Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/amnord/Quebec-8Autochtones-droits_lng.htm
Timestamp: 2020-02-17 22:29:13+00:00
Document Index: 43632026

Matched Legal Cases: ['art. 133', 'art. 14', "l'article 35", "l'article 3", "l'article 5", "l'article 87", "l'article 79", "l'article 450", "l'article 8"]

Population totale: 7,8 millions (2011)
Groupe majoritaire: français (79,0 %)
Groupes minoritaires: anglais (7,7 %), langues immigrantes (10,9 %), langues autochtones (1 %): algonquien, attikamek, cri, inuktitut, micmac, innu (montagnais), naskapi
Système politique: province de la fédération canadienne depuis 1867.
Articles constitutionnels (langue): art. 133 de la Constitution canadienne de 1867; art. 14, 16-23, 55, 57 de la Constitution canadienne de 1982.
Lois générales: Charte des droits et libertés de la personne (1975) ; Code civil du Québec (1991) ; Code de procédure civile du Québec (1965); Loi sur la consultation populaire (1978); Charte de la langue française (1977); Loi sur l'instruction publique (1988); Loi sur l'accès à l'égalité en emploi dans des organismes publics (2000); Loi sur l'exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l'État du Québec (2000).
Lois particulières destinées aux autochtones : Loi sur les services de santé et les services sociaux pour les autochtones cris (1971); Convention de la Baie-James et du Nord québécois (1976); Loi sur les villages cris et le village naskapi (1978); Loi sur les villages nordiques et l'Administration régionale Kativik (1978); Loi sur l'instruction publique pour les autochtones cris, inuits et naskapis (1979); Loi sur les Cris et les Naskapis du Québec (1984, abrogée); Règlement sur la langue d'enseignement des enfants qui résident ou ont résidé dans une réserve indienne (1997); Loi sur les autochtones cris, inuits et naskapis (2006).
1. Le statut des autochtones au Canada
2. Les données démolinguistiques
Les onze nations autochtones du Québec
Données linguistiques sur les nations autochtones
3 La répartition démographique et les langues d'usage
La répartition des communautés autochtones
Les causes du clivage linguistique
4 La reconnaissance juridique
Les domaines de la a législation et de la justice
5 La politique linguistique québécoise à l'égard des autochtones
La question du Nunavik et du gouvernement régional
1 Le statut des autochtones au Canada
Les populations autochtones du Canada sont régies d'abord par la Constitution canadienne et la législation fédérale, puis par les lois provinciales. Ainsi, la l'article 35.2 de la Loi constitutionnelle de 1982 distingue trois catégories de «peuples autochtones»: les Indiens, les Inuits et les Métis.
La catégorie «Indiens» comprend les individus qui ont déclaré faire partie des «Premières Nations» ou des «Indiens de l'Amérique du Nord», sans avoir signalé être des Métis ni des Inuits. L'expression «Premières Nations» peut être utilisée au lieu de «Indiens de l'Amérique du Nord» (que certains trouvent trop choquant), mais il n'existe aucune définition officielle de cette expression utilisée depuis les années 1970. Quant au mot «nation», il est l'équivalent de «peuple».
La catégorie «Métis» comprend les individus ayant déclaré être des Métis, sans avoir indiqué faire partie des Premières Nations ou des Indiens de l'Amérique du Nord, ni des Inuits.
La catégorie «Inuits» correspond aux individus ayant indiqué être des Inuits, sans avoir indiqué faire partie des Premières Nations ou des Indiens de l'Amérique du Nord, ni des Métis.
Ces trois groupes distincts ont leur propre histoire ainsi que leurs propres langues, pratiques culturelles et croyances. Cependant, il existe une autre catégorie ( «réponses multiples») comprenant les personnes ayant déclaré appartenir à au moins deux des groupes suivants : Premières Nations (Indiens de l'Amérique du Nord), Métis ou Inuits.
Il convient de préciser également que les autochtones peuvent vivre dans une «réserve indienne», c'est-à-dire une étendue de terrain mise de côté comme réserve ou terres domaniales à l'usage et au profit exclusifs des membres d'une Première Nation. Dans une réserve, il faut distinguer les indiens «résidents» et les Indiens «non résidents». Les «résidents» vivent à l'intérieur d'une réserve, alors que les «non-résidents» habitent à l'extérieur, soit dans des villes ou des municipalités ne faisant pas partie des réserves ni des territoires traditionnels.
De plus, selon la Loi sur les Indiens (législation fédérale promulguée en 1876 et été modifiée à plusieurs reprises), un «Indien inscrit» dans le Registre des Indiens, le répertoire officiel, bénéficie de certains droits et avantages auxquels n'ont pas droit les «Indiens non inscrits» ni les Métis, notamment des mesures d'aide au logement dans les réserves, des services d'éducation et une exemption des impôts fédéral et provincial (ou territorial) dans certaines situations. Le Registre des Indiens contient les noms de tous les Indiens inscrits ainsi que des renseignements comme les dates de naissance, de décès, de mariage et de divorce, de même que des dossiers sur des personnes qui passent d'une bande à une autre. En 2011, près des trois quarts des Premières Nations (74,9 % ou 637 660) du Canada ont déclaré être des «Indiens inscrits», soit 45,5 % de la population autochtone totale, contre le quart (213 900) des Premières Nations qui étaient des «Indiens non inscrits», ce qui représentait 15,3 % de la population autochtone totale de tout le pays.
Enfin, l'expression «identité autochtone» désigne les personnes ayant indiqué au dernier recensement fédéral être des autochtones, c'est-à-dire «Indiens de l'Amérique du Nord», Métis ou Inuits et/ou les personnes ayant indiqué être «Indiens inscrits» en vertu de la
Les autochtones du Québec formaient en 2011 un groupe hétérogène de 93 500 personnes (dont 69 300 résidents et 22 800 non-résidents), soit 9 % de la population autochtone du Canada. Environ 60 % des Amérindiens bénéficient d'un statut reconnu par la Loi sur les Indiens (1876), tandis que les autres sont des Métis ou des Amérindiens sans statut. Près de 10 800 Inuits habitent l'extrême nord du Québec, le Nunavik. Les Inuits ne sont pas des Amérindiens, tout en étant, eux aussi, des autochtones.
Le tableau ci-dessous présente la liste des 11 nations autochtones (peuples, population, langues, territoire, etc.) du Québec.
Peuple Population (2011) Famille
Abénaquis 2 225 algonquienne Centre-du-Québec français (ou anglais) abénaki
Algonquins 10 405 algonquienne Nord-Est français anglais
Attikameks 6 868 algonquienne Mauricie/Lanaudière attikamek français
Cris 17 176 algonquienne Baie-James/Nunavik cri et anglais anglais
Hurons-Wendats 3 273 iroquoienne région de Québec français anglais
Innus (Montagnais) 17 458 algonquienne Côte-Nord innu et français français
Inuits 10 883 eskimo-aléoute Nunavik inuktitut et/ou anglais anglais
Mohawks 17 682 iroquoienne région de Montréal anglais mohawk
Naskapis 1 155 algonquienne Schefferville (Labrador) naskapi anglais
Total 93 541
Même s’ils ne comptent que pour 1 % de la population totale du Québec, les autochtones constituent le cinquième groupe ethnique après les communautés française, britannique, italienne et juive. On aurait intérêt également à consulter le tableau du ministère des Ressources naturelles du Québec concernant les données statistiques sur les nations, bandes, unités territoriales, superficies des territoires et populations.
2.1 Les onze nations autochtones du Québec
On peut également une carte illustrant l'emplacement des villages autochtones du Québec et une autre montrant celui des villages inuits. La majorité des membres des onze nations autochtones habitent dans des villages et territoires qui leur appartiennent en propre.
Les langues amérindiennes du Québec font partie des familles eskimo-aléoute au nord, iroquoienne et algonquienne. La majorité de ces langues sont encore parlées par des autochtones au Québec, alors que la tendance est nettement à l'inverse dans le reste du Canada. Les six nations dont la majorité parle encore la langue ancestrale sont les suivantes: les Attikameks (attikamek), les Cris (cri), les Inuits (inuktitut), les Innus ou Montagnais (innu) et les Naskapis (naskapi). La situation est différente pour les Algonquins, les Abénakis, les Micmacs, les Mohawks, les Malécites et les Hurons-Wendats.
Le tableau qui suit (Statistiques des population autochtones du Québec 2011) présente chacune des agglomérations autochtones, ainsi que la nation d'appartenance (Abénaquis, Algonquins, etc.).
Peuples ou nations
Odanak 315 1 664 1 979
Wôlinak 70 176 246
TOTAL 385 1 840 2 225
Hunter's Point 10 202 212
Kebaowek 275 605 880
Kitcisakik 409 60 469
Kitigan Zibi 1 579 1 248 2 827
Lac-Rapide 555 125 680
Lac-Simon 1 518 311 1 829
Pikogan 564 397 961
Timiskaming 636 1 117 1 753
Winneway 442 352 794
TOTAL 5 988 4 417 10 405
Manawan 2 173 358 2 531
Obedjiwan 2 215 424 2 639
Wemotaci 1 376 322 1 698
TOTAL 5 764 1 104 6 868
Chisasibi 4 029 46 4 075
Eastmain 673 31 704
Mistissini 3 508 125 3 633
Nemiscau 705 52 757
Oujé-Bougoumou 729 71 800
Waskaganish 2 257 475 2 732
Waswanipi 1 716 405 2 121
Wemindji 1 375 73 1 448
Whapmagoostui 900 6 906
TOTAL 15 892 1 284 17 176
Wendake 1 382 1 891 3 273
Betsiamites 2 910 866 3 776
Essipit 182 302 484
La Romaine 1 058 34 1 092
Mashteuiatsh 2 073 3 253 5 326
Matimekosh–Lac-John 770 91 861
Mingan 548 26 574
Natashquan 956 70 1 026
Pakuashipi * * 339
Uashat-Maliotenam 3 202 778 3 980
TOTAL 11 699 5 420 17 458
Cacouna et Whitworth * * 912
Gespeg 0 542 542
Gesgapegiag 657 702 1 359
Listuguj 2 052 1 446 3 498
TOTAL 2 709 2 690 5 399
Akwesasne (Québec seulement) 5 379 100 5 479
Kahnawake 7 696 2 357 10 053
Kanesatake 1 382 768 2 150
TOTAL 14 457 3 225 17 682
Kawawachikamach 853 302 1 155
* * 105
59 129 22 173 82 658
Source : Ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien, Registre des Indiens, 31 décembre 2011.
Akulivik 579 16 595
Aupaluk 170 5 175
Chisasibi (partie inuite seulement) 90 11 101
Inukjuak 1 560 63 1 623
Ivujivik 305 17 322
Kangiqsualujjuaq 839 23 862
Kangiqsujuaq 631 36 667
Kangirsuk 487 49 536
Kuujjuaq 1 700 196 1 896
Kuujjuarapik 546 42 588
Puvirnituq 956 104 1 060
Quaqtaq 343 23 366
Salluit 1 294 70 1 364
Tasiujaq 277 3 280
Umiujaq 435 13 448
10 212 671 10 883
69 341 22 844 93 541
Le tableau suivant présente la liste des agglomérations amérindiennes au Québec par ordre chronologique, en trois catégories: les communautés créées sous le Régime français, les communautés autochtones créées entre 1853 et 1906, et les communautés découlant de la Loi québécoise des terres et forêts».
Les communautés créées sous le Régime français (4)
Comprend les quatre villages autochtones créés sous le Régime français et ayant le statut de «concession» en vertu du mode de tenure seigneuriale. Ces quatre villages sont devenus des «réserves» sous le Régime britannique, mais ils étaient appelées «réductions» auparavant :
Wendake (1853) - prononcer [wen-da-ké]
Kahnawake (1853) - prononcer [ka-na-wa-ké]
Odanak (1853)
Wôlinak (1853)
Les communautés autochtones créées entre 1853 et 1906 (10)
À l'exception d'Akwesasne en 1888, le second groupe de réserves créées entre 1853 et 1906 comprend des communautés toutes situées dans le Moyen-Nord, dans les nouvelles zones d'exploitation intensive de la forêt. Ces communautés sont les suivantes :
Wemotaci (1853)
Kitigan Zibi (1853)
Témiscaming (1853)
Listuguj (1853)
Betsiamites (1853)
Mashteuiatsh (1853)
Akwesasne (1888) - prononcer [ak-wé-sas-né]
Essipit (1892)
Uashat (1906)
Manawan (1906)
Les communautés découlant de la Loi québécoise des terres et forêts (27)
Obedjiwan (1950)
Maliotenam (1949)
Natashquan (1952)
La Romaine (1955)
Mingan (1963)
Matimekosh (1968)
Pakuashipi (1971)
Gespapegiag (1957)
Gespeg (en 2008, dispose d'une terre d'assise à Gaspé, sans statut de réserve)
Pikogan (1956)
Winneway (1959)
Lac-Rapide (1962)
Lac-Simon (1962)
Eagle Village First Nation — Kipawa (1974)
Kitisakik (1985 — occupation d'un terrain)
Wolf Lake (1985 — occupation d'un terrain)
Kanesatake (reconnue par une loi fédérale en 1999 mais sans statut de réserve) - prononcer [kanésataké]
Kawawachikamach (1960)
Eastmain (1962)
Waswanipi (1962)
Mistissini (1970)
Nemiscau (1979)
Waskaganish (1979)
Wemindji (1979)
Whapmagoostui (1979)
Chisasibi (1979)
Oujé-Bougoumou (1989)
1996 — confirmation à titre de réserve d'un lot appelé Whitworth, acheté en 1891 à la seigneurie Leparc
Quatre communautés créées sous le Régime français
Source: MORISSETTE, Réjean. Les autochtones ne sont pas des pandas : histoire, autochtonie et citoyenneté québécoise, Montréal, Éditions Hurtubise, 2012, 402 p.
2.2 Données linguistiques sur les nations autochtones
En 2011, le Québec comptait 93 500 autochtones répartis dans 57 agglomérations au Nunavik (nord du Québec), sur le territoire de la baie James, sur la Côte-Nord, en Abitibi-Témiscamingue, en Haute-Mauricie, dans la région montréalaise, dans l'Outaouais, en Gaspésie, dans le Bas-Saint-Laurent, au Lac-Saint-Jean et dans la région de Québec (Wendake). Une réserve mohawk, celle d'Akwesasne près de Cornwall (Ont.) est partagée entre le Québec au nord-est (en bleu), l'Ontario au nord-ouest (en orange) et l'État de New York au sud (en vert). À Akwesasne (trait jaune), les Mohawks ne reconnaissent pas la frontière entre le Canada et les États-Unis (trait noir discontinu), car des membres de leur nation habitent d'un côté ou de l'autre de la frontière; ils revendiquent en conséquence le droit de circuler librement entre les deux pays.
La plupart des agglomérations autochtones sont homogènes au point de vue ethnique: le majorité autochtone appartient à la même nation, sauf quelques exceptions. Par exemple, le village nordique de Kuujjuarapik abrite une population majoritairement inuite, alors que le village voisin séparé par une piste d'atterrissage, Whapmagoostui, abrite des Cris. Les deux villages portent un troisième nom officiel: Poste-de-la-Baleine. Dans le village cri de Chisasibi à la Baie-James, on trouve une population de quelque 150 Inuits. À Schefferville (près du Labrador), on trouve deux agglomérations situées à quelques kilomètres l'une de l'autre : Matimekosh pour les Innus et Kawawachikamach pour les Naskapis. Dans la réserve majoritairement innue de Mashteuiatsh (Pointe-Bleue) au Lac-Saint-Jean, on compte plusieurs familles d'origine abénaquie. En somme, à quelques centaines d'individus près, les agglomérations autochtones du Québec sont ethniquement homogènes.
Cependant, si les établissements autochtones sont ethniquement homogènes, ils ne le sont pas toujours au plan linguistique. Dans certaines réserves, il existe une majorité d'individus qui ignorent la langue ancestrale, le cas étant manifeste dans les établissements abénaquis, algonquins, micmacs et mohawks, sans parler de quelques villages innus. Certains établissements sont partagés entre des membres dont la langue seconde est l'anglais; d'autres, le français. Prenons l'exemple de la réserve de Pikogan enclavée dans la ville d'Amos. Le français est la langue maternelle de 67 % des résidents; l'algonquin de 12 % des résidents; l'anglais, de 10 % des résidents; le français et l'algonquin, d'environ 9 % des résidents. On pourrait citer d'autres exemples du genre.
Par contre, dans la plupart des villages inuits, l'unuktitut est la langue maternelle de plus de 90 % des habitants, ceux-ci pouvant cependant se partager des langues secondes différentes (majoritairement l'anglais, mais le français aussi). Chez les Naskapis, si plus des deux tiers (76 %) des individus ont l'anglais comme langue seconde, les autres ont le français, l'innu ou le cri. Bref, l'état des langues chez les autochtones se révèle très complexe pour une population de moins de 100 000 locuteurs.
- Les Abénaquis (ou Abénakis)
2011 Résidents Non-résidents
Odanak 315 1 664
Wôlinak 70 176
Total 385 1 840
Il existe deux communautés abénaquies résidentes dans les réserves d'Odanak (1853) et de Wôlinak (1853), situées sur la rive sud du Saint-Laurent, en face de Trois-Rivières. La réserve d'Odanak est située en bordure de la rivière Saint-François, à 32 kilomètres à l'est de Sorel; la réserve de Wôlinak est située en bordure de la rivière Bécancour, au sud de Bécancour. Seuls 315 Abénaquis résident à Odanak et 70 à Wôlinak, les autres (au nombre de 1840) vivent à l'extérieur de leur communauté, un peu partout au Québec ou ailleurs. En général, les membres des deux communautés résidentes parlent français, mais plusieurs d’entre eux connaissent aussi l’anglais. La langue abénaquie est parlée par quelques dizaines d’aînés.
- Les Algonquins
2011 Résidents Non-résidents Total
Des 10 405 Algonquins, 57,5 % (soit 5988 individus) habitent les neuf communautés de la nation. Sept de ces communautés se trouvent dans la région de l'Abitibi-Témiscamingue: Hunter's Point ou Wolf Lake, Kebaowek ou Eagle Village (1985), Lac-Simon ou Simosagigan (1962), Kitcisakik (1985), Pikogan (1956) enclavée dans la ville d'Amos, Timiskaming (1953) et Winneway (1959). Les deux autres, Lac-Rapide ou Kitiganik (1985) et Kitigan Zibi (1853), sont situées dans la région de l'Outaouais.
Le territoire ancestral des Algonquins s’étendait du lac des Deux-Montagnes jusqu’en Abitibi-Témiscamingue et en Ontario, mais il se limite aujourd’hui à ces neuf communautés, dont les plus nombreuses sont Lac-Simon et Kitigan Zibi. Les «frontières» du territoires ancestral des Algonquins sont délimitées au nord par le territoire cri, à l'est par le territoire attikamek et au sud par le territoire mohawk.
La langue algonquine, assez comparable à l'ojibwé, est parlée par 60 % des Algonquins. Certains aînés ne parlent même que la langue ancestrale. La langue seconde des Algonquins bilingues est l'anglais ou le français, selon la communauté, mais plusieurs membres d'une réserve ou d'une localité (ou établissement) sont trilingues.
- Les Attikameks
La nation attikamek veut imposer la graphie Atikamekw, mais cette graphie avec kw en finale n'existe pas en français, ou elle se prononcerait [atikamèkwou]. Au nombre d'environ 6800, les Attikameks habitent principalement à Manawan (1906), dans la région de Lanaudière, ainsi qu'à Obedjiwan (1950) et à Wemotaci (1853) dans la région de La Tuque en Mauricie. Plus de 80 % des Attikameks résident dans ces trois réserves.
Loin des centres urbains, les Attikameks vivent en plein cœur de la forêt boréale, entre les territoires des Cris, des Algonquins et des Innus, dans une région traversée par de nombreux cours d’eau. Le territoire ancestral des Attikameks est délimité par les territoires des Algonquins à l'ouest, des Cris au nord et des Innus à l'est. Leur langue ancestrale, l'attikamek, est parlée par presque toute la population, tandis que le français est employé comme langue seconde. Certains aînés ne parlent que l’attikamek.
Comptant plus de 17 150 personnes, les Cris forment la troisième nation la plus populeuse du Québec. Les neuf villages cris sont situés sur les rives de la baie James (Waskaganish, 1979; Eastmain, 1962; Wemindji, 1979; et Chisasibi, 1979) et de la baie d’Hudson (Whapmagoostui, 1979), ainsi qu’à l’intérieur des terres (Nemiscau, 1979; Waswanipi, 1962; Mistissini, 1979; et Oujé-Bougoumou, 1989). Depuis le XVIIe siècle, les Cris ont toujours eu affaire avec les employés de la Baie d'Hudson, ce qui explique leur connaissance de la langue anglaise. La quasi-totalité de la population parle le cri, tandis que l’anglais est la langue seconde de la majorité. Néanmoins, de plus en plus de jeunes apprennent le français.
Les Cris constituent la nation autochtone établie la plus au nord parmi les nations du sud du Québec. En général, ils n'entretiennent pas de contacts avec leurs voisins inuits, ni d'ailleurs avec les Algonquins, les Attikameks ou les Innus.
C'est avec la nation crie que le gouvernement du Québec a signé la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (1976) sur les revendications territoriales des Cris et des Inuits. Moyennant une compensation financière de 234 millions de dollars, le gouvernement du Québec obtenait le droit de développer les ressources hydrauliques, minérales et forestières du Nord québécois.
- Les Hurons-Wandats
TOTAL 1 382 1 891 3 273
Les Hurons-Wendats constituent l’une des nations autochtones les plus urbanisées du Québec. Leur unique communauté, Wendake (prononcée [wen-da-ké]), fondée en 1697 sous le nom de Lorette, est adjacente à la ville de Québec. Quelque 1380 Hurons-Wendats y habitent; ils parlent tous le français comme langue maternelle, le huron, étant considéré comme éteint. Les Hurons-Wandats sont originaires de la baie Géorgienne située au sud-est du lac Huron en Ontario.
- Les Innus
Pessamit (Betsiamites) 2 910 866 3 776
Essipit (Escoumins) 182 302 484
Unamen Shipi (La Romaine) 1 058 34 1 092
Ekuantshit (Mingan) 548 26 574
Nutukuan (Natashquan) 956 70 1 026
Pakuashipi (St-Augustin) * * 339
Mashteuiatsh (Pte-Bleue) 2 073 3 253 5 326
Les Innus (ou Montagnais) forment la seconde nation autochtone la plus nombreuse du Québec. Sept des neuf villages innus sont répartis le long de la Côte-Nord, près du fleuve Saint-Laurent. Ce sont Essipit (1892, anc. Les Escoumains), Pessamit ou Betsiamites (1862), Uashat-Maliotenam (1949), Ekuantshit (Mingan), Natashquan (1952), Unamen Shipi (La Romaine, 1955) et Pakuashipi (1971).
Deux autres villages sont situés beaucoup plus loin. Un premier, Mashteuiatsh (ou Pointe-Bleue, 1856), est au Lac-Saint-Jean, à 6 km de Roberval, alors que le second village, Matimekosh (1968), est à 3,5 km de Schefferville près du Labrador, cette dernière ville étant elle-même distante de 500 km au nord de Sept-Îles.
Les communautés innues sont très différentes les unes des autres, tant par leur situation géographique et leur taille que par leur statut socio-économique. Si les villages de Uashat-Maliotenam, d'Essipit et de Mashteuiatsh (Pointe-Bleue) sont situés près des centres urbains, les autres sont très isolés. L’innu ou innu-aimun (ou montagnais) constitue la langue maternelle de la majorité des membres de la nation, leur langue seconde étant le français.
Au Québec, les Inuits occupent le Nunavik, un vaste territoire situé au nord du 55e parallèle, mais ils habitent aussi au Labrador et au Nunavut et dans les Territoires du Nord-Ouest. Les Inuits sont des autochtones qu'on appelait auparavant «Eskimos» en anglais ou «Esquimaux» en français, un terme qu'ils jugeaient offensant.
Chisasibi (partie inuite) 90 11 101
Total 10 212 671 10 883
La population du Nunavik (Québec), comprenant environ 10 800 Inuits, est répartie dans 14 villages comptant entre 100 et 1700 habitants (voir le tableau de gauche). Ces villages, souvent distants de plusieurs centaines de kilomètres les uns des autres, sont situés sur les littoraux de la baie d’Hudson, du détroit d’Hudson et de la baie d’Ungava. Seulement quatre communautés comptent plus de 1000 habitants: Kuujjuaq (chef-lieu), Puvirnituq, Inukjuak et Salluit. Moins d'une centaine d’Inuits vivent à Chisasibi, un village cri de la Baie-James. Bien adaptés aux rudes conditions du milieu, les Inuits habitent depuis fort longtemps dans la région arctique. La Convention de la Baie-James et du Nord québécois (CBJNQ), signée en 1975 entre les Inuits, les Cris et les gouvernements du Québec et du Canada, a mené à la création de plusieurs institutions que dirigent maintenant les Inuits.
La langue ancestrale des Inuits est l'inuktitut, une langue de la famille eskimo-aléoute. La plupart des aînés ne parlent que cette langue, mais la majorité des Inuits ont l'anglais comme langue seconde. Néanmoins, le français connaît une nette progression comme langue utilisée dans les institutions publiques et comme langue seconde enseignée à l’école.
Au Nunavik, l’enseignement est dispensé uniquement en inuktitut jusqu’en troisième année. Par la suite, les jeunes Inuits étudient en français ou en anglais, selon leur choix. Jusqu’à la fin des années 1970, ils choisissaient tous l’anglais, mais aujourd’hui près de 50 % d’entre eux optent pour le français.
- Les Malécites
Plus de 900 Malécites habitent le Québec. Contrairement aux autres nations autochtones, ils ne sont pas regroupés dans une communauté, mais vivent dispersés sur le territoire québécois. La première communauté malécite , la «réserve de Viger», fut fondée en 1827, puis abolie en 1869. La communauté disposa en 1876 d'un territoire situé dans le canton de Whitworth près de Rivière-du-Loup et d’un petit lot à Cacouna. En 1891, la réserve de Viger fut créée à nouveau, mais les Malécites n'y habitèrent jamais. Après plusieurs décennies d'inactivité, la communauté malécite de Viger fut juridiquement reconstituée en 1987, ce qui entraîna la reconnaissance des Malécites en 1989 comme onzième nation autochtone du Québec. Néanmoins, aucun Malécite n'habite en permanence sur les propriétés malécites; il n'existe aucun village ni agglomération.
Sous le Régime français, on comptait quatre communautés malécites, appelées «Etchemins». Ils habitaient les vallées de la rivière Saint-Jean (alors en Acadie) et de ses affluents, aujourd'hui à cheval sur la frontière séparant le Nouveau-Brunswick et le Québec, ainsi que le Maine aux États-Unis. Les Malécites du Québec parlent français, mais plusieurs connaissent aussi l’anglais. La langue malécite n'est parlée que par certains locuteurs habitant le Nouveau-Brunswick ou le Maine, leur lieu d'origine.
- Les Micmacs
Les Micmacs résident en Gaspésie; ils sont environ 5400 et vivent répartis en trois communautés. La plupart des Micmacs résident à Listuguj (depuis 1853), appelée anciennement Restigouche en anglais et Ristigouche en français. La petite réserve de Gesgapegiag (1,8 km²) est située sur la rive de la baie des Chaleurs à 5 km de Maria et à 8 km de New Richmond. La communauté de Gespeg (env. 500 personnes) ne possède qu'un terrain tout près de Gaspé, car ses membres résident principalement dans cette ville, ou ailleurs (Québec ou Montréal). L'anglais est la langue maternelle de la plupart des Micmacs, mais certaines personnes âgées parlent encore le micmac à Listuguj.
- Les Mohawks
Avec une population de plus de 17 400 personnes, les Mohawks constituent la nation autochtone la plus nombreuse du Québec. Les Mohawks sont regroupés en trois communautés distinctes: Kahnawake (anc. Caughnawaga depuis 1717), en Montérégie près de Montréal, Kanesatake (depuis 1721), enclavée dans la municipalité d'Oka plus à l'ouest) et Akwesasne près de Cornwall (Ont.), soit à 75 km à l'ouest de Montréal, à cheval sur les frontières du Québec, de l'Ontario et de l'État de New York. La partie située au Québec est appelée Akwesasne 15 et la partie en Ontario Akwesasne 59. À Kanesatake, les terres acquises par le gouvernement fédéral au bénéfice des Mohawks ne constituent pas une réserve; elles sont imbriquées dans les propriétés des non-autochtones de la municipalité d’Oka.
En ce qui concerne la langue d'usage chez les Mohawks, tous ont l'anglais comme langue maternelle. Néanmoins, plusieurs peuvent s'exprimer en mohawk (le kanienke) comme langue seconde et quelques individus peuvent le faire en français, surtout à Kanesatake.
- Les Naskapis
La nation naskapie compte un peu plus de 1000 individus, avec 853 résidents et 303 non-résidents. La communauté résidente habite dans le seul village naskapi du Québec: Kawawachikamach, une «Terre réservée naskapie» créée en vertu de la Convention du Nord-Est québécois de 1978. Ce territoire de 41 km² est situé à environ 15 km de la ville de Schefferville sur la Côte-Nord, près de la frontière du Labrador. Les Naskapis ont le naskapi comme langue maternelle, l'anglais comme langue seconde. Ils vivent près de la réserve innue de Matimekosh–Lac-John.
Les Naskapis ont frôlé l'extinction à la fin du XIXe siècle, en raison des famines et des maladies qui les ont décimés. Ils ont été contraints de se déplacer à plusieurs reprises entre les années 1800 et 1900, au gré de certains intérêts et besoins commerciaux, dont ceux de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Ils se sont réfugiés à Fort Mackenzie (de 1916 à 1948), au sud de Kuujjuaq, dans la baie d'Ungava, entre la baie d'Hudson et la côte du Labrador. Ils se sont installés vers 1952 à Fort Chimo (aujourd’hui Kuujjuaq) durant quelques années.
Puis en 1956, le gouvernement fédéral a décidé de déménager la communauté naskapie à Schefferville où ils vécurent avec les Innus de Matimekosh jusqu'à l'ouverture du village de Kawawachikamach en 1984. Il est probable que les Naskapis soient des descendants des Cris dont ils sont culturellement très proches.
En 2011, la population autochtone du Québec s'élevait à 93 500 personnes réparties en onze nations. Chacune d'elles fait l'objet du même traitement politique de la part du gouvernement du Québec.
3.1 La répartition des communautés autochtones
En fait, trois nations, c'est-à-dire les Mohawks (17 682), les Innus (17 458) et les Cris (17 176), constituent à elles seules 56 % de la population autochtone. Et si nous ajoutons les Inuits (10 883), nous constatons que 68 % de la population forment ces quatre nations, soit plus des deux tiers. Cette concentration des autochtones à l'intérieur de quatre nations entraîne des conséquences d'ordre politique majeures pour les autochtones du Québec.
D'abord, deux nations représentent 30 % des autochtones. Ce sont les Cris et les Inuits, qui vivent dans les régions nordiques et semi-nordiques. Comme ces nations sont signataires de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (1976), elles composent avec des réalités politiques, juridiques et économiques très différentes de celles des autres nations. Les Mohawks (près de Montréal) et les Hurons-Wendats (près de Québec) sont les autochtones les plus urbains du Québec, ce qui correspond à un autre type de réalités. De leur côté, les Innus sont fragmentés entre des communautés «riches» et des communautés «pauvres»; des communautés urbaines et des communautés éloignées; des communautés relativement instruites et des communautés illettrées. Les communautés innues de la Basse-Côte-Nord, incluant Matimekosh-Lac-John et Uashat-Maliotenan, connaissent d'énormes difficultés, de même que la communauté naskapie de la réserve de Kawawachikamach. Ces communautés innues apparaissent comme une synthèse entre les «Indiens urbains» et les «Indiens de réserve» habitant les régions périphériques.
Ensemble, les Innus et les Hurons-Wandats contrôlent l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), sans les Inuits. L'APNQL est l'organisme politique des autochtones du Québec et le siège permanent des dirigeants de 43 communautés représentant dix nations : les Abénaquis, les Algonquins, les Attikameks, les Cris, les Hurons-Wendats, les Malécites, les Micmacs, les Mohawks, les Innus et les Naskapis.
Les Malécites (912), les Naskapis (1155) et les Abénaquis (2225) ne comptent que pour 4 % de la population autochtone du Québec. En raison de leur faible nombre, elles vivent une réalité autochtone très différente de celle des autres nations. Ainsi, tous les Malécites vivent hors réserve, puisqu'il n'existe pas de territoire malécite habité. Par ailleurs, sur un total de 2225 Abénaquis bénéficiant de leur statut d'Indien rattaché aux communautés d'Odanak et de Wôlinak, 74,7 % d'entre eux (soit 1664) habitent à l'extérieur des réserves et ont le statut de «non-résidents». Quant aux Naskapis, ils forment une communauté ayant un statut de «nation conventionnée» (hors réserve).
Il reste à présenter les quatre dernières nations totalisant le quart de la population autochtone: les Algonquins (10 405), les Attikameks (6868), les Micmacs (5399) et les Hurons-Wendats (3273). Les Algonquins et les Attikameks vivent dans des milieux nordiques et semi-nordiques, selon des conditions sociales et économiques qu'on pourrait qualifier de déplorables. Les Micmacs vivent en Gaspésie (Listuguj, Gesgapegiag et Gespeg), mais leur nation est également présente dans les provinces du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse. Les Hurons-Wandats résident principalement dans la réserve de Wendake (Lorette), près de Québec; ce sont les plus urbains de tous les autochtones, ceux qui vivent le plus du tourisme rentable et non pas de la subsistance des gouvernements.
Au total, on peut estimer que de 15 000 à 20 000 autochtones vivent dans une situation socio-économique presque misérable, précaire et politiquement non organisée. Tous dénoncent leur état, aussi bien les autochtones que les dirigeants politiques, car en principe tous les autochtones doivent être considérés sur un pied d'égalité. Les communautés autochtones vivent cependant des réalités extrêmement inégales. Si les communautés mohawks, la communauté huronne-wendate et les trois communautés innues de Mashteuiatsh, de Betsiamites et d'Essipit ont su habilement tirer profit des circonstances, il n'en est pas ainsi des autres qui croupissent souvent dans la misère et le sous-développement. Bref, c'est un fait qu'il existe au Québec des communautés autochtones «riches» et organisées, et à l'opposé, des communautés non organisées et pauvres.
3.2 Les langues d'usage
Selon de nombreux francophones du Québec, la plupart des autochtones qui habitent cette province ont l'anglais comme langue maternelle. Effectivement, plus de 75 % des autochtones sont «anglophones», notamment les Cris, les Inuits, les Naskapis, encore qu'une minorité d'entre eux utilisent leur langue ancestrale dans leur vie quotidienne, l'anglais devenant une langue seconde. Seules deux nations, les Hurons-Wandats et les Innus emploient exclusivement le français comme langue maternelle ou comme langue seconde. Les Attikameks l'utilisent comme langue seconde, mais l'attikamek comme langue première. Chez les Abénaquis, les Algonquins, les Micmacs et les Malécites, les communautés sont partagées entre le français et l'anglais, et parfois leur langue ancestrale dans le cas des Attikameks. Voir le tableau des langues d'usage en cliquant ICI, s.v.p.
La situation linguistique des nations autochtones du Québec apparaît donc quelque peu complexe. À l'analyse, il se dégage trois catégories de situations linguistiques:
- Les communautés qui ont perdu leur langue ancestrale
Mentionnons d'abord les Hurons-Wendats, dont la langue s'est éteinte au XIXe siècle, les mariages mixtes ayant eu comme conséquence de faire tomber en désuétude la langue huronne. Aujourd'hui, le huron est réintroduit comme langue seconde dans les écoles de Wendake. Les Malécites du Québec ont aussi perdu leur langue d'origine, car leurs membres, après avoir immigré du Nouveau-Brunswick vers la région de Cacouna en 1828, se sont ensuite dispersés sur l'ensemble du territoire québécois, ce qui a entraîné la disparition de la langue ancestrale au cours du XXe siècle.
Les Abénaquis ont pratiquement perdu leur langue, celle-ci n'étant plus parlée que par une poignée de personnes âgées à Odanak, sur une population totale de 315 personnes. Tous les membres de l'autre communauté, celle de Wôlinak (70 personnes), ont le français comme langue maternelle.
La langue traditionnelle des Algonquins est aussi mal en point. Il existe neuf agglomérations algonquines, mais dans aucune d'entre elles l'algonquin n'est parlé par une proportion significative de la population, à la seule exception de Lac-Simon (Simosagigan) où 84 % des membres ont l'algonquin comme langue maternelle, contre 15 % qui perlent le français et 1 % l'anglais. Pour les autres communautés, l'algonquin est soit disparu soit en constante régression. Voici la liste de ces communautés :
Communauté algonquine Langue d'usage Communauté algonquine Langue d'usage
Hunter's Point (Wolfe Lake) anglais (100 %) Timiskaming anglais (46 %); algonquin (9 %);
anglais-français (52 %)
Kebaowek anglais (90,7 %); algonquin (5,5 %);
français (2,7 %) Kitigan Zibi anglais (51 %); algonquin (6 %);
français-anglais (45,6 %);
Kitcisakik français (84 %); algonquin (3,3 %); Lac-Rapide (Kitiganik) anglais (?)
Pikogan français (67 %); algonquin (12 %);
anglais (10 %); fr.-algonquin (9 %);
Winneway anglais (70 %); algonquin (0 %);
anglais-français (30 %).
Chez les Innus, seules trois communautés (sur un total neuf) ont perdu leur langue ancestrale: Essipit (Les Escoumins: français 80 %), Mashteuiatsh (Pointe-Bleue: français 82 %) et Uashat Mak Mani-Utenam (Sept-Îles/Moisie: français 80 %).
- Les communautés où la langue est menacée de disparition
Ces communautés se caractérisent par le fait qu'une bonne partie de leurs membres parlent encore la langue ancestrale, mais celle-ci n'est plus transmise aux jeunes comme langue maternelle, mais au mieux comme langue seconde. L'une des conséquences est que le bilinguisme (avec l'anglais ou le français) est quasi généralisé dans la communauté. C'est le cas des Algonquins, des Micmacs et des Mohawks.
Chez les Algonquins, il ne reste que deux communautés (sur un total de neuf) où l'algonquin est encore parlé comme langue maternelle: Lac-Simon/Simosagigan (84 %) et Pikogan (12 %). Cependant, la communauté de Pikogan est grandement menacée de perdre sa langue ancestrale au profit du français et de l'anglais, car seuls 12 % des membres de cette communauté la parlent encore.
La langue ancestrale des Micmacs est en voie de disparition. Sur un total de 5400 membres (résidents et non-résidents), moins de 35 %, tous des adultes, parleraient encore cette langue. Statistique Canada ne dispose pas de résultat sur la langue parlée par les Malécites, sauf pour la communauté de Listuguj (Ristigouche). En 2006, 57 % des Malécites de cette communauté avaient l'anglais comme langue maternelle, 39 % le micmac, 3 % le français et 1 % le français et l'anglais. Cependant, dans 80 % des cas, l'anglais est la langue d'usage à la maison, ce qui laisse peu de place pour le micmac.
Les Mohawks voient eux aussi leur langue régresser continuellement. Il n'existe aucune donnée officielle sur les locuteurs du mohawk, car les membres de cette communauté de 17 680 personnes ont refusé de participer aux recensements de Statistique Canada. Les estimations laissent entendre que le mohawk n'est plus parlé par les enfants et qu'il est utilisé moins de 50 % du temps entre les parents et les grands-parents. Certains observateurs sont d'avis que la proportion de locuteurs de cette langue serait d'environ 35 %, mais que seulement 15 % l'auraient encore comme langue d'usage. Toutefois, cette évaluation date d'une vingtaine d'années pour les communautés d'Akwesasne, de Kahnawake et de Kanesatake. De son côté, l'organisme américain Ethnologue dénombrait 760 locuteurs du mohawk en 2001 pour tout le Canada, incluant l'Ontario (env. 6300 membres).
Selon les organisations autochtones du Québec, plus de 2000 Mohawks parleraient la langue ancestrale, le kanienke, ce qui correspondrait à 11,3 % des Mohawks. Dans l'ensemble, la langue maternelle des Mohawks est l'anglais à Akwesasne, à Kahnawake et à Kanesatake, mais seuls quelques-uns des membres de ces communautés peuvent parler le français comme langue seconde. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, beaucoup de Mohawks de Kahnawake (près de Montréal) et de Kanesatake (près d'Oka) étaient encore unilingues mohawks, et la plupart employaient le français comme langue seconde. Ce n'est plus le cas aujourd'hui et, le moins que l'on puisse dire, c'est que la langue française ne leur est guère familière. Il semble même que beaucoup de Mohawks se feraient presque un point d'honneur de ne pas l'apprendre. La langue mohawk fut réintroduite récemment dans les écoles primaires comme langue seconde.
- Les communautés où la langue ancestrale est vivante
Il s'agit des communautés autochtones où la langue ancestrale est transmise normalement par les parents à leurs enfants. C'est aussi la langue des activités quotidiennes dans la réserve ou le village.
Dans au moins les deux tiers des agglomérations des Innus, la langue ancestrale est bien vivante et sert de véhicule principal entre les résidents: Pessamit (Betsiamites), Unamen Shipi (La Romaine), Ekuantshit (Mingan), Matimekosh (Schefferville), Nutukuan (Natashquan) et Pakua Shipi (St-Augustin). La grande majorité des Innus de ces communautés parlent le français comme langue seconde, parfois l'anglais. La communauté de Pakuashipi (St-Augustin) est celle qui compte le plus de locuteurs de l'anglais langue seconde.
Innus 2006 Population Innu
(l. maternelle) Innu
(unilingues) Anglais seul
(l. seconde) Français seul
(l. seconde) Anglais/français
(l. seconde) Total pour le français
Pessamit (Betsiamites) 2 910 96,3 % 5,7 % 0 % 88,9 % 5,3 % 88,9 %
Essipit (Les Escoumins) 247 - - - - - -
Unamen Shipi (La Romaine) 1 058 98,3 % 14,5 % 21,6 % 81,0 % 2,1 % 83,1 %
Ekuantshit (Mingan) 548 98,7 % 12,3 % 0 % 81,4 % 6,1 % 81,4 %
Nutukuan (Natashquan) 956 97,5 % 12,9 % 0 % 83,9 % 3,7 % 87,6 %
Pakuashipi (St-Augustin) 290 94,8 % 15,5 % 8,6 % 37,9 % 37,9 % 75,8 %
Uashat-Maliotenam 3 202 87,4 % 5,3 % 0 % 82,9 % 11,2 % 94,1 %
Mashteuiatsh (Pointe-Bleue) 2 073 17,3 % 0,5 % 0,8 % 86,8 % 13,8 % 86,8 %
Matimekosh–Lac-John 770 90,5 % 10,3 % 5,6 % 62,2 % 20,7 % 82,9 %
TOTAL/MOYENNE 11 699 85,1 % 10,9 % 5,2 % 83,3 % 15,1 % 85,0 %
Parmi les communautés innues, celle d'Essipit est différente des autres, car l'innu y est en danger d'extinction. Statistique Canada ne dispose d'aucun résultat d'ordre linguistique pour cette petite communauté composée de 247 personnes (2006), réduite à 147 en 2011. Les Essipiunnuat (nom des habitants innus d'Essipit) se sont francisés avec les siècles, bien qu'ils aient conservé l'essentiel de la culture innue, à l'exemple des Hurons-Wandats de Wendake (Lorette). La situation est similaire à Mashteuiatsh (Pointe-Bleue), car seuls 17,3 % des Innus parlent encore l'innu.
Chez les Inuits, la langue ancestrale est demeurée très vivace au sein de la population résidente, pendant qu'un petit nombre d'Inuits ont l'anglais comme langue maternelle, parfois le français.
Inuits 2006 Population Inuktitut
(l. maternelle) Inuktitut
(l. seconde) Total pour
Akulivik 579 100 % 19,7 % 44,0 % 12,8 % 29,7 % 42,5 %
Aupaluk 170 94,0 % 17,0 % 60,0 % 8,5 % 14,2 % 22,7 %
Chisasibi (Inuits) 90 - - - - - -
Inukjuak 1 560 93,3 % 23,8 % 54,3 % 7,7 % 14,0 % 21,7 %
Ivujivik 305 97,1 % 31,4 % 37,1 % 5,7 % 25,7 % 31,4 %
Kangiqsualujjuaq 839 95,2 % 23,1 % 55,7 % 5,4 % 15,6 % 21,0 %
Kangiqsujuaq 631 94,2 % 23,9 % 48,7 % 12,3 % 14,8 % 27,1 %
Kangirsuk 487 94,6 % 25,8 % 50,5 % 7,5 % 16,1 % 23,6 %
Kuujjuaq (chef-lieu) 1 700 73,7 % 9,4 % 56,0 % 2,6 % 32,1 % 34,7 %
Kuujjuarapik 546 89,3 % 14,0 % 67,2 % 0,0 % 18,5 % 18,5 %
Puvirnituq 956 97,2 % 29,7 % 38,4 % 17,4 % 14,3 % 31,7 %
Quaqtaq 343 93,6 % 22,2 % 52,3 % 7,9 % 19,0 % 26,9 %
Salluit 1 294 93,1 % 27,0 % 36,2 % 9,2 % 27,4 % 26,6 %
Tasiujaq 277 93,8 % 22,4 % 48,9 % 2,4 % 16,3 % 18,7 %
Umiujaq 485 96,1 % 25,9 % 57,1 % 5,1 % 12,9 % 18,0 %
TOTAL/MOYENNE 10 212 93,2 % 22,5 % 50,4 % 6,2 % 13,7 % 24,1 %
Dans le tableau ci-dessus, 93,2 % des habitants des villages inuits ont l'inuktitut comme langue maternelle. Il reste donc peu de possibilités pour d'autres langues tels l'anglais et le français, qui pourraient être les langues maternelles des Blancs employés comme fonctionnaires dans le Nord. D'ailleurs, le village où la proportion des locuteurs de l'inuktitut est la moins élevée, Kuujjuaq (73,7 %), correspond comme par hasard au chef-lieu du Nunavik, là où réside la plus grande concentration de fonctionnaires francophones originaires du sud du Québec.
On remarque aussi que le quart de la population du Nord est unilingue inuite, un constat qui toucherait surtout les habitants les plus âgés et les plus jeunes. On note aussi que plus des deux tiers des habitants du Nunavik sont bilingues (70,3 %): 50,4 % avec l'anglais (inuktitut-anglais), 6,2 % avec le français (inuktitut-français) et 13,7 % avec ces deux langues (inuktitut-anglais-français). Les villages nordiques les plus francisés sont ceux dont les habitants emploient le français comme seule langue seconde et ceux dont les habitants utilisent l'anglais en plus du français comme langues secondes : Akulivik (42,5 %), Kuujjuaq (34,7 %), Puvirnituq (31,7 %) et Ivujivik (31,4 %).
Les Attikameks, pour leur part, communiquent dans leur langue maternelle dans des proportions très élevées : 98 % à Manawan, 97,1 % à Obeddjiwan et 92,9 % à Wemotaci, soit une moyenne de 96 %.
Attikameks 2006 Population Attikamek
(l. maternelle) Attikamek
(unilingues) Français seul
Manawan (Rawdon) 2 173 98,0 % 20,6 % 76,3 % 2,9 % 79,2 %
Obedjiwan (La Tuque) 2 215 97,1 % 18,7 % 79,2 % 1,4 % 80,6 %
Wemotaci (La Tuque) 1 376 92,9 % 7,5 % 86,9 % 5,1 % 92,0 %
TOTAL/MOYENNE 5 764 96 % 15,6 % 80,8 % 3,1 % 83,9 %
Les Attikameks sont bilingues dans une proportion de plus de 83 %, et le français est connu par plus de 75 % des membres des trois communautés, l'anglais étant peu appris.
Les Naskapis de Kawawachikamach (853 résidents), près de Schefferville, parlent le naskapi dans une proportion de 95,6 %; seuls 12,2 % des Naskapis sont unilingues. Les locuteurs qui ignorent leur langue ancestrale sont des Cris, des Innus, ainsi que des enfants naskapis élevés par des tuteurs à l'extérieur du village. Les Naskapis utilisent l'anglais comme langue seconde dans une proportion de 76,3 %. Cette situation est sans doute due aux premiers contacts avec la Compagnie de la Baie d'Hudson et les missionnaires anglicans. Beaucoup de Naskapis connaissent aussi l'innu et/ou le cri. Seuls 3,5 % des Naskapi pratiquent le français comme unique langue seconde, mais 7,8 % connaissent l'anglais et le français. L'isolement géographique des Naskapis contribue au maintien de la langue ancestrale, mais la proximité avec la petite ville de Schefferville contribue un peu à leur francisation (11,3 % de locuteurs du français langue seconde), de même que la réception des émissions de télévision.
Il reste les Cris de la Baie-James. Le cri est la langue maternelle de presque toute la population, une moyenne de 91,8 %, les communautés d'Oujé-Bougoumou (86,6 %) et de Waswanipi (88,4 %) affichant les plus bas taux des neuf réserves. Le taux de bilinguisme est relativement élevé. Plus de 70 % des locuteurs de ces communautés sont bilingues cri-anglais, mais 2,4 % sont trilingues (cri-anglais-français), pour un total de 73,2 %. La communauté de Wemindji est à 87,6 % bilingue.
Cris 2006 Population résidente Cri
(l. maternelle) Cris
Chisasibi 4 029 92,1 % 15,2 % 55,8 % 27,0 % 28,8 %
Eastmain 673 91,5 % 11,5 % 62,3 % 25,3 % 25,3 %
Mistissini 3 508 94,1 % 13,7 % 60,3 % 24,4 % 25,7 %
Nemiscau 705 92,1 % 10,1 % 57,8 % 31,2 % 32,7 %
Oujé-Bougoumou 729 86,6 % 7,4 % 56,1 % 33,8 % 35,4 %
Waskaganish 2 257 95,1 % 13,4 % 60,0 % 24,6 % 39,8 %
Waswanipi 1 716 88,4 % 8,4 % 46,7 % 43,7 % 44,7 %
Wemindji 1 375 93,8 % 6,9 % 87,6 % 53,0 % 53,0 %
Whapmagoostui 900 93,2 % 14,8 % 75,3 % 9,8 % 9,8 %
TOTAL/MOYENNE 15 892 91,8 % 12,9 % 70,8 % 31,4 % 33,8 %
- Le taux de bilinguisme des autochtones
Selon le recensement de 1986, le taux d'unilinguisme en langue autochtone dans les agglomérations autochtones était de 45 % chez les Inuits, de 31 % chez les Cris, de 28 % chez les Naskapis, de 25 % chez les Attikameks, de 15 % chez les Innus, de 9 % chez les Algonquins, de 2 % chez les Micmacs et de 0 % chez les Abénakis et chez les Mohawks.
Or, ces proportions ont été modifiées en vingt ans, le recensement de 2006 témoignant de résultats nettement à la baisse. Le taux de bilinguisme des Inuits est passé de 45 % à 22,5 %; celui des Cris, de 28 % à 12,9 %; des Naskapis, de 25 % à 12,2 %; des Attikameks, de 25 % à 15,6 %; des Innus, de 15 % à 10,9 %. Quant aux Algonquins, aux Malécites et aux Abénaquis, le taux est près du zéro. Cette tendance à la baisse de l'unilinguisme autochtone et à la hausse du bilinguisme est appelée à s'accentuer encore dans les prochaines décennies.
Il est évident que le bilinguisme présente des avantages, car il facilite les échanges et les communications avec les populations majoritaires. Toutefois, il y a la contrepartie. Dès lors que le bilinguisme est plus ou moins généralisé chez les adultes, on pense par exemple à un taux d'unilingues en langue autochtone inférieur à 10 %, les jeunes générations ont tendance à ne plus acquérir leur langue ancestrale pour privilégier le français ou l'anglais. La langue la plus utilisée à la maison finit par être le français ou l'anglais, puis les enfants ne sont plus scolarisés que dans ces langues et ne sont plus en mesure de transmettre leur langue ancestrale à leurs propres enfants. Une fois cette dynamique enclenchée, on peut difficilement faire marche arrière. C'est alors que l'école de la réserve enseigne la langue autochtone comme langue seconde.
Dans l'ensemble du Canada, toutes provinces confondues, c'est une minorité de la population autochtone qui est capable de parler ou de comprendre une langue autochtone. Selon les données du recensement de 2001, des 976 300 personnes qui se sont déclarées autochtones, 235 000, soit 24 %, ont indiqué qu’elles pouvaient entretenir une conversation dans une langue autochtone. En 2001, seulement 21 % des autochtones au Canada avaient une langue maternelle autochtone, contre 26 % en 1996. Les langues autochtones se conservent mieux au Québec que dans le reste du Canada, bien que certaines communautés (Hurons-Wendats, Mohawks, Algonquins, Malécites et Micmacs) aient néanmoins perdu leur langue ancestrale.
Signalons toutefois que la baisse de population de langue maternelle autochtone est en partie compensée par le fait que de nombreux autochtones font maintenant l'apprentissage d'une langue ancestrale comme langue seconde. Un peu partout au Canada, le nombre croissant de locuteurs d'une langue seconde s’inscrit dans un processus de redynamisation de la langue ancestrale. En un sens, ce processus peut ralentir l’érosion rapide et la disparition possible d'une langue menacée. L’acquisition d’une langue autochtone comme langue seconde peut dans certains cas devenir la seule option qui s’offre à de nombreuses collectivités autochtones. C'est le cas dans l'ensemble du Canada et dans plusieurs communautés du Québec. Cette montée des langues autochtones comme langue seconde est récente et sa portée demeure à la vérité symbolique. De façon générale, l'enseignement d'une langue seconde se limite à quelques heures par semaine. Les enfants l'étudient comme une langue morte.
3.3 Les causes du clivage linguistique
Si le français est la langue seconde des Attikameks, des Algonquins et des Innus, et la langue maternelle des Hurons-Wendats et des Malécites, l'anglais est la langue seconde pour les Cris, les Inuits et les Naskapis, mais la langue maternelle pour les Mohawks et les Micmacs. Le français, comme langue seconde, progresse chez les Cris et les Inuits.
Nation Langue maternelle Langue seconde 1 Langue seconde 2
1. Abénakis français (ou abénaki) anglais (ou abénaki) abénaki
2. Algonquins anglais (ou français) français ou algonquin français ou anglais
3. Attikameks attikamek français anglais
4. Cris cri anglais français
5. Hurons-Wendats français huron-wendat anglais
6. Innus innu (ou français) français anglais ou innu
7. Inuits inuktitut anglais français
8. Malécites français anglais malécite
9. Micmacs anglais français micmac
10. Mohawks anglais mohawk français
11. Naskapis naskapi anglais français
Ce sont des circonstances historiques qui expliquent cette situation de clivage linguistique chez les autochtones. Ainsi, les Mohawks, autrefois appelés «Agniers» en Nouvelle-France, ont toujours été les alliés des Britanniques. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, les Mohawks de la région de Montréal apprenaient le français. Puis cette langue est devenue pour eux «la langue des perdants», les francophones ayant été vaincus par les Britanniques, dont la langue s'est imposée au Canada tout en entier, sauf au Québec. Non seulement les Mohawks se sont mis à ignorer le français au profit de l'anglais, mais ils ont pris la décision de ne plus l'apprendre. Aujourd'hui, ils s'en font généralement un point d'honneur.
Pour les Inuits, les Cris et les Algonquins, ce sont d'autres causes qui peuvent être invoquées. Depuis 1670, la Compagnie de la Baie d'Hudson n'a traité ses affaires avec les autochtones qu'en anglais, notamment avec les Inuits, les Algonquins et les Cris, sans oublier les Naskapis. Pendant près de trois siècles, la langue de la traite des fourrures dans le Nord était l'anglais. Suivirent les explorateurs, les entrepreneurs et les missionnaires, tous anglophones. Par voie de conséquence, ils ont favorisé l'anglais comme langue véhiculaire dans les activités commerciales, religieuses et administratives. Sous le Régime britannique, les autochtones durent apprendre à vivre dans des «réserves», élire des conseils de bande et faire instruire leurs enfants dans les écoles des Blancs anglophones. En compensation, le gouvernement colonial accepta de subvenir à leurs besoins, les confinant dès lors dans un rôle de dépendance. Les autorités coloniales ne communiquaient exclusivement en anglais avec les autochtones.
En 1867, les autochtones et les terres qui leur étaient réservées tombèrent sous la responsabilité du gouvernement fédéral du Canada. Évidemment, le gouvernement canadien hérita des pratiques paternalistes instaurées par l'administration britannique. La politique relative aux «Indiens» reposait sur des présomptions selon lesquelles les autochtones étaient nettement inférieurs au reste de la société canadienne: ils étaient des «pupilles de l'État» ("wards of the State"): ils étaient placés sous la «protection» du gouvernement, qui leur tenait lieu de tuteur. En d'autres termes, les agents du gouvernement fédéral considéraient les autochtones comme incapables de se prendre en main. En même temps, le gouvernement canadien n'utilisait que l'anglais comme langue véhiculaire auprès des autochtones, favorisant ainsi leur assimilation linguistique, y compris au Québec.
Il faut admettre aussi qu'avant 1960 tous les gouvernements du Québec ignorèrent le sort de ces populations autochtones généralement isolées, à l'exception des Hurons (près de Québec) et des Mohawks (près de Montréal), des communautés essentiellement urbaines. En fait, le Québec, comme d'ailleurs l'Ontario et les autres provinces canadiennes, ne s'en souciaient guère, bien heureux de ne pas avoir à assurer financièrement le bien-être de ces exotiques autochtones. Dans ces conditions, il est tout à fait compréhensible que ceux-ci aient adopté la langue la plus utilitaire pour leurs intérêts immédiats, l'anglais. Aujourd'hui, au moins 75 % des autochtones du Québec n'ont que minimalement accès à ce que le gouvernement de cette province peut offrir aux autres citoyens, c'est-à-dire des soins de santé, des écoles, des services sociaux, l'électricité, etc.
Depuis une décennie, on constate des changements d'orientation linguistique chez les Inuits et les Cris. En vertu de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (article 16.0.10), l'enseignement du français est devenu un objectif dans les écoles «comme langue d'enseignement pour permettre aux diplômés de ces écoles de poursuivre leurs études en français, s'ils le désirent, dans une école, un collège ou une université ailleurs au Québec». De plus en plus de jeunes autochtones sont scolarisés aujourd'hui en français plutôt qu'en anglais.
À l'instar du gouvernement fédéral, le gouvernement du Québec ne s'est intéressé que fort tardivement à la question des droits des autochtones. Mais à partir de 1975, le Québec a adopté plusieurs mesures dans les domaines de sa compétence, y compris dans celui de la langue. Et le Québec est jusqu'à maintenant la seule de toutes les provinces canadiennes à reconnaître explicitement des droits à ses autochtones. Voici à ce sujet ce qu'on lit dans le préambule de la Charte de la langue française:
L'Assemblée nationale reconnaît aux Amérindiens et aux Inuit du Québec, descendants des premiers habitants du pays, le droit qu'ils ont de maintenir et de développer leur langue et leur culture d'origine.
Dans la Loi sur l'exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l'État du Québec (2000), nous pouvons aussi lire cette reconnaissance aux articles 11 et 12:
4.1 Les domaines de la a législation et de la justice
Dans les pratiques administratives, certaines lois québécoises sont parfois traduites en naskapi, lorsque celles-ci ont des incidences sur eux. Il en est ainsi pour les règlements municipaux (du conseil de bande) : ils ne sont pas rédigés dans les langues autochtones, sauf le naskapi.
Dans les tribunaux, l'usage oral d'une langue autochtone est juridiquement permis au Québec, notamment dans les cours itinérantes (par voie aérienne) du Grand Nord québécois. Ainsi, les articles 18 et 36 de la Charte des droits et libertés de la personne (1975) autorisent la traduction et l'interprétariat à toute personne qui ne comprend pas la langue du procès (le français ou l'anglais):
Information sur motifs d'arrestation
L'article 878 du Code de procédure civile du Québec (1965) prévoit le recours à un interprète pour les langues autres que le français ou l'anglais:
Dans le cas où la demande est présentée à un notaire, celui-ci ne peut déléguer à un autre notaire la responsabilité de procéder à l'interrogatoire que dans le cas où le majeur réside dans un lieu éloigné et qu'il y a lieu d'éviter des frais de déplacement trop coûteux. Si le majeur ne comprend pas suffisamment le français ou l'anglais et que le notaire ne parle pas la langue du majeur, le notaire peut, pour procéder à l'interrogatoire, soit demander les services d'un interprète, soit mandater un notaire parlant la langue du majeur. Dans tous les cas, le notaire ayant procédé à l'interrogatoire en dresse un procès-verbal en minute, traduit en français ou en anglais, le cas échéant. S'il n'a pas procédé à l'interrogatoire, le notaire dresse un procès-verbal en minute indiquant les motifs pour lesquels l'interrogatoire n'a pas eu lieu.
Juridiquement, l'usage de toute langue autochtone parlée, mais non écrite, est autorisé dans toutes les cours de justice, mais, dans les faits, aucune langue autochtone n'est habituellement utilisée dans les tribunaux. Partout, un interprète traduit les débats dans la langue autochtone, soit systématiquement soit à la demande d'une partie. Dans tous les cas, le juge doit rendre ses sentences en français ou en anglais, ces deux langues étant officielles en matière de justice au Québec.
Les mesures les plus importantes prises par le gouvernement du Québec dans les services de cours itinérantes concernent certaines communautés de la Basse-Côte-Nord, dont Natashquan et La Romaine. Il existe des bureaux permanents pour des intervenants judiciaires en milieu inuit, des ateliers de terminologie juridique en langues autochtones, des sessions de formation pour les conseillers parajudiciaires, un programme de mesures de rechange pour les adultes des milieux autochtones, etc.
Il faut toutefois admettre que le système judiciaire canadien (incluant la partie québécoise), surtout le système pénal, ne répond pas encore aux besoins des autochtones du Canada, qu’ils soient Indiens, Inuits ou Métis, et ce, qu’ils habitent dans les réserves ou à l’extérieur, en milieu urbain ou en milieu rural. C'est que les Canadiens d’origine européenne et les peuples autochtones conçoivent la justice de manière très différente. Il convient de reconnaître que des mesures ont été prises depuis plusieurs années en vue d’améliorer certains services rendus dans les communautés autochtones. Au plan linguistique, les représentants autochtones demandent, entre autres, d’assurer la formation en anglais des membres de la magistrature travaillant dans un milieu autochtone dont la langue seconde est l’anglais. Bref, du fait que beaucoup d'autochtones ont l'anglais comme langue maternelle, sinon comme langue seconde, les services juridiques devraient être plus facilement disponibles dans cette langue.
Le français est la langue officielle de l'Administration au Québec, mais des mesures particulières sont prévues à l'intention des autochtones. Il n'est habituellement pas possible de communiquer dans une langue autochtone lorsqu'on s'adresse aux services de santé et aux services de bien-être social (pas plus qu'avec le gouvernement fédéral), mais les Naskapis peuvent le faire dans leurs communications avec les agents autochtones de la Sûreté du Québec. Néanmoins, l'article 3 de la Loi sur les services de santé et les services sociaux pour les autochtones cris autorise le Ministre à mieux adapter les services de santé et les services sociaux aux besoins de la population en tenant compte des particularités régionales, qu'elles soient d'ordre géographique, linguistique, socioculturel ou socio-économique, et à répartir entre ces services les ressources humaines et financières de la façon la plus juste et rationnelle possible. L'article 10 prévoit formellement que des services peuvent être accordés en langue anglaise:
Article 10.0.1
Un conseil régional doit élaborer, en collaboration avec les établissements, conjointement avec d'autres conseils régionaux, le cas échéant, un programme d'accès à des services de santé et des services sociaux en langue anglaise pour les personnes visées à l'article 5.1 dans les établissements qu'il indique, compte tenu de l'organisation et des ressources de ces établissements. Ce programme d'accès doit être approuvé par le gouvernement.
De façon générale, il n'est pas permis de communiquer dans une langue autochtone avec le gouvernement québécois, mais il est possible, avec l'aide d'interprètes, de tenir des réunions officielles dans une langue autochtone avec des représentants du gouvernement fédéral ou du gouvernement provincial.
Par ailleurs, la Loi sur l'accès à l'égalité en emploi dans des organismes publics (2000) garantit aux autochtones l'accès à l'égalité dans l'emploi :
Cadre d'accès à l'égalité en emploi
La présente loi institue un cadre particulier d'accès à l'égalité en emploi pour corriger la situation des personnes faisant partie de certains groupes victimes de discrimination en emploi, soit les femmes, les personnes handicapées au sens de la Loi assurant l'exercice des droits des personnes handicapées en vue de leur intégration scolaire, professionnelle et sociale (chapitre E-20.1), les autochtones, les personnes qui font partie d'une minorité visible en raison de leur race ou de la couleur de leur peau et les personnes dont la langue maternelle n'est pas le français ou l'anglais et qui font partie d'un groupe autre que celui des autochtones et celui des personnes qui font partie d'une minorité visible.
Dans les administrations municipales, la plupart des peuples autochtones peuvent employer leur langue, car celle-ci est souvent la langue de leur village ou de leur municipalité (conseil de bande). C'est pourquoi plusieurs communautés publient leurs documents officiels dans leur langue, la plupart disposant de leur propre station de radio. Quelques émissions sont présentées en français ou en anglais, mais en général la programmation est en langue autochtone.
En juillet 2012, le premier ministre du Québec, Jean Charest, et le grand chef du Grand Conseil des Cris, Matthew Coon Come, ont signé une entente sur la gouvernance du territoire d'Eeyou Istchee, dans la région de la Baie-James. L'entente, ratifiée dans le Salon rouge du Parlement, à Québec, fut qualifiée d'historique par les deux parties. Elle prévoit la création d'un nouveau gouvernement régional avec la participation des Cris et des Jamésiens, qui auront un nombre égal de votes. Ce gouvernement remplacera la Municipalité de Baie-James (MBJ), une institution 100 % jamésienne, dont étaient exclus les Cris. Les Jamésiens sont les habitants non autochtones de la Baie-James. À la MBJ, tout se passe en français. L'entente prévoit une représentation paritaire entre Cris et Jamésiens au sein du gouvernement régional au cours des dix premières années d'implantation de la nouvelle municipalité (MBJ).
Les Cris parlent majoritairement anglais. Dans les villages cris plus au sud, comme Oujé-Bougoumou et Mistissini, une minorité de Cris parlent le français, surtout les plus jeunes. C'est un état de fait, le recours à l'anglais, pour des raisons pratiques, pourra être autorisé. Voici les articles à portée linguistique de l'Entente sur la gouvernance dans le territoire d'Eeyou Istchee Baie-James (le 24 juillet 2012):
Le cri et le français sont les langues principales du Gouvernement régional.
Le Gouvernement régional peut utiliser soit le français soit l’anglais dans ses communications internes et comme langue de travail.
Un citoyen peut communiquer verbalement ou par écrit avec le Gouvernement régional, incluant lors des séances du conseil, en cri, en anglais ou en français.
Les textes et les documents préparés pour des individus cris ou pour la population crie en général sont traduits en cri ou en anglais, incluant tout document permettant à l’usager d’exercer un droit ou de remplir une obligation.
Dorénavant, le cri et l'anglais auront ainsi droit de cité en plus du français. L'Administration régionale crie est maintenue et demeure la même personne morale. Elle est désignée sous le nom, en cri, de «Eeyou Tapayatachesoo», sous le nom, en français, de «Gouvernement de la nation crie» et sous le nom, en anglais, de «Cree Nation Government».
Dans le domaine de l'éducation, deux articles de la Charte de la langue française traitent expressément des langues des Amérindiens et des Inuits protégés par la Convention de la Baie-James et du Nord québécois de 1975 (entente signée par les gouvernements fédéral et québécois). Ainsi, l'article 87 de la Charte permet l'usage d'une langue autochtone dans les écoles:
Rien dans la présente loi n'empêche l'usage d'une langue amérindienne dans l'enseignement dispensé aux Amérindiens ou de l'inuktitut dans l'enseignement dispensé aux Inuits.
Le Québec autorise l'utilisation de ces langues amérindiennes dans les écoles primaires et secondaires autochtones: l'algonquin, l'attikamek, le montagnais (innu), le micmac et le mohawk. L'article 88 de la Charte de la langue française prévoit la création de commissions scolaires gérées par les autochtones, en particulier les Cris, les Inuits et les Naskapis.
Malgré les articles 72 à 86, dans les écoles relevant de la commission scolaire crie ou de la commission scolaire Kativik, conformément à la Loi sur l'instruction publique pour les autochtones cris, inuit et naskapis (chapitre I-14), les langues d'enseignement sont respectivement le cri et l'inuktitut ainsi que les autres langues d'enseignement en usage dans les communautés cries et inuit du Québec à la date de la signature de la Convention visée à article 1 de la Loi approuvant la Convention de la Baie James et du Nord québécois (chapitre C-67), soit le 11 novembre 1975.
Les commissaires fixent le rythme d'introduction du français et de l'anglais comme langues d'enseignement après consultation des comités d`école, dans le cas des Cris, et des comités de parents, dans le cas des Inuits.
Avec l'aide du ministère de l'Éducation, la commission scolaire Crie et la commission scolaire Kativik prennent les mesures nécessaires afin que les articles 72 à 86 s'applique aux enfants dont les parents ne sont pas des Cris ou des Inuit. Pour l'application du deuxième alinéa de l'article 79, le renvoi à la Loi sur l'instruction publique est un renvoi à l'article 450 de la Loi sur l'instruction publique pour les autochtones cris, inuits et naskapis.
Compte tenu des changements nécessaires, le présent article s'applique aux Naskapis de Schefferville.
Les commissaires d'écoles ont le droit de fixer le rythme d'introduction du français et de l'anglais comme langues d'enseignement après consultation des comités d'école, dans le cas des Cris, et des comités de parents, dans le cas des Inuits. Le Québec accorde des subventions aux diplômés qui désirent poursuivre leurs études en français dans les écoles, collèges ou universités de la province.
Par ailleurs, dans le Nunavik, les classes de la maternelle, ainsi que la première année et la deuxième année du primaire ne sont dispensées qu'en inuktitut, la langue maternelle des Inuits. La Convention de la Baie-James et du Nord québécois de 1975 accorde une grande autonomie aux Inuits et aux Cris de la Baie-James pour administrer leurs propres programmes et déterminer leur langue d'enseignement.
a) dans les limites territoriales de la municipalité scolaire visée à l'alinéa 16.0.3, quant aux personnes reconnues comme étant Cris conformément aux critères d'admissibilité stipulés au chapitre 3 de la Convention, et également quant à toute personne ne répondant pas à ces critères mais qui, ordinairement, réside dans ces limites territoriales ou dans les terres de la catégorie III entourées de terres de la catégorie, à l'exception des Inuits de Poste-de-la-Baleine,
b) dans les terres de la catégorie Il, quant à toute personne reconnue comme étant Cri, selon les critères d'admissibilité fixés par le chapitre 3 de la Convention.
Chez les communautés autochtones qui gèrent leurs écoles, les langues suivantes sont enseignées au primaire: l'algonquin, l'attikamek, le cri, l'inuktitut, l'innu (montagnais), le naskapi, le micmac et le mohawk, ce dernier étant une langue seconde pour la plupart des apprenants. Généralement, l'enseignement dans les langues autochtones se fait de la première année à la troisième année, sauf pour les Inuits où l'enseignement de l'inuktitut est dispensé durant les six années du primaire. Ensuite, dans les autres communautés, cet enseignement peut diminuer considérablement pour laisser la place au français ou à l'anglais.
Au niveau des études secondaires, les circonstances changent : les communautés autochtones ne peuvent pas généralement offrir d'écoles secondaires, sauf chez les Naskapis. C'est pourquoi la plupart des jeunes s’inscrivent dans les écoles françaises ou anglaises du réseau québécois. En ce qui a trait aux études postsecondaires, les autochtones fréquentent généralement les instituts et universités du réseau québécois. Plusieurs cégeps et universités ont mis sur pied des structures d’accueil et des programmes adaptés à leurs besoins. Le financement des services d’enseignement peut être, selon le cas, partagé entre les gouvernements fédéral et provincial.
Beaucoup de fonctionnaires, d'infirmières et d'enseignants francophones doivent œuvrer dans les régions nordiques, où vivent les autochtones. Ces francophones croient pouvoir envoyer leurs enfants à l'école française parce qu'ils habitent au Québec, mais ce n'est pas toujours possible: il n'existe dans certaines régions ni d'école française ni d'école anglaise. C'est pourquoi la plupart des familles francophones quittent le Grand Nord dès que leurs enfants ont atteint l'âge scolaire. Ou bien ils repartent vers le sud ou bien ils s'installent à Iqaluit au Nunavut ou même à Whitehorse au Yukon, où on trouve des écoles francophones. C'est évidemment une situation qui contribue à amplifier l'énorme roulement du personnel administratif dans le Grand Nord du Québec, particulièrement au Nunavik. Pour les francophones, l'avenir de leurs enfants, ce n'est pas l'inuktitut, mais le français. En même temps, il faut faire en sorte que les Inuits puissent conserver leur culture, à commencer par leur langue. Peut-on entrevoir une solution à ce dilemme?
Même si les autochtones ont droit à une instruction dans leur langue maternelle et qu'ils disposent d'une école primaire (parfois secondaire) dans leur localité respective, leur situation n'est pas facile sur les plans scolaire et linguistique. D'abord, contrairement aux Québécois du Sud, les Inuits, par exemple, font face à un défi majeur: ils doivent maîtriser non pas deux, mais trois langues. En effet, l'inuktitut leur est essentiel pour vivre dans leurs communautés, mais le français est considéré comme avantageux pour obtenir un emploi dans le Nord. Quant à l'anglais, il jouit d'un statut prestigieux pour de nombreuses raisons que l'on connaît. Il s'agit là d'une question extrêmement sensible pour les Inuits, car l'apprentissage d'une seconde et d'une troisième langue constitue à la fois une ouverture sur le monde et un gigantesque obstacle.
En raison des distances, du climat, des mœurs, de l'absence d'infrastructures, etc., les enfants ne fréquentent pas toujours l'école. Ou lorsqu'ils la fréquentent, c'est à intervalles irréguliers. Selon une étude de la Direction de la protection de la jeunesse, le taux de décrochage scolaire serait de 80 %, tandis que plus de 90 % des élèves arriveraient au secondaire avec un retard scolaire (contre 16,7 % chez les Blancs dans le Sud); le taux de diplômés à la fin du secondaire est de 17,8% (contre 72,3 % dans le Sud). De plus, les communautés inuites du Grand Nord sont frappées de plein fouet par d'énormes problèmes sociaux (alcoolisme, drogue, violence conjugale, criminalité, etc.). Forcément, il y a des conséquences néfastes dans la fréquentation et l'assiduité scolaires.
4.4 L'affichage
L'affichage venant d'un conseil municipal amérindien ou d'un conseil de bande peut être rédigé en langue autochtone. Malgré les dispositions de la loi 101, l'affichage commercial est permis en algonquin, en attikamek, en cri, en inuktitut, en naspaki, en huron, en innu (montagnais), etc. Précisons que, même si les réserves indiennes relèvent du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien (en vertu de la Loi sur les Indiens de 1867), le Québec se permet d'accorder aux autochtones un certain nombre de droits importants. Dans l'illustration de gauche, le panneau STOP est bilingue: ARRÊT en français et SETEN en huron-wandake.
Au cours des discussions constitutionnelles de 1982, les autochtones du Québec demandèrent au gouvernement de reconnaître leurs droits dans un document officiel. Le Conseil des ministres transmit alors sa position sous forme de 15 principes devant constituer la pierre angulaire de toute la politique du gouvernement à l'égard des autochtones. Voici les 15 principes adoptés par le Conseil des ministres du Québec le 9 février 1983:
Les principes adoptés par le Québec
1. Le Québec reconnaît que les peuples aborigènes du Québec sont des nations distinctes qui ont droit à leur culture, à leur langue, à leurs coutumes et traditions ainsi que le droit d'orienter elles-mêmes le développement de cette identité propre.
2. Le Québec reconnaît également aux nations autochtones, dans le cadre des lois du Québec, le droit de posséder et contrôler elles-mêmes les terres qui leur sont attribuées.
3. Les droits mentionnés aux sous-paragraphes 1 et 2 doivent s'exercer au sein de la société québécoise et ne sauraient par conséquent impliquer des droits de souveraineté qui puissent porter atteinte à l'intégrité du territoire du Québec.
4. Les nations autochtones peuvent exercer, sur des territoires dont elles ont ou auront convenu avec le gouvernement, des droits de chasse, de pêche, de piégeage, de cueillette des fruits, de récolte faunique et de troc entre elles ; dans la mesure du possible, la désignation de ces territoires doit tenir compte de leur occupation traditionnelle et de leurs besoins ; les modalités d'exercice de ces droits doivent être définies dans des ententes particulières avec chaque nation.
5. Les nations autochtones ont le droit de participer au développement économique de la société québécoise ; le gouvernement est prêt à leur reconnaître également le droit d'exploiter, à leur bénéfice, dans le cadre des lois du Québec, les ressources renouvelables et non renouvelables des terres qui leur sont attribuées.
6. Les nations autochtones ont le droit, dans le cadre des lois du Québec, de se gouverner sur les terres qui leur sont attribuées.
7. Les nations autochtones ont le droit d'avoir et de contrôler, dans le cadre d'ententes avec le gouvernement, des institutions qui correspondent à leurs besoins, dans les domaines de la culture, de l'éducation, de la langue, de la santé, des services sociaux et du développement économique.
8. Les nations autochtones ont droit de bénéficier, dans le cadre des lois d'application générale ou d'ententes conclues avec le gouvernement, de fonds publics favorisant la poursuite d'objectifs qu'elles jugent fondamentaux.
9. Les droits reconnus aux autochtones par le Québec sont reconnus également aux hommes et aux femmes.
10. Du point de vue du Québec, la protection des droits existants des autochtones s'étend également aux droits inscrits dans des ententes conclues avec lui dans le cadre de revendications territoriales ; de plus la Convention de la Baie-James et du Nord québécois et celle du Nord-Est québécois doivent être considérées comme des traités et avoir plein effet.
11. Le Québec est prêt à considérer que les droits existants issus de la Proclamation royale du 7 octobre 1963 concernant les nations autochtones puissent être explicitement reconnus dans ses lois.
12. Le Québec est prêt à considérer cas par cas la reconnaissance des traités signés à l'extérieur du Canada ou avant la Confédération, le titre d'aborigène, ainsi que les droits des peuples aborigènes qui en découleraient.
13. Les autochtones du Québec, en vertu de situations qui leur sont particulières, peuvent bénéficier d'exemptions de taxes selon les modalités convenues avec le gouvernement.
14. Le Québec, s'il légifère sur des sujets qui concernent les droits fondamentaux reconnus par lui aux nations autochtones, s'engage à les consulter par le truchement de mécanismes à déterminer avec elles.
15. Les mécanismes mentionnés au sous-paragraphe 14, une fois déterminés, pourraient être institutionnalisés afin que soit assurée la participation des nations autochtones aux discussions relatives à leurs droits fondamentaux.
5.1 Les mesures législatives
Seuls les articles et et 7 du document font allusion à la langue (1983). L'article 1er reconnaît que «les peuples aborigènes du Québec sont des nations distinctes qui ont droit à leur culture, à leur langue, à leurs coutumes»; ces nations ont également le droit d'orienter elles-mêmes le développement de leur «identité propre». L'article 7 reconnaît aussi à ces nations le droit de posséder et de contrôler des institutions «qui correspondent à leurs besoins dans les domaines de la culture, de l'éducation, de la langue». Quant à l'article 8, il accorde aux nations autochtones le droit de bénéficier de «fonds publics favorisant la poursuite d'objectifs qu'elles jugent fondamentaux».
En 1985, l'Assemblée nationale a adopté une Motion portant sur la reconnaissance des droits des autochtones, ce qui officialisait les principes de 1983. Cette motion soulignait que l'Assemblée nationale du Québec devait «souscrire à la démarche que le gouvernement a engagée avec les autochtones afin de mieux reconnaître et préciser leurs droits, cette démarche s'appuyant à la fois sur la légitimité historique et sur l'importance pour la société québécoise d'établir avec les autochtones des rapports harmonieux fondés sur le respect des droits et la confiance mutuelle».
Le Secrétariat aux affaires autochtones publia en 1989 des directives dans un document intitulé Maintien et développement des langues autochtones du Québec. Ce document est centré notamment sur la reconnaissance officielle de la légitimité et de la valeur de ces langues ainsi que sur la sauvegarde de l’héritage linguistique et culturel des nations autochtones. Le document énumère douze objectifs relativement aux langues autochtones, que l'on peut résumer ainsi: reconnaissance officielle de la légitimité et de la valeur de ces langues, sauvegarde de l'héritage linguistique et culturel des nations autochtones, élaboration de programmes de maintien et de développement, soutien aux organismes œuvrant dans le domaine des langues autochtones. Mentionnons enfin que le Québec a aussi adopté une politique spécifique en matière de toponymie autochtone.
Selon une étude de 1992 réalisée par Bradford Morse de l'Université d'Ottawa, les autochtones seraient mieux traités au Québec que partout ailleurs au Canada, même mieux qu'aux États-Unis (Amérindiens), en Australie (aborigènes), en Nouvelle-Zélande (Maoris) et dans les pays scandinaves (Lapons ou Sames).
En 2004, dans une déclaration ministérielle devant l’Assemblée nationale, le gouvernement du Québec a précisé davantage ses orientations en officialisant les normes qui doivent guider l’action gouvernementale en matière de consultation des nations autochtones sur tous les sujets qui les intéressent. En juin 2009, il y avait au moins 123 conventions ou ententes formelles sur différentes questions d’intérêt commun dans plusieurs domaines. De plus, il existe des programmes, des services ou des actions sectorielles particuliers aux autochtones dans une vingtaine de champs d’action relevant d’une douzaine de ministères ou d’organismes gouvernementaux.
Cependant, la politique linguistique du Québec comporte des lacunes importantes. À l'exemple du gouvernement fédéral, le Québec semble considérer les autochtones comme des minorités ethniques, une vision qu'ont toujours refusée les Premières Nations. Les autochtones reprochent au Québec de procéder trop souvent de façon ponctuelle et sectorielle, sinon de façon unilatérale, sans consultations et sans concertations véritables. Les énoncés de principe sur les droits des autochtones sont formulés de manière tellement vague qu'ils donnent lieu à des interprétations arbitraires de la part des représentants du Québec.
La plus grave lacune de la politique québécoise tiendrait au fait qu'elle reste déclaratoire, sans précision sur les moyens techniques et financiers, ainsi que sur le calendrier d'application de la politique. En somme, la politique québécoise en matière d'aménagement linguistique à l'égard des autochtones est encore timide et tarde à prendre la forme d'un engagement concret.
5.2 La question du Nunavik et du gouvernement régional
La question du Nunavik dans le nord du Québec est un exemple manifeste des lacunes en matière de politique québécoise. Situé au nord du 55e parallèle, le Nunavik (voir le texte à ce sujet) est un immense territoire de 507 000 km², soit le tiers de la superficie de la province ou l'équivalent de l'Espagne (504 782 km²). Le territoire du Nunavik correspond à tout le nord du Québec, après la limite des arbres. Le territoire actuel du Nunavut comprend également les îles de la baie d'Hudson, dont la plupart sont pratiquement collées au Québec. Ce territoire était habité par des populations inuites avant l'arrivée des Blancs.
Depuis les années 1970, les Inuits du nord du Québec formulaient un projet d'autonomie régionale. Le gouvernement du Québec a bien tenté de mettre sur pied un «gouvernement régional» au Nunavik.
Le 5 décembre 2007, devant le premier ministre du Québec Jean Charest, le ministre fédéral des Affaires indiennes et du Nord canadien, le président de la Société Makivik et le ministre québécois responsable des Affaires autochtones, ont signé l’entente de principe sur la création du gouvernement régional du Nunavik, qui devait faire l’objet du référendum. Le 27 avril 2011, les Inuits du Québec ont rejeté l'entente proposée par Québec et Ottawa pour la création d'un gouvernement régional indépendant qui aurait administré la santé et l'éducation au Nunavik. Mais les résultats du référendum furent sans équivoque : aucune des 14 communautés inuites de la région ne s’est prononcée en faveur de l’entente.
Pour beaucoup d'Inuits, il faudrait plutôt un véritable transfert des compétences législatives au niveau régional. Or, le projet d’entente restait fort vague quant aux intentions des gouvernements québécois et canadien dans cette éventualité. De plus, les Inuits ont souligné le peu d'importance portée dans l’entente au rôle du «nouveau gouvernement» en matière de protection et de promotion de la culture, de la langue et de l’identité du peuple inuit, lequel désire favoriser la pérennité et la vitalité de l’inuktitut, ainsi que du mode de vie inuit dans un contexte où l’économie de la région est en pleine transformation. Pour eux, un plus grand contrôle en matière d’éducation ou d’environnement ne réglait rien. Le processus de négociation actuel, marqué par l'incontournable souveraineté parlementaire, semble incompatible avec la volonté des peuples autochtones de redéfinir leurs relations avec l’État et avec la population canadienne. Il faudra refaire l'entente et la renégocier.
Les différentes politiques linguistiques en vigueur au Canada à l’égard des autochtones ne sont pas très élaborées. Le Québec ne fait pas exception à la règle, bien que sa politique y soit un peu plus développée. Dans la plupart des cas, il s’agit de politiques strictement sectorielles, notamment dans les domaines de l'éducation et de la santé. Les gouvernements semblent tous préoccupés par la dualité canadienne et des politiques de bilinguisme français-anglais. Alors, pour ce qui est des langues autochtones, c'est là une question qui apparaît fort secondaire.
On peut lire un article de Louis McComber sur la situation des langues au Nunavik et intitulé «Le Nunavik québécois, une percée francophone dans l'Arctique», en cliquant ICI s.v.p.