Source: https://www.courdecassation.fr/jurisprudence_2/arrets_publies_2986/chambre_sociale_3168/2018_8506/janvier_8507/43_10_38410.html
Timestamp: 2020-08-14 08:30:14+00:00
Document Index: 88300556

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Arrêt n°43 du 10 janvier 2018 (16-16.713) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2018:SO00043 | Cour de cassation
>Arrêt n°43 du 10 janvier 2018 (16-16.713) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2018:SO00043
Arrêt n°43 du 10 janvier 2018 (16-16.713) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2018:SO00043
Renvoi préjudiciel devant la Cour de justice de l’ Union européenne
Demandeur : société Vueling Airlines, société anonyme
Attendu, selon l’arrêt attaqué, que M. X… a été engagé par la société Vueling Airlines en qualité de copilote à compter du 21 avril 2007 par contrat rédigé en langue anglaise et de droit espagnol et détaché, par avenant de détachement du 14 juin 2007, à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle ; que par lettre du 30 mai 2008, le salarié a démissionné puis s’est rétracté par courriel du 2 juin 2008 ; qu’il a pris acte de la rupture de son contrat de travail par lettre du 9 juin 2008 ; que sollicitant la requalification de sa démission en prise d’acte de la rupture produisant les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse, il a saisi la juridiction prud’homale de diverses demandes au titre de l’exécution, de la rupture du contrat de travail et du travail dissimulé ;
Attendu que par un arrêt du 11 mars 2014 (Crim., 11 mars 2014, n° 12-81.461, Bull. n° 75), la chambre criminelle de la Cour de cassation a rejeté le pourvoi formé par la société Vueling Airlines contre un arrêt du 31 janvier 2012 de la chambre des appels correctionnels de la cour d’appel de Paris ayant condamné la société Vueling Airlines pour travail dissimulé à une amende délictuelle de 100 000 euros et à verser à onze salariés, parmi lesquels M. X…, diverses sommes à titre de dommages-intérêts ;
1°/ que le délit de travail dissimulé n’est constitué que si l’entreprise ou l’entrepreneur n’a pas procédé aux déclarations qui doivent être faites aux organismes de protection sociale ou à l’administration fiscale ; qu’en vertu du principe d’unicité de la législation en matière de sécurité sociale, et en vertu de l’article 13 du règlement CEE n° 1408/71 relatif à l’application des régimes de sécurité sociale aux travailleurs et à leur famille qui se déplacent à l’intérieur de la Communauté, les personnes auxquelles le présent règlement est applicable ne sont soumises qu’à la législation d’un seul Etat membre ; que, selon le règlement CEE n° 574/72, la personne qui exerce son activité sur le territoire de deux ou plusieurs Etats membres informe de cette situation l’institution désignée par l’autorité compétente de l’Etat membre sur le territoire duquel elle réside, laquelle lui remet un certificat E101 (devenu formulaire A1) attestant qu’elle est soumise à sa législation ; qu’aussi longtemps que le certificat E101 n’est pas retiré ou déclaré invalide, la délivrance de ce certificat vaut présomption de régularité d’affiliation ; que le juge français, saisi d’une demande de condamnation pour travail dissimulé, ne peut remettre en cause la validité de l’affiliation de travailleurs à un organisme de sécurité sociale d’un autre Etat, qui a délivré à l’entreprise ou l’entrepreneur un tel certificat ; que l’autorité de la chose jugée d’une décision pénale ne saurait faire obstacle à ces dispositions de droit européen ; qu’en l’espèce, la société Vueling Airlines a versé aux débats le certificat de détachement (E101) délivré par l’administration espagnole pour M. X… et a soutenu que, par application de la réglementation européenne, ce certificat, valide et non retiré, attestait de l’affiliation du salarié au régime de sécurité sociale espagnole, ce qui excluait toute dissimulation d’activité en raison d’un défaut d’affiliation en France ; qu’elle a soutenu en conséquence que le principe de l’autorité de la chose jugée ne permettait pas de déroger au droit européen qui devait primer ; qu’en se fondant néanmoins, pour condamner la société Vueling Airlines pour travail dissimulé, sur l’autorité de la chose jugée d’un arrêt de la cour d’appel de Paris du 31 janvier 2012, sans répondre à ce moyen déterminant, la cour d’appel a violé l’article 455 du code de procédure civile ;
2°/ qu’en se fondant, pour condamner la société Vueling Airlines pour travail dissimulé, sur l’autorité de la chose jugée de l’arrêt de la cour d’appel de Paris du 31 janvier 2012, sans rechercher si la délivrance par l’administration espagnole à M. X… d’un certificat E101 attestant de son affiliation au régime de sécurité sociale espagnole n’excluait pas son affiliation au régime de sécurité sociale français et ne faisait pas obstacle, en conséquence, à la condamnation de la société Vueling Airlines pour dissimulation d’activité, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard de l’article 267 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, de l’article 11, paragraphe 1er, du règlement n° 574/72/CE du 21 mars 1972, des articles 13 et 14 du règlement communautaire n° 1408/71, des articles 11 et 12 bis du règlement communautaire 574/72, et de l’article 5 du règlement CE n° 987/2009 du Parlement européen et du Conseil du 16 septembre 2009 ;
3°/ que la chose jugée au pénal s’impose au juge civil relativement aux faits qui constituent le soutien nécessaire de la décision pénale ; qu’en l’espèce, dans son arrêt du 31 janvier 2012, la cour d’appel de Paris s’est bornée à considérer que les salariés de la société Vueling Airlines intervenant sur le site de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle auraient dû, selon elle, être rattachés à la législation française de sécurité sociale ; qu’une telle décision ne privait pas le juge civil du pouvoir d’apprécier la portée de la délivrance par l’autorité espagnole de sécurité sociale à M. X… d’un certificat E101, et en conséquence de la faculté d’écarter la qualification de travail dissimulé au regard des critères de droit civil ; qu’en retenant le contraire, la cour d’appel a violé l’article 1351 du code civil et les articles 4 et 4-1 du code de procédure pénale, ensemble le principe de l’autorité de la chose jugée au pénal sur le civil ;
“Une entreprise peut-elle être privée de la possibilité de détacher des salariés en application de l’article 14, paragraphe 1, sous a), du règlement (CEE) n° 1408/71 du Conseil, du 14 juin 1971, relatif à l’application des régimes de sécurité sociale aux travailleurs salariés, aux travailleurs non salariés et aux membres de leur famille qui se déplacent à l’intérieur de la Communauté, dans sa version modifiée et mise à jour par le règlement (CE) n° 118/97 du Conseil, du 2 décembre 1996 (JO 1997, L 28, p. 1), tel que modifié par le règlement (CE) n° 647/2005 du Parlement européen et du Conseil, du 13 avril 2005 (JO L 117, p. 1), au seul motif qu’elle appartient au secteur du transport aérien, ce qui aurait pour conséquence de soumettre cette entreprise aux seules dispositions figurant aux points a i) et a h) [ii)] de l’article 14, paragraphe 2, du règlement (CEE) n° 1408/71 ?” ;
“La règle énoncée à l’article 13, paragraphe 2, point a), est appliquée compte tenu des exceptions et particularités suivantes :
a) la personne qui fait partie du personnel roulant ou navigant d’une entreprise effectuant, pour le compte d’autrui ou pour son propre compte, des transports internationaux de passagers ou de marchandises par voies ferroviaire, routière, aérienne ou batelière et ayant son siège sur le territoire d’un Etat membre, est soumise à la législation de ce dernier Etat.
Attendu qu’il résulte des constatations de l’arrêt de la cour d’appel que la société Vueling Airlines dispose d’une base d’exploitation en France à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, c’est-à-dire d’une succursale au sens de l’article 14, paragraphe 2, a), i), du règlement n° 1408/71/CEE ; qu’il résulte par ailleurs des constatations de la chambre des appels correctionnels dans son arrêt du 31 janvier 2012 et des pièces de la procédure que le certificat E101 délivré par les autorités espagnoles et produit par les parties devant la Cour de cassation que celui-ci, délivré à la société Vueling Airlines sur le seul fondement de l’article 14, paragraphe 1, a), mentionne comme lieu d’activité du salarié détaché l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle et que ces seuls éléments étaient de nature à révéler en eux-mêmes que le certificat E101 avait été obtenu de façon frauduleuse ;
Attendu enfin que la Cour de justice de l’Union européenne (A Rosa Flussschiff, 27 avril 2017, C-620/15), saisie par l’assemblée plénière de la Cour de cassation (Ass. Plén., 6 novembre 2015, n° 13-25.467, Bull. 2015, Ass. plén., n° 9) d’une question préjudicielle a dit pour droit que “l’article 12 bis, point 1 bis, du règlement (CEE) n° 574/72 du Conseil, du 21 mars 1972, fixant les modalités d’application du règlement (CEE) n° 1408/71 du Conseil, du 14 juin 1971, relatif à l’application des régimes de sécurité sociale aux travailleurs salariés, aux travailleurs non salariés et aux membres de leur famille qui se déplacent à l’intérieur de la Communauté, dans sa version modifiée et mise à jour par le règlement (CE) n° 118/97 du Conseil, du 2 décembre 1996, tel que modifié par le règlement (CE) n° 647/2005 du Parlement européen et du Conseil, du 13 avril 2005, doit être interprété en ce sens qu’un certificat E101 délivré par l’institution désignée par l’autorité compétente d’un Etat membre, au titre de l’article 14, paragraphe 2, sous a), du règlement n° 1408/71, dans sa version modifiée et mise à jour par le règlement n° 118/97, tel que modifié par le règlement (CE) n° 647/2005 du Parlement européen et du Conseil, du 13 avril 2005, lie tant les institutions de sécurité sociale de l’Etat membre dans lequel le travail est effectué que les juridictions de cet Etat membre, même lorsqu’il est constaté par celles-ci que les conditions de l’activité du travailleur concerné n’entrent manifestement pas dans le champ d’application matériel de cette disposition du règlement n° 1408/71” ; que la Cour de justice ne s’est pas prononcée sur l’article 14, paragraphe 1, du règlement n° 1408/71 précité ;
Que se pose dès lors la question de savoir, d’abord, si l’interprétation donnée par la Cour de justice de l’Union européenne, dans son arrêt A Rosa Flussschiff, C-620/15 précité, à l’article 14, paragraphe 2, a), du règlement n° 1408/71/CEE, dans sa version modifiée et mise à jour par le règlement (CE) n° 118/97, tel que modifié par le règlement (CE) n° 647/2005 du Parlement européen et du Conseil, du 13 avril 2005 s’applique à un litige relatif à l’infraction de travail dissimulé, dans lequel les certificats E101 ont été délivrés au titre de l’article 14, paragraphe 1, a), en application de l’article 11, paragraphe 1er, du règlement n° 574/72/CE du 21 mars 1972 fixant les modalités d’application du règlement n° 1408/71, alors que la situation relevait de l’article 14, paragraphe 2, a), i), pour des salariés exerçant leur activité sur le territoire de l’Etat membre dont ils sont ressortissants et sur lequel l’entreprise de transport aérien établie dans un autre Etat membre dispose d’une succursale, et que la seule lecture du certificat E101 qui mentionne un aéroport comme lieu d’activité du salarié et une entreprise aérienne comme employeur permettait d’en déduire qu’il avait été obtenu de façon frauduleuse ;
1°) l’interprétation donnée par la Cour de justice de l’Union européenne dans son arrêt A Rosa Flussschiff, C-620/15 précité, à l’article 14, paragraphe 2, a), du règlement n° 1408/71/CEE, dans sa version modifiée et mise à jour par le règlement (CE) n° 118/97, tel que modifié par le règlement (CE) n° 647/2005 du Parlement européen et du Conseil, du 13 avril 2005, s’applique-t-elle à un litige relatif à l’infraction de travail dissimulé dans lequel les certificats E101 ont été délivrés au titre de l’article 14, paragraphe 1, a), en application de l’article 11 paragraphe 1er, du règlement n° 574/72/CE du 21 mars 1972 fixant les modalités d’application du règlement n° 1408/71, alors que la situation relevait de l’article 14, paragraphe 2, a), i), pour des salariés exerçant leur activité sur le territoire de l’Etat membre dont ils sont ressortissants et sur lequel l’entreprise de transport aérien établie dans un autre Etat membre dispose d’une succursale et que la seule lecture du certificat E101 qui mentionne un aéroport comme lieu d’activité du salarié et une entreprise aérienne comme employeur permettait d’en déduire qu’il avait été obtenu de façon frauduleuse ?
Rapporteur : Mme Prache, conseiller référendaire
Avocat(s) : SCP Célice, Soltner, Texidor et Périer ; SCP Lyon-Caen et Thiriez