Source: https://www.courdecassation.fr/jurisprudence_2/arrets_publies_2986/chambre_commerciale_financiere_economique_3172/2020_9593/06.juin_9778/262_24_45051.html
Timestamp: 2020-07-13 07:27:47+00:00
Document Index: 318594656

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Arrêt n° 262 du 24 juin 2020 (18-10.535) - Cour de cassation – Chambre commerciale - ECLI:FR:CCASS:2020:CO00262 | Cour de cassation
>Arrêt n° 262 du 24 juin 2020 (18-10.535) - Cour de cassation – Chambre commerciale - ECLI:FR:CCASS:2020:CO00262
Les dispositions de l’article 236 du code des douanes communautaire s’appliquent à l’action en restitution de droits versés en raison de l’importation de matériels provenant d’un pays tiers à l’Union européenne. Elles s’imposent du fait de la primauté du droit de l’Union et conduisent à écarter l’application des dispositions de l’article 352 ter du code des douanes, qui a seulement pour objet les taxes recouvrées par les agents de la direction générale des douanes et des droits indirects en application d’une législation nationale.
Ayant retenu que l’action en répétition de l’indu douanier exercée par une société était soumise aux dispositions de l’article 236 du code des douanes communautaire, une cour d’appel en déduit exactement que ces dispositions constituent une loi spéciale dérogeant au principe et délai de la répétition de l’indu prévus par le code civil et leur fait ainsi produire leur plein effet.
Par un arrêt du 18 janvier 2017, la Cour de justice de l’Union européenne a dit pour droit que « lorsque des droits à l’importation [...] sont remboursés au motif qu’ils ont été perçus en violation du droit de l’Union, ce qu’il revient à la juridiction de renvoi de vérifier, il existe une obligation des États membres, découlant du droit de l’Union, de payer aux justiciables ayant droit au remboursement des intérêts y afférents, qui courent à compter de la date de paiement par ces justiciables des droits remboursés » (CJUE, 18 janvier 2017, Wortmann, C-365/15). En application de ce principe, l’administration des douanes qui, en violation du droit de l’Union, a perçu des droits de douane correspondant à une position qui n’était pas celle qui aurait dû être appliquée, a l’obligation de restituer à cette société les sommes versées assorties des intérêts ayant couru depuis la date de leur paiement.
Demandeur(s) : société Feeder, société par actions simplifiée
Défendeur(s) : directeur général des douanes et droits indirects du Languedoc Roussillon ; et autres
Statuant tant sur le pourvoi principal formé par la société Feeder que sur le pourvoi incident relevé par le directeur général des douanes et droits indirects, le receveur des douanes et droits indirects de Montpellier et le trésorier général des douanes et droits indirects ;
Attendu, selon l’arrêt attaqué (Montpellier, 5 décembre 2017), que la société Feeder, spécialisée dans le commerce d’écrans informatiques, a importé des écrans à cristaux liquides pour les besoins de son activité ; qu‘à la suite de vérifications et d’un contrôle a posteriori, l’administration des douanes et droits indirects a contesté la position tarifaire sous laquelle ces écrans avaient été déclarés, en estimant que ceux-ci relevaient de la position 85.28 et lui a notifié divers procès-verbaux d’infractions pour fausses déclarations d’espèces ; que se conformant à l’interprétation de l’administration, la société Feeder a ensuite déclaré ses importations sous cette position tarifaire ; que par arrêt du 19 février 2009, la Cour de justice de l’Union européenne, saisie d’une question préjudicielle sur la position tarifaire 84.71, a dit que les moniteurs susceptibles de reproduire des signaux provenant non seulement d’une machine automatique de traitement de l’information, mais également d’autres sources ne pouvaient être exclus de cette position (CJUE, 19 février 2009, Kamino International Logistics, C 376/07) ; que par lettre du 21 octobre 2010, adressée à la recette principale des douanes de Nîmes, la société Feeder a demandé au directeur régional des douanes le remboursement des droits acquittés ; qu’après rejet de sa réclamation par celui-ci, la société Feeder l’a assigné en restitution de ces droits ; que durant l’instance, l’administration des douanes lui a remboursé les droits acquittés depuis le 21 octobre 2007 ;
Attendu que la société Feeder fait grief à l’arrêt de déclarer prescrite sa demande de restitution des droits acquittés avant le 21 octobre 2007 alors, selon le moyen :
1°/ que les dispositions de l’article 354 du code des douanes, interprétées à la lumière du principe d’égalité des armes, impliquent que la notification d’un procès-verbal de douane interrompt la prescription tant en faveur de l’administration que des contribuables ; qu’en jugeant le contraire, la cour d’appel a violé l’article 354 du code des douanes, ensemble le principe d’égalité des armes et l’article 47 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
2°/ que les dispositions de l’article 352 ter du code des douanes, qui visent sans distinction l’ensemble des droits et taxes « recouvrés par les agents de la direction générale des douanes et des droits indirects » (DGDDI), ont vocation à s’appliquer aussi bien aux droits et taxes perçus en application de textes nationaux qu’à ceux perçus en application de textes communautaires ; qu’en jugeant le contraire, la cour d’appel a violé, par refus d’application, l’article 352 ter susvisé et le principe communautaire d’équivalence ;
3°/ que les dispositions de l’article 352 ter du code des douanes ont vocation à s’appliquer non seulement dans le cas où l’invalidité d’un texte a été révélée par une décision juridictionnelle, mais aussi dans celui où l’illégalité de la pratique des autorités douanières nationales résulte de l’interprétation d’un texte communautaire donnée par une décision préjudicielle de la Cour de justice ; qu’en jugeant le contraire, la cour d’appel a violé, par refus d’application, l’article 352 ter susvisé ensemble l’article 267 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne ;
4°/ que, si l’action en répétition de l’indu exercée par la société n’était pas enfermée dans le cadre de l’article 352 ter, elle suivait le régime du droit commun, tel que prévu par le code civil, sans obéir au régime des simples actions en réclamation douanières ; qu’en n’appliquant pas le droit commun à la situation de l’espèce, après avoir pourtant constaté que le droit spécial de la répétition de l’indu douanier ne s’appliquerait pas, la cour d’appel a violé les règles et principes relatifs à la répétition de l’indu, ensemble le principe communautaire d’effectivité et l’article 267 du TFUE ;
Mais attendu, en premier lieu, que l’arrêt, par motifs propres et adoptés, énonce que l’action en restitution engagée par la société Feeder est soumise à l’article 236 du code des douanes communautaire ; qu’il retient ensuite que les procès-verbaux ne produisent d’effet que pour les seules déclarations douanières qu’ils relèvent, c’est-à-dire les seules déclarations douanières expressément visées et contrôlées, et que les procès-verbaux invoqués sont relatifs à d’autres opérations d’importation que celles concernées par la demande de restitution ; qu’il ajoute que les procès-verbaux qui sont ainsi établis ont pour objet l’exercice par l’administration de son droit de reprise et que le fait qu’il ne soient pas de nature à interrompre la prescription de l’action en restitution ne porte pas, en raison même de leur objet, atteinte au principe d’équilibre des droits des parties ; que de ces motifs, la cour d’appel a exactement déduit que la notification par l’administration des douanes des procès-verbaux qu’elle avait dressés n’interrompait pas la prescription de l’action en remboursement des droits de douane, sans pour autant dénier à la société Feeder le droit qu’elle avait d’invoquer des éléments manifestant sa volonté d’obtenir la restitution des droits de douane qu’elle estimait indus et d’interrompre ainsi le délai dans lequel elle devait agir pour demander cette restitution ;
Attendu, en deuxième lieu, que l’arrêt retient que les droits de douane versés par la société Feeder l’ont été en raison de l’importation de matériels provenant d’un pays tiers à l’Union européenne et que l’action en restitution relève de l’application des dispositions de l’article 236 du code des douanes communautaire, alors en vigueur, et non de celles de l’article 352 ter du code des douanes, qui a seulement pour objet les taxes recouvrées par les agents de la direction générale des douanes et des droits indirects en application d’une législation nationale ; qu’il ajoute que les dispositions du code des douanes communautaire s’imposent du fait de la primauté du droit de l’Union ; que de ces seuls motifs, et abstraction faite du motif, surabondant, critiqué par la troisième branche, la cour d’appel a exactement déduit que la prescription opposée à la demande de la société Feeder était conforme au droit de l’Union ;
Attendu, en dernier lieu, qu’ayant retenu que l’action en répétition de l’indu douanier exercée par la société Feeder était soumise aux dispositions de l’article 236 du code des douanes communautaire, la cour d’appel en a exactement déduit que ces dernières dispositions constituaient une loi spéciale dérogeant aux principe et délai de la répétition de l’indu prévus par le code civil et leur a ainsi fait produire leur plein effet ;
Attendu que le directeur général des douanes et droits indirects, le receveur des douanes de Montpellier et le trésorier général des douanes font grief à l’arrêt de condamner l’administration des douanes à verser à la société Feeder des intérêts au taux légal pour les droits trop versés depuis le 21 octobre 2007 pour un montant de 21 632 euros à compter du jour de leur paiement alors, selon le moyen,
1°/ que l’administration des douanes ne peut être tenue de payer des intérêts sur les sommes qu’elle a indûment reçues du jour de leur paiement que si elle est de mauvaise foi ; qu’en condamnant l’administration douanière à payer à la société Feeder des intérêts au taux légal sur les droits trop versés du 21 octobre 2007 à l’année 2008 à compter de leur paiement, sans rechercher si les services douaniers, qui n’ont eu connaissance de la position tarifaire devant être appliquée aux marchandises litigieuses, au plus tôt, qu’à la date de l’arrêt Kamino rendu par la Cour de justice des Communautés européennes le 19 février 2009, soit postérieurement au paiement des droits en cause, étaient de mauvaise foi, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard de l’ancien article 1378 du code civil ;
2°/ l’administration des douanes, lorsqu’elle est de bonne foi, ne peut être tenue de payer des intérêts sur les sommes qu’elle a indûment reçues que du jour de la sommation de payer qui lui en a demandé le remboursement ; qu’en condamnant l’administration douanière à payer à la société Feeder des intérêts au taux légal sur les droits trop versés du 21 octobre 2007 à l’année 2008 à compter de leur paiement, tout en relevant que l’administration des douanes était tenue au paiement des intérêts de droit à compter du jour de la demande en remboursement des droits de douane qu’elle a perçus par erreur en méconnaissance du droit communautaire, la cour d’appel n’a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations en violation de l’ancien article 1153 du code civil ;
Mais attendu que par un arrêt du 18 janvier 2017, la Cour de justice de l’Union européenne a dit pour droit que « lorsque des droits à l’importation [...] sont remboursés au motif qu’ils ont été perçus en violation du droit de l’Union, ce qu’il revient à la juridiction de renvoi de vérifier, il existe une obligation des États membres, découlant du droit de l’Union, de payer aux justiciables ayant droit au remboursement des intérêts y afférents, qui courent à compter de la date de paiement par ces justiciables des droits remboursés » (CJUE, 18 janvier 2017, O..., C-365/15) ; qu’en application de ce principe, l’administration des douanes qui, en violation du droit de l’Union, a perçu de la société Feeder des droits de douane correspondant à une position qui n’était pas celle qui aurait dû être appliquée, avait l’obligation de restituer à cette société les sommes versées assorties des intérêts ayant couru depuis la date de leur paiement ; que par ce motif de pur droit, suggéré par la défense, substitué à ceux critiqués dans les conditions prévues par l’article 620, alinéa 1er du code de procédure civile, la décision se trouve légalement justifiée de ce chef ; que le moyen ne peut être accueilli ;
Et attendu qu’en l’absence de doute raisonnable quant à la solution de l’arrêt du 17 janvier 2017 (CJUE, 17 janvier 2017,O..., C-365/15), il n’y a pas lieu de saisir la Cour de justice de l’Union européenne d’une question préjudicielle ;
Président : Mme Mouillard, président,