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Timestamp: 2017-07-26 16:37:28+00:00
Document Index: 327118139

Matched Legal Cases: ["l'article 34", "l'article 1", "l'article 51", "l'article 34", "l'article 34", "l'article 34", "l'article 41"]

Le domaine de la loi Contact
Le domaine de la loi La distinction d'un domaine législatif et d'un domaine réglementaire est une nouveauté introduite par la Constitution de 1958.
L'article 34 de la Constitution qui définit le domaine de la loi laisse cependant à la loi un très large champ d'intervention.
En outre, la jurisprudence du Conseil constitutionnel et la pratique institutionnelle ont permis à la loi d'étendre progressivement son domaine.
I. - La définition du domaine de la loi
Sous les IIIème et IVème Républiques, la loi se définissait de façon formelle : la loi était un acte adopté par le Parlement selon la procédure législative et promulgué par le Président de la République. Le domaine de la loi était sans borne. Une loi pouvait concerner n'importe quel sujet et même s'appliquer à un cas particulier. Un acte de forme législative ne pouvait être modifié que par un texte de même forme.
Le pouvoir réglementaire du Gouvernement était essentiellement un pouvoir d'application des lois. Il n'y avait pas de différence de domaine entre la loi et le règlement, mais une différence de forme : la loi était un acte voté par le Parlement et le règlement émanait de l'Exécutif. La suprématie absolue de la loi, expression de la volonté de la Nation, se traduisait par l'irrecevabilité d'un recours exercé contre celle-ci devant une juridiction.
En 1958, le constituant a souhaité protéger le domaine propre de l'action du Gouvernement et soustraire du domaine de la loi de nombreuses questions relevant davantage de l'administration et de la gestion courante des affaires publiques. Dans ses mémoires, Michel Debré n'hésitait pas à voir dans ces dispositions "l'acte de naissance d'un parlementarisme de qualité". Il s'en est expliqué devant le Conseil d'Etat : "Du point de vue des principes, la définition est normale et c'est la confusion de la loi, du règlement, voire de la mesure individuelle, qui est une absurdité".
La Constitution de la Vème République définit le domaine de la loi. L'article 34 distingue les matières dans lesquelles le Parlement fixe les règles et celles pour lesquelles il détermine les principes fondamentaux.
Jusqu'en 2008, la liste des règles fixées par la loi était la suivante :
les droits civiques et les garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l'exercice des libertés publiques, les sujétions imposées par la Défense nationale aux citoyens en leur personne et en leurs biens ;
La liste des principes fondamentaux fixés par la loi était la suivante :
l'organisation générale de la défense nationale ;
l'enseignement (introduite par la loi constitutionnelle du 1er mars 2005) ;
la préservation de l'environnement (introduite par la loi constitutionnelle du 1er mars 2005) ;
L'article 34 disposait en outre que "les lois de finances déterminent les ressources et les charges de l'Etat dans les conditions et sous les réserves prévues par une loi organique", et que "les lois de financement de la sécurité sociale déterminent les conditions générales de son équilibre financier et, compte tenu de leurs prévisions de recettes, fixent ses objectifs de dépenses". Il confiait enfin à des lois de programme le soin de déterminer les objectifs de l'action économique et sociale de l'Etat.
Encadré mais étendu, le domaine de la loi a été progressivement élargi sous le double effet d'une jurisprudence libérale du Conseil constitutionnel et de la volonté du constituant de 2008.
Le Conseil a rappelé que le domaine délimité par l'article 34 n'était pas exhaustif : d'autres articles de la Constitution et de son préambule déterminent les matières législatives (déclaration de guerre, état de siège, autorisation de ratification de certains traités, dispositions des articles 72 à 74 relatives aux collectivités territoriales). La charte de l'environnement, qui fait référence à la loi (notamment à ses articles 3, 4 et 7), étend également la compétence du législateur.
Par ailleurs, le Conseil constitutionnel ne permet pas au législateur d'abandonner ou de négliger son propre domaine :
en affirmant que le législateur ne peut pas priver de garantie légale une règle, un principe ou un objectif à valeur constitutionnelle (décision n° 84-185 DC du 18 janvier 1985) ;
en estimant que le législateur ne peut se reposer sur le règlement pour préciser certaines dispositions que la Constitution lui impose de définir lui-même : à travers la sanction des "incompétences négatives", le Conseil s'assure, de longue date, que la loi comporte bien certaines caractéristiques.
Surtout, dans une décision importante n° 82-143 DC du 30 juillet 1982, le Conseil constitutionnel a jugé "que, par les articles 34 et 37, alinéa 1er, la Constitution n'a pas entendu frapper d'inconstitutionnalité une disposition de nature réglementaire contenue dans une loi, mais a voulu, à côté du domaine réservé à la loi, reconnaître à l'autorité réglementaire un domaine propre et conférer au Gouvernement, par la mise en oeuvre des procédures spécifiques des articles 37, alinéa 2, et 41, le pouvoir d'en assurer la protection contre d'éventuels empiétements de la loi".
De son côté, le constituant a expressément étendu le domaine de la loi en juillet 2008.
Ainsi, l'article 1er de la Constitution permet désormais à la loi de favoriser l'égal accès des femmes et des hommes non seulement aux mandats électoraux et fonctions électives, mais aussi aux responsabilités professionnelles et sociales.
L'article 4 prévoit que la loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis et groupements politiques à la vie démocratique de la Nation.
En vertu de l'article 51-2, la loi détermine les règles d'organisation et de fonctionnement des commissions d'enquête.
A l'article 34, ont été ajoutés :
le régime électoral des instances représentatives des Français établis hors de France ;
les conditions d'exercice des mandats électoraux et des fonctions électives des membres des assemblées délibérantes des collectivités territoriales ;
de déterminer les emplois ou fonctions pour lesquels, en raison de leur importance pour les droits et libertés ou la vie économique et sociale de la Nation, le pouvoir de nomination du Président de la République s'exerce après avis de la commission permanente compétente de chaque assemblée (article 13 de la Constitution) ;
de fixer la composition, l'organisation et le fonctionnement de la commission indépendante chargée de rendre un avis sur les projets délimitant les circonscriptions pour l'élection des députés ou modifiant la répartition des sièges de députés ou de sénateurs ( article 25).
La définition du domaine de la loi s'accompagne de la reconnaissance d'un pouvoir réglementaire autonome et de dispositifs permettant d'assurer la protection des limites ainsi définies entre ce qui relève du législateur et le reste.
1. - Le domaine du règlement
Ce qui n'est pas du domaine de la loi est du domaine du règlement. L'article 37 est ainsi le complément de l'article 34 : il définit le domaine réglementaire dans lequel le Gouvernement peut prendre des décrets, c'est-à-dire tout ce qui n'est pas précisément compris dans le domaine de la loi.
L'article 37 ouvre au pouvoir réglementaire un large champ de compétences, non seulement pour l'application de la loi, mais aussi dans des matières a priori exclues du domaine de la loi. C'est pourquoi on distingue le pouvoir réglementaire pour l'application des lois et le pouvoir réglementaire "autonome" défini par exclusion des éléments du domaine de la loi énumérés à l'article 34. A titre d'exemple, la procédure civile relève exclusivement du domaine réglementaire, de même que le régime des contraventions, sous réserve que les peines prévues ne soient pas privatives de liberté.
2. - L'irrecevabilité (article 41 de la Constitution)
L'article 41 de la Constitution permet au Gouvernement ainsi que, depuis la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008, au Président de l'assemblée intéressée, de déclarer irrecevables, pendant le déroulement de la procédure législative, les propositions de loi et les amendements qui ne relèvent pas du domaine de la loi.
En cas de désaccord entre le Gouvernement et le Président de l'assemblée saisie, le Conseil constitutionnel se prononce dans les huit jours.
Cette procédure a été peu utilisée depuis le début de la Vème République. Seules 11 décisions relatives à une irrecevabilité ont été prises par le Conseil constitutionnel depuis 1958. Jusqu'à une date récente, elle pouvait même sembler en voie de disparition puisque la dernière décision remontait à 1980. Cependant, M. Jean-Louis Debré, Président de l'Assemblée nationale, a déclaré irrecevables, en janvier 2005 puis de nouveau au mois d'avril de la même année, à la demande du Gouvernement, au titre de l'article 41, des amendements au projet de loi relatif aux activités postales (14 587 en première lecture et 101 en deuxième lecture).
3. - La procédure de la délégalisation (article 37, al. 2 de la Constitution)
Quand une loi a été adoptée dans un domaine relevant du règlement, une procédure de délégalisation peut être mise en œuvre pour permettre au Gouvernement d'en modifier les dispositions. Cette procédure permet d'éviter un recours systématique à la voie parlementaire pour modifier des textes de forme législative, mais de nature réglementaire.
La procédure de délégalisation est ouverte par une saisine du Conseil constitutionnel qui, s'il reconnaît le caractère réglementaire du texte, autorisera sa modification par décret. Les textes de forme législative antérieurs à 1958 peuvent être modifiés directement par décret pris après avis du Conseil d'Etat.
Dans plus de 70 % des décisions rendues par le Conseil constitutionnel, celui-ci a fait droit à la demande du Premier ministre et a procédé à la délégalisation des dispositions qui lui avaient été soumises.