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Timestamp: 2019-08-21 05:55:39+00:00
Document Index: 97095383

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Bioéthique. Le supplice de Vincent Lambert relancé | L'Humanité
Lundi, les avocats des parents de Vincent Lambert, à l’annonce de la cour d’appel de Paris de la reprise des soins. K. Tribouillard/AFP
Bioéthique. Le supplice de Vincent Lambert relancé
Contre toute attente, les parents de l’ex-infirmier, en état végétatif depuis dix ans, ont obtenu lundi soir la suspension de l’arrêt des traitements. Le feuilleton macabre continue.
Et la justice française décida de répondre à la supplique du souverain pontife. « Prions pour ceux qui vivent dans un état de grave handicap. Protégeons toujours la vie, don de Dieu, du début à la fin naturelle. Ne cédons pas à la culture du déchet », avait twitté le pape François, lundi, avant que le responsable de la presse au Saint-Siège ne se fasse plus explicite encore, en invitant à « prier pour Vincent Lambert ». À la surprise générale, la cour d’appel de Paris a répondu favorablement à la demande du pape et des parents de l’ex-infirmier de 42 ans, en ordonnant lundi soir le rétablissement des traitements visant à le maintenir en vie, interrompus le matin même par son médecin. « Nous avons le plaisir de vous annoncer que le Dr Sanchez et le CHU ont remis en place l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert et ont arrêté sa sédation continue », s’est félicité, mardi, devant la presse, Me Jean Paillot, l’un des avocats de Viviane et Pierre Lambert, à la sortie de l’hôpital de Reims. Le conseil a pour l’occasion adopté une attitude plus mesurée que la veille, quand il avait évoqué, dans une ambiance de stade de foot, la « remontada » (sic) infligée aux membres de la famille qui défendent l’arrêt des traitements, au premier rang desquels Rachel, la femme de Vincent, ou François, son neveu.
Alors que la Cour européenne des droits de l’homme avait rejeté, lundi, la requête des parents, « faute d’éléments nouveaux », la cour d’appel de Paris a, elle, fait droit aux requérants. Contre toute attente, elle a intimé « à l’État français (…) de faire respecter les mesures provisoires demandées par le Comité international des droits des personnes handicapées (CIDPH), le 3 mai 2019, tendant au maintien de l’alimentation et de l’hydratation » de Vincent Lambert. Ce comité de l’ONU avait réclamé à la France de surseoir à l’arrêt des traitements dans l’attente d’un examen du dossier sur le fond, une procédure qui pourrait prendre plusieurs mois. Cette préconisation est « dépourvue de caractère contraignant », avait jugé l’État français, dans une lettre envoyée au CIDPH le 7 mai. « La remise en cause de la décision d’arrêt des traitements, par une nouvelle suspension qui priverait d’effectivité le droit du patient à ne pas subir d’obstination déraisonnable, n’est pas envisageable », insistaient même les pouvoirs publics.
Croisade religieuse et judiciaire
C’est bien pourtant ce qu’il est advenu lundi soir. Au grand dam de ceux qui tentent, depuis six ans, de faire respecter les volontés – non écrites – de Vincent Lambert. « Je savais que c’était une vie dont il n’aurait pas voulu. Nous sommes tous les deux infirmiers, nous en avions parlé », avait confié Rachel Lambert, en mai 2013, au Monde, quelques semaines après le premier bras de fer autour de son mari (lire notre édition du 20 mai 2019). Lundi après-midi, sur RTL, l’épouse faisait encore part de ses espoirs : « Le voir partir, c’est le voir en homme libre », ajoutant : « Le moment est à la dignité et à l’accompagnement. (…) Surtout, qu’on nous laisse dans notre intimité et que ça se fasse… Qu’on nous laisse dans la discrétion. » Raté, une fois de plus, pour cette mère d’une petite fille de 10 ans et demi, née à peine deux mois avant l’accident de son papa, et qui s’est rendue quotidiennement au chevet de son mari, pendant des années, dans l’espoir d’une amélioration.
Un espoir devenu vain, ont affirmé quantité d’experts mobilisés au fil des ans, en particulier le Coma Science Group de l’Université de Liège (Belgique), qui avait examiné Vincent Lambert en 2011. Pas un problème pour les parents de l’intéressé, des catholiques traditionalistes, qui se sont alors lancés dans « une croisade religieuse et judiciaire », selon les mots de François Lambert, pour défendre le « droit à la vie ». Pierre, 90 ans, l’ancien médecin gynécologue engagé contre l’IVG, et Viviane (73 ans), sa secrétaire médicale devenue sa seconde épouse, proche de la Fraternité Saint-Pie-X, ont vite trouvé le concours des réseaux catholiques intégristes, flirtant avec l’extrême droite. Défenseur du mouvement Civitas, Me Jérôme Triomphe, l’autre avocat des parents Lambert, avait ainsi déclaré en 2013, peu après son intervention pour faire casser une première procédure d’arrêt des traitements : « J’étais habité, je ne pense pas avoir plaidé seul, le ciel était avec nous. »
Mardi, les soutiens politiques de Pierre et Viviane Lambert ne sont pas allés jusqu’à remercier « le ciel », mais ont tout de même salué une victoire. « Je suis effectivement heureux de cette décision », a indiqué mardi, sur Europe 1, François-Xavier Bellamy, tête de liste LR aux européennes. La veille, Jordan Bardella, son « homologue » du Rassemblement national, avait déclaré être « choqué par la décision » d’arrêt des traitements, tout en se disant « attaché au respect de la loi Leonetti ». Comprenne qui pourra. « Il y a plusieurs établissements spécialisés qui ont indiqué qu’ils pouvaient recevoir Vincent Lambert et moi je suis plutôt favorable à cette possibilité », avait ajouté le chef de file du RN, rejoignant là l’objectif formulé par les parents.
« Il faut aller plus loin »
« Qui suis-je pour juger ? » a, de son côté, botté en touche la tête de liste de la majorité, Nathalie Loiseau, quand, à gauche, on soulignait les insuffisances de la loi française révélées par le cas Vincent Lambert. « Je pense qu’il faut aller plus loin », a plaidé Manon Aubry (FI) sur France 2, évoquant le cas de la Belgique et du Luxembourg « qui ont constitutionnalisé le droit à une fin de vie digne ». Chef du service des soins palliatifs du CHU de Rennes et ancien responsable du plan de développement de ces soins et de l’accompagnement de la fin de vie (2015-2018), Vincent Morel demande, lui, qu’on « évite les généralisations à partir du cas très exceptionnel de Vincent Lambert. Dans l’immense majorité des situations, les équipes médicales trouvent les solutions appropriées. » Le praticien appelle, néanmoins, les Français à « rédiger leurs directives anticipées ». D’après les derniers chiffres disponibles, seuls 13 % des plus de 50 ans ont clarifié leurs souhaits concernant leur fin de vie.