Source: http://www.ziane-online.com/essai/liberte-de-la-presse-en-algerie-rapport-annuel-2004-du-rsf.html
Timestamp: 2017-11-23 16:43:34+00:00
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Matched Legal Cases: ["l'article 144", 'arrêt ', "l'article 144", "l'article 144", "l'article 144", 'arrêt ']

Liberté de la presse en Algérie : rapport annuel 2004 du RSF - Site perso de Mohamed ZIANE-KHODJA
Reporters sans frontiers. Algérie
© Reporters sans frontières | Mardi 03 mai 2005
Dans un climat tendu de précampagne électorale, la presse privée hostile au président Bouteflika a été victime d'un véritable harcèlement de la part des autorités.
Début juin 2003, le président Bouteflika s'est fait le champion de la liberté de la presse, tout en accusant les médias algériens de "s'acharner à outrance à défigurer l'image de l'Algérie à l'étranger". Il précisait : "Aucun titre ou journaliste n'a fait l'objet d'une quelconque persécution." Pourtant, les poursuites judiciaires, condamnations, intimidations et agressions se sont multipliées à l'encontre des journalistes, y compris des correspondants locaux de la presse privée, et cette dernière a été soumise à une véritable campagne de harcèlement. Sur le plan politique, l'été a été marqué par la libération, au terme de leur peine, des deux dirigeants historiques du Front islamique du Salut (FIS), Abassi Madani et Ali Belhadj. Pour éviter tout écho aux éventuels propos d'Ali Belhadj, les autorités ont interdit "la couverture médiatique" de l'ex-prisonnier par la presse et les télévisions étrangères.
Sur fond de luttes intestines au sein du pouvoir, les journaux algériens se sont par ailleurs déchaînés, tout au long de l'année, contre plusieurs personnalités politiques, dont le président Bouteflika. En août, le quotidien Liberté, sur des photos des principaux dirigeants du pays, titrait en gros caractères : "Tous des voleurs. Expliquez-vous !". De son côté, Le Matin titrait : "Main basse sur les biens de l'Etat." Même le quotidien L'Expression, auparavant favorable au Président, l'a "lâché", ne soutenant plus sa candidature pour un second mandat et dénonçant abus et injustices. Exaspéré par la multiplication des attaques, toujours plus violentes, notamment à l'égard du chef de l'Etat et de son ministre de l'Intérieur, le gouvernement a choisi une solution radicale : le harcèlement de la presse par différents stratagèmes, notamment grâce à l'article 144 bis du code pénal, qui prévoit des peines de deux à douze mois de prison et des amendes allant de 50 000 à 250 000 dinars (environ 500 à 2 500 euros) pour toute mise en cause dans des termes injurieux, insultants ou diffamatoires du président de la République, du Parlement ou de l'une de ses deux Chambres, ou de l'ANP (l'Armée nationale populaire). C'est dans ce contexte houleux que le journaliste Hassan Bourras a été condamné en première instance à deux ans de prison ferme.
Des subterfuges commerciaux et financiers pour sanctionner les journaux irrévérencieux ont été également utilisés par le pouvoir politique. En août, les imprimeurs d'Etat ont ainsi sommé la presse privée d'acquitter la totalité de ses créances, et le redressement fiscal qui frappe Le Matin a bien failli couler le quotidien. Les actions sur ce terrain sont d'autant plus aisées que la gestion de la plupart des entreprises de presse souffre d'un manque de transparence, ces dernières publiant rarement leurs comptes (à part le Quotidien d'Oran et El-Watan).
Le chef du gouvernement Ahmed Ouyahia s'est d'ailleurs prononcé, lors d'une conférence de presse, sur la suspension de certains titres en août : "Ce sont les journaux les plus endettés qui ont été suspendus. Est-ce qu'il y a eu un journal qui a payé ses factures et dont la parution a été retardée ? Ceux qui ont payé n'ont pas été interdits. Cela prouve que c'est une mesure purement commerciale." Or une trentaine d'autres titres ont des dettes bien supérieures à celles des six journaux privés incriminés, mais, totalement inféodés aux vues du pouvoir, ils ont été épargnés. La presse proche du gouvernement est très protégée contre de telles sanctions et bénéficie de différentes formes de soutien. Le Jour d'Algérie et Le Concitoyen, lancés cette année par des proches du clan présidentiel, ont immédiatement bénéficié de la publicité publique (bien que leur tirage soit très faible).
Le 22 septembre s'est voulu "une journée sans presse". Un appel avait été signé en ce sens le 14 septembre par onze journaux (Le Matin, El Khabar, El Watan, Liberté, Le Soir d'Algérie, L'Expression, El-Fadjr, Akhar Saâ, Er-Raï, Info Soir, La Dépêche de Kabylie) pour protester contre le harcèlement judiciaire dont est victime la presse privée. Mais de nombreux quotidiens indépendants (notamment Le Quotidien d'Oran, La Tribune et El Youm) ont refusé de s'associer à cette action, dénonçant le fait qu'un groupe d'éditeurs privés s'érige en autorité de fait sur tous les titres privés. Le musellement s'exerce dans la presse ainsi qu'à tous les niveaux des institutions. De nombreux projets d'association sont bloqués par le ministère de l'Intérieur pour décourager toute tentative d'organisation civile des groupes bénéficiant d'une véritable assise sociale (syndicats autonomes, associations des droits de l'homme…). Se dessine ainsi une tendance de plus en plus lourde de restriction des libertés.
Cinq journalistes disparus avant 2003
Cinq journalistes ont "disparu" entre 1994 et 1997. Deux d'entre eux ont été enlevés par des groupes armés islamistes. Dans l'attente d'enquêtes approfondies, différents éléments permettent de penser que les trois autres ont été enlevés par des membres des forces de sécurité. Dans une interview accordée au quotidien français Le Monde, en janvier 2003, Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l'homme (CNCPPDH, qui remplace l'ONDH), déclarait quant au sort des disparus : "Je vous réponds de manière très claire : il n'y a plus un seul détenu au secret, où que ce soit, dans un local sous contrôle de l'Etat, ni à Blida, ni ailleurs, ni dans le Sud (allusion aux camps de détention ouverts au Sahara à partir de 1992). Je suis formel." En clair : il n'y a plus aucun survivant. Consternées par une telle annonce, les familles ont demandé des explications, des détails. En vain.
Le 21 septembre, le président Abdelaziz Bouteflika met en place, à Alger, une commission chargée de faire la lumière sur l'épineux problème des "disparus" qui a dix-huit mois pour présenter un rapport général sur la question. Entre-temps, elle devra rendre des rapports intermédiaires. Cette commission semble traduire la détermination de l'Etat à assumer pleinement ses responsabilités en tant que garant de la sécurité des personnes et des biens. C'est ce qu'a affirmé le président Bouteflika, ajoutant que la question des disparus ne saurait être "objectivement appréhendée si elle venait à être isolée du contexte historique qui a vu l'irruption dans notre société d'un terrorisme sanglant…". Ce mécanisme ad hoc est composé de sept membres, dont un journaliste de la presse privée, un médecin et un magistrat.
Le 28 février 1994, Mohamed Hassaïne, correspondant local du quotidien Alger Républicain, est enlevé à la sortie de son domicile à Larbatache (wilaya de Boumerdès), alors qu'il se rendait à son travail. Selon les témoignages de ses proches, les quatre hommes qui ont enlevé Mohamed Hassaïne appartiendraient à des groupes armés islamistes. Des "repentis" affirment que le journaliste a été assassiné le jour même de son enlèvement.
Le 29 octobre 1994, Kaddour Bousselham, correspondant du quotidien public Horizons à Hacine, dans la région de Mascara (ouest du pays), est enlevé. Il habitait avec sa famille sous une tente depuis que son domicile avait été détruit par un tremblement de terre. Il aurait été torturé puis égorgé par un groupe armé islamiste, dirigé par l'émir Zoubir. Selon les services du ministère de la Justice, une information judiciaire a été ouverte le 27 novembre 1994. Elle a débouché sur un non-lieu prononcé le 18 février 1995.
Le 6 mai 1995, Djamil Fahassi, journaliste à la Chaîne 3 de la radio nationale, est enlevé par deux individus alors qu'il sort d'un restaurant. Il est conduit de force dans une voiture qui, d'après plusieurs témoins, a pu franchir sans aucun problème un barrage de police, situé tout près de la prison de El Harrach. Selon le ministère de la Justice, cette affaire a fait l'objet d'une enquête préliminaire et serait en cours d'instruction devant le tribunal d'Alger. Pour l'Observatoire national des droits de l'homme (ONDH - gouvernemental), citant la gendarmerie nationale, Djamil Fahassi n'a fait l'objet "ni d'une interpellation, ni d'une arrestation" . Après avoir envoyé une requête au tribunal d'Alger pour accélérer la procédure, la femme du journaliste a été convoquée plusieurs fois par la police d'une part et la gendarmerie de l'autre. Puis, suite à l'annonce de la création d'une commission d'enquête sur les disparus, l'enquête s'est arrêtée, attendant la transmission du dossier à cette nouvelle instance.
Le 12 avril 1997, Aziz Bouabdallah, journaliste du quotidien arabophone El-Alam Es-Siyassi, est enlevé à son domicile, à Alger, par plusieurs hommes "très bien habillés en civil, comme des membres de la sécurité militaire", selon la famille. Le journaliste est conduit de force dans une voiture blanche. Quelques jours après l'enlèvement, un ami de la famille, capitaine du Département de renseignements et de sécurité (DRS), affirme être responsable de "l'opération" et explique qu'Aziz Bouabdallah "n'a rien fait, il a simplement écrit un article diffamatoire". Quinze jours plus tard, alors que la famille tente d'obtenir plus d'informations, l'officier a disparu. Selon l'ONDH, la gendarmerie nationale a expliqué que le journaliste avait été "enlevé par un groupe armé non identifié (GANI) de quatre hommes". Le non-lieu prononcé par le tribunal d'Alger, le 20 mai 2000, a été annulé, le 27 juin, par la chambre d'accusation.
Le 9 juillet 1996, Salah Kitouni, directeur de l'hebdomadaire national El-Nour, suspendu en octobre 1992, se présente au commissariat de police de Constantine après y avoir été interrogé quelques jours plus tôt. Depuis, sa famille est sans nouvelles. Suite à ses demandes écrites, le procureur lui explique, en mars 1997, que la police a remis Salah Kitouni, le 19 juillet 1996, au Centre de recherches et d'investigations de la cinquième région militaire. Depuis, la famille de Salah Kitouni n'a reçu aucune réponse aux multiples lettres adressées aussi bien à l'ONDH, au médiateur de la République qu'au chef de l'Etat lui-même.
Le 6 novembre 2003, Hassan Bourras, correspondant à El Bayadh (ouest algérien) de plusieurs quotidiens, dont El-Djazaïri (régional) et El Youm (national), est condamné pour diffamation par le tribunal d'El Bayadh, à deux ans de prison ferme et une interdiction d'exercer pendant cinq ans sa profession. Une plainte déposée par le procureur d'El Bayadh contre deux articles parus dans El-Djazaïri sont à l'origine de cette sanction particulièrement sévère, la plus lourde depuis le début de la présidence Bouteflika. Dans l'un, le journaliste révélait que l'épouse du procureur local avait falsifié un document administratif pour se faire embaucher. Dans un autre, il révélait un trafic foncier à El Bayadh impliquant des notables. Hassan Bourras a en sa possession toutes les preuves sur ces deux affaires, ainsi que des témoignages venant confirmer ces révélations. Le journaliste est également le correspondant à El Bayadh de la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme. Le 2 décembre, il est mis en liberté provisoire. Le 23 décembre, au terme de son procès en appel, il est condamné à une amende de 100 000 dinars (environ 1 200 euros) de dommages et intérêts et 10 000 dinars (environ 120 euros) d'amende.
Le 20 janvier 2003, Hassan Bourras, correspondant du quotidien El-Djazaïri dans la ville de El-Bayadh (ouest du pays), est violemment frappé par deux hommes dont le fils du secrétaire de l'Organisation nationale des moudjahidin (ONM) de la wilaya d'El-Bayadh. Le journaliste obtient un arrêt de travail de quatorze jours. Le 14 janvier, il avait été condamné à six mois de prison avec sursis pour avoir diffamé le fils du secrétaire de l'ONM. Une plainte avait été déposée contre El-Djazaïri par la section locale de l'ONM après la publication d'une lettre, signée par un membre de cette même organisation et adressée au ministère des Moudjahidin, dénonçant le passé du secrétaire actuel.
Le 2 avril, plusieurs journalistes couvrant la marche du Mouvement de la société pour la paix (MSP) sont frappés et insultés par des policiers.
Le 12 mars 2003, le fils de Nora Ben Yagoub, correspondante du Jeune Indépendant à Djelfa, est enlevé quelques heures par des inconnus armés. Selon sa mère, "ils l'ont obligé à se déshabiller. Il a résisté et, par miracle, a pu leur échapper". Nora Ben Yagoub était déjà l'objet, depuis plusieurs mois, de menaces et de harcèlement provenant, selon elle, " d'une mafia locale dénoncée dans ses articles ".
Le 20 mai, Ali Dilem, caricaturiste du quotidien Liberté, est condamné par le tribunal d'Alger à une peine de six mois de prison avec sursis et à une amende de 20 000 dinars (environ 200 euros) suite à une plainte du ministère de la Défense, pour un dessin, paru le 15 janvier 2002, sur Mohamed Lamari, chef d'état-major des armées. Abrous Outoudert, directeur de publication de Liberté, est quant à lui condamné à une amende de 40 000 dinars (environ 400 euros) et le journal à une amende de 300 000 dinars (environ 3 000 euros). Le 31 décembre 2002, Ali Dilem avait déjà été condamné par le tribunal d'Alger à une amende de 20 000 dinars (environ 200 euros) pour un dessin sur l'assassinat du président Boudiaf, paru le 16 janvier 2002.
Le 2 juillet, les autorités algériennes interdisent aux journalistes de couvrir la libération, au terme de leur peine, des deux dirigeants historiques du Front islamique du Salut (FIS), Abassi Madani et Ali Belhadj. Cette interdiction formelle, notifiée par le ministère de la Communication, concerne aussi bien les envoyés spéciaux que les correspondants étrangers accrédités en Algérie. Ces derniers sont consignés à leur hôtel. Le 3 juillet, les autorités algériennes décident d'expulser les envoyés spéciaux étrangers dont ceux des chaînes françaises TF1, France 2, France 3 et la Chaîne parlementaire (LCP), et de la chaîne belge RTBF, ainsi que l'envoyé spécial du quotidien français Le Monde. Le 4 juillet, alors qu'Ali Belhadj sort de la mosquée Ben Badis, où il a participé à la grande prière, des photographes venus couvrir l'événement se font confisquer leurs appareils par des policiers. Ils les récupèrent au commissariat peu après mais vidés de toute image.
Le 14 août, six quotidiens - Le Soir d'Algérie, Liberté, Le Matin, El Khabar, L'Expression et Er-Raï - sont sommés, par leurs imprimeurs, d'acquitter la totalité de leurs créances sous peine d'être interdits de publication. Le 18 août, seul le quotidien El-Khabar, propriétaire de sa propre rotative à Alger, paraît dans la capitale. Derrière ces injonctions de paiements, se cache une décision politique. Elles interviennent, en effet, alors que ces six journaux viennent de révéler de nombreuses affaires mettant en cause des personnalités au pouvoir et leur entourage. En juillet, notamment, une colonne dans Le Matin avait défrayé la chronique. L'auteur y faisait régulièrement des révélations fracassantes sur le Président et son entourage, en particulier sur son frère Saïd, conseiller à la présidence, ainsi que sur le ministre de l'Intérieur. "Plutôt que de s'expliquer sur les graves scandales qui touchent de hauts responsables de l'État, le pouvoir de M. Bouteflika, par l'entremise du chef du gouvernement, M. Ahmed Ouyahia, use de subterfuges commerciaux pour sanctionner les journaux indépendants, coupables d'avoir révélé ces scandales, et les faire taire pour longtemps", déclarent les rédactions de ces titres dans un communiqué diffusé le 16 août. Le 21 août, le quotidien Liberté et El-Khabar reparaissent après avoir payé leurs dettes ; le 27 août, c'est au tour du Matin et, le 1er septembre, du Soir d'Algérie.
Le 26 août, des convocations de la police judiciaire sont adressées à Farid Alilat, directeur du quotidien Liberté, Saïd Chekri, son rédacteur en chef, Ali Ouafek, son directeur de la coordination, et au journaliste Rafik Hamou. Ils se présentent tous quatre devant le commissariat le 28 août, avant d'être déférés, le 3 septembre, devant le procureur et le juge d'instruction, et remis en liberté provisoire. Le 1er septembre, de nouvelles convocations sont adressées à sept collaborateurs du Liberté : Abrous Outoudert, directeur de publication, Farid Alilat, directeur de la rédaction, Saïd Chekri, rédacteur en chef, le caricaturiste Ali Dilem, les journalistes Rafik Benkaci et Mourad Belaïdi, et le chroniqueur Mustapha Hammouche. Ces deux derniers se présentent le 3 septembre devant la police judiciaire pour audition.
Le 8 septembre, Mohamed Benchicou, directeur du Matin, et Ali Dilem sont interpellés par la police judiciaire, à 9 heures du matin, et conduits au commissariat central d'Alger. Des mandats d'amener, signés par le procureur de la République, ont été délivrés à leur encontre. Le 5 septembre, ils avaient annoncé leur intention "de ne plus déférer aux convocations de la police judiciaire et de réserver leurs explications et moyens de défense à la justice et à elle seule". Le 9 septembre, ils sont inculpés au titre de l'article 144 bis du code pénal pour "offense au chef de l'Etat", puis remis en liberté provisoire. Leur arrestation provoque un attroupement sur la voie publique et trois photographes sont conduits au poste de police, puis relâchés. Par ailleurs, Mohamed Benchicou est soumis par la justice à un véritable harcèlement financier. Le 23 août, de retour de France, il a été trouvé à l'aéroport en possession d'une forte somme d'argent en ordres de paiement. Le ministère des Finances a déposé une plainte pour "infraction régissant le contrôle des changes et les mouvements de capitaux". Un procès-verbal a été établi. Le 27 août, le directeur du Matin est placé sous contrôle judiciaire. Le 22 octobre, il reçoit une deuxième notification pour contrôle fiscal, la première datant du début de l'année. Mohamed Benchicou d'une part et les associés du Matin de l'autre doivent faire face à un redressement fiscal dont le montant total s'élève à 16 millions de dinars (environ 160 000 euros). Le journal sera fermé à l'échéance du 20 novembre, si la somme n'est pas payée. Si le redressement fiscal est une mesure tout à fait acceptable, le moment choisi pour opérer est en revanche significatif de la volonté de faire taire Le Matin, volontiers irrévérencieux à l'égard du clan présidentiel.
Le 11 septembre, Ahmed Benaoum, patron du groupe de presse Er-Raï El-Aam, est arrêté, suite à une plainte pour "faux et usage de faux". A l'origine de cette plainte, deux affaires de droit commun, datant d'une vingtaine d'années. Le 13 septembre, alors qu'il comparaît devant le juge d'instruction, Ahmed Benaoum est interpellé à l'intérieur même du tribunal d'Es Senia (Oran) pour une seconde affaire. Il est placé sous contrôle judiciaire, son passeport est confisqué. Présenté le lendemain au tribunal de Sedikkia, il est relâché dans la journée. Le 7 octobre, toujours sous contrôle judiciaire, il est de nouveau emprisonné, alors qu'il se présente au commissariat d'Oran pour répondre à une convocation de la brigade économique. Selon le collectif des journaux Er-Raï El-Aam, cette façon d'agir des policiers s'inscrit dans une campagne de harcèlement et d'intimidation entamée en août.
Le 16 septembre, Fouad Boughanem, directeur de publication du Soir d'Algérie, qui avait reçu trois convocations, est interpellé devant la Maison de la presse, à Alger, et conduit au commissariat central. Il est relâché en milieu d'après-midi. Des journalistes, venus protester contre son arrestation au commissariat, sont également interpellés, puis relâchés. Parmi eux : Malika Boussouf, directrice de la rédaction du Soir d'Algérie, Badreddine Manâa, rédacteur en chef du même quotidien, et Rabah Abdallah, secrétaire général du Syndicat national des journalistes (SNJ).
Le 23 septembre, se tient, au tribunal Abane-Ramdane d'Alger, le procès de quatre prévenus, interpellés le 8 septembre, lors de l'arrestation de Mohammed Benchicou et Ali Dilem. Fatma Zohra Khalfi, journaliste à l'agence officielle APS, Yacine Teguia, membre du Mouvement démocratique et social (MDS, dont Le Matin est proche) et le rédacteur en chef du Matin, Youcef Rezzoug ainsi que son épouse, sont invités à comparaître. Le procès est reporté au 31 décembre, suite aux protestations des avocats de la défense contre " l'encerclement du palais de justice par les forces de police ". Plusieurs personnes avaient décidé de se rassembler devant le tribunal pendant l'audition des prévenus, dont le dessinateur Ali Dilem et le porte-parole des aârchs (comités de villages kabyles) de Tizi Ouzou, Belaïd Abrika, qui sont interpellés puis relâchés. Le 31 décembre, les quatre accusés sont condamnés par la Cour correctionnelle d'Alger à deux mois de prison avec sursis et à verser chacun une amende de 2 000 dinars (23 euros) pour " attroupement illégal et atteinte à l'ordre public ".
Le 2 octobre, le directeur de publication du Soir d'Algérie, Fouad Boughanem et les chroniqueurs Hakim Laâlam et Mohamed Bouhamidi sont interpellés, à leur bureau, par la police et conduits au commissariat central d'Alger. Les chroniqueurs refusent de signer leur procès-verbal et de répondre aux questions de la police judiciaire, préférant réserver leurs réponses aux juges. Arrêtés à 9h30, ils sont remis en liberté à 13h30. Kamel Amarni, qui aurait dû également être interpellé, est en déplacement. Le 5 octobre, il est interpellé à 11h30 dans les locaux du Soir d'Algérie par des agents de la brigade criminelle de la Sûreté de wilaya d'Alger qui disent agir sur instruction du parquet. Le 6 octobre, Fouad Boughanem, Mohamed Bouhamidi, Hakim Laâm et Kamel Amarni sont entendus par le juge d'instruction du tribunal de Sidi M'hamed à propos d'articles jugés diffamatoires à l'endroit du président de la République (conformément à l'article 144 bis du code pénal). La réglementation judiciaire en vigueur suppose que les quatre interpellés doivent être déférés ensemble, et le même jour, devant la justice.
Ce même jour, le directeur de publication de Liberté, Farid Alilat, reçoit une convocation de la police judiciaire du commissariat du Grand Alger pour être auditionné à propos d'une chronique de Hakim Laâm, chroniqueur du Soir d'Algérie, intitulée " La Fessée " et publiée le 21 août par le quotidien Liberté dans le cadre de l'action de solidarité de la corporation, initiée au moment de la suspension des journaux Le Matin, L'Expression et Le Soir d'Algérie. Conformément à la décision des éditeurs de la presse privée du 5 septembre, le directeur de publication de Liberté ne répond pas à la convocation de la police judiciaire.
Dans la nuit du 8 octobre, Ahmed Oukili, directeur de publication du quotidien Er-Raï El-Aam, et Slimane Bensayah, rédacteur en chef du quotidien Le Journal de l'Ouest, sont interpellés et conduits au commissariat central d'Alger, avant d'être relâchés.
Le 9 octobre, Kamel Amarni, journaliste au Soir d'Algérie, est interpellé au siège de son journal et conduit au commissariat central, avant d'être relâché.
Le 13 octobre, le directeur du quotidien L'Expression, Ahmed Fattani, est interpellé au siège de son journal, à Alger, et conduit au commissariat central. Il est entendu sur des articles publiés sur un site Internet pendant la suspension du journal entre le 16 et le 18 août.
Le même jour, Mohamed Mokadem, correspondant permanent à Alger du quotidien arabophone basé à Londres El-Hayat, se voit refuser l'accès à la conférence de presse du chef du gouvernement Ahmed Ouyahia. Son nom ne figurait soi-disant pas sur la liste des journalistes accrédités, alors qu'il avait envoyé la veille une demande avec accusé de réception, quand il était encore possible de s'inscrire. Le journaliste pense que cette mesure est liée à la publication de deux articles dans le quotidien arabophone El-Khabar dans lesquels, sous le pseudonyme Anis Rahmani, il avait mis au jour deux scandales, l'un sur un détournement de biens immobiliers appartenant au ministère des Affaires étrangères au profit des hauts responsables du régime, l'autre relatif au détournement d'un bien immobilier au profit de l'épouse de l'actuel chef du gouvernement. "C'est un règlement de comptes. Ouyahia a peur de la confrontation", estime Mohamed Mokadem.
Le 4 novembre, le chroniqueur du Matin, Sid Ahmed Semiane, dit S.A.S., est condamné par contumace par le tribunal de Sidi M'hammed d'Alger à une peine de six mois de prison ferme et 40 000 dinars d'amende (environ 400 euros) pour diffamation. Le journaliste a été l'objet de près d'une vingtaine de plaintes du ministère de la Défense nationale.
Le même jour est prononcé le verdict du Tribunal d'Alger à l'encontre de Farid Alilat, directeur du quotidien Liberté, à quatre mois de prison avec sursis et 100 000 dinars d'amende (environ 1 000 euros) pour "offense au chef de l'Etat". Le journaliste Rafik Hamou a également été condamné à une amende du même montant. Le journal doit payer 2 millions de dinars (20 000 euros), en vertu de l'application de l'article 144 bis du code pénal amendé, pour sa une du 11 août "Tous des voleurs". Ces condamnations sanctionnent la reprise par Liberté d'informations publiées par le quotidien El-Khabar, selon lesquelles plusieurs hautes personnalités publiques s'étaient "servies" dans le patrimoine immobilier du ministère des Affaires étrangères. Seul Liberté a été poursuivi, alors que El-Khabar, qui avait publié l'enquête initiale n'a fait l'objet d'aucune procédure.
Le 5 décembre, le directeur du Matin, Mohamed Benchicou, reçoit une convocation pour se présenter le 7 décembre, sur instruction du parquet, au service des atteintes aux personnes de la Sûreté de la wilaya d'Alger. L'objet de la convocation porte sur deux chroniques, l'une de Mohamed Benchicou et l'autre d'Ines Chahinez. M. Benchicou ne se présente pas à la police, conformément à la décision des éditeurs.
Le 19 décembre, à 4 heures du matin, Tayeb Bendjemaa, correspondant du quotidien El Khabar à Khenchela (Est), est interpellé à Constantine, dans sa chambre d'hôtel. Un mandat d'arrêt a été établi contre lui dans le cadre d'une affaire remontant à 2001, pour laquelle il avait été acquitté. Il n'est relâché que dans la journée du 20 décembre.