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Timestamp: 2020-05-29 05:14:32+00:00
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Version finale Ebook Compaoré, Gbagbo, Soro-2 - Fichier PDF
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Blaise Compaoré, Laurent Gbagbo
et Guillaume Soro,
trois leaders politiques
aux origines du Traité d’Amitié et
de Coopération Ivoiro-Burkinabé de 2008
Un dossier d’analyses
historico-politiques de Franklin Nyamsi
Ebook spécial
de Coopération Ivoiro-Burkinabé de
2008 : l’Accord de Paix Ivoiro-ivoirien
de Ouagadougou en 2007
L’identification générale des populations:
noeud de la crise identitaire ivoirienne
Du processus électoral:
enjeu d’inclusion ou d’exclusion politique
Des forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire :
la nécessité d’une armée républicaine
Economie thématique du Traité
d’Amitié et de Coopération de 2008
entre la république de Côte d’Ivoire et
Compaoré, Gbagbo, Soro: réflexions
prospectives sur les trois destins
des géants de l’APO et du TAC Faso
Les mémorables journées
ivoiro-burkinabé de Yamoussoukro viennent de s’achever le 29 juillet 2016.
La joie et la paix s’affichent
désormais, des deux côtés
des anciens territoires coloniaux de Haute et de Basse
Comment ne pas saluer cette
embellie diplomatique incarnée par les présidents Alassane Ouattara et Roch Kaboré? On ne peut que se réjouir
de la vingtaine de nouveaux
accords signés entre les Chefs
d’Etat des deux pays siamois
de l’Afrique de l’Ouest. La
politique internationale, loin
de se réduire aux intérêts singuliers des individus ou des
particuliers, doit se hisser
au diapason de l’intérêt des
peuples. Les hommes et les
femmes politiques, comme
passent, dans la durée courte
de leur brève existence. Ce
qui reste, ce sont cependant
les grands ensembles géographiques, sociologiques et
historiques, qui poursuivent
la vie longue, dont les mutations sont lentes et impactent
de longues durées. Pourtant,
il importe au plus haut point
de donner à chaque rencontre
historique entre chefs d’Etat,
la profondeur qu’elle mérite,
Ebook spécial Origines du Traité d’Amitié et de Coopération Ivoiro-Burkinabé de 2008
afin d’arracher l’action politique aux impostures et aux
amateurs de la manipulation
fallacieuse des mémoires. Car
de la qualité de la mémoire
collective, dépend aussi celle
de la mémoire individuelle. Et
si des peuples sont amenés à
oublier le chemin par lequel
leurs relations actuelles se
sont construites, il n’est pas
impossible que demain encore, les erreurs et les fautes
dont ils ont souffert hier
se répètent, tragiquement.
L’Histoire, quand on la néglige, se répète souvent, aux
détriments des amateurs du
présent pur, de l’immédiat,
qui excellent dans l’art de
la politique à courte vue.
N’est-ce pas, curieusement,
le sentiment qu’on peut avoir
en observant le traitement
médiatico-politique des retrouvailles ivoiro-burkinabé
de ce mois de juillet 2016
à Yamoussoukro? Je voudrais démontrer trois thèses
dans la présente tribune: I)
Le Traité d’amitié et de Coopération (TAC) Ivoiro-Burkinabé de 2008, loin d’être un cheveu dans la
soupe, est né des conséquences positives d’un accord
historique, l’Accord de Paix de Ouagadougou (APO),
entre Laurent Gbagbo et Guillaume Soro, sous l’égide
du facilitateur Blaise Compaoré. II) Le Traité d’amitié de Coopération Ivoiro-Burkinabé de 2008 est dès
lors la conséquence du renversement du rapport de
forces entre l’idéologie ivoiritaire et l’idéologie cosmopolitique-républicaine en Côte d’Ivoire, grâce
notamment à la résistance salvatrice des Forces Nou-
velles dirigées par Guillaume Kigbafori Soro, avec
le soutien géostratégique du Burkina Faso de Blaise
Compaoré. III) On ne peut donc, ni aujourd’hui, ni
demain, évoquer les relations ivoiro-burkinabé sans
affirmer solennellement la reconnaissance des deux
pays à deux hommes, Blaise Compaoré et Guillaume
Soro, notamment, qui sont restés, contrairement à
Laurent Gbagbo, constants dans la volonté de coopération ivoire-burkinabé, du début des années
2000 à nos jours. A présent donc, démonstration.
de Coopération Ivoiro-Burkinabé de 2008 :
l’Accord de Paix Ivoiro-ivoirien
Le contexte global de la relation ivoiro-burkinabé mérite d’être brièvement rappelé ici. Il est caractérisé par une interdépendance forte des intérêts des deux pays. Ancien territoire unique, découpé
par le colon français, l’espace ivoiro-burkinabé actuel est travaillé par des continuités très fortes: géographiques avec la bande sahélienne qui balaie le nord de la Côte d’Ivoire et la totalité du Burkina;
Une consultation des principaux articles de la presse ivoirienne, que ce soit des journaux proches de la majorité présidentielle ou de l’opposition ivoirienne, révèle
en effet en cette fin de mois de juillet 2016, trois noms littéralement tabous: Blaise Compaoré, Laurent Gbagbo et Guillaume Soro sont absents de la quasitotalité des
déclarations officielles des milieux politiques ivoiriens et burkinabé. Cette omerta quasi inconsciente du silence sur les deux rives de la frontière ivoiro-burkinabé a
motivé l’urgence de la présente étude.
On trouve les textes de ces Traités sur le site du gouvernement ivoirien:
http://www.diplomatie.gouv.ci/userfiles/file/Cooperation
linguistico-culturelles, avec les
langues dioula et voltaïque, l’Islam
et le Christianisme, mais aussi les
traditions africaines locales communes; socioéconomiques, avec
les brassages matrimoniaux et
commerçants depuis des siècles;
historiques, avec des événements
instituant une mémoire commune aux peuples des deux côtés
de la frontière. Mieux encore,
la Côte d’Ivoire héberge de 3 à
5 millions de d’habitants originaires du Burkina Faso, selon les
statistiques comparées de 2016,
lesquels firent leurs premières
migrations ouvrières massives
lors du lancement du poumon
agricole ivoirien dans les années
40-50-60. Porte la plus proche
pour le Burkina Faso sur l’Océan
Atlantique, la Côte d’Ivoire est
l’une des conditions sine qua non
de l’ouverture du Burkina Faso
à l’économie-monde, comme le
Burkina est l’une des conditions
sine qua non du fonctionnement
optimal de l’économie ivoirienne.
Cette interdépendance avérée des
deux pays est un fait de science
avertis, indépendant des appréciations politiques subjectives.
Comment ne pas d’ailleurs faire
l’hypothèse qu’en morcelant ces
deux pays dans les années 40, le
colon français voulait contourner la naissance d’un mastodonte
ouest-africain qui contrebalancerait vite sa tutelle? On ne peut
donc aujourd’hui sérieusement
penser l’économie, la société, la
politique et la culture ivoirienne
sans le facteur burkinabé, comme
on ne saurait penser les mêmes
réalités au Burkina Faso sans le
facteur ivoirien. Pourtant, ce qu’il
importe à présent de noter, c’est
la variation des appréciations
politiques de l’interdépendance
ivoiro-burkinabé de la période
d’Houphouët à celle d’Alassane
Ouattara, d’une part, et de la
période de Maurice Yaméogo à
celle de Roch Kaboré d’autre part.
Pendant la période qui va des années 60 à 1983, il est évident que
le leadership régional et international du Président ivoirien Félix
Houphouët-Boigny est tel que la
partie burkinabé s’accommode
tant bien que mal de son rôle de
fournisseur de main d’oeuvre ouvrière du géant économique ivoirien. L’avènement du président
Sankara à la tête de la Haute
Volta le 4 août 1983 va considérablement remettre en cause
cette influence, mais sur un plan
strictement symbolique. Houphouët-Boigny est présenté sous
la révolution burkinabé de 1983
à 1987, comme « un vieux hibou
au regard gluant », et le bouillant
Capitaine Thomas Sankara ne se
D’où l’expression fort opportune du journaliste Ibrahiman Sakandé, dans un article publié le mardi 29 juillet sur lefaso.net, sous le titre « Burkina Faso-côte d’Ivoire: Un mariage avec interdiction de divorce ». Sakandé écrit fort à propos: « Le président Compaoré a toujours montré sa volonté d’accompagner les Ivoiriens à retrouver la quiétude. Il a soutenu entre autres, les Accords de Linas Marcoussis du 24 janvier 2003, ceux d’Accra du 7 mars 2004,
et celui de Prétoria du 6 avril 2005. Toutes les communautés burkinabé, ivoirienne et internationale ont salué l’Accord de Ouagadougou signé le 04 mars
2007, grâce à la médiation du président Compaoré. Le président Compaoré, par sa fine connaissance des hommes, de l’histoire et des enjeux de cette crise,
a développé et continue de développer d’importants efforts pour permettre aux Ivoiriens de se réconcilier, de retrouver une confiance mutuelle entre les acteurs de la crise, d’élaborer et de mettre en application, une feuille de route pour vaincre la conflictualité. Le Burkina Faso a réussi l’exploit, à travers la facilitation du dialogue direct ivoirien. L’Accord de Ouagadougou (de 2007, c’est nous qui précisions) a ouvert une avenue pour une nouvelle Côte d’Ivoire réconciliée avec elle-même et déterminée à asseoir des bases solides pour une paix durable, pour le bonheur des deux pays. » (Le soulignement est de nous-même)
prive d’aucune occasion de provoquer ou de toiser le dirigeant historique ivoirien . Cette audace révolutionnaire
ne changera cependant pas grand-chose au rapport de forces politico-économiques réel entre les deux pays.
Lorsque Blaise Compaoré arrive au pouvoir en 1987, le Burkina Faso opte alors pour une politique internationale
marquée au coin du réalisme. Conscient des faiblesses structurelles de son pays en même temps que des attentes
de reconnaissance symbolique de la dignité du peuple burkinabé, Compaoré, fin stratège, recherche d’emblée
l’augmentation de sa puissance par l’usage de l’intelligence géostratégique, de la coopération économique multilatérale, de la négociation politique, et de l’anticipation de l’Histoire. L’influence du Burkina Faso, dans la géostratégie ouest africaine et
son rayonnement diplomatique international connaîtront alors une stimulation
Compaoré est l’homme
de l’ouverture du Burkina
Faso à la diversité multipolaire du monde de la fin
des années 80 au début des
années 90. Il dote son pays
d’une gouvernance économique moderne, qui le rend
fiable devant les Institutions
Il anticipe sur beaucoup de
sujets: accepte la restauration du pluralisme politique
dans son pays, via la constitution de 1991; négocie
des accords avec la Chine, puis Taïwan, avec grand
intérêt pour son pays; s’implique dans la résolution
des conflits politiques ouestafricains, notamment du
Libéria, de Sierra-Léone, du Togo, du Niger, de Guinée-Conakry, du Mali, et notamment plus tard, de
la Côte d’Ivoire, s’imposant pratiquement à chaque
fois comme médiateur, facilitateur, ou hébergeant
des négociations historiques. Si bien que lorsque
le président Houphouët-Boigny décède en 1993,
Blaise Compaoré, face à un Gnassingbé Eyadéma
déclinant, devient le leader francophone le plus important d’Afrique de l’Ouest et s’assume désormais
pleinement comme tel.
Du côté ivoirien, la succession d’Houphouët-Boigny
s’est déroulée dans des conditions calamiteuses. Le duel
Bédié-Ouattara-Gbagbo-Guéi, est ouvert dès 1993 et
se poursuivra avec des fortunes diverses. Bédié gagne
d’abord de 1993 à 1999, doublant Ouattara qu’il exclut
provisoirement du jeu politique grâce à la montée en
épingle de la doctrine de l’ivoirité, et dominant Gbagbo,
qu’il maintient à la marge du palais présidentiel. Gbagbo et Ouattara, compagnons d’infortune alors, se réunissent brièvement dans le Front Républicain dès 1995,
avant que la même doctrine ivoiritaire ne les éloigne
définitivement l’un de l’autre lors d’une transition
militaire terrible qui survient lorsque le 24 décembre
1999, tel un quatrième larron,
le général Guéi se glisse dans
le sprint et évince Bédié de la
présidence de la république de
Côte d’Ivoire par un coup d’Etat
dit du Père Noël en treillis.
Or, il convient de bien noter,
en rapport avec le Burkina Faso,
que non seulement Ouattara est
stigmatisé par ses adversaires
politiques successifs comme
étant burkinabé, mais le sort
des millions de burkinabé de
Côte d’Ivoire s’aggrave au fur et
à mesure que la doctrine ivoiritaire empoisonnera la politique
ivoirienne, de 1990 à 2011. Il
y a donc un lien intime entre
la stabilité intérieure du Burkina d’alors et celle de la Côte
d’Ivoire, car il suffit d’imaginer
ce qui se passerait si le Burkina
Faso était coupé de la voie atlantique ivoirienne, ou si les 3 à 5
millions de burkinabé de Côte
d’Ivoire devaient rentrer d’urgence au Burkina Faso. Ce serait
une catastrophe économique,
humanitaire et politique terrible pour toute la sous-région.
Blaise Compaoré, mieux que
ses homologues politiques ivoiriens successifs depuis la mort
d’Houphouët-Boigny, le sait
intimement et travaillle contre
ce scénario apocalyptique, en
entretenant des relations suivies
avec toutes les familles politiques ivoiriennes. Robert Guéi
se fait rouler dans la farine en
octobre 2000 par son bref allié
Gbagbo qui gagne une présidentielle sur fond d’exclusion
et radicalise la politique de
l’ivoirité dont il devient avec le
FPI, le chantre le plus cynique
de l’histoire de Côte d’Ivoire.
La rébellion du MPCI de Guillaume Soro surgit donc dès
2001 pour résoudre une double
tragédie en cours. D’une part
l’exclusion interivoirienne, qui
stigmatise les Ivoiriens du nord
de la Côte d’Ivoire en les taxant
tous de « boyordjan » (venus
d’ailleurs); d’autre part l’exclusion anti-africaine, qui rend
indésirables en Côte d’Ivoire,
l’ensemble des populations
ouest-africaines dont le mossi
devient l’emblème et l’anathème
négatif commun. Le mot mossi,
perd son sens originel de désignation d’appartenance ethnique, et
devient plutôt alors, une injure
publique. La résistance du MPCI
est à la fois une reconquête de
l’identité citoyenne républicaine
en Côte d’Ivoire et l’avant-garde
du panafricanisme cosmopolitique du 21ème siècle africain. En
2002, tels sont les enjeux du combat qui conduit à la partition de la
Côte d’Ivoire. Et les accords politiques successifs entre les forces
résistantes et le pouvoir FPI de
Gbagbo de 2002 à 2007 n’auront
comme finalité que de résoudre ce
double problème ivoiro-ivoirien
et ivoiro-panafricain. Il s’agit ni
plus, ni moins que de redessiner le
cadre d’une république ivoirienne
inclusive pour tous les Ivoiriens
et ouverte à la dynamique de
l’intégration panafricaine. C’est
dans cet esprit qu’on peut voir
traités, dans l’Accord de Paix
Interivoirien de Ouagadougou
en 2007, signé entre Guillaume
Soro et Laurent Gbagbo, sous
l’égide de Blaise Compaoré, les
grands thèmes cruciaux suivants:
On peut utilement consulter ici, l’étude dirigée par Francis Akindès, in Côte d’Ivoire. La réinvention de soi dans la violence, Dakar, Codesria, 2011.
L’identification générale
crise identitaire ivoirienne
des populations:
enjeu d’inclusion ou
d’exclusion politique
Reconnaissant l’identité comme le coeur
du drame politique ivoirien, l’Accord
Reconnaissant l’exclusion politique et
le manque de transparence comme la
conséquence du conflit identitaire, l’Accord énonce:
« Les Parties signataires du présent Accord ont
reconnu que l’identification des populations
ivoiriennes et étrangères vivant en Côte d’Ivoire
constitue une préoccupation majeure. Le défaut
d’une identification claire et cohérente, de même
que l’absence de pièces administratives uniques
attestant de l’identité et de la nationalité des individus constituent une source de conflits. » (Page
3 de l’Accord)
« Soucieuses de parvenir, dans les meilleurs délais, à une paix durable et à une normalisation
politique et institutionnelle en Côte d’Ivoire, les
Parties au Dialogue Direct réaffirment leur engagement à préparer, à l’issue de l’opération d’identification, des élections présidentielles ouvertes,
démocratiques et transparentes, conformément
aux Accords de Linas-Marcoussis, d’Accra et de
Prétoria. » ( Page 6 de l’Accord)
Reconnaissant que l’armée ivoirienne était désunie, instable,
et hantée par des formes immorales, l’Accord prescrit:
conscientes que l’Armée nationale doit
être le reflet de l’unité et de la cohésion
nationales et la garantie de la stabilité des
institutions républicaines, se sont engagées à procéder à la restructuration et à
la refondation des deux armées en vue
de la mise en place de nouvelles forces
de défense et de sécurité attachées aux
valeurs d’intégrité et de moralité républicaine. » (Page 7 de l’Accord).
Rémi Carayol en donne une brève version, plutôt cocasse, dans son article
« Houphouët-Sankara, comme chien et chat », publié dans Jeune Afrique du 28 décembre 2015.
Un reportage de la Deutsche Welle l’illustre clairement. Voir www.dw.com/fr/la-diplomatie-sous-Compaoré-au-Burkina/a-18119198
Reconnaissant le leadership régional du président Blaise Compaoré,
et affirmant la volonté politique des Africains d’assurer la sécurité
militaire du sol africain, l’Accord confirme:
« Les Parties s’engagent à s’en
remettre à l’arbitrage du Facilitateur en cas de litige sur l’interprétation ou la mise en oeuvre
du présent Accord. Les Parties
conviennent de demander des
troupes militaires africaines supplémentaires pour participer à
la mission de paix des Forces
impartiales en Côte d’Ivoire. » (
Page 15 de l’Accord). Il apparaît
donc très clairement qu’en contribuant à résoudre par cet Accord
de 2007, la crise identitaire ivoirienne, le président Blaise Compaoré voulait, par le même geste,
résoudre le péril encouru par les
3 à 5 millions de Burkinabé de
Côte d’Ivoire et par le Burkina
Faso tout entier par conséquent.
En obtenant l’apaisement du jeu
politique ivoirien et en se pla-
çant au centre de la négociation,
Compaoré n’obtint pas seulement
le dialogue direct inter-ivoirien,
mais enfin, un dialogue direct
entre le Burkina Faso et la Côte
d’Ivoire, dans un cadre débarrassé du paternalisme inévitable du
leader Félix Houphouët-Boigny.
Une relation décomplexée ivoiroburkinabé était dès lors possible
sur le plan des rapports réels.
D’abord parce que Blaise Compaoré pouvait compter absolument
sur la reconnaissance de l’opposition militaro-politique ivoirienne pour défendre les intérêts
des expatriés burkinabé et reconnaître la légitimité des intérêts du
Burkina Faso, ensuite parce que
Laurent Gbagbo était de nouveau
moralement endetté envers Blaise
Compaoré qui l’aidait à retrouver
la totalité du territoire ivoirien
sous sa présidence, enfin parce
que les souffrances des populations des deux pays requéraient
des solutions sans délais, eu
égard par exemple à la pression
permanente du problème épineux du foncier rural. C’est donc
le souffle de l’APO de Ouagadougou en 2007 qui inspirera et portera le TAC en 2008, d’autant plus
que, de manière concomitante,
les Accords Complémentaires de
l’APO évolueront en corrélation
avec les Accords issus du TAC.
Cette naissance de la fierté identitaire burkinabé est étudiée par Benoît Beucher dans son article
« La naissance de la communauté nationale burkinabé ou comment le voltaïque devient un « homme intègre », in Politique africaine n°118, juin 2010, p.165-186
Economie thématique du Traité d’Amitié
et de Coopération de 2008 entre
la république de Côte d’Ivoire et le Burkina Faso
Les nobles sentiments énoncés dans le préambule du Traité dont les artisans sont Blaise Compaoré, président du Faso, Laurent Gbagbo, président de la république de Côte d’Ivoire et Guillaume Soro, premier
ministre issu de l’APO de 2007, sont comme des copies conformes des valeurs fondamentales défendues
par les Ivoiriens en 2007 à Ouagadougou. Et ce n’est point un hasard, car il y a unité et continuité entre les
deux séquences historiques. Il nous faut ici, citer tout le préambule du Traité de 2008, pour s’en imprégner
« Les Chefs d’Etat de la République de Côte d’Ivoire
et du Burkina Faso,
Conscients des liens séculaires de fraternité et de
solidarité qui unissent les Peuples Ivoirien et Burkinabé;
Soucieux de préserver les liens étroits d’amitié, de
concorde et de respect mutuel qui caractérisent les
relations entre la République de Côte d’Ivoire et le
Désireux de consolider la coopération entre les
deux pays dans les grands domaines d’intérêt commun, en particulier politique, socioéconomique,
culturel, scientifique, militaire, sécuritaire et judiciaire;
Décidés à dynamiser les relations entre leurs Etats,
dans un esprit de compréhension mutuelle et de
confiance réciproque;
Engagés à promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité
entre les deux pays, gage d’un développement durable;
Déterminés à renforcer de concert les fondements
d’une paix durable dans la sous région;
Conscients de la nécessité d’unir leurs efforts pour
consolider la construction communautaire ouest-africaine;
Reconnaissant qu’un renforcement de la coopération
entre les deux pays constitue une étape indispensable
sur la voie de l’intégration sous régionale et régionale;
Conviennent des dispositions ci-après:… » ( Page 2 du
Traité d’Amitié et de Coopération, en abrégé TAC par
On voit, à la lecture de ce préambule qu’il répond bel
et bien aux conséquences de la crise identitaire ivoi-
Resserrer la fraternité et la solidarité ivoiro-burkinabé, c’est de
fait mettre un terme à la stigmatisation de l’homme burkinabé,
cette tragédie quotidienne du
mossi ivoirien que nous évoquions plus tôt. La nécessité de
consolider la coopération vient
de la prise en compte de l’interdépendance des deux pays.
L’économie ivoirienne marche
aussi grâce à sa formidable main
d’oeuvre burkinabé, comme le
Burkina ne se déploie vers le
monde que grâce à l’ouverture
géostratégique que lui offre la
Côte d’Ivoire. dans de telles
conditions, l’étroite coopération
est la condition sine qua non de
la survie mutuelle. La paix et la
stabilité, impératifs répétés dans
le préambule concernent autant
le conflit ivoiro-ivoirien que les
potentiels conflits intra-burkinabé qui émergent de la demande
sociale forte que le régime Compaoré subit avec des moyens
souvent insuffisants pour y faire
face. Enfin, la conscience des
enjeux panafricains de la situation émerge même de l’esprit des
dispositions du VI chapitre de
l’APO de 2007, sur l’importance
de la présence mutuelle des Etats
Africains dans les enjeux de leurs
voisins. Sans la Côte d’Ivoire
rassemblée par l’APO de 2007,
le TAC de 2008 eût donc été tout
simplement inimaginable.
Le titre I du TAC précise les objectifs et les principes du Traité
(Articles 1 et 2). Concertation
permanente, Coopération privilégiée, Intégration africaine,
Bien-être des peuples Ivoirien
et Burkinabé. Pour les principes,
on rappelle l’importance de la
non-agression et de l’indépendance politique mutuelles. On
recherche une politique régionale commune. On assure la
des biens. On garantit le droit d’établissement et de séjour des citoyens
des deux pays et la nécessité d’un
bon voisinage. L’arrière pensée du
titre I n’est-elle pas évidente? Remplacer les relations de belligérance
implicite et de méfiance par des
relations de coopération pacifique
et de confiance, dans le droit fil
des conclusions interivoiriennes de
l’APO de 2007.
Le titre II précise les domaines de
coopération entre les deux Etats.
Les articles 3, 4, 5, 6 et 7, désignent
les domaines politico-diplomatique
en premier lieu, l’intégration régionale en deuxième lieu, la coopé-
ration économique en troisième
lieu, la coopération scientifique
et culturelle en quatrième lieu,
et enfin la coopération judiciaire
en cinquième lieu. Cette importance du politico-diplomatique
ne répond-elle pas clairement aux
conséquences négatives des crises
diplomatiques précédentes, générées notamment par le conflit identitaire ivoirien, entre les autorités
ivoiriennes et burkinabé? Sans
aucun doute. Et peutêtre a-t-on ici
l’occasion de comprendre pourquoi
le mandat d’arrêt international du
Burkina Faso contre la seconde
personnalité de Côte d’Ivoire en
semble de la mise en oeuvre des
dispositions du présent Traité et
prépareront les Conférences au
(Page 6 du TAC)
Bien compris, cet article énonce
bien l’évidence que c’est Guillaume
Soro, pour la partie ivoirienne, qui
sera chargé, en sa qualité de premier
ministre, de 2008 à 2012, d’assurer
l’organisation des rencontres du
TAC dont il aura été l’un des pionniers indéniables. Comment ignorer que c’est le poids politique du
premier ministre ivoirien d’alors qui
aura en partie influencé cette mise
au centre des Chefs de gouverne« Les Chefs de Gouvernement ment des deux pays?
assureront la coordination d’endébut d’année 2016 entrait naturellement en rupture avec l’esprit et de
la lettre du Traité d’Amitié et Coopération entre la République de Côte
Le titre III précise le cadre institutionnel de la coopération. Des
articles 8 à 21, les différents niveaux
sont énoncés: la conférence au sommet des Chefs d’Etat (articles 8 à
12); les rencontres ministérielles
sectorielles (articles 13 à 16). Et
ici, il faut noter que les premiers
ministres d’alors sont au coeur du
dispositif puisque l’article 16 énonce
clairement que:
Ensuite, « d’autres rencontres » sont prévues par le
Traité, en ses articles 17 à 19, avec en ligne de mire
dans l’article 19, la volonté politique anticipée de mutualiser les politiques ivoiriennes et burkinabé de la
jeunesse, de la formation, de l’emploi et de l’insertion
sociale. Ne s’agit-il pas alors, pour les politiques des
deux bords, de prendre conscience de la formidable
poussée démographique ivoiro-burkinabé et d’anticiper sur les implosions sociales qui menacent les
deux pays? Les comités interministériels des deux
pays sont invités alors à veiller sur l’application du
Traité comme on veille le lait sur le feu. (Articles 20
Le titre IV du Traité, pour finir, évoque les dispositions diverses et finales. Des articles 22 à 26, sont
La Présidence de la République de Côte d’Ivoire
s’étonne que ce document, qui vise le Président de
la deuxième Institution de la République de Côte
d’Ivoire, ait été émis au mépris des règles et des us et
coutumes en la matière.
énoncées les conditions dans lesquelles les Accords
émanant du Traité seront conclus. Mais ici, il faut
souligner, en raison de l’actualité ivoiro-burkinabé,
en particulier l’article 24, qui précise:
Cinglant et ferme, le président Alassane Ouattara
rappelait ainsi les autorités burkinabé au respect des
engagements étatiques ivoiro-burkinabé. On aura
reconnu, dans les termes que nous soulignons dans
ce communiqué, une reproduction des principes du
préambule du Traité d’Amitié et de Coopération entre
la République de Côte d’Ivoire et le Burkina Faso de
2008, avec une insistance sur l’article 24 du Traité, privilégiant la voie diplomatique pour la résolution de
l’ensemble des conflits politiques entre les deux pays.
Pour ce que nous voulions établir, il apparaît donc
clairement que la Traité de 2008, dans la droite ligne
de l’APO ivoirien de 2007, place la paix et la stabilité
dans les deux Etats au-dessus des considérations partisanes, et dans l’intérêt mutuel des peuples. Les normes
de la paix interivoirienne sont clairement transférées à
la paix ivoiro-burkinabé. C’est donc, dans l’esprit de ce
Traité, une Côte d’Ivoire et un Burkina Faso inclusifs à
l’intérieur de leurs frontières et entre eux, qui peuvent
pleinement réaliser le Traité d’Amitié et de Coopération de 2008. De telle sorte qu’il nous paraît à présent
possible de conclure objectivement notre démonstration sur l’importance établie des trois personnages
originels de l’APO de 2007 et du TAC de 2008, Blaise
Compaoré, Laurent Gbagbo et Guillaume Soro.
« Tout différend relatif à l’application et à l’interprétation du présent Traité sera résolu par voie diplomatique ». (page 7 du TAC)
La voie diplomatique, méprisée par tant de prises de
paroles incompétentes sur la récente crise ivoiro-burkinabé, n’est-elle pas inscrite dans le marbre même
du droit international liant les deux Etats? N’est-ce
pas dans cet état d’esprit qu’il faut comprendre la
vigoureuse et rigoureuse réaction du Président de
la république de Côte d’Ivoire Alassane Ouattara à
l’annonce en janvier 2016, du mandat d’arrêt international de la justice militaire burkinabé lancé contre le
Guillaume Soro? Pour mémoire, citons bien les
termes du communiqué incisif de la présidence ivoirienne à cette occasion:
« La République de Côte d’Ivoire a reçu, d’Interpol Côte d’Ivoire, un mandat d’arrêt international,
transmis par Interpol Burkina Faso, à l’encontre de
Monsieur Guillaume Kigbafori Soro, Président de
Au regard des liens séculaires d’amitié et de fraternité qui unissent nos deux pays et nos deux peuples,
la République de Côte d’Ivoire, tient à réaffirmer sa
ferme volonté de régler cette question par la voie
diplomatique dans le respect des accords qui nous
lient, afin d’éviter tout différend entre nos deux
Fait à Abidjan, le 18 janvier 2016 »
prospectives sur les trois destins des géants
de l’APO et du TAC
On connaît le sort historique récent du pouvoir
CDP du président Blaise Compaoré au Burkina
Faso, après 27 ans passés à la tête de ce pays. Une
forte demande sociale n’a pu être résorbée par
un régime qui peinait désormais à s’adapter aux
rapides mutations internes et aux changements
voie de l’alternative. En effet, un complot d’une partie de l’armée, du gros de l’opposition politique et des
principales organisations de la société civile et religieuse contre le régime Compaoré a abouti, au terme
d’une insurrection populaire hautement caporalisée
par les alliés cidessus nommés, à la démission du président du Faso le 31 octobre 2014 et à l’arrivée au pou-
géopolitiques qui le mettaient sans cesse sous pression permanente. La marge de manoeuvre du président Compaoré, pourtant reconnu comme un habile stratège, s’est progressivement amoindrie, sous
l’effet conjugué de sa propre lassitude du pouvoir,
et de la montée en épingle des prétentieux de tous
bords, issus de son propre régime. Les difficultés
socioéconomiques ont permis de lever une chair
à canon dans les villes, à peu de frais. La sédition
a ainsi contraint le président Compaoré à choisir
entre commettre des crimes contre l’humanité et
quitter le pouvoir. Il a sagement préféré la seconde
voir d’une junte militaire, puis d’une transition militaro-politique conduite par le Lieutenant-Colonel
Yacouba Isaac Zida et le diplomate Michel Kafando.
Quelles conséquences pour la relation ivoiro-burkinabé? Ce Burkina Faso de la transition d’octobre
2014 à décembre 2015, dressé contre la Côte d’Ivoire
, notamment pour sa solidarité envers l’ancien président Compaoré, mais aussi remonté contre le
président de l’assemblée nationale ivoirienne, Guillaume Soro, aura laissé aux oubliettes de 2014 à pratiquement mi-2016, les acquis du Traité d’Amitié et
de Coopération de 2008.
Une certaine version, plus ou moins sérieuse, des événements, est résumée dans un article de Jeune Afrique du 18 novembre 2014, sous la plume de Benjamin
Roger et Rémi Carayol, « Burkina: le récit de la chute de Compaoré, heure par heure ».
Certes, les événements du Coup d’Etat tenté par le
général Diendéré en septembre 2014 sont venus renforcer l’animosité apparue après l’exil du président
Compaoré en Côte d’Ivoire. Le pouvoir Burkinabé
s’est empressé de voir dans l’action du général Diendéré, le retour des Ivoiriens dans les affaires burkinabé,
comme au bon vieux temps d’Houphouët. L’insupportable complexe d’infériorité qui sommeillait entre
les deux pays s’est mué en révolte diplomatique et a
alors donné lieu à des imprécations spectaculaires.
Désigné comme bouc-émissaire de cette vengeance
symbolique, Guillaume Soro a été dès lors l’objet de la
pire campagne de destruction politique jamais lancée
contre lui, depuis le 19 septembre 2002.
La ligne diplomatique de la Transition burkinabé
envers la Côte d’Ivoire fut clairement marquée par le
retour à une politique irréaliste de la défiance, comparable à celle du régime Thomas Sankara entre 1983
et 1987 envers l’influent Félix Houphouët-Boigny.
Avec l’avènement de Roch Kaboré à la tête du Burkina Faso, à l’issue des élections présidentielles de 2015,
comment nier la persistance de cette politique de la
méfiance, quand on sait que le harcèlement politicojudiciaire contre l’ancien président Blaise Compaoré
par la justice burkinabé et par l’exécutif burkinabé
n’a pas cessé? Au mandat d’arrêt international lancé
contre lui par la justice burkinabé, s’ajoutent depuis
2014, les menaces et promesses de vengeance successives des Zida, Kafando, Salif Diallo et aujourd’hui
Roch Kaboré lui-même.
On peut donc en conclure que le retour en force du
ne sera pleinement effectif que lorsque le président
Blaise Compaoré cessera d’être l’objet de harcèlements judiciaires et politiques de la part des autorités
burkinabé actuelles. Non seulement parce qu’il est
un artisan de ce Traité, mais parce que la voie diplomatique préconisée par celui-ci pour les différends
politiques ivoiro-burkinabé, s’applique éminemment
au cas de l’ancien Chef de l’Etat Burkinabé, comme le
soulignent inlassablement le parti dont Blaise Compaoré est le président d’honneur, le CDP (Congrès
pour la Démocratie et le Progrès) et le CBR-BC (
Comité Burkinabé pour le Retour de Blaise Compaoré au Burkina Faso).
L’idéal n’aurait-il pas été pour la Pax Ivoiro-burkinensis, que dans un salon de Yamoussoukro, les actuel
et ancien Chefs d’Etat Burkinabé se parlent en têteà-tête, secrètement ou publiquement, sous l’égide de
leur frère et ami commun, le président Ivoirien Alassane Ouattara? Au lieu d’insister sur les fruits de «
l’insurrection d’octobre au Burkina Faso », comme il
l’a maladroitement fait à Yamoussoukro, le président
Kaboré n’aurait-il pas été plus sage en appelant à la
réconciliation, son frère présent en Côte d’Ivoire,
l’ancien président Blaise Compaoré? Voilà peut-être
ce qui fait l’incomplétude chronique du dernier sommet ivoiro-burkinabé de Juillet 2016.
Nous avons singulièrement étudié cette dérive dans notre article du 15 janvier 2015, publié sur guillaumesoro.ci, sous le titre « La junte Kafando Zida ou l’Usine
des Catastrophes du Burkina Faso ».
On aurait pu se satisfaire pour une fois, de saluer la
clairvoyance qui a conduit Gbagbo à signer l’APO de
2007 et le TAC en 2008. le problème, c’est que Gbagbo
a négativement brillé par le manque de respect envers
sa propre parole donnée. Il est ainsi entré dans l’Histoire, non pas en avançant, mais à reculons,
accepte d’aller aux élections en 2010, gagne le premier tour des présidentielles mais se rebiffe violemment quand les résultats du second tour ne lui sont
pas favorables. Gbagbo prétend vouloir négocier,
mais envoie son armée sévir sur les populations du
pays qui ne lui sont pas favorables, en 2010-2011,
occasionnant la plus effroyable crise postélectorale
de l’histoire de son pays.
donnée. Il est ainsi entré dans l’Histoire, non pas en
avançant, mais à reculons, pour tout dire. Sorti de
l’Histoire par la petite porte. L’ancien président de la
république de Côte d’Ivoire, aujourd’hui incarcéré et
jugé à La Haye, paye au prix fort les variations opportunistes de sa politique de réconciliation ivoirienne
et ivoiro-burkinabé. Le Boulanger d’Abidjan était
passé maître, on le sait, dans l’art de rouler ses adversaires intérieurs et extérieurs dans la farine. Il valide
d’un côté les Accords de Linas-Marcoussis et le lendemain organise leur contestation dans les rues de
Côte d’Ivoire en 2003. Il proclame son amour pour
la paix négociée et lance d’un autre côté l’Opération
Militaire dite Dignité, en novembre 2004. Il signe
en 2008 un Traité d’Amitié et de Coopération avec
le Burkina Faso et présente le même Burkina Faso
comme un Etat qui veut envahir la Côte d’Ivoire. Il
De Gbagbo, on peut donc objectivement dire qu’il
a renié et foulé aux pieds les Accords de Paix de
Ouagadougou de 2007 et le Traité d’Amitié et de
Coopération de 2008. Son avenir, dans l’amitié ivoiro-burkinabé tourne donc littéralement à l’équation
à somme nulle.
Dans son allocution d’ouverture du sommet du TAC, le 29 juillet 2016, le président Roch Kabore a eu ce bout de phrase qui témoigne de sa persistance dans une
posture hostile à la pleine réconciliation intérieure burkinabé, alors qu’il fut pendant des dizaines d’années, un dignitaire du régime de Blaise Compaoré: « Au Burkina,
l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 a ouvert des perspectives réelles et nouvelles pour la construction d’un Etat de droit ainsi que la consolidation des
bases d’un progrès économique et social durable au Burkina Faso ». Comment croire le président Kaboré, quand on sait que la Transition militaro-politique issue
de ladite insurrection a exclu une partie du corps politique des élections, au mépris des recommandations pertinentes de la CEDEAO? Comment croire qu’il s’agisse
d’un Etat de droit quand on observe les nombreuses incarcérations et destructions impunies dont les citoyens burkinabé ont été victimes à l’instigation des transitionnaires? Comment croire au progrès économique quand l’examen des données macroéconomiques burkinabé et l’audit de la transition Kafando-Zida révèlent
plutôt des problèmes alarmants? La presse d’opposition ivoirienne n’a pas manqué de faire ses choux gras de ce bout de phrase. Voir par exemple l’article de César
Ebrokié, « Cinquième Traité d’amitié et de coopération Côte d’Ivoire-Burkina faso: le signal fort de Kaboré à Ouattara », in Notre Voie du samedi 30 juillet 2016.
Deuxième personnage de l’Etat de Côte d’Ivoire en ce
mois de juillet 2016, Guillaume Soro est actuellement
le seul des trois principaux acteurs de l’APO de 2007
et du TAC de 2008, à être encore au coeur de l’exercice du pouvoir. Sa résilience politique est un phénomène de notoriété publique et internationale. Six fois
record de longévité politique qui contraste avec son
jeune âge politique, au coeur d’une fort ancienne
gérontocratie africaine. La confiance du président
de la république actuelle, Alassane Ouattara, à son
dauphin constitutionnel, s’inspire sans doute de la
reconnaissance de ces qualités personnelles et politiques du député de Ferkéssédougou, qui est le poli-
prisonnier politique dans son pays, six fois rescapé
d’attentats mortels, il poursuit son sacerdoce au
coeur du parlement de son pays, après des années
de luttes syndicales, de luttes militaires et de duels
diplomatiques, couronnées par cinq ans à la tête
des gouvernements ivoiriens sous les présidents
Gbagbo et Ouattara. Depuis le mois de septembre
2015, Guillaume Soro a résisté victorieusement à de
terribles coups de boutoir, organisés depuis le Burkina Faso de Yacouba Isaac Zida, avec la complicité
évidente de certains rivaux politiques ivoiriens qui
n’en reviennent toujours pas de l’avoir loupé de si
près. La cabale s’est éventrée quand le Burkina Faso
s’est auto-dessaisi de son mandat d’arrêt international contre Guillaume Soro, en début juin 2016.
Soro a incontestablement le cuir dur, bien qu’un
Michel Nana, analyste politique, s’empresse de
mettre la levée de ce mandat sur le compte exclusif
de la Realpolitik . Soro est un grand résilient. Un
ticien ivoirien le plus imprégné à l’heure actuelle, de
la classe politique burkinabé. Et dès lors, il n’est pas
irrationnel de penser que Guillaume Soro est probablement le mieux placé des hommes politiques actuels pour succéder au président Alassane Ouattara
dans les fonctions de Chef de l’Etat, au terme d’une
compétition démocratique qui s’annonce véritablement sérieuse. Or, il ressort clairement de l’analyse
historique que les Forces Nouvelles de Guillaume
Soro auront joué un rôle décisif, non seulement dans
le réaménagement du rapport de forces politiques
en Côte d’Ivoire, au profit de l’opposition politique
et de la démocratie, mais de plus l’action des Forces
Nouvelles aura contribué à sauver les intérêts du
Burkina Faso dans toute la sous région. La démocratie ivoirienne a été renforcée, dans une perspective
inclusive et égalitaire. La respectabilité de l’Etat du
Burkina Faso en a été confortée, le président Compaoré devenant de fait, le tuteur politique de l’ensemble
On peut se référer à l’étude publiée par Mélanie Bats et Thomas Petazzoni, de l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard, « La table ronde de Linas-Marcoussis, du 15 au 24 janvier 2003 », sur thomas.enix.org/pub/utbm/ti06-rapport.pdf
Mathieu Bledson, un journaliste du quotidien du FPI, Notre Voie, écrira le 5 février 2003: « Si on admet que les rebelles rejettent notre constitution, on doit accepter
que les Ivoiriens rejettent Marcoussis. »
de la sousrégion stratégique d’Afrique politique,
pratiquement comme le fut Félix Houphouët-Boigny, toutes proportions gardées. Constant dans son
combat contre l’ivoirité en Côte d’Ivoire, Guillaume
Soro a maintenu avec fidélité, sa considération pour
la dignité humaine de l’ensemble des Africains de
Côte d’Ivoire. Aucun acte d’indifférence, de xénophobie ou d’hostilité à l’Etranger en Côte d’Ivoire
n’est comptable au passif de l’actuel Chef du parlement ivoirien, ni comme leader syndical, ni comme
leader militaro-politique, ni comme chef de gouvernement, ni comme chef du parlement ivoirien.
Tels sont les faits. Et l’hostilité entretenue par certains milieux politiques burkinabé contre le Chef du
Parlement ivoirien n’effacera jamais de l’Histoire le
combat panafricain qu’il a mené de haute lutte dans
son pays, en défaisant courageusement le régime de
l’ivoirité criminelle du Front Populaire Ivoirien.
La question qui s’impose pourtant, au regard du
Burkina Faso actuel, dès lors, est la suivante: au regard des événements qui se sont succédé depuis le
début de la crise burkinabé de 2013 à 2016, quel rôle
et quel positionnement Guillaume Soro y a t-il joué,
y joue-t-il et pourra-t-il y jouer? Guillaume Soro
lui-même, dans son interview accordée le 21 juin
2016 à Cyril Bensimon sur RFI, soulignait le fait que
les autorités burkinabé avaient renoncé à prendre
langue avec lui, à la suite de l’affaire du Coup d’Etat du
CND du Général Diendéré. D’autre part, les déclarations indifférentes du ministre burkinabé des Affaires
Etrangères, du président de l’Assemblée Nationale du
Faso et du président du Faso lui-même, ont constamment rappelé à l’opinion que le pouvoir burkinabé
actuel n’entend toujours pas dialoguer avec le numéro
2 ivoirien, surtout dans un contexte où, par ailleurs, la
justice burkinabé, au moment de se dessaisir du dossier Soro, ne s’est pas privée du plaisir symbolique de
demander à la justice ivoirienne de poursuivre Guillaume Soro sur la base des accusations burkinabé
infondées à ce jour. Faut-il rappeler que l’authenticité
de la supposée conversation téléphonique Soro-Bassolé n’a jamais pu être établie? Faut-il rappeler qu’un
expert acoustique renommé et attitré près des tribunaux français, Norbert Pheulpin de la société Lipsavox, a clairement attesté que la pièce invoquée comme
preuve était un montage, et loin d’être intègre?
Guillaume Soro, dès 2013, avait voulu aider ses frères
burkinabé à s’entendre. A la tête d’une forte délégation ivoirienne à Ouagadougou, il a essayé de ressouder les rangs du CDP de Blaise Compaoré. Quand
le président Compaoré a été renversé en fin octobre
2014, le Chef de l’Etat ivoirien et son dauphin constitutionnel ont manifesté, sans l’ombre d’une hésitation,
leur solidarité et leur reconnaissance à l’artisan
Son livre de référence sur son combat politique demeure, Pourquoi je suis devenu un rebelle: l Côte d’Ivoire au bord du gouffre, Paris, Hachette, 2005
Michel Nana, in Le Pays, du 6 juin 2016 . « Levée du mandat d’arrêt contre Guillaume Soro par la justice burkinabé: le triomphe de la realpolitik ». Un exemple typique de
ces analyses superficielles qui occultent paresseusement le background juridique et diplomatique ivoiro-burkinabé, consigné notamment dans le TAC du 29 juillet 2008.
de la paix ivoirienne et de la pax
IvoiroBurkinensis, Blaise Compaoré. Et depuis lors, Guillaume Soro
s’est retiré, malgré toutes les accusations infamantes, de la crise burkinabé. Se contenant de maintenir
sa solidarité fraternelle envers tous
ceux qui, de près o de loin, avaient
besoin de son secours vital pour
survivre dans l’exclusion politique
qui, cette fois-ci, les frappait au Burkina comme autre fois elle frappa
les Soro, Bédié et Ouattara en Côte
d’Ivoire. Car l’exclusion du CDP et
de l’ADF-RDA de la présidentielle
burkinabé, l’emprisonnement de ses
leaders et la harcelantent policier
contre ses militants ont consonné
dans l’esprit de bien des Ivoiriens,
l’exclusion du RDR et du PDCIRDA de la présidentielle 2000. De
telle sorte que pour beaucoup, Roch
Kaboré, comme autrefois Laurent
Gbagbo en octobre 2000 en Côte
d’Ivoire, a été élu dans des conditions calamiteuses au Burkina Faso
Quel avenir pour le Traité d’Amitié et de Coopération Ivoiro-Burkinabé, si persistent l’exclusion
politique relative du CDP et de
l’ex-président Compaoré du jeu
politique burkinabé, d’une part; et
l’indifférence et la froideur entretenues envers le numéro 2 ivoirien,
Guillaume Soro, par les dirigeants
politiques burkinabé actuels? Difficile de le prédire avec précision. Il
est clair que l’intention originelle
du 29 juillet 2008 est sauve, mais
sont insuffisants. Le moins qu’on
puisse dire est que le Traité de
2008 fonctionnera encore en
sous-régime, si toutes les institutions des deux côtés de la
frontières ne sont pas impliquées dans sa mise en oeuvre
à travers les différends accords
qu’engendre le Traité. Et mieux
encore, le Traité de 2008 ne retrouvera tout son lustre originel
que quand ses deux signataires
les plus fidèles seront pleinement reconnus des deux côtés
de la frontière ivoiro-burkinabé:
symboliquement et institutionnellement. Et ce sera alors tout à
l’honneur de la vérité historique
et politique ivoiro-burkinabé.
Cette perspective est, nous le
pensons, l’un des fondements
incontestables de l’espérance
d’une poursuite harmonieuse de
l’intégration ouest-africaine par
le moteur ivoiro-burkinabé.
Docteur de l’Université de Lille III
Version finale Ebook Compaoré, Gbagbo, Soro-2.pdf (PDF, 3 Mo)
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