Source: http://www.arnaudgossement.com/archive/2009/04/21/grenelle-des-ondes-questions-reponses-sur-l-etat-du-droit.html
Timestamp: 2019-10-19 20:21:14+00:00
Document Index: 178553731

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Grenelle des ondes : questions réponses sur l’état du droit - Cabinet Gossement Avocats
Le Juge a-t-il admis que les antennes relais présentent un risque certain pour la santé ?
Non et ce pour trois raisons.
En premier lieu, les juridictions civiles qui ont ordonné le déplacement d’antennes relais ont relevé, non pas l’existence d’un risque avéré mais d’une situation d’incertitude scientifique. Pour certains juges, cette situation justifie l’exécution d’une mesure de précaution.
Le TGI de Nanterre, dans son jugement du 18 septembre 2008, relève ainsi l’existence d’une controverse : « Les parties qui citent ainsi de nombreux avis, études ou analyses, nationales ou internationales, en font une lecture pour le moins opposée. Une conclusion certaine des pièces versées au débat qui sont les seules sur lesquelles le Tribunal peut se fonder, est que la discussion reste ouverte et qu’elle permet à chacun de nourrir son point de vue ».
Par suite, le TGI de Nanterre note alors que, en l’état des connaissances scientifiques, si le lien de cause à effet entre les émissions des antennes et des pathologies n’est pas certain, le risque – lui – est certain : « or, exposer son voisin, contre son grès, à un risque certain, et non pas hypothétique comme prétendu en défense, constitue en soi un trouble de voisinage. Son caractère anormal tient au fait qu’il porte sur la santé humaine ».
En second lieu, il faut noter que la jurisprudence civile n’est pas encore définitivement fixée : à la controverse entre scientifiques s’ajoute une controverse entre juges.
La Cour de cassation ne s’est pas encore prononcée sur la régularité des analyses des juridictions de première instance et d’appel qui ont ordonné le déplacement d’antennes. Il n’est donc pas possible de déduire des quelques décisions de justice qui sont déjà intervenues en ce sens que, de manière générale, « la Justice » ordonnerait systématiquement le déplacement des antennes. A ce titre, la position de la Cour de cassation est très attendue.
Elle est d’autant plus attendue que plusieurs Cours d’appel ont en effet jugé que la preuve d’un risque sanitaire n’était pas rapportée par les personnes sollicitant l’enlèvement d’antennes.
Par arrêt du 7 mai 2002, la Cour d’appel de Paris a fait état de « craintes subjectives » et a jugé que « les nombreux documents, études, articles de presse spécialisée, communication scientifique régulièrement produits en appel et contradictoirement débattus font la synthèse des connaissances actuelles sur les champs RF émis par les stations de base d’une part et des avis des spécialistes et chercheurs d’autre part et partant rendent inutile à la solution du litige le recours à une expertise judiciaire qui est sollicitée en raison de craintes subjectives alors qu’il n’est pas versée selon l’appréciation de la Cour, d’éléments objectifs sur le plan médical et scientifique pouvant accréditer la thèse de l’usufruitière selon laquelle les travaux dont elle souffre seraient en relation causale avec les installations dont s’agit ».
A la suite du Tribunal de Grande instance de Paris, (jugement du 19 novembre 2002), la Cour d’appel de Paris a souligné que « le caractère nocif pour la santé du voisinage immédiat des antennes n’est pas établi en l’état des connaissances scientifiques » (arrêt du 7 janvier 2004, Société Orange France).
De même, la Cour d’appel d’Aix en Provence, par arrêt du 15 septembre 2008 a jugé que « les documents officiels rappelés par la Société Bouygues (…) ne mettent pas en évidence l’existence de dangers avérés pour l’organisme humain du fait de la présence de stations de téléphonie mobile, lorsque celles-ci respectent les seuils d’exposition réglementairement fixés ». Dans ce cas précis, la Cour d’appel d’Aix en Provence, après avoir constaté le respect des valeurs limites fixées par le décret du 3 mai 2002, a donc refusé de faire droit à la demande de dommages intérêts des riverains d’une antenne relais implantée par la Société Bouygues dans la commune de Six Four les Plages (Var).
De même, la Cour d’appel de Montpellier a suivi la même analyse, tout en critiquant certains échos médiatiques : « attendu que si les intimés font état d’état d’études scientifiques alarmistes sur les incidences des antennes relais de téléphonie mobile, largement diffusées par les médias, friands de ce genre d’information, les risques graves pour la santé dénoncés par ces études ne sont toujours pas démontrés » (arrêt du 24 février 2004, SFR).
Enfin en troisième lieu, il convient de préciser que le Juge administratif n’a pas à ce jour annulé comme étant illégale une décision administrative permettant l’installation d’une antenne relais, et ce, pour un seul motif environnemental.
Question : Le Juge applique-t-il le principe de précaution ?
Oui et non. On l’a vu, la plupart des juridictions civiles admettent l’existence d’une controverse scientifique et d’une situation d’incertitude. Partant de ce constat, certaines juridictions se réfèrent au principe de précaution, d’autres non.
Ainsi, la Cour d’appel de Paris, dans son arrêt du 7 mai 2002, a en effet juger que le principe de précaution ne peut justifier l’enlèvement d’une antenne relais dés lors que le fonctionnement de cette dernière est conforme aux valeurs limites réglementairement fixées. La Cour précise en effet : « quant au principe de précaution, il ne peut pas conduire la Cour à soumettre un relais de téléphonie mobile […] à des normes plus sévères que celles en vigueur qui tiennent compte des données actuelles de la science et qui n’ont pas été transgressées en l’espèce (…) ».
De manière plus directe encore, la Cour d’appel de Montpellier (arrêt du 24 février 2004) a jugé « que le principe de précaution invoqué par les intimés n’est pas une source de droit qui s’impose au juge ». De même, par arrêt du 20 avril 2005 (Société Bouygues Telecom), le Conseil d’Etat a jugé qu’un Maire ne peut légalement s’opposer à l’exécution d’une déclaration de travaux d’implantation d’une station radio électrique de base, sur le fondement du principe de précaution car « ces dispositions ne sont pas au nombre de celles que doit prendre en compte l'autorité administrative lorsqu'elle se prononce sur l'octroi d'une autorisation délivrée en application de la législation sur l'urbanisme ».
Le Juge a-t-il imposé des distances minimales d’éloignement des antennes ?
Non. A l’heure actuelle, aucun texte de droit ne définit de distance minimale d’éloignement des antennes. La circulaire – souvent citée - du Ministère de la Santé du 16 octobre 2001 « relative à l’implantation des antennes relais de radiotéléphonie mobile », outre le fait qu’elle ne soit pas juridiquement contraignante, n’impose pas directement le respect d’une telle distance par les opérateurs.
Très précisément, l’annexe de cette circulaire fait état de « recommandations » exprimées par des experts avec pour « objectif principal d’essayer d’atténuer certaines appréhensions du public qui demeurent à ce jour sans fondement sanitaire ». On le voit, il n’est pas ici question de prévenir un risque considéré comme avéré mais de répondre à une inquiétude.
En conséquence, tout en recommandant ainsi une distance d’éloignement de 100 mètres entre les antennes et des lieux sensibles comme les écoles, les hôpitaux et les crèches, ladite circulaire du 16 octobre 2001 ajoute que « cette recommandation n’est pas incompatible avec l’installation d’une antenne sur le toit d’un tel établissement, compte tenu du fait qu’un bâtiment situé au dessous de l’antenne reste en dehors du faisceau. Il n’est donc pas atteint ou de manière très marginale, par le rayonnement de l’antenne ».
Si cette circulaire ministérielle du 16 octobre 2001 n’impose pas mais recommande le respect de cette distance de 100 mètres, elle comporte au contraire une critique de la distance de 300 mètres décidée par certains maires à propose des stations de base : « une telle disposition va à l’encontre de l’objectif recherché d’une diminution de l’exposition moyenne du public ». Le Juge lui-même a rappelé que cette circulaire est dépourvue de caractère contraignant (cf. Tribunal administratif de Nancy, 30 mars 2004, Association Tesla, n°02738).
Certes le Tribunal de Grande instance de Grasse, dans l’affaire « Commune de la Roquette sur Siagne c/ SFR » précise que la proximité d’une antenne relai d’écoles maternelle et primaire impose « la prise en compte juridique d’un principe de précaution au sens d’une prudence renforcée ».
Toutefois, le TGI n’en déduit pas l’existence d’une distance minimale réglementaire. En réalité, aucun texte juridiquement contraignant n’impose une telle distance. Très exactement, le décret n°2002-775 du 3 mai 2002 fixe, non des distances d’éloignement mais des « valeurs limites d'exposition du public aux champs électromagnétiques émis par les équipements utilisés dans les réseaux de télécommunication ou par les installations radioélectriques ».
Question : Les copropriétaires d’un immeuble peuvent-ils s’opposer à l’installation d’une antenne ?
Oui, à certaines conditions. La Cour d’appel de Paris a ainsi jugé, par arrêt du 7 avril 2005, que la décision des co propriétaires d’un immeuble, d’autoriser l’installations d’une antenne relais ne peut être prise qu’à l’unanimité : « l’instabilité scientifique sur le sujet, qui sera sans doute à terme résolue, implique qu’aucun copropriétaire ne puisse se voir imposer contre son gré l’exposition à un risque, certes actuellement éventuel, et n’ait d’autre choix, s’il se refuse légitimement à assumer ce risque, que de déménager ; que la décision de passer outre à cette potentialité de risque ne peut se prendre qu’à l’unanimité, eu égard à l’enjeu que représente une telle décision ».
Il convient cependant d’attendre que cette analyse soit éventuellement confirmée par la Cour de cassation.
Le Maire a-t-il le pouvoir d’interdire l’implantation d’antennes relai ?
Oui et non. Il ressort de la jurisprudence que le Maire ne peut interdire une antenne au seul motif que celle-ci créerait un risque sanitaire, environnemental ou pour l’ordre public. Toutefois, le Maire, peut, dans certains cas, s’opposer à une telle implantation pour des motifs strictement urbanistiques.
Le Conseil d’Etat a ainsi fait droit à la demande de suspension en référé, présentée par la Société SFR, de l’exécution de l’arrêté du Maire de Cormontreuil interdisant l’implantation d’antennes relais à moins de 200 mètres d’établissements sensibles ainsi que sa décision de s’opposer à une déclaration de travaux (arrêt du 23 juillet 2003).
La Cour administrative d’appel de Marseille a jugé qu’est légale la décision du Maire de ne pas s’opposer à l’installation d’antennes relais car, « en l'état des connaissances scientifiques, il n'apparaît pas que les installations de téléphonie mobile auraient des effets dangereux pour la santé publique et que dans la limite de ces seuils, aucune des études réalisées ne met en évidence l'existence de dangers avérés pour l'organisme humain » (26 mai 2005, Commune de Montauroux).
La Cour administrative d’appel de Marseille a, le 11 septembre 2006 et à la demande de la société Bouygues Telecom, annulé l’arrêté du 15 février 2001 par lequel le Maire de la Commune de Le Pertuis avait interdit l’implantation d’antennes relais à moins de 300 mètres d’une habitation ou d’un établissement recevant du public. Pour la Cour, le Maire n’est pas compétent pour procéder à une telle interdiction, y compris au titre du principe de précaution, dés lors qu’aucun « risque réel » n’est démontré pour la santé ou l’ordre public.
Le Maire peut cependant s’opposer à l’installation d’une antenne relais pour des motifs tirés du droit de l’urbanisme (Cour administrative d'appel de Paris, 18 mars 2003, Commune de Voisins le Bretonneux, n° 01PA02050). Est ainsi illégale l’installation d’une antenne relais en violation des prescriptions du règlement du plan local d’urbanisme relatives à la nature et à la hauteur des constructions (cf. Cour administrative d’appel de Paris, 29 juin 2004, Association de protection des droits des habitants de Voisins et de ses environs (ADHAVE) c. Commune de Voisins-le-Bretonneux, n° 03PA02684).
Par analogie, la Cour administrative d’appel de Nancy a jugé que la pose sur le toit d’une antenne radioémettrice est illégale lorsqu’elle contrevient aux règles de hauteur fixées par le POS (27 mars 2003, Madame Beninger, 98NC01513). Cette même Cour a également jugé qu’une décision tacite de non opposition à une déclaration de travaux relative à une antenne pouvait être légalement retirée par le Maire dés lors qu’elle porte atteinte au règlement de zone qui prévoit que « les constructions de quelque nature que ce soit et les clôtures, doivent présenter un aspect compatible avec le caractère et l'intérêt des lieux avoisinants, du site et du paysage » (Cour administrative d'appel de Nancy, 29 septembre 1994, M. Capelle, n°93NC00954).
Par voie de conséquence, un plan local d’urbanisme peut, pour des motifs strictement urbanistiques, permettre, dans certaines limites et dans des conditions strictes, de maîtriser la prolifération d’antennes relais sur le territoire communal.
Le législateur est-il récemment intervenu pour encadrer l’implantation des antennes relais ?
Non. Si plusieurs parlementaires ont pu déposer des propositions allant dans ce sens, celles-ci n’ont pas été discutées et a fortiori votées. La plupart de ces propositions, signées par des députés de la majorité et de l’opposition comportent les mêmes dispositions. On citera ci après certaines d’entre elles, déposées à l’Assemblée nationale.
Ainsi, le 26 juin 2001, M André Aschieri a déposé une proposition de loi tendant à la création de « zones de protection excluant toute implantation d'antennes relais de téléphonie mobile à proximité des établissements scolaires, des crèches et des établissements hospitaliers et de retraite », à l’affichage d’un message de caractère médicale sur les publicités, notices et emballages relatifs aux terminaux de téléphonie mobile.
Le 24 juillet 2002, M Yves Cochet a déposé une proposition de loi tendant également à la création de « zones de protection excluant toute implantation d'antennes relais de téléphonie mobile à proximité des établissements scolaires, des crèches et des établissements hospitaliers et de retraite ». Cette proposition prévoyait également une meilleure consultation des locataires ainsi que l’affichage d’un message de caractère médical sur les publicités, notices et emballages relatifs aux terminaux de téléphonie mobile.
Le 13 juillet 2005, M Jean-Pierre Brard et Mme Nathalie Kosciusko-Morizet ont déposé une proposition de loi tendant notamment au respect d’une distance d’éloignement de 100 mètres en zone urbaine, à l’obligation de permis de construire, à l’information du consommateur sur les risques et à la limitation de la publicité.
Le 14 mars 2006, Mme Nathalie Kosciusko-Morizet a déposé une proposition de loi « visant à renforcer l’information des acquéreurs d’appareils de téléphonie mobile » par l’affichage du « débit d’absorption spécifique local dans la tête ». Le 7 novembre 2007, M Lionel Lucca a déposé une proposition de loi tendant notamment à l’interdiction de toute antenne à moins de 100 mètres d’un établissement sensible, à la définition de périmètres d’implantation par les collectivités locales, à la limitation à trois années renouvelables la durée des baux d’installation et à l’affichage du Débit d’Absorption Spécifique (DAS). Le même jour, une autre proposition de loi déposée par Mme Marie-Anne Montchamp prévoyait l’abaissement de la valeur limite d’exposition du public à 0, 6 volt/m et à l’interdiction des antennes à moins de 300 mètres des habitations et établissements sensibles.
Le député Michel Bouvard a déposé, le 26 novembre 2008, une proposition de loi tendant à renforcer l’information du public et des riverains et à créer un « schéma départemental d’implantation des antennes relais de radiotéléphonie mobile ».
Que prévoient les projets de loi Grenelle I et Grenelle II ?
Le projet de loi « Grenelle I » voté en première lecture par l’Assemblée nationale et le Sénat ne comporte pas de disposition spécifique aux antennes relais. Le projet de loi d’Engagement national pour l’environnement « Grenelle II » comprend un article 72 qui interdit la publicité pour les portables destinés aux enfants de moins de 12 ans mais pas de nouvelles dispositions relatives aux antennes elles-mêmes.
On notera qu’une première version de cet projet de loi Grenelle II, datée du mois d’août 2008 comprenait un texte imposant l’obtention d’un permis de construire préalablement à l’installation de ces antennes. Ce texte a disparu du projet de loi déposé au Sénat au mois de janvier 2009.
Conclusion : l’enjeu du Grenelle des ondes relais, du point de vue juridique.
La brève étude de jurisprudence qui vient d’être menée démontre que l’enjeu du Grenelle sera bien celui de mettre un terme, non pas à la controverse entre scientifiques mais à l’instabilité de la jurisprudence en définissant des règles de nature à concilier protection de l’environnement et développement économique. En d’autres termes, l’enjeu est bien celui d’une articulation du respect du principe de précaution et de l’obligation de couverture, par les opérateurs, du territoire national.
On regrettera cependant que cette concertation n’ait pas eu lieue avant le développement de ce mode de communication ni avant l’octroi d’une 4ème licence de téléphonie mobile. Enfin, l’objet même de cette réunion en format Grenelle n’est pas très précis au regard de la lettre de mission signée du Premier ministre laquelle indique que les antennes ne posent pas de problème spécifique.
Écrit par : Anciela 01h15 - mercredi 22 avril 2009