Source: https://issuu.com/tv-sante/docs/depression
Timestamp: 2016-12-09 13:50:25+00:00
Document Index: 249082190

Matched Legal Cases: ['arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ']

La dépression by bertrand demangeon - issuu
Conception et réalisation graphiques : CLM BBDO - Réf. Inpes : 330-07436-L
Ce guide a été réalisé avec le concours de :
e que je voudrais dire à celui ou celle qui
jamais perdre de vue l’idée : on peut en ressortir. »
DÉPRIME OU DÉPRESSION :
• Le risque de suicide
• Les médicaments antidépresseurs
47 OÙ ET QUI CONSULTER
58 ÷
Qui consulter pour un diagnostic de la dépression ?
à la dépression d’un proche ?
dans son soutien ?
et accepter d’être aidé
R÷ epérer les signes précurseurs
de soin complémentaires
LA DÉPRESSION - EN SAVOIR PLUS POUR EN SORTIR
Déprime ou
Voilà une question difficile à poser. À se poser ? On est
fatigué, on n’éprouve plus de plaisir, on est triste…
mais pas triste comme d’habitude, non, ça n’a rien
à voir avec un « coup de déprime »… On se sent coupé
de tout et c’est tellement plus douloureux…
Si vous vous posez la question (à propos de vous-même
ou d’un de vos proches) ou si simplement vous voulez
en savoir plus sur cette maladie, lisez ce chapitre.
Vous y apprendrez que la dépression est une maladie
qui peut prendre plusieurs formes et toucher chacun
Vous y apprendrez également quels sont les principaux
symptômes de cette maladie.
Parce qu’apprendre à repérer ces symptômes
(chez soi ou chez un proche), c’est un premier pas
pour agir contre la maladie.
LA DÉPRESSION, CE N’EST PAS UN « MAL-ÊTRE »
EXISTENTIEL, NI UN « COUP DE DÉPRIME »
À l’intérieur de cette large palette d’émotions, la tristesse, le découragement et le désespoir représentent des expériences humaines
• que ces perturbations de l’humeur soient multiples et bien
caractérisées ;
qu’elles se manifestent de façon (quasi) permanente pendant
une période supérieure à deux semaines ;
qu’elles entraînent une gêne importante dans un ou plusieurs
domaines de la vie quotidienne (difficulté ou incapacité de se lever,
d’aller à son travail, de sortir faire ses courses…).
LA DÉPRESSION, C’EST UNE MALADIE QUI ENTRAÎNE
SOUFFRANCES ET GÊNES
Nous pouvons avoir l’impression de connaître cette maladie sans
pour autant en avoir jamais été atteint. L’explication est simple :
parmi la large gamme d’émotions et de sensations que nous éprouvons au cours de notre vie, certaines sont très douloureuses. Nous
en concluons hâtivement qu’être dépressif consiste à ressentir plus
fortement et plus longtemps de telles souffrances. Et cela nous
incite à croire que nous pouvons facilement comprendre ce que vit
une personne souffrant de dépression.
Mais la réalité est différente. En effet, avant leur entrée dans cette
maladie, les personnes souffrant de dépression ressentaient elles
La dépression est l’une des maladies psychiques les plus
répandues. Selon une enquête réalisée en 2005* par l’Inpes :
• 8 % des Français de 15 à 75 ans (soit près de 3 millions de
personnes) ont vécu une dépression au cours des douze mois
précédant l’enquête ;
• 19 % des Français de 15 à 75 ans (soit près de 8 millions
de personnes) ont vécu ou vivront une dépression au cours
La dépression est une maladie qui semble toucher davantage les
femmes : environ deux fois plus de femmes sont diagnostiquées
comme souffrant de dépression.
aussi un large éventail d’émotions, agréables ou douloureuses.
Or toutes ces personnes disent que leur état au cours de la
dépression est très différent de tout ce qu’elles pouvaient avoir
Les émotions qu’elles éprouvent, les idées qui les traversent sont
impregnées d’une souffrance morale permanente, plus
insupportable que toute autre souffrance déjà endurée. Autre
différence avec les émotions habituelles de la vie, les personnes
ont l’impression d’être coupées de leur entourage.
sont définis p. 84
L’état dépressif se caractérise par un changement profond (une
véritable rupture) par rapport au fonctionnement habituel. Trois éléments principaux sont typiques de cet état :
• une tristesse inhabituelle, différente d’après les personnes qui
souffrent de dépression de la tristesse normale (cette tristesse est
particulièrement intense, elle n’est pas « directement » reliée à une
cause, rien ne l’apaise, elle se mêle d’angoisse et d’un sentiment de
« fatalité ») ;
• une perte d’intérêt et de plaisir qui touche tous les domaines
• une association de plusieurs symptômes durables qui
entravent douloureusement la vie quotidienne.
La dépression est une maladie qui peut toucher chacun
d’entre nous (quels que soient son âge, son sexe, son
niveau social…). Contrairement à certaines idées reçues, elle
ne relève ni d’une « fatalité », ni d’une faiblesse de caractère.
La volonté seule ne suffit pas pour en sortir,
notamment parce que la maladie provoque un sentiment de
La dépression entraîne un « ralentissement » dans tous les registres
de la vie quotidienne : vie affective, fonctionnement intellectuel, forme
Ce « ralentissement » se décline en multiples symptômes qui
persistent pendant une longue durée (au-delà de quinze jours).
La liste ci-dessous peut vous aider à repérer certains de ces
symptômes, sachant qu’une même personne peut ne pas les
ressentir tous.
Fatigue : même sans avoir fait d’efforts particuliers, la personne
éprouve en permanence une sensation de manque d’énergie. Cette
sensation omniprésente vient s’ajouter au découragement et à la
douleur physique et morale. Une des caractéristiques de cette
fatigue dépressive est que ni le repos ni le sommeil ne l’atténuent.
Ralentissement général : la dépression ralentit tous les gestes ;
il faut donc plus de temps pour accomplir les tâches habituelles. On
n’a pas la force. Les émotions, les pensées et les actions sont
comme « engluées » par la maladie. Les mouvements du visage
sont diminués, il en ressort une impression d’inexpressivité qui peut
laisser croire à de l’indifférence. La parole est lente, traînante. La
personne a le sentiment de ne plus être capable de réagir. Certaines
fonctions du corps, comme la digestion, sont également ralenties.
Bertrand, informaticien, 32 ans
« Quand je suis comme ça, je suis complètement
amorphe. Je peux rester immobile pendant des
heures. En général, je suis scotché devant la télé
sans même suivre ce qui s’y passe. Je ne peux plus
rien faire, j’ai des boules d’angoisse terribles.
Et puis un sentiment de néant. Incapable de bouger.
Incapable de faire quoi que ce soit. »
Anxiété, troubles anxieux, dépression :
à bien distinguer
L’anxiété est une émotion proche de la peur, qui existe chez
tout être humain. Elle correspond à une nécessité permanente
de s’adapter aux problèmes de la vie (anxiété dite « adaptative »)
et aux interrogations que chaque individu porte sur le monde
(anxiété dite « existentielle »). Ces deux formes d’anxiété sont
humaines. L’anxiété peut cependant devenir une maladie qui
associe différents symptômes (psychologiques, physiques,
comportementaux) et entraîne une souffrance et une gêne
importantes dans la vie quotidienne.
On parle alors de troubles anxieux. Ce terme regroupe
l’ensemble des troubles mentaux dans lesquels existent des
peurs irrationnelles et invalidantes (c’est-à-dire sources de
gênes). Ces peurs peuvent être :
• des phobies : peurs déclenchées par des objets ou des
situations inoffensifs et extérieurs à la personne (par exemple,
la phobie de la foule ou de l’ascenseur) ;
• des obsessions : peurs issues des idées de la personne,
dont elle mesure pourtant elle-même le caractère absurde
(par exemple, l’obsession des microbes ou de la saleté, du
parfait alignement des tableaux sur un mur, de la vérification
incessante de la fermeture des robinets…) ;
• la panique : peur extrême, qui « jaillit » brutalement, sans
facteur extérieur déclenchant, avec parfois l’impression que
la mort est proche ;
• l’anxiété généralisée : elle correspond à un souci
permanent, excessif et invalidant.
La dépression et les troubles anxieux sont deux
maladies psychiques différentes, même si elles peuvent
avoir des symptômes similaires (comme la difficulté à dormir,
à s’alimenter et à réfléchir) et si certains signes d’anxiété
peuvent être présents en cas de dépression. Cette
distinction est particulièrement importante à faire dans
la mesure où les traitements médicamenteux
et psychologiques peuvent différer.
Tristesse intense : dans la dépression, la tristesse est particulièrement douloureuse, incompréhensible et envahissante, souvent
accompagnée de pleurs sans motif et d’un sentiment de désespoir.
Incapacité à éprouver du plaisir : chez les personnes souffrant
de dépression, les petits plaisirs de la vie (écouter de la musique, voir
ses amis, lire son journal…) disparaissent. Tout paraît égal, terne,
sans intérêt. La vie a perdu tout sens, tout goût, toute couleur.
Hypersensibilité émotionnelle : les personnes souffrant de dépression réagissent avec une grande sensibilité aux situations de la vie
quotidienne (comme s’il manquait un « espace d’amortissement »
entre elles et leur environnement). En même temps, elles peuvent avoir
l’impression d’être vides, de ne plus éprouver d’émotions. C’est
comme si elles étaient à la fois « anesthésiées » et hypersensibles.
Impressions d’abandon, d’inutilité, de solitude : ces impressions cohabitent avec le sentiment de ne pas être aimé des autres,
de n’avoir rien à dire qui puisse les intéresser.
Anxiété : les troubles anxieux et la dépression renvoient à deux
maladies différentes (voir encadré ci-contre). Néanmoins, l’anxiété
est un symptôme fréquent en cas de dépression. Cette peur sans
cause évidente s’exprime aussi bien dans le corps (« boule » dans
la gorge, gêne pour respirer, douleurs diverses, notamment dans le
ventre) que dans la tête (peur « flottante », ruminations, sentiment
de catastrophe imminente).
Stéphanie, étudiante, 24 ans
« J’étais perdue, je n’arrivais plus à réfléchir.
Quand je voulais me faire du thé, je ne savais pas
s’il fallait que je commence d’abord à sortir une
casserole ou à faire couler l’eau. J’étais perdue,
je n’avais plus de logique. »
La dépression est la première cause de suicide : près de
70 % des personnes qui décèdent par suicide souffraient d’une
dépression, le plus souvent non diagnostiquée ou non traitée.
Les idées de suicide sont fréquentes dans la dépression (elles
font d’ailleurs partie des symptômes de la maladie), elles
méritent dans tous les cas d’être signalées à un
professionnel de santé afin d’en parler et de les désamorcer.
• les personnes suicidaires ne veulent pas nécessairement
mourir mais souhaitent plutôt mettre fin à une souffrance
devenue insupportable ;
• l’immense majorité des personnes en proie à des idées de
suicide ne feront pas de tentative ;
La crise suicidaire est une période critique, marquée par
un envahissement des émotions, par de grandes difficultés
pour se concentrer, par le sentiment profond d’avoir tout
essayé et que rien ne marche pour être soulagé. Le vécu
d’impuissance est majeur. Cette crise suit souvent un
processus qui comporte plusieurs « stades » ou « paliers » :
la personne a d’abord des « flashs » (visions brèves qui
donnent l’impression de devenir fou), puis des idées de suicide
plus ou moins fréquentes et intenses contre lesquelles elle va
lutter mais qui peuvent éventuellement l’envahir ; elle risque
alors de passer aux stades de l’intention (prise de décision), de
la planification (recherche du moyen, du lieu, des circonstances
et du moment) et de la mise en œuvre de son suicide.
Ce processus n’est cependant jamais inéluctable,
il peut être arrêté à tout moment. C’est pourquoi,
répétons-le, il est primordial d’en parler à un professionnel
de santé. Il est possible de se rendre à toute heure du jour
ou de la nuit aux urgences de l’hôpital le plus proche,
dans un Centre d’accueil et de crise (voir p. 54) ou encore
d’appeler un centre d’appel spécialisé (voir p. 87-88).
Ralentissement intellectuel : en cas de dépression, il devient
difficile de réfléchir, de trouver les mots, de parler avec fluidité. On
a l’impression d’avoir la tête vide, que le monde est devenu trop
compliqué, qu’on ne saura pas s’y adapter, y faire face. Il faut faire
un effort très important pour accomplir des tâches qui, jusqu’alors,
s’effectuaient naturellement, sans y penser.
Diminution de l’attention, de la concentration et de la
mémoire : fixer son attention, ne pas se laisser distraire, retenir ce qu’on vient de lire… ces tâches deviennent très difficiles
à accomplir lorsque l’on souffre de dépression.
Dévalorisation de soi et culpabilité : la personne qui souffre de
dépression ne se sent bonne à rien ; elle se pense sans valeur ; elle
s’accuse d’être responsable des événements pénibles qu’elle vit
et des émotions désagréables qu’elle ressent. Cette impression lui
paraît tellement définitive qu’il lui est difficile de demander de l’aide
et de croire qu’un traitement peut changer quelque chose.
Pensées négatives : la personne analyse les événements de sa
vie et les opinions des autres sous un angle systématiquement
négatif. Ce pessimisme permanent retentit sur les proches et peut
Pensées autour de la mort (la sienne, celle de ses proches ou
la mort en général) : liées au sentiment d’inutilité et à la perte
de plaisir déjà décrits, ces idées noires sont en fait « fabriquées »
par la dépression et disparaissent à la guérison de la maladie.
Les idées de suicide méritent dans tous les cas d’être signalées
à un professionnel de santé (voir encadré ci-contre).
Dégradation du sommeil : le sommeil est souvent mauvais,
moins profond, très court et peu réparateur. Le petit matin est souvent marqué par un réveil précoce, avec impossibilité de se rendormir et une grande souffrance morale. Dans d’autres cas, le
sommeil est en excès ; on parle de « sommeil refuge », comme si
celui-ci correspondait à un besoin de « fuir ». Mais ce trop-plein de
sommeil est insatisfaisant et plutôt abrutissant.
Altération de l’appétit : l’appétit est le plus souvent diminué
(les aliments semblent sans goût, l’assiette paraît trop remplie).
La préparation des repas devient une corvée, leurs horaires se font
irréguliers, leur composition déséquilibrée. La perte de poids est
souvent un signe important pour établir le diagnostic de dépression.
À l’inverse, on observe parfois une augmentation de la prise
d’aliments (surtout sucrés) pouvant conduire à une prise de poids.
Problèmes sexuels : la sexualité est une fonction à la fois très
biologique et très relationnelle. Ces deux dimensions étant très
perturbées dans la dépression, il est logique que la vie sexuelle soit
affectée. Le désir sexuel de la personne peut disparaître, son plaisir
s’estomper. La réalisation de l’acte sexuel devient alors difficile.
En conséquence, le conjoint a parfois l’impression d’être délaissé,
ce qui accentue la tension dans la vie de couple.
Symptômes physiques : la dépression peut s’accompagner de
douleurs (maux de tête, souffrances dans les articulations, problèmes
digestifs…) et de dérèglements de certains indicateurs ou fonctions
du corps (tension artérielle, perturbation ou interruption des règles…).
Les conséquences de ces symptômes dépressifs sur
le fonctionnement quotidien de la personne sont considérables.
Toutes les relations sont affectées : au sein du couple et de la
famille, avec les amis, dans le milieu professionnel.
Pourtant, même si les symptômes sont bien présents, la personne
qui souffre de dépression a souvent du mal à les repérer.
Le principal obstacle à leur repérage réside dans la difficulté à juger
par soi-même de son état psychologique. Une autre raison tient
au fait de considérer ces symptômes comme normaux, en les
attribuant à une difficulté momentanée de la vie. L’évaluation par
un professionnel de santé est donc indispensable. Si vous
vous posez des questions, si vous pensez avoir repéré plusieurs
de ces symptômes, chez vous ou chez un de vos proches, la liste
de questions (p. 25-27) peut vous aider à faire plus précisément
le point avant d’aller consulter un médecin.
L’ÉPISODE DÉPRESSIF CARACTÉRISÉ :
LA FORME LA PLUS FRÉQUENTE
La dépression se manifeste le plus souvent sous forme d’épisode(s) :
on parle alors d’épisode dépressif caractérisé (ou d’épisode
• quand l’épisode dépressif dure suffisamment longtemps (plus de
quinze jours) ;
• quand, durant cette période, chaque jour ou presque, et
pendant la plus grande partie de la journée, la personne dépressive se sent triste, sans espoir ou a perdu ses centres d’intérêt ;
• quand cet état de souffrance profonde est associé à de nombreux
autres symptômes décrits plus haut (au moins 4), qui ont des
répercussions au niveau affectif, social, professionnel ou dans
d’autres domaines importants de la vie.
L’épisode dépressif peut être
plus ou moins sévère
En fonction du nombre et de l’intensité des symptômes, la dépression sera plus ou moins sévère, la vie quotidienne plus ou moins
perturbée. Lors des épisodes les plus graves, tous les types de
symptômes sont présents et leurs effets dans la vie de tous les
jours sont considérables. Les incapacités et les perturbations
relationnelles, professionnelles et sociales sont nombreuses. Dans
les cas extrêmes, la personne ne parvient plus à prendre soin
d’elle-même (se nourrir, s’habiller seule, conserver un minimum
d’hygiène personnelle…) ou peut tenter de mettre fin à ses jours.
L’épisode dépressif peut être associé à
certaines périodes de la vie ou de l’année
Saisons : l’épisode dépressif peut survenir régulièrement à des
moments bien particuliers de l’année, apparaître par exemple
chaque hiver pour disparaître au printemps. On parle alors d’épisodes de type saisonnier. Cette forme est cependant assez rare.
Maternité : c’est une période à risque. L’épisode dépressif après
l’accouchement (épisode dépressif du post-partum) ne doit
pas être confondu avec le baby blues. Ce dernier est un moment
de doute passager, facilement surmontable, qui se caractérise par
le sentiment d’être débordée, de ne pas comprendre les demandes de son bébé. Il se manifeste chez de nombreuses femmes
(près de 50 % des accouchées) quelques jours après l’accouchement. L’épisode dépressif du post-partum est, lui, une véritable
dépression qui répond à tous les critères de la maladie (durée,
symptômes, conséquences) et qui débute dans le mois qui suit
Deuil : au cours des semaines qui suivent la perte d’un être cher, il
est courant de ressentir des symptômes dépressifs. Ceux-ci font
partie du processus normal de deuil. On peut avoir recours à un
professionnel de santé ou à toute autre personne pour en parler et
« atténuer » la douleur du deuil. Mais le recours au professionnel de
santé pour une prise en charge spécifique devient absolument
nécessaire si les symptômes persistent sur une longue période
(plus de deux mois) ou sont particulièrement « envahissants ».
Les caractéristiques de l’épisode dépressif
peuvent varier en fonction de l’âge
Enfants et adolescents : la plupart des caractéristiques de la
dépression de l’adulte se retrouvent chez l’enfant et chez
l’adolescent. Néanmoins, certains symptômes dépressifs peuvent
être spécifiques à ces tranches d’âge.
• Chez l’enfant, la dépression peut se manifester à travers des comportements de retrait, d’absence ou – au contraire – d’irritabilité,
d’agitation. Seule une écoute attentive et avertie de l’enfant par un
professionnel pourra la mettre en évidence.
• Chez l’adolescent, la dépression peut se manifester au travers de
comportements nuisibles pour leur santé : abus d’alcool, de drogues, de médicaments (anxiolytiques, hypnotiques), états d’agitation, violence verbale ou indifférence apparente. Les traitements
de la dépression de l’enfant et de l’adolescent sont spécifiques et
ne sont pas abordés dans ce livret1.
Personnes âgées : la dépression (et le risque suicidaire)
n’épargnent pas les personnes âgées, bien au contraire.
Les symptômes de la maladie sont très semblables chez elles
à ceux qu’on peut trouver chez les adultes plus jeunes mais
la reconnaissance de la maladie peut être plus difficile à faire,
en raison de la diminution de l’activité physique (et parfois
intellectuelle). Pourtant, le fait d’être triste ou pessimiste ne doit
pas être considéré comme normal lorsque l’on est âgé. Le traitement est aussi nécessaire et efficace à cette période de la vie que
plus tôt. Il est donc nécessaire de se faire soigner.
1 La prévention de la santé mentale des enfants est abordée dans la brochure J’ai des soucis dans la tête – Et si on en
parlait ensemble ? (brochure illustrée à destination des 3-11 ans et de leurs familles, éditée par l’association Sparadrap,
3 €, commande possible sur www.sparadrap.org).
La dépression chez les adolescents est abordée dans plusieurs ouvrages, dont celui de Philippe Jeammet, Réponses
à 100 questions sur l'adolescence, Paris, Éditions Solar, 2002, 272 pages, 18 €.
Gratuit et anonyme, Fil Santé Jeunes (0800 235 236) permet aux jeunes comme aux adultes de poser les questions
qu’ils souhaitent. Des médecins et des psychologues y répondront.
La durée de l’épisode dépressif est variable
Elle peut aller de quelques semaines à plusieurs mois, voire
plusieurs années. La plupart des épisodes dépressifs durent moins
Une guérison est possible,mais le risque de
réapparition des symptômes est important
Une guérison totale (disparition de tous les symptômes) et durable
est possible. Mais le risque de réapparition de la maladie après
guérison totale est très important (dans plus de 50 % des cas). La
réapparition des symptômes peut intervenir soit longtemps après le
premier épisode, à l’issue d’une rémission (interruption) totale de
plusieurs années, soit plus régulièrement, avec une rémission partielle entre les épisodes.
Dans certains cas, les périodes de rémission entre les épisodes
peuvent devenir de plus en plus courtes. Cependant, lorsque la
personne bénéficie de traitements et d’un suivi adéquats, le risque
de réapparition des symptômes et la souffrance sont largement
diminués. D’où l’intérêt d’une prise en charge précoce
Nicole, mère au foyer, 44 ans
« J’avais mal au ventre, à la tête, je ne pouvais plus
manger. Je ne pouvais plus sortir dans la rue, je ne
pouvais parler à personne, je haïssais tout le monde,
même mes enfants. »
Dans certains cas, la période dépressive s’étend sur plusieurs
années. On parle alors de dépression chronique ou, lorsque les
symptômes sont un peu moins nombreux et un peu moins intenses,
de dysthymie. Les personnes souffrant de dysthymie se décrivent
comme tristes en permanence. Les symptômes les plus fréquents
sont : une diminution d’intérêt et de plaisir qui provoquent une
gêne ou un handicap dans la vie quotidienne ; des sentiments d’insuffisance, d’impuissance, de culpabilité ou des ruminations à propos du passé ; de l’irritation ou des colères excessives.
La personne souffrant de dysthymie peut avoir tendance à s’effacer,
à se retirer des activités sociales ; au travail, elle peut présenter
une diminution d’activité, d’efficacité et de productivité.
Avec les années, ces troubles deviennent comme partie intégrante
de sa vie ou de sa personnalité. Elle dit : « J’ai toujours été comme
ça », « Je suis comme ça ». Les professionnels de santé et les proches de cette personne courent aussi le risque d’être victimes de
cette confusion entre fonctionnement habituel et dysthymie.
Cette maladie commence souvent de façon discrète et précoce
(enfance, adolescence ou début de la vie adulte). Sa sévérité risque
de s’accroître avec les années si elle n’est pas traitée.
LES TROUBLES BIPOLAIRES : UNE FORME
QUI ALTERNE DÉPRESSION ET SUREXCITATION
Des épisodes dépressifs peuvent aussi survenir dans le cadre d’un
« trouble de l’humeur » appelé trouble bipolaire (ou maladie
maniacodépressive). Dans ce cadre, l’épisode dépressif peut
précéder ou suivre un « épisode maniaque », période de surexcitation et d’euphorie excessive qui est une forme « inversée »
Au cours d’un tel épisode, le ralentissement dépressif est remplacé
par de l’excitation et de l’agitation, le pessimisme et la tristesse font
place à un optimisme irréaliste et une familiarité déplacée.
La personne est envahie par un besoin excessif de parler, de bouger.
Elle ne ressent plus le besoin de dormir et peut dans certains cas
avoir des idées délirantes (par exemple, qu’elle est invincible,
qu’elle a des pouvoirs extraordinaires…). Cet état provoque des
conduites insouciantes ou irresponsables (par exemple des dépenses délirantes), des attitudes déplacées susceptibles d’entraîner
des dégâts considérables pouvant persister même après la
L’épisode maniaque n’est pas à prendre à la légère : c’est une
« urgence psychiatrique », en raison des risques que la personne
fait courir à elle-même et parfois aux autres. La personne peut par
exemple être mise temporairement sous sauvegarde de justice, afin
de la protéger des actes inconsidérés qu’elle pourrait commettre.
Quels peuvent être
les troubles associés ?
La dépression peut avoir des liens avec d’autres maladies,
psychologiques ou physiques. Il peut notamment s’agir :
• de troubles anxieux (voir encadré p. 10) : on considère
généralement que l’existence d’un trouble anxieux précédant
ou associé à la dépression accroît la sévérité de la
dépression, ainsi que son risque de survenue ;
• d’alcoolisme, de dépendance à certains médicaments
(anxiolytiques ou hypnotiques) ou d’abus de substances
psychotropes (cannabis, ecstasy, cocaïne…) : les personnes
souffrant de dépression peuvent être tentées d’abuser de ces
substances pour apaiser leur angoisse.
Par ailleurs, l’association d’un trouble dépressif à une maladie
physique grave ou chronique (diabète, cancer, accident
vasculaire cérébral…) peut rendre l’identification et le traitement
de la dépression plus difficile (les symptômes de la dépression
pouvant être sous-estimés et attribués à l’autre maladie).
Face à une dépression, on recherche souvent des explications, et
les premières questions qu’on se pose sont : « Pourquoi moi ? Que
s’est-il passé ? À quoi est-ce dû ? Qu’ai-je fait ? » Notre besoin de
comprendre et de donner un sens à ce qui nous arrive est un
processus naturel, en particulier à l’occasion d’expériences
douloureuses. Il est alors fréquent d’avoir recours à des explications
d’apparence vraisemblables. On évoque alors des causes
externes (« C’est parce que ça ne va pas dans mon travail »,
« Quand je n’aurai plus ces problèmes financiers, ça ira mieux »,
« J’ai besoin de rencontrer quelqu’un pour ne plus être seul(e) »…)
ou bien des causes internes (« C’est de ma faute », « Je suis un(e)
bon(ne) à rien », « Je n’ai jamais pu réussir comme les autres »…).
Pourtant, ces interprétations sont le plus souvent très éloignées
des « origines réelles » de la dépression. Elles constituent même
souvent un frein au processus de soin et de guérison, en nous
retenant de consulter un médecin. La dépression, comme la plupart
des maladies psychiques, ne provient pas d’un facteur unique. Elle
résulte au contraire d’un ensemble de mécanismes de diverses
natures, encore imparfaitement connus.
On distingue habituellement les « facteurs » biologiques, psychologiques et environnementaux (liés à l’environnement social
ou familial). Certains de ces facteurs interviennent très en amont de
la dépression, ils « préparent le terrain », on parle alors de facteurs
de risque (ou facteurs de vulnérabilité). Par exemple, le fait
d’avoir des parents qui ont souffert de dépression augmenterait le
risque d’être touché par la maladie. De même, le fait de vivre des événements traumatisants ou des conflits parentaux importants pendant
la petite enfance serait associé à un risque accru de dépression dans
la suite de l’existence.
D’autres facteurs interviennent juste avant la dépression, ils la
« déclenchent » : on parle alors de facteurs précipitants.
La survenue des symptômes de la dépression est liée à une
perturbation du fonctionnement cérébral. C’est bien le
fonctionnement du cerveau qui est atteint, non sa structure.
Cette distinction est importante car elle permet de bien comprendre
que cette maladie peut être réversible.
Ce dysfonctionnement du cerveau se traduit notamment par
des anomalies dans la fabrication, la transmission et la régulation
de certaines substances chimiques : les neuromédiateurs
(également appelés neurotransmetteurs).
Il est difficile de savoir à l’heure actuelle si ces anomalies sont la
cause initiale ou bien la conséquence de la dépression. Quoi qu’il
en soit, leur correction et la restauration du bon fonctionnement des
neuromédiateurs sont indispensables. C’est la principale fonction
des médicaments antidépresseurs. On sait aujourd’hui que
la psychothérapie entraîne elle aussi ce type d’amélioration
biologique si le dérèglement initial est modéré.
Raymond, retraité, 63 ans
« Si par malheur je me réveille la nuit, j’ai mon petit
moteur qui se met en route, je n’arrête plus
de penser et je n’arrive plus à me rendormir. »
Des mécanismes psychologiques particuliers sont également impliqués dans la dépression : sentiments de perte, conflits moraux,
croyances négatives, mauvaise estime de soi (« Je ne peux rien faire
de bon », « Je ne vaux rien »…).
Certains de ces mécanismes trouvent leur origine dans l’enfance
(plus ou moins bonne qualité des premières relations avec les
parents, premières expériences associées à un sentiment de perte,
de solitude, d’impuissance, de culpabilité ou de honte…), d’autres
peuvent être liés à des éléments plus actuels (traumatismes,
deuils liés à la perte d’une personne, d’un idéal ou d’une image
Certains styles de comportements (sur les plans intellectuel,
émotionnel, relationnel), ainsi que certains modes de défense
psychologiques peuvent favoriser l’émergence et le maintien
d’une dépression. Ainsi, certaines personnes souffrant de dépression expriment des croyances négatives (elles se croient par
exemple « incapables » ou « indignes » de faire certaines choses…)
ou n’envisagent que des perspectives pessimistes, à la fois pour le
monde qui les entoure et pour elles-mêmes. Chez ces personnes,
certains événements de la vie quotidienne, analysés sous leur angle
le plus négatif, peuvent déclencher automatiquement des pensées
dépressives, sans qu’il leur soit possible de faire appel à d’autres
expériences plus positives.
Comme nous le détaillerons plus loin (p. 33), c’est en agissant sur
ces mécanismes psychologiques problématiques que la psychothérapie intervient sur la dépression.
LES FACTEURS LIÉS À L’ENVIRONNEMENT SOCIAL
OU FAMILIAL
Certains événements de la vie très perturbants ou un stress
excessif et permanent peuvent favoriser l’apparition d’une
dépression. Par exemple, la mort d’un être cher, la perte d’un
travail, une rupture affective, des conflits familiaux ou sociaux, une
En plus des facteurs précipitants et des facteurs de risque,
la présence ou l’absence de facteurs de protection dans
l’environnement de la personne peut aussi jouer un rôle. Par exemple, la présence de personnes proches réconfortantes et
valorisantes ou l’engagement dans des activités personnelles
intéressantes peuvent protéger de la dépression ou favoriser la
guérison. À l’inverse, l’absence de ces facteurs peut faciliter
l’apparition (ou la réapparition) de la dépression.
Vous vous demandez s’il est possible que vous
(ou un proche) viviez actuellement un épisode dépressif ?
Les questions p. 26-27 peuvent vous aider à faire le point,
vous indiquer si cela est probable ou non… mais elles
ne vous apporteront pas de certitude absolue. Seul un
professionnel de santé habilité à établir un diagnostic
de dépression pourra vous éclairer de façon précise.
Le diagnostic de la dépression est une procédure complexe
qui nécessite de prendre en compte l’ensemble des symptômes
et de la situation de la personne, ses antécédents, sa
personnalité... Comme nous l’avons vu, certains symptômes
attribués dans un premier temps à la dépression peuvent
être dus en réalité à une autre maladie. À l’inverse, certains
symptômes dus à la dépression peuvent faire croire – à tort –
à l’existence d’une autre maladie. Seul un professionnel
de santé compétent sera capable d’y voir clair.
Sur la base du diagnostic, vous pourrez le cas échéant
définir avec lui ou avec d’autres professionnels de santé
le traitement le mieux adapté à votre situation.
Depuis au moins quinze jours, presque chaque jour,
presque toute la journée, éprouvez-vous une tristesse
inhabituelle, très douloureuse, qui perturbe votre vie
presque toute la journée, avez-vous perdu votre intérêt
pour la plupart des choses, comme les loisirs, le travail
ou les activités qui vous plaisent habituellement ?
• Si vous n’avez vécu aucun de ces deux états, il est peu probable que
vous traversiez une période de dépression.
• Si vous vivez depuis au moins 15 jours l’un de ces états ou les deux,
poursuivez votre questionnement sur la page suivante.
Le terme « dépression » ne s’emploie pas à la légère. Pour faire
l’hypothèse d’une dépression, il faut une association de plusieurs
symptômes spécifiques (voir p. 10-16) générant une souffrance
importante, inhabituelle et se manifestant :
depuis au moins quinze jours ;
• presque chaque jour ;
• presque toute la journée.
Par ailleurs, si près de 8 % de la population présente sur une période
de 12 mois un épisode dépressif, d’intensité variable, cela signifie que
92 % de la population n’en présente pas (80 % de la population
ne présentera d’ailleurs aucun épisode dépressif au cours de sa vie).
LA DEPRESSION - EN SAVOIR PLUS POUR EN SORTIR
Depuis au moins quinze jours, presque chaque jour, presque
toute la journée, vous êtes vous senti(e) épuisée(e) ou sans énergie ?
Depuis quinze jours, avez-vous pris ou perdu du poids
– au moins 5 kg – sans le vouloir ?
Depuis au moins quinze jours, presque chaque nuit, avez-vous
eu des problèmes de sommeil (difficultés à rester endormi(e),
réveils très tôt le matin ou, au contraire, excès de sommeil,
envie permanente de dormir) ?
presque toute la journée, vous êtes-vous senti(e) plus lent(e)
que d’habitude (par exemple pour parler ou pour vous déplacer)
ou, au contraire, avez-vous été beaucoup plus agité(e)
ou nerveux(se) que d’habitude ?
presque toute la journée, avez-vous eu beaucoup
plus de mal à vous concentrer ?
toute la journée, vous êtes-vous senti(e) sans valeur ou bon(ne) à rien ?
Depuis au moins 15 jours, presque chaque jour, presque toute
la journée, avez-vous beaucoup pensé à la mort, que ce soit la vôtre,
celle de quelqu’un d’autre ou la mort en général ?
• Si vous avez observé chez vous plusieurs de ces symptômes, ceci constitue
un signal d’alerte qui doit vous encourager à en parler avec un médecin.
Oui, la dépression se soigne.
À condition d’en faire la démarche, bien sûr…
Psychothérapie, médicaments : il existe aujourd’hui
des traitements efficaces, souvent complémentaires,
adaptés à chaque personne et à l’intensité
Dans cette deuxième partie, vous trouverez
sur la psychothérapie (« Comment ça marche ? »,
« Qui en propose ? »,« Dans quels cas est-ce indiqué ? »,
« Combien de temps ça dure ? », « Comment choisir
son praticien ? »…) et sur les médicaments
(« À quoi servent-ils ? », « Comment agissent-ils ? »,
« Comment en faire bon usage ? »…).
Quel que soit le traitement, sa mise en œuvre
s’appuie toujours sur une alliance, un dialogue,
une collaboration étroite entre votre (vos) soignant(s)
et vous. Vous avez le droit d’être informé, vous pouvez
à tout moment poser des questions, exprimer
vos attentes, vos craintes… Vous êtes acteur de votre
le recours au soin
La dépression est une maladie qui, pour des raisons diverses
(voir p. 21), est associée à une perturbation du fonctionnement du
cerveau : elle affecte l’ensemble de l’organisme ainsi que la
personnalité. La volonté seule ne suffit pas pour agir sur une
maladie aussi complexe. Un traitement est donc absolument
nécessaire quand on souffre de dépression.
La nécessité d’un traitement est une idée parfois difficile à accepter. Pour des raisons psychologiques, culturelles, mais aussi pour
des raisons liées aux effets de la dépression1, on a souvent tendance à penser qu’il serait préférable de « s’en sortir par soi-même »,
que se faire soigner serait une « facilité », qu’il s’agirait d’une victoire de plus de la dépression, dans la mesure où accepter de l’aide
reviendrait à renoncer à toute dignité ou lutte personnelle.
Rien n’est plus faux. Contre la dépression, il est trop difficile de
se battre tout seul : la lutte est trop inégale. Au contraire, se faire
soigner, suivre une psychothérapie, un traitement médicamenteux,
c’est en réalité redevenir acteur, retrouver le choix, reprendre en
main son destin.
Tout traitement s’appuie sur une alliance, une collaboration étroite
entre le patient et le(s) soignant(s). C’est dans le cadre de cette
alliance que sera déterminé le projet de soin. Ce projet tient compte
des souhaits du patient qui sera informé sur la nature de ses troubles, leur évolution, les possibilités de prise en charge, la fréquence
Accepter un projet de soin ne veut bien sûr pas dire qu’il faille se
faire soigner passivement. La guérison d’un trouble psychique
nécessite une participation et un engagement importants de la
part du malade (voir p. 71). Le rôle de l’entourage ne doit pas
non plus être sous-estimé, dans la mesure où il peut protéger un
malade qui a perdu confiance en lui (voir p. 61).
La dépression peut générer une culpabilisation et une dévalorisation de soi telles qu’il est alors difficile de demander
de l’aide et de croire qu’un traitement peut être utile (voir p. 8 « Les symptômes de la dépression »).
solutions efficaces ?
Il existe de nombreux traitements de la dépression, adaptés à
chaque personne et à l’intensité de la maladie (épisode léger,
moyen ou sévère) et souvent complémentaires.
La psychothérapie est un traitement à part entière de la dépression.
De nombreuses études ont permis d’en prouver l’efficacité et d’en
préciser les indications.
Pendant un épisode dépressif, la psychothérapie permet
de mieux gérer la maladie, de réduire ses symptômes et leurs
conséquences, de donner du sens à ce que l’on vit et de pouvoir
envisager de nouveaux projets. Ses premiers effets (un
soulagement lié à une écoute adaptée) peuvent se faire sentir
immédiatement, les changements durables interviennent au bout
Après la guérison d’un épisode dépressif, la psychothérapie
sert aussi à prévenir la réapparition des symptômes.
Martine, expert-comptable, 37 ans
« J’ai vu qu’il était neutre, que tout ce que
je dirai resterait confidentiel, je me suis sentie
Il existe différentes méthodes de psychothérapie privilégiant des
formes particulières d’intervention. Mais quelle que soit la méthode
utilisée, la psychothérapie est avant tout fondée sur un échange
de personne à personne qui s’instaure grâce à l’écoute, la
bienveillance, l’absence de jugement et la compréhension du praticien. Celui-ci est par ailleurs tenu au secret professionnel.
La qualité de la relation, le sentiment d’être accueilli et compris
dans ce que l’on vit et ressent sont des éléments déterminants
de toute psychothérapie.
La psychothérapie s’appuie dans la plupart des cas sur un échange
verbal, mais pas n’importe lequel. Il ne s’agit pas d’une « discussion »
du type de celles que l’on a dans la vie de tous les jours. Il s’agit
d’une relation particulière où un professionnel formé à l’écoute et
à la compréhension des problèmes psychologiques propose, dans
un cadre conçu pour cela, d’aborder ces problèmes d’une manière
spécifique, différente de la nôtre et de celle que nos proches
peuvent nous proposer. Une des règles essentielles de cette
relation est de permettre l’expression de ce que nous vivons,
ressentons et pensons en toute liberté, sans craindre d’être jugé
ou critiqué. On pourra par exemple aborder des situations ou des
émotions qui nous effraient, se pencher sur nos « zones d’ombre »
et parler de choses très difficile à aborder, même avec nos proches.
Le praticien est là pour entendre la souffrance, les difficultés, les
doutes ; il favorise l’expression de ce qui est réellement ressenti et
nous aide à mettre des mots sur notre vécu en utilisant
différentes techniques : questions ouvertes, reformulation des
problèmes, exercices de mise en situation, espaces de silence.
Le praticien nous propose donc un face-à-face avec nous-mêmes
en toute confiance, dans un cadre sécurisant. Tout est fait pour aller
au-delà d’où nous avons l’habitude d’aller ; nous pouvons alors
nous regarder d’une autre façon, prendre conscience de
nouvelles choses, aborder nos problèmes d’une façon différente,
trouver de nouvelles réponses et des solutions efficaces.
Pour favoriser ce changement, le praticien peut aussi intervenir de
façon plus active ; il peut nous inviter à parler d’un sujet particulier,
nous transmettre sa compréhension du problème ou nous donner
certaines explications, nous faire des recommandations, nous
inviter à faire certains exercices (dans son cabinet, chez nous ou
à l’extérieur)… Selon le praticien et la situation de la personne,
différents modes d’intervention pourront être mis en œuvre.
Ces modes d’intervention sont en effet adaptés à la personne qui
consulte (à sa personnalité, à ses problèmes, à son type de dépression) et à la singularité de chaque situation de soin ; ils peuvent
également évoluer en fonction des moments de la psychothérapie.
Francis, plombier, 51 ans
« C’est mon médecin généraliste qui m’a conseillé
d’aller la voir. Avec elle, je me suis senti à l’aise,
j’ai dit des choses dont je n’avais parlé avant.
Parler à une personne étrangère à ma famille,
à une professionnelle expérimentée,
ça m’a fait du bien. »
Les psychiatres : ce sont des médecins spécialisés qui ont reçu,
après leurs études de médecine, un enseignement supplémentaire
de quatre ans sur les maladies mentales et leurs traitements.
Les psychologues : ils ont effectué cinq années de psychologie à
l’université et possèdent un diplôme de 3e cycle (DEA, DESS ou
master). Contrairement aux psychiatres, les psychologues ne sont
pas médecins. Les séances chez un psychologue ne sont remboursées par l’Assurance maladie que dans les établissements publics
(voir p. 53).
Quel que soit le professionnel rencontré, n’hésitez pas à échanger
avec lui sur la formation qu’il a suivie.
La psychothérapie est un traitement toujours pertinent en cas de
dépression, quel que soit le type de dépression, son niveau de
sévérité ou son ancienneté. Elle peut être utilisée seule (dans le cas
d’épisodes dépressifs d’intensité légère) ou conjointement aux
médicaments antidépresseurs ou à d’autres traitements. En cas
de dépression sévère en phase active, un soutien psychologique
sera proposé, mais le travail de psychothérapie ne pourra débuter
qu’une fois l’intensité de la souffrance diminuée par le traitement
La psychothérapie n’est en aucun cas limitée à une catégorie
sociale, un âge ou un sexe particulier.
Il est recommandé de consulter dans les meilleurs délais, afin
d’éviter une persistance et une aggravation éventuelles de la
maladie qui rendraient le traitement plus difficile, accroîtraient
inutilement la souffrance et risqueraient de « chroniciser » les
troubles (de les installer dans la durée).
Cependant, le nécessaire engagement du patient dans la psychothérapie fait qu’on ne « reçoit » pas une psychothérapie comme on
peut « recevoir » des médicaments. C’est la raison pour laquelle,
même si celle-ci peut vous être recommandée, un désir d’entreprendre ce travail psychologique est nécessaire pour
commencer une psychothérapie.
Les prix peuvent varier selon les praticiens. Renseignez-vous lors
de la prise de rendez-vous.
La durée d’une psychothérapie de la dépression peut beaucoup
varier en fonction du type de dépression, de sa sévérité et de la
situation de la personne qui consulte. Si 15 à 20 séances suffisent
dans les situations « simples », un suivi plus long peut être nécessaire si la dépression est associée à d’autres difficultés, qu’elles
soient corporelles, psychologiques, sociales, relationnelles…
L’évaluation initiale (après quelques séances) et une réévaluation
régulière, menée en concertation avec le patient, permettent au praticien d’informer ce dernier sur la durée envisageable.
La fréquence des séances est généralement d’une par semaine,
mais elle peut être plus ou moins élevée, selon les besoins et les
phases de la psychothérapie.
La durée de chaque séance se situe souvent entre 30 et
60 minutes, mais peut également varier en fonction des mêmes
impératifs. En cas d’épisodes dépressifs récurrents (répétés), le
suivi psychothérapique peut être prolongé et les séances espacées ;
cette psychothérapie au long cours permet de diminuer le risque de
réapparition des symptômes ainsi que leur intensité.
La qualité de la relation entre le patient et le praticien est un élément
essentiel à la réussite d’une psychothérapie. Il est donc primordial
de choisir un praticien disposant de la formation et des
compétences requises pour soigner la dépression et avec qui
l’on se sent à l’aise. Le médecin traitant peut orienter vers un
professionnel qu’il connaît.
À l’occasion des premières séances, même si l’on se sent
anxieux, nerveux ou très préoccupé par ses problèmes, n’hésitez
pas à prendre le temps de vous informer et d’aborder avec le
praticien un certain nombre de questions portant notamment sur :
La psychothérapie est une activité qui requiert un haut niveau de
compétence et ne peut s’improviser. Quelle que soit sa formation
initiale (voir p. 48-51), il est important que le praticien ait suivi une
Quelles sont la durée, la fréquence et le prix des séances ?
Que se passe-t-il si on ne peut pas se présenter à un rendez-vous ?
Quelques séances peuvent être nécessaires au praticien pour
être en mesure de répondre aux questions concernant l’amélioration
des troubles (« À partir de quand peut-on espérer une amélioration ?
Une guérison ? »).
Le travail psychologique passe par un face-à-face avec soi-même,
ses problèmes, ses émotions, sa souffrance ; on peut craindre que
cette confrontation soit douloureuse et tenter de l’éviter. Les
moments d’incertitude, les sentiments de plus grande vulnérabilité
et le vécu d’émotions intenses sont en effet présents lors du
processus de soin. Ils sont associés à de brèves périodes de déstabilisation. Le thérapeute peut alors proposer un soutien plus rapproché pour valoriser les efforts mis en œuvre, même si ces
derniers ont pu conduire à une rechute momentanée.
La psychothérapie vise à la mise en place de changements durables. Or tout changement suppose l’abandon d’habitudes et d’automatismes, ce qui n’est pas toujours évident à accepter. En réalité,
les progrès de reconstruction, de reprise de confiance en soi et
l’apaisement qui résultent du travail psychologique sont suffisamment importants et profonds pour percevoir que l’aventure de la
psychothérapie en vaut la peine.
Oui. Des études ont prouvé l’efficacité de différents types
de psychothérapies sur différents types de patients souffrant de différents types de dépressions.
Dans de nombreux cas, la psychothérapie peut conduire à la
guérison complète et durable. Dans d’autres cas, elle procure
une amélioration des symptômes dépressifs et anxieux, ainsi
qu’une diminution de la fréquence des épisodes dans les cas de
dépressions « récidivantes ». Dans tous les cas, la psychothérapie
contribue de façon significative à l’amélioration de la condition
et de la qualité de vie de la personne.
Les conditions de remboursement par l’Assurance maladie ou les
assurances complémentaires varient selon le praticien (voir p. 55).
Il existe différents degrés d’intensité dans les dépressions.
Toutes les dépressions ne nécessitent pas de traitement par médicaments antidépresseurs.
Aurélie, comédienne, 29 ans
« Les médicaments, je dois dire que ça m’a aidée.
Ça n’a pas résolu tous mes problèmes, mais ça m’a
permis de dormir, de tenir le choc physiquement,
d’écarter un peu mes peurs, mes idées noires. »
L’objectif du traitement par médicaments antidépresseurs est la
réduction significative des symptômes dépressifs et de leurs consé-
quences dans la vie quotidienne. Les médicaments antidépresseurs
améliorent les symptômes de la dépression à l’issue d’environ
3 à 4 semaines de traitement continu. Ils aident généralement à
restaurer le fonctionnement normal du sommeil, de l’appétit, à
retrouver l’initiative, une perception positive de la vie… Ce fonctionnement normal persiste après l’arrêt du traitement.
Les médicaments antidépresseurs sont des molécules qui
agissent au niveau du cerveau, plus précisément sur les extrémités
des neurones (appelées synapses), à travers lesquelles les
neurones communiquent les uns avec les autres. Cette communication entre neurones se fait sous forme de « messages » chimiques
appelés neurotransmetteurs ou neuromédiateurs (par exemple,
la sérotonine ou la noradrénaline).
Les médicaments antidépresseurs agissent par divers mécanismes.
Aucun médicament ne mobilise à lui seul tous ces mécanismes. En
fonction des symptômes de la dépression, de l’efficacité ou de
l’échec de tel ou tel médicament antidépresseur prescrit dans le
passé, le médecin peut proposer un traitement antidépresseur dont
le mode d’action est le plus adapté à chaque situation.
Les médicaments antidépresseurs peuvent avoir un ou plusieurs
mécanismes d’action en commun, tout en ayant des effets
indésirables très différents les uns des autres. Un médecin qui
décide de changer de traitement parce que son patient présente
des effets indésirables peut donc proposer un antidépresseur dont
l’effet thérapeutique est similaire mais dont les effets indésirables
Quelle est la durée du traitement ? Quel est le délai d’action ?
En raison de la complexité des mécanismes d’action des
antidépresseurs, il faut souvent attendre quelques semaines
(généralement 3 ou 4, parfois un peu plus) avant d’en ressentir les
• la phase aiguë, dont l’objectif est la disparition des symptômes,
dure de six à douze semaines ;
• la phase de consolidation, dont l’objectif est de stabiliser
l’amélioration des symptômes, dure entre quatre et six mois (en
fonction des symptômes et du nombre d’épisodes précédents).
L’arrêt du traitement pendant cette période critique fait courir un risque très élevé de réapparition des symptômes. C’est pour cela qu’il
est indispensable de poursuivre le traitement, même après la
disparition des symptômes, conformément à l’avis du médecin.
Les médicaments antidépresseurs ne créent pas de dépendance
physique. Toutefois, il peut être difficile d’envisager d’arrêter
le traitement. Dans tous les cas, l’arrêt doit être progressif et
« préparé » avec le médecin. Il se déroule habituellement sur quelques semaines. Si, pendant cette période d’arrêt progressif, les
symptômes réapparaissent, il est nécessaire de consulter immédiatement son médecin qui proposera habituellement de reprendre le
traitement à la dose efficace.
François, gérant de supermarché, 44 ans
« Avec mes médicaments, ce n’est pas le "ciel bleu et
les petits oiseaux", mais j’ai comme une espèce de distance, d’indifférence. Les choses qui me harcelaient
avant ont davantage tendance à glisser. Ce qui fait
que ça fait moins mal. Et ça, c’est important en soi. »
Quelles sont les conséquences d’un arrêt trop brutal
Quelques symptômes peuvent apparaître en cas d’arrêt brutal d’un
traitement antidépresseur : anxiété, irritabilité, syndrome pseudogrippal (frissons, fièvre, fatigue, mal aux muscles…), cauchemars,
insomnie, nausées, sensations de vertiges… Ces symptômes ne
doivent pas être confondus avec ceux de la dépression.
Ils apparaissent généralement dans les quatre jours suivant l’arrêt et
durent rarement au-delà d’une semaine.
Pourquoi un suivi médical lors d’un traitement
Un suivi régulier par un médecin est nécessaire lorsque l’on prend
un traitement antidépresseur. Le suivi est particulièrement utile :
• quelques jours après la mise en route du traitement et au cours
des deux premières semaines pour faire un point sur la tolérance du
médicament et l’évolution des problèmes ;
• vers quatre semaines après la mise en route du traitement pour
faire un point sur son efficacité ;
• régulièrement durant les six-huit mois qui suivent la mise en route
du traitement (période pendant laquelle le risque de réapparition
des symptômes est maximal).
En cas d’idées de mort ou de suicide, d’accentuation
de l’anxiété ou de l’angoisse, ou au contraire d’une
excitation ou d’un trop-plein d’énergie, il est important
d’en parler à un professionnel.
De façon générale, tout traitement antidépresseur doit être accompagné d’informations sur la dépression et le traitement et d’un soutien relationnel. La qualité de la relation établie entre le médecin et
la personne est déterminante.
Pour soulager rapidement l’angoisse, le médecin peut prescrire en
début de traitement un médicament anxiolytique (« tranquillisant »).
Mais cette prescription doit être temporaire. Les anxiolytiques ne
soignent pas la dépression et ne doivent pas être pris pendant plus
de quelques semaines. Au-delà, leur action est diminuée et le risque
de dépendance physique est réel (ce qui n’est pas le cas, on l’a vu,
avec les antidépresseurs). Parfois, en fonction du type de dépression, d’autres médicaments pourront être prescrits, notamment des
Comme tout médicament, les médicaments antidépresseurs
peuvent avoir des effets indésirables. Selon les types de
médicaments, ces effets indésirables peuvent par exemple être : la
somnolence (ou au contraire l’excitation), la constipation, la prise ou
la perte de poids, la sécheresse de la bouche, les baisses de
tension, les difficultés sexuelles…
Chez les personnes âgées, il existe des risques importants de
baisse de pression artérielle en position debout qui peut être
gênante, particulièrement si elles éprouvent des troubles de
l’équilibre. Une surveillance médicale particulière est nécessaire
Il est indispensable de parler de ces possibles effets indésirables
avec le médecin au moment de la prescription de l’antidépresseur
et de lire attentivement la notice du médicament.
Les effets indésirables évoqués par le médecin ou la notice du
médicament ne surviennent pas chez tous les patients et ne sont
pas tous obligatoirement présents chez une même personne.
Certains de ces effets indésirables sont liés au mécanisme d’action
de l’antidépresseur. Un grand nombre de ces effets vont disparaître
avec la poursuite du traitement, il existe par ailleurs très souvent
des solutions pour corriger ces effets.
Lorsqu’ils sont très désagréables, il faut aborder avec son médecin
l’éventualité d’un changement d’antidépresseur.
D’autres thérapies, plus spécifiques, peuvent parfois être proposées pour certaines formes de dépression (dépression modérée,
dépression sévère, dépression de type saisonnier…). Pour plus
d’informations sur ces thérapies : www.info-depression.fr
une plante à utiliser avec précaution
Le millepertuis est une plante parfois utilisée en cas
de « manifestations dépressives » légères et provisoires,
mais ce n’est pas un traitement pour les épisodes
dépressifs caractérisés, même d’intensité légère.
Bien qu’il soit actuellement en vente libre en France,
le millepertuis ne doit en aucun cas être pris à la légère,
comme une sorte de « tisane antidépressive ». Il présente
en effet le sérieux inconvénient d’interagir avec de très
nombreux médicaments, dont certains antidépresseurs.
Il est donc très important d’informer le médecin
de l’utilisation éventuelle de ce produit.
En complément des traitements évoqués dans ce chapitre, il est
bien sûr aussi très important pour la personne souffrant de
dépression de prendre soin d’elle : des actions de soin complémentaires que l’on peut mettre en place soi-même (pratique de
certaines activités physiques, régime alimentaire équilibré, vigilance
vis-à-vis de l’alcool et des substances addictives…) peuvent améliorer la qualité de vie de la personne. Ces actions sont évoquées
dans le chapitre « Ce qu’on peut faire par soi-même » (voir p. 71).
La plupart des formes de dépression peuvent être soignées sans
avoir besoin d’aller à l’hôpital. L’hospitalisation peut cependant
s’imposer en cas de dépressions sévères, de traitements
complexes nécessitant un suivi médical particulier ou
lorsque le patient est en danger et nécessite une prise en charge
(risque de suicide, perte d’autonomie…).
L’hospitalisation a par elle-même une vertu « soignante ». Espace
éloigné du contexte dans lequel s’est développée la dépression, le
lieu d’hospitalisation est un cadre dans lequel il est enfin « possible
d’être malade », sans chercher à cacher sa maladie. La personne
hospitalisée peut alors se concentrer sur elle-même et sur son
La durée de l’hospitalisation nécessaire en cas de dépression
dépend de la gravité du trouble. En règle générale, une hospitalisation comprise entre quinze jours et trois semaines est suffisante.
Savoir où et à quels professionnels s’adresser,
c’est essentiel lorsqu’on souffre de dépression, d’autant
que la prise en charge de la maladie est parfois
complexe et fait appel à de multiples acteurs qui n’ont
ni les mêmes compétences ni les mêmes qualifications.
Dans cette troisième partie, vous trouverez les réponses
les plus claires possibles aux principales questions que
vous serez éventuellement amené à vous poser :
• Qui consulter pour un diagnostic de la dépression ?
• Qui consulter pour des traitements ?
• Où consulter ?
• Quelles sont les possibilités de remboursement
• Peut-on bénéficier d’un arrêt de travail ?
Le médecin généraliste est souvent le premier interlocuteur pour les
problèmes de santé. Depuis la récente réforme de l’Assurance
maladie, c’est souvent lui que l’on choisit comme médecin traitant.
Il est compétent pour diagnostiquer les problèmes de santé
mentale (notamment la dépression) et pour proposer un
Le psychiatre est un médecin spécialisé qui a reçu, après ses
études de médecine, un enseignement supplémentaire de quatre
ans sur les maladies mentales et leurs traitements.
En tant que médecin, il est habilité à prescrire des médicaments,
des examens et des soins, et à rédiger des certificats médicaux.
Il peut aussi proposer une psychothérapie. Celle-ci peut être
réalisée avec lui ou avec un autre professionnel.
Une consultation de psychiatrie dure environ trente minutes. Elle
comporte toujours un échange verbal approfondi et peut être
accompagnée, si nécessaire, d’une prescription médicamenteuse.
Jean-Luc, restaurateur, 46 ans
« J’ai attendu longtemps pour aller consulter ;
quand j’y pense, je me dis que j’ai été idiot, j’aurais
gagné du temps si j’étais tout de suite allé
demander à mon médecin traitant ce qu’il pouvait
faire pour moi, ou s’il ne pouvait pas me diriger
vers un spécialiste. »
Qui consulter pour
En fonction de la situation et des souhaits du patient, ils peuvent
également orienter vers d’autres professionnels, des psychologues par exemple.
Le psychologue a effectué cinq années de psychologie à l’université et possède un diplôme de 3e cycle (DEA, DESS ou master). Il est
habilité à effectuer un bilan de personnalité à l’aide de tests et d’un
questionnement approfondi. Il effectue des entretiens cliniques et
peut aussi réaliser des psychothérapies.
En revanche, le psychologue n’est pas un médecin : il ne peut
donc pas prescrire de médicaments et les séances chez un psychologue ne sont remboursées par l’Assurance maladie que dans les
établissements publics (voir p. 53).
Comme tous les professionnels de santé, le médecin généraliste, le
psychiatre et le psychologue sont tenus au secret professionnel.
On peut donc leur parler en toute confiance.
Blandine, employée de banque, 53 ans
« Parler avec mon mari, ce n’était pas suffisant,
j’avais besoin d’une aide à l’extérieur.
C’était un psychiatre, je pensais qu’il me donnerait
juste des médicaments, mais il m’a aussi proposé
une psychothérapie. »
Il est possible de recevoir des soins de santé mentale au sein d’un
service public (hôpital général ou spécialisé, Centre médicopsychologique…), dans un établissement du secteur privé participant au service public (hôpital ou consultation gérés par une
association) ou dans le secteur privé (cabinet médical, clinique
psychiatrique). Quel que soit le lieu, les professionnels ont la même
PROFESSIONNELS LIBÉRAUX ET CLINIQUES
Le secteur privé regroupe essentiellement les professionnels
exerçant en cabinet libéral (psychiatres, psychologues…) et les
cliniques privées de santé mentale.
Il existe en France environ 125 cliniques neuropsychiatriques
privées. Quelques-unes sont spécialisées dans la prise en charge
de certaines maladies, dont la dépression. La plupart d’entre elles
sont « conventionnées », c’est-à-dire qu’elles permettent de bénéficier d’une certaine prise en charge par l’Assurance maladie et les
assurances complémentaires. Les tarifs, ainsi que les conditions
d’admission et de prise en charge des frais, sont variables d’un
établissement à l’autre ; mieux vaut donc se renseigner au préalable.
Les services publics de psychiatrie sont « sectorisés ». Tous les
départements français sont divisés en zones géographiques appelées secteurs. Chaque secteur regroupe plusieurs établissements
de soins autour d’un service hospitalier. Dans chaque secteur, une
équipe coordonnée assure tous les soins de santé mentale pour la
population habitant cette zone. Il est donc possible d’être suivi par
plusieurs établissements du secteur en même temps : les soins qui
y sont pratiqués sont complémentaires et les équipes soignantes
travaillent en liaison.
Pour connaître votre secteur, adressez-vous à l’hôpital le plus
proche ou à la mairie.
On peut trouver dans un secteur différents types d’établissements :
les Centres médico-psychologiques (CMP) : ce sont des établissements implantés en ville, en dehors d’un hôpital. Ils proposent
des consultations à toutes les personnes qui le souhaitent, quelle
que soit la sévérité de leurs troubles, qu’elles soient venues spontanément ou qu’elles aient été adressées par un médecin.
L’équipe du CMP est composée de psychiatres, d’infirmiers, de
psychologues, d’assistantes sociales. Elle coordonne l’accueil et
les soins et peut proposer des psychothérapies, des ateliers en
groupe et parfois des visites à domicile.
Pour bénéficier de ces soins, il suffit de téléphoner pour prendre
rendez-vous ou de se rendre directement sur place (les
coordonnées des CMP figurent dans l’annuaire, sous la rubrique
« Centres médicaux et sociaux, dispensaires ») ;
l’hôpital de jour : ce type d’établissement, souvent situé au sein
d’un centre hospitalier, propose des soins pendant la journée (d’une
à plusieurs demi-journées par semaine) ; la personne rentre chez elle
tous les soirs. Le patient y est adressé par son psychiatre ;
l’hôpital (ou « unité d’hospitalisation ») : l’hospitalisation à
temps plein est nécessaire lorsque l’état de santé de la
personne nécessite des soins ou une surveillance 24h/24 (voir p. 44).
Elle peut être continue ou discontinue (les week-ends, les nuits). Les
unités d’hospitalisation peuvent être situées au sein d’un hôpital
spécialisé (un établissement public de santé mentale), au sein d’un
hôpital général, ou sur un site autonome, en ville ;
les Centres d’accueil et de crise (CAC) : ils permettent
d’accueillir sans rendez-vous, de soigner et d’orienter des personnes en état de crise. Ils peuvent éventuellement proposer une
hospitalisation de courte durée. Ils assurent une permanence
téléphonique et des consultations gratuites, le plus souvent 24h/24
et 7j/7. On les trouve principalement dans les grandes villes.
Sandra, vendeuse, 39 ans
« En allant voir un professionnel, j’ai découvert
comment ça peut aider de pouvoir s’ouvrir
entièrement, sans avoir rien à cacher,
de pouvoir se confier à quelqu’un et dire :
"Voilà, je ne suis pas bien". »
Les soins pour épisode dépressif sont pris en charge par
l’Assurance maladie et les assurances complémentaires, au même
titre que toute autre maladie.
Tous les soins, médicaments et psychothérapies – y compris les
consultations de psychologues – dispensés dans les établissements du secteur public (CMP, hôpitaux de jour, etc.) sont pris
Les consultations de médecin généraliste ou de psychiatre
en cabinet privé sont remboursées selon les conditions définies
dans la réforme du parcours de soin.
Chaque Français de plus de 16 ans doit choisir et déclarer
auprès de sa Caisse d’assurance maladie son médecin
traitant. Tout médecin peut remplir ce rôle (médecin de
famille ou autre, généraliste ou spécialiste, conventionné ou
non), à condition qu’il vous donne son accord. L’essentiel
pour vous est de privilégier le professionnel de santé qui
Le médecin traitant est au cœur du dispositif du parcours
de soins coordonnés et personnalisés. C’est lui qui
détermine, lors de votre consultation, s’il est nécessaire
de vous orienter vers un autre médecin.
Dans le cadre du parcours de soin, pour bénéficier du taux optimal de remboursement, il est nécessaire de consulter son médecin
traitant avant d’aller consulter un psychiatre (sauf pour les personnes de moins de 26 ans, qui peuvent s’adresser directement à un
psychiatre, sans perdre le bénéfice du taux habituel de remboursement des soins).
les psychiatres conventionnés en secteur 1 (environ 6 psychiatres sur 10) ont des honoraires fixés. L’Assurance maladie prend en
charge 70 % de la consultation. Les 30 % restants (le « ticket modérateur ») sont à la charge de la personne ou de son assurance
complémentaire, sauf pour les personnes exonérées du ticket
modérateur au titre de l’ALD n° 23 (« Affections psychiatriques de
longue durée ») ;
les psychiatres libéraux conventionnés en secteur 2 déterminent eux-mêmes leurs tarifs. Mais ils s’engagent à le faire avec
« tact et mesure » et le patient est toujours remboursé sur la base
du tarif de secteur 1 (soit 70 % de la consultation de secteur 1 prise
en charge par l’Assurance maladie). Certaines assurances complémentaires, en fonction de la formule choisie, peuvent rembourser
les dépassements d’honoraires (en partie ou totalement), au moins
pour un certain nombre de consultations chaque année ;
• d’autres psychiatres exercent en dehors de la convention. Ils
fixent librement leurs honoraires, et ceux-ci ne sont remboursés par
l’Assurance maladie que sur la base d’un montant forfaitaire (actuellement 1,46 euros).
Les consultations de psychologues non médecins en cabinet privé ne sont pas remboursées par l’Assurance maladie, mais
certaines assurances complémentaires, selon la formule choisie,
proposent le remboursement, au moins partiel, d’un certain nombre
Peut-on bénéficier
Un arrêt de travail en cas de dépression peut être prescrit par le
médecin, surtout en début de traitement. Il peut y avoir trois raisons
à cela, qui relèvent soit de la maladie, soit de son traitement,
soit du travail lui-même :
• la dépression, en raison de ses symptômes, peut rendre temporairement impossible la poursuite d’une activité professionnelle.
En effet, elle peut diminuer de manière importante l’initiative, la
concentration, la mémoire et, surtout, modifier profondément les
relations avec les autres personnes ;
• le médecin, dans certains cas, peut choisir de prescrire un médicament calmant. De ce fait, surtout en début de traitement, la poursuite d’une activité professionnelle peut être difficile et la conduite
automobile peut s’avérer dangereuse ;
• le travail lui-même peut parfois avoir une influence néfaste sur la
dépression (par exemple dans le cas d’un harcèlement ou d’activités particulièrement stressantes). Il n’est cependant pas toujours
possible de prendre de la distance avec son travail, même si celuici est identifié comme un facteur déstabilisant. Dans ce cas, il faudra demander à rencontrer rapidement le médecin du travail afin de
préparer au mieux le retour à la vie professionnelle.
Toutefois, et dans la plupart des cas, l’arrêt de travail ne
sera pas poursuivi très longtemps. L’activité et les liens professionnels sont un élément d’équilibre et de construction de l’identité,
un facteur de socialisation essentiel et un moteur de confiance en
soi. Le travail peut en cela favoriser la guérison.
Une reprise du travail avant la guérison totale de l’épisode
dépressif est le plus souvent considérée comme pouvant
favoriser la guérison. Toutefois, la persistance de
manifestations de la maladie (fatigue, difficultés de
concentration…) peut indiquer que la personne ne peut être
à son plein rendement et qu’une surcharge de travail risque
de précipiter la réapparition des symptômes.
Dans ce cas, il est parfois possible de travailler à temps
partiel en percevant tout ou partie de ses indemnités
journalières*. Un temps partiel thérapeutique (on parle
habituellement de « mi-temps thérapeutique ») nécessite
l’avis de trois médecins (le médecin traitant, le médecin
conseil de l’Assurance maladie, le médecin du travail) et
l’accord de l’employeur.
Pour être accordé, il doit s’intégrer dans un projet de soin
précis conduisant à terme à une reprise du précédent
* Sommes versées par l’Assurance maladie en cas d’arrêt de travail, auxquelles peut s’ajouter un complément de salaire par l’employeur ; ce complément varie en fonction du statut de
l’employé et de la convention collective de sa branche de travail.
Cette expérience, si douloureuse pour lui, peut être
également difficile à vivre pour vous, pour deux
• la dépression est très difficile à comprendre, souvent
perturbante et génératrice d’anxiété pour ceux qui ne
l’ont pas vécue de l’intérieur ;
• il s’agit pour vous de trouver votre « juste place »
entre votre proche et son (ses) soignant(s).
Vous ne pouvez pas vous substituer au médecin
ou au thérapeute de votre proche, mais vous avez un rôle
essentiel dans le soutien que vous pouvez lui apporter :
et en apprenant à détecter ses signes ;
• en aidant votre proche à consulter et à suivre
un traitement approprié ;
• en le soutenant à « bonne distance »,
sans l’étouffer ou l’infantiliser ;
• en évoquant au besoin avec lui, pour mieux
les prévenir, les éventuelles idées de suicide ;
• en prenant soin de vous-même pour que votre aide
reste la plus efficace possible.
d’un proche ?
ET COMPRENDRE QU’IL S’AGIT D’UNE MALADIE
Seul le diagnostic d’un médecin peut établir de manière précise
si votre proche souffre ou non de dépression. Cette maladie peut
avoir différents degrés de gravité. Il est en effet très difficile d’identifier la maladie car certains de ses symptômes ressemblent superficiellement à l’expression d’émotions « courantes » (tristesse,
découragement…) que tout le monde ressent et parvient généralement à surmonter.
Il est cependant possible de repérer les différences entre un
découragement passager et une dépression. Dans le cas d’une
dépression, d’autres signes se manifestent, en même temps et sur
une longue durée : insomnie, troubles de la concentration ou de la
mémoire, désintérêt pour les sujets ou les activités qui motivent
habituellement la personne, grande difficulté à se lever le matin,
souffrance accentuée au petit matin (voir p. 8-14).
ET À SUIVRE UN TRAITEMENT APPROPRIÉ
Il est dans l’intérêt de votre proche de consulter un médecin le
plus rapidement possible. Vous pouvez l’y aider en l’encourageant
à effectuer cette démarche. Vous pouvez au besoin l’aider à trouver
un professionnel de santé, à prendre rendez-vous et éventuellement
Si la situation vous semble grave et que votre proche est incapable
de se décider, n’hésitez pas à appeler vous-même son médecin traitant pour une visite à domicile ou, dans les cas les plus extrêmes, à
composer un numéro d’urgences médicales (voir p. 87-88).
Si vous êtes amené à contacter vous-même un professionnel de
santé pour votre proche, ne lui dissimulez pas la réalité de sa
souffrance (ou le risque suicidaire éventuel). Parlez-lui des symptômes qui vous inquiètent.
Votre proche peut avoir besoin que vous le souteniez dans son projet de soins. Vous pouvez ainsi le soutenir si nécessaire pour bien
suivre le traitement qui lui a été prescrit et l’inciter à consulter à
nouveau avant de prendre une décision d’arrêt. En revanche, il
serait tout à fait préjudiciable que vous l’incitiez à prendre un traitement qui a été efficace pour quelqu’un d’autre ou pour vous-même.
Si une hospitalisation a été préconisée par le médecin, assurez
votre proche de votre présence, de votre soutien et de votre
disponibilité durant la période d’hospitalisation : celle-ci peut être
nécessaire en cas de dépression sévère (voir p. 44).
Il peut être utile d’accompagner votre proche s’il a besoin d’aide
pour les formalités d’admission. Il est parfois utile de préserver la
tranquillité de la personne dépressive en suspendant temporairement les visites et les contacts téléphoniques. Si cela s’avère
nécessaire, le personnel de l’hôpital pourra proposer à l’entourage
Pour être efficace, ce soutien suppose le respect d’une « bonne distance » avec la personne dépressive, une présence bienveillante
mais pas « étouffante », de l’affection, de l’écoute et de la patience.
Il ne sert à rien d’accabler votre proche de « bons conseils »
(« Si j’étais toi, je ferais… ») ou d’injonctions (« Ne te laisse pas aller ! »,
« Bouge-toi un peu au lieu de traîner au lit tous les matins ! »…).
Ils ne feront en effet qu’aviver ses sentiments de culpabilité et d’impuissance. Souvenez-vous que la dépression est une maladie :
demanderiez-vous à une personne atteinte de la grippe d’arrêter
d’avoir de la fièvre ? En revanche, vous pouvez rassurer votre proche en lui disant (en lui répétant au besoin) que vous comprenez ses
difficultés, qu’il n’est pas fou, que la dépression est une maladie qui
touche beaucoup de monde et que l’on peut s’en sortir avec de l’aide
Pour encourager votre proche à vous parler, il est préférable que
vous gardiez une attitude « ouverte », et que vous l’écoutiez avec
attention et patience (même s’il a tendance à « ressasser » ou à
rester sourd aux apaisements que vous venez de lui prodiguer).
Il est également important que vous vous montriez sensible aux
efforts faits par votre proche et que vous les souligniez (par la
parole, un geste ou un sourire) afin de le valoriser.
Annick, amie d’enfance, 43 ans
« Je lui proposais régulièrement de venir
se balader avec moi, sans trop insister,
je ne voulais pas lui forcer la main. Au début,
il disait non tout le temps et puis un jour, il est
venu. À la fin de la promenade, il m’a dit que ça
lui avait fait du bien. »
64 LA DÉPRESSION - EN SAVOIR PLUS POUR EN SORTIR
Même si elle n’en donne pas l’impression, une personne qui souffre
de dépression est très sensible aux offres d’aide (courses, ménage,
cuisine, bricolage…) et aux « petites attentions ». Attention cependant
à ne pas être trop « maternel » ou « envahissant ». Si votre proche se
sent infantilisé, vous risquez de renforcer son sentiment de dévalorisation (« Je ne suis plus bon à rien »).
Vous pouvez aider et motiver votre proche en l’invitant à faire avec
vous des promenades, des sorties. L’encourager sans le harceler à
poursuivre certaines activités qui lui procuraient du plaisir (« hobbies »,
sports ou activités culturelles) est également une forme de soutien
utile. Rappelez-vous cependant qu’il peut être contre-productif de
brusquer votre proche ou de lui imposer trop d’exercices ou de
visites. Une personne dépressive se fatigue très vite car elle lutte en
permanence contre sa fatigue et ses idées noires.
Serge, conjoint, 59 ans
« Elle prétendait que ça allait lui passer, qu’elle avait
juste besoin de vacances, mais moi j’ai bien vu qu’il
y avait un truc qui clochait : elle n’arrivait plus à se
lever, elle n’avait plus envie de rien, elle pleurait
• Un changement radical de vie, de travail, de résidence ou des
vacances lointaines ne peuvent pas résoudre à eux seuls les problèmes de dépression, ils peuvent même parfois les aggraver. On ne se
sépare pas de son vécu en changeant de cadre de vie ; partir en
vacances lorsqu’on souffre de dépression ne fait que retarder le début
de l’indispensable traitement et risque même d’aggraver la dépression par la perte des repères habituels.
Si des enfants ou des adolescents habitent avec votre proche,
expliquez-leur que ce dernier n’est pas responsable de son état, qu’il
s’agit d’une maladie, qu’il a besoin de soins et de leur soutien.
Quand votre proche va mieux, laissez-le reprendre le fil de sa vie à
son rythme. Un certain temps (habituellement, plusieurs mois) peut
être nécessaire avant qu’il se sente à nouveau à l’aise dans son
entourage familial, amical ou professionnel.
Monique, mère, 66 ans
« Au début, j’en faisais trop, je lui donnais
plein de conseils, je parlais tout le temps…
Et puis un jour, elle m’a dit en souriant que j’avais
le droit quelquefois de me taire, que c’était
ma présence, plus que mes paroles,
qui la réconfortait vraiment. »
Les idées de suicide sont fréquentes en cas de dépression, elles font
d’ailleurs partie des symptômes de cette maladie (voir p. 12).
Le risque suicidaire ne doit pas être sous-estimé : environ 7 %
des personnes touchées par la dépression meurent par suicide.
Cependant, il faut savoir que l’immense majorité des personnes en
proie à des idées de suicide ne feront pas de tentative.
Les signes de risque suicidaire ne sont pas toujours faciles à repérer.
Il faut être particulièrement alerté par :
• l’évocation d’un « départ » ou de la volonté de « rejoindre des êtres
disparus » ;
• la prise de contacts pour remercier ou dire au revoir ;
• un apaisement ou un soulagement soudain sans raison apparente :
cette « amélioration » inattendue peut être provoquée par la décision
de passer à l’acte et par la perspective de mettre ainsi un terme à ses
Toutes les recommandations dans ce domaine sont unanimes : les
idées de suicide peuvent et doivent être abordées par les
proches, les professionnels et, de façon générale, par tous ceux qui
se font du souci pour la personne.
La meilleure façon d’aborder l’existence éventuelle d’idées de suicide
est d’identifier ce qui fait souffrir la personne (être fatigué, ne pas
pouvoir dormir, ne plus pouvoir aimer les siens, se sentir incapable…)
et de poser quelques questions simples et directes :
« Je comprends que trop de choses te font souffrir actuellement.
Est-ce que, quand tu n’en peux plus, tu en arrives à penser
au suicide ? »
Si l’on craint de parler avec une personne de ses idées de suicide,
c’est souvent par peur d’« encourager » celles-ci et de conduire à un
geste suicidaire. En fait, c’est tout le contraire qui se passe. Quand
les questions sont posées avec douceur et respect, la personne est
soulagée que quelqu’un d’autre comprenne vraiment ce qu’elle
endure et soit un témoin de sa souffrance. Parler avec elle est donc
la première étape pour briser son isolement.
Si vous pensez que votre proche est en crise suicidaire,
vous pouvez appeler une ligne téléphonique spécialisée
(voir p. 87-88) où un professionnel compétent vous indiquera
la démarche à suivre. Rester à proximité et éloigner le(s)
moyen(s) de suicide qui seraient à la disposition de votre
proche (arme, médicaments…) peut aider à décourager une
tentative. Vous pouvez aussi accompagner votre proche à
l’hôpital ou dans une structure spécialisée (voir p. 53-54).
La dépression est une maladie que l’on met parfois beaucoup de
temps à identifier et dont le traitement se fait toujours dans la
Pendant toute cette période, vous aurez à partager la souffrance de
votre proche et à trouver la force de lui apporter tout votre soutien et
C’est pourquoi il est indispensable que vous vous préserviez de
l’usure et du découragement. Avec le temps, ceux-ci risquent
en effet de se transformer en colère et en agressivité et d’avoir un
effet contre-productif sur le traitement de la dépression de votre
Voici quelques conseils pour vous permettre de rester « aidant »
• on peut parfois se sentir coupable quand un proche souffre de
dépression. Rappelez-vous cependant qu’il s’agit d’une maladie
aux multiples origines (biologiques, psychologiques, environnementales, voir p. 21-24) ;
il peut arriver qu’on se sente impuissant face à la maladie. Dans ces
cas-là, souvenez-vous que vous n’êtes pas seul : des spécialistes
(professionnels de santé et associations) sont là pour aider votre
proche, vous pouvez vous appuyer sur eux ;
se replier sur soi, s’enfermer dans une bulle seul avec votre proche
n’est pas une solution, ni pour lui ni pour vous. Il est important que
vous preniez le temps de souffler, de continuer à vivre, à pratiquer des
activités personnelles dans lesquelles vous trouvez du plaisir. Il est
également essentiel que vous preniez en compte votre propre
souffrance, que vous parliez à d’autres de ce que vous ressentez.
Si vous vous sentez débordé, n’hésitez pas à faire appel pour vousmême à un professionnel de santé ou à une association spécialisée
(voir p. 87-88). Vous n’en aiderez que mieux votre proche.
Si le recours au soin est indispensable
en matière de dépression, il est également
possible de « s’aider soi-même », de renforcer ainsi
l’efficacité du traitement, d’accélérer la guérison et
d’éviter la réapparition des symptômes.
Mais comment faire quand on souffre de dépression,
quand – précisément du fait de cette maladie – on a
plutôt tendance à perdre confiance en soi et à n’avoir
plus envie de rien ?
La cinquième et dernière partie de ce guide vous donnera des pistes de réponses. On peut s’aider soi-même :
• en acceptant l’aide des autres, en exprimant ce que
l’on ressent ;
• en sachant reconnaître les signes précurseurs
de « sa » maladie, afin de pouvoir agir rapidement ;
• en pratiquant certaines activités physiques,
en améliorant son alimentation, en maintenant ou en
développant les liens avec d’autres personnes (famille,
amis, collègues, voisins, membres de clubs
Une dynamique positive peut ainsi s’enclencher
et inverser le processus « négatif » de la maladie.
sa souffrance et
Dire ce que l’on ressent à des personnes de confiance quand on va
mal est un conseil valable pour tout le monde, à tout moment de la
vie. Revenir sur une expérience douloureuse, la partager avec un
proche, pleurer si l’on en a envie… tout cela fait partie d’un
processus naturel qui permet d’aller mieux :
Bien sûr, quand on souffre de dépression, il n’est pas évident de
parler de ses sentiments et de ses émotions. Cette maladie génère
en effet une culpabilité, un sentiment d’échec et un fatalisme tels
qu’on a l’impression que toute aide extérieure est inutile. Cette
impression est fausse, évidemment. Il existe des traitements
efficaces de la dépression (voir p. 29) et l’entourage peut jouer un
rôle non négligeable dans l’accompagnement de ces traitements
(voir p. 61).
C’est pourquoi, autant que possible, même si c’est parfois difficile,
il est particulièrement important d’accepter d’être aidé, d’exprimer ce que l’on ressent, de faire confiance aux personnes qui
nous aiment, en chassant de nos pensées l’idée qu’elles nous
considèrent comme un enfant, comme un « être inférieur » ou
comme un « malade mental ».
Il est également essentiel, une fois l’aide acceptée, de ne pas se
laisser envahir par un sentiment de mauvaise estime de soi, ou
par la crainte d’être jugé ou déconsidéré, que ce soit par ses
proches ou par son médecin. Par son médecin, en particulier, car
cela pourrait conduire à lui dissimuler certaines informations
essentielles au diagnostic et aux traitements (réalité de la prise du
traitement, effets indésirables, niveau réel de souffrance…).
Marc, agriculteur, 49 ans
« Il ne faut pas avoir peur de parler. Il ne faut
pas avoir honte. Il faut essayer de sortir ce qu’il
y a au fond de soi, parce que sinon, à force,
ça finit par craquer. »
Apprendre à détecter les signes précurseurs d’un épisode
dépressif, c’est se mettre en position d’entreprendre une
démarche de soin dans les meilleurs délais et d’éviter ainsi une
aggravation de la maladie.
Ces signes varient d’une personne à l’autre (chacun peut avoir ses
propres signes) mais ce sont souvent les mêmes qui réapparaissent
chez un même individu dans le cas de troubles récurrents (qui se
répètent dans le temps).
• un changement de l’humeur (notamment une tristesse et des
pleurs sans motif) ;
• des troubles du sommeil (réveil aux petites heures du matin,
sommeil non réparateur…) ;
une anxiété de fond avec des moments plus aigus, notamment
lors de situations jusqu’alors considérées comme routinières et
sans danger (sortir faire les courses, par exemple) ;
• une irritabilité inhabituelle qui nécessite beaucoup d’énergie pour
être contrôlée ;
• des modifications inhabituelles (diminution ou augmentation)
Savoir reconnaître ses propres signes est particulièrement utile
dans le cas de troubles récurrents. Tenir un journal en notant
son humeur au fil des jours est une bonne idée, pour soi-même
et pour son médecin.
des actions de soin
La dépression est un phénomène complexe dans lequel interviennent
plusieurs causes ou « facteurs » : des facteurs biologiques, des facteurs
psychologiques, des facteurs liés à l’environnement (voir p. 21-24).
Ces facteurs ne sont pas indépendants les uns des autres :
au contraire, ils interagissent entre eux. Contre la dépression, il est
donc particulièrement efficace d’agir sur tous ces facteurs en
même temps, afin de générer une dynamique positive qui va
vers l’amélioration de l’état dépressif.
Certaines actions (suivre une psychothérapie, prendre des médicaments antidépresseurs…) nécessitent le recours à un professionnel
(voir p. 50). On peut essayer de réaliser soi-même d’autres
actions : par exemple, pratiquer certaines activités physiques ; améliorer son alimentation ; dormir et prendre ses repas à des heures
régulières ; limiter sa consommation d’alcool, de médicaments
anxiolytiques et de substances psychotropes (cannabis, autres
drogues) ; maintenir des relations sociales.
Les pratiques présentées ci-dessous font mieux que procurer une simple « distraction d’esprit ». Elles ont aussi fait la preuve d’une efficacité réelle sur la réduction des symptômes de la dépression. Mises en
œuvre de façon progressive, en complément du traitement de fond
(psychothérapie, médicaments) et en respectant les limites qu’impose
la maladie, elles peuvent vraiment contribuer au soin et à la guérison.
Plusieurs études ont démontré que le fait de pratiquer
régulièrement mais avec modération1 une ou plusieurs
activités physiques aérobies (activités d’endurance respiratoire
comme la marche rapide, la course à pied, le vélo, la natation,
le rameur…) contribue à réduire les symptômes des dépressions
légères à modérées et à prévenir leur réapparition.
Le niveau d’activité physique préconisé est de 5 séances hebdomadaires de 30 à 40 minutes chacune (ou à défaut de 3 séances
hebdomadaires de 50 à 70 minutes chacune) d’une activité
d’intensité modérée : un footing léger, par exemple. Cette intensité
de pratique s’atteint progressivement, en respectant son propre
rythme. Une fois cette régularité mise en place, la réduction des
symptômes peut être effective très rapidement.
Aucune activité physique aérobie n’est a priori supérieure à une
autre. On privilégiera une activité qui nous plaise en alternant au
besoin les types et les modalités de pratique pour maintenir
l’intérêt et la motivation :
• natation, balade rapide en forêt seul ou avec des amis, marche
rapide pour se rendre au travail…
L’augmentation excessive des durées ou des intensités de pratique n’a pas nécessairement d’effets sur les symptômes
dépressifs. Au contraire, le « surentraînement » a un effet négatif et peut dégrader l’état dépressif.
Les possibilités sont nombreuses, seule la régularité compte.
La pratique en groupe ou en club peut être intéressante, car elle
associe les bienfaits de l’activité physique à ceux de l’échange avec
Pratiquées en complément des activités aérobies, certaines
gymnastiques ou activités corporelles douces peuvent aussi
avoir des effets positifs.
Si l’on n’a pas pratiqué d’activité physique
depuis longtemps, il est préférable de consulter
un médecin pour effectuer un bilan de santé.
Les techniques de relaxation sont reconnues pour leurs effets sur
la gestion de l’anxiété.
Il peut être intéressant de les pratiquer pendant une dépression,
et après, pour prévenir la réapparition des symptômes. Ces techniques peuvent en effet permettre de réduire les tensions du corps
ainsi que la « rumination » et les idées noires. Cependant, ce travail
sur le corps et les pensées peut être délicat, voire impossible en cas
de pensées négatives envahissantes dans les phases les plus
aiguës de la dépression. Il est donc préférable de pratiquer ces
techniques avec un professionnel compétent. Ces approches
nécessitent par ailleurs un temps d’apprentissage et un usage
régulier pour être efficaces.
Sophie, professeur d’anglais, 36 ans
« J’ai pris l’habitude de faire un peu d’aquagym.
En même temps, la prof me fait faire des séances
de relaxation, ça m’aide à me détendre, à penser
un peu à mon corps. Et puis, sortir de la maison,
voir du monde, c’est quand même bien. »
ET AUX DÉSÉQUILIBRES
Il n’est pas évident de maintenir une alimentation équilibrée quand
on souffre de dépression : l’appétit est souvent perturbé, on n’a
pas très envie de manger ou, à l’inverse, on adopte un comportement boulimique. Cependant, le respect des recommandations
habituelles en matière de nutrition2 reste valable.
Une attention particulière doit être portée à la consommation
régulière de fruits et légumes frais, de poissons et fruits de
mer, d’huiles végétales (olive, colza…) et de céréales complètes. Ces aliments contiennent en effet des acides gras essentiels
(oméga-3, oméga-6), de la vitamine B12, des folates, des
antioxydants (notamment vitamines C et E), du sélénium, du zinc,
du fer… dont les carences peuvent jouer un rôle dans la
dépression. Outre ces risques de carences, les déséquilibres
alimentaires peuvent avoir des effets négatifs sur l’organisme, que
ce soit à court terme (perte ou prise de poids, troubles digestifs,
douleurs musculaires, fatigue, troubles de la concentration…) ou à
plus long terme (diabète, maladies cardiovasculaires…). Ces dommages physiques peuvent avoir à leur tour un impact négatif sur
l’état dépressif. Pour prévenir ces différents risques, le maintien
d’une alimentation naturelle équilibrée est préférable à l’usage
délicat de compléments artificiels.
Recommandations élaborées dans le cadre du Plan national nutrition-santé (PNNS), diffusées via des livrets
d’information (La santé vient en mangeant. Le guide alimentaire pour tous, Inpes, 2002) ou des sites Internet :
ALCOOL ET AUTRES SUBSTANCES ADDICTIVES :
La souffrance morale ressentie en cas de dépression peut favoriser
la consommation d’alcool. Sur l’instant, l’alcool peut en effet
donner l’impression de soulager, de mettre une distance entre soi et
ses problèmes, d’avoir un effet tranquillisant ou apaisant.
Mais ces effets immédiats sont un piège : l’impression d’amélioration se dissipe rapidement, l’alcool a en fait des effets dépresseurs (diminution des fonctions cérébrales, fatigue, difficultés de
concentration, tristesse) qui sont liés à ses interférences avec le
fonctionnement de plusieurs neuromédiateurs. Il entraîne en fait
une aggravation de la dépression.
La consommation d’alcool pose également problème quand on
prend un traitement médicamenteux (antidépresseurs, anxiolytiques…). En effet, l’alcool interfère avec les effets des
médicaments, augmente leurs effets indésirables et diminue
leur efficacité thérapeutique. Il est donc préférable d’éviter d’en
boire si l’on prend des médicaments.
Dans les autres cas, mieux vaut en consommer dans la limite des
seuils définis par les experts internationaux : trois verres par jour
pour les hommes, deux verres par jour pour les femmes. Au-delà,
on prend des risques pour sa santé.
La dépression peut également être propice à une augmentation
de la consommation d’autres substances addictives (médicaments anxiolytiques, tabac, cannabis, cocaïne, amphétamines…).
Comme l’alcool, ces substances sont rapidement toxiques.
Elles ont directement ou indirectement des effets dépresseurs. Il est
recommandé de limiter (dans le cas des médicaments
anxiolytiques) ou de supprimer (dans tous les autres cas) leur
Alcool : de l’usage simple à la dépendance
En matière de consommation d’alcool, on distingue
l’usage simple, l’usage nocif et la dépendance.
• Usage simple : consommation n’entraînant pas
ou autrui.
• Usage nocif (ou « abus ») : consommation répétée
se passer d’alcool pendant plusieurs jours ; des difficultés
pour effectuer des obligations de la vie quotidienne ;
l’aggravation de problèmes personnels ou familiaux…
• Dépendance : la personne ne peut plus se passer
de consommer sous peine de souffrances physiques
Le glissement de l’usage simple à l’usage nocif peut se
faire de manière invisible. La personne se trouve alors
dans une phase intermédiaire, l’usage à risque.
Au cours de cette phase, il n’y a pas encore de
dommages apparents, mais une intervention précoce est
souhaitable. Ces questions peuvent être abordées avec
un professionnel de santé, qui est là pour en parler
avec vous si vous le souhaitez. Ce sera l’occasion de faire
le point sur votre consommation et d’envisager ensemble
des solutions pour la diminuer.
LIENS SOCIAUX : À ENTRETENIR AUTANT
Le manque de soutien social (famille, amis, confidents, collègues…)
a des effets négatifs sur la dépression. Préserver son réseau
relationnel est donc essentiel lorsqu’on souffre d’un état dépressif.
Ce n’est pas forcément simple à mettre en œuvre, pour plusieurs
d’abord parce que la dépression apparaît parfois à la suite d’une
séparation, d’un deuil, d’un licenciement, d’un déménagement… ;
l’environnement social de la personne se trouve alors fragilisé ;
• ensuite parce que la dépression incite davantage à se replier sur
soi qu’à aller vers les autres. Le ralentissement intellectuel et moteur
provoqué par la maladie (voir p. 8-14) donne l’impression que le
monde environnant est devenu trop complexe, qu’on ne parviendra
plus à s’y adapter ;
• enfin parce que la dépression dégrade l’estime de soi : on se
considère comme « indigne » ou « incapable » d’avoir des relations
satisfaisantes pour soi et pour autrui.
Il est donc essentiel de profiter des périodes de rémission de la
maladie (périodes de répit pendant lesquelles on se sent mieux)
pour entretenir ou développer son réseau de relations : voir ses
amis, sa famille, ses collègues, participer à des activités collectives
(clubs, activités caritatives, culturelles, sportives, artistiques…).
Au-delà de ces relations importantes et stables, les « microéchanges » (les quelques paroles et sourires quotidiens que l’on
échange avec ses voisins, les commerçants de son quartier,
le chauffeur de bus, le personnel d’entretien de l’immeuble ou
de l’entreprise…) permettent également de se sentir mieux, plus
à l’aise et moins isolé dans son environnement. Dans les moments
difficiles, ces multiples petits soutiens sont d’une grande valeur.
Dans les moments de crise, la souffrance peut être telle qu’on
n’est plus capable d’aller vers les autres, et que les autres ne sont
plus capables d’accueillir notre douleur. Mais, même dans ces
moments-là, il est toujours possible (et nécessaire) de maintenir un
lien social, que ce soit avec des professionnels de santé dont
c’est le métier (médecins, psychologues…), ou avec les membres
d’un groupe de parole ou d’échange.
De nombreuses associations (voir p. 87-88) proposent des groupes
de ce type, dans lesquels écoute, soutien et partage sont toujours une
réalité. Certaines associations proposent également des séances
d’information et de soutien relationnel animées par des professionnels (psychiatres, psychologues…) autour de thèmes spécifiques.
Thierry, ingénieur en recherche d’emploi, 57 ans
« Le conseil que je donnerais, c’est surtout de garder
ses amis à ce moment-là, garder ses centres
d’intérêt personnels, un domaine à soi. »
Épisode dépressif caractérisé ( ou épisode dépressif majeur : p. 15, 43)
Activités d’endurance respiratoire (comme la marche rapide, la course à pied, le
vélo, la natation, le rameur…) dont la pratique régulière mais modérée contribue
à réduire les symptômes des dépressions légères à modérées et à prévenir leur
(p. 11, 75, 78)
Émotion proche de la peur, sans cause évidente, présente chez tout être
humain. L’anxiété est un symptôme fréquent en cas de dépression, qui se manifeste aussi bien dans le corps (boule dans la gorge, gêne pour respirer…) que
dans la tête (rumination, sensation de catastrophe imminente…).
(p. 17, 20, 41, 77, 80)
Couramment appelés « tranquillisants », ces médicaments soulagent rapidement l’angoisse. Mais ils ne soignent pas la dépression et ne doivent pas être
pris pendant plus de quelques semaines (au-delà, le risque de dépendance
est réel).
Moment de doute et de fatigue passager, facilement surmontable, qui se manifeste chez la mère quelques jours après l’accouchement. À distinguer de
l’épisode dépressif du post-partum.
(p. 39, 42, 80)
Période de temps suffisamment longue (plus de quinze jours) pendant laquelle,
chaque jour ou presque, et pendant la plus grande partie de la journée, une personne présente un état de souffrance profonde et plusieurs autres symptômes
Épisode dépressif du post-partum
Épisode dépressif survenant régulièrement à des moments spécifiques de l’année (apparaissant, par exemple, chaque hiver pour disparaître au printemps).
Épisode dépressif caractérisé suivant l’accouchement, à distinguer du baby
Facteurs de risque (ou facteurs de vulnérabilité : p. 22, 23)
« Causes » de la dépression intervenant très en amont de la maladie, qui « préparent le terrain ». Exemple : avoir des parents qui ont souffert de dépression augmenterait le risque d’être soi-même frappé par la maladie.
Facteurs précipitants (p. 22, 23)
« Causes » de la dépression intervenant juste avant la dépression, qui la déclenchent. Exemples : une séparation, un deuil, un licenciement…
Hypnotiques (p. 17, 20)
Couramment appelés « somnifères », ces médicaments visent à faciliter
le sommeil lorsque celui-ci est perturbé.
Médecin traitant (p. 56)
Chaque Français de plus de 16 ans doit choisir et déclarer auprès de sa Caisse
d’Assurance Maladie son médecin traitant. Tout médecin peut remplir ce rôle
(médecin de famille ou autre praticien, généraliste ou spécialiste, conventionné ou
non), à condition qu'il donne son accord. Le médecin traitant est au cœur du dispositif du parcours de soins coordonnés et personnalisés. C'est lui qui détermine,
lors de votre consultation, s'il est nécessaire de vous orienter vers un autre
Millepertuis (p. 43)
Cette plante, en vente libre en France, parfois utilisée en cas de « manifestations
dépressives » légères et provisoires, n’est pas un traitement pour les épisodes
dépressifs caractérisés, même d’intensité légère. Le millepertuis ne doit pas être
pris à la légère, comme une sorte de « tisane antidépressive ». Il présente en effet
le sérieux inconvénient d’interagir avec de très nombreux médicaments, dont certains antidépresseurs. Il est donc très important d’informer le médecin de l’utilisation éventuelle de ce produit.
Neuromédiateurs (ou neurotransmetteurs : p. 22, 39, 80)
Substances fabriquées en permanence par le cerveau qui servent à la transmission
d’information entre les neurones. Les neuromédiateurs affectés par la dépression
sont la noradrénaline, la dopamine et la sérotonine.
Psychiatre (p. 49)
Médecin spécialisé qui a reçu, après ses études de médecine générale, un enseignement supplémentaire de quatre ans sur les maladies mentales et leurs
traitements. En tant que médecin, il est habilité à prescrire des médicaments,
Il peut aussi proposer une psychothérapie (qui peut être réalisée avec lui ou avec
un autre professionnel).
Psychologue (p. 50)
Il a effectué cinq années de psychologie à l’université et possède un diplôme de
3e cycle (DEA, DESS ou master). Il est habilité à effectuer un bilan de personnalité
à l’aide de tests et d’un questionnement approfondi. Il effectue des entretiens
cliniques et peut aussi réaliser des psychothérapies.
En revanche, il n’est pas médecin : il ne peut donc pas prescrire de médicaments
et les séances chez un psychologue ne sont remboursées par l’Assurance maladie que dans les établissements psychiatriques publics (Centre médico-psychologiques, hôpitaux de jour…).
Secteur (p. 53)
Zone géographique (chaque département en comporte plusieurs) qui regroupe les
établissements de soins psychiatriques publics autour d’un service hospitalier.
Dans chaque secteur, une équipe coordonnée assure tous les soins de santé mentale pour la population habitant cette zone.
Symptômes (p. 8)
Signes physiques, fonctionnels ou psychologiques provoqués par la maladie,
perçus par le malade, dont l’étude sert à poser le diagnostic d’une maladie.
Temps partiel thérapeutique (p. 59)
Possibilité de travailler à temps partiel en percevant tout ou partie des indemnités
journalières d’arrêt de travail versées par l’Assurance maladie. Un temps partiel thérapeutique nécessite l’avis de trois médecins (le médecin traitant, le médecin
conseil de l’Assurance maladie, le médecin du travail) et l’accord de l’employeur.
Pour être accordé, il doit s’intégrer dans un projet de soin précis conduisant à terme
à une reprise du précédent emploi à temps complet.
Tristesse (p. 8)
La tristesse de la dépression n’a rien à voir avec la tristesse « normale » : elle est
particulièrement intense, elle n’est pas « directement » reliée à une cause, rien ne
l’apaise, elle se mêle d’angoisse et d’un sentiment de « fatalité ».
Troubles anxieux (p. 11, 20)
Maladie psychique caractérisée par des peurs irrationnelles et gênantes (phobies,
obsessions, panique…). À distinguer de la dépression, même si les deux maladies
peuvent avoir des symptômes similaires.
Troubles bipolaires (ou maladie maniaco-dépressive : p. 19)
Forme particulière de trouble de l’humeur qui alterne des épisodes d’excitation
excessive (épisodes maniaques) et des épisodes dépressifs.
Association française contre la dépression et la maladie maniacodépressive (loi 1901), soutient les personnes dépressives et leur entourage : groupes de parole, permanence téléphonique, conférences, activités conviviales… Ses membres sont des personnes confrontées à la
maladie : patients, parents, amis, ou professionnels de la santé (médecins, psychologues, assistantes sociales, infirmiers…).
Plusieurs associations régionales existent, renseignez-vous sur le site
web : www.france-depression.org
L'Unafam (Union nationale des amis et familles
de malades psychiques)
Les bénévoles des 97 sections départementales accueillent, soutiennent
les familles et défendent leurs droits. L'Unafam organise des formations
afin d'aider les proches confrontés à la maladie psychique. Des réunions, groupes de parole, conférences-débats, congrès ainsi qu'une
revue et des brochures, participent également à cette mission de formation et d'information à laquelle des spécialistes, psychiatres, psychologues, juristes et assistantes sociales apportent leur concours.
Les coordonnées des sections départementales sont disponibles au
01 53 06 30 43 et sur le site web: www.unafam.org
> La FNAPSY (Fédération Nationale des Associations d’usagers
en PSYchiatrie)
La FNAPSY regroupe 70 associations membres et les représente auprès
des instances concernées. Elle facilite le développement et l’entraide
des associations et aide à leur création. La FNAPSY remplit également
une mission d’information vers le grand public.
Vous trouverez notamment sur leur site les contacts d’associations partout en France : www.fnapsy.org
DISCUTER, AVOIR L’ÉCOUTE DE QUELQU’UN :
S.O.S Amitié offre, à tous ceux qui choisissent d'appeler, la possibilité
de mettre des mots sur leur souffrance et, ainsi, de prendre le recul
nécessaire pour retrouver le goût de vivre.
Vous trouverez le numéro de votre région sur le site Internet
www.sos-amitié.com ou au 01 40 09 15 22. Le site offre aussi un
service d'écoute web (anonymat, confidentialité et non-directivité).
01 45 39 40 00 (prix d’un appel local) : accueil et écoute des personnes
confrontées au suicide, 24h/24, 7j/7.
Numéro national : 0825 120 364 (15ct / min) : accueil et écoute des
personnes confrontées au suicide, 7j/7 de 16h à 20h.
01 42 63 03 03 (prix d’un appel local) : cette ligne d'écoute créée par
l'Unafam est destiné aux familles ayant un proche en souffrance
psychique. Des psychologues conseillent et orientent les familles.
PLUS SPÉCIFIQUEMENT POUR LES ENFANTS ET
LES ADOLESCENTS, N’HÉSITEZ PAS À CONTACTER :
0800 235 236 (appel anonyme et gratuit depuis un poste fixe) : écoute,
information et orientation des jeunes dans les domaines de la santé physique, psychologique et sociale. Ouvert 7j/7 de 8h à minuit.
0 810 810 987 (prix d’un appel local depuis un poste fixe) : écoute des
parents et des enfants en difficulté, prévention du mal-être et de l’autodestruction des jeunes, du lundi au vendredi de 9h30 à 18h.
Site d’information et d’orientation contribuant à combattre le mal-être
des jeunes : www.phare.org
Vincent FOURNIER, chargé d’édition, Inpes / Catherine LENGELLÉ, journaliste
Philippe LAMOUREUX, directeur général de l’Inpes
ISBN : 978-2-9161-9202-4 / Impression : Fabrègue - octobre 2007
Parce qu’aujourd’hui, en France, la dépression touche
plus de 3 millions de personnes et que la moitié d'entre
Parce que mieux connaître la maladie, c’est pouvoir
en parler, accepter de trouver de l’aide auprès d’un
Parce que comprendre plus vite ce qui se passe, c’est
souffrir moins longtemps.
Parce qu’en savoir plus, c’est déjà commencer à s’en
La dépression peut intervenir à tous les
moments de la vie mais elle prend des
formes spécifiques selon les âges : ce guide
traite plus particulièrement de la maladie
Pour tous ceux qui souhaitent s’informer, pour euxmêmes ou pour leurs proches, sur la dépression,
ses symptômes et les solutions pour la soigner.
Un guide très complet sur une maladie dont tout le monde parle... sans parfois bien la connaître