Source: https://www.courdecassation.fr/jurisprudence_2/troisieme_chambre_civile_572/72_6_44371.html
Timestamp: 2020-04-10 18:57:23+00:00
Document Index: 196608685

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Arrêt n°72 du 6 février 2020 (18-24.599) - Cour de cassation - Troisième chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2020:C300072 | Cour de cassation
>Arrêt n°72 du 6 février 2020 (18-24.599) - Cour de cassation - Troisième chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2020:C300072
Demandeur(s) société FDL 1, société civile immobilière
Défendeur(s) : société Speedy France, société par actions simplifiée
1. Selon l’arrêt attaqué (Versailles, 30 octobre 2018), le 16 avril 2007, la société FDL1 a donné à bail commercial à la société Speedy France un bâtiment à usage de bureaux à compter du 15 janvier 2008 pour une durée de neuf années et moyennant un loyer annuel de 220 000 euros hors taxes.
2. Se prévalant du caractère illicite de la clause d’indexation insérée au bail, la société locataire a saisi le tribunal aux fins de voir déclarer cette clause réputée non écrite et condamner la société bailleresse à restituer des sommes versées au titre de l’indexation.
Sur le premier moyen, pris en ses deux branches
3. La société FDL 1 fait grief à l’arrêt de déclarer réputée non écrite la clause d’indexation, alors :
« 1° / qu’est réputée non écrite, aux termes de l’article L.112-1 du code monétaire et financier, la clause d’indexation d’un contrat à exécution successive, et notamment des baux et locations de toute nature, prévoyant la prise en compte d’une période de variation de l’indice supérieure à la durée s’écoulant entre chaque révision ; qu’en retenant que la clause d’indexation litigieuse devait être réputée non écrite au motif qu’elle prévoyait une indexation « pour la première fois le 15 janvier 2009 par variation de l’indice INSEE du 4ème trimestre 2006 à l’indice INSEE du 4ème trimestre 2008 » et crée ainsi une distorsion entre l’intervalle de variation indiciaire (2 ans) et celui séparant la prise d’effet du bail de la première révision (1 an), alors que l’article L.112-1 du code monétaire et financier ne s’applique pas à la première révision du loyer, la cour d’appel a violé ce texte ;
2°/ qu’est réputée non écrite, aux termes de l’article L. 112-1 du code monétaire et financier, la clause d’indexation d’un contrat à exécution successive, et notamment des baux et locations de toute nature, prévoyant la prise en compte d’une période de variation de l’indice supérieure à la durée s’écoulant entre chaque révision ; qu’en retenant que la clause d’indexation litigieuse devait être réputée non écrite au motif qu’elle prévoit une indexation « pour la première fois le 15 janvier 2009 par variation de l’indice INSEE du 4ème trimestre 2006 à l’indice INSEE du 4ème trimestre 2008 » et crée ainsi une distorsion entre l’intervalle de variation indiciaire (2 ans) et celui séparant la prise d’effet du bail de la première révision (1 an), quand il résultait de ses propres constatations que cette période ne s’était pas écoulée entre deux révisions et que pour la première révision, la période contractuelle à prendre en considération est nécessairement la période contractuelle à venir, la cour d’appel a violé l’article L. 112-1 du code monétaire et financier. »
4. Ayant relevé que la clause du bail prévoyait une indexation « pour la première fois le 15 janvier 2009 par variation de l’indice INSEE du 4ème trimestre 2006 à l’indice INSEE du 4ème trimestre 2008 » et créait ainsi une distorsion entre l’intervalle de variation indiciaire (deux ans) et celui séparant la prise d’effet du bail de la première révision (un an), la cour d’appel a retenu à bon droit que l’article L. 112-1 du code monétaire et financier s’applique dès la première indexation.
6. La société FDL 1 fait le même grief à l’arrêt, alors « qu’en application de l’article L. 112-1 du code monétaire et financier, seule la stipulation qui crée la distorsion doit réputée non écrite ; qu’il résulte des propres constatations de l’arrêt que, si la clause d’indexation litigieuse applicable à la première révision avait certes conduit à la prise en compte d’une période de variation de l’indice supérieure à la durée écoulée depuis la prise d’effet du bail, les dispositions de cette clause applicables aux révisions postérieures ne prévoyaient pas une période de variation de l’indice supérieure à la durée écoulée entre lesdites révisions ; qu’en retenant néanmoins que la clause d’indexation devait être réputée non écrite en son entier et non pas seulement en sa stipulation régissant ponctuellement et spécialement la première révision du loyer, la cour d’appel a violé l’article L.112-1 du code monétaire et financier. »
7. En application de ce texte, est réputée non écrite toute clause d’un contrat à exécution successive, tel que le bail commercial, prévoyant la prise en compte, dans l’entier déroulement du contrat, d’une période de variation indiciaire supérieure à la durée s’écoulant entre chaque révision.
8. Pour la déclarer non écrite en son entier, l’arrêt retient que la clause d’indexation, applicable à la première révision, conduit à la prise en compte d’une période de variation de l’indice supérieure à la durée écoulée depuis la prise d’effet du bail, de sorte qu’elle n’est pas conforme aux dispositions d’ordre public de l’article L. 112-1 du code monétaire et financier.
9. En statuant ainsi, alors que seule la stipulation qui crée la distorsion prohibée est réputée non écrite, la cour d’appel, qui a constaté que la clause n’engendrait une telle distorsion que lors de la première révision, a violé le texte susvisé ;
CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 30 octobre 2018, entre les parties, par la cour d’appel de Versailles ;
Remet l’affaire et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et les renvoie devant la cour d’appel de Versailles autrement composée ;
Avocat(s) : SCP Fabiani, Luc-Thaler et Pinatel - SCP Lesourd