Source: https://www.ensi.ch/fr/2017/01/05/le-reexamen-des-generateurs-de-vapeur-des-centrales-nucleaires-de-gosgen-et-de-beznau-ne-necessite-pas-de-mise-hors-service-provisoire/
Timestamp: 2019-09-15 18:20:24+00:00
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«Le réexamen des générateurs de vapeur des centrales nucléaires de Gösgen et de Beznau ne nécessite pas de mise hors service provisoire» » IFSN
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5 janvier 2017 News, Contenus, Centrale nucléaire de Beznau, Centrale nucléaire de Gösgen
Début décembre 2016, l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire IFSN a demandé le réexamen des générateurs de vapeur des centrales nucléaires de Gösgen et de Beznau. Dans une interview, Georg Schwarz, directeur suppléant de l’IFSN et chef de la division Centrales nucléaires, en explique les raisons.
L’été dernier, les exploitants des centrales nucléaires suisses ont été tenus de réexaminer les documents de fabrication des pièces en acier forgées montées dans leurs installations afin d’y détecter d’éventuelles irrégularités. Aujourd’hui, l’IFSN demande aux centrales nucléaires de Beznau et de Gösgen de contrôler les composants de leurs générateurs de vapeur pour s’assurer d’une teneur en carbone conforme à la norme et aux incidences éventuelles sur leur résilience mécanique. Il s’agit dans un premier temps de vérifier les documents de fabrication. Y a-t-il un lien entre les deux aspects?
Georg Schwarz: Non. Il s’agit de deux sujets différents qu’il ne faut pas confondre.
Pouvez-vous donner plus de précisions?
En ce qui concerne les irrégularités, nous avons pu lever l’alerte dès août 2016. En Suisse, toutes les installations qui utilisaient ou utilisent des pièces de Creusot Forge ont pu confirmer qu’il n’y avait pas d’indices d’irrégularités dans les documents de fabrication correspondants.
En parallèle et indépendamment du sujet concernant ces irrégularités, des informations issues de France faisaient état d’éventuelles anomalies de caractéristiques des aciers dans les générateurs de vapeur des réacteurs à eau sous pression. Dans une série de réacteurs, les composants en acier forgé des générateurs de vapeur présentaient une teneur en carbone trop élevée. C’est ainsi que, le 18 octobre 2016, l’Autorité de sûreté nucléaire française ASN exigeait finalement d’EDF, l’exploitant des centrales nucléaires françaises, un examen plus approfondi des générateurs de vapeur de douze réacteurs ainsi que des justificatifs démontrant que la concentration accrue de carbone n’altérait pas leur capacité de résilience mécanique. C’est ce qui a incité l’IFSN à faire aussi contrôler maintenant les générateurs de vapeur des centrales nucléaires suisses de Beznau et de Gösgen.
Qu’en est-il des deux autres centrales nucléaires en Suisse?
Les centrales de Leibstadt et Mühleberg disposent de réacteurs à eau bouillante et ne sont pas équipées de générateurs de vapeur. Elles ne sont donc pas concernées.
Sur quoi porte donc le contrôle des documents?
Le contrôle des documents de fabrication constitue une première étape et sert de base à l’examen des générateurs de vapeur. L’objectif n’est pas de rechercher d’éventuelles irrégularités, mais d’obtenir des informations de fond sur la qualité de l’acier utilisé pour les générateurs de vapeur.
Peut-on seulement encore faire confiance à ces documents?
Oui. Les clarifications de l’été dernier n’ont pas décelé d’irrégularités.
Les examens exigés maintenant par l’IFSN portent sur les générateurs de vapeur de Gösgen et de Beznau et prendront également en compte les résultats des investigations effectuées en France. Où en est-on en France?
En France, les vérifications sont quasiment terminées. Il s’est avéré que les générateurs de vapeur présentant une teneur en carbone plus élevée sont suffisamment robustes et ne constituent pas un risque. Les réacteurs qui avaient été mis à l’arrêt pour contrôle ont été redémarrés entretemps ou seront recouplés au réseau au cours du mois de janvier 2017. (Pour les détails, voir la chronologie ci-après.)
En France, les réacteurs ont dû être découplés du réseau pour les contrôles. Pourquoi n’a-t-on pas procédé de la même manière pour Gösgen et Beznau?
En France aussi, les centrales nucléaires n’ont pas été mises immédiatement à l’arrêt. En Suisse, du point de vue de la sécurité technique, il n’y a pas de raison de retirer du réseau à court terme les deux centrales concernées. Les contrôles sur le générateur de vapeur peuvent s’effectuer pendant l’arrêt ordinaire pour révision.
Pouvez-vous expliquer cela plus en détail?
Les premiers contrôles réalisés l’été passé en France ont révélé que les générateurs de vapeur de 18 réacteurs français sur 58 devaient faire l’objet d’un examen plus approfondi. Ces contrôles ont pu être effectués assez rapidement pour six réacteurs, de sorte qu’il restait encore 12 réacteurs à vérifier à l’automne 2016. L’ASN a accordé un délai de trois mois à EDF, l’exploitant des centrales nucléaires françaises, pour effectuer les mesures et calculs requis sur les générateurs de vapeur des réacteurs restants. Ces travaux exigent l’arrêt des réacteurs. Sept des réacteurs concernés étaient déjà à l’arrêt pour la révision ordinaire et leur redémarrage a été reporté, alors que l’exploitation des cinq autres réacteurs a d’abord été poursuivie. Parmi ces derniers, trois d’entre eux ont été mis à l’arrêt au cours de l’année 2016, pour y effectuer les contrôles demandés et les deux derniers le seront en janvier 2017.
Compte tenu de l’évolution en France, pourquoi faut-il encore effectuer les contrôles sur Beznau et Gösgen?
Le générateur de vapeur est un composant important du circuit primaire. Du point de vue de la sécurité technique, il est pertinent de vérifier comment la situation se présente dans les réacteurs suisses et dans quelle mesure les résultats obtenus en France correspondent à ceux des contrôles effectués sur les générateurs de vapeur des installations suisses.
Qu’est-ce que les centrales nucléaires de Gösgen et de Beznau doivent contrôler concrètement?
Dans un premier temps, comme déjà mentionné, il s’agit d’examiner les documents de fabrication. Ils fournissent des informations sur les composants concernés, le fabricant, la période de fabrication, le matériau, les prescriptions en matière de construction et les réglementations appliquées, les écarts survenus pendant la fabrication, les données sur le processus de forgeage, les vérifications effectuées lors de la réception et les exigences relatives aux contrôles. Il convient ensuite, dans un deuxième temps, d’en déduire un concept pour l’évaluation ultérieure de la sûreté sur la base de ces documents.
Quels résultats attendez-vous de cette première étape, de l’examen des documents?
L’objectif de cet examen approfondi des documents de fabrication est d’obtenir un aperçu des paramètres de fabrication des générateurs de vapeur. Ceci permet de dresser un premier bilan et d’en déduire la nécessité d’examens supplémentaires.
Quand procédera-t-on à la deuxième étape des contrôles non destructifs?
Ceci dépend des concepts. Les éventuels réexamens des générateurs de vapeur auront lieu pendant les arrêts réguliers de révision des centrales nucléaires.
L’examen des générateurs de vapeur est-il également en rapport avec les indications d’anomalies de matériau constatées sur les cuves des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 en Belgique en 2012 et de Beznau 1 en 2015?
Non. Les conclusions issues des contrôles des cuves de réacteur n’ont rien à voir avec le réexamen des générateurs de vapeur. Ce dernier est dû, comme déjà mentionné, à des informations provenant de France selon lesquelles l’acier des générateurs de vapeur comporterait par endroits une teneur en carbone trop élevée.
Cuve de réacteur et générateur de vapeur
Les cuves de réacteur et les générateurs de vapeur sont des composants distincts.
La cuve du réacteur contient les crayons combustibles. La chaleur générée par la réaction en chaîne réchauffe le fluide caloporteur.
Dans les réacteurs à eau sous pression, la production de vapeur est assurée dans le générateur de vapeur, où l’eau chaude du circuit primaire transmet l’énergie thermique à l’eau du circuit secondaire.
Est-ce que cela signifie que l’examen du générateur de vapeur n’a pas d’impact sur la décision de relancer Beznau 1 une fois que les contrôles relatifs aux cuves de pression seront terminés?
C’est bien cela, il n’a aucun impact.
Du couvercle du réacteur à Flamanville aux générateurs de vapeur en Suisse: une chronologie
En référence aux anomalies constatées à la centrale nucléaire française de Flamanville, diverses clarifications ont été initiées en France et en Suisse. Celles-ci portent sur les irrégularités de documents de fabrication provenant de la forge du Creusot et sur les propriétés des matériaux utilisés dans les générateurs de vapeur.
Aspect «Anomalies de fabrication de la cuve de l’EPR de Flamanville»
Le 7 avril 2015, l’Autorité de sûreté nucléaire française ASN a rendu public le fait que le couvercle et le fond de la cuve du réacteur de la centrale nucléaire française Flamanville 3, en cours de construction, comportaient des zones présentant une teneur en carbone plus élevée.
Aspect «Irrégularités chez Creusot Forge» Aspect «Teneur en carbone dans les composants du générateur de vapeur»
2015 Le 4 août 2015, Pierre-Franck Chevet, président de l’ASN, fait savoir dans une lettre ouverte qu’AREVA avait décidé de faire contrôler les pratiques de fabrication de Creusot Forge de ces dernières années par un organe indépendant. Cette revue avait été engagée dès le mois d’avril 2015 sur incitation de l’ASN.
2016 Le 19 janvier 2016, l’ASN informe qu’elle a transmis à AREVA les exigences concernant la démarche de revue générale dans le cadre d’une audition qui s’est tenue le 8 décembre 2015. La revue générale devait donc porter sur une période remontant bien au-delà de 2010, c’est-à-dire au moins jusqu’en 2004, année de fabrication des premières pièces forgées pour l’EPR de Flamanville.
Le 3 mai 2016, l’ASN publie une première fois des résultats de cette revue. Ils mettent en évidence des irrégularités dans le dossier de fabrication d’environ 400 pièces produites depuis 1965 chez Creusot Forge. Ces irrégularités portent aussi bien sur des incohérences dans les documents contenant des paramètres de fabrication ou des résultats d’essais que sur des falsifications (modifications des procès-verbaux de mesures et de réception). Sur les 400 composants concernés, une cinquantaine est utilisée dans les centrales nucléaires françaises.
Le 6 juin 2016, l’IFSN demande aux centrales nucléaires suisses d’obtenir des informations et de vérifier si des composants réalisés par Creusot Forge et livrés avec un dossier de fabrication éventuellement non sincère ont été ou sont encore utilisés.
Le 16 juin 2016, l’ASN est en mesure de citer pour la première fois les centrales nucléaires françaises utilisant des composants de circuit primaire affectés par d’éventuels écarts dans les propriétés des matériaux. Pour procéder à des investigations supplémentaires, l’exploitant EDF met à l’arrêt le réacteur Fessenheim 2 vers la mi-juin 2016.
Le 19 juillet 2016, l’ASN annonce qu’elle suspend le certificat d’épreuve pour un générateur de vapeur de la centrale nucléaire de Fessenheim 2. Cette suspension est consécutive aux falsifications relevées dans les documents de fabrication. Fabriqué en 2008, le fond primaire du générateur de vapeur n’est pas conforme au dossier transmis à l’ASN et n’a pas été forgé conformément aux règles en vigueur.
Le 17 août 2016, l’ISFN informe le public que toutes les centrales suisses qui ont utilisé ou utilisent des composants de Creusot Forge ont pu confirmer que ces composants n’étaient pas affectés par des falsifications de documents de fabrication.
Le 23 septembre 2016, l’ASN publie pour la première fois une liste des irrégularités et falsifications de documents de fabrication. Parallèlement, l’Autorité de sûreté nucléaire française indique que dans 21 cas sur les 23 trouvés, la sûreté n’est pas remise en cause. Des investigations supplémentaires ont été annoncées dans deux cas, notamment dans les centrales de Gravelines 5 et de Fessenheim 2, toutes deux à l’arrêt à ce moment-là. Le 23 juin 2016, l’ASN informe pour la première fois le public que des fonds primaires de générateurs de vapeur pourraient présenter des zones d’une trop forte teneur en carbone. 18 réacteurs – 16 de 900 MWe et 2 de 1450 MWe – pourraient être affectés. Ne sont pas touchés 18 réacteurs de 900 MWe, 2 de 1450 MWe et l’ensemble des 20 réacteurs de 1300 MWe. L’Autorité de surveillance a demandé à l’exploitant EDF de contrôler les générateurs de vapeur provenant de Creusot Forge et de la forge japonaise JCFC, en utilisant des mesures non destructives pour vérifier la teneur en carbone et des contrôles par ultrasons pour détecter d’éventuelles criques.
Le 18 octobre 2016, l’ASN prescrit un contrôle plus approfondi des générateurs de vapeur quant à la teneur en carbone dans l’acier. A ce moment-là, sept réacteurs sur les douze concernés sont à l’arrêt pour la révision programmée. Les cinq autres réacteurs disposent d’un délai de trois mois pour réaliser le contrôle.
Le 26 octobre 2016, l’ASN annonce qu’elle a également informé dans le cadre d’une audition parlementaire que les générateurs de vapeur de 12 réacteurs fabriqués par JCFC présentaient une teneur trop élevée en carbone.
Le 5 décembre 2016, l’ASN informe que les documents exigés de l’exploitant EDF ont été fondamentalement acceptés. Par ailleurs, elle demande des rapports sur les mesures compensatoires et d’autres tests à effectuer à moyen terme. Elle exige des calculs supplémentaires pour quatre installations. Dès que ces calculs auront été contrôlés par l’ASN, la remise en service des dix centrales de 900 MWe pourra être envisagée. Selon l’ASN, EDF a annoncé qu’il remettrait prochainement les documents relatifs aux deux installations de 1450 MWe.
Le 9 décembre 2016, l’IFSN demande aux exploitants des deux réacteurs à eau sous pression de Suisse – Gösgen et Beznau – de vérifier leurs générateurs de vapeur dans le cadre d’une procédure en deux étapes.
Selon des informations communiquées par Réseau de Transport d’Electricité RTE (état de janvier 2017), les 12 réacteurs ayant fait l’objet d’un examen approfondi avaient été redémarrés à la fin de l’année 2016. Les huit réacteurs restants devraient redémarrer dans le courant du mois de janvier 2017.
Dossier de l’ASN sur les anomalies