Source: https://www.grain.org/fr/article/659-echanger-la-striga-contre-des-brevets
Timestamp: 2020-05-28 05:19:07+00:00
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GRAIN | Echanger la Striga contre des brevets
Echanger la Striga contre des brevets
by GRAIN | 25 Oct 2006 | Seedling - October 2006
Encore une solution miracle pour les agriculteurs africains ?
A la fin de l'année, des agriculteurs Kenyans vont planter une nouvelle sorte de maïs, le StrigAway, une semence de maïs résistant à la mauvaise herbe "Striga". Ces agriculteurs ne sont-ils pas simplement en train d'échanger l'étranglement par la Striga contre le mécanisme infernal des semences et herbicides brevetés? GRAIN rend compte ici de l'introduction du StrigAway au Kenya.
(Pour des informations sur la Striga en Afrique et la technologie de résistance à l'imidazolinone, cliquez ici)
Cette année, une nouvelle technologie brevetée, connue sous le nom de Clearfield, est en train d'être introduite au Kenya avec la garantie d'une meilleure récolte. Les plantes Clearfield appartiennent à la multinationale allemande de produits chimiques et de biotechnologie BASF et sont résistantes à l'herbicide Imazapyr de BASF. Elles sont donc similaires aux célèbres plantes résistantes au glyphosate (Roundup) de Monsanto, mise à part que les plantes de Clearfield ne sont pas considérées comme étant génétiquement modifiées (GM), la résistance à l'imazapyr étant conférée par la mutagenèse et non par la manipulation génétique .Tout comme Monsanto, BASF oblige les agriculteurs cultivant ses semences à signer des contrats contraignants qui leur interdisent de conserver des semences, qui détaillent les méthodes de production qu’ils doivent suivre, et qui les limitent à traiter seulement avec des herbicides appartenant à BASF.
Actuellement BASF s’est joint à deux organisations non lucratives de pointe, CIMMYT (Centre international pour l’amélioration du maïs et du blé) et AATF (African Agricultural Technology Foundation / Fondation pour la technologie agricole africaine) pour introduire sa technologie auprès des cultivateurs de maïs en Afrique de l’Est. Avec la promesse que les semences de maïs de Clearfield sauveront les agriculteurs africains des tentacules de la Striga, une plante invasive qui détruit des étendues considérables de cultures de maïs. Et si tout se déroule comme prévu, les semences, appelées StrigAway ou Ua Kayongo (terme swahili pour "tueur de Striga"), seront commercialisées au Kenya avant fin 2006.[1]
Ce consortium prend soin de souligner que les semences StrigAway ne sont pas manipulées génétiquement et que ce partenariat privé/public est une situation gagnant-gagnant pour tout le monde, en particulier pour les agriculteurs africains. Mais les semences de StrigAway soulèvent un certain nombre de problèmes similaires à ceux que soulèvent les OGM et, alors que les profits pour BASF seront évidents, le projet présente plusieurs risques significatifs pour les agriculteurs qui pourraient facilement annuler tous les bénéfices potentiels.
Est-ce que BASF aide les agriculteurs ou ouvre de nouveaux marchés pour ses semences et herbicides?
Les problèmes ont commencé pour le StrigAway avec les demandes sur la propriété intellectuelle. BASF possède les brevets sur la technologie Clearfield qu'il surveille de près dans tous les pays où les plantes Clearfield sont commercialisées. BASF est l'une des plus grosses entreprises de biotechnologies agricoles du monde et espère que ses plantes cultivées Clearfield affermiront sa compétitivité sur le marché lucratif des cultures tolérantes aux herbicides.[2] La stratégie de la compagnie est de mettre sur pied des accords de licence avec les centres de sélection et les entreprises semencières, et elle espère que les royalties tirées de sa technologie Clearfield lui rapporteront bientôt 300 millions de dollars par an.[3]
Les agriculteurs qui achètent les semences Clearfield ont à signer un contrat intitulé "accord d'intendance", que BASF impose de manière agressive .[4] Dans l'Etat de l'Arkansas, en réponse aux indications d'autres agriculteurs, la compagnie a poursuivi 25 agriculteurs pour, dit-elle, les 2,5 millions de dollars qu'ils ont économisés en 2005 en plantant des semences qu'ils avaient conservées. Début 2006, BASF a gagné 400 000 dollars en justice contre un père et son fils qui avaient échangé des semences sans son autorisation.[5] BASF met un numéro de téléphone gratuit à la disposition des agriculteurs pour qu'ils dénoncent les agriculteurs qui rompraient ou contourneraient le contrat avec BASF.[6]
BASF insiste sur le fait que ces contrats existent principalement pour garantir que les agriculteurs utilisent correctement la technologie. Ils déclarent que si les agriculteurs font leurs propres semences à partir des leurs, ils augmentent les risques que les mauvaises herbes développent une résistance à l'Imazapyr, détruisant ainsi les avantages de la technologie. Bien évidemment, les contrats sont un bon moyen pour BASF d'augmenter les ventes de ses semences.
S'agissant de la StrigAway, BASF déclare qu'elle donne la technologie et ne collectera pas de royalties. Mais l'affaire n'est pas si simple. Tout un réseau de contrats est impliqué dans ce projet et les différents acteurs ont reçu des messages contradictoires. Le CIMMYT déclare qu'il n'est engagé dans aucun contrat avec les agriculteurs, disant que c'est le rôle de l'AATF de conclure et de mettre en œuvre des contrats de ce type. [7] L'AATF reste flou au sujet des contrats et déclare qu'il se concentrera sur le travail avec les ONG et les compagnies de semences pour la formation et le contrôle des agriculteurs pour s'assurer qu'ils se servent correctement de la technologie.[8][9] BASF a un accord de propriété intellectuelle avec le CIMMYT, et il a signé des accords de fourniture en herbicide et des contrats de sous-traitance pour la technologie spécifique du caractère avec les compagnies de semences locales. Les compagnies de semences locales seront responsables de l'"intendance", et il semble qu'elles auront toute latitude de fixer leurs prix pour les semences. AATF dit que le prix de la semence de StrigAway ne dépassera pas le prix des autres maïs hybrides, mais d'autres sources indiquent qu'il est probable que les semences coûteront 4 US$ de plus par hectare.
En outre, il a aussi été rapporté que le CIMMYT est en train de revendiquer des droits d’obtention sur les variétés de StrigAway au Kenya, ce qui imposerait de sévères restrictions légales sur ce que les agriculteurs peuvent faire avec les semences. [10] Ce qui complique encore tout cela est à la fois la pratique courante chez les agriculteurs kenyans de faire des croisements et des sélections dans leurs cultures de maïs et le fait que le caractère Clearfield est génétiquement dominant, ce qui rend hautement probable son transfert à d'autres variétés de maïs, y compris aux variétés paysannes traditionnelles. [11] Ainsi, alors que le consortium spécifie clairement aux agriculteurs qu'ils ne sont pas autorisés à conserver des semences sous le système StrigAway et que les diverses demandes de propriété intellectuelle seront respectées, personne ne prend la responsabilité de s'assurer que les agriculteurs comprennent bien l’enchevêtrement de droits de propriété intellectuelle qui en fait partie.
Le système Clearfield était destiné à des fermes pratiquant une monoculture industrielle, et non pas aux systèmes agricoles diversifiés existant traditionnellement au Kenya. La clause demandant aux agriculteurs de commander des semences chaque année s'oppose à la culture profondément enracinée de conservation et d'échange des semences dans ce pays. Plus de 50% de la superficie plantée en maïs est encore plantée avec des variétés paysannes, et les agriculteurs multiplient et intègrent régulièrement les variétés achetées dans leurs propres systèmes de semences, y compris les hybrides.[12] [Il est intéressant de signaler que] BASF a décidé de retirer sa technologie Clearfield des pays d'Europe de l'Est en déclarant que les agriculteurs ne sont pas suffisamment "technicisés". [13]
L'utilisation de semences enrobées d’herbicide est aussi complètement étrangère aux petites fermes du Kenya. Les agriculteurs seront exposés à un certain nombre de risques. S'ils plantent le maïs StrigAway trop près des autres cultures, ils vont leur nuire. Le système StrigAway peut aussi laisser des résidus de StrigAway dans le sol, ce qui peut mettre en danger les cultures des saisons suivantes. Pour éviter ce problème les agriculteurs sont supposés faire des rotations de leurs cultures, mais les considérations économiques rendent souvent cette pratique impossible. De plus, la résistance aux herbicides des cultures Clearfield n'est pas garantie. On a vu un certain nombre de cas aux Etats-Unis où les cultures Clearfield semblent avoir perdu leur résistance et ont été affectées par les herbicides.[14] Le CIMMYT reconnaît que c'est juste une technologie provisoire et que la Striga peut développer une résistance à l'Imazapyr, et dit que pour contrôler la Striga, les agriculteurs doivent intégrer cette technologie avec d'autres méthodes. La solution à long terme, disent-ils, est de développer du matériel génétique possédant la résistance à la Striga. Donc, même si CIMMYT se fait passer pour vertueux en disant que les plantes cultivées Clearfield ne sont pas génétiquement modifiées, il suggère indirectement, que l'avenir réside dans les OGM. D'ailleurs, CIMMYT est en train de tester le maïs Bt de Syngenta au Kenya.
CIMMYT estime que même si il n'est pas pratique d'avoir des contrats d’entretien avec les agriculteurs, il serait pratique d'éduquer chaque agriculteur à l'utilisation de la technologie. Pendant une réunion de lancement du StrigAway en juillet 2005, les agriculteurs kenyans ont manifesté leur intérêt à pouvoir utiliser l'herbicide pour traiter leurs semences traditionnelles, afin d'éviter les coûts élevés pour l'achat des nouvelles semences. Il était évident qu'ils ne comprenaient pas alors que s'ils appliquaient l’enrobage de semences StrigAway sur leurs propres semences cela détruirait immédiatement leurs semences, entraînant une perte désastreuse pour leurs propres variétés. De même il est très facile pour un agriculteur de faire une erreur avec la technologie StrigAway et de détruire accidentellement ses propres semences. Les agriculteurs peuvent détruire leurs semences simplement en ne lavant pas soigneusement leurs mains après avoir été en contact avec les semences StrigAway. En résumé, avec le système StrigAway, il y a toujours le risque que l'herbicide contamine et détruise les autres semences des agriculteurs, comme cela s'est déjà produit lors de précédents essais en champs.[15]
La technologie Clearfield présente manifestement à peu près tous les risques des cultures génétiquement manipulées, mais a échappé à la surveillance parce qu'elle est développée par mutagenèse et non par transgenèse. Et ainsi BASF profite de la même protection de ses droits de propriété intellectuelle sans que le public ait un droit de regard.
Clearfield, ou StrigAway, est une tentative erronée de plus pour introduire une solution technologique extrêmement complexe et risquée dans les systèmes agraires africains. Elle est aussi trop chère pour être abordable par un grand nombre et elle lie les agriculteurs dans une relation qui les déresponsabilise avec les compagnies semencières et les multinationales. CIMMYT a récolté du matériel génétique à partir des variétés paysannes pendant des années, et ce sont ces ressources issues de la sélection publique de semences qui sont vendues à une compagnie multinationale afin qu'elle puisse les commercialiser dans toute l'Afrique et être en position de réaliser de profits importants sur cet énorme marché des semences. En fin de compte, les agriculteurs seront laissés à la merci des compagnies locales de semences, et ce sont ces compagnies que le projet soutient avec l'objectif plus large de casser le monopole de la Compagnie kenyane des semences et de permettre à des multinationales comme BASF de mettre un pied dans le marché. Cela correspond évidemment totalement aux objectifs de Rockefeller et de l’initiative de la nouvelle fondation Gates, qui se servent des organisations comme AATF et ISAAA (International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications) pour mettre en œuvre leur stratégie.
Il ne fait aucun doute que la Striga représente un sérieux problème pour les agriculteurs mais, si on mettait la même quantité d'énergie et de formation qui est mise dans la promotion de Clearfield, cela pourrait considérablement faire avancer la maîtrise de ce fléau avec des méthodes plus durables et aisément accessibles de contrôle des mauvaises herbes. Ces agriculteurs ne sont-ils pas tout simplement en train d'échanger le problème causé par une mauvaise herbe parasite pour les problèmes qu'apportera une semence brevetée et le piège des intrants chimiques? Et En quoi cela est-il différent d'une culture génétiquement manipulée?
[1]iAfricancrops.net, “A Website on Improvement of African Crops and Seed Systems”, Partnerships to control Striga, www.africancrops.net/striga, October 2006 (Site web pour l'amélioration des systèmes africains de cultures et de semences ", associations pour le contrôle de la Striga, www.africancrops.net/striga, Octobre 2006
[2] C Sine, “Am-Cy buy boosts BASF”, Farm Chemicals, Juillet 2000, tinyurl.com/t6j82
[3] BASF, “Clearfield® Production System”, October 2006, tinyurl.com/wj98s
[4] S Cox, “Aimin’ at the public’s stomach”, Crop Choice, 23 April 2003, tinyurl.com/y7u6d7
[5] BASF, “BASF continues stewardship of Clearfield technology with Louisiana injunction”, Research Triangle Park, North Carolina, 20 January 2005, tinyurl.com/sfsts (PDF file)
[6] Horizon Ag, “ Protect Your Investment”, New Horizons, Vol 1, No 1, Page 4, August 2006, tinyurl.com/ynhc83 (PDF)
[7] Entretien avec Fred Kanampiu, CIMMYT, septembre 2006
[8] Voir aussi: World Bank, Intellectual Property Rights. Designing Regimes to Support Plant Breeding in Developing Countries, Report No. 35517-GLB, 2006, tinyurl.com/yd9wva (PDF)
[9] Entretien avec Gospel Omanya, AATF, September 2006
[10] GRAIN, “Lois sur les semences en Afrique : Un tapis rouge pour les sociétés privées”, Seedling, juillet 2005, http://www.grain.org/seedling/?id=402
Le Kenya a voté la Loi sur la propiété industrielle (Industrial Property Act) milieu 2001, mettant très peu de limites aux brevets sur les formes du vivant, y compris sur les ressources génétiques humaines.
[11] Pioneer, “Pioneer Brand Maize Hybrids with the Clearfield Production System”, August 2001, tinyurl.com/ynadqn (PDF)
[12] World Bank, Intellectual Property Rights. Designing Regimes to Support Plant Breeding in Developing Countries, Report No. 35517-GLB, 2006, http://tinyurl.com/yd9wva (PDF)
[13] Agbios News, “Non-GM super crops”, News, 27 May 2004, http://tinyurl.com/ylh4vm
[14] D Bennett, “Injured Clearfield rice hybrids across Mid-South”, Farm Press, 7 June 2006, http://tinyurl.com/yfyptp
[15] Entretien avec Gospel Omanya, AATF, September 2006.
Le problème de la Striga en Afrique
En Afrique, quatre-vingt quinze pour cent du maïs est cultivé par des petits agriculteurs sur des parcelles inférieures à 10 hectares. Le maïs est une des principales ressources alimentaires au Kenya, où la consommation annuelle par habitant tourne autour de 100 kilos. Les agriculteurs doivent affronter plusieurs nuisibles et la Striga est l'un des plus graves, infestant une surface allant de 20 à 40 millions d'hectares de terres agricoles en Afrique sub-saharienne. Les herbes des sorcières (Striga hermonthica et S. asiatica) sont des parasites qui attaquent la plante avant qu'elle sorte du sol. Des milliers de petites semences sont cachées dans le sol, et dès qu'une semence de maïs ou de sorgho germe, cela active les semences de Striga, qui alors se fixent sur les racines de la plante et en extraient l'eau et les nutriments, détruisant la récolte. Tout le monde sait combien il est difficile de maîtriser cette plante et cela l'est encore plus quand les agriculteurs arrêtent la rotation des cultures ou pratiquent la monoculture. Des moyens pour maîtriser la Striga sont recherchés depuis des années, centrés sur la mise au point de plantes résistantes, d’applications d'herbicides et de pratiques culturales. Cela comprend la rotation des cultures, les cultures associées, le désherbage (pour empêcher la formation des graines) et la résistance de la plante hôte. Le CIMMYT a développé neuf variétés de maïs tolérantes à la Striga pour le Kenya, dont l'une est aussi tolérante à la sécheresse. Plus récemment, le système "pousser-tirer" basé sur un système de gestion de l'habitat, qui comprend la culture associée d'espèces de Desmodium, a pu faire disparaître la Striga, augmenter les rendements du maïs et fournir davantage de fourrage pour le bétail.
Mutagenèse contre manipulation génétique
Le système de production Clearfield est similaire à celui des cultures Roundup Ready ou autres cultures tolérantes et résistantes aux herbicides en ce qu'il assortit des variétés résistantes aux herbicides avec des herbicides spécifiquement fabriqués pour. Dans les cultures Roundup Ready, le gène de résistance à l'herbicide est inséré dans la construction génétique avec la technologie de l'ADN recombinant, ce qui crée une plante transgénique. La technologie Clearfield appliquée au maïs a été développée par un processus de mutagenèse en exposant la plante à des produits chimiques qui font subir une mutation à son code génétique.
La mutagenèse produit des plantes avec toutes sortes de changements morphologiques et une multitude de changements génétiques, mais comme cette technologie ne repose pas sur l’insertion d’un gène, elle échappe aux réglementations et aux conventions internationales. On peut citer le propos d’un célèbre phytopathologiste de l'Université de l'Etat de Washington disant qu'"il rigole doucement en entendant que la mutagenèse est considérée comme sûre et que la manipulation génétique ne l'est pas". Il ajoute qu'on doit être prudent avec la Clearfield, car le gène résistant à l'herbicide peut facilement muter, avec pour conséquence une résistance des mauvaises herbes.(1)
Ceux qui sont derrière le tueur de Striga
BASF: Cette multinationale allemande qui a eu un chiffre de vente de plus de 50 milliards de dollars en 2005, et qui se présente comme la principale firme chimique du monde, a annoncé son intention de devenir l'un des acteurs majeurs des biotechnologies végétales. La firme prévoit d'investir 675 millions de dollars au cours des dix prochaines années dans la recherche en biotechnologie végétale. BASF lancera plusieurs systèmes Clearfield et s'attend à ce que les ventes annuelles rapportent approximativement 300 millions de dollars.
CIMMYT: L'International Wheat and Maize Improvement Centre (Centre international d'amélioration du blé et du maïs) est l'un de 16 centres internationaux de recherche agricole soutenus par le Groupe consultatif de recherche agricole internationale (GCRAI). A l'origine plus centré sur le développement de variétés allogames à pollinisation croisée distribuées gratuitement, il s'est maintenant tourné vers le génie génétique et des partenariats avec le secteur privé.
AATF: L' African Agricultural Technology Foundation (Fondation pour la technologie agricole africaine) a été créé au Kenya pour promouvoir le génie génétique et négocier l'accès aux firmes biotech. Les organisations comme AATF et l'International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications (Service international pour l'acquisition des applications des biotechnologies agricoles) jouent un rôle crucial dans la négociation de contrats entre le public et le privé partout en Afrique et, au nom du "transfert technologique", ouvrent de nouveaux marchés à l'industrie mondiale des semences. L'AATF joue un rôle crucial dans l'introduction de la technologie Clearfield en Afrique, se faisant passer pour une organisation oeuvrant dans l'intérêt des agriculteurs en leur donnant accès à ces nouvelles technologies. Cependant, l'AATF n'est qu'une autre organisation de pointe de l’industrie du génie génétique, tout comme Europabio, Africabio ou ISAAA, qui agissent en tant qu'intermédiaires entre les multinationales et l'opinion publique. Le rôle de l'AATF dans ce contrat a été de favoriser la mise en place des accords sur le partage de la propriété intellectuelle, l'inscription de la technologie au Kenya, le lancement du produit, le développement de la commercialisation du produit, et d'assurer la liaison avec les ONG et les organisations d'agriculteurs pour assurer la mise en œuvre des droits de propriété intellectuelle de BASF et la manipulation correcte de la semence.
Le maïs StrigAway est distribué via un système impressionnant de commercialisation, qui s'assure les services des institutions publiques, des ONG et des associations d'agriculteurs. Un vaste programme de démonstration à grande échelle a tout d’abord été lancé en 2005 et 2006, avec les démonstrations en champs (Ua Kayongo field days), et la distribution gratuite de 7000 sachets de semences. Trois entreprises de semences, Kenya Seed Co., Western Seed Co, et Lagrotech Co, commercialiseront la technologie et sont formées sur l'application de l'herbicide et la vente de la semence. AATF travaille par l'intermédiaire d'un réseau de 12 ONG et de 4 associations d'agriculteurs pour commercialiser la technologie pour le compte de BASF et pour former et contrôler les agriculteurs. Actuellement (septembre 2006), la semence est en vrac et doit obtenir la certification de la Kenya Plant Health Inspectorate (KEPHIS / Inspection de la santé des plantes du Kenya), et après cela, l'objectif est de la distribuer aux agriculteurs en novembre, pour qu'elle soit prête pour la prochaine saison de semis.
Les problèmes posés par la technologie de résistance à l' imidazolinone
En Afrique, la technologie Clearfield est commercialisée sous le nom de Système de production du Strigaway, qui se compose d'une semence de maïs tolérante à l'herbicide et d'herbicides. La semence de maïs est trempée dans l'herbicide Imazapyr, qui la protège contre la Striga, un gros problème pour les cultivateurs de maïs en Afrique.
Le développement des plantes résistantes à l'herbicide a conduit à une énorme augmentation de l'utilisation des herbicides, car cela permet aux agriculteurs de pulvériser plus souvent et de laisser tomber les autres pratiques de lutte contre les mauvaises herbes. Le risque croissant de cette pratique pour la santé et l'environnement est souvent négligé. L'Imazapyr est un poison, et son utilisation largement répandue aura des conséquences sur la santé et l'environnement qui ne peuvent pas être ignorées.
Les risques de l'Imazapyr pour l'environnement sont très inquiétants, avec l'impact des dérivés de l' herbicide sur les espèces non ciblées; car l'Imazapyr tue pratiquement toutes les plantes avec lesquelles il entre en contact. L'Imazapyr se répand dans le sol et peu contaminer l'eau et l'eau souterraine. Dans une enquête internationale sur les mauvaises herbes résistantes à l'herbicide, 79 espèces communes de mauvaises herbes dans le monde ont développé une résistance au groupe d'herbicides auquel appartient l'Imazapyr.
L'Imazapyr est un herbicide persistan, et, dans les études de terrain, sa persistance dans le sol varie entre 60 et 436 jours. Le résidu dans le sol peut avoir un impact sur les cultures associées, qui sont couramment pratiquées par les agriculteurs. Au Kenya, il est demandé par contrat aux agriculteurs d'intercaler la culture avec du soja ou de laisser la terre en jachère. Mais si les agriculteurs veulent planter une culture vivrière plutôt qu'une culture de rente comme le soja, ils ne peuvent pas le faire, car leurs semences ne survivront probablement pas, ou ils pourront subir une perte de productivité. Une étude faite au Brésil montre que le maïs est l'une des plantes cultivées les plus sensibles à la persistance de l'imazapyr dans le sol, ce qui a pour effet une baisse de rendement.
1 - N Federoff, et N Brown, Mendel in the Kitchen: a Scientist’s View of Genetically Modified Foods, Joseph Henry Press, Washington DC, 2004.
2 - BASF, “Clearfield® Production System”, October 2006, tinyurl.com/wj98s
3 - World Bank, Intellectual Property Rights. Designing Regimes to Support Plant Breeding in Developing Countries, Report No. 35517-GLB, 2006, http://tinyurl.com/yd9wva (PDF) (
4 - C Cox, “Imazapyr”, Journal of Pesticide Reform, Vol. 16, No. 3, Fall 1996, pp. 16–20, http://www.pesticide.org/imazapyr.pdf
5 - A Ulbrich et al., “Persistence and Carryover Effect of Imazapic and Imazapyr in Brazilian Cropping Systems”, Weed Technology, Vol. 19, issue 4, 2005, pp. 986–91.
6 – Voir le site de GM Watch: Le site de l'industrie du riz, Oriza.com, a expliqué l'objectif de l'AATF: "L'objectif de l'AATF sera de travailler avec les gouvernements, les compagnies, les organisations non-gouvernementales et les centres de recherche pour négocier les droits de vente des plantes cultivées génétiquement modifiées et d'introduire les nouvelles technologies agricoles sur le marché africain." Et Oryza.com énumère aussi les entreprises suivantes comme des entreprises donatrices: Monsanto, Dupont, Dow Agro Sciences et Syngenta. http://www.gmwatch.org
7 – La portée des plantes cultivées résistantes à l'herbicide a des limites étant donné l'évolution prévisible des mauvaises herbes parasites résistantes à l'herbicide. Des modèles dynamiques de populations spécifiques suggèrent qu'une striga résistante à l' imidazolinone apparaîtrait entre trois à cinq ans après dans des champs uniformément traités. Il sera alors nécessaire d'élaborer des stratégies de gestion pour retarder l'évolution des populations de striga et d'orobanche résistantes en diminuant la pression de la sélection", J.A.C. Verkleij and E. Kuiper (2000), “Various Approaches to Controlling Root Parasitic Weeds”, Biotechnology and Development Monitor, No. 41, pp. 16–19.
8 - F. Kanampiu, “A New Approach to Striga Control”, Pesticide Outlook, April 2003.
9 – Pour une explication détaillée du système "push-pull" (ndt: "pousser-tirer", méthode de contrôle biologique des insectes par des cultures associées), voir http://www.push-pull.net