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Timestamp: 2016-10-26 13:44:49+00:00
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⭐GRANDE CHAMBRE. AFFAIRE JEUNESSE c. PAYS-BAS. (Requête n o 12738/10) ARRÊT STRASBOURG. 3 octobre 2014
GRANDE CHAMBRE. AFFAIRE JEUNESSE c. PAYS-BAS. (Requête n o 12738/10) ARRÊT STRASBOURG. 3 octobre 2014
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1 GRANDE CHAMBRE AFFAIRE JEUNESSE c. PAYS-BAS (Requête n o 12738/10) ARRÊT STRASBOURG 3 octobre 2014 Cet arrêt est définitif. Il peut subir des retouches de forme.2 3 ARRÊT JEUNESSE c. PAYS-BAS 1 En l affaire Jeunesse c. Pays-Bas, La Cour européenne des droits de l homme, siégeant en une Grande Chambre composée de : Dean Spielmann, président, Josep Casadevall, Guido Raimondi, Ineta Ziemele, Mark Villiger, Isabelle Berro-Lefèvre, Corneliu Bîrsan, Alvina Gyulumyan, Ján Šikuta, Luis López Guerra, Nona Tsotsoria, Ann Power-Forde, Işıl Karakaş, Vincent A. De Gaetano, Paul Mahoney, Johannes Silvis, Krzysztof Wojtyczek, juges, et de Lawrence Early, jurisconsulte, Après en avoir délibéré en chambre du conseil le 13 novembre 2013 et le 2 juillet 2014, Rend l arrêt que voici, adopté à cette dernière date : PROCÉDURE 1. À l origine de l affaire se trouve une requête (n o 12738/10) dirigée contre le Royaume des Pays-Bas et dont une ressortissante surinamaise, M me Meriam Margriet Jeunesse («la requérante»), a saisi la Cour le 1 er mars 2010 en vertu de l article 34 de la Convention de sauvegarde des droits de l homme et des libertés fondamentales («la Convention»). 2. La requérante a été représentée par M e G. Later, avocate à la Haye. Le gouvernement néerlandais («le Gouvernement») a été représenté par son agente adjointe, M me L. Egmond, du ministère des Affaires étrangères. 3. La requérante alléguait que le refus de l exempter de l obligation de détenir un visa de séjour temporaire et de l admettre aux Pays-Bas avait emporté violation à son égard des droits garantis par l article 8 de la Convention. 4. La requête a été attribuée à la troisième section de la Cour (article 52 1 du règlement de la Cour «le règlement»). Dans une décision du 4 décembre 2012, elle a été déclarée en partie recevable par une chambre de4 2 ARRÊT JEUNESSE c. PAYS-BAS ladite section composée de Josep Casadevall, président, Alvina Gyulumyan, Corneliu Bîrsan, Ján Šikuta, Luis López Guerra, Nona Tsotsoria et Johannes Silvis, juges, ainsi que de Santiago Quesada, greffier de section. Le 14 mai 2013, la chambre s est dessaisie au profit de la Grande Chambre, ni l une ni l autre des parties ne s y étant opposée (articles 30 de la Convention et 72 du règlement). 5. La composition de la Grande Chambre a été arrêtée conformément aux articles 26 4 et 5 de la Convention et 24 du règlement. 6. Tant la requérante que le Gouvernement ont déposé des observations écrites complémentaires (article 59 1 du règlement) sur le fond de l affaire. Par ailleurs, des observations ont été reçues de deux organisations non gouvernementales (ONG), Defence for Children et Immigrant Council of Ireland (Independent Law Centre), que le président avait autorisées à intervenir dans la procédure écrite (articles 36 2 de la Convention et 44 3 du règlement). 7. Une audience s est déroulée en public au Palais des droits de l homme, à Strasbourg, le 13 novembre 2013 (article 59 3 du règlement). Ont comparu : pour le Gouvernement M mes L. EGMOND, ministère des Affaires étrangères, agente adjointe, C. COERT, ministère de la Sécurité et de la Justice, L. HANSEN, service de l Immigration et de la Naturalisation, N. JANSEN, service de l Immigration et de la Naturalisation, conseillères ; pour la requérante M me G. LATER, M. A. EERTINK, conseils, M me M. MARCHESE, conseillère. La Cour a entendu en leurs déclarations M mes Later et Egmond. Elle a également entendu M me Later, M. Eertink et M me Egmond en leurs réponses à des questions posées par les juges. EN FAIT I. LES CIRCONSTANCES DE L ESPÈCE 8. La requérante est née en 1967 et réside à La Haye.5 ARRÊT JEUNESSE c. PAYS-BAS 3 9. En mars 1987, elle fit la connaissance de M. W., qui, comme elle, était né au Surinam et y avait toujours vécu, et entama une relation avec lui. L un et l autre avaient acquis la nationalité surinamaise en 1975, année où le Surinam obtint son indépendance (article 3 de l Accord entre le Royaume des Pays-Bas et la République du Surinam concernant l attribution de la nationalité (Toescheidingsovereenkomst inzake nationaliteiten tussen het Koninkrijk der Nederlanden en de Republiek Suriname paragraphe 62 ci-dessous). En septembre 1989, la requérante emménagea avec M. W. dans la maison du grand-père paternel de celui-ci au Surinam. 10. Le 19 octobre 1991, M. W. se rendit du Surinam aux Pays-Bas pour y demeurer avec son père, après avoir obtenu un visa à cet effet. En 1993, il obtint la nationalité néerlandaise, ce qui impliquait qu il renonçât à la nationalité surinamaise. 11. M. W. a une sœur, deux frères et un demi-frère qui résident aux Pays-Bas, ainsi que deux demi-frères et une demi-sœur qui résident au Surinam. La requérante a un frère, G., qui a été expulsé des Pays-Bas vers le Surinam en Elle a également un demi-frère et une demi-sœur aux Pays-Bas ainsi qu une demi-sœur au Surinam. A. Les demandes d obtention d un permis de séjour aux Pays-Bas formées par la requérante 12. Entre 1991 et 1995, la requérante introduisit cinq demandes de visa pour visite familiale aux Pays-Bas. Ces demandes furent toutes rejetées, aux motifs que son hôte (referent) ne disposait pas de ressources suffisantes, qu il n avait pas signé l attestation de prise en charge (garantverklaring) requise ou qu il n avait pas fourni les informations nécessaires à l appréciation de la demande. La requérante ne forma pas de recours administratif contre ces refus de visa. 13. Le 19 novembre 1996, elle introduisit une sixième demande de visa pour visite familiale, qui fut acceptée le 4 mars Elle se rendit ensuite aux Pays-Bas, où elle arriva le 12 mars. Lorsque son visa expira, 45 jours plus tard, elle ne retourna pas au Surinam mais resta aux Pays-Bas, qu elle n a plus quittés depuis lors. Elle a vécu à Rotterdam jusqu au 20 juillet 1998, date à laquelle elle s est installée à La Haye, où elle réside à la même adresse depuis le 17 décembre La demande du 20 octobre Le 20 octobre 1997, la requérante sollicita un permis de séjour afin, selon sa version des faits, de s établir aux Pays-Bas avec son partenaire néerlandais, M. W. Selon le Gouvernement, elle déclara demander un titre de séjour en vue d exercer un «emploi rémunéré». Le 16 février 1998, le secrétaire d État à la Justice (Staatssecretaris van Justitie) décida de ne pas traiter la demande (buiten behandeling stellen), la requérante ayant négligé6 4 ARRÊT JEUNESSE c. PAYS-BAS par deux fois de se présenter en personne devant le service de l Immigration pour communiquer des informations complémentaires sur sa demande. Lorsque, le 13 février 1998, l avocate de la requérante avait sollicité un nouveau rendez-vous au motif qu elle ne pourrait pas se rendre à celui prévu pour le 16 février, le service de l Immigration l avait informée que, malgré son absence à elle, sa cliente devrait se présenter en personne ce que la requérante ne fit pas. Le 23 février 1998, la décision du secrétaire d État du 16 février fut communiquée à la requérante. Celle-ci avait l ordre de quitter le territoire dans un délai de sept jours. 15. La requérante forma une objection (bezwaar) contre la décision du 16 février L objection étant dépourvue d effet suspensif, elle sollicita également l application d une mesure provisoire (voorlopige voorziening), en l occurrence une injonction du tribunal qui interdirait son expulsion dans l attente de l issue de la procédure d examen de l objection. La demande de mesure provisoire et l objection furent toutes deux rejetées, respectivement le 23 décembre 1999 par le président par intérim du tribunal (rechtbank) de La Haye siégeant à Haarlem et le 17 janvier 2000 par le secrétaire d État. La requérante contesta la décision du secrétaire d État devant le tribunal de La Haye et sollicita à nouveau l application d une mesure provisoire. Le 12 juillet 2001, le tribunal de La Haye siégeant à Utrecht rejeta ce recours et la demande qui l accompagnait. Cette décision était quant à elle insusceptible de recours. 16. Entre-temps, la requérante avait épousé M. W. le 25 juin 1999 et, en septembre 2000, un fils leur était né. En vertu des règles néerlandaises d acquisition de la nationalité, cet enfant a la nationalité néerlandaise. Souffrant de problèmes de santé à sa naissance, il fit l objet d une hospitalisation de longue durée. Il fréquente actuellement un établissement d enseignement secondaire et se porte bien. 2. La demande du 20 avril Le 20 avril 2001, la requérante pria les autorités de lui délivrer un permis de séjour soit en application de la règle dite des trois ans (driejarenbeleid), soit pour des motifs impérieux d ordre humanitaire. En vertu de la règle des trois ans, un titre de séjour pouvait être délivré aux personnes dont la demande de permis de séjour était restée sans réponse pendant trois ans pour des motifs qui ne leur étaient pas imputables et sous réserve qu elles ne présentassent pas de contre-indication, par exemple des antécédents judiciaires. Le 23 février 2004, alors que la procédure relative à cette demande était en cours, le juge des mesures provisoires (voorzieningenrechter) du tribunal de La Haye siégeant à Amsterdam fit droit à une demande de mesure provisoire de la requérante (injonction interdisant l éloignement). La décision définitive de rejet de la demande de permis de séjour fut rendue par le tribunal de La Haye siégeant à Amsterdam le 17 mai 2004.7 ARRÊT JEUNESSE c. PAYS-BAS Le 10 décembre 2005, la requérante et son époux eurent un deuxième enfant, également de nationalité néerlandaise. 3. La demande du 23 janvier Le 23 janvier 2007, la requérante introduisit une demande de permis de séjour aux fins de demeurer avec ses enfants aux Pays-Bas. Cette demande fut rejetée au motif que l intéressée ne détenait pas le visa de séjour temporaire (machtiging tot voorlopig verblijf) requis alors qu elle n était pas exemptée de l obligation d en obtenir un. Ce visa doit être sollicité auprès d une représentation des Pays-Bas dans le pays d origine du demandeur et constitue une condition préalable à l octroi d un permis de séjour (verblijfsvergunning), qui confère un droit de séjour plus pérenne. La requérante contesta cette décision par un recours administratif qui fut définitivement rejeté par le tribunal de La Haye siégeant à Haarlem le 19 avril Le 7 mai 2007, la requérante pria le secrétaire d État à la Justice de reconsidérer (heroverwegen) la décision négative rendue sur sa dernière demande. Le 28 septembre 2007, elle le saisit d une réclamation contre le silence opposé à sa demande de reconsidération. Par une lettre du 12 novembre 2007, le secrétaire d État l informa que sa réclamation était fondée mais qu il n y avait en revanche pas de raison de reconsidérer la décision en question. 4. La demande du 28 septembre Le 28 septembre 2007, la requérante demanda que lui fût octroyé un permis de séjour «à la discrétion du secrétaire d État» (conform beschikking staatssecretaris) pour cause de circonstances individuelles particulières (vanwege bijzondere en individuele omstandigheden). 22. Le 7 juillet 2008, le secrétaire d État à la Justice rejeta cette demande. La requérante saisit le secrétaire d État d une objection contre cette décision et sollicita auprès du tribunal de La Haye l application d une mesure provisoire (injonction interdisant son éloignement dans l attente de l issue de la procédure d examen de l objection). Le 17 novembre 2008, notant que le secrétaire d État ne s était pas opposé à cette demande, le tribunal de La Haye accorda la mesure provisoire sollicitée. Le 11 mars 2009, après avoir tenu audience le 15 janvier 2009, le secrétaire d État rejeta l objection. 23. La requérante contesta cette décision devant le tribunal de La Haye et sollicita le prononcé, à titre de mesure provisoire, d une injonction de ne pas l expulser dans l attente de l issue de la procédure. Elle fut déboutée le 8 décembre 2009 par le juge des mesures provisoires du tribunal de La Haye siégeant à Haarlem. En ses parties pertinentes, la décision du tribunal se lit ainsi :8 6 ARRÊT JEUNESSE c. PAYS-BAS «2.11 Il n est pas contesté que l appelante ne détient pas de visa de séjour temporaire valide et qu elle ne peut prétendre à une exemption de l obligation de détenir un tel visa en vertu de l article 17 1 de la loi de 2000 sur les étrangers (Vreemdelingenwet 2000) ou de l article du décret de 2000 sur les étrangers (Vreemdelingenbesluit 2000). Le seul point litigieux est celui de savoir s il y a lieu de l exempter de cette obligation en vertu de l article du décret sur les étrangers [au motif d une situation exceptionnellement difficile (onbillijkheid van overwegende aard)] Le tribunal estime que l intimé pouvait raisonnablement conclure que, dans le cas de l appelante, il n existait pas de circonstances individuelles particulières permettant de considérer que le maintien de l obligation de détenir un visa de séjour temporaire plaçait l intéressée dans une situation exceptionnellement difficile. (...) 2.18 C est à tort que l appelante invoque l article 8 de la Convention. Il existe bien une vie familiale entre elle, son époux et leurs enfants mineurs, mais le refus de l intimé de l exempter de l obligation de détenir un visa de séjour temporaire ne porte pas atteinte au droit au respect de la vie familiale, car ce refus ne prive pas l appelante d un permis de séjour lui permettant d exercer sa vie familiale aux Pays-Bas Il n apparaît pas que l article 8 de la Convention impose aux Pays-Bas l obligation positive d exempter l appelante de l obligation de détenir un visa de séjour temporaire au mépris de la politique appliquée en la matière. D emblée, le tribunal souligne l importance du fait qu il ne paraît pas y avoir d obstacle objectif à l exercice de la vie familiale hors des Pays-Bas. Vu le jeune âge des enfants de l appelante, on peut aussi raisonnablement s attendre à ce qu ils la suivent au Surinam pendant la durée de la procédure d obtention du visa de séjour temporaire, et ce même s ils sont tous deux ressortissants des Pays-Bas. Enfin, le fait que l époux de l appelante se trouve actuellement en détention ne constitue pas non plus une raison de conclure (...) à l existence d un obstacle objectif L appelante a cité les arrêts rendus par la Cour européenne des droits de l homme dans les affaires Rodrigues da Silva [et Hoogkamer c. Pays-Bas, n o 50435/99, CEDH 2006-I], Said Botan [c. Pays-Bas (radiation), n o 1869/04, 10 mars 2009] et Ibrahim Mohamed [c. Pays-Bas (radiation), n o 1872/04, 10 mars 2009]. Pour les motifs qui suivent, ces références ne sont pas pertinentes. L affaire Rodrigues da Silva ne concernait pas une séparation temporaire liée au maintien de l obligation de détenir un visa de séjour temporaire, et ne peut donc être considérée comme comparable. Dans les affaires Said Botan et Ibrahim Mohamed, la Cour européenne a jugé que les raisons pour lesquelles elle avait été saisie étaient caduques, étant donné que, dans ces affaires, les requérants s étaient vu délivrer un permis de séjour. Elle n a donc pas examiné plus avant leurs griefs. Le tribunal ne voit dès lors pas en quoi les conclusions auxquelles la Cour européenne est parvenue dans ces deux affaires pourraient être pertinentes dans le cas de l appelante L appelante a également invoqué l article 2 de la Convention relative aux droits de l enfant. Pour autant que les dispositions invoquées constituent une norme directement applicable, elles n ont pas d implication au-delà du fait que dans des procédures telles que celle menée en l espèce, il faut tenir compte de l intérêt des enfants concernés. Dans la décision du 11 mars 2009, il a été expressément tenu compte de la situation des deux enfants mineurs de l appelante. Les dispositions invoquées ne posant pas de norme quant au poids à accorder concrètement à l intérêt de l enfant, il n y a pas de motif de conclure qu elles ont été méconnues Partant, le tribunal déclare le recours non fondé.»9 ARRÊT JEUNESSE c. PAYS-BAS Le 2 août 2009, à son retour aux Pays-Bas d un voyage au Surinam, où il s était rendu pour l enterrement de sa mère adoptive, le mari de la requérante avait été arrêté pour avoir avalé des boulettes de cocaïne. Il avait ensuite été placé en détention provisoire. Le 8 octobre 2009, le tribunal de Haarlem siégeant en formation de juge unique (politierechter) l avait jugé coupable d infraction à la loi sur l opium (Opiumwet) et l avait condamné à sept mois d emprisonnement. En raison de cette condamnation, la Maréchaussée royale (Koninklijke Marechaussee) des Pays-Bas l avait inscrit pour trois ans sur une liste noire communiquée aux fins de la prévention de la récidive aux compagnies aériennes exploitant des vols directs entre les Pays-Bas et Aruba, les anciennes Antilles néerlandaises, le Surinam et le Venezuela. Le 31 décembre 2009, après avoir purgé sa peine, le mari de la requérante fut libéré de prison. Il fut radié de la liste noire le 2 août Le 7 janvier 2010, la requérante introduisit devant la section du contentieux administratif du Conseil d État (Afdeling bestuursrechtspraak van de Raad van State) un recours contre la décision rendue par le juge des mesures provisoires du tribunal de La Haye le 8 décembre La section du contentieux administratif rejeta le recours le 6 juillet 2010, jugeant qu il ne pouvait conduire à l annulation de la décision litigieuse (kan niet tot vernietiging van de aangevallen uitspraak leiden) et que, eu égard à l article 91 2 de la loi de 2000 sur les étrangers, il n était pas nécessaire de pousser l examen plus loin, les arguments présentés ne soulevant pas de questions méritant d être étudiées dans l intérêt de l unité juridique, du développement du droit ou de la protection juridique en général. Cette décision n était pas susceptible de recours. 5. La demande du 16 avril Entre-temps, le 16 avril 2010, la requérante avait saisi le ministre de la Justice (minister van Justitie) d une cinquième demande de permis de séjour aux fins de pouvoir demeurer avec ses enfants, arguant qu en raison de circonstances individuelles particulières elle devait être exemptée de l obligation de détenir un visa de séjour temporaire. 27. Le ministre avait rejeté cette demande le 11 mai 2010, estimant qu il n y avait pas de raison d exempter la requérante de l obligation de détenir un visa de séjour temporaire et que le refus de lui octroyer un permis de séjour n était pas contraire à l article 8 de la Convention. Tout en admettant qu il existait une vie familiale au sens de l article 8 entre la requérante, son mari et leurs enfants, il jugea que le refus d accéder à la demande d exemption émanant de la requérante ne la privait pas d un permis de séjour lui permettant de vivre en famille aux Pays-Bas et qu il n y avait donc pas atteinte au droit au respect de la vie familiale.10 8 ARRÊT JEUNESSE c. PAYS-BAS 28. Sur le point de savoir si les droits de la requérante garantis par l article 8 faisaient naître pour les Pays-Bas l obligation positive de lui octroyer un permis de séjour, le ministre jugea que l intérêt pour l État d appliquer une politique d immigration restrictive l emportait sur l intérêt personnel de la requérante à exercer son droit à la vie familiale dans le pays. Dans la mise en balance de ces intérêts concurrents, il tint compte des facteurs suivants : la requérante entretenait déjà au Surinam, avant son arrivée aux Pays-Bas, une relation avec celui qui était désormais son époux ; elle était entrée sur le territoire national sans avoir obtenu le visa nécessaire pour y rejoindre son partenaire en vertu des règles pertinentes sur l immigration, et elle y avait fondé une famille sans détenir de titre de séjour. Le ministre ajouta que lorsqu il s était révélé au cours de la procédure qu elle était enceinte, rien n avait permis d établir ni même de faire apparaître qu elle serait incapable, si une hospitalisation était nécessaire, d accoucher dans un hôpital du Surinam, ni qu il y eût des obstacles objectifs insurmontables à l exercice par elle de sa vie familiale dans ce pays. Il nota à cet égard que l on parlait néerlandais au Surinam, et il considéra que la transition ne serait donc pas spécialement difficile pour les enfants de la requérante, dont il estima qu ils pourraient poursuivre leurs études normalement dans ce pays. 29. Le ministre ajouta que le simple fait que le conjoint et les enfants de la requérante fussent des ressortissants néerlandais ne faisait pas automatiquement naître pour les autorités néerlandaises l obligation d octroyer à l intéressée un permis de séjour et n impliquait pas nécessairement que l exercice de leur vie familiale ne fût possible qu aux Pays-Bas. Il considéra que les autorités ne pouvaient être tenues pour responsables des conséquences du choix personnel qu avait fait la requérante de venir aux Pays-Bas, de s y installer et d y fonder une famille sans être certaine qu elle pourrait y obtenir un permis de séjour permanent. Dans cette mise en balance, il attribua une importance décisive au fait que la requérante n avait jamais résidé légalement aux Pays-Bas et qu absolument rien n indiquait qu il lui serait impossible de mener sa vie familiale au Surinam. 30. Le ministre rejeta également l argument de la requérante consistant à dire qu elle devait être exemptée de l obligation de détenir un visa de séjour temporaire, considérant notamment que la durée du séjour de l intéressée aux Pays-Bas était la conséquence de son choix personnel d y rester. Il observa qu elle avait essuyé plusieurs refus à ses demandes de permis de séjour aux Pays-Bas mais qu elle avait néanmoins choisi à chaque fois d introduire une nouvelle demande, acceptant ainsi le risque de devoir à un moment ou à un autre quitter le pays, au moins temporairement. Il ajouta qu elle était née et avait grandi au Surinam, qu elle y avait passé l essentiel de sa vie et que, vu son âge, elle devait être considérée comme capable d y retourner et d y subvenir à ses besoins, le cas échéant avec un soutien11 ARRÊT JEUNESSE c. PAYS-BAS 9 financier et/ou matériel envoyé des Pays-Bas, pendant l examen de la demande de visa de séjour temporaire qu elle devait introduire sur place. À cet égard, il conclut que l affaire ne faisait pas apparaître de circonstances justifiant de conclure que la décision de ne pas exempter la requérante de l obligation de détenir un visa de séjour temporaire la plaçait dans une situation exceptionnellement difficile au sens de l article du décret de 2000 sur les étrangers. 31. Le 17 mai 2010, la requérante saisit le ministre d une objection contre cette décision. Elle exposa des arguments supplémentaires à l appui et communiqua des informations complémentaires dans des lettres des 20 mai, 25 mai et 8 juin Le 2 juillet 2010, la requérante pria le tribunal de La Haye d adopter une mesure provisoire, en l occurrence une injonction de ne pas l expulser dans l attente de l issue de la procédure d examen de cette objection. 33. Par ailleurs, elle sollicita sur le fondement de l article 64 de la loi de 2000 sur les étrangers (paragraphe 53 ci-dessous) un sursis à l exécution de la mesure d éloignement. Le 3 août 2010, après qu une audience se fut tenue le 28 juillet 2010, le juge des mesures provisoires du tribunal de La Haye siégeant à Amsterdam, tenant compte du fait que l examen de cette demande était pendant, rejeta la demande de mesure provisoire au motif qu elle était sans objet. 34. Le 19 décembre 2011, le ministre rejeta l objection introduite par la requérante le 17 mai La requérante contesta cette décision par un recours que le tribunal de La Haye siégeant à Dordrecht rejeta le 17 juillet 2012 par une décision qui, en ses parties pertinentes, se lit ainsi : « Il faut déterminer si l intimé pouvait refuser d exempter l appelante de l obligation de détenir un visa de séjour temporaire imposée par l article du décret de 2000 sur les étrangers au motif que l éloignement de l intéressée ne serait pas contraire à l article 8 de la Convention Il ne fait pas controverse entre les parties qu il y a une vie familiale entre l appelante, son époux et leurs trois enfants mineurs. Pour autant, le rejet de la demande [de permis de séjour] ne constitue pas une ingérence au sens de l article 8 2 de la Convention. En effet, ce n est pas comme si on lui avait retiré un titre de séjour lui permettant de mener sa vie familiale aux Pays-Bas puisqu elle n en a jamais eu. La question se pose alors de savoir s il existe des faits et circonstances tels que l on puisse considérer que le droit au respect de la vie familiale engendre pour l intimé l obligation positive d autoriser l appelante à résider [aux Pays-Bas]. Il faut dans ce cadre ménager un «juste équilibre» entre, d une part, l intérêt de l étranger concerné à mener sa vie familiale aux Pays-Bas et, d autre part, l intérêt général de l État néerlandais à appliquer une politique d immigration restrictive. À cet égard, les autorités nationales jouissent d une certaine marge d appréciation Il était raisonnable pour l intimé d attacher plus de poids à l intérêt général de l État néerlandais qu à l intérêt personnel de l appelante et des membres de sa famille. L article 8 de la Convention ne lui imposait pas l obligation d octroyer à l appelante un titre de séjour aux Pays-Bas. Dans la mise en balance des intérêts en jeu, l intimé était fondé à retenir contre l appelante, en lui accordant un grand poids,12 10 ARRÊT JEUNESSE c. PAYS-BAS le fait qu elle avait entamé sa vie familiale aux Pays-Bas sans y avoir obtenu de titre de séjour à cette fin et qu elle avait continué de développer cette vie familiale malgré les refus opposés à ses demandes de titre de séjour. Le fait que, pendant un certain temps, l appelante a résidé légalement sur le territoire néerlandais dans l attente de l issue de la procédure relative à sa demande de titre de séjour n y change rien L intimé était fondé à considérer que l appelante devait assumer les conséquences découlant de ses choix. En vertu de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l homme (Rodrigues da Silva et Hoogkamer c. Pays-Bas [n o 50435/99, CEDH 2006-I]), lorsque la vie familiale a commencé alors qu il n avait pas été accordé de permis de séjour à cette fin, l éloignement n emporte violation de l article 8 que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles. Or l appelante n a pas établi qu elle et sa famille relèvent de pareilles circonstances exceptionnelles. C est à tort qu elle invoque les arrêts Rodrigues da Silva et Hoogkamer et Nunez c. Norvège [(n o 55597/09, 28 juin 2011)], car sa situation n est pas comparable à celle des requérants dans ces affaires. Dans celles-ci, il était établi que les enfants ne pouvaient pas suivre leur mère dans son pays d origine ; dès lors, l éloignement de la mère aurait rendu impossible tout contact avec ses enfants. En l espèce, en revanche, il n est pas suffisamment certain que le mari et les enfants de l appelante ne pourraient pas la suivre dans son pays d origine pour que la famille y poursuive sa vie commune. L appelante n a pas avancé des éléments suffisants pour démontrer que les membres de sa famille auraient du mal à entrer au Surinam. La conséquence de l inscription du mari sur une liste noire est que les compagnies aériennes peuvent lui refuser l embarquement sur des vols directs des Pays-Bas vers les Antilles néerlandaises, Aruba, le Surinam et le Venezuela du 2 août 2009 au 2 août Il n en découle pas forcément qu il ne puisse pas être admis sur le territoire surinamais. L appelante n a pas non plus établi qu il serait impossible pour son époux de se rendre au Surinam par d autres moyens. En outre, il est important de noter que l inscription sur la liste noire n est que temporaire Le dossier ne révèle pas d autres circonstances propres à faire conclure à l existence d un obstacle objectif à la poursuite par les intéressés de leur vie familiale au Surinam. On ne peut davantage parler d un formalisme excessif. La situation de l appelante n est pas comparable à celle des requérantes dans l affaire Rodrigues da Silva. L intimé a suffisamment tenu compte, dans la mise en balance à laquelle il a procédé, de l intérêt des enfants mineurs. Ceux-ci sont tous nés aux Pays-Bas et ont la nationalité néerlandaise. Au moment de la décision litigieuse, ils étaient âgés respectivement de onze ans, six ans et un an. Ils ont toujours vécu aux Pays-Bas. L aîné a certes établi des liens avec le pays, mais l intimé n était pas tenu de considérer que cette circonstance constituait une base suffisante pour dire que les enfants ne pourraient pas s enraciner au Surinam. À cet égard, il est pertinent aussi de noter qu on parle néerlandais dans ce pays et que les deux parents en sont originaires Ne change rien à cela le fait que l époux et les enfants de l appelante sont de nationalité néerlandaise et que, en vertu de l article 20 du Traité sur le fonctionnement de l Union européenne («le TFUE»), leur qualité de citoyens de l Union leur confère des droits. On peut déduire du raisonnement tenu par la Cour de justice de l Union européenne («la CJUE») dans l arrêt Dereci et al. du 15 novembre 2011 (C-256/11), où elle a précisé sa jurisprudence Ruiz Zambrano (arrêt du 8 mars 2011 (C-34/09)), que dans la détermination du point de savoir si un citoyen de l Union qui exerce une vie familiale avec un ressortissant d un pays tiers se trouvera privé du droit qui découle directement de l article 20 du TFUE de résider sur le territoire de l UE, le droit au respect de la vie familiale ne revêt qu une importance limitée. Il découle en effet des paragraphes 68 et 69 de l arrêt Dereci que ce droit, en tant que tel, n est pas13 ARRÊT JEUNESSE c. PAYS-BAS 11 protégé par l article 20 du TFUE mais par d autres règles et normes du droit international, du droit de l Union européenne et du droit interne, telles que l article 8 de la Convention, l article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l Union européenne, les directives européennes et l article 15 de la loi de 2000 sur les étrangers. Pour répondre à la question exposée ci-dessus, il ne faut, là aussi, accorder qu une importance limitée au désir que peuvent avoir les membres d une famille nucléaire de résider ensemble aux Pays-Bas ou sur le territoire de l Union Le cas où un citoyen de l Union se voit priver du droit de résider sur le territoire de l Union ne se présente que lorsque ce citoyen dépend du ressortissant du pays tiers au point que, en conséquence de la décision des autorités nationales, il n aurait pas d autre choix que de s installer avec cette personne hors du territoire de l Union. Telle n est pas la situation des membres de la famille de l appelante. Le père peut prendre soin de ses enfants. Il est lui-même de nationalité néerlandaise. Ni lui ni les enfants ne sont tenus ou contraints d accompagner l appelante au Surinam lorsqu elle ira y solliciter l octroi d un visa de séjour temporaire. Il n y a donc pas violation des droits que leur confère leur qualité de citoyens de l Union Il était raisonnable pour l intimé d estimer qu il ne paraissait pas y avoir de circonstances individuelles extrêmement particulières de nature à faire conclure à l existence d une situation exceptionnellement difficile. Les procédures relatives aux précédentes demandes de permis de séjour formées par l appelante et le déroulement des événements pendant son placement en centre de rétention pour les étrangers aux fins d un éloignement ne peuvent être considérés comme relevant de cette qualification. La régularité des décisions prises relativement à ces demandes ne peut être examinée dans le cadre de la présente procédure. Par ailleurs, l appelante n a pas étayé son allégation consistant à dire qu elle répondait à toutes les conditions requises lorsqu elle a formé sa première demande de permis de séjour et qu elle aurait donc dû alors se voir octroyer le permis demandé. (...)» Le tribunal considéra ensuite que la requérante n avait pas étayé son argument selon lequel elle souffrait de problèmes de santé ni expliqué en quoi ces problèmes justifiaient de l exempter de l obligation de détenir un visa de séjour temporaire. Il jugea également qu elle n avait pas démontré que, comme elle le soutenait, elle répondait à toutes les exigences requises, hormis celle de détenir un visa de séjour temporaire, pour se voir délivrer un permis de séjour. 35. Le 14 août 2012, la requérante contesta cette décision devant la section du contentieux administratif. Les parties n ont pas communiqué d autres informations sur la procédure relative à cette dernière demande de permis de séjour. B. Les principales mesures prises en vue de l expulsion de la requérante et le placement de l intéressée en rétention administrative 36. Le 5 janvier 2007, la police des étrangers invita la requérante à se rendre dans ses locaux le 10 janvier 2007 aux fins de se voir remettre l ordre lui enjoignant de quitter le territoire national dans un délai de deux semaines. Cet ordre fut par la suite retiré en raison de l introduction par la14 12 ARRÊT JEUNESSE c. PAYS-BAS requérante, le 23 janvier 2007, d une troisième demande de permis de séjour (paragraphe 19 ci-dessus). 37. Le 26 février 2010, la police des étrangers informa l avocate de la requérante que, le recours formé par sa cliente contre l arrêt du 8 décembre 2009 (paragraphes 23 et 25 ci-dessus) n ayant pas d effet suspensif, il allait être procédé à l expulsion. 38. Le 10 avril 2010, faute de s être rendue dans les locaux de la police des étrangers où elle avait été convoquée le 4 mars 2010, la requérante fut placée en rétention administrative (vreemdelingenbewaring) aux fins de son expulsion en vertu de l article 59 1 a) de la loi de 2000 sur les étrangers. Elle fut conduite au centre de rétention de Zeist, où on constata qu elle était enceinte, l accouchement étant prévu pour le 14 décembre Elle introduisit successivement trois demandes de remise en liberté, qui furent rejetées par le tribunal de La Haye siégeant à Rotterdam respectivement le 27 avril, le 1 er juin et le 8 juillet Dans chacune de ces décisions, le tribunal jugea qu il y avait des perspectives suffisantes que la requérante fût expulsée dans un délai raisonnable et que les autorités néerlandaises faisaient preuve de la diligence requise aux fins de la mise en œuvre de cette expulsion. Il rejeta par ailleurs l argument de la requérante consistant à dire que sa grossesse rendait sa privation de liberté contraire à l article 3 de la Convention et que, compte tenu de son état, ses conditions de détention étaient incompatibles avec cette disposition. La section pour les Pays-Bas d Amnesty International exprima sa préoccupation relativement au placement de la requérante en rétention administrative dans une lettre du 29 juin 2010 adressée à son avocate, qui la versa au dossier de la procédure devant le tribunal. L ONG considérait que si la requérante n avait certes pas respecté l obligation qui lui avait été imposée de se présenter à la police, une mesure moins sévère que la privation de liberté aurait été plus appropriée dans son cas particulier. 40. Les 28 juin, 15 juillet et 3 août 2010, pendant sa privation de liberté, la requérante se plaignit de ses conditions de rétention auprès de la commission de contrôle (Commissie van Toezicht) compétente pour les deux centres où elle séjourna successivement. La commission statua sur ces plaintes dans deux décisions rendues respectivement le 12 et le 29 novembre 2010 respectivement. Elle rejeta l ensemble des griefs, sauf celui que la requérante avait formulé le 28 juin 2010 quant au port d entraves pendant ses transferts à l hôpital, qu elle jugea fondé dans la décision du 29 novembre La requérante contesta les décisions des 12 et 29 novembre 2010 par des recours que la commission de recours (beroepscommissie) du Conseil pour l administration de la justice pénale et la protection de la jeunesse (Raad voor Strafrechtstoepassing en Jeugdbescherming) trancha définitivement le 6 juin Ledit organe jugea inadmissible l utilisation de dispositifs d entrave sur une femme15 ARRÊT JEUNESSE c. PAYS-BAS 13 enceinte et estima que la ration supplémentaire de nourriture servie à la requérante à son arrivée au centre de rétention de Rotterdam avait été insuffisante. La Cour a examiné ces griefs dans sa décision sur la recevabilité du 4 décembre 2012 (paragraphe 4 ci-dessus) et les a déclarés irrecevables pour les motifs exposés dans cette décision. 41. La requérante fut remise en liberté le 5 août 2010 ; elle donna naissance à son troisième enfant le 28 novembre de la même année. 42. Le 25 septembre 2012, le Consulat général du Surinam à Amsterdam délivra à la requérante un passeport surinamais valable jusqu au 25 septembre II. LE DROIT NÉERLANDAIS ET LE DROIT SURINAMAIS PERTINENTS A. Le droit et la pratique néerlandais en matière d immigration 43. Jusqu au 1 er avril 2001, l entrée, le séjour et l éloignement des étrangers étaient régis par la loi de 1965 sur les étrangers (Vreemdelingenwet 1965). Des règles supplémentaires étaient posées dans le décret sur les étrangers (Vreemdelingenbesluit), le règlement sur les étrangers (Voorschrift Vreemdelingen) et la circulaire sur les étrangers (Vreemdelingencirculaire). La loi générale sur le droit administratif (Algemene Wet Bestuursrecht) s appliquait aux procédures engagées en vertu de la loi de 1965 sur les étrangers, sauf indication contraire dans celle-ci. 44. En vertu de l article 4:5 1 de la loi générale sur le droit administratif, lorsque l auteur d une demande a méconnu une règle légale afférente au traitement de sa demande ou que les informations et les documents fournis par lui sont insuffisants pour apprécier le bien-fondé de celle-ci, l autorité administrative peut, après avoir imparti à l auteur de la demande un délai pour compléter le dossier, décider de ne pas traiter la demande si l auteur ne la régularise pas dans le délai fixé. 45. En vertu de l article 41 1 c) du décret de 1965 sur les étrangers, les ressortissants étrangers qui désiraient séjourner aux Pays-Bas pendant plus de trois mois devaient, aux fins de leur admission sur le territoire, être en possession d un passeport en cours de validité portant un visa de séjour temporaire valable délivré par une représentation diplomatique ou consulaire des Pays-Bas établie dans leur pays d origine ou de résidence ou, à défaut, dans le pays le plus proche. L objectif de la condition de visa était notamment d empêcher l entrée et le séjour irréguliers de ressortissants étrangers sur le territoire national. Quiconque entrait aux Pays-Bas ou y demeurait sans détenir de visa de séjour temporaire était en infraction à la loi de 1965 sur les étrangers. Toutefois, le défaut de visa de séjour temporaire ne pouvait pas entraîner un refus de délivrance d un permis de16 14 ARRÊT JEUNESSE c. PAYS-BAS séjour si, au moment de la demande de permis, toutes les autres conditions requises étaient réunies. 46. Le 1 er avril 2001, la loi de 1965 sur les étrangers fut remplacée par la loi de 2000 sur les étrangers («la loi de 2000»). À la même date, le décret sur les étrangers, le règlement sur les étrangers et la circulaire sur les étrangers furent remplacés par de nouvelles versions reposant sur la loi de Sauf indication contraire dans la loi de 2000, la loi générale sur le droit administratif a continué de s appliquer aux procédures relatives aux demandes d entrée et de séjour formulées par des étrangers. 47. En vertu des dispositions transitoires énoncées à l article 11 de la loi de 2000, les demandes de permis de séjour dont le traitement était en cours au moment de l entrée en vigueur de cette loi devaient être considérées comme relevant de ses dispositions. Dès lors qu aucune règle transitoire n avait été prévue pour les dispositions de fond du droit des étrangers, les dispositions de fond de la loi de 2000 sur les étrangers prirent effet immédiatement. 48. L article 1 h) de la loi de 2000, dans sa version en vigueur au moment des faits, était ainsi libellé : «Dans la présente loi et les dispositions prises pour son application, les expressions ci-dessous ont le sens suivant : (...) h) visa de séjour temporaire : visa délivré soit par une représentation diplomatique ou consulaire des Pays-Bas dans le pays d origine ou de résidence habituelle, soit par les gouvernorats des Antilles néerlandaises ou d Aruba dans ces pays, avec l autorisation préalable de Notre ministre des Affaires étrangères, aux fins d un séjour d une durée de plus de trois mois ;» 49. L article 8 a), f), h) et j) de la loi de 2000 dispose : «Un étranger ne réside légalement aux Pays-Bas que : a) s il détient un permis de séjour de durée déterminée visé à l article 14 [de la présente loi, c est-à-dire un permis de séjour délivré pour un motif autre que l asile] ; (...) c) s il détient un permis de séjour de durée déterminée visé à l article 28 [de la présente loi, c est-à-dire un permis de séjour délivré aux fins de l asile] ; (...) f) dans l attente d une décision sur une demande de permis de séjour visé à l article 14 ou à l article 28 lorsque, en vertu de la présente loi ou d une décision de justice, il ne peut être procédé à son expulsion tant que cette décision n a pas été rendue ; (...) h) dans l attente d une décision sur une objection, une demande de réexamen ou un recours lorsque, en vertu de la présente loi ou d une décision de justice, il ne peut être procédé à son expulsion tant que cette décision n a pas été rendue ;17 ARRÊT JEUNESSE c. PAYS-BAS 15 (...) j) en cas d obstacle à l expulsion au sens de l article 64 ; (...)» 50. L article 16 1 a) de la loi de 2000 est ainsi libellé : «1. Les demandes d octroi d un permis de séjour de durée déterminée au sens de l article 14 peuvent être rejetées si : a) l étranger ne détient pas un visa de séjour temporaire valable correspondant au but pour lequel la demande de permis de séjour est introduite ;» 51. En ses parties pertinentes, l article 27 de la loi de 2000 dispose : «1. Les conséquences d une décision de rejet d une demande d octroi d un permis de séjour de durée déterminée au sens de l article 14 ou d un permis de séjour de durée indéterminée au sens de l article 20 sont, ipso jure, les suivantes : a) l étranger n est plus en situation de séjour régulier sur le territoire, à moins que son séjour puisse être réputé régulier pour un autre motif juridique ; b) l étranger doit quitter de lui-même le territoire des Pays-Bas dans le délai prévu à l article 62, à défaut de quoi il s expose à une expulsion, et c) les agents de contrôle des étrangers sont habilités, après l expiration du délai dans lequel l étranger doit quitter de lui-même le territoire des Pays-Bas, à pénétrer en tous lieux, y compris dans des logements, sans le consentement de leur occupant, afin de procéder à l expulsion de l étranger. 2. Le paragraphe 1 s applique mutatis mutandis dans les cas suivants : a) lorsqu il a été décidé, en vertu de l article 24 [de la présente loi] ou en vertu de l article 4:5 de la loi générale sur le droit administratif, de ne pas traiter la demande ; (...)» 52. L article 62 1 de la loi de 2000 se lit ainsi : «Lorsque l étranger n est plus en situation de séjour régulier, il doit quitter de lui-même le territoire des Pays-Bas dans un délai de quatre semaines.» 53. L article 64 de la loi de 2000 dispose : «Un étranger ne peut être expulsé tant que sa santé ou celle de l un des membres de sa famille constitue une contre-indication à ce qu il voyage.» 54. L article du décret de 2000 sur les étrangers est ainsi libellé : «Toute demande d octroi d un permis de séjour de durée déterminée au sens de l article 14 de la loi est rejetée si l étranger n est pas en possession d un visa de séjour temporaire valable.» 55. En vertu de l article du décret de 2000 sur les étrangers, les ressortissants étrangers qui ont sollicité l octroi d un permis de séjour ne doivent pas être expulsés, à moins que le ministre ne juge que leur demande n est que la simple répétition d une demande antérieure. 56. Selon la circulaire de 2000 sur la mise en œuvre de la loi sur les étrangers («la circulaire de 2000»), l obligation pour les ressortissants étrangers d obtenir un visa de séjour temporaire permet aux autorités18 16 ARRÊT JEUNESSE c. PAYS-BAS néerlandaises de vérifier qu ils répondent à toutes les conditions requises pour l octroi de ce visa avant leur entrée sur le territoire national. Le pouvoir d octroyer un visa de séjour temporaire est conféré au ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas. Les demandes de visa de séjour temporaire sont, en principe, appréciées sur la base des mêmes critères que les demandes de permis de séjour. Ce n est qu après avoir obtenu un tel visa que le ressortissant étranger peut se rendre aux Pays-Bas et y demander un permis de séjour. Un étranger qui entre et séjourne sur le territoire des Pays-Bas sans détenir de visa de séjour temporaire est en situation irrégulière. 57. Pour des raisons liées à la démographie et à la situation de l emploi aux Pays-Bas, le gouvernement néerlandais applique une politique d immigration restrictive. Les étrangers ne peuvent entrer sur le territoire que sur la base d accords internationaux directement applicables ou si leur présence sert un intérêt néerlandais essentiel, ou encore pour des motifs impérieux d ordre humanitaire (article 13 de la loi de 2000). Le respect de la vie familiale garanti par l article 8 de la Convention est une obligation imposée par un accord international. 58. La politique d admission aux fins de la formation d une famille (gezinsvorming) ou d un regroupement familial (gezinshereniging) est énoncée au chapitre B1 de la circulaire de Le partenaire ou le conjoint d un ressortissant néerlandais est en principe admissible sur le territoire, sous réserve que soient réunies certaines conditions supplémentaires en matière par exemple d ordre public et de ressources. 59. En vertu de l article du décret de 2000 sur les étrangers, la demande de permis de séjour pour formation d une famille doit être rejetée si l étranger n est pas titulaire d un visa de séjour temporaire valide. Plusieurs catégories d étrangers sont cependant exemptées de l obligation de détenir pareil visa (article 17 1 de la loi de 2000 combiné avec l article du décret de 2000 sur les étrangers), notamment ceux dont l expulsion serait contraire à l article 8 de la Convention. De plus, en vertu du paragraphe 4 de l article 3.71 du décret de 2000 sur les étrangers, le ministre compétent peut décider de ne pas appliquer le paragraphe 1 du même article s il considère que l application de ce paragraphe placerait l étranger dans une situation exceptionnellement difficile (onbillijkheid van overwegende aard). Le chapitre B1/2.2.1 de la circulaire de 2000 expose les règles à suivre pour l application de cette clause de sauvegarde. 60. En vertu du chapitre A4/7.6 de la circulaire de 2000, les femmes enceintes ne sont pas expulsables par voie aérienne dans les six semaines précédant le terme de la grossesse. La même disposition protège également les femmes ayant accouché depuis moins de six semaines. En dehors de ces périodes, la grossesse hors complications médicales ne constitue pas un motif de report de l expulsion.19 ARRÊT JEUNESSE c. PAYS-BAS En vertu de l article 6:83 du livre premier du code civil (Burgerlijk Wetboek) néerlandais dans sa version en vigueur à la date le 25 juin 1999 du mariage de la requérante avec M. W., les époux étaient en principe tenus de cohabiter. Cette disposition fut supprimée du code civil par la loi du 31 mai 2001 portant modification des droits et obligations des époux et des partenaires civils, entrée en vigueur le 22 juin B. L Accord entre le Royaume des Pays-Bas et la République du Surinam concernant l attribution de la nationalité 62. Ancien pays (land) du Royaume des Pays-Bas, le Surinam est devenu une république indépendante le 25 novembre En ses parties pertinentes, l Accord entre le Royaume des Pays-Bas et la République du Surinam concernant l attribution de la nationalité en date du 25 novembre 1975 (Tractatenblad (Recueil des traités des Pays-Bas) 1975 n o 132, [1976] 997 Recueil des Traités des Nations Unies (RTNU) n o 14598) tel que modifié par le Protocole du 14 novembre 1994 (Tractatenblad 1994 n o 280) est ainsi libellé : Article 2 «1. L acquisition de la nationalité surinamaise en vertu du présent Accord entraîne la perte de la nationalité néerlandaise. 2. L acquisition de la nationalité néerlandaise en vertu du présent Accord entraîne la perte de la nationalité surinamaise.» Article 3 «Tous les ressortissants néerlandais majeurs qui sont nés au Surinam et qui, à la date d entrée en vigueur du présent Accord, sont domiciliés ou résident effectivement en République du Surinam, acquièrent la nationalité surinamaise. (...)» C. Le droit et la pratique surinamais en matière d immigration 63. Les informations ci-après proviennent des pages Internet de la direction des étrangers (Hoofdafdeling Vreemdelingenzaken) du ministère surinamais de la Police et de la Justice (Ministerie van Politie en Justitie) et du Consulat général du Surinam à Amsterdam. Les étrangers soumis à l obligation de visa (visumplichtige vreemdelingen) peuvent entrer au Surinam munis d un visa de tourisme pour une durée maximale de 90 jours. S ils souhaitent demeurer dans le pays plus longtemps, ils doivent obtenir au préalable un visa de court séjour (machtiging voor kort verblijf, «MKV») auprès d une ambassade ou d un consulat du Surinam dans leur pays d origine. Ce document leur permet de solliciter un permis de séjour à leur arrivée au Surinam.20 18 ARRÊT JEUNESSE c. PAYS-BAS 64. Les étrangers d origine surinamaise sont exemptés de l obligation d obtenir un visa de court séjour. Ils peuvent entrer au Surinam en présentant un document de voyage de tourisme et demander un permis de séjour dans le pays à leur arrivée. Dans cette catégorie se trouvent notamment : les personnes qui sont nées au Surinam mais qui sont d une autre nationalité ; les personnes qui sont nées hors du Surinam de parents dont l un au moins est né au Surinam sous réserve qu elles aient ou qu elles aient eu avec le ou les parents en question des liens familiaux juridiquement reconnus (familierechtelijke betrekkingen) mais qui sont d une autre nationalité ; le conjoint et les enfants mineurs qui font effectivement partie de la famille de l une de ces deux catégories de personnes. 65. Par ailleurs, les étrangers d origine surinamaise peuvent obtenir un visa de tourisme pour entrées multiples d une durée de validité de trois ans (à condition de ne pas avoir fait l objet d un refus d entrée sur le territoire surinamais au cours des cinq années précédentes). 66. Certains ressortissants étrangers, dont les ressortissants néerlandais, peuvent acheter une «carte de touriste» permettant une seule entrée sur le territoire. Dans le cas des étrangers d origine surinamaise (tels que définis au paragraphe 63 ci-dessus) cette carte est valable pour une durée maximale de six mois (90 jours dans tous les autres cas). Les pièces à fournir sont un passeport d une durée de validité d au moins six mois à compter de l arrivée, un billet de retour et, le cas échéant, une preuve de l origine surinamaise. D. La loi surinamaise de 2013 sur les personnes d origine surinamaise 67. Le 20 décembre 2013, l Assemblée nationale du Surinam a adopté la loi sur les personnes d origine surinamaise (Wet Personen van Surinaamse Afkomst), également dénommée loi sur la diaspora. Cette loi a été publiée au Journal officiel (Staatsblad) du Surinam n o du 21 janvier 2014 et elle est entrée en vigueur trois mois après sa publication. Elle définit les «personnes d origine surinamaise» comme étant les individus qui ne détiennent pas la nationalité surinamaise mais qui sont nés au Surinam ou dont au moins l un des parents ou deux des grands-parents sont originaires du Surinam. En vertu de son article 9, les «personnes d origine surinamaise» telles que définies dans cette loi ont le droit d entrer librement au Surinam, de s y installer et d y travailler, et elles ne sont pas soumises aux obligations de visa applicables aux ressortissants étrangers à ces fins. Montrer encore
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