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Timestamp: 2019-03-20 19:06:39+00:00
Document Index: 33383347

Matched Legal Cases: ['art. 5', 'art. 2', 'art. 3', 'art. 5', 'art. 3', 'art. 4', 'art. 1', 'art. 3', 'art. 4']

II-II (Drioux 1852) Qu.186 a.4
Objections: 1. Il semble que la continence perpétuelle ne soit pas requise pour la perfection religieuse. Car la perfection de la vie chrétienne a commencé par les apôtres. Or, les apôtres ne paraissent pas avoir observé la continence, comme on le voit à l'égard de saint Pierre qui avait une belle-mère d'après l'Evangile (Mt 6). Il semble donc que la continence perpétuelle ne soit pas nécessaire à la perfection religieuse.
) Ce qui démontre toute la vertu d'Abraham
Mais il y aurait souvent de la présomption à suivre et des anciens patriarches, c'est qu'ils aient vécu leur exemple (Vid. art. seq. ad 2). au milieu des richesses, sans se laisser corrompre
(2) La continence a été attaquée par Jovinien, par elles, comme l'observe saint Thomas lui- même (Opusc. de perf. vitae *pir. cap. 7). et saint Jérôme réfute ce novateur. Luther, Calvin et tous les chefs de la réforme se sont aussi élevés contre ce vce»[12], et ont cté condamnés.
2. Le premier exemple de perfection nous est donné dans Abraham auquel le Seigneur a dit (Gn 17,1) : Marchez devant moi et soyez parfait. Or, il ne faut pas que l'exemplaire dépasse le modèle. La continence perpétuelle n'est donc pas nécessaire à la perfection religieuse.
3. Ce qui est requis pour la perfection religieuse se trouve dans tous les ordres. Or, il y a des religieux qui vivent avec leurs épouses. La perfection religieuse ne demande donc pas la continence perpétuelle.
En sens contraire Mais c'est le contraire. L'Apôtre dit (2Co 7,1) : Purifions-nous de tout ce qui souille le corps ou l'esprit, achevant l'oeuvre de notre sanctification dans la crainte de Dieu. Or, la pureté de la chair et de l'esprit se conserve par la continence ; parce qu'il est dit (1Co 6,34) : La femme qui n'est pas mariée et qui est vierge s'occupe du soin des choses du Seigneur, pour être sainte d'esprit et de corps. La perfection religieuse demande donc la continence.
CONCLUSION. — Le voeu de continence perpétuelle est nécessaire à la perfection religieuse, comme la pauvreté volontaire.
Réponse Il faut répondre que l'état religieux exige qu'on se dégage de ce qui empêche l'homme de se livrer tout entier au service de Dieu. Or, l'usage du mariage empêche l'âme de se livrer tout entière au service de Dieu, de deux manières : 1° A cause de la violence de la délectation, dont les jouissances fréquentes augmentent la concupiscence, comme le dit Aristote (Eth. lib. 1, cap. ult.). D'où il suit que l'usage des plaisirs sensuels empêche l'âme de tendre parfaitemen t vers Dieu. Et c'est ce qu'exprime saint Augustin (Solil. lib. i, cap. 10) : Je ne sens rien qui jette plus l'âme de l'homme hors d'elle-même, que les caresses de la femme, et ce contact des corps, sans lequel il n'y a pas d'épouse. 2° A. cause de la sollicitude que l'homme éprouve pour gouverner sa femme, ses enfants et les affaires temporelles nécessaires à leur entretien. C'est pourquoi saint Paul dit (1Co 7,32) : Que celui qui n'est pas marié s'occupe du soin des choses du Seigneur, mais que celui qui est marié s'occupe du soin des choses de ce monde et des moyens de plaire à sa femme. C'est pour ce motif que la continence perpétuelle est nécessaire à la perfection religieuse, comme la pauvreté volontaire. Ainsi comme on a condamné Vigilance pour avoir égalé les richesses à la pauvreté ; de même on a condamné Jovinien pour avoir égalé le mariage à la virginité (1).
(1) Quand un religieux pèche sous le rapport de la pureté, sa faute a toujours une double malice : elle attaque la vertu de chasteté d'une part, et la vertu de religion de l'autre, ce qui en fait un sacrilège. Ce sacrilège est mortel quand le péché d'impureté est mortel, et il est véniel si l'autre est véniel.
Solutions: 1. Il faut répondre au premier argument, que le Christ a introduit non- seulement la perfection de la pauvreté, mais encore celle de la continence, en disant (Mt 19,12): Il y a des eunuques qui se sont faits tels eux- mêmes pour le royaume des deux ; puis il ajoute : Qui peut comprendre ceci, le comprenne. Et pour que personne ne perdît l'espérance d'arriver à la perfection, il a élevé à cet état ceux qu'il a trouvé dans les liens du mariage. Mais il ne pouvait sans injustice engager les hommes à abandonner leurs femmes, comme il pouvait sans blesser personne leur faire abandonner leurs richesses. C'est pourquoi il ne sépara pas de son épouse saint Pierre qui était marié, mais il éloigna du mariage saint Jean qui voulait s'y engager.
2. Il faut répondre au second, que, comme le dit saint Augustin (De bono conjug. cap. 22), la chasteté du célibat est préférable à celle du mariage. Abraham pratiquait l'une des deux, mais il les a possédées habituellement l'une et l'autre. Car il a vécu chastement dans le mariage -, et il eût pu vivre sans se marier dans une continence parfaite, mais alors il ne fallait pas qu'il le fit. Cependant parce que les anciens patriarches ont été parfaits tout en conservant leurs richesses et en vivant dans le mariage, ce qui tenait à l'héroïsme de leur vertu, ce n'est pas une raison pour que ceux qui sont plus faibles doivent présumer de leurs forces au point de se croire capables d'arriver à la perfection, malgré les richesses et le mariage, comme un homme sans armes ne doit pas avoir la présomption de marcher contre les ennemis, parce que Samson a tué avec une mâchoire d'âne une foule de Philistins. Car ces patriarches, s'ils avaient vécu à une époque où il eût été mieux de garder la continence et la pauvreté, ils l'auraient fait avec la plus grande ferveur.
3. Il faut répondre au troisième, que ces institutions où l'on permet l'usage du mariage ne sont pas, proprement et absolument parlant, des ordres religieux; on ne leur donne ce nom que sous un rapport (1), parce qu'elles ont quelque chose de ce qui appartient à l'état religieux.
ARTICLE V. — l'obéissance appartient-elle a la perfection religieuse (2)?
Objections: 1. Il semble que l'obéissance n'appartienne pas à la perfection religieuse. Car cette perfection paraît embrasser les choses qui sont de surérogation, auxquelles tout le monde n'est pas tenu. Or, tout le monde est tenu d'obéir à ses supérieurs, d'après ces paroles de l'Apôtre (He 13,17) : Obéissez à ceux qui vous sont préposés et soyez-leur soumis. Il semble donc que l'obéissance n'appartienne pas à la perfection religieuse.
2. L'obéissance paraît appartenir en propre à ceux qui doivent être dirigés par le sentiment d'un autre; ce qui est le fait des individus qui manquent de discernement. Or, l'Apôtre dit (He 5,14) : La nourriture solide est pour les parfaits, qui par un long usage ont l'esprit exercé à discerner le bien d'avec le mal. Il semble donc que l'obéissance n'appartienne pas à l'état de ceux qui sont parfaits.
3. Si l'obéissance était nécessaire pour la perfection religieuse, il faudrait qu'elle convînt à tous les religieux. Or, elle ne convient pas à tous : car il y a des religieux qui mènent une vie solitaire, sans avoir de supérieurs à qui ils obéissent : les chefs d'ordre ne paraissent pas tenus non plus à l'obéissance. Cette vertu ne paraît donc pas appartenir à la perfection religieuse.
Si le voeu d'obéissance était nécessaire à l'état religieux, il s'ensuivrait que les religieux seraient tenus d'obéir en tout à leurs supérieurs, comme par le voeu de continence ils sont tenus de s'abstenir de toutes les jouissances sensuelles. Or, ils ne sont pas tenus d'obéir en tout à leurs supérieurs, comme nous l'avons vu ( quest. civ, art. 5 ) en traitant de la vertu d'obéissance. Le voeu d'obéissance n'est donc pas nécessaire à l'état religieux
(2) Les béguards et les béguins ont prétendu que ceux qui étaient arrivés à la perfection ne devaient obéir à aucune puissance humaine. Cette erreur a été condamnée par Clément V (Clementinarum titul. De hoeret. cap. Ad nostrum), -
(i) Le voen de continence est essentiel à la vie religieuse : à cet égard Innocent HI s'exprime ainsi (cap. Cum ad monasterium, tit. De statu monach.) : Abdicatio proprietatis, sicut et custodia castitatis, adeo est annexa regula monachali, ut contra eam nec summus pontifex possit licentiam indulgere.
4. Les choses les plus agréables à Dieu sont celles qu'on fait pour lui librement, sans y être forcé, d'après ces paroles de saint Paul (2Co 9,7) : II ne faut pas agir par tristesse ou par force. Or, ce que l'on fait par obéissance, on le fait de nécessité de précepte. Les bonnes oeuvres que l'on fait spontanément sont donc plus louables, et par conséquent le voeu d'obéissance ne convient pas à l'état religieux par lequel les hommes cherchent à parvenir à ce qu'il y a de mieux.
En sens contraire Mais c'est le contraire. La perfection de l'état religieux consiste surtout à imiter le Christ, d'après ces paroles de l'Evangile (Mt 19,21) : Si vous voulez être parfait ... suivez-moi. Or, ce que l'on remarque principalement dans le Christ, c'est son obéissance, d'après ces paroles de saint Paul (Ph 2,8) : Il s'est fait obéissant jusqu'à la mort. Il semble donc que l'obéissance appartienne à la perfection religieuse.
CONCLUSION. — L'obéissance est nécessaire à la perfection religieuse.
Réponse Il faut répondre que, comme nous l'avons dit (art. 2 et 3 huj. quaest. ), l'état religieux est une école ou un exercice par lequel on tend à la perfection. Or, tous ceux qui s'instruisent ou qui s'exercent pour parvenir à une fin, doivent suivre la direction de quelqu'un qui les forme à son gré et qui les mette à même d'atteindre cette fin, comme les disciples sont formés par leur maître. C'est pourquoi il faut que les religieux soient soumis à l'instruction et aux ordres de quelqu'un en ce qui regarde la vie religieuse. D'où il est dit (VII. quest. i, cap. Hoc nequaquam) que la vie des moines est une vie de soumission et une école. L'homme n'étant soumis à l'instruction et au commandement d'un autre que par l'obéissance, il s'ensuit que cette vertu est nécessaire à la perfection religieuse (1).
Solutions: 1. Il faut répondre au premier argument, qu'obéir à ses supérieurs en ce qui est nécessaire à la vertu, ce n'est pas une chose de surérogation, mais c'est une chose commune à tous ; au lieu que leur obéir en ce qui regarde l'exercice de la perfection, c'est une chose qui appartient en propre aux religieux : cette dernière obéissance est à la première ce que l'universel est au particulier. En effet, ceux qui vivent dans le siècle, conservent quelque chose pour eux et donnent le reste au Seigneur, et c'est sous ce rapport qu'ils sont soumis à l'obéissance de leurs supérieurs. Quant à ceux qui vivent en religion ils se donnent à Dieu tout entiers avec tout ce qu'ils ont, comme on le voit d'après ce que nous avons dit (art. 3 huj. quaest.). Par conséquent leur obéissance est universelle.
2. Il faut répondre au second, que, comme le dit Aristote [Eth. lib. ii, cap. 1 et 2), les hommes en s'exerçant à certains actes parviennent à former en eux des habitudes, et quand ils les ont acquises, ils peuvent d'autant mieux produire ces mêmes actes. Ainsi c'est par l'obéissance que ceux qui ne sont pas arrivés à la perfection y parviennent; et ceux qui sont déjà parfaits, sont d'autant mieux disposés à obéir, non comme s'ils avaient besoin d'être dirigés pour acquérir la perfection, mais parce que c'est le moyen de se conserver dans ce qui lui appartient.
(I) L'objet du voeu comprend ce qui se rapporte à la règle et aux constitutions qui y ont été ajoutées. Le religieux ne devrait pas obéir à son supérieur, si celui-ci lui prescrivait quelque chose de contraire à la règle. Son voeu ne l'oblige pas non plus à lui obéir pour des choses indifférentes qui sont étrangères à la règle et aux constitutions de son ordre : s'il le fait, c'est par perfection, mais il n'y est pas tenu.
3. Il faut répondre au troisième, que la soumission des religieux se considère principalement par rapport aux évêques qui sont, à leur é§ar(j ce que ceux qui perfectionnent sont à ceux qui sont perfectionnés, comme l'observe saint Denis quand il dit (De hier, eccles. cap. 6) : que l'ordre des moines est soumis aux vertus parfaites des pontifes et qu'il est éclairé de leurs divines lumières. Par conséquent ni les ermites, ni les chefs d'ordre ne sont exempts de l'obéissance de l'évêque ; et s'ils sont tout à fait ou en partie affranchis de la juridiction des évêques de leur diocèse, ils sont cependant obligés d'obéir au souverain pontife, non-seulement en ce qui est commun aux autres, mais en ce qui appartient spécialement à la discipline de l'ordre.
4. Il faut répondre au quatrième, que le voeu d'obéissance qui appartient à l'état religieux s'étend à la disposition de la vie humaine tout entière, et sous ce rapport ce voeu a une certaine universalité, quoiqu'il ne s'étende pas à tous les actes particuliers. Parmi ces actes les uns n'appartiennent pas à la vie religieuse parce qu'ils ne font pas partie de ce qui regarde l'amour de Dieu et du prochain; comme se frotter la barbe, lever de terre une paille et d'autres choses semblables qui ne sont l'objet ni du voeu, ni de l'obéissance; les autres sont contraires à la profession religieuse. Il n'en est pas de même du voeu de continence par lequel on exclut les actes qui sont absolument contraires à la perfection religieuse.
5. Il faut répondre au cinquième, que la nécessité de coaction produit l'involontaire et c'est pour ce motif qu'elle exclut la raison de la louange et du mérite; au lieu que la nécessité qui résulte de l'obéissance n'est pas une nécessité de coaction, elle est au contraire une nécessité de libre volonté dans le sens que l'homme veut obéir, quoique quelquefois il ne veuille pas faire ce qui est commandé, considéré en lui-même. C'est pourquoi, parce que l'homme en faisant le voeu d'obéissance se soumet à la nécessité de faire des choses qui ne lui plaisent pas en elles-mêmes et qu'il s'y soumet à cause de Dieu, ses actions sont par là même plus agréables à Dieu, quand elles seraient de moindre importance. Car l'homme ne peut rien donner de mieux à Dieu que de soumettre sa volonté propre à la volonté d'un autre à cause de lui. C'est pour ce motif qu'il est dit dans les conférences des Pères (Coll. xvii, cap. 7) : Que la pire espèce de moines est celle des sarabaïtes; parce que s'occupant de leurs propres besoins et affranchis du joug des anciens, ils ont la liberté de faire ce que bon leur semble. Cependant ils passent les jours et les nuits à travailler plutôt que les cénobites.
ARTICLE VI. — est-il nécessaire pour la perfection religieuse que la pauvreté, la continence et l'obéissance soient l'objet d'un voeu (1)?
(I) Saint Thomas s'occupe tout particulièrement de cette question, Op. Contra retrahente» réfute (cap. Xl et seq.). « religione. II rapporte tuus les arguments faitspar les adversaires des voeux monastiques et les
Objections: 1. Il semble que la perfection religieuse n'exige pas que ces trois choses, la pauvreté, la continence et l'obéissance, soient l'objet d'un voeu. Car la règle d'après laquelle on doit arriver à la perfection a été transmise par le Seigneur. Or, le Seigneur donnant la forme de la perfection chrétienne dit (Mt 19,21) : Si vous voulez être parfait, vendez tout ce que vous avez, et donnez-le aux pauvres, sans faire aucune mention du voeu. Il semble donc que le voeu ne soit pas nécessaire à la discipline religieuse.
2. Le voeu consiste dans une promesse faite à Dieu. Ainsi après avoir dit (Si 5,3).: Si vous avez fait un voeu à Dieu, acquittez-vous sans retard, le Sage ajoute : Car une promesse insensée et infidèle lui déplaît. Or, du moment que l'on donne la chose, il n'est plus nécessaire de la promettre. Il suffit donc pour la perfection religieuse que l'on observe la pauvreté, la continence et l'obéissance sans faire de voeu.
3. Saint Augustin dit à Pollentius (De adulter, conjugiis, lib. i, cap. 14) : Ce qu'il y a de plus agréable dans nos devoirs, c'est que nous faisons par amour ce qu'il nous serait permis de ne pas faire. Or, il est permis de ne pas faire ce que l'on fait sans voeu, et il n'en est pas de même de ce que l'on fait avec voeu. Il paraît donc plus agréable à Dieu que l'on observe la pauvreté, la continence et l'obéissance sans en avoir fait voeu. Par conséquent le voeu n'est pas nécessaire à la perfection religieuse.
En sens contraire Mais c'est le contraire. Sous la loi ancienne les Nazaréens étaient sanctifiés par le voeu, d'après ces paroles (Nb 6,2) : Si un homme ou une femme ont fait voeu pour se sanctifier, et qu'ils aient voulu se consacrer au Seigneur, etc. Or, ils étaient la figure de ceux qui arrivent au sommet de la perfection, d'après la glose de saint Grégoire (Mor. lib. ii, cap. 26). Par conséquent le voeu est nécessaire à l'état de perfection.
CONCLUSION. — Il est nécessaire que tous ceux qui font profession de la perfection religieuse s'obligent par un voeu à l'obéissance, à la continence et à la pauvreté perpétuelle. /
Réponse Il faut répondre qu'il appartient aux religieux d'être dans l'état de perfection , comme on le voit d'après ce que nous avons dit (quest. clxxiv, art. 5). Or, l'état de perfection demande qu'on s'oblige à ce qui est de perfection , et c'est ce que l'on fait à l'égard de Dieu au moyen du voeu. D'après ce que nous avons vu précédemment (art. 3,4 et 5 huj. quaest.), il est évident que la pauvreté, la continence et l'obéissance appartiennent à la perfection de la vie chrétienne. C'est pourquoi l'état religieux demande qu'on s'oblige à ces trois choses par un voeu (1). C'est ce qui fait dire à saint Grégoire (Sup. Ezech. hom. xx) : Quand on a voué au Dieu tout- puissant toutes ses possessions, toute sa vie, tous ses sentiments, c'est un holocauste ; puis il ajoute que c'est ce que font ceux qui abandonnent le siècle.
Solutions: 1. Il faut répondre au premier argument, que d'après le Seigneur, la perfection de la vie demande qu'on le suive, non d'une manière quelconque, mais sans regarder jamais en arrière. Ainsi il dit (Lc 9,62) : Quiconque met la main à la charrue et regarde derrière soi, n'est pas propre au royaume de Dieu. Quelques-uns des disciples ayaut reculé, quand le Seigneur demanda aux autres : Est-ce que vous voulez vous retirer ? saint Pierre répondit au nom de tous : A qui irions-nous, Seigneur ? D'où saint Augustin observe (De consensu Evang. lib. ii, cap. 17) que, comme saint Matthieu et saint Mare le racontent, Pierre et André suivirent le Seigneur sans attacher leurs barques à terre, comme s'ils avaient dû y retourner; mais ils se montrèrent dociles à l'ordre du maître qui leur commandait de marcher à sa suite. L'immutabilité de la résolution que l'on a prise de se mettre à la suite du Christ est confirmée par le voeu; c'est pour ce motif qu'il est nécessaire à la perfection religieuse.
2. Il faut répondre au second, que la perfection religieuse demande, comme le dit saint Grégoire (loc. sup. cit.), que l'on donne à Dieu tout ce qu'on lui voue. Or, l'homme ne peut pas donner en acte à Dieu sa vie tout entière, parce qu'elle n'existe pas tout entière simultanément, mais qu'elle se passe successivement. On ne peut donc offrir à Dieu sa vie tout entière qu'autant qu'on s'engage par un voeu.
3. H faut répondre au troisième, que parmi les autres choses qu'il nous est permis de ne pas donner, il faut compter notre liberté propre qui est plus précieuse pour nous que tous les autres biens. Ainsi quand on s'enlève spontanément, par un voeu, la liberté de s'abstenir de ce qui appartient au service de Dieu, on fait l'acte qui lui est le plus agréable. C'est pour cela que saint Augustin dii (Ep. cxxvn) : Ne vous repentez pas d'avoir l'ait un voeu ; mais réjouissez-vous plutôt de n'avoir plus cette liberté que vous ne pouviez conserver qu'à votre détriment. Heureuse nécessité qui vous contraint à ce qu'il y a de mieux.
(1) D'ailleurs il a été démontré que ce que l'on que les actes qu'on produit sans cela (Voy. t. iv, fait d'après un voeu est méilleur ou plus parfait p. 083-686).
ARTICLE VII. — peut-on dire avec raison que la perfection religieuse consiste dans ces trois voeux?
Objections: 1. Il semble que l'on ait tort cle dire que la perfection religieuse consiste dans ces trois voeux. Car la perfection de la vie consiste plutôt dans les actes intérieurs que dans les actes extérieurs, d'après ces paroles de saint Paul (Rm 14,17) : Le royaume de Dieu ne consiste point dans le boire et dans le manger, mais dans la justice, la paix et la joie que donne V Esprit- Saint. Or, par le voeu de religion on s'oblige à ce qui est de perfection. Les voeux qui ont pour objet les actes intérieurs, comme la contemplation, l'amour de Dieu et du prochain, et le reste, devraient donc plutôt appartenir à la religion que les voeux de pauvreté, de continence et d'obéissance qui se rapportent aux actes extérieurs.
2. Ces trois choses tombent sous le voeu de religion, en ce sens qu'elles se rapportent au moyen de tendre à la perfection. Or, il y a beaucoup d'autres choses dans lesquelles les religieux s'exercent, comme l'abstinence, les veilles et les autres mortifications de cette nature. Il semble donc que ce soit à tort que l'on dise que ces trois voeux appartiennent essentiellement à l'état de perfection.
3. Par le voeu d'obéissance on s'engage à faire, d'après l'ordre du supérieur, tout ce qui appartient à l'exercice de la perfection. Ce voeu suffit donc sans les deux autres.
4. Les biens extérieurs comprennent non-seulement les richesses, mais encore les honneurs. Si donc par le voeu de pauvreté les religieux renoncent aux richesses de la terre, il faut que par un autre voeu ils méprisent aussi les honneurs de ce monde.
En sens contraire Mais c'est le contraire. Il est dit ( Extra, de statu monach. cap. Cum ad monasterium) que la conservation de la chasteté et le renoncement à ce que l'on possède sont annexés à la règle monastique.
CONCLUSION. — L'état religieux, selon qu'il est un holocauste par lequel on s'offre et l'on s'immole, pour ainsi dire, à Dieu tout entier, comprend dans son intégralité les trois voeux d'obéissance, de continence et de pauvreté, et la perfection religieuse consiste dans ces voeux.
Réponse Il faut répondre que l'état religieux peut se considérer de trois manières : 1° comme un exercice par lequel on tend à la perfection de la charité; 2° comme un moyen de délivrer l'esprit humain de toutes les sollicitudes extérieures, suivant ce mot de l'Apôtre (1Co 7,32) : Je veux que vous soyez sans inquiétude; 3° comme un holocauste par lequel on s'offre à Dieu tout entier, avec tout ce que l'on possède. D'après cela, l'état religieux est complet par ces trois voeux. En effet, 1° à l'égard de l'exercice de la perfection, il faut qu'on éloigne de soi ce qui pourrait empêcher de tendre de toutes ses affections vers Dieu, en qui consiste la perfection de la charité. Or, il y a trois choses qui nous en empêchent : d'abord le désir des biens extérieurs, qui est détruit par le voeu de pauvreté; ensuite la concupiscence des délectations sensibles, parmi lesquelles les joies charnelles occupent le premier rang; on la comprime par le voeu de continence ; enfin le dérèglement de la volonté humaine, qui est arrêté par le voeu d'obéissance (1). —De même l'inquiétude qui résulte des sollicitudes de la vie présente, provient principalement de trois causes : 1° De la dispen- sation des biens extérieurs. Cette sollicitude est détruite par le voeu de pauvreté. 2°Du gouvernement de la femme et des enfants; on en est délivré par le voeu de continence. 3° De la disposition de ses propres actions; on en est déchargé par le voeu d'obéissance qui fait que l'on se met à la disposition d'un autre. — Egalement il y a holocauste quand on offre à Dieu tout ce qu'on a, comme le dit saint Grégoire (Sup. Ezech. hom. xx). Or, l'homme possède trois sortes de biens d'après Aristote (Eth. lib. i, cap. 8 ) : 1° les biens extérieurs que l'on offre à Dieu totalement par le voeu de la pauvreté volontaire; 2° le bien de son propre corps que l'on offre à Dieu principalement par le voeu de continence, en renonçant aux délectations corporelles les plus vives ; 3° le bien de l'âme que l'on offre à Dieu totalement par l'obéissance, en lui faisant le sacrifice de sa volonté propre, qui est la faculté par laquelle l'homme se sert de toutes les puissances et de toutes les habitudes de l'âme. C'est donc avec raison qu'on fait consister l'intégralité de l'état religieux dans ces trois voeux.
Solutions: 1. Il faut répondre au premier argument, que, comme nous l'avons dit fart. 4 huj. quaest.), le voeu de religion a pour fin la perfection de la charité, à laquelle appartiennent tous les actes intérieurs des vertus, dont la charité est la mere, d'après ces paroles de saint Paul (1Co 11,4) : La charité est patiente, bienfaisante, etc. C'est pourquoi les actes intérieurs des vertus (comme l'humilité, la patience et le reste) ne tombent pas sous le voeu de religion, qui se rapporte à eux comme à sa fin.
2. Il faut répondre au second, que dans les ordres religieux toutes les autres observances se rapportent à ces trois voeux principaux. En effet, si dans les ordres religieux on a établi des moyens de se procurer la nourriture, comme le travail, la mendicité, ceci se rapporte à la pauvreté, et c'est pour conserver cette vertu que les religieux se procurent de cette manière de quoi vivre. Les autres choses par lesquelles on se macère le corps, comme les veilles, les jeûnes et toutes les autres mortifications semblables, ont directement pour but l'observation du voeu de continence. Si dans les ordres religieux on a établi quelque chose relativement aux actes humains par lesquels on se propose ce qui est la fin de religion, c'est-à-dire l'amour de Dieu et du prochain (comme la lecture, la prière, la visite des malades, ou d'autres bonnes oeuvres semblables), toutes ces prescriptions sont comprises sous le voeu d'obéissance, qui appartient à la volonté et d'après lequel elle rapporte ses actes à une fin d'après la manière dont un autre en dispose. Quant à la détermination de l'habit, elle appartient à ces trois voeux, comme signe de l'obligation contractée. C'est pourquoi on donne et l'on bénit l'habit religieux en meme temps que l'on fait profession.
3. Il faut répondre au troisième, que par l'obéissance on offre à Dieu sa volonté. Quoique toutes les choses humaines soient soumises à cette faculté, cependant il y en a qui ne sont soumises qu'à elle d'une manière spéciale, comme les actions humaines; car les passions appartiennent aussi à l'appétit sensitif (1). C'est pourquoi, pour comprimer les passions des délectations charnelles et des désirs extérieurs qui sont un obstacle à la perfection, le voeu de continence et de pauvreté sont nécessaires; et pour disposer ses actions propres comme l'état de perfection l'exige, il faut le voeu d'obéissance.
fl) C.c sont ces trois obstacles que saint Jean a désignes par ces paroles (1Jn 2) : Omne vitae, quod est tn mundo, concupiscentia carnis est, et concupiscentia oculorum et superbia
4. Il faut répondre au quatrième, que, comme le dit Aristote (Eth. lib. iv, cap. 3), on ne doit proprement et véritablement honorer que la vertu. Mais parce que les biens extérieurs sont des instruments qui servent à produire certains actes de vertus, leur excellence est cause conséquemment qu'ils reçoivent des honneurs, surtout de la part du vulgaire, qui n'est frappé que de ce qui brille au dehors. Les religieux, qui tendent à la perfection, ne peuvent donc renoncer à l'honneur (2) que l'on rend à Dieu et aux saints à cause de leur vertu, comme le dit le Psalmiste (Ps 138,17) : Que vos amis, ô mon Dieu! me sont chers et précieux! Mais ils renoncent à l'honneur qu'ils pourraient espérer des choses extérieures, par là même qu'ils abandonnent la vie du siècle. Par conséquent il n'est pas nécessaire qu'ils fassent à ce sujet un voeu spécial.
ARTICLE VIII. — le voeu d'obéissance est-il le plus excellent des trois voeux de religion\b (3) ?
Objections: 1. Il semble que le voeu d'obéissance ne soit pas le premier des trois voeux de religion. Car la perfection de la vie religieuse a commencé avec le Christ. Or, le Christ a spécialement conseillé la pauvreté, mais on ne voit pas qu'il ait conseillé l'obéissance. Le voeu de pauvreté l'emporte donc sur le voeu d'obéissance.
2. L'Ecriture dit (Si 26,20) : Tout le prix de l'or n'est rien comparativement à une âme vraiment chaste. Or, le voeu qui a pour objet la chose la plus noble est le plus éminent. Le voeu de continence l'emporte donc sur le voeu d'obéissance.
3. Plus un voeu est important et moins il paraît facile d'en dispenser. Or, les voeux de pauvreté et de continence sont tellement annexés à la règle monastique, que le souverain pontife lui-même ne peut en dispenser, comme le dit une Décrétale sur l'état des moines (cap. Cum. ad monasterium) ; cependant il peut exempter un religieux d'obéir à son supérieur. Il semble donc que le voeu d'obéissance soit moins grave que le voeu de pauvreté et de continence.
En sens contraire Mais c'est le contraire. Saint Grégoire dit (Mor. lib. xxxv, cap. 10) : L'obéissance est avec raison préférée aux victimes, parce que par les victimes on immole la chair d'un autre, au lieu que par l'obéissance on immole sa volonté propre. Or, les voeux de religion sont des holocaustes, comme nous l'avons dit (art. 1 huj. quaest. et art. 3 ad 9). Le voeu d'obéissance est donc le premier de tous les voeux de religion.
(1) Elles se rapportent immédiatement à l'ap- limes, quoiqu'il en résulte de l'honneur pour pétit sensitif, et médiatement à la volonté. ceux qui les remplissent (Vid. Opuse. contra
(2)Ainsi les religieux renoncent à tous les hon- impugnantes religionem, cap. 2).
neurs du monde, mais ils ne renoncent pas au (5) Voyez sur cette question le concile de sacerdoce, à l'enseignement et à tontes les charges Trente (sess, xxv, cap. I), de cette nature qui ont pour objet le bien des
CONCLUSION. — Parmi tous les voeux de religion, le plus grand est le voeu d'obéissance, par lequel l'homme offre à Dieu sa volonté tout entière, qui l'emporte de beaucoup sur tous les biens du corps et de la fortune.
Réponse Il faut répondre que le voeu d'obéissance est le premier des trois voeux de religion, et cela pour trois raisons : 1° Parce que par le voeu d'obéissance l'homme offre à Dieu ce qu'il a de plus grand, c'est-à-dire sa propre volonté, qui l'emporte sur son corps, qu'il offre à Dieu par la continence et qui vaut mieux aussi que les choses extérieures dont il fait le sacrifice par le voeu de pauvreté. Ainsi ce que l'on fait par obéissance est plus agréable à Dieu que ce que l'on fait par sa volonté propre, d'après ces paroles que saint Jérôme adresse au moine Rusticus (1) : La prière a pour but de vous apprendre à ne pas suivre votre volonté propre. Puis il ajoute : Ne faites pas votre volonté ; mangez ce qu'on vous ordonne, possédez ce que vous aurez reçu, et mettez les vêtements qu'on vous donne. Ainsi le jeûne n'est pas agréable à Dieu quand on le pratique d'après sa volonté propre, suivant ce mot du prophète (Is 56,3) : Votre volonté propre se trouve au jour de votre jeûne. 2° Parce que le voeu d'obéissance comprend sous lui tous les autres voeux (2), tandis que la réciproque n'est pas vraie. Car, quoique le religieux soit tenu par un voeu d'observer la continence et la pauvreté, cependant ces choses sont l'objet de l'obéissance, qui embrasse une multitude d'autres devoirs indépendamment de l'observation de la continence et de la pauvreté. 3° Parce que le voeu d'obéissance s'étend proprement aux actes qui se rapprochent le plus de la fin que la vie religieuse se propose. Et plus une chose se rapproche de la fin, meilleure elle est. De là il suit que le voeu d'obéissance est le voeu le plus essentiel de religion. Car si l'on observe par voeu la pauvreté volontaire et la continence, sans avoir fait le voeu d'obéissance, on n'appartient pas pour cela à l'état religieux, qui est préféré à la virginité observée d'après un voeu ; puisque saint Augustin dit ( Lib. de virg. cap. 46) : Je pense qu'il n'y a personne qui ose préférer la virginité à la vie monastique.
Solutions: 1. Il faut répondre au premier argument, que le conseil de l'obéissance est compris dans la parole que dit le Seigneur pour engager à le suivre; car celui qui obéit suit la volonté d'un autre. C'est pourquoi le voeu d'obéissance appartient plus à la perfection que le voeu de pauvreté, parce que, comme le dit saint Jérôme (Sup. Matth, cap. 19, super illud Ecce nos reliquimus, etc.), saint Pierre a ajouté ce qui est de perfection, en disant : Nous vous avons suivi.
2. Il faut répondre au second, que ce passage ne signifie pas que la continence vaille mieux que tous les autres actes de vertu, mais qu'elle est préférable à la chasteté conjugale, ou aux richesses extérieures, comme l'or et l'argent qui se mesurent au poids. Ou bien, par la continence on entend la vertu qui fait que l'on s'abstient universellement de tout mal, comme nous l'avons dit (quest. clv, art. 4 ad 1).
3. Il faut répondre au troisième, que le pape ne peut pas dispenser un religieux de son voeu d'obéissance, de manière qu'il ne soit tenu d'obéir à personne en ce qui regarde la perfection. 11 ne peut pas, en effet, l'affranchir de l'obéissance qu'il lui doit. Cependant il peut le soustraire à la juridiction d'un prélat inférieur, ce qui ne le dispense pas de son voeu d'obéissance.
ARTICLE IX. — un religieux pèciie-t-il toujours mortellement en transgressant ce qui est prescrit par la règle?