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Timestamp: 2018-05-27 19:22:09+00:00
Document Index: 210392715

Matched Legal Cases: ["l'article 1", "l'article 8", "l'article 8", "l'article 4", 'art. 5', 'art. 6', "l'article 10"]

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Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 27 mai 2018 - 20h52
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Le 11 mai 1918 : les jours sans viande et... sans poisson
Au début du 20ième siècle, la grande majorité de la population française se nourrit principalement de pain, de pomme de terre et de soupe. La viande, mets de luxe, n'est consommé dans la plupart des foyers que lors de rares occasions. Les restrictions concernant cet aliment, récurrentes lors de la première guerre mondiale, firent pourtant parler d'elles, comme en témoignent les articles du Télégramme de la fin avril et du mois de mai 1918.
Encadrement de la vente et de la consommation de viande
Un rapport du 26 avril 1918 du ministre Victor Boret, ministre de l'agriculture et du ravitaillement dans le Cabinet constitué par Georges Clémenceau de 1917 à 1919, alarme le Président de la République au sujet du manque de viande, et pousse à l'économie de cette denrée en préconisant une utilisation parcimonieuse, comme cela avait déjà été le cas en 1917.
Le 29 avril 1918, Le Télégramme publie le décret du président de la République interdisant la consommation de viande trois jours par semaine : les mercredi, jeudi et vendredi. Tout manquement est lourdement sanctionné, forçant à la dissuasion. Les infractions au décret pouvaient entrainer de 16 à 2000 francs d'amende, deux jours à deux mois de prison, et en sus, et à la discrétion du juge, l'éventualité de voir la décision de justice affichée au vu et su de son voisinage et à ses propres frais. Les troupes en campagne, mais aussi les cantines ouvrières, ou encore les malades ne sont en revanche pas assujettis au régime.
Le Régime de la Viande - Importantes décisions
Voici les principaux articles du décret réglementant la vente et la consommation de la viande :
Article 1 : A partir du 15 Mai et jusqu'à une date qui sera fixée par un décret ultérieur la vente ou la mise en vente de la viande fraîche, congelée, salée, préparée en conserves, est interdite les mercredi, jeudi et vendredi de chaque semaine ;
Article 2 : Est également interdit de faire figurer les mêmes jours de la viande ou des plats en contenant sous quelque forme dans quelque proportion que ce soit dans les établissements ouverts au public ;
Article 3 : Sont considérés comme viande pour l'application du présent arrêté la viande boucherie de bœuf, de veau, de mouton, de chèvre, de porc, la charcuterie, la fruiterie sous toutes ses formes, les volailles, le lapin, le gibier ;
Article 4 : La prescription de l'article 1 ne s'applique pas à la viande de cheval dont la vente est autorisée pendant les jours d'interdiction mais uniquement par les boucheries qui vendent exclusivement cette viande. Toutefois la consommation de la viande de cheval ne sera pas autorisée pendant les mêmes jours dans les restaurants autres que les établissements visés à l’article 2 ci-dessus ;
Article 5 : Les boucheries à l'exception des boucheries hippophagiques, les triperies, les charcuteries, seront fermées les jours d'interdiction de la vente de la viande ainsi que les pavillons, places aux halles sur les marchés où la viande est débitée ;
Article 6 : Les tueries, les abattoirs publics, particuliers, seront à dater du 13 mai fermés chaque semaine du lundi à 23 heures au vendredi à 6 heures du matin ;
Article 7 : Le nombre de têtes de bétail abattues chaque semaine dans chaque abattoir ou dans l'ensemble des abattoirs d'une même ville ne devra pas dépasser par la nature des animaux les deux tiers du nombre de têtes abattues pendant une moyenne semaine du mois de mars 1918 ;
Article 8 : Les restrictions apportées par le présent décret à l'abattage du bétail et à la consommation de la viande ne s'appliquent pas au ravitaillement de l'armée en campagne. Les restrictions dans la consommation de la viande fraîche de boucherie y compris de cheval et issus d'abattage ne s'appliquent ni aux corps de troupes stationnés à l'intérieur, ni aux cantines militaires et au mess des officiers et des sous-officiers ni aux cantines réfectoires des usines et des établissements industriels comportant une clientèle exclusivement ouvrière, ni aux établissements d'instruction, ni aux malades traités, soit à domicile, soit dans un établissement hospitalier ou sanitaire auxquels le régime carné est imposé ;
Article 9 : Le commandant d'armes pour les corps de troupes, les gérants de cantines militaires de mess d'officiers, de sous-officiers, de cantines, de réfectoires ouvriers, des directeurs ou les présidents des commissions administratives des établissements d'instruction feront connaître chaque semaine au maire le nombre de consommateurs aux besoins desquels ils ont à pourvoir ainsi que l'importance de la quantité de viande pendant les jours de restriction. Ces quantités ne devront pas dépasser 300 grammes par personne et par jour et seront limitées à 200 grammes par jour pour les élèves des établissements d'instruction ;
Article 10 : La vente de la viande pour les malades traités à domicile ne pourra être effectuée que sur l'autorisation du maire délivrée sur la production d'un certificat du médecin spécialement désigné à cet effet par la municipalité ;
Article 11 : Dans chaque commune le Préfet ou le Sous-Préfet pourra désigner à tour de rôle suivant l'importance de la population une ou plusieurs maisons chargées de fournir les mercredi, jeudi, vendredi, la viande nécessaire aux catégories de consommateurs autorisés par l'article 8 à s'alimenter en viande pendant les jours interdits. Ces maisons ne pourront rester ouvertes que de 8 heures à 11 heures.
Article 12 : Dans les centres où existent de grands abattoirs frigorifiques militaires le Préfet pourra autoriser pendant les jours de restrictions la mise en vente dans une ou plusieurs charcuteries ou boucheries désignées par lui de quantités d'issues d’abattage qui ne pourraient être consommées que par la catégorie des consommateurs spécifiés à l'article 8 ci-dessus.
Un arrêté interministériel pris d'accord entre le Ministre des travaux publics et des transports et le ministre de l'agriculture et du ravitaillement déterminera les restrictions à apporter à la libre circulation des viandes pour assurer l'exécution du présent décret. ̶ (Havas.)
Le Télégramme (lundi 29 avril 1918)
Le décret prévoyait, par ailleurs, la mise en application de ses mesures par arrêté municipal. Ainsi, le 16 mai 1918, l'arrêté du maire de Boulogne-sur-Mer est publié par Le Télégramme.
Vente et consommation de la viande
Le Maire de la ville de Boulogne-sur-Mer, vu, etc.
ARTICLE PREMIER. ̶ La population est informée que conformément aux dispositions du décret susvisé tel qu'il a été publié par les soins de M. le Préfet du Pas-de-Calais, la vente et la consommation de la viande fraiche, congelée, salée, préparée ou en conserves, sont interdites, les MERCREDI, JEUDI et VENDREDI de chaque semaine, à partir du 15 mai courant, dans les conditions prescrites aux articles 1, 2 et 3 dudit décret.
Cette interdiction s'applique non seulement à la viande de boucherie (bœuf, veau, mouton, chèvre), mais également au porc, à la charcuterie et la triperie, à la volaille, au lapin et au gibier.
Conformément à l'article 4, la vente de la viande de cheval reste autorisée, mais non sa consommation dans les restaurants et autres établissements.
ARTICLE 2. ̶ Les boucheries, triperies et charcuteries et les rayons spéciaux de tous magasins où il serait vendu des viandes des catégories sus-indiquées seront fermées aux jours précités, exception faite pour les boucheries hippophagiques (art. 5 du décret).
ARTICLE 3. ̶ L'Abattoir public communal sera, à dater du 13 Mai, fermé chaque semaine du lundi 23 heures au vendredi 6 heures du matin. (art. 6).
ARTICLE 4. ̶ Le chapitre III du décret du 26 Avril 1918 est consacré aux dérogations. L'attention du public est appelée sur l'article 10 ainsi conçue : La vente de la viande pour les malades traités à domicile ne pourra être effectuée que sur l’autorisation du Maire, délivrée sur production d'un certificat d’un médecin spécialement désigné à cet effet par la Municipalité. Cette autorisation ne sera valable que pour la quinzaine. Elle indiquera les nom, prénoms et domicile du malade, et la quantité de viande qui lui est nécessaire pendant les trois jours d'interdiction et qui ne pourra en aucun cas dépasser 300 grammes par jour. Cette autorisation sera laissée entre les mains du boucher qui devra la produire à toute réquisition des autorités compétentes. La consommation de la volaille pour les malades pendant les jours interdits est autorisée dans les mêmes conditions.
M. le Médecin-Major Tellier, rue du Pot d’Étain, n° 55 est désigné pour délivrer aux malades le certificat de distribution de viande prévu à l'article ci-dessus.
Fait en l'Hôtel de Ville, le 11 mai 1918.
Le 1er adjoint au Maire :
A. CHOCHOY
Le Télégramme (jeudi 16 mai 1918)
La pêche semble être alors le meilleur moyen de pallier aux restrictions sur la consommation de viande. Du moins, ce fut l'avis du Haut-commissaire à la marine marchande, Fernand-Émile-Honoré Bouisson, qui réunit les pêcheurs afin de trouver des solutions permettant de nourrir la population.
L'article publié par Le Télégramme le 11 mai 1918, résume le contenu de la réunion et en propose une critique. La volonté du commissaire est d'augmenter le rendement de la pêche jusqu'à nécessiter l'installation de chambres froides et frigorifiques pour stocker le résultat de cette intensification.
Mais de la théorie à la pratique la différence est grande. L'auteur du papier rappelle à son lecteur que la plupart des chalutiers ayant été mobilisés pour servir la Nation, le peu de petites embarcations restantes ne permettront pas de sustenter l’ensemble de la population. L'installation de chambres froides paraît donc improbable et inutile. Il recommande, pour sa part, de remettre un ou deux chalutiers avec son équipage à chaque armateur, sur le modèle de ce qui se faisait chez notre voisin outre-Manche.
Les jours sans viande et... sans poisson
L'institution du triduum patriotique des Jours sans viande, cause un peu partout du remue-ménage, et à la Chambre des députés, on parle même d'interpeller.
L'un de nos honorables parlementaires, inquiet ou curieux, voudrait bien savoir quelles mesures comptent prendre les Pouvoirs Publics, en vue d'alimenter les populations ; car il faut bien s'y résigner, voici que nous entrons dans un Carême, plus rigoureux que n'en institua jamais l'Église, qui pourtant fut, à cet égard, l'objet de tant de plaisanteries saugrenues de la part des libres penseurs de tout acabit.
La Ville de Paris se préoccupe avec anxiété de la situation, et M. Bouisson, le Haut-Commissaire à la Marine Marchande, s'en est ému également.
Il a réuni, paraît-il, si j'en crois une note officieuse, tous les Pêcheurs de l'Atlantique en une conférence, ce qui est déjà quelque chose. Puis il a pris en mains les intérêts des Sardiniers, et voici ce qu'il a décidé :
M. Bouisson fera d’abord intensifier la pêche, puis il recherchera les voies et moyens d'employer intégralement le poisson pêché. A cet effet, il installera sur les points principaux de la côte, d'abord des chambres froides et plus tard des frigorifiques, ceci bien entendu pour permettre de conserver le poisson et d’assurer l'écoulement régulier.
D'ici que ce programme, d'ailleurs accessoire, soit réalisé, il y a gros à parier, ̶ en tous cas, il faut l'espérer, ̶ que l'affreux cauchemar qui nous mine se sera évanoui, et que la guerre sera terminée.
Il y aurait tout de suite beaucoup mieux à faire que d'envisager des programmes, bons tout au plus pour le temps de paix ; c'est de courir au plus pressé, à la source de la production.
Pour avoir du poisson, il faut des bateaux, des équipages et des engins de pêche. Rien ne manque ; le matériel pourrit dans les comptoirs d'armements, équipages et bateaux sont mobilisés. Démobilisez donc une partie des chalutiers de Boulogne, Fécamp, Lorient, La Rochelle et Arcachon, et tout de suite vous aurez ce qui vous manque pour vous nourrir les Jours sans viande.
Car c’est évidemment très bien de s'inquiéter des Sardiniers, mais M. Bouisson ne peut tout de même pas avoir la prétention de nourrir les Français simplement avec des sardines.
Et s'il veut nous en croire, qu'il adresse donc à son chef de Bureau, M. Demolière, dont la compétence est indiscutable dans la question qui nous occupe. M. Demolière ne fut-il pas avant la guerre, pendant plusieurs années, l'Administrateur le plus averti, de notre quartier maritime ?
Or, M. Demolière lui dira que Boulogne était, en 1914, le premier port de pêche français ; qu'à lui seul il alimentait pour une majeure partie le Marché Parisien et ceux des grandes villes de France.
Il lui dira que depuis la mobilisation, tous les chalutiers à vapeur de Boulogne ayant été réquisitionnés, il ne reste à produire pour notre commerce de Marée que les petits bateaux du Portel, les coquilles de noix d'Équihen, et les canots de Boulogne, puisqu'en dehors de la pêche au hareng de novembre à janvier, les quelques grands voiliers en bois qui subsistent encore sont occupés au transport des charbons.
Il lui dira qu'en fait, le seul remède à la situation, ce serait de remettre à chaque armateur l'exploitation d'un ou deux de leurs chalutiers, avec les Inscrits nécessaires pour la formation de leurs équipages.
De cette façon, on aurait vite raison de la crise, sans que l'on ait besoin d'attendre la création de chambres froides ou de frigorifiques, lesquels d'ailleurs ne pourraient servir qu'en cas d'abondance, ce qui n'est pas précisément à envisager d'ici peu.
Malheureusement depuis la guerre, l'Administration de la Marine, s'abritant derrière les motifs impérieux de la Défense nationale, a tout sabré par exagération, dans notre Industrie de Pêche. Elle a tari ainsi l'une des sources les plus précieuses du Ravitaillement national.
Que n’a-t-elle fait comme l'Angleterre qui a su garder une juste mesure et a laissé aux comptoirs d'armement de Pêche une partie de leurs unités ? Il faut bien tout de même en temps de guerre continuer à boire et à manger…
Puisqu'elle prenait une mesure générale, qu'elle mobilisait tous les chalutiers, l'Administration de la Marine devait sauvegarder les intérêts de la vie économique, elle aussi facteur important de notre Défense nationale. Il lui était facile de diviser les chalutiers mobilisés en trois catégories :
Les dragueurs, pour enlever les Mines ;
Les patrouilleurs, pour la police des côtes ;
Les ravitailleurs, pour assurer la nourriture.
Elle aurait pu confier aux syndicats des armateurs de pêche, existants dans chaque port, l'exploitation sous son contrôle et pour le compte de l'État des chalutiers ravitailleurs.
Si ces mesures avaient été prises, nous n'en serions pas aujourd'hui à nous demander ce qu'on se mettra sous la dent pendant les jours sans viande.
Il n'est pas trop tard de le faire encore. Puisque nos amis les Américains et nos amis les Japonais nous ont donné un contingent supplémentaire de chalutiers, qu'on rende aux armateurs de pêche le quart ou le tiers de leur petite flotte ; qu'on leur paie les indemnités qui leur sont dues depuis la guerre du fait de la réquisition, pour qu'ils puissent faire face aux frais d'armement, et vous verrez alors que le problème des Jours sans viande sera vite solutionné.
Le Télégramme (samedi 11 mai 1918)
La réaction de l'Association des patrons de pêche du Boulonnais
Le 16 mai 1918, l'association des patrons de pêche du Boulonnais interpelle le député du Pas-de-Calais, Pierre Abrami, au sujet de la circulaire de Monsieur Bouisson appelant à l'accroissement de leur production, et lui notifient l'impossibilité de mettre en œuvre les instructions, due au manque de moyens matériels et humains dans une lettre publiée par Le Télégramme.
Association des Patrons de Pêche
Nous recevons de cette association qui vient de se constituer la lettre suivante :
A la suite des diverses mesures prises en haut lieu dans le but d'intensifier la pêche, notre association vient d'adresser à M. le Député Abrami, la lettre ci-après qui intéressera peut-être vos lecteurs.
Tout en rendant hommage aux intentions excellentes du Commissaire aux transports maritimes et à la Marine marchande nous considérons la dernière circulaire sur les sursis de pêche comme inopérante pour le port de Boulogne.
En effet, l'extension du sursis à la classe 1890 et aux pères de 5 enfants ou veufs, pères de 4, sans conditions de tonnage de navires sur lesquels ils embarqueront, aura pour résultat d'augmenter l'armement des bateaux à très faible rendement et de sorties très irrégulières, au détriment de la pêche au large que le Ministre avait voulu, sans doute envisager.
D'autre part, la faculté de mise en sursis des hommes à partir de 35 ans, à condition d’embarquer sur des chalutiers à vapeur ou à moteur semblerait plutôt une plaisanterie, si ce mot pouvait être de mise dans les circonstances actuelles.
Le chalutier à vapeur sont presque tous réquisitionnés sauf une douzaine de petits "rafiots" dont la production limitée ne saurait justifier la création de "chasseurs" ou d'appareils frigorifiques dont le ministre avait envisagé l'organisation.
Le nombre des marins susceptibles de profiter de cette mesure demeure donc infime, et, par surcroît, lorsque les armateurs ou les patrons, voulant suppléer à la quantité par la qualité de la main-d'œuvre, introduisent une demande en faveur d'un homme dont ils connaissent les capacités professionnelles, il leur est trop souvent répondu que l'homme réclamé est indispensable à son unité.
Une lettre, des plus judicieuses, publiée ces jours derniers, laissait entendre qu'on ne saurait intensifier la pêche par la seule vertu de circulaires. Sur ce point, tout le monde est d'accord. On pêche avec des bateaux, des engins et des hommes et non avec des feuilles volantes qui deviennent bien vite des feuilles mortes.
A défaut de vapeurs réquisitionnés pour les besoins de la Défense Nationale, Boulogne possède encore, inutilisés, pas mal de voiliers d'un certain tonnage qui pourraient être facilement réarmés.
Que le Ministre veuille bien jeter ses regards de ce côté ; qu'il accorde des sursis aux pêcheurs professionnels de 35 ans sans réserve de leur embarquement, non plus sur des bateaux de 5 tonneaux, limite autrefois prévue pour la mise en sursis des hommes de 45 ans, mais sur des chalutiers de 12 à 15 tonneaux, susceptibles de tenir la mer à peu près par tous les temps. Qu'il donne au commandement des instructions pour qu'il soit fait de moins en moins usage de ce mot "Indispensable" dont on a un peu trop abusé, et les équipages, ainsi composés de marins disciplinés pour lesquels la pêche constituera une obligation et non pas une faculté, apporteront alors à l'alimentation générale du pays une contribution justifiant largement les mesures bienveillantes prises en leur faveur.
Veuillez agréer, Monsieur le Député, l'assurance de notre considération distinguée.
L'Association des Patrons
La France du Nord (jeudi 16 mai 1918)
Suite à cette interpellation, Pierre Abrami les a interrogé sur sur les moyens d'amplifier la pêche. L’association lui répond dans une nouvelle lettre publiée le 30 mai dans Le Télégramme et préconise deux mesures :
la restitution de leurs embarcations réquisitionnées ;
le retour d’hommes compétents pour la pêche et envoyés au front, les "hors de services, réformés ou sursitaires de droit" n’ayant pas les compétences requises pour exercer ce métier.
En réponse à une demande d'enquête sur les moyens d'intensifier la pêche, l'association a remis la lettre suivante :
Les engins de pêche étant fonction de la production, celle-ci ne peut s'accroître que dans la limite où l'armement sera augmenté.
La saison de calme dans laquelle nous entrons, ne va permettre que l'utilisation de chalutiers à vapeur ou à moteur. Notre port en possède à peine une douzaine dont le rendement ne saurait répondre aux besoins de l'alimentation en cette période de jours sans viande qui ont fait du poisson, non plus un élément d’appoint mais un aliment de remplacement.
A cette situation nouvelle, il faut parer, non par des modifications ou des améliorations des anciens moyens d'action, demi-mesures vouées à la stérilité, mais par la création aussi rapide que possible d'organismes nouveaux.
Dans ce but, nous suggérons qu'on nous rende les petits machiniers et cordiers réquisitionnés, chose possible sans compromettre la défense nationale, ces navires étant en effet trop faibles pour être employés comme dragueurs ou convoyeurs et trop lents pour faire l'office de patrouilleurs. Au contraire, restitués à la pêche, leur véritable et dirons-nous, unique destination, ils apporteront à l'alimentation du pays une contribution justifiant largement leur désaffectation et ils ne cesseront pas pour cela leur rôle de protection si on veut bien leur conserver leur armement défensif.
Nos petits chalutiers, dans leurs deux sorties par semaine, rapportent, chacun 5.000 kilos de poisson par semaine, en moyenne, soit 60.000 kilos pour les 12 en service. Une nouvelle douzaine de ces navires ferait passer la production à 120.000 kilos et pourrait même atteindre 180.000 ou 200.000 kilos si on élargissait pour eux les limites de la zone de pêche et ils assureraient par surcroît la sécurité de ceux laissés à quelques milles en arrière.
Pour assurer leur plein rendement, les équipages de ces bateaux devraient être composés en majeure partie de pêcheurs soumis aux obligations militaires, naviguant par ordre et par devoir comme leurs camarades le font sur les vaisseaux de l'État. Un marin en sursis de pêche ne doit pas être un embusqué, il est et demeure un soldat qui risque sa vie au même titre que tous les autres dans l'intérêt général du pays.
Nous finirions ainsi avec ces équipages volants faits de hors de services, réformés ou sursitaires de droit qui encombrent les quais de notre ville, embarquent et débarquent au gré de leur fantaisie, rendant toujours problématique la date et l'heure du prochain départ.
Pour l'Association des patrons de pêche,
La France du Nord (jeudi 30 mai 1918)