Source: http://www.derechos.org/nizkor/bolivia/doc/guarani47.html
Timestamp: 2018-09-22 04:21:01+00:00
Document Index: 226179795

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Equipo Nizkor - Le gouvernement généralise une attaque contre les Guaranis, ne tenant pas compte de leurs TCO, de leurs droits constitutionnels et de leurs organisations légitimes et légales.
Le gouvernement généralise une attaque contre les Guaranis, ne tenant pas compte de leurs TCO, de leurs droits constitutionnels et de leurs organisations légitimes et légales
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L'Assemblée du peuple guarani Itika Guasu (APG IG) fait constamment l'objet d'attaques racistes depuis que, grâce à la constitution de son propre fonds de développement, elle a mis en place des programmes sanitaire, éducatif et productif.
Le fonds en question trouve son origine dans l'accord que l'APG IG a signé le 29 décembre 2010 avec les entreprises pétrolières opérant sur le Campo Margarita, à savoir, Repsol Bolivia, British Gas et la représentante de British Petroleum, E&P.
C'est la première fois en Bolivie qu'une organisation autochtone possède un fonds d'investissement et, selon des sources financières fiables, il s'agit d'une première en Amérique latine. Ce fonds est le fruit d'un accord qui reconnaît toutes les revendications de l'APG IG, entre autres : la reconnaissance juridique ; la reconnaissance des us et coutumes ; la reconnaissance de la Terre communautaire d'origine (TCO) ; la reconnaissance du droit international en matière de droit des peuples autochtones et de droits de l'homme ; la reconnaissance et l'évaluation des dommages environnementaux grâce à des audits indépendants réguliers tout au long de la durée de vie du contrat ; la couverture des dommages grâce à des polices d'assurance valables et efficaces, et la garantie de restitution des terres dans leur état d'origine à la fin du contrat.
Le fonds d'investissement Itika Guasu a été constitué en mars 2011. Il a pour objectif le développement d'actions garantissant l'éducation, la santé, la production, le logement et les services de base aux trente six communautés vivant sur la Terre communautaire d'origine (TCO) Itika Guasu.
Jusqu'à aujourd'hui, en raison de préjugés qui n'ont d'autres explications logiques que le racisme, ce pouvoir de décision propre du Conseil directeur de l'APG IG et des trente six autorités communautaires qui la composent a été la cible de critiques et d'attaques, surtout de la part du gouvernement national, dont les membres, dans leur conception remplie de préjugés, croient que les autochtones ont été bernés ou achetés par les entreprises ou escroqués par les ONG étrangères.
Ce n'est pas ce qu'il s'est passé, et depuis la mi-février 2011, l'APG IG a entamé sa marche vers ce que les Guaranis appellent la Terre sans mal.
Dans ce cadre, l'APG IG a mis sur pied le programme sanitaire "Famille saine d'Itika", qui est parvenu entre autre à faire de l'APG IG la première organisation autochtone du département de Tarija à fournir une assistance médicale communauté par communauté, maison par maison, à l'aide d'un échographe portable - soulignons que le Programme de santé familiale interculturel (SAFCI) de Tarija ne compte d'échographes portables que depuis un an). La première action adoptée par le Conseil directeur de l'APG IG juste après la constitution du fonds a été d'acquérir cet échographe et d'embaucher un médecin.
Le programme sanitaire de l'APG IG fournit une assistance médicale, couvre les frais de médicaments et le coût des analyses ainsi que le transport des patients et de leur famille vers les centre de santé d'Entre Ríos ou de Tarija. Il a même pris en charge le coût d'opérations chirurgicales dans des cliniques privées alors que les autochtones malades n'étaient pas reçus à l'hôpital San Juan de Dios à Tarija.
Entre 2011 et aujourd'hui, des prestations médicales ont été fournies dans les trente six communautés de la TCO Itika Guasu, et 6.232 patients, nombre d'entre eux bénéficiant désormais de traitements spécialisés qui ont nécessité des investissements conséquents tant en médicaments qu'en études et spécialistes, ont pu recevoir des soins grâce aux ressources propres de l'APG IG.
Le département sanitaire a également mis en marche une maison de santé à Tarija, où les patients guaranis de l'APG IG reçoivent une attention pré- et post-opératoire, garantissant ainsi les conditions de guérison après une opération chirurgicale, leur permettant de se reposer dans un environnement respectant à la fois les conditions d'hygiène, les soins et l'alimentation et leurs us et coutumes.
Depuis la mise en place du fonds jusqu'à aujourd'hui, l'APG IG a investi plus de cinq cent mille dollars dans son programme sanitaire.
Ceci dit, comme l'exprimait Never Barrientos, président de l'APG IG, lors d'un discours prononcé lors de la présentation officielle des cabinets de consultation mobiles par le gouvernement départemental de Tarija : "pour consolider ce programme, le soutien des institutions publiques est nécessaire".
L'APG IG ne s'est pas contentée de mettre en place le programme sanitaire en respectant des pratiques propres aux politiques publiques concernant la santé, ou tout du moins, des paramètres que ces politiques devraient réunir ; elle a également fait de grandes avancées dans le domaine de la production de maïs.
Pour ce faire, elle a établi un diagnostic dans chaque communauté et a pourvu la zone de production Maetiregua, qui a fait ses premiers pas en 2012 et 2013, produisant initialement environ cent hectares de maïs, avec le soutien de la municipalité d'Entre Ríos.
Diagnostic en main et grâce aux ressources du fonds d'investissement Itika Guasu, l'APG IG s'est dotée en 2013 de matériel : un tracteur John Derre, un camion, une remorque, une égreneuse et autres équipements. Elle a dans le même temps acheté des semences de maïs de qualité certifiée ce qui, dans son ensemble, a permis de lancer les semailles sur environ mille hectares. L'APG IG a pu, grâce à sa zone de production Maetiregua, stocker dans ses silos jusqu'en août 2014 environ sept mille quintaux de maïs.
Ces progrès dans la production ont connu un arrêt brutal à la suite d'une intervention illégale de l'Autorité de supervision du système financier (ASFI) à la demande, nous le savons maintenant, du malveillant sous-gouverneur Walter Ferrufino, soutenu par le ministère des Hydrocarbures et de l'Énergie. Ces fonctionnaires, malgré l'absence de compétences de l'ASFI à ce sujet, sont parvenus à bloquer les comptes de l'APG IG, empêchant les programmes "Famille saine d'Itika" et Maetiregua de continuer. Au moment du blocage, plus de mille hectares avaient été semés.
Avec cette conduite illégale, le gouvernement bolivien et l'extrême-droite locale de type réactionnaire et raciste sur laquelle il s'appuie à Tarija et dans la province d'O'Connor empêchèrent que l'APG IG puisse mener à bien les semailles pour la période 2014-2015 et puisse poursuivre le programme sanitaire, occasionnant de nombreux dommages irréversibles, parmi lesquels, pour les plus graves, la perte de vies humaines et de la sécurité alimentaire.
Le peuple guarani, force tranquille, a supporté ces offensives et a fait tout son possible pour reprendre ses programmes visant à améliorer les conditions de vie des Itikeños, dès que l'ASFI a rectifié son "erreur", en février 2015.
Ainsi, un paquet scolaire fut distribué à tous les élèves guaranis de l'APG IG.
En 2013 déjà, l'APG IG avait mis en place la "prime à l'enfant guarani" en hommage, tout d'abord, au fait que le 12 avril 2011, l'arrêt de la Cour constitutionnelle 2003/2010-R fut formellement notifié, ratifiant le droit de propriété de l'APG IG sur les 216.000 ha que comprend la TCO Itika Guasu, et ensuite parce que le 12 avril est le jour des enfants en Bolivie.
Entre avril et juin 2013, l'APG IG distribua la "prime" à tous les élèves dans chaque communauté. Cette année-là, ils furent 1.200 à en bénéficier, celle-ci équivalant à la prime Juancito Pinto octroyée par le gouvernement bolivien.
Lors de l'exercice fiscal 2014, les besoins des élèves n'ont pas pu être satisfaits précisément à cause du harcèlement du groupe de kapangas, comme ils sont appelés au sein de l'APG IG, c'est-à-dire des capos au service des seigneurs et autorités locales et du gouvernement, qui instrument et se servent d'individus, Guaranis ou karais (blancs), pour tenter de supplanter les autorités autochtones réelles, de façon à faire pression sur les habitants de la TCO, les menacer et les persécuter, même au niveau judiciaire, par le biais de ces kapangas.
Devoir faire face à ce harcèlement a entravé la marche normale des activités de l'APG IG. Pourtant, le 3 août 2015, poursuivant son projet éducatif, l'APG IG a entamé la distribution officielle du paquet scolaire guarani dans les communautés Timboy, Potrerillos, Agua Rica, Suarurito, Tentaguasu, Iguiranti (Palos Blancos) et Zapaterambia, lors d'événements publics présidés par le président de l'organisation, Never Barrientos, et par des membres du Conseil directeur et du département éducatif.
À la mi-août 2015, 850 paquets scolaires avaient déjà été distribués sur un total prévu de 1.577 par le département éducatif, selon le cadre statistique détaillé des élèves inscrits au niveau préscolaire, primaire et secondaire au sein de la TCO Itika Guasu, élaboré entre avril et mai par ce même département.
Étonnamment, alors que tout le monde dans le département de Tarija se demande où sont passés les millions provenant de la rente du pétrole et du gaz du champ Margarita, se trouvant sur la TCO Itika Guasu, propriété de l'APG IG, l'Assemblée des Mburuvichas du peuple guarani Itika Guasu, en décembre 2010 déjà, avait décidé que la compensation payée par Repsol YPF Bolivia devait servir non pas un an, mais dix, vingt ans, et avait pour ce faire trouvé un mécanisme, consistant en la création d'un fonds d'investissement qui permettrait à l'APG IG de réaliser ses objectifs de développement et d'amélioration des conditions de vie des autochtones à moyen et long terme. L'APG IG adopta également un règlement pour le fonds, inclus dans le statut officiel de l'organisation.
Précisons que, même si les décisions des autorités de la juridiction autochtone originaire, adoptées conformément à leurs propres règles et procédures, sont efficaces dans la juridiction ordinaire, l'APG IG a authentifié et enregistré, dans le but de normaliser le travail administratif ordinaire, tout ce qui concerne sa personnalité juridique et les mandats de gestion au sein de l'organisation. Il est évident que constituer un fonds d'investissement n'aurait pas été possible si toutes ces conditions n'avaient pas été remplies.
L'APG IG est également enregistrée conformément aux conditions exigées par le Code civil bolivien pour les associations.
Le cas de l'APG IG est unique en Amérique latine, premièrement, car elle a négocié sur un pied d'égalité avec une entreprise et est parvenue à ce que les normes du secteur qui s'appliquent à elle soient au minimum les mêmes que celles qui s'appliqueraient dans n'importe quel pays "central" (qui sont bien plus exigeantes que celles négociées par le gouvernement au nom de tous les Boliviens) ; et deuxièmement car, avec ce qu'elle a perçu, elle a constitué et gère un fonds d'investissement visant à améliorer les conditions de vie des Guaranis de la TCO Itika Guasu. Peu de peuples autochtones y sont parvenus, et en Amérique latine, aucun.
Peu de peuples autochtones gèrent leurs maigres ressources avec un tel résultat et avec une efficacité que l'administration publique devrait reconnaître et prendre en exemple, du moins pour ce qui touche au traitement des affaires autochtones.
Cette persécution permanente de la part du ministère des Hydrocarbures et de l'Énergie, et du gouvernement en général, est dès lors grossière et aberrante juridiquement parlant.
La mise en oeuvre et l'exécution de cette décision prise par l'APG IG d'investir dans la santé, l'éducation et la production, en gérant ses ressources de manière transparente et comme le ferait un bon entrepreneur, "en bon père de famille", en s'adaptant en outre aux us et coutumes des Itikeños, contraste avec l'absence d'objectifs adaptés à la réalité des autochtones qui a jusqu'à aujourd'hui dominé les politiques liées à ceux-ci adoptées dans le département de Tarija.
L'efficacité de l'APG IG tranche avec l'inefficacité à ce jour de l'Unité des affaires autochtones (UDAIPO), qui a compté jusqu'à quarante employés sans que la moindre amélioration des conditions de vie de la population autochtone du département soit perceptible.
Alors qu'elle dispose de beaucoup moins de ressources, l'APG IG, en respectant le mandat conféré par sa population, a mis en place les programmes décrits, en pratique et non en paroles, en ayant à affronter des attaques impitoyables car elle s'est préoccupée de la santé de ses frères, a investi dans l'éducation de ses enfants, a encouragé la production de maïs, les accusations dont elle a fait l'objet étant clairement diffamatoires et calomnieuses.
Rappelons que celui qui fut Exécutif sectionnel et qui est désormais sous-gouverneur de la province d'O'Connor, Walter Ferrufino Gaite, emploie depuis au moins deux ans un groupe d'une vingtaine de personnes qui a pour objectif de harceler les organisations guaranis en employant des méthodes mafieuses : fausses accusations, menaces, intimidation, extorsion et cooptation forcée. Pour parvenir à leur fin illégale, ils instrument plusieurs types de faux documents avec lesquels, grâce au soutien que leur apportent des avocats faisant eux-aussi partie du groupe, ils prétendent usurper la personnalité juridique des organisations et de leurs dirigeants.
Ce groupe de kapangas organisé par le malveillant sous-gouverneur Walter Ferrufino, appartenant à l'extrême-droite de type réactionnaire et raciste sur laquelle s'appuie le gouvernement bolivien dans cette région, a pour fers de lance les Guaranis Hugo Arebayo Corimayo, son frère René Arebayo Corimayo et son oncle Anastacio Arebayo. Ces deux derniers travaillaient en tant que fonctionnaires publics en 2014 et tous trois sont soumis à des sanctions prises selon les us et coutumes par l'APG IG depuis octobre 2012, date à laquelle ils ont été formellement expulsés des communautés et interdits d'occuper des postes de représentation de l'APG IG, tant au niveau interne que vis-à-vis de tiers.
Tant et si bien que dans le coin, on commence à parler du "cartel Ferrufino-Arebayos", en allusion à l'origine douteuse des énormes sommes d'argent dont ce groupe dispose.
Contre vents et marées, face aux attaques et au harcèlement exercé et aux entraves continuellement posées par le gouvernement provincial d'O'Connor et par le gouvernement, principalement via le ministère des Hydrocarbures et de l'Énergie, et maintenant également via le ministère de l'Intérieur, l'APG IG gère son fonds de développement de manière efficace et transparente, en respectant toutes les exigences légales, et remet chaque année son bilan audité.
Il est déplorable que ce harcèlement systématique oblige l'APG IG à consacrer des ressources à répondre aux attaques permanentes, et que ces agissements lui aient provoqué d'innombrables pertes, tant en vies humaines, puisqu'elle n'a pu fournir d'assistance médicale et hospitalière à des Guaranis qui ont fini par mourir, qu'à un niveau matériel, notamment en empêchant de finaliser la récolte pour la période 2013-2014 et d'effectuer les semailles pour 2014-2015. Les élèves des internats de la TCO IG n'ont plus non plus reçu de provisions lors de cette interruption.
L'APG IG doit faire face à de fausses incriminations et à de fausses affaires pénales, auxquelles il faut ajouter les incursions dans les communautés de ce groupe organisé dont le but est d'annihiler l'organisation autochtone, pour menacer les Guaranis, diffuser de fausses rumeurs et payer des pots-de-vin.
Acheter les gens, avec de l'argent également de provenance douteuse, fait partie de la stratégie du ministère des Hydrocarbures visant à supplanter les autorités légitimes et légales de l'APG IG, et non seulement de celle-ci, mais également d'autres peuples guaranis, tant dans le département de Tarija que dans celui de Chuquisaca et de Santa Cruz. En réalité, nous assistons à une stratégie de harcèlement et de désintégration des Guaranis de Bolivie.
Prenons comme exemple l'attaque réalisée par les membres de cette association illicite au siège du Conseil des capitaines guaranis de Tarija en octobre 2014. Cette attaque fut emmenée par le présumé nouveau président élu du Conseil, Abraham Espinoza Montoya, non Guarani, emprisonné à La Paz en mars 2015 accusé d'extorsion, de menaces et d'autres délits connexes commis à l'encontre du député guarani Jacinto Vega Rivero et d'autres dirigeants guaranis, tous du Département de Tarija. Signalons que cette arrestation fut possible, malgré la protection dont bénéficie cet individu, parce qu'il fut surpris en flagrant délit.
Abraham Espinoza est également responsable, de son propre aveu, avec de hauts fonctionnaires du ministère des Hydrocarbures, du blocage des comptes bancaires de l'APG IG, qui dura près de six mois et coûta des vies et provoqua des pertes économiques s'élevant à plus d'un million de dollars à l'organisation autochtone.
Selon des informations fournies par le Département d'analyse criminelle et de renseignements de la police de Tarija qui figurent dans la procédure ouverte par le parquet de cette ville, le groupe raciste, composé entre autre d'Abraham Espinoza (ou Hobrán Espinoza), ainsi que d'Alejandrina Avenante, Poulina Cueva, Modesto Romero, Sacarías Durán, Miguel Ángel Solís Osinoga, Sofía Segovia, Soilo Rocha et Hugo Arebayo, est responsable du pillage du siège du Conseil des capitaines de Tarija.
Une autre affaire récente qui a provoqué de nombreuses critiques vis-à-vis de la réaction du gouvernement et des forces de l'ordre est l'attaque lancée contre les autochtones de la TCO Takovo Mora, également Guaranis.
Les autochtones de Takovo Mora ont bloqué des routes après la violation de leur droit à être consultés "chaque fois que l'on envisage des mesures législatives ou administratives susceptibles de les toucher directement", ce qui est le cas des explorations pétrolières que l'entreprise publique YPFB a entrepris sur leur territoire, dans le bloc appelé El Dorado.
Ils demandent également au gouvernement l'abrogation d'au moins trois décrets qui autorisent l'exploration sur les territoires autochtones sans respecter le droit à la consultation envisagé dans la Constitution politique de l'État (CPE) et dans les lois.
Ces trois décrets ont été signés par le président Evo Morales en moins de soixante jours et menacent les droits des peuples autochtones et la CPE : le décret 2366 autorise l'exploration et l'exploitation d'hydrocarbures dans des zones protégées et sans garanties environnementales ; le décret 2195 concerne la compensation financière liée à l'activité pétrolière sur les territoires autochtones et paysans ; le décret 2298 qui, alors qu'il n'est qu'un décret et donc inférieur aux lois dans la hiérarchie des normes, modifie de fait la loi sur la consultation préalable aux peuples autochtones dans les projets d'exploitation d'hydrocarbures.
Les Guaranis de la TCO Takovo Mora ont décidé d'entamer un blocage afin que leurs revendications soient entendues.
Le 18 août 2015, la police a rompu le barrage qu'ils maintenaient à Yateirenda, sur la route entre Santa Cruz et Yacuiba, les réprimant violemment et faisant usage d'une force disproportionnée, comme l'a lui même reconnu publiquement le procureur de la municipalité de Cabezas, qui est compétent territorialement.
Résultat de l'intervention policière : vingt-six personnes arrêtées, la plupart autochtones, parmi lesquelles quatre mineurs. Après l'audience préliminaire contre les détenus, neuf d'entre eux ont été libérés et les autres font l'objet de mesures préventives aberrantes qui les privent du droit à la réunion et à la manifestation.
Les Guaranis ont dénoncé l'emploi de la violence lors des arrestations. Ils ont notamment indiqué que les agents de police ont détruit des véhicules et des motos, ont pénétré dans les habitations pour emmener plusieurs personnes et, parfois, se sont emparés des enfants pour les utiliser comme "monnaie d'échange" afin de parvenir à des arrestations.
L'objectif ultime, selon des témoins directs, était l'arrestation des dirigeants autochtones, comme le prouve le fait que des effectifs policiers pénétrèrent dans les habitations de la communauté de Yateirenda, après que les policiers ont débloqué la route.
La question de fonds relève une fois de plus de la propriété des autochtones sur les territoires ancestraux : les autochtones de la capitainerie Takovo Mora demandent depuis dix-neuf ans que leur Terre communautaire d'origine (TCO) soit enregistrée. En revanche, des titres de propriété sont octroyés à des tiers, souvent des entrepreneurs et des éleveurs, qui s'installent en territoire guarani, ce qui a pour conséquence que les opérations d'exploration pétrolière sont effectuées sur ces terrains prétendument privés.
L'entreprise publique YPFB prétend que quatre puits pétroliers du bloc El Dorado seront creusés sur les propriétés privées de Chivatos et San Juan de El Dorado, de 3.500 hectares. Les Guaranis assurent qu'il s'agit de leur territoire et ont demandé à la branche départementale de Santa Cruz de l'Institut national de réforme agraire (INRA) que ces terrains leur soient restitués.
Le ministre de l'Intérieur, Carlos Romero, a justifié le déblocage effectué par la police. Il a répété que la zone où sont effectuées les opérations d'exploration pétrolière se trouvent en dehors de la TCO.
Les déclarations du ministre de l'Intérieur, Carlos Gustavo Romero Bonifaz, ne tenant pas compte de la TCO et des droits des peuples autochtones qui en est propriétaire, constituent un acte de félonie symptomatique d'une probité éthique et morale déficiente.
Ces déclarations et le comportement des forces de l'ordre à sa charge, offrent un contraste radical avec les valeurs, principes et droits qu'il défendait publiquement lorsque, alors qu'il était directeur exécutif du Centre d'études juridiques et d'investigation sociale, le CEJIS, il publiait des communiqués en défense du droit des peuples autochtones à leur territoire.
Il dénonçait également la vulnérabilité juridique, à cette époque, du CEJIS, dont les membres, après avoir été attaqués, étaient traités comme des agresseurs par les instances de l'État, et ce en raison de la défense juridique qu'ils dispensaient dans des affaires relatives aux titres de propriété de territoires autochtones, par exemple le processus pour l'octroi de la propriété du territoire de Monte Verde.
Dans un de ces communiqués, daté du 3 octobre 2001, le ministre de l'Intérieur actuel écrivait ceci :
Le 27 septembre, le gouvernement national et la Chambre agricole de l'Orient bolivien ont souscrit à une convention dans laquelle est clairement exprimé l'intérêt de "légaliser" la dépossession des territoires autochtones et des terres paysannes, au point d'entendre établir des normes qui favorisent l'octroi définitif de titres de propriété obtenus pendant la dictature de Luis García Meza ou des dispositions draconiennes telles que celles concernant la charge animale, grâce à laquelle, avec quelques têtes de bétail, les accapareurs et trafiquants de terres pourront s'approprier d'étendues considérables qui, comme ç'a été le cas jusqu'à aujourd'hui, ne serviront qu'à la spéculation et à l'enrichissement facile. La flexibilisation extrême des normes de vérification du respect de la fonction socio-économique de la propriété agraire poursuit le même objectif.
Dans cette convention, le gouvernement s'est engagé à ratifier et à faire appliquer le Décret suprême anticonstitutionnel qui vise à entraver le travail des ONG qui soutiennent des peuples autochtones et des organisations paysannes, l'intention de la Chambre agricole de l'Orient bolivien étant clairement établie, dans le sens de restreindre au maximum les possibilités pour les autochtones et les paysans de défendre au plan légal et constitutionnel leurs droits, reconnus par la législation bolivienne en vigueur."
Ces antécédents montrent que M. Romero est parfaitement au courant du modus operandi employé par les instances de l'État pour dépouiller les peuples autochtones de leurs territoires, comme il a pu le vivre avec l'INRA. Il est donc parfaitement conscient que ses déclarations sont mensongères. C'est d'autant plus grave lorsque ces interventions viennent d'un fonctionnaire, qui est tenu de respecter et de faire respecter la loi. Cela s'applique également au vice-président Álvaro García Linera, qui a lui aussi fait partie du CEJIS et est tout aussi au courant de ce modus operandi visant à priver les peuples autochtones de leurs terres.
L'intention du ministre de l'Intérieur, Carlos Romero, et du vice-président García Linera est donc clairement établie "dans le sens de restreindre au maximum les possibilités pour les autochtones et les paysans de défendre au plan légal et constitutionnel leurs droits, reconnus par la législation bolivienne en vigueur."
Le but ultime est donc de priver les Guaranis de l'exercice de leurs droits en tant que peuples propiétaires de leurs terres ancestrales.
C'est dans ce contexte qu'il faut analyser la récente décision du président Evo Morales de les exclure du nouveau Fonds indigène, une décision de plus dans la stratégie gouvernementale allant à l'encontre des organisations guaranis et de leurs dirigeants.
Ainsi, le Décret suprême 2493, adopté le 26 août 2015 par l'Exécutif, crée le Fonds de développement autochtone, disposant d'une structure organique différente de celle du précédent Fonds de développement pour les peuples autochtones originaires et pour les communautés paysannes (FONDIOC), dont l'efficacité a été nulle, en partie parce qu'une partie du fonds a été utilisée dans des projets qui n'avaient rien à voir avec sa prétendue finalité et que sa gestion a été entachée d'actes de corruption pour lesquels des réclamations se font déjà entendre afin de trouver les responsables au niveau supérieur.
Ne disposeront pas de représentation au sein de la structure du nouveau Fonds de développement autochtone, la Confédération syndicales des colonisateurs de Bolivie, l'Assemblée du peuple guarani (l'APG nationale), la Coordinatrice des peuples ethniques de Santa Cruz et la Centrale des peuples ethniques Moxos du Beni.
Étonnamment, ce sont les mobilisations emmenées par l'APG IG qui aboutirent à l'époque à la création du FONDIOC, bien que l'APG IG, au vu de la réglementation du Fonds, n'a jamais sollicité de financement pour aucun projet, puisque, d'après son département juridique, tout était fait pour que l'argent soit mal administré et que tous les Guaranis, et seulement eux, finissent par être accusés. Le temps leur a donné raison. Il n'en reste pas moins ironique que les Guaranis, propriétaires des terres dont proviennent les revenus constituant le fonds, en soient exclus.
Le mécanisme le plus pervers de démantèlement des organisations autochtones défendant leurs propres droits consiste cependant à nommer de faux dirigeants et à falsifier des documents en vue de faire valoir ces nominations auprès de diverses instances.
Dans le cas de l'APG IG, Walter Ferrufino et ses sbires, principalement les frères Arebayo, se trouvant à la tête de la machination, ont été jusqu'à falsifier des actes des communautés et à se livrer à des actions graves, comme faire figurer la signature d'enfants de moins de dix ans comme s'il s'agissait de comunarios possédant le droit de vote.
Avec de tels agissements, ils ont tenté de faire valoir auprès de diverses instances la nomination d'un nouveau conseil directeur de l'APG IG et la destitution, selon eux, du précédent conseil, sans évidemment respecter aucune des procédures et formalités requises par le statut en vigueur, adopté à l'unanimité par les trente-six communautés de l'APG IG.
La manoeuvre a été tellement loin que, sur base de documents trafiqués et frauduleux, le notaire public d'Entre Ríos, ville où se trouve le siège de l'APG IG, a, à l'époque, enregistré des pouvoirs au nom d'Hugo Arebayo et d'Eugenio Catuire, membres du cartel Ferrufino.
Ces falsifications ont également touché les APG de Villamontes et Bermejo, ainsi que le Conseil de capitaines de Tarija, qui doivent pour le moment se défendre contre un acte notarié frauduleux qui implique l'usurpation des autorités élues selon les us et coutumes, grâce auquel l'association criminelle des Arebayo confère un mandat à Abraham Espinoza, mentionné précédemment et déjà accusé, en sa prétendue qualité de président du Conseil des capitaines guaranis de Tarija.
Une des instances auprès desquelles ce groupe criminel a tenté de faire valoir son mandat a été le Tribunal électoral départemental de Tarija, qui a dû finalement faire marche arrière et ne pas reconnaître ces faux pouvoirs.
Ces agissements ont touché les APG de Yacuiba, Carapari, Villamontes, Itika Guasu et Bermejo, toutes membres du Conseil des capitaines guaranis de Tarija ; en d'autres mots, l'ensemble des Guaranis du département de Tarija. Par conséquent, ces manoeuvres ont motivé des résolutions conjointes de toutes les APG, confirmant les sanctions que l'APG IG avait prononcées contre les Arebayo et condamnant tous les usurpateurs de la juridiction autochtone, de manière à ce qu'ils ne puissent à l'avenir pas exercer de postes dans la communauté, dans la zone, dans le département ni dans l'APG nationale, ni accéder à des postes publics ou politiques en représentation ou au nom du peuple guarani. Les personnes sanctionnées sont les suivantes :
De l'APG Yacuiba
Zoilo Rocha
De l'APG Carapari
Zacarías Duran
De l'APG Itika Guasu
Hugo Arebayo Corimayo
René Arebayo Corimayo
Anastacio Arebayo
Eloy Novillo
Eugenio Catuire
Corina Cueilar
Martin Maire
Reynaldo Llanos Cayo
Artemio Tárraga
Ahraham Melean
Pascual Catuire
De l'APG Villamontes
Alejandrina Avenanti
Etelvina Robles
Agapito Vasquez
Elena Cuellar
Ce harcèlement et ces persécutions affectent également les Guaranis du département de Santa Cruz, comme l'ont montré les terribles événements de Yateirenda, et du département de Chuquisaca, dont le clan Arebayo a également tenté d'usurper les représentants.
Le 31 juillet 2015, les différentes organisations guaranis se sont réunies en ce qu'elles appellent la "Nation guarani de Bolivie" et ont condamné dans une résolution le comportement du président Evo Morales, qui n'a pas tenu compte de la Constitution politique de l'État (CPE), ni des structures des nations et peuples autochtones. Cette assemblée a regroupé toutes les organisations guaranis de l'État plurinational de Bolivie, qui ont adopté à l'unanimité un texte, dans lequel elles déterminent de :
"Condamner les actes publics célébrés par la présidence de l'État plurinational de Bolivie le 30 juillet 2015 dans la communauté de Ñaurenda de la TCO Itika Guasu, et invalider tout accord, document et acte juridique qui aurait été généré lors de ces actes, puisqu'il bafoue la juridiction autochtone originaire et territoriale de chacune des organisations guaranis de Bolivie".
"Déclarer et rappeler que tout accord et acte juridique qui pourrait découler des actes publics en question est nul et non avenu, car la représentation alléguée par les quelques Guaranis présents à ces actes se base sur l'usurpation d'autorité, sur l'inauthenticité matérielle et idéologique et sur l'utilisation d'instruments falsifiés, qui, tous, constituent des délits repris dans le Code pénal en vigueur".
Ils faisaient référence à un acte ayant eu lieu dans une des communautés de l'APG IG, organisé par Evo Morales pour rendre légitime en apparence le feu vert que le cartel Arebayo avait donné aux décrets violant le droit à la consultation.
C'est pour cette raison que l'APG IG et les autres organisations guaranis demandent aux fonctionnaires de YPFB et du ministère des Hydrocarbures d'arrêter de financer de manière irrégulière et illégale des organisations parallèles aux leurs.
Certains secteurs exigent la démission du président de YPFB, Guillermo Achá, du ministre des Hydrocarbures, Luis Alberto Sánchez, et des employés du même ministère, qui sont ceux qui dirigent, organisent et financent ces opérations illégales et qui fonctionnent comme une authentique organisation criminelle et qui a été jusqu'à falsifier des documents publics, notamment des licences environnementales.
Parmi ces personnes se trouvent :
Xavier Eduardo Barriga Sinisterra, directeur général de gestion socio-environnementale, vice-ministère du Développement énergétique, ministère des Hydrocarbures et de l'Énergie.
Eduardo Alberto de los Ríos Colodro, chef de l'Unité de prévention et de contrôle socio-environnemental de la Direction générale de gestion socio-environnementale, ministère des Hydrocarbures et de l'Énergie.
Freddy Hurtado, communicateur social, YPFB Villamontes et,
Franklin Molina Ortiz, ex-vice-ministre du Développement énergétique du ministère des Hydrocarbures et de l'Énergie.
Au vu de tout cela, il est évident et notoire que le gouvernement bolivien non seulement néglige son devoir de protection des populations vulnérables, mais participe activement à une trame d'illégalité et d'extorsion visant à remplacer les organisations guaranis et, par conséquent, à obliger les entreprises du secteur extractif à se prêter à des agissements illégaux et à masquer les vices que ces actes occasionnent aux "licences", octroyées par le ministère sans consulter les représentants légitimes et légaux des propriétaires des terres ancestrales sur lesquelles ces entreprises opèrent.
C'est cette sécurité juridique que le gouvernement bolivien veut donner aux investisseurs étrangers et nationaux ?
Le cas de l'APG IG démontre qu'un peuple autochtone peut exercer son autonomie, en gérer les implications et améliorer les conditions de vie de ses membres. L'APG IG avait commencé par demander au gouvernement d'Evo Morales qu'il la protège face aux entreprises ; désormais, elle se contente de ce que ce gouvernement la laisse simplement poursuivre son propre plan de développement qui, comme cela a été établi, ne bénéficie d'aucune ressource ou aide publique.
Faire face à cette ingérence dans les questions indigènes, qui vise à saper les structures et, finalement, les modes de vie des groupes autochtones, est en passe de devenir une question de survie cruciale.
Si cela continue, c'est-à-dire, si les principes constitutionnels de base et les lois internes consacrant et ratifiant le droit de propriété autochtone, le droit des autochtones à disposer de leurs propres institutions et formes de représentation, sans interférences, et le droit à la consultation préalable, libre et éclairée, continuent à être violés, le gouvernement actuel entrera dans l'histoire comme celui qui a détruit le bien indissociable de l'essence et de l'être de tout peuple indigène : son territoire.
Il y a un grand déséquilibre, ou, en d'autres termes, une grande différence entre les faits et actions du gouvernement d'Evo Morales envers les peuples autochtones guaranis et l'image de défenseur des autochtones que ce gouvernement et son président veulent donner à l'intérieur et en dehors de la Bolivie.
L'APG IG veut nous faire comprendre que ce qui est important pour elle, est finalement quelque chose de très simple et qui pour n'importe quel gouvernement irait de soi : que le gouvernement et tous les pouvoirs publics se conforment à l'arrêt de la Cour constitutionnelle de 2010 rendu en faveur de l'organisation et de la TCO Itika Guasu, par lequel la plus haute instance exhorte "à l'exécution des normes internationales et constitutionnelles concernant les droits des peuples autochtones".
Fondamentalement, les différentes APG demandent que :
- Soit respectée la Constitution politique de l'État, en particulier dans la mise en �uvre de l'article 30 du chapitre IV, qui concerne les droits des nations et des peuples autochtone originaire paysans, et que soit appliqué et exécuté l'arrêt de la Cour constitutionnelle 2003/2010-R, en ce qu'il concerne le droit de consultation et de propriété autochtone et la possession de la terre.
- Soient respectées les terres communautaires d'origine et, par conséquent, que chacune d'entre elles soient enregistrées sans délai et que le droit à la propriété autochtone soit garanti dans les mêmes conditions avec lesquelles on prétend défendre la propriété privée, en ordonnant la consolidation des terres communautaires conformément aux dispositions de la loi 3760 et de l'arrêt de la Cour constitutionnelle 2003/2010-R susmentionné.
L'ambiance est tellement peu propice aux peuples guaranis que respecter les arrêts de la Cour constitutionnelle et la CPE, d'un côté, et ne pas intervenir dans les affaires autochtones, de l'autre, sont devenus des souhaits difficiles à faire exaucer.
Tarija et Charleroi, 03sep15
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