Source: http://axl.cefan.ulaval.ca/amnord/usa_2pol-federale.htm
Timestamp: 2020-05-28 01:42:49+00:00
Document Index: 257714446

Matched Legal Cases: ['arrêt ', '§ 7801', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', "l'article 102"]

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Lois linguistiques: Loi sur les droits civils (1964); Loi sur l'éducation bilingue (1965, ABROGÉE); Loi sur le droit de vote (Nécessité du bilinguisme dans les élections) (1965-2006) ; Loi sur l'égalité des chances en éducation (1974); Loi sur les interprètes judiciaires (1978); Loi sur l'éducation bilingue (1994, ABROGÉE) ; Projet de loi Emerson pour promouvoir la langue anglaise (1996, NON ADOPTÉ) ; Décret présidentiel no 13166 du 11 août 2000 (accès aux services bilingues); Loi du «aucun enfant laissé pour compte» - No Child Left Behind Act (2001); Loi sur les langues amérindiennes de 1990; Loi sur les langues amérindiennes de 1992; Loi modifiant la Loi sur les langues amérindiennes de 2001; Loi sur la revitalisation des langues amérindiennes du Sud-Ouest de 2003.
1 Une politique linguistique restrictive
Il n’est pas dû au hasard que la Constitution américaine de1787 (toujours en vigueur, mais plusieurs fois modifiée depuis) ne contienne aucune disposition linguistique pour rendre l’anglais langue officielle du pays. Souvenons-nous qu'à cette époque la population américaine était issue de différents pays et parlait différentes langues (comme aujourd'hui). En fait, les «pères fondateurs» refusèrent de faire de l'anglais la langue officielle, car ils croyaient qu'il s'imposerait de lui-même, sans appui officiel. Ce n’est certes pas un oubli de la part des législateurs de l’époque, mais bien une volonté délibérée de ne pas intervenir politiquement. En fait, la plupart des hommes politiques américains associaient l'interventionnisme linguistique à une «pratique monarchiste» qu'ils abhorraient. Pour eux, les académies sur la langue, comme il en existait en France, en Espagne ou en Italie, étaient perçues comme des institutions royalistes.
Dans les premières années de l'Union, le Congrès américain publia plusieurs documents en français, en allemand et en espagnol dans le but de mieux les diffuser dans certaines régions. En réalité, les États-Unis ont appliqué, depuis le début de leur histoire, une politique linguistique jacobine, c'est-à-dire d’imposition linguistique avec des résultats qui feraient l’envie de nombreux pays. Cette politique est celle des États forts de la fin du XVIIIe siècle, tels que la Grande-Bretagne et la France: à un pays doivent correspondre une langue et une nation («One Language, One Nation»). En somme, c'est la vieille idée de l'État-Nation développée par la Révolution française. En témoigne cette déclaration de Bertrand Barère (1755-1841), membre du Comité de salut public, qui déclencha l'offensive en faveur de l'existence d'une langue nationale:
Quant aux États-Unis, le linguiste D. F. Marshall déclarait, en 1986, dans un article du International Journal of the Sociology of Language, ce qui suit:
Il ressort de notre analyse de l'histoire américaine que le fait de ne pas avoir de langue officielle n'est pas dû à un oubli de la part des auteurs de la Constitution, mais résulte d'une volonté délibérée de planification linguistique.
Il faut toujours se rappeler que le non-intervention constitue une véritable politique linguistique. Malgré l'absence de prescription constitutionnelle relative à une langue officielle, des millions d'immigrants et d'autochtones parlant d'autres langues ont été anglicisés. Le gouvernement fédéral américain a toujours favorisé l'anglais et, pour ce faire, il a pratiqué des politiques linguistiques expansives pour l'anglais, mais restrictives pour les autres langues. Pourtant, il n'existe pas aux États-Unis une politique sociale officielle qui aurait pour objectif d'intégrer les immigrants ou de les aider à s'intégrer dans le courant dominant («mainstream»). Il n'existe ni au niveau fédéral ni dans les États des structures destinées à jouer un rôle dans l'intégration ou l'immigration. Il n'existe pas au gouvernement fédéral américain un «secrétaire d'État à l'Immigration». Historiquement, l'État se tient loin de toute intervention en cette matière. Toute cette approche du processus d'intégration relève exclusivement de la «société civile».
Dans les faits, l'anglais a toujours été la seule langue utilisée par l'administration fédérale américaine, que ce soit au Parlement, dans les cours de justice, les services publics, l'affichage, etc. Il y a eu quelques rares exceptions; par exemple, à l'occasion des deux derniers conflits mondiaux (1914-1918 et 1939-1945), alors que certains messages ont été publiés en une vingtaine de langues. Cette pratique expansive pour l'anglais a toujours été présente aux États-Unis et elle ne disparaîtra pas de sitôt, surtout que la «menace hispanique» (le «péril latino») risque de la renforcer encore davantage, surtout lorsque les présidents sont conservateurs comme George W. Bush.
En matière de langue, en 1919, Franklin Roosevelt, qui devait être président des États-Unis de 1932-1945, fit un jour cette déclaration:
Toutefois, un arrêt de la Cour suprême des États-Unis est venu en 1923 semer un certain doute en déclarant :
The protection of the Constitution extends to all, to those who speak other languages as well as to those born with English on the tongue. Perhaps it would be highly advantageous if all had ready understanding of our ordinary speech, but this cannot be coerced by methods which conflict with the with the Constitution, — a desirable end cannot be promoted by prohibited means. [La protection de la Constitution s'étend à tous, à ceux qui parlent d'autres langues, comme à ceux qui sont nés avec l'anglais comme langue maternelle. Il serait peut-être fort avantageux si tous avaient la compréhension rapide de notre langage ordinaire, mais cela ne peut pas être forcé par des méthodes qui sont en conflit avec la Constitution — une fin désirable ne peut pas être encouragée par des moyens interdits.]
Le calme est revenu et les États-Unis ont continué de pratiquer une politique linguistique qui a tellement réussi qu'aujourd'hui l'unilinguisme anglais règne de façon quasi incontestée dans l'administration fédérale. Pourtant, certaines administrations américaines ont assoupli leur politique et permis une forme de bilinguisme. Rappelons qu'en août 2000 le président Clinton a signé un décret (EO 13166) intitulé Improving access for people of limited English proficiency («Amélioration de l'accès aux services pour les personnes dont les compétences sont limitées en anglais»). Ce décret obligeait tous les organismes fédéraux à s'adresser aux non-anglophones dans leur langue. La raison invoquée était que les non-anglophones avaient droit aux mêmes services que les anglophones. Évidemment, le respect de ce décret du président Clinton s'est fait de façon très inégale, car certains organismes, comme le U.S. Department of Education (département de l'Éducation), ont totalement ignoré ces prescriptions.
Soulignons qu'à l'origine les Anglo-Saxons, qui deviendront successivement les Yankees, les White Anglo-Saxon Protestants (WASP), puis les White ethnics, dominaient partout dans les Treize Colonies qui ont donné naissance à la fédération américaine, car aucune d'entre elles n'étant la patrie d'une minorité nationale. L'adoption du système fédéral n'a donc pas eu à tenir compte des différences ethniques, mais plutôt à introduire une forme supplémentaire de séparation des pouvoirs étatiques et à protéger les libertés individuelles. Toutefois, le problème des minorités a commencé à se poser du moment où les États-Unis se sont étendus territorialement, que ce soit par la colonisation, l'achat ou la conquête. Ces nouveaux territoires abritaient des peuples distincts du point de vue ethnique: peuples autochtones et populations hispaniques (Chicanos ou Latinos) de l'ouest et du sud-ouest, francophones de la Louisiane, Inuits de l'Alaska, Aléoutes, Hawaïens, Portoricains, etc. Ce sont là les véritables «minorités nationales» aux États-Unis!
Évidemment, le système fédéral aurait pu permettre à ces groupes de bénéficier d'une certaine autonomie politique à base territoriale. Mais cette solution a été délibérément écartée, même dans les territoires achetés (Louisiane et Alaska) ou annexés (Floride, Texas, Californie, Nouveau-Mexique, Hawaï). Les autorités américaines ont toujours réussi à empêcher qu'une minorité nationale ne prenne le contrôle politique d'un État américain (pensons à la Louisiane!) et ne bénéficie de cette façon d'une importante autonomie gouvernementale. Cela dit, certains petits peuples autochtones des États-Unis exercent aujourd'hui une forme d'autonomie gouvernementale à base territoriale.
2 Les pratiques du multilinguisme fédéral
Dans les faits, seulement quelques documents gouvernementaux sont autorisés par la législation fédérale à être publiés dans une autre langue que l’anglais. Il a fallu l'intervention d'un Bill Clinton pour en arriver à certaines pratiques. Il s’agit des cas suivants:
1) Les procédures d'immigration
Les interprètes doivent être disponibles pendant l'examen mental et physique d'immigrants cherchant l'entrée aux États-Unis (8 USC 1224).
2) Les procès reconnus légalement
Des interprètes doivent être disponibles lors des procès fédéraux, au civil et au criminel, quand ceux-ci n’impliquent pas des personnes morales ou quand ce sont des individus affirmant ne pas connaître la langue anglaise (28 USC 1827).
3) Les soins médicaux des immigrants
Du personnel bilingue doit être prévu dans les centres fédéraux de santé et les programmes d’abus d’alcool, qui desservent une population significative de non-anglophones ( 42 USC 254b(f)(3)(J), 245c, 4577b).
4) Le droit de vote
De l'information bilingue doit être dispensée aux électeurs ainsi que dans les bureaux de scrutin dans des juridictions où des locuteurs d’origine amérindienne, hispanique ou asiatique dépassant 5 % de la population ou dont le nombre excède plus que 10 000 personnes. (42 USC 1973aa-1a).
5) Les écoles
La loi fédérale des droits civils oblige les écoles à prendre «des mesures appropriées pour surmonter les barrières de langue», qui ferment l'accès aux cours des enfants ayant des connaissances limitées en anglais (20 USC 1703 f).
Quand une agence fédérale choisit de servir le public dans une autre langue que l’anglais, elle doit généralement faciliter des opérations efficaces, telles que:
- informer des membres du public de leurs droits et leurs responsabilités;
- appliquer les diverses lois fédérales;
- sauvegarder la sécurité et la santé publique;
- rassembler l'information, p. ex. lors des recensements décennaux;
- soutenir des programmes éducatifs, incluant les programmes qui enseignent la langue anglaise;
- fournir l’accès au gouvernement et à toute procédure politique.
Le décret présidentiel EO-13166 (l'Improving access for people of limited English proficiency) de Bill Clinton donne une certaine idées de ces services. Quoi qu'il en soit, un rapport du General Accounting Office montre que, entre 1990 et 1994, moins de 1 % (exactement 0,065 % d'après le 104e Congress Report du 30 juillet 1996) des documents du gouvernement fédéral ont été rédigés (traduits) dans d'autres langues que l'anglais. C'est pourquoi Edward M. Chen, membre de l'American Civil Liberties Union of Northern California, pouvait dire en 1995: "If anything... language minorities are vastly under-served" («Rien du tout... les minorités linguistiques sont immensément sous-employées»).
L'une des caractéristiques des droits linguistiques exercés aux États-Unis, c'est que ces droits sont définis comme des composantes des libertés et droits civils, assurant à tout citoyen de ne pas subir de discrimination en raison de l'origine nationale, dont la langue fait partie. C'est dans cette perspective qu'a été adoptée en 1974 la loi intitulée Equal Educational Opportunity Act ou EEOA, c'est-à-dire en français: Loi sur l'égalité des chances en éducation). Cette loi fédérale adoptée sous l'administration de Richard Nixon, interdit la discrimination à l'égard des professeurs, du personnel et des élèves, notamment sur la base de la race, de la couleur ou de l'origine nationale, ce qui inclut la langue parlée par un individu. La même loi oblige les districts scolaires à prendre des mesures pour surmonter les obstacles freinant une participation égale des élèves à l'éducation. De plus, les droits linguistiques sont toujours accordés sur une base individuelle, jamais sur une base collective. Ce sont donc des droits personnels, non des droits collectifs, car ils sont plus facilement révocables lorsque les circonstance s'y prêtent moins.
3 Les lois sur l’enseignement bilingue
Sous la pression de personnalités hispanophones, le Congrès américain a fini par adopter quelques lois en matière linguistique. Elles portent toutes sur l'éducation ou l'enseignement bilingue, à part les mesures prévues pour le droit de vote. À la fin des années soixante, les membres du Congrès désiraient tenir compte des besoins d’un nombre croissant d’élèves qui, du fait de leur connaissance limitée, sinon inexistante de l’anglais, se trouvaient perpétuellement en situation d’échec scolaire; ils étaient également désavantagés par rapport aux enfants anglophones. Cette législation s'inscrivait à la suite des revendications des Noirs américains et de l'adoption de la Loi sur les droits civils (Civil Rights Act of 1964). Parallèlement, les faits révélaient que les élèves hispanophones abandonnaient massivement leurs études en cours de scolarité, tandis que leur nombre augmentait sans cesse dans certains États tels que le Nouveau-Mexique, l'Arizona, le Texas, la Floride et même dans les États de New York et de la Nouvelle-Angleterre.
Mentionnons la Loi sur l'éducation bilingue (Bilingual Education Act, 1965), la Loi d'urgence d'assistance aux écoles (Emergency School Aid Act, 1972), la Loi sur l'éducation aux autochtones (Indian Education Act, 1972) et le Programme sur l'héritage ethnique (Ethnic Heritage Program, 1972). Cette politique d'éducation bilingue était destinée aux enfants dont la connaissance de l'anglais est limitée. Ces lois s’inscrivent, répétons-le, dans la suite du Civil Rights Act de 1964 qu’avaient obtenu les partisans du mouvement pour les droits civiques des Africains américains. À cette époque, les élèves hispanophones abandonnaient massivement leurs études en cours de scolarité, alors que leur nombre augmentait par suite de l’exil des Cubains en Floride, des Mexicains dans les états limitrophes du Mexique et de Portoricains dans les États de New York et de la Nouvelle-Angleterre.
3.1 Les lois sur l'enseignement bilingue
La loi la plus importante sur cette question fut sans contredit la Bilingual Education Act (Loi sur l'éducation bilingue) de 1965 instaurée sous la présidence de Lyndon B. Johnson. La Bilingual Education Act est la façon brève (dit titre court) d'appeler la loi de 1965 dont le nom était officiellement l’Elementary and Secondary Education Act (Loi sur l'enseignement primaire et secondaire) ou plus simplement l'ESEA. La loi de 1968 a été modifiée de nombreuses fois, mais en 1994 elle fut appelée l'Improving America's Schools Act (Loi améliorant les lois scolaires d'Amérique), alors que le titre court demeurait encore Bilingual Education Act. Bien que la loi sur l'éducation bilingue de 1994 soit aujourd'hui abrogée, elle a servi de modèle aux États-Unis durant de longues années.
En vertu de cette politique d'ouverture, le gouvernement fédéral avait prévu des subventions aux États dont les écoles désiraient dispenser un enseignement bilingue. Malgré la complexité du système éducatif américain, les États ont profité d'énormes subventions fédérales à travers les dispositions du ESEA Act, en vertu du Titre VII (428 millions de dollars par an exclusivement affectés aux programmes «bilingues») ou du Titre I (8,6 milliards de dollars), dont 75 % peuvent, de façon discrétionnaire, être affectés à des programmes impliquant une autre langue que l’anglais. Sur quelque 3,5 millions d’élèves bénéficiant de cet enseignement, 65 % seraient des hispanophones, les autres se répartissant environ entre 150 et 300 autres langues, surtout des minorités asiatiques, amérindiennes ou françaises (Louisiane, Maine). Selon des statistiques de 1990, quelque 72 % des élèves dont les compétences sont limitées en anglais (LEP) se trouveraient dans six États : la Californie, la Floride, l’Illinois, le New Jersey, New York et le Texas. Selon le paragraphe 702 de la Loi sur l'éducation bilingue, voici comment est définie cette politique:
Paragraphe 702 [traduction]
(4) que, étant donné le grand nombre d'enfants dont les habiletés en anglais sont limitées, ces derniers ont des besoins éducatifs qui peuvent être satisfaits par le recours aux méthodes et aux techniques d'enseignement bilingue; et
Par ailleurs, le paragraphe 7801 du chapitre 70 du US Code donne les définitions suivantes de l'expression ''Limited English Proficient'' (ou LEP), c'est-à-dire les connaissances limitées en anglais:
TITLE 20, CHAPTER 70
§ 7801.
(25) Limited English proficient
The term “limited English proficient”, when used with respect to an individual, means an individual—
(I) who is a Native American or Alaska Native, or a native resident of the outlying areas; and
(i) the ability to meet the State’s proficient level of achievement on State assessments described in section 6311 (b)(3) of this title;
Code des États-Unis [traduction]
TITRE 20, CHAPITRE 70
(25) Connaissance limitée en anglais
L'expression "connaissance limitée en anglais", lorsqu'elle est employée en ce qui concerne un individu, désigne quelqu'un :
(A) qui âgé entre 3 et 21;
(B) qui est inscrit ou en voie de s'inscrire dans une école primaire ou une école secondaire général;
(i) qui n'est pas né aux États-Unis ou dont la langue maternelle est une autre langue que l'anglais;
(I) qui est un Indien d'Amérique ou l'Indigène de l'Alaska, ou un résidant natal des secteurs périphériques; et
(II) qui vient d'un milieu où une autre langue que l'anglais a eu un impact significatif sur le niveau de l'individu dans ses connaissance de l'anglais; ou
(iii) qui est un immigrant dont la langue maternelle est une autre langue que l'anglais et qui vient d'un milieu où une autre langue que l'anglais est dominante; et
(D) dont les difficultés dans la conversation, la lecture, l'écriture ou la compréhension de l'anglais peuvent être suffisantes pour nier un individu:
(i) dans sa capacité de satisfaire au niveau de connaissance de l'État relativement aux évaluations nationales décrites au paragraphe 6311 (b) (3) du présent titre;
(ii) dans sa capacité de réussir avec succès dans des salles de classe dans lesquelles la langue d'enseignement est l'anglais; ou
(iii) dans ses possibilités de s'intégrer entièrement à la société.
Afin de bénéficier de l'enseignement bilingue, un enfant devait en principe venir d'une famille dont les revenus n'excédaient pas 3000 $, ce qui désignait avant tout les familles pauvres, voire très pauvres. On peut dire qu'il s'agissait d'une mesure sociale destinée à aider les immigrants à très faible revenu. La dimension linguistique paraissait secondaire, mais il n'était pas question de favoriser au départ la langue maternelle des immigrants. Bien que présentée en 1965, la loi ne fut adoptée qu'en 1968 et appliquée pour la première fois en 1971 dans l'État du Massachusetts. Il faudra même attendre en 1974 pour la loi puisse s'étendre à travers tout le pays.
Cette politique a donné lieu à de nombreuses poursuites judiciaires de la part des citoyens, groupes ou États, qui n'acceptaient pas que le gouvernement fédéral s'ingère dans le domaine de l'éducation et de la langue grâce à son pouvoir de dépenser. Finalement, de nombreux Américains ont dû se résigner lorsque la Cour suprême des États-Unis a donné raison au gouvernement fédéral. C'est que l'arrêt de la Cour suprême Lau c. Nichols de 1974 fut interprétée comme recommandant le recours à la langue maternelle de l'enfant en tant que langue d'enseignement. Lorsque les enfants arrivent à l'école avec une faible connaissance de l'anglais, sinon aucune, le choix entre l'«enseignement du lavabo ou de la piscine» ("sink or swim") constitue une violation de leurs droits civils, selon la Cour suprême américaine. La plus haute cour a suggéré que des aménagements pourraient consister en des cours préparatoires d'anglais ou en un enseignement bilingue dans lequel la langue minoritaire servirait, parallèlement à l'anglais, de langue d'enseignement durant les premières années de la scolarité; cette deuxième solution a été adoptée par un certain nombre d'administrations scolaires.
L'arrêt Lau c. Nichols demeure le précédent le plus important quant aux droits en éducation chez les minorités linguistiques, bien que la Cour se soit fondée uniquement sur la loi (le Titre VI de la Loi sur les droits civils de 1964), plutôt que sur la Constitution américaine. La question était de savoir si les administrateurs scolaires pouvaient répondre à leurs obligations de dispenser l'enseignement avec des chances égales en traitant simplement tous les enfants de la même manière ou s'ils doivent leur accorder une aide particulière afin de favoriser l'apprentissage de l'anglais. Cet arrêt a ouvert une nouvelle ère dans l'application des droits civils fédéraux en vertu des «Lau Remedies» («les compensations Lau»). L'arrêt fut du plus haut tribunal du pays fut rendu le 21 janvier 1974. Par la suite, l'enseignement bilingue est devenu un droit des familles et une responsabilité des États, car à partir de ce moment tout district scolaire à l'intérieur duquel habite un minimum de vingt élèves appartenant à un même groupe minoritaire fut tenu d'organiser un enseignement parallèle à leur intention.
3.2 Les méthodes d'enseignement bilingue
Retenons que, selon la loi de 1968, l'enseignement de la langue maternelle ne devait pas excéder trois ans. Il restait donc une phase transitoire, strictement temporaire. Dans les faits, cet enseignement dans la langue maternelle de l'enfant s'est prolongé indéfiniment, du moins dans certaines écoles. De plus, bien que la loi n'aie jamais précisé les méthodes pédagogiques devant être utilisées, il est possible de les résumer de la façon suivante.
1) Un enseignement bilingue transitoire (TBE: Transitional Bilingual Education) correspondant à un enseignement dans la langue maternelle de l'enfant pour une période ne dépassant pas trois ans, avant de passer définitivement à l'anglais.
2) Un enseignement bilingue proprement dit, qui développe et maintient la langue maternelle de l'enfant tout en dispensant un enseignement de l'anglais langue seconde (ESL: English as a Second Language). L'une des variantes de cette méthode consiste offrir des programmes d'immersion bilatéraux (appelés Two-Way Immersion) intégrant des élèves de la minorité linguistique et des élèves de la majorité linguistique, dispensant un enseignement tantôt en anglais tantôt dans l'autre langue. Le système du «Two-Way» semble surtout être en vigueur dans les milieux anglophones économiquement favorisés.
3) Un enseignement en immersion anglaise (SEI: Structured English Immersion) avec différentes modalités de soutien.
Durant de nombreuses années (trois décennies), l'enseignement dit TBE fut la plus répandu à travers tous les États-Unis; on estime que plus de 70 % des enfants non anglophones recevaient ce type d'enseignement. Il correspondait davantage à ce que souhaitait la majorité blanche anglophone. Seulement quelque 11 % des enfants recevaient un enseignement selon la formule ESL, et très peu selon la variante «two-way» (et limitée pour l'essentiel à l'espagnol). Quelque 20 % des enfants d'immigrants recevaient leur instruction sous la forme de l'immersion SEI. Enfin, seulement 1 % des parents immigrants refusait l'enseignement bilingue pour leurs enfants. Quoi qu'il en soit, n'oublions pas que l'éducation aux États-Unis relève des compétences des États, et non de celles du gouvernement fédéral. Toutefois, par son pouvoir de dépenser, il peut s'ingérer dans le domaine de l'éducation.
3.3 L'intégration contre la conservation
De façon pratique, ce système d'éducation bilingue prévoit qu'on enseigne d'abord la langue minoritaire (en général l'espagnol), puis l'anglais est introduit progressivement jusqu'à ce qu'il devienne l'unique langue d'enseignement. On part du principe que les non-anglophones doivent finir par s'intégrer à la société américaine et maîtriser l'anglais comme langue principale. L'éducation bilingue permet en principe aux enfants d'une minorité linguistique de conserver leur langue. Au fil des années, l'éducation bilingue s'est considérablement développée au point où elle semble définitivement faire partie du système scolaire américain. On estime que le nombre d'élèves se situe à environ un million et demi, dont plus de 40 % dans le seul État de la Californie. Ceux-ci proviennent surtout de groupes linguistiques minoritaires de niveau socio-économique généralement faible, mais majoritairement de la communauté hispanophone.
Toutefois, la politique d'éducation bilingue a donné lieu à deux conceptions opposées ou deux modèles extrêmes: l'éducation favorisant l'intégration (c'est-à-dire l'assimilation par l'anglicisation) et celle privilégiant la conservation, donc le maintien de la langue maternelle. Autrement dit, on a affaire, d'une part, au modèle assimilateur se caractérisant par un abandon rapide de la langue minoritaire, et ce, même si cette dernière est enseignée, d'autre part, au modèle pluraliste dont l'effet est certainement plus positif pour le maintien et le développement de la langue des non-anglophones. Selon une enquête menée par R. Kjolseth au US Department of Education à partir des rapports annuels des programmes bilingues, il est démontré que 80 % des programmes dans l'ensemble des États américains correspondent au modèle d'intégration ou d'assimilation.
La controverse demeure toujours très vive entre partisans de l'intégration et partisans de la conservation, mais les premiers ont réussi à obtenir la ferveur populaire. D'ailleurs, l'ancien président des États-Unis, Ronald Reagan, déclarait déjà en 1981 qu'«il est absolument mauvais et contraire à l'idée américaine d'avoir un programme bilingue ouvertement destiné à préserver la langue maternelle des immigrants». Il n'est pas surprenant qu'en 1986 le gouvernement fédéral faisait adopter la «loi Simpson-Mazzoli» (la ''Simpson-Mazzoli Act'' ou plus officiellement l'Immigration Reform and Control Act) dont le but était de freiner le flot d'immigrants en provenance du Mexique. La loi a été ainsi justifiée par le sénateur républicain du Wyoming, Alan Kooi Simpson, au moment de présenter le projet de loi :
When differences introduced by the language and the culture become too important, unity and political stability of a country are in game. A common language as well as a culture of basic reference characterize us clearly as Americans.
[Lorsque les différences introduites par la langue et la culture deviennent trop importantes, l'unité et la stabilité politique d'un pays sont en jeu. Une langue commune ainsi qu'une culture de référence de base nous caractérisent distinctement comme Américains.]
Le même sénateur Alan Simpson déclarait aussi:
If language and cultural separatism rise above a certain level, the unity and political stability of the Nation will - in time - be seriously eroded. Pluralism within a united American nation has been our greatest strength. The unity comes from a common language and a core public culture of certain shared values, beliefs, and customs, which make us distinctly 'Americans.' [Si le séparatisme linguistique et culturel s'élèvent au-dessus d'un certain niveau, l'unité et la stabilité politique de la nation — par la suite — sont sérieusement érodées. Le pluralisme au sein d'une nation américaine unie a été notre plus grande force. L'unité vient d'une langue commune et d'un noyau culturel public de certaines valeurs, croyances et coutumes, qui nous font distinctement des «Américains».]
En bon républicain, Alan Simpson semblait avoir grand peur des immigrants; c'est pourquoi il croyait à leur nécessaire assimilation. Le 6 août 1992, Simpson déclarait ce qui suit lors du débat sur le projet de loi HR 4312 portant sur l'emploi du bilinguisme sur les bulletins de vote:
But in my mind the surest way to encourage xenophobia and ethnic prejudice is to encourage the growth of enclaves in the United States where English is not the common language, wich is the language of commerce, the language of Government, and the language of jobs. The language of employment is English. [Mais dans mon esprit, le meilleur moyen pour encourager la xénophobie et les préjugés ethniques, c'est d'encourager la croissance des enclaves aux États-Unis, là où l'anglais n'est pas la langue commune, alors qu'il est la langue du commerce, la langue du gouvernement et la langue des emplois. La langue du travail est anglais.]
Le 14 juin 1995, le sénateur Simpson, alors qu'il sera président de la sous-commission des lois du Sénat en charge de l’immigration, proposera l’augmentation des patrouilles de contrôle des frontières, l’accroissement des sanctions à l’encontre des fraudeurs et, pour financer ces actions, la création d’un péage à l’entrée des États-Unis. Mais, le 22 juin, la sous-commission compétente de la Chambre des représentants adoptera une version quelque peu différente de la proposition sénatoriale, en y ajoutant la réduction de 25 % du quota annuel d’immigration légale. Cependant, ce ne sont pas tous les Américains adhéraient à l'idéologie du sénateur Alan Simpson. Ainsi, Barbara Jordan, présidente de la Commission de la réforme sur l'immigration, estimait que l'américanisation ne signifiait pas «conformité» («The Americanization Ideal», The New York Times, 11 septembre 1995):
[ll y a un mot pour ce processus : l'américanisation. Ce mot a mérité une mauvaise réputation quand il a été subtilisé par des racistes et des xénophobes dans les années vingt. Mais c'est notre mot, et nous le prenons. L'américanisation désigne une partie du système social... devenu une part de nous-mêmes. Mais cela ne signifie pas conformité. Nous sommes plus qu'un melting pot; nous sommes un kaléidoscope dans lequel chaque tournant de notre histoire reflète une nouvelle lumière sur la vieille promesse.
L'immigration impose des obligations mutuelles. Ceux qui choisissent de venir ici doivent adopter un fonds commun de la culture civique américaine. Nous devons les aider à acquérir notre langue commune : l'anglais américain. Nous devons renouveler l'éducation civique par l'enseignement de l'histoire américaine à tous les Américains. Nous devons appliquer rigoureusement les lois contre les crimes haineux et la discrimination. Nous devons nous rappeler, comme nous le montrons aux nouveaux arrivants, ce qui fait de nous l'Amérique.]
La question de l'immigration souleva une levée de boucliers, surtout dans les six États qui accueillent 70 % des nouveaux immigrants: la Californie, l'État de New York, le Texas, la Floride, le New Jersey et l'Illinois. Le sénateur Simpson a dû accepter de retirer la réforme de l’immigration légale de l’ordre du jour. Mais, en 1996, il a réussi à faire adopter par le Wyoming une nouvelle constitution qui rendait l'anglais la langue officielle de l'État : «English shall be designated as the official language of Wyoming.»
Aujourd'hui, les programmes d'éducation bilingue continuent d'être controversés. Ils ont même été partiellement suspendus en Californie et en Arizona et en Alaska. La plupart des opposants s’appuient sur l’inadéquation des programmes fédéraux coûteux qui y sont consacrés, sur l’inefficacité du système en cours et sur l’évolution des besoins en fonction des évolutions démographiques les plus récentes.
En réalité, la controverse sur l'éducation bilingue vient du fait que la majorité anglo-protestante blanche, les WASP ou White Anglo-Saxon Protestants de la vieille Amérique, voient le contrôle de leur pays en voie de leur échapper éventuellement en raison des changements démographiques favorisant les Noirs et les Hispaniques. Par ailleurs, aucune étude n'est venue appuyer les avantages ou les inconvénients relatifs à l'enseignement bilingue. Pour la plupart des Américains, l'affaire est classée: l'enseignement bilingue nuirait à l'apprentissage de l'anglais, sans qu'il ne soit nécessaire de le prouver. Par ailleurs, tout enseignement de la langue maternelle autre que l'anglais est perçu comme inutile, justement parce que cette langue est parlée par une minorité, c'est-à-dire une race inférieure.
3.4 La loi sur l'enseignement primaire et secondaire de 2001
C'est pourquoi les lois sur l'éducation bilingue ont fini par perdre une certaine considération, surtout que la presse américaine vilipendait ouvertement cette pratique. La Bilingual Education Act ou l’Elementary and Secondary Education Act (Loi sur l'enseignement primaire et secondaire) fut modifiée en 1994 en s'appelant l'Improving America's Schools Act (Loi améliorant les lois scolaires d'Amérique). Finalement, cette dernière loi a été à son tour abrogée le 8 janvier 2002, alors que le président George W. Bush a signé et rebaptisé une nouvelle loi scolaire portant le nom de NCLB: la No Child Left Behind Act of 2001, ce qui peut se traduire par Loi du «aucun enfant laissé pour compte» ou encore Loi sur l'éducation pour qu'aucun enfant ne soit laissé pour compte. Tous les ans, des évaluations en lecture, en anglais et en mathématiques doivent être menées auprès des élèves de la troisième à la huitième année. De plus, un guide d'évaluation — Standards and Assessments Peer Review Guidance: Information and Examples for Meeting Requirements of the No Child Left Behind Act of 2001 ou "Instructions sur les normes et les évaluation pour le contrôle par les pairs: informations et exemples d'exigences concernant la Loi du aucun enfant laissé pour compte de 2001"— a été destiné aux enseignants: il précise notamment la réglementation fédérale en matière d'évaluation. Mais, dorénavant, le financement des écoles est tributaire de la réussite des élèves.
Cette loi, qui est entrée en vigueur dans tous les États américains, a supprimé toute allusion au bilinguisme, le mot «bilingual» ("bilingue") y étant banni. Au nom de l’efficacité, la loi de 2001 impose une limitation de trois ans à la durée de la présence d'enfants dans les «programmes bilingues» appelés maintenant des «programs of English language development for limited English proficient children», c'est-à-dire des programmes de développement de l'anglais destinés aux enfants dont les compétences en anglais sont limitées.
Le paragraphe le plus important de la loi de 2001 semble être le suivant (no 3102) sur les objectifs visant l'apprentissage de l'anglais:
PARAGRAPHE 3102 [traduction]
Dorénavant, la NCLB repose sur quatre principes de base: une responsabilisation accrue de la part des élèves et des enseignants, une plus grande flexibilité, un contrôle local élargi avec des «options» plus étendues pour les parents et un accent mis sur les méthodes d'enseignement efficaces. Il faut surtout retenir que la loi No Child Left Behind Act exige désormais le développement des standards et de l'évaluation des progrès des élèves en anglais, de publier des «bulletins scolaires» sur les écoles, de s'assurer que les enseignants soient hautement qualifiés et intervenir lorsque les écoles sont «en danger» ou ne font pas suffisamment de progrès scolaire en anglais. Cette loi suppose des modifications très importantes dans les écoles primaires des États, car elle introduit des normes comptables portant sur la comparaison des résultats. Ainsi, les parents pourront enlever leurs enfants des écoles peu ou pas performantes pour les envoyer dans une école qu'ils estiment meilleure.
En novembre 2000, le président des États-Unis, George W. Bush, déclarait à la presse que la clé du succès pour les immigrants reposait sur la connaissance de l'anglais et que les programmes d'immersion et d'éducation bilingue seraient maintenus s'ils correspondaient à cet objectif, le tout dans une atmosphère où chaque héritage collectif est respecté et honoré:
A: The ability to speak English is the key to success in America. I support a concept I call English-plus, insisting on English proficiency but recognizing the invaluable richness that other languages and cultures brings to our nation of immigrants. In Texas, the Spanish language enhances and helps define our state’s history. My fundamental priority is results. Whether a school uses an immersion program or a bilingual program, whichever effectively teaches children to read and comprehend English as quickly as possible, I will support. The standard is English literacy and the goal is equal opportunity - all in an atmosphere where every heritage is respected and celebrated.
Source: Associated Press Nov 1, 2000 Q: L'anglais doit-il être proclamé la langue officielle du pays ? [traduction]
R: La capacité de parler l'anglais est la clef du succès en Amérique. Je soutiens un concept que j'appelle «l'anglais plus», en insistant sur la connaissance de l'anglais, mais la reconnaissance de la richesse inestimable des autres langues et cultures est bénéfique à notre nation d'immigrants. Au Texas, la langue espagnole est en hausse et contribue à définir l'histoire de notre État. Ma priorité fondamentale repose sur les résultats. Si une école emploie un programme d'immersion ou un programme bilingue, tout ce qui fait apprendre aux enfants de façon efficace à lire et comprendre l'anglais aussi rapidement que possible, je le soutiendrai. Le standard est l'alphabétisation en anglais et les chances égales constituent l'objectif - le tout dans une atmosphère où chaque héritage est respecté et honoré.
Source : Associated Press, le 1er novembre 2000 .
Tout en exaltant la «grande tradition américaine du melting pot» (creuset) et en assurant que l'Amérique pouvait «être à la fois une société régie par la loi et une société accueillante», le président George W. Bush a dépêché 6000 membres de la Garde nationale à la frontière mexicaine afin de freiner l'afflux des immigrants clandestins. Pour obtenir leur citoyenneté, les immigrés illégaux devraient payer une amende «significative», acquitter leurs impôts, apprendre l'anglais et avoir un travail pendant plusieurs années. Seulement après, ils pourraient demander de devenir des citoyens américains.
Pour beaucoup d'enseignants américains, la Loi du «aucun enfant laissé pour compte» est aussi le signe d’un début de changement de la politique linguistique fédérale pour une politique résolument tournée vers le «tout-anglais». Cette loi a été très controversée au moment de son adoption; le nouveau président des États-Unis, Barack Obama, a promis de la réformer. Le «plan Obama» est destiné à mettre en place une évaluation des écoles moins «punitive» en offrant des «récompenses financières» aux établissements d'enseignement les plus performants, plutôt que de mettre l'accent sur les «écoles défaillantes» ("failling schools"). En mars 2010, le président Obama déclarait:
Under these guidelines, schools that achieve excellence or show real progress will be rewarded, and local districts will be encouraged to commit to change in schools that are clearly letting their students down.” Selon ces directives, les écoles qui permettent d'atteindre l'excellence ou de témoigner des progrès réels seront récompensées, et les districts locaux seront encouragés à s'engager à changer dans les écoles celles qui nivellent manifestement leurs élèves vers le bas.
La réforme viserait aussi à réduire le décalage entre les taux de réussite des élèves blancs et celui des élèves qui ne le sont pas. Les enseignants devraient aussi être évalués davantage sur la réussite scolaire et la progression de leurs étudiants.
3.5 La vague d'unilinguisme anglais
Il s'agit de rappeler ici le fait que certaines organisations, comme US English et English Only, ont toujours cru que la fameuse éducation bilingue (destinée surtout aux hispanophones) n'aboutisse à des «schismes linguistiques». C'est pourquoi on assiste à une vague d'unilinguisme anglais qui balaie les États-Unis. En voici quelques manifestations dignes de mention:
- En 1985, au Texas, une radio de langue espagnole a été l'objet d'une pétition auprès de la Commission de réglementation des télécommunications (FCC) en vue de sa suppression. Quelques années plus tard, un juge a même interdit à une mère de parler espagnol à son enfant, sous le prétexte qu'il s'agissait d'un cas de mauvais traitement («child abuse»).
- Au Colorado, en 1986, un chauffeur d'autobus scolaire a ordonné aux élèves hispanophones de ne parler qu'anglais quand ils étaient dans son autobus.
- En 1988, un employé de restaurant (hispanique) est congédié par son patron pour avoir traduit en espagnol le menu à l'un de ses clients.
- En 1988, à Coral Gables, en Floride, un employé a été licencié pour avoir parlé espagnol sur son lieu de travail.
- En 1988, à Huntington Beach, en Californie, les tribunaux ont interdit brusquement aux interprètes d'utiliser l'espagnol dans leurs conversations privées. À Monterey Park, la Ville s'est aussi servie d'un règlement municipal contre le bilinguisme pour interdire aux bibliothèques publiques d'acheter des livres en langues étrangères.
- En 1988, la modification constitutionnelle de l'Arizona a eu comme conséquence d'interdire aux employés de l'État de communiquer avec les administrés en espagnol ou en navajo.
- Michael Dukakis a fait campagne pour la présidence des États-Unis contre George Bush; il prononça plusieurs discours en espagnol dans des villes du Sud où vivaient une majorité d'hispanophones. Non seulement les membres de son propre parti (démocrate) condamnèrent cette attitude, mais la majorité des commentateurs politiques attribuèrent sa défaite électorale à cet «écart de langage».
- En 1995, un juge texan a condamné une femme parce qu'elle parlait espagnol à son enfant en précisant qu'il faudrait retirer l'enfant à sa mère si elle persistait dans cette pratique.
Pour une organisation telle que English Only, la diversité des langues conduit forcément au conflit linguistique, à la haine ethnique et au séparatisme politique «à la Québec»: «Language diversity inevitably leads to language conflict, ethnic hostility, and political separatism à la Québec.» Bref, la diversité linguistique est généralement très mal perçue au États-Unis, et le cas du Québec au Canada constitue un exemple à ne pas suivre. L'enseignement bilingue est de plus en plus perçu comme une façon de légitimer et d'officialiser le statut des minorités linguistiques. D'où le refus d'accorder un droit à une minorité abusivement reconnue comme hispanophone par le gouvernement fédéral. Pour les tenants du English Only, par exemple, il est temps de mettre fin aux politiques d'éducation bilingue, car la Nation américaine n'a pas à s'adapter aux nouveaux venus, et peut et doit recourir à des mesures qui la menacent en défendant son identité et imposer l'assimilation comme unique mode d'intégration.
4 La législation fédérale et les autochtones
Les débuts de la formation des États-Unis n'ont pas été tendres à l'égard des autochtones. ces derniers furent spoliés de leurs terres et exclus de toute décision politique. À la suite de l'indépendance, leur sort fut même aggravé. Considérés comme «sauvages», ils furent implicitement traités comme des «nations étrangères» par la Constitution de 1787 et tenus pour hostiles par les politiciens américains qui attribuèrent alors les relations avec les «Indiens» au secrétaire à la Guerre (War Secretary). De nombreux traités furent signés, mais aucun ne fut respecté dans la mesure où l'on considérait les autochtones comme des «nations vaincues». De façon générale, tous les traités eurent pour objet principal la cession des terres indiennes au gouvernement des États-Unis. Les premiers présidents américains refusèrent systématiquement la «solution de l'État indien» et adoptèrent une politique qui consistait à faire reconnaître la suprématie du gouvernement des États-Unis sur les autochtones. Ceux-ci durent abandonner leur mode de vie pour s'américaniser. Ce fut la logique du président Thomas Jefferson (1743-1826), le troisième président, dans ses nombreux discours aux nations autochtones: «Vendez vos terres, adoptez l'économie agrarienne, défaites-vous de vos coutumes tribales et vous pourrez devenir citoyens américains.» Dans le cas contraire, les autochtones devaient se résigner à vivre à l'écart des Blancs dans une sorte de partition du continent.
Tous les gouvernements américains pratiquèrent une politique de liquidation, pour ne pas dire une politique génocidaire à l'égard des autochtones. De quelque 25 millions avant l'arrivée des Blancs en Amérique du Nord, la population autochtone compte aujourd'hui environ 800 000 Amérindiens habitant les États-Unis (après avoir été 350 000 vers 1920). Ils sont répartis surtout dans une quinzaine d'État, notamment l'Oklahoma, Californie, Arizona, Nouveau-Mexique, Alaska, etc. La Loi sur l'éducation aux autochtones (Indian Education Act) de 1972 correspondait encore à cette politique qui consistait à rendre les autochtones bilingues en espérant leur assimilation.
À la fin des années quatre-vingt, la politique américaine commença à changer. Certains politiciens voulurent reconnaître les droits linguistiques des Amérindiens, notamment les autochtones de l'Alaska, les indigènes d'Hawaï et les insulaires du Pacifique. Quelques lois furent adoptées: la Native American Languages Act of 1990 (ou Loi sur les langues amérindiennes de 1990), la Native American Languages Act of 1992 (ou Loi sur les langues amérindiennes de 1992), la Native American Languages Act Amendments Act of 2001 (ou Loi de 2001 modifiant la Loi sur les langues amérindiennes) et la Southwest Native American Language Revitalization Act of 2003 (ou Loi de 2003 sur la revitalisation des langues amérindiennes du Sud-Ouest).
Ces lois n'autorisent aucun nouveau programme pour les autochtones américains, ni ne permettent un financement supplémentaire, mais proposent des moyens incitatifs pour préserver les langues amérindiennes en usage aux États-Unis. Ces dispositions législatives fédérales concernent les droits linguistiques des «Indiens américains» (Americans Indians), des autochtones d'Alaska (Alaska Natives), des autochtones d'Hawaï (Native Hawaiians) et des insulaires du Pacifique (Pacific Islanders), c'est-à-dire les autochtones vivant dans les possessions ou territoires américains du Pacifique.
Les paragraphes 1 à 5 de l'article 102 de la Loi sur les langues amérindiennes de 1990 (Native American Languages Act) déclarent ce qui suit:
Paragraphe 102 [traduction]
(1) Le statut des langues et des cultures amérindiennes est unique et que les États-Unis ont la responsabilité d'agir de concert avec des Amérindiens pour assurer la survie de ces langues et cultures uniques;
(2) Il est accordé aux Amérindiens un statut spécial aux États-Unis, un statut qui reconnaît des droits culturels et politiques distincts, incluant le droit de constituer des identités séparées;
(3) Les langues traditionnelles amérindiennes constituent une partie intégrante de leurs cultures et de leurs identités, et forment le moyen de base pour la transmission et la survie des cultures amérindiennes, de leurs littératures, leur histoire, leurs religions, leurs institutions politiques et leurs valeurs;
La loi reconnaît ainsi le tort que les États-Unis ont causé aux nations amérindiennes et le manque de politique claire et cohérente quant au traitement des langues amérindiennes. L'article 104 de la Loi sur les langues amérindiennes de 1990 déclare que la politique des États-Unis est de préserver, sauvegarder et promouvoir les droits et libertés des Amérindiens afin d'employer, pratiquer et développer les langues amérindiennes:
Paragraphe 104 [traduction]
La loi (alinéas 5 et 6 du paragraphe) veut reconnaître le droit aux autochtones d'employer leurs langues dans toutes les écoles financées par le Secrétariat à l'Intérieur et de prendre des mesures pour accorder le statut officiel à leurs langues:
(5) Reconnaître le droit des tribus indiennes et d'autres Amérindiens administrant des organismes d'employer les langues amérindiennes comme moyen d'instruction dans toutes les écoles financées par le secrétaire de l'Intérieur;
(6) Reconnaître entièrement le droit inhérent des tribus indiennes et d'autres Amérindiens administrant des organismes, des États, des territoires et possessions des États-Unis de prendre des mesures et d'accorder le statut officiel à leurs langues amérindiennes dans le but de conduire leurs propres affaires;
L'alinéa 8 du même paragraphe (de la Loi sur les langues amérindiennes de 1990) encourage tous les établissements d'enseignement primaire, secondaire et supérieur d'inclure, en cas de nécessité, des langues amérindiennes dans leurs programmes d'études, de la même manière que les langues étrangères, et d'accorder pour la compétence en langues amérindiennes les mêmes crédits universitaires que pour la compétence en langues étrangères:
(8) Encourage all institutions of elementary, secondary and higher education, where appropriate, to include Native American languages in the curriculum in the same manner as foreign languages and to grant proficiency in Native American languages the same full academic credit as proficiency in foreign languages. (8) Encourager tous les établissements d'enseignement primaire, secondaire et supérieur d'inclure, en cas de nécessité, des langues amérindiennes dans les programmes d'études, de la même manière que les langues étrangères, et d'accorder pour la compétence en langues amérindiennes les mêmes crédits universitaires que pour la compétence en langues étrangères.
Enfin, le paragraphe 107 précise que «rien dans cette loi ne sera interprété comme excluant l'usage de fonds fédéraux pour apprendre l'anglais aux Amérindiens».
Pour sa part, la Loi sur les langues amérindiennes de 1992 a été adoptée pour accorder des programmes de subvention permettant d'assurer la survie et la vitalité des langues amérindiennes. Les buts pour lesquels le gouvernement américain veut attribuer des subventions consistent à faciliter et encourager le transfert des habiletés langagières amérindiennes d'une génération à un autre, de former des interprètes ou des traducteurs pour ces langues, de développer du matériel pédagogique dans l'enseignement, de favoriser la production d'émissions de radio et de télévision en langues amérindiennes, d'enregistrer, compiler et analyser des témoignages oraux dans ces langues et enfin de permettre l'achat d'équipements audiovisuels, d'ordinateurs et de logiciels afin de produire des documents en langues amérindiennes. Les subventions prévoient couvrir plus de 80 % des coûts des projets soumis pour les langues amérindiennes.
La loi de 2001 modifiant la Loi sur les langues amérindiennes prévoit favoriser les écoles de survie en langue amérindienne (Native American Language Survival Schools). Selon le paragraphe 2, les objectifs de cette loi visent notamment à encourager et soutenir le développement d'écoles de survie en langue amérindienne (Native American Language Survival Schools) comme des moyens innovateurs de réparer les effets de discrimination passée contre les locuteurs des langues amérindiennes et de soutenir la revitalisation de ces langues par l'éducation en langues amérindiennes et par l'instruction dans d'autres matières scolaires soumises à l'emploi des langues amérindiennes comme un moyen d'instruction, compatible avec la politique des États-Unis, telle qu'exprimée dans la Loi sur les langues amérindiennes. La loi de 2001 prétend également démontrer les effets positifs des écoles de survie en langue amérindienne sur le succès scolaire d'élèves ou d'étudiants amérindiens, ainsi que leur maîtrise en anglais standard.
(2) demonstrate the positive effects of Native American Language Survival Schools on the academic success of Native American students and their mastery of standard English; [...] Paragraphe 2 [traduction]
Les objectifs de la présente loi sont:
(1) D'encourager et soutenir le développement d'écoles de survie en langue amérindienne comme des moyens innovateurs de réparer les effets de discrimination passée contre les locuteurs des langues amérindiennes et de soutenir la revitalisation de ces langues par l'enseignement dans les langues amérindiennes et par l'instruction dans d'autres matières scolaires soumises à l'emploi des langues amérindiennes comme moyen d'enseignement, conformément avec la politique des États-Unis telle qu'elle est prévue dans la Loi sur les langues amérindiennes (25 USC 2901 et suiv.);
(2) De démontrer les effets positifs des écoles de survie en langue amérindienne sur la réussite scolaire des élèves amérindiens et leur maîtrise en anglais standard; [...]
En vertu des dispositions de cette loi, il est prévu de dispenser l'instruction et la protection chez les enfants dans une langue amérindienne pour un groupe d'au moins 10 enfants âgés de sept ans pour au moins 700 heures annuelles. Le secrétaire à l'Éducation est autorisé à fournir des fonds pour les organisations éducatives, les écoles et collèges en langues amérindiennes, les administrations indiennes tribales (Indian tribal governments) afin de faire fonctionner, étendre et augmenter les écoles de survie en langue amérindienne, partout aux États-Unis et dans leurs territoires, pour des enfants amérindiens parlant ou non une langue amérindienne. Toute école de survie en langue amérindienne peut bénéficier des fonds prévus par la loi et accordera pas moins de 700 heures d'instruction en langue amérindienne par élève, pour un groupe d'au moins 15 personnes pour lesquelles une école de survie en langue amérindienne est leur lieu principal d'éducation.
Le problème principal de ces lois est qu'elles arrivent trop tard, alors que de nombreuses langues autochtones (amérindiennes ou insulaires) sont moribondes. D'ailleurs, la législation parlent de «survie» ou de "survival schools" (Native American Language Survival School), pas tellement de promotion. On peut aussi se demander s'il ne s'agit pas, encore une fois, une autre façon de mieux enseigner l'anglais en tant que langue seconde en attendant qu'elle devienne la première langue. En tous cas, ce n'est pas avec ce genre de loi qu'on fera renaître, par exemple, la langue hawaïenne.
5 L'officialisation de l'anglais
Même si 80 % des Américains parlent l'anglais comme langue maternelle (1994 US Census Bureau), certaines organisations craignent les méfaits du bilinguisme au sein de la société américaine. De plus, beaucoup de politiciens américains redoutent d'être envahis d'immigrants exigeant le bilinguisme dans les services publics. C'est pourquoi la vague d'unilinguisme qui balaie les États-Unis depuis une dizaine d'années connaît une popularité croissante.
La présence de fortes minorités hispanophones (dépassant les 22 millions de locuteurs) dans des agglomérations importantes, sans compter les groupes asiatiques, a conduit plusieurs États à adopter des lois et des règlements décrétant l'unilinguisme anglais. C'est pourquoi des organismes tels que US English et English Only ont entrepris un véritable combat politique pour promouvoir l'unilinguisme officiel dans les États. Selon ces organismes, l'anglais est en danger aux États-Unis. Ainsi, par la voix du Wall Street Journal, un représentant d'US English déclarait: «L'anglais est menacé aux États-Unis [...] par des chefs de minorités ethniques dynamiques et puissants qui sont financés en bonne partie par notre propre gouvernement fédéral.» Et beaucoup d'Américains croient en la véracité de ces propos. La guerre entreprise par US English et English Only a sûrement porté fruit, car plusieurs États ont modifié leur constitution pour «protéger l'anglais».
Même les analystes américains s'entendent pour décrire le phénomène English Only comme un mouvement de droite anti-immigrants. Le fondateur de US English, l'ophtalmologue du Michigan John Tanton, s'est longtemps intéressé par les restrictions sur l'immigration aux États-Unis, en particulier dans le sud du pays à la frontière; les rapports financiers d'US English ont révélé que l'organisation avait reçu 680 000 $ entre 1982 et 1989 du Pionner Fund, une organisation consacrée à «l'amélioration de la race» par eugénisme. Avant de fonder US English, John Tanton avait fondé la FAIR, la Federation for American Immigration Reform, qui militait en faveur des restrictions sur l'immigration. Pour ce qui est de English First, qui se voulait à l'origine un projet du Committee to Protect the Family, il fut fondé par Larry Pratt, le président du groupe Gun Owners of America («Les propriétaires d'armes à feu de l'Amérique»).
Déjà, en août 1996, sous les pressions de US English, la Chambre des représentants a adopté (259 voix contre 169) un projet de loi faisant de l’anglais la langue officielle du gouvernement fédéral des États-Unis. Le projet de loi H.R. 123 portait le titre suivant: The Bill Emerson English Language Empowerment Act of 1996. Il était décrit par ses instigateurs comme un mécanisme de défense de la société américaine contre l’assaut d’un multiculturalisme indésirable.
Ce projet de loi pourrait être appelé en français Loi de 1996 pour promouvoir la langue anglaise. Au paragraphe 161, le texte déclare que «la langue officielle de l'administration fédérale est l’anglais». En vertu de la section 162, les représentants du gouvernement fédéral auront l’obligation de préserver et de promouvoir le rôle de l’anglais comme langue officielle du gouvernement fédéral. Une telle obligation devrait entraîner des circonstances plus favorables aux individus pour apprendre la langue anglaise. De plus, les représentants du gouvernement fédéral doivent mener les activités officielles en anglais. Par ailleurs, le projet énonce que nul ne sera privé, directement ou indirectement, de services, d'assistance ou de facilités fournis par le gouvernement fédéral uniquement parce qu’une personne communique en anglais (paragraphe 163). Toute personne aux États-Unis est autorisée à communiquer avec des représentants du gouvernement fédéral en anglais, à en recevoir des informations ou à être informée par des textes officiels en anglais.
Quiconque est offensé par une violation de cette partie de la loi peut obtenir un dédommagement en matière civile. Selon le paragraphe 165, l’obtention de la citoyenneté est facilitée par la connaissance de l’anglais qui est le moyen par excellence de conquérir leur place légitime dans la société américaine. C’est pourquoi les fonctionnaires autorisés devront conduire toutes les cérémonies de naturalisation entièrement en anglais. D’après la section 167, rien dans la loi ne sera interprété pour interdire à un membre du Congrès ou à un fonctionnaire du gouvernement fédéral, durant l’exercice de ses fonctions, de communiquer oralement avec une autre personne dans une langue autre que l’anglais; pour discriminer ou limiter les droits de tout individu dans le pays; et pour décourager ou empêcher l'emploi d’une langue autre que l’anglais dans toute fonction non officielle.
On peut consulter quelques extraits (en français et en anglais) de ce projet de loi de 1996 pour promouvoir la langue anglaise (The Bill Emerson English Language Empowerment Act of 1996).
Cependant, le projet de loi n’a pas été adopté au Sénat. Les partisans de l'unilinguisme anglais ont fini par abandonner tout projet d'intervenir à nouveau au niveau fédéral. Depuis, US English et English First continuent de protester contre le maintien de services «en langue étrangère» par les agences fédérales. Ils s'offusquent encore plus lorsqu'un élu s'exprime publiquement en espagnol, comme ce fut le cas de George W. Bush, le 5 mai 2001, jour de la fête nationale des Mexicains, alors que le président s'était adressé en public en espagnol (qu'il appelle lui-même le mexicain). À titre de président, il ne convient pas de parler une autre langue que l'anglais. Même le candidat démocrate au élections de novembre 2000, John Kerry, qui parlait pourtant l'espagnol, le français et l'allemand, n'a jamais, au cours de la campagne électorale présidentielle, osé s'exprimer en une autre que l'anglais. Il se serait mis à dos tous les WASP.
Certes, l'anglais n'est pas menacé aux États-Unis en tant langue nationale, mais il pourrait bien, un jour, dans certains États, être concurrencé dans une dominance qu'il n'a jamais partagée jusqu'ici. Il est donc possible que, dans certains États, on soit obligé de remettre en question la préséance absolue de l’anglais et faire cesser cette attitude pragmatique qui consiste à temporiser et à faire patienter les minorités, en attendant de les intégrer, c’est-à-dire les assimiler à la société américaine.
Signalons enfin que les causes des organismes tels que US English et English First ne sont pas toujours exemptes d'erreurs. Parfois, il s'agit de véritables faussetés répandues sciemment. En témoigne cet exemple rapporté par English First sur la situation linguistique du Québec, par ailleurs fort mal perçue aux États-Unis:
Look what happened in Canada, where radical bilingualists have held power in Quebec. It is now a criminal offense for companies not to give French equal billing with English. It's doubled the paperwork load, driven up the cost of doing business and forced businesses out of the province. [Regardons ce qui est arrivé au Canada, où les «bilingualistes» radicaux ont exercé le pouvoir au Québec. C'est maintenant une infraction criminelle pour les compagnies qui ne donnent pas de facturation en français de façon égale à l'anglais. Elles ont doublé la paperasserie, augmenté le coût de gestion des affaires et restreint les affaires de la province.]
On se demande d'où proviennent ces informations loufoques, car il n'y a jamais eu de partisans radicaux du bilinguisme qui ont pris le pouvoir à Québec. De plus, quel Américain accepterait de recevoir une facture dans une autre langue que celle de la majorité (l'anglais), alors que c'est ce qui est demandé au Québec pour la majorité francophone? Voici un extrait d'un article de Mauro E. Mujica (de US English) intitulé «Are we creating an American Quebec? (''Allons-nous créer un Québec américain?'')». Cet article, paru dans le Human Events du 11 juillet 2003, insiste sur les dangers de séparatisme linguistique et ethnique dans les politiques de multilinguisme (bilinguisme?) officiel telles qu'elles sont appliquées au Canada:
Battles over language rage across the globe . However, since Canada is so similar, it offers the most instructive warning for the United States. While the policy of official multilingualism has led to disunity, resentment and near secession, it is also very costly. Canada's dual-language requirement costs approximately $4 billion each year. Canada has one-tenth the population of the United States and spent that amount accommodating only two languages. A similar language policy would cost the United States much more than $4 billion a year as we have a greater population and many more languages to accommodate.
Unless the United States changes course, we are clearly on the road to a Canadian style system of linguistic enclaves, wasteful government expenses, language battles that fuel ethnic resentments and, in the long run, serious ethnic and linguistic separatist movements. [...] [Allons-nous créer un Québec américain?
Nous devons seulement observer le Canada pour voir les problèmes que peut apporter une société multilingue. Notre voisin du nord de l'Amérique fait face à une sévère crise sur la question linguistique. [...]
Les batailles linguistiques font rage à travers le globe. Cependant, puisque le Canada nous est si semblable, il présente un avertissement des plus instructifs pour les États-Unis. Non seulement la politique de multilinguisme officiel a entraîné la désunion, le ressentiment et la quasi-sécession, mais elle est également très coûteuse. Les exigences d'application du bilinguisme au Canada coûtent approximativement quatre milliards de dollars par année. La population du Canada équivaut à un dixième de celle des États-Unis et ce pays dépense une fortune pour accommoder seulement deux langues. Une politique linguistique semblable aux États-Unis coûterait beaucoup plus que quatre milliards par année, étant donné que nous avons une population plus élevée et beaucoup plus de langues à accommoder.
À moins que les États-Unis ne changent de cap, nous nous acheminons clairement vers la voie d'un système de style canadien fait d'enclaves linguistiques, de dépenses gouvernementales dispendieuses, de batailles linguistiques qui alimentent les ressentiments ethniques et, à long terme, qui susciteront de sérieux mouvements séparatiste ethniques et linguistiques.]
Ce point de vue de US English est répandu partout aux États-Unis. En somme, les Américains ne veulent pas que le modèle du bilinguisme canadien se transpose dans leur propre pays. Évidemment, les gens n'ont pas fini d'entendre de telles énormités qui n'offrent aucune prise à commentaire puisqu'on ignore précisément de quoi les Américains peuvent bien parler. Est-ce que les quatre milliards de dollars dont parle US English comprennent les coûts de formation linguistique des fonctionnaires fédéraux? la traduction des documents publics? les frais d'impression dans les deux langues? et quoi encore... les coûts des programmes des gouvernements provinciaux? Or, au plan fédéral, une certaine compilation a été effectuée par le Conseil du Trésor jusqu'en 1996-1997. En voici les paramètres:
Pour l'année 1996-1997, les dépenses occasionnées par l'offre de services dans les deux langues officielles au sein des institutions fédérales (notamment au titre de la formation linguistique, de la traduction, des primes au bilinguisme et des frais d'administration) se sont élevées à quelque 260 millions de dollars. Ceci revient à environ 0,20 $ par tranche de 100 $ consacrée aux services offerts à la population, soit environ 0,03 $ par
jour par Canadien.
On est bien loin des quatre milliards de US English, car 260 millions de dollars sur un budget de quelque 192 milliards de dollars ne représente qu'une bien maigre dépense. Autrement dit, si le coût du bilinguisme représente 0,03 $ par citoyen par jour, cela signifie 10,95 $ par année. Compte tenu que cette dépense permet de conserver le Canada dans son entité politique, c'est, peut-on dire, un coût fort acceptable! C'est peut-être même un très bon investissement pour assurer la paix sociale!
Enfin, contrairement à ce que croient les Américains, la Charte de la langue française du Québec n'interdit pas aux individus ni aux sociétés d'utiliser l'anglais. La loi les oblige plutôt à utiliser le français lorsqu'ils communiquent avec les citoyens francophones de la province de Québec, ce qui semble bien normal. Quoi qu'il en soit, les objectifs poursuivis par les promoteurs des lois déclarant l'anglais comme langue officielle aux États-Unis sont les mêmes que ceux du Québec: assurer la reconnaissance de langue de la majorité. On aurait donc intérêt à consulter les chapitres sur ce site consacrés à l'histoire sociolinguistique des États-Unis en cliquant ICI, s.v.p.
6 L’internationalisation de la langue anglaise
Comme toute grande puissance au faîte de sa renommée, les États-Unis pratiquent inévitablement une politique d’expansion et d’internationalisation de leur langue. Toutefois, contrairement à des pays comme la France ou le Portugal, aucun texte juridique ne vient confirmer cette politique. Il s’agit, dans le cas des États-Unis, de méthodes officieuses mais formidablement bien orchestrées et utilisées autant par les agences gouvernementales fédérales et autres que par les universités, les comités scientifiques et les firmes multinationales américaines.
L’expansion de l’anglais est un objectif réel et poursuivi de façon à discréditer les langues concurrentes en les faisant passer pour des langues «régionales», «dépassées», voire «archaïques». Mais le grand «défaut» des autres langues est leur non-universalité. En réalité, pour la majorité des Américains, la multiplicité de langues est considérée comme un mal et une source de conflit. Il suffit de décrire quelques faits qui, considérés dans leur ensemble, donnent une curieuse impression de «plan machiavélique» américain.
6.1 La langue de l’aviation civile
L’OACI (Organisation aéronautique civile internationale) a été fondée à Chicago, le 7 décembre 1944 par les représentants de 47 pays, alors que la seule industrie aéronautique civile vraiment opérationnelle était américaine. Peu après, sous la pression du gouvernement fédéral américain, l’OACI décida d’adopter l’anglais comme deuxième langue officielle de tous les aéroports internationaux des pays non anglophones. Cette politique a incité les non-anglophones à utiliser l’anglais non seulement dans les annonces faites durant les vols internationaux, mais aussi sur les lignes aériennes nationales et jusque dans l’affichage des aéroports du monde.
6.2 L’anglais dans les organismes internationaux
L’anglais n’a pas toujours été une langue officielle dans les organismes internationaux. Ainsi, à la Commission européenne, l’anglais n’a fait son apparition que lors de l’admission de la Grande-Bretagne en 1972. Il en a été ainsi à l’Agence spatiale européenne, mais depuis que l’anglais est une langue officielle avec le français, celui-ci est devenu une simple langue de traduction. À l’Union postale internationale dont le siège social est à Berne (Suisse), le français est encore la seule langue officielle. On assiste actuellement à une offensive américaine afin d’y imposer l’anglais.
Le problème, c'est qu'une fois que l’anglais est admis comme langue officielle au sein d’une organisation internationale, les Américains, généralement aidés des Britanniques, font tous les efforts nécessaires pour éliminer les autres langues qui ne deviennent que des véhicules de traduction.
6.3 Les communications scientifiques
Depuis les années soixante, les Américains ont toujours refusé de publier des articles scientifiques rédigés dans une autre langue que l’anglais. Cette imposition d’une langue unique dans toutes les communications scientifiques internationales s’est faite essentiellement sous la pression des universitaires et chercheurs américains.
Or, l’immense majorité des chercheurs américains ne parle que l’anglais. Les comités universitaires américains ignorent systématiquement les publications rédigées dans une autre langue. Les Américains se retrouvent dans la position où ils jouent à la fois le rôle d’acteur et de jury, tout en accaparant, avec la bénédiction des autres pays, le monde de l’édition scientifique internationale. C’est pourquoi la plupart des Américains croient que toutes les découvertes scientifiques sont américaines et qu’elles ne sont possibles qu’en anglais. Pire, ils croient que fermement que la plupart des scientifiques vivants sont américains.
6.4 L’autoroute de l’information
Les Américains présentent les technologies de l’inforoute comme étant exclusivement d’origine américaine. Comme par hasard, cette perception quasi universelle favorise considérablement la pénétration commerciale américaine dans le secteur informatique et celui des télécommunications. Les premières machines et les premiers logiciels, il est vrai, furent conçus pour traiter des textes en anglais. Au début, on ne pouvait transmettre que des messages électroniques codés en Ascii – l'acronyme de cette norme américaine de codage des caractères – à sept bits. Ce système n'intègre qu'une gamme limitée de caractères, celle nécessaire à la langue anglaise et, accessoirement, au français, à l’espagnol, au swahili, etc. Le code Ascii est, en effet, constitué de jeux de caractères à sept bits (et non, classiquement, de huit), et les outils qui l'utilisent ont encore tendance à éliminer un bit sur huit pour les jeux de caractères autres que ceux de l'anglais. D'où, par exemple, avec ce code, la disparition, à l'affichage, des signes diacritiques du français: accents, trémas, cédille.
Or, rien dans l'architecture informatique du réseau ne s'oppose à l'usage de quelque langue que ce soit. Tout est affaire de protocoles d'utilisation de cette «quincaillerie», donc d'élaboration de normes universelles et, tout aussi important, de moyens pour les mettre en place. Les Américains n’ont donc aucun intérêt à changer ce système qui les favorise grandement. Mais ils ont la complicité des autres nations qui ne protestent que fort peu.
6.5 La langue de l’armée américaine
Les Américains ont implanté d’importantes troupes militaires dans plusieurs pays du monde. De ce fait, il existe une relation entre la présence des Forces armées américaines et la popularité de la langue anglaise où elles se trouvent. Par exemple, on se rend compte que le véhicule de communication imposé avec les fournisseurs locaux est exclusivement l’anglais qui acquiert alors un statut privilégié dans le pays hôte. Le cas est particulièrement flagrant en Allemagne, au Japon, en Corée, au Panama, en Islande, au Groenland, aux Philippines, etc. Étant donné que l’armée américaine est présente, d’une façon ou d’une autre, dans quelque 110 pays dans le monde, on peut comprendre l’impact d’une telle politique d’unilinguisme décidé unilatéralement. Évidemment, si un quelconque pays utilisait les mêmes tactiques à l'égard des Américains, ce serait le tollé!
6.6 La langue des succursales américaines à l’étranger
Dans toutes les multinationales américaines basées à l’étranger, l’anglais sert de véhicule obligatoire dans l’utilisation des méthodes comptables pour les rapports de fin d’exercice. Ainsi, de plus en plus de comptables, de banquiers, et autres gens d’affaires ont recours uniquement à l’anglais pour la rédaction des rapports qu’ils rédigent. Dans la plupart des cas, les compagnies américaines fournissent maintenant à leurs succursales des logiciels made in USA qui accompagnent la même documentation que celle disponible aux États-Unis. Manifestement, les Américains ignorent la «plus-value» de la langue du pays lorsqu’ils y font affaire. C’est l’ancien chancelier de l’Allemagne, Willy Brandt, en visite à Londres qui déclarait:
I sell you some thing, I speak your language. If I buy, dann müssen sie Deutsch sprechen.
Ce qui signifie (dans le texte en anglais): «Je vous vends quelque chose, je parle votre langue. Si j’achète, alors, vous devez parler allemand» (texte en allemand).
6.7 La langue des programmes de coopération bilatérale
Pour tous les stagiaires américains, la langue des programmes de coopération bilatérale est l’anglais, car peu importe le pays où ils se trouvent – à l’exception des pays d’Amérique latine – ils comptent toujours sur leurs hôtes pour parler anglais. Subrepticement, l’anglais s’impose comme langue véhiculaire dans tous les programmes de coopération et la langue nationale du pays hôte est toujours secondaire.
Il faut dire que les universités américaines n’exigent aucune connaissance des langues étrangères depuis au moins trente ans, alors que dans le reste du monde, particulièrement en Europe, en Asie et en Afrique, la connaissance d’une langue étrangère est obligatoire pour obtenir un diplôme de second ou de troisième cycle. Inévitablement, les Américains détiennent probablement le record mondial d’incompétence en la matière, mais c’est là une stratégie – efficace – destinée à rendre l’anglais incontournable, le tout avec la complicité des autres nations.
6.8 La propagande américaine dans les médias
La plupart des journaux américains ne ratent jamais une occasion de signaler les succès de l'anglais dans le monde et, conséquemment, de diminuer ou ridiculiser les tentatives de résistance des autres langues, notamment le français. Outre le New York Times et US Today, le journal The Economist demeure l'un des plus fervents propagandistes américains de la réussite de l'anglais dans le monde. Le journal a même publié en décembre 2001 un article expliquant les causes qui expliquent The Triumph of English («Le triomphe de l'anglais») sur toute la planète. Au besoin, on n'hésite pas à railler tous les États, notamment la France et le Québec, qui tentent de stopper par une législation l'envahissement de l'anglais. Bref, pour la plupart des journalistes américains, seules les petites langues en danger méritent qu'on les protègent... surtout à l'extérieur des États-Unis.
Les informations véhiculées par les chaînes américaines concourent toutes à une sorte de propagande destinée à donner à leur auditoire l’impression que le monde entier parle l’anglais. Que ce soit en France, en Inde ou en Indonésie, la caméra doit toujours fixer une affiche en anglais. Lorsqu’il existe des affiches bilingues, comme en Inde, le cameraman se doit de ne montrer que l’inscription anglaise. Dans la plupart des pays non anglophones, certains journalistes n’hésitent même pas à trafiquer des séquences montrant des affiches anglaises inexistantes, ou plutôt créées pour la circonstance. Évidemment, les journalistes américains s’organisent toujours pour que les personnes interviewées parlent anglais, de telle sorte que les téléspectateurs de leur pays croient vraiment que le monde entier parle leur langue.
De plus, la promotion publicitaire de la langue anglaise est courante dans les médias tant écrits qu’électroniques. Ainsi, on apprend qu’il faut parler anglais parce que c’est une «force unificatrice entre les peuples» qui «bannira les guerres une fois pour toutes», pas les autres langues. Il faut aussi parler anglais pour les «échanges économiques planétaires», ce qui réduira les risques de conflit ou d’agressivité entre les peuples. Évidemment, l’anglais est toujours la «langue de l’avenir», jamais les autres langues. Tous ces messages sont affirmés sans possibilités de réplique sous la forme de promotion publicitaire du genre: «Notre produit est le meilleur.»
En fait, beaucoup d’Américains ne comprennent pas pourquoi les autres peuples ne veulent pas s’assimiler à l’anglais, ce qui, à leurs yeux, serait tellement plus simple et éviterait tant de conflits. S'il n'en tenait qu'à eux, qu'à leurs seules valeurs et à leur démocratie, le monde entier croulerait sous la paix. C'est pourquoi il est difficile pour l'Américain moyen de comprendre, après l'attaque terroriste du 11 septembre 2001, que d'autres pouvaient ne pas envier ces valeurs universelles et cette langue qui l'est tout autant. La plupart des Américains ne peuvent pas comprendre que de nombreux pays tentent d'adopter des mesures visant à protéger leur langue officielle (ou nationale) de l’envahissement de l’anglais, malgré la compréhension généralement admise de l’utilité de son apprentissage par leurs citoyens, alors que, au même moment, près d'une trentaine d'États des États-Unis officialisent l'anglais sur leur territoire. Pendant que les politiques linguistiques américaines visent l'isolationnisme, les politiques des autres pays tendent vers le multilinguisme. Tandis que beaucoup d'États du monde s'ouvrent vers les autres langues et les autres cultures, l'Amérique favorise l'unilinguisme anglais et la fermeture aux autres.
On aurait intérêt à consulter les chapitres sur ce site consacrés à la section portant sur l'histoire sociolinguistique des États-Unis, intitulée «La superpuissance et l'expansion de l'anglais» en cliquant ICI, s.v.p.
Sans qu’il ne soit nécessaire de le préciser dans des textes juridiques, le gouvernement fédéral américain a toujours favorisé l'anglais et a toujours pratiqué des politiques linguistiques expansives pour l'anglais, mais restrictives pour les autres langues. Les pratique administratives passées et actuelles illustrent ce procédé, de même que la politique d’éducation bilingue destinée à intégrer les immigrants à la société américaine. Quant aux politiques d’internationalisation de l'anglais, il s’agit de pratiques officieuses et bien planifiées de la part des intervenants gouvernementaux, militaires, financiers, industriels, etc. Les Américains sont devenus en ce domaine les apôtres les plus zélés du mouvement d’internationalisation de l’anglais et essayent d’en propager la doctrine aux quatre coins du monde. Ils semblent avoir compris que l’expansion culturelle et linguistique favorise, en général, l’expansion économique.
Cet effort américain pour répandre l’anglais et la culture américaine n’a probablement pas son équivalent ailleurs dans le monde. Les politiques linguistiques américaines correspondent à celles d’un grand État puissant qui ne s’en laisse pas imposer à l'extérieur, mais recourt à des pressions juridiques à l'intérieur de ses propres frontières, bien qu’il dispose de moyens autrement plus efficaces. Il est peut-être malaisé de prétendre hors de tout doute que la domination de l’anglais dans le monde ait été délibérément voulue, organisée et soutenue par les États-Unis ou par tout autre État anglo-saxon, parallèlement à leurs démarches sur l’échiquier politique ou à la pénétration de leurs firmes internationales sur le marché économique. Mais la politique linguistique d'expansion de la langue existe bel et bien. Certes, la «guerre des langues» n'a jamais, nulle part dans le monde, été réellement déclarée. Néanmoins, il ne faut pas oublier que, à la différence des empires romain ou britannique, l'impérialisme américain en est un de démocratie et de liberté, qui exclut en principe la conquête de territoires ou la colonisation, mais qui constitue tout de même une réelle domination mondiale, que celle-ci soit militaire, économique, culturelle, linguistique, etc.
Dernière mise à jour: 09 nov. 2016