Source: https://scoms.hypotheses.org/category/data-mining
Timestamp: 2018-05-21 02:52:26+00:00
Document Index: 303702407

Matched Legal Cases: ['art. 14', 'art. 5', 'art. 9', 'art. 8', 'art. 8', 'art. 8', 'art. 8']

Data-mining | Sciences communes
Archives pour la catégorie Data-mining
mai 10, 2017 Data-mining, Ouverture des données scientifiquesPierre-Carl Langlais
L’information vient d’être relayée sur Twitter (et n’a apparemment pas encore fait l’objet de publication par ailleurs) : le conseil d’État a rejeté le décret encadrant l’exception au droit d’auteur pour la fouille de texte et de données (Text & Data Mining) à des fins scientifiques.
Ce rejet n’est pas définitif : la loi prévoit de toute manière un décret (« Un décret fixe les conditions dans lesquelles l’exploration des textes et des données est mise en œuvre »). En attendant, cela limite considérablement l’application concrète de l’exception.
Que peut-on faire en attendant ?
Le principe de base demeure : il n’est pas illégal, au regard du code de la propriété intellectuelle, de constituer des « copies ou reproductions numériques réalisées à partir d’une source licite, en vue de l’exploration de textes et de données incluses ou associées aux écrits scientifiques pour les besoins de la recherche publique, à l’exclusion de toute finalité commerciale. »
Par exemple, j’ai extrait automatiquement plusieurs centaines articles de presse pour un projet de recherche sur le débat européen autour de la Liberté de panorama (notamment à partir de la base de données Europresse, à laquelle mon université est abonnée). J’étais alors potentiellement dans l’illégalité si je n’en faisais pas un usage strictement privé (par exemple en communiquant les copies à des collaborateurs). Aujourd’hui ce ne serait a priori plus le cas.
Par contre, en l’absence de décret d’application, les propriétaires des contenus ne sont tenus en rien de fournir ces corpus aux chercheurs ; ils ont même toute latitude de bloquer les extractions automatiques (en invoquant la nécessité de « protéger » le site des requêtes excessives). En somme, l’exception lève le risque juridique lié à l’utilisation de copies licites pour la fouille de donnée ; elle ne permet pas de récupérer ces copies (qui requièrent des arrangements contractuels au cas par cas).
Que prévoyait le décret ?
Le décret d’application visait à corriger cette déficience. La dernière version en date (republiée pour l’occasion sur Sciences Communes) correspond à un texte de compromis. La préservation de la « sécurité » des infrastructures face à des requêtes multiples ne peut servir d’argument pour entraver excessivement l’extraction : les détenteurs des droits (généralement des éditeurs) peuvent « appliquer des mesures destinées à assurer la sécurité, la stabilité et l’intégrité des réseaux et bases de données, dès lors qu’elles n’excèdent pas ce qui est nécessaire pour atteindre ces objectifs ».
Les établissements de recherche sont de plus habilités à conserver « sans limitation de durée les copies techniques produites dans le cadre de l’exploration de textes et de données ». L’objectif est d’éviter de mener d’effectuer des extractions multiples (alors que des corpus peuvent avoir déjà été constitués).
Qu’est-ce qui va suivre ?
Pour l’instant, l’argumentaire du Conseil d’État n’a pas encore été publié. Il sera intéressant de voir quelles dispositions du décret ont motivé le rejet (et, par contraste, quelles dispositions sont appelées à être reprises dans un futur décret).
Il semblerait également qu’une voie intermédiaire entre arrangement contractuel et cadre général soit également envisagée, sous la forme de « protocoles d’accords » intégrés dans les contrats entre les institutions de recherche et les éditeurs. Tout ceci risque de complexifier grandement la mise en œuvre de l’exception (rien ne garantit que les protocoles soient rendus publics, ni qu’ils soient systématiquement identique d’un contrat à l’autre…).
À plus long terme, une exception similaire est très sérieusement envisagée au niveau européen. Le principe d’un droit de fouille de textes et de données semble faire l’objet d’un relatif consensus : le débat porte davantage sur son extension au-delà du monde de la recherche (pour tous les usages non-commerciaux, voire pour des usages commerciaux). Le rapport Comodini, qui correspond déjà à un texte de compromis entre les différentes options retenues par le parlement européen, propose ainsi d’étendre le périmètre de l’exception à « l’innovation » (Amendement n°3) et non uniquement à la « recherche scientifique ».
L’exception text & data mining définitivement approuvée!
juin 30, 2016 Data-mining, Ouverture des données scientifiquesPierre-Carl Langlais
La bonne nouvelle vient de tomber : la commission mixte parlementaire chargée de mettre en œuvre une rédaction définitive pour la loi sur le numérique s’est ralliée à une exception étendue pour le text & data mining. La rédaction définitive sera rendue publique prochainement mais d’après une dépêche AEF elle modifie le code de la propriété intellectuelle.
L’article L122-5 qui référence l’ensemble des exceptions au droit d’auteur inclut un nouvel alinéa 10 ainsi rédigé :
Les copies ou reproductions numériques réalisées à partir d’une source licite, en vue de l’exploration de textes et de données incluses dans des écrits scientifiques ou associées à ceux­-ci pour les besoins de la recherche publique, à l’exclusion de toute finalité commerciale. Un décret fixe les conditions dans lesquelles l’exploration des textes et des données est mise en œuvre, ainsi que les modalités de conservation et de communication des fichiers produits au terme des activités de recherche pour lesquelles elles ont été produites ; ces fichiers constituent des données de recherche.
La rédaction me paraît globalement conforme avec ce que l’Assemblée avait approuvé en janvier. Le droit des bases de données est également modifié. L’article L342-5 (qui référence les exceptions en la matière) est doté d’un nouvel alinéa 5 ainsi rédigé :
Les copies ou reproductions numériques de la base réalisées par une personne qui y a licitement accès, en vue de fouilles de textes et de données incluses dans des écrits scientifiques ou associées à ceux-­ci dans un cadre de recherche, à l’exclusion de toute finalité commerciale. La conservation et la communication des copies techniques issues des traitements, au terme des activités de recherche pour lesquelles elles ont été produites, sont assurées par des organismes désignés par décret. Les autres copies ou reproductions sont détruites.
Le dispositif finalement approuvé prévoie ainsi une exception au text mining « universelle », qui se ne limite pas seulement aux contrats d’abonnements conclus par les universités mais à l’ensemble des sources licites (tels que les textes librement consultables sur le web). Cette sécurité juridique va considérablement faciliter la mise en œuvre de projets de lectures distantes ou d’extraction automatisés de données à grande échelle.
Suite au succès de la commission mixte parlementaire, la loi sur le numérique entre dans la dernière ligne droite : elle sera voté (en « masse ») par l’Assemblée le 20 juillet et le Sénat en septembre.
Text mining : une licence nationale contre l’exception ?
février 19, 2016 Data-miningPierre-Carl Langlais
C’était une surprise inattendue : lors de l’examen de la Loi sur le numérique, le parlement a approuvé une exception au droit d’auteur au titre de l’extraction automatisée des textes et des données à des fins scientifiques. Ce vote positif s’opposait aux intentions du gouvernements— après avoir brièvement été évoquée dans un premier jet de la loi en juillet, le sujet avait été soigneusement remisé.
En dépit de ce retour surprise, le devenir de l’exception reste incertain. La loi sur le numérique doit faire l’objet d’un vote au sénat et, peut-être, d’un second vote à l’Assemblée. La poursuite de la procédure parlementaire était prévue pour avril mais, selon les derniers échos, elle ne devrait pas intervenir avant mai voire juin — et vu l’agenda chargé de cette période rien n’exclut un nouveau report au-delà des vacances parlementaires.
Ce hiatus laisse aux opposants à l’adoption le temps de s’organiser. Sciences communes a ainsi eu l’écho, informel, de tractations en cours en vu de créer une sorte de « licence nationale » accordée aux institution universitaire pour mener des projets de text mining (vraisemblablement en liaison avec la mission confiée par le Ministère de la Culture et le Ministère de la recherche à Charles Huot). Les contours de l’affaire sont encore flous mais, apparemment, il serait question de parvenir à un accord contractuel avec les principaux éditeurs scientifiques et d’arguer, dès lors, qu’une exception serait devenue parfaitement inutile. L’idée n’est pas totalement neuve : elle a déjà abouti à une mise en œuvre partielle dans le cadre du projet ISTEX. Même si les conditions négociées avec les grands éditeurs n’étaient pas exécrables, la démarche contractuelle s’est avérée peu concluante sur le long terme d’après les échos que j’ai pu en avoir.
La différence entre une exception et une licence nationale n’est pas qu’une question de « forme » juridique (en ce sens que l’on parviendrait au même résultat sans avoir à modifier explicitement la loi). De mon point de vue, une licence nationale telle qu’envisagée actuellement soulèverait quatre problèmes majeurs :
(1) Elle entérine l’idée que le droit d’extraire et de synthétiser automatiquement des informations est distinct du droit de lire. Dans ce cadre, les éditeurs revendiquent un droit de propriété additionnel sur leur corpus : non seulement comme « œuvre » mais aussi comme ensemble de « données textuelles », cette propriété seconde pouvant faire l’objet d’une vente à part. Ainsi une exception pour l’extraction automatisée ne permet pas seulement de légitimer des usages de facto illégaux (pour l’essentiel la constitution de bases de données transmises à d’autres chercheurs — soit un cadre qui excède le « cercle de famille »). Elle contribue également à clarifier les zones grises qui font l’objet d’une captation de plus en plus étendues. Les licences de data mining « maison » des grands éditeurs scientifiques édictent ainsi des restrictions multiples sur les recherches et les extractions possibles (par exemple en empêchant de récupérer des chaînes de plus de 200 caractères). L’enjeu n’est plus seulement de protéger un « capital » intellectuel, mais d’imposer de nouveaux droits conditionnant la transmission et l’accès à l’information : Elsevier en vient à écrire sa propre loi.
(2) Dans son principe même, une licence nationale est destinée à être limitée à quelques acteurs (en tout premier lieu les grands éditeurs scientifique). Par contraste, une exception est une universelle : tant qu’un chercheur à un accès licite à une source, il peut l’extraire automatiquement. Cette disjonction est particulièrement visible dans mon domaine de recherche, les sciences humaines et sociales. Je m’intéresse en effet surtout à des ressources textuelles non scientifiques. Ma thèse portait sur l’application de techniques de text mining à des corpus de presse généraliste ancienne ; l’introduction d’une exception permettrait d’étendre des mes recherches au-delà des collections disponibles dans le domaine public (ce qui serait strictement impossible dans le cadre d’une licence nationale limitée à quelques corpus, aussi gros soient-ils).
(3) Dans les pourparlers informels actuellement en cours, il serait question d’introduire une « somme forfaitaire » préalable à toute extraction. Cette restriction semble s’inspirer d’un dispositif prévu dans l’exception pédagogique (sorte de « fair use » ultra-restrictif à la française) : entre autres conditions préalables, la représentation ou la reproduction d’une œuvre protégée doit être compensée « par une rémunération négociée sur une base forfaitaire »… Dans la continuité du premier problème, ce dispositif va graver dans le marbre la séparation entre droit de lire et droit d’extraire (puisqu’il s’agira désormais de deux actes marchands distincts). Plus concrètement, alors que l’argent public finance déjà trois fois les recherches scientifiques (en tant que productions d’agents de l’´État jamais rétribués par l’éditeur, en tant que « droits d’écrire » faisant l’objet d’APC, en tant que droits de lire chèrement distribués par des bouquets d’abonnements), on nous propose ni plus ni moins de les payer une « quatrième fois », en tant que corpus de données textuelles.
(4) Le quatrième problème tient plus d’une dérive probable : par définition un accord contractuel est souvent plus « verbeux » qu’une loi, puisqu’il s’agit de définir un arrangement organique entre plusieurs acteurs et non une règle à vocation « universelle ». Les débats risquent d’aboutir à des dispositifs relativement complexes, assez proches des licences « maison » des grands éditeurs scientifiques (avec des restrictions d’autant plus occultes que la politique commerciale des éditeurs fait l’objet d’un secret systématique).
En tout et pour tout, une licence nationale ne compenserait que très imparfaitement l’absence d’exception. Surtout elle risque de retarder son adoption éventuelle — et ainsi de faire plus de mal que de bien.
L’enjeu commence pourtant à devenir pressant. Au-delà de la sécurisation juridique de certaines activités recherche, la France risque d’être peu présente dans le nouveau monde de la donnée scientifique : le Royaume-Uni et le Japon ont déjà voté des exceptions ; les États-Unis en disposent de facto d’une (via le fair use, consacré par le projet Google Books). C’est ainsi de l’autre côté de la Manche qu’a pu se créer un projet aussi ambitieux que « Content mine » — ici, il serait de facto interdit…
Ce risque bien réel est hypothéqué pour des gains éminemment symboliques. Dans la mesure où elles ne porterait que sur l’usage scientifique de sources accessibles « licitement » (ce qui, dans le cas d’Elsevier, impliquerait d’avoir au préalable un abonnement à Science Direct), ce nouveau droit ne pénalise en aucun cas les activités commerciales existantes.
janvier 21, 2016 Data-miningPierre-Carl Langlais
The French parliament is currently examining a significant law on « The Digital Republic ». It covers a wide array of topics: open data, open access, Freedom of panorama, data portability, digital platform regulation… Contrary to the initial plan of the French governement, several MPs have put forward another item to this list: a text and data mining exception. While approved by the French lower house, the final fate of the exception is still uncertain at this stage. The governement initially wanted to set a second vote, that has finally been upheld, so that the mining exception currently figures prominently in the « Digital Republic » law. Anyhow, it still has to gain the approval of the senate.
Le droit des bases de données va-t-il disparaître ?
janvier 20, 2016 Data-mining, Ouverture des données scientifiquesPierre-Carl Langlais
C’est un coup de théâtre qui m’a laissé speechless : le parlement européen envisage sérieusement de mettre fin au droit des bases de données. C’est la 108e recommandation d’une motion adressée à la Commission Européenne sous le titre « Vers un Marché digital unifié » (et relayée par une excellente synthèse de Julia Reda). Elle tient en une ligne :
Loi numérique : quels amendements pour le libre accès ?
janvier 12, 2016 Data-mining, Libre accèsPierre-Carl Langlais
Au cours de l’année écoulée, nous avons suivi de près l’élaboration d’une loi open access à la française, qui fait partie intégrante de la loi sur la société numérique. Une loi open access vise à lever le principal obstacle restreignant le développement du libre accès : les droits d’exclusivité dont disposent les éditeurs de revues ; lorsqu’ils souhaitent diffuser leurs publications les chercheurs. Pour y remédier, une recommandation européenne de 2012 a élaboré le mécanisme juridique suivant : toute recherche financée au moins par moitié par fonds public pourra être republiée sous une licence non-commerciale au terme d’une durée maximale de 6 mois à 1 an ; tous les engagements contractuels contraires pris entre les auteurs et l’éditeur expirent au terme de cette date.
Projet de loi sur le numérique : vers un libre accès sans communs…
novembre 6, 2015 communs, Data-mining, domaine public, Libre accèsPierre-Carl Langlais
La version finale de la proposition de loi sur le numérique vient d’être publiée. Elle n’a pas suivi un processus ordinaire. Entre la phase d’élaboration par l’exécutif et l’examen au parlement, une nouvelle étape intermédiaire s’est intercalée : une consultation publique, où tout un chacun pouvait, sous certaines conditions, noter, commenter et reconfigurer la loi existante.
La version finale porte la trace de ces apports collaboratifs. Des petits cadres, sur le côté, viennent régulièrement justifier l’introduction de telle ou telle mesure à la lumière des suggestions formulées pendant la consultation publique. En soi, la loi est un exercice très intéressant de démocratie mixte, à la fois direct et indirect.
Exemple du système de rédaction collaboratif de la proposition de loi sur le numérique
C’est aussi un exercice limité. Les avis convergents des intervenants de la plate-forme République Numérique n’ont été pris en compte que dans la mesure où ils ne heurtaient pas trop frontalement les intérêts de certains lobbys puissants. À ce jeu, l’édition scientifique s’est révélée moins influente que les industries culturelles.
La consécration du libre accès
La conversion de l’édition scientifique au libre accès n’est plus une vague promesse utopiste. Depuis 2011, plus de la moitié des articles scientifiques européens sont disponibles en ligne. Or, le droit existant est inadapté à cette transformation massive : le mouvement du libre accès repose fréquemment sur des hacks, des détournements plus ou moins légaux. Cela va des licences creative commons (qui détournent les arrangements contractuels pour créer des biens communs) aux bibliothèques numériques illégales sur le modèle de Libgen. Les contrats d’exclusivité avec les grands éditeurs en effet un obstacle majeur : même si les chercheurs sont assez largement favorables à une politique de libre accès, ils restent indéfiniment liés par des engagements auprès de revues prestigieuses, au sein desquelles on ne peut pas ne pas publier pour faire carrière…
En 2012, l’Union Européen a émis une recommandation aux États-membres, les incitant à mettre en ligne les articles de recherche financés par moitié par l’argent public dès que possible, ou au plus tard 6 mois après publication en STM et 12 mois en SHS. Elle a été suivi d’effets dans la plupart de grands pays européens, que cela passe par l’adoption de loi open access ou de grands programmes de diffusion.
La France restait à la traîne. Si dernière version de la loi sur le numérique est adopté, elle sera en avance. La nouvelle mouture de l’article 9 (devenu art. 14) a acté plusieurs évolutions déterminantes :
Les durée d’embargos sont raccourcies. De 12 mois pour les STM et 24 mois pour les SHS, on revient respectivement à 6 et 12 mois, ce qui place la France en conformité avec la recommandation européen et, surtout, ils deviennent des délais maximaux (et non des temps par défaut) : « au plus tard six mois pour les sciences, la technique et la médecine et douze mois pour les sciences humaines et sociales, à compter de la date de la première publication. »
Les données de la recherche sont intégrées dans le périmètre de la mesure. C’est là un acquis capital, qui représente une avancée par rapport à la loi sur le libre accès allemande : sous l’effet de la numérisation, la publication scientifique s’apparente de plus en plus à une création « composite » associant un contenu rédigé, des jeux de données ou des algorithmes (pour vous en donner une idée, cf. mon dernier billet sur les réseaux d’acteurs à partir de Wikidata). Non seulement les données sont prises en considération dans la loi mais leur statut est beaucoup plus souple : elles deviennent d’emblée des choses communes, échappant à toute appropriation et, de facto, diffusable librement dès la publication de l’article. « Les données de la recherche rendues publiques légalement issues d’une activité de recherche financée au moins pour moitié par des fonds publics et qui ne sont pas protégées par un droit spécifique sont des choses communes. » L’éditeur ne peut revendiquer aucun droit dessus : « L’éditeur d’un écrit scientifique mentionné au I ne peut limiter la réutilisation des données de la recherche rendues publiques dans le cadre de sa publication ». Ces dispositions sont cohérentes avec une innovation majeure apportée par l’art. 5 de la dernière version : les bases de données publiques ne pourraient plus revendiquer de droit sui generis (ce qui les transforment, d’emblée, en choses communes) : « le droit sui generis ne doit pas faire obstacle à la réutilisation du contenu des bases de données de l’administration. » Tout ceci va par contre à l’encontre des mesures adoptées par la loi Valter (qui conforte le statut d’exception des institutions de recherche au regard de la politique d’ouverture des données publiques).
Le libre accès porte plus spécifiquement sur les versions finales du processus éditorial. Dans un précédent article publié dans Sciences Communes, Mélanie Dulong de Rosnay pointait le risque de durcir en réalité les conditions actuelles de dépôt en archive ouverte : si la loi concernait non spécifiquement la version publiée, mais aussi la version auteur, elle risquait de soumettre les chercheurs à des embargos qu’ils n’étaient en aucun cas tenus de respecter : « La dernière version soumise par l’auteur (ou preprint) appartient donc bien en droit à l’auteur dès sa création, et peut par conséquent dans l’état actuel du droit déjà être déposée immédiatement en archive ouverte, en même temps qu’elle est envoyée à l’éditeur avec un éventuel contrat autorisant la reproduction de l’article. » A priori, la rédaction actuelle de l’art. 9/14 limite ce risque. Elle porte sur la « version finale du manuscrit acceptée pour publication ». L’indication sur la travail de mise en forme de l’éditeur disparaît.
La réutilisation non commerciale est moins contraignante. Tandis que la précédente formulation excluait toute forme de cession commerciale, il n’est plus question que « d’une activité d’édition à caractère commercial ». Même si ce n’est pas totalement clair, on peut supposer que la vente non lucrative d’une publication pourrait être autorisée (ce qui serait propice à des projets sur le modèle de la Framakey : diffuser des clés USB défrayés contenant des publications en libre accès).
Vers une rétroactivité ? A priori, cela était totalement exclu dans la rédaction précédente, comme en témoignait la mention « Elles ne s’appliquent pas aux contrats en cours. » Cette mention a disparu depuis. Le commentaire signale cependant que l’absence de rétroactivité va de soi : « Une application rétroactive serait attentatoire aux intérêts des auteurs et des éditeurs signataires des contrats en vigueur. »
Quid de l’exception pour le data mining ? L’exécutif a envoyé à ce propos des signaux contradictoires. Hier soir, le ministre de la recherche Thierry Mandon suggérait que l’exception serait rétablie dans la rédaction finale. Pour l’instant, je n’ai rien trouvé qui aille en ce sens. A priori, le gouvernement serait tenté de se défausser sur l’Europe, l’exception data mining étant maintenue au programme des projets de réforme européen du droit d’auteur.
La disparition des communs
La précédente version de la loi sur le numérique soumise à la consultation publique comportait une autre disposition importante pour la recherche : une reconnaissance positive du domaine public informationnel et des biens communs de la connaissance (art. 8). Même si la formulation n’était pas parfaite, ces mesures contribuaient à sécuriser considérablement les recherches effectuées des productions a priori dénuées de droits patrimoniaux telles que les informations « brutes », les données des documents administratifs ou les œuvres passées dans le domaine public.
Les projets scientifiques sont généralement très soucieux de la légalité de leur activité. Si l’usage des technologies numériques ouvre de nombreuses perspectives (par exemple, en terme d’analyse statistique de grands corpus), leur mise en œuvre effective reste limitée de facto par l’absence d’un cadre juridique clair (peut-on ou non importer automatiquement le contenu de telle bibliothèque numérique ou la base de données de telle institution publique ?)
Au-delà de cette sécurisation, l’art. 8 représentait un premier pas vers une reconnaissance des communs. À partir de cette base, on pouvait envisager ultérieurement l’intégration des communs volontaires tels que les logiciels libres, l’open data ou les publications sous creative commons. On disposerait ainsi d’un arsenal juridique apte à protéger ces communs contre diverses formes de réappropriation ou d’enclosure. Ainsi, même si elles ont été élaborées et acclimatées en droit français par d’excellents juristes, de par leur nature contractuelle, les Creative Commons n’offrent peut-être pas une protection suffisante.
L’art. 8 a suscité une contre-attaque virulente des société de gestion de droit d’auteur et des industries culturelles. Le Conseil Supérieur de la Propriété Littérature et Artistique, où des acteurs sont surreprésentés, a mandaté dans un premier temps mandaté un rapport à l’avocat Jean Martin, qui ne lui a pas donné satisfaction : tout en étant assez rétif à une reconnaissance positive du domaine public informationnel, Martin admettait que cette disposition n’attentait nullement aux droits de propriété intellectuelle sous leur forme actuelle, et qu’il ne faisait qu’expliciter certaines dispositions sous-entendue.
La définition du domaine commun informationnel préserve les principes fondamentaux du droit d’auteur malgré des imprécisions (…) Dans l’ensemble, toutefois, et même si elle pourrait être complétée et précisée, par exemple pour expliciter la notion potentiellement très large des « informations », cette première définition permet cependant le maintien du régime actuel.
En dépit de cette analyse prudente, le CSPLA s’est engagé dans une opposition virulente qui a porté ses fruits. Une réunion organisée hier à Matignon a tranché en sa faveur : l’art. 8 est abrogé et la réflexion continuera sous la forme d’une vague commission… Apparemment, les dés étaient déjà pipés : la réunion comprenait une vingtaine de lobbyistes des industries culturelles contre lesquels la parole de quelques bénévoles ne valaient pas grand chose.
Une victoire, donc, mais peut-être une victoire à la Pyrrhus. Du point de vue des industries culturelles, la reconnaissance des communs permettaient de sauver l’essentiel : le maintien du code de la propriété intellectuelle dans son état actuel, moyennant l’explicitation des libertés qu’il permet.
En refusant idéologiquement toute forme d’aménagement pragmatique et, surtout, en réduisant au silence une consultation publique ouverte à tous, ces acteurs risquent de radicaliser le débat public. Quitte à rentrer dans une logique du tout ou rien, je me sens de plus en porté à ignorer tout ce système. Et je suis loin d’être le seul…
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