dans un ordre non-chronologique.
31 Cf. Stürner 1969, p. 162-171.
3 professions de foi : la definitio fidei retenue par le concile de Chalcédoine – le symbole de Damase – le « symbole S »31.
Annexes : la lettre du synode de Sardique à l’évêque romain Jules, la décrétale Necessaria rerum de l’évêque romain Gélase (JK 636 – Maaßen § 285.12) et un autre texte gélasien (JK 675 – Maaßen § 285.20) qu’il nous faut regarder d’un peu plus près.
32 Pour une édition partielle voir Wirbelauer 1993, p. 124.
13Le tout dernier texte est intitulé ainsi32 :
Papa ille clero ordini plebi consistentibus in ciuitate illa.
Le pape X (salue) le clergé, l’ordre et le peuple de la ville X.
14Ce titre fait comprendre qu’il s’agit d’une formula, donc un texte composé de façon anonyme qui peut servir le cas échéant de modèle. Mais l’auteur de notre collection fait précéder ce modèle par un titre qui précise son origine : Incipiunt constituta sancti Gelasi papae quas [sic !] episcopi in ordinatione sua accipiunt.
Ici commencent les statuts du pape saint Gélase que les évêques reçoivent au moment de leur ordination.
15Le document lui-même ne donne pas les statuts originaux formulés par Gélase ; il se contente de rappeler quelques principes de la décrétale Necessaria rerum (qui le précède directement dans la Collectio Italica) et il souligne l’importance de la fonction épiscopale en général.
33 Cf. Foerster 1958 ; Santifaller 1976 ; Frenz 2000, p. 50-51 ; pour l’origine du manuscrit vatican d (...)
16L’auteur de la Collectio Italica n’a pas menti en ce qui concerne l’origine de ce document. Nous en connaissons, effectivement, au moins un exemple réel : la lettre que Gélase envoya à l’évêque Julien de Brindisi, au moment de son intronisation (JK 675, cf. JK 647 pour l’évêque Pierre de Tarente). D’autres papes ont réutilisé ce modèle, comme par exemple Grégoire le Grand [Reg. III, 11 ; IX, 210, cf. II, 37), Grégoire II, JE 2153 et 2163, et encore Nicolas Ier). Ce document, dépouillé de toute référence à Gélase, a été intégré plus tard dans le Liber diurnus, la collection des documents-modèles de l’Église romaine (datant du VIIe siècle)33.
34 Cf. Wirbelauer 1993 ; Wirbelauer 2012 ; le principe que le premier siège ne sera jugée par personne (...)
35 Faivre 1977, p. 343-347 ; pour plus de détails cf. Wirbelauer 2012, p. 182-186.
17En bref, la Collectio Italica est postérieure au pape Gélase : mentionné comme saint et par conséquent déjà mort, elle ne peut donc remonter qu’au début du VIe siècle. Les documents symmachiens nous renvoient également aux mêmes années, puisqu’ils furent créés en 501 et 502, dans un contexte romain particulièrement conflictuel, au moment où les deux partis qui gravitaient autour de Symmaque et Laurentius étaient à nouveau en lutte, à la suite d’accusations portées contre l’évêque Symmaque devant un synode italien et devant le roi Théodéric. Créés dans le but de fortifier la position fragile qui était celle de Symmaque, ces documents défendent avec vigueur le principe Nemo enim iudicavit / iudicabit primam sedem / Prima sedes a nemine iudicabitur (Personne n’a jugé / ne jugera le premier siège / Le premier siège ne sera jugée par personne) en présentant des exempla du passé épiscopal romain34. Le premier de ces exemples concerne Silvestre. Selon le document, il avait réuni un grand concile équivalent au concile de Nicée, en présence des autorités impériales, afin d’établir des bases juridiques pour la communauté chrétienne à Rome. Ce n’est pas le lieu ici d’en parcourir toutes les mesures. Certaines de ces règles répondent aux attentes du public du début du VIe siècle, en expliquant par exemple l’origine du collège des sept diacres cardinaux. D’autres, au contraire, sont irréalistes et l’ont toujours été. Ainsi, il fallait avoir accompli une carrière ecclésiastique de 55 ans pour pouvoir accéder à l’épiscopat. Ce sont ces intervalles interminables qui ont toujours gêné les chercheurs modernes. Alexandre Faivre a eu le mérite d’avoir proposé une explication sérieuse : pour lui, cette longueur représente la « garantie » d’une « excellente préparation [pour] celui qui doit exercer la plus haute charge » et même, dans les faits, la garantie de l’infaillibilité du pontife35. Mais je souhaite proposer une autre hypothèse. À mon avis, ces injonctions irréalistes n’ont même pas été pensées pour correspondre à la réalité : le faussaire voulait donner des exemples (de règles) qui relevaient d’un passé révolu, et pour ce faire, il a choisi d’énoncer des règles qui étaient dépourvues de tout fondement, afin de renvoyer l’utilisateur vers la décrétale de Gélase. Quant aux chiffres plus ou moins absurdes qui concernent les délais, je me demande s’ils ne sont pas calqués sur le modèle des généalogies de la Genèse. Quoi qu’il en soit, l’utilisateur de la Collectio Italica n’avait pas besoin de se référer à ces règles clairement dépassées puisqu’il devait désormais appliquer les mesures établies par la décrétale de Gélase. Il reste que les documents symmachiens ont leur fonction propre dans la collection : ils rappellent avec force la position du siège de Rome et le fait que son évêque ne peut être mis en cause par qui que ce soit sur terre. C’est l’élément essentiel concernant la primauté qui manquait encore dans la tradition romaine, car ni Léon ni Gélase ne l’avait formulé. Il n’est donc pas surprenant que les documents symmachiens, et en particulier le concile de Silvestre, aient connu une forte réception, directe et indirecte, dans la tradition canonique, et que la règle elle-même figure toujours dans le droit canonique actuel, malgré son origine douteuse. La Collectio Italica est donc la première collection canonique de caractère vraiment papal, même si de nombreux éléments avaient déjà été mis en place grâce à d’autres collections.
La réaction des adversaires de l’évêque Symmaque : les travaux de Denys le Petit
36 Cf. Wirbelauer 1993, p. 96-99 et p. 317-342.
37 Cf. PCBE 2, p. 566-568 ; Wirbelauer 2002, p. 205-207.
18Comme je l’ai déjà mentionné, la diffusion de la Collectio Italica parmi les nouveaux évêques en Italie est liée à une situation conflictuelle. Pour les adversaires de l’évêque Symmaque, la question était de savoir comment réagir pour contrer cet ouvrage qui défendait les positions symmachiennes auprès de l’épiscopat italien. Dans une telle situation, le débat intellectuel – qui a pour principe de déconstruire les textes – ne paraissait pas le plus efficace. En fait, les Laurentiens ont répondu par une nouvelle version du concile de Silvestre adaptée à leurs positions36. De plus, ils se sont chargés de présenter une nouvelle traduction des textes des conciles grecs, puisque les anciennes traductions latines avaient été sources de conflits dans le passé. C’est Denys le Petit, moine bilingue d’origine thrace, arrivé à Rome peu après la mort de Gélase, qui s’en est chargé37. Un peu plus tard, il fabrique une collection de décrétales qui rassemble des lettres allant de l’époque de Sirice jusqu’à Anastase II. Dans l’introduction de cette collection, il fait l’éloge de Gélase, en précisant qu’il ne l’a jamais connu vivant. On voit donc clairement comment les deux partis se sont référés à ce personnage et ont tenté de se présenter comme ses héritiers légitimes. 38 Cf. Wirbelauer 1994/95, p. 407-415 et 2011 ; parmi les travaux plus récents concernant Damase cf. M (...)
19Mais les partisans de Laurentius, y compris Denys le Petit, se heurtent à une difficulté majeure. Ils n’ont pas accès aux archives épiscopales. Ils pouvaient en partie compenser cet inconvénient en recourant aux archives du préfet urbain, où ils trouvaient les documents concernant les anciens conflits de succession entre Damase et Ursi(ci)ne (366/67) et entre Boniface et Eulalius (418/19)38. Ces dossiers, sur le fond hostiles aux positions symmachiennes, nous sont parvenus par la Collectio Avellana, dans laquelle on trouve également des écrits de Denys le Petit.
39 Cf. Blaudeau 2012, p. 28-29, 43-45.
20À court terme, les Symmachiens l’emportent : Laurentius n’est en place après 506 et ses partisans sont obligés de se soumettre publiquement à Symmaque. Mais déjà son successeur, Hormisdas, tend la main aux anciens opposants en demandant sa collaboration à Denys39. C’est à ce moment-là que Denys obtient l’accès aux archives épiscopales, le scrinium, où il peut remanier son œuvre canonique et la compléter par les décrétales. La tradition des collections dionysiennes montre clairement combien l’utilisation de ces archives s’avère ainsi profitable à Denys.
21Pour conclure : C’est au début du VIe siècle, dans une situation de reconstruction après des périodes d’insécurité, que l’on constate une véritable hausse de la diffusion des collections canoniques. Mais il manque encore une autorité suprême incontestée, et ce en dépit des documents présentés. Le monde du droit canonique antique (et haut-médiéval) ne connaît pas une codification unique, mais plusieurs codifications qui entraient en concurrence.
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3 Novelle 131, 1 : Sancimus igitur vicem legum obtinere sanctas ecclesiasticas regulas, quae a sanctis quattuor conciliis expositae sunt aut firmatae, hoc est in Nicaena trecentorum decem et octo et in Constantinopolitana sanctorum centum quinquaginta patrum et in Epheso Prima, in quo Nestorius est damnatus, et in Calcedone, in quo Eutychis cum Nestorio anathematizatus est. Praedictarum enim quattuor synodorum dogmata sicut sanctas scripturas accipimus et regulas sicut leges servamus. Rüfner 2010 s'oppose à la communis opinio avec des arguments plausibles ; le débat concernant la reconnaissance absolue des canons ecclésiastiques par l'État romain semble rouvert.
4 Gaudemet 1958, p. 37 ; cf. Jasper – Fuhrmann 2001, p. 12-13 ; Moreau 2010, p. 489-490 ; les documents les plus anciens furent objet des travaux récents : la décrétale Ad Gallos episcopos fut rééditée par Duval 2005, cf. Moreau 2010, p. 495-497, Blaudeau 2012, p. 25 n. 36 et le compte rendu rédigé par Zechiel-Eckes, Francia, 2008/3, cf. http://www.perspectivia.net/content/publikationen/francia/francia-recensio/2008-3/mittelalter-2013-moyen-age-50020131500 (11.11.2013). Pour la décrétale envoyée par Sirice à l’évêque Himère de Tarragone cf. maintenant l’édition critique de Zechiel-Eckes 2013 ainsi que l’étude philologico-théologique de Hornung 2011 qui pouvait utiliser le nouveau texte établi de Klaus Zechiel-Eckes mort brutalement en février 2010 ; ces deux publications créent une base tout à fait nouvelle pour les futures recherches concernant les débuts de l’épistolographie épiscopale romaine et leur transmission par les collections canoniques. Si l'on admet la position de Rüfner 2010, le problème d'une éventuelle reconnaissance des décrétales par l'État romain ne se pose plus.
5 La notion de la codification est une création du juriste anglais Jeremy Bentham (1748-1832) qu’il semble avoir utilisé pour la première fois en juin 1815 dans des lettres destinées au tsar Alexandre. Ce néologisme vise uniquement l’aspect qualifié ici comme intellectuel, cf. Dölemeyer 2000 ; Mertens 2004, p. 489-507 ; Kroppenberg 2012. Pour l’aspect matériel cf. les remarques de Koep 1954, col. 682-84 ; Bischoff 1979, p. 34-48 ; Cavallo 1997.
6 Pour les éditions critiques de trois collections mentionnées supra cf. Munier 1974, p. 284-311, Zechiel-Eckes 1992, et Mordek 1975 ; il convient d’y associer la petite collection de Martin de Braga « composée sans doute peu après 572 » selon Gaudemet 1988, p. 52; pour d’autres renseignements bibliographiques cf. Kéry 1999 ; Wirbelauer 2002, p. 437.
8 Zechiel-Eckes 2000, 2001, 2002 et 2011 ; les travaux de Zechiel-Eckes ont été repris par son successeur à l’Université de Cologne, Karl Ubl, qui a organisé un colloque sur cette thématique en février 2013 à Cologne, cf. http://hsozkult.geschichte.hu-berlin.de/tagungsberichte/id=4721 (11.11.2013). 9 Gaudemet 1974/80, p. 293, préfère de parler des « collections méthodiques ».
11 Pietri 1976, p. 672-680, a réuni les différents éléments qui, pour lui, plaident en faveur de l’existence d’un véritable scrinium à cette époque sans cacher les difficultés créées par nos sources, notamment le Liber Pontificalis, dont la valeur pour le IVe siècle reste discutable. J’avoue que je ne partage pas son optimisme par rapport à l’existence de ces archives avant Damase (cf. p. 672-73), mais il est évident que celui-ci y a fait des efforts. Néanmoins, jusqu’au milieu du Ve siècle, les résultats sur le plan documentaire ne sont pas à la même hauteur de ce qu’on retrouve à cette époque dans d’autres administrations, par ex. celle du Préfet urbain. Pour une vision plus nuancée et plus proche de celle présentée ici cf. Blaudeau 2012, p. 84-86 ; voir aussi les travaux récents de Moreau 2010 et surtout Moreau 2013, p. 86-87.
12 La légende silvestrienne fut l’objet d’une production importante de la plume de Werner Pohlkamp, cf. Pohlkamp 1982, 1984, 1988, 1992, 1995, 2007 et 2008 ; malheureusement, l’édition critique promise par celui-ci n’a pas encore vu le jour ce qui rend le débat sérieux quasiment impossible, car les différents textes accessibles ne représentent pas de base solide. Pour une nouvelle approche cf. Canella 2006.
13 Ces inventaires intéressent depuis longtemps les archéologues de la Rome chrétienne, cf. notamment les travaux de Herman Geertman (1975 et 2003). Pour une vision d’ensemble cf. maintenant Blaudeau (à paraître).
14 Pour l’édition critique des épigrammes cf. toujours Ferrua 1942 ; parmi les travaux plus récents à noter : Pietri 1976, passim ; Pietri 1986/1997 ; Reutter 2009 ; Löx 2013 ; concernant Furius Filocalus cf. aussi PCBE 2, p. 820-822.
15 Cet argument issu de la tradition manuscrite des collections canoniques ne rend pas impossible d’accorder la qualité de la décrétale à des textes antérieurs, par ex. la lettre Ad Gallos episcopos, cf. Duval 2005. 16 Cf. Chavasse 1964.
17 Les éditions de référence, à utiliser toutes les deux : Ewald – Hartmann 1891/1899 et Norberg 1982 ; les Sources Chrétiennes ont commencé à publier une édition bilingue, cf. Minard 1991 (Livres I-II) et Minard – Reydellet 2008 (Livres III-IV) ; une analyse récente des activités de Grégoire a été présentée par Müller 2009 ; pour une étude lexicale du mot registrum cf. Moreau 2013 ; Judic 2010 défend l’hypothèse plausible d’une formation successive du registre de Grégoire entre le début du VIIe et la deuxième moitié du IXe siècle.
18 Pour la Collectio Avellana cf. Wirbelauer 1993, p. 134-138 et les travaux récents de Blaudeau 2012, p. 42-49 ; Blaudeau 2013 ; cette collection est l’objet d’un programme de recherche dirigé par Alexander Evers, cf. http://www.luc.edu/collectioavellana.
20 Le concept remonte aux travaux de Friedrich Prinz, cf. Prinz 1973 ; pour une vision d’ensemble voir Martin 1995, p. 198-199 ; Demandt 2007, p. 465.
22 JK 636, texte : Thiel 1867/68, p. 360-379 ; cf. Caspar 1933, p. 77 ; Gaudemet 1974/1980 ; Ullmann 1981, 228-231 ; une réédition de ce texte largement diffusé dans les différentes collections canoniques paraît très souhaitable ; les imperfections de l’édition de Thiel 1867/68 sont évidentes. La datation du 11 mars 494 est incontestable, contra Zechiel-Eckes 2013, p. 25, qui préfère l’année 495. Voir aussi l’article de Neil (à paraître).
25 Pour la tradition manuscrite de la Collectio Quesnelliana voir Zechiel-Eckes 2013, p. 24-28 ; le manuscrit d’Einsiedeln (Stiftsbibliothek, 191) est disponible sur http://www.e-codices.unifr.ch/de/list/one/sbe/0191.
26 Nous devons le terme « dossier thématique » à A. Chavasse qui l’a introduit pour analyser la tradition manuscrite de la correspondance de Léon le Grand, cf. Chavasse 1964.
27 Il s’agit des manuscrits suivants : Cologne, Dombibliothek, Cod. 213 (début du VIIIe s.; Northumbrie, intégré déjà au VIIIe siècle dans la bibliothèque de l’archevêque), Paris, Bibliothèque Nationale, Cod. Lat. 3836 (2e moitié du VIIIe s. ; Corbie ou proximité de Corbie), anc. Malibu/Calif., J. Paul Getty Museum, 83.MQ.162 (anc. Collection Ludwig XIV. 1 ; 4e quart du VIIIe s. ; Italie du Nord ; vendu par le J. Paul Getty Museum en 1988, le manuscrit se trouve aujourd’hui en propriété privée), St. Paul dans la vallée de la Lavant, Stiftsbibliothek, Cod. 7/1 (milieu ou 2e moitié du VIIIe s. ; Italie ; intégré au IXe s. dans la bibliothèque abbatiale de la Reichenau) et Lucques, Biblioteca Capitolare Feliniana, Cod. 490 (fin du VIIIe / début du IXe s. ; Lucques) ainsi que Munich, Bayerische Staatsbibliothek, Cod. Lat. 5508 (780-790 ; Salzbourg), Paris, Bibliothèque nationale, Cod. Lat. 1455 (3e-4e quart du IXe s. ; proximité de Reims ?) et Cod. Lat. 4279 (milieu du IXe s. ; vraisemblablement Francie occidentale) ; pour une description plus détaillée des manuscrits cf. Wirbelauer 1993, p. 171-223. Zechiel-Eckes 2013, p. 42-49 en présente ceux qui transmettent la décrétale d’Himère de Tarragone. Les manuscrits de Cologne et de Munich mentionnés ci-dessus sont disponibles sur http://www.ceec.uni-koeln.de/ et http://daten.digitale-sammlungen.de/~db/0003/bsb00036890/images/ (11.11.2013).
28 Cf. Wirbelauer 1993a, p. 211-217. Le manuscrit de Cologne est un témoin tardif de la famille du manuscrit de Lindisfarne. Il n’est pas exclu qu’il a été rédigé sur le continent dans la zone sujette à l’influence de la mission anglo-saxonne, par exemple à Echternach, cf. la discussion détaillée par A. van Euw sur http://www.dombibliothek-koeln.de/index1.html?/galerie/altes_buch/dom_hs_213/dom_hs_213_start.html (11.11.2013). 29 Les manuscrits Par. Lat. 3836, Par. Lat. 1455, St. Paul, Munich Clm 5508 et Lucques représente la totalité de la collection, pendant que les manuscrits Cologne 213, Par. Lat. 4279 et Malibu soient incomplets à la fin suite à une décision volontaire (dans le cas de Cologne 213) ou à des mutilations qui ont causé la perte de cahiers de feuilles ; pour certains textes, il convient de faire appel à d’autres manuscrits qui ont conservé une version issue de la Collectio Italica.
33 Cf. Foerster 1958 ; Santifaller 1976 ; Frenz 2000, p. 50-51 ; pour l’origine du manuscrit vatican de Nonantola voir Palma 1980.
34 Cf. Wirbelauer 1993 ; Wirbelauer 2012 ; le principe que le premier siège ne sera jugée par personne, se trouve à la fin du premier et du dernier texte symmachien, SK1, 205 et SM, 219-220, Wirbelauer 1993, p. 246 et p. 300.
38 Cf. Wirbelauer 1994/95, p. 407-415 et 2011 ; parmi les travaux plus récents concernant Damase cf. Ménard 2008, Reutter 2009 et dernièrement Löx 2013.
39 Cf. Blaudeau 2012, p. 28-29, 43-45.Haut de page
Eckhard Wirbelauer, « Réorganiser l’Église italienne », Mélanges de l'École française de Rome - Antiquité [En ligne], 125-2 | 2013, mis en ligne le 19 décembre 2013, consulté le 29 avril 2017. URL : http://mefra.revues.org/1878 ; DOI : 10.4000/mefra.1878 Haut de page
Université de Strasbourg – wirbelau[at]unistra.frHaut de page
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