Source: http://docplayer.fr/6926524-Antiagregants-plaquettaires-prise-en-compte-des-risques-thrombotique-et-hemorragique-en-cas-de-geste-endoscopique-chez-le-coronarien.html
Timestamp: 2018-06-20 17:54:19+00:00
Document Index: 167014045

Matched Legal Cases: ['arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ']

Antiagrégants plaquettaires : prise en compte des risques thrombotique et hémorragique en cas de geste endoscopique chez le coronarien - PDF
Download "Antiagrégants plaquettaires : prise en compte des risques thrombotique et hémorragique en cas de geste endoscopique chez le coronarien"
1 RECOMMANDATION DE BONNE PRATIQUE Antiagrégants plaquettaires : prise en compte des risques thrombotique et hémorragique en cas de geste endoscopique chez le coronarien Méthode Recommandations par consensus formalisé ARGUMENTAIRE SCIENTIFIQUE Juin 2012 PARTENARIAT HAS - SFED
2 geste endoscopique chez le coronarien Les recommandations de bonne pratique (RBP) sont définies dans le champ de la santé comme des propositions développées méthodiquement pour aider le praticien et le patient à rechercher les soins les plus appropriés dans des circonstances cliniques données. Les RBP sont des synthèses rigoureuses de l état de l art et des données de la science à un temps donné, décrites dans l argumentaire scientifique. Elles ne sauraient dispenser le professionnel de santé de faire preuve de discernement dans sa prise en charge du patient, qui doit être celle qu il estime la plus appropriée, en fonction de ses propres constatations. Cette recommandation de bonne pratique a été élaborée selon la méthode résumée en annexes 1 et 2. Elle est précisément décrite dans le guide méthodologique de la HAS disponible sur son site : Élaboration de recommandations de bonne pratique Méthode «Recommandations pour la pratique clinique» ou Élaboration de recommandations de bonne pratique Méthode «Recommandations par consensus formalisé». Grade des recommandations A B C AE Preuve scientifique établie Fondée sur des études de fort niveau de preuve (niveau de preuve 1) : essais comparatifs randomisés de forte puissance et sans biais majeur ou méta-analyse d essais comparatifs randomisés, analyse de décision basée sur des études bien menées Présomption scientifique Fondée sur une présomption scientifique fournie par des études de niveau intermédiaire de preuve (niveau de preuve 2), comme des essais comparatifs randomisés de faible puissance, des études comparatives non randomisées bien menées, des études de cohorte. Faible niveau de preuve Fondée sur des études de moindre niveau de preuve, comme des études cas-témoins (niveau de preuve 3), des études rétrospectives, des séries de cas, des études comparatives comportant des biais importants (niveau de preuve 4). Accord d experts En l absence d études, les recommandations sont fondées sur un accord entre experts du groupe de travail, après consultation du groupe de lecture. L absence de gradation ne signifie pas que les recommandations ne sont pas pertinentes et utiles. Elle doit, en revanche, inciter à engager des études complémentaires. Les recommandations et leur synthèse sont téléchargeables sur Haute Autorité de santé Service documentation information des publics 2, avenue du Stade de France F Saint-Denis La Plaine Cedex Tél. : +33 (0) Fax : +33 (0) Ce document a été validé par le Collège de la Haute Autorité de santé en juin Haute Autorité de santé
3 Table des matières Abréviations et acronymes...6 Méthode de travail Gestion des conflits d intérêts Actualisation des recommandations... 7 Argumentaire Introduction Problématique Synthèse des données épidémiologiques Attentes et enjeux d amélioration Questions posées à partir des préoccupations exprimées par les professionnels et patients consultés Patients concernés Professionnels concernés Intervention de l AFSSAPS, puis de l Agence nationale de sécurité du médicament...10 PREMIÈRE PARTIE : HÉMOSTASE ET THROMBOSE CHEZ LE PATIENT CORONARIEN Introduction Contexte Problématique Prise en compte du risque thrombotique en cas de geste invasif chez le patient coronarien Données épidémiologiques : risque thrombotique chez le coronarien Gestion du traitement par AAP en fonction du risque thrombotique chez le coronarien et du risque hémorragique lié au geste invasif Modes d action des AAP et leurs conséquences cliniques Aspirine Flurbiprofène Thiénopyridines Nouveaux médicaments ( ) Relais par héparine sans aucun traitement antiplaquettaire Faut-il réaliser un bilan d hémostase avant un geste invasif chez un patient sous AAP? Traitement curatif d une hémorragie sous AAP...30 Recherche documentaire Méthode de recherche documentaire Stratégie globale de recherche Stratégie de recherche
4 2 Équations de recherche hémostase et thrombose Medline : ASPIRINE Medline : CLOPIDOGREL Medline : PRASUGREL Medline : autres AAP...55 Références bibliographiques DEUXIÈME PARTIE : RISQUE HÉMORRAGIQUE DES ACTES D ENDOSCOPIE Gastro-entérologie Introduction Synthèse de l analyse de la littérature Risque hémorragique global des actes endoscopiques hors prise de médicaments modifiant la coagulation Pneumologie Bronchoscopie Enquête auprès des experts du Groupe d endoscopie de langue française (GELF) Modalités d arrêt des AAP avant une bronchoscopie Proctologie Synthèse de l analyse de la littérature Gestes endoscopiques en urologie Biopsies prostatiques Complications hémorragiques des biopsies de prostate Résection transuréthrale de la prostate (RTUP) et nouvelles techniques du traitement de l hypertrophie bénigne de la prostate Résection transuréthrale de vessie (RTUV) Urétéroscopie rigide et souple Recherche documentaire Gastro-entérologie Pneumologie Proctologie Urologie TROISIÈME PARTIE : PATIENTS, INFORMATION, ORGANISATION Attentes et besoins des patients L information La participation du patient L impact du contexte de soins QUATRIÈME PARTIE : ANNEXES GÉNÉRALES Annexe 1. Synopsis des recommandations récentes
5 Annexe 2. Extraits du rapport d évaluation des endoprothèses coronaires à libération de principe actif (Service évaluation des dispositifs HAS 2009) Annexe 3. Méthode de travail Références bibliographiques Remerciements Fiche descriptive
6 Abréviations et acronymes En vue de faciliter la lecture du texte, les abréviations et acronymes utilisés sont explicités cidessous (tableau 1). Tableau 1. Abréviations les plus courantes Abréviation Libellé AAP Antiagrégant plaquettaire ACCP American College of Chest Physician AINS Anti-inflammatoire non stéroïdien COX Cyclo-oxygénase CPRE Examen endoscopique des voies biliaires et du pancréas DES Dissection sous-muqueuse endoscopique EBUS Endobronchial ultrasonography ESG European Society of Cardiology FDA Food and Drug Administration FEVG Fraction d éjection du ventricule gauche FOGD Fibroscopie oeso-gastro-duodénale HBPM Héparines de bas poids moléculaire HPSE Hémorragie post-sphinctérotomie endoscopique HR Hazard ratio IC 95 Intervalle de confiance à 95 % MACE Major Adverse Coronary Event NSTEMI ST Elevation Myocardial Infarction (infarctus sans sus-décalage du segment ST) OR Odds ratio PTBA Ponction transbronchique à l aiguille RTUP RTUV Résection transuréthrale de la prostate Résection transuréthrale de la vessie SCA Syndrome coronarien aigu SFAR Société Française d Anesthésie et de Réanimation STEMI ST Elevation Myocardial Infarction (infarctus avec sus-décalage du segment ST) TIMI Thrombolysis in Myocardial Infarction TX Thromboxane 6
7 Méthode de travail Deux méthodes sont utilisées par la HAS : «Recommandations pour la pratique clinique», «Conférence de consensus» et «Recommandations par consensus formalisé» (CF), chacune d entre elles ayant ses points forts et ses conditions optimales d utilisation 1. Ces recommandations sont élaborées selon la méthode «Recommandations par consensus formalisé» en raison de l insuffisance de littérature de fort niveau preuve pour une grande part des questions posées et la possibilité de décliner le thème en situations cliniques facilement identifiables, et sa capacité à identifier le degré d accord ou d indécision entre experts. Cette méthode est décrite en annexe en fin de document. Tableau 2. Gradation des recommandations Niveau de preuve scientifique fourni par la littérature (études thérapeutiques) Niveau 1 essais comparatifs randomisés de forte puissance ; méta-analyse d essais comparatifs randomisés ; analyse de décision basée sur des études bien menées. Niveau 2 essais comparatifs randomisés de faible puissance ; études comparatives non randomisées bien menées ; études de cohorte. Niveau 3 études cas-témoins. Niveau 4 études comparatives comportant des biais importants ; études rétrospectives ; séries de cas. Grade des recommandations A Preuve scientifique établie B Présomption scientifique C Faible niveau de preuve En l absence d études, les recommandations sont fondées sur un accord professionnel au sein du groupe de travail réuni par la HAS, après consultation du groupe de lecture. Dans ce texte, les recommandations non gradées sont celles qui sont fondées sur un accord professionnel. L absence de gradation ne signifie pas que les recommandations ne sont pas pertinentes et utiles. Elle doit, en revanche, inciter à engager des études complémentaires. 1 Gestion des conflits d intérêts Les membres du groupe de pilotage et du groupe de cotation ont communiqué leurs déclarations d intérêts à la HAS. Elles ont été analysées et prises en compte en vue d éviter les conflits d intérêts. En cas de conflit majeur, si l opinion de l expert apparaît indispensable, une audition par le groupe de pilotage est organisée. L expert ne participe pas aux délibérations ni au vote. 2 Actualisation des recommandations Compte tenu de l arrivée annoncée de nouvelles molécules antiagrégantes, une actualisation de ces recommandations devra être envisagée au plus tard deux ans après leur publication. 1 Cf. le guide complet de chaque méthode sur le site : 7
8 Argumentaire 1 Introduction 1.1 Problématique Le nombre de patients traités par antiagrégants plaquettaires (AAP) ne cesse de croître en France, en raison de la multiplication de leurs indications, liée notamment à l émergence de nouvelles techniques (endoprothèses [stents] coronaires actifs notamment) et de nouvelles modalités de prévention du risque thromboembolique primaire ou secondaire. Dans le même temps, les progrès de la chirurgie, conventionnelle ou non, et des techniques diagnostiques permettent d élargir les indications de gestes souvent moins invasifs et de les réaliser chez des patients plus fragiles. Il est donc de plus en plus fréquent que le médecin et le patient doivent faire face à deux risques antagonistes : risque hémorragique lié à l acte invasif envisagé, accru par le traitement par AAP et risque thrombotique, dépendant de l indication de l AAP, si son interruption doit être envisagée. Une enquête téléphonique française auprès de plus de médecins a mis en évidence le besoin de recommandations sur ce sujet : médecins parmi ont été tirés au sort pour participer à une interview téléphonique. Les connaissances de base sur les stents actifs et la bithérapie orale ont été évaluées par des questions à choix multiples. Le critère principal de jugement était le taux d interruption complète de la bithérapie antiplaquettaire. Le taux de réponses correctes à l évaluation des connaissances de base allait de 0 % (dentiste) à 52 % (cardiologues). L arrêt complet et injustifié de la bithérapie antiplaquettaire était bien plus fréquent qu espéré (22,0 % versus 11,8 %), mais une stratégie d interruption complète était moins fréquemment choisie dans les situations de haut risque par rapport aux situations à faible risque (13,7 % versus 31,1 %, p < 0,0001). La décision d interruption avant un geste invasif ou chirurgical dépendait également de l âge du praticien et de son type d exercice (rural versus urbain, privé versus hospitalier). Ces résultats indiquent le manque de données scientifiques, mais aussi une connaissance insuffisante des recommandations et l absence de communication entre les praticiens soumis à ces situations. 1.2 Synthèse des données épidémiologiques Les données épidémiologiques disponibles concernent essentiellement : le risque lié à l arrêt des AAP, largement corrélé au risque thrombotique qui en est l indication. Les circonstances de l arrêt de l AAP sont un autre élément crucial, notamment la durée du traitement depuis son instauration ; le risque hémorragique des actes d endoscopie digestive. Dans ces deux domaines, les données sont suffisantes pour que des organismes professionnels aient pu en faire le socle de recommandations par consensus, fondées sur des études ayant un niveau de preuve inégal et souvent faible, et de nombreux outils de mise en pratique (aide-mémoire, fiches synthétiques, algorithmes décisionnels). Dans d autres domaines moins pourvus en données d un niveau de preuve acceptable, il est néanmoins possible et utile d édicter des recommandations de bonne pratique en endoscopie dans le cadre d un consensus formalisé. 8
9 1.3 Attentes et enjeux d amélioration Principales attentes exprimées Par les patients être mieux informés sur l importance et la justification du traitement par AAP, la nature et les moyens de prévenir les risques associés au traitement ou à son arrêt ; donner la possibilité aux patients d être vecteurs de l information sur leur traitement et ses risques, auprès notamment des professionnels soignants, pour améliorer sa sécurité. Une information de qualité donne au patient les moyens d une participation effective à la prise de décision pour des actes parfois encore peu évalués ou en présence d options dont il doit pouvoir mesurer les répercussions potentielles, sur sa qualité de vie par exemple. Par les endoscopistes Quelle que soit la spécialité concernée, l enjeu principal est le même : édicter des règles claires pour que la prise de décision avant un acte invasif chez un patient traité par AAP soit fondée sur les preuves, quand elles existent, et en leur absence, sur un consensus professionnel établi selon une méthodologie reconnue et validée, afin de proposer au patient la prise en charge évaluée comme pouvant lui apporter le rapport bénéfice/risque optimal Enjeux de santé publique Réduire les évènements évitables, tels que l interruption d un AAP dans les suites précoces de la pose d un stent actif coronaire pour un acte invasif non indispensable ou non urgent, suppose l établissement par le GP d une liste des évènements évitables les plus dommageables ainsi que les plus fréquents. Cela passe également par une forte implication des usagers et patients, qui sont vraisemblablement les mieux placés pour rappeler au professionnel le risque lié à leur traitement, notamment en situation d urgence. 1.4 Questions posées à partir des préoccupations exprimées par les professionnels et patients consultés Les recommandations traitent les points suivants : évaluer le risque hémorragique lié à un acte invasif : est-il possible de proposer une classification des actes selon le niveau de risque? évaluer le risque lié à l interruption du traitement AAP : est-il possible d en établir une classification en fonction de l indication initiale de l AAP? évaluer le rapport bénéfice/risque d une intervention chez un patient traité par AAP. Ce premier volet de ces recommandations traite du risque thrombotique et du risque hémorragique des actes d endoscopie chez le patient coronarien : Quel délai respecter après la pose d un stent actif avant de pouvoir arrêter le double AAP? Existe-t-il des différences en fonction du type de stent actif? Quels facteurs de sur-risque thrombotique doivent être pris en compte (diabète, AIT, maladies coronaires, etc.)? Points spécifiques à traiter : information des patients : quand, quels objectifs, quel contenu, quel(s) support(s)? Automédication (et son arrêt) ; implication des patients : comment bien les informer sur les bénéfices et risques des options de prise en charge ; comment solliciter leur opinion éclairée et les aider à prendre part à la décision. 9
10 Outils : comment mettre en place un dossier navette ou une fiche de liaison ; comment faciliter une prise de décision collégiale au cas par cas. Question(s) non retenue(s) comment gérer les problèmes de responsabilité multiple en cas de complications ; risque hémorragique précoce, retardé, suivi postopératoire : ces points et d autres sont spécifiques de chaque geste et souvent «patients-dépendants», ce qui ne permet pas d édicter des recommandations dans ce document à vocation plus générale. 1.5 Patients concernés Tous les patients prenant un traitement au long cours par AAP sont concernés. Ceux dont l état de santé rend probable un geste invasif sont concernés au premier degré. 1.6 Professionnels concernés Il s agit de tous les prescripteurs d AAP et ceux qui réalisent des gestes invasifs, et notamment : anesthésistes ; cardiologues ; hématologistes ; chirurgiens ; endoscopistes : gastro-entérologues, pneumologues, proctologues, urologues ; médecins généralistes ; médecins urgentistes. 1.7 Intervention de l AFSSAPS, puis de l Agence nationale de sécurité du médicament Ces agences sont concernées. Elles ont participé aux travaux du groupe de pilotage, notamment pour l évaluation des risques et les nouveaux médicaments Organisation du travail d élaboration de ces recommandations et des documents produits 1. La sélection des actes à considérer est faite à partir de : l expertise de représentants de toutes les spécialités concernées ; la revue exhaustive de la littérature existante (y compris la littérature dite «grise», non référencée) ; critères de sélection homogènes entre les spécialités : risque hémorragique significatif suspecté ou avéré, défaut de connaissances, hétérogénéité des pratiques. Ainsi, l appréciation des risques est déclinée en deux niveaux : risque thrombotique : majeur, moindre ; risque hémorragique : élevé, faible ou modéré. 10
11 2. Un groupe de pilotage unique assure l homogénéité de la méthode d élaboration et des produits finaux. Il est composé de : représentants des spécialités impliquées sur le versant du risque thrombotique, présent si l on doit modifier le traitemant par AAP quel que soit le geste invasif. L argumentaire du risque trhombotique est donc un tronc commun «transversal» à toutes les spécialités ; représentants des spécialités impliquées sur le versant actes. Le risque hémorragique est acte-dépendant, spécifique de chaque type d acte, plus que de la spécialité médicale ou chirugicale qui l effectue. En raison de l ampleur du travail à réaliser, ces actes sont donc répartis et traités par les différentes spécialités participant au travail dans les volets constitutifs de ces recommandations, élaborées en phases distinctes selon la méthode du consensus formalisé : 1. risque thrombotique coronaire ; actes d endoscopie ; 2. gestes percutanés. 3. Groupe de travail «Patients, information, organisation» L aspect strictement technique des recommandations qui en découlent ne se prêtant pas à un recueil éclairé de l avis des patients et pour une meilleure homogénéité des documents produits par chaque groupe, ceux-ci sont impliqués ainsi que des professionnels de santé non spécialistes de la thrombose et de l hémostase ou des gestes invasifs dans un groupe de travail mixte et transversal. Ce groupe de travail a sollicité des représentants d associations de patients, des médecins généralistes et une infirmière pour aborder les aspects organisationnels, l information des patients et usagers et la participation des patients à la décision et à la transmission des informations les concernant aux professionnels de santé consultés. 11
12 PREMIÈRE PARTIE : HÉMOSTASE ET THROMBOSE CHEZ LE PATIENT CORONARIEN 1 Introduction 1.1 Contexte Parmi les sujets de plus de 50 ans, 12,2 % sont traités par aspirine à faible dose en prévention primaire, soit 2,4 millions de personnes (1), dont 5 % en bithérapie avec le clopidogrel) et 1 % en bithérapie par AAP et AVK, chiffre en constante augmentation. Le nombre de nouveaux patients susceptibles de recevoir chaque année ces traitements est estimé entre et (Société française de cardiologie). En 2007, endoprothèses (stents) coronaires ont été facturées en France. Les stents actifs (DES) représentaient 42 % de l ensemble des stents posés, en constante régression sur deux ans (50 % au premier trimestre 2006, 40 % fin 2007) (2), mais des données plus récentes semblent indiquer une augmentation de 6,4 % des implantations de DES en 2008 (3). On peut estimer grossièrement que près de patients ont reçu un stent en 2007, geste accompagné de l instauration ou du renouvellement d un traitement AAP au long cours, dont avec un double traitement par AAP. L Observatoire national des actes de cathétérisme interventionnels (ONACI) a répertorié, en 2008, actes, dont coronarographies (80,3 %), confirmant la stabilisation de l activité déjà observée au cours des cinq dernières années. Vingt-six pour cent des actes ont été réalisés chez des patients présentant un angor ou une ischémie silencieuse, 31 % dans le cadre d un syndrome coronaire aigu (SCA), 5 % en post-infarctus, 16 % pour bilan et 12 % pour des douleurs atypiques. 1.2 Problématique Le traitement par AAP peut être prescrit en raison d une pathologie coronaire stable ou instable, avec ou sans mise en place d un stent, mais aussi pour une affection non coronaire : artériopathie des membres inférieurs avec ou sans mise en place de stent, accident vasculaire cérébral, ou en prévention primaire 2, secondaire ou tertiaire d un événement athérothrombotique (diabète, fibrillation auriculaire, AVC par exemple). De nombreux actes ne peuvent pas être effectués sous AAP parce que l AAP augmente le risque hémorragique, et inversement la modification ou l interruption de l AAP expose le patient à un risque thrombotique, dont l intensité diffère fortement selon l indication qui a prévalu à sa prescription. L enjeu de ce travail est donc, pour chaque type d acte et chaque traitement par AAP, d aider les médecins et les patients à évaluer la balance bénéfices/risques des options thérapeutiques qu ils envisagent, en prenant en compte les caractéristiques de chaque patient et les constats suivants. Le bénéfice attendu du geste invasif envisagé doit être mis en balance avec : le risque hémorragique intrinsèque du geste ; le sur-risque hémorragique en présence de l AAP : 2 Le bénéfice éventuel du traitement par l'aspirine en prévention primaire chez les sujets à haut risque devra être mis en balance avec l'augmentation du risque hémorragique, en particulier chez le sujet âgé, où ce risque hémorragique est augmenté. 12
13 selon la ou les molécules utilisées, selon les possibilités d hémostase en cas de saignement, selon les particularités du patient, qui déterminent la faisabilité du geste sous cet AAP ; le risque thrombotique lié à l interruption de cet AAP : selon la ou les molécules utilisées, selon son indication, selon la possibilité d un relais par un autre AAP, selon les particularités du patient. Lorsque le rapport bénéfice/risque de l acte envisagé reste incertain, deux autres critères entrent en jeu : le geste peut-il être modifié, différé ou abandonné? le traitement par AAP pourra-t-il ultérieurement être modifié ou interrompu? In fine, après discussion multidisciplinaire, la décision devra s appuyer sur l avis éclairé du patient. Encadré 1. La bithérapie par AAP est habituellement justifiée par un risque thrombotique majeur, et la monothérapie (aspirine ou clopidogrel) par un risque moindre. Il est donc important, lors des consultations de routine, mais plus encore lorsqu un acte invasif est envisagé chez un patient sous AAP, de réévaluer son risque thrombotique et donc l'adéquation de son traitement. Il convient de rappeler que le risque thrombotique d un grand nombre des patients sous AAP est un risque dit «moindre». Ce premier chapitre traite du risque thrombotique chez le patient coronarien. Le risque thrombotique lié aux autres indications des AAP et à leur interruption sera développé dans un deuxième chapitre (à paraître en 2011). 2 Prise en compte du risque thrombotique en cas de geste invasif chez le patient coronarien La menace d un syndrome coronarien aigu (SCA), qui pèse sur la décision de réaliser un geste invasif chez le patient coronarien dépend de plusieurs facteurs, dont l évaluation et la prise en compte sont prémordiales pour proposer au patient la stratégie de prise en charge la plus sûre. Les éléments principaux de cette évaluation personalisée sont le type de coronaropathie dont il est atteint et sa sévérité, la présence d un stent (endoprothèse), son type et l ancienneté de son implantation, son traitement antiagrégant et la possibilité de le modifier, ainsi que les caractéristiques du geste invasif envisagé : lourdeur de l intervention, impériosité, risque intrinsèque de saignement et faisabilité sous AAP notamment. Cette première partie de la recommandation de bonne pratique aborde les différentes composantes du risque thrombotique auquel est exposé le coronarien traité. 13
14 2.1 Données épidémiologiques : risque thrombotique chez le coronarien Données sur l influence du geste invasif sur le risque thrombotique Une analyse des données d un registre prospectif (4), une recommandation de bonne pratique (5), une cohorte prospective (6). Le registre américain multicentrique Coronary Artery Surgery Study (CASS) a enrôlé et suivi annuellement, de 1974 à 1979, patients adressés pour une première coronarographie en raison d une coronaropathie suspectée ou avérée. Durant le suivi, patients ont subi une intervention chirurgicale non cardiaque. L analyse de leurs données (4,5,7) a permis de répartir les types d interventions chirurgicales en deux groupes, selon leur risque chez le coronarien (niveau de preuve 2). Le risque d infarctus ou de décès dans les 30 jours est : inférieur à 1 %, pour une intervention urologique, orthopédique, sénologique, dermatologique (n = 1297) (avec ou sans revascularisation préalable) ; pour une intervention à risque élevé (abdominale, thoracique, vasculaire, cervicale, céphalique, (n = 1 961) un taux d infarctus et de décès dans les 30 jours > 4 % (sans revascularisation préalable). Conclusion : la nature du geste effectué influe sur le risque d infarctus ou de décès périopératoire chez le coronarien Risque thrombotique de l arrêt des AAP, toutes coronaropathies confondues Chez le coronarien stablisé par son traitement, le risque de thrombose, qui dépend des caractéristiques de sa coronaropathie, est neutralisé par les AAP. Lorsque les circonstances imposent de modifier ce traitement, le risque thrombotique peut s exprimer. Une cohorte prospective ; une revue systématique avec analyse poolée de six cohortes. La première étude clinique prospective étudiant l impact de l arrêt d une monothérapie AAP sur la survenue et le pronostic des SCA est une étude de cohorte comparant le devenir à 30 jours de ces patients selon leur statut vis-à-vis des AAP : aucun AAP, traitement par AAP interrompu dans les trois semaines précédant le SCA, traitement par AAP toujours en cours. Mille trois cent cinquante-huit patients consécutifs présentant un SCA coronaire aigu admis au CHU de la Pitié Salpêtrière (Paris) ont été inclus de novembre 1999 à juin 2002 et suivis 30 jours. L étude a montré que ceux qui avaient interrompu récemment le traitement par AAP avaient un taux de mortalité et d infarctus plus élevé que ceux qui avaient poursuivi l AAP, à profil de risque cardiovasculaire égal (21,9 % versus 12,4 %, p = 0,04). L arrêt d une monothérapie AAP était en cause dans environ 5 % des hospitalisations pour SCA (73 cas sur 1 358), et survenaient dans un délai moyen de 11 jours. L arrêt de la monothérapie AAP (aspirine essentiellement) était un facteur de risque indépendant de décès à un mois (OR = 2,0 ; p = 0,03) ou d infarctus à un mois (OR = 3,2 ; p < 0,01) (niveau de preuve 2). La majorité des patients avaient interrompu la prise de leur AAP sur avis médical en prévision d un geste invasif (8). L analyse des données poolées d une revue systématique (9) incluant six cohortes prospectives (dont celle de la Pitié Salpêtrière) avec un total de patients a confirmé la forte association entre l arrêt de l aspirine et la survenue d un accident cardiaque majeur (ECM) : OR = 3,14 (1,75-5,61, p = 0,0001) (niveau de preuve 2). Ce chiffre global est affiné selon les caractéristiques de la coronaropathie : SCA : OR = 1,82 (1,52-2,18) ; pontage : OR = 2,40 (1,58-3,08) ; stent : OR = 89,78 (29,90-269,60). 14
15 Il existe une forte hétérogénéité entre ces cohortes : I2 = 89,8 %, p < 0,00001, essentiellement due à une cohorte (6) enrôlant uniquement des patients stentés Risque thrombotique de l arrêt des AAP en présence d un stent coronaire La mise en place d un stent coronaire implique la mise en route d un traitement prolongé par AAP, adapté au type de stent et à la coronaropathie. Une série de cas consécutifs ; un registre prospectif ; une étude de cohorte prospective ; une évaluation de dispositifs. Risque de thrombose du stent Lors de l'évaluation du risque thrombotique après pose d'un stent, il est important de prendre en compte l'évolution naturelle de l'insuffisance coronaire : la pose d'un stent n'empêche la survenue de nouvelles lésions sténosantes, qui peuvent à leur tour être à l'origine d'une nouvelle revascularisation. Au travers d'une analyse issue du PMSI portant sur les réhospitalisations pour revascularition après un séjour avec pose de stent, le rapport d évaluation des stents actifs publié par la HAS en 2009 (2) rapporte les taux de revascularisation (lésion cible ou autres territoires) observés dans la pratique clinique en France après la pose d un stent (encadré 2). Pour rappel, la cohorte de l'étude comportait patients ayant subi une hospitalisation avec au moins un stent facturé entre 2005 et Chez 766 patients (0,3 %), cette hospitalisation cumulait la facturation d au moins un stent et un pontage coronarien. Encadré 2. Taux de revascularisation Délai entre la pose du stent et la revascularisation À 6 mois À 12 mois À 24 mois À 30 mois 11,5 % 15,1 % 18,5 % 19,8 % Risque de thrombose du stent lors d une intervention chirurgicale Dès 2000, une étude de faible niveau de preuve (10) a soulevé la question du risque élevé de décès lors d interventions non cardiaques peu après revascularisation par stent nu : dans les deux semaines suivant la mise en place d un stent coronaire, la mortalité d une chirurgie non cardiaque atteignait 20 % en sus de 17,5 % d infarctus non létaux dans cette série de 40 interventions non cardiaques consécutives (niveau de preuve 4). De même, une cohorte rétrospective (11) de 56 patients coronariens revascularisés par stent a permis d étudier le risque cardiaque d une chirurgie non cardiaque dans les suite de la pose du stent : huit ACM (dont quatre létaux) sont survenus (14,3 %) : trois avant J14 postopératoire, cinq entre J15 et J42, aucun au-delà de J42. En analyse multivariée, le seul facteur lié aux ACM était le délai entre la pose du stent et l intervention non cardiaque. L étude (12) d un registre prospectif hollandais des revascularisations par stent (48 % nus, 52 % actifs) a permis d évaluer le devenir des 192 patients ayant subi une intervention chirurgicale non cardiaque dans les deux ans suivant la pose de stent (niveau de preuve 3). Cinq (2,6 %) des patients ont présenté un accident cardiaque majeur (ACM) et en sont décédés dans les 30 jours suivant la chirurgie. Du 31 e jour à la fin de la période de bithérapie recommandée selon le type de stent, quatre ACM (13,3 %) sont survenus, contre un seul ACM dans la période restant jusqu à la fin de la 2 e année postopératoire. Il n existait pas de différence significative du risque chirurgical dans la période «bithérapie recommandée» entre les patients ayant poursuivi leur bithérapie par AAP et ceux qui l avaient interrompue. En revanche, ces derniers ont présenté un risque significativement supérieur d ACM (5,5 % vs 0 % ; p = 0,023). Aucun ACM n est survenu sous bithérapie. Le taux d ACM atteignait 15
16 30,7 % parmi les patients ayant subi l intervention non cardiaque dans les 30 jours suivant la pose du stent et dont les AAP avaient été interrompus. Une étude de cohorte prospective pluricentrique (2 229 patients) (6) a montré que l arrêt de l AAP est le principal facteur prédictif indépendant de thrombose du stent actif dans les neuf mois suivant sa pose (HR = 89,78 ; IC 95 : 29,90-269,60) devant l insuffisance rénale, l atteinte des bifurcations, le diabète et la baisse de la fraction d éjection ventriculaire (niveau de preuve 2). Le taux de décès à la suite de la thrombose de stent était de 45 %. De nombreuses autres études et consensus d experts confirment le risque de thrombose et d ACM en cas d arrêt prématuré des AAP (7,13-18). L arrêt des AAP est un facteur de risque majeur de thrombose pour tous les stents, mais il est particulièrement élevé (thrombose tardive) chez les porteurs d un stent actif (13). 45 % des stents posés en 2008 étaient des stents actifs (2). Facteurs de risque de thrombose des stents L analyse, publiée en 2009, des données du registre hollandais (Dutch Stent Thrombosis Registry) recrutées sur plus de trois ans à partir de janvier 2004 par des centres totalisant plus de interventions par an) a permis de préciser les principaux facteurs de thrombose de stent, présentés dans le tableau 1. L odds ratio des principaux facteurs prédictifs de stent a été calculé à partir des données de 437 thromboses de stent (19) (niveau de preuve 2). Le registre HORIZON retrouve ces effets et met en avant la nécessité d une dose de charge en clopidogrel suffisante (cas de la reperfusion d emblée par angioplastie sous bivalirudine (20). Tableau 1. Principaux facteurs prédictifs de thrombose de stent (19). OR IC (95 %) p Arrêt clopidogrel dans les 30 jours 36,53 7,96-167,77 p < 0,0001 Stent sous-dimensionné 13,39 5,27-34,04 p < 0,0001 Arrêt clopidogrel entre 180 et 365 jours 5,87 1,74-19,8 p = 0,0043 Arrêt clopidogrel entre 30 et 180 jours 4,63 1,4-15,35 p = 0,0122 Néoplasie 4,5 2,12-9,49 p < 0,0001 Sténose > 50 % en amont lésion coupable 4,4 2,7-7,16 p < 0,0001 Flux TIMI post-angioplastie < 3 3,77 2,09-6,8 p < 0,0001 Dissection 2,88 1,67-5,0 p = 0,0002 Bifurcation 2,27 1,48-3,47 p = 0,0002 FEVG < 30 % 2,27 1,43-3,60 p = 0,0005 Artériopathie des membres inférieurs 2,13 1,01-4,51 p = 0,0482 Sténose > 50 % en aval de la lésion coupable 1,98 1,32-2,95 p = 0,0009 Absence d'aspirine 1,91 1,01-3,88 p = 0,0487 Stent actif 1,88 1,21-2,94 p = 0,0052 Diabète 1,66 1,02-2,7 p = 0,0432 Âge (par tranche de 10 ans) 0,8 0,68-0,94 p = 0,0072 Les principaux facteurs cliniques cités ci-dessous sont des facteurs de résistance aux antiagrégants plaquettaires, retrouvés à plusieurs reprises lors de l analyse de la littérature (19) 16
17 (niveau de preuve 2). Seuls les facteurs phamacogénétiques sont liés au clopidogrel et ils ne concernent pas les autres AAP. Sur la base des données de la littérature, les patients avec une réduction d origine génétique de la fonction du CYP2C19 ont une exposition plus faible au métabolite actif du clopidogrel, ont des réponses antiplaquettaires diminuées et sont généralement exposés à un taux supérieur d événements cardiovasculaires après un infarctus du myocarde par rapport aux patients avec une fonction du CYP2C19 normale. La prescription concomitante d inhibiteurs de la pompe à protons (en particulier oméprazole et ésoméprazole) a fait l objet d une récente mise en garde par la FDA et de l EMEA, en raison d une interaction pharmacocinétique et pharmacodynamique en termes de survenue d événements cardiovasculaires majeurs rapportée dans des études observationnelles et cliniques (6). Facteurs pharmacogénétiques : portage du variant CYP2C19*2 à l état hétérozygote ou homozygote (l augmentation du risque de thrombose de stent chez les patients porteurs de cette mutation estimée par l odds ratio se situe entre 2 et 3 (21-24). Facteurs liés au terrain : contexte de l angioplastie dans le cadre d un syndrome coronarien aigu ou d un infarctus avec sus-décalage du segment ST ; altération de la fonction ventriculaire gauche ; diabète ; insuffisance rénale ; néoplasie évolutive ; antécédent de thrombose de stent. Facteurs liés à la procédure : plusieurs vaisseaux stentés ; long segment stenté (50 mm), tronc commun ; petit calibre du stent (2,5 mm) ; présence de calcification ; utilisation de stent actif en dehors des indications reconnues ; bifurcation ; présence d un stent sous-dimensionné. Conclusion sur l évaluation du risque thrombotique selon la coronaropathie 1 - Le risque thrombotique du patient coronarien peut être ainsi défini (5,6,8-10,16,19) : risque majeur : tout type de stent posé il y a moins de six semaines, stent pharmaco-actif < 12 mois, SCA (NSTEMI) < 6 semaines, SCA (STEMI) < 12 mois ; risque modéré : stent nu au-delà de six semaines après la pose, stent actif > 12 mois après la pose, SCA allant de six semaines à un an. 2 - Un risque modéré peut être reclassé au cas par cas en risque majeur si coexistent d autres facteurs de risque reconnus de thrombose de stent. Ainsi, les patients ayant un antécédent de thrombose de stent sont à considérer comme à risque majeur d événements en cas d arrêt du traitement. 17
18 2.1.4 Durée du traitement antiagrégant chez le patient coronarien Depuis 2007, la Société européenne de cardiologie (25) et la Conférence américaine ACCP/AHA 8th (26,27) recommandent de poursuivre le traitement par aspirine «à faible dose» ( mg) pour une durée prolongée ou indéfiniment (25-27). Ces mêmes sociétés savantes et la FDA ont également approuvé la poursuite de l association aspirine + clopidogrel jusqu à un an, bien que le niveau des preuves scientifiques ne soit pas très élevé, pour les stents actifs, à l inverse de leurs préconisations pour les syndromes coronaires aigus. De même, les recommandations de la Canadian Association of Interventional Cardiology et de la Canadian Cardiovascular Society sur les stents actifs proposent de poursuivre la double anti-agrégation au-delà de ce seuil de 12 mois pour les patients à risque plus élevé de thrombose très tardive et/ou de décès par thrombose (28). Le NICE, en 2008, a également préconisé la poursuite de la double anti-agrégation au-delà de la première année du stent actif, au cas par cas (29). Tel est également le cas de toutes les récentes recommandations de la Société européenne de cardiologie (ESG) sur la revascularisation du myocarde (30). Un avenant à l'accord de bon usage des soins relatif à l'utilisation des antiagrégants plaquettaires conforte cette pratique depuis 2007 (31) Conclusion sur la durée du traitement antiagrégant chez le patient coronarien Le tableau 2 récapitule les propositions de prévention secondaire que l on peut en déduire. Tableau 2. Durée et nature du traitement antiagrégant plaquettaire (monothérapie et bithérapie) chez un patient coronarien. Type de pathologie Type de traitement Durée Patient coronarien Syndrome coronarien aigu Syndrome coronarien aigu dilaté Stent actif (hors SCA) Monothérapie : par aspirine ou clopidogrel Aspirine + clopidogrel Aspirine + prasugrel ou aspirine + clopidogrel Aspirine + clopidogrel Indéfiniment 12 mois, puis décision au cas par cas de la poursuite de la bithérapie ou d une monothérapie par aspirine 12 mois, puis décision au cas par cas de la poursuite de la bithérapie ou d une monothérapie par aspirine 6 à 12 mois, puis décision au cas par cas de la poursuite de la bithérapie ou d une monothérapie par aspirine Stent nu (hors SCA) Aspirine + clopidogrel Six semaines, puis décision au cas par cas de la poursuite de la bithérapie ou d une monothérapie par aspirine 18
19 2.2 Gestion du traitement par AAP en fonction du risque thrombotique chez le coronarien et du risque hémorragique lié au geste invasif Faut-il modifier le traitement antiagrégant pour réaliser un acte invasif? L arrêt des AAP chez le patient coronarien, afin de réaliser un geste thérapeutique potentiellement invasif et hémorragique, induit un risque de syndrome coronarien aigu. Une analyse des données d un registre prospectif ; deux essais contrôlés randomisés ; une analyse poolée. L étude citée plus haut d un registre hollandais (12) sur 192 interventions non cardiaques dans les deux années suivant la pose d un stent n a pas trouvé de différence significative des complications de l intervention dans la période «bithérapie recommandée» entre les patients ayant poursuivi leur bithérapie par AAP et ceux qui l avaient interrompue. Un essai contrôlé randomisé comparant la poursuite de l aspirine (n = 109) à sa substitution par un placebo (n = 111) chez des patients à risque cardiovasculaire (mais non exclusivement coronariens) devant subir une intervention non cardiologique de risque chirurgical moyen ou élevé, a montré une augmentation relative du risque d évènement cardiovasculaire de 7,2 % (IC 95 % = 1,3-13) dans les 30 jours suivant l intervention dans le groupe placebo par rapport à celui observé dans le groupe poursuite de l aspirine Numbers needed to treat = 14 (95 % CI, 7,6-78) (niveau de preuve 2) (15). Les résultats de l essai clinique randomisé, multicentrique, STRATAGEM, réalisé en France chez 292 patients en prévention secondaire par AAP, mesurant contre placebo l impact de la substitution de leur traitement AAP par de l aspirine ou un placebo sur le risque de saignement et de thrombose viennent d être divulgués : aucune différence n a été observée entre les deux groupes (décès, accidents thrombotiques graves, complications hémorragiques (0,72 ± 2,18, aspirine vs 0,65 ± 2,04, placebo, p = 0,81). Les auteurs en déduisent que le traitement par aspirine peut être maintenu en préopératoire pour une chirurgie non coronaire chez les patients à risque intermédiaire ou élevé (32). Ces résultats doivent être nuancés parce que ces deux études mentionnées ont été arrêtées prématurément pour défaut de recrutement (manque de puissance) et que très peu de patients stentés ont été inclus. Après revue de la littérature, les recommandations de l ACC/AHA 2007 sur la gestion périopératoire d une intervention non cardiaque chez le coronarien considèrent qu en dehors de tout contexte de SCA, la mise en place d un stent nu permet d envisager en cas de nécessité un arrêt du clopidogrel après six semaines de bithérapie (5). L analyse poolée de 161 cas de thrombose tardive de stent actif (entre 30 jours et un an après la pose) ou très tardive (au-delà d un an) issus d une recherche systématique de la littérature a montré la relative sécurité de l arrêt du clopidogrel si l aspirine était poursuivie. Le délai médian de survenue de la thrombose était de 122 jours (6 % des thromboses suvenues dans les 10 jours) contre sept jours à l arrêt simultané des deux AAP (p < 0,0001 ; 75 % des thromboses suvenues dans les 10 jours) (niveau de preuve 3). Si la bithérapie n était pas interrompue, le délai médian de survenue d une thrombose était repoussé à 183 jours. Aucun patient n avait poursuivi le clopidogrel et arrêté l aspirine (18). Conclusion : il est conseillé, le plus souvent possible, de maintenir le traitement par aspirine lors d un geste invasif, ce qui en limite le risque d accident majeur thrombotique. Au-delà de ces généralités, la décision de modifier le traitement par AAP, de reporter l acte ou de le réfuter pourra être prise par l évaluation, au cas par cas, des poids respectifs des risques thrombotique et hémorragique. Il est donc nécessaire de prendre en compte les données concernant le mode d action des AAP et le risque hémorragique des différents types d actes invasifs, présentés dans les sections suivantes de ce document. 19
20 3 Modes d action des AAP et leurs conséquences cliniques Les AAP inhibent les fonctions plaquettaires et en particulier l activation et l agrégation, dont le rôle est essentiel dans le processus d hémostase primaire. À ce jour, la plupart des tests biologiques évaluant l efficacité des traitements antiagrégants ont été utilisés pour déterminer le risque thrombotique des patients et très peu de tests ont déterminé le risque hémorragique. 3.1 Aspirine Mécanisme d action L aspirine limite une des voies mises en jeu lors de l agrégation plaquettaire en inhibant, de manière irréversible, la cyclo-oxygénase-1 (COX-1) et bloque ainsi la synthèse de thromboxane A2 (TXA2), puissant agent activateur plaquettaire. Malgré la demi-vie courte de l aspirine (15 à 20 min dans le plasma), en raison du caractère irréversible de la liaison avec la cyclo-oxygénase plaquettaire, son effet pharmacologique persiste pendant la durée de vie de la plaquette (7-10 jours) (33). Une inhibition de la COX-1 plaquettaire est considérée comme significative si la capacité des plaquettes à produire du thromboxane A2 est diminuée d au moins 95 %. La dose reconnue comme ayant une action antiagrégante plaquettaire est comprise entre 75 et 325 mg/j (en entretien). Il a été montré que 75 à 150 mg suffisent, selon les indications (34) (niveau de preuve 1). À des doses supérieures (> 500 mg/j), l aspirine n a pas d indication comme AAP car elle inhibe également la COX-2, provoquant ainsi une augmentation de ses effets secondaires sans augmentation de son action antiagrégante plaquettaire (elle aurait même à ces doses un effet délétère sur l action antithrombotique). Des doses répétées de 20 à 330 mg entraînent une inhibition de l activité enzymatique de 30 à 95 %. L effet inhibiteur ne s épuise pas au cours de traitements prolongés et l activité enzymatique reprend progressivement au fur et à mesure du renouvellement des plaquettes 24 à 48 heures après arrêt du traitement Arrêt de l aspirine Lorsque que l arrêt d un traitement AAP antithrombotique par aspirine avant un geste invasif a été décidé, la détermination de la durée minimale de l'arrêt avant ce geste nécessite de prendre en compte, dans le cadre d un raisonnement systématisé, l ensemble des éléments de décision qui découlent des deux questions ci-dessous. Cette analyse est d autant plus importante si un arrêt très court (trois jours sans prise d aspirine) est envisagé, alors que le risque hémorragique du geste est significatif. (26) - La normalisation des tests biologiques permet-elle de prédire l'absence de risque hémorragique? Évaluation par les tests biologiques de l effet antiagrégant de l aspirine Six études de type diagnostique ont été retenues (cf. tableau 3). Deux études ont été réalisées chez des patients coronariens stables, quatre chez des volontaires sains. Toutes ces études ont évalué l effet de l aspirine sur différents tests biologiques mesurant l effet de l aspirine soit sur l agrégation plaquettaire, soit sur le taux de thromboxane B2 (TXB2) sérique ou urinaire. Deux ont également étudié l effet de doses variables d aspirine (80 à 325 mg/j) sur ces tests. 20
21 Synthèse des données de la littérature Toutes les études ont montré une variabilité de la réponse à l aspirine en fonction des tests et une absence de corrélation entre eux. Une variabilité interindividuelle extrêmement importante a été mise en évidence, sauf pour le taux de TXB2 sérique, mais celui-ci n a été mesuré que chez des volontaires sains. Le niveau d agrégation plaquettaire avant la mise sous aspirine semble être un élément important dans la réponse à l aspirine, d après les études réalisées chez les volontaires sains. Conclusion La variabilité interindividuelle des tests (à l exception peut-être du taux de TXB2 sérique) est importante. Chez des sujets sains, la réponse des tests biologiques à l aspirine est liée en partie à l état d activation plaquettaire initial Durée d effet de l aspirine sur les tests biologiques Trois études ont été retenues (cf. tableau 5). Deux études chez des volontaires sains avec de très faibles effectifs (n1 = 11 ; n2 = 13) et une étude clinique (niveau de preuve 4, critère de jugement secondaire) sur des patients coronariens stables ont porté sur la durée de l effet de l aspirine sur les tests biologiques (temps de saignement et/ou le PFA-100). Selon les études, la normalisation de ces tests était acquise en trois jours à six jours, avec une importante variabilité interindividuelle. Conclusion Après arrêt de l aspirine, le temps de saignement et le PFAepi se normalisent en général en trois à six jours. Il convient de rappeler que ces différents tests n explorent pas de la même manière le fonctionnement plaquettaire et qu'aucune corrélation entre la normalisation d un test et le risque hémorragique n'a été démontrée ni même recherchée. 2) - Un taux de renouvellement plaquettaire égal à 50 % est-il suffisant pour permettre tout geste chirurgical ou endoscopique? Dix pour cent des plaquettes sont renouvelées par jour au minimum. Puisque l'action de l'aspirine est irréversible, cinq jours semblent nécessaires pour atteindre le taux de 50 % de «nouvelles plaquettes», mais la pertinence clinique de cette argumentation logique n'a pas été démontrée. D autres critères sont à prendre en compte : la cinétique de récupération des plaquettes pourrait être plus lente au cours des 24 premières heures que dans les jours suivants ; le renouvellement plaquettaire peut être accéléré et donc la récupération plus rapide ; plus la numération plaquettaire est élevée, plus le seuil présumé de compétence hémostatique est rapidement atteint ; l état d activation plaquettaire de base peut être responsable d une moins bonne efficacité de l aspirine lorsqu il est augmenté (comme dans le diabète ou le syndrome métabolique) ; la grande variabilité interindividuelle de la récupération des fonctions plaquettaires normales après arrêt de l aspirine fait que, chez certains patients, son effet biologique disparaît en trois jours de non prise et pour d autres en cinq voire sept jours. Aucun de ces éléments pris individuellement ne permet de conclure avec certitude sur le délai minimum d'arrêt d un traitement AAP par aspirine avant geste invasif. Il est donc né- 21