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Timestamp: 2020-02-18 00:51:03+00:00
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30 septembre 2019 Actualités FootballAlexis Ramalingam
La première recommandation, qui suggère de fixer des plafonds sur les commissions n’est pas une nouveauté en soi. La réglementation en vigueur concernant la collaboration avec les intermédiaires prévoit déjà une rémunération plafonnée à 3%, quelque soit le type d’opération engagée. La dernière recommandation de la FIFA introduit une nouveauté concernant les agents mandatés par un club : les commission pourrait dans ces situations être plafonnées à 10% au lieu de 3% précédemment. Cet avis reste cependant consultatif et n’a pas de force contraignante sur le droit français, qui conserve toute la latitude d’adopter ou non cette recommandation. La FIFA précise d’ailleurs que cet avis ne peut s’appliquer qu’en prenant en considération les réglementations nationales. L’article L227-17 du Code du Sport français prévoit d’ailleurs que « le montant de la rémunération de l’agent sportif ne peut excéder 10 % du montant du contrat conclu par les parties qu’il a mises en rapport ».
Une seconde recommandation devrait attirer l’attention des agents en activité. Actuellement les clubs doivent d’ores et déjà enregistrer les paiements des commissions versées aux agents à l’occasion des transferts internationaux sur T.M.S, le logiciel administratif de gestion des transferts internationaux entre clubs (pour en savoir plus, voir notre article sur le T.M.S.). La recommandation suggère d’aller encore plus loin organisant la redistribution des commissions des agents via l’un de ses organes. Cette nouveauté s’inscrit dans la volonté de la FIFA de rendre plus transparentes les opérations sur le marché des transferts.
Jusqu’alors utilisée essentiellement par les clubs, la plateforme T.M.S devra donc intégrer les agents de joueur, ce qui implique in fine de réguler la profession dans les différents pays affilés à la FIFA. Cette recommandation est un nouveau pas vers la réintroduction du système de licences dans les pays membres de l’association FIFA. Un congrès de la FIFA devrait se tenir dans les prochains mois pour statuer définitivement sur ce mouvement. A ce stade, rien ne permet pour autant de présager un retour vers le système anciennement mis en place par la FIFA, qui conditionnait l’obtention de la licence d’agent d joueur la réussite d’un examen organisé par la Fédération internationale. Il est plus probable que là encore, les fédérations nationales disposent de marge de manoeuvre pour l’octroi des licences.
24 juillet 2019 Actualités, Actualités FootballAlexis Ramalingam
Cet exemple nous permet d’aborder en classe le droit commun en termes de congés payés à travers le droit du travail, qui est une matière au programme de l’examen général d’agent sportif. On voit également dans cet exemple les spécificités du sportif avec la Convention Collective Nationale du Sport, qui se décline pour le football en Convention Collective Nationale des Métiers du Football.
La charte du football professionnel vaut pour du beurre : Descente en division inférieure et diminution de salaire…
29 juin 2016 Actualités, Actualités Football, UncategorizedAlexis Ramalingam
Par une décision du 10 février 2016, la Cour de Cassation a tranché un litige opposant un joueur de football professionnel à son employeur, en l’occurrence le FC Nantes Atlantique. Ce litige a été l’occasion pour la chambre sociale de se prononcer sur la validité d’une disposition de la Charte du football professionnel.
La charte du football professionnel qui a valeur de convention collective prévoit à son article 761 la possibilité pour le club de diminuer le salaire des joueurs de 20%, en cas de descente en division inférieure. Pour procéder à une diminution plus importante elle doit, selon ce même texte, solliciter l’avis du joueur par écrit avant le 30 juin. Cet avis est présumé donné par le joueur sans réponse de ce dernier à l’expiration d’un délai de 8 jours à compter de la réception de la proposition.
En l’occurrence, le joueur n’a contesté la diminution de sa rémunération qu’un an plus tard. Il était donc totalement hors délai du point de vue de la Charte du Football professionnel.
Or, lors de son examen du litige, la Cour de Cassation est venue censurer la position de la Cour d’appel, pourtant conforme à la Charte du Football professionnel. En effet, la Cour de Cassation a rappelé le principe général s’appliquant en matière de droit du travail et en particulier de la rémunération d’un salarié. Celle-ci étant un élément essentiel du contrat de travail, elle ne peut être modifié unilatéralement par l’employeur qui doit recueillir le consentement du salarié.
Le Club (en l’occurrence le FC Nantes) a donc commis une illégalité en diminuant de manière unilatérale la rémunération de son salarié/joueur.
En visant l’article 1134 du Code civil, c’est l’obligation de recueillir le consentement du cocontractant pour modifier ou mettre fin à un contrat sauf exceptions qui est rappelé. La Cour de Cassation est surtout venue poser de manière ferme et claire la contrariété de l’article 761 de la Charte du Football professionnel avec le caractère d’ordre public du Code du travail en ces termes : « Attendu que, sauf disposition légale contraire, une convention collective ne peut permettre à un employeur de procéder à la modification du contrat de travail sans recueillir l’accord exprès du salarié. »
Dans l’attente d’une éventuelle modification de la Charte du Football professionnel, cette décision pourrait avoir des répercussions importantes du point de vue du contentieux. Surtout, cet article de la Charte du Football Professionnel qui permet aux clubs de réduire leur premier poste de dépense (la masse salariale) de manière automatique ne devrait plus trouver à s’appliquer. Ce qui devrait contraindre les équipes à redoubler de vigilance et surtout à anticiper afin de maintenir des finances saines, notamment afin de remplir les conditions exigées par la Direction Nationale du Contrôle de Gestion.
Référence de la décision : Cour de Cassation, chambre sociale, pourvoi 14-26147, 10 février 2016.
27 décembre 2015 Actualités, Actualités FootballAlexis Ramalingam
Le joueur du Standard de Liège, Bosman, conteste la conformité des clauses de nationalité et de transfert de l’Union Royale Belge des sociétés de football association (ASBL).
Une précision importante toutefois, l’arrêt Bosman ne concerne pas le régime des transferts que l’on connaît actuellement mais celui des changements de club des joueurs à l’expiration de leur contrat.
Les motifs juridiques :
Une occasion de dire le droit
Il s’agit ici de mettre en lumière les motifs déterminants de la décision.
Il est capital de noter que de l’aveu de l’avocat général lui-même, la réglementation n’avait pas par elle-même porté atteinte à la situation de M. Bosman. Mais il a fondé son recours sur l’éventualité d’une atteinte future du fait de la réglementation de l’homologue belge de la Ligue Professionnelle de Football française. La Cour de justice de l’Union Européenne a donc accepté d’étudier un dommage éventuel… Ce même avocat général affirme d’ailleurs dans ses travaux préparatoires que la formation de jugement disposait de la faculté de rejeter ce recours pour irrecevabilité.
Mais si les conclusions de M. Lenz ont convaincu les juges, son argumentation est néanmoins critiquable.
Tout d’abord, il se prononce pour la recevabilité de la requête en invitant les juges à la considérer favorablement. S’il avance des arguments juridiques, il s’appuie fortement sur le caractère opportun de statuer sur le litige. En effet, selon lui, les ligues et fédérations nationales pèseraient pour empêcher que la Cour de Justice des Communautés Européennes (CJCE devenu CJUE depuis 2009) ne se prononce sur les clauses de nationalité en vigueur dans les championnats européens de football. En simplifiant, il s’agissait de l’occasion ou jamais d’indiquer si ces clauses étaient légales.
Cet argument de « l’urgence » est renforcé par un élément incontestable : le décalage entre le temps judiciaire et le temps sportif. Sous-entendu, plus la Cour attend pour se saisir du problème, plus d’éventuels préjudices et violations du traite instituant la Communauté économique européenne, ou traité CE, se produiront.
Une lecture extensive de l’article 48 du TCE
La jurisprudence de la Cour de justice des Communautés Européennes ne permettait pas de fonder de manière évidente une censure du règlement sur les transferts. La Cour a donc suivi l’avocat Général Lenz pour opérer à cette dernière. Elle a ainsi consacré une interprétation extensive, « dépassant l’approche traditionnelle » (1) de l’article 48 du TCE.
Les justifications principales ayant mené à cette prise de position sont de deux ordres. La première étant que l’article 48 devrait faire l’objet d’une interprétation large et qu’il ne se bornerait pas à interdire les discriminations basées sur la nationalité mais toute entrave à la libre circulation. Une réglementation pouvait être déclarée contraire à l’article 48 non seulement parce qu’elle est discriminatoire dans son texte mais aussi lorsqu’elle a pour effet d’entraver la libre circulation des ressortissants de la communauté européenne.
La seconde est la volonté d’unifier le régime des libertés en alignant la libre circulation des personnes avec celles des marchandises et celle des capitaux…
Le refus d’exemption au titre de l’article 85 :
La position de l’avocat général dans ses conclusions est on ne peut plus claire : « Il est parfaitement clair que les règles que nous avons à connaître ont pour effet de restreindre la concurrence au sens de l’article 85 §1 […] Les clauses de nationalité entament les possibilités des clubs de se concurrencer par les joueurs qu’ils alignent.[…] Les règles de transferts substituent au régime normal de l’offre et de la demande un mécanisme uniforme qui aboutit à conserver la situation concurrentielle existante… »
Cette affirmation n’est corroborée par aucun élément. Toutefois, il apparaît clairement que les différentes ligues ont adopté un régime quasiment similaire concernant les transferts ou les clauses de nationalité.
Mais cette entente caractérisée aurait pu faire l’objet d’une exemption au titre du paragraphe 3 de l’article 85. Ce qui aurait permis de conserver le statu quo plutôt que d’affranchir les clubs de cadre s’appliquant aux transferts et au nombre d’étrangers par club.
La Cour a également suivi son avocat général en refusant de considérer ces règlements comme une entente indispensable à la conservation d’une concurrence.
Les suites de l’arrêt ne se sont pas fait attendre et se font sentir encore de nos jours.
De l’ère du long terme à l’ère de l’instabilité :
L’arrêt Bosman a remis en cause des réglementations qui se voulaient résolument protectionnistes. Ces dernières avaient un impact car la mentalité des acteurs du football de l’époque était totalement différente. En effet, les clauses de transfert produisaient des effets car les joueurs arrivaient souvent au terme de leur contrat. Ce qui est désormais bien plus rare.
De plus, si ces clauses étaient critiquables en ce qui concerne leur efficacité, elles avaient bien pour but d’assurer une répartition uniforme des ressources et dans le même temps d’éviter une inflation des prix. Le montant des transferts étaient prédéterminé par une sorte de grille. C’est à dire qu’à caractéristiques égales (salaire, durée passée dans le club, âge…), l’indemnité de transfert était la même. Cette grille représentait donc une base de calcul, même si les clubs pouvaient aller au-delà.
Toutefois l’arrêt Bosman est juste une confirmation et, en réalité, il est même logique. En 1974(2), la CJCE a décidé qu’il fallait considérer le football comme une activité économique quelconque. Dès lors, les juges de la CJCE ont tiré les conséquences de cette prise de position en appliquant strictement le droit communautaire. Or le but de celui-ci est simple, c’est la création d’un espace commun, une libéralisation des échanges qui ne doit être restreinte qu’à de très rares exceptions. L’analyse du marché des transferts et de la composition des effectifs en Europe permet de dire que c’est à une hyper-libéralisation qu’ on a assisté depuis les (dé)réglementations faisant suite à l’arrêt Bosman.
Part de joueurs Français et étrangers évoluant dans le championnats de France:
Dès l’introduction du premier recours de M. Bosman en 1990 à 2014, la proportion de joueurs étrangers dans le championnat de France de Ligue 1 a doublé.
Sur le plan européen maintenant, c’est le volume des transactions mais surtout le montant total des transactions qui a explosé.
Tempéraments et actualités :
Il convient de tempérer l’impact de la décision qui nous intéresse du point de vue de l’accès des joueurs nationaux.
Le premier point important est que le football était déjà internationalisé avant l’arrêt Bosman, que ce soit seulement sur le plan juridique ou dans les faits. Ainsi, la Première Division belge comptait 175 étrangers sur ses 398 joueurs (soit 44%). Avant même cette décision, l’Angleterre ne considérait pas comme étrangers les ressortissants du Royaume-Uni et en Écosse il n’existait aucune limitation de joueurs étrangers.
Ensuite, l’impact ne s’est pas forcément réalisé au détriment des joueurs nationaux comme l’exemple de la Premier League anglaise le laisse penser. En France, même si la part de joueurs français diminue par rapport à l’ensemble, le nombre de joueurs français reste relativement stable (340 en 1980, 322 en 2014) mais les effectifs se sont élargis C’est donc le nombre de joueurs qui a fortement augmenté avec un effectif total passant de 453 à 539 joueurs de 1990 à 2014. La ligue 1 a donc continué à former autant de joueurs pour son propre championnat… Cependant comme tous les autres grands championnats Européen, la Ligue 1 a vue son nombre de joueurs étrangers explosé :
S’agissant de l’actualité de l’arrêt Bosman et de ses prolongements(3) qui ont élargi la zone de non-discrimination, on citera les règlements et décisions qui leur font écho. Ainsi, le Code du Sport a-t-il consacré la règle du joueur formé localement en 2012 à son article L.131-16. Disposition qui a été validée par le Conseil d’État dans la foulée(4).
Surtout, l’actualité de cet arrêt se traduit sur le terrain par l’accroissement des inégalités alors même que son objectif était de permettre de les réduire. Le recul nous permet de voir que la libre concurrence n’a jamais permis de créer une situation stable dans le football européen et mondial. Surtout en soumettant le sport à la logique de marché elle a réduit sa variété et ses incertitudes. Nous ne pouvons traiter ici ce sujet de manière complète.
Il fera prochainement l’objet d’un article plus approfondi sur le recul de la concurrence dans le football européen…
Badara Wague
(1) Point 196 des Conclusions de M.Carl Otto LENZ, affaire C 415-93.
(2) Cour de justice des Communautés européennes, 12 décembre 1974, affaire 36-74, Walrave et Koch.
(3) CJCE, 8 Mai 2003, affaire C-438/00, Kolpak. Puis CJCE,12 avril 2005 affaire C-265/03.
(4) Conseil d’État, 8 mars 2012, n° 343273, Association Racing Club de Cannes Volley.
23 novembre 2015 Actualités, Actualités FootballAlexis Ramalingam
La FIFA a décidé de (dé)réguler l’activité des intermédiaires et non plus la fonction des agents eux-même car elle ne parvenait pas à faire respecter ses règlements.
3 nouveautés majeures depuis le 1er Avril 2015 avec la limitation à 3% des commissions des agents, l’interdiction de percevoir une rémunération lors des transferts de joueurs mineurs et la suppression de la licence d’agent de joueurs.
La circulaire de la FIFA ne s’impose pas automatiquement aux fédérations nationales.
Le maintien de la licence d’agent sportif en France : une obligation légale garantie de professionnalisme et de sécurité.
Dans le petit univers du football, la circulaire 1417(1) de la Fédération internationale de Football Association a parfois été annoncée comme une petite révolution en ce qui concerne la profession d’agent de joueur. Huit mois après l’entrée en vigueur de cette disposition, son impact reste limité en Europe et en France en particulier, aussi bien d’un point de vue réglementaire que pratique.
Le contenu et les objectifs de la réforme
La circulaire 1417 de la FIFA est né du constat de son échec à faire respecter ses propres règlements. En effet, de nombreuses fédérations des pays africains et d’Amérique latine mais aussi en Europe (Espagne et Portugal en tête) ne « parvenaient » pas à imposer le standard de la licence pour les intermédiaires intervenant aux cours de transferts. Après sa validation lors du 64ème congrès de la FIFA, le règlement sur la collaboration avec les intermédiaires a donc remplacé feu le règlement des agents de joueurs. Cette modification fut motivée par de nobles intentions énoncées dans le préambule du nouveau texte : « […] traiter comme il convient les réalités changeantes des relations entretenues de nos jours entre les joueurs et les clubs, et afin de permettre un véritable contrôle et une plus grande transparence au niveau des transferts de joueurs ». Sur la forme, l’épaisseur diminue en passant de 36 à 15 feuillets…
S’agissant du fond, 3 évolutions notables :
L’instauration d’un plafond à hauteur 3% des rémunérations perçues par le joueur pour les commissions perçues par les intermédiaires.
Il interdit la rémunération des intermédiaires pour les transactions impliquant des mineurs.
Il permet à toute personne (physique ou morale) de jouer le rôle d’intermédiaire entre un joueur et un club à condition de respecter les obligations de déclaration.
Avant de voir que cette réglementation n’a aucune incidence sur le droit français mais également qu’elle a déjà partiellement été remise en cause chez nos voisins européens, une remarque s’impose.
Une protection amoindrie des acteurs du football.
La FIFA prétend donc vouloir mieux contrôler par la dérégulation et en recentrant son action sur la transparence des transactions. Sa démarche apparaît vraiment surprenante. Tout d’abord car en supprimant l’exigence de licence pour les agents, elle a légalisé une pratique décriée de longue date dans le football. En effet en multipliant les acteurs, l’on multiplie mécaniquement les intermédiaires. On complexifie ainsi la lisibilité des transactions et des rapports entre les différentes parties.
Ensuite et surtout, en supprimant l’exigence de licence elle a supprimé l’obligation alternative d’assurance ou de caution bancaire. Cette disparition ne peut que se faire au détriment du joueur et des clubs. Sans licence, aucune garantie d’un socle minimum de connaissance des réglementations. Sans connaissance pas de compétence et donc des erreurs qui ne manqueront pas de causer des préjudices mais dont, avec la fin de l’assurance obligatoire, la réparation devient incertaine.
Enfin, le contexte de l’interdiction du Thrid part Ownership rappelle que le fait d’ouvrir le football à toutes les entités est facteur de déstabilisation et de dérives. En opérant à cette ouverture massive de la fonction d’intermédiaire, l’instance va réellement à contre-courant. Comme le met d’autant plus en relief l’autorisation du double mandatement(2) interdit en France pour des raisons évidentes de conflit d’intérêts(3).
La conclusion que l’on peut tirer de ces changements est que la FIFA transfère la responsabilité de la régulation des transactions entre club, joueurs et désormais intermédiaires aux associations nationales. Cette transmission ne s’accompagnant malheureusement pas des moyens qui permettraient d’espérer une bonne application de la réforme(4)… La FIFA impose un socle minimum. Ensuite les associations nationales telles que la Fédération Française de Football « conservent le droit d’aller plus loin que ces exigences et standards minimaux. (5)». A titre d’exemple, l’Espagne a inscrit l’obligation d’un entretien préalable à l’enregistrement des intermédiaires(6). A l’instar de la péninsule ibérique, l’Angleterre n’a pas plafonné les rémunérations des agents(7). Ces éléments mettent en lumière ce qui pourrait résumer l’impact de cette circulaire : elle n’a « aucun effet contraignant »(8) pour les associations nationales membres de la FIFA.
Si ce règlement est entré en vigueur au 1er avril 2015, La France n’a pas attendu la FIFA pour réglementer le football et le sport dans sa globalité…
L’absence d’effet sur le plan national
La FIFA est souvent présentée comme l’hyperpuissance du football. Or, comme l’empereur et au demeurant grand législateur de son temps, Marc Aurèle, il faut ici procéder à une simplification des apparences : la FIFA n’est qu’une association. Le fait qu’elle regroupe des entités de plusieurs pays n’y change rien, elle demeure soumise à son droit interne.(9)
Pour ce qui est de l’effet des décisions des fédérations sportives internationales, la jurisprudence est venue à plusieurs reprises illustrer qu’elle ne s’imposaient pas en droit interne. Ce fut le cas du juge administratif français(10), mais aussi de la Cour de justice de l’Union européenne (CJCE à l’époque) avec le célèbre arrêt Bosman.(11)
Pour les 3 modifications mises en place par la circulaire 1417 de la FIFA, aucune n’a d’impact sur le droit français en vertu du principe ci-dessus.
En effet, pour ce qui est des transferts de joueurs mineurs, le code du sport français interdit depuis sa version originale de 2006 la perception de rémunération pour tout intermédiaire(12). Dans le même ordre d’idée, cette obligation a été déjà été neutralisée en Allemagne suite à la condamnation de la Deutschen Fußball-Bund (homologue allemand de la FFF) par les tribunaux allemands(13).
S’agissant du plafonnement des rémunérations à 3%, il n’a pas été repris par la FFF et ne trouve donc pas d’application en droit interne en vertu de la jurisprudence précitée.
Enfin s’agissant de la licence d’agent, le code du sport stipule toujours cette exigence(14). Elle reste donc plus que jamais une obligation pour toute personne désirant être intermédiaire lors des transferts avec un club français.
Avec ou sans licence ça change quoi ?
Cela dépend de ce que vous voulez faire…
Si vous comptez être un agent ou intermédiaire et travailler avec des clubs ou joueurs français ; ce qui est le cas de la quasi intégralité des agents français (peu importe la largeur de leur « prote-feuille » de joueurs représentés). Vous n’aurez pas le choix, la licence est un préalable obligatoire.
Si vous disposez d’un réseau à l’international ou de joueurs susceptibles de s’exporter, alors vous devrez vous enregistrer auprès de chaque fédération à laquelle est affiliée le club dont vous êtes l’interlocuteur.
En tout état de cause, la fonction d’intermédiaire est complexe et demande de solides compétences. C’est en cela que la licence doit jouer un rôle, en représentant la garantie d’une véritable compétence de ses titulaires. La situation en France est donc, certains diraient encore et toujours, une exception aux vues des règles de la FIFA. Mais une exception qui vise à garantir la compétence des agents par le biais de l’examen d’accès à la profession, ainsi que la sécurité des acteurs que sont les clubs et les joueurs en imposant une obligation d’assurance pour les agents sportifs en exercice(15).
1. Circulaire numéro 1417 de la FIFA du 30 avril 2014.
2. Article 8.2 du règlement sur la collaboration avec les intermédiaires de la FIFA
3. Article 6.2.1 du règlement des agents de joueurs de la Fédération française de Football.
4. « Le nouveau règlement de la FIFA va entraîner l’explosion du nombre de faux agents en Afrique », in Jeune Afrique, le 10 mars 2015.
5. Règlement du Statut et du Transfert des Joueurs (2015), Fédération internationale de Football Association.
6. « Reglamentario de intermediarios de la RFEF » , Real Federacion Espanola de Futbol , approuvé le 25 Mars 2015
7. « Intermediary guidance notes », The Football Association.
8. www.asser.nl/SportsLaw/Blog/post/the-impact-of-the-new-fifa-regulations-for-intermediaries-a-comparative-analysis-of-brazil-spain-and-the-uk-by-luis-torres#_ftn3
9. Statuts de la FIFA, juillet 2013 et Article 60 du Code civil Suisse.
10. Tribunal administratif de Grenoble 2 juillet 1991, « Guignard c/Fédération Française de Ski
11. J.-M. Bosman c/ UEFA et autres, CJCE 15 déc. 1995, aff. C-145/93, infra, p. 127 et s.
12. Article L.222-5 du Code du sport.
13. Case Az. 2-06 O 142/15*, Firma Rogon Sportmanagement v Deutschen Fußball-Bund (DFB), Landgericht Frankfurt am Main, 29 April 2015
14. L.222-6 du Code du Sport.
15. Article R.222-20 du Code du sport.
23 octobre 2015 Actualités, Actualités FootballIpaf
Nous allons tenter de comprendre la grande majorité des Français, et tenter de d’expliquer ces salaires mirobolants.
Des sommes record dans un contexte particulier…
Alors que le salaire moyen des Français culmine à 2800€ par mois, le salaire moyen du footballeur pro en France est dix fois plus élevé. Dans un contexte économique de crise et où 1% de la population mondiale détient 50% des richesses mondiales, s’adonner à ce genre de sondage pour ce genre de sujets ne donne pas forcement les résultats les plus pertinents.
Que l’on soit choqué que Yaya Touré gagne 15 000 fois le salaire moyen Ivoirien ou que Messi empoche 7 500 fois le salaire moyen argentin chaque mois est tout à fait normal, d’un point de vue moral aucun homme ne devrait toucher autant d’argent pendant que dans le même temps certains meurent de faim. Notre société est cruelle, mais le footballeur, lui, vole-t-il cet argent ?
Sûrement pas, mais si cette question se pose, c’est que le métier de footballeur n’a pas de réel impact social, au contraire d’un médecin par exemple, ni ne nécessite de compétences intellectuelles exceptionnelles. Pourtant, comme un patron d’entreprise, l’acteur de cinéma ou la star de la chanson, le footballeur fait partie d’une élite issue d’une sélection très étroite. Il est donc rémunéré à la hauteur de ses compétences exceptionnelles. Le salaire du footballeur, est régi par la seule loi de l’offre et de la demande. Sur la base de performances objectivement mesurables, il peut faire monter les enchères et partir dans un autre club plus rémunérateur s’il le souhaite.
Rêves de millions de gamins, réalité pour peu d’élus…
Rappelons que footballeur est un des métiers les plus concurrentiels au monde, 1200 élus sur combien de prétendants en France ? Des millions, devenus milliers au fil des étapes. Devenir footballeur relève du parcours du combattant, sachant qu’une fois arrivés en centre de formation, à peine 15% de ces apprentis footballeurs connaîtront par la suite les joies du monde professionnel.
Et enfin devenu pro, 1 footballeur sur 5 connaîtra le chômage, en effet, rarement évoqué mais pourtant connu de bien trop de footballeurs. Le taux de chômage dans le monde du ballon rond Français est deux fois plus élevé que dans le monde du travail français, atteignant 19%. Ce qui est d’autant plus regrettable que la carrière d’un footballeur ne dure généralement qu’entre 10 et 15 ans.
Ajoutez à cela, une pression assez importante, conséquence du monde concurrentiel dans lequel ils évoluent : une mauvaise saison, une fin de contrat, et le footballeur peut se retrouver sur le circuit du chômage, tout ceci associé à une pression médiatique et populaire peu évidente à gérer à certains moments (le revers de la médaille). En effet, au moment où j’écris, Matthieu Valbuena vient de subir un chantage à la sextape.
Il ne s’agit pas de s’apitoyer sur les conditions de travail du pauvre petit footballeur et de justifier son salaire par les prétendus difficultés rencontrées dans son métier, loin de là, mais plutôt de remettre en perspective le prétendu métier de rêve que tout le monde envie et qui paraît-il serait si aisé.
De plus, il semble nécessaire d’apporter quelques précisions : tout d’abord, les chiffres relayés dans la presse, c’est-à-dire les salaires des super stars restent très minoritaires dans le foot, les joueurs du PSG ne représentant par exemple qu’à peu près 2,5% des joueurs pro en France. Car si les Français enragent contre les inégalités, le footballeur n’est pas en reste : en effet le plus faible salaire pour un pro est de 2100 € par mois quand le plus élevé est de 1,25 millions d’euros, De ce fait, les économistes Bastien Drut et Richard Duhautois, dans leur livre : « 20 questions improbables sur le foot », ont montré que l’indice de Gini (l’indicateur des inégalités) dans le football était plus élevé que dans nos sociétés en général.
Il faut donc bien savoir de qui on parle lorsque l’on critique ces sommes astronomiques.
Ces salaires ne valent que pour le monde professionnel, soit à peine 1 200 élus pour la L1. Des joueurs qui créent chacun plus de 20 emplois, étant donné que l’économie du foot en France représente plus de 25 000 salariés. Le footballeur aurait-il donc finalement une utilité sociale ?
Des salaires énormes pour des chiffres d’affaires exceptionnels
Comme évoqué précédemment, le footballeur est le sportif le mieux rémunéré en France, il n’y a qu’à voir la comparaison avec les autres sports :
Cependant, il est bon de rappeler que La premier League, qui est la ligue de Football dans laquelle les footballeurs sont les mieux payés, n’arrive qu’en quatrième position au niveau du sport mondial, en termes de salaire moyen, largement derrière la NBA, la IPL (cricket Indien) et la MLB.
On peut expliquer ces salaires dans les ligues américaines, par le fait que le risque sportif est très limité car ce sont des ligues fermées (sans relégation), ainsi l’investissement est plus attractif et les retombées colossales.
Intéressons-nous aux clubs qui rémunèrent ces joueurs de foot : l’argent ne tombant pas du ciel, sur quelle base le footballeur est-il payé ?
La masse salariale représente en moyenne pour les clubs 64% du chiffre d’affaire, c’est un pourcentage élevé, mais qui n’est en rien délirant car, selon les secteurs ce ratio tourne habituellement entre 20% et 80%.
Voici la répartition des charges moyennes dans un club de foot pro européen :
Rappelons rapidement comment s’enrichissent les clubs dans le monde du football:
Ainsi comme nous pouvons le voir, il y a 3 types de revenus : Contrats commerciaux comprenant notamment le sponsoring, la billetterie et droits de diffusion.
Il est donc indispensable de noter que chacun d’entre nous, du fan inconditionnel achetant chacun des produits dérivés de son club jusqu’au simple téléspectateur qui regarde seulement la France pendant la coupe du monde, nous contribuons tous à cette économie, et que si le foot représente une si grosse économie c’est qu’il est très populaire, que les stades se remplissent bien malgré les prix des places en constante augmentation et que les droits de diffusion et les contrats de sponsoring explosent à cause (ou grâce à, c’est selon…) des audiences qui sont de notre fait. Le footballeur n’a aucune responsabilité dans cette explosion, du moins pas plus que n’importe lequel d’entre nous, mais il en est surtout le grand bénéficiaire.
Les salaires sont annexés sur la valeur que ce dernier crée pour l’entreprise : le footballeur est l’élément central d’un club de foot, il est ce pourquoi le spectateur regarde les matchs, ce pourquoi il se déplace pour voir les matchs ; il a donc un rôle essentiel dans ces chiffres d’affaires énormes, cela se répercute sur sa paie. Trouverai-t-on juste qu’un travailleur qui génèrerait des millions d’euros pour son entreprise soit mal rémunéré par son patron ? Non bien sûr. Cela existe malheureusement bien trop souvent ; la chance du footballeur est qu’il a un moyen de pression sur son patron : en tant que denrée rare et les clubs payeurs étant nombreux, il peut faire monter les enchères et menacer de quitter le club (une stratégie utilisée maintes et maintes fois), allant même jusqu’au refus de s’entrainer.
Le club de foot… Une entreprise particulière
Rappelons enfin, que les clubs de football sont des entreprises particulières où le profit n’est pas le but premier. D’ailleurs n’importe quel expert en économie du football déconseillerait d’investir dans un club de foot pour gagner de l’argent ! En effet le résultat sportif est recherché en premier lieu (même si la question se pose désormais pour certains clubs : Monaco pour ne citer que celui-là). Ainsi, pour être le plus compétitif il faut de bons joueurs, pour cela il faut bien les payer puisque le secteur est très compétitif, voila donc pourquoi les salaires des joueurs représentent un aussi gros poste pour les clubs.
En gros, le cercle vertueux/vicieux du football moderne est le suivant : pour gagner des titres ou être compétitif il faut de bons joueurs, pour avoir de bons joueurs il faut de l’argent pour les rémunérer, pour avoir de l’argent il faut gagner des titres ou être compétitif et ainsi de suite. Voila pourquoi l’argent est roi dans le football moderne, et qu’il conduit énormément de clubs européens à l’endettement et à la présentation de bilans catastrophiques. Il serait trop long d’expliquer comment nous en sommes arrivés là.
Les revenus des clubs étant en constante augmentation, les salaires des footballeurs ne sont pas près de diminuer. La premier League qui va voir ses profits exploser a déjà commencé à dépenser plus que de raison. Si vous n’étiez pas très à l’aise avec ces énormes chiffres, il va vous falloir vous habituer à pire !
Le footballeur, lui, n’a rien à se reprocher : il profite de la chance que lui offre son talent si précieux. Si l’économie du foot continue à croître et à engendrer les dérives que l’on connaît, c’est avant tout un système qu’il faut blâmer : des média jusqu’aux politiques qui donnent au football une importance qu’il n’a pas. Par moments, symbole de la réussite, de la mixité sociale, avec cette France Black Blanc Beur, puis 12 ans plus tard symbole d’une génération de « caïds immatures terrorisants des gamins apeurés ».
Le football doit rester à sa place et il ne s’en portera que mieux.
Que les 96% de Français qui trouvent les salaires des footballeurs exorbitants se rassurent, selon le cabinet Allemand Schips Finanz, 50% des footballeurs européens finissent fauchés à peine 5 ans après avoir pris leur retraite.
Alexis Ramalingam