Source: http://doczz.fr/doc/599751/l-%C3%A9cart-de-r%C3%A9mun%C3%A9ration-entre-femmes-et-hommes
Timestamp: 2020-03-30 00:12:41+00:00
Document Index: 323562847

Matched Legal Cases: ['arrêt ', '§ 1', 'arte 2008', '§ 5', '§ 23', '§ 15', '§ 1']

L`écart de rémunération entre femmes et hommes - France
L`écart de rémunération entre femmes et hommes
en Europe d’un point
de vue juridique
La présente publication bénéficie du soutien du programme de l'UE pour l’emploi
et la solidarité sociale PROGRESS (2007-2013). Ce programme est géré par la
Direction générale de l’emploi, des affaires sociales et de l’égalité des chances de la
Commission européenne. Il a été établi pour appuyer financièrement la poursuite
des objectifs de l’Union européenne dans les domaines de l’emploi et des affaires
sociales, tels qu’ils sont énoncés dans l’agenda social, et contribuer ainsi à la
réalisation des objectifs de la stratégie de Lisbonne dans ces domaines.
Le programme, qui s’étale sur sept ans, s’adresse à toutes les parties prenantes
susceptibles de contribuer à façonner l’évolution d’une législation et de politiques
sociales et de l’emploi appropriées et efficaces dans l’ensemble de l’UE-27, des pays
de l’AELE-EEE ainsi que des pays candidats et pré-candidats à l’adhésion à l’UE.
PROGRESS a pour mission de renforcer la contribution de l’UE et d’aider ainsi les
États membres à respecter leurs engagements et mener à bien leur action en vue
de créer des emplois plus nombreux et de meilleure qualité et de bâtir une société
plus solidaire. Dès lors, il contribue:
à fournir une analyse et des conseils dans les domaines d’activité qui lui sont
à assurer le suivi et à faire rapport sur l’application de la législation et des
politiques de l'UE dans ces mêmes domaines ;
à promouvoir le transfert de politiques, l’échange de connaissances et le
soutien entre les États membres concernant les objectifs et priorités de l’Union,
http://ec.europa.eu/progress
L’écart de rémunération entre
femmes et hommes en Europe d’un
Direction générale de l’emploi, des affaires sociales et de l’égalité des chances
Unité G.2
Manuscrit terminé en mai 2010
Ce rapport a été financé par la direction générale de l’emploi, des affaires sociales et de l’égalité des
chances de la Commission européenne pour ses besoins propres. Il ne représente pas nécessairement la
position officielle de la Commission.
Traduit de l’anglais par Anne Bigwood.
© photos: www.morguefile.com
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Luxembourg: Office des publications de l’Union européenne, 2010
ISBN 978-92-79-16254-1
doi:10.2767/86241
IMPRIME SUR PAPIER BLANCHI SANS CHLORE ELEMENTAIRE (ECF)
L’Union européenne poursuit depuis sa création l’objectif d’une égalité de rémunération entre les
femmes et les hommes pour un travail de même valeur. Or en dépit de tous les efforts déployés pour y
parvenir, les statistiques montrent qu’un écart moyen de rémunération de 17,6% persistait en 2008 dans
l’ensemble des 27 États membres de l’UE. La législation européenne ayant pratiquement éradiqué la
discrimination directe entre femmes et hommes en matière salariale, la persistance de cet écart découle
de causes beaucoup plus complexes prenant des formes diverses telles que la discrimination indirecte; la
plus grande difficulté des femmes de concilier vie professionnelle et vie privée; la ségrégation du marché
du travail; et les stéréotypes qui influencent l’évaluation et la classification des professions, et le choix de
la filière de formation en fonction du sexe. Les avancées vers l’élimination de l’écart de rémunération
semblent très lentes, et un processus inverse, à savoir l’accroissement de cet écart, est même observé
dans plusieurs pays. Si l’on songe que l’Union européenne agit dans ce domaine depuis plus d’un demisiècle, le résultat est pour le moins décevant.
Il est de notre devoir d’améliorer fortement cette situation. L’écart de rémunération entre les femmes et
les hommes est un phénomène complexe qui requiert une approche à facettes multiples, afin de
remédier à toutes les formes d’inégalité des sexes sur le marché du travail. La Commission va continuer
d’utiliser tous les instruments législatifs et non législatifs à sa disposition pour lutter contre l’écart de
rémunération au sein de l’Union européenne. La lutte ne sera cependant efficace qu’à condition d’être
menée à tous les niveaux, d’impliquer tous les intéressés – les États membres et les partenaires sociaux
en particulier – et de cibler tous les facteurs qui sous-tendent le phénomène.
Le présent rapport du Réseau européen d’experts juridiques dans le domaine de l’égalité des genres de la
Commission analyse les politiques, initiatives et instruments juridiques mis en place par 33 pays, à savoir
les 27 États membres de l’UE, trois pays de l’EEE (Islande, Liechtenstein et Norvège) et trois pays
candidats (Croatie, ARY de Macédoine et Turquie), pour lutter contre l’écart de rémunération entre les
femmes et les hommes. Il met en évidence une série d’instruments législatifs et autres qui offrent un réel
potentiel dans ce sens. Il est important en effet que l’action conjointement menée par l’UE et les États
membres pour réduire l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes puisse s’inspirer des
mesures déjà appliquées avec succès dans certains pays de l’Union.
Dans la Charte des femmes adoptée en mars 2010, la Commission européenne réaffirme son
engagement de promouvoir l’égalité de rémunération pour un même travail ou un travail de même
valeur en œuvrant avec les États membres à la réduction significative de l’écart salarial fondé sur le sexe
au cours des cinq prochaines années. Sa Stratégie pour l’égalité des genres prévoit un cadre coordonné
d’action englobant toutes les politiques communautaires en vue d’instaurer, entre les femmes et les
hommes, l’égalité de manière générale et l’égalité de rémunération en particulier.
L’écart de rémunération entre femmes et hommes en Europe
L’écart de rémunération entre femmes et hommes: une préoccupation permanente
Le concept de l’écart de rémunération entre femmes et hommes
1. LA SITUATION GÉNÉRALE EN EUROPE
1.1. Caractéristiques de l’écart de rémunération entre femmes et hommes
1.1.1. Écart moins marqué dans le secteur public
1.1.2. Âge
1.1.3. Importantes disparités selon les secteurs
1.1.4. Éducation et fonction
1.1.5. Influence du faible taux d’emploi des femmes
1.1.6. Influence de la crise économique
1.1.7. Immigrés
1.2. De l’écart non ajusté/absolu à l’écart corrigé/net de rémunération entre femmes et hommes
1.2.1. Travail à temps partiel et travail temporaire (à durée déterminée)
1.2.2. Ségrégation horizontale et verticale du marché du travail
1.2.3. Fréquentes interruptions de carrière et exercice conjugué d’une profession et
d’obligations familiales
2.1. Dispositions constitutionnelles
2.2. Lois adoptées par les Parlements nationaux
3. LES INSTRUMENTS DES PARTENAIRES SOCIAUX
3.1. Négociations collectives
3.1.1. Obligation pour les conventions collectives du travail de respecter le principe d’égalité
3.1.2. Importance décroissante des conventions collectives du travail
3.1.3. Écart de rémunération entre hommes et femmes reflété dans la structure même des
3.2. Mesures incitant/obligeant les partenaires sociaux à remédier à l’écart de rémunération
3.3. Autres pratiques des partenaires sociaux visant à lutter contre l’écart de rémunération
4. LES INSTRUMENTS SPÉCIFIQUEMENT AXÉS SUR LES EMPLOYEURS
4.1. Mesures en matière de statistiques
4.2. Mesures en matière de transparence de la rémunération
4.3. Mesures en matière de marchés publics
4.4. Mesures concernant l’adoption de plans/stratégies pour l’égalité
4.5.Autres mesures encourageant les employeurs à combattre l’écart de rémunération
5. AUTRES INSTRUMENTS VISANT À COMBLER L’ÉCART DE RÉMUNÉRATION ENTRE FEMMES ET HOMMES
5.1. Instruments susceptibles d’aider un particulier à établir l’existence d’une discrimination en
matière de rémunération
5.1.1. Renversement de la charge de la preuve
5.1.2. Contribution des organismes pour l’égalité de traitement à la collecte d’informations
5.2. Instruments susceptibles de faciliter l’instauration de systèmes d’évaluation des fonctions
et de rémunération non discriminatoires pour les femmes
5.3. Surveillance des conventions collectives du travail, des systèmes de l’évaluation
des fonctions, etc.
5.4. Le rôle de l’Inspection du travail
5.5. Actions particulières en matière de rémunération
6. DIFFICULTÉS D’APPLICATION DES RÈGLES RELATIVES À L’ÉGALITÉ DE RÉMUNÉRATION
6.1. Procédures judiciaires
6.1.1. Problème du champ de comparaison
6.1.2. Ressources personnelles insuffisantes de la partie requérante
6.1.3. Délais de prescription
6.1.4. Indemnisation et sanctions limitées
6.1.5. Manque de confiance dans l’appareil judiciaire
6.2. Procédures devant les organismes nationaux pour l’égalité de traitement
7. LIEN ENTRE L’ÉCART DE RÉMUNÉRATION ENTRE FEMMES ET HOMMES ET D’AUTRES VOLETS DU DROIT
7.1. Travail à temps partiel
7.2. Heures supplémentaires
7.3. Régime de travail temporaire (à durée déterminée)
7.4. Détachement de travailleurs
7.5. Aspects liés à la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale
7.6. Autonomie des parties en droit contractuel
7.7. Mesures de lutte contre le chômage
7.8. Âge d’admission à la pension et systèmes de pension
7.9. Mesures liées à l’ancienneté/la durée de service/l’évaluation
7.10. Dispositions du droit de la famille
8. BONNES PRATIQUES
Membres du réseau européen d’experts juridiques dans le domaine
de l’égalité des genres
Petra Foubert*
L’égalité de rémunération entre les hommes et les femmes pour un travail de même valeur préoccupe
l’Union européenne (UE) depuis sa création. Le principe de cette égalité a été consacré dès le traité
instituant la CEE en 1957, et plus précisément par son article 119 – devenu l’article 141 du traité CE lors
de la première renumérotation des traités fondateurs en 1997. Le principe de l’égalité de rémunération
entre hommes et femmes fait aujourd’hui l’objet de l’article 157 du traité sur le fonctionnement de
l’Union européenne (TFUE) entré en vigueur le 1er décembre 2009.1
Une impulsion majeure a été donnée à la concrétisation de ce principe par la directive 75/117/CEE
(égalité de rémunération)2 – récemment remplacée par la directive 2006/54/CE (refonte)3 – et par la
jurisprudence de la Cour de justice européenne (CJE).4 Les conclusions de la CJE établissant au cours des
années 1970 l’effet direct de l’article 119 dans les relations à la fois verticales (particulier contre autorité
publique) et horizontales (particulier contre particulier)5 se sont avérées un instrument puissant de mise
en application de ce principe par les juridictions nationales, assorti en outre d’effets préventifs
incontestables et non négligeables. À l’échelon national, le principe de l’égalité de rémunération est, de
façon générale, intégralement reflété dans la législation des 27 États membres de l’UE et des trois pays
de l’Espace économique européen (EEE): Islande, Liechtenstein et Norvège.6 Les trois pays candidats –
Croatie, ARY de Macédoine et Turquie – ont également adapté leur législation aux normes de l’Union.
Les données Eurostat n’en révèlent pas moins une persistance de l’écart de rémunération entre les
femmes et les hommes, qui aurait été, en moyenne, de 17,6% pour l’ensemble des 27 États membres de
l’UE en 2007 et 2008. Les avancées vers l’élimination de cet écart apparaissent, de façon générale, très
lentes. Les données Eurostat relatives aux années 2002, 2006, 2007 et 2008 (provisoires et incomplètes)
font état d’une réduction régulière, mais modeste, de l’écart de rémunération entre les femmes et les
hommes en Belgique (de 9,5 à 9,0% en 2007), en Finlande (de 21,3 à 20,0%), en Espagne (de 20,2 à
17,1%) et en Slovaquie (de 27,7 à 20,9%). L’écart est stable, mais élevé, en Autriche avec 25,5%. La
tendance n’est pas claire, en revanche, en ce qui concerne la Bulgarie, Chypre, le Danemark, la Grèce, la
Hongrie, l’Irlande, la Lettonie, Malte, la Roumanie, le Royaume-Uni et la Suède. La plupart de ces pays,
hormis Malte, affichent un écart moyen à important de la rémunération entre les femmes et les hommes
(de 2,4 à 9,2%). Enfin, et à l’inverse de ce que l’on pourrait imaginer, l’écart s’accroît à nouveau en
Allemagne, en Estonie, en France, en Italie, en Lituanie, au Luxembourg, aux Pays-Bas, en Pologne,
au Portugal, en République tchèque et en Slovénie. La plupart de ces pays se caractérisent par un
Prof. dr. Petra Foubert est maître de conférences à la Faculté de Droit de l’Université de Hasselt (Universiteit Hasselt, Belgique)
et avocate, membre du Barreau de Leuven (Belgique).
Le traité de Lisbonne, signé à Lisbonne le 13 décembre 2007, est une série d’amendements apportés aux deux traités de base
de l’Union européenne: le traité sur l’Union européenne (TUE) et le traité instituant la Communauté européenne (TCE). Le
second a été rebaptisé «traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE)».
Directive 75/117/CEE concernant le rapprochement des législations des États membres relatives à l’application du principe
de l’égalité des rémunérations entre les travailleurs masculins et les travailleurs féminins, JO L 45 du 19 février 1975, p. 19.
Directive 2006/54/CE relative à la mise en œuvre du principe de l’égalité des chances et de l’égalité de traitement entre
hommes et femmes en matière d’emploi et de travail (refonte), JO L 204 du 26 juillet 2006, p. 23.
Le traité de Lisbonne a intégré la Cour de justice européenne (CJE) dans la « Cour de justice de l’Union européenne».
Affaire 43/75 Defrenne II, Recueil 1976, p. 455.
L’accord EEE, qui est entré en vigueur le 1er janvier 1994, permet à l’Islande, au Liechtenstein et à la Norvège de bénéficier des
avantages du marché unique européen, sans avoir les privilèges et les responsabilités d’un membre de l’Union européenne.
L’écart de rémunération entre femmes et hommes en Europe d’un point de vue juridique
écart moyen à élevé de rémunération entre femmes et hommes, à l’exception notoire de l’Italie (hausse
de 4,4% à 4,9%), du Luxembourg (de 10,7 à 12,4%), de la Pologne (de 7,5 à 9,8%), du Portugal (de 8,4 à
9,2%) et de la Slovénie (de 6,1% à 8,5%).7
Si l’on songe que l’Union européenne prend des mesures depuis plus d’un demi-siècle pour
défendre le principe de l’égalité de rémunération entre femmes et hommes pour un même travail ou un
travail de même valeur, ce résultat est pour le moins décevant et explique les diverses initiatives
adoptées ces dernières années par la Commission européenne pour lutter contre l’écart de
rémunération; cette problématique reste en effet l’une de ses principales préoccupations en matière
d’égalité des genres.
L’égalité de rémunération est l’une des priorités établies par la «Feuille de route pour l’égalité entre
les femmes et les hommes 2006-2010».8 La Commission européenne a adopté en 2007 une
communication dans laquelle elle analyse les causes de l’écart de rémunération et présente une série de
mesures visant à y remédier (développement des services de garde et de soins pour les enfants et les
personnes âgées et élimination des stéréotypes liés au genre dans l’éducation, la formation et la culture,
par exemple).9
En 2007 le Réseau européen d’experts juridiques dans les questions d’emploi et d’égalité des genres
(le «Réseau»)10 de la Commission européenne a publié un rapport intitulé «Legal Aspects of the Gender Pay
Gap»11 dont le but était moins de fournir un aperçu détaillé des législations nationales en matière
d’égalité de rémunération que de recentrer le débat autour de ses éléments essentiels et de susciter la
réflexion quant aux moyens par lesquels le droit et les instruments juridiques peuvent contribuer à en
résorber l’écart.
Face à la persistance – voire à l’accentuation dans de nombreux pays – de l’écart de rémunération
entre les femmes et les hommes depuis 2007, la Commission européenne a estimé que le moment d’un
nouveau rapport était venu, afin d’actualiser les informations contenues dans le rapport de 2007, mais
également de pousser plus loin l’analyse dans deux directions spécifiques:
– premièrement, la Commission était intéressée d’obtenir de meilleures données concernant les
politiques, initiatives et instruments juridiques nationaux destinés à lutter concrètement contre
– deuxièmement, la Commission voulait étudier l’existence de liens éventuels entre l’égalité de
rémunération et d’autres dispositions nationales en matière de droit du travail.
Le «Réseau» a adressé des questionnaires détaillés à des experts juridiques de 33 pays, à savoir les
27 États membres actuels de l’UE, trois pays de l’EEE (Islande, Liechtenstein et Norvège) et enfin la
Croatie, l’ARY de Macédoine et la Turquie en qualité de pays candidats. Les rapports nationaux tirés de
ce questionnaire constituent le fondement de la présente analyse; ils peuvent être consultés sur le site
web du «Réseau», étant intégralement joints à la publication électronique du présent bilan.12
Les 33 rapports nationaux montrent clairement que l’écart de rémunération entre les femmes et les
hommes figure à l’agenda politique de nombreux pays. Le consensus quant à la nécessité d’agir est de
plus en plus large, mais il existe des divergences quant à la façon de procéder. Dans certains pays
cependant, l’écart de rémunération entre les sexes ne bénéficie, en termes d’urgence, ni d’une priorité, ni
même d’une grande importance aux yeux du gouvernement. Tel est notamment le cas dans l’ARY de
Macédoine, à Malte et en Turquie, où la participation des femmes au marché du travail reste très faible.
Ces pays axent davantage leurs efforts sur des mesures incitant les femmes à participer à ce marché,
plutôt que sur des mesures de lutte contre l’écart de rémunération entre elles et les hommes.
Voir le tableau Eurostat de l’écart de rémunération entre hommes et femmes, non ajusté, sur
http://epp.eurostat.ec.europa.eu/tgm/table.do?tab=table&init=1&plugin=1&language=fr&pcode=tsiem040, consulté le
Communication de la Commission au Conseil, au Parlement européen, au Comité économique et social européen et au
Comité des régions intitulée «Une feuille de route pour l’égalité entre les femmes et les hommes 2006-2010», COM (2006) 92
Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au
Comité des régions intitulée «Combattre l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes», COM (2007) 424 final.
Pour de plus amples informations concernant le Réseau, voire le site web de la Commission européenne sur
http://ec.europa.eu/social/main.jsp?catId=748&langId=fr, consulté le 3 mai 2010.
Ce rapport est disponible sur http://ec.europa.eu/social/main.jsp?catId=641&langId=fr, consulté le 29 avril 2010.
Voir http://ec.europa.eu/social/main.jsp?catId=641&langId=fr, consulté le 21 juin 2010.
Bon nombre des conclusions des rapports nationaux se trouvent confirmées par la très récente
(2010) publication d’Eurofound13 intitulée «Addressing the Gender Pay Gap: Government and Social
Partners’ Actions».14
L’écart de rémunération entre femmes et hommes est un concept assez vague. S’il n’a pas de
signification précise dans un certain nombre de pays, il fait, dans la plupart des autres, l’objet d’une
définition commune, à savoir la différence entre le niveau moyen de rémunération des travailleurs
masculins, d’une part, et des travailleurs féminins, d’autre part. La moyenne couvre le plus souvent
l’ensemble de l’économie. Cet écart varie néanmoins fortement selon que l’on envisage distinctement le
type de profession et le secteur d’activité ou l’âge de la population active. De même, l’écart de
rémunération est, en règle générale, plus marqué dans le secteur privé que dans le secteur public.
Le concept n’englobe pas toujours les pensions professionnelles. Or il est évident que «l’écart de
pension» est un prolongement de l’écart de rémunération au-delà de la retraite. Cet écart de pension
persiste en dépit des dispositions anti-discrimination du droit national en ce qui concerne les régimes
légaux et les régimes professionnels de pension (il convient de souligner néanmoins que la législation en
la matière semble assez complexe, peu transparente et parfois lacunaire).
Au niveau de l’UE, «l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes» est défini comme la
différence relative des rémunérations horaires brutes moyennes des femmes et des hommes pour
l’ensemble de l’économie.15 Cet indicateur est défini comme «non ajusté» du fait qu’il n’a pas été corrigé
pour tenir compte de caractéristiques individuelles susceptibles d’expliquer partiellement les disparités
salariales. Ces caractéristiques individuelles concernent, entre autres, les choix traditionnels de formation
et d’orientation professionnelle des hommes et des femmes; le déséquilibre entre les hommes et les
femmes en termes de partage des responsabilités familiales; le fait que les hommes et les femmes
tendent encore à travailler dans des secteurs différents; le travail à temps partiel, qui est souvent très
féminisé; etc.16
Il en résulte que l’écart de rémunération entre femmes et hommes «non ajusté» – également appelé
écart «absolu» ou «brut » – couvre à la fois une éventuelle discrimination salariale et des écarts salariaux
découlant de facteurs qui sont sans rapport avec une discrimination à proprement parler, mais qui sont
susceptibles d’expliquer, en partie du moins, la différence. L’écart «corrigé» ou «net» couvre, en
revanche, la part de l’écart de rémunération qui ne peut être expliquée et qui est supposée découler
largement d’une discrimination au sens strict de la loi.
Le gouvernement des Pays-Bas a explicitement précisé que l’écart de rémunération «corrigé» ou
«net» ne pouvait, à son avis, être assimilé à une discrimination salariale. Alors que la «discrimination
salariale» est un concept juridique, l’écart de rémunération «corrigé» ou «net» est le résultat d’un calcul
basé sur plusieurs facteurs statistiques aboutissant à une idée générale de la situation dans différents
Aux fins du présent rapport juridique, les experts nationaux ont été invités à se concentrer sur l’écart
net dans la mesure où il s’agit de la part de l’écart de rémunération (non ajusté) que les juristes
cherchent à réduire, voire à éliminer. Il apparaît clairement néanmoins que, dans certains cas, la frontière
entre écart non ajusté et écart ajusté est fort mince, car elle dépend aussi de la quantité d’informations
Eurofound, la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail (Dublin, Irlande), est un organe
de l’Union européenne instauré par le Conseil européen en 1975 en vue de contribuer à la planification et à la mise en place
de meilleures conditions de vie et de travail en Europe.
Cette publication est disponible sur le site web d’Eurofound sur http://www.eurofound.europa.eu/pubdocs/2010/18/en/2/
EF1018EN.pdf, consulté le 26 avril 2010.
Voir le site web de la Commission européenne sur http://ec.europa.eu/social/main.jsp?catId=684&langId=fr, consulté le
26 avril 2010. Il convient de noter que certains chercheurs considèrent qu’il est plus adéquat de comparer une médiane des
salaires. La théorie des probabilités et les statistiques définissent une médiane comme la valeur numérique qui divise en deux
parties un échantillon telle que chaque partie contient le même nombre de valeurs. Les experts polonais et britannique,
entre autres, font référence à la médiane. Voir aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_des_probablit%C3%A9s et
http://fr.wikipedia.org/wiki/Statistiques, consulté le 7 septembre 2010.
Pour une description un peu plus détaillée des causes de l’écart de rémunération entre femmes et hommes, voir le site web
de la Commission européenne sur http://ec.europa.eu/social/main.jsp?catId=682&langId=fr, consulté le 26 avril 2010.
Neuvième rapport du gouvernement néerlandais sur l’égalité de rémunération (Negende voortgangsrapportage gelijke
beloning), présenté au Parlement le 1er décembre 2008, TK 2008-2009, 27 099, n° 20, paragraphe 2.3.
disponibles à propos des groupes de salariés étudiés. Visant en outre à analyser les liens éventuels avec
d’autres volets du droit national (du travail) – mesures en matière de congés, travail à temps partiel et
formes de travail atypiques notamment – le présent rapport peut également être envisagé comme un
exercice destiné à transférer certaines parties de l’écart de rémunération «ajusté» ou «net» vers l’écart de
rémunération «non ajusté» ou «absolu» et à les rendre ainsi davantage susceptibles de faire l’objet de
solutions législatives.
Bon nombre d’experts parmi les trente-trois qui ont répondu au questionnaire signalent une
augmentation de l’écart – non ajusté – de rémunération entre les hommes et les femmes. Certains
(Chypre, Espagne et Roumanie) font néanmoins état d’une tendance progressive à l’atténuation de cet
écart au cours des quelques dernières années.18 On suppose, en ce qui concerne Chypre et la
Roumanie, que cette tendance pourrait avoir été impulsée par l’introduction de salaires minima
nationaux (Roumanie) ou par la hausse de ces salaires. L’introduction ou l’augmentation des salaires
minima est en effet réputée avantageuse pour les catégories professionnelles dans lesquelles les
femmes sont surreprésentées.
La moyenne au sein de l’UE-27 étant de 17,6% en 2007, les disparités entre les pays étudiés sont
considérables puisque l’écart non ajusté de rémunération entre femmes et hommes varie de 10%
environ (Pologne notamment) à 30% environ (en Estonie, par exemple).19
Il convient de préciser toutefois que la plus grande prudence s’impose dans les comparaisons entre
pays. Après tout, il n’est pas toujours clairement établi que les données fournies par les différents pays
ont été collectées et traitées de façon comparable. La période couverte par les données peut, elle aussi,
varier d’un pays à l’autre.
À la suite toutefois de la Communication adoptée par la Commission européenne en 2007,20
Eurostat a amélioré, en collaboration avec les États membres, le mode de calcul de l’écart de
rémunération entre femmes et hommes au sein de l’UE. Plutôt que la conjugaison de sources nationales
diverses, c’est désormais une source communautaire harmonisée (à savoir l’enquête sur la structure des
salaires) qui est utilisée avec l’appui de sources nationales comparables pour les estimations annuelles.
Une partie de l’augmentation de l’écart de rémunération entre femmes et hommes observée depuis
2007 pourrait ne pas correspondre à un accroissement réel de l’indicateur mais résulter simplement du
changement de méthodologie.21
Il convient, lors de la comparaison entre pays, de tenir compte également des différentes
conceptions de la rémunération utilisées dans le cadre du débat sur l’écart de rémunération entre les
Le Danemark, par exemple, distingue très clairement les concepts suivants:
– le revenu au sens strict, à l’exclusion des prestations de retraite et des avantages liés à l’emploi;
– le revenu au sens strict, y compris les prestations de retraite et les avantages liés à l’emploi, mais à
l’exclusion d’autres éléments du salaire;
– le revenu par heure rémunérée;
– le revenu par heure travaillée.
L’écart de rémunération entre les femmes et les hommes est sensiblement moins élevé lorsque le revenu
est mesuré par heure travaillée, plutôt qu’à l’aide des trois premiers concepts. Cette différence s’explique
du fait que les femmes sont davantage susceptibles que les hommes de percevoir une rémunération
Les données Eurostat ne confirment clairement cette tendance à la baisse qu’en ce qui concerne l’Espagne. Elle est moins
nette en ce qui concerne Chypre et la Roumanie. Voir le tableau Eurostat «Écart de rémunération entre hommes et femmes,
non ajusté» sur: http://epp.eurostat.ec.europa.eu/tgm/table.do?tab=table&init=1&plugin=1&language=fr&pcode=tsiem040,
consulté le 29 avril 2010.
Ces chiffres rapportés par les experts nationaux sont confirmés par le tableau Eurostat «Écart de rémunération entre hommes
et femmes, non ajusté» sur: http://epp.eurostat.ec.europa.eu/tgm/table.do?tab=table&init=1&plugin=1&language=fr&
pcode=tsiem040, consulté le 29 avril 2010.
Communication de la Commission au Parlement européen au Conseil, au Comité économique et social européen et au
Comité des régions, intitulée «Combattre l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes», COM (2007) 424 final.
26 avril 2010.
pour des heures durant lesquelles elles ne prestent pas d’activité professionnelle en raison d’une
maladie, d’un rôle de garde ou de soins, etc.
La quasi-totalité des experts rapportent que l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes est
nettement moindre dans le secteur public que dans le secteur privé. Dans le secteur public belge, l’écart
le plus important concerne apparemment les agents contractuels, qui sont souvent des femmes. En
Lettonie, il y aurait peu de différence, en termes d’écart de rémunération hommes-femmes, entre le
secteur public et le secteur privé. L’Islande, la Hongrie et la Suède sont les seuls pays à signaler un écart
de rémunération entre les sexes plus marqué dans le secteur public que dans le secteur privé. En
Hongrie, cette situation pourrait découler de la faible possibilité pour le secteur public de recourir à des
travailleurs non déclarés et à des rétributions non déclarées, alors que ces pratiques sont apparemment
courantes dans le secteur privé.
L’âge est sans aucun doute une composante majeure de l’écart de rémunération entre les femmes et les
hommes. C’est dans la tranche d’âge de 20 à 29 ans, autrement dit en début de carrière professionnelle
tant pour les hommes que pour les femmes, que cet écart est, de manière générale, le moins élevé. C’est
en revanche dans le groupe des 30 à 49 ans qu’il est le plus grand – tranche d’âge durant laquelle la
plupart des femmes ont des enfants et tendent à prendre du congé dans ce contexte, tandis que les
hommes du même âge poursuivent leur carrière et voient leur rémunération augmenter. Telle est la
situation décrite dans des pays tels que la République tchèque. En Allemagne, en Belgique et en
Grèce, en revanche, l’écart le plus important est signalé pour les tranches d’âges supérieures (55+ et
60+).
Certains secteurs d’activité affichent des écarts particulièrement marqués de rémunération entre les
sexes. Les secteurs de la finance et de l’assurance, où le revenu moyen est élevé tant pour les hommes
que pour les femmes, en font généralement partie. L’écart peut également atteindre des valeurs
considérables dans les secteurs qui sont, dans la plupart des pays, fortement féminisés (enseignement,
soins de santé et services sociaux, par exemple), bien qu’il semble que la rémunération y soit
généralement faible. La Grèce signale cependant que l’écart de rémunération est moins marqué dans les
domaines traditionnellement féminins de la banque et du tourisme (hôtels, restaurants) que dans
On observe une situation pratiquement inverse dans les secteurs qui emploient peu de femmes, tels
que la construction et l’extraction minière. L’écart de rémunération entre effectifs féminins et masculins
y apparaît très faible (constat rapporté notamment concernant l’Allemagne, la Belgique, la France, la
Hongrie, la Norvège et la République tchèque,). La Croatie, la Hongrie et la Slovénie ont même
indiqué que les femmes gagnent plus que les hommes dans ces secteurs!
De nombreux experts signalent les écarts de rémunération hommes-femmes les plus marqués parmi les
personnes peu instruites, d’une part (Estonie, Hongrie, Pologne et République tchèque notamment),
et parmi celles qui ont une formation universitaire du troisième cycle, d’autre part (Finlande, France,
Hongrie, Pologne et République tchèque notamment). Ces observations révèlent l’existence d’un
«plancher collant», d’un côté, et d’un «plafond de verre», de l’autre. Les écarts les plus faibles concernent
le plus souvent les titulaires d’un diplôme de l’enseignement secondaire et ceux qui ont suivi une
formation technique. L’Islande, par contre, signale les disparités les plus faibles pour les femmes ayant
accompli une maîtrise ou un doctorat, et la Grèce pour les titulaires d’un diplôme universitaire.
Il apparaît que la fonction occupée par les travailleurs joue également un rôle. Ainsi la Belgique, la
Pologne et la République tchèque ont-elles observé le taux d’écart de rémunération hommes-femmes
le plus élevé (plus de 30%) parmi les cadres supérieurs. De manière assez surprenante, le rapport
tchèque se réfère également à une étude intitulée «Genre et Management»,22 qui arrive à une autre
conclusion – à savoir qu’un examen plus attentif des revenus des cadres féminins montre que l’écart de
rémunération correspond plus ou moins à la moyenne, autrement dit quelque 15%. L’écart de
rémunération serait moins marqué au niveau des cadres supérieurs, et se situerait autour de la moyenne
en ce qui concerne les cadres inférieurs.
Un faible écart de rémunération est très souvent associé à un faible taux d’emploi des femmes. Tel est,
par exemple, le constat des experts polonais et turc.
En Pologne, une femme sur deux seulement exerce une activité professionnelle et celles qui sont
dans ce cas sont généralement plus instruites et plus qualifiées, ce qui signifie qu’elles occupent des
postes plus élevés et mieux rémunérés.
L’expert turc note également que la faible discrimination salariale et la forte sélectivité vont
probablement de pair, et qu’il est probable par ailleurs que la discrimination salariale va s’accentuer
lorsque davantage de femmes entreront sur le marché turc du travail.
Malte offre un autre exemple de pays conjuguant faible taux d’emploi des femmes et faible écart
salarial entre les sexes.
Il est encore trop tôt pour déterminer si la crise économique a eu ou non une incidence sur l’écart de
rémunération entre les femmes et les hommes. Le rapport islandais indique qu’aucun impact n’est
encore observé dans le secteur privé, tout en précisant qu’aucune étude exhaustive n’a encore été
réalisée à ce sujet depuis l’effondrement financier de l’automne 2008. L’experte nationale s’attend
néanmoins à une réduction des salaires des hommes, et du temps de travail des femmes. Une
accentuation de l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes est également attendue en
L’écart de rémunération entre les sexes serait plus grand parmi les immigrés que parmi les ressortissants
nationaux, et les femmes immigrées seraient dès lors exposées à une discrimination multiple. Ce constat
est fait notamment par les expertes grecque et finlandaise.
La plupart des pays ont réalisé des études pour tenter de cerner les principales raisons qui sous-tendent
l’écart de rémunération entre les sexes. Les explications les plus fréquentes sont le travail à temps partiel
et le travail temporaire des femmes; la ségrégation horizontale et verticale du marché du travail; et les
fréquentes interruptions de carrière des femmes – autant d’explications qui ramènent globalement
l’écart non ajusté de rémunération à l’écart corrigé, et laissent supposer que l’écart restant relève
partiellement d’une discrimination au sens légal strict (voir plus haut dans l’Introduction).
Les femmes représentent une part importante des travailleurs à temps partiel dans de nombreux pays
(constat signalé notamment dans les rapports concernant l’Allemagne, la Belgique, Chypre, l’Espagne,
les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Slovaquie). À l’inverse, les données communiquées par la Roumanie
montrent qu’en 2005 le nombre de travailleurs à temps partiel se répartissait, dans ce pays, en parts
approximativement égales entre femmes et hommes.
Une récente étude autrichienne montre que la moitié des femmes de ce pays travaillant à temps
partiel le font délibérément pour concilier vie professionnelle et vie familiale. En revanche, 3% seulement
des hommes travaillant à temps partiel le font en raison d’obligations de garde d’enfants. D’autres
J. Vlach et al. Gender v managementu Praha, VUPSV 2008, disponible sur http://praha.vupsv.cz/Fulltext/vz_268.pdf, consulté le
hommes travaillent à temps partiel afin de poursuivre parallèlement des études ou une formation. La
plupart des femmes travaillent à temps partiel entre 30 et 44 ans, à savoir durant leurs années les plus
rémunératrices, tandis que les hommes travaillent principalement à temps partiel en début ou en fin de
Les rapports concernant l’Autriche et l’Allemagne révèlent également un écart de rémunération
considérable (30% et 21% respectivement sur la base du salaire horaire brut) entre les salariés à temps
partiel et les salariés à temps plein. En Allemagne, toutefois, cette situation concernerait le secteur privé,
l’écart de rémunération selon les sexes étant quasiment indépendant de la durée du travail dans le
Un tel écart ne découle pas nécessairement d’une discrimination salariale directe: il résulte souvent
de la plus grande fréquence des emplois à temps partiel dans les secteurs mal rémunérés et très
féminisés tels que les soins de santé et le nettoyage.
L’écart de rémunération entre travailleurs à temps partiel serait, selon les rapports, moins marqué
qu’entre cette catégorie de travailleurs et les travailleurs à temps plein. L’experte irlandaise signale
même que, dans certains secteurs, les salariées à temps partiel gagnent plus que leurs homologues
L’écart de rémunération entre les sexes s’explique en partie aussi par le recours aux contrats à durée
déterminée, qui semblent être souvent conclus par des (jeunes) femmes. En Italie, par exemple, la
réforme du contrat à durée déterminée, effectuée en 2001, a multiplié les possibilités de conclure ce
type de contrat23 - ce qui a fait augmenter l’emploi des femmes, mais au travers de postes apparemment
de mauvaise qualité (taux salariaux peu élevés et possibilités très limitées de passer à un contrat de type
De nombreux experts (Finlande, France, ARY de Macédoine, Norvège, Suède, Lettonie et Chypre
notamment) ont cité la ségrégation du marché du travail fondée sur le sexe comme l’une des raisons
principales de la persistance de l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes.
D’une part, les femmes et les hommes tendent à prédominer dans des secteurs différents
(ségrégation horizontale ou sectorielle). Les femmes travaillent souvent dans des secteurs où leur
activité est moins valorisée et moins rémunérée que dans les secteurs à prédominance masculine. Les
exemples les plus fréquemment cités sont les soins de santé, l’enseignement et la fonction publique.
D’autre part, à l’intérieur d’un même secteur ou d’une même entreprise, les femmes sont
prédominantes dans des fonctions moins valorisées et moins rémunérées (ségrégation verticale ou
professionnelle, à mettre en rapport avec le «plafond de verre»). Les femmes sont souvent occupées à
des postes d’assistantes administratives, d’aides-vendeuses ou de travailleuses peu ou non qualifiées.
Elles sont nombreuses à exercer des professions peu rémunérées (nettoyage, garde et soins, par
exemple). Elles sont sous-représentées aux postes d’encadrement et de direction.
La ségrégation horizontale et verticale du marché du travail est un domaine dans lequel la frontière
entre écarts non ajustés et écarts corrigés est particulièrement mince. Ce constat est notamment mis en
évidence par le rapport finlandais, qui signale un profond désaccord national quant à la mesure dans
laquelle les disparités liées à la ségrégation doivent être envisagées en termes de discrimination –
désaccord à l’origine de plusieurs études sur l’évaluation des fonctions et l’élaboration de statistiques.
D’autres pays également (Malte notamment et, dans une certaine mesure, les Pays-Bas) soulignent
l’importance de classifications des fonctions qui soient neutres du point de vue du genre en tant
qu’instrument de lutte contre l’écart de rémunération entre femmes et hommes.
1.2.3. Fréquentes interruptions de carrière et exercice conjugué d’une profession et d’obligations
Les périodes plus courtes d’expérience professionnelle accumulée par les femmes en raison de leurs
interruptions de carrière plus fréquentes pour s’occuper de leur famille contribuent, elles aussi, à l’écart
de rémunération entre les sexes. Le rapport hongrois signale à ce propos que l’écart de rémunération
Décret n° 368 du 6 septembre 2001 relatif au contrat à durée déterminée, transposant la directive 1999/70/CE, publié au
JO n° 235 du 9 octobre 2001, disponible sur http://www.parlamento.it/leggi/deleghe/03276dl.htm, consulté le 20 mars 2010.
augmente manifestement avec le nombre d’enfants quel que soit le secteur, la profession et le niveau de
On dit que des politiques favorisant la continuité d’emploi des femmes pourraient contribuer à
rapprocher leur rémunération de celle des hommes. On ajoute à ce propos (en Turquie notamment) que
la prolongation du congé obligatoire de maternité risque de renforcer les rôles traditionnels des femmes
et des hommes, et d’aller à l’encontre de cette plus grande continuité de la carrière des femmes. Le
rapport irlandais formule néanmoins certaines réserves face à cette prise de position en constatant que,
de tous les modes de travail flexibles, seules les interruptions de carrière sont considérées comme
réduisant l’écart de rémunération entre femmes et hommes.
Le rapport portugais attire l’attention sur le fait que les femmes continuent de consacrer davantage
de temps à un travail (non rémunéré) à domicile ou en tant que soignantes informelles, et risquent ainsi
de se trouver exclues de certains avantages liés à l’emploi (avantages alloués aux travailleurs qui n’ont
aucune absence, même justifiée, par exemple).
Un écart de rémunération persiste entre les femmes et les hommes partout en Europe, même si la
plupart des pays ont adopté un nombre considérable de dispositions pour y remédier, souvent sous
l’impulsion de la législation de l’UE en la matière (voir l’Introduction).
Il convient de faire remarquer que les pays candidats – en l’occurrence l’ARY de Macédoine, la
Croatie et la Turquie – connaissent le principe de l’égalité de rémunération depuis assez longtemps et
semblent en parfaite conformité avec le droit de l’UE, d’un point de vue strictement juridique du moins.
Plusieurs experts se réfèrent à l’existence d’un principe constitutionnel général de non-discrimination ou
d’égalité – lequel est habituellement associé à un ou plusieurs motifs interdits comme la race, le sexe ou
la religion, par exemple. Tel est notamment le cas à Chypre, où la constitution interdit toute
discrimination directe ou indirecte envers quiconque, et notamment la discrimination fondée sur le sexe.
Certaines constitutions nationales consacrent un article distinct à l’égalité de traitement entre les
hommes et les femmes. Ainsi en France, le principe de l’égalité entre les hommes et les femmes a été
reconnu pour la première fois en 1946, dans le préambule de la constitution française. Les constitutions
allemande, hongroise, luxembourgeoise, macédonienne et slovène contiennent, elles aussi, une
clause portant spécifiquement sur l’égalité des genres en sus, le plus souvent, d’un article plus général
concernant la non-discrimination.
La notion très précise de l’égalité de rémunération pour un même travail ou un travail de même
valeur a elle-même été incorporée dans un nombre étonnamment élevé de constitutions nationales
(Espagne, Finlande, Grèce, Hongrie, Italie, Pologne, Portugal, Roumanie et Slovaquie notamment).
Dans une série de pays, le principe de l’égalité de rémunération entre hommes et femmes pour un
travail de même valeur est uniquement consacré au niveau d’une loi parlementaire. Tel est
nécessairement le cas dans les pays de droit coutumier (common law) qui n’ont pas de constitution
écrite, tel le Royaume-Uni. Ceci étant dit, certains États dotés d’une constitution, y compris lorsque
celle-ci contient une clause relative au principe de l’égalité de rémunération entre les hommes et les
femmes, ont également adopté une législation visant à faire mieux respecter ce principe.
Il arrive que le principe de l’égalité de rémunération soit consacré par le code du travail (Bulgarie,
France, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République tchèque et Slovaquie notamment), voire
même par le code civil (Liechtenstein).
Le principe figure parfois également dans une loi spéciale sur l’égalité de traitement visant
directement à transposer les directives de l’UE en la matière (voir plus haut dans l’Introduction). La
couverture de ces lois parlementaires est très variable, que ce soit en termes de ratione personae (les
salariés sont habituellement couverts, mais parfois également les prestataires de services, les professions
libérales, les indépendants, etc.) ou en termes de ratione materiae (ainsi par exemple, les pensions
professionnelles sont assimilées à la rémunération dans certains cas, mais pas dans d’autres).
Certaines lois définissent ce qu’il faut entendre comme constituant un même travail ou un travail de
même valeur (Hongrie, Roumanie, Slovaquie et Suède notamment), mais cette définition fait très
souvent défaut – ce qui laisse la question à l’entière discrétion des cours et tribunaux.
Il convient d’ajouter que de nombreux pays se sont dotés de lois différentes pour le secteur public
et le secteur privé (Allemagne, Autriche, Luxembourg et Portugal notamment).
Les conventions collectives du travail, en particulier lorsqu’elles sont conclues à l’échelon sectoriel,
contiennent généralement des normes salariales minimales pour les branches d’industrie concernées. Il
convient donc de les examiner attentivement lors de toute étude consacrée à l’écart de rémunération
3.1.1. Obligation pour les conventions collectives du travail de respecter le principe d’égalité de
Il va de soi que les parties signataires d’une convention collective du travail doivent respecter le principe
d’égalité de traitement consacré par le droit de l’UE et diverses autres dispositions juridiques (voir cidessus au point 2 – Le cadre juridique). Il en découle que les dispositions de toute convention collective
du travail doivent être conformes au principe de l’égalité de rémunération entre les hommes et les
femmes, et que, faute de cette conformité, elles seront le plus souvent considérées comme nulles et non
Telle est probablement la raison pour laquelle la plupart des conventions collectives actuelles ne
contiennent plus de dispositions directement discriminatoires. De nombreux rapports nationaux attirent
néanmoins l’attention sur le fait qu’elles peuvent encore contenir des dispositions ayant un effet
discriminatoire indirect sur la rémunération des femmes: on songe ici à des dispositions indirectement
discriminatoires telles que des systèmes d’évaluation professionnelle et de rémunération qui, neutres à
première vue, semblent causer un désavantage structurel aux travailleuses.
De nombreux rapports nationaux (Allemagne, Autriche, Hongrie, Lituanie, Pays-Bas et Suède
notamment) remettent en perspective l’importance des conventions collectives du travail en précisant,
d’une part, que les salaires individuels sont souvent négociés distinctement et largement au-dessus des
minima figurant dans les conventions et, d’autre part, qu’une partie des effectifs, et généralement ceux
qui occupent les fonctions les plus élevées, ne sont pas toujours couverts par des conventions
Le fait qu’il soit plus marqué au niveau des emplois de qualité mieux rémunérés (voir également cidessus au point 1.1.4) atteste que la non-couverture par une convention collective pourrait
effectivement avoir une incidence négative sur l’écart de rémunération entre femmes et hommes. Ainsi
en Grèce, par exemple, des inquiétudes s’expriment quant au risque que le récent affaiblissement des
conventions collectives générales fixant des normes minimales au niveau national provoque un nouvel
élargissement de l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes.
Les rapports norvégien et suédois signalent également que la structure même des négociations
collectives contribue à reproduire les disparités de rémunération entre hommes et femmes. Étant donné
que les négociations se déroulent à l’échelon sectoriel, il semble que les secteurs à prédominance
féminine soient défavorisés lorsqu’il s’agit de négocier de bons taux de salaire. Les rapports autrichien
et roumain soulignent pour leur part l’importance d’une comparaison intersectorielle des conventions
collectives et d’une surveillance de l’application du principe d’égalité de rémunération par le mécanisme
Un exemple tiré du rapport finlandais montre qu’il n’est cependant pas toujours facile de tenter
une percée dans la structure des négociations collectives. La magistrature, en particulier, n’est guère
encline à approuver les expérimentations dans ce domaine.
Le cas finlandais concernait en l’espèce la négociation d’une convention collective municipale. Un
syndicat était particulièrement peu satisfait de la hausse salariale promise et il est parvenu à obtenir pour
ses membres une convention collective plus favorable que d’autres syndicats dans le domaine des soins
de santé. Le Médiateur pour l’égalité a participé aux négociations de conciliation et à la conclusion de la
convention collective. Le Chancelier de la Justice, qui contrôle la légalité des actions des administrations
publiques, a été saisi d’une plainte alléguant que la convention collective limitée aux membres du
syndicat en question était discriminatoire du fait que d’autres salariés, couverts par d’autres conventions
collectives, effectuaient un même travail pour une rémunération moins élevée. Le Chancelier adjoint de
la Justice a confirmé que la convention collective violait l’interdiction de discrimination au motif de
l’adhésion syndicale. Alors qu’il s’agissait d’une question relevant clairement de disparités salariales dans
le secteur municipal, elle a été traitée comme une question de discrimination fondée sur l’appartenance
syndicale.24
3.2. Mesures incitant/obligeant les partenaires sociaux à remédier à l’écart de rémunération entre
La directive 2006/54/CE (refonte) dispose que les États membres de l’UE prendront, conformément à
leurs traditions et pratiques nationales, les mesures appropriées afin de favoriser le dialogue social entre
les partenaires sociaux en vue de promouvoir l’égalité de traitement, y compris, par exemple, par la
surveillance des pratiques sur le lieu de travail, dans l’accès à l’emploi, à la formation et à la promotion
professionnelles, ainsi que par la surveillance des conventions collectives, par des codes de conduite, par
la recherche ou par l’échange d’expériences et de bonnes pratiques.25
En dépit de cette disposition, la grande majorité des 33 pays interrogés ne sont encore dotés
d’aucune mesure susceptible d’inciter ou d’obliger les partenaires sociaux à remédier activement à
l’écart de rémunération entre femmes et hommes au niveau des conventions collectives.
Les partenaires sociaux seraient, de manière générale, opposés à l’idée d’une intervention
gouvernementale à cet égard (Belgique notamment). Si, dans un nombre très limité de pays, la loi
encourage les partenaires sociaux à adopter des mesures de lutte contre la discrimination (salariale), il
s’avère que ces mesures ont un caractère extrêmement vague et général (Roumanie notamment).
La France constitue une exception notoire à cet égard avec la loi Génisson du 9 mai 2001, qui
instaure l’obligation pour les partenaires sociaux d’intégrer l’égalité professionnelle entre hommes et
femmes dans les négociations.26 Une autre loi du 23 mars 2006 précise que l’écart de salaire entre les
sexes doit être éradiqué avant le 31 décembre 2010.
3.3. Autres pratiques des partenaires sociaux visant à lutter contre l’écart de rémunération entre
Face notamment à l’actuelle crise de l’emploi, l’écart de rémunération entre femmes et hommes ne
semble pas un objectif prioritaire au niveau des actions des partenaires sociaux (constat fait, entre
autres, dans les rapports concernant la Belgique, la Croatie, la Pologne, la République tchèque et la
Slovénie). Leur intérêt limité à l’égard de cette problématique se traduit généralement par la réalisation
d’études, par des déclarations de principe, par des programmes de sensibilisation (Journée annuelle de
l’égalité de rémunération, par exemple) et par la mise en place de sous-structures (commissions ou
Décision du 11.01.2010 Dnro OKV/1333/2007 du Chancelier adjoint de la Justice Mikko Puumalainen.
Article 21, paragraphe 1 de la directive 2006/54/CE relative à la mise en œuvre du principe de l’égalité des chances et de
l’égalité de traitement entre hommes et femmes en matière d’emploi et de travail (refonte), JO L 204 du 26 juillet 2006, p. 23.
Voir S. Laulom «Les écarts de salaire entre les femmes et les hommes en France», Revue du droit européen de l’égalité des genres
(1/2009) p. 5.
sections spécifiques au sein des organisations d’employeurs et de travailleurs, par exemple) spécialisées
dans les questions d’égalité des genres, y compris l’égalité de rémunération, plutôt que par des mesures
juridiques concrètes (voir notamment les rapports concernant l’Allemagne, la Finlande, la Grèce,
l’Islande, l’Italie, le Liechtenstein, la Lituanie, le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas et la Pologne).
Un élément se retrouve toutefois dans plusieurs rapports nationaux: il s’agit de l’examen approfondi
ou de la surveillance des conventions collectives du travail afin d’y déceler d’éventuelles dispositions
discriminatoires, et notamment celles qui violeraient le principe de l’égalité de rémunération. Alors que
l’on s’attendrait à ce que ce type d’examen soit effectué par des instances publiques (un médiateur ou
un organisme national pour l’égalité, par exemple), on constate qu’il est effectué dans certains pays par
les partenaires sociaux eux-mêmes (en Autriche, notamment). On peut se demander à juste titre dans
quelle mesure cet examen peut être objectif, étant donné qu’il est fait par les organes mêmes qui ont
conclu la convention collective. Les conclusions de ces examens servent souvent à l’élaboration de
systèmes transparents et non discriminatoires d’évaluation des postes.
Comme les partenaires sociaux, les employeurs ont l’obligation de respecter le principe de l’égalité de
rémunération tel que consacré par le droit de l’UE et diverses autres dispositions juridiques (voir cidessus au point 2 – Le cadre juridique). Cette obligation est une façon indirecte d’assurer l’égalité de
rémunération entre hommes et femmes sur le lieu de travail. Après tout, la menace d’une action en
justice de la part de travailleurs individuels, et la perspective de devoir verser des arriérés importants au
cas où l’action aboutit, peuvent inciter les employeurs à examiner leurs politiques de rémunération à
fond et de leur propre initiative.
Par ailleurs, de nombreux pays ont adopté des instruments législatifs qui obligent ou encouragent
spécifiquement les employeurs à combattre plus activement l’écart de rémunération entre femmes et
hommes. L’impulsion vient sans doute, dans la plupart de ces pays, de la directive 2006/54/CE (refonte),
qui invite les États membres de l’UE à encourager les employeurs à promouvoir, de manière organisée et
systématique, l’égalité de traitement des hommes et des femmes sur le lieu de travail, dans l’accès à
l’emploi, à la formation et à la promotion professionnelles. À cet effet, les employeurs doivent être
encouragés à fournir, à intervalles réguliers appropriés, aux travailleurs et/ou à leurs représentants, des
informations appropriées sur l’égalité de traitement entre hommes et femmes dans l’entreprise. Ces
informations peuvent contenir une synthèse portant sur les pourcentages d’hommes et de femmes aux
différents niveaux de l’entreprise, les rémunérations et les écarts de rémunération, et les mesures
possibles pour améliorer la situation, en coopération avec les représentants des travailleurs.27
Plusieurs pays (parmi lesquels l’Autriche et le Danemark) ont mis en place un système qui oblige, à
certaines conditions, les employeurs à fournir aux autorités compétentes – souvent à intervalles réguliers
– des statistiques salariales ventilées par sexe.
Au Danemark, l’employeur peut obtenir gratuitement ce type de statistiques (le coût étant pris en
charge par le ministère de l’Emploi) s’il opte pour l’utilisation des chiffres produits par l’Office statistique.
Si, toutefois, l’employeur préfère utiliser une méthode statistique différente, il devra le faire à ses propres
En Autriche, le nom des employeurs qui ne communiquent pas les statistiques obligatoires est
publiquement affiché sur la page d’accueil du site du ministère fédéral des Affaires féminines. Il semble
toutefois que cette sanction ne soit pas très dissuasive.
Article 21, paragraphes 3 et 4, de la directive 2006/54/CE relative à la mise en œuvre du principe de l’égalité des chances et de
Beaucoup d’experts font état d’un tabou (culturel) profondément ancré concernant la divulgation
d’informations sur le salaire de tiers (Belgique et Malte, par exemple). Certains pays anciennement
communistes tels que la Hongrie et la Lituanie ont même signalé un retour à la plus extrême prudence
en matière de divulgation d’informations salariales depuis le début de la transition vers l’économie de
D’un point de vue juridique, les informations relatives à la rémunération sont souvent considérées
comme privées/confidentielles en vertu de la législation nationale sur la protection des données et la vie
privée. Par conséquent, ces informations ne peuvent généralement pas être diffusées par les
employeurs, et les salariés ne peuvent être obligés de le faire. Il arrive même que ces derniers soient
contractuellement tenus de ne pas communiquer leur rémunération à d’autres salariés (situation
signalée notamment par la Lettonie, la République tchèque et la Slovaquie). En Pologne, la légalité de
ce type de clause contractuelle de non-divulgation se fonde également sur la loi du 16 avril 1993 relative
à la concurrence déloyale.28 L’Islande, en revanche, a récemment adopté une législation autorisant
explicitement les salariés à divulguer, s’ils le souhaitent, leurs conditions salariales.
Le tabou concernant la divulgation d’informations sur la rémunération semble plus grand dans le
secteur privé que dans le secteur public, où la publication de barèmes salariaux uniformes (mais toujours
anonymes) semble courante (rapportée entre autres à propos de la Norvège et des Pays-Bas). Le
relâchement éventuel de l’interdiction de divulgation des données salariales semble opéré d’abord dans
le secteur public (Lettonie notamment). L’Estonie, par contre, fait état d’une situation exceptionnelle, à
savoir que le système national de rémunération dans la fonction publique n’est pas transparent. Bien
que tous les postes de la fonction publique soient, en théorie, classés selon des barèmes de
rémunération dûment fixés (et généralement peu élevés),29 il est fréquent, en pratique, que les salaires
des fonctionnaires occupant des postes élevés soient plusieurs fois supérieurs. Il apparaît clairement que
diverses composantes de la rémunération sont utilisées de façon «créative» pour s’éloigner des barèmes
salariaux. En dépit de la récente décision du Commissaire estonien à l’égalité des sexes et à l’égalité de
traitement établissant que ce type de composition de la rémunération avait donné lieu, dans une affaire
au moins, à un traitement discriminatoire,30 aucune analyse générale des salaires du secteur public n’a
encore été entreprise.
L’idée étant que le droit à la divulgation est indispensable pour qu’un travailleur individuel puisse
obtenir gain de cause lorsqu’il réclame l’égalité de rémunération, plusieurs pays ont instauré l’obligation
de fournir un rapport (anonyme) indiquant les salaires payés aux femmes et aux hommes, mais
énumérant également, dans de nombreux cas, d’autres éléments tels que l’affectation de femmes et
d’hommes à différents postes, l’analyse du système de classification des postes et les écarts salariaux
entre les postes occupés par des femmes et par des hommes. Ces rapports peuvent être examinés par
un organe de surveillance et doivent parfois être publiés et/ou communiqués aux représentants des
travailleurs. Des systèmes de rapport de ce type ont déjà été instaurés en Autriche, en Finlande, en
France, en Italie, en Norvège et en Suède, par exemple.
Dans certains pays, la compétence a été conférée à une autorité publique d’exiger sur une base
davantage «ad hoc» la divulgation par l’employeur d’informations salariales spécifiques, afin de
permettre à un salarié de faire valoir une réclamation en matière d’égalité de rémunération. Tel est
notamment le cas aux Pays-Bas, où la Commission pour l’égalité de traitement est en droit de demander
à l’employeur de divulguer toutes les informations salariales utiles dès que quelqu’un entame une action
en justice. En Grèce, l’Office de la protection des données (HDPA),31 s’appuyant entre autres sur le
principe de l’égalité de traitement, a considéré que l’employeur était tenu de communiquer à un
JoL 1993 n° 47, point 211, et amendements.
Les salaires des fonctionnaires estoniens sont réglementés par la loi sur la sur la fonction publique, la loi sur les titres officiels
et barèmes salariaux des fonctionnaires de l’État, et le règlement gouvernemental n° 182 du 30 décembre 2008 relatif à la
rémunération des fonctionnaires de l’État.
H. Rudi Ministeerium tegi palka makstes naisametnikule liiga (Le ministère ne respecte pas les droits d’une salariée en matière
de rémunération) – Postimees, 24 août 2009, disponible sur: http://www.postimees.ee/?id=155601&print=1, consulté le
Le HDPA est un organisme indépendant qui publie des avis et des recommandations en matière de protection des données
et qui impose des sanctions administratives en cas de non-respect de la législation dans ce domaine.
travailleur/une travailleuse les données personnelles d’autres travailleurs lorsqu’il/elle en a besoin pour
l’examen de sa propre évaluation par l’employeur.32
Bien que les procédures de passation de marchés publics offrent aux gouvernements l’occasion idéale
d’obliger les soumissionnaires à respecter le principe de l’égalité de rémunération, il semblerait que très
peu de pays saisissent effectivement cette occasion.
L’Autriche apparaît comme l’un des rares pays ayant une expérience, aussi limitée soit-elle, à cet
égard. La Norvège et le Royaume-Uni semblent, eux aussi, sur la voie de l’adoption d’une législation
utilisant la passation de marchés publics pour combattre l’écart de rémunération entre femmes et
Face à la forte incertitude qui entoure la conformité du recours aux marchés publics pour remédier
à l’écart de rémunération entre femmes et hommes avec le droit communautaire et national en matière
de passation de ces marchés, plusieurs experts ont réclamé une «boîte à outils» ou une liste de mesures
qui soient garanties conformes à la législation de l’UE et qui puissent aider les autorités nationales (voir
les rapports de l’Autriche et du Royaume-Uni).
De nombreux experts attribuent l’absence totale de prise en compte de l’écart de rémunération
hommes-femmes dans la législation en matière de marchés publics à une absence manifeste de
véritable volonté politique (Islande et Hongrie, entre autres) ou à une totale méconnaissance des
possibilités d’agir contre l’écart de rémunération au travers de ce type de législation (Lituanie
En dépit du peu d’attention accordée par la législation en matière de marchés publics à la question
de l’écart de rémunération entre femmes et hommes, plusieurs experts (Allemagne et Hongrie)
insistent sur le fait qu’il existe certainement, même dans la législation actuelle, certaines possibilités pour
les adjudicataires d’inclure dans leur annonce – au moyen de critères dits «spéciaux» – des exigences
relatives à l’égalité de rémunération. Une possibilité de prendre en compte des politiques salariales non
discriminatoires à l’égard des femmes lors de la comparaison de plusieurs soumissionnaires concurrents
semble exister en Espagne également.
Il arrive que les employeurs importants33 aient l’obligation légale d’adopter des instruments définissant
de quelle manière l’égalité entre les hommes et les femmes, y compris en matière de rémunération, va
être réalisée dans leur entreprise. Ces instruments portent des noms différents tels que «cartographie de
la rémunération» (Finlande), «plans pour l’égalité des chances» (Hongrie), «programmes pour l’égalité
des genres» (Islande), «plans pour l’égalité» (Espagne) ou «plans d’action» (Suède).
On note une initiative intéressante en Allemagne, où la législation nationale accorde aux salariés
victimes de discrimination un droit de recours auprès d’une unité compétente au sein même de
l’entreprise. Ce droit répond à l’obligation pour l’employeur de créer une instance de ce type. Les
plaintes doivent être examinées et le salarié/la salariée a le droit d’être entendu(e) et de connaître les
résultats des délibérations. Cette procédure de plainte ne constitue pas une condition pour entamer une
action en justice et n’affecte pas les droits des représentants des travailleurs. L’efficacité de la procédure
doit encore être démontrée.
4.5. Autres mesures encourageant les employeurs à combattre l’écart de rémunération entre
Les 33 rapports nationaux énumèrent un large éventail de mesures destinées à encourager – et non à
obliger – les employeurs à lutter contre l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes.
Décisions n° 1/2008 et 35/2008 du HDPA: http://www.dpa.gr/portal, consulté le 25 mars 2010.
La classification des employeurs en tant qu’employeurs «importants» dépend de la législation nationale.
On peut citer à titre d’exemple la possibilité pour l’employeur de commanditer un audit en matière
d’égalité. Les rapports de l’Allemagne, du Luxembourg et du Liechtenstein évoquent à ce propos
Logib,34 outil développé à l’origine en Suisse et permettant aux entreprises de faire l’analyse statistique
de leur structure salariale afin d’identifier les écarts entre femmes et hommes. Cet outil est généralement
proposé aux employeurs par les gouvernements nationaux.
Parmi les autres mesures introduites dans certains pays, on peut encore citer l’attribution de «labels»
officiels, tel le label du «lieu de travail le plus favorable aux femmes» ou du «lieu de travail favorable aux
familles» (Espagne, France et Hongrie notamment), et les incitations financières telles que les «Prix de
l’égalité» (Grèce).
Des brochures et campagnes officielles de sensibilisation sont souvent citées, elles aussi, en tant
qu’instruments spécifiquement axés sur les employeurs. Ces campagnes de sensibilisation comportent
notamment des initiatives visant à promouvoir l’entrepreneuriat féminin.
Le renversement de la charge de la preuve, à savoir le fait que la charge de la preuve revienne à la partie
défenderesse (en l’espèce l’employeur), est une mesure indispensable, étant donné que le salarié n’a
généralement pas accès aux informations nécessaires pour faire aboutir sa plainte (à savoir les
informations relatives à la rémunération de personnes effectuant le même travail ou un travail de même
Ce renversement de la charge de la preuve, imposé aux États membres par la directive 97/80/EC35 –
telle que récemment remplacée par la directive 2006/54/CE (refonte)36 – implique que la partie
demanderesse doit uniquement établir les faits permettant de présumer l’existence d’une
discrimination. Il incombe ensuite à la partie défenderesse (à savoir l’employeur) de prouver qu’il n’y a
pas eu discrimination parce qu’il n’y a pas eu de différence de traitement entre hommes et femmes ou
parce que l’inégalité de traitement est justifiée.
En Grèce, la règle relative à la charge de la preuve a été incorporée à la législation transposant les
directives 97/80 et 2002/73, mais n’a pas été prévue dans les codes de procédure, comme l’a
recommandé le Conseil d’État.37 Il en résulte que cette règle est pratiquement inconnue et, par
conséquent, inappliquée dans ce pays.
En Italie, la première preuve de discrimination peut également être fournie à l’aide de données
statistiques. En Allemagne aussi, les cours et tribunaux acceptent peu à peu comme preuves de
discrimination des éléments statistiques concernant la répartition hommes-femmes à différents niveaux
de responsabilité.38
La directive 2002/73/CE39 a obligé les États membres de l’UE et les pays de l’EEE à désigner des
organismes chargés des questions d’égalité, et plus précisément de promouvoir, d’analyser, de surveiller
Logib signifie «Lohngleichheit im Betrieb».
Directive 97/80/CE relative à la charge de la preuve dans les cas de discrimination fondée sur le sexe, JO L 14 du 20 janvier
1998, p.6.
Voir l’avis n° 348/2003 du Conseil d’État sur la légalité du projet de décret transposant la directive 97/80.
Voir Tribunal supérieur du travail (Landesarbeitsgericht, LAG) du Land de Berlin-Brandebourg, 15.Sa.517/08, Streit (2009)
p. 22-33. Pour une analyse de l’arrêt, voir J. Heyn & G. Meinel «Rückenwind für Diskriminierungsklagen, Die Entscheidung des
LAG Berlin-Brandenburg vom 26.11.2008», Neue Zeitschrift für Arbeitsrecht (NZA) 2009 p. 20-23. Mais comparer également avec
l’arrêt du LAG Berlin-Brandebourg, 2.Sa.2070/08, Neue Zeitschrift für Arbeitsrecht – Rechtsprechungsreport (NZA-RR) 2009 p. 357362, dans lequel les éléments statistiques probants n’ont, en l’espèce, pas été admis.
Directive 2002/73/CE modifiant la directive 76/207/CEE relative à la mise en œuvre du principe de l’égalité de traitement
entre hommes et femmes en ce qui concerne l’accès à l’emploi, à la formation et à la promotion professionnelles, et les
conditions de travail, JO L 269 du 5 octobre 2002, p. 15.
et de soutenir l’égalité de traitement entre les femmes et les hommes, y compris en ce qui concerne
l’égalité de rémunération. Ces organismes peuvent faire partie d’organes chargés, à l’échelon national,
de défendre les droits de l’homme ou de protéger les droits des personnes.40
L’experte danoise rapporte que son pays ne respecte toujours pas cette disposition – autrement dit,
que le Danemark ne s’est pas encore doté d’un organisme de promotion de l’égalité qui satisfasse
pleinement aux exigences de l’UE. Dans un certain nombre de pays, un médiateur particulier assume les
fonctions d’organisme national pour l’égalité (tel est notamment le cas en Grèce et en Lettonie).
Les tâches et compétences des organismes nationaux pour l’égalité de traitement varient très
fortement. Mais tous ont généralement pour compétence, en vertu de la directive 2002/73/CE, d’aider
les victimes de discrimination à engager une procédure en leur apportant des conseils, des informations,
etc. Ainsi par exemple, l’organisme français chargé de l’égalité doit aider les personnes qui s’adressent à
lui à identifier les pratiques discriminatoires et à les combattre; il les conseille quant aux démarches
juridiques et contribue à établir la preuve de la discrimination; et il joue un rôle important dans la
diffusion des concepts européens en matière de discrimination. L’organisme slovène en charge de
l’égalité vient en aide aux victimes de discrimination salariale en leur fournissant des conseils juridiques.
5.2. Instruments susceptibles de faciliter l’instauration de systèmes d’évaluation des fonctions et
de rémunération non discriminatoires pour les femmes
Plusieurs experts signalent que les lignes directrices nationales pour le développement de systèmes
d’évaluation des fonctions, de systèmes de rémunération, etc. ne prévoient – en règle générale – aucune
disposition ni aucun instrument visant à étayer une approche neutre en termes de genre (ARY de
Macédoine notamment).
Un nombre limité d’experts signalent des avancées modestes dans la bonne direction. En
Allemagne, par exemple, le gouvernement a fourni des listes de contrôle destinées à l’examen des
systèmes de rémunération et à l’identification de pièges susceptibles d’engendrer une discrimination.
Un autre groupe de pays encore – parmi lesquels plusieurs pays d’Europe du nord (Norvège, PaysBas et Suède) apparaissent comme de particulièrement bons élèves – semblent déjà avoir une vaste
expérience de listes de contrôles, de logiciels et d’instruments en ligne pour analyser les systèmes
d’évaluation et de rémunération dans la perspective de leur respect du principe de non-discrimination.
Aux Pays-Bas, par exemple, on peut citer – entre autres – le «Equal Pay Quick Scan», programme
logiciel mis au point par la Commission pour l’égalité de traitement (CGB) qui permet d’analyser les
données salariales d’une entreprise et d’établir la nécessité éventuelle d’enquêter sur son système de
rémunération. L’Inspection du travail a appliqué ce «balayage rapide» à l’étude de plusieurs secteurs au
cours du second semestre 2005. Une version simplifiée du «quick scan» a été développée en 2007-2008 à
l’usage d’employeurs individuels.
En Norvège, un livre blanc recommandant d’utiliser l’évaluation salariale comme instrument
d’instauration de l’égalité de rémunération a été publié dès 1997.41 En 1998, le ministère de l’Enfance, de
l’égalité et de l’inclusion sociale a élaboré une série de lignes directrices en vue d’une évaluation du
travail qui soit neutre en termes de genre.42 En 2005, un projet pilote gouvernemental a été initié en vue
du développement d’un système d’évaluation des postes neutre sur le plan du genre.43 Un exemple de
système d’évaluation des fonctions et des salaires est proposé en outre dans la brochure du médiateur
destinée au secteur de l’enseignement supérieur.44
En Suède, le médiateur en charge de l’égalité propose également des outils spécifiquement axés
sur la mise en place de systèmes d’évaluation des postes, de systèmes de rémunération, etc. qui soient
Article 1, paragraphe 7, de la directive 2002/73/CE.
Voir: NOU 1997:10 «Arbeidsvurdering som virkemiddel for likelønn»: http://www.regjeringen.no/nb/dep/bld/dok/nouer/1997/
nou-1997-10.html?id=116322, consulté le 21 mars 2010.
http://www.regjeringen.no/nb/dep/bld/kampanjer/familia/familia-12005/diverse-saker/forsok-med-arbeidsvurdering-somvirkemid.html?id=536488, consulté le 21 mars 2010.
www.ldo.no/Global/Brosjyrer%20PDF/Utdanning_handbok.pdf, p. 42-43, consulté le 21 mars 2010.
neutre en termes de genre.45 Il convient également de signaler à cet égard le système d’évaluation
salariale «Analys Lönelots» et un outil à vocation plus générale pour l’analyse de la rémunération dans
une perspective d’égalité des genres, «Jämställdhetsanalys av löner – steg för steg».
5.3. Surveillance des conventions collectives du travail, des systèmes de l’évaluation des fonctions,
Dans la plupart des pays, les conventions collectives doivent être déposées auprès du ministère du
Travail, lequel n’est cependant généralement pas habilité à contrôler ces conventions en termes de
respect, par exemple, du principe de l’égalité de rémunération. Cela ne signifie pas pour autant que les
conventions collectives ne fassent l’objet d’aucune surveillance.
Comme signalé plus haut (point 3.3), les conventions collectives du travail sont, dans plusieurs pays,
examinées en vue d’y déceler d’éventuelles dispositions discriminatoires, conformément aux
encouragements formulés dans ce sens par la directive 2006/54/CE (refonte) (voir le point 3.2).
Ces examens sont souvent effectués par un organisme officiel, généralement l’organisme national
chargé des questions d’égalité de traitement. Tel est le cas en Autriche et au Portugal, par exemple.
Une surveillance peut également être assurée par des institutions de recherche, et notamment par
des universités (Malte).
Dans un certain nombre de pays, le suivi est systématique; dans d’autres, les conventions collectives
du travail sont examinées sur une base plus ponctuelle.
Plusieurs pays, mais pas tous, connaissent l’institution de l’Inspection du travail. L’inspecteur fait le plus
souvent partie du ministère national de l’emploi ou des affaires sociales, et il est chargé – de façon
générale – de contrôler le respect d’un certain nombre de dispositions relevant du droit social. Les
compétences de cette institution peuvent néanmoins varier considérablement d’un pays à l’autre.
Ainsi aux Pays-Bas, l’Inspection du travail n’a aucune mission en ce qui concerne la mise en œuvre
de la législation en matière d’égalité salariale, étant uniquement compétente en matière de conditions
générales de travail et non pour l’application des conditions (d’égalité) figurant dans des contrats de
travail individuels. En Roumanie aussi, il s’avère difficile d’établir dans quelle mesure l’Inspection du
travail est compétente pour ce qui concerne le respect de la législation en matière d’égalité de
rémunération. En Belgique, les pouvoirs de l’Inspection du travail sont également assez limités en ce qui
concerne l’égalité de rémunération: sa compétence s’appuie sur des sanctions pénales, mais les mesures
législatives qui mettent en œuvre le principe de l’égalité de rémunération ne contiennent pas réellement
ce type de sanctions.
Dans une série de pays, les inspecteurs du travail sont clairement habilités à intervenir lorsque des
employeurs ne respectent pas le principe de l’égalité de rémunération. Ainsi en Italie, par exemple, ces
inspecteurs peuvent délivrer une ordonnance de cessation de la conduite illégale et permettre à
l’employeur de mettre fin au délit en respectant l’ordonnance et en versant une sanction administrative.
Beaucoup d’experts signalent néanmoins que les inspecteurs du travail – même s’ils sont
compétents en la matière – manifestent peu d’intérêt à l’égard de l’écart de rémunération entre femmes
et hommes, et qu’aucune question sérieuse n’est soulevée au travers de ce mécanisme. Tel est
apparemment le cas, entre autres, dans l’ARY de Macédoine, en Bulgarie, en France, en Grèce, en
Hongrie, en Italie, en Lettonie, en Lituanie, en Pologne et au Portugal.
En Norvège, l’intérêt limité des services de l’Inspection du travail s’expliquerait par le fait que la
responsabilité de la législation relative à l’égalité de rémunération incombe aux organismes en charge
des questions d’égalité de traitement.
En Grèce, cet intérêt limité serait admis comme découlant du manque de moyens humains et
matériels des services de l’Inspection du travail.
Les outils cités sont disponibles (en suédois uniquement) sur le site Internet du médiateur en charge de l’égalité (www.do.se),
consulté le 10 mars 2010.
Le rapport du Portugal souligne que les salariés se montrent très souvent réticents à informer
l’Inspection du travail de certaines pratiques salariales discriminatoires aussi longtemps que leur contrat
de travail est en vigueur. Il est clair que les salariés peuvent craindre des représailles de la part de leur
employeur s’ils déposent plainte auprès de l’inspecteur du travail.
Plusieurs experts font toutefois remarquer que l’attention traditionnellement faible des inspecteurs du
travail à l’égard de l’écart de rémunération entre femmes et hommes tend à augmenter peu à peu
(Slovaquie et Espagne notamment) et que l’approche de cette problématique en devient davantage
En Slovaquie, l’Inspection du travail surveille la mise en œuvre du principe de l’égalité de
rémunération depuis 2002. Des études ont été réalisées en 2006 et 2007 dans la perspective plus
spécifique des «facteurs de l’égalité des genres dans les relations industrielles». En 2009, aucun examen
plus particulièrement axé sur l’égalité de rémunération n’était prévu, mais il a été effectué dans le cadre
de l’inspection générale, dont les conclusions sont résumées dans le «Rapport sur les résultats de
l’inspection du travail dans le domaine du «Renforcement de l’égalité des chances – égalité de
rémunération des femmes et des hommes pour un même travail et un travail de même valeur»
concernant l’année 2009».
En Espagne, l’Inspection du travail a instauré un programme de surveillance valide jusqu’en 2010 et
axé sur l’existence d’une véritable égalité au sein des entreprises. L’Inspection a défini dans ce contexte,
et à sa propre intention, des lignes directrices en matière d’égalité dans le but de proposer une
méthodologie permettant l’analyse extérieure exhaustive des aspects touchant l’égalité de traitement
entre hommes et femmes au sein de l’entreprise.
Comme signalé plus haut (voir le point 1.2.2), l’une des causes principales de la persistance d’un écart de
rémunération entre femmes et hommes est l’existence d’une ségrégation fondée sur le sexe sur le
Il est fréquent par conséquent que les actions en faveur de l’égalité de rémunération fassent une
large place à des mesures visant à réduire cette ségrégation. Ce processus de réduction est très lent:
alors que les jeunes filles et les femmes sont désormais présentes dans branches d’activité masculines, et
plus particulièrement dans celles qui exigent une formation supérieure, les hommes ne se sont pas
encore orientés vers des secteurs traditionnellement féminins tels que l’enseignement et les soins – en
raison probablement des bas salaires qui y sont pratiqués.
Le rapport finlandais souligne une initiative intéressante à cet égard: le gouvernement finlandais
applique régulièrement une technique qui consiste à affecter un montant annuel à une «cagnotte pour
l’égalité» destinée à couvrir les hausses salariales du personnel municipal dans les secteurs «féminins»
hautement qualifiés et faiblement rémunérés.
En Norvège, les négociations collectives 2010 sur les salaires du secteur public ont abouti le 27 mai
2010 à une hausse salariale de 3,3% pour les secteurs à prédominance féminine – visant ainsi à remédier
à la part de l’inégalité de rémunération qui découle de la ségrégation hommes-femmes du marché de
Bon nombre d’experts rapportent que très peu de plaintes, voire aucune plainte, invoquant une
discrimination salariale fondée sur le sexe parviennent jusqu’aux juridictions (ordinaires ou
administratives) compétentes (ARY de Macédoine, Autriche, Belgique, Croatie, France, Finlande,
Grèce, Lettonie, Liechtenstein, Malte, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Roumanie, Slovaquie et Slovénie
La jurisprudence en matière d’égalité de rémunération est effectivement fort rare, et cette rareté a
des causes multiples, parmi lesquelles le problème du champ de comparaison, l’insuffisance de
ressources personnelles de la partie requérante, les difficultés liées aux délais, les possibilités limitées en
termes d’indemnisation et de sanctions, et le manque de confiance dans l’appareil judiciaire.
Plusieurs experts nationaux rappellent également qu’il est souvent conseillé aux victimes de
discrimination salariale fondée sur le sexe d’essayer d’abord de trouver un accord avec leur employeur
(Bulgarie et République tchèque entre autres).
Il a été indiqué plus haut (voir le point 4.2) que les salariés rencontrent parfois les plus vives difficultés
pour rassembler des informations concernant la rémunération de collègues effectuant le même travail
ou un travail de même valeur. Une question préliminaire consiste néanmoins à déterminer avec qui le
salarié ou la salariée doit se comparer - autrement dit, qui est le «comparateur»? Qui effectue un même
travail ou un travail de même valeur? Il s’agit de l’un des aspects les plus complexes du débat sur la
discrimination salariale fondée sur le sexe.
Dans la majorité des 33 pays couverts par le présent rapport, le champ de comparaison en matière
d’allégations de discrimination salariale n’est pas défini dans le droit écrit, ce qui laisse une grande
latitude aux juridictions nationales. La Suède fait exception à cet égard puisque la loi de 2008 relative à
la discrimination définit ce qu’il faut entendre par «travail de même valeur»: un travail doit être considéré
comme étant de même valeur qu’un autre s’il ressort de l’évaluation globale de sa nature et des
exigences qu’il impose au travailleur qu’il est de valeur analogue. La loi précise que l’appréciation des
exigences du travail se fonde sur des critères tels que les connaissances et les compétences requises, et
le niveau de responsabilité et d’effort. Les conditions dans lesquelles le travail s’exerce seront plus
particulièrement prises en compte lors de l’évaluation de sa nature.46
La plupart des pays n’acceptent pas le comparateur hypothétique. Ainsi une juridiction irlandaise
a-t-elle déclaré, par exemple, que la partie requérante doit être en mesure d’indiquer un comparateur
existant réellement (actual concrete real-life comparator) qui appartienne à l’autre sexe et effectue un
travail analogue.47 La recherche de ce comparateur réel, par opposition à un simple comparateur
hypothétique, s’avère particulièrement difficile dans les professions caractérisées par une forte
ségrégation car les collègues du sexe opposé y sont rares, voire inexistants.
En Italie cependant, l’article 25 du code de l’égalité des chances parle de «facteurs neutres qui
désavantagent un plus grand nombre de travailleurs d’un sexe par rapport à ceux de l’autre sexe».
Aucun élément quantitatif n’est plus nécessaire, et l’attention porte désormais sur l’individu, plutôt que
sur le groupe. L’effet discriminatoire peut être simplement hypothétique et non encore concrétisé. Cette
approche devrait faciliter également le recours à l’interdiction de discrimination en ce qui concerne la
question de l’écart de rémunération. En France, la Cour de cassation a déclaré en 2009 que l’existence
d’une discrimination n’implique pas nécessairement une comparaison avec d’autres travailleurs,48
admettant ainsi un très large champ de comparaison, y compris, le cas échéant, avec un comparateur
Les juridictions n’admettent généralement que les comparaisons à l’intérieur d’une même
entreprise. En d’autres termes, les comparateurs ne peuvent jamais être salariés d’un autre employeur.
Tel est le cas en Bulgarie, à Chypre, en Hongrie, en Irlande, en Lettonie, en Lituanie, en Norvège, en
Pologne, en République tchèque, au Royaume-Uni et en Suède. En agissant ainsi, les juridictions
nationales se conforment à la Cour de justice de l’Union européenne, qui tend également à limiter la
comparaison à l’entreprise concernée, l’idée étant que les différences salariales ne peuvent alors être
attribuées qu’à une seule source (à savoir l’entreprise employeur).49
Chypre, l’Irlande et le Royaume-Uni autorisent également la comparaison avec des salariés
occupés par un «employeur apparenté». Au Royaume-Uni, le critère à cet égard est l’obligation pour les
deux entreprises employeurs d’avoir le même actionnariat.
Plusieurs pays autorisent, au sein de la même entreprise ou du même secteur, la comparaison entre
des postes appartenant à des catégories professionnelles différentes. Tel est notamment le cas en
Chapitre 3, article 2, paragraphe 2, de la loi de 2008 relative à la discrimination (2008:567).
J. Budd dans Brides c. Minister for Agriculture [1998] 4 I.R. 250, p. 270.
Cass. Soc., 10 novembre 2009, n° 07-42849.
Affaires C-320/00 Lawrence, Recueil 2002, p. I-7325 et C-256/01 Allonby, Recueil 2004, p. I-873.
Islande, où la Cour suprême a estimé que la fonction de cadre d’une femme dans le secteur des services
sociaux pouvait être considérée comme ayant une valeur égale à la fonction de cadre d’un homme dans
le secteur technique de la même municipalité.50
Une comparaison entre employeurs différents, voire même entre secteurs différents, reste
impensable dans la plupart des pays de l’UE, de l’EEE et candidats. Plusieurs experts nationaux observent
néanmoins des évolutions dans ce sens. En Grèce, les comparaisons d’un employeur ou d’un secteur à
l’autre sont admises en ce qui concerne les travailleurs couverts par le même mécanisme de fixation des
salaires. À Malte aussi, la législation nationale semble autoriser un champ de comparaison
correspondant au champ de la convention collective (niveau de l’entreprise ou niveau sectoriel).
Il est clair que les conventions collectives du travail, qui déterminent des normes salariales
minimales à l’échelon du secteur ou de l’entreprise, contribuent largement à la limitation des
comparaisons au secteur ou à l’entreprise. Le rapport autrichien signale à cet égard que l’examen de ces
conventions, destiné à y recenser d’éventuelles dispositions discriminatoires (voir le point 5.3), peut
également se ramener en définitive à une comparaison entre employeurs et entre secteurs. L’expérience
autrichienne met plus particulièrement en lumière le fait que la comparaison intersectorielle de
conventions collectives est possible lorsqu’il existe une volonté politique suffisante entre partenaires
Il arrive très fréquemment que les salariés victimes de discrimination salariale fondée sur le sexe ne
disposent pas des moyens financiers suffisants pour entamer une action en justice contre leur
employeur. Même s’il est exact que plusieurs pays ont mis en place des organismes chargés de conseiller
et d’aider les personnes à introduire une plainte alléguant une discrimination (salariale), ces mesures ne
changent rien au fait que les procédures judiciaires sont généralement très onéreuses.
Étant donné le caractère souvent limité de l’indemnisation susceptible d’être obtenue (voir ci-après
au point 6.1.4) lorsque le bien-fondé de la plainte est établi, les frais d’assistance juridique et de
procédure ont assurément un effet dissuasif (situation décrite entre autres dans les rapports concernant
la Croatie et la Hongrie).
Dans un certain nombre de pays, les plaintes pour discrimination salariale peuvent être déposées
pour le compte des salariés par des syndicats (Bulgarie, Croatie, Danemark, France, Italie, Lettonie,
Portugal, Royaume-Uni et Suède notamment), par des médiateurs, par des organismes nationaux pour
l’égalité ou par d’autres organisations telles que des entités sans but lucratif ou des ONG (Bulgarie,
Croatie, Italie, Lettonie, Royaume-Uni et Suède notamment). Les frais sont alors souvent pris en
charge par ces organisations. Dans l’ARY de Macédoine, la législation autorisant des syndicats et des
ONG à représenter des victimes en justice est en cours d’adoption par le Parlement.
Dans certains cas également, les plaintes peuvent même être introduites par un groupe de victimes
(Bulgarie, Croatie, Danemark, Italie et Liechtenstein, par exemple). Le rapport du Liechtenstein
précise néanmoins qu’en cas d’action collective, les personnes concernées ne peuvent obtenir
d’indemnisation financière qu’à condition d’avoir entamé chacune une procédure distincte et
individuelle à cette fin.
L’experte allemande regrette énormément que les syndicats et l’organisme pour l’égalité ne
puissent, dans son pays, déposer plainte pour le compte de salariés individuels. La qualité des syndicats
d’agir au nom de salariés est également très limitée en Grèce.
En Slovénie et en Finlande, entre autres, les syndicats et les organismes en charge des questions
d’égalité peuvent uniquement aider les victimes de discrimination salariale en leur donnant des conseils
Les délais de prescription peuvent contribuer, eux aussi, à réduire fortement le nombre de plaintes qui
finissent par atteindre les juridictions compétentes. Ils varient considérablement dans les 33 pays
Hrd. 258/2004.
En Belgique, par exemple, la loi du 3 juillet 1978 relative aux contrats de travail, qui s’applique à un
salarié invoquant une discrimination salariale fondée sur le sexe, impose un double délai: la plainte doit
être déposée dans les cinq ans qui suivent les faits litigieux et, dans tous les cas, dans l’année qui suit la
cessation effective du contrat de travail. En ce qui concerne les membres titularisés du personnel des
services publics, le délai est – de manière générale – de cinq ans à dater des faits litigieux. Il est
néanmoins possible, en vertu de la loi belge du 12 avril 1965, de réclamer une indemnisation pour une
discrimination qui a débuté au moment où la victime a été engagée par l’employeur et qui s’est
poursuivie durant toute la période de travail, quelle qu’ait été la durée de la discrimination en question.
En Lettonie, en revanche, le délai général de prescription de deux ans stipulé dans le code du travail
ne s’applique pas aux cas de discrimination. Dans ce dernier domaine, les requérants doivent introduire
une plainte dans les trois mois qui suivent le non-respect du principe de non-discrimination (égalité de
rémunération) ou qui suivent le moment où la partie requérante a eu ou aurait dû avoir connaissance de
la discrimination en cause.51 On a fait valoir à de nombreuses reprises qu’un délai aussi bref ne
correspond pas aux principes d’égalité et d’efficacité consacrés par le droit communautaire. Les délais de
prescription extrêmement courts en vigueur à Malte et au Royaume-Uni ont également été vivement
critiqués.
Il semble y avoir par ailleurs débat, dans de nombreux pays, sur le point de savoir quand le délai de
prescription doit commencer à courir: est-ce au moment où la discrimination a eu lieu, ou au moment où
la victime en a pris connaissance? En Pologne, par exemple, la Cour suprême a apparemment décidé
que le moment décisif est celui où le salarié prend conscience de la discrimination,52 ce qui va
incontestablement engendrer certaines difficultés en termes de preuve.
L’indemnisation pour discrimination salariale fondée sur le sexe est le plus souvent calculée comme la
différence avec la rémunération du comparateur, ce qui signifie qu’il y a substitution automatique par la
rémunération la plus élevée en cas d’inégalité salariale. Le rapport grec parle à cet égard de solution de
«levelling up»53 et l’experte allemande de «Anpassung nach oben»,54 autrement dit d’ajustement par le
Le nombre de mois pour lesquels une indemnisation peut être réclamée dépend habituellement
des délais de prescription évoqués au point précédent (6.1.3). L’immense diversité des délais nationaux
de prescription se traduit nécessairement par une forte variation des périodes susceptibles d’être
couvertes par l’indemnisation. Plusieurs experts rapportent que les périodes pouvant être prises en
compte ne sont pas limitées (République tchèque et France entre autres.). La Croatie et l’Italie
indiquent pour leur part que les montants des dommages-intérêts susceptibles d’être versés ne sont pas
plafonnés.
Dans quelques pays, la législation nationale prévoit une indemnisation forfaitaire. Ainsi en
Belgique, par exemple, la victime de discrimination salariale peut réclamer des dommages-intérêts fixes
correspondant à six mois de rémunération, ou l’indemnisation du préjudice réellement subi, dont il lui
appartient alors de démontrer l’ampleur.
En Autriche et en Lituanie, les droits à pension ne sont pas pris en compte dans le calcul du
montant de l’indemnisation ou dans l’établissement des sanctions. En Hongrie, en revanche,
l’employeur doit payer (et également déduire) et transférer à la caisse de sécurité sociale toutes les
cotisations qui auraient dû être versées si le salaire avait été légalement fixé, ce qui corrige le droit à
pension du salarié. Au Royaume-Uni également, les cotisations manquées au régime des pensions sont
censées être incluses en tant qu’élément de rémunération devant faire l’objet d’une indemnisation.
À Chypre, en Islande, en Lituanie et en Roumanie notamment, les dommages-intérêts
comprennent une réparation financière du préjudice moral causé à la partie demanderesse par la partie
Articles 34(1), 48(2), 60(3), 95(2) du code du travail (Darba likums).
I PK 242/06.
Voir S. Koukoulis Spiliotopoulos «Gender equality in Greece and effective judicial protection: issues of general relevance in
employment relationships», Neue Zeitschrift für Arbeitsrecht Beilage 2/2008, p. 74-82.
R. Winter dans: W. Däubler (ed.) Tarifvertragsgesetz, § 1, notes marginales 455 et suivantes (plus autres références) BadenBaden, Nomos 2e éd. 2006.
Il arrive également que la loi prévoie des sanctions pénales. Tel est le cas en Italie. Le rapport
lituanien évoque la possibilité d’imposer des amendes administratives.
L’expert croate fait également de la méfiance à l’égard de l’appareil judiciaire l’une des raisons
expliquant la rareté du contentieux dans le domaine de la discrimination salariale fondée sur le sexe. Ce
manque de confiance traduit une suspicion de corruption au sein de la justice, mais également la
conviction que les cours et tribunaux n’ont tout simplement pas la capacité de traiter efficacement
d’affaires complexes telles que celles qui relèvent de la discrimination salariale fondée sur le sexe.
Le rapport portugais indique pour sa part que les notions techniques liées à la discrimination
salariale (les concepts de discrimination directe et indirecte, et de travail de même valeur, par exemple)
restent peu clairs pour les magistrats et les inspecteurs du travail. Le rapport finlandais fait part de
réflexions analogues en ce qui concerne les juristes qui, tant au sein des syndicats que dans une pratique
plus générale, sembleraient préférer traiter ce type d’affaires sur la base du droit du travail ordinaire en
laissant de côté la législation relative à la non-discrimination.
Comme signalé plus haut (voir le point 5.1.2), les organismes nationaux pour l’égalité peuvent avoir des
compétences très diversifiées.
Certains d’entre eux peuvent être saisis de plaintes en matière d’égalité des genres (y compris en
matière d’égalité de rémunération). Le mode d’organisation de la procédure et son issue (avis
contraignants ou non contraignants, médiation, etc.) varient d’un pays à l’autre.
En Hongrie, par exemple, l’organisme en charge de l’égalité ne peut agir qu’en cas de non-respect
des dispositions relatives à l’égalité de traitement, et agit généralement sur plainte uniquement. Il n’a
aucune compétence lui permettant d’encourager des mesures actives visant à combler l’écart de
rémunération. Lorsqu’un non-respect du principe de l’égalité de rémunération est constaté, il peut
mettre fin à la pratique illégitime et imposer une amende, mais il ne peut accorder d’indemnité
financière. Une sanction supplémentaire intéressante réside dans la publication de la décision finale et
contraignante sur le site Internet de l’organisme pour l’égalité, qui exclut l’employeur de la catégorie
«relations du travail en règle» - qualification qui constitue la condition préalable à toute demande de
En Lettonie, l’organisme national en charge des questions d’égalité ouvre des enquêtes en réponse
aux plaintes qui lui sont adressées par des particuliers.
En Grèce, l’organisme pour l’égalité peut ouvrir des enquêtes, mais ne peut engager de poursuites
en justice. Il prend des décisions contraignantes ou impose des sanctions, le plus souvent par voie de
Les procédures auprès des organismes nationaux pour l’égalité de traitement sont généralement
gratuites et le dépôt de la plainte habituellement simple et peu formaliste. Il arrive même que la plainte
puisse être déposée pour le compte du salarié par le médiateur notamment (à Chypre, par exemple). Les
organismes nationaux pour l’égalité ont en outre une vaste expertise des questions de discrimination, ce
qui en fait des institutions particulièrement bien placées pour traiter de cas de discrimination salariale
fondée sur le sexe.
Ces différents atouts font que, dans un certain nombre de pays, l’introduction d’une plainte auprès
de l’organisme national pour l’égalité de traitement offre une bonne alternative à l’engagement d’une
action devant les juridictions ordinaires. Ainsi en Norvège, il semblerait que la procédure devant
l’organisme national pour l’égalité soit tellement efficace que les tribunaux ne sont pratiquement plus
saisis d’aucune affaire dans ce domaine.
Plusieurs experts (Bulgarie entre autres) signalent néanmoins que le nombre élevé de plaintes
adressées aux organismes pour l’égalité engendre des retards considérables.
D’autres experts n’ont connaissance que d’un très faible nombre de plaintes adressées à l’organisme
pour l’égalité de traitement à propos de l’écart de rémunération entre femmes et hommes
(Luxembourg notamment). Dans l’ARY de Macédoine, il semble que l’organisme en question soit
beaucoup trop passif. De même en Lituanie, l’organisme national de promotion de l’égalité ne serait pas
très intéressé par les problèmes d’égalité de rémunération entre les sexes. En Estonie, des
préoccupations ont été exprimées quant à l’insuffisance de ressources financières et humaines pour que
l’organisme en charge des questions d’égalité puisse remplir efficacement son mandat.
Les experts des 33 pays ont été plus particulièrement invités à vérifier si d’autres volets du droit, tel le
droit du travail – allant plus loin que les seules dispositions ayant un rapport direct avec l’égalité de
rémunération des hommes et des femmes pour un même travail – étaient susceptibles d’influencer
l’écart de rémunération. La question visait à inviter les experts nationaux à réfléchir en dehors du cadre,
et au-delà des limites habituelles.
Il ressort clairement des sections ci-après que cette question requiert la réévaluation de nombreuses
explications de l’écart – non ajusté – de rémunération entre femmes et hommes (voir plus haut au point
1.2) en vue d’établir si la législation en rapport avec ces explications continue de refléter des pratiques et
idées discriminatoires.
De nombreux pays ont adopté une législation qui garantit aux travailleurs à temps partiel l’égalité de
traitement avec les travailleurs à temps plein, ce qui est absolument conforme aux principe de nondiscrimination entre travailleurs à temps partiel et travailleurs à temps plein consacré par la directive
97/81/CE (travail à temps partiel).55 Mais on observe encore, à l’inverse, des mesures législatives qui,
relatives aux salariés à temps partiel, exercent une influence indirecte sur l’écart de rémunération entre
En Belgique, par exemple, les points de vue des juridictions se sont récemment opposés sur la
question de savoir si la période de préavis et le paiement en lieu et place du préavis lors de la cessation
d’un contrat de travail à temps partiel doivent être calculés sur la base de la rémunération à temps plein
ou à temps partiel. Les juridictions belges ont, de façon générale, refusé de reconnaître la dimension de
genre de cette problématique et son incidence manifeste sur l’écart de rémunération entre femmes et
L’experte norvégienne fait référence à la réglementation du temps de travail établie par la loi du
17 juin 2005 relative à l’environnement de travail. La réglementation portant plus spécifiquement sur le
travail à temps partiel a eu pout effet de générer parmi les employeurs du secteur des soins de santé, à
prédominance féminine, l’habitude de fonctionner, dans les hôpitaux notamment, avec une multitude
de petits postes à temps partiel (plutôt que des postes à temps plein) en vue de faciliter le travail par
équipe/par roulement et d’éviter les heures supplémentaires. Il est difficile de trouver, en Norvège, des
professions à prédominance masculine comparables qui comportent un nombre aussi élevé de postes à
temps partiel. Il est courant, selon l’experte norvégienne, que des lois telles que celle relative à
l’environnement de travail, omettent totalement la perspective de genre. Après tout, la loi relative à
l’environnement de travail ne contient aucune disposition en matière d’égalité des genres et d’égalité de
rémunération, et semble fonctionner – à première vue du moins – dans un contexte neutre sur le plan du
genre en ce qui concerne l’aménagement du temps de travail.
Les organisations belges d’employeurs font pression depuis quelques années sur le gouvernement
fédéral pour qu’il adopte une législation permettant un recours plus flexible et moins coûteux aux
heures supplémentaires, les mesures législatives actuelles étant, à leur avis, trop rigoureuses et trop
onéreuses. Le gouvernement a partiellement répondu à cette demande en diminuant l’imposition de la
rémunération des heures supplémentaires. L’expert belge avertit que le fait de rendre le recours aux
Clause 4 de l’annexe de la directive 97/81/CE concernant l’accord-cadre sur le travail à temps partiel conclu par l’UNICE, le
CEEP et la CES, JO L 14 du 20 janvier 1998, p. 9.
heures supplémentaires plus facile et moins cher pour les employeurs comporte un risque d’incidence
négative sur les travailleurs – féminins pour la plupart – pour lesquels la prestation d’heures
supplémentaire est incompatible avec les obligations familiales, par exemple. Leur rémunération ne sera
pas augmentée par la rétribution d’heures supplémentaires et l’écart de rémunération est appelé, par
conséquent, à s’accroître.
En Bulgarie, dans les secteurs dans lesquels les femmes tendent à prester des heures
supplémentaires – à savoir les secteurs dans lesquels la présence féminine est importante – la rétribution
de ces heures est généralement très peu élevée. Lorsque ces femmes reçoivent un supplément de
rémunération pour les heures supplémentaires prestées, ce versement s’inscrit généralement dans le
cadre d’une activité non déclarée et n’est donc pas pris en compte pour la sécurité sociale. Le rapport
croate souligne, lui aussi, que de nombreuses femmes prestent des heures supplémentaires, en
particulier dans le domaine commercial qui semble dominé par les effectifs féminins, mais qu’elles ne
sont pas rémunérées au taux majoré prévu par la loi.
En Grèce, les travailleurs à temps partiel bénéficient d’un complément de rémunération pour les
heures supplémentaires prestées en sus de leur horaire à temps partiel, mais il est calculé à un taux
inférieur à celui dont bénéficient les travailleurs à temps plein. Le taux ne devient équivalent qu’au
moment où ils dépassent la limite de l’horaire à temps plein. En Lettonie, la question de la rémunération
des heures supplémentaires prestées par des travailleurs à temps partiel n’est pas davantage
réglementée. Alors qu’au cours des années 1990, la Cour de justice européenne avait pris pour position
que la rémunération des heures supplémentaires dépassant le temps de travail à temps partiel n’était
due que pour les heures au-delà d’un horaire à temps plein,56 la jurisprudence récente de la Cour semble
devenue plus favorable aux travailleurs à temps partiel.57
En Lituanie, la loi interdit la prestation d’heures supplémentaires pour certains groupes de femmes
(femmes enceintes, femmes allaitantes, femmes élevant de jeunes enfants, etc.) sans leur consentement.
Dans de nombreux pays, les contrats à durée déterminée constituent une exception uniquement admise
pour des raisons explicitement spécifiées. Cette approche est conforme à la directive 1999/70/CE (travail
à durée déterminée), qui visait à prévenir les abus découlant de l’utilisation de relations de travail ou de
contrats à durée déterminée successifs.58
En dépit de ce principe, de nombreux pays signalent l’utilisation «créative» de contrats à durée
déterminée, laquelle s’avère, en définitive, désavantageuse pour les effectifs féminins.
Ainsi par exemple, la Croatie constate une utilisation plus intensive des contrats à durée
déterminée dans les secteurs à prédominance féminine, et notamment dans le commerce. En Grèce
également, les enseignants travaillant dans des écoles publiques sous contrat à durée déterminée
relevant du droit privé – catégorie professionnelle assez importante et massivement féminine – sont
défavorisés sur le plan de la rémunération dans la mesure, par exemple, où leur ancienneté/durée de
service n’est pas prise en compte pour le calcul de leur salaire et où ils ne peuvent prester d’heures
Dans certains pays (parmi lesquels l’Italie), l’utilisation plus flexible de contrats à durée déterminée
est admise pour favoriser la participation des femmes au marché du travail. Il semble toutefois que cette
approche n’engendre aucun effet positif au niveau de l’écart de rémunération entre femmes et hommes,
étant donné qu’il s’agit d’emplois précaires et mal payés.
Le Royaume-Uni fait remarquer que, dans le secteur public en particulier, le détachement de
travailleurs, ou la sous-traitance, a été l’un des principaux catalyseurs de l’abaissement de la
Affaire C-399/92 Helmig , Recueil 1994, p. I-5727.
Affaire C-285/02 Elsner-Lakeberg, Recueil 2004, p. I-5861.
Directive 1999/70/CE concernant l’accord-cadre CES, UNICE et CEEP sur le travail à durée déterminée, JO L 175 du 10 juillet
1999, p. 43.
rémunération des femmes. Les contractants appliquent des barèmes inférieurs à ceux du secteur public
à l’ensemble du personnel ou aux nouvelles recrues.
De nombreux rapports nationaux évoquent le niveau élevé de protection conféré aux travailleurs
féminins par le droit du travail, et l’influence négative qu’il peut avoir sur leur rémunération (Croatie,
Italie, Lituanie, République tchèque, Slovaquie et Turquie notamment).
Ainsi par exemple, les longs congés pour raisons familiales – même s’ils sont une bonne nouvelle à
première vue – tournent en définitive à la défaveur des travailleuses et ont une double incidence
négative sur l’écart de rémunération entre femmes et hommes. Premièrement, les prestations
(éventuelles) de la sécurité sociale associées à ces congés n’atteignent jamais – quel que soit leur
montant – le niveau de la rémunération normale (voir notamment les rapports bulgare et croate).
Deuxièmement, le travailleur risque de percevoir une moindre rémunération/de manquer une
augmentation de la part de son employeur parce qu’il a pris de (longs) congés pour raisons familiales
(situation décrite par les experts croate et slovène).
L’experte irlandaise laisse également entendre que des mesures à l’appui de l’occupation continue
d’un emploi par les femmes pourraient contribuer à réduire l’écart de leur rémunération par rapport à
celle des hommes. Elle fait référence à un rapport national qui arrive à la conclusion remarquable, mais
quelque peu perturbante, selon laquelle, parmi tous les modes de travail flexibles, seules les
interruptions de carrière sont considérées comme réduisant l’écart de rémunération entre femmes et
hommes (voir également plus haut au point 1.2.3).59
Selon le rapport suédois, les droits au congé parental tendent à refléter, dans les conventions
collectives, le «besoin» du membre type du secteur d’activité concerné – ce qui renforce apparemment la
ségrégation sur le marché du travail (les femmes préférant dès lors le secteur public) et le comportement
empreint de préjugés sexistes vis-à-vis du congé parental. Il ne s’agit cependant pas de discrimination au
sens juridique du terme puisque l’on parle de règles neutres sur le plan du genre dans des branches et
secteurs différents du marché du travail.
La Croatie s’interroge également à propos de son interdiction nationale de travail de nuit pour les
femmes enceintes, sauf autorisation d’un médecin et indépendamment des intérêts personnels de la
femme concernée.60 Le travail de nuit étant mieux rémunéré que le travail de jour, l’impact au niveau de
l’écart de rémunération va de soi.
Une question similaire est soulevée par l’experte de l’ARY de Macédoine. Dans ce pays en effet, une
travailleuse ayant un enfant de moins de trois ans ne peut être tenue d’accomplir un travail de nuit, alors
que cette disposition ne s’applique aux pères qu’à des conditions très strictes, notamment lorsque la
mère a quitté l’enfant. En d’autres termes, les travailleurs féminins se trouvent plus fréquemment en
situation de devoir refuser un travail de nuit, hautement rémunéré, ce qui a une incidence négative sur
l’écart de rémunération. Cela signifie même qu’au plan familial, les parents qui voudraient échanger
leurs obligations (parce que l’emploi de la femme est mieux rémunéré) ne peuvent le faire.
Le rapport turc signale que les employeurs importants ont l’obligation légale d’instituer des classes
prématernelles et des structures de garde d’enfants à leurs propres frais. On imagine aisément que ce
type de mesure tend à les dissuader d’engager des femmes.
Les expertes italienne et britannique soulignent toutes deux que des règles incitant les pères à
exercer leurs droits aux congés contribueraient utilement à réduire progressivement l’écart de
rémunération entre femmes et hommes. Il convient de mentionner à cet égard un projet initié par le
ministère polonais du Travail et de la politique sociale en faveur de la «conciliation du rôle professionnel
et du rôle familial des femmes et des hommes». Ce projet prévoit la réalisation d’études et une formation
Voir le rapport conjoint de l’Equality Authority et de l’Economic and Social Research Institute intitulé «The Gender Wage Gap in
Ireland – Evidence from the National Employment Survey 2003» et publié en septembre 2009 par S. McGuinness et al.,
disponible sur http://www.equality.ie/index.asp?locID=105&docID=817, consulté le 23 mars 2010.
Il convient de faire remarquer que ceci va à l’inverse de ce que prévoit l’article 7 de la directive 92/85/CEE (grossesse), à savoir
que, sous réserve de la présentation d’un certificat médical, les travailleuses enceintes ne peuvent être tenues d’accomplir un
travail de nuit. Voir la directive 92/85/CEE concernant la mise en œuvre de mesures visant à promouvoir l’amélioration de la
sécurité et de la santé des travailleuses enceintes, accouchées ou allaitantes au travail (dixième directive particulière au sens
de l’article 16, paragraphe 1, de la directive 89/391/CEE), JO L 348 du 28 novembre 1992, p. 1.
des employeurs et des syndicats concernant les nouvelles possibilités législatives facilitant cette
conciliation, parmi lesquelles la modification de la loi de 2008 qui permet de couvrir les services d’accueil
de jour des enfants organisés sur le lieu de travail à l’aide de la caisse sociale des entreprises.
Plusieurs experts nationaux (Pays-Bas notamment) font remarquer que l’autonomie des parties en droit
contractuel peut être une source importante d’inégalité salariale. Il est bien connu que les femmes,
lorsqu’elles négocient les conditions de leur contrat de travail, ne s’attachent pas tellement à l’obtention
d’un salaire aussi élevé que celui des hommes. Elles préfèrent souvent négocier sur d’autres aspects du
contrat (possibilité d’un horaire flexible, possibilité de travailler partiellement à domicile).
Comme déjà indiqué, toutefois, les parties ne jouissent pas d’une totale autonomie, étant donné
que l’employeur est tenu par des dispositions légales reconnaissant le principe de l’égalité de
rémunération entre les hommes et les femmes (voir le point 4) et, dans certains cas, par des conventions
collectives du travail (voir le point 3.1.1).
Dans beaucoup de pays (voir notamment les rapports concernant la Belgique et la Grèce), le nombre de
femmes sans emploi est plus élevé que celui des hommes sans emploi. Les mesures de lutte contre le
chômage peuvent donc avoir une incidence sur l’écart de rémunération, et parfois même viser plus
spécifiquement les femmes.
En Grèce, par exemple, les mesures de lutte contre le chômage prévoient notamment des
subventions (financées par le Fonds social européen) à l’intention des employeurs qui engagent des
chômeurs, ou à l’intention de jeunes chômeurs qui démarrent une activité. Ces mesures favorisent les
femmes de manière directe (en leur accordant une priorité) ou de manière indirecte (en donnant la
priorité à des catégories à prédominance féminine telles que les chômeurs de longue durée ou les chefs
de ménages monoparentaux).
En Bulgarie, en Hongrie et en Italie également, il semblerait que les femmes (et les femmes ayant
des enfants en bas âge surtout) recourent davantage que les hommes aux mesures et actions
spécialement axées sur la lutte contre le chômage. Ces mesures et actions visent souvent à garantir un
emploi (subventionné), mais à un faible taux de rémunération (le salaire minimum en général). Les
femmes acceptent donc plus fréquemment un salaire peu élevé, ce qui n’a pas d’effet positif sur l’écart
Comme le souligne le rapport italien, la plupart des systèmes de pension sont structurés de telle sorte
qu’ils reflètent les différences de modalités de travail des femmes. Il est courant en effet que ces
systèmes créent des liens entre la rémunération et les cotisations, d’un côté, et, de l’autre, le montant des
En Bulgarie, l’âge d’admission à la pension des femmes reste encore inférieur à celui des hommes
en ce qui concerne le premier pilier de la sécurité sociale. L’inégalité salariale se reflète directement, par
conséquent, sur leurs pensions.
En Grèce, des dispositions créées par la loi et des règlements internes permettent le licenciement à
l’âge d’admission à la pension, lequel reste souvent plus précoce pour les femmes. Il en résulte que ces
dernières sont privées de possibilités de promotion et d’un niveau plus élevé de rémunération et de
pension. La Cour de cassation a considéré que ces dispositions allaient à l’encontre du principe de
l’égalité de traitement,61 mais les mesures en question figurent encore dans les textes et continuent
d’être appliquées.
Arrêts 85/1995 et 449/1999 de la Cour de cassation (article 5, paragraphe 1, de la loi 435/1976).
Dans un certain nombre de pays, les conventions collectives ou d’autres mesures prévoient des
indemnités pour la durée de service auprès d’un employeur (Grèce et Royaume-Uni, par exemple). La
durée de service peut également intervenir dans le calcul de l’indemnité pour perte d’emploi. Tel est
notamment le cas en Grèce. Ce système désavantage manifestement les femmes en raison de leurs
interruptions fréquentes de carrière et de leurs modes de travail souvent atypiques. En Lettonie, la
législation du travail exige la prise en compte du temps de congé pris pour s’occuper d’enfants dans le
calcul de l’ancienneté, mais il semblerait que cette disposition soit uniquement théorique.
Le rapport croate fait référence à une règle légale stipulant que les fonctionnaires qui se sont
absentés du travail pendant plus de six mois au cours d’une période d’un an ne feront pas l’objet d’une
évaluation professionnelle, quelles que soient les raisons de cette absence.62 Il est clair que cette
disposition apparemment neutre réduit les possibilités de promotion et, par conséquent, de
rémunération, pour les femmes. Elle va en outre à l’encontre de la jurisprudence de la CJCE.63
Le rapport relatif à la Lettonie est le seul à s’intéresser également aux dispositions relevant du droit de la
famille. Il indique que l’interprétation et l’application des dispositions nationales concernant la garde des
enfants par suite d’un divorce et le montant de la pension alimentaire pourraient entraver
considérablement l’égalité des chances des femmes sur le marché du travail, et l’égalité de rémunération
Ainsi par exemple, même si le droit civil letton prévoit que chacun des parents a le devoir de
s’occuper au quotidien de son enfant, aucun mécanisme coercitif n’a été mis en place pour obliger le
parent réticent (le père en général) à remplir ce devoir. De surcroît, il s’avère impossible en raison de la
conception stéréotypée des rôles sociaux – largement répandue au sein des juridictions nationales –
d’obtenir une augmentation de la pension alimentaire pour compenser ce partage inégal de la charge
de l’éducation des enfants.
On peut imaginer que, de manière générale, de nombreuses dispositions nationales relatives à la
garde des enfants après un divorce restent favorables à la mère – mais cette situation a parallèlement
une incidence négative manifeste sur sa capacité de travail rémunéré. Ici également, la participation
obligatoire et mieux équilibrée des pères à la garde des enfants après un divorce pourrait avoir, en
définitive, un effet positif en termes d’écart de rémunération entre femmes et hommes.
L’éventail des instruments mis en place par les différents pays pour combattre l’écart de rémunération
entre femmes et hommes est très diversifié, mais de nombreux experts nationaux concluent néanmoins
que leurs gouvernements respectifs n’agissent pas suffisamment dans ce domaine.
Il convient de souligner que de nombreux rapports nationaux réclament des mesures davantage
contraignantes, les instruments simplement volontaires étant apparemment insuffisants.
On note à cet égard une demande récurrente de dispositions législatives obligeant les employeurs à
publier des informations détaillées concernant les salaires versés et d’autres avantages octroyés aux
salariés au sein de l’entreprise. Les systèmes de rapport obligatoires déjà mis en place en Autriche, en
Finlande, en France, en Italie, en Norvège et en Suède, entre autres, pourraient servir d’exemples de
bonnes pratiques à cet égard.
Les plans obligatoires en faveur de l’égalité salariale que doivent élaborer les employeurs
importants de pays nordiques tels que la Finlande, l’Islande et la Suède, mais également d’Espagne,
ont également été cités au titre de bonnes pratiques.
Étant donné que l’écart non ajusté de rémunération est notamment attribué aux bas salaires en
vigueur dans les branches hautement féminisées du secteur public, l’initiative du gouvernement
Article 82 de la loi sur les fonctionnaires de l’État.
Affaire C-136/95 Thibault, Recueil 1998, p. I-2011.
finlandais d’affecter un montant annuel à une «cagnotte pour l’égalité» couvrant les hausses salariales
des travailleurs municipaux des branches «féminines» hautement qualifiées et peu rémunérées est une
excellente pratique dont d’autres pays pourraient s’inspirer. La Norvège semble avoir suivi l’exemple
finlandais en procédant, en mai 2010, à une hausse considérable des salaires dans les professions à
prédominance féminine du secteur public.
En ce qui concerne les partenaires sociaux, les négociations obligatoires en matière d’égalité
professionnelle entre hommes et femmes (y compris en matière d’égalité salariale) telles qu’elles ont été
imposées en France par la loi Génisson sont exceptionnelles, et peuvent assurément être qualifiées
d’excellentes pratiques. Après tout, de nombreux experts ont signalé que les partenaires sociaux de leur
pays ne s’intéressent guère à l’écart de rémunération entre femmes et hommes. Des négociations
obligatoires en la matière apparaissent donc comme la seule manière de mettre la question à leur
L’analyse systématique et obligatoire de toutes les conventions collectives du travail par un
organisme officiel indépendant (l’organisme pour l’égalité de traitement, par exemple) serait, elle aussi,
une bonne manière d’obliger les partenaires sociaux à tenir compte du principe de l’égalité de
rémunération entre travailleurs masculins et féminins. L’Autriche et le Portugal offrent des exemples de
Plusieurs experts nationaux réclament également des mesures obligeant les hommes à participer
plus activement aux tâches ménagères et à l’éducation des enfants. Telle serait, selon les expertes
italienne et britannique, la seule façon de lutter contre le stéréotype de genre dans une perspective de
conciliation entre vie familiale et vie professionnelle et de parvenir à terme à une incidence positive sur
l’écart de rémunération entre femmes et hommes. Le projet polonais visant à la conciliation du rôle
professionnel et du rôle familial des femmes et des hommes peut être cité ici en tant que bonne
En ce qui concerne l’application des dispositions relatives à l’égalité salariale, plusieurs rapports
insistent sur l’importance d’actions collectives en justice, lesquelles ne sont pas encore possibles dans
Enfin, il convient de faire mention ici de l’Autriche, qui est l’un des rares pays ayant une expérience
d’utilisation – limitée – de la passation de marchés publics en tant qu’instrument de lutte contre l’écart
de rémunération entre femmes et hommes. De nombreux experts regrettent que leurs propres
gouvernements ne saisissent toujours pas cette occasion privilégiée d’obliger les soumissionnaires à
respecter le principe de l’égalité salariale, ce qui contribuerait indirectement à réduire l’écart de
rémunération entre femmes et hommes.
Un écart de rémunération entre femmes et hommes de 17,6% (moyenne de l’UE en 2007) constitue un
défi majeur pour la Commission européenne – d’autant plus que les progrès accomplis pour le combler
sont apparemment très lents, et qu’il tend même à se creuser dans un nombre non négligeable de pays.
Il apparaît clairement que cette moyenne de 17,6% cache d’importantes disparités, lesquelles ne
consistent pas uniquement en différences entre pays. Ainsi par exemple, à l’échelon transnational, l’écart
de rémunération entre femmes et hommes a tendance à être supérieur dans le secteur privé, dans la
tranche d’âge de 30 à 49 ans, dans des secteurs d’activité particuliers (finance, assurance et soins de
santé notamment) et dans le cas de travailleurs peu instruits ou ayant, au contraire, une formation postuniversitaire.
L’écart non ajusté de rémunération entre femmes et hommes peut certainement être partiellement
attribué à des phénomènes tels que la représentation disproportionnée des femmes dans les emplois
temporaires et à temps partiel; la ségrégation horizontale et verticale observée sur le marché du travail;
et les fréquentes interruptions de carrière des femmes. La partie inexpliquée de l’écart de rémunération
entre femmes et hommes (à savoir l’écart ajusté) reste néanmoins considérable.64
A. Dupuy, D. Fouarge et B. Buligescu ont avancé qu’en fonction du pays étudié, l’écart de rémunération ajusté entre femmes
et hommes est similaire, moindre ou même plus important que l’écart non ajusté. Voir «Development of econometric methods
to evaluate the gender pay gap using structure of earnings survey data», étude réalisée par le Centre de recherche sur
Ce constat décevant a incité la Commission européenne à demeurer très active dans le domaine de
l’égalité salariale entre les sexes, et à poursuivre la mise à jour et le développement de ses informations
concernant l’écart de rémunération entre femmes et hommes. C’est dans cette perspective qu’elle a
invité son Réseau européen d’experts juridiques dans le domaine de l’égalité des genres65 à adresser un
questionnaire détaillé à ses membres. Les rapports nationaux couvrent donc 33 pays (les 27 États
membres de l’UE, les trois pays de l’EEE, et l’ARY de Macédoine, la Croatie et la Turquie).66 La Commission
voulait, d’une part, obtenir des données plus précises concernant les mesures, initiatives et instruments
juridiques adoptés en vue de combattre concrètement l’écart de rémunération entre femmes et
hommes, et, d’autre part, étudier les liens éventuels entre les dispositions en matière d’égalité salariale et
d’autres dispositions du droit du travail.
Les réponses au questionnaire ont clairement montré que l’écart de rémunération entre femmes et
hommes est loin d’être une priorité pour les gouvernements nationaux et les partenaires sociaux de
nombreux pays. Les experts juridiques nationaux mettent cependant en lumière une série d’instruments
intéressants sous la forme de dispositions législatives, mais également d’autres mesures (non
contraignantes) qui, axées sur les partenaires sociaux ou sur les employeurs, offrent incontestablement
de réelles possibilités de lutter contre l’écart de rémunération entre femmes et hommes.
En ce qui concerne les partenaires sociaux, de nombreux rapports nationaux soulignent que les
conventions collectives du travail continuent d’inclure des dispositions ayant un effet discriminatoire
indirect sur la rémunération des salariées: on songe notamment ici aux systèmes d’évaluation des
fonctions et aux systèmes de rémunération qui, tout en étant apparemment neutres, défavorisent
structurellement les travailleuses. Les experts nationaux se réjouissent à ce propos de l’adoption
d’instruments prévoyant l’analyse systématique et obligatoire (par les partenaires sociaux eux-mêmes
dans certains cas) de toutes les conventions collectives du travail, afin d’y déceler les dispositions
éventuellement incompatibles avec le principe de l’égalité de rémunération.
Certains experts décrivent également des mesures axées sur les employeurs. Il s’agit le plus souvent
de mesures prévoyant l’obligation pour les employeurs de fournir des statistiques salariales ventilées
selon le sexe; de mesures relatives à la transparence de la rémunération; et de mesures portant sur
l’adoption obligatoire par les employeurs de plans ou de stratégies en faveur de l’égalité. Bien qu’il
ressorte des rapports que la passation des marchés publics pourrait être l’occasion par excellence pour
les gouvernements d’obliger les soumissionnaires à respecter le principe de l’égalité salariale, il en
ressort également que très peu de pays ont effectivement saisi cette occasion. Il existe certainement des
possibilités d’agir de manière davantage proactive dans ce domaine.
Les 33 experts nationaux présentent également un large éventail d’autres mesures destinées à
combattre l’écart de rémunération entre femmes et hommes. Parmi les plus intéressantes figurent celles
qui favorisent la mise en place de systèmes d’évaluation des fonctions et de systèmes de rémunération
qui soient neutres sur le plan du genre. Plusieurs pays scandinaves signalent en outre des initiatives
novatrices cherchant à remédier à la ségrégation hommes-femmes observée sur le marché du travail au
moyen de hausses salariales financées par un fonds spécialement affecté à cet effet et essentiellement
destiné aux branches peu rémunérées et fortement féminisées de l’activité économique (soins de santé
Le respect des règles en matière d’égalité salariale pose apparemment problème, et la
jurisprudence en la matière reste très rare. L’une des difficultés à l’origine de cette situation est sans
doute liée au champ de comparaison: en effet, de nombreux pays n’acceptent pas de comparateur
hypothétique, et la comparaison d’un employeur ou d’un secteur à l’autre reste impensable presque
partout. D’autres sources de difficultés sont l’insuffisance des ressources personnelles de la partie
requérante; les problèmes liés aux délais de prescription; le caractère limité des possibilités
d’indemnisation et de sanction; et enfin, dans certains pays, le manque de confiance dans l’appareil
l’éducation et le marché du travail de l’Université de Maastricht, Eurostat, 2009, disponible sur
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Comme on pouvait l’espérer, les 33 rapports nationaux mettent également en lumière plusieurs
liens intéressants entre l’écart de rémunération entre femmes et hommes, d’une part, et d’autres volets
du droit, d’autre part. Certains de ces liens sont assez inattendus, et jettent un éclairage nouveau sur
l’écart de rémunération. Ainsi le lien avec le détachement de personnel, tout en étant signalé par un seul
pays, en concerne sans aucune doute beaucoup d’autres. Le détachement de travailleurs, ou la soustraitance, pourrait être l’un des principaux catalyseurs de l’abaissement de la rémunération des femmes,
dans le secteur public surtout.
Il convient d’encourager la recherche axée sur la découverte de ces liens inattendus. Les cas de
discrimination salariale directe étant devenus assez exceptionnels dans la plupart des 33 pays couverts,
les mesures juridiques prises par l’UE comme par les États membres devraient se focaliser sur les cas de
discrimination indirecte, y compris les situations inattendues et non surveillées.
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Bundesverwaltung Berlin, VER.DI 2002.
İ. TUNALI ‘Background Study on Labour Market and Employment in Turkey’, report prepared for European
Training Foundation (June 2003).
T.R. PRIME MINISTRY, STATE PLANNING ORGANIZATION (SPO) AND WORLD BANK HUMAN DEVELOPMENT SECTOR UNIT
EUROPE AND CENTRAL ASIA REGION Female Labour Force Participation in Turkey: Trends, Determinants and
Policy Framework, Report No. 48508-TR, 23 November 2009, http://www.worldbank.org.tr
S. UDSEN ‘Køn og Løn – og det kønsopdelte arbejdsmarked, i Emerek’, in: Ruth & Helle Holt (red.) Lige
muligheder – frie valg? Om det kønsopdelte arbejdsmarked gennem et årti, SFI 08:24, Copenhagen, 2008.
P.Y. VERKINDT ‘L’égalité de rémunération entre les hommes et les femmes’ in: Droit Social, 2008, p. 1051.11.
E. VIGERUST ‘Kollektiv avtalefrihet og retten til likelønn. Likestillingsloven og Norges internasjonale
forpliktelser’ Institutt for offentlig retts skriftserie No. 4 (2003) pp.1-50.
M. WEISS ‘Equality and Integration - The German Case’ in: Diversity, Equality and Integration, Roger
Blanpain (ed.), S. 187-200, Bruges, 2008.
H. WIEDEMANN ‘Tarifvertrag und Diskriminierungsschutz – Rechtsfolgen einer gegen
Benachteiligungsverbote verstoßenden Kollektivvereinbarung’, NZA 2007, 950-954.
H. J. WILLEMSEN & U. SCHWEIBERT ‘Schutz der Beschäftigten im Allgemeinen Gleichbehandlungsgesetz’,
NJW, 2006, 2583-2592.
R. WINTER Gleiches Entgelt für gleichwertige Arbeit Baden-Baden, Nomos 1998.
R. WINTER ‘Kommentierung zu § 1 TarifVG, marginal notes 356ff.’ in: W. Däubler (ed.) Tarifvertragsgetz
Baden-Baden, Nomos 2nd ed. 2006.
WORLD BANK Turkey Labour Market Study (2006).
K. ZWICKL ‘Geschlechtsspezifische Einkommensunterschiede in Österreich’, WuG – Wirtschaft und
Gesellschaft (2009), p. 355.
Annexe II Membres du réseau européen d’experts juridiques
dans le domaine de l’égalité des genres
Susanne Burri, Université d’Utrecht (Pays-Bas)
Coordinatrice adjointe:
Hanneke van Eijken, Université d’Utrecht (Pays-Bas)
Linda Senden, Université de Tilburg (Pays-Bas)
Christopher McCrudden, Université d’Oxford (Royaume-Uni)
Hélène Masse-Dessen, avocate au Conseil d’État et à la Cour de Cassation (France)
Experts nationaux:
Beate Rudolf (Allemagne), Université libre de Berlin, Département de droit
Mirjana Najcevska (ARY de Macédoine), Professeur en droits de l’homme, Collège américain de Skopje et
Université « SS. Cyril et Methode », Institut de sciences sociales, politiques et juridiques
Anna Sporrer (Autriche), Experte du droit en matière d’égalité
Jean Jacqmain (Belgique), Université libre de Bruxelles, Faculté de droit
Genoveva Tisheva (Bulgarie), Fondation bulgare des recherches de genre
Goran Selanec (Croatie), Doctorant en sciences juridiques (S.J.D.), University of Michigan Law School
Evangelia Lia Efstratiou-Georgiades (Chypre), avocate
Ruth Nielsen (Danemark), Copenhagen Business School, Département de droit
Berta Valdés (Espagne), Université Castilla-La Mancha, Faculté de droit
Anneli Albi (Estonie), University of Kent, Kent Law School
Kevät Nousiainen (Finlande), Université de Helsinki, Faculté de droit / Université de Turku
Sylvaine Laulom (France), Université Jean Monnet, Saint-Etienne, Faculté de droit
Sophia Koukoulis-Spiliotopoulos (Grèce), avocate
Csilla Kollonay Lehoczky (Hongrie), Université Eötvös Loránd, Département du droit du travail et droit
Frances Meenan (Irlande), avocate, Four Courts, Bibliothèque de droit, Dublin
Herdís Thorgeirsdóttir (Islande), Université Bifrost, Faculté de droit
Simonetta Renga (Italie), Université de Ferrare, Faculté de sciences économiques
Kristīne Dupate (Lettonie), avocate / Université de Lettonie, Faculté de droit
Nicole Mathé (Liechtenstein), Université de Vienne
Tomas Davulis (Lituanie), Université de Vilnius, Faculté de droit
Anik Raskin (Luxembourg), Conseil national des femmes du Luxembourg
Peter G. Xuereb (Malta), Université de Malte, Faculté de droit
Helga Aune (Norvège), Université d’Oslo, Faculté de droit
Rikki Holtmaat (Pays-Bas), conseillère juridique indépendante
Eleonora Zielinska (Pologne), Université de Varsovie, Faculté de droit et d’administration
Maria do Rosário Palma Ramalho (Portugal), Université de Lisbonne, Faculté de droit
Kristina Koldinská (République tchèque), Université Charles, Faculté de droit
Roxana Teșiu (Roumanie), conseillère juridique indépendante
Aileen McColgan (Royaume-Uni), King’s College London
Zuzana Magurová (Slovaquie), Académie slovaque des Sciences, Institut de l’État et du droit
Tanja Koderman Sever (Slovénie), conseillère juridique indépendante
Ann Numhauser-Henning (Suède), Université de Lund, Faculté de droit
Nurhan Süral (Turquie), Université technique du Moyen-Orient, Faculté de sciences économiques et
Experts ad hoc:
Dagmar Schiek, Université de Leeds (Royaume-Uni)
Christa Tobler, Université de Leiden (Pays-Bas) et Université de Bâle (Suisse)
Luxembourg: Office des publications de l’Union européenne
2010 – 40 pp. – 21 x 29.7 cm
L’égalité de rémunération entre les hommes et les femmes pour un travail de même valeur a
été un principe fondamental de l’Union européenne dès sa création. Consacrée par le traité
fondateur et concrétisée par plusieurs directives, son importance a été fortement étayée par
la jurisprudence de la Cour de justice.
Les efforts ainsi déployés au niveau juridique ne sont pourtant pas parvenus à réduire de
manière significative l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes au sein des 27
États membres de l’UE, où il atteignait encore une moyenne de 17,6% en 2008.
Face à cette situation préoccupante, la Commission européenne a invité son Réseau d’experts
juridiques dans le domaine de l’égalité des genres à rassembler des données concernant les
politiques, initiatives et instruments juridiques mis en place au niveau national pour lutter
contre l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes, et à se pencher sur les liens
éventuels entre l’égalité salariale et d’autres dispositions législatives nationales.
Trente-trois experts juridiques des États membres de l’UE, de pays de l’EEE et de pays
candidats ont répondu à un questionnaire à cette fin et leurs rapports, qui constituent la base
de la présente publication, permettent d’analyser un large éventail de politiques, d’initiatives
et d’instruments juridiques nationaux, et de mettre en lumière un certain nombre de liens
inattendus entre l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes et d’autres volets
Comment vous procurer les publications
de L’Union européenne?
Publications gratuites:
 sur le site de l’EU Bookshop http://bookshop.europa.eu);
 auprès des représentations ou des délégations de l’Union européenne.
Vous pouvez obtenir leurs coordonnées en consultant le site
http://ec.europa.eu ou par télécopieur au numéro +352 2929-42758.
Publications payantes:
 sur le site de l’EU Bookshop (http://bookshop.europa.eu).
Abonnements facturés (par exemple séries annuelles du Journal officiel de
l’Union européenne, recueils de la jurisprudence de la Cour de justice de
l’Union européenne) :
 auprès des bureaux de vente de l’Office des publications de l’Union
européenne (http://publications.europa.eu/others/agents/index_fr.htm).
KE-32-10-353-FR-C
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des affaires sociales et de l'égalité des chances vous intéressent?
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Françoise BENHAMOU Professeur à l`Université de Rouen
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