Source: https://www.snfge.org/content/peut-interrompre-un-traitement-par
Timestamp: 2020-08-14 22:54:31+00:00
Document Index: 208063615

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CO.081 - Peut-on interrompre un traitement par vedolizumab chez un malade ayant une maladie inflammatoire chronique de l’intestin en rémission clinique ?
A. Martin, M. Nachury, L. Peyrin-Biroulet, Y. Bouhnik, P. Seksik, S. Nancey, M. Serrero, M. Fumery, A. Buisson, D. Laharie, C. Gilletta de Saint-Joseph, J. Filippi, M. Allez, G. Bouguen, X. Roblin, R. Altwegg, N. Dib, G. Pineton de Chambrun, G. Savoye, F. Carbonnel, S. Viennot, A. Amiot
Il n'existe aucune donnée concernant la possibilité d’interrompre le vedolizumab chez des patients atteints de maladie de Crohn (MC) et de rectocolite hémorragique (RCH) quand ce traitement est efficace. Le but de cette étude était de décrire l’évolution de la MC et de la RCH après l’arrêt du vedolizumab chez des patients en rémission clinique.
Entre Janvier 2017 et Avril 2019, tous les patients atteints de MC et de RCH traités par vedolizumab depuis au moins 6 mois dans un centre GETAID étaient inclus rétrospectivement lorsqu’ils interrompaient le vedolizumab en phase de rémission clinique sans corticoïdes, quelle que soit le motif d’arrêt (choix du patient, évènement indésirable, grossesse ou déremboursement du vedolizumab dans la maladie de Crohn). L'activité de la maladie était évaluée selon l’indice de Harvey-Bradshaw pour les patients atteints de MC et par le score partiel de la Mayo Clinic pour ceux atteints de RCH. La rechute était définie par un score Mayo Clinic partiel ≥3 et/ou un sous score de saignement > 1 pour la RCH et un indice de Harvey-Bradshaw >4 pour la MC nécessitant l’introduction d’un traitement spécifique. La survie sans rechute est analysée par la méthode de Kaplan-Meier, le test du Log Rank et le modèle de régression de Cox. Les patients étaient suivis jusqu’à la rechute, jusqu’en Avril 2019 ou à la date de reprise du vedolizumab.
Quatre-vingt-quinze patients (24 hommes ; âge médian de 32.5 ans [27,3-42,4] ; 58 patients atteints de MC) ont été inclus dans 21 centres. Au moment de l’interruption du vedolizumab, la durée médiane d'administration du vedolizumab était de 17,5 [10,6-25,4] mois et 6 % des patients étaient toujours traités de façon concomitante par immunomodulateur. Les motifs d’arrêt étaient une grossesse dans 37 (39%) cas, un évènement indésirable dans 26 (27%), une décision du patient dans 24 (25%) et le déremboursement dans 8 (8%). A l’inclusion, l’indice d’Harvey-Bradshaw et le score Mayo Clinic partiel étaient respectivement de 1,7 ± 1,4 et de 0,9 ± 1,1. Après une période de suivi de 11,2 (5,8-17,7) mois, 61 (64 %) patients ont rechuté. Quatre (4%) patients ont repris le vedolizumab, dans un délai médian de 0,7 ± 0,5 ans, sans avoir rechuté cliniquement (3 grossesses et 1 cas de suspicion non confirmée de tumeur ovarienne). Les probabilités de survie sans rechute étaient respectivement de 83 %, 59 % et 36 % à 6, 12 et 18 mois. En analyse multivariée, un taux de CRP < 5 mg/L à l’inclusion (OR = 0.56, CI95%[0.33-0.95], p = 0.03) et l’interruption du vedolizumab à l’initiative du patient plutôt que pour toute autre raison (OR = 0.41, CI95%[0.21-0.80], p = 0.009) étaient inversement associés à la rechute. Le vedolizumab était repris (3 perfusions d’induction aux semaines 0, 2 et 6) chez 24 des 61 malades ayant rechuté après un délai médian d’arrêt de 7,3 (3,5-10,5) mois, permettant de réinduire une rémission clinique sans corticoïdes à la semaine 14 chez 17 (71 %) d’entre eux. Aucune réaction d’intolérance n’a été observée lors de la réintroduction du vedolizumab.
L’interruption d’un traitement par védolizumab chez des malades en rémission clinique sans corticoïdes est suivie d’une rechute chez deux tiers des patients atteints de MC ou de RCH dans un délai de 18 mois. Une CRP normale lors de l’arrêt (< 5) et un arrêt à l’initiative du patient plutôt que pour toute autre raison incidente (grossesse, événements indésirables ou déremboursement) étaient associés à moindre probabilité de rechute. La reprise du vedolizumab était bien tolérée et efficace chez plus des deux tiers des patients.