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Timestamp: 2016-10-24 20:41:12+00:00
Document Index: 308765898

Matched Legal Cases: ['arrêt ', 'arrêt ', 'art. 93', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'art 10', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'CSC ', 'arrêt ', 'CSC ', 'CSC ']

⭐COUR D APPEL DU QUÉBEC
COUR D APPEL DU QUÉBEC
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Timothée Labbé
1 COUR D APPEL DU QUÉBEC (Québec) En appel d un jugement rendu le 9 février 2011 par le Tribunal des droits de la personne, district de Chicoutimi, sous la présidence de l honorable Michèle Pauzé. N o : C.Q. (Chicoutimi) VILLE DE SAGUENAY et JEAN TREMBLAY c. APPELANTS / INTIMÉS INCIDENTS (défendeurs) MOUVEMENT LAÏQUE QUÉBÉCOIS INTIMÉE / APPELANTE INCIDENTE (plaignante devant la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse et demanderesse) - et - ALAIN SIMONEAU INTIMÉ / APPELANT INCIDENT (victime et plaignant devant la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse et demandeur) MÉMOIRE DES INTIMÉS / APPELANTS INCIDENTS ET ANNEXES Henri A. Lafortune inc. 2005, rue Limoges Tél. : Longueuil (Québec) Téléc. : J4G 1C42 - 2 - M e Isabelle Racine Cain Lamarre Casgrain Wells Bureau , rue Racine Est Chicoutimi (Québec) G7H 6J6 Tél. : Téléc. : Procureure des appelants / intimés incidents M e Luc Alarie Alarie Legault Bureau , Place d Armes Montréal (Québec) H2Y 2W8 Tél. : poste 234 Téléc. : Procureur des intimés / appelants incidents3 TABLE DES MATIÈRES i) Description des documents Page EXPOSÉ DES INTIMÉS / APPELANTS INCIDENTS TITRE I SUR L APPEL PRINCIPAL PARTIE I LES FAITS...1 PARTIE II LES QUESTIONS EN LITIGE...2 PARTIE III L ARGUMENTATION...3 a) Le Tribunal a-t-il erré en faits et en droit dans son interprétation de la notion de la neutralité de l État?...3 b) Le Tribunal a-t-il erré en faits et en droit en concluant que la statue du Sacré-Cœur, le crucifix et le Règlement ont pour objet d imposer une morale religieuse et même catholique?...10 c) Le Tribunal a-t-il erré en faits et en droit en concluant que si atteinte il y avait, ce qui est nié, cette dernière ne serait pas justifiée en vertu de l article 9.1 de la Charte?...14 d) Le Tribunal a-t-il erré en faits et en droit en prononçant les ordonnances mandatoires édictées aux paragraphes 355, 356 et 357 du jugement?...16 e) Le Tribunal a-t-il erré en faits et en droit en ordonnant le retrait non seulement du crucifix et de la statue du Sacré-Cœur, mais de tout «symbole religieux» des salles où se réunit le conseil municipal en assemblée publique?...184 TABLE DES MATIÈRES ii) Description des documents Page f) Le Tribunal a-t-il erré en faits et en droit en prononçant une ordonnance qui «vise les salles où se réunit le conseil»?...18 g) Le Tribunal a-t-il erré en faits et en droit en condamnant les appelants au paiement de dommages moraux de $?...18 h) Le Tribunal a-t-il erré en faits et en droit en condamnant les appelants au paiement de dommages punitifs de $?...26 i) Le Tribunal a-t-il erré en droit en rendant les décisions interlocutoires énumérées dans la requête pour permission d en appeler, compte tenu de ce que prescrit l article 123 de la Charte?...27 j) Les intimés ont-ils droit au paiement de leurs frais extrajudicaires en appel?...28 PARTIE IV LES CONCLUSIONS...30 PARTIE V LES SOURCES...31 TITRE II SUR L APPEL INCIDENT PARTIE I LES FAITS...34 a) Un recours exercé en vertu de l article 84 de la Charte...34 b) Le combat religieux du maire...35 c) La manœuvre de la Ville pour légaliser la récitation de la prière...355 TABLE DES MATIÈRES iii) Description des documents Page d) Les représailles à l égard des appelants incidents...38 e) Les frais encourus par les appelants incidents...40 f) La nécessité d une mesure de redressement adéquate quant aux frais...41 PARTIE II LES QUESTIONS EN LITIGE ET LES MOYENS...42 PARTIE III L ARGUMENTATION...43 [1] Les articles 477 et 480 C.p.c. et l arrêt Viel...43 [2] Les articles 49, 80, 84 et 126 de la Charte donnent compétence au Tribunal pour octroyer les frais réclamés par les appelants incidents en sus des dépens...47 PARTIE IV LES CONCLUSIONS...63 PARTIE V LES SOURCES...64 ANNEXE I LE JUGEMENT Le jugement dont appel est reproduit en annexe au mémoire des appelants. ANNEXE II a) LES PROCÉDURES Requête pour permission d en appeler de jugements interlocutoires maintenant des objections à la preuve 16 avril6 TABLE DES MATIÈRES iv) Description des documents Page Jugement de la Cour d appel en cours d instance rejetant la requête pour permission d appeler de jugements interlocutoires maintenant des objections à la preuve ( ) (Giroux, J.C.A.) 22 avril Décision de la Commission d accès à l information du Québec transmise au tribunal après la prise en délibéré selon permission accordée lors des plaidoiries 12 mai Homologation de la décision du Tribunal des droits de la personne sous le numéro févr Comparution et appel incident, 06 avril ANNEXE II b) LA LÉGISLATION Décret constituant la Ville de Saguenay en date du 18 février ANNEXE III a) LES PIÈCES Les pièces sont reproduites en annexe au mémoire des appelants. ANNEXE III b) LES DÉPOSITIONS Les dépositions sont reproduites en annexe au mémoire des appelants. Attestation des procureurs...1287 1 Exposé des intimés / appelants incidents Les faits EXPOSÉ DES INTIMÉS / APPELANTS INCIDENTS TITRE I SUR L APPEL PRINCIPAL PARTIE I LES FAITS [1] L intimé Mouvement laïque québécois (ci-après «MLQ») a porté plainte 1 au nom de l intimé Alain Simoneau (ci-après «Simoneau») auprès de la Commission d es droits de l a personne et des droits de la jeunesse (ci-après la «Commission») en vertu de l article 74 de la Charte des dr oits et l ibertés de la personne (ci-après la «Charte») en raison de la discrimination dont a été victime l intimé Simoneau lors de sa participation à plusieurs séances du conseil municipal de l appelante Ville de Saguenay et présidées par son maire, l appelant Jean Tremblay. [2] L atteinte discriminatoire à la liberté de conscience et de religion dont se plaint l intimé Simoneau a été causée par la distinction, l exclusion ou préférence exercée par le maire, par tous les membres du conseil municipal, par le directeur général et par le greffier imposant la présence d un rituel identitaire de la récitation d une prière accompagnée de signes de la croix et la présence de symboles religieux catholiques lors des séances publiques du conseil municipal. [3] Les intimés s en remettent à la narration des faits en litige par le Tribunal à son jugement et relatant notamment les aveux judiciaires 2 de l appelant Jean Tremblay comme suit : [83] Quant à la sincérité de la (sic) incroyance de monsieur Simoneau, tout en admettant avoir déjà déclaré ne pas croire en s es convictions à l'égard de sa revendication, monsieur Tremblay concède aujourd'hui qu'après avoir entendu son témoignage, ce dernier apparaît sincère. Il croyait au départ que l action de monsieur S imoneau ét ait m otivée par l e f ait qu il serait hy per r éactif aux symboles. [88] Ré i nterrogé l e 24 f évrier 2010 en r éférence à u ne d éclaration f aite au x journalistes et r apportée par l es m édias, m onsieur Tr emblay ad met av oir affirmé, concernant le présent procès, que: «Ce combat-là, je le fais parce que j adore le Christ.» 1 2 Pièce P-2, Mémoire des appelants, ci-après M.A., vol. 1, p Paragraphe 257 du jugement, M.A., vol. 1, p. 778 2 Exposé des intimés / appelants incidents Les faits «Quand je vais arriver de l autre bord, je vais pouvoir être un p eu orgueilleux. Je v ais po uvoir lui dire : «J e me s uis bat tu pour vous; je suis même allé en procès pour vous». Il n y a pas de plus bel argument. C est extraordinaire.» «C e c ombat-là, j e l e f ais par ce que j adore l e C hrist, je v eux al ler au c iel et c est le plus noble combat de toute ma vie.» (soulignés ajoutés) [89] M onsieur Tr emblay a r éitéré s es propos dev ant le Tr ibunal. I l a de plus précisé dur ant s on t émoignage l e s ens d e certains t ermes qu i s ont s oulignés dans l a c itation c i-haut. A insi, de «l autre bor d»s ignifie : «l e c iel, l a vie éternelle» et «lui»signifie : «Dieu». [90] Invité par l a pr ocureure de l a p artie déf enderesse à pr éciser l e c ontexte dans lequel il avait fait cette déclaration, monsieur Tremblay a ajouté : «Ce sont des choses que j ai dites. Effectivement, si on i nsiste autant sur ça, c est par ce qu on a l a f oi. C est par ce qu on v eut l e m anifester. C est t out l e conseil municipal qui est derrière moi. C est bien entendu que ce n est pas un combat strictement personnel. C est tout le conseil municipal. Je suis mandaté. C est parce que j ai la foi et pour moi c est la valeur la plus importante de toutes les valeurs que je peux avoir.» [4] Les intimés précisent que la plainte auprès de la Commission a été déposée dans le contexte où l intimé Simoneau exerçait son droit à l information 3, garanti par l article 44 de la Charte, à l occasion des séances du conseil municipal tenues en vertu de l article 322 de la Loi sur les cités et villes (LCV) dans un lieu public dont l accès sans discrimination est garanti par les articles 10 et 15 de la Charte PARTIE II LES QUESTIONS EN LITIGE [5] Les intimés entendent répondre à chacune des questions en litige formulées par les appelants. Ils soumettront également la question de leur droit au paiement des frais extrajudiciaires en appel M.A., vol. 3, p , pièces D-9 à D-119 3 Exposé des intimés / appelants incidents L argumentation PARTIE III L ARGUMENTATION a) Le Tribunal a-t-il erré en faits et en droit dans son interprétation de la notion de la neutralité de l État? [6] Le Tribunal dans l affaire Laval 4 énonçait en matière de liberté de conscience et de religion le rôle d une institution publique comme suit : «Lorsque l État et l es pouv oirs publ ics s ont en c ause, s eule l obligation de neutralité est en mesure de g arantir l égalité de t ous. D ans l arrêt V illage de Lafontaine, le juge LeBel rappelle l évolution historique du concept de neutralité de l'état et son rôle déterminant dans la préservation de l égalité de tous : Cette neutralité est apparue au terme d une longue évolution historique, commune à beaucoup de pays partageant aujourd hui les traditions démocratiques occidentales. L histoire du Canada constitue un exemple de cette expérience historique qui a permis de distendre, sinon de dissoudre les liens entre l État et les Églises. Le Canada, comme on le sait, a connu des périodes d union étroite des pouvoirs ecclésiastiques et civils [ ] Ainsi, au moment de la Confédération, en 1867, le concept de neutralité religieuse impliquait principalement le respect des confessions chrétiennes. Les règles constitutionnelles que l on retrouvait notamment, à l origine, dans l art. 93 de la Loi constitutionnelle de 1867 au sujet des droits scolaires illustrent cette réalité [ ] Depuis ce temps, l apparition et l influence croissante de nouvelles conceptions philosophiques, politiques et juridiques sur l organisation et les bases de la société civile ont graduellement dissocié les fonctions des Églises et de l État, comme d ailleurs l impact de l évolution démographique du Canada ainsi que de son urbanisation et de son industrialisation. Sans exclure les religions et les Églises de la sphère des débats publics, cette évolution nous a amenés à situer davantage la vie religieuse et les choix qu elle implique dans le domaine de la vie privée des individus ou des associations volontaires. [ ]Sans faire abstraction des héritages historiques de notre pays, la jurisprudence de notre Cour reconnaît cet aspect de la liberté de religion. Cette conception de la neutralité laisse une place importante aux Églises et à leurs membres dans l espace public où se déroulent les débats sociaux, mais voit dans l État un acteur essentiellement neutre dans les rapports entre les diverses confessions et entre celles-ci et la société civile [ ] Dans ce contexte, il n appartient plus à l État de donner un appui actif à une religion particulière, ne serait-ce que pour éviter de s ingérer dans la vie religieuse de ses membres. L État est tenu au respect de confessions diverses dont les valeurs ne se concilient pas toujours aisément. Ainsi, comme le soulignait notre Cour dans l arrêt Big M, précité, «[u]ne majorité religieuse, ou l État à sa demande, ne peut, pour des motifs religieux, imposer sa propre 4 Commission des droits de l a personne et des droits de l a jeunesse c. Laval (Ville de), 2006 QCTDP 17 (CanLII), paragraphe 15810 4 Exposé des intimés / appelants incidents L argumentation conception de ce qui est bon et vrai aux citoyens qui ne partagent pas le même point de vue» [ ] (Nos soulignements)» [7] En première instance 5, le Tribunal ajoutait au sujet de l obligation de neutralité : «Cette obl igation a é té r éitérée pl us r écemment par l a C our s uprême da ns l'arrêt Alberta c. H utterian B rethren of W ilson C olony, alors qu 'elle r appelait qu une mesure ay ant f orce de l oi ne peut pour suivre un obj ectif c onsistant à imposer une pratique religieuse : «Le droit canadien concorde avec le principe fondamental selon lequel l État ne peut i mposer di rectement une croyance ou une pr atique r eligieuse p ar v oie législative. Ainsi, l a C our a s tatué que l a v alidité d une mesure l égislative qui vise à intervenir dans les pratiques religieuses ne saurait être reconnue [ ]» [8] Ainsi, aucune loi en matière municipale ni le décret constituant la Ville de Saguenay en date du 18 février 2002 ne donnent compétence à son conseil municipal pour tenir les séances publiques 7 du conseil en y imposant par tradition ou par règlement municipal une pratique et un décorum religieux 8. [9] Dans l arrêt Produits S hell C anada l tée c. V ancouver ( Ville) 9, la Cour suprême du Canada rappelait qu une municipalité n est autorisée à agir qu à des fins municipales et que celles-ci doivent être compatibles avec le but et les objets des lois habilitantes. La Cour suprême y précisait également que même s il existe un objet municipal, un règlement ne peut constituer une forme de discrimination non autorisée. [10] Depuis l arrêt R. c. Big M Drug Mart 10 de la Cour suprême du Canada, il est permis, en effet, d affirmer qu aucun palier de gouvernement n a compétence pour adopter quelque loi ou règlement privilégiant ou imposant une pratique religieuse au détriment d une autre, y compris l incroyance Paragraphe 211 du jugement de première instance, M.A., vol. 1, p. 68 Mémoire des intimés / appeiants incidents, ci-après M.I., p. 101 et s. Les séances prévues par les articles 318ss, Loi sur les cités et villes, LRQ, c. C-19 (LCV) et par l article 7 du décret , M.I. p. 102 Voir les articles 331 et 332 LCV permettant d adopter des règles de conduite pour toute personne présente durant les séances du conseil 1994 CanLII 115 (CSC), p. 64 R. c. Big M Drug Mart Ltd., [1985] 1 RCS 295, paragraphe 134: Toutefois, je suis d'avis que la Charte édicte que toute loi visant à maintenir le repos dominical doit avoir un caractère laïque et, étant donné l a diversité des formes que pr ennent la croyance et l 'incroyance ainsi que l es différences socioculturelles des Canadiens, le Parlement fédéral n'a pas compétence en vertu de la Constitution pour adopter une loi privilégiant une religion au détriment d'une autre.11 5 Exposé des intimés / appelants incidents L argumentation [11] Le Tribunal, dans son analyse de l obligation de neutralité de l État, s en est par ailleurs tenu à l interprétation juridique de ce concept par la Cour suprême du Canada 11 et a évité de s engager dans un débat idéologique et/ou politique sur la laïcité comme l invitaient ardemment à le faire les deux experts des appelants 12, Solange Lefebvre et Gilles Bibeau 13. [12] Les appelants prétendent à tort que l absence de déclaration de laïcité au Canada permettrait de contrevenir au principe de la séparation de l État et des Églises 14. Il faudrait plutôt que les lois constitutionnelles canadiennes permettent de constituer des municipalités «séparées» ou accordent certains privilèges religieux aux élus et aux citoyens de ces municipalités, tout comme l article 93 de la Loi c onstitutionnelle de accorde des privilèges religieux à des catégories de citoyens en matière scolaire. Le principe de la suprématie de Dieu dans le préambule de la Charte c anadienne des dr oits et l ibertés et invoqué par les appelants n a pas été un obstacle pour abroger en 1997 les privilèges religieux préconfédératifs 15 en matière scolaire dans la province de Québec 16. [13] Dans l arrêt R. c. M orgentaler 17, la juge Wilson de la Cour suprême du Canada énonçait que les convictions fondées sur la liberté de conscience, sans motivation religieuse, étaient également protégées par l article 2a) de la Charte canadienne des droits et libertés : «249. Le Juge en chef voit dans la foi et la pratique religieuses l'archétype de croyances et de m anifestations di ctées par l a c onscience et, de c e f ait, protégées pa r l a C harte. Mais j e ne pens e pas qu'i l d ise q u'une morale personnelle qui n'est pas f ondée s ur l a religion s e t rouve en dehor s d e l a sphère de protection de l'al. 2a). Certainement, je serais d'avis que ce que l'on croit en c onscience, sans motivation r eligieuse, es t égal ement protégé pa r l a liberté de conscience garantie à l'al. 2a). En disant cela, je n'oublie pas que la Charte s'ouvre par l'affirmation que "le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu...» Mais je n'oublie pas non plus que les valeurs que consacre la Charte sont celles qui caractérisent une société libre et démocratique.» M.A., vol. 1, p. 81, paragraphe 282 du jugement Pièce D-22, Rapport de l expert Solange Lefevbre : «je désire néanmoins engager le débat de manière féconde, dans le cadre de la réflexion générale sur la laïcité ouverte qui a cours depuis 1999,» M.A., vol. 3, p. 980 et vol. 8, p M.A., vol. 1, p. 59, paragraphe 173 du jugement : «Je m excuse de m emballer» M.A., vol. 1, p. 2, paragraphe 7 Renvoi relatif à la loi sur l instruction publique (Qué.) [1993] 2 R.C.S. 511 Article 93A, Loi constitutionnelle de 1867 [1988] 1 R.C.S. 3012 6 Exposé des intimés / appelants incidents L argumentation [14] Contrairement à ce que prétendent les appelants, ces derniers n ont surtout pas démontré d erreur dominante du Tribunal dans son analyse de la preuve 18 lorsqu il conclut au caractère religieux de la prière, du crucifix et de la statue du Sacré-Cœur en s appuyant sur les témoignages des principaux intéressés 19, dont celui du maire Jean Tremblay. Le Tribunal a d ailleurs retenu en preuve les aveux judiciaires du maire sur le combat religieux qu il mène de même que l aveu judiciaire de son procureur qui a plaidé que la victime de discrimination religieuse dans cette affaire était le maire plutôt que les intimés 20. [15] Selon l auteur Jean-Claude Royer, «l aveu judiciaire, qui n est pas révoqué, est une preuve complète et exclusive. L auteur d e l aveu n e peut of frir une pr euve c ontraire. I l s erait i nconcevable d autoriser un pl aideur à pr ouver l e c ontraire de c e qu il ad met dev ant l e tribunal.» 21 [16] Le Tribunal était donc justifié de conclure au caractère essentiellement religieux de l objet du Règlement numéro VS-R et des objets de culte 22 que sont le crucifix et la statue du Sacré-Cœur. Le Tribunal a conclu que le règlement intérieur du conseil ne laisse place à aucune ambiguïté sur la nature religieuse de son objet. Cette conclusion de faits s appuie sur une analyse méticuleuse de la preuve 23 et des témoignages des experts et les appelants ne soulèvent aucune erreur manifeste et dominante permettant à la Cour d appel d intervenir pour substituer l opinion que l objet du règlement sur la prière et la présence de symboles religieux seraient plutôt d ordre purement séculier. [17] Le Tribunal n a, de plus, commis aucune erreur déterminante en faits ou en droit en distinguant l obligation de neutralité d un conseil municipal en matière religieuse 24 lors des séances publiques par rapport à l exercice de la liberté individuelle de religion par l appelant Jean Tremblay 25. Le Tribunal précise d ailleurs la position des intimés comme suit : «[249] De s on c ôté, l a par tie de manderesse a i nsisté s ur l e r espect de l a liberté de r eligion de monsieur Tr emblay, en pr enant s oin, t outefois, d e M.A., vol. 1, p , paragraphes du jugement M.A., vol. 1, p. 73, paragraphe 235 du jugement M.A., vol. 1, p. 75 paragraphe 245 du jugement La preuve civile, 3 e édition, Éditions Yvon Blais, p M.A., vol. 1, p. 50, paragraphes , , et 283 du jugement Lusk c. Commission des droits de l a personne et des droits de l a jeunesse, 2011 QCCA 275 (CanLII) Paragraphe 282 du jugement, M.A., vol. 1, p Paragraphes du jugement, M.A., vol.1, p13 7 Exposé des intimés / appelants incidents L argumentation distinguer c ette ques tion de c elle de la n eutralité r eligieuse d es i nstitutions démocratiques municipales. À c et égar d, l e Tr ibunal not e q ue monsieur Simoneau ne demande pas que soient enlevés le crucifix qui se trouverait dans le bur eau du maire e t c elui qui s e t rouverait dans l a s alle des c omités à L a Baie. E n effet, s a demande c oncerne l a r écitation de la p rière l ors des assemblées publ iques du c onseil municipal aux quelles l es c itoyens peuv ent assister, ai nsi q ue la présence d e s ymboles r eligieux dans les s alles s ervant aux as semblées publiques da ns l es arrondissements de C hicoutimi et de L a Baie.» [18] Les appelants, pour soutenir que le conseil municipal ne contrevient pas au principe de neutralité de l État, prétendent que la prière est celle du conseil et qu elle ne s adresse pas au public même si elle est récitée en public. Cette prétention contredit le sens et la portée du texte de la prière qui invoquent l intervention de Dieu «afin que tous puissent en profiter» 26. [19] Le Tribunal a d ailleurs bien noté que les membres du conseil ne récitent jamais la prière lorsqu ils ne se réunissent pas en séances publiques 27. Il est donc évident que les membres du conseil, dans l exercice de leurs fonctions appuient le combat personnel du maire en conférant à l assemblée un caractère religieux catholique par la récitation de la prière. Ainsi, le directeur général et le greffier, tous deux debout aux côtés du maire, de même que des membres du public s identifient à ce rituel religieux et font le signe de la croix avant et après la récitation de la prière 28. En somme, l administration municipale est dirigée par des catholiques dont les délibérations sont guidées par un Dieu tout puissant. [20] Inquiet du fait que le rite de la récitation de la prière porte atteinte à la liberté de conscience de l intimé Simoneau et d autres citoyens 29, le conseil municipal a tenté de contourner cette difficulté par l adoption 30 le 3 novembre 2008 d une nouvelle prière «traditionnelle» suivie d un délai de deux minutes pour permettre tant aux conseillers qu aux membres du public, qui ne désirent pas assister à la récitation de la prière, de sortir ou de retarder leur entrée dans la salle, le tout en dépit de la garantie d accès sans discrimination à la salle du conseil, un lieu public, tel que l exigent les articles 10 et 15 de la Charte et l article 322 LCV M.A., vol. 1, p. 72, paragraphe 231 du jugement M.A., vol. 1, p. 48, paragraphe 100 du jugement et témoignage de Jean Tremblay, M.A., vol. 5, p M.A., vol. 2, p. 537, pièce P-24 Rapport de l expert Daniel Baril en réplique au rapport de Gilles Bibeau en date du 7 août 2009 Témoignage de Jean Tremblay, vol. 5, p , p Article du Règlement numéro VS-R (pièce D-1) M.A., vol. 3, p. 64914 8 Exposé des intimés / appelants incidents L argumentation [21] Dans l arrêt London ( Cité) c. RSJ H oldings I nc. 31, la Cour suprême du Canada énonçait clairement que l obligation d ouvrir les réunions au public se rattache au droit des citoyens d observer le déroulement des travaux du conseil. Dans l arrêt Université de la Colombie-Britannique c. B erg 32, la Cour suprême du Canada précisait que la loi interdit de faire des distinctions au sein du public admis dans une institution publique pour y obtenir les services habituellement offerts. En l instance, l intimé Simoneau avait le droit d obtenir sans discrimination de l information 33 sur tout le déroulement des séances du conseil auxquelles le public a droit d assister, y compris les périodes protocolaires et d assermentation. [22] Dans son analyse de la procédure d exclusion pendant la récitation de la prière, le Tribunal s est donc bien dirigé en droit lorsqu il déclare au sujet du défaut des appelants de respecter l obligation de neutralité religieuse : «il es t di fficile d imaginer c omment un c itoyen at hée, o u d une a utre confession r eligieuse, qui s ouhaiterait ac céder à des fonctions d e c onseiller municipal ou de maire, pour rait l e f aire d ans c e c ontexte f ortement r eligieux imprégné par le catholicisme.» 34 [23] Les appelants reprochent encore au Tribunal de s être basé sur la vidéo de la séance du conseil du 9 novembre dans son analyse de la récitation de la prière parce que la séquence visionnée comprend la procédure d assermentation des membres du conseil 36. En fait, les appelants cherchent à restreindre indûment la séance du conseil à son ordre du jour alors que le Règlement numéro VS-R en régit le déroulement dès que le président de l assemblée entre dans la salle des délibérations 37 et où sont déjà présents les conseillers et le public. [24] La Cour supérieure dans la décision Dumesnil c. St -Sulpice 38 a déjà décidé que le caractère public des séances du conseil est absolu, qu il ne peut subir d exception et que l ordre du jour a pour seul objet d établir l ordre dans lequel les sujets seront discutés. En somme, l intimé Simoneau a droit en tout temps d être présent pendant tout le déroulement des séances au même titre que toute autre personne du public et sans discrimination [2007] 2 R.C.S. 588 [1993] 2R.C.S. 353 Article 44 de la Charte Vol.1, p. 79, paragraphe 268 du jugement Pièce P-28, M.A., vol. 2, p. 588 M.A., vol. 1, p. 5, paragraphe 15 M.A., vol. 3, p. 650, article 16.1 (1984) C.S. 13915 9 Exposé des intimés / appelants incidents L argumentation [25] Les appelants tentent de faire un parallèle entre le rituel de la récitation de la prière en présence de symboles religieux au conseil municipal et la prestation du serment, la toponymie, l architecture, les blasons et armoiries, l hymne national, les pièces de monnaie et l arbre de Noël. Les intimés n ont pourtant fait aucune demande dans leurs procédures et dans leurs conclusions pour que le Tribunal se rende «complice d un acte m ajeur de vandalisme culturel» 39. Un tel argument en démontre le caractère excessif dans le contexte des seules conclusions recherchées. L hymne national n est pas chanté au conseil municipal et n est pas une prière, tout comme les pièces de monnaie, l arbre de Noël et le drapeau ne sont pas des objets de culte. Le maire est toujours libre d arborer un crucifix dans son bureau 40. [26] Les appelants plaident que les spectateurs aux séances du conseil ne subissent aucune contrainte ou coercition pour adhérer à des convictions religieuses et que toute atteinte à leur liberté de conscience serait négligeable. Les appelants n ont fait entendre aucun de ces spectateurs pour supporter leurs prétentions. Seul l intimé Simoneau, dont la sincérité a été admise et prouvée, a témoigné sur le malaise profond qu il ressentait. Par ailleurs, le maire a admis que 150 personnes l avaient hué à une occasion lorsqu il avait récité la prière 41 et que deux personnes avaient porté plainte à la Commission 42. Le maire a aussi admis que : «Sauf que ç a se peut aussi qu il y ait des personnes de c onviction athée qui ne veulent pas faire de plainte. Ce n est pas tout le monde qui veut faire une plainte Alors dans mon esprit, il pouvait en avoir d autres» 43 [27] Les appelants nient le caractère ostentatoire des symboles religieux dans la salle du conseil alors que la seule raison évidente de leur présence est de les montrer face au public. Le Christ sur le crucifix du sculpteur Dallaire «parle au maire et aux échevins» et la statue du Sacré-Cœur est illuminée en tout temps par un lampion électrique de couleur rouge. [28] Les opinions des experts Lefebvre et Bibeau sur l atteinte négligeable à la liberté de conscience à cause de la prière et des symboles religieux sont donc purement théoriques et M.A., vol. 1, p. 7, paragraphe 19 M.A., vol. 1, p. 75, paragraphe 249 du jugement M.A., vol. 2, p. 322, pièce P-8, Exposé factuel de la Commission M.A., vol. 5, p. 1759, témoignage de Jean Tremblay et M.A., vol. 2, p , pièce P-31, plainte de M. Joncas M.A., vol. 5, p16 10 Exposé des intimés / appelants incidents L argumentation le Tribunal était bien fondé à retenir plutôt l opinion de l expert Baril qui repose sur des éléments factuels prouvés tout comme l enseigne la Cour d appel : «[57] Je s uis d avis que l e j uge d instance a c orrectement appr écié l es témoignages. I l n a commis au cune er reur qui j ustifierait l intervention de l a Cour. S on anal yse est r igoureuse. I l t ranche un d ébat qui r elève de son appréciation s ouveraine des f aits et des t émoignages d expert. I l re tient l expertise qui s appuie sur des éléments prouvés qu il préfère aux conjectures de la partie adverse. (Juge Rochon)» 44 [29] En fait, le Tribunal ne pouvait retenir le «sens métaphorique» et le «cadre éthique virtuel» sans conséquence que les experts Lefebvre et Bibeau veulent attribuer à la pratique religieuse de la récitation de la prière en présence de symboles religieux alors que toute la preuve est à l effet contraire. Par exemple, les experts ne pouvaient ignorer des témoignages comme celui du directeur général qui admet que la prière correspond à ses croyances religieuses et qu il se signe de la croix avant et après la prière 45. b) Le Tribunal a-t-il erré en faits et en droit en concluant que la statue du Sacré- Cœur, le crucifix et le Règlement ont pour objet d imposer une morale religieuse et même catholique? [30] Le Tribunal a conclu, dans un premier temps, à la nature religieuse de l objet du Règlement, du crucifix et de la statue du Sacré-Cœur en se fondant sur les témoignages des principaux intéressés. L analyse de ces témoignages apparaît aux paragraphes 56 à 132 et 227 à 249 du jugement. Tous, sauf les deux experts Lefebvre et Bibeau, en ont reconnu le caractère religieux. Le Tribunal a noté que les opinions de ces derniers ne correspondent pas à la preuve 46. L experte Lefebvre a même reconnu ne pas s être prononcée sur ces objets dans son rapport et qu elle avait eu très peu d informations à leur sujet 47. [31] L expert Baril a noté que les appelants se sont même opposés à ce que le crucifix et la statue soient transportés au Tribunal parce que pour les catholiques, «Il pour rait êt re choquant e t mal per çu de l es b allotter» 48. L expert Baril rapporte également que l appelant Simoneau a vu un rameau accroché au crucifix et un lampion au pied de la statue, soit des St-Jean Major c. Archambault, 2004 CanLII (QC CA) M.A., vol. 8, p , témoignage de Jean-François Boivin M.A., vol. 1, p. 73, paragraphes du jugement M.A., vol. 6, p M.A., vol. 2, p , pièce P-24, Rapport de Daniel Baril du 7 août 2009 et M.A., vol. 4, p. 1136, M.A., vol. 4, p. 121317 11 Exposé des intimés / appelants incidents L argumentation «prières matérialisées» 49. Les appelants qualifient eux-mêmes ces objets de culte comme des «œuvres d art sacrées» dans leur exposé 50. [32] Les appelants n ont donc démontré aucune erreur manifeste et dominante du Tribunal lorsqu il écrit : [241] Quant aux s ymboles ex posés dans l es s alles où s e t iennent l es assemblées publiques du conseil, ils sont des objets de culte et véhiculent une morale religieuse propre aux catholiques romains qui ne peuvent être détachés des motivations du maire, d es c onseillers m unicipaux et des principaux fonctionnaires de la Ville qui procèdent à la récitation de la prière. [33] Le Tribunal a également retenu l expertise de monsieur Baril quant à la portée religieuse de la prière. L expert Baril en a fait une analyse rigoureuse et il rappelle, dans un de ses trois rapports, la déclaration du maire à la Commission : «Il [ le maire] v eut qu e l a C ommission r etienne de c ette ent revue qu il es t un catholique convaincu, qu il a le droit de pr atiquer partout et que c est à c e titre personnel qu il r éclame le dr oit de pr ier à l ouverture des s éances d u conseil». 51 [34] Les appelants se plaignent que monsieur Baril ait été qualifié par le Tribunal comme expert en anthropologie, spécialisé en matière de religions. Le Tribunal a justifié sa décision en se fondant sur l arrêt Mohan 52 de la Cour suprême quant aux connaissances acquises par M. Baril et il a déclaré que la valeur probante de son témoignage et sa crédibilité seront analysées avec toute la preuve en raison de ses affinités avec le MLQ 53. [35] Le Tribunal a fait le même exercice avec la théologienne catholique Solange Lefebvre et l anthropologue en santé, Gilles Bibeau, qui ont chacun leurs propres convictions religieuses et leurs idées sur la laïcité. Gilles Bibeau est même signataire d un manifeste pour un Québec pluraliste prônant une laïcité dite ouverte 54. Son rapport est fondé sur ses lectures M.A., vol. 2, p , pièce P-24, rapport de Daniel Baril en réplique au rapport de Gilles Bibeau en date du 7 août 2009 M.A., vol 1, p. 10, paragraphe 25 M.A., vol. 2, p. 551, pièce P-25, Rapport de Daniel Baril en réplique au rapport de Solange Lefebvre en date du 17 août 2009 et M.A., vol. 2, p. 322, pièce P-8, exposé factuel de la Commission R. c. Mohan, 1994 CanLII 80 (CSC), [1994] 2 R.C.S. 9, 20 M.A., vol. 5, p M.A., vol. 8, p18 12 Exposé des intimés / appelants incidents L argumentation diverses dont celles, entre autres, d un auteur de fiction, du directeur du Centre justice et foi et d un militant du maintien des écoles confessionnelles 55. [36] Quant à l experte Lefebvre, elle admet se situer dans une sous-catégorie entre les positions 2 et 3 sur la laïcité et décrites dans son rapport minimaliste (pièce D-22) et elle a admis, avec réticences, avoir déjà affirmé que l absence de tradition religieuse risque de rendre fou 56. [37] En somme, le Tribunal a retenu la seule expertise dont les conclusions s appuyaient sur la preuve et qui portait essentiellement sur une analyse anthropologique des faits en litige. L expertise de M. Baril satisfaisait à tous les critères de l arrêt Mohan : elle a été préparée par une personne qui a une qualification suffisante, elle était pertinente et nécessaire pour aider le Tribunal à analyser les faits en litige et aucune règle ne permettait de l exclure 57. [38] Les appelants reprochent injustement au Tribunal un manque d impartialité et d avoir eu des idées préconçues ayant altéré la capacité de ses membres de juger en fonction de la preuve et du droit considérant les décisions interlocutoires rendues dont celle de retirer le crucifix de la salle d audience 58. Par cette affirmation, les appelants contredisent ainsi l opinion de leur expert Bibeau puisqu ils s offusquent du retrait d un crucifix de la salle d audience, ce qui ne devrait pourtant n avoir aucune incidence sur les fonctions cognitives des personnes présentes dans la salle où cet objet de culte est exhibé 59. [39] Cette accusation de partialité envers le Tribunal concernant le retrait du crucifix est par ailleurs surprenante puisque M e Isabelle Racine, la procureure des appelants, avait déclaré au Tribunal: «Cependant, v u l es circonstances, j e laisse l e t out à v otre di scrétion sans autres commentaires» 60. Le Tribunal a pris la peine de préciser que le retrait du crucifix pendant les audiences ne préjugeait pas de la décision finale 61. Le Tribunal a, au surplus, accédé à la demande des appelants de visiter les salles où le conseil municipal se réunit pour faire l examen des symboles religieux en litige et de les laisser en place plutôt que de requérir M.A., vol. 8, p M.A., vol. 7, p. 2235, Québec (Procureur génér al) c. Marleau, 1995 CanLII 5123 (QC CA) et General Motors du Canada ltée c. Cie d'assurance Missisquoi & Rouville, 1988 CanLII 262 (QC CA) M.A., vol. 1, p. 13, paragraphe 32 M.A., vol. 3, p. 975, pièce D-21, Rapport de Gilles Bibeau, dernier paragraphe. M.A., vol. 4, p M.A., vol. 4, p. 110819 13 Exposé des intimés / appelants incidents L argumentation le greffier de la ville de les apporter pour les exhiber à l audience compte tenu des réticences exprimées par les appelants afin de respecter certains croyants catholiques 62. [40] Après avoir été condamnés en première instance, les appelants sont donc mal venus de plaider tardivement en appel un motif de récusation en alléguant que les intimés ont bénéficié d un sentiment et d une écoute plus favorable sans jamais avoir présenté ce motif avec diligence au Tribunal pour lui permettre de statuer sur cette grave accusation de partialité 63. Devant une telle situation, madame la juge Bich de la Cour d appel 64 avait refusé la permission d appel lorsque le juge de première instance n a pas eu l occasion de statuer sur des reproches qui lui sont ainsi adressés a posteriori. [41] Les appelants critiquent le jugement du Tribunal dont l effet serait de faire de la laïcité une forme de dogme qui devrait forcément s appliquer à tous. D une part, le Tribunal ne traite que du défaut des appelants de respecter l obligation de neutralité de l État et, d autre part, de la préférence exercée en faveur de la religion catholique et l exclusion des personnes ayant d autres convictions. 65 Le Tribunal en a conclu que «la V ille de S aguenay a l e dev oir d adopter des r èglements da ns l e bien commun, sans heur ter l a liberté de c onscience individuelle de ses citoyens» 66. [42] Lors d une conférence devant les membres du Barreau, le juge en chef J.J. Michel Robert commentait ainsi l enjeu identitaire soulevé par les appelants qui ont refusé d abandonner la pratique de la récitation de la prière après le jugement Laval : «La v ille allègue qu e l e f ormat de s a pr ière di ffère de c elui de Lav al e t on comprend que l'enjeu soulève les passions identitaires. Les principes affirmés dans Big M Drug Mart Ltd. rendent toutefois peu probable qu'un i déal s ectaire c hrétien p uisse êt re as socié au f onctionnement d'une institution publique pour des fins identitaires. Advenant une décision en ce sens, l'abandon d'une inclination religieuse dans la sphère politique municipale de la ville de Saguenay ne devrait pas être vu comme un r ecul au niveau culturel ou M.A., vol. 4, p et 1138 Article 118, Charte des droits et libertés de la personne Goyette, Duchesne & Lemieux inc. c. Laroche, 2010 QCCA 789 (CanLII) M.A., vol. 1, p. 68 et 76 M.A., vol. 1, p. 86, paragraphe 306 du jugement20 14 Exposé des intimés / appelants incidents spirituel, mais bi en c omme un ga in permettant à t s'exprimer sur un pied d'égalité.» 67 L argumentation outes l es r eligions d e c) Le Tribunal a-t-il erré en faits et en droit en concluant que si atteinte il y avait, ce qui est nié, cette dernière ne serait pas justifiée en vertu de l article 9.1 de la Charte? [43] Au paragraphe 40 de leur exposé, les appelants se réfèrent à l article 16 du Règlement pour affirmer que son objectif n est ni irrationnel ni arbitraire. Ils voulaient sans doute parler de l article 16.1 adopté le 3 novembre Les articles 15, 16 et 16.1 se retrouvent au chapitre III du Règlement traitant de l ordre et du décorum durant les séances du conseil en application de l article 331 LCV. La récitation de la prière se déroule donc durant les séances du conseil et elle est régie par le Règlement intérieur du conseil 68. [44] Nul doute que les articles 15 et 16 ont un objectif rationnel fondé sur une règle de droit pour assurer le bon déroulement de la séance et investir le président de l assemblée des pouvoirs nécessaires pour maintenir l ordre jusqu à pouvoir ordonner l expulsion d une personne qui causerait un désordre, y compris lors de la récitation de la prière. Par contre, le préambule de l article 16.1 mentionne l objectif d assurer le décorum de l assemblée par un rituel religieux que la preuve a décrit comme catholique. Le préambule mentionne également que les membres du conseil, à l unanimité, souhaitent que cette tradition se perpétue. L article 16.1 précise ensuite que : «Dès qu e l a per sonne qu i p réside l assemblée e ntre dans l a s alle des délibérations du c onseil, les membres du c onseil qui le désirent se lèvent pour prononcer la prière traditionnelle dont le texte est reproduit ci-après Afin de permettre aux membres du conseil et du p ublic qui ne souhaitent pas assister à l a récitation de l a prière de pr endre place dans la salle, le président de l assemblée déclare la séance du c onseil ouverte deux minutes après la fin de la récitation de la prière. 69» [45] Des distinctions parmi les membres du conseil et du public sont ainsi créées par l article 16.1 en fonction de l exercice de la liberté de religion ou de conscience par chacun, soit ceux qui se lèvent pour prononcer la prière et ceux qui veulent y assister en raison de leurs croyances, les indifférents, ceux qui sont déjà présents et qui ne veulent pas assister à Conférence annuelle sur les droits humains «Liberté de conscience et de religion : entre protection individuelle et intérêt du public», Palais de justice Montréal, 15 juin 2010, publié sur le site Internet de la Cour d appel M.A., vol. 2, p , pièce P-6 et M.A., vol. 3, p , pièce D-1 M.A., vol. 3, p. 651 Montrer encore
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