Source: http://la.revue.item.free.fr/laicite200804.htm
Timestamp: 2019-02-23 08:25:04+00:00
Document Index: 98347160

Matched Legal Cases: ['arrêt ', '§ 1', '§ 1', '§ 1', '§ 3', '§ 4', '§ 1', '§ 1', '§ 1', '§ 1', '§ 4', '§ 1']

«PIERRE ANGULAIRE DU
PACTE RÉPUBLICAIN»
Pendant les premières semaines de décembre 2003, la laïcité a été le sujet favori du gouvernement et de ses caisses de résonance médiatiques. Et le peuple français fut rassasié de grands mots, de belles expressions : «les valeurs de la République» (Chirac); «La laïcité au coeur de notre identité républicaine» (Chirac); «La laïcité pierre angulaire, valeur fondatrice du pacte républicain» (rapport Stasi) ; «trois valeurs indissociables : liberté de conscience, égalité en droit des options spirituelles et religieuses, neutralité du pouvoir politique» (rapport Stasi).
On sait que derrière ces évocations se profilent des lois persécutrices et ce que le rapport Stasi appelle «une religion civile républicaine» non affichée comme telle, mais très réelle. D'où l'intérêt d'avoir des idées claires sur le sujet; ce qui conduit à préciser les points suivants :
- Théorie de la laïcité
- Pratique de la laïcité
- Église et laïcité
- La laïcité selon le rapport Stasi : du neuf et de l'ancien
- Le discours de Jacques Chirac (17 décembre 2003)
- Les réactions épiscopales
1. THÉORIE DE LA LAïCITÉ
• Sens du mot "laïcité"
Le mot "laïcité", dans son sens habituel, implique une rupture entre le domaine religieux et le domaine politique et social; c'est le sens retenu par le dictionnaire Le Robert; c'est le sens adopté aussi bien par la grande presse que par les hommes politiques.
En 1958, le pape Pie XII a utilisé l'expression «saine laïcité de l'État» (3), désignant par là un principe de la doctrine catholique sur les rapports entre l'Église et l'État (4), le principe d'un État autonome dans ses activités spécifiques et soumis à l'Église en matière de doctrine et de morale. C'est une tout autre idée.
Si l'on adopte l'usage de cette expression, il faudra distinguer entre deux laïcités :
- la laïcité au sens habituel, qui est malsaine parce que séparant radicalement politique et religion;
- la saine laïcité de l'État, qui se traduit par l'union harmonieuse de l'Église et de l'État sans confusion des domaines.
Cette question de vocabulaire doit être précisée au départ pour éviter toute ambiguïté.
Sauf indication contraire, nous prendrons, au cours de cet article, le mot "laïcité" dans le premier de ces sens :
• Énoncé de la théorie : un principe et trois corollaires
La théorie de la laïcité se réduit à quatre éléments simples : un principe-clef et trois propositions qui en découlent :
Le principe : la religion est une affaire strictement privée
1° corollaire : neutralité de l'État; séparation de
La religion étant affaire strictement privée, l'État n'a pas à prendre parti en matière religieuse (et philosophique); il se conduit sans avoir recours à des repères religieux et philosophiques; bref il est neutre. Cette neutralité s'étend évidemment à tous les services que l'État considère (de façon légitime ou non) comme services publics.
La neutralité de l'État implique, sur le plan juridique, la séparation des Églises et de l'État, «principe d'après lequel les organisations religieuses (Églises, etc.) sont considérées comme des groupements de droit privé» (Dictionnaire Le Robert).
2° corollaire : la souveraineté populaire
A défaut d'un ordre religieux transcendant, les lois et institutions de la vie politique doivent reposer sur un autre fondement. Celui qui paraît s'imposer, c'est l'homme considéré collectivement, le peuple; d'où la thèse de la souveraineté populaire.
3° corollaire : la neutralité de la vie sociale (en dehors du domaine politique): vie économique, culturelle, associative, activités éducatives. C'est un complément du premier corollaire: tout ce qui n'est pas vie privée se situe en dehors du domaine de la religion.
• Textes accréditant la théorie :
- Texte mettant en évidence le principe
La laïcité reste (...) au coeur de la pensée et de l'action des francs-maçons (...).
L'ensemble des maçons, quelle que soit leur obédience, s'accordent pour condamner toute immixtion d'une religion dans la vie politique, économique, sociale, culturelle et en particulier dans le domaine de l'éducation. «L'Église est une affaire privée, pas une affaire publique». (P. Burnat et C. de Villeneuve,Les francs-maçons des années Mitterrand, p.63-64).
- Texte insistant sur la neutralité de l'État
(...) la laïcité, c'est-à-dire (...) l'État neutre entre les religions, tolérant pour tous les cultes et forçant l'Église à lui obéir en ce point capital. (E. Renan, cité par le dictionnaire Le Robert)
- Texte insistant sur la séparation
Texte du juriste Capitant définissant la laïcité:
Conception politique impliquant la séparation de la société civile et de la société religieuse, l'État n'exerçant aucun pouvoir religieux et les Églises aucun pouvoir politique.
(cité par le dictionnaire Le Robert)
- Textes insistant sur la souveraineté populaire
Nos lois, nos institutions ne sont pas fondées sur les droits de Dieu mais bien sur les droits de l'homme (...). Elles n'agissent pas (...) par la grâce de Dieu mais au nom de la nation et avec une autorité purement humaine.
La laïcité est le corollaire de la souveraineté populaire.
L'homme citoyen est dieu; et il n'y a pas d'autre dieu que l'homme-citoyen. (5)
[Remarquons que, pour rester en conformité avec la théorie exposée ci-dessus, il faudrait dire "la souveraineté populaire est le corollaire de la laïcité" et non l'inverse. Quoi qu'il en soit, l'étroite liaison entre les deux est ici bien affirmée] :
(article 3 de la Déclaration des droits de l'homme de 1789)
La volonté du peuple est le fondement de l'autorité des pouvoirs publics.
(article 21 de la Déclaration universelle des droits, de l'ONU - 1948).
(article 3 de la Constitution française de 1958)
Tant qu'il y eut en France un certain degré de pratique religieuse, le principe de laïcité [la religion est affaire strictement privée; ce qui entraîne l'interdiction de toute forme de culte public et de propagande religieuse (6)] ne pouvait pas être affiché officiellement; il ne se trouvait guère exprimé que dans des propos maçonniques. Les partisans de la laïcité se contentaient de mettre en évidence les deux premiers corollaires (neutralité de l'État et séparation Église-État d'une part; souveraineté populaire d'autre part).
Il en résulte deux théories de la laïcité (7) :
- la théorie de la laïcité radicale, celle qui vient d'être décrite: elle affiche le principe; elle exige la neutralité pour tout "l'espace public" (8) et pas seulement pour l'État et ses services;
- la théorie de la laïcité limitée: elle n'affiche pas le principe; elle n'exige la neutralité que pour l'État et ses services; elle correspond à la loi de séparation de 1905. (9)
Jusqu'ici, nous n'avons eu affaire qu'à la laïcité limitée. Les récentes prises de position (rapport Stasi, discours de Jacques Chirac du 17 décembre 2003) montrent qu'il n'en va plus de même aujourd'hui (voir les § IV et V, page 21 et 25 ci-dessous).
II - PRATIQUE DE LA LAÏCITÉ
Théorie simple à formuler, la laïcité, qu'elle soit radicale ou limitée, s'avère impossible à mettre en pratique sur deux points : la neutralité de l'État et sa séparation d'avec tout pouvoir spirituel. Elle sert par ailleurs à cacher une sorte de religion de l'homme, non affichée comme telle.
• Une théorie partiellement inapplicable :
- l'impossibilité de la neutralité scolaire
L'expression même de "neutralité scolaire" se présente comme une contradiction dans les termes. Tout éducation, même dite "nationale", transmet une certaine vision du monde, un système de valeurs.
L'impossibilité de la neutralité scolaire était déjà reconnue, au début du siècle dernier, par de grands promoteurs de la laïcité :
- Quand Ferdinand Buisson, l'un des créateurs de l'école laïque, déclarait en 1908 (au Congrès international d'éducation morale):
(Notre République laïque) ne songe qu'à faire de l'enfant un honnête homme, rien de plus. Et pour cela, elle s'efforce de développer son coeur, son caractère en lui faisant aimer le vrai, le beau, le bien (10).
ne sortait-il pas de la neutralité en faisant référence au bien, ce qui suppose une morale, elle-même essentiellement fondée sur une religion?
- Alphonse Aulard (cité par E. Barbier dans Histoire du catholi-cisme libéral et social, T.V.p.153), célèbre professeur d'histoire à la Sorbonne, n'hésitait pas, en 1906, à qualifier ainsi cette même neutralité:
« Il aurait fallu définir la neutralité scolaire, et je défie bien le plus ingénieux de nos philosophes politiques de formuler une définition, même médiocre, d'un mot qui, si peu qu'on y réfléchisse, n'offre aucun sens, ou n'offre qu'un sens absurde ».
- la neutralité de l'État moins crédible encore aujourd'hui qu'en 1906
Il ne peut y avoir neutralité là où il y a action directe sur la pensée la plus générale. Or, depuis plus d'un siècle, l'État a accru ses moyens d'action sur la pensée des citoyens : à l'Éducation nationale devenue une gigantesque entreprise (plus de 1 100 000 fonctionnaires) sont venus s'ajouter la radio-télévision d'État, les théâtres nationaux, les maisons de la culture... Comment pourrait être neutre en matière religieuse, morale, philosophique un pouvoir disposant d'instruments aussi puissants d'action idéologique qui ne peuvent être utilisés de façon "neutre"?
L'impossible séparation de l'État à l'égard de tout pouvoir spirituel
Il est dans l'ordre des choses que la force obéisse toujours à un certain esprit, que la politique en acte corresponde à une certaine conception de l'homme et de sa destinée, autrement dit à une certaine philosophie politique; il est dans l'ordre des choses qu'il y ait toujours un ou plusieurs pouvoirs spirituels pour inspirer l'action de l'État. Quand l'Église catholique se voit cantonnée dans ses sacristies et dépouillée de son rôle de pouvoir spirituel, elle se voit aussitôt remplacée par telle ou telle religion ou idéologie, elle-même soutenue par tel ou tel appareil. Proudhon l'avait déjà constaté :
La papauté abolie, vingt pontificats pour un vont surgir, depuis celui du père Enfantin (11) jusqu'à celui du grand-maître des francs-maçons (12)
• Une théorie qui sert de paravent
A quoi sert la théorie de la laïcité si elle s'avère partiellement inapplicable? Essentiellement à masquer la domination sur l'État de religions ou d'idéologies en partie occultes... principalement maçon-niques. C'est en ce sens qu'il faut comprendre la célèbre déclaration de René Viviani, l'un des chefs francs-maçons de la 3ème République (13), déclaration faite en 1906 :
Il faut en finir avec la neutralité scolaire et user de contrainte légale à l'égard des familles. On vous parle de neutralité scolaire, mais il est temps de dire que la neutralité scolaire n'a jamais été qu'un mensonge diplomatique et une tartuferie de circonstance. Nous l'invoquions pour endormir les scrupuleux et les timorés, mais, maintenant, il ne s'agit plus de cela, jouons franc-jeu. Nous n'avons jamais eu d'autre dessein que de faire une Université anti-religieuse et anti-religieuse d'une façon active, militante, belliqueuse. (14)
• Ce que recouvre réellement la laïcité
En fait, que trouvons-nous sous couvert de laïcité? Des hommes et des institutions qui ont pour objectif de séculariser toutes les activités sociales et politiques et de les faire passer sous la domi-nation de la religion de l'homme qui s'est fait dieu.
Écoutons sur ce point les déclarations de personnalités, de "droite" comme de gauche, mais qui toutes sont adeptes de la laïcité fondamentalement nocive que nous décrivons :
- Michel Poniatowski
Alors qu'il était ministre de l'Intérieur, Michel Poniatowski, ami politique de Valery Giscard d'Estaing, publia un livre intitulé «Conduire le changement». En voici deux passages :
Nous représentons, nous avons été élus sur une certaine conception de l'homme et de la société. (p.14)
L'homme (...) sait qu'aujourd'hui il n'existe pas de certitude absolue en dehors de sa propre réalité et des vérités provisoires qu'il tente de définir pour répondre, à chaque époque de l'histoire, à des problèmes imprévus et nouveaux. Il lui faut trouver en lui-même et ses lois et ses doctrines et ses volontés d'avenir. (p. 244)
- Jean Andrieu (15)
Il n'y a pas de Cité de Dieu à attendre ou à ériger (...). Le modèle de l'homme laïque, c'est lui-même avec ses lâchetés, ses héroïsmes, ses craintes et ses audaces, ses recherches et ses doutes.
(Vous avez dit laïque, p.109)
Le mouvement socialiste exclut l'idée chrétienne qui subor-donne l'humanité aux fins de Dieu, à sa gloire, à ses mystérieux des-seins. (Pages choisies, p.224 - Revue de Paris, 1er décembre 1898)
Le socialisme, étant l'affirmation du droit humain et la substitution de la justice à la charité, est, par là-même, la négation de l'Église. (Action socialiste, p.125 - Article dans La Dépêche du 1er octobre 1891)
Nous prétendons, nous aussi, à la domination spirituelle (...). Nous essayons de créer quelque chose qui ressemble à une foi, une foi qui repose sur la justice humaine et non pas sur la révélation divine.
Il y a effectivement une valeur essentielle qui nous est commune : l'homme doit devenir la mesure de toute chose. Ce message qui est celui du judaïsme est aussi celui de la Gauche.
(Déclaration à Tribune juive, n°800).
Ainsi comprise (et c'est ainsi qu'elle est effectivement vécue), la laïcité comporte la définition d'une véritable "religion". C'est contre cette "religion" que protestait l'Assemblée des cardinaux et archevêques de France dans sa Déclaration du 13 novembre 1945 :
Si la laïcité de l'État est une doctrine philosophique qui contient toute une conception matérialiste et athée de la vie humaine et de la société, si ces mots veulent définir un système de gouvernement politique, qui impose cette conception aux fonctionnaires jusque dans leur vie privée, aux écoles de l'État, à la nation tout entière, nous nous élevons de toutes nos forces contre cette doctrine; nous la condamnons au nom même de la vraie mission de l'État et de la mission de l'Église. (16)
III - ÉGLISE ET LAÏCITÉ
• Rappel de la doctrine de l'Église sur les rapports entre
pouvoirs spirituel et temporel, entre l'Église et l'État
Voici, en résumé, quelques points importants de cette doctrine : (17)
1. Distinction du naturel et du surnaturel
Le droit divin - qui vient de la grâce - ne détruit pas le droit humain qui vient de la raison naturelle.
2. Indépendance de l'Église dans son ordre
L'Église (la société religieuse) est fondée sur le droit divin; elle constitue une société parfaite (18); elle vit de son droit propre et non de privilèges; elle doit rester indépendante dans sa sphère.
3. Indépendance de l'État dans son ordre
L'État (la société civile) est fondée sur le droit humain; il constitue une société parfaite; il agit dans sa sphère en vertu de droits qui lui sont propres.
4. Union de l'Église et de l'État
«Il est nécessaire qu'il y ait entre eux un système de rapports bien ordonné, non sans analogie avec celui qui, dans l'homme, constitue l'union de l'âme et du corps».
(Léon XIII, encyclique Immortale Dei).
5. Subordination du temporel au spirituel, de l' État à l'Église
"Le pouvoir temporel est subordonné au spirituel en tant que ce dernier est tel : gardien des principes, maître de la doctrine, de la morale, de la foi; magistère suprême en tout ce qui est substance, orthodoxie de l'enseignement. Et nullement un spirituel érigé en recteur, organisateur, gouverneur, défenseur DIRECT du temporel" (19).
Les pouvoirs spirituel et temporel sont donc distincts, souverains dans leur ordre, ordonnés l'un par rapport à l'autre.
Le Christ est chef de l'un et de l'autre : il est à la fois chef de l'Église et roi des nations.
Nous avons mentionné ci-dessus (page 6) l'expression "saine laïcité de l'État" utilisée en 1958 par Pie XII. Elle correspond aux points 3. et 5. du résumé ci-dessus.
• Textes du Magistère condamnant la laïcité
Il est bien évident qu'une théorie faisant de la religion une affaire strictement privée ne peut être acceptée par l'Église. Comme l'expliquait le cardinal Pie :
Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles et n'est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c'est dire qu'Il n'est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l'homme individuel et n'est pas la loi de l'homme collectif, c'est dire que le christianisme n'est pas divin. Dire que l'Église est juge de la morale privée et qu'elle n'a rien à voir à la morale publique, c'est dire que l'Église n'est pas divine. (20)
Il est encore plus évident qu'une "doctrine philosophique qui contient toute une conception matérialiste et athée de la vie humaine et de la société..." est incompatible avec l'enseignement de l'Église (cf. le texte des cardinaux et archevêques français cité ci-dessus).
On comprend donc la condamnation par l'Église de la laïcité sous l'une ou l'autre des formes précédemment évoquées. Condamnation que Pie XI formulait ainsi dans son encyclique Maximam gravissimamque du 18 janvier 1924 :
Toutes les fois que par "laïcité" on entend un sentiment ou une intention contraires ou étrangers à Dieu et à la religion, Nous réprouvons entièrement cette laïcité et Nous déclarons ouvertement qu'elle doit être réprouvée.
La séparation de l'Église et de l'État, partie intégrante de la laïcité, a fait l'objet d'une condamnation particulièrement solennelle par saint Pie X (dans l'encycliqueVehementer publiée le 11 février 1906, soit deux mois après le vote de la loi de séparation de 1905) :
Cette thèse (de la séparation de l'Église et de l'État) est la négation très claire de l'ordre surna-turel (*). Elle limite en effet l'action de l'État à la seule poursuite de la prospérité publique durant cette vie, qui n'est que la raison prochaine des sociétés politiques; et elle ne s'occupe en aucune façon, comme lui étant étrangère, de leur raison dernière, qui est la béatitude éternelle proposée à l'homme quand cette vie si courte aura pris fin. Et pourtant l'ordre présent des choses, qui se déroule dans le temps, se trouvant surbordonné à la conquête de ce bien suprême et absolu, non seulement le pouvoir civil ne doit pas faire obstacle à cette conquête, mais il doit encore nous y aider.
(*) (Souligné par nous)
Il faudra se rappeler ce texte lors du centenaire de la loi de séparation en 2005.
Voici quelques autres textes portant condamnation implicite ou explicite de la laïcité :
- La religion, seul lien social
Dans son encyclique Au milieu des sollicitudes (16 février 1892), Léon XIII affirmait cette :
vérité notoire, souscrite par tout homme de bon sens et hautement proclamée par l'histoire de tous les peuples : savoir que la religion, et la religion seule, peut créer le lien social.
Idée ainsi reprise par Pie XII dans son allocution aux cardinaux du 24 décembre 1945 :
Un libéralisme suranné voulut créer l'unité sans l'Église et contre l'Église au moyen de la culture laïque et d'un humanisme sécularisé. Cà et là, comme un fruit de son action dissolvante, en même temps que comme son ennemi, lui succéda le totalitarisme. En somme, quel fut, après un peu plus d'un siècle, le résultat de tous ces efforts exercés sans et souvent même contre l'Église? La tombe de la saine liberté humaine; les organisations forcées; un monde qui, pour les brutalités et la barbarie, pour les destructions et les ruines, mais surtout pour la désunion funeste et pour le manque de sécurité, n'avait pas connu son pareil.
- Le cas des lois françaises dites "de laïcité"
En 1925, lors d'une offensive laïque particulièrement intense, l'Assemblée des cardinaux et archevêques de France fit une Déclaration sur les lois dites de laïcité et sur les mesures à prendre pour les combattre :
Les lois de laïcité sont injustes, d'abord, parce qu'elles sont contraires aux droits formels de Dieu. Elles procèdent de l'athéisme et y conduisent, dans l'ordre individuel, familial, social, politique, national, international. Elles supposent la méconnaissance totale de notre Seigneur Jésus-Christ et de son Evangile. Elles tendent à substituer au vrai Dieu des idoles (la liberté, la solidarité, l'humanité, la science, etc.), à déchristianiser toutes les vies et toutes les institutions. Ceux qui en ont inauguré le règne, ceux qui l'ont affermi, étendu, imposé n'ont pas eu d'autre but. De ce fait, elles sont l'oeuvre de l'impiété, qui est l'expression de la plus coupable des injustices, comme la religion catholique est l'expression de la plus haute justice.
Elles sont injustes ensuite, parce qu'elles sont contraires à nos intérêts temporels et spirituels. Qu'on les examine, il n'en est pas une qui ne nous atteigne à la fois dans nos biens terrestres et dans nos biens surnaturels. La loi scolaire enlève aux parents la liberté qui leur appartient, les oblige à payer deux impôts: l'un pour l'enseignement of-ficiel, l'autre pour l'enseignement chrétien; en même temps, elle trom-pe l'intelligence des enfants, elle pervertit leur volonté, elle fausse leur conscience. La loi de séparation... entraîne la rupture officielle, publique, scandaleuse de la société avec l'Église, la religion et Dieu.
... Comme les lois de laïcité attentent aux droits de Dieu, comme elles nous atteignent dans nos intérêts spirituels, comme, après avoir ruiné les principes essentiels sur lesquels repose la société, elles sont ennemies de la vraie religion qui nous ordonne de reconnaître et d'adorer, dans tous les domaines, Dieu et son Christ, d'adhérer à leur enseignement, de nous soumettre à leurs commandements, de sauver à tout prix nos âmes, il ne nous est pas per-mis de leur obéir, nous avons le droit et le devoir de les combattre et d'en exiger, par tous les moyens honnêtes, l'abrogation. (21)
La laïcité en France n'ayant guère fait que progresser depuis 1925, un tel texte peut être considéré comme s'appliquant à la situation d'aujourd'hui.
• L'attitude du Magistère depuis Vatican II :
L'attitude du Magistère à l'égard de la laïcité a changé, aussi bien sur le plan doctrinal que sur le plan pastoral.
- Aspect doctrinal
La déclaration conciliaire sur la liberté religieuse oblige l'État à accorder la liberté des cultes à toutes les religions (sous réserve que l'ordre public juste soit sauf); elle lui interdit toute discrimination pour motif religieux; elle déclare solennellement que l'État dépasse ses limites s'il s'arroge le droit d'empêcher les actes religieux (articles 3 et 6). Elle introduit ainsi une doctrine nouvelle qui, dans la pratique, conduit à la neutralité de l'État et à son apostasie de fait. Comment pourrait-il en être autrement, à partir du moment où l'État n'a plus l'obligation d'adhérer à la vraie religion et de se soumettre à l'Église en matière de morale et de doctrine? (22).
- Aspect pastoral
On se rappelle la déclaration célèbre de Paul VI sur la "religion de l'homme qui se fait Dieu", figurant dans son discours de clôture du concile Vatican II (7 décembre 1965) :
L'humanisme laïque et profane enfin est apparu dans sa terrible stature et a, en un certain sens, défié le Concile. La religion du Dieu qui s'est fait homme s'est rencontrée avec la religion - car c'en est une - de l'homme qui se fait dieu.
Qu'est-il arrivé? Un choc, une lutte, un anathème? Cela pou-vait arriver; mais cela n'a pas eu lieu. La vieille histoire du Samari-tain a été le modèle de la spiritualité du Concile. Une sympathie sans bornes envers les hommes l'a envahi tout entier. La découverte des besoins humains - et ils sont d'autant plus grands que le fils de la terre (sic) se fait plus grand - a absorbé l'attention de notre Synode.
Ainsi, emporté par sa "sympathie sans borne envers les hommes", le Concile représentant la religion du Dieu qui s'est fait homme aurait cessé de lutter contre la religion de l'homme qui se fait Dieu. La charité pour l'homme dans l'erreur se traduirait aujourd'hui par l'arrêt du combat contre l'erreur... Entre les religions catholique et maçonnique, il n'y aurait plus de choc, plus de lutte, plus d'anathème de l'une à l'autre!
Étonnante déclaration. Elle définissait une ligne de conduite qui n'a été que trop suivie depuis lors. (23)
• Les déclarations de certains évêques français
Nous nous limiterons à trois prises de position émanant de Mgr Etchegaray (devenu depuis cardinal), du cardinal Poupard et de feu Mgr Pierre Eyt, archevêque de Bordeaux (devenu, lui aussi, cardinal) :
- Mgr Etchegaray
L'État neutre, c'est bien; mais ce n'est pas encore l'idéal... Après l'État chrétien, dont la Déclaration conciliaire (24) sonne le glas, après l'État athée qui en est l'exacte et aussi intolérable antithèse, l'État laïque, neutre, passif et in engagé, a été certes un progrès, mais il reste lui-même marqué d'un certain fixisme et révèle une conception étriquée de la fonction étatique. Ne risque-t-il pas de devenir puissance de frein, si sa tâche essentielle consiste à rogner les ailes des projets des parties prenantes de la nation pour aboutir à la grisaille d'un résidu ou du plus petit dénominateur commun?
(Intervention devant la Commission pour l'Éducation de
l'Assemblée nationale, texte reproduit dans le n°36
de Enseignement catholique documents, p.33)
- Cardinal Poupard
Pour ma part, la laïcité est la garantie juridique de la liberté de conscience de tous les citoyens, face aux tentatives de toute contrainte étatique. Loin d'être un plus petit dénominateur, auquel chacun devrait sacrifier une part de ses croyances et de ses convictions pour se réfugier dans un vide spirituel et culturel aseptisé, la laïcité est l'aveu de l'incompétence de l'État dans le domaine des valeurs et l'affirmation de la volonté de la puissance publique d'en respecter - je ne dis pas tolérer - l'expression privée et publique.
(Conférence du 1er février 1992 aux mille par-
ticipants de la journée nationale de la FNOGEC)
- Mgr Pierre Eyt
La laïcité apparaît désormais comme l'expression commune d'une exigence civique liée au respect des consciences dans une société pluraliste. En effet, si, depuis 1958, la République est laïque dans le texte même de la Constitution, aucune objection conséquente n'a été soulevée contre cette définition.
(Conférence donnée à Artigues, Documen-
tation catholique du 5 juin 1994)
On trouvera d'autres prises de position épiscopales allant malheureusement dans le même sens :
- dans l'article de Rémi Fontaine «La laïcité ouverte (suite)» du N°87 de l'AFS (février 1990);
- dans le rapport de Mgr Dagens «La proposition de la foi dans la société actuelle» (La Documentation catholique, 4 décembre 1994) approuvé par l'assemblée des évêques de France en novembre 1994.
Les évêques que nous venons de citer ne reconnaissent pas le principe-clef de la laïcité (la religion est affaire strictement privée) mais ils en acceptent le corollaire sur la neutralité de l'État et la séparation de l'Église et de l'État; ils admettent ainsi que l'État n'ait plus à se soumettre à l'Église en matière de doctrine et de morale et puisse véritablement être neutre à l'égard de tout pouvoir spirituel... hypothèse que vient contredire la réalité des faits (25).
De telles déclarations peuvent être qualifiées d'irréalistes; elles se situent par ailleurs en opposition avec la doctrine sur la royauté sociale de Notre Seigneur (encyclique Quas Primas, de Pie XI).
IV - LA LAïCITÉ SELON LE RAPPORT STASI : DU
NEUF ET DE L'ANCIEN
Le 3 juillet 2003 a été créée une «Commission de réflexion sur l'application du principe de laïcité dans la République», dont la présidence a été assurée par Bernard Stasi (26). Elle a remis son rapport (appelé ci-dessous rapport Stasi) au Président de la République le 11 décembre 2003.
Le texte est bien composé, clair, assez long (huit pages dans Le Monde du 12 décembre 2003) (27). Il est divisé en quatre parties et une conclusion (correspondant en gros à la théorie de la laïcité, à sa pratique en France, aux difficultés actuelles, aux orientations et solutions proposées) :
1. «La laïcité, principe universel, valeur républicaine»;
2. «La laïcité à la française, un principe juridique appliqué avec
empirisme»;
3. «Le défi de la laïcité»;
4. «Affirmer une laïcité ferme qui rassemble».
• Le rappel du principe de laïcité
On retrouve, en première page du rapport Stasi, le principe et deux des corollaires qui caractérisent la laïcité :
- Le principe : la religion est affaire exclusivement privée.
Le spirituel et la religion doivent s'interdire toute emprise sur l'État et renoncer à leur dimension politique. La laïcité est incompatible avec toute conception de la religion qui souhaiterait régenter, au nom des principes supposés de celle-ci, le système social ou l'ordre politique. (§ 1.2.1)
Commentaire : Le rapport Stasi affirme que la religion ne doit régenter ni l'ordre politique ni le "système social"; il ne dit pas que la religion doit être exclue de l'ordre politique et du système social mais il se rapproche de cette dernière idée; il comporte donc une affirmation atténuée du principe de laïcité.
- Premier corollaire : neutralité de l'État - séparation de l'Église et de l'État
Textes du rapport
L'État n'impose ni ne contraint; il n'y a ni credo obligé ni credo interdit. La laïcité implique la neutralité de l'État. (§ 1.2.1)
La laïcité suppose l'indépendance du pouvoir politique et des différentes options spirituelles ou religieuses. Celles-ci n'ont pas d'emprise sur l'État et ce dernier n'en a pas sur elles. (§ 1.2.1)
L'objectif prioritaire d'égalité entre toutes les options représente un processus de longue durée, encore inachevé. (§ 3.1)
Commentaire : séparées de l'État, la vraie religion et les fausses, baptisées "options", sont placées, en principe, sur un pied de stricte égalité. Égalité scandaleuse qui n'est pas encore réalisée totalement en France (la religion catholique y bénéficiant encore de certains privilèges) mais qui constitue "un objectif prioritaire".
Voici une proposition de la Commission Stasi répondant à une telle préoccupation et où la croix, le voile musulman et la kippa juive sont également traités (ou, si l'on veut, également maltraités) :
C'est pourquoi la commission propose d'insérer dans un texte de loi portant sur la laïcité la disposition suivante : «Dans le respect de la liberté de conscience et du caractère propre des établissements privés sous contrat, sont interdits dans les écoles, collèges et lycées les tenues et signes manifestant une appartenance religieuse ou politique. Toute sanction est proportionnée et prise après que l'élève a été invité à se conformer à ses obligations».
Cette disposition serait inséparable de l'exposé des motifs suivants : «Les tenues et signes religieux interdits sont les signes ostensibles, tels que grande croix, voile ou kippa» (§ 4.2.1)
- Troisième corollaire : la neutralité de la vie sociale (en dehors du domaine politique)
L'État laïque, garant de la liberté de conscience, outre la liberté de culte ou d'expression, protège l'individu.
Il protège chacune et chacun contre toute pression, physique ou morale, exercée sous couvert de telle ou telle prescription spirituelle ou religieuse.
La défense de la liberté de conscience individuelle contre tout prosélytisme vient aujourd'hui compléter les notions de séparation et de neutralité centrales dans la loi de 1905. (§ 1.2.3)
La liberté de conscience (au sens libéral, celle dont il est question ici) se définit ainsi :
Le prétendu droit :
a.) de penser et de croire ce qu'on veut, même en religion et en morale;
b.) de répandre à son gré ses opinions dans la foule par la parole ou par la presse ou par tout autre moyen. (28)
Dans cette définition sont distinguées la liberté de conscience au for interne (ligne a.) et la liberté de conscience au for externe (ligne b.)
L'exercice de la liberté de conscience au for externe (la seule dont l'État puisse s'occuper) comporte nécessairement une certaine dose de propagande, de prosélytisme. (29)
Le § 1.2.3. précité du rapport Stasi, où il est question de «défendre la liberté de conscience contre tout prosélytisme» présente de ce fait une contradiction. Bienheureuse contradiction qui permettra à l'État (si les idées du rapport Stasi se traduisent un jour en loi) de jouer sur l'un ou l'autre des termes de la contradiction. Au nom de la liberté de conscience garantie par l'État laïque, on permettra aux homosexuels de propager leurs idées sans restriction aucune. Au nom de la défense des citoyens contre tout prosélytisme, on pourra interdire toute forme de propagande catholique.
• Un élément nouveau : l'apparition officielle de la laïcité radicale
Rappelons deux passages déjà cités du rapport Stasi :
§ 1.2.1 - La laïcité est incompatible avec toute conception de la religion qui souhaiterait régenter, au nom des principes supposés de celle-ci, le système social ou l'ordre (souligné par nous).
§ 1.2.3 - La défense de la liberté de conscience individuelle contre tout prosélytisme vient aujourd'hui compléter les notions de séparation et de neutralité centrales dans la loi de 1905.
Ces deux passages marquent un début de passage de la laïcité limitée (neutralité de l'État) à la laïcité radicale (neutralité de l'État et du "système social").
Les considérations sur la neutralité dans les entreprises (§ 4.2.3) se rattachent à cette nouvelle orientation.
Mais n'allons pas trop vite! Après avoir affiché (de façon atténuée) le principe de laïcité, le rapport Stasi apporte un accommodement en laissant une porte ouverte à une «capacité d'expression publique» de la religion :
Dans le cadre laïque, les choix spirituels ou religieux relèvent de la liberté individuelle : cela ne signifie pas pour autant que ces questions soient confinées à l'intimité de la conscience, «privatisées», et que leur soient déniées toute dimension sociale ou capacité d'expression publique. La laïcité distingue la libre expression spirituelle ou religieuse dans l'espace public, légitime et essentielle au débat démocratique, de l'emprise sur celui-ci, qui est illégitime. Les représentants des différentes options spirituelles sont fondés à intervenir à ce titre dans le débat public, comme toute composante de la société (§ 1.2.1.( souligné par nous).
Subtile distinction entre «libre expression dans l'espace public» et «emprise sur le débat démocratique». Il suffira qu'une libre expression soit considérée comme emprise pour être interdite...
En définitive, retenons que, lorsqu'on parle de laïcité, il faudra désormais distinguer deux étapes dans sa mise en oeuvre :
- la première (codifiée en 1905) se traduit par la neutralité de l'ordre politique; nous l'avons appelée laïcité limitée.
- la seconde (introduite aujourd'hui) se traduit par la neutralité de l'ordre politique et du "système social"; nous l'avons appelée laïcité radicale.
• Impression générale sur le rapport Stasi
Le rapport définit clairement ce que l'État français entend par laïcité.
Il paraît particulièrement nocif sur quatre points :
- le mépris souverain avec lequel il traite la religion catholique qualifiée d'option et à laquelle il ne concède même pas le minimum de considération justifié par son rôle dans l'histoire de France;
- l"objectif prioritaire" de rendre égales toutes les options, autrement dit toutes les religions; ce qui pourrait conduire, à court terme, à supprimer une partie des privilèges dont bénéficie encore chez nous la religion catholique (par exemple : jours fériés, statut de l'Alsace-Lorraine) et à donner de nouveaux privilèges à l'islam.
- la "défense de la liberté de conscience individuelle contre tout prosélytisme", formule ambiguë se prêtant à une exploitation totalitaire.
- l'introduction officielle de la laïcité radicale.
V - LE DISCOURS DE JACQUES CHIRAC DU
Ayant reçu le rapport Stasi le 11 décembre, Jacques Chirac prononça le 17 du même mois un discours «relatif au respect du principe de laïcité dans la République». On y retrouve les idées et le vocabulaire précédemment évoqués : «pacte républicain»; «la laïcité, grande conquête de la République»; «le principe de laïcité, pilier de notre Constitution»; «l'école instrument par excellence d'enracinement de l'idée républicaine».
C'est avec une certaine solennité qu'a été ainsi réaffirmé, par le Président de la République, l'athéisme de l'État (baptisé laïcité ouneutralité), autrement dit l'apostasie nationale. Événement grave et qui aurait justifié - entre autres choses - des prières de réparation dans nos églises.
Insistons sur une phrase de ce discours : «C'est la neutralité de l'espace public qui permet la coexistence harmonieuse des différentes religions». Il ne s'agit plus seulement de la neutralité de l'État mais de la neutralité de tout ce qui est public, de ce que le rapport Stasi appelle «l'ordre politique et le système social».
Par cette phrase confirmant le rapport Stasi, Jacques Chirac amorce le passage à la laïcité radicale.
VI - LES RÉACTIONS ÉPISCOPALES
Voici trois réactions qui ont été rendues publiques le lendemain du discours de Jacques Chirac :
Texte de Mgr Stanislas Lalanne, secrétaire général de la Conférence des évêques de France (extrait de sa déclaration)
Après les débats et les diverses prises de position qui ont eu lieu ces dernières semaines, nous avons entendu un discours plus mesuré qui situe les grands enjeux et les défis du vivre ensemble. L'Église catholique peut apporter sa contribution. Plus qu'un principe, la laïcité est une pratique en vue d'assurer la liberté des cultes et l'expression sociale des religions.
(Le Figaro, 18 décembre 2003).
Texte de Mgr Ricard, président de la conférence des évêques de France. Extrait de son communiqué du 18 décembre faisant suite au discours de Jacques Chirac (source : Zenit) :
Le projet de société pour la France, réaffirmé fortement par le Président de la République, privilégie l'intégration et refuse toute forme de repli communautariste. Il nous paraît très positif que les conditions du vivre ensemble soient explicitées. Les valeurs fortes de la République - liberté, égalité, fraternité - doivent être rappelées et promues. L'unité nationale ne méconnaît pas les différences mais les assume et les intègre. Nous nous inscrivons dans cette "nouvelle communauté de destin" qui exige lucidité, imagination et fidélité.
Le code de la laïcité, prévu par le Président de la République et confié au Gouvernement, pourra contribuer à rappeler utilement les principes et les règles qui nous régissent en ce domaine. Mais il devra souligner aussi que la laïcité est d'abord un art de vivre ensemble enrichi par l'expérience et la pratique.
L'État est laïc. Cette neutralité en matière religieuse est l'un des fondements de la démocratie moderne. Elle s'accompagne d'une vigilance pour assurer la liberté de conscience et pour garantir le libre exercice des cultes. Cette vigilance va plus loin que le simple fait de permettre à chacun d'exprimer et de pratiquer sa foi. Elle implique la prise en compte de la dimension sociale et institutionnelle des religions dans la société. Il est de la responsabilité de l'État d'assurer "le même respect, la même considération à toutes les grandes familles spirituelles". Il le fera en tenant compte de la diversité de ces familles religieuses qui n'ont pas toutes la même histoire, la même conception de Dieu, de l'homme et de la femme, la même façon de vivre les rapports entre les lois religieuses et les lois de la société. Il ne saurait y avoir un traitement indifférencié du "religieux", pas plus d'ailleurs qu'un front commun de défense des religions.
Texte de Mgr Joseph Doré, archevêque de Strasbourg (extrait de sa déclaration)
Je suis heureux que le président de la République ait rappelé que tous les enfants de France sont fils et filles de la République. J'accueille d'autant mieux son discours qu'il invite à entrer dans le débat et à développer un partenariat avec les autorités religieuses. Nous désirons être partie prenante de ce débat sur une laïcité d'ouverture et de respect mutuel, qui ne doit pas être remise en cause. (Le Figaro, 18 décembre 2003)
La laïcité telle qu'elle est présentée par Jacques Chirac et le rapport Stasi, semble acceptée comme chose normale dans l'une ou l'autre de ces déclarations.
A noter cependant que Mgr Ricard, dans une déclaration à la récente assemblée de l'Épiscopat à Lourdes, a condamné la laïcité radicale en affirmant : «Si l'État est laïque, la société civile, elle, ne l'est pas» (l'expression "société civile" étant prise au sens courant aujourd'hui : la société dans ses activités non politiques - Cf. Présent du 13 novembre 2003).
En revanche, le communiqué du 17 décembre 2003 de Mgr Brincard, évêque du Puy, publié sur son site internet, souligne la nocivité du rapport Stasi. En voici la conclusion :
Enfin, je tiens à dire ceci : si les principales conclusions du rapport Stasi devaient être entérinées par l'autorité législative de notre pays, une nouvelle étape serait franchie, celle d'une progressive mise hors la loi de la tradition chrétienne qui contribue aujourd'hui, comme elle l'a fait, au cours des siècles écoulés, à la vraie grandeur de la France. (30)
VII - LAÏCITÉ ET LIBERTÉ RELIGIEUSE
Comment expliquer que l'épiscopat français qui, en 1925 en particulier, avait réagi vigoureusement contre la laïcité, semble, depuis quarante ans, l'accepter de plus en plus facilement (cf. textes ci-dessus )?
Y aurait-il une explication doctrinale à une telle acceptation?
Sur le tableau ci-contre ont été comparées, sur huit points importants, la doctrine traditionnelle des rapports Église-État (31), la doctrine conciliaire sur la liberté religieuse (telle qu'elle a été interprétée et appliquée depuis le Concile Vatican II) (32) et la théorie de la laïcité (33).
On constate une opposition très nette entre laïcité radicale et doctrine conciliaire (dans son interprétation post-conciliaire) : elles s'opposent sur tous les points évoqués sauf les points 3 et 6.
On constate une grande parenté entre laïcité limitée et doctrine conciliaire (dans son interprétation post-conciliaire) : elles sont identiques sur tous les points évoqués, sauf les points 4 et 8; et leurs mises en pratique aboutissent au même résultat.
Doctrine traditionnelle Doctrine conciliaire Laïcité dans son
1 La liberté de conscience - Oui pour la vraie Oui - Laïcité limitée: oui
au for externe et la liber- religion
té des cultes doivent- - Non pour les faus- - Laïcité radicale: non
elles être autorisées? ses (avec possibi-
lité de tolérance) _____________---------------------------------------
2 L'État est-il compé- Oui Non - Laïcité limitée: non
tent pour réprimer (l'ordre public - Laïcité radicale: oui
le culte public d' juste étant sauf)
une fausse religion? ______
3 L'État peut-il légitime-
ment établir des discrimi- Oui Non Non
nations entre citoyens
pour motif religieux? _________________________________________________
4 Devoirs de l'État en- - Hommage pu- - Devoirs ni réaf-
vers la vraie religion blic de l'État firmés ni niés
- Inspiration chré- - La règle de non- Aucun
tienne de la lé- discrimination
gislation pour motif reli-
- Protection de gieux en rend l'e-
l'Église xercice pratique-
ment impossible _______
5 Coexistence entre Fausses religions Liberté de culte - Laïcité limitée: li-
vraie et fausses reli- exclues de la cité, pour toutes les berté de culte pour
gions sauf si la prudence religions, l'ordre toutes les religions
politique justifie une public étant sauf - Laïcité radicale :
certaine tolérance neutralité de l'es-
pace public ______
6 Neutralité de l'État et Non Oui Oui
des services publics _______
7 Neutralité de l'espace - Laïcité limitée: non
public (au-delà de l'É- Non Non (34) - Laïcité radicale: oui
tat et de ses services) _________________________________________________
8 Royauté sociale de Fondement de Rendue pratique- Niée
Notre Seigneur J.C. l'ordre social ment irréalisable
On comprend que des évêques, adhérant à cette doctrine conciliaire, acceptent la laïcité limitée (35) et puissent élever une protestation contre la laïcité radicale (36).
• Résumons deux points essentiels qui caractérisent le rapport Stasi et le discours de Jacques Chirac :
On trouve dans ces textes un mépris souverain pour la vérité (la religion catholique, la seule vraie, est considérée comme une option) et pour l'histoire (l'identité catholique de la France est complètement ignorée dans le rapport Stasi et bafouée par Jacques Chirac) (37). L'apostasie de l'État français prend par là un caractère plus affirmé et plus solennel.
L'avantage - le seul - du rapport Stasi et du discours de Jacques Chirac est d'avoir clarifié les idées sur la laïcité : ce qu'elle est et comment progresse sa mise en application. «Plus on emploie ce terme (de laïcité), moins on sait de quoi on parle», disait récemment Emile Poulat (38). Ce n'est plus vrai aujourd’hui.
• La Révolution inverse les principes. Le principe de laïcité est l'inverse du principe catholique de soumission du temporel au spirituel, de l'État à l'Église en matière de doctrine et de morale; il constitue la formulation socio-politique du "Non serviam" de Lucifer. L'exaltation récente de ce principe est donc un acte révolutionnaire, un acte d'adhésion au programme de Satan.
• Cette laïcité est maçonnique dans son essence, comme le reconnaissait en juin 2003 l'Institut maçonnique de France, récemment créé :
Engagé, dans la deuxième moitié du XIXème siècle, dans un combat contre tous les despotismes, politiques ou religieux, l'ordre maçonnique s'identifiera, en France et dans tous les pays d'Europe sur qui s'étendra son influence, au combat pour l'établissement des libertés publiques et de la laïcité. Ce sont encore de nos jours les valeurs fondamentales de la République française. (39)
• En matière d'application, nous passons d'une première étape (neutralité de l'État et des services publics) à une deuxième («neutralité
de l'espace public» selon la formule de Jacques Chirac). Évolution progressive : nos adversaires ne manquent pas de prudence politique et ne brûlent pas les étapes. Mais la laïcité progresse; et la franc-maçonnerie triomphe.
• Que les francs-maçons et les hommes politiques qu'ils inspirent fasse progresser la laïcité, la chose est normale. Ce qui l'est moins, c'est l'acceptation de la laïcité limitée par les autorités religieuses et la faiblesse de réaction contre la laïcité radicale :
L'Église catholique accepte ouvertement les valeurs de la République laïque, même, semble-t-il, dans la version Stasi. Mais cette Église ne restera pas éternellement dans son état actuel d'anémie, de langueur, d'incertitude. La "nature" d'une religion révélée comme la religion chrétienne est d'avoir en elle-même sa propre légitimité, et non pas de la recevoir selon les principes et les limites politiques de l'État, qu'il soit républicain ou non. La nature d'une telle religion est de ne jamais renoncer vraiment à sa dimension politique et sociale, de ne jamais accepter véritablement un principe juridique ou moral qui serait supérieur aux siens. Ni la persuasion ni la persécution n'en viendront finalement à bout. (40)
• La laïcité est une question politique; elle est donc, au premier chef, une affaire de laïcs.
Que peuvent faire les laïcs dans un pays comme le nôtre, qui reste majoritairement d'appartenance catholique? (41). En attendant une étude sur ce sujet, voici trois indications :
- Avoir recours à la prière : la menace étant d'ordre satanique, les moyens surnaturels doivent être mis en oeuvre en priorité. C'est à ce titre qu'a été reproduite dans le n°170 (décembre 2003) de l'AFS (p. 5), la très belle prière à Notre-Dame des Anges qui fut dictée par la Sainte Vierge à l'abbé Cestac en 1864.
- Connaître les doctrines en cause : la doctrine traditionnelle sur les rapports entre l'Église et l'État, la doctrine conciliaire sur la liberté religieuse (telle qu'elle a été interprétée et appliquée dans la période postconciliaire), l'idéologie maçonnique de la laïcité. La nocivité de la doctrine conciliaire doit être bien comprise : elle désarme les catholiques, car elle s'apparente étonnamment à la laïcité limitée.
- Ce qui conduit à retrouver le sens de la doctrine (pour ceux chez qui il se serait atténué); la doctrine ne change pas et n'est jamais caduque (42). Car, comme l'a remarqué Bossuet, dans un texte fréquemment cité :
Lorsqu'il s'agit d'expliquer les principes de la morale chrétienne et les dogmes essentiels de l'Église, tout ce qui ne paraît point dans la tradition de tous les siècles et principalement dans l'antiquité, est dès là non seulement suspect, mais mauvais et condamnable; et c'est le principal fondement sur lequel tous les saints Pères - et les papes plus que les autres - ont condamné les fausses doctrines, n'y ayant jamais eu rien de plus odieux à l'Église romaine que les nouveautés. (43)
- Réaffirmer la Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ (44), clef de voûte de la doctrine sociale de l'Église et antithèse parfaite de la laïcité, qu'il s'agisse de celle d'hier (loi de 1905) ou de celle d'aujourd'hui (du type Stasi-Chirac).
(3) Voici le texte contenant cette expression : "Que vos cités soient une partie vivante de l'Église. Il y a des gens, en Italie, qui s'agitent parce qu'il craignent que le christianisme enlève à César ce qui est à César. Comme si donner à César ce qui lui appartient n'était pas un commandement de Jésus; comme si la légitime et saine laïcité de l'État n'était pas un des principes de la doctrine catholique; comme si ce n'était pas une tradition de l'Église, de s'efforcer continuellement à maintenir distincts, mais aussi toujours unis, selon les justes principes, les deux Pouvoirs; comme si, au contraire, le mélange entre le sacré et le profane ne s'était pas plus fortement vérifié dans l'histoire quand une portion de fidèles s'était détachée de l'Église" (Allocution à la Colonie des Marches de Rome, 23 mars 1958).
A notre connaissance, c'est la seule fois où cette expression a été utilisée dans un texte pontifical.
(4) Voir un résumé de cette doctrine page 13 ci-dessous.
(5) Ferdinand Buisson, La foi laïque; cité par Paul Courcoural, La fin de la querelle.
Ferdinand Buisson (1841-1932), protestant, fut l'un des pères de l'école laïque; il dirigea l'enseignement primaire de 1880 à 1896 sous vingt-sept ministres successifs.
(6) La constitution de la Russie soviétique accordait la liberté des cultes et interdisait strictement toute propagande religieuse.
(7) Nous continuons à ne parler ici que de la laïcité au sens habituel du mot, celle qui fut qualifiée de malsaine (par opposition à la "saine laïcité de l'État" définie par Pie XII).
(8) Expression de Jacques Chirac dans son discours du 17 décembre 2003.
(9) Cette distinction entre ce que nous appelons "laïcité limitée" et "laïcité radicale" (caractérisant deux étapes dans le progrès de la laïcité) est ainsi présentée par Claude Polin dans le chapitre «La laïcité est-elle une neutralité?» du livre collectif Christia-nisme et laïcité (Éd. Certitudes, 2000): «La même dynamique qui portait la laïcité à contester le catholicisme après avoir prétendu protéger toutes les religions doit encore la porter à se faire laïcisme, c'est-à-dire à combattre franchement toute foi religieuse : y étant inscrite dès l'origine, pourquoi aurait-elle cessé de tendre vers sa fin naturelle? Vouloir la laïcité de la société, quand ce serait au nom de la liberté de la foi, c'est en réalité ôter tout droit de cité à proprement parler à toute religion. Un point c'est tout.»
(10) Cité par Michel Creuzet dans le livre Enseignement-Éducation, p.12, édit.CLC.
(11) Prosper Barthélémy Enfantin (1796-1864), ingénieur et socialiste français, princi-pal propagateur de l'école socialiste saint-simonienne qui prit l'allure d'une véritable religion.
(12) Texte du 7 septembre 1862 cité par Charles Maurras, La démocratie religieuse, p.480. Proudhon (1796-1864) fut socialiste et hostile à la lutte des classes. Sur l'intérêt de certaines de ses idées et constatations, voir le chapitre «Proudhon» du livre précité de Charles Maurras.
(13) René Viviani (1863-1925). Dirigeant du parti socialiste. Premier titulaire du Ministère du Travail (1906). Ministre de l'Instruction publique, Président du Conseil.
(14) Cité par E. Barbier, Histoire du catholicisme libéral et social, t.V, p.117.
(15) J.Andrieu, membre du CNAL (Comité national d'action laïque) fut, dans les années 80, président de la Fédération de conseils de parents d'élèves de l'enseignement public.
(16) Cité par Michel Creuzet, «Laïcisme cléricalisme et action des catholiques dans la cité», p.134 et dans Documents Épiscopat, n°1, janvier 1989.
(17) Pour un exposé plus complet, voir la brochure AFS Politique et Religion
(18) Une société spirituelle ou temporelle est dite "parfaite" quand elle dispose par elle-même des moyens nécessaires pour atteindre sa fin. Selon cette définition, seule l'Église et l'État peuvent être dits "sociétés parfaites".
(19) Jean Ousset, Mission politique des laïcs.
(20) Oeuvres, t.VI, p.434.
(21) Déclaration de l'Assemblée des cardinaux et archevêques de France, 10 mars 1925, extraits. Cité par Michel Creuzet, op.cit., p.133.
(22) Cf. la brochure AFS «La liberté religieuse trente ans après Vatican II»; bon de commande en dernière page.
(23) C'est ainsi que nombre de catholiques ont adopté une attitude irréaliste à l'égard des adeptes de la religion de l'homme, francs-maçons, socialistes... Ils n'ont vu chez eux que des personnes libérales et bienveillantes et non plus des ennemis de l'Église.
(24) Mgr Etchegaray reconnaît que le concile Vatican II, par sa déclaration sur la liberté religieuse, a discrédité la notion d'État chrétien et pris ainsi le contre-pied de la doctrine traditionnelle sur l'État, si magnifiquement réaffirmée par tous les papes, de Pie IX à Pie XII.
(25) On constate en effet que l'État prétendu neutre est soumis au pouvoir spirituel des francs-maçons. Cf. la brochure AFS Connaissance élémentaire de la franc-maçonnerie.
(26) «Bernard Stasi est médiateur de la République depuis 1998. Énarque, il a été député (centriste) de la Marne de 1968 à 1993. Vice-président de l'Internationale démocrate-chrétienne, il a été élu député européen en 1994. Auteur, en 1984, de «L'immigration, une chance pour la France», il est vice-président de l'Association des maires de France» (Le Monde, 12.12.03)
(27) Texte sur internet à l'adresse : http://lesrapports.ladocumentationfrançaise.fr/BRP/03400725.
(28) Henri Hello, Les libertés modernes d'après les encycliques, p.13
(29) Prosélytisme : «zèle déployé pour répandre la foi, et, par extension, pour faire des prosélytes, recruter des adeptes» (Dictionnaire Le Robert). Normalement, le mot ne comporte aucune connotation négative.
(30) http://catholique.lepuy.cef.fr/evek/index.htm
Texte publié intégralement dans "La Nef" de janvier 2004.
(31) Cf. la brochure AFS Politique et religion.
(32) Cette doctrine peut être ainsi résumée : «Il est normal que devant les lois de l'État toutes les religions aient les mêmes droits et soient soumises aux mêmes obligations. L'État doit accorder un statut socio-politique égal à toutes les religions, qui corresponde à toute l'ampleur de ce droit fondamental de l'homme» (Cardinal Jérôme Hamer, interview donnée au journal 30 Jours (janvier 1993). Cf. la brochure AFS La liberté religieuse trente ans après Vatican II.
(33) Cf. la brochure AFS Une nouvelle religion : la laïcité
(34) Cf. Jean-Paul II (15 juin 1993): «Ce qui est inacceptable, c'est la prétention de réduire la religion au domaine strictement privé»; voir aussi la déclaration de Mgr Ricard, à Lourdes, citée page 27 ci-dessus, en bas de page : «Si l'État est laïque...».
-(35) Cf. le texte de Mgr Pierre Eyt, p. 20 ci-dessus.
(36) Cf. la remarque de Mgr Ricard et le texte de Mgr Brincard cités p.27-28 ci-dessus.
(37) Quand il laisse entendre que la diversité des croyances est au coeur de notre identité et qu'il met en parallèle 2000 ans de christianisme et 2000 ans d'enracinement juif en France...
(38) La Nef, décembre 2003, p. 20.
(39) Article «1728-2003 - 275 ans de maçonnerie française» publié en juin 2003 sur le site www.fm.org de l'Institut maçonnique de France. Cf. l'éditorial du N°168 (août 2003) de l'AFS «La France, fille aînée de la maçonnerie?».
(40) Jean Madiran, La laïcité selon Stasi, Présent, 13 décembre 2003.
(41) D'après l'Annuaire statistique de l'Église pour l'année 2001 (édité par le Saint-Siège en 2003), la population habitant en France comptait, en cette année, 46 434 000 baptisés catholiques sur un total de 59 190 000 habitants, soit une proportion de 78,5% de baptisés catholiques.