Source: https://issuu.com/amnestybe/docs/libertes200904_453
Timestamp: 2017-04-23 22:01:19+00:00
Document Index: 268447449

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Libertes ! Avril 2009 n° 453 by Amnesty International - issuu
Ne paraît pas aux
mois de juillet-août.
DÉPOT À BRUXELLES X
1/2345
BXL X
AVRIL 2009 – N°453 – LE MENSUEL D’AMNESTY INTERNATIONAL
DES PARAMILITAIRES
n 2008, plus de personnes ont été exécutées en Asie que
dans le reste du monde, tandis que la Chine a, à elle seule,
procédé à plus d’exécutions que l’ensemble des autres
pays. Par contre, en Europe, la Biélorussie (Bélarus) est désormais
le dernier État à recourir à la peine de mort. Enfin, aux États-Unis,
trois États exécutent à eux seuls la moitié des condamnations à
mort prononcées par les 35 États (sur 50) qui pratiquent encore la
peine capitale ou ne l’ont pas abolie… «La peine capitale est le châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant qui soit. Les décapitations, les
électrocutions, les pendaisons, les injections létales, les pelotons d’exécution
et les lapidations n’ont pas leur place au XXIe siècle», a déclaré Irene
Khan, secrétaire générale d’Amnesty International, en présentant le rapport Peine de mort – Condamnations à mort et exécutions
recensées en 2008 (Index AI : ACT 50/003/2009).
Entre janvier et décembre 2008, dans 52 États, ce ne sont pas
moins de 2 390 personnes qui ont été exécutées dans 25 pays et au
moins 8 864, condamnées à mort. Le Moyen-Orient et l’Afrique
du Nord se placent au deuxième rang s’agissant du nombre d’exécutions (508). En Iran, 346 personnes (dont 8 mineurs délinquants)
ont été mises à mort par lapidation et par pendaison. En Arabie
saoudite, où les condamnés à mort sont généralement décapités
en public puis, parfois, crucifiés, au moins 102 personnes ont été
exécutées. Le rapport évoque l’application trop souvent discriminatoire de la peine de mort. Un nombre disproportionné de
condamnations a été prononcé contre les plus démunis, les minorités ou les membres de minorités ethniques et religieuses dans des
pays comme l’Arabie saoudite, les États-Unis, l’Iran et le Soudan. De
nombreux condamnés à mort se morfondent derrière les barreaux
dans des conditions psychologiques épouvantables. Au Japon, par
exemple, les condamnés ne sont avertis de leur pendaison que le
matin même et leurs familles n’en sont informées qu’une fois
leur proche exécuté.
«Loin d’être une simple disposition, la peine capitale est un processus légalisé de terreur physique et psychologique qui aboutit à la mise à mort de
prisonniers par l’État. Il faut y mettre un terme», a poursuivi Irene
Khan. Le monde dans son ensemble avance vers l’abolition de la
peine de mort : seuls 25 des 59 États qui maintiennent ce châtiment
auraient en fait procédé à des exécutions en 2008. «La bonne nouvelle,
c’est que seul un petit nombre de pays procède à des exécutions, signe que
nous progressons vers un monde sans peine de mort, a conclu Irene
Khan. La mauvaise, c’est que des centaines de personnes continuent d’être
condamnées à mort et de souffrir dans nombre de pays qui n’ont pas encore
officiellement aboli la peine capitale.» e
En savoir plus sur notre campagne permanente contre la peine de
mort : www.amnestyinternational.be/doc/rubrique315.html
Libertés ! • Rue Berckmans, 9 – 1060 Bruxelles • Tél : 02 538 81 77 Fax : 02 537 37 29 • libertes@aibf.be • www.libertes.be • Éditrice responsable : Christine Bika • Rédacteur en chef: Pascal Fenaux • Comité de rédaction: Bruno Brioni, Thandiwe Cattier, Véronique Druant, Samuel Grumiau, Anne Lowyck,
Brian May, Suzanne Welles • Ont collaboré à ce numéro : Gilles Bechet, Baudouin Massart, Louis Mbazoa (st.) • Iconographie : Brian May •
Maquette: RIF • Mise en page: Gherthrude Schiffon • Impression (sur papier recyclé non blanchi) : Remy Roto • Couverture: Après plusieurs heures
de marche de nuit, un homme arrive à une conférence de paix entre les Dinkas et les Nouers, deux grandes tribus du Sud-Soudan. © PANOS / Tom Pilston
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Date: . . . . . . . . Signature:
■ Irlande du Nord : Le chant du cygne ?
■ Paroles : France : La troublante impunité
■ Insolites-Brèves
LE SOUDAN IMPOSSIBLE
■ Le Darfour, au cœur des contradictions
■ La justice contre la paix ?
■ Les femmes et les enfants d’abord
■ Opposants muselés, défenseurs harcelés
■ Foire du Livre 2009 : «Réapprendre à vivre…»
■ 25 avril 2009 : Assemblée générale d’AIBF
■ Lettres du mois : Mexique, Turquie et
■ Bonnes nouvelles
■ Des milliards en sous-sol
■ Héros de Mexico
■ Sauvé par Joyce
ACTU EL
SYNDICALISTES HARCELÉS
Le 24 mars, Amnesty International a demandé
au gouvernement sud-coréen de libérer immédiatement le journaliste de télévision Roh
Jong-myeon, arrêté pour «ingérence dans les
affaires» avec trois de ses collègues à la veille
d’une grève déclenchée par des conflits sur les
salaires et des licenciements abusifs. Ces
quatre journalistes avaient protesté contre la
nomination d’un ancien assistant du président sud-coréen à la tête de YTN, influente
chaîne d’information continue. e
UN HUMANITAIRE TUÉ
Le 5 mars 2009, un employé de la Croix-Rouge
a été tué dans la zone de guerre du nord du
Sri Lanka, où l’armée affronte un dernier carré
de rebelles tamouls, a annoncé l’organisation
internationale. Malgré cet incident malheureux, le CICR a cependant assuré qu’elle restera
dans la zone du conflit et poursuivra sa
mission humanitaire. e
Feng Zhenghu, défenseur reconnu des droits
humains, a été arrêté le 15 février par des
membres des forces de sécurité à Pékin alors
qu’il accompagnait la victime d’une expulsion
forcée chez un avocat. Durant ses 40 jours de
détention, aucune information sur son sort
n’a filtré et aucune charge contre lui n’a été
rendue publique. Il risque d’être torturé ou de
subir des mauvais traitements. Cet enlèvement
de Feng Zhenghu intervient après l’arrestation de l’avocat et défenseur des droits
humains Gao Zhisheng, dont on est sans
nouvelles depuis le 4 février. e
AIDE ACCRUE
Le 5 mars 2009, la Commission européenne a
présenté un paquet d’aide humanitaire de
247 millions d’euros, qui sera dépensé en 2009
en faveur des populations vulnérables. Douze
pays africains vont ainsi bénéficier de cette
enveloppe. Le Soudan en sera le premier avec
110 millions, devant la République démocratique du Congo (45 millions). e
PRÉSIDENTIELLE ET IMPUNITÉ
À l’occasion de l’élection présidentielle du
9 avril 2009, Amnesty International a publié un
nouveau rapport intitulé A Legacy of Impunity: A
Threat to Algeria’s Future. L’ONG a appelé le futur
vainqueur à faire face aux séquelles des atrocités commises lors du conflit interne des
années 90, de prendre en compte les milliers de
victimes trahies par les autorités et d’en finir
avec l’impunité dont jouissent les membres
des services de sécurité et les groupes armés. e
Le 24 mars 2009, le Haut commissariat de
l’ONU a indiqué que le nombre de demandeurs
d’asile a augmenté en 2008. Ainsi, pour la
deuxième fois consécutive, ce sont les pays
industrialisés qui ont reçu plus de 380 000
nouvelles demandes en raison notamment des
conflits en Afghanistan et en Somalie. e
De jeunes cagoulés bloquent l’accès au domicile de Colin Duffy, ancien responsable de l’IRA, lequel a finalement
été arrêté ce 27 mars pour son implication dans l’assassinat de deux soldats britanniques le 7 mars.
Lurgan, 14 mars 2009. © AFP / Peter Muhly
Il aura fallu deux attentats et trois morts pour que les médias se penchent à nouveau sur l’Irlande
du Nord. Pourtant, la réconciliation est bien en marche. S’il faudra encore quelques générations
pour cicatriser les plaies, un retour à la période sombre des «troubles» semble peu probable. Les
deux communautés majoritaires du pays ont goûté aux plaisirs de la paix entamée voici dix ans et
au retour de la prospérité. Les milliers de manifestants qui se sont rassemblés à Belfast et ailleurs
le 11 mars dernier pour protester contre ces trois crimes ont été clairs sur ce point.
ourquoi la RIRA (Real Irish Republican Army ou
IRA Véritable) a-t-elle tué deux militaires britanniques le 8 mars 2009 ? Pourquoi la CIRA
(Continuity Irish Republican Army ou IRA Continuité) a-telle abattu un policier deux jours plus tard ? En fait, ces
attentats s’inscrivent dans la logique jusqu’au-boutiste
des groupes dissidents républicains que sont la RIRA et
la CIRA. Pour eux, la guerre n’est pas finie. Du moins,
c’est ce qu’ils affirment. Car, aujourd’hui, ils ne bénéficient plus du soutien de la population catholique.
Celle-ci ne sent plus opprimée par la communauté
Et pour cause : l’accord de paix de 1998, politiquement
sur les rails depuis 2006, a restauré le parlement nordirlandais et permis la mise sur pied d’un gouvernement
bi-communautaire où siège le Sinn Fein, l’émanation
politique de l’IRA, la fameuse Armée républicaine
irlandaise. Le combat se poursuit désormais dans
l’arène politique. Mais l’accord ne se limite pas à cela,
il met fin à la discrimination à l’embauche sur base de
l’origine ethnico-religieuse de la personne et prévoit la
parité catholique-protestante au sein des forces de
Et il y a mieux. Aujourd’hui, l’Irlande du Nord – avec
ses 1,7 million d’habitants - est devenue l’une des
régions les plus prospères du Royaume-Uni. Au cours du
dernier trimestre 2008, son taux de chômage était de
5,1 %, soit un taux bien inférieur à la moyenne du
Royaume-Uni (6,3 %) ou de la République d’Irlande
(7,9 %). Même si ce chiffre est actuellement en train
de repartir à la hausse, crise oblige, l’économie nord-
irlandaise devrait encaisser assez bien le coup. Depuis
les premiers cessez-le-feu de 1994, le secteur de la construction a su profiter du boom immobilier. Les maisons
et appartements poussent comme des champignons,
des entreprises de pointe se sont installées dans la
région et l’industrie touristique est florissante. Dans les
villes, l’horeca et les salles de spectacles se développent rapidement et les gens s’amusent.
Cette régénération économique et sociale est concomitante du processus de paix. Mieux, elle l’entretient.
Toutefois, la prospérité ne touche pas tout le monde.
C’est sans doute pour cela que certains s’estiment
floués et ont décidé de reprendre les armes. Toutefois,
leurs motivations ne sont pas forcément idéologiques.
Le profit personnel domine le plus souvent.
QUELLE RECONVERSION POUR LES
PARAMILITAIRES ?
S’il existe peu d’informations sur la reconversion
professionnelle des paramilitaires, on peut toutefois
émettre certaines hypothèses : ils restent des paramilitaires, ils se tournent vers le crime organisé, ils
retournent à la vie civile, ils travaillent dans des associations locales, des associations d’anciens prisonniers
ou avec des groupes politiques.
Pour Neil Jarman, directeur de l’Institute for Conflict
Research à Belfast, il est tout simplement difficile d’accéder à ce type d’informations, car «il n’y a pas de
processus formel de démobilisation, de démilitarisation et de
réintégration et donc pas de moyens de connaître qui est un
ancien paramilitaire et combien ils sont. La grande majorité des
Libertés ! Avril 2009 3
anciens paramilitaires devrait logiquement provenir de la
classe ouvrière, toutefois certains ont pu aussi se former
et s’installer dans diverses formes d’activités professionnelles.»
Les associations d’anciens prisonniers offrent des
formations aux anciens détenus, mais on ne sait
pas toujours ce qu’il en est en termes de débouchés.
Ils constituent toutefois une catégorie à part parmi
les anciens paramilitaires, tous n’ayant pas fait
de prison. Quant à ceux qui sont retournés à la vie
civile, on dispose de peu d’informations à leur
sujet, sauf pour les personnalités en vue. Par conséquent, la maigreur des dispositifs de réinsertion ad
hoc pour les paramilitaires explique sans doute
pourquoi une minorité d’entre eux a préféré poursuivre le combat ou basculer dans le crime
DES ATTENTATS PRÉVISIBLES
En 2007, la police nord-irlandaise avait déjà mis en
garde contre l’imminence d’attentats. Les rapports
réguliers de l’Independent Monitoring Commission, la
commission chargée de surveiller le démantèlement des organisations paramilitaires, ont
démontré que différents groupes, dont la CIRA et
la RIRA, constituaient de sérieuses menaces. On
doit à l’une comme à l’autre plusieurs attaques
(tirs, voitures piégées, attentats à la roquette)
contre la police au cours de ces dernières années.
Le plus souvent, la bannière républicaine sert à
couvrir d’autres activités criminelles : trafic de
drogues, vols, «tiger» kidnapping ou extorsions de
Enfin, on l’oublie parfois, mais le démantèlement
de l’IRA explique aussi l’actuelle montée en puissance des dissidents républicains. Lorsqu’en 2005,
l’IRA a accepté de démanteler définitivement son
arsenal, elle a aussi renoncé à son rôle de «police».
Pendant les «troubles», l’IRA se chargeait de
réprimer les comportements «antisociaux» (petite
délinquance, trafic de drogues, etc.) et autres activités criminelles dans les quartiers républicains.
L’arrivée au pouvoir du Sinn Fein a changé la
donne. L’IRA «hors service», la CIRA et la RIRA ont
les coudées plus franches. C’est à la police nordirlandaise réformée de réoccuper le terrain laissé
libre par l’IRA. Et ce retour de l’État de droit ne se
fait pas sans heurts. e Baudouin Massart
Le diable sème la pagaille en Roumanie. Le Malin s’est
invité dans les nouveaux passeports biométriques, qui
portent le nombre 666, symbole de la Bête dans l’Apocalypse selon Saint-Jean et ont semé la panique chez les
ultra-orthodoxes. Ils accusent l’État d’obliger les
Roumains à porter en tous lieux la marque de Satan,
qu’ils aillent skier en Autriche, travailler en Italie ou
étudier aux États-Unis. L’émotion est à son comble :
les manifestations anti-666 se multiplient devant le
Sénat et le siège de l’Église, et le débat a gagné l’arène
politique. Les sénateurs n’excluent pas de retirer le
nombre fatidique. «Nous ne pouvons pas ne pas croire aux
chiffres», a décrété le ministre des Finances, Varujan
Vosganian. L’Église a tenté de calmer les esprits, en affirmant que le 666 figurant sur la puce électronique
n’avait «aucune signification théologique» et que ses dignitaires se feraient faire des passeports biométriques,
pour l’exemple. Le patriarcat a toutefois souligné que
chacun était libre d’accepter ou non ces nouveaux
documents. e (D’après Courrier international)
IMPUNITÉ DES
Dans un rapport intitulé France: Des policiers au-dessus des lois? (EUR
21/003/2009), Amnesty expose de nombreux témoignages concordants
de nombreux abus policiers restés impunis. En voici quelques extraits.
lbertine Sow a été témoin, le 17 août 2006, d’un affrontement violent
entre trois policiers en civil et trois habitants du quartier, dont son
cousin, rue Clovis-Hugues, à Paris. Enceinte de six mois, elle a demandé
à la police ce qui se passait. Comme elle insistait, un policier lui a donné un coup
de poing. Son frère, Yenga Fele, a accouru et a demandé au policier s’il se rendait
compte qu’il venait de frapper une femme enceinte. Un autre agent a alors fait usage
de gaz lacrymogène contre lui et Albertine Sow. Tous deux ont été frappés à
coups de matraque. La jeune femme, dont la grossesse était pourtant évidente, a
reçu un coup de matraque près du bas-ventre. Évanouie, elle a été emmenée à l’hôpital où elle est restée sous surveillance policière pendant 48 heures et a été
accusée de «violences en réunion» contre les policiers. Elle s’est vu reconnaître une
ITT de trois jours et, après cet épisode, elle a commencé à ressentir des contractions (1).
Le 19 août, une enquête a été ouverte contre Yenga Fele et Albertine Sow, cette
dernière portant quant à elle plainte contre les policiers pour mauvais traitements.
Malgré les témoignages et les certificats médicaux, sa plainte a été classée sans suite
le 27 novembre 2006. Et, le 27 janvier 2009, Albertine Sow a été reconnue coupable
d’avoir agressé les policiers et s’est vu infliger une peine d’un mois d’emprisonnement avec sursis. Son frère a été condamné à six mois de prison ferme. Tous deux
ont été condamnés à verser à chacun des policiers une somme de 1 500 euros en
réparation du préjudice subi. Ils ont interjeté appel.
Abou Bakari Tandia, un Malien en situation irrégulière, a été emmené au
commissariat pour un contrôle d’identité le soir du 5 décembre 2004. Tombé dans
le coma dans sa cellule, il a été admis aux urgences et il y est mort le
24 janvier 2005. Sa famille n’a été informée de son arrestation et de son hospitalisation que le 9 décembre. Accompagnés d’un représentant du consulat malien,
ses proches se sont alors rendus à l’hôpital, mais ils ont dû attendre encore trois
4 Libertés ! Avril 2009
Abou Bakari Tandia, photographié pendant son coma à l’hôpital Louis Mourrier
de Colombes. Paris, décembre 2004. © Private
jours avant de pouvoir le voir. Quand ils y ont enfin été autorisés, son corps était
gonflé et sa poitrine présentait une grande blessure ronde, dont il n’est fait état
dans aucun rapport médical. Ils ont aussi constaté l’absence de plaies visibles sur
le crâne, alors que la police affirmait qu’il était tombé dans le coma après s’être
volontairement frappé la tête contre le mur de sa cellule. Ni le rapport d’autopsie, ni les rapports médicaux des deux hôpitaux où il a séjourné ne font état
de blessures à la tête.
En avril 2005, la famille d’Abou Bakari Tandia a porté plainte pour «actes de torture
et de barbarie ayant entraîné la mort». Deux ans plus tard, en novembre 2007, la famille
a pris un nouvel avocat. Celui-ci a formulé un certain nombre de demandes
d’actes auprès du juge d’instruction et du parquet, ce qui a permis de découvrir
de nouveaux indices cruciaux. Des médecins légistes sont en train d’examiner des
documents médicaux qui avaient été égarés afin d’essayer de déterminer les
causes de la mort d’Abou Bakari Tandia. Leurs conclusions sont attendues en
mai 2009. Plus de quatre ans après, on ignore toujours la cause de la mort d’Abou
Bakari Tandia. e AI
(1) Elle a finalement accouché d’une fille à terme.
En 2003, un accord de paix était
en voie de conclusion entre la
rébellion sudiste du Soudan et le
régime islamo-nationaliste arabe
au pouvoir à Khartoum, accord
qui allait mettre un terme à
plusieurs décennies de violences.
C’est alors que le Darfour, une
immense région du nord-ouest
du pays, s’est embrasé. Aussitôt,
les opinions publiques étrangères
se sont perdues en conjectures et
se sont épanchées en analyses
aussi définitives les unes que les
autres. Pour certains, on assistait
ni plus ni moins à l’extermination
d’un peuple «noir» par un régime
génocidaire au service de la
majorité «arabe» du pays. Pour
d’autres, ce qui se passait au
Darfour ne servait qu’à fournir
un prétexte aux États
occidentaux (entendez: alliés
d’Israël) pour agiter la menace
du droit d’ingérence humanitaire
et faire main basse sur les
soudanaises.
Pendant que ces observateurs
opposaient leurs prêts-à-porter
idéologiques sur la place
publique, ils s’empêchaient de
comprendre que le conflit du
Darfour plonge ses racines dans
les contradictions d’un «Soudan
impossible», ainsi que dans la
stratégie d’un régime militaire
tenté de survivre en
encourageant les communautés
à s’entretuer. Entre-temps,
civils ont perdu la vie dans des
massacres qui relèvent du crime
contre l’humanité ou sont morts
à petit feu dans la misère des
camps de personnes déplacées.
Un milicien de la SLA (branche armée du SLM, Mouvement de Libération du Soudan) dans un immeuble abandonné
de Gereida, une localité du Sud-Darfour encerclée par les miliciens janjawids «afro-arabes». © PANOS / Sven Torfinn
LE DARFOUR, AU CŒUR
L’histoire du Soudan ne se résume pas à la question du Darfour, même si la situation créée dans cette
région en livre somme toute un résumé assez fidèle.
istoriquement, le nom «Soudan» vient de l’arabe
Bilâd el-Sûdân («Le Pays des Noirs»). Il désigne, au sud
du Sahara, les confins «noirs» du monde arabomusulman, qui s’étendent du Mali à la Mer Rouge.
Géographiquement et politiquement, le Soudan dont il est
ici question est un État créé de toutes pièces au XIXe siècle
par la puissance coloniale britannique durant la période
où elle occupait l’Égypte. Si cette dernière avait été
amputée des territoires qui constituent aujourd’hui la
partie septentrionale et «arabe» du Soudan, elle allait
toutefois y partager le contrôle avec la Grande-Bretagne. Par
ailleurs, le Soudan anglo-égyptien allait être augmenté de
territoires méridionaux peuplés de populations africaines
majoritairement non arabophones et non musulmanes.
Lorsqu’elle est parvenue à l’indépendance en 1956, la
république du Soudan a très rapidement sombré dans la
violence politique. Tiraillé entre le Nord «afro-arabe»,
«arabe» et «islamique», d’une part, et le Sud «africain» et
«animiste» d’autre part, le pays a vécu une succession de
coups d’État, tandis que, dans les régions du Sud, se sont
développées des organisations politiques revendiquant, soit
l’autonomie et la démocratie, soit l’indépendance. Longtemps d’ailleurs, la vie politique du Soudan a été rythmée
par le conflit entre le Nord et le Sud, un conflit qui a été
Libertés ! Avril 2009 5
aggravé par les ressources hydrauliques inouïes du Sud et plus encore par la
découverte d’immenses gisements pétrolifères dans cette même région. Le
conflit a finalement débouché sur la signature, en 2005, d’un accord de paix
entre le gouvernement de Khartoum et les rebelles de la SPLA (Armée populaire de Libération du Soudan), un accord qui octroie une très large
autonomie au Sud-Soudan et des garanties quant à une meilleure redistribution des fruits de l’exploitation des richesses de cette région par le régime
militaire «afro-arabe». Cet accord, s’il n’a pas encore été rompu, n’a pas mis
un terme définitif aux tensions et à la violence politique dans le Sud.
Cependant, et de façon a priori paradoxale, la conclusion de l’«Accord de Paix
global» (nord-sud) de 2005 est sans doute à l’origine de l’aggravation de la
situation politique dans le reste du Soudan. C’est que, à l’instar du Sud
«africain» et «non musulman», de nombreuses régions majoritairement
musulmanes et «afro-arabes» sont elles aussi les parents pauvres d’un modèle
de développement tout entier orienté vers la satisfaction des élites politiques et militaires de Khartoum, une satisfaction d’autant plus cruciale que
ces élites sont elles-mêmes déchirées entre elles.
Dans l’est du pays, des mouvements rebelles, fédérés au sein du Front de l’Est,
réclament la transformation du Soudan en une véritable fédération, sa
démocratisation et une meilleure redistribution des richesses. Longtemps
soutenu par l’Érythrée voisine, le Front de l’Est s’est montré d’autant plus
redoutable pour le régime de Khartoum que, base sociale et géographique
aidant, son activisme menaçait directement les infrastructures portuaires et
Des miliciens de la SPLA embarquent à bord d’un avion de l’ONU pour opérer une mission
conjointe de maintien de la paix avec l’armée officielle soudanaise. Juba, 17 juin 2008.
© AFP / HO / MINUS / Tim McKulka
de raffinage pétrolier de la Mer Rouge, à commencer par celles de PortSoudan. Par conséquent, après avoir dans un premier temps envoyé dans les
États fédérés de la Mer Rouge, de Kassala et de Qadarif davantage de forces
armées que dans le Darfour, le régime de Khartoum a préféré, dans un
second temps, profiter de sa position de force pour négocier un accord à
certains égards assez semblable à l’accord nord-sud.
«ARABES» CONTRE «NOIRS» ?
Au Darfour, la situation est à la fois semblable et pire, du point de vue des
autorités s’entend. Dans cette région musulmane qui fut, plusieurs siècles
durant, un sultanat indépendant avant d’être annexée de force par l’Égypte
puis intégrée au Soudan anglo-égyptien, les tribus «afro-arabes» et «africaines» (toutes musulmanes) ont longtemps cohabité. Mais, au début des
années 1980, la sécheresse qui s’abat sur l’ensemble des pays du Sahel va
toucher également le Darfour, une région traditionnellement délaissée par
Khartoum. La famine, le sous-développement et les trafics d’armes liés au
conflit entre la Libye et le Tchad voisins vont servir de catalyseur à des
rébellions essentiellement «africaines», le Mouvement de Libération du
Soudan (SLM) de l’avocat Abdelwahid el-Nour (aujourd’hui réfugié en
France) et le Mouvement pour l’Égalité et la Justice (JEM) de Khalil Ibrahim.
Alors que Khartoum et la SPLA sont en train de négocier le futur accord nordsud de 2005, la rébellion attaque la capitale du Darfour, el-Fasher.
L’armée soudanaise engage alors une répression féroce, avec l’aide des «Janjawids», des milices afro-arabes qui s’en prennent sans distinction aux
«Africains» fours, zaghawas et massalits, tant rebelles que civils, faisant
désormais prendre au conflit la tournure d’un véritable nettoyage ethnique.
La riposte militaire (officielle et officieuse) de Khartoum est d’autant plus
impitoyable que cette insurrection-ci menace directement le Nord, c’est-à-dire
le cœur du système soudanais, sans compter que, dans le sud du Darfour, le
sous-sol regorge de ressources pétrolières.
Lorsqu’au printemps 2004, les Nations unies s’emparent de la question, un
tiers des habitants du Darfour sont déjà déplacés. Le Conseil de Sécurité a d’autant plus de mal à adopter une position commune et ferme que la Chine (qui
achète les deux tiers de son pétrole au Soudan) fait obstruction et que les ÉtatsUnis s’accrochent à une position double et contradictoire : d’un côté,
invoquer le «génocide» qui serait perpétré par Khartoum, et, d’un autre
côté, faire l’impasse sur la situation catastrophique des droits humains au
Soudan et considérer ce pays comme un partenaire sans doute pas idéal mais
incontournable dans la «guerre contre le terrorisme». L’été 2004, l’ONU
vote une résolution qui charge l’Union africaine (UA) de déployer des troupes
au Darfour. Mais les moyens de la MUAS (Mission de l’Union africaine au
Soudan) restent dérisoires face au déferlement de violence qui s’abat sur cet
Début 2005, une commission d’enquête mandatée par l’ONU dissuade cette
dernière de parler de «génocide», tout en qualifiant les violences commises
au Darfour de «crimes contre l’humanité». Désormais habilitée à instruire
ces crimes, la Cour pénale internationale (CPI) a émis, le 2 mai 2007, deux
mandats d’arrêt à l’encontre d’Ahmed Haroun, ministre d’État aux Affaires
humanitaires, et Ali Kushayb, chef de la milice afro-arabe janjawid. Et
(voir page 7), le 2 mars 2009, la CPI émettait également un mandat contre
le président Omar el-Béchir.
Entre-temps, un accord de paix a été péniblement négocié au Nigeria en mai
2006 entre le régime soudanais et une dissidence du SLM. Mais, loin de
s’apaiser, le conflit du Darfour a redoublé d’intensité, la rébellion se morcelant en plusieurs groupes antagoniques. C’est le cas du SLM qui a implosé sous
le poids des tensions entre «politiques» et militaires, ainsi que sur fond de
conflits entre Fours et Zaghawas. En février dernier, le JEM aurait accepté l’ouverture de négociations avec Khartoum, mais plus aucune information n’a
filtré à ce sujet.
En juillet 2007, le Conseil de Sécurité de l’ONU adoptait la résolution 1769
prévoyant l’envoi au Darfour d’une force de maintien de la paix composée
de 26 000 personnes et ce, afin de prendre le relais de la MUAS. Depuis le 1er
janvier 2008, la MINUAD est donc déployée au Darfour. Victime de l’obstruction du régime soudanais et de la pusillanimité des États membres de
l’ONU, cette force ne s’est pas vu livrer les hélicoptères promis, tandis qu’elle
ne dispose que de 9 000 hommes. Imaginer dès lors qu’elle a une chance de
ne serait-ce que rétablir la paix, relève du vœu pieux (1). Ce que prouvent, hélas,
la poursuite des razzias opérées par les milices afro-arabes janjawids contre
les camps de réfugiés et, par ailleurs, ce phénomène nouveau que sont ces
attaques menées dans la région de… Khartoum, apparemment par des fractions incontrôlées du JEM et du SLM. e Pascal Fenaux
(1) Voir le rapport publié par Amnesty le 17 février 2009, Darfour – Des promesses en l’air. La communauté internationale ne tient pas ses engagements (Index AI : AFR 54/001/2009).
6 Libertés ! Avril 2009
Le président el-Béchir
brandit une épée
devant ses partisans
réunis dans la capitale
du Nord-Darfour, lors
contre la CPI. El-Fasher,
LA JUSTICE CONTRE LA PAIX ?
En émettant un mandat d’arrêt à l’encontre du chef d’État soudanais, la
Cour pénale internationale (CPI) a-t-elle, comme le craignent certains
observateurs, pris des risques envers les populations concernées ? Le débat
a CPI a émis le 4 mars dernier son premier mandat d’arrêt pour
crimes de guerre et crimes contre l’humanité à l’encontre d’un chef
d’État en exercice, le président soudanais Omar el-Béchir. Il faut s’en
féliciter. Il s’agit là d’une avancée incontestable en matière de droits humains,
ainsi que d’un signal majeur envoyé aux chefs d’États s’estimant au-dessus
des lois internationales. Fort bien, donc. Mais quelles en sont les conséquences pratiques pour les populations ? Mais aussi, quelle traduction
concrète recevra cette inculpation, sachant que la CPI ne dispose d’aucun
moyen pour arrêter l’inculpé, celle-ci étant obligée de s’en remettre à la
coopération des dirigeants voisins ?
Quoique sa faculté de voyager sereinement à l’étranger soit désormais
réduite, el-Béchir ne se laisse pas impressionner (1). Fort de l’appui de l’Union
africaine (UA) et de la Ligue des États arabes (LEA), il se pose en victime d’un
tribunal dépeint comme «occidental», «sioniste» et «néocolonialiste». Omar elBéchir pourrait cependant se sentir de plus en plus esseulé. Et il n’est pas à
l’abri d’une révolution de palais. Pour un nombre croissant de dignitaires du
pouvoir et de l’armée ayant pu bénéficier de l’enrichissement récent du
pays, la politique conflictuelle menée par el-Béchir ne peut mener le Soudan
qu’à l’isolement. Ses alliés, malgré leur réprobation à l’encontre du mandat
d’arrêt décerné par la CPI, ont tout intérêt à ce que la région reste stable, vu
l’ampleur des investissements réalisés au Soudan.
Le fait est que cette décision de la CPI a apporté une lueur d’espoir au
Darfour. L’ONU estime que depuis 2003, le conflit a fait 2,7 millions de
personnes déplacées et 300 000 morts. Les formations rebelles sont disposées
à coopérer avec la CPI et à mettre tous les moyens en œuvre pour capturer elBéchir.
Si cette inculpation représente une victoire dans la lutte contre l’impunité,
elle comporte aussi un volet plus sombre. L’expulsion des plus importantes
ONG actives au Darfour fut l’une des premières réactions du président
soudanais. Il faut savoir que le Programme alimentaire mondial de l’ONU
(PAM) fournit de l’aide à 4,7 millions de personnes au Soudan dont 2,7
millions pour le seul Darfour. Le départ de ces ONG risque d’avoir un impact
sur l’acheminement de l’aide humanitaire au Darfour, même si le ministre
des Affaires humanitaires affirme qu’il est en mesure de combler ce vide. Par
ailleurs, quelque 16 500 humanitaires travaillent au Darfour, dont 95 % de
Soudanais embauchés localement.
Il y a de quoi s’inquiéter du sort des populations civiles, et ce d’autant plus
que les forces de maintien de la paix pourraient, elles aussi, devoir lever le
camp. D’autres, comme l’Union africaine, craignant une déstabilisation de
la région et arguant la mise en péril du processus de paix, sont allés jusqu’à
réclamer la suspension du mandat d’arrêt. L’article 16 du Traité de Rome instituant la CPI prévoit cette possibilité pour une durée d’un an. Mais, pour
trancher en ce sens, il faudrait que la situation au Darfour se soit significativement améliorée, c’est-à-dire que des accords de paix durables accompagnés
de mesures juridiques et techniques soient conclus et que les Nations unies
et les ONG puissent poursuivre leur mission. Il faudrait également que le
gouvernement soudanais mette en place des tribunaux indépendants s’attaquant à l’impunité des différents commanditaires et parties des conflits. Or,
ces conditions sont loin d’être réunies.
Le mandat d’arrêt à l’encontre d’Omar el-Béchir pose donc un défi de taille
à la communauté internationale : comment lutter contre l’impunité tout en
ne sacrifiant ni la population ni la paix dans la région ? La lutte judiciaire
contre l’impunité a du mal à se départir de considérations de realpolitik. Par
ailleurs, les enjeux de paix et de sécurité prennent souvent le dessus au
détriment du devoir de justice. Or, si la CPI fait siennes de telles considérations, elle risque de perdre son intégrité en optant pour le compromis et l’oubli
au détriment du droit et du devoir de justice. Dans l’état actuel des choses,
suspendre le mandat d’arrêt serait une vraie injure aux victimes car cela
reviendrait à oublier la gravité des crimes commis : meurtres, exterminations,
tortures, transferts forcés, viols, attaques contre des civils et pillages au
Dans une tribune remarquée, Choose justice, Africa, le Prix Nobel sud-africain
Desmond Tutu soutient que la justice doit servir les victimes et qu’il n’y aura
ni véritable paix ni sécurité tant que justice n’aura pas été rendue au Soudan.
La récente et surprenante libération de l’opposant soudanais Hassan alTourabi, emprisonné début janvier pour avoir soutenu la CPI, serait-elle de
bonne augure ? «Si douloureuse et incommode que soit la justice, nous ne pouvons que
constater que son alternative, l’impunité, est pire» (2). e Véronique Druant
(1) Rappelons que le gouvernement soudanais, depuis deux ans, n’a jamais coopéré pour livrer
ni l’actuel ministre des Affaires humanitaires, Ahmed Haroun, ni le chef de la milice progouvernementale «janjawid», Ali Kushayb.
(2) International Herald Tribune, 3 mars 2009. Republié en français sous le titre «Honte aux présidents africains !» dans Courrier International, n°958, 12 mars 2009.
Libertés ! Avril 2009 7
d’al-Salaam, au
Darfour, un enfant
brandit un pistolet
chinois en plastique.
El-Fasher,
© AFP / MUAS /
De façon hélas peu surprenante, les premières
victimes du conflit du Darfour sont les
femmes, qui vivent dans la terreur d’être à
leur tour victimes de violences sexuelles, et les
enfants, qui vivent dans la terreur d’une
tragédie toujours recommencée.
Il n’y a pas assez de bois aux alentours du camp.
Mais les Arabes jammala dominent la région et
nous n’osons pas nous éloigner. Les hommes sont
battus et les femmes sont violées.» Depuis qu’Amnesty a
recueilli ces propos en 2007 auprès d’un homme
vivant dans un camp de personnes déplacées du
Darfour, la situation n’a que peu évolué. Pendant le
conflit au Darfour, au moins 2,7 millions de
personnes ont été déplacées, tandis que le nombre de
morts et de disparus avoisine les 400 000 âmes. La
plupart de celles qui ont été chassées de chez elles
vivent à présent dans plus de 65 camps dispersés
dans le Darfour.
En 2003 et 2004, des centaines de milliers de
personnes ont été chassées de chez elles par des
attaques marquées non seulement par des homicides
mais aussi par un nombre sans précédent de viols. Les
milices janjawids ont utilisé le viol comme arme
afin d’humilier et de punir les communautés qu’elles
attaquaient. Les femmes étaient souvent violées en
public et certaines étaient enlevées et séquestrées
pendant des mois dans des camps de miliciens où elles
étaient assujetties à l’esclavage sexuel.
dans les camps de déplacés et elles risquent systématiquement d’être violées lorsqu’elles en sortent. Un
grand nombre de camps sont entourés d’une bande
de désert où quasiment rien ne pousse. Les femmes
8 Libertés ! Avril 2009
sont violées lorsqu’elles quittent le camp pour aller
chercher du bois ou pour aller au marché. Les viols
sont commis par les milices janjawids, par les soldats
des forces gouvernementales, par les groupes d’opposition armée et parfois même par d’autres personnes
Une jeune fille déplacée au cours du conflit a signalé
qu’elle avait été violée par un groupe de soldats de
l’armée soudanaise alors qu’elle était allée ramasser
du bois pour le feu. Son frère l’a accompagnée au
poste de police local pour qu’elle dénonce cette agression mais le policier qui les a reçus a refusé
d’enregistrer la plainte. Comme il protestait, le frère
de la victime a été arrêté. «J’ai toujours en tête les images
de ce jour-là. Je ne peux pas dire que je suis complètement
guérie. Le choc est terrible. Je ne fais pas confiance à la police
et je ne pourrai jamais le faire», a déclaré la jeune fille à
La plupart des femmes qui sont violées au Darfour ne
portent pas plainte. En effet, il est tellement improbable que les violeurs soient déférés à la justice
qu’elles ne prennent pas le risque de ruiner leur
réputation et leurs chances de se marier.
Quant aux enfants originaires du Darfour, leur situation est tout aussi épouvantable.
Le déploiement de la MINUAD (voir ci avant) à partir
du 1er janvier 2008 n’a pratiquement rien changé à
leur tragédie, d’autant que cette opération internationale avait été précédée, en décembre 2007, d’une
reprise et d’une intensification des attaques
commises par les forces gouvernementales et les
milices armées. Bien évidemment, ces attaques tuent
ou déplacent chaque fois davantage d’hommes, de
femmes et d’enfants, tandis que le gouvernement
soudanais et les groupes armés continuent d’entraver
le déploiement effectif de la MINUAD.
Un accord sur le statut des forces (SOFA), qui réglemente le fonctionnement de la MINUAD, a bien été
signé le 9 février 2008 par le gouvernement soudanais
et la MINUAD, mais cette mission mixte de l’UA et de
l’ONU ne dispose pas du matériel militaire adéquat
et des ressources humaines nécessaires pour parvenir
à protéger efficacement les civils.
Toute une génération de Darfouris grandit dans un
climat de peur et d’insécurité extrêmes. Sur les quatre
millions de personnes touchées par le conflit au
Darfour, on considère que près de deux millions sont
des enfants de moins de 18 ans. De même, sur les 2,7
millions de personnes déplacées, on chiffre à plus
d’un million le nombre d’enfants. En février 2008, les
forces soudanaises et les milices soutenues par le
gouvernement ont attaqué des villages dans le
Darfour occidental. Suite à ces attaques préparées
de longue date, 800 enfants âgés de 12 à 18 ans ont
En ce mois d’avril, les enfants du Darfour qui «fêteront» leur sixième anniversaire n’auront jamais
connu la paix. Cela fait maintenant six ans que la
communauté internationale ne parvient pas à
répondre à l’ampleur de cette crise. Un grand nombre
des enfants qui vivent dans les camps sont traumatisés
par ce qu’ils ont vu. Quant à ceux qui vivent à l’extérieur des camps, ils craignent que leur village ne soit
la cible d’attaques. Des écoles ont aussi été incendiées.
Les enfants à l’intérieur et à l’extérieur des camps font
face à un avenir incertain et sont parfois recrutés, de
gré ou de force, comme soldats. Si le climat de peur,
la recrudescence des violences familiales et sexuelles
et l’incertitude compromettent aujourd’hui leur sécurité, l’absence d’accès à l’éducation met leur avenir en
danger. Et, à coup sûr, toute perspective de paix. e AI
MUSELÉS,
Contesté à l’extérieur et à l’intérieur de ses frontières, le régime
soudanais veille tout naturellement à ce que ses opposants soient
muselés et les défenseurs des droits humains harcelés. Les mandats
d’arrêt délivrés par la CPI contre trois responsables de haut rang,
dont le chef de l’État, n’ont rien arrangé.
es rumeurs de mandat d’arrêt de la CPI contre le président Omar elBéchir avaient été précédées par la délivrance de deux mandats contre
le ministre Ahmed Haroun et le milicien Ali Kushayb. Et, le 10 mai
2008, le JEM (Mouvement pour l’Égalité et la Justice) de Khalil Ibrahim, un
groupe d’opposition armé basé au Darfour, parvenait à frapper au cœur de la
capitale soudanaise et ce, pour la première fois depuis le déclenchement du
conflit armé en 2003. Dans les semaines qui avaient suivi cette attaque, des
centaines de personnes, pour la plupart originaires du Darfour, avaient été arrêtées par la police et les forces de sécurité soudanaises, ces dernières procédant
par ailleurs à de nombreuses exécutions extrajudiciaires.
Certes, début juillet 2008, le chef de l’État soudanais avait annoncé la libération de 87 enfants soldats présumés, accusés d’avoir participé à l’attaque.
Mais, fin juillet, des tribunaux d’exception condamnaient néanmoins à la peine
capitale 30 personnes reconnues coupables d’être liées directement ou indirectement à l’attaque du 10 mai. Les avocats des condamnés affirment que ces
derniers avaient la plupart du temps été torturés afin de leur arracher des aveux.
Les juridictions chargées des affaires antiterroristes avaient été mises en place
le 29 mai pour juger les personnes accusées d’être impliquées dans cette
attaque. Les intéressés avaient été inculpés et condamnés sur la base d’articles
du Code pénal de 1991, de la Loi antiterroriste de 2001 et de l’Ordonnance de
1993 sur les armes et munitions. Le 17 août 2008, huit membres présumés du
JEM étaient condamnés par les tribunaux antiterroristes d’exception à la
mort par pendaison. L’un des huit condamnés était un haut responsable du JEM.
Douze autres membres présumés du groupe allaient se voir infliger la même
peine trois jours plus tard, cette dernière condamnation portant à 50 le
nombre de Soudanais condamnés à mort pour leur participation présumée à
l’attaque du 10 mai. Le gouvernement soudanais détient encore plusieurs
centaines de personnes sans inculpation et sans possibilité de consulter un
Outre les opposants, les défenseurs des droits humains sont eux aussi pris pour
cibles par les autorités soudanaises. Ainsi, le 24 novembre 2008, Osman
Hummaida, ancien directeur de l’Organisation soudanaise contre la Torture
(SOAT) et citoyen britannique, était arrêté par le Service de la Sécurité nationale et du Renseignement à Khartoum et mis au secret pendant plusieurs
heures pour subir des interrogatoires. Le même jour, deux autres défenseurs,
Abdel Monim Elgak et Amir Suleiman, connaissaient le même sort. Tous
trois allaient ensuite être libérés.
Mais les autorités ont semble-t-il décidé de poursuivre leur harcèlement. Ainsi,
le 5 mars 2009, soit le lendemain de l’inculpation du président el-Béchir par
la CPI, la SUDO (Sudan Social Development Organization), l’une des rares ONG
soudanaises, était fermée par les forces de police. Et, le même jour, Mudawi
Ibrahim Adam, président de la SUDO, était averti de son arrestation imminente et se voyait conseiller de partir sur le champ. Mudawi Ibrahim Adam est
l’un des plus fameux défenseurs des droits humains au Soudan et il a reçu le
Prix Front Line en 2005.
Voici deux ans, de passage à Bruxelles, ce défenseur, qui a plus d’une fois failli
être condamné à la peine capitale, s’était exprimé sur le Darfour. «Au départ,
ce conflit n’était ni un conflit ethnique, ni une guerre de religions. Évidemment, il existe
au Darfour des mouvements autonomistes et armés, mais il ne s’agissait en aucun cas d’un
affrontement entre “Africains” et “Arabes” ou entre “musulmans” et “non-musulmans”. Il suffit de se pencher sur les acteurs en présence pour rapidement se rendre compte
que les clivages sont plus complexes et que les causes des troubles qui ont éclaté dans cette
région ne sont pas très différentes de ce qui se passait jadis dans les provinces du Sud ou
Mudawi Ibrahim Adam dans les locaux d’Amnesty. Bruxelles, janvier 2007.
© Bruno Brioni
des tensions qui prévalent aujourd’hui encore dans le Kordofan [centre du pays]. Le
problème du Darfour, c’est celui de la quasi-totalité du Soudan: une révolte contre une capitale arbitrairement installée à Khartoum dans le nord “arabe”.
«Il s’agit d’une révolte contre un pouvoir d’essence militaire, nationaliste et qui tente de
maintenir son contrôle arbitraire sur la rente pétrolière et sur l’économie en encourageant
les ethnies à se battre les unes contre les autres. Au Darfour, les milices et les bandes armées
qui ont mis la région à feu et à sang ne suivaient pas au départ des lignes de clivages
ethniques ou religieuses. Elles ont plutôt été instrumentalisées par les militaires de Khartoum qui y ont vu une façon de garantir leur pouvoir en réveillant les tensions entre
communautés nomades et sédentaires. Ce régime ne peut vouloir la paix. Mais de cela,
l’ONU ne semble pas se rendre compte. On se trompe si on croit pouvoir stabiliser le Soudan
en traitant les conflits qui le déchirent au cas par cas. La preuve, le conflit entre le
“nord” et le “sud” à peine réglé par l’“Accord de Paix global” de janvier 2005, les
tensions du Darfour ont basculé dans l’horreur.» e P.F.
Libertés ! Avril 2009 9
«RÉAPPRENDRE
À VIVRE…»
Lors de la dernière édition de la Foire du Livre de
Bruxelles, Soukaïna Oufkir présentait son ouvrage
La vie devant moi – Une enfance dans les prisons de
Hassan II. À cette occasion, le Cercle Peter
Benenson accueillait une lecture d’extraits de
l’ouvrage par le comédien belge d’origine
marocaine, Sam Touzani. Une lecture pleine de
retenue et d’émotion suivie d’un échange entre le
public et l’écrivaine.
Préambule. J’écris ces pages parce que je suis
à mi-parcours avant même d’avoir commencé
à vivre. J’écris ce livre parce que j’ai bien
vécu, déjà bien trop. J’écris ce livre pour mourir seule, fière,
debout, digne - je l’espère - tranquille, heureuse… Ce livre,
je ne l’écris pas pour qu’on m’envie, pas pour qu’on me
plaigne, pas pour qu’on se reconnaisse dans mon
parcours. Je ne l’écris pas pour qu’on m’admire, en tout cas
pas pour qu’on admire ma résistance à avoir supporté
l’épreuve, les épreuves... J’écris ce livre pour elle. Pour elle
seule. L’enfant que j’ai été…» Durant près d’une demiheure, Sam Touzani lira des extraits du livre de
Soukaïna Oufkir dans un silence uniquement
perturbé par le brouhaha de la foule de la Foire du
Petit rappel historique. Le général Mohamed
Oufkir fut, dans les années 60, ministre de l’Intérieur et confident du roi Hassan II. En 1972, le
général tente un coup d’État qui échoue. Arrêté, il
sera exécuté. La version officielle parlera d’un
suicide… Sa femme et ses six enfants seront placés
dans une prison secrète dans le désert du Sahara
où débutera un véritable calvaire. Sombrant dans
l’oubli, l’une des plus grandes familles marocaines
va, du jour au lendemain, endurer l’humiliation,
Sam Touzani et Soukaïna Oufkir. Bruxelles, 8 mars 2009. © Bruno Brioni
l’isolement et la privation, et, pendant près de
vingt ans, jusqu’au jour où Malika, la sœur aînée,
parviendra à s’évader avec une de ses sœurs et ses
deux frères. La famille sera finalement assignée à
résidence à Marrakech avant d’enfin pouvoir
quitter le Maroc.
Après sa sœur aînée Malika Oufkir, c’est au tour
de Soukaïna Oufkir, la dernière fille du général de
sortir un témoignage, La vie devant moi, dans
lequel elle évoque les souvenirs douloureux de la
vie d’une petite fille en prison. En 1996, elle a 33
ans et découvre la liberté et le monde. «J’avais 9 ans
quand nous avons été emprisonnés. Lorsque je suis sortie,
j’avais tout à apprendre. J’avais oublié ce que c’était de
manger, de dormir, d’aimer... J’avais oublié ce que vivre
voulait dire. Je redécouvre tous les jours… Par exemple, à
9 ans, je savais nager. Après ma libération, j’étais à deux
doigts de couler lorsque j’ai remis les pieds dans l’eau.
J’avais des difficultés à poser les gestes de la vie de tous les
jours. Le temps des humains et la notion de temps
m’étaient difficiles à comprendre. Ce monde est une vraie
jungle !», précise-t-elle.
Un peu plus loin elle ajoute : «J’ai accumulé la capacité d’aimer… Au début, je disais constamment que j’étais
innocente. J’avais toujours besoin de me justifier. Je disais
que j’étais innocente alors que je n’étais pas coupable !» À
la question de savoir si un jour elle pourra
pardonner, Soukaïna Oufkir répond : «Si on vient me
demander pardon, évidemment, j’aurai le courage de
pardonner, comme la personne en face de moi aura eu le
courage de me demander pardon. Faire la démarche moimême… J’y travaille, mais je n’y suis pas encore arrivée. Il
paraît que le pardon c’est le repos avec soi-même. J’ai
l’impression que si je pardonnais toute seule, ça serait une
manière de dire que l’on peut encore faire subir ce genre
de choses. Si mon ancien bourreau venait me dire :
“pardonnez-moi, j’étais dans l’erreur”, alors oui je
pardonnerais. Mais à ce jour, personne n’est venu !»
e Bruno Brioni
Amnesty International tient à remercier la librairie
Tropismes et les éditions De Boeck pour leur
collaboration lors de la Foire du Livre de Bruxelles
JOURNÉE COLOMBIE
l’initiative d’Amnesty Liège, nous
avons le plaisir de vous inviter le
jeudi 23 avril à Liège, au Lycée de
Waha, boulevard de la Sauvenière à
17H30, pour l’inauguration d’une exposition sur la communauté de paix de San
José de Apartado en Colombie : intervention des élèves, exposition de travaux
réalisés en classe sur le thème des droits de
l’homme, verres de l’amitié.
Des garçons afro-colombiens des communautés de Jiguamiandó et
Curvaradó, août 2007. © SURIMAGES.IPA / Jorge Mata
10 Libertés ! Avril 2009
Le même jour, à 20h00, à l’ Espace Sauveniere, boulevard de la Sauvenière :
projection du film Jusqu’à la dernière pierre
de Juan Lozano, avec la participation du
Inauguration d’une exposition sur la
Colombie et d’un monument à la
mémoire des martyrs colombiens réalisé
par des élèves de la région liégeoise.
Le film sera suivi d’une mini-conférence
débat avec le réalisateur Juan Lozano,
Luis Guillermo Perez, secrétaire général
de la FIDH, Christine Bika, présidente
d’ Amnesty International Belgique francophone et Claudio Guthmann,
coordinateur Colombie à AIBF.
À travers ces animations, Amnesty Liège
compte sensibiliser l’opinion publique
locale sur la situation d’impunité qui
règne en Colombie et d’inviter chacun et
chacune à agir avec le mouvement afin
que la communauté internationale fasse
pression sur ce pays et obtienne une
amélioration de la situation des droits
humains dans cette partie du monde. e
Pour tout renseignement : 04 223 05 15.
FORMATION «USA ET DROITS
HUMAINS»
LES ÉTATS-UNIS RESPECTENT-ILS
Suite aux attentats du 11 septembre 2001 et au
déclenchement de la «guerre contre le terrorisme»,
les droits humains et les libertés fondamentales
n’ont pas été respectés aux États-Unis. Les droits
fondamentaux peuvent-ils être mis entre parenthèses au nom de la sécurité nationale ? Peut-on
parfois justifier l’usage de la torture ou de mauvais
traitements ? Les transferts de prisonniers par la
CIA peuvent-ils être justifiés ? Le nouveau président, Barack Obama, a ordonné la fermeture du
camp de Guantánamo, l’interdiction de la torture,
etc… Quatre mois après son investiture, nous ferons
un premier bilan de son action.
Alors que la peine de mort régresse dans le monde,
pourquoi y a-t-on encore recours aux États-Unis ?
Certaines catégories de personnes sont-elles
victimes de discriminations dans ce pays en raison
de leur orientation sexuelle, de leur appartenance
à des groupes ethniques ? Quelles actions Amnesty
entreprend-elle pour aider à faire respecter les
droits fondamentaux aux États-Unis ?
En participant à ce nouveau module le 16 mai de
10h00 à 15h00 à Bruxelles, vous pourrez obtenir
des réponses à ces questions. Pour vous y inscrire et
obtenir plus d’informations sur son contenu,
http://www.amnestyinternational.be/doc/article
13738.html
Voici la liste complète des autres formations à venir:
Découvrir et s’orienter au sein d’Amnesty
USA et droits humains
Mission et fonctionnement d’Amnesty
Homosexualités et droits humains (Namur)
Le rôle d’Amnesty dans la protection des réfugiés
Inscriptions et détails sur le contenu des modules :
http://www.amnesty.be/formations e
Renseignements : formations@aibf.be 02 538 81 77 (de préférence les mardi, jeudi et vendredi).
LA DICTÉE D’AMNESTY
Venez tester votre orthographe et gagnez un des
Le samedi 16 mai 2009 à 10h30 à l’Institut Ste
Ursule, avenue des Armures 39, 1190 Forest (Altitude 100)
En prévente : 4 e pour les 15-20 ans et 7 e pour les + de 20
ans, par virement au compte 001-2204386-40 avant le 13 mai.
Sur place : 5 et 8 e.
Réduction pour groupe sur demande
Informations : 02 687 27 84 ou AmnestyG8@gmail.com
Petite restauration possible sur place. e
Libertés ! Avril 2009 11
Ce sont aussi 80 groupes locaux qui, sur le terrain,
font un travail d’action et de sensibilisation aux
droits humains. Pour vous y joindre, contactez
votre régionale.
SECRÉTARIAT NATIONAL AIBF
Fax : 02 537 37 29
Easton Street 1, London WC1X ODW
00 44 207 413 5500
Kerkstraat 156, 2060 Antwerpen 6
03 271 16 16
chemin de la Terre Franche 13
010 61 37 73 – jpchenu@aibf.be
Le poste de coordinateur est vacant !
Pour des renseignements sur le profil requis avant
d’envoyer un CV, écrire à Antoine CAUDRON –
Amnesty International, rue Berckmans 9, 1060
Bruxelles ou envoyer un e-mail à acaudron@aibf.be
Nicole GROLET
av. Elisabeth 6, 6001 Marcinelle
071 43 78 40 – ngrolet@aibf.be
04 387 51 07 – jpablegny@yahoo.fr
Responsable de la gestion de la permanence –
C/O Bureau régional d’AI – rue Souverain Pont 11 –
4000 Liège –
04 223 05 15
bureaudeliege@aibf.be
Avenue de la Toison d’Or 26
084 31 51 31
dlibioulle@aibf.be
Romilly VAN GULCK
Rue Vivier Anon 8, 5140 Sombreffe
071 88 66 69
rvangulck@aibf.be
Rue Cheny 1, 7536 Vaulx
069 77 66 13 – 0499 13 57 25
mnoel@aibf.be
12 Libertés ! Avril 2009
IS AV ELIV ES . B E
B O N N ES
N O UV EL L ES
Dans tous les pays du monde, des gens sont libérés
grâce au travail des membres d’Amnesty. Des
témoignages émouvants nous parviennent des
prisonniers libérés ou de leur famille. Ils montrent
qu’une action de masse peut avoir des résultats
pour un meilleur respect des droits humains.
ABOLITION AU NOUVEAU-MEXIQUE
Le 18 mars dernier, le gouverneur du Nouveau-Mexique
(États-Unis) a promulgué une loi abolissant la peine de mort
dans son État. Le Nouveau-Mexique devient ainsi le 15e État
à ne plus appliquer la peine capitale dans le pays. Le gouverneur Richardson a déclaré qu’il en était venu à la
conclusion que la nature irréversible de la peine capitale en
faisait un châtiment indéfendable dans le cadre d’un
système de justice imparfait. «La réalité du système n’est pas
parfaite – loin s’en faut. C’est un système comportant des failles […]
Dans une société plaçant la vie et la liberté individuelles au-dessus
de toute autre valeur, au sein de laquelle la justice, et non pas la
vengeance, est l’unique principe guidant le système pénal, la possibilité d’une condamnation injuste et, que dieu nous en préserve, de
l’exécution d’un innocent est inacceptable d’un point de vue
humain.» e
OPPOSANT LIBÉRÉ
Appréhendé le 8 mars 2009 et inculpé de sédition et
d’espionnage, Halifa Sallah, un opposant de premier plan
en Gambie, a été relâché sans condition le 19 mars. Il avait
été arrêté en raison d’articles qu’il avait écrits pour Foroyaa
– le principal journal d’opposition – dans lesquels il affirmait
que des marabouts, accompagnés de militaires, de policiers et d’agents des services de renseignements, dont les
membres de la garde personnelle du président gambien
Yahya Jammeh, accusaient plusieurs personnalités
publiques d’être des sorciers. e
FONCTIONNAIRE LIBÉRÉ
Bernardin Mbandi, fonctionnaire à la retraite, a été libéré
le 14 mars 2009 après avoir été détenu par l’Agence nationale
de Renseignements (ANR). Cet homme, qui occupait un
poste influent pendant le mandat du président Mobutu
(1965-1997), avait été arrêté le 22 janvier à son domicile de
Kinshasa. Ses proches ont remercié les membres d’Amnesty
International pour tous les appels envoyés en sa faveur. e
FÉMINISTE KURDE RELÂCHÉE
L’étudiante kurde Hana Abdi, membre de la Campagne
pour l’Égalité, a été libérée de prison le jeudi 26 février
après environ 16 mois de détention. Elle avait été inculpée
d’«inimitié à l’égard de Dieu» et de «rassemblement et collusion dans
l’intention de porter atteinte à la sécurité nationale». Amnesty
International avait fait campagne pour obtenir la libération
de Hana Abdi, qu’elle considérait comme une prisonnière
d’opinion, estimant qu’elle était détenue uniquement pour
avoir exercé, sans violence, ses droits à la liberté d’expression
et d’association dans le cadre de son travail en faveur des
droits des femmes et de la minorité kurde en Iran. e
POUR RECEVOIR OU CONSULTER
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e 17 avril 2008, Raúl Hernández, militant en faveur des droits des indigènes, a
été arrêté et accusé à tort du meurtre
d’Alejandro Feliciano García le 1er janvier
2008. Quatre autres défenseurs des droits des
indigènes, Manuel Cruz, Orlando Manzanarez, Natalio Ortega et Romualdo Santiago,
avaient également été inculpés à tort de ce
meurtre. Ils avaient été accusés d’en être les
instigateurs parce qu’ils avaient participé à une
réunion de l’Organisation du peuple indigène
me’phaa (OPIM) le lendemain des faits. Les poursuites contre eux ont été abandonnées le 19 mars
2009, faute de preuves. Ils ont passé onze mois
Raúl Hernández, quant à lui, fait toujours l’objet
de poursuites. Celles-ci s’appuient sur les déclarations si semblables de deux témoins qu’on
peut penser qu’elles ont été préparées à l’avance.
D’autres éléments de preuve, comme les décla© AI
rations de témoins affirmant qu’il ne se trouvait
pas sur les lieux du meurtre lorsque celui-ci a été
Raúl Hernández comme un prisonnier d’opicommis, n’ont pas été prises en compte.
L’OPIM, fondée en 2002, a porté des cas de stéri- nion et estime que les poursuites engagées
lisation forcée et de viol d’indigènes me’phaa contre lui visent à sanctionner sa communauté
(tlapanèques) devant la Cour interaméricaine et à le punir en raison de son action, pourtant
des droits de l’homme, qui s’est prononcée en légitime, de défense des droits de cette
leur faveur. Amnesty International considère dernière. e
Lire aussi sur isavelives.be : http://www.isavelives.be/fr/node/3335
Le 17 avril 2008, Raúl Hernández, militant en faveur des droits des indigènes, a été arrêté et accusé
à tort du meurtre d’Alejandro Feliciano García le 1er janvier 2008. Les poursuites dont il fait l’objet
s’appuient sur les déclarations si semblables de deux témoins qu’on peut penser qu’elles ont été préparées à
l’avance. Les témoignages le disculpant n’ont pas été pris en compte. En tant que membre/sympathisant(e)
d’Amnesty International, qui considère Raúl Hernández comme un prisonnier d’opinion et estime que les
poursuites engagées contre lui visent à sanctionner sa communauté, je vous demande, Monsieur le Ministre,
de veiller à ce qu’une enquête exhaustive et impartiale soit menée sur le meurtre d’Alejandro Feliciano
García. En espérant que les militants de l’OPIM ne soient plus la cible de menaces, je vous prie, Monsieur le
Ministre, d’agréer l’expression de ma considération distinguée.
Signature : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Nom : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Adresse : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Minister of Interior, Fernando Gómez Mont, Secretaría de Gobernación
Bucareli 99, 1er. piso, Col. Cuauhtémoc, Del. México D.F., C.P.06600, Mexique
Fax : (+52 55) 5093 3414
Avenue Franklin. D. Roosevelt, 94, 1050 – Bruxelles (Ixelles)
E-mail : embamex@embamex.eu – Fax : 02 646 87 68
Libertés ! Avril 2009 13
GARDE À
e 28 septembre 2008, Engin Çeber,
multiples reprises par les gardiens de la
âgé de 29 ans, a été arrêté en compaprison au cours de la semaine qui a suivi. Le
gnie de trois autres membres de
7 octobre, Engin Çeber a été transporté à
l’Association pour les Droits et les Libertés,
l’hôpital, où il est mort trois jours plus
une organisation non gouvernementale,
tard. D’après le rapport d’autopsie, son
lors d’une conférence de presse organisée en
décès a été provoqué par des lésions traumasolidarité avec Ferhat Gerçek (voir Libertés!
tiques à la tête causées par des instruments
n°448 de novembre 2008). Douze jours plus
contondants. Le 14 octobre, le ministre turc
tard, il est mort. Les quatre manifestants,
de la Justice a reconnu que la mort d’Engin
dont Engin Çeber, ont dans un premier
Çeber pouvait résulter d’actes de torture et
temps été emmenés au poste de police d’Isa présenté des excuses à sa famille. Dans un
tinye. D’après leurs avocats, une fois sur
rapport, la Commission parlementaire des
place, des policiers leur ont donné des
Droits humains a conclu qu’il avait été
coups de pieds et des gifles, et leur ont
soumis à la torture à la prison de Metris.
piétiné la tête. Le 29 septembre, trois des
Soixante fonctionnaires sont actuellement
détenus, parmi lesquels Engin Çeber, ont
jugés pour leur implication dans la mort
été transférés à la prison de Metris à
d’Engin Çeber, tandis que 13 policiers,
Istanbul où ils auraient été roués de coups
4 gendarmes et 10 membres de l’administrapour avoir refusé de se déshabiller. Selon
tion pénitentiaire doivent répondre
leurs déclarations, ils ont été battus à de
d’accusations de torture. e
Lire aussi sur isavelives.be : http://www.isavelives.be/fr/node/3336
Le 28 septembre 2008, Engin Çeber, âgé de 29 ans, a été arrêté en
compagnie de trois autres membres de l’Association pour les Droits et les
Libertés, lors d’une conférence de presse organisée en solidarité avec Ferhat
Gerçek. Douze jours plus tard, il est mort. Le 14 octobre, le ministre de la Justice
a présenté des excuses à sa famille et, dans un rapport, la Commission
parlementaire des Droits humains a conclu qu’il avait été soumis à la torture à
la prison de Metris. En tant que membre/sympathisant(e) d’Amnesty
International, je demande que les responsables présumés de la mort d’Engin
Çeber soient jugés dans le cadre d’un procès équitable. En espérant que ma
requête ne restera pas sans suite, je vous prie, Monsieur le Ministre, d’agréer
Signature : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Nom : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Adalet Bakanlı ı
Fax : +90 3124193370
Fax : 02 514 07 48 – E-mail : info@turkey.be
Les cas exposés concernent des victimes de violations des droits humains dont s’occupe Amnesty International. Chaque appel compte.
Un texte (à écrire ou à photocopier) vous est proposé pour chaque cas. Dans l’intérêt des victimes, écrivez en termes mesurés et courtois aux adresses indiquées. Ces lignes sont lues partout dans le monde par les quelque 1800000 membres d'Amnesty International.
Elles sont reproduites dans de nombreux pays par des dizaines de journaux et constituent la clé de voûte de l'action du mouvement.
Lettres (jusqu’à 50 grammes)
Belgique: 0,59e; Europe: 0,90e; reste
du monde: 1,05e. La surtaxe aérienne
est incluse (étiquette requise).
DÉTENUS AU SECRET
tion illicite d’armes et de munitions. Cinq
inq anciens membres du Parti du
d’entre eux ont été condamnés à une peine
Progrès de Guinée-Équatoriale sont
de six ans d’emprisonnement. Une peine
maintenus au secret à Malabo dans
d’un an de prison a été prononcée contre
des conditions pouvant être assimilées à
Bonifacio Nguema, qui a été remis en
un traitement cruel. Gerardo Angüe
liberté en mars 2009.
Mangue, Bonifacio Nguema Ndong,
Aucun élément de preuve n’est venu corroCruz Obiang Ebele, Juan Ecomo Ndong,
borer les charges retenues contre eux et
Emiliano Esono Michá et Gumersindo
aucune arme n’a été retrouvée, ni sur eux
Ramírez Faustino ont été arrêtés arbitraini à leur domicile. Le rapporteur spécial
rement en mars et avril 2008. Cinq de ces
des Nations unies sur la torture leur a
six hommes ont été transférés du commisrendu visite en novembre 2008 et a fait
sariat central de Malabo à la prison de Black
part de sa préoccupation au sujet de leur
Beach avant le début du mois de juin.
détention au secret. Amnesty International
Gerardo Angüe est détenu à Black Beach
craint que la plupart de ces hommes
depuis son arrestation. Ils ont dû signer
n’aient été torturés alors qu’ils étaient
des déclarations sous la contrainte, puis
détenus dans l’attente de leur procès. Ils
ont été inculpés. Quelques jours avant leur
auraient, entre autres, reçu des décharges
procès, ils ont pu s’entretenir avec des
électriques, été roués de coups et suspendus
avocats. Entre les 17 et 19 juin 2008, ils ont
au plafond. e
été jugés et déclarés coupables de détenLire aussi sur isavelives.be : http://www.isavelives.be/fr/node/3337
14 Libertés ! Avril 2009
Arrêtés arbitrairement en mars et avril 2008, Gerardo Angüe Mangue,
Bonifacio Nguema Ndong, Cruz Obiang Ebele, Juan Ecomo Ndong, Emiliano
Esono Michá et Gumersindo Ramírez Faustino, cinq anciens membres du Parti
du Progrès de Guinée-Équatoriale sont maintenus au secret à Malabo dans des
conditions pouvant être assimilées à un traitement cruel. En tant que
membre/sympathisant(e) d’Amnesty International, je vous demande, Excellence,
de vous engager à faire libérer ces cinq hommes, immédiatement et sans
condition, de veiller à ce que, d’ici à leur libération, ils soient traités avec
humanité, que les allégations de torture fassent l’objet d’une enquête et que les
auteurs présumés soient déférés à la justice. Je vous prie, Excellence, d’agréer
General Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, Presidente de la República,
Gabinete del Presidente de la República, Malabo, Guinée-Équatoriale
Fax : +240 09 3313/3334
Ambassade de la République de Guinée-Équatoriale
Place Guy d’Arezzo, 6, 1180 Bruxelles (Uccle)
E-mail : guineaaecutorial.brux@skynet.be – Fax : 02 672 55 98
DES MILLIARDS EN
Les êtres humains sont-ils si
qu’ils jugent
Dans cette comédie romantique,
LaBute sonde
de manière cinglante notre
société obsédée
par les corps
jeunes, séduisants et parfaitement proportionnés.
Tom, jeune cadre séduisant, rencontre Helen,
une femme qui pourrait s’avérer être son âme
soeur. Helen est pétillante, intelligente, sexy,
mais très forte. Alors qu’il se voit à contrecœur tomber amoureux d’elle, ses collègues de
travail, Carter et Jeannie, sont atterrés par son
choix et brutalement cruels dans leur jugement envers sa nouvelle amie. Tom suivra-t-il
son coeur et des sentiments qu’il n’a jamais
ressentis auparavant, ou succombera-t-il à sa
faiblesse? L’amour a-t-il besoin de l’approbation
de la société pour être entier ? Alors qu’il
l’aime profondément, il est gêné d’être vu en
public avec elle et n’ose pas la présenter à ses
Né en 1963 à Detroit, Neil LaBute est aujourd’hui auteur dramatique, scénariste, metteur
en scène et réalisateur. Il étudie d’abord le
théâtre à l’Université du Kansas où l’une de ses
pièces, Filthy Talk for Troubled Times, évoquant les
agressions homosexuelles, suscite déjà de vives
réactions. Pour le cinéma, Neil LaBute tourne,
en 1997, son premier long-métrage In the
Company of men qui lui vaut le trophée des
réalisateurs à Sundance et le Prix spécial du
jury à Deauville. Un an plus tard il réalise Your
friends and neighbours, et en 2000 il réalise sur
commande, sans en écrire le scénario, Nurse
Betty, et obtient son plus grand succès commercial avec cette histoire mêlant le romantisme
naïf à la violence la plus crue. Puis vient Possession en 2002, basé sur l’adaptation d’une
nouvelle de A. S. Byatt. Il réalise, en 2003, sa
propre adaptation cinématographique de The
Shape of things puis The Wicker man en 2006.
Neil LaBute, en qui la critique reconnaît «le
premier dramaturge, depuis David Mamet
et Sam Sheppard - avec Edward Albee -, qui
parvient à mêler sympathie et férocité, pathos
et pouvoir», a rapidement acquis une solide
réputation qui le place parmi les plus grands.
Avec intelligence et humour, Neil LaBute n’a
pas son pareil pour captiver son public en le
confrontant violemment à lui-même.
Création francophone, mise en scène de
Thierry Lavat. e
Du 25 avril au 30 mai 2009 à 20h30 (relâche les dimanches et lundis).
Bois de la Cambre, 1A Chemin du Gymnase - 1000
Bruxelles – Réservations : 02 649 17 27 ou reservation@poche.be
utrefois décrit comme un scandale géologique, le
Katanga est une des plus riches régions minières du
Congo et du monde. Fer, cobalt, cuivre, germanium, étain, uranium, or et zinc y abondent et suscitent
d’âpres convoitises. Sous Mobutu, la province a été la vache
à lait du despote, jusqu’à s’écrouler sous le poids des dettes
et de l’absence d’investissements. Exsangues, fantomatiques,
les grandes installations industrielles du passé ont un besoin urgent de capitaux. Thierry Michel filme cette
ruée vers l’Eldorado en s’attachant aux pas des puissants comme en relayant les doléances des sans-grade. Industriels, politiques et investisseurs rivalisent de propos ambitieux sur le potentiel de la région alors que les creuseurs
locaux continuent de piocher les minerais en s’éclairant à la bougie et que les ouvriers tentent la grève pour
obtenir un salaire décent. De tous les personnages appelés à façonner le destin de la région, Moïse Katumbi
est sans conteste le plus fascinant. Venu du monde des affaires, il est le premier gouverneur démocratiquement
élu du Katanga et le président du club de foot champion de première division. Débordant d’ambitions, il se
présente comme un chevalier blanc anti-corruption soucieux de préserver les intérêts de son pays et de sa région.
Populaire, il peut aussi allègrement tirer sur la corde populiste. Il faut le voir en visite dans une usine où il arrive
à calmer les ardeurs des ouvriers tout en flattant la direction. Sur les plateaux du Katanga, les acteurs de la
mondialisations plongent dans un jeu de stratégie grandeur nature. Des minerais et des hommes, on sait qui
pèse le plus lourd. e Gilles Bechet
Katanga Business, Thierry Michel, sortie nationale le 1er avril
10 X 2 places sont offertes aux membres d’Amnesty et lecteurs de Libertés! Ces places sont valables dans tous
les cinémas de Wallonie et de Bruxelles projetant Katanga Business, sur simple présentation d’un carton d’invitation. Pour obtenir ce dernier, il suffit d’envoyer un courriel à libertes@aibf.be avec la mention «Katanga
Business».
HÉROS DE MEXICO
ans les vapeurs de colle qu’il sniffe au fond d’une station-service désaffectée, Jorge voit le monde comme un terrain d’aventure à la mesure de son
imagination débridée. Dehors, il est juste un gosse de treize ans qui se
débrouille dans le chaos de Mexico. Tiraillé entre sa bande de potes, une mère à la
dérive, un soi-disant oncle et le fantôme de son père, il vit au jour le jour. Dans les
quartiers huppés, Marcos a tout pour être heureux. Directeur d’une station de
radio, il a une belle maison, une femme, une maîtresse et un fiston qui étrenne la
nouvelle carabine de papa en faisant des cartons sur les pauvres du voisinage.
Histoire de faire mousser son audience, Marcos lance un concours d’enfant héros avec
un million de pesos et une rencontre avec le pape à la clé. Un gros lot qui vaut bien
quelques sacrifices. Multipliant les points de vues et les personnages, Enrique
Serna croque un portrait exubérant et grinçant de la capitale mexicaine. Maîtrisant parfaitement son écriture,
il teinte sa critique sociale d’un humour féroce. Plongeant avec délectation dans l’imaginaire de ses personnages, il ramène dans ses filets toutes les frustrations, l’hypocrisie, les rêves, la méchanceté ou l’indifférence
d’une société profondément inégalitaire et corrompue. Au fil d’un récit débridé, il mène le lecteur là où il ne
s’y attend pas et là où brûle la flamme de l’insoumission. e G.B.
Enrique Serna, Quand je serai roi, Éditions Métailié, 272 pages, 18 e
SAUVÉ PAR JOYCE
n 1988, un universitaire anglais, John Casey rencontre dans un restaurant
de Mandalay, un jeune serveur qui va éveiller sa curiosité. Celui-ci, Pascal
Khoo Thwe, étudiant en lettres anglaises à l’université, est un lecteur fervent
de James Joyce. Leur relation sera chaleureuse mais brève car, quelques mois plus tard,
le jeune homme doit abandonner ses études. C’est la répression sanglante des manifestations étudiantes contre le régime autoritaire birman. Originaire de la région des
Padoung (le pays des femmes-girafes), une ethnie animiste convertie au catholicisme, le jeune homme va bientôt découvrir qu’il a le droit de contester et le devoir
de réfléchir, car jusqu’alors «la pensée autonome (lui) paraissait un péché». Il doit
fuir et trouve refuge parmi les rebelles Karen à la frontière de la Thaïlande. Et c’est
de la jungle qu’il va lancer, comme une bouteille à la mer, une lettre à cet Anglais qui l’avait si bien écouté.
Contre toute attente, la lettre va lui parvenir et John Casey mettra tout en œuvre pour organiser l’évasion de
Pascal. Contre toute attente aussi, il va non seulement y réussir mais aussi l’installer à Cambridge et l’initier
à la vie universitaire occidentale. C’est ainsi que, Pascal Khoo Twhe commencera à écrire des morceaux de sa
vie et nous donner finalement cette magnifique et poignante «Odyssée birmane», un témoignage d’autant plus
précieux que rien ou très peu ne sort de ce pays depuis des décennies. e Suzanne Welles
Pascal Khoo Thwe, Une Odyssée birmane, Gallimard «Témoins», 416 p., 26 e
Libertés ! Avril 2009 15
Libertes ! Avril 2009 n° 453
Le dossier est consacre au Soudan, apres le mandat d’arret delivre par la CPI contre le president el-Bechir, un pays qui ne parvient pas a surmonter les clivages entre «Afro-arabes» et «Africains», musulmans et non musulmans, arabophones et non arabophones. D’autres articles sont consacres a l’Irlande du Nord et a la France. Les 3 Lettres du Mois sont consacrees au Mexique, a la Turquie et a la Guinee-Equatoriale, a trouver egalement sur http://www.isavelives.be/leslettresdumois