Source: http://mefrm.revues.org/1830
Timestamp: 2017-10-21 00:58:50+00:00
Document Index: 5520048

Matched Legal Cases: ['artz 1925', 'art, 1986', 'art, 2008', 'art, 2005', 'artz 1925', '§ 63', '§ 4']

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Agnès et les évêques de Rome jusqu’au VIIe siècle: un plaidoyer pour une relecture historico-critique du Liber pontificalis1
Le Liber pontificalis, célèbre recueil de biographies d’évêques romains, est l’une des sources qui permettent d’appréhender au mieux l’histoire de la communauté chrétienne de la Rome tardo-antique et alto-médiévale. S’appuyant sur les travaux de Louis Duchesne et de Theodor Mommsen, ainsi que sur les résultats d’études plus récentes consacrées aux Documenta symmachiana/laurentiana, la présente contribution livre tout d’abord quelques réflexions générales relatives à l’origine du Liber pontificalis, en particulier quant à la date de production de sa première version intégrale, et aux motivations qui en furent à l’origine ; elle propose ensuite un relevé systématique et une analyse de tous les passages qui, au sein du recueil, mentionnent Agnès. Les commentaires formulés s’efforcent de mettre en lumière le caractère fictif du toponyme Coemiterium Novellae et suggèrent une hypothèse permettant d’expliquer la présence légendaire (documentée au début du VIe siècle) des évêques Libère et Boniface dans le Cimetière d’Agnès, près de la Via Nomentana.
The Liber pontificalis, a collection of biographies of roman bishops, is one of the main sources for the reconstruction of the history of the Christian community in Rome in late antiquity and the early middle ages. Based on the editions of Louis Duchesne and Theodor Mommsen as well as on more recent research regarding the Documenta symmachiana/laurentiana, the actual contribution presents at first some general reflections on the Liber pontificalis, especially on the date and the reasons for the redaction of its first complete version. After this, by analyzing passages in the text concerning Agnes, it will be shown that Coemiterium Novellae is a fictitious toponym. Moreover, a new hypothesis will be formulated concerning the legendary presence, attested in the 6th century, of the bishops Liberius and Bonifatius in the cemetery of Agnes (near Via Nomentana).
Liber pontificalis, Louis Duchesne, Theodor Mommsen, Documenta symmachiana/laurentiana, Coemiterium Priscillae, Coemiterium Novellae, Sant’Agnese, Via Nomentana, Silvestre, Libère, Boniface, Symmaque, Honorius
Liber pontificalis, Louis Duchesne, Theodor Mommsen, Documenta symmachiana/laurentiana, Coemiterium Priscillae, Coemiterium Novellae, Sant’Agnese, Via Nomentana, Silvester, Liberius, Bonifatius, Symmachus, Honorius
1 Je tiens à exprimer mes remerciements les plus sincères à mes doctorantes Isabelle Mossong et Ilse (...)
1Lorsque j’ai indiqué aux organisateurs du colloque le sujet auquel je songeais pour cette contribution, mon but était très modeste. Je souhaitais simplement réviser les passages concernant sainte Agnès dans le Liber pontificalis et vérifier si, en tant qu’historien, je pouvais apporter quelques nuances à leur interprétation. Lors de la préparation, je me suis cependant rendu compte qu’il pouvait être intéressant d’intégrer quelques éléments supplémentaires afin de présenter un certain nombre de réflexions qui se proposent de combiner les traditions littéraires et les données topographiques et archéologiques.
2 Mommsen 1898, p. XIII ; Duchesne 1886/1955, p. CLXIII ; cf. Berschin 1964, p. 38 n. 1 et Berschin 1 (...)
3 Duchesne 1886-1892/1955 et Vogel 1957. Cf. aussi les traductions anglaise de Davis 1989/2000 et fra (...)
4 Pour une synthèse du débat plus ancien cf. Caspar 1933, p. 314-320 et p. 774-775 (avec un positionn (...)
2Le point de départ de ma contribution est un recueil de biographies d’évêques romains qui a depuis toujours attiré l’attention. Presque tout y a fait l’objet d’un débat, parfois mené de manière passionnée. Il faut rappeler que le titre lui-même n’est pas clair: les manuscrits donnent Episcopale, Liber episcopalis, Ordo episcoporum Romae, Catalogus apostolicorum, Gesta pontificum. Faute de mieux, c’est ce dernier qu’a choisi d’utiliser Theodor Mommsen, tandis que le jeune Louis Duchesne préférait le titre « Liber pontificalis »2. Chacun des deux précise que son choix n’est pas dû à la tradition manuscrite médiévale, mais plutôt à l’usage moderne. Pour ma part, une fois mentionné le nom des autorités, je me permettrai de ne plus entrer dans un débat qui a en fait opposé les épigones plus que les maîtres. Duchesne lui-même a reconnu la supériorité de l’édition de Mommsen parue en 1898 dans la collection des Monumenta Germaniae Historica. Mais comme elle n’est pas complète – elle s’arrête avec la vie de l’évêque Constantin (708-715) – et ne donne pas de commentaires, c’est Duchesne et son ouvrage monumental, issu d’une thèse soutenue en 1877 et publié en deux volumes en 1886 et 1892, que les utilisateurs préfèrent le plus souvent jusqu’à aujourd’hui. La réimpression enrichie d’un troisième volume n’a pu que renforcer cette position prééminente3. Cependant, l’admiration que suscite encore de nos jours la réalisation duchesnienne, n’empêche pas que les progrès scientifiques accomplis dans le domaine de la topographie et de l’archéologie romaines, ainsi que dans l’édition de textes voisins, font sentir la nécessité d’une réédition du Liber pontificalis, qui prendrait bien entendu la forme d’un projet interdisciplinaire et international4. Seule une concertation menée dans ce cadre, permettra à mon avis, d’avancer sur les différents problèmes dont je vais dans un instant présenter quelques exemples.
5 Cf. Duchesne 1886/1955, p. XXVI-XLVIII, la citation est la phrase conclusive de cette partie, cf. i (...)
3Rappelons d’abord quelques éléments concernant la datation et l’histoire du texte: Duchesne et Mommsen étaient unanimes pour affirmer qu’il y avait deux rédactions dont l’une n’est connue que par deux versions abrégées intitulées Epitome Feliciana (F) et Epitome Cononiana (K), d’après le nom du dernier évêque mentionné dans chacun des textes, Félix IV (526-530) et Conon (687). Duchesne imaginait une origine complexe qu’il situait dans la première moitié du VIe siècle5:
Rédigé sous Hormisdas, continué jusqu’à Félix IV inclusivement, le Liber pontificalis a été prolongé ensuite, jusqu’au temps de la guerre des Goths, du pape Silvère et du roi Vitigès, par un témoin du siège de 537-538, ennemi de Silvère et dévoué à la mémoire de Dioscore, le compétiteur de Boniface II.
6 Pour l’édition critique avec traduction allemande des Documenta symmachiana cf. Wirbelauer 1993, p. (...)
7 Cf. Duchesne 1886/1955, p. 128 n. 4 et Vogel 1957, p. 72, et Caspar 1933, p. 317 ; cet élément impo (...)
8 Cf. Wirbelauer 1993, p. 73-99 ; dans l’art rhétorique antique, cette confrontation de position corr (...)
4Duchesne arrivait à cette conclusion en combinant deux arguments différents: Le réalisme d’abord qui se dégage des récits biographiques concernant les années 520 et 530 (Jean I, Agapet et surtout Silvère et Vigile) laisse penser que l’auteur a vu ces règnes de ses propres yeux et que nous sommes donc en présence du témoignage direct d’un contemporain; d’autre part, l’utilisation des « apocryphes symmachiens », un ensemble de documents datant de 502 (ou de quelques années plus tard), que fait l’auteur du Liber pontificalis fournissait à Duchesne un terminus post quem. L’examen critique de ce corpus appelé aujourd’hui Documenta symmachiana/laurentiana confirme pleinement cette hypothèse, notamment sur le plan morphologique et syntaxique6. Il ne paraissait d’ailleurs pas absurde de rechercher l’auteur de la première rédaction du Liber pontificalis parmi les rangs inférieurs du clergé romain du début du VIe siècle et donc parmi les personnes mêmes qui étaient obligées de se positionner entre Symmaque et son adversaire Laurent. Dans cette perspective, il convient de rappeler que les productions émanant de chacun des deux côtés, c’est-à-dire, non seulement les Documenta symmachiana, mais aussi les Documenta laurentiana, ont été reprises dans le Liber pontificalis, même si les premiers sont plus présents que les seconds7. Faut-il alors interpréter le Liber pontificalis comme un signal destiné à faire savoir qu’il était temps d’arrêter le combat concernant le grand passé du siège romain et qu’on pouvait désormais utiliser le Liber pontificalis pour toute question qui s’y rapportait? Ainsi compris, le schéma classique de la pensée dialectique vient à l’esprit: le Liber pontificalis représenterait la synthèse résultant d’une thèse (introduite par les Documenta symmachiana) et d’une antithèse (présentée par les Documenta laurentiana). Cette idée est encore à approfondir, mais il suffit de rappeler pour le moment que la composition de chaque document symmachien et laurentien ainsi que leur mise en série suit un schéma rhétorique strict et clair8. De toute manière, une telle lecture du Liber pontificalis l’ancre encore plus dans la Rome d’un Hormisdas, d’un Jean ou d’un Félix IV.
9 Mommsen 1898, p. XIII-XVII.
10 Mommsen 1898, p. XIII.
11 CLA 3, n° 403 ; le texte antérieur (cf. CLA 3, n° 404) est l’unique fragment connu d’un ouvrage int (...)
12 CLA 3, n° 369 ; le manuscrit de Modène conserve des traces des Documenta symmachiana aussi, cf. Wir (...)
13 Pour le Cod. 490 de Lucques (Lucca, Biblioteca Capitolare Feliniana) cf. Wirbelauer 1993, p. 182-83 (...)
14 Mommsen 1898, p. XV (contra Duchesne 1886/1955, p. LII-LIII), cf. aussi la réaction duchesnienne da (...)
15 Mommsen 1898, p. XVI et XXV (concernant Grégoire, Reg. 9, 147, éd. MGHEpp. 2, p. 147, 8-10).
16 Mommsen, 1898, p. XVII et Duchesne 1886/1955, p. 125.
5Mommsen, de son côté, défendait une datation beaucoup plus basse, située à la fin du VIIe siècle, après Conon. Même si cette hypothèse n’est pas celle qui est de nos jours la plus acceptée, il vaut la peine néanmoins de regarder d’un peu plus près les arguments utilisés9. Pour Mommsen, la discussion de la datation doit prendre en considération les éléments suivants: l’âge des manuscrits conservés, les sources utilisées par le Liber pontificalis et sa (non-)réception par les auteurs du VIe et VIIe siècle ainsi que l’âge réel des institutions ecclésiastiques établies par les évêques romains selon l’auteur du Liber pontificalis10. En ce qui concerne les manuscrits les plus anciens, celui de Naples (B1) et celui de Modène (E3/Mut) dont le dernier ne conserve que des extraits, nos connaissances ont un peu évolué depuis la fin du XIXe siècle: les deux manuscrits furent recopiés en Italie du Nord, le premier à Bobbio au VIIe ou VIIIe siècle à un moment qu’on ne peut définir de manière plus précise, en réutilisant un manuscrit nord-italien plus ancien datant du VIe siècle11, le second peut-être à Nonantola à un moment inconnu du VIIIe siècle12. À partir de la fin du VIIIe siècle, d’autres manuscrits sont produits, les plus anciens à Lucques (A1), à Fleury (Leyde, Voss. lat. qu. 60= C1) et près de la cour de Charlemagne (cf. le manuscrit Cologne, Cod. 164= B3)13. Au vu des manuscrits conservés et de l’état de leur texte, il apparaît que Mommsen n’avait pas tort lorsqu’il défendait la position selon laquelle l’archétype de toutes les traditions dont nous disposons aujourd’hui ne remonterait qu’à la fin du VIIe siècle. Mais l’origine de cet archétype n’est pas forcément identique avec l’origine de l’ouvrage. En classiciste qu’il était, Mommsen ne pouvait pas admettre que l’auteur initial du Liber pontificalis ait été le contemporain d’un Boèce, d’un Cassiodore ou d’un Denys le Petit. C’est pourquoi il insistait sur l’absence du Liber pontificalis dans les travaux de Grégoire de Tours (contre Duchesne) et de Grégoire le Grand (en accord avec Duchesne). La position duchesnienne concernant l’utilisation du Liber pontificalis par le premier – même s’il reste de forts doutes14 –, est défendable. On ne peut en revanche que constater l’ignorance effective du second, y compris dans les passages où Grégoire le Grand se réfère aux ordinations effectuées par ses prédécesseurs15. Or cette ignorance pourrait être comprise comme un acte volontaire: Grégoire ne considérait pas la série biographique de ses prédécesseurs comme le texte d’autorité qu’il est devenu plus tard. Rien ne nous oblige donc à repousser la première rédaction du Liber pontificalis à une période postérieure à Grégoire, au motif qu’il ne l’a pas cité dans sa correspondance (ou ailleurs). Pour ne pas laisser de côté la troisième piste proposée par Mommsen, regardons encore un élément des institutions ecclésiastiques, la durée du jeûne avant Pâques: selon le Liber pontificalis, c’est Télesphore au IIe siècle qui aurait établi la durée de sept semaines. Or, Léon, Gélase et Grégoire le Grand ne demandent que six semaines. Pour Duchesne, il s’agit d’une incohérence destinée à mettre en avant l’exceptionnelle piété de Télesphore; pour Mommsen, c’est un argument de plus pour défendre la postériorité de l’ouvrage par rapport à Grégoire16.
17 Wirbelauer 1993, 2012 ; pour les Actus (sancti) Silvestri cf. les travaux de Pohlkamp 1983, 1984, 1 (...)
18 Cf. la citation ci-dessus et n. 2 ; pour le cadre général cf. les travaux classiques comme Caspar 1 (...)
6Pour conclure ce rapide débat de datation, je suggèrerai une sorte de « faux compromis » qui conduirait à poursuivre les pistes proposées par Mommsen pour arriver à la conclusion duchesnienne, dans la mesure où, au début du VIe siècle, les différentes sources utilisées par le Liber pontificalis étaient disponibles, plus précisément les Documenta symmachiana et les Actus (sancti) Silvestri pour ne pas entrer plus avant dans le champ des sources hagiographiques17. L’absence de réception au cours des VIe et VIIe siècles est certes gênante, mais pas unique: beaucoup d’ouvrages antiques n’ont pas connu de réception immédiate et enthousiaste. Mais l’argument qui prime, c’est le contexte historique, notamment le schisme entre Symmaque et Laurent, qui explique d’abord la production des deux vies de Symmaque opposées l’une à l’autre, ensuite la présence des différentes strates repérées par Duchesne18.
19 Geertman, Documenti, 2003, p. 270.
20 Cf. Mommsen 1898, p. XIV ; pace Mordek 1975, p. 55-56, il est toujours impossible de fixer la date (...)
7Reste encore la priorité chronologique des epitomae par rapport au texte intégral conservé : c’est l’un des spécialistes de notre texte, Herman Geertman19, qui nous a récemment invité à revenir sur cette hypothèse : « Dal confronto risulta a mio parere che l’autore della fonte di F e K, più che essere il redattore di un ‘Urtext’ del Liber pontificalis che non ci è pervenuto, ha intenzionalmente riscritto un testo esistente e originale, che è quello che noi conosciamo. » J’avoue que cette idée, qui est pour moi assez séduisante, n’est pas facile à défendre au vu des explications très détaillées et des longues listes de variantes que Duchesne et Mommsen ont dressées pour soutenir leur position. Mais il ne me paraît pas absurde non plus que l’auteur de la collection canonique dite Collectio Sancti Mauri (qui nous transmet la version F) ait intégré l’abrégé dans son œuvre pour le compléter20. Le débat est donc à nouveau ouvert …
8Après ces propos préliminaires, il est temps d’entrer dans le vif du sujet, les occurrences concernant Agnès avant l’époque carolingienne: dans l’ensemble du recueil, sainte Agnès n’apparaît que dans six vies d’évêques, celle de Silvestre, de Libère, d’Innocent, de Boniface, de Symmaque et d’Honore.
21 Mommsen 1898, p. 62, 22–26 (Duchesne 1886/1955, p. 180, 11-12).
9Pour quatre de ces six évêques, les notices ne concernent que des mesures d’aménagement, de construction ou d’ornement de l’endroit lié à la mémoire de la sainte21:
22 Pour la compréhension du terme cf. Geertman 1975, p. 188.
Eodem tempore fecit22[sc. Constantinus Augustus] basilicam sanctae martyris Agnen ex rogatu filiae suae et baptisterium in eodem loco, ubi et baptizata est soror eius Constantia cum filia Augusti a Silvestrio episcopo.
23 Prudence, Perist. 14 (hymne sur Agnès), éd. J. Bergman (CSEL 61) ; M. P. Cunningham (CC SL 126) ; c (...)
24 Epigr. Damas. 71, éd. Ferrua 1942, p. 246-250 ; l’attribution à Damase se justifie par l’Epigr. Dam (...)
25 Cf. Ferrua 1942, p. 248-49 ; PCBE 2, p. 466 – notons que Ferrua 1942, p. 247, insiste sur le fait q (...)
10Il est question de la construction de la grande basilique déambulatoire et du baptistère reliée à la famille constantinienne par l’empereur Constantin. Seulement, la critique historique a démontré que cette information est loin d’être authentique. Le document le plus ancien sur place est une épigramme anciennement placée dans l’abside du bâtiment et qui nous est transmise par quelques manuscrits annotés de Prudence23. L’inscription rappelle la dédicace du templum victricis virginis Agnes par une certaine Constantina qui y figure non seulement au premier vers, mais aussi par l’acrostiche: CONSTANTINA DEO. Antonio Ferrua n’hésitait pas à insérer cette inscription aujourd’hui perdue dans le corpus des épigrammes damasiennes24. Ce qui nous amène à la conclusion que dans la deuxième moitié du IVe siècle le bâtiment était considéré comme une fondation qui émanait non pas de l’empereur lui-même, mais d’une femme proche de lui identifiée le plus souvent avec sa fille Constanti(n)a25.
26 Mommsen 1898, p. 63, 1-24 (Duchesne 1886/1955, p. 180, 12-181, 4).
27 Ce conflit constitue un argument parmi d’autres qui affaiblissent l’idée que les inventaires inséré (...)
28 Mommsen 1898, p. 63, 18–20 (Duchesne 1886/1955, p. 181, 1).
11Comme d’habitude dans la biographie de Silvestre, l’information concernant la construction est suivie de la liste des objets précieux offerts à cette église ainsi que des biens dont bénéficie cette fondation sous forme de rente26. Selon la formulation du Liber pontificalis, ces biens ont été accordés par l’empereur Constantin, ce qui va à l’encontre de ce qu’on vient de constater concernant l’origine du bâtiment27. Parmi ces biens (existant au début du VIe siècle?), on trouve la mention suivante qui donne une idée de la cohérence de cette zone du Nord de Rome entre la Via Nomentana et la Via Salaria28:
via Salaria sub parietinas usque omnem agrum sanctae Agnen, praest. sol. CV.
29 Geertman, Documenti; 2003, p. 270 : « Così, alla nota 38, la tomba di S. Agnese riceve una lucerna (...)
30 Wirbelauer 1993, p. 23.
31 Selon mon impression, Geertman s’est fait inspiré par Duchesne 1886/1955, p. CLXXV sans prendre en (...)
12Attardons-nous encore un instant sur cette mention dans la biographie de Silvestre pour discuter une proposition de Geertman qui porte sur l’édition critique. Sur la base d’une révision des manuscrits, il a établi un nouveau texte qui induit, au moins dans certains cas, des modifications du contenu. Ainsi, il propose pour Sainte-Agnès une lampe en or inconnue jusqu’alors, en développant deux arguments29. Sur le plan éditorial proprement dit, il reproche aux deux prédécesseurs de ne pas avoir intégré la variante aliam fournie par les manuscrits A5 et A6. Il se montre ensuite perplexe vis-à-vis d’une double mention de poids (qui pens. lib. XX … pens. lib. XV). J’avoue n’avoir pu vérifier les données manuscrites qui sont à l’origine de l’apparat critique de Mommsen, mais l’argument de Geertman ne me semble pas pertinent si je comprends bien l’édition des MGH: « post nixorum XII insert qui pens. lib. XX A1 solus. » Si les choses se présentent ainsi, les autres manuscrits ne donnent pas de double poids, ce qui diminue considérablement l’importance du rajout du mot aliam dans les deux manuscrits A5 et A6. Mais ce passage de Geertman est révélateur de l’état actuel de la recherche: il manque une étude détaillée de la tradition manuscrite, car ni Duchesne ni Mommsen n’ont vu personnellement l’ensemble des manuscrits conservés. Duchesne, encore tout jeune, avait fait de son mieux, mais quelques-uns lui ont échappé. Mommsen qui était déjà un septuagénaire, pratiquait quant à lui une autre méthode: il faisait travailler un certain nombre de ses collègues qui lui envoyaient des notes et des spécimens. Il dépendait donc souvent d’autres chercheurs et parfois, il n’avait pas non plus le recul nécessaire pour comprendre la tradition manuscrite en évitant les erreurs introduites par les éditeurs précédents. J’ai découvert un cas semblable à propos des synodes de l’époque de l’évêque Symmaque, où Mommsen avait bel et bien constaté un ordre confus dans le manuscrit berlinois qu’il a consulté lui-même, mais pas dans les deux autres copies. S’il avait eu la possibilité de consulter lui-même les trois manuscrits comme j’ai pu le faire moi-même dans le cadre de ma thèse, il se serait vite rendu compte qu’il fallait plutôt rétablir l’ordre des manuscrits au lieu de se contenter de déplorer le désordre dans le manuscrit berlinois30. J’ai introduit cet exemple pour défendre l’idée, qu’avec les moyens documentaires du XXIe siècle, on peut même songer à un nouveau type d’édition critique où le texte établi et son apparat critique seraient accompagnés d’une reproduction des manuscrits. Mais surtout, il faudra retravailler, voire élaborer un stemma codicum digne de son nom. Dans le cas précis de notre lampe montée au-dessus des fonts baptismaux de Sainte-Agnès, j’avoue que j’ai à priori un peu de mal à imaginer que les deux manuscrits évoqués, A5= Vat. Lat. 5269 (Italie du Nord-Est, milieu du XIIIe siècle) et A6= Wien, Lat. 632 (XIe siècle avec compléments postérieurs, au XVe siècle à Ratisbonne), soient les seuls à avoir conservé le bon texte et que tous les autres, ceux de la première classe et ceux des autres (cf. p. ex. Cologne, 164, fol. 17r), présentent des variantes plus éloignées de l’archétype. Si la position de cette branche dans la tradition est à réviser, ce que Geertman semble défendre (en appelant cette branche Ib), c’est une révision qu’il faudra pratiquer de manière systématique31.
32 Mommsen 1898, p. 79, 1 (Duchesne 1886/1955, p. 208, 4).
13Revenons aux autres occurrences32:
Hic Liberius ornavit de platomis marmoreis sepulchrum sanctae Agnae martyris.
33 L’interprétation de Diefenbach 2007, p. 449 n. 164 (« Von dieser Ausstattung des Agnesgrabes haben (...)
14C’est la première fois que le Liber pontificalis nous parle de la tombe de la sainte, et cela quelques phrases après avoir présenté Libère comme exilé dans ledit cimetière, situation sur laquelle je reviendrai dans un instant33.
34 Mommsen 1898, p. 90, 14-15 (Duchesne 1886/1955, p. 222, 6–7)
15Innocent confie à deux prêtres l’administration de la basilique de Sainte-Agnès ce qui comprend le soin du toit et de l’ornement34:
Hic [sc. Innocentius] constituit, ut basilicam beatae Agnae martyris a presbiteris Leopardo et Paulino sollicitudini gubernari et tegi et ornari
eorum dispositione
tituli supra scripti Vestinae presbiteris concessa potestas.
35 Pour Leopardus cf. Rüpke – Glock 2005, p. 1100-01 ; PCBE 2, p. 1293-94 ; Duchesne 1886/1955, p. 198 (...)
16Mommsen a préféré rattacher les mots eorum dispositione aux infinitifs précédents, mais la ponctuation de Duchesne semble plus aisée à défendre35.
36 Mommsen 1898, p. 125, 1 (Duchesne 1886/1955, p. 263, 5–6).
17Nous traversons un siècle pour arriver au début du VIe siècle36:
37 Ce passage montre l’intérêt de l’utilisation de l’édition mommsenienne qui affiche clairement l’abs (...)
Hic [sc. Symmachus] absidam beatae Agnae, quae in ruinam inminebat, et omnem basilicam renovavit37.
38 Mommsen 1898, p. 171, 3-8 (Duchesne 1886/1955, p. 323, 9-13).
18Vient finalement le célèbre passage concernant la construction de l’actuelle église de Sainte-Agnès érigée par Honorius38:
Eodem tempore fecit ecclesiam beatae Agne martyris via Numentana miliario ab urbe Roma III a solo, ubi requiescit, quem undique ornavit exquisite, ubi posuit dona multa. Ornavit autem sepulcrum eius ex argento, qui pens. lib. CCLII ; posuit desuper cyburium aereum deauratum mirae magnitudinis ; fecit absida eiusdem basilicae ex musibo, ubi etiam et multa dona optulit.
39 Mommsen 1898, p. 78, 4-8 (Duchesne 1886/1955, p. 207, 10-11) ; cf. De Santis 2001, p. 57.
19Mais les occurrences ne se limitent pas aux descriptions de constructions et de décors. À deux reprises, elles attestent la présence d’un évêque présent à cet endroit: les deux passages s’inscrivent dans le cadre d’un conflit autour du siège romain. Le premier cas concerne Libère. Selon le Liber pontificalis, Libère, révoqué de son exil, n’entre pas directement dans la Ville, mais reste à l’extérieur et séjourne dans le cimetière de Sainte-Agnès39:
Rediens autem Liberius (seulement II III : de exilio) habitabit in cymiterio sanctae Agnes aput germanam Constanti (II : Constantis) Augusti, ut quasi per eius interventionem aut rogatu rediret Liberius in civitatem.
40 Mommsen 1898, p. 92, 12–13 (Duchesne 1886/1955, p. 227, 9-10).
20Un demi-siècle plus tard, une autre situation conflictuelle surgit autour du siège romain, à propos cette fois d’une double élection. L’un des compétiteurs, de nom Eulalius, organise la fête de Pâques dans la Basilica Constantiniana, donc l’église du Latran, tandis que l’autre reste à l’extérieur40:
Bonifatius vero, sicut consuetudo erat, celebravit baptismum pasche in basilica sanctae martyris Agnae.
41 Pour les documents de cette tradition complexe cf. Verrando 1981 et Wirbelauer 1993, p. 79-84 et p. (...)
21Les deux passages méritent un examen plus approfondi. En ce qui concerne le lieu de l’exil de Libère, il n’est pas possible de revenir ici sur la tradition complexe concernant Libère et Félix41. Il suffit de souligner ici que le Liber pontificalis diffère de la version présentée par les Gesta Liberii, un des documents que le partisan de l’évêque Symmaque avait produit pour défendre son maître. Dans ce document-là, Libère se retrouve exilé dans le Cimetière de la Novella, et pour pointer les pièges que recèle notre documentation littéraire, je me permettrai d’introduire une digression sur ce cimetière. Nous restons dans la même zone du nord de Rome: les catacombes de Sainte-Priscille se trouvent à environ 1500 m de la basilique de Sainte-Agnès, et le Liber pontificalis lui-même témoigne de l’unité topographique comme nous l’avons vu dans la notice silvestrienne.
42 Gesta Liberii = SL, 45-48, éd. Wirbelauer 1993, p. 252.
22Le document symmachien nous présente à peu près la même situation que le Liber pontificalis: sur ordre impérial, Libère s’installe à l’extérieur de la ville42:
hoc cum multi referrent regi Constanti, iratus est uehementer et iussit eum extra ciuitatem habitare. habitabat autem ab urbe Roma miliario tertio quasi exsul in cymiterio Nouellae in uia Salaria.
43 SL, 83-87, éd. Wirbelauer 1993, p. 254.
23La situation topographique du cimetière en question est précisée plus tard dans le récit43:
erat enim ibi non longe a cymiterio Nouellae cymiterius Ostrianus, ubi Petrus apostolus baptizauit. eodem tempore paschae baptizauit promiscui sexus numero quattuor milia XII, quia omnes Romani uel a longe, alii uicini Romanorum desiderabant ab eodem baptizari.
44 Wirbelauer 1993, p. 79 n. 36.
45 Duchesne 1886/1955, p. 164, 2-3 avec note 4 : « Le nom du cimetière ne s’est conservé que dans un p (...)
46 Mommsen 1898, p. 43, 10.
24Lorsque j’ai élaboré l’édition critique des Documenta symmachiana, j’ai pu constater que toutes nos informations littéraires concernant le Coemiterium Novellae proviennent de manière directe ou indirecte des Gesta Liberii44. Dans l’édition duchesnienne du Liber pontificalis nous lisons que c’est l’évêque Marcellus qui aurait fait créer ce cimetière45. Mais Duchesne avait déjà bien étudié la situation manuscrite, et Mommsen en a tiré la seule conclusion défendable: la précision Novellae dans la vie de Marcellus est le fruit d’une interpolation et ne peut plus figurer dans le texte46.
47 Je me permets de reprendre ici une démonstration que j’ai publiée récemment dans un autre contexte, (...)
48 Schwartz 1925, p. 5, lui attestait « ein selbstbewußtes Pontificat ».
49 Documentum symmachianum concernant Polychronius de Jérusalem = SP 4-6, éd. Wirbelauer 1993, p. 272- (...)
50 Documentum symmachianum concernant Marcellin de Rome = SM 100, éd. Wirbelauer 1993, p. 290-91 avec (...)
51 Documentum symmachianum concernant Libère de Rome = Gesta Liberii = SL, 38-41, éd. Wirbelauer 1993, (...)
52 Cf. par exemple Février 1959, 23 qui rappelle l’historiographie antérieure. Cette critique concerna (...)
25En ce qui concerne le nom du Coemiterium Novellae j’oserais suggérer une toute autre solution47: lors de l’examen des Documentasymmachiana j’ai pu constater que l’auteur se livre à plusieurs reprises à des jeux de mot. Un des Documenta présente ainsi un évêque récalcitrant de Jérusalem du nom de Polychronius. Un tel Polychronius est inconnu des fastes de l’église hiérosolymitaine. En revanche on connaît bien l’évêque de l’époque concernée, à savoir le deuxième quart du Ve siècle. Il s’agit du Juvenalis qui siégea de 418/422 jusqu’à 458, bien connu pour son esprit fier et indépendant48 qui lui coûta d’ailleurs pendant un certain temps son trône, au début des années 450, à l’âge avancé. C’est la raison pour laquelle l’auteur des Documentasymmachiana se permet de le surnommer Polychronius (πολυχρόνιος= vieillard), l’antonyme grec du mot latin iuvenalis. Mais ce n’est pas tout: pour donner à son public, au moins aux plus érudits qui maîtrisent un peu le grec, la clé de l’énigme, il précise immédiatement que ledit Polychronius disait des bêtises per inprudentiam senectutis et qu’il a corroboré sa position infidèle quasi in sua senectute, donc par son entêtement (« Altersstarrsinn »)49. Ce n’est pas le seul jeu de mot de ce genre, mais les autres sont moins faciles à repérer: dans le texte concernant Marcellin, l’auteur joue ainsi avec le double sens du mot libra qui signifie à la fois la balance et la livre/unité de poids50. Lorsqu’on a commencé à lire un texte de cette façon, il est difficile de s’arrêter! Dernier exemple concernant Libère et Constance/Constantius II: les Gesta Liberii nomment cet empereur, contre toute évidence, Constans et l’appellent roi, rex, au lieu d’augustus, tout en ajoutant que le rex Constans était non integre Christianus et même quasi temptator ce qui introduit une dimension diabolique51. Mais arrêtons avec l’enfer et revenons aux catacombes. Le nom du Coemiterium Nov-ellae où Libère exilé s’installe est inconnu ailleurs. Pour moi, il s’explique par un jeu de mot avec le Coemiterium Prisc-illae. Ce qui conduit à penser que le monde antique n’a jamais connu un Coemiterium Novellae, contrairement à ce que dit l’archéologie chrétienne du XIXe siècle depuis De Rossi52.
53 Mommsen 1898, p. 92, 12-13 (Duchesne 1886/1955, p. 227, 9) ; le choix de Mommsen (sanctae au lieu d (...)
26La lecture des Gesta Liberii pourra nous aider une fois de plus, cette fois-ci pour la meilleure compréhension du passage concernant Boniface53: Bonifatius vero, sicut consuetudo erat, celebravit baptismum pasche in basilica sanctae martyris Agnae.
54 Mommsen 1898, p. 55, 6.
27C’est la seule fois où l’auteur du Liber pontificalis fait allusion à cette habitude concernant la cérémonie pascale, et on a le droit de douter de sa réalité historique, car d’autres sources présentent une autre version, beaucoup plus crédible, en plaçant la cérémonie, y compris le baptême, dans l’église du Vatican. Le Liber pontificalis ne fait pas exception, comme le montre la mention qui est faite dans la biographie de Silvestre des fonts baptismaux et du décor supplémentaire qu’ils reçoivent in diebus paschae54. Sur le fond, rattacher une telle habitude à l’église de Sainte-Agnès paraît assez absurde, non seulement sur le plan topographique – les fidèles auraient dû faire un long chemin pour assister à la cérémonie –, mais aussi sur le plan traditionnel, parce que le baptême est étroitement lié aux églises du Vatican et du Latran (et non pas à Sainte-Agnès).
55 Février 1977 ; Diefenbach 2007, p. 467 n. 227, propose d’inverser l’argument : selon lui, les Gesta (...)
28Mais l’introduction d’une telle fête baptismale peut s’expliquer par une légende populaire qui a été mise en évidence par Umberto Fasola sur la base de plusieurs éléments littéraires, archéologiques et topographiques dans la zone située entre la Via Nomentana et la Via Salaria qui comprend également le Coemiterium maius connu aussi sous le nom du Coemiterium Ostrianum). Fasola a essayé de combiner cette légende avec la fête de la cathedra Petri, non sans susciter des objections55. Même si l’on n’accepte pas toutes les propositions de Fasola, l’existence d’une telle légende populaire concernant une première installation de l’apôtre dans cette région au nord de Rome est évidente, et l’auteur du Liber pontificalis pouvait donc se référer à ces histoires qui circulaient, ce qui rendait sa propre affirmation encore plus crédible.
56 Pour « Agnes » comme personnification de l’innocence: casta, pudica,ἁγνή cf. Thesaurus Linguae Lati (...)
29Que peut-on donc retenir de ce parcours rapide? À l’exception des informations concernant l’évolution du bâti autour de la basilique et de la tombe de sainte Agnès, cet endroit est marqué par la présence de deux évêques romains qui se trouvent tous deux en situation d’exil, tous deux innocents selon l’auteur du Liber pontificalis. Y avait-il un meilleur endroit pour démontrer cette innocence que la basilique de Sainte-Agnès dont le nom56 et, surtout la légende rappelait le caractère innocent? De plus, le rattachement à la légende pétrinienne pouvait contribuer à la légitimation des évêques mis en cause. Et ce point m’inspire une dernière remarque: est-il possible que l’évêque Symmaque ait également voulu profiter de cet endroit tandis qu’il entreprenait des travaux sur ce site? Cette hypothèse reste à corroborer, mais elle s’inscrit dans le souci qui a eu cet évêque de tout mettre en œuvre pour stabiliser sa position longtemps contestée dans la communauté urbaine. Symmaque sur les traces des évêques innocents comme Libère et Boniface? Interprété de cette manière, le Liber pontificalis reflète pour l’historien les luttes et les conflits qui ont marqué l’Église romaine.
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Vogel 1957, cf. Duchesne (1886/1955).
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Wirbelauer, Comment exiler, 2008 = E. Wirbelauer, Comment exiler un pape ?, dans Ph. Blaudeau (éd.), Exil et relégation. Les tribulations du sage et du saint dans l’Antiquité romaine et chrétienne (Ier-VIe s. ap. J.-C.). Actes du colloque organisé par le Centre Jean-Charles Picard, Université de Paris XII Val de Marne (17-18 juin 2005), Paris, 2008, p. 255-272.
Wirbelauer, Exil, 2008 = E. Wirbelauer, Exil für den römischen Bischof ?, dans Saeculum, 59, 2008, p. 29-46.
Wirbelauer 2011 = E. Wirbelauer, Bischofswahlen in Rom (3.-6. Jh.) : Bedingungen – Akteure – Verfahren, dans J. Leemans, p. van Nuffelen, Sh. W. J. Keough, C. Nicolaye (éd.), Episcopal Elections in Late Antiquity, Berlin-New York, 2011 (Arbeiten zur Kirchengeschichte, 119), p. 293-304.
Wirbelauer 2013 = E. Wirbelauer, Réorganiser l’Église italienne, dans Mélanges de l’École française de Rome - Antiquité [En ligne], 125-2 | 2013, mis en ligne le 19 décembre 2013, consulté le 20 mars 2014. URL : http://mefra.revues.org/1878
Wirbelauer (à paraître) = E. Wirbelauer, La riche mémoire d’un évêque méconnu, Silvestre, dans Ph. Blaudeau, P. van Nuffelen (éd.), L’historiographie tardo-antique et la transmission des savoirs. Actes du colloque international, Angers 31 mai – 1 juin 2012, sous-presse.
1 Je tiens à exprimer mes remerciements les plus sincères à mes doctorantes Isabelle Mossong et Ilse Hilbold pour une première relecture de cette contribution ainsi qu’à mes collègues Philippe Blaudeau, Stéphane Gioanni, Olivier Huck et Claire Sotinel ; une fois de plus, ma collègue Évelyne Scheid a bien voulu travailler à appliquer quelques couches de francité à mon discours barbarophone – quibus in omnibus maximas gratias agere debeo.
2 Mommsen 1898, p. XIII ; Duchesne 1886/1955, p. CLXIII ; cf. Berschin 1964, p. 38 n. 1 et Berschin 1986, p. 271 n. 9 avec la bibliographie antérieure ; cf. aussi Blaudeau 2012, p. 21 et Blaudeau (à paraître).
3 Duchesne 1886-1892/1955 et Vogel 1957. Cf. aussi les traductions anglaise de Davis 1989/2000 et française d’Aubrun 2007. Un texte révisé des biographies de Miltiade à Jean II avec des notes très utiles a été présenté par Geertman, Biografie, 2003.
4 Pour une synthèse du débat plus ancien cf. Caspar 1933, p. 314-320 et p. 774-775 (avec un positionnement très net concernant la datation de côté de Duchesne contre Waitz et Mommsen). Parmi les travaux plus récents sont à mentionner ceux de Berschin 1964 et 1986 (d’un point de vue philologique), de Geertman 1975, 2003, 2004 et de Bauer 2004 (d’un point de vue archéologique et d’histoire de l’art) ainsi que (d’un point de vue historique) ceux de Carmassi 2003, Blaudeau 2012, p. 21-23, et surtout son étude très utile de notre sujet qui complète cet article, cf. Blaudeau (à paraître) ; je remercie vivement l’ami pour m’avoir communiqué son texte avant la publication.
5 Cf. Duchesne 1886/1955, p. XXVI-XLVIII, la citation est la phrase conclusive de cette partie, cf. ibid. p. XLVIII.
6 Pour l’édition critique avec traduction allemande des Documenta symmachiana cf. Wirbelauer 1993, p. 227-315 ; pour la dénomination (Documenta symmachiana/laurentiana au lieu d’apocryphes symmachiens) cf. ibid., p. 99-110 et pour la datation (en contexte directe avec la controverse autour de la date de Pâques de l’an 501) cf. ibid. p. 71-72.
7 Cf. Duchesne 1886/1955, p. 128 n. 4 et Vogel 1957, p. 72, et Caspar 1933, p. 317 ; cet élément important m’est échappé dans Wirbelauer 1993, p. 324-327 (LK, 18-22).
8 Cf. Wirbelauer 1993, p. 73-99 ; dans l’art rhétorique antique, cette confrontation de position correspond au genus iudiciale, cf. Lausberg 1960/2008, § 63 et 1246 (« dialectique »).
11 CLA 3, n° 403 ; le texte antérieur (cf. CLA 3, n° 404) est l’unique fragment connu d’un ouvrage intitulé De arboribus pomiferis ou De hortis rédigé par Quintus Gargilius Martialis au milieu du IIIe siècle, cf. Sallmann 1997, p. 269-273, plus précisément p. 272. – On pourra y rajouter les deux feuilles conservées d’un autre manuscrit précarolingien d’origine de Bobbio, aujourd’hui conservé à Turin (F. IV. 18, sigle : T), cf. CLA Suppl. n° 1810.
12 CLA 3, n° 369 ; le manuscrit de Modène conserve des traces des Documenta symmachiana aussi, cf. Wirbelauer 1993, p. 184-85 (description paléographique et bibliographie).
13 Pour le Cod. 490 de Lucques (Lucca, Biblioteca Capitolare Feliniana) cf. Wirbelauer 1993, p. 182-83 ; pour le manuscrit de Leyde écrit à Fleury dans la 2e moitié du VIIIe siècle ou dans la 1ère moitié du IXe siècle cf. CLA 10, n° 1583 ; la tradition manuscrite autour de la cour de Charlemagne a été étudiée par Buchner 1926, cf. aussi Bauer 2004, p. 31. Le manuscrit de Cologne écrit dans le 1er quart du IXe siècle en France septentrional (l’origine supposée du scriptorium de Laon n’est pas vérifiable selon Bischoff 1998, p. 402 n° 1937) est accessible sur le site web http://www.ceec.uni-koeln.de/.
14 Mommsen 1898, p. XV (contra Duchesne 1886/1955, p. LII-LIII), cf. aussi la réaction duchesnienne dans Vogel 1957, p. 52, cf. la reprise du problème de la datation par Vogel 1957, p. 7-9. Sur le fond, la critique de Mommsen me paraît plausible : évidemment, Grégoire de Tours, Gloria martyrorum, 40, traite le même sujet que le Liber pontificalis, la fin malheureuse de l’évêque Jean en 526 suivie par la mort immédiate de Théodoric, présentée comme réaction divine contre le roi malfaiteur ; mais les deux récits ne montrent pas, selon mon impression, que Grégoire dépend du Liber pontificalis pour sa version.
17 Wirbelauer 1993, 2012 ; pour les Actus (sancti) Silvestri cf. les travaux de Pohlkamp 1983, 1984, 1988, 1992, 1995, 2007, 2008 et de Canella 2004, 2006 (Actus et Costantino), 2007, 2010 ; une discussion plus approfondie de l’évolution de la mémoire silvestrienne cf. Wirbelauer (à paraître).
18 Cf. la citation ci-dessus et n. 2 ; pour le cadre général cf. les travaux classiques comme Caspar 1933 ainsi que la synthèse magistrale très récente de Blaudeau 2012. Pour les rapports directs entre le conflit du début du VIe siècle et le Liber pontificalis cf. Carmassi 2003.
20 Cf. Mommsen 1898, p. XIV ; pace Mordek 1975, p. 55-56, il est toujours impossible de fixer la date d’origine de cette collection avec certitude (entre la 2e moitié du VIe siècle et le milieu du VIIIe siècle), cf. Zechiel-Eckes 2013, p. 38-40, cf. p. 70, pour la description cf. toujours Maaßen 1870, p. 613-624. Le troisième manuscrit de l’abrégé F (Bern, Burgerbibliothek, Cod. 225, IXe siècle) n’apporte rien à cette question, parce qu’il ne représente qu’un fragment, cf. Duchesne 1886/1955, p. LI, Mommsen 1898, p. LXX.
23 Prudence, Perist. 14 (hymne sur Agnès), éd. J. Bergman (CSEL 61) ; M. P. Cunningham (CC SL 126) ; cf. Schmidt 2003, p. 76, 235, 237, et surtout Fux 2003 ; pour l’insertion de cette inscription dans la tradition manuscrite cf. Ferrua 1942, p. 247.
24 Epigr. Damas. 71, éd. Ferrua 1942, p. 246-250 ; l’attribution à Damase se justifie par l’Epigr. Damas. 37, éd. Ferrua 1942, p. 175-178. Cf. aussi Pietri 1976, p. 47-51.
25 Cf. Ferrua 1942, p. 248-49 ; PCBE 2, p. 466 – notons que Ferrua 1942, p. 247, insiste sur le fait que l’inscription fut rajouté au IXe/Xe siècle dans le ms. Milan, Ambros. D. 36 sup. (datant du VIe/VIIe siècle) ; un seul manuscrit signale l’emplacement super arcum qui basilicam continet, les autres la place in absida basilicae. A ce propos, il convient de rappeler que cette église tombait en ruines au VIe siècle au plus tard, avant que Honore la reconstruit à un autre endroit, une centaine de mètres à l’est, cf. Krautheimer 1937, p. 14-38 ; Pavolini 2002, p. 1215 ; c’est pourquoi l’idée de Ferrua me paraît tout à fait plausible que l’inscription est passée par l’intermédiaire d’un recueil épigraphique (non conservé) dans les manuscrits de Prudence ou par une version plus ancienne des actes de la martyre (non conservée non plus).
27 Ce conflit constitue un argument parmi d’autres qui affaiblissent l’idée que les inventaires insérés dans la vie de Silvestre du Liber pontificalis remontent au IVe siècle (ou même à l’époque constantinienne). Leur terminus ante quem est constitué par la rédaction de la première version du Liber pontificalis, donc à l’époque d’Hormisdas au plus tôt, et il me semble même pas exclu que ces listes représentent en réalité l’état des choses du début du VIe siècle. D’ailleurs, les Documenta Symmachiana montrent bien la créativité du clergé urbain. Cf. Wirbelauer 2013, § 4-5.
29 Geertman, Documenti; 2003, p. 270 : « Così, alla nota 38, la tomba di S. Agnese riceve una lucerna aurea non riconosciuta prima. » en se référant à Geertman, Biografie, 2003, p. 300 n. 38 ; cf. aussi De Santis 2001, p. 63 n. 130.
31 Selon mon impression, Geertman s’est fait inspiré par Duchesne 1886/1955, p. CLXXV sans prendre en compte les remarques de Mommsen 1898, p. LXXX. Cf. aussi infra n. 37.
33 L’interprétation de Diefenbach 2007, p. 449 n. 164 (« Von dieser Ausstattung des Agnesgrabes haben sich keine archäologischen Überreste erhalten … Es ist wahrscheinlich, dass diese Marmorverkleidung des Agnesgrabes zu der legendarischen Nachricht beitragen hat, Liberius habe sich gegen Ende seiner Verbannung in S. Agnese bei der Kaiserschwester Constantina aufgehalten, um dort seine Rückberufung nach Rom zu erwirken ») part du malentendu que l’ancrage des récits « légendaires » dans le sol urbain aurait besoin d’une construction réelle de l’époque libérienne. Or, il ne discute pas l’origine de ces informations disons documentaires qui se seraient conservées jusqu’au début du VIe siècle malgré l’absence des archives épiscopaux et les incursions que la Ville a connues entre temps ; de plus, Diefenbach n’a pas bien compris la nature complexe des documents du début du VIe siècle qui n’ont pas toujours besoins des faits chronologiquement correctes pour justifier leur discours.
35 Pour Leopardus cf. Rüpke – Glock 2005, p. 1100-01 ; PCBE 2, p. 1293-94 ; Duchesne 1886/1955, p. 198. Isabelle Mossong en traite de manière approfondie dans sa thèse (mémoire rendu, soutenance prévue pour juillet 2014 à la Freie Universität de Berlin).
37 Ce passage montre l’intérêt de l’utilisation de l’édition mommsenienne qui affiche clairement l’absence de cette information de la classe I suite à un saut de ligne ; les utilisateurs de l’édition duchesnienne doivent consulter l’appareil critique pour comprendre le même fait ; Geertman 2003, p. 346, ne le documente pas du tout et donne donc l’impression mauvaise d’une tradition manuscrite unanime. Sur le fond cf. Esposito 2002, p. 1394.
41 Pour les documents de cette tradition complexe cf. Verrando 1981 et Wirbelauer 1993, p. 79-84 et p. 248-261 ; Diefenbach 2007, p. 470-72 émet l’idée que la tradition pro-félicienne a été promue par Félix III, tout en devant admettre le caractère hypothétique – comme son idée ne repose sur aucun ancrage dans notre documentation (pourtant assez riche), elle ne me séduit pas autant que Diefenbach. Cf. aussi Wirbelauer 1994/95, p. 424-430 ; Wirbelauer, Comment exiler, 2008 (version francophone allégée) et Exil, 2008 (version germanophone plus riche).
45 Duchesne 1886/1955, p. 164, 2-3 avec note 4 : « Le nom du cimetière ne s’est conservé que dans un petit nombre de manuscrits du groupe C. Il doit avoir disparu de bonne heure. ». Il est évident que la conclusion duchesnienne ne correspond pas à la méthodologie des éditions critiques : une interpolation de ces quelques manuscrits par les Gesta Liberii symmachiens semble beaucoup plus plausible.
47 Je me permets de reprendre ici une démonstration que j’ai publiée récemment dans un autre contexte, cf. Wirbelauer 2012, p. 185.
49 Documentum symmachianum concernant Polychronius de Jérusalem = SP 4-6, éd. Wirbelauer 1993, p. 272-273, cf. p. 86 n. 47.
50 Documentum symmachianum concernant Marcellin de Rome = SM 100, éd. Wirbelauer 1993, p. 290-91 avec n. 243.
51 Documentum symmachianum concernant Libère de Rome = Gesta Liberii = SL, 38-41, éd. Wirbelauer 1993, p. 250-251, cf. p. 82.
52 Cf. par exemple Février 1959, 23 qui rappelle l’historiographie antérieure. Cette critique concernant un point précis ne peut pas remettre en cause ni l’intérêt de l’article ni les qualités extraordinaires de l’auteur qui nous a appris beaucoup sur les catacombes romaines. Mais cet exemple montre encore une fois les pièges d’une utilisation trop rapide de l’édition duchesnienne.
53 Mommsen 1898, p. 92, 12-13 (Duchesne 1886/1955, p. 227, 9) ; le choix de Mommsen (sanctae au lieu de beatae, variante préférée par Duchesne) correspond mieux à la tradition manuscrite pas suffisamment documentée par Duchesne.
55 Février 1977 ; Diefenbach 2007, p. 467 n. 227, propose d’inverser l’argument : selon lui, les Gesta Liberii auraient provoqué l’enracinement de la tradition d’un baptême pétrinien dans la région du cimetière Ostrien ; mais il semble exclu que l’auteur des Documenta symmachiana aurait inventé un tel élément ex nihilo, dans le contexte difficile du schisme où il s’est trouvé.
56 Pour « Agnes » comme personnification de l’innocence: casta, pudica,ἁγνή cf. Thesaurus Linguae Latinae, vol. VI, 3, p. 2513, lin. 49-50.
Eckhard Wirbelauer, « Agnès et les évêques de Rome jusqu’au VIIe siècle: un plaidoyer pour une relecture historico-critique du Liber pontificalis », Mélanges de l’École française de Rome - Moyen Âge [En ligne], 126-1 | 2014, mis en ligne le 09 avril 2014, consulté le 21 octobre 2017. URL : http://mefrm.revues.org/1830 ; DOI : 10.4000/mefrm.1830
Université de Strasbourg, UMR 7044 (ArcHiMèdE) – wirbelau@unistra.fr