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Timestamp: 2018-11-20 23:12:21+00:00
Document Index: 285810316

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Victorien Auger
1 28 AVRIL 2003 S F/1 COUR DE CASSATION DE BELGIQUE Arrêt N S F CORA, société anonyme se trouvant aux droits et obligations de la société anonyme Frabelmar-Distrimas, dont le siège social est établi à Jumet, zoning industriel, 4 ème rue, inscrite au registre du commerce de Charleroi sous le numéro , demanderesse en cassation, représentée par Maître Cécile Draps, avocat à la Cour de cassation, dont le cabinet est établi à Liège, boulevard Emile de Laveleye, 14, où il est fait élection de domicile, contre M. C. défendeur en cassation.
2 28 AVRIL 2003 S F/2 I. La décision attaquée Le pourvoi en cassation est dirigé contre l arrêt rendu le 13 novembre 2000 par la cour du travail de Liège. II. La procédure devant la Cour Le conseiller Christian Storck a fait rapport. Le premier avocat général Jean - François Leclercq a conclu. III. Le moyen de cassation La demanderesse présente un moyen libellé dans les termes suivants : Dispositions légales violées - articles 1134, 1315, 1710, 1779 et 1780 du Code civil ; - articles 6 et 870 du Code judiciaire ; - articles 1 er, 2 et 3 de la loi du 3 juillet 1978 relative aux contrats de travail ; - article 1 er de la loi du 27 juin 1969 révisant l arrêté-loi du 28 décembre 1944 concernant la sécurité sociale des travailleurs ; - article 149 de la Constitution. Décisions et motifs critiqués L arrêt dit fondé l appel du défendeur quant au principe de l existence d un lien de subordination, la demanderesse devant être considérée comme ayant été l employeur de celui-ci, par tous ses motifs considérés ici comme intégralement reproduits.
3 28 AVRIL 2003 S F/3 Griefs 1. Première branche En vertu de l article 6 du Code judiciaire, les juges ne peuvent prononcer par voie de disposition générale et réglementaire sur les causes qui leur sont soumises ; l arrêt, qui se fonde sur la jurisprudence ayant décidé que certains éléments de fait n étaient pas «à eux seuls déterminants de l existence d un contrat de travail» tandis que d autres «s avér[ai]ent sans incidence importante» et qui invoque les indices «le plus souvent retenus [par la jurisprudence] pour écarter tout lien de subordination» et les «nuances apport[ées] relativement à ces indices» par la doctrine, sans indiquer pour quelles raisons il se rallie à cette doctrine et à cette jurisprudence, leur attribue une portée générale et réglementaire en violation de l article 6 du Code judiciaire. 2. Deuxième branche En vertu des articles 1315 du Code civil et 870 du Code judiciaire, le défendeur, qui soutenait qu il était lié à la demanderesse par un contrat de louage de travail, avait la charge de l établir ; l arrêt, après avoir écarté un certain nombre d éléments comme n étant pas significatifs, retient, en droit, «que, par contre, ont été le plus souvent retenus pour écarter tout lien de subordination [ ] une certaine autonomie de gestion [ ], la possibilité laissée notamment à des gérants d engager du personnel subalterne [ ], la propriété du fonds de commerce [ ] ou la prise en charge du risque économique ou financier de l exploitation» et décide, en fait, «que l on chercherait vainement dans la description de l activité [du défendeur] [ ] les indices d une quelconque autonomie caractéristique d une gestion indépendante» ; il décharge ainsi illégalement le défendeur du fardeau de la preuve de l existence d un lien de subordination (violation des articles 1315 du
4 28 AVRIL 2003 S F/4 Code civil et 870 du Code judiciaire) ; à tout le moins, l arrêt, qui admet, en droit, qu il appartient au défendeur d établir l existence d un lien de subordination mais qui, analysant le cas d espèce, raisonne comme si la demanderesse avait la charge de la preuve de l absence de ce lien, est entaché de contradiction, de sorte qu il n est pas régulièrement motivé (violation de l article 149 de la Constitution). 3. Troisième branche En vertu de l article 1134 du Code civil, la convention régulièrement formée fait la loi des parties ; certes, le juge doit rechercher si, nonobstant la qualification de contrat d entreprise adoptée par les parties, l une d elles n a pas pu exercer sur l autre l autorité caractéristique du contrat de travail mais, lorsque, comme en l espèce, la loi ne présume pas l existence d un contrat de travail, l absence d un tel contrat ne doit pas nécessairement résulter de faits incompatibles avec l existence de ce contrat ; il s en déduit que le juge ne peut requalifier la convention conclue entre les parties en se fondant sur des éléments compatibles avec la qualification que celles-ci ont déclaré vouloir adopter, soit en l espèce le contrat d entreprise au sens des articles 1710, 1779 et 1780 du Code civil. En la cause, aucun des éléments de fait retenus par l arrêt n est inconciliable avec la qualification de contrat d entreprise et n impose la qualification de contrat de travail ; un entrepreneur peut travailler dans les locaux du cocontractant, s engager à vendre exclusivement les produits du cocontractant aux heures d ouverture de ce dernier et aux prix et conditions fixés par lui, et ne pas prendre en charge le risque économique et financier de l entreprise ; d autre part, le louage d ouvrage n exclut pas la possibilité d instructions générales à observer et d un contrôle sur l exécution des tâches remplies ; il s en déduit que l absence d «autonomie de gestion» ne permet au juge d écarter la qualification donnée par les parties que s il constate que la preuve est rapportée que l une d elles pouvait donner à l autre des ordres ou instructions caractéristiques du contrat de travail, quod non en l espèce,
5 28 AVRIL 2003 S F/5 l arrêt admettant expressément que, si le défendeur s est vu rappeler à l ordre, cela «répondait incontestablement à un souci légitime de rentabilité [de la demanderesse et de la société anonyme Wellmann Belgium]». En écartant la qualification de contrat d entreprise adoptée par les parties et en lui substituant celle de contrat de travail, l arrêt viole, partant, la notion de contrat de travail au sens des articles 1 er, 2 et 3 de la loi du 3 juillet 1978 et 1 er de la loi du 27 juin 1969, ainsi que la notion de contrat d entreprise au sens des articles 1710, 1779 et 1780 du Code civil ; par voie de conséquence, en refusant d appliquer la convention qui fait la loi des parties, il viole l article 1134 du même code. 4. Quatrième branche La Cour a compétence pour vérifier si, des faits qu il a énoncés, le juge a pu légalement conclure à l existence ou à l inexistence d un contrat de louage de travail ; en conséquence, les considérations d une décision qui admet l existence de pareil contrat doivent être suffisamment précises pour lui permettre de procéder à cette vérification ; l arrêt, qui admet que le fait d exécuter des prestations dans les locaux du cocontractant avec mise à la disposition de l organisation matérielle de celui-ci, de devoir respecter les prix imposés et de ne pas pouvoir exercer une activité similaire au profit de firmes concurrentes n est pas déterminant ou est sans incidence importante mais fonde ensuite sa décision de requalifier le contrat d entreprise en contrat de travail sur ces circonstances, est entaché de contradiction ou à tout le moins d ambiguïté, de sorte qu il ne permet pas à la Cour de vérifier la pertinence des éléments dont la cour du travail a déduit l existence d un contrat de travail entre le défendeur et la demanderesse ; il n est, partant, pas régulièrement motivé (violation de l article 149 de la Constitution).
6 28 AVRIL 2003 S F/6 5. Cinquième branche Le lien de subordination au sens des articles 1 er, alinéa 1 er, de la loi du 27 juin 1969, 2 et 3 de la loi du 3 juillet 1978 a un caractère d ordre public ; son existence ne peut être retenue par le juge du fond qu au regard de la nature des faits qui lui sont soumis ; il s en déduit que la circonstance que d autres personnes se trouvant dans la même situation de fait que la partie qui prétend à l existence d un lien de subordination aient obtenu d être considérées comme des travailleurs salariés est sans incidence sur la solution que le juge doit donner au litige qui lui est soumis ; l arrêt, qui fonde sa décision de retenir l existence d un lien de subordination sur le motif «qu en réalité, [le défendeur] se trouvait très exactement dans la situation des vendeurs affectés à d autres stands de vente et pour lesquels, dès 1987, la [demanderesse] a accepté de modifier leur statut initial et de les rémunérer, à l avenir, en qualité de travailleurs salariés», viole, partant, les articles 1 er, 1 er, alinéa 1 er, de la loi du 27 juin 1969, 2 et 3 de la loi du 3 juillet 1978 ; en refusant de donner au contrat adopté par les parties la qualification qu elles ont déclaré lui donner, savoir celle de contrat d entreprise, l arrêt viole également les articles 1134, 1710, 1779 et 1780 du Code civil. IV. La décision de la Cour Quant à la troisième branche : Attendu que, lorsque les éléments soumis à son appréciation ne permettent pas d exclure la qualification donnée par les parties à la convention qu elles ont conclue, le juge du fond ne peut y substituer une qualification différente ; Attendu que, pour écarter la qualification de contrat d entreprise que, selon ses constatations, les parties ne contestaient pas avoir donnée à leur
7 28 AVRIL 2003 S F/7 convention lors de sa conclusion, l arrêt se fonde sur les circonstances que «le fonds de commerce exploité par [le défendeur] était la propriété exclusive [de la demanderesse]», que «[le défendeur] n avait aucun droit sur l exploitation du stand dans lequel étaient exposées [les] cuisines» qu il devait vendre, que «[le défendeur] n a participé à aucun titre aux négociations qui ont conduit à l accord de collaboration [entre la demanderesse et le fabricant desdites cuisines] et n a par ailleurs en rien été convié à négocier les termes de la rupture de cette collaboration» et que «l on chercherait vainement dans la description de l activité [du défendeur] - celui-ci étant contraint de vendre aux conditions qui lui étaient strictement imposées par [la demanderesse], sur indication [du fabricant], les seuls meubles de cuisine acquis auprès de [ce dernier] - les indices d une quelconque autonomie caractéristique d une gestion indépendante» ; Que, ni séparément ni conjointement, ces éléments ne sont incompatibles avec l existence d un contrat d entreprise ; Que l arrêt ne décide, dès lors, pas légalement que les parties étaient liées par un contrat de travail ; Qu en cette branche, le moyen est fondé ; Et attendu qu il n y a pas lieu d examiner les autres branches du moyen, qui ne sauraient entraîner une cassation plus étendue ; PAR CES MOTIFS, LA COUR Casse l arrêt attaqué, sauf en tant qu il reçoit l appel ; Ordonne que mention du présent arrêt sera faite en marge de l arrêt partiellement cassé ; fond ; Réserve les dépens pour qu il soit statué sur ceux-ci par le juge du
8 28 AVRIL 2003 S F/8 Renvoie la cause, ainsi limitée, devant la cour du travail de Bruxelles. Ainsi jugé par la Cour de cassation, troisième chambre, à Bruxelles, où siégeaient le premier président Pierre Marchal, le président de section Claude Parmentier, les conseillers Christian Storck, Daniel Plas et Sylviane Velu, et prononcé en audience publique du vingt-huit avril deux mille trois par le premier président Pierre Marchal, en présence du premier avocat général Jean-François Leclercq, avec l assistance du greffier adjoint Christine Danhiez.
18 JUIN 2004 C.03.0036.F/1 Cour de cassation de Belgique Arrêt N C.03.0036.F ATS RAUW, société privée à responsabilité limitée dont le siège social est établi à Bullange, Industriegebiet, 285/A, inscrite