Source: http://www.senat.fr/cra/s20100601/s20100601_1.html
Timestamp: 2017-07-25 03:07:05+00:00
Document Index: 69631700

Matched Legal Cases: ["l'article 19", "l'article 30", "l'article 30", 'arrêt ', "l'article 61", "l'article 31", "l'article 38"]

Retour à la liste | Page précédente Rénovation du dialogue social (Procédure accélérée - Suite)
M. le président. - L'ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi, adopté par l'Assemblée nationale après engagement de la procédure accélérée, relatif à la rénovation du dialogue social et comportant diverses dispositions relatives à la fonction publique.
M. Claude Domeizel. - Outre que cet article est peu convaincant, il arrive de manière bizarre à la veille de la réforme des retraites.
M. Claude Domeizel. - Il nous apparaît comme un ballon d'essai, alors même que le Gouvernement s'est engagé à tenir compte de la pénibilité -c'était son « engagement n°9 ». Celle-ci n'est pas seulement physique. Il y a aussi une dimension psychologique.
Mme la ministre nous parle de l'espérance de vie des infirmiers et des pensions d'invalidité dont le nombre s'est amoindri. Peut-être est-ce un fruit de la politique menée par la CNRACL ?
Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé et des sports. - Tout à fait !
M. Claude Domeizel. - Il y a pénibilité et dangerosité, ce sont deux choses différentes. Il faut aussi tenir compte du déroulement de carrière possible, de la mobilité, ou de son absence, qui démotive.
Tout cela pour dire que l'argument fondé sur l'espérance de vie et le nombre de pensions d'invalidité ne peut suffire.
M. Roland Courteau. - Pourquoi ce funeste article 30 ? Le Gouvernement utilise ce projet de loi sur le dialogue social pour faire passer son amorce de réforme des retraites. C'est un cheval de Troie législatif. Comme dialogue social, on aurait pu trouver mieux ! Pourquoi vouloir faire passer en force ces dispositions ? Manifestement, parce qu'il y a eu échec de la concertation : toutes les organisations vraiment représentatives se sont prononcées contre cet article.
Le Président de la République avait reconnu la pénibilité croissante du métier, que la réforme des retraites devait prendre en compte. Les actes ne suivent pas les paroles...
M. Roland Courteau. - Le Gouvernement ouvre un droit d'option : revalorisation salariale ou retraite. Ceux qui accepteront votre proposition devront aussi renoncer à la majoration de la durée d'assurance pour pénibilité, prévue par la loi Fillon de 2003 et mise en oeuvre en 2008. Deux ans après, vous revenez sur cette réforme.
M. Roland Courteau. - Plus du tiers des infirmiers des hôpitaux publics travaillent régulièrement de nuit. Beaucoup d'entre eux ne peuvent prendre tout le repos auxquels ils ont droit, vu la quantité de travail. Cette mesure est considérée comme un geste de défi par les intéressés. (Applaudissements à gauche)
M. Guy Fischer. - Cet article qui n'aurait jamais dû figurer dans ce projet, devrait être intégré dans le projet de loi sur les retraites. Pourquoi nous l'imposer aujourd'hui ?
La CNRACL n'est pas déficitaire et le ratio cotisants-retraités ne lui est pas dommageable. Je pense aussi que vous voulez fractionner les réformes sur les retraites, en fonction des professions, pour éviter une mobilisation gigantesque comme celle de 1995.
Qui a passé quinze ans en service actif doit pouvoir accéder à la catégorie A, sans perdre le droit à la retraite avancée. Nous voulons que cela perdure, mais notre amendement a été refusé.
Autre amendement qu'il nous a été interdit de présenter : que les infirmiers passent à la catégorie A sans qu'il leur soit demandé une quelconque contrepartie. Vous faites du chantage.
Vous voulez ne pas tenir compte de la pénibilité, celle due à la réduction des effectifs, à l'urgence, au manque de moyens. (Applaudissements à gauche)
Mme Anne-Marie Payet. - Qu'en est-il des infirmiers dans les autres fonctions publiques, dans les écoles, les PMI, les services sociaux... ? Et quand seront payés les infirmiers qui ont participé à la campagne de vaccination contre la grippe H1N1 ?
Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre. - J'ai précisé hier que la pénibilité ne saurait certes se mesurer seulement en temps d'espérance de vie et d'invalidité.
Il est très difficile de ne pas avoir deux types de réponses, individualisées d'abord. La plupart des infirmiers n'ont plus de charges lourdes à porter ni guère d'exposition à des agents toxiques. Quant au travail de nuit, il est presque toujours choisi. (M. Roland Courteau le conteste) C'est un bon facteur d'intégration professionnelle, et pour trois nuits de service, la duré du travail est ramenée à 32 h 30 au total, au lieu de 35 heures.
Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre. - Le travail de nuit, qui laisse plus d'autonomie et apporte plus de proximité avec les malades, est une source d'épanouissement.
Il est de notre responsabilité de chercher toutes les manières de rendre le travail épanouissant.
Je ne dis pas que le travail de nuit n'a pas aussi des inconvénients, comme la désadaptation professionnelle puisqu'il est difficile de pratiquer de nuit une formation continue et la perturbation des rythmes biologiques.
Les recherches sont constantes sur ces sujets. Les médecins du travail des CHU mènent des études de grande ampleur. Les évolutions que nous avons constatées dans l'hôpital nous ont aidés.
Je salue l'action de M. Domeizel à la tête de la CNRACL.
Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre. - Je reconnais ce qui doit l'être : je suis fair-play : je suis aussi ministre des sports. (Sourires)
Pourquoi traiter cet article de funeste ? Il aurait été plus facile de s'en tenir à accorder le passage en catégorie A aux seuls étudiants qui viennent de commencer. M. Domeizel a dit très justement que la possibilité d'évoluer dans la carrière était un bon moyen de lutter contre la pénibilité. C'est l'intérêt de ce reclassement en catégorie A !
Les infirmiers qu'évoque Mme Payet ne sont pas en service actif. Il ne s'agit ici que de traiter de la fonction publique hospitalière. Les modifications indiciaires susceptibles de leur être accordées ne relèvent pas du travail législatif. M. Tron mènera les concertations nécessaires pour adapter les statuts dans le cadre de la réforme LMD.
M. le président. - Amendement n°12 rectifié, présenté par MM. Collin, Alfonsi, Baylet, Chevènement et Fortassin, Mme Laborde et M. Mézard.
M. Jacques Mézard. - Il est exact que vous êtes fair-play, mais vous êtes hors jeu, c'est pourquoi nous sifflons une pénalité (sourires) contre cet article ajouté à la hussarde, sur le mode d'un cavalier.
Les syndicats représentatifs ont refusé de signer l'accord proposé. Nous savons que les infirmiers accomplissent avec passion leur métier...
M. Jacques Mézard. - ...avec seulement 1 487 euros brut en début de carrière. Le passage en catégorie A est décidé sans concertation.
Quant à la question de la pénibilité du travail, elle est passée à la trappe. (Applaudissements à gauche)
M. le président. - Amendement identique n°46, présenté par M. Mahéas et les membres du groupe socialiste, apparentés et rattachés.
M. Jacques Mahéas. - Cette question doit faire partie du débat général sur l'avenir des retraites et sur la prise en compte de la pénibilité du travail. Il s'agit ici d'une réforme du statut.
Le 23 février, le conseil des ministres a introduit dans le projet de loi adopté par l'Assemblée nationale l'an dernier cet article par lettre rectificative et notre commission des affaires sociales l'a adopté le lendemain !
Pourquoi la pénibilité de ce travail serait-elle devenue subitement moindre ? Ce n'est pas le passage en catégorie A qui y change quelque chose. D'autant qu'on impose des gestes supplémentaires.
La loi de 2003 a prévu une majoration de la durée d'assurance d'un an par décennie. Si vous la supprimez, les infirmiers ne pourront partir avant 62 ans. Quant aux infirmiers anesthésistes, ils n'ont rien à gagner à votre réforme.
M. le président. - Amendement identique n°93, présenté par M. Fischer et les membres du groupe CRC-SPG.
M. Guy Fischer. - La méthode du Gouvernement est très condamnable : il veut imposer cette disposition. Asseoir un tel texte sur un accord signé seulement par une organisation ultra minoritaire est condamnable, a fortiori dans un texte sur le dialogue social. C'est une véritable provocation.
Cet article est un chantage. Quand le Gouvernement réduit un droit acquis, il est tenu d'organiser une concertation avec le personnel concerné. Rien de tel ici.
Le Gouvernement est sourd et n'entend pas les protestations des salariés. On parle de dialogue social -et l'on s'empresse de le bafouer, comme dans la loi de 2008 et comme dans votre prochain texte sur les TPE.
Mme Sylvie Desmarescaux, rapporteur pour avis de la commission des affaires sociales. - Non, cet article n'est pas inacceptable ! Il est indispensable. (M. Guy Fischer s'exclame) Ce serait jouer un mauvais tour aux infirmiers que de retarder encore une réforme attendue depuis vingt ans...
M. Claude Domeizel. - Je reviens sur la pénibilité. Vous dites que les infirmiers ne portent pas de charges lourdes.
M. Claude Domeizel. - Quand il s'agit de relever un patient, l'infirmier n'appelle pas un aide-soignant ! On lui apprend d'ailleurs les manières de le faire.
La loi Fillon de 2003 a reconnu la pénibilité du métier d'infirmier -que vous niez aujourd'hui.
Cette disposition aura-t-elle un effet bénéfique sur le maintien en poste ? Le rapporteur lui-même en doute, parce qu'il s'agit tout autant d'un choix individuel.
« Indispensable » ? Le passage en catégorie A, oui ; la perte de la retraite avancée, non.
M. Guy Fischer. - Cet article 30 n'a pas sa place dans ce projet. Il doit faire partie du grand débat annoncé sur les retraites. Ne sous-estimez pas les oppositions qui montent ! Dans le plus moderne des hôpitaux lyonnais, l'hôpital mère-enfant, des services entiers ne peuvent pas fonctionner faute de moyens, en particulier d'infirmiers. La réforme HPST a par elle-même des effets stressants sur le personnel hospitalier.
M. Jean-Jacques Mirassou. - Cet article est un cavalier et l'on veut faire passer les infirmiers sous les fourches caudines. Il faut être sourd et aveugle pour nier la pénibilité de leur travail! On a là l'avant-garde peu éclairée des textes sur les retraites.
A la demande des groupes CRC et socialiste, les amendements identiques nos12 rectifié, 46 et 93 sont mis au voix par scrutin public.
Les fonctionnaires dont les emplois sont classés dans la catégorie active prévue au 1° du I de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite, sont à leur demande intégrés dans les corps et cadres d'emplois mentionnés à l'article 19 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière.
M. Guy Fischer. - Nous ne lâchons pas prise sur ce dossier ! Le Gouvernement a choisi la voie du donnant-donnant, il ne sait faire que cela. (On le conteste à droite) On reprend d'une main ce qu'on donne de l'autre. Ce faisant, on montre qu'on n'a pas compris la pénibilité de ces professions. La petite revalorisation salariale justifierait que ces salariés travaillent cinq ans de plus, avec toujours autant de contraintes.
La revalorisation en catégorie A serait une bonne chose pour attirer les jeunes si les avantages connexes n'étaient pas supprimés.
M. le président. - Amendement n°98, présenté par M. Fischer et les membres du groupe CRC-SPG.
Le Gouvernement remet au Parlement, au besoin avec le recours de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales, un rapport sur l'espérance de vie des personnels infirmiers et paramédicaux de la fonction publique hospitalière.
M. Guy Fischer. - Nous avons une divergence sur l'appréciation de la pénibilité. Le député Poisson, qui n'est pas des nôtres, a évalué dans son rapport à six ans la différence d'espérance de vie.
M. Guy Fischer. - Nous ne lisons pas les mêmes lignes, nous ne vivons pas dans le même monde...
Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre. - Ça, non !
M. Guy Fischer. - Selon la CNRACL, la pension d'invalidité concerne 9,8 % des retraités de la fonction publique hospitalière. Leur espérance de vie est de 22 ans après la retraite et non de 31 ans, comme vous le dites.
La loi n° 2006-1668 du 21 décembre 2006 portant création d'un ordre national des infirmiers est abrogée.
M. Guy Fischer. - J'en viens à l'Ordre national des infirmiers. Il ya 15 000 infirmiers libéraux et 250 000 infirmiers de la fonction publique hospitalière. Cet Ordre a été imposé aux infirmiers libéraux et hospitaliers. Depuis la loi de 2006, la grande majorité continue de refuser de s'inscrire à cet Ordre, en dépit des pressions très fortes.
Certains ARS demandent aux jeunes diplômés de verser les cotisations à l'Ordre avant même de travailler. C'est de moyens supplémentaires dont nous avons besoin, plutôt que d'un ordre professionnel critiqué par tous. Il faut donc le supprimer.
M. Guy Fischer. - C'est un vieux débat que nous avons déjà eu et que j'ai perdu à l'époque.
M. le président. - Amendement n°48, présenté par M. Mahéas et les membres du groupe socialiste, apparentés et rattachés.
dans un délai de dix-huit mois à compter de la publication de la présente loi et
M. Jacques Mahéas. - Amendement de repli. Si l'article 30 est adopté, il conviendrait à tout le moins que les professionnels concernés puissent disposer d'un temps de réflexion suffisant avant d'exercer leur droit d'option. C'est pourquoi dix-huit mois sont nécessaires.
M. Jacques Mahéas. - Le calendrier sera mieux aligné sur celui de la réforme des retraites.
Je suis maire de Neuilly-sur-Marne qui compte un certain nombre d'établissements et d'écoles d'infirmiers. Le recrutement est difficile ! Mme la ministre estime que les infirmiers ont opté pour une carrière longue. Je ne le crois pas.
Pour les mères de trois enfants, dans la fonction publique hospitalière les départs anticipés sont nombreux. Cela prouve la pénibilité du travail.
M. Jacques Mahéas. - J'entends régulièrement cet argument. Mais ne croyez-vous pas que confrontés au choix, les infirmiers vont partir à la retraite en masse pour aller travailler dans le privé ? Évitons le trou noir qui nous guette.
M. le président. - Amendement n°2 rectifié bis, présenté par MM. Jégou, Badré, Borotra et Détraigne, Mme Gourault, M. Merceron, Mmes Morin-Desailly et Payet et MM. Vanlerenberghe, Zocchetto, Amoudry et Biwer.
Les infirmiers diplômés d'État peuvent exercer leur droit d'option jusqu'au 1er juin 2011, leur choix prenant effet au 1er décembre 2010. L'absence de réponse vaut refus de l'intégration dans les corps et cadres d'emploi définis au I.
Mme Anne-Marie Payet. - Le Gouvernement a prévu un délai d'option de six mois. La réforme des retraites actuelles ne sera pas adoptée avant fin novembre. Dans ces conditions, les infirmiers ne disposeront que de deux mois pour se déterminer. Il convient donc d'allonger les délais. N'oublions pas qu'il s'agit d'un choix de vie !
En outre, la revalorisation salariale doit être effective dès décembre, quels que soient les choix effectués.
M. Guy Fischer. - Cette réforme aura un effet rétroactif. Pour bénéficier de la retraite à 55 ans, il aura fallu passer quinze ans auprès des patients. Or, passé ce délai, un infirmier salarié du public peut déjà être appelé à devenir cadre de santé. Il ne relève alors plus de la catégorie B, mais passe catégorie A, mais non catégorie A active. Toutefois, cela ne le prive pas de la possibilité à partir à la retraite dès 55 ans.
Or, les alinéas qu'entend supprimer cet article retirent le bénéfice des droits acquis, ce qui n'est pas acceptable. C'est pourquoi les auteurs de cet amendement entendent les supprimer.
Votre réforme fait perdre ces droits : les infirmiers optant pour la catégorie A devront travailler cinq ans de plus. On a parlé de double peine : les nouveaux recrutés devront travailler jusqu'à 60 ans et ceux qui pensaient partir à 55 ans resteront cinq ans de plus, alors que ce sont ces dernières années qui sont les plus pénibles.
Nous proposons de rendre cette réforme un peu moins injuste, si cela est possible.
... - Les fonctionnaires visés au III peuvent, dans une durée déterminée par décret et avant que l'âge légal de départ à la retraite prévue par l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraites ne soit atteint, décider de revenir sur le droit d'option prévu au II.
Un décret en Conseil d'État précise les modalités d'application de ces dispositions. M. Guy Fischer. - Cette réforme est un marché de dupes, un chantage mal venu. Le métier d'infirmer est éprouvant, rendu déjà de plus en plus pénible avec la réforme HPST.
Le Gouvernement est dans le déni. Au lieu d'améliorer les conditions de travail, il propose un donnant-donnant. L'option prise par l'infirmier sera définitive. Soit il privilégie le montant de son salaire, soit la durée de sa carrière. Comment savoir dans quel état d'esprit on sera dans trente ans ? Ils craignent d'être usés quand l'âge sera venu. Les professionnels doivent pouvoir revenir sur leur décision.
Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre. - Cela s'appelle une usine à gaz !
M. Jacky Le Menn. - Amendement de repli. Les infirmiers qui ont plus de 40 ans doivent pouvoir opter pour la catégorie A tout en gardant le bénéfice de la carrière active.
Je m'étonne que Mme la ministre mette en doute la pénibilité.
M. Jacky Le Menn. - Vous oubliez le turn over extrêmement important dans les services, ce qui pose d'ailleurs de graves problèmes à ces derniers. Dans un service d'une vingtaine de lits, les malades sont de plus en plus lourds pour le personnel. En oncologie pédiatrique, en soins palliatifs, les décès sont fréquents et soumettent le personnel soignant à un stress continu. (Applaudissements à gauche)
Les dispositions de cet article ne sont opposables aux infirmiers anesthésistes visés au dernier alinéa de l'article L. 4311-4 du code de la santé publique qu'à compter de la signature par les organisations syndicales représentatives, d'un accord portant sur la reconnaissance de leur profession au grade de master.
M. Guy Fischer. - Il convient de conditionner -pour les infirmiers anesthésistes- l'application de ce dispositif à la signature d'un accord leur reconnaissant le grade de master. On assiste à un chantage !
M. Guy Fischer. - Les infirmiers anesthésistes sont déjà en catégorie A.
Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre. - Je ne vais pas en créer une autre !
M. Guy Fischer. - Comme ils sont déjà en catégorie A, cette réforme se traduit par une rupture d'égalité !
Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre. - Et c'est un communiste qui dit ça !
M. Guy Fischer. - Je suis fier de l'être. Je défends la justice sociale!
M. Guy Fischer. - Pourquoi suis-je devenu communiste ? Parce que j'ai vu revenir mon père, qui pleurait, avec deux lettres entre les mains : l'une était une lettre de licenciement, l'autre une lettre d'expulsion de la cité ouvrière ! Les infirmiers anesthésiste doivent bénéficier de la reconnaissance d'un grade de master I. Nous demandons un scrutin public.
Le Gouvernement remet au plus tard un an après l'adoption de ce projet de loi, un rapport au Parlement évaluant le mode de financement de la mesure visé au II de cet article.
M. Guy Fischer. - Il s'agit d'une mesure de rigueur qui n'ose pas dire son nom. Les infirmiers vont la financer eux-mêmes, avec l'allongement de leur carrière. A 90 %, cette réforme sera financée par la baisse des retraites.
Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre. - Mais non ! M. Guy Fischer. - Selon la ministre, cette mesure aura un impact de 90 millions dès 2011 pour la CNRACL. Les infirmiers vont financer la hausse du pouvoir d'achat que le Gouvernement leur promet. Il convient donc de disposer d'un rapport sur cette mesure.
Mme Sylvie Desmarescaux, rapporteur pour avis. - L'amendement n°97, apparemment généreux, est profondément injuste : il créerait deux catégories d'infirmiers. Cette réforme est juste car elle impute équitablement les bénéfices sur les diverses générations d'infirmiers.
Avec cet amendement, la cohésion sociale serait en danger. Défavorable. Un rapport est-il indispensable ? Les chiffres sont connus. Donc, avis défavorable sur l'amendement n°98.
L'Ordre national des infirmiers est une ancienne revendication des infirmiers libéraux. Il serait absurde de revenir en arrière. Avis défavorable sur l'amendement n°99.
Un délai de réflexion de dix-huit mois serait très long. L'instabilité serait trop forte sur le corps infirmier, qui deviendrait ingérable. Avis défavorable sur l'amendement n°48.
L'amendement n°2 rectifié bis de Mme Payet prévoit un délai de six mois. Il pose un problème de calendrier puisque les élections professionnelles auront lieu en juin 2011. Je souhaite entendre le Gouvernement.
On ne réussit pas une réforme en opposant deux catégories d'une même profession : avis défavorable à l'amendement n°94, ainsi qu'à l'amendement n°95.
J'avais songé à déposer l'amendement n°47, mais j'y ai renoncé pour des raisons de justice sociale -pourquoi créer une inégalité de traitement en fonction de l'âge ?- et pour des raisons financières : la mesure coûterait 6 milliards en trente ans. Avis défavorable.
Avis défavorable sur l'amendement n°96 : ce sont les élus qui votent la loi ! Enfin, un rapport n'est pas nécessaire. Les questionnaires budgétaires permettent de répondre à ce type de questions. Avis défavorable sur l'amendement n°101.
Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre. - Tout a été dit, ou presque. Vous avez souvent cité le rapport de M. Poisson. A aucun moment, il ne signale les chiffres que vous mentionnez. Il y a une audition de l'Union syndicale solidaire qui annonce des chiffres faux.
M. Guy Fischer. - C'est quand même dans le rapport !
Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre. - Allons, ne noyez pas le Poisson ! (Rires) Il ne faut pas prendre toutes les déclarations faites au cours des auditions pour argent comptant.
Comme le disait Lénine (sourires), votre maître à penser, « les faits sont têtus ». Les chiffres de la CNRACL montrent que l'espérance de vie des infirmiers partant en retraite est identique à celle des Français et que leur taux d'invalidité est inférieur à celui des autres fonctions publiques.
Quant aux treize ans de retraite, vous êtes trop fin parlementaire pour ignorer les conditions de liquidation des pensions !
Avis défavorable sur l'amendement n°97.
Défavorable aussi sur l'amendement n°98 qui prévoit un rapport alors que les chiffres sont connus et publiés par la CNRACL. Ce serait désobligeant pour M. Domeizel. (Sourires)
Sur l'Ordre infirmier, une proposition de loi vient d'être déposée à l'Assemblée nationale par M. Bur pour restreindre le champ de compétence de l'Ordre aux infirmiers libéraux. Le montant de la cotisation est en effet trop important pour les salariés. Je la soutiendrai ; j'avais d'ailleurs demandé la modulation de la cotisation. Donc, avis défavorable sur l'amendement n°99, puisque le processus législatif est en cours.
L'allongement du droit d'option ? Je n'y suis pas favorable. Je répondrai néanmoins à Mme Payet : le délai est d'ordre réglementaire ; il était de six mois lors de la négociation du protocole d'accord avec les organisations représentatives.
Le délai de réflexion donne bien six mois plein, à partir de la parution du décret portant statut du corps qui est en cours de négociation avec les syndicats. Les personnels auront jusqu'à janvier 2011, au minimum, pour se décider. Chaque infirmier sera contacté par son employeur. La date de reclassement sera bien le 1er décembre 2010. Repousser ce droit d'option de quelques mois obligerait les établissements à attendre fin 2011 pour reclasser. Pour la bonne gestion des personnels, il faut que la décision intervienne rapidement.
Allonger les délais rendrait la situation intenable; nous aurions trois catégories d'infirmiers : ceux qui resteraient en catégorie B, ceux qui opteraient pour la catégorie A, et ceux qui ne se seraient pas décidés. Et les élections professionnelles ?
M. Jacques Mahéas. - Ce sont de faux arguments. Chacun votera dans la catégorie où il sera à ce moment-là.
Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre. - Mon avis est donc défavorable à ces amendements.
Pour les infirmiers anesthésistes, les réunions se sont succédé et il y en aura une autre jeudi prochain. Le protocole en cours de négociation prouve que les infirmiers anesthésistes restent les mieux payés de tous les infirmiers hospitaliers. Certes, les autres infirmiers inscrits en catégorie A, mais je n'allais pas créer une super catégorie A ! Cela n'a rien d'humiliant d'être rejoint par les autres infirmiers, d'autant qu'ils resteront mieux payés. La reconnaissance de la rastérisation ne relève pas d'une négociation mais d'un travail approfondi avec les organisations syndicales et le ministère de l'enseignement supérieur. Il faut refonder les maquettes de formation de ces personnels. Je souhaite que ce travail soit achevé avant la fin de l'année. Il n'est pas question non plus de revenir sur la reconnaissance des compétences des infirmiers anesthésistes qui est sacralisée dans le code de la santé publique. Je suis donc défavorable à tous ces amendements.
M. Claude Domeizel. - La CNRACL a été citée plusieurs fois. En tant que président, je me dois de répondre. Les chiffres de la CNRACL ont été adressés au ministère mais il s'agit de données brutes. Nous ne pouvons cependant pas les analyser.
Dans la fonction publique hospitalière et dans la fonction publique territoriale, c'est cette profession où la durée de carrière est la plus courte. Cette profession, fortement féminisée, voit très tôt les femmes prendre les retraites à jouissance immédiate. Il faut savoir si elles vont travailler ailleurs ou pas.
L'amendement n°97 n'est pas adopté, non plus que les amendements nos98 et 99.
M. Jacques Mahéas. - Nous ne sommes pas d'accord sur les chiffres. Durant les auditions, des données différentes de celles de Mme la ministre nous ont été fournies.
Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre. - Ce n'est pas parce qu'on répète des contre-vérités qu'elles deviennent vraies !
M. Jacques Mahéas. - Sur la pénurie des infirmiers, vous n'avez pas non plus répondu. Vos arguments sont fallacieux : dire qu'on ne peut faire des élections professionnelles ne tient pas. Cela a bien été possible lors du changement de statut des instituteurs en professeurs des écoles !
M. Claude Domeizel. - L'argument de l'instabilité dans la fonction publique ne tient pas, et je vous donne rendez-vous dans quelque temps sur les effets désastreux de la reforme sur la gestion des personnels des hôpitaux. Il est indispensable de porter le délai de réflexion à un an et demi. Les infirmiers ont besoin de mesurer les effets de cette réforme avec celle des retraites en cours. L'encombrement des caisses de retraites ne leur permettra pas de répondre aux questions des intéressés. Nous commettrions une erreur de ne pas fixer le délai à dix-huit mois.
M. Jean-Marie Vanlerenberghe. - Vous avez annoncé que vous donniez six mois à partir de la parution du décret. Mais quid de la réforme des retraites qui ne sera pas adoptée avant fin novembre et qui touchera, à n'en pas douter, les infirmiers ? Ils ne disposeront que de deux mois pour se prononcer. Il faut donc maintenir les six mois mais à compter du mois de novembre.
M. Guy Fischer. - Allons ! On est au coeur du problème !
Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre. - La réforme des retraites est un autre débat. (M. Guy Fischer s'exclame) Il y aura des dispositions transitoires sur des années, peut-être des décennies.
Nous parlons de cette réforme depuis 2007 avec les organisations syndicales. Les six mois courront à partir de la promulgation de la loi et les infirmiers seront parfaitement informés.
Les infirmiers sont globalement favorables à ce dispositif ; n'en retardons pas la mise en oeuvre.
Mme Sylvie Desmarescaux, rapporteur pour avis. - Défavorable, donc.
L'amendement n°2 rectifié ter va moins loin que le nôtre. Il semble tout de même difficile de ne pas admettre que le choix que le Gouvernement veut imposer aux infirmiers de passer en catégorie A, ils ne le feront qu'en en appréciant les conséquences sur leur retraite !
M. Guy Fischer. - Les enjeux sont importants : on nous parle de passer de 55 à 60 ans, avec tous les tenants et aboutissants financiers que cela suppose. Dans quinze jours peut-être, le Président de la République nous annoncera qu'au lieu de 60 ans, ce sera 62 ou 63 !
M. Vanlerenberghe a posé les bonnes questions.
M. Alain Fouché. - L'amendement centriste était convenable...
M. Jacques Mahéas. - Il le demeure !
M. Alain Fouché. - ...et je le vote. (Mme Bachelot-Narquin, ministre, s'exclame)
M. Nicolas About. - Comprenant les collègues qui ont déposé cet amendement, je me rallie à la position défendue par la ministre.
M. Fischer est astucieux ; il mélange tout ; je ne tomberai pas dans le piège qu'il nous tend.
A la demande du groupe socialiste, l'amendement n°2 rectifié ter est mis aux voix par scrutin public.
L'amendement n°94 n'est pas adopté, non plus que l'amendement n°95.
M. Claude Domeizel. - L'amendement n°47 propose un processus comparable à celui qui a été fait pour le passage des instituteurs au grade de professeur des écoles. Cela s'est passé calmement ; aucun instituteur ne s'est allongé sur les rails parce que ce dispositif avait été négocié.
A la demande du groupe socialiste, l'amendement n°47 est mis aux voix par scrutin public.
Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre. - J'ai omis de donner quelques renseignements qui m'avaient été demandés.
Le paiement des infirmiers lors de la campagne de vaccination ? Madame Payet, il reste à régler des retraités et des professionnels non rattachés à des établissements de soins. Quelques problèmes subsistent aussi en Ile-de-France. C'est que les justificatifs ont été difficiles à établir. Les infirmiers libéraux ont été payés. L'Eprus a fait ce qu'il pouvait mais ce n'est pas sa fonction. Il a du faire appel à l'Agence des services et de paiements, ce qui a entraîné quelques retards. Bien sûr, tout le monde sera payé comme il se doit.
On ne peut comparer la situation avec celles des instituteurs nommés professeurs d'école : ils ont été intégrés en catégorie A 20 000 par 20 000, ce qui a pris deux décennies. Moi, je ne veux pas de cela, je veux que tous les infirmiers bénéficient au plus tôt de la catégorie A.
Vous dites que la revalorisation salariale est payée par la retraite retardée. Mais ce n'est pas du tout la même caisse ! Et sans la moindre fongibilité ! Dès 2012, les perspectives favorables de la CNRACL vont s'inverser.
M. Guy Fischer. - Nous voterons contre cet article 30. Ce n'est pas M. Woerth qui lance le dossier des retraites, c'est Mme Bachelot, et de quelle mauvaise façon ! Elle est l'avant-garde éclairée du Président de la République !
Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre. - La formule me plaît bien...
M. Jacques Mahéas. - Nous ne pouvons admettre ce cavalier qui dénature une loi sur laquelle nous n'aurions pas eu forcément une position hostile.
Faites savoir au Président de la République que nous ne souhaitons pas de tels télescopages, madame la ministre !
M. François Fortassin. - Nous avons demandé la suppression de l'article 30, nous voterons donc contre son maintien.
M. Jean-Jacques Hyest, président de la commission des lois. - Bonne explication de vote ! Au moins, elle est courte.
Le Gouvernement remet au Parlement, au plus tard le 30 novembre 2010, un rapport évaluant la durée moyenne d'exercice des infirmières et infirmiers au sein des établissements publics de santé, ainsi que, le cas échéant, les conditions entraînant le renoncement à l'exercice salarié de la profession au sein de la fonction publique hospitalière.
M. Guy Fischer. - La date du rapport est rapprochée mais pas absurde au regard de votre réponse. Les hôpitaux privés commerciaux sont de plus en plus nombreux en France ; on n'en a jamais construit autant que depuis la loi HPTS. (Mme la ministre le conteste vigoureusement)
Il importe donc, avant toute réforme pouvant produire comme effet de rallonger la durée de travail, de rechercher les causes qui conduisent à un arrêt anticipé de la profession. Il faut bien connaître la réalité avant de la modifier.
Le Gouvernement remet au Parlement, au plus tard le 30 novembre 2010, un rapport évaluant le coût financier d'une mesure de revalorisation de la rémunération des personnels infirmiers et paramédicaux des établissements publics de santé travaillant en horaire de nuit.
M. Guy Fischer. - Je l'ai défendu.
M. le président. - Amendement n°104, présenté par M. Fischer et les membres du groupe CRC-SPG.
Le Gouvernement remet au Parlement, au plus tard le 30 septembre 2010, un rapport évaluant les conséquences financières sur le budget de l'État et les conséquences sur les personnels infirmiers des établissements publics de santé de la prise en compte, pour la constitution de leur droit à pension, des périodes de stages visés au décret n° 81-306 du 2 avril 1981 relatif aux études conduisant au diplôme d'État d'infirmier et d'infirmière.
M. Guy Fischer. - Les périodes de stage que doivent suivre les élèves infirmiers dans le cadre de l'obtention du diplôme d'infirmier d'État doivent être prises en compte dans la constitution des droits à pension. Ils représentent quatorze mois !
Mme Sylvie Desmarescaux, rapporteur pour avis. - Trop de rapports sont demandés ; tous ne sont pas remis ; très peu sont exploités. Les questionnaires budgétaires contiennent toutes les informations demandées. Défavorable.
Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre. - Les demandes de M. Fischer seraient fondées si nous n'avions pas déjà ces renseignements !
Le chiffre de douze ans est un canard auquel il faut définitivement tordre le cou : la durée moyenne est, selon la CNRACL, de 132,3 trimestres, 131,7 pour les femmes. Cela représente donc trente trois ans. Les trois quarts des infirmiers hospitaliers sont dans la fonction publique hospitalière. La CNRACL publie des statistiques annuelles qui donnent toutes les réponses à ces questions.
Le travail de nuit est payé 200 euros, à quoi il faut ajouter l'indemnité pour travail intensif et la semaine de 32 h 30. Il n'est pas besoin de revalorisation, d'autant que la majoration pour travail intensif est supérieure à ce qu'elle est dans la fonction publique d'État.
La période de formation est prise en compte pour le calcul de l'ancienneté des infirmiers hospitaliers, qui commencent leur carrière au deuxième échelon.
En outre, la prise en compte demandée par l'amendement n°104 irait contre le processus LMD.
L'amendement n°102 n'est pas adopté, non plus que les amendements nos103 et 104.
Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre. - Ce qui me concerne strictement est terminé ; je demande à la Haute assemblée l'autorisation de me retirer. J'exprime mes remerciements à tous, avant de laisser la place à M. Tron.
Mme Josiane Mathon-Poinat. - Avec les articles 30 bis et suivants on atteint des sommets en matière de dialogue social !
Des discussions ont eu lieu mais se sont conclues sur un échec. Aucune organisation syndicale n'a été convaincue par les explications du Gouvernement, dont chacun a compris qu'il ne voulait qu'un prétexte pour imposer son intéressement.
On nous demande d'ajouter un nouvel échelon pour récompenser quelques centaines de hauts gradés. A toute force, on importe une logique libérale là où elle ne devrait surtout pas venir : dans le service public.
M. François Fortassin. - Cet article résulte du dépôt d'un amendement de dernière minute à l'Assemblée nationale par le Gouvernement. Il s'agit d'un cavalier qui, de surcroît, va à l'encontre du dialogue social. Il est prévu de prendre en compte les performances individuelles dans le montant des primes. Les organisations syndicales y sont opposées. Nous sommes donc face à un passage en force.
Comment quantifier la rentabilité de la fonction publique ? Nous contestons cette culture de la rentabilité, érigée en dogme sur l'autel de la RGPP ! Il aurait été plus judicieux que ce dispositif fasse l'objet d'une vaste concertation qui aurait pu déboucher sur un projet de loi. Il faut donc supprimer cet article.
M. le président. - Amendement n°13 rectifié, présenté par MM. Collin, Alfonsi, Baylet et Fortassin et Mme Laborde.
M. François Fortassin. - Je viens de le défendre.
M. le président. - Amendement identique n°49, présenté par M. Mahéas et les membres du groupe socialiste, apparentés et rattachés.
M. Jacques Mahéas. - Cet article, ajouté par un amendement du Gouvernement de dernière minute a été rejeté par les syndicats. Bel exemple de concertation et de dialogue social !
Selon le secrétaire d'État, il s'agit d'ouvrir la voie à l'individualisation des rémunérations; nous ne pouvons être d'accord sur la méthode employée.
Le projet d'accord présenté en mars par Éric Woerth n'a pas fait l'objet d'un accord. Il convient donc de supprimer cet article. Va-t-on mesurer le temps qu'un infirmier passe auprès d'un malade ou le nombre de gardes à vues ordonnées par un officier de police ? Ce serait ridicule.
Cet article traduit l'absurdité de la politique du Gouvernement en la matière.
M. le président. - Amendement identique n°88, présenté par Mme Mathon-Poinat et les membres du groupe CRC-SPG.
M. Jean-Pierre Vial, rapporteur de la commission des lois. - Vous voudriez revenir sur l'interdiction de la performance individuelle des agents dans le montant des traitements. Avis défavorable.
M. Georges Tron, secrétaire d'État chargé de la fonction publique. - Comme je l'ai dit lors de la discussion générale, le Gouvernement a discuté de longs mois avec les syndicats, même s'il n'y a pas eu accord. Le Gouvernement a le droit de déposer des amendements, quoi qu'il en soit. Les accords nous lient politiquement, mais pas juridiquement. En outre, j'ai évoqué ces amendements devant la commission des lois de l'Assemblée nationale bien avant la séance publique.
Il y a une logique d'ensemble à cette réforme de la grille indiciaire. Vous souhaitez que l'on revienne sur le processus d'intéressement collectif des agents. Maurice Thorez... (Exclamations sur les bancs socialistes)
M. Jacques Mahéas. - En 1946 !
M. Georges Tron, secrétaire d'État. - ...prévoyait que la rémunération des fonctionnaires devait être liée aussi à l'intensité et à l'efficacité de l'effort. (« Très bien ! » et applaudissements à droite) Si vous contestez une telle autorité, j'en perds mon latin !
Plusieurs de nos interlocuteurs ont demandé plus de lisibilité dans le système indemnitaire. Il y a plus de 1 800 primes versées dans la fonction publique d'État ! Il faut évaluer et individualiser leur versement.
L'intéressement collectif permettra d'associer tous les agents aux résultats. (Applaudissements à droite)
L'amendement n°13 rectifié et les amendements identiques nos49 et 88 ne sont pas adoptés.
M. le président. - Amendement n°14 rectifié, présenté par MM. Collin, Alfonsi, Baylet et Fortassin et Mme Laborde.
M. le président. - Amendement identique n°50, présenté par M. Mahéas et les membres du groupe socialiste, apparentés et rattachés.
M. Jacques Mahéas. - Le dialogue social a été inexistant. En mars, les syndicats ont refusé les propositions du Gouvernement. Où est la refondation salariale que vous annonciez ?
En Seine-Saint-Denis, les fonctionnaires qui accueillent les étrangers se trouvent dans une situation inhumaine.
M. Jean-Jacques Hyest. - Ce sont ces étrangers qui sont dans cette situation inhumaine, pas les fonctionnaires !
M. Jacques Mahéas. - On ne cesse de supprimer des postes. Comment faire seul ce que l'on faisait à deux ?
M. le président. - Amendement identique n°89, présenté par Mme Mathon-Poinat et les membres du groupe CRC-SPG.
Mme Josiane Mathon-Poinat. - Cet article crée un grade à accès fonctionnel dans les corps et cadres d'emplois de la catégorie A des trois versants de la fonction publique correspondant aux postes d'encadrement. Cependant, l'accession au grade à accès fonctionnel relève de critères subjectifs. En outre, sa création n'a fait l'objet d'aucun accord avec les organisations syndicales. Très peu d'agents pourront prétendre à ce grade.
Vous avez cité Maurice Thorez. Je vous conseille, monsieur le ministre, de lire plutôt le rapport d'Anicet Le Pors.
M. Georges Tron, secrétaire d'État. - Je le lis. Je ne sais pas s'il est meilleur... (Sourires)
M. Jean-Pierre Vial, rapporteur. - La commission approuve la création du GRA qui permettra de valoriser les carrières. Avis défavorable sur les amendements.
M. Georges Tron, secrétaire d'État. - Même avis. Le GRA n'a pas été rejeté par les organisations syndicales, qui voulaient simplement aller plus loin. Il ne s'agit ici que de débloquer des carrières dans les trois fonctions publiques. Certes, on aurait pu augmenter encore plus l'indice... Nous en reparlerons lors des futures négociations.
La politique du pouvoir d'achat dans la fonction publique, ce n'est pas un petit coup de pouce : aujourd'hui, nous dégageons 400 à 500 millions pour financer des mesures catégorielles.
Les amendements identiques nos14 rectifié, 50 et 89 ne sont pas adoptés.
M. le président. - Amendement n°15 rectifié, présenté par MM. Collin, Alfonsi, Baylet et Fortassin et Mme Laborde.
M. le président. - Amendement identique n°51, présenté par M. Mahéas et les membres du groupe socialiste, apparentés et rattachés.
M. Jacques Mahéas. - Coordination.
M. le président. - Amendement identique n°90, présenté par Mme Mathon-Poinat et les membres du groupe CRC-SPS.
Les amendements identiques nos15 rectifié, 51 et 90, repoussés par la commission et le Gouvernement, ne sont pas adoptés.
M. le président. - Amendement n°16 rectifié, présenté par MM. Collin, Alfonsi, Baylet et Fortassin et Mme Laborde.
M. François Fortassin. - Même chose.
M. le président. - Amendement identique n°52, présenté par M. Mahéas et les membres du groupe socialiste, apparentés et rattachés.
M. Jacques Mahéas. - On ne peut mesurer la performance qualitative d'un service public : les usagers souhaitent que l'on s'occupe d'eux. Je suis attentif au domaine de la sécurité. A vouloir trop quantifier, comme l'a voulu le Président de la République lorsqu'il était ministre de l'intérieur, on va à l'encontre des buts recherchés et le travail est mal fait.
En matière de sécurité, par exemple, la politique du chiffre est dénuée de sens.
M. le président. - Amendement identique n°91, présenté par Mme Mathon-Poinat et les membres du groupe CRC-SPG.
Mme Josiane Mathon-Poinat. - Les fonctionnaires souhaitent que les primes soient intégrées à leur salaire de base et comptent dans le calcul de la retraite.
Les amendements identiques nos16 rectifié, 52 et 91, repoussés par la commission et le Gouvernement, ne sont pas adoptés.
M. le président. - Amendement n°1, présenté par M. Béteille.
I. - Au II de l'article 61-1 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 précitée, après les mots : « Conseil supérieur de la fonction publique territoriale, » sont insérés les mots : « auprès de l'association la plus représentative des maires de chaque département, ».
M. Laurent Béteille. - Il convient de régulariser la mise à disposition d'un fonctionnaire auprès des associations départementales de maires en dérogeant à la règle du caractère obligatoire du remboursement.
Ces mises à disposition confortent des partenariats entre certaines associations départementales de maires et des grandes collectivités, notamment les conseils généraux.
Elles n'ont aucun effet sur le budget de l'État car elles interviennent entre une collectivité territoriale et une association départementale de maires. Il faut trouver une solution rapide pour régulariser la situation.
M. Jean-Pierre Vial, rapporteur. - En 2007, nous avions eu un long débat sur le sujet. Le rapporteur, M. Portelli, estimait préférable de régulariser la situation par une augmentation des dotations. Je demande l'avis du Gouvernement ; l'apesanteur juridique dans laquelle se trouvent certaines collectivités n'est pas acceptable.
M. Georges Tron, secrétaire d'État. - Nous avons déjà eu des discussions avec l'AMF pour trouver une formule.
La loi du 2 juillet 2007 avait introduit une nouvelle règle de mise à disposition des fonctionnaires ; la commission des lois n'avait pas retenu l'idée de déroger au principe du remboursement. Il est difficile de revenir sur le dispositif adopté il y a peu de temps et qui donne satisfaction. Retrait ?
M. Laurent Béteille. - Je suis impatient de voir une solution aboutir. Le problème doit être pris en compte et traité avec l'AMF et ADF. Il faut trouver une solution générale et non pas individuelle.
Après l'article 31, insérer un article additionnel ainsi rédigé : Dans les conditions prévues par l'article 38 de la Constitution, le Gouvernement est autorisé à procéder par ordonnance à l'adoption de la partie législative du code général de la fonction publique.
Les dispositions codifiées sont celles en vigueur au moment de la publication de l'ordonnance, sous réserve des modifications rendues nécessaires pour assurer le respect de la hiérarchie des normes et la cohérence rédactionnelle des textes, l'harmonisation de l'état du droit et l'adaptation au droit communautaire ainsi qu'aux accords internationaux ratifiés, ou des modifications apportées en vue :
M. Georges Tron, secrétaire d'État. - La Commission supérieure de codification achèvera ses travaux, en ce qui concerne le code général de la fonction publique, à la fin de l'année 2010. Dès lors, afin de procéder dans les meilleurs délais à la publication de ce code, cet amendement habilite le Gouvernement à procéder par ordonnance à l'adoption de sa partie législative, qui reprendra l'essentiel des articles figurant dans le présent projet de loi.
M. Jean-Jacques Hyest, président de la commission des lois. - Tout ceci ne deviendra législatif que quand le Parlement aura ratifié l'ordonnance.
M. Georges Tron, secrétaire d'État. - Très juste !
M. Jacques Mahéas. - Nous ne sommes pas opposés à la codification mais il faut contrôler le travail accompli. Nous nous abstiendrons.
L'amendement n°115 est adopté et devient un article additionnel.
L'article 32 est adopté ainsi que les articles 33 et 34. Intitulé du projet de loi
M. le président. - Amendement n°53, présenté par M. Mahéas et les membres du groupe socialiste, apparentés et rattachés.
Novation du dialogue social dans la fonction publique : théorie et réalité.
M. Jacques Mahéas. - Nous allons terminer par un sourire. Ce sera mon explication de vote. Je remercie notre rapporteur qui nous a permis de participer à toutes les auditions.
Même si les échanges ont été parfois vifs, ils ont toujours été courtois. Vous partiez avec un handicap terrible, monsieur le ministre ; vous avez supprimé 100 000 fonctionnaires et vous allez recommencer.
Vous allez augmenter les enfants par classe pour réduire le nombre de professeurs. Excusez du peu ! Dans ma ville de 35 000 habitants, nous avons des crèches. Jusqu'à présent, la moitié d'une classe d'âge d'enfants de deux à trois ans était scolarisée. Le Gouvernement nous l'interdit. Résultat : 300 demandes supplémentaires de places de crèche, alors que j'ai agrandi les écoles maternelles !
Vous estimez que les collectivités embauchent trop. Mais comment faire quand une famille me supplie d'accueillir ses enfants sans quoi elle ne pourra pas retrouver de travail ? La première partie du projet de loi, c'est la théorie, mais la deuxième partie constituée de cavaliers montre la pratique du Gouvernement. Nous voterons contre ce projet de loi et c'est bien dommage car il y avait des choses intéressantes dans la première partie. Contrairement à vous, nous faisons confiance à la fonction publique.
M. Jean-Pierre Vial, rapporteur. - Je remercie M. Mahéas pour ses propos aimables. Ces sujets sont complexes, comme l'ont montré les auditions.
Je lui laisse la responsabilité de cet intitulé. (Sourires) Si nous aboutissons, nous aurons refondé le dialogue social dans la fonction publique. Avis défavorable à cet amendement.
M. Georges Tron, secrétaire d'État. - J'aurais aimé faire plaisir à M. Mahéas. Hélas, je souhaite garder le titre initial. (Sourires)
M. Jacques Mahéas. - Je m'en doutais !
M. Georges Tron, secrétaire d'État. - Contrairement à ce que vous pensez, nous avons pas mal évolué à l'Assemblée nationale et ici même, notamment sur le paritarisme.
En matière d'élection on s'est beaucoup inspiré de ce qui se fait dans la fonction publique territoriale. Comme vous, je suis depuis longtemps ces questions de la fonction publique. Nous sommes très sensibles à ses agents qui méritent tout notre respect.
M. François Fortassin. - Je me félicite de nos échanges constructifs et courtois. Nos deux conceptions se sont affrontées, même si c'était à fleuret moucheté. Les radicaux de gauche sont attachés à la fonction publique qui est le fondement de la République et d'un État laïc.
M. Jean-Jacques Hyest, président de la commission des lois. - Un des fondements !
M. François Fortassin. - Cette conception n'est pas partagée par tous ici. Nous souhaitons que les fonctions publiques fonctionnent correctement mais ce texte ne permet pas de faire de ces blocs de granit une force. Nous avons eu la meilleure fonction publique du monde. Est-ce encore vrai? De même, nous avions la meilleure médecine et nous nous orientons vers une médecine à deux vitesses.
La fonction publique est utile pour tous nos concitoyens, notamment les plus démunis. Si nous sommes malades, nous serons soignés, même si nous devons payer cher. En revanche, nos concitoyens les plus démunis se trouvent dans une situation beaucoup plus difficile. Il en va de même pour l'enseignement dans certaines banlieues où les familles aisées trouvent les moyens d'inscrire leurs enfants dans d'autres écoles quand il y a des difficultés.
Un souffle républicain différent nous anime. Nous ne voterons pas ce texte non par dogmatisme, mais parce qu'il ne correspond pas à nos aspirations et à nos valeurs que nous défendons depuis longtemps.
M. Jean-Jacques Pignard. - La gauche n'a pas le monopole de coeur de la fonction publique. (Applaudissements à droite) J'ai été à la tête d'une commune de 35 000 habitants et d'un établissement hospitalier : je n'ai jamais eu l'impression de faire la distinction entre les agents ni qu'il y avait une médecine à deux vitesses.
La fonction publique doit évoluer : ce texte le lui permet. Aimer la fonction publique, ce n'est pas l'aimer comme il y a cinquante ans, c'est lui permettre, avec tout le respect qu'on lui doit, d'être en adéquation avec la vie d'aujourd'hui. (Applaudissements à droite)
M. Georges Tron, secrétaire d'État. - Merci à la majorité qui a voté ce texte. Je remercie aussi la gauche pour ses échanges constructifs. Je veux saluer le président et le rapporteur de la commission des lois, ainsi que les présidents de séance. (Applaudissements à droite)
M. le président. - Nous avons tous eu plaisir à travailler dans une ambiance de grande courtoisie.
Prochaine séance demain, mercredi 2 juin 2010, à 14 h 30.
du mercredi 2 juin 2010 À 14 HEURES 30 ET LE SOIR
1. Projet de loi organique relatif au Défenseur des droits (n° 610, 2008-2009).
Rapport de M. Patrice Gélard, fait au nom de la commission des lois constitutionnelles, de législation, du suffrage universel, du Règlement et d'administration générale (n° 482, 2009-2010).
Texte de la commission (n° 483, 2009-2010).
2. Projet de loi relatif au Défenseur des droits (n° 611, 2008-2009).
Texte de la commission (n° 484, 2009-2010).