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Timestamp: 2018-10-23 23:04:53+00:00
Document Index: 97924241

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Les forces armées ivoiriennes et la question de la discipline militaire(suite 1)
Les fautes contre la discipline sont en outre, l’insubordination, le refus d’obéissance, l’abus d’autorité, les voies de fait et les outrages, la révolte et la rébellion[1]. Quant aux manquements aux consignes et la négligence professionnelle[2] comme les infractions aux consignes, l’abandon du poste, le sommeil en faction, nous pouvons aussi les ranger dans les cas d’indiscipline. Une quatrième catégorie des actes d’indiscipline serait l’indiscipline contre l’honneur, le devoir et la probité[3]. Il s’agit de la trahison, la capitulation, le complot, le faux et usage de faux, le détournement de matériel appartenant à l’Etat, l’indélicatesse. Enfin, dans une dernière catégorie, nous plaçons l’indiscipline sur la tenue et la conduite : la mauvaise tenue, l’ivresse, les rixes, les viols et les vols…Mais, malgré tous ces cas d’indiscipline, la discipline demeure d’abord une vertu militaire.
La discipline fait partie de la devise de la République de Côte d’Ivoire qui est « Union-Discipline-Travail ». Albert Aggrey, dans son Recueil des codes et lois de Côte d’Ivoire, nous enseigne que « le militaire doit d’une générale : observer la discipline et les règlements militaires…s’interdire tout acte, propos ou attitude contraire aux intérêts ou à l’honneur de la nation[4]. » Ainsi le militaire est soumis aux dispositions du Règlements de Service et de la Discipline générale dans les Forces armées[5]. Un autre article nous apprend que « les fautes commises par le militaire l’exposent à des sanctions disciplinaires, professionnelles ou statutaires. Ces sanctions ne font pas obstacle à d’éventuelles poursuites pénales. Leur application comporte des garanties portant notamment sur : le droit de s’expliquer; l’application d’un barème; l’exercice du contrôle hiérarchique; le droit de recours; l’avis du conseil d’Enquête conformément à l’article 108[6]. » Quant au militaire en état de désertion, il « ne peut prétendre aux garanties préservant l’emploi ni aux droits attachés à son état[7]. » Mais, lorsque la faute commise par le militaire dans l’exercice de ses fonctions constitue une infraction pénale donnant lieu à des poursuites judiciaires, « la procédure d’envoi du militaire devant le Conseil d’Enquête peut être engagée à tout moment, sans préjudice des éventuelles judiciaires[8]. » Par contre, lorsque ladite faute est détachable de l’exercice de ses fonctions, « la procédure d’envoi du militaire devant le Conseil d’Enquête ne peut être engagée qu’après l’achèvement de l’action publique. En cas de détention préventive ou de mise en liberté provisoire du militaire, la suspension de l’intéressé de ses fonctions se produit de plein droit jusqu’à l’intervention d’une décision de l’autorité compétente[9]. » A ce stade de notre réflexion, nous pensons que parler de discipline dans les forces armées équivaut à appeler de tous nos vœux une spiritualité de la fonction militaire.
2. pour une SPIRITUALITE de la fonction militaire
La spiritualité de la fonction militaire dont nous voulons parler doit embrasser toutes les dimensions de la vie du militaire, physique, intellectuelle et morale. Nous parlons de spiritualité car il y a un lien très fort entre la discipline du point de vue de la spiritualité et la discipline militaire. Ecoutons par exemple, ce que Emile Bertraud écrit : « La lex disciplinae, c’est tout l’ensemble des commandements que le chrétien doit croire, l’ensemble des commandements que le Christ a laissé à son Eglise et dont celle-ci organise l’application. Le Christ est considéré comme un chef militaire, imperator, auquel il faut obéir, auquel il faut rester uni dans la lutte personnelle et collective contre les puissances du mal[10]. » Le militaire devrait donner d’abord aimer le code de la discipline des armées. L’amour l’aidera à supporter tous les efforts qu’il aura à faire. C’est d’abord un disciple, un subordonné et il devra entrer dans cet esprit d’obéissance et d’abnégation pour respecter ses supérieurs hiérarchiques qui eux aussi obéissent au drapeau et au chef suprême des armées. Une autre idée est que la discipline au niveau spirituel « prépare l’homme au mystère du Christ, spécialement lors de la célébration de la fête de Pâque; elle fait partie de l’initiation chrétienne, dont elle est la condition indispensable. Elle est nécessaire aux martyrs, mais aussi aux confesseurs, qui doivent lutter contre le mal même au temps de paix. c’est elle qui fait entrer le chrétien en communion avec la passion du Christ, c’est-à-dire sa souffrance et sa mort[11]. » Le militaire dans sa spiritualité propre à son métier devrait entrer dans un mystère laïc avec sa patrie, accepter tout ce qui lui est donner dans sa formation et devenir un soldat aguerri. Il devra se préparer à défendre sa patrie, en communion avec son corps de métier. Ainsi il acceptera toutes les contraintes et rigueurs du métier avec amour. Bertaud ne dit-il pas que « la discipline consiste avant tout dans la fidélité aux observances[12]. » La discipline militaire au plan physique permet d’harmoniser les exigences de la vie du soldat qui se résument en ces termes : se nourrir, se reposer, se vêtir, soigner son corps et entretenir sa rigueur. Au plan intellectuel, le militaire acquiert des connaissances, tout comme en spiritualité, où la « discipline serait l’ensemble de tout ce qui s’apprend, de toute la philosophie[13]. » Moralement, la discipline militaire fait obligation au militaire de maîtriser sa vie intérieure face aux tentations de ce monde. Elle est le respect des valeurs morales. Spirituellement, « la discipline est la science pratique de bien-vivre et son principe est l’humilité. A la discipline se rattachent le repos intérieur et extérieur[14]. » Aussi, la vie religieuse comme la vie militaire resteront toujours des écoles de disciplines, car d’un côté comme de l’autre, « la discipline consistera à se bien tenir et à rester maître de soi[15]. » L’exercice disciplinaire permet au militaire comme au religieux d’acquérir un certain nombre de vertus comme l’humilité, l’obéissance, la modestie et la tempérance. Le militaire, comme le religieux sont appelés à se flageller eux-mêmes et cette discipline « a une merveilleuse vertu pour réveiller l’appétit de la dévotion[16]. »
[1] Loi n° 81-640 du 31 juillet 1981, instituant le Code Pénal, articles 436 et suivants.
[2] Loi n° 81-640 du 31 juillet 1981, instituant le Code Pénal, articles 497 et suivants.
[3] Loi n° 81-640 du 31 juillet 1981, instituant le Code Pénal, articles 458 et suivants.
[4] AGGREY(Albert).- Recueil des codes et lois de C.I., textes législatifs et réglementaires réunis et mis à jour (juris-éditions, Editions juridiques de C.I., tome XX, code de la fonction militaire, défense et forces armées nationales, gendarmerie nationale, code de la fonction policière, sécurité, Livre 1er , statut général des militaires, ch. III, sec. 3, La Discipline, art. 19 nouveau (ord. n° 2000-652 du 30 Août 2000)
[5] AGGREY(Albert).- Recueil des codes et lois de C.I., textes législatifs et réglementaires réunis et mis à jour (juris-éditions, Editions juridiques de C.I., tome XX, code de la fonction militaire, défense et forces armées nationales, gendarmerie nationale, code de la fonction policière, sécurité, Livre 1er , statut général des militaires, ch. III, sec. 3, La Discipline, art. 16
[6] AGGREY(Albert).- Recueil des codes et lois de C.I., textes législatifs et réglementaires réunis et mis à jour (juris-éditions, Editions juridiques de C.I., tome XX, code de la fonction militaire, défense et forces armées nationales, gendarmerie nationale, code de la fonction policière, sécurité, Livre 1er , statut général des militaires, ch. III, sec. 3, La Discipline, art. 17
[7] AGGREY(Albert).- Recueil des codes et lois de C.I., textes législatifs et réglementaires réunis et mis à jour (juris-éditions, Editions juridiques de C.I., tome XX, code de la fonction militaire, défense et forces armées nationales, gendarmerie nationale, code de la fonction policière, sécurité, Livre 1er , statut général des militaires, ch. III, sec. 3, La Discipline, art. 18
[8] AGGREY(Albert).- Recueil des codes et lois de C.I., textes législatifs et réglementaires réunis et mis à jour (juris-éditions, Editions juridiques de C.I., tome XX, code de la fonction militaire, défense et forces armées nationales, gendarmerie nationale, code de la fonction policière, sécurité, Livre 1er , statut général des militaires, ch. III, sec. 3, La Discipline, art. 19 nouveau (ord. n° 2000-652 du 30 Août 2000)
[9] AGGREY(Albert).- Recueil des codes et lois de C.I., textes législatifs et réglementaires réunis et mis à jour (juris-éditions, Editions juridiques de C.I., tome XX, code de la fonction militaire, défense et forces armées nationales, gendarmerie nationale, code de la fonction policière, sécurité, Livre 1er , statut général des militaires, ch. III, sec. 3, La Discipline, art. 19 nouveau (ord. n° 2000-652 du 30 Août 2000)
[10] BERTAUD (Emile).- Dictionnaire de spiritualité, ascétique et mystique, doctrine et histoire, tome III, (Paris, Beauchesne 1957), p. 1292
[11] BERTAUD (Emile).- Dictionnaire de spiritualité, ascétique et mystique, doctrine et histoire, tome III, (Paris, Beauchesne 1957), p. 1295
[12] BERTAUD (Emile).- Dictionnaire de spiritualité, ascétique et mystique, doctrine et histoire, tome III, (Paris, Beauchesne 1957), p. 1298
[13] BERTAUD (Emile).- Dictionnaire de spiritualité, ascétique et mystique, doctrine et histoire, tome III, (Paris, Beauchesne 1957), p. 1300
[14] BERTAUD (Emile).- Dictionnaire de spiritualité, ascétique et mystique, doctrine et histoire, tome III, (Paris, Beauchesne 1957), p. 1300
[15] BERTAUD (Emile).- Dictionnaire de spiritualité, ascétique et mystique, doctrine et histoire, tome III, (Paris, Beauchesne 1957), p. 1300
[16] BERTAUD (Emile).- Dictionnaire de spiritualité, ascétique et mystique, doctrine et histoire, tome III, (Paris, Beauchesne 1957), p. 1309
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Les forces armées ivoiriennes et la question de la discipline militaire
FORCES ARMEES IVOIRIENNES ET LE PROBLEME DE LA DISCIPLINE MILITAIRE
DR AKE PATRICE JEAN, ASSISTANT A L’UFR-SHS UNIVERSITE DE COCODY
Si la discipline signifie « l’ensemble des règles de conduite que les hommes s’imposent pour une vie en commun sous peine de sanctions en cas de manquement », ou encore « la référence par laquelle l’ordre est possible, la vertu qui permet la reproduction d’une volonté[1]», l’armée ivoirienne, constituée le plus souvent au moment de l’accession de la Côte d’Ivoire à l’indépendance, à partir d’unités héritées de l’époque coloniale et qui vit en marge de la société, en devenant un instrument destiné à monopoliser, préserver et redistribuer les richesses, est-elle disciplinée? A l’instar de toutes les armées africaines, sa raison d’être est d’assurer le maintien de la suprématie d’une faction ou d’une ethnie et Larry Diamond et Marc F. Plattner de soutenir que « le respect de la loi y est une notion particulièrement inconnue, la famille et l’autorité traditionnelle sont en plein déclin et les normes sociales fortement relâchées – autant de facteurs qui contribuent à encourager la violence et permettent aux bandes armées et aux seigneurs de la guerre de prospérer[2]. » Pour Jakkie Cilliers, l’Afrique noire a connu, au cours de ces quarante dernières années, quelques 35 conflits armés de grande envergure, qui ont coûté la vie à près de 10 millions de personnes, « parmi les nombreuses raisons qui expliquent l’indiscipline des forces armées africaines figure à coup sûr la tendance à recourir à des soldats de métier qui ont vieilli sous l’uniforme, plutôt qu’à des conscrits ou des réservistes[3]. » Dans son mini-mémoire pour le Diplôme d’Aptitude à la Licence (D.A.L.), le Capitaine AGOH Benié Gérard André fait le triste constat des cas d’indisciplines traités par le Tribunal Militaire d’Abidjan « De 1960 à 1961, 70 affaires jugées contre 22 en 1975 et 60 affaires en 1984. Pour un total approximatif de 500 affaires traitées de 1985 à 1988, sont impliqués 25 officiers, 250 sous officiers et presqu’autant de soldats de toutes les composantes de l’armée (armée de terre, armée de l’air, armée de mer, gendarmerie). L’Ecole des Forces Armées de Bouaké indique que 27 officiers, 81 sous-officiers et 188 hommes du rang ont été mis en cause pour cause d’indiscipline au cours de la même période[4]. » Récemment encore, notre armée s’est tristement illustrée en posant des actes délictueux. Cinq agents du Centre de commandement des opérations de sécurité ont été radiés pour avoir cassé 88 véhicules dans la commune de Koumassi[5]. Le Samedi 2 Septembre, un communiqué du gouvernement rapporte que « Le lundi 28 Août 2006 à la Gare Nord de la Société de transport abidjanais (Sotra), sise dans la commune d’Adjamé, un élève sous-officier de Police a été molesté par un groupe d’étudiants au motif que celui-ci avait tenté d’embarquer sans avoir fait le rang. Ainsi, le jeudi 31 août 2006, des élèves policiers se sont rendus dans cette gare à l’effet de venger leur condisciple. Un affrontement y est survenu entre ces derniers et des étudiants. Ces incidents, contre toute attente, se sont étendus sur le campus de Cocody. Cette grave opposition a engendré la mort de Assé Konan Olivier, étudiant en 2è année de biosciences, des blessés et d’importants dégâts matériels[6]. » Nous essayerons de comprendre les raisons de cette indiscipline et chercherons à en trouver des solutions. Dans cette étude, nous ne parlerons pas des cas de mutineries ou d’autres dysfonctionnements dans les chaînes de commandement. Nous n’aborderons pas la question de la situation de notre armée née de la guerre, ni même celle engendrée par le coup d’Etat de 1999, mais de l’indiscipline que nous découvrons dans des infractions de droit commun telles que le vol, l’abus de confiance, le refus d’obéissance, l’abus d’autorité, l’escroquerie, le viol et la grivèlerie de transport ou de boisson avant d’avancer dans ce débat, entendons-nous d’abord sur les principaux termes de notre propos. Que faut-il entendre par discipline et indiscipline dans les forces armées?
1. DISCIPLINE ET INDISCIPLINE DANS les forces ARMEEs : ESSAI DE DEFINITIONS
Par définition, nous entendons par Forces armées, « L’ensemble des formations militaires organisées et équipées spécialement en vue d’assurer l’intégrité du territoire national et, sur réquisition des autorités compétentes, de coopérer en tous temps aux tâches du maintien de l’ordre dans les conditions qui seront fixées par décret pris en Conseil des Ministres[7]. » Ces forces armées comprennent les formations de l’armée active constituées par la Gendarmerie nationale, les unités des forces terrestres, les unités de la Marine et de l’Aviation, les écoles, les formations de réserves destinées à renforcer, en cas de besoin, la défense intérieure ou extérieure du pays. La Gendarmerie nationale placée sous les ordres d’un commandant supérieur comprend deux subdivisions d’armes : la Gendarmerie départementale, la Gendarmerie mobile.
Quant aux missions principales dévolues à chacun des éléments des Forces armées nationales, « la Gendarmerie nationale, dont l’action s’exerce sur tout le territoire, a pour mission de veiller à la sûreté publique et d’assurer le maintien de l’ordre et de l’exécution des lois. Dans le cadre de son organisation territoriale, la Gendarmerie départementale est chargée de la police administrative, judiciaire et militaire. Elle participe à la défense intérieure, notamment par la recherche du renseignement. La Gendarmerie mobile est chargée plus spécialement du maintien et du rétablissement de l’ordre. Elle constitue l’ossature de la défense intérieure[8]. » Mais comme l’affirme Louis W. Goodman, la principale raison d’être d’une armée n’est-elle pas d’«assurer la sécurité extérieure de la nation[9]? »
C’est la raison pour laquelle les unités des forces terrestres sont orientées plus particulièrement sur la défense extérieure; elles complètent l’action de la Gendarmerie dans la défense intérieure et ne sont utilisées pour le maintien de l’ordre qu’à titre exceptionnel. Elles comprennent les unités du Service civique chargées en temps de paix d’effectuer des travaux d’intérêt national. Les unités de l’air assistent la Gendarmerie et les éléments terrestres et maritimes dans l’exécution de leurs missions. Elles participent à la défense intérieure et extérieure en exécutant des missions d’observation, de transport et d’appui. les unités de la marine assurent la surveillance et la défense du littoral en liaison avec la Gendarmerie et les éléments terrestres et aériens. Elles participent à la défense intérieure en exécutant des missions de transport et d’appui. Cette présentation des forces armées est suivie du Règlement de service et discipline générale dans les forces armées. Il s’agit du décret n° 96-574 du 31 juillet 1996, portant règlement de service et de discipline générale dans les forces armées nationales. En règle générale, les militaires commettent des actes d’indiscipline en se soustrayant par exemple de leurs obligations militaires, par l’absence et par la désertion[10].
[1] ONFRAY(M.).- « Discipline » in (Sous la direction de Sylvain Auroux) Encyclopédie Philosophique Universelle II, Les Notions Philosophiques I, p. 664.
[2] (Sous la direction de) DIAMOND (Larry) et PLATTNER (Marc F.).- Le rôle de l’armée en démocratie (The Johns Hopkins University Press and the national Endowment for Democracy, 1996), traduit de l’américain par Monique Berry, (Paris, Nouveaux Horizons, 2002), p. 16
[3] CILLIERS(Jakkie).- « Sécurité et transition en Afrique du Sud » in (Sous la direction de) DIAMOND (Larry) et PLATTNER (Marc F.).- Le rôle de l’armée en démocratie (The Johns Hopkins University Press and the national Endowment for Democracy, 1996), traduit de l’américain par Monique Berry, (Paris, Nouveaux Horizons, 2002), p. 151.
[4] AGOH Bénié Gérard-André (Cap.).- « Le problème de l’observance de la discipline dans l’armée ivoirienne », Mini-Mémoire pour l’obtention du DAL, (Abidjan, 2005), p. 4
[5] KOHON(Landry).- « Le CeCos casse 88 véhicules » in Fraternité Matin N 12543 du Mardi 29 Août 2006, p. 7
[6] DJA BLE (Joseph).- « Communiqué du gouvernement » in Fraternité Matin n° 12547 du Samedi 2 au Dimanche 3 Septembre 2006, p. 3.
[7] AGGREY(Albert).- Recueil des codes et lois de C.I., textes législatifs et réglementaires réunis et mis à jour (juris-éditions, Editions juridiques de C.I., tome XX, code de la fonction militaire, défense et forces armées nationales, gendarmerie nationale, code de la fonction policière, sécurité, Défense et forces armées nationales, Titre II, art. 17
[8] AGGREY(Albert).- Recueil des codes et lois de C.I., textes législatifs et réglementaires réunis et mis à jour (juris-éditions, Editions juridiques de C.I., tome XX, code de la fonction militaire, défense et forces armées nationales, gendarmerie nationale, code de la fonction policière, sécurité, Défense et forces armées nationales, Titre II, art. 17
[9] GOODMAN(Louis W.).- « Le rôle de l’armée, hier et aujourd’hui » in (Sous la direction de) DIAMOND (Larry) et PLATTNER (Marc F.).- Le rôle de l’armée en démocratie (The Johns Hopkins University Press and the national Endowment for Democracy, 1996), traduit de l’américain par Monique Berry, (Paris, Nouveaux Horizons, 2002), p. 75.
[10] Loi n° 81-640 du 31 juillet 1981, instituant le Code Pénal, articles 436 et suivants.
[11] Loi n° 81-640 du 31 juillet 1981, instituant le Code Pénal, articles 436 et suivants.
[12] Loi n° 81-640 du 31 juillet 1981, instituant le Code Pénal, articles 497 et suivants.
[13] Loi n° 81-640 du 31 juillet 1981, instituant le Code Pénal, articles 458 et suivants.
[14] AGGREY(Albert).- Recueil des codes et lois de C.I., textes législatifs et réglementaires réunis et mis à jour (juris-éditions, Editions juridiques de C.I., tome XX, code de la fonction militaire, défense et forces armées nationales, gendarmerie nationale, code de la fonction policière, sécurité, Livre 1er , statut général des militaires, ch. III, sec. 3, La Discipline, art. 19 nouveau (ord. n° 2000-652 du 30 Août 2000)
[15] AGGREY(Albert).- Recueil des codes et lois de C.I., textes législatifs et réglementaires réunis et mis à jour (juris-éditions, Editions juridiques de C.I., tome XX, code de la fonction militaire, défense et forces armées nationales, gendarmerie nationale, code de la fonction policière, sécurité, Livre 1er , statut général des militaires, ch. III, sec. 3, La Discipline, art. 16
[16] AGGREY(Albert).- Recueil des codes et lois de C.I., textes législatifs et réglementaires réunis et mis à jour (juris-éditions, Editions juridiques de C.I., tome XX, code de la fonction militaire, défense et forces armées nationales, gendarmerie nationale, code de la fonction policière, sécurité, Livre 1er , statut général des militaires, ch. III, sec. 3, La Discipline, art. 17
[17] AGGREY(Albert).- Recueil des codes et lois de C.I., textes législatifs et réglementaires réunis et mis à jour (juris-éditions, Editions juridiques de C.I., tome XX, code de la fonction militaire, défense et forces armées nationales, gendarmerie nationale, code de la fonction policière, sécurité, Livre 1er , statut général des militaires, ch. III, sec. 3, La Discipline, art. 18
[18] AGGREY(Albert).- Recueil des codes et lois de C.I., textes législatifs et réglementaires réunis et mis à jour (juris-éditions, Editions juridiques de C.I., tome XX, code de la fonction militaire, défense et forces armées nationales, gendarmerie nationale, code de la fonction policière, sécurité, Livre 1er , statut général des militaires, ch. III, sec. 3, La Discipline, art. 19 nouveau (ord. n° 2000-652 du 30 Août 2000)
[19] AGGREY(Albert).- Recueil des codes et lois de C.I., textes législatifs et réglementaires réunis et mis à jour (juris-éditions, Editions juridiques de C.I., tome XX, code de la fonction militaire, défense et forces armées nationales, gendarmerie nationale, code de la fonction policière, sécurité, Livre 1er , statut général des militaires, ch. III, sec. 3, La Discipline, art. 19 nouveau (ord. n° 2000-652 du 30 Août 2000)
[20] BERTAUD (Emile).- Dictionnaire de spiritualité, ascétique et mystique, doctrine et histoire, tome III, (Paris, Beauchesne 1957), p. 1292
[21] BERTAUD (Emile).- Dictionnaire de spiritualité, ascétique et mystique, doctrine et histoire, tome III, (Paris, Beauchesne 1957), p. 1295
[22] BERTAUD (Emile).- Dictionnaire de spiritualité, ascétique et mystique, doctrine et histoire, tome III, (Paris, Beauchesne 1957), p. 1298
[23] BERTAUD (Emile).- Dictionnaire de spiritualité, ascétique et mystique, doctrine et histoire, tome III, (Paris, Beauchesne 1957), p. 1300
[24] BERTAUD (Emile).- Dictionnaire de spiritualité, ascétique et mystique, doctrine et histoire, tome III, (Paris, Beauchesne 1957), p. 1300
[25] BERTAUD (Emile).- Dictionnaire de spiritualité, ascétique et mystique, doctrine et histoire, tome III, (Paris, Beauchesne 1957), p. 1300
[26] BERTAUD (Emile).- Dictionnaire de spiritualité, ascétique et mystique, doctrine et histoire, tome III, (Paris, Beauchesne 1957), p. 1309
[27] FOUCAULT (Michel) cité in ONFRAY(M.).- « Discipline » in (Sous la direction de Sylvain Auroux) Encyclopédie Philosophique Universelle II, Les Notions Philosophiques I, p. 664.
[28] Code de la fonction militaire. Loi N° 95-695 du 7 septembre 1995 portant code de la fonction militaire modifiée par les ordonnances n° 2000-652 du 30 Aout 2000 et n° 2000-696 du 13 septembre 2000, livre 1er, titre 1er , art. 2
La problématique de l’éducation à la paix 3
LA PROBLEMATIQUE DE L’EDUCATION A LA PAIX : PROPOSITIONS POUR L’ECOLE IVOIRIENNE
2. PROPOSITIONS POUR L’ECOLE IVOIRIENNE (suite et fin)
Si l’éducation est au point d’intersection des réflexions pédagogiques et théologiques, notre réflexion sur l’éducation à la paix ne saurait s’achever, sans que nous ne donnions la parole aux pédagogues de l’éducation nouvelle. L’essentiel pour les tenants de l’école nouvelle est de placer les enfants dans un contexte environnemental, leur permettant de renouer avec la nature. Ce contact avec la nature et la réalité doit leur assurer la possibilité d’un développement plein et entier de leurs potentialités.
En regardant l’école aujourd’hui dans notre pays, nous pouvons penser que l’abus de pouvoir a dénaturé l’école. Celle-ci est devenue un organisme de parti (par exemple la Fesci par rapport au FPI) et un instrument de combat. On fait de l’école un moyen de s’emparer de l’enfant. Cet état de fait serait dû à l’importance excessive dans notre pays du politique et de l’administration ; il conviendrait de modifier cette situation, et pour ce faire, il importe de modifier le système d’éducation. Cette modification doit se réaliser dans le sens d’une meilleure adaptation de l’homme aux situations privées avant tout ; il faut moins de discours et plus d’applications pratiques dans l’école, il faut une éducation moins exclusivement cérébrale, moins exclusivement classique et plus pratique, à une éducation qui, au lieu de former presque uniquement des candidats fonctionnaires, forme surtout des agriculteurs, des industriels et des commerçants.
Cette éducation nouvelle, d’un point de vue pratique, se doit d’organiser des écoles selon le modèle familial, plutôt que ces « énormes casernes scolaires ». Le but de l’école est de faire aussi rapidement et aussi complètement que possible des hommes, au point de vue moral, au point de vue intellectuel et au point de vue physique ; avec des programmes mieux adaptés à la nature de l’enfant. Ce dernier doit trouver en lui des ressources nécessaires à son épanouissement, raison pour laquelle il se trouve placé au centre du processus éducatif, accompagné et guidé par des adultes qui sont à son écoute.
Eduquer à la paix pour cette école nouvelle, c’est canaliser les instincts des étudiants et élèves et non les réprimer. On peut aussi objectiver ces instincts. La paix par l’école implique aussi la lutte contre le mal en canalisant le plus tôt possible l’instinct combatif de l’enfant, objet de l’éducation morale ; ensuite, le développement de la solidarité entre les humains grâce à l’éducation sociale ; enfin une connaissance accrue de la « famille humaine » et de son chef représenté par le Père Céleste.
Finalement que conclure à la fin de cette étude ? Nous soutenons qu’une éducation à la paix est possible. Mais pour se faire, elle doit être très étroitement assujettie à l’éducation en général, à l’éducation dans sa globalité. Cette éducation aura besoin d’une éthique autonome qui devra assurer la compréhension des autres, ce qui nous conduira à une attitude nouvelle de réciprocité, et ainsi nous nous libérerons de nos égoïsmes primaires.
La problématique de l’éducation à la paix 2
LA PROBLEMATIQUE DE L’EDUCATION A LA PAIX : PROPOSITIONS POUR L’ECOLE IVOIRIENNE(suite)
2. PROPOSITIONS POUR L’ECOLE IVOIRIENNE
Eduquer à la paix devient une nécessité et une urgence dans nos écoles. L’initiative prise par l’UFR-SHS de l’Université de Cocody pour la gestion et la résolution des conflits au sein de cette institution mérite d’être encouragée. Il faut éduquer à la paix parce qu’elle est fragile et parce qu’elle est sacrée. L’éducation à la paix signifie par conséquent deux choses :
Premièrement, à l’instar de ce que l’on fait pour l’enfant, nous proposons que la paix fasse partie de la formation et du développement de l’être humain. Le rétablissement de la paix sera le fruit de longues années d’éducation favorisant de nouvelles attitudes ainsi que la valorisation de l’identité propre et de la citoyenneté. Dans ce cadre l’école apparaîtra comme un agent de changement et le moteur entraînant la communauté vers la stabilité, la reconstruction et le développement durable. Elle devra être un lieu d’expérimentation d’un programme d’éducation pour la paix fondé sur l’utilisation de différentes techniques essentiellement ludiques : jeux, théâtre, chant, drame, histoires, travaux de groupe. Ce programme prendra naissance dans un contexte d’absence quasi totale du système formel d’éducation.
Deuxièmement, étant donné que comme divinité, la paix doit être tenue pour sacrée, sa violation attire sur son auteur la colère et la punition du dieu. La sanction de l’inconduite humaine vis-à-vis de la paix comme divinité, c’est la guerre, c’est-à-dire l’exposition de la vie de l’homme à la mort. On comprend pourquoi les Athéniens et les Romains honoraient la Paix comme une grande déesse à qui statues et temples étaient dédiés. Pour les croyants d’aujourd’hui, la première et vraie action fondamentale en faveur de la paix est la prière, car la paix est un don de l’amour de Dieu. Mais pour être un éducateur de la paix, il faut avant tout vivre dans la vérité. Vivre dans la vérité, c’est avoir le courage de se poser des questions sincères sur le sens de la vie. C’est également se former une claire rectitude de pensée et d’action, de respect et de dialogue avec les autres. Mais par dessus tout, pour être éducateur de la paix, il faut avoir ce rapport avec Dieu qui demande la conversion personnelle et l’ouverture à son mystère. La vérité est liée à la justice, avec le respect de la dignité de chaque personne. Eduquer à la paix c’est donc aussi éduquer aux droits de l’homme. Selon la Déclaration Universelle des droits de l’homme, l’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales (Art. 26). Le concept qui sous-tend l’éducation aux droits de l’homme est que l’éducation ne devrait pas uniquement avoir pour vocation de dispenser une formation purement professionnelle, mais contribuer au développement des individus, pour qu’ils aient les capacités d’interagir avec la société. L’éducation aux droits de l’homme et les droits de l’homme dans l’éducation visent à doter les élèves et les étudiants des moyens d’accompagner et de produire des changements dans la société. L’éducation est perçue comme un moyen d’autonomiser les gens, d’améliorer leur qualité de vie et d’accroître leur capacité à participer aux processus de prise de décision qui conduisent aux politiques sociales, culturelles et économiques.
Finalement, sans amour sincère et désintéressé, la justice ne peut pas garantir la paix au monde. La paix authentique ne fleurit que quand la haine, la rancœur et l’envie sont vaincus au fond du cœur ; quand on dit non à l’égoïsme et à tout ce qui pousse l’être humain à se replier sur lui-même et à défendre ses propres intérêts. Si l’amour se traduit en geste de service gratuit et désintéressé, en parole de compréhension et de pardon, la vague pacificatrice de l’amour gonfle et grossit jusqu’à envahir la communauté humaine toute entière. Il est alors plus facile de comprendre ce qu’est la liberté, le quatrième pilier de la paix. La liberté est la reconnaissance des droits des personnes et des peuples et le libre don de soi dans l’accomplissement responsable des devoirs à accomplir par chacun à tout moment de sa vie.
En conclusion, les voies de la paix passent par l’éducation. Grâce à cette dernière, la personne est capable de reconnaître son identité propre et aussi celle de l’autre. Notre identité sera d’autant plus claire qu’elle ne sera pas en opposition avec celle de nos frères, comme si l’humanité pouvait être constituée de parties antagonistes. La paix est inséparable d’un regard sur l’homme, dans la vérité et la justice. L’éducation à la paix comporte également la connaissance et l’acceptation des diversités. Apprendre à gérer les crises, pour ne pas les laisser dégénérer en conflits, fait partie de cette éducation à la paix.
La problématique de l’éducation à la paix 1
1. QU’EST-CE QUE L’EDUCATION A LA PAIX ?
L’éducation désigne ce qui façonne les qualités de l’homme ou ce qui résulte de cette transformation, délibérée ou non. Cette éducation, dit Rousseau, nous vient de la nature, ou des hommes ou des choses. L’éducation chrétienne, quant à elle a un projet éducatif qui répond aux exigences de l’éducation intégrale des élèves. Elle fait appel de plus à tous les responsables dans le domaine de l’éducation – parents, enseignants, élèves, autorités scolaires – pour qu’ils s’assurent tous les moyens et toutes les ressources disponibles qui permettent à l’école catholique de remplir sa mission sociale et apostolique.
Pour le catholique, l’école est un moyen privilégié qui permet la formation intégrale de ses membres et un service de grande importance en faveur de tous les hommes. Mais beaucoup de contestations entravent cette mission, dues à une laïcité mal comprise. Certains pensent que l’église veut instrumentaliser l’école à des fins religieuses et confessionnelles et alimentent le lit du fleuve protéique de mauvais aloi. D’où un appel à l’état pour suppléer à l’école catholique et la faire disparaître à jamais. Mais surtout le grand mal, c’est de l’affaiblir au niveau financier.
Malgré toutes ces déviances, l’école demeure un lieu d’humanisation pour l’assimilation de la culture. L’école est en effet, un lieu privilégié de promotion intégrale au moyen de l’approche vivante et vitale du patrimoine culturel. Elle doit inciter l’élève à l’exercice intellectuel en faisant appel au dynamisme de l’intelligence qui cherche à voir clair et à faire des découvertes, en lui faisant prendre conscience des expériences vécues et des certitudes acquises. L’école instruit pour éduquer, c’est-à-dire pour permettre à l’homme de s’épanouir, pour le libérer des conditionnements qui pourraient l’empêcher de vivre en homme autonome et responsable. Comme institution éducative, l’école doit se proposer comme fin de découvrir la dimension éthique de la culture en vue de promouvoir le dynamisme spirituel du sujet et d’aider celui-ci à atteindre la liberté morale qui suppose et perfectionne la liberté psychologique. Elle doit être en outre une communauté dans laquelle les valeurs se manifestent dans des rapports interpersonnels authentiques entre les divers membres qui la composent et dans l’adhésion non seulement individuelle, mais communautaire, à la vision de la réalité qui inspire l’école.
Eduquer à la paix, est donc la mission par excellence de l’école. Les dérives constatées ici et là ces dernières années dans nos écoles et universités n’invitent nullement à penser que les étudiants et élèves font la promotion de la paix. Et pourtant c’est dans le cadre formel de l’école que l’éducation à la paix a plus de chance de réussite. En effet, l’éducation à la paix peut se traduire par l’élaboration d’un programme à la fois global et bien circonscrit qui, tout en étant transdisciplinaire, puisse être enseigné comme un sujet distinct. L’éducation aux droits humains et à la démocratie doit systématiquement faire partie de l’éducation de base. C’est dès le début de l’éveil à la vie qu’il faut prendre conscience de l’incommensurabilité de cette vie humaine, fragile, mais infiniment précieuse.
La problématique de l’éducation à la paix
Depuis les 18 et 19 Septembre 2002, la Côte d’Ivoire est entrée en guerre et ce conflit armé a transformé ce pays en un véritable champ de bataille. Cette guerre a levé la semence de barbarie mais avec elle, les aspirations à la paix se sont faites profondes et profuses au point de nous persuader que les Ivoiriens aujourd’hui pensent à la paix. Or le tout n’est pas de penser à la paix, mais d’éduquer à la paix. La paix ne peut se penser indépendamment de la guerre, en dehors de toute opposition à elle. Le latin pax vient de pangere, fixer, enfoncer, planter, river, établir solidement et s’engager à, promettre, conclure un pacte. Le grec eiréné pourrait dériver de eirèn, un jeune homme qui peut parler dans les assemblées à Sparte. La définition grecque insiste particulièrement sur le sens moral, la paix comme calme de l’âme et de l’esprit.
Eduquer à la paix aujourd’hui dans nos écoles s’avère une nécessité et une urgence. La réalité de la violence à l’école n’est récente et nous constatons une certaine porosité entre l’école et la société. Du point de vue de la société ivoirienne, la violence trouve une de ces composantes dans le reflet d’une évolution sociale. Le contexte économique et social dans ses mutations et ses bouleversements n’est sans doute pas étranger à ce phénomène. Ainsi l’enfant scolarisé au XXIè siècle est porteur de l’empreinte de la société, il est également porteur de son histoire, familiale et culturelle ; il sait ce qu’est le chômage par exemple ; il connaît nombre de difficultés auxquelles est confronté son entourage, proche ou lointain ; il peut développer un sentiment de frustration face à la débauche de produits proposés par la société de consommation. Il ressort que tant dans la société qu’à l’école nous soyons entrés dans une « société de conflits ».
La violence à l’école est à mettre en parallèle avec les incivilités en général. L’historien René Rémond fait précisément remarquer que « la délinquance est devenue un problème de société. » Il voit l’incivilité comme « la rupture du pacte citoyen et le retour de la violence dans les rapports sociaux…l’individu accepte de plus en plus difficilement un minimum de règles. » Nous assistons, toujours, selon R. Rémond, à un glissement de la violence de la vie politique vers les rapports « ordinaires et interindividuels » ; ainsi les « secousses » et les rackets, par exemple, sont devenus un phénomène banal à l’intérieur des établissements scolaires. Latents ou développés, ces problèmes de violence sont de nature polymorphe. Face à ce constat, nous positionnant comme membre de la communauté éducative catholique d’une part et comme membre de la communauté humaine d’autre part, nous nous interrogeons sur ce phénomène qui touche tant les enfants que les adultes, et corrélativement sur la nature des relations entre les êtres humains en général sans distinction d’âge ou de sexe. Sur un plan global touchant l’ensemble de la société ou sur le plan spécifique de l’école, du collège ou du lycée, ces pratiques à caractère factuel nous paraissent inacceptables. Des relations harmonieuses entre les hommes, qui instaurent l’espace commun où il est possible de vivre ensemble de manière constructive et non plus destructive, semblent difficiles à établir. En effet, dans des situations de violence, de conflit ouvert, aucun espace de parole n’est plus accessible aux antagonistes.
Ce qui, dans l’histoire des hommes, est patent, c’est l’histoire des guerres plus que celle de la paix. Cependant, « il n’est personne qui veuille avoir la paix » écrit Saint Augustin ; « et ceux-là mêmes qui veulent avoir la guerre, ne veulent rien autre chose que vaincre ; il n’ont donc que le désir d’arriver par la guerre à une glorieuse paix. C’est donc en vue de la paix que se fait la guerre…la paix est donc la fin désirable de la guerre. » Parce que la paix et la guerre sont deux notions complémentaires, nous essayerons dans un premier temps de définir ce que nous entendons par éducation à la paix. Puis nous verrons les quelques propositions pour sa mise en œuvre dans le système éducatif ivoirien mais aussi les quelques difficultés qui entravent sa réalisation.
PERE AKE Patrice Jean, pakejean@hotmail.com
Moraliser le football 2
1. L’IMMORALITE DANS LE MONDE FOOTBALLISTIQUE(suite et fin)
Un document de 40 pages a été publié qui vise notamment à rendre moins opaque, les transferts de joueurs et à créer un réseau d’information mondial sur les questions relatives aux paris. « Il reste désormais à la FIFA à s’atteler à l’immense chantier qui représente leur application », dit ironiquement, un expert. Ainsi, la Fédération internationale et son président ne sont pas épargnés par les critiques.
Le magazine Capital de juin 2006 a révélé les dépenses somptuaires engagées par le président Blatter. Elles ont consisté en la construction d’un nouveau siège de l’organisation à Zurich pour 130 millions d’euros, une « sauterie » en septembre 2005 de 1500 invités à Marrakech pour 10 millions d’euros, un dîner gala servi à 1000 invités au château de Chantilly et cinq jours de festivités pour le centenaire de la FIFA en mai 2004 ainsi qu’une facture de 5 millions d’euros. Quant aux voyages du président, ils ont coûté 14 millions d’euros à la FIFA en 2005. Ainsi, au regard de tout ce que nous venons de dire, l’argent gangrène le football mondial et cela nous conduit à un certain immoralisme. Mais nous ne voulons pas désespérer car comme le souligne excellemment Albert Camus, ce milieu peut nous apprendre l’éthique.
2. Les valeurs et l’éthique du football.
Aujourd’hui le football revêt une importance majeure dans la vie de millions d’individus de par le monde, et il a souvent un effet majeur sur la culture dans laquelle il s’inscrit, ainsi que sur la vie des personnes. Les footballeurs comme Didier Drogba, notre compatriote, par leur courage et leur envie de vaincre sont montrés comme des modèle à imiter. Etant donné cette relation entre le football et l’éthique, le monde footballistique peut offrir aux théoriciens de la morale, un domaine d’étude fascinant, instructif, et constituer pour des personnes du monde entier une source de valeurs, influente, même si elle n’est pas toujours admirable.
Même si nous avions souligné dans notre premier axe de réflexion que le football soulevait des questions d’ordre éthique importantes et complexes, il s’agit à présent de relever que le football est moralement bon, que ce sport révèle des valeurs positives et ces valeurs ont partie liée avec la culture. Par exemple pour cette coupe du monde 2006 en Allemagne, la FIFA et l’UNICEF ont choisi de s’unir autour d’un nouveau mot d’ordre : « Unis pour les enfants, unis pour la paix ». Le but de cette campagne est de faire comprendre au plus grand nombre que l’avenir de la paix passera nécessairement par les enfants et que le football a la capacité de les guider vers un développement harmonieux. L’accent est mis sur les joueurs, mais aussi sur le football en tant que médium global. En effet, seul un sport de masse comme le football peut aujourd’hui délivrer de grands messages universels sur la tolérance, la non violence et la paix. En plus des diverses actions programmées tout au long de la Coupe du Monde de la FIFA 2006, la FIFA et l’UNICEF ont édité ensemble une brochure destinée aux entraîneurs, afin de leur apprendre à mieux gérer la violence chez les plus jeunes. Coaching Boys into Men se propose d’aider les entraîneurs du monde entier à donner le bon exemple à leurs joueurs, en insistant sur des notions essentielles telles que le flair play. Le document trace une comparaison audacieuse entre les valeurs propres à toutes les grandes équipes, l’intégrité, la sportivité, la discipline, l’esprit d’équipe et le respect, et celles qui gouvernent les rapports au sein de toute communauté prospère. En outre, le texte met l’accent sur les « moments d’éducation » : une série de scénarios réalistes qui illustrent parfaitement les grands thèmes de la campagne. On y apprend l’importance d’avoir un modèle positif et du respect mutuel, mais on y insiste également sur la nécessité de prévenir la violence et de rappeler que force et violence sont deux choses totalement différentes. Ces éléments devraient permettre à l’association entre la FIFA et l’UNICEF de se poursuivre bien au-delà de la Coupe du Monde de la FIFA 2006 et de se faire entendre partout dans le monde. Le football, à tous les niveaux, de l’élite aux championnats amateurs, va se mobiliser autour de cette initiative.
Moraliser le football 1
1. L’IMMORALITE DANS LE MONDE FOOTBALLISTIQUE(suite)
Aucun pays n’échappe aux prédateurs. En Allemagne, une trentaine de prévenus, d’arbitres, de joueurs et d’organisateurs de paris ont comparu en justice en octobre 2005, accusés d’avoir «arrangé » des matchs. En Suisse, le Français Marc Roger, ex-président du club suisse Servette de Genève, accusé de banqueroute frauduleuse, de gestion déloyale et d’abus de confiance après la faillite du club, a été arrêté par la police genevoise.
En Belgique, la chaîne de télévision flamande VRT assure que des rencontres de la première division ont été truquées cette saison pour favoriser des paris sur Internet. Au Portugal, 25 personnes, dont le président de la ligue portugaise de football et 9 arbitres, ont été interpellées en 2004 dans le cadre d’une enquête menée à travers le pays sur un trafic d’influence présumé dans le milieu de l’arbitrage. En Grèce, le secrétaire d’Etat aux Sports, George Floridis, ne mâche pas ses mots, déclarant que «la pourriture du monde du football nécessite un profond bouleversement du système ». En Turquie, les matchs truqués sont périodiquement dénoncés par la presse. Et les scandales s’étendent à l’Asie.
Li Shufu, propriétaire du club chinois de Canton, a déclaré à la presse ceci : « Le foot chinois est sale. Il n’y a pas un seul match qui soit honnête. Nous avons dépensé des centaines de milliers d’yuans pour acheter les arbitres. » « Le Vietnam doit impérativement éradiquer la corruption dans le football s’il veut faire progresser ce sport », a averti Peter Velappan, secrétaire général de la Conférence asiatique de football (AFC). « Nous avons des expériences de ce type en Indonésie, en Malaisie, à Singapour. Maintenant, c’est la Chine et le Vietnam. », révèle-t-il.
En Amérique latine, la palme d’or revient au Brésil où la dette cumulée des clubs est estimée à peu près à 450 millions d’euros. La corruption ambiante fait peser un climat de suspicion sur l’ensemble du football et certaines frustrations de voir les clubs mal gérés. « Le football brésilien ne survit que grâce à un talent qui l’a conduit à cinq titres mondiaux », résume un journaliste brésilien.
En France, après l’histoire de la «caisse noire » de saint Etienne dans les années 70, les «affaires » sont aujourd’hui focalisées autour de deux grands clubs qui sont l’Olympique de Marseille (OM) et le Paris saint Germain (PSG). Concernant l’OM depuis l’ère Tapie – qui fut condamné par la justice pour sa gestion «trouble » du club -, les méthodes n’ont guère évolué. L’actuel actionnaire principal Robert-Louis Dreyfus vient d’être condamné à trois ans de prison avec sursis pour abus de biens sociaux, dans le procès des transferts suspects du club entre 1997 et 1999, tandis que l’ancien entraîneur Rolland Courbis était condamné à deux ans de prison ferme. A Paris, le club a été mis en examen dans le cadre de l’enquête sur une entente présumée illégale entre le PSG et l’équipementier Nike sur des compléments de salaires.
Quant à l’Afrique dans tout cela ? A part la formation du Togo qui a défrayé la chronique lors de la dernière coupe du monde Allemagne 2006, pour une question de primes de matchs impayées, toutes les équipes semblaient ne pas avoir de problèmes d’argent. Néanmoins de telles failles peuvent être exploitées lors des matchs de qualifications (3è match) par des pays prédateurs qui auraient besoin d’une équipe faible pour se qualifier. Ainsi par exemple, nos arbitres africains pourraient entrer dans l’œil du cyclone, si d’aventure ils étaient mal rémunérés par la FIFA. Nous ne parlerons pas de quelques sélectionneurs expatriés qui pourraient vendre les matchs à leurs compatriotes. Mais où la bât blesse, c’est la corruption qui gagne nos équipes africaines, où les joueurs eux-mêmes paient leur place dans la compétition en payant dirigeants et encadreurs. Certains en effet sont mieux payés que les derniers nommés. C’est ce qui explique tous ces tiraillements lors des classements des joueurs pour les matchs importants. Les places sont mis aux enchères.
En terminant cette partie, nous voudrions dire un mot sur les dépenses somptueuses de la FIFA. Selon Monsieur Sepp Blatter qui s’exprimait de la sorte, lors du 59è Congrès de la FIFA à Munich, le 8 juin 2006, « Le football est à la croisée des chemins, son succès fait aussi son malheur. »
Moraliser le football
La coupe du monde de football 2006 est à peine à sa troisième journée que déjà la plupart des équipes africaines sont en train de plier bagage pour rentrer à la maison. Le tirage au sort n’ayant pas été clément pour certaines nations africaines, nous ne nous attendions pas au miracle. Néanmoins, au vu de tous les matchs, nous avons parfois crié à l’injustice, quand les sifflets de arbitres sanctionnaient différemment les équipes africaines, européennes, asiatiques ou américaines. Lorsqu’une équipe africaine menait au score à la régulière, ou bien la mauvaise préparation physique ou morale ne lui permettait pas de maintenir un résultat, ou bien elle était rattrapée au score grâce au coup de pouce d’un arbitre qui soit faisait sortir un joueur, en mettant cette équipe déjà faible en infériorité numérique, soit il donnait un coup de pied à l’avantage de l’équipe la plus forte qui marquait un but. Tout cela permettait à l’équipe forte de revenir au score, voire même de prendre l’avantage au plan psychologique.
Quelqu’un ironisait en disant qu’aucune équipe africaine ne pouvait arriver au second tour, pour la simple raison que les arbitres avaient reçu des instructions très fermes à ce sujet : nos équipes n’avaient de supporters capables d’arriver à faire le plein des stades ; donc elles n’étaient rentables de ce point de vue. Tandis que les joueurs des nations comme le Japon, l’Australie, la Corée du Sud et même l’Arabie Saoudite étaient caressés dans le sens du poil sur le terrain par des arbitres véreux qui faussaient tous les résultats. Par conséquent, en plus de la nullité des entraîneurs étrangers à qui nos dirigeants africains versaient des salaires exorbitants qu’ils n’accepteraient jamais de donner à un africain, l’immoralité est en train de gagner du terrain dans le monde footballistique. Ainsi notre premier axe de réflexion insistera sur cet aspect de la question. Puis nous relèverons les valeurs du football et la moralité des règles. Enfin nous plaiderons pour une éthique du football dans notre troisième axe.
1. L’IMMORALITE DANS LE MONDE FOOTBALLISTIQUE
Si le monde actuel vit au rythme de la valeur Argent, celle-ci est largement partagée dans l’ensemble de toutes nos sociétés. Le football suscite toutes sortes de convoitises. Les « affaires » de corruption, de trucages de matchs, de malversations touchent tous les pays. La planète football ne tourne plus rond. La manne générée par ce sport suscite des envies : le chiffre d’affaires mondial du football est estimé par les experts à peu près à 12 milliards d’euros. Des scandales à répétition, assurément menacent ce sport.
Le président de la Fédération internationale de football (FIFA), Monsieur Sepp Blatter estime que la récente affaire de matchs arrangés qui secoue le championnat italien (le calcio) depuis plus d’un mois est « terrible », et qu’il s’agit du « plus important scandale de l’histoire du football. » « Comment est-ce possible que le football italien soit tombé si bas et que les dirigeants de clubs aient pu choisir les arbitres ? », s’est-il demandé dans une interview accordée au quotidien Corriere della Sera.
L’affaire révélée par la diffusion dans la presse de retransmission d’écoutes téléphoniques ordonnées par la justice, puis l’annonce de l’existence d’une vaste enquête judiciaire sur des matchs présumés truqués de la saison 2004-2005, et de paris clandestins impliquant notamment des joueurs de la Juventus de Turin, champion d’Italie cette saison, a pris des proportions considérables. Une quarantaine de personnes ont été convoquées pour interrogatoire, dont les arbitres, le directeur général de la Juventus, Luciano Moggi, qui depuis, a été limogé par la famille Agnelli, actionnaire majoritaire du club, l’industriel Diego Della Valle, patron des chaussures Tod’s et président de la Fiorentina, et l’ex-président de la Fédération italienne Franco Carraro. Quatre grands clubs (Juventus, Ac Milan, Fiorentina, Lazio de Rome) sont menacés de relégation administrative en division inférieure. Dejà, en 1990, les observateurs les plus attentifs avaient noté l’influence de la mafia sur le football italien, grâce en particulier aux paris clandestins du « Totonero » qui permet le blanchiment d’argent <<et rapporte plus d’argent à la Camorra que le « Totocalcio » à l’Etat>> écrivent Jean-Marie Brohm et Marc Perelmann dans leur livre Le football, une peste émotionnelle.
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