Source: http://guyenne.fr/ArchivesPerigord/SHAP/T27_1900/Trelissac.htm
Timestamp: 2020-02-18 22:54:22+00:00
Document Index: 50430921

Matched Legal Cases: ['arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'art 14']

Source : Bulletin SHAP, tome XXVII (1900),
CHAPITRE II. — histoire générale.
« Nous, maire et consuls, seigneurs hauts justiciers, comtes et barons, gouverneurs, juges civils, criminels et de police des ville, citté, banlieue et faux-bourgs et juridiction de Périgueux … [1] », c'est ainsi que se qualifiaient autrefois les administrateurs de l'agglomération périgourdine et de ses dépendances.
Le territoire actuel de la commune de Trélissac a, de temps immémorial, fait partie de la banlieue de Périgueux. Il est donc indispensable de rechercher au début de cette étude la nature des liens de droit qui régissaient les rapports des citoyens urbains de Périgueux et des habitants de la banlieue.
L'un des titres des Archives départementales de la Dordogne nous fournit des renseignements à peu près complets sur cette question. Le voici[2] :
Attestation faite, en 1684, par un certain nombre de personnes notables de Périgueux sur le requis de Jean Audebert et de Maurice Juglard, notaires royaux, bourgeois de la ville, pour constater que la ville de Périgueux et les six paroisses qui composent la banlieue[3] ont toujours été unies, sont gouvernées parles mêmes consuls et magistrats, jouissent des mêmes privilèges, supportent proportionnellement les mêmes charges ; que les officiers ont toujours exercé leurs fonctions tant dans la ville que dans la banlieue ; en un mot, que, suivant l'usage observé de tout temps, il n'a jamais été fait de différence entre la ville et la banlieue.
Malgré cette affirmation si nette, il est néanmoins certain que les droits et les devoirs des citoyens logés dans l'intérieur des murailles et ceux des habitants de la banlieue n'étaient pas identiques. C'est ainsi, par exemple, que les citoyens qui résidaient toujours dans l'enceinte ou ceux qui y avaient seulement une maison d'habitation à leur usage exclusif, étaient tenus de loger les gens de guerre de passage ou de payer le coût de leur logement dans une auberge. Ils étaient, par compensation, exemptés de l'impôt personnel et territorial appelé taille, perçu seulement sur les roturiers.
Les habitants de la banlieue, au contraire, devaient certaines corvées : convoyer les équipages des troupes de passage, transporter les matériaux nécessaires pour les réparations du pavé ou des bâtiments communaux, fournir la paille demandée pour les casernes... Ils étaient, en outre, soumis à d'autres charges spéciales[4].
Sous l'ancien régime et jusqu'aux premières années du XIXe siècle, Trélissac n'a pas eu de vie propre et indépendante. Son histoire est l'histoire de Périgueux. Je me verrai donc forcé, ce que je ferai le plus brièvement possible, de raconter certains épisodes de l'histoire municipale de Périgueux ou de la province de Périgord : je rendrai ainsi plus compréhensible le récit des faits importants qui ont eu pour théâtre le territoire de la paroisse ou qui ont apporté des modifications dans la situation de ses habitants.
Les habitants de la communauté avaient habilement profité des longues guerres avec l'Anglais qui désolèrent la province pour se faire reconnaître par les rois de France un certain nombre de droits fort enviables et se créer une situation privilégiée. Ces droits sont énumérés dans un grand nombre d'actes émanant, soit de la royauté, soit d'arrêts de Cours souveraines qui les mentionnent et en tirent les conséquences. « Feus nos prédécesseurs roys, dit Henri III dans ses lettres patentes de 1575, les ont reçeus à hommaige tout ainsi que les autres nobles de France[5], si les ont déclarés unis et incorporés à perpétuité à la Couronne de France... [6] ». Plus tard, en 1680, les consuls précisent les droits de leurs concitoyens[7].
Ils sont en possession de droits dévolus ordinairement au souverain : Justice haute, moyenne et basse ; nomination d'officiers publics, notaires et sergents. Ils appellent les milices sous les armes et les commandent[8]. Ils jouissent en toute liberté des droits que les municipalités actuelles ne peuvent exercer que sous le contrôle sévère du Gouvernement et des Chambres : établissement de taxes locales qui correspondent à nos droits d'octroi et de place et à nos centimes additionnels, droits de boucherie, de boulangerie, de minage, droits sur les pailles et foins, droits sur les marchands étrangers... faculté d'imposer sur les habitants de la ville et de la banlieue les sommes nécessaires aux affaires de la communauté... Enfin, privilèges encore plus appréciables, en ce qui concerne les dépenses publiques d'intérêt général, ils sont exempts de payer aucune taille ou impositions quelconques, ont pouvoir d'acquérir fiefs sans en payer aucune finance...
Outre les droits et privilèges concédés directement par les rois de France pour prix des services rendus, les habitants de Périgueux en avaient acquis d'autres au préjudice des seigneurs voisins contre lesquels ils luttèrent pendant de longs siècles et qu'ils virent peu à peu disparaître ou dont ils eurent le bonheur de triompher.
Leurs plus terribles ennemis furent les comtes de Périgord. Il est d'autant plus utile de parler de cette longue querelle que trop souvent le territoire de Trélissac fut le théâtre de la lutte et que les habitants de la paroisse eurent fort à souffrir des déprédations des bandes à la solde des comtes.
Les adversaires évoluaient sur un territoire si restreint et leurs.intérêts étaient si distincts que lors même que les partis eussent été de bonne foi, il n'eût pas été possible d'échapper à de perpétuelles difficultés : mais, du moins, dans ce cas, on eût pu arriver à trouver un modus vivendi qui eût permis d'éviter les haines et les cataclysmes. La lutte engagée sur un plus vaste théâtre entre les Anglais et les Français compliquait encore la situation, car chacun des combattants avait besoin d'alliés et était disposé à pardonner beaucoup à condition qu'on l'aidât un peu.
Au début, les bourgeois et le comte se craignent réciproquement autant qu'ils se haïssent. C'est l'époque où ils plaident autant qu'ils se battent, et on aboutit à des transactions appliquées pendant quelques années.
En 1204, le comte et les délégués de Périgueux se rendent auprès de Philippe-Auguste dans son camp devant Rouen. Après avoir entendu l'exposé des droits de chacun, le roi reçoit, par deux actes concomitants, mais séparés, l'hommage et le serment de fidélité du comte de Périgord et de la ville de Périgueux.
En 1247, nouvelles prétentions du comte. Les parties plaident devant saint Louis qui déboute Archambaud de sa demande. Il est déclaré qu'il est sans droits sur la seigneurie du Puy-St-Front, qu'il n'a aucun pouvoir pour investir les consuls, pour se mettre à la tête de la ville ou exercer la police sur le mesurage des blés.
En 1280, on règle les droits du comte et de la municipalité pour la Justice.
En 1311, Brunissende de Foix, veuve en secondes noces d'Hélie VII, peut, sans difficultés, comme tutrice de son fils aîné Archambaud IV, faire prêter les serments de fidélité et recevoir les hommages des principaux vassaux parmi lesquels nous remarquons :
1°Jean de Clarens, une paire d'éperons dorés d'acapte pour ses terres de Trélissat.
2° Hélie Monain, pour ce qu'il acheta, avec sa mère, dans la môme paroisse, du dit Jean de Clarens.
3° Pierre de Périgueux, pour ses domaines et droits de Trélissat, du territoire des seigneuries de Périgueux.
4° Hélie de Périgueux, pour ses domaines de Trélissat.
A partir de l'avènement de Roger Bernard, frère et successeur d'Archambaud IV, la lutte prit un caractère de plus en plus grave, jusqu'au moment où les violences et la mauvaise foi de ses successeurs, Archambaud V et Archambaud VI, compromirent définitivement leur cause et firent consacrer par la royauté le triomphe de la ville-
En 1341, Roger Bernard échangea avec le roi de France la seigneurie de Bergerac contre certains avantages, parmi lesquels la perception de revenus perçus par moitié avec le chapitre, tel que le droit du commun dû par plusieurs localités, notamment par Trélissac.
Le comte ne voulut pas se contenter du lot qui lui était échu. Fort de l'amitié de Jean-le-Bon, il arracha à la faiblesse de ce monarque la perception complète du droit du commun. Mais, ne voulant rien brusquer, il leva des troupes sous le prétexte de poursuivre les pillards qui couraient la province pendant la trêve entre les Anglais et les Français. Le maire et les consuls de Périgueux furent avertis le 21 .juin 1352 « par quelques amis de la ville... désireux de prendre soin de son. honneur et de son intérêt... que le comte de Périgord avec toutes ses forces, de l'obéissance des deux seigneurs, le roi de France et le roi d'Angleterre, voulait à tort ou à raison faire la guerre à feu et à sang au Puy-St-Front, et avait l'intention, de détruire... tous les bleds et toutes les vignes des bourgeois, remplir de soldats et de pillards toutes les églises et autres lieux, des environs... garnir et occuper les églises de Champsavinel et Treillissac »[9] .
Les consuls s'étaient laissé surprendre et n'étaient pas en mesure de se défendre utilement. Ils firent quelques concessions pour laisser passer l'orage, dans un traité conclu avec le comte le 7 juillet 1352. Mais cette fois c'en était trop! Une guerre à mort s'engagea entre les adversaires. Les consuls se tournèrent résolument du côté des rois de France queues comtes lassèrent par leurs brutalités, leur arrogance et leurs défections successives.
Les derniers actes de cette sanglante tragédie eurent lieu sous les comtes Archambaud V et Archambaud VI, et ont été traités d'une manière définitive par M. Dessalles dans son Histoire des deux derniers comtes de Périgord.
La situation n'était pas égale pour les belligérants. Les comtes, cantonnés dans leurs places fortes et leurs châteaux qui commandaient une grande partie du Périgord, pouvaient se ravitailler facilement et recruter de nouveaux soldats. Les Anglais les aidaient dans leur œuvre de dévastation. La banlieue, où Périgueux aurait dû trouver les ressources nécessaires pour soutenir la lutte, était ravagée par les pillards, et les récoltes à peine arrivées à maturité étaient enlevées avec les travailleurs.
Beaucoup de ces faits de guerre se sont passés sur le territoire de Trélissac. J'en mentionne quelques uns.
En 1352, les consuls envoient deux hommes à Trélissac pour savoir « si les Francès eran deycofis. »
Le 1er mars 1372, quatre hommes sont envoyés « per las vinhas » pour dire aux gens de se retirer parce qu'il y avait des Anglais en embuscade autour de la ville.
Le 17 septembre 1375, l'année où Du Guesclin fit sa campagne de Périgord, les consuls font ensevelir un homme tué par les Anglais au moulin « del Monar »
En 1382, cent chausse-trapes sont placées dans les bois entre Trélissac et Antonne[10].
En 1385, Archambaud V refusa de reconnaître le traité de pariage conclu en 1317, entre les consuls et Brunissende de Foix, et pour briser la résistance des habitants du Puy-St-Front, il engagea les hostilités, avec d'autant plus d'ardeur que tous les alliés de ceux-ci étaient occupés à se défendre contre les incursions des pillards anglais.
Périgueux était presque entièrement entouré par les châteaux et les places fortes appartenant au comte. Un seul côté, le nord-est, restait libre et permettait de se ravitailler vers Thiviers et Limoges. Le château de Caussade commandait cette route. En 1386, Archambaud le fit assiéger par ses partisans cantonnés à Auberoche. Cette première attaque échoua. Pour se venger, les soldats du comte pillèrent et incendièrent les villages des environs après avoir forcé les habitants à payer rançon pour .racheter leur vie[11].
Les hostilités continuèrent pendant longtemps, d'autant plus terribles que le comte, accablé par la maladie, ne sortait plus de son château de Montignac et laissait toute latitude à ses lieutenants. Parmi les faits qui intéressent Trélissac, il convient de citer la prise d'assaut du château de la Rolphie par les bourgeois de Périgueux commandés par Arnaud de Barnabé, que ses compatriotes récompensèrent, l'année suivante, en le nommant maire de Périgueux, et une incursion de la garnison d'Auberoche qui tua une personne et en blessa plusieurs autres devant l'hôpital de l'Arsault.
Les souffrances du peuple devinrent si vives et la situation si grave, que les consuls obtinrent des ministres du malheureux Charles VI de faire assigner le comte devant le Parlement de Paris. Il va sans dire que, quand même Archambaud V n'eût pas été cloué par la maladie au fond de son repaire, il n'eût pas obéi à la sommation, mais cet acte n'eut aucune influence sur sa conduite.
Le procès traîna en longueur, grâce aux puissantes protections du comte de Périgord. Cependant le Parlement se décida à rendre, le 3 février 1397, un arrêt qui déclara Archambaud et ses complices coupables de tous les crimes à eux imputés, avec la clause expresse « qu'il ne leur sera jamais loisible de dire ou de faire, sous quelque prétexte que ce soit, rien qui leur permette de recommencer le procès. La Cour les condamna en outre, notamment, à payer la somme de trente mille livres tournois à titre de dommages-intérêts, et, « s'ils peuvent être trouvés et appréhendés, à rester en prison jusqu'à ce qu'ils aient pleinement satisfait à ces choses. » Enfin elle bannit à perpétuité du royaume de France Archambaud et ses complices, et déclara à jamais confisqués les biens qui leur resteraient après satisfaction faite.
Ce dénouement avait été hâté par un fait grave qui démontrait la nécessité d'en finir avec les comtes de Périgord.
J'ai dit plus haut l'importance du château de Caussade. Il est situé sur le plateau, au milieu des bois, à proximité de Périgueux et d'une des routes les plus fréquentées aboutissant à cette ville. C'était un poste avancé dont la prise devait mettre les défenseurs du Puy-St-Front dans une situation très précaire. Caussade appartenait alors à Jeanne Vigier, épouse en secondes noces d'un écuyer du pays de Guyenne, Henri de Cugnac, lequel avait toujours tenu le parti de l'Anglais »[12]. Les époux de Cugnac, sentant probablement que le roi de France gagnait du terrain et voulant rentrer en grâces auprès de lui, firent leur soumission officielle. Ils obtinrent des lettres par lesquelles le roi « avait remis et pardonné toute la peine, amende et offense. » Mais par mesure de prudence, Mondisson de la Chassagne fut nommé gouverneur de la forteresse le 22 novembre 1395. Celui-ci choisit pour lieutenant Guillaume Mosnier, de Thiviers, qui eut le commandement effectif. Malgré la prise de possession du château par les agents du roi, et quelques semaines après cet événement, au commencement de 1396, les troupes qui tenaient Auberoche pour Archambaud, tentèrent un nouveau coup de main[13]. L'assaut réussit. Guillaume Mosnier, blessé, fut fait prisonnier avec tous ceux de la garnison qui ne périrent pas. Les vaincus furent emmenés à Auberoche et enfermés dans les cachots de cette forteresse. Mosnier fit vainement appel au roi. Les vainqueurs le mirent à la torture et le pendirent.
Ce fut le signal de nouvelles déprédations dont souffrirent plus particulièrement les habitants de Trélissac soumis aux incursions de la nouvelle garnison de Caussade.
Archambaud V survécut à peine quelques jours à l'arrêt qui le frappait. Peut-être même ne le connut-il pas?
Il laissait plusieurs enfants, parmi lesquels son fils aîné, Archambaud, retiré en Saintonge, auprès de sa mère. Lorsque ce dernier apprit la mort de son père, il vint prendre possession du comté de Périgord comme si la situation eût été intacte, el sans se préoccuper de l'arrêt du 3 février 1397. Dès le premier jour, il se montra encore plus violent et plus féroce qu'Archambaud V.
Pour faire cesser les brigandages du nouveau comte, Jean d'Arpadène, sénéchal du Périgord, et Guillaume Le Bouteillier, sénéchal du Limousin, à la tête d'une petite troupe levée par eux ou fournie par la municipalité de Périgueux, se mirent en campagne le 18 juin. Mais Le Bouteillier fut blessé et Archambaud VI résista presque partout victorieusement. Enfin, un an après l'arrêt du Parlement, le 12 février 1398, les délégués de Périgueux, appuyés par le duc d'Orléans qui convoitait le comté de Périgord, parvinrent à faire expédier au sénéchal de Périgord et au premier huissier du Parlement des lettres pour faire ramener l'arrêt à exécution.
Guillaume de Lespine, huissier au Parlement de Paris, délégué à cet effet, n'osa pas aller sommer directement Archambaud VI, dans son repaire de Montignac. Il se contenta de se rendre à la Rolphie et à la Cité et de faire publier l'arrêt par le crieur public. Archambaud savait par ses amis ce qui avait été décidé contre lui et il n'avait pas besoin d'être touché par la citation pour être renseigné. Il n'eut garde de se présenter.
Lespine mit donc en vente tous les biens du comte, notamment : « item touz les cenz, rentes, bouades, seignourieset aultres droiz et debvoirs quelconques que le d. comte avoit et levoit en la paroisse de Treillissac, miz à priz par le d. procureur au d. nom et en deduccion come dict est, à la somme de quatre cens livres tournois. »
Pendant que se poursuivait cette procédure sur la place de la Clautre, à l'abri des remparts de Périgueux, Archambaud VI se rendait chaque jour coupable de nouveaux crimes. L'un des plus épouvantables fut commis aux portes de Périgueux. La garnison d'Auberoche enleva un jour quarante paysans qui travaillaient les vignes plantées sur les coteaux de Trélissac. Vingt-deux-autres cultivateurs et la fille d'un sieur Jean Debert, croyant échapper au sort de leurs camarades, s'enfuirent et se cachèrent dans un « cluzel qui es en las costas de Larsaut en una vina de Joh. Debert. » Mais ils furent aperçus dans ce refuge. Les soldats d'Archambaud firent brûler du soufre et asphyxièrent ces malheureux[14]. Pour sauver la vie des quarante paysans prisonniers, le maire et les consuls durent livrer au comte, en échange, quatre de ses complices qui étaient dans les prisons de Périgueux.
Enfin, après quatre enchères ou subhastations à huit jours d'intervalle, tous les biens saisis, moins « la moitié de la cour du célérier », furent adjugés moyennant la somme de 9800 livres au notaire Guillaume de la Roche, seul enchérisseur, agissant pour le compte de la communauté de Périgueux[15].
Cette vente ne pouvait être régulière et définitive que tout autant qu'elle serait validée par la Cour, en présence du saisi, de ses représentas, ou tout au moins avant de donner défaut contre lui, après qu'il aurait été régulièrement cité.
Or, si de Lespine avait pensé, au début de la procédure, qu'il était dangereux d'aller citer le comte à comparaître, en parlant à sa personne, les faits dont il avait été témoin depuis qu'il habitait Périgueux l'avaient rendu encore plus prudent. Dans son nouvel acte d'ajournement devant la Cour, il expose les faits qui l'obligent à suivre les mêmes errements, aussi, ajoute-t-il : «Je ne eusse ausé, senz péril de ma personne aller en nulz des lieux du d. Archambaud, pour lui faire aucuns adjournemens, au d. lieu du Claustre, et aussy à la derrenière barrière qui est dehors lad. ville, du cousté devers le pont qui va droit à Montignac, ou y celui Archambaud fait son domicile, ce d. jour, à voix, cry et son de trompe, par la bouche du d. crieur, en yceulx lieux, adjournay le d. Archambaud filz, à estre et comparoir par devant vous mes d. seigneurs au d. Parlement, au vint-neufviesme jour du moys d'avril prouchain, ensuyvant que l'en dira quatre vins et dix-huit (1398) pour là veoir par vous mes d. seigneurs, interposer et faire l'adjudicacion du décret des héritages ci-dessus déclarés. ...»
Archambaud VI persista dans son attitude. Par arrêt du 19 juillet 1399, le Parlement de Paris valida la procédure. L'arrêt reconnut les droits du chapitre de St Front sur la moitié de la juridiction de la cour du célérier. Les autres biens saisis furent définitivement attribués à la communauté de Périgueux moyennant 7800 livres, à déduire sur les 30,000 livres dommages et intérêts qui lui avaient été alloués par l'arrêt du 3 février 1397.
L'arrêt prononçait enfin la confiscation des biens du comte et le bannissait du royaume.
Le Parlement ne faisait que consacrer une situation déjà bien nette. Le maréchal Boucicaut avait été chargé de mettre Archambaud VI à la raison. Celui-ci avait réuni à la fin de 1398 une petite armée, avec quelques pièces d'artillerie fournies par Périgueux. A la suite d'un siège de deux mois, le comte avait été forcé de capituler dans sa forteresse de Montignac. Le roi lui ayant accordé la vie sauve, il traîna jusqu'à ses derniers jours une existence misérable et abandonnée.
Les ennemis d'Archambaud se partagèrent ses dépouilles. Le grand seigneur qui avait été un des plus fervents soutiens de Périgueux, Louis d'Orléans, un des fils de Charles V, se fit attribuer le comté de Périgord. Le 26 juillet 1400, Regnaut de Sens, en prit possession en son nom.
Il constate que parmi les droits appartenant autrefois au comte, et acquis par Périgueux à la suite des incidents que nous avons notés plus haut, on trouve :
« Item, tous les cenz, rentes, boades, seigneurie et autres droiz et devoirs quelconques que le comte avoit et levoit en la parroisse de Treillissac...»
Item, s'ensuivent les coustumes appartenens aussi au prévost tant seulement...
Item, est assavoir qu'esd. deux paraisses de Treillissac et Champsavinel, contenues en leur décret, appartient toute haulte justice; et là, avoit juge qui ressortissoit devant le d. juge des appeaulx ; et sont à une lieue françoise de la d. cité de Pierregueux, auquelles aussi appartient un devoir qui est appelé boade ; c'est assavoir, pour chascune paire de bœufs estans esd. lieux, XII d. paiez une foiz l'an...»
La disparition des comtes de Périgord ne fit pas cesser les maux qui accablaient le pays. La guerre avec les Anglais et les incursions continuelles des pillards ruinaient les agriculteurs, entraînaient une grande misère et de telles privations que le terrain était admirablement préparé pour la propagation des plus cruelles épidémies.
En 1400, puis en 1523, la peste ravagea Périgueux et ses environs pendant de longs mois. Il faut signaler aussi en 1484 une épidémie de « ladrerie » sur le territoire de la paroisse de Trélissac.
Comme si les éléments voulaient aider les hommes dans leur œuvre de dévastation, en 1410, un ouragan ravagea la paroisse, et sa violence fut telle qu'il emporta le moulin de Barnabe !
C'est sur le territoire du Périgord que se livre la bataille de Castillon, à la suite de laquelle les Anglais sont chassés de la France[16]. Mais leurs soldats débandés courent les campagnes et restent la terreur des paysans. La rude main de Louis XI essaye de mettre un peu d'ordre dans ce gâchis. Ses successeurs, pendant longtemps, n'ont d'autre objectif que la conquête de l'Italie, et laissent l'administration du royaume au second plan. Alors les petits pouvoirs, seigneurs de second ordre, communes ou municipalités, chapitres peuvent se disputer entré eux et s'affaiblir réciproquement pourvu qu'ils ne s'avisent pas de porter ombrage au roi.
C'est dans cette période que nous trouvons les longs démêlés des seigneurs de Caussade avec le Puy-St-Front.
Nous arrivons aux guerres de religion. Périgueux se range du côté des catholiques : les Cugnac de Caussade se font protestants, et jouent un rôle d'autant plus actif que comme, pour un grand nombre de seigneurs huguenots de celte époque, il s'agit pour eux, en faisant triompher leurs croyances, d'en tirer un profit immédiat et tangible.
Malgré des succès partiels, les hostilités ne furent pas constamment favorables au seigneur de Caussade. Son château fut pris par une troupe commandée par des Bories et de Montardit, seigneur de la Beylie, enseigne de la compagnie du sénéchal André de Bourdeille. M. Dujarric-Descombes, qui a publié, dans le Bulletin historique du Périgord, des lettres provenant du fonds St-Astier, dans l'une desquelles est mentionné ce fait d'armes, le place entre 1570 et 1577. Il eut lieu probablement après que Cugnac eût été chassé de Périgueux par suite de ses violences, mais celui-ci ne tarda pas à rentrer en possession de son domaine[17].
En l'année 1576, Jean de Cugnac, d'accord avec les seigneurs de Meymy et de Lardimalie, négocia avec l'un des consuls de Périgueux, François Philippe, la prise de cette place par surprise. Le 6 août, la trahison eut plein succès, et Langoiran s'empara de la ville[18]. Il y laissa Cugnac comme maire, Cugnac le vassal du Puy-St-Front et son plus mortel ennemi !
Ce dernier ne songea qu'à satisfaire son avidité et ses rancunes, et il se rendit bientôt aussi insupportable à ses amis qu'aux habitants du Puy-St-Front. Il fut obligé de se retirer dans son château de Caussade[19].
Son successeur, Tranchard, essaya de pressurer les habitants de la banlieue : mais il fut constamment battu.
A l'avènement de Henri IV, le comté de Périgord fut réuni définitivement au royaume.
On respire pendant quelques années et on essaye de réparer les désastres accumulés par plusieurs siècles de malheurs publics. On n'en a pas le temps. Les troubles et les guerres recommencent pendant la minorité de Louis XIII et ne cessent en réalité qu'au milieu du XVIIe siècle, quand les efforts de Richelieu et de Mazarin ont réussi à assurer l'omnipotence absolue de la royauté.
Le Périgord est une des contrées les plus troublées de la France, et la paroisse de Trélissac subit le contre-coup de ces tempêtes.
En 1625, Sauvebœuf, chef des ligueurs, essaye de s'emparer de Périgueux. Balthazar de Gachéo l'attaque à la Combe-des-Dames, le repousse de coteau en coteau jusqu'au plateau de Septfonds, où sa victoire est complète. Sauvebœuf se hâte de descendre les pentes rapides qui le mènent à Trélissac, et il se barricade dans l'église pour pouvoir y passer la nuit. Mais ne se trouvant pas assez en sûreté dans cette forteresse improvisée, il s'enfuit dès le lendemain[20].
CHAPITRE XII. - Juridiction, Justice, Police.
Le droit de rendre la justice est un des apanages les plus importants de la souveraineté : aussi n'est-il pas étonnant que le Puy-Saint-Front, le comte de Périgord, le Chapitre, l'Evêque et le Roi, aient fait tous leurs efforts pour s'en emparer en tout ou en partie. L'auteur du Mémoire pour la ville de Périgueux soutient que le Puy-Saint-Front doit sa situation exceptionnelle de ville privilégiée, autant aux anciens droits qui lui viennent du municipe romain qu'aux diverses concessions faites en sa faveur par les rois. Mais en serrant l'histoire d'un peu près, il est facile de voir que les habitants de Périgueux, réfugiés dans une ville forte, difficile à prendre, et placée sur la lisière des possessions de deux puissants rois en lutte pendant de longues années, représentant une des rares forces organisées restées debout dans ce pays dévasté par la guerre, se firent reconnaître facilement par les belligérants qui avaient besoin d'eux, une série de droits ou de libertés que leur politique habile et persévérante accrut peu à peu, soit en profilant de la ruine de leurs adversaires directs, soit en achetant à beaux deniers comptants ce qu'ils ne purent obtenir de bon gré ou par la force.
Dès le début, la ville s'était débarrassée d'une partie des droits que le comte de Périgord exerçait intra muros. Moyennant le paiement d'une rente annuelle de vingt livres, elle avait acheté l'exercice des droits de justice criminelle[21] dans cinq cas : le rapt, l'adultère, l'homicide, les violences faites avec port d'armes et le faux mesurage du sel, de l'huile et du vin.
Plus tard, des difficultés s'étant élevées sur l'application de cette convention, et notamment sur l'étendue de la juridiction conférée à la ville, il intervint, en 1286, une transaction qui engloba la banlieue dans la juridiction municipale, mais porta à 40 livres la redevance annuelle à payer au comte à titre de dédommagement. On devait en plus un marbotin d'or d'acapte à chaque changement de comte. Cette transaction fut approuvée par le Roi.
Dans l'enquête de 1305, on prit soin d'expliquer que le comte n'avait pas le droit déjuger, mais seulement celui de percevoir les amendes imposées en punition du crime.
Le Puy-Saint-Front et le comte de Périgord n'étaient pas seuls à émettre la prétention de rendre la justice sur le territoire de la banlieue. Un litre de 1297 nous apprend qu'une autre transaction intervint entre Hélies Talayran de Pierregort et Pierre de Chastanet, rector, « pour raison de la justice de dixmes de Tralissac, par lequel appointement la dixme demeura audit recteur la haute justice audit seigneur à cause de la justice de la ville de Périgueux[22] ».
Dès qu'ils eurent acquis le droit de justice extra muros, les consuls n'eurent d'autre préoccupation que de bien délimiter le territoire sur lequel ils pourraient opérer à l'avenir. D'après les témoignages recueillis dans l'enquête de 1333, les témoins, et notamment un certain Géraud Lefort, d'Atur, rapportent que d'après l'opinion commune, les croix de la banlieue ont été plantées lors de la délimitation de la juridiction consulaire.
Tous les titres sont d'accord pour placer tout le territoire de la paroisse de Trélissac dans les limites de la juridiction du Puy-Saint-Front. C'est pour assurer l'exercice de leurs droits que les maires Guillaume Chaluel, en 1302 et 1304, et Léger Barrière, en 1320, se transportent à la Moite de Paris, près de Septfonds et en chassent les gens du comte.
Les archives communales de Périgueux abondent en documents qui prouvent avec quel soin jaloux, jusqu'à la fin de l'ancien régime, les municipalités qui se sont succédées à Périgueux ont fait relever les bornes de leur territoire, et ont rendu la justice à l'extrémité de la banlieue, notamment à la Pouretie, à Caussade, à Septfonds[23].
Malgré les transactions intervenues, le comte obtint du roi de France, en 1344, l'autorisation d'établir un juge d'appel dans son comté[24]. Nous ne connaissons pas les attributions qui turent conférées à ce magistrat. Mais il subsista longtemps, car nous le trouvons mentionné dans l'acte de prise de possession du comté de Périgord, du 26 juillet 1400, au nom du duc d'Orléans, après la défaite définitive d'Archambaud VI. Ce même acte nous apprend, en outre, que la juridiction du juge d'appel s'étendait sur deux paroisses de la banlieue, Champcevinel et Trélissac.
« Item, est assavoir qu'esd. deux parroisses de Treillessac et de Champsavinel, contenues en leur décret, appartient toute haulte justice; et là, avoit juge qui ressortissoit devant le juge des appeaulx ; et sont à une lieue françoise de la d. cité de Pierregueux, aussi auxquelles appartient un devoir qui est appelé boade pour chascune paire de bœufs estans esd. lieux, XII deniers païez une fois l'an ».
Ce titre nous apprend aussi que le comte continuait à faire rendre la justice par un magistrat de première instance.
Nous ne connaissons aucun document qui nous permette de dire quelles étaient ses attributions, et s'il jugeait d'après le droit romain ou d'après une coutume.
Le roi avait intérêt à ménager les deux partis. Aussi à peine eut-il accordé au comte le droit d'instituer un juge de première instance et un juge d'appel, qu'il décida, en 1347, que les habitants de la ville et de la cité ne plaideraient plus qu'au Sénéchal ou au Parlement. Celte concession de Philippe VI de Valois fut confirmée, en 1364, par le prince de Galles qui décida que les habitants « devront être cités par notre procureur, au Parlement qui sera institué par notre père, à cause de sa supériorité sur le duché de Guyenne.[25].
D'autres contestations s'élevèrent entre la ville de Périgueux et les Cugnac, seigneurs de Caussade. Le règlement de cette affaire dura plus de quarante ans[26].
Le 29 décembre 1474, Louis XI donnait ordre à son sénéchal de Périgord d'évoquer la cause pendante entre les maire et consuls de Périgueux et Jean de Cugnac, écuyer.
Les premiers se plaignaient que le seigneur de Caussade
« Depuis ung an en ça ou environ, s'est voulu sans tiltre ni raison, dire et porter seigneur justicier du dict lieu et parroisse de Treillissac, et soubz umbre de ce, a faict et perpétré, avecques certains de ses filz et serviteurs, et aultres allez et complices, plusieurs grans excès, port d'armes, voies de fait et surprimes sur la dicte ville et jurisdiction d'icelle ».
Malgré les prétentions de leur adversaire, les maire et consuls, pour bien affirmer leurs droits, voulurent aller, en décembre 1490, tenir leur Cour à Caussade, qu'ils persistaient à déclarer être soumis à leur juridiction, puisque le château était sur le territoire de la paroisse de Trélissac; mais Cugnac et ses gens se précipitèrent sur eux, les frappèrent et les forcèrent à prendre la fuite.
Les droits des maire et consuls ne devaient pas être aussi bien établis qu'ils le soutenaient, car ils ne purent arriver à les faire reconnaître d'une façon certaine, et ils furent obligés de transiger. Par acte du 17 novembre 1509, Jean de Cugnac déclara que ses prédécesseurs avaient déjà cédé à la communauté la vigerie et justice, tant dans la ville qu'à Trélissac, et quelques autres droits dénommés dans l'acte, et il en fit une cession nouvelle et définitive moyennant le paiement en quatre annuités de 500 livres tournois.
Dans la quittance du dernier pacte, en date du 15 janvier 1514, noble Jean de Cugnac est qualifié « seigneur de Florimont en Sarladays et de Caussade en la banlieue et juridiction de Périgueux».
A partir de cette époque, Trélissac paraît avoir suivi le sort de Périgueux au point de vue de l'administration de la justice (…).
CHAPITRE XIII. - Impôts.
Il ne peut entrer dans le cadre de cette notice de faire une étude complète des charges qui pesaient autrefois sur les contribuables de Trélissac. Je vais donc me contenter dé fournir quelques renseignements particuliers qui me paraissent intéressants.
Au point de vue général, il faut rappeler quelques-uns des articles de la Déclaration de 1680:
Les maire et consuls de Périgueux perçoivent, au nom de la communauté, les droits de leyde, de [boucherie, de minage, de boulangerie, et ceux appelés la coupe du saumon, les lods et ventes, la vinade, les pailles et foins, les marchands étrangers. Ils ont pouvoir d'acquérir fiefs et arrière-fiefs sans en payer aucune finance.... ils sont exempts de payer aucunes tailles ou impositions quelconques… ils ont pouvoir et faculté d'imposer sur les habitants de la ville et de la banlieue les sommes nécessaires aux affaires de la communauté...
Tous ces privilèges n'avaient pas toujours existé, et les consuls avaient été obligés, à plusieurs reprises, de négocier pour se débarrasser d'impôts gênants ou de les racheter à beaux deniers comptants.
Un fait relevé dans les Archives communales de Périgueux prouve qu'en matière d'impôts les droits des maire et consuls, si nettement affirmés par ceux-ci, n'ont pas été toujours reconnus sans conteste par tout le monde. En effet, en 1400, on accorda une gratification de 10 s. t. à Pierre Fumat, chapelain de Trélissac, pour avoir exhorté ses paroissiens à payer leurs tailles au comptable de l'Hôtel de Ville de Périgueux, et à reconnaître ainsi les droits de la municipalité. A ce moment la puissance du comte de Périgord était bien définitivement abattue, el on ne peut dire que les contribuables de Trélissac ne voulaient pas payer les impôts entre les mains des représentants de la municipalité par crainte de payer deux fois, ou par peur de subir les représailles du puissant ennemi du Puy-St-Front. On est donc forcé d'admettre que les droits invoqués par Périgueux étaient loin d'être, établi s d'une manière indiscutable.
Parmi les anciens impôts, il faut dire quelques mots d'un des plus lourds, disparu depuis des siècles, au moins sous son nom et sous sa forme primitifs : « le Commun de la Paix. »
D'après Moreau de Vormes, dans son Mémoire pour la ville et cité de Périgueux, on appelait Commun de la Paix cette imposition établie autrefois pour l'entretien des troupes destinées à faire garder la trêve de Dieu. Mais, suivant la coutume, pour les impôts établis pour un objet déterminé, la perception du Commun de la Paix survécut aux besoins pour lesquels il avait été créé, et il fut probablement employé à rémunérer d'autres services publics. Aussi quelques auteurs ne lui ont-ils pas attribué son véritable caractère.
Quoiqu'il en soit, dès 1256, dans le compte des revenus de la Baillie du Périgord, rendu en la Chambre des Comptes, on trouve le Commun de la Paix et le pariage de St-Front appartenant au duc d'Aquitaine. Après celui-ci, l'impôt fut perçu au profit du Roi.
Roger-Bernard, fils d'Archambaud IV comte de Périgord et de Jeanne de Pons, qui tenait de sa mère la seigneurie de Bergerac, l'échangea à Philippe VI de Valois, contre certains autres domaines et quelques droits, parmi lesquels celui de percevoir le Commun de la Paix sur diverses paroisses, notamment sur Trélissac. La paroisse ne put donc bénéficier de la mesure d'abolition prise par Charles V pour s'attirer la bienveillance des populations dans sa lutte contre l'Anglais. Il fallut attendre la mise aux enchères d'Archambaud VI pour voir passer ce droit à la communauté du Puy-St-Front, adjudicataire de tous les biens du comte.
Il ne fut pas cependant supprimé complètement, puisque par lettres patentes de 1495, Charles VIII enjoignit aux Elus de percevoir plusieurs impôts, parmi lesquels le Commun de la Paix, pour une somme de 14.500 livres[27].
C'est la dernière fois qu'est mentionné cet impôt, d'autant plus dur à supporter qu'il était perçu tout entier sur le Tiers-Etat.
Au moment, si important pour l'histoire de Périgueux où la ville voit disparaître ses terribles ennemis, les comtes de Périgord, il est intéressant de connaître le prorata fourni par la paroisse de Trélissac dans les budgets de la communauté. En 1408, il s'agissait de rétablir la partie des murs du Puy St-Front, compris entre la tour de Giraudo et la tour Mataguerre. Une taille spéciale fut levée sur les habitants et produisit 413 livres, 9 sols, 10 deniers tournois. Trélissac fournit pour sa part 14 livres, 7 sols, 1 denier tournois, soit environ la 31e partie[28].
CHAPITRE XIX. — BARNABE.
En 1438, le Terrier des Barnabe, — qui est une des curiosités de la bibliothèque communale de Périgueux, — porte la mention suivante : « lo molin appellat lo molin del Prat.... entre le molin qui fut de Corbarant Vigier, à présant détruit, duna part, et le molin de St-Front dautre ….. ». Le moulin de St-Front, après avoir subsisté plus longtemps que celui de Corbarant Vigier, a lui aussi disparu de nos jours, et lo molin del Prat, auquel la puissante maison de Barnabe, qui l'a possédé pendant si longtemps, a donné son nom, est aujourd'hui placé sur la rive droite de l'Isle, entre le moulin des Mounards en amont et celui de Ste-Claire en aval. Il est probable qu'il compte parmi les plus vieux moulins de la région, car, d'après le document déjà cité, il existait en 1299. Ce n'était, du reste, qu'un moulin à deux paires de meules, et il est vraisemblable qu'il n'était pas construit bien solidement, puisqu'il fut emporté presque tout entier par l'inondation de 1410.
Sa situation près des fortifications de l'Arsault semblait le prédestiner à jouer un rôle pendant les guerres qui ont si longtemps dévasté la contrée. Les archives de Périgueux mentionnent deux faits qui prouvent qu'à diverses reprises les gens de guerre avaient jugé nécessaire de s'en emparer. En 1498, la municipalité de Périgueux paye « 15 sols (au chirurgien) Maroto le barbier » pour la dépense des « alacays » (coureurs de grands chemins) blessés au moulin de Barnabe. — En 1578, les ennemis de Périgueux soudoient Antoine Duchier, meunier du moulin de Barnabe ; mais celui-ci est pris, et il est soumis à la question préparatoire, comme accusé de trahison et de conspiration contre la ville de Périgueux, en vertu d'une sentence rendue pendant que la Cour présidiale réside à Saint-Astier.
Dès 1323, la famille de Barnabe joue un rôle important dans l'histoire de Périgueux. Hélie, que nous trouvons quatre fois consul jusqu'en 1339, est un de ceux qui discutent et rédigent le traité de 1330 qui règle les droits des habitants du Puy-St-Front et de la Cité. - Un autre Hélie est si riche qu'il peut prêter à Du Guesclin, pour lui permettre de continuer sa route vers l'Espagne en 1365, cinq cents francs d'or sans intérêts. Il fut maire en 1377 et 1381. — Arnaud fut en 1398 un des trois chefs des Périgourdins qui assistèrent le vicomte de Meaux à la prise du château de la Rolphie. L'année suivante, ses compatriotes l'élurent maire pour le récompenser. Nous le trouvons encore à la tête de la municipalité en 1407 et en 1415.
L'Arsault était, d'après quelques titres des archives de Périgueux, un des sept quartiers de la ville, tout au moins à certains points de vue. Il faisait cependant partie de la paroisse de Trélissac qui fut toujours classée dans la banlieue de Périgueux. Nous avons vu aussi qu'il y avait une enclave de l'Arsault. Ce petit coin de terre présentait donc, au point de vue administratif, une situation extrêmement compliquée, impossible à définir en l'absence de textes formels.
L'importance de l'Arsault paraît avoir été beaucoup plus grande au moyen âge ou dans les temps modernes que de nos jours. La ville était si resserrée dans ses murailles, que certains faubourgs s'étaient beaucoup agrandis. La situation de celui qui nous occupe, contre de hauts rochers à pic qui l'abritent des vents du nord, fermant l'étroit passage qui ouvre la vallée de l'Isle en amont, était des plus favorables. Il paraît certain, du reste, qu'il était défendu par des fortifications[29].
Les plus anciens titres[30] nous parlent de « meyzos et » d'hostals qui sont situats en la vila, en la quartieyra de l'Arsault ». Ces bâtiments avaient dû se grouper autour de l'hôpital, signalé dès le commencement du XIIIe siècle et que nos ancêtres dotèrent de rentes diverses[31].
Aucun des titres que j'ai consultés ne permet de préciser l'emplacement de cet hôpital. Le plan de Belleforest (1575) indique un groupe de bâtiments situés entre le chemin qui va vers Trélissac et la rivière de l'Isle, et il l'appelle simplement l'Ardsault, sans autre indication[32].
On bâtit pour le service religieux des malades la chapelle de Notre-Dame, dont l'emplacement seul était connu au XVIIIe siècle; puis probablement pour la remplacer, lorsqu'elle devint insuffisante ou qu'elle tomba en ruine, la chapelle Saint-Côme et Saint-Damien[33].
Je n'ai pas pu découvrir la date de la disparition de l'hôpital, pas plus que celle de sa fondation. Il paraît certain, dans tous les cas, qu'il n'eut pas d'existence propre à partir de l'acte royal, qui, dans le courant du XVIIIe siècle, mit un peu d'ordre dans les administrations hospitalières de Périgueux, et les réunit en une seule lors de la fondation de l'hôpital général.
Une autre cause qui nous paraît avoir contribué à donner de l'importance à ce faubourg, c'est la présence d'une fontaine abondante, d'autant plus appréciée autrefois que jusqu'à des temps bien rapprochés de nous, Périgueux était une ville sans eau de source dont les habitants se servaient exclusivement des eaux de l'Isle montées sur le plateau par les moyens les plus primitifs. Les archives de la ville mentionnent plusieurs essais, toujours restés infructueux, pour amener la fontaine de l'Arsault dans l'intérieur des murs.
Pendant, le moyen âge, Périgueux compta plusieurs « reclutsages ». Un de ceux qui paraît avoir subsisté le plus longtemps est celui de l'Arsault.
On sait que les reclus et les recluses étaient des personnes de grande piété, qui, avec l'autorisation de leur évêque, consentaient à s'enfermer jusqu'à la mort dans d'obscures et d'étroites cellules qui prenaient jour seulement sur une église par de petites ouvertures. C'était par là qu'elles recevaient les sacrements et la nourriture que leur offraient, soit les pouvoirs publics, soit la piété des fidèles. La cellule ou reclutsage de l'Arsault devait être accolée à la chapelle Sainte-Marie et disparut avec elle. Elle était occupée par une recluse.
Dès 1310, nous trouvons mentionnée une de ces pénitentes dans le testament d'Hélie de Vitrac, bourgeois de Périgueux, que j'ai cité plus haut.
Item lego cuilibet inclusarum de l'Arssaut, Sancti Eulalie et de Podio Rubeo quatuor denarietas panis semel....[34].
Le 5 août 1476, don à une autre recluse par Jacquette Cothet, veuve de Fortanier de Saint-Astier, seigneur des Bories :
Item plus lego, jubeo et ordino, ego dicta testatrix honestae mulieri et pauperi vocatae la Reclusa de l'Arssaut, videlicet quinque solidos monetae Turonensis, semel sibi per heredes et executores meos infradictos solvendi ; et quod ipsa reclusa teneatur rogare et deprecari Deum pro salute animae mae et parentum meorum defunctorum[35].
Enfin, les archives communales de Périgueux constatent qu'en 1504 et 1505,1a ville fit recouvrir le reclutsage de l'Arsault et donna du pain à la recluse.
Je dois enfin signaler une « commanderie de l'Arsault » mentionnée dans un titre des Archives départementales de la Dordogne, mais qui malheureusement ne contient aucune indication permettant de rattacher cette commanderie à aucun des ordres connus[36]. Voici les parties intéressantes de ce titre:
A la requeste de Me Michel Chabannes, advocat, Françoys Girard, procureur, et Jehan Faure, bourgeois et marchand, scindics de l'hospital de la présante ville, en présence de M. le Procureur du Roy... sont advenus pour affermer au plus offrant et dernier enchérisseur, tous les fruicts, proficts et revenus du d. hospital pour le temps de six ans demy an qui a commencé à la vigille de jour de feste de St-Michel dernier passé, et finissant à mesme jour prochain venant, aux charges et conditions cy-après.... Et le d. jour 23 novembre 1609... les fruicts, proficts, revenus, appartenant, tant sur le bailliage de Périgueux que sur celui de Bergerac, à la commanderie de Charroux, ont été adjugés au sieur Pierre Bouac, notaire royal pour la somme de sept vingt quatorze livres... . Et sur la vente des cens, rentes, lods, vantes et aultres droicts seigneuriaux de la commanderie de l'Arsault, Anthoine Dumayne a été déclaré anchérisseur pour la somme de vingt livres sur la criée du pré de l'hospital Ste-Marthe, autrement dit hospital de Brunet, Françoys Mynard adjudicataire pour trente trois livres... Pour les droicts de l'hospital Ste Marthe, Dumas a été déclaré enchérisseur pour trente cinq livres... sur la criée des maisons joignant le d. hospital acquises de Brolyodie, Bayoïe adjudicataire pour 17 livres... sur le petit jardin acquis par les d. scindics, joignant l'hospital de St Pierre autrement de Lacueille, Dumayne adjudicataire pour cinq livres...
L'Arsault a été le théâtre d'événements importants pour l'histoire de Périgueux[37]. J'en ai déjà cité plusieurs, et notamment le plus dramatique, l'acte féroce des soldats du comte de Périgord brûlant de malheureux paysans dans un cluseau.
CHAPITRE XXII. — La Jarthe.
La terre de la Jarthe ou Lajarte qui parait avoir été toujours importante, ne fut pas portée dans la liste des fiefs et des repaires indiqués au dénombrement de 1681.
Elle était cependant qualifiée repaire dès le début du XVe siècle, et on la trouve mentionnée avec ce titre dans un grand nombre d'actes de l'état-civil.
M. Dujarric-Descombes a bien voulu me communiquer la note suivante copiée dans l’Histoire manuscrite de la ville de Périgueux, par Chevalier de Cablanc :
Le 24 novembre 1403, Arnaud de Berno et Hélies du Puy furent condamnés à payer aux maire et consuls la rente qu'ils devaient sur le lieu de la Jarte. Du despuis Hélies Dupuy, autrement de la Jarte, a donné en eschange au scindic de la ville, ou assigné cette rente sur le village de Clairmont de la Chassaigne de bas, alias de Bartamont, sans préjudice de l'hommage que la d. ville se réserve sur le d. repaire de la Jarte et sans préjudice aussi de toute la juridiction. Du despuis encore en ont faict homage J. Dupuy, par contrat du 17me octobre 1509 et noble Guillaume Dupuy seigneur de la Jarte le 7- février 1530.
La Jarthe était donc un fief de la ville, et nous ne connaissons pas de fait qui ait pu modifier cette situation. '
Un titre de la collection Veyrel, aux Archives départementales, nous apprend qu'à la fin du XVe siècle, en 1490, la famille Dupuy n'était propriétaire encore qu'en partie de la terre de la Jarthe :
Petrus Belcierii notarius, burgensis et habitator villa Petrachorum, vendidit ….. nobili viro magistro Gugliermo Chalupi licentiati ….. septem solidos turonenses annuatim per solvendos per Ademarium Brun rationae cujusdam tenanciae nemorum et terrarum in loco de la Jarta …..
En 1572, elle était la propriété de Pierre Veyrel, banquier à Périgueux. Depuis cette époque, cette famille l'a toujours possédée jusqu'à nos jours par les Bonneau, les Desvaulx et les Jarjavay.
Dans son testament daté de 1587, ce Pierre Veyrel demandait à être enterré dans la sépulture de sa famille dans l'église Saint-Front, et léguait à l'hôpital dix écus pour la nourriture des pauvres de Périgueux.
Jean-Sicaire de Bonneau « fils d'Hélie Bonneau » marié le 7 juin 1743 avec Marguerite Veyrel, hérita de la terre de la Jarthe par testament de son oncle Jérôme Veyrel de la Jarthe, « décédé le 7 février 1750 au repaire noble de la Jarthe ». En 1761, il demanda à être réintégré au rôle de la noblesse du Périgord. Il fit remonter ses preuves de noblesse à l'année 1369, Il se qualifiait : écuyer, seigneur du repaire noble de la Jarthe et y habitait…
CHAPITRE XXIII. — Caussade.
Au nord-est de Périgueux et de Trélissac, sur le haut plateau sec et couvert de maigres bois qui domine la vallée de l'Isle, à droite de l'ancienne route de Paris en partant de Périgueux, se trouve une des curiosités du pays, le vieux château de Caussade. De loin, il a encore fort bon air, et il ne faut pas faire un trop grand effort d'imagination pour se représenter dans tout son éclat la forteresse des Vigier et des Cugnac, dont la possession assurait une situation prépondérante dans la région. De près, l'aspect est moins redoutable. Les fossés sont comblés. Les créneaux sont disloqués, et l'on n'aperçoit à travers les meurtrières, ni armes de guerre, ni soldais valeureux. Ce sont d'honnêtes fermiers qui vous reçoivent, et leurs manières sont aussi douces que rassurantes.
La première destination de Caussade, voulue par ses fondateurs, celle de forteresse, lui a nui de nos jours, car les appartements manquent un peu de confortable, et on a un peu délaissé le vieux manoir pour son gracieux voisin le château de Lammary, plus luxueux et plus commode.
A quelle époque remonte la fondation de Caussade ? A défaut de titre, je ne puis donner aucune précision. M. de Mourcin croit devoir le dater de la fin du XIVe siècle[38]. Il me paraît qu'il le rajeunit beaucoup.
Il appartenait dès le commencement du XIIe siècle aux Vigier, viguiers de Périgueux, c'est-à-dire représentants de l'autorité royale, et qui avaient droit de justice. On conservait autrefois dans les archives du château un titre de 1131, concernant Hélie I de Vigier[39]. Himberge, femme de Bertrand de Born, était une Vigier.
Le premier soin de ces puissants seigneurs, fondateurs de dynastie, dut être de s'assurer un refuge en cas de malheur, et un solide point d'appui en cas de lutte.
Ce fief resta la propriété des Vigier jusqu'à la fin du XIVe siècle, époque à laquelle il passa aux Cugnac par suite du mariage de la dernière des Vigier avec. Henri de Cugnac[40].
Corbarand de Vigier, 2eme du nom, mourut dans le troisième quart du XIVe siècle, laissant de son mariage avec Isabeau de Domme, pour unique héritière, une fille en bas âge, Jeanne de Vigier, qui se maria quinze ans après la mort de son père, avec Bertrand, marquis de Grésignac, écuyer, fils de Bertrand de Grésignac, maître d'hôtel du Roi et viguier de Toulouse. Le mari de Jeanne de Vigier mourut « à la bataille d'Espagne ». (Par conséquent, soit à Navarette en 1367, soit à Montiel en 1369). La propriétaire de Caussade resta veuve pendant dix ans. Mais elle était entourée d'ennemis, et elle se remaria pour se donner un défenseur.
A ce moment, l'étoile du roi de France avait peut-être un peu pâli dans la région par suite de l'indécision de la cour à prendre nettement parti entre les comtes de Périgord et le Puy-Saint-Front. Les comtes tenaient tout le pays : et, d'après Jeanne de Vigier, aucun partisan du roi de France ne voulut l'épouser, parce qu'il savait qu'il fallait défendre énergiquement son héritage, contre les convoitises et les entreprises à main armée d'Archambaud. Ce fut alors qu'elle se décida à prendre pour mari « un écuyer du pais de Guyenne appelé Henri de Cugnac, lequel avoit toujours tenu le parti de l'Anglais. » Bien lui en prit, car, quelques années après, en 1386, Archambaud essaya de s'emparer de Caussade. Il échoua.
Les violences et les crimes des comtes décidèrent enfin la Royauté à prendre des mesures sévères pour réprimer leurs brigandages. Probablement les seigneurs de Caussade, qui eux aussi avaient eu souvent à lutter contre les comtes, éprouvèrent alors le besoin de se faire pardonner les antécédents d'Henri de Cugnac, et voulurent rentrer en grâces auprès du roi de France. Ils obtinrent d'abord des lettres, « par lesquelles on avoit remis et pardonné toute la peine, amende et offense. » Malgré ces lettres, le Sénéchal du Périgord avait mis garnison dans le château où Jeanne de Vigier et sa fille du premier lit étaient restées en quelque sorte comme otages, et il avait confisqué leurs rentes et revenus. Par de nouvelles lettres du 22 novembre 1395, le roi paraît rendre à la propriétaire la jouissance de ses revenus, mais il persiste dans l'opinion qu'il a intérêt à s'assurer de la forteresse, et il en nomme gouverneur M. de Mondisson de la Chassaigne, écuyer, à charge par celui-ci de prêter serment entre « les mains du chancelier ou du Sénéchal du Périgord, de bien garder le dit lieu sous votre obéissance »[41].
Mondisson de la Chassaigne ne paraît pas avoir pris le commandement effectif de -la garnison de Caussade. Il délégua dans ses fonctions, Guillaume Mosnier, de Thiviers.
Ce choix ne fut pas heureux. Soit incapacité, soit insuffisance de moyens, Mosnier ne put défendre le poste qui lui était confié. La garnison d'Auberoche tenta l'assaut de la forteresse, s'en empara et tua ou fit prisonniers tous ses défenseurs. Mosnier, blessé, fut emmené à Auberoche, et malgré ses protestations et ses appels au Roi, il fut mis à la torture et pendu[42].
Lorsque les comtes de Périgord furent définitivement chassés du pays qu'ils avaient terrorisé pendant si longtemps, Cugnac revint dans le château de Caussade, avec le titre et les prérogatives de viguier qu'il tenait de son beau-père Corborand Vigier. Il fonda une famille dont les descendants existent encore, et ont toujours occupé, soit en Périgord, soit dans d'autres provinces de la France de hautes situations.
La disparition des comtes de Périgord augmentait l'importance des propriétaires de la forteresse la plus redoutable des environs de Périgueux. Les Cugnac s'en aperçurent bien vite, et semblent avoir recommencé pendant près de deux siècles contre le Puy-Saint-Front la lutte engagée par le Périgord.
Par malheur pour les bourgeois, leurs nouveaux ennemis avaient une situation officielle : ils étaient viguiers. De plus, ils ne commirent pas la faute de se brouiller avec tout le monde, et malgré quelques violences, ils usèrent surtout de moyens de procédure, tant devant toutes les juridictions de la province que devant la personne du Roi. Les archives communales de Périgueux nous ont conservé notamment le souvenir d'un procès qui fut évoqué à nouveau en 1474 devant le Sénéchal de Périgord en vertu de lettres patentes de Louis XI, et que Jean de Cugnac avait trouvé le moyen de faire instruire précédemment par devant le Sénéchal de Sarlat. Ce procès dura encore pendant quarante ans et ne fut terminé qu'en 1514.
Le litige avait, en apparence, peu de gravité. Les maire et consuls avaient fait défricher sans droit un tènement dépendant de Caussade et appelé le « Bosc au Vigier ». Mais le fond était tout autre. Ce que Périgueux ne voulait admettre à aucun prix, c'était le droit de justice que les Cugnac entendaient exercer en vertu de leur titre de viguiers royaux tant dans la ville que dans la paroisse de Trélissac, et les lods et ventes levés par eux dans la paroisse Saint-Silain, à Puy-Abry et autres lieux.
Par transaction du 17 novembre 1509, Jean de Cugnac céda, à nouveau, ces droits en toute propriété aux maire et consuls présents et à venir, moyennant la somme de 500 livres tournois « qui luy seront payées le jour de la feste des Roys. » Quittance définitive de cette somme fut donnée le 15 janvier 1514 par noble Jean de Cugnac qui est qualifié, dans le titre, « seigneur de Florimont en Sarladays et de Caussade en la banlieue et juridiction de Périgueux[43] ».
Il y avait en outre, et surtout, une affirmation de suzeraineté du Puy-Saint-Front sur Caussade ! Et cette prétention, que nous voyons soutenir avec tant d'énergie par Périgueux dès qu'il a conscience de sa force, et qu'il maintiendra jusqu'à la fin de l'ancien régime
Les atroces guerres civiles dont la Réforme fut une des causes permirent à toutes les haines et à toutes les convoitises de se faire jour, sous prétexte de défendre soit l'autorité religieuse, soit la libre interprétation des livres sacrés.
Les Cugnac furent parmi les plus ardents huguenots. Il est possible qu'ils fussent entrés par conviction religieuse dans le sein du protestantisme, et je l'admets volontiers. Mais il est certain qu'ils profitèrent de l'anarchie du pays pour arrondir leurs possessions territoriales aux dépens des monastères catholiques. Le prieuré de Lamblardie, dépendant du monastère de St-Pardoux la-Rivière, était propriétaire d'un tènement important appelé de Planando, et limitrophe de Caussade. Les anciens propriétaires de Caussade avaient été les bienfaiteurs de ce prieuré, et on cite un legs important fait en 1324 par Jean Vigier en faveur du monastère de St-Pardoux. Les Cugnac ne continuèrent pas ces traditions, et pendant qu'ils bataillaient avec le Puy-St-Front, ils cherchaient à s'emparer en 1469 du tènement de Planando, et ils plaidaient contre St-Pardoux devant la cour d'Auberoche : mais cette fois ils perdirent leur procès.
Jean de Cugnac fut plus heureux que son ancêtre, et à la faveur des troubles il ruina le prieuré de Lamblardie et s'empara du tènement qu'il convoitait. Puis, pour masquer son usurpation, il divisa cette propriété en trois parties auxquelles il donna trois noms différents : Planando, Queyroulies et les Farges[44].
L'année suivante, Jean de Cugnac fut un des principaux artisans d'un des plus épouvantables désastres qui aient frappé Périgueux, la prise de la ville, le 6 août 1575, par suite de la trahison d'un nommé Petit-Pierre et avec la connivence des consuls. Ses complices le récompensèrent du concours actif qu'il leur avait prêté en le laissant s'installer maire.
En 1577, fut maire Jean de Cugniac, sieur de Caussade, vassal de lad. ville et son ennemi juré depuis longtemps. Il fit tant de violences dans la pensée de se rendre maire perpétuel qu'il se rendit insupportable tant aux habitants qu'aux huguenots, en sorte qu'il fut contraint de quitter la ville pour aller à son château de Caussade.
En l'absence du baron de Langoiran, le sieur de Tranchard fut nommé son lieutenant. Il fut battu plusieurs fois par les catholiques.... Les huguenots furent aussi battus à Sorges[45].
Les ennemis de Cugnac ne tardèrent pas à prendre leur revanche, car il paraît certain que Caussade fut pris par les catholiques à celle époque. On doit placer ce fait d'armes avec vraisemblance pendant la durée de la campagne qui aboutit à la défaite des huguenots à Sorges[46].
Après ce désastre, Jean de Cugnac ne tarda pas à se convertir au catholicisme. Il mourut âgé de 76 ans en 1585, et fut enterré dans l'église de Trélissac avec sa femme Isabeau de Goulard morte en 1587[47].
Il résulte d'une lettre écrite le 23 juillet 1580 par Henri IV à de Vivans, gouverneur de Périgueux, qu'il avait donné à Geoffroy (fils des précédents), « ancien huguenot » l'autorisation d'entretenir dix soldats pour la garde de sa maison.
[1] V. Arch. départ. de la Dordogne, série E, Papiers Veyrel et Donneau, 10 octobre 1759. — On trouve dans beaucoup de documents publiés une autre formule moins longue et qui est la suivante : « Nous, maire et consuls, seigneurs comtes et barons des ville, cité, banlieue et juridiction de Périgueux.... »
[2] Arch. départ, de la Dordogne, série B. 192.
[3] La banlieue comprenait en 1493 : Champcevinel, Trélissac, Boulazac, Atur, St-Pierre-ès-Liens et Coursac (Arch. commun. de Périgueux, série CC. 94), et en 1786 : S.-Martin, Champcevinel, Trélissac, Boulazac, Atur, St-Pierre-ès-Liens, St-Georges, Coulounieix et la Cité-hors-l'Enceinte. (Arch. commun. de Périgueux, série CC. 36.)
[4] V. Arch. départ. de la Dordogne, série E, Papiers Veyrel et de Bonneau. — Procès soutenu devant l'Intendant de Guyenne contre les maire et consuls de Périgueux par Jean de Bonneau, propriétaire d'immeubles dans Périgueux, mais habitant la Jarthe, paroisse de Trélissac, auquel on voulait imposer le logement des gens de guerre. Mai 1762.
[5] V. Mémoire pour la ville et cité de Périgueux, par Moreau de Vormes. 1775.
[6] 1547 à 1611. Arch. commun. de Périgueux, Série AA. 16.
[7] « Après avoir déclaré que de tous temps et ancienneté, ils sont vassaux, hommagers et feudataires du Roi, et que les habitants leur prêtent à cause de cela serment de fidélité à toute nouvelle création du corps consulaire, les maire et consuls disent qu'ils rendent hommage au Roi pour le droit de justice haute, moyenne et basse, qu'ils exercent dans la ville, cité, banlieue et juridiction de Périgueux, et pour les repaires tenus d'eux en arrière-fiefs... Les maire et consuls de Périgueux ont, de plus, le droit de créer des notaires et sergents sous le scel de ville, et perçoivent au nom de la communauté les droits de leyde, de boucherie, de minage, de boulangerie, et ceux appelés la coupe du saumon, les lods et ventes, la vinade, les pailles et foin et les marchands étrangers. Ils ont pouvoir d'acquérir fiefs et arrière-fiefs sans en payer aucune finance, de tenir le sceau à sceller contrats, sentences, condamnations, commissions et autres actes de justice; sont exempts de payer aucune taille ou impositions quelconques ; aussi sont exempts du ban et de l'arrière-ban ; ne peuvent être contraints d'aller plaider ailleurs que devant le Sénéchal de Périgueux en première instance ; ont pouvoir et faculté d'imposer sur les habitants de la ville et banlieue les sommes nécessaires aux affaires de la communauté ; enfin sont en possession du droit de geôle. Tous les susdits droits sont domaniaux à la ville et communauté et les dits maire, consuls et syndics en ont joui, et leurs prédécesseurs en ont joui de tout temps et ancienneté comme ils font encore à présent... » V. Arch. commun. de Périgueux, 1680, série DD. 14.
Arrêts du Conseil d'Etat ordonnant que les bourgeois de Périgueux seront maintenus dans leurs exemptions et privilèges, en ce qui concerne le port d'armes, le tirage de la milice, les droits de francs-fiefs et autres charges et contributions roturières. Arch. commun. de Périgueux, 25 mars 1774, série BB. 38, el 17 mai 1780, série BB. 39.
[8] Le capitaine d'Auberoche voulant obliger les hommes de Trélissac à faire le guet, quoiqu'ils relevassent de la commune de Périgueux, les maire et consuls portent leurs plaintes, d'abord au capitaine de Montignac, puis au roi de France. V. Arch. commun. de Périgueux, 1400, série CC. 70.
Le sergent du Consulat est envoyé le 23 juillet 1408 à Trélissac pour mander à tous les hommes de la paroisse, « que fussan lendoma à la manobra ». V. Arch. commun. de Périgueux, série CC. 71.
[9] Voir Histoire du Périgord par Dessalles.
[10] Voir Arch. commun. de Périgueux, série CC. 63, 66, 67, et 68.
[11] C'est à tort que Dessalles, dans son Histoire des deux derniers comtes de Périgord, place le château de Caussade dans la commune d'Antonne. Il a toujours fait partie de la paroisse de Trélissac, et il est encore aujourd'hui dans cette dernière commune.
[12] Voir Généalogie historique de la maison de Cugnac, par l'abbé Lespine.
[13] Voir au chapitre Caussade, un récit intéressant tiré des Preuves de Dessalles.
[14] Voir Arch. comm. de Périgueux, série CC. 69. Dessalles parle de ce fait, mais le place à tort au Trou de l'Andrive. L'entrée de ce souterrain est encore visible dans les dépendances de la tannerie de MM. Aubarbier frères à l'Arsault.
[15] Voir pour les détails de la saisie, Arch. comm. de Périgueux, série FF. 33 et 34, et Dessalles : Les deux derniers comtes de Périgord. Preuves.
[16] 13 juillet 1453.
[17] Le document publié par M. Dujarric-Descombes ne dit pas s'il s'agit de Caussade en Quercy ou de Caussade en Périgord. Mais il me paraît qu'il ne peut y avoir doute et qu'on a certainement voulu parler du château qui est situé dans la paroisse de Trélissac, car tous les personnages cités dans cette lettre sont des Périgourdins habitant les environs de Périgueux. Voir Bulletin de la Soc. hist. et arch. du Périgord, année. 1899, p. 66.
(1)[18] « En 1576, fut maire Géraud Faure seigneur de la Roche-Pontissac et de Laroderie. Dès le commencement de l'année, on fut averty quil se tramoit quelque conspiration contre la ville, mais ceux qui estoient en charge négligèrent cet avis et ne mirent pas ordre à la trahison qui fut faite par François Philippe, l'un des consuls, avec Jean de Cuniac, seigneur de Caussade, et les sieurs de Meymy et de Lardimalie qui estoient du complot...
... Les nouveaux maire et second consul firent semblant de refuser d'accepter leurs charges et se firent presser pour prêter le seremant jusques là même que le maire dit qu'on luy balioit cette charge contre son gré, mais qu'on s'en repentiroit et que plusieurs pleureroient. En effet, il fut si négligent qu'enfin la ruine de la ville s'en ensuivit, laquelle fut prise le 6 aoust 1576, et il advint divers malheurs, la famine dans le païs dès le commencement de l'année.
Le 8e mois, les Huguenots au nombre de 10 cuirasses et montés sur des chevaux espaniols, partant de Bergerac furent prandre Beauregard et arrivèrent icy sur le soir, à l'heure de la promenade du côté des prés du Pont, Pierre fournier, nostre esvèque, fut tué au Château-Lévéque, la nuit, le 14 juillet, par ses propres domestiques.
La ville fut prise de cette sorte.
A l'auberge du Chapeau Rouge, là ou fut fait les premiers prêches, ainsy que nous l'avons dit, là se fit le complot. La trahison estoit préparée depuis longtemps par Langoiran ; l'hôte du logis nommé Petit-Pierre, Normand d'extraction, facilita l'exécution. Ce fut le 6e aoust, sous l'assurance de 1000 livres de récompense. Il introduisit dans la maison, à la faveur de la nuit, 4 ou 500 arquebuziers choisis et 40 gentilhommes bien armés. Tout le monde, bien instruit, garda un profond silence ….. »
On sait que pendant l'occupation de la ville, le tombeau de St-Front fut profané, et que ses reliques disparurent. (Voir Arch. commun. de Périgueux, série BB. 17).
[19] Voir chapitre Caussade.
[20] Voir Bulletin de la Soc. hist. et arch. du Périgord, tome XX.
[21] Voir Mémoire pour la ville et cité de Périgueux, par Moreau de Vormes, avocat, 1775. Beaucoup de titres postérieurs à la transaction de 1286 parlent encore de la haute justice appartenant au comte de Périgord sur la banlieue. Si le rédacteur du Mémoire n'avait pris soin de préciser les faits criminels dont la municipalité de Périgueux avait acquis le droit de connaître, on eût pu croire que les conventions de 1280 n'avaient jamais été appliquées.
[22] Voir Archives départementales des Basses-Pyrénées, E. 874 et collection Lespine à la Bibliothèque nationale, tome X.
[23] Voir Archives communales de Périgueux, série BB, passim.
[24] Voir Histoire du Périgord, par Dessalles, tome II, p. 194.
[25] Papiers Lespine, cités par Dessalles, dans Les deux derniers comtes de Périgord.
[26] Voir Archives communales de Périgueux, série FF. 18.
[27] Voir Dessalles, Histoire du Périgord.
[28] Arch. commun, de Périgueux, série GG. 71.
[29] Dans le tome XLIX de la collection Périgord à la Bibliothèque nationale on trouve mentionnée « la Tour de l'Arsaut » au Xe siècle. (Note due à M. Lespinas). On peut voir cette tour sur le plan de Belleforest, à gauche de la route en partant de Périgueux.
[30] Voir notamment (passim) au fonds Saint-Astier de la Bibliothèque communale de Périgueux, le très curieux Terrier des Barnabe. « C'est le papier des hôtels, moulins, bories, jardins, rentes, terres, prés, bois et autres héritages qui sont de Mathelin des Nohes et à Catherine Chabrole, sa femme, héritiers universels de défunt Arnaud de Barnabe, en son vivant bourgeois de Périgueux... »
[31] V. passim, Archives communales de Périgueux, notamment série FF. 177, série GG. 175 et 178.
V. Terrier des Barnabe. Voir aussi le testament d'Hélie de Vitrac aîné, de Périgueux, qui, eu 1310, donne : « Item cuilibet pauperi infirmanti die sepulturae meae, seu qui infirmabitur infra septimam diem sepulture mei£ tantum in hospitalibus Sancti Silani, de l’Arsaut, de Caroffle, et Sancti Petri Petragoricensis duas denariatas panis semel »
[32] L'aspect général de la gravure semble indiquer une église.
[33] V. plus haut, chapitre : Chapellles publiques.
[34] Archives communales de Périgueux, série GG. 178.
[35] V. collection Périgord à la Bibliothèque nationale. Note communiquée par mon excellent ami Edmond Lespinas.
[36] Archives départementales de la Dordogne, série B. 130.
[37] D'après de Gourgues : Nom d'un faubourg et d'une ancienne porte de la ville de Périgueux. Larsaut 1260 (Lesp. Périg.). - Burg. voc. del Saut (arch. de l'Evêché). — Hospitalis de Arduo Saltu 1290. (Périg. 41-3). Sainte-Marie de l'Arsault 1360. (Courcelles, Généal. de Laurière). Laguilhou et tour de Larsault. (Lesp. Dénomb. au XIVe siècle). Lard-Sault 1657. (Cosmographie de Belleforest). Larceau (Cassini).
[38] V. Annales agricoles et littéraires de la Dordogne, tome IX. Année 1848. Château de Caussade, Aug. Dupont et de Mourcin.
[39] V. Généalogie historique de la maison de Cugnac.
[40] V. Généalogie historique de la maison de Cugnac par l'abbé de Lespine, augmentée par le marquis de Cugnac, 1894.
[41] M. Dessalles ne connaissait pas ce titre, car il dit dans son Histoire des deux derniers comtes de Périgord, que c'est volontairement que les propriétaires de Caussade avaient placé leur château sous la sauvegarde royale, alors qu'il paraît bien certain que cette protection leur fut imposée.
[42] J'extrais des Preuves mises à la suite du livre de Dessalles, le récit suivant de la prise de Caussade. « Charles, etc... pour ce que, tant par information souffisante... come par la relation et clameur de plusieurs nos officiers, gentils hommes, etc … de notre païs de Pierregort …. Qu’environ la Thiphaine dernière passée, Jehan Coutet autrement dit d’Auvergne, Jehan le Normand, Olivier Mercure, Bernin de Saint-Pierre, Mandou d’Alle, Guillaume Caussaudou, Robinet le Grosset, Bernard de Massaut, Bertandou de La Gaudelie, Bernard du Pont, Marou le Comte, etc… et autres complices du comte de Pierregort, qui pour lors demeuroient avec luy dans son chastel d’Auberoche, vinrent, accompagnés de plusieurs Anglois, rompeurs de tresves et autres malfaiteurs, devant le lieu de Caussade, près de nostre ville de Pierregueux, et prinrent par force, à manière de guerre, le d. lieu de Caussade, ensemble le capitaine ou le lieutenant du capitaine du d. lieu, appelé Guillaume Mosnier, écuyer, qui tenoit et gardoit le d. lieu de par nous et sous nostre main, et blessèrent durement le d. escuyer, et le menèrent pris et blessé au d. Auberoche, et là, il fut plusieurs fois géhenné et très durement traité par Me Guillaume Jaubert et autres de sa compagnie, non obstant que le d. escuyer se dit estre nostre officier et s’appellast toujours à nous, et le d. Jaubert ne voulut oncques obtempérer aux d. appellations, mais reprocha plusieurs fois au d. escuyer que pour le guérir des meaux qu'il souffrait pour nous, il nous venist quérir en nostre ville de Paris et plusieurs autres vilenies, et finalement le pendirent Nous qui voulons, ces maléfices, dont nous avons eu en notre cœur très grand courroux, estre ainsi passes sans en faire raison, commandons au 1er nostre sergent que ceux qui coopérèrent à la d. prise et au d. meurtre, tu prennes et arrêtes de par nous... hors le lieu saint, et les amènes devant le plus prochain nostre justicier royal pour les punir — 18 septembre 1396. Biblioth. du Roi. Papiers Lespine. Cart. des Comtes de Périgord. .
[43] Voir aux Arch. comm. de Périgueux, série FF. 117, un curieux procès intenté en 1530 contre Jean de Cunhac, seigneur de Caussade, âgé de 20 ans, pour coups et blessures aux frères La Vernhe demeurant au Chourat. — Cugnac ne parait pas avoir tous les torts. La solution du procès n'est pas indiquée.
[44] Voir Bull. de la Soc. hist. et arch. du Périgord, t. II, p. 338 et 339. — Livre-terrier du monastère de Saint-Pardoux-Ia-Rivière. — Dans un inventaire fait à Caussade en 1760 (cité plus bas), on trouve mentionnés cinq actes sur parchemin intéressant ce ténement : 1° Reconnaissance de la 3e partie du ténement du Planandon du l7oct. 1475; —2° autre reconnaissance de la même partie du ténement du 13 janvier 1512 ; — 3° autre reconnaissance de deux tiersses parties dud. ténement en faveur du sieur de Caussade en date du 12 janvier 1512 ; — 4° autre reconnaissance du Rapt et de Planandon du 26 septembre 1482 ; — 5° contrat d'acquisition de la rente sise sur le ténement du Planandon faite par Chabanier d'un Cugnac seigneur de Puyregard, le 3 janvier 1622
[45] Voir Arch. comm. de Périgueux, série BB. 17.
[46] Voir Bull. de la Société hist. et arch. du Périgord, année 1899, p. 66, « Lettres à Mr des Bories », publiées par notre savant vice-président M. Dujarric-Descombes.
« Monsieur, avant recepvoir vos lettres, j'avoys fait entendre à Monseigneur l'admiral la prinse de Caussade faicte par le sr Montardit.... ( — seigneur de Lascoux et de la Beylie, enseigne de la compagnie du sénéchal André de Bourdeille - ) » De Bourdeaux ce premier may. Signé : de la Borie. »
[47] Je ne puis que renvoyer pour ces renseignements et une partie de ceux qui suivent à la Généalogie historique de la maison de Cugnac.