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Timestamp: 2019-05-25 09:21:23+00:00
Document Index: 228357927

Matched Legal Cases: ['§ 1', '§ 2', '§ 1', '§ 2', '§ 1', 'arrêt ', 'arrêt ', '§ 2', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'in fine', '§ 1', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', '§ 2']

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Leçon 6 : Le recours en annulation contre les actes
détachables au contrat comme garantie de la légalité du cadre
contractuel : la chronique du déclin annoncé d’une voie de droit
Section 1 La notion d'acte détachable......................................................................................................................p. 2
§ 1 : Le champ d'application............................................................................................................................................................... p. 2
A - Les actes susceptibles de recours............................................................................................................................................................................. p. 2
B - Les personnes bénéficiaires du recours en excès de pouvoir...................................................................................................................................p. 3
§ 2 : Les différents vices propres aux actes détachables................................................................................................................... p. 3
A - Principe et exceptions.................................................................................................................................................................................................p. 4
1. L'exclusion de principe de certains vices........................................................................................................................................................................................................... p. 4
2. Les vices entachant les actes détachables au contrat.......................................................................................................................................................................................p. 4
2.1. Les vices entachant les actes de la passation au contrat.............................................................................................................................................................................p. 4
2.2. L'extension de la théorie des actes détachables antérieurs aux contrats aux actes postérieurs à la conclusion du contrat.........................................................................p. 5
B - Les conséquences de la sanction des actes détachables du contrat........................................................................................................................p. 5
1. La distinction entre le vice propre de l'acte détachable ou l'objet de l'acte détachable................................................................................................................................... p. 5
2. Le principe du rejet de la nullité de l'acte en cas de vice propre de l'acte détachable..................................................................................................................................... p. 6
Section 2 : Les modalités des recours contre les actes détachables................................................................... p. 8
§ 1 : Le cadre du recours en excès de pouvoir.................................................................................................................................. p. 8
A - La compétence du juge administratif......................................................................................................................................................................... p. 8
1. L'ordre juridictionnel compétent.......................................................................................................................................................................................................................... p. 8
2. Le tribunal territorialement compétent................................................................................................................................................................................................................ p. 8
B - Les règles contentieuses applicables.........................................................................................................................................................................p. 8
1. Le délai d'action.................................................................................................................................................................................................................................................. p. 8
2. Les règles contentieuses spécifiques au REP contre les actes détachables et les pouvoirs du juge............................................................................................................... p. 9
2.1. Les règles contentieuses spécifiques au REP contre les actes détachables................................................................................................................................................p. 9
2.2. Les pouvoirs limités du juge......................................................................................................................................................................................................................... p. 9
§ 2 : L'usage des procédures d'urgence........................................................................................................................................... p. 10
A. Un cadre restrictif....................................................................................................................................................................................................... p. 10
B. L'office du juge des référés........................................................................................................................................................................................p. 11
Un recours en excès de pouvoir pouvait être formé contre tout acte détachable d'un contrat, dès lors qu'il
constituait une décision faisant grief. Il s'agissait d'une voie de droit qui s'était généralisée pour contourner
l'interdiction des tiers à contester directement le contrat.
L'intérêt d'une telle procédure s'est amoindri puisque le REP contre un acte détachable n'est encore
désormais possible presqu'uniquement pour les contrats signés avant le 4 avril 2014.
En effet, cette décision du Conseil d'Etat a révolutionné les voies de droit ouvertes pour les tiers en leur
ouvrant la possibilité de contester directement la validité devant le juge du contrat (CE, ass. 4 avril 2014,
Département du Tarn-et-Garonne, n° 358994).
En revanche, si le contrat est conclu en cours d'instance le REP sera déclaré sans objet, mais cela ne fera
pas obstacle à ce que le demandeur dirige ses conclusions contre le contrat lui-même (CAA Bordeaux, 18
mars 2014, Groupe d'architecture Ellipse, n° 11BX03387).
Section 1 La notion d'acte détachable
La détachabilité a été conçue de manière assez extensive, alors qu'elle a été créée pour être dérogatoire à
§ 1 : Le champ d'application
A - Les actes susceptibles de recours
Dans cette théorie, sont visés tous les actes détachables des contrats administratifs.
La justification d'une telle construction juridique est que le juge administratif entendait faciliter l'accès au recours
au tiers tout en le limitant par le biais d'un délai de recours contentieux écourté (2 mois).
Il suffit donc que la décision puisse se détacher intellectuellement et juridiquement du contrat, peu importe en
définitive, le moment où l'acte est « révélé » pour qu'elle puisse recevoir la qualification d'actes détachables.
Par ex. sont ainsi visées :
Le rejet, la sélection ou de la décision d'une candidature ou d'une offre,
la délibération autorisant l'exécutif à signer le contrat,CE 4 août 1905, Martin, p. 749.
l'abandon de la procédure (décision de déclarer un appel d'offres infructueux ou de ne pas signer le
contrat autorisé par l'assemblée délibérante),
la décision de signer le contrat, même non formalisée par un acte distinct du contrat lui-même,
les actes de passation des avenants.
les clauses réglementaires qui sont par nature divisibles comme la clause d'un marché de collecte
des ordures ménagères imposant aux usagers d'acquérir des conteneurs.CE 10 juillet 1996, Cayzeele,
p. 274. CE 8 avril 2009, Ass. Alcaly et autres, n° 290604.
Il y a donc un examen de la nature de la clause pour déterminer si le tiers peut s’en prévaloir ou non (tel n’est
pas le cas pour des stipulations dans une concession d’aménagement relatives à la remise à la commune
d’éléments de voirie réalisés par l’aménageur ; CE, 31 mars 2014, Union syndicale du Charvet et Union
syndicale des Villards, n°360904).
Cette voie n'a pas été remise en cause par l'arrêt d'Assemblée « Département du Tarn et Garonne » du Conseil
d'Etat du 4 avril 2014 (n°358994).
A contrario sont insusceptibles de REP les actes décidant du lancement de la procédure tel que la
délibération autorisant l'exécutif à lancer une procédure ou l'AAPC (alors que la décision de recourir
à une procédure négociée est attaquable, car il s'agit d'une procédure dérogatoire).
B - Les personnes bénéficiaires du recours en excès
L'intérêt à agir est apprécié de manière plus souple que pour les référés précontractuel et contractuel ou le
recours en contestation de validité du contrat. . Cette appréciation a perdu de son intérêt désormais sauf pour
pour les contrats signés avant le 4 avril 2014 (CE, ass. 4 avril 2014, Département du Tarn-et-Garonne, n°
Pour les parties au contrat, le juge administratif a admis la recevabilité du REP contre des mesures
prises pour l'exécution de leur contrat ou mettant fin à celui-ci, alors que les parties au contrat ne
disposent en principe à l'égard de tels actes que d'un recours de plein contentieux leur permettant d'obtenir
une indemnisation du préjudice subi.Les concurrents évincés, depuis l'arrêt Tropic (CE 16 juillet 2007, p. 360),
peuvent former un recours contre les actes détachables de la passation d'un contrat jusqu'à la conclusion du
Une fois le contrat conclu, ils ne sont plus désormais recevables à contester les actes détachables de la
passation car ils disposent d'une voie de recours directe en contestation de validité du contrat (exception de
recours parallèle).
La circonstance que le requérant ait respecté le délai de recours indiqué dans l'acte attaqué est sans incidence
sur l'irrecevabilité de la requête résultant de la signature du contrat.
Par concurrents évincés, il faut entendre les candidats non retenus et ceux qui auraient pu être candidats
s'ils n'en avaient pas été empêchés.
Par ex. ont intérêt à agir et à former un REP contre les actes détachables d'un contrat :
L'entreprise figurant sur la liste des candidats admis à déposer une offre mais n'ayant pas remis d'offre.
Chaque membre d'un groupement, même s'il n'en est pas le mandataire.
Une société en cours de constitution ayant été candidate.
Les groupements de défense d'intérêts professionnels pour la contestation les mesures individuelles
qui affectent les intérêts collectifs de leurs membres et pour intervenir au soutien de leurs membres
lorsqu'un recours en annulation vise exclusivement à défendre les intérêts individuels de ceux-ci.
Les élus de l'organe délibérant du PA, membre d'une assemblée locale ou du conseil d'administration
d'un établissement public.
Les contribuables locaux, sauf lorsque la conclusion d'un avenant à un marché n'emporte en lui-même
aucune conséquence financière sur le budget local.CE 29 mars 1901, Casanova, p. 333.
Et enfin une collectivité territoriale membre d'un établissement public de coopération ; ainsi une
commune membre d'une communauté d'agglomération est recevable à attaquer les actes de passation
d'un marché conclu par cet EPCI dès lors que ces actes ont nécessairement une influence sur les
§ 2 : Les différents vices propres aux actes
Ces remarques gardent leur intérêt pour les contrats signés avant le 4 avril 2014 (CE, ass. 4 avril 2014,
A - Principe et exceptions
1. L'exclusion de principe de certains vices
La méconnaissance d'une clause contractuelle
La méconnaissance des stipulations d'un contrat est susceptible d'engager, le cas échéant, la responsabilité
d'une partie vis-à-vis de son cocontractant, mais ne peut être utilement invoquée comme moyen de légalité à
l'appui d'un recours pour excès de pouvoir formé à l'encontre d'une décision administrative.
La violation du droit de la concurrence
Un arrêt semble considérer que les atteintes au droit de la concurrence par une entreprise candidate ne
peuvent être utilement invoquées devant le juge de la légalité de l'acte détachable d'un contrat. (CAA Marseille,
3 décembre 2007, Sté Urbaco, n° 04MA002191).
2. Les vices entachant les actes détachables au contrat
2.1. Les vices entachant les actes de la passation au contrat
Les vices de procédure indépendants des obligations de publicité et de mise en concurrence
Ce seront par ex. :
le défaut de consultation du comité technique paritaire préalablement à la conclusion d'une délégation
le défaut de consultation de la commission des services publics locaux avant la conclusion d'une
délégation de service public ou d'un contrat de partenariat,
le non-respect du délai de convocation des organes délibérants.
Les vices de compétence
Ils peuvent entacher la compétence du signataire.
L'incompétence du signataire public
L'absence de délibération autorisant la signature du contrat lorsqu'elle est requise.
Le défaut d'information de l'assemblée délibérante concernant des éléments substantiels du contrat
(montant et attributaire).
La signature du contrat avant transmission au contrôle de légalité de la délibération l'autorisant
(CE avis, 10 juin 1996, Préfet de la Côte-d'Or, p. 199).
Le défaut de délégation régulière habilitant le signataire (défaut de publicité de la délégation).
L'incapacité du signataire privé
L'inexistence juridique de la personne privée (il est toutefois permis de contracter avec une société en
Le défaut de signature par une personne habilitée au sein de l'entreprise.
Le défaut d'habilitation du mandataire d'un groupement.
Les manquements aux obligations de publicité et de mise en concurrence
Sont ainsi visées toutes les obligations fixées par les textes
(CMP, ordonnance du 6 juin 2005 pour les marchés des PA non soumis au CMP, loi Sapin du 29 janvier 1993
pour les DSP, ordonnance du 17 juin 2004 pour les contrats de partenariat,...)
ou par la jurisprudence qui peuvent varier selon les contrats.
Les règles de mise en concurrence incluent celles de composition de la commission d'appel d'offres ou de la
commission compétente pour la passation des DSP.
Sont par ex. entachées de détournement de pouvoir :
la décision déclarant infructueuse une procédure afin de pouvoir passer un marché négocié,
les délibérations décidant, d'une part, de ne pas donner suite à un appel d'offres sur performances
et, d'autre part, d'en relancer un nouveau ayant le même objet afin d'empêcher la candidature d'une
2.2. L'extension de la théorie des actes détachables antérieurs aux
contrats aux actes postérieurs à la conclusion du contrat
Après la conclusion du contrat, il est possible que la personne publique soit amenée à prendre des actes
administratifs qui concernent l'exécution, la modification ou la fin du contrat, notamment dans le cadre de ses
pouvoirs exorbitants de modification ou de résiliation unilatérale. Ces différents actes s'intègrent très souvent
dans le cadre de la relation contractuelle. En d'autres termes, leur détachabilité est entendue de manière
restrictive par le juge.
C'est une conception jurisprudentielle qui paraît logique puisque les cocontractants ne peuvent pas (en
principe) attaquer le contrat qu'ils ont signé par la voie du REP, sauf lorsque les mesures critiquées ont
un caractère réglementaire même si elles touchent à la relation contractuelle (comme par ex., un décret
réglementaire qui résilierait toute une catégorie de contrat) ou lorsque le contrat place les cocontractant dans
une situation réglementaire (comme les agents publics contractuels) ou enfin lorsque le contrat en cause est
plus assimilable à une autorisation qu'à une véritable convention.
Hormis ces cas particuliers, les recours ouverts aux parties demeurent le recours de plein contentieux qui est
le recours « naturel » de la relation contractuelle lorsque le litige concerne des actes relatifs à l'exécution ou
à la résiliation du contrat.
Ce sont donc les tiers qui demeurent une nouvelle fois concernés, ce qui paraît logique puisqu'ils n'ont pas
accès au contentieux contractuel et cela pour des actes concernant l'exécution ou la fin du contrat (refus de
prendre les mesures nécessaires pour assurer l'exécution du contrat ou de résilier une convention qui n'aurait
pas due l'être ou au contraire l'édiction de mesures qui n'auraient jamais dues être prises).
B - Les conséquences de la sanction des actes
détachables du contrat
1. La distinction entre le vice propre de l'acte détachable
ou l'objet de l'acte détachable
L'acte détachable annulé est réputé n'être jamais intervenu.CE 26 décembre 1925, Rodière,
GAJA.Il s'inscrit dans le cadre d'une relation contractuelle, et comme il est réputé s'en détaché
intellectuellement et formellement le principe demeure que son annulation n'implique pas
nécessairement la nullité dudit contrat. CE 23 décembre 2003, Institut de recherche pour le développement,
Cette affirmation est logique dans la mesure où il s'agit ici d'une légalité objective censurée dans le cadre
de l'excès de pouvoir : en d'autres termes c'est le vice propre de l'acte détachable et son illégalité qui est
constatée par le juge administratif (comme par ex. l'incompétence de l'autorité qui a autorisé la signature du
contrat ou sa conclusion).
En revanche cette affirmation est tout aussi possible lorsque l'acte détachable est annulé du fait du contrat luimême, ce qui paraît paradoxal mais demeure logique étant donné que l'acte détachable s'inscrit quand même
dans un processus contractuel, même si les liens ont été distendus.
Ainsi l'illégalité de l'acte détachable de la passation d'un contrat peut résulter de l'illégalité d'une clause de ce
contrat, ou de toute méconnaissance d'une règle du droit par le contrat.
2. Le principe du rejet de la nullité de l'acte en cas de vice
propre de l'acte détachable
Lorsque l'acte détachable est annulé en raison d'un vice propre, la personne publique peut décider de
mener le contrat à son terme compte tenu de l'intérêt de l'exécution du contrat pour le service public, du
degré d'exécution des prestations prévues au contrat, de l'urgence et des conséquences financières.
En d'autres termes, la seule conséquence à l'illégalité, sera, pour la personne publique, de prendre un
nouvel acte identique à l'acte détachable annulé, mais sans illégalité cette fois-ci.
La nullité du contrat ne s'impose donc dans le cadre d'une annulation d'un acte détachable que lorsque
ce dernier est annulé en raison d'un vice de la convention.
Cette nullité peut s'effectuer de deux manières.
La première est un automatisme radical, le seul fait que l'acte détachable soit annulé entraîne ipso-facto
l'impossible exécution du contrat et interdit aux parties de s'en prévaloir.
(CE 1er octobre 1993, Société le Yacht-Club international de Bormes-les-Mimosas, p. 875.
La seconde est tout aussi radicale mais nécessitait l'intervention du juge administratif et l'utilisation de ses
pouvoirs d'injonction (art. L.911-1 CJA) pour ordonner à l'administration de prendre les mesures impliquées
pour permettre l'exécution d'une décision de justice relative à l'annulation d'un acte détachable. Il a semblé
dans un premier temps que l'annulation de l'acte détachable avait comme conséquence d'obliger les parties à
saisir le juge administratif de manière à ce qu'il constate alors la nullité du contrat.
(CE S. 7 octobre 1994, Epoux Lopez, p. 430).
Toutefois, le juge du contrat peut voir sa compétence limitée lorsqu'il est saisi en application d'une
injonction du juge de l'exécution :
En effet, par l'arrêt Commune de Levallois-Perret du 9 avril 2010, le juge administratif a indiqué qu'il
appartient toujours au juge du contrat d'apprécier, en fonction de la nature du vice ayant conduit à
l'annulation d'un acte détachable du contrat et de son éventuelle régularisation, les conséquences de
cette annulation sur la continuité ou la validité du contrat
(n° 309480).Cette jurisprudence s'inscrit dans le cadre de la décision Institut de recherche pour le
(CE 10 décembre 2003, n° 248950 ;CE 31 juillet 2009, Ville de Grenoble, n° 296964), aux termes de laquelle
« l'annulation d'un acte détachable d'un contrat n'implique pas nécessairement la nullité (du) contrat .
il est également précisé qu'il appartient au juge de l'exécution de prendre en compte la nature de l'acte
annulé ainsi que le vice dont il est entaché et de vérifier que la nullité du contrat ne portera pas, si elle
est constatée, une atteinte excessive à l'intérêt général »),
et de l'arrêt du 28 décembre 2009, Commune de Béziers. Cela pose de sérieuses questions sur la conformité
de cette jurisprudence à celle de la Cour européenne des droits de l'Homme sur l'exécution des décisions de
justice.(Cour EDH 19 mars 1997, Hornsby contre Grèce, n° 107/1995/613/701).
C'est sans doute pour cette raison que l'arrêt Société Ophrys permet au juge une marge de manœuvre en
lui permettant d'apprécier si « la résolution peut être une solution appropriée »(CE 21 février 2011, Société
Ophrys, n° 337349)et donc de tirer les conséquences adéquates de l'illégalité de l'acte détachable. Désormais
dans le cadre du recours pour excès de pouvoir initial, le juge n'est pas tenu d'enjoindre à l'administration
de remettre conventionnellement en cause le contrat ou de saisir le juge du contrat et peut laisser le contrat
s'exécuter si un motif d'intérêt général lui paraît le justifier. Mais même dans le cas où une telle injonction est
prononcée, le juge du contrat n'a plus l'obligation de remettre en cause de manière automatique le contrat et
pourra lui substituer une autre mesure alternative et préférable ce qui permettra in fine la pérennité du contrat
et la sécurité des relations contractuelles.
Section 2 : Les modalités des recours
contre les actes détachables
Il existe des procédures d'urgence qui viennent compléter le REP possible contre un acte détachable. Il est
évident que l'application de la nouvelle jurisprudence « Département du Tarn et Garonne » va modifier cette
état du droit pour les contrats signés postérieurement au 4 avril 2014 en ce sens qu'il va être posé une nouvelle
définition du paysage des actions possibles et donc du contentieux contractuel.
§ 1 : Le cadre du recours en excès de pouvoir
A - La compétence du juge administratif
1. L'ordre juridictionnel compétent
Le juge administratif est compétent pour apprécier la légalité des actes détachables de la passation
des contrats passés par les personnes publiques, même lorsque le contrat relève du droit privé.
A la différence des référés précontractuel et contractuel ou du recours en contestation de validité du contrat,
il n'y a donc pas à vérifier la nature du contrat pour établir la compétence du juge administratif, dès lors qu'il
a été passé par une personne publique.
2. Le tribunal territorialement compétent
Il convient ici de faire application de la règle de droit commun (art. R.312-1 CJA) : le tribunal administratif
territorialement compétent est celui dans le ressort duquel a légalement son siège l'autorité qui a pris
la décision attaquée.
B - Les règles contentieuses applicables
1. Le délai d'action
Le délai est le délai de droit commun de 2 mois (art. R.421-1 CJA).
Le point de départ du délai pour les décisions d'éviction est la date de notification de la décision, à condition
qu'elle comporte l'indication exacte des voies et délais de recours (art. R.421-5 CJA).
Pour les délibérations autorisant la signature, le point de départ variera selon la qualité de la personne
susceptible de former un REP contre un acte détachable :
pour les tiers : il s'agira de la date de la publicité (publication ou affichage),
pour les membres d'une assemblée : ce sera le jour de la séance où a été votée la délibération (même
non inscrite à l'ordre du jour) dès lors qu'ils ont été régulièrement convoqués (même s'ils n'ont pas eu
communication du contrat approuvé et même s'ils n'ont pas siégé).
En ce qui concerne les décisions de signer, le délai est considéré comme déclenché par la publication d'un
avis d'attribution du contrat.
Et enfin pour les contestations contre les clauses réglementaires, le délai commencera à courir à compter de
la publication du contrat.(CE 10 juillet 1996, Cayzeele, p. 274).
2. Les règles contentieuses spécifiques au REP contre les
actes détachables et les pouvoirs du juge
2.1. Les règles contentieuses spécifiques au REP contre les actes
Une décision préalable liant le contentieux doit exister en application de l'article R.421-1 CJA. Toutefois, les
recours relatifs à des travaux publics en sont dispensés.
Cependant l'arrêt Tropic du 16 juillet 2007précise que les conclusions en contestation de validité d'un contrat
par le tiers évincé sont recevables dans un délai de 2 mois après l'intervention de mesures de publication
appropriées, « y compris si le contrat contesté est relatif à des travaux publics » : cette précision semble indiquer
que le recours en contestation de validité d'un contrat de travaux publics, bien que relatif à la passation et non
à l'exécution d'un tel contrat, constitue un litige relatif à des travaux publics au sens de l'article R. 421-1 CJA
qui aurait donc pu entrer dans le champ de la dispense de délai de recours (si l'arrêt n'y avait pas fait obstacle).
Un tribunal (TA Caen 29 septembre 2009, Cabinet Mehring, n° 0801150) a considéré qu'à partir de la
conclusion du contrat, et dès lors qu'il dispose du recours en contestation de validité du contrat ouvert par
l'arrêt Tropic, un concurrent évincé n'est plus recevable :
non seulement à demander l'annulation pour excès de pouvoir des actes préalables qui en sont
détachables (ce que juge expressément l'arrêt Tropic),
mais également à présenter un recours indemnitaire fondé sur leur illégalité.
Cette position repose sur le postulat que l'arrêt Tropic aurait créé un recours indemnitaire spécifique reposant
sur l'invalidité du contrat, qui rendrait opposable une exception de recours parallèle à tout recours indemnitaire
reposant sur un autre fondement.
Toutefois la distinction entre un recours indemnitaire fondé sur l'invalidité du contrat (qui serait le seul
recevable après la conclusion de celui-ci) et un recours indemnitaire fondé sur l'illégalité d'un acte de la
passation est purement théorique puisque l'invalidité du contrat peut notamment résulter de l'illégalité affectant
un acte de la passation.
L'article R.832-1 CJA, impose de mettre dans la cause le titulaire du contrat contesté.
Toute personne peut former tierce opposition à une décision juridictionnelle qui préjudicie à ses droits,
dès lors que ni elle ni ceux qu'elle représente n'ont été présents ou régulièrement appelés dans l'instance
ayant abouti à cette décision.
La circonstance que le contrat soit entièrement exécuté à la date où le juge statue ne rend pas sans
objet une mesure d'annulation.
La signature du contrat après l'enregistrement de la requête d'un concurrent évincé contre un acte
détachable ne rend pas celle-ci sans objet, car la seule circonstance que le concurrent évincé bénéficie
après la signature du contrat d'une voie de recours directe contre cet acte, ne donne pas en soi
satisfaction à ses premières conclusions dirigées contre l'acte détachable.
2.2. Les pouvoirs limités du juge
Le juge de l'excès de pouvoir peut prononcer l'annulation de l'acte détachable contesté devant lui. Toutefois
cette annulation n'a en elle-même aucun effet sur le contrat. Elle ne peut en avoir un que si le juge de l'excès
de pouvoir enjoint à l'administration d'en tirer les conséquences.
Sur la base de l'article L.911-1 du CJA, le juge de l'excès de pouvoir ayant annulé un acte détachable de la
passation d'un contrat peut enjoindre à l'administration à la demande du requérant, si l'illégalité le justifie et
après avoir vérifié qu'une annulation ne porterait pas une atteinte excessive à l'intérêt général, de procéder à
la résolution amiable du contrat ou, à défaut, de saisir le juge du contrat pour qu'il en prononce la nullité.
§ 2 : L'usage des procédures d'urgence
A. Un cadre restrictif
Les procédures d'urgence de droit commun peuvent être envisagées à l'encontre des actes détachables en
matière contractuelle. Il s'agit principalement du référé-suspension (art. L.521-1 CJA) et, dans une mesure
moindre du référé-liberté (art. L.521-2 CJA), qui sont tous deux conditionnés par l'urgence.
Les conditions d'application sont ici les mêmes qu'en matière contractuelle (voir cours).
Le référé-suspension constitue une voie accessoire à un recours principal qui tend à l'annulation ou à la
réformation d'une décision administrative quelque puisse en être la forme et l'objet. Saisi de telles conclusions,
le juge des référés administratif peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains
de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction,
un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
En matière de contestation d'actes détachables de la passation d'un contrat l'urgence est admise si :
l'exécution de la décision contestée emporte des « conséquences graves sur la situation
économique et financière » du requérantet,
si la signature du contrat est imminente.
La décision contestée ne doit pas avoir été entièrement exécutée. Ainsi la signature du contrat rend irrecevable
le référé suspension dirigé contre tous les actes qui lui sont antérieurs, comme la décision d'attribution du
contrat ou la délibération en autorisant la signature. La suspension de la signature elle-même est impossible.
Ainsi lorsqu'un acte de vente emportant transfert de propriété est conclu, la demande de suspension de la
décision de la personne publique en cause de vendre une parcelle de son domaine privé est privée d'objet.
L'irrecevabilité est donc tirée de ce que cette demande de suspension est introduite postérieurement à la vente
(CE, 29 avril 2013, Syndicat d'agglomération nouvelle du Val d'Europe, n° 364058).
Il convient de remarquer que le fait que les conditions d'obtention de la suspension soient réunies ne contraint
pas le juge à l'ordonner.
Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision
Une telle procédure peut donc être intentée à l'encontre d'un acte détachable (décision de contracter)
lorsqu'un recours au fond est possible contre cet acte car sans procédure principale, le référé-suspension
est impossible. Il y a donc un caractère résiduel à cette voie de droit en matière d'acte détachable depuis
l'ouverture du recours Tropic et la création des référés pré/post-contractuels.
L'intérêt principal de cette voie de droit réside dans le fait qu'elle n'a pas exactement le même champ
d'application que les référés spécialisés et est normalement ouverte même lorsque les autres voies de droit
sont fermées. C'est ainsi qu'un tel contentieux peut être envisagé lorsque le vice allégué ne résulte pas
des règles de publicité et de mise en concurrence (seuls vices invocables en matière de référé pré/postcontractuel) ou que la procédure est initiée par un tiers non habilité à saisir le juge du référé pré/postcontractuel (L.551-10 et L.551-14 CJA) ou le juge des référés « Tropic » comme un contribuable local ou
le membre d'une assemblée délibérante locale.(Voir GAJA note sous CE 4 août 1905, Martin).De même,
le représentant de l'Etat (principalement le préfet) peut opérer un déféré-suspension (art. L.2131-6 CCGT),
proche du référé-suspension mais dépourvu de condition d'urgence, lorsqu'un référé pré-post/contractuel
n'est pas possible. Il y a donc une complémentarité certaine entre ces différentes procédures d'urgence.
Toutefois le référé-suspension, en matière d'actes détachables des relations contractuelles, pour pouvoir
aboutir à une suspension doit également remplir les conditions habituelles d'un tel prononcé.
Il convient de rappeler que le référé-suspension n'est pas suspensif de plein droit (donc l'acte est exécutoire), il
peut donc se rencontrer certains comportement de mauvaise foi (signature précipitée, exécution anticipée,...).
Le référé-liberté autorise le juge, saisi à cette fin, de prononcer toutes mesures utiles lorsqu'une liberté
fondamentale est en cause d'une manière gravement illégale et qu'une extrême urgence l'impose. De
telles conditions cumulatives ne se retrouvent qu'exceptionnellement en matière contractuelle ; toutefois la
libre administration des collectivités territoriales peut justifier une telle procédure lorsque l'impact financier
d'un contrat gravement irrégulier est tel que l'avenir de la collectivité en serait compromise ou qu'il s'agit d'un
contentieux contractuel touchant un agent public d'une manière particulière grave (révocation immédiate avec
suppression d'un logement de fonction par ex.).
B. L'office du juge des référés
L'office du juge des référés est conditionné par les textes qui régissent les procédures en cause. A la différence
des référés pré-post/contractuel où l'office du juge est entendu très largement et avec beaucoup de souplesse,
les référés de « droit commun » (référé-suspension et référé-liberté fondamentale) voient une conception plus
traditionnelle de celui-ci même si elle s'adapte à l'urgence de la situation. Ceci s'explique principalement par
le fait que les référés spécialisés résultent de la transposition du droit de l'UE alors que les référés classiques
résultent de l'évolution des textes internes.
Dans ce cadre, le juge du référé-suspension peut faire droit aux conclusions qui lui sont présentées, il ne s'agit
que d'une possibilité et non d'une obligation.
En premier lieu, ceci résulte du fait que le juge des référés statue « en l'état de l'instruction ». Il se peut donc
que des éléments du débat contentieux apparaissent plus ou moins pertinents compte tenu des circonstances
de droit et de fait de l'espèce, des diligences des parties ou des règles applicables. Il y a donc là une marge
d'appréciation qui permet de sanctionner un comportement lorsqu'il apparaît résulter d'un vice antérieur ou
révéler une illégalité.
En deuxième lieu, la notion d'urgence est relative et dépend des intérêts en présence. L'urgence peut
commander de suspendre un acte préalable à la conclusion d'un contrat ou inversement de justifier l'absence
de suspension lorsqu'elle impliquerait la rupture de la continuité d'un service public par ex.
En troisième lieu, si la procédure est contradictoire, celle-ci est adaptée aux contraintes de l'urgence et peut
être écrite ainsi qu'orale. Il se peut donc que des éléments nouveaux ne soient connus qu'à l'audience, c'est
la raison pour laquelle la plus grande latitude procédurale est accordée au juge pour s'adapter aux impératifs
de l'urgence (« toutes mesures utiles »).
En quatrième lieu, en particulier le juge du référé-suspension ne peut pas prononcer de mesure qui aurait
un effet équivalent à une action au fond. Il n'est saisi que d'une situation d'urgence et ne peut ordonner que
des décisions à caractère provisoire. Ceci implique qu'il faut qu'il y ait encore une utilité à sa décision au jour
d'adoption de celle-ci car son office n'est pas spécifique au contentieux contractuel.
En cinquième lieu, il y a une possibilité de modulation des effets d'une ordonnance de référé en la matière.
De plus, s'agissant de mesures à caractère provisoire, le juge des référés, à la demande de toute partie
intéressée, peut y mettre un terme ou au contraire les aggraver dans la limite des possibilités du référé à la
vue de tout élément nouveau (L.521-4 CJA). Inversement, la preuve du caractère irrégulier d'une procédure
contractuelle peut être ainsi apportée et justifier une suspension tant que le contrat n'est pas signé.
Mais il ne saurait être question par une telle procédure de remettre en cause des droits antérieurement acquis.
C'est ainsi que la suspension d'un acte autorisant la signature d'un contrat ou la décision de le signer celuici ne peuvent être prononcées qu'en ce qui concerne un contrat futur ; a contrario dans le cas d'un avenant,
le contrat originel ne peut être remis en cause.
Le succès des référés a permis de développer la sanction immédiate des irrégularités les plus flagrantes.
Outre le respect de la légalité, principe essentiel dans un Etat de droit, ceci a également permis la sauvegarde
des deniers publics. En effet, lorsqu'un contrat est irrégulier, sa conclusion constitue une faute de nature
à engager la responsabilité de l'autorité administrative et donc d'ouvrir droit à d'éventuelles indemnisations
du préjudice subi. Mais l'existence de plusieurs référés, avec des offices du juge différents, n'est pas pour
simplifier la lecture du droit en la matière.
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