Source: http://planetaryecology.com/actualite-de-lamiante/
Timestamp: 2019-05-25 03:52:56+00:00
Document Index: 241333029

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Actualité de l’AMIANTE | Planetary ecology
« L’imposture – le militantisme, par ACG 1975
1974-2005 : l’AMIANTE à mort – 1ère partie, par ACG »
Actualité de l’AMIANTE
Un de mes collègues et amis du théâtre français vient de mourir après plusieurs années de résistance.
Vaincu par un cancer broncho-pulmonaire dû à l’amiante dans l’environnement professionnel. Comme quatre autres dont la pathologie a été officiellement reconnue, il a été fauché par les effets de la pollution de l’air au quotidien. Cela malgré une alerte maintenue pendant plus de trente ans qui aurait épargné plus de vies si elle avait été écoutée par les « responsables« .
Et la pollution de l’eau, la dégradation des sources, des zones humides, des cours d’eau… itou !
Bien entendu, on peut une nouvelle fois se demander comment on en est arrivé là…
Gilles Raveaud d’Alternatives Economiques :
« Un échec absolument terrible de la « science » économique, c’est l’environnement. (…)
Tout était sur la table au moins dans les années 70 (…)
En 68, déjà, la question environnementale était centrale dans les débats politiques et cette question a totalement disparu des facultés d’économie pour ne commencer à revenir que ces dernières années. Mais le problème, c’est que c’est trop tard !
On a perdu 40 ans absolument cruciaux dans la préservation de l’environnement, dans la préparation du futur, dans l’organisation de la transition écologique absolument nécessaire de nos sociétés.
Encore et toujours l’amiante :
Condamnation d’un établissement public
le CHU de Besançon condamné à 40 000€ d’amende avec sursis pour avoir exposé une partie de ses salariés à l’amiante entre 2009 et 2013.
Le sentiment des personnels exposés rejoint le constat fait à l’échelle nationale depuis des années :
« On ne comprend pas la finalité de cette condamnation extrêmement symbolique. 40 000€ avec sursis c’est à dire rien ! Donc, l’employeur public peut très bien recommencer. Cela ne lui coûte rien. Cette mise en danger de mort et d’infirmité permanente de ses propres personnels – sciemment. Et que pour cela les gens qui se sont permis, en toute conscience, de faire cela sont tous en place et le seront demain matin. Il n’y a rien de changé dans l’établissement.«
On apprécie le « sursis » accordé à l’établissement coupable. Un « sursis » que n’ont pas connu les victimes de l’amiante et les personnes exposées qui demeurent dans l’incertitude toute leur vie.
Cependant, ce jugement est une première en France. Presque une révolution !
Dans ce pays où même le Sénat a produit (en 2006 !) un acte d’accusation détaillé sur Le drame de l’amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer des leçons pour l’avenir (https://www.senat.fr/rap/r05-037-1/r05-037-1.html), jamais un établissement public et, qui plus est, un établissement non transformateur/producteur d’amiante n’avait été ainsi condamné ! Certes, il y a bien eu les condamnations pour faute inexcusable de l’employeur (une procédure difficile, inaccessible à la plupart), mais toutes sont tombées au fond du grand tiroir des affaires classées, effacées, oubliées. Elles n’ont jamais été suivies d’une enquête, d’une procédure, pour établir les responsabilités, corriger les défaillances, supprimer la cause des pollutions, établir le suivi médical des personnels, etc. Ce qui devrait être un commencement a été aménagé en voie sans issue. Ainsi, tout le travail d’établissement des faits et d’analyse effectué au cours de ces procédures longues et fouillées n’a strictement servi à rien (a). Une justice poudre aux yeux.
Evidemment, cette énorme carence n’est pas le fait d’un simple oubli. En France, toutes les voies de recours ont été fermées. Et la presse, elle-même, s’est tue. Les dernières illusions qui encourageaient encore à l’action voici quelques années ont été soigneusement effacées. Il n’y a plus rien.
Bien sûr, la direction du CHU Jean-Minjoz a fait part de son intention de faire appel de la condamnation.
(a) Ainsi pour la Comédie Française : 5 maladies professionnelles reconnues et 2 condamnations pour faute inexcusable de l’employeur :
« La Comédie Française côté tragédie« , Le Canard Enchaîné N° 4439 du 23 novembre 2005.
« Une tragédie bien réelle à la Comédie Française« , article signé VS de L’Yonne Républicaine, décembre 2006.
« La Comédie Française condamnée aussi« , article signé VS de L’Yonne Républicaine du 20 02 2007.
« Amiante : un décès à la Comédie Française« , article de Marc Payet, Le Parisien du 22 mars 2007 (http://www.leparisien.fr/faits-divers/amiante-un-deces-a-la-comedie-francaise-22-03-2007-2007873429.php#xtref=http%3A%2F%2Fwww.google.fr%2Furl%3Fsa%3Dt$rct%3Dj$q%3D$esrc%3Ds$source%3Dweb$cd%3D4$ved%3D0CDIQFjAD$url%3Dhttp%253A%252F%252Fwww.leparisien.fr%252Ffaits-divers%252Famiante-un-deces-a-la-comedie-francaise-22-03-h2007-2007873429.php$ei%3D7EUtVdLlM4vcaPz3gagI$usg%3DAFQjCNFCvk4O8SgjOvH3G-90lUy1LgOK2g$sig2%3Dr_1TE-w5I1OMgbFu0pGAyg$bvm%3Dbv.90790515%2Cd.d2s)
« La mort en coulisses« , article de Patrick Herman, Témoignage Chrétien N°3242 du 1er mars 2007
« L’Amiante tue à la Comédie Française« , revue Coulisses n°47 de mars 2007 du Syndicat National des Professionnels du Théâtre et des Activités Culturelles)
« Les théâtres aussi sont confrontés à l’amiante – Un mort et deux malades à La Criée, à Marseille, deux décès à la Comédie-Française. La réflexion est en cours« , article de Brigitte Salino, Le Monde du 16 12 2010
http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/12/16/les-theatres-aussi-sont-confrontes-a-l-amiante_1454294_3246.html#SiGvixwZFcwDyJgc.99
Sur ce que vivent les victimes et leurs proches :
« Mourir d’amiante« , récit du combat d’Anne-Marie Goudard, Libération du 21 02 1997
Ben oui, la pollution, ça coûte cher !
Et plus cher que ça encore en intégrant les conséquences des dégradations de la biosphère à long terme.
La pollution atmosphérique «n’est pas qu’une aberration sanitaire, c’est une aberration économique» (…) rapport Pollution de l’air: le coût de l’inaction.
Elle représente «un coût majeur», une fois considéré les dépenses de santé pour prendre en charge les pathologies imputables à la pollution (particules fines, oxydes d’azote, etc.), l’impact de l’absentéisme professionnel sur la productivité des entreprises, la baisse des rendements agricoles, la perte de la biodiversité ou encore l’entretien des bâtiments dégradés. Dans le détail, le coût sanitaire total de la pollution atmosphérique serait compris «entre 68 et 97 milliards d’euros» par an, retient le rapport (données du programme «Air pur pour l’Europe» de la Commission européenne), tandis que le coût non sanitaire est lui estimé à 4,3 milliards d’euros. A elle seule, la pollution de l’air intérieur représente un coût de 19 milliards d’euros par an. (…)
http://www.ladepeche.fr/article/2015/07/16/2144666-l-insupportable-cout-de-la-pollution-de-l-air.html
Rapport de Mme Leila AÏCHI, fait au nom de la CE coût économique et financier de la pollution de l’air n° 610 tome I (2014-2015) – 8 juillet 2015
(…) Les trois types de maladies causées par la pollution de l’air les plus communes sont les maladies respiratoires, au premier rang desquelles la bronchopneumopathie obstructive (BPCO), les pathologies cardiaques, dont les infarctus, et les cancers du poumon. Par ailleurs, le rôle de la pollution de l’air dans de nombreuses autres pathologies fait l’objet d’études et permet d’affirmer qu’il existe un lien, notamment, entre la pollution et certains problèmes de développement du foetus, et des pathologies certes multifactorielles mais de plus en plus prévalentes comme la maladie d’Alzheimer et l’obésité. A côté de ces effets sanitaires, la pollution de l’air produit des effets non sanitaires, sur la végétation et la biodiversité, sur l’eau mais aussi sur les bâtiments. (…)
http://www.senat.fr/notice-rapport/2014/r14-610-1-notice.html
La pollution coûte cher… mais aux finances publiques. Double peine pour le bien commun. Les prédateurs – financiers, industriels, politiciens… – qui ont choisi de la développer, eux, ils ramassent et ils amassent. Ainsi :
23 ans (!) après l’Appel de Heidelberg, que devons-nous au lobby chimique qui l’avait fabriqué ?
Les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques utilisées par l’industrie dans la fabrication de la plupart des produits de notre quotidien : peintures, shampoings, plastiques alimentaires etc…Elles interagissent avec notre système hormonal, et peuvent aller jusqu’à les imiter, notamment lors des premiers mois de grossesse.
Leurs effets nocifs sur la santé sont de plus en plus visibles : l’infertilité masculine – un couple sur sept a des difficultés à procréer -, les cancers hormonaux-dépendants comme ceux du sein ou de la prostate ; le diabète et l’obésité
La communauté scientifique est unanime à tirer la sonnette d’alarme. Le 1er octobre 2015, la Fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique soulignait l’urgence d’agir au plus vite. Le coût sanitaire de ces polluants pour l’Union Européenne n’est pas négligeable : 157 milliards d’euros !
Le plus grave : le blocage d’une réglementation de l’utilisation des perturbateurs endocriniens, préparée par Bruxelles depuis 2009, et qui devait rentrer en vigueur en 2013. Au final, aucune décision n’interviendra avant 2017 ! La faute à qui ? Le très puissant lobby de l’industrie chimique – BASF, Bayers et Syngenta – qui bataille activement pour empêcher toute réglementation. La Commission Européenne s’appuie ainsi sur des experts travaillant pour cette industrie, pour rédiger les lois. Un des spécialités du lobbying : la fabrication de la controverse, instiller le doute dans les propos des scientifiques les plus indépendants. (…)
http://www.franceinter.fr/emission-linterview-intoxication
Eh bien, voilà ! C’est probablement pire qu’il y a 23 ans : le politique n’a jamais été aussi inexistant – sauf, peut-être, en temps de guerre.
(…) Initiative spontanée de la communauté scientifique ? L’appel d’Heidelberg est en réalité le résultat d’une campagne habilement orchestrée par un cabinet de lobbying parisien lié de près aux industriels de l’amiante et du tabac…Le premier indice est un mémo confidentiel de Philip Morris, daté du 23 mars 1993 et rendu public dans le cadre d’une action en justice contre le cigarettier. La note interne présente l’appel d’Heidelberg, se félicitant qu’il « a maintenant été adopté par plus de 2 500 scientifiques, économistes et intellectuels, dont 70 Prix Nobel ». (…) http://www.lemonde.fr/sciences/article/2012/06/16/l-appel-d-heidelberg-une-initiative-fumeuse_1719614_1650684.html
L’appel de Heidelberg : entre arnaque, idéologie et lobby
(…) Plus que le contenu explicite de l’appel, ce qui est intéressant ici, c’est l’implication des « communicants » des grands entreprises en butte aux contestations de l’écologie dans l’élaboration d’un tel appel, et en particulier ceux de l’industrie du tabac et celle de l’amiante.
C’est en effet ces deux secteurs qui furent à l’ origine de la création d’une structure dirigée par Michel Salomon, par ailleurs principal animateur de l’appel. Une note interne de la firme Phillips Morris, un des principaux cigarettiers, explique ainsi : « Un nouvel organisme, le Centre international pour une écologie scientifique [ICSE, pour International Center for a Scientifique Ecologie], a été fondé, à Paris, comme une continuité de l’appel d’Heidelberg, pour fournir aux gouvernements du monde entier des opinions sur ce qui constitue une science environnementale solide, à propos de certains problèmes », explique la note. « Certains problèmes », mais surtout ceux qui concernent les industriels du tabac et de l’amiante… (…)
« Amiante et Appel de Heidelberg« , Henri Pézerat, Silence n°185/186, janvier 1995.
et « La cécité absolue d’une bande d’autruches« , article d’André Langaney paru dans Libération du 12.06.92
Et là il y a une responsabilité énorme des économistes y compris « hétérodoxes » qui dans leur grande majorité ont négligé cette question. »
émission La tête au carré (sur France Inter) du jeudi 30 avril 2015
L’économie, une science en crise ?
http://www.franceinter.fr/personne-gilles-raveaud
Ben oui, Gilles Raveaud dit vrai :
Tout était sur la table au moins dans les années 70. Et pas seulement pour la « science » économique. Puis, tout s’est effondré.
L’économisme officiel, universitaire et dominateur, s’est recroquevillé, fermé, racorni après la grande peur devant l’écologisme – peur du mouvement social débutant et de sa culture renversante – il y a… 40 – 50 ans : c’était la première réussite des néo-cons qui appelaient à la mobilisation réactionnaire depuis plusieurs années déjà. On peut dire qu’ils ont été exaucés !
Mais, si « les économistes y compris « hétérodoxes » ont négligé cette question », ils sont loin d’être les premiers responsables.
Ce « Tout qui était sur la table au moins dans les années 70 (…) » et même en 68 déplaisait à beaucoup d’autres, bien plus influents que les économistes. Ce « Tout » qui aurait dû changer la donne a été consciencieusement saboté, étouffé, enterré sous les imposteurs et des dizaines d’années de falsification.
L’exclusion des lanceurs d’alerte, déjà une suite qui aggrave le constat
Point besoin d’attendre longtemps !
La Cour de Cassation vient de porter un nouveau sale coup aux victimes de l’amiante
Elle vient de produire un arrêt qui exclu une grande partie d’entre elles : « Les salariés ayant été exposés à l’amiante dans une entreprise non inscrite sur la liste des établissements ouvrant droit à la préretraite amiante, ne peuvent demander réparation de leur préjudice d’anxiété. (…) »
(http://web.lexisnexis.fr/depeches-jurisclasseur/depeche/06-03-2015/03).
Incroyablement, l’écriture officielle reconnaît, dans la même phrase, la réalité de l’exposition et du préjudice pour les balayer ensuite ! Les malades et les morts des entreprises où l’identification de la présence d’amiante est ancienne, où l’on vivait dans la crainte, où quelques-uns, qui ont payé cher leur audace, ont lancé et entretenu l’alerte, sont bafoués encore une fois.
Pour beaucoup, ce petit préjudice d’anxiété supprimé sitôt créé était le seul espoir d’obtenir un peu de justice. C’était encore trop dans ce beau « pays des droits de l’homme et du citoyen », « de la démocratie », bla bla bla.
Le prix du courage : organisation du découragement de la défense du bien commun
L’exclusion des lanceurs d’alerte
Amiante, pesticides et toutes pollutions, malfaçons, malversations, escroqueries, détournements… défendre la santé des collègues, l’eau et ses têtes de bassin versant, l’environnement immédiat ou la biosphère, la vie des autres, la logique et l’intégrité, à fortiori la démocratie, bref, le bien commun, en France c’est se condamner à l’isolement tout en devenant une cible.
Il est exorbitant : décrédibilisation paradoxale, blocage de carrière, intimidations et harcèlement, ostracisme, licenciement, soutiens syndicaux, associatifs et juridiques inexistants, désocialisation, agressions, rejet des recours par les tribunaux, voire condamnations, retraites amoindries, etc., et le cortège des découragements, dépressions, difficultés familiales…
Tandis que les coupables et les lâches sont récompensés avec progressions de carrière et salaires, suffrages, succès et honneurs, retraites confortables…
La situation des défenseurs du bien commun est le meilleur indicateur de l’état de la société. Elle est au coeur des dysfonctionnements de tous ordres qui affectent le présent et compromettent l’avenir. Cet univers ubuesque est le produit d’une dégradation culturelle et d’un renversement des valeurs sans précédent. Son origine ? Il faut regarder plus attentivement du côté de l’effort propagandiste qui a accompagné l’installation du capitalisme ultra et du néo-conservatisme, tout en sabotant les mouvements sociaux qui s’efforçaient d’y résister (la nouvelle gauche alternative des années soixante et soixante-dix).
Chacun, avec ses mots, évoque cette «extraordinaire solitude». Ce sentiment d’être le mouton noir, seul contre tous, sans savoir vers qui se tourner.
Leur carrière s’est brisée le jour où ils ont parlé. Ils sont lanceurs d’alerte. Quel que soit leur secteur d’activité (banque, fonction publique, médico-social…) et les faits qu’ils dénoncent (malversation financière, corruption, maltraitance…), leurs histoires se ressemblent. Un jour, pour des raisons très variées, et parfois après avoir été impliqués, ils se décident à l’ouvrir. Ils balancent.
Ils m’ont fait comprendre qu’il ne fallait pas parler,
par Pierre Alonso, Marie Piquemal et Coralie Schaub
http://www.liberation.fr/economie/2015/03/02/ils-m-ont-fait-comprendre-qu-il-ne-fallait-pas-parler_1212765
http://www.liberation.fr/economie/2015/03/02/revelations-mode-d-emploi_1212824
Harcèlement reconnu pour une ex-salariée d’UBS, lanceuse d’alerte
http://www.liberation.fr/economie/2015/03/05/harcelement-reconnue-pour-une-ex-salariee-d-ubs-lanceuse-d-alerte_1214806
http://www.liberation.fr/economie/2015/03/02/le-double-jeu-americain_1212836
Alerte : qui sont ces lanceurs ?
Certains se prennent un mur, parce qu’ils se sont confiés à la mauvaise personne ou qu’ils n’ont pas suffisamment de preuves. D’autres parviennent à faire éclater des scandales et changer le cours des choses, pour l’intérêt général. Mais ces Zorro d’un jour se retrouvent souvent seuls le lendemain (lire pages 4-5). Sans boulot, quelque fois «grillés» dans leur secteur d’activité, et sur la paille. Tous racontent avoir été «broyés» psychologiquement et sans aide pour se relever.
Le député socialiste Yann Galut, rapporteur de la loi du 6 décembre 2013, a auditionné des lanceurs d’alerte : «J’ai vu des gens brisés. Livrés à eux-mêmes, abandonnés par l’Etat alors qu’ils ont fait leur travail de citoyen. On ne peut pas en rester là.» Il prépare une proposition de loi pour l’automne pour créer «un vrai statut du lanceur d’alerte», avec une agence indépendante chargée de les accompagner dans les démarches, les soutenir et même les «rémunérer».«A partir du moment où ils aident la justice, je ne vois pas pourquoi on ne les soutiendrait pas financièrement.»
http://www.liberation.fr/economie/2015/03/02/lanceurs-d-alerte-piege-a-convictions_1212835
Quelquefois, c’est encore plus grave, l’impudent est mis à mort :
Gracchus Babeuf, le révolutionnaire, grand défenseur du bien commun contre la nouvelle spoliation, a été guillotiné par la quintessence de la réaction – le Directoire, le 8 Prairial an V (27 mai 1797), à Vendôme
Et puis, Chico Mendes
http://www.nn-chicomendes.org/association/les-origines/qui-est-chico-mendes
Sompawn Khantisouk, écologiste du Laos qui a démontré l’absurdité économique des monocultures d’exportation et s’est opposé au saccage des forêts, en particulier par les industriels chinois. Il a été enlevé en janvier 2007 par des hommes en uniforme.
Ambrósio Vilhalva, résistant Guarani qui avait joué dans La terre des hommes rouges, assassiné en 2013.
Sa compatriote, Marinalva Manoel, assassinée en décembre 2014…
C’est l’assassinat de Chut Wutty, défenseur de la forêt cambodgienne et employé de Global Witness, abattu par la police alors qu’il enquêtait sur l’exploitation forestière illégale au Cambodge, qui a motivé l’enquête menée par l’ONG Global Witness basée à Londres.
Le rapport examine les massacres connus de défenseurs des droits environnementaux et territoriaux. Il montre une nette augmentation de ces morts violentes à partir de 2002 parallèlement à l’intensification de la concurrence pour les ressources naturelles.
http://www.reporterre.net/En-dix-ans-900-defenseurs-de-l
http://www.europeenimages.net/video-amiante_en_vivre_et_en_mourir-id-1874.html
l’AMIANTE le 12 octobre à Paris
Victimes et résistants de l’air contaminé tentent de vaincre le déni et l’oubli
Des victimes qu’on ne compte plus. Des souffrances et des angoisses inestimables. Des dizaines d’années d’alerte et de résistance. Des perspectives assombries par l’absence d’une gestion des déchets à l’échelle de la dissémination du problème. Des victimes et des lanceurs d’alerte toujours confrontés au refus de reconnaître l’histoire de ce crime de masse et ses conséquences, en détail et en général. Et toujours pas l’ombre d’un procès après 17 années de procédure toujours remise en cause….
http://www.leparisien.fr/societe/amiante-plusieurs-milliers-de-manifestants-reclament-la-punition-des-responsables-12-10-2013-3219583.php
(…) « réclamer haut et fort que justice soit faite, afin que les empoisonneurs soit enfin jugés au pénal ! ». Elle reste souvent bien isolée et les soutiens syndicaux et politiques sortent rarement du registre du formel. Même à l’intérieur des entreprises, l’écologie a du mal à percer dans les organisations ouvrières
http://archivue.pagesperso-orange.fr/sustainable/kroll-lucien.html
Les victimes de l’amiante réclament « la punition des responsables »
Plusieurs milliers de victimes de l’amiante, venues de toute la France, ont manifesté samedi 12 octobre à Paris, de la Tour Montparnasse « amiantée » jusqu’au Palais de justice, pour réclamer « la punition des responsables » et une meilleure « prévention » contre ce risque qui reste « actuel ». « Pour la justice contre l’oubli », « pour un procès pénal de l’amiante », proclamaient les banderoles des manifestants (…) « des dizaines de milliers de personnes ont été empoisonnées et chaque année 3 000 victimes décèdent de l’amiante en France ». « Dix morts par jour, ni responsable ni coupable », dénonçait une pancarte. L’Andeva dénonce des « industriels de l’amiante qui ont sciemment trompé l’opinion », « des scientifiques et des médecins qui n’ont pas fait leur travail de veille sanitaire » et « des pouvoirs publics complaisants qui ont laissé faire ». (…) « Nous rappelons que cela fait 17 ans que nous avons déposé les première plaintes et qu’il n’y a toujours pas de procès pénal » contre les responsables,
http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/10/12/les-victimes-de-l-amiante-reclament-la-punition-des-responsables_3494832_3244.html
Le drame de l’amiante en France, de Charybde en Scylla
La chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris lave toujours plus blanc :
non lieu pour Martine Aubry et plusieurs autres inculpés, dont plusieurs membres du lobby de l’amiante.
(…) Les mises en examen de huit autres personnes poursuivies dans cette instruction sur l’exposition à l’amiante des salariés de l’usine Ferodo-Valeo de Condé-sur-Noireau (Calvados) ont également été annulées, a-t-il précisé. Au grand dam des victimes, ce drame sanitaire n’a donné lieu à aucun procès en France.
L’Association nationale des victimes de l’amiante (Andeva) a aussitôt annoncé son intention de se pourvoir en cassation. L’Andeva estime que la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris est « disqualifiée » car son arrêt « glorifie » l’action du Comité permanent amiante (CPA), considéré par les victimes comme le lobby des industriels de l’amiante, a dit François Desriaux, l’un de ses représentants. (…)
L’Andeva est en conflit ouvert avec cette chambre de l’instruction qu’elle accuse d’hostilité à l’égard des victimes, et a demandé la récusation de sa présidente. Elle compte également former un recours auprès du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) pour « violation du secret du délibéré » après la publication mercredi par Le Canard Enchaîné des conclusions -finalement inexactes- de l’arrêt qui devait être rendu vendredi.
Début février, la cour d’appel a mis un terme à une autre enquête de Mme Bertella-Geffroy, celle sur la manufacture Amisol de Clermont-Ferrand. La seule personne poursuivie dans ce dossier invoquait le « délai raisonnable » d’une enquête: cela faisait 14 ans qu’elle était mise en examen, pour des faits vieux de 38 ans.
La Cour aurait estimé qu’à l’époque des faits reprochés à Martine Aubry on n’en savait pas encore assez sur l’amiante pour prendre une décision d’interdiction… La Cour aurait aussi blanchi le CPA – le lobby de l’amiante -, assurant que «la réalité de son influence n’est pas démontrée» et qu’il aurait au contraire eu «une volonté d’accompagner la prévention».
Si tel est bien l’arrêt de la Cour, la désinformation est énorme ! Ce serait une réécriture de l’histoire, dans la grande tradition, désormais, de la France officielle confite dans un mépris abyssal du peuple et des victimes de sa chère prédation ultra-capitaliste.
Si le besoin de réviser les bases se fait sentir :
le rapport sur Sénat sur l’amiante en France
évolution en vue
La présence d’hydrocarbures aromatiques polycycliques dans les particules des gaz d’échappement des moteurs diesel est préoccupante, car elle soumet les travailleurs exposés à ces fumées à des risques de cancer. » Cette mise en garde n’est pas extraite de l’avis publié en juin, avec fracas, par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et selon lequel les émanations des moteurs diesel sont désormais classées « cancérogènes pour l’homme ». Cet avertissement est un peu plus ancien : il est énoncé dans une synthèse de la littérature scientifique, publiée dans la revue Journal of Occupational Medicine il y a… trente-deux ans.
Des mesures de protection des lanceurs d’alerte auraient-elles pu, à l’époque, infléchir le cours des choses ? Les avocats de la proposition de loi relative à la création d’une Haute Autorité de l’expertise scientifique et de l’alerte en matière de santé et d’environnement (HAEA) en sont convaincus. (…)
(…) dans la plupart des accidents industriels et sanitaires, un technicien n’a pas été écouté et les directions ont passé outre. Et si le technicien tape du poing sur la table et fait ce qui doit être fait, il se met en tort et nul ne le défend, surtout pas les syndicats – les autres personnels non plus, le plus souvent. Et tout s’en trouve stérilisé. Et continuent la gabegie, la pollution, les maladies…
Légionellose : l’incompétence et la négligence en procès (ci-dessous)
Et beaucoup d’autres exemples du même tonneau…
Une évolution de la législation serait sans doute une bonne chose. Cependant, avec l’expérience de l’évolution de la législation sur l’amiante, je peux dire que, seule, elle serait très insuffisante. Après la reconnaissance officielle de la dangerosité des amiantes et l’adoption des nouvelles réglementations, la situation ne s’est pas du tout débloquée. Là où je travaillais, les directions énarchiques sont devenues de pire en pire, faisant graduellement monter la pression jusqu’au harcèlement et au déni, et recourant à des subterfuges perfides pour faire semblant de respecter les nouvelles règles sans que rien ne change. Et, dans les campagnes (sans doute en ville aussi), presque tout le monde continue à faire n’importe quoi sans soucis. Pire, l’amiante déposé est maintenant répandu partout pour le soustraire à la fois aux contrôles et aux décharges spécialisées qui sont beaucoup trop chères, et de toute façon inaccessibles à la plupart. Pourquoi une telle gabegie ? Parce qu’il n’y a pas eu d’accompagnement. Parce qu’il n’y a pas de concertation. Parce qu’il n’y pas d’information et d’incitation. Des interdictions, des règles ont été pondues, et puis basta. Plus rien (avec la complicité de tous les acteurs institutionnels). Sur le terrain, on cherche en vain un interlocuteur, une solution, une ouverture. Tout le monde se détourne : les élus, les media, les associatifs. L’absence de sens pratique à la française et la mauvaise volonté évidente sont en train de constituer un très gros stock de victimes pour les 40/50 prochaines années. Au moins.
Je ne sais pas pourquoi, mais je tiens pour peu probable, cependant, que « le législateur » tienne compte de l’une des données essentielles du problème : la ségrégation sociale qui fragilise souvent les analyses sur l’alerte et la situation de ceux qui la lancent. Moins probable encore qu’il tente d’y porter remède. L’omerta est très forte sur le sujet.
Ségrégation sociale ? En effet, la plupart des lanceurs d’alerte appartiennent évidemment au « peuple d’en bas » et sont catalogués comme « petits personnels ». J’ai entendu maintes fois l’expression dans une institution qui m’a employé et même dans le milieu militant. Et même si l’on n’entend pas prononcer la sentence, on a souvent l’occasion d’en constater l’application sans faille dans l’entreprise comme dans les « associations » dissociées à la française. Dans la France élitiste entravée par les hiérarchies du pouvoir capitalisé, le déni très fort vis à vis des compétences et du travail de la majeure partie de la population fait des ravages. La lutte des castes n’est pas la seule explication, mais elle est pesante et aggrave les autres. Elle est au coeur du problème.
Le pourrissement hiérarchique est tueur de l’empathie et des motivations. Il conduit même beaucoup de gens capables ayant identifié un dysfonctionnement auquel ils pourraient remédier à ne surtout pas intervenir et à ne pas le signaler, sachant que cela ne leur attirerait que des problèmes ou que c’est une hiérarchie incompétente qui en bénéficierait.
Légionellose : l’incompétence et la négligence en procès
http://www.lequotidiendumedecin.fr/actualite/sante-publique/le-proces-de-la-legionellose-s-ouvre-au-penal-aujourd-hui
http://www.letelegramme.com/ig/generales/france-monde/france/legionellose-de-l-epidemie-mortelle-au-proces-10-12-2012-1936647.php
Incompétence et négligence, au moins !
Dans l’exercice de mon métier, le conditionnement d’air, dans les années 1980 et jusqu’aux années 2000, mes collègues et moi avons eu les plus grandes peines à exercer notre compétence dans ce domaine comme dans les autres relatifs à la santé.
Le technicien, pourtant recruté pour cela, est toujours le mal venu quand il intervient et fait des recommandations. On le vérifie dans la plupart des accidents industriels et sanitaires, un technicien n’a pas été écouté et les directions ont passé outre. Et si le technicien tape du poing sur la table et fait ce qui doit être fait, il se met en tort et nul ne le défend, surtout pas les syndicats – les autres personnels non plus, le plus souvent. Et tout s’en trouve stérilisé. Et continuent la gabegie, la pollution, les maladies…
La situation est pourrie, culturellement et structurellement pourrie. Elle est pourrie par un cocktail de confusion entre hiérarchie de compétence et hiérarchie de pouvoir, de défense de prérogatives fantasmées qui se multiplient à chaque étage hiérarchique (prérogatives qui ont toujours le dessus sur la compétence), de mépris insondable pour ceux du dessous (dans l’ordre hiérarchique du pouvoir sans la compétence), de soumission complémentaire, de corruptions variées, et enfin de démobilisation et d’abandon.
Histoire d’une maladie professionnelle : l’amiante
La marche de l’histoire, émission de Jean Lebrun du 24 septembre sur France Inter
http://www.franceinter.fr/emission-la-marche-de-l-histoire-histoire-d-une-maladie-professionnelle-l-amiante
la vidéo de Brigitte Bazille contre l’amiante
http://www.videos-environnement.com/sante/non-amiante.php
Le Canada lâche l’amiante
http://www.thetfordactu.com/2012/10/relance-de-la-mine-lac-damiante-simon-dupere-jette-leponge/
Pollution par l’amiante au quotidien
En dépit de plusieurs dizaines d’années de luttes et d’information, en dépit de l’évolution de la législation depuis 1996, le danger de l’amiante semble totalement ignoré par beaucoup. Sans conscience ou pire : pour faire des économies de bouts de ficelle, par négligeance et irresponsabilité, se croyant peut-être plus forts que tous ceux qui les ont précédés, ils s’exposent et exposent leurs proches aux plus grands risques en exécutant, ou faisant exécuter des travaux sur des matériaux amiantés, sans aucune des précautions indispensables. Là où le problème était insignifiant et facile à résoudre, ils créent une pollution et la dissémine dans l’environnement.
Ici, c’est l’entrepreneur qui fait casser l’amiante-ciment en petits morceaux pour pouvoir le cacher plus aisément dans un trou. Là, c’est le maire du village qui fait déposer le même matériau « par un ami » avant d’en faire on ne sait quoi.
Ils préparent les maladies, les souffrances et les morts de demain. Les exemples abondent dans une France qui est toujours très en retard en matière de sécurité. Et la privatisation de la collecte des déchets agravent le problème : les boîtes privées ne se chargent que de ce qui peut être « valorisé » et leur rapporter. Le reste, le plus important, n’est pas leur problème… Ni celui des collectivités locales démobilisées.
Illustration ci-dessous avec « Amiante à la déchetterie« , en juin 2012
Alors, il faut sans cesse rappeler les informations les plus basiques qui – incroyablement – semblent encore ignorées de la plupart, ou ne pas être comprises. Et d’abord :
– tout travail sur un matériau amianté doit être réalisé en observant des règles de sécurité strictes pour se prémunir, et prémunir tous les autres, d’un risque majeur. Car il suffit d’un perçage dans l’amiante-ciment ou d’une dépose de plaques d’amiante réalisés sans les équipements indispensables pour s’exposer au risque de développer un cancer 15, 20, 30 ans plus tard. Il suffit d’une seule imprudence
Les dangers de l’amiante – La Ligue contre le cancer
dans Le Parisien du 4 juillet 2012
Menace sur les enquêtes du scandale de l’amiante
« (…) la Cour de cassation de Paris a cassé l’annulation — décidée fin 2011 par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris — des mises en examen de six dirigeants d’Eternit, une des principales entreprises qui a exploité et importé de l’amiante en France.
Les premières plaintes, déposées en 1996, n’ont toujours pas débouché sur un procès. En outre, d’après nos informations, un autre dossier risque d’être vidé de sa substance. Il s’agit de celui de l’hôpital Saint-Louis à Paris dont plusieurs responsables demandent l’annulation de leur mise en examen (lire ci-dessous). Depuis des années, les procédures, qui concernent plus de 50 entreprises ou institutions en France, s’enlisent.(…) »
… Et, encore, l’article n’évoque-t-il pas toutes les affaires qui n’émergent pas, bloquées à la source par une collusion d’intérêts croisés souvent très surprenants.
« (…) Depuis son origine, cette affaire est marquée par des actions de lobbying qui font tout pour éviter un procès, estime Emmanuel Poinas, vice-président du tribunal de Marseille et secrétaire général du syndicat FO-Magistrat. Nous avons dénoncé le manque de moyens du pôle de santé de Paris au gouvernement et à la haute hiérarchie de la justice. Nous n’avons toujours pas de réponse. »
http://www.leparisien.fr/faits-divers/menace-sur-les-enquetes-du-scandale-de-l-amiante-04-07-2012-2077218.php
rappel des épisodes précédents (sur ce blog) :
juin 2012 – Amiante à la déchetterie
Raffaele Guariniello. Teigneux anti-amiante
Amiante rappel : Mourir d’amiante
2 mars 2012 – Amiante : le scandale français grandit encore
Le blocage et l’inertie à la française illustrés par la preuve de l’amiante
décembre 2011 – Eh oui, l’amiante, toujours l’amiante !
novembre 2011 – Tuée par l’amiante rapportée à la maison par son compagnon docker, Pierrette pourrait être la première victime indirecte reconnue
juillet 2010 – Amiante : la scandaleuse incurie de la Comédie Française, 2ème condamnation pour faute inexcusable de l’employeur (communiqué de Ban Asbestos)
L’amiante toujours
Encore et toujours l’amiante
La Cour d’appel de Paris confirme la condamnation de la Comédie Française pour faute inexcusable
L’amiante tue à la Comédie Française
La mort d’Henri PEZERAT (en février 2009)
Confirmation des pires craintes sur l’amiante
L’amiante bientôt de retour ?
Le drame de l’amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer des leçons pour l’avenir (rapport du Sénat publié le 20 octobre 2005).
http://www.liberation.fr/terre/01012382579-le-lobby-de-l-amiante-enfin-cible-par-la-justice
Amiante à la déchetterie
Un salopard, ou un ignorant, a jeté des plaques d’amiante-ciment dans la benne des gravats. Trop occupé à surveiller et conseiller, le seul employé n’avait rien vu. Il me confirme qu’il n’y a rien de prévu pour l’amiante. Il est même incapable d’orienter vers une solution. Il évoque une tentative de dépôt récente à laquelle il avait pu s’opposer : furieuse, la personne avait jeté son amiante dans un bois non loin de là. Ce sont les gendarmes qui avaient réglé l’affaire. Réglé sur le plan juridique, car pour l’amiante…
Autre exemple parlant : un monsieur très consciencieux s’est présenté avec des sacs contenant de l’amiante-ciment en petits morceaux. Il avait soigneusement cassé ses plaques pour que cela prenne moins de place dans la benne.
Dans la même région, j’ai mis en garde deux fois des propriétaires contre le risque constitué par des déchets d’amiante-ciment laissés au sol dans des lieux de passage. Le premier – un élu municipal – avait cassé des plaques et en avait couvert le sol comme d’un gravier. Il a haussé les épaules. Le second n’a accordé aucune attention à l’information. Quant aux artisans consultés, ils disent laisser l’amiante déposé chez le client, après l’avoir cassé. Et, si le client ne veut pas de l’offrande… Tous ignorent jusqu’à l’existence d’une décharge contrôlée dans la région.
Il n’y a donc aucun lieu où les uns et les autres peuvent se débarrasser de cet amiante que l’on voit partout, par tonnes dans chaque village, sur les toits, dans les circuits d’eau, etc. Et s’il existe une décharge contrôlée, le coût du dépôt est évidemment dissuasif pour tous. Sans compter son éloignement pour la plupart.
L’employé a téléphoné à sa hiérarchie : interdiction de toucher à l’amiante : « On laisse dans la benne ». Par d’intervention d’un personnel formé pour sécuriser la pollution et diriger l’amiante vers un dépôt contrôlé. Le contenu de la benne des gravats est destiné à un agriculteur qui l’utilisera en remblais. Avec l’amiante ?
Bien entendu, cela se passe en France. Inutile de dire dans quel département, dans quelle région. 40 ans après le lancement de la première grande alerte amiante, 16 ans après l’évolution de la législation, tandis que l’on compte les morts, les handicapés, et que beaucoup peuvent craindre de tomber malades demain, c’est partout pareil. Pas d’information, pas de prévention, pas de solution pour l’un des plus grands problèmes sanitaires. Ignorance entretenue et j’m’en-foutisme.
Les plaques et les épanchements pleuraux, les fibroses (asbestose), les cancers broncho-pulmonaires et autres, les mésothéliomes, la mort, ont de l’avenir dans les campagnes françaises ; au moins les quatre ou cinq prochaines décennies.
Un très bon document pour avoir une vision d’ensemble du problème de l’amiante est le rapport d’une mission commune d’information du Sénat rendu public le 20 octobre 2005 : « Le drame de l’amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer des leçons pour l’avenir ».
Les leçons n’ont pas été tirées.
Raffaele Guariniello. Teigneux antiamiante
(…) Au fil des procès, et des résultats obtenus, Raffaele Guariniello s’est forgé une image de justicier, tantôt loué comme un infatigable Don Quichotte pourfendant les puissants, tantôt brocardé en magistrato velina, en «juge-paillettes», pour sa frénésie d’enquêtes. Lui se voit plutôt dans la lignée des juges antimafia Borsellino et Falcone et s’enorgueillit d’avoir fait école. De l’Italie comme de l’étranger, on vient se former à Turin à l’utilisation du droit pénal contre la délinquance sociale et environnementale et étudier la jurisprudence forgée par Guariniello.
En France, le procès pénal de l’amiante reste au point mort, entravé par l’Etat et les parquets peu soucieux d’ouvrir une boîte de Pandore qui exposerait les collusions entre gouvernement et industriels. Alors le procureur italien fait rêver juges et avocats. On lui envie son pouvoir – en Italie, le procureur est indépendant du pouvoir politique – et on admire sa manière de l’utiliser. Pour les plaignants, il redonne du lustre à la justice.
http://www.liberation.fr/societe/2012/04/22/raffaele-guariniello-teigneux-antiamiante_813490
Amiante rappel
Anne-Marie Goudard, 52 ans, est atteinte d’un cancer dû à une exposition à l’amiante. Récit d’un combat.
Portrait paru dans Libération le 21 février 1997
«C’est la rubrique nécrologique des journaux qui m’a donné le besoin de témoigner. Les formules du genre « emportée par une cruelle maladie m’ont soudain parues obscures et indécentes. Non, je veux que l’on sache que je suis morte de l’amiante. Qu’au moins mon cas serve à quelque chose.
Je n’ai jamais travaillé dans l’industrie de l’amiante. Je suis professeur de maths depuis 1971. Je fais partie de celles que l’on appelle les « victimes environnementales. La seule exposition que les médecins ont identifiée remonte à mon enfance. Quand j’habitais à quelques centaines de mètres de l’usine Amisol.»
http://www.liberation.fr/portrait/0101205526-anne-marie-goudard-52-ans-est-atteinte-d-un-cancer-du-a-une-exposition-a-l-amiante-recit-d-un-combat-mourir-d-amiante
Anne-Marie Goudard s’est éteinte en juin 1997
Amiante : le scandale français grandit encore
Le Fiva, Fonds d’Indemnisation des Victimes de l’Amiante, piège 10 victimes de l’amiante devant la cour d’appel de Douai qui les condamne à rembourser une partie de leur indemnisation.
Pendant ce temps, les responsables français des maladies et des morts par dizaines de milliers ne sont toujours pas inquiétés et continuent de caracoler dans l’espace des cadres influents et des revenus confortables.
Indemnisations amiante : la cour d’appel de Douai récidive
http://www.nordeclair.fr/Actualite/Depeches/2012/03/01/nef-1538183.shtml
http://www.humanite.fr/social-eco/empoisonnes-par-l%E2%80%99amiante-passez-la-caisse-482679
http://www.capra-amiante.fr/analyse.html
Amiante, la France n’a pas la fibre pénale
Il aura fallu qu’au-delà des Alpes, à Turin le 13 février, la justice condamne à seize ans de prison deux anciens actionnaires de la multinationale Eternit pour que l’on s’émeuve en France du blocage politique qui empêche tout procès pénal sur l’amiante depuis seize ans. Dernière – et ahurissante – illustration en date : le parquet a dessaisi en décembre la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy qui avait en charge, depuis sept ans, l’enquête sur la mort d’anciens salariés de la multinationale…
http://www.liberation.fr/terre/01012392654-amiante-la-france-n-a-pas-la-fibre-penale
Mais pourquoi donc la juge a-t-elle été dessaisie ?
Procès de l’amiante à Turin : deux ex-patrons d’Eternit condamnés à 16 ans de prison
http://www.humanite.fr/social-eco/proces-de-lamiante-turin-deux-ex-patrons-d%E2%80%99eternit-condamnes-16-ans-de-prison-489981
Procès historique à Turin : Eternit sur le banc des accusés pour la mort de plus de 2000 personnes
hesa.etui-rehs.org/uk/…/NWL_35_FR_p21.pdf
Le site de l’ANDEVA
http://andeva.fr/?Proces-historique-a-Turin-les
Le site de CAOVA, association suisse d’aide aux victimes
http://caova.ch/?cat=8
Le procès de Turin réunit 6000 plaintes en « class action« , action collective en justice. Quelle différence avec la France !
Première plainte au pénal en France : 1996. Rien n’aboutit. Parquet debout sur le frein, défauts de procédure, non-lieu… Etouffement général. L’action collective en justice est tout simplement interdite, évidemment pour étouffer plus encore.
En décembre 2005, un site consacré à la defense de l’action collective (classaction.fr) a même été condamné pour « démarchage juridique illicite ».
Au coeur du « drame de l’amiante en France » (titre d’un rapport du Sénat) depuis plus de trente ans, j’ai expérimenté tous les aspects du problème français, et pas que pour l’amiante. Entre l’Italie et la France, il y a toute la différence entre une société qui a su relever la tête et réagir collectivement et une société toujours dans l’acceptation de son écrasement.
ci-dessous, dans La tête à l’envers, en décembre :
Eh oui, l’amiante, toujours l’amiante !
Tuée par l’amiante rapportée à la maison par son compagnon docker, Pierrette pourrait être la première victime indirecte reconnue
Amiante : la scandaleuse incurie de la Comédie Française, 2ème condamnation pour faute inexcusable de l’employeur (communiqué de Ban Asbestos)
– L’amiante toujours
– Encore et toujours l’amiante
– La Cour d’appel de Paris confirme la condamnation de la Comédie Française pour faute inexcusable
– L’amiante tue à la Comédie Française
– La mort d’Henri PEZERAT (en février 2009)
– Confirmation des pires craintes sur l’amiante
– L’amiante bientôt de retour ?
Et le rapport très complet du Sénat : « Le drame de l’amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer des leçons pour l’avenir » (rapport publié le 20 octobre 2005).
Eternit condamné en Belgique
http://www.sante-environnement.be/spip.php?article621
Kapelle, cité emportée par la poussière du Diable
http://www.liberation.fr/terre/01012367592-kapelle-cite-emportee-par-la-poussiere-du-diable
http://www.dhnet.be/infos/faits-divers/article/373092/le-jugement-du-premier-proces-de-l-amiante-en-belgique-attendu-le-28-novembre.html
http://www.7sur7.be/7s7/fr/1502/Belgique/article/detail/1338199/2011/10/24/Le-premier-proces-belge-de-l-amiante-s-est-ouvert.dhtml
L’Italie rompt avec sa mortelle amiante
http://www.liberation.fr/medias/01012374399-l-italie-rompt-avec-sa-mortelle-amiante
Communiqué de l’ANDEVA (Association Nationale de Défense des Victimes de l’Amiante)
Vincennes, le 05 décembre 2011
Dans un courrier adressé à Xavier Bertrand, ministre du travail et de la santé, l’Andeva rejette catégoriquement sa proposition d’étaler dans le temps le remboursement des sommes parfois considérables réclamées aux victimes par le fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (Fiva), proposition que celui-ci veut faire endosser par le Conseil d’Administration du FIVA qui se tiendra ce jeudi à 14h.
Dans cette affaire les victimes ont été trompées par le FIVA. Elles ont été indemnisées une première fois suite à un arrêt de la Cour d’appel de Douai. Le FIVA a contesté un unique point de cet arrêt devant la Cour de Cassation : la non-déduction des indemnités versées par la sécurité sociale. La Cour de cassation a cassé partiellement l’arrêt sur cet unique point.
Mais profitant d’une imprécision dans l’arrêt, le FIVA a demandé à la Cour d’appel de renvoi de revenir sur des éléments qu’elle n’avait pas contestés devant la Cour de Cassation. Il l’a fait en sachant pertinemment que cela conduirait les victimes à devoir rembourser des sommes considérables dont elles ne disposaient plus. En effet le FIVA n’ayant pas contesté ces éléments devant la Cour de cassation, les victimes ont considéré en toute bonne foi que l’indemnisation correspondante leur était définitivement acquise.
Nous ne saurions admettre qu’un établissement public en charge de l’indemnisation des victimes adopte une telle stratégie qui met des victimes aux revenus modestes dans une grave détresse financière. A défaut d’être favorables aux victimes, on peut attendre au moins de la part du FIVA une certaine loyauté à leur égard.
L’Andeva s’indigne que le FIVA préfère prendre l’argent dans la poche des victimes que dans celles des responsables de la catastrophe sanitaire. Car dans le même temps où le FIVA demande aux victimes et familles de victimes de rembourser, celui-ci montre une grande mansuétude envers les responsables de cette catastrophe sanitaire et rechigne à intenter toutes les procédures légales pour récupérer auprès d’eux les indemnisations qu’il verse aux victimes, alors qu’il a obligation de le faire.
L’Andeva demande donc au ministre du travail et de la santé de ne pas tenter de s’abriter derrière des décisions d’un conseil d’administration et de prendre ses responsabilités. Elle lui demande de renoncer à réclamer aux victimes concernées le remboursement de la part d’indemnités résultant du recalcul de l’indemnisation du déficit fonctionnel.
En 2011 ! Bel indicateur de l’arriération des institutions françaises.
http://www.bfmtv.com/video-infos-actualite/detail/une-femme-de-docker-victime-indirecte-de-amiante-1914522/
Pour qui s’est un tant soit peu intéressé à l’amiante, le sujet est connu depuis si longtemps que l’on en resterait pantois si… parallèlement, on ne connaissait aussi la répression des lanceurs d’alerte et les blocages monumentaux érigés par le patronat et l’administration pour étouffer le scandale de l’amiante.
Pourtant, même dans le rapport d’information n° 37 du Sénat (2005-2006) rédigé par MM. Gérard Dériot et Jean-Pierre Godefroy :
Il est question des « voisins, femmes et enfants d’ouvriers«
Et qui écrit :
« (…) Certains médecins du travail, confrontés à des cas de cancer du poumon dans la réparation navale, pour des opérations de carénage, au milieu des années 1980, n’avaient pas même émis l’hypothèse que l’amiante pouvait être la cause de la maladie. Mais, au milieu des années 1990, seul un pneumologue sur dix connaissait les risques de l’amiante.
En outre, selon ces médecins du travail, il était difficile, jusqu’au milieu des années 1980, de persuader les directions des entreprises et les CHSCT de prendre des précautions contre le risque amiante.«
Le même rapport du Sénat.
Un pneumologue sur dix au milieu des années 1990, difficile de persuader les directions des entreprises et les CHSCT de prendre des précautions… J’en sais quelque chose.
L’entrave hiérarchique
http://naufrageplanetaire.blogspot.com/2009/01/bibliographie_08.html
Harcèlement, désagrégation sociale et survie
http://naufrageplanetaire.blogspot.com/2009/01/reprendre-la-vie-en-mains_08.html