Source: http://histoire-education.revues.org/2069
Timestamp: 2017-10-22 08:14:10+00:00
Document Index: 308705206

Matched Legal Cases: ['arts63', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arts115', 'arts121', 'art. 57', 'art. 48', 'art. 14', 'art. 57']

« à monter successivement dans la chaire où se trouvaient une chausse bordée de fourrure et une barrette ornée d’une houppe d’argent ; chacun d’eux déposait lui-même la chausse sur son épaule gauche, la barrette sur sa tête, et, ainsi décoré des insignes caractéristiques du droit d’exercer l’enseignement public, il prononçait à son choix une phrase latine qui […] devait exprimer quelque maxime religieuse ou morale » 58.
27Ailleurs, la maîtrise déborde du cadre universitaire, et le faste d’une cérémonie urbaine assure la reconnaissance sociale du grade, comme à Bordeaux, où les lauréats sont reçus en grande pompe à la cathédrale, ou bien à Montpellier, où ils sont « promenés par la ville » par les consuls59. À l’inverse, on observe parfois dans certains domaines un détachement plus fort qu’à Paris des formes médiévales. Ainsi, à Bordeaux, on ne délivre plus de baccalauréat et de licence ès arts, mais seulement une maîtrise ès arts, prenant acte de l’unicité de fait des trois grades60. C’est aussi la voie choisie dans la déclaration du roi du 31 mars 1759 qui réforme l’université de Perpignan :
« [Nous…] abrogeons l’usage établi dans ladite université de conférer les grades de bachelier et de docteur en philosophie, au lieu desquels voulons que celui de maître ès arts puisse être accordé à ceux qui auront rempli le temps d’études prescrit pour l’obtention du même grade dans l’université de Toulouse » 61.
28Ces différences formelles apparaissent cependant comme secondaires et n’influent pas sur la reconnaissance accordée au grade selon la ville où on le passe. Indiscutablement, la maîtrise parisienne est la plus recherchée. Outre le prestige historique et le statut de capitale, Paris s’affirme en effet par son poids numérique, qui écrase les autres facultés, ainsi que par sa capacité à attirer des étudiants venus de toutes les régions et à placer ses maîtres partout en France. Cette prééminence est officiellement reconnue dans les dispositions concernant la priorité accordée aux gradués pour obtenir des bénéfices ecclésiastiques, qui stipulent que les maîtres enseignants parisiens passeront devant tous les autres, à l’exception des docteurs en théologie62. Toujours du point de vue réglementaire, Caen et Reims sont les deux seules universités provinciales qui se distinguent par leur proximité avec Paris : les maîtres ès arts de ces villes jouissent, pour l’accès aux bénéfices, de la même priorité que les maîtres septénaires parisiens (c’est-à-dire qui ont enseigné pendant sept années) et sont également les seuls auxquels la faculté parisienne consent à délivrer sa propre maîtrise après une seule année passée sur ses bancs, alors que les maîtres des autres villes doivent reprendre tout le cursus des arts63. Parmi toutes les facultés de France, s’établit enfin une hiérarchie entre les « universités fameuses » (les plus anciennes) et les autres, dont les gradués ne peuvent prétendre aux mêmes privilèges. Ce statut d’université « fameuse » – qui correspond à une catégorie juridique précise et non à un jugement de valeur communément admis – ne paraît cependant pas très discriminant, car il est très largement partagé : Paris, Reims, Orléans, Bourges, Angers, Poitiers, Toulouse, Montpellier, Caen, Dijon, Bordeaux et Valence sont les universités fameuses du royaume64. D’une manière générale, les historiens ont considéré que les exigences scolaires étaient faibles en province et que seule la maîtrise parisienne avait une réelle valeur65. S’il est en effet possible de citer plusieurs témoignages ponctuels de l’indulgence des jurys provinciaux, qui se contentent souvent d’une simple attestation d’études philosophiques obtenue dans un collège quelconque pour délivrer le grade, cette impression n’est cependant étayée à ce jour par aucune étude précise.
Pau66 ; Bordeaux, Perpignan et Montpellier67 ; Caen, Avignon et Douai68 ; Paris69 ; Bourges70 ; Poitiers71 ; Valence72 ; Orange73 ; Nantes74 ; Angers75.
31Seconde difficulté liée à une telle configuration, les jésuites et les oratoriens semblent souvent utiliser les facultés qu’ils contrôlent comme centres de distribution de la maîtrise au profit de tous les membres ou élèves de la congrégation. Ainsi les jésuites de Bourges sont-ils accusés par le président du parlement de Normandie de graduer avec complaisance tous les élèves que leurs confrères de Caen ne souhaitent pas présenter devant la faculté des arts de cette dernière ville, alors que les oratoriens utiliseraient la faculté de Nantes pour distribuer la maîtrise à l’échelle nationale dans leur congrégation76. Dominique Julia cite le cas d’un ancien élève des jésuites de Rennes, qui a besoin de la maîtrise ès arts pour s’inscrire en 1761 à la faculté de médecine : il se rend chez les jésuites de Caen, qui écrivent à leurs collègues de Bourges et leur expédient le prix du grade ; le diplôme arrive à Caen quelques jours plus tard77. Ce degré délivré par correspondance s’exonère totalement des formes prescrites de l’examen comme des rites en usage. Surtout, les facultés ainsi contrôlées ne fonctionnent plus dans le cadre d’une université urbaine, mais à l’échelle déterritorialisée d’une congrégation qui fait jouer à plein son réseau.
32La situation est en apparence fort variable dans les autres villes. À Bordeaux, Montpellier, Poitiers ou Angers (configuration n° 2), les jésuites ou les oratoriens dominent le jury, même s’ils ne le composent pas en entier, et semblent avoir les coudées franches. À Poitiers, par exemple, où le doyen de la faculté n’est pas jésuite, un de leurs adversaires affirme en 1650 que « les jésuites […] se sont rendus maîtres de la faculté et ont disposé à leur volonté du doyen pour l’examen des écoliers de leur collège »78. À Angers, François de Dainville dénonce comme un diplôme de complaisance la maîtrise signée le 1er décembre 1780 par le R. P. Delaplace, supérieur du collège oratorien et doyen de la faculté des arts de cette ville, au profit d’Antoine Brun, « licencié de la faculté des arts et professeur des arts libéraux », prêtre de l’Oratoire, du diocèse d’Aix79. À Douai ou à Valence, les jésuites n’appartiennent pas à la faculté (configuration n° 3), mais ils sont suffisamment puissants face à des facultés des arts moribondes pour que la graduation de leurs élèves ne soit qu’une formalité. Malgré la diversité des situations locales, on retrouve bien, dans la plupart des cas, le même schéma de fonctionnement qui permet au principal collège d’une ville universitaire provinciale de délivrer à sa guise la maîtrise ès arts à l’issue de la scolarité. Caen ou Avignon, où les jésuites se heurtent aux exigences d’éléments moins bien disposés à leur égard (la faculté des arts à Caen, l’évêque à Avignon), font figure d’exceptions dans ce paysage.
33Le cas des collèges situés dans une ville ne disposant pas d’une faculté pose des problèmes différents. Outre le contournement des dispositions réglementaires par le réseau d’une congrégation, comme à Bourges ou Nantes, la solution traditionnelle consiste à différencier la ville dans laquelle on entame ses études de celle où ont les achève pour prendre les grades. Le phénomène a été bien étudié pour les facultés supérieures de droit, théologie ou médecine, et certaines universités sont connues pour délivrer des grades à n’importe quel étudiant prêt à payer80. De telles pratiques peuvent être repérées pour la maîtrise ès arts à l’époque moderne. À Montpellier, lorsque l’évêque refuse de délivrer la maîtrise suite à un conflit avec les professeurs protestants du collège, pendant les années 1606 et 1607, on apprend que les élèves se déplacent pour obtenir les grades dans d’autres villes81. En 1762, les deux nouveaux professeurs nommés dans cette ville pour remplacer les jésuites obtiennent sans difficulté la maîtrise en quelques jours, respectivement à Avignon et à Orange, où la vénalité des grades est célèbre82. Plus discrètement, à Poitiers, au milieu du XVIIe siècle, « Maistre Guillaume Piry, doyen, examine tout seul la plus grande part de ceux qui demandent les degrés et leur en signe tout seul les lettres testimoniales […] sans y appeler les deux autres docteurs, ni observer aucune sorte d’examen prescrite par les articles ci-dessus et [on] prouverait bien que les absents trouvent la même facilité envers lui pour de l’argent que les présents », ce qui signifie qu’il vend des diplômes de complaisance à des élèves qui n’ont jamais fréquenté la faculté des arts de Poitiers83. À Bordeaux, un maître fait scandale en délivrant des lettres de maître ès arts « sans autre forme de cérémonie que de faire répondre […] dans une chambre sur quelques questions imprimées […], étant lui-même l’argumentant et le souffleur de quelques réponses répétées84 ». S’il est possible d’exhumer d’autres exemples de fraudes, elles semblent moins systématiques que dans le cas des études de droit, par exemple.
34Les comptages dans les archives montrent en effet un gonflement des effectifs à partir de la classe de logique dans les établissements qui permettent d’accéder à la maîtrise, ce qui laisse penser qu’à la différence du droit, les élèves étudientaumoins quelques mois la philosophie. C’est le cas à Caen, par exemple :
Tableau 3 : Répartition des effectifs dans les différentes classes à la faculté des arts de Caen (année 1777-1778)85
35Le cas particulier de la cinquième mis à part (en l’absence de classe de sixième, la classe de cinquième fait office de cinquième et de sixième, ce qui explique le nombre important d’élèves qui y sont inscrits), les effectifs doublent bien à partir de la logique. La différence entre la logique et la physique s’explique en partie par les variations annuelles des effectifs et en partie par l’abandon de certains élèves. Une évolution identique a été relevée à Douai, où Gilbert Dehon estime les effectifs de philosophie au collège d’Anchin à 600 élèves, contre seulement 350 pour les humanités86.
36Une telle mobilité constitue cependant une contrainte lourde pour les élèves et leurs familles. Une solution est esquissée au cours du XVIIIe siècle : on affilie ou agrège les collèges isolés à une faculté voisine, ce qui permet de faire reconnaître les temps d’études passés dans ces collèges et de n’envoyer les élèves dans la ville universitaire que pour prendre le grade. Se dessine ainsi une sorte de régionalisation des grades. Les motifs en sont clairement exposés dans l’arrêt du parlement d’Aix de 1772, qui rappelle dans ses attendus qu’« il était nécessaire de pourvoir à cet objet […] car s’étant présenté divers candidats qui avaient fait leurs études dans les principaux collèges de la Province, autres que celui de l’université, ils n’ont pu être admis aux examens, et ont été obligés de recourir aux autres universités qui ne font aucune difficulté pour les admettre »87. La voie a été ouverte, comme on le voit, par les usages anciens de certaines universités qui distribuaient libéralement les grades et par les discrètes pratiques des congrégations enseignantes déjà évoquées. Mais il s’agissait là d’« abus », dénoncés comme tels par les contemporains. Le système d’affiliation qui se développe au XVIIIe siècle vise donc à inscrire la pratique dans un cadre réglementaire capable de conférer aux grades ainsi obtenus une légitimité absente des détournements précédents. Les deux modèles qui se dessinent au début du siècle concernent soit un collège qui obtient l’agrégation dans la faculté d’une ville voisine tenue par la même congrégation (cas du collège jésuite de Lescar, qui est officiellement agrégé à la faculté de Pau en 172588), soit des séminaires isolés qui cherchent à valoriser leur formation (par exemple, le séminaire de Bourg-Saint-Andéol, qui est uni à la faculté des arts de Valence par les lettres patentes du 15 décembre 1737)89. C’est à Aix-en-Provence que le mouvement est le plus systématique avec l’arrêt déjà cité de 1772 « qui ordonne que les étudiants des collèges [de la province] établis par lettres patentes pourront être admis au grade de maître ès arts, en rapportant à la faculté des arts de l’université d’Aix des attestations suffisantes d’études et de bonne conduite des collèges où ils auront étudié, et en se conformant à tout ce qui est prescrit pour les étudiants du collège royal de Bourbon »90. Les facultés des arts jouent alors pour la première fois officiellement le rôle de centres d’examen à l’échelle régionale. L’arrêt du parlement d’Aix ne va cependant pas au bout de cette logique de territorialisation du grade, puisqu’il instaure une maîtrise à deux niveaux : le diplôme remis aux lauréats venus des villes voisines sera incomplet (il permettra seulement la poursuite des études de théologie et de médecine), et seuls les élèves d’Aix jouiront « des droits et privilèges que les lois n’accordent qu’aux études académiques » et auront ainsi un accès prioritaire aux bénéfices91. Le cadre du vieux monopole urbain conféré aux universités n’est donc pas complètement brisé et la sélectivité d’un grade obtenu dans une ville universitaire est en apparence préservée.
37La question de la sélectivité de la maîtrise ne peut être abordée sous le seul angle de la « difficulté » des épreuves, car cette notion est éminemment relative et conduit souvent l’exposé à verser dans un jugement de valeur anachronique. En effet, il n’est pas certain que pour les contemporains la « difficulté » ait été centrale dans la définition des critères d’accès à la maîtrise ès arts. L’analyse cherchera donc plutôt à présenter la performance attendue du candidat, avant d’évaluer et d’expliquer la proportion des écoliers qui accèdent finalement aux grades.
38Le déroulement de ces épreuves est indirectement connu grâce à une série de manuels édités à Paris, à partir de la fin du XVIIe siècle. L’ouvrage que publie en 1694 Laurent Duhan, professeur au collège du Plessis,Philosophus in utramque partem […] ad usum scholae… n’est pas encore tout à fait abouti, malgré les six rééditions qu’il connaît jusqu’en 1733, car il ne se distingue pas complètement d’un cours de philosophie imprimé et choisit une présentation qui suit la forme canonique de la dispute (propositio 1/objectio 1…), sans reproduire exactement le mode d’interrogation orale du candidat au début du XVIIIe siècle92. Le manuel de Guillaume Guillier, professeur au collège des Grassins, qui est édité en 1732 et réédité en 1749 sous le titre Candidatus artium […], ad usum candidatorum baccalaureatus artiumque magisterii, paraît le plus proche du déroulement des deux examens, à la préparation desquels il est explicitement et exclusivement consacré93. Il prend la forme d’une liste de sujets possibles (176), avec, pour chacun d’eux, une présentation des questions posées par le jury et des réponses attendues du candidat, en une ou deux pages. Son succès éclipse le manuel de Duhan, et le plagiat dont il est l’objet en 1770 par Jean-Charles-Félix Caron montre qu’il reste bien adapté à son objet à cette date et peut servir de référence pour tout le XVIIIe siècle94.
39Ces manuels ne font pas de différence entre la préparation des épreuves du baccalauréat et celle des épreuves de la licence, ce qui suppose un programme identique et fondé sur le cours de philosophie, qui exclurait de l’évaluation les six premières années du cursus consacrées aux belles lettres. De même, les statuts de 1600 de la faculté des arts de Paris précisent que l’examen du baccalauréat ès arts comprend seulement une interrogation sur la « logique, l’éthique, la physique et la métaphysique95 ». Ces statuts n’explicitent pas les matières de l’examen de licence, qui est supposé identique à celui du baccalauréat. Une source tardive (1779) et extra-universitaire laisse cependant penser qu’une évolution des pratiques a pu avoir lieu en dehors de toute modification réglementaire, lorsqu’elle précise que « cet examen [du baccalauréat] roule sur les belles lettres, la rhétorique et les quatre parties de la philosophie. On y fait expliquer différents auteurs latins et grecs à livre ouvert. […] Le second examen [de licence] n’a pour objet que les quatre parties de la philosophie seulement »96. Si cette dernière mention ne peut être ignorée et doit conduire à nuancer toute conclusion, la domination de la philosophie paraît cependant incontestable dans les deux épreuves, sur l’ensemble de la période étudiée, alors que sa place est réduite dans un cursus scolaire largement consacré aux belles lettres.
40Le manuel de Guillier montre, de plus, qu’il existe un léger décalage entre la nature des épreuves proposées et l’évolution générale de l’enseignement de la philosophie. Laurence Brockliss a présenté l’évolution de cet enseignement : la tendance générale est à une réduction du poids de la logique, de l’éthique et de la métaphysique dans le cursus, avec le regroupement de ces matières dans la première année (dite de « logique ») à partir du milieu du XVIIe siècle. La physique se voit, en revanche, accorder toute la deuxième année, ce qui permet d’intégrer lentement les révolutions philosophiques et scientifiques du XVIIe siècle97. Mais si les programmes ont ainsi été redécoupés pour laisser une plus grande place aux parties les plus novatrices de la physique et des mathématiques, l’économie générale de l’ouvrage de Guillier continue à faire la part belle aux matières les plus traditionnelles, en 1732 comme en 1749 (tableau 4). Les cinq premières parties de l’ouvrage occupent toujours les deux tiers de l’ouvrage en volume et fournissent 110 sujets sur 176 (63 %). La place importante accordée à la seule logique (28 % du total des pages, 33 sujets) justifie le caractère éponyme de cette matière pour la première année d’études et explique les critiques qui sont adressées à partir du milieu du siècle à un examen présenté comme le conservatoire de la tradition scolastique98.
100 Ibid., p. 227.
102 Alain de Libera « Faculté des arts ou faculté de philosophie ? », in Olga Weijers, Louis Holtz, L’ (...)
103 Sur l’adoption du cartésianisme par les professeurs de l’université de Paris, voir L.W.B. Brocklis (...)
104 A. Firode, art. cit., p. 60, et un autre article du même auteur qui aborde également ce sujet : « (...)
41Au-delà du poids des différentes parties de l’ouvrage, les propositions contenues dans chaque sujet s’écartent fort peu de la vulgate aristotélicienne. En physique même, on pourrait bien identifier une dizaine de sujets neufs au début du XVIIIe siècle, comme celui sur les « larmes bataves »99, ou bien revisités à la lumière des nouvelles théories, comme ces interrogations sur les rôles respectifs de la lune et du soleil dans le mécanisme des marées100 ou la comparaison entre les systèmes de Ptolémée et de Copernic101. Mais, dans tous les cas, on reste fidèle, quand les propositions s’écartent d’Aristote, à une présentation qui suit la trame de la dispute médiévale102. Alors que les professeurs de philosophie parisiens ont tous accepté les principes cartésiens avant 1732, l’organisation générale de la physique comme le poids consacré à la définition des différentes catégories aristotéliciennes restent inchangés dans les épreuves que présente Guillier103. Si l’écart avec la démarche (restée traditionnelle) suivie en classe est à cette date assez modeste, comme le montre l’étude de l’enseignement d’Adrien Geffroy présentée par Alain Firode104, la reprise à l’identique de l’ouvrage de Guillier en 1770 par J.-C.-F. Caron pourrait manifester un décalage plus net à cette date entre les épreuves de la maîtrise et la philosophie enseignée dans les classes, où le newtonisme commence à poindre dans les années 1760. En l’absence d’archives des examens de baccalauréat et de licence, les interprétations possibles de ces manuels doivent rester prudentes et ne pas exclure de possibles différences avec la pratique des jurys, comme le laisse entrevoir le Dictionnaire historique de la ville de Paris. Cependant, si le conservatisme des épreuves par rapport à l’enseignement se trouvait confirmé, il pourrait éclairer d’un jour nouveau la charge menée par les contemporains des Lumières contre la maîtrise ès arts.
105 G. Guillier, op. cit., p. 1-2.
42L’analyse d’un exemple de sujet traité permet de donner une idée plus précise de la manière dont pouvait se dérouler l’épreuve, étant entendu qu’il s’agit ici d’un modèle fourni par un professeur, correspondant aux questions et aux réponses attendues d’un bon candidat. Le premier des cent soixante-seize sujets possibles (Rhetorica definitur) a été retenu pour illustrer l’échange entre le candidat et les examinateurs, ainsi que la manière dont est abordée la rhétorique dans cet examen105 :
106 Des remarques identiques concernant le maintien des formes rhétoriques traditionnelles et le recou (...)
43D’un point de vue formel, l’interrogation – individuelle – se présente ici comme une alternance de questions et de réponses peu développées (une ou deux propositions), qui diffèrent de l’argumentation appuyée sur un véritable raisonnement, telle qu’on la trouve dans certaines soutenances de thèses de philosophie. De manière assez systématique, l’examinateur reprend un élément de réponse du candidat pour lancer une nouvelle question. L’auteur prend soin de respecter la titulature propre à chaque intervenant dans la transcription du dialogue (meritissimus examinator, eruditus candidatus), sans doute pour familiariser le candidat avec les conditions de l’épreuve. Si la morphologie latine est respectée – c’est le moins que l’on puisse attendre de la part d’un professeur –, la syntaxe diffère de celle du latin classique et l’on pourrait relever dans les autres sujets traités de nombreux glissements sémantiques. Ces éléments montrent que, deux siècles après les débuts de l’humanisme, le latin utilisé dans les facultés reste proche du latin scolastique (qui était peut-être le seul à pouvoir être utilisé oralement). On n’attend pas du candidat des réponses approfondies ou qui témoigneraient d’une réflexion originale, mais bien, dans ce sujet comme dans les autres, la récitation de définitions vues en cours – mais en va-t-il différemment à d’autres périodes dans les examens passés aux mêmes âges ? Dans ce sujet qui porte sur la rhétorique, on remarque que les références à la littérature classique (suivre le raisonnement de Cicéron sur la « manutention » des esprits et le citer explicitement) sont valorisées, mais la matière reste abordée de manière philosophique, à travers des réflexes intellectuels et méthodologiques traditionnels (par exemple, une définition selon l’étymologie, ou bien selon la chose). La justesse formelle du raisonnement est privilégiée, au détriment d’une réflexion fondée sur une démarche empirique, comme on le voit avec la dernière réponse, sous laquelle affleure le syllogisme (1. on peut parler de tout ; 2. la rhétorique est l’art de parler ; 3. donc la rhétorique embrasse toutes les choses)106. D’une manière générale, l’exercice intellectuel imposé au cours de ces épreuves s’éloigne donc assez peu de la tradition médiévale. En définitive, les exigences implicites de l’examen sont de deux ordres : connaître les notions vues en cours et être capable de les présenter oralement en latin.
107 C. Nicolay affirme que « jamais […] un [écolier n’a] été refusé » par le jury dominé par les jésui (...)
108 Requête de Pierre Blondel…, op. cit., p. 28.
44Se pose évidemment la question de l’indulgence du jury par rapport aux normes ainsi définies. Les jugements des contemporains sur la sélectivité d’une épreuve sont à utiliser avec prudence, car la question n’est abordée que dans un contexte polémique. La complaisance supposée de tel ou tel jury sert toujours à disqualifier intellectuellement ou moralement ses membres, comme on l’a vu dans la charge de Claude Nicolay contre les jésuites de Poitiers en 1649 ou bien à l’occasion du conflit qui oppose en 1717 et 1718 les deux chanceliers parisiens aux professeurs107. Ces derniers reprochent alors à la licence, surtout si elle prend la forme d’une soutenance publique de thèse, d’être « un examen public, où il n’y point d’exemple qu’on ait jamais refusé personne, [et qui] a donné lieu souvent à d’indignes sujets d’acquérir un degré qu’ils ne méritaient pas, et qu’on leur aurait refusé dans un examen particulier »108.
109 Bibl. Sainte-Geneviève, ms 2144, fol. 26-45. Parmi ces 32 candidats refusés, 27 sont explicitement (...)
110 L’absence de suivi de ces individus ne peut s’expliquer par l’interruption brutale de la source en (...)
45Une telle affirmation n’est cependant pas tout à fait exacte, car elle passe sous silence une réalité plus complexe. En effet, les archives du jury de licence de Sainte-Geneviève, conservées pour les années 1764 à 1768, montrent que tous les candidats ne sont pas admis à l’issue des épreuves : sur 395 élèves qui se présentent au fil de ces quatre années, 363 obtiennent la licence dès la première session (92 %) et 32 sont ajournés (8 %)109. Parmi ces trente-deux candidats malheureux, vingt-trois se représentent quelques mois plus tard pour une deuxième tentative, à laquelle échouent encore trois d’entre eux. Ces trois derniers reviennent à une troisième session, au cours de laquelle tous sont admis. Parmi les trente-deux qui avaient échoué à la première tentative, neuf ne se sont cependant plus représentés et ont complètement disparu des registres, leur premier échec devenant ainsi définitif110. De fait, comme l’affirment les adversaires des chanceliers, on finit toujours par délivrer la maîtrise à ceux qui insistent pour l’obtenir. Mais cette délivrance n’est pas acquise d’emblée et une forme de sélection est à bien l’œuvre lors de cet examen, au moins aux yeux du jury. Le rejet du candidat jugé insuffisant est certes toujours provisoire, mais le sens de cette relégation est ambigu : constitue-t-elle une seconde chance ou a-t-elle vocation à décourager les candidats les plus faibles ? Y a-t-il une politique de l’ajournement qui nuancerait la fermeté du rejet suivant les cas, comme pourrait le laisser penser le fait que la majorité est ajournée « à trois mois » et que quelques-uns le sont « à huit jours » ou « au prochain examen » ? Il n’est ainsi pas impossible que la dissuasion par le biais d’ajournements successifs ou éloignés dans le temps ait été une forme douce d’exclusion au moment du passage de la licence.
111 J. Verger, « Examen privatum… », art. cit., p. 32-33.
112 Requête de Pierre Blondel, op. cit., p. 28.
113 Ibid., p. 29.
114 En réalité, l’article 43 des statuts de la faculté des arts stipule que les candidats auront été r (...)
115 J.-Ch.-F. Caron, op. cit., vol. 1, p. VI-VII.
46De plus, les élèves qui se présentent aux épreuves terminales de la licence ont déjà été l’objet d’une sélection préalable, ce qui explique les réticences du jury à rejeter trop brutalement un candidat et à déjuger ainsi le travail effectué en amont. Les élèves ont effet passé auparavant les épreuves du baccalauréat, similaires à celles de la licence (et réputées moins solennelles mais plus sélectives au Moyen Âge111). Avant même ce premier examen, le professeur qui prend la responsabilité de présenter un élève (son nom figure toujours dans les registres, à côté de celui du candidat) a dû opérer un premier tri. Comme l’explique Pierre Blondel, l’avocat du chancelier de Notre-Dame en 1718, « l’intérêt des écoliers et celui des professeurs ne permet pas en effet de croire qu’on ait facilement et souvent exposé aux yeux du public des soutenants ignorants, qui n’auraient pu que se déshonorer eux-mêmes, leurs parents et l’université »112. Cette sélection préalable est inscrite dans les statuts de 1600, à l’article 43, selon ce même avocat : « Car il y est enjoint aux professeurs de ne produire en public à la seconde année de leur cours, que les écoliers qu’ils auront bien exercés en particulier pendant la première année. Au moyen de l’observation de ces statuts, on ne verra aucun candidat soutenir pour le bonnet de maître ès arts, qui n’ait une capacité suffisante pour mériter d’être reçu à l’examen du chancelier »113. Si Blondel force un peu le sens de cet article114, le témoignage de J.-C.-F. Caron va dans le même sens lorsqu’il raconte, dans l’introduction à son manuel de préparation à la maîtrise, comment il avait été prévenu par son professeur de philosophie au collège de Montaigu, M. Delneuf, qu’il était « mal engagé » pour la réussite des examens. Sur les conseils de ce professeur, il suit une préparation spécifique organisée par son collègue M. Lettrier : des « leçons particulières qu’il donnait à plusieurs jeunes gens qu’il disposait pour lors à la maîtrise ès arts115 ». On voit ici que la préparation à l’examen se différencie du cours de philosophie lui-même et ne s’adresse qu’à une partie des effectifs.
116 Pierre Bourdieu, Ce que parler veut dire. L’économie des échanges linguistiques, Paris, A. Fayard, (...)
117 Requête de Pierre Blondel, op. cit., p. 29.
47L’existence d’une forme de sélection préalable conduit donc à reconsidérer la fonction des épreuves de baccalauréat et de licence aux XVIIe et XVIIIe siècles : elles ne servent pas à évaluer les capacités du candidat, mais à lui permettre d’en faire étalage ou, si l’on préfère, à confirmer publiquement qu’il possède bien ces capacités. De ce point de vue, la maîtrise ès arts s’inscrit parfaitement dans ce que Pierre Bourdieu décrit comme des « rites de consécration, ou rites de légitimation », même si les contemporains continuent d’y voir des actes « probatoires »116. Il peut certes arriver que le candidat ne puisse démontrer son savoir pendant l’épreuve, mais ceci n’est qu’un problème ponctuel, puisque, s’il est présenté, il a normalement la capacité de réussir. Son échec momentané n’implique donc pas nécessairement un jugement négatif à son endroit. C’est ainsi que l’avocat du chancelier justifie la réussite « de quelques bons sujets, que leur excessive timidité, ou la difficulté des questions proposées, ou leurs talents déjà connus d’ailleurs […], peuvent permettre de traiter avec quelque indulgence »117. L’absence de classement ou de notation à l’issue des épreuves confirme cette lecture du rôle des examens.
118 D. Julia, art. cit., p. 191. À Caen et à Besançon à la fin du XVIIIe siècle, moins de 1 % des étud (...)
119 Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP), papiers de Chapelle, ms na 191, fol. 113-135.
120 Les élèves de Chapelle ont été recherchés dans les registres entre 1781 et 1793 (Bnf ms lat 9161).
48Sans qu’il soit possible de faire la part du découragement et celle du désintérêt pour la prise de grades, on constate que seule une minorité d’écoliers accède finalement à la maîtrise. La faible part de gradués dans la population scolaire constitue un trait que l’on retrouve tout aussi nettement en théologie118. Une étude de détail montre cependant que cette explication est insuffisante, car les défections se poursuivent pendant les deux années de philosophie, pourtant réputées n’attirer que les candidats à la maîtrise. À Paris, les listes d’élèves dressées par Brice François Chapelle au collège de Louis-le-Grand pour les années scolaires 1779-1780 et 1780-1781 montrent ainsi que sur 99 inscrits en logique, seuls 53 se retrouvent en physique l’année suivante119. Et parmi ceux qui sont présents en physique jusqu’à la fin de l’année scolaire 1780-1781, seuls 41 % finissent maîtres ès arts et figurent à ce titre dans les registres de la faculté120. Malgré une documentation lacunaire sur le baccalauréat, l’hypothèse purement théorique selon laquelle tous se seraient présentés et 60 % auraient échoué doit être exclue, l’examen n’étant pas si difficile et le collège et le professeur ayant une bonne réputation pédagogique. Clairement, la majorité des élèves de Louis-le-Grand qui se trouvent à l’orée du grade négligent de le prendre.
121 M.-M. Compère, « D’Alembertau collège, le parcours scolaire d’un Parisien », Recherches sur Didero (...)
122 D’après Bibl. Sainte-Geneviève, ms 2144.
49Cette affirmation mériterait sans doute d’être nuancée suivant les établissements car, à l’intérieur de la faculté parisienne, certains collèges semblent plus orientés que d’autres vers la préparation à la maîtrise. Le collège de Mazarin, qui offre un enseignement de mathématiques et de philosophie reconnu et accueille les effectifs les plus importants de la faculté des arts121, présente ainsi moins de 5 % des candidats au jury de Sainte-Geneviève entre 1764 et 1768, alors que le collège du Plessis fournit à lui seul plus de 18 % des candidatures122. Ces différences suggèrent l’existence de stratégies complexes de la part des élèves, liées à un espace scolaire parisien qui est loin d’être homogène, même si les différents collèges offrent théoriquement les mêmes possibilités d’accès au grade. Elles s’expliquent par la tradition singulière de chaque établissement ou la personnalité de tel professeur de philosophie : les collèges de Plessis-Sorbonne et de Navarre sont évidemment marqués par l’enseignement de la théologie, vers laquelle débouche la maîtrise ès arts, alors que l’on constate que les prêtres clunisiens qui passent leur licence à Sainte-Geneviève entre 1764 et 1768 ont tous été présentés par M. Duval, professeur au collège d’Harcourt, qui semble entretenir ainsi une véritable filière de recrutement.
123 Sur le départ des écoliers à la fin de la logique, voir, par exemple, à Caen le tableau 3 donné pl (...)
124 L.W.B. Brockliss, « Patterns of Attendance at the University of Paris, 1400-1800 », in R. Chartier (...)
125 Montpellier : Faucillon, op. cit., p. 48, compte 1 500 maîtres reçus dans les registres de la facu (...)
126 Remarques du chancelier de l’église et université de Paris…, op. cit., p. 30.
50De plus, il conviendrait d’élargir l’analyse à l’ensemble de la période moderne et de l’espace national. Mais, quelles que soient les nuances à apporter suivant les lieux, les établissements et les périodes, le départ de nombreux écoliers à la fin de la logique et la faible part des physiciens qui passent finalement la maîtrise sont incontestables, comme l’ont montré les études de détail des populations étudiantes menées dans différentes villes123. Ainsi, du XVIe au XVIIIe siècle, la faculté des arts de Paris délivre rarement plus de deux cents maîtrises par an, bien que les effectifs de chaque cohorte d’élèves de physique s’élèvent au moins au double, comme on l’a vu avec l’exemple de Chapelle124. À Montpellier, la faculté délivre seulement une dizaine de maîtrises par an aux XVIIeet XVIIIe siècles, alors qu’à Bordeaux on en compterait une trentaine par an vers 1639 et qu’il y aurait seulement à Cahors entre trente et quarante nouveaux maîtres tous les ans125. La prise de grade n’est donc en aucun cas la finalité exclusive des études, comme le montre le plaidoyer de l’avocat Gin en 1718, lorsqu’il rappelle comme une évidence que le choix de prendre ou non un degré à la sortie du collège relève de la liberté absolue des familles126.
127 J. Verger, « Pour une histoire de la maîtrise ès artsauMoyen Âge : quelques jalons », Médiévales, (...)
128 W. Clark, op. cit., p. 184.
51Cette nette dissociation des études et de la prise du grade s’explique par l’utilité scolaire et sociale limitée de la maîtrise ès arts, malgré sa double fonction théorique de validation des études de philosophie et d’accès aux facultés supérieures. En effet, si Jacques Verger estime que la maîtrise suffit à conférer à son détenteur un véritable statut social à la fin du Moyen Âge (dans le monde universitaire, l’Église, mais aussi peut-être parmi les gens de justice), la situation semble bien différente pour la période moderne127. William Clark note d’ailleurs qu’hormis à Oxford et Cambridge, on assiste à une dévaluation générale de la maîtrise ès arts à l’échelle européenne après 1500128.
129 F. Cadilhon, B. Lachaise, J.-M. Lebigre, op. cit., p. 28 ; CF,t. I, p. 142.
130 Sur le concours de l’agrégation, D. Julia, « La naissance du corps professoral », Actes de la rech (...)
131 D. Julia, art. cit., p. 191.
132 L.W.B. Brockliss, « Patterns… », art. cit., p. 490 et p. 492.
133 Comptages à partir des registres de maîtres ès arts de l’université de Paris, BnF ms lat 9161 (176 (...)
134 Patrick Ferté, Répertoire géographique des étudiants du Midi de la France (1561-1793), Toulouse, P (...)
135 J.-J. Piales, Traité de l’expectative des gradués, op. cit., t. 1, p. 315.
52Dans un système économique où la place du salariat qualifié reste marginale, l’intérêt d’un diplôme pour attester de compétences professionnelles est faible. Le professorat au sein des facultés des arts représente le débouché le plus naturel pour les maîtres ès arts : cette logique fonctionne encore au début du XVIe siècle, par exemple au collège de Guyenne à Bordeaux, où l’on fait systématiquement appel à des maîtres ès arts parisiens pour enseigner les humanités129. Mais le poids de ces facultés décline à la fin du XVIe siècle, au profit des congrégations enseignantes qui deviennent dominantes et dont les membres n’ont aucune obligation d’être maîtres ès arts. Et si la maîtrise reste requise jusqu’à la Révolution pour enseigner dans quelques facultés survivantes, l’institution du concours de l’agrégation en 1766 démontre, s’il en était encore besoin, qu’elle n’est plus une garantie d’accès à la corporation enseignante130. Les bénéfices ecclésiastiques constituent l’autre débouché « professionnel » de la maîtrise ès arts, par le biais du quinquennium, qui permet aux titulaires de la maîtrise ayant ensuite suivi trois années de théologie – sans prendre de grade en cette matière – d’être prioritaires lors de la collation des bénéfices vacants dans le cadre d’une procédure appelée « expectative des gradués »131. L’espoir de gagner facilement une place dans l’Église grâce à cette procédure suscite sans doute une part significative des candidatures. Ainsi s’expliquerait l’apogée du nombre de maîtrises à Paris à la fin du XVIIe siècle, avec 266 nouveaux maîtres par an dans la décennie 1680-1689132. De fait, les lauréats parisiens de la maîtrise conservent jusqu’à la fin du XVIIIe siècle un profil nettement clérical, puisque 68 % des élèves reçus en 1768 appartiennent encore au clergé (le plus souvent comme simples clercs, ce qui correspond bien à une population de jeunes gens qui entament à peine la course aux bénéfices)133. On a même pu parler, pour les mêmes raisons, de « demi-siècle de la maîtrise ès arts et du quinquennium » à Cahors, entre 1690 et 1740134. Mais le système de l’expectative des gradués s’essouffle dans la seconde partie du siècle, sans pour autant s’effondrer, puisque la baisse du nombre de maîtrises n’est à Paris que de 30 % sur un siècle, d’après les comptages réalisés par L. Brockliss. Les gradués nommés sont alors en effet trop nombreux pour que ce statut leur donne un avantage décisif par rapport à leurs concurrents dans la course aux bénéfices et, de plus, les privilèges qui leur étaient accordés sont réduits en 1745135.
136 Statuts de la faculté des arts de Paris (1598), art. 57, in Ch. Jourdain, op. cit., Pièces justifi (...)
137 Déclaration royale du 19 juillet 1696… portant que nul ne pourra exercer la médecine, qu’il n’ait (...)
138 Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP), ms na 191, et BnF, ms lat 9161.
140 Patrick Ferté, L’université de Cahors au XVIIIe siècle…, op. cit., p. 134.
141 Une estimation rigoureuse du nombre de maîtrises délivrées annuellement en France aux XVIIe et XVI (...)
53L’autre fonction de la maîtrise est de valider une formation artienne conçue comme préalable à la poursuite d’études dans les facultés supérieures. Si les étudiants en droit n’ont jamais été contraints de prendre formellement ce degré, à Paris cette obligation s’impose dès 1598 à ceux qui souhaitent obtenir un diplôme en théologie ou en médecine136. Elle est même étendue en 1696 à tous les futurs médecins du royaume et, en 1745, aux chirurgiens parisiens137. Ces dernières dispositions réglementaires alimentent, jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, le vivier des candidats à la maîtrise et expliquent qu’un tiers des lauréats parisiens de 1768 soient laïcs. Les flux générés par cette obligation restent cependant modestes, car les étudiants peuvent commencer leurs études supérieures sans être titulaires de la maîtrise et ne sont tenus de la présenter qu’au moment d’acquérir un degré dans une faculté supérieure. Les étudiants différent donc le passage de la maîtrise, parfois de plusieurs années, comme dans le cas d’Antoine-Pierre Lamouroux, élève de Chapelle en physique en 1780-1781, qui ne devient maître ès arts que le 20 juillet 1786138. Pour les élèves de Chapelle dont on peut suivre la scolarité, le décalage entre la fin de la philosophie et la prise effective du degré est en moyenne de deux ans139. La pratique se vérifie à Cahors, où l’annonce de la suppression de la faculté des arts provoque en 1751 un afflux massif d’anciens élèves qui avaient négligé de prendre la maîtrise à l’issue de leur scolarité140. La possibilité ainsi offerte aux étudiants de prendre la maîtrise à n’importe quel moment en cas de nécessité provoque un report du grade qui favorise les abandons. Enfin, malgré les efforts continus de reprise en main par le pouvoir royal entre la fin du XVIIe siècle et la Révolution, les dispositions réglementaires ne sont pas toujours respectées, soit parce que les jurys des facultés supérieures acceptent de délivrer un grade au vu de simples attestations d’études en philosophie, soit parce que des professeurs complaisants se livrent au trafic de faux diplômes de maîtrise, comme on l’a vu plus haut. L’ensemble de ces éléments explique que le nombre de maîtrise annuellement délivrées en France par les universités soit resté à un niveau relativement modeste, de l’ordre de quelques centaines, sans commune mesure avec une population de plusieurs dizaines de milliers d’élèves qui suivent une scolarité dans les collèges et pourraient accéder à ce degré141.
142 L. Brockliss, « Patterns… », art. cit., p. 492, à propos de la faculté des arts de Paris à la fin (...)
54En définitive, la situation de la maîtrise ès arts à la veille de la Révolution révèle un triple décalage entre une définition théorique, toujours nourrie de références aux origines médiévales du grade, et le déroulement, le sens et l’usage de celui-ci. Si les formes prises par les épreuves et les cérémonies de la maîtrise ont peu changé, l’effacement des valeurs universitaires portées par la communauté des maîtres y est patent. En revanche, la Réforme catholique et l’épanouissement des collèges congréganistes ont favorisé la récupération des rituels par le chancelier de l’évêque à la fin du XVIe siècle et la transformation du degré universitaire en un examen de type scolaire. On est alors bien loin de la cérémonie d’intégration dans la corporation des maîtres d’un impétrant reçu par ses pairs que décrivait Émile Durkheim. En second lieu, on relève, au cours de la période moderne, un décalage grandissant entre les pratiques scolaires et les épreuves de l’examen, dont le contenu n’intègre ni le cursus humaniste, ni même les timides évolutions de la philosophie enseignée dans les collèges (et qui requiert parfois une préparation spécifique en dehors de la classe). De plus – mais ce n’est sans doute pas un trait propre à la période considérée –, cet examen ne concerne qu’une petite partie de la population scolaire, même dans les collèges des villes universitaires comme Paris. Ainsi, la faculté des arts de Paris ne peut en aucun cas être présentée comme une « machine à délivrer les grades142 ». Enfin, force est de constater que ce degré ne remplit qu’imparfaitement les fonctions qu’on lui prête aux XVIIe et XVIIIe siècles : professionnellement, les places sont trop chères pour garantir aux maîtres ès arts l’accès à l’enseignement ou aux bénéfices ecclésiastiques, malgré le recours à l’expectative des gradués ; scolairement, il ne régule guère l’accès aux facultés supérieures, puisqu’on y suit souvent les cours sans prendre préalablement la maîtrise.
143 Maximilien-Marie de Robespierre est reçu maître ès arts à Paris en 1778, Camille-Benoît Desmoulins (...)
144 Dans l’attente de la publication des actes du colloque sur l’histoire du baccalauréat, tenu à Lill (...)
55S’il fallait privilégier une interprétation susceptible d’expliquer la survie du degré et son obtention par quelques centaines de jeunes gens chaque année, on rappellerait que la maîtrise ès arts a surtout pour vertu d’inscrire le lauréat à l’intérieur d’un itinéraire, celui de la quête successive des grades, jusqu’à la licence ou au doctorat, et, partant, à l’intérieur d’un groupe. Devenir maître ès arts, comme le firent volontiers à vingt ans Robespierre et Desmoulins143, c’est donc franchir la ligne qui sépare ceux qui adhèrent à ce schéma – et à l’ordre intellectuel et social afférent – de ceux qui lui sont hostiles ou qu’une telle configuration indiffère à la fin du XVIIIesiècle. De ce dernier point de vue, la maîtrise ès arts se distingue nettement du baccalauréat du XIXe siècle, même si celui-ci en reproduit provisoirement certains traits lors de sa création par Napoléon. Entre 1808 et 1820, le baccalauréat reste en effet, comme la maîtrise, une épreuve purement orale, passée devant une faculté – manière d’assurer le monopole de l’université –, qui porte sur « les matières enseignées dans les classes de rhétorique et de philosophie » et que peu d’élèves se soucient d’obtenir, tant les débouchés professionnels qu’il offre sont réduits144. Mais il est ensuite profondément transformé par une série de réformes intervenues entre 1820 et 1849, et il devient alors l’institution connue par Henri Ferté ou Octave Gréard, qui couronne les études secondaires et fait figure de passage obligé pour toutes les carrières administratives ou libérales. La continuité établie par ces deux auteurs entre la maîtrise ès arts et le baccalauréat ne vaut donc en réalité que pour les toutes premières années du grade napoléonien, avant qu’il n’acquière un poids social et symbolique écrasant dans la France des XIXe et XXe siècles.
1 Les contemporains utilisent indifféremment les termes de « grade » ou de « degré » pour désigner la reconnaissance officielle par une université d’une qualification. En toute rigueur, il conviendrait de ne parler ici que de degré universitaire, le grade étant réservé au contexte ecclésiastique, lors d’une demande de bénéfice. Une explication « en faveur des personnes qui confondent ces deux manières de parler, avoir des grades et avoir des degrés» est pourtant donnée dans l’Encyclopédie, à l’entrée « degré » (auteur non identifié, in Denis Diderot et al., Encyclopédie, ou dictionnaire raisonné des sciences…, vol. 4, Paris, Briasson, 1754, p. 764).
2 Henri Ferté, Des grades universitaires dans l’ancienne faculté des arts. Déterminance ou baccalauréat, licence et maîtrise ès arts, Paris, Hachette, 1868, p. 3. Octave Gréard, Le baccalauréat et l’enseignement secondaire, Paris, Impr. Nationale, 1885, p. 61-64, qui s’appuie explicitement sur l’arrêté en question p. 61. L’article 1 de cet arrêté stipule que « Le grade de maître ès arts correspond à ceux de bacheliers ès sciences et ès lettres » (A. de Beauchamp, Recueil de lois et règlements sur l’enseignement supérieur, t. 1, 1789-1847, Paris, Delalain, 1880, p. 218). Cette apparente continuité avait incité Marie-Madeleine Compère à envisager un travail sur ce grade, en vue des commémorations prévues du bicentenaire du baccalauréat, qu’elle entendait mettre en perspective dans la longue durée. Faute de temps, elle avait finalement abandonné l’idée, qu’on reprend et développe ici.
3 Émile Durkheim, L’évolution pédagogique en France, Paris, Presses universitaires de France, 1990 (1re éd. 1938), p. 147. Idée également développée p. 96.
4 Luce Giard, « Sur le cycle des « artes » à la Renaissance », in Olga Weijers, Louis Holtz (dir.), L’enseignement des disciplines à la faculté des arts (Paris Oxford, XIIIe-XVe siècles), Turnhout, Brepols, 1997, p. 511-538 (en particulier p. 537-538).
5 De multiples exemples étayent cette affirmation. À Bordeaux,auXVe siècle, le corps de ville décide de transformer le collège « à l’instar, formes et manières des collèges de Paris » (cité par François Cadilhon, Bernard Lachaise, Jean-Michel Lebigre, Histoire d’une université bordelaise : Michel-de-Montaigne, faculté des arts, faculté des lettres, 1444-1999, Talence, Presses universitaires de Bordeaux, 1999, p. 28). Pour un témoignage du XVIIe siècle, le Factum pour maître Claude Nicolay, docteur en la faculté des arts de l’université de Poitiers…, s. l. n. d., [vers 1650], Arch. nat. M/197, se réfère explicitementaumodèle parisien p. 5, 6 et 14. Enfin, la similitude des procédures d’acquisition de la maîtrise entre Caen et Paris à la fin du XVIIIe siècle est illustrée par Eugène Chatel, Statistique de l’enseignement supérieur à Caen de 1786 à 1791, Caen, impr. de F. Le Blanc-Hardel, (Extrait des Mémoires de l’Académie nationale des sciences, arts et belles-lettres de Caen), 1883, p. 27-30.
6 Roger Chartier, Marie-Madeleine Compère, Dominique Julia, L’éducation en France du XVIe au XVIIIe siècle, Paris, SEDES-CDU, 1976, p. 190-191.
7 Jacques Verger, « Examen privatum, examen publicum. Aux origines médiévales de la thèse », in Claude Jolly, Bruno Neveu (dir.), Eléments pour une histoire de la thèse, Paris, Klincksieck, 1993, p. 17-18 ; Alan E. Bernstein, « Magisterium and Licence : Corporate Autonomy against Papal Authority in the Medieval University of Paris », Viator. Medieval and Renaissance Studies, 9, 1978, p. 291-307 (spécialement p. 293).
8 Charles Thurot, De l’organisation de l’enseignement dans l’université de Paris au Moyen Âge, Paris, Dezobry, 1850, p. 49-50 ; A. Bernstein, art. cit., p. 298.
10 Ch. Thurot, op. cit., p. 42 ; É. Durkheim, op. cit, p. 94-99 et p. 147-149 ; A. Bernstein, art. cit., p. 291 et p. 293 ; J. Verger, art. cit., p. 25 et p. 29.
14 A. Bernstein, art. cit., p. 291 ; É. Durkheim, op. cit., p. 94, p. 96 et p. 147 ; J. Verger, art. cit., p. 27 et p. 29.
15 A. Bernstein, art. cit., p. 294. La nécessité de retourner étudier Aristote n’est formellement exigée qu’à partir des statuts de 1366.
18 Laurence Brockliss, « Le contenu de l’enseignement et la diffusion des idées nouvelles », in Jacques Verger (dir.), Histoire des universités en France, Toulouse, Privat, 1986, p. 205.
19 Guillaume Guillier, Candidatus artium…, ad usum candidatorum baccalaureatus artiumque magisterii, Paris, impr. de P. Prault, 1732, « Monita candidatis et ritus », p. V-XX de l’introduction.
20 J. Verger, « Examen privatum,… », art. cit., p. 42, estime à propos des examens : « plus que l’excellence intellectuelle, c’était l’assiduité qu’ils récompensaient. »
21 G. Guillier, op. cit., p. IX : « […] lectiones meas philosophicas attentè, assiduè, diligenter et modestè scriptis et auribus excepisse. »
22 Arrêt du parlement qui ordonne que les étudiants des collèges établis par lettres patentes…, Aix, E. David, 1771, Bnf F-23678 (98), p. 1.
25 Tableau établi à partir des Statuts de l’université de Paris, 1598, publiés par Charles Jourdain, Histoire de l’université de Paris aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Hachette, 1862-1866, p. 3-7 des pièces justificatives ; G. Guillier, op. cit., p. VIII-XX ; Requête de Pierre Blondel, chancelier de Sainte-Geneviève, aux fins d’être maintenu en possession de conférer le bonnet de maître ès arts…, [Paris], imp. de J.-B. Delespine, 1718 (Bnf Fol FM 1636) ; Jean-Jacques Piales, Traité de l’expectative des gradués, Paris, Desaint et Saillant, 1757, t. 1, p. 431-433 ; Henri Ferté, op. cit., p. 7.
26 Statuts de la faculté des arts, art. 48, cités par Ch. Jourdain, op. cit., pièces justificatives, p. 5.
29 Sur l’évolution de la forme des examens dans l’Europe du Nord, voir William Clark, Academic Charisma and the Origins of the Research University, Chicago, University of Chicago Press, 2007 (en particulier p. 109-112).
30 J. Verger, « Examen privatum,… », art. cit., p. 32. W. Clark, op. cit., p. 109-124 sur le développement du système de classement et de notation en Angleterre et dans les pays germaniques. Sur l’examen en général, on lira avec profit :Bruno Belhoste (dir.), L’examen. Évaluer, sélectionner, certifier XVIe-XXe siècles, Histoire de l’éducation, n° 94, 2002 (en particulier les contributions de Pierre Caspard et André Chervel).
31 Bibl. Sainte-Geneviève, ms 2144, recueil de pièces sur la licence ès arts délivrée par le chancelier de Sainte-Geneviève (pièces éparses entre 1764 et 1776) : fournit la liste des examinateurs pour les années 1764 à 1768 (fol. 32, 37 et 44) et 1775 et 1776 (fol. 3).
33 Bibl. Sainte-Geneviève, ms 2144, fol. 2, détail du compte de partage entre les intervenants pour les examens passés entre le 2 janvier et le 14 août 1773.
34 Le coût des différentes épreuves est estimé par H. Ferté, op. cit., p. 9, 14 et 17, à partir d’indications données en 1732 par G. Guillier, op. cit. Selon Louis Liard, le coût total de la maîtrise varie à la veille de la Révolution de 24 livres à Bordeaux à 65 livres à Avignon, avec un prix souvent compris entre 30 et 40 livres (L. Liard, L’enseignement supérieur en France, 1789-1889, t. I, Paris, A. Colin, 1888, p. 15-21).
35 Registres de maîtres ès arts reçus par le chancelier de Sainte-Geneviève, Bibl. Sainte-Geneviève, ms 941 (1622-1637) ; recueil de pièces relatives à la maîtrise ès arts, Bibl. Sainte-Geneviève, ms 2144. Par exemple,aucours de l’année universitaire 1622-1623, on compte 27 sessions de licence à Sainte-Geneviève pour 121 candidats, et en 1766-1767, 17 sessions pour 97 candidats.
36 Registres de maîtres ès arts de l’université de Paris, Bnf ms lat 9161 (1768-1793). L’année 1768 a été choisie car elle permettait un croisement avec les pièces conservées à Sainte-Geneviève. La répartition pour les autres années est identique et recoupe les observations faites à partir des archives de la licence de Sainte-Geneviève (cf.note précédente).
40 Remarques du chancelier de l’église et université de Paris, défendeur, sur la requête présentée au Parlement par les sieurs recteur et autres de la faculté des arts de ladite Université…, par Gin, avocat, Paris, imp. de J.-B. Delespine, 1718 (Bnf, fol-FM-12976), p. 5 ; Requête de Pierre Blondel, chancelier de Sainte-Geneviève, …, op. cit., p. 4. et 7 : « […] que le candidat qui en est revêtu par le chancelier, ait le pouvoir d’enseigner librement dans Paris, et hors de Paris, en qualité de maître ès arts, comme aussi de se faire graduer dans les facultés supérieures, et de posséder les bénéfices qui requièrent ce degré ; toutefois, il n’acquiert ni le droit d’immatriculation et de suffrage dans l’assemblée de sa nation, ni la liberté d’enseigner dans les collèges de l’université, et d’y paraîtreaurang et avec l’habit des maîtres de la faculté, jusqu’à ce qu’il ait supplié dans une assemblée de sa nation, qu’il y ait prêté les serments, et payé les droits accoutumés. » Voir aussi Bnf, ms Joly de Fleury 469, fol. 250-251.
41 Voir Bibl. Mazarine, Liber Censorius, ms 3313 (1660-1676), ms 3314 à 3318 (1691-1786), et Liber Questorius, ms 3320 (1704-1723).
46 Véronique Meyer, L’illustration des thèses à Paris dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Peintres. Graveurs. Éditeurs, Paris, Paris-Musées, 2002, p. 19-20 : « Après la rhétorique, arrivé en classe de philosophie, le collégien pouvait soutenir publiquement des thèses pour obtenir les titres de bachelier, licencié et docteur ès arts. Mais le plus souvent il se contentait de passer des examens : la soutenance publique pour laquelle il fallait inviter une nombreuse assemblée, faire décorer la salle, imprimer affiches ou livrets et acquitter des droits […] était jugée trop onéreuse par la famille ».
47 Jean-Marcellin-Ferdinand Faucillon, La faculté des arts (des lettres) de Montpellier (1242-1793), Montpellier, impr. de J. Martel, 1860, p. 48 ; Alexandre-Charles Germain, La Faculté des arts et l’ancien collège de Montpellier. 1242-1749, Montpellier, impr. de Boehm et fils, 1882. p. 53.
49 V. Meyer, « Les thèses, leur soutenance et leurs illustrations dans les universités françaises sous l’Ancien Régime », in Claude Jolly, Bruno Neveu (dir.), Eléments pour une histoire de la thèse, op. cit., p. 45-111, en particulier p. 52.
50 Ibid., p. 52. Autres exemples de soutenances collectives dans V. Meyer, L’illustration des thèses…, op. cit., p. 20.
55 Pierre Costabel, « L’enseignement classiqueauXVIIIe siècle. Collèges et universités », in René Taton (dir.), Enseignement et diffusion des sciences, Paris, Hermann, 1986, p. 160-161. On ne peut certes compter que les thèses conservées, mais la tendance à la baisse du nombre de soutenances ne paraît guère contestable.
57 Faucillon, op. cit., p. 34 ; Gilbert Dehon, L’université de Douai dans la tourmente (1635-1765). Heurts et malheurs de la faculté des arts, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 1998, p. 19.
58 Cité par V. Meyer, « Les thèses, leur soutenance et leurs illustrations… », art. cit., p. 53, à partir de M. de La Liborlière, « Souvenirs de l’ancienne université de Poitiers », Bulletin de la Société des antiquaires de l’Ouest, 1844, p. 68-84.
59 F. Cadilhon, B. Lachaise, J.-M. Lebigre, op. cit., p. 48 ; A. Germain, op. cit., p. 53 ; Faucillon, op. cit., p. 47.
61 Jean Sagnes, L’université de Perpignan au XVIIIe siècle, Perpignan, Presses universitaires de Perpignan, 1996, p. 55, art. 14.
62 Encyclopédie…, op. cit., t. VII, p. 807 : « Les régents septenaires de l’université de Paris, c’est-à-dire qui ont professé quelque science pendant sept ans, même la Grammaire […], sont préférés dans les mois de rigueur à tous les gradués nommés, excepté aux docteurs en Théologie. »
63 Ibid. : « Les régents septenaires des universités de Caen & de Reims ont aussi le même privilège que ceux de Paris » ; « L’université de Paris est dans l’usage de recevoir maîtres ès arts ceux qui ont fait leur cours dans les universités de Reims & de Caen, & qui ont étudié un an dans l’université de Paris ». Voir aussi David Houard, Dictionnaire analytique, historique, étymologique, critique et interprétatif de la coutume de Normandie, Rouen, Le Boucher, 1780, t. 2, p. 636.
64 Abbé Pelletier, « La réitération de grades », Bulletin de la société archéologique de l’Orléanais, n° 33, 2e trimestre 1859. Les universités qui ne sont pas « fameuses » sont les suivantes : Douai, Pont-à-Mousson, Strasbourg, Besançon, Orange, Aix, Perpignan, Nantes, Avignon. À Orléans il n’y a pas de faculté des arts, à Valence elle n’est créée qu’en 1716.
65 L. Liard, op. cit., p. 107-108 ; P. Costabel, art. cit., p. 22 ; D. Julia, « Universités et collèges à l’époque moderne (16e-18e siècles) », in Jacques Verger, Histoire des universités en France, op. cit., p. 185.
66 Marie-Madeleine Compère, Dominique Julia, Les collèges français (XVIe-XVIIIe siècles), Répertoire (désormais CF), Paris, INRP/Éditions du CNRS, 3 vol. parus, 1984-2002, t. 1, p. 519.
67 Bordeaux : F. Cadilhon, B. Lachaise, J.-M. Lebigre, op. cit., p. 37 ; Montpellier : A. Germain, op. cit., p. 53 ; Perpignan : J. Sagnes, op. cit., p. 9-10.
68 Caen : CF, t. 2, p. 149-150 ; Douai : G. Dehon, op. cit., p. 19-20 ; Avignon : CF, t. I, p. 94, p. 100.
69 Les relations entre l’université de Paris et les jésuites ont donné lieu à une abondante littérature. Sur l’exclusion des grades, on se contente de citer ici Annie Bruter in CF, t. 3, p. 364.
71 Factum pour maître Claude Nicolay…, op. cit. ; Jean-Médéric Tourneur-Aumont, La faculté des arts de l’université de Poitiers des guerres religieuses du XVIe siècle à la Révolution de 1789, Poitiers, impr. de Renault, 1932, p. 2. ; CF, op. cit., t. 2, p. 538.
72 Joseph-Cyprien Nadal, Histoire de l’université de Valence et des autres établissements d’instruction de cette ville depuis leur fondation jusqu’à nos jours, Valence, impr. de E. Marc-Aurel, 1861, p. 215-218 et p. 227-234 ; CF, t. 1, p. 732.
74 Gérard Emptoz (dir.), Histoire de l’université de Nantes. 1460-1993, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2002, p. 42 ; P. Costabel, op. cit., p. 77-78 ; CF, t. 2, p. 489.
75 Factum intitulé Mémoire pour les prêtres de la congrégation de l’oratoire de Jésus…, vers 1691, Archives nationales, M 197, pièce XVI ; P. Costabel, op. cit., p. 77-78 ; CF, t. 2, p. 42.
76 CF, t. 2, p. 151. Les jésuites font graduer peu d’élèves à Caen, ce qui confirmerait l’accusation portée en 1783 par le Président Rolland selon laquelle ils font graduer leurs élèves à Bourges qu’ils contrôlent complètement, sans observer les formalités requises : François de Dainville, « L’enseignement scientifique dans les collèges des jésuites », in R. Taton, op. cit., p. 78. La position acquise par les oratoriens dans la faculté des arts d’Angers est également contestée : voir Mémoire pour les prêtres de la congrégation de l’oratoire de Jésus…, op. cit.
80 Roger Chartier, Jacques Revel, Dominique Julia (dir.), Les universités européennes du XVIe au XVIIIe siècle. Histoire sociale des populations étudiantes, Paris, Éditions de l’EHESS, t. 2, 1989, p. 17 ; Laurence W. B. Brockliss, French Higher Education in the Seventeenth and Eighteenth Centuries. A Cultural History, Oxford, Clarendon Press, 1987, p. 78.
84 À Poitiers, voir Factum pour maître Claude Nicolay…, op. cit.,p. 12. Témoignage bordelais présenté par F. Cadilhon, B. Lachaise, J.-M. Lebigre, op. cit., p. 49.
85 D’après un décompte manuscrit en vue d’une estimation des revenus des enseignants, Arch. nat. M 196.
86 G. Dehon, op. cit. p. 203-204. Même phénomène repéré à Bordeaux, par exemple (F. Cadilhon, B. Lachaise, J.-M. Lebigre, op. cit., p. 42).
92 Laurent Duhan, Philosophus in utramque partem, sive Selectae et limatae difficultates in utramque partem, cum responsionibus, ad usum scholae, circa celebres universae philosophiae controversias…, Paris, Vve C. Thiboust et P. Esclassan, 1694. Nouvelles éditions en 1697, 1704, 1711, 1714, 1723, 1733.
93 Guillaume Guillier, Candidatus artium, ubi de rhetorica et philosophia, ejusque singulis partibus, necnon de sphaera et mathesi tractatur, modoque respondendi et disputandi in scholis, dum theses propugnantur, ad usum candidatorum baccalaureatus artiumque magisterii, Paris, imp. de P. Prault, 1732 et 1749.
94 Jean-Charles-Félix Caron, Compendium institutionum philosophiae, in quo de rhetorica et philosophia tractatur, ad usum candidatorum baccalaureatus artiumque magisterii, autore D. Caron, Paris, N.-M. Tilliard, 1770, 2 vol.
95 Ch. Jourdain, op. cit., Pièces justificatives, p. 5, art. XLVII : artium baccalaureatus candidati, ab examinatoribus de logicis, ethicis, physicis et metaphysicis audiantur, et, si illis probentur, ad baccalaureatum admitantur.
96 Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut et Magny, Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs, Paris, Moutard, 1779, t. II, p. 790. Hurtaut se présente comme maître ès arts dans la page de titre.
97 L.W.B. Brockliss, « Le contenu de l’enseignement et la diffusion des idées nouvelles », in Jacques Verger (dir.), Histoire des universités…, op. cit., p. 205-206.
98 Louis de Jaucourt, in D. Diderot et al., Encyclopédie…, op. cit., entrée « études », vol. VI, p. 93 : « Il y a plus à retrancher dans la Logique, qu’on n’y saurait ajouter ; il me semble qu’on en peut dire à peu près autant de la Métaphysique. […] À l’égard de la Physique, il en faudrait aussi beaucoup élaguer […] pour se livrer aux recherches utiles et tendantes à l’économie. […] Un cours bien purgé de ces chimères scholastiques, mais fourni de toutes les notions intéressantes sur l’Histoire naturelle, sur la Mécanique, et sur les Arts utiles, sur les mœurs et sur les lois, se trouverait à la portée des moindres étudiants ; et pour lors […] ils profiteraient de tout ce qu’il y a de bon dans la saine Philosophie ; le tout sans se fatiguer dans la répétition machinale des arguments, et sans faire la dépense ni l’étalage des thèses, qui, à le bien prendre, servent moins à découvrir la vérité qu’à fomenter l’esprit de parti, de contension et de chicane ».
99 G. Guillier, op. cit., p. 219. Lacryma batavica : expérience à la modedepuisles années 1640, qui consiste à réaliser des gouttes de verre trempé.
102 Alain de Libera « Faculté des arts ou faculté de philosophie ? », in Olga Weijers, Louis Holtz, L’enseignement des disciplines à la faculté des arts (Paris et Oxford, XIIIe-XVe siècles). Actes du colloque international organisé à l’Institut de France, Paris, 18-20 mai 1995, Turnhout, Brepols, 1997, p. 429-444 (p. 430).
103 Sur l’adoption du cartésianisme par les professeurs de l’université de Paris, voir L.W.B. Brockliss, French Higher Education…, op. cit., p. 350, et Alain Firode, « Le cartésianisme dans le cours de philosophie au début du XVIIIe siècle », Le cours magistral, XVe-XXe siècles, Histoire de l’éducation, n° 120, oct.-déc. 2008, p. 55-76.
104 A. Firode, art. cit., p. 60, et un autre article du même auteur qui aborde également ce sujet : « Le cours de philosophie d’Adrien Geffroy », Recherches sur Diderot et l’Encyclopédie, n° 38, avril 2005, p. 204-224. Adrien Geffroy enseigne la philosophieaucollège de Mazarin de 1718 à 1741.
106 Des remarques identiques concernant le maintien des formes rhétoriques traditionnelles et le recours systématique aux syllogismes dans les cours de philosophie ont été faites par A. Firode, « Le cartésianisme dans le cours de philosophieau début du XVIIIe siècle », art. cit., p. 61.
107 C. Nicolay affirme que « jamais […] un [écolier n’a] été refusé » par le jury dominé par les jésuites, Factum pour maître Claude Nicolay, op. cit., p. 4.
109 Bibl. Sainte-Geneviève, ms 2144, fol. 26-45. Parmi ces 32 candidats refusés, 27 sont explicitement ajournés (remissus ad tres menses, lit-on en face de leur nom), alors que 5 voient simplement leur nom biffé (mais certains se représentent un peu plus tard, comme les candidats ajournés). On remarque que le pourcentage de réussite est très proche de celui observé à Oxford vers 1800, qui est estimé à 95 % par W. Clark, op. cit.,p. 134.
110 L’absence de suivi de ces individus ne peut s’expliquer par l’interruption brutale de la source en août 1768, car leurs échecs ont lieu entre 1764 et mars 1767, ce qui leur laissait largement le temps de se représenter.
114 En réalité, l’article 43 des statuts de la faculté des arts stipule que les candidats auront été régulièrement exercés aux disputes pendant les deux années de philosophie, avant d’être présentés aux épreuves, sans qu’il soit explicitement dit que seuls les individus capables seront présentés.
116 Pierre Bourdieu, Ce que parler veut dire. L’économie des échanges linguistiques, Paris, A. Fayard, 1982, p. 121. On suit ici la lecture des rites – universitaires en particulier – proposée contre A. Van Gennep par P. Bourdieu, qui affirme : « en marquant solennellement le passage d’une ligne qui instaure une division fondamentale de l’ordre social, le rite attire l’attention de l’observateur vers le passage (d’où l’expression de rite de passage), alors que l’important est la ligne [qui sépare ceux qui la passent et ceux qui ne la passeront jamais]. »
118 D. Julia, art. cit., p. 191. À Caen et à Besançon à la fin du XVIIIe siècle, moins de 1 % des étudiants inscrits prennent un degré en théologie (ibid.).
121 M.-M. Compère, « D’Alembertau collège, le parcours scolaire d’un Parisien », Recherches sur Diderot et l’Encyclopédie, n° 38, avril 2005, p. 37-49, p. 45, et CF, t. III, p. 147 et p. 150.
123 Sur le départ des écoliers à la fin de la logique, voir, par exemple, à Caen le tableau 3 donné plus haut, ou les estimation des effectifs des collèges de Guyenne et de la Madeleine à BordeauxauXVIIIe siècle, qui donnent toujours nettement plus d’élèves en logique qu’en physique, CF, t. I, p. 140 et p. 148.
124 L.W.B. Brockliss, « Patterns of Attendance at the University of Paris, 1400-1800 », in R. Chartier, J. Revel, D. Julia (dir.), Les universités européennes…, op. cit., t. II, p. 490, sur le nombre annuel de maîtrises (donne également en note une estimation de la population scolaire parisienne globale).
125 Montpellier : Faucillon, op. cit., p. 48, compte 1 500 maîtres reçus dans les registres de la faculté entre 1629 et 1762 ; Bordeaux : F. Cadilhon, B. Lachaise, J.-M. Lebigre, op. cit., p. 35 ; Cahors : Patrick Ferté, L’université de Cahors au XVIIIe siècle (1700-1751). Le coma universitaire au siècle des Lumières, Saint-Sulpice-la-Pointe, P. Ferté, 1975, p. 235.
127 J. Verger, « Pour une histoire de la maîtrise ès artsauMoyen Âge : quelques jalons », Médiévales, 1987, t. 13, p. 117-130, particulièrement p. 124-126.
130 Sur le concours de l’agrégation, D. Julia, « La naissance du corps professoral », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 39, septembre 1981, p. 71-86.
133 Comptages à partir des registres de maîtres ès arts de l’université de Paris, BnF ms lat 9161 (1768-1793).
134 Patrick Ferté, Répertoire géographique des étudiants du Midi de la France (1561-1793), Toulouse, Presses de l’Université des sciences sociales, t. II, 2004, p. 63.
136 Statuts de la faculté des arts de Paris (1598), art. 57, in Ch. Jourdain, op. cit., Pièces justificatives, p. 5.
137 Déclaration royale du 19 juillet 1696… portant que nul ne pourra exercer la médecine, qu’il n’ait esté receu docteur dans quelqu’une des Universitez, et défenses aux docteurs et professeurs desdites Universitez d’admettre aucuns écoliers aux degrez, qu’ils ne soient maistres es arts… Registrée en Parlement le 28 juillet 1696, Paris, F. Muguet, 1696. Voir aussi François-André Isambert et al., Recueil général des anciennes lois françaises…, Paris, Belin-Leprieur, 1821-1833, t. 20, p. 500. Sur la chirurgie, déclaration royale du 23 avril 1743, citée dans l’Encyclopédie…, op. cit., vol. 9, p. 902.
141 Une estimation rigoureuse du nombre de maîtrises délivrées annuellement en France aux XVIIe et XVIIIe siècles imposerait de procéder à un comptage précis pour chaque université et pour chaque période, puisque les variations dans le temps sont loin d’être négligeables. Une telle entreprise paraît difficile, compte tenu de la documentation disponible. L’ordre de grandeur proposé ici retient deux cents maîtres reçus annuellement à Paris, entre dix et cent dans la vingtaine d’universités ouvertespendant aumoins une partie de la période considérée, soit une fourchette sans doute comprise entre quatre cents et mille maîtrises suivant les moments. Une estimation du nombre de maîtrises délivrées avant la Révolution dans quelques villes est fournie par Louis Liard, L’enseignement supérieur…, op. cit, t. I, p. 12-15, mais le dossier n’a pas été reprisdepuis1888, hormis dans les études déjà citées. L’estimation des effectifs des collèges (48 000 en 1789) est fournie par R. Chartier, M.-M. Compère, D. Julia, L’éducation en France…, op. cit., p. 190.
142 L. Brockliss, « Patterns… », art. cit., p. 492, à propos de la faculté des arts de Paris à la fin du XVIIe siècle : « The faculty had become a factory for gaining degrees ».
143 Maximilien-Marie de Robespierre est reçu maître ès arts à Paris en 1778, Camille-Benoît Desmoulins en 1781 (BnF, ms lat. 9161). On note que tous deux sont de futurs avocats à qui la maîtrise ès arts est scolairement et professionnellement totalement inutile, même si l’on sait par ailleurs que l’Incorruptible a commencé sa carrière comme jugeau tribunal épiscopal d’Arras.
144 Dans l’attente de la publication des actes du colloque sur l’histoire du baccalauréat, tenu à Lille en 2008, on suit ici Jean-Baptiste Piobetta, Le baccalauréat de l’enseignement secondaire, Paris, Baillière et fils, 1937, p. 5-44.
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Boris Noguès, « La maîtrise ès arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles », Histoire de l’éducation, 124 | 2009, 95-134.
Boris Noguès, « La maîtrise ès arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles », Histoire de l’éducation [En ligne], 124 | 2009, mis en ligne le 01 janvier 2014, consulté le 21 octobre 2017. URL : http://histoire-education.revues.org/2069 ; DOI : 10.4000/histoire-education.2069
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