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Timestamp: 2016-10-26 04:13:06+00:00
Document Index: 255842573

Matched Legal Cases: ['art. 90', 'art. 72', 'art. 75', 'art. 74', 'art. 100', 'art. 42', 'art. 100', 'art. 95', 'art. 95', 'art. 444', 'art. 100', 'art. 132', 'ATF ', 'art. 48', 'art. 46', 'art. 54', 'art. 55', 'art. 100', 'art. 9', 'art. 232', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 63', 'art. 105', 'art. 368', 'art. 368', 'art. 368', 'in fine', 'art. 97', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 8', 'ATF ', 'art. 8', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 8', 'art. 66', 'art. 68']

4A_182/2007 (28.09.2007)
4A_182/2007
4C.444/2006/ech
recourante, repr�sent�e par Me Dominique Hahn,
intim�e, repr�sent�e par Me Pierre-Andr� Marmier.
recours en mati�re civile contre l'arr�t de la Chambre des recours du Tribunal cantonal du canton de Vaud du 12 f�vrier 2007;
recours en r�forme (OJ) contre le jugement de la Cour civile du Tribunal cantonal du canton de Vaud du 24 f�vrier 2006.
A.a Le 12 mai 1986, la soci�t� Y.________ SA (ci-apr�s: Y.________) a adress� � la commune X.________ (ci-apr�s: la Commune) une offre, accept�e par la Commune, pour l'ex�cution de sondages de reconnaissance et la r�alisation d'une �tude g�otechnique en vue de la cr�ation d'un nouveau port � X.________. Les sondages, dont Y.________ a confi� l'implantation et le relev� au bureau de g�om�tre G.________ SA, ont �t� ex�cut�s du 25 au 28 juillet 1986. Le 24 octobre 1986, Y.________ a remis son rapport g�otechnique.
A.b Le 14 d�cembre 1987, la digue sud du port de X.________, en cours de construction, s'est effondr�e � la suite d'un glissement du sol d'assise, ce qui a entra�n� l'interruption des travaux. Le 14 mars 1988, les autorit�s de la Commune ont d�cid� de les reprendre, la digue sud �tant d�plac�e de 12 m�tres vers la rive. Un deuxi�me incident est survenu le 6 avril 1988 sous forme d'un tassement de la digue sur une vingtaine de m�tres. Puis, le 19 avril 1988, la digue s'est effondr�e une nouvelle fois sur plus de 50 m�tres de longueur.
A.c Le 16 avril 1990, C.________, professeur � l'EPFL, a �tabli un � rapport d'expertise en preuve � futur � la demande du Pr�sident du Tribunal civil du district de Boudry �, sur r�quisition de la Commune. Dans son rapport, cet expert a estim� que le cas du premier effondrement devait �tre distingu� des instabilit�s suivantes.
S'agissant de l'effondrement du 14 d�cembre 1987, l'expert a relev� que l'accident g�ologique, constitu� par la sur�paisseur de vase en forme de cuvette, �tait impr�visible et que c'�tait � la Commune d'assumer les risques inh�rents au terrain qu'elle avait mis � disposition, ce qui ne d�gageait pas pour autant la responsabilit� des divers mandataires et sp�cialistes intervenants. En effet, par une s�rie d'erreurs que l'on pouvait reprocher � toutes les parties concern�es, les trois sondages de la campagne de reconnaissance initiale avaient �t� r�alis�s loin des emplacements pr�vus. Or l'un de ces sondages, choisi au large de l'extr�mit� ouest de la jet�e sud de l'avant-projet, aurait rencontr� la cuvette de vase s'il avait �t� ex�cut� � l'emplacement pr�vu. Le projet aurait alors �t� remis en question, techniquement et financi�rement. Cela �tant, pour ce premier effondrement, l'expert a attribu� 25% de responsabilit� � Y.________, 25% � l'architecte A.________ et 50% au Bureau d'ing�nieurs civils B.________ (ci-apr�s: le Bureau d'ing�nieurs B.________).
S'agissant des effondrements des 6 et 19 avril 1988, l'expert a consid�r� que Y.________, dont les recommandations �mises apr�s le premier effondrement d'entreprendre une campagne de sondages compl�mentaires n'avaient pas �t� suivies, �tait hors de cause.
L'expert a �valu� que chacun des trois effondrements avait entra�n� � peu pr�s les m�mes dommages, sans pouvoir dissocier ni chiffrer les montants respectifs; il a estim� les frais entra�n�s par les trois ruptures de digue � un montant total de 600'000 fr.
A.d Le 29 avril 1991, la Commune et l'assurance Z.________, qui assurait la construction, ont ouvert action contre A.________ et le Bureau d'ing�nieurs B.________. Par jugement du 29 septembre 1997, la Ire Cour civile du Tribunal cantonal du canton de Neuch�tel a condamn� solidairement A.________ et le Bureau d'ing�nieurs B.________ � verser les montants en capital de 1'905'758 fr. � la Commune et de 342'896 fr. � l'assurance Z.________. Par deux arr�ts du 4 mai 1998 (4C.457/1997 et 4P.311/1997), le Tribunal f�d�ral a rejet� dans la mesure de leur recevabilit� les recours en r�forme et de droit public interjet�s par A.________ et le Bureau d'ing�nieurs B.________ contre ce jugement.
B.a Le 30 septembre 1999, la Commune a actionn� Y.________ en paiement de 1'713'948 fr., avec int�r�ts � 5% l'an d�s le 1er octobre 1999, devant la Cour civile du Tribunal cantonal du canton de Vaud. La d�fenderesse a conclu � lib�ration et, reconventionnellement, au paiement de la somme de 49'357 fr. 95 plus int�r�ts, correspondant au solde impay� de ses honoraires.
B.b En cours d'instance, une expertise technique a �t� confi�e � D.________, ing�nieur et docteur �s sciences techniques, qui a d�pos� son rapport principal le 16 juin 2003 et un rapport compl�mentaire le 23 janvier 2004. L'expert a consid�r� que l'appr�ciation donn�e par C.________ dans son rapport du 16 avril 1990, � savoir la mise hors de cause de la d�fenderesse pour les deux effondrements du mois d'avril 1988, �tait correcte. Selon l'expert, l'ex�cution pr�conis�e par la d�fenderesse des sondages compl�mentaires aurait permis de reconna�tre de mani�re ad�quate l'accident g�ologique; les mesures appropri�es auraient ainsi �t� prises afin d'�viter de nouvelles ruptures. S'agissant du montant des dommages de chacun des trois glissements, l'expert a expos� n'avoir aucun �l�ment pour les chiffrer et a relev� que cela ne faisait pas partie de sa mission.
B.c En cours d'instance, une expertise comptable a �t� confi�e � E.________, expert-comptable, qui a d�pos� son rapport le 31 mars 2005. Selon l'expert, les travaux effectu�s apr�s la rupture de la digue sont � comprendre comme le dommage affectant la demanderesse; ce sont en cons�quence les co�ts du projet 2 qui constituent le dommage, le projet 1, m�me s'il a �t� d�truit, repr�sentant l'investissement que la demanderesse avait d�cid� de r�aliser. L'expert chiffre ainsi le dommage en capital total � 3'353'696 fr. 55, ce montant comprenant le co�t de construction du projet 2 (2'521'704 fr. 30), les int�r�ts intercalaires (101'682 fr. 75) et le co�t d'investissement perdu des 51 places d'amarrage en plus qui avaient �t� construites dans le projet 1 (730'309 fr. 80). En d�duisant de ce dommage total les indemnit�s vers�es par les assurances � la demanderesse (1'651'100 fr.), le montant du dommage non couvert s'�l�ve ainsi � 1'792'596 fr. 55.
B.d Par jugement du 24 f�vrier 2006, la Cour civile a rejet� les conclusions de la demanderesse et a enti�rement fait droit aux conclusions reconventionnelles de la d�fenderesse. Elle a consid�r� en bref que la responsabilit� de la d�fenderesse �tait limit�e au premier effondrement de la digue et que la demanderesse n'avait pas �tabli le montant du dommage caus� par ce premier effondrement; en particulier, les experts C.________ et E.________ avaient estim� de mani�re globale le dommage r�sultant des trois effondrements successifs, de telle sorte qu'il n'�tait pas possible de d�terminer le dommage d�coulant du premier effondrement seulement.
C.a Contre ce jugement, la demanderesse a interjet� un recours en r�forme (OJ) au Tribunal f�d�ral, en concluant, avec suite de frais et d�pens des instances cantonale et f�d�rale, � l'admission des conclusions prises dans sa demande du 30 septembre 1999. La d�fenderesse conclut avec suite de d�pens au rejet du recours en r�forme.
C.b Parall�lement � ce recours en r�forme, la demanderesse a interjet� un recours en nullit� aupr�s de la Chambre des recours du Tribunal cantonal vaudois, en se plaignant d'une appr�ciation arbitraire des preuves et de la violation de r�gles cantonales de proc�dure. Statuant le 12 f�vrier 2007, la Chambre des recours a rejet� le recours en nullit� et a mis les frais de deuxi�me instance, arr�t�s � 17'933 fr., � la charge de la demanderesse.
C.c Contre l'arr�t de la Chambre des recours, la demanderesse interjette un recours en mati�re civile au Tribunal f�d�ral, en concluant, avec d�pens, principalement � la r�forme de cet arr�t dans le sens de l'admission des conclusions prises dans sa demande du 30 septembre 1999, les d�pens de premi�re et deuxi�me instance �tant mis � la charge de la d�fenderesse, et subsidiairement � l'annulation de cet arr�t, la cause �tant renvoy�e � la Cour civile ou � la Chambre des recours pour nouveau jugement. La d�fenderesse conclut avec suite de d�pens au rejet du recours en mati�re civile.
1.1 Le recours en mati�re civile interjet� par la demanderesse contre l'arr�t de la Chambre des recours du 12 f�vrier 2007 est dirig� contre une d�cision finale (art. 90 LTF) rendue en mati�re civile (art. 72 al. 1 LTF) par une autorit� cantonale de derni�re instance (art. 75 LTF). Portant sur une affaire p�cuniaire dont la valeur litigieuse atteint le seuil de 30'000 francs (art. 74 al. 1 let. b LTF), il est donc en principe recevable, puisqu'il a �t� d�pos� en temps utile (art. 100 al. 1 LTF) et dans les formes pr�vues par la loi (art. 42 LTF).
1.2 L'art. 100 al. 6 LTF pr�voit que si la d�cision d'un tribunal cantonal sup�rieur peut �tre d�f�r�e � une autre autorit� judiciaire cantonale pour une partie seulement des griefs vis�s aux art. 95 � 98 LTF, le d�lai de recours commence � courir � compter de la notification de la d�cision de cette autorit�. Cette disposition permet ainsi au recourant, lorsqu'un recours cantonal contre une d�cision d'un tribunal sup�rieur (tel que la Cour civile du Tribunal cantonal du canton de Vaud) n'est ouvert que pour une partie des griefs pouvant �tre soumis au Tribunal f�d�ral selon les art. 95 � 98 LTF (comme c'est le cas du recours en nullit� vaudois contre un jugement de la Cour civile selon l'art. 444 al. 1 ch. 3 CPC/VD), d'attendre la notification de l'arr�t sur recours cantonal pour attaquer en m�me temps la premi�re d�cision (Sp�hler/Dolge/Vock, Kurzkommentar zum Bundesgerichtsgesetz, 2006, n. 9 ad art. 100 LTF).
1.3 Le jugement de la Cour civile a �t� rendu avant le 1er janvier 2007, date de l'entr�e en vigueur de la loi f�d�rale sur le Tribunal f�d�ral. La demanderesse l'a d�s lors logiquement attaqu� par la voie du recours en r�forme selon l'ancienne loi f�d�rale d'organisation judiciaire (OJ) alors en vigueur (cf. art. 132 al. 1 LTF).
Interjet� par la partie demanderesse qui a succomb� dans ses conclusions en paiement et a donc qualit� pour recourir (cf. ATF 123 III 414 consid. 3a; 126 III 198 consid. 2b), le recours en r�forme est dirig� contre une d�cision finale rendue en derni�re instance cantonale par un tribunal sup�rieur (art. 48 al. 1 OJ). Portant sur une contestation civile de nature p�cuniaire dont la valeur d�passe le seuil de 8'000 fr. (art. 46 OJ), le recours en r�forme est donc recevable, puisqu'il a �t� d�pos� en temps utile (art. 54 al. 1 OJ) et dans les formes requises (art. 55 OJ).
1.4 Le principe de l'�conomie de la proc�dure qui est � la base de l'art. 100 al. 6 LTF commande de traiter les deux recours dans un seul arr�t. On examinera ainsi d'abord les griefs dirig�s contre l'appr�ciation des preuves (cf. consid. 2 infra) et contre la fixation de l'�molument judiciaire de deuxi�me instance (cf. consid. 3 infra), puis les griefs tir�s d'une pr�tendue fausse application du droit civil f�d�ral (cf. consid. 4 infra).
Dans son recours en mati�re civile, la demanderesse fait grief � la Chambre des recours d'avoir viol� l'art. 9 Cst. par une appr�ciation arbitraire des preuves et par des constatations arbitraires de faits.
2.1 La demanderesse reproche d'abord aux juges cantonaux d'avoir scind� arbitrairement l'effondrement de la digue en trois parties, en partant � tort de l'id�e que les trois effondrements auraient eu chacun une cause diff�rente et distincte, alors qu'ils avaient tous la m�me cause, � savoir la mauvaise implantation de la digue.
Ce grief est d�nu� de fondement. C'est en se fondant sur les conclusions concordantes de l'expertise hors proc�s et de l'expertise judiciaire que la Chambre des recours, � la suite de la Cour civile, a retenu que la d�fenderesse, si elle portait une part de responsabilit� dans le premier effondrement, ne pouvait se voir reprocher aucun manquement qui f�t en relation de causalit� avec les deux effondrements d'avril 1988, puisqu'elle avait vainement demand� � deux reprises l'ex�cution de sondages compl�mentaires de reconnaissance dont l'ex�cution aurait permis de reconna�tre de mani�re ad�quate l'accident g�ologique et de prendre les mesures appropri�es afin d'�viter de nouvelles ruptures.
2.2 C'est par ailleurs � tort que la demanderesse pr�tend que les trois effondrements successifs de la digue r�sultaient irr�m�diablement de la premi�re implantation de cette digue et qu'aucun expert, ni � plus forte raison la Cour civile ou la Chambre des recours, n'aurait expliqu� de mani�re convaincante comment les sondages compl�mentaires recommand�s par la d�fenderesse auraient pu emp�cher les deux autres effondrements de la digue ou en r�duire les cons�quences.
En effet, � la suite de la Cour civile, la Chambre des recours a express�ment retenu dans son arr�t (p. 5) la conclusion de l'expert D.________ selon laquelle l'ex�cution pr�conis�e par la d�fenderesse des sondages compl�mentaires aurait permis de reconna�tre de mani�re ad�quate l'accident g�ologique, de telle mani�re que les mesures appropri�es auraient �t� prises afin d'�viter de nouvelles ruptures. Ainsi, comme les juges cantonaux pouvaient le constater sans arbitraire sur la base des conclusions claires de l'expert judiciaire, si la demanderesse, au lieu de d�cider en mars 1988 de reprendre les travaux de construction de la digue sud en la d�pla�ant simplement de 12 m�tres vers la rive, avait suivi les recommandations de la d�fenderesse, elle aurait pu �viter le dommage r�sultant des effondrements d'avril 1988 en prenant alors les mesures qui auraient conduit � l'abandon du projet 1 au profit du projet 2, tel qu'il a finalement �t� r�alis�.
2.3 La demanderesse soutient que son dommage ne r�siderait pas dans l'effondrement de la digue - qu'il ait eu lieu en une, deux ou trois fois - mais dans le co�t du projet 2, soit la reconstruction de la digue avec une autre implantation dans un autre endroit plus s�r.
Cette affirmation est erron�e. En effet, comme on vient de le voir, il est en soi parfaitement possible de distinguer le dommage cons�cutif � l'effondrement du 14 d�cembre 1987 du dommage r�sultant des effondrements d'avril 1988. L'expert hors proc�s C.________ avait d'ailleurs �valu� que chacun des trois effondrements avait entra�n� � peu pr�s les m�mes dommages, tout en pr�cisant qu'il ne disposait pas des �l�ments pour dissocier ni chiffrer les montants respectifs. Les �l�ments relat�s dans la partie � en fait � du jugement de la Cour civile que la demanderesse reproche � tort � la Chambre des recours d'avoir �cart�s sans motivation pertinente ne changent manifestement rien � ce constat.
La d�fenderesse souligne au surplus � raison dans sa r�ponse au recours en mati�re civile (p. 7) qu'elle avait d�s le d�p�t de sa r�ponse distingu� clairement le premier effondrement des deux suivants, en invoquant, sur la base de l'opinion de l'expert hors proc�s C.________, que sa responsabilit� pouvait tout au plus �tre engag�e pour le premier effondrement. La demanderesse aurait donc parfaitement pu all�guer dans sa r�plique qu'il convenait de soumettre � expertise, � titre peut-�tre subsidiaire, la d�termination du dommage cons�cutif au seul effondrement du 14 d�cembre 1987. Ne l'ayant pas fait, elle ne peut s'en prendre qu'� elle-m�me si la Cour civile a d� constater que le montant de ce dommage n'�tait pas �tabli.
2.4 La demanderesse soutient en vain que la Chambre des recours serait tomb�e dans l'arbitraire en consid�rant, � l'instar de la Cour civile, que l'expertise comptable E.________ n'apportait aucun �l�ment permettant de chiffrer le dommage r�sultant du premier effondrement L'expert E.________ a �t� d�sign� pour r�pondre aux all�gu�s 234 (� Les postes du dommage invoqu� par la demanderesse sont exorbitants �) et 238 (� En r�alit�, la demanderesse a d'ores et d�j� �t� int�gralement indemnis�e de son pr�judice, voire bien au-del� �) de la d�fenderesse. Dans son rapport (p. 5), il a expos� que pour �tre en mesure de se d�terminer sur le terme � exorbitants � utilis� � l'all�gu� 234, il a d� se forger une opinion au sujet des dommages subis par la Commune, et qu'� [�] ce titre, l'hypoth�se que les travaux effectu�s apr�s la rupture de la digue sont � comprendre comme le dommage affectant la demanderesse a �t� retenue �. Force est ainsi de constater que l'expert E.________, qui a �t� mis en oeuvre � la requ�te de la d�fenderesse pour se prononcer uniquement sur le caract�re exorbitant ou non des postes du dommage invoqu� par la demanderesse ainsi que sur la question de savoir si celle-ci n'avait pas d�j� �t� int�gralement indemnis�e de son pr�judice, a fond� son travail sur l'hypoth�se que le dommage en question �tait constitu� par les travaux effectu�s apr�s la rupture de la digue, soit par les co�ts du projet 2. Vu l'hypoth�se ainsi retenue, les constatations de l'expertise E.________ ne renseignent aucunement sur le montant du dommage r�sultant de l'effondrement du 14 d�cembre 1987, �tant observ� que, comme la demanderesse le rel�ve elle-m�me � raison, cette question ne faisait pas partie de la mission de l'expert.
2.5 En d�finitive, c'est sans arbitraire que la Chambre des recours a retenu, � la suite de la Cour civile, qu'il faut distinguer l'effondrement du 14 d�cembre 1987 de ceux d'avril 1988 (cf. consid. 2.1 supra), que l'ex�cution des sondages compl�mentaires recommand�s par la d�fenderesse apr�s le premier effondrement aurait permis de prendre les mesures propres � �viter le dommage r�sultant de ceux d'avril 1988 (cf. consid. 2.2 supra), qu'il est en soi possible de distinguer le dommage cons�cutif au premier effondrement de celui caus� par les effondrements subs�quents (cf. consid. 2.3 supra) et que la demanderesse n'a pas prouv� le montant du dommage r�sultant de l'effondrement du 14 d�cembre 1987, d�s lors que l'expertise comptable - tout comme l'expertise technique et l'expertise hors proc�s - n'apporte aucun �l�ment permettant de le chiffrer (cf. consid. 2.4 supra).
3.1 Dans son recours en mati�re civile, la demanderesse fait encore valoir � titre subsidiaire que l'�molument judiciaire de 17'933 fr. per�u par la Chambre des recours violerait les principes de la couverture des frais et de l'�quivalence. Elle expose que l'application rigide du tarif ad valorem pr�vu par l'art. 232 al. 1 du Tarif du 4 d�cembre 1984 des frais judiciaires en mati�re civile (RSV 270.11.5) conduirait � un r�sultat disproportionn� au regard du traitement minimaliste du recours par les seconds juges, qui ont statu� moins d'une semaine apr�s le d�p�t du m�moire de recours, par un arr�t qui compte tout juste huit pages.
3.2 D'une mani�re g�n�rale, les �moluments encaiss�s par les tribunaux n'arrivent pas, et de loin, � couvrir leurs d�penses; en l'occurrence, la demanderesse ne pr�tend d'ailleurs pas que les �moluments per�us par le Tribunal cantonal du canton de Vaud en couvriraient les frais, si bien qu'il ne saurait �tre question d'une violation du principe de la couverture des frais (cf. ATF 120 Ia 171 consid. 3).
Pour que le principe de l'�quivalence soit respect�, il faut que l'�molument soit raisonnablement proportionn� � la prestation fournie, ce qui n'exclut cependant pas une certaine sch�matisation et permet �galement une certaine compensation entre les affaires importantes et celles qui sont mineures (ATF 120 Ia 171 consid. 2a et 4c). Un bar�me sch�matique, fond� exclusivement sur la valeur litigieuse, peut toutefois, en cas d'�moluments aux montants �lev�s, conduire � la perception d'�moluments disproportionn�s par rapport � l'activit� d�ploy�e; ainsi, il a �t� jug� qu'un bar�me fond� exclusivement sur la valeur litigieuse et qui conduisait � la perception d'�moluments de premi�re instance allant jusqu'� quelque 4% au total de la valeur litigieuse, avec un plafond de quelque 400'000 fr., ne respectait plus le principe de l'�quivalence (ATF 120 Ia 171 consid. 4c).
En l'esp�ce, l'�molument judiciaire de deuxi�me instance correspond � quelque 1% de la valeur litigieuse, et il n'appara�t pas que son montant - 17'933 fr., soit quatre fois moins que les frais judiciaires de premi�re instance, arr�t�s � 68'819 fr. 90 - ne soit plus dans une proportion raisonnable avec les prestations fournies. Le fait que l'arr�t sur recours en nullit� ait �t� rendu avec diligence et que sa motivation soit relativement concise ne commandait pas de s'�carter du bar�me, dans la mesure o� une compensation entre les affaires qui donnent beaucoup de travail et celles qui en donnent moins est permise.
Il convient maintenant, en se fondant sur les faits tels qu'ils ont �t� �tablis sans arbitraire (cf. consid. 2 supra) en instance cantonale (art. 63 al. 2 OJ; cf. art. 105 al. 1 LTF), d'examiner les griefs de violation du droit civil f�d�ral soulev�s par la demanderesse dans son recours en r�forme dirig� contre le jugement de la Cour civile.
4.1.1 La demanderesse fait grief � la Cour civile d'avoir m�connu la notion juridique du dommage au sens de l'art. 368 CO et de s'�tre fond�e sur des crit�res d�nu�s de pertinence pour rejeter son action. Selon elle, le raisonnement de la Cour civile reviendrait � consid�rer qu'il y a eu trois effondrements avec trois causes diff�rentes et � distinguer ainsi trois dommages diff�rents, alors que les trois effondrements auraient tous la m�me cause, � savoir la mauvaise implantation de la digue en raison des sondages mal positionn�s par la d�fenderesse. La demanderesse soutient ainsi que le dommage dont r�pond la d�fenderesse consiste dans le co�t de la reconstruction de la digue avec une autre implantation, peu importe que le projet initial se soit effondr� � une, deux ou trois reprises.
La demanderesse reproche en outre � la Cour civile d'avoir faussement appliqu� la notion de causalit� ad�quate au sens de l'art. 368 CO en limitant � tort la responsabilit� de la d�fenderesse au seul premier effondrement de la digue. Elle soutient que les sondages compl�mentaires n'auraient rien chang� � la mauvaise implantation de la digue et n'auraient pas pu emp�cher que celle-ci s'effondre encore les 6 et 19 avril 1988.
4.1.2 � l'appui de sa demande en paiement, la demanderesse fait valoir que les travaux ex�cut�s par la d�fenderesse sont entach�s de d�fauts qui sont � l'origine des trois effondrements de la digue sud et elle r�clame la r�paration du dommage qui en d�coule. Il n'est pas contest� que ce faisant, elle exerce l'action en dommages-int�r�ts de l'art. 368 CO al. 2 in fine CO pour le dommage cons�cutif aux d�fauts de l'ouvrage immat�riel - consistant en l'ex�cution d'une campagne de reconnaissance et d'une �tude g�otechnique - livr� par la d�fenderesse. Cette action, qui n'est qu'une forme particuli�re de l'action contractuelle en dommages-int�r�ts (art. 97 ss CO), pr�suppose notamment que le ma�tre de l'ouvrage �tablisse qu'il a subi un dommage et que ce dommage est en lien de causalit� naturelle et ad�quate avec le d�faut de l'ouvrage (Tercier, Les contrats sp�ciaux, 3e �d. 2003, n. 4230 et 4234-4236).
4.1.3 En l'esp�ce, la Cour civile a constat� en fait, d'une mani�re qui lie le Tribunal f�d�ral, que seul le dommage caus� par l'effondrement du 14 d�cembre 1987 �tait en relation de causalit� avec les manquements reproch�s � la d�fenderesse r�sultant de l'implantation inexacte des trois sondages ex�cut�s en 1986. Elle a en effet retenu que l'ex�cution des sondages compl�mentaires recommand�s par la d�fenderesse apr�s ce premier effondrement aurait permis de prendre les mesures propres � �viter le dommage suppl�mentaire r�sultant des effondrements d'avril 1988.
En outre, comme on l'a vu lors de l'examen des griefs soulev�s par la demanderesse � l'encontre des constatations de fait, il est en soi parfaitement possible de distinguer le dommage cons�cutif � l'effondrement du 14 d�cembre 1987 du dommage r�sultant des effondrements d'avril 1988, comme cela ressort des constatations de l'expertise hors proc�s (cf. consid. 2.3 supra).
Dans ces conditions, il ne saurait �tre fait grief � la Cour civile d'avoir m�connu la notion juridique du dommage ni la notion de causalit� ad�quate en retenant que la responsabilit� de la d�fenderesse �tait limit�e au dommage caus� par le premier effondrement de la digue.
4.2.1 La demanderesse soutient que la Cour civile aurait proc�d� � des constatations de faits reposant sur des hypoth�ses erron�es en supposant � tort que les trois effondrements aient eu chacun une cause diff�rente et que la cause des effondrements d'avril 1988 r�siderait dans l'absence des sondages compl�mentaires recommand�s par la d�fenderesse.
4.2.2 Ce faisant, la demanderesse tente en vain de remettre en cause les constatations de fait de la cour cantonale. Celle-ci n'a pas suppos� que les trois effondrements auraient eu chacun une cause diff�rente. Elle a simplement constat� que l'ex�cution des sondages compl�mentaires recommand�s par la d�fenderesse apr�s l'effondrement du 14 d�cembre 1987 aurait permis de prendre les mesures propres � �viter le dommage r�sultant des effondrements d'avril 1988, de sorte que ce dommage n'�tait pas en relation de causalit� avec les manquements reproch�s � la d�fenderesse.
4.3.1 La demanderesse reproche � la Cour civile de ne pas avoir admis la solidarit� imparfaite existant entre la d�fenderesse et les autres responsables du dommage, au motif que la responsabilit� de la d�fenderesse serait limit�e au premier effondrement de la digue, � concurrence de 25%.
4.3.2 Lorsque l'ex�cution d�fectueuse d'une construction est imputable � plusieurs responsables, ceux-ci r�pondent du dommage envers le ma�tre en vertu des r�gles de la solidarit� imparfaite (ATF 130 III 362 consid. 5.2; 119 II 127 consid. 4b et les r�f�rences cit�es). Toutefois, la solidarit� implique une responsabilit� pr�alable: celui qui ne r�pond pas d'un dommage ne saurait en r�pondre solidairement (ATF 130 III 362 consid. 5.2 et les r�f�rences cit�es). Ainsi, si quelqu'un ne r�pond pas du tout d'un dommage ou ne r�pond que d'une partie de celui-ci, parce que son comportement n'est pas en relation de causalit� avec l'int�gralit� du dommage survenu, il n'a pas � r�pondre comme d�biteur solidaire � c�t� d'autres responsables pour davantage que ce � quoi il est tenu en vertu de sa propre responsabilit� (ATF 127 III 257 consid. 5a et les r�f�rences cit�es).
4.3.3 En l'occurrence, la Cour civile a retenu que le comportement de la d�fenderesse n'�tait en relation de causalit� qu'avec le dommage r�sultant du premier effondrement de la digue et que l'action de la demanderesse contre la d�fenderesse devait �tre rejet�e pour le motif que le montant de ce dommage n'�tait pas �tabli. C'est d�s lors en vain que la demanderesse se r�f�re � l'int�gralit� du dommage r�sultant des trois effondrements successifs de la digue pour se pr�valoir d'une responsabilit� solidaire avec l'architecte A.________ et le Bureau d'ing�nieurs B.________, reconnus responsables par la justice neuch�teloise.
4.4.1 La demanderesse invoque une violation de l'art. 8 CC. Elle fait valoir que la Cour civile a rejet� son action au motif erron� qu'elle n'aurait pas �tabli le dommage cons�cutif � chacun des trois effondrements de la digue, alors que l'expertise E.________, qui aurait �t� �cart�e sans motif pertinent et convaincant, apportait des �l�ments suffisants pour statuer sur le dommage.
4.4.2 Pour toutes les pr�tentions relevant du droit priv� f�d�ral (cf. ATF 127 III 519 consid. 2a; 125 III 78 consid. 3b), l'art. 8 CC r�partit le fardeau de la preuve (ATF 122 III 219 consid. 3c) - en l'absence de disposition sp�ciale contraire (cf. ATF 130 III 321 consid. 3.1; 128 III 271 consid. 2a/aa) - et d�termine, sur cette base, laquelle des parties doit assumer les cons�quences de l'�chec de la preuve sur un fait d�termin� (ATF 129 III 18 consid. 2.6; 127 III 519 consid. 2a). Cette disposition ne prescrit en revanche pas comment le juge doit appr�cier les preuves, ni sur quelles bases il peut parvenir � une conviction (ATF 128 III 22 consid. 2d; 127 III 248 consid. 3a, 519 consid. 2a; cf. ATF 130 III 591 consid. 5.4).
4.4.3 La demanderesse ne saurait donc, sous le couvert du grief de violation de l'art. 8 CC, s'en prendre � l'appr�ciation des preuves - comme elle l'a fait sans succ�s dans son recours en mati�re civile (cf. consid. 2.4 supra) - en soutenant que l'expertise E.________ apportait la preuve que les �l�ments constitutifs du solde du dommage s'�levaient � 1'792'596 fr. 55 et que la demanderesse n'avait pas �t� enti�rement d�dommag�e. Au surplus, l'argumentation de la demanderesse repose sur la pr�misse erron�e que la d�fenderesse r�pondrait solidairement avec l'architecte A.________ et le Bureau d'ing�nieurs B.________ de l'int�gralit� du dommage r�sultant des trois effondrements successifs de la digue, alors qu'il est �tabli que le comportement de la d�fenderesse n'est en relation de causalit� qu'avec le dommage r�sultant de l'effondrement du 14 d�cembre 1987.
4.5.1 La demanderesse fait enfin grief aux juges cantonaux d'avoir retenu � tort qu'elle avait commis une faute concomitante pour limiter la part de responsabilit� de la d�fenderesse � 25% du premier effondrement de la digue.
4.5.2 Point n'est toutefois besoin d'examiner si les dommages-int�r�ts auxquels la demanderesse pourrait pr�tendre devraient �tre r�duits en raison d'une faute concomitante de sa part. En effet, ses pr�tentions doivent de toute mani�re �tre rejet�es pour le motif que le montant du dommage r�sultant du premier effondrement de la digue, qui est seul en relation de causalit� avec le comportement de la d�fenderesse, n'est pas �tabli.
Il r�sulte de ce qui pr�c�de que les recours doivent �tre rejet�s. La demanderesse, qui succombe, supportera les frais judiciaires (art. 66 al. 1 et 5 LTF) et versera � la d�fenderesse une indemnit� pour ses d�pens (art. 68 al. 1 et 2 LTF).
La demanderesse versera � la d�fenderesse une indemnit� de 17'000 fr. � titre de d�pens.