Source: http://jumpcgi.bger.ch/cgi-bin/JumpCGI?id=27.11.2012_4A_163/2012
Timestamp: 2013-12-12 06:31:28+00:00
Document Index: 288149653

Matched Legal Cases: ['art. 1', 'art. 1', 'art. 1', 'art. 76', 'art. 90', 'art. 72', 'art. 75', 'art. 74', 'art. 100', 'art. 42', 'ATF ', 'art. 1', 'art. 357', 'art. 357', 'art. 1', 'ATF ', 'art. 112', 'art. 357', 'art. 356', 'art. 356', 'art. 356', 'ATF ', 'art. 1', 'art. 1', 'art. 1', 'art. 1', 'art. 20', 'art. 357', 'art. 356', 'art. 356', 'art. 1', 'art. 357', 'ATF ', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 112', 'art. 112', 'art. 1', 'art. 112', 'ATF ', 'art. 112', 'ATF ', 'art. 112', 'art. 356', 'art. 356', 'ATF ', 'art. 356', 'ATF ', 'art. 356', 'art. 356', 'art. 356', 'art. 112', 'art. 1', 'art. 5', 'art. 5', 'art. 14', 'art. 357', 'art. 357', 'art. 357', 'art. 357', 'art. 2', 'art. 66', 'art. 65', 'art. 68']

A.________, repr�sent�e par Me Christian Bruchez,
recours contre l'arr�t de la Chambre des prud'hommes de la Cour de justice du canton de Gen�ve du 20 f�vrier 2012.
A.a X.________ SA est une entreprise active notamment dans le domaine du nettoyage d'avions; elle dispose d'une succursale � Gen�ve. Par "contrat de travail pour personnel auxiliaire", cette soci�t�, qui s'appelait alors Z.________ SA, a engag� A.________ en qualit� de nettoyeuse � partir du 1er janvier 1994. La dur�e hebdomadaire du travail �tait fix�e � 15 heures; le salaire horaire brut convenu s'�levait � 20 fr.
A partir d'une date ind�termin�e, A.________ a �t� amen�e � travailler environ 30 heures par semaine de mani�re r�guli�re. Tel �tait le cas entre janvier 2004 et juin 2009, p�riode pendant laquelle la nettoyeuse a accompli les heures de travail suivantes, y compris la nuit et le dimanche:
janvier � juin 2009 803,75 heures.
A.b X.________ SA et le Syndicat suisse des services publics (SSP) sont li�s par deux conventions collectives de travail, l'une relative au "personnel avec salaire mensuel" (ci-apr�s: CCT pour le personnel mensualis�; dite �galement CCT pour le personnel fixe) et l'autre concernant le "personnel auxiliaire" (ci-apr�s: CCT pour le personnel auxiliaire).
Selon l'art. 1 de la CCT pour le personnel mensualis�, celle-ci est applicable � tout le personnel de X.________ SA Gen�ve - sauf aux cadres (al. 3) - travaillant selon des horaires irr�guliers et avec un taux d'occupation d'au moins 50%; ce personnel re�oit un salaire mensuel (al. 1). L'art. 1 al. 2 de la CCT pour le personnel mensualis� pr�cise que les conditions de travail du personnel auxiliaire, r�mun�r� � l'heure, sont r�gl�es dans une convention collective s�par�e.
Selon l'art. 1 de la CCT pour le personnel auxiliaire, celle-ci s'applique � tout le personnel auxiliaire de X.________ SA Gen�ve; le personnel auxiliaire est r�mun�r� � l'heure, dans le cadre d'un contrat de dur�e ind�termin�e.
A.________ a toujours �t� r�mun�r�e � l'heure. Les augmentations de son salaire de base correspondent � chaque modification du salaire horaire de base pr�vu dans la CCT pour le personnel auxiliaire. Les heures de nuit et les heures du dimanche pay�es � la travailleuse ont �galement �t� augment�es en fonction des majorations pr�vues dans la CCT pour le personnel auxiliaire.
A.________ a adh�r� au SSP le 1er d�cembre 2008.
Par demande d�pos�e le 21 ao�t 2009, A.________ a ouvert action contre X.________ SA en paiement de la somme brute de 82'160 fr.55 plus int�r�ts. Ce montant se d�composait, d'une part, en une pr�tention de 69'926 fr. � titre de diff�rence entre le salaire per�u de janvier 2004 � juin 2009 et le salaire calcul� conform�ment � la CCT pour le personnel mensualis� et, d'autre part, en une cr�ance de 12'234 fr.55 � titre de solde de salaire aff�rent aux vacances. Par la suite, A.________ a rectifi� et amplifi� ses conclusions, r�clamant d�sormais 80'807 fr. � titre de solde de salaire de 2004 � 2009 et 4'607 fr.55 � titre de solde de salaire aff�rent aux vacances.
X.________ SA a reconnu devoir � A.________ une somme de 2'401 fr.05 � titre de solde de salaire aff�rent aux vacances; elle a conclu au rejet de la demande pour le surplus.
Par jugement du 19 juillet 2010, le Tribunal des prud'hommes du canton de Gen�ve a condamn� X.________ SA � payer � A.________ la somme de 2'401 fr.05 avec int�r�ts � 5% d�s le 30 septembre 2006, invit� la partie qui en a la charge � op�rer les d�ductions sociales usuelles et d�bout� les parties de toute autre conclusion.
Statuant le 20 f�vrier 2012 sur appel de A.________, la Chambre des prud'hommes de la Cour de justice du canton de Gen�ve a confirm� le jugement de premi�re instance.
A.________ interjette un recours en mati�re civile. A titre principal, elle demande au Tribunal f�d�ral de condamner X.________ SA � lui verser les montants de 5'798 fr.35 avec int�r�ts � 5% d�s le 15 octobre 2004, 13'570 fr.80 avec int�r�ts � 5% d�s le 30 juin 2005, 15'351 fr.50 avec int�r�ts � 5% d�s le 30 juin 2006, 15'285 fr.95 avec int�r�ts � 5% d�s le 30 juin 2007, 14'422 fr.10 avec int�r�ts � 5% d�s le 30 juin 2008, 7'974 fr.45 avec int�r�ts � 5% d�s le 31 mars 2009, soit un total en capital de 72'403 fr.15. La recourante conclut au surplus � la confirmation de la condamnation de X.________ SA au paiement du montant de 2'401 fr.05 avec int�r�ts � 5% d�s le 30 septembre 2006. A titre subsidiaire, elle demande le renvoi de la cause � la cour cantonale pour nouvelle d�cision dans le sens des consid�rants du Tribunal f�d�ral.
Dans sa r�ponse, X.________ SA propose le rejet du recours.
La recourante a d�pos� des observations, suivies d'une ultime prise de position de l'intim�e.
1.1 Interjet� par la partie qui a largement succomb� dans ses conclusions en paiement (art. 76 al. 1 LTF) et dirig� contre un arr�t final (art. 90 LTF) rendu en mati�re civile (art. 72 al. 1 LTF) par une autorit� cantonale de derni�re instance (art. 75 LTF) dans une affaire p�cuniaire en mati�re de droit du travail dont la valeur litigieuse atteint le seuil de 15'000 fr. (art. 74 al. 1 let. a LTF), le recours est en principe recevable puisqu'il a �t� d�pos� dans le d�lai (art. 100 LTF) et la forme (art. 42 LTF) pr�vus par la loi.
Le solde de salaire aff�rent aux vacances n'est pas litigieux devant le Tribunal f�d�ral de sorte qu'il n'y a pas lieu d'examiner ce point.
A ce stade, le litige porte sur la question de savoir si la recourante peut pr�tendre au salaire pr�vu dans la CCT pour le personnel mensualis�.
3.1 La cour cantonale a relev� que tant la CCT pour le personnel mensualis� que la CCT pour le personnel auxiliaire pr�voyaient de s'appliquer � tous les employ�s, ind�pendamment d'une affiliation syndicale (clause d'�galit� de traitement ou clause d'extension). Rappelant la jurisprudence du Tribunal f�d�ral (ATF 123 III 129), la Chambre des prud'hommes a expos� qu'une telle clause ne fondait aucune pr�tention civile du travailleur non syndiqu� envers l'employeur. Il �tait toutefois loisible aux parties au contrat de travail d'incorporer la CCT dans ledit contrat par une manifestation de leur volont� r�ciproque et concordante, f�t-elle tacite. Dans le cas particulier, les juges genevois ont admis que la recourante et l'intim�e avaient incorpor� tacitement la CCT pour le personnel auxiliaire au contrat de travail, de sorte que la CCT pour le personnel mensualis� ne s'appliquait pas.
3.2 La recourante reprend en premier lieu la constatation de l'arr�t attaqu� selon laquelle elle a travaill� en moyenne 30 heures par semaine durant toute la p�riode litigieuse; elle observe que cette dur�e repr�sente un taux d'occupation sup�rieur � 50% au sens de l'art. 1 al. 1 de la CCT pour le personnel mensualis�.
Ceci pos�, la recourante ne conteste pas que les parties au litige ont incorpor� au contrat de travail la CCT pour le personnel auxiliaire. Elle fait valoir toutefois que ce faisant, les parties ont d�rog� contractuellement aux clauses normatives de la CCT pour le personnel mensualis� au d�triment de la salari�e, ce qui rend l'accord nul en vertu de l'art. 357 al. 2 CO. Invoquant l'art. 357 al. 1 CO, la recourante est d'avis que la CCT pour le personnel mensualis� s'applique directement et imp�rativement aux rapports de travail entre l'intim�e et elle-m�me, car les parties sont li�es par cette convention. Elle distingue deux p�riodes � cet �gard: � partir du 1er d�cembre 2008, la travailleuse est li�e parce qu'elle est devenue membre du syndicat signataire de la convention pass�e avec l'employeur signataire; pour la p�riode ant�rieure, la recourante se pr�vaut de la clause d'�galit� de traitement (ou clause d'extension) contenue � l'art. 1 al. 1 de la CCT pour le personnel mensualis�, laquelle pr�voit que la convention s'applique � tout le personnel. Sans remettre en cause la jurisprudence publi�e aux ATF 123 III 129, la recourante est d'avis que la situation est diff�rente dans le cas pr�sent, d�s lors que la CCT a �t� sign�e par l'employeur lui-m�me, et non par une association d'employeurs; elle en d�duit qu'elle peut fonder ses pr�tentions sur les clauses normatives de la CCT pour le personnel mensualis�, dont celles relatives au salaire, sur la base d'une stipulation pour autrui parfaite (art. 112 al. 2 CO).
La question de savoir si les parties sont li�es par l'une ou l'autre des CCT pass�es entre l'employeur et le SSP ne doit pas �tre confondue avec celle du champ d'application respectif desdites conventions (cf. ULLIN STREIFF/ADRIAN VON KAENEL/ROGER RUDOLPH, Arbeitsvertrag: Praxiskommentar zu Art. 319-362 OR, 7e �d. 2012, n� 5 ad art. 357 CO, p. 1470). Avant toute chose, il convient donc de d�terminer si, comme elle le pr�tend, la recourante entre dans le champ d'application personnel de la CCT pour le personnel mensualis�. En effet, si la r�ponse � cette question devait �tre n�gative, la recourante ne pourrait pas, en tout �tat de cause, fonder sa pr�tention sur ladite convention.
4.1 Chaque convention collective d�finit son propre champ d'application, notamment personnel. Ainsi, certaines cat�gories de travailleurs, comme les cadres par exemple, peuvent �tre exclues du champ d'application de la convention collective ou soumises � des r�gles diff�rentes (CHRISTIAN BRUCHEZ, L'art. 356 CO, in ANDERMATT ET AL., Droit collectif du travail, 2010, n� 78 et n� 80, p. 181 s.; FRANK VISCHER/ANDREAS C. ALBRECHT, Z�rcher Kommentar, 4e �d. 2006, n� 8 ad art. 356b CO; JEAN-FRITZ ST�CKLI, Berner Kommentar, 1999, n� 58 ad art. 356 CO).
Lorsqu'il s'agit de d�terminer si une convention collective s'applique � une cat�gorie de travailleurs, les clauses conventionnelles s'interpr�tent selon les m�thodes applicables aux lois. D'apr�s la jurisprudence, la loi s'interpr�te en premier lieu selon sa lettre (interpr�tation litt�rale). On peut cependant s'�carter de cette interpr�tation s'il y a des raisons s�rieuses de penser que le texte de la loi ne refl�te pas la volont� r�elle du l�gislateur; de tels motifs peuvent d�couler des travaux pr�paratoires, du but et du sens de la disposition, ainsi que de la syst�matique de la loi. Lorsque plusieurs interpr�tations sont possibles, il convient de rechercher quelle est la v�ritable port�e de la norme, en la d�gageant de tous les �l�ments � consid�rer, soit notamment des travaux pr�paratoires, du but de la r�gle, de son esprit, ainsi que des valeurs sur lesquelles elle repose ou encore de sa relation avec d'autres dispositions; le Tribunal f�d�ral ne privil�gie aucune m�thode d'interpr�tation, mais s'inspire d'un pluralisme pragmatique. Dans le domaine de l'interpr�tation des dispositions normatives d'une convention collective, le Tribunal f�d�ral a pr�cis� que la distinction entre les r�gles sur l'interpr�tation des lois et les r�gles sur l'interpr�tation des contrats ne doit pas �tre exag�r�e; la volont� des cocontractants et ce que l'on peut comprendre selon le principe de la bonne foi constituent �galement des moyens d'interpr�tation (ATF 136 III 283 consid. 2.3.1 p. 284; 133 III 213 consid. 5.2 p. 218).
Par ailleurs, en vertu du principe de l'unit� du contrat de travail, un travailleur ne peut �tre soumis qu'� une seule convention collective, sauf si la compl�mentarit� entre plusieurs conventions collectives est express�ment pr�vue ou qu'elle r�sulte des circonstances (BRUCHEZ, op. cit., n� 81, p. 182; R�MY WYLER, Droit du travail, 2e �d. 2008, p. 700).
4.2 L'intim�e et le SSP ont conclu deux conventions dites d'entreprise, l'une concernant le personnel fixe et l'autre relative au personnel auxiliaire. Il n'est pas contest� que ces deux conventions collectives ne sont pas compl�mentaires. L'art. 1 al. 2 de la CCT pour le personnel mensualis� pr�cise d'ailleurs que les conditions de travail du personnel auxiliaire sont r�gl�es dans une CCT s�par�e. Par cons�quent, seule l'une des deux conventions pr�cit�es est, le cas �ch�ant, applicable � la recourante.
Tout d'abord, il convient de constater que l'activit� exerc�e dans l'entreprise ne constitue pas en l'occurrence un crit�re de distinction entre personnel mensualis� et personnel auxiliaire. En effet, un nettoyeur ou une nettoyeuse n'entre pas n�cessairement dans la cat�gorie des auxiliaires, puisque cette fonction figure dans l'annexe � la CCT pour le personnel mensualis� fixant les salaires mensuels bruts.
Selon son art. 1, la CCT pour le personnel auxiliaire s'applique � tout le personnel auxiliaire de l'entreprise; celui-ci est r�mun�r� � l'heure, dans le cadre d'un contrat de dur�e ind�termin�e. Selon son art. 1 al. 1, la CCT pour le personnel mensualis� s'applique � tout le personnel travaillant selon des horaires irr�guliers et occup� � un taux d'au moins 50%, exception faite des cadres (al. 3); ce personnel re�oit un salaire mensuel. Ces deux dispositions, qui d�finissent le champ d'application respectif de chaque convention, sont articul�es de la m�me mani�re: le mode de r�mun�ration y appara�t comme la cons�quence de l'attribution dans l'une ou l'autre des cat�gories de personnel, et non comme une partie de la d�finition du personnel auxiliaire ou mensualis�.
La CCT pour le personnel auxiliaire ne pr�cise pas ce qu'il faut entendre par auxiliaire. En revanche, l'art. 1 al. 1 de la CCT pour le personnel mensualis� contient deux �l�ments d�finissant le personnel fixe: des horaires irr�guliers et un taux d'occupation d'au moins 50%. Il faut toutefois relever � ce sujet que le type d'activit� en cause - le nettoyage d'avions - ne se pr�te gu�re � des horaires r�guliers. Du reste, il ressort de l'�tat de fait �tabli par la cour cantonale que la recourante et ses coll�gues dans la m�me situation, consid�r�s comme des auxiliaires par l'intim�e, avaient un horaire de travail fix� chaque mois, ce qui implique qu'il n'�tait pas r�gulier, et que le planning pr��tabli �tait modifi� en cas de perturbations dans les vols pr�vus. L'irr�gularit� des horaires ne permet ainsi pas de diff�rencier le personnel mensualis� du personnel auxiliaire. Le seul crit�re de distinction ressortant de la CCT pour le personnel mensualis� est d�s lors un taux d'occupation �gal ou sup�rieur � 50%, �tant pr�cis� qu'un travail � mi-temps correspond � 20 heures en moyenne par semaine sur une p�riode de 13 semaines (cf. art. 20 al. 2 de la CCT pour le personnel mensualis�).
En r�sum�, il ressort de l'interpr�tation litt�rale de la CCT pour le personnel mensualis� et de la CCT pour le personnel auxiliaire qu'il existe deux cat�gories de personnel, les cadres mis � part, et que le crit�re de distinction r�side dans le taux d'occupation. Aucun �l�ment de l'arr�t attaqu� ne laisse appara�tre que cette conclusion ne correspond pas � la volont� des parties contractantes aux deux conventions collectives pr�cit�es.
4.3 La recourante a �t� engag�e comme nettoyeuse auxiliaire. A l'origine, la dur�e contractuelle du travail �tait fix�e � 15 heures par semaine. Pendant la p�riode litigieuse, la travailleuse a accompli en moyenne environ 30 heures par semaine. Selon les constatations de l'arr�t attaqu�, qui lient le Tribunal f�d�ral, les parties au contrat de travail avaient en effet modifi� par actes concluants la dur�e de travail initialement convenue.
En augmentant contractuellement la dur�e du travail hebdomadaire � plus de 20 heures, les parties ont fait entrer la relation de travail dans le champ d'application personnel de la CCT pour le personnel mensualis�. A supposer que les autres conditions mises � l'application de cette convention collective soient r�unies, la recourante peut s'en pr�valoir.
Il convient � pr�sent d'examiner si la CCT pour le personnel mensualis� est applicable � la relation de travail liant les parties et, en particulier, si la recourante peut fonder sa pr�tention salariale sur cette convention collective pour la p�riode ant�rieure � son adh�sion au syndicat.
5.1 Selon l'art. 357 al. 1 CO, les clauses normatives de la convention collective de travail - dont notamment celles relatives au salaire - n'ont en principe d'effet direct et imp�ratif qu'envers les employeurs et travailleurs qu'elles lient, c'est-�-dire les employeurs qui sont personnellement parties � la convention, les employeurs et les travailleurs qui sont membres d'une association contractante (art. 356 al. 1 CO), ou encore les employeurs et les travailleurs qui ont d�clar� se soumettre individuellement � la convention (art. 356b al. 1 CO). En outre, le champ d'application de la CCT peut �tre �tendu par d�cision d'une autorit� cantonale ou f�d�rale (art. 1 de la loi f�d�rale du 28 septembre 1956 permettant d'�tendre le champ d'application de la convention collective de travail [LECCT; RS 221.215.311]); en ce cas, les clauses conventionnelles s'appliquent �galement aux employeurs et travailleurs auxquels elle est �tendue. En tant qu'ils d�rogent � des clauses imp�ratives, les accords entre employeurs et travailleurs li�s par la CCT sont nuls et remplac�s par ces clauses, sauf si les d�rogations sont stipul�es en faveur des travailleurs (art. 357 al. 2 CO).
Par ailleurs, un employeur, li� ou non, peut convenir avec un travailleur non li� d'incorporer la CCT dans le contrat individuel de travail; il faut que les parties manifestent, f�t-ce tacitement, la volont� r�ciproque et concordante de le faire. La CCT ne produit alors pas directement un effet normatif puisque l'employeur conserve, en principe, la facult� de r�silier le contrat de travail et d'en conclure un nouveau qui d�roge aux clauses normatives de la convention en d�faveur du travailleur. Le travailleur peut n�anmoins exiger le respect de la CCT en r�clamant l'ex�cution des clauses de son contrat de travail qui reprennent les dispositions conventionnelles (effets dits indirects de la CCT; ATF 123 III 129 consid. 3c p. 135).
Un autre cas de figure se pr�sente lorsque la convention collective de travail contient une clause faisant obligation aux employeurs li�s par elle d'appliquer ses dispositions normatives � tous leurs employ�s, qu'ils soient membres d'une association de travailleurs ou non (clause d'�galit� de traitement ou clause d'extension). Selon la jurisprudence, le travailleur non organis� ne peut d�duire d'une telle clause aucune pr�tention civile � l'encontre de l'employeur, qui n'engage sa responsabilit� qu'envers les parties � la CCT s'il n'applique pas la clause d'�galit� de traitement (ATF 81 I 1 consid. 4 p. 3 ss; 123 III 129 consid. 3 p. 131 ss). Dans le dernier arr�t cit�, le Tribunal f�d�ral a refus� de remettre en cause le principe pos� dans le premier arr�t, lequel se fonde sur le texte l�gal et sur la volont� exprim�e en son temps par le l�gislateur f�d�ral (ATF 123 III 129 consid. 3b/aa p. 133); en particulier, il a rejet� l'argument tir� de l'art. 112 al. 2 CO relatif � la stipulation pour autrui parfaite, en pr�cisant qu'il ne s'agissait que d'une pr�sentation diff�rente du grief touchant la port�e des clauses d'�galit� de traitement et que, de toute mani�re, une stipulation pour autrui parfaite ne conf�rait pas au travailleur le droit d'actionner directement son employeur puisque que celui-ci n'est pas une "partie" au sens de l'art. 112 al. 2 CO (m�me arr�t consid. 3d p. 136).
5.2 L'art. 1 al. 1 de la CCT pour le personnel mensualis� contient une clause d'�galit� de traitement en tant qu'il pr�voit que la convention collective de travail s'applique � "tout le personnel de l'entreprise", ind�pendamment d'une appartenance au syndicat signataire. Contrairement aux cas envisag�s dans les deux arr�ts cit�s plus haut (consid. 5.1), la CCT en cause est une convention collective d'entreprise, c'est-�-dire qu'elle a �t� conclue par l'employeur lui-m�me, et non par une association d'employeurs. Il y a lieu de rechercher si, comme la recourante le pr�tend, cette circonstance a une incidence sur l'issue de la cause.
La clause d'�galit� de traitement (ou d'extension) contenue dans une CCT s'analyse juridiquement comme une stipulation pour autrui en faveur des travailleurs non syndiqu�s (PETER KREIS, Der Anschluss eines Aussenseiters an den Gesamtarbeitsvertrag, 1973, p. 46). La stipulation pour autrui, au sens de l'art. 112 CO, est une convention par laquelle un sujet, le stipulant, se fait promettre par un autre, le promettant, une prestation en faveur d'un tiers, le b�n�ficiaire (ATF 117 II 315 consid. 5d p. 320). L'art. 112 CO distingue la stipulation pour autrui imparfaite (al. 1) de la stipulation pour autrui parfaite (al. 2 et 3). Dans la premi�re, le b�n�ficiaire est uniquement destinataire de la prestation et seul le stipulant peut agir contre le promettant. En revanche, dans la seconde, stipulant et promettant accordent au tiers le droit d'exiger directement la prestation et, le cas �ch�ant, d'actionner le promettant (arr�t 4A_627/2011 du 8 mars 2012 consid. 3.5.1; PIERRE ENGEL, Trait� des obligations en droit suisse, 2e �d. 1997, p. 419 s.). La stipulation pour autrui parfaite ne se pr�sume pas (ATF 123 III 129 consid. 3d p. 136). Elle peut r�sulter des manifestations de volont� concordantes des parties ou de l'usage (art. 112 al. 2 CO; arr�t pr�cit� du 8 mars 2012 consid. 3.5.1).
Lorsqu'une convention collective de travail pass�e par des associations contient une clause d'extension, celle-ci n'est pas de nature normative, mais obligationnelle (VISCHER/ALBRECHT, op. cit., n� 23 ad art. 356b CO; ST�CKLI, op. cit., n� 16 ad art. 356b CO; ESTHER ANNAHEIM-B�TTIKER, Die Stellung des Aussenseiter-Arbeitnehmers im System des Gesamtarbeitsvertragsrecht, 1990, p. 12; KREIS, op. cit., p. 47). La clause d'extension concerne uniquement les droits et obligations des parties � la convention. Le travailleur non li� cens� b�n�ficier de la CCT ne dispose d'aucun moyen direct de faire respecter la convention � son �gard (stipulation pour autrui imparfaite); il peut uniquement demander que les parties � la CCT interviennent aupr�s de l'employeur li� (cf. ATF 81 I 1 consid. 4 p. 4; 123 III 129 consid. 3a p. 132; VISCHER/ALBRECHT, op. cit., n� 23 ad art. 356b CO; KREIS, op. cit., p. 47).
Il est toutefois possible, dans certains cas, que la clause d'�galit� s'interpr�te comme une stipulation pour autrui parfaite; le travailleur non organis� dispose alors d'un droit propre, mais uniquement contre l'association patronale signataire de la convention, afin qu'elle agisse aupr�s de son membre (cf. ATF 123 III 129 consid. 3d p. 136; VISCHER/ALBRECHT, op. cit., n� 23 ad art. 356b CO; ST�CKLI, op. cit., n� 16 ad art. 356b CO; KREIS, op. cit., p. 47).
Lorsque la clause d'extension figure dans une convention collective d'entreprise, le promettant n'est pas une association d'employeurs, mais bien l'employeur lui-m�me. Si la volont� des parties � la convention est d'accorder un droit propre au travailleur non syndiqu�, rien n'emp�che ce dernier, en ce cas, d'agir directement contre l'employeur pour obtenir le respect de la CCT (cf. VISCHER/ALBRECHT, op. cit., n� 23 ad art. 356b CO; THOMAS GEISER, Probleme des Gesamtarbeitsvertragsrechts in der Schweiz, ARV/DTA 2004 p. 139).
5.3 Pour d�terminer si la stipulation pour autrui contient un droit en faveur du tiers b�n�ficiaire, il y a lieu d'interpr�ter avant tout la volont� des parties, ce qui suppose de prendre en consid�ration toutes les circonstances de l'esp�ce, dont en particulier les termes utilis�s (GONZENBACH/ZELLWEGER/GUTKNECHT, in Basler Kommentar, Obligationenrecht I, 5e �d. 2012, n� 9 ad art. 112 CO).
En l'esp�ce, la CCT pour le personnel mensualis� indique clairement qu'elle s'applique sans r�serve � tout le personnel de l'entreprise remplissant les conditions pos�es, cadres mis � part (art. 1). En outre, l'art. 5 al. 1 CCT pr�voit le pr�l�vement d'une participation aux frais d'ex�cution de la convention collective sur les salaires de tous les travailleurs soumis � ladite convention, �tant pr�cis� que cette participation sera restitu�e par le syndicat signataire aux salari�s membres de l'association (art. 5 al. 3 CCT). Les travailleurs non organis�s participent donc � la m�me hauteur que les employ�s syndiqu�s aux frais d'ex�cution de la CCT. Enfin, l'art. 14 al. 2 CCT pr�voit que la convention et ses annexes font partie int�grante du contrat de travail. Il faut y voir la volont� des parties � la convention collective de n'op�rer aucune distinction entre travailleurs syndiqu�s et non syndiqu�s et, en particulier, de leur accorder les m�mes droits. Il s'ensuit que la clause d'�galit� de traitement figurant dans la CCT pour le personnel mensualis� doit �tre interpr�t�e comme une stipulation pour autrui parfaite en faveur des travailleurs non syndiqu�s qui remplissent les conditions personnelles mises � l'application de la convention.
5.4 Avant le 1er d�cembre 2008, la recourante n'�tait pas membre du SSP. Comme on l'a vu (consid. 4.3), elle entre par ailleurs dans le champ d'application personnel de la CCT pour le personnel mensualis�. Pour la p�riode de janvier 2004 � novembre 2008, elle dispose en principe envers l'intim�e d'une pr�tention salariale fond�e sur ladite convention en vertu d'une stipulation pour autrui parfaite.
Cependant, d'apr�s les constatations de la cour cantonale, les parties ont manifest� tacitement leur volont� r�ciproque et concordante d'incorporer la CCT pour le personnel auxiliaire dans le contrat de travail individuel. Il convient � pr�sent d'examiner l'�ventuelle incidence de cette incorporation.
Le travailleur non li� qui peut se pr�valoir d'une CCT � la suite d'une incorporation de la convention dans le contrat de travail dispose d'une obligation de nature contractuelle (cf. consid. 5.1). Invoquant l'art. 357 al. 2 CO, la recourante voudrait que cet accord des parties soit �cart� au b�n�fice de la CCT pour le personnel mensualis�. Selon la disposition susmentionn�e, les accords entre employeur et travailleur li�s par la convention qui d�rogent � des clauses imp�ratives de celle-ci sont nuls et remplac�s par ces clauses, sauf si les d�rogations sont stipul�es en faveur du travailleur (principe de la clause la plus favorable; cf. ULLIN STREIFF/ADRIAN VON KAENEL/ROGER RUDOPLH, op. cit., n� 3 ad art. 357 CO, p. 1467). On peut se demander si le travailleur non syndiqu� dont les droits d�coulent d'une stipulation pour autrui parfaite est li� au sens de l'art. 357 al. 2 CO. La r�ponse � cette question importe toutefois peu. En effet, s'il ne s'applique pas directement, l'art. 357 al. 2 CO s'applique du moins par analogie. En effet, en vertu des r�gles de la bonne foi (art. 2 al. 1 CC), l'employeur ne peut pas, par une stipulation pour autrui parfaite, accorder aux travailleurs non organis�s des droits tir�s d'une convention collective et, par ailleurs, limiter ces droits par le biais d'un accord contractuel, par exemple en incorporant au contrat de travail les dispositions moins favorables d'une autre convention.
Il s'ensuit que la recourante peut fonder ses pr�tentions salariales pour la p�riode de janvier 2004 � novembre 2008 sur la CCT pour le personnel mensualis�.
5.5 Il en va a fortiori de m�me pour la p�riode de d�cembre 2008 � juin 2009, pendant laquelle la recourante �tait li�e par la CCT pour le personnel mensualis� en tant que membre du syndicat signataire.
Sur le vu de ce qui pr�c�de, il y a lieu d'admettre le recours et d'annuler l'arr�t attaqu� en tant qu'il confirme le rejet des pr�tentions salariales de la recourante fond�es sur la CCT pour le personnel mensualis�.
La cour de c�ans ne dispose pas de tous les �l�ments de fait permettant de statuer sur la pr�tention de la recourante. Par cons�quent, la cause sera renvoy�e � la cour cantonale afin qu'elle �tablisse, sur la base de la CCT pour le personnel mensualis�, le montant du salaire de la recourante de janvier 2004 � juin 2009 et fixe le solde d� par l'intim�e.
L'intim�e, qui succombe, prendra � sa charge les frais judiciaires (art. 66 al. 1 LTF), dont le montant ne sera pas r�duit puisque la valeur litigieuse est sup�rieure � 30'000 fr. (cf. art. 65 al. 4 let. c LTF). En outre, elle versera des d�pens � la recourante (art. 68 al. 1 et 2 LTF).
Le recours est admis et l'arr�t attaqu� est annul� en tant qu'il confirme le jugement du Tribunal des prud'hommes d�boutant la recourante de toute conclusion autre que celle qui porte sur le solde de salaire aff�rent aux vacances.
La cause est renvoy�e � la cour cantonale pour nouvelle d�cision dans le sens des consid�rants.