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Timestamp: 2016-10-22 07:06:28+00:00
Document Index: 105959568

Matched Legal Cases: ['art. 337', 'art. 48', 'art. 46', 'art. 54', 'art. 55', 'ATF ', 'art. 55', 'ATF ', 'art. 9', 'art. 337', 'art. 337', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 337', 'art. 4', 'ATF ', 'ATF ', 'art. 63', 'art. 343', 'art. 156', 'art. 159']

4C.210/2004 (24.08.2004)
d�fenderesse et recourante, repr�sent�e par Me Alain Bruno L�vy,
Z.________, demandeur et intim�, repr�sent� par Me Herv� Crausaz,
Caisse cantonale vaudoise de ch�mage,
A.a Banque X.________ SA (ci-apr�s: la Banque) est un �tablissement bancaire genevois. Dans le courant de l'ann�e 2000, la Banque, souhaitant d�velopper ses activit�s dans le domaine de la gestion de fortunes, a approch�, puis finalement engag�, par contrats du 4 septembre 2000, cinq personnes provenant d'un autre �tablissement bancaire, au nombre desquelles figuraient Y.________ et Z.________. Le premier a �t� d�sign� en qualit� de responsable des relationship managers (i.e les gestionnaires), avec titre de directeur adjoint; le second, subordonn� directement au pr�nomm�, s'est vu attribuer la fonction de gestionnaire et le titre de vice-directeur. Ces deux employ�s, qui oeuvraient de concert, avaient notamment pour mission d'amener une nouvelle client�le private banking, d'am�liorer les m�thodes de travail de la Banque et de promouvoir l'image de marque de celle-ci et de ses produits. Dans l'accomplissement de ces t�ches, ils s'engageaient � respecter les r�gles internes de fonctionnement, en particulier celles ayant trait � la pr�vention et � la lutte contre le blanchiment de capitaux.
Le salaire annuel brut �tait de 260'000 fr. pour Y.________ et de 180'000 fr. pour Z.________. Les employ�s avaient droit, en sus et durant deux ans, � un bonus minimum de 100'000 fr., respectivement 50'000 fr., sous r�serve d'une r�siliation imm�diate de leur contrat de travail pour de justes motifs.
Y.________ et Z.________ sont entr�s en fonction le 1er janvier 2001. Eu �gard aux clauses topiques de leur contrat, les rapports de travail ne pouvaient s'�teindre que le 30 juin 2003 au plus t�t, sauf r�siliation imm�diate justifi�e.
A.b Le 12 mars 2001, Z.________ a proc�d� � l'ouverture d'un compte (ci-apr�s: compte A) au nom d'une cliente qui lui avait �t� pr�sent�e, ainsi qu'� Y.________, par un collaborateur de la Banque. Le rapport d'ouverture de compte indiquait que cette cliente, domicili�e � Gen�ve, �tait administratrice et directrice d'une soci�t� faisant le commerce de t�l�phones mobiles; que sa fortune �tait estim�e entre 1 et 5 millions de francs suisses; que le montant des fonds � transf�rer sur ledit compte, et provenant de la banque genevoise G., s'�levait � quelque 100'000 fr.; que l'int�ress�e r�fl�chissait � l'opportunit� d'ouvrir �galement un compte pour une soci�t� offshore en relation avec une banque genevoise et poss�dant des avoirs de plus d'un million de francs suisses; enfin, que la cliente �tait identifi�e comme �tant l'ayant droit �conomique des fonds qui allaient �tre d�pos�s sur le compte A.
Le 18 avril 2001, Z.________ a proc�d� � l'ouverture d'un autre compte (ci-apr�s: compte B) pour une cliente qui lui avait �t� pr�sent�e, ainsi qu'� Y.________, par la titulaire du compte A. Le rapport d'ouverture de compte pr�cisait que la cliente �tait une retrait�e, d'origine fran�aise, domicili�e en Corse, dont la fortune globale, provenant de l'�pargne, �tait �valu�e entre 0 et 0,5 million de francs suisses; que ledit compte allait �tre cr�dit� d'un montant de 1,3 million de francs fran�ais, en deux versements provenant de la banque genevoise G., susmentionn�e; enfin, que la cliente �tait identifi�e comme �tant l'ayant droit �conomique des fonds qui allaient �tre d�pos�s sur le compte B.
Y.________ a �t� tenu au courant de l'ouverture de ces deux comptes et la Banque a �t� charg�e de g�rer les fonds d�pos�s sur ceux-ci. En mars et mai 2001, le compte A a �t� cr�dit� d'environ 140'000 euros vir�s depuis une banque genevoise. Selon un rapport de visite du 10 juillet 2001, 305'000 euros avaient �t� cr�dit�s sur le m�me compte, en provenance d'une structure offshore. Quant au compte B, il a �t� cr�dit�, le 12 juillet 2001, de 458'000 euros en provenance d'une autre banque genevoise (banque H).
En �t� 2001, Z.________ avait re�u s�par�ment les clientes titulaires des comptes A et B. Celles-ci lui avaient expliqu�, de mani�re concordante, que B, qui �tait la m�re de la meilleure amie de A, avait avanc� des fonds � A pour financer son commerce de t�l�phonie mobile. Pour la rembourser, il �tait pr�vu de liquider l'offshore et de verser par moiti� le produit de cette liquidation sur les comptes A et B. Ces explications ont �t� port�es � la connaissance de Y.________, avant d'�tre confirm�es par la cliente A � l'occasion d'une entrevue avec les deux employ�s de la Banque. Ceux-ci n'ont pas �tabli de rapport de visite � ce sujet et ils n'ont pas davantage effectu� de d�marches en vue de modifier le "profil-client" des clientes A et B et d'y mentionner l'existence d'une relation d'affaires entre elles. A une date qui ne ressort pas du dossier, ils ont sollicit� l'avis d'un autre gestionnaire, relativement � ces deux comptes, lequel n'a rien constat� d'anormal.
Les 24 juillet, 6, 16, 27 et 31 ao�t, 7 et 17 septembre 2001, les comptes A et B ont �t� cr�dit�s de montants identiques, totalisant 875'220 euros, chaque fois en provenance de la banque H., sur ordre de l'offshore pr�cit�e. Le 19 septembre 2001, le compte B a encore �t� cr�dit� de 500'000 euros, selon la m�me proc�dure. La moiti� de ce montant a �t� vir�e, le 18 octobre 2001, sur le compte A, conform�ment � un ordre �crit de la titulaire du compte B.
A.c Le 17 janvier 2002, Y.________ a eu un entretien avec la titulaire du compte B, qui avait d�j� rencontr� Z.________ le 17 octobre 2001. Selon le rapport de visite �tabli lors de cette entrevue, la cliente a confirm� � son interlocuteur son besoin de liquidit�s pour acqu�rir un terrain en Corse. Y.________ lui a alors propos� l'octroi d'un cr�dit lombard � des conditions pr�f�rentielles, afin de r�duire le montant du retrait en argent liquide. Cette proposition devait �tre soumise au Comit� de cr�dit et la cliente devait revenir le 23 du m�me mois pour finaliser l'op�ration; elle remettrait ensuite � la Banque une copie de l'acte d'achat notari�.
Y.________ a inform� V.________ - le compliance officer de la Banque, qui �tait charg� de conseiller la direction et les employ�s dans l'application des r�gles de diligence - de ce qui pr�c�de. Ayant consult� les documents et relev�s relatifs aux comptes A et B, ce dernier a demand�, le 22 janvier 2002, � Y.________ et � Z.________ des renseignements pr�cis concernant ces deux comptes et, plus particuli�rement, quant aux raisons expliquant le parall�lisme parfait des sept versements op�r�s sur ceux-ci entre le 24 juillet et le 17 septembre 2001. Les deux employ�s ont fourni des explications �crites en date du 23 janvier 2002. A sa demande, ils lui ont encore transmis, le 1er f�vrier 2002, divers documents en relation avec l'activit� de la cliente A.
Le 2 f�vrier 2002, V.________ et W.________, directeur g�n�ral de la Banque, se sont d�clar�s insatisfaits des renseignements fournis et ont invit� les deux employ�s � informer les clientes A et B que la Banque avait d�cid� de cl�turer leurs comptes. Puis, par note interne du 5 f�vrier 2002, ils ont reproch� � Y.________ et � Z.________ d'avoir commis des fautes graves consistant � n'avoir pas �clairci, de fa�on s�rieuse et document�e, les nombreux transferts insolites r�alis�s de mani�re parall�le sur les comptes de deux titulaires totalement distincts. Les employ�s vis�s ont contest� ces griefs au cours d'un entretien qu'ils ont eu le lendemain avec W.________.
D'entente avec les autres membres du conseil d'administration, le directeur g�n�ral a signifi� oralement leur cong� imm�diat � Y.________ et � Z.________ en date du 11 f�vrier 2002. Par courrier recommand� du m�me jour, reprenant les reproches formul�s dans la note interne du 5 f�vrier 2002, la Banque a confirm� aux deux employ�s la r�siliation imm�diate de leurs rapports de travail.
En mars 2002, la Banque a mis fin � ses relations avec les clientes A et B. Elle n'a proc�d� � aucune d�nonciation au titre de la loi sur le blanchiment d'argent (LBA).
Le 1er mars 2004, ni Y.________ ni Z.________ n'avaient retrouv� du travail.
Le 14 mars 2002, Z.________ a assign� la Banque devant la juridiction prud'homale genevoise. Du chef de son licenciement imm�diat, qu'il estimait injustifi�, le demandeur a r�clam� le paiement de 262'500 fr. brut, � titre de salaire et d'indemnit� de vacances jusqu'� l'expiration de la dur�e contractuelle des rapports de travail, et de 90'000 fr. net, � titre d'indemnit� au sens de l'art. 337c al. 3 CO, le tout avec int�r�ts � 5% l'an d�s le 11 f�vrier 2002.
La d�fenderesse a conclu au rejet int�gral des conclusions du demandeur.
La Caisse cantonale vaudoise de ch�mage est intervenue au proc�s pour faire valoir la subrogation � concurrence des indemnit�s vers�es par elle au demandeur.
Y.________ a �galement ouvert action contre la d�fenderesse. Les deux proc�dures, bien qu'elles n'aient pas �t� formellement jointes, ont fait l'objet d'une instruction commune.
Par jugement du 17 d�cembre 2003, le Tribunal des prud'hommes du canton de Gen�ve a condamn� la d�fenderesse � payer au demandeur la somme brute de 262'500 fr., sous d�duction de la somme nette de 54'890 fr. 10 � verser � l'intervenante, ainsi qu'une indemnit� de 30'000 fr., les montants allou�s au demandeur portant int�r�ts � 5% l'an d�s le 11 f�vrier 2002.
Saisie d'un appel principal de la d�fenderesse et d'un appel incident du demandeur, la Cour d'appel des prud'hommes, statuant par arr�t du 1er mars 2004, a confirm� le jugement de premi�re instance, en tenant compte du montant actualis� des pr�tentions r�cursoires de l'intervenante, sauf en ce qui concerne l'indemnit� pour licenciement injustifi� qu'elle a augment�e pour la fixer � 60'000 fr., soit l'�quivalent de quatre mois de salaire.
La d�fenderesse interjette un recours en r�forme au Tribunal f�d�ral. Elle y reprend les conclusions lib�ratoires qu'elle avait soumises aux juges cantonaux.
Le demandeur propose le rejet du recours. Quant � l'intervenante, elle a renonc� � d�poser une r�ponse.
1.1 Interjet� par la partie qui a succomb� dans ses conclusions lib�ratoires et dirig� contre une d�cision finale rendue en derni�re instance cantonale par un tribunal sup�rieur (art. 48 OJ) sur une contestation civile dont la valeur litigieuse d�passe nettement le seuil de 8'000 fr. (art. 46 OJ), le pr�sent recours en r�forme est en principe recevable puisqu'il a �t� d�pos� en temps utile (art. 54 al. 1 OJ) et dans les formes requises (art. 55 OJ).
Ainsi, dans la mesure o� la d�fenderesse pr�sente un �tat de fait qui s'�carte de celui contenu dans la d�cision attaqu�e ou le compl�te, il n'est pas possible d'en tenir compte (ATF 127 III 248 consid. 2c). Il ne peut �tre pr�sent� de griefs contre les constatations de fait, ni de faits ou de moyens de preuve nouveaux (art. 55 al. 1 let. c OJ). Le recours en r�forme n'est donc pas ouvert pour remettre en cause l'appr�ciation des preuves et les constatations de fait qui en d�coulent (ATF 128 III 271 consid. 2b/aa p. 277; 127 III 247 consid. 2c p. 252; 126 III 189 consid. 2a; 125 III 78 consid. 3a).
2.1 A ce stade de la proc�dure, le litige ne porte plus que sur le caract�re injustifi� ou non du licenciement imm�diat du demandeur. Quant aux cons�quences p�cuniaires de ce licenciement, � le supposer injustifi�, elles ne sont pas remises en cause par la d�fenderesse. La juridiction f�d�rale de r�forme n'aura d�s lors pas � en conna�tre au cas o� elle admettrait, � l'instar des deux instances cantonales, que le licenciement controvers� ne reposait pas sur de justes motifs.
2.2 Selon la cour cantonale, s'il n'appartient pas � la juridiction prud'homale de contr�ler l'application des dispositions l�gales en mati�re de diligence dans le secteur financier, l'importance particuli�re que rev�t la lutte contre le blanchiment d'argent commande toutefois de tenir compte du contexte normatif en ce domaine lorsqu'il s'agit d'examiner la validit� d'un licenciement imm�diat. Il est donc incontestable que le cadre bancaire qui ne proc�de pas aux �claircissements n�cessaires contrevient � ses devoirs et qu'il s'expose � un licenciement avec effet imm�diat si les manquements qui lui sont imputables peuvent �tre qualifi�s de graves.
Tel n'est pas le cas en l'esp�ce. En effet, aucun manquement ne peut �tre reproch� au demandeur en relation avec les renseignements qui devaient �tre recueillis au moment de l'ouverture des comptes A et B. L'int�ress� s'est acquitt� correctement de cette t�che lorsqu'il a rempli et sign� les formules ad hoc. L'ouverture desdits comptes a d'ailleurs �t� valid�e par les organes sup�rieurs de la Banque selon la proc�dure usuelle.
Par la suite, le demandeur et Y.________ ont obtenu des titulaires des comptes A et B des renseignements concordants sur les tenants et aboutissants des versements sym�triques � intervenir sur ces deux comptes. Eu �gard � ces renseignements, les versements importants, identiques et r�p�t�s sur ces comptes-l� ne pr�sentaient pas un caract�re insolite, mais s'inscrivaient au contraire dans la logique d'une liquidation des rapports existant entre les deux clientes (remboursement du pr�t accord� par la cliente B � la cliente A pour financer son commerce de t�l�phonie mobile et partage des b�n�fices). Le fait que les versements provenaient tous du m�me �tablissement bancaire genevois et qu'ils �taient effectu�s sur ordre de la m�me offshore n'avait rien d'insolite dans de telles circonstances. Il y avait d'autant moins de quoi �veiller les soup�ons des gestionnaires que les fonds provenaient d'une autre banque de la place et qu'ils ne faisaient pas que transiter par la Banque, puisque celle-ci avait re�u le mandat de les g�rer. Entre ao�t et octobre 2001, le demandeur n'avait ainsi aucune raison de proc�der � une clarification suppl�mentaire quant � l'arri�re-plan �conomique de la situation.
Ult�rieurement, le demandeur a r�guli�rement inform� le compliance officer de la Banque de l'intention qu'avait manifest�e la cliente B de retirer d'importants fonds en esp�ces. Certes, � ce stade, il aurait �t� pr�f�rable de consigner les renseignements fournis par les clientes A et B dans des rapports de visite et de modifier le "profil-client" introduit dans le fichier central de la Banque. Semblable omission ne rev�tait cependant pas une gravit� telle qu'elle justifi�t un licenciement imm�diat sans avertissement pr�alable.
Enfin, lorsqu'ils en ont �t� requis, en janvier et f�vrier 2002, le demandeur et Y.________ ont fourni imm�diatement au compliance officer de la Banque tous renseignements et documents utiles en rapport avec les op�rations effectu�es sur les comptes A et B.
La Cour d'appel note encore que l'auditeur interne de la Banque a d�clar� n'avoir aucun grief � formuler � l'�gard du demandeur, dont le s�rieux et la comp�tence ont du reste �t� relev�s par ses anciens employeurs et coll�gues; que la d�fenderesse ne s'est jamais plainte auparavant de la mani�re dont le demandeur appliquait les normes l�gales et les r�gles internes concernant les devoirs de diligence incombant aux employ�s de banque; qu'elle n'a pas jug� n�cessaire d'informer le Bureau de communication en mati�re de blanchiment d'argent; enfin, que l'empressement mis par la Banque � cong�dier un cadre avant l'�ch�ance encore lointaine de son contrat de travail pouvait peut-�tre s'expliquer par le fait qu'en automne 2001 d�j�, elle s'�tait d�clar�e d��ue dans ses attentes, s'agissant des avoirs en gestion que le demandeur et les autres gestionnaires de la "dream team" �taient cens�s lui apporter.
Pour toutes ces raisons, les juges pr�c�dents ont consid�r� que le demandeur, m�me en ayant �gard � son statut de cadre sup�rieur de la Banque, n'avait pas manqu� gravement � ses devoirs de diligence au point de justifier son licenciement imm�diat sans avertissement pr�alable.
2.3 Dans son recours en r�forme, la d�fenderesse maintient qu'elle avait de justes motifs de cong�dier sur-le-champ le demandeur, �tant donn� que cet employ� n'avait pas �clairci de mani�re s�rieuse et document�e l'arri�re-plan �conomique des nombreux transferts inhabituels op�r�s sur les comptes A et B, contrairement aux obligations lui incombant en vertu de la loi sur le blanchiment d'argent, des circulaires de la Commission f�d�rale des banques, des r�glements �tablis par l'organisme d'autor�gulation et des directives internes. De telles omissions �taient d'autant plus graves, � en croire la Banque, que le demandeur occupait une fonction �lev�e au sein de celle-ci.
Concr�tement, la d�fenderesse reproche au demandeur d'avoir �tabli des rapports incomplets lors de l'ouverture des comptes A et B, de ne pas s'�tre avis� du caract�re insolite des versements op�r�s sur ces deux comptes, de n'avoir r�dig� aucun rapport de visite � l'occasion des entrevues avec les titulaires de ceux-ci, de ne pas avoir modifi� le "profil-client" sur le vu des renseignements fournis par les clientes A et B, de s'�tre repos� sur les seules d�clarations de ces derni�res, enfin d'avoir �t� incapable de documenter les transactions op�r�es sur les comptes de ces clientes avant le 1er f�vrier 2002. Dans ce contexte, la d�fenderesse fait grief � la Cour d'appel d'avoir �cart� purement et simplement l'avis autoris� du sp�cialiste PricewaterhouseCoopers qui imputait au demandeur un comportement gravement fautif.
La d�fenderesse insiste, par ailleurs, sur le fait que les omissions imput�es au demandeur auraient pu avoir de graves cons�quences pour elle au titre de la violation de la r�glementation visant � pr�venir le blanchiment de capitaux. Elle conteste, en outre, que l'on puisse tirer quoi que ce soit en faveur de la th�se du demandeur du seul fait qu'elle n'a pas proc�d� � une communication au sens de l'art. 9 LBA.
Enfin, la d�fenderesse nie fermement que le licenciement du demandeur s'expliquerait par le fait qu'elle avait �t� d��ue dans ses attentes sur la quantit� des avoirs apport�s en gestion. Elle souligne, � ce propos, qu'elle avait engag� un team, que le r�sultat n'�tait pas jug� par rapport aux deux employ�s cong�di�s et qu'aucun autre gestionnaire de ce team n'a �t� licenci�.
3.1 L'employeur et le travailleur peuvent r�silier imm�diatement le contrat de travail en tout temps pour de justes motifs (art. 337 al. 1 CO). Sont notamment consid�r�es comme de justes motifs toutes les circonstances qui, selon les r�gles de la bonne foi, ne permettent pas d'exiger de celui qui a donn� le cong� la continuation des rapports de travail (art. 337 al. 2 CO).
Mesure exceptionnelle, la r�siliation imm�diate pour de justes motifs doit �tre admise de mani�re restrictive. D'apr�s la jurisprudence, seul un manquement particuli�rement grave du travailleur justifie son licenciement imm�diat. Si le manquement est moins grave, il ne peut entra�ner une r�siliation imm�diate que s'il a �t� r�p�t� malgr� un ou plusieurs avertissements (ATF 121 III 467 consid. 4d, 117 II 560 consid. 3, 116 II 145 consid. 6a p. 150). Ce n'est toutefois pas l'avertissement en soi, f�t-il assorti d'une menace de licenciement imm�diat, qui justifie une telle mesure, mais bien le fait que l'acte imput� au travailleur ne permet pas, selon les r�gles de la bonne foi, d'exiger de l'employeur la continuation des rapports de travail jusqu'� l'expiration du d�lai de cong�. La gravit� de l'acte propre � justifier un licenciement imm�diat peut �tre absolue ou relative. Dans le premier cas, elle r�sulte d'un acte pris isol�ment. Dans le second, elle d�coule du fait que le travailleur, pourtant d�ment averti, persiste � violer ses obligations contractuelles. Cela �tant, savoir s'il y a gravit� suffisante dans un cas donn� restera toujours une question d'appr�ciation (ATF 127 III 153 consid. 1c).
Le juge appr�cie librement s'il existe de justes motifs (art. 337 al. 3 CO). Il applique les r�gles du droit et de l'�quit� (art. 4 CC). A cet effet, il doit prendre en consid�ration tous les �l�ments du cas particulier, notamment la position et la responsabilit� du travailleur, la nature et la dur�e des rapports contractuels, ainsi que la nature et l'importance des manquements (ATF 111 II 245 consid. 3). Le Tribunal f�d�ral ne revoit qu'avec r�serve la d�cision d'�quit� prise en derni�re instance cantonale. Il intervient lorsque celle-ci s'�carte sans raison des r�gles �tablies par la doctrine et la jurisprudence en mati�re de libre appr�ciation, ou lorsqu'elle s'appuie sur des faits qui, dans le cas particulier, ne devaient jouer aucun r�le, ou encore lorsqu'elle n'a pas tenu compte d'�l�ments qui auraient absolument d� �tre pris en consid�ration; il sanctionne en outre les d�cisions rendues en vertu d'un pouvoir d'appr�ciation lorsqu'elles aboutissent � un r�sultat manifestement injuste ou � une iniquit� choquante (ATF 129 III 380 consid. 2 p. 382; 127 III 153 consid. 1a p. 155, 351 consid. 4a p. 354).
3.2 Quoi qu'en dise la d�fenderesse, les juges d'appel n'ont pas viol� ces principes jurisprudentiels ni exc�d� leur large pouvoir d'appr�ciation en refusant d'avaliser le licenciement avec effet imm�diat du demandeur.
Confondant de toute �vidence la juridiction f�d�rale de r�forme avec une cour d'appel, la Banque, bien qu'elle s'en d�fende, fonde l'essentiel de son argumentation sur des faits qui s'�cartent des constatations des juges cantonaux. Il en va ainsi, en particulier, lorsqu'elle soutient que les rapports d'ouverture des comptes A et B �taient incomplets et, plus encore, lorsqu'elle all�gue le caract�re insolite des virements op�r�s sur ces comptes en faisant fi de la constatation inverse � laquelle la Cour d'appel a proc�d� souverainement (art. 63 al. 2 OJ). De m�me, la d�fenderesse n'est pas en droit de critiquer, dans la proc�dure du recours en r�forme, la mani�re dont la cour cantonale a appr�ci� les �l�ments de preuve ressortant de son dossier et, notamment, l'avis exprim� par la fiduciaire PricewaterhouseCoopers au sujet du comportement du demandeur.
Si l'on s'en tient, comme il se doit, aux seuls faits retenus par les juges pr�c�dents, il est �vident que la d�fenderesse n'avait aucun motif susceptible de justifier le licenciement imm�diat, sans avertissement pr�alable, d'un cadre sup�rieur qui avait donn� enti�re satisfaction � ses anciens employeurs, qu'elle avait �t� elle-m�me chercher pour le prendre � son service et contre lequel elle n'avait aucun autre grief � formuler. Le Tribunal f�d�ral peut d�s lors se borner � faire siennes les consid�rations pertinentes �mises par la Cour d'appel pour exclure, lui aussi, que le comportement incrimin� ait pu justifier que son auteur soit mis � pied incontinent. Il est d'ailleurs douteux, m�me dans la version des faits propos�e par la d�fenderesse, que les manquements imput�s au demandeur aient rev�tu un caract�re de gravit� tel qu'un licenciement imm�diat de cet employ�, sans avertissement pr�alable, e�t �t� justifi�. Tout porte � croire, en r�alit�, comme les deux instances cantonales l'ont d�j� relev�, que, par la mesure contest�e, la d�fenderesse a tent� de se s�parer d'une personne qu'elle estimait n'avoir pas r�pondu � ses attentes, qui lui co�tait beaucoup d'argent et dont elle ne pouvait r�silier le contrat de travail, sauf justes motifs, que pour le 30 juin 2003 au plus t�t.
Cela �tant, le pr�sent recours ne peut qu'�tre rejet� dans la mesure o� il est recevable.
Compte tenu de la valeur litigieuse, la proc�dure f�d�rale n'est pas gratuite (art. 343 al. 2 et 3 CO). Les frais y aff�rents doivent donc �tre mis � la charge de la d�fenderesse, qui succombe (art. 156 al. 1 OJ). Quant au demandeur, il a droit � des d�pens, en application de l'art. 159 al. 1 OJ.