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Timestamp: 2019-02-22 14:33:48+00:00
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Matched Legal Cases: ['§ 1', '§ 1', '§ 1', '§ 2', '§ 1', '§ 2', '§ 1']

Il est intéressant de relever des différences dans l’administration des sacrements entre les EOC et l’Église latine.
1. L’initiation chrétienne
Les ECO, comme leurs sœurs préchalcédoniennes ou orthodoxes, ont maintenu la tradition ancienne de l’unité des trois sacrements de l’initiation chrétienne : baptême, chrismation, eucharistie. L’Église latine a réintroduit cette unité pour les catéchumènes adultes, tandis qu’elle repousse au-delà de l’âge de raison la possibilité de recevoir la confirmation et l’eucharistie pour les enfants baptisés à la naissance.
Aussi le prêtre peut-il conférer les trois sacrements, toujours dans l’ordre, au cours d’une même célébration.
Dans la tradition orientale, le diacre ne confère pas de sacrement. Ainsi, pour le baptême, le diacre ne baptise qu’en cas de nécessité. Voici les deux disciplines comparées :
Code de droit canonique (CIC) latin
Code des canons des Églises orientales (CCEO)
CIC 861, § 1. — « Le ministre ordinaire du baptême est l’évêque, le prêtre et le diacre »
(en cas de nécessité aussi les fidèles laïcs)
CCEO 677, § 1. — « Le baptême est administré ordinairement par le prêtre… »
(en cas de nécessité par le diacre, un autre clerc, un religieux ou un fidèle laïc)
b) Chrismation
La « chrismation du saint myron » correspond à notre « confirmation. « Il est nécessaire que ceux qui ont été baptisés soient oints du saint myron afin que, marqués du sceau du don du Saint-Esprit, ils deviennent des témoins plus fervents pour participer à l’édification du règne du Christ » (CCEO 692).
Le saint myron est l’huile parfumée consacrée par l’évêque, que nous appelons saint chrême. « Chrismer » veut dire « oindre, donner l’onction ». La formule utilisée est celle de saint Cyrille de Jérusalem, que Paul VI a aussi retenue pour le rite latin réformé d’après Vatican II : « Reçois le sceau du don de l’Esprit-Saint ».
Voici un texte de saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèse, sur la chrismation, complément du baptême :
20, 1. La chrismation par le Saint-Esprit
Baptisés dans le Christ, revêtus du Christ, vous êtes modelés sur le Fils de Dieu. Car Dieu, qui vous a prédestinés à l’adoption, vous a modelés sur le corps glorieux du Christ. Désormais donc associés au Christ, il est normal que l’on vous appelle des « christs », et c’est de vous que Dieu disait : « Ne touchez pas à mes christs ! » (Ps 104, 15). Vous êtes devenus des christs parce que vous avez reçu la marque du Saint-Esprit ; et tout vous est arrivé en images, puisque vous êtes des images du Christ. Lorsque, baigné dans les eaux du Jourdain, et leur ayant communiqué les effluves de sa divinité, le Christ en fut remonté, le Saint-Esprit fit en personne irruption sur lui, le semblable se reposant sur son semblable. De même, remontés de la cuve aux saintes eaux, vous reçûtes la chrismation, la marque dont fut chrismé le Christ. Or, cette chrismation est l’Esprit-Saint. Le bienheureux Isaïe disait de lui dans la prophétie qui concerne la personne du Seigneur : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, et c’est pourquoi il m’a chrismé ; il m’a envoyé évangéliser les pauvres (cf. Is 6, 2 ss).
Du même Cyrille, Catéchèse :
22, 1. Le corps et le sang du Christ reçus au cours des divins mystères
Cette leçon du bienheureux Paul [1 Co 11, 23] suffit, elle aussi, à pleinement vous instruire sur les divins mystères qui ont fait de vous, puisque vous y avez été admis, des participants du corps et du sang du Christ. Paul en effet proclamait à l’instant que « dans la nuit où on le trahissait, Notre Seigneur Jésus-Christ, ayant pris du pain et rendu grâces, le rompit et le donna à ses disciples en disant : “Prenez, mangez, ceci est mon corps”, puis, prit la coupe, rendit grâces et dit : “Prenez, buvez, ceci est mon sang” » (Mt 26, 26.28). Lors donc que la propre parole (du Christ) déclare au sujet du pain : « Ceci est mon corps », qui osera encore hésiter ? Et quand sa propre parole assure : « Ceci est mon sang » (ibid., 28), qui la mettra en doute en prétendant que ce n’est pas son sang ?
22, 3. C’est donc en toute certitude que, sous l’apparence du corps et du sang, nous participons au Christ. Car sous la figure du pain, c’est son corps qui t’est donné : et sous la figure du vin, son sang qui t’est donné, afin qu’ayant participé au corps et au sang du Christ, tu sois avec lui un même corps et un même sang. Ainsi devenons-nous des « porte-Christ », son corps et son sang se répandant dans nos membres. Voilà comment, selon le bienheureux Pierre, nous devenons participants de la nature divine (2 P 1, 4).
Une autre différence, notable car elle touche à la forme du sacrement, concerne le mariage. Selon la tradition latine, ce sont les époux qui se donnent le sacrement par l’échange des consentements. Le ministre, prêtre ou diacre, ne fait « qu’assister » au mariage pour manifester qu’il est conclu devant l’Église. Dans les rites orientaux, c’est l’évêque ou le prêtre (pas le diacre) qui « bénit » le mariage. Cette bénédiction est constitutive du sacrement.
CCEO can. 828, § 1. — « Ne sont valides que les mariages célébrés selon le rite sacré en présence du Hiérarque du lieu ou du curé du lieu ou d’un prêtre auquel a été conférée, par l’un ou par l’autre, la faculté de bénir le mariage, ainsi que devant deux témoins…
§ 2. — « Ce rite est considéré comme sacré par le fait même de l’intervention du prêtre qui assiste et bénit. »
CIC can. 1108, § 1. — Seuls sont valides les mariages contractés devant l’Ordinaire du lieu ou bien devant le curé, ou devant un prêtre ou un diacre délégué par l’un d’entre eux, qui assiste au mariage, ainsi que devant deux témoins…
§ 2. — Par assistant au mariage, on entend seulement la personne qui, étant présente, demande la manifestation du consentement des contractants, et la reçoit au nom de l’Église.
3. La discipline du clergé des EOC
Elle suit celle en vigueur dans toutes les Églises orientales. Il est possible d’admettre à l’ordination sacerdotale des hommes mariés. Mais un homme célibataire une fois ordonné ne peut plus se marier. Les évêques sont toujours choisis parmi les prêtres célibataires ou les moines.
CCEO can. 769, § 1. — « L’autorité qui admet un candidat à l’ordination sacrée, doit obtenir :
2° Si le candidat est marié, le certificat de mariage et le consentement donné par écrit de l’épouse » (…)
CIC can 1037. — « Celui qui doit être promu au diaconat permanent en n’étant pas marié, et de même celui qui doit être promu au presbytérat, ne seront pas admis à l’ordre du diaconat s’ils n’ont pas, selon le rite prescrit, publiquement devant Dieu et devant l’Église, assumé l’obligation du célibat, ou s’ils n’ont pas émis les vœux perpétuels dans un institut religieux. »
On notera dans la description ci-dessus, comme dans la liturgie, l’originalité profonde des disciplines orientales en matière de sacrements, qui va bien au-delà de la pure forme. Ainsi, comme le montrent les textes, le fait de conférer la confirmation et l’eucharistie immédiatement dans la foulée du baptême des enfants souligne la volonté d’octroi immédiat de l’ensemble des dons qui nous font participer au Christ, selon une approche que l’on pourrait percevoir comme plus fusionnelle. De son côté, en revanche, la discipline latine, plus analytique et moraliste, souligne le rôle de chacun d’eux, ainsi que la préparation et la maturité qu’elle juge nécessaires pour recevoir confirmation et eucharistie.
Il en va de même du sacrement du mariage (ou « couronnement ») : le mariage de type latin, que les époux se donnent, devant un prêtre qui témoigne au nom de l’Église, prend un sens quelque peu différent, plus axé sur le consentement mutuel des époux, d’un mariage où, comme en Orient, la bénédiction par le prêtre est un élément essentiel du sacrement, de ce fait peut-être plus expressément ordonné à sa visée spirituelle et ecclésiale.
On connaît bien par ailleurs la différence de discipline pour les prêtres, rappelée ci-dessus, et son implication : les curés et les évêques y appartiennent à deux formes de clergé en définitive assez notablement différents. Les premiers, lorsqu’ils sont mariés, resteront au plus curés toute leur vie. Les évêques, eux, viennent du clergé régulier : ils ont été moines, mais presque jamais curés (sauf exceptions issues des prêtres célibataires). On retrouvera dans une séance ultérieure le rôle central du monachisme. Mais il est notable que l’autorité central de ces Églises soit conférée à qui est passé par l’expérience spirituelle du cloître, plus qu’à celui qui a acquis une expérience pastorale de terrain.
Il n’est pas inutile enfin de rappeler ce qui a été dit de la liturgie eucharistique : beauté, élaboration littéraire et musicale, et soulignement du mystère y jouent un rôle central.
Ce n’est donc pas forcer le trait que de souligner l’insistance sur la dimension sacrale et spirituelle en même temps, qui caractérise ces traditions : pour le simple fidèle, la participation au mystère, l’élévation intérieure à une autre réalité importent comparativement plus que l’apprentissage méthodique ; et on privilégie le rôle d’intercesseurs, moines et évêques, dont l’expérience se situe d’abord dans une vie plus explicitement consacrée à la recherche de Dieu. On rencontre sans doute déjà ici aussi le thème de la participation à la nature divine qu’on retrouvera plus particulièrement dans la séance suivante.