Source: http://www.wikileaks.org/w/index.php?title=Report_to_UN_Security_Council:_Genocide_rwandias:_Le_peuple_crie_justice!,_Feb_2008&oldid=57055
Timestamp: 2013-12-13 07:25:38+00:00
Document Index: 305365884

Matched Legal Cases: ['art.46', 'art.47', 'art.48', 'art.49', 'art.50', 'art.51', 'art.52', 'art.53', 'arrêt ']

Report to UN Security Council: Genocide rwandias: Le peuple crie justice!, Feb 2008 - WikiLeaks
Report to UN Security Council: Genocide rwandias: Le peuple crie justice!, Feb 2008
Revision as of 3 March 2009 by Wikileaks (Talk)
Release dateMarch 3, 2009
The document presents a 82 page report to the United Nations Security council on the Rwandian Genocide, titled "Genocide rwandais: Le peuple crie justice!". Versions of report, in French, have been circulating on the Internet during February, 2009. We present here an accessible PDF file rendered from the master word document of the report.
A simple text version is also appended to the end of this page.
Context Rwanda
FrançaisFile size in bytes
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Text version Génocide rwandais : Le peuple crie justice !
Mémorandum adressé au Conseil de Sécurité des Nations Unies Plaidoyer pour une enquête globale, objective et impartiale sur le génocide rwandais et ses conséquences : Résultats d'investigations menées par la Cellule de la Documentation & Sécurité du Partenariat-Intwari.
AFDL                                             Alliance des Forces Démocratiques de Libération
APR                                                Armée Patriotique Rwandaise
CDR                                                Coalition pour la Défense de la République
CVTD                                             Convention de Vienne sur le droit des traités
DIR                                                 Dialogue Inter Rwandais
DMI                                                Directorate of Military Intelligence
EAC                                                East African Community
ESO                                                 External Security Organisation
FAR                                                 Forces Armées Rwandaises
FDC                                                 Forces Démocratiques de changement
FOCA                                              Forces Combattantes Abacunguzi
FPR                                                  Front patriotique rwandais
GTBE                                               Gouvernement de transition à base élargie
ICN                                                  Intelligence communications network
IRC                                                   International Rescue Committee
ISO                                                   Internal Security Organization
ITT                                                   International Telephone and Telegraph
JDR                                                 Jeunesse démocratique rwandaise
MDR                                                Mouvement démocratique républicain
MINUAR                                         Mission des nations Unies au Rwanda
MONUOR                       Mission d’observation des Nations Unies en Ouganda et au Rwanda
MRND                              Mouvement révolutionnaire national pour le  développement
NRM                                               National Resistance Movement
NRA                                                National Resistance Army
ONU                                                Organisation des Nations Unies
PDC                                                 Parti démocrate chrétien
PL                                                    Parti Libéral
PPU                                                 Presidential Protection Unit
PSD                                                 Parti Social Démocrate
RAGL                                              Région de l’Afrique des Grands Lacs
RDC                                                République démocratique du Congo
RDF                                                 Rwanda Defence Forces
TIP                                                  Tutsi International Power
SPLA                                               Armée populaire de libération du Soudan
UPDF                                              Uganda Peoples Defence Force
URSS                                              Union des républiques socialistes soviétiques
Un criminel de guerre promu «Héros» du Rwanda et de l'humanité!
Le juge espagnol Fernando Andreu Merelles a lancé, mercredi 6 février 2008, des mandats d'arrêts à l'encontre de quarante hauts responsables de l'armée rwandaise pour actes de génocide, crimes de guerre et terrorisme1 commis au Rwanda et en République démocratique du Congo entre le 1er octobre 1990 et 2002. Le général Paul Kagame2, dont la responsabilité est désignée sans ambiguïté, est épargné, pour l'instant, en raison de son statut de chef d'Etat en exercice.
A la faveur de sa victoire militaire sur les forces du régime Habyarimana et solidement soutenu par ses puissants parrains américains et anglais, le général Paul Kagame s'est imposé au peuple rwandais comme son « Sauveur » et son «Libérateur»! Le «Héros» partout célébré pour avoir arrêté un génocide pourtant entièrement consommé. Curieusement, l’article 14 de la Constitution rwandaise affirme en des termes clairs et précis que le génocide s’est étalé sur la période du 01 octobre 1990 au 31 décembre 1994 : «L'Etat, dans les limites de ses capacités, prend des mesures spéciales pour le bien-être des rescapés démunis à cause du génocide commis au Rwanda du 1er octobre 1990 au 31 décembre 1994, des personnes handicapées, des personnes sans ressources, des personnes âgées ainsi que d'autres personnes vulnérables». Comment, dans de telles conditions, ne pas se demander par quelle magie aucun membre Tutsi du FPR n’a jusqu'à ce jour été jugé, ni par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) ni par les juridictions nationales rwandaises ou étrangères? Est-ce à dire qu'aucun d'entre eux n'ait trempé dans les crimes de guerre, crimes de viols, crimes de paix3, crimes contre l’humanité et crimes de génocide qui ont émaillé cette sombre période? Tout se déroule comme si au Rwanda la culpabilité et la justice devaient être à sens unique, la mémoire de la guerre et du génocide être sélective et exclusive. Le peuple rwandais est littéralement pris au piège de l’instrumentalisation du génocide des Tutsi. Ces derniers sont parfois considérés comme des «Juifs d’Afrique4» dans l'intention manifeste de prévenir la moindre tentative de «révisionnisme» susceptible de conduire à la relecture des événements tragiques survenus au Rwanda, une relecture qui, cependant, semble de plus en plus inéluctable. Tout se passe en effet comme si au Rwanda il n’y avait eu qu’une seule et unique partie belligérante, en l’occurrence celle où se retrouvent globalisés sans doute à tort tous les Hutu du Rwanda. On fait comme si les victimes étaient d'un seul camp, à savoir celui des Tutsi et les bourreaux de l'autre, à savoir celui des Hutu. On se retrouve piégé dans un schéma aussi cynique que simpliste dans lequel s'opposeraient à mort les «méchants» Hutu et les «gentils» Tutsi! Aux yeux de l’ONU, le FPR serait pourtant qualifié pour la mission délicate de réconcilier les composantes d’une nation dont il constitue, à notre avis, l'un des principaux fossoyeurs. Comment un Etat fondamentalement partial pourrait-il rassurer tous ses citoyens? Le FPR, juge et partie dans la tragédie rwandaise
Financées à coup de millions de dollars par des bailleurs de fonds en apparence sans scrupule, les fameuses juridictions «gacaca5» taillées sur mesure font rage dans le pays où elles attisent l'injustice, encouragent la délation et la haine et consacrent l'inégalité des citoyens devant la loi, au sein d'une société toujours aussi traumatisée par les conséquences d'une tragédie mal assumée. Il s’agit manifestement d’une justice de vainqueur, taillée sur mesure et ayant pour mission d'assurer l’impunité à une certaine catégorie de la population rwandaise. Mais malgré tous les subterfuges utilisés, le gouvernement FPR ne parvient pas à stabiliser en profondeur la situation politique dans le pays. Au contraire, des milliers de familles continuent d’être spoliées de leurs biens, d'autres sont détenus parfois depuis 14 ans et sans le moindre dossier, on relève tant de disparitions forcées et tant de gens contraints à l’exil. On assiste aujourd'hui à une situation politique toujours aussi instable et très dangereuse dans la mesure où le conflit rwandais est loin d’être résolu et de révéler sa cause et sa finalité véritables. Il s’est même considérablement régionalisé et internationalisé au point que l'on peut affirmer sans le moindre risque de se tromper que la source de la crise prévalant dans le Nord-Kivu en RDC se trouve bel et bien au Rwanda. Au chevet de la RDC depuis plusieurs années déjà, la Communauté internationale aurait dû s'en apercevoir mais rien n'indique réellement que la paix et la stabilité de cette région tant convoitée soient inscrites sur son agenda.
Le génocide des Tutsi, la partie visible de l'iceberg Le génocide des Tutsi du Rwanda est une réalité indéniable. Mais aussi effroyable qu'il puisse paraître, ce génocide dans sa version officielle à plusieurs égards contestable, ne constitue que la partie visible de l'iceberg du génocide rwandais planifié par Museveni. Dans une décision rendue le 1er décembre 2006 à Arusha, la chambre d'appel du Tribunal pénal international sur le Rwanda (TPIR) a réitéré son « constat judiciaire » du génocide perpétré contre les Tutsi du Rwanda en 1994. Dans une précédente décision rendue le 16 juin 2006 dans le cadre du procès de trois dirigeants nationaux de l'ex-parti présidentiel, le Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement (MRND6), la chambre d'appel avait conclu que le génocide des Tutsi du Rwanda constituait « un fait de notoriété publique » faisant partie de l'histoire de l'humanité et qui n'est plus à démontrer.
La chambre d'appel du TPIR avait néanmoins tenu à souligner que le «constat judiciaire» du génocide ne dispense pas le Procureur d'apporter les preuves de sa thèse d'un plan du génocide. Il serait donc permis de poursuivre les investigations afin de découvrir le plan du génocide. C'est ce que nous avons tenté de faire en élucidant certains points qui nous semblaient cruciaux et que le Procureur a préféré ignorer soit par omission soit par action et pour des motifs encore mal expliqués. Remodelage de l'Afrique sur fond d'une guerre inavouable entre puissances dites «civilisées»
Après avoir remonté aux sources du drame rwandais qui n’est en réalité qu’un des maillons de la chaîne dans le cadre d’une conflagration mondiale, nous démontrons, preuves à l’appui, pourquoi l’agression de l’Ouganda contre le Rwanda a été orientée dans un certain sens, celui de la reconnaissance du génocide des seuls Tutsi alors que celui-ci s'inscrit indiscutablement dans le plan d'une plus large extermination qui, initialement, visait plutôt les Hutu du Rwanda. Selon des documents ultrasecrets obtenus auprès des services de renseignements ougandais et rwandais, l'invasion armée du Rwanda par l'armée ougandaise sous le couvert d'un mouvement rebelle rwandais créé et armé à cet effet, obéissait avant tout à un plan ambitieux d'une «guerre de libération régionale» ayant pour objectif de fédérer dix7 pays africains sous l'autorité du Président ougandais Yoweri Kaguta Museveni. Réunifiés, ces 10 pays devaient former une région vitrine dénommée « Grande Région Unifiée; Great United Region » et devant disposer d’une « Armée Rouge de Réserve ; Reserve Red Army » comptant 2.000.000 hommes et prête à assujettir le reste de l’Afrique subsaharienne. Ne tarissant pas d'éloges pour le chef de l'Allemagne nazie Adolf Hitler, Museveni entendait agir avec le soutien du Royaume-Uni et des Etats-Unis manifestement décidés à chasser la France de l'Afrique où ils espéraient en outre contrer l'influence des puissances émergentes comme la Chine et l'Inde et imposer un ordre politique, économique et militaire totalement anglo-saxon sur le continent africain.
Au-delà de la problématique Hutu-Tutsi
On a acquis l'habitude trop simpliste d'analyser tout conflit qui se déroule en Afrique sous l'angle étroit de l'ethnisme et/ou du régionalisme. Ainsi plus de 7 millions de morts dans la RAGL en l'espace de 17 ans seraient à mettre sur le compte d'incessantes luttes ethniques et régionales dont le continent africain détiendrait le triste record! Des experts autoproclamés n'hésiteront pas à réduire la tragédie rwandaise à la résultante d'une haine atavique et séculaire entre les Hutu et les Tutsi en oubliant que, de l'aveu même du Ministre français des Affaires étrangères et européennes M. Bernard Kouchner8, au Rwanda, la France s'est heurtée aux Belges, aux Anglais et aux Américains. Le responsable français précise que cette confrontation se déroulait sur fond du jeu d'influences multiformes sur la RDC. Comment, dans un tel contexte, expliquer que près de 5 millions de Congolais tués en l'espace de 10 ans ne seraient que des dégâts collatéraux d'une guerre sans merci que se livreraient Hutu et Tutsi du Rwanda depuis des siècles? Notons pour comparaison que la 2ème guerre mondiale s'est soldée par 9 millions de morts au terme de 5 ans de combats dans lesquels étaient engagées les armées des principales puissances de l'époque. Si l'on voit actuellement ces pays dits «civilisés» intervenir de moins en moins ouvertement, cela ne réduit en rien leur influence néfaste dans les conflits qui déstructurent l'Afrique et d'autres parties du monde. Simplifier un continent jugé particulièrement complexe
Provoquée, alimentée et parfois portée à son paroxysme selon les intérêts des politiciens locaux eux-mêmes le plus souvent réduits à de simples pions entre les mains de leurs parrains étrangers, l'opposition Hutu-Tutsi constitue certes un créneau porteur en ce qui concerne le Rwanda et le Burundi. Mais la «guerre de libération régionale» chère aux Présidents Museveni et Kagame est autrement plus ambitieuse. Il faudra donc élargir ce créneau en assimilant les Hutu aux Bantous et les Tutsi aux Nilotiques en vue de mettre en place un schéma socioculturel pratiquement valable sur toute l'Afrique noire, un schéma aisément manipulable dans les dix pays à fédérer sous une entité solidement ancrée sur le modèle anglo-américain. Une précieuse longueur d'avance prise par les Anglais et les Américains par rapport à la France placée en position de bouc émissaire idéal s'agissant particulièrement du drame rwandais.
L’Afrique face à son destin Le 26 Juillet 2007 à Dakar, le Président Nicolas Sarkozy a déclaré : «... le drame de l’Afrique, c’est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire ». Selon lui, le paysan africain, qui « depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles…étranger à l’idée de progrès ». Cette déclaration a aussitôt déclenché de vives protestations tout en ayant le mérite de les provoquer. Car en effet la question relative à l'attitude des Africains face à leur destin commun reste posée. Car comment comprendre que, dans le contexte d'une mondialisation toujours plus franche,-d'aucuns diraient de plus en plus sauvage-, le politicien africain continue de manier les arguments de l'ethnisme et du tribalisme, faisant ainsi le bonheur de ceux qui ne regardent l'Afrique qu'à travers ses ressources naturelles et autres matières premières précieuses? C'est pourtant ce qui se passe dans la RAGL où des peuples entiers sont menacés d'extermination par des puissances dites «civilisées» et du «monde libre» qui se battent pour le contrôle de cette région dont le cœur se trouve être la RDC décrite à juste titre comme un «scandale géologique».
Comment admettre que, sous la conduite des seigneurs de guerre formés et lourdement armés par des Etats donneurs de leçons dans les domaines de la démocratie et des droits de l'homme, nos peuples soient massacrés au nom des rivalités économiques et culturelles entre les mondes anglophone et francophone? C'est pourtant ce qui s'est passé au Rwanda et qui se poursuit en RDC et dans toute la région. En effet, l’extension de « la guerre de libération régionale » à l’Ex-Zaïre, guerre dont Museveni est le leader et planificateur incontestable, était subordonnée à l’occupation du Rwanda par la NRA de l’Ouganda. Pour ce faire, celle-ci s’est déguisée en FPR qui, dans l’intention de dissimuler le génocide des Hutu planifié depuis 1989 en Ouganda et s’assurer d’un pouvoir sans fin et sans partage au Rwanda, dut passer par un plan transitoire d’incitation à l’extirpation de l’opposition démocratique en acte et en puissance (Tutsi et Hutu) avant l’extermination systématique des Hutu qualifiés par le duo Kagame/Museveni comme des « ennemis régionaux » et « obstacles majeurs » à la poursuite de la guerre de libération régionale. L’extermination des Hutu en toute impunité n’était possible que précédée par une guerre civile permettant au FPR de contourner le traité de paix d’Arusha et l’option pour une solution politique négociée, toutes les deux étant en réalité des simulacres au service de la récupération du Rwanda considéré comme un tremplin aux opérations à venir. A cet effet, l’assassinat inévitable de Habyarimana devait agir comme le détonateur immédiat de l’effondrement de l’ordre public intérieur. C’est à ce moment précis que la guerre, longtemps subordonnée à l’assassinat préalable de Habyarimana, pouvait enfin commencer. Initialement prévue au milieu des années 1989, cette guerre a été différée et retardée par l’insuccès d’une série d’échecs d’actions commandos allant de la fin de 1988 au 13 mars 1990, date à laquelle une réunion d’évaluation des obstacles à l’assassinat du Président rwandais à l’intérieur de son pays a décidé de confier à Nyerere une mission de concevoir une stratégie ultime pour contourner la sécurité intérieure trop serrée autour de Habyarimana. Dans une autre réunion tenue le 20 avril 1990, Nyerere a proposé à Museveni de scinder la guerre initialement subordonnée à l’assassinat préalable de Habyarimana en deux guerres distinctes mais aux objectifs absolument complémentaires. Il s’agit de la guerre provisoire et de la guerre définitive sur lesquelles nous nous étendrons en détails tout au long de ce travail.
2. Introduction Le 8 novembre 1994, par sa résolution 955, le Conseil de sécurité des Nations Unies reconnaît la réalité du génocide rwandais et crée le Tribunal pénal international pour le Rwanda. Mais depuis, la polémique n'a cessé de croître et de faire couler tant d’encre à propos de ce génocide. Pourquoi le seul génocide des Tutsi est-il sujet à discussion ? Le génocide des Tutsi était-il objectivement prémédité et planifié dans tous ses détails? Si oui par qui ? Sous l'autorité du Président Juvénal Habyarimana ou de celle de son éphémère successeur Théodore Sindikubwabo? Par le gouvernement de Sylvestre Nsanzimana, celui de Dismas Nsengiyaremye, celui d’Agathe Uwilingiyimana ou par celui de Jean Kambanda? A qui profitait réellement le crime? Ce génocide a-t-il effectivement été perpétré par les seuls Hutu aujourd’hui incriminés ? Les Hutu du régime Habyarimana ont-ils objectivement formé un front commun avec ceux de l’opposition démocratique en vue d'exécuter ce génocide? Comment expliquer l'élimination de la plupart des leaders de cette opposition? Les Tutsi étaient-ils les seuls visés ou s'agissait-il avant tout de se débarrasser d'une opposition encombrante où se côtoyaient Hutu et Tutsi accusés, à tort ou à raison et souvent par les deux principaux belligérants, de complicité avec «l'ennemi»? Quelles sont les milices qui auraient été créées dans l'intention d'exécuter le génocide des Tutsi? Les «Interahamwe» du Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND)? La Jeunesse du Parti socialiste démocrate (PSD) connue sous le nom de «Bakombozi»? La coalition pour la défense de la république (CDR) et sa jeunesse « Impuzamugambi »? La Jeunesse démocratique républicaine (JDR-Inkuba) du MDR ou la Jeunesse du Parti Libéral ? Quels sont les partis politiques qui, à l'époque, étaient effectivement opposés à l’application des accords d’Arusha?
A quand remonte réellement la planification d'un génocide au Rwanda? Avant ou après la formation du Gouvernement de transition comprenant des membres de l'opposition? Où et comment se serait organisée une telle planification? Pourquoi et pour quel mobile invoqué par le planificateur? L’extermination des Tutsi et des Hutu dits « modérés » aurait-elle été concevable sans l’effondrement de l’ordre public ? Quel aura été l'événement déclencheur de l'effondrement de l’ordre public au Rwanda? Qui l’a planifié et, dans quelle intention? Qui devait profiter des effets internes et externes alors escomptés? A qui l'effondrement de l'Etat et l’échec des accords de paix profitaient-ils? Un MRND décapité par l'assassinat de son fondateur Juvénal Habyarimana? Une opposition démocratique complètement désarmée et, désormais à la merci de la loi du plus puissant? Ou le FPR enfin libre de reprendre les hostilités et, sous le fallacieux prétexte de combattre le génocide, de prendre le contrôle d'un Etat à la dérive?
Pourrait-on, logiquement, accuser de génocide les gouvernements qui se sont succédés au pouvoir à Kigali du 01 octobre 1990 au 31 décembre 1994 et visiblement mis en cause par l’article 14 de la Constitution adoptée sous le régime FPR, tout en innocentant aveuglément ce dernier alors que, selon la Constitution en vigueur, son offensive armée a coïncidé avec le début du génocide ? En tentant maladroitement de se déculpabiliser, le FPR n’aura-t-il pas, à travers l’article 14 de la Constitution, fait des aveux hautement significatifs quant à ses responsabilités dans la tragédie nationale? En d’autres termes, ces gouvernements auraient-ils prémédité, planifié et exécuté la violation des articles 46 à 53 de la Convention de Vienne sur le droit des traités (CVDT) du 23 mai 1969 ? Préalablement au génocide des Tutsi d’avril-juillet 1994 et, après la signature des accords de paix d’Arusha le 04 août 1993, existerait-il des preuves matérielles quant à la violation des dispositions du droit interne concernant la compétence à conclure des traités (art.46), la restriction particulière du pouvoir d’exprimer le consentement d’un Etat (art.47), une erreur (art.48), un dol (art.49), la corruption d’un représentant d’un Etat9 (art.50), la contrainte exercée sur le représentant d’un Etat (art.51), la contrainte exercée sur un Etat par la mesure ou l’emploi de la force (art.52) et enfin la conclusion de traités en conflit avec une norme impérative du droit international (Jus Cogens, art.53) ? N’est-il pas manifeste qu’une partie au traité de paix d’Arusha était de mauvaise foi et réunissait toutes ces causes de nullité d’un simulacre de traité paix? Dans l'hypothèse de la planification du génocide par le régime MRND, comment expliquer que certains responsables politiques influents de l'époque ne soient point inquiétés, ni par le TPIR ni par les tribunaux nationaux, alors que l’on continue de suggérer que les machettes avaient été distribuées avant même l’assassinat du Président Habyarimana? M. Faustin Munyazesa (ancien Ministre de l'Intérieur), M. Anastase Gasana(ancien Ministre des Affaires Etrangères), M. Marc Rugenera (ancien Ministre des Finances) et M. Enoch Ruhigira(ex-Directeur de cabinet du Président Habyarimana); ne détiendraient-ils aucun témoignage valable à propos de la planification présumée du génocide des Tutsi?
Comment l’ancien Premier Ministre Jean Kambanda aurait-il pu planifier le génocide des Tutsi alors que lui-même, Hutu réputé modéré et originaire du Sud ? N’était-il pas à l'époque un membre assez peu connu de l'opposition avant de se voir nommer premier ministre dans le contexte chaotique que l'on connaît? Dans quelles conditions a-t-il plaidé coupable sans que le tribunal ne lui demande de faire toute la lumière sur la planification du génocide des Tutsi? Qu'est-ce qui, enfin de compte, aura précipité les Hutu « modérés » comme Kambanda entre les mains du camp des radicaux du régime? Existe-t-il des traces écrites au sujet de la planification du génocide des Tutsi par un quelconque gouvernement ou seulement des témoins qui ne racontent que des faits de notoriété publique? Ces faits ne seraient-ils pas instillés dans les esprits par les véritables planificateurs du génocide rwandais et principaux artisans de la solution militaire au Rwanda? Comment un gouvernement aurait-il pu planifier un génocide et ne laisser la moindre trace écrite à ses tombeurs lors de sa débandade militaire? Vaincue par les alliés, l’Allemagne nazie ne leur a-t-elle pas laissé suffisamment d’archives, des camps de concentration, des témoins et des mobiles fiables? Comparé de mauvaise foi à celui des «Juifs d’Afrique», le génocide des Juifs n’a-t-il pas laissé des traces écrites qui compromettent de façon irréfutable les différents gouvernements et autres institutions complices ? Ces traces n'allaient-elles pas se révéler précieuses dans les procès organisés par le Tribunal de Nuremberg? Toujours est-il qu’il y a moins de polémique quant à la préméditation, la planification, l'exécution et le mobile de la shoah10?
C’est dans ce contexte particulièrement complexe qu’il nous est apparu indispensable de nous attaquer aux racines du génocide rwandais en vue d'en identifier les causes réelles et d'en cerner les contours. Nous entendons enfin, dans le cadre du présent Mémorandum, proposer quelques pistes de solution possibles au conflit rwandais.
3. L'Ouganda agresse le Rwanda sous le couvert du FPR-Inkotanyi
Contrairement à la thèse communément admise selon laquelle des soldats Tutsi membres de l'armée ougandaise auraient déserté pour attaquer le Rwanda, c’est plutôt l’Ouganda et non le FPR son instrument, qui prépara et mena la guerre contre le Rwanda à partir du 01 octobre 1990. Il s’agissait d’une véritable guerre d’agression menée par l’Etat ougandais contre l’Etat rwandais. Une agression caractérisée mais simulée en «guerre de libération» qui s'appuyait sur des revendications légitimes de la diaspora rwandaise à l’époque majoritairement tutsi et qui, solidement parrainée par les Etats-Unis d'Amérique et le Royaume-Uni, allait embraser durablement la région de l'Afrique des Grands Lacs.
Dans un premier temps, le Président Habyarimana et son gouvernement vont d'ailleurs dénoncer une agression étrangère avant de souscrire, sous d'intenses pressions diplomatiques, à la formule plus convenante d'un conflit interne. Habyarimana se sera manifestement trompé d’adversaire car en lieu et place du FPR, c’est contre Museveni que sa contre-attaque aurait dû être la plus franche. Il en serait ainsi devenu le deuxième leader africain, après le Négus éthiopien Hailé Sélassié, à recourir à l'opinion internationale pour dénoncer une agression conduite par plusieurs puissances coalisées. S'adressant en effet le 30 juin 1936 à Genève à la Société des Nations qui allait devenir l’ONU, le leader éthiopien dénonça avec force mais en vain, l'agression dont son pays était victime de la part de l'Italie mussolinienne. Certes l’histoire lui donnera raison mais pas assez tôt pour sauver de nombreuses vies humaines péries dans des circonstances tragiques comme ce sera le cas au Rwanda et dans la région de l'Afrique des Grands Lacs.
Fortement encadrés, financés et armés par des puissances étrangères, Yoweri Kaguta Museveni et Paul Kagame ont soigneusement conçu, planifié et déclenché la guerre rwandaise qui durera de 1990 à 1994. Avec le soutien de leurs alliés, ils ont incontestablement et largement contribué à la mise en place des conditions du génocide rwandais dans l'exécution duquel ils ont joué un rôle indéniable. Et comme si cela ne suffisait pas, ils ont impunément et durablement mis le feu à la région de l'Afrique des Grands Lacs.
3.1 Le régime Habyarimana à l'épreuve du courant démocratique qui souffle sur l'Afrique Sous la férule du général major Juvénal Habyarimana, le Rwanda est un Etat fortement centralisé. Encadré par le MRND, un parti unique comme dans la plupart des pays africains de l'époque, le pays jouit d'une certaine prospérité économique et il est souvent cité en exemple tant par les Institutions de Bretton Woods que par ses autres nombreux bailleurs de fonds. Monté au pouvoir en 1973 à la faveur d'un coup d'Etat, le général président a beaucoup de mal à s'adapter à l'avènement du pluralisme et du multipartisme qui secoue l'Afrique du moment.
Mais le régime Habyarimana est contraint de s'adapter aux évolutions politiques nouvelles marquées notamment par l'avènement du multipartisme qui déferle sur le continent africain sous l'influence du discours prononcé par le Président François Mitterrand à l’occasion de la 16ème Conférence franco-africaine de Labaule le 20 juin 1990. Dans ce discours, le Chef de l'Etat français préconisait la conditionnalité de l'aide de son pays en ces termes : « L’aide de la France aux Etats africains est subordonnée à l’avancée du processus de démocratisation». Et M. Roland Dumas, Ministre français des Affaires étrangères de renchérir: « Le vent de la liberté qui a soufflé à l’Est devra inévitablement souffler un jour en direction du Sud ». « Il n’y a pas de développement sans la démocratie et il n’y a pas de démocratie sans le développement », tranchait le patron de la diplomatie française.
Museveni et Kagame n’allaient donc plus affronter un seul ennemi mais désormais deux. Au régime du Président Habyarimana s’ajoutait de façon inattendue l’opposition intérieure regroupée au sein des Forces démocratiques pour le changement (FDC). De plus en plus agissante et parfois au détriment des intérêts des deux principaux protagonistes du conflit qu'étaient le régime du Président Habyarimana et la rébellion du FPR dirigée par Paul Kagame, cette opposition finira par se faire phagocyter par les deux principaux protagonistes du conflit.
Dans un premier temps, le FPR va se servir de l’opposition comme argument politique en vue d'affaiblir le régime de Habyarimana. Mais il entendait ensuite extirper à la racine toute opposition en acte et en puissance comme l’atteste aujourd'hui la nature autocratique de sa gouvernance. Ayant enfin les mains libres et les pleins pouvoirs pour faire prévaloir une justice de vainqueur selon sa propre version des faits, il écrase sans ménagement toute forme d'opposition tout en maintenant pour la forme un multipartisme de façade.
3.2 Le problème des réfugiés, maladie chronique au pays des mille collines On a parlé à propos des Tutsi du Rwanda et à juste titre qu'ils étaient les réfugiés les plus vieux d'Afrique. 30 ans c'était trop. Mais, sans doute sous le coup de l'émotion, on n'aura pas assez analysé l'attitude plutôt ambiguë du FPR pourtant supposé être leur ultime espoir.
En 1988, à l'initiative du Professeur Alexandre Kimenyi et ses amis dont l'américain Roger Winter (US Committee for Refugees)11, s'est tenue à Washington, une Conférence internationale sur la question des Réfugiés Tutsi. Bien qu'on soit aujourd'hui en mesure d'affirmer que ladite conférence n'était pas dépourvue de toute arrière-pensée politique, il est révélateur de noter l'attitude plutôt hostile à cette conférence aussi bien de la part du régime Habyarimana que du FPR lui-même qui venait à peine d'avoir le jour.
En effet, le gouvernement rwandais a essayé sans succès de saboter cette initiative. Mais, craignant pour sa part de voir détourner son bastion naturel en cas de succès de la conférence, le FPR avait tenté de s'y opposer avant de se raviser et d'y participer tout en essayant de l'influencer.
Il faudra reconnaître que le FPR s'est de tout temps montré méfiant à toute initiative poussant vers une solution pacifique au problème des réfugiés. Cela est valable pour la période où les réfugiés étaient en majorité tutsi, cela n'a pas changé aujourd'hui avec des réfugiés en majorité hutu.
Les réfugiés Tutsi étant considérés comme son principal terroir dans la mesure où ces derniers lui fournissaient des milliers de soldats, le FPR n'aurait supporté que quelqu'un d'autre s'occupa du problème de ces réfugiés Tutsi. Car, que serait-il devenu si par hasard, ce problème avait trouvé une solution avant son offensive militaire du 1er octobre 1990? De son côté, encore marqué par la période révolutionnaire des années 50-60, le régime MRND se méfiait comme de la peste de ces Tutsi en qui, il voyait d'abord des ennemis politiques avant de les considérer comme des réfugiés et des apatrides en quête d'un foyer. Si les inégalités sociales et économiques étaient séculaires et institutionnalisées, force est de constater que c’est à ce niveau précis que se trouve le noeud gordien de la problématique rwandaise qui n’a pas cessé de s’empirer jusqu’à nos jours. Cette question s'est posée à la monarchie et aux colonisateurs belges en 1959. N'ayant su y répondre convenablement, le Rwanda a été plongé dans la violence révolutionnaire qui s'est soldée par l'abolition du régime monarchique et l’instauration de la république. La même question se posa aux deux régimes républicains successifs des présidents Grégoire Kayibanda12 et Juvénal Habyarimana. La réponse se fit attendre et c'est ce qui, en partie, conduira à la conflagration des années 90 avec toutes ses terribles conséquences. La même question se pose encore aujourd'hui dans des termes encore plus cruciaux au régime du FPR dominé par d'anciens réfugiés. Qui pourra enfin persuader le gouvernement FPR que les réfugiés rwandais constituent aujourd'hui un problème à résoudre plutôt qu'un instrument manipulable à merci?
La question qui se pose est simple : oui ou non les Hutu et les Tutsi pourront-ils un jour revivre ensemble et égaux en droits dans leur pays le Rwanda?
Allant jusqu'au bout de sa logique militariste, le FPR a pris le risque inconsidéré de torpiller les accords de paix d'Arusha en commettant l'attentat terroriste du 06 avril 1994. Mais comme nous l'expliquons tout au long du présent Mémorandum, pas plus que ses puissants protecteurs, le chef du FPR Paul Kagame n'avait jamais envisagé une solution pacifique qui aurait pu répondre aux attentes des réfugiés tout en préservant l'intérêt général de tout le peuple. Au fond dans toute cette affaire, aussi bien les réfugiés que tous leurs compatriotes auront été manipulés au nom d'intérêts étrangers. Le FPR doit se tenir prêt à en répondre un jour devant le tribunal du peuple et de l'histoire.
De fait, avant de simuler l’option d’une solution politique négociée avec le gouvernement élargi à l’opposition non armée et dirigé par Dismas Nsengiyaremye, le FPR émettra des doutes quant à l’agenda politique du MDR qui, en réalité était né après le PL très proche du FPR. Il semble en effet que le PL opérait clandestinement depuis fort longtemps à l’intérieur du Rwanda et se préparait à devenir une alternative transitoire avant des élections démocratiques que le FPR avait déjà prévu de saboter au cas où la signature d’un simulacre des accords de paix d’Arusha l’aurait contraint à passer de son simulacre de solution politique négociée à la participation au Gouvernement de transition à base élargie (GTBE) alors censé préparer les élections démocratiques. C'est ce qu'indique un document codé (DOUBTS OVER POLITICAL AGENDA OF MDR REF 6470/JKS) où l'on peut lire ce qui suit : « Il y a un doute sérieux au sujet d’une libéralisation politique et de l’agenda politique du régime de Kigali. La révision de la constitution de 1991 donne au système une casquette de multipartisme qui n’est pas sûre. Tous les réfugiés sont censés retourner au Rwanda mais non en tant qu’opposition politique. Le régime n’est pas sérieux à ce sujet. Cela implique qu’un recours à une sérieuse et solide forme de résistance doit être utilisé afin d’éviter tout regret. La solution applicable dans ce cas sera comme indiqué dans la conférence (REF4563/THRWA/56 code 560/LP). Le recours aux négociations politiques devrait être encouragé mais sans pour autant s’y fier pour éviter tout regret. Le renforcement des positions et la mobilisation des forces doivent plutôt être plus forts car l’interférence de la France est inévitable. Copie pour information NAKASERO STATE HOUSE, UPDF HQ MBUYA, 1ST BATALLION » [Preuve n°001].
3.3 Une guerre planifiée en deux phases, provisoire et définitive
Jusqu’à la fin des années1988, Museveni avait subordonné l’agression armée contre le Rwanda à l’assassinat préalable de Juvénal Habyarimana. Initialement planifiée pour être enclenchée en 1989, cette guerre sera retardée par l’échec de plusieurs actions para commandos de la NRA dans sa tentative d’assassiner le leader rwandais à l’intérieur de son pays. Parmi les raisons de ces échecs, on peut retenir la sécurité trop serrée autour de la victime visée par Museveni. Jusqu’au 10 mars 1990, tous les rapports transmis par les commandos de la NRA chargés de la mission d’assassinat faisaient état d’un mur de sécurité infranchissable autour du Chef de l’Etat rwandais. C’est à cette date que se tint à Kampala une réunion d’évaluation de la situation. C’est à ce moment précis que se tint une réunion d’évaluation pour lever tous les obstacles à l’assassinat du président rwandais, notamment en réunissant tous les moyens nécessaires. Parmi les invités présents figuraient, outre des officiels ougandais, le tanzanien Julius Nyerere et le nigérian Moshood Abiola, ancien patron de la société ITT. Sur proposition de Museveni, Nyerere fut chargé de monter une stratégie susceptible de débloquer la situation.
. 3.4 Julius Nyerere, une carte maîtresse dans le jeu du FPR Sur proposition de Nyerere, la guerre est donc scindée en deux étapes bien distinctes mais complémentaires l’une de l’autre. Il s'agissait de la guerre provisoire et de la guerre définitive dont nous allons exposer les tenants et les aboutissants. Cette scission a été décidée au cours de la réunion tenue le 20 avril 1990 de 14h à 16h15 dans le palais présidentiel de Rwagitura à Mbarara comme en témoigne le procès verbal de la réunion(REF 0039/R/90) [preuve n°002].
Le cerveau d’un tel stratagème n’est personne d’autre que l’ancien Président tanzanien, Mwalimu Julius Kambarage Nyerere. Mais en sa qualité de leader de la «libération régionale» et planificateur de la guerre régionale, c'est Museveni qui va avaliser la proposition avant de la mettre en œuvre. En effet, une réunion d’évaluation des obstacles liés à l’assassinat du président rwandais à l’intérieur de son pays s'était tenue le 10 mars 1990 dans le palais présidentiel de Kampala [Preuve n°003].
Sur demande de Museveni, Nyerere avait conçu ce plan transitoire en vue de suppléer à l’échec d'une série d’actions menées par des commandos de la NRA à l’intérieur du Rwanda. La guerre provisoire ne visait pas à porter le FPR/NRA au pouvoir. Il s’agissait d’abord d’une contrainte militaire sur le Rwanda pour ensuite contraindre militairement son représentant à un simulacre de négociations de paix dans l’un des pays complices de l’Afrique centrale, orientale ou méridionale, selon les termes de Nyerere, où toutes les conditions étaient réunies pour l’y assassiner. Cette stratégie permettait de déjouer la sécurité intérieure trop serrée autour de Habyarimana et de l’assassiner pour déclencher la guerre définitive. L’assassinat devait par ailleurs mettre immédiatement fin au simulacre de négociations de paix et agir comme une force « détonateur » de l’effondrement de l’ordre politique au Rwanda.
A l’inverse de la guerre provisoire, la guerre définitive obéissait donc au plan initialement conçu en 1989 et qui n’avait pas pu être exécuté suite au retard enregistré par l’équipe chargée d’assassiner Habyarimana. Cette guerre avait des visées génocidaires contre les Hutu du Rwanda dont l’occupation par l’armée ougandaise ne pouvait se réaliser qu’à travers le retour armé des réfugiés Tutsi du camp de Nakivala organisés par Fred Rwigyema et Bayingana13, ceux du camp de Masaka, majoritairement naturalisés ougandais et pratiquement étrangers à l’organisation des réfugiés Tutsi, mais organisés, endoctrinés et mobilisés par Museveni et Kagame qui entendaient par ailleurs contrer la popularité indéniable d’un Rwigyema jugé plutôt défavorable à leurs desseins franchement génocidaires14.
Pour le duo RPF/NRA débarrassé de Rwigyema de plus en plus sceptique par rapport aux stratégies d’extermination des populations, la conquête du Rwanda par la force qui supposait l’extermination des Hutu, devait faciliter l’occupation du Rwanda par l’Ouganda et son instrumentalisation au profit de la « libération régionale ». Formé dans une telle perspective, Paul Kagame était déjà prêt à assumer valablement cette fonction. Le Rwanda allait servir de tremplin à la poursuite de la guerre notamment dans l’ex-Zaïre, avant d’envisager « la libération totale du Burundi » selon les termes précis de Museveni, puis la conquête de la Tanzanie considéré alors comme le berceau de la « libération ». Il faut noter qu’au départ, les Tutsi du Zaïre et de la Tanzanie n’étaient pas visés par le rapatriement que le FPR/NRA faisait miroiter à la Communauté Internationale comme justification de sa guerre. Ces Tutsi devaient plutôt s’implanter davantage dans ces pays comme l’indiquent clairement des documents ultrasecrets. Nombreux parmi ces Tutsi qui, à condition d’avoir prêté main forte au FPR/NRA, auraient contribué à l’extermination des Hutu et à la « sécurisation » du pays, devaient également avoir la possibilité ou de s’établir dans leur pays d’origine ou de retourner dans leur pays d’accueil. C’est le cas des Tutsi dits « Banyamulenge » qui servirent de paravent dans les invasions de la RDC en 1996 et en 1998. Dans une enquête de mortalité publiée récemment, International Rescue Committee (IRC) estime que le conflit et la crise humanitaire en République Démocratique du Congo ont coûté la vie à 5,4 millions de personnes depuis 1998 et continuent, chaque mois, de tuer 45.000 personnes.
En effet, le retour pacifique des réfugiés Tutsi au Rwanda a été au départ compromis par Museveni et Kagame qui le jugeaient incompatible avec la finalité ultime de la guerre dite de libération régionale. Une telle guerre devait, selon eux, libérer tous les Tutsi de la région étiquetés globalement et idéologiquement de « Nilotiques » ayant pour vocation d’assujettir les Hutu globalement et idéologiquement étiquetés de «Bantous ». C’est pour obéir à cette logique finale et globale que la guerre de « libération régionale » a été précédée par une vulgarisation subtile et sournoise relative à la prétention selon laquelle il existerait « un peuple nilotique» dans la Grande Afrique de l’Est réputée allemande et qui s’étend de l’Afrique du Sud au Caire en Egypte. Un tel mythe ne pouvait que plaire aux parrains américains et britanniques de Museveni qui convoitent les immenses richesses naturelles et matières premières de la région. Dans ce cadre, quoi de plus simple et de plus efficace que de dresser le « peuple nilotique» contre le « peuple bantou », le premier étant idéologiquement assimilé aux Juifs et le second aux Nazis ?
Les « libérateurs » autoproclamés savent cependant faire preuve de pragmatisme. La guerre de “libération régionale » change d’acteurs selon les pays et la composition ethnique de chacun d’eux même si les objectifs globaux restent intacts et identiques, peu importe l’acteur actuel au service de la cause, à court, moyen et long terme. C’est au nom de ce principe que Kanyarengwe Alexis, Théoneste Lizinde, Pasteur Bizimungu et Seth Sendashonga seront intégrés dans le jeu avant de se voir écarter ; que Laurent Désiré Kabila sera assassiné après avoir compris et rejeté la stratégie de Museveni ; que Julius Nyerere a failli, à plusieurs reprises, être assassiné car accusé de trahison après avoir réalisé le caractère particulièrement criminel du tandem FPR/NRA qui aurait souhaité assassiner le président Habyarimana sur le sol tanzanien ; que J. J. Odongo originaire du Kenya resta longtemps chef d’Etat Major de la NRA pour servir d’instrument aux visées déstabilisatrices de Museveni dans ce pays d’où il partait pour renforcer la SPLA de feu John Garang au Soudan où la compagnie LONRHO15 est déjà signataire d’un contrat d’exploitation de pétrole une fois le Soudan « libéré » ; que l’armée du FPR comptait dans ses rangs des Somaliens, des Ethiopiens et des Erythréens souscrivant à l’idéologie raciste de Museveni. Des faits concrets et illustratifs sont nombreux pour confirmer le caractère unitaire de la « guerre régionale » en cours, une Guerre qui est en fait la somme de plusieurs guerres et de « victoires » dans la Région de l’Afrique des Grands Lacs. Les peuples meurtris par ces conflits et même plusieurs de leurs acteurs directs ignorent totalement l’existence de pactes secrets noués entre le duo Museveni/Kagame et ses parrains anglo-saxons dont les soutiens multiformes servent à pérenniser l’extermination des peuples entiers. Il s’agit d’une véritable organisation internationale criminelle qui dépasse tout d’entendement.
Pour revenir brièvement à la guerre provisoire, il faut rappeler que celle-ci était initialement conçue pour être une opération éclair et présentait toutes les apparences d'un conflit politique plutôt à caractère interne avec pour objectif final de «libérer » le Rwanda. Mais l’ultime finalité de cette offensive était en réalité l’élimination physique du Président Juvénal Habyarimana par laquelle les « libérateurs » comptaient mettre fin au simulacre de négociations de paix et enfin enclencher la guerre totale et définitive tant attendue. Il importe enfin de souligner que la même réunion du 20 avril 1990 a unanimement désigné la Tanzanie comme l’hôte du simulacre de négociations de paix et donc le lieu potentiel du crime. Après une longue série de tentatives manquées pour assassiner son homologue rwandais, Museveni s’était rendu compte que ce dernier n’allait pas être une proie facile. Le maître de Kampala mise alors sur des informations en provenance de l’intérieur du Rwanda pour assurer son succès. Il fait appel aux Tutsi vivant au Rwanda car jugés mieux informés que les éléments du FPR/NRA sur le régime Habyarimana et sur les rouages politico-militaires du pays. A cet effet, les éléments du FPR/NRA opérant à l’intérieur du Rwanda ont été convoqués pour une réunion d’information sur le processus global de planification comme l’indique un document ultrasecret en notre possession (REF5674/HN/94)-Le document précise : «La délégation du PL en provenance de Kigali a exposé son agenda politique certes convaincant mais jugé trop faible pour forcer des changements politiques significatifs. La conclusion a été que seule la force pourrait briser l’ancrage du régime hutu dans la vie politique. Le point d’ancrage de la politique du régime de Kigali est la révolution sociale de 1959 qui doit être effacée de l’histoire. L’absence de liberté politique pour nos frères et leur discrimination à l’intérieur est une menace qui ne finira jamais. Il est impossible d’avoir le soutien local au terme de l’agenda. Le soutien international doit être canalisé à travers le gouvernement ougandais» [Preuve n°004].
Selon un autre document relatif aux résolutions de la réunion (REF45678/KIG/RPA/F code of operation 560LP), « Le moment proposé pour l’attaque du Rwanda était à choisir sur la période s'étalant entre le 29 septembre et le 1er octobre 1990. En vue de soutenir l'offensive à venir, le gouvernement ougandais a accordé, entre autres moyens gratuits, tout le matériel et personnel nécessaire. Les 1er et 9ème bataillons ougandais devaient acheminer toutes les ressources nécessaires comme formellement convenu avec Salim Saleh Akandwanaho16. De leur côté, Paddy Ankunda et LT. Col Drago allaient agir sur les préparatifs comme convenu au préalable selon une note (REF 34526/RPA/897-45 Code 560LP)-. Une copie pour information portant résolutions de la rencontre avec la délégation du PL fut adressée aux quartiers généraux des camps militaires de Mbuya et Lubiri » [Preuve n°005].
3.5 Mystérieuse disparition du Commandant Fred, ascension fulgurante de Paul Kagame
Alors que le début de l'offensive contre le Rwanda avait été fixée en 1989 elle ne sera finalement lancée que le 1er octobre 1990 et sera confrontée à de nombreux « imprévus » dont la mort non encore élucidée du général major Fred Gisa Rwigyema, premier Chairman du FPR, tué dès le deuxième jour de l'offensive. Dans le but apparent de remplacer ce dernier, Paul Kagame avait été formé et préparé pour diriger les opérations d’extermination des Hutu au cours de la guerre totale et définitive à laquelle devait céder place la guerre provisoire qui n’était, on s’en souviendra toujours, qu’une contrainte militaire sur un pays et son représentant pour déjouer sa sécurité intérieure et faciliter l’assassinat à l’extérieur du Rwanda et donc une stratégie transitoire pour débloquer la guerre totale pour laquelle Kagame était formé au Cuba et Fort Leavenworth. Mais il aura fallu au préalable faire éliminer Fred Rwigyema dont le charisme et la popularité tant en Ouganda que dans certains milieux rwandais avaient fini par agacer Museveni lui-même. Par ailleurs, des liens quasi affectifs existant entre Fred Rwigyema et Julius Nyerere n'étaient pas de nature à arranger les choses.
Voici, à ce propos, ce qu’on peut lire dans un rapport ultrasecret sur la réunion du 14 février 1989(VALENTINES MEET FEBRUARY 14, 1989 REF 5678/LP/UG/GR)- « L’officiel du DMI Kagame Paul, convoqué à Rukingiri pour discuter ses problèmes persistants des luttes pour le pouvoir au sein du DMI. Salim Saleh, Lt. Col Drago, Col Serwanga Lwanga. Tous les orateurs convoqués. Le Président n’y était pas présent mais la réunion était bien présidée par Salim Saleh. Dans une déclaration lue par ce dernier, le Président proposait à Paul Kagame une partie de son stage à Cuba d'où il pourrait poursuivre un autre programme à son retour de ce pays. Il accomplira de fait un programme d’échange du savoir-faire à Fort Leavenworth, Kansas en 1990. Paul Kagame ne fait part d'aucune objection et ne manifeste pas sa satisfaction mais il est attendu pour présenter sa position directement au Président vendredi prochain à 13.00 PM. Les autres parties concernées dans la lutte pour le pouvoir se réservent de tout commentaire » [Preuve n°006].
A propos de ces dissensions au sein de l’APR scindée en deux camps à savoir celui de Fred Rwigyema avec pour père spirituel Julius Nyerere et celui de Paul Kagame ayant pour parrain principal Yoweri Museveni, Kagame devrait un jour expliquer les conditions de la disparition mystérieuse de son « ami » Fred Rwigyema. Cette disparition qui fut en réalité un coup fomenté par Yoweri Kaguta Museveni, permit à Paul Kagame de sortir du lot et de connaître une ascension fulgurante : «Kagame-Bayingana differences discussed. Les dissensions entre Paul Kagame et Peter Bayingana débattues. Rwigyema demande qu’une action disciplinaire soit prise faute de quoi la guerre directe n’aurait aucune base (cause). Kagame fut convoqué par Mwalimu Julius Kambarage Nyerere en vue de discuter des dissensions qui pourraient conduire à l’échec total de la guerre. Les conclusions furent transmises aux parties concernées. Kagame devait accepter de servir sous les ordres de Bayingana, toutes ses propositions et considérations devant alors passer strictement par son chef hiérarchique direct qui est Bayingana à l'époque, avant d’être ensuite adressées au Président Museveni et à Mwalimu Julius Kambarage Nyerere. Aucune objection n’a été manifestée par les parties » [Preuve n°007].
Malgré l’intervention de Nyerere à plusieurs reprises pour les réconcilier, Kagame avait toujours refusé de servir sous les ordres de Bayingana. Le torchon n’avait jamais cessé de brûler entre les deux officiers comme un document en notre possession le confirme en ces termes : «Shoot-out failure in Murambi-Byumba during the tour of J. Habyarmana. Contrairement à d’autres multiples tentatives d'assassinat avortées, l’échec d’une fusillade du président J. Habyarimana lors de son voyage d’agrément à Murambi (Byumba) n’a pas été imputée à la sécurité trop serrée autour du président mais bien aux tactiques plutôt mal planifiées mises en oeuvre par le leader du plan d’assassinat qui était Peter Bayingana. Chris Bunyenyezi a alors demandé que la mission d’assassinat soit transférée de la commission initiale issue de la NRA au DMI (the Directorate of Military Intelligence) situé à Basima House17 et qu’une action disciplinaire immédiate soit prise en raison d’une mission qui avait échoué. Les conclusions de la réunion d’évaluation de la mission d’assassinat furent acceptées sans aucune objection et transmises aux parties concernées » [Preuve n°008].
Le Directeur du DMI n’était personne d’autre que Paul Kagame qui avait toujours saboté Rwigyema et ses compagnons d’armes dont Bayingana. Ces derniers seront tous éliminés dès le début de la guerre dans de curieuses circonstances sans doute connues du Président Museveni dont la hantise à l'époque était non seulement d'abattre son homologue rwandais mais aussi de diminuer l'influence de plus en plus importante de Julius Nyerere qui parvenait à contrôler la situation sur le terrain via les informations fiables lui fournies par Fred Rwigyema et ses proches.
Après avoir malignement éloigné Paul Kagame du champ des violentes luttes d'influence au sein du FPR pour le protéger dans la perspective d'un après Rwigyema apparemment déjà programmé, Museveni rappelle Kagame qu'il va imposer aux forces de l'APR désormais orphelines et en position inconfortables. Les tensions internes observées actuellement au sein de l'armée de l'APR devenue RDF ne sont donc pas nouvelles. Il s’agit visiblement du prolongement dans le temps et dans l’espace des faits non-dits et non élucidés qui datent de la guerre comme ce document (MEET CRISIS REF RPA/67/78) en témoigne en ces termes : «Le conflit a de nouveau éclaté au sein de l’APR. Tout le monde s’est mis d’accord que les morts de Rwigyema et de Bayingana ne devraient pas se répéter. Il existe une mésentente sans cesse renouvelée sur quelques petites affaires au sein des forces de libération. P. Rwigyema, Kagame se sont convenu à Kampala en présence de Museveni pour discuter les problèmes qui causent de graves problèmes. Demain à 14 heures, nous allons être ici pour recevoir le rapport. Copie pour information à RPA TOP, NAKASERO STATE HOUSE » [Preuve n°009]. 3.6 Le Rwanda entre guerre et ouverture démocratique Le plan de Julius Nyerere du 20 avril 1990 avait incontestablement l'avantage d'intégrer dans le combat de la rébellion le paramètre d'une opposition démocratique de l'intérieur en partie générée par le fameux discours du Président François Mitterrand au Sommet de La Baule18 en juin 1990. C’est aussi dans ce cadre que le FPR a discrètement influencé les esprits à l'intérieur du pays afin que Tutsi et Hutu frustrés et mécontents du régime Habyarimana se regroupent et s’organisent d'abord secrètement en un parti politique d'obédience libérale. C’est à travers ce dernier qu’il allait non seulement recueillir des informations pertinentes sur l’évolution du climat politique intérieur, atteindre et persuader des personnes sceptiques recrutées en masse à l’intérieur du pays, mais encore et surtout canaliser sa propagande de désinformation, d’intoxication et de sabotage et de phagocyter ensuite l'opposition démocratique. Il semble donc que le Parti Libéral ait existé et fonctionné de manière informelle et en parfaite dualité avec le FPR avant d'être officiellement lancé à l'avènement du multipartisme au Rwanda. Pour rappel, c'est le 01 septembre 1990 que 33 intellectuels rwandais adressèrent une lettre au régime en place pour dénoncer les méfaits du monopartisme et demander le retour au multipartisme. Parmi eux figurait le fonctionnaire international Emmanuel Gapyisi qui sera assassiné.
Les gens commencèrent d’office à s’inscrire en masse dans les partis politiques sans attendre l’agrément des partis politiques par les autorités. Le 13 novembre 1990, sous la pression combinée de l'opinion nationale et de la Communauté internationale, le Président Habyarimana annonce le retour au multipartisme qu’il avait longtemps refusé. Paradoxalement, cet acte signait la mort dans l'oeuf de la démocratie rwandaise dans la mesure où le FPR n'entendait pas du tout arrêter son offensive militaire. C'est dans ce contexte mouvementé qu'il va récupérer un maximum de partis politiques dans son propre agenda militaire et politique. C'est le 01 juillet 1991 qu'est relancé officiellement le parti MDR connu surtout pour avoir mené la révolution de 1959 qui a instauré un régime républicain, mettant fin à plusieurs siècles de monarchie au Rwanda. D'autres partis allaient voir le jour peu après tels que le PL, le PSD et le PDC devaient être créées. Les partis rencontrent le FPR (Bruxelles). C’est là que commence un long simulacre de négociations de paix avec des invités inattendus à la table d’un simulacre de négociations de paix mais préparés préalablement par le Tandem Museveni/Kagame. Dans tous les cas, Museveni et Kagame n’allaient plus faire face à un seul ennemi mais désormais deux. Au régime du Président Habyarimana s’ajoutait de façon quelque peu inattendue l’opposition intérieure regroupée au sein des Forces démocratiques pour le changement (FDC). De plus en plus agissante et parfois au détriment des intérêts des deux principaux protagonistes du conflit à savoir le régime du Président Habyarimana et la rébellion du FPR dirigée par Paul Kagame, cette opposition finira phagocytée par les deux principaux protagonistes du conflit.
3.7 Yoweri Kaguta Museveni l'anglo-saxon Museveni est certes l'idéologue de la «guerre de libération» mais il ne pouvait agir seul et avait parfois besoin de couvrir ses arrières. Poussé par la dynamique du succès après sa prise de Kampala en 1986, il contribuera de façon déterminante à la création du FPR qui devait lui permettre de poursuivre sa «mission» au Rwanda et surtout en RDC. Car après la prise de Kampala, c’était le tour de Kigali, étape essentielle dans la conquête du grand Zaïre. Par ailleurs, on trouve derrière Museveni la fameuse «Alliance éprise de paix», en anglais «Peace Loving Alliance». Museveni avait reçu tous les pouvoirs de mettre en œuvre les pactes secrets dont le Royaume-Uni était l’instigatrice avec son fidèle allié américain.
En effet, le retour inopiné de Milton Obote au pouvoir en 1980 a été trop mal vécu par les Anglais qui, profitant de sa présence au Sommet du Commonwealth tenu à Singapour en 1971, avaient aidé le dictateur Id Amin à se hisser au pouvoir par un coup d’Etat militaire. Il faut rappeler qu'à l'occasion de ce sommet, la délégation britannique avait repoussé d’un revers de la main un tout débat relatif au thème de la démocratie. Cette discrétion excessive était due principalement au fait que beaucoup de membres importants de l’organisation - parmi lesquels des pays africains - étaient des démocraties douteuses. La première déclaration de principe, adoptée à Singapour en 1971, dénonce en termes passionnés les démons du racisme, mais évite délibérément de mentionner le thème de la démocratie que les Anglais considèrent à l'époque comme une peste qui réapparaît en Ouganda. Les Anglais avaient découvert Museveni du temps où il était intégré dans l’administration du président Milton Obote comme membre des services secrets en 1970. Après le coup d’état d’Id Amin Dada en 1971 sous l’égide des Anglais, Museveni fuit en Tanzanie. Nyerere quant à lui avait connu et soutenu Museveni lorsque, encore étudiant à l’Université de Dar es Salaam de 1967 à 1970, il rejoint les mouvements nationalistes radicaux et devient président du Front des étudiants africains révolutionnaires (USARF). Mais c’est au sein du Front de Libération du Mozambique (FRELIMO) que combat le pouvoir colonial portugais que Museveni s'entraine aux techniques de guérilla. Il revient en Ouganda en 1979, à la tête de la guérilla aidée par l’armée tanzanienne. Museveni est alors un personnage populaire, mais son parti, le Mouvement patriotique ougandais, est largement battu aux élections de 1980, qui ramenèrent Obote à la tête de l’état. Peu après son accession au pouvoir, Museveni est reçu en octobre 1987 à la Maison Blanche par le Président Ronald Reagan. C’est à ce moment que naît l’alliance entre le Royaume-Uni, la Tanzanie et le Grand empire nilotique encore en gestation dans la Grande Région de l’Afrique de l’Est, appelée aussi l’Afrique allemande. Il s’agit d’un retour en arrière au fameux « Traité de l’éternelle amitié » que Karl Peters, fondateur de la colonisation allemande proposa aux africains en échange des terres de Bargash. Museveni partage les terres africaines entre les anglais et les américains, à l’instar du partage des mêmes terres entre les Français, les Anglais et les Allemands en 1885.
Dans l'esprit de Museveni et sans doute également dans celui de son allié Kagame, le Rwanda avait pour vocation de servir de tremplin aux campagnes militaires prévues au Congo, au Burundi, en Tanzanie, au Kenya et au Soudan. 3.8 L'élimination de Juvénal Habyarimana et l'extermination des Hutu, une véritable hantise chez Paul Kagame et Yoweri Kaguta Museveni
Museveni avait toujours considéré les Hutu comme des «ennemis régionaux» et leur chef de file supposé être Juvénal Habyarimana comme l'obstacle majeur aux desseins de la «guerre de libération régionale». Un document ultra confidentiel décrit la situation en ces termes : «President Y.K. Museveni accepts all reports and plans. Before War starts J. Habyarimana should be killed as this will act as an immediate sparking force to the political disorder. More alternatives provided to accomplish assassination mission” [Preuve n°010]. «First Battalion of Lubiri Army Barracks under Capt. Kiyinyi will have to lead the assault on Rwandese territory with special artillery and gunships. No opposite tribe (Hutus) should be left on ground as this should be highly maintained. Hutus are regional enemies as expressed by liberation leader Y.K. Museveni under special agreements refer to Rwagitura meet enhanced by Major Paul Kagame, strictly special techniques to be embarked on in order not to attract international attention» [Preuve n°011]. Peu après son accession au pouvoir, Museveni est reçu en octobre 1987 à la Maison Blanche par le Président Ronald Reagan. C’est à ce moment que naît l’alliance entre le Royaume-Uni, la Tanzanie et le Grand empire nilotique encore en gestation dans la Grande Région de l’Afrique de l’Est, appelée par aussi l’Afrique allemande. Il s’agit d’un retour en arrière historique qui fait penser au fameux « Traité de l’éternelle amitié » que Karl Peters, fondateur de la colonisation allemande proposa aux Africains en échange des terres de Bargash. Museveni entend ainsi partager les terres africaines entre Anglais et Américains, à l’instar du partage des mêmes terres, en 1885 lors de la Conférence de Berlin19 entre Français, Anglais et Allemands.
4. Une guerre inavouable entre puissances «alliées» et «civilisées»
Nous avons déjà évoqué la dimension internationale du conflit rwandais. Il convient toutefois d’y insister dans la mesure où le Rwanda en particulier et l’Afrique des Grands Lacs en général continuent de servir de théâtre à une dangereuse confrontation que les camps concernés ne semblent pas disposés à assumer au grand jour. C’est le cas des massacres qui ensanglantent actuellement le Kenya et qui ne sont pas étrangers aux plans de «libération régionale» si chers à Museveni. Nous y reviendrons plus loin. Alors que porté à bout de bras par les Etats-Unis d’Amérique et le Royaume-Uni, le régime Kagame tente désespérément d’imposer au monde une lecture réductrice de la tragédie rwandaise et régionale, il y a lieu de démontrer, preuves à l’appui, que ce qui a été présenté à l’opinion comme un conflit Hutu-Tutsi est en réalité une guerre indirecte mais particulièrement meurtrière qui a opposé le camp anglo-saxon mené par les Etats-Unis et le Royaume-Uni au camp francophone animé par la France.
L’ombre de la France planait constamment sur le déroulement des opérations militaires au Rwanda. A ce sujet, un document codé (France REF 560/RW/COF) se passe de tout commentaire : «D’après les rapports des services de renseignements ougandais, la France se prépare à intervenir pour soutenir le régime Habyarimana. Nous avons rencontré des officiels américains et ce sujet a préalablement fait l’objet d’une discussion avec l’attaché militaire à Kampala. Le rapport américain d’hier sera transmis à : AIR FORCE AND AIR MOBILITY COMMAND; C-141 STARLIFTER; C-5A GALAXY; C-17 GLOBEMASTER AIRCRAFT; KC-10; KC-135». [Preuve n°012]. Cela se passait au lendemain de l'attentat du 6 avril 1994. Il en est également question dans un rapport secret à propos de «550 hommes pour des opérations terrestres (ground operation)» : «A n’importe quel moment dès maintenant, les américains vont dépêcher des forces à Entebbe : MACGUIRE AIRFORCE BASE; TRAVIS AIRFORCE BASE; CHARLESTON AIRFORCE BASE S. CAROLINA. Copie pour information à la MAISON BLANCHE DE NAKASERO, UPDF AIRFORCE D’ENTEBBE, DMI, ISO » [Preuve n°013].
Ainsi donc au moment où les troupes françaises s’interposaient entre les deux belligérants afin de les pousser à négocier une solution politique au conflit, les troupes américaines agissaient dans l’ombre notamment à partir de l’Ouganda. Tout en s’en faisant les champions, les Anglo-Saxons vont déstabiliser et neutraliser avec succès le processus de paix et de démocratisation enclenché en Afrique sous l'impulsion de la France avec notamment l'intervention remarquée de François Mitterrand au Sommet de Labaule. Le discours du Président français paraissait sincère mais les Américains et les Anglais vont en être les principaux fossoyeurs tout en s’en proclamant les avant-gardistes. Ils cherchaient visiblement à tirer profit des aspirations africaines au changement qui passait par la chute des dictateurs africains maintenus au pouvoir dans le contexte d'«une guerre impossible entre deux blocs, la paix improbable dans le monde». Les revendications africaines s’exprimaient le plus souvent contre la domination réelle ou supposée de la France sur son pré carré. La France de l’époque est particulièrement fragile et ses rivaux anglo-saxons en sont pleinement conscients. C’était le bon moment pour précipiter sa déchéance d’autant qu’elle ployait difficilement sous le poids d’une cohabitation politique très délicate entre une gauche diminuée animée par le Président François Mitterrand et une droite montante symbolisée par Edouard Balladur devenu Premier Ministre. La France était de fait placée dans une situation difficile, singulièrement exposée au Rwanda où elle risquait à tout moment et au moindre pépin, de devenir le bouc émissaire d’une évolution incontrôlée. Ainsi, la fin de la guerre froide entre l’URSS et les USA fut suivie d'une situation complexe où les puissants de ce monde s’affrontent par pays pauvres interposés. Ceux qui n’avaient pas encore saisi la raison pour laquelle les neuf mandats d’arrêt internationaux délivrés par le Juge Bruguière contre des proches du Général Kagame restent relativement inopérants pourront sans doute réaliser pourquoi les accords de paix d’Arusha furent à juste titre qualifiés de chiffons de papiers.
4.1 Le Rwanda hypothéqué
Longtemps avant ce simulacre d’accords de paix, le Rwanda avait déjà été hypothéqué au profit des Anglais et des Américains comme le prouvent plusieurs documents ultra confidentiels. Sous le code «INTERNAL SECURITY ORGINIZATION REF: 87630/SE/CODE 546», un document rend compte des résolutions de la réunion du 16 mars 1993 : «Les participants ont décidé d’adresser au FPR le plan politique et les propositions (Political plan and proposals to RPF) suivants en ces termes: Le plan a été proposé par le président Yoweri Kaguta Museveni et revu par Amama Mbabazi et Kayihura. Le plan implique la compression du Rwanda en cinq plus grandes provinces et non plus le maintien intact des douze préfectures actuelles. Ces cinq provinces seront les provinces Nord, Sud, Est, et Ouest auxquelles s’ajoutera la province de Kigali. L’idée originale était initialement proposée par la Baronne Linda Chalker et les réunions précédentes n’avaient émis la moindre objection. Implications et craintes: La situation sécuritaire au Rwanda après la guerre pourrait s’avérer pleine de défis et nous ne sommes pas préparés pour commettre des erreurs qui feraient honte à nos alliés occidentaux. Les 12 préfectures existantes sont trop ethniques. Copie pour information au FPR » [Preuve n°014].
Quant à la position américaine vis-à-vis de l'inévitable victoire militaire du FPR, le rapport des services externes de renseignements (ESO officials) aux PPU, NRA et ISO officials précise les attentes ou la contrepartie de l’engagement américain en faveur du FPR : « AMERICAN POSITION : Le président Yoweri Kaguta Museveni a accepté l’implication américaine dans la gestion et les décisions politiques du prochain régime au Rwanda. Tout changement d’avis de la part du FPR/APR pourrait conduire à un changement d'attitude de la part des Etats-Unis à l'égard du Rwanda voire y justifier de leur part une intervention plus directe». Ces pactes secrets sont également assortis de plusieurs conditions insolites dont les principales sont les suivantes : «Le FPR/APR accepte des mesures politiques dictées directement de Washington; le FPR/APR accepte le principe de cooptation voire de fusion avec des personnes issues de l’opposition politique; le FPR/APR devra mettre en place un gouvernement de transition à base élargie à l’opposition au terme de sa victoire militaire et de l'anéantissement total du régime en place jugé plutôt pro belge et pro français; l’économie rwandaise devra être planifiée directement à partir des Etats-Unis; le café du Rwanda devra être vendu aux seules entreprises américaines » [preuve n°015].
Ceux qui s’interrogeaient sur les motivations réelles de la multinationale américaine «Starbucks» qui a le monopole absolu sur l’exploitation du café rwandais ont désormais la réponse. Ceux qui se demandaient d’où vient la politique ultralibérale et la suppression des bourses destinées aux étudiants issus des familles pauvres ont eux aussi la réponse. Tout est planifié à partir de Washington. Nous sommes pratiquement retournés aux temps coloniaux.
Le temps de l’exploitation des esclaves étant révolu, les puissances modernes exploitent aujourd’hui les richesses naturelles au prix parfois des conflits économiques qui dégénèrent en guerre plus ou moins ouverte où l’on aperçoit de moins en moins les armées des pays puissants car les pays pauvres servent efficacement de chair à canon. Voilà pourquoi le général Kagame est sincère quand il affirme publiquement que tous ses concitoyens sont des « vauriens ». Les Anglo-Saxons ne tarissent d’ailleurs pas d’éloges au sujet de ce « stratège » Paul Kagame qui a parfaitement compris son rôle au service de ses parrains.
4.2 Des parrains certes prévoyants mais trop gourmands et trop pressés
Les préoccupations économiques des Anglo-Saxons ne font pas mystère dans le conflit rwandais comme le montre un document codé (ECONOMIC PLAN REF/345/JL/RW/RPA) où l’on peut lire ce qui suit : «Il existe des craintes quant à ce qui pourrait se passer si le temps imparti à notre guerre allait au-delà du calendrier planifié. Ce plan a été avancé par la commission en charge des finances de l’APR et des propositions y relatives ont été faites au gouvernement de l’Ouganda. Le plan a été discuté, voir REF346/JL/RW/RPA. Il y a un besoin de capturer les lieux suivants et de les réserver à notre possession : La région volcanique du Virunga; la région de l’Akagera; la forêt de Nyungwe et la forêt de Gishwati. Les lieux précités doivent être renforcés pour nos gains économiques au cas où le programme de la guerre devrait être prolongé. Les parties impliquées dans la guerre ne manifestent aucune objection et les copies pour information suivantes ont été transmises:REF/560/JLK; REF/561/JLM. Copie pour information à PPU, RPA.OFF ARUSHA » [Preuve n°016].
4.3 Kampala réclame sa part du gâteau via le braconnage des Gorilles du Rwanda !
Mais l'Ouganda n’est pas en reste dans la course aux intérêts économiques comme en témoigne un accord spécial conclu avec le FPR à propos des gorilles. Un document codé (SPECIAL AGREEMENT REF: MN00120) précise : «Un accord a été signé hier entre l’APR et le gouvernement ougandais concernant les GORILLES DU PARC VIRUNGA. Les parties sont tombées d’accord que les gorilles du parc du Virunga seront autorisés d’émigrer vers l’Ouganda pour y être épargnés de la guerre à la seule condition qu’ils ne seront pas par la suite retournés au Rwanda. Ceci sera un package de contrepartie spécial, voir REF MN00119. Les participants à cette réunion sont appelés à chercher le programme complet à partir de the sec desk7. CODE 78 RESPECTED. Copie pour information à COMMISSION 4»[Preuve n°017].
4.4 Quand le complexe de Fachoda20 fait des ravages au Rwanda
Entre le Royaume-Uni et la France, la guerre culturelle fait rage. Pour le Royaume-Uni, il faut viser la France en priorité sans pour autant épargner les cultures et les langues africaines. La Baronne Lynda Chalker21 donnera le ton au cours d'une réunion d’évaluation de la situation tenue à Kampala : «Laissez quiconque critiquer, mais nous devons en être désolés. Parce que nous avons nos engagements et toute la logistique. Et toute chose nécessaire nous est assurée. Laissez-les qualifier cela d'idéologisme. Mais c’est de cette façon que nous l’entendons ». Et la Secrétaire d’Etat britannique d’ajouter : «Les langues bizarres dans la région n’ont aucune contribution au développement général de la région. Mais cela est une affaire de décisions. Soyons monolingues. Eliminons le Français seulement si nous voulons réussir. Et certes il en est ainsi. Allons ! Nous voulons un changement partout où cela s’avère nécessaire. Et certes il se réalisera. Ne dansons pas au rythme des figures qui s’enferment dans un cocon ou se retranchent dans une carapace brisée (don’t dance to the ice broken figures). Le gouvernement britannique veut donner accès à l’implémentation. Nous avons le soutien et l’accès nécessaires» [Preuve n°018].
Les multinationales anglo-saxonnes ne sont pas en reste dans cette guerre. C’est ainsi que Tiny Rowlands, un des patrons du Groupe LONHRO, une Multinationale où la couronne britannique est actionnaire depuis la période des Rhodes jouera un rôle très actif dans la guerre du Rwanda et de la RDC. Pour encourager Kagame et Museveni, Tiny Rowlands confirme l’appui de son groupe en ces termes : «Soyez assurés de son soutien continu à la fois matériel et financier à cet effet. Allez tout droit au but chaque fois que vous décidez de le faire. N’ayez point peur de la destruction. Pourquoi ne pas détruire si cela est le seul moyen pour gagner le pouvoir? La destruction en masse dans la toute petite république de l’Afrique centrale ne fut-elle pas le prix des motifs décisifs (des gens déterminés)? De quoi pouvez-vous encore avoir peur?» [Preuve n°019].
Enfin, le caractère global du conflit rwandais apparaît encore plus nettement dans diverses déclarations notamment celles de Yoweri Kaguta Museveni. Dans son discours devant l'Assemblée générale de la Société de droit de l'Afrique de l'Est (The East Africa Law Society general assembly) du 04 avril 1997, le Président ougandais déclara : « Ma mission est d'assurer que l'Erythrée, l'Ethiopie, la Somalie, le Soudan, l'Ouganda, le Kenya, la Tanzanie, le Rwanda, le Burundi et le Zaïre deviennent des Etats fédérés sous une même nation. Cela n'est pas maintenant un choix, mais une obligation que l'Afrique de l'Est devienne une seule nation. Ou nous devenons une seule nation ou nous périssons. De même que Hitler fit pour unifier l'Allemagne, de même nous devrions le faire ici. Hitler était un chic type mais je pense qu'il est allé un peu trop loin en voulant conquérir le monde entier » [Preuve n°020]. Mais qui, à ce stade, pourrait encore douter que Museveni lui-même soit allé trop loin? Kahinda Ottafire surnommé «Utter fire, l’incendiaire» et pour qui la « guerre de libération » serait la réalisation concrète de l'idée d'une violence tantôt «purgatoire», tantôt «expiatoire» pour reprendre deux mots de son discours a affirmé à cette occasion : « Je ne suis pas sûr que les trois millions d'Africains qui sont morts en Afrique de l'Est dans les trois dernières années aient trouvé dans ceci une saine expérience ». Et de conclure presque désabusé : « Museveni lui-même est plus honnête sur ce sujet » [Preuve n°021].
Plus tôt, dans son discours du 16 février 1994 à Amina Club House, Kololo à Kampala, devant les leaders de la milice régionale secrète de l’Afrique de l’Est, du Centre et du Sud issus de la Tanzanie, du Burundi, de l’Ouganda, du Kenya (JJ Odong team), de l’Ethiopie, de la Somalie, de l'Erythrée et du Soudan (Col. John Garang team), Nyerere avait déclaré que l'accès au pouvoir de Museveni en 1986 constituait le premier succès de la «guerre de libération régionale» et de l’alliance éprise de paix (Peace Loving Alliance). Nyerere ignorait sans doute à ce moment que, le moment venu, Museveni prévoyait de se retourner contre lui. Tout comme en soutenant la guérilla qui mena Museveni au pouvoir à Kampala, Habyarimana était loin de s'imaginer être tombé dans le piège tendu par son protégé. [Preuve n°022].
4.5 La France vole au secours de Juvénal Habyarimana22 Au nom de ses accords militaires23 avec le Rwanda, la France est intervenue au Rwanda pour arrêter l'offensive du FPR en octobre 1990. Après l'échec lamentable de cette première attaque d'envergure, on a dû recourir à plusieurs subterfuges dont de nombreux simulacres de négociations et de traités de paix dont les plus connus sont ceux de N’Sele en ex-Zaïre et surtout ceux d’Arusha en Tanzanie. Considérée comme une guerre provisoire comme nous l'avons déjà expliqué, cette offensive sera relancée sous forme d'une contrainte militaire sur un pays et sur le représentant légitime d’un Etat souverain en la personne du Président Juvénal Habyarimana dont la tête était déjà mise à prix par son homologue Museveni depuis 1989. Cette première offensive ne visait pas à porter immédiatement le FPR au pouvoir mais à attirer le général major Juvénal Habyarimana dans un guet-apens depuis fort longtemps tendu par le tandem Museveni-Kagame. De fait en perpétrant des massacres de grande ampleur et en détruisant des infrastructures économiques partout sur son passage, le FPR entendait imposer au Président rwandais des simulacre de négociations de paix et le faire sortir du pays pour accroître les chances de l'assassiner. La Tanzanie fut alors unanimement désignée par la réunion du 20 mai 1990 tenue dans le palais présidentiel de Museveni à Kampala en vue d'être le pays hôte et complice d’un tel simulacre et donc le lieu du crime de paix et de l’élimination physique du Président rwandais. L’assassinat de ce dernier devait déclencher immédiatement la guerre définitive initialement subordonnée, selon Museveni, à l’assassinat préalable de son homologue rwandais. Cet assassinat s’étant avéré impossible à l’intérieur du Rwanda jusqu’au 20 mai 1990, il aura fallu plusieurs stratagèmes pour débloquer la situation. 4.6 La Belgique tombe dans les bras du FPR-Inkotanyi La Belgique s'était montrée trop partisane pour ensuite être neutre et digne de confiance. Un document ultra confidentiel codé (MEET FUNDING/BRANCH REF 560/OPP/BEL) que nous avons pu nous procurer donne quelques indications quant aux circonstances dans lesquelles la Belgique a basculé dans le camp des alliés du FPR. Ce document parle d'une mission d'officiels du FPR en Belgique et évoque un deal proposé au gouvernement belge : «Une commission des officiels du FPR voyagera en Belgique pour la recherche de fonds et l'ouverture d’une branche du mouvement. A son agenda un deal sera promis au gouvernement belge s’il accepte le retrait de ses troupes du Rwanda et fait stopper les activités enrageantes de la MINUAR. Kayihura présidera la mission pour la collecte de fonds et l’ouverture d’une branche du FPR à Bruxelles. Le Col américain J. HERNS24 a proposé ce deal afin d’intéresser la partie belge qui comprend le pays tout entier. Cela sera vital à l’avenir pour accomplir le combat final. Copie pour information à l’ambassade américaine et à la Maison blanche de Nakasero » [Preuve n°023]. On peut dès lors comprendre l'évolution quelque peu déroutante de l'attitude du Gouvernement belge qui, dans un premier temps, avait apporté son soutien au régime du Président Habyarimana. Comme on peut le constater, la Belgique a dû s'incliner devant la volonté américaine. Et tant pis pour ses casques bleus qui, quelques années plus tard, allaient payer le prix de cette incohérence politique plutôt mal assumée. Après avoir ainsi choisi son camp, n'était-il pas irresponsable voire suicidaire de la part de la Belgique de prétendre constituer l'ossature de la MINUAR ?
Il s'avère de fait que le retrait des troupes de la MINUAR25 avait été planifié par Museveni, et les belges dont les 10 casques bleus ont été sacrifiés pour justifier le retrait des forces de la MINUAR au profit du duo FPR/NRA auquel la force onusienne abandonna des quantités importantes d'armes à sa disposition. La MINUAR II ne sera donc composée que de forces acquises à la cause du FPR. Celui-ci préparait la poursuite de la guerre au Congo-Kinshasa comme de nombreux documents le prouvent. Aveuglé par le soutien armé et massif des Anglo-Saxons dont la stratégie «quick reaction, quick response» s’avère futile dans des situations complexes comme en témoignent de nombreux documents, le duo FPR/NRA n’a pas attendu qu’un bon fonctionnement relationnel soit établi en vue de mieux jouer sur la vulnérabilité des organisations proches, lointaines ou concurrentes et d’en tirer un avantage décisif et surtout durable. Cette erreur risque de lui coûter très cher car, pour s’assurer des victoires décisives et durables, le rôle de l’information, de la surveillance et de l’intelligence est capital.
4.7 Les Anglo-Saxons au Rwanda. Un nouvel Israël au coeur de l'Afrique?
Contrairement à la France qui se précipite, les Anglo-Saxons sauront se montrer plus discrets mais particulièrement efficaces. Patients mais vigilants, ils vont s'efforcer avec succès d'orienter les média et de conditionner les nombreuses organisations championnes des droits de l'homme qui travaillent sur le Rwanda en guerre. C'est qu'ils voient plus grand que la France qui, en s'embourbant au Rwanda, allait perdre beaucoup de son influence en Afrique. Les Anglo-Saxons le savent et l'attendent au tournant. A travers l'Ouganda, ils se contentent de donner des soutiens logistiques considérables et n'hésitent pas à apporter leur appui diplomatique déterminant à leurs alliés souvent mis en difficulté. Très prévoyants, les Anglo-Saxons préparent déjà la prochaine campagne. La plus importante à savoir la guerre du Zaïre dont le Rwanda servira de tremplin.
Mais les Anglo-Saxons peuvent également compter sur le soutien très précieux d'Israël, un pays dont l'histoire tragique pourrait le rapprocher sentimentalement des Tutsi, ces «Juifs d'Afrique». Dans l'édition du 09/08/2007 du quotidien israélien «The Jerusalem Post», David Kimshe rend un hommage appuyé à Paul Kagame. Selon lui en effet, le Président rwandais qu’il n’hésite pas à comparer avec Ben-Gurion le fondateur de l’Etat d’Israël, serait actuellement le meilleur leader africain voire du monde entier. « Rwanda is lucky in having its own David Ben-Gurion at a critical time in its history. We were lucky in having the original, back then when our state was established. What we need now is to have our own Paul Kagame! ». L’auteur de pareilles affirmations est un ex-Directeur général au Ministère israélien des Affaires étrangères.
5. Le jeu trouble de l'ONU au Rwanda
Dans son livre Rwanda, crimes, mensonges et étouffement de la vérité, Robin Philpot26 se pose légitimement la question de savoir s’il y avait une mission secrète dans la mission officielle de maintien de la paix dirigée par le général canadien Roméo Dallaire en 1994 au Rwanda. Dans sa conclusion, l’auteur est affirmatif : « Il y avait une mission dans la mission. La mission publique et officielle était de maintenir la paix en appliquant les accords d’Arusha. Mais la mission non déclarée consistait à faciliter la prise du pouvoir par le Front patriotique rwandais. Cette mission a été confiée à Dallaire par les puissances anglo-saxonnes pour des intérêts géostratégiques. Le Général Paul Kagame a été installé au pouvoir et il joue le jeu à merveille. Pour accomplir sa mission, Dallaire adressera ses correspondances directement à son compatriote le Général Maurice Barril à l’ONU en ne respectant pas le circuit normal en usage dans cette institution internationale. Roger Booh Booh, Représentant Spécial du Secrétaire Général de l’ONU au Rwanda s’en est plaint mais cela est resté un vœu pieux malgré les injonctions de Koffi Annan. Grâce à la MINUAR, le Rwanda qui, pendant quatre ans, avait résisté tant bien que mal à un siège acharné, a été conquis en quelques heures et est devenu l’énième province de l’Ouganda où tous les rescapés aussi bien Tutsis que Hutus continuent à être broyés par une machine à tuer sinon pour avoir accepté le référendum et la république qui en est le fruit, du moins pour avoir évolué dans un système francophone ».
5.1 L'ONU déshonorée au pays des mille collines
Un document secret parle d'une réunion d’alerte (REF 67/UN/JL) en ces termes : «La réunion a convenu de débattre du déploiement des forces étrangères (REF 56/UN). Nous ne connaissons pas l’intention ou le coté des officiels de la MONUOR27. Nous risquons de finir par perdre le contrôle. Les officiels spéciaux doivent être dépêchés à Kabale pour investiguer sur leurs positions (des officiels de la MONUOR). Une attention particulière devrait être fortement focalisée sur Col. BEN MATIWAZA28 (Zimbabwe). Les services de renseignements intérieurs (Internal security organization, ISO) sont déjà sur le terrain avec peu d’informations à leur disposition. La réunion sur les mesures à prendre a été reportée pour consultations (67/UN/JL. Code 67/JL neglected). Copie pour information à l’ambassade américaine, à la Maison blanche de Nakasero » [Preuve n°024].
Un autre document fournit des informations intéressantes quant aux motivations réelles de la mission de la MONUOR : « Il a été accepté par les officiels concernés ce qui suit. Selon la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU 846 (1993) du 02 juin 1993, les opérations de la MONUOR seront basées à Kabale en Ouganda. Les avantages suivants ont été engrangés : nous aurons accès aux renseignements émanant de l’intérieur du Rwanda. Ses opérations étant basées en Ouganda, cela donnera au FPR le contrôle total du réseau de renseignement de Kigali. L’ambassade américaine a été remerciée pour cela ainsi que les autres amis présents dans le Conseil de sécurité » [Preuve n°025]. Le FPR avait effectivement de quoi se féliciter au sujet de la MONUOR : « Nous avons tiré profit des opérations de la MONUOR dès leur commencement. Le temps est maintenant venu pour la MONUOR de mettre fin à ses opérations avant le 25 septembre 1994. Les motifs y afférents avaient déjà été débattus (REF.569/UN/ ST HSE). L’attaché militaire de l’ambassade américaine à Kampala est au courant et va transmettre ce deal aux personnes du Pentagone concernées pour suite appropriée. Le FPR est persuadé qu’il s’agit d’un bon deal. Bien qu’il ait quelques craintes, le FPR espère résoudre cela à court terme parce qu’il y est contraint » [Preuve n°026]. Ainsi donc après avoir joué un rôle plus que suspect au sein de cette mission de paix comme commandant de la MONUOR, le Général Roméo Dallaire sera chargé de poursuivre la même mission d’agent double au service des alliés et amis du FPR au sein de la MINUAR. Il semble donc établi que la MINUAR a été tout sauf une mission de paix. Au-delà du cynisme avec lequel certains présentent son Commandant Roméo Dallaire comme un «héros», les révélations susmentionnées sont assez limpides quant aux évolutions de l’agenda caché de cette force onusienne censée être neutre dans le conflit rwandais mais dont le comportement sur le terrain a trahi une partialité difficilement contestable. 5.2 L'Organisation de l'unité africaine (OUA) neutralisée
Tout le monde se souviendra de l’acharnement avec lequel le FPR a défendu le rôle de l’OUA dans les tentatives de résolution du conflit rwandais. Nous sommes aujourd’hui en mesure de remettre en cause la sincérité des gestes et déclarations du FPR à ce sujet. Un document codé (MEETREF.5647/YUO/JP) fait état de ce qui suit : « Les accords de paix d’Arusha en perspective n’ont aucun intérêt pour nous. La seule option que nous avons est de continuer notre combat. Nous devons désorganiser les élections par une escalade du conflit. Nous n’avons aucune chance de gagner démocratiquement au Rwanda. Stratégies : tous les accords d’Arusha devraient nous être favorables. Faute de nous le garantir, cela aura de graves conséquences. La Présidence en exercice de l’OUA assurée par le président Yoweri Museveni ne devrait pas être sous-estimée mais plutôt tourner à notre avantage pour notre combat. Tous les efforts de l’Organisation de l'Unité Africaine pour résoudre le conflit diplomatiquement seront anéantis. Nous sommes des soldats et non des politiciens mais avec un but politique. La prochaine séance à 3.00 PM à SPEAK HOTEL. Les comptes rendus de la réunion ont été transmis»(Code 567/RW/RPA/F) [preuve n°027].
6. La chasse au Président rwandais se révèle laborieuse
La chasse au Président Juvénal Habyarimana aura duré plus de quatre ans ! Des documents ultrasecrets issus des services de renseignement ougandais de la NRA, PPU, ISO, ESO font état de multiples tentatives d'atteinte à la vie du Président Juvénal Habyarimana dont l’assassinat était considéré comme un préalable à toute invasion du Rwanda. Selon la réunion du 01 janvier 1989, le Col. John Garang29 était convaincu que la guerre contre le Rwanda allait être une promenade de santé. Il comptait même sur des renforts en provenance du Rwanda « libéré » pour faire face au Gouvernement central de Khartoum.
Mais c’était sans compter avec la vigilance de Habyarimana dont la Sécurité parviendra à déjouer plusieurs tentatives d’assassinat et à faire échouer un nombre impressionnant de complots. La chasse au Président rwandais va en effet se révéler particulièrement laborieuse au point que les responsables du commando chargés de l'assassiner en sont arrivés à la conclusion unanime que la sécurité trop serrée autour de sa personne ne leur permettrait jamais de l'abattre à l'intérieur de son pays. Il faudra de fait une multitude de réunions au cours desquelles on a envisagé des techniques et des stratagèmes alternatifs. Le Président Museveni a constitué un comité de conspiration chargé d'assassiner son homologue rwandais avant de renverser son pouvoir. Parmi les membres de ce comité on retrouve également des citoyens occidentaux complices du complot. Le Président ougandais a mis en place un escadron spécial composé de soldats d’élite de son armée et chargé de la conception des tactiques et de l’exécution de l’assassinat. A cet effet, Museveni a mobilisé et mis en alerte maximale tous les agents de renseignements extérieurs et intérieurs de son pays. Il a dépêché et positionné des membres de l’escadron et des agents de renseignement à l’intérieur du Rwanda pour mener des missions spéciales d’investigation et identifier les lieux appropriés pour la filature et l'élimination physique de son homologue rwandais. Les lieux identifiés seront Kigali, Muhura, Ruhengeri et surtout Byumba que l’escadron spécial désigna comme étant l'emplacement idéal en vue de la traque du Président Juvénal Habyarimana.
L'escadron spécial comprenait des responsables de la coordination des opérations dont on peut citer entre autres le Lt. Col. Drago, le Cpt. Karate, le Cpt. Joachim Rwigyemera et le Col. J. Rukundo. Une fois la machine vouée à l'exécution du complot mise en place, la structure et la coordination des opérations assassines approuvées et la motivation des assassins portée à son comble, Kampala conclut avec Kigali des simulacres d’accords bilatéraux instaurant notamment la libre circulation des personnes et des biens entre les deux pays et mettant pratiquement fin aux contrôles à leurs frontières. Ce fut l’occasion pour le Président Museveni d’infiltrer sans inquiétude ses agents déguisés en voyageurs et souvent reconnus par des agents rwandais. Ces derniers étaient très souvent sommés de se taire afin d’éviter tout incident diplomatique entre les deux pays. Depuis lors, des rapports de mission et des plans d’assassinat sur le chef d’Etat rwandais se multiplièrent et de nombreuses réunions se succédèrent entre les conjurés [Preuve n°028].
6.1 L'information vaut de l'or!
Afin de sécuriser l’information ultra sensible en rapport avec ce complot international, il fallut s’assurer du secret «absolu» de la part des principaux agents en versant à chacun une solde conséquente et surtout en mettant en place un réseau ultramoderne de satellites espions pour monopoliser, contrôler et neutraliser toute fuite d’information. Sur proposition du Président américain Bill Clinton, des réseaux ICN(Intelligence Communication Network) ont été installés et disséminés dans la région francophone sur l’étendue allant de Kigali au Congo-Brazavillle. L’équipe qui assurait ces réseaux était sous la supervision du LT. COL. Miller Jones.
« IC Network will be sub-communication areas transforming Intelligence information found within the region but in French languages”. “ICN-Brazzaville: stationed in Congo-Brazzaville for Monitoring of French forces who give president Pascal Lissouba pressure». “ICN-Kigali : stationed in Rwanda’s capital for intelligence information from Zaïre war. This is to to transmit information direct to Uganda Headquarters”. ICN-Kigali: Zaire intelligence information will then pass to the Ugandan high command for translation to liberation forces”. “Generals for ICN-Kigali: Col. Kahinda Ottaffire from Uganda army, Gen. Rutazinda John from Uganda Army. Major Kahinda from Rwanda Army”. “ICN-Brazzaville: operated by americans with mercenaries from Cote d’Ivoire under contract from Hawaï”. “ICN-Brazzaville-Command: Lt. Col Anderson JK (US); Major Leitgtz Barky (USA), Cpt Ruzindana Paul (Uganda Army) “. “Obligations of ICN-Brazzaville: 1) Monitor French operations. 2)Oversee francophone area. 3)Transmit to ICN headquarters in Uganda…………”
Comme on peut le constater, parmi les 14 règles d’utilisation des réseaux Kigali-Brazzaville, l’article 1er précise que «Toute information appartient strictement aux officiels de l’Ouganda et des USA et doit être transmise en Anglais à partir de drôles de langues locales (from local funny languages». L’article 2 somme les leaders de cette région de se soumettre à cette recolonisation : «Aucune interférence des gouvernements ni de Kigali ni de Brazzaville». L’article 3 confirme le rôle de Museveni en tant que leader de la «libération régionale» en ces termes : «Toutes les informations issues et destinées à l’intelligence doivent être transmises aux officiels de Kigali et Brazzaville seulement après leur retour des quartiers généraux de l’intelligence sis en Ouganda» [preuve n°029]. A part les réseaux éparpillés sur le tronçon Kigali-Brazzaville, il y a des accords spécifiques conclus entre l’Ouganda et les Etats-Unis au sujet de l’installation de quartiers généraux d’ICN en Ouganda. Cette installation est régie par 30 clauses relatives à la communication des informations recueillies sur les différents réseaux et centralisés en Ouganda avant d’être re-dispatchées ailleurs. La clause 24 des accords de communication confirme le rôle prépondérant des Etats-Unis dans l’entente et la complicité des crimes contre l’humanité et de génocide rwandais en ces termes : «L’Ouganda devrait payer aux officiels un montant d’au moins 15.000 $ par mois pour la protection du secret de la conflagration. Le gouvernement américain fournira une cagnotte de 200.000$ par officiel » [preuve n°030]. De fait, la protection des informations sensibles constituait une priorité. Et pour ce faire, l’article 6 précisait : «Des officiels ougandais doivent opérer sur terrain. Aucune fuite des informations n’est attendue des hauts officiels de l’armée ougandaise aux officiels subalternes». On précisait par ailleurs que toutes les informations devaient être saisies strictement sur «des disquettes fournies par des staffs américains» et qu’aucune discussion ne serait permise sur les rapports de l’intelligence. L’article 28 des accords relatifs aux réseaux ICN confirme le rôle secondaire dévolu aux autres partenaires des Etats-Unis : «Le Rwanda, le Kenya et la Tanzanie n’ont aucun droit ni obligation dans le projet d’installation des quartiers généraux». L’article 29 des accords continue pour confirmer qu’il y a, à coté de la conflagration, des projets d’expérimentation des engins américains de haute technologie sur les cobayes africains à l’instar des Nazis en ces termes : «Tout effet psychologique ou autre effet secondaire quelconque résultant de l’utilisation des réseaux ICN doit être communiqué et supporté par le gouvernement américain ». La clause 30 conclut ces pactes secrets en trois termes : «Respect, discipline, obédience, et le grand secret sont attendus au plus haut maximum» [Preuve n°031].
Il est vrai que les réseaux ICN se sont parfois révélés très efficaces dans la chasse aux renseignements comme l’indique un document ultraconfidentiel en ces termes: «Information Gained from ICN : Germany was carrying on intelligence within the Great Lakes region on quiet bass and discovered more about teens trained from Uganda, Rwanda, Tanzania under Kabila’s campaign». En guise d’encouragement et de maintien du moral des troupes, les «libérateurs» prévoyaient des primes aux soldats en cas de prise de Kinshasa : «Special package award : officials from Fort Bragg proposed to Rwanda and Tanzania to put into consideration of giving a thank hand to the fighters after Kinshassa Capture : Rwanda and Tanzania officials to meet and discuss the programme at Munduru Barracks in Tanzania». «Proposed payment standards at 500-1000$ upon their succesful capture of Kinshassa». «Fort Bragg officials proposed self payment of the army at any occasion provided there is opportunity».
6.2 Cascade de complots contre le président rwandais
Comme il ne serait pas pratique, dans le cadre limité de ce document, de livrer toutes les informations à notre disposition s’agissant notamment des dizaines de réunions consacrées au complot contre Habyarimana, nous nous contenterons d’en énumérer ici quelques unes pour souligner le caractère prémédité et planifié de l’assassinat du Président Habyarimana. Celui-ci, comme on peut le constater, n’aura pas été une proie facile.
Il y eut donc la réunion du 10 mars 1989, tenue à Kampala, Nakasero State House et présidée par Museveni [Preuve n°032]; la réunion du 16 mars 1989, tenue à Kampala, Entebbe State House; la conférence du 09 mai 1989 tenue à Kampala, Nakasero State House, présidée par Museveni en présence de Mwalimu Julius Nyerere, Fred Rwigema, Peter Bayingana, Kiiza Besigye, John Mwesigye, mais aussi Chief Mashood Abiola de la société nigériane ITT et Tiny Rowlands du groupe LONRHO [Preuve n°033]; la réunion spéciale tenue à Mbuja Military Headquarters Barracks en présence de Museveni, Salim Saleh Akandwanaho, Fred Rwigyema, Chris Bunyenyezi, Drago, Karate et Kazini [preuve n°034]; la réunion du 20 avril 1990, tenue à Mbarara, Rwagitura State House, Mbarara [Preuve n°035]; la réunion de debriefing en présence du Président Museveni [Preuve n°036]; la réunion d’échange d'informations tenue à Musasani State House au cours de laquelle un plan d'attentat contre le président Juvénal Habyarimana à Kigali, à l'Hôtel Kiyovu fut approuvé [Preuve n°037]; la réunion du 28 avril 1990 tenue à Manchester au Royaume-Uni [preuve n°038]; la réunion du 30 avril 1990 tenue à Kampala, International Conference Centre [Preuve n°039] et la réunion de Kampala en présence de la Baronne Linda Chalker [Preuve n°040] et où l’on envisagea un plan d'attentat contre le Président Habyarimana au palais présidentiel de Kigali(Intelligence into Rwandese State House) [Preuve n°041].
Des réunions similaires ont été tenues sur le même sujet et d’innombrables tentatives d'attentat à la vie du Président Habyarimana ont échoué. C’est le cas de la tentative de Murambi en préfecture de Byumba. Dans un rapport de mission relatif à cette tentative avortée, les officiers de PPU, NRA, ESO et ISO indiquaient que Habyarimana l'avait échappé belle au terme d’une fusillade directe lors de son voyage d’agrément à Murambi. Contrairement aux plans antérieurs, précisait le rapport, l’échec de cet attentat n’aurait pas été imputable à la sécurité trop serrée autour du Président rwandais. Le rapport mit plutôt remis en cause les tactiques mal planifiées de l’agent responsable du plan d’assassinat en la personne de BATAINGANA. Ecumant de rage, Chris BUNYENYEZI a immédiatement requis le transfert immédiat de la mission d’assassinat de la NRA au DMI (Directorate Military Intelligence) à Basima House alors sous la direction de Paul Kagame. Bunyenyezi a en outre requis des sanctions disciplinaires en raison de cet échec de mission. Aucune objection n’a été opposée à sa requête [Preuve n°042].
Une fois le dossier placé sous la responsabilité de Paul Kagame, un plan d’attentat contre Habyarimana fut immédiatement mis au point. Le plan supposait la présence du Président rwandais à Arusha International Conference Centre (AICC). Il fallait donc l’y inviter. A la veille de la réunion prévue à Arusha à laquelle le président rwandais était convié sans que l'ordre du jour ne lui soit précisé, une bande d’officiers ougandais surentraînés a rejoint des agents de renseignements tanzaniens. Ce groupe d’officiers comprenait entre autres les Majors Kiiza Amoti, Paul Kagame, Bataingana et Rwigema. Ils devaient se concerter sur la technique de pose des bombes à retardement sur l’avion présidentiel une fois qu’il aurait atterri à l’aéroport international de Kilimandjaro (Kilimandjaro International Airport, KIA).
Contre toute attente, Nyerere a maintenu ses objections contre ce choix retenu par Museveni et son camp. Nyerere leur lança même une mise en garde contre le coût exorbitant de la destruction susceptible par ailleurs de provoquer de graves dégâts collatéraux. Pour conclure, Eriya Kategaya opte finalement pour des actions spécifiques en territoire rwandais [Preuve n°043].
6.3 Les préparatifs de l'invasion vont bon train
Parallèlement aux réunions spécifiquement consacrées à l’assassinat du Président Habyarimana, d’autres rencontres se penchaient sur la préparation de l'invasion du pays. Il s’agissait en réalité de planifier l’extermination des Hutu du Rwanda et non d'une guerre ordinaire. Parmi les officiers qui y participaient, il y avait notamment Batayingana, Rwigyema, Kamondo, Kagame, Rwakasisi, Akandwanaho Salim Saleh et Akandwanaho Joseph. Ils ont convenu que le premier bataillon du camp militaire de Lubiri devait lancer l’assaut sur le territoire rwandais sous le commandement du capitaine Kiyinyi. Equipé d’une artillerie spéciale et de mitrailleuses (gunships), ce bataillon ne devait épargner aucune personne de l’ethnie « adverse » sur son passage aussi longtemps que la situation de guerre perdurerait. Par ethnie adverse, les documents en notre possession précisent expressément qu’il s’agissait des Hutu déclarés «ennemis régionaux» par le leader de la «libération régionale» Yoweri Kaguta Museveni. Paraphrasant ce dernier, les participants rivalisaient de référence à une réunion précédente tenue à la Maison blanche de Rwagitura à Mbarara pour débattre des techniques d’élimination des Hutu. Dans cette même réunion, Paul Kagame, toujours dans le sillage du président Museveni, a appuyé, renforcé et renchéri sur les propos incendiaires de ce dernier à qui il avait toujours fait allégeance. Dans ses conclusions, la réunion a rappelé la nécessité absolue de maîtriser les techniques spéciales de camouflage des corps durant les massacres afin de tromper l’attention de l'opinion internationale.
A notre avis, les conclusions de cette réunion sont très pertinentes. L’existence d’une longue préméditation et d’une minutieuse planification de l'extermination des Hutu a bel et bien précédé l’invasion armée du 1er octobre 1990. Dans ce cadre, le FPR n'était qu'une organisation créée par Museveni en vue d’exécuter ses plans inavouables relatifs à la fameuse «libération régionale» en passant dans un premier temps par l'extermination des Hutu du Rwanda. [Preuve n°044].
6.4 L'argent ou le nerf de la guerre
Plusieurs réunions ont été consacrées aux contributions multiformes mais surtout financières et provenant de milieux les plus divers en faveur de la guerre du FPR. C’est le cas de la réunion sur le rapport de renseignements émanant d’agents de la région de Kabale-Ruhengeri[Preuve N°045]; la réunion sur la contribution de l'Ouganda à l'invasion du Rwanda, tenue à Kampala en présence de représentants américains[Preuve n°046], les réunions sur la contribution tanzanienne au profit du FPR[Preuves n°047 ; 048 ; 049]; la réunion sur les engagements des Etats-Unis d'Amérique auprès du FPR [Preuve n°050]; la réunion sur les apports britanniques[preuve n°051]; la réunion sur la contribution de Madhvan30 Group of Companies [Preuve N°052]; la réunion sur les contributions des hommes d'affaires rwandais [Preuve n°053] et la réunion de Texas State University aux Etats-Unis[Preuve n°054]. Malgré tous ces soutiens, les plans de Museveni et Kagame n'ont pas toujours fonctionné selon leur souhait et n’ont pas toujours abouti aux résultats escomptés dans les délais impartis en raison notamment de la popularité dont jouissait le Président Habyarimana au sein de la population et de l'ascendant réel qu'il conservait même sur le camp des Hutu les plus radicaux. 6.5 L'assassinat du Président Melchior Ndadaye, un signe avant-coureur Après avoir dressé le régime de Kigali contre ses opposants accusés, à tort ou à raison, de complicité avec l’ennemi extérieur, le FPR a tenté, sans succès, d’inciter les Hutu à une guerre civile entre eux, procédant notamment à des assassinats de leaders politiques comme Félicien Gatabazi, Chef du parti PSD; Emmanuel Gapyisi, un des ténors du MDR et fondateur du « Forum Paix et Démocratie » et tant d’autres encore. Dans ses tentatives souvent réussies de couvrir ses forfaits en les rejetant sur ses adversaires, le FPR a eu recours à une campagne médiatique très agressive de désinformation, d'intoxication et de sabotage. Mais l’assassinat du Président burundais, Melchior Ndadaye, un Hutu démocratiquement élu et l'un des observateurs aux négociations de paix entre Kigali et le FPR, n’aura pas non plus, du moins dans l’immédiat, une influence déterminante sur les événements comme l’escomptaient Museveni et Kagame.
Président du Front pour la démocratie au Burundi(FRODEBU) fondé par lui en 1986 et reconnu comme parti politique en 1992, Melchior Ndandaye avait survécu à une série de tentatives d’assassinat avant d’être investi comme Président du Burundi le 10 juillet 1993. A ce sujet on peut parler de la tentative avortée du 03 juillet 1993. La planification de l'assassinat remonte au temps où il était Président du parti FRODEBU. Celui-ci sera, après son assassinat, présidé respectivement par Sylvestre Ntibantunganya (1993-1995), Jean Minani (1995-2006). L'assassinat du Président Ndadaye va finalement se réaliser avec succès dans une indescriptible barbarie le 21 octobre 1993. Cet assassinat avait été planifié dans tous ses détails au cours de la réunion du 13 mars 1992 tenue dans le palais présidentiel de Kampala (document REF 369/DRP1/XIX) [preuve n°055]. A cette réunion qui n’était ni la première ni la dernière du genre, participaient entre autres, le rwandais Paul Kagame, les burundais Busokoza (major) et Paul Kamana(LT) et les ougandais Kahinda Otaffire, Karate et Mwesigye. Il faut surtout noter la participation à cette réunion de trois grandes figures britanniques : La Baronne Linda Chalker, Tiny Rowlands, Margaret Thatcher qui étaient accompagnés d'autres échelons de la société londonienne [preuve n°056].
Au cours de cette réunion, Museveni a justifié le mobile de son crime et sa stratégie en ces termes" : «… if not to finish Burundi let us finish Ndadaye. President Melchior Ndadaye whose election took into power could not temporarily end 31 years of Tutsi military rule in Burundi but could be a warning alarm on Rwanda and Uganda »[prevue n°057].
Ce lâche et sauvage assassinat survenu soit près de cent jours après l’accession au pouvoir de Melchior Ndadaye et deux mois après la signature des accords de paix d’Arusha pour le Rwanda, fut enregistré par les services ougandais en des termes extrêmement sadiques: « Results : successful as put early by Museveni »! [Preuve N°058]. Le président assassiné avait été l'un des plus actifs observateurs aux négociations d'Arusha et l’un des milliers de «sacrifices utiles au chaos fertile» qu’alimentait incessamment l’agression ougandaise depuis 1990.
6.6 Le Royaume-Uni, un paradis pour criminels?
Interrogé par BBC au sujet de la mort de Melchior Ndadaye, dans le cadre de l'émission «Imvo n'imvano» du 27/10 au 02/11/2007, le Lieutenant Paul Kamana, condamné à mort par contumace,-il est aujourd'hui réfugié en Angleterre-, se confiait au journaliste Ally Yusufu Mugenzi en ces termes : « J’ai participé à ce coup, mais je n’en suis pas le planificateur. Je n'en suis qu'un simple exécutant ». Quant à la question relative à la planification de cet assassinat, Paul Kamana a répondu : « On ne prépare pas un coup d’état en un jour. Cela peut même prendre une année voire plusieurs années ». Une chose est sûre : l'exil de Paul Kamana au Royaume-Uni n’est pas le fruit du hasard. Il s'agit manifestement d'un arrangement dans lequel plusieurs responsables politiques britanniques, ougandais, rwandais et burundais trouvent chacun ses comptes. Mais jusqu’à quand ce secret sera-t-il protégé? Dans une autre réunion tenue le 10 septembre 1993 à Kampala State House de Nakasero, les conjurés avaient également planifié d’assassiner trois ministres Hutu du Burundi dont les noms ne sont pas précisés dans les documents. A cette réunion, la délégation burundaise comprenait le LT. Paul Kamana, Eugène Rugarama et Pierre Ntukazi tandis que la délégation ougandaise était composée du Col Kahinda Ottafire, Capt Karate et Lt. Col Mwesigye. Le mode opératoire de la mission d’assassinat indique que les ministres visés devaient être invités à Kampala et qu'un accident planifié devait les surprendre dans la jonction entre Kampala Road et Jinja Road. Les documents ne précisent pas les suites du plan. [Preuve n°059].
Malgré ces ingérences flagrantes dans ses affaires internes, le Burundi semble avoir réussi son processus électoral au terme d'élections jugées libres, transparentes et démocratiques tenues en 2005. Au cours de