Source: https://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriAdmin.do?oldAction=rechJuriAdmin&idTexte=CETATEXT000008068618&fastReqId=433633900&fastPos=1
Timestamp: 2019-03-26 11:10:36+00:00
Document Index: 109194370

Matched Legal Cases: ['arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', 'arrêt ', "l'article 8", 'arrêt ', "l'article 1"]

Conseil d'Etat, 8 / 3 SSR, du 26 septembre 2001, 204575, publié au recueil Lebon | Legifrance
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Conseil d'Etat, 8 / 3 SSR, du 26 septembre 2001, 204575, publié au recueil Lebon
Vu la requête sommaire et le mémoire complémentaire enregistrés les 12 février et 10 juin 1999 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, présentés pour le DEPARTEMENT DU BAS-RHIN, représenté par le président du conseil général en exercice ; le DEPARTEMENT DU BAS-RHIN demande que le Conseil d'Etat :
1°) annule l'arrêt du 3 décembre 1998 par lequel la cour administrative d'appel de Nancy, réformant le jugement du 8 juillet 1997 du tribunal administratif de Strasbourg : 1) a porté de 5 000 F à 12 000 F la somme qu'il a été condamné à verser à M. X... de X... en réparation du préjudice que celui-ci a subi du fait de son accident survenu le 21 novembre 1989 au collège de Marmoutier ; 2) a rejeté ses demandes tendant à l'annulation, d'une part, du jugement du 19 mai 1994 le déclarant entièrement responsable dudit préjudice, d'autre part, du jugement du 8 juillet 1997 en tant qu'il l'a condamné à verser à la caisse médicale régionale d'Alsace une indemnité de 500,70 F ; 3) l'a condamné à verser à M. de X... la somme de 8 000 F au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ;
2°) condamne M. de X... à lui verser la somme de 15 000 F au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ;
- les observations de la SCP Defrenois, Levis, avocat du DEPARTEMENT DU BAS RHIN et de la SCP Peignot, Garreau, avocat de M. de X...,
Considérant que la responsabilité de la personne publique maître d'un bien à l'égard de l'usager qui a été victime d'un dommage imputé à ce bien n'est engagée de plein droit pour défaut d'entretien normal, sans que l'intéressé ait à établir l'existence d'une faute à la charge de cette personne publique, qu'à la condition que le dommage soit imputable à un bien immobilier, seul susceptible de recevoir la qualification d'ouvrage public ;
Considérant qu'il ressort des énonciations de l'arrêt attaqué que, alors qu'il se tenait debout derrière un banc dans la cour de récréation du collège de Marmoutier (Bas-Rhin), le jeune X... de X... a été frappé à la mâchoire par une latte de bois qui n'était pas fixée au cadre métallique, et qui s'est brusquement soulevée au moment où l'un des deux élèves qui avaient posé le pied sur les extrémités de ce banc s'en est retiré ; que, pour confirmer la condamnation du DEPARTEMENT DU BAS-RHIN à réparer les conséquences dommageables de cet accident, la cour administrative d'appel de Nancy a jugé que la désolidarisation de cette latte du banc était constitutive d'un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public constitué, selon elle, par ce banc et que la responsabilité du département était ainsi engagée, sans que ce dernier puisse utilement se prévaloir du fait de tiers ;
Considérant qu'en statuant ainsi, après avoir relevé que le banc en cause avait le caractère d'un bien mobilier et alors qu'il ne pouvait, dès lors, être qualifié d'ouvrage public, la cour a commis une erreur de droit ; que, par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens du pourvoi, l'arrêt attaqué doit être annulé, en tant qu'il confirme la condamnation du DEPARTEMENT DU BAS-RHIN à réparer les conséquences dommageables de cet accident ;
Considérant qu'il y a lieu, par application de l'article L. 821-2 du code de justice administrative, de régler, dans cette mesure, l'affaire au fond ;
Considérant, d'une part, qu'il ne résulte pas de l'instruction que le banc qui est à l'origine du dommage ait été fixé au sol de la cour du collège de telle sorte qu'il puisse être regardé comme un élément de l'ouvrage public constitué par cet établissement scolaire ; que c'est, par suite, à tort que le tribunal administratif de Strasbourg, jugeant que l'accident dont le jeune X... de X... a été victime était imputable à un ouvrage public dont l'intéressé était usager a, sur ce fondement, condamné le DEPARTEMENT DU BAS-RHIN à en réparer les conséquences dommageables et a mis à la charge de ce dernier les frais de l'expertise que les premiers juges avait ordonnée ;
Considérant, d'autre part, que, si M. de X... soutient que le dommage dont il demande réparation serait imputable à une faute de nature, selon lui, à engager la responsabilité du département, il se fonde à cet égard sur une cause juridique distincte de celle de la demande qu'il avait présentée contre cette collectivité devant le tribunal administratif, et qui était uniquement fondée sur le défaut d'entretien normal d'un ouvrage public ; que ses conclusions ont ainsi le caractère d'une demande nouvelle qui n'est, par suite, pas recevable ;
Considérant qu'il résulte de ce qui précède que le DEPARTEMENT DU BAS-RHIN est fondé à demander l'annulation des jugements des 19 mai 1994 et 8 juillet 1997 par lesquels le tribunal administratif de Strasbourg l'a condamné à réparer les conséquences dommageables de l'accident dont M. de X... a été victime ;
Sur les conclusions de M. de X... dirigées contre l'Etat :
Considérant que, postérieurement à l'expiration du délai qui lui était imparti pour se pourvoir en cassation contre la partie de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy qui lui est défavorable, M. de X... a présenté des conclusions tendant à l'annulation de l'arrêt attaqué, en tant qu'il juge que la responsabilité de l'Etat n'est pas engagée à son égard ; que M. de X... n'étant pas, non plus que le ministre de l'éducation nationale, l'auteur du pourvoi, de telles conclusions doivent être regardées comme un pourvoi provoqué ; que si l'admission, ci-dessus décidée, des conclusions du DEPARTEMENT DU BAS-RHIN a pour effet d'aggraver la situation de M. de X... et de le rendre ainsi recevable à présenter les conclusions susmentionnées, il se borne à soutenir que la défectuosité du banc révélait, de la part du chef d'établissement, un défaut d'entretien constitutif d'une faute au regard de l'obligation de sécurité qui lui incombe, en sa qualité de représentant de l'Etat, en application des dispositions de l'article 8 du décret susvisé du 30 août 1985 relatif aux établissements publics locaux d'enseignement ; que, toutefois, la circonstance ainsi relevée n'est pas, par elle-même, de nature à caractériser l'existence d'une faute commise par le chef d'établissement ; que, dès lors, la cour n'a pas commis d'erreur de droit en écartant les conclusions de M. de X... dirigées contre l'Etat ;
Considérant que ces dispositions font obstacle à ce que le DEPARTEMENT DU BAS-RHIN qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, soit condamné à verser à M. de X... la somme que celui-ci demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens ; qu'il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner M. de X... à payer au département la somme que ce dernier demande au même titre ;
Article 1er : L'arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy en date du 3 décembre 1998 est annulé, en tant qu'il statue sur la responsabilité du DEPARTEMENT DU BAS-RHIN à l'égard de M. de X....
Article 2 : Le jugement du tribunal administratif de Strasbourg en date du 9 mai 1994 et l'article 1er du jugement du même tribunal en date du 8 juillet 1997 sont annulés.
Article 3 : La demande présentée par M. de X... devant le tribunal administratif de Strasbourg, en tant qu'elle était dirigée contre le DEPARTEMENT DU BAS-RHIN, et ses conclusions présentées devant le Conseil d'Etat sont rejetées.
Article 4 : Les frais d'expertise sont mis à la charge de M. de X....
Article 6 : La présente décision sera notifiée au DEPARTEMENT DU BAS-RHIN, à M. de X..., à la caisse médicale régionale d'Alsace des professions indépendantes et au ministre de l'éducation nationale.
Abstrats : 67-01-02-02 TRAVAUX PUBLICS - NOTION DE TRAVAIL PUBLIC ET D'OUVRAGE PUBLIC - OUVRAGE PUBLIC - OUVRAGE NE PRESENTANT PAS CE CARACTERE -<CA>Banc ayant le caractère d'un bien mobilier.
67-02-02 TRAVAUX PUBLICS - REGLES COMMUNES A L'ENSEMBLE DES DOMMAGES DE TRAVAUX PUBLICS - REGIME DE LA RESPONSABILITE -<CA>Régime de la responsabilité de la personne publique maître d'un bien à l'égard de l'usager victime d'un dommage imputé à ce bien - Champ d'application - Exclusion - Dommages imputable à des biens autres qu'immobiliers.
Résumé : 67-01-02-02 Seul un bien immobilier est susceptible de recevoir la qualification d'ouvrage public. N'a pas le caractère d'un bien immobilier le banc situé dans la cour de récréation d'un collège qui, n'étant pas fixé au sol, ne peut être regardé comme un élément de l'ouvrage public constitué par cet établissement scolaire (1).
67-02-02 La responsabilité de la personne publique maître d'un bien à l'égard de l'usager qui a été victime d'un dommage imputé à ce bien n'est engagée de plein droit pour défaut d'entretien normal, sans que l'intéressé ait à établir l'existence d'une faute à la charge de cette personne publique qu'à la condition que le dommage soit imputable à un bien immobilier, seul susceptible de recevoir la qualification d'ouvrage public. A commis une erreur de droit la cour qui, après avoir relevé qu'un banc situé dans la cour de récréation d'un collège avait le caractère d'un bien mobilier, a jugé que la désolidarisation d'une latte de ce banc à l'origine de l'accident subi par un élève était constitutive d'un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public constitué, selon elle, par ce banc et que la responsabilité du département était ainsi engagée, sans que ce dernier puisse utilement se prévaloir du fait du tiers.
1. Comp., pour une cage de buts de football, CE 1989-02-15, D..., T. p. 975