Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/afrique/nigeria.htm
Timestamp: 2019-03-26 21:17:45+00:00
Document Index: 130689499

Matched Legal Cases: ['art. 35', "l'article 55", "l'article 55", "l'article 97", "l'article 441", "l'article 5", "l'article 318", "l'article 7", "l'article 13"]

Population: 191 millions (2017)
Groupes minoritaires: yorouba (20,6%), haoussa (18,3%), igbo (14,8%), peul ou fulani (7,9%), kanouri (3,7%), ibibio (3%), tiv (2,2%), anang (1,4%), ijaw (1,1%), ebira (1%), edo (0,9%), etc.
Système politique: république fédérale de 36 États (régime militaire)
Articles constitutionnels (langue): art. 35, 36, 55, 97 et 318 de la Constitution de juillet 1999
Lois linguistiques: Loi sur l'arbitrage et la conciliation (1990); Loi sur le mariage (1990); Décret sur les banques et autres institutions financières (1991); Loi sur la Société La Voix du Nigeria (1991); Loi sur l'Institut national pour les langues nigérianes (1993); Loi sur la Société fédérale de radio du Nigéria (2004); Loi du travail (2004); Loi sur les dispositions fédérales du Code pénal (États du Nord) (2004); Loi sur la police (2004); Loi sur la procédure pénale (2004); Loi sur la pêche maritime (2004); Loi sur les marchés publics (2007); Loi sur la preuve (2011).
Ce pays de 923 768 km² est ouvert sur le golfe de Guinée. Le Nigéria est appelé officiellement République fédérale du Nigéria (en anglais: Federal Republic of Nigeria). Il est limité au nord par le Niger, à l'est par le Tchad et le Cameroun, et à l'ouest par le Bénin (voir la carte de l'Afrique), tous des pays officiellement francophones. Comme régime politique, le Nigeria constitue une république fédérale composée de 36 États et d'un territoire fédéral, la capitale (Abuja). Le Nigéria forme donc une fédération politique.
Les États fédérés sont les suivants : Abia, Adamawa, Akwa Ibom, Anambra, Bauchi, Bayelsa, Benue, Borno, Cross River, Delta, Ebonyi, Edo, Ekiti, Enugu, Gombe, Imo, Jigawa, Kaduna, Kano, Katsina, Kebbi, Kogi, Kwara, Lagos, Nasarawa, Niger, Ogun, Ondo, Osun, Oyo, Plateau, Rivers, Sokoto, Taraba, Yobe et Zamfara (voir la carte des États fédérés). Ancienne colonie britannique, membre du Commonwealth, le Nigéria est aujourd'hui le pays le plus peuplé du continent africain avec 191 millions d'habitants. La capitale nigériane actuelle est Abuja, mais le principal centre commercial est demeuré Lagos, l'ancienne capitale.
La fédération nigériane est dotée d'une assemblée législative nationale élue comprenant un Sénat, une Chambre des représentants et un système judiciaire fédéral. À la tête de chacun des 36 États se trouve un gouverneur qui est chef de l'Exécutif et qui a les mêmes fonctions et responsabilités au niveau de l'État que le président au niveau de la fédération. Chacun des États dispose également d'une assemblée législative monocamérale et d'un système judiciaire. Toutefois, la multiplication du nombre des États au Nigéria a eu pour effet pervers de multiplier l'apparition de nouvelles majorités et de nouvelles minorités. La constitutionnalisation du fédéralisme a consolidé la montée de préjugés raciaux et des dissensions religieuses entre le Nord (musulman) et le Sud (chrétien), sinon entre l'Ouest et l'Est.
Selon l'Arrêté français du 4 novembre 1993 relatif à la terminologie des noms d'États et de capitales, il faut distinguer les noms et adjectifs Nigérien/Nigérienne ou nigérien/nigérienne et Nigérian/Nigériane ou nigérian/nigériane. En effet, le couple Nigérien/Nigérienne est un dérivé de la république du Niger, alors que le couple Nigérian/Nigériane est un dérivé de Nigéria (République fédérale du Nigéria) avec le suffixe -an sur le modèle de l’anglais "Nigerian" afin de le distinguer de «Nigérien». Ainsi, un Nigérien est un habitant du Niger, tandis qu'un Nigérian est un habitant du Nigéria. Les noms de peuple (Haoussa, Yorouba, Igbo, Kanouri, etc.) n'ont pas dans cet article le -s du pluriel afin d'éviter de les prononcer en anglais; par exemple, en français, Haoussa et Haoussas se prononceraient de la même façon: [a-oussa].
Le Nigéria, un pays de 191 millions d'habitants, donc le plus peuplé du continent, devrait être l'un des géants de l'Afrique, mais il est demeuré un nain politique. Moins de 50 % de la population vit dans des zones urbaines et au moins 24 villes comptent plus d'un million d'habitants. Le Nigeria compte non seulement une population multilingue, mais aussi multiethnique et multiconfessionnelle. La variété des coutumes, des langues et des traditions des quelque 250 ethnies composant le pays lui confère une très riche diversité.
2.1 Les ethnies dominantes
Bien qu'on dénombre plus de 250 ethnies nigérianes, il faut retenir qu'il existe quatre ethnies dominantes dans le pays:
1) les Yorouba, 20,6 % de la population;
2) les Haoussa, 18,3 % de la population;
3) les Igbo, 14,8 % de la population;
4) les Peuls ou Fulani, 7,9 % de la population.
Le yorouba est la langue maternelle des Yoruba (39,6 millions) qui vivent dans plusieurs États du Sud. Le haoussa est la langue des Haoussa (35,2 millions) qui résident principalement dans les États du Nord; ce sont en général des musulmans. Les Igbo (28,5 millions) parlent l'igbo dans le sud-est du pays. Les Peuls (15,3 millions) parlent le peul et ils habitent dans les mêmes territoires que les Haoussa. Attention, les Peuls peuvent être désignés par diverses appellations, selon la région ou le pays de résidence: pulaar au Sénégal et au Mali, pular en Guinée, fulfuldé au Cameroun), au Niger, au Tchad et au Soudan. Traditionnellement, les Français ont toujours désigné les Peuls et leur langue sous le nom de «Peul» ou «Poular», mais les Britanniques ont généralement utilisé les termes Fulani pour le peuple et fulfuldé pour la langue. Ces quatre ethnies — Yorouba, Haoussa, Igbo et Peuls — regroupent près des deux tiers de la population (61,6 %). Si l'on ajoute les Kanouri (7,1 millions) dans le Nord-Est, les Ibibio (5,7 millions) et les Tiv (4,2 millions) dans les États du Centre-Sud, on atteint plus de 70,5 % de la population du pays.
Le tableau ci-dessous ne présente que les groupes ethniques rassemblant plus de 200 000 individus, soit 71 ethnies pour 90,0 % de la population totale:
N Ethnie Population Pourcentage Langue Affiliation Religion
1 Yorouba 39 647 000 20,6% yoruba
nigéro-congolaise chrétienne
2 Haoussa 35 230 000 18,3 % haoussa
nigéro-congolaise musulmane
3 Igbo 28 533 000 14,8 % Igbo nigéro-congolaise chrétienne
4 Peul/Fulani 15 311 000 7,9 % peul/fulfudé nigéro-congolaise musulmane
5 Kanouri 7 120 000 3,7 % kanouri nilo-saharienne musulmane
6 Ibibio 5 772 000 3,0 % ibibio nigéro-congolaise chrétienne
7 Tiv 4 242 000 2,2 % tiv nigéro-congolaise chrétienne
8 Anaang 2 687 000 1,4 % anaang nigéro-congolaise chrétienne
9 Ijaw 2 270 000 1,1 % izon nigéro-congolaise chrétienne
10 Ebira 2 061 000 1,0 % ébira nigéro-congolaise musulmane
11 Edo 1 888 000 0,9 % édo nigéro-congolaise chrétienne
12 Ethnies mélangées 1 732 000 0,9 % pidgin english pidgin-créole chrétienne
13 Nupé 1 694 000 0,8 % nupé-nupé-tako nigéro-congolaise musulmane
14 Igala 1 510 000 0,7 % igala nigéro-congolaise chrétienne
15 Berom 1 230 000 0,6 % berom nigéro-congolaise chrétienne
16 Gbagyi 1 201 000 0,6 % gbagyi nigéro-congolaise Religion ethnique
17 Urhobo 1 030 000 0,5 % urhobo nigéro-congolaise chrétienne
18 Idoma 908 000 0,4 % idoma nigéro-congolaise chrétienne
19 Itsekiri 875 000 0,4 % isekiri nigéro-congolaise chrétienne
20 Mumuye 730 000 0,3 % mumuye nigéro-congolaise religion ethnique
21 Ezaa 687 000 0,3 % ezaa nigéro-congolaise chrétienne
22 Angas 645 000 0,3 % angas afro-asiatique (tchadique) chrétienne
23 Éfik 645 000 0,3 % éfik nigéro-congolaise chrétienne
24 Isoko 634 000 0,3 % isoko nigéro-congolaise chrétienne
25 Izzi 629 000 0,3 % izii nigéro-congolaise chrétienne
26 Ésan 606 000 0,3 % ésan nigéro-congolaise chrétienne
27 Ikwere 606 000 0,3 % ikwere nigéro-congolaise religion ethnique
28 Bajju 568 000 0,2 % jju nigéro-congolaise chrétienne
29 Kamwe 565 000 0,2 % kamwe afro-asiatique (tchadique) religion ethnique
30 Mwaghavul 539 000 0,2 % mwaghavul afro-asiatique (tchadique) chrétienne
31 Gbari de l'Ouest 512 000 0,2 % gbari nigéro-congolaise religion ethnique
32 Tarok 484 000 0,2 % tarok nigéro-congolaise chrétienne
33 Yekhee 476 000 0,2 % yekhee nigéro-congolaise chrétienne
34 Bura Pabir 472 000 0,2 % bura-pabir afro-asiatique (tchadique) religion ethnique
35 Kalabari Ijaw de l'Est 472 000 0,2 % kalabari nigéro-congolaise chrétienne
36 Okrika 431 000 0,2 % kirike nigéro-congolaise chrétienne
37 Igede 429 000 0,2 % igede nigéro-congolaise chrétienne
38 Gun 427 000 0,2 % gun nigéro-congolaise religion ethnique
39 Tee 416 000 0,2 % tee nigéro-congolaise chrétienne
40 Eket 412 000 0,2 % ekit nigéro-congolaise chrétienne
41 Ogoni 404 000 0,2 % khana nigéro-congolaise chrétienne
42 Gera 389 000 0,2 % gera afro-asiatique (tchadique) musulmane
43 Ogbia 366 000 0,1 % ogbia nigéro-congolaise chrétienne
44 Adara 358 000 0,1 % adara nigéro-congolaise chrétienne
45 Karekare 358 000 0,1 % karekare afro-asiatique (tchadique) musulmane
46 Goemai 354 000 0,1 % goemai afro-asiatique (tchadique) chrétienne
47 Bade 331 000 0,1 % bade afro-asiatique (tchadique) musulmane
48 Kilba 330 000 0,1 % nya huba afro-asiatique (tchadique) chrétienne
49 Zaar 323 000 0,1 % saya afro-asiatique (tchadique) chrétienne
50 Ogba 311 000 0,1 % ogbah nigéro-congolaise chrétienne
51 Arabe shuwa 303 000 0,1 % arabe tchadien afro-asiatique (sémitique) musulmane
52 Bassa 303 000 0,1 % basa nigéro-congolaise religion ethnique
53 Ikwo 303 000 0,1 % ikwo nigéro-congolaise chrétienne
54 Ukwuani-Aboh Kwale 293 000 0,1 % ukwuani-aboh-ndoni nigéro-congolaise chrétienne
55 Obolo 291 000 0,1 % obolo nigéro-congolaise chrétienne
56 Bachama 283 000 0,1 % bacama afro-asiatique (tchadique) chrétienne
57 Bate 281 000 0,1 % bata afro-asiatique (tchadique) musulmane
58 Yala 259 000 0,1 % yala nigéro-congolaise religion ethnique
59 Bokyi 256 000 0,1 % bokyi nigéro-congolaise chrétienne
60 Tangale 253 000 0,1 % tangale afro-asiatique (tchadique) chrétienne
61 Eggon 249 000 0,1 % eggon nigéro-congolaise religion ethnique
62 Katab 237 000 0,1 % tyap nigéro-congolaise chrétienne
63 Marghi 221 000 0,1 % marghi afro-asiatique (tchadique) chrétienne
64 Mbembe Cross-River 220 000 0,1 % mbembe, Cross River nigéro-congolaise chrétienne
65 Mgbo 219 000 0,1 % mgbolizhia nigéro-congolaise chrétienne
66 Yako, Ugep 216 000 0,1 % lokaa nigéro-congolaise chrétienne
67 Emai, Ivbiosakon 215 000 0,1 % emai-Iuleha-ora nigéro-congolaise religion ethnique
68 Kukélé 215 000 0,1 % kukélé nigéro-congolaise chrétienne
69 Bolewa 212 000 0,1 % bole afro-asiatique (tchadique) musulmane
70 Ron 212 000 0,1 % ron afro-asiatique (tchadique) religion ethnique
71 Dibo (174 467 000) 200 000 0,1 % dibo nigéro-congolaise musulmane
Autres 17 369 000 9,0 % - - -
Total 191 836 000 100 % - - -
Cela signifie qu'il reste environ 180 ethnies pour 17,3 millions de citoyens nigérians. À l'heure actuelle, une cinquantaine de langues nigérianes seraient en voie d'extinction.
Avec 250 ethnies, le Nigéria ne peut que compter un grand nombre de langues. De fait, une recension effectué en 2014 par le Summer Institute of Linguistics dénombrait 529 langues, dont 522 vivantes et 7 éteintes. Le Nigéria est donc l'un des pays les plus multilingues du monde. En raison de la colonisation, l'anglais est demeuré la langue officielle, ce qui a eu pour pour effet de faciliter une certaine unité linguistique dans le pays. Toutefois, trois langues africaines ont acquis un statut particulier. D'après l'article 55 de la Constitution, ce sont le haoussa, l'igbo et le yorouba:
Les affaires de l'Assemblées nationale doivent être traitées en anglais ainsi qu’en haoussa, en igbo et en yoruba lorsque des mesures appropriées auront été prises à cet effet.
Cependant, aucune mesure dite «appropriée» n'a été prise jusqu'à ce jour.
Au Nigéria, on distingue trois catégories de langues:
- les langues «majeures» : le haoussa, l'igbo et le yorouba;
- les langues régionales : 27 langues à l'intérieur des États;
- les langues locales : près de 500 langues parlées généralement dans les municipalités et les villages.
Les nombreux peuples du Nigéria parlent des langues appartenant à trois familles: la famille nigéro-congolaise (la plupart des langues), la famille nilo-saharienne (surtout le kanouri) et le groupe tchadique de la famille afro-asiatique (environ une vingtaine de langues). Les langues parlées par plus d'un million de locuteur sont les suivantes: le yorouba (39,6), le haoussa (35,2), l'igbo (28,5), le peul (15,3), le kanouri (7,1), l'ibibio (5,7), le tiv (4,2), l'anang (2,6), l'ijaw (2,2), l'ébira (2,0), l'édo (1,8).
Deux autres langues atteignent le million: l'anglais (environ un million) et le pidgin English. Cette langue résulte d'un mélange de langues nigérianes et d'anglais avec un peu de portugais. Le pidgin fonctionne comme une langue véhiculaire dans tout le Nigéria. C'est la langue maternelle, ce qui en fait un créole, de trois à cinq millions de locuteurs, principalement concentrées dans la région du delta du Niger au sud. On parle aussi de "Nigerian Pidgin" (pidgin nigérian) et de "Broken English" (anglais cassé). Le pidgin English n'a aucun statut au Nigéria, mais il dépasse de loin l'anglais par le nombre de ses locuteurs juste en langue seconde
Le pidgin est utilisé comme langue véhiculaire par environ un tiers de la population du Nigéria soit environ 60 millions de locuteurs, surtout dans le sud du pays, notamment les États suivants: Lagos, Benin, Edo, Port-Harcourt, Bayelsa, Cross River, etc.
Au plan strictement linguistique, le pidgin English n'a aucune unité rigide, que ce soit dans le vocabulaire, la grammaire ou l'orthographe, mais il est néanmoins utilisé dans la presse, la littérature, les chansons, etc. Le pidgin English peut concurrencer les langues vernaculaires dans certaines zones rurales. D'ailleurs, son usage semble prendre de plus en plus d’importance en raison de son utilité en regard des difficultés exprimées dans l’apprentissage et la maîtrise de l’anglais pour la majorité des Nigérians. L'anglais est parlé par seulement un million de locuteurs comme langue seconde, mais il demeure en principe la langue de l'administration fédérale.
Les 12 premières langues du Nigéria
N Nom de la langue Nombre en million % Localisation dans les États
1 yorouba 39,6 20,6% Oyo, Ogun, Ondo, Osun, Kwara et Lagos; certaines parties dans le Kogi
2 haoussa 35,2 18,3 % Sokoto, Kaduna, Katsina, Kano, Bauchi, Jigawa, Zamfara, Kebbi et Gombe
3 igbo 28,5 14,8 % Abia, Anambra, Ebonyi, Enugu et Imo
4 peul / fulfudé 15,3 7,9 % Kano, Katsina, Zaria, Plateau, Bororo, Maiduguri et Sokoto
5 kanouri 7,1 3,7 % Borno, Yobe et Jigawa
6 ibibio 5,7 3,0 %
7 tiv 4,2 2,2 % Benue
8 anang 2,6 1,4 % Cross River
9 ijaw 2,2 1,1 % Bayelsa, Delta, Ondo et Ekiti
10 ébira 2,0 1,0 % Kogi, Nassarawa et Edo
11 édo 1,8 0,9 % Édo
12 pidgin English (pidgin nigerian) 1,7 0,9 % plusieurs États
La multiplicité des langues au Nigéria est si évidente que les langues des locuteurs vivant dans un rayon de 25 kilomètres sont généralement différentes et incompréhensibles les unes aux autres. L'implication de cette situation linguistique fort complexe est l'absence de communications efficaces entre les divers groupes ethniques, ce qui favorise non seulement la méfiance et la haine, mais aussi l'usage de l'anglais et du pidgin English comme principales langues véhiculaires, et ce aux dépens des langues nationales comme le Haoussa, le yorouba et l'igbo. Aucun groupe ethnique du Nigéria ne peut revendiquer l'anglais ou le pidgin English comme sa propriété, de sorte que ces langues devraient continuer à appartenir également à tous les Nigérians. En outre, l'anglais est une langue internationale à large diffusion dans le commerce international et la diplomatie, ce qui facilite son apprentissage. Aussi surprenant que cela puisse paraître, la question linguistique au Nigeria n'est pas d'ordre conflictuel.
Les deux principales religions sont le christianisme et l'islam, qui sont réparties à part presque égales de la population totale. Le nord du pays est à majorité musulmane, tandis que le Sud est à majorité chrétienne. L'islam nigérian est majoritairement de théologie ash'arite, de jurisprudence malikite et de spiritualité soufie tijani. Ce sont surtout les Haoussa, les Peuls, les Kanouri et les Nupés, qui sont de confession musulmane.
La plupart des autres ethnies nigérianes (Yorouba, Édo, Ijaw, Igbo, Ibibio, Tiv et Éfik, etc.) sont des chrétiens, dont les trois quarts sont de confession protestante évangélique et, pour un quart, de religion catholique. Le sud du pays est dominé par les Yorouba à l'ouest et par les Igbo à l'est.
Depuis plusieurs années, le Nigeria est le théâtre de tensions religieuses entre musulmans et chrétiens. La secte islamiste Boko Haram, qui a pour objectif de faire appliquer l'interprétation salafiste de la Charia dans tout le pays, a mené de nombreuses attaques, essentiellement dans le nord du Nigeria, qui ont fait des milliers de morts depuis les années 2009. La secte prône un islam radical et rigoriste, hostile à toute influence occidentale. Le mouvement est à l'origine de nombreux massacres, attentats et enlèvements à l'encontre de populations civiles de toutes confessions, non seulement au Nigéria, mais également au Cameroun, au Niger et au Tchad.
Le Nigéria est le berceau des peuples bantous en Afrique. Les Yorouba ont dominé politiquement cette partie de l'Afrique jusqu'à l'arrivée des Européens au XVIe siècle, qui y firent la traite des esclaves. L'introduction de l'islam dans les régions du Nord remonterait au IXe siècle. Cette religion a considérablement renforcé par le développement du commerce avec les pays arabes à partir du XVe siècle, ce qui a contribué à consolider les structures mises en place dans les cités-États fondées par les Haoussa. Ainsi, le califat de Sokoto constituait à cette époque une entité politique affirmée et homogène, sur laquelle les colonisateurs britanniques décideront de s'appuyer en la renforçant davantage. Ce sont les cités haoussa qui formeront d'importants marchés d'esclaves à destination du monde arabe. Ce sont les Peuls (appelés Fulani au Nigéria) qui furent les premiers peuples islamisés d'Afrique Noire. Ce sont eux qui réussirent à dominer les Haoussa et à s'imposer dans le Nord. Avec le temps, les Peuls et les Haoussa se sont pacifiquement mélangés en fonction de la religion musulmane peule et de la langue haoussa.
En même temps, vers le XIe siècle, des royaumes yorouba furent fondées en basant leur unité sur une langue, une culture et une origine communes. Dotés d'une cavalerie puissante et d'une administration bien organisée, les Yorouba consolidèrent leur pouvoir économique sur le développement de la traite négrière à partir du XVIe siècle. Pendant que le Nord demeurait sous la coupe de l'islam, le Sud s'ouvrait aux colonisateurs portugais et à la religion chrétienne. Progressivement, les Yorouba se convertirent au catholicisme. Mais les Portugais furent presque complètement évincés dès le XVIIe siècle. C'est alors que les Français, les Hollandais et les Danois prirent le relais et établirent une série de forts le long de la côte. Au XVIIIe siècle, les Britanniques prirent progressivement le contrôle économique de la région et chassèrent les autres occupants européens. En dépit de l'interdiction de la traite des esclaves instaurée en 1815 par le Congrès de Vienne, ce commerce se poursuivit clandestinement jusqu'au milieu du XIXe siècle. De façon générale, les principales victimes de ce commerce furent souvent les Yoruba, les Igbo, les Idjo, les Ibibio, etc., toutes des populations du Sud.
3.1 La colonisation britannique
Au XIXe siècle, les Britanniques s'intéressèrent davantage à la région dans le but de se procurer de l'huile, de l'étain et du caoutchouc; ils instituèrent un protectorat dans le Sud en 1885. En 1900, le Nigéria était créé.
En 1914, les cartographes britanniques unirent le nord et le sud du pays, d'un simple coup de crayon, en un seul territoire, sous l’autorité du gouverneur général Frederick John Dealtry Lugard qui, entre 1901 et 1906, avait soumis tout le Nord musulman. Cette fusion des deux territoires fut controversée parmi les milieux coloniaux de Lagos, mais elle ne rencontra guère d'opposition dans le reste du pays. La Grande-Bretagne adopta ensuite un système d'administration indirecte (indirect rule) par le biais de chefs traditionnels dont le pouvoir restait intact. Les Britanniques considéraient que l'islam était une religion trop bien implantée pour être délogée; ils croyaient aussi que cette religion était particulièrement adaptée pour administrer les peuples «semi-civilisés» parce qu'elle encourageait la docilité chez des pratiquants.
Le gouverneur Lugard considérait que la domination coloniale se justifiait au nom de la propagation du christianisme et de la lutte contre la barbarie. Selon lui, il était nécessaire que la Grande-Bretagne s'implique dans la colonisation afin de protéger les missionnaires, mais aussi les chefs locaux ainsi que les populations autochtones contre les guerres tribales et les ambitions étrangères. Il fallait que la Grande-Bretagne assure le plus rapidement possible sa domination sur les «terres vacantes» avant que d'autres puissances coloniales, que ce soit l'Allemagne, la France ou le Portugal, ne s'en emparent. Évidemment, la colonisation de la région conquise devait contribuer à l'enrichissement de la Grande-Bretagne.
Pour éviter les conflits religieux, les Britanniques découragèrent les missionnaires chrétiens de convertir le Nord musulman, avec le résultat que les écoles furent presque toutes construites dans le Sud, où les habitants christianisés se sont enrichis et occidentalisés; la religion protestante, l'anglicanisme, devint une religion concurrente au catholicisme. Mais l'armée coloniale demeura dominée par les hommes du Nord, parce que les les Britanniques estimaient qu'ils faisaient de meilleurs dirigeants. Pendant toute l'occupation britannique, les affaires du pays se sont déroulées en anglais, bien que cette langue soit demeurée totalement ignorée par l'ensemble de la population.
Après la Première Guerre mondiale et la défaite de l’Allemagne, la colonie allemande du Cameroun fut partagée entre la France et l’Allemagne. Deux territoires, sous mandat de la Société des Nations (SDN), furent alors rattachés au Nigéria : l’un était habité par une majorité de Peuls et fut intégré au Nord, l’autre était habité surtout par des Bamiléké et fut intégré au Sud. La Constitution de 1922 mit en place un Conseil législatif dans les régions du Sud et ouvrit la voie à des élections directes. Trois constitutions, adoptées entre 1946 et 1954, attribuèrent au Nigéria une autonomie accrue et préparèrent à l'indépendance.
Le Nigéria obtint son indépendance en 1960; le pays, alors peuplé de quelque 40 millions d'habitants, fut divisé en trois «régions» disposant d'une grande autonomie:
- la Northern Region (région du Nord ou région septentrionale);
- la Western Region (région de l'Ouest ou région occidentale);
- l'Eastern Region (région de l'Est ou région orientale).
Ces trois régions correspondaient alors aux trois ethnies majoritaires du pays : les Haoussa au nord, les Yoruba à l'ouest et les Igbo à l'est. Les Haoussa étaient les plus nombreux et majoritairement musulmans; les Yoruba étaient, selon les territoires, musulmans ou chrétiens; les Igbo étaient majoritairement chrétiens et animistes, mais détenaient la majorité des postes dans l'administration et les commerces du pays. La capitale, Lagos, située dans le territoire des Yorouba, le demeurera jusqu'en 1991. En 1963, on a ajouté dans le Sud une région supplémentaire en réduisant la Western Region : la région du Centre-Ouest (ou Mid-Western).
Au moment de l'indépendance, la Fédération nigériane constituait — et constitue encore aujourd'hui — une entité artificielle. De fait, rien ne prédestinait à faire vivre ensemble ces divers groupes ethniques qui composent aujourd'hui la République fédérale du Nigéria. C'était le résultat des décisions unilatérales du colonisateur britannique, alors que le nouvel État recouvrait des territoires fortement contrastés et regroupait des ethnies culturellement antagonistes et historiquement rivales, dont les dissensions sont constamment ravivées par des tensions sociales et religieuses renforcées.
- La guerre civile
En janvier 1966, un coup d'État fomenté par différents groupes militaires installa au pouvoir le général Aguiyi-Ironsi, d'origine igbo, tandis que plusieurs hauts dignitaires originaires du Nord étaient assassinés. Dans les mois qui suivirent, les Igbo attisèrent les ressentiments de la part des autres ethnies qui n'acceptaient pas que les pouvoirs se concentraient entre les mains des Igbo. En juin de la même année, un second coup d'État se produisit, mené cette fois-ci par des militaires du nord du Nigeria. Un homme du Nord, le colonel Yakubu Gowon, prit la tête du gouvernement militaire. Il s'ensuivit une extermination des Igbo et des populations originaires du Sud vivant au nord. Plus de 30 000 Igbo furent liquidés. En représailles, des milliers de civils haoussa, idoma, tiv, etc., originaires du Nord, furent massacrés par des Igbo dans l'Est, causant ainsi un exode massif.
Ces exterminations massives mènent à la guerre civile. Les Igbo décidèrent alors de s'affranchir du régime fédéral contrôlé par les Haoussa et les Yorouba, ce qui déclencha la déclaration d'indépendance de la «république du Biafra», le 30 mai 1967. Ce fut une guerre à la fois politique, religieuse, ethnique et économique, très meurtrière, que ne s'acheva que le 15 janvier 1970. L'État sécessionniste du Biafra, situé dans la partie sud-est du Nigeria (l'Eastern Region) étaient la région la plus riche en réserves de pétrole.
En fait, pratiquement depuis l'indépendance, le Nigéria a passé presque toute sa nouvelle existence sous la botte de dictateurs militaires qui ont réussi à maintenir, d'une main de fer, le pays fragmenté, non seulement entre musulmans et chrétiens, mais entre plus de 250 ethnies qui se sont toujours voué une profonde méfiance, souvent mortelle. La guerre civile, qui suivit la guerre du Biafra en 1967 et qui fit un million de morts, contribua à consolider les Forces armées dont les coups d'État ont continué à ponctuer régulièrement la vie politique depuis.
Dix ans à peine après l'indépendance de 1960, la découverte d'importantes ressources pétrolières a profondément modifié la structure économique, sociale et politique d'un État non encore consolidé, le cas du Biafra en était un exemple manifeste. Situé dans une zone géographique stratégique et regroupant le cinquième de la population du continent africain, le Nigéria, en tant que 6e producteur mondial de pétrole, constitue désormais l'une des toutes premières puissances du sous-continent africain.
- L'augmentation du nombre des États
Ce sont les régimes militaires qui ont augmenté continuellement le nombre des États membres de la fédération nigériane: le Nigéria est passé de trois États à quatre en 1964, puis à 12 en 1967, à 19 en 1976, à 21 en 1987 et à 30 en 1990; cette année-là, les administrations locales passèrent de 304 à 589. En 1999, le nombre des États fédérés est passé à 36. En fait, plus les militaires augmentaient le nombre des États, plus ils renforçaient leur pouvoir sur l'ensemble du pays: il est en effet plus facile de régner sur de petites entités nigérianes que sur de grands ensembles. Si les dictateurs ont sauvé le Nigéria de l'éclatement, ils ont aussi causé sa ruine. Avec sa population de 190 millions d 'habitants, le pays devrait être le géant de l'Afrique et il est pourtant demeuré l'une des nations les plus pauvres du monde.
Les Nigérians en sont venus à considérer le fédéralisme de leur pays comme la garantie d'une représentation ethnique et religieuse équitable au sein de tous les rouages du gouvernement. Il faut comprendre aussi que les États membres de la fédération n'ont que fort peu de pouvoirs: pratiquement dépourvus de véritables pouvoirs législatifs, ils se contentent d'administrer le territoire soumis à leur juridiction.
Le Nigéria est non seulement familier avec les génocides (un million de Biafrais massacrés en 1967 et plus de 250 000 Ogoni entre 1993 et 1995), mais les divers régimes militaires ont toujours conduit le pays par la dictature. Évidemment, les violations contre les droits de l'Homme sont fréquentes et dénoncées en vain par les Nations unies. Les institutions politiques souffrent souvent du pouvoir des militaires. Par exemple, le Sénat et la Chambre des représentants ont été suspendus en 1993 ainsi que tous les partis politiques. Quant aux juges de la Cour suprême, ils sont désignés directement par les Forces armées.
- La politique linguistique de 1977
Les principes fondamentaux de la politique linguistique au Nigéria furent élaborés et énoncés dès 1977. Ces principes sont les suivants: le respect de la langue maternelle et le multilinguisme, lesquels se conçoivent pas indépendamment l’un de l’autre. À cette époque, le mouvement d’intégration nationale passait par l’apprentissage de l'une des trois langues principales (haoussa, yorouba et igbo). Ce mouvement s’est amplifié et, en 1987, a constitué une étape importante. Le Bureau politique recommandait alors au gouvernement fédéral, à l’article 273 de son document d’orientation, que «les trois langues principales soient adoptées comme langues nationales et enseignées dans toutes les écoles primaires et secondaires du pays». Tout en acceptant les recommandations du Bureau politique, le gouvernement annonça qu’il levait le caractère obligatoire de l'enseignement des langues nigérianes en raison des difficultés soulevées par la pénurie de professeurs qualifiés.
La Constitution de 1979 a été plusieurs fois suspendue et réinstaurée; finalement, c'est celle de 1984 modifiée en 1989, puis en 1995 et en juillet 1999, qui demeure, pour le moment, en vigueur au Nigéria. Le 12 décembre 1991, la capitale a été officiellement déplacée de Lagos au sud-ouest à Abuja au centre du pays. Lagos, jadis contrôlée par les Yorouba, a été transférée dans une zone «neutre» afin de ne pas favoriser l'une des trois ethnies principales (Yorouba, Houssa et Igbo). La ville d'Abuja est située dans un territoire fédéral de 713,5 km². Néanmoins, les Nigérians, surtout lorsqu'ils viennent du Sud, ont l'impression de se retrouver dans une ville nordiste dominée par l'islam et la culture haoussa, la langue dominante dans le nord du pays.
Après autant d'années de régimes militaires successifs, non seulement toute l'économie du pays s'est effondrée, mais également les infrastructures, les institutions politiques et le système social.
- Le français comme deuxième langue officielle
En décembre 1996, le français est passé du statut de «langue étrangère» à celui de «langue officielle», lorsque dans un discours prononcé à l'Institut nigérian des Affaires étrangères (Nigerian Institute of International Affairs) à Lagos, le général Sani Abacha, d'origine kanouri, alors à la tête de la dictature militaire de son pays (1993-1998), annonçait l'engagement de son gouvernement à un bilinguisme officiel en anglais et en français:
Nigeria is resolutely launching a programme of national language training that will in a short order, permit our country to become thoroughly bilingual. [Le Nigéria lance résolument un programme national de formation linguistique qui, dans un court délai, permettra à notre pays de devenir complètement bilingue.]
Cette nouvelle politique fut proposée après une visite du président français, Jacques Chirac, au Nigéria. Évidemment, la France avait flairé là un bon coup et avait promis d'aider le Nigéria, d'autant plus qu'elle était devenue le second partenaire commercial de ce pays. En fait, le dictateur désirait surtout remplacer ses soutiens traditionnels, les Britanniques et les Américains, avec lesquels ses relations étaient au plus bas. Avec l'argent français et la langue française, c'était une bonne leçon à donner aux Britanniques et aux Américains. Cette déclaration sera répétée quelques jours plus tard à la suite d'une réunion des francophones à Ouagadoudou (Burkina Faso) à laquelle avait participé Abacha en tant qu'observateur»:
We have seen that we are virtually surrounded by French speaking countries and these countries are our kith and kin. But, because of difference intended in language of our Colonial masters, there is a vacuum communication with our neighbours. It is our interest to learn French. [Nous pouvons voir que nous sommes pratiquement entourés de francophones. Et ces pays francophones sont des proches. Mais, à cause de la différence dans l'héritage des langues de nos maîtres coloniaux, il y a eu un vide au niveau de la communication avec nos voisins. Il est dans notre l'intérêt d'apprendre le français.]
De fait, le Nigéria est entouré par le Bénin, le Niger, le Tchad et le Cameroun. Par la suite, le discours officiel est passé de «pays bilingue » ou de «seconde langue officielle», à celui de «langue étrangère prioritaire» dans les écoles. L'objectif était de fournir, sur cinq ou six ans, plus de 10 000 professeurs de français langue seconde. Des ententes furent même conclues entre la France et la moitié des 36 États fédérés.
Le gouvernement de Sani Abacha a également pris la décision de mettre à l’étude du français tous les fonctionnaires de l’immigration pour améliorer leur capacité à communiquer avec les ressortissants issus des pays francophones limitrophes. Cependant, la priorité a été donnée à l'introduction du français comme «langue obligatoire au secondaire», mais il n'y a jamais eu d'augmentation des moyens, que ce soit d'ordre stratégique, pédagogique, financier ou autre. De plus, aucun document officiel n'a mentionné, jusqu'à ce jour, le français comme seconde langue officielle.
Cette politique de bilinguisme, qui apparaissait comme tout à fait nouvelle, semblait essentielle afin de renforcer les relations avec les pays francophones voisins, car elle comblait les lacunes dans les communications souhaitées avec ces pays.
Deux ans plus tard, la National Policy on Education (Politique nationale de l'éducation) énonçait que le français devenait une matière obligatoire dans les écoles nigérianes:
For smooth interaction with our neighbours, it is desirable for every Nigerian to speak French. Accordingly, French shall be the second official language in Nigeria, and it shall be compulsory in primary and junior secondary schools, but non-Vocational Elective at the senior secondary school. [Dans la perspective d'une meilleure interaction avec nos voisins, il est souhaitable que chaque Nigérian parle le français. En conséquence, le français sera la deuxième langue officielle au Nigéria et sera obligatoire au primaire et au premier cycle du secondaire, mais facultatif et non professionnel au second cycle du secondaire.]
Pendant un certain temps, cette mesure a contraint un bon nombre de Nigérians à prendre la route du Bénin et du Togo pour parfaire des études supérieures en français. Cependant, faute de suivi et à la suite du décès de Sani Abacha en juin 1998, rien n'a changé dans le pays, car le français ne s'est jamais intégré dans le système d'éducation du Nigéria et n'a jamais fait l'objet de discussion pour être inséré dans la Constitution nigériane. Au lendemain du décès d'Abacha, le Conseil révolutionnaire provisoire a nommé le général Abdulsalam Abubakar dans les fonctions de chef de l'État (effectif jusqu'en mai 1999). Les observateurs ne croyaient pas que la disparition d'Abacha allait améliorer le sort des Nigérians, car le régime militaire installé dans ce pays depuis fort longtemps était trop enfoncé dans la corruption, la drogue et le mauvais gouvernement, qu'il ne pouvait plus inverser le cours des choses. Cependant, le Nigéria pouvait compter sur les États-Unis et sur la Grande-Bretagne pour tenter de profiter du nouveau régime en cherchant à «récupérer» ce grand pays sur lequel ils avaient perdu beaucoup d’influence du temps d’Abacha.
En ce qui concerne l'enseignement du français, les difficultés ayant été plus importantes que prévues — pénurie de professeurs de français, manque de matériel pédagogique, désintérêt des familles qui oublient que le Nigéria est entouré de pays francophones, concurrence de l'anglais, etc. —, les réalisations sont demeurées médiocres, compte tenu des besoins et des enjeux exprimés. En comparaison avec ses voisins francophones, et surtout calculée par tête d'habitant, l'aide de la France apportée au Nigéria a atteint un niveau qui pourrait être qualifié de «dérisoire». De fait, en 1999, l'aide au français et la diffusion culturelle au Nigeria représentaient 12,6 millions de francs français (soit 1,7 million de dollars US), une somme nettement insuffisante pour les besoins réels.
De plus, le français n'a jamais assumé de fonctions officielles. Même les trois langues nigérianes mentionnées dans la Constitution — le yorouba, le haoussa et l'Igbo — sont restées des langues régionales avec le résultat que seuls l'anglais et le pidgin English assurent encore aujourd'hui la fonction de langue véhiculaire.
- Les violations des droits de l'Homme
Lors de sa 64e séance du 15 avril 1997, la Commission des droits de l'Homme, sachant que le Nigéria est partie prenante au Pacte international relatif aux droits de l'Homme et à la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale, a dénoncé la violation persistante des droits de l'Homme et des libertés fondamentales au Nigéria, notamment par les détentions arbitraires, et la non-observance des procédures judiciaires régulières. La commission constatait aussi que des personnes détenues au Nigéria sont toujours jugées de façon arbitraire, que le gouvernement nigérian, en dépit d'engagements antérieurs, refuse de coopérer avec la Commission des droits de l'Homme, et que l'absence de gouvernement représentatif au Nigéria est contraire au vœu populaire en faveur d'un gouvernement démocratique, comme en témoigne le résultat des élections de 1993.
En mai 1999, Olusegun Obasanjo, appartenant à l'ethnie yorouba, est devenu le premier président démocratiquement élu du Nigéria. Pour la première fois depuis des décennies, un vent d'espoir soufflait sur le Nigéria. En août 2000, le Nigéria accueillait le président des États-Unis, Bill Clinton; à cette occasion, le nouveau président nigérian, Olusegun Obasanjo, déclarait à la presse internationale: «Partout dans le monde, nous pouvons dire que les relations américano-nigérianes sont au beau fixe.»
Pourtant, plus de 10 000 personnes ont perdu la vie dans des émeutes, un chiffre terrifiant pour un pays censé être en paix. Le Nigéria demeurait alors écrasé par le poids de sa dette extérieure, de la corruption, d'une économie morose, de la violence quotidienne et d'une mauvaise administration. Lors d'un entretien télévisé, le président Obasanjo a bien résumé ainsi la situation de son pays:
Le Nigeria est un pays béni, dans lequel les richesses naturelles abondent, dont le pétrole et le gaz naturel, ainsi qu’une grande variété de minéraux solides, des terres fertiles, une main d’œuvre bon marché et relativement bien qualifiée, une population nombreuse et dynamique, de vastes débouchés nationaux. Or, malgré ces ressources naturelles, son économie est en chute libre depuis vingt ans. La pauvreté et le chômage sont endémiques. Les services de santé et d’éducation se sont dégradés, tant d’un point de vue quantitatif que qualitatif. Notre économie est fondée presque exclusivement sur la vente du brut. L’agriculture, encore largement fondée sur la monoculture, a enregistré une croissance de 4 % en 1999, mais elle n’entre que pour une part infime dans nos exportations. Quant au secteur industriel, il représente moins de 5 % du PNB. Le Nigeria fait aujourd’hui partie des pays les plus pauvres du monde, avec un revenu par habitant inférieur à 300 dollars par an, contre 1000 en 1980. Toutes les autres statistiques sur notre économie suivent cette même tendance. [...]
En dépit des inégalités criantes qui se sont traduites par des sanglants affrontements ethnico-religieux (surtout entre musulmans et chrétiens) ravageant régulièrement le pays, le président Obasanjo fut réélu lors des turbulentes élections de 2003.
- Le mouvement Boko Haram
L'année précédente, le prédicateur Mohamed Yusuf fonda un mouvement insurrectionnel et terroriste d'idéologie salafiste djihadiste; son mouvement Boko Haram, originaire du nord-est du Nigéria, avait pour objectif d'instaurer un califat et d'appliquer intégralement la Charia. En 2009, Boko Haram lança une insurrection armée dans laquelle Mohamed Yusuf trouva la mort.
L'année 2014 fut marquée par la montée en puissance du groupe Boko Haram, qui kidnappa plus de 200 lycéennes, ce qui provoqua des réactions d'indignations mondiales. L'année suivante, Boko Haram rasait plusieurs villes et villages du nord-est du pays, surtout dans la région kanouri. Cette série d'attaques eut pour effet de pousser les voisins du Nigéria, c'est-à-dire le Tchad, le Niger et le Cameroun, à intervenir contre la secte islamiste. À la suite de l'élection présidentielle de 2015, marquées par des tensions et surtout par la guerre contre Boko Haram au nord, Muhammadu Buhari, un musulman sunnite d'origine peule, fut élu président de la république. C'est la première fois dans l'histoire contemporaine du Nigéria qu'une transition à la tête de l'État a pu se faire de façon démocratique, bine que son régime soit la cible de nombreuses critiques dans le monde. Le Nigéria demeure toujours un carrefour international de trafiquants spécialisés notamment dans les escroqueries financières ou les drogues dures, et un géant exsangue dont les administrateurs se disputent l’or noir qui sert davantage aux intérêts des politiciens professionnels que pour la lutte à la pauvreté.
La politique linguistique du gouvernement fédéral du Nigéria n'apparaît pas trop complexe dans la mesure où les régimes militaires ont probablement d'autres chats à fouetter que la question linguistique qui, répétons-le, n'est pas perçue comme un problème dans ce grand pays multilingue.
4.1 Le statut des langues
Dans la Constitution de 1999, qui reprend les dispositions de celle de 1995, l'article 55 présente la disposition suivante:
Les affaires de l'Assemblée nationale doivent être traitées en anglais, ainsi qu’en haoussa, en igbo et en yorouba lorsque des mesures appropriées auront été prises à cet effet.
Autrement dit, l'anglais a un statut ambigu, il n'est pas proclamé la langue officielle de l'État, mais seulement celle de l'Assemblée nationale; de plus, le haoussa, l'igbo et le yorouba peuvent être utilisés dans les débats. En réalité, l'Assemblée nationale a employé seulement l'anglais jusqu'à présent, mais des dispositions juridiques ont été prises pour l'emploi des trois langues «majeures», le haoussa, l'igbo et le yorouba, jusqu'à ce que le Parlement aménage dans la nouvelle capitale, Abuja, ce qui est le cas depuis 1991. Ces dispositions impliquent une assemblée quadrilingue dans les deux Chambres, à la condition d'ajouter un système de traduction simultanée. Cependant, les lois continuent à n'être rédigées qu'en anglais. En fait, le quadrilinguisme n'est pas très difficile à appliquer depuis quelques années, car les deux Chambres ont été suspendues plus souvent qu'autrement.
La situation se complique au plan des États membres de la fédération. En effet, l'article 97 de la Constitution permet à une chambre d'Assemblée d'utiliser en plus de l'anglais une ou plusieurs langues parlées dans l'État:
Les affaires de la Chambre d’assemblée doivent être traitées en anglais, mais la Chambre pourra expédier ses affaires, en plus de l’anglais, dans l'une ou plusieurs autres langues parlées dans l’État, pourvu que cette mesure ait été approuvée par une résolution de la Chambre.
Depuis les années 1980, près d'une vingtaine d'États ont rendu le haoussa co-officiel avec l'anglais à leur chambre d'Assemblée, quatre l'ont fait avec le yorouba et deux avec l'igbo (États du sud-Est: Anambra et Imo). L'introduction d'une langue régionale dans la législature des États était une question de nécessité, particulièrement dans le Nord où la connaissance de l'anglais est rudimentaire et où le haoussa est parlé par plus de 39 millions de locuteurs et par au moins 50 % de la population comme langue seconde. Au moins la moitié des États de la Fédération nigériane peuvent être considérés unilingues dans l’une de ces trois langues : le haoussa (Kano, Kaduna, Katsina, Sokoto), le yorouba (Ogoun, Oyo, Ondo, Kwara) et l'igbo (Anambra, Imo).Dans certains États, il se parle près d'une soixantaine de langues, alors que dans d'autres on n'en compte que deux ou trois, rarement une seule.
Quant au statut français qui est censé être la seconde langue officielle, cette déclaration n'apparait que dans la Politique nationale en éducation de 2004:
a) Le gouvernement apprécie l'importance de la langue comme moyen de promouvoir l'interaction sociale et la cohésion nationale, et de préserver les cultures. Ainsi, chaque enfant doit apprendre la langue de l'environnement immédiat. En outre, dans l'intérêt de l'unité nationale, il est opportun que chaque enfant soit tenu d'apprendre l'une des trois langues nigérianes: le haoussa, l'igbo et le yorouba.
L'expression «deuxième langue officielle» n'apparaît plus dans la politique nationale de 2013.
La langue de la justice de la fédération est l'anglais, mais le haoussa est utilisé dans la plupart des États du Nord (une vingtaine), l'ibo dans deux États du Nord-Est, le yorouba dans des États du Sud-Ouest. Par ailleurs, la Constitution de 1999 prévoit les dispositions suivantes en ce qui a trait aux personnes arrêtées ou détenues qui doivent être informées dans une langue qu'elles comprennent :
(3) Quiconque est arrêté ou retenu sera informé par écrit, dans un délai de vingt-quatre heures (et dans une langue qu’il comprend), des faits et des motifs de son arrestation ou de sa détention.
(6) Quiconque est accusé d'un acte criminel est autorisé à -
(a) être informé immédiatement, dans la langue qu'il comprend et en détail, de la nature de cet acte;
Cependant, l'article 441 de la Loi sur la procédure pénale (2004) énonce que tout individu masculin, âgé de vingt-et-un ans à soixante ans résidant au Nigéria, et capable de parler la langue anglaise et de la comprendre, doit être qualifié pour servir de consultant ou d'expert :
Tout individu masculin, âgé de vingt-et-un ans à soixante ans résidant au Nigéria, capable de parler la langue anglaise et de la comprendre, doit être qualifié pour servir de consultant:
Pourvu que pouvoir parler l'anglais et le comprendre ne soit pas un critère essentiel pour un consultant.
L'article 119 de la Loi sur la preuve (2011) prévoit l'usage de l'anglais ou le recours à une traduction, ce qui démontre la supériorité de la langue anglaise sur les autres langues :
1) Lorsque le témoin est analphabète ou aveugle, l'affidavit indique ce fait et doit être accompagné d’un constat d’assermentation.
2) L'assermentation doit :
d) lorsque le témoin est analphabète ou aveugle, ce fait doit être mentionné et précisé que l'affidavit a été lu à un analphabète ou à un témoin aveugle ou traduit dans sa propre langue (dans le cas d'un témoin n'ayant pas suffisamment connaissance de l'anglais), et qu'il semble comprendre.
L'article 18 de la Loi sur l'arbitrage et la conciliation (1990) reconnaît néanmoins l'usage de toute autre langue dans une procédure arbitrale dans le cas où les parties en cause se sont entendues sur une langue :
1) Les parties peuvent, par voie d'accord, déterminer la langue ou les langues à utiliser dans la procédure arbitrale, mais lorsqu'ils ne le font pas, le tribunal arbitral déterminera la ou les langues à utiliser en tenant compte des circonstances pertinentes de la cause.
2) Toute langue convenue par les parties ou déterminée par le tribunal arbitral en vertu du paragraphe 1 du présent article, à moins que les parties ou le tribunal arbitral n'expriment une intention contraire, doit être la langue ou les langues à utiliser dans une déclaration écrite des parties, dans une audience, une sentence, une décision ou toute autre communication au cours de l'arbitrage.
3) Le tribunal arbitral peut ordonner qu'une preuve documentaire soit accompagnée d'une traduction dans la ou les langues convenues par les parties ou déterminées par le tribunal arbitral en vertu du paragraphe 1 du présent article.
Ainsi, ce n'est pas nécessairement l'anglais qui sert de langue véhiculaire dans les cours de justice, du fait que fort peu de gens connaissent cette langue. Cependant, dans tous les tribunaux de seconde instance, l'anglais reste la seule langue d'usage des juges, mais la présence d'interprète est souvent nécessaire.
4.3 Les langues de l'Administration
Dans l'administration publique, l'anglais demeure généralement la langue véhiculaire des organismes fédéraux, tant dans la correspondance que dans les communications orales, en raison de la grande variété des langues dans le pays. Toutefois, le ministère fédéral de l'Information et le Conseil de la radio et de la télédiffusion utilisent localement des langues régionales. Dans les États de la fédération, l'anglais reste la langue des documents officiels qui ne sont pas destinés au public; toutefois, dans la correspondance et les communications orales, le haoussa, l'igbo et le yorouba ont la préséance sur l'anglais dans les régions où ces langues sont parlées. En réalité, il n'est pas vraiment obligatoire pour les fonctionnaires de parler anglais dans leurs différents bureaux. Dans la plupart des cas, les employés parlent leur langue maternelle avec leurs collègues lors des fonctions administratives, en particulier s'ils exercent leurs activités dans les mêmes régions.
La Loi sur la police (2004) exige néanmoins de connaître la langue anglaise pour se qualifier comme ASP (assistant superintendant de police) ou cadet sous-inspecteur, et pour passer l'examen d'admission:
Qualifications pour les nominations comme ASP (travaux)
1) Les qualifications requises d'un candidat à un poste probatoire en tant que surintendant adjoint de la police (travaux) sont les suivants:
a) la condition physique doit être certifiée par un agent médical du gouvernement comme étant physiquement et mentalement apte au service dans les Forces;
b) la formation doit correspondre au certificat général d'éducation (niveau ordinaire) avec une réussite en langue anglaise, ainsi qu'un niveau avancé dans deux des matières suivantes: l'histoire, la géographie, les mathématiques, l'économie, la constitution britannique, l'histoire de l'économie britannique, une langue non nigériane, ou une matière scientifique.
Qualifications pour les nominations comme cadets sous-inspecteurs
1) Les qualifications générales requises pour un candidat masculin ou féminin à titre de sous-inspecteur des cadets de la police sont les suivantes:
b) la formation doit correspondre aux conditions suivantes:
(i) un certificat général d'éducation avec une réussite au niveau ordinaire dans au moins quatre matières, y compris la langue anglaise et les mathématiques; ou
(ii) le certificat scolaire de l'Afrique de l'Ouest, avec des crédits dans au moins quatre matières, y compris en anglais et en mathématiques;
Programme d'examen d'entrée
1) L'examen d'admission consiste en un examen écrit dans les matières suivantes:
a) l'anglais;
b) l'arithmétique simple;
c) la dictée;
d) les connaissances générales.
2) L'examen d'admission doit être fait en anglais.
Selon l'article 5 de la Loi sur la pêche maritime (2004), l'étiquetage des produits de la mer doit être en anglais:
Emballage et marques d'identification
Il doit être possible de tracer des produits de la pêche à des fins d'inspection d'un établissement d'expéditions au moyen de l'étiquetage et des documents d'accompagnement. À cette fin, les informations suivantes doivent apparaître en anglais sur l'emballage et dans les documents d'accompagnement.
Il en est ainsi dans la Loi sur les marchés publics (2007) du fait que toutes les communications, les soumissions et les demandes d'offre doivent être faites en anglais:
Principes fondamentaux des marchés publics
10) Toutes les communications et tous les documents émis par les entités publiques et le Bureau doivent être en langue anglaise.
1) Toutes les soumissions en réponse à une invitation pour ouvrir un appel d’offres doivent être présentées par écrit avec le format précisé dans les documents d’appel d’offres, et être signées par un fonctionnaire autorisé à engager le soumissionnaire à un contrat et être placées dans une enveloppe scellée.
3) Toutes les soumissions doivent être présentées en anglais.
Contenu des demandes d'offre
1) Une demande d'offre doit comprendre :
(a) le nom et l’adresse de l’entité publique;
(b) une condition selon laquelle les offres doivent être présentées en anglais;
Toutefois, l'anglais n'est pas toujours exigé. Ainsi, le Décret sur les banques et autres institutions financières (1991) exige que les livres comptables et la raison sociale d'une institution financière soient conservés doivent en anglais ou en toute autre langue approuvée par le gouvernement fédéral :
3) Les livres comptables doivent être conservés en anglais ou en toute autre langue approuvée par le gouvernement fédéral au bureau administratif principal d’une banque et dans les succursales de chaque banque.
1) Sauf autorisation écrite du gouverneur :
a) aucune banque ne doit être enregistrée ou incorporée avec le nom qui comprend les mots «Centrale», «Fédérale», «Fédération», «Nationale», «Nigeria», «Réserve», «État», «Chrétienne», «islamique», «musulmane», «Coranique» ou «Biblique» :
b) nul autre qu'une banque autorisée en vertu du présent décret ne peut utiliser ou continuer à utiliser le mot «banque» ou l'un de ses dérivés, en anglais ou dans toute autre langue, dans la description ou la dénomination en vertu de laquelle une personne exerce ses activités au Nigeria:
À la condition que le paragraphe b) du présent paragraphe ne s'applique pas aux établissements bancaires visés aux articles 51 et 52 du présent décret.
2) Chaque banque doit utiliser dans sa description d'une dénomination le mot «banque» ou un ou plusieurs de ses dérivés, en anglais ou dans une autre langue;
Dans la Loi sur le mariage (1990), toute personne qui ignore ou ne connait pas suffisamment la langue anglaise peut signer par une croix en présence d'une personne reconnue pour ce faire:
Si la personne qui donne cet avis est incapable d'écrire et/ou ne connaît pas suffisamment la langue anglaise, il suffira de placer sa marque ou de faire une croix en présence d'une personne alphabétisée qui attestera dudit avis dans le formulaire B à l'annexe 1.
1) Si la personne qui doit signer un tel consentement est incapable d'écrire et/ou ne connaît pas suffisamment la langue anglaise, elle doit signer ce consentement en plaçant sa marque ou sa croix en présence d'une des personnes suivantes :
a) un juge de la Haute Cour de l'État;
b) un agent administratif;
c) un juge de paix;
d) un magistrat;
e) une registraire des mariages;
g) un médecin au service du gouvernement; ou
g) un ministre du culte.
La Loi du travail (2004) prescrit qu'un contrat de travail doit être compris dans la langue dans laquelle le contrat est écrit ou être traduit par voie orale dans une langue comprise par un travailleur:
2) Tout contrat étranger doit être rédigé en trois exemplaires et conclu en présence d'un agent du travail autorisé qui doit :
a) sur la présentation du permis d'employeur autorisant l'engagement du travailleur en question, faire en sorte que le contrat lui soit lu ou, si celui-ci est incapable de comprendre la langue dans laquelle le contrat est écrit, lui être traduit par voie orale dans une langue qu'il comprend;
3) Un contrat écrit, effectué à l'extérieur du Nigéria, qui a été exécuté autrement qu'en conformité avec la présente loi ne doit pas être appliqué contre un travailleur visé par la présente loi s'il n'est pas en mesure de lire et de comprendre la langue dans laquelle est rédigé le contrat.
Enfin, dans les 589 administrations locales, l'anglais sert généralement dans la rédaction des dossiers officiels et dans les correspondances avec les gouvernements des États (incluant le fédéral) de la fédération. Dans tous les autres cas, on emploie l'une des trois langues «majeures», le haoussa, l'ibo ou le yorouba, sinon des langues plus régionales, souvent même le pidgin English.
4.4 L'enseignement au Nigéria
Au Nigéria, l'enseignement relève de la responsabilité du ministère de l'Éducation. Les autorités locales sont tenues de mettre en œuvre la politique du gouvernement fédéral en matière d'éducation dans les écoles publiques, tant au niveau national qu'au niveau régional. Le système d'éducation est divisé en quatre niveaux d'enseignement: la maternelle, le primaire, le secondaire et l'enseignement supérieur.
L'enseignement primaire commence à l'âge de six ans pour la majorité des Nigérians. Après six années d'études, les élèves obtiennent un certificat de fin d'études primaires. Les matières enseignées au niveau primaire comprennent les mathématiques, la langue anglaise, la connaissance de la Bible, les sciences et l'une des trois principales langues maternelles (le haoussa, le yoruba et l'igbo). Les écoles privées offrent en plus des matières telles que l'informatique, le français et les arts. Les élèves du cycle primaire sont tenus de passer un Concours d'admission en 6e afin d'être admis dans les écoles secondaires fédérales et publiques. Environ 62 % des enfants fréquentent une école primaire.
L'enseignement secondaire comprend six années d'études. Au bout de trois ans, les élèves passent l'examen du Brevet d'études de premier cycle ("Junior Secondary School") qui est un examen de qualification pour le deuxième cycle du secondaire. Le Certificat général d'éducation de niveau ordinaire (GCE O'Levels), qui est un examen facultatif, est ouvert aux élèves de deuxième année du cycle secondaire. La plupart des élèves se présentent à cet examen facultatif pour se préparer à l'examen d'études de deuxième cycle du secondaire ("Senior Secondary School"), lequel est réservé aux élèves de dernière année secondaire. Les écoles secondaires du Nigéria sont administrées par des organismes privées, l'État nigérian local ou le gouvernement fédéral.
Pour ce qui est des universités, les étudiants doivent présenter pour être admis à l'université un diplôme de fin d'études secondaire (SSCE) ou du "GCE Ordinary Level" obtenu au maximum au cours de deux sessions de ces examens. Les étudiants qui aspirent étudier dans les universités nigérianes doivent également obtenir un minimum de 200 points sur 400 à l'examen d'accès et de placement dans les universités nigérianes (JAMB).
Le texte officiel de référence en matière d’enseignement reste la "National Policy on Education" ou NPE («Politique nationale en éducation»), dont celle de 2004 et celle de 2013. La NPE de 2004 précisait que, dans l’intérêt de l’unité nationale, chaque enfant doit être encouragé à apprendre l’une des trois langues majeures du pays autre que sa propre langue maternelle. Les trois langues majeures désignées par ce texte sont le haoussa, l’igbo et le yorouba. L'article 10 de la Politique nationale en éducation de 2004 se lit comme suit :
L'article 19 indique que moyen d'enseignement à l'école primaire doit être la langue de la communauté pour les trois premières années. Pendant cette période, l'anglais doit être enseigné comme matière; à partir de la quatrième année, l'anglais doit progressivement être utilisé comme langue d'enseignement, tandis que la langue de la communauté immédiate et le français doivent être enseignés en tant que matières:
f) À partir de la quatrième année, l'anglais doit progressivement être utilisé comme langue d'enseignement, tandis que la langue de la communauté immédiate et le français doivent être enseignés en tant que matières.
La langue de la communauté immédiate est en principe la langue maternelle de l'enfant. C'est donc une langue nigériane qui, bien qu’elle ne soit pas toujours la langue maternelle, est devenue la langue véhiculaire de la communauté régionale; ce peut être le haoussa dans le nord du pays ou le yorouba ou l'igbo dans le Sud.
Dans la Politique nationale en éducation de 2013, plus récente, il est précisé que «le moyen d'enseignement à l'école primaire doit être la langue de la communauté immédiate pour les trois premières années dans les communautés unilingues». Pendant cette période, l'anglais doit être enseigné comme matière:
À partir de la quatrième année, l'anglais doit progressivement être utilisé comme moyen d'enseignement, tandis que la langue de la communauté immédiate, le français et l'arabe doivent être enseignés comme matières.
Voici le programme tel qu'il est décrit dans la Politique nationale en éducation de 2013:
7. L'arabe (facultatif) Cours primaires 4-6
Rappelons qu'au niveau secondaire l’anglais ainsi que deux langues nigérianes font partie des matières principales qui doivent être enseignées. Parmi ces deux langues doivent figurer la langue régionale en plus de l’une des trois langues principales.
La NPE veut encourager le développement de plusieurs les langues de telle sorte que tous les enfants nigérians doivent recevoir une instruction initiale dans la langue de leur communauté immédiate, ce qui est possible pour 27 communautés. Tout enfant nigérian doit être bilingue dans les langues nigérianes.
Par exemple, un enfant dont la langue maternelle est le yorouba (L1 = langue première) devrait également apprendre l'igbo (L2 = langue seconde). De plus, il devrait apprendre le haoussa ou une autre langue en L2. Mais un enfant qui parle déjà l'igbo comme L1 est obligé d'apprendre le haoussa ou le yorouba comme L2 pour satisfaire aux exigences de la politique nationale.
Quant à l'anglais, il continue de profiter d'une place privilégiée au sein du système d'éducation. Il sera enseigné au niveau secondaire et tout au long de l'enseignement supérieur. Le but visé était, à terme, d’assurer statistiquement l’intercompréhension entre 80% des Nigérians.
D'après l'article 318 de la Constitution de 1999, l'enseignement de l'anglais est obligatoire de façon à ce qu'un élève soit apte à écrire, lire et communiquer en anglais:
«Certificat d'études ou son équivalent» signifie:
(a) Le certificat d'études secondaires ou son équivalent [...];
(b) L'éducation jusqu'à niveau du certificat d'études secondaires; ou
(c) Le certificat d'études primaires ou son équivalent comprend: [...]
(iii) l'aptitude à lire, écrire, comprendre et communiquer dans la langue anglaise à la satisfaction de la Commission électorale nationale indépendante, et;
(d) toute autre compétence jugée acceptable par la Commission électorale nationale indépendante.
Dans les écoles et établissements spécialisés gérés par le gouvernement fédéral, l'anglais reste la seule langue d'enseignement. Précisons que seulement le tiers des enfants entre 12 et 17 ans est scolarisé, ce qui signifie que l'analphabétisme est très élevée au Nigeria.
Ajoutons aussi que, compte tenu de leur grand nombre, fort peu de langues locales sont effectivement enseignées dans les écoles primaires. Non seulement plusieurs langues se sont peu développées en ce qui concerne le lexique, mais certains n'ont pas encore d'écriture, ce qui restreint leur usage dans l'enseignement. De plus, il n'existe pas suffisamment d'enseignants compétents pour enseigner dans de très petites langues parlées par quelques dizaines de locuteurs. De plus, l'imposition des langues nigérianes majeures n'est pas toujours respectée dans les écoles qui ont fini par supprimer l'enseignement du haoussa, du yorouba ou de l'igbo.
La Politique nationale en éducation de 2004 reconnaissait le français comme la deuxième langue officielle du Nigéria, lequel est théoriquement obligatoire pour les élèves du primaire et du premier cycle du secondaire, mais facultatif au second cycle du secondaire.
La mise en œuvre de la politique linguistique de promotion du français ne connaît pas vraiment de réel succès. En plus de ne pas exercer de fonctions officielles dans le pays, son enseignement dans les établissements publics semble dans un piètre état. L'enseignement du français a toujours connu de sérieux problèmes qui menacent la survie de cette langue pourtant reconnue (pour un temps?) comme «la seconde langue officielle» du Nigéria.
La Politique nationale en éducation de 2013 reconnaît l'enseignement obligatoire du français à partir de la 4e année du primaire:
À partir de la quatrième année, l'anglais doit progressivement être utilisé comme moyen d'enseignement, tandis que la langue de la communauté immédiate, le français et l'arabe doivent être enseignés comme matières
Or, aucune disposition n'a été mise en œuvre pour l'implantation de cette politique. Dans les établissements d'enseignement publics, le français ne figure généralement pas parmi les matières offertes au primaire. Au secondaire inférieur, les écoles qui offrent un enseignement du français sont rares parce qu'il n'existe pas suffisamment de personnel qualifié pour offrir des cours de français. Étant donné que ceux-ci sont optionnels au secondaire supérieur, peu d'élèves les prennent comme cours. Seules les écoles privées offrent un enseignement en français, et ce, dans le but de se démarquer et de s'attirer une clientèle.
La pénurie de personnel qualifié constitue le plus grand obstacle à l'enseignement du français, même quand cet enseignement demeure en principe obligatoire. On estime qu'il faudrait au moins 30 000 enseignants supplémentaires — il y en aurait aujourd'hui 6000 — juste pour maintenir une moyenne de 30 élèves par classe, et ce, pour répondre de façon adéquate aux besoins du français uniquement au premier cycle du secondaire. De plus, le système d'éducation est manifestement sous-financé depuis l'indépendance. Le budget alloué pour l'éducation devrait être, selon l'UNESCO, de 26 %. Or, au Nigéria, le budget pour l'éducation se situe seulement autour de 8,7 %. Qui plus est, il faut tenir compte des variations du pourcentage, selon les années. En 2011, ce budget n'était que de 1,69 %, ce qui constitue un désastre, car ce sous-financement entraîne une grand nombre d'autres problèmes, que ce soit dans les infrastructures scolaires, l'équipement, le matériel didactique, etc.
L'enseignement du français est effectif dans 11 établissements purement français et payés par la France, c'est-à-dire 10 Alliances françaises et un Centre culturel français dont l'appellation est désormais l'Institut français situé à Abuja, et d’un programme de formation des professeurs en collaboration avec des organisations extérieures: l’Agence internationale de la Francophonie, l’Organisation intergouvernementale de la Francophonie, ainsi que divers organismes de formation professionnelle. Les 10 Alliances françaises sont situées chacune dans les dix villes principales suivantes: Enugu (Enugu State), Ibadan (Oyo State), Ilorin (Kwara State), Jos (Plateau State), Kaduna (Kaduna State), Kano (Kano State), Lagos (Lagos State), Maiduguri (Borno State), Owerri (Imo State) et Port-Harcourt (Rivers State).
Si l'on fait exception de son enseignement en principe obligatoire au premier cycle du secondaire ("Junior Secondary School") et facultatif au second cycle de l’école secondaire, le français est enseigné comme discipline dans certains établissements supérieurs, que ce soit des universités et des écoles normales supérieures où les départements de français assurent une simulation d'environnement francophone par des instructions spécialisées selon les domaines principaux d’étude: didactique, linguistique, littérature et civilisation.
Bref, le français ne constitue nullement une langue officielle au Nigéria. Non seulement l'usage du français au Nigéria demeure très restreint en éducation, mais cette langue ne remplit aucune des fonctions réservées normalement à un statut de langue officielle, y compris comme «deuxième langue officielle». Afin de réaliser un bilinguisme fonctionnel, il est nécessaire d'appuyer toute politique linguistique par la législation ou des dispositions constitutionnelles pour s’assurer une réelle protection linguistique. Dans le cas contraire, une politique linguistique n’au aucun avenir. En fait, le statut du français est celui d'une langue étrangère au même titre que le portugais ou l'espagnol. Au Nigéria, l'adoption du français par le général Abacha en 1996 ne correspondait pas à un besoin interne, mais à un besoin strictement externe, celui de faciliter les communications commerciales et diplomatiques avec les pays francophones. Avec des moyens financiers anémiques, il était illusoire d'atteindre de tels objectifs. On peut donc conclure qu’il n y a pas de politique linguistique favorable au français au Nigéria.
Pourtant, une étude réalisée en 2002 par le British Council révélait que 85 % des 18-35 ans «souhaitent apprendre le français». Tous énonçaient la même raison : la maîtrise du français, en plus de l'anglais, offre davantage de possibilités d'emplois et d'affaires. À l'heure actuelle, la plupart de ceux qui ont appris le français habitent Lagos, Port-Harcourt et Warri, au sud du pays.
4.5 L'Institut national pour les langues nigérianes
L'Institut national pour des langues nigérianes (NINLAN: National Institute for Nigerian Languages) est un centre interuniversitaire d'études linguistiques nigérianes. C'est une institution autonome sous la juridiction de la Commission nationale des universités (NUC). Cet institut a été créé en 1993 par la Loi sur l'Institut national pour les langues nigérianes. L'objectif de l'Institut est de promouvoir l’étude et l’usage des langues nigérianes au moyen d'un centre actif pour l'apprentissage de ces langues.
Selon l'article 7 de la Loi sur l'Institut national pour les langues nigérianes, les fonctions de l'Institut sont les suivantes:
Fonctions de l’Institut
Les fonctions de l’Institut sont les suivantes:
(a) encourager l’apprentissage des langues nigérianes dans un environnement qui doit préparer les étudiants de l’Institut:
(i) à parler couramment des langues nigérianes;
(ii) à acquérir des compétences dans l’enseignement des langues nigérianes;
(iii) à acquérir des compétences dans la recherche sur les problèmes de l’enseignement des langues nigérianes à tous les niveaux de l’enseignement au Nigeria ;
(iv) à adapter les théories et des pratiques consistant à utiliser des langues nigérianes dans les pratiques pédagogiques spécialement pour les écoles secondaires et les collèges, ainsi que la formation et l’apprentissage pour les locuteurs non natifs des langues nigérianes; (v) à favoriser les concepts généraux, les pratiques et les intérêts dans la communication dans les langues nigérianes;
(b) donner à tous sans distinction de race, de croyance, de sexe ou de conviction politique, la possibilité d’acquérir des compétences dans l’utilisation pragmatique et l'apprentissage des langues nigérianes comme moyen de communication entre les différents groupes linguistiques du Nigéria;
(c) prévoir des cours de formation et d’autres installations pour la poursuite de l’apprentissage des langues nigérianes;
(d) développer des programmes appropriés pour répondre aux besoins des différents usagers de l’Institut;
(e) accorder des témoignages, des certificats, des diplômes et des titres universitaires aux personnes qui terminent les cours d’études à l’Institut.
Comme il fallait s'y attendre, aucune mesure significative n'a été prise pour cet institut depuis sa création en 1993. L'Institut national pour les langues nigérianes doit encore attendre pour obtenir une subvention lui permettant de s'implanter, plus de deux décennies après sa création. Dans les circonstances, ce «nouvel» institut est resté peu développé avec seulement de très modestes installations. Certains observateurs notent que le gouvernement nigérian s'efforce de promouvoir des langues étrangères, mais laisse crever les institutions destinées à favoriser les langues nigérianes. Dans les faits, l'Institut n'est pratiquement pas financé et les salaires des employés ne sont même pas versés régulièrement; les retard peuvent atteindre parfois une année complète. Bref, l'Institut vit dans la pauvreté et manque dramatiquement de moyens pour exercer ses fonctions.
4.5 Les médias et la vie économique
On peut regretter que le régime militaire d'Abacha ait été le pire d'une longue série de cauchemars pour les médias du pays; de nombreux journaux ont été fermés, des journalistes ont été terrorisés et incarcérés, des tirages entiers (qui critiquaient la dictature) ont été saisis, des reporters ont été attirés dans des embuscades, etc.
Jusque dans les années 1990, la plupart des publications appartenaient au gouvernement, mais il y avait quelques journaux privés (The Nigerian Tribune, The Punch, Vanguard, Guardian, etc.) qui osaient parfois soulever certains scandales malgré les répressions dont ils étaient victimes. Après l'indépendance, plusieurs journaux furent publiés en yorouba, en haoussa, en igbo, en kanouri,
Aujourd'hui, il existe plus d'une centaine de journaux à travers le pays. La plupart de ces journaux sont publiés exclusivement en anglais. Bien que certains journaux, peu nombreux, soient publiés en yorouba, en haoussa ou en igbo, ceux-ci ne se portent pas bien en raison de leur diffusion limitée et du manque de publicité pour les soutenir. De plus, ces journaux de langues nigérianes ont une très faible espérance de vie parce que les éditeurs, dans la plupart des cas, les ont créés dans le seul but d'éduquer et d'informer les gens et, dans de nombreux cas, uniquement pour faire avancer leurs aspirations politiques.
Quand on regarde les titres publiés, on pourrait croire que les habitants du Nigéria sont tous anglophones et ne connaissent que l'anglais, ce qui n'est pas le cas, puisque à peine un million de Nigérians peuvent s'exprimer aisément dans cette langue.
- Les médias électroniques
À la radio et à la télévision d'État, soit environ 60 % des diffuseurs, les informations ne sont diffusées qu'en anglais, mais le gouvernement impose le fait que certains bulletins sont transmis dans les trois langues «majeures» (haoussa, igbo, yorouba). Si certaines stations privées de radio et de télévision ne diffusent qu'en anglais, d'autres ont recours à l'une ou l'autre des trois langues «majeures», sinon dans une ou plusieurs autres langues régionales ou locales.
En vertu de l'article 13 de la Loi sur la Société La Voix du Nigeria (1991), les bulletins de la radiodiffusion de la Société d'État (Voice of Nigeria) doivent être diffusés dans les langues suivantes: l'anglais, le français, le peul (fulfude), le haoussa et le swahili, ainsi que toute autre langue jugée adéquate.
1) Les bulletins d’informations et les programmes de la société doivent être diffusés dans les langues suivantes, à savoir :
(a) l'anglais ;
(b) le français ;
(c) le fulfulde ;
(d) le haoussa ;
(e) le swahili,
et toute autre langue que la société jugera bon en temps opportun.
2) Toute diffusion d'un bulletin ou d’un programme d’actualités doit être relayée dans toutes les langues mentionnées au paragraphe 1) du présent article.
Par ailleurs, la Loi sur la Société fédérale de radio du Nigéria (2004) impose l'usage d'une quinzaine de langues en fonction des villes de résidence:
Éléments à relayer par toutes les stations de la Société
1) Les bulletins d'information diffusés depuis le siège fédéral (appelés dans la présente loi «programme fédéral») en anglais et dans toute autre langue précisée à l'Annexe 2 de la présente loi, pour lesquels la Société peut ordonner à cette fin (pas plus de trois). doivent être relayés à partir des stations émettrices de la Société pas plus de trois fois par jour, mais sans préjudice des droits de chaque station de faire diffuser des nouvelles d'intérêt de la station en anglais ou une langue telle qu'il est mentionné dans la seconde annexe de la présente loi ou faire traduire dans une langue susmentionnée un bulletin d'information diffusé dans un programme fédéral devant être diffusé dans la programmation de la station.
LES STATIONS NATIONALES ET LEURS RESPONSABILITÉS [article 14 (1).]
Noms des langues des stations nationales et autres protections
1. F.R.C.N. Lagos (situé à Lagos) : anglais et trois langues nigérianes.
2. F.R.C.N. Kaduna (situé à Kaduna) : anglais, haoussa, kanouri, fulfulde et nupé.
3. F.R.C.N. Ibadan (situé à Ibadan) : anglais, yoruba, édo, igala et orhobo.
4. F.R.C.N. Enugu (situé à Enugu) : anglais, igbo, izon, éfik, idoma et tiv.
5. F.R.C.N. Abuja (situé à Abuja) : anglais et autres langues locales qui peuvent être approuvées par la société en temps opportun.
FRCN = Société fédérale de radio du Nigeria.
Quoi qu'il en soit, le pidgin English est de plus en plus employé à la radio pour communiquer d’une région à l’autre, supplantant peu à peu l’anglais, la langue officielle. L’anglais n’est pas la seule victime de la popularité du pidgin, car le haoussa, le yorouba et l’igbo sont aussi menacés.
La vie économique se déroule généralement dans l'une des quatre langues suivantes: l'anglais, le haoussa, l'igbo et le yorouba, sans oublier le pidgin English à l'oral. En fait, l'anglais est partout, mais selon les régions il fait la concurrence au haoussa, au yorouba et à l'igbo. Ce bilinguisme asymétrique, où l'anglais est toujours présent, s'applique aux raisons sociales, à l'étiquetage des produits, aux enseignes commerciales, aux inscriptions gouvernementales, régionales ou municipales. En raison du rôle du haoussa dans une vingtaine d'États, on peut affirmer que cette langue joue un rôle encore plus important que les autres langues dites «majeures». On peut même penser que, dans un avenir assez proche, cette langue pourrait s'assurer une certaine prépondérance, mais elle ne réussira pas à détrôner l'anglais.
Bref, la politique linguistique du Nigeria n'est pas très dirigiste, compte tenu de la mainmise traditionnelle des militaires sur la vie politique du pays. En réalité, on peut même se demander s'il existe une véritable politique linguistique de la part du gouvernement fédéral. Celui-ci s'est contenté de pratiquer la même politique coloniale qui consistait à utiliser l'anglais sans se poser plus de question. C'est exactement la politique exercée jusqu'ici, exception faite de l'ouverture provisoire faite au français dans les années 1990.
Ce sont les États membres de cette curieuse fédération qui, au contraire, on tenté et ont réussi à mettre devant le fait accompli le gouvernement fédéral: la présence incontournable des langues «majeures» qui, dans un avenir pas très lointain, sont appelées à jouer un rôle de plus en plus important, surtout dans le cas du haoussa, du yorouba et de l'igbo. À l'échelle du pays, on peut donc parler d'une politique de multilinguisme stratégique. Après tout, il est difficile de faire autrement dans un pays aux prises avec un si grand nombre d'ethnies et de langues. Néanmoins, il semble bien que l'anglais est là pour rester dans les affaires administratives du pays, comme il en est ainsi du pidgin English.
Dernière mise à jour: 04 juillet, 2017
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ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Nigeria», pour la partie historique.
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